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samedi, 25 février 2012

COTE D'IVOIRE: QUAND L'ETAT CENTRALISE SE NOURRIT DE LA DIVISION ETHNIQUE

 

Tout commence, comme souvent, par une petite phrase entendue dans la rue : « La Côte d'Ivoire ne peut pas être en paix puisqu'elle est composée d'ethnies différentes ; des groupes sociaux différents ne peuvent pas cohabiter, ils sont trop différents ». Il y a aussi des déclarations telles que celle du Président Ouattara lors de sa visite d'Etat en France, en janvier 2012 dernier, qui dans le journal « l'Express », alors qu'on lui demandait « pourquoi tant de "nordistes" étaient brutalement nommés à des postes à responsabilité dans son pays », a déclaré qu'il s'agissait « [...] d'un simple rattrapage. Sous Laurent Gbagbo la communauté du Nord, soit 40% de la population, était exclue des postes de responsabilité ». Par le Philosophe Nicolas Madelénat di Florio.



Quand la division ethnique se nourrit de l'Etat centralisé

Cette logique tribale émanant du chef de l'Etat sensé être le garant de l'« unité nationale » pose problème et semble extrêmement dangereuse pour la réconciliation de la Côte d'Ivoire puisque le Président lui-même se pose en défenseur de son propre groupe, ce qui ligue les autres contre lui et nourrit la division.

Des théories à une approche pratique: fondements des maux?

Qu'est-ce qu'une ethnie ? L'« ethnie » est un groupe social à transmission identitaire par le sang, c'est-à-dire que se mêlent deux données complémentaires : d'une part le caractère héréditaire de l'appartenance (il faut que les parents appartiennent à une certaine « ethnie » pour que l'enfant puisse prétendre l'intégrer par la suite) et, d'autre part, l'imprégnation dès les premiers instants de l'existence par un ensemble normatif fort, affirmé en opposition de ceux des autres groupes humains présents sur la même aire géographique.

Ethnie et tribu: une pure différence de mots?

Non ; les deux termes désignent bien deux réalités différentes. D'une part l'« ethnie », qui est composée de tribus différentes mais qui reprennent, toutes, dans leurs processus de reproduction identitaire via les mécanismes mimétiques un fonds commun et un lien au-delà des sphères sociales : un lien de sang, partagé, inaliénable. Et d'autres part les tribus qui, bien qu'appartenant à la même ethnie, ont vis-à-vis d'elle des adaptations différentes consubstantielles à leur implantation géographique et aux impératifs extérieurs (vêtements différents si l'« ethnie » est implantée sur un vaste territoire mais qu'une partie des « tribus » qui la composent vivent en plaine et une autre partie en montagne). Les codes sociaux, l'ensemble normatif qui va régir la vie en commun au sein d'un même groupe humain, peuvent varier entre deux « tribus » qui, pourtant, se rejoignent, d'un point de vue identitaire, au sein de la même «ethnie».

Qu'est-ce qui différencie l'ethnie et la nation?

La question est formidablement intéressante car elle permet de dégager deux dimensions opposées de la vie en commun des êtres humains. L'« ethnie » est la formation spontanée, c'est-à-dire qu'elle obéit à un ordre échappant aux volontés humaines : ses modalités de vie en commun, ses valeurs, ses règles, évoluent avec le temps en fonction de contraintes extérieures. Les « langues tribales », par exemple, tendent à être complétées, pour certains mots introduits par des rencontres avec d'autres groupes, par d'autres termes jusque là ignorés puisque ne renvoyant pas l'esprit de celui qui parle à un état de réalité (le terme soda, par exemple, n'était pas utilisé avant l'arrivée des premières boissons sucrées) ; les ethnies dont les individus ont souhaité en consommer se sont donc adaptées en intégrant ce terme à leur lexique traditionnel. La « Nation », quant à elle, est une formation politique -ce qui tend à la rendre artificielle-. Elle est accompagnée d'un Etat qui va la régir, la modifier, en fixer les règles et veiller à ses applications en sanctionnant, voire en éliminant, ceux qui refuseront de se soumettre.

Tribus, ethnies, nations et Etas centralisés: c'est concilier l'inconciliable?

D'un point de vue anthropologique, concilier des groupes humains aux normes sociales différentes ne pose pas de problème puisque, sans intervention extérieure, la coexistence de « tribus », sur un même territoire, même si elles appartiennent à des « ethnies » différentes se règlera soit par une mutation des normes sociales communes (avec, en parallèle, renforcement de « l'identité tribale et ethnique ») soit par un évitement consciencieux (caractère « tabou » de certaines zones, mécanismes de captation de la violence individuelle et transposition à un degré supérieur).

Pourtant, il est facile d'objecter à ce constat des phénomènes d'une cruauté particulière ; songeons, pour n'emprunter à l'histoire qu'un seul type d'exemples, aux épurations ethniques. Or, l'histoire ne méconnait pas la barbarie dont les hommes sont capables ; mais elle permet aussi, par une lecture attentive des données factuelles, de dégager un acteur souvent ignoré car gênant : les structures étatiques, lesquelles génèrent les facteurs déclencheurs de conflits.

Ainsi, des hommes obligés à vivre ensemble par des contraintes géographiques, devant partager par exemple la même source d'eau, les mêmes terres, et des espaces sociaux proches, vont être obligés de cohabiter dans une harmonie réglée et convenue. Point n'est besoin de verser dans un angélisme déplacé pour ne pas insister sur des manifestations de victimisation visant à la paix sociale : c'est le cas, par exemple, lorsqu'une personne d'une « tribu » voisine était sacrifiée, physiquement, ou moralement, afin que son groupe social soit sauvé (règlement d'un conflit autour d'un vol entre deux tribus, par exemple). De cette justice, pourtant, découlait une harmonie globale, prenant en compte les typicités normatives des groupes sociaux en présence, et de leurs habitudes ancestrales.

Ce système d'autorégulation de la vie en société fonctionne spontanément et s'adapte parfaitement aux diverses contraintes extérieures, et engendre, sans aucune intervention, ses propres solutions. Même la violence trouve une explication cohérente dans pareille lecture des sociétés ivoiriennes, servant souvent de thermomètre des contraintes difficilement compressibles : le manque de nourriture et le vieillissement d'un groupe faute de naissances, par exemple, entrainant souvent la destruction de la « tribu » concernée puis son intégration dans une « tribu » plus forte où les individus encore capables de procréer sont mêlés à leurs semblables et garantiront, ainsi, la pérennité de l'ensemble. Le système « juridique/de droit » s'adapte lui aussi et confère soit, par le mariage, un statut à la femme concernée comme étant semblable à une native de cette « tribu », soit un statut hybride mais garantissant, par le sang du nouveau mari, une intégration parfaite des enfants. Or, le système s'enraye lorsque des modèles d'organisation sociale différents font ingérence.

L'apport colonial le plus marquant, et le moins naturellement en accord avec la Côte d'Ivoire, est un Etat centralisé. Il rejette, de par son existence et la forme figée de ses structures publiques, toutes les différences entre tribus, et entre « ethnies ». Il est le responsable majeur d'une dynamique sociale allant à l'encontre de toute idée de « réconciliation nationale ». La raison en est assez simple : quiconque est à la tête de la machine étatique va porter les couleurs de sa propre appartenance tribale et, par ce biais, générer spontanément contre lui l'opposition des autres groupes sociaux, des autres tribus, des autres ethnies. Et de se demander si ce n'est pas dans la décentralisation, c'est-à-dire dans la création de structures locales de gouvernance, où toutes les tribus seraient représentées, que se trouve la clef de la réconciliation nationale ivoirienne. La voie de l'adoption d'un régime parlementaire est à explorer également puisqu'un tel régime limite le pouvoir absolu des dirigeants et donne du poids aux parlementaires issus de toutes les régions du territoire national.

[ N'est-ce pas le plus grand des droits de l'Homme que de pouvoir vivre conformément à sa nature dans le respect de ses coutumes et de ses semblables? ]
NOTE:


Par le Philosophe Nicolas Madelénat di Florio, Enseignant, Chercheur-associé au « CREEADP (Faculté de Droit et de Science Politique, Aix-en-Provence) »; membre du Collège des personnalités qualifiées, « Audace Institut Afrique ». Article publié en collaboration avec « Audace Institut Afrique ».


Source: NERRATI.NET

vendredi, 24 février 2012

SOUTIEN AUX PEUPLES EN LUTTE: AU SENEGAL COMME AILLEURS, LA FRANCE DOIT CESSER SON AIDE AU «MAINTIEN DE L'ORDRE»


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Manifestant sénégalais anti-wade brutalisé par la police

 

ATTAC France tient à exprimer sa solidarité à l'égard du large mouvement populaire au Sénégal. Par sa résistance et la constance de sa mobilisation, le peuple sénégalais montre qu'il ne se laissera pas confisquer sa souveraineté par la mascarade électorale que tente d'imposer Abdoulaye Wade.

Plus largement, cela démontre, si besoin était, que l'exaspération face à des pouvoirs illégitimes et l'aspiration à une véritable démocratie dépassent les pays du Maghreb et du Machrek, et s'expriment indépendamment de l'agenda politique des grandes puissances occidentales. Alors que celles-ci prétendent exporter la démocratie par la guerre en Côte d'Ivoire ou en Libye, leur attitude face au hold-up électoral du Président Wade dira si elles continuent de fermer les yeux tant que le régime est un allié de leurs intérêts économiques.

La France est particulièrement concernée par ce qui se passe au Sénégal, comme partout en Afrique francophone, puisque dans le cadre de sa coopération militaire et policière, scellée par un accord en cours de renégociation, elle contribue à équiper et former les unités qui répriment actuellement les manifestations. À l'occasion de la semaine anti-coloniale et d'une campagne présidentielle dont ces questions sont absentes, il est urgent de le dire et de le répéter : Paris doit rompre toute coopération militaire avec des régimes illégitimes, et cesser toute présence et intervention militaire extérieure en dehors de mandats d'une ONU réformée, qui ne sera plus instrumentalisée par les grandes puissances.

Celles-ci doivent maintenant se positionner publiquement : reconnaîtront-elles la "victoire" de Wade dans de telles conditions?

Comme lors de la tenue du forum social mondial à Dakar (février 2011), la solidarité entre les peuples doit l'emporter.

Attac France


Paris, le 24 février 2012.

TUERIES DES FEMMES D'ABOBO: LE LIVRE-ENQUETE QUI VA FAIRE TREMBLER LE CAMP OUATTARA

 

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Une journaliste française, qui a couvert la guerre postélectorale pour le quotidien suisse La Tribune de Genève, et qui a passé du temps à Abobo aux côtés des combattants du Commando invisible, vient de publier un livre plein de révélations très embarrassantes pour le régime Ouattara. Notamment au sujet des mortes d'Abobo.

C'est un témoignage précieux. Publié aux Editions Mille et une Nuits, le livre-enquête «Abobo la Guerre - Côte d'Ivoire : terrain de jeu de la France et de l'ONU» de la journaliste française Leslie Varenne sera à coup sûr abondamment annoté par tous ceux qui s'intéressent à la guerre postélectorale ivoirienne - notamment dans ses conséquences judiciaires. En effet, Leslie Varenne a vécu une bonne partie du dernier épisode du conflit ivoirien à partir de la commune d'Abobo, où est né le «Commando invisible» et où se sont livrés un grand nombre de combats. Ayant développé un bon relationnel avec Ibrahim Coulibaly dit «IB» et ses lieutenants les plus proches, elle est en quelque sorte dépositaire du «testament moral» de l'ancien garde de corps de la famille d'Alassane Ouattara, qui a quasiment été de toutes les conjurations depuis le 24 décembre 1999 et la chute d'Henri Konan Bédié. Elle a donc la connaissance d'un des terrains de guerre et des hommes mystérieux qui ont lancé la bataille d'Abidjan. Forcément, elle sait une partie des choses gênantes que le camp Ouattara-Soro voulait sans doute cacher en procédant à l'exécution sommaire d'IB.

Leslie Varenne ne peut être qualifiée facilement de pro-Gbagbo, selon le procédé habituel utilisé par le régime Ouattara et ses alliés internationaux pour discréditer les porteurs de vérités qui les dérangent. Dans son livre, elle multiplie les jugements de valeur définitifs sur le premier président de la Deuxième République ivoirienne, et reprend souvent sans recul les lieux communs qui parasitent une grande partie des écrits publiés en France sur Gbagbo.  Elle n'a pas vraiment enquêté sur le contentieux postélectoral mais dit, en quatrième de couverture, que Ouattara a été «globalement démocratiquement élu». Elle affirme que sous Houphouët, il suffisait de vivre cinq ans sur le territoire ivoirien pour être automatiquement naturalisé, ce qui n'est pas vrai. Elle se fonde sur des confidences d'anciennes amies de Simone Gbagbo pour affirmer que cette dernière est «richissime» sans dire un mot de ses supposées bonnes affaires.

Mais l'intérêt du livre de la journaliste française, envoyée spéciale de La Tribune de Genève à Abidjan durant les mois d'enfer, n'est pas dans le background mais dans les témoignages de terrain qu'elle met en lumière. Et qui sont déterminants. Notamment en ce qui concerne la fameuse «tuerie des femmes d'Abobo», qui a justifié le vote de la résolution 1975 instrumentalisée par la France officielle pour camoufler son entrée en guerre contre l'Etat de Côte d'Ivoire derrière un texte international de toute façon dévoyé.

Que s'est-il passé à Abobo ? Extraits du livre de Leslie Varenne.

«Le 3 mars, deux ou trois mille femmes défilent aux cris de «Gbagbo dégage». La manifestation est bon enfant. (...) Le rassemblement se tient au rond-point d'Anador, aussi appelé le carrefour du Banco. Le cortège croise les chars sortant du camp-commando d'Abobo pour aller se ravitailler au camp de gendarmerie d'Agban, circulant en sens inverse de la manifestation en direction d'Adjamé. Les femmes leur adressent des coucous de la main en signe de ralliement. Elles sont certaines d'avoir en face d'elles des tanks soustraits à l'armée par le Commando invisible lors des batailles. Subitement, des tirs atteignent les femmes. Le cortège panique, les femmes crient, s'enfuient dans la stupeur générale, personne ne comprend ce qu'il se passe. Officiellement, sept femmes meurent ce jour-là (...) Je n'étais pas sur place ce jour-là, mais lors de mes voyages à Abidjan, j'ai enquêté sur cet événement. Il me faudra des mois pour comprendre ce qu'il s'est réellement passé. Dans cette affaire, de nombreux points sont particulièrement troublants. Abibia, une marcheuse témoigne : «Au départ, nous ne voulions pas y aller. Abobo était en guerre à cette époque et cette marche était dangereuse. Mais le Golf nous a rassuré, il nous a dit que les Fongnons (les hommes du Commando invisible, ndlr) sécuriseraient la marche, et nous, nous avions une totale confiance en eux. Le Golf nous avait dit aussi que l'Onuci serait là. C'est pour cela que nous y sommes allées confiantes, habillées en boubous. Nous étions tellement rassurées qu'une des femmes est venue avec son bébé dans le dos. Elle est morte, mais personne n'a jamais mentionné le décès de son enfant.»

De son côté, le Commando invisible a été totalement surpris par cette manifestation : il n'avait tout simplement pas été prévenu par le Golf. Lorsque les hommes d'IB ont vu les femmes affluer, ils ont tout fait pour leur dire de rentrer chez elles. Mais ils ont seulement réussi à faire rebrousser chemin aux mères qui arrivaient de PK 18 et d'Anyama. En outre, à l'époque, le rond-point d'Anador n'est pas encore un territoire sous leur contrôle. Le choix du lieu du rassemblement est donc curieux. Pourquoi donner le rendez-vous sur la route et à l'heure où les chars passent pour aller se ravitailler ?

Huit mois après, Abiba s'interroge toujours : «Je n'ai pas toujours compris pourquoi le RHDP a choisi ce lieu.» L'endroit aurait pu apparaître comme stratégique si les femmes avaient marché en direction d'Abidjan, mais le meeting de fin de cortège devait avoir lieu devant la mairie d'Abobo. Autre élément incompréhensible, les femmes et les chars circulent en sens inverse, donc ils se font face. Or, les femmes sont atteintes dans le dos par des balles de mitrailleuse. Selon tous les témoignages recueillis, les tirs sont partis de la station Mobil à quelque quatre cents mètres environ du rond-point d'Anador. Les douilles ramassées par un des combattants du Commando invisible arrivé sur place après les tirs sont des douilles de calibre 12,7. Or les chars russes de Laurent Gbagbo sont équipés de mitrailleuses de 14 mm. (...) Le corps d'une femme a été emmené par sa famille, présente à proximité et inhumé le jour même.

