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jeudi, 17 février 2011

LA MIR (MONNAIE IVOIRIENNE DE LA RESISTANCE) EST-ELLE INFAISABLE ?

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En ces temps de « guerre », il est de plus en plus question d'une « Monnaie ivoirienne de la résistance » soit la « MIR » dont vous apercevez le spécimen ci-contre. Les économistes sont plutôt divisés sur la question à savoir si la Côte d'Ivoire peut battre monnaie dans les circonstances actuelles, avec une Côte d'Ivoire coupée en deux entre Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo. On dit souvent que « l'argent est le nerf de la guerre » et cela s'avère vrai.

Cependant, l'idée d'une nouvelle monnaie nationale en Côte d'Ivoire taraude l'esprit des économistes ivoiriens depuis près de 5 ans déjà. En 2007, Mamadou Koulibaly, docteur en économie et président de l'Assemblée nationale se plaignait du fonctionnement du « compte d'opérations » déposé au Trésor français et où se trouve la majorité des avoirs extérieurs des pays de la zone franc : « Pour être libres, nous allons créer notre monnaie » avait t-il lancé. «  Ce serait une catastrophe pour la zone UEMOA et toute l'Afrique. Car la Côte d'Ivoire représente, à elle seule, la locomotive de l'Union. Et le Sénégal qui l'épaule, ne pourra pas seul tenir debout. Ce sera alors l'éclatement de l'union », lui avait répondu le Sénégalais Doudou N"Doye, président l'UPR.

Certains économistes posent des préalables à la question de faisabilité du projet, tel que : l'unification des caisses entre le nord et le sud, la réunification militaire du pays et la stabilité économique et sociale de la Côte d'Ivoire. Au delà des préalables, d'autres mettent en garde contre la probable non reconnaissance de la devise ivoirienne à l'extérieur des frontières ivoiriennes et même à l'intérieur du pays, notamment les zones centre, nord et ouest (communément appelé zone CNO). De sorte que certains économistes parlent d'une monnaie mort née.

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Néanmoins, le projet est-il réellement infaisable ?

On pourrait dire non, il est empiriquement démontré que des situations graves révèlent de grandes créations. Déjà au 19ème siècle, précisément en 1862, Clément Juglar, le spécialiste des crises que l'on retrouve dans tout cours d'économie, disait ceci à propos des crises: « Tout s'arrête pour un temps, le corps social paraît paralysé ; mais ce n'est qu'une torpeur passagère, prélude de plus belles destinées. En un mot, c'est une liquidation générale. Il ne faut donc jamais désespérer ni trop espérer de son pays, se rappelant sans cesse que la plus grande prospérité et la plus grande misère sont sœurs, et se succèdent toujours ». Il est bien dit que la crise est le prélude de belles destinées. Au 20ème siècle, les régulationnistes tels que Michel Aglietta, Bernard Billaudot, Robert Boyer, Benjamin Coriat démontraient théoriquement et empiriquement (sur une étude allant de la fin du 19ème siècle au début des années 1970) que la crise est l'occasion du changement du mode de regulation et des régimes d'accumulations. Parmi ces changements figurent le changement des formes de la monnaie incluses parmi les 4 autres formes institutionnelles.

Au-delà du volet théorique, l'histoire nous montre bien que les grandes crises révèlent les grands changements, Notons que bien souvent d'importantes décisions monétaires ont été prise en temps de crise : la crise de 1929, la fin de la Seconde Guerre Mondiale en 1947 avec le Plan Marshall puis la Guerre du Kippour et les chocs pétroliers en 1979. Il est donc possible, voire souhaitable, pour un pays en mal de souveraineté nationale de poser le problème de son autonomie monétaire.

Au niveau technique, les économistes pessimistes invoquent un supposé problème d'inconvertibilité d'une nouvelle monnaie ivoirienne à l'extérieur ce qui poserait le problème de l'exportation de nos biens à l'étranger. Ce qui n'est en réalité pas un problème ou du moins un problème déjà présent. Rappelons que le franc CFA étant une monnaie divisionnaire, elle n'est point convertible internationalement, pourtant nous commerçons bien avec les Etats-Unis dont la devise est le dollar. En d'autres termes, il nous suffira d'établir une intra-conversion administrée par le Trésor public ivoirien ou la future Banque Centrale Ivoirienne (BCI), qui elles pré-détiendront des stocks de devises internationales.

L'autre problème que pourrait poser la MIR relève du domaine psycho-politique. Car une nouvelle monnaie ivoirienne devra compter sur la confiance totale de l'ensemble des ivoiriens en elle. Or, les partisans de Ouattara ne reconnaitrons pas cette monnaie. En sus, nul ne doute que l'économiste Alassane Ouattara n'hésitera pas à faire circuler du Franc CFA sur la territoire ivoirien tout en émettant des faux « MIR » afin de pousser à l'hyperinflation comme en Zimbabwe en 2009, ce qui pourrait conduire au désordre monétaire.

En somme le projet du « MIR » n'est pas infaisable. Mais face aux possibles difficultés exogènes et endogènes que cette monnaie devra affronter, il nous faudra de la volonté et du professionnalisme afin d'assurer nos échanges de manière efficace.

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Extrait du rapport : Introduction à l'Etude de faisabilité objective de la MIR (Décembre 2010 -Janvier 2011)


Jean-Philippe OBO et le cercle d'économistes ivoiriens à Paris


Source: IVOIRENEWS

REVOLUTION DU 21 FEVRIER ANNONCEE PAR SORO GUILLAUME: UNE OPERATION COMMANDO SE PREPARE CONTRE GBAGBO DEPUIS LE GOLF



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Le week-end dernier, plusieurs journaux de la place ont rapporté que le RHDP prépare un soulèvement populaire contre les institutions de la République à partir du 21 février. Quelques jours avant, d'autres organes de presse ont révélé un plan d'attaque de la force Licorne (opération militaire de la France en Côte d'Ivoire) et de l'ONUCI contre le pouvoir de Laurent Gbagbo dans la période du 20 au 25 de ce même mois.

Ces derniers jours, des sources médiatiques ont affirmé que les militants du Rassemblement Des Républicains (RDR), dont le leader est Alassane Ouattara, sont partis massivement de l'Hôtel du Golf pour rejoindre leurs différentes bases. Tous ces faits sont liés par une constance : la prise du pouvoir par Ouattara. Selon des sources bien introduites, un commando de mercenaires Burkinabés se prépare à l'Hôtel du Golf afin de frapper le pouvoir de Laurent Gbagbo dans la période du 21 au 25 février.

Pour réussir cette attaque, une opération de diversion qui consiste à attaquer les forces loyalistes sur tous les fronts est planifiée depuis le Golf. Ainsi selon notre information, les Forces de Défense et de Sécurité (FDS) seront dispersées sur tout le territoire pour défendre leurs positions au point de baisser la garde à Abidjan. Et donc assez facilement les mercenaires Burkinabés pourront prendre le contrôle des institutions de la République pour installer Alassane Ouattara. C'est donc selon nos sources, la préparation de ce plan d'attaque qui explique les mouvements qui se font au Golf.

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Les dernières manœuvres

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Voici le plan détaillé de l'attaque

Des sources nous ont appris qu'Alassane Ouattara a demandé le départ systématique des militants et sympathisants non essentiels de l'Hôtel du Golf, en vue de céder la place aux soldats de l'ECOMOG qui ont été plusieurs fois annoncés. Mais la source affirme que Ouattara est plutôt déterminé à réussir ce dernier coup. Par conséquent, il veut être sûr que son plan ne va pas être dévoilé par quelques indiscrétions en ce sens que, de l'ECOMOG, il n'en ait rien. Se sont plutôt des mercenaires Burkinabés fournis par Blaise Compaoré toujours selon nos informations qui sont installés au Golf avec la complicité de l'ONUCI.

Le contingent onusien est chargé d'aller chercher les militants chassés par Ouattara au moyen d'hélicoptères (pour cause de blocus), pour sa base sis à l'Hôtel Sébroko. Une fois dans ces locaux les militants déchus sont accompagnés en petits groupes par le personnel de l'ONUCI dans des véhicules banalisés au cours de la journée jusqu'au feu tricolore du quartier d'Attécoubé d'où chacun rentre chez lui. L'on se rappelle que les Forces de défense et de Sécurité (FDS) ont intercepté récemment des éléments de la rébellion armé de Soro convoyés à Abidjan par l'ONUCI.


Konan Julien


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COUP D'ETAT ANNONCE: LES DERNIERES MANŒUVRES


Les informations relatives au coup d'Etat en préparation par la coalition rebelle tendent à se confirmer au fur et à mesure que les jours passent ; et ceci, dans la droite ligne de ce que infoscotedivoire.net avait prédit.

Nous écrivions dans nos publications antérieures, que la France envisage un mauvais coup contre la République et contre son Président Laurent Gbagbo. Et bien cette menace d'attaque se confirme de jour en jour. En effet, les informations en notre possession font état d'une opération ''Barakouda'' que la Licorne entend rééditer en terre ivoirienne, avec la complicité de l'opération des Nations Unies (ONUCI). Il s'agit, pour ces armées d'invasion, de créer l'incident aux alentours de la résidence présidentielle pour tenter un enlèvement du numéro un ivoirien qui gène tant le dispositif de domination de la Françafrique. Les dates de 20 et 21 février qui ont été fixées correspondent à la fin de la médiation de l'Union Africaine.

Cependant, les comploteurs veulent dribbler la vigilance des Ivoiriens en frappant plutôt que prévu. Il s'agit pour la France et la rébellion, de créer la chienlit dans la capitale économique pour tenter un coup de force. Etant donné que Guillaume Soro est bavard, il a fini par déballer le plan macabre que les fins limiers avaient déjà su détecter. Dans cette perspective, des combattants rebelles ont été positionnés à Abidjan, notamment dans les quartiers comme Abobo, Anyama et Port-Bouët II à Yopougon. Ils n'attendent que le feu vert de leurs mandants pour lancer l'assaut.

Toujours suivant ces dernières manœuvres, les militants et responsables du RHDP (opposition politique et armée), qui étaient jusque là parqués au Golf Hôtel, ont été exfiltrés de ces lieux pour préparer des manifestations éclatées à travers le pays. Les récentes fermetures des banques françaises et le boycott des matières premières de la Côte d'Ivoire ne sont pas anodins. Ils présagent de ce plan diabolique qui consiste à asphyxier l'économie ivoirienne en vue de créer une implosion sociale. Aux dernières nouvelles, les Forces de Défense et de Sécurité ont pu avoir la puce à l'oreille. Ils redoublent donc de vigilance pour tuer dans l'œuf cette énième tentative de déstabilisation du pays.


Isabelle Niacaby


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LA LICORNE ET L'ONUCI VEULENT ASSASSINER GBAGBO LE 20 FEVRIER PROCHAIN : VOICI LE PLAN DETAILLE DE L'ATTAQUE


Un autre projet d'assassinat du Président Laurent Gbagbo vient d'être découvert et mis au grand jour par les services de renseignement généraux de Côte d'Ivoire. Le Président Français qui s'est depuis toujours opposé à un recomptage des voix est aujourd'hui convaincu qu'avec la mise en place du panel des chefs d'état, tout est désormais réuni pour procéder à cette opération qui, seule peut apporter la vérité sur le scrutin du 28 novembre dernier.

Or, recompter les voix, c'est déclarer d'office la défaite de Ouattara. Nicolas Sarkozy a donc décidé de mettre à exécution son projet d'assassinat du Président Laurent Gbagbo depuis longtemps préparé concomitamment avec les forces Onusiennes. C'est un plan minutieusement préparé et actualisé au fil du temps.

Vous comprenez donc bien le fondement des déclarations de guerre perpétuellement faites par Alassane Ouattara ces dernières semaines : « Je donne une semaine à Gbagbo pour partir, sinon je vais le déloger (début décembre) », « Gbagbo doit quitter le palais dans deux semaines où je l'y contraindrai par la force (fin décembre)» etc. Après plusieurs reports, le plan totalement peaufiné est désormais prêt pour sa mis en exécution du 20 au 25 février prochain.

Il s'agit notamment d'attaquer la résidence du Président Laurent Gbagbo en neutralisant au passage et d'avance toutes les poches de résistance. Dans ce plan dont le document vous est proposé dans le lien ''lire également'', la licorne et l'Onuci ont identifié les différentes positions des forces de défense et de sécurité de Côte d'Ivoire de sorte à faciliter les interventions des unités alliées, composées des rebelles ou forces nouvelles, des casques bleus et des mercenaires Burkinabé et russes.

Le rôle assigné à la force licorne dans cette tentative de déstabilisation du pays est le contrôle systématique du plan d'eau lagunaire de l'espace aérien pour empêcher de probables renforts en provenance des bases militaires. Tout a été passé au peigne fin. Le temps d'intervention minutieusement étudié, les distances entre les sites et la résidence du Président de la République soigneusement calculées.

Les tâches dévolues à l'ONUCI dont les chars serviront à attaquer la résidence ont été également clairement définies. Au chapitre ''point sécuritaire zone clash'' qui signifie point de sécurité dans la zone où va se dérouler le clash, le plan de la licorne et de l'ONUCI donne bien des détails sur les effectifs des Fds en présent: Saint Jean (PS1) il y a 8 policiers (Papa) et 3 militaires (Malo) ayant comme arsenal, des Kalachnikov et un cargo policier (1 cargo Papa).

A ce niveau, le plan indique que les policiers sont en alerte (Papa toujours en alerte). Au carrefour Sainte Marie (PS2), les policiers ivoiriens présents sont entre 10 et 15 disposant de ''Kalach'' et d'un char. Les observations décrivent le dispositif à ce niveau comme étant semi lourd, avec des policiers trop distraits. Les dispositions à d'autres niveaux comme le BNETD, l'Hôtel Ivoire, l'ambassade de chine (PS3), le Campus (PS4), la résidence du DG de la Douane (PS5), le carrefour la vie (PS6) et la RTI (PS7) ont été identifiées. Dans le chapitre ''circuit fil gérant en zone Paris'' qui signifie le chemin du président Laurent Gbagbo ils précisent que dans le quartier huppé, le dispositif est très serré au passage du Président. Surtout au niveau de Saint Jean...

Au chapitre '' Soutien gérant hors zone clash'' qui signifie les bases militaires extérieures à la zone de combat devant venir en soutien au Président Gbagbo, le plan détermine les différentes unités des FDS, présente la distance entre ces unités et la zone de combat, définit le temps que peut mettre l'unité pour atteindre la zone de combat.

Au chapitre suivant (tâches unités amis clash day), le document présent le rôle de chaque unité devant mener l'attaque contre la résidence du Président Laurent Gbagbo le jour du combat. Ainsi, les tâches de l'ONUCI, de la licorne, des mercenaires et des rebelles sont clairement définies. L'avant dernier chapitre du document présente l'itinéraire des forces devant mener l'attaque contre la résidence du Président Laurent Gbagbo.

Ce chapitre est intitulé « Itinéraire unités amis ». Dans la page finale du document intitulé « Chrono », c'est le chronogramme de l'attaque qui est précisé depuis les préparatifs jusqu'à l'exécution (clash day). Voici présenté le dernier complot que l'armée Française et les forces onusiennes comptent réaliser à visage découvert. Pour ceux qui avaient encore des doutes sur l'implication de la France et de l'ONUCI dans la crise ivoirienne, la preuve vous est ainsi livrée à travers ce document de 6 pages joint dans le lien ''Lire également''.


De Lazoa

 

Source: INFOS COTE D'IVOIRE.NET

DEBAT AUTOUR DU FRANC CFA: QUEL REGIME DE CHANGE CHOISIR POUR LA COTE D'IVOIRE ? (Février 2011)

 

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INTRODUCTION

Le débat sur le franc CFA a pris une certaine envergure ces dernières années, dans les pays africains de la zone franc (PAZF). Il a été amplifié depuis la crise militaro-politique qui secoue la Côte d'Ivoire, par des intellectuels ivoiriens (Pr Mamadou Koulibaly, Dr Prao Yao Séraphin ; Dr Agbohou Nicolas), qui reprennent en écho, la volonté d'une souveraineté monétaire des PAZF.

Si cette question du franc CFA était, il y a quelque temps, un sujet tabou, il reste que, depuis les festivités marquant le cinquantenaire des indépendances, les populations africaines ont épousé l'idée d'une souveraineté monétaire.

Il revient donc très souvent, parmi les intellectuels comme les politiques, la question de savoir quel régime de change adopter pour l'ensemble des pays de la zone franc ou du moins pour chaque pays si la zone  se disloquait.

Dans la littérature économique, le régime de change optimal  pour un pays donné a toujours été un sujet de débat entre les experts en économie internationale, qu'ils appartiennent aux milieux universitaires ou politiques. Depuis l'effondrement du système de Bretton Woods, au début des années 70 et l'adoption du deuxième amendement aux statuts du FMI, les pays membres sont libres d'adopter le régime de change de leur choix.

Même s'ils sont obligés d'arrimer leur monnaie dans un système surveillé par le FMI,  il n'en demeure pas moins qu'ils doivent déterminer le régime de change (fixe, flottant ou intermédiaire) le mieux adapté à leurs besoins sur la base de critères solides.

Le régime de change a des impacts sur le taux de croissance et le bien-être des populations voire même, la stabilité du système monétaire international.  Entre 1999, 2003 et 2009, le FMI  a produit  trois grandes études analytiques[1] sur les régimes choisis par les pays (Mussa et al., 2000; Rogoff et al., 2004; Ghosh, Ostry, and Tsangarides, à paraître) qui s'inspirent des ouvrages empiriques publiés sur le sujet tant par l'institution qu'à l'extérieur (Ghosh et al., 1997; Ghosh, Gulde, and Wolf, 2002; Levy-Yeyati and Sturzenegger, 2003; Reinhart and Rogoff, 2004). Ces études, qui font partie de la mission de surveillance du FMI, indiquent aux membres comment leur régime de change peut influer sur leurs résultats macroéconomiques (inflation, croissance et vulnérabilité aux crises) et contribuer à la stabilité du système monétaire international.

En pratique, le régime de change optimal, surtout pour les économies de marché en développement ou émergentes, a beaucoup évolué ces vingt dernières années. Il était très courant au début des années 90 de fixer le taux de change par rapport à une monnaie forte (souvent le dollar ou le deutsche mark), surtout dans les pays qui passaient d'une économie dirigée à une économie de marché qu'ils s'efforçaient de stabiliser une fois les prix libérés. Cependant, une série de crises du compte de capital s'est déclenchée au cours des années 90 dans les pays émergents où des inversions brutales des entrées de capitaux ont provoqué un effondrement de la monnaie et fait ressortir la fragilité des régimes fixes.

En effet, de nombreuses crises de change ont frappé ces régimes, laissant alors apparaître un nouveau consensus autour des « solutions en coin » comme seuls régimes de change viables. Dans la réalité, les pays émergents sont confrontés, non pas au choix d'une des deux « solutions en coin », mais plutôt au choix du degré de rigidité - ou de flottement - du taux de change.

Notre présente contribution se propose d'entreprendre une discussion sur le choix du régime de change qu'un pays comme la Côte d'Ivoire pourrait adopter s'il devait quitter la zone franc.

Dans le souci de bien faire comprendre la question des régimes de change, il faudra bien topographier la cartographie des idées.

Pour ce faire, nous allons présenter dans un premier lieu, les régimes de change, les différentes typologies et les déterminants des taux de change.

Une fois cette étape franchie, nous pourrons expliciter les raisons de l'attrait des « solutions en coin », c'est-à-dire, la préférence des régimes de change fixes et flexibles.

Cette progression pourra nous aider à donner des indices de choix d'un régime de change pour la Côte d'Ivoire.

I. RÉGIMES DE TAUX DE CHANGE, TYPOLOGIES ET DÉTERMINANTS

I.1. DES DÉFINITIONS UTILES A SAVOIR

Le change est l'acte par lequel on échange les monnaies de différentes nations. Les monnaies prennent les mêmes formes que la monnaie à l'intérieur d'un pays. La monnaie de chaque pays a un prix en termes de la monnaie de chacune des autres nations. Ce prix est le taux de change.

Il y a deux types de taux de change, selon la date de l'échange réel des monnaies : le taux de change au comptant est le prix pour une transaction "immédiate" (un jour ou deux au maximum pour les grosses transactions) ; le taux de change à terme est le prix pour une transaction qui interviendra à un certain moment dans l'avenir, dans 30, 90 ou 180 jours. Les transactions au comptant ne représentent que 40 % des transactions. Le marché des changes est donc nettement un marché à terme.

Un autre éclairage important à faire. Un taux de change peut être exprimé de deux façons : la cotation  " au certain " consiste à donner le nombre d'unités monétaires étrangères équivalent à une unité de monnaie locale ; la cotation, "à l'incertain" indique le nombre d'unités monétaires locales correspondant à une unité de monnaie étrangère. Par exemple, au 20 janvier 1999, l'euro cotait à Paris 1,1571 dollar (cotation au certain), ou encore le dollar contre euro s'échangeait à 0,86472 (cotation à l'incertain). Lorsque l'euro s'apprécie contre les autres devises, son cours coté au certain s'élève ; en revanche, son cours coté à l'incertain diminue.

On appelle marché de changes, le marché sur lequel s'échangent les devises les unes contre les autres. Á la différence des marchés d'actions (ou des marchés de futures ou options sur devises), sur le marché des changes il n'y a pas de cotations centralisées (fixing) mais uniquement des transactions de gré à gré (OTC, Over The Counter dans le jargon boursier). Cela signifie que les opérateurs entrent en contact les uns avec les autres de façon individuelle, par téléphone ou réseaux informatiques.

Les principales bourses de change[2] actuellement sont Londres avec environ 30% du marché, New York avec 20%, Tokyo avec 12%, Zurich, Frankfort, Hong Kong et Singapour avec environ 7% chacune, suivi de Paris et Sydney avec 3% chacune.

Le marché des changes n'est pas un simple lieu de rencontre où des cambistes se crient mutuellement des ordres d'achat et de vente. Au centre du marché des changes se trouvent plutôt des banques et les cambistes qui travaillent dans les banques.

Qui sont donc les utilisateurs du marché des changes ? Sur le marché du détail, qui concerne les clients, au sein du marché des changes au comptant, des individus, entreprises et autres organisations peuvent acquérir des devises  étrangères pour effectuer des paiements, où vendre des devises étrangères qu'ils ont reçues en paiement.

Le plus gros des transactions sur devises, peut-être 90% ou plus s'effectue entre banques sur le marché des changes interbancaires.  Le marché interbancaire a plusieurs fonctions. La participation au marché interbancaire donne à une banque un flux continu d'informations sur la situation du marché des changes grâce à un dialogue avec les cambistes des autres banques et à l'observation des cotations  des cours (taux de change).

Les opérations interbancaires permettent à une banque de réajuster rapidement et à bas prix sa propre position quand elle réalise séparément une importante transaction avec un client.

Les opérations interbancaires permettent aussi à une banque de prendre rapidement une position sur une monnaie étrangère si la banque et ses cambistes veulent spéculer sur les variations du taux de change dans un avenir proche.

Quand n'est-il de l'offre et de la demande d'une monnaie ?

Pour comprendre pourquoi la valeur d'une monnaie monte ou baisse, il faut passer les mêmes étapes que celles qui servent à analyser n'importe quel marché concurrentiel.

Sur le marché des changes, les particuliers et les entreprises souhaitent échanger des devises pour différentes raisons. Certaines effectuent des échanges de biens et services et souhaitent obtenir ou céder des devises en paiement. Certains procèdent à des mouvements internationaux d'actifs financiers. Ils font des investissements ou des emprunts internationaux, et doivent convertir la monnaie d'une nation en une autre pour acheter et vendre des actifs financiers, contracter et rembourser des dettes etc.

Nous en arrivons à la définition d'une devise.  On appelle une « devise » une unité monétaire que chaque pays possède.  Chaque nation a sa propre devise. Mais il peut arriver que plusieurs pays aient une devise commune. C'est le cas de l'Euro pour les pays de l'Union européenne, le dollar pour les Etats-Unis et le Canada (dollar canadien et dollar américain), le Franc CFA pour les pays de la zone.  Ainsi donc, on désignera par devises étrangères, tous les titres de créances libellés en monnaie étrangères (lettres de change, billets à ordre, chèques, valeurs immobilières, coupons, transferts télégraphiques).

I.2. LES DÉTERMINANTS DES TAUX DE CHANGE

Dans l'ouvrage de Jacques Généreux (2008)[3], il apparaît deux facteurs essentiels : les facteurs dits « fondamentaux » et  des facteurs dits financiers, psychologiques et politiques.

Etudions dans un premier temps, les déterminants économiques.  Il paraît naturel d'expliquer les taux de change par l'ensemble des facteurs qui conditionnent les différents flux d'échanges entre le pays et le reste du monde (RDM).  Le rythme de croissance économique d'un pays influence plus ou moins la demande de monnaie nationale. Ainsi, un pays connaissant une croissance économique soutenue attire plus facilement les investisseurs internationaux, ce qui alimente la conversion de devises en monnaie nationale.  A titre d'exemple, les exportations de biens et services par la Côte d'Ivoire entraînent généralement la vente de devises étrangères nécessaire à l'achat de la monnaie ivoirienne. Cette dernière tend à s'apprécier  sur le marché des changes.

En revanche, un déficit extérieur entraîne une hausse de la demande de devises, d'où une baisse du taux de change. En effet, les importations de biens et services tendent parallèlement à faire vendre la monnaie ivoirienne en échange d'une devise étrangère.   Pour nous résumer, les importations ivoiriennes de biens et services engendrent une demande de devises étrangères et une offre de monnaie nationale. Par contre, les exportations ivoiriennes de biens et services engendrent une offre de devises étrangères et une demande de monnaie nationale.

La théorie de la parité des pouvoirs d'achat voit dans les mouvements des prix relatifs des biens domestiques et étrangers le facteur déterminant essentiel du taux de change. Cette théorie comporte une variante absolue qui explique le niveau du taux de change, et une variante relative qui explique les variations du taux de change.

La version absolue de la théorie part de la loi du prix unique (LPU) qui prévaut sur un marché international concurrentiel, sans obstacles à l'échange, sans coûts de transport ou de transaction.

La parité relative des pouvoirs d'achat met en relation la variation du taux de change et la variation des prix (inflation).  Selon la théorie des parités de pouvoir d'achat, un pays qui connaît un taux d'inflation plus élevé que celui de son partenaire commercial doit voir son taux de change s'affaiblir.

Dans un deuxième temps, abordons les déterminants financiers et psychologiques. La théorie de la surréaction, développée par Rudiger Dornbush,  à long terme, le taux de change d'équilibre est déterminé par la parité des pouvoirs d'achat, mais dans le court terme, le taux de change réagit aux différentiels de taux d'intérêt.  Ceci est d'autant plus plausible que les marchés financiers s'ajustent plus rapidement que les autres.

En effet, les taux d'intérêt réels constituent le rendement d'un placement financier. Lorsque le taux d'intérêt d'un pays s'élève par rapport à celui des autres places financières, cela attire de nombreux capitaux flottants à la recherche de la rémunération la plus élevée. Ces entrées de capitaux dans le pays (Côte d'Ivoire) engendrent une offre de monnaie étrangère et une demande de monnaie nationale (monnaie ivoirienne). Il en découle une appréciation de la monnaie ivoirienne sur le marché des changes.

Cependant, les opérateurs financiers tiennent également compte des risques liés à l'état du marché financier ; celui-ci peut être plus ou moins liquide (ne pas permettre facilement les opérations de vente par exemple), plus ou moins volatile, plus ou moins transparent.

A contrario, les sorties de capitaux du pays entraînent une demande de monnaie étrangère et une offre de la monnaie locale (monnaie ivoirienne). Il va en découler une dépréciation de la monnaie locale (monnaie ivoirienne).

Ajoutons également que, les informations véhiculées sur le marché des changes exercent un effet non négligeable sur le comportement des acteurs, au demeurant très enclins au mimétisme : une rumeur, l'annonce de la parution de statistiques sur le commerce extérieur ou le chômage d'un pays, sur l'orientation de sa politique économique, voire sur les démêlés amoureux d'un président... suffisent parfois à déclencher de véritables tempêtes monétaires.

