topblog Ivoire blogs

mercredi, 11 septembre 2013

LA CRISE MORALE DES SOCIALISTES FRANÇAIS ET LE CAMARADE LAURENT GBAGBO

 

GBAGBO, HOLLANDE ET AYRAULT.jpg


Nombreux étaient les Africains francophones qui, en 2012, lors des élections présidentielles françaises, avaient adressé des prières au ciel pour qu'il les débarrassât de Nicolas Sarkozy. Une fois leurs vœux exaucés, ils s'étaient mis à espérer une politique plus ferme de François Hollande à l'égard de la dictature qui commençait à se mettre en place en Côte d'Ivoire. Ils ont attendu. Ils n'ont rien vu venir. Certains se demandent s'il faut encore espérer.

Au regard de l'esprit actuel des socialistes, on est tenté de leur dire que l'espoir n'est pas permis sans un petit miracle. Car, au-delà de l'impasse économique dans laquelle se trouve la France et qui demande une autre voie d’étude - excellemment analysée par Fernand A. Dindé dans son article « La France doit se réinventer ou périr » - le mal français trouve aussi son explication dans l'éloignement des valeurs morales. Et ceux qui ont perdu quelque chose dans ce domaine, ce sont les socialistes. Quand Jean-Marc Ayrault clamait le 25 août 2013 à la clôture de l'université d'été des socialistes à La Rochelle qu'il leur faut « se réinventer », c'est qu'il était conscient que son parti s'est éloigné de ses valeurs premières. En effet, depuis quelques décennies, il paraît tout à fait évident – aussi bien sur le plan national que sur le plan international – que les socialistes ne portent plus aucun espoir, n’indiquent plus aucune voie à suivre. L'affaire du camarade Laurent Gbagbo et l'état actuel de la Côte d'Ivoire sont là pour nous montrer qu’ils ont perdu tous leurs repères. Peut-être qu'avant de penser à se réinventer économiquement – comme le leur conseille Fernand Dindé - il faudra d’abord qu'ils songent à retrouver leurs valeurs morales.

Car, si dans l'opinion commune le libéralisme a une connotation individualiste, le socialisme revêt indubitablement une idée de société plus égalitaire, distillant des valeurs humanistes. Le socialisme renvoie aux combats pour l'égalité et la fraternité humaines. Des idées apparemment utopiques, mais qui ont dans la pratique quelques consistances charmantes et galvanisantes qui font de l'homme un être cherchant à donner le meilleur de lui-même pour construire une humanité plus juste. Le socialisme évoque le combat des abolitionnistes du XIXe siècle, le combat de tous ceux qui, çà et là, sous tous les cieux, ont soutenu ou participé aux luttes des faibles contre les puissants, des pauvres contre les riches.

En mai 1981, avec l'arrivée de François Mitterrand à l'Elysée, nous nous sommes tous mis à rêver : Français blancs, Français noirs et anciens colonisés d'Afrique et d'ailleurs. Oui, les Noirs de France et d'Afrique francophone ont vu se lever un jour nouveau sur leur rêve d'une plus grande fraternité humaine en mai 1981. Par ailleurs, la personnalité même de François Mitterrand, homme cultivé pétri de connaissances humanistes, laissait augurer de belles choses pour les minorités françaises et anciens colonisés vivant dans une indépendance tronquée au sein d'un système de soumission et de prédation adroitement préparé par Charles de gaulle.

La grande désillusion

Malheureusement, François Mitterrand et les socialistes n’ont jamais adressé de signe fort aux minorités nationales pour entretenir leurs rêves. Certes, les discours plaidant pour une vie commune apaisée n'ont pas manqué. Certes, le racisme n'a jamais été aussi vivement dénoncé par les autorités politiques. Mais à aucun moment le pouvoir n'a accompli de geste significatif permettant une plus grande acceptation des minorités par la majorité blanche. Rivés au principe selon lequel il n'y a pas de communauté ethnique en France, les socialistes n'ont pas tenté d'analyser les souffrances des minorités pour y trouver des solutions particulières comme on le fait pour les femmes, les handicapés, les victimes de guerre, les homosexuels... Ils n'ont pas jugé que des gens sortant assez récemment tout de même de l'esclavage et de la colonisation - états dans lesquels ils n'ont connu que brimades et tâches avilissantes - avaient besoin d'être présentés différemment pour être mieux acceptés par leurs nouveaux concitoyens blancs. Aucun héros noir ne sera élevé à la gloire nationale. La discrimination positive tant rêvée ne sera jamais tentée parce que constamment soumise à des débats stériles. L'on se contentera par conséquent d'un seul Noir issu de l'immigration (comme on le disait déjà) au sein du gouvernement durant les quatorze années de pouvoir mitterrandiste-socialiste.

Il a donc fallu attendre que la droite revienne au pouvoir avec Nicolas Sarkozy, le moins amoureux des lettres et donc des humanités parmi les présidents de la cinquième république, pour voir un geste allant dans le sens d'une meilleure visibilité des minorités en terre de France. La maigre poignée de ministres noirs et d'origine maghrébine a créé l'événement durant son quinquennat. En 2012, la nomination d'un plus grand nombre de ministres issus des minorités par François Hollande est presque passée inaperçue. Et pour cause : en cinq ans, les Français se sont déjà quelque peu habitués à voir des personnes basanées dans les plus hautes fonctions politiques de l'Etat ! Chacun venait de comprendre que ce n’est pas le talent qui permet d’accéder aux hautes fonctions politiques et à la direction des grandes sociétés d’Etat mais l’arbitraire de la nomination et de la promotion.

Retenons donc que c'est la nouveauté qui effraie mais qu’en même temps « on ne peut rétablir confiance et espérance que si l’on indique une autre voie » (Edgar Morin, sociologue et philosophe). Il fallait donc oser la nouveauté pour que l’habitude, ou plutôt la confiance s’installe ! Retenons aussi que quand on manque d’audace, quand on a peur de la nouveauté, à force de mollesse, on finit par marcher dans les pas de ses adversaires. Les valeurs qui sont votre marque distinctive finissent par vous sembler encombrantes et vous finissez par les taire ou les cacher. Les socialistes se renient constamment et se contentent de faire comme les autres parce que, aujourd'hui, défendre les valeurs morales et humanistes est vu comme une faiblesse. Par contre, prôner la violence pour la violence, le châtiment pour la moindre offense, lever des armées pour combattre sous tous les cieux pour y apporter désolation et misère est vu comme une vertu. Qu'elle est déjà lointaine cette époque où les intellectuels socialistes descendaient dans les rues pour défendre les peuples opprimés par nos propres armées !

Quand les socialistes livraient Laurent Gbagbo à la droite

S’ils ont du mal à reconnaître et à défendre des valeurs humanistes en France, ce n’est pas en terre africaine qu’ils vont jouer les défenseurs de la veuve et de l’orphelin. Sur ce continent, ce sont les armes qu’il faut faire parler. On est sûr d’être applaudi par les médias qui se parfument à la dynamite, la guerre sous tous les cieux étant leur fond de commerce. N'est-ce pas à leurs exploits militaires en Afrique que le peuple français juge de la valeur de chacun de ses présidents ? Après le Mali qui lui a permis de grimper durant quelque temps dans les sondages, François Hollande ne s’est-il pas découvert une âme de guerrier ? L’Afrique comme terrain de jeu ne lui suffisant plus, il veut aller s’amuser en Syrie. Il faut croire que les socialistes ont perdu toutes leurs valeurs au point de ne plus savoir ce qu’ils disent et ce qu’ils font. Edgar Morin a bien raison de dire que « le parti [socialiste] a perdu sa pensée » parce que « nos hommes politiques ne se cultivent plus, ils n’ont plus le temps, leur connaissance du monde est fournie par des spécialistes et des experts dont la vue est évidemment bornée à un domaine clos et il n’y a personne pour faire la synthèse »*. N’étant plus éclairés par les humanités ils ne peuvent que tourner le dos aux valeurs qui nous unissaient au-delà de nos frontières respectives. On comprend mieux le crime des socialistes français à l’égard du camarade Laurent Gbagbo.

Car là où François Hollande et les socialistes ont fait preuve de la plus grande lâcheté et d’une mollesse inqualifiable et continuent à le démontrer, c’est avec l’affaire du camarade Laurent Gbagbo. Oui, l’ancien président ivoirien est un socialiste dont le parti était une des composantes de l’Internationale socialiste. Nous disons « était » et allons vous expliquer pourquoi nous nous exprimons au passé. L’Internationale socialiste exige une certaine cohésion entre ses membres sur certaines valeurs. Cela va de soit, dans toute organisation.

Toutefois, tenez-vous bien ! Alors qu’à la fin des années 90 Dominique Ouattara organisait des galas au nom d'une association ivoirienne d'aide à l'enfance dont on devine que les bénéfices ont servi à acheter des armes, au moment où elle faisait le tour des personnalités socialistes pour plaider la cause de son cher et tendre époux (propos de François Loncle, député socialiste de l’Eure*), aucun d’eux n’a jugé utile d’entendre un autre son de cloche pour essayer de comprendre la réalité du terrain ivoirien parce qu'ils ne voulaient pas avoir à soutenir le socialiste Laurent Gbagbo contre un projet français. Ils iront même plus loin.

Non contents de se murer dans le silence quand les valeurs humaines sont bafouées dans les anciennes colonies par l'armée française et les réseaux officiels de l’Elysée (la Françafrique n'est plus un réseau occulte*), les socialistes français vont aller jusqu’à se désolidariser officiellement, et donc publiquement, du démocrate Laurent Gbagbo au nom des intérêts de la France. Par un acte officiel intitulé « Appel : Gbagbo doit partir » daté du 22 décembre 2004 publié par le journal Le Nouvel Observateur, ils avaient lancé les premières signatures demandant l’exclusion de Laurent Gbagbo et du FPI de l’Internationale socialiste !

Cet appel est intervenu à la suite des événements de 2004 où, encerclé par les patriotes ivoiriens venus protéger la résidence de leur président contre tout éventuel coup d’état, l’armée française tira sur la foule. Cet événement, exceptionnel en Afrique noire – qu’Antoine Glaser et Stephen Smith comparèrent à la prise de la Bastille* - fut l’occasion pour les socialistes de se rapprocher davantage du gouvernement de Chirac et lui témoigner leur solidarité. Effectivement, pour eux, « les pouvoirs passent, les intérêts de la France demeurent », selon les termes de Laurent Fabius.

Quand de jeunes patriotes défient à mains nues une armée étrangère qui vient faire la loi sur leur sol, universellement, on y voit un acte héroïque. Malheureusement pour les socialistes français, un jeune Ivoirien qui meurt pour son pays est un affront à la France ; et cela mérite des représailles. Quelle perte énorme du sens des choses ! Qu’ils prennent le temps de méditer ces paroles pleines de vérité de Bernard Houdin, le Conseiller Spécial du président Laurent Gbagbo : « En France on perpétue la mémoire de [Guy Moquet], tombé sous les balles nazies […]. Mais a-t-on le même souci pour tous les "Guy Moquet" des luttes pour la souveraineté des peuples et qui sont, parfois, tombés sous les coups de ceux qui honorent, chez eux, "leurs Guy Moquet" ? Combien de Guy Moquet palestiniens, ivoiriens, congolais, vietnamiens, boliviens et autres ? »*

Et au moment où Nicolas Sarkozy avait besoin d'être officiellement approuvé pour mener la charge finale contre le palais présidentiel ivoirien et parachever l'œuvre commencée par Chirac, qui se chargea de déclarer le camarade Laurent Gbagbo « infréquentable » ? Le camarade François Hollande ! On n’est jamais mieux trahi que par les siens.

Aujourd’hui, plus personne ne cherche les valeurs humaines chères aux socialistes français d'antan. Depuis leur retour au pouvoir en 2012, François Hollande a purement et simplement chaussé les bottes impérialistes laissées sur le paillasson de l'Elysée par son prédécesseur pour aller défendre les intérêts français en Afrique sans une once d'attention à la dictature qui sévit en Côte d'Ivoire. Plus de 700 prisonniers politiques et plus de 200 militaires de l'ancien régime (Nouveau Courrier du 23/08) croupissent dans les geôles de Ouattara ; la plupart dans le nord du pays transformé en véritable Guantano impénétrable. Et Hollande se tait. Ceux qui sont laissés libres ont leur compte bancaire bloqué par Ouattara. Et Hollande se tait. Les exilés qui ont un peu de notoriété sont pourchassés avec la complicité des pays voisins et jetés en prison. Et Hollande ne dit mot. Les populations de l'ouest qui ont pris le chemin de l'exil après les massacres de Douékoué, Guitrozon et Nahibly sont remplacées par des populations venues du Burkina et du Mali. Pas un socialiste pour crier au scandale. Hollande se tait. Et quand officiellement Ouattara déclare que par la politique de rattrapage le sud de la Côte d'Ivoire est exclu de la gestion des affaires du pays, le président français se tait parce qu'il juge que cela ne porte nullement atteinte aux intérêts français.

Plus rien ne distingue une politique étrangère de la gauche d’une politique étrangère de la droite. Il est clair que pour le gouvernement socialiste, critiquer les agissements du pouvoir ivoirien installé avec force par la France réunifiée et solidaire équivaut à une remise en question de la politique africaine de la France. Après avoir chanté les louanges du burkinabé Ouattara et l'avoir imposé aux Ivoiriens comme leur sauveur, ce n'est sûrement pas un président français qui commettra le crime d'aller défaire ce que son prédécesseur a fait. Pourquoi aller parler de droits de l’homme et de démocratie à un dictateur installé par la France ? De toutes les façons, il n’est pas certain que les nègres aient assez de jugement pour distinguer démocratie et dictature.

De leur côté, sûrs de l'impossibilité pour la France de se renier, Alassane Ouattara et ses milices font la pluie et le beau temps depuis deux ans. Ils assurent haut et fort qu'ils sont en train de réussir la réconciliation nationale, de « rendre la démocratie irréversible en Côte d’Ivoire » (Le Monde du 4 février 2012), et leurs propos sont pris pour parole d'évangile en France. Ils assurent que tous ceux qui ont commis des crimes durant les périodes troubles du pays seront jugés et punis. Et François Hollande les croit, même si de toute évidence c’est un mensonge puisqu’il n'y a que Laurent Gbagbo et ses partisans qui subissent la loi du régime en place. Ni l'ONU, ni les Américains, ni la France ne juge tout cela inadmissible. Alors Ouattara passe son temps à voyager en Europe pour serrer des mains blanches qui sont autant de bénédictions qui l’innocentent des crimes de ses miliciens chargés de terroriser les populations pour éviter toute manifestation politique en Côte d'Ivoire. La peur est décidément devenue un gage de stabilité aux yeux de tous les observateurs étrangers.

Ou les socialistes se réveillent ou ils disparaissent

François Hollande le socialiste peut-il avoir une autre lecture de la relation entre la France et la Côte d'Ivoire ? Nicolas Sarkozy était l'ami d’Alassane Ouattara et il a mis l'armée française au service de son ami pour installer le pouvoir que nous connaissons aujourd'hui. François Hollande est-il capable de dire à Alassane Ouattara « moi aussi j'ai des amis et des valeurs à défendre avec eux » ? Non ! Il n'en est pas capable. Et c'est là que l'on reconnaît la gauche molle dans toute sa splendeur ! Elle n'est pas capable d'exiger le respect des valeurs chères à tous les socialistes du monde entier : un retour rapide à une vie politique normale afin de permettre des élections démocratiques honnêtes qui ne nécessitent pas l'intervention de l'armée française, de l'Onu et des Etats-Unis. Voilà le minimun que l’on attendrait d’un gouvernant socialiste. Si nous avons festoyé ensemble à la Bastille en agitant les drapeaux de divers pays de la terre lors de l'élection de François Hollande, c’était tout simplement pour lui demander qu’il nous permette de nous retrouver autour des valeurs simples comme la démocratie et le non-emprisonnement pour des opinions politiques.

A vrai dire, François Hollande et les socialistes français nous ont trahis. Ils vivent dans la peur d'incarner des valeurs pour lesquelles le monde entier lutte pour un mieux-vivre et un mieux-être. Ils ont peur d'agir parce qu’ils ont peur de la nouveauté. Alors, ils se contentent de gérer plutôt que de prendre des initiatives. Si François Hollande ne force pas immédiatement la main à Ouattara pour l’amener à une gestion plus humaine, plus démocratique et plus juste de la Côte d’Ivoire, alors ce dernier a de beaux jours devant lui. Grâce à ses dozos et à ses rebelles nordistes qui ont remplacé les forces régulières ivoiriennes plurirégionales – rattrapage ethnique oblige – et la naturalisation massive de ses anciens compatriotes burkinabés, il est certain d’avoir préparé le cocktail idéal pour remporter les élections de 2015 dans un carnaval de fraudes. Et quand la gauche aura perdu les prochaines élections présidentielles en France, l’homme fort d’Abidjan sera assuré de continuer à mépriser les appels à la démocratie, à l’instauration d’un état de droit, à une justice équitable pour tous et au non repeuplement de la Côte d’Ivoire.

C'est en Côte d'Ivoire, terrain d'injustice et de violations des droits de l'homme où la responsabilité entière de la France est engagée que les socialistes doivent "se réinventer" et non en Syrie. C'est là qu'ils doivent commencer - sur le plan international - le grand chantier moral qu'ils viennent de découvrir enfin. C'est au pied du mur ivoirien, où nous les attendions depuis si longtemps, qu'ils ne doivent pas mollir au risque de disparaître à jamais de la mémoire de leurs camarades de l'Internationale socialiste.
 
-----------------------------

*le film de Patrick Benquet : Françafrique, 50 années sous le sceau du secret.
* Antoine Glaser et Stephen smith : Pourquoi la France a perdu l'Afrique. Calmann-Lévy, 2005.
* François Loncle, député socialiste de l’Eure, ancien président de la Commission des affaires étrangères de l’Assemblée Nationale entre avril 2000 et juin 2002. http://www.youtube.com/watch?v=Yj7OJH_zH0c
* Bernard Houdin : hommage à Vergès, « Salut Jacques ! »


Raphaël ADJOBI

MALI: LE CREPUSCULE DES «VAMPIRES» DE LA DEMOCRATIE

Pr ISSA NDIAYE.jpg


 
«La valeur d’un État à la longue, c’est la valeur des individus qui le composent. Un État qui rapetisse les hommes pour en faire des instruments dociles entre ses mains, un tel État s’apercevra qu’avec des petits hommes rien de grand ne saurait s’accomplir»  - John Stuart Mill.
 
 
L’homme et l’héritage
 
L’héritage de IBK ressemble à un véritable champ de ruines. Il sera plus lourd à porter sans aucun doute, plus lourd que celui de l’UDPM en 1991. Deux décennies de ‘démocratie’ à la malienne ont fait faner bien de promesses et balayé bien d’espérances. Le plus difficile à reconstruire, ce ne sera pas les ruines matérielles mais plus sûrement la débâcle humaine. La longue dérive de l’homme malien depuis le coup d’État de 1968 a atteint sous l’ère "démocratique", le stade de la putréfaction.
 
Au début des années soixante, le Malien était pétri des valeurs du Soudanais, opprimé certes pendant la période coloniale, mais reconnu et respecté pour son sérieux, son intégrité morale, son goût du travail bien fait, son ardeur à la tâche, enfin et surtout pour son patriotisme.
 
Qu’est-il devenu?
Triste bilan, triste spectacle, triste comportement surtout au niveau des cadres et des élites politiques et sociales.
Comment a-t-il pu tomber si bas ?
Et que faire pour reconstruire ce Malien ?
Un véritable défi pour le Président nouvellement élu !
Par où commencer sur un terrain miné où tout peut exploser à tout moment ?
 
Il faudra du courage voire du culot mais aussi et surtout une lucidité extrême pour affronter une situation aussi complexe. On peut résumer sa tâche à deux défis majeurs et concomitants : changer à la fois le système et les hommes dont il a hérité. Il n’ya pas d’autre alternative.
Mais avant d’analyser les pistes de solutions éventuelles, examinons le contexte politique du moment.
 
Les caméléons d’un tour à l’autre de l’élection présidentielle
 
L’annonce des résultats partiels lors du premier tour des dernières présidentielles par le Ministère de l’Administration territoriale avait fait souffler un vent de panique au sein des forces politiques coalisées au sein du FDR. Leur défaite électorale avait l’air d’une véritable raclée au regard des moyens financiers colossaux mobilisés et des certitudes acquises (habitudes et méthodes utilisées pour gagner les élections par le passé). La réclamation tonitruante de la démission du Ministre et de la mise en place d’une commission internationale de dépouillement des bulletins de vote traduisaient l’inquiétude de ceux qui, deux décennies durant, avaient conduit le Mali au désastre. Criant à la fraude dont ils étaient les champions au cours des élections passées, ils avaient de la peine à comprendre que le glas avait sonné pour eux, inquiets d’avoir à rendre des comptes, après leur débâcle prévisible au second tour. L’impressionnant butin de guerre soustrait des biens publics n’y fit rien. D’où l’agressivité et la violence des propos tenus. Ce fut un coup de tonnerre dans leur ciel qu’il croyait serein depuis la mise sous tutelle du pays par la CEDEAO et l’intervention française. Sûrs du soutien des occidentaux, ils croyaient pouvoir l’emporter facilement.
 
La mobilisation populaire fut la première grande surprise des présentes élections, 51,5% au premier tour, selon les estimations officielles. Elle ne joua pas du tout en leur faveur, bien au contraire. Le raz de marée du second tour avec près de 78% de l’électorat en faveur de IBK les tétanisa. Incrédules, ils continuèrent à crier à la fraude, au bourrage des urnes, en accusant pêle-mêle l’appareil administratif, les militaires, les religieux et même les partenaires occidentaux dont ils se proclamaient pourtant être les disciples fort appréciés. Il a fallu de leur part de fortes pressions et de sévères mises en garde pour qu’ils se plient à la reconnaissance du bout de lèvres d’une défaite aussi cuisante. Mauvais perdants, ils continuèrent par voie de presse à parler de fraudes massives pour soulager leur amertume. Une telle attitude de leur part n’est pas surprenante.
 
Pour tout observateur averti de la scène politique malienne, un tel dénouement était prévisible, en raison du rejet généralisé de la classe politique discréditée en grande partie auprès des populations. Les faibles taux de participation ne dépassant guère les 30% aux élections organisées ces vingt dernières années en sont une indication.
 
Le FDR avait malheureusement réussi, à travers sa dénonciation tonitruante du coup d’Etat militaire du 22 mars 2012 et la diabolisation outrancière du Capitaine Sanogo, à masquer la situation tragique qui était celle de la démocratie malienne tant vantée à l’extérieur et partant sa responsabilité écrasante dans le désastre survenu. Aujourd’hui les élections passées mettent à nu le champ de ruines qu’ils ont laissé.
 
Se relèvera-t-il de la gifle électorale administrée par l’écrasante majorité des Maliennes et des Maliens ?
 
La farce et les dindons
 
La conséquence immédiate de la défaite du FDR fut son implosion dès le premier tour. Le signe distinctif fut l’appel à voter IBK du candidat de l’ADEMA. Comment ce parti créé dans des conditions historiques exceptionnellement favorables, a-t-il pu dilapider tout le capital d’espoir placé en lui en un laps de temps si court ?
 
Il faudra certainement remonter aux années Alpha Oumar Konaré pour comprendre une telle déchéance. L’entrée massive en politique d’opportunistes, le mélange détonnant entre affairisme et politique injecté à fortes doses par le clan dit CMDT, ont radicalement changé la donne politique.
Depuis cette période, on entre en politique comme en affaires.

L’argent a pollué les convictions politiques. De nouveaux responsables politiques sans passé militant surgirent du néant comme une génération spontanée. Leur succès fit école et façonna durablement le monde politique malien. Les coups bas et les trahisons devinrent la règle au sein de la nouvelle maffia politique. IBK lui-même en fut une des illustres victimes lors de son éjection de l’ADEMA. Bien des militants de la première heure, écœurés, désertèrent les rangs. Il faudra revenir, un jour, sur l’histoire politique de la démocratie malienne et ses conséquences sur bon nombre de militants poussés par désespoir à se réfugier dans l’alcool ou dans des drogues spirituelles encore plus néfastes. Le triomphe momentané du jihadisme armé n’est-il pas à rechercher là aussi ?
 
Trahi principalement par les siens, le candidat de l’ADEMA, préféra rompre le contrat de dupes qui le liait au FDR, refusant ainsi d’être fagocité dans un avenir proche par une URD qui avait réussi à avoir des alliés sûrs au niveau des cercles dirigeants de l’ADEMA par clan CMDT interposé, portant un coup rude au schéma de recomposition politique projeté.
 
Un autre dindon de la farce fut le FARE de Modibo Sidibé. Son inexpérience politique, sa filiation à ATT auquel il doit avant tout sa fulgurante ascension politique le desservit. Il ne fit aucun effort pour se démarquer de son mentor devenu largement impopulaire. Pouvait-il faire autrement ? Il commit l’erreur de s’affilier au FDR au lieu de chercher à construire son autonomie politique plus porteuse d’avenir. La défaite sévère qui doucha ses espoirs risque de sceller son destin politique. Sa formation politique n’a aucune assise populaire. Elle est surtout composée de cadres, souvent opportunistes qui l’abandonneront probablement pour aller s’abriter dans les cercles du pouvoir comme à l’accoutumée.
 
Quant à l’URD, sa défaite est principalement celle de son chef largement inexpérimenté en politique et sans passé militant. Son ascension politique fulgurante, il la doit avant tout à Alpha Oumar KONARE et aussi à son appartenance au fameux clan CMDT qui infiltra largement l’ADEMA. Sa position comme ministre des finances durant de longues années, la stratégie d’infiltration de l’appareil d’État et surtout des secteurs juteux de l’économie nationale lui donna des ambitions politiques qu’on était loin de soupçonner. Son manque de charisme, sa liaison intime avec les milieux d’affaires voire affairistes, son mépris du peuple qui n’est à ses yeux que du bétail électoral qu’on peut s’offrir en faisant claquer des billets de banque, l’absence de leadership conséquent au niveau de sa formation politique, les maladresses accumulées lors de sa campagne finirent par le faire paraître comme l’héritier principal du système responsable du désastre infligé au pays.
Le monde qui a été le sien, est loin du pays réel qu’il ne connaissait point. Il plane sur un nuage, celui d’un monde de parvenus devenu le sien. La chute fut brutale parce que jamais imaginée. D’où la hargne à faire porter le chapeau au ministre chargé des élections, aux fraudes imaginaires que son clan fabriqua sans aucun début de preuves, aux accusations diverses, ce qui aggrava son impopularité. Que lui réserve l’avenir ? Il lui sera difficile de porter le manteau de l’opposition, n’y étant pas préparé, habitué comme tant de gens entrés accidentellement en politique d’être du ‘bon côté’, celui du pouvoir. Sa renaissance politique parait bien compromise.
 
Quant à la COPAM, elle est restée une coalition hétéroclite et circonstancielle, sans visage idéologique précis et sans capacité à offrir une alternative politique crédible. Elle était pourtant porteuse au départ de tant d’espérances. Son activisme débordant, son manque criant de sens de l’organisation, les nombreuses fautes tactiques commises, son immaturité idéologique, la suprématie des ego sur l’action collective, le dogmatisme théorique de certains de ses dirigeants, sa direction politique confiée à un opportuniste notoire qui a traversé tous les régimes, finirent par dérouter l’enthousiasme populaire qui lui donnait quelque consistance au départ. Son soutien excessif et maladroit de la junte, sans aucun esprit critique, son refus de se centrer dans une dynamique réelle de construction d’un véritable pôle alternatif des forces de gauche, brisa son élan de départ et finit par éloigner ses nombreux sympathisants du départ. Le matraquage forcené de la presse nationale et étrangère, la diabolisation de certains de ses leaders firent le reste. Mais son échec relève avant tout de sa propre responsabilité et de son manque de clairvoyance politique.
 
