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mardi, 19 octobre 2010

DES PISTES POUR COMBATTRE LA CYBERCRIMINALITE EN COTE D'IVOIRE

 

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Chers tous, la cybercriminalité en Côte d'Ivoire est une préoccupation majeure. J'en ai fait un sujet de recherche et d'étude sociologique dans le cadre de ma formation de Conseiller d'Education Permanente. Je vous livre, ici, le résumé de mes investigations. Plus bas, en WORD, le contenu de mon mémoire.

 

Dans le cadre de notre mémoire de fin de formation, nous avons choisi de travailler sur le thème « Contribution à la lutte contre la cybercriminalité des jeunes et celle les visant, dans les communes de Marcory et de Treichville, le cas des quartiers Anoumabo Sans-fil et Remblai, Arras et Belleville ». La préoccupation majeure étant de répondre à la question de recherche suivante : «Comment lutter plus efficacement contre la cybercriminalité des jeunes et celle les visant, en Côte d'Ivoire ?».

Pour se faire, les objectifs opérationnels suivants ont été assignés à la présente étude : décrire les rapports des jeunes avec la navigation sur Internet et la cybercriminalité ; identifier les facteurs psychosociaux qui les amènent à établir, maintenir ou entretenir ces rapports et ceux qui les disposent potentiellement à être des victimes de la cybercriminalité ; identifier les actions pouvant permettre aux pouvoirs publics ivoiriens de faire baisser le niveau de la cybercriminalité des jeunes et de celle les visant ; proposer des solutions et un plan d'action pour une lutte efficace contre la cybercriminalité, en Côte d'Ivoire.

Dans une première étape, nous avons fait l'état de la question et effectué une revue de littérature en rapport avec le thème et la question de recherche. Ensuite, les informations recensées nous ont permis de bâtir nos instruments d'investigation.

Le questionnaire nous a permis de recueillir les données auprès d'un échantillon de 231 enquêtés, composé de 209 jeunes internautes, 20 gérants de cyberespaces des communes de Marcory et de Treichville et de 2 autorités administratives concernées par la question cybercriminelle. Leur analyse révèle que 53,59% des répondants ont Internet pour loisir préféré et 68,90%, s'y connectent tous les jours. A 53%, ils ont pour sites de prédilection les sites de recherche et les sites de rencontres. 45,58% des répondants font des rencontres amoureuses sur Internet et à 42,70% d'entre eux, ces rencontres rapportent de l'argent. 31,58% pratiquent le « broutage », le « formate » ou les deux à la fois ; pour 44,98% des répondants, c'est l'attrait du gain facile qui est la raison principale des pratiques délictueuses des jeunes sur Internet. 50,72% des répondants, ne voient aucune valorisation des jeunes en rapport avec la pratique du « broutage » ou du « formate » et pour 52,15% des enquêtés, ces pratiques constituent une mauvaise action. Néanmoins, 51,20% pensent que ces pratiques rendent les jeunes utiles à leurs familles et à la société et pour 59,81%, elles sont une chance de devenir financièrement indépendants. 82,78% des internautes enquêtés sont pour l'abandon par les jeunes de ces pratiques illicites et 76,08%, prêts à s'engager dans une action de lutte contre la cybercriminalité. 80,86% des répondants sont favorables à l'introduction de l'éducation à la navigation dans les programmes scolaires et 73,21%, à l'interdiction et la répression des pratiques cybercriminelles par l'Etat de Côte d'Ivoire.

Aussi, pour nous inscrire dans cet élan, nous avons suggéré des actions principalement fondées sur la sensibilisation - par l'information, l'éducation et la communication - et la répression. L'Etat devra mettre en place un cadre législatif et réglementaire approprié, créer une police spéciale des cyberespaces et de la cybercriminalité, mettre sur pied une plate-forme multisectorielle et interministérielle de veille, de concertation et de collaboration et introduire l'éducation à la navigation à l'école, dès le cycle primaire, dans l'enseignement général, technique et professionnel. Relativement au fonctionnement des cybers, il devra prendre des textes engageant la responsabilité pénale des propriétaires et des gérants de cyberespaces laxistes et leur imposer la tenue rigoureuse d'un registre de fréquentation. Le ministère des NTIC devra instaurer dans les cybers un cahier de charges à observer strictement et mieux équiper et structurer le CICERT. Le Ministère chargé de la jeunesse devra créer une direction technique opérationnelle chargée de la question de la cybercriminalité des jeunes et de celle les visant et mener des actions de sensibilisation de grande envergure dans les communes, en collaboration avec les unions, organisations et associations de jeunesse. Le Ministère de l'Education Nationale rendra effective l'éducation à la navigation à l'école et interpellera les parents des élèves cybercriminels. Les parents, eux, devront surveiller et suivre la vie d'internautes de leurs enfants, et les jeunes, s'investir dans la sensibilisation de leurs amis et la création d'associations de lutte.

 

DINDE Fernand AGBO

 

Mon mémoire:

Pour l'obtenir en intégralité, bien vouloir m'écrire à cette adresse: dindefernand2@yahoo.fr

Ou l'acheter directement en ligne: ICI

MA PREMIERE IMPRESSION A MI-PARCOURS DE LA CAMPAGNE ELECTORALE PRESIDENTIELLE

 

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Depuis bientôt une semaine, la Côte d'Ivoire vit au rythme de la campagne électorale présidentielle. A travers des projets de société et des programmes de gouvernement aussi novateurs et audacieux les uns que les autres, les candidats au scrutin du 31 octobre 2010 rivalisent d'ardeur, d'idées et d'arguments pour rafler le plus de suffrage des ivoiriens.

A l'analyse et au regard des premières sorties de tous les postulants au fauteuil présidentiel ivoirien, nous nous sommes sentis fier de notre peuple. Tant les idées sont pertinentes et les solutions proposées remarquables. A un premier niveau d'appréciation, nous pensons que tous les candidats semblent bien savoir ce qu'ils veulent pour leur pays et nous nous en félicitons, après avoir écouté dame Lohouès Oble, Félix Akoto Yao, Gnamien Konan, Pascal Tagoua, Tohou Henri, Dolo Adama, Francis Wodié, Alassane Ouattara, Laurent Gbagbo et j'en passe. Ils ont été tout simplement brillants et donnent quelquefois envie de changer de candidat... Bref !

La seule fausse note à ce niveau est l'entrée on ne peut plus maladroite du PDCI-RDA, à travers l'adresse de son candidat, le Président Aimé Henri Konan BEDIE qui, le samedi 16 octobre sur les antennes de la RTI, plutôt que de s'atteler à dérouler son programme de gouvernement et son projet de société comme les autres, s'est englué dans l'entreprise stérile de s'attaquer à la Refondation et à faire un appel à témoignages aux ivoiriens pour recueillir des faits et récits dévoilant ou soulignant la précarité de leur vie, depuis l'arrivée des Refondateurs ( ?).

Que la Refondation soit condamnable pour ses manquements, tous les ivoiriens le savent déjà ; mais si nous voulons être justes et équitables dans notre jugement, il nous faut lui accorder au moins le bénéfice de l'indulgence (ce qui est d'ailleurs déjà fait), en raison de la guerre qui lui a été injustement faite. Jusqu'à preuve du contraire, aucun leader politique ivoirien, en dehors du Président GBAGBO, n'a eu à gérer la Côte d'Ivoire en état de guerre. En d'autres temps et dans d'autres circonstances (notamment avant la campagne électorale), une telle initiative aurait été compréhensible. Mais le faire maintenant, en pleine campagne présidentielle, c'est desservir gravement le PDCI-RDA. Puisque donnant la preuve qu'Henri Konan BEDIE est un leader à la rancune tenace, incapable d'élévation, et qu'il faudrait craindre comme la peste qu'une fois élu président, le « châtieur » s'engage dans une périlleuse chasse aux sorcières qui replonge la Côte d'Ivoire dans la violence. Soit dit en passant, ce n'est pas Laurent GBAGBO qui l'a éjecté du pouvoir en 1999. Cela, il ne doit pas au moins l'oublier et éviter de faire des amalgames.

Henri Konan BEDIE aurait pu valablement soigner son image en exposant magistralement son projet de société pour la Côte d'Ivoire, qui du reste, n'est pas le moins brillant des projets de société actuellement en promotion, loin s'en faut. Mais que nenni ! Il a fallu qu'il s'affiche sur ce tableau dégradant. Dommage pour le seul mentor capable d'égaler le candidat Laurent GBAGBO ! On ne peut obliger personne à être grand. Etre grand est un état d'esprit, une nature. Ainsi est faite la vie !

Nonobstant la qualité des programmes de gouvernement et des projets de société de nos candidats à l'élection présidentielle, il y a une cause qui transcende toutes les autres : la libération et l'affranchissement politique, économique et monétaire de la Côte d'Ivoire du joug impérialiste de la France. Sans ce préalable, tout développement et toute émergence véritables de notre pays, ainsi que toute lutte efficace contre la pauvreté, seraient une vue de l'esprit, un leurre. Et jusqu'à preuve du contraire, le seul leader politique ivoirien qui a déjà prouvé qu'il peut être le fer de lance de cette lutte, c'est le candidat GBAGBO. Et il a payé cash cette outrecuidance. Il ne faut pas se contenter de gérer les effets (ce que se propose de faire tous les autres candidats), il faut attaquer les causes, les racines profondes, historiques et subliminales.

La Côte d'Ivoire doit, une fois pour toutes, se donner les moyens de sortir du sous-développement. Comme la Corée du Sud, comme l'Inde, comme le Brésil, comme la Chine. Il faut une haute vision pour son peuple pour s'assigner un tel objectif. Seuls les grands hommes, les visionnaires, sont capables d'en avoir. Et Laurent GBAGBO en est un. A bon entendeur... Salut, la compagnie !


DINDE Fernand AGBO

LES DONNEURS DE LEÇON A L'EPREUVE DE LA REALITE ET DE LA VERITE

 

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Il y a de cela quelques années, la Côte d'Ivoire en pleine guerre était traitée de « xénophobe » et de « fasciste » parce qu'en démêlées avec les étrangers vivant sur son sol, dont certains ont été des acteurs de première ligne de la crise ivoirienne. Et ceux qui tenaient de tels propos contre notre pays, ce sont les ténors de l'exécutif français d'alors, parrainés par un déprimant Jacques CHIRAC. Appuyés en cela par des chefs d'états africains aux conceptions panafricanistes qui laissent à désirer.

Parmi ceux-ci, il faut citer le Président sénégalais, Abdoulaye WADE qui en son temps avait dit à peu près ceci : « A l'heure où je vous parle, des étrangers sont traités en Côte d'Ivoire comme dans aucun pays au monde ». Tout naturellement, sans tenir aucun compte du contexte et des circonstances particulières qui accablaient notre pays.

Comme DIEU sait bien faire les choses, voici aujourd'hui la France au pied du mur, avec la honteuse affaire de l'expulsion des Roms, citoyens itinérants roumains, vivant dans des camps précaires en Hexagone, vidés comme des malpropres. Une affaire qui lui a valu d'avoir échappé, aujourd'hui, à une procédure d'infraction contre les lois européennes en la matière.

Pour bien faire, l'Allemagne, à travers la Chancelière Angela MERKEL, se mêle à la danse et intime l'ordre à ses émigrés d'intégrer le modèle allemand ou « de débarrasser le plancher ». Voici l'Europe en train de reconsidérer ses premières convictions vis-à-vis des étrangers, droit qu'elle nous avait royalement dénié pendant la crise de 2002, nous qui comptons plus de 26% d'étrangers sur notre sol. Cas unique au monde.

Mieux, on n'entend curieusement plus le Président Abdoulaye WADE, qui aurait dû casser la baraque (tant il y a matière) et qui, du reste, se livre à des dérives népotistes sans nom dans son pays, œuvrant d'une façon scandaleuse à imposer son fils comme son successeur à la tête de l'état sénégalais. Vous l'avez devinez, on se croirait dans une monarchie.

Voici donc que les donneurs de leçons ne font guère mieux, à l'épreuve de la réalité et de la vérité ! Comme dit l'adage : « C'est au pied du mur qu'on voit le vrai maçon ». Et les donneurs de leçons ont échoué. Lamentablement. Nous osons espérer que prochainement, ils ne s'aviseront plus de ruer dans les brancards et s'empresser de charger la Côte d'Ivoire, et souhaitons qu'ils « tourneront sept fois la langue dans la bouche » avant de clouer quiconque au pilori. Au demeurant, nous sommes en pleine campagne électorale présidentielle. Nous les prions de se tenir bien à l'écart de notre chemin et de nous laisser assumer nos responsabilités face à l'histoire et face à la destinée de notre nation.

En attendant la proclamation des résultats du scrutin du 31 octobre en Côte d'Ivoire, nous souhaitons aux donneurs de leçons de sortir intacts de l'écheveau de la fronde sociale française contre la loi de retraite à 62 ans, qui paralyse en ce moment leur pays.

Que chacun s'occupe de ses oignons et tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes !

 

DINDE Fernand AGBO

dimanche, 10 octobre 2010

EXIGER LE RETOUR EN AFRIQUE DES QUELQUES 3.000 MILLIARDS FCFA DE LA BCEAO LOGES AU TRESOR FRANÇAIS



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Exiger le retour en Afrique des quelques 3.000 milliards FCFA de la BCEAO logés au trésor français et qui peuvent servir au développement des pays de la sous-région ouest africaine.


Le Professeur Kako Nubukpo est un économiste togolais, agrégé des Universités en économie et ex-fonctionnaire de la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO).

Aujourd'hui consultant auprès de l'Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA), il dresse un bilan de cette institution sous-régionale qui, selon lui, a réalisé très peu en quinze ans, parce qu'elle se contente surtout de gérer de grands équilibres macroéconomiques, au détriment de l'amélioration des conditions de vie des citoyens. De plus, le Pr Kako Nubukpo, revenant sur une question dont la BCEAO parle peu, réclame le retour en Afrique de plus de trois mille milliards FCFA de la Banque centrale, logés au trésor français et qui pourraient servir au développement des pays de la sous-région ouest africaine, membres de l'UEMOA. Interview.


Ouestafnews - En tant qu'économiste, quel est votre regard sur les progrès réalisés, après 15 ans, en matière d'intégration économique sous régionale, dans la zone UEMOA ?

Pr Nubukpo - C'est comme la bouteille à moitié pleine ou à moitié vide (...). Au plan formel, il est indéniable qu'il y a eu des progrès, notamment du point de vue des institutions sous régionales, du point de vue même de la cohésion au niveau des décideurs. Le mécanisme de surveillance multilatérale, le mécanisme de surveillance par les pairs, entre autres, constituent des progrès indéniables.

Mais, concrètement, par rapport à ce que vit le citoyen de l'Uemoa, force est de reconnaître que nous n'avons pas avancé. La pauvreté continue d'augmenter. Comme on voit bien, le coût de la vie augmente dans l'Union ; on ne peut pas circuler librement en dépit des textes qui disent qu'il y a une liberté de circulation etau plan de ce que moi j'appellerai la gouvernance macro économique de la zone. Il y a de sérieux problèmes. Nous avons une monnaie qui est extrêmement forte parce qu'elle est rattachée à l'Euro, et l'Euro fait à peu près 1,40 dollar. Mais, nous ne pouvons pas exporter, parce que nous exportons en dollar et nos intrants sont importés en Euro. Donc, nos hommes d'affaires, nos agriculteurs, nos commerçants ont beaucoup de mal à être compétitifs à l'export... En quelque sorte, les gens en parlent, les institutions progressent mais le citoyen lambda de l'Union ne voit pas encore le fruit de l'intégration. [...]

Ouestafnews - Lors d'un débat à l'occasion de ce 15ème anniversaire, vous avez mentionné la Banque Centrale et vous avez évoqué la question de ses réserves à l'extérieur, notamment en France. Pouvez-vous nous expliquer davantage ce mécanisme et en quoi il plombe la relance de nos économies que vous défendez ?

Pr Nubukpo - Oui ! Ce qu'il faut savoir, c'est il y'a ce qu'on appelle les « conventions du compte d'opération » qui organisent la gestion du franc CFA. Pour être simple, lorsque la Banque centrale émet du franc CFA, il faut qu'elle ait des devises, qui sont logées auprès du trésor français et la convention dit : lorsque vous émettez 1 franc CFA, vous devez avoir 0,2 franc CFA sous forme de devise auprès du trésor français, soit 20% de taux couverture de l'émission monétaire. Aujourd'hui, nous sommes à plus de 110 % de couverture de cette émission monétaire! C'est-à-dire que quand nous émettons un franc CFA nous avons plus de 1 franc CFA sous forme de devises logés au trésor français à Paris. La question est de savoir si entre les 20% de couverture qui sont exigés pour que la France garantisse la parité fixe entre le CFA et l'euro et les 110 % de couverture qui sont effectifs à l'heure actuelle, s'il n'y a pas moyen de mobiliser une partie de ces ressources pour financer la croissance de nos économies qui en manque cruellement.

Ouestafnews - De quels montants parle-t-on ? De milliards, de dizaines ou de centaines de milliards?

Nubukpo - Il y a plus de 3.000 milliards de francs CFA à l'heure actuelle, provenant de la zone UEMOA et la zone CEMAC (Communauté Economique des Etats de l'Afrique Centrale). Je crois savoir qu'on n'est pas loin d'en avoir le double, parce que c'est une zone productrice et exportatrice de pétrole. Donc, si on accumule les réserves de change des deux Banques centrales de la zone Franc, on n'est pas loin de 8.000 milliards de francs CFA qui ne servent finalement qu'à garantir la parité fixe. La question qu'on est en droit de se poser est de savoir si nous privilégions une croissance, quitte à avoir un peu d'inflation dans nos zones, ou si nous voulons simplement défendre le taux de change et nous glorifier d'être une zone de faible inflation ? Tout ceci en sachant, en plus, que cette inflation n'est pas d'origine monétaire, c'est une inflation importée. Ce sont les chocs pétroliers, les aléas climatiques, donc la question c'est : à quoi servent les banques centrales de la zone Franc ?

Ouestafnews - Vous remettez en cause le modèle ou, en tout cas, le choix de la régulation, alors qu'on sait que pendant les quinze dernières années, ça a été l'ossature de la politique, le coeur, voire l'âme de la politique de l'UEMOA : baisse de l'inflation et contrôle des déficits budgétaires.... Est-ce qu'un économiste raisonnable peut remettre en cause ces modèles sans remettre en question les équilibres ? Jusque-là, on nous a convaincus que l'équilibre de nos économies repose sur ces deux paramètres, ou encore que ces deux paramètres font partie des fondements auxquels il ne faut pas toucher...

Pr Nubukpo - Tout à fait. Je voudrais être clair. Je ne fais l'apologie de la mauvaise gestion, ni du laxisme en matière de gestion économique. Mais, je dis simplement que nous devons être pragmatiques. La variable aujourd'hui qui manque le plus dans nos économies, c'est le crédit. Et, toutes les études sur le financement de notre zone montrent qu'il y a rationnement du crédit. Donc, la Banque centrale doit jouer son rôle pour alimenter nos économies en liquidité et c'est très important. Elle doit également jouer son rôle pour une bonne fluidité des impulsions monétaires, voir comment le secteur bancaire se comporte et elle est d'autant plus obligée de jouer ce rôle qu'elle a promu la libéralisation financière, en 1989. Ce que je dis simplement, c'est que nous devons avoir du crédit pour obtenir la croissance et la croissance va générer les recettes d'exportation des devises qui vont nous promettre de garantir notre parité. Il n'est pas normal que les économies les plus faibles du monde aient la monnaie la plus forte du monde. La monnaie doit refléter un tant soit peu la qualité de la production d'une économie, la monnaie ne peut pas être déconnectée du secteur réel de nos économies. C'est comme si on voulait vivre au-dessus de nos moyens, sans accepter d'en payer le prix.


LE FILAMENT No.8 du 15 Septembre 2010

 

Source : Ouestafnews

01:52 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, France | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : afrique, france, professeur kako nubukpo, franc cfa, bceao, uemoa | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

A QUI PROFITE L'AIDE AU DÉVELOPPEMENT ?

 

ESCLAVAGE.jpg


Arnaques en tous genres et escroqueries organisées pour se donner bonne conscience

Officiellement, le développement désigne la volonté des pays industrialisés d'aider les pays dits "sous-développés", d'anciennes colonies généralement. Depuis cinquante ans, de nombreuses institutions ont été créées en ce sens : ministères spécialisés, Programme des Nations Unies pour le Développement, Banque Mondiale, Fonds Européen de Développement, etc.

Ces dernières années, l'ensemble des pays de l'OCDE  a consacré entre 50 et 80 milliards de dollars par an pour l'aide publique au développement. L'OCDE ou Organisation de Coopération et de Développement Economique rassemble 29 pays parmi les plus industrialisés de la planète, tous attachés "à la démocratie et l'économie de marché"

Cependant, cette version officielle est très controversée. L'aide au développement est notamment accusée d'être un instrument de politique étrangère permettant de conserver une influence sur les anciennes colonies.

L'expression Pays du Sud est une manière de rassembler les expressions pays en développement, pays sous-développés ou encore pays du Tiers-Monde, en se référant au schéma selon lequel les pays riches sont au Nord de la planète, les pays pauvres au Sud.

Vision évidemment simpliste, que nous utiliserons toutefois par souci de commodité. L'aide publique au développement est-il un outil de solidarité internationale ou bien un mécanisme de domination du Nord sur le Sud ?

Jugeons l'arbre à ses fruits en examinant ce que nous savons de la répartition et du devenir de l'aide publique française au développement.

En 2005, l'État français a consacré environ 8 milliards d'euros pour l'Aide Publique au Développement. Cela représente environ 2,5% de son budget annuel et 0,47% de son Produit Intérieur Brut. Le PIB de la France atteignait près de 1 500 milliards d'euros en 2002.

