topblog Ivoire blogs

dimanche, 14 juillet 2013

AFFAIRE CPI-LAURENT GBAGBO - BERNARD HOUDIN: DU RESPECT DU DROIT

 

BERNARD HOUDIN.jpg

 

« Le Conseil Constitutionnel doit être respecté, pleinement respecté, entièrement respecté et personne ne peut suspecter, mettre en cause cette institution sans remettre en cause l’ensemble des institutions (…) le Conseil Constitutionnel est une institution de la République qui, par son indépendance, règle des questions qui sont de sa seule autorité « 

François Hollande, le 5 juillet 2013 

« La démocratie c’est aussi (…) le respect des textes et, d’abord, de la plus grande des normes en droit,  la Constitution. Qui ne respecte pas la Constitution n’est pas démocrate (…) le salut, pour les Etats africains, c’est le respect des Constitutions que nous nous donnons et des lois qui en découlent »

Laurent Gbagbo, le 28 février 2013 devant la CPI

En quelques phrases les présidents François Hollande et Laurent Gbagbo ont exprimé une position de respect du Droit tel que fixé par les textes que les démocraties se donnent librement. Quand le Conseil Constitutionnel, dans un Etat démocratique, a pris une décision, elle est sans appel et, comme l’a dit le président Gbagbo à La Haye le 28 février dernier, elle fait tabula rasa de toute décision d’une juridiction inférieure.

Ironie de l’Histoire (ou clin d’œil ?), ces deux déclarations sont liées à des situations, certes très différentes l’une de l’autre, qui ont en commun d’avoir été « provoquées » par l’action d’un seul et même homme, Nicolas Sarkozy !

En effet le président français réagissait à la critique, par l’ancien président, d’une décision du Conseil Constitutionnel français à l’encontre de ses comptes de campagne, critique exacerbée par son retrait théâtral, en tant que membre de droit, du même Conseil.

Dans le cas ivoirien, c’est le refus du président Sarkozy, à l’époque, de reconnaitre la primauté du droit dans un pays étranger, donc souverain, qui a conduit la Côte d’ivoire à la situation actuelle et le président Gbagbo à La Haye.

Dans le respect du droit nous ne commenterons pas la décision française mais nous tenons, hic et nunc, à remercier le président Sarkozy pour sa « constance » à fouler au pied tout ce qui ne va pas dans « son sens de l’Histoire » !

Oui l’Histoire a « un sens », mais pas celui que Nicolas Sarkozy a voulu lui imposer, dans le mensonge, la falsification et la violence d’Etat. Son attaque en règle de l’institution suprême de son pays, aggravée par son statut d’ancien président, est une aubaine pour tous les défenseurs du droit, où qu’ils soient, et, en particulier, pour tous ceux qui, en Côte d’Ivoire et dans le monde entier, se battent depuis le 11 avril 2011 pour faire triompher la Vérité : Laurent Gbagbo avait gagné l’élection présidentielle du 28 novembre 2010.

Le président Hollande ne peut pas s’exprimer ainsi, dans son pays, sans reconnaitre cette même primauté dans un pays indépendant et doté d’institutions démocratiques comme la Côte d’ivoire à l’époque du mandat de Laurent Gbagbo. Rappelons ici les « avancées » démocratiques dues au président Gbagbo :

-imposition du multipartisme, après des années de lutte pacifique ponctuées de période de prison et d’exil,

-loi sur le financement public des partis politiques,

-loi sur le financement et la protection de la liberté de la presse,

-création d’une Commission Electorale Indépendante (qui sera « instrumentalisée » en 2010 sous l’impulsion, en autres, de Nicolas Sarkozy)

- introduction du bulletin unique et des urnes transparentes dans le processus de vote.

De plus, dans toute la période pré et postélectorale, le président Gbagbo s’est strictement soumis aux procédures légales (ayant personnellement vécu cette période auprès de lui je peux en témoigner formellement). Et c’est ainsi que le président Gbagbo a pu dire également le 28 février dernier, à propos des élections que « c’est celui qui ne les a pas gagnées qui a semé les troubles » c'est-à-dire son adversaire, supporté par Nicolas Sarkozy, drapé dans les plis de la « communauté internationale »,  avatar épisodique des dirigeants dits des « grands pays » quand ils veulent mutualiser leurs forfaits.

De plus elle nous offre l’occasion d’en finir, une fois pour toutes, avec le fallacieux prétexte d’un Conseil Constitutionnel « aux ordres » de Gbagbo en 2010. En Côte d’Ivoire, comme en France, le Conseil Constitutionnel est formé de membres (neuf en l’occurrence dans les deux cas) désignés par différentes autorités (président de la république, présidents du parlement).En Côte d’Ivoire le président Gbagbo, qui n’ a jamais gouverné selon des critères familiaux, ethniques ou religieux, a, là comme pour d’autres nominations, fait appel à la compétence, en dehors de tout autre considération. Ainsi le vice-président du Conseil Constitutionnel était l’ancien principal Conseiller d’Henri Konan Bédié pendant son passage à la tête de l’Etat. Enfin le principe «  d’inamovibilité » des juges est un gage, en démocratie, d’indépendance.

A cet égard il faut rappeler que Monsieur Ouattara, dès son « installation », a foulé, comme dans bien d’autres domaines, les règles élémentaires du Conseil Constitutionnel,  en modifiant illégalement sa composition et en désignant un nouveau président, professeur de …Droit Constitutionnel, qui n’a rien trouvé à y redire !

Le 3 juin dernier la Cour Pénale Internationale n’a pas su (ou pu) aller au bout de la logique en libérant le président Gbagbo après avoir constaté la vacuité du dossier de l’accusation.

Aujourd’hui l’actualité nous rappelle, opportunément, que seul le respect des règles librement fixées fonde notre vie politique, économique et sociale, sauf à sombrer dans la dictature. Le ministre ivoirien de l’Intérieur, dont toute l’histoire personnelle est un défi aux règles les plus élémentaires, s’est vanté de préférer « la justice des vainqueurs au cimetière des vaincus ». A lui, et à tous ceux où qu’ils soient, qui se reconnaissent dans cette logorrhée, nous préférons  l’axiome « Dura Lex, sed Lex ».

On ne bafoue pas indéfiniment L’Histoire.

 

Paris le 8 juillet 2013

 

Bernard Houdin

Conseiller Spécial du président Gbagbo

Représentant du Porte-parole pour l’Europe et l’Amérique

mercredi, 10 juillet 2013

REVOLUTION EGYPTIENNE, SUITE OU FIN?

COUP D'ETAT EN EGYPTE 3.jpg


Pour qu’il y ait contre-révolution, il faudrait qu’il y ait eu une révolution.
 
Le processus vers le changement qui a abouti au renversement de Moubarak il y a deux ans et à la chute de Morsi ces derniers jours a commencé depuis longtemps. Il a laissé des traces pour qui veut bien les relever sur les pages de l’histoire de la dernière décennie.
 
Le nombre de grèves et de protestations n’a cessé de s’amplifier depuis 2005. Il a culminé en 2008 lorsque le prix des denrées alimentaires, sous l’effet des opérations spéculatives d’un capital financier qui a fui les produits dérivés adossés aux crédits hypothécaires pour les matières premières et l’agro-alimentaire, ont flambé alors que les salaires minima étaient bloqués depuis 1984 à 25 $ mensuels. En avril 2008, les grèves dans le textile à Mahalla al Koubra avaient créé un précédent inouï, la rue demandait déjà la chute du régime. À cette occasion, les travailleurs s’étaient affranchis de la tutelle des syndicats officiels liés au parti de Moubarak.
 
En résonance avec cet événement qui a servi de matrice au soulèvement de janvier 2011, 23 000 ouvriers se sont mis en grève dans ce même secteur du textile en juillet 2012. Ils exigeaient l’amélioration de leurs conditions de travail, la revalorisation de leurs salaires et le licenciement des cadres corrompus.
 
Du point de vue social, qu’a donc fait le gouvernement Morsi et surtout quel espoir a-t-il donné à une jeunesse affectée par un taux de chômage estimé à largement plus de 25%?
 
La consultation référendaire de décembre 2012 pour l’adoption de la nouvelle Constitution a été précédée par de nombreuses manifestations qui ont donné lieu à des heurts avec la police. Peu d’électeurs se sont déplacées, environ 30% de participation, et moyennant quelques manipulations semble-t-il dans les urnes, elle a été adoptée avec 60% des voix exprimées.
 
Trente ans d’absolutisme, d’humiliations, d’un État fondé sur une police pléthorique avec 1,5 millions de policiers très qualifiés en corruption et en torture, un an d’insurrections, d’émeutes, de rassemblements, de grèves, des milliers de blessés et de morts pour “ça”.
 
Le texte précise que la source principale de la législation serait la loi coranique sans que ne soit explicitée la liberté de culte pour les minorités religieuses.
 
Mais surtout il ne garantit pas la liberté d’expression, il confie à la police sans restrictions explicites la tâche de veiller à la moralité publique.
 
Il prévoit que sera fixé un salaire maximum, lequel pourra souffrir des exceptions que prévoira la loi (article 14), mais en aucun cas la Constitution n’établit le principe d’un salaire minimum. L’article 15 proclame le principe de la justice pour les travailleurs agricoles mais ne se prononce pas sur le plafonnement de l’étendue de la propriété agraire latifundiaire.
 
L’article 26 relatif à l’impôt est très évasif, il n’établit pas de connexion entre le niveau de revenus et les contributions fiscales.
 
Les libertés syndicales sont très restreintes, un seul syndicat par catégorie professionnelle est autorisé (article 53).
 
Nulle part n’apparaît la responsabilité du gouvernement devant la Chambre des Représentants.
 
Dans nombre d’articles, la Constitution laisse la part belle aux militaires. En particulier, le 197 réserve au Conseil de Défense Nationale la discussion du budget militaire. Il est constitué de sept civils et de huit militaires.
 
Ce type de dispositif annonce clairement qu’il ne prend pas la peine pas de faire des promesses qui ne seront pas tenues, comme c’est le cas des démocraties représentatives à l’occidentale. Les prêches dans les mosquées assimilaient l’acquiescement au texte constituant à un devoir religieux. Pourtant le texte élaboré en trois mois par un conseil dominé numériquement par les Frères et d’où se sont rapidement retirées les personnalités de gauche et les laïcs n’a été validé que par 20% des électeurs. Ce piètre score annonçait la poursuite des protestations.
 
Morsi, son gouvernement et sa Constitution n’ont de musulman que le nom et rien de démocrate. L’un des principes économiques et donc politiques les plus cités dans les versets coraniques concerne l’interdiction absolue du prêt avec intérêts. L’autre concerne les jeux de hasard et spéculatifs.
 
La Bourse du Caire n’a pas été menacée dans les activités spéculatives.
 
Quémander des rallonges de prêt au Qatar, au FMI, à l’UE et aux Usa ne peut que conduire à des réformes qui privatisent des pans résiduels dans le service public pour obéir aux injonctions des prêteurs.
 
Le gouvernement précédent oeuvrait de même : Élargir et approfondir une dette impossible à rembourser vis-à-vis de puissances qui imposent leur politique économique (et dictent les alliances internationales), anémier jusqu’à leur disparition toutes les structures qui organisent une solidarité nationale.
 
Il avait fallu des semaines de protestation après la chute de Moubarak pour que soient tenues les élections législatives. Jusqu’au bout, le Conseil Suprême des Forces Armées menaçait implicitement de ne pas valider l’élection présidentielle.
 
On a cru un instant que le premier Président élu de l’Égypte s’était affranchi de la tutelle de l’armée quand il avait remercié le Maréchal Tantaoui, ministre de la Défense pendant 20 ans et chef du CSFA en août 2012. Mais les plaintes déposées auprès de la justice militaire contre l’armée pour sa répression dans la très lourde répression des manifestations n’aboutissent pas. La Constitution lui assure un pouvoir législatif et une grande autonomie financière et politique.
 
On a également espéré une ouverture permanente du terminal de Rafah qui permettrait aux emprisonnés de Gaza de se sentir des humains comme les autres. Le passage par le poste frontière a été aléatoire et le gouvernement craignant des actes ‘terroristes’ a noyé de nombreux tunnels qui demeurent la seule voie à peu près assurée pour les marchandises et les humains.
 
Il était attendu que le traité de paix avec Israël soit dénoncé.
 
Il n’en a rien été. Dès le 1,3 milliard de dollars accordés par les Usa à l’armée, véritable arbitre du pouvoir et détentrice d’une part considérable de l’économie nationale, on apprenait que le gouvernement Morsi rompait les relations diplomatiques de l’Égypte avec la Syrie.
 
6 millions d’Égyptiens, selon une estimation basse, sont sortis dans la rue le dimanche 30 juin, jour travaillé.
 
Après deux années de lutte, ils n’ont obtenu ni dignité, ni liberté, ni pain.
 
Les raisons de la colère se sont même amplifiées car la révolution tant espérée n’a pas abouti.
Le travail d’accouchement de l’histoire se poursuit.
 
Il est urgent de ne pas y voir la main invisible ou apparente d’un Deus ex machina qui manipulerait 22 millions de Tamarridoune (1) pleins de fureur et bouillonnant d’impatience pour une vie plus digne.
 
D’abord et avant tout, la solution à venir devra éviter de réemprunter le chemin du capitalisme libéral qui ne profite qu’à ceux qui captent pour leur compte la dette contractée à l’extérieur. Pour l’extrême majorité, elle signifie absence de services publics, pauvreté et chômage.
 
L’Égypte devrait développer une économie productive intégrée régionalement et renoncer à vivre exclusivement de la rente pétrolière indirecte. Les revenus du canal de Suez par lequel transitent 40% du pétrole aux mains des Séoud et 20% de l’or noir iranien restent très inférieurs aux flux financiers générés par les travailleurs égyptiens émigrés dans les pays arabes gros producteurs.
 
Quand ce qui est à parcourir est si difficile, un chef charismatique explique le projet qu’il formule pour son peuple, il le soulève d’enthousiasme et obtient son adhésion.
 
Les Frères n’ont pas élaboré une vision d’avenir pour l’Égypte, et Morsi n’a pas la compétence ni le talent d’un rassembleur.
 
Désormais, les peuples ne se contentent pas de ce TINA (2) qui leur a été servi ces dernières décennies, au Brésil comme en Turquie comme en Grèce et au Portugal.
 
La fin de ce Système englobant la moindre activité humaine et l’incorporant dans le circuit marchand mondial, est sifflée.
 
 
Badia Benjelloun

 

Notes:

(1) Le substantif Tamarroud veut dire rébellion, Tamarridoune, les rebelles.
(2) There Is No Alternative de Margaret Thatcher

mardi, 09 juillet 2013

LA HAYE - MEIWAY PREND POSITION: «IL FAUT QUE LAURENT GBAGBO SOIT LIBERE» (VIDEO)


MEIWAY.jpg

Côte d’Ivoire - Pour Meiway, il faut que Gbagbo soit libéré [vidéo]


Regards sur Gbagbo – Source: Radio Pays-Bas internationale.

En visite à La Haye, siège de la Cour pénale internationale (CPI) et de la prison où se trouve Laurent Gbagbo, Meiway s’exprime.

L’artiste ivoirien s’excuse auprès de ses fans. Il regrette d’en avoir divisé certains pendant la crise en Côte d’Ivoire et espère la libération prochaine de Laurent Gbagbo.



Depuis La Haye - L’artiste Meiway prend position: ‘‘Il faut que Laurent Gbagbo soit libéré’’


L’artiste-chanteur Meiway était récemment à La Haye (au Pays-Bas) dans le cadre du festival Afrique 2013. Il a saisi l’occasion pour appeler, sur les antennes de Radio Pays Bas International, à la libération de Laurent Gbagbo. Monsieur ‘’Zoblazo’’ estime que la réconciliation nationale passe inéluctablement par cette libération.

Pour l’artiste, l’emprisonnement des leaders de l’opposition ne favorise pas la réconciliation tant souhaitée. «C’est clair que pour un Ivoirien qui vient prester à la Haye, il y a toujours un pincement au cœur de savoir que quelque part, on a un frère, un père, un parent qui est interné ici, qui est enfermé ici. Aujourd’hui, tous les interlocuteurs sont en prison. On ne peut pas se réconcilier», déclare-t-il. Avant de renchérir : «On peut penser à la paix, mais pas penser à la réconciliation, ce n’est pas possible tant que Laurent Gbagbo est à La Haye».

Meiway n’a pas manqué de saluer l’ancien président ivoirien et dit espérer de sa sortie prochaine : «Je lui fais un coucou et j’espère qu’il sortira de là très vite». L’artiste insiste qu’il faut libérer Laurent Gbagbo parce que, pour lui, en politique, il n’y a pas un seul exemple. «Que certains payent et que d’autres soient en liberté, c’est injuste. Mais il y a toujours injustice sur terre. J’espère qu’il sortira de là. Il (Ndlr, Laurent Gbagbo), faut qu’il soit libéré un jour. C’est mon avis», persiste Meiway. Qui dit s’exprimer, à la fois, en tant que citoyen ivoirien et leader d’opinion.

L’artiste fait savoir qu’il est détesté par des pro-Gbagbo parce qu’ayant choisi le camp Ouattara pendant la crise postélectorale. Celui que les fans appellent affectueusement le professeur Awolowo explique ce choix : «On a tous des parents qui ont péri. J’ai des oncles et des neveux qui sont morts. Je ne suis pas le seul, dans tous les camps politiques, il y a eu des morts. Il fallait réagir. Au moment où je suis arrivé pour entendre les deux partis, c’est à l’Hôtel de Golf qu’on a accepté de me recevoir. Donc je suis allé. Et quand je suis allé, je devais aller de l’autre côté, on a refusé de me voir. J’ai pris position. C’est un devoir du citoyen».

Toutefois, Meiway n’occulte pas le fait que ce choix soit regretté dans l’avenir parce que, dira-t-il, «l’artiste dans ce cas divise forcement son fan club». Le « génie de Kpalêzo » s’inscrit véritablement dans la réconciliation nationale et présente ses excuses s’il a offensé des compatriotes : « Si j’ai heurté des sensibilités, je m’en excuse. On est dans une période de réconciliation. On est dans une période où il faut penser à la paix ».


R. Dibi, in le quotidien ivoirien "L’Intelligent d’Abidjan".


Source: CONNECTION IVOIRIENNE

lundi, 08 juillet 2013

EGYPTE: MOHAMED EL BARADEI, UN PION DE LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE, EN APPROCHE

 

MOHAMED EL BARADEI.jpg

Egypte: El Baradei, Premier ministre pressenti


Mohamed El Baradeï, l'homme de la "communauté internationale" en Egypte, tout doucement en approche pour la fonction présidentielle. Autre chose serait grandement étonnant. Qui vivra, verra! Fernand Dindé.

 

Le porte-parole de l'opposition égyptienne, Mohamed El Baradei, pressenti pour être Premier ministre de l'Egypte. Présenté samedi 6 juillet par plusieurs sources comme le nouveau chef du gouvernement, l'homme de 71 ans ne semblait pas officiellement nommé ce dimanche.

Le "choix le plus logique"

"Le président intérimaire Adli Mansour a rencontré aujourd'hui M. El Baradei mais il n'y a pas eu jusqu'ici de nomination officielle", a déclaré à la presse Ahmad al-Mouslimani, conseiller d'Adli Mansour. Il a néanmoins ajouté qu'il était le "choix le plus logique" pour former un gouvernement.

Mohamed El Baradei, un libéral ayant peu vécu en Egypte, fut directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) de 1997 à 2009, poste qui lui valut en 2005 d'être co-lauréat du prix Nobel de la paix avec son institution.

Son nom circulait avec insistance au Caire depuis que l'armée a renversé le président islamiste Mohamed Morsi.

Le nouveau Premier ministre aura comme priorités de relever une économie en lambeaux et de rétablir la paix civile et la sécurité.

Dans le même temps, les islamistes égyptiens, soutiens du président déchu Mohamed Morsi, ont appelé à de nouvelles manifestations. La veille, les heurts entre partisans et opposants à l'ancien chef d'Etat ont fait au moins 25 morts, dont 19 en marge des rassemblements dans les villes du Caire et d'Alexandrie. Les Frères musulmans avaient demandé à leurs militants de manifester massivement vendredi pour protester contre le "coup d'Etat militaire" et pour la défense de la "légitimité démocratique".

Cinq policiers et un soldat tués

Dans la péninsule du Sinaï, cinq policiers et un soldat ont été tués dans des attaques de militants islamistes qui n'ont pas été revendiquées. Quelque 70 personnes ont été blessées aux abords de la place Tahrir. A Alexandrie, l'agence officielle Mena a indiqué que 12 personnes avaient trouvé la mort et 460 autres avaient été blessées dans des affrontements. A Assiout, plus au sud du pays, une personne a été tuée et 19 ont été blessées lors d'affrontements entre pro-Morsi et forces de l'ordre.

Plus tôt dans la soirée, des centaines de partisans du président destitué Mohamed Morsi se sont rassemblés devant le siège de la télévision publique, sur les rives du Nil, dans le centre du Caire. Des soldats et des véhicules blindés ont été déployés à proximité.

Dissolution de la Chambre Haute

Le président égyptien par intérim, Adli Mansour, a signé vendredi 5 juillet le décret de dissolution du Conseil de la Choura, la Chambre haute du Parlement, rapporte la télévision publique. Des deux Chambres du Parlement, seul le Conseil de la Choura était encore en activité.

La Chambre basse, l'Assemblée du peuple, avait été dissoute peu avant l'arrivée à la présidence de l'islamiste Mohamed Morsi, il y a un an.

La télévision rapporte également la nomination de Mohamed Ahmed Farid à la tête des services de renseignement en remplacement de Mohamed Raafat Chehata, qui avait été choisi par Morsi.

Les islamistes ne désarment pas

Des partisans de Mohamed Morsi ont affronté vendredi 5 juillet l'armée égyptienne à Suez, Ismaïlia et El Arich, au surlendemain de l'éviction du président islamiste par les militaires. Les manifestants ont tenté de pénétrer dans des bâtiments administratifs dans ces trois villes. Certains ont lancé des pierres. Au moins trois partisans islamistes de Mohamed Morsi auraient été tués vendredi 5 juillet au Caire par des tirs des forces de sécurité. Ces manifestants essayaient d'approcher de l'endroit où est détenu le président égyptien déchu.