Selon des témoins, les corps des six autres femmes auraient été ramassés par des jeunes hommes du RDR, parti d'Alassane Ouattara, puis transportés dans des estafettes (petits fourgons, ndlr). (...) Autre point étonnant : même en ces temps troublés, à Abidjan, la procédure est stricte, les victimes auraient dû être transportées à la morgue d'Anyama. Une autopsie aurait dû être pratiquée et les cadavres auraient dû être remis aux familles. Or, il n'en a rien été. Les six corps ont été enterrés dans un terrain vague, à l'insu de leurs parents, qui mettront des mois avant de connaître le lieu d'inhumation. Plusieurs mois après les faits, la Cour pénale internationale (CPI) se rend en Côte d'Ivoire et ne rencontre pas les familles. En revanche, l'ONUCI a interrogé les parents des victimes pour connaître leur version des faits et les a encouragés à prendre des avocats. Mais sans le soutien d'une organisation, comment ces familles pourraient-elles suivre une procédure aussi complexe et payer les honoraires des avocats ? Le parquet d'Abidjan, lui, signale l'ouverture d'une procédure.

Lors de mon investigation, j'apprendrai que deux commandants proches de Guillaume Soro étaient sur place ce jour-là. Etaient-ils là pour protéger les manifestantes ?»

Que d'éléments troublants !

Pour résumer, après son investigation, la journaliste française affirme que le RDR a en quelque sorte piégé ses militantes d'Abobo en leur mentant que le Commando invisible, non tenu au courant, et l'ONUCI, les protégeraient. Le parti ouattariste a choisi à dessein de faire manifester ses femmes sur la route où les FDS passent pour aller se ravitailler, et à l'heure de leur passage. Au final, des manifestantes affirment que les tirs de mitrailleuses criminels ne sont pas venus des chars de l'armée ivoirienne tandis que des combattants venus sur le terrain par la suite affirment que les douilles ne sauraient provenir desdits chars. De plus, il est incompréhensible que des mortes soient touchées dans le dos alors que les chars étaient en face d'elles. Ce qui est en outre frappant, c'est le fait que le RDR ait choisi d'empêcher toute autopsie et tout examen des corps des tuées en les soustrayant à leurs familles et en les enterrant à la va-vite dans un terrain vague, alors que la grande majorité des corps de la guerre postélectorale se trouvaient tout de même dans les morgues, malgré le conflit. Cette volonté délibérée d'empêcher des expertises sur les corps et d'empêcher les familles de les voir fait curieusement penser à ce qui s'est passé en novembre 2004 avec les dépouilles des neuf soldats français...

Les révélations de Leslie Varenne donnent en tout cas une légitimité nouvelle à la demande du président Laurent Gbagbo, qui sollicite depuis des mois une enquête internationale sur la fameuse tuerie des femmes d'Abobo. Une autre révélation de la journaliste confirme l'intuition répandue selon laquelle coups fourrés et montages visant à manipuler l'opinion publique internationale afin de légitimer une entrée en guerre directe de la France et de l'ONU. Une intuition qui fait que la version officielle sur le kidnapping de l'hôtel Novotel suscite jusqu'à présent de lourds questionnements...

Leslie Varenne explique, sur la base de confidences exclusives, que les attaques de l'hôtel du Golf le 9 avril, attribuées bruyamment aux FDS, ont été... des auto-coups des forces internationales.

«Des gars de l'ONUCI en tenue de camouflage»

Extraits du livre «Abobo la Guerre» évoquant le 11 avril, après le transfert violent de Laurent Gbagbo et de ses proches à l'hôtel du Golf. «Une heure après l'arrivée de ces illustres hôtes, son QG (l'hôtel du Golf, ndlr) est à nouveau attaqué à l'arme lourde. Comme la première fois, cette offensive ne fait ni blessé grave ni dégât majeur. Pourquoi les fidèles de Gbagbo bombardent-ils le lieu où se trouvent leur chef et son clan ? Pourquoi prennent-ils le risque de les tuer ou de les blesser ? Cette nouvelle agression a de quoi étonner. Un fonctionnaire de l'hôtel Sebroko révèle la vérité : «C'est l'ONUCI qui s'est tiré dessus lors des deux attaques, celle du 9 avril et celle du 11 avril, contre le Golf. La première fois, c'était pour légitimer les opérations en cours après la demande de cessez-le-feu de Laurent Gbagbo. La deuxième pour justifier sa capture et faire diversion. Un militaire ayant séjourné un mois à l'hôtel Sebroko après la guerre confirme : «En fait ce sont les gars de l'ONUCI en tenue de camouflage qui ont fait le coup. Bien sûr, les gars qui défendaient le Golf n'étaient pas au courant».

«La première victime d'une guerre, c'est la vérité», écrivait Hiram Warren Johnson, sénateur américain aujourd'hui décédé. Il avait décidément raison.


Théophile Kouamouo


Source: LE NOUVEAU COURRIER

jeudi, 23 février 2012

SABOTAGE DE LA RECONCILIATION NATIONALE: OUATTARA TRAQUE LES CADRES PRO-GBAGBO JUSQU'AU BENIN

 

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Les cadres de l'ex-majorité présidentielle qui se sont réfugiés au Bénin après le 11 avril et l'orgie de violence qui a coûté la vie à des milliers d'Ivoiriens soupçonnés d'être pro-Gbagbo, seront-ils «livrés» à la «justice des vainqueurs» de leur pays, dénoncée par la quasi-totalité des organisations internationales de défense des droits de l'Homme ? Le régime Ouattara, qui  manœuvre à fond et traque partout où ils peuvent se trouver les cadres proches du président Gbagbo, parviendra-t-il à ses fins au Bénin ? En tout cas, il semble avoir l'oreille de l'administration Yayi Boni. En effet, par le Soit-Transmis n° 0187/PRC du 20 Janvier 2012, le Procureur de la République près le Tribunal de Première Instance de Première Classe de Cotonou a fait parvenir au Commissaire chargé du Bureau Central National Interpol Cotonou, treize (13) mandats d'arrêts internationaux décernés par le juge d'instruction en charge du 6ème cabinet du Tribunal de Première Instance d'Abidjan contre des cadres pro-Gbagbo.

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Le macabre s'ajoute à l'arbitraire dans ce cas précis : en effet, le premier sur la liste de ceux que le gouvernement béninois s'apprête à livrer est... Paul-Antoine Bohoun Bouabré, ancien ministre d'Etat, décédé le 12 janvier dernier à Jérusalem, en Israël, alors que ses avoirs étaient gelés.

Les motifs au nom desquels le régime Ouattara veut «capturer» ces treize Ivoiriens sont les mêmes motifs génériques qui sont opposés à tous ceux qui sont considérés comme des obstacles à l'hégémonie de l'homme fort d'Abidjan : vols en réunion, à main armée, commis avec infraction ou violence, détournement de deniers publics et complicité, atteinte à l'économie publique et complicité, concussion, pillage.

C'est la presse de Cotonou qui a révélé le «coup» qui, selon toute évidence, était en préparation. Si l'on ne peut pas affirmer que le président Boni Yayi a donné son accord, une lettre du ministre de l'Intérieur Benoît Assouan C. Degla au chef de l'Etat, qui a fuité dans la presse, notamment dans le quotidien Fraternité, est très claire sur ses intentions. «D'ores et déjà, les services compétents de la Direction générale de la Police nationale ont engagé les recherches subséquentes à l'exécution desdits mandats et tout fait nouveau fera l'objet de compte-rendu à votre Haute Autorité».

Vigilance de l'opinion publique béninoise

D'ores et déjà, la classe politique et les médias béninois, très puissants, sont en émoi. La chaîne de télévision Canal 3 a consacré sa chronique à un projet d'ores et déjà désapprouvé par l'opinion publique nationale. Toutes les radios se sont emparées de la polémique. «Le président Boni Yayi livrera-t-il, sans distinction aucune les 13 cadres ivoiriens à la justice ivoirienne ? S'il le faisait, ne porterait-t-il pas entorse à la réconciliation en Côte d'Ivoire ? Autant de questions qui doivent amener le président Yayi à réfléchir par trois fois avant d'agir. En effet, rien ne dit que les conditions sont remplies en Côte d'Ivoire pour que ces personnes soient jugées de façon équitable et transparente. Aussi, rien ne dit que ces 13 présumés coupables de divers crimes en Côte d'Ivoire ne rentreront pas d'eux-mêmes si la reconstruction nationale est effective. Le Bénin, un pays de liberté et de paix n'aidera aucunement le président Alassane Ouattara en lui livrant ses compatriotes sans faire la part des choses. Au président Yayi d'en tenir compte», écrit le quotidien Fraternité. D'autres commentateurs s'étonnent que Yayi Boni, en sa qualité de nouveau président de l'Union africaine, pense à s'adonner à un jeu qui renforcera les fractures ivoiriennes.

Rappelons que l'Union africaine a en quelque sorte «abandonné» la Côte d'Ivoire après le 11 avril en renonçant à y envoyer un Représentant spécial chargé d'appuyer résolument la réconciliation nationale. En dépit des résolutions qu'elle avait librement prises en mars 2011.


Philippe Brou, in le quotidien ivoirien LE NOUVEAU COURRIER


Source: LE COTE D'IVOIRE DEBOUT

DECES EN CASCADE EN EXIL DES PRO-GBAGBO POUR CAUSE DE GEL DES AVOIRS: L'UNION EUROPEENNE DESAVOUE OUATTARA

 

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Le vendredi 17 février, les ivoiriens ont été surpris par l'annonce de la mort subite à Accra de Jean-Baptiste Diagou Gomont, maire de la commune Cocody. Cet autre décès en exil intervient quelques semaines après ceux de l'ancien ministre d'Etat Bohoun Bouabré et du maire de Facobly, Gnan Raymond, et dont les causes directes sont liées à la mesure injuste, illégale et arbitraire du gel des comptes bancaires des cadres du front populaire ivoirien.

Les trois personnalités avaient en commun d'avoir été les directeurs de la campagne électorale pour Laurent Gbagbo dans leur localité de naissance respective. Elles ont été contraintes à l'exil pour des questions sécuritaires; leurs domiciles et leurs entreprises saccagés mais aussi leurs comptes bancaires gelés par le procureur de la république ivoirien, agissant sur instruction du gouvernement de monsieur Alassane Ouattara.

Après le récent décès de l'ancien ministre d'Etat Bohoun Bouabré pour cause d'insuffisance de revenu pour la satisfaction de ses besoins primaires, lié au gel de ses avoirs bancaires en Côte d'Ivoire, voici qu'intervient dans les conditions similaires, la mort en exil d'un autre cadre du régime de Laurent Gbagbo qui, du fait des mesures de gel de ses comptes, n'avait pu effectuer à des périodes régulières, les différents bilans de santé que nécessitait sont état physique.

Pour bien comprendre le lien direct des décès constatés avec la mesure arbitraire du gel de leurs comptes bancaires, il est bon de savoir que pour minimiser les coûts, tous les cadres de l'ancien parti au pouvoir en Côte d'Ivoire et qui se retrouvent aujourd'hui en exil, ne vont consulter un médecin spécialiste que lorsqu'ils ressentent une alerte, alors que leur état physique lié à l'âge nécessite des contrôle préventifs réguliers.

Face à ses morts en cascade des anciens collaborateurs de Laurent Gbagbo, l'Union Européenne qui, dans le but d'accentuer la pression contre le régime de l'intéressé avait pris des mesures de gel des comptes contre 70 personnalités qui lui étaient proches notamment sa famille politique et nucléaire, son gouvernement, le conseil constitutionnel, des officiers généraux et des chefs d'entreprises tend aujourd'hui à se démarquer nettement de cette tragédie.

La décision de gel des comptes des proches du président Laurent Gbagbo est régulièrement visitée par les instances compétentes de Bruxelles si bien qu'à la date d'aujourd'hui, il a été procédé à la libération des comptes de certains membres de la famille de l'ancien président, de tous les membres de l'ancien conseil constitutionnel, de certains officiers généraux de l'armée, de toutes les entreprises d'Etat et de certains chefs d'entreprises privées et publics. En outre, la décision de restriction des comptes prise pour une année civile qui frappait les personnalités de l'ancien régime ivoirien a expiré officiellement depuis le 14 janvier 2012 et n'a pas été reconduite par l'instance compétente à savoir le parlement européen. Aussi, l'examen des dossiers pour la main levée des comptes de tous les membres du gouvernement dirigé par l'universitaire Aké N'gbo et les autres personnalités  proches de Laurent Gbagbo a  commencé depuis le début du mois de février 2012 et se poursuit dans le cadre des procédures internes à l'Union Européenne.

En attendant le terme de l'examen de ces dossiers prévue avant la fin du mois de mars 2012, l'on a pu observer sur le site officiel de l'Union Européenne, la publication de l'article 215  de son traité de fonctionnement et surtout, la décision n°  656-PESC qui  prévoyait  en son article 2, l'adoption de mesures restrictives à l'encontre des personnes en Côte d'Ivoire qui font obstruction au processus électoral. Ainsi sont gelés « les fonds et ressources économiques appartenant à, en possession de, détenus ou contrôlés par les personnes physiques ou morales, entités ou organismes proches de Laurent Gbagbo dont la liste est jointe en annexe ».

La décision de l'Union Européenne  laissait une lucarne à chaque état membre dans l'application des dites mesures, de respecter les droits de l'Homme afin de permettre aux personnes concernées de continuer à satisfaire leurs besoins primaires.

L'article 3 de la décision de l'Union Européenne indique que « par dérogation à l'article 2, les autorités compétentes des états membres peuvent autoriser le déblocage ou la mise à disposition de certains fonds ou ressources gelées, aux conditions qu'elles jugent appropriées après avoir établi que ces fonds ou ressources sont nécessaires pour régler les dépenses ordinaires, notamment pour payer des vivres, des loyers ou mensualités des prêts hypothécaires, des médicaments ou frais médicaux, des impôts, des primes d'assurances et pour assurer des rémunérations de services d'utilité publique. Il est aussi autorisé une dérogation destinée aux règlements d'honoraires d'un montant  raisonnable et au remboursement des dépenses engagées pour assurer les services de juristes ».

Les dérogations de l'Union Européenne tendent à maintenir en vie, les personnes concernées par les mesures de restrictions des comptes bancaires. Elles se démarquent totalement des objectifs du gouvernement de monsieur Ouattara pour qui la mise en application de la mesure du gel des avoirs des proches de Laurent Gbagbo comme l'avait révélé le chef rebelle Morou Ouattara est de leur assurer une mort lente. Sinon, comment interpréter le fait que les personnes concernées par les mesures de gel de leurs comptes bancaires depuis dix mois, qui n'ont plus de travail, ni de salaire, ne puissent pas bénéficier de leurs épargnes pour se nourrir, se soigner et se vêtir  et dire que la cause de leur mort, quand elle survient, n'est pas liée à la mesure injuste qui les frappe?

Les morts en cascade observées depuis le début de l'année 2012 parmi les personnalités en exil proches de Laurent Gbagbo et les membres anonymes de leurs familles ne sont pas liées à la  fatalité. Ces décès sont véritablement  les conséquences irréversibles de la mesure illégale, injuste et arbitraire sans aucune dérogation de gel des comptes bancaires de personnes cinquantenaires qui sont en général de grands malades de diabète, d'hypertension artérielle et les effets collatéraux des ces deux maladies qui nécessitent une surveillance régulières des organes vitaux qui sont le cœur et les reins et qui sont les causes des décès successifs de Gnan Raymond, Bohoun Bouabré et de Diagou Gomont.


Une correspondance de Philippe Traoré.

SITUATION AU MALI: PSYCHOSE ET HAUTE SECURITE A MOPTI


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Pour nous imprégner de l'état d'esprit des Mopticiens après le déclenchement de la rébellion dans le Nord malien, nous nous sommes rendus dans cette 5e ville du Mali, le 17 janvier 2012. Un séjour de deux jours nous a permis de découvrir des réalités, dont certaines sont peu favorables à la situation que vivent les populations nordistes. Nous avons aussi rencontré diverses personnes, notamment des autorités, des hommes de médias, des touristes, bref, plusieurs catégories des couches sociales dont les avis sur la rébellion touareg sont divergents. Mais la plupart des personnes rencontrées déplorent cette situation de crise car ils en souffrent énormément.

