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vendredi, 21 juin 2013

BOUSSO DRAME, LAUREATE DU CONCOURS NATIONAL D’ORTHOGRAPHE, REFUSE LE VISA DE LA FRANCE A CAUSE DU COMPORTEMENT VEXANT DU CONSULAT DE FRANCE!


BOUSSO DRAME.jpg


Il existe encore de la bonne graine et de la dignité en Afrique, DIEU soit loué! La nouvelle génération semble s'en porter garante. On peut encore espérer en un avenir prometteur et radieux pour l'Afrique. Merci, chère soeur Bousso Dramé, pour la force impétueuse de ce symbole que tu as si heureusement tenu à marquer. Fasse DIEU qu'il y en aie des millions comme toi, dans toute l'Afrique, pour la résurrection glorieuse et l'ascension de l'Afrique! Merci à toi. Fernand Dindé.

 

A Son Excellence, Monsieur le Consul Général, 
A Monsieur le Directeur de l’Institut Français du Sénégal, 

 

Mon nom est Bousso Dramé et je suis une citoyenne sénégalaise qui, en ce jour, a décidé de prendre sa plume pour porter haut et fort un message me tenant particulièrement à cœur. 

Par intérêt pour la langue de Molière, j’ai décidé de participer en Avril dernier, au Concours National d’Orthographe 2013, organisé par l’Institut Français, dans le cadre des Prix de la Francophonie. Le concours a réuni quelques centaines de candidats, âgés de 18 à 35 ans dans les Instituts Français de Dakar et de Saint-Louis ainsi que les Alliances Françaises de Kaolack et de Ziguinchor. A la suite de joutes portant sur un extrait de L’Art Français de la Guerre d’Alexis Jenni, Prix Goncourt 2011, j’ai eu l’honneur d’être primée Lauréate dudit Concours. A ce titre, un billet d’avion Dakar-Paris-Dakar et une formation CultureLab en réalisation de film documentaire au Centre Albert Schweitzer m’ont été octroyés. 

Durant ma petite vie, je n’ai eu de cesse, tout en étant ouverte sur le monde dont je suis une citoyenne, de défendre ma fierté d’être noire et africaine. Il va sans dire que je crois résolument à l’avenir radieux de ma chère Afrique. Je suis également d’avis qu’il est impératif que les préjugés qui ont prévalu au sujet des Africains et de l’Afrique, du fait du passé colonial et de la situation contemporaine difficile de ce continent, soient révolus. Il est temps que les Africains se respectent eux-mêmes et exigent d’être respectés par les autres. Cette vision d’une Afrique généreuse et ouverte, certes, mais fière et ferme dans l’exigence du respect qu’on lui doit et qu’on ne lui a que trop longtemps refusé est une conviction forte qui me porte et me transporte, littéralement. 

Cependant, durant mes nombreuses interactions avec, d’une part,  certains membres du personnel de l’Institut Français, et, d’autre part, des agents du Consulat de France, j’ai eu à faire face à des attitudes et propos condescendants, insidieux, sournois et vexatoires. Pas une fois, ni deux fois, mais bien plusieurs fois! Ces attitudes, j’ai vraiment essayé de les ignorer mais l’accueil exécrable dont le Consulat de France a fait montre à mon égard (et à celui de la majorité de Sénégalais demandeurs de visas) a été la goutte d’eau de trop, dans un vase, hélas, déjà plein à ras bord. 

En personne authentique qui ne sait pas tricher, une décision difficile mais nécessaire s’est naturellement imposée à moi. Un voyage tous frais payés, fut-il le plus beau et le plus enchanteur au monde, ne mérite pas que mes compatriotes et moi souffrions de tels agissements de la part du Consulat de France. Une formation aussi passionnante soit-elle, et Dieu sait que celle-ci m’intéresse vraiment, ne vaut pas la peine de subir ces attitudes qu’on retrouve malheureusement à grande échelle sous les cieux africains. Par souci de cohérence avec mon système de valeurs, j’ai, donc, pris la décision de renoncer, malgré l’obtention du visa. 

Renoncer pour le symbole. 

Renoncer au nom de tous ces milliers de Sénégalais qui méritent le respect, un respect qu’on leur refuse au sein de ces représentations de la France, en terre sénégalaise, qui plus est.

Cette décision n’est pas une sanction contre des individualités, mais contre un système généralisé qui, malgré les dénégations de mes concitoyens, semble ne pas avoir l’intention de se remettre en cause. 

Par ailleurs, je trouve particulièrement ironique que l’intitulé partiel de la formation à laquelle je ne prendrai pas part soit : « La France est-elle toujours la Patrie de Droits de l’homme. Jusqu’à quel point les Français sont-ils des citoyens d’Europe, du monde? » Cela aurait, sans aucun doute, fait un intéressant sujet de documentaire vu d’une perspective africaine et j’espère, avoir l’occasion, par d’autres voies et moyens, de participer à une future formation CultureLab. 

Je tiens à remercier, l’Institut Français tout de même, pour l’initiative de ce concours, qui, à mon avis mériterait de continuer à exister, voire se tenir à fréquence plus régulière et ce, pour stimuler l’émulation intellectuelle entre jeunes Sénégalais et pour le plaisir des amoureux de la langue française, dont je fais partie. 