L'armée égyptienne n'aurait pas ouvert le feu sur ces manifestants, selon le porte-parole militaire. Seules des balles à blanc et des grenades lacrymogènes auraient été tirés.

Mohamed Badie arrêté

Le guide des Frères musulmans, Mohamed Badie a été arrêté dans le nord de l'Egypte, jeudi 4 juillet, au lendemain de l'éviction de Mohamed Morsi.

Par ailleurs, les Frères musulmans ont assuré qu'ils ne prendront pas les armes en Egypte après le renversement par l'armée du président Mohamed Morsi, issu de leurs rangs. "C'est un coup d'Etat militaire. Nous resterons actifs et le (le coup d'Etat) priverons de légitimité jusqu'à ce que ce soit rectifié", a dit Mohamed el Beltagui, l'un de leurs principaux dirigeants des Frères musulmans. (...)


Source: MSN NEWS

dimanche, 07 juillet 2013

LE SACCAGE IMPERIALISTE DES RICHESSES DE L'AFRIQUE

IMPERIALISME. COKE.jpg

 

L’agression de l’OTAN contre la Libye (productrice de pétrole), l’intervention de la France au Mali (or et uranium), la construction d’une base militaire étasunienne au Niger (uranium) et l’encerclement de l’Algérie (pétrole et gaz) sont des chaînons de la stratégie qui vise, devant la crise du capitalisme mondial, à intensifier l’exploitation des travailleurs et le pillage des ressources naturelles de l’Afrique.

Le journaliste Dan Glazebrook, qui écrit dans des journaux comme The Guardian, The Independent et The Morning Star, a publié un article dans l’hebdomadaire cairote Al-Ahram Weekly dans lequel il dénonce cette conspiration.

Dan Glazebrook commence par rappeler que l’Occident draine chaque année des milliers de millions de dollars provenant du service de la dette, des bénéfices provenant des investissements et des prêts liés au régime de la corruption des secteurs des bourgeoisies compradores.

Une autre façon de dominer l’Afrique consiste à mettre à sac ses richesses naturelles. On peut citer le cas connu du Congo, où des bandes armées contrôlées par ses voisins ougandais, rwandais et burundais pratiquent à l’est du pays le vol de minéraux pour revendre ces derniers à des entreprises étrangères… qui sont elles-mêmes complices du forfait.

L’Afrique finance également les classes dominantes occidentales en fixant le prix de ses matières premières à des tarifs défiant toute concurrence, mais aussi en versant des salaires misérables aux travailleurs qui s’échinent dans les mines ou aux champs.

En somme, le capitalisme impose au continent africain le rôle de fournisseur de matières premières et de main d’œuvre à bas coûts. Mais, afin que cette situation se perpétue, il fait en sorte que l’Afrique continue d’être pauvre et divisée, les coups d’État et des guerres contribuant largement à cette situation.

Selon Dan Glazebrook, la création en 2002 de l’Union africaine, animée par Mouammar Kadhafi, a soulevé les préoccupations des stratèges occidentaux. Pour Washington, Londres et Paris, le plan de l’Union de créer une banque centrale africaine et une monnaie unique était tout bonnement inacceptable. Pis, il était inconcevable de voir cette même Union développer une charte de défense et de sécurité communes pouvant déboucher sur une force militaire unifiée.

En outre, les États-Unis, face à la récession économique et à la « menace » que constituait déjà à l’époque la Chine, avaient échafaudé les plans pour recoloniser l’Afrique. La création en 2008 de l’Africom, le commandement militaire que le président Bush voulait installer sur le territoire africain, s’inscrit naturellement dans cette démarche. Mais l’Union africaine s’est fermement opposée à ce projet et l’Africom a dû finalement établir son état-major en Allemagne.

La plus grande humiliation pour les États-Unis était de voir Kadhafi élu président de l’Union africaine en 2009 et la Libye devenir le principal soutien de l’organisation panafricaine.

L’Empire ne tolérait bien évidemment pas les propos de l’Union qui vont dans le sens d’un processus d’intégration africaine. Après avoir justifié l’agression contre la Libye avec « un paquet de mensonges encore plus grands que ceux qui ont servi de prétexte à l’invasion de l’Irak », comme l’écrit Glazebrook, l’OTAN a détruit le pays, l’a placé dans les conditions d’autres États africains en faillite, se libérant au passage de son adversaire bien trop fier à son goût en l’assassinant. La guerre contre le colonel Kadhafi a détruit son régime. Mais la paix et la sécurité se trouvent depuis menacées dans toute l’Afrique du nord.

Le dirigeant libyen avait organisé depuis 1998 la communauté des États sahélo-sahariens, centrée sur la sécurité régionale, en bloquant l’influence des milices salafistes et en essayant de pacifier les chefs de tribus touaregs. Avec la chute de Kadhafi, les islamistes radicaux de la région ont fait main basse sur les arsenaux d’armes - avec l’aimable autorisation de l’OTAN - et les frontières méridionales de la Libye se sont disloquées. La première victime de la déstabilisation régionale a été le Mali. L’avancée islamiste, concomitante de l’agression de la Libye, a servi de prétexte à l’intervention militaire française.

L’Algérie se trouve désormais dans le collimateur de l’impérialisme. Elle est aujourd’hui entourée par les islamistes radicaux à l’est (frontière libyenne) et au sud (frontière malienne), où se sont également installées les troupes françaises.

L’impérialisme a des raisons de ne pas pactiser avec l’Algérie, le seul pays d’Afrique du nord encore gouverné par le parti qui a lutté pour l’indépendance (FLN). Alger soutient l’Union africaine, a assumé des positions internationales dignes et, comme l’Iran et le Venezuela, vend son pétrole et son gaz à des tarifs « normaux ».

Ce « nationalisme des ressources » pousse les géants pétroliers occidentaux à ne plus cacher le fait qu’ils « en ont marre de l’Algérie », comme l’écrit le Financial Times. Ce même journal avait, un an avant l’agression de l’OTAN, accusé la Libye du « crime » de protéger ses ressources naturelles.


Capitaine Martin


Source: RESISTANCE POLITIQUE.FR

samedi, 06 juillet 2013

AFRIQUE: L'OBAMANIA EST RETOMBEE

OBAMANIA RETOMBEE. AFRIQUE.jpg

 

«L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, mais de fortes institutions». C’est la phrase célèbre que prononça en 2009 le président des États-Unis, Barack Obama, devant le Parlement du Ghana, lors de son premier voyage en terre africaine. Quatre ans plus tard, les espoirs des Africains dans le nouveau président américain, considéré au début de son mandat comme le messie en passe d’apporter la démocratie, la paix et le développement sur le continent noir, ont cédé la place à une grande déception. Obama a trahi ses origines africaines en poursuivant la politique impérialiste de son prédécesseur, George Bush. Ces deux-là ont finalement pour point commun d’avoir défendu bec et ongles les intérêts étasuniens.

Cette tournée africaine de Barack Obama suscite dans ce contexte peu d’enthousiasme. La fièvre de l’obamania, qui a secoué le monde en 2008 et 2009, est retombée. Les dernières affaires (Wikileaks et Snowden) ont écorné un peu plus l’image d’Obama et démontré les limites de l’attachement des États-Unis à la démocratie et aux libertés fondamentales dont ils se font pourtant les chantres.

Le choix de se rendre au Sénégal, en Tanzanie et en Afrique du sud n’est évidemment pas un hasard. Obama veut rendre hommage aux trois grandes démocraties africaines. À Pretoria, le locataire de la Maison blanche devait rencontrer Nelson Mandela, mais la faiblesse actuelle du plus célèbre dirigeant noir de l’ère moderne a rendu impossible la rencontre entre les deux hommes.

En Afrique, les « institutions fortes » vantées par le président étasunien au Ghana ont été foulées aux pieds. La Libye en est le meilleur exemple. L’Oncle Sam a réussi à évincer son grand rival Mouammar Kadhafi qui avait suscité la crainte des occidentaux en prenant la tête de l’Union africaine en 2002. Il faut dire que son projet de créer une banque centrale africaine, une monnaie unique et, crime de lèse-majesté, une force militaire unifiée, n’allait pas vraiment dans le sens des intérêts étasuniens.

Pendant qu’Obama tente de reconquérir le cœur des Africains, son déplacement fait l’objet d’une immense polémique aux États-Unis. Son coût est estimé entre soixante et cent millions de dollars. Une fourchette parfaitement crédible quand on sait que la dernière virée européenne du vice-président Joe Biden avait coûté un million de dollars pour deux nuits. De l’argent bien dépensé pour la presse locale. Selon le Fonds monétaire international, les pays de l’Afrique subsaharienne vont maintenir leur croissance estimée à 5,5 % jusqu’à la fin de l’année 2013. En 2014, elle devrait être en légère progression dans la région pour atteindre 5,7 %. La Maison blanche a dans un communiqué souligné la nécessité de renforcer l’investissement et le commerce.

En 2011, les exportations des États-Unis vers l’Afrique ont été évaluées à 21,1 milliards de dollars. Une augmentation de 23 % en un an. Selon le bureau du représentant du commerce étasunien, les principaux produits à l’exportation sont les machines (4.000 millions de dollars, soit une augmentation de 15 % par rapport à l’année précédente), les véhicules (3,5 milliards de dollars, soit une augmentation de 42 %), le pétrole brut (1,8 milliards d’euros, soit une augmentation de 30 %) et les céréales (1,7 milliards de dollars, soit une augmentation de 31 %). Le commerce avec l’Afrique se porte bien.

À la veille de l’arrivée du président Obama au Sénégal, le Premier ministre sénégalais, Abdoul Mbaye, espère que « cette nouvelle alliance entre Dakar et Washington pourra avoir des retombées sur plusieurs aspects », citant entre autres l’agriculture, l’énergie et la sécurité. Lors d’un entretien donné à une station radio locale, il s’est dit convaincu que « la visite d’Obama sera l’occasion pour les États-Unis de consacrer le Sénégal comme modèle démocratique pour l’Afrique tout entière ».

D’un côté, l’Oncle Sam célèbre les pays démocratiques… et de l’autre il continue de sceller les plus obscures alliances. Comme celle avec le président rwandais Paul Kagamé, qui est accusé par les Nations-Unies de piller le sol de la République démocratique du Congo… Ou avec le président ougandais Yoweri Musenevi, un dictateur au pouvoir depuis 1986 qui compte faire assassiner ceux qui s’opposeraient à sa volonté de désigner son fils, Muhoozi Kainerugaba, comme successeur. Le 20 mai, la police avait interdit de publication deux journaux indépendants, le Daily Monitor et le Red Pepper, et empêché la radiodiffusion de deux stations qui avaient publié une lettre du général David Sejusa Tinyefuza, aujourd’hui en exil au Royaume-Uni. Il dénonçait la tentative de transfert de pouvoir.

Le 30 mai 2011, le New York Times attirait l’attention sur le cas du président de la Guinée équatoriale, Teodoro Obiang Nguema, au pouvoir depuis 1989 avec la complicité active des diplomates et hommes d’affaires étasuniens. Comme le formule joliment le quotidien new-yorkais, « le fait qu’il soit très critiqué en matière de libertés élémentaires n’a pas fait obstacle à un large et diplomatique engagement américain ». La Guinée est le quatrième exportateur africain de pétrole, grâce notamment aux investissements des compagnies étasuniennes Chevron, Marathon Oil et Noble Energy. Deux ans ont passé et Nguema est toujours au pouvoir.

Barack Obama n’a pas manqué lors de son passage au Sénégal de visiter l’île de Gorée. « En tant qu’Africain-Américain et président africain-américain, la visite de ce site me donne des motivations plus fortes pour lutter en faveur des droits de l’homme dans le monde », a-t-il déclaré, reprenant ses esprits après « ce moment très puissant ». Mais les faits sont décidément têtus et nous montrent qu’aux États-Unis, il n’existe qu’un seul parti - celui du business – composé de deux factions, les « démocrates » et les « républicains », dont Obama et Bush ont été respectivement jusque-là les meilleurs représentants.

 

Capitaine Martin


Source: RESISTANCE POLITIQUE.FR

vendredi, 05 juillet 2013

LAURENT GBAGBO, LA NOUVELLE ETOILE DE LA RESISTANCE AFRICAINE FACE A L'INJUSTICE DES OCCIDENTAUX

 

LAURENT GBAGBO 3.jpg


Enlevé de son pays dans l'indifférence de ses pairs africains - quand ils n'ont pas contribué à sa chute aux côtés de la France - Laurent Gbagbo est devenu, après deux ans de détention dans le goulag de l'Europe occidentale, l'étoile de la résistance africaine, l'étendard de ralliement des défenseurs des institutions africaines et de l'indépendance des choix économiques des nations. Au moment où Nelson Mandela, la dernière idole de la résistance à l'injustice et au racisme s'apprête à nous quitter, l'Afrique entière se réjouit de voir la relève bien assurée.

Entre son arrestation sous les bombes françaises le 11 avril 2011 et son transfert à la Cour pénale internationale à La Haye, durant ses huit mois de détention à Korhogo, il n'y avait guère que de simples citoyens ivoiriens, camerounais et autres Africains à le défendre sans relâche. Dès le 16 avril 2011, ils manifestaient à Paris, place de la Bastille, pour lui crier leur solidarité. Quant aux rares personnalités politiques ayant pris sa défense avant sa chute, elles s'étaient alors murées dans le silence pour ne pas déplaire à la France, qui fêtait en une grande pompe l'avènement de son préfet nègre réintégrant la Côte d'Ivoire dans le giron françafricain d'où Laurent Gbagbo avait péniblement tenté de l'en extraire. La Côte d'Ivoire était revenue à son point de départ.

Les visages de la résistance à l'injustice

Il a donc fallu la ténacité de ces groupuscules d'Ivoiriens et d'Africains, mus par une même volonté, unis dans un même combat, arpentant les rues des villes européennes et faisant des émules aux Etats-Unis et au Canada, pour que le séjour de Laurent Gbagbo à La Haye ne se déroule pas dans le silence et l'indifférence des nations du monde entier. Il a fallu aussi le talent et l'habileté des journalistes d'investigation (1) comme Théophile Kouamouo, Charles Onana ou Grégory Protche, pour peindre la profonde injustice dont était victime le prisonnier de la CPI ; il a fallu le talent et l'habileté d'une petite mais ardente armée de blogueurs pour que les crimes passés et actuels du nouveau pouvoir ivoirien circulent à travers le monde entier et deviennent même des éléments de référence dans la défense de l'illustre prisonnier.

Dans leur dur et long combat, ces défenseurs de Laurent Gbagbo et du respect de la constitution ivoirienne seront réconfortés par deux excellents films-documentaires. Le premier, Laurent Gbagbo dans le tourbillon du Golfe de Guinée, diffusé en mars 2011, un mois avant sa chute, démontrait de manière éclatante la rapacité de la France sur les immenses richesses encore inexploitées du pays, et sa volonté de contrecarrer le plan d'indépendance économique prôné par le président ivoirien. Le deuxième est venu d'Italie, curieuse de savoir ce qui s'était passé dans l'ouest ivoirien. A travers les témoignages locaux, ce film nous permet de découvrir comment s'est opérée la complicité de la France dans les massacres de Duékoué et de ses environs, et l'on comprend pourquoi les journalistes français refusent de voir la vérité sur cet épisode de la guerre postélectorale. Galvanisés par la flagrante injustice, convaincus de la nécessité de porter la vérité jusqu'à ce que la lumière la rende visible à tous, les Ivoiriens, les panafricanistes et leurs rares amis européens n'ont pas baissé les bras et n'ont eu de cesse de multiplier les manifestations en France, en Italie et devant la Cour pénale internationale à La Haye.

On peut affirmer que jamais, dans l'histoire, un leader noir n'a bénéficié d'autant de soutiens de la diaspora africaine et d'autant de sympathie de la part des populations d'Afrique noire. Patrice Lumumba, Kwamé Nkrumah, Sékou Touré, sont morts dans le silence, même si de nombreux Africains les portaient dans leur coeur. Durant ses 27 années de prison, jamais Nelson Mandela n'a bénéficié d'une telle sympathie populaire. Il faut dire que les temps ont changé : grâce à Internet, l'information circule plus rapidement, les mensonges sont plus vite signalés et démontrés. Ce que l'on tente de cacher se retrouve rapidement porté sur la place publique parce que tous les citoyens, partout dans le monde, sont devenus des informateurs. Plus personne n'a le monopole de l'information. Voilà pourquoi le grossier coup d'état contre Laurent Gbagbo, présenté par la France et l'ONU comme une entreprise de salut public, a fait de lui, en moins de deux ans, le héros africain de la résistance à l'impérialisme européen.

L'accélération de la dénonciation de l'injustice faite à Laurent Gbagbo

On peut même dire que la forte offensive de la résistance au nouveau pouvoir et au mur du mensonge qui cachait la vérité sur le drame ivoirien a surpris les commanditaires et acteurs européens du coup d’état du 11 avril 2011. La popularité de Laurent Gbagbo, fortement ancrée dans le paysage politique de ce début du XXIe siècle, a forcé de nombreuses personnalités politiques à considérer de plus près la manière dont le pouvoir lui a été arraché et les conséquences de ce forfait. Dans l'introduction du livre de Charles Onana (Côte d'Ivoire, le coup d'Etat), publié en novembre 2011, M. Tabo Mbeki, l'ancien président sud-africain - l'un des premiers médiateurs entre les deux parties du conflit ivoirien - a clairement démontré la ferme intention de la France de se débarrasser de Laurent Gbagbo et le soutien précieux dont elle a bénéficié de l'ONU. En septembre 2012, lors du congrès de l'Internationale Socialiste, en Afrique du Sud, le Ghanéen Kofi Awoonor avait à son tour fustigé la passivité des socialistes français devant le sort réservé à Laurent Gbagbo. En décembre 2012, enfin, un socialiste - François Loncle - révèle l'activisme corrupteur de madame Alassane Ouattara auprès des hommes politiques français ; dans la même période, Georges Peillon, ancien porte-parole de la force Licorne (l'armée française impliquée dans le conflit ivoirien) reconnaissait le parti pris du pouvoir et des médias français dans la vie politique de la Côte d'Ivoire depuis 2002.

Si les aveux et les critiques étaient devenus de plus en plus nombreux et fragilisaient le pouvoir ivoirien tout en mettant à mal le soutien que lui apportait la France, ce pouvoir demeurait solide aux yeux de l'Europe grâce au mutisme des médias et du gouvernement socialiste qui avait revêtu les habits impérialistes laissés par Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy. C'est finalement à partir de février 2013 que le procès devant confirmer ou infirmer les charges du procureur de la CPI contre Laurent Gbagbo va donner un nouveau souffle à la Résistance ivoirienne et africaine et commencer à ébranler le pouvoir en place et les certitudes des commanditaires onusiens et français. Ce procès se révéla, en effet, une belle occasion de démontrer que les accusateurs de Laurent Gbagbo manquaient d'arguments pour le faire condamner. Quand on mène pendant dix ans une rébellion contre un pouvoir légal en tuant femmes et enfants, quand avec l'aide de forces étrangères on mène une charge finale sanglante pour s'emparer du pouvoir, cela apparaît en effet ignoble d'accuser celui qui a été défait d'avoir résisté. Oui, c'est ignoble d'accuser le vaincu de vous avoir obligé, par sa résistance, à tuer femmes et enfants dans votre conquête du pouvoir. Toutes les images de l'attaque d'Abidjan ne révélant que des crimes commis par les assaillants et leurs soutiens, le procureur a dû se tourner vers des documents étrangers pour illustrer son argumentation, la fragilisant par la même occasion. Comment peut-on, dans ces conditions, condamner un homme ou même le garder en prison?

Dès lors, avant même que les juges de la Cour pénale internationale ne déclarent insuffisantes les preuves présentées par le procureur demandant la condamnation de Laurent Gbagbo, il était difficile aux instruments de la propagande étrangère de cacher la vérité. Les ONG entrèrent donc dans la danse, au début du mois d'avril 2013, et dénoncèrent « la justice des vainqueurs » tout en soulignant les crimes ethniques, les exécutions sommaires, les chasses à l'homme et les emprisonnements arbitraires des partisans de Laurent Gbagbo - œuvres du pouvoir actuel, de son armée et de ses milices. Indiscutablement, l'impunité des hommes du nouveau régime blesse la conscience humaine ! Condamner Laurent Gbagbo pour avoir résisté à l'assaut de l'ennemi et voir les vrais bourreaux du peuple ivoirien se pavaner effrontément, alors que les médias africains et les blogueurs étalent quotidiennement les images de leurs crimes, apparaît comme une blessante injustice !

A la suite des ONG, comme si la parole était enfin libérée, ce sont les hommes politiques africains, jusque-là muets, qui vont donner de la voix. Au sommet de l'UA, à la fin de mai 2013, le Premier ministre éthiopien, Hailemariam Desalegn, président de cette organisation, a qualifié la CPI d'instrument raciste au service des occidentaux : « Lors de la création de la CPI, l'objectif était d'éviter toutes sortes d'impunités ; mais, désormais, le processus a dégénéré en une sorte de chasse raciale ». Effectivement, la trentaine d'hommes politiques africains poursuivis par cette institution ne laisse pas penser autre chose. Le 15 juin, au Gabon, lors d'un débat consacré à « l'indépendance » en Afrique, la ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, a vivement contesté les dires du procureure Bensouda en accusant les Européens d'utiliser la CPI pour manipuler la politique des nations africaines : "C'est malheureux, qu'un grand nombre de conclusions ait été réduit à la manipulation politique [...] Il n'est pas honnête de dire que la CPI ne s'acharne pas contre l'Afrique. Je ne suis pas d'accord avec ma soeur Bensouda". Puis elle a demandé à celle-ci de ne pas dire "que les Africains viennent la voir [la CPI] pour être jugés. C'est faux, car l'Afrique ne veut pas de colonialisme judiciaire".

