topblog Ivoire blogs

mercredi, 20 février 2019

FRANC CFA: LARBA LOMPO REPOND A ALASSANE OUATTARA

afrique, bceao, franc cfa,FRANC CFA: LARBA LOMPO RéPOND à ALASSANE OUATTARA

 

Monsieur le Président de la République de la Côte d'Ivoire, ancien vice Gouverneur et ancien Gouverneur de la BCEAO, ancien Directeur Général du FMI pour l'Afrique, ancien Conseiller économique de 120 pays à travers le monde qui ont tous sombré dans la faillite.

Monsieur le Président

Lors de votre intervention sur les médias, vous avez affirmé que : le Franc CFA est une monnaie africaine depuis 1960, c'est une propriété des Africains. Que le débat sur le FCFA est un faux débat.

Nous sommes une fois de plus dans l'obligation de vous enseigner sur les fondements d'une monnaie et l'histoire du FCFA.

Au plan juridique "la propriété "est" le droit de jouir et disposer des choses de la manière la plus absolue " (article 544 du Code civil français)

Permettez-nous de vous informer que le FCFA ne nous appartient pas! 
Tout simplement parce que battre monnaie relève purement de la volonté du peuple ou bien de ses représentants.
Il existe trois classes de citoyens qui interviennent dans la création d'une monnaie, ce sont :

1-) Les experts qui mettent leur expertise au service du politique pour l'intérêt du peuple, pour démontrer les avantages et les inconvénients d'avoir une monnaie propre au peuple.

2-) Le politique à son tour, étudie le contexte géopolitique nationale et internationale, les capacités du peuple à assurer la survie d'une monnaie souveraine, l'observation de critères de convergence quand il s'agit d'une Union Monétaire, c'est à dire l'appartenance à une Zone Monétaire Optimale (ZMO) (selon les termes de Mendel 1961)...

Le politique n'ayant pas le dernier mot, fait appel à l'unique souverain : Le Peuple.

3-) Le peuple en dernier ressort, par référendum ou par ses représentants, décide si oui ou non il veut sa monnaie.

Exemple: Le 20 septembre 1992, avant que la France ne rejette le franc français pour l'Euro, le peuple français a été appelé par référendum et à 51%, le peuple français a rejeté le Franc français pour l'Euro. 
Nous avons vu tout récemment la Grèce qui a fait pareil pour rejeter l'Euro.

Nous avons parcouru toutes les constitutions des pays Africains du FCFA, il n'existe dans aucune constitution, ni dans aucun journal officiel un seul article ni un seul décret qui reconnaissent le Franc CFA comme étant la monnaie du peuple Africain.

Le Franc CFA n’est pas un héritage colonial mais une monnaie coloniale contrairement à la langue française qui est reconnue dans toutes les constitutions des pays Africains francophones comme étant la langue officielle.

Le seul décret au monde qui reconnait le FCFA c’est : l’article 3 du décret N° 45-0136 du 26 décembre 1945. Les signataires de ce décret furent : Charles de GAULLE, Président du Gouvernement provisoire, René PLEVEN, Ministre des finances et Jacques SOUSTELLE, Ministre des colonies.

Monsieur le Président

Nous vous informons également que la BCEAO que vous aviez dirigé en tant qu'employé du trésor français, n’est pas juridiquement reconnue sur le marché international et la France seule a le pouvoir de vendre et d’acheter le franc CFA sur l’échiquier international.

La BECEAO n'a jamais participe à la conférence internationale sur la monnaie organisée par le FMI . Les Zones CFA ont toujours été représentée par la France chaque première semaine du Mois d'Octobre de chaque année de la conférence internationale sur les monnaies.

Et Pour mémoire :

1-) Le rapport d'information N°2907 produit par l'Assemblée Nationale de France dit que c'est : " La Banque de France qui achète et vend quotidiennement les devises sur le marché des changes pour le compte des Institutions d'émissions africaines "

2-) Edouard BALLADUR ancien Ministre d'État de l'Économie, des Finances et de la Privatisation et ancien Premier Ministre Français disait que : « le FCFA a été dévalué à l'initiative de la France »

3-) Le Vendredi 30 Septembre 2016 à Bercy, le Ministre de l’économie et des Finance Français Michel SAPIN avait réunis ses homologues des 14 Pays du Franc CFA pour « échanger sur les grands enjeux économiques et monétaires d’intérêt commun. » 

Cette rencontre avait un autre objectif : les tenir informer de la tenue des assemblées du FMI et de la Banque mondiale organisées dans la première semaine du mois d'octobre 2016 avec la participation de toutes les monnaies officielles du monde entier à Washington avec pour thème: “Croissance, investissement, développement…“ Le grand absent représenté par la France était : le franc CFA, une monnaie au service de la France depuis plus de soixante-dix ans.

Monsieur le Président

Vous nous parlez de la technicité de la monnaie et de sa stabilité. Voyons le point de vue de ceux qui ont créé le FCFA.

Le Même Édouard BALLADUR disait que: « la monnaie n'est pas un sujet technique, mais un sujet politique qui touche à la souveraineté et à l'indépendance des États ».

Dans la Constitution des États-Unis d’Amérique, Section 8 de l’article1 : « Le Congrès aura le pouvoir de battre monnaie, d’en déterminer la valeur. »

Thomas Jefferson, le 3ème président des États-Unis déclarait : [« Une banque centrale privée qui émet la monnaie publique du peuple est une menace plus grave pour sa liberté qu’une armée dressée. »

Il continue en 1791 : « Si les colonies américaines permettent d‘aventure aux banques privées de contrôler l‘émission de la monnaie, alors ces banques passeront par l‘inflation puis la déflation pour priver le peuple de ses biens. Jusqu‘à ce qu‘un matin, leurs enfants se réveillent en ayant perdu leur maison et les terres que leurs pères avaient exploitées. » ]

Monsieur le Président

Les textes économiques sur lesquels vous vous basez pour défendre le Franc CFA ont été tous élaborés par la France. Et jusqu’aujourd’hui la BCEAO, la BEAC, la BCC sont les seules Banques Centrales au Monde qui n’ont pas le droit de garder leur or en leur seins faisant ainsi de la France la 5ème réserve d’or au Monde derrière l’Italie.