Le constat que nous avons fait, est que la ville du président Amadou Toumani Touré (ATT) est sous haute surveillance car les Forces de l'ordre sillonnent la ville vingt quatre heures sur vingt quatre.

Lorsque le véhicule de transport d'immatriculation malienne s'immobilisa à l'autogare de Mopti, après plus de 10 heures de route, c'est à la fois une délivrance et une frustration qui nous ont envahis. Il était 0h 12 minutes en ce 7 février 2012. Il faisait très froid. Une grande partie de Mopti dormait déjà. Tout était calme, mais quelques taxis-motos et taxis ordinaires continuaient à circuler. Les noctambules vaquaient très normalement à leurs occupations. Cependant, la ville est quadrillée. Les forces de l'ordre occupent les principales artères de la ville, contrôlent les allées et venues des citoyens.

Des fouilles minutieuses sont opérées, ce d'autant plus qu'une rumeur faisait état d'une probable infiltration des rebelles à Mopti, ville natale du président Amadou Toumani Touré (ATT). En ce 7 février 2012, le soleil se levait lentement au gouvernorat de la 5e région. Réputé pour être le quartier général du commandement militaire de l'armée malienne au niveau régional, ce lieu est très surveillé. A 8h 30, des militaires en treillis, armes au poing, sont en alerte maximale. A 9h passées, un général du nom de Issouf Koétta fit son entrée dans le gouvernorat. Il est accompagné d'autres officiers aussi supérieurs que lui. Ils sont accueillis par le gouverneur Abdoulaye Camara. Les échanges entre les 2 hommes ont duré une quinzaine de minutes. Le général ressortit, le gouverneur a enchaîné immédiatement avec la présidence d'une autre réunion dite d'importance nationale.

Officiellement, rien ne filtre de ces concertations mais, de toute évidence, tout tournait autour de la situation au Nord où les rebelles Touareg ont lancé une vaste offensive contre les positions des FAM (Forces armées maliennes). Pendant ce temps, le secrétaire particulier du gouverneur, Issa Aidara est au four et au moulin. « Revenez demain ou après demain, le gouverneur est très occupé », a-t-il lancé, en guise de réponse, à tous ceux qui avaient rendez-vous ou qui souhaiteraient voir le gouverneur Abdoulaye Camara. N'empêche, dans la salle d'attente, on pouvait entendre des propos du genre : « la République est en crise, nous devons répondre du tic au tac. Il ne faut pas caresser ces bandits dans le sens du poil.

Il faut agir vite. » Le gouvernorat qui abrite en même temps les locaux du médiateur de la République, du commandement du cercle, est pris d'assaut par une cohorte de visiteurs. Quand moussa Hamèye Maïga, commandant du cercle de Mopti, nous reçoit, le 8 février entre 13h et 14h, c'est un homme averti en matière de sécurité qui nous a accueillis avec ce brin d'humour : « Oh Le Pays, qu'est-ce que vous avez dit aujourd'hui à propos de mon pays ». Plus qu'un administrateur, l'homme reconnaît la grande impartialité du journal et dit suivre ses prises de position à travers la revue de presse sur RFI. Dès lors qu'on évoqua le sujet très sensible de la rébellion avec le préfet de Mopti, son visage devint pâle, le regard hagard et le ton militaire.

Lui-même originaire du Nord, fustige les velléités indépendantistes de ses frères. « Je connais très bien la région du Nord pour y avoir servi dans les années 90. J'ai eu à gérer la rébellion de 1992. Kidal, Gao et Tombouctou sont des régions qui me sont familières. » Tout en minimisant l'armada militaire des rebelles, il les qualifie de bandits armés, prêts à piller les paisibles populations. Ils n'ont ni de chars de combats, ni d'avions de combats, affirme-t-il. Durant la trentaine de minutes que nous avons passées avec le 19e préfet malien de Mopti, sa secrétaire particulière est passée au moins deux fois pour déposer sur son bureau des dossiers jugés urgents. Profondément touché par cette crise, l'autorité régionale assure que la situation est maîtrisée par l'armée malienne.

Alors qu'il commençait à nous dire ce qu'il pense réellement de la situation, son téléphone portable sonna. A l'autre bout du fil, une personnalité importante dont nous taisons le nom. La conversation durera 10 minutes et se portait sans conteste sur la crise au Nord. Au terme de son entretien téléphonique, il n'en dira pas plus encore sur la guerre. Mais notre soif sera un tant soit peu amoindrie le même jour dans un hôtel de Mopti. Là, nous avons pu nous entretenir avec un officier supérieur de l'armée malienne. Pour lui, la haute hiérarchie avait été informée au préalable, du danger que court le Mali en acceptant de recevoir les ex- combattants de Libye sans désarmement. « Les hautes autorités n'ont pas pris au sérieux nos inquiétudes. Pour ma part, je condamne l'attitude adoptée par nos autorités dans cette affaire. »

Plus loin, il condamne l'attitude de la France qu'il accuse implicitement de collusion avec les rebelles. « Si nous avions été écoutés, notre Armée n'aurait pas subi cette humiliation », nous a confié ce haut gradé. Et d'humiliation, la rébellion l'a infligée à l'Armée régulière. Des militaires, au nombre de 45, accompagnés de leurs familles, ont fui le front d'Andérraboukane et ont été accueillis à Mopti. Information que nous avons pu vérifier et qui a été plus tard confirmée par le ministre de la Défense et des anciens combattants, le Général Sadio Camara, lors d'une conférence de presse à Bamako. Les combats, dans cette localité, ont été particulièrement féroces entre les protagonistes, selon plusieurs sources consultées. Mopti, ville carrefour au thermomètre touristique du Mali, subit d'ores et déjà avec intensité les contrecoups de cette situation au Nord. Les touristes qui, en temps normal, et en cette période précise, remplissaient les hôtels, se font de plus en plus rares. Moins de 15% des chambres des hôtels sont occupées avec pour clients des nationaux en mission.

Pour Moctar Ba, le Directeur régional de l'office malien du Tourisme et de l'hôtellerie, la situation est beaucoup plus alarmante. « Une situation de crise extrême est en train de traverser la destination touristique du mali. Nous avons juste quelques petites poches de sites touristiques qui continuent de recevoir des visiteurs. Partant de l'analyse objective, je dirais que nous sommes très loin des affluences habituelles. Et il y a 2 niveaux problématiques. Le premier niveau est ce que nous appelons la problématique de la crise du tourisme liée à la question de l'insécurité dans la bande sahélo saharienne. Le deuxième niveau concerne cette nouvelle crise qui concerne directement les Maliens. C'est très mitigé, mais la grande tendance va vers le négatif.

Depuis le début des événements au Nord, nous avons eu à mener des actions en vue de rassurer les destinataires. Mais très malheureusement, la suite des événements ne joue pas en notre faveur. » Propos du premier responsable du tourisme dans le cercle de Mopti. Ces propos sont corroborés par un touriste que nous avons rencontré non loin du fleuve Bani.

Les Touaregs entre deux feux

« Nous devrions être 37 dans le groupe, mais finalement, nous ne sommes que 8 personnes à venir ici », a affirmé l'un des rares touristes rencontrés dans la ville de Mopti. A en croire un haut responsable du ministère malien de l'Artisanat et du tourisme, des voyagistes venant de France, du Canada et des Etats-Unis d'Amérique (USA) ont purement et simplement annulé leur destination vers le Mali. « En début février, on comptait environ 1500 annulations vers le Nord et beaucoup moins en direction de Mopti. La situation de guerre dans notre pays a provoqué des défections touristiques. Les aventuriers préfèrent aller vers d'autres horizons où la sécurité est garantie.'' L'aveu d'impuissance du haut responsable renforce celui des hôteliers. Du côté des commerçants, on qualifie cette crise de dramatique.

Même si Mamadou Niangadou dit Bakoroba, président de la Chambre de commerce et d'industrie de Mopti, s'est abstenu de commenter la crise du fait qu'il n'a pas obtenu l'aval du gouverneur, force est de constater que les opérateurs économiques vivent actuellement une période difficile. Seydou Yelkouni (originaire du Passoré) est très inquiet : « Tous nos gros véhicules en partance pour Gao et Tombouctou sont immobilisés. Nos gros clients fuient la région et nous sommes gagnés par une inquiétude grandissante. » Le domaine des transports est aussi secoué par cette crise. Yacouba Traoré, président des chauffeurs et locataires routiers de Mopti confirme cette paralysie. « Lorsque nous prenons la route du Nord, c'est quasiment à vide que nous circulons. Mais au retour, nous sommes parfois obligés de faire de la surcharge ». Une affirmation que nous avons vérifiée à la gare de Tombouctou et de Gao où les voyageurs de Kidal et Menaka empruntent leurs véhicules. Nombreux sont ceux aussi qui ont choisi la voie fluviale pour rejoindre Mopti.

Une fois sur place soit ils sont hébergés par des familles, soit ils cherchent à continuer vers Bamako ou encore au Burkina et en Cote d'ivoire. Conséquence, il y a des familles débordées à force d'accueillir ceux qui fuient les zones de combats. Selon certaines sources, la communauté tamarcheq subit une certaine chasse à l'homme à Mopti. Devenus la risée des autres Maliens, ils sont obligés de se cacher dans les taudis et autres habitations insalubres de la ville pour échapper à la furie d'une certaine frange de la population bien circonscrite. Bijoutier, NS est très malheureux en ces moments et nous raconte sa « malchance » d'appartenir à la communauté Tamarcheq : « On nous accuse d'avoir déclenché la guerre au Nord. Des jeunes de mon quartier sont venus nuitamment chez moi et ont voulu attenter à ma vie. J'ai envie même de quitter la ville mais j'ai peur. Je me cache dans les quartiers périphériques. »

Comme NS, ils sont nombreux les Touaregs et les Arabes, à vivre cette situation. Un groupe de Touaregs vivant dans les mêmes conditions, que nous avons rencontré, le 8 février dans un quartier périphérique, ne sait plus à quel saint se vouer. C'est la peur au ventre que des chefs de famille passent la nuit et la journée à l'intérieur d'une maison très exiguë. Pour tout dire, ces Touareg sont pris entre deux feux particulièrement nourris. D'un côté, ils ne peuvent plus retourner au Nord, leur région d'origine, de l'autre, leur vie est en danger quand ils sont dans d'autres régions.

Attention aux radios mille collines

Et pour ne rien arranger, certaines radios émettant à Mopti ont pris fait et cause pour le pouvoir de Bamako. Pire, à écouter certaines radios « ce sont plutôt des aigris, des paresseux et des vauriens qui ont pris les armes contre l'Etat malien ». A travers des tranches spéciales animées en bambara, des animateurs expliquent avec détails comment la rébellion a été mise en déroute par les loyalistes. Par le biais parfois de l'humour, ils évoquent que les hommes aux turbans sont en cours de munitions et de rations alimentaires. Des propos haineux du genre « Appretez-vous, nous irons déloger les Touaregs à Ménaka'' sont entendus sur certaines antennes. Même si nous sommes loin des propos tenus par certains animateurs des « radios mille collines » lors du génocide rwandais, le pire souvenir est à éviter. Fort heureusement, parmi les 8 radios que compte la ville, il y en a qui ont choisi la voie de la neutralité.

Cas de la radio Djamana qui a opté pour un traitement professionnel, objectif et équilibré de la crise. « A chaque fois que nous devons parler, nous devons nous interroger sur notre part de responsabilité immédiate et future », prophétise Adam Diarra de la radio Djamana. Plus loin, à Kayes, les radios locales ne cachent pas leur soutien vis-à-vis des autorités de Bamako. Le directeur de la radio FM de Kayes, M. Traoré, que nous avons croisé au grand stade de Mopti s'est exprimé en ces termes : « C'est la France qui veut nous imposer cette guerre. Tout simplement parce que nous avons refusé de cautionner la guerre qu'elle a engagée en Libye. Avec la France, RFI empoisonne l'information sans tenir compte de l'éthique et de la déontologie. Serge Daniel, leur correspondant, n'a jamais quitté Bamako depuis le début de la crise. Je soutiens l'Etat malien et je suis sûr qu'il va mettre hors d'état de nuire ces bandits armés.

Ce matin, j'étais avec un confrère de la radio ADDAR de Ménaka, et il m'a expliqué comment les loyalistes ont bombardé les positions des rebelles aujourd'hui. On les a massacrés, pourchassés jusqu'à leur dernier retranchement. Mais RFI n'a jamais fait cas de cela. Lorsque ces rebelles sont arrivés à Ménaka, ils ont pris position au niveau de la radio ADDAR avant de couper toute communication téléphonique. Ils ont pillé la population, violé les femmes ». En revanche, Salifou Warmé, directeur de la radio Orona de Koro, ne porte pas de gants pour fustiger la responsabilité de l'Etat malien dans cette guerre. « C'est la complicité passive de l'Etat malien qui nous a créé cette situation. Tenez-vous bien, l'Etat savait bel et bien que ces Touarègs étaient armés jusqu'aux dents de leur retour de la Libye. Qu'est- ce qu'on a proposé pour ces affamés et ces nombreux combattants qui n'ont ni travail, ni projet sauf celui de la prise d'armes. Il fallait plutôt prévenir au lieu de chercher à guérir.''

En tout cas, Fanta Diabaté, une auditrice résidant à Tomoguel1, un quartier populeux de Mopti, en a marre de certains animateurs. Selon la jeune dame, ils attisent le feu au lieu de l'éteindre. Au niveau des partis politiques ayant des représentations à Mopti , on joue la carte de la prudence. Au nombre de 18 à avoir un siège à Mopti, ces partis ont une position qui tranche avec une certaine réserve. Le parti de la Solidarité africaine pour l'indépendance et l'intégration (SADI) du Docteur Oumar Mariko, par la voix de son représentant régional, secrétaire permanent intérimaire du parti, M. Cissé, dit observer la situation avec beaucoup d'amertume. S'il dit comprendre la position de Bamako, il reconnaît tout de même que les rebelles du Nord sont avant tout des Maliens à part entière. Il appelle les protagonistes à s'asseoir autour d'une table pour négocier et trouver un compromis. Car il y va de l'intérêt général de la Nation.

Enseignant en sciences politiques et agronome de formation, Ag Intazoumé Moussa est un fils de la région du Nord. Installé à Bamako, son bureau a été l'objet d'une attaque. Lorsque nous l'avons joint au téléphone, il était en partance pour Kidal. Connu pour ses écrits enflammants dans certains journaux maliens, l'homme n'est pas tendre avec le régime de Bamako. « Le pouvoir a profité d'une situation pour redorer son blason. Le nordiste a été marginalisé. Moi je suis, par exemple, de l'ethnie Bella. Au Mali, le Bella est une ethnie de seconde zone. C'est toute cette frustration qui a amené les frustrés à prendre les armes. Quand je fais par exemple une comparaison entre les Bella du Burkina et ceux du Mali, je me rends compte que le Bella au Burkina est beaucoup plus considéré. En plus, le Nord est laissé économiquement à son propre sort. Tous ceux qui ont eu à me lire avant cette crise me donnent aujourd'hui raison. », nous a-t-il dit au téléphone.

Les armées étrangères et la rumeur envahissent Mopti

Mais, ses arguments sont battus en brèche par le maire indépendant de Mopti, Oumar Batili : « L'Etat a tout donné à la région du Nord. Ce que le pouvoir a mis dans le Nord comme investissement, faites la comparaison et vous verrez. Honnêtement, ce que l'Etat a fait au Nord, il ne l'a pas fait au Sud. On y trouve des routes, des hôpitaux, des écoles...Tout ce qui contribue au développement. Ils sont tout simplement défavorisés par le climat et la nature. C'est vraiment dommage qu'ils arrivent à prendre les armes pour revendiquer. Je vous dis qu'ici nous avons 703 communes. Et il y a des élus au Nord qui sont maires ou députés. Pourquoi ne pas emprunter le chemin de la légalité pour revendiquer ? Ils se sont trompés d'ennemis. » Mais la grande question que les Mopticiens se posent est celle-ci : pourquoi y a-t-il d'armées étrangères dans leur ville ? En effet, depuis quelques jours, des hommes et femmes en treillis des Etats-Unis d'Amérique sillonnent la ville.