Kéïta, certes! Le fédérateur saura-t-il être libérateur comme Soundiata?
 
En ce qui concerne l’émergence politique de IBK et sa victoire écrasante aux élections présidentielles, elles viennent essentiellement du fait que s’est cristallisé autour de lui le rejet du système ATT dont il a su intelligemment se démarquer lors du dernier mandat de ce dernier, tout en participant à son gouvernement. Il sut à certains moments marquer opportunément sa différence. A sa chute, il sut éviter de faire chorus avec le FDR. Nouant des relations tactiques occasionnelles avec la COPAM, il ne s’est pas enfermé dans un clan quelconque. Ses prises de position marquées sur la question du Nord, son affirmation de la souveraineté nationale, le firent apparaitre comme le point focal des espérances populaires. Les nombreux appels à voter pour lui au second tour et son score sans appel ont consacré le triomphe d’un discours politique structuré et d’une tactique intelligente qui le place à un carrefour historique.
 
Il doit opérer une rupture avec un système politique honni des Maliens et bâtir un nouveau leadership capable de leur redonner confiance.
 
Cependant sa marge reste étroite.
 
D’abord en raison de la lourde présence des forces étrangères et de leur tutelle pesante, à commencer par celle de la France.
 
Quel va être son espace d’autonomie face à tant de pesanteurs et surtout d’intérêts en jeu ?
 
La réponse à cette question parait essentielle. Elle commande son avenir politique voire son destin. Sa seule chance réside dans la construction et la consolidation d’un appui populaire consistant et constant.
Pour ce faire, la convocation dans les premières semaines de son mandat d’Assises nationales, populaires et souveraines s’avère être une nécessité incontournable. Ces assises doivent rompre avec le schéma classique des conférences nationales où les acteurs politiques et sociaux se cooptent entre eux au niveau de la capitale. Il faut instaurer de vrais débats sur toutes les questions d’intérêt national, y compris la question du Nord, depuis les villages et les hameaux, des débats locaux impliquant toutes les communautés à la base, les faire remonter au niveau des communes rurales et urbaines, au niveau des cercles et régions jusqu’au niveau national où se fera la synthèse. A l’occasion, de nouveaux leaderships remonteront de le la base au sommet et permettront de faire émerger de nouveaux acteurs politiques et sociaux plus représentatifs des populations.
 
Les défis qui attendent le pays seront abordés et traités et cela tracera ainsi la nouvelle feuille de route de son mandat avec l’approbation populaire. Les questions de la reconstruction de l’État, de la refonte des institutions, de la relecture de tous les textes fondamentaux (Constitution, Charte des partis, Code électoral, etc.) permettront de redéfinir un nouveau cadre et de nouvelles conditions à l’exercice démocratique conformément à la volonté populaire. Il ne sert à rien de se précipiter à organiser des élections législatives et communales sans tenir au préalable ces assises nationales. Elles seules renforceront la légitimité du nouveau président et lui donneront la caution nationale indispensable pour opérer les changements attendus et entamer la résolution des graves problèmes que le pays affronte aujourd’hui. Sans soutien populaire, ce sera un échec cuisant et on ne peut pas se le permettre. Le 26 mars 1991 et le 22 mars 2012 furent des occasions ratées. Un nouvel échec plongera le pays dans une spirale infernale.
 
Quelle part pour l’Homme, Dieu et le Diable?
 
Il ne faut pas se faire d’illusions. Il n’y aura pas de miracle. IBK n’est pas un nouveau messie, ni un magicien. Seul, il n’y arrivera jamais. L’accompagnement militant des patriotes lui est indispensable. C’est à lui de le solliciter et de le garder comme un précieux atout. Il ne s’agira point de tout régler en un seul mandat. Cela est impossible. Il lui faudra tracer avec détermination et sans faiblesse les sillons du Mali nouveau. Pour cela, premier signal fort, il lui faudra constituer une équipe de patriotes intègres, sérieux et compétents, reconnus comme tels par l’écrasante majorité des populations.
 
La solution des problèmes cruciaux du pays passe nécessairement par l’assainissement et la reconstruction de l’État et des différentes institutions et cela dès le départ. Pour vaincre un système aussi pourri, il faut l’attaquer aussitôt. Hésiter ou patienter lui donnera le temps de s’adapter et de devenir encore plus vicieux.
 
Il faut mettre un terme à la gabegie de la multiplication des institutions. Une démocratie incapable de s’autofinancer et obligée de recourir à des subventions étrangères pour financer ne serait-ce que les élections n’est pas une démocratie viable. La multiplicité des institutions n’est nullement signe de vitalité démocratique. Il ne sert à rien de singer l’Occident. Privilégions les modèles et solutions endogènes en interrogeant avec un esprit critique l’histoire de nos civilisations et le génie de nos peuples. Une bonne Cour Suprême pourrait valablement faire le travail de l’actuelle Cour Constitutionnelle et à moindre coût. Des assemblées régionales fortes élisant les Gouverneurs de régions pourraient englober les actuels Haut Conseil des Collectivités et Conseil Économique et Social avec un mandat plus large et effectif. Le renforcement du pouvoir législatif et l’élection du Président de la République par l’Assemblée Nationale aboliront bien de dérives. La réduction des services de contrôle à uniquement deux systèmes de vérification, l’un interne et l’autre externe et leur érection en institutions autonomes avec un pouvoir étendu permettraient une lutte plus efficace contre la corruption.
 
La réforme de l’administration d’État, le recrutement des directeurs de services centraux et nationaux par appels à candidature sur la base d’un mandat détaillé, des objectifs précis à atteindre et une obligation de résultats dans un chronogramme déterminé permettront de responsabiliser les cadres et de les évaluer correctement en mettant fin au clientélisme, à la complaisance et à l’impunité.
 
La question de la restructuration de l’ensemble des forces armées et de sécurité est aussi une question urgente. A cet effet, il faut ramener tous les porteurs d’uniformes de l’État dans leurs corps d’origine. Il faut les assainir, les redimensionner, les professionnaliser et encadrer strictement les conditions d’accès au champ des responsabilités civiles et politiques.
 
Quant à l’Éducation, son état de décomposition est si avancé qu’il est impossible de la gérer dans le cadre du système actuel. Il faut obligatoirement la réformer. Il faut créer un nouveau corps enseignant constitué par les meilleurs agents de l’État. L’enseignement doit se construire sur un corps d’élite à qui l’État doit accorder les meilleures conditions de vie et de travail. N’importe qui ne doit pas être enseignant. Il faut y attirer les cadres les plus compétents et les plus performants avec une exigence de résultats. A cet effet des habilitations à enseigner pour une durée déterminée leur seraient délivrées. Leur renouvellement serait soumis à des critères de performance. Ils doivent aussi souscrire à un code de déontologie obligatoire. Un code éthique sera aussi établi pour les apprenants, élèves et étudiants. Leur violation devra entrainer des sanctions exemplaires.
 
Les mains qui ont voté sont-elles si différentes de celles qui ont volé?  
 
Le redressement de l’appareil judiciaire passe par son assainissement et sa réorganisation. Le prétexte de l’indépendance de la justice a souvent donné lieu à bien de dérives. La seule façon effective de démocratiser la justice résidera certainement dans la multiplication du système des jurés en impliquant les citoyens dans la prise des décisions de justice. Là aussi, il serait tout à fait indiqué d’interroger nos systèmes traditionnels de justice.
La question foncière, celles des terres agricoles, des domaines de l’habitat, des concessions minières et autres ont fait l’objet de bien de spéculations, tant au niveau de l’Etat que de ses démembrements, qui ont largement spolié les populations. Elle a donné naissance à des scandales d’enrichissements illicites jusque dans les communes urbaines et rurales. Il faut y mettre vigoureusement un terme. Un audit est nécessaire pour remettre les populations spoliées dans leurs droits.
 
Repenser la politique économique du pays est une nécessité stratégique en raison de l’échec des politiques d’ajustement et de privatisation imposées par les bailleurs de fonds et des politiques d’aide au développement. Cela passe par la prise en main par l’État, désormais stratège de la politique économique du pays, des instruments de souveraineté nationale indispensables à cet effet. L’extension phénoménale de l’économie informelle, la transformation des rues de nos villes en marchés, des façades de domiciles privés en boutiques, la généralisation de l’import-export n’ont abouti à aucun développement significatif. Bien au contraire. Elles ont largement contribué au renchérissement du coût de la vie du fait de la multiplication des intermédiaires improductifs entre les producteurs et les consommateurs, favorisé la spéculation et la corruption au niveau de l’attribution des marchés publics à des opérateurs économiques fictifs.
 
Il faut réorienter l’économie nationale vers la transformation des ressources nationales par des politiques volontaristes favorisant l’émergence d’une nouvelle génération de capitaines d’industrie. À cet effet il faudrait revoir l’ensemble des codes d’investissement. Il faut également assainir le système administratif et financier de l’État et y faire observer le principe de la mobilité du personnel afin d’éviter la patrimonialisation par certains cadres des circuits de l’appareil d’État.
Pour donner le ton, un signal clair doit être donné à travers la dénonciation des marchés, concessions et autres actes abusifs de cession des biens de l’État par les autorités de la Transition. De même pour les nominations outrancières faites pour caser des proches.
Un audit de l’État est indispensable. Il doit remonter aussi loin que possible et exiger des comptes. À cet effet, il convient de revoir la question de l’immunité de nos dirigeants. Elle doit se limiter exclusivement à l’exercice strict du mandat détenu et du champ de compétence de l’élu. Tout acte posé en dehors de la loi doit donner lieu automatiquement à sa levée.
La généralisation du principe de la limitation de tous les mandats, y compris au niveau des partis politiques, des syndicats et des associations, contribuera à valoriser l’alternance indispensable en démocratie.
 
De nombreuses réformes sont possibles pour revitaliser la pratique démocratique dans notre pays. Il convient à cet effet de créer une capacité nationale autonome de réflexions stratégiques multidisciplinaires en dehors des paradigmes actuels. Valoriser les cadres nationaux les plus compétents, mettre à contribution la diaspora malienne à travers le monde, l’intelligentsia africaine voire celles d’autres pays du Sud voire du Nord, en capitalisant les expériences positives tentées ailleurs, contribuera à booster la recherche scientifique indispensable à l’éclosion d’alternatives créatrices. Tous les centres nationaux de recherche pourraient être restructurés et ramenés à un organisme unique qui conduira la politique nationale en matière de recherche. Cela qualifiera davantage notre système éducatif et partant l’économie nationale. Tous les centres de formation éparpillés dans les différents ministères doivent aussi être ramenés à un seul niveau pour un contrôle de qualité et d’efficience.
Le souffle purificateur du changement doit passer partout où cela est nécessaire voire indispensable. Cela est possible dès lors que la volonté politique existe. La mobilisation populaire en sera le soutien ferme dès lors que sera instauré fermement le principe de vérité, de justice et d’équité pour tous.
 
Cinq ans ! Et après ?
 
Il est illusoire de croire que cinq années y suffiront. Tout n’est pas possible en même temps. Il faut dire la vérité aux populations sans démagogie aucune. Il faut dégager des priorités et tracer les limites du possible à chaque étape. Il faut respecter les engagements pris en toute responsabilité. Le renforcement du contrôle populaire pourra y contribuer efficacement.
Tous les espoirs sont permis si nous nous réunissions autour de l’essentiel, du « Mali d’abord » comme le disait un des slogans principaux du candidat IBK. Certes la situation est extrêmement difficile mais l’espoir reste permis. Il nous faut un leadership ferme, intransigeant sur les questions d’intérêt national dans la solidarité et la transparence.
 
Pour relever les défis actuels, il nous faut faire preuve à la fois de lucidité et d’esprit créatif. Il n’existe pas de solutions toute faites. Pas de fatalité non plus. Il nous revient de forger notre propre destin. Pour cela, soyons responsables et exigeants face à nous-mêmes. Ceux qui présideront à nos destinées auront certainement des comptes à nous rendre. Mais ne restons pas les bras croisés. Rien ne se passera si IBK reste seul. Nous devons rester vigilants et par notre critique constructive l’aider à baliser l’avenir. Son échec sera grave de conséquences pour nous tous.
 
Sur les cendres encore fumantes du présent, faisons germer le Mali nouveau, celui de nos espérances !
 
Pour rebondir, il nous faudra enfin et surtout renouer avec les valeurs culturelles saines de notre histoire. Il nous faut interroger nos racines et y trouver les sources d’inspiration nécessaires au renouveau du Mali. Nous pouvons être une école pour l’Afrique et au-delà si nous osons déployer de manière critique le génie créateur de nos peuples. Nous devons pour ce faire mettre l’Éthique et l’Humain au cœur de notre vision stratégique.
 
Le sage africain Ki Zerbo aimait dire : « il ne faut pas dormir sur la natte des autres car c’est comme dormir par terre. »
 
 
Pr Issa N’DIAYE

Août 2013

Bamako, Mali.
 
-----------------------------
Les sous-titres sont du FNC !


Source: FNC DU MALI

jeudi, 05 septembre 2013

KONE KATINAN HAPPE PAR LES MEDIAS GHANEENS

KONE KATINAN.jpg


A peine sorti, d'une longue bataille judiciaire, engagée contre lui au Ghana par le régime Ouattara et qui a duré plus d'une année, le ministre  Justin Koné Katinan, Porte Parole du président Gbagbo, est très sollicité au pays de Kwame N'Kruma. Alors qu'il n'avait sur son agenda qu'une seule rencontre avec un organe de presse écrite, le ministre Katinan a été assailli par la presse Ghanéenne  ce mardi 3 septembre 2013.


C'est à 11 h 30 mn que la première équipe de presse est arrivée au lieu de rendez-vous. Quelques minutes plus tard, cette équipe du journal  Daily Graphic a été succédée par la Radio  Joyfm et les équipes de  la 3eme chaine de télévisionTV3 et  de la Télé ETV.

Les medias voulaient  tous  connaitre son état d’esprit après  avoir remporté son  procès. Bien sur Koné katinan  a exprimé sa joie qui ne  pourra selon lui être complète que si Laurent Gbagbo dont il porte la parole sera libéré .La CPI estime que les charges portées contre lui son insuffisantes .Koné Katinan ne comprend donc  pas pourquoi il est maintenu dans les liens de la détention. Les journalistes ont ensuite invité Katinan à commenter le discision de la cours suprême Ghanéenne confirmant l’élection du président John Mahama. Je vais vous surprendre a dit katinan.  « Avant même de féliciter Le president Mahama, je voudrais saluer la grande sagesse Ghanéenne et le comportement du candidat perdant Nana Akoufo Addo  qui a reconnu sa défaite Si les choses s’était  passées ainsi en cote d’ivoire, nous n’aurions  pas connu autant de désastre. Dans nos pays nous  devons  respecter la constitution, les institutions et les lois.

A la question de savoir si le Porte Parole du président Gbagbo a l'intention de retourner en Cote d'Ivoire dans un avenir proche après avoir gagné son procès, le ministre a été très clair: " Mes amis et moi sommes disposés à retourner en Cote d'Ivoire si les conditions de sécurité sont réunies par le pouvoir d'Abidjan". Il a continué pour préciser que "  M.Ouattara n'a pas gagné les élections présidentielles  de  2010  mais il est le chef d'Etat. C’est d’abord lui  qui a tout intérêt à ce qu'il y ait la paix, la sécurité et la stabilité en Cote d'Ivoire pour gouverner. Or, précise Mr Katinan, les mandats d'arrêts contre les pro-Gbagbo n'ont toujours pas été annulés, les arrestations continuent, les prisonniers pro-Gbagbo , plus de 700 ,sont à travers toute la Cote d'Ivoire .Ce qui fait que les exilés ne se sentent toujours pas en sécurité pour envisager un éventuel retour. Mais surtout conclu le ministre Katinan, "le président Gbagbo, la clé de la réconciliation est toujours à La Haye".

Le Porte Parole du President Gbagbo a profité de l'occasion pour remercier le Président John  Dramani Mahama, son gouvernement et tout le peuple Ghanéen pour l'hospitalité accordée aux ivoiriens contraints à l’exil et qui sont près de 22 000. Il a exprimé sa gratitude à l’ancien président Jerry John  Rawlings qui lui a fait le grand honneur de lui rendre visite en prison.  Il n'a pas manqué de lancer un appel au président Mahama pour qu'il œuvre inlassablement auprès du pouvoir d’Abidjan pour l’avènement de  la réconciliation en Cote d'Ivoire et de  l’intégration Ouest africaine.

 

Correspondance particulière de Anasthasie Ehoulan.

mercredi, 04 septembre 2013

L'ADRESSE D'ABOUDRAMANE SANGARE, 1er VICE-PRESIDENT DU FPI, AUX MILITANTS, AUX DEMOCRATES DE TOUS LES CONTINENTS ET AU POUVOIR OUATTARA

 

 

côte d'ivoire,le fpi célèbre les prisonniers politiques,l’adresse d'aboudramane sangaré,1er vice-président du fpi,aux militants,aux démocrates de tous les continents et au pouvoir ouattara

Le FPI célèbre les prisonniers politiques


Camarade Affi N’Guessan, Président du Parti,

Camarade Miaka Ouretto, Président assurant l’intérim,

 Camarades membres de la Haute direction  et des autres instances du Parti,

Distingués camarades militantes et militants, Honorables invités,


Merci Affi N’Guessan, Président du Front Populaire Ivoirien (FPI), de m’avoir désigné d’entre tous comme Porte-parole des détenus en liberté provisoire. Merci aux camarades fraichement sortis de prison, c’est-à-dire des sous-sols de l’humanité pour emprunter la formule de notre éminent regretté le Professeur Harris-Foté Memel, qui ont accepté cette distinction que je ressens avec honneur et fierté.

Camarades, Monsieur le ministre Dano Djédjé, 1er Secrétaire Général adjoint du FPI, président du Comité d’organisation, a donné tout son sens à la cérémonie de ce jour, dans un entretien accordé à Notre Voie n°4505 du vendredi 30 août 2013, en page 2 et je cite : « Nous plaçons cet évènement sous le signe de la démocratie et de la tolérance. Le sens de la solidarité partagée, le sens du réconfort, le sens du renforcement de notre amitié et de notre fraternité au-delà des idéaux que nous partageons… ». Pour notre part, j’ajouterai modestement que c’est aussi un moment de recueillement et d’intense émotion. En effet, comment  ne pas avoir une pensée pour tous ces morts au service de la Démocratie, de la Justice et de la Vérité ? Comment ne pas avoir une pensée pour tous ces blessés, parfois handicapés à vie ? Comment ne pas avoir une pensée pour toutes ces familles, ces camarades, amis, proches et connaissances qui, dans le dénuement total et après avoir traversé maintes péripéties, se sont vu imposer la route de l’exil ? Comment faire l’impasse sur ces biens saccagés et pillés, sur ces domiciles squattés ? Des femmes et des hommes ont été physiquement et symbolique - ment mis à nu, la Côte d’Ivoire avec eux. Le temps fera son œuvre d’historien et saura dévoiler tous les ressorts invisibles de cette cruelle tragédie. Il situera les responsabilités, toutes les responsabilités des différents protagonistes de ce que l’on a appelé la crise post-électorale, occultant ainsi volontairement la crise pré-électorale qui annonce et prépare la dite crise. Le Temps, cet autre nom de Dieu - pour paraphraser Laurent Gbagbo - dira qui a fait quoi et pourquoi ? Alors, seulement alors, nos morts pourront reposer en paix dans leur sépulture. Le FPI, fidèle à son histoire, continuera d’œuvrer à l’avènement de la démocratie en Côte d’Ivoire, sans un sentiment de haine, sans esprit de vengeance et de revanche. En prenant la parole, au nom de tous les détenus en liberté provisoire, après ce moment de recueillement et d’intense émotion, mes premières pensées vont tout naturellement vers le plus illustre d’entre nous, le Président LAURENT GBAGBO, ce démocrate-né qui est à la fois l’alpha et l’oméga de la lutte pour le retour du multipartisme en Côte d’Ivoire, ce soubassement de la démocratie, aujourd’hui trainé devant la Cour

pénale internationale (CPI) comme un grand criminel de guerre et poursuivi pour déni de démocratie ! Ainsi va la Côte d’Ivoire. Ainsi va l’Afrique. Ainsi va le monde des fossoyeurs de la démocratie. Mais leur Vérité d’aujourd’hui sera le Mensonge de demain.

Camarades, Rentré d’exil le 14 septembre 1988, Laurent Gbagbo avait fait le serment de ne plus retourner en exil de façon volontaire, mais aussi et surtout de créer un environnement démocratique afin que plus jamais un Ivoirien ne soit contraint à l’exil. Et le Titre 1 Chapitre 1 de la Constitution intitulé « Des libertés et des Droits » porte à l’article 12 la marque de cet engagement : « Aucun Ivoirien ne peut être contraint à l’exil ». Et pourtant, en violation même des dispositions constitutionnelles, il se voit de nouveau contraint à l’exil pour le bonheur et la satis - faction des « bien-pensants » de ce monde.

Mais, camarades militantes et militants du FPI, Femmes et Hommes épris de Liberté et de Justice, Nous vous demandons de sécher vos larmes car tout comme il est parti en exil en avril 1982 pour en revenir en septembre 1988, tenir le congrès constitutif de son parti et se présenter à l’élection présidentielle d’octobre 1990, se posant ainsi en leader incontesté et incontestable de l’opposition ivoirienne, le Président Laurent Gbagbo reviendra très bientôt parmi nous et la tâche incombera au FPI, son parti et aux Démocrates épris de paix, de liberté, de justice et de démocratie de lui conférer le statut qui sied à sa nouvelle dimension.

Mesdames et Messieurs les gouvernants actuels de la Côte d’Ivoire, Souffrez que nous vous disions que le FPI continuera, à toutes les rencontres devant décider de l’avenir de la Côte d’Ivoire, d’exiger la libération immédiate et sans condition du Président Laurent Gbagbo. Ce n’est ni de l’arrogance ni des préalables posés sur le chemin de la réconciliation. C’est tout simplement parce que Laurent GBAGBO est à la fois le cœur, le corps et la chair de tout débat, de tout débat politique sur l’avenir de la Côte d’Ivoire. Il n’est pas une partie du débat. Il est à lui tout seul le débat. Aussi doit-il être présent et entendu. Il ne peut être mis aux abonnés absents. Il ne peut y avoir d’omerta sur son nom. Si le nom du Président Laurent Gbagbo est un nom qui fâche, c’est que la Côte d’Ivoire est fâchée avec elle-même et avec ses gouvernants du moment. Alors, pour ne pas fâcher la Côte d’Ivoire, nous ne devons pas faire du cas du Président Laurent Gbagbo un cas qui fâche, mais un cas qui rassemble. L’histoire récente de notre pays enseigne que, à tous les grands moments où le destin de la Côte d’Ivoire devait se jouer, tous les partis politiques sont venus aux différentes discussions avec, à la tête de leurs délégations, leurs leader incontestés et incontestables. Par amour pour la Côte d’Ivoire, le Président Laurent Gbagbo a accepté de s’humilier pour qu’il en soit ainsi sous son mandat. Pourquoi, aujourd’hui, tant de méchanceté ? Pourquoi tant de haine pour celui-là même qui ne connait ni la haine, ni la vengeance, ni la revanche et qui, comme l’a si bien dit Me Altit, son brillant avocat, n’a jamais tenu de propos médisants sur qui que ce soit, et qui a fait étalage de sa générosité et de son humanisme durant tout son parcours au service des libertés démocratiques et de la Côte d’Ivoire ? Pourquoi refuser de lui renvoyer l’ascenseur alors qu’il a enseigné aux Ivoiriens que «  gouverner, c’est rendre le pouvoir au peuple ; que gouverner, c’est rassembler ».

côte d'ivoire,le fpi célèbre les prisonniers politiques,l’adresse d'aboudramane sangaré,1er vice-président du fpi,aux militants,aux démocrates de tous les continents et au pouvoir ouattara

Camarades militantes et militants, Démocrates de tous les continents épris de paix et de liberté,

Tout comme Marcius Porcius-Cato dit Caton l’Ancien (234- 149 avant Jésus Christ), ce vieux romain aux mœurs irréprochables, symbole de la vertu romaine, alliance du courage et de l’abnégation, de la fierté patriotique et de l’austérité morale, qui a servi la Rome républicaine et est mort lorsque Rome se laissait gagner par l’orgueil et l’attrait des richesses ; Ce soldat courageux, de robuste constitution et tout entier dévoué à Rome qui, revenu à la vie civile, entre en politique comme on entre en religion et qui demandait avec insistance à Rome de reprendre les hostilités contre Carthage dont il a pu constater, après une enquête sur place, l’état florissant et les dangereuses ambitions : c’est alors qu’il achève tous ses discours par la célèbre formule : « Delenda est Carthago » c’est-à-dire « Il faut détruire Carthage ». Nous ne dirons pas qu’il faut détruire les ennemis et adversaires du Président Laurent Gbagbo comme certains qui envoient leurs adversaires au cimetière. Nous sommes trop démocrates pour tenir de tels propos. Nous dirons tout simplement dans nos prières, dans nos actes et comportements quotidiens, dans nos prises de position, au lever et au coucher ; Oui nous dirons, seuls ou à l’unissons : il faut libérer le Président Laurent Gbagbo et qu’il revienne en Côte d’Ivoire pour retrouver ce lien ombilical qu’il a su nouer avec son pays, ses populations et son peuple. Le Président Laurent Gbagbo a besoin de la Côte d’Ivoire et la Côte d’Ivoire a besoin du Président Laurent Gbagbo comme le corps a besoin d’oxygène. Le peuple de Côte d’Ivoire sent Laurent Gbagbo tout comme Laurent Gbagbo sent le peuple de Côte d’Ivoire et nul ne peut dés - unir ce que Dieu a uni. Le FPI, son parti, ne saurait tolérer aucun deal sur sa libération. Au nom du devoir de gratitude pour sa lutte au service des libertés démocratiques et de la Côte d’Ivoire, au nom du devoir de cohérence avec nos valeurs républicaines, au nom du devoir de partage et de solidarité, ces vertus qui portent la marque du socialisme ; Oui, camarades, chers amis démocrates, le droit sera dit et le Président Laurent Gbagbo rentrera en Côte d’Ivoire et sera accueilli dans la ferveur par son peuple.

Honneur à Simone Gbagbo, toi si humaine, juste et téméraire

Nos pensées vont ensuite vers la Première Dame, la Vice-présidente du FPI, Simone Ehivet Gbagbo, cette grande dame au grand cœur et de grande témérité. Humaine, juste et sensible, elle a toujours choisi de dire NON quand elle n’est pas d’accord. Aujourd’hui, vilipendée et diabolisée à souhait, il appartient au FPI et aux populations de Côte d’Ivoire d’œuvrer à sa libération. Au nom de nos valeurs et vertus prônées plus haut, nous devons ici et maintenant en prendre l’engagement. Nos pensées vont également vers toutes celles et tous ceux qui sont aujourd’hui en détention, parfois même privés de tout contact avec l’extérieur, leurs familles et leurs amis. Nous ne pensons pas seulement aux politiques et aux membres de la société civile mais aussi aux personnels des Forces de Défense et de Sécurité qui ont défendu avec fidélité et loyauté la République, ses institutions et les autorités qui les incarnent avec, au premier rang, le plus il - lustre d’entre tous, le Président Laurent Gbagbo. En les quittant, nous leur avons fait la pro - messe d’œuvrer immédiatement à leur libération et une promesse faite doit être tenue. Ils ont fait allégeance à la suite des résultats de l’élection présidentielle proclamés, en premier et dernier ressort par le Conseil Constitutionnel. Ces résultats donnaient le candidat de La Majorité Présidentielle (LMP) Laurent Gbagbo vainqueur !

