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lundi, 30 septembre 2013

COTE D’IVOIRE 2015: LES ELECTIONS PRESIDENTIELLES AURONT-ELLES LIEU?


OUATTARA ET BEDIE 2.jpg

 

Depuis plusieurs mois, alors que le « compte des élections de 2010 » n’a pas encore été soldé que la question d’élections en 2015 est remise au goût du jour. Des campagnes ont commencé ici et là, faisant ainsi entorse à la souveraineté du peuple. Peut-on continuer de fonctionner ainsi lorsque l’élite dit travailler pour le bien-être des populations ? Le process que nous lisons, donne plutôt la primeur des intérêts d’une certaine élite sur ceux du peuple ?

En fait, avant de parler des élections de 2015, il convient de répondre à la question qui restera pendante aussi longtemps qu’elle sera éludée : « Qui a gagné les élections présidentielles de 2010 ? » Que cette question agace ou non suivant le bord où l’on se situe, sa pertinence doit interpeller chaque citoyen qui voudrait travailler dans le sens de l’apaisement et de la réconciliation nationale. Car il paraît aujourd’hui patent que ceux qui ont eu la légitimité de la Communauté internationale mais qui souffre d’une illégalité interne (ou nationale) doivent tendre la main à ceux qui ont une légalité nationale et qui n’ont pas la légitimité de la part de certains grands pays.

Position du problème

En Côte d’Ivoire, deux blocs se sont affrontés à l’occasion des élections de novembre 2010. Il s’agit de la LMP et du RHDP. La caution apportée par le candidat (Henri Konan Bédié) du PDCI à celui du RDR (Alassane Ouattara) a donné du grain à moudre aux artisans de l’imposture en Côte d’Ivoire. En effet, nous avons bien vu qu’une victoire de monsieur Alassane Ouattara était impensable avec le taux de participation de 70 % au deuxième tour du scrutin du 28 novembre 2010. Mais la propagande de persuasion des « médias-mensonges » et les relais de monsieur Ouattara dans le monde ont fini par convertir l’amalgame en une vérité du moment. Par ailleurs, le renversement de Henri Konan Bédié le 24 décembre 1999 ; la tentative de coup d’Etat du 19 septembre 2002 contre Laurent Gbagbo et le coup d’Etat de 11 avril 2011 contre Laurent Gbagbo ont crée en Côte d’Ivoire un climat de méfiance et de suspicion légitimes.

Depuis, Alassane Ouattara dirige le pays alors que le juge des élections – le Conseil constitutionnel – a déclaré Laurent Gbagbo vainqueur. Il faut bien noter maintenant que Bédié, Gbagbo et Ouattara ont chacun été à la tête de la Côte d’Ivoire. Ces trois acteurs majeurs de la vie politique ivoirienne ont chacun fait son expérience. Aussi, le peuple a-t-il eu l’occasion d’apprécier le mode de gouvernance de chacun d’eux.

Etat des lieux

Le problème ainsi posé, il convient d’examiner la situation du pays et de réfléchir à ce qui peut être la bonne approche dans l’intérêt du peuple. Hier des Ivoiriens ont été entraînés par un fondamentalisme. Alassane Ouattara a fait croire aux ressortissants du nord ivoirien qu’il « défendait leur cause ». Ceux-là ont très vite déchanté quand ils ont vécu la pratique de l’exercice du pouvoir de monsieur Ouattara. Intoxiqué par un discours à la fois haineux et diviseur ; ébloui par un chantre chauvin mais plus justement tribaliste, il était impensable dans la foulée que certains ressortissants du nord trouvent « Gbagbo kafissa », à savoir que Gbagbo était mieux. Aujourd’hui, que de ravages, surtout lorsque l’on veut prospérer sur l’ignorance de populations analphabètes ? Pour une question que nous pouvions résoudre en nous « asseyant pour discuter ». Imposé à la tête de la Côte d’Ivoire par des bombes, Alassane Ouattara n’a pas pu identifier la méthode qui convient pour ramener la paix. Etait-il en situation pour réussir ? La réalité est que convaincu lui-même de ce que son avènement est l’effet d’une imposture, celui qui n’a jamais été adepte de la démocratie a penché systématiquement pour la « pacification » et donc la logique de la terreur pour s’imposer. C’est là où Ouattara ne connaît pas le pays. Il faut dire que les accords de Marcoussis – au-delà d’autres accords qui n’ont pas réglé le conflit – contenaient des aspects confligènes.  En emmenant le MJP, le MPIGO et bien d’autres mouvements qui n’ont de militants que leurs dirigeants, la réconciliation était difficile à obtenir. Laurent Gbagbo a beau faire des sacrifices, endurer des humiliations, rien n’y fait. Le forum de réconciliation nationale d’octobre 2001 avait donné des débuts de réponses pour désamorcer des germes de crise. Aujourd’hui, plus de deux ans après les dernières élections présidentielles, la CDVR (Commission Dialogue et Réconciliation)  n’a pas résolu le problème posé. Et les populations, dans la souffrance, regardent pour l’instant impuissantes, les exercices des différents acteurs politiques pour voir dans quelle(s) mesure(s) une posture donnée peut les délivrer.