La position des hommes politiques africains sur la Cour pénale internationale est donc plus que claire : elle n'est pas impartiale ; elle n'est pas crédible ; elle est raciste. Et, à partir du 3 juin 2013, après l'ajournement du procès et le renvoi de la procureure à la recherche de preuves plus convaincantes, les Européens aussi se laissent gagner par le doute quant à l'impartialité de cette institution. Les journaux français qui, jusque-là, n'ont fait aucun cas ni des nombreuses marches de soutien à Laurent Gbagbo à Paris ou à La Haye, ni des pluies de critiques contre l'injustice du pouvoir actuel concernant l'analyse des crimes commis avant et après les élections, se sont tout à coup mis à faire le procès de la CPI. Pour la première fois depuis 2002, le journal La Croix ne fait ni l'apologie de l'élu de la France ni la critique de l'ennemi juré des journalistes français. Marianne de son côté juge le procès de la CPI fait par les africanistes tout à fait justifié. C'est à croire que pour tout le monde le mensonge qui fait de Laurent Gbagbo le seul responsable des morts avant et après les élections présidentielles de 2010 ne peut plus être défendu.

La preuve que le vent a tourné et dévoile peu à peu la vérité, c'est que même les muets parlent en France ! Qui a déjà entendu Koffi Yamgnane réagir aux injonctions méprisantes et injustes adressées à Laurent Gbagbo avant et après les dernières élections présidentielles en Côte d'Ivoire ? Qui l'a entendu parler de Laurent Gbagbo ou lui témoigner la moindre sympathie depuis qu'il a été arrêté dans le palais présidentiel par l'armée française ? Incapable de la moindre indépendance de parole, voilà qu'il profite de l'indignation de Bernard Houdin (conseiller de Laurent Gbagbo) pour dire tout simplement que lui aussi pense que « trop, c'est trop », que l'injustice contre Laurent Gbagbo ne peut plus continuer. Mais attendons de voir s'il ira plus loin que la simple indignation partagée. De son côté, la présidente du Mouvement des Africains-Français, qui s'est toujours opposée aux marches de soutien à Laurent Gbagbo et n'y a jamais participé, entreprend enfin une action précise dans la lutte contre l'impartialité de la CPI : elle lance une pétition pour le retrait des nations africaines de cette institution. L'intention est bonne, mais elle ignore que le combat politique se mène dans la persévérance et non pas périodiquement.

Dans tous les cas, Laurent Gbagbo ne laisse plus personne indifférent puisque ce qui était censé être son procès s'est transformé en procès de l'institution chargée de le juger. Quel retournement de situation ! N'est-ce pas déjà la victoire de la vérité sur le mensonge ? En clair, la CPI se discréditerait complètement aux yeux du monde en maintenant sa volonté de juger Laurent Gbagbo. Elle se trouve dans l'obligation de le libérer et prendre le temps de revoir son fonctionnement par rapport à l'analyse des crimes et des supposés criminels qu'elle doit juger. Les nouvelles preuves du procureur contre Laurent Gbagbo sont d'avance jugées par l'opinion publique internationale comme irrecevables ; et un éventuel procès serait considéré comme une injustice. Arrêter des partisans de l'actuel président de la Côte d'Ivoire et les traduire devant la CPI afin de justifier la poursuite du procès serait désormais inacceptable. Cette dernière entreprise serait perçue par tous comme l'aveu de l'injustice dont est victime Laurent Gbagbo depuis deux ans, voire depuis dix ans.

Quel long combat ! Mais quel combat magnifique et enthousiasmant quand, comme par miracle, tout le monde le trouve juste ! Après Nelson Mandela, toutes les nations reconnaîtraient-elles l'injustice faite à Laurent Gbagbo ? Quelle belle victoire en perspective ! Ses partisans, les panafricanistes, les journalistes activistes soucieux de la vérité, les infatigables blogueurs, les amis Français - en particulier Guy Labertit, Michel Galy, Bernard Houdin et Albert Burgi - et ses admirateurs anonymes qui vivaient dans la peur, sont aujourd'hui fiers de leur combat et heureux de voir ça et là des appels à sa libération pure et simple. Un homme qui, par son seul amour de la vérité, un homme qui a juré d'aller jusqu'au bout et parvient par sa ténacité à renverser l'opinion publique et la machine judiciaire internationale qui s'acharnait à le perdre, ne mérite que l'admiration et les éloges. L'ancien Premier ministre du Togo (1991-1994), Joseph Kokou Koffigoh, et l'artiste béninois Yokula (reggaeman) l'ont bien compris. Ils ne sont pas restés insensibles à cet amour de la vérité attaché au coeur du prisonnier de La Haye. L'un vient de lui consacrer un très beau poème demandant sa libération « des mains de l'infamie » et l'autre une chanson qui clame son amour pour la légalité constitutionnelle.

Laurent Gbagbo est entré dans l'Histoire parce qu'il a donné sa vie pour la vérité, pour le respect de la constitution de son pays ; il est entré dans l'Histoire parce que l'Afrique a reconnu dans son combat le sien. En s'accrochant à la vérité et au droit, Laurent Gbagbo a accepté de subir l'infamie de l'emprisonnement dans le goulag des puissances occidentales. Comme tous ceux qui ont consacré leur vie aux grands idéaux humains pour que leurs semblables grandissent sous un jour nouveau, l'heure de sa rédemption viendra. Quant à toi, lecteur, n'oublie pas qu'un jour tu devras répondre à cette question : qu'as-tu fait poursoutenir le combat de l’homme que l'on admire aujourd'hui ?


Raphaël ADJOBI

 

1. J'accuse Ouattara, édit. Le Gri-gri (Théophile Kouamouo) ; Côte d'Ivoire, le coup d'état, édit. Duboiris (Charles Onana) ; On a gagné les élections mais on a perdu la guerre, édit. Le Gri-gri (Grégory Protche).


Source: Les pages politiques de Raphaël

jeudi, 04 juillet 2013

EGYPTE: ADLY MANSOUR A PRETE SERMENT, IL ASSURE L'INTERIM


ADLY MANSOUR.jpg


Le juge Adly Mansour désigné par l'armée pour diriger le pays le temps de la transition, a prêté serment, ce jeudi 4 juillet, à la mi-journée. "Je m'engage à préserver le système de la République, à respecter la Constitution et la loi et à protéger les intérêts du peuple" a-t-il déclaré.

La veille, mercredi 3 juillet, l'armée égyptienne a destitué le président Mohamed Morsi et suspendu à titre provisoire la Constitution afin de trouver une solution à la crise que traverse le pays, reprenant la place qu'elle a longtemps occupée au centre du jeu politique en Egypte.

EGYPTE. LIESSE.jpg

Mohamed Morsi, premier président démocratiquement élu, investi il y a un an à peine, a été arrêté et conduit dans la nuit au ministère de la Défense. D'autres cadres dirigeants de la confrérie des Frères musulmans ont également été arrêtés.

Les Etats-Unis, les Nations unies et d'autres pays n'ont pas qualifié le renversement de Mohamed Morsi de "coup d'Etat militaire" mais ont exprimé leur inquiétude et appelé l'armée égyptienne à restituer aussi vite que possible le pouvoir à un gouvernement civil.

A l'annonce de la destitution de Mohamed Morsi, après l'expiration de son ultimatum, la foule en liesse a salué cette décision.

EGYPTE. LIESSE 2.jpg

De nouvelles élections

Le chef d'état-major a appelé de ses voeux l'organisation d'une élection présidentielle et d'élections parlementaires ainsi qu'à la création d'un comité de réconciliation nationale incluant les mouvements de la jeunesse.

Il a également prévenu que l'armée et la police répondraient à toutes les violences. Ses déclarations ont été accueillies par des cris de joie et des scènes de liesse sur la place Tahrir où sont rassemblés les opposants à Mohamed Morsi.

Aucun incident majeur n'a été déploré dans la nuit dans la capitale égyptienne. De violents affrontement ont fait en revanche 14 morts et des centaines de blessés à Alexandrie, la deuxième ville du pays, Marsa Matrouh, également sur la côte méditerranéenne, et à Minya, à 250 km environ au sud du Caire. (...).

 

Source: MSN NEWS

14:27 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, Egypte, Etats-Unis d'Amérique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : afrique, égypte, égypte adly mansour a prêté serment, il assure l'intérim | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

EGYPTE: COUP D'ETAT CONTRE MOHAMED MORSI

COUP D'ETAT EN EGYPTE 2.jpg


Les autorités religieuses de la mosquée Al Azhar et le chef de la communauté copte ont annoncé mercredi soir qu'elles soutenaient la feuille de route dévoilée par l'état-major de l'armée.

Nouvelles élections à venir

La Constitution égyptienne a été provisoirement suspendue et le président Mohamed Morsi va être remplacé à la tête de l'État par le président de la Cour constitutionnelle, a annoncé mercredi 3 juillet, le chef de l'état-major de l'armée égyptienne.

Dans une déclaration à la télévision, il a annoncé que l'Égypte allait être dirigée par un gouvernement d'experts et qu'une commission serait chargée de réviser la Constitution.

Le chef d'état-major a appelé de ses voeux l'organisation d'une élection présidentielle et d'élections parlementaires ainsi qu'à la création d'un comité de réconciliation nationale incluant les mouvements de la jeunesse.

Il a également prévenu que l'armée et la police répondraient à toutes les violences. Ses déclarations ont été accueillies par des cris de joie et des scènes de liesse sur la place Tahrir où sont rassemblés les opposants à Mohamed Morsi.

L'armée quadrille la zone

L'armée égyptienne a déroulé des fils de fer barbelés autour de la caserne où se trouve le président Mohamed Morsi.

Des blindés et des véhicules de transport de troupes ont par ailleurs été déployés autour du site où se tient le principal rassemblement des partisans du chef de l'Etat pour les empêcher de marcher vers le palais présidentiel.

Dans un communiqué, l'armée nie vouloir s'en prendre à eux et assure qu'elle ne fait que sécuriser la zone.

afrique,égypte,éGYPTE COUP D'éTAT CONTRE MOHAMED MORSI

Interdiction de quitter le territoire

Le président égyptien Mohamed Morsi et d'autres responsables des Frères musulmans se sont vus interdire, mercredi 3 juillet en fin de journée, tout déplacement hors d'Egypte.

Une liste de 40 noms qui a été remise aux services de sécurité des aéroports comprend ceux de Khaïrat al Chater et d'Essam el Erian, membres de la direction de la confrérie.

Plusieurs centaines de militaires égyptiens ont par ailleurs défilé près du palais présidentiel. Un conseiller de Mohamed Morsi avait auparavant annoncé qu'un coup d'État militaire était en cours.

Morsi ne cède pas à la pression des militaires

Un peu plus tôt à 17h, heure d'expiration de l'ultimatum posé par l'armée, Mohamed Morsi a fait savoir que la création d'un gouvernement de consensus devrait faire partie d'un plan général de sortie de crise en Egypte.

L'armée avait demandé au président Mohamed Morsi, de répondre aux revendications des manifestants.

Plus tôt dans la journée du mercredi 3 juillet, l'opposant Mohamed El Baradeï a rencontré le chef d'état-major des forces armées, le général Abdel Fatah al Sisi, ce mercredi 3 juillet.

Dans la nuit de mardi à mercredi 3 juillet, les affrontements ont fait une vingtaine de victimes.

afrique,égypte,éGYPTE COUP D'éTAT CONTRE MOHAMED MORSI

Morsi s'accroche à sa légitimité

"Le président Mohamed Morsi affirme qu'il détient la légitimité constitutionnelle et rejette toute tentative de s'en éloigner, il appelle les forces armées à retirer leur mise en garde et refuse de se faire dicter sa conduite, que ce soit dans le pays ou à l'étranger", affirme un tweet de la présidence égyptienne.

L'opposition condamne les propos du président. "Cela conduit à la confrontation de n'offrir aucun compromis et de ne pas écouter le peuple dans la rue. Nous sommes très inquiets devant les risques d'escalade de la violence", a déclaré Khaled Dawoud, porte-parole du Front de salut national (FSN), principale coalition de l'opposition.

Morsi rejette l'ultimatum de l'armée

Mohamed Morsi a adressé un fin de non-recevoir à l'ultimatum de l'armée, qui donnait 48 heures au président égyptien pour "satisfaire les demandes du peuple" et parvenir à un accord.

La présidence se dit déterminée "à poursuivre dans la voie qu'elle a choisi pour mener une réconciliation nationale globale".

afrique,égypte,éGYPTE COUP D'éTAT CONTRE MOHAMED MORSI

L'armée veut jouer un rôle crucial

Les militaires se posent ainsi en arbitre et proposent de jouer un rôle de premier plan, comme ce fut déjà le cas il y a deux ans et demi, lors de la chute d'Hosni Moubarak. Si le gouvernement ne parvenait pas à un accord avec les manifestants, l'armée proposerait sa "propre feuille de route".

Lundi 1er juillet, le chef de l'armée égyptienne a lancé un ultimatum à Mohamed Morsi, lui laissant 48 heures pour trouver une sortie de crise. "Le peuple a exprimé sa volonté" "sans précédent" a précisé Abdel Fattah Al-Sissi, le chef de l'armée.

Plusieurs morts et des centaines de blessés

Alors que le ministère de la Santé a fait état de 16 personnes tuées, et 781 blessés depuis dimanche 30 juin dans les heurts entre opposants et partisans de Mohamed Morsi, 4 ministres ont démissionné ce lundi 1er juillet.

Huit personnes sont décédées durant les affrontements entre partisans et adversaires du président Mohamed Morsi au Caire. Un autre manifestant est mort asphyxié devant le palais présidentiel, au Caire, et un autre à Alexandre, à la suite de ses blessures. Six autres ont été tués dans les provinces de Beni Suef, Assiout, Kafr al-Cheikh et Fayoum.

Le siège des Frères musulmans attaqué

Des manifestants ont pillé et occupé le siège des Frères musulmans, lundi 1er juillet, au Caire. Le bâtiment avait déjà été attaqué et en partie incendié dans la nuit, après des heurts violents entre partisans et opposants à Mohamed Morsi, le président égyptien.

Les manifestants du mouvement Tamarrod, à l'origine de la contestation, ont eux donné au pouvoir jusqu'à mardi 17h pour quitter le pouvoir.

afrique,égypte,éGYPTE COUP D'éTAT CONTRE MOHAMED MORSI

Une manifestation énorme

L'armée égyptienne assure qu'il s'agit des plus grandes manifestations de l'histoire de l'Egypte. Les milliers de manifestants regroupés notamment sur la célèbre place Tahrir sont encore plus nombreux qu'au moment du printemps arabe.

La présidence de la République a affirmé de son côté que le dialogue était la seule issue possible.

Place Tahrir, épicentre de la contestation

Comme au plus fort du soulèvement contre Hosni Moubarak en 2011, la place Tahrir s'est transformée en mer de drapeaux rouge-blanc-noir, et les slogans n'ont pas changé: "Le peuple veut la chute du régime", ont scandé les manifestants, un an jour pour jour après la prise de fonction de Mohamed Morsi.

Une dérive autoritaire

Les opposants, notamment libéraux, dénoncent une dérive autoritaire du chef de l'Etat et accusent les Frères musulmans de vouloir accaparer tous les pouvoirs et d'avoir trahi les objectifs de la révolution, dont la justice sociale et le respect des libertés individuelles.

D'autres manifestants entendent plus prosaïquement protester contre la dégradation de leurs conditions de vie alors que la situation économique et sécuritaire s'est détériorée depuis la"révolution du Nil".

Vers une deuxième révolution ?

Sur la place Tahrir au centre du Caire, où les opposants prônent une "deuxième révolution" contre un président accusé de vouloir monopoliser le pouvoir et restaurer un régime autoritaire au profit des islamistes, des dizaines de tentes ont été dressées et des centaines de personnes sont rassemblées depuis samedi 29 juin.

8 personnes, dont un Américain, sont mortes depuis le mercredi 26 juin dans les troubles ayant agité le pays à l'approche de ces manifestations, qui coïncident avec le premier anniversaire de l'investiture de Mohamed Morsi.

Par ailleurs, en quelques semaines, une pétition qui réclame une élection présidentielle anticipée en Egypte a récolté plus de 22 millions de signatures, selon le collectif à l'origine de l'initiative.


Source: MSN NEWS

00:05 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, Egypte, Monde arabe | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : afrique, égypte, égypte coup d'état contre mohamed morsi | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

mercredi, 03 juillet 2013

QATAR: LA BANANE, L'EMIR, LES CANCRELATS ET LE BIG BROTHER

côte d'ivoire,la banane l'émir les cancrélats et le big brother,algeriepatriotique.com,mohsen abdelmoumen

L’émir déchu du Qatar, Cheikh Hamad ben Khalifa al-Thani (à gauche) et son fils, le nouvel émir, Cheikh Tamim bin Hamad al-Thani (à droite).

 

Le changement opéré ces derniers jours au Qatar, et qui s’est déroulé dans la plus pure tradition du théâtre shakespearien, n’est ni une passation paisible du pouvoir ni un renoncement de la part de l’émir.

Ce n’est ni plus ni moins qu’une destitution comme ce fut le cas pour l’émir paternel de celui qui cède sa place aujourd’hui. Au Qatar, le coup d’Etat est congénital. Malgré tout, la lecture que nous offrent certains lobbies de mèche avec cette dynastie de chameliers illettrés voudrait que dans ce micro-Etat, on renonce facilement au pouvoir. «Les hommes doivent souffrir leur départ comme leur venue ici-bas ; le tout est d'être prêt», disait Shakespeare. Est-ce que l’émir déchu Cheikh Hamad ben Khalifa al-Thani était prêt à disparaître de l’échiquier politique ? Que semblent nous dire ceux qui sont derrière le coup d’Etat au palais qatari ? Plusieurs réponses s’offrent à nous. Tout d’abord, le big brother américain semble opter pour l’effacement d’empreintes par rapport à tout ce qui est lié aux conséquences du simulacre de «printemps arabe» qui n’a rien ramené de démocratique.

Bien au contraire, il a enfoncé le monde arabe dans les abîmes des ténèbres des Frères musulmans et des islamistes. Donc, les USA essaieraient de rectifier le tir en direction de leurs partenaires islamistes en procédant au ravalement de la façade qatarie, axe central de la métamorphose des régimes opérée lors des coups d’Etat que je nommerais «populaires» de 2011. Voyant que le conflit s’enlise en Syrie, que l’Egypte s’enfonce dans une crise sans précédent, que des milices se font la guerre et que des attentats ont lieu régulièrement en Libye, que la Tunisie est dans la tourmente avec un régime islamiste qui tarde à organiser des élections équitables et à mettre sur pied une nouvelle constitution, il est clair que les régimes issus du grand complot du «printemps arabe» sont tous en panne.

D’où l’idée d’opérer une transformation, non pas dans les pays précités mais dans la tête qui a produit et financé ce raz-de-marée islamiste. A la manière de Ponce Pilate, les USA se lavent les mains de ce qui se passe dans le monde arabe actuellement, avec les menaces potentielles sur les minorités religieuses, idéologiques, ou tout simplement sur les opposants des régimes fascistes des Frères musulmans, et cherchent à se reconstruire une vertu recourant à la nécessité de sacrifier le veau d’or personnifié par l’émir du Qatar. Bien entendu, la chute de celui-ci n’aurait jamais été possible sans l’apport judicieux d’une peau de banane déposée par sa chère Moza sur le dallage marbré du palais. L’intronisation du fils, portrait craché de son père, et choisi parmi les 24 «pistoleros» susceptibles d’accéder au trône, marque sans aucun doute l’avènement d’un émir du redéploiement sous la botte de sa mère, devenue l’interlocutrice privilégiée des USA et des Occidentaux.

C’est donc la cheikha Moza qui a pris le pouvoir au Qatar. Cela se traduira certainement par un lynchage des alliés du Qatar, et surtout des Frères musulmans qui commencent à agacer sérieusement en pervertissant l’image que les USA leur avait donnée au départ, en créant des tensions supplémentaires entre les puissances mondiales qui se battent actuellement dans leur guerre de procuration en Syrie.

D’ailleurs, la grande lessive a déjà commencé avec la prochaine expulsion du cheikh du dollar Al-Qaradawi qui, d’après les médias qataris, est en passe d’être déchu de sa nationalité, et on se demande où il va bien pouvoir aller prêcher son djihad niqah désormais. Peut-être dans le lit d’hôpital voisin de celui de son acolyte Al-Arifi à Londonistan, en Angleterre ? Quoi qu’il en soit, la dimension surfaite du Qatar a pris une trop grande importance et porté préjudice à l’allié traditionnel des Américains qui est l’Arabie Saoudite, en agaçant plus d’un, au point où il s’est avéré inévitable d’écarter le Premier ministre et ministre des Affaires étrangères très actif dans le dossier syrien et qui est une véritable boîte noire pour tous les événements qui ont secoué le monde arabe, notamment par les relations directes ou indirectes qu’il entretenait avec différents groupes djihadistes.

La fin des haricots pour l’émir n’est pas seulement un changement conjoncturel mais une réorientation stratégique américaine de la politique qatarie via Moza dans le monde arabe, surtout avec les islamistes, et qui a pris une tournure effective après la défaite des légions de mercenaires financés par le Qatar en Syrie tout en préparant le terrain à Genève II. Ensuite, ce changement de cap traduit une nouvelle politique américaine au Moyen-Orient en prenant en considération les doléances et les velléités des Israéliens et des Saoudiens voyant que le jeu du Qatar ressemble à un coup de poker dont l’issue est trop incertaine. On peut se demander si nous allons bientôt assister à l’effet boule de neige qui va emporter ces régimes islamistes issus de ce qu’on appelle à tort «printemps arabe». Car la véritable Bérézina qui se déroule sous nos yeux à travers la détérioration des Etats qui se sont mis sous la coupe islamiste sur injonction US avec la bénédiction du Qatar et de ses muftis du djihad niqah commence à nous dévoiler l’échec du projet américain pour le monde arabe. La fin de cette parodie sans queue ni tête qu’on a nommée «printemps arabe» a débuté avec la destitution de l’émir du Qatar père qui, d’après nos informations, a même été emprisonné pendant plusieurs jours afin de le persuader de céder le trône.

