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mercredi, 26 juin 2013

FRANZ-OLIVIER GIESBERT: SI M. SARKOZY EST UN HOMME D'ETAT...

GIESBERT ET SARKOZY.JPG

Franz-Olivier Giesbert - Nicolas Sarkozy © Baltel/Sipa/Gorassini Giancarlo/Abaca


«Nous devons avoir l'intelligence et le courage de proposer à Henri Konan Bédié d'avoir la dignité et la décence de se retirer complètement de la politique... Bonne lecture du texte de Franz-Olivier Giesbert qui suit. Sincèrement». Un observateur avisé de la vie politique ivoirienne, fidèle lecteur de Regards Croisés.


Le retour en politique de Nicolas Sarkozy est-il encore possible ? Les flots d'affaires qui dégringolent sur lui devraient l'obliger à reculer. La raison aussi.

Depuis qu'il a quitté l'Élysée, M. Sarkozy ne songe qu'à retrouver son fauteuil et les lambris : il fait partie de cette catégorie de politiciens qui s'imaginent chef de l'État à vie pour devenir, après leur mort, président du Sénat.

Vibrionnant en coulisses, M. Sarkozy a ainsi verrouillé la droite en poussant M. Copé à s'installer à la tête de l'UMP dans les conditions calamiteuses que l'on sait et en interdisant à ce parti d'exercer le moindre droit d'inventaire qui lui permettrait d'élaborer, enfin, un projet de société.

Mais personne n'est irremplaçable, M. Sarkozy non plus. D'autant que tout porte à croire qu'il aura fort à faire avec la justice dans les années à venir. L'amoralisme n'est ni de droite ni de gauche ; il est partout. Mais ce qu'on a appris sur le système sarkozyste de gouvernement, ces derniers temps, jette une lumière crue sur des moeurs qui rappellent fâcheusement celles des républiques bananières.

Certes, les fines bouches sont fondées à parler de guerre des affaires, la droite et la gauche s'en jetant sans cesse à la figure, des vertes et des pas mûres, ce qui donne du travail aux médias et des suffrages au Front national. Il n'en reste pas moins vrai que toutes ces révélations sont plus que troublantes : affligeantes.

Où était donc passée, pendant son quinquennat, cette "République irréprochable" vantée par M. Sarkozy durant sa campagne de 2007 ? Elle s'était mise en congé pour laisser se déployer la passion pour les fonds en liquide de M. Guéant, son Fouché de poche, ou l'incroyable scénario, digne d'un mauvais polar, qui mena à l'arbitrage favorable à M. Tapie. Des affaires dont l'ancien président - qui a droit, cela va de soi, à la présomption d'innocence - aura du mal à faire croire qu'il n'en connaissait rien.

Que M. Tapie ait eu droit à un dédommagement après que son groupe fut dépecé, en 1995, à la suite de l'affaire du match truqué VA-OM qui l'envoya en prison, c'est une chose : à la justice de trancher en toute transparence, elle est même là pour ça, et personne n'aurait rien trouvé à redire. Mais non, il a fallu que M. Sarkozy se mêle de près à cette histoire, comme si elle le regardait, mélangeant tout, les genres, les cuillères, le beurre, l'argent du beurre et la fille de la fermière, au mépris des principes d'un État de droit.

Que deux des arbitres sur trois, MM. Bredin et Mazeaud, choisis par les parties en conflit, fussent a priori au-dessus de tout soupçon, c'est une évidence qui n'efface pas pour autant le malaise provoqué par cette affaire où s'est invité tout ce que la France compte de combinards et de navigateurs d'antichambre, sous l'autorité d'un omni-président.

Si M. Sarkozy veut rendre service à la droite, il a un devoir : confirmer au plus vite les propos par lui tenus pendant la campagne de 2012, et se retrancher définitivement de la vie politique ou plutôt de ses manoeuvres d'arrière-cuisine pour défendre son honneur devant les juges qui l'attendent au tournant.

La droite s'en portera mieux, qui a déjà pléthore de candidats sérieux pour prendre sa tête : François Fillon, bien sûr, mais aussi, par ordre alphabétique et à plus ou moins long terme, François Baroin, Xavier Bertrand, Christian Estrosi, Alain Juppé, Nathalie Kosciusko-Morizet, Bruno Le Maire, Valérie Pécresse, Laurent Wauquiez, Rama Yade et quelques autres, il y a l'embarras du choix !

S'il continue d'empêcher tout renouveau de l'UMP en attendant fébrilement le moment de son hypothétique retour, Nicolas Sarkozy, éclaboussé par des affaires de toutes sortes, continuera de faire, à son corps défendant, le jeu du Front national qui, ces temps-ci, prolifère sur fond de malheur social. Tout le confirme, les sondages comme les élections partielles : contrairement au parti de Marine Le Pen, la droite parlementaire ne profite en rien de l'impopularité de François Hollande.

Le piège de l'extrême droitisation d'une frange de l'UMP s'est refermé sur le parti tout entier : désormais, Mme Le Pen s'autorise à jouer les bonnes âmes modérées face à M. Copé et à ses damoiseaux buissonnistes. Un comble ! Quant au centre, pièce maîtresse pour l'élection présidentielle de 2017, il part à vau-l'eau, si j'ose dire, sous la houlette de M. Borloo.

La messe est-elle dite ? Tout se met en place pour que le FN devienne, aux prochaines européennes, le premier parti de France alors que les Français ont de plus en plus de mal à s'écouter les uns les autres. Un homme d'État doit savoir cela. M. Sarkozy prouvera qu'il en est un s'il tourne la page et laisse la droite vivre enfin sa vie, pour le meilleur et pour le pire.


Source: LE POINT.FR

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