Quelle incidence de la mondialisation

Le terrorisme gagne différentes contrées du monde. Mais il se concentre surtout en Afrique. Les guerres en Somalie, au Soudan, en Afganistan, en RDC, en Irak, en Lybie, en Côte d’Ivoire et au Mali et autres crises déstabilisatrices nourrissent le fondamentalisme et l’intégrisme religieux. Mais comme tout(e) mal(adie), il convient de trouver la cause pour suivre la bonne thérapie. Plutôt qu’un prétexte pour mener des interventions sur des terrains tiers, le terrorisme – qui ne saurait trouver aucune justification – est un mal qui puise ses racines dans la désespérance. Cette cristallisation de l’extrémisme peut trouver sa solution dans la prévention. C’est une erreur de continuer à penser que le terrorisme peut être vaincu par des guerres. Il faut regarder du côté des injustices criantes. Il y a des accumulations de richesses dans certaines parties du monde qui prennent bon marché (si ce n’est à vils prix) leurs matières premières, entre les mains de ceux qui vivent injustement dans la pauvreté. Il convient d’indiquer au passage que la position de la Russie dans la guerre en Syrie devrait être observée en lien avec des résolutions antérieures du Conseil de sécurité.

Sur la Lybie, le 17 mars 2011, « … Aux termes de la résolution 1973, adoptée par 10 voix pour et 5 abstentions (Allemagne, Brésil, Chine, Fédération de Russie et Inde), le Conseil a décidé également que cette interdiction ne s’appliquera pas aux vols dont le seul objectif est d’ordre humanitaire ou encore l’évacuation d’étrangers … Pour leur part, les délégations qui se sont abstenues sur ce texte, dont deux membres permanents du Conseil de sécurité -la Fédération de Russie et la Chine-, ont expliqué leur décision par le fait, qu’au cours des délibérations, elles n’avaient pas pu obtenir des réponses à leurs questions… ».

Sur la Côte d’Ivoire, « … Rappelant ses résolutions antérieures, en particulier les résolutions  1572 (2004), 1893 (2009), 1911 (2010), 1924 (2010), 1933 (2010), 1942 (2010), 1946 (2010), 1951 (2010), 1962 (2010), 1967 (2011), 1968 (2011) et les déclarations de son président sur la situation en  Côte d'Ivoire, ainsi que la résolution 1938 (2010) relative à la situation au Libéria, Réaffirmant son ferme attachement au respect de la souveraineté, de l'indépendance, de l'intégrité territoriale et de l'unité de la Côte d'Ivoire, et rappelant l'importance des principes de bon voisinage, de non-ingérence et de coopération régionale, … Réaffirmant qu'il souhaite vivement que la crise postélectorale en Côte d'Ivoire soit réglée de manière pacifique, et qu'elle exige une solution politique globale qui préserve la démocratie et la paix et favorise la réconciliation durable de tous les Ivoiriens,… ».