Peut-on dire comme on l’a supposé dans nos articles précédents que le tournant historique est amorcé aujourd’hui avec le retournement des peuples contre les régimes islamistes, d’où le sacrifice de cet émir du Qatar, tel le mouton de l’Aïd, de la part de l’administration américaine à laquelle il s’était soumis avec dévotion ? Les Américains, tels les «experts Miami», ont nettoyé méticuleusement la scène du crime en relevant de ses fonctions leur larbin et en effaçant toutes les traces qui les lient à ses crimes, tout en donnant un gage aux forces qui lui sont opposées pour pouvoir redémarrer un Genève II sur la base de la disqualification certaine et inéluctable des islamistes, qu’ils soient «soft» ou «hard». C’est l’unique voie pour pouvoir avancer sur des dossiers suspendus comme celui, crucial, de la Syrie. Les dindons de la farce, en fin de compte, n’ont pas été seulement Moubarak, Kadhafi, Salah ou Ben Ali, mais le club a été rejoint par le gros lard du Qatar qui va maintenant apprendre le goût amer de la disgrâce, qui n’a rien à voir avec la banane ou la fraise. «Tous les hommes sont sales d'une manière ou d'une autre. Seulement, il y a ceux qu'un simple verre d'eau suffit à laver et ceux que tous les océans de la terre ne sauraient purifier!»

Après nous avoir assommés avec l’AKP, agneau-khebab-pita, force est de constater que ce parti souffre actuellement d’une indigestion et, avouons-le, ne parvient pas à nous persuader qu’il est un modèle à instiller aux populations «sous-développées et arriérées» que nous sommes. Les peuples, avec ce qui se passe en Turquie et en Egypte, ont-ils enfin compris qu’ils ont été floués en participant bon gré mal gré à de véritables coups d’Etat décidés à Washington par les spins doctors de la Maison Blanche ? La roue de l’Histoire est-elle en train de tourner ? Nous ne sommes qu’au début du décryptage des événements qui se bousculent et s’accélèrent au moment où, en Iran, on a vu une élection se dérouler dans la tranquillité la plus absolue à tel point que l’Occident est gêné de l’évoquer, lui qui nous serine inlassablement que la République islamique iranienne est une menace potentielle. Par contre, il n’est pas question d’évoquer un coup d’Etat ou une destitution de l’émir du Qatar, car il faut absolument nous persuader que cet événement est une alternance démocratique à admirer. Tels sont les paradoxes actuels de la grille de lecture boiteuse proposée par Washington et ses alliés, alors même que les USA sont secoués par un scandale d’espionnage sans précédent dont nos sources nous chuchotent qu’un Obamagate se prépare, enterrant définitivement l’illusion démocratique américaine démasquée par ce jeune analyste de la CIA Edward Snowden qui, après Bradley Maning, nous révèle la vulnérabilité de l’empire américain devenu aujourd’hui la risée du monde alors qu’hier il dictait sa loi.

Les dégâts causés par l’Amérique dans les Etats-nations se sont traduits par le démembrement de ceux-ci et la venue d’une nouvelle formule de gouvernance qui en ont fait des no man’s lands peuplés de milices s’entre-déchirant entre elles, renvoyant le monde arabe à une époque où Lawrence d’Arabie complotait en se baladant à gauche et à droite comme bon lui semblait. Le monde arabe actuel dirigé par des incapables qui se moquent de toute notion d’Etat-nation et ne sont rien d’autre que des sous-traitants de la CIA, tels Morsi et consorts, incapables de gérer leurs propres foyers, nous offre une image pitoyable. L’impérialisme nous démontre qu’il peut dévorer ses valets les plus serviles sans aucun état d’âme lorsqu’il le juge nécessaire. Il n’a ni amis ni alliés dès lors que son seul but vise à s’accaparer les richesses des nations, les vidant de leur substance vitale et les jetant aussitôt après comme des citrons pressés en les vouant aux gémonies.

C’est une leçon pour ceux qui ont un doute sur l’impérialisme occidental en général et américain en particulier qui s’accommoderait s’il le faut avec le diable pour régner, tant que cela peut garantir ses intérêts vitaux. Quant aux crétins qui placent leur foi dans les banquiers et les marchands de canon, colonne vertébrale de l’impérialisme, ils ne récolteront que la semence de la trahison et finiront dans les égouts de l’Histoire comme l’émir du Qatar qui est en train de boire le fiel de la trahison jusqu’à la lie. On ne peut pas construire des Etats par procuration comme on ne peut pas offrir des démocraties en kit, alors que l’on espionne toute la planète. Avant de donner des leçons de démocratie aux autres nations, les Etats occidentaux doivent se démocratiser eux-mêmes avec notamment la levée des procédures d’écoute et le gel du fascisme qui régit leur vie politique et économique, et les exemples quotidiens à travers les médias et la scène politique secouée régulièrement par des scandales aux plus hauts niveaux nous indiquent que la ligne rouge est franchie depuis longtemps.

Sans la construction d’un citoyen occidental informé des véritables enjeux de la société dans laquelle il vit – et je n’en vois pas le premier signe – alors qu’il paie des taxes et des impôts pour larguer des bombes sur des pays qu’il ne connaît pas, nous restons sceptiques quant à même réformer certains pays tant le degré de fascisme a gangrené la sphère de décision politique avec tout ce que cela comporte comme effets secondaires sur la vie sociale, économique et culturelle. Le citoyen occidental, inconscient du danger qu’il court, a délaissé le champ de la lutte, ignorant le fascisme rampant qui se faufile dans la société et les institutions. Quant aux pays du monde arabe qui ont cru bon d’écouter et de suivre les think tanks et ONG qui font du commerce avec des concepts comme la démocratie, les droits de l’Homme, etc., ils sont arrivés à la concrétisation d’un autre type d’échec qui constitue à se livrer aux ténèbres du fascisme islamiste. Le socle de l’Etat-nation dans le monde arabe est à refonder et à retravailler avec des matériaux locaux.

Arrêtons l’importation des idées farfelues qui nous viennent d’ailleurs et qui ne sèment que le chaos. Ceux qui doutent, s’ils en ont le courage, devraient faire un pèlerinage dans la vallée de Sebaha en Libye, ou à Louxor, en Egypte, où le sieur Morsi n’a pas trouvé mieux que de vouloir nommer gouverneur un terroriste qui a assassiné 62 personnes au cours d’un attentat en 1997. Voilà la bonne gouvernance que les Etats-Unis et les Occidentaux nous proposent à travers ces sinistres personnages, dont Morsi restera dans les mémoires comme le plus mauvais des présidents égyptiens. Le sectarisme qui le caractérise ainsi que son compère Erdogan et leur émir bienfaiteur du Qatar ne semble pas se tarir et les dégâts qu’ils occasionnent dans ces pays totalement divisés sur fond de véritable guerre confessionnelle antichiite commencent à s’étendre au Liban, en Egypte, et bien évidemment en Syrie. Est-ce là le projet américain pour le monde arabe issu du discours du Caire de Monsieur Obama ? Est-ce là la vision du Moyen-Orient offrant la paix éternelle à Israël en enfonçant les peuples et les nations arabes dans des guerres interminables ? Nous dirigeons-nous vers le démantèlement définitif de tous les Etats-nations du monde arabe pour satisfaire l’entité sioniste ?

Dans le cauchemar arabe actuel, notre patrie l’Algérie est un havre de paix avec une stabilité quasi totale, même si le Président est malade et absent du territoire national, et cela prouve, comme l’ont dit certains, la solidité des institutions militaires et sécuritaires de notre pays alors que nous faisons face à des actes quotidiens de félonie et de trahison de toutes sortes. Le cas du trublion minable d’Aboud en est un nouvel exemple, lorsqu’il rate une nouvelle fois l’occasion de se taire au moment où l’Algérie souhaite de ses enfants dignes et honorables qu’ils ne versent pas de l’huile sur le feu. Chacun a le devoir d’apporter un soutien au pays dans l’humilité et le respect de notre peuple, de notre nation, de notre histoire et de nos martyrs, au lieu de propager en amont et en aval une maladie chronique telle le mildiou, qui contamine le monde de la presse, le monde politique, et tous les éléments non représentatifs de la nation algérienne. Heureusement que nous avons un peuple très exigeant et mature politiquement car sans cela l’anarchie se répandrait sur le pays. Des forces à l’intérieur comme à l’extérieur ne rêvent que de nous voir plonger dans la fitna. Ces groupes vont de l’OAS aux harkis, en passant par les expatriés qui ont fui le pays pendant la décennie rouge-sang, ceux qui ont vendu leur honneur pour un asile politique, les mafieux corrompus nichés dans les administrations, les cercles sionistes, bref tout un conglomérat antialgérien visqueux avec ses variantes qui n’a jamais accepté l’indépendance de l’Algérie.

Et ce Hicham Aboud sorti par la porte nous revient par la fenêtre avec des propos nauséabonds, vulgaires, qui symbolisent tout ce qui est bas chez l’homme. La question qu’on lui pose : avez-vous vraiment un honneur, vous et vos semblables, les Samraoui, Sifaoui, Souadia, Dhina, Zitout, Abassi, Mezrag, et toute cette clique de parias qui braient continuellement contre l’Algérie ? Ou encore cette plume hargneuse qui trempe dans l’encre amère de la vengeance personnelle pour justifier son existence insignifiante de frustré dépaysé parisien, offrant une aubaine par sa bêtise aux ennemis de l’Algérie d’hier et d’aujourd’hui. Qu’ils méditent donc cette citation algérienne : «Si vivre se limitait à exister pour soi, qu'aurais-je de plus que les arbres qui se dénudent en hiver et se couvrent au printemps tandis que je fais l'inverse ?» Un autre exemple tout frais de la perfidie nous a été montré par France 2 qui, au cours d’un reportage dans son JT du jeudi 27 juin, prêchait la chose et son contraire.

Cette couverture à la veille de notre fête nationale n’est pas innocente. Un envoyé spécial y dépeignait Alger comme un eldorado réservé aux riches en s’appuyant sur le témoignage d’un ex-comptable devenu milliardaire par la sainte grâce du dieu dollar, qui n’a pas hésité à cracher lui aussi dans la soupe à la télévision française. Le patron de Cevital qui a bénéficié des exonérations d’impôt et de différents privilèges accordés aux entrepreneurs algériens, a déclaré avoir été victime de la mauvaise gouvernance.

Donc, voilà un entrepreneur économique qui se transforme en chef de parti politique. On aurait aimé savoir à quoi se résume la bonne gouvernance chez ces énergumènes qui ont saigné le pays, corrompus jusqu’à la moelle, et qui dénigrent notre pays sur les chaînes françaises. Comment se fait-il que Monsieur Rebrab investisse dans les fenêtres PVC en France alors que c’est l’Algérie qui lui a octroyé des crédits? En nous parlant de la lourdeur de la bureaucratie, lui qui détient tout le port de Béjaïa et qui possède des usines un peu partout, je me demande ce que veut ce monsieur. Désire-t-il engloutir toute l’Algérie? De quelle mauvaise gouvernance parle cet individu, de celle qui a placé un simple comptable à la tête d’une des plus grandes fortunes d’Algérie et du monde ? Nous lui rétorquons par la phrase suivante: «D’où tiens-tu ça ?» («min ayna laka hada») que nous adressons aussi à Djaballah, Mokri, Mezrag, etc. autres adeptes de l’économie de bazar et de l’import-import. A-t-il gagné au loto ou à l’euromillions? Nous demandons des explications, car c’est facile d’aller critiquer à Paris ce que l’on bouffe à Alger.

Comme dit le proverbe arabe, «si tu n’as pas honte, fais ce que tu veux». Ce reportage au JT nous a offert l’occasion d’évoquer son dossier qui sera tôt ou tard mis sur la table, car cet enrichissement subit ne peut que mettre la puce à l’oreille du peuple algérien. Cet individu a beau nous baratiner avec ses histoires d’investissement, personne n’est dupe. S’il veut parler de mauvaise gouvernance, commençons donc par son cas, nous sommes curieux, nous qui avons hérité de la sève de nos ancêtres, d’entendre ses explications. On ne verra jamais aucun investisseur français critiquer son Etat sur les plateaux de télévision des autres pays. Or, manger avec le loup et pleurer avec le berger semble devenir une spécialité algérienne. Qu’avez-vous fait pour l’Algérie, Monsieur Rebrab and co ? Je me rappelle que votre fils, PDG de Hyundai, n’a pas hésité à frapper la présidente d’une section syndicale, dont j’ai eu le plaisir de plaider la cause auprès des plus hautes instances du pays auprès desquelles elle a obtenu gain de cause. Son seul tort était de vous avoir dit non, à vous les nouveaux maîtres de l’Algérie, et d’avoir défendu les travailleurs. Vous, les «begarra», les maîtres de la chakra, êtes la mauvaise graine du pays et devriez être nettoyés comme à la belle époque d’Ali la Pointe. «Si vous tenez le ciel, reposez-vous, même s’il tombe sur nos têtes.» L’Algérie vous a tout donné et vous ne lui rendez que de l’ingratitude.

Comment avons-nous donc pu produire des monstres pareils qui s’acharnent à porter des attaques perfides contre notre pays au moment où celui-ci est menacé de toutes parts par des conspirations multiples ? La presse, quant à elle, après sa naissance précoce lors de l’instauration du multipartisme, est restée figée à un stade embryonnaire régi soit par la calomnie soit par les critiques stériles, voire partisanes, ce qui lui a porté préjudice. Elle n’a jamais su développer sa mission de contrepouvoir en se cantonnant à être la caisse de résonnance et le relais des partis ou des lobbies de l’argent qui l’utilisent pour régler leurs comptes. Sa combattivité d’éthique et de déontologie reste encore à construire. Autre exemple de bassesse crapuleuse : le ministre marocain de l’Intérieur s’est fendu d’une déclaration pour le moins arrogante : «Ouvrez les frontières et nous arrêterons de vous envoyer des tonnes de drogue»!

Ainsi notre voisin de l’Ouest avoue contrôler le trafic de drogue qui inonde notre pays et, pire, se livre à un chantage mesquin envers nous. Bien évidemment, la réponse est claire à ce Maroc qui a toujours été une source de problèmes : pas question d’ouverture des frontières jusqu’à ce que les poules aient des dents ! Des partis politiques marocains se targuent de réclamer une partie de l’Algérie et de ce fait agressent notre souveraineté nationale. Parmi ces partis, celui de Chabat qui, au lieu de réclamer à l’Espagne Ceuta et Melilla, nous fait des fanfaronnades de coq, alors que le pauvre et paisible peuple sahraoui désarmé est opprimé et subit la torture quotidienne, et que plusieurs ONG, y compris celles des maîtres occidentaux du Maroc, produisent des rapports accablants pour dénoncer les dérives du régime marocain. Et ils osent s’attaquer à l’Algérie ? Qu’ils arrêtent leur cirque et donnent du travail et des logements à leur peuple au lieu de jouer avec le feu. Les Marocains ont été les premiers à réclamer la fermeture des frontières quand notre pays était livré à sa tragédie nationale et ils nous ont fermé la porte au nez pendant que des groupes terroristes allaient se reposer chez eux pour ensuite revenir massacrer notre peuple. Le moment est venu pour la nation algérienne et ses dirigeants de démystifier ce langage de bois et du charbon qui consiste à dire que les peuples arabes sont des « peuples frères ».

Non, Messieurs, ce concept est biaisé à partir du moment où la traîtrise et la perfidie pointent leur nez, c’est désormais chacun pour soi. Débrouillez-vous avec votre économie moribonde et fichez-nous la paix.

Il n’est pas encore né, celui qui peut se permettre de faire de la surenchère au sujet de l’Algérie, et certainement pas un pays dont le roi malade se soigne en France dans un lieu tenu secret et qui n’a plus donné signe de vie depuis plus d’un mois, et dont le gouvernement se fissure en attendant de couler comme le Titanic. Notre pays doit se redéployer sur lui-même et travailler avec des nations sérieuses, comme celles du BRIC qui ne produisent pas du vent, contrairement à ces pays arabes qui ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes. Le fait d’avoir un passé et une histoire communs ne donne à personne le droit d’exiger l’exclusivité de notre coopération ou de notre affection. Personne n’a le monopole de la fraternité et nous nous porterons mieux en nous construisant nous-mêmes. Nos autorités doivent travailler sur de nouvelles bases avec tous les pays, sur le principe gagnant-gagnant. Si certains demandent l’aumône, nous leur répondons : que Dieu vous aide, «Allah yanoub». L’Algérie, elle, s’est construite par le sacrifice de son peuple et n’a besoin de personne.

La politique algérienne a prouvé sa pertinence et son objectivité notamment dans les dossiers concernant la Syrie ou lors de l’intervention de l’Otan en Libye avec le désastre du «Sahelistan» qui a ramené la déstabilisation de tous les pays africains traversés de part en part par une multitude de groupes terroristes qui, d’après les derniers rapports et expertises de renseignement, constituent un danger imminent partout dans le monde et surtout en Europe. L’arsenal de guerre libyen aux mains des terroristes takfiristes constitue un véritable cauchemar pour tous les services de renseignement du monde confrontés à un problème majeur avec la traçabilité de ces armes libyennes. L’Algérie en optant dès le départ pour la non-intervention en Libye ou en Syrie a fait le bon choix, même si elle a été isolée sur une scène arabe décomposée et moribonde, mais elle a tenu bon et prouvé la justesse de ses choix.

A ceux qui n’arrêtent pas d’attaquer l’Algérie pour ses options stratégiques en politique interne ou extérieure, nous disons que s’ils veulent répandre le chaos libyen ou syrien, qu’ils le fassent chez eux avant de vouloir nous l’imposer. Le peuple algérien n’est pas preneur et refuse d’être le laboratoire d’expérimentation de l’Occident. Nous y avons déjà goûté grâce aux bons soins des puissances mondiales qui ont misé sur la destruction de l’Algérie en y incrustant le corps étranger de la mouvance islamiste avec ses variantes qui changent seulement de vitrine mais dont la matrice est la même, et ils ne peuvent pas nous leurrer car nous les connaissons mieux que quiconque au monde. S’ils veulent diffuser l’islamisme «modéré», formule contestable et contestée distillée lors de ces coups d’Etat populaires surnommés à tort le «printemps» ou «l’hiver» islamistes, qu’ils sachent que le fascisme ne connaît pas les saisons. Lors de la cérémonie de sortie des promotions 2012/2013 à l’Académie militaire interarmes de Cherchell du général de corps d’armée Ahmed Gaid Salah, transmettant le message du président Bouteflika absent, a appelé à «redoubler d’efforts pour continuer d’assumer les responsabilités nationale et constitutionnelle et de défendre la souveraineté et l’indépendance de l’Algérie en toutes circonstances». «Nous vivons dans un monde marqué par des événements rapides induisant des changements multiples tous caractérisés par les variations et l'instabilité ce qui nous amène, en tant que militaires, à continuer d'assumer nos responsabilités nationales et constitutionnelles et de défendre la souveraineté, l'indépendance et la stabilité de l'Algérie en toutes circonstances.»

La situation, ajoute le chef d'état-major de l'ANP, «implique la poursuite résolue et sans relâche de la lutte contre le terrorisme et le démantèlement de toutes ses ramifications criminelles». «Nul besoin de dire, ici et là, que l'Armée nationale populaire, héritière de l'Armée de libération nationale (ALN), est le pilier, voire le fondement de cette force. Et c'est pour cette raison que le Président a insisté sur la nécessité pour nos forces armées de poursuivre plus que jamais le développement de leurs potentialités afin de se maintenir au niveau de la noble mission qui leur incombe constitutionnellement. Cela pour que notre armée soit à la hauteur des défis majeurs auxquels fait face notre région, notamment les événements peu rassurants au Sahel et qui exigent de nous une vigilance extrême et permanente afin de riposter à leurs impacts, retombées et menaces.» Discours magistral et diagnostic perçant de la part de nos dirigeants civils et militaires qui prouvent une fois de plus que l’ANP restera la forteresse imprenable sur laquelle se briseront tous les rêves de conquête impérialistes.

L’Algérie a montré au monde entier que son destin n’est pas lié à des personnes, même s’il s’agit de son président, mais à des institutions telles que notre armée et nos services de renseignement qui sont là comme des remparts contre les faux prophètes de tous bords qui veulent jouer avec la stabilité du pays. Ils trouveront toujours le peuple algérien uni avec son armée et ses services de renseignement. Les tentatives de déstabilisation et les manœuvres aléatoires de téléguidage des apprentis sorciers qui visent notre pays ont échoué de façon magistrale: notre pays fonctionne, le citoyen vaque à ses occupations, le climat de tension attisé par des agitateurs professionnels suite à la maladie du président s’est évanoui avec le rêve de voir l’Algérie sombrer dans le chaos.

Mais néanmoins, les patriotes, les hommes intègres, les forces vives de notre nation, qui ont toujours existé, doivent s’unir pour contribuer à l’essor de notre patrie, loin des marécages des affaires et du monde de l’argent sale qui a gangrené tout le pays via des pratiques mesquines souvent menées par des politiciens pourris qui ont oublié l’intérêt de la nation. Dans un climat géostratégique périlleux et menaçant, des cadres honnêtes et compétents issus de toutes les institutions sont aujourd’hui appelés à un rendez-vous avec l’Histoire qu’il ne faut pas rater, dans la continuité de la reconstruction de l’Etat-nation. A l’occasion de la fête nationale du 5 juillet, je souhaite à mes compatriotes dignes et fiers de leur patrie, bonheur, prospérité et espoir. Bonne fête à tous.

Tahia Djazaïr ! Gloire à nos valeureux martyrs !

Pour reprendre le dessus, il suffit juste de se faire une raison ! (citation algérienne)

 

Mohsen Abdelmoumen


EGYPTE: LA FIN DE L'HEGEMONIE ATLANTISTE?

PLACE TAHRIR 4.jpg

La Place Tahrir se lève contre le président Morsi



Le pouvoir étatsunien ne doit pas en mener large. Avec la Turquie c'était déjà assez coton, mais là! C'est l'Egypte, le cœur du dispositif péniblement mis en place depuis Anouar Essadate, qui est sérieusement menacé. Car il semble bien que cela soit la fin et du "printemps" des Arabes et assimilés et des Frères et du wahabisme et de l'hégémonie atlantiste dans la région. Le retour de manivelle est impressionnant. Jamais le peuple égyptien n'a été aussi mobilisé, même comparativement à l'ère du nationalisme nassérien.
 