Madame la Préposée au Guichet du Consulat de France - je ne connais pas votre nom, mais je vous dis au sujet de ce visa dont je ne me servirai pas : Non, merci. 

Fièrement, sincèrement et Africainement vôtre. 


Bousso Dramé  

Consultante Internationale 
Récipiendaire de la Bourse d’Excellence du Gouvernement Sénégalais 
Récipiendaire de la Bourse d’Excellence Eiffel du Gouvernement Français pour les étudiants étrangers 
Diplômée de Sciences Po Paris, Master en Affaires Internationales 
Diplômée de la London School of Economics, MSc in International Political Economy 
Nominée “Global Shaper” par le Forum Economique Mondial 


Source: VIPEOPLES.NET

Commentaires

RÉPONSE DU CONSUL GÉNÉRAL

Alain Jouret, consul général de France à Dakar, a découvert la lettre jeudi sur un site sénégalais et il se dit « vraiment désolé » :

« Elle aurait dû me contacter pour m’expliquer ce qui s’était passé. Je lui ai aussitôt envoyé un courriel auquel elle n’a toujours pas répondu. On ne reste que cinq minutes au guichet pour récupérer son visa, le contact a peut-être été froid, peu cordial. La seule chose que je sais c’est qu’il n’y a pas eu d’insultes. »

Le consulat traite 32 000 demandes de visas par an, chaque préposée reçoit 35 à 40 personnes par jour : « A mon arrivée, j’ai mis en place un système qui fait que personne ne fait la queue plus d’une heure. J’ai également renouvelé l’ensemble du personnel, désormais en grande partie issu de la diversité culturelle : franco-sénégalaise, franco-ivorienne, Dom-Tom, etc... »

Selon Alain Jouret, les plaintes pour « manque d’égards » de personnes ayant reçu leur visa est rarissime : « Nous avons mené une enquête de satisfaction, et 82% des personnes interrogées se disent satisfaites ou très satisfaites. » B.G.

http://www.rue89.com/2013/06/21/madame-preposee-guichet-consulat-france-a-dakar-visa-nen-veux-243545

Écrit par : Dindé | vendredi, 21 juin 2013

Les personnes interrogées par les enquêteurs se disent satisfaites ou très satisfaites parce que leur nom se trouve dans les documents français et elles ne veulent pas compromettre une éventuelle deuxième demande de visa.

Bravo à cette jeune dame qui a pensé à la nécessité de poser des actes symboliques. Elle s'est sacrifiée pour tous ses compatriotes. Ce sacrifice ne sera pas vain. Mais nous aimerions en voir davantage pour accélérer la conquête de notre dignité face au mépris français. Bravo madame !

Écrit par : St-Ralph | vendredi, 21 juin 2013

Salut Fernand. Décidément tous les faits me donnent raison sur le racisme criant des français. Par la grâce de Dieu j'ai eu la chance de me rendre en France à partir de différents pays africains. Ainsi j'ai pu comparer les procédures d'obtention du visa français. Je me suis rendu à l'évidence que les ivoiriens n'étaient pas bien lotis. Aucun abri aménagé pour l'accueil des demandeurs. Malheur à toi s'il pleut alors que tu n'es pas encore appelé; ce qui n'est pas le cas dans certains pays où l'on a accès à l'enceinte de l'ambassade en attendant un éventuel appel. En CI, la procédure exige le dossier en double (original + copie) ce qui n'est pas un problème mais qu'à l'arrivée quelques documents soient pris et le reste entre tes mains, ce n'est vraiment pas sérieux. Des dépenses inutiles. Ce qui n'est pas le cas sous d'autres cieux où l'essentiel est exigé mais récupéré lors du dépôt. En plus de cela, pas de crédit d'appel; juste tu composes le numéro de l'ambassade tu as immédiatement quelqu'un au bout du fil tandis qu'en CI, c'est un parcours de combattant (monument aux morts oblige peut-être). Tu dois 2 mois à l'avance prendre Rdv. On me dira que la demande est forte. Ce à quoi je réponds par la négative. La CI donne trop à la France, il faut qu'en retour elle lui renvoie l'échelle. Que Dieu bénisse l'Eburnie!

Écrit par : IntelligenciaHomme | vendredi, 21 juin 2013

J'ai parcouru le courrier de cette lauréate et j'en étais fier car elle se donne une ligne de conduite qu'elle n'est pas prête à monnayer contre quoi que ce soit. C'est cela la marque des grands Hommes. Mais si et seulement si ces poignées d'africains adeptes de l'indépendance vraie du continent joignaient l'acte à la parole. Ici elle a joint l'acte à la parole en ayant une posture conforme à ses principes de vie. Cet exemple devrait être porté à la connaissance de nos chefs d'Etat pantins qui ne doivent leur place qu'à la seule volonté de leurs maîtres européens et américains. Voyez vous comment leur désapprobation de la CPI est amorphe et à peine audible. Ils veulent nous faire croire qu'ils sont subitement devenus des Hommes et pourtant la triste réalité est là. Aucun acte concret qui se traduirait par leur retrait de cet instrument de domination n'a été posé. D'ailleurs tardive me réconforte dans l'idée que nos dirigeants sont des irresponsables. Avaient-ils effectivement pris connaissance des textes régissant le fonctionnement de ce machin avant de le ratifier? Alors pour moi, leur réaction s'apparente à celle d'un idiot qui se réveille subitement de sa torpeur. Comment, oui, comment des prototypes d'hommes comme ça peuvent être à la tête d'un État et espérer en un avenir radieux de celui-ci?