Leur quartier général serait implanté à la Brigade de la Gendarmerie nationale. Sont-ils venus en formation ou pour prêter main forte à leurs collègues maliens. En tout cas, le débat est ouvert. Conversant en anglais avec les citadins, leur présence suscite des rumeurs les plus alarmantes. Si d'aucuns affirment avoir vu d'autres militaires venant d'autres pays, ceux que nous avons pu voir sont des Américains. La présence, dans cette ville, de ces militaires a renforcé une rumeur qui était déjà persistante. C'est ainsi que dans la nuit du 8 février, l'on a appris que des rebelles avaient fait des infiltrations à Mopti. Pire, il se susurrait même que Salifou Koné, gouverneur de la région de Kidal, avait trouvé refuge à Mopti, accompagné de plusieurs militaires. Aussi, les villes stratégiques à prendre par les rebelles étaient Kidal, Gao, Tombouctou et Mopti. Dans le quartier Mossinkoré où nous étions logés, les commentaires des citoyens non maliens, notamment des Burkinabè, allaient bon train.

A en croire les avis des uns et des autres, les Maliens à la peau blanche sont vraiment très mal vus par leurs compatriotes. L'explication que l'on donne à cela est qu'ils sont non seulement minoritaires, mais aussi contestataires depuis des lustres. Insatisfaits depuis des siècles, ils n'ont pas ce courage de manier la daba comme leurs compatriotes du Sud ou du Centre. Ces préjugés sont autant des faits qui déterminent l'animosité dans la tension actuelle. Une femme venue de Menaka témoigne en affirmant ceci : « Quand ils sont arrivés chez nous, ils nous ont forcé à crier « République de l'AZAWAD » ; ils rançonnent la population, surtout les commerçants. Ils disent que leur objectif, c'est Bamako. » Mais selon une catégorie de personnes à Mopti, très minoritaire, cette rébellion est la politique de ATT pour s'éterniser au pouvoir.


Hamed NABALMA, de retour de Mopti


Le Pays, Burkina Faso, 21/02/2012 (via lefaso.net)


Source: MALI WEB.NET

mercredi, 22 février 2012

CRISE AU NORD MALI: LA RANÇON DE LA CRISE LIBYENNE


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L'Afrique et ses dirigeants ont vécu la crise libyenne comme un spectacle et dont les conséquences sont loin de se limiter de nos jours, à ce que nous vivons au Mali. Les dirigeants africains et leur organisation, l'Union africaine ont assisté passivement à la liquidation du régime du colonel Mouammar Kadhafi. Pour le colonel Mouammar Kadhafi, la page s'est définitivement refermée le 20 octobre dernier.

Tué ce jour-là, il en finissait définitivement avec les contradictions et les soucis de son existence de révolutionnaire ; mais pour bien d'autres États africains dont le Mali et les autres pays de l'espace Uémoa, les difficultés n'ont commencé que ce jour-là.

Il en est ainsi de la rébellion touarègue à laquelle nous assistons. Des experts en tout genre cherchent à trouver les raisons qui ravivent ce conflit que l'on croyait éteint suite à la signature du Pacte national. Mais le combat que les Touaregs mènent actuellement contre notre armée n'a rien d'identitaire. Il est existentiel. Il s'agit d'hommes et de femmes qui, estimant ne pas pouvoir trouver de quoi vivre chez eux-mêmes, avaient décidé d'aller voir ailleurs.

Le hasard les conduit alors en Libye où ils trouvent de quoi mener une existence à l'abri de l'indigence. Mais un beau jour, leur quotidien devait subitement être bouleversé. Plus parce que sa tête ne plaisait plus à certains que parce qu'il gérait mal son pays, le colonel voyait se lever contre lui une armée mondiale. L'issue fut tragique. Et pour les touaregs accusés à tort ou à raison de s'être rangés du côté du perdant, c'est la chasse aux sorcières, c'est le vandalisme, c'est le pillage des biens et c'est le retour forcé.

Retour d'émigrés démunis, pleins d'amertume mais puissamment armés. L'Etat ayant, à travers les autorités militaires ayant failli à leur devoir de désarmer les revenants, la crise était inévitable. Aujourd'hui, c'est la nation malienne qui est menacée dans son unité et son intégrité territoriale et le processus électoral jadis prometteur, est plus que compromis. On n'entend aucune des puissances impérialistes qui étaient intervenues en Libye, reconnaître leur part de responsabilité dans la crise actuelle que traverse le Mali et par ricochet, les pays comme le Niger, le Burkina Faso puisque ces pays accueillent de nombreux Maliens réfugiés.

L'Onu qui avait donné quitus à l'intervention, à travers sa fameuse résolution 1973 est muette de nos jours. Au Mali et à tous les autres pays sur lesquels se déversent actuellement les conséquences de cette crise libyenne de les gérer. Les autres avaient pour mission de tuer Kadhafi. Celle-ci accomplie, ils se sont retirés et tant pis pour le reste. Pauvre Afrique !

Et c'est là que se manifeste la responsabilité des dirigeants africains. Eux qui avaient laissé faire, ils avaient naïvement pensé que cela se limiterait à Kadhafi seulement. Eh bien, ils se sont dangereusement trompés. Parce qu'en réalité, la crise malienne ne sera certainement pas la seule conséquence fâcheuse que l'Afrique aura à déplorer, suite à son incapacité à se faire respecter par le monde entier.

Déjà, le fiasco enregistré lors de l'élection du président de la commission de l'Union africaine, est également à mettre au compte de ces conséquences malheureuses et regrettables. Car la gestion calamiteuse de l'interventionnisme occidental dans les crises ivoirienne et libyenne par Jean Ping est l'élément fondamental de l'inimitié absolue que l'Afrique du sud éprouve à son encontre.

Le 40e sommet des chefs d'Etat de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) qui s'ouvre aujourd'hui dans la capitale nigériane Abuja saura -t-il tirer une belle leçon de ce vécu ? Les sommets étant souvent de grandes rencontres au cours desquels des discours mielleux sont prononcés sans que des actes concrets ne s'en suivent.


Denis Koné, in IRIB WORLD SERVICE


Source: TSIMOKI GASIKARA

ALORS QU'IL VIENT D'ETRE PORTE A LA TETE DE LA CEDEAO - GUY LABERTIT DEMASQUE ALASSANE OUATTARA



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Dans cette tribune, Guy Labertit, ex-délégué Afrique du Parti socialiste français et compagnon de route du mouvement de démocratisation du continent, commente l'élection à la tête de la CEDEAO d'Alassane Ouattara, un homme qui dirige pourtant un pays sous perfusion économique et sous tutelle politique. Et dont le régime se fourvoie dans l'arbitraire et la mauvaise gouvernance.

A l'issue du dernier sommet des chefs d'Etat de  la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), qui vient de se tenir à Abuja les 16 et 17 février 2012, Alassane Ouattara en a été élu le président en exercice. Même si l'on peut penser que le tour de la Côte d'Ivoire était venu, ce n'est pas un mince paradoxe que de voir charger un chef d'Etat des différents problèmes de l'ensemble ouest africain alors que la situation dans son propre pays, la Côte d'Ivoire, est pour le moins précaire.

Les douze travaux d'Alassane Ouattara

Ses meilleurs alliés dans la sous-région sont, ou ont été récemment, contestés, que ce soit Abdoulaye Wade, candidat discuté à la présidence du Sénégal, à 86 ans officiels, ou Blaise Compaoré, à la tête du Burkina Faso depuis vingt-cinq ans et qui rêve d'un nouveau bail en 2015 ! Les crises aigues se multiplient dans la sous-région avec la déstabilisation des pays du Sahel, liée à une politique aventureuse de la France, de la Grande-Bretagne et de l'Otan en Libye qui a éliminé Kadhafi,  au nom de la démocratie, mais réduit à néant l'Etat dans ce pays livré à des milices antagoniques sans projet politique. Le Nigeria se déchire à travers les velléités indépendantistes dans le delta du Niger riche en pétrole au Sud et l'irrédentisme meurtrier de la secte islamiste Boko Haram qui veut chasser les chrétiens du Nord du pays. Au regard de la gestion de ces questions brûlantes, comment le nouveau président de la CEDEAO aura-t-il le temps de se consacrer aux immenses tâches qui l'assaillent en Côte d'Ivoire ? A moins qu'il ait choisi de déléguer ses affaires domestiques à ses puissants alliés extérieurs et aux institutions internationales. Cette politique de fuite en avant a quelque chose de surréaliste. Les commentaires des spécialistes africanistes qui évoquent le double axe Côte d'Ivoire/Nigéria Côte d'Ivoire/Burkina Faso au sein de la CEDEAO prêteraient à sourire si le peuple ivoirien ne continuait de vivre un cauchemar.

La Côte d'Ivoire est un pays dont l'ensemble des cadres de l'ancienne majorité présidentielle, qui représente la moitié de l'électorat, sont en prison ou en exil. Après sept mois d'enfermement inhumain à Korhogo, malgré les tristes déclarations  de l'ancien secrétaire général de l'ONU Kofi Annan qui le disait bien traité suite à la mascarade organisée pour sa visite en compagnie de Desmond Tutu et Mary Robinson, le Président Gbagbo est détenu à La Haye par la Cour pénale internationale (CPI) depuis le 30 novembre 2011. Le procureur Ocampo n'a toujours pas communiqué à la défense les charges qui motivent cette détention et n'a inquiété aucun des cadres du régime actuel pourtant directement impliqués dans des crimes de guerre et crimes contre l'humanité depuis la fin de l'année 2002. A signaler qu'en attendant l'audience de confirmation des charges du 18 juin, Laurent Gbagbo bénéficie d'une aide judiciaire pour organiser sa défense. Où sont donc les fonds cachés du Président que le quotidien français Le Monde du 11 mai 2011, sous la plume fertile de sa correspondante à Genève, Agathe Duparc, situait en Suisse ? Les enquêteurs de la CPI, que l'on ne peut soupçonner de complaisance pour leur détenu, n'ont, pour leur part, toujours rien trouvé. Encore un exemple de manipulations médiatiques. Dès lors, que signifie l'inculpation du Président Gbagbo par la justice ivoirienne pour « crimes économiques », lui qui bénéficie d'une aide judiciaire ? Pas besoin d'enquête approfondie pour situer les biens immobiliers des têtes actuelles de l'Etat ivoirien, A. Ouattara et Guillaume Soro.

De plus, des centaines de cadres de l'ancienne majorité présidentielle ont leurs comptes bancaires bloqués et la totalité de leurs fonds gelés depuis un an. Eux et leurs familles sont condamnés à la survie et plusieurs décès parmi les sanctionnés, dont le plus récent est celui du maire de Cocody, Jean-Baptiste Gomont Diagou, attestent qu'ils ne peuvent même plus se soigner. Pourtant, on se plaît à répéter que la Côte d'Ivoire a renoué avec la démocratie et le respect des droits humains. Faut-il croire que le nouveau président de la CEDEAO restera insensible au sort de la moitié du peuple ivoirien puisqu'il a maladroitement déclaré qu'il allait faire du rattrapage auprès des populations qu'il estimait lésées par le précédent régime ? Il a un point commun avec l'actuel président français, son ami de vingt ans Nicolas Sarkozy, c'est celui de diviser les Ivoiriens comme son tuteur divise les Français.

Bien qu'en campagne électorale par gros temps, le capitaine Nicolas devra garder un œil sur la lagune Ebrié, dont la surface lisse dissimule des fonds fangeux, car son quartier-maître Alassane va être très pris par sa nouvelle fonction à la tête de la CEDEAO.

C'est que depuis l'arrestation du Président Gbagbo, le 11 avril 2011, « sous les bombes françaises », pour reprendre ses termes lors de l'audience de la CPI du 5 décembre, le Président Sarkozy s'est montré prodigue à l'égard du régime d'Alassane Ouattara. A commencer par les quatre cent millions d'euros annoncés par la France dès la fin du mois d'avril 2011 pour payer de prétendus arriérés de salaires alors que son prédécesseur avait honoré ces paiements jusqu'en février inclus malgré les fermetures des filiales des banques françaises. Il faut y ajouter un mirobolant contrat désendettement/développement, quatre fois supérieur au plus avantageux accordé jusque-là au Cameroun, annulant sur quinze ans la dette de 2,25 milliards d'euros (1472 milliards de francs CFA) essentiellement contractée par les régimes PDCI auprès de l'Agence française de développement (AFD) qui avait cessé tout engagement financier en Côte d'Ivoire depuis 2002. Encore faudrait-il que les recettes de l'Etat suivent pour que cette mesure ne se limite pas à un simple jeu d'écritures. Enfin, l'effacement d'un milliard d'euros de dette bilatérale a été évoquée lors de la récente visite d'Etat d'Alassane Ouattara à la fin janvier 2012.

La Côte d'Ivoire sous perfusion et sous tutelle

Le soutien politique de la France a été sans faille. La présence du président Sarkozy, fait inédit dans l'histoire des relations françafricaines, à l'investiture d'Alassane Ouattara le 21 mai 2011, la visite officielle  du Premier ministre François Fillon les 14 et 15 juillet, le déplacement du secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé, les 21 et 22 octobre, suivi par le ministre de l'Intérieur Claude Guéant, les 6 et 7 novembre, pour faire le point sur les questions de sécurité, laissent à penser que les liens privilégiés ressortent de liens tutélaires qui ne sont pas sans rappeler les années soixante. Le parfum néocolonial se fait entêtant à travers la présence stratégique, sur place à Abidjan, de personnalités françaises. Depuis mai 2011, Philippe Serey Eiffel, éphémère directeur des Grands travaux alors que Ouattara était le Premier ministre d'Houphouët-Boigny, a l'oeil sur les questions économiques. Le conseiller d'Etat en France Thierry Le Roy l'a rejoint en 2012 pour l'organisation de la réforme de l'Etat. Le général Claude Réglat, ancien commandant des Forces françaises au Gabon, gère les questions de sécurité et la réorganisation des services ivoiriens. Sans oublier les petites mains de la barbouzerie, comme Jean-Yves Garnault, l'ancien agent de la DST française, passant du service de Laurent Gbagbo à celui d'Alassane Ouattara.

Un tel empressement valait bien la remise de décorations de l'Ordre national de la Côte d'Ivoire à près d'une centaine de récipiendaires lors de la visite d'Etat en France d'Alassane Ouattara. Certains universitaires français ont choisi d'être absents, mais politiques, hommes d'affaires, militaires, diplomates, intellectuels, petits et grands, unis par un même soutien historique ou récent à Alassane Ouattara, ont été récompensés, y compris l'épouse du directeur de publication de Jeune Afrique Béchir Ben  Yahmed. La France n'a pas été chiche en décorant les membres du gouvernement ivoirien et du cabinet présidentiel présents à Paris.

La signature d'un nouvel accord de défense franco-ivoirien à Paris, le 26 janvier 2012, lors de cette visite d'Etat, à l'heure où la France a décidé de limiter sa présence militaire permanente sur le continent africain, révèle que Paris veut donner des gages sécuritaires à son nouveau protégé qu'elle a tout fait pour imposer à la tête de la Côte d'Ivoire. Le Président Gbagbo, pour sa part, voulait mettre un terme à cette présence permanente après le retrait de la Force Licorne. Mais le nouveau chef de l'Etat ivoirien avait déjà voulu masquer une certaine impuissance à maîtriser la sécurité sur l'ensemble du territoire en proposant aux grandes puissances le 22 septembre dernier, lors de son discours à la dernière Assemblée générale des Nations Unies, de faire de la Côte d'Ivoire une plateforme de la lutte contre le terrorisme international. Les Etats-Unis, à l'image de  leur imposante ambassade bunker d'Abidjan, ne sont sans doute pas insensibles à ce discours qui pourrait préfigurer une implantation d'Africom (Commandement des forces américaines en Afrique) en Côte d'Ivoire. Par ailleurs, ils n'ont jamais caché leur intérêt pour le pétrole du Golfe de Guinée.

Du reste, oubliés en septembre 2011 par le Président Gbagbo qui avait partagé un premier bloc entre Total et la Côte d'Ivoire (public et privés), ils viennent d'être associés, par le biais d'Anadarko Petroleum Corporation, avec CNR, major canadienne, et Total à l'octroi de trois blocs pétroliers prometteurs... L'arrivée à Abidjan, le 16 janvier 2012, d'Hillary Clinton accompagnée de William Fitzgerald, sous-secrétaire d'Etat aux Affaires africaines, a traduit une forte ambition en matière militaire, énergétique et commerciale. La réalisation de ce projet a été facilitée par la politique de Nicolas Sarkozy, marquée du double sceau d'une vieille amitié personnelle avec Alassane Ouattara et d'un atlantisme fondamental, malgré quelques rodomontades qui font plutôt sourire qu'inquiéter Washington.