I.3. LA TYPOLOGIE DES RÉGIMES DE CHANGE

Les classifications sont nombreuses et dépendent des auteurs.  Reinhart et Rogoff (2004)[4], proposent quatorze (14) catégories tandis que Ghosh, Gulde et Wolf (2003)[5] se contentent de neuf (9). Si ces différentes classifications  ne souffrent pas de faiblesses, nous avons choisi celle du FMI, puisqu'il utilise des informations quantitatives et qualitatives. En plus, tous les pays membres sont classés et cette classification est mise à jour de façon continue.

Le système de classification est basé sur les membres actuels, arrangements de facto comme identifié par le staff du FMI, qui peut différer de leurs arrangements officiellement annoncés. Cette classification de taux de change sur la base de leur degré de flexibilité et de l'existence des engagements formels ou informels sur le choix du taux de change.

Il s'agit de huit catégories de régime de change qui sont déclinées de la façon suivante.

  • Régime des pays n'ayant pas de monnaie officielle distincte : Une autre unité monétaire est la seule monnaie ayant cours légal dans le pays, ou le pays est membre d'une union monétaire ou d'un mécanisme de coopération monétaire ayant adopté une monnaie commune qui a cours légal dans chacun des pays membres.
  • Caisse d'émission : Régime monétaire en vertu duquel un pays s'engage explicitement en vertu de la loi à échanger à un taux fixe sa monnaie nationale contre une devise spécifique; cet engagement impose certaines restrictions à l'autorité émettrice pour garantir le respect des obligations imposées par la loi.
  • Autre régime conventionnel de parité fixe : Le pays rattache (officiellement ou de facto) sa monnaie, à un taux fixe, à une grande monnaie ou à un panier de monnaies, le taux fluctuant à l'intérieur d'une bande étroite de plus ou moins 1% maximum de part et d'autre du taux central.
  • Rattachement à l'intérieur de bandes de fluctuation horizontales : La valeur de change de la monnaie est maintenue à l'intérieur de bandes de fluctuation supérieures à 1% de part et d'autre d'un taux central fixe, officiel ou de facto.
  • Système de parités mobiles : La valeur de change de la monnaie est ajustée périodiquement dans de faibles proportions, à un taux fixe annoncé au préalable ou en réponse aux variations de certains indicateurs quantitatifs.
  • Système de bandes de fluctuation mobiles : la valeur de change de la monnaie est maintenue à l'intérieur de certaines marges de fluctuation de part et d'autre d'un taux central qui est ajusté périodiquement à un taux fixe, annoncé au préalable ou en réponse aux variations de certains indicateurs quantitatifs.
  • Flottement dirigé sans annonce préalable de la trajectoire du taux de change : l'autorité monétaire influe sur les mouvements du taux de change par des interventions actives sur le marché des changes, sans spécifier ni s'engager à annoncer au préalable quelle sera la trajectoire du taux de change.
  • Flottement indépendant : la valeur de change est déterminée par le marché, toute intervention sur le marché des changes étant plus destinée à modérer le taux de change et à en éviter les fluctuations indésirables qu'à le situer à un niveau particulier.

Le système monétaire international a profondément évolué au cours des années quatre-vingt-dix : alors que les pays européens réalisaient une union monétaire, et que certains pays émergents tentaient, avec un succès contrasté, de mettre en place des régimes de change extrêmement rigides (Argentine, Estonie par exemple), de nombreux pays devaient abandonner, en catastrophe (crises mexicaine, asiatique, brésilienne...), l'ancrage qu'ils étaient parvenus à établir, généralement sur le dollar, pour retourner, au moins temporairement, au flottement.

Selon Fisher (2001)[6], vu la succession des crises monétaires depuis le début des années soixante-dix, les régimes intermédiaires ne se sont pas révélés viables à long terme, en particulier dans les pays intégrés ou en voie d'intégration aux marchés financiers internationaux. Ce point de vue rejoint la thèse de l'"impossible trinité", selon laquelle un pays ne peut poursuivre que deux des trois objectifs suivants : la fixité du taux de change, l'indépendance de la politique monétaire et l'intégration aux marchés financiers internationaux.

Des 22 pays développés de l'échantillon, aucun n'a de régime intermédiaire. La moitié d'entre eux ont un régime de parité "rigide" et les autres un taux de change flottant. Des 33 pays émergents de l'échantillon, 16 ont un régime de changes flexibles, 3 un régime de taux rigides, et 14 un régime intermédiaire.

Pour autant, l'accord est moins large sur la pertinence de ce nouveau  consensus.  Sur le plan empirique, de nombreuses études ont montré la persistance des régimes intermédiaires même après les crises de change des années 90 (Levy-Yeyati et Sturzenegger (2005)[7] ; Bénassy-Quéré et Coeuré (2000)[8]).

Calvo et Reinhart (2001 et 2002)[9] ont quant à eux identifié une « peur du flottement » (fear of floating) liée au fait que les dépréciations monétaires n'ont pas les mêmes effets dans les marchés émergents que dans les pays développés.

Ces différents bémols n'entament en rien l'opinion courante depuis le milieu des années 90 qui estime que les ancrages simples sont trop vulnérables aux crises et que les pays devaient adopter soit un ancrage fixe (union monétaire ou caisse de compensation, par exemple), soit, à l'autre extrémité de l'éventail, un régime de flottement libre dans lequel le marché détermine la valeur de la monnaie sans intervention de l'État.

II. LE CHOIX ENTRE LES SOLUTIONS EN COIN : LE RÉGIME DE CHANGE FIXE ET LE RÉGIME DE CHANGE FLOTTANT

Nous étudierons dans ce paragraphe le cas spécifique des régimes de change fixes et flexibles. Nous l'avons déjà mentionné  que le point de vue actuel est de considérer les régimes intermédiaires comme n'étant plus viables, que  les pays préfèrent les « solutions en  coin », c'est-à-dire, le flottement pur ou une fixité stricte.

Avant de simuler les chocs frappant une économie à régime de change fixe et flexible, nous allons brièvement, en tout cas théoriquement, l'hypothèse de bipolarité des taux de change.

II.1. LES FONDEMENTS THÉORIQUES DE L'HYPOTHÈSE DE BIPOLARITÉ

Premièrement, cette hypothèse apparaît être un corollaire au principe de l'impossible trinité : un pays ne peut pas réaliser les trois objectifs suivants en  même temps : stabilité du taux de change, indépendance monétaire et intégration du marché financier.

Deuxièmement, une justification avancée est l'importance des emprunts étrangers non-couverts en monnaie internationale (le plus souvent en dollar) contractés par les banques et les entreprises, qui sous-estiment une possible dévaluation de la devise.

Troisièmement, le coût politique d'une dévaluation : un gouvernement qui adopte une cible de taux de change attend trop longtemps avant d'abandonner la parité dans le cas d'un reflux important de capitaux.

Quatrièmement, la notion de vérifiabilité. J.A Frankel, E. Fajnzylber, S.L Schmulker et L. Serven (2001)[10] introduisent la notion de vérifiabilité en suggérant qu'une  fixité ou qu'un flottement simple sont plus facilement vérifiables par les agents économiques qu'un régime intermédiaire complexe. Cela peut réduire l'incertitude et donc influencer les décisions de consommation et d'investissements futurs.

Les fixations de type intermédiaires sont incohérentes car les autorités fixent le taux de change pour réduire le taux d'inflation, tout en ayant des objectifs de politique économique (emploi, croissance) qui induisent un biais inflationniste à la politique monétaire. Cette incohérence se traduit par une appréciation du taux de change réel et, en conséquence, une perte de devises.

Une telle incohérence peut subsister s'il existe un contrôle des capitaux assez efficace pour éviter la perte de réserves de change, ou si la capacité d'endettement des autorités est assez importante pour leur permettre de reconstituer celles-ci. La libéralisation générale des flux de capitaux a accru les conséquences de l'incohérence des régimes intermédiaires et donc a contribué à leur effondrement, le plus souvent au terme de crises spéculatives (crise mexicaine en 1994, crise asiatique en 1998 etc.).

II.2. L'ÉTUDE DES RÉGIMES DE CHANGE FIXES ET FLEXIBLES

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COTE D'IVOIRE: L'OPPOSITION SENEGALAISE DENONCE SARKOZY ET LA GUERILLA DE OUATTARA

 


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Le Post - Wal Fadjiri - 16.02.2011 Moustapha SALL (extraits)


Côte d'Ivoire : Trêve de démagogie, trêve d'hypocrisie


Débarrassons-nous de la peur et de la fumisterie qui ballonnent nos ventres. La clameur publique et la haine implacable contre Gbagbo ne doivent pas nous terroriser, nous bâillonner. Disons la vérité, toute la vérité, rien que la vérité à propos de cette partie de notre continent qu'est la Côte d'Ivoire.
La situation confuse et inédite (deux présidents de la République, deux Premiers ministres et deux gouvernements) qui prévaut aujourd'hui en Côte d'Ivoire est la conséquence de trois événements dont les responsables sont :

1) Les Forces nouvelles avec à leur tête l'ex- Premier ministre de Gbagbo, Guillaume Soro, qui ont profané le scrutin du deuxième tour dans le nord du pays qu'elles contrôlent. Il est de notoriété publique qu'elles ont chassé brutalement des bureaux de vote les représentants du candidat Gbagbo, qu'elles ont refusé de laisser les membres de la Cei et les agents électoraux contrôler le processus électoral, qu'elles ont bourré les urnes au point que dans tous les bureaux de vote le suffrage exprimé est de loin supérieur au nombre de votants et tout ça pour faire gagner le candidat Ouattara. Ce dernier n'a pas manqué de leur renvoyer l'ascenseur en reconduisant Soro au poste de Premier ministre. Les 98 % des 5,55 % de voix défalqués du résultat provisoire de Ouattara par le Conseil constitutionnel, suite aux recours du camp Gbagbo, étaient de la mascarade électorale organisée par les Forces nouvelles dans leur fief du nord.

2) Le responsable de l'Onuci, représentant spécial du Secrétaire général de l'Onu, M. Y.J. Choi qui a tenu des propos irréfléchis et maladroits en déclarant dans une interview qu'il avait accordée au journal Le patriote du 03 décembre 2010, ce qui suit : 'J'avais implicitement certifié le déroulement du second tour lors d'une conférence de presse le 29 novembre 2010'. Quelle bourde ! M. Choi, responsable de l'Onuci certifie le déroulement du second tour dès le lendemain du scrutin, alors que le processus électoral n'est pas encore arrivé à son terme. Les résultats des bureaux de vote de la veille continuent d'être acheminés à la Commission électorale indépendante (Cei). Cette dernière n'a pas encore proclamé les résultats provisoires, n'a pas transmis ces résultats au Conseil constitutionnel pour proclamation définitive après examen des recours au cas échéant, ce qui sanctionnerait la fin du déroulement du second tour. C'est en ce moment seulement que doit intervenir la certification explicite (il n'y a pas de certification implicite, comme il le dit) du déroulement du second tour. D'autant que c'est ce M. Choi qui disait que le mandat de certification qu'il a reçu du Conseil de sécurité ne prévoit pas une certification à chaque étape. Il prévoit qu'il certifie que toutes les étapes des élections fournissent les meilleures garanties pour une élection ouverte, libre, juste et transparente.

3) La certification précipitée (dès le lendemain du scrutin), désinvolte, cavalière et laxiste de M. Choi est révélatrice du manque d'impartialité qui a caractérisé l'Onuci lors du second tour de la présidentielle ivoirienne. Elle a beaucoup influencé et fait peser des pressions sur la Cei. Et les déclarations de ce bavard de M. Choi toujours dans la même interview le prouvent encore. Je cite : 'Malgré mon appel à la Cei pour qu'elle proclame promptement les résultats provisoires du scrutin du 28 novembre 2010, la Cei a été incapable de le faire sans tarder en raison de divisions internes. Ces divisions internes ont été exacerbées lorsque les forces de sécurité ivoiriennes ont renforcé leur protection au siège de la Cei à partir du 30 novembre 2010. Ceci a conduit à la fin, le président de la Cei, M. Youssouf Bakayoko, à annoncer les résultats provisoires du second tour dans l'après midi du 02 décembre 2010 à l'hôtel du Golf', fin de citation.

Dans la mission de l'Onuci, il n'est dit nulle part que le responsable M. Choi peut certifier implicitement et par anticipation le déroulement du second tour du scrutin du 28 novembre 2010, ni de faire des pressions sur la Cei pour qu'elle proclame promptement des résultats provisoires qu'elle n'a pas encore fini de compiler. M. Choi devait savoir que le mode de prise de décision de la Cei est le consensus. Et que s'il y a des divisions internes en son sein, comme il le dit, c'est parce qu'il n'y a pas de consensus donc impossibilité de proclamer les résultats provisoires. Solution : transmettre les documents du scrutin au Conseil constitutionnel comme le prévoit la Constitution ivoirienne.
Le responsable de l'Onuci, M. Y.J. Choi, a outrepassé avec excès ses prérogatives. Ce qui a lourdement entaché sa crédibilité et celle de sa certification.

4) Le Président de la Commission électorale indépendante (Cei) M. Youssouf Bakayoko, qui proclame les résultats du second tour au-delà de la limite de trois (3) jours qui lui était impartie, et en dehors du siège de la Cei - à l'hôtel du Golf - de surcroit Qg électoral du candidat Ouattara. Ce qui augure vraisemblablement un parti pris flagrant au profit d'Ouattara. Même si des circonstances graves ont rendu impossible la proclamation des résultats provisoires, le président de la Cei devait saisir immédiatement le Conseil constitutionnel aux fins de constatations de cette situation, article 38 alinéa 1 de la Constitution de Côte d'Ivoire. Le Conseil constitutionnel décide dans les vingt-quatre heures de suspendre la proclamation des résultats alinéa 2 du même article.

Si le Conseil constitutionnel constate la cessation de ces circonstances graves, il fixe un nouveau délai qui ne peut excéder trente (30) jours. Ces dispositions idoines vis-à-vis du Conseil constitutionnel, le Président de la Cei ne les a pas prises, préférant allait (sous les pressions de l'Onuci) s'abriter sous le parapluie du candidat Ouattara à l'hôtel du Golf, pour proclamer devant les seuls médiats occidentaux et en l'absence des représentants du candidat Gbagbo, de la télévision ivoirienne qui a la charge de transmettre en directe la proclamation de tous les résultats des élections, des résultats provisoires illégaux, nuls et de nul effet parce que dépassant la date limite de trois jours qui lui était impartie pour la proclamation, n'ayant pas obtenu le consensus au sein de la Cei, et violant la loi électorale de la Côte d'Ivoire.

Et la réaction du président du Conseil constitutionnel ne s'est pas fait attendre. Il a immédiatement déclaré nuls et de nul effet les résultats provisoires proclamés par la Cei qui sont en porte-à-faux avec la loi. Après traitement des recours, le président du Conseil constitutionnel a proclamé le 03 décembre 2010 les résultats définitifs : Gbagbo 51,45 % - Ouattara 48,55 % Taux de participation 71,28 %.

Voilà les trois événements qui, combinés, ont produit le cocktail confus, grave et générateur de guerre civile en Côte d'Ivoire. Face à cette situation menaçante la vérité qu'il faut dire sans ambages est la suivante : L'Etat de la Côte d'Ivoire est une République indépendante et souveraine, article 29 de sa loi fondamentale. Cet Etat s'est doté d'institutions républicaines dont le Conseil constitutionnel qui proclame les résultats définitifs des élections article 94 de la Constitution ivoirienne. Les décisions du Conseil constitutionnel ne sont susceptibles d'aucun recours. Elles s'imposent aux pouvoirs publics, à toute autorité administrative, juridictionnelle, militaire et à toute personne physique ou morale article 98 de la loi fondamentale ivoirienne.

Jusqu'au moment où le Conseil Constitutionnel proclamait les résultats définitifs du scrutin du 28 novembre 2010, tout le monde, le peuple ivoirien, les deux candidats, l'Onuci et toute la communauté internationale le reconnaissaient comme dernier juge des élections. Même le candidat Ouattara que le Conseil constitutionnel à travers les résultats définitifs l'a déclaré battu par Gbagbo a continué à le reconnaître pour lui avoir envoyé une lettre de prestation de serment.

En conséquence, les résultats définitifs qu'il vient de proclamer souverainement sont les seuls résultats valables qui comptent, et personne ne peut les remettre en cause, pas même l'Onuci qui est disqualifiée encore moins la Cedeao ou l'Ua qui n'ont pas cette fonction et ne l'ont jamais fait nulle part ; les présidentielles du Togo et du Gabon pour ne citer que celles-là le prouvent.

Même si les deux candidats avaient pris l'engagement de respecter la certification de l'Onuci, (et je pense que l'engagement est toujours respecté, si la certification se limite à son champ d'action) le Conseil constitutionnel lui, dans l'exercice de ses fonctions, n'est soumis qu'à l'autorité de la loi votée par le peuple ivoirien. Ceux qui font allusion à l'article 64 nouveau du code électoral ivoirien pour dire que le Conseil constitutionnel n'avait pas le pouvoir de supprimer des votes, il devait annuler l'élection présidentielle s'il constate des fraudes, n'ont rien compris de cet article.

Est-ce que honnêtement l'invalidation des votes dans sept départements du nord (le pays en compte plus de cinquante) soit 13% des votants est de nature à entacher la sincérité du scrutin et affecter le résultat d'ensemble ? Je pense que non. Et comme le dispose l'article 64 nouveau du code électoral, le Conseil constitutionnel est le seul organe compétent pour apprécier la gravité des irrégularités aux fins d'annuler ou de ne pas annuler l'élection présidentielle, et non l'Onuci, l'Ua ou la Cedeao.

D'ailleurs, le responsable de l'Onuci, M. Choi, n'a pas déclaré nuls les résultats définitifs du Conseil constitutionnel. Toujours dans l'interview qu'il a accordée au Patriote, à la question du journaliste : 'Pour vous, la proclamation du président du Conseil constitutionnel aujourd'hui (03 décembre 2010) est nulle et non avenue ?'. Il a répondu 'Je dis qu'elle ne correspond pas aux faits'. Ne pas correspondre aux faits ne veut pas dire nul et non avenu. En conséquence, si la proclamation du Conseil constitutionnel n'est pas nulle et non avenue (ce qu'a dit implicitement M. Choi, le responsable de l'Onuci), elle est donc valable et reste en vigueur.


Source: IVOIREVOX.COM

COTE D'IVOIRE: LA VERITE SUR LE NAVIRE DE GUERRE SUD-AFRICAIN AU LARGE D'ABIDJAN

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Frégate de l'armée sud-africaine mouillant au large des côtes ivoiriennes, le 15 février 2011.


La présence d'un navire de guerre sud-africain qui mouille actuellement au large d'Abidjan, fait couler beaucoup d'encre. La « CEDEAO », poussée dans le dos par la France, y voit un acte capable de compromettre les travaux de l'Equipe d'Experts et même celui du panel des Chefs d'Etat membres du panel commis pour trouver une sortie honorable à la crise ivoirienne. Pour cela, elle ne manque pas d'interpeler le Président Jacob Zuma chaque fois qu'elle en a l'occasion.

 

Alors que la « CEDEAO » ne dit rien en ce qui concerne les navires de guerre français et hollandais stationnés dans les eaux ivoiriennes, elle trouve à redire quand il s'agit du navire sud-africain. Pourquoi ? Des informations en notre possession permettent de percer le mystère de la fébrilité de la France et de ses suiveurs.

La France a positionné ces navires, pour, dit-elle, apporter un soutien logistique aussi bien à ses troupes staionnées au « 43è BiMa » qu'à ceux de l'« ONUCI ». Soit. Mais depuis que des mesures restrictives ont été prises par la « communauté internationale » pour étrangler financièrement et économiquement la Côte d'Ivoire, elle leur a assigné une nouvelle feuille de route.

Repousser tous les navires commerciaux à destination du port d'Abidjan. Telle est la nouvelle mission de ces navires militaires qui ont mis quelque peu en veilleuse leurs objectifs militaires. Parmi les bâteaux repoussés, des pétroliers et des butaniers ravitaillant respectivement les dépôts de « Total Elf » et « Shell » au Port d'Abidjan. La conséquence de ce blocus, on l'imagine aisément, est le tarrissement du dépôt à gaz butane qui conduit petit à petit à une rarefaction du gaz domestique dans les foyers abidjanais.

C'est cette nouvelle donne que les autorités sud-africaines trouvent suspect autant qu'ils en déplorent l'ensemble des effets collatéraux. Pour l'administration Zuma, il est injuste que la Côte d'Ivoire ploie sous la charge de sanctions diverses au moment où le monde entier est à son chevet. D'où l'envoi du navire de guerre en question dont le rôle est de vérifier la réalité des faits qui ont cours sur les eaux ivoiriennes, rendre compte à son pays en attendant la conduite à tenir.

Ce n'est pas tout. Parallèlement aux renseignements fournis au Président Zuma par la « CEDEAO » et l'« UA », l'administration sud-africaine a mis en branle ses renseignements politique et militaire à l'effet de confrontation de données. Qui leur permettront de se faire une idée autre que celle relayée par les fauteurs de trouble. Ce travail s'est accentué depuis bientôt 7 jours avec l'entrée en scène véritable du renseignement militaire.

Leçon : l'Afrique du Sud veut se donner les moyens de ne pas prendre une décision injuste qu'elle aura à payer toute sa vie. C'est uniquement cela et non un soutien massif à Gbagbo comme la « CEDEAO » tend à le faire croire.


 

Source : NERRATI.NET

AMBASSADES IVOIRIENNES: POURQUOI GBAGBO A TOUTES LES CARTES EN MAINS

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In Le Nouveau Courrier N°205 du 16 Février 2011 par Frank Toti

La crise post-électorale que vit la Côte d'Ivoire depuis quelques trois mois, est vraisemblablement un combat de longue haleine, où s'entremêlent offensives et contre-offensives tous azimuts. Mais ce qui passionne le plus, reste assurément la bataille diplomatique.


Alassane Ouattara, président de la République-déserte du Golf n'a cessé de s'enorgueillir du soutien inestimable que lui apporte son vieil ami Nicolas Sarkozy. Et très rapidement le tapis international lui a été déroulé. Il pousse même l'outrecuidance en désignant des pseudo-ambassadeurs dans certains pays occidentaux. Notamment, en France, aux Etats-Unis, en Suisse, en Belgique, en Grande Bretagne et à l'Onu. S'il est vrai que cela s'apparente à une victoire du camp Ouattara, en réalité cela ressemble fort bien à un coup d'épée dans l'eau. Parce que dans la pratique, celui qui maitrise l'appareil diplomatique ivoirien, c'est bel et bien, Laurent Gbagbo.

D'un, ces pseudo-nominations de diplomates par Ouattara dans certains pays occidentaux ne pouvaient en être autrement. Dans la mesure où ces pays sont tellement allés loin dans la crise ivoirienne qu'ils ne peuvent faire marche-arrière. Aussi, sont-ils condamnés à accréditer des «Ouattaristes» comme Ambassadeurs, pour témoigner de leur amour à leur poulain. Dommage pour eux, puisque ça pue la pacotille. Parce qu'en pratique, le pouvoir ivoirien, incarné par le Chef de l'Etat, Laurent Gbagbo, continue de mener le jeu diplomatique.

A preuve, ces diplomates et individus nommés par Ouattara se contentent du titre d'Ambassadeurs, sans aucunes prérogatives ni compétences. Puisque toutes décisions ou tout document signé sont nuls et de nul effet en Côte d'Ivoire. Ni visas, ni papiers administratifs... Le gouvernement Aké N'Gbo a donné le ton il y a deux jours concernant la délivrance de visas aux ressortissants français et autres sur le territoire de France. «Les visas pour la Côte d'Ivoire sont désormais exclusivement délivrés par les consulats honoraires de Côte d'Ivoire en France, situés dans les localités suivantes : Nancy, Nice, Rouen, Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille, Martinique et Monaco», stipule clairement le communiqué du Gouvernement. Et ce qui est valable en France l'est assurément dans ces pays occidentaux qui ont commis la bêtise de reconnaitre des diplomates nommés par le maître d'Hôtel. Et de plus, la paie des diplomates et autres agents ne transitent plus l'Ambassade, mais atterrit directement dans les comptes des concernés. Du coup, Laurent Gbagbo reprend entièrement et totalement le contrôle de ces chancelleries.

Sur les 45 représentations diplomatiques de la Côte d'Ivoire à travers le monde, Alassane Ouattara peut se prévaloir d'avoir «nommé» quelques 8 «intermittents» à la tête des chancelleries. Une bien maigre performance pour quelqu'un qui chante à longueur de journées que toute la communauté internationale (y compris l'Au-delà) le reconnait comme président. Sans tambours ni trompettes, le Chef de l'Etat, Laurent Gbagbo, qui a la légalité constitutionnelle avec lui, étend sa toile diplomatique, au fil des jours, avec des résultats plus que probants. La remise de la balle au centre par l'Ua, lors de son dernier sommet à Addis-Abeba en est une preuve. Une diplomatie silencieuse et efficace à mettre à l'actif du très discret Ministre des Affaires Etrangères, Alcide Djédjé.


Source: LE NOUVEAU COURRIER

L'ETAT MET LE CAP SUR LA SOUVERAINETE MONETAIRE

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Lentement mais sûrement, la Côte d'Ivoire est en train de conquérir sa souveraineté monétaire. La rupture brutale provoquée par la Bceao- Siège depuis Dakar y est pour quelque chose. Après avoir essayé vainement les armes diplomatique, militaire et politique, Sarkozy et sa Françafrique, ont décidé de désorganiser voire tuer le secteur bancaire de l'espace de l'Union économique et monétaire ouest-africain, (Uemoa).

Certainement, selon leurs propres termes, «étouffer financièrement et économiquement le camp Gbagbo». Dans l'espace, Uemoa, la France est membre très influent dans le Conseil d'administration. La Banque centrale des Etat de l'Afrique de l'Ouest (Bceao). Mieux, c'est elle qui contrôle et manipule à volonté plus de la moitié des avoirs extérieurs des pays ayant en commun, l'usage du Franc Cfa à travers le compte d'opération logé au Trésor français.

Ainsi, après le dernier sommet des chefs d'Etat et gouvernement de l'Uemoa tenu à Bamako au Mali, le gouverneur en fonction Dakoury-Tabley Henri Philippe a été contraint à la démission et depuis, le vice-gouverneur, le Burkinabé Jean Baptiste Compaoré, a pris l'intérim pour trois mois. Comme il n'attendait que ça, le premier acte qu'il a posé, c'est de déconnecter l'agence nationale de la Bceao pour la Côte d'Ivoire, du système informatique de la Banque d'émission.

Le gouvernement Aké N'Gbo ne se fera pas pier pour réquisitionner les agents nationaux de la Bceao travaillant en Côte d'Ivoire. Dès cet instant, Abidjan a mis le cap sur son autonomie. Ce qui fait mal à Bceao- Siège surtout que la Côte d'Ivoire, c'est le pays phare de l'Uemoa avec environ 40%. Face à cette nouvelle donne qui laisse entrevoir non seulement la désagrégation de l'Uemoa, avec à la clé une dévaluation du Fcfa, un nouveau conseil des ministres des Finances de l'Uemoa, a été tenu à Dakar ; le 5e en moins de deux mois. C'est à l'issue de cette rencontre que Jean-Baptiste Compaoré va brandir le bâton des sanctions contre les banques qui vont collaborer avec le gouvernement du Premier Aké N'Gbo.

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Comme il fallait s'y attendre, l'un des satellites en Côte d'Ivoire, la Banque internationale pour le commerce et l'industrie en Côte d'Ivoire (Bicici), filiale de la Banque nationale de Paris (Groupe Bnp Paribas), qui boycottait la transaction manuelle, mise en place par le gouvernement, a sauvagement et de façon inélégante, fermé nuitamment ses agences en Côte d'Ivoire. En attendant, le départ des autres épargnants, il convient de préciser que la Bicici perd avec le non virement des salaires des fonctionnaires et agents de l'Etat, un dépôt mensuel d'environ 7 milliards de Fcfa sur lesquels, elle ne percevra plus des agios.

