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samedi, 01 juin 2013

INTERVIEW KADER DOUMBIA: «TIKEN JAH FAKOLY A ETE TEMOIN DES CRIMES COMMIS PAR SORO GUILLAUME»


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Une vieille interview (2012), en deux volets, que je vous ai dégotée. Très révélatrice. Bonne lecture!


Plusieurs mois après l’assassinat du sergent chef Ibrahim Coulibaly, ses partisans ont décidé de saisir la Cour pénale internationale en vue d’obtenir justice. Kader Doumbia, porte-parole du collectif pour la justice sur l’assassinat de Ib s’est confié à ivoireinfo.com.


Vous êtes le porte parole du collectif pour la justice sur l’assassinat de IB, vous dites avoir déposé une plainte auprès de la Cpi. Contre qui est-elle adressée et qu’avez-vous obtenu de la part de la CPI?

Je vous remercie, pour l’intérêt que vous nous accordez en nous ouvrant les portes de votre journal. Le CJA-IB a effectivement porté plainte à la Cpi contre x, pour crime de guerre à la suite de l’assassinat extrajudiciaire du général Ibrahima Coulibaly (IB) et de certain de ses proches. En outre, le CJA-IB a demandé à la CPI de prendre en compte tous les crimes commis en Côte d’Ivoire depuis 2002, car cette période a été une des plus meurtrières de l’histoire de notre pays. Nous avons transmis à la Cpi des preuves sur les charniers de Korhogo. En effet, ces crimes sont tellement graves qu’il ne s’agit plus d’une question qui doit se limiter à la Côte d’Ivoire, mais elle doit concerner l’humanité toute entière. L’humanité ne peut pas laisser impunis des individus qui ont ordonné l’assassinat par asphyxie de plus d’une centaine de personnes qui ont étés enfermées dans des conteneurs en fer, exposés au soleil. Les droits de l’homme ne peuvent pas  fermer les yeux sur ces atrocités commises en Côte d’Ivoire, au vu et au su de tous. Ce serait un précédent, un recul regrettable pour la gente humaine.

Des personnes ont été assassinées de Bouaké à Mankono, parce qu’elles étaient tout simplement soupçonnées d’être des proches du général IB ou de ne pas être favorables à Soro. Ce sont là des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité, sur lesquelles nous ne saurions nous taire par souci de plaire aux dirigeants actuels du pays ou par appartenance tribale. Des fonctionnaires de l’Etat de Côte d’Ivoire ont été assassinés à Bouaké alors qu’ils n’étaient pas des combattants. Ces fonctionnaires gendarmes avaient été arrêtés et emprisonnés à Bouaké, car ils étaient soupçonnés d’être des pro-Gbagbo. Ce qui est normal en temps de guerre, mais en aucun cas ceux qui les ont arrêtés n’avaient le droit de les assassiner. Il y a un droit international qui dit clairement qu’on ne doit pas assassiner des prisonniers, et pourtant cela a été fait en Côte d’Ivoire sous l’ordre de Soro qui aujourd’hui veut se donner l’ image d’un démocrate. Ceux qui ont été tués ce sont des pères de famille qui ne faisaient que leur travail de fonctionnaires. L’ONU et les organisations de droit de l’ homme ont fait des rapports sur ces crimes de guerre et violations des droits humains. Il va de soi que les auteurs et commanditaires de ces crimes soient entendus et punis. C’est une question de bon sens et c’est la seule réponse que peut apporter l’humanité, contre ceux qui violent les règles et lois qui régissent la vie en société humaine.

Si le droit humanitaire et la communauté internationale laissent ce genre de chose se faire sans réagir, cela ouvrira la porte à d’autres crimes de ce genre. Vous savez que l’impunité entretien le cycle des crimes !

Pouvons-nous avoir des précisions sur les charniers dont vous parlez et qui en sont les auteurs ?

C’est un exercice difficile que vous me demandez-là, à cause des souvenir douloureux que cela évoque en moi. Mais  c’est un simple rappel que je fais lorsque je fais remarquer ce que les populations ivoiriennes du Nord ont vécus pendant près de dix ans et dont ceux du Sud ne voient qu’un échantillon maintenant.