D’abord, il faut remarquer que des résolutions se sont accumulées sur la Côte d’Ivoire sans la réelle volonté de la Communauté internationale d’aller jusqu’au terme de chacune dans sa mise en œuvre. Mais on peut également noter la ferme affirmation que le problème ivoirien devrait être résolu par la voie pacifique. A la lecture de ces résolutions, on peut constater que la Communauté internationale a été surprise à l’épreuve de la bonne foi. Que dire de la Cour pénale internationale ? Sa pratique démontre qu’elle est le bras séculier du Conseil de sécurité de l’ONU. L’initiative des intellectuels africains sous l’égide du professeur Malick N’diaye qui a – les 3 et 4 décembre 2012 – mis en évidence à Addis Abeba, la forfaiture dans son mode de fonctionnement de la CPI venait ainsi à point nommé. On observe que les poursuites de la CPI sont orientées essentiellement contre les Africains. Ce qui a poussé l’Union africaine à qualifier la CPI d’une justice raciste. L’initiative du Kenya de revenir sur la ratification du traité de Rome et le sommet spécial d’octobre prochain de l’Union africaine sur la CPI sont des signaux qui devraient montrer aux grands pays que l’instrumentalisation des institutions internationales aux dépends de l’Afrique n’est plus acceptable par l’Afrique.

A la croisée des chemins, le dernier discours de François Hollande au Mali mérite d’être examiné dans tous ses contours. Le relent paternaliste que respire un tel discours doit nous interroger sur la posture réelle du candidat socialiste de 2012 qui a présenté des projets progressistes.

Quelle élite pour résoudre la question du vivre ensemble ?

Il convient d’approcher la question ivoirienne en intégrant que la réponse se trouve en interne. Les appuis extérieurs, s’ils sont sincères ne peuvent que venir en appoint. La dimension à bien travailler est la relation avec l’ancienne puissance tutélaire. Plus de cinquante deux (52) ans après les indépendances des pays de l’espace francophone,  l’on pouvait difficilement imaginer que la France veuille encore régler la question de la sécurité des Africains en France. Cette logique d’infantilisation qui ne tient pas compte des choix des Africains doit commander une certaine rupture. Soit l’occident – surtout la France – intègre que les vieux modèles qu’il remet lui-même en question ne peuvent plus également s’appliquer à l’Afrique, auquel cas, il faut imaginer ensemble une posture de « partenariat gagnant-gagnant » soit il s’entête à rester dans sa logique séculaire de pillage systématique des richesses en Afrique et les Africains devront trouver la voie qui conduise à leur épanouissement.

Parler des élections de 2015 en Côte d’Ivoire demande que l’on mette sur la table des préalables dont « qui a gagné les dernières élections présidentielles ? ». Mais aussi pour aller vers 2015, il faut traverser la question de l’armée (avec le désarmement), celle d’une Commission électorale indépendante et de la liste électorale.

Les responsables politiques et des élites doivent raison gardée faire preuve d’un minimum de sagesse et de bonne foi. La question culturelle, le respect de nos traditions, la sociologie locale et la psychologie des administrés sont des facteurs qui doivent absolument nous aiguiller vers la bonne dialectique. L’heure n’est pas aujourd’hui d’endormir des consciences et de déterrer certains préjugés. Houphouët Boigny a bien fait certaines choses. Mais comme toute œuvre humaine, beaucoup de dégâts d’aujourd’hui tirent leurs racines dans les approximations et erreurs commises de bonne foi par ce grand homme. Evoquer la grandeur de Houphouët ne donne aucune caution à monsieur Charles Konan Banny qui a été complice des fossoyeurs de la Côte d’Ivoire, depuis son passage à la BCEAO, en passant par la primature, période où des casses ont été commises dans des agences de Korhogo et Bouaké de la dite institution. La couardise et la duplicité de Charles Konan Banny est caractéristique de ces hommes et femmes politiques qui manquent réellement de courage mais qui ont porté l’espoir de nombre de citoyens crédules. Si le PDCI est menacé d’implosion, c’est parce que la frange bédiéiste est pour appuyer Ouattara pour un second mandat. Ceux qui n’ont rien gagné ou pas grand’chose du deal actuel Bédié-Ouattara ne veulent pas entendre parler d’un seul candidat (Ouattara) RHDP. Mais au-delà de « la politique du ventre » qui aliène Bédié pour se maintenir à la tête du PDCI, la génération de Kouakou Konan Bertin (KKB) et Kouassi Yao appuyée par Djédjé Mady envisage l’avenir du PDCI sous un angle un peu plus ouvert. Il faudra attendre pour voir si la jeunesse qui entend s’épanouir à l’heure de l’internet aura raison des « vieux loups » qui sont encore des adeptes de l’ordre ancien.