En 1970, la Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement avait fixé comme objectif aux pays de l'OCDE une APD au moins égale à 0,7% de leur PIB. Les autres pays industrialisés sont également en dessous du seuil de 0,7%, à quelques exceptions près (Danemark, Norvège, Pays-Bas, Luxembourg, Suède).

La France est l'un des pays qui a le plus réduit son APD depuis une dizaine d'années. Entre 1994 et 2000, cette somme a diminué de 30% environ. Néanmoins, depuis 2002, elle est en légère hausse. Cette hausse est toute relative. Elle est essentiellement due à l'augmentation des annulations ou réductions de dette Comptabilisées dans le budget de l'APD. Comme nous le verrons pas la suite, les principales activités financées sont très éloignées des besoins prioritaires des populations.

Comparé à d'autres indicateurs économiques tels que la dette des pays du Sud, le poids de l'aide publique au développement dans les flux financiers internationaux est faible.

Contrairement à l'idée reçue selon laquelle la France donne plus d'argent aux pays en développement qu'elle n'en reçoit, une analyse des flux économiques met en évidence une tendance globalement bénéficiaire pour la France dans ses échanges avec les pays du Sud.

Ainsi, selon le Centre Français du Commerce Extérieur, la France a dégagé 29 milliards d'euros de bénéfices commerciaux avec l'Afrique (principale destination de l'APD) entre 1989 et 1998, tandis qu'elle lui a versé sur la même période 21 milliards d'euros d'aides.

L'aide des migrants plus forte que l'aide officielle

On considère que les migrants envoient de 10 à 20% de leurs revenus à leur famille restée dans leur pays d'origine. Ces montants ont considérablement augmenté ces dernières années et dépassent les 80 milliards de dollars annuels.

L'aggravation de la crise économique internationale et la détérioration des conditions de vie des populations des PED (Pays En Développement) semblent avoir provoqué un renforcement de la solidarité de la part des migrants établis dans les pays riches, bien qu'eux-mêmes soient touchés par la récession.

Notons que ces envois, généralement effectués sous forme de virement bancaire, constituent une manne lucrative pour les banques occidentales : elles gardent entre 7 et 18% du montant envoyé (soit plus de 10 milliards de dollars par an).

Qui bénéficie de l'aide ?

L'aide publique au développement se répartit en une part bilatérale et une part multilatérale :

-        la part bilatérale : aide de l'État français à un autre État.

Même si l'argent peut transiter par des associations ou des entreprises, c'est l'État français qui décide du pays bénéficiaire. Environ deux tiers de l'APD sont ainsi concernés.

-        la part multilatérale : contribution de l'État français aux institutions financières internationales (Fonds Monétaire International, Banque Mondiale...) ou à des organismes de développement (Fonds de Développement Européen, ONU...).

Cela concerne environ un tiers de l'APD. Notons que le volume de l'APD multilatérale tend à augmenter en proportion.

L'aide multilatérale

L'aide multilatérale est destinée aux institutions financières ou organisations internationales officiellement engagées dans des programmes de coopération économique, sociale ou humanitaire. Voici sa répartition moyenne pour la France :

60-70 % Union Européenne (Fonds Européen de Développement essentiellement)

20-30 % Banque Mondiale

5-10 % Fonds Monétaire International

5-10 % Organisme des Nations Unies (PNUD, UNESCO, UNICEF, HCR, CNUCED, etc.)

Nous connaissons mal le fonctionnement et l'impact des organismes de développement de l'Union Européenne. Nous n'évaluerons donc pas le devenir de l'APD française au sein de ces instances. Notons cependant que le Parlement européen n'exerce quasiment aucun contrôle sur les projets du Fonds Européen de Développement.

Ces derniers sont gérés par la diplomatie des pays donateurs. En revanche, les politiques de la Banque Mondiale et du FMI font l'objet de larges études d'impact. Elles ont largement contribué à l'imposition du modèle néo-libéral dans les pays du Sud et sont accusées d'avoir provoqué le délabrement des systèmes d'éducation et de santé, la surexploitation des ressources naturelles à des fins d'exportation, la montée du chômage, etc...

L'aide bilatérale

Le devenir de l'APD bilatérale française est complexe :

-        Elle est gérée par une multitude d'acteurs étatiques : le Ministère de l'Economie et des Finances, le Ministère des Affaires Etrangères (depuis 1998, le ministère de la Coopération -créé en 1959, héritier du ministère des Colonies, puis de l'Outre-mer) est rattaché au ministère des Affaires étrangères, le Ministère de l'éducation Nationale, les conseils régionaux et généraux, l'Agence Française de Développement, le Secrétariat d'État à la Coopération, etc. Cette pluralité des centres de décision entraîne des discordances ; il n'existe pas de stratégie commune autour d'objectifs largement acceptés.

-        Sa destination est obscure. Il est très difficile d'obtenir des renseignements précis quant aux lignes budgétaires affectées à l'APD bilatérale. Il n'existe pas de tableau récapitulatif de toutes les opérations menées à ce titre. Le Parlement français n'a pas accès aux affectations précises de l'APD. La cour des comptes elle-même déplorait, en 1996, le manque de contrôle financier sur l'APD bilatérale française.

Dans ces conditions, comment identifier la destination précise de ces fonds ? Comment en mesurer l'impact ?

" ... l'APD n'existe pas : personne ne la conçoit, ne l'organise ou la supervise. Ce qu'on appelle APD est seulement un chiffre établi après coup par nos comptables publics. Ils y intègrent l'ensemble des dépenses relatives aux relations avec un quelconque pays du "Sud" (y compris la Corée du Sud ou Israël...). Ils se demandent seulement si l'étiquette 'développement' qu'on pourrait accoler à ces dépenses n'est pas tellement aberrante qu'elles seraient rejetées par le jury - le Comité d'Aide au Développement de l'OCDE. Inutile de le préciser, les administrations qui ont ordonné ces dépenses n'ont, très généralement, jamais songé à inscrire leur action dans une stratégie de développement. Comme tous les pays industrialisés pratiquent le même habillage, le jury est très coulant : on y discute par exemple de la recevabilité de la remise des dettes liées à des achats d'armes". F.X. VERSCHAVE, La Françafrique

Quels sont les pays bénéficiaires ?

Jusqu'en 1998, l'APD bilatérale était principalement dirigée vers nos anciennes colonies, c'est-à-dire les pays d'Afrique francophone. En 2004, l'Afrique sub-saharienne a par exemple obtenu 55% de l'APD totale française, contre 12% pour les pays d'Afrique du Nord.

En 1998, a été créée la Zone de Solidarité Prioritaire, une liste des 60 pays les plus pauvres devant bénéficier de l'APD française. En réalité, la France octroie davantage d'aide aux pays à revenu intermédiaire ou aux pays exportateurs de matières premières - commercialement intéressants.

De plus, cette aide bénéficie à nombre de régimes dont le caractère "démocratique" est pour le moins contestable, comme le Tchad, le Gabon, le Congo Brazzaville, le Cameroun, etc...

De manière générale, l'aide occidentale se concentre vers les pays suscitant un intérêt géostratégique, commercial ou économique.

"A titre d'exemple, à la fin des années 80, des pays comme Israël et la Jordanie, au premier plan des enjeux proche-orientaux, recevaient respectivement une aide de 110 et 280 dollars par habitant, contre 20 pour l'Éthiopie et 15 pour le Bangladesh. Lorsque la Guerre du Golfe éclate, les États-Unis annulent près de la moitié de la dette égyptienne en échange de son ralliement au bloc occidental, et comptabilisent cette réduction dans leur budget d'aide publique au développement. Plus récemment, la hausse de l'APD américaine constatée en 2001 résulte pour l'essentiel du soutien financier de plus de 600 millions de dollars accordé en un temps record au Pakistan à la suite des événements du 11 septembre (Une grande partie de cette aide était destinée à renforcer la sécurité du personnel américain présent sur place). Similairement, la guerre déclenchée en Irak au printemps 2003 a donné lieu à une augmentation massive des crédits de l'agence de coopération USaid, pour la reconstruction du pays, profitant quasi exclusivement aux entreprises américaines".

De fait, deux tendances semblent guider la répartition de l'APD bilatérale française :

Plus le pays exporte des matières premières, plus il reçoit. Plus le pays est pauvre, moins il reçoit.

Il existe une corrélation (proche de 80%) entre le volume d'exportation du pays (pétrole, bois, cacao, minerais, etc...) et l'APD bilatérale française reçue.

Un bilan officiel de l'APD française : le rapport Tavernier

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samedi, 09 octobre 2010

L'HYPOTHESE D'UN PACTE DE NON PROGRES DE L'AFRIQUE

 

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Par Georges Goma-GAKISSA

L'Afrique est-elle capable de mutation sociétale dans le sens du progrès social?

Le progrès social est consubstantiel de la dynamique économique qui elle-même dépend de la clarté de l'agenda politique et surtout de la volonté politique. La globalisation de l'économie, fait marquant de l'entre-siècle, n'est que la cristallisation d'un paradigme préexistant à savoir une économie mondiale dominée par la primauté des superpuissances occidentales.

La nécessaire régulation de l'ordre mondial par le truchement des institutions internationales majeures pour la plupart nés au lendemain de la Dernière Grande Guerre et ayant vocation à répandre le progrès social ne cesse de montrer ses limites. Les vagues de démocratisation en Afrique, consécutives à la fin de la guerre froide symbolisée par la chute du mur de Berlin, sont sujet à questionnement.

Cette présentation se propose d'esquisser une critique radicale de l'idée d'une Afrique qui refuse le progrès économique, social et démocratique et puis la démocratie partant n'est absolument pas "un luxe pour l'africain" [dixit Jacques CHIRAC, Président de la France de 1995 a 2007].

Elle s'efforcera de montrer combien les anciennes théories du centre et de la périphérie restent d'actualité en dépit, toutefois, des oripeaux d'une dynamique internationale soit disant branchée sur et préoccupée par le développement de l'Afrique.

Pour comprendre en profondeur, cette présentation s'efforcera de montrer et de faire saisir les fondamentaux de ce qui se trouve au creux de la dynamique du commerce transactionnel entre l'Afrique et le reste du monde pour travailler l'hypothèse d'un pacte de non progrès en Afrique : le progrès de l'occident parait ainsi être inversement proportionnel au progrès de l'Afrique Sub-Saharienne. Tel est mon postulat de départ.

LA DÉMARCHE DE RÉFLEXION

Ce texte écrit dans la perspective d'une pensée libre, se voudrait d'abord et avant tout essentiellement une ébauche de réflexion. Une réflexion en profondeur et une réflexion décomplexée sur le continent noir ; notamment sur son droit supposé ou réel au progrès social, économique et démocratique.

Ce texte se propose aussi, dans sa structuration progressive et son élan d'achèvement, un projet articulé à une ambition de caractère théorisant. Non pas une théorisation spécifique mais plutôt une théorisation, disons-le, ouverte fondée sur des concepts susceptibles de rendre pertinemment compte de la complexité même des déterminants majeurs qui constituent le substrat réel du continent noir aussi bien dans son éthos que dans sa praxis.

L'ethos c'est le caractère intrinsèque de l'homme africain ; ce qu'il fut, ce qu'il est devenu et certainement aussi ce qu'il préfigure dans un contexte fluctuant de changement de mentalité. Il y aurait-il une mentalité africaine ou des mentalités africaines ; et d'ailleurs, ces mots ont-ils réellement un sens ?

Je voudrais d'emblée par ces mots, réaffirmer la démarche critique qui caractérise cet essai. Et donc, le caractère de l'africain, cet ethos existentiel, tiendra bien aussi de la culture africaine ou des cultures africaines. La culture est certainement l'une des dimensions fondamentales qui impact la reconnaissance tangible ou non du continent noir dans ses relations internationales. La praxis, quant à elle, c'est l'Afrique en pratique. L'Afrique pratiquée par les africains eux-mêmes dans leur géographie propre mais aussi l'Afrique pratiquée par des africains hors de l'Afrique dans une mesure mais encore et surtout aussi l'Afrique pratiquée par les non-africains en Afrique et l'Afrique pratiquée par ces non- africains dans les périmètres de leurs propres sphères géographiques.

Conceptualiser le progrès social en Afrique suppose, dans cette perspective, de bien articuler les corrélats de l'ethos et de la praxis. Mais mon ambition d'une théorisation pertinente demeurera partielle et partant non-opératoire sans prendre en compte une troisième dimension de l'être africain ou de l'être tout court : l'éthique.

Toute pensée et toute pratique de et/ou sur l'être devrait s'articuler à des principes éthiques, à une culture de l'éthique qui protège l'être africains plutôt que de le détruire. Ces principes éthiques ont un impact sur les fondamentaux de l'économie - et la globalisation nous offre aujourd'hui un modèle presqu'achevé de l'interdépendance des économies au niveau supra national - et sur les enjeux politiques qui, en dernière instance, ont vocation à maintenir, soutenir et entretenir les enjeux économiques.

Après ces quelques préalables sur la filiation de ma pensée, commençons donc cette ébauche de réflexion par des questions très simples.

Qu'est-ce que le progrès social aussi bien à l'échelle des nations dites souveraines qu'à l'échelle des grands ensembles étatiques ? (Dans la suite de cet exposé, j'utiliserai progrès social dans un sens plus global englobant aussi bien le progrès démocratique que le progrès démocratique. Je soulignerai les spécificités liées aussi bien au progrès social, au progrès économique et au progrès démocratique si nécessaire).

Et quels sont les facteurs explicatifs des états perçus comme en situation de réel progrès et d'autres définis comme en absence de progrès voire même en situation de régression ? (Certaines comparaisons historiques montrent le recul dans beaucoup de domaines depuis la fin de l'ère coloniale).

La notion même de progrès social, est-ce un fait de culture ou un trait universel ?

Qu'est ce qui est à l'entrelacs des liens transactionnels entre les peuples, les nations et les états au fondé de ce même principe du progrès social ?

La première question est de nature définitionnelle quand la deuxième est d'ordre conceptuel et la troisième d'ordre interactionnel.

INSTABILITÉ SOCIOPOLITIQUE ET POTENTIALITÉS ÉCONOMIQUES DE LA RÉGION

L'instabilité sociopolitique est assurément un construit social. Les forces qui construisent l'instabilité sont bidimensionnelles. Elles sont endogènes et exogènes. Peu d'instabilité sous les ordres esclavagiste et colonial. Les vagues d'instabilité apparaissent comme étant des construits sociopolitiques tirant leur sève d'un travail structurel sur le clivage interethnique voir même intra ethnique.

Les forces exogènes sont structurées et structurantes. Elles sont jalonnées sur une vision et un champ historiques eux aussi structurés. Les premiers contacts avec l'Afrique au quinzième siècle, la mise en œuvre des traites négrières, les conquêtes et les exploitations coloniales, la gestion des ères postcoloniales obéissent à un principe rationnel de domination et son corrélat le plus puissant qui est l'exploitation des matières premières incontournables au progrès social du monde occidental.

Cette vision des choses, sous l'œil occidental, s'érige à la dimension d'un paradigme qui traverse les siècles et les générations. Le progrès de l'humanité dont il se réclame peine aujourd'hui à dissimuler son vrai visage.

Certains peuples semblent, aujourd'hui, plus humains que d'autres quand ces autres se sont, à l' origine, ingénieusement vus se denier la qualité d'êtres humains. Cette question tarauda longtemps la philosophie, la théologie et la biologie européennes des siècles fondateurs.

LA GLOBALISATION DE L'ÉCONOMIE

La globalisation de l'économie reste le grand enjeu du vingt et unième siècle. Disons-le une fois de plus, c'est juste la cristallisation d'un paradigme ancien. L'idée du progrès est au cœur de la pensée occidentale depuis plus de deux siècles. Toute l'histoire des rapports entre peuples différents puis, par la suite, entre états différents s'était fondée sur le paradigme originel du progrès du monde occidental.

Mais cette vision, si elle a été travaillée et pratiquée tout au long de l'histoire, n'est guère absolue par détermination. Le maintien et la survivance d'une telle perspective n'a été possible que par l'exercice d'un rapport de force qui, jusque-là, ne s'est établi qu'au profit de l'occident conquérant. Ceci s'est historiquement fait et continue à se faire par le truchement d'une avance prise par ce monde occidental dans la maitrise d'un certain nombre de marqueurs de temporalités cristallisantes, des idées fondatrices et des environnements matériels définis.

Les outils concrets de cette maitrise ayant permis la consolidation de la suprématie occidentale sur le reste du monde et l'Afrique en particulier sont de quatre ordres principaux. Le pouvoir scientifique, le pouvoir économique, le pouvoir socioculturel, le pouvoir théologique et religieux ; le tout encadré et couronné par le pouvoir militaire. Ce sont là les ingrédients qui rentrent dans l'ordonnancement et le maintien de la suprématie de l'occident.

La question de fond dans cette élaboration devient : quid du monde africain dès lors que l'on connait désormais les fondamentaux qui constituèrent et qui continuent à faire, de nos jours, le progrès social du monde occidental mutatis mutandis.

L'Afrique est-elle capable de mutation sociétale dans le sens du progrès social? Est-elle capable, elle aussi, de puissance hégémonique? Une négative à cette question fondamentale est assurément une impertinence bien que d'apparence irréaliste.

L'histoire de l'humanité regorge pourtant d'exemples qui montrent combien des modèles de suprématie attribués à des temps précis à certains ensembles politiques organisés tels que les royaumes, les empires et les états modernes dans le cours de l'histoire n'ont guère jamais été que des formations relatives. Elles ont eu leurs conditions d'émergence, ont eu leur temps d'apogée et finalement ont soit péri soit se sont transformées. C'est la logique même du changement social. Il en fut de l'empire romain et de l'ancienne Grèce aux temps antiques ; du puissant empire Byzantin au temps de Justinien au 6e siècle ; du puissant empire du Mali en pays mandingue au 13e siècle avec des personnages légendaires tel que Soundiata Keïta; des puissances ibériques espagnole et portugaise autour aux 15e et 16e siècles ; des empires coloniaux britannique et français des 19e et 20e siècles ; de la montée en puissance des Etats Unis au lendemain de la dernière Grande Guerre ; de l'essor des puissances asiatiques entre le Japon d'abord ; la Chine et l'Inde aujourd'hui sans oublier la marche forcenée de l'Iran vers la puissance nucléaire pour ne retenir que ces cas.

Ici et là sont mises en exergue les velléités de puissance et de domination. Et ces attentions velléitaires pour ces nations qui osent ont en commun la grandeur de la nation concernée et donc son progrès d'une manière générale. Et, je garde le concept de progrès social fortement corrélé à l'amélioration des conditions existentielles des personnes pour lesquelles la nation tire son essence c'est-à-dire les populations.

Les états modernes du continent noir d'une manière globale semblent bien, partant d'un regard synoptique, s'inscrire en étrangers à ces patterns de dynamique sociétale. Ici est donc une invite à re- contextualiser pour ainsi re-conceptualiser le continent noir dans la dynamique de la globalisation devenu substrat de la pratique du monde au vingt et unième siècle.

Cette re-conceptualisation qui se voudra critique devra se vouloir tout aussi décomplexée. Décomplexée face à l'occident et aux institutions internationales majeures que je pose, par hypothèse, être au profit structurel des nations occidentales ; mais décomplexée également face à une certaine élite politique africaine et pas des moindres responsable et coupable d'apostasie du progrès social qui, sous d'autres cieux, constitue la valeur centrale de l'engagement politique.

LES DÉTERMINANTS CONCRETS DU NON-PROGRÈS

Les déterminants politiques

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23:56 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, Monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : afrique, un pacte de non progrès, georges goma gakissa, progrès sociétal, mutation sociétale | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

SOUS-DEVELOPPEMENT : UN PROBLEME DE CULTURE OU D'INCITATIONS ?

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Par Emmanuel Martin

Un des arguments récurrents dans le débat sur le sous-développement, notamment en Afrique, consiste à poser le problème en termes de culture et de mentalité. Nombre d'Africains, pour expliquer leur "sous-développement", pointent ainsi du doigt le manque de confiance en soi et entre eux, le manque d'organisation et d'esprit d'initiative : "l'homme africain" serait sujet à une peur paralysante l'empêchant d'initier la dynamique du développement.

Ce qui s'apparente à un véritable complexe d'infériorité, à un discours d'auto-dévalorisation, semble être internalisé, particulièrement par l'élite universitaire Africaine : "les Africains n'ont pas l'esprit d'entreprise ou du commerce".


A voir les milliers de petites échoppes sur les routes Africaines, ou toutes ces femmes qui vendent des fruits et légumes qu'elles transportent souvent sur leur tête, ou encore ces jeunes agents de change informels sur les trottoirs, on a du mal à croire que "l'homme Africain n'a pas l'esprit d'entreprise ou du commerce".

C'est même tout le contraire qui se dégage de cette vie économique informelle qui grouille véritablement partout en Afrique. En fait, la culture du marché est profondément ancrée dans la tradition Africaine. Le contraste est donc saisissant entre cette réalité et l'analyse rapide de la société Africaine par une certaine élite Africaine (et internationale).
Un complexe étouffant

Cette vision pessimiste des Africains semble en fait légitimer un modèle d'État autoritaire, planificateur, initiateur, doté d'une une administration étouffante, une bureaucratie d'État productrice de réglementations souvent insensées : c'est le paternalisme à l'Africaine.
Et monter une entreprise formelle passe nécessairement par des appuis politiques.

Le "bas" étant posé par définition comme incapable, on le dénigre ; et on justifie en même temps un "haut" qui ne fait en réalité qu'étouffer le "bas" en l'empêchant de s'épanouir.

L'idée que le développement se fait "par le bas", c'est à dire par l'activité entrepreneuriale, ne semble pas faire partie du paysage analytique de cette élite. Une certaine science économique, très largement inspirée par une macroéconomie désincarnée plutôt que par l'étude de l'action humaine, a ici très largement contribué à biaiser la perception des mécanismes du développement.
"Politique d'industrialisation" , planification, encouragement des secteurs clés : tout passe "par le haut", c'est à dire le politique. Ce mécanisme d'autolégitimation est bien pratique et aboutit à un formatage idéologique des jeunes diplômés, qui finissent alors par aspirer à un poste dans l'administration plutôt qu'à devenir des entrepreneurs. Le système est alors verrouillé : les intérêts "en haut" comme les idées vont dans le sens du statu quo.