Pendant près de dix ans les populations ont constaté le résultat catastrophique des ambitions insensées des dirigeants des forces nouvelles qui n’avaient cure ni de la justice ni de ce que représente et vaut une vie humaine. Sans aucune retenue, ils ont défié et foulé aux pieds les règles de base de la justice internationale.

Mais ils doivent savoir qu’on ne peut pas impunément défier la conscience humaine et qu’il se trouvera toujours des hommes épris de justice qui leur rappelleront leurs forfaits.

Le 21 juin 2004, une centaine de personnes a été enfermée dans un conteneur de 40’ (pieds) à  Korhogo par les responsables des FN. Ils y ont mis du gaz lacrymogène, de la poudre à minutions et ils ont laissé le conteneur exposé au soleil. Quelques heures plus tard, toutes ces personnes trouvèrent la mort. L’armée française a fait les investigations et a découvert le charnier dans la zone de Ferké ainsi que les pelles estampillées FANSARA 110 (le nom du camp de Fofié Kouakou) qui ont servies pour enterrer les personnes assassinées de cette manière odieuse.

Ce même 21 juin 2004, plusieurs personnes ont été également massacrées à Bouaké et enterrées sur plusieurs sites, les parents de ces disparus n’ont que leurs yeux pour pleurer sans possibilité de faire leur deuil, faute de pouvoir avoir les corps de leurs proches!

Le 22 juin 2004, le chef militaire Djalman et ses éléments ont été arrêtés à Mankono puis emprisonnés, ils seront par la suite exécutés, cela s’appelle crime de guerre car nul n’a le droit de tuer quelqu’un qui est en prison.

Il y a également le cas de l’assassinat de Koné Moussa dit Barbu qui était l’ancien commandant de Ferké. Sous un simple soupçon, ce père de famille a été arrêté puis emprisonné à Bouaké. Son petit frère étant membre de l’équipe musicale du célèbre chanteur ivoirien Tiken Jah Fakoly , ce dernier est personnellement intervenu auprès des autorités des FN pour que monsieur Koné soit épargné. Tiken Jah a lui-même appelé Wattao qui le gardait dans son camp, puis Soro Guilaume, pour leur demander de libérer Koné Moussa. C’était sans compter avec la froideur de Guillaume Soro qui a ordonné à ses chefs de guerre de lui donner la mort, car il ne pouvait plus lui faire confiance, après son arrestation. C’est là un cas palpable de crime extrajudiciaire pour lequel un artiste qui a une réputation mondiale pourra apporter son témoignage et qui montre le visage hideux et l’atrocité de Soro Guillaume dont la véritable place se trouve derrière les barreaux. C’est ce qui explique d’ailleurs la distance prise par Tiken qui, par cette expérience, a pris connaissance de la teneur de la soif de sang de Soro et de ses hommes. Il a compris que ces personnes n’étaient pas fréquentables, puisqu’ils ne se gênent pas pour enlever des vies humaines.

Je ne vous fais pas cas des larmes de cette pauvre dame, la mère de Koné Bakary dit Bakus qui, ayant appris l’arrestation de son fils, est allée elle-même demander pardon aux mêmes nervis de Soro pour que la vie de son unique enfant soit épargnée. Malheureusement cette pauvre mère apprendra quelques heures plus tard l’assassinat de son fils dont le corps a été confisqué.

Le crime reproché à toutes ces personnes tuées était d’avoir partagé les valeurs qu’incarnait IB, souvent même sans le connaître. Le cas de l’étudiant Koné Morel que tout le monde connaît en Côte d’Ivoire est là pour illustrer le caractère criminel et sanguinaire de ces hommes. Ce n’est pas un cas caché, car le cousin de Koné Morel travaille aujourd’hui pour le journal Le Patriote, il se nomme Kigbafori Inza, sa sœur Koné mariam est en France où elle a eu le statut de réfugié politique. Ce pauvre étudiant que Soro a envoyé en mission dans le Nord a été arrêté à Korhogo, puis emprisonné sur simple dénonciation de Konaté, qui est le seul à pouvoir expliquer les raisons de l’arrestation de ce jeune qui pourtant n’a jamais été un combattant ni quelqu’un de dangereux pour eux. Le père de Koné Morel, qui est originaire de la ville de Ferké tout comme Soro lui-même, est allé demander la libération de son fils qui était en prison. Pour seule réponse à sa requête, ils l’ont informé qu’ils ont assassiné son fils, sans même qu’un tribunal l’ait jugé coupable de quoi que ce soit. Le pire c’est qu’ils ont confisqué le corps et ils ont interdit l’accès de la ville de Bouaké au père. Ce dernier est mort par la suite, de chagrin, car il n’a jamais pu avoir le corps de son fils pour faire son deuil.