Si vraiment les autorités Françaises étaient intelligentes, elles auraient pu choisir quelqu'un d'autre pour défendre le FCFA.

Nous n'avions pas encore croisé une seule phrase qui parle d'économie dans un article publié par vous. Vous n'aviez jamais été paraphrasé dans une école d'économie. Les 120 pays dans lesquels vous aviez été conseiller économique sont les derniers au monde dans le classement.

Bonne lecture.

 

Association Oeil D'Afrik
Le Président
Larba Israël LOMPO

mardi, 19 février 2019

FRANC CFA: 2 PRINCIPES NON NEGOCIABLES, POUR LESQUELS NOUS DEVONS ETRE INTRANSIGEANTS ET ABSOLUMENT INTRAITABLES

 

 

FRANC CFA.jpg

 

Ce n'est plus le moment de jouer les équilibristes. Nos positions doivent être extrêmement claires, par rapport à cette monnaie coloniale appelée FRANC CFA. Sortons des dissertations.

Pour moi, il y a 2 principes de fond, non négociables :

1) Il n'appartient pas à la France de décider de ce qui est bon pour nous, après plus de 50 ans d'indépendance.

2) Il n'est pas acceptable que ce soit la France qui gère notre monnaie (une monnaie qu'elle nous a du reste imposée), qui gère nos réserves d'or et 65% de nos recettes à l'international (c'est amoral).

Ne serait-ce que pour ces 2 principes, sortir du Franc CFA est une urgence. Africains, ayez un peu d'honneur et... des couilles, POUR UNE FOIS ! ! !

Pour ma part, le Franc CFA est l'acte de brigandage le plus odieux que l'Afrique ait connu depuis 80 ans.

 

DINDE Fernand AGBO

 mlkoioj.png

From Fernand Agbo Dindé
@U.S. Department of State @Jesse Watters Fox News @FoxNews
From Fernand Agbo Dindé @i24NEWS English @Donald J. Trump @The White House @The Prime Minister of Israel

 

FRANC CFA: 2 NON-NEGOTIABLE PRINCIPLES, FOR WHICH WE MUST BE INTRANSIGENT AND ABSOLUTELY INTRAITABLE.

This is no longer the time to play the equilibrists. Our positions must be extremely clear. Let's get out of the dissertations.

For me, there are two basic principles, non-negotiable:

1) It is not up to France to decide what is good for us, after more than 50 years of independence.

2) It is not acceptable that it is France that manages our currency (a currency that it has imposed on us), which manages our gold reserves and 65% of our revenue abroad (it is amoral).

If only for these 2 principles, getting out of the CFA Franc is an emergency. Africans, have a little honor and ... balls, FOR ONCE ! ! !

 

Une traduction de Patrick Cohen. Merci, cher frère pour l'initiative spontanée !

lundi, 11 février 2019

SIMONE GBAGBO: «LAURENT GBAGBO VA BIEN, J'AI PARLE AVEC LUI»

afrique, côte d'ivoire,belgique,laurent gbagbo,SIMONE GBAGBO: «LAURENT GBAGBO VA BIEN, J'AI PARLé AVEC LUI»

 

Mama (Gagnoa, en Côte d'Ivoire) - Madame Gbagbo: ''Laurent Gbagbo va bien, j'ai parlé avec lui''

« Il est dans une petite ville au sud de la Belgique. J'ai parlé avec lui; il me confirme qu'il va bien et qu'il est bien arrivé. Dieu a ouvert la porte de la prison, cette porte restera ouverte jusqu'au retour de Gbagbo en Côte d’Ivoire ».

L'ANCIEN PRESIDENT IVOIRIEN LAURENT GBAGBO LIBERE SOUS CONDITIONS PAR LA CPI

afrique,côte d'ivoire,laurent gbagbo,cour pénale internationale,l'ancien président ivoirien laurent gbagbo,libéré sous conditions par la cpi

 

La Haye (AFP) - La Cour pénale internationale (CPI) a libéré sous conditions vendredi l'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo, suite à son retentissant acquittement il y a deux semaines de crimes contre l'humanité commis en 2010 et 2011 lors de violences post-électorales en Côte d'Ivoire.

 

"La Chambre d'appel a décidé à l'unanimité l'ajout d'un ensemble de conditions qui assortissent la mise en liberté" de Laurent Gbagbo, dont l'obligation de résider dans un Etat membre de la CPI en attendant un éventuel procès en appel, a déclaré le juge président de la CPI, Chile Eboe-Osuji.

Dans leur décision, dernier épisode en date d'un feuilleton judiciaire qui tient en haleine la Côte d'Ivoire, les juges n'ont pas précisé le pays qui accueillerait M. Gbagbo, ni si un retour de l'ancien président dans son pays était envisageable.

La Côte d'Ivoire est bien un des Etats membres de la Cour. Toutefois, ce pays a refusé de remettre à la CPI Simone Gbagbo, épouse de l'ancien président, malgré un mandat d'arrêt délivré en ce sens. La Cour, qui siège à La Haye, pourrait donc refuser le retour de Laurent Gbagbo en Côte d'Ivoire dans l'attente d'un éventuel procès en appel.

"Nous sommes très heureux pour M. (Charles)Blé Goudé qu'il soit enfin libéré. C'est une décision justifiée", a déclaré devant des journalistes son avocat Geert-Jan Knoops, en référence à l'ex-chef du mouvement des Jeunes Patriotes dont la CPI a également décidé la libération.

Devant la CPI, située dans un quartier résidentiel de La Haye, des dizaines de sympathisants ont entonné des chants, brandissant des drapeaux ivoiriens.

"Gbagbo est libre!", "Respectez le pouvoir de Gbagbo!", ont-ils notamment scandé, sous l'oeil d'une vingtaine de policiers, déployés pour garantir le maintien de l'ordre.

"Nous sommes très heureux. La réconciliation peut enfin commencer en Côte d'Ivoire", a déclaré Abdon Bayeto, un des plus proches conseillers de l'ancien président ivoirien.