Des marées humaines font la démonstration du refus de l'agenda dévastateur porté par Mohamed Morsi et sa Confrérie. La grande presse a beau faire croire à un clivage "laïcs" versus "islamistes", elle ne parvient pas à cacher la réalité que, bien au delà d'un courant politique, c'est le peuple  profond qui s'ébranle dans un extraordinaire mouvement contre la dictature de la "démocratie de marché", contre l'allégeance des Frères aux Etats-Unis, contre la mise à l'encan de la souveraineté du pays et contre l'engagement aux côtés de l'OTAN vis-à-vis de la Syrie. Uniques signes de ralliement, l'emblème national et, pour ceux qui ont pu en dénicher un exemplaire, le portrait de Gamal Abdenasser. Tout un symbole. La conscience égyptienne, que des dizaines d'années de bradage dans l'infitah, de compressions sociales, et de compromissions/trahisons dans la reconfiguration du Moyen-Orient, semblaient avoir anesthésié à jamais, a démasqué les Frères.
 
Dans une lamentable lecture, pleine de mépris des faits (ou plutôt de dépit) qui se veut analyse, le quotidien français Le Monde y voit "un vaste mouvement d'opposition, qui regroupe l'essentiel du camp laïc - plus quelques revanchards de l'ancien régime - et qui peut capitaliser sur le désespoir d'une bonne partie des Egyptiens". "Idéalement, les deux camps attachés au rejet de ce qu'a été l'ancien régime, devraient dialoguer", est la chute de l'article, l'expression du désarroi, devant l'effondrement des plans concoctés.
 
Reste le fol espoir d'un bain de sang qui n'aura certainement pas lieu, malgré quelques dérapages. Dans le réel, le monde entier suit en direct, la formidable communion de millions de femmes, d'hommes et d'enfants, animés de la certitude que rien ne doit plus et ne pourra plus se faire sans eux. En attendant le dénouement de cette épopée, nous ne pouvons ne pas nous remémorer la longue marche des Frères, à l'assaut du pouvoir, contre le communisme et le nationalisme. C'était du temps où une partie du monde dit arabe résistait vaille que vaille à l'offensive des puissances occidentales, où l'Arabie des Saoud ne trônait pas encore sur la scène internationale, où le Qatar ne figurait même pas dans les entrefilets de presse et où la "démocratie" rimait plutôt avec "édification nationale". Elle a duré cette marche, jusqu'à ce "printemps" qui devait être béni, mais qui s'est transformé en cauchemar. Il faut dire que ne pas tenir une année le pouvoir convoité, est une exception en la matière, surtout quand on se proposait de produire la société idéale et que l'on se trouve confronté, en quelques mois, à inspirer un dégoût et un rejet rarement observés dans l'Histoire.   
 
 
Par Ahmed Halfaoui


LE CONSEILLER DE LAURENT GBAGBO A ALGERIE PATRIOTIQUE: «LA SURVIE DE L'EUROPE DEPEND DE L'AFRIQUE»


TOUSSAINT ALAIN.jpg

Affaire Gbagbo: "La Cour pénale internationale ne doit pas avoir honte de reconnaître qu’elle a été induite en erreur, trompée et manipulée par le gouvernement français de Nicolas Sarkozy et son allié Alassane Ouattara". 


Dans une interview accordée au site d’informations algérien, Algérie Patriotique.com, Alain Toussaint livre son opinion sur divers sujets.


Algérie Patriotique: Sous Gbagbo, la Côte d’Ivoire a connu un développement économique considérable. Le Pib de la Libye de Kadhafi était un des meilleurs dans le monde. La Syrie avait réussi, malgré un système politique fermé, à unir une société multiconfessionnelle. Le Venezuela de Chavez a rendu au peuple son honneur. L’Algérie, locomotive de l’Afrique, subit un terrorisme barbare depuis vingt ans. Pourquoi les pays du Sud qui avancent dérangent-ils le Nord?

Alain Toussaint: Le Nord a toujours eu besoin de sources d’approvisionnement en matières premières. Pour s’assurer qu’il n’y aura jamais de rupture, ces pays riches recourent à la violence armée. L’Afrique subit à la fois la domination politique, militaire et économique des grandes puissances qui lui imposent leur diktat. Notre continent qui compte un milliard d’habitants aujourd’hui – ils seront 2 milliards en 2050 – a d’énormes défis à relever : infrastructures, industrie, éducation, santé, culture, médias, etc. L’Afrique est donc un vaste marché convoité par toutes les autres nations. La survie économique de l’Europe, par exemple, dépend du contrôle des marchés africains. Ses entreprises doivent écouler leurs produits manufacturés en Afrique. S’il y a 20 ans, les pays du Sud faisaient l’essentiel de leur marché au Nord, le rapport s’est inversé avec la montée en puissance des pays émergents, emmenés par les Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). Grâce à la dynamique créée par ces nouveaux acteurs, le Sud commerce davantage avec le Sud même si certains Etats d’Afrique subsaharienne restent encore relativement dépendants du Nord, notamment dans les domaines de la médecine, des technologies de pointe et de l’armement. Le partenariat Sud-Sud représente une menace pour le Nord dont la part de marché dans l’économie mondiale est en pleine décroissance. Il lui faut donc s’agripper à l’Afrique, y compris par la violence. Alors, certains chefs d’Etat sont imposés de l’extérieur via des opérations de déstabilisation déguisées en croisades pour la «démocratie». Par la puissance de leurs médias, des dirigeants étaient diabolisés avant d’être neutralisés. Le Vénézuélien Hugo Chavez a succombé à un mystérieux cancer de la gorge ; Laurent Gbagbo, pourtant réélu à la tête de la Côte d’Ivoire en novembre 2010, est maintenu en détention par la France à la prison de la Cour pénale internationale (CPI), à La Haye, aux Pays-Bas. Plusieurs autres leaders progressistes d’Afrique noire et du Maghreb – mais aussi d’Amérique latine – demeurent sous la menace permanente des maîtres d’hier. L’Algérie, qui a développé un partenariat très fort avec la Chine, n’est pas à l’abri. Son gaz et son pétrole sont convoités. Les pays occidentaux ont du mal à admettre que le temps de la soumission est passé. Ils refusent de mettre à jour leur logiciel et de changer leur vision erronée d’un continent en mouvement.

Renversement du pouvoir en Côte d’Ivoire, intervention militaire au Mali, pillage des ressources halieutiques au Sahara occidental occupé, exploitation des richesses naturelles dans d’autres pays africains… Pourquoi l’Afrique n’arrive-elle toujours pas à s’affranchir?

La suprématie des pays occidentaux repose sur leur hégémonie économique et militaire. D’ailleurs, ils en abusent pour jouer le rôle de gendarmes du monde dont ils n’ont reçu mandat de personne. Ils font la pluie et le beau temps, décernent des brevets de dictateurs ou de démocrates à qui bon leur semble au gré de leurs intérêts géostratégiques, occupent des territoires sous le prétexte d’y lutter contre le terrorisme, attisent les conflits internes en armant un camp contre l’autre, utilisent un armement sophistiqué quand ils dénient le droit à des gouvernements agressés d’en faire autant pour combattre les pantins qu’ils ont formés et armés. Tout le monde a compris la finalité de cette forme de paternalisme et de néocolonialisme. Plus que des missions pour le rétablissement de la «démocratie», il s’agit de conquêtes économiques. Regardez ce qu’ils ont fait au Mali, en Côte d’Ivoire, en Libye, en RDC, etc. Leur seul et unique objectif est le contrôle des richesses naturelles du continent africain. La grave crise économique actuelle que connaissent ces «grandes» puissances a davantage aiguisé leur appétit et renforcé leur détermination à dominer l’Afrique. En plus du pillage de nos ressources, il y a le fardeau de la dette africaine. Elle reste un facteur d’appauvrissement des populations et de sous-développement. C’est aussi le moteur de l’aliénation car elle entretient une dépendance totale à l’égard des pays «riches» du Nord et des institutions financières de Bretton Woods, qu’ils ont créées, notamment le Fonds monétaire international (Fmi) et la Banque mondiale.

Dans le monde multipolaire en gestation, les pays africains doivent se défaire de cette tutelle qui retarde leur décollage. Face à la nouvelle donne géopolitique et géoéconomique, un profond désir de liberté, d’indépendance effective et d’unité anime chaque Africain. Cela passe par la constitution de nouveaux pôles régionaux solides afin de tenir le choc face à des pays occidentaux entrés dans un cycle inévitable d’affaiblissement. L’Afrique n’a pas vocation à être l’éternelle vache à lait de l’Occident. Politiquement, militairement et économiquement, le continent doit enfin s’affranchir. Mais attention, il ne s’agit pas de remplacer les anciennes idoles par de nouvelles qui joueront le même rôle. Encore moins de passer d’un maître à plusieurs maîtres.

Les pillages et les interventions militaires ne changeront rien aux aspirations légitimes des peuples africains, privés de dignité depuis des siècles. Il faut bâtir en commun une Afrique solide pour nos enfants et les générations futures. Les Africains doivent comprendre que la bonne gouvernance est l’une des portes vers le développement. Nous devons envisager des réformes dans plusieurs domaines: politique, économique, social, culturel, etc. Nous devons, enfin, bâtir des institutions fortes et crédibles, socle de l’Etat de droit, au service des peuples africains. L’Afrique sera ce que les Africains voudront qu’elle soit. Il en va de même des relations avec les pays occidentaux. Le temps du réveil a sonné.

Des pays arabes réclament une réforme profonde de la Ligue arabe. Pensez-vous que l’Union africaine dans sa forme actuelle joue un rôle positif ou doit-elle subir une refonte totale?

L’Organisation de l’Unité africaine (Oua) puis l’Union africaine (Ua) n’ont jamais été au service des peuples africains. L’idée des pères fondateurs de l’OUA partait d’un bon sentiment, mais leur vision panafricaniste a ensuite été dévoyée par des chefs d’Etat africains en mission exclusive pour leurs maîtres occidentaux.

Après un demi-siècle d’existence, une refondation de l’Oua s’impose, ainsi que la redéfinition de ses missions. Quelle est sa vision de l’Afrique et du monde d’aujourd’hui ? Comment se projette-t-elle dans le futur ? Comment compte-t-elle défendre les peuples africains et les énormes ressources du continent face à la horde de pilleurs surarmés qui menacent l’existence-même de nos pays ? Nous devons rester unis pour protéger nos intérêts. Depuis l’élection de la présidente de la Commission de l’Ua, la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma, je sens les lignes bouger. L’Afrique digne a enfin pris les commandes de l’organisation continentale. Bien avant, le Libyen Mouammar Kadhafi, assassiné par la coalition des «démocrates de la canonnière», nourrissait une réelle ambition pour l’Afrique unie et forte. En plus de renforcer les capacités de l’Ua, le Guide estimait que l’autonomie et l’indépendance passaient par la création d’une monnaie unique africaine adossée à une Banque centrale, la mise sur pied d’un vrai Parlement des peuples africains, des infrastructures de télécommunications, des routes pour dynamiser un marché interafricain, etc. L’Ua doit énormément s’impliquer dans la vie politique, institutionnelle et économique de nos pays plutôt que de les abandonner entre les griffes des ex-colonisateurs qui dictent leur loi à des Etats surendettés, livrés aux lobbies militaro-industriels. Les choses doivent changer.

Pourquoi la France de Sarkozy s’est-elle particulièrement acharnée contre le président Laurent Gbagbo et imposé par les armes Alassane Ouattara?

La Côte d’Ivoire demeure la chasse gardée de la France selon l’entendement des dirigeants français. Un pays stratégique puisqu’il représente à lui seul plus de 40% de l’Union économique et monétaire (Uemoa), qui regroupe les ex-colonies françaises d’Afrique de l’Ouest et qui ont en commun une monnaie dénommée le franc CFA. En réalité, Gbagbo n’a jamais remis en cause les intérêts français en Côte d’Ivoire. Bien au contraire. Les multinationales hexagonales ont largement profité des années Gbagbo. Seulement, dès son élection en octobre 2000, le nouveau chef d’Etat a mis en œuvre une politique de partenariat avec les pays émergents et ceux du Sud. Cette tentative d’ouverture a fortement déplu à la puissance tutélaire, la France, qui estime que la Côte d’Ivoire est sa propriété exclusive. Même la politique sociale de Gbagbo, notamment l’Assurance-maladie universelle (AMU), agaçait la métropole à tel point que l’Elysée de Jacques Chirac a dépêché un jour à Abidjan un ministre français afin de demander à Laurent Gbagbo de surseoir à sa «révolution». Voilà l’une des origines des malheurs de Gbagbo qui s’entêtait à tenir des conseils des ministres à Abidjan sans prendre l’ordre du jour à l’Elysée. Laurent Gbagbo est à la Côte d’Ivoire ce qu’Ahmed Ben Bella a été à l’Algérie. Un pacifiste, un patriote mais surtout le père de la conscience nationale. Les ex-colons lui ont préféré Alassane Ouattara, l’homme de la finance internationale, imposé par les armes au terme d’une rébellion barbare qui a fait des milliers de morts depuis septembre 2002. Depuis le 11 avril 2011, nous sommes dans une fiction de démocratie en Côte d’Ivoire. C’est le règne de la terreur, la violence d’Etat. Nos amis sont pourchassés, enlevés et assassinés par les milices d’un régime inhumain, qui s’endette sans compter pour faire plaisir à ses parrains. Aujourd’hui, plus de 700 personnalités – dont la première dame Simone Gbagbo, Pascal Affi Nguessan, le chef du parti de Gbagbo, un gouverneur de la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (Bceao), Michel Gbagbo, le fils de Gbagbo, Charles Blé Goudé, ancien ministre et leader des jeunes patriotes, des députés –, sont arbitrairement détenues par le pouvoir ivoirien. Les donneurs de leçon d’hier, si prompts à accabler Gbagbo dès que la météo est mauvaise à Abidjan, sont subitement devenus aveugles et muets. Mais je reconnais que c’est bien le type de «démocratie» que préfère la France en Afrique.

Vous estimez que la décision de la Cpi d’ajourner le verdict de l’audience de confirmation des charges contre Laurent Gbagbo est annonciatrice de sa libération prochaine. Sur quoi fondez-vous votre optimisme?

C’est la Cpi, elle-même, qui m’encourage à le penser. Comme vous le savez, ses juges ont demandé au procureur Fatou Bensouda de poursuivre ses investigations afin de présenter des preuves plus solides qui pourraient justifier un procès à l’encontre de Laurent Gbagbo. Or, Gbagbo a été déporté à La Haye depuis le 29 novembre 2011, en violation de ses droits, sur la base d’un mandat illégal. Aujourd’hui, tout le monde s’accorde à dire que le dossier d’accusation est vide. La Cour ne doit pas avoir honte de reconnaître qu’elle a été induite en erreur, trompée et manipulée par le gouvernement français de Nicolas Sarkozy et son allié Alassane Ouattara. Il n’y a aucun mal à cela. Laurent Gbagbo, à qui Jacques Chirac promettait la Cpi depuis 2003, est innocent. Il doit être libéré immédiatement.

Qui, selon vous, a instrumentalisé la CPI pour «monter» un procès contre l’ancien président de Côte d’Ivoire?

La dimension politique de cette affaire est incontestable. La détention du président Gbagbo est une escroquerie politique. Le gouvernement français détient la solution du problème Gbagbo. François Hollande qui a hérité de ce dossier n’ignore rien du complot ourdi par Nicolas Sarkozy contre Laurent Gbagbo, vainqueur de la présidentielle de novembre 2010. Le nouveau chef d’Etat français rendrait service à la Côte d’Ivoire et à la France en autorisant la libération de notre leader. De grâce, ne me parlez pas de justice ! C’est une affaire politique, vous le savez très bien. Gbagbo est un prisonnier politique de l’impérialisme occidental, comme le furent avant lui Samory Touré, Toussaint Louverture, Béhanzin, Kadjo Amangoua et d’autres. Le président Gbagbo se retrouve à La Haye à la suite de petits arrangements entre amis, notamment Nicolas Sarkozy, l’ancien procureur de la Cpi, Louis Ocampo-Moreno, et leur ami Alassane Ouattara. On le voit, le politique prédomine sur le judiciaire. L’entêtement de la CPI à vouloir coûte que coûte condamner Gbagbo est une erreur de politique pénale qui nuit gravement à son image et à sa crédibilité. Cette Cour est si partisane qu’elle n’a engagé, pour l’heure, que des poursuites contre le camp Gbagbo mais pas contre celui de Ouattara, le «démocrate» préféré de la communauté internationale. Cette politique du «deux poids deux mesures» démontre bien que la CPI est instrumentalisée. Les leaders africains comme Laurent Gbagbo, les présidents soudanais Omar El-Béchir ou kenyan Uhuru Kenyatta sont les victimes du nouveau colonialisme judiciaire, dans le droit fil de la domination économique, militaire et politique des puissances occidentales sur l’Afrique. Cette forme de terrorisme doit aussi cesser.

Est-il probable que Laurent Gbagbo soit libéré ? Quel impact sa libération aurait-elle sur la vie politique en Côte d’Ivoire?

Selon moi, les chances de libération du président Gbagbo sont intactes. Le dossier est vide. Sa détention fait peser une hypothèque sur l’avenir de la Côte d’Ivoire. La libération de Nelson Mandela avait contribué à construire la nouvelle Afrique du Sud post-apartheid. Celle de Laurent Gbagbo peut être un puissant moteur de la réconciliation nationale en Côte d’Ivoire. Son retour parmi les siens permettra de renouer le fil du dialogue entre Ivoiriens, d’apaiser les cœurs et d’annihiler toute tentative de belligérance. Laurent Gbagbo a toujours œuvré pour la paix et l’unité des Ivoiriens. Il est le fondateur d’un parti politique qui transcende les clivages ethniques, religieux et sociaux. Gbagbo est un rassembleur. Cet homme du peuple manque énormément à ses compatriotes, dont une écrasante majorité – toutes obédiences politiques confondues – vit très mal son incarcération à La Haye.

Si Gbagbo recouvrait sa liberté, envisage-t-il de revenir aux affaires politiques dans son pays?

C’est une question délicate que vous me posez. Seul le président Laurent Gbagbo est en mesure d’y répondre. Mais je ne doute pas qu’il prendra une décision cohérente, en pleine harmonie avec sa conscience, son parcours et l’espérance toute fondée qu’il incarne pour le peuple ivoirien et l’Afrique qui l’attendent.

 

Interview réalisée par Kamel Moulfi et Mohamed El-Ghazi


Source: ALGERIE PATRIOTIQUE

DANS CERTAINES CIRCONSTANCES, LE SILENCE PEUT ETRE SYNONYME DE LACHETE ET DE COMPLICITE AVEC L'INIQUITE

 

MONSEIGNEUR AHOUANA.jpg

Mgr Paul-Siméon Ahouana Djro

 

Lorsque Caïn tua Abel et que Dieu lui demanda où était son frère, il répondit qu’il ne savait pas et qu’il n’était pas le gardien de son frère (Genèse 4, 25). Qu’ils le confessent ou non, les disciples de Caïn sont ceux qui refusent de veiller sur leurs frères, ceux qui se montrent indifférents à la détresse ou à la souffrance d’autrui. D’autres personnes estiment au contraire que nous sommes responsables les uns des autres, qu’on ne peut se revendiquer homme et ne pas “connaître la honte en face d’une misère qui ne semblait pas dépendre de soi ”. Leur raisonnement est le suivant: si nous nous disons frères ou compagnons d’humanité, la misère (matérielle, morale ou spirituelle) de l’autre devrait nous interpeller et nous amener à sortir de notre silence.

C’est ce que fit Voltaire (1694-1778), figure emblématique de la France des Lumières, en défendant Calas accusé à tort d’avoir assassiné son fils Marc-Antoine pour l’empêcher de faire comme son frère aîné qui était passé du protestantisme au catholicisme et d’avoir maquillé le meurtre en suicide. En intervenant dans l’affaire Calas, l’auteur de “Candide” n’était pas mû par des considérations pécuniaires pas plus qu’il n’était en quête de reconnaissance. Sa renommée était déjà bien établie par une immense œuvre littéraire. Tout ce qu’il voulait, c’était un nouveau procès car il était convaincu que Calas et les siens étaient victimes de l’intolérance et de l’arbitraire. La suite est connue: un autre procès eut lieu en 1764, Jean Calas fut réhabilité l’année suivante et Voltaire put retourner à Paris en avril 1778 après vingt ans d’exil.

Victor Hugo (1802-1885) ne défendit pas un individu mais les pauvres en général. En 1862, en effet, il leur consacra un grand roman, Les Misérables, qui raconte l’émouvante histoire de Jean Valjean. Sa phrase “Le peuple a faim, le peuple a froid. La misère le pousse au crime ou au vice, selon le sexe” est restée dans tous les esprits. Mais Hugo est aussi connu et apprécié pour avoir fustigé le coup d’État du 2 décembre 1851 et son auteur Napoléon III dans un pamphlet intitulé Napoléon le petit. Probablement pour le remercier d’avoir plaidé la cause du peuple et d’avoir pris des risques pour ce peuple, environ deux millions de personnes et 2 000 délégations se déplacèrent, le 31 mai 1885, pour lui rendre un dernier hommage.

Émile Zola (1840-1902), mort 17 ans après V. Hugo, s’intéressait comme ce dernier aux conditions de vie des pauvres et disait “n’avoir qu’une passion, celle de la lumière, au nom de l’humanité qui a tant souffert et qui a droit au bonheur”. C’est pour cette raison qu’il refusa de se murer dans le silence pendant l’affaire Dreyfus. Se taire lorsqu’un innocent est condamné alors que les vrais coupables circulent librement lui semblait insupportable. Pour mémoire, Alfred Dreyfus, capitaine français d’origine juive, était considéré comme un traître à la nation. On lui reprochait d’avoir livré des documents secrets à l’attaché militaire allemand en poste à Paris. Pour Zola, le véritable traître était le commandant Walsin Esterházy.