Toutes ces visites officielles des représentants du monde occidental, auxquelles la venue à Abidjan du vice-ministre chinois des Affaires étrangères, Zhai jun, reçu par A. Ouattara le 24 juin 2011, ne peut servir de contre point, sont l'occasion de discours lénifiants sur le retour de la paix en Côte d'Ivoire ou sur la réconciliation. Pourtant,  la peur des Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI) règne toujours à l'intérieur du pays, la justice des vainqueurs continue de passer et la Commission «dialogue, vérité, réconciliation» dirigée par Charles Konan Banny, peine même à exister....

L'arbitraire politique et économique en guise de « gouvernance »

En matière de gouvernance, terme cher aux institutions internationales, la non installation, en février 2012, d'une Assemblée nationale dont les membres ont été élus le 11 décembre 2011, fait tache. Certes, les législatives seront reprises dans 11 circonscriptions le 26 février suite à l'invalidation des scrutins par le Conseil constitutionnel, le 31 janvier dernier, pour cause de fraudes alors même que l'ancienne majorité avait boycotté la consultation électorale ! On  comprend mieux le refus de la communauté internationale de recompter les bulletins lors de l'élection présidentielle contestée de novembre 2010.... A la tête de l'Etat, Alassane Ouattara recourt donc à des ordonnances sans loi d'habilitation, y compris sur des questions aussi importantes que l'âge de la retraite. Ce dernier a eu beau répéter à l'envi pendant sa visite d'Etat en France qu'il n'y a pas de justice des vainqueurs, que la paix est revenue et que l'armée est réunifiée, il n'empêche qu'aucun de ses partisans n'a été inquiété par la justice depuis dix mois, que l'opposition voit ses meetings perturbés ou attaqués violemment (un mort et soixante huit blessés le 21 janvier lors d'un meeting du Front populaire ivoirien) et que les FRCI incarnent l'arbitraire et la répression. Faisant suite à bien d'autres, les exactions commises par ces FRCI à Vavoua, le 18 décembre 2011, ont contraint le chef des Armées à des menaces fortes, qui sont restées sans effet comme le montrent les dernières victimes d'Arrah le 12 février 2012.

Véritable maître du jeu en matière sécuritaire, le Premier ministre et ministre de la Défense, Guillaume Soro, et les anciens commandants de zones rebelles dont l'impunité agace visiblement les protecteurs occidentaux du régime en place, pourraient voir l'étau de la justice se refermer sur eux. Toutefois, si cette perspective se confirmait, ils ne manqueraient pas de tout mettre en œuvre pour révéler des éléments confirmant la complicité d'Alassane Ouattara avec la rébellion depuis le coup d'Etat manqué de septembre 2002. Au sommet de l'Etat, c'est donc une sorte de fragile équilibre de la terreur qui persiste. Après la chute d'Abidjan, l'assassinat par les FRCI, en avril 2011, du sergent chef Ibrahim Coulibaly, dit IB, très proche d'Alassane Ouattara depuis les années 1990 et dans le secret de tous les coups d'Etat depuis 1999, a éliminé un témoin gênant, frère ennemi depuis 2003 du Premier ministre Guillaume Soro. L'action de son « commando invisible», ravageur dans la commune populaire d'Abobo où les partisans de Ouattara sont majoritaires, a joué un rôle décisif en liaison avec l'ONUCI et la Force Licorne pour écarter Laurent Gbagbo.

A l'évidence, Hillary Clinton, qui veut pousser l'avantage pour les Etats-Unis, a conscience de ces manquements démocratiques qui n'autorisent pas la Côte d'Ivoire à bénéficier du Millenium challenge account, convoité par Ouattara, accordé par les Etats-Unis aux pays en développement s'inscrivant dans les objectifs du millénaire définis par les Nations Unies. Les protecteurs occidentaux du nouveau régime hésitent au regard de cette mal gouvernance à accorder le fameux point d'achèvement de l'initiative Pays pauvres très endettés (PPTE). L'opposant Ouattara dénonçait le Président Gbagbo quand il avait obtenu du FMI et de la Banque mondiale le point de décision de l'initiative PPTE le 30 mars 2010 en disant que c'était une honte que ce pays soit classé parmi les pays très endettés. Il est piquant de voir que, devenu Président, il multiplie en 2012 les suppliques pour l'allègement de la dette. Rappelons que cette dette est à mettre au compte quasi exclusif des régimes d'Houphouët-Boigny, achevé par les trois ans de primature de Ouattara, et de Henri Konan Bédié, Laurent Gbagbo n'ayant pu guère compter pendant l'essentiel de sa présidence sur des engagements financiers extérieurs...

Cette décision de point d'achèvement dépend de l'exécution de réformes structurelles, notamment celle de la filière café cacao. Dans le négoce du cacao dont la Côte d'Ivoire est le premier producteur mondial, A. Ouattara, par l'intermédiaire de son épouse Dominique, dispose de relais familiaux. On sait qu'un fils de son précédent mariage, Loïc Folloroux, est le directeur Afrique du groupe britannique Armajaro, trader agressif qui a spéculé par des achats colossaux de cacao en 2002 (avant la tentative de coup d'Etat) et 2010 (avant les élections) dans le but de déstabiliser le régime Gbagbo. Ce groupe bénéficie des largesses de la Banque mondiale par le biais de la Société financière internationale (SFI) et se partage, bon gré mal gré, le secteur avec les Américains Cargill et ADM qui ont toujours eu les yeux de Chimène pour le Premier ministre libéral que fut Ouattara au début des années 1990. Le frère et une nièce de Dominique Ouattara, Marc et Noelle Nouvian, sont actionnaires d'une nouvelle société de négoce international (Soneici) de fèves de cacao, dirigée par Hervé Dominique Alliali. Il est vrai que le Premier ministre Guillaume Soro s'est taillé la part belle avec l'installation de cols blancs rebelles (André Ouattara et autre Ismaël Koné) au sein du Conseil café cacao mis en place le 24 janvier 2012. Ces pratiques illustrent une approche qui n'est pas sans rappeler celle d'un chef d'Etat français qui, lui aussi, avait promis l'avènement d'une République irréprochable...

Dans quelques semaines, les Français vont élire leur Président et on ose espérer que leur choix ne sera pas sans conséquence sur cette anachronique relation franco-ivoirienne. Le principal concurrent du Président sortant, le socialiste François Hollande, annonce dans ses 60 engagements pour la France : «Je romprai avec la «Françafrique» en proposant une relation fondée sur l'égalité, la confiance et la solidarité». Alors, on a envie de crier «chiche !», malgré le triste silence ou l'approbation des dirigeants socialistes français, à de rares exceptions près, lorsque Nicolas Sarkozy bombardait Abidjan avec l'aval de l'ONU pour écarter le Président Gbagbo, celui qui, élu en 2000, avait voulu porter un projet social démocrate sur le continent africain et en a été empêché dès 2002.


Guy LABERTIT

 

Source: LE NOUVEAU COURRIER

mardi, 21 février 2012

DECLARATION D'INTELLECTUELS, HOMMES ET FEMMES DE CULTURE SUR LA REBELLION AU NORD DU MALI



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ETAT DES LIEUX

Comment comprendre la rébellion armée qui, aujourd'hui, endeuille le Mali et condamne des dizaines de milliers d'innocentes et d'innocents à l'insécurité et au déplacement forcé, lorsqu'on ne veut pas s'en tenir au schéma réducteur du conflit ethnique? La rébellion qui a débuté le 17 janvier 2012 crée dans notre pays une situation de guerre civile.

L'heure est grave : l'intégrité du territoire national et la cohésion sociale sont aujourd'hui menacées.

L'honnêteté intellectuelle et la rigueur qu'exige la gravité de la situation actuelle du Mali imposent de lire cette rébellion à la lumière du système mondial et de ses crises.

Les réformes structurelles mises en œuvre à partir de la décennie 80 en vue de corriger les dysfonctionnements du modèle néolibéral, n'ont pas atteint les objectifs visés en terme d'amélioration des conditions de vie des populations, notamment l'accès à l'alimentation, l'eau, l'éducation, la santé et l'énergie domestique. Ce constat, qui est valable pour l'ensemble du pays, revêt des conséquences particulières au Nord.

ENJEUX

Le Nord Mali se caractérise par l'extrême complexité des enjeux géopolitiques, économiques et stratégiques, sans la compréhension desquels aucune paix durable n'y est envisageable.

Le septentrion malien a souvent été le théâtre de soulèvements d'une partie de la population qui revendique son autonomie par la voie des armes. Tous les régimes, coloniaux et postcoloniaux ont été confrontés à cette situation. De l'indépendance à ce jour, les réponses de l'Etat, qui ont été à la fois militaires, politiques et socio-économiques, n'ont pas pu y instaurer la paix sur une base durable.

La mauvaise gestion, le clientélisme et la corruption que l'on relève  dans la gestion des affaires publiques, exacerbent les frustrations et le sentiment d'exclusion à l'échelle du pays sans pour autant justifier la violence armée dans les autres régions.

Par ailleurs, la manière de gérer la libération des otages occidentaux a conforté AQMI dans la création au Mali d'un sanctuaire en liaison avec le terrorisme international.

Nous sommes dans un processus programmé de désintégration de l'Etat et de cristallisation des identités ethniques et régionales. De ce point de vue, nous questionnons même la genèse de l'appellation  « régions du Nord ».

N'y a-t-il pas une volonté d'affaiblir des Etats de la CEDEAO et l'Organisation elle-même ?

N'allons-nous pas vers une résurgence du vieux projet de l'Organisation des Etats Riverains du Sahara (OERS) ?

Après le découpage du Soudan, nous sommes en droit de nous interroger sur l'intention des pays de l'OTAN de procéder à une nouvelle balkanisation de l'Afrique. Ne sommes-nous pas de fait en présence d'un processus de dépossession des ressources  agricoles et  minières africaines, qui constituent aujourd'hui une partie importante des réserves mondiales pour la relance de la croissance économique globale ?

De l'approche globale que nous privilégions, il ressort que l'issue à cette guerre fratricide récurrente n'est ni militaire ni financière mais politique, économique, sociale, culturelle et diplomatique.

Face à cette situation :

Nous, intellectuels, hommes et femmes de culture du Mali, signataires de ce document déclarons que :

- L'intégrité du territoire, l'unité nationale et la cohésion sociale du Mali sont des acquis sacrés.

- Le septentrion n'est pas une planète à part, mais bel et bien une région du Mali, particulièrement vulnérable, qui n'en a pas moins subi les politiques néolibérales qui ont aggravé les inégalités, les injustices, la corruption et l'impunité. De Kayes à Kidal, les Maliens paient cher pour le dépérissement de l'Etat que nous voulons plus responsable, comptable et souverain ;

- La Paix véritable et durable dans le Nord de notre pays et sur l'ensemble du territoire, est au prix d'une nouvelle compréhension de la situation du Mali et de la bande Sahélienne qui intègre les enjeux sous-régionaux et mondiaux;

- Nous réfutons le discours réducteur de la guerre ethnique ;

- Nous déplorons le déficit de communication et de dialogue sur  les causes internes et externes des questions majeures qui engagent le destin de la nation ;

- Nous condamnons le recours à la violence armée comme mode de revendication dans un contexte démocratique et déplorons les pertes en vies humaines ;

- Nous condamnons avec énergie les agressions physiques, la destruction des biens et la stigmatisation de nos compatriotes Kel-Tamasheq et de peau blanche, nos frères et sœurs, alliés et voisins de quartier, de ville qui aiment et se reconnaissent dans le Mali, leur patrie, notre patrie commune à tous ;

- Nous soutenons résolument nos forces armées et de sécurité dans leur mission sacrée de défense du territoire national ;

- Nous sommes Un Seul et Même Peuple, uni par une longue histoire multiséculaire de rencontres, de brassages et de résistances à l'adversité ;

- La paix s'impose d'autant plus que les femmes et les enfants sont pris dans l'étau dans un conflit qui n'est pas le leur ;

- Les élections de 2012 sont donc une occasion historique de renouveler la réflexion sur un projet de société adapté à nos réalités, davantage fondé sur la culture de l'être et des relations humaines à même de garantir la prospérité, la paix, la stabilité et la sécurité pour tous.

- Nous signataires de la présente Déclaration, présentons nos condoléances les plus attristées aux familles des victimes et à toute la nation malienne. Nous exprimons notre solidarité à toutes les familles déplacées victimes de violences.

Bamako, le 07 février 2012.


Signataires


-    Aminata Dramane TRAORE, Essayiste
-    Abdoulaye NIANG, Socio-Economiste
-    Adama SAMASSEKOU, Linguiste
-    Filifing SAKO, Anthropologue
-    Hamidou MAGASSA, Socio-Economiste
-    Ismaïl DIABATE, Artiste-Peintre
-    Jean-Bosco KONARE, Historien
-    Mohamédoun DICKO, Historien
-    Mariam KANAKOMO,  Communicatrice
-    Ousmane TRAORE, Administrateur civil, Juriste
-    Doulbi FAKOLY, Ecrivain
-    Kaourou DOUCOURE, Universitaire
-    Abderhaman SOTBAR, Professeur
-    Cheick PLEAH, Professeur
-    Mohamed COULIBALY, Ingénieur
-    Abdoul MADJIDOU HASSAN, Gestionnaire
-    Mahamadou H. DIALLO, Imam
-    Boubacar COULIBALY, Gestionnaire
-    Mme SiSSOKO Safi SY, CAHBA
-    Mme TOURE Alzouharata, Gestionnaire
-    Mme Awa MEITE VAN TIL, Designer
-    Dr Daba COULIBALY, Enseignant-Chercheur

LES MENSONGES «DEMOCRATIQUES»

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Comme au bon vieux temps des conquêtes coloniales, les Arabes et assimilés, les monarques en tête, bachaghas et caïds des temps modernes, en bons supplétifs, tambours battants, ouvrent la voie aux maîtres. Ils s'en vont démocratiser les irréductibles d'entre eux, qui leur sont désignés, qui refusent de s'aligner ou de les suivre dans leur équipée. Ils ont volé au secours des «révolutionnaires» libyens, ils sont en train de le faire pour la Syrie. Ils n'ont rien à craindre à le faire, ils sont les légions avancées de l'ordre mondial. De plus, il vaut mieux faire du zèle que de fâcher les maîtres qui, en matière de démocratie, ont plus d'un reproche à leur faire. Le problème est que, cette fois-ci, cela ne se passe pas exactement comme prévu. Les maîtres s'interdisent d'aller démocratiser eux-mêmes. Ils ont décidé, aux dernières nouvelles, de garder leurs avions, leurs pilotes et leurs bombes bien au chaud. Tout cela parce que les Russes et les Chinois se sont dit qu'il n'était pas question de se faire blouser une seconde fois. Ce qui a changé, fondamentalement, les données.

Ce sera, donc, en toute probabilité, aux Arabes et eux seuls d'aller au casse-pipe. C'est d'ailleurs pour ça qu'ils ont envisagé une opération a minima. Ils veulent faire accepter au pouvoir syrien d'intervenir en tant que «force d'interposition». Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a expliqué que ce n'était pas si simple, dans une phrase simple : «Pour déployer une force de maintien de la paix, il faut l'autorisation de la partie qui la reçoit, tout d'abord. Deuxièmement, pour envoyer une mission de maintien de la paix, comme on l'appelle dans le jargon de l'ONU, il faut qu'il y ait une paix à maintenir». Le Russe a remis les choses à plat et a utilisé des formules désintoxiquées. «Il faut qu'il y ait une paix à maintenir», c'est fort de sens et une très judicieuse remarque. En clair, il veut dire qu'il ne suffit pas de mettre en branle l'armada médiatique et un CNT pour asseoir la vérité. Si tant est que le «droit d'ingérence» est accepté, il faudrait, pour le moins, qu'il y ait des raisons sérieusement établies. Ce qui est loin d'être le cas. L'exemple Irakien a démontré que des centaines de milliers d'êtres humains sont morts sur la base de mensonges, dont l'ONU a servi à la validation. Il suffit pour la Syrie d'en référer à la dernière tentative en date.