Soutien aux exilés, hommage à la Diaspora

Nos pensées vont également vers ces Ivoiriens qui ont pris le chemin périlleux de l’exil. Ils essaient de se refaire péniblement une vie, de recomposer une famille disloquée, loin de leur terre d’attache. Ce n’est pas chose facile et ils méritent notre estime, notre solidarité et notre considération. C’est le lieu d’exprimer solennellement toute notre gratitude aux pays d’accueil qui ont bien voulu accepter de leur donner asile sur leur sol, conformément aux conventions internationales. Le FPI, qui sait être reconnaissant, ira, dès que faire se peut, leur rendre un hommage déférent. Pour l’heure, le FPI a le devoir d’œuvrer au retour des réfugiés politiques dans les délais les plus immédiats en Côte d’Ivoire. Nos pensées vont aussi vers la Diaspora qui, tous pays confondus, toutes ethnies et races confondues, toutes idéologies mêlées, a choisi, au nom de son idéal de démocratie, de souveraineté et d’indépendance des Nations, de battre bénévolement le pavé pour faire triompher ces valeurs et vertus tant prisées par les Nations dites avancées et qui, parfois, concernant l’Afrique, tournent le dos aux dites valeurs et vertus. Comment, Laurent Gbagbo, ce prétendu criminel de guerre qui a exterminé les populations, peut-il vivre dans l’estime de ses victimes et drainer autant de monde à La Haye et dans certaines grandes villes européennes et américaines? Assurément, c’est l’une des plus grandes énigmes de la question ivoirienne. Au nom de la Côte d’Ivoire, du FPI et de son Président Pascal Affi N’Guessan, nous rendons un hommage mérité à ces combattants intrépides de la liberté. Nous nous retrouverons ensemble, très bientôt, pour fêter la liberté retrouvée du Président Laurent Gbagbo en grande pompe. Nos sincères remerciements aux organisations de défense des Droits de l’Homme, à toutes celles et tous ceux qui, de façon affichée ou discrète, ont œuvré à notre libération. Ils ont œuvré utilement et nous le démontrerons par notre sens des responsabilités, qui n’est pas incompatible avec la fermeté dans la défense des principes et des valeurs qui nous fondent, et par notre attachement à la Côte d’Ivoire. Ils doivent cependant aller encore plus loin pour faire de notre libération provisoire une libération définitive.

JV11, vous avez fait de Gbagbo un absent présent!

Que dire des JV11, ces journaux victimes du 11 avril 2011? Leurs premiers responsables ont reçu les félicitations du Président du FPI, qui les a reçus, à sa demande, le lundi 26 août 2013, à l’occasion d’une rencontre à son domicile provisoire, son domicile principal étant occupé par des squatters en armes. Saluant leur résistance exemplaire, le Président Affi a tenu ces propos : « Le nouveau pouvoir est arrivé avec un plan clair : neutraliser les partis politiques, l’armée, l’administration et l’appareil judiciaire. Cette dictature ne pouvait pas souffrir d’une presse libre. Face à ce plan de démantèlement des acquis du multipartisme mis sur pied, votre détermination a sauvé les bases de la démocratie. C’est à partir de ce capital [… ] que nous allons relancer la lutte… » (In Notre Voie N°4502 du mardi 27 août 2013 p.4). Par leurs écrits et prises de positions dans un contexte totalitaire, les JV11 ont fait de Laurent Gbagbo un absent présent en Côte d’Ivoire, en Afrique et dans le monde. Par leurs écrits et prises de position, avec la collaboration des patriotes de tous bords et de la Diaspora, les JV11 ont œuvré de sorte que le Président Laurent Gbagbo, aujourd’hui, n’appartient plus à la seule Côte d’Ivoire mais à l’Afrique tout entière et, puisque l’Afrique participe du monde, il appartient au monde, à l’humanité. Plus qu’un homme d’Etat, le Président Gbagbo revêt la stature d’un homme pour l’Eternité.

Hommage à Miaka, à son équipe et aux structures du Parti

Honneur à vous camarades Président Miaka et membres de la Haute Direction en sursis du Parti. Vous avez fait et bien fait votre travail, votre devoir au service du FPI et de la Côte d’Ivoire. Le Président Miaka a bien compris le sens de l’Histoire et a refusé que ce soit sous sa direction que le FPI disparaisse de l’échiquier politique national. Avec les camarades de la Direction dont il a su s’entourer il a permis au FPI de rester debout. Le FPI a tangué. Le FPI a trébuché. Quoi de plus normal devant les perversités de l’ennemi, avec tous ces morts et disparitions, ces arrestations et privations de domicile, ces départs massifs en exil de ses dirigeants et militants. Mais, le FPI n’est pas tombé. Les structures résistent toujours sur le territoire national et les détenus en liberté aujourd’hui ont largement bénéficié de l’assistance et de la solidarité des structures du Parti.  Elles ont agrémenté notre séjour carcéral et allégé nos souffrances par une solidarité agissante. Et pour les passionnés de football, ce chant de ralliement du club de Liverpool intitulé « Tu ne marcheras pas seul » nous vient immédiate - ment à l’esprit. Oui, avec les structures du FPI qui forment un solide maillage sur tout le territoire national, vos camarades ex-détenus ne se sont jamais sentis seuls. Grâce à vous, camarade Président Miaka et membres de la Haute Direction du FPI, grâce à vous membres des instances fédérales, grâce à vous qu’on appelle avec affection et admiration militantes et militants de base, sachez que vous êtes les fondations qui tiennent solidement l’édifice et qui lui permettent de rester debout. Dans les grands moments de l’histoire du FPI et de l’histoire de la Côte d’Ivoire, le FPI a toujours été fière et riche de la résistance, de la détermination, de la persévérance de ses militantes et militants. Encore une fois, vous n’avez pas fait insulte à notre histoire en démissionnant du combat pour les libertés démocratiques. C’est tout à votre honneur. Au vu de ces observations, qui sont autant de satisfaction pour le Président du Parti, il n’est donc pas juste de dire que notre sortie de prison va donner une dynamique nouvelle à la lutte, que notre sortie de prison sera « le levain qui va permettre de booster la lutte pour la démocratie dans notre pays, imprimer un nouvel élan à la lutte… », pour reprendre les propos du président du Comité d’organisation, le ministre Dano Djédjé, 1er Secrétaire général Adjoint du FPI. Nous reconnaissons et saluons-là, la grande humilité de l’Homme. Mais la vérité, qui est la chose la mieux partagée au FPI, nous oblige à dire que c’est vous, sursitaires de la liberté, qui avez créé la dynamique, imprimé le nouvel élan et nous ne ferons que nous impliquer dans cette dynamique, dans cet élan. C’est vrai, il ne faut pas le nier, le Président Laurent Gbagbo et le FPI nous ont donné des noms floqués sur des maillots que nous portons, et nous devons faire honneur au maillot en le mouillant, au mieux avec notre sueur et nos larmes, au pire avec notre sang si, à notre corps défendant, nous devions en arriver au sacrifice suprême. Si, par extraordinaire, l’un de nous avait l’outrecuidance de transgresser ces valeurs qui nous rassemblent, les militants du FPI, comme un seul homme, se détourneraient de lui.

côte d'ivoire,le fpi célèbre les prisonniers politiques,l’adresse d'aboudramane sangaré,1er vice-président du fpi,aux militants,aux démocrates de tous les continents et au pouvoir ouattara

Non à la politique de la chaise déjà occupée!

Me tournant maintenant vers vous, camarades en liberté provisoire, je ne fais que reprendre la déclaration du FPI qui porte la signature du Dr Kodjo Richard, alors Secrétaire Général par intérim et Porte-parole du FPI : « le FPI félicite le président Pascal Affi Nguessan et ses codétenus pour l’exemplarité de leur endurance et de leur foi dans l’idéal de justice et de paix », déclaration faite à Abidjan, le 19 août 2013, dans Notre Voie no 4496 du mardi 20 août 2013, p 2. Vous êtes restés dignes et responsables. Vous n’avez imploré aucune clémence. Non par suffisance et manque d’humilité mais parce que vous restiez convaincus que vous êtes dans le droit chemin de la Justice et de la Vérité. Gloire à vous, hommes de conviction ! C’est le lieu de saluer ici le retour du Secrétaire Général par intérim, Laurent Akoun. Le FPI et la Côte d’Ivoire ont besoin de sa constance et de sa détermination dans la lutte. En bon républicain, il a accepté et assumé la décision de justice qui le privait de ses droits civiques. Il a bien fait de respecter la décision du pouvoir judiciaire pour montrer son attachement aux institutions de la République.

Camarade Président Pascal Affi N’guessan, Honorables membres et militants du FPI, Honorables personnalités éprises de Liberté, de Démocratie et de Paix,

Un dicton bien connu en Côte d’Ivoire dit qu’après la fête, il y a la défaite. Oui, il y aura bien une défaite. Mais pas celle du FPI. Ce sera celle de tous ceux qui croient que la solution pour une sortie de crise réussie en Côte d’Ivoire réside dans la dissolution du FPI. Le FPI est partie intégrante à la Côte d’Ivoire. Et, puisqu’on ne peut dissoudre la Côte d’Ivoire, l’on ne peut pas dissoudre le FPI. Le Parti ne peut connaitre que la victoire parce que l’on peut emprisonner la chair mais l’on ne peut emprisonner l’esprit. Une fois les lourdes portes de la prison fermées, l’esprit du FPI sort par la fenêtre pour irradier tout le corps social. Au départ du FPI, il y a un homme, LAURENT GBAGBO. Au départ du FPI, il y a une grande dame : SIMONE EHIVET GBAGBO. A eux deux, ils ont donné des convictions et une vision au FPI. Ce qui permet au FPI, en tout temps et en tout lieu, de savoir marcher car il sait d’où il vient et il sait où il va. Et, parce qu’il vient de loin, il ira loin. C’est connu, il n’y a de vent favorable que pour celui qui sait où il va. Et le FPI sera toujours porté par le vent de la démocratie qui annonce et prépare le développement. Car les nations industrialisées sont pour la plupart des nations démocratiques. Le FPI roule pour l’Afrique, la Côte d’Ivoire et pour lui-même. Il ne peut donc servir de marchepied, de paillasson, de faire-valoir, de faiseur d’alibis à une quelconque autorité. C’est sur la base de son histoire, de ses convictions les plus profondes, de sa vision et de son amour pour la Côte d’Ivoire que le FPI a refusé d’aller aux élections locales. La Direction en sursis a fait un choix juste, le choix responsable. Elle n’a nullement opté pour la politique de la chaise vide. Elle a tout simplement refusé la politique de la chaise déjà occupée avant même les élections locales. Les dés étaient pipés. Le ver était dans le fruit. Le FPI refuse d’être un accompagnateur, une partie prise dans la politique ivoirienne. Il se veut une partie prenante. Et tous ceux qui, écoutant leurs intérêts égoïstes, ont osé pourfendre la cohésion et la discipline du Parti, n’ont pas fait le bon choix. Ils ont tout le temps pour comprendre leurs erreurs d’analyse et faire acte de repentance. Tout redeviendra alors possible. Car le FPI est ce parti qui n’a jamais chassé un militant. Certains sont partis et sont revenus reprendre leur place dans le difficile mais exaltant combat pour les libertés démocratiques. Ils n’ont subi la moindre animosité de la part des militantes et militants, qui savent comprendre les défis et enjeux du moment pour aller à l’essentiel.

Affi, dis le mot qui libérera Gbagbo et la Côte d’Ivoire!

Camarade Président Affi N’Guessan, La Côte d’Ivoire, ses populations, son peuple sont dans l’attente. Et cette attente est à l’image de l’effervescence suscitée par notre libération, même si celle-ci se veut provisoire, et que tu constates dans tes différentes visites. Le Président Laurent Gbagbo, qui nous suit depuis La Haye, qui nous regarde, qui nous entend et qui nous écoute ; qui entend et écoute les pleurs et gémissements de son peuple, qui connait le FPI, c’est- à-dire ce parti qu’il a modelé comme un artiste le fait avec la terre glaise ; Le Président Gbagbo qui te connait bien et sait qu’il peut te faire confiance. Directeur de Cabinet du Président du Parti Laurent Gbagbo jusqu’en 2000 ; Premier ministre et porte-parole du candidat de La Majorité Présidentielle Laurent Gbagbo en 2010. Au - tant de liens qui créent une solide amitié et une franche collaboration.

Oui, Président Affi, Le Président Laurent Gbagbo sait qu’il peut te faire confiance pour trouver les recettes qui redonnent espoir au peuple de Côte d’Ivoire, le rassurent surtout face à la perte de repères, des modèles et des valeurs qui constituent le socle des sociétés démocratiques, donc industrialisées. Nous demeurons persuadés que dans le discours magistral que tu vas prononcer à la cérémonie de passation des charges du 7 septembre 2013, tu sauras donner ta vision pour la Côte d’Ivoire tout en trouvant réponse aux interrogations suivantes: comment avancer avec l’existant? Comment créer le rapport de forces pour que les voix du FPI et celles des démocrates soient parfaitement audibles et qu’elles puissent porter? Avec qui créer ce rapport de forces? Sous quelle forme et quel type d’alliance si celle-ci s’avère indispensable? Comment faire face aux défis et enjeux actuels? Comment faire pour que la réconciliation tant prônée ne soit pas qu’un vain mot mais un comportement? Comment faire pour amener les Ivoiriens à se réapproprier leur pays?

Oui, camarade Président, nous demeurons persuadés que tu sauras dire un mot pour libérer Laurent GBAGBO, la Côte d’Ivoire et les Ivoiriens. Tes militantes et militants te contemplent et savent que, très bientôt, tu les mettras en ordre de bataille pacifique et démocratique pour qu’un jour nouveau se lève sur la Côte d’Ivoire. La Refondation est obstinément en marche. Sans complexe, elle poursuit son chemin pour la libération de la Côte d’Ivoire et la restauration de son indépendance et de sa souveraineté perdues.

Camarade Président, Telles sont les nouvelles que tu m’as permis de donner, au nom de tous les détenus en liberté provisoire. Encore une fois merci pour la confiance que tu as placée en ma modeste personne.


Abidjan, le 31 août 2013

 

Sangaré Aboudramane


1er Vice-président du FPI,

Porte-parole des détenus en liberté provisoire

COTE D'IVOIRE: TOUTE ORGANISATION A BESOIN DE CONTRE-POUVOIR, PAR LE PERE JEAN-CLAUDE DJEREKE

 

côte d'ivoire,toute organisation a besoin de contre-pouvoir,par le père jean-claude djéréké

 

Les choses bougent dans le monde comme si la nature avait horreur de l’immobilisme. Par exemple, La Russie ne veut plus se faire complice des pays occidentaux en les accompagnant dans leur volonté diabolique de détruire certains pays du Sud pour piller ensuite leurs richesses. Elle ne veut plus être trompée comme en 2011 lorsque la France, l’Angleterre et leurs alliés européens intervinrent militairement pour, disaient-ils, empêcher Gbagbo et Kadhafi d’exterminer leurs populations civiles. Vladimir Poutine, son président, ne croit plus aux mensonges des dirigeants occidentaux. C’est la raison pour laquelle il soutient à juste titre le Syrien Bachar Al Assad. Deuxième exemple: Confrontés au chômage à cause de la grave crise économique qui frappe leur pays et ne voulant pas crever de faim, de nombreux Portugais émigrent jour après jour en Angola. Luanda, la capitale de ce pays lusophone, est devenue leur Eldorado. Leur nombre y serait passé de 21.000 en 2003 à 100.000 en 2011. Qui l’eût cru? Qui sait si les Français, mettant de côté leur légendaire “arrogance” ne leur emboîteront pas le pas bientôt en venant chercher des petits boulots à Yaoundé, Lomé, Dakar ou Brazzaville? Qui aurait imaginé qu’un Yankee demanderait et obtiendrait un jour l’asile en Russie? Et pourtant, le jeune informaticien, Edward Snowden, l’a fait le 1er août 2013 pour échapper à la prison dans son pays où certains l’accusent d’espionnage et de haute trahison pendant que d’autres voient en lui un véritable héros.

Mais ce n’est pas seulement dans les relations entre pays que ça bouge. Les premières bonnes surprises de l’année 2013 nous vinrent de l’Église catholique avec l’élection d’un pape sud-américain après la non moins historique démission, le 28 février 2013, de Benoît XVI qui ne se sentait plus capable physiquement et intellectuellement de continuer à assumer la charge papale.

Une autre divine surprise est incontestablement, à notre avis, le récent soulèvement d’un groupe de fidèles de la paroisse Notre Dame de l’Annonciation (NDA) de Yopougon. Selon “Soir Info”, qui rapporte l’événement dans son édition du 26 août 2013, ces fidèles catholiques reprochent à Mgr Salomon Lezoutié de leur avoir retiré leur curé 8 mois après la nomination de celui-ci alors qu’il avait commencé à assainir les finances de la paroisse, de n’avoir pas été associés à la prise de la décision et donc d’avoir été humiliés et méprisés. Le quotidien abidjanais ajoute que, malgré plusieurs tentatives, il ne put rencontrer l’évêque coadjuteur de Yopougon afin d’avoir sa version des faits .

Dans les lignes qui suivent, notre objectif n’est pas de jeter inutilement de l’huile sur le feu en prenant position pour l’un ou l’autre camp mais de poser quelques questions qui, au-delà de l’Église catholique, concernent les relations entre le “sommet” et la “base” dans toute organisation humaine. Ces questions sont les suivantes: évêques et prêtres ont-ils le droit de mépriser les laïcs et de les traiter en mineurs? Les protestataires de Yopougon-Nouveau quartier méritent-ils d’être diabolisés et excommuniés pour avoir déclaré qu’ils ne se laisseront pas faire “car les ressources de la paroisse doivent profiter à toute la communauté, à travers des réalisations et la réhabilitation de la paroisse bâtie tout juste après l’indépendance” et qu’ils sont contre le départ du curé qui “a mis fin à l’anarchie portant sur les factures d’électricité et d’eau dont les montants oscillaient entre 700.000 F Cfa et 900.000 Cfa pour une petite paroisse comme la nôtre”? À une époque où les citoyens ont pris goût au vote, au débat contradictoire et à une participation active à la gestion de la Cité, le clergé ivoirien et africain peut-il continuer tranquillement à exclure les laïcs de la prise de parole et des décisions qui engagent tout le Peuple de Dieu?

La meilleure manière de répondre à ces questions est de regarder attentivement les Évangiles et les textes de l’Église catholique (documents conciliaires, lettres encycliques, exhortations apostoliques, etc.). Que disent-ils? Avant de quitter physiquement ses disciples, Jésus leur recommanda de n’appeler personne maître parce qu’ils n’ont qu’un maître, le Christ, et parce que tous, ils sont des frères (Lc 24, 38-39). Jésus raisonne en termes de fraternité et non en termes de supérieur et d’inférieur, catégories que les hommes ont créées pour se distinguer entre eux car, pour lui, tous les baptisés sont égaux devant Dieu. C’est sur cette égalité proclamée par le Christ que s’appuie le Concile Vatican II (1962-1965) pour soutenir que les laïcs forment avec les clercs “le Peuple de Dieu dont les membres ont une commune dignité de par leur régénération dans le Christ, une commune grâce filiale, une commune vocation à la perfection, un seul salut”. Vatican II plaide ainsi pour une ecclésiologie de communion ou de collégialité, ce qui n’a rien à voir avec le système monarchique qui, estime Paul Valadier, “nuit à l’Église, paralyse son message, décourage les bonnes volontés et donc détourne de l’annonce de la Bonne Nouvelle ”. Si les clercs n’ont pas le monopole de l’Esprit saint, si “l’onction est donnée à tous les chrétiens” (dans l’Ancien Testament seuls le roi et le prêtre étaient autorisés à la recevoir) , si les laïcs doivent “être considérés non pas comme des collaborateurs du clergé, mais comme des personnes réellement coresponsables de l’être et de l’agir de l’Église ”, est-il dès lors acceptable que ceux qui ont reçu le pouvoir d’administrer les sacrements ne rendent jamais compte de la gestion du bien commun? Peut-on tolérer qu’ils agissent comme bon leur semble à la tête des paroisses et diocèses? Pour Jean-Paul II, “il est préférable que tout pouvoir soit équilibré par d’autres pouvoirs et par d’autres compétences qui le maintiennent dans de justes limites ”. Quand le pape polonais dit “tout pouvoir”, il a aussi en tête le pouvoir religieux. Certaines personnes peuvent abuser de ce pouvoir dans l’Église en prenant des décisions arbitraires, en faisant souffrir ceux qui ne partagent pas leur point de vue ou ne sont pas de leur ethnie. Pour arrêter ou éviter ce genre de dérives, il faut faire ce que préconisait jadis Montesquieu: arrêter le pouvoir par le pouvoir .

Il me semble que telle était l’intention des fidèles laïcs de Notre Dame de l’Annonciation de Yopougon en s’opposant à la décision de Mgr Lezoutié de leur enlever un curé qui était en train de mettre de l’ordre dans les finances paroissiales. Je considère leur fronde comme une bonne nouvelle pour l’Église catholique en Côte d’Ivoire car elle signifie que tous les laïcs ne sont plus prêts à être traités comme des mineurs. Le mineur est celui pour qui on est obligé de tout faire, celui dont on attend qu’il applaudisse, se taise et suive sans murmurer. Les chrétiens qui se sont soulevés à Yopougon ne veulent plus continuer à jouer ce rôle fort déshonorant. Ils désirent non seulement prendre toute leur place mais être pris au sérieux par les prêtres de leur paroisse car “les temps sont révolus pour tous les laïcs du monde entier où on les définissait, en caricaturant, comme ceux qui dans l’Église avaient pour fonction d’écouter assis, à genoux ou debout, à dire « amen » et à faire jouer leur portefeuille pour la quête et le denier du culte ”. D’autres laïcs ne manqueront probablement pas de désapprouver leur geste, de penser qu’ils sont allés trop loin, de taxer de dissidence leur droit à la parole et à l’action dans l’Église. Ces laïcs-là font partie de ceux qui croient que les clercs savent tout et que le laïc ne sait rien et ne vaut rien. Ce sont des béni-oui-oui ou des “oui-mon-Père” qui ont pour seule ambition d’être dans les bonnes grâces du curé afin de syphonner avec lui les finances de la paroisse. S’ils prenaient la peine de lire les documents de l’Église, ces petits flatteurs comprendraient que ce n’est pas le cléricalisme mais la collégialité qui servira mieux la cause de l’Évangile.

Je voudrais clore ce papier en faisant remarquer que ce qui s’est passé à NDA de Yopougon n’est pas un événement banal. Une des leçons que chacun pourrait en tirer, c’est qu’aucune organisation ne peut fonctionner aujourd’hui sans contre-pouvoirs. Ceux qui appartiennent à telle formation politique ou à tel mouvement associatif n’y sont pas uniquement pour écouter et ovationner le chef. Ils ont aussi le droit de dire hautement et publiquement ce qu’ils pensent de la gestion de l’organisation en question. Le faisant, ils ne cherchent point à déstabiliser X ou Y mais à honorer une exigence fondamentale sans laquelle la démocratie ressemblerait à une coquille vide: empêcher ceux qui exercent le pouvoir d’en abuser.


Jean-Claude DJEREKE

jcdjereke@yahoo.fr

dimanche, 01 septembre 2013

INTERVIEW DE LEANDRE SAHIRI: «C’EST UNE ABOMINATION QUE D’IGNORER LE CODE NOIR»

 

LEANDRE SAHIRI.jpg

 

Léandre Sahiri est professeur de Littérature, critique littéraire, et écrivain intéressé spécifiquement par la promotion des valeurs humaines. Titulaire d’un Doctorat ès Lettres de l’Université de la Sorbonne (Paris), il a enseigné la littérature française, les techniques d’expression écrite et orale, la littérature francophone…, dans plusieurs établissements et institutions en France, en Côte d’Ivoire et au Canada. Précédemment, il a été Chercheur à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), au Canada, et Enseignant à l’Université de Cocody et à l’ENA d’Abidjan, en Côte d’Ivoire... Il a collaboré à de nombreux journaux, magazines et revues. Actuellement, il est Directeur de publication du journal libre et indépendant « Le Filament » et l’auteur de divers articles, préfaces et livres, dont « Le Code noir de Louis XIV » publié aux Editions Menaibuc à Paris. Léandre Sahiri est interviewé par le journaliste Serge Grah.

«Le code Noir de Louis XIV» est le titre du livre que vous venez de publier aux Editions Menaibuc en France. Et, vous dites dans l’avant-propos: «Je rêvais d’écrire ce livre». Quel est l’enjeu qui sous-tend la publication de cet ouvrage ?

Léandre Sahiri : L’enjeu qui sous-tend la publication de mon livre « Le Code Noir de Louis XIV » comporte un triple aspect. Le premier aspect, c’est que beaucoup d’Africains se demandent souvent pourquoi, malgré ses richesses incommensurables l’Afrique va mal et demeure sous-développée ? On entend souvent les gens se demander pourquoi les Noirs sont généralement les plus défavorisés dans la vie ? Et puis, beaucoup d’entre nous s’adonnent à l’autodestruction, allant jusqu’à conforter les autres dans leurs préjugés de mépris sur les Noirs. Par ailleurs, quelles que soient leurs zones de vie et leurs valeurs intrinsèques, quels que soient leurs degrés de réussite, les Noirs sont vilipendés, brimés, dénigrés, discriminés… pourquoi ? Les Noirs n’ont pas la force de construire ensemble dans leurs riches diversités, ni d’entreprendre ensemble dans la complémentarité, ni de vivre ensemble dans le respect des uns et des autres ; de même, nos organisations ne sont ni manifestes, ni fiables, pourquoi ? Sommes-nous maudits, à jamais condamnés ? Comment faire et que faire pour nous en sortir, pour ne pas laisser perdurer ces états de servitude ? Etc. Moi, en tant que chercheur, j’ai mis tous mes efforts à trouver des réponses à ces interrogations. Et c’est après avoir lu le Code Noir que j’ai trouvé quelques éléments de réponse à nombre de ces questions brûlantes... Le deuxième aspect, c’est que, en Occident circule une thèse selon laquelle, seuls les Africains sont responsables de la « traite négrière ».

Que disent  les tenants de cette thèse?

Léandre Sahiri : Pour les tenants de cette thèse, ce sont les Africains qui ont vendu leurs frères et, que les Européens n’ont eu, au bout du compte, qu’un rôle exclusivement passif. On va même quelques fois jusqu’à mettre sur le même plan, l’esclavage que pratiquèrent jadis les Africains, les trafics négriers que développèrent les Arabes, et le commerce triangulaire (réglementé par le « Code Noir ») qu’instituèrent les Européens, en englobant les trois, sous le même vocable : la traite. Et qui, dit-on, avec chiffres à l’appui, a généré plus d’esclaves et a été plus horrible que la traite européenne. Il s’agit là, comme dit Serge Bilé, d’un « révisionnisme dangereux » qui n’a pas manqué de susciter ma curiosité et qui m’a fait penser qu’on n’a pas encore tout dit sur l’esclavage, du moins qu’il restait encore des zones d’ombre à éclairer... Le troisième aspect concerne l’abolition de l’esclavage et sa commémoration. Le bicentenaire de l’abolition de l’esclavage, le 10 mai dernier, a donné lieu, ici et ailleurs, à de multiples commémorations et célébrations. Vous savez aussi que l’abolition de l’esclavage en 1886, était censé marquer l’avènement de la réintégration des « hommes et femmes de couleur » dans la famille humaine d’où ceux-ci avaient été éjectés, plusieurs siècles durant, par l’esclavage, qui fut institutionnalisé, réglementé par le Code Noir promulgué en 1685 par Louis XIV, Roi de France. Cependant, force est de reconnaître que, malgré cette abolition, l’esclavage, demeure encore de nos jours une réalité. En effet, des millions d’enfants, d’hommes et de femmes en sont encore victimes à travers le monde, sous des formes diverses.