Par ailleurs, la Citibank qui a également fermé son agence a pris soin d'ouvrir ses guichets automatiques dit-on à l'hôtel Sebroko. En clair, nous sommes passés à une autre phase de la crise ivoirienne et qui porte à croire, que tout est mis en œuvre, pour pousser la Côte d'Ivoire, non seulement à bout, mais l'obliger à sortir de l'Uemoa. En le faisant, ceux qui poussent la Côte d'Ivoire confortent le ministre délégué au Budget Koné Katinan Justin quand il dit :

«Nous n'avons pas l'intention de sortir de l'espace communautaire, mais si on y oblige, nous aviserons». Pour montrer la bonne foi et faisant la posture de la mentalité de l'orphelin avec une vision de souveraineté affichée par le gouvernement Aké N'Gbo, le budget d'Etat 2011, est essentiellement bâti sur la mobilisation des ressources internes. Cap sur la souveraineté monétaire Le budget d'Etat 2011 s'équilibre en recettes et en dépenses à 2907,320 milliards de Fcfa dont 924,7 milliards de Fcfa seront mobilisés par la Direction générale des impôts (Dgi) contre 938 milliards de Fcfa des douanes ivoiriennes qui promettent mobiliser 1000 milliards de Fcfa.

S'agissant de la mobilisation des ressources, il convient de rappeler cette déclaration en substance du ministre Koné Katinan : « Nous n'attendons rien en terme de mobilisation des ressources extérieures, mais sur l'honneur nous prenons l'engagement d'honorer nos obligations envers nos créanciers extérieurs». Aux grands maux, un traitement de choc approprié. Pourrait-on dire. C'est ce que vient de faire le gouvernement à travers sa déclaration du 14 février 2011, avec la série de mesures prises pour sécuriser le paiement régulier des salaires des fonctionnaires et agents de l'Etat.

Mais aussi et surtout ceux des travailleurs du secteur privé. Pour les salaires du mois de février et des mois à venir, la Direction générale du trésor et de la comptabilité publique est instruite à l'effet de procéder à l'ouverture d'office, de comptes dans les autres banques afin d'y effectuer les virements des salaires des fonctionnaires et agents de l'Etat.

Par ailleurs, le gouvernement qui ne veut plus se laisser distraire et se faire surprendre, a décidé de la fermeture immédiate dans ces deux banques, des comptes de sociétés d'Etat et ceux des sociétés à participation financière publique, afin de procéder à leur ouverture dans les autres banques. Pendant que le Garde des Sceaux est instruit d'engager sans délai, des poursuites judiciaires contre ces deux banques. En outre, un secrétariat est créé au sein du Trésor afin d'informer et d'orienter les usagers des secteurs privés et publics de ces deux banques.


Bamba Mafoumgbé


Source : GBAGBO.CI

COMPLICITES DANS LA CRISE IVOIRIENNE - MAMADOU BEN SOUMAHORO: «J'ACCUSE GERARD LATORTUE, LA FRANCOPHONIE ET L'ONU»

 

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La crise postélectorale qui secoue la Côte d'Ivoire, depuis le 28 novembre 2010, n'a pas fini de livrer ses secrets, son lot de comploteurs et leurs alibis pour faire main basse sur les richesses de notre pays. A chaque révélation, l'on apprend un peu plus sur toutes les sales propositions rejetées par Laurent Gbagbo et qui lui valent la ronde de tant de chacals politiques tapis au sein de la Communauté internationale. Dans le texte qui suit, le député Mamadou Ben Soumahoro dévoile la partition de l'ancien Premier ministre haïtien, Gérard Latortue, qui a conduit la délégation des observateurs de l'Organisation internationale de la Francophonie en Côte d'Ivoire. Il établit ses connexions à Paris et à l'ONU.

Personne n'y a véritablement prêté attention. Et pourtant, cela s'est passé. A la fin de la mission d'observation de l'élection présidentielle qu'il a conduite, en Côte d'Ivoire, pour le compte de l'Organisation internationale de Francophonie (OIF), M. Gérard Latortue a dressé son rapport au pied de M. Young Jin Choi, dans les locaux du siège de l'ONUCI à l'Hôtel Sebroko. Aussitôt fait, il a repris l'avion le même soir pour Paris, laissant au Représentant spécial du Secrétaire général de l'ONU en Côte d'Ivoire, le soin d'enfoncer le clou et de gérer la crise qu'ils avaient préparée ensemble contre les Ivoiriens. M. Gérard Latortue venait ainsi de nous indiquer, clairement, que Young Jin Choi est son binôme local dans la fabrication de la crise postélectorale dans laquelle est plongé notre pays depuis le 28 novembre 2010. Latortue et Choi ont agi pour espérer imposer Alassane Ouattara au peuple ivoirien. C'est un des pans de ce complot aux multiples tentacules enclenché pour faire main basse sur la Côte d'Ivoire. Mais ses prémices datent de longtemps. De quelques années plus tôt.


L'indécente proposition
au candidat Gbagbo

Nous sommes en 2008. L'ancien Premier ministre de la République d'Haïti, Gérard Latortue, une vieille connaissance personnelle, sollicite par mon intermédiaire un rendez- vous avec le chef de l'Etat de Côte d'ivoire. Il l'obtient d'autant plus facilement qu'il prétendait vouloir porter à la connaissance du Président Laurent Gbagbo «l'expérience» qu'il venait de réussir dans son propre pays au moment où le nôtre s'apprêtait à aller à son tour à des élections présidentielles importantes annoncées, à cette époque, pour novembre 2009. C'est ainsi que profitant de l'occasion qui lui était offerte, Gérard Latortue s'est permis de proposer à Laurent Gbagbo de se mettre sous «la protection de George W. Bush et des Etats-Unis d'Amérique». Pour la mise en œuvre de ce projet, l'homme a fait valoir au Président Laurent Gbagbo ses relations intimes et privilégiées avec le frère du Président des Etats-Unis, Le gouverneur de l'Etat de Floride. C'est du reste grâce à l'intervention de ce dernier que le Président Bush a désigné Gérard Latortue pour diriger, à titre intérimaire, le gouvernement d'Haïti. Gérard Latortue devait y organiser les élections de sortie de crise après l'expulsion du Président Jean Bertrand Aristide déposé auparavant par les forces onusiennes, toujours sous la férule de Gérard Latortue, leur mandataire. Les Etats-Unis voulaient René Préval comme président d'Haïti, les Etats-Unis et Gérard Latortue ont "donné" René Préval à Haïti. Après cette élection truquée avec succès, Gérard Latortue a voulu monnayer son expérience auprès de Laurent Gbagbo. Un livre blanc a été édité par ses soins. Il l'a proposé au Président ivoirien au cours de l'audience qui lui a été accordée. Ce livre blanc lui a d'ailleurs servi de viatique pour proposer ses services à toutes les capitales africaines qui préparaient des élections dans cette période troublée.

A la deuxième visite faite à Laurent Gbagbo à son domicile officiel de Cocody, Gérard Latortue, plus concret, a proposé à son hôte une véritable stratégie de hold-up électoral avec son aide personnelle et celle des Nations unies à New York. Il annonçait qu'il allait se faire mettre en mission comme observateur international de nos élections à venir, au nom de l'OIF (Organisation internationale de la Francophonie) et de son Président Abdou Diouf. En prévision de cette «mission», il demandait au Président Laurent Gbagbo de faire nommer immédiatement, à un poste technique au siège des Nations unies à New York pour le compte de la Côte d'Ivoire, son compagnon de voyage, un certain Marc Maxi, notoirement connu pour être un honorable agent de la CIA. Cet autre Haïtien, qui avait dirigé auparavant l'organisation humanitaire CARE pour l'Afrique de l'Ouest, devait mettre en place le mécanisme qui devait impliquer le Secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon lui-même, pour appuyer tout ce qui allait se faire sur le terrain en Côte d'Ivoire afin d'assurer la victoire du Président Laurent Gbagbo «sans bavure». Selon les plans de Latortue, à l'issue du scrutin, peu importe le score, que ce soit au premier ou au deuxième tour, l'ex- Premier ministre d'Haïti représentant l'OIF devait tout simplement "crédibiliser" les résultats en faveur de Gbagbo en s'exprimant au nom de tous les observateurs de l'Union européenne et au nom de l'OIF. L'ONU devait ensuite reconnaître la sincérité du scrutin et, selon ce plan, les autres candidats n'auraient eu que leurs yeux pour pleurer. C'est exactement le même schéma qu'il avait proposé en Guinée-Conakry avant la mort du Président Lassana Conté. Le coup d'Etat du capitaine Dadis Camara a mis fin à ses espoirs et annihilé son plan pour les élections en Guinée.

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La belle affaire pour Ouattara et connexions

A la fin de sa visite à Laurent Gbagbo, le Président ivoirien qui avait prêté une oreille plutôt agacée au discours corrompu de Gérard Latortue, lui a fait remettre par mes soins une somme d'argent frais, quelques dizaines de millions de francs CFA, pour faciliter son séjour et celui de son compagnon d'agent de la CIA, Marc Maxi. Le chef de l'Etat n'a pas donné suite à la démarche indécente de l'ex-Premier ministre d'Haïti Gérard Latortue. Ses incessants appels téléphoniques n'ont pas trouvé non plus d'échos auprès du président Laurent Gbagbo pendant de nombreux mois. Son projet est resté lettre morte parce qu'il est tombé sur un véritable démocrate et un intellectuel honnête qui a toujours bâti sa vie sur la vérité de l'onction populaire. Gérard Latortue n'a pas cessé de me harceler, moi qui l'ai introduit auprès du Président Laurent Gbagbo. Là aussi, sans aucune suite. A l'évidence, le Président de la Côte d'Ivoire s'était senti profondément vexé par la proposition malhonnête de Gérard Latortue qu'il a donc définitivement éconduit en ne répondant plus à ses pressants appels téléphoniques.

Bien entendu, toute cette entreprise avait un prix dans l'esprit du représentant de commerce de l'OIF et des Nations unies. Le refus de Laurent Gbagbo constituait pour lui et pour ses commanditaires un énorme manque à gagner qu'il fallait combler d'une manière ou d'une autre. C'est ainsi que Gérard Latortue et Marc Maxi ont proposé leur service diabolique à Alassane Ouattara et à son épouse Dominique Folloroux. Connaissant son entregent, la femme du plus grand imposteur devant l'Eternel, Alassane Ouattara, a dû consolider le projet scélérat de Gérard Latortue par l'adhésion empressée de leurs amis français, américains et ivoiriens de nationalité américaine vivant aux Etats-Unis. Ce qui n'était qu'un plan devant consolider l'avantage du candidat le mieux placé, dans l'esprit de Gérard Latortue et ses comparses accourus pour empocher quelques millions de dollar, est devenu, par la force des choses, un des éléments fondateurs du complot international qui continue de secouer la Côte d'Ivoire, mon beau pays. Ce complot devait donner gagnant celui que personne n'attendait, c'est-à-dire Alassane Ouattara. Pour mieux comprendre les tenants et les aboutissants de ce vaste complot qui s'est étendu à quelques valets de M. Sarkozy en Afrique, notamment le Burkinabé Blaise Compaoré et le Sénégalais Abdoulaye Wade, il importe de savoir que l'acteur principal, le mici-dominici de l'ombre, Gérard Latortue, a servi comme représentant permanant du PNUD (Programme des Nations unies pour le Développement) à Cotonou dans les années 70 et, à ce même titre, en Côte d'Ivoire pendant cinq ans sous l'autorité de l'Algérien Abderamane Kane qui dirigeait l'organisation à partir de Vienne, en Autriche.

Vous avez dit Nations unies ? Que reste-t-il pour accomplir le complot ? Evidement les élections ! Les fameuses élections ! Le prétexte tout trouvé ! Or, dans ce domaine, les données sont connues : Depuis 2002, ''la Communauté internationale '' voulait la tête de Laurent Gbagbo. C'est tout ! Seulement voilà, toutes les tentatives ont lamentablement échoué. Il manquait un homme de main "crédible", loin de l'Afrique, discret et efficace pour accomplir l'opération «enlever Gbagbo». Le premier bénéficiaire, Alassane Ouattara, pour une fois, n'est pas allé le chercher puisqu'il ignorait son existence. Cet homme prétendument providentiel est arrivé de lui-même : après son échec au pied de Laurent Gbagbo, Gérard Latortue est allé proposer la forfaiture de l'OIF à Ouattara. Abdou Diouf, l'ancien Président de la République du Sénégal était candidat à sa propre succession à la tête de l'organisation francophone. Le coup de pouce de Latortue lui a sûrement fait du bien. Au renouvellement du mandat d'Abdou Diouf en Suisse, Nicolas Sarkozy en a décidé tout seul, à la place de tous les chefs d'Etat africains présents, en piétinant leur dignité. La Côte d'Ivoire vaut bien une messe et tout le monde a dit Amen !

«Donne-moi la tête de
Gbagbo, et tu auras l'ONU»

Ainsi donc, on a échangé l'honneur et la sécurité de 20 millions d'Ivoiriens contre le confort du poste d'un homme qui fut pourtant chef d'un Etat africain et non des moindres. Gérard Latortue est l'un des artisans zélés et intéressés de cette mascarade qui a échoué, dans sa version OIF, en Côte d'Ivoire. Lamentablement ! Quoiqu'il en soit, par quelque bout qu'on le prenne, le complot qui essaie de déstabiliser notre pays trouve son épicentre aux Nations unies, son exécuteur testamentaire étant M. Ban Ki-moon qui, malgré son incompétence avérée, veut un deuxième mandat. Nicolas Sarkozy de Nagy Bosca, qui détient un veto en tant que membre permanent du Conseil de sécurité, lui a donné l'assurance de bloquer toutes les initiatives des pays émergeants pour lui ouvrir la voix du succès aux prochaines élections de Secrétaire général des Nations unies. Cela peut expliquer en grande partie l'acharnement de M. Ban Ki-moon et de son «frère» sud-coréen Young Jin Choi qui le représente en Côte d'Ivoire et qui l'épaule pour mériter le futur «service» attendu de Sarkozy. Ce n'était pas un hasard si M. Gérard Latortue, responsable des observateurs de l'OIF dans la présidentielle ivoirienne du 28 novembre, a rédigé son rapport au pied de M. Choi, dans les locaux du siège de l'ONUCI à l'Hôtel Sebroko, juste avant de reprendre l'avion le même soir pour Paris, laissant à son binôme Choi le soin d'enfoncer le clou et de gérer la crise qu'ils avaient préparée ensemble contre les Ivoiriens.

Ces révélations ne sont ni une fiction ni un roman. Pour tous ceux qui en douteraient, j'exige que M. Gérard Latortue vienne s'expliquer devant le peuple de Côte d'Ivoire pour réfuter, s'il le peut encore, toutes ces accusations gravissime que je porte contre lui en tant qu'Ivoirien qui croyait pouvoir compter sur son amitié. Je crie ici ma déception et ma colère contre son comportement cupide, mercantiliste et bassement intéressé.

M. Gérard Latortue, vous m'avez sans doute reconnu à travers cet article dénonciateur de votre indignité vis-à-vis de la Côte d'Ivoire, mon pays. Je vous attends pour vous porter personnellement la contradiction si vous osez accepter un face à face, ici même à Abidjan, devant tout le monde.

Enfin, je comprends maintenant pourquoi vous n'avez pas donné de suite au coup de fil du Président de la Commission électorale indépendante (CEI) qui voulait me donner la possibilité de vous serrer la main à l'Hôtel Pullman d'Abidjan au Plateau où je n'ai jamais pu vous trouver. M. Bakayoko Youssouf devait ignorer que je ne comptais plus parmi vos amis à Abidjan et que lui-même, Bakayoko Youssouf, avait été déjà instrumentalisé par vous, Gérard Latortue, ainsi que par Ban Ki-moon pour le compte d'Alassane Ouattara.



Abidjan, le 12 février 2011

Mamadou Ben Soumahoro

Député indépendant à
l'Assemblée nationale

lundi, 14 février 2011

LE FRANC CFA DANS L'ORNIERE DE LA DEVALUATION (Février 2008)

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La valeur de la monnaie européenne, l'Euro ne cesse de battre des records face au dollar. L'euro est passé à 1,45 dollar début Février 2008. Entre temps, l'économie américaine est en passe de connaître une récession, ce qui laisse croire que Ben Bernanke baissera encore les taux directeurs de la FED pour relancer l'économie. La Chine, fait de bonnes affaires avec une sous-évaluation constante de la valeur de sa monnaie. D'ailleurs, elle a encore déclaré l'année dernière un taux de croissance de 11%. L'euro fort handicape aujourd'hui un pays comme la France qui annonce pour l'année 2007, un déficit commercial d'environ 44 milliards d'euros. Si les pays de la zone dollar en tirent des bénéfices, ce n'est pas le cas pour les pays qui ont en commun le franc CFA (zone euro). Au delà des passions politiciennes, la surévaluation du franc CFA est un lourd handicap au regard de la structure de l'économie des pays membres et des biens qu'ils exportent. La dévaluation de 1994 et ses effets immédiats restent gravés dans les mémoires. Qualifiée à l'époque de "brutale et [de] douloureuse" par le président du Bénin Nicéphore Soglo, une possible et éventuelle dévaluation reste très discutée. Il convient dans ce cas de revenir sur ce débat qui hante les économistes africains de la zone franc.

La dévaluation en question

Un pays qui connaît un désajustement de sa balance de paiement peut le corriger par une variation du taux de change. Cette dernière provoque une modification des prix nécessaire à l'ajustement des importations et des exportations et au rétablissement de l'équilibre. Le taux de change peut faire donc l'objet d'une dévaluation qui se traduit par une baisse de la valeur de la monnaie nationale par rapport aux monnaies étrangères, ou une réévaluation, qui s'exprime comme une hausse de la valeur de la monnaie nationale par rapport aux monnaies étrangères. Dans le cas des pays africains de la zone franc, le débat porte sur une baisse de la valeur de la monnaie, la montée de l'euro surévaluant de facto cette dernière et décourageant les exportations.

Les conséquences de la dévaluation

Une dévaluation a de forte chance de produire les effets escomptés que si les prix internes augmentent. En réalité et surtout pour les pays dont le secteur domestique est très important, la hausse des prix intérieurs sera, dans l'ensemble moins rapide et moins forte que la dépréciation du taux de change. En effet, de nombreux produits sont obtenus dans le pays et ne souffrent d'aucune concurrence étrangère (secteur abrité) si bien que leurs prix ne subissent qu'avec retard, ou faiblement, la contagion de la hausse due à la dépréciation. Il en va de même des prix des services et des facteurs de productions qui peuvent être déconnectés des prix étrangers. Pour les pays africains de la zone franc, leur dépendance plus ou moins grande à l'égard des importations va les obliger à alourdir le déficit commercial si les exportations ne sont pas stimulées. L'accroissement des exportations peut alors, dans certains cas, provoquer une perte de substance pour l'économie nationale. Or, à la suite d'une dévaluation, l'accroissement de la valeur des exportations (en monnaie nationale) sera d'autant plus important que l'élasticité de la demande étrangère sera forte. Etant donné que les pays membre de la zone franc CFA sont essentiellement exportateurs de matières premières de base et face à une demande léthargique, accompagnée d'une concurrence des pays asiatiques, il s'ensuit que les bénéfices de la dévaluation sont maigres. De l'avis des « pro-dévaluation », la surévaluation du franc CFA oblige les pays membres à déprécier leur monnaie car «le coût de la main d'œuvre, déjà élevé en comparaison avec les pays asiatiques, en est artificiellement gonflé. Il encourage les importations au détriment des productions locales, y compris l'importation de biens qui ne sont pas nécessairement indispensables». Une dévaluation, selon cette « école » va renforcer la compétitivité des produits, permettre une augmentation des exportations et de leurs revenus, et une atténuation de la pression des importations. Il est vrai qu'à l'exportation, les productions locales deviennent moins compétitives que celles qui concurrencent des pays hors zone euro. Il en est ainsi du coton béninois, de la banane camerounaise, du café ou du cacao ivoirien face aux produits analogues américains et latino-américains qui exportent en dollars, et qui sont, de surcroît, subventionnés. En conséquence, le revenu des exportations de matières premières africaines facturées en dollars diminue conséquemment. A contrario, les économistes hostiles à une nouvelle dévaluation ne manquent pas d'argument. Pour eux, une dévaluation du franc CFA aurait pour conséquence une hausse vertigineuse du coût des importations, un surenchérissement de la facture pétrolière, une inflation globale. Cela n'a rien d'étonnant quand on sait que la croissance que connaît l'Afrique est tirée par les pays exportateurs de pétrole. La faiblesse du dollar diminue la facture énergétique des pays et le prix élevé du baril ne peuvent donner l'illusion de résister à cette surévaluation du franc CFA. Mais pour combien de temps, la manne pétrolière contrebalancera les effets pervers d'un déficit structurel de balance des paiements ? La dévaluation peut être bénéfique pour un pays considéré, au regard de l'explosion de ses exportations mais à condition que les autres monnaies ne se déprécient pas dans les mêmes proportions. Historiquement, les dévaluations concurrentes ont été malheureusement adoptées par un grand nombre de gouvernement entre 1930 et 1940. L'exemple le plus éloquent fut la concurrence faite aux dévaluations britanniques et américaines supprimant du même coup l'effet prix favorable aux exportations britanniques et américaines. Lorsque la hausse des prix est plus rapide dans un pays tiers qu'à l'étranger, le gouvernement peut être contraint à la dévaluation. Cette situation est indéniable lorsque le déficit de la balance des paiements est structurellement considérable. Une surévaluation de la monnaie peut aggraver les difficultés d'exportation. Une croissance inflationniste ne peut durer indéfiniment car elle compromet gravement la compétitivité des entreprises sur les marchés extérieurs. Les pays qui marchent en tête dans la progression des prix se condamnent aux dévaluations successives et sapent la confiance dans la monnaie.

En ce qui concerne l'effet bénéfique de la dévaluation du franc CFA de 1994, les tests empiriques restent peu enthousiastes. L'assainissement des comptes extérieurs et les mesures de traitement de la dette (neuf PAZF ont pu obtenir une réduction de leur dette en Club de Paris, la Côte d'Ivoire a obtenu des accords en Club de Londres et en Club de Paris) ont permis une nette amélioration des ratios d'endettement. L'éligibilité de plusieurs PAZF à l'initiative PPTE (« Pays pauvres très endettés ») devrait conforter cette évolution. Dans le même temps, de profondes réformes structurelles visant à créer un cadre favorable à la croissance ont été mises en œuvre, portant principalement sur l'assainissement des finances publiques, la restructuration du secteur bancaire et la privatisation des entreprises publiques. Par ailleurs, avec l'appui de la France et le plus souvent du FMI, les pays à l'exception de la Guinée équatoriale et des Comores, ont mis en œuvre des programmes d'ajustement structurel, ce qui a permis aux PAZF d'accompagner la dévaluation de 1994 par un effort soutenu de stabilisation et d'assainissement de leur économie. Pour autant, au détour de cette rapide revue du succès macroéconomique de la dévaluation, il convient de souligner trois échecs patents (mais qui ne sont pas spécifiques à la Zone franc):

- l'échec en matière de croissance de la consommation par tête ;
- l'échec (relatif) en matière de diminution de l'endettement ;
-  l'échec (relatif et limité aux pays côtiers) de la substitution de produits vivriers locaux aux produits vivriers importés.

Le nœud du problème est l'arrimage du franc CFA à l'euro

Avant même l'arrimage du franc CFA à l'euro, les institutions financières internationales tiraient la sonnette d'alarme. D'après une étude de la Banque mondiale publiée en décembre 1998, les pays de la zone CFA font partie, avec l'Europe centrale et les pays du Sud de la Méditerranée, des trois régions non européennes qui seront "le plus touchées" par l'entrée en vigueur de la nouvelle monnaie. D'après les chiffres du FMI, de 40 à 50 % de tous les échanges commerciaux de l'Afrique s'effectuent avec des clients de la zone euro. Dans le cas des pays de la zone franc CFA, ce pourcentage se rapproche généralement de 50 %, bien que les échanges commerciaux entre les pays de l'Union européenne et la zone franc aient fortement diminué ces dernières années. En cas d'embellie économique de l'euro, les exportations et les importations des pays européens pourraient augmenter, ce qui bénéficierait alors aux partenaires commerciaux africains de l'Europe. Pour les entreprises de la zone CFA en relation avec les pays participant à l'euro, le rattachement du franc CFA à l'euro au lieu du franc français se traduirait également par une réduction des charges commerciales et des coûts de transaction. Nonobstant, La revalorisation du taux de change réel des pays de la zone CFA, comme c'est le cas, affaiblit la compétitivité des exportations des pays de la zone CFA. En d'autres termes, un euro fort pourrait heurter de plein fouet l'économie des pays de la zone franc, car leurs exportations seraient plus chères et les importations seraient meilleur marché que les produits similaires fabriqués intérieurement. Ce phénomène pourrait avoir des effets d'autant plus dévastateurs que les pays d'Asie et les autres économies émergentes, aux devises dévaluées, sont déjà des concurrents redoutables en matière d'exportations. Il est temps que les pays de la zone franc revisitent l'arrimage de leur monnaie à l'euro. Est-ce possible pour un bébé de chausser du 42 ou du 45 ? Ou, est-ce possible pour une voiture de rouler à la même vitesse qu'un train à grande vitesse (TGV) ?

Quand la recherche d'une stabilité monétaire devient déstabilisante

Il est désormais largement admis que la stabilité des prix constitue un objectif désirable en soi, puisque l'inflation génère des coûts importants. Cette stabilité des prix nécessite un "ancrage nominal" (Mishkin 1999, p. 580-581), qui signifie la fixation d'une contrainte sur la valeur de la monnaie domestique. L'ancrage nominal, qui peut signifier une parité monétaire fixe, permet de déterminer le niveau général des prix, et de contrôler les anticipations d'inflation des agents économiques en les guidant vers une valeur de référence, fournie par l'autorité monétaire. En d'autres termes, en imposant une contrainte sur l'évolution de l'inflation, l'ancrage nominal permet de réduire (voire de supprimer) les problèmes de crédibilité et « d'incohérence temporelle ». L'ancrage nominal permet ainsi de casser les pressions inflationnistes, et de se libérer des problèmes de crédibilité. L'arrimage à un taux de change fixe permet donc d'imposer une contrainte sur les autorités monétaires et, sous réserve du choix de la devise de référence, peut permettre "d'importer" de la crédibilité. L'ancrage nominal peut être un choix difficile à soutenir en certaines circonstances. Ainsi, dans le cas d'une appréciation importante de la monnaie de référence, la monnaie locale devient de plus en plus forte et il apparaît alors un différentiel avec les conditions économiques internes qui affaiblit progressivement le mécanisme d'importation de crédibilité. Toutes choses égales par ailleurs, si les coûts d'un arrimage à l'euro devenaient trop importants, et étant donné les inconvénients d'un système de changes flottants, les pays de la zone franc pourraient être confrontés au même type de choix que les pays européens lors de la crise monétaire de 1993 : soit renforcer ses institutions dans le sens de la stabilité monétaire, soit s'engager plus avant dans une intégration économique avec ses voisins. La balance commerciale de la zone franc étant très fortement, et structurellement déséquilibrée, une appréciation du franc CFA rend les produits locaux particulièrement élevés ; Lorsque l'euro s'apprécie, la quantité de monnaie par rapport au DTS augmente et les Banques centrales (de la zone franc) créditent le compte d'opérations auprès du Trésor français, diminuant ainsi leurs réserves et pénalisant le mécanisme de crédit. Ce mécanisme permet de contrer l'effet inflationniste de l'euro fort. La balance commerciale des pays africains de la zone franc, vis-à-vis de la zone euro se détériore particulièrement puisqu'ils vendent en dollar et achètent en euro. Ces pays piégés par le franc CFA sont obligés de vendre certaines de leurs productions en dollar parce qu'elles sont cotées en dollar sur le marché mondial, alors que, dans le même temps, ils achètent en euro puisque la plupart de leurs industries, de leurs infrastructures fonctionnent avec la monnaie unique européenne. Cette forme d'arrimage rigide du franc CFA à l'euro pose réellement problème. Dans le passé, un autre débat, tournait autour des conséquences des fluctuations du franc français, car la valeur du franc CFA dépendait pendant longtemps des impératifs des relations économiques et financières entre la France et l'Allemagne plutôt que de la réalité et des besoins des pays membres de la zone franc. Quand le franc français était dévalué, toutes les autres grandes monnaies devenaient plus chères, leurs produits plus onéreux et leurs dettes en dollars toujours plus lourdes. Par contre, les exportations des pays de la zone franc devenaient plus compétitives, mais comme ces exportations ne concernaient en général que des produits agricoles de base (banane, café, coton, bois...) dont la demande n'est pas élastique, l'avantage s'avérait relativement faible, excepté pour la France qui voyait ses produits industriels acquérir un avantage concurrentiel dans la zone franc.