L'ambassadeur étatsunien en Syrie et le département d'Etat ont mis en ligne sur internet des photos prises par satellite, comme autant de preuves que l'armée syrienne conduit des opérations «d'envergure» contre les civils, notamment dans la ville de Homs. Un internaute algérien, Hafid, s'exclame : «La position (34° 42' 24'' N / 36° 41' 00'' E)  est particulièrement   intéressante : l'ambassadeur US parle de cratère (suite au pilonnage) !!! Je me suis posé sur cette position (grâce à Google Earth) et j'ai effectivement vu des cratères !!!  Le hic c'est que les images Google Earth datent du 29 juin 2010 et à cette date les «cratères»  existaient déjà !!!!  On est en plein Retour vers le futur. L'ambassadeur ne s'est pas douté un instant que des petits curieux s'amuseraient à visiter ses coordonnées. Autre débilité de l'ambassadeur, sur sa photo en bas à gauche : on peut lire: «Source : © 2011 Digital Globe» !! Oui, Oui, Copyright 2011 !! Digital Globe est un fournisseur privé d'images satellite !! Le mensonge éventé fait le tour de la toile. On comprend la phrase du Russe.


Ahmed Halfaoui


Source: LES DEBATS.COM

lundi, 20 février 2012

DECLARATION DE L'AIRD RELATIVE A LA SITUATION SOCIOPOLITIQUE

 

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Alors que la CAN (2012, au Gabon et en Guinée Equatoriale, Ndlr) était présentée comme une occasion de réconciliation entre les Ivoiriens, c'est au lendemain de la brillante participation des "Eléphants" que la Côte d'Ivoire est traversée par un vent de violences contre les populations, d'est en ouest, notamment à Arrah impliquant des éléments des Forces Républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI) et à Kouibly avec l'attaque d'un village ivoirien par des ressortissants Burkinabé en représailles, croit-on, à une action de coupeurs de route. Ces violences ont, comme à l'accoutumée macabre, fait de nombreuses et innocentes victimes.

L'Alliance Ivoirienne pour la République et la Démocratie (AIRD) s'incline avec respect devant la mémoire des victimes de tous bords et présente ses condoléances aux familles à nouveau éplorées et souhaite un prompt rétablissement aux blessés. L'AIRD note, qu'à l'exception de Vavoua où des violences, ayant opposé des FRCI à des populations nordistes ont fait l'objet de condamnation ferme de la part du régime avec annonce de mesures, les autres violences et exactions qui interviennent si régulièrement entre les FRCI et les populations non nordistes semblent faire l'objet d'une autre gestion.


Le silence du pouvoir ou les justifications tantôt partisanes, tantôt complaisantes de certains membres du gouvernement sont malheureusement interprétés par les auteurs de ces violences et exactions comme une caution. Or, ces violences prétendument présentées comme des actions de représailles, ou de vengeance par rapport à un passé plus ou moins lointain, ou même de soutien ethnique au régime ne sont que des prétextes aux pillages et aux vols, portant ainsi un coup à l'économie nationale, à la réconciliation nationale et à la paix. Notre pays rentre sournoisement dans un système de braquages à ciel ouvert: braquages politiques, braquages économiques, braquages culturels et intellectuels, etc.


Certes le contexte est particulier et inédit, mais dans un climat politique à plusieurs centres de décisions, où le chantage le dispute à la peur, seuls le courage et le sens des responsabilités nationales et collectives conduisent au succès. Le pouvoir ivoirien ne peut en faire l'économie, au risque de s'auto désintégrer. Ce n'est ni par l'émission de mandats d'arrêt internationaux contre ceux qui osent s'exprimer sur la grave situation du pays, ni par le soutien des puissances étrangères, ni par le canal des organisations sous-régionales dont la direction n'a jamais été convoitée par le président Félix Houphouët-Boigny (FHB) que la réconciliation interviendra en Côte d'Ivoire, même si l'AIRD félicite le Chef de l'Etat pour ses nouvelles responsabilités au sein de la CEDEAO.


L'AIRD, dont de nombreux militants sont originaires du Nord, s'inquiète de la dangereuse dérive ethnique qui ne profite qu'à une minorité mais dont l'écrasante majorité des Nordistes qui la désapprouve en silence pourrait faire les frais. En effet, il est dangereux de constater que la politique politicienne semble de plus en plus faire percevoir une région et une religion comme les ennemis de toutes les autres régions et religions du pays, alors que le régime était attendu sur la mise en œuvre du "vivre ensemble".


D'ores et déjà, l'AIRD, membre fondateur du CNRD, invite les Ivoiriens au discernement, au dépassement, à la tolérance, au pardon, à l'amour vigilant et à l'unité nationale devant l'accumulation grandissante des ingrédients d'une guerre civile.

L'AIRD remercie et félicite tous les responsables politiques qui, y compris au sein du RHDP, élèvent avec courage et sincérité la voix pour désamorcer l'orage qui se profile à l'horizon.

Enfin, l'AIRD réitère son invitation au chef de l'état et au gouvernement à la prise des mesures urgentes et idoines en vue de l'apaisement, à commencer par la condamnation sans équivoque de la violence de leurs partisans et par un dialogue républicain inclusif auquel n'ont de cesse de les inviter la communauté nationale et internationale, entendu qu'un choix politique ou un vote en faveur du président Laurent Gbagbo ne sauraient être des fautes à expier toute la vie.


Fait à Abidjan, le 18 Février 2012 - La Direction de l'AIRD.

CES MONSTRES QUI DIRIGENT NOTRE MONDE

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Sous des prétextes totalement fallacieux (démocratie et protection des civils) et des intrigues qui nous ont laissés sans voix, ces derniers mois, le Nouvel Ordre Mondial et les maîtres du monde ont installé leur "frère de lumière" à la tête de la Côte d'Ivoire, désarticulé et détruit la paisible Libye et fomenté de prétendues révolutions dans le monde arabe pour reconfigurer la géopolitique internationale.

Comme le dit John Laughland, administrateur du British Helsinki Human Rights Group, dans son remarquable article "Face cachée: la technique du coup d'état coloré": "Le mythe de la révolution populaire spontanée perd de sa prégnance en raison de l'ample littérature sur les coups d'État et les principales tactiques utilisées pour les provoquer. C'est bien entendu Lénine qui a développé la structure organisationnelle vouée au renversement d'un régime que nous connaissons maintenant sous le nom de parti politique. Il différait de Marx en ce qu'il ne pensait pas que le changement historique était le résultat de forces anonymes inéluctables. Il pensait qu'il fallait le provoquer".

Après avoir fait croire aux Tunisiens, aux Egyptiens, aux Libyens, aux Yéménites et aux Bareïnites que les quelques agitations populaires qui ont bouleversé leurs pays sont leurs propres oeuvres et l'expression de leur volonté de s'approprier leurs destinées, ils ont installé à la tête de certains de ces états, des rénégats incontrôlables et des islamistes avec lesquels on a une lecture plus que floue de l'avenir. C'est avec la même réthorique qu'ils ont détruit l'Irak et l'Afghanistan, et sont en train d'en sortir la queue entre les jambes.

Ces hommes sans morale ont, aujourd'hui, jeté leur dévolu sur la Syrie, qui pourrait bientôt passer à la trappe, avant que le cap soit mis sur l'Algérie et l'Iran, avec une menace très explicite de guerre nucléaire mondialisée, depuis la (re)bipolarisation de notre planète, cristallisée par le double veto sino-russe au Conseil de sécurité contre une résolution à l'encontre la Syrie de Bachar Al-Assad.

Les médias "meanstream" sont mis à rude contribution qui nous débitent, à longueur de journée, incongruités et énormités, et des mensonges odieux du genre de celui qu'il nous a été donné d'entendre, ce samedi 18 février, sur France 24: "Syrie: des funérailles finissent dans un bain de sang. L'armée de Bachar Al-Assad tire sur des milliers de manifestants, le bilan SERAIT de 1 mort et 4 blessés". Entre nous soit dit: si une armée comme celle de Bachar Al-Assad avait ouvert le feu sur une foule de plusieurs milliers de personnes comme on nous l'a montré, ne serait-ce que par la débandade générale due aux tirs, on aurait enregistré au moins une centaine de morts. De qui se moque-t-on?

Cette presse indigne se délecte journellement, depuis de longs mois, de ce décompte macabre, comme une agence de croque-morts, pour justifier une action militaire contre la Syrie, heureusement bloquée par le veto sino-russe, mais qu'ils s'emploient à contourner. Quelles diableries!

Qui nous délivrera de cette race impie et de cette engeance qui dirige nos pays, avec à leur tête Barack Obama, Nicolas Sarkozy et David Cameron?


Que DIEU ait pitié de notre monde!


DINDE Fernand AGBO

jeudi, 16 février 2012

L'AVOCAT DE GBAGBO A LA CPI: «NOUS AVONS GAGNE TOUTES NOS BATAILLES, NOUS TENONS LE BON BOUT»

 

Comment le président Laurent Gbagbo prépare-t-il sa défense devant la Cour pénale internationale, et plus particulièrement l'audience dite de «confirmation des charges» qui aura lieu le 18 juin 2012 ? Selon des sources qui lui sont proches, il est très concentré sur cette échéance, qu'il suit directement, aidé par Emmanuel Altit et Agathe Baroan. Tout juste se détend-il en lisant énormément de livres, politiques et historiques - dont le Jésus de Jean-Christian Petitfils - et par le zapping télévisuel.

Laurent Gbagbo est en contact régulier avec Me Altit. A l'occasion du séjour européen de Miaka Ouretto, numéro un par intérim du FPI, le défenseur du premier président de la Deuxième République ivoirienne, s'est confié au site internet eventnews.fr. «Les procédures à la CPI sont complexes, longues et très techniques (...) Vous avez deux buildings énormes où travaillent plus de 1000 personnes, mais rassurez-vous, nous avons gagné toutes nos batailles», a-t-il dit comme pour planter le décor. «Vous savez comme moi que la Côte d'Ivoire n'ayant pas signé le traité de Rome, il fallait l'accord des juges pour que le procureur puisse renvoyer l'affaire devant la CPI. Ce qui a été motivé par le procureur le 23 juin 2011 sur la base d'une liste de crimes que des pro-Gbagbo auraient commis entre le 28 novembre 2010 et le 11 avril 2011. Voilà comment après l'autorisation de la chambre préliminaire III du 3 octobre 2011, les enquêtes ont abouti au transfèrement du président Gbagbo à la CPI (...) A l'époque je n'étais pas encore dans la procédure avant que Gbagbo ne soit transféré, mais malgré cela, mon équipe et moi avions dénoncé l'attitude du procureur Ocampo qui n'est qu'un acte purement politique. Car en demandant aux juges de le laisser enquêter sur cette période du 28 novembre 2010 au 11 avril 2011, il voudrait conclure par le fait que tout ce qui est arrivé par la suite, est la résultante du refus du président Laurent Gbagbo de céder le pouvoir à Ouattara (...) Nous avons produit une démo d'une trentaine de pages, démontrant que le procureur ne peut pas tenir compte dans la situation de la Côte d'Ivoire, que de la seule période du 28 novembre 2010 au 11 avril 2011... Il faudra qu'il enquête également sur tout ce qui s'est passé en Côte d'Ivoire depuis 2002 (...)  C'est pourquoi, le procureur était obligé de faire des observations complémentaires le 3 novembre 2011 en demandant aux juges de lui permettre d'enquêter sur la période allant jusqu'en 2002. C'est une première victoire», a expliqué Maître Altit.

Qui a poursuivi.  «Notre stratégie a plusieurs étages. Mais déjà sachez que avant même le transfèrement du président Gbagbo à la CPI, nous avions envoyé plusieurs mémoires aux juges, aux médias (...) c'est pourquoi le président Gbagbo était digne et respectable lors de sa comparution initiale du 5 décembre 2011. Il fallait tout faire pour lui rendre sa dignité (...) Après cela, on a tous vu le changement du rapport de force dans les médias internationaux (...) Aujourd'hui, le camp Ouattara est indexé par tous.»

Faut-il pour autant déjà crier victoire ? Emmanuel Altit demeure prudent. «A la Cpi, nous n'avions pas de bureau, le procureur ne voulait pas nous donner tous les documents en sa possession. Aussi, il faut aller sur le terrain pour les contre-enquêtes... Nous avons bataillé dur, aujourd'hui c'est chose faite surtout avec l'aide juridictionnelle. Après cette deuxième victoire, nous nous préparons pour le 18 juin pour l'audience de confirmation des charges. Mais déjà, il faut retenir que chaque jour qui passe, nous nous battons pour obtenir la victoire sur le procureur et nous tenons le bon bout. Les juges et l'opinion internationale comprennent de mieux en mieux le dossier ivoirien. Cela prépare le terrain. Ce n'est pas négligeable dans une procédure où les juges sont libres de délibérer. Aujourd'hui tout le monde va dans notre sens (...) Nous avons dans un premier temps voulu gagner la bataille du sérieux, du professionnalisme. Après donc la technique vient maintenant la stratégie sinon la politique, pour ne pas dire les faits, qui n'interviendront qu'une fois à l'intérieur des débats. Mais il était pour nous important de préparer le terrain, les esprits. Et les résultats que nous obtiendrons seront non seulement au profit du président Laurent Gbagbo, mais aussi au profit de tous ses proches visés par la justice... La semaine prochaine, d'autres requêtes seront déposées. Nous avons besoin des témoignages authentifiés en images, photos, vidéos, présence des victimes... Mais le tout dans le calme et la sérénité. Nous travaillons avec Maître Agathe Baroan, une Ivoirienne. Pour dire que notre équipe n'est pas fermée».

En évoquant les témoignages dont la défense a besoin, l'avocat du président Gbagbo évoque tous les indices et éléments de preuve susceptibles de battre en brèche les thèses défendues par le procureur Ocampo. C'est-à-dire par le régime Ouattara. La balle est donc dans le camp des «sachants». C'est le moment ou jamais pour ceux qui ont des éléments ou des témoignages inédits sur le coup d'Etat du 24 décembre 1999, la genèse de la rébellion, les crimes et montages de celle-ci, ses accointances avec des hommes politiques ivoiriens et/ou étrangers, ses montages médiatiques, la préparation de la guerre postélectorale, les crimes du «commando invisible» et des FRCI... de les communiquer à la défense du président Gbagbo. En toute discrétion.

 

Philippe Brou

 

Source: LE NOUVEAU COURRIER

UN DOCUMENTAIRE DE FRANCE 5 REVIENT SUR LES MASSACRES DES FORCES PRO-OUATTRA ET L'INDIFFERENCE COUPABLE DE L'ONUCI

 

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Regardez et téléchargez cette deuxième partie d'un passionnant documentaire (il l'est du début à la fin) diffusé par France 5 intitulé "Menace sur les droits de l'homme". Un documentaire assez peu vulgarisé et dont des télévisions africaines devraient songer à acheter les droits, comme la RTI de l'époque avait acheté les droits de "La Françafrique" de Patrick Benquet. A partir de 1'37", il parle longuement de la Côte d'Ivoire, et de la lâcheté complice de l'ONU à Duékoué. Les enquêteurs d'Amnesty International parlent sans langue de bois. Mais ces messieurs et dames d'une Cour pénale internationale financée quasi-exclusivement par les pays occidentaux auront-ils le courage de dire leur fait à leurs "bienfaiteurs" ?

 

 

Source: Le blog de Théophile Kouamouo

mercredi, 15 février 2012

POURQUOI LA CAN NE POUVAIT PAS RECONCILIER DES IVOIRIENS PLUS DIVISES QUE JAMAIS

 

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L'opération de communication massive orchestrée depuis le Palais du Plateau a fait «pschitt». Il faut se rendre à l'évidence. La victoire des Eléphants à l'occasion de la finale de la Coupe d'Afrique des Nations, espérée par tous les Ivoiriens, n'a pas été au rendez-vous. Elle ne sera donc pas instrumentalisée par les prestidigitateurs qui nous dirigent. Et dont la petite musique était déjà parvenue à nos oreilles. Le trophée était annoncé, par ceux qui veulent réconcilier sans panser, sans écouter et sans réparer, comme le signe absolu de la fin de toute discorde au sein d'une Nation à qui tout réussit sous l'égide son chef bien aimé. Pour cette raison, un nombre incroyable d'officiels ont - une fois de plus - gaspillé l'argent public pour faire le voyage de Libreville, dans l'espoir de profiter de l'entrée triomphale des Eléphants dans une ville d'Abidjan en liesse pour se griser d'une popularité usurpée.

