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mardi, 10 juillet 2018

LA RUSSIE POUSSE L'OCCIDENT HORS DE L'AFRIQUE SANS COMBAT

 

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La Russie est de retour en Afrique noire, mais contrairement à l’URSS pendant la guerre froide, elle n’a pas l’intention d’attaquer de front l’influence occidentale sur le continent.

Par Evgeny Krutikov

 

La République centrafricaine « est tenue par les mercenaires russes ». Le Mozambique « relance » les relations avec la Russie et réfléchit à la liste des armes qu’il veut recevoir. La République démocratique du Congo suggère à la Russie de « s’engager » dans la coopération militaire. Ailleurs, des négociations sur la construction d’une base militaire russe à Djibouti sont en cours.

Ce ne sont pas des manchettes paranoïaques de la BBC ou de CNN. C’est la réalité des deux derniers mois. Ce n’est pas aussi proche de nous que, disons, les événements de Kiev, et cela reste quelque part à la périphérie de nos préoccupations. Mais nos partenaires américains et européens sont déjà sérieusement troublés par l' »invasion russe » de l’Afrique noire qui, en termes de couverture géographique, dépasse déjà les temps mémorables du pic de l’influence soviétique. Et cela se construit sur un principe complètement différent.

L’Occident a commencé à devenir très nerveux après le 30 mars, lors de la célébration du deuxième anniversaire de l’élection à la présidence de Faustin-Archange Touadéra (au stade de la capitale Bangui) en République centrafricaine (RCA). Le Président est arrivé dans un stade qui avait été construit par les Français, accompagné d’une protection d’une blancheur suspecte, vêtue de tenues de camouflage sans insignes. Officiellement, la protection de tels événements devait être assurée par les Rwandais appartenant à ce qui restait des forces de maintien de la paix de l’ONU en RCA. Mais une semaine auparavant, des Blancs bien armés et bien organisés ont remplacé les patrouilles rwandaises dans les rues de la ville.

Il est vite devenu clair que les gardes de sécurité blancs contrôlaient complètement l’administration présidentielle, le garage du Président et les véhicules blindés, et avaient un accès illimité à ses déplacements et aux personnages clés de son entourage. Des patrouilles de Blancs sont apparues dans les rues de Bangui, et des conseillers d’apparence européenne ont été remarqués dans les unités militaires de la RCA, et pas seulement dans la capitale. Les Français, préoccupés par leur responsabilité historique à l’égard de leurs anciennes colonies, ont commencé à faire retentir la sonnette d’alarme. Et le président Touadéra a fini par tout expliquer.

Son administration a officiellement indiqué qu’il existe désormais « un groupe de forces spéciales russes pour renforcer la sécurité du Président ». Un nouveau poste est apparu dans la structure de l’administration présidentielle – un « directeur de la sécurité » parmi les officiers russes qui est également responsable du travail du « groupe de gardes du corps ». Les Français affirment que ce même officier est aussi  » un intermédiaire clé pour les contacts entre la RCA et la Russie dans le domaine de la défense et de l’économie « .

Déjà le 31 mars, le Président Touadéra a accueilli un défilé des troupes de la première compagnie (200 personnes) de l’armée centrafricaine, qui a été complètement réarmée avec des armes russes, habillé en tenue de camouflage russe, et ce sont également des Russes qui ont commandé le défilé. En général, l’accord sur la modernisation de l’armée de la RCA par la Russie a été conclu en octobre de l’année dernière à Sotchi, où Touadéra s’était rendu. Il avait d’abord demandé de préparer deux bataillons (1 500 personnes) avec des armes de tir, des lance-grenades et des véhicules blindés. A cette fin, il était nécessaire de lever les restrictions de l’ONU sur les livraisons d’armes à la RCA. Un mois plus tard, l’ONU acceptait de lever partiellement ces restrictions pour Moscou, et le 26 janvier, le premier avion de transport militaire Il-76 atterrissait à Bangui.

Les Américains ont été particulièrement mécontents que le Président Touadéra ait ordonné de remettre aux « Russes » les voitures Ford d’état-major que le Pentagone avait précédemment livrées à la RCA comme aide militaire. 1,5 million de dollars sont passés aux mains des Russes, qui  » circulent sans vergogne  » dans ces  » Fords  » à Bangui. Touadéra a ensuite remis le « Palais de Berengo » – l’ancienne résidence du célèbre dictateur Bokassa, abandonnée dans la banlieue de Bangui – aux conseillers militaires russes pour leur logement et en tant que QG.