La vision de la mondialisation est elle aussi biaisée dans ce discours élitiste pessimiste. Plutôt que de réaliser que les Africains ne profitent pas assez des opportunités de la mondialisation, cette dernière est fustigée comme source de leurs malheurs. Pourtant, dans ces États, les "relations internationales" sont limitées à quelques contrats avec des multinationales soutenues par d'autres États.


Ces collusions ont plus à voir avec la corruption du politique (des deux côtés), que d'une quelconque logique de marché libre : les privatisations sont par exemple très souvent effectuées sans véritables appels d'offres. L'argument "nous ne sommes pas prêts" revient de manière récurrente, et renforce l'attitude "parentaliste", cet appel à l'État protecteur. Mais ce dernier est en réalité étouffeur et prive les populations des opportunités de la mondialisation.
Culture ou incitations.


Mais les comportements économiques ne sont pas que déterminés par la culture : les incitations des individus sont très largement dépendantes des institutions formelles, c'est à dire les règles économiques et juridiques explicites, en vigueur dans un pays.
Lorsque tout est fait par une administration pléthorique pour mettre des obstacles à la constitution d'entreprises légales dans le secteur formel, comme des délais de plusieurs années pour obtenir des autorisations ou des titres de propriété, il est bien évident que les populations se cantonnent au secteur informel qui par définition ne leur offre pas l'opportunité de faire grandir leur affaire.


La faible qualité institutionnelle du soi-disant paternalisme Africain étouffe le développement.
Bien sûr la plupart des gens n'ont pas l'esprit d'entreprise, et n'ont pas un sens aigu de l'organisation. Ce fait n'est pas limité aux pays en développement : il est aussi vrai dans les pays dits développés.


Mais dans ces derniers règne en règle générale un certain degré de qualité institutionnelle qui favorise justement l'épanouissement de l'esprit d'entreprise et de l'organisation de certains, qui peuvent ainsi faire prospérer leurs affaires dans le secteur formel, créer des grands réseaux anonymes de commerce, et embaucher, diriger ceux qui n'ont pas ces aptitudes. Dans ce cadre, la possibilité d'imiter ceux qui réussissent, à travers un processus d'essai-erreur-correction, est un moteur puissant pour l'évolution sociétale et économique.
En matière de développement, avant de se poser des questions de culture, qui sont bien sûr importantes, il faut d'abord traiter celles des incitations posées par les institutions formelles émanant du politique.


La créativité humaine et l'échange sont universels : dans ce cadre, le processus de développement qui est fondé sur leur épanouissement ne peut être initié que par les institutions de la liberté.

 

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22:54 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, Monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : monde, afrique, problème de développement, problème de culture, problème d'incitation | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

mercredi, 06 octobre 2010

ECONOMIE DE LA FRANÇAFRIQUE

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Par Emmanuel Martin

Les relations opaques entre la France et ses anciennes colonies en Afrique depuis les indépendances sont désormais qualifiées par le terme de "FrançAfrique", sans doute popularisé par François-Xavier VERSCHAVE. L'étude de la FrançAfrique est généralement cantonnée à des articles ou ouvrages d'associations telles Survie en France. Leur travail, important, peut parfois avoir des conclusions anticapitalistes et antimondialistes et reste essentiellement historique.

Il est cependant possible, d'une part, de fournir une critique non pas du capitalisme et de la mondialisation, mais du système de capitalisme d'État, corrompu et anticoncurrentiel qui est au cœur de ces pratiques et, d'autre part, de se servir de la théorie économique pour systématiser l'analyse.

Premièrement, le capitalisme suppose l'état de droit et notamment le respect de la propriété justement acquise, des contrats, des droits individuels, et l'égalité devant la loi.

Qu'on le veuille ou non, c'est le système qui a permis le développement économique d'une bonne partie de la planète en quelques siècles. Le rôle premier de l'État est de faire respecter l'état de droit pour qu'une saine concurrence libre puisse jouer. Le capitalisme de copinage, le fameux crony capitalism, voit au contraire des décideurs politiques favoriser certains intérêts, qui le leur rendent bien, au détriment de l'état de droit et de la concurrence libre. La relation FrançAfrique semble tenir de ce crony capitalism, et même d'une stratégie d'État.

Deuxièmement, si l'on se tourne vers les chiffres du commerce international de l'Afrique, il est difficile d'y voir un continent mondialisé.

En 2008 par exemple, le stock d'investissement direct étranger entrant en Afrique est de 3,4% du stock mondial soit un peu plus que la moitié de ce que la France à elle seule reçoit en investissements. Les exportations africaines de biens et services représentaient respectivement 2,87% et 2,52% du commerce mondial. L'Afrique, continent d'un milliard d'âmes, semble souffrir du manque de mondialisation, et des opportunités qui vont avec.

Une partie de l'explication du sous-développement africain a trait aux institutions peu propices à l'échange et à l'entreprise. Les nations se trouvent dans ce qui est parfois appelé un verrouillage institutionnel de mauvaise qualité dans lequel le changement, notamment vers un climat propice aux affaires et donc au développement économique, semble impossible.

L'analyse économique des relations de type FrançAfrique peut-elle expliquer à son tour ce verrouillage ?

Depuis une cinquantaine d'années bon nombres d'économistes se sont intéressés au fonctionnement du marché politique et des bureaucraties, faisant tomber l'hypothèse de bienveillance et d'esprit de service public des acteurs qui les composent. Cette théorie dite du Public Choice, applique l'hypothèse de la recherche de l'intérêt personnel également dans ces sphères, et a ainsi pu expliquer nombre de "défaillances de l'État".

Cette théorie repose aussi sur le fait qu'il est peu coûteux pour des petits groupes aux intérêts similaires de se coaliser pour faire pression sur le politique et obtenir avantages et protections. Il est en revanche coûteux pour les millions de contribuables de se coaliser pour se protéger des privilèges très variés qui sont accordés aux lobbies.

Sur la base de ces hypothèses, il serait possible de reconstruire le tableau de la FrançAfrique, en termes de recherche d'intérêts de la part de groupes coalisés et d'hommes politiques (une théorie n'éclairant bien sûr qu'un aspect de la réalité) :

-        Quelques grandes entreprises françaises bien implantées et jouissant d'un quasi-monopole d'exploitation, sans doute avec des prix d'achats très faibles, ou bien bénéficiant d'un marché privilégié où elles peuvent vendre très cher leurs services, n'auraient aucun intérêt à voir émerger la concurrence du fait d'un meilleur climat des affaires.

-        Quelques autocrates africains et leurs clans souhaitent, et c'est humain, conserver le pouvoir et les richesses qu'il leur procure. Ils n'auraient aucun intérêt au développement de leur pays et donc au développement d'une classe moyenne et d'entreprises qui pourraient financer l'opposition et menacer leur accès aux revenus des industries extractives. Ils pourraient aussi bénéficier de l'argent de l'aide publique qui leur permettrait de rester au pouvoir et de "boucler les fins de mois" pour payer les fonctionnaires.

-        D'ailleurs, les bureaucrates des agences publiques d'aide auraient aussi un intérêt dans ce système, puisque leurs revenus, leurs emplois, leur influence en dépendent. Leurs actions seraient en outre légitimées par un prétendu système d'aide au développement qui en réalité contribuerait en premier lieu à "acheter", avec de l'argent des contribuables, des autocrates africains, pour la stabilité qu'ils fourniraient à quelques lobbies.

-        L'État français n'aurait aucun intérêt dans la concurrence de compagnies étrangères puisqu'elle donnerait la possibilité aux autocrates africains de réduire leurs privilèges, concessions, prix préférentiels ou marchés aux quelques intérêts français. De ce point de vue le pétrole bon marché africain serait une aubaine pour l'État français qui peut accroître sa marge de taxation sous le prix socialement tolérable en France (un taux de taxation de l'ordre de 200%, ça ne se refuse pas). Si en plus ce pétrole permettait des fuites de cash qui pourraient financer les partis politiques français...

-        Par ailleurs, d'un point de vue stratégique, la dépendance énergétique aux "caprices" des marchés internationaux n'est pas tolérable pour une puissance respectable comme la France. Les approvisionnements énergétiques sont une stratégie d'État. Si en outre, un de ces approvisionnements constituait le socle de la politique d'expansion des marchés énergétiques de la France (et donc de sa géostratégie en tant que grande puissance) dans le secteur où elle est leader mondial, son intérêt évident serait de protéger coûte que coûte cet approvisionnement.

-        Bien sûr avec la nouvelle concurrence internationale, notamment de la Chine, les autocrates pourraient gagner en pouvoir de négociation : la France devrait donc en théorie se montrer plus tolérante sur le non-respect des droits de l'homme en Afrique, ou plus "amicale" quant au traitement de plaintes pour corruption par exemple.

La théorie, forcément réductrice, est-elle loin de la réalité ?

 

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00:39 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, France, Monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : afrique, france, emmanuel martin, françois-xavier vershave, survie, françafrique | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

mardi, 21 septembre 2010

CRISE IVOIRIENNE DU 19 SEPTEMBRE 2002: UNE GUERRE SANS PERE

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Il y a 8 ans, le 19 septembre 2002: la guerre que personne ne voulait assumer

In le Nouveau courrier N°082 du 18 Septembre 2010 par Sylvie Kouamé

La crise ivoirienne qui a débuté depuis septembre 2002 a livré beaucoup de secrets. Mais beaucoup de zones d'ombres subsistent encore, huit ans après.


Qui a organisé ? Huit ans après le 19 septembre 2002, on en sait finalement très peu de détails sur la nature de l'organisation qui a pris l'initiative de porter le feu à Abidjan par une nuit indécise. Et pour cause : à la différence des attentats du 11 septembre 2001 - auxquels certains Ivoiriens comparent leur «grand choc» à eux -, le coup d'Etat avorté qui a accouché de la rébellion n'a pas été revendiqué d'emblée. Marionnettistes peu téméraires, ses initiateurs se sont réfugiés au départ derrière le paravent d'une «mutinerie» avant de laisser apparaître un visage, le seul qui assumera l'insurrection - sans doute aussi parce qu'il a toujours été évident pour tous qu'il ne pouvait être qu'un «porte-parole». Celui de Guillaume Soro. L'Histoire retiendra en tout cas que Soro a été le seul à avoir le cran de revendiquer - et de justifier - le choix des armes. Aujourd'hui, il en tire les dividendes, à l'opposé de Ibrahim Coulibaly dit «IB», cheville ouvrière qui s'est marginalisée par son silence et ses dénégations.

Depuis le 19 septembre 2002, une certaine omerta continue de régner sur «la vraie histoire» du Mouvement patriotique de Côte d'Ivoire (MPCI), qui s'est transformé, sous l'impulsion de Soro, en Forces nouvelles (FN). Qui a fait quoi exactement et à quel moment ? Motus.

Blaise Compaoré : du parrainage à la facilitation

Seule la crise homérique entre Soro et IB, permettra d'avoir des témoignages - et surtout des photos - qui fourniront la preuve absolue de ce dont tout le monde se doutait : la rébellion s'est préparée pendant de longs mois à Ouaga, sous la protection de Blaise Compaoré, dont Guillaume Soro assume aujourd'hui le parrainage avec panache. «C'est mon mentor, je n'ai pas honte de le dire. Il m'inspire, il m'a énormément donné, il est à mes côtés. Sans lui, je ne serais pas ce que je suis», disait-il ainsi fin 2008 (Frat- Mat du 1er octobre 2008).

Blaise Compaoré lui-même s'est gardé d'endosser de quelque manière que ce soit la crise ivoirienne. Il s'est imposé comme facilitateur et pacificateur, et peut savourer le plaisir ambivalent de régler une crise - qu'il a contribué à créer - tout en continuant à l'alimenter à travers la poursuite des livraisons d'armes aux Forces nouvelles (selon des rapports de l'ONU) et la contrebande du cacao des zones Centre Nord Ouest (CNO). Sous le regard complaisant - ou impuissant - de son homologue ivoirien Laurent Gbagbo qui, lors d'une interview diffusée par RFI et France 24 le 30 mai dernier, tenait ces propos surprenants : «Il y a certaines personnes qui me disent souvent : «Vous savez, tel pays exporte maintenant du cacao». Je réponds : «qu'est-ce que ça fait ?» Le jour où la guerre sera finie, où la crise sera finie, où nous aurons placé des douaniers, ce sera fini cette situation.»

Le cas Ouattara

Et Alassane Ouattara dans tout ça ? S'il n'a plus honte de glorifier en public «le combat» des Forces nouvelles, il campe toujours sur une ligne de défense claire : il n'a rien à avoir avec la naissance de la rébellion. «Je n'ai aucune responsabilité dans la crise. J'ai été accusé de beaucoup de choses. Ce sont des allégations, sinon sept ans après, on aurait eu des preuves. Mais jusque-là, aucune preuve. Je condamne la rébellion, les coups d'Etat, la violence. Et j'ai été le premier à le faire, dès les premiers jours du coup d'Etat manqué du 19 septembre 2002. Je pense que quitter une institution aussi prestigieuse comme le FMI, ayant été Gouverneur de la Banque Centrale de l'Afrique de l'Ouest, on ne peut pas être instigateur de coup d'Etat. Ma vision de la politique, c'est de faire de l'alternance dans les urnes. La violence ne résout jamais les problèmes de manière définitive », a-t-il ainsi martelé lors d'une récente interview sur Africa 24. Contredisant encore et toujours la fameuse confidence de Koné Zakaria, prononcée lors d'un meeting filmé à Séguéla.

Selon Zakaria, le petit groupe d'hommes qui préparait la rébellion depuis le Burkina Faso était financé par Alassane Ouattara à hauteur de 25 millions de FCFA par mois. Il est en tout cas évident que la question de la participation d'ADO à la guerre sera une des questions-clés de la prochaine campagne en vue du scrutin présidentiel du 31 octobre 2010.

La France officielle plaide non coupable

Egalement accusée d'avoir trempé dans la rébellion, la France officielle a toujours vivement démenti. Et les accusations voilées de Charles Pasqua, ancien ministre de l'Intérieur, affirmant que Villepin avait essayé, quand il était à l'Hôtel Matignon, de renverser deux chefs d'Etat africains - dont Laurent Gbagbo - ne sont intervenues qu'après le départ du pouvoir de Jacques Chirac. Un Jacques Chirac qui est aujourd'hui devant les tribunaux de son pays pour une affaire de malversations à la mairie de Paris. Quand son ministre des Affaires étrangères de l'époque, Dominique de Villepin, au contrôle des opérations françaises en Côte d'Ivoire est également face aux juges pour son rôle présumé dans la falsification de fausses preuves de forfaiture contre Nicolas Sarkozy. Ministre de la Défense au moment des faits, Michèle Alliot-Marie quant à elle a été entendue par le Tribunal aux armées comme témoin dans le cadre des enquêtes sur les événements de novembre 2004... et leurs zones d'ombres. Curieuses coïncidences!


Source: LE NOUVEAU COURRIER IVOIRE-BLOG.COM

mardi, 31 août 2010

NOMINATION DU GENERAL BETH COMME AMBASSADEUR AU BURKINA : FAIRE TRES GAFFE A LA FRANCE !

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Sous des dehors de préoccupations sécuritaires dans la région sahélienne, la France installe dans la sous-région ouest-africaine un commandement d'opérations spéciales (obscures) contre la Côte d'Ivoire, en nommant le Général Beth, un acteur de la crise ivoirienne, ambassadeur au Burkina Faso. Pour mémoire, Emmanuel Beth commandait le Centre de Planification et de Conduite des Opérations (CPCO), en novembre 2004, quand la Force Licorne a détruit la flotte aérienne ivoirienne, sur ordre de Chirac. Ivoiriens, il faut savoir lire entre les lignes; vous êtes avertis! A bon entendeur...! Fernand Dindé.

 

A deux mois de la présidentielle en Côte d'Ivoire : Paris installe le général Beth à Ouagadougou


Le général de corps d'armée Emmanuel Beth, est officiellement, depuis le mercredi 4 août 2010, le nouvel ambassadeur de France au Burkina Faso. Il remplace, à ce poste, le civil François Goldblatt.


Pour ceux qui ne s'en souviennent pas, le général Beth fut le premier commandant de l'opération Licorne en Côte d'Ivoire, en 2002, après la tentative de coup d'Etat muée en rébellion armée. Il dirigea la Licorne du 1er octobre 2002 au 30 mai 2003. C'est sous lui que s'est déroulée la récupération des ressortissants français vivant à Bouaké qui fut "un prétexte", selon des sources informées, pour "permettre aux rebelles acculés par l'armée ivoirienne de bénéficier d'appui de mercenaires et d'armement". La signature du cessez-le-feu entre les Fds et la rébellion sous les auspices du Sénégal, alors président en exercice de la Cedeao et l'accord de Linas-Marcoussis se sont effectués pendant qu'il était à la Licorne.


Le général Beth est surtout celui qui a consacré la partition de la Côte d'Ivoire. Puisqu'il est le concepteur de la zone de confiance. Pourquoi Sarkozy nomme-t-il Beth à Ouaga en cette période-ci ? La revue française "La Dépêche diplomatique", datée d'août 2010, livre en des termes voilés, les raisons de ce pré- positionnement d'un ambassadeur militaire français au Burkina Faso : "Les confins sahélo-sahariens seraient devenus une zone à risques, la situation n'est pas stabilisée au Niger ; au Mali, le général d'armée, Amadou Toumani Touré, président de la République, va probablement laisser la place à un "civil" lors de la prochaine élection 2012. A Abidjan, la présidentielle d'octobre 2005 sera organisée (au mieux) en octobre 2010 ; et si cela ne se produisait pas, on peut penser que l'axe Abidjan-Ouagadougou en subirait les effets collatéraux (pour ne pas dire plus). A Ouagadougou, Blaise Compaoré va rempiler (sans surprise) pour cinq ans à la suite de la présidentielle du 21 novembre 2010 (dans tout juste trois mois). C'est dire que Ouaga est le centre de gravité du triangle Abidjan/Bamako/Niamey. Voilà pour le contexte. Pour le reste, ce sera le job de Beth", écrit le magazine.


En des termes plus clairs, la France, qui visiblement prévoit une déflagration du contexte sociopolitique en Côte d'Ivoire si l'élection présidentielle ne se tient pas comme prévue le 31 octobre prochain, a préféré nommer, à Ouagadougou, un général, ancien commandant de l'opération Licorne, pour organiser les interventions en terre ivoirienne.


Paris qui ne croit ni en l'Accord de Ouagadougou ni en l'excellence des relations bilatérales entre la Côte d'Ivoire et le Burkina Faso, présage déjà des tensions entre les deux pays au-delà du 31 octobre.


Comme on peut le constater, cette nomination du général Beth cache bien des secrets qui ne sont pas faits pour ramener la stabilité en Côte d'Ivoire et en l'Afrique de l'ouest. Une sous-région confrontée, pourtant, à des réalités ignominieuses telles que les coups d'Etat, les rébellions armées, le terrorisme, le trafic de drogue, le fondamentalisme religieux et le rapt de civils occidentaux innocents.


Didier Depry (ddepry@hotmail.com)

Source: Notre Voie N° 3669 du Lundi 30 Août 2010

REALITE DU FRANC CFA : LE NAZISME MONETAIRE FRANÇAIS EN AFRIQUE

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Vidéo : Histoire du Franc CFA interview de Nicolas AGBOHOU

http://www.youtube.com/watch?v=myqXvbrSelo

http://www.youtube.com/watch?v=vB9GQWKGdXk

http://www.youtube.com/watch?v=9pnMyNbMm40


Le professeur Nicolas AGBOHOU a donné à son livre un titre qui résume la réalité qu'il décrit et annonce le combat qu'il mène : "Le Franc CFA et l'Euro Contre l'Afrique"

Quelle est cette réalité ? C'est d'abord la servitude de quinze pays africains à la monnaie française. Un système de parité fixe, sans équivalent dans l'histoire monétaire, ligote la monnaie de ces pays, à la monnaie française, hier le franc français, aujourd'hui l'euro. La singularité de ce système, c'est l'arsenal légal et statutaire qui régit le fonctionnement de la zone franc. Le lecteur est vivement invité à lire avec attention l'analyse que fait Nicolas AGBOHOU de cet arsenal.

A ce jour et à notre connaissance, seuls deux auteurs ont consacré leur ouvrage à cette analyse : feu le professeur Joseph TCHUNDJANG POUÉMI, dans un livre paru au début des années 1980, "Monnaie, servitude et liberté - La répression monétaire de l'Afrique" (tiré à un nombre restreint d'exemplaires, épuisé aussitôt après sa publication, ce livre est resté longtemps introuvable. Il a été récemment réédité par les éditions Menaibuc) et Nicolas AGBOHOU, dans le livre "Le Franc CFA et l'Euro Contre l'Afrique". C'est dire l'importance de ce livre et l'exceptionnelle valeur du travail qu'a accompli Nicolas AGBOHOU.

La réalité du franc CFA et de la zone franc, c'est aussi et peut-être surtout, le nazisme monétaire. Mettre en lumière cette autre réalité est l'un des intérêts majeurs de la présente et nouvelle édition du livre de Nicolas AGBOHOU.

Le franc CFA, ou franc des Colonies Françaises d'Afrique, est créé le 25 décembre 1945 par un décret signé par trois Français (Charles De GAULLE, président du gouvernement provisoire ; René PLEVEN, ministre des finances ; Jacques SOUSTELLE, ministre des colonies) qui ont en commun un double caractère : ils sont imbus de la suprématie blanche ; ils sont de fervents acteurs de l'agression coloniale contre l'Afrique. Surtout, leur pays, la France, vaincue et conquise par l'Allemagne hitlérienne en mai 1940 vient de subir cinq années d'occupation nazie. Or cette occupation n'avait pas que le caractère spectaculairement bestial des hordes de soldats allemands soumettant les Français, pillant et versant le sang. L'occupation allemande de la France fut aussi un formidable champ d'exécution du nazisme monétaire externe.