Vendredi matin, au début d'une journée haletante, l'accusation avait déclaré être prête à accepter la mise en liberté de l'ancien président ivoirien et de M. Blé Goudé à condition qu'il leur soit interdit de rentrer en Côte d'Ivoire.

- Liberté limitée -

Jugés pour des accusations de crimes contre l'humanité commis entre 2010 et 2011 en Côte d'Ivoire, Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé ont été acquittés le 15 janvier en première instance.

Depuis ce retentissant acquittement, le maintien en détention des deux hommes était au coeur des débats devant la CPI, la défense ayant demandé une mise en liberté immédiate et inconditionnelle dès l'acquittement prononcé.

"Il est impossible de limiter la liberté d'une personne innocente", a répété à maintes reprises l'avocat de Laurent Gbagbo, Emmanuel Altit.

L'accusation craignait que MM. Gbagbo et Blé Goudé ne se présentent pas devant la Cour dans le cas d'un procès en appel, et souhaitaient que les deux hommes remettent leurs passeports et soient remis à la garde d'un pays proche des Pays-Bas où siège la CPI.

A ce stade, l'accusation attend toujours que les juges communiquent leur décision écrite pour faire appel de l'acquittement.

"Ce n’est qu’après un examen et une analyse approfondis de ces motifs que mon bureau va décider ou non d’interjeter appel", a déclaré vendredi la procureure de la CPI Fatou Bensouda.

En détention depuis plus de sept ans, Laurent Gbagbo était jugé pour des crimes commis pendant la crise de 2010-2011, née de son refus de céder le pouvoir à son rival, l'actuel président ivoirien Alassane Ouattara. Les violences avaient fait plus de 3.000 morts en cinq mois.

- Preuves "exceptionnellement faibles" -

Il avait finalement été arrêté en avril 2011 par les forces du président Ouattara, soutenues par l'ONU et la France. Il est le premier ancien chef d'État à avoir été remis à la CPI.

Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé étaient accusés de quatre chefs de crimes contre l'humanité: meurtres, viols, persécutions et autres actes inhumains, pour lesquels ils ont toujours plaidé non coupable.

A la majorité, les juges de la chambre de première instance ont estimé que les preuves présentées par l'accusation étaient "exceptionnellement faibles".

Un seul juge a exprimé une opinion dissidente. Selon lui, "il existe des éléments de preuve permettant à une chambre de première instance raisonnable de condamner l'accusé".

L'accusation a déjà annoncé son intention de faire appel de la décision d'acquittement des deux hommes. Cette démarche pourrait prendre des mois.

L'acquittement de M. Gbagbo intervient à une période sensible en Côte d'Ivoire, à l'approche de l'élection présidentielle de 2020, alors qu'Alassane Ouattara n'a pas dévoilé ses intentions.

 

Source : L'OBS

mlkoioj.png

CPI : Laurent Gbagbo et Blé Goudé, acquittés et libres (sous conditions)
 

Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé peuvent quitter le pénitencier de Scheveningen. Acquittés ce mardi 15 janvier 2019, leur libération immédiate telle qu'ordonnée par la Chambre de première instance de la CPI était suspendue à la requête dilatoire introduite par le Bureau de Fatou Bensouda lors de l'audience de ce mercredi. Finalement, la CPI a rejeté la demande de l'accusation. L'ancien président ivoirien et son ministre de la Jeunesse sont désormais libres, mais sous conditions.

« À la majorité, la chambre (...) rejette la requête présentée par le procureur de maintenir M. Gbagbo et M. Blé Goudé en détention». Lorsqu'il lève la séance de deux heures en tout à l'audience de ce mercredi 16 janvier, le juge en chef Cuno Tarfusser a asséné le marteau de grâce aux espoirs du Bureau du Procureur.

Faiblesse exceptionnelle des preuves

Requête pour la suspension de la libération immédiate rejetée ! En résumé, c'est la réponse de la Chambre de première instance de la Cour pénale internationale (CPI) à la requête dilatoire des collaborateurs de Fatou Bensouda qui évoquaient des raisons exceptionnelles de maintenir les acquittés de la veille en détention ou de les libérer en les plaçant dans un Etat géographiquement proche de la juridction basée à  La Haye. En vain!

Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé vont donc sereinement humer l'air de la liberté. A la majorité de deux des trois juges, la Chambre a rejeté tous « les moyens tendant au maintien en détention de M. Laurent Gbagbo et de M. Charles Blé Goudé», selon les termes du juge Tarfusser qui a donné lecture de la décision finale du triumvirat qui a instruit l'audience.

Point par point, sur la gravité des charges retenues contre les deux hommes, le risque de fuite des accusés et la probabilité d'un procès en appel, les juges ont démonté les arguments du Bureau du Procureur. Pour rejeter la requête en appel, le juge fait état d'une « faiblesse exceptionnelle» des preuves présentées par le Procureur pour conforter les accusations de crimes contre l'Humanité, basées sur des «déductionsdiscutables». Une nouvelle sentence-massue qui vient non seulement briser les espoirs du Procureur de voir le procès se poursuivre mais aussi confirmer l'acquittement de Gbagbo et de son ancien bras-droit.

Gbagbo et Blé Goudé, libres mais...

Et pourtant, libres, les deux hommes le sont qu'à demi seulement. L'ancien président ivoirien et son ministre de la Jeunesse sont libres à condition de fournir au greffe de la Cour des assurances qu'ils se présenteront si la Cour requiert leur présence. En milieu d'audience, le collectif des avocats des deux hommes avaient indiqué, à la demande du juge, que leurs clients seraient prêts à parapher n'importe quel document pour fournir à la Cour ses assurances.

En clair, les acquittés s'engagent à venir répondre à des auditions en tant qu'accusés ou en tant que témoins sur d'éventuels procès que la CPI ouvrirait à nouveau. Un couteau à double tranchant puisque la Procureur de la CPI expliquait à la reprise du procès Gbagbo/BléGoudé que ses enquêtes concernaient les crimes commis pendant la la crise post électorale qui avait fait plus de 3 000 morts en 5 mois.