La coopération monétaire avec Paris, à travers la Banque de France, devrait permettre aux économies fragiles des ex-colonies et aux systèmes politiques d'Afrique, assez souvent instables, de bénéficier d'une monnaie stable. Il n'en est rien dans la réalité et mieux si l'euro continue de s'apprécier face au dollar entamant ainsi la compétitivité des économies africaines, ces dernières connaitront des dévaluations successives de sorte que la recherche de la stabilité monétaire conduira vraisemblablement les économies à des équilibres multiples déstabilisants. Et dans l'éventualité d'une crise de confiance due à un euro fort à tel point qu'il faille dévaluer le franc CFA, les fuites de capitaux de la zone franc vers la zone euro pourraient avoir de même des effets déstabilisants. Le franc CFA risque de faire l'objet de diverses pressions en raison de sa compétitivité réduite, et les ajustements du taux de change pourraient alors être plus fréquents qu'ils ne l'ont été dans le cadre du système de rattachement au franc français. Souvenons-nous qu'à partir de 1985, la conjonction de la baisse du dollar et de l'accélération de la détérioration des termes de l'échange (baisse des cours des matières premières) ont progressivement pesé sur la compétitivité des pays africains de la Zone franc, qui ne pouvaient pas réaliser des ajustements nominaux suffisants. Inéluctable à la fin des années 1980, la dévaluation des francs CFA et comoriens a été retardée pour des raisons plus politiques que techniques, pour être finalement scellée le 12 janvier 1994.

Au total, il est temps de renoncer à cette monnaie coloniale qui retarde le développement des pays membres, pour créer une monnaie libre et au service des économies, car le maintien d'un lien entre devises garanti par le Trésor français ne fait que perpétuer le néo-colonialisme français. Le franc CFA n'apporte rien aux pays membres si ce n'est la pauvreté, la corruption, et surtout un instrument d'asservissement entre les mains de la France.

Que Dieu bénisse l'Afrique et ses enfants !



Dr Prao Yao Séraphin


Economiste et Analyste politique

Président du Mouvement de Libération de l'Afrique Noire (MLAN)

www.mlan.fr

praoseraph@yahoo.fr

contact@mlan.fr

LA CONVERTIBILITE DU FRANC CFA, MYTHE OU REALITE ?

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L'histoire des théories monétaires est traversée de débats au sein desquels certains thèmes sont repris ou discutés de période en période. Point n'est besoin de souligner aujourd'hui le regain d'intérêt que suscitent les phénomènes monétaires dans l'ensemble de la vie économique. Depuis quelques années, des voix s'accordent pour reconnaître la non optimalité de la zone franc CFA, une zone monétaire unique en son genre, au monde. Mais là n'est pas le problème.

Le point focal de cette rébellion intellectuelle réside dans la conception même de la monnaie CFA et ses mécanismes, parmi lesquels, le fameux « compte d'opérations » et son corollaire de convertibilité illimitée de cette monnaie. Les économistes ou du moins ceux qui nous restent, à quelque exception près, avec leur langage parfois christique ont sacralisé la question du franc CFA au point de laisser quinze pays dans un esclavage monétaire. Les gouvernants des pays membres ont lié leur souveraineté monétaire au prix d'une convertibilité illimitée d'une monnaie.

Pour eux, les petits pays ne peuvent pas garantir leur monnaie faute d'économie suffisamment  solide pour la soutenir. C'est ainsi que les pays africains, ont de diverses manières et à des degrés différents, démissionné  face à leur responsabilité en matière monétaire et donc économique. Les pays de la zone franc ont opté pour une coopération monétaire fondée sur la garantie illimitée donnée par la France à la monnaie émise par la BEAC et la BCEAO.

Cette convertibilité illimitée du franc CFA de chaque sous-zone est supposée être assurée par le « compte d'opération » ouvert par chaque banque centrale de la zone auprès du trésor français et domicilié à la banque de France. Selon les concepteurs de ce terme étrange à la littérature économique,  cet accès ouvert aux marchés des changes français garantirait de facto la convertibilité du franc CFA en toute autre devise. Pourtant, la zone franc CFA subit une salve de critique. Il est donc nécessaire de définir la notion de convertibilité afin de comprendre cette coopération monétaire aux contours ambigus.

LES MÉCANISMES DE LA ZONE CFA

L'une des clauses la plus importante de la coopération monétaire entre la France et la zone franc CFA est la libre convertibilité du franc CFA. La libre convertibilité de la monnaie de chaque sous-zone est garantie par le compte d'opération ouvert auprès du Trésor et sur lequel les banques centrales ont un droit de tirage illimité en cas d'épuisement de leurs réserves en devises. En contrepartie de ce droit de tirage, les banques centrales doivent déposer sur le compte d'opération au moins 65 % (50% pour les pays de l'UEMOA) de leurs avoirs extérieurs nets (réserves de change).

À l'intérieur de chaque sous-zone, et entre chaque sous-zone et la France, les transferts de capitaux sont en principe libres. Avec la zone euro, un compromis a été trouvé ; ce compromis européen confie également à la Banque de France le soin de la parité entre l'euro et le CFA, sachant que parité fixe ne signifie pas parité non révisable, comme l'a bien montré la dévaluation du CFA, en janvier 1994. Les changements éventuels de parité devront faire l'objet d'une information préalable des membres de l'euro 12. L'intégration d'un nouveau membre à la zone CFA ou un changement des règles du jeu au sein de la zone devront en revanche faire l'objet d'un accord avec les Européens. Les avantages présentés aux Africains sont quant à eux des plus artificiels : outre l'attrait des investissements directs à l'étranger (IDE), le franc CFA est censé épargner les risques de change avec la zone euro et donc faciliter l'accès au marché unique européen.

DE QUOI S'AGIT-IL ?

Comme il n'y a pas de monnaie internationale, il faut organiser les échanges entre monnaies pour permettre les échanges de biens et services. Dans ce cas, on peut définir un système monétaire international (SMI) comme l'ensemble des règles, des mécanismes et des institutions visant à organiser et à contrôler les échanges monétaires entre pays. Au sein du SMI, les pays membres  doivent assurer au préalable la convertibilité externe de leur monnaie. Cela revient à dire simplement que tout étranger détenteur de cette monnaie doit avoir la possibilité, à tout instant, de l'échanger librement contre d'autres monnaies ou contre de l'or. De plus, la convertibilité est souvent assimilée à la transférabilité.

Cette dernière permet de savoir si une monnaie peut se déplacer dans un espace autre que celui dans lequel elle a été créée ou émise. La convertibilité revêt plusieurs formes, et on en distingue le plus souvent les degrés de convertibilité par rapport aux opérations, aux pays, et aux agents.

Par rapport aux opérations, elle peut être générale ou limitée. Elle sera dite générale lorsque tout agent économique peut obtenir, à taux fixe, de l'or ou toute autre devise étrangère pour le règlement de ses transactions internationales, quelque soit l'opération. Cette opération peut concerner le compte courant (opérations commerciales courantes) ou sur le compte capital (mouvements des capitaux). Nonobstant, la convertibilité sera dite limitée lorsqu'elle n'est possible que pour les seules opérations courantes. Par rapport aux pays, on parlera de convertibilité générale en cas de multilatéralité parfaite des paiements internationaux. Elle est par contre limitée lorsqu'elle ne concerne que certains pays. Dans ce cas, on parle de convertibilité régionale(le cas des monnaies européennes avant l'euro vis-à-vis du dollar).

S'agissant des agents, la convertibilité est dite générale quand tout agent (résident ou non) peut obtenir de l'or et des devises contre de la monnaie nationale. Elle sera limitée si cette possibilité n'est offerte qu'aux seuls agents non résidents. Dans le langage courant, on dit que la monnaie est convertible ou elle est non convertible ou limitée. Dans ce dernier cas, la convertibilité est partielle en ce sens que l'échange peut se faire jusqu'à une certaine somme, ou après contrôle de la nature de la transaction par un organisme public.


LA CONVERTIBILITÉ D'UNE MONNAIE DÉPEND DE LA POLITIQUE ÉCONOMIQUE ET PARFOIS DES CIRCONSTANCES HISTORIQUES !

Dans la remuante histoire du franc français, l'échange de francs contre des devises n'était pas libre, mais  réglementé. Cette convertibilité externe du franc, rétablit en 1958 pour les non-résidents, n'était pas totale pour les résidents. Par exemple, ceux-ci ne pouvaient pas sortir des capitaux hors des frontières sans autorisation administrative.

La convertibilité d'une monnaie peut être limitée aux seules opérations courantes lorsque les mouvements spéculatifs de capitaux sont dangereux pour un pays, c'est-à-dire quand ils risquent d'épuiser les réserves de devises. En période de guerre, de difficultés graves ou pour des motifs politiques, une monnaie peut être inconvertible et il serait alors impossible d'obtenir librement des devises en échange de cette monnaie. Au niveau de la zone franc, les transferts des capitaux entre les zones monétaires ont fait l'objet de quelques restrictions au cours des années 90, afin notamment de lutter contre les mouvements de capitaux illicites (suppression du rachat des billets entre zones).

En Roumanie, par exemple, la dernière restriction sur la voie de la convertibilité totale du leu a été enlevée le 1er septembre 2006. La banque nationale roumaine permet aux étrangers, à partir de cette date, les transactions des titres d'Etat à court terme en leu, ce qui fera que la monnaie nationale devienne entièrement convertible, pour la première fois pendant les 60 dernières années.

Depuis cette date,  la monnaie roumaine peut être achetée par l'intermédiaire des banques de l'étranger également. On pourra citer de même, l'exemple de la Tunisie avec son flottement administré. L'idée est de maintenir la stabilité du taux de change réel. Et en effet, le taux de change effectif réel du dinar, c'est-à-dire le prix relatif (dans une même monnaie) des produits de consommation tunisiens par rapport à une moyenne pondérée des prix des partenaires commerciaux principaux de la Tunisie, est resté très stable depuis une quinzaine d'années.

Cette politique s'appuie sur le maintien de contrôles des capitaux, c'est-à-dire sur une « convertibilité » partielle de la monnaie, certaines opérations sur les mouvements des capitaux avec l'extérieur restant soumises à restrictions. Cela permet à la Banque centrale de conserver une certaine marge de manœuvre sur sa politique intérieure. Quant au géant chinois, la grande fragilité de son système bancaire étatique  (créances douteuses) ne l'autorise pas aujourd'hui à libéraliser son marché des changes et à rendre sa monnaie librement convertible sous peine de faire peser des risques importants sur la croissance économique chinoise, celle des pays de la zone « Asie » et au-delà sur celle des pays occidentaux.

Depuis le 1er Janvier 1994, le yuan est ancré au dollar sur la base d'une parité fixée à 8,277 yuan pour un dollar avec une marge de fluctuation très étroite (+/- 0,3%). Depuis 1994, la monnaie est convertible mais pas pleinement. Les mesures de contrôle des changes sont extrêmement strictes et ne s'appliquent qu'aux entreprises chinoises dont les activités à l'international le justifient.  Au niveau interne, la convertibilité (interne)  d'une monnaie se résume à la défense de sa valeur, c'est-à-dire son pouvoir d'achat (M/P). Premièrement, il est évident que la France n'augmente pas la masse monétaire de la zone franc comme bon lui semble. La masse monétaire progresse en fonction seulement du développement réel de l'économie. C'est l'activité  économique qui commande la progression de la masse monétaire. Deuxièmement, la baisse du niveau des prix n'est pas imputable à la France. L'inflation est aujourd'hui expliquée plus par les coûts que par un excès de demande sur l'offre.

Le prix du piment baisse en Côte d'Ivoire à la suite d'une action française ? Le prix de l'arachide baisse au Sénégal à la suite d'une inondation d'arachide en provenance de la France ? La convertibilité du franc CFA n'a rien à voir avec la France !!

LA RÉALITE DES FAITS

Pour Chouchane Verdier, au sens de l'article VIII des statuts du FMI, seuls douze pays africains[i] possédaient une monnaie convertible en 1995.  Selon le principe de la convertibilité au sein de la zone franc, les Etats africains devaient pouvoir s'approvisionner en devises sans limites au-delà de leurs propres possibilités. Si cela était vrai, les pays de la zone franc seraient moins exposés au risque d'illiquidité. Les mécanismes de la zone franc devraient permettre une ouverture sur l'extérieur, facilitant ainsi les importations et l'attrait des capitaux étrangers.

Or, cet accès reste limité par les mesures de protectionnisme permises à l'Union européenne par les accords de l'OMC (aussi bien pour les produits manufacturés que pour les produits agricoles). En outre, les relations commerciales sont largement restreintes à l'exportation de matières premières, dont les prix sont à l'avantage des pays riches du Nord, avec d'ailleurs une demande léthargique (termes de l'échange).  Ensuite, les relations commerciales de la zone CFA avec le reste de l'Afrique et du Tiers Monde se trouvent handicapées par la politique de monnaie forte imposée par l'Europe : le franc CFA étant surévalué par rapport aux autres monnaies du Sud, les produits libellés en FCFA deviennent trop chers pour ces pays. L'Afrique de la zone CFA se retrouve ainsi coupée des marchés du Sud et condamnée à exporter des matières premières bon marché vers le Nord (l'objectif final de l'Europe étant évidemment la cotation des matières premières de la zone CFA en euro et donc l'élimination de tout risque de change pour son approvisionnement).   Au niveau externe, la convertibilité du franc CFA permettait le rapatriement  sans risque de change des bénéfices des entreprises européennes. La garantie de la convertibilité et de la libre  transférabilité des capitaux dans la zone CFA a favorisé une sortie massive des capitaux. On peut noter les nombreux placements effectués en francs CFA à l'étranger, surtout en Europe, entre janvier 1990 et juin 1993, qui s'élevaient à 928,75 milliards de francs CFA.

Si les banques centrales peuvent recourir sans limitation aux avances du Trésor français, cette faculté doit, dans l'esprit des accords, revêtir un caractère exceptionnel. En cas de découvert prolongé du compte d'opération, les banques centrales sont tenues de mettre en œuvre des mesures de redressement (relèvement des taux directeurs, réduction des montants de refinancement, plafonnement des crédits aux Etats, ratissage des devises). Depuis la mise en œuvre des accords de coopération monétaire actuels (1973), le compte d'opération n'a été débiteur temporairement qu'à cinq reprises depuis 1973, le solde étant créditeur de manière ininterrompue depuis janvier 1994.

Cette liberté aboutit à un rapatriement massif des bénéfices des investisseurs étrangers vers leur maison-mère et à un exode des revenus des ménages expatriés vers leur pays d'origine : entre 1970 et 1993, alors que les investissements étrangers s'élevaient à 1,7 milliards de dollars, le rapatriement des bénéfices et des revenus d'expatriés s'est élevé à 6,3 milliards. Les rapatriements ont donc été quatre fois supérieurs aux investissements (Agbohou, 1999, p. 87).

Même la transférabilité interne a pris un coup depuis les années 90. Il y a une mesure de suspension de rachat des billets de banque CFA entrée en vigueur le 2 août 1993. Auparavant, et ce jusqu'au 1er août 1993, la convertibilité des billets était libre et illimitée aux guichets de la banque de France. En plus d'une mesure de suspension de rachat des billets CFA entre la zone UMOA et la zone CEMAC à compter de septembre 1993. Cela n'a pas empêché la détérioration des comptes dans les années 1990 et l'incapacité déclarée de la France à soutenir sans limites les budgets africains. Résultat : les deux francs CFA ont été dévalués de 50 % en janvier 1994 pour passer de 0,02 à 0,01 FF. Cette parité fixe ne changea pas avec le passage du FF à l'euro (1999). Elle s'est traduite automatiquement par le taux de 1 euro pour 655,957 F CFA. La libre convertibilité et la libre transférabilité sont limitées par le contrôle des changes (surtout depuis la suspension de la convertibilité des billets FCFA) et l'absence de marchés des FCFA (tous les flux passent par le filtre des banques centrale).

Comme on vient de voir, la convertibilité illimitée est un vrai faux argument, donc un mythe. En réalité après les indépendances, la France a voulu, par cette coopération, conserver des relations commerciales et financières très développées avec ses anciennes colonies. 

EN FINIR AVEC LE FRANC CFA ?

Aujourd'hui, avec l'euro fort , les pays de la zone franc conservent un change[ii] surévalué qui maintient des prix d'exportation à un niveau élevé alors que des pays comme la Chine sous-évalue leur taux de change pour accroître les biens exportés.  Les pays de la zone franc subissent aujourd'hui des vagues d'optimisme et de pessimisme alternées. Ceux qui ont avancé l'avantage des IDE, ont oublié que l'investissement direct procède avant tout de la recherche d'une meilleure rentabilité.

Sans établir une coopération monétaire, on peut en général, retenir les motivations suivantes : le besoin de se procurer des importations, c'est le cas des investissements directs dans les pays en développement dans le seul dessein d'exploiter les matières premières nécessaires à la croissance économique de l'occident. Il y a aussi le besoin d'éviter les frais de transport sur les exportations et la recherche d'une main-d'œuvre bon marché, qui incite les industriels occidentaux à investir directement dans les pays en développement.

Les banques centrales des unions possèdent un statut aussi ambigu que complexe : relativement indépendante dans leur fonctionnement, elles maintiennent des mécanismes de décision dans lesquels les positions de la France sont déterminantes pour le choix de la politique à mettre en œuvre. En réalité, la banque de France est le prêteur en dernier ressort de l'ensemble du système financier des pays membres.

Quant au Trésor français, il est tenu de constater un déficit illimité sur les comptes d'opérations. Les africains constatent avec stupéfaction et étonnement, que ce sont les deux institutions françaises, à savoir la banque de France et le Trésor français qui possèdent la souveraineté monétaire effective de l'ensemble de la zone, les Etats membres étant de la sorte dépourvus de ce pouvoir régalien. Le mécanisme du compte d'opération permet de déconnecter la politique monétaire et la politique de crédit menée en France de celle appliquée dans le reste de la zone franc.

Toutefois, la politique économique des pays membres est fortement conditionnée par la politique monétaire et la politique de change menées en France (aujourd'hui de l'Europe). Le modus operandi des mécanismes du franc CFA reflète la volonté d'un seul pays, la France, d'assujettir et de mettre sous sa domination une quinzaine de pays. Peut-être que lorsqu'il a été crée, le franc CFA a obtenu un statut sui generis dans des pays qui ne voulaient qu'accéder à l'indépendance. Dans notre orgueilleuse modestie, nous pouvons affirmer que ceci ne témoigne point d'une méditation attentive car la souveraineté politique est liée à la souveraineté monétaire. Et dire que certains gouvernants proclament de façon tonitruante leur souveraineté, tout en acceptant le franc CFA avec ses fourre-tout de mécanismes esclavagistes. 

Pourquoi cet attentisme sur le débat autour du franc CFA ? Le franc CFA est une pièce maitresse du pacte colonial, par lequel la France se réserve les denrées de ses anciennes colonies et lui impose l'achat de ses produits manufacturés en lui interdisant tout développement industriel autonome. Les anciennes colonies n'ont aucune existence propre car leur économie est inféodée à celle de la métropole.

Pour commencer à exister, il faut l'émergence d'un bien qui cristallise tout le fait social, l'histoire, et qui constitue le ferment, ou du moins le dénominateur commun d'une communauté de destin, c'est-à-dire la monnaie. Vous en conviendrez avec moi que ce qui a été exhibé comme la magna carta de cette coopération monétaire (la convertibilité illimitée du franc CFA), n'est en réalité qu'une fourberie. A ceux qui ont voulu qu'on s'assure du fait avant de s'inquiéter pour la cause, le temps est venu de s'inquiéter. Fasse Dieu que les dirigeants africains comprennent le sens de notre combat !

 


Dr Prao Yao Séraphin


Economiste et Analyste politique

Président du Mouvement de Libération de l'Afrique Noire (MLAN)

www.mlan.fr

praoseraph@yahoo.fr



[i] Il s'agit des Seychelles depuis 1978 (rupee), de Djibouti depuis 1980 (dollar djiboutien), du Swaziland depuis 1989 (lilangeni), de la Tunisie depuis 1993 (dinar), de la Gambie depuis 1993 (dalasi), du Maroc depuis 1993 (dirham), de l'ile Maurice depuis 1993 (rupee), du Ghana depuis 1994 (cédi), de l'Ouganda depuis 1994 (Shilling ougandais), du Kenya depuis 1994 (shilling kenyan), du Zimbabwe depuis 1995 (dollar zimbabwéen) et de l'Afrique du Sud (Rand).

[ii] Le change est l'acte par lequel on échange les monnaies de différentes nations. Les transactions courantes entre le pays et le reste du monde engendrent une offre et une demande de monnaie étrangère. Le système de change flottant est celui ou le cours du change est déterminé par l'offre et la demande. A contrario, un système de change fixe est celui dans lequel, les autorités officielles s'efforcent de maintenir quasiment fixe (ou lié) le taux de change, en dépit des écarts entre le taux choisi et le taux d'équilibre courant.

LA GUERRE D'ABIDJAN N'AURA PAS LIEU - CONSIDERATIONS RADICALES

 

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Dr Pierre Franklin Tavares


« Lorsque la vertu cesse, la République est une dépouille ». Montesquieu


Le titre d'un ouvrage, dit Fernand Braudel, n'est jamais tout à fait neutre[1]. Celui de cet article l'est encore moins, tant il s'inspire de celui de l'œuvre célèbre de Jean Giraudoux, La guerre de Troie n'aura pas lieu[2], excepté son fatalisme historique.

Mais, avant d'être une affirmation, ce titre surgit comme une question. La guerre d'Abidjan aura-t-elle lieu, après tant de controverses, de médiations, de résolutions, de disputes, d'ultimatums, de sanctions, d'invectives, d'effets de manche ? La guerre d'Abidjan aura-t-elle lieu, puisque les deux camps, celui du RHDP[3] et celui de LMP[4], sont en préparatifs armés et affichent, au plan militaire, deux stratégies opposées. La guerre d'Abidjan, qui sera concomitamment une guerre étrangère et une guerre domestique (civile), aura-t-elle lieu ? Car, après avoir brandi la menace imminente d'une intervention armée, la Cedeao[5] hésite, consulte, se fissure, tout comme, mais plus encore, l'Union Africaine. La Communauté internationale, d'abord unanime, voit ses membres se raviser l'un après l'autre. Aux précipitations déclaratives succèdent à présent des interrogations qui se traduisent en demandes de vérifications du « droit électoral » ivoirien. L'Angola de Eduardo Dos Santos, qui a donné le ton, introduit la notion de « président constitutionnel »[6] et suspend, ainsi, le « droit électoral » ivoirien avéré inopérant. Tandis que l'Afrique du Sud de Jacob Zuma et l'Ouganda de Yuri Museveni maintiennent intact le « droit électoral » ivoirien et, jusque dans ses conséquences ultimes, en réclament la stricte application, contre toute falsiabilité. L'Onu de Ban Ki-moon, elle, insiste sur la notion de « président reconnu » et, de facto, suspend la Constitution ivoirienne. L'Union Européenne s'inscrit dans cette optique. Ainsi, au plan diplomatique, une césure profonde s'est produite qui, en matière juridique, oppose rigidement les notions de « constitutionnalité » et de « reconnaissance ». Au reste, cette contradiction et ses deux termes entrent chacun dans un rapport d'opposition avec le « droit électoral » ivoirien. Au total, jamais en Afrique une élection présidentielle n'aura suscité autant d'interprétations divergentes et de modes de résolution différents.

I. L'INSTITUTION PRÉSIDENTIELLE

Comme Jérusalem au temps jadis, la Côte d'Ivoire est à présent traitée comme une marmite rouillée[7]. Et dans cette « oxydoréduction » historique, la classe politique ivoirienne (qui en subit les contrecoups) prend une part active, semblable à la classe politique haïtienne qui, dans un contexte conflictuel quasi identique, fera d'Haïti, alors « la plus riche colonie du monde », le plus pauvre des États de la terre. Cet exemple, qui vaut comme un avertissement, oblige à enrayer le processus à l'œuvre en Côte d'Ivoire. Pour ce faire, il convient de mettre en exergue, la trame historique qui, de façon inéluctable, détermine la postélectoralité de la crise, puis, l'intrigue politique qui la sous-tend et, enfin, de suggérer quelques médiations et réformes nécessaires ou utiles.

La trame s'est fixée, il y a une vingtaine d'années. Elle obéit à une logique institutionnelle : l'affaiblissement continu, l'effacement progressif, le lent et inexorable dépérissement de l'Institution présidentielle ivoirienne, pivot constitutionnel de la vie publique. Ce processus (de dévalorisation) a connu cinq phases principales. La première débute avec la création de la Primature en 1990, par un Félix Houphouët-Boigny vieillissant, malade, au seuil de son « départ », et engagé dans le combat des prix du café et du cacao (1988 - 1990). Si, en droit, le régime est toujours présidentiel, en fait, il ne l'est déjà plus. C'est le grand tournant : l'effectivité du pouvoir passe à la Primature. D'où la tension successorale d'août 1993, à la mort de Félix Houphouët-Boigny, entre le premier ministre de l'époque, Alassane Ouattara, de fait, chef de gouvernement, et le dauphin constitutionnel, Henri Konan Bédié, alors président de l'Assemblée Nationale. La deuxième phase, qui est le corollaire de la précédente, est le premier coup d'état (24 décembre 1999) suivi des « élections calamiteuses » d'octobre 2000 qui marquent le retour de l'Institution présidentielle entre les mains d'un civil, Laurent Gbagbo, et une tentative de revigorer l'Institution présidentielle. La troisième phase, elle, réside dans le coup de force du 19 septembre 2002 conduite par la Rébellion armée, dite MPCI[8], dirigée par Guillaume Soro. Si celle-ci échoue militairement, elle crée toutefois les conditions effectives d'un troisième et nouvel affaiblissement de l'Institution présidentielle (externalisation de la crise, partition du territoire, double administration, rejet de l'Institution pivot, etc.), dont l'atelier de Linas-Marcoussis et la Conférence de Kléber[9] ne seront que la transposition diplomatique et la traduction politique, avec la mise en place d'un accord multipartite qui réduira, de façon drastique, la place, le rôle, la fonction et les prérogatives présidentielles ivoiriennes. La quatrième phase est celle de la « normalisation » politique des rapports de forces en présence, l'équilibre des pouvoirs entre la Présidence (Laurent Gbagbo) et la Primature (Seydou Diarra, Charles Konan Banny et Soro Guillaume, premiers ministres successifs), au cours de laquelle l'Institution présidentielle, quoique toujours faible, parviendra - non sans habilité - à redevenir l'organe pivot de la vie publique ivoirienne. La cinquième phase culmine dans la « double présidence » actuelle, dans le bicéphalisme de fait, la monstrueuse diarchie au sommet de l'État, qui correspond à la neutralisation maximale de cette Institution pivot, avec tout le désordre public qui en découle. Cette scansion, dont l'amorce a déjà été signalée[10], ne retient jamais l'attention des politologues ni celle des acteurs politiques. Elle se dénouera par la guerre d'Abidjan, si jamais celle-ci advenait. Ce qui marquerait le point final, l'étape ultime, de la trame historique du dépérissement de l'Institution pivot, qui est si affaiblie qu'elle n'est déjà plus instituante.

Au fond, l'Institution présidentielle ivoirienne, la Présidence de la République[11], est à la Côte d'Ivoire ce que la belle Hélène fut pour Troie : une fatalité, comme l'ont rappelé Homère, Eschyle et J. Giraudoux. N'est-ce pas pour Hélène, au prénom prédestiné[12], que Grecs et Troyens s'affrontèrent, comme en Côte d'Ivoire aujourd'hui, le « Nord » et le « Sud », pour la Présidence de la République ? Nous l'avons dit, il y a bien longtemps, la fiancée est belle, comme Hélène : Si tu m'accordes encore de parler en langage de poète, alors je te dirais : la Fiancée [la Côte d'Ivoire] ne doit pas avoir peur d'être élue. Plus d'un se la disputeront. Mais qui choisira-t-elle ?[13] La guerre d'Abidjan aura-t-elle lieu, uniquement pour que l'on sache lequel des deux prétendants, Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, épousera le siège présidentiel ?