Conçu par Herman GOERING, ministre de l'économie de Hitler, et appliqué aux territoires conquis par les troupes allemandes, le nazisme monétaire externe allemand n'avait que deux objectifs : soumettre et piller. Parce qu'elle était, et de loin, le plus gros des territoires conquis par l'Allemagne, la France a subi le nazisme monétaire allemand avec beaucoup plus de rigueur que les autres territoires eux aussi conquis par l'Allemagne, par exemple la Belgique et la Pologne.

Curieusement, alors qu'il existe des tonnes de livres, de mémoires, de thèses de doctorats et d'articles sur l'occupation nazie de la France, et que chaque année apporte de nouvelles publications sur le sujet, il n'existe quasiment rien sur le nazisme monétaire infligé par les Allemands aux Français. Pourquoi ?

La grande surprise ici, c'est le silence des Français, de leurs historiens et de leurs universitaires, d'habitude si diserts, sur ce qui est sans doute l'épisode le plus saignant de l'histoire contemporaine de leur pays.

Il faut remonter soixante-trois ans plus tôt, pour trouver un Français écrivant sérieusement sur ce sujet : René SÉDILLOT, qui publie en 1945, son livre intitulé Le Franc enchaîné - Histoire de la monnaie française pendant la guerre et l'occupation. SÉDILLOT constate : "Avec les siècles, les formes de pillage sont devenues plus savantes. Les anciens Germains dévastaient en toute simplicité les pays qu'ils avaient conquis. Leurs descendants, en 1940, ont recouru à une méthode de rapine plus subtile et plus fructueuse : ils ont mis le mark à 20 francs".

Cette manipulation du taux de change, à l'avantage exclusif du conquérant est l'une des caractéristiques du nazisme monétaire appliqué à la France, nazisme monétaire que celle-ci, une fois libérée du joug hitlérien, appliquera aussi, intégralement et même en l'accentuant à l'Afrique. Ce n'est pas une surprise, les Français créent le CFA en 1945, après l'occupation nazie, la même année où René SÉDILLOT publie son livre.

Pour cette création, ils ont au préalable récupéré l'arsenal statutaire du nazisme monétaire que leur a infligé l'Allemagne et qui fut entre autres inclus dans la convention d'armistice signée le 22 juin 1940 entre la France conquise et l'Allemagne conquérante. Les Français ont alors fait du copier-coller : à leur tour, ils ont retourné l'arsenal nazi contre les Africains, de sorte que le franc CFA et la zone franc, c'est du nazisme monétaire.

Parmi les nombreux mérites de la présente édition de "Le Franc CFA et l'Euro Contre l'Afrique", l'un des plus instructifs est donc que Nicolas AGBOHOU, ici, est l'un des premiers auteurs à jeter la lumière sur le caractère foncièrement nazi de la zone franc. Du coup, il montre aussi la transmutation par laquelle, la France, d'opprimée et exploitée par l'Allemagne hitlérienne, est devenue oppresseur et exploiteuse de l'Afrique, en usant du nazisme monétaire. Nicolas AGBOHOU ouvre ainsi un vaste domaine de recherches que devront explorer historiens, économistes et divers chercheurs.

Nicolas AGBOHOU n'est pas qu'un chercheur. Il est aussi un combattant pour la justice. Son livre est un outil de ce combat. Combat contre le double caractère malsain des pères fondateurs du franc CFA : suprématie blanche, agression coloniale de l'Afrique. Double caractère qui est hélas une immuable constante de la zone franc et qui permet à l'Etat français de réussir l'exploit de maintenir intact son système de domination monétaire des pays CFA, malgré les "indépendances" qu'elle leur a accordées dans les années 1960.

Rien n'a changé, pas même le sigle : on a gardé CFA, qui signifie désormais quelque chose comme Communauté Financière d'Afrique.

Combat contre l'infantilisation dans laquelle la zone franc maintient l'Afrique, infantilisation qui relève du syndrome "Ne-le-faîtes-pas-vous-même, nous-nous-en-chargeons-pour-vous".

Au lieu de gérer eux-mêmes leurs réserves, les États CFA les confient au Trésor français.


-        Au lieu de fixer eux-mêmes leurs objectifs de taux d'inflation, ils se contentent de singer ceux de la France et aujourd'hui de l'eurogroupe.

-        Au lieu de favoriser et intensifier les échanges entre eux, les États CFA miment les "critères de convergence" définis par la France et l'eurogroupe.

-        Au lieu de se doter des moyens techniques pour fabriquer eux-mêmes leur monnaie, ils se contentent de tout sous-traiter aux imprimeries de la Banque de France, qui facturent au prix fort.

-        Au lieu d'encourager l'émergence d'une élite africaine d'économistes et financiers compétents et indépendants, capables de défendre les intérêts africains, de promouvoir le point de vue africain et de le faire entendre dans le monde, les Etats CFA, s'en remettent aux "experts" de la Banque de France et du Trésor français ou à ceux des institutions multilatérales comme le FMI ou la Banque Mondiale.


Toute politique sans contradicteurs est corrompue. C'est précisément le cas de la zone franc et du franc CFA en Afrique. Dans cette zone, les questions monétaires sont un sujet tabou, la répression sévère, parfois meurtrière, comme ce fut probablement le cas concernant le décès, certains disent l'assassinat de TCHUNDJANG POUÉMI.

Les premiers responsables de cette situation sont les dirigeants africains. Au lendemain des "indépendances", ils ont embarqué leurs populations dans l'impasse du franc CFA, lequel n'est rien d'autre que la prolongation de l'agression coloniale et raciale contre l'Afrique.

Cette monnaie a admirablement servi le but pour lequel il fut créé : être l'instrument de "l'appauvrissement automatique de l'Afrique et de l'enrichissement automatique de la France", pour paraphraser René SEDILLOT. Il y avait d'autres voies. Par exemple celle choisie par les pays du Maghreb, dès qu'ils se sont libérés du joug colonial français. Ces pays se portent aujourd'hui infiniment mieux que les pays CFA. Toutes les études le montrent, la décision de quitter la zone franc est pour beaucoup dans la meilleure santé économique de ces pays maghrébins.

Le travail de Nicolas AGBOHOU peut donc être considéré comme une œuvre salutaire contre la corruption en Afrique. En déchirant le voile du tabou, en mettant le débat sur la place publique, en présentant aussi objectivement que possible tous les termes du débat, il rend un grand service à l'Afrique entière. S'il vise les décideurs qui, par leurs fonctions dans l'appareil d'État, sont capables de prendre les mesures nécessaires à la libération monétaire de l'Afrique, Nicolas AGBOHOU s'adresse d'abord au plus commun des citoyens africains : bien informés, ceux-ci seront mieux armés pour obliger leurs dirigeants à prendre les meilleures décisions.

Ici encore, il faut rendre hommage à Nicolas AGBOHOU : il a abandonné le jargon des hommes de sa profession, les économistes, pour utiliser une langue simple, que peut comprendre tout Africain qui accepte de faire le moindre effort personnel.

Au livre de TCHUNDJANG POUÉMI publié voici bientôt trente ans, les adeptes du statu quo néocolonial et les bénéficiaires du nazisme monétaire français ont répondu par un silence. Total black- out. Ils ont refusé le débat. Il n'y a pas eu débat. Ils ont été imités par leurs relais dans les cercles influents, en l'occurrence le Fonds Monétaire International, la Banque Mondiale et la Banque Africaine de Développement, qui ont la mainmise sur les questions économiques ou stratégiques concernant l'Afrique. Les banques centrales des pays CFA ont réagi exactement comme ces adeptes et ces bénéficiaires.

A la première édition de Le Franc CFA et l'Euro contre l'Afrique, publiée en 1999, l'année de l'introduction de l'euro, on a observé encore la même réaction de ces adeptes, de ces bénéficiaires et de ces banques centrales.

Jusqu'ici, cette réaction, ainsi que la répression et l'intimidation contre la pensée libre en Afrique ont bloqué tout débat sur ce qui est sans doute le plus grand scandale monétaire de toute l'histoire et aussi la principale cause de l'appauvrissement de centaines de millions d'Africains.

Les choses pourraient être différentes avec la présente édition. Deux éléments nouveaux poussent à le croire. D'abord, l'euro n'a apporté aux Africains aucun des nombreux bienfaits qu'on leur avait promis lors de l'introduction de cette monnaie et de l'arrimage du franc CFA à elle. Au contraire, les populations africaines souffrent aujourd'hui plus que jamais de l'asservissement du franc CFA à l'euro : l'appréciation considérable de l'euro par rapport au dollar a pour conséquence l'appréciation automatique du franc CFA et donc aussi une dévastatrice perte de compétitivité des pays CFA.

Second élément, le plus important, la guerre en Côte d'Ivoire. La guerre que les bénéficiaires du nazisme monétaire français ont provoquée en Côte d'Ivoire ces cinq dernières années, a permis à grand nombre d'Africains, en premier lieu les Ivoiriens, d'identifier clairement les ennemis de l'Afrique.

Des millions d'Africains sont descendus dans la rue pour affronter les chars ennemis et protéger les responsables Ivoiriens décidés à défendre l'intérêt Africain et à mettre fin au néocolonialisme dont le franc CFA n'est qu'un aspect. Un nombre considérable d'Africains, souvent des jeunes, sont morts dans ce combat pour la libération de la Côte d'Ivoire et celle de l'Afrique.

Une responsabilité particulière est donc placée sur les épaules des dirigeants actuels et futurs de la Côte d'Ivoire. Toutes ces victimes, tous ces jeunes, sont-ils morts pour rien ? Le débat pour la libération définitive de l'Afrique ne peut plus être interdit. Or cette libération passe, à notre avis, par un rejet du franc CFA. Il ne peut donc plus y avoir tabou, et aujourd'hui, l'on ne peut plus répondre à Nicolas AGBOHOU par le black-out.

Mieux, les dirigeants de Côte d'Ivoire, ont pour ainsi dire l'obligation d'aller de l'avant sur le chemin de la libération. Or il se trouve que, malgré la guerre qui a considérablement affaibli ce pays, économiquement, politiquement et administrativement, le divisant en deux territoires antagonistes, l'un aux mains des rebelles et de leurs commanditaires étrangers, la Côte d'Ivoire demeure et de loin, la plus importante économie de l'UEMOA, représentant à elle seule près de 40% du PIB de cette union. La sortie de la Côte d'Ivoire de l'UEMOA sonnerait le glas de la zone franc.

Tout ceci souligne l'importance exceptionnelle aujourd'hui de la Côte d'Ivoire pour le progrès en Afrique. L'année 2010, est annoncée comme aussi l'année des élections en Côte d'Ivoire. Les Ivoiriens, quel que soit leur niveau de responsabilité, doivent bien saisir la portée des choix qu'ils auront à effectuer lors de ces élections. Tout mouvement vers la libération étant pour l'instant invisible dans la zone CEMAC soumise à des autocrates s'éternisant au pouvoir, totalisant près de deux siècles d'exercice continu de dictature, c'est à l'UEMOA que revient la tâche de lancer la marche vers l'émancipation de l'Afrique. Et à l'intérieur de l'UEMOA, c'est au leader de cette union, la Côte d'Ivoire, de donner le cap.

Il se trouve que Nicolas AGBOHOU, patriote panafricain convaincu, est aussi Ivoirien. Il se trouve aussi que c'est en Côte d'Ivoire que TCHUNDJANG POUÉMI a élaboré sa théorie et rassemblé les éléments qui lui ont permis d'écrire son livre.

Nicolas AGBOHOU, en digne successeur de TCHUNDJANG POUÉMI, est un Ivoirien conscient des responsabilités qui incombent à son pays dans le combat sans merci contre le nazisme monétaire français en Afrique. Les dirigeants ivoiriens pourraient-il l'écouter ? Les dirigeants Africains pourraient-ils lui prêter l'oreille ?


http://mampouya.over-blog.com/

REPRESSION DES CYBERCRIMINELS: LE SYNDICAT DES CYBERCAFES DE COTE D'IVOIRE S'ORGANISE

 

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Samedi 28 août 2010. 16h30. Koumassi Remblais. EPP BAD.

C'était une rencontre qui vue de loin aurait pu paraître assez banale avec une vingtaine de personnes. Mais malgré la modestie du lieu de ce ''meeting'', il était primordiale pour moi d'y participer car il revêt un caractère presque Historique. C'était la réunion extraordinaire du Syndicat National des Exploitants de Cybercafés de Côte d'Ivoire (SYNECCI). Session auquel j'ai pris part avec M. Frédéric Tapé, également membre et administrateur de l'Organisation Akendewa. En effet, Akendewa faisait parti des invités spéciaux au cours de cette rencontre. Des décisions importantes concernant le développement de l'Internet en Côte d'Ivoire et les directives territoriales pour la lutte contre la cybercriminalité y ont été annoncées.

Pour rappel, le SYNECCI existe depuis juillet 2009 avec 750 cybercafés affiliés. En Côte d'Ivoire, c'est en général à partir des cybercafés qu'on s'initie à l'Internet et c'est aussi grâce à ces ''access point'' que s'effectue la plupart des actes de cyberescroquerie.

Les points adoptés furent les suivants:

1. Le SYNECCI en sa réunion extraordinaire du 04 juin 2010 a adopté dans le cadre de l'assainissement des mœurs au sein des cybercafés, un code de bonne conduite pour le client de cybercafé et un code de déontologie de l'exploitant de cybercafé. Par exemple, il est mentionné à l'Article 5 que le client ne devra entreprendre aucun acte d'arnaque de tout genre, de contrefaçon, de pédophilie et de pornographie dans le cybercafé. En ce qui concerne, les exploitants de cybercafés, ils s'engagent à n'autoriser aucune pratique violant la loi de Côte d'Ivoire en matière de NTIC (piraterie, arnaque, contrefaçon, espionnage, etc...). C'est en substance quelques extraits des différents articles des codes de déontologie. Chers clients et clientes de cybercafés, attendez vous donc à voir les présentes déclarations être affichées de manière visible dans tous la plupart des cybercafés, avec l'appui de l'ATCI. La police scientifique prendra part également au déploiement et au respect de ces codes.

2. Adoption de l'utilisation de Cybercafé pro 5 comme logiciel d'exploitation dans les cybercafés en raison de la possibilité d'identification et de la traçabilité des activités des clients. Chaque client aura donc un compte individuel ouvert, dans chaque cybercafé qu'il fréquentera. (et personnellement, j'applaudis cette mesure que je trouve excellente!!)

3. La police scientifique de Côte d'Ivoire et le CI-CERT (Côte d'Ivoire Computer Emergency Response Team ), cellule technique de lutte contre la cybercriminalité sont les partenaires stratégiques du SYNECCI.

4. M.Camara Laciné, représentant de l'ATCI à cette rencontre, a présenté le CI-CERT, plateforme de lutte contre la cybercriminalité composée d'experts en sécurité informatique. C'est une Équipe de réponses aux urgences informatiques. Le siège de ce détachement de l'ATCI se trouve au plateau,, immeuble postel 2001, Abidjan. Le CI-CERT a déjà eu à contribuer à des arrestations. Il a aussi rendu son rapport annuel d'activités, disponible sur son site web: www.cicert.ci.

5- Le CI-CERT a pour objectif principal de sécuriser le cyber-espace national. Par ailleurs, M. Laciné, nous a fait savoir, que le CI-CERT, après avoir effectué un audit de plusieurs sites web ivoiriens, a constaté que la majeure partie était très vulnérable. On compte d'ailleurs les sites web de certaines banques, celui de la présidence de Côte d'Ivoire et des opérateurs de téléphonie mobile.Le CI-CERT a libéré un programme informatique qui se propage, dans le cyber-espace ivoirien, ce qui lui permet, entre autres,  d'identifier à distance tous les cybercafés, disséminés sur le territoire ivoirien. Grâce à cela, les experts de cette cellule ont découvert des cybercafés ''fantômes'' où on leur a tout simplement interdit l'accès lorsqu'ils s'y sont rendus.

6- Le CI-CERT se bat au quotidien, pour enrayer définitivement les actes de cybercriminalités sur le territoire national. Malheureusement, ils sont confrontés au quotidien à la réalité du système, c'est-à-dire le manque de volonté politique et même la passivité de certaines hautes autorités qui protègent certains cyberescrocs. Dernier exemple en date: l'affaire ''Kourouma''. Ce cybercriminel a escroqué plus de 740 millions à un homme d'origine française. Aujourd'hui, ce cyberescroc porte le pseudonyme de ''Momo de Paris'' et est devenu un Opérateur économique ivoirien car il circule en toute liberté, vu qu'il a été relaxé avec l'appui de certaines autorités, juste après été arrêté par la police scientifique. C'est pour dire.....!!!

7- Sachez également que le CI-CERT fait parti des projets de l'IGICI (Initiatives pour la Gouvernance de l'Internet en Côte d'Ivoire). l'IGICI a réalisé le forum sur la Gouvernance de l'Internet,qui s'est tenu en Côte d'Ivoire du 07 au 09 Juillet 2010 à l'espace CRRAE - UMOA en présence de plus de 500 participants et de plusieurs experts . L'IGICI a également en projet, la création d'une monnaie électronique en Côte d'Ivoire. Le CI-CERT qui est parrainé par la Malaysie, devrait bientôt être membre de l'OIC-CERT, la représentation de tous les CERT à l'échelle mondiale. Définition d'un CERT via ce lien.

8- Une campagne Grand Public de lutte contre la cybercriminalité  sera initiée dans les jours à venir sur tout le territoire national (affichage, radio, TV, Site Internet)

9- Un atelier de formation et de mise à niveau des gérants de cybercafés sera supervisé par Aviso, un des fournisseurs d'accès Internet.

10- La police scientifique sera donc l'unité de répression des cybercriminels dans les cybercafés.

Gare à vous donc, les escrocs digitaux!! La lutte a déjà commencé et le ''rouleau compresseur'' va continuer son chemin avec tous les acteurs de l'informatique et du web de Côte d'Ivoire.

Les mots de la fin furent prononcés par la direction du SYNECCI, le chargé de communication, M. Frédéric Lela, le Secrétaire Général et le Secrétaire Général Adjoint, M. Bamba Inza. Ils ont tenu à remercier les représentants de l'organisation Akendewa pour leur participation à cette réunion extraordinaire. Selon eux, c'est grâce à cette organisation web que le Syndicat des Cybercafés (SYNECCI) a pu enfin sortir de l'ombre et mieux se faire connaître des populations. Akendewa, par la voix de ses représentants que nous étions s'est donc engagée à soutenir toutes les actions de lutte contre la cybercriminalité qui seront incessamment initiées par le SYNECCI, le CI-CERT et l'ATCI.

Internautes de Côte d'Ivoire et de la diaspora, lecteurs et lectrices du blog ''l'Actu Web d'Edith'', restez donc à l'écoute pour suivre dans les jours à venir, le déploiement de toutes ces actions.

 

Source: L'ACTU WEB D'EDITH

samedi, 28 août 2010

ALERTE AUX REQUINS: DRAME SUR UNE PLAGE DE LUANDA!

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Ames sensibles, s'abstenir! Un drame affreux sur une plage de Luanda, en Angola (Afrique). Avis aux baigneurs!

Un requin, devant témoins, vient de dévorer une fille.Tout simplement PETRIFIANT!!!

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23:10 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique | Lien permanent | Commentaires (32) | Tags : afrique, angola, luanda, alerte aux requins, baigneuses dévorée par un requin | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

jeudi, 19 août 2010

LES PAYS AFRICAINS DE LA ZONE FRANC SONT TOUJOURS COLONISES 50 ANS APRES LA PROCLAMATION DES INDEPENDANCES




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Par Dr Séraphin PRAO

L'histoire nous enseigne qu'entre le 1er Janvier et le 31 Décembre 1960, 17 pays d'Afrique subsaharienne (ASS), dont 14 anciennes colonies françaises, accédaient à la souveraineté nationale et internationale. Evidemment cela fait cinquante ans, qu'ils sont théoriquement libres. Pour ne pas démentir la légende qui veut que les africains aient un faible pour les festivités, ils n'ont pas manqué cette occasion pour danser et festoyer.

Les africains veulent considérer ce cinquantenaire comme l'an zéro de l'Afrique libre. C'est dans ce cadre que des journées de réflexions ont été organisées pour trouver les remèdes au mal africain : son retard en matière de développement. La Côte d'Ivoire n'a pas manqué à l'appel.

Si le cinquantenaire des indépendances doit être considéré comme l'année zéro pour les africains, alors, on peut le dire sans se tromper que ceux de la zone franc sont mal repartis et n'ont encore rien compris.

En effet, lors du colloque international sur le cinquantenaire de l'indépendance et ses perspectives en Afrique subsaharienne, qui s'est tenu à la Fondation Houphouët-Boigny pour la Recherche de la Paix, à Yamoussoukro, le 3 août 2010, le Gouverneur de la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO), l'Ivoirien Philippe DACOURY-TABLEY, a en substance plaidé en faveur du maintien du Franc CFA. Pour le gouverneur, il ne s'agit pas d'avoir une monnaie.

"Tout le monde peut le faire. Mais, si c'est pour faire et s'asseoir à côté, ça ne sert à rien", a-t-il fait remarquer. Pour le banquier, il faut plutôt dépassionner la question et "rendre nos économies indépendantes"

Lorsqu'il évoquait "l'indépendance du drapeau", le leader indépendantiste tanzanien Julius NYÉRÉRÉ voulait faire comprendre que la véritable indépendance ne réside pas uniquement dans ses attributs extérieurs. Pour être effective, elle ne peut se contenter d'être diplomatique. Elle doit aller au-delà, pour se manifester dans tous les domaines de la vie d'un pays, le politique et administratif, l'économique et le financier, le culturel enfin.