C’est donc là ce qui vous a poussé à écrire «Le Code Noir de Louis XIV»?

L S : En effet, l’intérêt de mon livre c’est de faire connaître le contenu du Code Noir, pour comprendre notre humaine condition, pour appréhender les subtilités des relations Nord/Sud... En fait, il s’agit de montrer comment et pourquoi le Code Noir a été conçu. Il s’agit également et surtout d’en dévoiler la face cachée et de mettre en lumière ses incidences et ses influences dans nos vies quotidiennes aujourd’hui.

Alors, qu'est-ce donc que le Code Noir, dans ses principes et dans son fonctionnement?

L S : Le Code Noir est un recueil de lois. En un mot, une réglementation. Et cette réglementation concerne spécifiquement l’esclavage des Africains noirs. Elle comporte, à sa base, un principe clair et précis : « les gens de couleur et plus précisément les gens à la peau noire doivent être, pour toujours et partout, vus et traités comme des biens meubles transmissibles et négociables » (Article 44). Autrement dit, dès lors qu’on est un homme de couleur, comme ils disent, on n’est ni plus ni moins qu’un objet dont les Occidentaux peuvent et doivent disposer, à loisir, pour leurs commodités et leurs besoins. C’est ce principe-là du Code Noir qui a sous-tendu la traite négrière, la colonisation, et qui aujourd’hui sous-tend la Françafrique.

Quel intérêt y avait-il à codifier l’esclavage des Noirs?

L S : C’est que le Code Noir constitue le socle pour faire des Noirs, en toute bonne conscience, les outils de travail, les instruments de production, les produits marchands des Français. Il a été promulgué, pour qu’il existe désormais, à l’image de la Bible ou du Coran, un document de référence incontournable, qui institutionnalise l’esclavage des Noirs. Le Code Noir a donc été conçu comme un document juridique qui rend légitime et normal le commerce des Noirs, étant donné que le Noir est défini, dans le Code Noir, d’abord comme une chose domestique et ensuite comme une marchandise. Et donc, comme tout objet de commerce, le Noir pouvait être soumis aux lois du marché. Codifier l’esclavage légiférait que, dès lors, il n’y a ni crime, ni délit au négoce des Noirs.

Dans quel contexte historique et politico-économique « le Code Noir » a-t-il été rédigé?

L S : Les raisons sont d’abord d’ordre économique. On sait qu’après avoir bâti de toutes pièces et de toute beauté le Château de Versailles et l’Hôtel des Invalides, après les multiples guerres pour étendre la suprématie de Louis XIV sur le monde, la situation économique de la France était bien critique et, partout en France, il y avait la misère et des révoltes. Et, c’est justement cela qui a conduit les Français, non seulement à promouvoir, à une très grande échelle, le commerce triangulaire des esclaves noirs, mais aussi et surtout à l’organiser et à le codifier. Car, après étude, l’on a trouvé que c’est là que résidait véritablement le salut de la France. Jean Baptiste Colbert disait, à juste titre : « Il n’y a aucun commerce dans le monde qui produisît tant d’avantages que celui des Nègres. Il n’est rien qui contribuerait davantage à l’augmentation de l’économie que le laborieux travail des nègres »...

Est-ce seulement pour des raisons économiques qu’on a eu besoin de réglementer le commerce des Noirs?

L S : Bien sûr que non ! A ces raisons commerciales évidentes, s’ajoutent d’autres raisons d’ordre démographique : il s’agissait à cette époque de limiter la puissance des Noirs, laquelle puissance résultait de leurs ressources incommensurables, de leurs activités débordantes et de leurs grandes forces de travail. En effet, à cette époque, les Africains étaient trois fois plus nombreux que les Occidentaux. Il y avait donc une puissance latente présageant la suprématie des Noirs sur les Blancs durant plusieurs siècles. On avait donc perçu cela comme une menace, voire un péril. Le professeur Elikia M'Bokolo a démontré clairement qu’au début du commerce triangulaire, l'Afrique n'était pas un continent inférieur à l'Europe. M'Bokolo a aussi démontré que l'ordre mondial de cette époque n'était pas une donnée naturelle, mais historique et culturelle. De ce fait, il est impossible de nier que la déstructuration provoquée par l'esclavage a été très grave et très profonde, et d’ailleurs, les conséquences sont encore visibles aujourd'hui... Et puis, aux considérations commerciales et aux préoccupations d’ordre démographique dont je viens de parler, s’ajoute également les préoccupations d’ordre politique : le souci capital de renforcer le pouvoir central, d’étendre le pouvoir de Louis XIV sur le monde entier. Il y a aussi des raisons d’Etat, à savoir : garantir la sécurité publique par la suppression des révoltes, des attentats et insurrections fomentés par les « Nègres marron » et quelques Noirs instruits dans la langue et la culture françaises. Et puis, il y a enfin les raisons religieuses : le préambule et les dix premiers articles du Code Noir tendent à proclamer et à imposer la primauté, voire la prééminence de l’église catholique, apostolique et romaine en France et dans le monde.

Que pensez-vous des arguments bibliques auxquels certains évêques et prêtres se sont référés pour légitimer l’esclavage?

L S : Ces arguments n’ont aucun fondement, quoique s’appuyant sur la Bible. Il faut préciser que les évêques de l’époque étaient non seulement nommés par le Roi, mais aussi et surtout, ils étaient à la charge du Roi et donc acquis, par redevance, à sa cause. De plus, leur niveau d’instruction était tel qu’ils n’avaient pas assez d’éléments pour s’élever au-dessus de certaines contingences intellectuelles ; par exemple, ils se trouvaient incapables d’expliquer ce que signifie « être fait à l’image de Dieu ».

Vous parlez du «Code Noir» comme d’un document important à connaître absolument pour la libération mentale du Noir. Et, vous dites même que c’est une abomination que de l’ignorer…

L S : C’est vrai que c’est une abomination que d’ignorer le Code Noir. Parce que l’ignorance du Code Noir favorise la continuité, voire la pérennité de l’esclavage, ne serait-ce qu’au plan mental. C’est pourquoi, de mon point de vue, nous devrions, tous et toutes, absolument connaître le Code Noir, afin d’enrayer de notre mental le complexe d’infériorité pour les uns et le complexe de supériorité pour les autres. Il faut absolument connaître le Code Noir afin de tuer en nous les germes du racisme, du larbinisme, de la dépréciation et des discriminations de tous genres. En effet, c’est notre ignorance du Code Noir qui nous maintient dans des situations de défavorisés, de sous-hommes. C’est notre ignorance du Code Noir qui justifie, pour nombre de Noirs, le mépris d’eux-mêmes, au point d’en arriver à se détester et à s’autodétruire. Autant j’ai compris que ce n’est pas confortable d’ignorer ce que d’autres savent, autant je déplore qu’il ne soit pas du tout fait cas du Code Noir dans la plupart de nos programmes et manuels scolaires...

Pensez-vous que le destin de l’Afrique aurait été différent si les Africains avaient eu depuis longtemps connaissance du Code Noir?

L S : Bien sûr que oui ! Le destin de l’Afrique aurait été totalement différent si les Africains avaient, depuis longtemps, eu connaissance du Code Noir. Parce que tout simplement les rapports entre Nord et Sud auraient été différents, on aurait instauré un autre type de relation entre la France et l’Afrique que le commerce triangulaire ou la colonisation, etc.

Qu’est-ce qui explique le lourd silence des descendants d’esclaves et des Africains au sujet du Code Noir?

L S : Simplement parce que le Code Noir est un document qui a été longtemps tenu secret. Car, comme le dit le professeur Louis Sala-Molins, « c’est le texte le plus monstrueux que l’histoire ait jamais produit ». De ce fait, il a généralement circulé sous manteau ; on parle à ciel ouvert du Code Napoléonien, du Code de la nationalité, mais pas autant du Code Noir, eu égard à sa nocivité. On a même bien souvent tenté de noyer le poisson dans l’eau, par exemple en créant un parfum de luxe dénommé « Code Noir »... Par ailleurs, il faudrait savoir la part très importante prise dans l’esclavage des Noirs par l’Eglise qui devait « inculquer aux Noirs la soumission et la subordination sous prétexte de recevoir en échange le paradis céleste ». Il ne faut pas non plus perdre de vue les missions de pacification ou de civilisation pour soi-disant sortir les Noirs de la sauvagerie et de la barbarie, étaient, en réalité, destinées à perpétuer l’esclavage et éviter toute velléité de prise de conscience et toute initiative de révolte des Africains contre le système de l’esclavage des Noirs.

Pourquoi avoir choisi le genre dramatique pour poser ce problème?

L S : La plupart des textes sur le Code Noir sont des essais ou des discours. Or, comme je l’ai dit dans l’Avant-propos, je rêvais de faire quelque chose de différent. C’est non seulement l’une des originalités de mon œuvre, mais c’est d’abord et avant tout un choix idéologique et esthétique. En effet, j’ai choisi le genre dramatique, parce que, pour moi, le théâtre est primordial. Le théâtre, dans toute sa splendeur, a un pouvoir majestueux, comme le cinéma, de nous renvoyer des images fortes pour nous faire percevoir la réalité des choses, des êtres et des faits. Le théâtre a la magie des images qu’on a peine à rendre dans un roman ou dans un essai. Et puis, le théâtre, c’est le point de rencontre entre le réel et l’imaginaire, c’est un art total, en tant que prolongation et synthèse de tous les arts, notamment la peinture, la décoration, la chorégraphie, la danse, la musique, la mimique, la gestuelle, etc.

A quoi correspond le fait de faire tenir les rôles des personnages noirs par des personnages blancs et vice-versa?

L S : Pour moi, une œuvre littéraire n’est jamais vraiment achevée. Je veux laisser la liberté au metteur en scène d’approfondir le texte et d’y apporter les innovations comme celles-ci qui sont parfois osées certes, mais nécessaires pour produire un spectacle original, grandiose, prodigieux, à la seule condition de ne pas trahir les idées de l’auteur. Et puis, au-delà de cet aspect purement chorégraphique, faire tenir les rôles des personnages noirs par des personnages blancs et vice-versa vise à donner une dimension cathartique à mon œuvre, c'est-à-dire la fonction de nous libérer des tensions psychiques, des complexes, des frustrations, des choix inconscients, etc. En d’autres termes, il s’agit, comme dit un des personnages de la pièce, en l’occurrence le propriétaire d’esclaves Willie Lynch, de savoir ce que les uns « éprouveraient eux-mêmes dans une situation d’esclavage ». Et puis, je me réfère à cette citation de Marivaux dans L’Île des esclaves : « Eh bien ! Iphicrate, on va te faire esclave à ton tour ; on te dira aussi que cela est juste ; et nous verrons ce que tu penseras de cette justice… Quand tu auras souffert, tu sauras mieux ce qu’il est permis de faire souffrir aux autres… ».

Au-delà de tout ça, quel message voulez-vous adresser aux lecteurs?

 L S : Je voudrais préciser que mon intention n’est nullement de dresser les Noirs contre les Blancs ! Il ne s’agit pas non plus de blanchir ni d’innocenter les Africains, en ce qui concerne l’esclavage et la situation de misère que vit aujourd’hui l’Afrique ; car, nul ne saurait nier que les Africains ont effectivement pratiqué l’esclavage ou le servage, comme tant d’autres peuples de la terre… En outre, nul ne saurait nier la part de responsabilité des Africains dans la mauvaise gouvernance, les détournements des deniers publics, la corruption des régimes au pouvoir, les retournements de veste, les fraudes électorales, les rebellions, les génocides et autres guerres tribales qui, soit dit en passant, sont loin de nous honorer... J’ai écrit ce livre pour inviter à parler de ce document plus ou moins tabou, Le Code Noir, à en débattre pour combattre le mensonge, l’ignorance, la discrimination, les complexes, et surtout afin de situer les responsabilités des uns et des autres… Mon objectif, c’est aussi de faire saisir la racine profonde du mépris terrible que certaines personnes portent sur les autres, ou que d’autres personnes se portent sur elles-mêmes, au point de se sous-estimer, de se détester, de se haïr, de s’abandonner au fatalisme, de vouloir changer de peau. Mon souhait, c’est, par-dessus tout, de contribuer, à mon humble niveau, à réveiller les consciences, ainsi que de participer à l’édification d’une humanité nouvelle, débarrassée de toutes les affres des idéologies négatives, néfastes.

 

Interview réalisée par Serge Grah, Journaliste - Correspondant DirectAbidjan (Côte d'Ivoire)

serge.grah@directabidjan.com.

Article rédigé le 31/03/2008.

 

Contact: lefilament@hotmail.com

www.lefilament.info

www.menaibuc.com

Avant-propos


Je rêvais…

 

Je rêvais d’écrire un livre

Un livre sur l’esclavage,

Mais un livre

Qui ne soit pas un ouvrage

De plus ou de trop sur l’esclavage.

 

Je rêvais d’écrire un livre

Mais un livre blanc

Qu’on ne puisse pas lire

Sans broyer du noir.

 

Je rêvais d’écrire un livre

Mais un livre noir

A faire passer des nuits blanches.

 

Je rêvais d’écrire un livre

Mais un livre à la puissance d’un jet d’eau

Une eau bien froide reçue en plein sommeil

Sur le visage.

 

Je rêvais d’écrire un livre

Mais un livre différent

Qui nous force  à accepter nos différences.

 

Je rêvais d’écrire un livre

Mais un livre de vie

Qui incite à célébrer le deuil

Le deuil de nos complexes.

 

Je rêvais d’écrire un livre

Mais un livre sur la bonne conscience

Pour lever le voile de nos inconsciences.

 

Je rêvais d’écrire un livre

Un livre-miroir

Qui soit le reflet

Mais le reflet fidèle de notre histoire

Notre histoire commune.

 

Je rêvais d’écrire un livre

Mais un livre-lumière

Plus étincelant que le soleil et la lune

Pour éclairer la lanterne

Des peuples calés

Dans le cachot des ténèbres.

 

Ce livre,

Le voici :

« Le Code Noir de Louis XIV »

Une pièce de théâtre en quatre actes.

 

A vous, maintenant, de la lire jusqu’au bout et d’en juger…

 

Léandre Sahiri

 

Titre : Le Code Noir de Louis XIV

Auteur : Léandre Sahiri

Editeur : Menaibuc

ISBN : 978-2-35349-038-7

vendredi, 30 août 2013

LA JUSTICE GHANEENNE REJETTE DEFINITIVEMENT LA DEMANDE D'EXTRADITION EN COTE D'IVOIRE DE KONE KATINAN, PORTE-PAROLE DE GBAGBO




JUSTIN KONE KATINAN.jpg


La Haute Cour du Ghana a rejeté vendredi la demande des autorités d’Abidjan d’extrader en Côte d’Ivoire le porte-parole de l'ex-chef de l’Etat ivoirien Laurent Gbagbo, Justin Koné Katinan, arrêté à Accra en août 2012, a-t-on appris sans autres précisions.
 
M. Koné Katinan avait été arrêté au Ghana le 24 août 2012 pour des “crimes économiques’’ qu'il est accusé d’avoir commis en tant que ministre du Budget de M. Gbagbo pendant la sanglante crise post-électorale (décembre 2010-avril 2011). Libéré sous caution le 25 septembre 2012, il a été arrêté de nouveau trois jours plus tard à la suite d`un nouveau mandat des autorités ivoiriennes l`accusant du meurtre de deux hommes.

Le 24 octobre 2012,  la justice ghanéenne a estimé ne pas être habilitée à statuer sur les accusations de meurtres qui pèsent sur M. Katinan. Le verdict de l’examen de la demande d’extradition pour “crimes économiques’’, intervient après de nombreux reports successifs. Le 11 juin, il avait affirmé lors d’une audience que les accusations de crimes économiques portées contre lui par son pays avaient des motivations politiques et étaient orchestrées par l’actuel chef de l’Etat Alassane Ouattara. Il avait déclaré qu’il craignait d’être torturé s’il était extradé vers la Côte d’Ivoire.

 Justin Koné Katinan fait partie des milliers d`Ivoiriens, partisans de M. Gbagbo, qui ont fui au Ghana après sa chute en avril 2011.


Source: LE NOUVEAU COURRIER

«NOUS SOMMES INFRANGIBLES»

PRISONNIERS POLITIQUES DE OUATTARA LIBERES.png


Notre histoire ne marche pas avec une canne, elle n’a aucun poil blanc, elle est encore fraîche. Elle respire la jeunesse. Cependant, elle est l’habitacle de mille années de maltraitance et de persécution. Nous n’avons que 23 ans. 23 ans ai-je dis. Notre malheur est d’avoir été précoce car du fond de notre mère, nous fûmes interpellés par l’ardent désir de notre peuple à respirer un vent nouveau. Nous avions le choix entre voir ce peuple vivre dans la servitude et lui offrir un brin de liberté. La bonne décision fut prise : libérer notre peuple. Mais la liberté a un prix surtout dans un régime dictatorial. Vous savez, le dictateur est avant tout attaché à ses privilèges et au sentiment qu’il est Dieu sur terre. L’affronter n’est rien d’autre que faire l’apologie de Golgotha. Et notre histoire fut ensanglantée un jour de Février 1992. Nous n’avions que 2 ans. 2 ans ai-je dit. Le Primus inter pares, vit dans nos innocentes et généreuses mains, des haches, des gourdins, des pointes etc. Dans ces mains qui ne voulaient qu’apporter justice, liberté, démocratie à un peuple longtemps embrigadé dans les fers du « père de la nation, père fondateur », ce Primus surprit des actes délictuels. Et ce qui devait arriver, arriva. Notre histoire prit le chemin des geôles. Il était simplement question de nous « briser » et partant, « briser » le beau rêve du peuple. Fort heureusement que ce qui ne nous tue pas, nous rend fort. Depuis les geôles, nos forces prirent l’ascenseur et un matin, nous recouvrîmes la liberté. Ce fut la joie dans nos rangs, les larmes dans les couloirs des dictateurs. Les plus méchants découvrirent qu’ils n’avaient pas immolé assez de bœufs pour nous voir mourir. Mais ils oublièrent que nous, fils du peuple, nous sommes infrangibles.

Les dictateurs se remirent à l’œuvre. Il n’était point question de nous voir exercer la parcelle de pouvoir à nous offerte par le peuple. Au prix de mille sacrifices. Non, pas question. Il fallait qu’ils se retrouvent au sommet. Ils prirent le pouvoir, ils le déposèrent « dans la rue ». Ils coururent dans tous les sens pour le récupérer. Après de vaines tentatives, ils brandirent l’intelligente idée d’amonceler des humains derrière une prison. Mais que Dieu est merveilleux. Certains de ces « martyrs » avaient de l’eau dans les poumons. Vraisemblablement, ils s’étaient noyés dans un désert dépourvu d’eau. Mais tout ce songe était fait pour nous « briser ». Ils nous en voulaient parce qu’ils pensent être nés pour être au sommet. Le jour vint où, las de vivre de rêves, les dictateurs prirent des armes pour nous « briser ». Au jeu démocratique, ils n’ont aucune chance comme ils le savent bien. Ils manièrent les armes dans tous les sens. Des femmes, des enfants, des vieillards qui n’avaient aucun rapport avec le pouvoir firent exécutés. Des éléments des forces de l’ordre furent égorgés comme des moutons de sacrifice. Le sang gicla dans la bouche de certains tueurs. Des maisons, des plantations furent consumées. D’autres furent illicitement occupées. Il fallait nous « briser » par tous les moyens. Nous n’étions que des mineurs. Nous n’avions que 12 ans. Malgré ce frêle âge, ils refusèrent les débats d’idées, ils s’invitèrent sur le terrain de la manipulation de la violence physique. Tout cela, se fit en complicité avec la séduisante complicité des pays dits «défenseurs des droits humains ». Lorsqu’un jour d’Avril 2011, ils réussirent leur rébellion armée, ils pétèrent le champagne depuis leur principauté. On les voyait s’embrasser, s’entremêler, s’entrelacer. Le doyen d’âge dont on chante les penchants démocratiques et qui refuse de céder son fauteuil malgré son vieil âge, souleva en trophée, les bras de ses amis. De leur citadelle on les entendait bruire comme des ustensiles usagés : « Nous sommes forts. Ils sont finis. Nous les avons cassés…» Les pauvres ! Ils ne savent pas que nous sommes infrangibles. Leur mode d’accession au pouvoir aurait pu les aider à le comprendre.

Ils se saisirent de notre leader, le mirent dans un cachot, lui infligèrent des maltraitances inimaginables. Ils voulaient le « briser» avant, certainement, de le tuer. Mais il est un roseau. Ils se résolurent avec leurs alliés les gaulois, de l’éloigner de ses terres. Ils le déposèrent dans les geôles occidentales faites pour les nègres qui résistent aux impérialistes. Ils prirent également certains d’entre nous, les déportèrent dans leur ghetto tribal pour aussi les « briser ». Ils obligèrent un autre groupe à prendre le chemin de l’exil. Là-bas, sans doute, livrés à la disette, ils s’éteindront tranquillement. Ceux d’entre nous qui ne connurent ni les geôles, ni l’exil, connurent la terreur des bandes armées. Un fois ce programme savamment exécuté, ils pouvaient régner comme tout bon autocrate. Se hisser sur la tête du peuple, étendre ses ailes, se bomber le torse, balader ses regards dans tous les sens et s’abattre brutalement sur la fine voix qui osera rouspéter. C’est ainsi que règne le dictateur dont le seul rêve est de « briser » les voix dissonantes. Quel âge avions-nous ? Nous n’avions que 21 ans. Nouvellement majeur. Notre vie de forçat nous permit de faire une introspection, de puiser au tréfonds de nos intelligences, la substance qui devait nous permettre de tenir de coup. Nous nous sommes inventés et réinventés. Comme en 1992, ce qui pénétra en nous, ne nous tua pas. Il nous rendit forts. Et lentement, nos énergies se sont soudées et nous revoilà debout. Ah oui, nous sommes infrangibles. Plus forts qu’hier, nous voilà aujourd’hui en face de nos geôliers. Ils nous regardent avec des yeux hésitants drapés de honte. Ils regrettent de n’avoir pas réussi à nous expédier de l’autre côté. Mais le peuple, lui, se rejoint de revoir son bouclier. Un bouclier certes amputé de certains éléments, mais qui protège comme s’il n’avait jamais perdu des constituants. Voici notre jeune histoire passionnante et exaltante, soumise aux sarcasmes des dictateurs qui tardent à se rendre compte que nous sommes infrangibles.

A tantôt!

 

Les pamphlets d’Alain Bouikalo.


Source: Le blog de Steve Beko

GUERRE EN SYRIE: ENTRETIEN AVEC AMMAR BAGDASH, SECRETAIRE DU PARTI COMMUNISTE SYRIEN

 

monde,syrie,france,Entretien avec Ammar Bagdash, secrétaire du Parti communiste syrien, Marinella Correggia, Maurizio Musolino, Sergio Cararo,PCF, Alep, Bachar El-Assad, Israël, Syrie


Lors d’une rencontre publique à Rome avec le secrétaire du Parti communiste syrien, Ammar Bagdash et une interview collective pour connaître les causes, le déroulement et les conséquences de la guerre civile en Syrie. Ou autrement dit de la tentative de déstabilisation d’un pays qui ne fait pas partie des plans pour le contrôle impérialiste du Moyen-Orient.

 

Pourquoi cette attaque contre la Syrie?

La Syrie constitue une digue contre l’expansionnisme nord-américain au Moyen-orient, surtout après l’occupation de l’Irak. Mais le véritable protagoniste de ce projet se trouve être en réalité le président israélien Peres, qui poursuit cet objectif depuis les années 1980. Les communistes syriens ont donné un nom à ce projet : la grande Sion. La Syrie a refusé tous les diktats des Etats-unis et d’Israël au Moyen-orient, a soutenu la résistance irakienne, celle libanaise et le droit national du peuple palestinien.

Mais comment est née la révolte, la crise et la guerre civile en Syrie?

Dans l’analyse des communistes syriens, les conditions ont été posées également par les mesures libérales adoptées en 2005. Cette politique a eu trois effets négatifs : une augmentation des inégalités sociales ; l’exclusion sociale de plus en plus diffuse dans les banlieues de Damas ; la dégradation des conditions de vie de la population. Cela a favorisé les forces réactionnaires, comme les Frères musulmans, qui se sont appuyées sur le sous-prolétariat, surtout rural. Quand nous avons dénoncé tout cela jusqu’au Parlement, on nous a accusé d’adopter une posture idéologique et d’être des idiots.

En Syrie, ils veulent refaire ce qui s’est passé en Égypte et en Tunisie. Mais là il s’agissait de deux pays philo-impérialistes. Dans le cas de la Syrie, c’était différent. Ils ont commencé par des manifestations populaires dans les régions rurales de Daraa et d’Idleb. Mais dans les villes, il y eut immédiatement de grandes manifestations populaires de soutien à Assad. Par ailleurs, au début, la police ne tirait pas, ce sont certains éléments parmi les manifestants qui ont commencé les actions violentes. Dans les sept premiers mois, il y eut plus de morts du côté de la police et de l’armée que dans l’autre camp. Quand la méthode des manifestations ne marchait plus, ils sont passés au terrorisme avec des assassinats ciblés de personnes en vue (dirigeants, hauts fonctionnaires, journalistes), attentats et sabotages d’infrastructures civiles. Le gouvernement a réagi en adoptant certaines réformes comme celle sur le multi-partisme et sur la liberté de la presse, réformes que nous avons soutenu. Mais les forces réactionnaires ont rejeté ces réformes. Communistes, nous avons réalisé cette équation : les discours et les actes doivent être confrontés aux discours et aux actes. Mais le terrorisme doit être confronté par la souveraineté de la loi, en rétablissant l’ordre.

Ensuite, on est passé à la troisième phase. La véritable révolte armée. Attentats et assassinats ciblés étaient le signal pour commencer l’attaque contre Damas. Puis les attaques se sont concentrées contre Alep, qui par sa position géographique rend plus facile le trafic et le ravitaillement depuis l’étranger. Le gouvernement a réagi en imposant l’hégémonie de la loi. Il convient de dire que l’intervention de l’armée et les bombardements aériens se sont produits dans une zone où l’essentiel des civils avaient déjà fui. A la contre-offensive de l’armée syrienne, les rebelles ont réagi de façon barbare, y compris dans les zones où il n’y avait pas de combattants. Et puis ils ont assiégé Alep.

Pourquoi la Syrie résiste, que cela signifie-t-il?

Ces dix dernières années au Moyen-orient, l’Irak a été occupé, la Libye a dû capituler, la Syrie au contraire non. Par sa plus grande cohésion interne, ses forces armées plus puissantes, des alliances internationales plus solides ou parce qu’il n’y a pas encore eu d’intervention militaire directe des puissances impérialistes ?

En Syrie, à la différence de l’Irak et de la Libye, il y a toujours eu une forte alliance nationale. Les communistes travaillent avec le gouvernement depuis 1966, sans interruption. La Syrie n’aurait pas pu résister en comptant seulement sur l’armée. Elle a résisté parce qu’elle a pu compter sur une base populaire. En outre, elle a pu compter sur l’alliance avec l’Iran, la Chine, la Russie. Et si la Syrie reste debout, des trônes vont tomber parce qu’il deviendra clair qu’il existe d’autres voies. Notre lutte est internationaliste. Un expert russe m’a dit : « Le rôle de la Syrie ressemble à celui de l’Espagne contre le fascisme ».

Quels effets peuvent avoir les événements en Égypte sur la situation actuelle en Syrie?

Il y a un rapport dialectique entre ce qui s’est passé en Égypte et ce qui se passe en Syrie. La base commune, c’est le mécontentement populaire, mais la résistance syrienne a accéléré la chute du régime des Frères musulmans en Égypte et cela aidera beaucoup la Syrie car cela montre que les Frères musulmans ont été rejetés par le peuple.

