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jeudi, 15 août 2013

VISITE CHEZ LES PARENTS DE GBAGBO - LES VERITES DE MARIE-ODETTE LOROUGNON A SORO: «VOUS AVEZ TRAHI GBAGBO»


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C’est maintenant officiel. Le 15 août 2013, l’actuel président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, Guillaume Soro Kigbafori, se rendra à Gagnoa, «chez les parents de Gbagbo». Il est l’invité du collectif des chefs de village de cette localité dont le plus illustre des fils, Laurent Gbagbo, est injustement emprisonné à La Haye (Hollande). Rompant courageusement le silence hypocrite des cadres de la région autour de cette visite, Mme Marie- Odette Lorougnon , ex-député Fpi d’Attécoubé (Abidjan), Secrétaire nationale de l’organisation des femmes du Fpi (OFFPI) et fille de Gagnoa, a décidé d’écrire à l’ex- chef rebelle et ancien Premier ministre qui a, soutient-elle , «trahi Gbagbo». Voici la lettre ouverte .

 

Monsieur le Président de l’Assemblée nationale,

Sur invitation des chefs coutumiers de notre région, vous devez vous rendre dans le département de Gagnoa. Quoi de plus normal ! Mais selon vous-même, en dehors du programme officiel relatif à l’inauguration et à la pose de la première pierre du siège des chefs coutumiers, vous projetez de vous rendre successivement à Mama, Gnaliépa, Kpogrobo et Gnagbodougnoa. En tant que fille de Gagnoa, je m’interroge. Pourquoi avez-vous décidé de vous rendre à Mama ? Manifestement, ce n’est pas pour voir Laurent Gbagbo, il n’est pas là-bas. Il n’est pas à Mama. Il est emprisonné à La Haye ! Loin de sa terre natale. Je ne vous apprends rien. Vous le savez mieux que quiconque. Mais il y a plus grave. Son épouse Simone et son fils Michel qui auraient pu vous recevoir sont eux aussi en prison. Dans le Nord de la Côte d’Ivoire, dans votre région à vous. Si ce n’est donc pour le voir, alors qu’est-ce qui motive cette visite aux allures de moquerie ? Assurément, ce n’est pas non plus pour expliquer aux parents de Gbagbo pourquoi vous l’avez trahi. Car, vous avez trahi le Président Gbagbo ! Pourquoi, alors que vous l’aviez assuré de l’accompagner à sortir la Côte d’Ivoire de la crise ; alors qu’il vous a nommé Premier ministre quand vous avez accepté la paternité de la rébellion ; alors qu’il vous a confié l’organisation de la présidentielle, pourquoi lui avez-vous planté le couteau de la traitrise dans le dos pour qu’il se retrouve en prison ?

Monsieur Soro, Si ce n’est pas pour dire à ses parents que Gbagbo a eu tort de vous avoir fait confiance, alors, pourquoi allez- vous à Mama ? Pourquoi voulez-vous partir à Gnaliépa, le village où sa mère s’est remariée ? Elle non plus n’est pas là-bas. Cette octogénaire a été contrainte à l’exil par vous et par votre rébellion. C’est la preuve achevé e du principe du délit familial introduit en Côte d’Ivoire par vous et votre mentor, Alassane Ouattara. Délit qui vous per - met de maintenir e n prison Michel Gbagbo, juste «parce qu ’il est le fils à son père !» , comme l’a dit, sans être contredit, l’ancien Premier ministre de votre régime, Jeannot Ahoussou-Kouadio. Et depuis avril 2011, Gado Marguérite, la mère de Gbagbo vit au Ghana , loin de Gnaliépa. Elle est contrainte d ’y vivre alors que le reste de ses enfants et petits-enfants est éparpillé dans le monde entier. C’est à croire que Gbagbo n’a pas dignement enterré la mère d’Alassane Ouattara, votre mentor ! On a coutume de dire que «la raison du plus fort est toujours la meilleure ». Mais ce n’est pas vrai, parce qu’il existe une justice divine. Vous avez beau être puissant aujourd’hui, cette loi divine ne vous donne pas le droit de vous moquer des parents de Gbagbo. Elle ne vous autorise pas à aller leur dire : «Voyez-vous, je suis le plus fort, le plus courageux. J ’ai vaincu votre fils, il est en prison à L a Haye. Et je viens me moquer de vous et vous ne pouvez rien me faire ! Vous n ’êtes pas courageux, vous n’êtes pas fort comme moi, Soro Guillaume. Votre fils, je l’ai trahi, je l’ai vaincu. Il avait raison mais comme je suis le plus fort, je lui ai fait porter la responsabilité de toutes les fautes. Je l’ai fait mettre en prison ainsi que son épouse et son fils. J’ai contraint sa mère, ses enfants et ses petits- enfants à l’exil. Et puis il n’y a rien !».

Non, Monsieur Soro, Vous n ’avez pas le droit de narguer les parents de Laurent Gbagbo, votre sup - posé père spirituel. Vous n’avez pas le droit non plus de vous moquer des parents de Blé Goudé, votre camarade de lutte.

Non, Monsieur, Vous  avez encore moins le droit de rire , de bomber la poitrine devant la fosse commune des Guébiés. Cette fosse infligée en 1970 qui ramène à la tragédie de plus de 1.2 00 personnes massacrées par vos rebelles à Duékoué, fin mars début avril 2011.

Monsieur Soro, Loin de la logique hypocrite dans laquelle vous vous êtes engagé, je tenais absolu - ment à vous dire tout cela. A vous exprimer mon avis. Je n’ai ni la prétention ni le pouvoir de vous interdire l’accès d es villages que vous voulez visiter. Mais j’ai au moins le courage, de vous dire simplement que malgré votre puissance du moment, il y a des choses que vous ne devriez pas faire. Vous ne pouvez pas avoir trahi Laurent Gbagbo comme vous l ’avez fait, vous ne pouvez pas l ’avoir traité comme vous l’avez fait, vous ne pouvez pas l ’avoir humilié comme vous l’avez fait, et vous en allez narguer ses parents, parce que vous êtes le plus fort pour l’instant. J e me refuse à considérer cette visite aux allures d ’une provocation de plus. J’ai voulu donc positiver en plantant le décor.


Marie Odette Lorougnon

Fille de Gagnoa, ancien Député

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