Si les armes avaient les solutions, on en serait pas là en Afganistan, en Irak, en Lybie et même en Côte d’Ivoire. Si Ouattara achète des armes à coups de milliards, c’est une violation de l’embargo qu’il faudra vigoureusement dénoncer. Le camp RHDP avait demandé la mise sous tutelle de la Côte d’Ivoire. Nous y sommes pratiquement. Mais la question est comment les Ivoiriens prennent leur destin en main. Nombre de pays ont montré que leurs peuples pouvaient choisir la voie qui leur convient en luttant les mains nues.

L’équation ivoirienne ne saurait connaître de résolution si la confiance n’est pas récréée. Pour aller dans le sens de l’apaisement, il faut mettre en avant l’intérêt du peuple. Car que ce soit en Allemagne, en France ou dans d’autres pays, le peuple souverain doit contrôler l’exercice des gouvernants. Angela Merkel a été réélue parce que les Allemands l’ont voulu ; de même pour François Hollande plus d’un an auparavant quel que soit ce que l’une ou l’autre pouvait souhaiter ou attendre. Les dirigeants d’autres pays travaillent avec celui qu’un peuple a porté à la tête de son Etat. Pourquoi veut-on toujours imposer quelqu’un à la tête des Etats africains ? C’est une question majeure qui interpelle les Africains.

Des élections pourront-elles se tenir dans des conditions actuelles ?

D’abord, la résolution 2062 du Conseil de sécurité apporte des pistes de réponse sur plusieurs questions fondamentales qui minent le pays. Alassane Ouattara n’a pas respecté cette résolution. Et la Communauté internationale reste complaisante. Après plus de deux ans de galère, les Ivoiriens doivent se montrer plus déterminés et résoudre leurs problèmes eux-mêmes. Car tout prédateur ne peut toujours se réjouir que d’un désordre local. La Côte d’Ivoire naguère Havre de paix doit se réconcilier avec sa tradition de terre d’accueil, d’espérance et de fraternité. Il convient pour cela que les différents acteurs principaux revêtent toute l’humilité qu’un homme d’Etat doit avoir.

Les Ivoiriens peuvent se réconcilier si les conditions du rassemblement et du vivre ensemble sont créées. Il me semble que pour les mois qui nous séparent de 2015, un collège de trois présidents (Bédié-Gbagbo-Ouattara) doit être mis en place. Ce collège devra concevoir une feuille de route à remettre pour mission à une primature organisée sur la configuration d’un binôme. Un membre du RHDP et un autre de la LMP. Un gouvernement de transition de 27 membres comprenant neuf (9) FPI, 9 PDCI et 9 RDR doit être mis sur pied. Une commission électorale indépendante de technocrates devra être mise en place. Il faudrait pour panser les plaies se parler. Que ce soit dans un forum de réconciliation nationale ; que ce soit lors d’états généraux de la République ou en mettant en place une véritable commission dialogue et réconciliation, la sémantique importe peu.

Il faudrait revoir la Constitution. Il me semble que les Ivoiriens ont suffisamment vu de choses pour identifier où se trouvent leurs intérêts.  Sur le financement des partis politiques, il faut être juste. L’argent des contribuables ne saurait être affecté à des tâches injustifiées et/ou pour servir  « à régler des comptes » envers ses adversaires. Tous les partis politiques doivent bénéficier de financement public pour jouer leur rôle. La question de l’armée, du listing électoral et d’autres sujets de nature à garantir la transparence des élections devront également faire l’objet du chantier qui devra être terminé deux mois avant les élections. Nous avons vu que différents scénarios consistant à mettre tel ou tel adversaire à l’écart par des voies non démocratiques ont connu un échec patent. Cela devrait inviter les uns et les autres au réalisme à la modestie. A l’issue d’élections qui pourront voir le jour au bout du processus proposé plus haut, les anciens présidents perdants des élections pourront bénéficier d’indemnités liées à leur statut. L’intérêt du peuple doit être au-dessus.

Il est évident que tout cela ne peut pas seulement être obtenu par le seul bon vouloir des politiques. La société civile et tous les acteurs qui souffrent de cette situation qui provoque des morts par AVC, par la faim, par un chômage galopant et un déficit criant de logistique de santé, devront maintenant passer à une autre échelle de pression – soit par les manifestations de rue si besoin est -. Puisque la pauvreté ne doit pas être une arme pour tenir un peuple en laisse.  

 

Dr Claude KOUDOU, Enseignant-écrivain ;

Directeur de la Collection « Afrique Liberté » ;

Membre de la Coordination des Intellectuels africains et des Diasporas africaines.

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