Dans un entretien récent, la président syrien Assad a affirmé : « En Syrie, nous avons mis en échec l’offensive de l’islamisme politique ». Qu’en pensez-vous?

Nous, communistes syriens, n’utilisons pas la catégorie d’Islam politique. L’Islam connaît une certaine diversité en son sein. Il y a des réactionnaires pro-impérialistes comme les Frères musulmans et des progressistes comme le Hezbollah et même l’Iran. Je ne suis pas un admirateur du modèle iranien mais ce sont nos alliés dans la lutte contre l’impérialisme. Depuis notre V ème Congrès, nous avons jugé l’Iran sur la base de sa position sur l’impérialisme. Notre mot d’ordre est : pour un Front international contre l’impérialisme.

En Italie, une grande partie de la gauche pense que les rebelles combattent un régime fasciste, celui d’Assad. Que pouvez-vous répondre à cette position?

Si nous partons de la définition du fascisme – un mouvement réactionnaire qui use de moyens violents dans les intérêts du capitalisme monopoliste – en Syrie, ce n’est pas le capitalisme monopoliste qui domine. Ce sont plutôt les rebelles qui représentent les intérêts du grand capital. Les révoltes, comme nous l’enseigne l’histoire, ne sont pas toujours des révolutions. Pensons aux Contra au Nicaragua, aux franquistes en Espagne et il y en a d’autres.

Mais l’opposition à Assad est-elle toute réactionnaire ? Ou, comme le démontrent les affrontements internes entre Armée libre syrienne et militants djihadistes, ou ces derniers jours entre kurdes et djihadistes, existent-ils des éléments progressistes avec qui on peut entamer un dialogue?

Parmi les opposants, certains ont passé plusieurs années dans les prisons syriennes et nous avons réclamé et nous sommes battus pour leur libération. Ces opposants à Assad sont toutefois contre toute ingérence, intervention étrangère. Certains vivent à Damas et nous travaillons ensemble pour le dialogue national. Même Haytham Menaa de la Coordination démocratique condamne l’usage de la violence de la part de l’opposition armée ainsi que les ingérences extérieures. D’autres comme Michel Kilo viennent de la gauche, mais ont trahi ces idées mais ils ne peuvent de toute façon pas changer la nature réactionnaire de la rébellion.

Comment expliquez-vous l’intensification des divergences entre Arabie saoudite et Qatar, et qui se répercute également dans les divisions au sein des milices rebelles?

C’est vrai, l’influence et le rôle du Qatar diminuent, ceux de l’Arabie saoudite augmentent. L’affaire des affrontements avec les kurdes, c’est une autre histoire. Il y a eu des affrontements entre kurdes de l’Union démocratique kurde et les militants djihadistes d’Al Nusra, mais il y a eu également des affrontements entre divers groupes kurdes.

Que se passe-t-il pour les Palestiniens qui vivent dans les camps de réfugiés en Syrie?

J’ai rencontre récemment le responsable de l’OLP et il m’a dit : « Si la Syrie tombe, adieu la Palestine ». Le Hamas a agi parfois dans la précipitation, il a fait beaucoup d’erreurs et a causé des problèmes. Nous pouvons dire que l’organisation, qui appartient au monde des Frères musulmans, est revenue à ses origines et elle est désormais sous l’aile du Qatar. Mais c’est dangereux également pour eux. Maintenant, après ce qui s’est passé en Egypte, que se passera-t-il à Gaza ? La majorité des militants qui sont entrés dans les camps de réfugiés palestiniens en Syrie n’étaient pas palestiniens. La majorité des Palestiniens est totalement contre toute ingérence dans les affaires syriennes.

A Yarmouk, 70% des habitants sont syriens car les camps de réfugiés en Syrie ne sont pas des ghettos comme dans les autres pays. Il y a encore des combats à Yarmouk mais la population syrienne est partie. Le Comité exécutif de l’OLP s’est rendu deux fois en Syrie pour poser la question de la protection des camps de réfugiés. Yarmouk a été assiégé par Al Nusra avec l’aide du Hamas qui a cherché à provoquer l’armée, laquelle a reçu l’ordre de ne pas réagir.

On en parle peu, mais quel rôle joue la Jordanie dans la crise et la guerre civile en Syrie?

La monarchie jordanienne a toujours collaboré avec l’impérialisme et il y a une intense activité des Frères musulmans. La Jordanie a accepté la présence de militaires états-uniens sur son territoire et la quatrième attaque contre Damas est partie justement du territoire jordanien.

Et quel jeu joue Israël en Syrie?

Israël soutient les rebelles armés, mais quand ils n’arrivent pas à toucher leurs objectifs, ce sont les avions de combat israéliens qui prennent le relais. Cela s’est passé à Damas mais aussi il y a quelques jours à Latakia.

Comment sortir de la tragédie?

On ne peut réaliser aucun progrès social, ou la démocratie, si on est soumis à des forces extérieures. Le mot d’ordre est de défendre la souveraineté nationale et les conditions de vie de notre peuple. Comme je l’ai déclaré à l’ANSA, le principal moyen de sortir du massacre syrien passe d’abord par un arrêt des aides à l’opposition armée de la part des pays réactionnaires et impérialistes. Une fois que les aides extérieures seront arrêtées, on pourra mettre un terme à toutes les opérations militaires, y compris de la part du gouvernement syrien. Et relancer un processus démocratique avec des élections législatives et des réformes politiques, ce qui n’est évidemment pas possible dans cette phase de la lutte armée. L’avenir politique de la Syrie se décidera par les élections, notamment celles présidentielles de 2014.

 

Source: PCF

ILS VOULAIENT TUER GBAGBO! - LE GOUVERNEUR DACOURY-TABLEY DENONCE LES MENSONGES DE SORO SUR LE 11 AVRIL 2011


 

RESIDENCE GBAGBO.jpg

Gbagbo et les siens sous le feu de missiles des heures durant.


Dans un contexte où la réalité historique est régulièrement falsifiée pour travestir l’histoire contemporaine de la Côte d’Ivoire, le très discret et ex-gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest (Bceao) Henri Philippe Dacoury-Tabley,  sorti de prison le 6 août dernier, a décidé de montrer patte blanche afin de mettre un terme à cette avalanche de contre-vérités.


Profitant de la visite que les populations de Mama lui ont rendue, le vendredi dernier dans son village Kpapékou, Dacoury-Tabley a encore fait des révélations publiées dans le quotidien «Notre Voie», hier lundi. «Je vous apporte la nouvelle de ma libération provisoire des prisons du pouvoir d’Alassane Ouattara. C’est donc une bonne nouvelle», a-t-il informé. Avant de réclamer la libération de tous les détenus. « Mais il faut le dire, notre joie n’est pas complète parce que bon nombre de vos enfants dont le plus illustre, Laurent Gbagbo, et son épouse Simone sont encore dans les liens de la détention. Et nous continuons de réclamer leur libération pour une Côte d’Ivoire apaisée, réconciliée, fraternelle et solidaire», a déclaré Henry Dacoury-Tabley aux parents de Gbagbo. «En ce qui me concerne, j’ai considéré mon incarcération comme un vol, un braquage de ma liberté, d’un bien. Aujourd’hui que ce bien m’est rendu, je le prends naturellement et je continue de crier haut et fort afin que le braqueur restitue leur liberté à toutes les autres victimes», a-t-il asséné.

Soro dit avoir sauvé la vie à Gbagbo, des mensonges selon Dacoury-Tabley

PHILIPPE-HENRY DAKOURY-TABLEY 2.jpg

Le gouverneur Dacoury-Tabley refuse de se taire.

Parlant du fondateur du Front populaire ivoirien, l’ex-gouverneur de la Bceao a tenu à rétablir la vérité sur les propos tenus par Guillaume Soro qui soutenait qu’il avait sauvé la vie à Gbagbo lors de son arrestation le 11 avril 2011. «Je voudrais commencer en vous parlant brièvement des circonstances de notre arrestation. Nous étions avec le président Gbagbo à la résidence du Chef de l’Etat. J’ai vécu en compagnie du président la semaine de bombardement intense de sa résidence. Je ne parlerai pas de Bunker parce que ce terme ne peut s’appliquer à cette résidence ordinaire qui a juste un sous-sol tout aussi ordinaire… Les obus, les bombes incendiaires et autres projectiles déversés sur la résidence n’étaient pas des munitions de pacotilles et encore moins des balles à blanc. C’étaient de vraies munitions lancées pour détruire la résidence et tuer aveuglement le président Gbagbo, sa famille, ses enfants, ses petits-enfants, ses amis, ses collaborateurs et tout le petit personnel de la résidence. Et quand j’entends quelqu’un [Soro, ndlr] dire que c’est lui qui a donné des instructions pour que Gbagbo ne soit pas tué le 11 avril 2011, je voudrais demander s’il avait aussi donné ces mêmes instructions aux obus et aux bombes incendiaires et aux gaz tirés sur cette résidence ? En effet, aucun être humain ne peut se prévaloir d’avoir évité la mort au président. Seul Dieu a sauvé Gbagbo Laurent et certains de ceux qui étaient avec lui dans cette résidence. Tout a été mis en œuvre pour que personne n’en sorte vivant», a rectifié Dacoury-Tabley.

Au Golf Hôtel, Gbagbo était enfermé avec 10 autres personnes dans la chambre d’un militaire

Il a également fait remarquer qu’une fois au Golf Hôtel, Gbagbo n’était pas logé dans la chambre de Soro comme le président de l’Assemblée nationale a tenté de le faire croire à Gagnoa. «A l’Hôtel du Golf, le président a été enfermé avec 10 autres de ses compagnons d’infortune dans une chambre précédemment occupée par un militaire et non un civil. Ce militaire par la suite est revenu récupérer certains de ses effets personnels, uniforme et chaussures rangers», a-t-il rappelé. Aussi, l’ex-gouverneur de la Banque centrale a dénoncé l’instrumentalisation de l’assassinat de son frère le Dr. Benoît Dacoury-Tabley au début de la rébellion du 19 septembre 2002 à des fins politiques puisque Guillaume Soro a demandé pourquoi le peuple de Gagnoa ne demandait pas pardon à la famille Dacoury-Tabley qui n’avait pourtant rien à avoir avec cette disparition. «Chers parents, dans le registre de la déformation de l’histoire récente de notre pays, je voudrais revenir sur quelque chose de douloureux pour moi et dont je ne parle pas souvent même en privé et encore en public (…) L’Histoire vient de bégayer et comme en octobre 2002, on veut encore se saisir du lâche assassinat du Docteur Dacoury-Tabley Benoît à des fins de politique politicienne», s’est-il insurgé.


Anderson Diédri


Source: LE NOUVEAU COURRIER

jeudi, 29 août 2013

LOI SUR LA NATIONALITE: LES CINQ MENSONGES DU REGIME OUATTARA, PAR THEOPHILE KOUAMOUO

 

ASSEMBLEE NATIONALE.jpg


Finalement, Alassane Ouattara a réussi à faire voter, par une Assemblée nationale largement aux ordres, « ses » lois sur la nationalité et l’apatridie qui, espère-t-il, lui permettront de se créer un électorat sur mesure et une majorité « mécanique » lors des élections présidentielles de 2015. Son camp a ainsi parachevé la mise en place du « nouvel ordre politique » que la rébellion armée et les accords de Linas-Marcoussis étaient censés imposer en Côte d’Ivoire. Il a, dans le même temps, un peu plus renforcé la discorde nationale et cristallisé un dangereux clivage entre « autochtones » et « allogènes », là où on pouvait espérer que la résolution constructive d’un certain nombre de contradictions soit un puissant ferment de cohésion nationale. « Nous espérions la paix, et il n’arrive rien d’heureux; Un temps de guérison, et voici la terreur! », se lamentait le prophète Jérémie de l’Ancien Testament. Beaucoup d’Ivoiriens, choqués par la fermentation des amertumes qui alimenteront les conflits de demain, peuvent légitimement pousser le même cri.

Il faut d’emblée clarifier un certain nombre de choses. Alors que l’Afrique tente de bâtir son unité politique, intégrer les étrangers de longue durée dans le corpus national d’un pays qui est une terre d’accueil par excellence n’est pas une mauvaise chose en soi. Ce sont les intentions, les méthodes et les arguments de ceux qui ont mené un projet profondément réactionnaire derrière un paravent progressiste qui posent problème. C’est leur utilisation forcenée du mensonge et de la violence qui les discrédite. Examinons quelques-unes de ces insultes à l’histoire récente, au droit et à la simple logique républicaine.

Mensonge numéro un : le vote des récentes lois sur la nationalité est la réparation d’une injustice

Si l’on en croit le récit propagé par le RDR, l’Etat ivoirien a sciemment refusé, quarante ans durant, la nationalité ivoirienne à des personnes qui y avaient droit, en ne les informant pas de ce qu’elles y avaient droit. Il n’y a rien de plus faux. Et on ne peut faire prospérer ce mensonge qu’en isolant la Côte d’Ivoire des autres nations impliquées dans le processus de décolonisation qui a fait éclater l’Etat colonial français en un certain nombre de nations autonomes. Au moment des indépendances, les pays nouvellement constitués ont offert un droit d’option aux ressortissants des anciennes colonies françaises se trouvant sur leur sol. Au Sénégal, ce droit d’option a été ouvert pendant trois mois ; en Côte d’Ivoire, il l’a été pendant un an. Dans l’un et l’autre des pays, ces dispositions ont été fort peu saisies par des migrants fiers de leurs toutes nouvelles « nationalités » dans un contexte où les hiérarchies économiques n’étaient pas celles d’aujourd’hui et les droits liés à la citoyenneté ne paraissaient pas « décisifs ».

Plus généreuse que d’autres, la Côte d’Ivoire a par ailleurs offert, entre 1961 et 1972, aux enfants nés sur son territoire de parents étrangers, la possibilité d’acquérir sa citoyenneté par déclaration – ce qui est absolument différent du droit du sol, en dépit des mensonges distillés par le RDR. Cette possibilité a été faiblement exploitée par ceux qui en étaient les bénéficiaires. En réalité, ce n’est qu’après le « miracle ivoirien », qui a permis à une ancienne colonie plutôt « banale » de devenir un pays-phare en Afrique de l’Ouest et la restriction progressive d’un certain nombre de droits aux seuls nationaux que des « regrets » ont pu naître dans l’esprit de beaucoup. Mais cela, ce n’est de la faute de personne ! Ce n’est pas une injustice !

Le RDR dit que ceux qui avaient pu, hier, bénéficier d’un certain nombre de dispositions sans le faire, n’étaient pas au courant. Il conteste ainsi un principe sans lequel tout ordre juridique s’écroulait et qui stipule clairement que nul n’est censé ignorer la loi.  Penchant anarchiste ?

Mensonge numéro deux : il a fallu la rébellion pour que cette « injustice » soit réparée

Les actuels maîtres de la Côte d’Ivoire répandent l’infâme argument selon lequel c’est grâce à la rébellion dont le chef visible était Guillaume Soro que certains droits à la nationalité ont été ouverts en Côte d’Ivoire. Le raisonnement est tout à fait fumeux. En effet, avant le 19 septembre 2002, la question des personnes vivant en Côte d’Ivoire au moment de l’indépendance et des descendants de migrants n’avait jamais été mise à l’agenda, ni par le RDR ni par aucun autre parti politique. Il a fallu attendre Linas-Marcoussis pour que ce « problème » surgisse ex nihilo, pour des raisons d’épicerie politicienne, en deçà de toute réflexion citoyenne sérieuse. Et pourtant, la seule raison qui peut légitimer a minima le recours à la force armée pour défendre une cause est bien l’impossibilité de la faire prospérer sur le terrain politique « civilisé ».

Mensonge numéro trois : la nouvelle loi sur la nationalité est une application de l’accord de Linas-Marcoussis

Il n’y a rien de plus faux que l’affirmation qui précède. L’accord de Linas-Marcoussis prévoyait l’adoption d’un « projet de loi de naturalisation ». C’est dans cet esprit que la décision numéro 2005-04/PR du 15 juillet 2005, portant dispositions spéciales en matière de naturalisation, a été prise par le président Laurent Gbagbo en son temps. S’éloignant ostensiblement de l’esprit de Linas-Marcoussis, la loi « Ouattara » a préféré opter pour une formule d’acquisition de la nationalité par « déclaration », plus légère, moins contrôlable, plus susceptible d’être instrumentalisée à des fins électoralistes immédiates. Le problème est que cette loi vient en contradiction avec le Code de la nationalité qui a aboli depuis 1972 la possibilité d’acquérir la citoyenneté ivoirienne par déclaration. N’y a-t-il pas là une incohérence juridique fondamentale ? Les spécialistes nous édifieront.

Mensonge numéro quatre : « il s’agit d’une régularisation »

Alassane Ouattara et ses hommes veulent que les « nouveaux Ivoiriens » puissent être en situation de voter en 2015. Mais pour défendre leurs calculs, ils s’embourbent dans des concepts juridiquement inopérants, munis d’une mauvaise foi finalement assez admirable. Toujours moyennement subtil, le député extrémiste Alphonse Soro a mis les pieds dans le plat. « Lorsque la nationalité est acquise par déclaration, cela sous-entend que l’individu avait déjà droit à cette nationalité et donc les droits conférés par la nationalité sont considérés comme des droits que l’individu aurait dû avoir depuis lors. C’est ce qui le différencie par le principe de la naturalisation où on commence à considérer la date à laquelle la naturalisation est faite et la personne a 5 ans pour être électeur et 10 ans pour être éligible. (…) Mais à partir du moment où c’est par déclaration, c’est comme si ces personnes jouissaient de cette nationalité et que c’est justice qui est donnée à ces personnes-là », a-t-il dit, expliquant le fumeux de concept de « régularisation » qui est brandi par le gouvernement. Incroyable cafouillis conceptuel ! Qui rappellera à cet élu le sacro-saint axiome juridique selon lequel « la loi n’a pas d’effet rétroactif » ? Une loi de 2013 ne peut pas faire de vous un Ivoirien depuis 1972 !

Mensonge numéro cinq : l’apatridie selon Ouattara et ses hommes

Le raisonnement par lequel le régime Ouattara veut créer des « apatrides » en Côte d’Ivoire est proprement renversant.  Alors que les codes de la nationalité des principaux pays dont proviennent les étrangers vivant en Côte d’Ivoire sont fondés sur le droit du sang, le ministre Mamadou Gnénéma Coulibaly persiste et signe : ceux des enfants de migrants qui sont nés en Côte d’Ivoire « n’ont pas la nationalité ivoirienne et n’ont aucune autre nationalité ». La preuve du caractère vicié de son raisonnement est pourtant évidente. En effet, si les enfants des Burkinabés ou des Maliens nés en Côte d’Ivoire ne sont ni Burkinabés ni Maliens, cela signifie par voie de conséquence que les enfants des Ivoiriens nés au Ghana ou en France ne sont pas Ivoiriens. Pourquoi le gouvernement de Côte d’Ivoire s’obstine-t-il donc à fournir à ces enfants des passeports et des transcriptions d’actes de naissance ?

On ne peut pas construire une Nation en prenant les citoyens pour des idiots.


Théophile Kouamouo


Source: LE NOUVEAU COURRIER

mercredi, 28 août 2013

ADOPTION DES LOIS OUATTARA SUR LA NATIONALITE, L’APATRIDIE ET LE FONCIER RURAL: LE MINISTRE HUBERT OULAYE S’INDIGNE: C’EST UNE FAUTE POLITIQUE JURIDIQUE ET MORALE

 

 

HUBERT OULAYE.jpg


1-Le parlement ivoirien, version Alassane Ouattara, a voté le vendredi 23 août, 7 projets de lois, dont ceux sur la nationalité, le foncier rural et l’apatridie. Quels sont les sentiments qui animent le juriste que vous êtes ?

A la fois,  étonnement, incompréhension et surtout tristesse, face à des personnes sensées constituer la représentation nationale !

Le 23 août 2013, 223 personnalités, élues dans les conditions que l’on sait, ont adopté, à la majorité et presque sans débat, au mépris des appels à la consultation nationale  lancés par les ivoiriens, sur un sujet aussi sensible, des textes dont la mise en application, selon Adama Sankara, président de l’association des ivoiriens d’origine burkinabé, va faire passer le nombre d’étrangers en Côte d’Ivoire,  à moins de 5%. Selon ce dernier 4 000 000 de burkinabés attendent d’être déclarés ivoiriens (journal le Patriote du 29 mai 2013). A ces personnes, il faudra ajouter les autres étrangers ressortissants de la sous-région, présents en Côte d’ivoire avant 1960 et leurs descendants. Le rapport de présentation du texte sur la nationalité, le gouvernement  s’est gardé de donner des chiffres pour ne pas choquer les ivoiriens, et les députés non plus ne s’en sont nullement inquiétés. La population ivoirienne était estimée en 2012 à environ 23 000 000 d’habitants selon wikipédia. Le nombre d’étrangers est généralement estimé à 26% de la population totale. Si l’on s’en tient aux déclarations d’Adama Sankara, c’est au moins 21% d’étrangers qui vont bénéficier des lois Ouattara.  Autrement dit, le gouvernement et les députés RHDP ont décidé de transformer, pas moins de 6 000 000 d’étrangers présents en Côte d’Ivoire, en ivoiriens, par voie de simple déclaration, c’est-à-dire sans enquête préalable, ou comme des apatrides, sans considérer qu’une consultation nationale des ivoiriens s’imposait, eu égard au contexte post-crise et aux enjeux nationaux en cause.

Je ne doute pas un seul instant que ces députés ont mesuré la portée de leur acte, qui vise à constituer légalement le vivier électoral d’Alassane Ouattara. Sur ce plan ils ont réussi leur pari. Ce dont je suis moins sûr, c’est le point de savoir s’ils avaient conscience du sens exact du vote qu’ils ont exprimé ce jour-là. En décidant d’accorder la nationalité par voie de déclaration, ils ont décidé que les étrangers visés, sont des ivoiriens, qui n’ont pas besoin de demander l’acquisition d’une nationalité qui leur est reconnue de plein droit, mais seulement à réclamer au gouvernement, une attestation de leur nationalité ivoirienne. Un certificat de nationalité leur sera automatiquement délivré par une autorité administrative ou judiciaire désignée, sans enquête préalable, donc sans contrôle, dans les mêmes conditions de délivrance du certificat de nationalité aux nationaux ivoiriens. Il ne leur sera même pas demandé le sort réservé à leur nationalité d’origine, tout comme il ne sera pas tenu compte par exemple du fait que certains déclarants ont déjà  effectué le service militaire dans leur pays national. On pourrait ainsi rallonger la liste des incongruités passées en pertes et profits par nos valeureux députés. Les mêmes remarques pourraient être faites à propos des deux Conventions sur l’apatridie, dont la ratification a été autorisée, sans aucune réserve, alors qu’elles imposent à la Côte d’Ivoire des exigences qu’ailleurs les autres Etats contractants n’ont pas accepté.

Les personnes résidant en Côte d’Ivoire avant 1960 et leurs descendants, les enfants mineurs nés de parents étrangers, sur le territoire avant 1961, les personnes nées sur le territoire, de parents étrangers, entre  1960 et 1973, les immigrés de la colonisation assimilés à des apatrides, sont virtuellement considérées comme des ivoiriens, il leur suffira d’en faire la déclaration, là où nos textes exigeaient une demande de naturalisation sanctionnée par une décision accordant ou refusant la nationalité après enquête. Désormais, la décision de faire d’eux des ivoiriens n’appartient plus aux autorités ivoiriennes mais au seul bon vouloir de ces personnes elles-mêmes. Or, la loi de 1961 n’a pas retenu la déclaration pour les personnes résidant sur le territoire avant 1960, la loi de 1972  l’a supprimée pour les enfants étrangers nés en Côte d’Ivoire, l’Accord de Linas-Marcoussis ne l’a pas prescrit et les textes d’application de cet accord  (loi de 2004 et Décisions présidentielles de 2005), ne l’ont pas réintroduit !  Si cela n’est pas un bradage de la nationalité ivoirienne, qu’est-ce que c’est alors !

2- Comment jugez- vous l’attitude des députés ?

L’acte ainsi posé, qui n’est pas innocent loin s’en faut (création d’un bétail électoral), est lourd de conséquences (création spontanée d’au moins 6 000 000 d’ivoiriens). Pour moi, ces députés ont commis une faute grave. A un triple point de vue : juridique, moral et politique.

Une faute juridique. Cela a été dit et écrit  maintes fois, les personnes originaires des autres territoires de l’AOF, résidant en côte d’Ivoire avant 1960, ne sont pas des ivoiriens. D’une part, elles ont la nationalité de leurs pays d’origines conformément à leur législation, d’autre part elles n’ont pas la nationalité ivoirienne conformément aux dispositions du code de nationalité du 14 décembre 1961. Elles n’ont ni l’état ni la qualité d’ivoiriens. Par conséquent il ne leur est pas possible de « déclarer » un état « d’ivoirien » qu’elles n’ont jamais possédé ni en droit ni en fait. Elles ne peuvent prétendre qu’à la naturalisation. Or la loi votée, leur confère de plein droit la nationalité ivoirienne, alors même qu’elles ne sont pas nées sur le territoire, et continuent d’avoir la nationalité de leurs Etats d’origines, et ce,  en totale contradiction avec le code de nationalité et ses modifications successives, et avec les législations de leurs Etats nationaux.

Le ministre de la justice a soutenu pour éviter tout débat national sur les réformes controversées, qu’il n’y a pas eu de référendum en 1961, en 1972, et en 2004-2005, lors de l’adoption du code de nationalité et de ses réformes successives ! L’argument n’est pas convaincant et relève de la fuite en avant. En 1961, le législateur n’était pas appelé à voter dans une Côte d’Ivoire divisée, où se posait avec acuité la question de la nationalité. Tout particulièrement, le législateur n’était pas appelé à accorder à 6 000 000 d’étrangers, soit le quart de la population totale, la nationalité par voie de déclaration !  En 1972 il s’est agi de mettre fin à une option et à une procédure sans remettre en cause le principe de la naturalisation des étrangers. En 2004 et en 2005, il s’est agi de mettre en application un accord de paix, qui ne demandait pas de revenir sur la suppression du droit du sol et sur la procédure de la déclaration. Ce qui est différent des réformes Ouattara, qui considèrent que 6 000 000 d’étrangers ont de plein droit la nationalité ivoirienne, et les appellent à faire constater ce droit par simple déclaration.

 Cette position du ministre de la justice est d’ailleurs en contradiction avec la promesse électorale de monsieur Alassane Dramane Ouattara qui dans le préambule de son programme de gouvernement affirme : « Nous voulons associer toutes les Ivoiriennes et tous les Ivoiriens au renouveau de la Côte d’Ivoire, à la définition des principes qui la guideront dans ses grands choix. Car la démocratie exige l’intervention permanente du peuple dans le processus de prise de décision. En d’autres termes, nous ne croyons pas que le rôle du citoyen se limite au choix d’un bulletin de vote glissé dans l’urne, abandonnant de ce fait et jusqu’à la prochaine élection tous ses pouvoirs à un candidat. Il n’y a pas de délégation absolue de la souveraineté et aucun élu ne doit s’arroger le droit de confisquer la parole au peuple ».

En deux ans d’exercice du pouvoir ces belles promesses sont tombées dans les oubliettes. On voit ici le fossé qui sépare la parole et les actes du candidat.               

3- Vous avez dit aussi que c’était une faute morale et politique des députés…

Oui je pense qu’il n’est pas moralement sain de considérer, pour des raisons strictement électoralistes, que les législateurs ivoiriens ( gouvernement et parlement) ont commis une erreur en proposant aux étrangers la naturalisation en lieu et place de la nationalité ivoirienne d’origine, et d’applaudir les législateurs des autres pays africains qui ont adopté la même position dans leurs codes de nationalité.