Je rappelle que les différents massacres et tortures que nous venons de citer ont fait l’objet d’enquêtes par l’Onu et par les forces Licorne. Ces rapports mettent en cause les responsables des FN notamment Guillaume Soro et Fofié Kouakou qui lui a été l’objet d’inculpation par l’ONU pour crime contre l’humanité.

Fofié n’étant qu’un exécutant, vous comprendrez ce que cela veut dire. Cela signifie que les commanditaires doivent passer devant le tribunal pour répondre de ces crimes graves qui ont eu lieu contre l’espèce humaine. Inculpé Fofié et laisser ces chefs politique circuler librement, c’est comme si on inculpait Mangou et qu’on laissait Gbagbo se promener librement.

Ce sont-là de vraies atrocités que vous évoquez, pensez vous qu’on peut aller à la réconciliation sans justice contre les auteurs de ces crimes  ?

Pour un homme comme moi qui me suis toujours battu pour la démocratie et le respect des droits humains, il m’est toujours difficile de parler de ces victimes à cause de la valeur émotionnelle de ces choses. Vous savez que je suis moi-même une des victimes et un rescapé des massacres de Soro et de ses nervis des Forces nouvelles. Je ne dois ma vie qu’à la chance et à la grandeur de Dieu qui m’a permis d’échapper à leur traque dont le but était de mettre fin à ma vie.

La Côte d’Ivoire ne peut pas connaître la démocratie tant que des hommes qui ne connaissent que l’assassinat comme argument seront dans son univers politique. C’est pourquoi il faut qu’ils soient extirpés et remis à la justice pour que la réconciliation soit possible. On ne peut pas d’un côté arrêter Gbagbo pour des crimes qui se sont passés en temps de guerre et de l’autre côté laisser libres des individus qui ont assassinés massivement des citoyens qui étaient à leur merci. Pour la justice et pour l’image de la Côte d’Ivoire, on doit tenir les auteurs de ces graves crimes loin de l’espace démocratique que nous voulons pour notre pays. Tant que ce genre de personnes seront aux affaires, le désir de vengeance rôdera sur le pays et sa stabilité.


Interview recueillie par ADOU Basile pour IvoireInfo


NB: La direction d’Ivoireinfo.com a renoncé à publier la seconde partie de l’interview. Notre confrère Abidjandirect ayant publié une interview qui reprend les mêmes propos de monsieur Kader. La confraternité journalistique nous interdit de publier en doublons des propos d’un même interviewé.

 

Source: IVOIRE INFO.COM


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Kader Doumbia, porte-parole du collectif pour la justice sur l’assassinat de IB (CJA-IB).


Un proche d’IB fait des révélations et accuse: «Nous allons combattre le régime Ouattara avec toute notre énergie», «Nous avons transmis à la Cpi des preuves sur les charniers de Korhogo».

 

Plusieurs mois après l’assassinat de l’adjudant chef major Ibrahim Coulibaly, ses partisans ont décidé de saisir la Cour pénale internationale en vue d’obtenir justice. Kader Doumbia, porte-parole du collectif pour la justice sur l’assassinat de IB (CJA-IB) s’est confié à Abidjandirect.net.

 
Abidjandirect : Vous êtes le porte parole du collectif pour la justice sur l’assassinat de IB, vous dites avoir déposé  une plainte auprès de la Cpi. Contre qui est-elle adressée et qu’avez-vous obtenu de la part de la Cpi ?