Ses articles dans la presse française et sa lettre au président de la République Félix Faure publiée dans “L’Aurore” du 13 janvier 1898 sous le titre “J’accuse” furent décisifs. Le 23 février 1898, au cours du procès, il reviendra à la charge en disant: “Tout semble être contre moi, les deux Chambres, le pouvoir civil, le pouvoir militaire, les journaux à grand tirage, l’opinion publique qu’ils ont empoisonnée. Et je n’ai pour moi que l’idée, un idéal de vérité et de justice. Et je suis bien tranquille, je vaincrai. Je n’ai pas voulu que mon pays restât dans le mensonge et dans l’injustice. On peut me frapper ici. Un jour, la France me remerciera d’avoir aidé à sauver son honneur.”

Si l’engagement de Zola contribua incontestablement à la révision du procès et à la réhabilitation de Dreyfus en 1906, il n’en reste pas moins vrai que l’auteur de “Germinal” laissa quelques plumes dans ce combat contre l’injustice et le mensonge. Il dut en effet composer avec la haine et les menaces de mort. Ses livres et son portrait furent publiquement incendiés. Même son nom fut retiré de la Légion d’honneur.

Pourquoi ce détour par trois monuments de la littérature française? D’abord, pour souligner que la lutte pour la justice et la vérité n’est pas un combat perdu d’avance.

Cette lutte peut être longue et dure; elle peut parfois nous éloigner momentanément de la patrie et des nôtres (c’est le cas de Voltaire et de Zola qui fut contraint de passer 11 mois à Londres) mais elle finit par porter du fruit. Je ne sais pas quand cela se fera mais je suis certain que les usurpateurs et voleurs que la France a installés à la tête de notre pays seront dégagés et rendront des comptes au peuple ivoirien pour la simple raison que le faux et l’injustice ne peuvent prospérer éternellement. En revenant sur l’engagement politique des 3 écrivains français, je voudrais, d’autre part, nuancer l’idée selon laquelle il vaut mieux garder le silence pour éviter d’avoir des ennuis. Non, devant un frère qui souffre ou pleure, la seule attitude qui vaille n’est pas de se taire ou de rester dans son petit coin mais de se solidariser avec lui, de l’assister.

La Côte d’Ivoire divisée en deux en septembre 2002 par une rébellion montée de toutes pièces par la France pour obliger Laurent Gbagbo à se prosterner devant elle et à la laisser piller les richesses du pays, ne bénéficia pas de cette assistance. Plusieurs pays de la CEDEAO refusèrent de soutenir ouvertement et concrètement le président démocratiquement élu par les Ivoiriens en octobre 2000. Peut-être ces pays se disaient-ils qu’ils n’étaient pas concernés par cette tragédie et que leurs pays étaient à l’abri de ce genre de choses. La CEDEAO prit fait et cause pour les rebelles, leur déroulant le tapis rouge, n’exigeant jamais que ces assassins et buveurs de sang déposent les armes, les soutenant jusqu’à la réalisation de leur funeste objectif: remplacer Laurent Gbagbo par Dramane Ouattara, l’homme qui leur envoyait chaque mois 25 millions de FCFA quand ils se préparaient à attaquer le pays au nez et à la barbe de Compaoré et donne chaque jour l’impression de travailler plus pour la France et les étrangers de la CEDEAO que pour les Ivoiriens. Mais quelques mois suffirent pour que chacun de ces pays découvre, avec la partition du Mali, que ce qui arriva à la Côte d’Ivoire de Laurent Gbagbo peut arriver à tout le monde, tout comme il fallut les guerres meurtrières du Liberia et de la Sierra Leone pour que nombre d’Africains prennent conscience qu’ils auraient dû parler et faire quelque chose au moment où les Interahamwe de Juvénal Habyarimana massacraient un million de Tutsis avec la complicité de l’armée française.

Ce que je voudrais dire en un mot, c’est que le silence n’est pas toujours recommendable quoiqu’il soit utile à certains moments. Face à certaines situations, on a en effet le devoir de parler (haut et fort au besoin) pour que soient entendus les cris des victimes. Parler non pas parce qu’on a envie de se faire remarquer, ni parce qu’on désire nuire à X ou à Y, ni parce qu’on cherche à faire fortune sur le dos des personnes affligées mais simplement parce qu’on considère que tout homme nous est un frère. Pour le dire autrement, se taire toujours me paraît à la fois malsain et indécent. Je fais partie de ceux qui soutiennent que le silence ne mérite pas que des éloges et que, dans certaines circonstances, il peut être synonyme de lâcheté et de complicité avec l’iniquité, que ne rien dire devant l’injustice et le mensonge est dangereux et destructeur non seulement pour les autres mais pour soi-même.

À titre d’illustration, je ne citerai ici que le joli poème écrit en 1942 par le pasteur allemand Martin Niemöller, fondateur de La “Ligue d’urgence des pasteurs” qui protesta contre la persécution des Juifs et des pasteurs refusant de se soumettre aux Nazis. Le fameux poème, le voici: “Quand ils sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste; quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste; quand ils sont venus chercher les Juifs, je n’ai rien dit, je n’étais pas Juif; quand ils sont venus chercher les catholiques, je n’ai rien dit, je n’étais pas catholique. Et puis, ils sont venus me chercher et il ne restait plus personne pour protester.” Le malheur qui frappe aujourd’hui autrui peut me frapper demain si je ne dis rien ou ne fais rien pour le tirer d’affaire: telle est la leçon qui nous est donnée par Martin Niemöller.

Les Maliens, qui croient à tort avec les Burkinabè et Guinéens que la Côte d’Ivoire est aussi leur propriété privée parce qu’ils auraient contribué à son développement, l’avaient oubliée ou ignorée. Simplement parce qu’ils étaient obnubilés par l’idée, la fausse idée, que le malheur des Ivoiriens ferait leur bonheur. En effet, le Mali mais aussi le Sénégal de Wade et d’autres pays de la sous-région, poussés par une diabolique jalousie, s’imaginaient que la crise ivoirienne les rendrait enfin riches, prospères et puissants. D’où le soutien qu’ils n’hésitèrent pas à apporter à une rebellion sanguinaire et immorale. Mais, comme tout se paie ici-bas et que ça n’arrive pas qu’aux autres, ils vivent à présent dans un pays divisé avec deux armées et des populations obligées d’abandonner tout ce qu’elles ont patiemment construit et de fuir des rebelles voleurs et violeurs.

Le “Je n’ai rien dit” de Niemöller fut oublié par le Vatican qui, en plus de se faire représenter à Yamoussoukro le 21 mai 2011 par Mgr George Antonisamy à l’investiture de Dramane Ouattara, ne dénonça jamais l’embargo sur les médicaments, la fermeture des banques, l’incarcération sans jugement des proches de Laurent Gbagbo, les tueries de Duékoué et de Nahibly. Il est vrai que personne ne peut chanter un “Te Deum” après le cambriolage de la basilique Notre Dame de la Paix le 24 juin 2013, prouesse jamais réalisée sous les précédents régimes. Mais peut-on s’interdire de penser qu’il est peut-être bon que le Vatican soit victime, lui aussi, de cette barbarie pour qu’il comprenne enfin que ce qui se passe en Côte d’Ivoire depuis le 11 avril 2011 est trop grave pour qu’on continue de garder le silence?

Certains pourraient objecter que les prêtres étrangers qui ont la charge de cette basilique ne devraient pas se mêler des affaires de la Côte d’Ivoire. Je leur répondrais que l’argument ne tient point la route car l’évêque de Doba (Tchad), la ville du pétrole tchadien, bien que de nationalité italienne, n’a pas manqué de critiquer, dans son homélie du 30 septembre 2012, la gestion des ressources du pétrole. Pour Mgr Russo, la population locale ne profitait pas assez des revenus de l’or noir. L’évêque italien ne comprenait pas que Doba n’ait pas d’électricité 24h/24h alors que le Tchad produit du pétrole depuis 9 ans.

Le gouvernement tchadien estima que Mgr Michel Russo prêchait la division et qu’il devait donc quitter le pays. Mgr Russo fut effectivement expulsé le 21 octobre 2012 mais il revint dans son diocèse le 27 décembre. Et, parmi les évêques de Centrafrique ayant écrit au président Michel Djotodia le 20 juin 2013 pour condamner les exactions de la coalition Seleka, ne trouve-t-on pas 5 étrangers (les évêques d’Alindao, de Bouar, Bangassou, Kaga-Bandoro et M’Baïki)? Ces deux exemples attestent que l’évangile ne dit nulle part que seuls les prêtres et évêques d’un pays devraient s’engager dans la lutte pour la justice et le respect des droits de l’homme. “L’Église ne peut ni ne doit prendre en main la bataille politique pour édifier une société la plus juste possible. Elle ne peut ni ne doit se mettre à la place de l’État. Mais elle ne peut ni ne doit non plus rester à l’écart dans la lutte pour la justice. Elle doit s’insérer en elle par la voie de l’argumentation rationnelle et elle doit réveiller les forces spirituelles sans lesquelles la justice, qui requiert aussi des renoncements, ne peut s’affirmer ni se developper .”

Cette parole de Benoît XVI ne s’adresse pas uniquement au clergé ivoirien mais à toute personne ayant choisi librement de suivre le Christ comme prêtre ou religieux(se). Les prêtres et religieux (ses) travaillant en Côte d’Ivoire devraient mettre en pratique la recommandation du pape allemand au lieu de continuer à rester muets. Sinon, ils donneraient raison à ceux qui les soupçonnent d’être les inspirateurs des articles partisans du quotidien catholique “La Croix” et de rouler pour ceux qui, après avoir coupé le pays en deux, ont usé de mensonges pour amener l’ONU et la France à tuer les Ivoiriens afin que Dramane Ouattara puisse occuper le fauteuil présidentiel.

En prenant position clairement et publiquement, Mgr Russo et les 5 évêques expatriés de Centrafrique ne voulaient pas renverser Idriss Déby et Djotodia. Leur objectif était simplement d’incarner un tant soit peu 2 paroles du Christ. La première dit: “Vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres” (Jean 8, 32). Quant à la seconde, elle invite à craindre non pas “ceux qui tuent le corps et après cela ne peuvent rien faire de plus mais celui qui, après avoir tué, a le pouvoir d’envoyer dans la géhenne” (Luc 12, 4-5).

Je ne sais pas ce que craignent nos frères qui militent dans le Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) s’ils arrêtaient de soutenir aveuglément un pouvoir qui s’est donné pour mission de déposséder les populations de l’Ouest au profit des Burkinabè, de brader la nationalité ivoirienne, d’emprisonner ou d’assassiner quiconque est en désaccord avec Dramane Ouattara, de protéger et promouvoir ses propres criminels, de faire du faux (par exemple, la vidéo des violences du Kenya versée au dossier de l’Accusation) pour garder injustement Laurent Gbagbo à la Haye, de ne donner du travail qu’aux gens du Nord, etc. Craignent-ils de perdre leurs postes et les avantages les accompagnant?

Mais que valent nos petits intérêts égoïstes à côté de l’avenir d’une nation? Le pays va mal, il se meurt et les partisans de Laurent Gbagbo ne sont pas les seuls à le dire. Lazare Yéboué, Kouadio Konan Bertin, Daniel Aka Ahizi, Mel Théodore, Boni Claverie, Dona Fologo, Jean-Louis Billon et tant d’autres nous alertent sur les dangers que des irresponsables et des bouffons font courir chaque jour à la Côte d’Ivoire. Ils nous mettent en garde contre le fait de penser que ça n’arrive qu’aux autres et ils ont raison car, quand les mercenaires venus du Burkina et du Mali pillaient les maisons, violant et emportant tout sur leur passage, ce n’est pas les seuls partisans de Laurent Gbagbo qui firent les frais de ce gangstérisme moyenâgeux.

Tout le monde fut visité et dépouillé. Ils n’ont pas tort de considérer que la Commission électorale ivoirienne, dans sa composition actuelle, est un non-sens dans la mesure où le MPIGO, le MJP et le MPCI qui n’existent plus continuent d’en faire partie et de nous rappeler que les étrangers n’ont pas le droit de faire chez nous ce qu’ils ne nous permettraient pas de faire chez eux. Je suis d’accord avec eux quand ils conseillent que l’ouverture à l’extérieur ne doit pas nous faire croire naïvement que la France veut notre bien car “entre colonisateur et colonisé, il n’y a de place que pour la corvée, l’intimidation, la pression, la police, l’impôt, le vol, le viol, les cultures obligatoires, le mépris, la méfiance, la morgue, la suffisance, la muflerie, des élites décérébrées, des masses avilies”.

Le pape François, qui ne cesse de nous surprendre agréablement, a dit une chose que je trouve belle et juste lors de l’audience générale du 26 juin 2013: “Dans l’Église, personne n’est secondaire, personne n’est le plus important, nous sommes tous égaux aux yeux de Dieu, même le pape. Vous pourriez dire: ‘Écoutez, sainteté, vous n’êtes pas notre égal’. Si, je suis comme chacun de vous, nous sommes tous égaux, nous sommes frères! Nous formons et nous construisons tous l’Église… Nous devons tous apporter notre vie à l’Église, apporter notre cœur, notre amour, nos pensées, notre travail, tous ensemble.” C’est en frère désireux d’apporter sa petite pierre à l’édification de l’Église qui est en Côte d’Ivoire que je voudrais revenir sur l’homélie délivrée par le frère Siméon Ahouanan à la messe de clôture de la 96ème Assemblée plénière de la Conférence des évêques catholiques de Côte d’Ivoire, le 26 mai 2013.

L’archevêque de Bouaké disait entre autres ceci: “Aucune société ne peut se construire sur la base de l’exclusion, sur la logique de la vengeance, sur des désirs d’affrontement, sur des réflexes de repli communautaire ou politique. Aucune communauté ne peut survivre dans la violence aveugle dont personne ne sort indemne d’ailleurs.” Rien ne nous dit que ces propos portent sur la société ivoirienne. Cette façon de parler s’appelle noyer le poisson, botter en touche, se débiner, parler sans s’engager ou refuser de prendre ses responsabilités, tant le discours est vague et trop général. Il est si général qu’il pourrait s’appliquer à la Gambie, au Portugal, au Mexique ou au Vietnam.

Ahouanan a manqué de courage pour dire de quoi le pays souffre exactement et interpeller qui de droit. Lui qui avait demandé à juste titre à Robert Guéi de respecter sa promesse de balayer la maison et de retourner à Kabacouma, lui qui ne se privait pas de tirer à boulets rouges sur le régime de Gbagbo, est devenu subitement muet comme si tout allait bien à Bouaké et ailleurs dans le pays. Les Camerounais disent que la bouche qui mange ne parle pas. Celle d’Ahouanan serait-elle tellement pleine qu’il aurait du mal à parler sans peur de choses sérieuses? Quand il rugissait sous Guéi et Gbagbo, était-il en mission pour le RHDP? La seule chose que je trouve recevable dans sa prédication du jour, c’est d’avoir invité les femmes à sortir. Sortir en masse et partout comme en Égypte: c’est l’unique chose à faire aujourd’hui si nous voulons libérer notre pays, si nous voulons mettre fin aux souffrances et aux humiliations des Ivoiriens. Mais j’ajouterais ceci: ce ne sont pas seulement les femmes qui doivent sortir. Les hommes de Dieu, eux aussi, doivent descendre dans la rue pour chasser ce régime totalitaire et impopulaire.


Romuald Aboké Isidore

BP 64 Sakassou

mardi, 02 juillet 2013

MAIN BASSE SUR NOS RICHESSES AGRICOLES - TERRES IVOIRIENNES CONTRE DOLLARS?

 

RIZICULTURE COTE D'IVOIRE.jpg

 

Accaparer la terre d’un citoyen, c’est à certains égards, lui ôter définitivement la vie. Face à la gravité du phénomène, la mobilisation effective de la société civile semble se faire attendre. On est alors tenté de se demander s’il s’agit d’une complicité voilée ou d’une incapacité avérée.

 

Historique des accords sur la sécurité alimentaire

Juillet 2009 : les membres du G8 se sont réunis à L’Aquila (Italie) les 8, 9 et 10  et mis en place l’Initiative sur la sécurité alimentaire qui vise à soutenir le développement rural et agricole des pays pauvres par l’octroi de 20 milliards de dollars US au cours des trois prochaines années.

Mai 2012 : Les États-Unis ont lancé, lors du G8 de Camp David les 8 et 9 Mai, la « Nouvelle alliance mondiale pour la sécurité alimentaire et la nutrition ». Elle vise à sortir 50 millions d’africains de la pauvreté dans les 10 prochaines années via des partenariats public-privé. Le cadre de coopération définie 6 pays-tests africains: La Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le Mozambique, Le Ghana, La Tanzanie et l’Ethiopie.
Objectif affiché : la lutte contre la faim. Objectif réel: ouverture des portes aux multinationales?

D’un côté, le G8 promeut la sécurisation de l’ensemble des droits fonciers existants dans les pays du Sud en appuyant la mise en œuvre des Directives Volontaires et insiste sur la nécessité d’établir des normes pour encadrer les investissements privés dans l’agriculture en appuyant le processus d’élaboration participatif.

De l’autre côté, le G8 affaibli les droits fonciers existants et promeut un investissement privé non encadré via la mise en place de la Nouvelle Alliance.

Les Accords de l’Etat ivoirien et du G8: démarrage effectif juin 2013
 
En vertu de ce cadre de coopération, la Côte d’Ivoire s’est engagée à réformer ses lois foncières et à mettre en œuvre d’autres changements pour faciliter l’investissement privé dans le domaine agricole. En échange, le pays est censé recevoir des centaines de millions de dollars d’aide humanitaire et pouvoir compter sur la promesse de huit entreprises étrangères et de leurs partenaires locaux d’investir près de 800 millions de dollars US pour plus de 700 000 hectares dans par exemple le développement de fermes rizicoles à grande échelle.

Les accords de coopération signés en 2012 par le gouvernement de Alassane Ouattara se dénomment  «FEED THE FUTURE», le lien ci-dessous présente l’exhaustivité du programme sur lequel l’état ivoirien s’est engagé,  chiffrage et planning à l’appui ainsi que  le Curriculum Vitae de toutes les multinationales parties prenantes au programme:


Les grandes entreprises font leur loi:  le flux de capitaux qui alimentent aujourd’hui les grandes transactions de terres agricoles emprunte des canaux privés.

En Côte d’Ivoire, SIFCA, détient 47.000 hectares de plantations de palmiers et de canne à sucre : en 2007, Wilmar et Olam (agrobusiness transnationaux de Singapour) ont créé une joint venture, Nauvu, pour prendre une participation de 27% dans SIFCA, le plus grand producteur de canne à sucre et de palmiers à huile de Côte d’Ivoire. La famille Billon détient la majorité du capital de la société; mais toutes les parties ont l’intention d’utiliser SIFCA comme base pour l’expansion de leurs plantations de palmiers à huile en Afrique de l’Ouest.


En Côte d’Ivoire, le groupe français Mimran, a l’intention de démarrer avec 60 000 ha pour éventuellement agrandir sa holding sur 182 000 ha. Une autre entreprise, Cevital, société algérienne, serait à la recherche de 300 000 ha. Le 31 janvier 2013, le PDG de la société française de négoce en céréales Louis Dreyfus, premier importateur de riz en Côte d’Ivoire, a signé avec le ministre ivoirien de l’Agriculture un accord lui donnant accès à une superficie de 100 à 200 000 ha pour la production de riz..À eux seuls, ces trois projets doivent déplacer des dizaines de milliers de petits producteurs de riz et vont détruire les moyens de subsistance de milliers de petits négociants, affectant justement les soi-disant «premiers bénéficiaires» de la Nouvelle Alliance du G8.


La question foncière

Depuis 2008 et l’affaire malgache, l’opinion publique mondiale a pris conscience des transferts de terres qui font passer des millions d’hectares des pays en développement dans des mains étrangères pour la production alimentaire et énergétique.

L’accaparement des terres fait aussi évoluer la notion de propriété foncière en développant les locations de longue durée et aussi parce qu’il concerne parfois des terres soumises jusqu’à présent au droit coutumier qui ignore la dimension privée de la propriété.

J’apprends qu’au Bénin le nouveau code foncier stipule qu’au-delà de cinq cents (500) hectares, un projet de mise en valeur est approuvé par décret pris en Conseil des ministres.

Les instruments du gouvernement ivoirien semblent être tous prêts pour la mise en place du programme: vote de loi pour gouverner par Ordonnance et la prochaine Revue du code foncier.

Des conséquences incalculables

Il n’existe pas pour l’instant d’exemples montrant que des investissements effectués dans le cadre de l’accaparement des terres aient eu des conséquences positives pour les populations.

Au-delà des enjeux alimentaires et économiques, se pose la question de l’agriculture locale, de la souveraineté alimentaire et de l’avenir des paysans. Car ces accaparements poussent à une agriculture intensive et industrielle qui laisse de côté bon nombre de « petits » paysans. Ils remettent sur le devant de la scène la question foncière et celle de l’accès à la terre et impose, parfois de facto, une réforme agraire qui favorise les investissements privés étrangers.

Le phénomène d’accaparement des terres entraîne des conséquences négatives qui menacent la vie des communautés, en particulier le déplacement des populations, l’aggravation de la pauvreté et de la faim, l’augmentation des conflits, la perte des droits fonciers et des moyens de subsistance, la suppression pour les communautés et les paysans l’accès à la terre pour une production locale de produits de base. Et pourtant ce sont eux qui peuvent mettre en place des systèmes alimentaires pour nourrir les populations.

Le phénomène d’accaparement dans les pays en développement affaiblit l’agriculture familiale et les marchés locaux. De plus, les investisseurs ont beau dire que des emplois sont créés et qu’une partie de la production reste dans le pays. Mais cela ne remplace pas les terres et la possibilité pour les populations de travailler et d’utiliser les terres pour subvenir à leurs besoins.

Le phénomène d’accaparement actuel des terres ne peut qu’aggraver la crise alimentaire. « Il favorise les monocultures à large échelle, les OGM, le remplacement des paysans par des machines et l’usage de produits chimiques et d’énergies fossiles. » Ce système ne peut que nourrir les bénéfices de quelques-uns et accroître la pauvreté des autres. Les paysans expropriés devront soit se rabattre sur des terres marginales, moins fertiles ; soit abandonner l’agriculture et s’entasser dans les bidonvilles ; soit travailler dans les plantations industrielles, au risque de ne pouvoir faire vivre leur famille, car ils n’auront plus qu’un accès restreint à leurs terres.

