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vendredi, 16 mai 2014

PEAGE: DE QUI SE MOQUENT PATRICK ACHI ET LE GOUVERNEMENT?

 

côte d'ivoire,Autoroute du nord, LIDER, Péage

 

Le gouvernement ivoirien, toujours adepte des effets d’annonce, n’hésite pas à justifier les tarifs de péage élevés chargés aux utilisateurs (2.500 fcfa pour les véhicules de particuliers, 5.000 fcfa pour les véhicules de transport en commun de moins de 32 places, 7.500 fcfa pour les cars de plus de 32 places et les camions, et 10.000 fcfa pour les poids lourds) par des comparatifs grandiloquents. A l’en croire, la qualité de l’autoroute du nord est du même standing que les autoroutes de France, du Maroc ou de l’Afrique du Sud et l’axe Abidjan – Yamoussoukro a le même statut que les autoroutes ailleurs dans le monde.

Comparaison n’est pas raison. Il faut comparer ce qui est comparable. Le coût global de l’autoroute du nord a été de 211 milliards de francs cfa, dont 35 milliards fcfa pour la rénovation des 140 premiers kilomètres, achevés en 1982 sous Houphouët-Boigny, et 176 milliards cfa pour la construction des 87 derniers kilomètres, ce qui nous donne un coût au kilomètre de 2.023.000.000 fcfa (deux milliards vingt trois millions) pour son prolongement. En Europe, le coût moyen de la construction d’un kilomètre d’autoroute est de 4 milliards de fcfa, avec une qualité et une épaisseur d’asphalte nettement supérieures à celles utilisées ici et une main d’œuvre beaucoup plus onéreuse que la nôtre. Les routes en Europe,  sont inclinées à 2,5% pour que l’eau de pluie, qui endommage le bitume bien plus que le passage des voitures, s’écoule vers un réseau de canalisation qui aboutit à des réservoirs artificiels. Par ailleurs, les autoroutes avec lesquelles le ministre Achi s’est laissé aller à comparer l’axe Abidjan – Yamoussoukro sont entièrement clôturées, disposent d’un marquage au sol clair et de panneaux de signalisation fréquents ainsi que d’une propreté irréprochable de la chaussée et des bas-côtés. Elles offrent systématiquement des services connexes comme des bornes d’appel d’urgence tous les 2 kilomètres, des services de dépannages et d’information sur la fluidité du trafic, des stations-services, des parkings sécurisés, des aires de repos et de restauration en grand nombre avec connexion wifi, des toilettes et même des douches… Est-ce que la moitié de ces prestations, caractéristiques et qualités sont disponibles sur l’autoroute du nord ?

Outre le fait que des gros nids de poule, illustrés en son temps par l’Eléphant déchainé, sont apparus avant même la livraison officielle du nouveau tronçon et ont dû être colmatés en urgence, il faut noter qu’ailleurs, il est laissé aux usagers le choix entre une route nationale publique et gratuite et l’autoroute payante à péage pour la même destination. Quels choix de routes secondaires l’Etat nous laisse-t-il pour aller à Toumodi ou Yamoussoukro? Patrick Achi peut-il dire à ceux qui ne veulent pas ou ne peuvent pas payer le péage comment ils doivent faire pour aller à Gourominankro ? Celui qui sort de l’autoroute à Sikensi, Divo, Tiassalé payera-t-il le même prix que celui qui s’en va à Toumodi, Katiola, Daloa, Odienné, Ouagadougou ou Niamey?

D’autres questions se posent aux usagers, qui sont encore une fois appelés à la caisse par le gouvernement : Comment l’autoroute a-t-elle été financée? Sur fonds propres de l’Etat de Côte d’Ivoire? Sur dette étrangère? À quelles conditions? Quel type de concession existe entre l’Etat et la société d’exploitation du péage? A quoi serviront les fonds collectés au péage? Un peu comme l’on a des jets d’eau et des distributeurs automatiques de billets à l’entrée des universités, mais pas de bibliothèques ni de laboratoires, le premier ministre, pour justifier le prix élevé du péage, nous annonce la commande d’un «hélicoptère à infrarouge pour évacuer les blessés et des médecins en service 24 heures sur 24 avec des ambulances». A l’entendre, les accidentés de l’autoroute du nord seront très certainement mieux et plus promptement traités que les malades des centres de santé urbains et ruraux de Côte d’Ivoire. On n’arrête pas le progrès. Mais pourquoi donc taxer les usagers pour des services qui ne sont pas encore opérationnels et demeurent, à l’heure actuelle, de l’ordre du virtuel ?

Pauvres Ivoiriens ! L’Etat s’endette pour des travaux avec des surcoûts douteux, une qualité en permanence mise en cause et le contribuable doit payer toujours plus, non seulement pour rembourser la dette, mais en plus pour supporter un péage de 5, 10 , 15 et 20 dollars, alors que plus de la moitié de la population vit avec moins d’un dollar par jour. Et puis quoi encore, monsieur le ministre?

Avec la naissance du péage autoroutier et au vu des nombreuses questions qui se posent,  LIDER souligne la nécessité d’une loi d’orientation des transports intérieurs qui définira le schéma directeur routier national et d’une autre loi portant statut des autoroutes de Côte d’Ivoire.

 

Source: LIDER-CI.ORG

19:58 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Société ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : côte d'ivoire, autoroute du nord, lider, péage | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

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