C'est bien là le signe du double langage du régime ivoirien, mielleux à destination de l'étranger comme il est brutal - psychologiquement aussi - à l'intérieur. Cette victoire des Eléphants devait être présentée comme le signe de la «baraka» de Ouattara, et de la confirmation de ce qui est «l'ordre juste» en Côte d'Ivoire. Les thuriféraires du régime le disaient : comme en 1992, les Eléphants ramèneraient la Coupe à Abidjan parce que, comme en 1992, Ouattara est aux affaires et Gbagbo est en prison - à sa place naturelle, entendaient-ils affirmer, faisant ainsi la démonstration de leur hostilité historique au mouvement de démocratisation et à «l'indocilité» ivoirienne. Hier comme aujourd'hui. La victoire des Eléphants n'était pas, pour eux, la  promesse d'une réconciliation authentique, mais la poursuite d'un écrasement, d'une humiliation censée frapper les esprits au sein du petit peuple auquel il aurait été seriné que «Dieu aime Ouattara».

Les Ivoiriens hostiles au régime actuel savaient bien quelle instrumentalisation indécente aurait été faite, ce qui ne les a pas empêchés de soutenir leur équipe et de se préparer à porter une victoire paradoxale, faites de joie intérieure et de sarcasmes extérieurs. Les Eléphants n'ont pas gagné. Mais la manœuvre du régime Ouattara, appuyée par une Organisation des Nations Unies qui a oublié son devoir d'impartialité vis-à-vis de ses pays membres, est révélatrice d'un état d'esprit détestable et dangereux. Cet état d'esprit est contenu dans la phrase de Charles Konan Banny, amorphe patron de la Commission dialogue vérité et réconciliation, qui disait en substance que les Ivoiriens se réconciliaient sans s'en rendre compte. De combien de tonnes de lâcheté cette élite-là, et les diverses coteries internationales qui accompagnent le régime Ouattara, se sont lestées pour ne pas oser voir ce que le commun des mortels voit ? En tout cas, on se situe plus que jamais au degré zéro du politique ! Quand des chanteurs ou des footballeurs sont appelés à la rescousse pour régler des problèmes qui ne les concernent pas, c'est qu'il y a une démission des dirigeants et une incompétence manifeste. Dans le cas d'espèce, le problème est simple. Personne, dans le clergé, dans le gouvernement, au sein des syndicats, de la société civile et du corps diplomatique, parmi les guides religieux, n'ose se lever pour dire à Alassane Dramane Ouattara que sa manière de gouverner dans le sadisme, la brutalité et le «rattrapage ethnique» est porteuse des plus grands périls.

Comment réconcilier la Côte d'Ivoire alors que les Dozos et FRCI canal Forces nouvelles continuent de traumatiser et de tuer, comme nous le montre l'actualité récente à Arrah, notamment développée dans cette édition du Nouveau Courrier ? Comment apaiser alors que l'absurdité judiciaire triomphe dans le traitement des prisonniers politiques, dont le cas Michel Gbagbo est emblématique de la cruauté d'Etat en Côte d'Ivoire ? Comment rassembler quand tout semble être mis en œuvre de manière rationnelle pour vider les villages Wê du peu de population qui reste, et quand aucun programme sérieux ne vise à rassurer les centaines de milliers de déplacés internes et de réfugiés ivoiriens ? La joie de la CAN n'aurait-elle pas été forcément de courte durée face aux destructions d'emplois qui battent leur plein et à la vie chère qui oppresse tout un peuple ?

Il s'agit de revenir aux fondamentaux au lieu de persévérer dans la politique de l'autruche. La France «black-blanc-beur» célébrée après la victoire à la Coupe du monde de 1998 a-t-elle empêché Jean-Marie Le Pen d'être au second tour de la présidentielle dans l'Hexagone quatre ans plus tard ? La supplique de Didier Drogba demandant hier, après l'historique qualification à la Coupe du monde de 2006, de «déposer les armes» et «d'aller aux élections» a-t-elle eu la moindre conséquence sur la tragédie ivoirienne et l'inflexibilité des rebelles d'alors ? La victoire des Pharaons d'Egypte a-t-elle empêché la lame de fond révolutionnaire de déferler sur le pays et d'occasionner, en 2011, la chute du régime d'Hosni Moubarak ? La crise ivoirienne est politique. C'est par la politique qu'il faut la régler, avec franchise et courage. Et non par le bling bling et la com' à outrance.

 

La Rédaction


Source: LE NOUVEAU COURRIER

FINALE DE LA CAN - LE PUBLIC GABONAIS CRIE: «LIBEREZ GBAGBO, LIBEREZ GBAGBO!»


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Après l'Afrique du Sud, Alassane Ouattara semble décidément par avoir la côte en Afrique centrale.

Partis en grand nombre à Libreville au Gabon pour pousser les Eléphants à la victoire face aux ''Chipolopolo'' de la Zambie en finale de la Coupe d'Afrique des nations Orange 2012, les supporters ivoiriens ont été doublement désillusionnés au Stade Sino-Gabonais de l'Amitié. En face, ils n'avaient pas seulement pour adversaire la poignée de supporters zambiens présente dans le stade. Les supporters convoyés par le Comité national de soutien aux Eléphants (CNSE) et tous les Ivoiriens présents à Libreville, n'avaient pas compté avec l'hostilité des Gabonais qui se sont constitués en douzième homme des ''Chipolopolo''. Pourtant, lorsque l'avion affrété par le ministère des Sports et Loisirs s'est posé sur le tarmac de l'aéroport Léon Mba de Libreville sous le coup de 1h GMT, rien ne présageait une telle situation.

Dans la salle des formalités de police, l'ambiance était bon enfant entre Ivoiriens et Zambiens arrivés presqu'au même moment. Le ministre des Sports, Philippe Légré venu en personne accueillir ses ''troupes'', était heureux de savoir que les Eléphants ne manqueraient pas de soutien. Parce qu'en plus des supporters du CNSE, d'autres entreprises de la place et la Fédération ivoirienne de football avaient également transporté des supporters à Libreville. Il y avait du beau monde. De quoi galvaniser Didier Drogba et ses camarades pour la victoire tant attendue.

Mais très vite, l'optimisme va faire place à l'incertitude, ensuite à la désillusion, puis au cauchemar. En effet, dès la fin du compte à rebours, pendant la présentation des hymnes nationaux, les supporters ivoiriens sont surpris par un fait insolite après ''l'Abidjanaise''. Autour d'eux, certains Gabonais, chantent en choeur l'hymne national de la Zambie. On a l'impression qu'ils s'y étaient préparés en apprenant les paroles de cet hymne zambien. Et que quelque chose d'anormal allait se passer. Dans la foulée, tout le stade enchaîne aussitôt avec l'hymne national du Gabon. Ce qui n'est pas prévu. Nationalisme oblige, pourrait-on dire. Parce qu'au pays d'Ali Bongo Ondimba, c'est ''le Gabon d'abord''. Qu'à cela ne tienne. Mais le masque ne tarde pas à tomber. Des Gabonais assis parmi des supporters ivoiriens dans la zone où nous sommes, décident alors de faire des commentaires désobligeants sur la crise post-électorale en Côte d'Ivoire et le Transfèrement de Laurent Gbagbo à la CPI.

Excédé, un supporter ivoirien oppose à l'un d'eux une réaction musclée et lui rappelle, qu'eux aussi avaient contesté la nationalité de leur président lorsqu'il a exprimé l'intention de briguer la magistrature suprême du Gabon. Mais pourquoi l'acclament-ils dans ce stade? Mieux, il lui demande en quoi il est concerné par les affaires ivoiro-ivoiriennes, et quels liens elles ont avec l'affiche de la finale à laquelle ne participe pas le Gabon. Cette mise au point faite, plus tard, le fauteur de trouble présente ses excuses mais c'était sans compter avec ses autres compatriotes dans le stade. Surtout lorsque Drogba a raté le penalty. «Vous les Ivoiriens, vous n'allez pas partir avec ce trophée. C'est Gbagbo qui a gagné les élections. vous oubliez que nous sommes entre nous Africains, on va soutenir la Zambie jusqu'au bout», ont lancé certains.

Hostilité

Toutes les actions d'éclat des Eléphants étaient huées. Mais quand il s'agissait des Zambiens, ils étaient acclamés à tout rompre. D'autres n'hésitaient pas à venir narguer les supporters ivoiriens. Durant toute la partie, les Eléphants ont été brisés dans leur élan par une horde de Gabonais hostiles, braqués contre eux. Le public gabonais a réservé le comble pour la séance des tirs au but. Chaque fois que c'était le tour d'un joueur ivoirien de shooter, on entendait: ''Chipolopolo, Chipolopolo... Libérez Gbagbo, libérez Gbagbo...''. Dans les travées, cela donnait lieu à des menaces xénophobes insensées. Malgré l'hostilité ambiante, les supporters ivoiriens ont gardé leur calme jusqu'à la fin. Dignes dans la défaite et dans la douleur, ils n'ont pas répondu aux provocations des ressortissants du pays co-organisateur de la CAN Orange 2012.

Sur chemin du retour vers l'aéroport, le bus hué, recevait parfois des coups au passage. Dans la salle d'embarquement où les ont rejoints plus tard les Zambiens en partant pour Lusaka, la délégation ivoirienne a applaudi les vainqueurs. Les uns et les autres se sont congratulés et ont sympathisé. Dans un esprit de fair-play. Contrairement aux co-organisateurs.

Alphonse

 

Source: KOACI.COM

mardi, 14 février 2012

CRISE AU NORD-MALI: A QUOI JOUE LA FRANCE?

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La question mérite d'être posée au regard du comportement déjà suspect des médias français les plus prisés au Mali et qui vient d'être corroboré par les déclarations incendiaires à friser la démesure, de la part d'un chef de diplomatie.

En abordant la question du septentrion malien sur RFI, avant-hier, Alain Juppé, sans la moindre retenue due à sa tunique  diplomatique, n'a trouvé mieux que de blesser les Maliens dans leur orgueil par des propos qui frôlent la jubilation. «La rébellion a engrangé des succès», a-t-il laissé entendre, allusion faite visiblement aux assauts sporadiques d'éléments armés sur certaines contrées du Nord-Mali. Ménaka, Tessalit, Aguelhoc, Anderamboukane, etc, ont été soit définitivement soit temporairement abandonnés aux positions rebelles parfois par mesure stratégique.

Quoi qu'il en soit, le succès auquel le Ministre français des Affaires Étrangers fait allusion est entaché d'exactions graves et même passibles de comparutions  devant la Cour Pénale Internationale. Il s'agit des abus commis sur les soldats maliens après qu'ils se soient rendus, abus dont les images ont fini de faire le tour du monde et d'horrifier les internautes de la planète entière.

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Au lieu d'attirer les attentions sur ces horreurs dignes de la barbarie d'un autre âge, Alain Juppé semble visiblement mettre les intérêts de la France sur celle de l'humanité.

En effet, une telle perception de l'évolution de la situation dans le Nord-Mali, pour peu qu'on est attentif, ne peut s'expliquer que par la détention d'une poignée de citoyens Français par l'AQMI dans la zone. Il se trouve, selon des sources dignes de foi, que la collusion d'intérêts entre la France et la rébellion est de plus en plus manifeste. Leur collaboration, de même source, a même atteint une certaine proportion depuis que l'AQMI, principal ennemi de Paris, a essuyé une lourde perte à la suite d'un récent accrochage avec les positions rebelles du Mali.

Se servir des rebelles maliens pour combattre les islamistes et autres preneurs d'otages. Telle est, en définitive, la logique qui vaut au Mali l'indifférence de l'ancienne métropole face aux horreurs que subissent ses vaillants combattants sur le front septentrional. Il ne lui a donc pas suffi que son ancienne colonie ait fait violence sur elle en compromettant ses rapports de bon voisinage avec des pays limitrophes (Algérie et Mauritanie) par la libération de leurs terroristes contre celle du Français Pierre Camate.


A.Keïta


Source: TELEDIASPORA.NET

00:25 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, France, Mali | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : afrique, mali, crise au nord-mali, rfi, alain juppé, aqmi, pierre camate, ménaka, tessalit, aguelhoc, anderamboukane, cpi | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

SITUATION SECURITAIRE AU NORD-MALI: LES BANDITS ARMES DU MNLA REJETTENT L'OFFRE DE DIALOGUE DE BAMAKO



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Comme des patients atteints d'une cécité qui ne dit pas son nom, plusieurs ténors de la classe politique malienne s'ingénient autour d'ATT à faire des propositions en vue d'aller au dialogue avec les bandits armés qui ont pris les armes contre la patrie nourricière du Mali. A quoi servira un forum de discussions que les groupuscules du prétendu Mouvement national de Libération de l'Azawad (MNLA) rejettent catégoriquement ? Malgré la bonne volonté affichée par le Chef de l'Etat, accompagné par la classe politique, les bandits armés semblent décidés à aller à l'affrontement. Le Mali va devoir se lancer dans une guerre qu'on lui aura imposée. Cette fois, pour une paix définitive !

Celui qui apparaît désormais comme le porte-parole de la classe politique malienne, le président de l'Assemblée nationale, président de l'Adéma-PASJ et candidat investi par ce parti à la présidentielle du 29 avril 2012 (dont le report se susurre malgré les assurances données par le Chef de l'Etat), Pr Dioncounda Traoré devrait rencontrer hier ou aujourd'hui le président Touré pour lui soumettre « le plan d'actions du Forum national pour la paix et la stabilité au Mali ». Un plan de dialogue et de réconciliation d'office rejeté par les bandits armés qui ont attaqué notre pays. « Les discussions menées à Alger entre le gouvernement et ces rebelles touareg du Mali ne nous engagent en rien », a affirmé mardi un des chefs du MNLA, qui a lancé depuis le 17 janvier des attaques dans le nord du pays.

Echec des négociations d'Alger

«Les négociateurs présents à Alger ne nous représentent pas, les conclusions auxquelles ils aboutiraient ne nous engagent en rien», a déclaré le président d'un prétendu conseil révolutionnaire du MNLA, Abdel Kerim Ag Matafa, dans un entretien publié par l'agence indépendante mauritanienne en ligne Al-Akhbar. «Toute négociation avec Bamako doit, vocifère l'un de ces bandits, se baser sur le principe de l'autodétermination de notre peuple et se dérouler en terrain neutre, au Burkina Faso, en Mauritanie ou en Suisse, par exemple, avec la participation directe des Nations Unies».

Le ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale, Soumeylou Boubèye Maïga a eu, du 2 au 4 février, des discussions avec des délégués de l'Alliance du 23 mai, dont des membres combattent aux côtés du MNLA contre l'armée nationale dans le nord du pays. A l'issue des pourparlers, les deux parties ont lancé, le 4 février, de sources proches du dossier citées par l'Agence officielle algérienne APS, un appel pressant à l'arrêt des hostilités, pour privilégier le dialogue et la concertation.

Par ailleurs, dans un entretien diffusé lundi par le quotidien arabophone algérien El Khabar, le secrétaire général du MNLA avait affirmé que cet appel au cessez-le-feu ne concernait pas son mouvement. Il faut rappeler que des bandits armés se réclamant du MNLA, appuyés par des éléments armés rentrés de Libye, ont lancé, depuis le 17 janvier, une vaste offensive dans le nord du Mali, la plus importante depuis 2009.

La fermeté...

Plusieurs villes du septentrion ont été attaquées, provoquant l'exode de paisibles populations, qui ont trouvé refuge dans des campements au Mali, mais aussi dans des pays voisins, selon les constats du Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR). Se croyant en position de force pour avoir semé la désolation à Ménaka, Aguelhoc, Anderouraboukane et Tinzawaten, les criminels du désert semblent montrer à présent leurs biceps, non seulement aux autorités maliennes mais à toute la nation.

Nos forces armées républicaines doivent désormais se lancer dans la bataille que l'ennemi est décidé à nous imposer. Ces bandits ont affirmé avoir pris mercredi le contrôle de la localité de Tinzawaten, dans le nord-est et frontalière avec l'Algérie. Ce qu'a démenti une source militaire digne de foi. «Je démens catégoriquement. Nous tenons toujours nos positions. Nous sommes sur le terrain pour défendre la patrie», a affirmé de son côté un officier de l'armée nationale en poste à Gao.

La localité de Tinzawaten est située dans le désert à la frontière avec l'Algérie. Elle abrite notamment un camp de candidats à l'émigration clandestine en Europe refoulés d'Algérie ou en attente de départ. Des témoins joints depuis Bamako ont affirmé avoir vu mardi des hélicoptères de l'armée malienne survoler la zone comprise entre Tinzawaten et la ville de Kidal, plus au sud.