Aussi, avant qu'une telle possibilité ne soit effective, la vocation des intellectuels engagés devrait consister, sur la base du savoir et de l'éthique, à alerter et aider à désamorcer cette trame historique et l'intrigue politique qui l'oriente, et, dès lors, à lui imprimer une évolution qui préserve la Côte d'Ivoire, pays-État dont Félix Houphouët-Boigny est l'auteur et, de façon exceptionnelle, le constructeur, au sens prêté à ces deux mots par Hannah Arendt[14]. Vient alors au jour une question : et si la crise, en son coeur même, ne consistait « seulement » qu'en cela : le dépérissement de la Présidence ivoirienne ? Si tel est le fond de la vérité, si elle cristallise ainsi toute la vie politique au point de la déséquilibrer, ne faudrait-il pas plutôt redimensionner la Présidence, non seulement pour l'adapter à des exigences plus démocratiques mais aussi et surtout pour la dépassionner ? D'autant que, fait unique, l'Institution présidentielle ivoirienne n'a pas été conçue et taillée « en-soi et pour-soi » pour reprendre le mot de Hegel, à savoir indépendamment des individus. En effet, elle a été bâtie à la mesure même de Félix Houphouët-Boigny, selon cet homme, son expérience politique et son projet sociétal. Comment oublier que Félix Houphouët-Boigny, homme politique français, dont toute l'expérience politique initiale tient au passage de la 4ème à la 5ème République Française, a été co-concepteur et corédacteur de la Constitution de la 5ème République Française, qu'il a fidèlement dupliqué pour en faire le « texte fondamental » du pays-État qu'il entendait créer ? Au reste, en créant lui-même la Primature (1990), juste après la chute du mur de Berlin et alors que soufflait un puissant vent démocratique, certes pensait-il encore maintenir le fonctionnement de son régime présidentiel dans le cadre d'institutions semblables à celle de la 5ème République Française, c'est-à-dire un régime présidentiel fort dit « régime parlementaire rationnalisé », mais - sans s'en apercevoir - il y injectait une forte dose de 4ème République qui conduira aux confusions dont la Côte d'Ivoire n'est pas encore sortie. Au vrai, comme l'a dit l'éminent professeur Zadi Zahourou, Houphouët-Boigny est irremplaçable[15]. Et lui « absent », que valent la Présidence et le régime présidentiel ivoiriens, surtout dans le contexte actuel ? Le temps n'est-il pas venu où cette question doit être formulée et mise en débat ? Peut-être même est-il à présent nécessaire que les Ivoiriens prennent en vue des réformes institutionnelles qui réaménageront la place et les attributs de l'Institution présidentielle, afin que soit sauvé le pays-État, le bien public le plus précieux, que la lutte des épigones (successeurs) a gravement mis en péril ? L'Institution présidentielle ne vaut pas la guerre d'Abidjan. Et une bonne réforme vaut mieux qu'une mauvaise guerre. À cet égard, l'Afrique de l'ouest offre d'excellents exemples ou modèles, notamment le plus emblématique, le Cap Vert où l'équilibre entre l'Institution présidentielle et la Primature reste un modèle du genre, tant dans la conception que dans son fonctionnement. C'est le temps des réformes justes. L'évolution du monde arabe, traversée par une puissante lame de fond, remet en cause l'un après l'autre tous les régimes présidentiels forts. C'est bien le sens de la Révolution des Jasmins, signal de départ d'un renouveau démocratique, qui entend rééquilibrer les pouvoirs internes, et qui fait écho au Discours d'Accra de Barak Obama sur la nécessité, pour l'Afrique, de se doter d'Institutions fortes. Si le « courage », comme l'a dit Churchill, est la première des qualités humaines[16], l'humilité lui est non seulement antérieure mais elle en constitue la condition sine qua non qui porte toute vie démocratique. Elle est la base éthique qui précède et accompagne toute juste répartition des pouvoirs. C'est elle qui assure le Droit, qui fonde la Justice et garantie la Vérité. C'est pourquoi nulle part sur terre il n'est de sagesse (politique ou pas) qui ne soit pas humble. Le courage de l'humilité ou l'humilité du courage est sans aucun doute la valeur cardinale de toute eunomie (science des institutions justes). Faut-il le préciser, la crise institutionnelle ivoirienne a démarré bien avant celle du monde arabe. Elle perdure jusqu'à l'ab-surde, en raison de l'intrigue politique qui la porte. En quoi et comment affecte-t-elle directement l'Afrique de l'ouest et plus largement l'Afrique et l'Occident ? En s'externalisant, elle les affecte par la réactivation idéologique d'une querelle ancienne que l'on a crue éteinte mais qui était passée au stade de « structure endormie ». En effet, le vieux clivage africain entre le groupe de Casablanca[17] et le groupe de Monrovia[18] et qui résultera de la conjonction des modalités des Indépendances africaines (1945 - 1960) et de la Guerre froide (1945 - 1989), clivage duquel est née l'Organisation de l'Unité Africaine (1963), et que l'on croyait emporté et disparu avec l'effondrement du mur allemand (1989), ce vieux clivage disons-nous, semble resurgir et se reformer sous nos yeux avec un important déplacement des lignes dû à un triple fait. Tout d'abord, l'indépendance armée des États lusophones d'Afrique dits Palop[19] (1975) et du sud de l'Afrique subsaharienne (fin de l'Apartheid) qui intensifie cette réalité géopolitique. Ensuite, la Côte d'Ivoire d'Houphouët-Boigny, naguère leader du groupe de Monrovia, est à présent la cause occasionnelle (Polybe) et le cœur d'une nouvelle ligne de fracture sous-régionale qui ébranle l'ancien Conseil de l'Entente[20] devenu celui de la mésentente entre le Burkina Faso (Haute Côte d'Ivoire) et la Côte d'Ivoire (Basse Côte d'Ivoire). Enfin, les effets croisés et conjugués de ce double rapport ont conduit la FrançAfrique dans son retranchement ultime. Et, étonnamment, depuis Abidjan. Il n'est donc pas fortuit que les trois autres capitales les plus concernées soient Ouagadougou, Dakar et Paris qui, avec Abidjan, forment le centre de ce système. Accra, Niamey et Bamako, etc., par exemple, restent à distance. Ainsi, la crise ivoirienne, dans sa nouvelle phase postélectorale, qui a tant neutralisé l'Institution présidentielle, est l'épicentre d'un séisme politique qui menace d'emporter tout ou partie de la FrançAfrique. Cela explique toute l'intense activité politico-diplomatique des capitales concernées. Pour Abuja, l'enjeu est un siège au Conseil de Sécurité et le leadership ouest-africain. Mais il y a un paradoxe historique. Tout se passe comme si Abidjan, mettant en pratique l'une des dimensions essentielles du Discours de Dakar[21], celle de la rupture annoncée avec la FrançAfrique, se retrouve confrontée à cette obscure entité. La tectonique des capitales citées est un phénomène objectif, dont les hommes politiques ne sont que les instruments au sens hégélien du mot. On ne saisit rien de la crise ivoirienne, si l'on ne comprend pas qu'elle porte en elle l'annonce de la fin d'un système, de la fin d'un monde. Aussi, l'enjeu des luttes en cours est-il de savoir quel modèle politique s'y substituera : celui d'un panafricanisme ultra libéral (abolition des souverainetés nationales[22], des barrières douanières, des frontières, privatisations, fin de l'État providence, etc.) dont la Côte d'Ivoire, leader économique de la sous-région, resterait la locomotive, incarné par Alassane Ouattara, le Fromager[23], chef de file de ce courant néolibéral en Afrique, ou celui d'un souverainisme patriotique porté par Laurent Gbagbo, l'Etéocle noir[24], devenu le chef de file de ce courant socialisant sur le continent et nouvel héros des résistances des opinions publiques africaines. Tel est l'enjeu universel de la crise ivoirienne. Les luttes politiques internes en Côte d'Ivoire ont réveillé les vieilles lignes de fracture politiques en Afrique. Et, par exemple, ce n'est certainement pas un hasard si le Cameroun des années 1956 (répression sanglante conduite par le gouverneur Pierre Mesmer) est en pointe dans cette crise postélectorale.

En tous les cas, depuis 2002, la crise ivoirienne n'est ouvertement plus ivoirienne. Elle n'est même plus ouest-africaine. Elle est à présent continentale, africaine, et porte en germe la probable première guerre qui, par un « jeu des alliances » et « accords de défense », engagera ouvertement ou non, près d'une vingtaine de pays africains et bien d'autres nations, avec l'éventuelle implication des troupes sous mandat des Nations Unies. La guerre d'Abidjan ne peut être uniquement ivoirienne (guerre domestique). Elle sera nécessairement internationale (guerre étrangère). En effet, la crise ivoirienne revêt une dimension intercontinentale, dans la mesure où elle engage, de façon directe ou pas, la France, les États-Unis, l'Union Européenne, la Russie, l'ONU, etc. Elle deviendra « mondiale », lorsque l'Orient et Asie (déjà présents par leurs contingents militaires) y prendront directement part. Et cela est de l'ordre du possible. Alors, on pourra dire que la crise ivoirienne a fait le tour du monde en dix ans.

La guerre d'Abidjan aura-t-elle lieu, après les pressions économiques et psychologique mises en œuvre par les chancelleries occidentales ? L'asphyxie financière et monétaire fera-t-elle faire l'économie de la guerre d'Abidjan ? Pour la Côte d'Ivoire, la sortie de la Zone CFA semble désormais inéluctable, avec la conséquence majeure de la fin annoncée de cette monnaie et les redoutables attaques contre la probable nouvelle monnaie ivoirienne.

Toujours est-il que, depuis la chute du mur de Berlin, jamais, une crise postélectorale n'aura suscité en Afrique autant de passions et de controverses voire la possibilité d'une guerre générale. Depuis 1990, les présidentielles ivoiriennes revêtent un caractère dramatique. Plus personne, aucun des deux grands candidats, ne peut ni ne veut perdre la face. La moindre concession passe pour une compromission et tous les camps sont tenus à la surenchère. Excipons d'un exemple ce que vaut l'humilité en démocratie. Au Cap Vert, le 5 février 2001, à la veille des Législatives et conformément à la tradition, le président Pedro Pires a adressé un message aux Capverdiens pour dédramatiser les enjeux : C'est, écrit-il, la dixième élection pluripartite qui aura lieu dans notre pays [...]. Dès lors, l'élection multipartite n'est plus une nouveauté, parmi nous, et à commencé à être un acte banal de notre vie politique. En fait, nous avons su comment gérer de la meilleure façon leurs résultats et conséquences. Cette attitude collective, sage et digne d'éloges, à contribué à augmenter le prestige de notre pays à l'étranger et, aussi, à maintenir la stabilité et la paix sociale. De là, découle [l'idée] qu'un acte électoral ne doit pas être perçu comme une question de vie ou de mort[25].

Cette appréciation s'inscrit dans la filiation d'une pensée de Cabral Amilcar : nul ne doit avoir peur de perdre le pouvoir. Ce qui veut également dire que nul ne doit obtenir le pouvoir à tout prix, par tous les moyens. Or, en Côte d'Ivoire, cette élection est devenue dramatique, trop dramatique, une redoutable question de vie et de mort. Le contentieux électoral est la traduction de ce drame et peut s'achever par la guerre d'Abidjan.

II. CONTENTIEUX POSTÉLECTORAL

D'une façon générale, tout contentieux postélectoral concerne le « droit électoral », tel que définit par Bernard Maligner[26]. Mais, en, Côte d'Ivoire, la problématique et le contenu du contentieux reposent, exclusivement, sur les modalités pratiques de la diffusion des résultats et les conséquences politiques des décisions juridiques du décompte des voix du second tour des présidentielles.

PROBLÉMATIQUE

La diffusion des résultats « provisoires » du second tour (2 décembre 2010), qui donne M. Alassane Ouattara vainqueur, s'est faite dans des conditions pour le moins « anormales », c'est-à-dire non conformes au droit électoral, au code électoral et aux statuts de la Commission Électorale Indépendante[27]. En effet, le Président de cette Commission les a diffusés : 1) en dehors des délais légaux[28], ce qui explique l'auto-saisine du Conseil Constitutionnel (3 décembre 2010) ; 2) hors du siège officiel et légal de la C.E.I.[29], contrairement aux usages et à ses statuts ; 3) seul, en l'absence du collège des 31 Commissaires centraux de la C.E.I., décision qui s'apparente à une dissolution de facto de cette Administration, en violation flagrante de la Constitution, du Règlement intérieur de la C.E.I. (art. 6), et des « accords de Linas Marcoussis »[30] ; 4) depuis le siège de campagne[31] (Q. G.) d'un des deux candidats, en l'occurrence celui de M. Alassane Ouattara, localisation qui entache de suspicion et de non sincérité cette diffusion de résultats. En subséquence, le Président de la C.E.I. a commis une triple faute, aux graves effets immédiats et à la portée désastreuse, mais dont la nature n'a pas encore été perçue. D'une part, en manquant de courage individuel et de sérénité, dans un contexte de vive tension et face aux pressions diverses. Nous ne parlons pas de témérité qui ne se laisse pas confondre avec le courage[32]. Mais que pouvait-il craindre, alors que l'article 23 des Statuts de la C.E.I. lui confère une immunité réelle ? D'autre part, en modifiant « sponte sue » le mode de fonctionnement de la C.E.I., qui, rappelons-le, est une « Administration » dont la création procède d'une loi[33] (Assemblée Nationale). D'autre part encore, outrepassant ses attributions[34], bien que hors-délai, il a laissé accroire au monde qu'il avait encore le droit de « proclamer » des résultats « provisoires », ajoutant ainsi à l'énorme confusion qui fera passer ces résultats pour « définitifs ». Dès lors, ce qui n'est que diffusion de résultats bruts deviendra pour l'opinion publique occidentale « proclamation » de « résultats définitifs ».

En somme, au strict plan du droit, on peut dire que, d'un côté, il ne s'agit pas de résultats « proclamés », contrairement à ce que l'on l'entend dire hâtivement, et, d'un autre côté, il ne peut même pas s'agir de résultats « provisoires », puisque pour être « provisoires » ces résultats eussent dus être présentés selon les procédures et les textes juridiques en vigueur, ainsi que dans le respect du mode de fonctionnement de cette Administration (Chapitre IV : Fonctionnement, art. 28 à art. 32). En réalité et au mieux, ce ne sont que de résultats « diffusés », des matériaux bruts, et par suite, sans valeur juridique propre. Ainsi, sommes-nous en présence d'un formidable quiproquo, « un-qui-pris-pour-un-quoi », quand on considère comme « provisoires » ce qui n'est, en définitive, que résultats « diffusés ». Aussi importants que soient les médias télévisés, ce ne sont pas eux qui confèrent un caractère juridique à des résultats électoraux. Nous devons donc nous garder de confondre diffusion (technique) et proclamation (juridique). C'est, au reste, la terrible méprise du Représentant spécial du Secrétaire Général des Nations Unies que d'avoir certifié des résultats diffusés, qu'il a indument pris pour des résultats « proclamés ». Il a certifié une anomalie, oubliant même que, selon l'article 6 de ses statuts, la C.E.I., elle aussi, prête serment devant le Conseil Constitutionnel, dont elle dépend organiquement[35]. Mais cette grave erreur n'est pas intentionnelle ni délibérée. Elle n'est pas due à sa « mauvaise foi », à son éventuelle « intention de fraude » ou à son implication dans un vaste « complot » international au profit d'Alassane Ouattara. Car, ce haut fonctionnaire, comme tant d'autres, a été confronté à une crise de connaissance et d'inexpérience, parce que mis en face d'un phénomène électoral inédit qu'il n'a pas compris, un fait accompli, un emballement des faits auquel il n'a pas su résister par manque de lucidité. L'entêtement qui suivra ne visera qu'à masquer ce problème d'ordre cognitif et sa défaillance. Et, nous l'avons vu et nous le verrons encore, il n'est pas le seul en pareille situation.

Comment est advenu un tel cafouillis aux conséquences si désastreuses ? Selon La Majorité Présidentielle, il serait dû aux interventions maladroites et malintentionnées des Ambassadeurs de France et des États-Unis qui auraient conduit le Président de la C.E.I., bon gré mal gré, libre ou contraint, à l'Hôtel du Golf afin qu'il annonce ces résultats devant la presse étrangère. Si le premier diplomate a démenti[36], en arguant s'y être trouvé et, par pure coïncidence, avoir vu le Président de la C.E.I, le second ne semble jamais avoir démenti, du moins de façon officielle. Mais si jamais ces faits s'avéraient exacts, alors ces deux éminentes personnalités seraient à la base de l'écroulement et de l'échec de toute la procédure électorale qu'ils ont obérés par leur grande maladresse et leur subite immixtion dans le « droit électoral » ivoirien dont ils ont détourné la procédure, en transgressant la Convention de Vienne qui édicte les relations entre les États. Aussi, nous n'osons pas le croire, tant l'amateurisme et l'irresponsabilité de leur initiative seraient lourds. Ont-ils, un seul instant, mesuré la portée de leur intervention, si jamais ils l'avaient faite ?

Pour lors, force est de constater que, pour le second tour, la C.E.I. n'a pas fourni de résultats « provisoires » au Conseil Constitutionnel ; que les Nations Unies, dans une folle précipitation, ont « certifiés » des résultats bruts, c'est-à-dire seulement « diffusés », rendant du même coup caduque sa certification ; que, s'autosaisissant, le Conseil Constitutionnel a pris une décision « définitive » sur la base de documents bruts (procès verbaux, résultats non consolidés ou agrégés, etc.), non « provisoires », donc sans valeur juridique. En effet, au regard des textes, la C.E.I. est le seul organe administratif chargé de « tout le processus électoral » (droit électoral processuel et droit électoral substantiel), notamment de la « régularité du déroulement des opérations de vote » et, en matière d'élection présidentielle, de la « proclamation des résultats provisoires ». Outre le fait d'avoir appuyé sa décision ultime sur des documents non valides, ce qui correspond à un vice de forme, le Conseil Constitutionnel a commis deux autres erreurs significatives, que le président Eduardo Dos Santos a fort pertinemment notées[37]. Premièrement, contrairement à ce que semble prévoir les textes de loi, le Conseil Constitutionnel n'a pas annulé l'ensemble du second tour des présidentielles mais s'est contenté d'une invalidation partielle des résultats de la zone Nord, sur la base des requêtes de LMP. Et, conséquence immédiate, ayant proclamé les « résultats définitifs » et tenant compte du contexte, il s'est placé dans l'impossibilité matérielle d'organiser de nouvelles élections dans les délais de 45 jours fixés par la Constitution. C'est pourquoi, en bon lecteur des faits et des procédures juridiques ivoiriennes, le président Eduardo Dos Santos a laconiquement déclaré : « il n'y a pas de président élu »[38]. Cependant, est-il vrai et si sûr que le Conseil Constitutionnel ne puisse pas procéder à une invalidation partielle de résultats, comme l'a déclaré le Président de la C.E.I., mais uniquement à l'annulation de la totalité du scrutin ? Car la jurisprudence et l'esprit de la Constitution semblent l'y autoriser, quand la lettre, sans dire le contraire, ne l'indique pas explicitement. Le débat reste ouvert. D'autant que rien n'eut empêché le Conseil Constitutionnel de ne pas dessaisir (par automaticité procédurale) la C.E.I., qui lui est structurellement rattachée, et, par la même occasion, elle aurait pu et peut-être dû lui exiger de (lui) fournir des résultats « provisoires » en bonne et due forme. En ce sens, même si son auto-saisine est légale, justifiée et prévisible, elle a participé de l'emballement. Mais on appréhende bien mieux la difficulté à laquelle Conseil Constitutionnel s'est trouvé confronté, en renvoyant le lecteur à l'article d'un Collectif d'Avocat ivoiriens relatif à cette problématique. Le Conseil Constitutionnel, demande ce Collectif, peut-il statuer sans la proclamation des résultats provisoires par la CEI ? Oui, répond-il, conformément à l'article 88 de la Constitution qui dispose ainsi qu'il suit : « Le Conseil Constitutionnel est juge de la constitutionnalité des lois. Il est l'organe régulateur du fonctionnement des pouvoirs publics. » En cette qualité, il a le droit, voire l'obligation d'intervenir à l'expiration du délai légal de trois (3) jours imparti à la CEI »[39]. Point n'est besoin d'être grand clerc, pour voir ici comment cette question, dont la formulation est pertinente, ne reçoit pas de réponse exacte, précise, mais fait l'objet d'une construction juridique alambiquée, en mobilisant l'article 88 qui ne répond nullement à la question posée. Dans le cas contraire, il faut le démontrer par un raisonnement et non se contenter de l'affirmer. Somme toute, nous ne devons pas prêter à l'adjectif « régulateur », un sens, une signification et une dimension juridique qu'il n'a pas. Si le Conseil Constitutionnel est fondé à intervenir avant ou pendant la proclamation ou la diffusion des résultats, c'est en raison de la mise en relation des articles 32, 38, 94 de la Constitution et de l'article 6 des statuts de la C.E.I., mise en relation qui permet de dégager l'esprit de la Loi, quand les textes sont « muets ». C'est l'une des missions majeures et l'une des prérogatives essentielles du Conseil Constitutionnel. Et certainement pas en raison de l'article 88.

En tous les cas, le lecteur l'aura bien compris, c'est toute la procédure électorale du second tour qui n a pas été valide, et ce dès les erreurs premières et les fautes initiales commises par le Président de la C.E.I., erreurs et fautes imputables, dit-on, aux ambassadeurs français et américains, mais qui auront enrayé, à la racine même, tout le déroulement du décompte des voix. Ainsi, tous les segments de la procédure électorale sont-ils caducs. Ce n'est pas sans raison que le président Eduardo Dos Santos a dit que, pour lors, il n'y avait pas eu de « président élu ». Sous ce rapport, on peut dire - et sans ironie - que la présidentielle de 2010 a été bien plus « calamiteuse » que celle de l'an 2000. Pourquoi est-il donc si difficile d'organiser des présidentielles en Côte d'Ivoire, en dépit de tous les formidables efforts humains, financiers et budgétaires mis en œuvre ?

Nous devons toujours garder présent à l'esprit l'idée que le respect strict et scrupuleux du Droit est fondamental, parce que le Droit est au fondement de l'État de droit ou de l'État du Droit, pour reprendre la formule plus juste de Hegel. Nous ne devons rien concéder à l'idée contraire. Les « arrangements » sont toujours préjudiciables à la démocratie.

Ce gigantesque désordre procédural a créé une très grande confusion juridique, au point que la Côte d'Ivoire est littéralement en état de nature, plongée dans un véritable chaos institutionnel avec une paralysie quasi complète de l'Institution présidentielle, neutralisée par une diarchie au sommet de l'État qui se répand à l'ensemble du pays-État. En effet, les familles, la société civile, le corps électoral, l'État, l'armée, les institutions, les caisses de l'État et le territoire sont divisés, au triple plan géographique, administratif et politique. La Cote d'Ivoire existe-t-elle encore ? Le pays-État, avec une nation brisée, a désormais deux présidents. Le « constitutionnel » et le « reconnu », M. Laurent Gbagbo au « résultat légal mais non reconnu » par une grande partie de la communauté internationale, et M. Alassane Ouattara, au « résultat certifié et reconnu mais non constitutionnel ».

Au total, le contentieux postélectoral repose sur un double ressort : a) deux proclamations de résultats, l'un selon le « droit interne » ivoirien (Constitution), et, l'autre, d'après le « droit externe » (Relations internationales); b) un imbroglio juridique qui oblige à questionner le « droit électoral substantiel » (électeurs, candidats, opérations électorales, etc.) et le « droit électoral processuel »[40] (compétence du Conseil constitutionnel, régularité et sincérité du scrutin, comptage des bulletins, etc.). Quelles perspectives pour surmonter, « sursumer », « dépasser » cette contradiction ?

III. LES PERSEPECTIVES

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samedi, 12 février 2011

ET SI LE PDCI AVAIT TRAHI LE RDA?

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« Les grandes trahisons sont toujours effacées par l'histoire », telle est la  pensée d'Alexandre Sanguinetti. Il semble que cette affirmation se fonde sur l'altération des faits par le temps mais notre intime conviction est que le temps ne fait que parsemer le doute dans notre conscience sans diluer totalement des faits. Si on s'accorde sur ce fait alors il est possible d'affirmer que le Parti Démocratique de Côte d'ivoire (PDCI) a trahi le Rassemblement Démocratique Africain (RDA).

N'est-ce pas là, une affirmation gratuite ? Bien sûr que non, si l'on donne une définition acceptable de ce qu'est la « trahison ».

En effet, la trahison est l'action de trahir, c'est-à-dire de dénaturer, d'altérer quelque chose ou la pensée première.

Le RDA a été un vaste et puissant mouvement africain dont la portée historique échappe parfois à ceux qui en sont les promoteurs. Le PDCI-RDA en était une section. Mais le PDCI, c'est le cas de le dire, a agi avec perfidie vis-à-vis du RDA. En tout cas, tel est notre sentiment et nous entendons la justifier à travers cette contribution.

L'argumentation dans cette contribution s'articule autour de trois points logiques.

Le premier point reviendra sur la philosophie première du RDA et de sa section ivoirienne le PDCI.

Le deuxième point mettra en lumière la trahison historique  du PDCI à l'égard des idéaux du RDA.

Le troisième point  proposera au PDCI-RDA de  revenir à ses premières amours, en ayant une attitude digne.

  1. LA NAISSANCE DU RDA ET DU PDCI-RDA

Il est connu de tous que l'occident nous dépouille sans contrepartie. Mais cela ne date pas d'aujourd'hui. Avant les indépendances des années 60, ce constat a été fait par les pères des indépendances, d'où la nécessité d'une lutte sans merci pour le rétablissement de notre dignité. C'est ce qui a motivé la création du RDA.  Enfanté au milieu de l'indifférence générale, accueilli avec un grand scepticisme ou une souriante ironie, la date de naissance du RDA remonte à Bamako, en 1946. Le congrès constitutif du RDA s'ouvre le 18 octobre 1946 à Bamako où plus de 800 délégués venus par tous les moyens de Guinée, de la Côte d'ivoire, du Sénégal, du Dahomey (actuel Benin), du Niger, du Soudan (actuel Mali), du Cameroun, du Tchad, se trouvèrent réunis.  Le congrès dura trois jours pour donner naissance à ce « gros bébé noir ». Pour la première fois, des hommes politiques d'Afrique occidentale et d'Afrique équatoriale française se rassemblent pour reconquérir leurs droits. Le 21 octobre, le RDA voit le jour sous la direction de Houphouët-Boigny. Dans presque tous les territoires, il devient la principale force politique. Le RDA est un grand mouvement anticolonialiste d'Afrique noire, avec des sections inter-territoriales (UPC au Cameroun, PDCI en Côte d'Ivoire, PDG en Guinée, l'Union Soudanaise au Mali). Qu'il nous soit permis de rappeler quelques phrases du manifeste du RDA : « le fédéralisme du Mouvement républicain populaire (MRP) ne peut tromper, aujourd'hui, aucun africain. Il n'est en effet,  que le masque d'un régime d'autorité, comme l'assimilation, que nous rejetons formellement, n'est qu'une chape de plomb jetée sur l'originalité africaine ».

Le RDA était donc un mouvement qui luttait contre l'impérialisme tout court. Pour s'en convaincre, il suffit d'être attentif au propos de Félix Houphouët Boigny : « s'appuyant sur toutes les couches sociales d'Afrique, notre mouvement puise sa confiance dans l'avenir, dans celle que la masse africaine a placée en lui comme dans la lutte héroïque des forces démocratiques du monde entier, sûres de leur victoire contre les forces impérialistes ».   Mais l'apparentement du RDA au Parti communiste lui attire les foudres de Paris dès le début des années 1950, sans  pour autant l'abattre complètement : ses sections restent à l'avant-garde de la marche vers l'émancipation.

  1. LA TRAHISON DU PDCI-RDA

Homme politique de « premier plan », pour reprendre à notre compte les mots du Général De Gaulle, Félix Houphouët Boigny (FHB) est véritablement un militant engagé pour la dignité de l'africain.

En 1944, FHB crée le syndicat agricole africain (SAA) pour la défense des intérêts paysans. Houphouët est alors, à la fois président et secrétaire général. La première décision prise est de lutter pour la revalorisation du salaire journalier des travailleurs des plantations : 6 F par jour aux travailleurs des plantations, contre 3,50 F offerts par les colons. Une plainte fut portée contre le président du SAA pour cette décision. Il fut même l'objet d'enquêtes depuis Paris (le ministère des Colonies envoya un inspecteur), pour comportement anti-français.