Kader Doumbia: Je vous remercie, pour l’intérêt que vous nous accordez en nous ouvrant les portes de votre journal. Le CJA-IB a effectivement porté plainte à la Cpi contre x, pour crime de guerre dans l’assassinat du général Ibrahima Coulibaly (IB) et de ses proches. En outre, le CJA-IB, a demandé à la CPI de prendre en compte tous les crimes commis en Côte d’Ivoire depuis 2002, car cette période a été une des plus meurtrières dans l’histoire de notre pays. Nous avons transmis à la Cpi des preuves sur les charniers de Korhogo (des centaines de personnes ont étés enfermées dans un conteneur exposé au soleil), de Bouaké et de Mankono. Ces  personnes ont étés assassinées, car elles étaient proches du général IB. Ce sont des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité, nous ne saurons nous taire là-dessus.

Abidjandirect: Pouvons-nous avoir des précisions sur les charniers dont vous parlez et qui en sont les auteurs ?


 K D: C’est un exercice difficile que vous me demandez. Pendant près de dix ans les populations ont constatés le résultat catastrophique des ambitions insensées des dirigeants des Forces nouvelles. Sans aucune retenue, ils ont défié les règles de base de la justice internationale. Mais que ceux-ci sachent qu’on ne peut impunément défier la conscience humaine. Le 21 juin 2004, une centaine de personnes a été enfermées dans un conteneur de 40’ (pieds) à  Korhogo par les responsables des FN. Qui  ont mis du gaz lacrymogène, de la poudre à minution et laisser le conteneur exposé au soleil. Quelques heures plus tard, toutes ces personnes trouvèrent la mort. L’armée française découvre le charnier dans la zone de Ferké.

Le même 21 juin 2004, plusieurs personnes ont été également massacrés à Bouaké. Le 22 juin 2004, le chef militaire Djalman et ses éléments ont été arrêtés à Mankono puis exécutés. Il y a également l’assassinat de Koné Moussa dit Barbu pour qui le célèbre chanteur Tiken Jah est personnellement intervenu auprès des autorités des FN pour que son cousin soit épargné mais c’était sans compter avec la détermination de Guillaume Soro et de ses chefs de guerre. Il y a aussi les larmes de cette pauvre dame, la mère de Koné Bakary dit Bakus demandant pardon aux mêmes nervis de soro pour que  la vie de son unique enfant soit épargnée mais elle apprenait quelques heures plus tard l’assassinat de son fils.Le crime reproché à toutes ces personnes tuées était d’avoir partagé les valeurs qu’incarnait IB. Je rappelle que les différents massacres et tortures que nous venons de citer ont fait l’objet d’une enquête par l’Onu. Mais ce rapport n’a jamais été rendu public. Ce rapport met en cause les responsables des FN notamment Guillaume Soro et Fofié Kouakou. 

Parler de cette période est toujours difficile pour moi car je suis une des victimes et rescapé des massacres  de Soro et de ses nervis des Forces nouvelles.


Abidjandirect: Pouvez-vous revenir sur les conditions de l’assassinat de IB  puisque vous parlez de torture ?  


K D: Je ne peux pas évoquer les conditions de l’assassinat de IB d’une part, nous sommes tenus par le secret de l’instruction et d’autre part par le respect pour la famille de IB car celle-ci n’a toujours pas réussi à faire son deuil, le corps d’IB étant toujours confisqué par le gouvernement ivoirien. Les ivoiriens  ont le droit de savoir que monsieur Ouattara et son gouvernement ont dit des contre vérités  au peuple sur les circonstances de l’assassinat de IB. IB n’est pas mort au combat comme l’a affirmé le président dans le Jeune Afrique N° 2629.

Pour nous, le président Ouattara à deux choix soit il se comporte en président civilisé en apportant la justice, la démocratie et l’état de droit à la Côte d’Ivoire dans ce cas nous l’aiderons; soit il décide de soutenir le manque de démocratie, l’impunité, l’injustice en protégeant les criminels de son régime dans ce cas nous allons le traiter de président criminel et nous allons le combattre avec toute notre énergie. Prenez le cas de Nelson Mandela qui a limogé et divorcé d’avec sa femme Winnie Mandela parce qu’elle a été citée dans un meurtre. C’est ça un homme d'Etat.  

Abidjandirect: Aujourd’hui, vous portez plainte. Croyez-vous en vos actions et ne craignez vous pas d’être poursuivi par les Ivoiriens pour avoir cautionné celui qui a installé à Abobo le commando invisible qui a fait de nombreuses victimes parmi les éléments des ex- forces de défense et de sécurité ?