L'objet  de cet article est de dire sans détour que la conquête de l'indépendance passe nécessairement par celle de la souveraineté monétaire. La littérature sur le sujet est dense (AGBOHOU Nicolas, 1999 ; TIANI KEOU François, 2002 ; HUGON, 1999 ; TCHUNDJANG POUENI, 1980 etc...).

Il s'agit ici de déférer à la barre de la "raison" comme à la barre de la "conscience", l'élite bourgeoise africaine qui peine à comprendre ce que les autres savent déjà : la monnaie est à la fois un instrument de développement et de domination.

Il faudra répondre à l'innocente question initiale : le franc CFA est-il défendable ?

Nous trouvons ici comme prétexte, une réponse au gouverneur de la BCEAO, Philippe DACOURY-TABLEY, pour apporter des éclairages sur le concept mal connu qu'est la monnaie.

Ce que notre étude apporte c'est la dimension sociale de la monnaie qui vient convaincre définitivement que si les africains veulent une identité économique, ils doivent battre leur propre monnaie.

Nous commençons par revenir sur la définition de la monnaie car il nous semble utile de poser le problème de fond : celui de la nature de la monnaie.

Ensuite, on pourra montrer pourquoi, le Franc CFA doit disparaître si nous aspirons à l'indépendance et au développement. Ce sera le lieu de rappeler que les pays africains en général et ceux de la Zone Franc, en particulier, doivent s'affranchir de la tutelle française pour penser réellement leur développement.

QU'EST-CE QUE LA MONNAIE ?

D'ordinaire, les manuels d'économie définissent rapidement la monnaie comme un bien économique remplissant trois fonctions : une fonction d'unité de compte, une fonction d'intermédiaire des échanges, une fonction de réserve de valeur.

Respectivement, la monnaie permet d'exprimer en une seule et même unité la valeur des biens et services échangés, éliminer les contraintes liées au troc de marchandises et constituer un lien entre le présent et l'avenir.

Une telle définition présente des limites. On peut citer au moins deux inconvénients majeurs :


-        elle ne hiérarchise pas les différentes fonctions et sous-estime donc le problème de savoir où se situe la limite entre ce qui est de la monnaie et ce qui n'en est pas. Ainsi, si l'on considère que la principale fonction de la monnaie est d'être une réserve de valeur, on constate que de nombreux objets tels que des timbres, des tableaux peuvent servir de réserve de valeur sans être pour autant une monnaie.

-        l'approche fonctionnelle est trop limitative, puisqu'elle ne prend pas en compte la nature de la monnaie qui est d'ordre social.


Délaissons à jamais l'approche fonctionnelle de la monnaie pour nous concentrer maintenant sur les approches vivifiantes.

La monnaie peut alors être considérée comme un lien social essentiel, c'est à dire un "objet" liant entre eux des individus hétérogènes afin d'en faire une société. Il est admis par un grand nombre d'économistes, depuis les écrits d'Adam SMITH et la naissance de l'économie en tant que discipline autonome, que le marché était généralement considéré comme le seul lien nécessaire pour réunir en une société des individus par ailleurs isolés.

Mais La publication par Karl MARX du livre premier du Capital en 1867 va constituer une rupture très nette avec l'économie politique classique en ce qui concerne la théorie monétaire.

Selon Karl MARX, derrière la circulation des marchandises, il existe toujours des rapports sociaux. La valeur est en effet un rapport social de production qui revêt la forme d'un objet obtenu à partir de travail. Pour aller vite, disons que la monnaie dans la pensé de Karl MARX a un caractère double puisqu'elle est à la fois une marchandise et l'expression d'une relation sociale.

Or, le rôle de convention sociale de la monnaie s'accommode mal du statut de marchandise qu'il cherche à lui donner.

Comme par miracle, c'est un autre auteur allemand, Georg SIMMEL, qui, dans sa Philosophie de l'argent, va s'émanciper du concept de monnaie marchandise. L'échange monétaire peut en effet être considéré comme une socialisation, c'est à dire "l'une de ces relations dont la présence transforme une somme d'individus en un groupe social".

Pour former un lien social, il est nécessaire de passer par la médiation de l'instance collective que représente l'institution monétaire. C'est ce qui se passe, d'après SIMMEL, lors de l'extension de la sphère des échanges. Selon FEMENIAS (2008), pour SIMMEL, c'est donc bien la communauté dans son ensemble qui garantit que la monnaie soit acceptée aujourd'hui et dans l'avenir en règlement des échanges.

Dans le même ton, Michel AGLIETTA et André ORLÉAN dans La violence de la monnaie, ont de façon savante, démontré la dimension sociale de la monnaie. La monnaie est vue comme le moyen de canalisation de la violence censée caractériser tout ordre social. La socialité n'est possible qu'après un processus de socialisation dans lequel l'institution monétaire joue un rôle essentiel. Elle permet ainsi la conciliation de deux contraires : l'affirmation de l'autorité souveraine et celle d'une liberté personnelle, individuelle.

La forme générale de socialisation que constitue l'échange représente la forme sui generis du lien social. C'est l'adhésion de tous à la monnaie en tant que forme "socialement reconnue et légitimée de la richesse" (AGLIETTA et ORLÉAN, 2002, 67) qui confère son statut à la monnaie.

Comme l'État est porteur d'un projet d'unification politique et qu'il en a les moyens, il joue un rôle qui peut être déterminant pour conduire le processus monétaire jusqu'à sa réussite, en particulier en tant qu'il possède la légitimité permettant d'affronter les puissants antagonismes d'intérêt politique que la définition de la monnaie ne peut manquer de faire naître.

L'indépendance est aussi l'occasion de rétablir les symboles nationaux d'avant la guerre et de jeter les bases d'une restauration monétaire.


La monnaie est sans aucun doute une expression de la souveraineté d'un pays. La monnaie joue un rôle  dans l'ensemble des processus et des relations par lesquels une communauté se constitue en autorité souveraine.

On peut citer l'exemple du cens à Rome. La société romaine met en place, dès le 6e siècle av. J.-C., le cens, une sorte d'état civil d'état. Sous la monarchie romaine, existaient deux classes principales, les nobles et le peuple (populus), outre les esclaves et les non-citoyens. Après l'instauration de la République,  la société romaine se définissait elle-même comme une société d'ordres (ordines) implacablement stratifiée. L'évaluation en monnaie y apparaît au centre d'un dispositif qui établit la citoyenneté et assigne à chaque citoyen une place au sein de la hiérarchie sociale. Finalement, le census marque solennellement la limite entre les citoyens et ceux qui ne le sont pas.

Enfin, exposons rapidement, l'approche de la monnaie comme système de paiement. Celle-ci explique que la monnaie doit être analysée comme point de départ obligé de la théorie du marché plutôt que comme un simple objet économique.

La monnaie est ainsi considérée comme une institution, un ensemble de règles d'emblée sociales. Pour CARTELIER, "la monnaie, ou système de paiement, est l'institution qui rend possible la coordination des actions économiques des individus".

L'approche de CARTELIER est différente de celle  exposée plus haut, faisant de la monnaie, une canalisation de la violence. Selon CARTELIER, la monnaie n'est qu'un des résultats possibles du processus de canalisation de la violence. Ainsi, la loi ou le sacré constituent autant de solutions alternatives.

POURQUOI LE FRANC CFA DOIT DISPARAÎTRE

Nous avons pris soin de rappeler dans notre introduction que les pays africains sont logiquement indépendants depuis 50 ans. Pourtant, ils sont aujourd'hui encore nourris au "lait" de la France. Que le lecteur m'accorde la faveur de dire que notre continent ne se développera que lorsqu'il sera en amont et en aval de ses stratégies de développement.

a)  Les principes de la Zone Franc sont des leviers du pillage des économies africaines

La parité fixe. Un nombre croissant de monnaies vernaculaires se rattachent à des monnaies véhiculaires (Bourguinat) qui permettent l'acceptabilité, la liquidité et la stabilité permettant la prédictibilité.

Les francs CFA sont ainsi rattachés au franc français par une parité fixe (éventuellement ajustable). Deux régimes de taux de change sont possibles : le taux de change flexible et le taux de change fixe.

La réflexion n'a pas été menée pour savoir lequel des deux, éventuellement, doit être préféré. On sait pourtant que le taux de change remplit deux fonctions conflictuelles dans la gestion de l'économie [BOUGHTON, 1991] : point d'ancrage à la stabilité économique (un pays qui stabilise son taux de change par rapport à une devise forte, gagne en crédibilité); instrument de rééquilibrage des comptes extérieurs (un pays qui surévalue sa monnaie perd de la compétitivité).

Le taux de change flexible permet d'utiliser la politique monétaire à d'autres fins. On admet généralement qu'une économie fortement exposée à des chocs extérieurs, ce qui est le cas des pays africains de la Zone, ont intérêt à stabiliser l'économie par la flexibilité de change.

En imposant le régime de taux de change fixe aux PAZF (Pays Africains de la Zone Franc), la politique monétaire avait un seul objectif à poursuivre, celui du maintien du taux de change à son niveau annoncé.

L'ancrage nominal conduit à réduire l'inflation et il favorise des anticipations non inflationnistes; il crée une contrainte pour la convergence des politiques économiques et il impose une discipline monétaire.

La fixité du change réduit la spéculation déstabilisatrice sur les modifications de taux de change.

En réalité, le choix du régime de taux de change fixe était de faire en sorte que les bénéfices des  entreprises françaises ne subissent pas les caprices d'un taux de change erratique.

En clair, la France voulait stabiliser les bénéfices des entreprises françaises. Pour cela, la France a promis réduire l'impact des chocs extérieurs avec des mécanismes coopératifs (comptes d'opérations) ou d'aides (exemples du Stabex ou du Sysmin).

En ce qui concerne, la liberté des transferts, elle est limitée au niveau des pays africains mais massive entre les pays africains et la France. Cette liberté de transferts a conduit à un rapatriement massif des bénéfices des investisseurs étrangers vers leur maison-mère et à un exode des revenus des ménages expatriés vers leur pays d'origine : entre 1970 et 1993, alors que les investissements étrangers s'élevaient à 1,7 milliards de dollars, le rapatriement des bénéfices et des revenus d'expatriés s'est élevé à 6,3 milliards. Les rapatriements ont donc été quatre fois supérieurs aux investissements (Nicolas AGBOHOU, 1999, p. 87).

La transférabilité interne a pris un coup depuis les années 90. Il y a une mesure de suspension de rachat des billets de banque CFA entrée en vigueur le 2 août 1993. Auparavant, et ce jusqu'au 1er août 1993, la convertibilité des billets était libre et illimitée aux guichets de la banque de France. En plus d'une mesure de suspension de rachat des billets CFA entre la zone UMOA et la zone CEMAC à compter de septembre 1993.

Cela n'a pas empêché la détérioration des comptes dans les années 1990 et l'incapacité déclarée de la France à soutenir sans limites les budgets africains. Résultat : les deux francs CFA ont été dévalués de 50 % en janvier 1994 pour passer de 0,02 à 0,01 FF. Cette parité fixe ne changea pas avec le passage du FF à l'euro (1999). Elle s'est traduite automatiquement par le taux de 1 euro pour 655,957 F CFA.

La libre convertibilité et la libre transférabilité sont limitées par le contrôle des changes (surtout depuis la suspension de la convertibilité des billets FCFA) et l'absence de marchés des FCFA (tous les flux passent par le filtre des banques centrales).

Finalement, la zone franc est un espace de circulation asymétrique des capitaux privés, d'investissements publics, et de répartition de l'aide publique où les entrées de flux publics sont compensées par des sorties de flux privés.

Elle demeure caractérisée par le poids des intérêts des firmes françaises. Elle est un espace politique, linguistique, financier marqué par des relations privilégiées avec l'ancienne métropole. D'espace commercial préférentiel, elle est devenue un espace financier privilégié; de système centralisé et hiérarchique de défense externe de la monnaie dans un espace protégé, elle est devenue une institution plus souple de coopération monétaire.

Au sujet de la convertibilité illimitée ou la garantie illimitée du Trésor Français, cette disposition était une manière légale pour les entreprises françaises d'avoir des devises avec leurs milliards de franc CFA. La convertibilité des francs CFA ne résulte pas du marché mais d'une convention avec le Trésor français. La convertibilité permet l'accès aux marchés internationaux et favorise l'entrée des capitaux.

Depuis la dévaluation des francs CFA du 12 janvier 1994, les pays africains membres de la Zone ont perdu leurs droits de tirage automatique. La France est devenue un prêteur résiduel qui se situe en second rang par rapport aux institutions de Bretton Woods, et qui intervient après mobilisation des multilatéraux notamment la Banque africaine de développement.

Enfin, le principe des comptes d'opérations est une escroquerie morale, financière de la France.  Les comptes d'opérations auraient même une origine nazie. Il faudrait reprendre l'idée de Nicolas AGBOHOU (1999, p.79) sur ce point.

Selon l'auteur, "la France applique actuellement aux Africains, les cruautés financières que l'Allemagne hitlérienne lui a infligées pendant l'occupation. En effet, l'Allemagne nazie a fait supporter des charges financières énormes à la France envahie...", Selon un mécanisme bien décrit par Pierre ARNOULT.

Selon Nicolas AGBOHOU, l'Allemagne avait organisé sous des apparences commerciales l'exportation chez elle, à peu près gratuitement, de toutes les richesses françaises dont elle avait besoin.  Pour réaliser ce dernier projet, elle imagina d'instituer un accord de compensation franco-allemand qui, à la vérité, n'aurait d'accord que le nom et mettrait la production française à sa merci.

Lorsque deux pays décident de régler leurs relations commerciales par voie de compensation, ils créent un clearing, c'est-à-dire un organisme chargé d'équilibrer leurs créances et leurs dettes respectives.

En dehors de l'argumentation fournie par Nicolas AGBOHOU, celle de Maurice NIVEAU (1954) ne manque pas d'intelligence. Cette technique de compte d'opérations, qui est en réalité une escroquerie était pourfendue par les français eux-mêmes.

Maurice NIVEAU (dans Histoires des Faits Economiques contemporains, PUF, 1966, p.306-307) nous rapporte le sentiment français, par les propos de  M. Emile MOREAU (gouverneur de la banque de France de 1926 à 1930) qui disait ceci à M. POINCARÉ (président du conseil) : "j'expose au président du conseil que l'Angleterre ayant été le premier pays européen à retrouver une monnaie stable et sûre après la guerre, a profité de cet avantage pour jeter sur l'Europe les bases d'une véritable domination financière. [...] les remèdes comportent toujours l'installation auprès de la banque d'émission d'un contrôleur étranger anglais ou déguisé par la banque d'Angleterre, et le dépôt d'une partie de l'encaisse de la banque d'émission à la banque d'Angleterre, ce qui sert à la fois à soutenir la livre et à fortifier l'influence anglaise..."

b)  Le Franc CFA n'a pas apporté le développement économique mais le développement du sous-développement

Le franc CFA est un facteur de sous-développement. Nous le verrons dans les lignes qui suivent. Mais il y a un autre argument que nous devons brièvement examiner ; il renforce la tendance à la libération des PAZF (Pays Africains de la Zone Franc).

b.1) La création monétaire est du domaine de la souveraineté d'un pays

Jamais, en réalité, l'Etat ne s'est désintéressé de l'émission ; même quand l'institution d'émission était un organisme strictement privé, comme en grande Bretagne, les relations entre la Banque et la Trésorerie étaient étroites.

Les PAZF ont abandonné à la France, la création monétaire qui est pourtant une prérogative régalienne de l'Etat. C'est un "droit inconditionné de définir les règles qui gouvernent l'évolution de la monnaie qui a cours sur son territoire". Et ceci sous deux aspects : au plan interne, s'agissant du "pouvoir d'émettre la monnaie fiduciaire, de définir un système de contrôle de la quantité globale de monnaie en circulation, de définir dans quelles limites l'Etat peut avoir recours à la création de la monnaie pour financer sa dette".

Sur le plan externe, la liberté de choisir un système de change et éventuellement de fixer la position de la monnaie nationale dans ce système. Certaines fonctions sont indispensables à la survie de l'identité nationale et spécifiques à l'Etat et touchent au plus près à la souveraineté et donc ne sauraient souffrir que des limitations très restreintes.

Cela concerne au premier chef le maintien de l'ordre public, la justice et le monopole de la contrainte à l'intérieur, la diplomatie, la défense et enfin la monnaie.

La plus grande démission des intellectuels africains, en tout cas, ceux du sous-continent noir, c'est d'avoir toléré ce viol monétaire pendant longtemps. Nous avons dit plus haut que le Gouverneur de la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO), l'Ivoirien Philippe DACOURY-TABLEY, a en substance plaidé en faveur du maintien du Franc CFA.

Pour le gouverneur, il ne s'agit pas d'avoir une monnaie. "Tout le monde peut le faire. Mais, si c'est pour faire et s'asseoir à côté, ça ne sert à rien", a-t-il fait remarquer. Pour le banquier, il faut plutôt dépassionner la question et "rendre nos économies indépendantes"

Il nous semble  mystérieux de rendre les économies africaines indépendantes quand la monnaie elle-même, l'instrument de mesure, est colonisée.

La banque centrale a d'abord été le banquier de l'Etat. C'est du fait de cette relation privilégiée, et seulement dans un second temps, qu'elle a été considérée progressivement comme la "banque des banques", celle qui compense les paiements des banques commerciales et régule la liquidité du secteur bancaire (GOODHART, 1988).

Ce n'est que plus tard qu'on a voulu centrer le mandat des banques centrales sur la lutte contre l'inflation, et les protéger en construisant un cadre institutionnel qui les mette à l'abri des pressions politiques et leur interdise de prêter à l'Etat. Ce cadre est consacré en Europe, en 1992, par le traité de Maastricht.

Le gouverneur sait qu'il n'est que haut fonctionnaire du trésor français. La BCEAO est administrée par un conseil d'administration composé de 16 membres dont deux français. La conduite de la politique monétaire est confiée au Conseil d'Administration de la BCEAO avec le "concours" des comités nationaux de crédits (article 52 du statut de la BCEAO).

L'article 10 de l'accord de coopération entre la République Française et les Républiques membres de l'UMOA dit : "Deux administrateurs désignés par le gouvernement français participent au Conseil d'Administration de la BCEAO dans les mêmes conditions et avec les mêmes attributions que les administrateurs désignés par les Etats membres de l'Union ".

Si l'on doit arrêter une décision à l'unanimité, une simple opposition de la partie française peut compromettre la vie des millions d'africains. C'est tout simplement une infamie. La France contrôle par le biais du franc CFA toutes les économies des PAZF et en conséquence, leur souveraineté.

b.2) Le franc CFA n'apporte pas le développement mais le sous-développement

Si le gouverneur de la BCEAO arbore une joie non dissimulée de faire partie de la zone franc, les populations africaines sont loin de le suivre dans cette œuvre solitaire. Et pour cause, le franc CFA n'apporte pas le développement promis.

Le franc CFA ne permet pas le financement des entreprises, n'entraine pas l'intégration régionale et en dernier ressort ne nous donne aucune dignité.

Le franc CFA étant structurellement et économiquement étranger aux africains, le système bancaire est faiblement développé et les africains n'y attachent aucun intérêt.

Selon le rapport JUMBO de l'agence Française de Développement (AFD, 2007, p.11), en 2007, le total des bilans des banques de l'UEMOA et de la CEMAC est inferieur à la somme des actifs de la première banque sud-africaine.

Le système financier et bancaire de la zone UEMOA a été soigneusement étudié par PRAO Séraphin. (2009) et arrive à la conclusion que la dimension monétaire du développement est absente.

En tout cas, qu'il s'agisse de la Côte d'Ivoire ou du Sénégal, le ratio de l'approfondissement n'atteint jamais le seuil de 36,5.

En effet, BERTHÉLÉMY et VAROUDAKIS (1998) ont validé par une analyse de panel l'idée selon laquelle l'impact de l'approfondissement financier sur la croissance ne se manifeste qu'à partir d'un certain seuil (  au moins égal à 36,5). Pour la Côte d'Ivoire et le Sénégal, ce taux moyen est respectivement  de l'ordre de 0,26 et 0,21  sur la période 1962-2004.

La densité du réseau bancaire des pays de l'UEMOA est très faible. Il y a 1,4 agences ou bureaux bancaires pour 100 000 habitants. Le taux de bancarisation dans l'UEMOA à fin décembre 2003 variait de 0,76% pour la Guinée Bissau à 5,18% pour la Côte d'Ivoire avec une moyenne de 3,02% pour l'Union. En 2005, seules 3 personnes sur 100 ont accès à un compte (BCEAO, 2005b, CB-UMOA, 2006). En comparaison, la France était en 2001 à un taux de 99% (Daniel et Simon, 2001).

Les africains estiment que le système bancaire est réservé aux riches. Ils sont d'autant plus persuadés d'avoir raison que le financement bancaire ne représente que 16% du produit intérieur brut (PIB) en Côte d'Ivoire contre environ 70 % en France ou en Tunisie.

En 2006, le ratio moyen du crédit privé au PIB était de 110% dans les pays de l'OCDE, de 31% dans les pays d'Amérique latine et de 20% seulement en Afrique Subsaharienne (ASS).

En Afrique, les banques sont très peu actives dans le financement de l'investissement. Elles sont très frileuses dans l'octroi des crédits. Du coup, le système bancaire regorge d'énormes liquidités inutilisées.

Le comble c'est que les banques sont depuis 1994 apparues surliquides. La liquidité peut être définie comme l'aptitude d'un établissement de crédit à faire face à ses engagements à court terme, c'est-à-dire concrètement à répondre à une demande inopinée de retraits d'une partie des fonds déposés par la clientèle. Dès lors la surliquidité bancaire n'est rien d'autre que la possession par une banque d'un excès de liquidité.

Mais selon le FMI (2006)[i], la surliquidité bancaire est définie comme le montant des dépôts des banques commerciales auprès de la banque centrale qui excède les réserves obligatoires. C'est cette même définition qu'on retrouve chez  Jean CALVIN (2008), en la considérant comme les réserves auprès de la banque centrale excédant les montants minimum requis, en moyenne sur l'année.