On l'a dit plus haut que le RDA a vu le jour sous la direction de Houphouët-Boigny et que ce mouvement luttait pour la dignité et l'émancipation de l'africain.  Le PDCI-RDA en est une section de ce mouvement d'émancipation des peuples d'Afrique noire. Tous les observateurs de la scène politique en Côte d' Ivoire sont unanimes pour dire que le PDCI est un parti de paix, de tolérance, de développement et d'unité. Pourtant ils sont en nombre limité, ceux qui savent que le PDCI est un parti de combat.  A ces derniers, il convient de rappeler que le fondement de ces idéaux se trouve dans la prise de conscience d'un homme, Félix HOUPHOUET-BOIGNY, dans son cri d'indignation comme il le dit lui-même : « On parle de la naissance de notre mouvement, le PDCI-RDA. En fait, tout est parti du Syndicat Agricole Africain. En 1932, je vous l'ai dit, j'étais jeune médecin à Abengourou. Et devant la détresse des cultivateurs de l'Indénié, je me suis permis, avec l'accord du Gouverneur d'alors, Bourgine, d'inviter mes compatriotes à faire la grève de la vente du cacao. J'ai écrit un article de presse intitulé, ON NOUS A TROP VOLÉ.»

Ainsi que dans le préambule des statuts adoptés au 5ème Congrès :

«Le Parti Démocratique de Côte d'Ivoire dit PDCI, né du Syndicat Agricole Africain de Côte d'Ivoire, fidèle reflet des aspirations profondes de nos masses a pour mission, dans le cadre du Rassemblement Démocratique Africain d'affirmer au niveau de la Côte d'Ivoire la personnalité africaine. Il s'assigne en conséquence pour but de promouvoir une politique de bien-être, de paix, de neutralité absolue et de coopération internationale dans l'égalité, la tolérance, la solidarité et la dignité».

Le PDCI  a été un grand parti de combat. Pour ceux qui ne le savent pas, le 6 février 1949, au cours d'un meeting, des incidents éclatent entre partisans et adversaires du RDA. Le bilan de cette journée est de 2 morts et plusieurs blessés. Mais  en réalité, c'était une provocation montée de toute pièce selon les militants. La plupart des dirigeants du PDCI furent arrêtés et emprisonnés à Grand-Bassam par l'autorité coloniale, en l'occurrence le gouverneur Péchoux.  On pouvait noter l'arrestation de huit militants du Parti Démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI-RDA) (Dadié, Ekra Mathieu, Sery Koré, Ladji Sidibé, Jacob William, Paraiso, Allo Jérôme, philippe Vierra, Lama Kamara, Jean Baptiste Mockey).

Le 24 décembre 1949, en Côte d'Ivoire, environ 4000 femmes se rassemblent aux alentours de la prison de Grand-Bassam pour protester contre l'incarcération arbitraire de leurs maris, de leurs fils et de leurs frères membres du RDA.  Marie Séry Koré, présidente du comité féminin du PDCI à Treichville est à la tête de cette révolte. Il parait que cette femme digne, aurait administré une magistrale paire de gifles à un des colons zélé et excité, qui empêchait les femmes d'avancer vers le palais de justice et la prison civile. Trois mois plus tard, les prisonniers du PDCI passaient en jugement et furent condamnés à des peines atténuées.

Si avoir de la dignité, c'est avoir un comportement qui mérite l'estime ou avoir le respect de soi-même, on peut dire qu'aujourd'hui, le PDCI-RDA a trahi le RDA.  Comment comprendre l'atténuation du zèle brulant du PDCI pour le respect de la dignité du peuple ivoirien ? Le comportement des dirigeants actuels du vieux parti intrigue, c'est le cas de le dire. On se souvient de la déclaration d'un porte-parole du PDCI-RDA, appelant les nations unies à mettre sous tutelle un pays que ce même parti, à aider à conquérir une indépendance nominale en 1960.  Alors qu'on recherchait les voies de sortie de crise, monsieur Claude Emolo préconise à cet effet, de "mettre en place un nouveau cadre institutionnel sous l'égide de l'ONU dont le mandat prendra fin dès la prestation de serment du nouveau président". Il clarifie même ses propos en ces termes : "Cette institution onusienne aura, entre autres, les pouvoirs suivants : administration générale des affaires courantes de la nation, conduite du processus électoral dans tous ses aspects jusqu'à la prestation de serment du nouveau président élu".

On peut également citer la création du Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP), le 18 mai 2005 à Paris, sur l'initiative du président Henri Konan Bédié soutenu par le Dr Alassane Dramane Ouattara.

Les appels incessants du RHDP à la désobéissance civile, à ne pas travailler, à ne pas payer les taxes et impôts, jettent un discrédit sérieux sur le PDCI-RDA, le noyau dur de ce mouvement. Le RHDP « tue » l'économie ivoirienne, casse des maisons, manifeste violemment, agresse, avec la bénédiction du vieux parti.  Le PDCI appelle aujourd'hui comme d'ailleurs ses alliés du RHDP à la destruction de la Côte d'Ivoire par les soldats de l'Ecomog. Quelle honte pour un parti qui prétend lutter pour le bien-être des ivoiriens. Pourquoi le vieux parti tourne le dos à la négociation alors même  que le dialogue a toujours été une « religion » au PDCI.  Il n'y a pas de commentaires additionnels à faire à propos de ce nouveau visage du PDCI-RDA : le parti a trahi le combat du RDA. Ces errements sont contraires aux idéaux  du parti du « bélier de Yamoussoukro ».

Le PDCI-RDA a tout simplement trahi le puissant mouvement d'émancipation des africains qu'est le RDA.

  1. UNE BRETELLE DE SORTIE POUR LE PARTI DU « BELIER DE YAMOUSOUKRO »

Nous avons vu que le parti de feu Félix, Houphouët Boigny (FHB),  a trahi les idées pionnières du RDA. Ce qui est consternant, c'est  que Félix Houphouët Boigny et Henri Konan Bédié ont une légitimité historique. Que signifie donc ce terme ?

Pour le professeur Pierre Kipré, avoir la légitimité historique, c'est réussir à travers le temps, à poser des actes significatifs dans ta communauté, à mener un combat en faveur de l'évolution politique et démocratique de la communauté.

Dans ce cas, nul ne peut contester à FHB, la légitimité historique de premier plan dans notre pays, cependant l'accord est moins large sur les autres politiciens ivoiriens du vieux parti. Le PDCI d'aujourd'hui s'est affaissé au point qu'il est composé de politiciens aux ordres.  La vacuité politique du PDCI désole de nombreux d'ivoiriens, qui se demandent quelle piqûre injecter à ce parti pour lui redonner ses lettres de noblesse.

Bédié a été en France alors qu'il était étudiant, un militant endurci de la Fédération des Etudiants d'Afrique Noire Française (FEANF), à l'époque avant l'indépendance. Etre militant de la FEANF en France, ça supposait  être fondamentalement anti-colonialiste.  La Fédération fut créée à Bordeaux dans la nuit du 31 décembre 1949 au 1er janvier 1950 et luttait  pour la libération et l'indépendance de l'Afrique.  Elle  prônait l'indépendance nationale, l'unité africaine et la démocratie garante du développement économique. On se souvient des manifestations à Paris, au quartier latin, des étudiants africains après l'assassinat du Congolais Patrice Lumumba en 1961.

Ainsi, la FEANF reposait sa force sur la lutte qu'elle menait contre un seul  ennemi, la France, c'est-à-dire son gouvernement. Aujourd'hui,  cette même  France a pris de l'âge  avec des tentacules un peu partout se  métamorphosant en des réseaux maffieux  qui se nomme françafrique, dont les effets sont désastreux pour le développement des pays africains.

Pourquoi donc le PDCI-RDA d'Henri Konan Bédié (aujourd'hui) peut se comporter comme un suppôt de la France ?

Il existe encore une bretelle de sortie pour le vieux parti, qui, disons-le, a construit la Côte d'Ivoire.

Le PDCI-RDA doit se réconcilier avec les idées du RDA en abandonnant les voies  qui assujettissent le peuple ivoirien.

Si le PDCI-RDA avait encore un peu de dignité, il serait bon qu'il se désolidarise de ceux qui complotent pour détruire le pays, pour lequel, Félix Houphouët Boigny, a lutté toute sa vie.

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Dr Prao Yao Séraphin

 

Economiste et Analyste politique

Président du Mouvement de Libération de l'Afrique Noire (MLAN)

www.mlan.fr

praoseraph@yahoo.fr

jeudi, 10 février 2011

CRISE EN COTE D'IVOIRE: LE RAPPORT QUE CACHE LE COREEN YOUNG JIN CHOI

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L'information émane d'une source proche de l'ONUCI. Un rapport produit par les observateurs dépêchés par l'ONUCI dans le nord de la Côte d'Ivoire lors du second tour de l'élection présidentielle tenu le dimanche 28 novembre 2010 n'a pas été porté à la connaissance de la communauté nationale et internationale par Young J. Choi dans son bilan de certification du scrutin. Et pour cause, ce rapport est accablant, a-t-on appris, pour Alassane Dramane Ouattara et la rébellion armée agissant pour lui. Bourrage des urnes, violence sur les électeurs soupçonnés de supporter Laurent Gbagbo, viol de femmes, violence sur les observateurs nationaux et internationaux dont ceux de l'ONUCI, de l'Union européenne (UE) et de l'Union africaine (UA), graves irrégularités, etc., ce rapport serait un véritable brûlot contre les exactions et autres actes anti-démocratiques survenus en zones CNO (centre, nord et ouest) occupées par la rébellion armée.

Ce rapport, qui fait clairement mention du «tonnerre de violence» que les rebelles ont fait abattre sur les représentants du candidat Laurent Gbagbo dans les bureaux de vote (certains ont dû fuir pour sauver leur vie), n'épargne pas les observateurs internationaux. Dont il révèle les déboires dans les localités de Bouaké, Korhogo, etc. Au dire de nos sources, ce rapport qui existe bel et bien n'a jamais été rendu public par Young J. Choi, représentant spécial du secrétaire général de l'ONU en Côte d'Ivoire. Choi a visiblement caché ce rapport accablant pour rédiger un compte-rendu personnel sur le second tour de l'élection présidentielle. Dans ce compte-rendu qu'il a remis à l'ONU, Choi ne mentionne pas les violences dans les zones sous occupation des rebelles. Il qualifie les actes de violence de minime.

Toujours selon les sources proches de l'ONUCI, Abou Moussa, adjoint de Young J. Choi, n'aurait pas apprécié que le rapport sur la réalité du scrutin du 28 novembre ait été totalement ignoré dans le compte-rendu de l'ONUCI à l'ONU. Sur cette question, des divergences l'opposeraient à Choi.


Source: IVOIREVOX.COM

LES REVISIONS CONSTITUTIONNELLES EN AFRIQUE ?

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"Quand l'Etat est pris en otage par les kleptocrates". Par Me Thiamel NDIADE.


Si en 1990 le vent de la démocratie avait soufflé sur le continent africain, aujourd'hui, c'est plutôt le vent de la modification des constitutions qui ravage l'Afrique. "Cette révision revêt une dimension importante dans l'évolution du constitutionnalisme africain, non seulement parce qu'elle constitue un élément moteur, mais et surtout parce qu'elle démontre certaines conceptions du pouvoir politique dans le continent tout entier", comme l'écrit l'enseignant chercheur tchadien Adja DJOUNFOUNE.

Revenons sur quelques cas des pays africains qui ont déjà modifié leur constitution pour répondre à des besoins dont ils sont les seuls à connaître les motivations. Que ce soit en Afrique du Nord, Est, Centre ou Ouest, ces pays ont tous un seul dénominateur commun : "modifier la constitution pour s'éterniser au pouvoir".

Quelques exemples :
Guinée
: En Guinée -Conakry, la constitution a été modifiée en 2002 dans l'intention d'autoriser feu Président LANSANA Conté à se représenter, à la fin de son second et dernier mandat aux élections présidentielles.

Tchad : La constitution du Tchad a été modifiée en 2005 et a permis à Idriss Deby ITNO à se maintenir au pouvoir depuis son coup d'Etat de 1990.

Mauritanie : En Mauritanie, la modification de la constitution en 1991 a permis à OULD TAYA de rester au pouvoir jusqu'à son renversement par un coup d'Etat en août 2005.

Burkina Faso : Par un subtil jeu de levée de la limitation de mandats en 1997, puis de restauration de cette limitation en 2000, Blaise COMPAROÉ est au pouvoir depuis son coup d'Etat de 1987.

Tunisie : En Tunisie, la constitution a été modifiée également en 2002 pour permettre au Président Zine Ben ALI de se représenter à l'élection présidentielle de 2004 qu'il a remporté pour un quatrième mandat. Pourtant, lorsqu'il avait destitué en 1987 le premier Président tunisien malade, Habib BOURGUIBA, 84 ans, il avait promis de mettre fin à la présidence à vie.

Togo : Au Togo, la constitution a été modifiée en 2003 et a permis à feu EYADEMA de se faire réélire pour un troisième mandat de cinq ans, au terme de 36 années de pouvoir jusqu'à sa mort en 2OO5.

Ouganda : Modification en 2005 et maintien de YOWERI MUSEVENI au pouvoir depuis sa victoire militaire contre le régime en place en 1986.

Cameroun , en 2008 imaginez vous-même la suite.


L'inflation révisionniste

Il est normal de reformuler les lois qui régissent le peuple. La constitution française de 1789 ne postulait-elle pas que "la nation a le droit imprescriptible de changer sa constitution" ?

En se basant sur ce pouvoir de révision selon les circonstances et les intérêts de toutes sortes, les pouvoirs africains ont à souhait procédé à des modifications constitutionnelles de telle sorte que les constitutions africaines ont été atteintes d'une inflation révisionniste. Cela est souvent justifié par la recherche constante d'institutions adaptées aux besoins et au niveau de développement tant économique, social que culturel.

Généralement, la révision tourne autour du statut du chef de l'Etat, de la dévolution du pouvoir monarchique, de l'alternance politique ; plus exactement elle porte sur la prolongation ou non du mandat présidentiel.

À ce niveau deux tendances apparaissent : la première, négative, se situe dans la trajectoire du renouvellement ou de l'allongement du mandat arrivé à terme au bout de deux mandats successifs ; la rééligibilité ne se faisant qu'une seule fois. C'est le cas du Cameroun, et bien d'autres pays africains.

La deuxième tendance, positive, se démarque par le jeu de l'abandon du pouvoir après l'exercice de deux mandats consécutifs, respectant l'esprit et la lettre de la constitution. C'est le cas des présidents KONARÉ du Mali, RAWLINGS et KUFFOR du Ghana.


Droit de l'Etat ou Etat de droit ?

Deux procédés de modifications sont possibles : la révision par voie référendaire et celle effectuée par le parlement en exercice. Cette dernière formule est la plus utilisée. La raison en est simple : la majorité présidentielle coïncidant avec la majorité parlementaire, le tour est vite joué, comme au Cameroun en 2008.

Si rien n'interdit à ce que le législateur modifie, complète ou abroge les dispositions législatives antérieures, le droit de l'État, cependant, doit se concilier avec l'Etat de droit. En principe, la souveraineté du peuple ne peut être entamée que par le peuple lui-même. Ce que le peuple a fait, il lui appartient de le défaire en retour.

La révision constitutionnelle peut représenter un danger pour le processus et la consolidation de la démocratie en Afrique. Elle est aujourd'hui un des enjeux pour la lutte pour le pouvoir : chacun veut modifier la constitution pour s'assurer un avantage décisif dans l'accession ou le maintien aux commandes de l'Etat. Ce qui affecte inéluctablement le principe de l'alternance politique.

Les bouleversements politiques dans beaucoup de pays africains sont déjà des signes révélateurs des difficultés que les dirigeants africains éprouvent à trouver une solution satisfaisante à la problématique de la gouvernance.

Selon ADJA DJOUNFOUNE, la révision constitutionnelle est perçue d'abord comme "une technique d'établissement de la monopolisation du pouvoir par le chef de l'Etat" ; et ensuite comme "un instrument de pérennisation du système politique".

En tout état de cause, les nouvelles constitutions africaines devraient normalement présenter la caractéristique d'abandonner les modèles consacrant l'autoritarisme politique et se conformer à l'orthodoxie constitutionnelle et à l'affirmation de l'Etat de droit.


Révision structurelle....ou conjoncturelle ?

Tout en notant que les constitutions africaines ont souvent été adoptées dans l'urgence, et qu'un certain toilettage s'impose, Jean Du Bois de GAUDUSSON, spécialiste français du droit constitutionnel, rappelle qu'une "constitution se change, en effet, et c'est parfaitement conforme à l'Etat de droit ; si l'on fait référence au cas français, on s'apercevrait qu'une constitution peut se changer assez souvent, dès lors que les procédures sont respectées et que la révision s'effectue dans les formes républicaines".

C'est l'idée défendue par un homme politique tchadien, l'ancien Premier Ministre KASSIRÉ KOUMAKOYE qui note que "toute constitution étant une œuvre humaine, elle est faite pour être adaptée à l'évolution de la société. Dès l'instant, que la constitution elle-même prévoit qu'on doit la réviser, la question posée est : est ce que la révision engagée respecte les normes constitutionnelles" ?

A quoi répond l'avocat et homme politique Béninois DOSSOU ROBERT : "Une action peut être dans la ligne de la légalité la plus pure et se révéler parfaitement illégitime. La légitimité, c'est la conformité à la conscience du moment..."

R. DOSSOU fait également une distinction entre ce qui pourrait s'apparenter à une révision structurelle (consistant en une refonte profonde du texte constitutionnel) et une révision conjoncturelle, inspirée par des considérations politiques.

Or, et même si elle est incluse dans un ensemble d'autres modifications, la révision des mandats présidentiels risquent fort d'apparaître comme éminemment conjoncturelle, et ainsi que l'affirme JEUS AJAVON, juriste et homme politique togolais, "avant tout politique (...) il faut voir pourquoi les mandats présidentiels ont été limités, à l'époque on l'on rédigeait les constitutions, dans un contexte donné. Est- ce que ce contexte a changé" ?

Le contexte, si on l'entend bien, étant celui-ci : pas plus qu'hier l'alternance n'est tellement en vigueur en Afrique. Mais aujourd'hui on manipule les textes...

In fine, Robert DOSSOU relève ceci : "les Africains ont tendance à voir la stabilité comme personnalisée ... c'est le cas si Pierre ou Paul restent au pouvoir, et il y a stabilité institutionnelle : c'est ce que nous essayons de construire" !
C'est le même Robert DOSSOU qui a cette formule imagée de la constitution : "c'est à la fois le concentré de l'histoire d'un peuple et la plate-forme de ses espérances".

Et nous allons conclure : c'est aux princes africains et leurs remparts capitalistes que profite la modification des constitutions en Afrique.


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OPERATION FRANÇAFRICAINE DE HOLD-UP ELECTORAL EN COTE D'IVOIRE

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OPERATION FRANCAFRICAINE DE HOLD-UP ELECTORAL EN COTE D'IVOIRE[1]


Par BWEMBA-BONG

Membre du Cercle SAMORY

Groupe de Réflexion sur la Culture Africaine

(CESAM)

Pour la Renaissance du Peuple Noir


« Pour les intérêts de notre pays, il ne faut pas avoir peur de mettre la main dans celle du diable » Jacques Foccart.

De tous les anciens pays négriers, la France est le seul qui, six siècles plus tard, après la prétendue Abolition de la Traite négrière, s'accroche toujours et continue, par diverses violences, à vampiriser avec arrogance l'Afrique Noire qu'elle tient pour sa propriété, hommes et biens compris. Aussi, chaque fois que celle-ci tente de sortir la tête de l'eau, la nation de Gobineau et Colbert est-elle toujours présente, pour l'y replonger.

Dans son préambule, la Constitution française de 1958 fait mention des Droits de l'Homme définis par la Déclaration de 1789, complétée par le Préambule de la Constitution de 1946, et du principe de la Libre Détermination des Peuples.

C'est sur l'application de cette profession de foi que se fonde l'Article 1er du texte, qui dispose : « La République et les peuples des territoires d'outre-mer qui, par un acte de libre détermination, adoptent la présente Constitution instituent une communauté. La communauté est basée sur l'égalité et la solidarité des peuples qui la composent ».

Ainsi donc, la Communauté franco-africaine, nouvelle structure mise sur pied par la France pour ne pas lâcher son empire et ses colonies d'Afrique Noire, donnait à penser qu'elle reposait sur deux principes fondamentaux : la participation et l'autonomie.

L'Article 76 de cette Constitution dispose : « Les territoires d'outre-mer peuvent garder leur statut au sein de la République s'ils en manifestent la volonté par délibération de leur Assemblée territoriale prise dans le délai prévu au premier alinéa de l'article 91 (dans un délai de quatre mois à compter de la promulgation de la Constitution), ils deviennent soit départements d'outre-mer de la République, soit groupés ou non entre eux, Etats membres de la communauté ».

Quatre solutions se présentaient donc :

1°)- Rejeter la Constitution (ce que fit la Guinée, sous l'impulsion de Sékou Touré). Ce vote négatif impliquant que, par ce rejet, la colonie sortait de l'Union Française, qu'elle n'entrait pas dans la Communauté, qu'elle devenait indépendante ;

2°)- Opter pour le régime de département d'Outre-mer ;

3°)- Les territoires d'Outre-mer pouvaient garder leur statut au sein de la République ;

4°)- Les territoires d'Outre-mer pouvaient devenir des Etats membres de la Communauté.

Quant à l'autonomie, c'est le Titre XII de la Constitution, intitulé De la Communauté, qui en précisait la situation juridique, par des textes qui la définissaient à travers ce qu'ils dénommaient « l'Autonomie des Etats de la Communauté ».

S'inspirant de la doctrine de la IVe République, la Ve République reprenait ce système d'autonomie qui n'avait qu'un semblant de souveraineté interne.

A cet égard, l'Article 77 stipulait à propos de ces Etats fictifs : « ...s'administrent eux-mêmes et gèrent démocratiquement et librement leurs propres affaires ».

Mais l'Article 78 définissait la compétence de la Communauté : la politique étrangère, la défense, la monnaie, ainsi que la politique économique et financière revenaient à la France seule. En définitive, la Communauté se substituait tout simplement à l'Union Française.

Structurellement, la Communauté se composait de quatre organes :

- le Président de la République (Français)[2],

- le Conseil Exécutif,

- le Sénat de la Communauté,

- la Cour arbitrale.

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Au plan de la participation, il était institué des organes propres de la Communauté, désignés indirectement par les populations des Etats membres et exerçant des compétences communes ; il s'agissait, en l'occurrence, du Président de la République française, du Conseil exécutif qui était composé notamment des chefs de gouvernement des membres de la Communauté et des ministres chargés par la Communauté des affaires communes, du Sénat de la Communauté, composé des parlementaires français et d'élus africains membres des Assemblées Territoriales ; enfin, d'une Cour Arbitrale.

Ces organes étaient investis des compétences attribuées à la Communauté : la politique étrangère, la défense, la politique des matières premières stratégiques, la politique économique et monétaire, l'enseignement supérieur, le contrôle de la justice, etc.

La Communauté autorisait formellement chaque Etat, y compris ceux d'Afrique Noire, à disposer d'organes propres : un gouvernement dirigé par un Premier ministre, une Assemblée territoriale et des tribunaux. Toujours aussi formellement, ces organes étaient investis des compétences de maintien de l'ordre, de vote du budget, de levée des impôts, de règlement des litiges, etc.

Dans la réalité, le droit de séparation proclamé par la France, était, comme la plupart de ses principes, une déclaration qui n'avait pas à avoir d'effet dans la pratique. La Guinée, qui sous la direction de Sékou Touré opta pour la séparation, en fit la triste expérience. C'est ce que révèle un responsable des services secrets français, alors chargés de mener la guerre totale et sans répit à la Guinée nouvellement indépendante : « Dans les semaines suivant le « non », Sékou Touré pouvait encore être récupéré. Albert nous bombarde de rapports pour nous signaler que le leader guinéen guette le moindre signe de dégel. Mais De Gaulle a décidé de se montrer intraitable et confie à ses intimes :

Sékou Touré, je le veux à plat ventre....

A ce jeu-là, Sékou Touré s'endette chaque jour un peu plus, car cette aide étrangère est payante, les missions économiques de l'Est ne lui font pas de cadeau. Où trouver l'argent ? Il n'a même plus de quoi payer ses fonctionnaires. De Gaulle lui a coupé les vivres [...]

Cet argent, disent les responsables français, restera bloqué à la Caisse des Dépôts et Consignations jusqu'au moment où nous serons autorisés à verser les pensions directement aux ayants droit [...]

Mais voici un miracle : Sékou Touré se souvient brusquement qu'il possède, dans les caisses de la Banque Centrale de Guinée, la très coquette somme de quatre milliards de francs C.F.A., abandonnés par les Français. Pourquoi n'y a-t-il pas pensé plus tôt pour éponger ses dettes ? Il commence donc à prélever sur le magot [...]

Alarmé, notre agent à Conakry nous prévient que Sékou Touré est en train de puiser dans des ressources insoupçonnées, au détriment de notre propre balance C.F.A., car il s'agit de monnaie émise par la Banque de France. Il nous propose d'y mettre le holà. Comment ? [...]

Vous m'envoyez deux ou trois grenades au phosphore. Moi, j'ai déjà repéré les cheminées d'aération de la Banque Centrale qui descendent jusque dans la salle des coffres. J'irai dire bonjour à mon copain le ministre et, ni vu ni connu, je balance les grenades. C'est un coup à gagner quatre milliards [...]

Quant au reste, soit près de trois milliards de francs C.F.A. en billets neufs, ils ne sont pas encore en circulation. Le directeur de la Banque de France devait, pour les rendre valables, signer le traditionnel décret d'émission. Mais on a attendu le résultat du référendum. A la suite du « non » de la Guinée, De Gaulle a donné des ordres formels pour que le décret ne soit pas pris : cette masse de billets demeure sans valeur [...]

Sékou entre dans une rage folle. Il se sent abominablement piégé. L'indépendance est une belle chose, mais comment se débrouiller quand on n'a plus un sou vaillant, plus un compte bancaire, quand l'argent que l'on croyait détenir est frappé d'un mal mystérieux et se désintègre entre vos doigts ? [...]

Pourtant, c'est le même franc CFA que celui qui circule au Sénégal, en Côte d'Ivoire, au Mali, etc. A un détail près toutefois, qui change tout. Dans sa grande méfiance, la Banque de France a pris depuis longtemps ses précautions : la monnaie imprimée en métropole et émise pour chaque territoire africain porte une lettre spécifique permettant de l'identifier. Ainsi, tout ce qui vient maintenant de Guinée est automatiquement détecté et rejeté [...]

Nous avons appris que la Guinée voulait de toute façon quitter la zone franc, créer sa propre monnaie [...]

Nous allons nous procurer des billets de la nouvelle monnaie guinéenne. Dans l'imprimerie ultra-secrète de la Piscine[3], dirigée par un officier Pied-Noir, nous sommes en mesure de reproduire ces bank-notes le plus parfaitement du monde et nous en inonderons le marché guinéen [...]

C'est de bonne guerre. Sékou Touré s'est moqué de nous, et a voulu tricher lui-même avec nos propres francs CFA [...]

Sékou Touré se retrouve avec une monnaie inexploitable, ruiné, aux abois. Il est à plat ventre comme le souhaitait le Général. Mais pas devant la France. Il se tourne définitivement vers les régimes socialistes ... »[4].

Mais, malgré la volonté de la France de doter la Communauté d'une armature colonialiste plus renforcée, celle-ci n'aura qu'une courte existence de deux ans, Paris ayant changé de stratégie : face à la revendication de l'indépendance posée par le Cameroun, et soucieuse d'éviter l'embourbement de type algérien en Afrique Noire, la France choisit la ruse articulée autour d'une donne nouvelle : octroyer de façon déclarative l'indépendance aux colonies, tout en gardant la haute main sur tout l'empire : le néocolonialisme.