Écrit par : IntelligenciaHomme | samedi, 22 juin 2013

Une telle dignité fait du bien à mon âme d'africain. Merci à toi, Bousso Dramé.
La réponse du Consul Général m'amène aux réflexions suivantes:
- telle une autruche, il ramène la problématique à sa personne (et son service) et au satisfecit de son management;
- Bousso Dramé parle "d'attitudes et propos condescendants, insidieux, sournois et vexatoires". Combien d'africains mus par l'émotion et la peur (dont parle St-Ralph plus haut) à l'idée d'avoir un visa français sont capables d'un tel discernement, d'une tel courage dans leur analyse?
- la France reste égale à elle-même! Dès qu'on lui parle de (néo)colonialisme et de racisme, elle se raidit comme agressée et vilipendée. Parce que la France bienfaitrice et civilisatrice n'a rien à voir avec ces affreux et méchants colons et racistes. Et pourtant! A ce jour, le contentieux n'est pas près d'être vidé avec l'Algérie -si proche et lointaine à la fois-, par exemple. Ni pardon, ni repentance! Vociférait, il n'y pas si longtemps, le sieur Sarkozy. Pourquoi les anglais sont-ils plutôt en de bons termes avec leurs anciennes colonies et pas la France, prétendument Nation des Droits de l'Homme? Subséquemment, l'une des questions qui me taraude est: Pourquoi, parmi les pays émergents, il n'y en a aucun qui soit francophone?
- Enfin, M. le Consul Général (et la France qu'il représente) me fait penser à l'attitude de certains étrangers en CI (et leurs pays d'origine) qui se sentent immédiatement indexés, voire insultés dès qu'on ose débattre de la nationalité et de l'immigration en CI.

Écrit par : GUI TEH | samedi, 22 juin 2013

Chers frères,

Merci pour vos brillantes interventions et vos justes analyses!

Pour ma part, j'affirme sans détours que cette France-là ne se départira jamais de son attitude altière et de son ton hautain tant qu'il s'agira de l'Afrique.

Comment peut-il en être autrement quand bien de nos chefs d’Etat sont des marionnettes installées ou maintenues au pouvoir par la France et quand ces sans-grades (exécutants, subalternes) se comportent comme des garçons de maison prêts à s’aplatir devant le plus petit commis de l’Elysée?

Nous devons retrouver notre dignité et la jeune génération que nous représentons doit exiger respect et considération pour la mère-patrie, notre si chère Afrique. Avec des fils et filles comme Bousso Dramé, nous sommes bien partis.

La France ne nous humiliera pas toujours et ne nous dominera pas toujours, cela, elle doit le savoir. Les données s'inversent. La prise de conscience et la culture politique des jeunes africains arrivent à maturation et bientôt, les Africains n'accepteront plus de se laisser fouler au pied. Nous arracherons notre liberté. A tous les prix. Que la France s'y prépare. Elle est avertie, elle qui est habituée à faire de la prospective. Aucun peuple n'est dominé toujours et indéfiniment. A bon entendeur...

Bien à tous!

Écrit par : Dindé | samedi, 22 juin 2013

Hommes africains (en particulier les dirigeants), c'est donc une femme qui vous montre l'exemple. Que votre orgueil macho en soit marqué à jamais.

Écrit par : darchangel | lundi, 24 juin 2013

Hommes africains (en particulier les dirigeants), c'est donc une femme qui vous montre l'exemple. Que votre orgueil macho en soit marqué à jamais.

Écrit par : darchangel | lundi, 24 juin 2013

Chers frères et sœurs, la liberté une fois qu'on l'a perdue ne se donne pas, elle s'acquiert. Il serait naïf de croire que après avoir pratiqué l'esclavage, la colonisation et ayant réduit le noir à moins que rien , ceux-là soient devenus comme par enchantement beaux, gentils, doux, aimant..., jamais, au grand jamais! ne soyez pas dupes. Chez frères et sœurs africains, notre salut ne se trouve que dans le travail! Comme le disait Woley Soyinka, le tigre ne proclame pas sa ''tigritude'', il bondit sur sa proie et la broie. Pour dire simplement que la Chine par exemple n'a pas demandé aux puissants de ce monde de la respecter, le respect s'est imposé de lui-même par le travail et la discipline. Chère Bomisso, merci pour cet acte de bravoure. Le plus long voyage commence toujours par un tout petit pas. Comme feu GG. Vikey l'a si bien chanté, un jour le soleil luira pour nous!

Écrit par : Niamien | lundi, 24 juin 2013

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