Pour l'heure l'affaire est pliée pour Gbagbo et son "boy": ils peuvent se rendre au pays de leur choix, notamment en Côte d'Ivoire. Une décision d'Alassane Ouattara pourrait même avoir accéléré le retour au bercail des deux hommes. Le 6 février 2016, pressé par une opinion publique qui dénonçait une justice des  vainqueurs, Alassane Ouattara, estimant que la Côte d'Ivoire avait une «justice opérationnelle» a eu cette phrase qui sonne comme un non retour de Gbagbo et Blé Goudé devant la CPI. «Je n'enverrais plus d'Ivoiriens à la CPI». Tout est dit à moins que Gbagbo et Blé Goudé ne décident de s'y rendre par eux-mêmes.

 

Source : LA TRIBUNE AFRIQUE

dimanche, 10 février 2019

LAURENT GBAGBO: ACQUITTE MAIS EMBASTILLE - FIASCO DE LA COUR PENALE INTERNATIONALE ET CAMOUFLET POUR LA FRANÇAFRIQUE

 

LAURENT GBAGBO 2.jpg

Le Président Laurent Gbagbo et ses avocats le 15 janvier 2019 à la cour pénale internationale.

 

En avril 2011, le Président de la Côte d’Ivoire, L. Gbagbo est arrêté par une rébellion armée, qui a débuté en 2002, soutenue par la France (1), les États-Unis et certains Africains du style Compaoré.

Déféré devant la Cour Pénale Internationale, bien que la Côte d’Ivoire n’y ait adhéré qu’en 2013, L. Gbagbo, à l’issue d’une pseudo instruction internationale, est acquitté le 15 Janvier 2019 (2,3), après huit ans d’incarcération.

Il s’est avéré, en effet, que les procureurs de la CPI (4) n’ont pu fournir aucune preuve convaincante contre le Président ivoirien. Malgré les engagements de la Cour, ils n’ont poursuivi aucun des dirigeants de la rébellion, y compris évidemment Ouattara devenu Chef de l’État avec l’appui et la bénédiction de la France, qui, de toute évidence, étaient responsables avec notamment G. Soro de nombreux massacres (notamment celui de Duékoué).

Toutefois, le Parquet a fait appel et L. Gbagbo et Blé Goudé n’ont pas été libérés. Acquittés, ils restent embastillés arbitrairement à la prison de La Haye pour on ne sait quelle durée encore ! Il n’est pas pardonné au régime instauré par L. Gbabbo d’avoir « fait peur » aux intérêts économiques et stratégiques occidentaux, notamment aux firmes chocolatières multinationales représentant un marché de 80 milliards de dollars pour la Côte d’Ivoire et bien davantage pour Nestlé, Ferrero, Cargill, et surtout Barry Callebaut, leader du négoce à l’échelle mondiale (5) !

La CPI n’a fait, depuis 2011, que jouer le jeu du pouvoir Ouattara contre la souveraineté du peuple ivoirien pour le seul compte des intérêts de quelques groupes économiques et financiers occidentaux.

Il ne pouvait en être autrement. Depuis 1993 et la Résolution 808 du Conseil de Sécurité des Nations Unies concernant le Tribunal permanent international pour Yougoslavie (6) et l’adoption en 1998 des statuts de la CPI, la justice pénale internationale n’a été qu’un instrument des grandes puissances occidentales contre des personnalités considérées comme « perturbatrices » de « l’ordre » international, parce que trop « souverainistes » !

Certes de nombreux juristes ont applaudi à la fondation de la CPI et de ce qui devait être la fin de l’impunité des responsables politiques violant le droit humanitaire, oubliant à cette occasion les violations multiples des droits économiques, sociaux et culturels et faisant surtout preuve d’illusions sur la possibilité d’une réelle « justice » politique internationale (7).

La société internationale hétérogène, marquée de profondes contradictions d’intérêts et de valeurs, n’est pas en mesure de fonder une justice pénale internationale équitable : la création de la CPI, bien que survenant plusieurs décennies après les premiers tribunaux pénaux internationaux de Nuremberg et de Tokyo, juridictions au service des vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale, est prématurée.

De l’affaire Milosevic à l’affaire L. Gbagbo, cette « justice » a été instrumentalisée par quelques puissances et la CPI a fonctionné comme une juridiction politique d’exception que l’Administration nationale de chaque État a expérimenté depuis longtemps au détriment des droits élémentaires des prévenus ! Les rapports de force à l’échelle internationale sont favorables aux grandes puissances et aux pouvoirs privés économiques et financiers : le droit international en est, pour l’essentiel, le reflet et la justice pénale internationale, la caricature !

La CPI ne pouvait qu’être sensible dans l’affaire ivoirienne aux intérêts de la France et des États-Unis (qui, paradoxalement, n’ont pas adhéré au statut de 1998) au détriment de ceux du peuple ivoirien : les « menaces » du régime Gbagbo d’écarter le Franc CFA au bénéfice d’une monnaie nationale, la présence « intéressante » de pétrole dans le Golfe de Guinée, la crainte de l’arrivée en Côte d’Ivoire de la Chine et la défense des profits des grands groupes chocolatiers transnationaux, ne pouvaient plaider en faveur de L. Gbagbo !

La Françafrique (à l’époque celle de N. Sarkozy) n’a jamais accepté l’élection de L. Gbagbo, pas davantage qu’ont été acceptés par l’Occident les leaders africains tels que Lumumba ou Sankara, par exemple !

Bien évidemment, et selon une tradition bien établie, les ingérences occidentales se sont faits au nom des droits de l’Homme, de la démocratie et de la protection des populations civiles, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes pour la véritable guerre menée dès 2002 contre le régime d’Abidjan de L. Gbagbo en appui à la rébellion cosmopolite du Nord de la Côte d’Ivoire, particulièrement barbare ! Avec, de surcroît, le plus profond mépris pour l’Union Africaine et ses tentatives de conciliation (8) !