K D: Nous croyons en nous, nous croyons en notre combat, nous sommes déterminés, la justice triomphera sur le mensonge et l’impunité. Il faut prendre de la hauteur sur tous ce qui a pu se passer entre le commando invisible et les ex-FDS. l’important aujourd’hui c’est qu’est ce que nous voulons faire face à un pouvoir qui est anti démocratique, un pouvoir qui réprime les manifestations, un pouvoir qui maintient en détention des personnes sans jugement, un pouvoir qui protège ses propres  criminels. Trouvez-vous normal que Gbagbo soit la seule personnalité qui soit aujourd’hui transférée à la Cpi ? Tandis que des personnalités du régime Ouattara mises en cause par toutes les organisations internationales des droits de l’homme bénéficient d’une totale impunité. Cela me révolte.
 
Abidjandirect: On sent votre colère contre le régime Ouattara, en ce moment. N’est-ce pas parce que votre « mentor » a été assassiné et que vos objectifs n’ont pas été atteints. Parlant des rétributions, bien sûr.

K D: En colère non, déçu oui ! Nous sommes déçus, car IB méritait mieux que ce qu’il a connu. Nous sommes déçus par le comportement de M. Ouattara, le mépris avec lequel, il a traité IB, et continue de traiter IB. C’est l’occasion pour le CJA-IB de porter à la connaissance du peuple ivoirien que M. Ouattara et son gouvernement ont confisqué la dépouille de IB et de son petit frère Soualio, assassiné également à Abobo. Nous sommes indignés de voir un président de la république qui se comporte  en procureur de la république tout en affirmant dans une parution de jeune Afrique : Je cite « IB est mort au combat ». Ce que M. Ouattara ne dit pas aux ivoiriens, c’est qu’il confisque le corps d’IB pour faire disparaitre les traces de tortures. Mais nous demandons aux ivoiriens de rester tranquille, nous avons des éléments de l’autopsie.

Dites-moi, comment un président peut affirmer de telles grossièretés. Pour le respect de la fonction présidentielle, M. Ouattara doit se dédire et présenter des excuses à la famille de IB et le réhabiliter.
   
Abidjandirect: Dans le combat que  IB menait, pensiez-vous obtenir gain de cause dans la mesure où il était en rupture de ban avec ses camarades de la rébellion ?

K D: Nous sommes fiers du parcours de IB, il a mis sa vie au service de la démocratie en Côte d’Ivoire.

Nous sommes d’autant plus fiers, car le nom d’IB ne sera jamais associé au nom des personnes qui ont plusieurs crimes à leur compte. IB a compris le bien-fondé de la démocratie. Dans tous ses discours il a toujours appelé les ivoiriens à la réconciliation. Laissez-moi faire comprendre aux ivoiriens que le but du combat d’IB n’était pas d’avoir des rétributions. Son seul but c’était de faire de la Côte d’Ivoire un état de droit.

Abidjandirect: Je voudrais qu’on revienne sur celui pour qui vous réclamez justice. Expliquez-nous le sens du combat qu’il a engagé et pour lequel il a ouvert les hostilités contre le régime de Gbagbo à Abobo ?

K D: IB voulait la démocratie  et la justice pour tous en Côte d’Ivoire. C’est pour cela qu’il a combattu tous les régimes qui ont offert à la Côte d’Ivoire l’impunité.

Notre combat n’a jamais été dirigé contre une personne mais contre un système.

Les mêmes raisons qui nous ont poussées, à combattre le système Bédié, ce sont les mêmes également qui nous ont poussées, à combattre le système Gbagbo. Nous constatons malheureusement, que le pouvoir Ouattara est une dictature. Il y a des violations massives des droits de l’homme.

Abidjandirect: Votre souhait en ce moment est d’obtenir réparation pour IB. En ce moment la commission nationale d’enquête est à pied d’œuvre pour établir la vérité sur la crise postélectorale. Croyez-vous en sa crédibilité et surtout en son efficacité?