PRAO Séraphin (2009) a estimé que cette surliquidité bancaire représente en moyenne sur la période 1996-2006, entre 2% à 7% du PIB nominal de la zone UEMOA.

Avec cette paresse bancaire, l'effort d'investissement n'a pu engendrer une croissance forte. Sur la période 2002-2007, le taux d'investissement n'excède pas 20% dans l'espace UEMOA (17% (2002) ; 16,1 (2004) ; 18,8% (2005) ; 19,2% (2007)). Sur la même période, en ASS, le taux est en moyenne nettement supérieur à ceux de la zone UEMOA (18,7% (2002) ; 19,3% (2004) ; 20,4%(2005) ; 22,4% (2007)).

Le taux de croissance du PIB réel dans la zone UEMOA ne permet pas de dire que le franc CFA a un impact positif sur l'économie des pays membres.

En comparant cette zone et l'ASS, le taux de croissance du PIB réel y est faible.

Sur la période 2002-2007, dans la zone UEMOA, ce taux est de 1,5% en 2002 ; 2,9% en 2003 ; 2,8% en 2004 ; 3% en 2007. En ASS,  ce taux est de l'ordre de 3,5% en 2002 ; 4% en 2003 ; 6,8% en 2004 et 7,2% en 2007.

Les défenseurs du franc CFA ont échoué lorsqu'ils ont cherché à rendre explicite la correspondance entre la monnaie unique (le franc CFA) et l'intégration régionale.

Les monnaies coloniales ont plutôt encouragé l'intégration économique avec la puissance de tutelle, et, dans une moindre mesure, avec le reste du monde.

En imposant leur monnaie, leur système bancaire, et d'autres types de régulation économique dans les frontières arbitraires qu'ils avaient données à l'Afrique, les pouvoirs coloniaux ont en partie empêché l'intégration économique à l'intérieur du continent.

Mais, en même temps, une intégration économique de l'Afrique avec l'Europe et le reste du monde a été possible. Des économies sont intégrées lorsque "leurs relations réelles et monétaires sont si intenses que leurs marchés réagissent simultanément aux mêmes chocs""par le marché" ; elle résulte de l'essor des flux commerciaux et financiers. (BAUDASSE, MONTALIEU, SIROËN, 2001, p. 78) ; Le concept d'intégration traduit deux types de dynamique : l'une est spontanée, elle se réalise de fait,

L'autre est institutionnalisée, "formelle" ; elle traduit un volontarisme et des accords politiques ; obtenue "par les règles", elle suppose la mise en place d'institutions et le passage d'étapes programmées dans le temps.

En effet, les grands pays exportateurs dans le commerce intra UEMOA sont la Côte d'Ivoire et le Sénégal qui ont exporté vers la zone respectivement 11 et 6,5% de leurs exportations totales entre 1990 et 2003 (BOOGAERDE et TSANGARIDES, 2005). Ces pays sont de ce fait de loin les grands offreurs de biens manufacturiers dans la zone en détenant respectivement 74 et 14% des exportations intra zone.

Selon la commission européenne (2002), en 1999, 40% des exportations de l'espace UEMOA étaient destinées à l'Europe. Les importations en provenance de l'union européenne en direction de l'UEMOA la même année se situe à 43%. Les exportations de la zone UEMOA en direction du même espace représentent 12% tandis que les importations se situent à 10%.

Le renforcement de l'intégration régionale doit passer par le développement du commerce intra régional à travers l'amélioration des infrastructures routières notamment. Il a été démontré que le commerce au sein de l'UEMOA triplerait si toutes les routes nationales reliant les pays membres entre eux étaient revêtues en dur. Pour cela, il nous faut trouver des ressources pour le financement de grands projets routiers. Et pourtant, des milliards de Franc CFA dorment dans les caisses du Trésor français, signe que les africains sont tout simplement terribles.

CONCLUSION

La monnaie, lien social, est au cœur d'une légitimation par le pouvoir, d'une confiance par les marchés et d'une crédibilité par le dynamisme de l'économie, et par les politiques, notamment de la Banque centrale. Les francs CFA ont une convertibilité conventionnelle; la monnaie CFA ne constitue pas un symbole de Souveraineté.

Si le Franc CFA ne disparaît pas, on aura garde de paraître conférer aux Africains une étiquète d'incapable congénitale.  Être libre, être indépendant, pouvoir se gouverner soi-même, être maitre de ses décisions, c'est une fin en soi. C'est même la première fin qu'il faut rechercher quand on veut se bâtir un pays ou une vie à soi.

Un pays indépendant est un pays qui exerce sa souveraineté en toute liberté, n'a d'allégeance pour aucun autre pays et ne se détermine qu'en fonction de ses intérêts et de sa volonté. Telle est, en gros, la définition de l'Indépendance.

BODIN, un des plus grands théoriciens de la souveraineté dans les Six livres de la République (1576) reprend le thème de l'imitation de Dieu pour caractériser l'autorité souveraine. Cette autorité insiste-t-il est indivisible absolue (elle est au-dessus des lois puisqu'elle les fait) ou encore perpétuelle. Il va ainsi fixer les attributs de la souveraineté.

En Egypte ancienne, le pouvoir du pharaon reposait sur un certain nombre de symboles. Ils étaient les témoins de sa force, de sa divinité et de son autorité sur les terres d'Egypte.

La monnaie fait partie des attributs de la souveraineté, l'ignorer, c'est simplement faire fausse route dans le combat pour la souveraineté tout court.


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LA NOTION DU TEMPS ET DU FUTUR AU SENEGAL ET EN AFRIQUE

 

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Le temps doit être perçu comme une denrée précieuse, une ressource, un moyen d'action, de production, de réalisation, au même titre que l'homme (la force physique, les aptitudes intellectuelles, mentales, morales), au même titre que l'argent et d'autres moyens matériels et immatériels. D'où les questions suivantes : Comment l'Africain conçoit‐il, comprend‐il, apprécie‐t‐il le temps ? Comment l'Africain utilise le temps, cette denrée quotidienne, précieuse, naturelle ? Quel est le rapport de l'Africain avec le temps ? D'aucuns disent que les réponses à ces trois questions fondamentales restent plutôt négatives pour l'Africain. Celui‐ci aurait une « mauvaise appréciation et une mauvaise utilisation du temps », ce qui aboutit naturellement à des « mauvais rapports» avec le temps. Qu'en pensez‐vous ?

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La notion du temps et du futur au Sénégal et en Afrique


Si l'homme pouvait disposer d'une machine à remonter le temps, il n'aurait aucune difficulté à vaincre la mort... Malheureusement, le propre du temps, c'est son mouvement définitif vers l'avant : le temps passe toujours, il ne s'arrête point, il ne recule jamais. Au Sénégal et en Afrique noire, on ne semble pas avoir compris que si l'écoulement du temps est fatal en soi, la trajectoire du futur est parfaitement maîtrisable. Cheikh Yérim Seck constate que : «Ayant toujours du mal à entrer dans une culture de la production, l'Afrique n'attache aucune valeur au temps... Des comportements irrationnels, laxistes et amateurismes sont justifiés par une référence à ce qu'il est convenu d'appeler l'heure africaine. Ce qui doit être fait à 10 h en temps réel, va être fait à midi, heure africaine. En d'autres termes, les Africains ont choisi d'être les plus grands retardataires de l'humanité et de rester éternellement à la traîne ». La défunte compagnie Air Afrique avait fini par prendre l'éloquente appellation : «Air peut‐être»... Vieux Savané admet, malgré lui, qu'«une conception élastique du temps a forcément des conséquences sur le rendement ».

«Le refus de la tyrannie du temps» n'est peut‐être pas totalement blâmable. Anne Cécile Robert défend que «refuser la cadence ou la dictature du temps ne signifie pas refuser de travailler ou l'incapacité de travailler sérieusement ou avec dévouement. Cela signifie que l'acte de travail s'inscrit dans un rapport à la vie et à la sociabilité tout à fait différent ». Elle est donc loin de partager le constat paradoxal de Cheikh Yérim Seck, selon lequel «les Africains sont, sur la planète, les plus pauvres, les moins développés et plus réticents au travail ».

La postérité se prépare, l'avenir se construit, le futur s'invente. Le destin n'existe que lorsque toutes les voies de recours humainement possibles ont été épuisées ; le cas de force majeure ne peut être légitimement invoqué que lorsque l'événement incriminé est anormal, imprévisible, irrésistible et extérieur à la volonté de l'acteur. Le recours abusif à la sorcellerie et au fétichisme est un aveu d'impuissance face à la contingence présumée du futur. Il est révélateur d'une incapacité à mettre la raison et l'action au service d'un objectif rationnel et d'une tendance aléatoire et laxiste à obtenir un résultat voulu sans endurer les sacrifices correspondants.

La nonchalance de l'Africain face à l'épreuve et à l'urgence estelle une forme de résilience ou une marque de résignation ?

Le fatalisme suffit‐il à expliquer la léthargie de la culture africaine, «sa passivité, son manque d'ardeur à aller à la rencontre des autres cultures avant que ces dernières ne s'imposent à elle et ne l'écrasent, son incapacité, une fois le mal fait, à évoluer à leur contact, sans tomber dans un mimétisme abject ». Cette attitude irrationnelle de l'Africain face au temps et au futur mérite d'être diagnostiquée dans une optique curative.

De l'inertie et l'insouciance

La gestion optimale du temps, loin d'être une question de capacité ou de niveau d'instruction, relève d'abord de la culture individuelle et collective. Tout est lenteur en Afrique : la démarche, les salutations, la cuisson, le langage, etc. Et, l'on persiste dans l'inertie et l'insouciance «comme si l'espoir du bonheur à venir l'emportait sur les enseignements de l'histoire ». C'est cet espoir et cette attente pieuse de lendemains meilleurs qui poussent certains à faire un nombre élevé d'enfants, alors qu'ils n'ont même pas les moyens de se nourrir eux‐mêmes.

L'environnement et les conditions d'existence constituent aussi un facteur déterminant. La misère et la précarité réduisent les âmes à la recherche du minimum quotidien : il faut survivre aujourd'hui ; pour demain, on verra. La terrible pression des besoins vitaux finit d'ailleurs par grignoter la rationalité et imposer la formule : «Agir d'abord, réfléchir après». Dans ces conditions, la spéculation sur les futurs possibles s'égare dans les réalités de la débrouille quotidienne. Certains putschistes arrivent au pouvoir par l'épée, sachant parfaitement qu'ils risquent, eux aussi, de périr par l'épée. Mais, pour eux, la question de leur propre sécurité est une question future, l'essentiel est d'accéder aux délices du pouvoir dans l'immédiat, pour s'extirper d'une pauvreté acquise depuis la naissance.

Le dirigeant africain est très peu favorable à des investissements à long terme. Il préfère les actions tapageuses susceptibles de donner des fruits immédiats auxquels il va lui‐même goûter.

Au Sénégal, suite aux fortes pluies qui ont provoqué des inondations dans certains quartiers de la capitale notamment, on parle de report des élections législatives de 2006 pour le financement d'urgence des secours aux sinistrés. Les quantités de pluies recueillies sont certes inhabituelles, mais elles ne sont ni inédites, ni excessives outre mesure. Les causes véritables des inondations sont à rechercher dans la vétusté et la faiblesse des systèmes d'évacuation des eaux de pluie, l'imprévoyance des services chargés de l'assainissement, la construction de cités ou de bâtiments clandestins dans des zones de captage et d'accumulation d'eau, dans des bas‐fonds et des marigots temporairement asséchés. Ces causes sont sciemment ignorées au profit d'opérations ostentatoires de recasement. La prospective est donc sacrifiée sous l'égide d'options purement conjoncturelles. On reste confiné à l'immédiateté au lieu de s'ouvrir à une gestion anticipative et prévisionnelle. Qu'adviendra‐t‐il des élections combinées a venir, si de nouvelles inondations arrivaient en ce moment ?...

Dans le cas sinistre du bateau Le Joola, la déroute des services responsables à l'annonce de la catastrophe montre bien qu'aucun plan d'urgence véritable n'avait été conçu par anticipation, alors que le bateau, régulièrement surchargé et manifestement déséquilibré, portait, depuis sa mise en circulation, les germes du drame. En Gambie, pays au large duquel le bateau a chaviré, avec des corps retrouvés çà et là sur la plage, le ferry continue à faire la navette sur le Fleuve, sans distribution de gilets de sauvetage aux passagers...

Le Sénégal est l'un des pays d'Afrique les plus prolixes en matière de planification. La plupart des secteurs de la vie économique et sociale (santé, population, éducation, environnement, jeunesse, etc.) ont fait l'objet de documents de planification et de stratégie. Mais, peu d'efforts sont consentis dans la mise en oeuvre et le suivi de ces plans. Les séminaires d'évaluation et de capitalisation dans ce domaine sont généralement taillés sur la mesure d'un projet vorace de détournement d'une partie du budget affecté à l'organisation de la manifestation.

Il est évident que vouloir changer radicalement une attitude devenue habitude, un mode de vie devenu culturel, est une entreprise aussi prétentieuse que vaine. Mais, dans l'intérêt du rattrapage du retard économique et social de l'Afrique, le rapport de l'homme au temps ainsi que sa vision du futur gagneraient à s'insérer dans le cadre d'une culture du résultat efficient. Les défis urgents du développement doivent être relevés, avec diligence, afin que le capital temps épargné soit réinvesti dans d'autres combats. Les différents plans de développement pilotés par l'Etat devraient être conçus dans une mouvance réellement participative, afin que les populations bénéficiaires se les approprient et s'investissent activement dans leur mise en oeuvre. Les opérations d'exécution des contrats administratifs, des missions de service public, des plans de développement, des budgets régulièrement adoptés par l'autorité compétente, devraient être astreintes à des délais rigoureux sanctionnés par des pénalités de retard à l'encontre des responsables. Cela suppose que pour chaque tâche prévue, un responsable soit désigné avec précision et pertinence.

La gestion du temps n'est généralement enseignée que dans les écoles de management, comme si elle n'était qu'une exigence économique. La rationalisation du rapport de l'homme au temps est une condition du progrès. Elle intéresse donc tous les aspects de l'existence et mérite d'être érigée en préoccupation fondamentale dans les stratégies d'éducation populaire. Au vieux proverbe «Time is money», on pourrait ajouter «Time is life»...


Rosnert Ludovic Alissoutin

(in LE FILAMENT, N° 6 du 15 Juillet 2010)


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A QUI PROFITE LA REBELLION AFRICAINE ?

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« Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'au bout pour que vous puissiez le dire ». (Voltaire).

A qui profite la rébellion africaine ?

Il y a quelques semaines, une des lectrices du Filament, Mme Emilie K., pour ne pas la nommer, m'a adressé une lettre, personnellement, pour me demander de donner un résumé et un commentaire du livre « Pourquoi je suis devenu un rebelle », écrit et publié, en 2004, par M. Guillaume Soro, Premier ministre ivoirien. Mme Emilie K. m'a aussi demandé de répondre aux questions suivantes : Qu'est‐ce qu'un rebelle ? Pourquoi et comment la rébellion est née en Afrique ? A qui profite la rébellion africaine? Qu'est‐ce que la rébellion apporte à l'Afrique ?...

Au‐delà de ma modeste personne, c'est, à ce que je pense, à nous tous et toutes, que Mme Emilie K. demande de réfléchir, très sérieusement, sur la rébellion et de tirer des leçons des rebellions africaines, comme hier on en a tiré des guérillas sud‐américaines. En attendant que des personnes bien outillées puissent apporter des réponses plus édifiantes aux questions que pose Mme Emilie K, je me vais m'atteler à dire, ici, ce que je pense, étant donné, n'est‐ce pas, que Mme Emilie K. m'a interpellé personnellement.

Du livre de Soro Guillaume

D'abord, en ce qui concerne le livre « Pourquoi je suis devenu un rebelle », je dois d'emblée avouer que, connaissant plus ou moins les raisons de la rébellion ivoirienne, à travers les diverses déclarations des rebelles eux‐mêmes, les reportages, et les dossiers de presse, je ne me suis sincèrement pas intéressé à le lire. Certes à tort, je le reconnais. A preuve, je ne puis actuellement pas en proposer un commentaire.

Mais, j'ai changé d'avis. Depuis quelques jours, j'ai passé la commande du livre et crois pouvoir le lire et être à même d'en parler dans l'une de nos prochaines parutions. Ceci dit, venons‐en à l'autre volet de la lettre de Mme Emilie K., notamment les questions.

Qu'estce qu'un rebelle ?

Une rébellion est un mouvement de contestation ou de remise en cause des autorités en place, ainsi que de refus, voire de négation de l'ordre institutionnel établi. Tel est le principe de base de toute rébellion.

Généralement, la rébellion a une base locale et une sphère de rayonnement régionale. En effet, elle naît toujours dans une région ou part communément d'une région donnée du territoire national et s'y cantonne. Pour justifier leur action ou leur mouvement, les rebelles mettent en avant la mauvaise répartition des richesses nationales, les disparités ou inégalités socio‐économique de l'espace national, tout cela brandi comme une injustice flagrante plus jamais insupportable, et comme des motifs de frustrations longtemps contenues, et dont il faut immédiatement se départir.

Voilà ce qui, en principe et au‐delà des motivations individuelles des leaders, sert de motifs fondateurs, d'alibi ou de justification sociale, politique, morale, psychologique ou intellectuelle à toute rébellion. Sur cette base, on s'attendrait a ce que les rebelles s'engagent dans des activités, des ouvrages ou des actions pratiques pour développer la région concernée. Mais non ! En lieu et place de tout cela, c'est‐à‐dire d'un mouvement « pacifique » de revendication régionale pour réparer les inégalités et les frustrations décriées, les rebelles défient les autorités et s'arment, sans doute pour conférer plus d'efficacité à leur action. Leur mouvement devient, alors, politique et surtout militaire, autrement dit, de violence. On en arrive alors, à une lutte armée. Ainsi, la stratégie, les méthodes et les buts changent, du tout au tout, et cela devient une autre histoire. En effet, ce qui, au départ, n'était qu'une soi‐disant expression de révolte locale et régionale, dégénère et devient un conflit national violent, comme on en a vu au Liberia, en Sierre Leone, en Côte d'Ivoire, etc.

Les rébellions ont la même logique

Les rébellions connaissent, toutes ou presque toutes, la même logique : mouvement régional uni, et enthousiaste au départ, une rébellion le demeure rarement jusqu'à sa fin ultime. Tout le monde sait qu'une rébellion prend fin, soit par la satisfaction entière et totale de ses revendications, soit par une victoire militaire nette, soit par la prise du pouvoir d'Etat, soit par une défaite militaire, soit par sa récupération par le pouvoir et l'ordre en place, soit par la dispersion de ses leaders et dirigeants dont la plupart sont contraints à l'exil ou réduits à la clandestinité intérieure...

On peut alors se demander : d'où vient‐il que la rébellion, qui, au départ, était un mouvement uni, en vient‐elle à se trouver divisée et fatalement affaiblie? La réponse est toute simple. C'est que, chemin faisant, des divergences et des divisions internes apparaissent entre les responsables du mouvement rebelle. Ces divergences qui, généralement, opposent les leaders et principaux dirigeants de la rébellion entre eux et les uns aux autres, sont basées sur des querelles de personnes ou sur des conflits d'intérêts égoïstes essentiellement matériels, financiers et sociaux, et ont un rapport direct avec le niveau d'instruction et de conscience des rebelles dont 95% sont des analphabètes ou demi‐lettrés. Ces divergences apparaissent dès lors que les objectifs premiers du mouvement (de contestation du départ) se trouvent altérés et rejetés en arrière‐plan, chacun agissant désormais, au sein de la rébellion, pour son propre compte et celui de son clan. La vision angélique et l'action unitaire du départ ayant fait place aux soupçons, à la suspicion et aux règlements de compte, eu égard aux spasmes ou fibres ethniques, aux positions sociales privilégiées acquises rapidement par certains chefs rebelles, positions qui les placent, de fait, aux postes d'honneur, souvent avec tapis rouge déplié sous leurs pieds, avec des voyages nombreux, officiels et officieux à l'étranger en première classe, des séjours dans les hôtels huppés avec suites, etc. Ces prérogatives ou privilèges finissent par convaincre les chefs rebelles que, si au sein du mouvement contestataire, on est toujours ensemble, en tout cas on n'est plus désormais les mêmes. Ainsi, même si les rebelles se parlent et se saluent encore, ce n'est désormais plus avec enthousiasme ou ferveur, etc. De ces faits, c'est à se demander à qui profite, en réalité, la rébellion ? Nous y reviendrons plus loin. Pour l'heure, intéressons‐nous aux cas singuliers de Jonas Savimbi et de Soro Guillaume.

Du cas exemplaire de Jonas Savimbi

Comme tout le monde le sait, c'est le 22 février 2002 que, à quelques six mois de son 68ème anniversaire, que M. Jonas Malheiro Savimbi, l'un des plus vieux rebelles d'Afrique, le chef de l'Union Nationale pour l'Indépendance Totale de l'Angola (UNITA, fondée le 13 mars 1966) est tombé au front, les armes à la main. En effet, c'est sur les bords de la rivière Luvuei, dans la province de Moxico, au sud‐est de l'Angola, non loin de la frontière zambienne, que le vieux chef rebelle a livré sa dernière bataille. Surpris par l'armée gouvernementale, il a été abattu, non sans s'être défendu.

Quinze balles logées dans son corps. Montré le lendemain à la télévision angolaise, son corps gisait sans vie, baignait dans son propre sang, son sang à lui Jonas Savimbi. Toutefois, il avait le visage serein et intact, les yeux mi‐clos. II a fini comme finissent tous les rebelles de son espèce, Samuel Doe, Fodé Sankoh, Ousmane Mané, Joseph Kabila..., qui, eux aussi, avaient défiguré leurs pays respectifs, par des guerres, par des violences, par des tueries sans nom...