En tout état de cause, la solidarité internationale en faveur de L. Gbagbo et de C. Blé Goudé permettra la confirmation de leur acquittement et leur prochaine libération. Le plus tôt sera le mieux ! Quant à la CPI, elle en est sans doute à son « crépuscule », selon l’expression du professeur Albert Bourgi. Pour une authentique justice pénale internationale, la route est encore longue.

Notes:

*Titre, Cf. L’article du professeur Albert Bourgi in L’Huma Dimanche. 24-30 juin 2019.

1. « Le QG de la rébellion, déclare L. Gbagbo, c’est le Quai d’Orsay ».

2. Bénéficie aussi d’un acquittement son Ministre de la Jeunesse, Charles Blé Goudé.

3. Voir par exemple R. Koudou, H. Oulaye et F. Tano. Le procès de la CPI contre le Président L. Gbagbo. L’Harmattan. 2016. Claude Koudou. Des pensées de L. Gbagbo et autres. L’Harmattan. 2017.

4. Le Procureur Luis Moreno Ocampo, saisi de l’affaire Gbagbo, a travaillé comme lobbyiste auprès d’opposants de M. Kadhafi. Il serait aussi lié à des sociétés installées dans des paradis fiscaux. Quant à la Procureure en exercice, la Gambienne Fatou Bensouda et à son équipe, elles ont bénéficié de financement d’une partie des investigations à charge contre L. Gbagbo (Cf. L’article précité d’A. Bourgi) !

5. La culture ivoirienne du cacao est familiale (les paysans possédant entre 5 et 10 hectares). Ils sont mal rémunérés par les grandes firmes transnationales qui maîtrisent exportation et transformation. Quelques coopératives ont cependant été créées (par exemple, celle du Bandama) en relation avec des responsables du commerce équitable français.

6. Cf. R. Charvin. « Premières observations sur la création du Tribunal permanent international pour la Yougoslavie de la Résolution 808 du Conseil de Sécurité des Nations Unies » in I Diritti dell’Uomo (Roma), n° 1. 1993, p. 27 et s. / R. Charvin. « La CPI. Avancées et illusions », in Utopie Critique (Paris) n° 28. 2004, p. 65 et s. / R. Charvin. « L’impunité internationale des politiques et la CPI ». Les Cahiers de Nord-Sud XXI (Genève). Sans date.

7. Cf. par exemple, R. Badinter, in « La CPI. Droit et démocratie ». La Documentation française. 1999, p. 10.

8. La même attitude a été adoptée par la France de N. Sarkozy, lors de son agression contre la Libye, bloquant les initiatives de J. Ping, qui au nom de l’Union Africaine, était en mesure de favoriser une solution négociée, ce qui aurait évité huit mois de guerre contre Tripoli et huit ans de chaos faisant des dizaines de milliers de morts !

Un article de : Investig’Action

 

Source : IVOIREBUSINESS

samedi, 09 février 2019

L'HOMMAGE DU QUOTIDIEN FRANÇAIS MEDIAPART AU PRESIDENT LAURENT GBAGBO

LAURENT GBAGBO.jpg


Entre son arrestation sous les bombes françaises le 11 avril 2011 et son transfert à la Cour pénale internationale à La Haye, durant ses huit mois de détention à Khorogo, il n'y avait guère que de simples citoyens ivoiriens, camerounais et autres Africains à le défendre sans relâche. Dès le 16 avril 2011, ils manifestaient à Paris, place de la Bastille, pour lui crier leur solidarité.

Quant aux rares personnalités politiques ayant pris sa défense avant sa chute, elles s'étaient alors murées dans le silence pour ne pas déplaire à la France, qui fêtait en une grande pompe l'avènement de son préfet nègre réintégrant la Côte d'Ivoire dans le giron françafricain d'où Laurent Gbagbo avait péniblement tenté de l'en extraire. La Côte d'Ivoire était revenue à son point de départ.

 

Les visages de la résistance à l'injustice

Il a donc fallu la ténacité de ces groupuscules d'Ivoiriens et d'Africains mus par une même volonté, unis dans un même combat, arpentant les rues des villes européennes et faisant des émules aux Etats-Unis et au Canada, pour que le séjour de Laurent Gbagbo à La Haye ne se déroule pas dans le silence et l'indifférence des nations du monde entier.

Il a fallu aussi le talent et l'habileté des journaliste d'investigation (1) comme Théophile Kouamouo, Charles Onana ou Grégory Protche, pour peindre la profonde injustice dont était victime le prisonnier de la CPI ; il a fallu le talent et l'habileté d'une petite mais ardente armée de blogueurs pour que les crimes passés et actuels du nouveau pouvoir ivoirien circulent à travers le monde entier et deviennent même des éléments de référence dans la défense de l'illustre prisonnier.

Dans leur dur et long combat, ces défenseurs de Laurent Gbagbo et du respect de la constitution ivoirienne seront réconfortés par deux excellents films-documentaires. Le premier, Laurent Gbagbo dans le tourbillon du Golfe de Guinée, diffusé en mars 2011, un mois avant sa chute, démontrait de manière éclatante la rapacité de la France sur les immenses richesses encore inexploitées du pays, et sa volonté de contrecarrer le plan d'indépendance économique prôné par le président ivoirien.

Le deuxième est venu d'Italie, curieuse de savoir ce qui s'était passé dans l'ouest ivoirien. A travers les témoignages locaux, ce film nous permet de découvrir comment s'est opérée la complicité de la France dans les massacres de Duékoué et de ses environs, et l'on comprend pourquoi les journalistes français refusent de voir la vérité sur cet épisode de la guerre postélectorale. Galvanisés par la flagrante injustice, convaincus de la nécessité de porter la vérité jusqu'à ce que la lumière la rende visible à tous, les Ivoiriens, les panafricanistes et leurs rares amis européens n'ont pas baissé les bras et n'ont eu de cesse de multiplier les manifestations en France, en Italie et devant la Cour pénale internationale à La Haye.

On peut affirmer que jamais, dans l'histoire, un leader noir n'a bénéficié d'autant de soutiens de la diaspora africaine et d'autant de sympathie de la part des populations d'Afrique noire. Patrice Lumumba, Kwamé Nkrumah, Sékou Touré, sont morts dans le silence, même si de nombreux Africains les portaient dans leur coeur.