« On ne peut rien faire. Les Russes attendent une réaction de l’Amérique. De plus, ils utilisent des méthodes que nous n’utilisons pas « , a déclaré un diplomate français anonyme en RCA. « Ils corrompent impudemment tous ceux qui ouvrent leurs portes devant eux ».

 (C’est le comble ! Historiquement, la France ne vivait en RCA que de pots-de-vin – et ces pots-de-vin ont été donnés et pris dans les deux sens. Les Français, soit dit en passant, ont essayé de faire en sorte que leur protégée, la mairesse de Bangui, Catherine Samba-Panzala, devienne la Présidente du pays. Mais en février 2016, le recteur de l’université locale Faustin-Archange Touadéra remporte une victoire décisive aux élections présidentielles, et les Français commencent à partir progressivement vers le Gabon et le Mali).

L’une des principales plaintes des résidents locaux au sujet des parachutistes français concernait leur inutilité complète. Ils ont rapidement pris sous leur contrôle les mines d’uranium diamantifères qui restaient encore formellement dans la concession française, et n’ont rien fait dans les rues de Bangui. Ils ont même commencé à être accusés d’aider au génocide, comparant ce qui s’est passé à Bangui au Rwanda des années auparavant. Et c’est là que « ces Russes » sont apparus.

Jusqu’à présent, il n’y a pas de données sur qui contrôle maintenant les mines de diamants et d’uranium en exploitation. Habituellement, cela se produit plutôt rapidement et sans effusion de sang. Une autre chose est que le contrôle physique des champs et des mines ne signifie pas la transition légale de la propriété. Pour le président Touadéra, l’efficacité des actions du contingent invité à protéger les frontières, à éliminer la menace des groupes musulmans, et le rétablissement définitif de la sécurité sur tout le territoire du pays – à commencer par la capitale – sont plus importants. Et si les Français n’ont pas été capables d’y faire face, alors pourquoi les Russes n’essaieraient-ils pas ?

Mais le récent accord russe avec le Mozambique est resté moins remarqué par les médias occidentaux. Au début, les ministres de la Défense de la Fédération de Russie et du Mozambique ont signé un accord sur l’entrée gratuite des navires de guerre russes dans les ports du Mozambique. En vertu de cet accord, les navires de guerre russes peuvent s’arrêter dans les ports mozambicains selon le schéma simplifié de service et de ravitaillement, qui fait de ce pays sud-africain pratiquement une base de la marine russe. Ce n’est pas, bien sûr, une base à part entière comme l’est celle de Tartous en Syrie, mais ce n’en est pas loin.

Puis (le 22 décembre 2015) un contrat complet de coopération militaro-technique assurant la livraison au Mozambique d’armements russes, d’équipements, ainsi que la formation du personnel a été signé. Et le 28 mai 2018, le ministre des Affaires étrangères du Mozambique, José Pacheco, a déclaré que la nomenclature de ces livraisons était en cours de discussion. « Cet accord dans le domaine militaire fait partie du processus général de lancement des relations bilatérales entre le Mozambique et la Russie », a-t-il noté. « Parmi les priorités figurent la formation et la livraison de différents équipements ». « Nous sommes en train de discuter avec la Russie de questions techniques pour définir exactement ce dont le Mozambique a besoin et comment financer ces achats ».

Le fait que cela se produise dans un pays où il n’y avait même pas de présence soviétique, malgré les tentatives continues de l’URSS pour s’enraciner dans la région de l’Afrique centrale – la République démocratique du Congo – est devenu une percée inattendue. La convention sur la coopération militaire entre Moscou et Kinshasa a été signée en 1999, mais était resté « dans les tiroirs » pour des raisons politiques (l’accord n’est pas entré en vigueur à cause de la position pro-occidentale du gouvernement du Congo).