Je pense aussi que c’est une grave faute politique, que de banaliser une question aussi sensible qui requiert incontestablement un minimum de consensus national, et de la traiter sous le seul angle d’une majorité parlementaire mécanique, dont la légitimité au demeurant est sujette à caution ( boycott et faible taux de participation électorale).

Choisir de passer en force, de ne pas tenir compte des avis des ivoiriens et même des recommandations de l’ONU, et penser que le simple vote majoritaire est  à même d’assurer à une loi le respect qui lui est dû en tant qu’expression de la volonté nationale souveraine, c’est prendre un pari incertain sur l’avenir de celle-ci et des situations qu’elle aura permis de créer. Ce qui est en cause c’est l’harmonie et la cohésion de la société ivoirienne et des individus qui la composent, tant pour aujourd’hui que pour demain. La démocratie n’est pas la dictature de la majorité sur la minorité, encore que dans le cas de la Côte d’Ivoire, la question, après la crise électorale et les différents boycotts électoraux, reste de savoir si c’est la majorité ou la minorité qui gouverne.

4- Vous affirmiez dans nos colonnes qu’il n’y a pas d’apatride en Côte d’Ivoire, du reste pas dans la proportion que tente de faire croire le pouvoir Ouattara. Pouvez-vous repréciser votre argumentaire ?

Oui, et je le répète. Les immigrés de la période coloniale résidant aujourd’hui encore dans notre pays et qui n’ont pas demandé leur naturalisation ont la qualité de nationaux de leurs pays d’origine (Mali, Guinée, Burkina Faso, Benin, Niger…). Ils ne sont donc pas des apatrides, conformément à la définition qui en est donnée par l’article premier de la Convention sur le statut des apatrides de 1954, selon laquelle, « le terme d’apatride désigne une personne qu’aucun Etat ne considère comme son ressortissant en application de sa législation ». En effet, bien que s’étant trouvés hors de leurs pays d’origines au moment des indépendances, elles ont été prises en compte par les lois de leurs pays qui à travers les codes de nationalité leur ont attribué la nationalité d’origine. Ces pays ne leur ont jamais retiré cette nationalité, qui pour ces personnes est de droit. Elles ne sont donc pas des apatrides.

5-Malgré tout, le projet de loi a été voté. Percevez-vous cela comme un désaveu ?

Pas du tout.L’autorisation votée de ratifier les deux conventions sur l’apatridie, n’est  nullement un désaveu mais plutôt, comme  je l’ai dit, une triple faute du gouvernement et du Parlement RHDP, pour les raisons ci-dessus développées.

6-Qu’est-ce qu’une éventuelle loi sur l’apatridie changerait pour les Ivoiriens ?

Pour répondre à cette question, il faut considérer trois catégories de dispositions clés desdites conventions.

 La première catégorie de dispositions qui énumèrent les différents cas possibles d’apatridie : l’enfant né apatride sur le territoire du fait de parents eux-mêmes apatrides (art. 1,1) ; l’enfant trouvé sur le territoire de parents inconnus (art. 2) ; l’individu non né sur le territoire mais apatride (art.4).

La seconde catégorie qui prescrit aux Etats contractants d’accorder aux apatrides vivant sur leurs territoires divers droits pour leur permettre d’avoir une vie normale (protection de la loi, santé éducation, emploi, libertés associatives et d’expression…).

La troisième catégorie est résumée par l’article 32 de la Convention de 1954, qui prescrit aux Etats contractants, « de faciliter et d’accélérer la procédure de naturalisation des apatrides ».

S’il est recommandable de trouver une solution à la situation des apatrides, le problème reste celui de l’application conforme desdites Conventions, qui, par des interprétations biaisées, peuvent être détournées à des fins politiciennes. Or, lorsqu’on entend le ministre de la justice déclarer, que «  les Burkinabés, immigrés de la période coloniale, qui ont la nationalité burkinabé, sont des apatrides », les ivoiriens doivent s’attendre à vivre de profonds bouleversements  dans les temps prochains.

7-  Les apatrides, une fois leur cas réglé, ont-ils tous les droits que les Ivoiriens d’origine ?

Ils auront des droits substantiels leur permettant de vivre une vie normale à l’instar de tous les non nationaux en Côte d’Ivoire. Et s’ils sont naturalisés, ils deviendront des citoyens ivoiriens à part entière, avec le droit de vote.

8- A combien évaluez-vous les apatrides en Côte d’Ivoire ?

Pour le gouvernement et le HCR, il y aurait environ 1 000 000 d’apatrides d’origine burkinabé. Nous avons démontré dans notre précédente intervention que cela était faux. Si l’on s’en tient à la définition stricte de « l’apatride », il ne doit pas y avoir beaucoup d’apatrides dans notre pays. Je pense que le phénomène devrait être marginal.

9- Le foncier rural était aussi au centre du vote. La loi de 1998 a été amendée. Qu’est ce qui change ?

Alors qu’il avait annoncé de grands bouleversements en matière de foncier rural, c’est finalement à la prolongation du délai légal de 10 ans (article 6,2 de la loi de 1998), donné aux propriétaires fonciers pour immatriculer et mettre en valeurs leurs terres, que le pouvoir a dû se résoudre. Cependant tout le monde sait que l’intention véritable du gouvernement est, d’exproprier les propriétaires coutumiers qui n’ont pas les moyens ou l’intention de mettre en valeur leurs terres, en vue de les céder d’une part aux multinationales à l’affut de grands espaces en Afrique et d’autre part, de conférer aux  étrangers, nombreux et actifs dans le domaine agricole, des droits de propriétés sur les terres coutumières sous prétexte de mise en valeur.

Ces étrangers sont  constitués de deux groupes. Le premier groupe est  composé essentiellement de travailleurs et exploitants agricoles, parfois installés en Côte d’Ivoire depuis de nombreuses années, dont le nombre est estimé à environ 5 000 000 de personnes. Le second groupe est principalement  composé des combattants et chefs de guerre, qui ont combattu et tué des milliers d’ivoiriens pour l’accession au pouvoir d’Alassane Ouattara ( Duékoué, 29 mars 2011). Toutes ces personnes occupent de gré ou par la force des armes, presque tous les espaces forestiers du pays, en ayant pris soin d’en chasser préalablement les propriétaires coutumiers, notamment dans l’ouest. Les uns comme les autres en tant qu’étrangers ne peuvent devenir propriétaires des terres coutumières qu’ils exploitent ou occupent, car, la loi de 1998 réserve ce droit aux seuls nationaux ivoiriens.

En vérité, la réforme en profondeur de la loi sur le foncier annoncée par Alassane Ouattara, soi-disant,  pour respecter l’accord de Linas-Marcoussis  qui n’a rien prescrit en ce sens, a pour objectif premier, de faire sauter le verrou de la nationalité. Il a choisi de concentrer toutes ses forces sur la réforme  du code de nationalité. Tactiquement, Alassane Ouattara n’a pas voulu se mettre à dos le PDCI, qui reste attaché à la loi de 1998, au moment de faire passer la réforme la plus importante de son mandat, à savoir la loi sur la nationalité. Il a choisi de concentrer toutes ses forces sur la réforme  du code de nationalité. Par le vote de la  réforme du code de nationalité qui reconnait la qualité d’ivoirien de plein droit, à ces millions de personnes d’origine étrangère, Ouattara les rend éligibles à la propriété foncière en Côte d’Ivoire. Il contourne ainsi l’obstacle de la nationalité liée au foncier. Donc apparemment rien ne change pour l’instant, mais tout est à venir. 

10- Règle-t-on à travers ces amendements les sempiternels conflits fonciers ou allons-nous vers des crises plus aigües ?

En principe rien n’est réglé. Avec le temps deux problèmes sont apparus au niveau de l’application. Il y a d’une part que la procédure d’immatriculation prescrite pour établir la propriété coutumière (article 4, loi de 1998), qui  pose de sérieux problèmes pratiques liés à l’exigence de mise en valeur comme condition pour être propriétaire. Les paysans n’ont pas les moyens financiers requis. D’autre part, aux termes de la loi et du décret d’application, l’Etat a la primo-responsabilité de la délimitation des terroirs villageois condition préalable pour délimiter les parcelles et déterminer officiellement les propriétaires coutumiers (article 7, loi de 1998). Rien n’a été fait par l’Etat à ce jour, de sorte que la l’immobilisme au niveau de l’application ne peut être imputé aux propriétaires coutumiers. Force est de constater, qu’ici comme dans beaucoup d’autres domaines, Alassane Ouattara n’a pas tenu ses promesses électorales.

Voici ce que disait le candidat Alassane Dramane Ouattara dans son programme de gouvernement:

côte d'ivoire,adoption des lois ouattara sur la nationalite,l’apatridie  et le foncier rural,le ministre hubert oulaye s’indigne,c’est une faute politique juridique et morale

«  FONCIER RURAL

Pendant les 5 ans du mandat, nous allons procéder à la délimitation des terroirs de tous les villages de Côte d’Ivoire (ils sont environ 11 000). L’État prendra intégralement à sa charge les coûts correspondants. Ensuite, nous délimiterons les parcelles, nous délivrerons les certificats fonciers et organiserons la mise en place des contrats et des baux agricoles sur la moitié du territoire rural (environ 12,5 millions d’hectares) représentant près des 3/4 des propriétaires.

Les coûts de ces opérations seront considérablement réduits du fait de la massification, sauf pour les propriétaires de petites parcelles qui bénéficieront de la gratuité intégrale.

Nous consacrerons 1 100 milliards de FCFA à la modernisation de notre agriculture ».

Ce que les ivoiriens attendent, à deux ans de la prochaine échéance électorale, c’est la réalisation de cette promesse et non autre chose.

11- On a donné 10 ans aux propriétaires terriens d’immatriculer leurs terres. Qu’est-ce que cela signifie ?

Cela signifie qu’ils ont à nouveau un délai de 10 ans pour faire reconnaitre leurs droits de propriétaires coutumiers sur leurs terres. La procédure comme je l’ai dit, exige la délimitation des parcelles, objet de propriété, avec le concours de l’Etat et leur mise en valeur préalable.

12-Si éventuellement pour une raison ou une autre, une terre n’est pas immatriculée, que va-t-il se passer ?

Selon la loi de 1998, les terres du domaine foncier qui, au terme du délai légal de 10 ans, n’auront pas été immatriculées, seront considérées comme des terres sans maîtres et deviendront propriété de l’Etat de Côte d’Ivoire (articles 6,1 et 21 de la loi de 1998). A l’évidence, une telle perspective  sera analysée comme une expropriation indue des propriétaires coutumiers.

13-Professeur, à qui appartient la terre ? Aux ancêtres ? A l’Etat ? Ou à Dieu ?

Le soleil, la terre, l’air, l’eau, l’homme, l’univers…, sont des créations de Dieu. La terre appartient aux ancêtres qui s’y sont établis depuis des temps immémoriaux, y ont vécu avant la naissance de l’Etat, et l’ont cédé à leurs descendants. L’Etat, est le gardien de ce patrimoine dans sa consistance territoriale.

14-La nationalité pour les conjoints étrangers a également été modifiée. Ne pensez-vous pas que cette modification ouvre la porte aux mariages intéressés ?

Je ne vois rien de nouveau dans la loi Ouattara, car le principe est acquis depuis les décisions présidentielles de 2005. Il n’est pas exclu que cette ouverture soit une porte d’entrée pour des fraudes éventuelles sur la nationalité.

15- Avec l’adoption de tous ces projets de loi, faut-il craindre des conséquences sur la cohésion sociale ?

Ces lois vont  injecter de manière inattendue, non pas des milliers, mais des millions d’étrangers dans le corps national ivoirien, avec les mêmes droits civils et politiques que les nationaux ivoiriens d’origine.

 Il faut craindre l’aggravation des fissures dans la cohésion nationale, surtout au regard de la démarche non consensuelle de leur adoption et du contexte de division dans lequel vivent aujourd’hui les ivoiriens. Les débats informels dans la presse, avant le vote du 23 août, montrent  bien leur désaccord  ainsi que leur refus, de ce qui n’est en réalité qu’un « bradage de la nationalité ivoirienne. 

16- Y a-t-il un recours pour l’Ivoirien qui n’est pas d’accord avec ces projets de loi ?

La voie d’un recours constitutionnel à partir de l’Assemblée nationale me semble improbable dans la mesure où ceux qui ont qualité pour saisir  cette institution ( le Président de l’Assemblée nationale ; les groupes parlementaires ; 1/10ème des députés) sont aussi les initiateurs desdites lois.

 Le PIT je crois, mais aussi la Convention de la Société Civile de Côte d’Ivoire (CSCI), auraient envisagé de saisir le Conseil Constitutionnel. Cette initiative est à encourager. La Constitution ne donne pas aux individus et aux associations une faculté de saisine du Conseil contre les engagements internationaux, cependant en son article 77 alinéa 2, elle permet aux associations de défense des droits de l’Homme, de déférer au Conseil constitutionnel les lois relatives aux libertés publiques. Il faut espérer que le Conseil,  dans ce débat dont l’enjeu est national, adopte une solution constructive, en considérant que libertés publiques et droits des citoyens sont des concepts imbriqués, et que le Conseil constitutionnel ne peut être le gardien de libertés publiques,  qu’une interprétation stricte des textes, expurgerait  des droits qui leurs sont consubstantiels, même si le constituant de 2000, ne les a pas formellement mentionnés. Or, à travers le débat actuel sur la nationalité,  sont aussi en cause, les droits du citoyen ivoirien.  

Mais je crois que face à des lois non consensuelles, qui mettent gravement en cause la consistance humaine et sociologique de la Nation, dans un but purement électoraliste,  le recours véritable doit être que l’action politique, qui seule permet d’exprimer le mécontentement de la société face aux dérives du pouvoir. Cette action politique pour faire reculer le pouvoir, doit être forte et portée, aussi bien par les organisations politiques que par la société civile, et exiger le retrait desdits textes.

17-Pensez-vous qu’Alassane Ouattara y tirera des dividendes personnelles ?

Bien sûr. Les bénéficiaires potentiels et ils sont nombreux, lui seront reconnaissants de ce passage en force.


Source: Le blog de Steve Beko

AFFI NGUESSAN A CŒUR OUVERT APRES SA SORTIE DE PRISON


AFFI NGUESSAN 3.jpg

 

«Notre arrestation était politique, notre libération est politique»

 

Le président du Front populaire ivoirien a accordé hier dimanche un entretien à la station de radio camerounaise basée au Canada Cameroon Voice dans le cadre de son émission «Sans détour». Il parle du combat du FPI pour la libération des autres prisonniers politiques, du sens des dernières libérations provisoires, et des questions politiques de l’heure. Première partie.


Comment goûtez-vous les premiers délices de cette liberté retrouvée?

J’aimerais d’abord vous remercier pour l’occasion que vous me donnez de parler à vos auditeurs et dire qu’évidemment la liberté est un bien d’une importance capitale pour l’être humain. Et en être privé pendant plus de deux ans, est un calvaire, un drame. C’est donc dire que nous sommes particulièrement heureux de pouvoir retrouver la liberté.

Vous avez été libéré le 7 août, y a-t-il eu des négociations auparavant avec le FPI? Etiez-vous informé de votre libération ou alors vous l’avez su comme tout le monde?

Nous en avons été informés le lundi 5 août aux environs de 13 heures par le canal du journal télévisé. Le régisseur de la prison nous avait informés de ce qu’il avait reçu un message lui demandant de suivre la télévision notamment le journal de 13 heures. Lui également ne savait pas de quoi il s’agissait mais il est venu nous informer. Mais je crois que nous avons été informés en même temps que lui. Nous avons attendu le lendemain que les formalités de sortie soient exécutées et ensuite les autorités gouvernementales ont envoyé un avion qui a été chercher ceux qui étaient à Boundiali au nord-ouest du pays. Le même avion est revenu à Bouna où nous étions. C’est donc ensemble que nous avons regagné Abidjan.

Quel sens donnez-vous personnellement à cet acte du chef de l’Etat? Est-ce un acte décisif vers la réconciliation nationale dans le pays?

Oui je pense que c’est un signal de décrispation, un signal de repositionnement. C’est un signal qui de notre point de vue signifie que la stratégie qui a été suivie depuis le 11 avril 2011 a atteint ses limites et n’a pas produit les effets escomptés puisque le pays est dans une situation difficile. On peut dire que c’est dans l’impasse parce que la réconciliation nationale est bloquée, la fracture sociale s’élargit chaque jour, l’économie est en train de s’effondrer, les finances publiques sont au rouge. Cela signifie que la stratégie doit être révisée et nous considérons que notre libération est un signal pour dire que les autorités s’engagent dans une nouvelle voie qui doit prendre en compte l’opposition, qui doit permettre de résoudre tous les contentieux qui nous opposent, créer la confiance mutuelle et permettre à la Côte d’Ivoire de repartir sur de nouvelles bases.

Concrètement, que change cette vague de libération dans la position de principe du FPI qui avait choisi de déserter le champ politique tant que tous les militants ne seraient pas libérés?

Dans le principe, rien ne change puisque notre objectif stratégique reste le même. Mais dans la pratique, il est évident que tout peut changer puisque nous avons toujours revendiqué la négociation, le dialogue avec le pouvoir, la décrispation, la modération dans l’action du régime, du respect des libertés et des droits de l’homme, des principes démocratiques. Nous n’avions pas été entendus et ce que nous constatons, c’est que le pouvoir fait un rapprochement. Il y a une inflexion dans la ligne adoptée par le pouvoir de manière à ce que nous puissions nous retrouver sur une même plateforme, une même vision de la démarche à emprunter pour résoudre les problèmes du pays. Cela signifie qu’il y a donc une convergence qui est en train de s’amorcer et va favoriser des négociations franches et sincères pour résoudre tous les problèmes qui handicapent le pays actuellement.

Vous parlez d’inflexion du gouvernement mais toujours est-il que Charles Blé Goudé est toujours tenu au secret, Simone Gbagbo est toujours détenue, Laurent Gbagbo est toujours à La Haye et la CPI peine à démontrer que son procès n’est pas un procès politique. Vous parlez d’inflexion mais est-ce que Ouattara n’aurait pas pu pas aller au-delà de cette décision parcimonieuse?

C’est pour cela que nous parlons d’inflexion, il n’y a pas de rupture. L’inflexion veut dire qu’on voit les lignes bouger. Maintenant, il appartient au pouvoir de marquer de façon plus franche en poursuivant dans la même logique de manière à ce que tout ceux qui sont encore en prison puissent trouver la liberté y compris Simone Gbagbo. Que le président Laurent Gbagbo puisse rejoindre son pays. Et que tous les exilés rentrent. Pour nous, ce sont des données de la crise. Donc résoudre la crise, c’est résoudre tous ces problèmes. Sur ces questions là, nous avons les mêmes positions, nous allons mener le même combat. Nous allons encourager le pouvoir à aller plus loin que la libération des 12 ou 14 prisonniers qui sont sortis le 5. Il faut poursuivre, c’est un processus et nous sommes rentrés dans un nouveau processus et pour ce processus les premiers signes, c’est notre libération. Ce qui n’est pas suffisant pour dire que le processus est achevé. Il faut poursuivre et les autres signes qui vont permettre à l’opposition d’être convaincue que notre libération n’est pas un épiphénomène et un coup médiatique mais que cela rentre dans une logique, dans une politique, ce serait la libération de Simone, Laurent Gbagbo, tous les autres détenus et le retour des exilés. Plus des négociations sur toutes les autres questions qui concernent la situation économique, politique et sociale du pays. Je veux parler par exemple du désarmement des ex-combattants, de la liberté de la presse, des médias d’état, de la sécurité, de la réforme de la commission électorale. Au total toutes les réformes politiques et institutionnelles qui doivent permettre à la Côte d’Ivoire de rompre véritablement avec la période de trouble, d’agitations et d’affrontements que nous avons connue.

Vous bénéficiez d’une liberté provisoire et la procédure judiciaire poursuit son cours. Avez-vous franchement confiance en la justice de votre pays qui rendra un jugement impartial. Avez-vous encore foi en ce que la justice vous acquittera si vous le méritez ou vous condamnera si vous le méritez. Quel est votre état d’esprit aujourd’hui?

Mon appréciation, ma conception et ma vision, c’est que nous sommes dans un processus politique. Notre arrestation est éminemment politique, notre libération est politique. La justice, dans le contexte que nous connaissons en Côte d’Ivoire n’est là que pour maquiller les choses pour essayer de donner un vernis juridique et judiciaire à des actes politiques. Et c’est pourquoi on nous appelle prisonniers politiques. C’est donc le politique qui déterminera l’issue de tout cela et à la fin du processus, la justice trouvera les formules pour pouvoir entériner les décisions politiques des accords politiques qui auront été conclus entre les différentes parties. C’est pourquoi en ce qui me concerne, je ne me préoccupe pas de la dimension judiciaire parce que je sais que ce sont des prétextes, des instruments pour accompagner un pouvoir qui a décidé à un moment donné de museler son opposition, de couper toutes les têtes , d’arrêter tous les dirigeants pour neutraliser l’opposition qui était perçue à cette époque comme un empêcheur de tourner en rond, comme une menace à l’installation du pouvoir qui venait d’arriver. Maintenant qu’avec notre libération, de notre point de vue, il y a une nouvelle orientation qui est donnée, nous pensons que le processus des négociations des discussions et de l’apaisement et de décrispation qui vont résulter, c’est ce qui est fondamental. La dimension judiciaire, de notre point de vue, est secondaire.

Guillaume Soro a achevé une visite à Gagnoa dans le pays bété, à Gnaliépa, à Mama le village de Laurent Gbagbo, à Kpogrobré le village de Blé Goudé. Quel sens donnez-vous à cette visite. Est-ce que c’était selon vous une manière d’assujettir les Bété ou d’humilier davantage Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé?

Je suis très mal placé pour vous répondre avec précision et concision puisque c’est monsieur Soro Guillaume qui peut dire quel est l’objectif qu’il visait en effectuant cette tournée. En ce qui me concerne, je ne peux que me poser des questions sur l’objectif politique. Est-ce qu’il s’agit d’un objectif national ou de poser des actes pour soutenir un processus d’apaisement, de réconciliation ? Est-ce que c’est une tournée qui vise un calendrier personnel ? Je ne peux vous répondre. Mais ce que j’observe, c’est que c’est une visite qui a été controversée, il y a eu beaucoup d’opposition et qu’en définitive, elle s’est effectue dans un contexte de division. Je ne pense pas que ce soit une visite qui ait contribué à rapprocher les parties et à soutenir un processus de réconciliation.

«Je suis plutôt venu vous dire que la réconciliation doit se faire. C’est en nous mettant ensemble que nous pourrons trouver une solution pour Laurent Gbagbo, Blé Goudé et tous les autres», disait Guillaume Soro. Ne pensez-vous pas que c’est le début d’un dialogue sincère que vous réclamez depuis toujours?

Je ne sais pas si c’est de cette façon qu’on peut dialoguer, mais ce que je peux dire, c’est qu’il ne suffit pas d’avoir de bonnes intentions et de bonnes idées. Il faut aussi avoir une bonne démarche. Sinon, les bonnes intentions peuvent être contre-productives et produire l’effet inverse. C’est une loi qu’il faut prendre en compte quand on est un leader politique, un homme d’état. A savoir qu’il ne suffit pas d’être bien intentionné, il faut avoir une démarche appropriée. Sinon on risque d’échouer et peut être même d’aggraver la situation.

Sur cette question des exilés, nous savons qu’il y avait comme cette épée de Damoclès qui pendait sur la tête du porte-parole Justin Koné Katinan. Est-ce qu’il y a eu une décision de justice comme prévu le 9 août dernier ou alors avez-vous eu de ses nouvelles?

Je n’ai pas de nouvelle du dossier judiciaire. Je n’ai pas été informé de ce qu’il y a eu une décision judiciaire.

Comment se porte le FPI que vous retrouvez et que vous avez laissé sous le leadership de Miaka Oureto et les autres?

Mon sentiment, c’est que le FPI a grandi, il s’est renforcé dans la conscience des ivoiriens. Parce qu’aujourd’hui, manifestement le FPI reste le seul instrument, la seule bouée de sauvetage pour les ivoiriens face au régime actuel. Face à tout ce que nous avons observé, les exactions des forces républicaines, les violations des droits de l’homme, le non respect des libertés, face à la crainte permanente dans laquelle vivent les populations, la peur qui les habite tous les jours puisqu’aujourd’hui, jusque là on pouvait venir vous arracher votre véhicule, votre terrain, vous n’avez aucun moyen de vous défendre, les gens peuvent habiter vos maisons impunément. Face à tout cela qui constitue des préoccupations des populations, les gens ne pensent plus qu’au FPI comme la seule alternance possible, comme la seule possibilité pour eux, ne serait-ce que pour vivre tranquillement dans leur pays en sécurité. D’être le seul bouclier qui, s’il est suffisamment fort, peut leur garantir au moins la liberté d’exister, l’égalité vis-à-vis des autres citoyens. C’est pour cela que nous avons la lourde responsabilité dans la restauration de la paix, de la stabilité et de la cohésion dans le pays.

Dans votre discours de sortie de prison, vous disiez: «Le pouvoir en place doit savoir que le FPI, parti d’opposition est un partenaire dans la reconstruction de la Côte d’Ivoire. Il faut qu’il nous comprenne comme tel et qu’il ne cherche pas à détruire l’opposition parce que ce ne sera pas possible. La situation actuelle le prouve te ce ne sera pas dans l’intérêt du pays». Y-a-t-il eu des tentatives de destruction du FPI, des exemples, qui vous permettent de parler avec autant d’autorité d’un complot qui viserait spécifiquement le FPI?

Mon arrestation en tant que président du FPI est le signe de cette volonté d’anéantir le FPI. Avec l’arrestation de tous les dirigeants, l’objectif visé était à défaut d’anéantir le FPI, de l’affaiblir au maximum de manière à se fabriquer une opposition factice. Une soi-disant opposition qui n’en serait pas véritablement une. C’était le projet initial. Il fallait détruire le parti, à défaut l’affaiblir au maximum de manière à ce qu’il ne soit que l’ombre de lui-même. Et de manière à ce que le pouvoir qui venait de s’installer puisse régner en maître absolu sans une opposition véritable en face.

Je pense que les dysfonctionnements de la gouvernance en Côte d’Ivoire résultent de ce que ce projet là avait commencé à prospérer. Par exemple jusqu’à maintenant, il n’y a pas d’opposition sur le terrain. Tous les meetings du FPI ont été démantelés, réprimés. Les médias sont quotidiennement pourchassés, suspendus et tout cela s’est traduit par un sentiment d’impunité, de règne en maitre absolu au niveau des autorités, sentiments et situations qui ont engendré beaucoup d’actes de mauvaise gouvernance, qui ont encouragé certaines forces paraétatiques à se livrer à des persécutions, des violations des droits de l’homme. Tous les dysfonctionnements que l’on a constatés pendant ces deux dernières années résultent de ce qu’on a voulu museler l’opposition sinon même la détruire. Malheureusement [pour le pouvoir, ndlr], les Ivoiriens ont résisté au niveau individuel et collectif. Quand on les a appelés à voter, ils ont refusé de répondre à l’appel au vote pour ce qui concerne les législatives comme les municipales. Quand on les appelle à des manifestations de réjouissance, ils restent chez eux. Dans les bureaux, on voit une atmosphère morose qui existe dans les administrations. La vie a cessé d’exister en Côte d’Ivoire. Dès 18 heures, chacun rentre chez lui. Il n’y a plus ces moments d’effervescence qu’on observait dans les rues par le passé. Tout le pays est figé parce qu’il y a une situation de persécution à l’encontre d’une partie de la population, c’est donc tout cela qui a contribué à amener les autorités avec les pressions extérieures à envisager une autre façon de gérer la crise. Donc il y avait une volonté d’anéantissement mais celle-ci n’a pas pu prospérer et elle a échoué parce que le peuple ivoirien n’a pas accepté de jouer le jeu.