Durant ses 27 années de prison, jamais Nelson Mandela n'a bénéficié d'une telle sympathie populaire. Il faut dire que les temps ont changé : grâce à Internet, l'information circule plus rapidement, les mensonges sont plus vite signalés et démontrés. Ce que l'on tente de cacher se retrouve rapidement porté sur la place publique parce que tous les citoyens, partout dans le monde, sont devenus des informateurs. Plus personne n'a le monopole de l'information. Voilà pourquoi le grossier coup d'état contre Laurent Gbagbo, présenté par la France et l'ONU comme une entreprise de salut public, a fait de lui, en moins de deux ans, le héros africain de la résistance à l'impérialisme européen.

L'accélération de la dénonciation de l'injustice faite à Laurent Gbagbo

On peut même dire que la forte offensive de la résistance au nouveau pouvoir et au mur du mensonge qui cachait la vérité sur le drame ivoirien a surpris les commanditaires et acteurs européens du coup d'état du 11 avril 2011. La popularité de Laurent Gbagbo, fortement ancrée dans le paysage politique de ce début du XXIe siècle, a forcé de nombreuses personnalités politiques à considérer de plus près la manière dont le pouvoir lui a été arraché et les conséquences de ce forfait.

Dans l'introduction du livre de Charles Onana (Côte d'Ivoire, le coup d'Etat), publié en novembre 2011, M. Tabo Mbeki, l'ancien président sud-africain – l'un des premiers médiateurs entre les deux parties du conflit ivoirien – a clairement démontré la ferme intention de la France de se débarrasser de Laurent Gbagbo et le soutien précieux dont elle a bénéficié de l'ONU. En septembre 2012, lors du congrès de l'Internationale Socialiste, en Afrique du Sud, le Ghanéen Kofi Awoonor avait à son tour fustigé la passivité des socialistes français devant le sort réservé à Laurent Gbagbo.

En décembre 2012, enfin, un socialiste –François Loncle – révèle l'activisme corrupteur de madame Alassane Ouattara auprès des hommes politiques français ; dans la même période, Georges Peillon, ancien porte-parole de la force Licorne (l'armée française impliquée dans le conflit ivoirien) reconnaissait le parti pris du pouvoir et des médias français dans la vie politique de la Côte d'Ivoire depuis 2002.

Si les aveux et les critiques étaient devenus de plus en plus nombreux et fragilisaient le pouvoir ivoirien tout en mettant à mal le soutien que lui apportait la France, ce pouvoir demeurait solide aux yeux de l'Europe grâce au mutisme des médias et du gouvernement socialiste qui avait revêtu les habits impérialistes laissés par Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy. C'est finalement à partir de février 2013 que le procès devant confirmer ou infirmer les charges du procureur de la CPI contre Laurent Gbagbo va donner un nouveau souffle à la Résistance ivoirienne et africaine et commencer à ébranler le pouvoir en place et les certitudes des commanditaires onusiens et français.

Ce procès se révéla, en effet, une belle occasion de démontrer que les accusateurs de Laurent Gbagbo manquaient d'arguments pour le faire condamner. Quand on mène pendant dix ans une rébellion contre un pouvoir légal en tuant femmes et enfants, quand avec l'aide de forces étrangères on mène une charge finale sanglante pour s'emparer du pouvoir, cela apparaît en effet ignoble d'accuser celui qui a été défait d'avoir résisté.

Oui, c'est ignoble d'accuser le vaincu de vous avoir obligé, par sa résistance, à tuer femmes et enfants dans votre conquête du pouvoir. Toutes les images de l'attaque d'Abidjan ne révélant que des crimes commis par les assaillants et leurs soutiens, le procureur a dû se tourner vers des documents étrangers pour illustrer son argumentation, la fragilisant par la même occasion. Comment peut-on, dans ces conditions, condamner un homme ou même le garder en prison ?

Dès lors, avant même que les juges de la Cour pénale internationale ne déclarent insuffisantes les preuves présentées par le procureur demandant la condamnation de Laurent Gbagbo, il était difficile aux instruments de la propagande étrangère de cacher la vérité.

Les ONG entrèrent donc dans la danse, au début du mois d'avril 2013, et dénoncèrent « la justice des vainqueurs » tout en soulignant les crimes ethniques, les exécutions sommaires, les chasses à l'homme et les emprisonnements arbitraires des partisans de Laurent Gbagbo – œuvres du pouvoir actuel, de son armée et de ses milices.

Indiscutablement, l'impunité des hommes du nouveau régime blesse la conscience humaine ! Condamner Laurent Gbagbo pour avoir résisté à l'assaut de l'ennemi et voir les vrais bourreaux du peuple ivoirien se pavaner effrontément, alors que les médias africains et les blogueurs étalent quotidiennement les images de leurs crimes, apparaît comme une blessante injustice !

A la suite des ONG, comme si la parole était enfin libérée, ce sont les hommes politiques africains, jusque-là muets, qui vont donner de la voix. Au sommet de l'UA, à la fin de mai 2013, le Premier ministre éthiopien, Hailemariam Desalegn, président de cette organisation, a qualifié la CPI d'instrument raciste au service des occidentaux : « Lors de la création de la CPI, l'objectif était d'éviter toutes sortes d'impunités ; mais, désormais, le processus a dégénéré en une sorte de chasse raciale ». Effectivement, la trentaine d'hommes politiques africains poursuivis par cette institution ne laisse pas penser autre chose.

Le 15 juin, au Gabon, lors d'un débat consacré à « l'indépendance » en Afrique, la ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, a vivement contesté les dires du procureure Bensouda en accusant les Européens d'utiliser la CPI pour manipuler la politique des nations africaines : "C'est malheureux, qu'un grand nombre de conclusions ait été réduit à la manipulation politique […] Il n'est pas honnête de dire que la CPI ne s'acharne pas contre l'Afrique. Je ne suis pas d'accord avec ma soeur Bensouda". Puis la ministre a demandé à celle-ci de ne pas dire "que les Africains viennent la voir [la CPI] pour être jugés. C'est faux, car l'Afrique ne veut pas de colonialisme judiciaire".