Et le 27 mai de cette année, la convention a été relancée. Les livraisons d’armes, d’équipements et d’autres équipements spécifiques russes sont incluses dans le nouvel accord. En outre, la présence de conseillers russes et la formation d’experts militaires du Congo en Russie sont prévues. « Aujourd’hui nous sommes dans un nouveau paradigme, dans une impasse avec l’Occident, et puisque la Russie s’intéresse à l’Afrique, nous voyons sa présence en RCA, nous » mettons à neuf « un ancien document », a déclaré un politicien congolais.

Une autre ligne de négociations a lieu avec le Sud-Soudan, pays producteur de pétrole, qui a un besoin urgent de véhicules blindés et d’artillerie lourde, et Djibouti, qui vend en gros et au détail son territoire stratégiquement important pour la construction de bases militaires étrangères.

Les négociations sur la construction d’une base militaire russe près d’une base chinoise déjà en activité et d’une base américaine non loin de là se poursuivent depuis longtemps, mais avaient été interrompues à cause d’une crise financière. Il n’y a en général aucune idéologie dans les actions des autorités de Djibouti – pour elles les bases étrangères ne sont qu’une question de chiffres d’affaires financier. A l’heure actuelle, la Russie souhaite bénéficier d’un accès immédiat à l’aérodrome et au port qui sont déjà en cours de construction sur un terrain ouvert (à la manière djiboutienne, « en plein désert »). Ce sont les Américains qui vivent dans cet aérodrome qui résistent à cette idée, ne voulant pas le partager avec les Russes. Mais les négociations continuent néanmoins.

Les Américains affirment que la pénétration inattendue et massive de la Russie dans le continent noir est le début d’une « bataille pour l’Afrique » à grande échelle, qui, contrairement aux guerres par « proxy » de la guerre froide, utilisera non seulement des méthodes purement armées, mais aussi politico-stratégiques. Ils prétendent qu’un certain « projet africain » russe existe.

Que ce projet existe ou non, il est difficile de le dire. Mais déjà il est possible de prétendre que l’Afrique noire deviendra presque certainement une « zone de compétition » de plus, comme nos partenaires américains aiment à l’appeler ces derniers temps.

 Source : RIA Novosti

Via : https://russia-insider.com/en/politics/russia-squeezing-w...

Traduction : Avic – Réseau International

 

Source : RESEAU INTERNATIONAL

lundi, 09 juillet 2018

CRISE DU PARTI UNIFIE AU PDCI - LA POLITIQUE DU VENTRE VA PERDRE LA COTE D'IVOIRE

 

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C’est hallucinant de voir presque tous les cadres du PDCI en poste dans l’administration, basculer du côté d’Alassane Ouattara, c’est-à-dire du nouveau mouvement créé par le ministre Adjoumani Kobenan Kouassi, « Sur les traces d’Houphouët-Boigny ». Un courant visant selon son auteur, à œuvrer à la mise en place d’un parti unifié du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix, RHDP, alors même que son parti, le PDCI, membre de ce groupement politique, « ne permet pas et n’admet pas en son sein des courants formellement constitués ». Et plus, il a déjà clos ce débat à l’occasion du Bureau politique du 17 juin 2018 où, « démocratiquement et souverainement » les militants ont statué sur l’Accord Politique pour la création d’un Parti Unifié dénommé RHDP (…) et il a été demandé « que chacun des militants observe, de façon scrupuleuse, dans la discipline et le respect, les décisions des organes du Parti. » Et la décision majeure, c’était que le PDCI voulait demeurer PDCI et non disparaître et ne parlera de parti unifié qu’après les élections de 2020. Parce que le PDCI aura son candidat à ces joutes.

Mais voilà qu'Adjoumani Kobenan Kouassi, ministre des Ressources animales et halieutiques et ses amis, qui veulent effacer le PDCI, formation mythique d’où est sorti le RDR de Djéni Kobena, au profit du RDR d’Alassane Ouattara, ce dernier candidat présumé à un troisième mandat, créent un courant, pour faire ce que leur parti ne veut pas : "Nous nous engageons à sensibiliser les bases du PDCI pour adhérer au parti unifié", explique Adjoumani le mardi 3 juillet 2018, à l'Ivoire golf-club, à Cocody, au lancement de son mouvement. 