K D: Non soyons sérieux, dites-moi si cette commission d’enquête a une valeur juridique ? Cette commission va-t-elle se substituer à la justice ? En ce qui concerne le CJA-IB, nous n’avons aucune confiance en cette commission, aucun témoin, aucune victime, aucune famille de victimes n’ira se livrer à la mort car nos proches continuent d’être enlevés, torturés. En procédant ainsi, le pouvoir veut protéger ses propres criminels, après le transfèrement de Gbagbo. Nous demandons même aux ivoiriens de ne pas s’adresser à cette commission.
 
Abidjandirect: Pensez-vous au terme des enquêtes de cette commission que justice sera rendue aux victimes?

K D: Nous croyons en la justice à moins que la Cpi ne soit une institution politique, à la solde des grandes nations; si tel est le cas nous avons d’autres recours pour notre combat juridique. En ce qui concerne la commission, elle ne peut pas se substituer à la justice.
 
Abidjandirect: Le président Ouattara n’a de cesse de clamer qu’il veut réconcilier les ivoiriens, y croyez-vous et pensez-vous qu’il parviendra à le faire ?

K D: Avant de parler de réconciliation, il faut que le pouvoir arrête les arrestations arbitraires, la chasse aux proches d’IB. Il faut d’abord garantir la sécurité à tous les ivoiriens. Par ailleurs, il faut que la justice fasse son travail. Il ne peut pas avoir de réconciliation sans justice. Toutes les victimes doivent obtenir réparation.
 
Abidjandirect: Aussi, une commission dialogue, vérité et réconciliation que dirige Konan Banny a été créée. Quels commentaires faites-vous?

K D: Nous avons confiance en la personne de monsieur Konan Banny et à sa volonté de réussir cette tâche mais nous nous interrogeons sur la sincérité du président Ouattara et son gouvernement à vouloir réconcilier les ivoiriens. Nous, (CJA-IB) informons la communauté nationale et internationale qu’aujourd’hui en Côte d’Ivoire, être un proche de IB est désormais un délit passible d’emprisonnement, torture ou assassinat. Le mépris du régime envers son opposition est un véritable problème pour la réconciliation. Il faut dire que  la tâche de Banny est très difficile surtout que le pouvoir souhaite que la réconciliation soit à sa couleur.
 
Abidjandirect: Lors de son récent voyage en France, le président Alassane Ouattara a qualifié ses nominations à connotation nordiques de « rattrapage ». Vous qui êtes originaire du nord, confirmez-vous que sous le régime de Gbagbo, les nordistes n’étaient nommés à aucun poste de responsabilité?

K D: Le président de la république étant le garant de l’unité nationale, devrait faire abstraction de ses émotions. La tenue de tels propos est dangereuse pour la cohésion nationale, et peut mettre en péril la réconciliation nationale. Dois-je rappeler que  la Côte d’Ivoire est un état laïc, multiculturel, multi-ethniques, donc tous les ivoiriens doivent bénéficier des mêmes traitements. Le CJA-IB constate avec amertume que de tels propos viennent du président de la république.
 
Abidjandirect: Quel commentaire faites-vous des accusations de déstabilisation du régime par les pro-IB et pro-gbagbo ?

K D: Si le régime Ouattara n’est pas à mesure de résoudre les problèmes des ivoiriens qu’il le dise plutôt que d’inventer des coups d’états à longueur de journée.   

Quand le mensonge d’état devient vérité officielle, il semble que rien n’arrête la surenchère et l’imagination. Le pouvoir Ouattara est atteint par son anachronisme.

Il voit des complots par tout, il crée des complots pour justifier ses violations massives des droits de l’homme.  Les  proches d’IB ne sont menés à aucune tentative de déstabilisation de la Côte d’Ivoire,  nous sommes plutôt préoccupés par notre survie car nous devons nous cacher à longueur de journée pour échapper au régime Ouattara. Les proches d’IB que nous sommes avons fait le choix du combat juridique car nous croyons aux valeurs de la justice. La Côte d’Ivoire reste et demeure une prison à ciel ouvert et un camp de torture pour les proches d’IBRAHIMA COULIBALY. L’exemple le plus récent est celui de l’arrestation et de la disparation d’Hamed Sanogo dont nous sommes sans nouvelles jusqu’à ce jour.