L'Histoire retient que le leader de l'UNITA, M. Jonas Savimbi, avait résisté très longtemps, depuis 1962, au temps du FNLA (Front National de Libération de l'Angola, présidé par Holden Roberto). Pour lui, céder au MPLA aurait signifié l'humiliation suprême. Certes, Savimbi était à la fois un chef charismatique, un stratège, un nationaliste intransigeant. Avec un parcours exceptionnel, où le revers l'a, finalement, emporté sur le succès. Obstiné par une volonté farouche d'aller, tête baissée, jusqu'au bout de ses convictions, il reste, en définitive, un rebelle jusqu'au bout, du moins jusqu'à la mort. Tel est le sort de tout rebelle, c'est‐à‐dire de tout individu qui prétend rétablir ses concitoyens dans leurs droits, et qui ôte à ceux‐ci le premier des droits humains, à savoir, le droit à la vie. Telle est la leçon que devront retenir ceux qui, commandités ou commis pour tuer M. Laurent Gbagbo et prendre le pouvoir sans passer par la voie des urnes, ont hélas ! défiguré la Côte d'Ivoire et nous ont mis dans la ténébreuse et ignominieuse situation où nous nous trouvons depuis plus de 8 ans.

Ma « Lettre ouverte à Monsieur Guillaume Soro ».

En 2002, je me trouvais à Abidjan, en tant que professeur de Lettres à l'université de Cocody et intervenant à l'ENA, quand la guerre a éclaté en Côte d'Ivoire. En 2004, quand, j'ai appris que M. Soro Guillaume, chef des rebelles, fut de nos élèves au lycée de Korhogo, j'ai décidé, sans doute par déformation professionnelle, de lui adresser une Lettre ouverte pour lui dire ce que je pense et pour l'amener à bien situer sa responsabilité dans cette rébellion dont il se gargarisait, par des déclarations ronflantes et tonitruantes. Pour votre respect, je me permets de reproduire ici, ma « Lettre ouverte à Monsieur Guillaume Soro », qui semble être passée inaperçue, à l'époque, et dont Mme Emilie K. me donne l'opportunité de reparler. La voici, cette lettre ouverte :

« Monsieur Guillaume Soro,

Je vous envoie cette lettre en espérant qu'elle vous parviendra, que vous la lirez jusqu'au bout et que vous m'en donnerez réponse et avis.

Tout d'abord, je voudrais vous poser cette question : M. Soro Guillaume, d'où tirez‐vous votre légitimité pour prétendre nous imposer votre volonté et vos caprices de cow‐boys des films westerns d'antan, lesquels cow‐boys, hors‐la‐loi et sans civisme ni éducation, défient le Sheriff du district et imposent leur loi, par la force de leurs pistolets ? Sachez, M. Soro Guillaume, que cette époque est révolue. Les temps modernes nous commandent d'utiliser, de nos jours, même dans le Far West, la voie des urnes pour accéder au pouvoir, pour pouvoir marcher sur des tapis rouges et pour pouvoir prétendre diriger les hommes en vue, (tenez‐vous bien !), de contribuer à favoriser leur bien‐être et le progrès de l'humanité.

A votre avis, depuis que vous êtes rebelle, M. Soro Guillaume, qu'est‐ce que la Côte d'Ivoire a gagné ? Qu'est‐ce que les gens du Nord ont gagné ? Qu'est‐ce que vous avez ajouté à l'humanité ? Quelle image représentez‐vous pour le présent et le futur dans l'histoire ? Quelle leçon la jeunesse peut‐elle tirer de vos actes?...

Alors que les autres peuples sont dans des laboratoires et dans les usines pour fabriquer des ordinateurs, des médicaments, des avions, des machines, des appareils..., pour notre aisance et notre santé, vous et vos amis en armes (rebelles et ex‐rebelles), ainsi que vos alliés (connus et inconnus ou méconnus), n'avez aucune honte, aucun regret, ni remords, de tuer nos parents et nos amis.

Vous n'éprouvez aucune gêne, ni aucun dégoût à voir notre pays dans cet état lamentable, à vous faire payer sans travailler, à piller et à faire piller les ressources de notre pays ; vous êtes fiers de narguer nos autorités et nos élus, fiers de fouler aux pieds nos lois, nos institutions et notre Constitution, comme des gens sans éducation ni morale. Vous vous en enorgueillissez de nous imposer les chefs que vous, vous voulez sans même notre avis, sans notre accord, et sans élection, etc. Mais, on est où là ? Vous n'avez pas honte de publier des livres et de faire des déclarations et des tapages sur vos tueries et vos desseins diaboliques qui relèvent de la pure délinquance. Avez‐vous jamais compris que vous vous êtes ainsi déclaré à la face du monde, par vous‐même, délinquant de première catégorie et assassin en liberté ? Les preuves sont là, palpables, par vous‐même fournies, dans votre livre qui se résume en ceci : Je suis un rebelle et voici ce que j'ai fait et commis comme actes. Ce que les Ivoiriens ont subi, ce n'est ni un conte de fée, ni une rumeur... Oui ! M. Soro Guillaume, vous avez osé écrire cela ! C'est à se demander si l'on ne manque pas parfois de bon sens et d'« esprit des lois » (Montesquieu)?

M. Soro Guillaume, vous qui, à ce que je crois savoir, avez fait des études universitaires, devriez avoir honte d'agir comme vous faites. Arrêtez de vous comporter comme un cow‐boy ou un dozo (chasseur analphabète initié dans le maniement de fusil traditionnel). Arrêtez ça, ici et maintenant. Aucun rebelle n'a, il faut le savoir, longue vie. Et donc, vous êtes en train d'écourter, de miner votre espérance de vie, comme les Savimbi, John Garrang, Fodé Sankoh et autres rebelles qui croyaient que la nuit était si longue qu'il ne ferait pas jour. Et puis, vous savez, on connaît le sort des cow‐boys dans les westerns : le film finit quand finit la vie du cow‐boy, parce que toute chose a une fin.

M. Soro Guillaume, ceux qui vous financent, ceux qui vous poussent et vous encouragent à cet orgueil insensé, à ces fanfaronnades, à ces débilités, ne vous aiment pas du tout et sont vos ennemis premiers. Ceux qui vous suivent savent ce qu'ils y gagnent et se foutent éperdument de ce que vous y perdez. Ils ne vous ont pas conseillé la bonne voie, parce que vous êtes dans l'impasse. Et, je suis à me demander comment vous allez pouvoir vous en tirer, je veux dire, de ce sale drap. Zut ! Il vous faut revenir à la raison! Mais, cela exige, d'abord et avant tout, de mettre bas votre orgueil déraisonné et sans fondement ; cela vous impose d'arrêter de prendre des vessies pour des lanternes. Si, bien entendu, vous tenez encore à la vie qui vous tend les bras et qui vous a tant donné afin que vous soyez utile à l'humanité, et non pour détruire des vies humaines, non pour servir, sans vergogne ni envergure, des intérêts égoïstes, partisans, ethnocentriques, mesquins, utopiques, sataniques...

Il n'est jamais trop tard, dit‐on, et seul le repentir est votre unique voie de salut, quelque soit ce qu'il vous en coûtera. C'est ce que je pense. Du moins, tel est mon sentiment. Avec mes salutations distinguées et sans rancune ».

Je précise que je n'ai pas eu de réponse à cette lettre. Peu importe ! L'essentiel est que, aujourd'hui, M. Soro Guillaume est premier ministre, dans la république. Je pense qu'il m'a entendu. C'est un motif de satisfaction qui m'amène à répondre, pour terminer, à la question : à qui profite la rébellion ?

A qui profite la rébellion ?

On constate, en se référant à la rébellion ivoirienne, que trop de sang a coulé à Korhogo et Bouaké, à Abidjan, à Man, à Gagnoa..., partout, dans toute la Côte d'Ivoire, plus que jamais auparavant. Du sang des Ivoiriens comme des étrangers. Du sang des forces de l'ordre et des populations civiles comme des rebelles. « Nous avons eu plus de morts entre rebelles qu'entre nous et les Forces loyalistes », avait déclaré sur Rfi, M. Séhi Claude, chargé de communication d'IB à Paris. Ces pertes importantes de vies humaines ont endeuillé la Côte d'Ivoire et suscité partout animosité, rancoeur, indignation, colère et désirs de vengeance... Telles les réalités et les résultats de la rébellion ivoirienne.

On constate également que la rébellion ivoirienne n'a pas atteint son objectif qui était de prendre le pouvoir d'Etat. Loin de là. Aujourd'hui, M. Soro Guillaume est siège dans le gouvernement de Laurent Gbagbo. M. Soro Guillaume est premier ministre. M. Soro Guillaume mange à la même table que M. Laurent Gbagbo que, poussé ses mandataires et mû par des forces sataniques, il prétendait assassiner, ou tout au moins chasser du pouvoir pour accéder (lui ou un de ses commanditaires) à la magistrature suprême de notre pays. M. Soro Guillaume a abandonné le sentier battu de la violence sauvage, ignoble et inutile. En a‐t‐il tiré des leçons, de sa rébellion ? S'est‐il assagi ? A‐t‐il compris que les rebellions africaines rabaissent les Africains au rang d'animaux sauvages et de barbares des temps anciens ? Sait‐il désormais que les rebellions africaines réduisent l'Afrique à l'état de jungle ou de champ de bataille permanent, comme du temps des Gaulois ou des vikings ? A‐t‐il compris que les rebellions africaines ont pour victimes les populations africaines, c'est‐à‐dire des femmes, des hommes, des enfants qui ne demandaient qu'à vivre et que, prétendant les rétablir dans la justice ou dans leurs droits, on éventre, on viole, on pille, on déshérite, on égorge, on assassine, on mutile, on chasse de leurs terroirs, on prive de leurs biens acquis durement et âprement ? A‐t‐il compris que ceux qui fabriquent les armes, nous les vendent ou nous arment ne sont pas responsables de l'utilisation que nous en faisons ? A‐t‐il compris que, par les rebellions, les Africains se révèlent les pires ennemis de l'Afrique ?... Par exemple, on sait que les conflits en RDC sont, en grande partie, liés à l'exploitation et au commerce du coltan. Le commerce du coltan aurait procuré aux rebelles et chefs militaires et à des civils rwandais et ougandais des ressources financières énormes et encourage la poursuite du conflit. Les alliés zimbabwéens, angolais et namibiens du gouvernement de Kinshasa sont aussi accusés d'avoir systématiquement pillé les ressources du Congo avec la collaboration de lobbies internationaux et de grandes compagnies aériennes qui arment les rebellions. Dans les circuits économiques, le commerce du coltan a été qualifié de «nerf de la rebellion», dans l'est du Congo. Des intrigues compliquées, qui stimulent l'action d'alerte des ONG. Il en va du coltan comme du diamant et de la RDC comme de la Côte d'Ivoire, ainsi que de tous les pays qui ont connu la rébellion. Tout cela, M. Soro Guillaume, M. Sidiki Konate et les autres membres des Forces Nouvelles (ex‐rebelles), je pense, l'ont compris. Et, c'est ça l'essentiel. Ils savent, et nous savons, à qui profite les rebellions africaines. Certes pas aux Africains. C'est ce que je pense.

Léandre Sahiri,

Directeur de Publication, Le Filament.

Source: LE FILAMENT N°6 du 15 Juillet 2010


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mardi, 13 juillet 2010

LE QUAI D'ORSAY EST UN MINISTERE SINISTRÉ

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Jean-Christophe RUFIN au journal "Le Monde"

"Le Quai d'Orsay est un ministère sinistré"


L'écrivain Jean-Christophe RUFIN, que Nicolas SARKOZY avait nommé ambassadeur de France à Dakar (Sénégal) en août 2007, a quitté ses fonctions le 30 juin 2010 après que le président Abdoulaye WADE a demandé à la France son départ, et l'a obtenu. Quittant la diplomatie, il a retrouvé sa liberté de parole et s'exprime sur la politique africaine de la France.

Jean Christophe RUFIN : "Le Quai d'Orsay ne pèse plus rien dans les affaires"

Qui dirige aujourd'hui la politique africaine de la France ?

Ces dernières années, un mode de gouvernance particulier s'est construit : les affaires africaines les plus sensibles sont tranchées par Claude GUÉANT, qui est un préfet et n'a pas une connaissance particulière de l'Afrique. Dans ce domaine qu'il s'est réservé, le secrétaire général de la présidence agit d'autant plus librement qu'il n'en répond ni devant l'Assemblée ni devant le gouvernement. Il dépend du seul président de la République, dont j'ignore s'il est complètement informé des initiatives de son collaborateur.

Que s'est-il passé depuis trois ans ?

Il s'est passé que Bernard KOUCHNER n'a pas souhaité ou pas pu s'imposer dans ce domaine et, plus généralement, en politique étrangère. Etant donné son parcours que nous admirons tous, il est difficile de comprendre comment il peut avaliser des décisions prises par d'autres sur des bases qui ne sont pas les siennes.

D'un côté, il y a un Quai d'Orsay qui sert de vitrine à la fois "people" et morale, et, de l'autre, une realpolitik faite par-derrière et par d'autres. Bernard KOUCHNER a réorganisé le ministère des affaires étrangères à la manière d'une organisation non gouvernementale (ONG). Le Quai d'Orsay est aujourd'hui un ministère sinistré, les diplomates sont dans le désarroi le plus total, car ils ne se sentent pas défendus.

Vous mettez en cause l'influence auprès de l'Elysée de "réseaux occultes" sur la politique de la France en direction de l'Afrique. De quoi s'agit-il ?

Ces réseaux sont construits à l'inverse des réseaux Foccart qui existaient du temps du général DE GAULLE et étaient censés servir les intérêts de la France. Aujourd'hui, il s'agit de réseaux de lobbying qui cherchent à faire valoir les intérêts de tel ou tel régime africain auprès des autorités françaises.

Le pire est qu'ils parviennent à faire croire en haut lieu que leurs analyses sont plus désintéressées que celles fournies par les ambassadeurs, alors qu'ils sont stipendiés et ne font qu'exprimer l'opinion de leurs clients.

On les disait amis, ils semblent désormais sérieusement brouillés. L'écrivain Jean Christophe RUFIN, ex-ambassadeur de la France au Sénégal, se livre à une charge sévère contre Bernard KOUCHNER, ministre des Affaires étrangères.

Décrivant dans un entretien au "Monde" un Quai d'Orsay "complètement marginalisé et sinistré", des diplomates dans le "désarroi le plus total", RUFIN regrette que le co-fondateur de Médecins sans frontières se laisse dicter sa politique africaine par Claude GUÉANT, secrétaire général de l'Elysée, et des "réseaux de lobbying".

Le fond de l'affaire n'est pas nouveau. L'impuissance de l'ancien french doctor aux Affaires étrangères a déjà été décrite, notamment par le journal Libération. Bernard KOUCHNER lui-même a reconnu qu'il devait s'accommoder d'influences parfois contraires....

Bernard KOUCHNER devrait "savoir partir" : "On n'est jamais trahi que par les siens"

Le ministre a d'abord répondu par l'ironie aux critiques de l'ancien ambassadeur, jugeant que ce dernier "boudait" et qu'il avait su "s'alimenter à la bonne source" pour écrire son dernier livre. Puis, interrogé à l'Assemblée nationale, il s'est fait plus offensif: "J'espère- on n'est jamais trahi que par les siens - que cet homme ne s'étouffera pas de haine"

"Nous sommes fiers de la politique qui a été menée, aussi bien pour la Guinée qui vient de voter pour la première fois depuis 59 ans, pour le Rwanda (avec lequel la France a repris depuis six mois des relations diplomatiques)", a rétorqué le ministre.

"Nous sommes fiers de ce que nous avons fait après les coups d'Etat en Mauritanie, au Niger, ou à Madagascar", a-t-il ajouté.

Mais les temps sont décidément compliqués pour Bernard KOUCHNER, puisque deux de ses prédécesseurs, Hubert VÉDRINE et Alain JUPPÉ, viennent de publier dans "Le Monde" une tribune dénonçant "l'affaiblissement sans précédent (des) réseaux diplomatiques et culturels de la France".

 

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FRANÇAFRIQUE : TANGO A DAKAR

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Par Marc Schindler

Photo: Jean-Christophe RUFIN

Voilà ce qui arrive quand on nomme ambassadeur un écrivain célèbre au lieu d'un diplomate. Son Excellence Jean-Christophe RUFIN, ambassadeur de France au Sénégal, a été remplacé, après trois ans à Dakar. Bien sûr, au Quai d'Orsay, on affirme qu'il ne s'agit que d'un mouvement diplomatique normal.

En fait, l'éviction de Jean Christophe RUFIN a été décidée après une féroce bataille d'influence à Paris, qui s'inquiète de la lutte pour la succession du vieux président WADE, qui risque de provoquer une explosion sociale à Dakar. Le Quai d'Orsay n'a proposé aucun autre poste à son ambassadeur. Choqué par les pressions auxquelles il a été soumis depuis trois ans, RUFIN a décidé de quitter son poste à la fin du mois de juin

Jean Christophe RUFIN n'est pas diplomate de métier, même s'il a occupé des postes d'attaché culturel. Il est surtout médecin, l'un des pionniers de Médecins sans frontières, il a consacré vingt ans à travailler dans des ONG. C'est aussi un écrivain célèbre pour ses essais (La dictature libérale, Un léopard sur le garrot) et surtout ses romans (Sauver Ispahan, Rouge Brésil, Le parfum d'Adam), qui lui ont valu plusieurs prix dont le Goncourt. Un écrivain bardé de titres et France et à l'étranger, élu à l'Académie française, il y a deux ans.

Evidemment, pour Bernard KOUCHNER, l'ancien French Doctor, devenu ministre des Affaires étrangères, avoir un bijou aussi brillant au Quai d'Orsay, c'était une aubaine. En août 2007, RUFIN est nommé ambassadeur de France au Sénégal et en Gambie. Et c'est là que les choses se gâtent.

Dans toutes ses carrières, RUFIN n'a jamais pratiqué la langue de bois. En décembre 2008, à Dakar, il déclare lors d'une conférence de presse : "Au Sénégal, il est très difficile de garder des secrets. Tout le monde sait tout, ou tout le monde croit tout savoir, donc dit n'importe quoi, et donc nous préférions dire les choses comme elles sont, le dire de façon transparente"

Aïe, aïe, aïe ! Incident diplomatique. On lui demande des excuses publiques. L'ambassadeur Rufin, avec ce sens bien à lui de l'humour, affirme "le caractère ironique et affectueux" de ces paroles "tenues sur le ton de la plaisanterie". Broutilles.

Mais le président du Sénégal Abdoulaye WADE, un grand ami de la France, explose quand il apprend que l'ambassadeur RUFIN déconseille à Paris d'accorder une aide financière au Sénégal sans une réforme profonde de son système politique. Et les télégrammes de RUFIN sont bien peu diplomatiques. Il écrit qu'une aide sans condition reviendrait à "fournir à un toxicomane la dose qu'il demande, mais qui le conduit un peu plus sûrement vers sa fin". A Paris, KOUCHNER a dû en avaler son chapeau. Et à Dakar, WADE demande la tête de Rufin.

Au Sénégal, la corruption publique au plus haut niveau est institutionnelle. Le président WADE, élu il y a dix ans à la tête du Sénégal, joue au sage africain, à 84 ans. Il jongle allègrement avec ses premiers ministres, il modifie la Constitution quand ça lui chante, il décapite l'opposition et emprisonne les journalistes.

En comparaison internationale, en 2007, le Sénégal était classé 166e sur 182 pays pour les indicateurs du développement humain. Le président WADE a fait ériger une gigantesque statue "La Renaissance africaine" bâtie par la Corée du Nord, qui a coûté 15 millions d'euros. Wade a annoncé, selon l'opposition, que 35% des retombées financières de l'opération lui reviendraient, puisqu'il était l'auteur du monument. Bref, encore un intellectuel africain formé par l'Université française, auquel le pouvoir a fait perdre la tête !

Le président du Sénégal pratique aussi la corruption à la mode de la Francafrique, du genre BOKASSA. En septembre 2009, il a fait remettre un "cadeau d'adieu" au représentant du FMI à Dakar, une valise contenant 100 000 euros et 50 000 dollars. Pas pour l'influencer ni pour remercier le FMI pour son aide. Juste un simple cadeau ! Ca ne vous rappelle pas les diamants de Giscard ?

Autre affaire de corruption : WADE vient de limoger son ministre de la Justice, remplacé par un proche du président. Cet ami serait impliqué, selon la presse sénégalaise, dans une affaire de dessous-de-table de 40 millions de dollars pour l'attribution d'une licence de téléphonie mobile à un groupe soudanais. On ne change pas une équipe qui gagne !

Il n'y a pas que l'ambassadeur de France qui subit les foudres de WADE. L'ambassadrice des Etats-Unis a, elle aussi, eu droit à une violente diatribe présidentielle. Elle avait osé affirmer que "La corruption, voire même la perception de la corruption, ainsi que les politiques exécutées de façon inefficace, peuvent facilement ruiner les efforts de développement, détourner les fonds des services de santé, d'éducation et d'autres services vitaux de la communauté, portant préjudice à ceux qui en ont le plus besoin".

Le vieux président, que son opposition appelle méchamment "le sénégâteux", s'est emporté : il n'y a que les Etats-Unis pour ternir l'image du Sénégal. L'Europe, la Chine, l'Arabie saoudite aident le pays sans jamais parler de corruption.

Pourtant, SARKOZY a pris ses distances avec ce personnage encombrant : au sommet France-Afrique de Nice, WADE a été isolé par les autres chefs d'Etat africains, lui qui se vante d'avoir contribué à la libération de la Française Clotilde REISS, détenue en Iran.

Pour la France, le Sénégal n'est pas seulement l'un des principaux bénéficiaires de l'aide au développement pour quelques dizaines de milliards. Dakar est aussi un enjeu stratégique en Afrique. Paris a accepté symboliquement de restituer au Sénégal les bases militaires françaises. Mais la France veut garder 300 hommes et obtenir des facilités logistiques.