 

Retranscrits par Hermann Djea, in le quotidien ivoirien «Le Nouveau Courrier».

 

Source: LE NOUVEAU COURRIER.net

Lire la suite

mardi, 27 août 2013

GUERRE HUMANITAIRE AU MALI: AUCUNE VICTIME?

côte d'ivoire,amadou toumani touré,capitaine sanogo,françois hollande,groupe djihadiste,mali,niger,guerre humanitaire au mali: aucune victime?


Au cours des longues heures passées à fouiller l'hémérothèque online, jamais je n'avais vu d'intervention militaire aussi réussie que celle de la France au Mali. D'après les sources consultées, celle-ci n'a fait aucune victime civile ou innocente, tout en permettant de neutraliser des centaines de terroristes. Voyons ce qu'il en est de la seule victime que j'ai pu attester : la vérité.

 

Pour prendre la mesure de cette guerre ouverte dans le nord de l'Afrique, j'ai tenté de faire le décompte des victimes innocentes sur la base des informations publiées par les médias nationaux maliens. J'ai découvert que près de 99% d'entre elles proviennent de médias français, notamment l'Agence France-Presse (AFP) et Radio France internationale (RFI).

À en croire ces sources, seuls sont morts des soldats des troupes alliées et islamistes, djihadistes ou terroristes. Les rares civils mentionnés ont été abattus par les terroristes. On ne peut que s'étonner puisque depuis le 11 janvier dernier, lorsque la France "a répondu à l'appel au secours lancé par le Malí", sa stratégie a consisté en un bombardement intensif.

Un exemple. Le 15 janvier, il est dit que 5 djihadistes ont péri dans les bombardements nocturnes intensifs de Dialbaly par l'aviation française. La veille, l'information selon laquelle les islamistes avaient attaqué ou pris le contrôle de cette localité avait fait le tour du monde, mais sans aucun chiffre quant aux victimes civiles tuées par les terroristes. Aucun chiffre non plus concernant la population de ce lieu apparemment peu peuplé, ni aucune image. L'AFP explique que les terroristes s'étaient cachés parmi la population, qu'ils avaient prise en otage. Dans ce cas, le bilan officiel de cinq terroristes et aucun civil articulé après les bombardements n'est guère crédible. Selon le témoignage d'un voisin habitant une ville située à 20 kilomètres, des islamistes qui fuyaient les bombardements dans un véhicule tout terrain ont eu un accident qui a coûté la vie à certains d'entre eux. Cinq ? Et les bombardements n'ont pas tué une seule personne ?

Le 18 janvier, l'agence de presse chinoise Xinua, à laquelle se réfère également le site Malijet, cite un haut responsable malien. D'après les estimations de celui-ci, les troupes alliées (maliennes et françaises) auraient tué "de nombreux" terroristes qui fuyaient Konna. Qui battaient en retraite ? En leur tirant dans le dos ? Ils n'ont pas fait de prisonniers ? Ne faudrait-il pas enquêter sur ce type d'actions ?

Le bilan du ministre de la Défense, fourni le 5 février, est celui qui répond le mieux à ces doutes. Il fait état de plusieurs centaines de djihadistes tombés sous les bombes dans les régions de Konna et Gao. À un journaliste qui lui a demandé s'il y avait des prisonniers, le ministre a répondu par un laconique "quelques-uns". Avant d'avoir lu la moitié du texte, on ignore s'il s'agit du ministre malien ou du ministre français, mais on découvre qu'il s'agit bel et bien du Français Jean-Yves Le Drian. Quant à l'information, elle provient de l'AFP.

Le 9 février, deux soldats maliens viennent s'ajouter à la liste, bien qu'ils n'aient pas perdu la vie au combat, mais dans l'un des nombreux affrontements internes entre bérets rouges (partisans d'Amadou Toumani Touré, le président démis destitué en 2012) et bérets verts (partisans du capitaine putschiste Amadou Sanogo).

Le 19 février, plus de 20 islamistes sont morts au cours de l'un des combats les plus durs, dans les montagnes d'Adrar des Ifoghas, après l'opération Panthère, menée par des soldats maliens et français. Un parachutiste français est également décédé – soit le deuxième au Mali, un premier ayant péri dans un accident d'hélicoptère. Selon des informations postérieures, également fournies par l'AFP, ces combats n'auraient finalement coûté la vie qu'à 15 djihadistes, qui ont été "neutralisés".

Le 3 mars, Europe 1, qui cite l'AFP et qui sera relayée par Malijet, annonce la mort d'au moins 50 islamistes, à 60 kilomètres au nord de Gao. Aucune victime parmi les alliés.

Le 27 mars, le porte-parole du ministère de la Défense malien, le lieutenant-colonel Souleeymane Maïga, trans-met à l'AFP un bilan général de 63 soldats maliens, 2 Togolais, 1 Burkinabé, 36 Tchadiens et 600 combattants, islamistes probablement. Pour expliquer ce chiffre arrondi – ce qui se fait souvent –, il avance que généralement, les islamistes emportent leurs morts pour les enterrer, comme pour souligner une particularité sordide des ces protagonistes.

On peut trouver une autre explication à cette approximation. Le 19 février, l'AFP informe, via Malíjet, que les habitants de Gao ont lynché un leader islamiste, lequel avait tué le journaliste Kader Touré, "qu'il accusait de travailler pour l'ennemi" (RFI). Le supposé lynché est en réalité Alioune Touré, chef de la "police" islamique de Gao. Mais n'allons pas trop vite en besogne et n'ajoutons pas son nom à la liste des défunts, car RFI a ensuite annoncé que Kader était vivant. Le 10 mai, Alioune Touré lui-même revendique un double attentat suicide au nord du pays, dans les villes de Ménaka et Gossi, selon RFI. Cinq personnes ont péri : quatre à Gossi et une à Ménaka, toutes des kamikazes. Apparemment, au Mali, les auteurs d'attentats suicides n'interviennent pas seuls. Ils vont par deux, par trois, voire par quatre, comme à Gossi, où l'explosion n'a pourtant fait aucune victime.

Autre terroriste revenu à la vie, le fameux Mokhtar Belmokhtar, à qui l'on impute la responsabilité des attentats avec prise d'otages à In Amenas, en Algérie, puis au Mali, où des militaires tchadiens ont assuré à la presse internationale qu'ils l'avaient tué. Une photographie du cadavre a été publiée dans le monde entier – les droits revenant à RFI, bien entendu. Or, le 24 mai, le mort-vivant, comme certains l'appellent au Mali, commet un attentat suicide… au Niger !

Difficile de croire qu'il n'y a pas eu d'autres victimes civiles hormis les 23 personnes tuées par les rebelles touaregs du MNLA (20 dans le village de Bougoumi, dans la région de Mopti, le 20 mars et 3 à Kidal, le 24 avril) et celles dont on ignore encore le nombre, qui ont perdu la vie dans les exactions commises par les soldats maliens lors de leur percée au nord, en répression contre les islamistes. D'autres que moi ont une connaissance plus approfondie et plus directe de l'histoire et de la culture du Mali. L'analyse que je mène repose sur mon expérience et sur le terrain qui m'est familier : les médias et l'information. La première chose que je mets en doute est que l'entrée de la France au Mali, le 11 janvier, ait été une réaction rapide à l'appel au secours lancé par le président Dioncounda Traoré – dont les Maliens disent que la seule et unique décision qu'il ait jamais prise était de porter une écharpe blanche et dont le régime est qualifié de système d'"ATT sans ATT". Pour accorder un certain crédit à cette version officielle, il faudrait considérer comme le fruit d'un heureux hasard le fait qu'étaient déjà positionnés au Mali des troupes françaises du premier régiment d'infanterie de la marine, un régiment de parachutistes, des hélicoptères d'opérations spéciales, trois Mirage 2000D, deux Mirage F-1, trois C135, un Hercules C130 et un Transall C160, comme l'a révélé en janvier le journaliste français Thierry Meyssan.

La France n'est intervenue que pour assurer ses intérêts économiques au Mali et dans la région. Personne n'en doute plus, pas même les Maliens, qui ont accueilli les soldats français lors de leur "entrée triomphale, en agitant des drapeaux français et en criant Merci la France !" (AFP, 16 janvier). Désormais, leurs doutes portent sur les "véritables intentions de la France" et ils s'irritent de la voir faire des concessions aux Touaregs du MNLA, qui ont gardé le contrôle de Kidal, protégés par l'Hexagone bien que les Maliens ne veulent pas envisager de leur laisser une seule région. Le conflit a tourné à la guerre de guérilla et aucune issue ne se profile. Officiellement, la région a pratiquement été libérée et la France considère qu'elle pourrait se retirer, si ce n'est que selon elle, personne au Mali n'est capable de diriger le pays. "À qui allons-nous remettre les clefs ?", s'est lamenté Pierre Lellouche à l'Assemblée nationale française, le 22 avril.

N'oublions pas le rôle des États-Unis. Dans les années 60 déjà, il était question, dans certains documents du gouvernement américain aujourd'hui déclassés, de faire pression sur les pays ("amis") européens pour les inciter à intervenir en Afrique dans la lutte pour le contrôle des matières premières, tout donnant à voir à l'opinion publique une attitude "d'observateurs préoccupés". Aujourd'hui, les États-Unis sont à nouveau bluffant dans ce rôle, mais il est désormais de notoriété publique – bien que le fait ne soit pas très médiatisé – que l'aide militaire apportée en Afrique est colossale et que sans elle, même la France n'aurait pas pu mener les guerres en Côte d'Ivoire, en Lybie et au Mali. Par exemple, quand l'OTAN s'est embourbée dans des combats contre les forces de Kadhafi en Lybie, un sous-marin américain "en observation" en Méditerranée l'USS Florida, a lancé 100 missiles de croisière contre les forces de défense aériennes de Kadhafi en une seule nuit, ouvrant ainsi un corridor par lequel la France et d'autres pays européens de l'OTAN allaient pouvoir passer pour poursuivre leur conquête de la Libye.

N'oublions pas non plus le rôle des dirigeants africains de la région, qui ont copieusement démontré leur ineptie ou leur manque d'intérêt pour les véritables problèmes des peuples. Quand enfin ils se sont réunis afin de débattre de la situation au Mali, leur principale conclusion a été qu'il fallait demander davantage d'argent. Lors de la réunion de l'ECOWAS ou CEDEAO (Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest) du 25 février, ils avaient à porté de main une aide à la guerre de 455 millions de dollars, promise par les "donateurs" internationaux en janvier. Après des débats menés immanquablement dans un hôtel de luxe, ils ont déclaré que les coûts du conflit correspondraient au double, soit au moins 950 millions de dollars, et ils se sont mis à demander publiquement des fonds supplémentaires. Ce procédé n'a plus surpris les Africains, qui en ont assez de leurs dirigeants et de leurs chers "donateurs", et qui se retrouvent criblés de dettes illégales qu'ils ne pourront jamais rembourser. Et où donc est passé l'argent demandé au nom du peuple aux "partenaires occidentaux" ? Probablement qu'il est allé grossir la dette, mais rien de tangible ni de payable.

Face aux critiques qui remettent en question ces interventions militaires, on entend souvent "Mais alors, quoi faire ? Quelle est la solution ? Ils souffraient !". Lorsque les Maliens ont appelé à l'aide, ils ne demandaient certainement pas que leurs villes et leurs villages soient bombardés. Les Européens qui souhaitons aider les Maliens, peut-être devrions-nous regarder de plus près en quoi consiste l'aide fournie par nos gouvernements et payée par nos impôts : des bombardements intensifs. Est-ce là le soutien que nous souhaitons apporter ? Cette méthode a-t-elle jamais aidé quelqu'un ? Répond-elle à ce qui était demandé ? Cette militarisation occidentale a-t-elle amélioré la situation des Maliens ?

Difficile de répondre à ces questions dans un contexte où l'information sur la réalité de la guerre au Mali est manipulée et tronquée par les "intervenants" eux-mêmes. Comment pouvons-nous avaler une version des faits totalement extravagante, irresponsable et fausse ? Dans un article d'une grande dureté intitulé "Le naufrage et l'offense. Le Mali à rendre aux Maliens", la Malienne Aminata Traoré l'explique par "le credo de Margaret Thatcher -There Is No Alternative (TINA)". Les médias nous l'ont prêché et rabâché, tant et si bien que nous croyons désormais qu'il n'y a effectivement pas d'autre solution que de bombarder les populations pour les aider.

 

Traduction : Collectif Investig'Action

In RevistasPueblos

 

Source: MICHELCOLLON.INFO

lundi, 26 août 2013

COTE D'IVOIRE - ANTICIPER ET OEUVRER POUR LE RETOUR AU PAYS DU PRESIDENT GBAGBO


GBAGBO, OUATTARA ET BEDIE 2.jpg


Libre opinion par Ephrem Youkpo Journaliste-Producteur, Auteur Groupe X-POL ACTIVE SUD 1ère – 1ère télévision de nos cultures 100% métissées.

 

La réconciliation à quel prix ? Doit-on y croire ? A quelle sauce ? Comment ?

Depuis l’accession au pouvoir d’Alassane Ouattara, devrais-je dire aussi de manière calamiteuse à l’image des précédents, sans mâcher mes mots, parce que je reste convaincu quoi qu’on dise ou pense, sans vouloir créer la polémique, que le recomptage des voix nous aurait réellement situé sur le vrai vainqueur de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire en 2010.

Le recomptage n’aurait pas été exceptionnel à la Côte d’Ivoire puisqu’il s’est fait en Afghanistan et à Haïti, entre autres, pendant que les bombes pleuvaient sur la Côte d’Ivoire pour le même sujet. On aurait fait l’économies de la catastrophe que l’on sait puisqu’ il y avait la Communauté dite internationale, l’Onuci et les observateurs pour encadrer cette opération. Même lors des élections régionales ou municipales en France, l’on a eu recours au recomptage des voix. C’est un procédé démocratique qui permet d’établir la vérité au moment du doute et de litige. Et croyez-moi, on en serait sortis grandis. Comme beaucoup d’entre vous, je reste encore sur ma faim devant toute cette cacophonie, ces non-dits qui ont entraîné des emprisonnements, des peurs et tout ce chaos à n’en plus finir qui ne rassure personne. Bref.

Parlons un peu de réconciliation. Ce mot qui finit par être dénué de tout son sens, je le trouve galvaudé venant des politiques ivoiriens ou apprentis sorciers. Je crains qu’on mette la charrue avant les bœufs sinon on roule a contresens. Comme la majorité d’Ivoiriens, j’avoue que je suis encore sceptique sur le processus actuel pour arriver à la réconciliation. Si c’est vraiment une préoccupation principale pour les dirigeants actuels du pays, la recette n’étant pas digeste, ils devront la changer, la doser d’une grande part d’humilité, en prenant le temps d’écouter le peuple, de lire dans les lignes, de bien fixer leurs regards parce que ce ne sont pas toutes les larmes qui sont visibles. En Côte d’Ivoire, comme si un chaos en appelait un autre, celui qui accède au pouvoir, peu importe la manière (Bédié, Guéhi, Gbagbo, Ouattara), croit être l’homme providentiel qui détiendrait la formule magique pour la réconciliation, avec ses concepts, ses milliards à dépenser pendant que le peuple a faim, pendant que des régions entières sont privées de leurs cadres, des parents de leurs enfants et vice-versa, qui sont soit en exil, soit jetés en prison, humiliés, bastonnés, etc. Ce constat est aussi valable pour ceux d’hier que pour ceux d’aujourd’hui.

Que ceux qui revendiquent l’héritage de feu Houphouët-Boigny se souviennent de cet adage qui lui était cher, je cite : « un homme qui a faim, n’est pas un homme libre. » Ils devront en prendre de la graine. En Afrique, détenir un cadre en prison c’est détenir tout son village, toute sa région et son groupe ethnique dont il fait la fierté. On ne peut exiger le sourire de celui qui n’a pas des nouvelles de son frère, de son père, de son fils ou de sa mère, à moins qu’on ait une pierre à la place du cœur. Souvenons-nous du tollé au sein de la communauté nordiste lorsque Ouattara était en exil, ce qui a même conduit à des manipulations politiques qui ont failli opposer musulmans et chrétiens. C’est certainement ce constat qui avait conduit son prédécesseur Laurent Gbagbo à faire en sorte qu’il revienne en Côte d’Ivoire, jusqu’à permettre sa candidature autrefois refusée par Konan Bédié qui l’avait mis sous le coup d’un mandat d’arrêt international. L’histoire est têtue. Les ivoiriens s’en souviennent encore et attendent le retour de l’ascenseur de monsieur Ouattara à l’endroit de Gbagbo. C’est aussi cela le jeu politique. Alors n’ayons pas peur de le dire, je souhaiterais que Monsieur Guillaume Soro le Président de l’Assemblée nationale et Monsieur Hamed Bakayoko le ministre de l’intérieur que j’appelle respectueusement  »mes frères » qui sont de notre génération, l’élite politique de demain et aspirent tous les deux à une Côte d’Ivoire nouvelle se joignent à nous pour œuvrer pour la libération totale des prisonniers politiques, qu’ils soient des Ex-fds ou de simples citoyens qui auraient eu le tort d’être de l’autre camp.

Nul n’est infaillible surtout dans cette horreur qu’a connu le pays où aucun acteur n’est blanc comme neige. Ayons le courage de le dire, nous l’avons fait lorsque Alassane Ouattara était injustement en exil et nous le faisons maintenant pour Laurent Gbagbo avant que des masques ne tombent, que des vérités et des secrets soient sus, avant que les yeux du peuple ne finissent par s’ouvrir complètement, et pour arrêter des articles des médias amis d’hier qui ont commencé à retourner la veste, il faut anticiper et œuvrer pour le retour au pays du président Gbagbo. C’est le pays qui en ressortira guéri, grandit, le pouvoir en place se consolidera dans ses actions et les cœurs seront pansés. Si c’est vraiment la réconciliation que recherche le pouvoir en place d’où le vrai préalable susceptible de conduire à l’unité du pays autour d’un seul chef pour tous. Parlons-en.

Ensemble, construisons notre Légende.
2015, c’est demain!

 

Source: CONNECTION IVOIRIENNE

dimanche, 25 août 2013

LETTRE OUVERTE DE ZASSO PATRICK DIT «EN GLOBAL» A OUATTARA ET SORO


ZASSO PATRICK DIT EN GLOBAL.jpg


Dans une lettre dont copie nous est parvenue, Zasso Patrick dit "en global", ex porte-parole d'Alassane Ouattara chargé de la jeunesse, parle à Guillaume Soro après sa visite dans la région de Gagnoa.


Monsieur le président,


Je voudrais vous demander de bien vouloir excuser le caractère peu protocolaire de cette lettre. comme vous le savez, mon statut actuel ne m'offre que cette voie pour apporter quelques réponses à vos discours et propos tenus à Gagnoa suite à l'invitation des chefs coutumiers. Monsieur le président, de mon exil, j'ai suivi votre visite à Gagnoa et écouté attentivement vos messages, que j'ai passés au peigne fin. Mais permettez-moi de relever ces quelques éléments que j'ai retenus et que vous avez appelés votre part de vérité.

Monsieur le président, vous avez dit que l'heure est venue de dire les choses comme elles se sont déroulées. Et je cite quelques propos de vous: "J'ai été nommé Premier ministre, pour organiser les élections démocratiques et transparentes, pour que des Ivoiriens aillent aux urnes pour se choisir le Président qu'ils désirent. Je n'ai pas été nommé pour favoriser un candidat. Si Gbagbo avait gagné les élections, je l'aurais dit; je vous le dis, Gbagbo n'a pas gagné les élections. Je suis allé voir Gbagbo chez lui pour lui dire qu'il a perdu les élections et qu'il doit céder le pouvoir ".

Monsieur le président, suite à ses propos, je voudrais, en tant que l'un des porte-parole du président Ouattara et témoin oculaire du déroulement de ces fameuses élections, apporter quelques éclaircis (...)

Monsieur le président, ces élections dont vous parlez n'ont pas été démocratiques et transparentes comme vous le faites croire à tout bout de champ. Tout a été bouclé d'avance avec vos alliés, vous n'avez fait que mettre Laurent Gbagbo devant les faits accomplis, vous avez rusé avec la bonne foi de Gbagbo, Charles Blé Goudé et tous les Ivoiriens pour atteindre vos objectifs. (...) Vous avez pris partie pour Ouattara; le fait de vous retrouver à l'Hôtel du Golf qui était le QG de campagne du candidat Ouattara avec Youssouf Bakayoko, accompagné des ambassadeurs des Etats-Unis et de la France, par la volonté de Nicolas Sarkozy, président français d'alors. Vous avez ainsi montré aux yeux des Ivoiriens votre choix dans cette crise. En tant que Premier ministre chargé d'organiser des élections comme vous le dites vous-mêmes, et dont les deux candidats étaient déjà en désaccord sur les résultats, la sagesse aurait voulu que vous acceptiez le recomptage des voix proposé par Laurent Gbagbo pour faire baisser la tension, ce que vous avez refusé de faire.

En réalité, ces élections n'étaient qu'un prétexte pour parachever le complot du 19 septembre 2002, dont l'objectif était de donner le pouvoir à Ouattara depuis le début.

"La mascarade a commencé au premier tour des élections présidentielles"

Au premier tour, selon les vrais chiffres des grandes villes de la Côte d'Ivoire que nous avions au sein du Rhdp, quelques heures avant la fin de la proclamation des résultats, le président Bédié avait 25% des voix, contre 22% pour Alassane Ouattara et 46% pour le président Gbagbo. On ne sait par quel miracle, la CEI, vous et vos alliés, aviez fait passer Ouattara au second tour, à la place de Henri Konan Bédié.

Mais suite à cela, Bédié votre allié d'aujourd'hui, a mis sur pied un collectif d'avocats dirigé par Ahoussou Jeannot, pour faire des réclamations auprès du Conseil constitutionnel, parce qu'il était mécontent de ces résultats qui ont été manigancés par la CEI, vous et vos alliés. Le président Bédié lui-même a rencontré Alassane ouattara pour lui signifier son mécontentement et lui demander de recompter les voix. Ce qui a créé une situation très tendue, que j'ai vécue au sein du RhdP. Il a fallu l'intervention du président français d'alors, Nicolas sarkozy, et de certains chefs d'Etats africains que vous-mêmes connaissez plus que
moi, pour calmer Bédié et l'obliger à céder sa place à Ouattara pour le deuxième tour (...)

Monsieur le président, pour le deuxième tour dont vous parlez tant, je voudrais vous dire que le président Gbagbo a respecté la Constitution et n'a pas confisqué le pouvoir comme vous le faites croire partout (...)

Lorsque le président de la CEI a transmis les résultats au Conseil constitutionnel, le président Laurent Gbagbo a fait une réclamation, vu les violences qui se sont produites dans votre zone. Le Conseil constitutionnel, après avoir analysé la requête, a déclaré le président Gbagbo vainqueur des élections. Je rappelle que c'est ce même Conseil constitutionnel qui a validé la candidature de Ouattara alors qu'au Rdr, on avait tous peur que Paul Yao-N'dré rejette cette candidature, malgré le fait que la CEI l'avait acceptée (...)

Monsieur le président, il est temps qu'ensemble nous essayons de faire des efforts pour mettre fin à toute cette manipulation qui consiste à toujours faire croire aux Ivoiriens que Gbagbo n'a pas gagné les élections, alors qu'en réalité il a gagné puisque déclaré vainqueur par le Conseil constitutionnel de notre pays, comme cela se fait dans tous les pays démocratiques du monde entier. Gbagbo a fait une réclamation, en respectant les normes démocratiques. Voilà ce qui est clair, monsieur le président.

Monsieur le président, concernant le dernier point où vous dites que vous êtes allé voir le président Gbagbo chez lui pour lui dire qu'il a perdu les élections et qu'il devait céder le pouvoir, je voudrais vous dire que là aussi, vous n'avez pas été courageux pour dire la vérité aux Ivoiriens. Car en réalité, quand vous êtes allé voir le président Gbagbo, vous lui avez dit que vous avez tous les résultats et qu'il a gagné les élections.

Vous lui avez ensuite demandé de vous reconduire au poste de Premier ministre. Ce qui a été refusé par le président Gbagbo et certains membres de son entourage. Voilà ce qui vous a conduit au Golf hôtel pour accepter le deal de Ouattara, qui consistait à vous reconduire comme Premier ministre (...)

Alors, au lieu de passer tout votre temps à vous justifier sur vos erreurs et faiblesses, je voudrais vous inviter, pour une fois, à assumer votre responsabilité dans cette guerre tragique qui a endeuillé la Côte d'Ivoire et fragilisé tout un pays. Vous n'avez pas jouer franc-jeu avec le président Laurent Gbagbo, Blé Goudé et surtout les Ivoiriens qui vous ont accepté et pardonné malgré les crimes de votre rébellion du 19 septembre 2002. Tout ce qui est arrivé, est arrivé parce que malgré les appels incessants au désarmement de vos troupes, vous avez rusé sur ce point et le rétablissement de l'autorité de l'Etat dans la zone que vous occupiez. Aujourd'hui, on a tous compris pourquoi vous teniez tant à contrôler cette zone à tout prix (...). En réalité, l'objectif de toute cette mascarade électorale, et toutes ces violences qui ont fait plusieurs morts inutiles, c'était aussi et surtout de faire d'Alassane Ouattara, président de la République. Puisque Bédié, feu Guéi et Gbagbo ont été déjà présidents, il fallait à tout prix que Ouattara le soit, quels que soient les résultats de ces fameuses élections. Tous les moyens ont été déployés par vous et vos alliés, pour y parvenir. Nous en avons pris acte.

Puisque votre objectif a été atteint, nous pensons qu'il est temps pour vous de créer les conditions rapides de la libération des otages que sont Laurent Gbagbo, son épouse Simone Ehivet, Charles Blé Goudé et tous les civils et militaires, détenus, et de prôner des discours d'apaisement, allant dans le sens de la réconciliation vraie des fils et filles de ce pays.

Veuillez accepter mes salutations les plus distinguées.


Fait, le 19 Août 2013


De mon lieu d'exil


Patrick ZASSO dit "En global",

Exilé politique, ex porte-parole chargé de la jeunesse d'Alassane Ouattara

vendredi, 23 août 2013

COINCE, OUATTARA VEUT CROISER GBAGBO: VOICI SES EMISSAIRES

GBAGBO, OUATTARA ET BEDIE.jpg

On ne verra jamais ceci avec Ouattara. La différence est déjà là!


«C’était un morceau de choix. Mais il s’avère dur à avaler. Ce n’est pas de gastronomie qu’il est ici question, mais des problèmes de digestion d’une certaine justice (…) Fin novembre 2011, la Cpi s’est donc offert une pièce d’exception : pas un quelconque chef de milice ou un demisolde du crime de masse comme elle en a déjà jugé, mais le Président Laurent Gbagbo, 68 ans, ancien membre de l’Internationale socialiste, ami de Jack Lang et d’Henri Emmanuelli, opposant historique de Félix Houphouët-Boigny, historien et président déchu de la Côte-d’Ivoire après avoir dirigé pendant dix ans, ce qui fut un des pays les plus riches et prometteurs de l’Afrique de l’Ouest», ce ne sont pas les écrits d’un journal bleu ivoirien, mais de Marianne, l’une des publications les plus respectées en France.
 
Cette révélation traduit toute la gêne qui s’est installée à la Cpi avec ce procès du Président Gbagbo. Ouattara aujourd’hui coincé dans ce dossier, veut directement négocier avec le Président Gbagbo. Il fait désormais mains et pieds pour rencontrer le prisonnier politique de l’Onu à la Cpi. C’est vrai qu’au niveau international, il fait appel à certains amis très proches et très écoutés par le Président Gbagbo pour faciliter cette rencontre. Saura-t-il convaincre Gbagbo ? Le temps le dira.
 
