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vendredi, 31 mai 2013

L'EUROPE ET LES FACTEURS FRANCO-ANGLAIS DE DIVISION

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Les ministres européens des affaires étrangères ont décidé la levée de l’embargo sur les armes au profit de l’insurrection syrienne. Constatons au passage que pour Fabius cette décision doit permettre de rétablir un rapport de forces susceptible de contraindre à la négociation le président syrien, El Assad, celui qui « ne mérite pas de vivre » et dont la chute est imminente depuis deux ans. Pourquoi choisir la voie des armes et se défier de la voie politique offerte par Genève II qui doit, selon lui, aboutir au même résultat? Son collègue anglais Hague confirme de son côté que les anglais sauront trouver les voies appropriées pour faire parvenir les armes aux insurgés avant cette espèce d’absurdité de date butoir du 1erAoût. Au cas où Fabius serait mal compris le porte parole de son ministère souligne que cette date du 1er août n’oblige pas la France. Ashton perd toute autorité devant le traitement fait par ces deux ministres à sa déclaration que les armes ne peuvent être fournies avant le 1er août pour, selon les « sources proches », laisser une chance à Genève de se tenir. Retenons quand même sa justification de l’envoi des armes par leur but : « défendre les civils ». C’était le but aussi en Libye. Entre Ashton qui veut défendre les civils et Fabius qui veut changer le rapport des forces et Hague qui les ajoute aux arguments de choc qui doivent obliger El Assad à partir, l’unité européenne risque de prendre des coups sérieux.

Le lendemain de ces déclarations qui semblent vouloir forcer le destin, la Belgique annonce  son intention de rester en retrait, l’Allemagne confirme son opposition à l’envoi des armes et l’Autriche rassure sur le maintien de ses soldats au sein des forces de l’ONU chargées de superviser le cessez-le-feu sur le Golan.

Car, précise le ministre autrichien, l’embargo est levé pour après le 1eraoût. Il n’y a aucune raison de croire que ce dernier ment et donc il existe plus que des désaccords entre pays européens. Il existe des divisions.

Nous constatons qu’à l’entente franco-allemande qui a donné tonus et chair à une construction européenne enracinée dans les crédos économiques, il s’est réellement substituée une connivence franco-britannique implantée dans les choix politiques et idéologiques d’un alignement sur les USA. Cette connivence a été officialisée dans un accord signé par les deux pays et préparé par Sarkozy pressé de donner des gages aux USA sur son alignement complet. Cet accord militaire présageait d’un déplacement de la France du centre de gravité franco-allemand au cœur de l’Europe, vers un axe aux frontières de l’Europe voire à sa tangente.

Sarkozy avait préparé et négocié ce déplacement par conviction : l’hyper puissance US était à ses yeux la source de tout pouvoir et de toute orientation. Ceux qui ont de la mémoire se souviendront du forcing pour séduire Bush juste après son élection. Ils peuvent aussi se souvenir de ces campagnes de basse propagande qui glorifiaient les USA et fustigeaient l’anti-américanisme « primaire », campagnes animées par les figures les plus marquantes et les plus marquées de la gauche « humanitaire » alliées, pour la circonstance, aux figures de la droite autour de la «défense des valeurs de démocratie et de liberté». Les français comprendront un jour qu’elles désignaient les « vertus du capitalisme » débridé. 

Cette même « gauche » du PS continue dans ce domaine comme dans d’autres, dans la lancée de cet alignement pro-US qu’on a tort de confondre avec l’atlantisme car il préfigure la prochaine étape de destruction de l’Europe par le grand accord de Libre Echange entre l’UE et les USA. Les socialistes français continuent cette politique d’alignement qui est de fait une politique pour se désaxer de l’ancienne conception d’une Europe Unie. C’est la course au titre de meilleur élève néocon.

Le gouvernement français a joué à fond cette carte de l’alignement dont on peut dire sans exagérer qu’elle précédait les ordres. Le zèle a poussé si loin la France que ni Hollande ni Fabius ne peuvent reconnaître leur échec en Syrie sans le transformer en défaite. En forçant la main à l’Europe, les français et les anglais renforcent un axe ouest-européen aligné sur les USA ouvertement hostile à un axe est-européen pour qui la Russie est un partenaire vital. Il faut y rajouter les fractures économiques et sociales Nord/Sud de l’Europe, aggravées et dévoilées au grand jour par la crise.

La guerre à la Syrie ne risque pas d'embrasser le seul Liban. Elle peut aussi ajouter aux fissures européennes. On sent arriver le moment que choisiront quelques pays européens pour dire à l’état français que l’Empire colonial est derrière eux.   
 

Mohamed Bouhamidi


In Reporters-Alger, le 30 mai 2013. 

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