Ainsi donc, la réalité de la politique de la France en Afrique Noire était appliquée en Guinée, par le Général de Gaulle qui, de ce fait, était d'autant plus à l'aise pour répondre à ceux qui lui faisaient grief d'avoir bradé ce qui restait à la France de son empire colonial : « Des territoires qui ne cessaient pas, depuis dix ans, d'aspirer à l'indépendance, la réclament aujourd'hui avec insistance. Faut-il laisser ce mouvement se développer contre nous, ou, au contraire, tenter de le comprendre, de l'assimiler, de le canaliser ? ».

L'expérience de l'Indochine et celle de l'Afrique du nord ont servi à devancer les événements en Afrique Noire. Elles ont permis d'octroyer l'indépendance qui allait être arrachée :

« J'ai desserré les liens avant qu'ils ne se rompent »[5].

Effectivement, le général de Gaulle avait desserré les liens avant qu'ils ne se rompent. Il avait réussi par la terreur sur la Guinée, et l'assassinat des vrais combattants africains de l'Indépendance, à placer à la tête de la quasi-totalité des « Etats » d'Afrique Noire à l'heure des fausses indépendances, des personnages dont la particularité était d'être marqués du sceau de la souplesse d'échine, et de s'être, de ce fait, farouchement opposés à l'indépendance de l'Afrique Subsaharienne, mais qui, pour les besoins du néocolonialisme, étaient travestis en « grands timoniers », « héros nationaux », « pères de la Nation ».

Dans un article d'une brûlante actualité aujourd'hui encore, sur les relations invariablement colonialistes que la France a toujours entretenues avec l'Afrique Noire, Cheikh Anta Diop notait déjà en 1953, avec une clairvoyance et une lucidité prémonitoires : « De toutes les puissances européennes qui dominent l'Afrique, la France est l'une des plus colonialistes - sinon la plus colonialiste. Les méthodes qu'elle applique (politique d'assimilation, etc.) sont telles que malgré l'exploitation la plus féroce, on n'a pas vu surgir, jusqu'ici, dans ses colonies d'Afrique Noire (les territoires sous mandat mis à part) une franche aspiration à l'indépendance nationale. Le colonialisme français a même réussi un tour de force exceptionnel en créant des consciences politiques, de tout âge, vieilles, d'âge mur, jeunes, attelées à la défense de l'Union française.

Car, l'Union française, quelque soit l'angle sous lequel on l'envisage, apparaît comme défavorable aux intérêts des Africains, en ce sens qu'elle impliquera, toujours, une exploitation unilatérale de l'Afrique par la métropole et un étouffement des aspirations légitimes d'indépendance nationale des peuples colonisés, sans la réalisation desquelles il n'y a pas de démocratie possible »[6].

En effet, par la ruse, la fraude et une violence endémique, les institutions administratives et politiques, créées par la France dans le cadre de sa mainmise sur l'Afrique Noire, fonctionnèrent et continuent de fonctionner à la pleine satisfaction de leur initiatrice.

D'un atavisme négrier sans égal, la France qui sait avoir définitivement perdu les colonies cochinchinoises et arabes (Tunisie, Maroc et Algérie) de son ancien empire, a choisi le raccourci de miser sur la « servilité » des « Nègres » qui, pense-t-elle, restent encore à portée de son hégémonie[7]. Aussi, fonde-t-elle sa politique extérieure sur une stratégie dont l'objectif central est d'empêcher les anciennes colonies d'Afrique Noire, de vivre de façon libre et indépendante. Pour ce faire, elle repose sa politique africaine sur une logistique dans laquelle elle s'inscrit comme le pays emblématique représentatif du triomphe de l'Occident sur le monde noir. Son système fonctionne ainsi sur la base :

1°)- Du maintien de l'Afrique Subsaharienne (que Jacques Chirac s'est donné pour mission d'élargir de plus en plus aux anciennes colonies africaines dites anglophones, lusophones et hispanophones) dans une colonisation de type nouveau, par laquelle la France les utilise dans la plupart des problèmes internationaux pour ses besoins de puissance politique, économique, militaire et culturelle. En somme, le colonialisme français ancien a muté en néocolonialisme néonégrier triomphant : la coopération franco-africaine dont l'unique dominante et seule bénéficiaire est la France ;

2°)- D'une prétendue « coopération » qui sert de justificatif au pillage économique de l'Afrique Noire, aux interventions militaires françaises, et à l'aliénation culturelle des populations africaines, au nom d'une prétendue communauté de langue : le Français ;

3°)- De l'ancrage de l'Afrique Subsaharienne dans une intégration esclavagiste de plus en plus subtile, mais toujours plus renforcée et rigide ;

4°)- De la poursuite par la France de ses objectifs de domination, tout en les renforçant dans le cadre d'une projection stratégique ;

Cette nouvelle forme de maintien de l'Afrique Noire dite francophone en esclavage par la France se révèle être un système dans lequel le suzerain français et ses esclaves mages forment un Tout. Il se veut immuable, et n'accepte de remise en cause ni de sa structure, ni de son fonctionnement. Aussi, suffit-il seulement qu'un territoire africain se donne lui-même librement ses représentants, pour qu'un tel acte d'indépendance soit ressenti comme une agression et appelle la riposte immédiate : le coup d'Etat téléguidé de Paris et l'élimination du régime « intrus ».

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lundi, 07 février 2011

COTE D'IVOIRE - COUP DE FORCE ELECTORAL: ENCORE DES PREUVES !

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Capture d'écrans du complot de la France et de la collusion entre le RHDP, l'ONUCI et la  FRANCE.
Ces "Print Screen" ont été faits par un Facebooker alors même qu'il ne savait pas qu'il en aurait besoin dans le futur. Il gardait ainsi des images de preuves irréfutables de la préparation du complot visant à proclamer Alassane Ouattara vainqueur des élections présidentielles 2010. Ces images montrent bien la collusion entre le RHDP, l'ONUCI et la France dans ce coup de force électoral au 2nd tour.
Regardez bien les parties encadrées sur ces images.

Les faits :

1- Le 29 novembre au soir, le site LGO annonce puis présente ADO comme le "Nouveau président Ivoirien". Notez bien qu'il ne dit pas le "Futur Président" mais le "Nouveau Président". Comme s'il donne une information et non une prévision ou une prédiction...

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Ce même site dont le propriétaire n'est autre que Jean Paul Ney, ce français qui avait été arrêté et mis en prison pour tentative de déstabilisation de la Côte d'Ivoire, en complicité avec Ibrahim Coulibaly dit IB, avait publié dès le 29 novembre 2010 déjà, des résultats qui donnaient Alassane Ouattara vainqueur à plus de 53%, alors même que la CEI commençait à peine ses délibérations.

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2- A partir du 30 novembre, le site ADO SOLUTIONS annonce en Flash Info que les résultats ne seront pas communiqués via la RTI : « La RTI ne retransmettra pas les résultats proclamés par la CEI, suivre plutôt sur ONUCI FM ou les chaines... (étrangères) ». Donc le site de campagne du candidat Alassane Ouattara savait que Bakayoko allait faire ce qu'il a fait devant les chaînes étrangères. De plus, l'ONUCI est bel et bien présenté comme complice de ce qui allait arriver puisque la radio ONUCI FM apparait bien en première position...

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3- Le 1er décembre, EURONEWS donne ce Flash Info : "Côte d'Ivoire: Alassane Ouattara proclamé vainqueur de l'élection présidentielle par la commission électorale.". Cela semble anodin! Mais attention, Bakayoko a fait sa déclaration le 2 décembre et non le 1er décembre.

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Conclusion :
Alassane Ouattara, candidat de l'étranger, et ses soutiens avaient prémédités l'issue de ces élections dès après le premier tour ou même avant. Mais leur plan ne marche pas comme prévu et a conduit la Côte d'Ivoire dans l'impasse actuelle. Seule la vérité viendra à bout d'Alassane Ouattara, et elle a commencé à sortir. Tout doucement mais sûrement.

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Georges Gino (facebook - Georges Gino)
* Remerciement spécial a "Coolman Ivoire" pour sa vigilance et ses images. Tout le mérite est pour toi.

 

Source: TELEDIASPORA.NET

VIGILANCE, PATRIOTES IVOIRIENS! : L'OPTION MILITAIRE N'EST PAS ENCORE ECARTEE TOTALEMENT



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In Le Nouveau Courrier N°197 du 05 et 06 Février 2011 par NEA Kipré, Enseignant à l'Université de Cocody-Abidjan.


Les lampions viennent de s'éteindre sur le 16e sommet de l'Union africaine (UA). A ce sommet, les Chefs d'Etat africains ont pris leurs responsabilités en décidant de la création d'un panel de cinq (5) Chefs d'Etat représentant chacun une région africaine (Nord, Sud, Ouest, Est et Centre), pour évaluer, en vue d'un règlement pacifique, la situation de crise que vit la Côte d'Ivoire. C'est sûrement là une très bonne nouvelle pour toute l'Afrique en général, et pour la Côte d'Ivoire en particulier.

Toutefois, sans être un rabat-joie, je voudrais nous inviter à rester vigilants, car la perspective d'une guerre en Côte d'Ivoire n'est pas encore écartée totalement. Ma conviction vient de l'analyse qui suit.

1- Ce n'est pas l'UA qui fait la guerre à la Côte d'Ivoire

L'UA a écarté, disons-le tout net, l'option militaire, convaincue qu'elle est que cette option ne peut que produire ruine et désolation en Côte d'ivoire et en Afrique. Cela est vrai! Mais, est-ce l'UA qui fait la guerre à la Côte d'Ivoire et à Gbagbo? Je réponds par la négative. Si donc ce n'est pas l'UA qui fait la guerre, depuis septembre 2002, à la Côte d'Ivoire, l'abandon, par cette organisation, de l'option militaire n'est pas suffisant pour que les patriotes ivoiriens croient que cette option est écartée totalement.

De même, si la Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO) abandonnait l'option militaire dans la résolution de la crise en Côte d'Ivoire, cela ne serait pas encore suffisant pour croire que cette perspective est écartée totalement, car ce n'est pas la CEDEAO qui fait la guerre à la Côte d'Ivoire depuis 2002. D'ailleurs, souvenons-nous que la CEDEAO, par la médiation dirigée par feu le Président Eyadema du Togo, était sur le point de résoudre pacifiquement la crise ivoirienne, avec les négociations entre l'Etat de Côte d'Ivoire (délégation de Fologo), et les rebelles, lorsque le ministre des Affaires étrangères d'un pays lui a retiré l'initiative. Ce ministre a convoqué, à Paris, une table dite ronde qui a exclut l'Etat de Côte d'Ivoire, c'est-à-dire la partie attaquée, des pourparlers de paix. Nous en connaissons les résultats.

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Faisons même cette hypothèse d'école selon laquelle Soro et Ouattara décident de renoncer à la guerre destructrice de la Côte d'Ivoire. Cela ne serait toujours pas suffisant pour croire que la guerre est écartement totalement en côte d'ivoire; parce que ce n'est pas Soro et Ouattara, que je considère comme du menu fretin, qui font la guerre à la Côte d'Ivoire. Faut-il rappeler que Soro Kigbafori Guillaume, avant d'être dirigeant de la rébellion et d'occuper, à ce seul titre, le fauteuil de Premier ministre de Gbagbo qui voulait la paix, n'a jamais travaillé et donc n'a jamais perçu un salaire pouvant lui permettre l'acquisition d'un petit pantalon. Soro ne peut donc pas acheter, encore moins payer, les armes dont dispose sa rébellion. Quant à Ouattara, bien qu'il ait été fonctionnaire au FMI, Vice-gouverneur de la BCEAO pour le compte de la Haute-Volta, et Gouverneur de la même BCEAO pour le compte de la Côte d'Ivoire, il n'a pas une fortune capable de payer les armes que nous avons vues. Bien évidement, il s'agit, ici, d'une hypothèse d'école, car ni Soro, ni Ouattara n'abandonneront jamais la rébellion. S'ils osaient, le vrai commanditaire de la rébellion, celui qui a organisé et financé la rébellion, celui qui utilise Ouattara et Soro comme simples instruments, et qui a filmé tout ce qui s'est passé au nord, au centre et à l'ouest de la Côte d'Ivoire, au mieux, les traduirait devant le TPI, au pire, les liquiderait physiquement.

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2- C'est la France qui fait la guerre à la Côte d'Ivoire

Lorsqu'il y a assassinat par arme à feu, qui faut-il incriminer? L'arme ou la personne qui a appuyé sur la gâchette? Nous répondrions tous par : la personne qui a appuyé sur la gâchette. Ainsi donc, si Ouattara et Soro, Goodluck, Compaoré et consorts, ne sont que des instruments utilisés, par la France, de Chirac à Sarkozy, alors, nous devons reconnaître, comme nous l'a indiqué, depuis 2002, le syndicat national de la recherche et de l'enseignement supérieur (SYNARES), que c'est la France qui fait la guerre à la Côte d'Ivoire pour ses richesses. Or, cette France-là n'a pas encore renoncé à l'option militaire pour chasser Gbagbo du pouvoir, car Sarkozy ne veut pas se faire humilier par le président d'un petit pays, de surcroît un pays de nègres. Il voudra encore jouer son va-tout : assassiner le Président Gbagbo.

3- La France ne fait pas la guerre à la Côte d'Ivoire pour combler un déficit en élections

La guerre que livre la France depuis le petit matin du 19 septembre 2002 n'a pas pour objectif de combler un déficit en élections en Côte d'Ivoire. En effet, nous savons que, depuis l'indépendance de ce pays en 1960, et ce malgré le coup d'état de Guéi en 1999, la Côte d'Ivoire a organisé, régulièrement et à date constitutionnelle, des élections présidentielles jusqu'en 2000. La France ne fait donc pas la guerre au président de la Côte d'Ivoire parce que celui-ci refusait d'organiser une élection présidentielle. Elle fait la Côte d'Ivoire de Gbagbo parce que le président ivoirien refuse la suzeraineté de la France politique, et veut gouverner autrement la Côte d'Ivoire, en privilégiant la préférence nationale comme dans tous les pays. Il est donc jugé insoumis, impoli et intrigant. Et la France veut le remplacer par un homme lige, un président bien poli, un paillasson où elle peut essuyer ses pieds. La France a vu en Ouattara, une personne sans pays fixe, l'homme qu'il lui faut. Je rappelle, au besoin, que les rebelles, depuis l'aube de leur action destructrice, clament tout haut, par la voix de Koné Zakaria, qu'ils sont venus installer Alassane Dramane Ouattara au pouvoir.

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Mais alors, pourquoi la France s'obstine-t-elle à installer Ouattara au pouvoir en Côte d'Ivoire? Pour répondre à cette question, je fais l'hypothèse suivante. La France veut installer Ouattara au pouvoir en Côte d'Ivoire, ne serait-ce que pour quelques jours, afin de dater l'accord (le contrat) déjà signé par Ouattara sur la cession des richesses de la Côte d'Ivoire à la France, avec une clause qui interdit la modification du contrat avant une longue période (20 à 30 ans). Oui, c'est une suspicion légitime.


Source: LE NOUVEAU COURRIER

RESOLUTION DE LA CRISE IVOIRIENNE: 3 SCHEMAS POSSIBLES POUR LE PANEL CREE PAR L'UNION AFRICAINE



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Logo de l'Union Africaine (UA)


5 chefs d'Etat africains, dont les présidents mauritanien, sud-africain, burkinabé, tchadien, et tanzanien, se préparent à venir en Côte d'Ivoire pour tenter de trouver une solution à l'impasse politique née de l'élection présidentielle du second tour le 28 novembre 2010. A l'issue de sa 259è réunion tenue le 28 janvier 2011, le « Conseil de paix et de sécurité (Cps) » de l'« Union africaine » a en effet décidé de la mise en place de ce « groupe de haut niveau » qu'il a « mandaté pour évaluer la situation (post-électorale en Côte d'Ivoire ndlr) et formuler sur la base des décisions pertinentes de l'+ UA + et de la + Cedeao +, une solution politique d'ensemble ». Par Hamadou ZIAO.


Ce groupe, note le communiqué du « Cps », « conclura son travail dans un délai qui ne dépassera pas un mois, et ses conclusions, telles qu'elles seront entérinées par le + Conseil +, seront contraignantes pour toutes les parties ivoiriennes avec lesquelles elles auront été négociées ». Au- delà de cette vague définition de la mission du panel des 5 chefs d'Etat de l'« Ua », le détail de leur feuille de route reste encore du domaine de l'inconnu. Que viennent en effet faire le président mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz, qui pilote le panel, et ses autres pairs africains, dans le bourbier ivoirien ? Comment vont-ils s'y prendre pour aboutir à la solution politique d'ensemble souhaitée par le « Cps » ? Trois schémas se profilent à l'horizon pour la résolution de cette crise :


I)  L'AFFIRMATION DE LA LÉGALITÉ CONSTITUTIONNELLE

Le premier concerne la légalité constitutionnelle, celle qui consiste à vérifier si les textes qui régissent la tenue des élections et la proclamation des résultats en Côte d'Ivoire, ont été suivis comme cela se doit. La loi électorale ivoirienne indique globalement en effet que les élections sont organisées par la « Commission électorale indépendante (Cei) », qui en proclame les résultats provisoires. Quant aux résultats définitifs, qui consacrent le nouveau président élu dans ses fonctions, ils sont dits par le « Conseil constitutionnel », seul juge des élections. Cette haute juridiction est par ailleurs la seule capable d'apprécier les contentieux électoraux et les trancher. Ses décisions sont sans recours. Cette procédure a-t-elle été suivie dans le cadre du second tour des élections ? Si oui, qui en est le bénéficiaire ? Questions auxquelles le panel des chefs d'Etat devrait trouver des réponses. L'argument fort du camp Gbagbo réside dans ce processus légal de validation et de proclamation résultats des élections. On le sait, le candidat de « La Majorité Présidentielle (Lmp) » ne cache pas son attachement presqu'obsessionnelle, à la légalité constitutionnelle, au respect des lois, qui constitue le principe fondamental de la construction de la démocratie. « Ce qui se passe en Côte d'Ivoire est dû au fait que certains ne veulent pas respecter la loi », aime à répéter Laurent Gbagbo. Se mettant donc dans la posture de celui qui respecte et fait appliquer la loi, le président proclamé par le « Conseil constitutionnel », entend encore brandir les textes à la face du panel des chefs d'Etat africains. Son minsitre des Affaires étrangères, Alcide Djédjé, a déjà annoncé les couleurs. « Toute proposition qui ira à l'encontre de la + Constitution + sera rejetée. Il est clair que le président de Côte d'Ivoire s'appelle Laurent Gbagbo, tel que proclamé par le + Conseil constitutionnel +. Et c'est sur cette base que le panel va ouvrir les négociations », précise t-il dans des propos tenus à Addis-Abeba. Le camp Gbagbo attend donc que les chefs d'Etat africains explorent cette voie qui devrait, dans leur calcul, confirmer la victoire de Laurent Gbagbo.


II)  LA CONFIRLATION DU VERDICT DE LA CEI

Le deuxième schéma consistera à installer dans le fauteuil présidentiel, Alassane Ouattara, déclaré président par la « Cei » et reconnu par la grande famille de la « communauté internationale ». En effet, qu'il s'agisse de la « Cedeao », de l'« Union africaine » et de l'« Onu », tous sont d'accord et crient haut et fort que le président ivoirien s'appelle Alassane Ouattara. Le panel viendrait de ce fait, et comme l'a dit le président de la commission de l'« Ua », pour « amener Ouattara à exercer la réalité du pouvoir ». On devrait alors se passer des décisions du « Conseil constitutionnel », qui a proclamé Laurent Gbagbo président de Côte d'Ivoire. Faut-il le rappeler, Alassane Ouattara a été déclaré vainqueur, avec 54 % des résultats provisoires, par le président de la « Cei » Youssouf Bakayoko, à l'« hôtel du Golf », par ailleurs « Qg » du candidat Alassane Ouattara. Ces résultats ont été proclamés, alors que des incompréhensions entre partis politiques, avaient bloqué l'institution dirigée par M. Bakayokyo, l'empêchant de donner les résultats jusqu'à épuisement du délai qui lui est imparti par la loi. Tout compte fait, les élections ont été validées et les résultats du président de la « Cei » ont été certifiés par le représentant spécial du secrétaire général de l'« Onu », Young Jin Choi, qui a jugé le scrutin « globalement démocratique ». Il venait de donner ainsi toute la caution internationale à la vicoire d'Alassane Ouattara. Le communiqué du « Cps » de l'« Ua » a également réaffirmé cette victoire, confortant ainsi le camp Ouattara dans leur volonté de faire partir Laurent Gbagbo du pouvoir, y compris par la force. En clair, les pro-Ouattara perçoivent dans cette mission des 5 chefs d'Etat, la fin du régime Gbagbo. « Nous sommes parfaitement à l'aise car il s'agit de prendre des décisions qui permettront au nouveau président élu, le président Alassane Ouattara, d'exercer au plus tôt et pleinement ses pouvoirs », a déclaré Anne Ouloto, porte-parole d'Ado, en commentant l'arrivée du panel des chefs d'Etat.


III)  LE PARTAGE DU POUVOIR

A côté de ces deux pistes de solution, une troisième se dégage. Celle de couper la poire en deux. A l'évidence, il paraît difficile pour les 5 émissaires de l'« Ua » de venir en Côte d'Ivoire et demander à Laurent Gbagbo de quitter le pouvoir, alors qu'il a été investi par le « Conseil constitutionnel » ivoirien tel que prescrit par la « Constitution ». Autrement, ces présidents mandatés par l'« Union africaine », et qui ont leurs pays respectifs à gérer, auraient fait l'économie de ce séjour d'un mois, s'il s'agissait seulement de dire à Gbagbo de partir. Il paraît également impossible de prendre le contre-pied des décisions de la « Cedeao », de l'« Union africaine » et des « Nations unies », et ne pas reconnaître la victoire d'Alassane Ouattara. Le secrétaire général de l'« Onu », Ban Ki-moon a déjà prévenu à cet effet. « Pas de recomptage des voix, pas de partage de pouvoir ». C'est donc Ouattara ou rien, devrait-on en déduire. A l'analyse, M. Ban monte là les enchères, pour finalement faire triompher la position de son représentant spécial M. Choi. Faut-il appliquer la « Constitution » ou s'en tenir à la « certification » de l'« Onu » ? Les chefs d'Etat africains seront confrontés à ce dilemme. Mais pour eux, la préservation de la paix reste le défi à relever. C'est l'analyse que certains observateurs font du terme « solution politique d'ensemble » et « contraignante pour les deux parties ». La délégation du président Mohamed Ould Abdel Aziz va donc trouver le juste milieu. Une solution ni exclusivement constitutionnelle, ni exclusivement onusienne pourrait être prise, et imposée aux deux personnalités ivoiriennes qui se disputent le fauteuil présidentiel. Les idées convergent de plus en plus vers un « partage du pouvoir ». Il appartient donc au panel de l'« Ua » de trouver le mécanisme qui sied à la situation actuelle de la Côte d'Ivoire et maintenir la paix.


Source: NERRATI.NET

vendredi, 04 février 2011

HO HONTE, SARKOZY ! HO HONTE, COMPAORE ! HO HONTE, BAN KI MOON !

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L'on s'en souvient encore, c'est ainsi que la Première Dame ivoirienne, Madame Simone Ehivet Gbagbo avait hué l'ONU, la CEDEAO et la « communauté internationale », lors du grand meeting de mobilisation du CNRD (Congrès National de la Résistance et pour la Démocratie) dont elle est la présidente, au Palais de la Culture, à Abidjan, le samedi 15 janvier 2011, pour leur complot contre la Côte d'Ivoire. Nicolas Sarkozy, Blaise Compaoré et Ban Ki Moon, voici un bien triste trio ! De mémoire d'ivoiriens, jamais attelage n'aura été plus démoniaque, plus infernal et plus criminel à l'égard de la Côte d'Ivoire ! On ne sait sur la base de quel deal, mais ces « trois mousquetaires de la géhenne » sont en campagne pour casser de la Côte d'Ivoire.

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Nicolas Sarkozy, le suzerain rappelé à l'ordre

L'on se souvient encore de l'empereur Nicolas Sarkozy en partance pour l'Inde qui déclarait, dans son avion royal, ne reconnaître qu'un président élu sur les bords de la lagune Ebrié : Alassane Ouattara. Quelques temps après, sur la tribune de Bruxelles, perché sur ses ergots, il intimait l'ordre à Laurent Gbagbo et à son épouse (que vient-elle faire dans cette affaire ?), dans un ultimatum totalement surréaliste que retiendra l'histoire, de quitter le pouvoir dans les 48 heures. Cela fait plusieurs semaines, aujourd'hui. Laurent Gbagbo est bel et bien là ! A la même place. « Gbagbo pas bouger ! », martèlent les Ivoiriens qui disent à l'envie à quiconque se prend à rêver sur le départ du président qu'ils ont élu qu'ils n'ont aucunement l'intention de se laisser intimider. L'épouvantail fût-il Nicolas Sarkozy, président de la puissance française. Nous ne sommes guère impressionnés. Même si au Burkina Faso sont stationnés, par ses soins, des avions de guerre et des hélicoptères de combat, ainsi qu'à Bouaké des milliers de mercenaires de tout poil et de tout acabit, de barbouzes français et de soldats burkinabé, prêts à passer à l'action. Adepte qu'il est de la violence et d'une barbarie toute coloniale.

L'Afrique digne lui ayant dit son fait au récent sommet de l'Union Africaine, à Addis-Abeba en Ethiopie, c'est un Nicolas Sarkozy aplati et descendu de sa superbe qu'il nous a été donné de voir, évitant habilement de se prononcer, avec l'arrogance et la suffisance qui lui sont connues, sur le différend ivoirien, faisant en lieu et place l'apologie de la non violence et présentant une France irréelle, respectueuse de la souveraineté des Etats africains. Même si nous n'avons pas cru un mot de son laïus, nous nous réjouissons de l'impact qu'ont eu les mises en garde des gouvernements africains sur le suzerain de France. L'option militaire pour enlever Laurent Gbagbo du pouvoir a donc ainsi été fermement et définitivement écartée. Pour bien prendre la mesure de la déconvenue et de la déculottée d'Addis-Abeba, il est important de savoir que la presse française est restée quasi muette sur le discours de son hyper-président. Peu de mention en a été fait sur les télés françaises, d'habitude si prolixes quand il s'agit de la crise ivoirienne, si promptes à déblatérer des horreurs sur la Côte d'Ivoire et à nous passer en Une.

Cet homme a cru, en outre, nous faire mal en complotant avec ses sujets bas-ventristes de l'UEMOA pour mettre la Côte d'Ivoire sous coupe réglée financière et monétaire, de sorte à nous emprisonner dans un corset économique et nous contraindre ainsi à capituler. Par strangulation et étouffement. Mal leur en prit : l'UEMOA est aujourd'hui au bord du précipice, du gouffre financier, moins d'un mois seulement après le retrait forcé de la Côte d'Ivoire de la BCEAO. Il n'y a pas plus grande démonstration de la force de notre pays dans la sous-région. A malin, malin et demi ! Les conspirateurs ont aujourd'hui le bec dans l'eau. Et bien pris qui croyaient prendre. Que cela leur serve de leçon !

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Blaise Compaoré, l'âme damnée

Pour en venir à Blaise Compaoré, il faut le reconnaître, il n'y a pas homme d'Etat plus désolant dans toute l'Afrique ! Il est sans honneur, dénué de toute dignité, étranger à toute fierté. Voici un homme qui a aidé à brûler le Libéria et la Sierra-Leone, qui est, de près ou de loin, mêlé à toutes les crises ouest-africaines voire africaines, à tous les trafics mafieux de la sous-région (jusqu'à être exportateur de Café-Cacao, à la faveur de la crise ivoirienne, dans un pays qui n'a pas un pied de cacaoyer), attaché à des intérêts mercantilistes innommables et qui a plongé la Côte d'Ivoire, un pays frère voisin qui abrite au moins 3 millions de ses compatriotes, dans un désordre inqualifiable et une souffrance indicible depuis bientôt dix années, élu sans discontinuer depuis 23 ans à des scores soviétiques à la tête du Burkina Faso (le plus récent : 80,15%, le 25 novembre 2010, pour la quatrième fois consécutive) et qui veut nous donner des leçons de démocratie. Ci-devant facilitateur du processus de paix ivoirien commué sans transition aucune, par on ne sait quel coup de baguette magique, en déstabilisateur forcené et empressé, récemment reçu à l'Elysée pour être instruit des ordres du suzerain et qui a promis prendre très rapidement ses responsabilités militaires dans la crise postélectorale ivoirienne pour dégager le président réélu ivoirien, Laurent Gbagbo. Si ce n'était de vies humaines dont il était question, on en éclaterait presque de rire.