La position des hommes politiques africains sur la Cour pénale internationale est donc plus que claire : elle n'est pas impartiale ; elle n'est pas crédible ; elle est raciste. Et, à partir du 3 juin 2013, après l'ajournement du procès et le renvoi de la procureure à la recherche de preuves plus convaincantes, les Européens aussi se laissent gagner par le doute quant à l'impartialité de cette institution. Les journaux français qui, jusque-là, n'ont fait aucun cas ni des nombreuses marches de soutien à Laurent Gbagbo à Paris ou à La Haye, ni des pluies de critiques contre l'injustice du pouvoir actuel concernant l'analyse des crimes commis avant et après les élections, se sont tout à coup mis à faire le procès de la CPI.

Pour la première fois depuis 2002, le journal La Croix ne fait ni l'apologie de l'élu de la France ni la critique de l'ennemi juré des journalistes français. Marianne de son côté juge le procès de la CPI fait par les africanistes tout à fait justifié. C'est à croire que pour tout le monde le mensonge qui fait de Laurent Gbagbo le seul responsable des morts avant et après les élections présidentielles de 2010 ne peut plus être défendu.

La preuve que le vent a tourné et dévoile peu à peu la vérité, c'est que même les muets parlent en France ! Qui a déjà entendu Koffi Yamgnane réagir aux injonctions méprisantes et injustes adressées à Laurent Gbagbo avant et après les dernières élections présidentielles en Côte d'Ivoire ? Qui l'a entendu parler de Laurent Gbagbo ou lui témoigner la moindre sympathie depuis qu'il a été arrêté dans le palais présidentiel par l'armée française ? Incapable de la moindre indépendance de parole, voilà qu'il profite de l'indignation de Bernard Houdin (conseiller de Laurent Gbagbo) pour dire tout simplement que lui aussi pense que « trop, c'est trop », que l'injustice contre Laurent Gbagbo ne peut plus continuer.

Mais attendons de voir s'il ira plus loin que la simple indignation partagée. De son côté, la présidente du Mouvement des Africains-Français, qui s'est toujours opposée aux marches de soutien à Laurent Gbagbo et n'y a jamais participé, entreprend enfin une action précise dans la lutte contre l'impartialité de la CPI : elle lance une pétition pour le retrait des nations africaines de cette institution. L'intention est bonne, mais elle ignore que le combat politique se mène dans la persévérance et non pas périodiquement.

Dans tous les cas, Laurent Gbagbo ne laisse plus personne indifférent puisque ce qui était censé être son procès s'est transformé en procès de l'institution chargée de le juger. Quel retournement de situation ! N'est-ce pas déjà la victoire de la vérité sur le mensonge ? En clair, la CPI se discréditerait complètement aux yeux du monde en maintenant sa volonté de juger Laurent Gbagbo. Elle se trouve dans l'obligation de le libérer et prendre le temps de revoir son fonctionnement par rapport à l'analyse des crimes et des supposés criminels qu'elle doit juger.

Les nouvelles preuves du procureur contre Laurent Gbagbo sont d'avance jugées par l'opinion publique internationale comme irrecevables ; et un éventuel procès serait considéré comme une injustice. Arrêter des partisans de l'actuel président de la Côte d'Ivoire et les traduire devant la CPI afin de justifier la poursuite du procès serait désormais inacceptable. Cette dernière entreprise serait perçue par tous comme l'aveu de l'injustice dont est victime Laurent Gbagbo depuis deux ans, voire depuis dix ans.

Quel long combat ! Mais quel combat magnifique et enthousiasmant quand, comme par miracle, tout le monde le trouve juste ! Après Nelson Mandela, toutes les nations reconnaîtraient-elles l'injustice faite à Laurent Gbagbo ? Quelle belle victoire en perspective ! Ses partisans, les panafricanistes, les journalistes activistes soucieux de la vérité, les infatigables blogueurs, les amis Français – en particulier Guy Labertit, Michel Galy, Bernard Houdin et Albert Bourgi – et ses admirateurs anonymes qui vivaient dans la peur, sont aujourd'hui fiers de leur combat et heureux de voir ça et là des appels à sa libération pure et simple.

Un homme qui, par son seul amour de la vérité, un homme qui a juré d'aller jusqu'au bout et parvient par sa ténacité à renverser l'opinion publique et la machine judiciaire internationale qui s'acharnait à le perdre, ne mérite que l'admiration et les éloges. L'ancien Premier ministre du Togo (1991-1994), Joseph Kokou Koffigoh, et l'artiste béninois Yokula (reggaeman) l'ont bien compris. Ils ne sont pas restés insensibles à cet amour de la vérité attaché au coeur du prisonnier de La Haye. L'un vient de lui consacrer un très beau poème demandant sa libération « des mains de l'infamie » et l'autre une chanson qui clame son amour pour la légalité constitutionnelle.

Laurent Gbagbo est entré dans l'Histoire parce qu'il a donné sa vie pour la vérité, pour le respect de la constitution de son pays ; il est entré dans l'Histoire parce que l'Afrique a reconnu dans son combat le sien. En s'accrochant à la vérité et au droit, Laurent Gbagbo a accepté de subir l'infamie de l'emprisonnement dans le goulag des puissances occidentales. Comme tous ceux qui ont consacré leur vie aux grands idéaux humains pour que leurs semblables grandissent sous un jour nouveau, l'heure de sa rédemption viendra. Quant à toi, lecteur, n'oublie pas qu'un jour tu devras répondre à cette question : qu'as-tu fait pour soutenir le combat de l'homme que l'on admire aujourd'hui ?

