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samedi, 11 mai 2013

LE PACTE DE DISCIPLINE BUDGETAIRE - L'ALLEMAGNE EST-ELLE RESPONSABLE DE L'AUSTERITE EN EUROPE?

 

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Un projet de texte sur l'Europe du Parti socialiste décrit Angela Merkel comme la "chancelière de l'austérité" à "l'intransigeance égoïste". REUTERS/Fabrizio Bensch

 

Les socialistes français ont virulemment critiqué ce week-end la politique d'austérité budgétaire "imposée" par l'Allemagne. Une instrumentalisation démagogique qui cache une réalité politique plus complexe. Explications.

 

L'Allemagne impose un "diktat" de l'austérité en Europe. C'est ce qu'affirme la gauche française. Dans un projet de texte sur l'Europe publié la semaine dernière, l'aile gauche du PS accuse Angela Merkel d'être la "chancelière de l'austérité" à "l'intransigeance égoïste". Le texte a finalement été expurgé ce week-end des références mettant en cause la dirigeante allemande, sous la pression du Premier ministre Jean-Marc Ayrault.

Face au tollé provoqué dans la classe politique française, l'exécutif tente aujourd'hui de rassurer sur l'état du couple franco-allemand, tandis que Berlin fait mine d'ignorer ces critiques. Aussi pathétique et démagogique soit-elle dans ses relents antigermaniques, cette polémique n'en est pas moins révélatrice du constat d'échec de la politique d'austérité défendue par l'Allemagne.

Partout en Europe, aux Etats-Unis, et même dans les plus hautes sphères du FMI, des voix s'élèvent pour exiger de Berlin davantage de souplesse budgétaire et des mesures en faveur de la croissance, alors que le sud de la zone euro s'enfonce dans la récession.

>> EN IMAGES: Qui sont les porte-voix de l'anti-austérité?

Mais faire porter le chapeau à la seule Allemagne est un peu trop facile. "Prétendre que c'est l'Allemagne qui dicte l'austérité en Europe est faux et démagogique!", s'énerve l'eurodéputée centriste Sylvie Goulard. S'il est aujourd'hui impératif d'assainir les finances publiques, c'est parce que les précédents gouvernements ont laissé filé les déficits sans faire les réformes structurelles nécessaires".

Tous les pays européens acceptent l'austérité

"Cette stratégie de réduction des déficits sous le seuil des 3% du PIB est définie par la Commission européenne et acceptée à l'unanimité par tous les Etats membres, rappelle Christophe Blot, économiste à l'OFCE. L'Allemagne défend cette stratégie, mais elle ne l'impose pas. C'est le gouvernement français qui a voté le pacte de discipline budgétaire européen et c'est le même qui a adopté un budget 2013 de rigueur."

L'économiste souligne qu'à l'exception des Pays-Bas, qui ont renoncé mi-avril à mettre en oeuvre un nouveau plan d'austérité pour 2014, et par là même à tenir leur engagement vis-à-vis de Bruxelles de ramener le déficit à 3%, les autres pays européens en difficultés économiques se contentent de repousser le calendrier mais ne réduisent pas pour autant l'effort de consolidation budgétaire, qui varie de 1 à 3 points de PIB par an.

Dans ce contexte, la poursuite de la récession est inévitable. Le retour de la croissance en zone euro n'est pas à attendre avant 2014, voire 2015. "Ralentir la consolidation budgétaire est une nécessité", estime Christophe Blot. L'Allemagne, qui est déjà à l'équilibre des finances publiques et cessera dans les deux prochaines années de faire des efforts de consolidation, n'est pas sourde à ces arguments.

"Les Allemands ont le même souci sur la croissance en Europe, explique Sylvain Broyer, économiste de Natixis. Ils ne s'opposent pas aux rallonges accordées par Bruxelles en termes de calendrier pour ramener les déficits sous 3% du PIB. Ce qui leur tient à coeur, ce sont les réformes structurelles et l'importance de garder le cap de la consolidation budgétaire."

L'Allemagne joue l'immobilisme en période électorale

L'Allemagne est le pays qui contribue le plus au sauvetage de la zone euro, via les plans d'aide à la Grèce, à l'Irlande, au Portugal, aux banques espagnoles et récemment à Chypre. Si les élus allemands, de gauche et de droite, ont toujours soutenu ces plans d'aide, l'opinion publique, elle, y est majoritairement hostile.

D'où le discours de fermeté budgétaire défendu par Angela Merkel. Il ne faut donc pas s'attendre à voir Berlin donner son feu vert à une politique de relance de la croissance en Europe, du moins jusqu'aux élections législatives qui auront lieu le 22 septembre prochain. "L'Allemagne ne fait pas de blocage, elle fait de l'immobilisme dans un contexte électoral", explique Sylvain Broyer.

Si les conservateurs d'Angela Merkel (CDU et CSU) remportent les élections et forment une nouvelle coalition avec les libéraux (FDP), le "nein" allemand à la relance ne risque pas de s'infléchir. Si, en revanche, les sociaux-démocrates (SPD) entrent dans une grande coalition gouvernementale, ce sont "les Allemands eux-mêmes qui pourraient proposer dès l'automne un vaste plan d'investissements et de croissance en Europe", prédit Sylvain Broyer.

 

Par Emilie Lévêque, publié le 29/04/2013.

 

Source: L'EXPANSION.COM

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