Cet homme est une honte pour l'Afrique entière. Rares auront été les valets de l'Occident et, singulièrement, de la Françafrique qui se seront révélés aussi bassement serviles et aussi aveuglément zélés que Blaise Compaoré, âme damnée de l'exécutif français et plus spécialement de Nicolas Sarkozy, après de bons et loyaux services rendus au déprimant Jacques Chirac. C'est avec raison que tous les Ivoiriens défenseurs de la République en péril, à travers les jeunes patriotes et leur leader Charles Blé Goudé, le récusent énergiquement comme membre du Panel de 5 chefs d'Etats africains devant évaluer (comme l'a toujours demandé le Président Laurent Gbagbo) le processus électoral ivoirien. Il n'est pas le bienvenu en Côte d'Ivoire et nous le lui ferons clairement sentir, le moment venu.

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Ban Ki Moon, « l'incompétent » notoire

Nous achevons notre randonnée scripturale avec le non moins sinistre et désolant Ban Ki Moon. Ci-devant Secrétaire Général de l'ONU le plus nul et « le plus incompétent que l'organisation ait jamais eu », dixit la Responsable des Audits du grand « Machin », il y a seulement quelques jours de cela. Les Ivoiriens pensaient être les seuls à le penser de cet affidé des cercles maçonniques, adepte des basses manœuvres et comploteur invétéré. La vérité vient de tomber. Implacable, impitoyable. De la bouche même de la spécialiste onusienne chargée de contrôler et d'évaluer la gouvernance du Sud-coréen.

C'est cet « incompétent » (le mot n'est pas de nous) qui a osé dire, lui qui n'est pas chef d'Etat - après que le sommet des chefs d'Etats africains ait décidé de la mise sur pied d'un panel de haut niveau pour évaluer l'élection présidentielle ivoirienne - dans une conférence de presse par lui accordée aux médias, à l'issue de la 16ème session des chefs d'Etats : « Procéder au recomptage des voix est une honte et une grande injustice faite à Alassane Ouattara ». Nous lui répondons que c'est plutôt lui qui fait honte à toute la Corée du Sud, un pays digne et travailleur, avec son sbire de compatriote Young Jin Choï de l'ONUCI et à l'humanité dans son entièreté, quand il est incapable de comprendre une chose aussi basique : dans le cas d'un litige électoral majeur comme celui de la Côte d'Ivoire, la meilleure chose à faire est le réexamen des documents électoraux. Il faut l'avouer, la vacuité des propos de Ban Ki Moon aura atteint des sommets à Addis-Abeba. Tout comme son « incompétence », d'ailleurs.

Au-delà de cette victoire apparente des Africains dignes sur les va-t-en-guerres de la Françafrique, les Ivoiriens doivent rester mobilisés, concentrés et vigilants jusqu'aux conclusions du Panel des chefs d'Etats africains - qui ne doivent être biaisées sous aucun prétexte ni sous aucune pression : attention au syndrome Youssouf Bakayoko ! - pour ne se laisser surprendre par personne et surtout pas distraire par les paroles mielleuses d'un Nicolas Sarkozy manipulateur, qui espère nous donner le change. Les Ivoiriens ne sont pas dupes. Ils savent parfaitement qu'il n'a guère renoncé à son projet militaire contre la Côte d'Ivoire. Nous sommes « krangba (callés) », comme dit (en noushi, argot local) la jeune artiste ivoirienne Nash, et nous l'avons bien à l'œil.

A bon entendeur..., salut !


Que DIEU bénisse la Côte d'Ivoire !


 

DINDE Fernand AGBO

LA FRANCE S'APPRETE A NOUS SERVIR PIRE QUE CHIRAC (Réédition)


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A lire, cet autre texte écrit le 28 avril 2007 et posté pour la première fois sur Regards croisés, le 24 mars 2008, et au sujet duquel les récents développements de l'actualité politique ivoirienne nous donnent raison. Appréciez, tout simplement.



Je vous envoie pour lecture l'intégralité du discours tenu par le Professeur Mamadou KOULIBALY, Président de l'Assemblée Nationale, sur la tribune de la Caravane de la Paix, qui a connu son apothéose le Samedi 21 Avril 2007, au complexe sportif de Yopougon Selmer, à Abidjan.

A la vérité, quand j'ai achevé la lecture de ce brillant speech, j'ai été gagné par le sentiment diffus et confus que la crise ivoirienne est loin d'être finie et qu'elle risque de rebondir de la pire des façons.
Qu'est-ce qui me fonde à le dire? Les termes du Pacte colonial scellé par la France avec les Chefs d'Etat africains, dont le Président Mamadou KOULIBALY a élucidé, en des termes accessibles à tous, deux dispositions totalement amorales:

1- « La première disposition dit que le pouvoir que le Chef de l'Etat français donne à un Président africain, c'est juste un pouvoir de délégation, pour représenter sur le territoire africain, la volonté de celui qui gère l'Elysée, à Paris ». En un mot, la France ne nous considère pas comme des hommes indépendants. C'est écrit et signé.

2- « La deuxième disposition de ces accords qui sont encore valables aujourd'hui, dit que dans ce pays (la Côte d'Ivoire), toutes les richesses que l'on peut trouver, que ce soit de l'or, du diamant, de l'uranium, quelle que soit la matière, c'est D'ABORD la propriété de l'armée française, donc du gouvernement français ».

Et bien d'autres choses encore que je vous laisse le soin de découvrir. Avec effarement.
Toutes choses qui me font dire que si Sarkozy est élu au deuxième tour de l'élection présidentielle française, nous ne seront pas sortis de l'auberge. Pourquoi?

Premièrement, SARKOZY tient un discours (ultra)nationaliste (immigration choisie, identité nationale) sans s'affranchir, pour autant, du Pacte colonial et de la Françafrique, au contraire de Jean-Marie LE PEN. Dont le mauvais score, du reste, réjouit moins les Africains que le bon score de SARKOZY ne les abat. Quel paradoxe!
Les Ivoiriens pourraient donc avoir droit aux coups redoublés d'un eugéniste (partisan de la catégorisation et de l'épuration raciale) et d'un colon sorti tout droit de la féodalité la plus achevée du 18ème siècle, dans ses pires archaïsmes. Je pèse bien mes mots. Je me méfie grandement de cet homme devant qui les français tombent en extase! Ce qui est loin d'être une consigne de vote en faveur de Ségolène ROYAL, même si elle passe pour être le moindre mal, dans cet authentique film d'horreur.

Deuxièmement, SARKOZY est issue du noyau le plus dur des milieux maçonniques français. A ce titre, il va concentrer entre ses mains des pouvoirs financiers, médiatiques, politiques et ...spirituels effrayants qui feront, immanquablement, de lui un dictateur des temps modernes, digne rejeton de la pire oligarchie ultralibérale de France et de la mafia françafricaine la plus hystérique, la plus rance et la plus nauséeuse. J'en ai même des sueurs froides pour la France elle-même. Si elle investit cet homme à la mi-Mai, son déclin sera désormais imparable.

Troisièmement, SARKOZY est issue d'une famille d'émigrés. Ce qui a fait dire à LE PEN qu'il n'a pas une goutte de sang français dans les veines. De la hauteur vertigineuse du piédestal où il est parvenu à se hisser par la force de ses poignées et par son intelligence ( je dirais plutôt sa ruse, son opportunisme) politique, je sens planer, de façon confuse et insidieuse, l'ombre menaçante d'un royaliste surfait (il se veut plus français que les français) qui va mener une vie infernale aux autres émigrés et immigrés, en France, sans pour autant coller la paix à l'Afrique dont les ressources doivent l'aider à relever une France en déclin.
Ne voudra t-il pas au nom de l'amour qu'il porte à "cette France qui lui a tout donné et à laquelle il veut tout donner, à son tour", lui rendre la Côte d'Ivoire? Mains et pieds liés si nécessaire?
Vu sous cet angle, SARKOZY risque de voler la vedette à Super Menteur, au grand CHIRAC himself, grand colon devant l'Eternel.
Rien qu'à y penser, j'en ai des crispations.

Dans la même veine, la présence de WATTAO, en France, actuellement (officiellement pour raison de santé) et l'apathie à peine voilée des deux leaders que sont ADO (dont SARKOZY est le parrain de mariage. Mauvais présage) et BEDIE pour les magnifiques résultats du Dialogue direct, ne m'inspire rien qui vaille.

Au total, Ivoiriens, célébrons certes la paix "retrouvée" entre nous, mais gardons un œil grand ouvert sur la Chiraquie , pardon la Sarkozie. Les jours à venir ne s'annoncent pas chantants.

Que DIEU vous bénisse, tous, et que DIEU garde et bénisse la Côte d'Ivoire.


DINDE Fernand AGBO

 

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Quotidien Le Temps N° 1201 du 23 avril 2007


Réunification, identification, élections / Mamadou Koulibaly à Guillaume Soro : "Adoptez la cadence du Président de la République".


Le professeur Mamadou Koulibaly, Président de l'Assemblée nationale a trouvé tribune, le samedi dernier, à l'apothéose de la caravane de la paix, pour exprimer le vœu des Ivoiriens, susceptibles d'aider le Premier ministre Guillaume Soro à réussir sa mission. C'était au complexe sportif de Yopougon.

« Je rends gloire à Dieu le Tout-puissant qui nous a donné cette occasion aujourd'hui, de nous retrouver, ce 21 avril 2007, pour nous parler. Je rends gloire à Dieu, parce que ce jour, est mon jour anniversaire. Je me tape mes 50 ans et je pense que c'est avec beaucoup d'émotion que je franchis cette étape. On ne dira plus maintenant qu'il est jeune. Je suis entré dans la catégorie des vieux. Je suis donc un doyen, puisqu'il y a Charles Blé Goudé et vous tous pour la relève. Merci Seigneur, merci à chacun d'entre vous.

Madame la Première Dame, quand Charles Blé Goudé m'a fait part de son projet d'organiser une caravane de la paix, j'ai donné mon accord, j'ai soutenu, j'ai appuyé. Parce que c'était une bonne initiative, de mon point de vue, pour amplifier ce que le Président de la République, lui-même, avait commencé à Abidjan, depuis trois ans maintenant. Il a lancé une campagne de paix. Il a dessiné lui-même les T-shirts de la paix, il a fait rédiger une charte de la paix, il a fait produire des casquettes, des pins et différents types de documents pour sa campagne de paix. Elle a été menée dans le District d'Abidjan. Et je voudrais sincèrement féliciter Charles, parce qu'il a assisté à deux meetings à Anyama et à Abobo. Après ça, il m'a dit : " président, moi je vais foncer sur les autres villes. Est-ce que c'est une bonne idée ? " Je lui ai dit : " si ça ne tient qu'à toi, c'est une très très bonne idée. Il faut aller parler aux gens. On verra ". Tu l'as fait, c'est très bien. Le résultat est là. Bravo à Charles Blé Goudé, bravo à tous les jeunes patriotes, bravo au COJEP, bravo à l'Alliance, bravo aux parlement et Agoras, bravo à tous les vieux, toutes les vieilles, tous les jeunes qui ont fait le déplacement, pour répondre à cet appel.

Les échos sont très favorables, partout où vous êtes passés avec la caravane. Les Ivoiriens se sont sentis soulagés, ils se sont sentis heureux, ils se sont sentis réconciliés, ils se sont sentis plus proches, les uns des autres. Et puis, en réalité, ils ont découvert qu'ils ont tous été trompés. Merci pour l'accueil que vous avez réservé à la caravane, partout où elle est passée.
A partir de ce soir, la caravane ne s'arrête pas. Elle va continuer au-delà d'Abidjan, au-delà des zones gouvernementales ; il faut anticiper le mouvement, il faut accompagner le mouvement, il faut parler à vos parents et amis qui sont de l'autre côté, pour qu'ils comprennent bien de quoi il s'agit.

Madame la Première Dame, en acceptant de venir, je me suis dis que Seydou Diarra avait un handicap sérieux. Il n'a pas voulu compter sur nous, il n'a pas voulu compter avec nous, il n'a pas voulu compter avec la Côte d'Ivoire. Il a été nommé à Paris. Il a accepté sa nomination, il est venu, il a voulu travailler. Mais au lieu de travailler pour nous, il a voulu travailler contre nous et vous vous souvenez ce qui est arrivé. Nous avons dit non et chacun sait ce qui est arrivé. Charles Konan Banny est arrivé de la même façon. Sa première réaction a été de dire : " Je dissous la représentation nationale ". Vous avez dit non. Et Dieu seul sait ce qui a suivi. Il y a eu mort d'hommes, destruction de biens, perte de confiance et de valeurs. Moi j'ai accepté, parce que le Président de la République nous a demandés à tous, d'aider Guillaume Soro à réussir sa mission. Konaté Siriki vient de dire qu'il faut que nous aidions le Premier ministre à réussir sa mission. J'aimerais dire à Konaté Siriki que la manière dont a été nommé Soro Guillaume exige que nous l'aidions nécessairement. Contrairement aux autres Premiers ministres, qui venaient s'opposer au Président de la République, cherchant un pouvoir alors qu'ils l'avaient, cherchant un poste alors qu'ils étaient installés dans le fauteuil, le Président Gbagbo a demandé que l'on puisse aider Guillaume Soro. J'aurais été mal à l'aise de le faire, si vous-mêmes ici, vous ne l'aviez pas renouvelé. Merci d'être venu à ce meeting. Je ne sais pas si le public a remarqué que Siriki Konaté est arrivé sans garde du corps ONUCI. Il a fait confiance aux patriotes ivoiriens. Je lui ai demandé s'il n'avait pas de crainte. Il m'a dit rien du tout, il se sent assuré et je lui ai dit : " Là où nous allons, vous serrez rassuré. Ne vous en faites pas". Siriki, vous êtes là, les jeunes vous applaudissent et je pense que c'est une bonne chose.

Vous savez, notre pays, la Côte d'Ivoire est un tout petit pays en Afrique avec 322 000 km2. Lorsque nous avons pris l'indépendance, l'ancienne puissance coloniale n'a pas jugé utile de nous considérer comme des hommes indépendants. Elle a considéré que nous étions des esclaves sur un territoire qu'elle a conquis en Afrique. Au moment de l'indépendance, de Gaulle nous a fait signer des papiers. Je vous invite à lire ces papiers. Dans ces papiers, il y a deux dispositions qu'il faut que vous rapportiez à vos amis à Bouaké. La première disposition dit que le pouvoir que le chef de l'Etat français donne à Président africain, c'est juste un pouvoir de délégation, pour représenter sur le territoire africain, la volonté de celui qui gère l'Elysée à Paris. Nous avons appelé cela indépendance, parce que nous n'avions pas le choix. Il fallait quelque chose pour sortir du joug colonial. Nous avons pris la première solution qui s'est présentée. Mais en réalité, comment admettre qu'ici, pour construire la route Tingréla-Odienné, le Président soit obligé d'appeler d'abord, de Gaulle, Pompidou, Mitterrand, Chirac, pour demander son avis. Si le Président français dit non, ça ne se fait pas. S'il dit oui, ça se fera avec son nom que cette route portera, comme nous avons ici, le boulevard Giscard d'Estaing, le boulevard Mitterrand, le pont Général de Gaulle et je ne sais plus quelle autre avenue dans notre capitale.

La deuxième disposition de ces accords qui sont encore valables aujourd'hui, dit que dans ce pays, toutes les richesses que l'on peut trouver, que ce soit de l'or, du diamant, de l'uranium, quelle que soit la matière, c'est d'abord la propriété de l'armée française, donc du gouvernement français. Nous avons signé cela. Quand le Président Gbagbo était dans l'opposition, nous nous sommes engagés à rompre avec ce type de relation que nous avions avec la France. Quand il est arrivé au pouvoir, il a mis ce schéma en application.

Malheureusement, nous n'avons pas eu d'oreilles attentives à Paris. Nous avons tout fait, nous avons expliqué que nous ne cherchions pas à chasser les Français de la Côte d'ivoire. Mais nous cherchions simplement à être nous-mêmes, à nous gérer nous-mêmes, à élire notre Président nous-mêmes, à être propriétaires de nos matières, nous-mêmes et puis à acquérir notre dignité. Personne n'a voulu nous écouter. Quand la rébellion a éclaté, vous ne le saviez pas, ils sont venus nous voir une première fois. Ils nous ont dit : " Si vous nous faites un petit cadeau, on vous débarrasse des rebelles tout de suite". On leur a cédé le terminal à conteneurs, ils n'ont rien fait. Je ne sais ce qu'ils vous ont dit de l'autre côté, mais ils sont venus nous dire : " Monsieur le Président, si vous nous renouvelez le contrat sur l'électricité, on vous appuie à l'ONU et vous verrez. Les résolutions qui vont sortir vous seront favorables. Nous avons suivi. Ils n'ont rien fait. D'ailleurs, quand ça été signé, le nouveau discours qu'ils ont cultivé à l'Onu, c'est une transition sans Gbagbo. Mais pendant que nous faisions cela, les bonshommes nous faisaient payer notre facture d'eau et d'électricité. L'argent (plusieurs milliards de francs) du budget de l'Etat que nous avons utilisé pour gérer cette crise, auraient pu nous permettre d'investir pour construire un nouveau barrage électrique, on ne l'a pas fait. Ça aurait pu nous permettre de construire de nouvelles turbines électriques, on ne l'a pas fait. Ça aurait pu nous permettre d'investir pour accéder à de nouvelles nappes phréatiques pour tirer de l'eau pour Abidjan et les villes. On ne l'a pas fait. Aujourd'hui, nous sommes dans le délestage, l'eau courant manque dans les quartiers d'Abidjan. La guerre ne nous arrange pas du tout ! Qu'on soit à Aboisso ou à Tingréla, à Touba ou à Bouna, elle ne nous arrange pas, elle ne nous a pas arrangés du tout. Mais pendant ce temps, eux on fait leur argent.

M. Konaté, nous avons un accord monétaire avec la France. Est-ce que vous savez que nos devises en dollar, en yen, en deutschemark, sont déposées au trésor public français. C'est cet argent qu'ils font fructifier, ils dépensent comme ils veulent et quand on a des problèmes, ils nous envoient quelques milliards que nous partageons entre pays francophones de cette zone monétaire. Ils présentent cela comme de l'aide, alors qu'en réalité, c'est notre sueur, déposée dans leur trésor, qu'ils détournent et nous font croire qu'ils nous aident. Pendant que vous, à Bouaké, et nous à Abidjan, nous sommes en train de nous chamailler, les bonshommes nous pompent notre fric, nous pompent notre dignité, richesse et en définitive, nous pompent notre vie entière. Nous restons tous appauvris, les jeunes ne vont pas à l'école, les enfants sont malades, les maternités manquent, les routes se dégradent, les hôpitaux sont dans de mauvais états, au Nord comme au Sud.

Monsieur le porte-parole, il faut transmettre aux populations de Bouaké et d'ailleurs, que notre problème à nous, n'était pas avec les populations de là-bas. Si vous avez écouté tous les discours de Blé Goudé, de Mme Gbagbo et tous les discours des jeunes patriotes, en aucun moment, ils n'ont insulté les populations de l'Ouest, de l'Est, du Centre. Bien au contraire, tous, nous avons montré l'agresseur de la main : Jacques Chirac, la France et le reste. Il faut donc être à l'aise ici. Ça dépendrait de moi, vous pourriez vous promener à Abidjan, sans garde ONUCI. Ce qui compte pour nous, c'est la prise de conscience collective que nous avons, qu'il est temps maintenant que nous arrêtions le gâchis. Il est temps que nous prenions notre pays, que nous le soignions et que nous le fassions avancer.

C'est dans ce contexte que je me permettrai de donner quelques pistes au Premier ministre Guillaume Soro. Parce que d'une part, vous avez souhaité que nous l'aidions, d'autre part le Président de la République a souhaité qu'on puisse l'aider. Et lui-même s'est dit engager dans le processus. Et puis, quand on m'a dit que j'étais invité et que vous serriez-là, j'ai pris le soin de parler aux Ivoiriens, de parler aux patriotes, pour essayer de savoir qu'est-ce que Mamadou Koulibaly peut faire pour aider le Premier ministre de Laurent Gbagbo. Ils ne sont pas tous là. Blé Goudé et l'Alliance sont là, pendant qu'Eugène Djué est en meeting à Tiébissou. D'autres sont ailleurs. Ils m'ont dit plusieurs choses en vrac. Ils ont dit : " Faisons en sorte que ce Premier ministre ne termine pas son mandat comme ces prédécesseurs". Et pour cela, ils m'ont dit : "Monsieur le Président, si vous pouvez dire à Guillaume Soro ou à ses représentants qui seront là, de faire encore un tout petit effort". Ils disent que dans le discours du Premier ministre, il a demandé pardon aux Ivoiriens. C'est vrai, c'est bien. Il a demandé pardon en tant que Premier ministre de tous les Ivoiriens, au nom de tous les Ivoiriens. C'est bien, c'est bon.

Mais eux auraient voulu quand-même que Guillaume Soro demande pardon, non pas en tant que Premier ministre, parce qu'à ce titre il n'a encore rien fait aux Ivoiriens. Mais qu'en tant que Secrétaire général du MPCI, il demande pardon aux Ivoiriens. Ils sont d'accord pour ça et le souhaite vivement, ils le veulent, ils le désirent. Ils m'ont dit d'ajouter que dans son discours, il a dit que depuis quelques années, nous nous sommes mesurés, nous nous sommes injuriés, nous nous sommes battus, nous nous sommes tués pour une situation sans résultat. Les patriotes ivoiriens disent d'expliquer qu'en réalité, il y a deux résultats au moins. Le premier, c'est que pendant qu'on se battait, le chômage augmentait. Pendant qu'on se battait, le pays était détruit. Vous qui êtes là-bas dans le nord, vous savez très bien de quoi je parle. La situation est catastrophique. Nous sommes ici, au sud, nous savons très bien de quoi nous parlons. La situation est catastrophique. Il n'y a pas eu de guerre à Vridi, mais les usines ont fermé. Il n'y a pas eu de guerre à Yopougon, mais les usines dans la zone industrielle ont fermé. C'est un résultat, même s'il est négatif. On l'accepte et on dit ça suffit. On ne le fait plus. Mais il y a un autre résultat qu'ils m'ont demandé de vous signaler pour porter cela au Premier ministre. Il y a le fait que vous soyez ici. C'est parce que nous nous sommes battus, injuriés, entre-tués que nous avons fini par prendre conscience qu'au-delà de nos préoccupations tribales, mesquines, régionales, il y a quelque chose au-dessus qui s'appelle la nation ivoirienne, qui s'appelle la Côte d'Ivoire et qui nous commande tous. Et c'est au nom de la Côte d'Ivoire que, vous et Blé Goudé, vous vous tenez la main ici, que vous faites des accolades à Mme Simone Gbagbo, que vous serrez la main de Mamadou Koulibaly. C'est une prise de conscience de la nation qui est aujourd'hui, le capital, le plus grand, qui nous reste après cette crise. Le mauvais résultat, on le prend, on va le corriger, mais il y a un bon résultat. C'est que nous avons pris conscience que ce pays nous appartient et que nous n'avons pas le droit de le détruire, parce que les générations suivantes arrivent, les générations futures arrivent. Et elles ne devienent pas grandes d'un coup. Ce sont des enfants qui naissent, qui grandissent et puis dans le fil de leur cycle de vie, s'il n'y a que malheur, il n'y a que difficultés, nous finissons par fabriquer des citoyens de mauvais niveau, dégradés qui ne peuvent pas construire un pays. Ils m'ont dit de signaler cela. Il y a résultat : un bon et un mauvais. Ils m'ont demandé de vous suggérer de dire au Premier ministre que dans son discours, il a présenté des objectifs qui sont bons. Il a dit premièrement : l'identification des populations avec ce que cela contient, enrôlement sur les listes électorales. Il a dit deuxièmement : la réunification de la Côte d'Ivoire. Les patriotes ici, disent que c'est bon et que c'est bien.

Troisième objectif : il a dit les élections. Vous venez d'en parler. C'est bon, c'est bien. Mais ceux que j'ai consultés m'ont dit de vous suggérer que cette trame ressemble à ce que Seydou Diarra et Banny voulaient faire : identifier, réunifier, aller aux élections. Même si ces objectifs sont bons, il faut cependant remodifier l'ordre de présentation. L'objectif n°1, c'est la réunification de la Côte d'Ivoire, avec son cortège de disparition de la zone de confiance, le désarmement, le redéploiement de l'administration etc. objectif n°2 : pas de problème, identification des populations avec les listes électorales qui suivent. Objectif n°3 : on va aux élections. Les gens que j'ai consultés m'ont dit de vous suggérer que si le Premier ministre, conformément aux actes qui ont été posés dernièrement à Tiébissou et dans la zone de confiance, remettait ces objectifs à l'endroit en commençant par la réunification, il aurait plus de chance de réussir, qu'en restant dans le schéma que Seydou et Banny avaient suivi. C'est un schéma qui conduit souvent à des blocages. Or, personne ne souhaite aujourd'hui que le processus soit bloqué. Vous avez entendu tout le monde crier : " On veut la paix ! On veut la paix ! ". Ils m'ont suggéré de porter la réflexion ici, sur l'idée que le Premier ministre dit dans son discours qu'il faut que nous sortions du fétichisme des dates. Vous avez écouté, beaucoup de gens ont interprété cela comme si le Premier ministre disait : " Vous savez, 10 mois ne vont pas suffire, on va aller plus loin ". Alors que ce n'est pas ce qu'il voulait dire.

Le temps nous est compté. Nous avons 46 ans d'indépendance, nous sommes encore pauvres. Nous avons 13 ans de succession d'Houphouët-Boigny, nous ne sommes pas encore arrivés à régler les problèmes. Nous avons 8 ans après le coup de Robert Guéi, nous sommes encore dans les séquelles. Nous avons 7 ans de pouvoir de Laurent Gbagbo avec toutes les difficultés que nous avons et nous avons 5 ans de crise quand-même aigüe avec un pays balafré. Les gens que j'ai consultés m'ont dit que si le Premier ministre dit de sortir du fétichisme des dates, il faudrait qu'il explique aux Ivoiriens que ça ne signifie pas qu'on va s'attarder, qu'on va piétiner, qu'on va traîner le pas, qu'on ne va pas avancer. Parce que les gens vont interpréter cela comme des astuces politiciennes, comme un jeu pour dribbler, pour feinter, comme du blocage. Or, ce n'est pas du tout cela que nous souhaitons. Si derrière le fétichisme des dates, il veut dire qu'il ne faut pas le bousculer pour avancer, peut-être, mais le Président de la République avance. Vous avez vu comment il avance. C'est la première fois, depuis qu'il est au pouvoir, qu'il permet à un de ses Premiers ministres de présider un Conseil des ministres. Il ne l'a pas fait pour Affi N'Guessan, il ne l'a pas fait pour Seydou, il ne l'a pas fait pour Banny. Il l'a fait pour Soro, sans que Soro ne le demande. C'est un signe que le Président de la République est pressé. Même s'il dit « allons doucement », il donne le rythme, il donne la cadence. La zone de confiance est détruite. Le Premier ministre n'a qu'à serrer ses baskets et suivre le rythme. Qu'il laisse de côté le fétichisme des dates. " Le temps est un autre nom de Dieu ", dit le Président de la République. Il faut déifier ce temps, il faut y croire. On n'en a pas suffisamment. Il faut aller vite. Parce que beaucoup de gens ici se demandent si Soro ne va pas changer encore, si les élections françaises finissent. Il faut leur donner tort. Il faut adopter la cadence et la rythmique du Président de la République et vous verrez que toutes ces forces que vous voyez ici, vont se coaliser pour vous soutenir et avancer. Voilà les messages qui m'ont été donnés pour vous, en tant que porte-parole, pour que vous puissiez les transmettre à vos camarades.

Au-delà de ses messages, je suis venu avec quelques cadeaux pour vous. Il faut que vous les acceptiez et les emportiez. C'est du fond du cœur. Il y a là-dedans, tous les objets que le Président de la République a confectionnés pour sa campagne de la paix, dont la séance d'aujourd'hui fait partie. Il faut aller à la paix maintenant, c'est Gbagbo qui le dit...".


Propos recueillis par Frimo D. Koukou

 

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