 

Auteur : Raphaël ADJOBI

Source : MEDIAPART (2016).

vendredi, 08 février 2019

COTE D'IVOIRE: LAURENT GBAGBO ACQUITTE PAR LA CPI

 

SIMONE GBAGBO.jpg
Simone Gbagbo, le 15 janvier 2019 à Abidjan après l'acquittement de son mari à la CPI.
© REUTERS/Thierry Gouegnon

 

Côte d'Ivoire: Laurent Gbagbo acquitté par la CPI, un jour charnière pour le FPI

 

Pour le Front populaire ivoirien (FPI), c’est sans conteste l’un des jours les plus importants de l'histoire du parti, voire un tournant dans l'histoire politique du pays. Mardi 15 janvier 2019, l'ancien président de Côte d'Ivoire, Laurent Gbagbo, a été acquitté des charges que la justice internationale faisait peser sur lui, tout comme son compagnon d'infortune, l'ex-leader des Jeunes Patriotes Charles Blé Goudé. Retour sur cette journée savoureuse pour les pro-Gbagbo à Abidjan.

Il est 10h30 mardi matin dans le salon du secrétaire général du Front populaire ivoirien, Assoa Adou. A ses côtés, à Cocody, une trentaine de personnes écoutent la télévision avec attention. La Cour pénale internationale est en train d'annoncer que Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé sont acquittés.

L'assistance explose. « C’est une joie immense qui envahit mon corps, qui envahit mon esprit. Voilà huit ans que nous courrons après la vérité mais aujourd’hui, la joie reprend la place parce que nous venons de faire un grand pas vers la réconciliation nationale », confie M. Adou.

Un peu plus tard, à quelques kilomètres de là, les sympathisants du FPI se rassemblent dans la cour de la résidence de l'ex-première dame Simone Gbagbo. Elle-même sortie du tourbillon judiciaire, l'épouse de l’ancien chef de l'Etat réagit également à la grande nouvelle du jour.

« Moi-même, dit-elle, j’en sors et je sais ce que c’est que d’être en prison. Mais moi, j’étais ici, j’avais la possibilité de manger mon attiéké, de manger mon foutou, mais lui, là-bas à La Haye, dans ce pays froid et loin des siens, c’est horrible et méchant. Et aujourd’hui, on lui rend justice et je rends gloire à Dieu. »

Pour ses partisans, Laurent Gbagbo a surmonté le plus dur. Un maître-mot ce mardi : la réconciliation. L'ex-président est le « chaînon manquant » d’une réconciliation qui n’a pas eu lieu depuis 2011, avancent tous les membres du parti interrogés. C’est à lui de la mener à bien, explique Hubert Oulaye.

C'est lui qui a souffert. Et c’est lui qui doit pardonner. Ceux qui ont échoué n’avaient pas la volonté de réussir. Parce que, pour eux, faire la réconciliation signifie beaucoup de choses. Signifie reconnaître les faits qui sont très graves!

Hubert Oulaye a plusieurs fois été ministre de M. Gbagbo. « C’est une réconciliation qui n’intéresse pas que les partis politiques, mais qui intéresse tous les Ivoiriens dans leur ensemble », plaide-t-il. Réconcilier ? Conquérir le pouvoir en 2020 ? C'est presque devenu une formalité à l'en croire.

Pour Pascal Affi N'Guessan, qui dirige le courant modéré du FPI dont il était le candidat à la dernière présidentielle, l'acquittement de Laurent Gbagbo crée en effet « toutes les conditions de l’unité, parce que plus que jamais, la possibilité de revenir au pouvoir en 2020 est forte ».

« Il faut donc, ajoute-t-il, que tous les militants de quelque bord qu’ils aient appartenu pendant cette période récente se mettent ensemble pour la reconquête du pouvoir. Je crois que la libération du président Gbagbo va fortement contribuer à l’unité du parti, comme elle va contribuer aussi à la réconciliation nationale. »

L'actuel président du parti se dit prêt à lui rendre son poste : « Le président Gbagbo n’était pas le président du FPI en 2010-2011. Cela fait 17 ans que je suis à la tête de ce parti. S’il pense que c’est en étant président du FPI que nous pouvons reconquérir le pouvoir en 2020, rien ne s’oppose à cela. »

Laurent Gbagbo quittera-t-il sa cellule de Scheveningen dès ce mercredi ? Plus tard ? Peu importe ; pour ses partisans, l’acquittement et la remise en liberté immédiate annoncés par le juge Cuno Tarfusser constituent une victoire définitive. Laurent Gbagbo reviendra très bientôt au pays, ses partisans en sont convaincus.

En Côte d'Ivoire, nous sommes un peuple. Du nord au sud, à l'est et à l'ouest. Des hommes, des femmes, des êtres qui s'amusent, qui rigolent entre eux. Le couteau, la machette, les fusils, vraiment c'est diviser la Côte d'Ivoire

Toute la journée de mardi, ainsi qu'une bonne partie de la nuit, l’alcool a coulé à flots à Yopougon, immense commune de l’ouest d’Abidjan réputée acquise à l'ancien président et où, à la mi-décembre, une rumeur sur la libération de M. Gbagbo avait jeté des dizaines de milliers d’habitants dans les rues.

Par milliers, jeunes, vieux, hommes, femmes et enfants ont à nouveau défilé en cortèges pour célébrer la décision de la CPI. Claver, jeune professeur de philosophie au lycée, a tout laissé en plan quand il a appris la nouvelle. « J’étais en plein service, dit-il, et on m’a envoyé un SMS quand le procès a commencé. »

« Lorsque je suis arrivé, le juge a prononcé l’acquittement. J’ai ressenti une joie immense, un soulagement, une liberté pour la Côte d’Ivoire », ajoute-t-il. Défilés dans les rues, réunions arrosées dans les maquis ; la fête a duré toute la nuit, sous l’œil attentif des très nombreux policiers déployés pour l’occasion.

Le reste de la ville d’Abidjan a connu une journée ordinaire. Pourtant, la libération de Laurent Gbagbo ne laisse personne indifférent. Ces dernières semaines, cette libération possible était dans toutes les discussions. Accompagnée d’impatience pour ses partisans. D’inquiétude pour les autres.

Comment ne pas envisager en effet qu’en ramenant en Côte d’Ivoire le dernier des trois protagonistes de la crise de 2010-2011, tout cela ne recommence pas ? Dans l’équation : l’échéance cruciale de 2020, autour de laquelle tourne déjà toute la vie politique ivoirienne actuelle.

 

Source : RFI AFRIQUE