Faut-ils rappeler que la crise actuelle a suscité le mécontentement de familles de soldats engagés dans les combats, qui ont dénoncé la gestion du dossier par le pouvoir et ont manifesté pour avoir des nouvelles des leurs au front et plus de moyens pour ceux-ci. Elle a également été à l'origine « d'amalgames  » de manifestations hostiles à des habitants à peau claire, incluant des Touareg, dont des biens ont été saccagés, notamment à Kati.

Le président Amadou Toumani Touré a invité les populations à ne pas faire « l'amalgame » entre civils et rebelles touareg. Et les appels à l'apaisement, au cessez-le-feu et au dialogue se sont multipliés ces derniers jours au Mali et à l'étranger. Mais, il faut se rendre à l'évidence que la fermeté prônée par ATT, Dioncounda Traoré et d'autres, doit avoir à présent droit de cité.


Bruno D. SEGBEDJI


Source: TELEDIASPORA.NET

lundi, 13 février 2012

CAN 2012 - LA ZAMBIE REINE D'AFRIQUE

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Mweene et la Zambie ont détruit le rêve de Drogba et de la Côte d'Ivoire. (Reuters)

 

Nous l'avions espérée et attendue, cette victoire des Eléphants, ainsi que le couronnement de la carrière de la Génération Drogba. Elle ne viendra pas. Abidjan plonge dans le désarroi et s'endort, la mort dans l'âme. La réconciliation par le football n'a pas eu lieu. Ouattara doit voir ailleurs et faire face à ses vraies responsabilités.

Que DIEU bénisse la Côte d'Ivoire!


DINDE Fernand AGBO

 

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Pour la première fois de son histoire, la Zambie a remporté la Coupe d'Afrique des Nations aux dépens de la Côte d'Ivoire (0-0, tab: 8-7), dimanche, à Libreville. Stoppila Sunzu est devenu le héros des Chipolopolos, qui ont tenu bon malgré un penalty sifflé contre eux en seconde période. Les Éléphants échouent une nouvelle fois en finale, comme en 2006, après des ratés de Kolo Touré et Gervinho. Le film du match.

Il y a 20 ans, la Côte d'Ivoire triomphait sur le sol sénégalais, célébrant alors aux dépens du Ghana sa toute première - et unique à ce jour - Coupe d'Afrique des Nations. Il y a 19 ans, la Zambie vivait un véritable drame national, perdant dans un crash aérien toute une sélection - exception faite de son joueur vedette, Kalusha, le seul alors à ne pas évoluer au pays. Ce jour tragique d'avril 1993, les Chipolopolos se rendaient à Dakar, fauchés dans leur envol au large de Libreville, capitale gabonaise où les Zambiens jouaient ce dimanche soir la troisième finale de CAN de leur histoire, après deux échecs essuyés en 1974 et 1994. Sous le regard bienveillant mais humide de Kalusha...


Cette finale, les uns la jouaient pour leurs aînés disparus, les autres pour un pays déchiré par un conflit civil qui, l'an dernier encore, faisait des centaines de victimes. Les premiers, inattendus à ce stade ultime, n'avaient en théorie rien à perdre, si ce n'est dans le discours de leur sélectionneur, le Savoyard Hervé Renard, qui lui n'envisageait que la gagne après les victoires au culot de ses hommes sur le Sénégal (2-1 au premier tour) ou encore le Ghana (1-0 en demie), deux grands favoris de la compétition. Les seconds, eux, avaient de fait toute la pression sur leurs larges épaules d'Eléphants. Un lest fatalement pesant sur le terrain...


Vifs et alertes comme à leur habitude depuis le coup d'envoi de cette CAN, les Zambiens n'ont ainsi guère souffert de la comparaison. Au contraire. Si ce n'est cette frappe de Yaya Touré consécutive à une belle talonnade de Drogba dans la surface (30e), rares ont été les opportunités franches pour les Ivoiriens en première période. A peine plus nombreuses dans le deuxième acte. Outre ce tir un brin trop croisé de Gradel dans les derniers instants de la partie (88e), c'est bien ce penalty sifflé pour une faute commune de Chansa et Nyambe sur
Gervinho qui aurait pu (dû ?) faire pencher la balance dans le temps réglementaire. Seulement capitaine Drogba a alors manqué le coche, expédiant sa lourde frappe au-dessus du montant supérieur de Mweene (69e).

La prolongation devenue inévitable, les Chipolopolos auront à leur tour laissé passer leur chance, se heurtant au soulier de Barry et à son poteau gauche au terme d'une action rondement menée par les frères Katongo (95e). Entre le favori et son valeureux challenger, il était manifestement écrit que le sort ne choisirait son camp qu'en tout dernier recours, via la si cruelle séance des tirs au but. Drogba, cette fois, n'a pas tremblé, mais Gervinho, comme Kolo Touré juste avant, a failli, permettant à Sunzu d'entrer dans l'histoire de la CAN et de son pays (8-7 au final). Pour la deuxième fois de sa carrière, Didier Drogba, symbole d'une génération ivoirienne dorée, se contente de l'amertume de l'argent, six ans après la désillusion du Caire, face aux Pharaons d'Egypte (déjà aux tirs au but après une finale conclue sur un score nul et vierge). Les Zambiens d'Hervé Renard, eux, ont rendu le plus beaux des hommages à Kalusha et ses anciens partenaires...


Yannick SAGORIN

 

Source: COUPE D'AFRIQUE.COM

dimanche, 12 février 2012

ELEPHANTS, DONNEZ UN PEU DE JOIE A CE PAYS TRISTE DEPUIS LE 11 AVRIL!


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Devant le petit magasin qu'il tient au «black market» d'Adjamé, Moktar n'a pas eu hier, un bout de temps pour lui-même. Toute la journée, il a été assailli par les clients venus se procurer qui, des gadgets aux couleurs nationales qui, la dernière réplique du maillot officiel des Eléphants. En prévision de la demande, le jeune commerçant avait pris soin la veille, de renforcer considérablement son stock. Mais cela n'a pas suffi à satisfaire la clientèle qui en redemandait. A en croire le jeune homme et ses voisins commerçants du coin, la réalisation de ces bonnes affaires dure depuis trois jours aujourd'hui, soit depuis la victoire sur le Mali, le pays d'origine de Moktar. Une bonne conjoncture qui non seulement est venue soigner le moral du commerçant, brisé par le raid de Gervinho, mais qui lui a permis d'équilibrer ses comptes, déficitaires jusque-là, du fait de la morosité économique ambiante. C'est donc tout heureux que depuis jeudi, Moktar a troqué son maillot des Aigles contre la tunique orange des Eléphants dont il se dit désormais le premier supporter.

Et hier, à la mosquée, lors de la grande prière de 13 heures, il a ardemment invoqué Allah le Miséricordieux afin qu'il permette à  Drogba de brandir le trophée au terme des 90 mn car il sait que pareil dénouement lui donnera encore quelques jours de prospérité. Comme Moktar, Yves Messou, assis au comptoir de son maquis, qui passe pour le meilleur espace de la cité verte, à Yopougon, peut se frotter les mains. En cette période de CAN, les recettes sont bonnes avec des pics inespérés à chaque victoire de Copa Barry et les siens. C'est pourquoi, comme le Onze national, lui aussi prépare le grand soir.  Stock de boissons  triplé, nouvelles serveuses aguichantes, capacité d'accueil agrandie, drapeaux tricolores flottants, rien n'a été négligé par le maître des lieux pour demeurer la meilleure offre du quartier.  La plupart des ménages abidjanais sont également dans l'air du temps avec les couleurs orange-blanc-vert accrochés aux fenêtres des maisons comme à la belle époque de la célébration des fêtes nationales de l'indépendance.

Dans les bureaux, presque toutes les conversations tournaient hier autour du match de demain. Les dossiers ? « Ca peut attendre après la finale », a lancé tout sourire, Cédric, cadre des impôts, refermant son bureau  dès 13h et pressé d'aller rejoindre la joyeuse bande de copains qui, dira-t-il, a déjà commencé la mise au vert  autour de ses bouteilles préférées. Partout, dans l'esprit des uns et des autres, c'est la fête avant le show final même si l'on redoute quelque peu, le syndrome ''Orlando pirates'' du nom du cataclysme intervenu le 15 décembre 1995, où le club Sud-Africain, en match retour, est venu battre l'Asec  au stade Félix Houphouët-Boigny (1-0) alors que les Ivoiriens avaient fait le plus dur à Pretoria (2-2). Le revers des champions ivoiriens si prêt du but, avait eu l'effet d'un séisme dans tout le pays.

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D'où la méfiance et la concentration maximale conseillée par le coach François Zahoui à ses garçons qui ne devront jamais penser que c'est déjà dans la poche et que le rendez-vous du dimanche soir n'est que simple formalité. Ce serait une grossière appréciation vu qu'en face, les garçons de Hervé Renard caressent le rêve secret de tomber le grand favori de la compétition, trois jours après s'être offert le Ghana, un autre groupe bien côté à la bourse des valeurs africaines. De sources proches du staff des Eléphants, on indique que les joueurs sont conscients de leur mission et savent que les Ivoiriens attendent avec impatience ce second sacre. Pas seulement pour voir enfin la génération dorée ivoirienne, inscrire en lettres d'or, son nom sur le précieux trophée continental, mais pour s'offrir eux-mêmes quelques jours de bonheur dans ce pays toujours aussi triste qu'au lendemain du 11 avril 2011, le jour où tout a basculé en Côte d'Ivoire.

Oui, quelques jours de félicité pour chasser le spleen d'un peuple pris à la gorge par la cherté de la vie, angoissé par la vague de licenciements qui balaie tous les services, terrorisé par les FRCI et qui attend toujours sans vraiment y croire maintenant, les pluies de milliards annoncés à grand renfort de publicité par les gouvernants actuels. Dix mois que l'attente dure et rien n'indique pour l'heure, que nous sommes au bout du tunnel.

Avec notamment toutes ces nouvelles pas trop rassurantes en provenance du FMI et de la Banque Mondiale. Bien instruit de l'enjeu de cette finale, les principales compagnies de téléphonie mobile qui officient à Abidjan ont décidé d'accompagner les Ivoiriens sur la route du bonheur. Pour cela, elles rivalisent depuis quelques jours d'ardeur pour attirer le maximum de personnes sur les sites spécialement conçus et savamment disséminés aux quatre coins du District d'Abidjan. La place Ficgayo, le complexe Jesse Jackson de Yopougon   et la place Inch Allah de Koumassi  sont pour l'heure, les meilleures adresses en la matière. Du côté du leader du secteur, on annonce pour cette nuit, une veillée d'animation sportive qui va se poursuivre jusqu'à l'heure du match. Du délire en perspective. Eléphants, à vous de jouer !

Barrissez donc !

Géraldine Diomandé, in le quotidien ivoirien "Aujourd'hui" N° 143 des samedi 11 et dimanche 12 février 2012.


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CE NE SERA PAS LA FIN DE LA CRISE

Il faudra être clair et ne pas s'y tromper, les Eléphants prendront cette coupe et nous leur ferons la fête comme il est recommandé de le faire à tous les vrais héros nationaux. La fête sera  grande parce que depuis 20 ans, nous en bavons et nous ne bouderons pas notre joie parce que nous avons trop souffert de la méchanceté de l'impérialisme qui a fait une OPA sur notre pays. Nous savourerons chaque instant de la victoire des Eléphants comme si nous prenions une revanche sur le sort des opprimés que les mentalités esclavagistes veulent nous imposer.

Comme un seul homme, n'en déplaise aux esprits chagrins, nous nous lèverons pour soutenir les Eléphants et les pousser à la victoire. Mais, à l'adresse de nos dirigeants et de la commission vérité dialogue et réconciliation, il faut clarifier que ce ne sera pas le moment de faire une lecture erronée sur l'état de la société ivoirienne. Il n'est pas interdit à un malade même dans son état de grabataire de savourer quelques instants de bonheur quand ceux-ci se présentent. Un médecin sérieux et compétent ne prendrait pas le sourire de son malade pour la fin du mal. Aussi voudrions-nous prévenir Dramane Ouattara que ce n'est pas pour lui et sa politique de rattrapage, de licenciement, de justice des vainqueurs, de chartes de détournement, de démolisseur,  que les Ivoiriens occuperont les rues le soir du dimanche 12 février. Nous savons qu'il n'a jamais eu droit à une véritable liesse populaire dans ce pays, mais il se trompera lourdement de voir dans la joie des Ivoiriens son retour en grâce dans leurs cœurs.

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Quant à Charles Konan Banny, il sait lui-même qu'à part tourner le couteau dans la plaie par la ténacité de sa rancœur contre Gbagbo, il n'a encore rien fait pour que les Ivoiriens se réconcilient. Nous nous jetterons dans les bras des uns et des autres pour montrer notre disposition à nous retrouver, mais nous ne laisserons aucun politique  tirer à lui la couverture d'un succès dont il n'a aucun mérite.

Joseph Marat, in le quotidien ivoirien "Aujourd'hui" N° 143 des samedi 11 et dimanche 12 février 2012.



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DIDIER DROGBA, DANS LA LIGNEE DES POKOU, MILLA, BELLOUMI...

Dimanche, 12 février 2012, la Côte d'Ivoire joue pour la troisième fois de son histoire, la finale de la Coupe d'Afrique des nations. La deuxième finale de la génération Didier Drogba. Dans cette génération, où les talents se valent, les regards sont tournés vers l'emblématique buteur de l'équipe nationale qui a besoin de rentrer dans l'histoire. En tant que leader de l'actuelle génération, Didier Drogba doit inscrire son nom dans les annales du football africain à l'instar d'un Laurent Pokou qui, en seulement deux compétitions, est devenu une légende  continentale.

Pendant plus de 38 ans, il a détenu le record de meilleur buteur avec 14 buts à son actif. Marquant ainsi la Can de son empreinte. Le nom d'Asmara qu'il porte n'est pas un pseudonyme de luxe. Ce nom qui était celui de la deuxième ville d'Ethiopie, aujourd'hui capitale de l'Erythrée,  a été donné à Laurent Pokou en 1970 par le Président Hailé Sélassié pour saluer ses prouesses face à l'équipe nationale de l'Ethiopie dont « l'Empereur Baoulé », un autre surnom de Laurent Pokou, avait violé la cage plus de 5 fois, arrachant du coup la vedette à l'Egyptien Mohamed  Al-Diba qui totalisait déjà 4 buts en une seule rencontre.

Avec ce  talent  de grand buteur, sa rage de vaincre, Didier Drogba a tous les moyens pour  se hisser au diapason des Pierre Kalala Mukendi, N'dayé Mulamba, Ossei Koffi, Ali Fergani, Moustafa Dalheb, Roger Mila, Djonkep Bonaventure, Ibrahim Youssef et autres Abega Théophile, ces grandes figures dont les noms occupent les premières lignes dans les livres du Football africain. Le buteur de Chelsea a certes  glané des lauriers çà et là en Europe,  avec le titre de Champion d'Angleterre, un trophée de la Coupe d'Angleterre, deux ballons d'Or en Afrique et deux participations à la phase finale de la Coupe du monde où il totalise deux buts.

Un but contre l'Argentine en 2006 et un autre contre le Brésil en 2010.  Le seul africain à avoir violé la cage des Auriverde. Mais cela ne suffit pas pour  ce brillant  palmarès auquel manque la Coupe d'Afrique des Nations. L'Année  2012 est donc celle de l'espoir pour le natif de Niaprahio de brandir ce prestigieux trophée continental.  Cela, en vue de confirmer son  statut de leader  qui lui colle à la peau depuis 2006, date de la première participation de cette génération à un rendez-vous aussi important qui réunit tous les grands noms du football africain.

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Avec ses dix buts en quelques années de présence à la Coupe d'Afrique des nations, Drogba a là une belle occasion d'accroître son capital buts et rabattre définitivement le caquet à tous ses détracteurs en ramenant le trophée sur les bords de la lagune Ebrié. Les sportifs ivoiriens et de toute l'Afrique l'attendent. Si la rencontre Côte d'Ivoire -Zambie polarise tant  l'attention, c'est en partie à cause d'un Didier Drogba qui a su porter l'équipe à bout de bras jusqu'à la finale. L'heure de la vérité n'est plus loin. ''Dahi Zoko'', le guerrier de Niaprahio ne le sait que trop.


Que le spectacle commence !

Nicole Bantchi, in le quotidien ivoirien "Aujourd'hui" N° 143 des samedi 11 et dimanche 12 février 2012.