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mardi, 08 novembre 2016

THEOPHILE KOUAMOUO: LE REFERENDUM CONSTITUTIONNEL DE OUATTARA, UN PENIBLE SIMULACRE

 

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En juin prochain, j'aurai 40 ans. Et mon diplôme de journalisme aura 18 ans. L'âge de la "majorité". En m'efforçant de prendre un peu de recul, je suis taraudé par une angoissante question : "ai-je mal choisi mon métier, ou du moins ma spécialisation ?"

Il y a des jours comme ça, où j'ai l'impression que pour faire carrière dans le journalisme spécialisé sur l'Afrique, il faut posséder ou acquérir des talents que je n'ai pas. Des talents de faux monnayeur, disons. Pourquoi ? Il faut pouvoir présenter sous les traits d'une réalité objective et digne d'être racontée ce qui n'est qu'un pénible simulacre.

Et sans rire, s'il vous plaît.

Prenons le cas du référendum constitutionnel qui vient de se dérouler en Côte d'Ivoire. Voici ce qu'il est de bon ton d'en dire si l'on veut être un journaliste raisonnable, recommandable et propre sur lui, lors d'un plateau d'éditorialistes par exemple.

- Cette nouvelle Constitution marque la fin de l'ivoirité, mais il aurait fallu mieux l'expliquer au peuple.

- 42,42% de taux de participation, c'est bas et c'est dommage. Certes, ce type de scrutin n'est en général pas très populaire, surtout dans des pays aux forts taux d'analphabétisme. En plus, dans ce cas, la campagne a été très courte.

- Un nouveau contrat social est en place. Et de nouveaux équilibres avec les législatives qui viendront.

- Il faut tout de même noter que la nouvelle Constitution insiste sur la protection de l'environnement, et le fait qu'elle soit adoptée juste avant la COP 22 est un bel hasard.

- Bla. Bla. Bla.

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Ce qui prouve que je ne suis pas assez formaté pour ce métier sur ce terrain particulier est que la chose que je considère comme la plus importante de toutes quand il s'agit d'analyser ce scrutin, c'est le taux de participation délirant de départements comme Séguélon (99,50%), Samatiguila (96,54%), Gléléban (96,45%) ou Kani (98,10%). Pour une raison simple. Les listes électorales qui ont servi de base pour ce scrutin datent de 2009.

Sachant que l'Institut national de statistique (INS) affirme très officiellement que le taux brut de mortalité en Côte d'Ivoire est de 10 pour 1000, donc de 1%, donc d'au moins 7% sur la période qui nous concerne, on peut tenir pour certain que soit les morts ont voté, soit les bêtes sauvages ont voté, soit il y a eu une fraude électorale tellement sûre de son impunité qu'elle ne prend plus la peine de se cacher.

Dans n'importe quelle démocratie normale, ces taux de participation qui relèvent de LA PREUVE ABSOLUE seraient au centre des débats, à l'intérieur comme à l'international. Si demain les morts votaient lors du scrutin américain en cours, le monde entier ne parlerait que de cela. Mais en Afrique, cela n'a d'importance que s'il s'agit d'un régime "mal vu" par la "communauté internationale", et qu'on veut "se faire". Ce type de comportements, s'il vient de nos "copains", ne doit faire l'objet d'aucun commentaire.

Et pourtant : ce défi lancé aux lois mathématiques par la Commission électorale qui a organisé l'élection présidentielle contestée de 2010 au bout de laquelle au moins 3000 personnes sont mortes et le président sortant a été conduit à la Cour pénale internationale devrait forcer tout le monde à s'interroger et à revisiter douloureusement certaines certitudes.

Et pourtant. Insister sur un tel sujet n'est pas raisonnable, et vous sort du cercle des journalistes convenables. Une telle insistance fait de vous un "journaliste militant", voire un "militant écrivant", voire un "pro-quelque chose de pas recommandable". Tiens, "un pro-Gbagbo".

J'aurais dû, après l'école de journalisme, me spécialiser sur les pays d'Europe du nord. L'attachement à la vérité m'y semble moins dangereux.

 

Source: PAGE FACEBOOK THEOPHILE KOUAMOUO

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