Certains pays, comme la Chine, apportent même leur propre main-d’œuvre et leurs propres technologies lorsqu’ils viennent cultiver à l’étranger, en remplaçant la biodiversité d’origine et en court-circuitant les syndicats locaux.

Le président du Comité exécutif du Réseau des organisations paysannes et des producteurs agricoles de l’Afrique de l’Ouest résume bien la situation : « La vente massive des terres agricoles africaines s’apparente plus à un pacte colonial qu’à la recherche de nouveaux financements pour le développement de l’agriculture africaine [...] On brade les terres africaines, on contraint des milliers de petits producteurs à la misère. Cela est insupportable. »


Laurie Tipper

---------------------------------

«Grain»: fantastique ONG espagnole: 

“Cevital, 1ère entreprise privée algérienne, choisit la Côte d’Ivoire pour sa 1ère implantation à l’étranger,” 

“Côte d’Ivoire : Louis Dreyfus investira 60 millions de dollars dans le riz,” Jeune Afrique, 31 janvier 2013: 

Sécurité alimentaire: l’UE soutient l’initiative du G8 concernant une «nouvelle alliance» avec les pays partenaires, les donateurs et le secteur privé: 


RENDRE HOMMAGE A MANDELA, EN ATTENDANT L’AVENEMENT D’AUTRES DIRIGEANTS AFRICAINS SOUCIEUX DE LA DIGNITE DU CONTINENT


NELSON MANDELA.jpg


Depuis quelques jours, les médias occidentaux relaient, de façon fébrile, les nouvelles de la santé de Nelson Mandela, l’ancien président sud africain. Ils sont comme en compétition pour celui d’entre eux qui, le premier, annoncera le décès de l’ancien prisonnier de Robben Island. En Afrique du Sud, l’émotion est grande, mais c’est dans la sérénité que le peuple de la nation arc-en-ciel attend en priant ce qu’il en sera du sort de Madiba. Ailleurs en Afrique, on attend certainement aussi, mais juste comme on attend un évènement autour duquel il y a beaucoup de bruit, sans plus. Car nous sommes bien en 2013, et il y a eu tant d’affreux évènements dans notre vie, que le souvenir du héros Mandela ne nous caresse plus que très légèrement. Oui ! Il est bien loin dans notre souvenir, le Mandela de la lutte contre les injustices de l’apartheid. Et on se souvient à peine de celui qui partagea le prix Nobel de la paix avec Frederik de Klerk, son ex-ennemi, en 1994. Vingt ans ou presque, c’est beaucoup pour des gens dont la vie est une suite de souffrance dont les auteurs ou tout au moins les commanditaires sont ceux-là même qui s’excitent comme des poux autour de l’icône nommée Mandela ! Nous ne sommes pas en train de nous plaindre de la ferveur médiatique autour d’un héros de notre continent : nous sommes juste perplexe et restons dubitatif devant tant d’excitation. Car pour nous, l’enjeu se trouve bien au-delà de l’honneur aux héros.

Mandela, une étoile universelle éteinte avant l’heure :    

Il faut l’avouer sans hypocrisie, il y a longtemps que sont effacées dans l’esprit de beaucoup d’Africains, les images fortes, symboles de fierté, telles celles de Winny et Nelson Mandela. Il nous est resté très peu du héros des années terribles de l’apartheid. Et, de même  qu’aujourd’hui, nous sommes peu nombreux à nous souvenir de Steve Biko, de Dulcy September, voire des enfants de SOWETO, de même nous avons de la peine à trouver brillant dans notre mémoire, le souvenir du premier président Noir de l’Afrique du Sud. Beaucoup de nos héros, les héros de l’Afrique, sont loin dans notre mémoire. On ne les a pas oubliés certes mais, tiraillés par les contingences immédiates, les réalités amères de notre existence d’opprimés, nous enjambons ceux qui sont tombés et ramassons au besoin l’arme de celui qui part à jamais, selon le mot du Che, pour la continuation du combat. Mandela, depuis la présidence de l’Afrique du Sud, n’a plus occupé dans notre vie que la même place que nos autres valeureux héros disparus. Il n’est plus qu’une icône comme les Patrice Lumumba, les Kwame Nkrumah, les Amilcar Cabral, les Thomas Sankara, les Gamal Abdel Nasser… Tous les héros de notre histoire commune sont gravés dans notre mémoire. Mais, à la différence des autres héros, Mandela est toujours vivant.  Eux, on les a déjà pleurés, et leur souvenir est un motif de fierté qui nous encourage au combat. Mandela lui,  on ne l’a pas encore pleuré et pourtant, il ne nous est plus d’aucun véritable apport depuis la fin de sa présidence sud-africaine. Depuis cette époque-là, ce sont les autres, nos ennemis, qui lui vouent un culte totémique.

Au point où parfois, on se demande qui de nos ennemis, dont nous connaissons la cruauté, et nous, sont les vrais bénéficiaires aujourd’hui de la vie du Prix Nobel de la paix Nelson Mandela ! Il a joué un rôle majeur dans la libération de l’Afrique du Sud de l’apartheid. Puis il a été président pour un mandat. Après, silence complet sur le chapitre africain !... L’homme est une étoile universelle qui pour nous est éteinte depuis bien longtemps. Que de souffrance, en effet, essuyons-nous depuis ces vingt dernières années, sans que, même par une simple déclaration, nous sentions la présence de cette icône dans notre existence ! Trop vieux, et avec ce qu’il a dû endurer en prison, il était certainement trop fatigué pour continuer de se battre. Il faut reconnaître qu’il a fait sa part ! C’est vrai ! Alors, nous disons qu’il y a longtemps que l’étoile qui a brillé s’est éteinte. Et il est malsain de s’acharner sur lui, de se bousculer autour de lui. Aujourd’hui, c’est un vieillard qui a plus besoin des prières de ses frères que nous sommes, comme le font les Sud Africains, plutôt que de cette excitation mercantile de mauvais alois. Prier pour Mandela, voilà le seul vrai hommage à rendre à ce héros de notre continent !

Au-delà des héros à qui nous rendons hommage, l’Afrique a aussi et surtout besoin d’hommes forts soucieux de sa dignité actuelle !    

Les grands hommes, l’Afrique en aura toujours besoin. Elle en a eu et, Dieu merci, elle en aura encore. Mais le constat aujourd’hui amer, c’est que le destin contrasté de tous nos héros est le fait d’un et même dénominateur, l’occident si accroché à ses visées impérialistes aux allures de déshumanisation des Africains. Une constance permanente est aujourd’hui inéluctable : l’occident n’encense de l’Afrique que ce qui, en plus de ne rien apporter aux Africains, participe de leur aliénation. De sorte que lorsque l’occident applaudit quelqu’un ou quelque chose par rapport à l’Afrique, il faut adopter de la méfiance en la situation. N’est-ce pas cet occident, principalement la France, qui fait et défait les gouvernements africains pour placer au pouvoir ses larbins, fossoyeurs des peuples du continent ? La conséquence logique de la situation, c’est que cet occident peut, en dehors de toute règle et de toute morale, encourager, laisser faire ou même conduire des massacres à dimension génocidaire sur le continent, sans que personne, ni les icônes mondiales de la taille de Mandela, ni aucun chef d’Etat, ni même ce syndicat de soumission qu’est l’UA, ne réagisse. Sarkozy et les siens ont tout faussé en Côte d’Ivoire, détruit la Lybie, sans oublier qu’ils avaient déjà tout organisé à leur profit au Tchad et en Centrafrique, et ils font maintenant toutes sortes de combines pour s’approprier le Mali. Peut-on dire qu’on ne voit pas ce qu’ils font ? Qui en Afrique ose lever le petit doigt, lorsque l’occident s’acharne sur le Zimbabwe de Mugabe, le très proche voisin de l’Afrique du Sud de l’icône Mandela ? La RDC, pas si loin que ça,  est dans la tourmente depuis de nombreuses années!... L’occident vorace torture depuis de longues années la Somalie ; il (l’occident vorace) a réussi à diviser le Soudan pour son pétrole. Et nous n’oublions pas «ses printemps arabes» qui n’épargnent pas l’Afrique!... Le ballet des souffrances des peuples d’Afrique se poursuit, et pas une voix ne s’élève, au-delà des discours à objectif médiatique des réunions où la soumission est convenue d’avance. Il est temps que les hommes et les femmes à la tête de notre continent, que ce soit au plan de la renommée ou à celui de la responsabilité à tous les niveaux, se soucient du bonheur de leurs frères, les autres Africains. Aucun être humain n’est rien sans les autres.

Dans les Saintes Ecritures, on parle du « prochain » ; et le prochain le plus immédiat, c’est l’autre être humain de la famille, le frère ou la sœur. A quoi sert-il à une personne d’être adulée par le monde, s’il n’est d’aucune utilité pour les siens ?  Personne ne sauvera l’Afrique de quelque problème que ce soit sinon les Africains eux-mêmes ! Que ceux qui en Afrique ont un minimum d’audience et de responsabilité s’investissent enfin dans les œuvres de libération et d’épanouissement des peuples africains : ils en seront de plus grands et vrais héros et mériteront bien mieux nos hommages !

Dieu nous garde!
 

BEDI HOLY, Enseignant.

LES VICTIMES DE DUEKOUE ECRIVENT AU PRESIDENT OBAMA


BARACK OBAMA 2.jpg

 

Monsieur le Président  des Etats Unis d’Amérique, nous avons pensé à vous écrire ce matin, avec tout le respect dû à votre personne et à votre rang. Et nous avons choisi de le faire au moment où, pour la seconde fois, vous vous rendez sur le continent Afrique.

La raison essentielle de la présente adresse publique est toute simple : vous demander personnellement d’intervenir pour la libération immédiate et sans conditions de tous les prisonniers politiques qui croupissent dans les prisons de notre pays, la Côte d’Ivoire.

 Notre adresse à l’honorable personne que vous êtes n’est point hasardeuse, tant nous savons que dans la grande et détestable tragédie qui secoue au quotidien notre pays, la Côte d’Ivoire, votre pays, les Etats Unis, la plus grande puissance du monde, y a aussi sa main. En effet, Monsieur le Président, ce que la communauté internationale s’évertue à appeler  une crise postélectorale en Côte d’Ivoire depuis l’an 2010 est en fait un montage grossier et honteux qui sert à couvrir les crimes d’une rébellion vieille de treize ans et dont les prouesses criminelles se résumaient à éventrer des femmes enceintes, décapiter des bébés ou brûler des familles entières ligotées et emprisonnées dans leurs cabanes ou leurs maisons. Quant à la grave implication de votre pays dans les malheurs que nous vivons, qu’il vous plaise, Monsieur le Président, de savoir ceci : le 1er Décembre 2010, l’ambassadeur des Etats Unis d’Amérique, Philip CARTER III, s’est permis, avec celui de la France, à la manière des terroristes d’Al Qaeda que vous réprouvez, d’enlever le président de la commission électorale de Côte d’Ivoire, pour l’amener au quartier général de l’un des candidats à l’élection présidentielle. C’est de ce quartier général que ce président , sans courage et sans honneur a annoncé, hors délai, des résultats mensongers repris en boucles et soutenus par la communauté internationale et des médias qui ont minimisé en l’ignorant avec mépris, la Cour Constitutionnelle de notre pays. Voici, Monsieur le Président, ce qui a remis le feu aux poudres dans notre pays, la Côte d’Ivoire. Contre la volonté du digne peuple de Côte d’Ivoire qui a demandé le simple recomptage des voix électorales, la communauté internationale avec la France, les Etats Unis et l’Organisation des Nations Unies en tête, nous a imposé depuis lors jusqu’à ce jour, le décompte macabre des cadavres de nos compatriotes assassinés pour avoir refusé cette imposture esclavagiste ! Qu’il nous soit permis aussi de vous  rappeler que cette  fameuse élection présidentielle a eu lieu sans que la rébellion ivoirienne n’ait désarmé, soutenue qu’elle était par la France et l’O.N.U.

Monsieur le Président, honorable premier citoyen des Etats Unis d’Amérique, depuis le fameux 11 Avril 2011, le peuple de Côte d’Ivoire subit chaque jour, bien plus qu’avant, des atrocités sans nom, de la part de bandits venus de la sous-région ouest africaine, des bandits et des mercenaires puissamment armés par la France et par l’Organisation des Nations Unies qui ont activement pris part à la déstabilisation de notre beau pays depuis treize ans. Après des bombardements intenses contre les populations civiles et militaires de Côte d’Ivoire, les militaires français ont fini par arrêter le Président GBAGBO et son épouse Simone EHIVET qu’ils ont remis aux rebelles quand ceux de l’O.N.U. livraient  aux mêmes rebelles toutes les personnalités du régime déchu, partis chercher refuge et protection à un des  sièges des Nations Unies à Abidjan. Depuis lors, ce sont des douleurs et des traumatismes qui sont le quotidien des Ivoiriens : emprisonnements, exactions ou exécutions sommaires selon l’ethnie ou selon l’appartenance politique ont lieu, sous les yeux des armées française et onusienne, comme le massacre d’au moins deux cents réfugiés autochtones d’ethnie Wê  au camp de Nahibly, à Duékoué (chez nous), le Vendredi 20 Juillet 2012. Un massacre dont tout le monde connaît les auteurs mais qui reste toujours sans suite judiciaire. Quant aux centaines de nos compatriotes injustement emprisonnés et toujours non jugés, ils souffrent  de maltraitances et d’humiliations de la part de géôliers dont la réputation de criminels depuis la rébellion n’est plus à démontrer, au vu et au su d’une communauté internationale dont le silence est pour nous, synonyme d’un pacte saugrenu ! Or, le 11 Avril 2011, la communauté internationale s’est empressée de crier qu’elle venait de libérer la Côte d’Ivoire de la dictature de… Laurent GBAGBO. A quoi cela a-t-il donc bien servi, puisque la communauté internationale, prétextant de nous avoir  libéré d’une supposée dictature, nous a depuis lors jetés, malgré nous, dans un gouffre de tyrannie ?

Monsieur le Président, sans le souhaiter vraiment, puissiez-vous imaginer qu’un jour, ce schéma grotesque de la capitulation même de la morale et de la justice humaine se reproduise chez vous , là-bas, aux Etats-Unis d’Amérique? Que des brigands et des terroristes se permettent de détruire l’ordre légal ou institutionnel de votre pays, par pure convoitise de ses ressources naturelles ou de ses nombreuses richesses ? Que des envahisseurs étrangers de vos Etats fédérés, armés jusqu’aux dents, terrorisent et massacrent des jeunes patriotes américains aux mains nues, ainsi que des hauts cadres de votre armée et de votre gouvernement , après en avoir braqué  plus de la moitié des banques et autres institutions financières? Que ces hors-la-loi déciment l’armée des Etats-Unis avec l’aide d’une puissance étrangère, en exécutent tous les hauts gradés, emprisonnent ou torturent à volonté officiers et soldats, désarment et humilient les agents fédéraux du F.B.I. ou de la C.I.A. en les plaçant sous les ordres de chasseurs indigènes reconnus être des buveurs de sang humain ? Ou bien alors, quel état d’esprit serait le vôtre, en imaginant que des gangsters ou des mafieux sortis des prisons américaines et des pègres de Brooklyn ou du Bronx, de grands trafiquants de drogue, sans éducation aucune et sans respect pour la vie humaine, se permettaient de traîner au sol en les palpant sans pudeur et en les torturant , des épouses de respectables gouvernants ou d’élus américains ? Des femmes qui, de surcroît, pourraient être les mères de ces pauvres voyoux? Monsieur le Président, au moment où nous vous écrivons ces lignes, une image d’horreur revient en boucle en notre esprit : c’est celle d’une vidéo où l’actuelle ministre de l’Education nationale de monsieur Alassane OUATTARA, le président à nous imposé par la communauté internationale, une analphabète avérée (de par ses innombrables lapsus anecdotiques et ses vulgaires incohérences), arrache de force, en l’injuriant, les cheveux de l’épouse du Président élu de Côte d’Ivoire, madame Simone EHIVET – GBAGBO, la mère des patriotes de notre cher pays ! Et cela s’est passé à l’hôtel même du Golf, le quartier général du candidat OUATTARA, juste après l’arrestation du Président GBAGBO et de son épouse. Nous voudrions vous prier de croire ici, Monsieur le Président, que constater et dénoncer une tare viscérale (le cas grotesque et hilarant de cette fameuse ministre de l’Education) n’est point une envie de verser dans l’injure gratuite et cela, de toutes les façons, ne saurait être une pratique que nous affectionnons. Quant aux preuves de tout ce que nous dénonçons et condamnons, la toile internet en est pleine, Monsieur le Président. Outre cela, vous voudriez bien comprendre, Votre Excellence, tout sauf votre respect, que là où l’intellect carencé le dispute à la barbarie primaire ou à la haine bestiaire, les patriotes ivoiriens et les victimes opprimées qui vous écrivent maintenant, ne sont pas.

Votre Excellence, à vous qui êtes pour nous un frère car tout de même originaire comme nous du continent africain, nous avons voulu adresser ces quelques lignes à l’effet de vous signifier, en toute dignité, qu’au-delà même de notre douleur et de notre déception vis-à-vis de votre pays (les Etats Unis) qui n’a de cesse d’exiger la pratique de la vraie démocratie aux autres nations du monde, notre amertume et notre effarement devant ce que nous vivons au quotidien croissent sans cesse. Au vu et au su des  gouvernants des Etats Unis d’Amérique et de la communauté internationale, le désordre, l’injustice,  les emprisonnements d’innocentes personnes et les massacres gratuits d’humains se perpétuent en toute impunité en Côte d’Ivoire. Notre pays est devenu une véritable jungle où la liberté même d’expression est strictement interdite aux Ivoiriens, depuis ce jour triste du 11 Avril 2011 où la démocratie a été interrompue par les bombes françaises et onusiennes. Pourtant, nous nous en souviendrons toujours, comme si c’était hier, de vos discours  africains sur la force et la stabilité des institutions et de la démocratie, lors de votre précédent  voyage présidentiel en 2008 en Afrique du Sud et au Ghana voisin. De nobles principes foulés aux pieds et leurs farouches défenseurs (les patriotes ivoiriens) humiliés, emprisonnés ou lâchement assassinés. Vous voudriez bien reconnaître ici avec nous, Monsieur le Président, que quant au casting du «bon cheval» pour diriger la Côte d’Ivoire, vos amitiés, vos collaborateurs et les groupes d’intérêts financiers américains vous ont lourdement trompé, dans la mesure où ce qui se vit depuis deux ans dans notre cher et beau pays est aux antipodes des principes démocratiques qui les vôtres.

C’est donc pour toutes ces raisons, Honorable premier citoyen des Etats Unis et cher frère, que nous, victimes de guerre de Duékoué, toute colère et tout désir de vengeance tus en nos cœurs, nous nous permettons de vous écrire ces lignes afin que vous fassiez de tout votre possible pour la libération immédiate et sans conditions de tous nos compatriotes et de notre très cher Président GBAGBO  qui croupissent dans les geôles d’une intolérable absurdité qui, jamais, ne saurait s’ériger en droit.

Oui, Monsieur le Président, vous le pouvez ! Vous pouvez, par un simple geste fort de votre part, impulser un nouveau départ à l’histoire de l’humanité et à l’Afrique, terre de vos ancêtres, car pour nous les victimes de cette imposture franco-onusienne et pour tous les démocrates du monde, la justice et la morale humaine sont en contradiction totale et en conflit avec elles-mêmes tant la Cour Pénale Internationale de La Haye s’est couverte et continue de se couvrir de ridicule ou de discrédit dans un faux procès contre le Président GBAGBO, quand de nombreux patriotes et des personnalités de la Côte d’Ivoire, dont des femmes, sont détenus en toute illégalité, sans jugement depuis plus de deux ans dans de miteuses prisons de Côte d’Ivoire et que des auteurs de crimes contre l’humanité connaissent des promotions politiques et militaires, sont choyés, formés ou encadrés et protégés par la communauté et par la justice internationales !

Oui, Monsieur le Président, vous dont l’ascension sociale n’a rien à voir avec le faux ou la tricherie, la barbarie ou la loi de la jungle, nous croyons fermement que vous pouvez aider à la libération de tous nos compatriotes injustement emprisonnés par esprit de méchanceté. Oui, Monsieur  le Président, nous croyons que vous le pouvez ! Pour les victimes d’une guerre injuste et absurde que nous sommes mais qui continuons de résister à l’imposture que l’on veut nous imposer, nous restons profondément convaincus qu’en vous rappelant les différents et difficiles moments de la lutte des Noirs d’Amérique pour leur liberté et leur dignité, de la triste période de l’esclavage en Amérique à votre élection historique comme Président des Etats Unis, vous aurez saisi toute la portée de notre indicible douleur, de notre indignation face à ce que nous vivons et de notre adresse à votre honorable personne. Surtout qu’au moment de la présente adresse à votre Excellence, vous survolez le continent noir africain, partant de l’île de Gorée au Sénégal à celle de Robben Island, deux symboles forts de la tragédie et des souffrances des peuples de notre continent.

Nous vous remercions, Monsieur  le  Président, de bien vouloir trouver en ces lignes, notre ardent désir de restauration en notre chère patrie, la Côte d’Ivoire, de la justice, de la liberté et de la vraie démocratie, malgré les nombreuses atrocités subies et que nous avons déjà pardonné à leurs auteurs fous qui persistent à régner dans une cruauté sans nom, consacrant ainsi, chaque jour que DIEU fait, l’affreux règne, somme toute éphémère, du mal sur le bien.


Pour les victimes de Duékoué (Carrefour & Nahibly)


Emmanuel Caleb, le 27 Juin 2013.

EGYPTE: DE LA DEMYSTIFICATION DES FRERES MUSULMANS

 

LES ANTI MORSI SUR LA PLACE TARHIR.jpg


Les Frères musulmans égyptiens auront-ils autant de mal à percevoir leur défaite que les Américains à reconnaître la fin de leur leadership solitaire sur le monde?