Il s’agit de forcer la main à leur parti ou de le déstabiliser de l’intérieur. Et cela, parce qu’ils veulent faire carrière dans la jouissance étatique grâce à une reconnaissance bien rémunératrice de Ouattara. Et ils étaient nombreux, les ministres PDCI, directeurs, diplomates, etc., à la cérémonie de présentation de « Sur les traces d’Houphouët-Boigny ». Car Ouattara ne cesse d’agiter le spectre d’un remaniement ministériel visant à écarter des éléments qui ne seraient pas favorables au parti unifié, garant de sa longévité à la tête de la Côte d’Ivoire. Alors on renie son parti et on est même prêt à le combattre pour le bonheur de Ouattara qui tient pour l’heure, le cordon de la bourse. Oui, la bourse ! C’est elle qui est si capable de faire perdre son âme à un intellectuel supposé.

Sur les traces de quel Houphouët-Boigny ?

Sur les traces d’Houphouët-Boigny ? Mais sur les traces de quel Houphouët-Boigny ? Quel Houphouët-Boigny n’aurait pas craint de liquider sa propre œuvre, le PDCI-RDA, pour de l’aventure ? Quel Houphouët-Boigny se serait renié aussi aisément ? Quel Houphouët-Boigny se ferait hara-kiri en détruisant sans regret, son instrument de combat historique, qu’il a construit au prix de mille efforts et pendant un demi-siècle ? Sur les traces de quel Houphouët-Boigny Adjoumani prétend être, en semant la zizanie dans sa famille politique ? N’est-ce pas là, une injure à Houphouët-Boigny que de faire croire que le premier Président de la Côte d’Ivoire serait capable d’effacer le PDCI-RDA, l’œuvre de sa vie, héritage de millions de générations, au profit d’Alassane Ouattara ? De quel Houphouët-Boigny parle Kouassi Adjoumani avec une telle légèreté ? On comprend que par ces temps difficiles, l’on peut se tromper de « traces ». Et Adjoumani s’est certainement trompé en prenant les traces d’un caméléon, d’un félon, pour celles d’Houphouët-Boigny, un homme resté constant toute sa vie. La direction du PDCI a bien raison de s’indigner de l’acte de l’ancien porte-parole du président Bédié. 

Les moyens de ses convictions

Voilà l’un des problèmes majeurs que connaît la Côte d’Ivoire ! Des cadres qui, pendant plus de dix ans pour certains, gèrent librement, et même « goulûment » des affaires de l’Etat, mais n’ont pas su épargner ou investir pour financer plus tard leur autonomie, leur fidélité à leur parti et à leurs convictions politiques… Les voilà donc qui chavirent massivement, pour leur confort digestif, sans considérer qu’ils mettent ainsi en difficulté leur président, Henri Konan Bédié. Quand ils agissent ainsi, ne voyant que leurs intérêts matériels, alors que Ouattara, pour lequel ils n’ont plus de lucidité, plonge le pays dans le 36e dessous, que peut-on espérer de cette catégorie de cadres ? Que Ouattara brade la Côte d’Ivoire, qu’il la donne à un franc symbolique à des amis d’ici et d’ailleurs, cela ne les offusque aucunement pas, tant que leurs avantages seront saufs. 


A qui irions-nous donc, comme dirait l’autre, si le pays finance les études de ses enfants pour l’aider à soigner ses intérêts, sauver son honneur, sa souveraineté, assurer son développement et le protéger en toutes circonstances, et qu’au lieu de cela, ceux-ci le trahissent de la sorte ? A qui irions-nous ? 

C’est là, la différence entre les cadres pro-Gbagbo et certains qu’on peut trouver dans tous les partis politiques, citoyens véritablement de conviction, et ces personnes guidées par autre chose : le diktat de la panse. Car ils sont nombreux ces cadres qui, depuis le 11 avril 2011, sont écartés de l’activité rémunératrice, et même jetés en prison ou en exil. Ils sont maltraités, affamés, parce que FPI et/ou pro-Gbagbo, mais ils restent fidèles à leur parti, leurs convictions et leur combat aux côtés de leur leader Laurent Gbagbo.

C’est du côté de cette catégorie de cadres que se trouve l’espoir. Sinon, cette crise du parti unifié à laquelle nous assistons au PDCI-RDA, bâtie autour de la politique du ventre, risque de perdre toute la Côte d’Ivoire.

 

Eugénie Dallo

 

Source : L'Horizon Info