On souhaite bien du plaisir au nouvel ambassadeur de France, Nicolas NORMAND qui devra apprendre à danser le tango à Dakar sans marcher sur les pieds du président WADE.

Ancien ambassadeur de France au Congo Brazzaville, Nicolas NORMAND est rompu à toutes les combines de la Francafrique

A Brazzaville, Nicolas NORMAND a appris à avaler des couleuvres sans jamais broncher. La plus grosse étant l'assassinat devant ses yeux le 21 janvier 2009 du franco-congolais Bruno OSSEBI alors qu'il s'apprêtait à le faire évacué en France suite à l'incendie criminel de sa maison ; incendie dans lequel avait périt madame OSSEBI et ses deux filles.


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15:31 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, France, Sénégal | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : afrique, france, françafrique, marc schindler, dakar, sénégal, jean-christophe rufin | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

dimanche, 04 juillet 2010

UNE ONG A DECOUVRIR ET A ENCOURAGER: L'ASSOCIATION IVOIRIENNE DES VOLONTAIRES DU DEVELOPPEMENT (AIVD)

 

A la faveur de la visio-conférence organisée, le lundi 28 juin 2010 dernier, par l'ambassade des Etats-Unis en Côte d'Ivoire sur le journalisme en ligne, j'ai eu le plaisir de faire la connaissance d'un sympathique ivoirien du nom d'ESSOH Frédéric, qui m'a parlé d'une ONG dont il est le président et qui mérite d'être connue, au regard de sa philosophie et de ses projets hautement louables. Veuillez bien, chers lecteurs, lui accorder quelques minutes de votre  précieux temps. Bonne lecture!

I- PRESENTATION

1- Contexte

La Côte d'Ivoire connaît depuis 1999, une période d'instabilité politique et de récession économique.

Selon l'enquête sur le niveau de vie (ENV 2008) menée par l'INS (Institut Nationale de la Statistique), la crise économique et politique a accentué l'état de pauvreté des populations, faisant passer le taux de pauvreté de 10% en 1985 à 32,3% en 1993, puis 33,6% en 1998, 38,4% en 2004 pour atteindre 48,9% en 2008.

L'exacerbation de la pauvreté et du chômage fait que la situation est extrêmement préoccupante dans certains secteurs tels que la santé, l'éducation, la nutrition, le VIH-SIDA et l'emploi des jeunes.

Plusieurs initiatives antérieures en matière d'appui à la lutte contre la pauvreté ont été menées par des organisations de la société civile (ONG, Associations, Coopératives, etc....) avec l'assistance des partenaires au développement.

Ces expériences diverses et variées ont donné des résultats certes appréciables, mais avec les conséquences socio-économiques de la crise que traverse la Côte d'Ivoire depuis septembre 2002, on assiste à une tendance à la hausse de la pauvreté.

2- Historique

L'Association Ivoirienne des Volontaires du Développement (AIVD) est une initiative non gouvernementale créée le 06 Novembre 2009 par un groupe de jeunes ivoiriens sensibilisés à l'importance du développement participatif.

Sa vocation est d'être un incubateur de compétences pluridisciplinaires essentiellement volontaires, sans distinction tenant au genre ou à la croyance philosophique, mobilisables pour la conduite et la réalisation de projets de développement sur toute l'étendue du territoire nationale ivoirien et même en dehors.

AIVD est membre du réseau AIODM Côte d'Ivoire (Alliance Internationale pour les Objectifs du Millénaire).

Son siège est localisé à la Maison des OMD, 57 rue Guhon Riviéra 3 Selmer, Abidjan République de Côte d'Ivoire.

3- Justification

Dans le contexte de sortie de crise actuelle, les initiatives visant à amplifier l'impact des interventions des partenaires au développement et à soutenir la réalisation des OMD sont, de notre point de vue, le moyen idéal pour apporter une réponse efficiente aux préoccupations existentielles des populations.

De ce qui précède, l'avènement de AIVD se justifie d'autant plus que ses actions intègrent les objectifs soutenus par les programmes et projets portés par les organisations et autres partenaires au développement.

4- Objectifs

L'objectif principal recherché en créant AIVD, est de donner aux populations elle-même, un outil d'appropriation de leur propre développement, en les impliquant dans des actions spécifiques axées sur le volontariat.

L'ambition de AIVD est de proposer et de conduire des projets permettant de réaliser les Objectifs du Millénaire pour le Développement en Côte d'Ivoire.

5- Organes

AIVD est doté des organes suivants :

-         L'Assemblée générale

-         Le Bureau Exécutif, composé :

® Un président, un vice président

®Un Secrétaire général, un adjoint

®Un Trésorier général, un adjoint

®Des commissions techniques

-         Le Commissariat aux comptes

6- Dirigeants

AIVD est Présidé par Monsieur ESSOH AKPA Fréderic, Master en Droit des Affaires et Fiscalité des Entreprises. Cadre juriste de haut niveau, Conseiller juridique et Fiscal, il a plusieurs années d'expériences en gestion de projets et en management des Organisations.

Il est assisté dans sa tâche par Monsieur GBAOU Aristide, Enseignant.

Monsieur GBEULY Gora Elysée, Attaché du Commerce, en est le Secrétaire général.

Mme YAO Amoin Agathe épouse Houphouet en est la Trésorière générale.

AIVD compte à ce jour plus de 500 membres sur toute l'étendue du territoire nationale.

II- ACTIVITES

1- Promotion du Volontariat

AIVD se propose se sensibiliser les populations à l'importance du volontariat en suscitant leur engagement pour la communauté.

A terme, l'adoption d'une forte politique publique en faveur du développement des volontariats permettra, avec de meilleurs résultats encore, de redonner vie et sens à la citoyenneté.

2- Promotion des OMD

L'adoption de la déclaration de millénaire en 2000 par la communauté internationale permet de nourrir l'espoir d'un monde meilleur pour tous à l'horizon 2015.

La Côte d'Ivoire, à l'instar des autres pays du monde, s'est engagé à mettre en œuvre des politiques de développement basées sur la réalisation des OMD à travers le Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté (DSRP).

Malheureusement, l'appropriation par les populations des OMD reste limitée.

Pour y remédier, AIVD se propose d'engager, en dehors des projets de développement, une vaste campagne nationale de promotion des OMD dont la cible privilégiée sera les jeunes et les femmes.

3- Projets en cours

OMD 1 et OMD 3 :

-         Projet d'insertion des femmes en milieu péri-urbain « Ceinture Maraîchère autour d'Abidjan »

-         Projet incubateur « 1000 entreprises jeunes »

-         Projet d'alphabétisation de masse des femmes en milieu rural

OMD 6 :

-         Projet de proximité d'éradication des vecteurs du Paludisme « STOP PALU »

OMD 7 :

-         Projet de valorisation des déchets plastiques

-         Projet de planting d'arbres et de promotion des combustibles alternatifs à usage ménager.

 

Contact: ESSOH AKPA Frédéric, E-mail: essohfrederic@yahoo.fr

mercredi, 30 juin 2010

LE PROBLEME DES AFRICAINS, C'EST L'ELITE CORROMPUE AU POUVOIR

CARTE DE L'AFRIQUE.jpg

Pour mieux comprendre de quoi il s'agit dans ce document, il nous faut avoir le cœur net sur ce que signifie « le problème des africains » et l' « élite corrompue ».

Un problème est une question à résoudre, d'après un ensemble de données, dans une science. Le problème peut également signifier une difficulté, une situation compliquée. C'est donc cette dernière définition qui colle à notre sujet : la situation difficile  dans laquelle se trouve le continent africain. Quelle est donc cette situation ?  Pour être précis, il s'agit de la difficulté qu'ont les africains de transformer l'énormité de leurs ressources naturelles en bien-être social. En Afrique, le sous-sol est extrêmement riche pourtant les populations sont très pauvres : c'est ce que nous nommons le «  problème des africains ».

Reste encore un terme à élucider : l'élite corrompue.  Une élite est un ensemble formé par les meilleurs éléments d'une communauté. Les meilleurs en quoi ?  Là réside la véritable question. Il faut donc un détour pour y voir clair.

Élite est un substantif de genre féminin, dérivé de l'ancien français eslite (du latin eligere qui donnera élu). Étymologiquement, le terme se rattache donc à l'idée d'élection,  non au sens du suffrage mais à celui de l'approbation par autrui de la place détenue par quelqu'un dans la société. À l'origine, le statut d'élite n'est pas accordé par la détention du pouvoir,  mais par l'autorité morale, c'est d'ailleurs pourquoi le terme est employé au singulier. Aujourd'hui il est plus courant d'évoquer les élites. Le pluriel donne une connotation négative : ce n'est plus la qualité de l'être qui est concernée, mais la domination d'une catégorie sociale sur les autres. L'élite peut vouloir signifier dans ce cas, les membres des catégories jouissant d'une position particulièrement élevée.

Dans les pays en développement, ces catégories de privilégiés sont constituées d'hommes politiques, ceux qui gravitent autour du pouvoir, de brillants intellectuels etc.

Nous abordons ici trois points : le problème des africains, la responsabilité des élites, et le cas pratique de la Côte d'Ivoire.

Le problème de l'Afrique : un continent potentiellement riche mais dont les populations végètent

Le continent africain est riche au regard de son potentiel. L'Afrique détient 30% des réserves minérales de la planète. 80 % des ressources de la planète en coltan, qui sert à la fabrication des portables, 90% du platine, 50% du diamant, 40% de l'or. C'est la raison pour laquelle, certains observateurs traitent à propos de notre continent de « scandale géologique ». Entre 1990 et 2004, la production du continent africain a augmenté de 40%, passant de 7 à 10 millions de barils/jours et elle doit atteindre cette année 50%. Le continent assure 11% de la production pétrolière mondiale. Avec la Guinée, qui représente 30% des réserves mondiales de bauxite, tout juste derrière l'Australie, le continent ne manque pas d'aluminium. Après l'Amazonie, la forêt africaine est la seconde plus grande forêt tropicale du monde. Précisément, 20% de la surface de forêt tropicale encore intacts se situent dans le "Bassin du Congo" (au sud-est du Cameroun). Une biodiversité unique au monde. Plus de 200 espèces ligneuses poussent sur 1000 mètres carrés, soit une fois et demi plus d'espèces que sur l'ensemble du territoire français.  Ces chiffres parlent d'eux-mêmes, et traduisent la richesse du continent africain. Quel est au monde le continent qui n'aimerait pas avoir de telles ressources pour son développement ?

Pourtant, le continent africain peine à donner le bien-être à ses populations. Il est courant d'avoir recours à  une batterie d'indicateurs donnés pour illustrer un fait économique mais dans le cas du continent africain, les signes sont évidents.

Il n'est pas difficile de tenter de dresser un bilan politique et économique du continent depuis les indépendances. Les faits sont sacrés et parlants : le développement de l'Afrique est embryonnaire en dépit de ses ressources.

En 1960, l'écart entre les revenus des plus riches et des plus pauvres, pour 20 pour cent de la population mondiale, était de 30 contre 1. En 1999, il est passé à 74 contre 1.

Sur les 50 pays les plus pauvres du monde, classés selon l'indicateur de développement humain (IDH) du PNUD, 33 sont situés en Afrique subsaharienne. Malnutrition, pauvreté, illettrisme, situation sanitaire désastreuse... le continent est la première victime du creusement des inégalités dans le monde.  L'Afrique Subsaharienne semble être le siège choisit par la pauvreté pour régner et s'inventer une religion. 80% de la population pauvre du globe y réside, en exclusion la Chine.

Jusqu'à un certain point, cette situation me parait étrange mais à y regarder sérieusement, on finit par comprendre les causes de notre retard.

La France qui, durant la colonisation, avait abondamment pillé les ressources continue encore aujourd'hui mais de façon diffuse dans des réseaux mafieux, comme la « françafrique », le « cfafrique » etc.  Mais doit-on accuser l'adversaire qui donne des coups de poing si nous ne faisons rien pour nous défendre. L'élite africaine est responsable de tous les malheurs des populations africaines.

L'élite africaine est responsable de la  souffrance des populations africaines

Pour savoir pourquoi l'Afrique Subsaharienne abrite les pauvres du globe, diverses réponses sont données : les séquelles de l'esclavage et de la colonisation, les guerres à répétition, la spécialisation des économies africaines, le refus de se développer, l'incapacité congénitale des africains etc.

Il est vrai et tel est notre sentiment que les africains ne sont pas congénitalement des incapables. Pour autant, il est vain de rendre l'esclavage et la colonisation, responsables de notre retard, signe de notre incapacité à nous projeter dans l'avenir. Qui peut nier les conséquences psychologiques et économiques de la colonisation sur la trajectoire des pays africains. De temps en temps, il faut que les africains tournent le regard vers leurs vrais bourreaux : cette élite corrompue qui retarde le développement du continent.

Si certains auteurs ont pu dire que l'Afrique refuse le développement, c'est parce que les pays africains ont tout pour se développer mais n'y arrivent pas. Les africains ne sont pas des masochistes mais plutôt l'élite africaine est fondamentalement sadique. Elle pille les richesses de l'Afrique avec la complicité des multinationales occidentales.  Elle détourne les fonds publics, fait de la surfacturation. Elle crée également des rebellions dans le but de posséder une partie du pouvoir car en Afrique, être au pouvoir signifie  s'enrichir illicitement.

Le problème de l'Afrique, ce n'est pas le déficit de ressources, mais le manque de sérieux de ceux qui sont censés organiser et transformer les ressources naturelles pour développer le continent. L'élite africaine est corrompue, elle est la véritable cause du retard de l'Afrique, en matière de développement et de lutte contre la pauvreté.

L'organisation non-gouvernementale « Gblobal Financial Integrity », dont le siège est aux Etats-Unis, estime entre 37 et 53 milliards de dollars, l'ensemble des « transferts d'argent » d'origine douteuse, de l'Afrique vers les autres continents, et cela, rien que pour l'année 2008. Toujours, selon cette ONG, depuis 1970, ces sommes sont trois fois plus importantes que l'ensemble des dons et aides que le continent a reçu des pays développés dans la même période. Pour cette ONG, ces milliers de milliards de dollars, proviennent des détournements de fonds, de la fraude fiscale ou encore du blanchiment d'argent.

Tous les spécialistes sont unanimes pour dire que la croissance doit être forte pour réduire la pauvreté en Afrique, mais la relation entre la croissance et la réduction de la pauvreté n'est pas automatique. Il faut redistribuer équitablement les dividendes de la croissance pour combattre efficacement la pauvreté. D'ailleurs, la corruption, le népotisme, les détournements de fonds, les fraudes fiscales amenuisent les chances d'une croissance forte.

L'Afrique Subsaharienne croule sous le poids de la dette extérieure, dont les intérêts exorbitants obligent les Etats à emprunter davantage pour faire face à leurs obligations à des Taux très élevés entre 25 et 30 %, alors que ces mêmes Banques financières pour les mêmes raisons n'exigent que 3 à 7% aux investisseurs dans les pays riches. C'est la mauvaise gouvernance et la corruption qui conduisent les Etats à s'endetter indéfiniment. Une fois que ces gouvernants endettent leurs pays, ils espèrent faire partie de la honteuse liste des pays pauvres très endettés.

Si on s'accorde à reconnaitre conformément au  jargon marxiste,  que « chaque relation avec le capitalisme constitue en soi un lien néo-colonialiste », il est clair que l'élite africaine corrompue est néo-colonialiste. C'est l'égoïsme de l'élite ivoirienne qui met à mal le développement de ce pays.

Un cas d'école : celui de la Côte d'Ivoire

Depuis la mort du premier président Félix Houphouët Boigny, la Côte d'Ivoire n'a pas encore tourné la page du « bélier de Yamoussoukro ». La guerre de succession  a fini par plonger cette vitrine de l'Afrique de l'ouest, dans une crise dont seul Dieu sait la fin.  Pour leur gloire personnelle, la classe politique a tourné le dos aux préoccupations des populations, optant pour  le partage du pouvoir et des richesses du pays puisque les deux vont de paire sous les tropiques.  Du coup, le secteur privé et le secteur public sont dans une sorte de collusion.

En tout cas, sous le règne de Félix Houphouët Boigny, le secteur privé et les affaires ont été encouragés dans la seule ombre et sous la férule de l'Etat et de ses dirigeants, dans le cadre d'un clientélisme politique et sur la base d'une allocation néopatrimoniale des ressources publiques.

Avec le changement de régime, rien de substantiel n'a changé : la Refondation a fait l'objet d'une curiosité intellectuelle mais rien de plus. La crise militaro-politique qui dure depuis septembre 2002 a accentué le goût de l'enrichissement illicite mais surtout révélé une certaine animosité de l'élite ivoirienne (affaire des déchets toxiques) et confirmé l'appétit démesuré de cette élite (détournement des 100 milliards de franc CFA). Cette logique de partage du pouvoir et de richesses reste la règle de distribution de richesses en Côte d'Ivoire. Les élections qui devraient ouvrir la voie pour un processus de pacification du pays tardent.  Quand donc aura lieu l'élection présidentielle en Côte d'Ivoire ? En tout cas, personne n'est en mesure aujourd'hui de donner la date exacte de ce scrutin qui aurait dû se tenir depuis 2005, à la fin du mandat de Laurent Gbagbo, l'actuel président. Ce qui est certain, c'est que les populations souffrent pendant que la classe politique se partage quelques postes ministériels, les deux ex-belligérants, eux les richesses du pays.

Les ex-rebelles sont devenus riches, très riches même. Les  dix commandants de zone se sont enrichis en tirant profit de l'exploitation et du trafic des ressources naturelles (cacao, coton, bois, noix de cajou, or et diamants), et en  percevant  des taxes sur le trafic routier et sur les services publics comme l'électricité. Le tableau suivant indique bien le pillage systématique des ressources du pays.

Zone

lieu

Commandant de zone

alias

Unité militaire

activité

1

Bouna

Morou Ouattara

Atchengué

Atchengué

agrobusiness

2

Katiola

Hervé Pelikan Touré

Vetcho

Bataillon mystique

Coton, distribution

3

Bouaké

Cherif Ousmane

Guépard

Les guépards

Négoce (matières premières)

4

Mankono

Zoumana Ouattara

Zoua

diverses

Agriculture, distribution

5

Séguéla

Issiaka Ouattara

Wattao

Anaconda

Café, diamant, cacao, vente de voitures,

6

Man

Losseni Fofana

Loss

Cobra

Bois, café, cacao

7

Touba

Dramane Traoré

Dramane Touba

diverses

Café, distribution

8

Odienné

Ousmane Coulibaly

Ben Laden

diverses

agriculture

9

Boundiali

Gaoussou Koné

Jah Gao

diverses

Coton, or

10

Korhogo

Kouakou Fofié

Fofié

Fansara 110

Or, coton, anacarde

Source : Rapport final du groupe d'experts de l'ONU sur la Côte d'Ivoire, Octobre 2009 et Jeune Afrique

 

Ils ont également investi dans l'immobilier et se sont approprié ou ont donné en gérance à des proches de nombreux hôtels, boîtes de nuit, commerces, stations-service... Selon le ministère de l'Économie et des Finances, ce business pourrait leur rapporter quelque 60 milliards de F CFA par an (environ 90 millions d'euros).

Du côté gouvernemental, la corruption est devenue une religion. Elle gangrène toutes les structures de l'Etat.  Même la société SAGEM Security chargé de mettre à jour la liste électorale datant de l'élection présidentielle de 2000, enregistrer les nouveaux électeurs, confectionner de nouvelles cartes d'électeur et de nouvelles cartes d'identité, à partir de la liste révisée, est accusée de corruption.  En effet, le premier ministre SORO Guillaume est suspecté, de recevoir de la société SAGEM Security, la bagatelle de dix milliards de nos francs en termes de commission. Rappelons que le contrat de l'entreprise française Sagem-Sécurité, signé le 19 mars 2008 s'élève à 66,7 milliards de Fcfa (101 millions d'euros).

Le 2 Juin 2010, le professeur Mamadou Koulibaly, accusait le ministre Désiré Tagro d'avoir favorisé sa "tribu" pour l'entrée à l'école de police et marchandé les places au concours. Suite à cette dénonciation, le chef de l'Etat a demandé une enquête administrative relativement aux accusations de népotisme portées sur le ministre de l'Intérieur par le président de l'Assemblée nationale.

Selon le quotidien « Notre voie » du 29 Juin 2010, l'équipe du procureur de la République était la veille à l'Ecole nationale de police pour entendre les responsables de cet établissement et procéder au décompte des élèves-policiers. Selon les informations de ce quotidien, les élèves concernés par l'enquête sont au nombre de 1717. Et les enquêteurs ont découvert que, sur ce chiffre, 66 sont issus des sous-préfectures de Nahio et Saïoua (département d'Issia) village et tribu du ministre Tagro pour le compte des recrutements des années 2007, 2008 et 2009.

Les ivoiriens attendent que cette affaire aboutisse afin que la Côte d'Ivoire dont rêve Mamadou Koulibaly, c'est-à-dire, une Côte d'Ivoire où règne l'égalité des chances, puisse accompagner le bien-être des populations. Il faut donc que la société civile soutienne et apporte toutes sortes d'informations capables d'aider à la manifestation de la vérité. Tous les ivoiriens sont appelés à apporter des preuves au procureur de la république pour l'aider dans  cette tâche historique que lui a confié le président Laurent Gbagbo. Il s'agit de construire ensemble un Etat de droit, une nation.

"Chaque génération a le choix entre trahir ou accomplir sa mission"
Celui qui lutte peut tout gagner ! Celui qui ne lutte pas a déjà tout perdu !

 

Dr Séraphin PRAO

Enseignant-chercheur à la faculté des sciences économiques et de développement à l'Université de Bouaké (Côte d'Ivoire).

Président du Mouvement de Libération de l'Afrique Noire (MLAN)

www.mlan.fr

contact@mlan.fr

Tel : (225) 01 11 87 60