Le discernement théorique est, en temps politique normal, rarement une qualité des acteurs politiques, pour des raisons de formation et d’alignements idéologiques, mais surtout pour les raisons connues d’opacité des ressorts réels, mais inconscients, de nos choix et de nos actes. En période de mutation historique aussi profonde que traverse l’Egypte, ce discernement devient quasi impossible. Pour cette raison, les Frères, au lieu de comprendre la réalité des énergies qui pousse sur le champ de la confrontation politique des masses longtemps tenues à tort comme fatalistes et accommodantes, vont alimenter en carburants divers le feu qui a pris sous Moubarak, mais n’a pas encore tout à fait incendié le pays.

Quelles que soient les évolutions à court terme du rapport des forces et des arrangements entre Morsi et l’armée, ou entre la direction du mouvement et les puissances de l’argent indigène ou du Golfe, les Frères ont perdu la guerre sur le terrain choisi par eux : la rédemption d’un monde anomique et l’instauration d’un ordre prescrit pour l’ordonnance de notre monde. Avant d’être élus par les citoyens et de porter leurs voix et leurs vœux, ils avaient déjà averti qu’ils portaient  la voix et les vœux de cet ordre religieux et que les élections ne servaient pas à les choisir, mais à s’inscrire dans la voie de Dieu. Ce type de démarche ne peut réussir que s’il tétanise la grande masse des populations concernées devant l’immensité de l’enjeu d’obéir ou de désobéir à Dieu, ou s’il les oblige à l’obéissance par le moyen de l’épée. Hors ces deux moyens, l’entreprise est vouée à l’échec immédiat, et l’épée ne peut subjuguer les peuples très longtemps, l’hypnose non plus. L’opposition résolue, déterminée, du peuple égyptien fait ressortir au moins un élément essentiel parmi d’autres enseignements passionnants.

égypte,de la démystification des frères musulmans,mohamed bouamidi

L’impression d’une hégémonie des Frères sur la société égyptienne relevait largement du mythe. Il apparaît, au contraire, qu’ils sont loin d’être dominants, en dépit de l’élection sur le fil de leurs députés et de Morsi. Pis, à aucun moment ils n’ont réussi à « activer » cette rue réputée être à leur dévotion pour peser sur ses « choix » quand ils ont rejoint, contraints et forcés, le mouvement de protestation pour ne pas se retrouver à la marge d’un phénomène dont toutes les apparences et le caractère identifiaient comme une révolution. Les réunions secrètes et répétées des responsables des Frères avec les Américains laissent penser à un marchandage pour un soutien U.S. (auprès de l’armée) à leur prise de pouvoir, en contrepartie d’un alignement sans réserve sur des Frères sur les positions américaines. Très vite, l’exfiltration d’activistes américains condamnés par un tribunal égyptien, le maintien de Ghaza sous blocus (allégé, mais blocus quand même), la destruction ou la lutte contre les tunnels autour de Rafah, le respect religieux de Camp David, l’alignement sur le camp des agresseurs de la Syrie, confirment cette hypothèse d’un accord américano-frèriste : les Frères avaient bien pour mission d’ancrer l'Egypte dans le camp du capitalisme, en rajoutant au travail antérieur de Moubarak la « persuasion religieuse » qui ferait aux yeux des masses égyptiennes la similitude de l’ordre divin avec l’ordre du capitalisme. L’intimité du nouveau pouvoir égyptien avec les monarchies du Golfe ne laisse plus aucun doute sur les mutations profondes qui ont mené les interprétations wahhabite, salafiste et frèriste de l’islam à une rupture d’avec l’islam de la compassion, de la solidarité, de la justice, de l’échange et de la recherche de Dieu dans la diversité de ses créations et de ceux qui le quêtent.

Si l’ordre capitaliste occidental n’a pu s’imposer dans la tête des masses arabes à partir de ses catégories mentales particulières bombardées « universelles », il restait cette chance de nous faire entrer dans l’uniformité du capitalisme en mobilisant nos catégories religieuses particulières présentées comme « solution universelle » : « L’Islam est la solution. » Il faut noter que les interprétations wahhabites ou péri-wahhabites ont mis plus de deux siècles pour s’imposer, grâce aux pétrodollars, comme idéologies de masse compatibles avec le capitalisme. Cela fait autant de siècles que le peuple égyptien cherche des élites, des représentations et des voies pour combattre la domination franco-anglaise puis américano-sioniste. Quand les paysans égyptiens menaient la guérilla dans le Delta du Nil contre les troupes de Napoléon, les wahhabites s’alliaient avec les Anglais pour se tailler un empire sectaire dans le corps malade de l’Empire ottoman, et quand les officiers libres se préparaient en Egypte, les Saoudiens se livraient aux Américains par l’Accord dit du « Quincy ». C’est cela que joue en Egypte ce peuple admirable, et les Frères comprendront bientôt qu’ils ont déjà perdu la bataille idéologique. Le reste suivra.


Alger, le 29 juin, publié le 1er juillet 2013.


Mohamed Bouhamidi, in Reporters.DZ

00:01 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, Egypte, Monde arabe | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : égypte, de la démystification des frères musulmans, mohamed bouamidi | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

lundi, 01 juillet 2013

MAMADOU KOULIBALY: LA REFORME DE LA JUSTICE COMME ELEMENT D'UNE COALITION DE RUPTURE VICTORIEUSE

 

MAMADOU KOULIBALY. REFORME DE LA JUSTICE.jpg

 

L’intrusion brutale de la Cour pénale internationale (Cpi) dans le paysage politique ivoirien nous fait prendre conscience que nous n’avons pas de justice crédible, efficace et équitable. Depuis ces vingt dernières années, les gouvernements successifs ont pris l’habitude d’emprisonner des personnes sans jugements et sans que l’on ne demande de compte au système judiciaire.

Hier, c’était les gestionnaires de la filière du cacao, des journalistes et autres citoyens qui étaient incarcérés de longs mois, illégalement et sans procès. Aujourd’hui, c’est une partie du personnel politique qui se retrouve dans le même type d’incarcération. Dans les deux cas, les commentateurs regardent non pas la justice, mais le bureau du président de la République, qui est capable de dire si oui ou non, une personne peut être arrêtée, doit être arrêtée, quand il faut le faire et combien de temps la garder en prison sans jugement. En général, les prisonniers politiques libérés ont pour premiers mots la reconnaissance et des remerciements en l’endroit des autorités pour leur magnanimité. Dans les deux cas, c’est le président de la République qui est capable de dire si un prisonnier peut être libéré ou pas. Lui est au-dessus du code de procédure pénale, au-dessus de la loi. Le président n’est-il pas aussi le président du conseil supérieur de la magistrature ? N’est-ce pas lui qui fait la promotion des magistrats et qui peut leur dicter aussi sa volonté de justice, tout en proclamant aux esprits naïfs qu’il n’interférera jamais dans les procédures judiciaires ? Dans notre pays, être président, c’est être à la fois un roi et un pontife.

La justice dans notre pays est un sujet à problème qui mérite des solutions novatrices et révolutionnaires, si l’on souhaite construire une économie de progrès social et de liberté. L’opposition ivoirienne pourrait déjà se faire l’écho de réformes, compte tenu des expériences vécues par elle dans cette période où la justice est utilisée à des fins de vengeance. Plus une vengeance justicière qu’une simple justice de vainqueurs.

Nous nous plaignons tous de la justice, à commencer par les juges et les magistrats qui jugent sévèrement leurs conditions de travail. Les avocats, greffiers, huissiers, notaires et autres policiers et auxiliaires de justice sont tout aussi sévères avec le système judiciaire, qui ne traite pas les dossiers et va de renvoi en renvoi sans trancher de façon claire et définitive. Les justiciables ordinaires, individus, ménages et entreprises, affirment partout que notre justice est incompétente et corrompue.

Le personnel politique quant à lui n’a pas d’idées pour réformer cette justice au-delà des professions de foi et des vœux pieux, parce qu’il ne rêve que de mettre cette justice à son propre service, contre tous ceux qui ne sont pas d’accord avec lui. Le système judiciaire ivoirien va mal depuis très longtemps et a besoin de rupture et de réformes. Mais comment réformer en gardant en même temps le statu quo ? Toute idée de réforme est-elle irréaliste, idéaliste, théorique comme se plaisent à le dire tous ceux qui sont formatés pour cautionner la tyrannie de l’immobilisme et du désespoir?

Répondre à ces questions, c’est considérer sérieusement que les populations ivoiriennes ont besoin d’un bon système judiciaire et que pour cela, il ne faut pas hésiter à bouleverser les conformismes qui bloquent toutes les évolutions. Notre société ne peut avancer que si nos réformes nous empêchent de continuer de tourner en rond.

Cette rupture semble avoir été perçue par les rédacteurs de la constitution de 2000, qui ont décidé d’y inscrire notre passage d’une autorité judiciaire constitutionnelle à un pouvoir judiciaire et d’éclater la cour suprême d’antan en quatre différentes institutions, suivant en cela la tradition des institutions juridiques françaises. Cependant, la France, elle, n’a pas évolué dans une logique de pouvoir judiciaire constitutionnel, mais est restée avec une autorité judiciaire. En plus, en France, l’éclatement de la cour suprême en quatre instances est devenu tout de suite réalité.

Ici, en Côte d’Ivoire, après avoir inscrit que c’est d’un pouvoir judiciaire que nous voulons, nous avons continué, depuis 2000, à fonctionner avec une autorité judiciaire éclatée entre une cour suprême amputée du conseil constitutionnel et un conseil constitutionnel qui, depuis treize ans, n’a pas arrêté de nous surprendre, tant sa compréhension de la constitution est discutable, sectaire, controversée et marginale. La dernière crise postélectorale nous aura montré qu’en 2000 comme en 2010 et même en 2013, le conseil constitutionnel est loin de donner satisfaction. Les autres institutions éclatées issues de la disparition programmée de la cour suprême n’ont jamais été installées, treize ans après l’adoption de la constitution. Le conseil d’Etat, la cour des comptes et la cour de cassation n’ont pas été mis en place, parce que le gouvernement et le parlement ne se sont accordés, à l’époque, que sur la nécessité de régler les problèmes électoraux avec le conseil constitutionnel, les autres juridictions supérieures ayant été jugées peu importantes et moins urgentes jusqu’aujourd’hui. Comment s’étonner alors du biais judiciaire, si la législation elle-même au commencement avait biaisé le jeu ?

Maintenant, dans une logique authentique de rupture démocratique, l’opposition doit affirmer clairement ses choix et sortir des hésitations. Treize ans d’expérience suffisent pour comprendre que nous n’avons aucun intérêt à éclater la cour suprême et qu’au contraire, nous devons la réinstaller et la renforcer. Il nous faut une réforme constitutionnelle qui unifiera les juridictions administratives et judiciaires et remettra en place la cour suprême. Nous devons ainsi repositionner l’Etat, non plus comme un justiciable à part, mais comme un justiciable de droit commun. Autant le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif ont chacun un seul organe hiérarchique, autant pour l’équilibre des pouvoirs, il nous faut un seul organe suprême d’expression du système judiciaire. La cohérence d’ensemble de notre système politique l’exige, la démocratie et notre sécurité collective aussi.

Même si la nomination des magistrats peut rester dans les prérogatives du chef de l’exécutif, nous devons établir des balises pour éviter les abus de ces dernières années, œuvres de tous les bords politiques. D’abord, les nominations des magistrats à la tête des juridictions suprêmes devraient faire l’objet de ratification par l’assemblée nationale issue du nouveau régime parlementaire que la réforme constitutionnelle mettra en place. Les pouvoirs se contrôlent mutuellement, rendent des comptes et sont prêts à ce qu’on leur demande des comptes.

Ensuite, pour rapprocher les justiciables de leur justice, des juridictions suprêmes de second degré doivent être établies dans les différentes régions du pays. Aujourd’hui, nous avons 14 districts, dont deux districts autonomes, qui regroupent les 31 régions du pays. Il nous faudrait donc, à supposer que la loi d’orientation de la décentralisation garde le découpage actuel, 14 juridictions suprêmes régionales pour commencer, en plus de la cour suprême nationale qui serait l’organe de recours, d’appel et de censure à la disposition des populations. Enfin, il faut donner à l’opposition parlementaire ou non parlementaire la possibilité de saisir la cour suprême, et soumettre la loi de la majorité votée par le parlement à la sanction du droit, qui est supérieur à la loi. De même, les citoyens et les entreprises doivent aussi avoir la possibilité de se pourvoir devant les juridictions supérieures et devant celles de la Cedeao pour y chercher des remparts contre les risques totalitaires des législations adoptées par la majorité parlementaire dans un pays membre. Ainsi, les citoyens nationaux doivent pouvoir, par la voie de l’exception d’inconstitutionnalité soulevée devant les juridictions, demander une interprétation des lois adoptées et qui leur sembleraient abusives.

Au-delà de ces réorganisations institutionnelles, le fonctionnement de la justice nécessiterait des améliorations et donc des efforts budgétaires conséquents, non pas, comme d’habitude, seulement en termes d’équipements et de formation. Dans son fonctionnement il sera clairement établi que la police n’est qu’un moyen au service des tribunaux et que les tribunaux auront des pouvoirs renforcés pour les rendre capables de garantir l’ordre social et les droits individuels.

Plus de droits et plus de juges biens formés, des tribunaux fonctionnels, efficaces, rapides et accessibles à tous : telles devraient être les priorités pour nous en matière de réforme de la justice. Une telle démarche exige que nous nous mettions d’accord pour dire que dans une démocratie qui marche bien, le pouvoir judiciaire doit avoir la primauté sur l’exécutif et le législatif et avoir une indépendance absolue nécessaire à son bon fonctionnement. La constitution et les lois révisées devraient affirmer le substrat de valeurs morales qui garantissent cette vision des choses.  

Tel est le fond d’un vrai discours de rupture en matière judiciaire. Notre histoire récente nous prouve que sans justice stable, efficace et indépendante, nous devenons tous fragiles et ceux qui ont un brin de pouvoir l’utilisent tout de suite pour écraser les autres. Le juge est le meilleur garant des droits individuels et notre liberté est mieux assurée par les tribunaux indépendants que par les législateurs, qui souvent font des lois pour se venger de leurs adversaires.

Les lois sont toujours l’expression de pouvoirs politiques, qu’elles émanent du président de la République ou du parlement. Et, dans un tel contexte, les minorités politiques seront considérées comme ayant juridiquement tort. Les lois dans notre pays sont devenues des instruments que les majorités utilisent pour imposer leurs vues. Nos réformes et la rupture qui les inspire doivent être telles qu’aucun président ne puisse régner en violation des textes fondamentaux et qu’il n’y ait face à cela aucun recours autre que la violence. Nous devons utiliser la justice pour mettre fin au cycle de la violence et de l’insécurité.

Ces réformes exigent cependant que les convictions prennent le pas sur les ambitions personnelles. Elles pourraient être le socle d’un ensemble de valeurs morales et idéologiques d’une opposition unie derrière des idées communes, propices à la résolution des problèmes qui se posent avec acuité et urgence. La Côte d’Ivoire n’est-elle pas plus importante que nos destinées politiques individuelles ?


Pr. Mamadou Koulibaly, le 28 juin 2013.


Source: LIDER-CI.ORG (Page Facebook)

LE RESPECT DE LA PROCEDURE D’EXTRADITION DES REFUGIES PAR LE PRESIDENT MAHAMA REMIS EN QUESTION

 

le respect de la procedure d’extradition des refugiés,par le président mahama remis en question,george koomson,"the finder" du 25 juin 2013,charles blé goudé,jean-noël abéhi,jean-yves dibopieu,extradition de refugiés ivoiriens du ghana

 

Le journal Ghanéen «The Finder», dans sa livraison du 25 juin 2013 en p.3, remet en question le respect de la procédure d’extradition des refugiés ivoiriens par le président John Mahama. Selon un expert juridique qui a parlé au journal, les demandes d’extradition doivent être approuvées par les juridictions du pays d’accueil où les individus concernés ont le droit de recevoir une assistance juridique.

Voici la traduction intégrale de l'article: "Les réfugiés ivoiriens paniquent", p.3 de "The Finder" du 25 juin 2013. Par George Koomson.

Les réfugiés Ivoiriens au Ghana paniquent après l’engagement pris par le Président Mahama d’envoyer en Côte d’Ivoire ceux d’entre eux que le gouvernement ivoirien demandera.


La peur des réfugiés ivoiriens, selon un porte-parole qui a requis l’anonymat, fait suite à la déclaration du Président Mahama: Il pense que cette déclaration pourrait encourager les autorités ivoiriennes à fabriquer des allégations contre ses opposants politiques qui ont demandé l’asile au Ghana dans le but de les extrader en Côte d’Ivoire.

Le porte-parole affirme que la préoccupation immédiate des réfugiés est leur nourriture, parce qu’ils apprennent que leur stock expire à la fin de ce mois (juin 2013).

Mais il a aussi confié à "The Finder" que ses compatriotes qui résident au Ghana paniquent parce que le «Président Mahama a dit en France que si des noms de réfugiés recherchés par les autorités ivoiriennes leur étaient donnés, il accepterait de les livrer au Président Ouattara».

Répondant aux questions pendant une interview, le 29 mai en France, par rapport à l'extradition de Charles Blé Goudé, le Président Mahama a dit: «Le Ghana a une longue tradition de démocratie, et nous ne saisirons personne par le cou pour l’envoyer dans une situation dangereuse, à moins que nous n’ayions des preuves concrètes contre lui». 

Il a continué en disant que le «Président Ouattara leur a soumis une liste de personnes recherchées en Côte d’Ivoire pour des actes de déstabilisation et nous avons extradé ceux contre qui nous avons reçu des preuves convaincantes de leur implication», se référant à l’arrestation des proches du Président déchu.

Charles Blé Goudé, Jean-Noël Abéhi et Jean-Yves Dibopieu ont été arrêtés en début d’année et extradés en Côte d’Ivoire.

La façon dont s'est faite cette extradition met en question le respect de la procédure d’extradition des refugiés par le Président Mahama (...).

Le Président Mahama a fait une allégation qui n’a pas encore été rendu publique dans une interview en  France dans laquelle il apparaît qu’il aurait assumé des fonctions qui relèvent du pouvoir judiciaire.

«Il y aurait un mandat d’arrêt contre Blé Goudé et les autres, après une vidéo qui les montrait en train de parler de coup d’Etat», a-t-dit, ajoutant selon starafrica.com, qu’il y avait assez de preuves pour leur extradition. C’est donc ce qui s’est passé après leurs arrestations qui inquiètent les refugiés ivoiriens qui résident au Ghana.

Le Président Mahama, faisant allusion à ceux qui ont été extradés affirme: «C’est tout ce que nous avons, mais si nous recevons d’autres noms, nous les remettrons aux autorités ivoiriennes».

C’est cette dernière déclaration qui crée la peur chez les refugiés qui craignent que cela n’encourage les autorités ivoiriennes à envoyer plus de «preuves» au Président Mahama contre ceux qu’ils cherchent.

 

Par George Koomson. "The Finder" du 25 juin 2013.

UN QUOTIDIEN GHANEEN: «POURQUOI LE GHANA A EXTRADE BLE GOUDE, L’ALLIE DE GBAGBO?»

 

CHARLES BLE GOUDE.jpg

 

«Le Ghana a arrêté et remis M. Charles Blé Goudé au gouvernement du président Ouattara à la demande de la CPI».


Cette déclaration a été faite par le Chairman de "Ghana Refugee Boad" (GRB), Kenneth Dzirasah, en réponse à une question au cours du débat tenu pendant la journée mondiale des Réfugiés à Accra.

M. Dzirasah avait auparavant indiqué que le Ghana prenait la convention des Nations Unies pour la protection des réfugiés très au sérieux et ne pouvait par conséquent pas renvoyer un réfugié dans son pays si  cela pouvait mettre sa vie en danger.

Il a ajouté que le Ghana à jusque-là tout fait pour protéger les réfugiés sur son sol, dans la mesure de ses moyens, en ajoutant que le Ghana est une démocratie.

Le Ghana, dit-il, croit que quel que soit le pays qui fait une demande d’extradition de ses citoyens, il lui faudra déposer une demande à l’une des cours du pays qui déterminera la suite à donner à la procédure.

Il dit que cela peut se faire dans des cas exceptionnels comme ceux des crimes contre l’humanité. Mais, même dans ce cas, les affaires doivent être traitées au cas par cas et être examinées par la cour. Il ajoute que là où une telle procédure n’a pas été respectée, le pays ne peut extrader un réfugié.

Dans le cas de M. Charles Blé Goudé, le Chairman de GRB affirme que la demande d’extradition venait de la CPI et "donc le Ghana était contraint d’honorer cette demande".

M. Dzirasah affirme, en outre, qu’il se trouve que certains pays francophones voisins au Ghana ne partagent pas cette façon de comprendre la loi, surtout la présomption qui dit qu’une personne est innocente jusqu’à ce que sa culpabilité soit prouvée par une juridiction compétente.

Il dit que c’est la raison pour laquelle les cas de certains ivoiriens demandés par le gouvernement ivoirien sont à la cour pour déterminer si les demandes peuvent être accordées ou non.

A la question de savoir pourquoi Amnesty International n’as pas été entendu dans cette affaire, le Directeur de Amnesty International Ghana, M. Lawrence Amesu, dit que son organisation n’agit normalement que dans les cas de violations de Droits de l’Homme, après de sérieuses investigations. Amnesty lnternational n’a pas encore atteint ce stade dans le cas de Blé Goudé, a-t-il dit.

De son côté, M. Richard Owagson, Commissaire Adjoint de la Commission des Droits de l’Homme et de la Justice Administrative, dit qu’aucune plainte n’a été déposée auprès de la Commission à ce sujet.

La Commission a donc refusé de faire des commentaires parce qu’elle estimait que l’affaire pourrait arriver à son niveau à tout moment. Elle ne voudrait donc pas compromettre son rôle d’arbitre.

Au moment de son arrestation, laquelle a été étrangement tenue secrète, il n’y avait aucune autre explication pour justifier l’extradition manu militari du leader de la jeunesse ivoirienne et le Ghana n’a jusque-là pas dit qu’il a eu toutes les garanties concernant le traitement de Blé Goudé par les autorités ivoiriennes, une fois en Côte d’Ivoire.


Par George Koomson, in le quotidien ghanéen "The Finder" du 21 juin 2013.