Mais en Côte d’Ivoire, Ouattara a appelé au secours, deux cadors de la politique ivoirienne qui se disent amis du prisonnier politique le plus célèbre du monde. Il s’agit en effet, de Charles Konan Banny, le président de la Cdvr et de Laurent Dona Fologo, l’homme qui avec son parti le Rpp, a fait partie des hommes de confiance du Président Gbagbo au plus fort de l’ex-rébellion. La mission qui leur est assignée est très claire : convaincre l’ami Gbagbo à accepter une rencontre avec Ouattara à la Cpi. Car depuis sa déportation à la Cpi, tout se complique pour Ouattara, mais aussi pour la Côte d’Ivoire. Assailli par les difficultés de toutes sortes, Ouattara se résout finalement à faire ce que plusieurs guides religieux lui demandaient depuis longtemps; à savoir négocier directement la sortie de crise avec le Président Gbagbo. C’était bien avant sa déportation à la Cpi. Plusieurs guides religieux, (musulmans comme chrétiens) l’avaient ouvertement déconseillé de déporter le Président Gbagbo à La Haye. Mais Ouattara est resté ferme sur sa position.
 
A cette époque, il y avait un certain Sarkozy à l’Elysée. Et le régime ivoirien ne jurait que par lui. Mais bien plus que ça, Ouattara se sentait obligé de faire la volonté du parrain Sarkozy qui tenait par tous les moyens, à se venger de Gbagbo, l’empêcheur de piller. Pour venir à bout de Gbagbo, la Droite française alors au pouvoir, s’est ouvertement substituée à l’Etat ivoirien. C’est le ministère français de la Justice qui fait toutes les démarches au niveau de la Cpi avant la déportation du Président Gbagbo. Coulibaly Gnénéma, en ce moment ministre des Droits de l’Homme n’a été là, rien que pour la forme.
 
Il a fallu que la Droite française dise que «le transfèrement de Gbagbo à la Cpi va faciliter la réconciliation en Côte d’Ivoire», pour que cela soit repris en choeur par le régime d’Abidjan. Sarkozy n’avait pas de preuves contre le Président Gbagbo. Il savait aussi qui avait réellement gagné les élections en Côte d’Ivoire. Mais il ne voulait pas de Gbagbo à la tête de la Côte d’Ivoire. Il utilise donc l’Etat français pour régler des comptes personnels à un homme qu’il ne porte pas dans son coeur pour sa probité intellectuelle et morale.
 
A l’Elysée, Sarkozy décide donc à la place des Ivoiriens. C’est pourquoi au plus fort de la crise postélectorale, lors d’un voyage en Chine, il se permet de dire que «le Président de la Côte d’Ivoire s’appelle Ouattara». De l’Elysée, il téléphone plus d’une dizaine de fois à Goodluck, le Président Nigérian, maitre d’oeuvre de l’option militaire contre la Côte d’Ivoire. Lorsque Michel Dénisot, en ce moment, présentateur du Grand journal sur la chaîne Canal+ offre un plateau au Président Gbagbo pour expliquer la crise ivoirienne, il pique une colère noire. Et demande le même plateau pour Ouattara, son poulain en ce moment réfugié volontaire au Golf Hôtel. L’homme était hanté par Gbagbo. Après le 11 avril 2011, lorsque la France réussit le coup parfait, l’option est de tenir Gbagbo loin de la Côte d’Ivoire. Même pire, de détruire son image dans l’opinion ivoirienne, africaine et occidentale.
 
La presse hexagonale aux ordres de Sarko s’y met à fond. Le confrère Paris-Match plus à Droite, consacre alors plusieurs pages photos à la «capturation» de Gbagbo à la résidence. L’objectif est simplement de l’humilier au niveau mondial, quand on sait que ce journal fait partie des plus grands tirages dans l’espace francophone. C’est en plus, la Droite française qui monte le dossier de sa déportation à la Cpi. Toute la procédure est escamotée. Le dossier d’accusation montée dans les officines de l’Elysée, est une compilation de mensonges ressassés depuis le début de la rébellion armée dans la nuit du 19 septembre 2002. Pour Sarkozy, le plus important est de tenir le Président Gbagbo loin de la Côte d’Ivoire. Il peut gérer le reste après, depuis son palais de l’Elysée. N’était-il pas à la tête de l’une des plus grandes puissances du monde. Mais c’était sans compter avec le temps, l’autre nom de Dieu, comme le dit le Président Gbagbo.
 
Et comme le reconnait aujourd’hui Rfi. Le 05 mais 2012, tout s’écroule. Sarkozy est battu à plate couture par François Hollande, le candidat socialiste. Il quitte l’Elysée par la petite porte.
 
C’est là que les difficultés commencent pour Ouattara désormais obligé de faire mains et pieds pour se faire recevoir par le nouveau pouvoir français. La Gauche française qui par moment, marche sur des principes, lui dit ce qu’il n’a pas envie d’entendre. A savoir la libération des prisonniers et la normalisation de la vie politique. «Il n’en fait qu’à sa tête», «Il n’écoute pas ce qu’on lui dit», ces réflexions reviennent de plus en plus souvent dans les couloirs du Quai d’Orsay (ministère français des Affaires étrangères) et dans les officines qui travaillent à l’épanouissement des intérêts des multinationales françaises en Côte d’Ivoire», écrit à ce propos sur le site Slate Afrique, le confrère français Philip Duval, auteur du livre Fantôme d’Ivoire, un excellent essai consacré à la crise ivoirienne.
 
Les regards changent en plus dans la gestion du dossier Gbagbo à la Cpi. Certains diplomates français le conseillent même en privé, d’organiser une rencontre avec le Président Gbagbo à la Cpi. Cependant, Ouattara qui croyait encore en son affaire avec la complicité de Bensouda s’entête. Mais le 03 juin 2013, il reçoit un coup de massue sur la tête à la Cpi. La Cour déclare les preuves contre le Président Gbagbo insuffisantes. Le dossier d’accusation est même démonté pièces par pièces par la Défense. Au point de dévoiler à la face du monde entier, une vidéo en provenance du Kenya dans le dossier. Grand désaveu pour Sarkozy et toute la mafia qui ont installée le chaos en Côte d’Ivoire.
 
Coincé, Ouattara envoie finalement Banny en mission auprès de son «frère Laurent». Le lundi 12 août 2013, Karim Ouattara, le conseiller chargé de la Jeunesse au niveau de la Cdvr donnait déjà le ton lors d’un point de presse. «Le Président Laurent Gbagbo, fait-il savoir, détient de nombreux secrets. Il a des conseils à donner. Il a des choses à dire à l’Occident, à ses proches et à ses adversaires. Ce serait dommage qu’il reste à La Haye. Nous avons donc l’opportunité de calmer la situation, afin de lui permettre de dire sa part de vérité sur la crise. On ne doit pas encourager le musellement du Président Laurent Gbagbo». Tout est clair. On pourrait même dire qu’il dévoile un secret. En 2011, Karim Ouattara ne pouvait pas se permettre de tels propos. Les temps ont changé.
 
 
Guehi Brence, in le quotidien ivoirien "Le Temps".

EGYPTE, TUNISIE: DERRIERE LE FACTUEL

égypte,tunisie,www.lesdebats.com,egypte tunisie derrière le factuel,ahmed halfaoui


L’épisode agité des Frères musulmans au pouvoir en Egypte et en Tunisie est très riche en enseignements, même si le spectacle prend le pas sur la réalité de la dynamique en cours. De bonne guerre les propriétaires mondiaux de la parole et de l’image ne la traitent pas. A la une des médias, sur les plateaux de télévisions, dans les analyses, dominent le factuel, le formel et l’émotionnel. Rien sur les facteurs profonds qui ont fait que les Frères se soient retrouvés la cible de la furia populaire, en dehors du confortable cliché qui met au cœur de la problématique la confrontation entre religion et laïcité. Les Frères eux-mêmes crient au complot anti-islamiste et entretiennent au sein de leurs partisans le sentiment d’une « croisade » contre l’Islam. Une démarche très peu opérationnelle, si nous considérons l’attitude des protestataires qui ne se laissent pas prendre à ce type d’accusation, au point de ne plus même y répondre.
 
Car en arrière fond les déterminants de l’ascension des Frères n’ont jamais ressemblé à une revendication religieuse. L’arithmétique électorale aurait même pu être inversée au profit des tendances porteuses de projets économiques et sociaux alternatifs, puisque les victoires obtenues n’étaient pas aussi significatives que cela est revendiqué. Il faut dire que les Frères semblaient correspondre au « changement » attendu, qui mettrait fin à l’iniquité, à l’injustice et à l’exclusion. Dans leur discours qui porte la notion de justice immanente tout concordait avec la compréhension populaire. Les Frères à la « longue marche » de plusieurs dizaines d’années allaient bouleverser l’ordre des choses. C’est ce qu’ont cru les quelques dizaines de pour cent qui ont voté pour la confrérie, qui sortait d’une longue période de marginalisation comme en Egypte ou de clandestinité comme en Tunisie. Si la parole avait été donnée à ceux qui font le torrent, personne n’aurait entendu parler de ces concepts intellectualisés que sont la « démocratie », les « droits de l’homme », les « libertés publiques », mais de leur contenu réel avec des mots vrais et du sens qui disent la souffrance quotidienne de dizaines de millions d’enfants, de femmes et d’hommes. Mais ce ne fut pas le cas et ce n’est toujours pas le cas.
 
Puisque pendant que les masses populaires crient leur colère, contre la poursuite de l’oppression censée avoir été balayée, les Frères et leurs soutiens atlantistes, sourds comme jamais, revendiquent la « légalité » et le « respect de la démocratie des urnes ». Autant dire que l’affrontement n’est pas près de connaître une issue. En Egypte, l’armée qui « a répondu à l’appel du peuple », en disqualifiant le président des Frères, répond de même à cette « légalité » en interdisant les « comités populaires », en qualifiant leur existence d’ « illégale ». Alors qu’en Tunisie vient de se révéler une entrevue secrète, jeudi 15 juillet à Paris, entre Béji Caïd Essebsi, le représentant patenté du système, et Rached Ghanouchi le chef des Frères tunisiens. Dans les deux cas, il ne faut pas voir autre chose que la question de la gestion du grondement populaire. Même si en Egypte la situation semble plus avancée vers une confrontation post-Frères.       


Ahmed Halfaoui


Source: LES DEBATS.COM

15:48 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, Egypte, Monde arabe | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : égypte, tunisie, www.lesdebats.com, egypte tunisie derrière le factuel, ahmed halfaoui | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

mercredi, 21 août 2013

EGYPTE, REVOLUTION ET CONTRE-REVOLUTION, SUITE

monde,égypte,israël,Abdelfatah Al-Sissi, Barack Obama, Etats-Unis, Frères Musulmans, Mohamed Morsi, Printemps arabes


Une foule compacte de civils est rassemblée et proteste contre un coup d’État militaire qui a destitué un gouvernement élu selon les critères de la démocratie représentative occidentale. Elle se fait encercler par l’armée. Quelques grenades lacrymogènes sont lancées puis le massacre commence.

 

Plusieurs centaines de morts et des milliers de blessés civils contre une poignée de soldats lynchés, d’aucuns ont tôt fait moyennant quelques vidéos sur internet publiés par un organe de presse hostile aux Frères Musulmans (1) ou par l’armée elle-même (2) de qualifier la tuerie programmée par les hauts gradés égyptiens de ‘guerre civile’.

L’Égypte va revenir à la situation du statu quo ante, un état d’exception avec à la clé des couvre-feux, une interdiction de manifester et pas même un semblant de truc avec les falbalas coûteux de députés impuissants et de Parlement qui ne légifère pas.

L’armée, du moins ses dignitaires, abondamment perfusés par les aides étasuniennes et irrigués par des biens publics privatisés, c’est 40% du PIB, dans les secteurs du tourisme, de la promotion immobilière et du textile en particulier, au point qu’elle est créancière de l’État égyptien.

Le mouvement Tamarrod (Rébellion) s’est nourri durant les mois qui ont précédé la grande manifestation du 30 juin des frustrations d’un peuple qui attendait du changement de régime bien plus que les maigres aménagements des Frères. La confrérie structurée comme une société de bienfaisance n’a rien entrepris ni annoncé en terme de politique sociale et économique qui eût été à la hauteur de l’insurrection populaire pour réparer le délabrement social et économique. Elle était limitée dans ses ambitions de réformes économiques. La composition des deux gouvernements formés en un an par Hicham Qandil, ingénieur agronome hydraulicien de 50 ans a fait appel essentiellement à des technocrates, même si la deuxième équipe nommée en janvier 2013 comportait 8 affiliés au Parti de la Liberté et de la Justice que la précédente. (3)

Elle était cantonnée dans un cadre institutionnel où l’Armée concédait au Président sorti des urnes juste une petite place au-devant de la scène.

Les événements de janvier 2011, ces millions de personnes qui convergeaient quotidiennement sur la place Tahrir, avaient sidéré les capacités de réaction du gendarme du monde.

L’armée avait perçu son absence de réactivité à une situation inédite et non prévue par les multiples agences de renseignements et de conseils en manipulations géostratégiques.

Elle avait le contrôle des affaires placées entre ses mains par le dictateur éconduit. Pendant plus d’un an, elle a traîné des bottes, retardant autant que faire se pouvait des élections et la passation du pouvoir à un gouvernement mené par des civils.

Le 30 juin 2013 a été l’occasion pour les larrons de se débarrasser d’acteurs encombrants qui ne maîtrisaient pas un processus d’insurrection permanente. Les FM se sont comportés comme de vrais bleus, incapables d’intégrer l’expérience politique subie par le Hamas lui aussi élu à la ‘régulière’ et très vite marginalisés par des procédés d’étouffement insidieux. La mise à l’écart polie du Maréchal Tantaoui ne réduisait pas la capacité de nuisance de l’oligarchie rompue aux coups à quintuple détente par la fréquentation assidue du Mossad.

Le commerce (l’hôtellerie surtout) en pâtissait. Un processus révolutionnaire réussi de plus risquait d’être contagieux dans la région et au-delà. Un sentiment très fort d’anti-américanisme et surtout d’anti-sionisme soude le peuple égyptien. (4)

L’armée a adroitement dévoilé un plan qui aurait été élaboré par Morsi, probablement négocié entre le Qatar de l’émir père destitué au nom du fils et l’amie de toujours Tzipi Livni pour céder 40% du Sinaï à l’ennemi voisin pour y placer les Palestiniens en quête de pays. Le régime sioniste ne prend plus aucune précaution pour afficher son intention de judaïser toute la Palestine. Toutes les conjectures sont permises pour attribuer à cette information le statut d’un faux vrai, d’un vrai faux ou d’un faux vrai faux jusqu’à épuisement des signes plus et moins. Il se trouve qu’il a mobilisé les consciences dans le sens voulu par les généraux.

Barack Obama a sans doute raison quand il déclare que ce massacre-ci n’est pas imputable aux US(a). Lors de la récente visite de William Burns au Caire à la mi-juillet, Abd Elfattah Sissi s’est permis de lui affirmer que l’aide militaire américaine menace la relation entre les deux pays et a un effet néfaste sur la partie récipiendaire. Les généraux font sans doute bien leurs comptes, la Fed imprime du dollar à usage interne désormais pour racheter la dette publique.

Sissi et sa bande ne se sont pas concertés avec l’exécutif étasunien pour se garantir les coudées franches. Si les aides étasuniennes représentaient au lendemain de Camp David, la plus grande défaite arabe, plus de 70% des ressources de l’armée égyptienne, à ce jour, le 1,5 milliard de dollar US alloué annuellement ne sont plus que les 20% du budget militaire égyptien. Cette relative autonomie financière est l’un des facteurs qui a conforté les généraux dans leur choix de pratiquer d’abord un coup d’État puis de le prolonger par un massacre et la déclaration de l’état d’exception. Parmi les autres éléments qui ont pesé dans l’élimination des FM mais surtout de l’écrasement de la tension du peuple vers un idéal démocratique, l’appui des Saoud versus un Qatar mis hors jeu compte pour beaucoup, quelques milliards d’aide directe et de salaires des expatriés.

1 000 ou 2 000 morts de civils supplémentaires vont-elles terroriser un peuple qui n’a pas encore trouvé d’issue à sa révolution inachevée ? 1 000 morts, c’est le résultat de la moisson du mois de Ramadan en Irak sans que nul démocrate et nul média du système ne s’en émeuve.

En revanche, les milliers de morts syriens devenus au fil des mois plusieurs centaines de mille ont rapidement été pris en charge et recyclés comme arme de propagande contre le gouvernement de Assad. Le reliquat du mouvement socialiste et laïc Baath syrien est disqualifié dès 2003 et remonté en tête de liste du prochain à abattre par les likudniks bushistes. Il soutient de plus le Hezbollah lui-même coupable de « terrorisme » pour vouloir faire respecter la frontière du Sud Liban des intrusions sionistes.

L’équation égyptienne et arabe n’est pas de celles qui puissent se transformer en quelques formes reconnaissables et aisées à résoudre.

La Libye se ressent déjà de l’instabilité telle qu’elle se présente au Caire et bientôt à Alexandrie. Le gouvernement installé par l’OTAN à Tripoli se révèle incapable de désarmer les milices et les tribus. La guérilla couve toujours, un attentat à la voiture piégée a failli coûter la vie au colonel de la ville de Benghazi ce 14 août. Les postes de police et les représentations étrangères sont la cible d’attaques régulières.

L’exploitation des ressources pétrolières est entravée. En un mois la Libye aurait perdu plus d’un milliard de dollars en raison d’actes de sabotage.

Les ondes de turbulence n’épargnent pas la Tunisie. Elles ont affecté les relations avec la Turquie, elle-aussi désormais dans une politique pleine d'ambiguïtés à l’égard de Tel Aviv, rompant un certain arc qui enserrait Israël et favorisait la réunification entre la terre palestinienne sise sur la rive occidentale du Jourdain et la prison de Gaza.

Les US(a), c’est-à-dire la pléthore de congressistes élus grâce à l’activisme ou simplement au laisser-faire non malveillant de l’AIPAC, est constitué par la sécurité de l’entité sioniste et donc par la situation au Sinaï.

De manière presque ostentatoire, le Conseil Militaire Suprême a autorisé l’armée d’occupation sioniste à frapper en territoire égyptien des citoyens égyptiens dans le Sinaï. Un drone israélien a tué vendredi 9 août cinq « terroristes » que les renseignements ont identifié à la forme de leur ombre en plein midi et un lance-roquette qui aurait menacé la sécurité des estivants qui parfont leur hâle sur la plage d’Eilat.

La coopération militaire renforcée avec Israël avait été annoncée à Hagel et constitue le gage suffisant pour que vaquent à leur mise en ordre les généraux égyptiens.

Aucune preuve consistante n’a été trouvée pour étayer l’existence d’une coordination militaire entre le Hamas et des Frères basée à Gaza. Des allégations fantaisistes citées par Debka en situent même le QG dans un hôtel Gaza Beach Hotel, sa direction serait assurée par Izzat Ibrahim n°4 dans la hiérarchie des FM et surnommé l’homme de fer. Une insurrection armée serait conduite depuis le Sinaï et viendrait jusqu’au Caire renverser le gouvernement transitoire. (5)

Un acte d’accusation est en train d’être dressé par le régime des militaires, de quoi permettre l’application de la mode étasunienne elle-même copiée et collée des techniques d’intimation du peuple palestinien par Israël, une détention illimitée sans jugement des ‘suspectés de vouloir accomplir des actes de terrorisme’.

Il semble que s’amorce un mouvement de protestation d’officiers au sein de l’armée égyptienne qui contestent la destitution du président élu. (6) Ils considèrent que le devoir de l’armée est de défendre la patrie, la religion et les valeurs de la nation et non de disperser par des armes létales des rassemblements de civils.

Parmi les 500 000 soldats et la dizaine de divisions (7), il doit exister assez d’éléments formés techniquement et éduqués politiquement pour constituer une force antagoniste à l’oligarchie militaire qui s’appuie sur les intérêts des Saoud pour mettre 85 millions d’Égyptiens au pas.

L’équation arabe est complexe, mais en aucun cas, au Yémen, au Bahrein, en Arabie, en Syrie, en Libye, en Tunisie la motivation du soulèvement ne peut être lue comme d’essence religieuse.

Pas plus que le problème de la Palestine ne peut se réduire à un conflit religieux entre Musulmans et Juifs alors qu’il s’agit d’un pur problème colonial.

La lutte contre l’oppression et pour la dignité est un devoir sacré, il incombe à chacun. Il ne peut aboutir que s’il prend une forme collective. Les Arabes s’efforcent de reconquérir leurs droits, leur victoire sera un gain pour toute l’humanité.


Badia Benjelloun

 

Source: Investig'Action - michelcollon.info

 

(1)http://www.youtube.com/watch?v=OkXd...;;feature=player_embedded

(2)http://www.youtube.com/watch?v=q-JR...

(3)http://www.egyptindependent.com/new...

(4)http://www.egyptindependent.com/new...

(5)http://www.debka.com/article/23189/...;;s-Muslim-Brotherhood-goes-underground-hides-command-structure-in-Gaza-

(6)http://www.israelnationalnews.com/N...

(7) http://www.israelvalley.com/news/20...

COTE D'IVOIRE: DE L’INEVITABLE REFERENDUM POUR LA NATIONALITE ET LE FONCIER

ALASSANE OUATTARA.jpg


Quel crédit accorder à un référendum qui serait organisé par un régime totalitaire? Pour annexer l’Autriche en 1938 (Anschluss), Hitler avait organisé un referendum après y avoir fait un coup d’état (comme en Côte d'Ivoire) pour cacher ses visées hégémoniques et tromper la communauté internationale. 

Toutefois, en préconisant la voie référendaire en Côte d'Ivoire dans les conditions actuelles, nous optons pour un moindre mal devant la précipitation législative de Ouattara et espérons ouvrir le débat sur les dispositions préalables à cette consultation: la révision des listes électorales après la réconciliation nationale, pour que seuls les ivoiriens aient la pleine maîtrise du processus référendaire. Le référendum n’est donc pas une solution infaillible. Mais quand devant nous sont organisées des élections législatives, régionales et municipales se prévalant du suffrage d’une minorité pour se légitimer, mieux que le silence, l’exigence du référendum participe de cette résistance démocratique prévue par nos textes. En démocratie, tout projet à grandes répercussions sociales est soumis au référendum.

En Côte d’Ivoire, devant la gravité des problèmes de la nationalité et du foncier, le peuple ne saurait déléguer son droit souverain de décider. La loi 98-752 du 23 Décembre 1998 adoptée à l’unanimité des députés, reconnait aux seuls citoyens Ivoiriens, sans remettre en cause les droits d’usage (exploitation,  louage) concédés aux étrangers, la capacité de prétendre à la propriété foncière. Le législateur, sachant que plus de 80% de la population et des revenus nationaux sont liés à l’agriculture, a voulu garantir la souveraineté du pays par la maîtrise de sa terre. Le lien entre la nationalité et le foncier, établi au-delà des appartenances partisanes, exprime sa force dans l’unanimité du vote. L’absence d’une impérieuse nécessité de légiférer dans le sens contraire crée des doutes sur l’opportunité du projet actuel dont l’histoire nous fait craindre les conséquences sociologiques. La naturalisation en cours de plus d’un million d’étrangers principalement Burkinabés crée de toute pièce une nouvelle réalité sociologique qui vient bouleverser l’équilibre ethno-religieux des 60 ethnies relativement égales entre elles qui composent la Côte d'Ivoire. La préférence de naturaliser les Burkinabés, peuple appartenant à une contrée géographiquement définie et ayant en commun une histoire et une culture séparée va nécessairement créer, par solidarité culturelle et au détriment de notre jeune démocratie, une majorité ethnique importée.

Les visées hégémoniques de la Charte du Nord au détriment des peuples du Sud, comme l’attestent déjà la composition ethno-religieuse du présent parlement et l’administration Ouattara, pourront désormais avoir une base légale, exactement comme Hitler l’a eue. Pourquoi des citoyens issus d’une récente naturalisation de masse, devraient-ils avoir automatiquement plus de droits que des citoyens naturels les ayants précédés et accueillis dans cette citoyenneté? Quelle logique voudrait que des citoyens d’origine accueillent de nouveaux pour en faire leurs maîtres? Les USA, pays de l’immigration, n’intègrent que 55.000 immigrants (non citoyens et sans droit de vote) chaque année dans le cadre de leur programme de Green Card Lottery. Ce pays doté naturellement et institutionnellement des capacités d’accueil et de gestion de la forte immigration et suffisamment riche et fort pour absorber  et contenir les dérives de cette immigration choisie, mettrait près de 18 ans pour atteindre le nombre d'un million d’immigrants (non citoyens) que Ouattara atteint et naturalise en une signature. En tenant compte de l’exigence péremptoire de résidence, qui varie de deux à cinq ans selon que l’immigrant s’est marié ou non à un conjoint américain et la période moyenne d’un an d’évaluation de l’aptitude à la nationalité américaine (sans tenir compte des recalés et des morts), le million d’immigrants mettrait entre 55 et 110 ans pour être citoyen.

Ce temps mis, malgré les énormes richesses de ce pays, répond au besoin de ne pas heurter le seuil de tolérance, de faciliter l’absorption des nouveaux citoyens dans la culture américaine et de polir les aspérités des individualités culturelles pour vivre ensemble et non côte à côte. Une fois citoyens, ils n’ont pas tous les droits: Ils ne seront jamais Président des Etats-Unis, ils ne peuvent être éligible à la candidature au Sénat que 9 ans après et à celle de la Chambre des Représentants que 7 ans après. Pourquoi agir au mépris de ces précautions règlementaires nécessaires au profit d’une naturalisation de masse dans un pays pauvre? Les architectes de la constitution américaine craignaient le danger qui en découlerait: une combinaison injuste des majorités. Pire en Côte d'Ivoire, les combinaisons majoritaires craintes sont ethniques, donc insusceptibles d’alternance, parce que les humains ne changent pas d’ethnie. Pourquoi ajouter un défi ethnique supplémentaire à une jeune démocratie, encore submergée dans les sables mouvants de la désunion nationale et qui définit encore la démocratie comme le règne d’une majorité plutôt tribale qu’idéologique?

De tout temps, le problème de distribution de terres entre majorités et minorités ethniques, raciales et religieuses a toujours été à la base des malheurs publics: le génocide des Amérindiens et la redistribution des terres aux Noirs après l’abolition de l’esclavage aux Amériques, le génocide Rwandais (les Hutus et des Tutsis), le présent litige entre Mugabe et l’occident. Quand la nationalité (la race) et la religion s’en mêlent (Irlande, Cachemire, Palestine), la situation sociale sort de tout cadre prévisible. Même aux Etats-Unis, fort étonnamment, le programme national d’insertion forcée des Nègres dans l’administration publique et l’emploi (Affirmative Action) a subi des revers judiciaires aux motifs que l’avènement de B. Obama au pouvoir prouve l’égalité de fait des Blancs et Noirs.

Les préjudices nés des litiges fonciers, ethniques et religieux sont d’autant plus graves qu’ils sont inaccessibles à la réparation humaine, laissant toujours dans la mémoire du peuple une cicatrice qui constitue un rappel aux guerres futures. Dans une Côte d'Ivoire de Ouattara, où la démocratie à une définition voisine de l’injustice contre la minorité, pourquoi forger de toutes pièces une majorité issue de l’étranger pour le malheur des autochtones? Même si la marche vindicative de l’histoire nous donne de nombreux exemples de reconquêtes de leurs territoires perdus par les autochtones (après 600 ans l’Espagne chasse les Maures et Arabo-Musulmans d’Afrique du Nord, après 40 ans les Coréens arrachent Séoul au Japonais, après plus de 150 ans la Chine arrache Hong Kong aux Anglais…), cet espoir doit en Côte d'Ivoire commencer par l’exigence d’un référendum. Après le référendum, la lutte continue.


Séry Zadi Aurélien (Politologue-Juriste).