Le vrai ennemi du régime Ouattara ce n’est ni les proches d’IB ni les proches du président Gbagbo. C’est monsieur Guillaume Soro. Permettez-moi de vous dire qu’il ne peut y avoir deux rois pour le même royaume. Il n’est caché à personne que la plus profonde ambition de Guillaume Soro est de devenir le président de la Côte d’Ivoire. Ce triste personnage est aujourd’hui pressenti pour être le président de l’assemblée nationale. Alors que le président de la Côte d’Ivoire, selon la constitution en cas de vacance du pouvoir, c’est le président de l’assemblée nationale, qui exerce la fonction du président de la république. Dans ce conteste Guillaume Soro, président de cette institution devient une menace directe et un danger permanent pour monsieur Ouattara. Nous trouvons, par ailleurs, étrange l’incendie des locaux de la Primature à quelques jours du départ de l’encombrant Premier ministre de monsieur Ouattara de cette institution. Nous pensons que le but de cet incendie était de faire disparaître certains dossiers compromettant tel que le dossier SAGEM, les pièces comptables de la gestion de la primature, etc… Je suis même tenté de dire que le ministre DESIRE TAGRO a été assassiné pour éviter certainement qu’il révèle des choses dans ce dossier SAGEM et sur bien d’autres choses. 

Abidjandirect: Quel bilan faites-vous  des  neuf mois du président Ouattara ? 

K D: Neuf mois après la prise du pouvoir de monsieur Ouattara , la situation de la Côte d’Ivoire n’a pas changé, la Côte d’Ivoire reste un pays où il ya de nombreux  violations des droits de l’homme.

Une  liberté de la presse sous contrôle. Nous assistons à une institutionnalisation de l’impunité. Une réconciliation galopante sans véritable engagement de l’état. Le quotidien des ivoiriens n’a pas changé; les denrées alimentaires sont très chers et les ivoiriens  ont  beaucoup de  difficultés pour se nourrir, se soigner et se vêtir. Pendant que le train de vie du gouvernement reste très élevé. Les universités sont toujours fermées, ce qui est d’ailleurs préjudiciable pour la Côte d’Ivoire car cela  handicape nos élites de demain dans la compétition de la mondialisation. Nous assistons à une attribution des marchés publics sans véritable appel d’offre; par exemple, le cas le plus flagrant est l’attribution du marché octroyé à la société SATAREM GREENSOL qui appartient à des  proches du pouvoir par la ministre de la salubrité urbaine Anne Désirée Ouloto. Dans une démocratie normale, la ministre Anne Désirée Ouloto,  devrait démissionner. Dieu seul sait  comment le marché d’exploitation du café cacao a été attribué à la société Afrique d’Armajaro dont le directeur général est monsieur Loïc Folloroux qui est le beau-fils du président. Dans les sociétés d’Etat comme la Sotra et la Rti, ils font des licenciements abusifs au lieu de donner du travail aux ivoiriens.

Par la voix du ministre de la santé qui a informé les ivoiriens du fait que  les soins gratuits des Ivoiriens ne peuvent plus continuer car en neuf mois, cela leur à coûté 30 milliards de Fcfa. Nous pensons que le chef de l’Etat et son triste Premier ministre devraient  plutôt réduire leurs budgets de souveraineté qui est très énorme pour la Côte d’Ivoire. Au lieu de laisser le peuple à la merci des maladies. En neuf mois, le président n’a pas encore démissionné comme président du RDR et n’a jamais déclaré ses biens au peuple.

Abidjandirect: De plus en plus, le président Ouattara lance un appel aux ivoiriens exilés pour leur retour. Quelle interprétation faites-vous de cet appel et êtes-vous prêt à revenir au pays?

K D: On ne peut pas tenir dans la main gauche les emprisonnements, la torture, les assassinats, les massacres, l’impunité et tenir dans l’autre, une invitation pour demander aux exilés de rentrer. On a tous envie de revenir dans notre pays pourvu que nous soyons en sécurité. Mais les conditions sécuritaires et démocratiques n’étant pas réunies en Côte d’Ivoire je continuerai de squatter les bords de la Seine.

 

KONE Gbèlè


Source: ABIDJAN DIRECT.NET

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