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samedi, 14 février 2009

LE DROIT FACE A LA SORCELLERIE EN COTE D'IVOIRE

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Une erreur de publication de Frat-Mat m'avait fait poster sur ce blog, le 18 Septembre 2008, dans l'article "Sorcellerie et traditions africaines", ceci: "Le droit face à la sorcellerie en Côte d’Ivoire est le sujet de la thèse de doctorat en droit privé, brillamment soutenue, hier, à l’université d’Abidjan Cocody, par M. Legré Okou Henri". En réaction, le vrai impétrant, Monsieur GALE Gbagbé Jean-Pierre, a posté un rectificatif sur ledit article et m'a fait parvenir le résumé de sa thèse pour rétablir la vérité. Je vous propose donc de lire: « Le Droit face à la sorcellerie, en Côte d’Ivoire », sa Thèse de Doctorat (nouveau régime) en Droit privé, soutenue publiquement, le 25 juillet 2008, à l’Université de Cocody (Abidjan)- Résumé.


Comment le droit ivoirien appréhende t-il la sorcellerie ? Telle est la problématique de notre étude qui s’intitule « le droit face à la sorcellerie en Côte d’ Ivoire ».

De la confrontation « Droit et sorcellerie », il ressort que le droit se voulant gardien de l’ordre social ne tolère pas la sorcellerie qui constitue un fait susceptible de mettre en mal cette harmonie. Il a à son égard la réaction que commande tout fait anti-social : il la poursuit et la réprime. Eu égard à la spécificité de l’infraction, la poursuite et la répression se font non sans difficultés. Un regard rétrospectif dans l’histoire nous donne de constater que le législateur est allé de tâtonnements en balbutiements pour la mise en place d’un dispositif légal qui au demeurant est très lacunaire. Le législateur ordonne la poursuite de cette pratique sans donner à l’accusation les moyens d’ y parvenir. Il garde un mutisme quant aux actes à poursuivre. A l’image du législateur colonial et de ses homologues africains, le législateur ivoirien opte pour le silence. Ce mutisme est on ne peut plus préjudiciable aux justiciables. Le juge répressif invité ainsi à combler ce vide n’ y est pas parvenu. La sorcellerie doit être perçue comme une force immatérielle ayant pour objet de nuire à autrui. Doivent être considérés comme actes de sorcellerie, l’envoûtement, la métamorphose, en somme tout acte visant à nuire à autrui par le biais d’une force métaphysique.

Par ailleurs, force est de constater que la donnée psychologique de l’infraction qui nous occupe est présumée comme c’est le cas pour bien d’autres. De ce qui précède, il se dégage que la structuration de l’infraction qui nous occupe constitue un véritable casse tête. Aussi des obstacles se dressent-ils sur la voie de sa poursuite.

En effet, alors que dans la mentalité collective africaine presque tous les décès sont attribués à la sorcellerie, les poursuites sont relativement rares en la matière. Des facteurs d’ordre sociologue jalonnent le chemin de l’accusation. A cela, il faut ajouter des obstacles d’ordre judiciaire. C’est après avoir franchi toutes ces entraves qu’il faudra envisager la répression. La preuve qui en est la condition sine qua non constitue une épineuse question. Les moyens classiques de preuve ne sont pas d’une grande utilité. De l’examen des décisions de justice recueillies, il ressort que le juge ivoirien a tendance à dénier tout crédit probatoire aux épreuves de vérité. La procédure toute entière semble tourner vers la recherche de l’aveu. Le juge prononce la condamnation dès qu’il l’obtient. Il ne recourt à la preuve testimoniale que rarement. En absence de l’aveu, la question de la preuve constitue un nœud inextricable. Il en résulte une répression à une portée on ne peut plus limitée. Ni la peine d’emprisonnement, ni l’arsenal répressif qui est du reste caractérisé par une étonnante légèreté ne permet au Droit d’atteindre ses buts classiques.

Il y a donc lieu de perfectionner les outils usités par la science du Droit. Cela nécessite inéluctablement une réforme de fond en comble. Dans cette perspective, le législateur devra clairement définir la pratique de sorcellerie. En ce qui se réfère à la preuve, nous recommandons que les producteurs et les acteurs du droit fassent une jonction de la science et de notre tradition. Dans cette optique, les modes de preuve ordaliques peuvent être d’un secours inestimable. En outre, nous recommandons l’instauration des chambres coutumières dans chaque juridiction ou tout au moins que la pratique qui nous occupe relève de la compétence de la cour d’assises qui aura l’avantage de comprendre outre les magistrats professionnels, des jurés experts de la matière dont l’apport sera considérable pour l’éclatement de la vérité.


GALE Gbagbé Jean-Pierre

00:00 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, Livre, Société ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (18) | Tags : sorcellerie, thèse doctorat, dr galé jean-pierre | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

jeudi, 08 janvier 2009

FRANCE-GABON: L'AVOCAT THIERRY LEVY INTERDIT DE MONTER DANS UN AVION POUR LIBREVILLE

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Libération.fr.
Défenseur de Gabonais qui ont été écroués pour «propagande» contre le régime d'Omar Bongo, il lui a été signifié que son visa avait été annulé.


«Sans précédent», selon l’avocat William Bourdon, qui pourtant en a vu d’autres. Ce matin, son confrère, Me Thierry Lévy, défenseur des Gabonais écroués la veille pour «propagande», a été «empêché» en fin de matinée par la police aux frontières (PAF) à Roissy de prendre un avion pour Libreville. Me Lévy était en salle d’embarquement quand les policiers sont venus lui signifier que son visa de quatre jours avait été annulé in extremis par les autorités gabonaises «pour raisons de sécurité».

En réalité, l’affaire dite des «biens mal acquis» est en train de prendre des proportions inattendues. Le 2 décembre dernier, l’association anti-corruption Transparency international et un ressortissant gabonais, Gregory Ngbwa Mintsa, déposaient une plainte à Paris visant les présidents gabonais, congolais et équato-guinéen sur l’acquisition de biens immobiliers en France. La famille Bongo posséderait ainsi 39 propriétés en France, notamment à Paris.

Un militant demande des comptes sur la gestion financière du Gabon

Une première plainte avait auparavant été classée sans suite par la justice française. Mais, cette fois, la constitution de partie civile, grâce à l’implication d’un citoyen gabonais, pourrait entraîner la désignation d’un juge d’instruction par la justice française.

Très inquiètes, les autorités de Libreville ont alors décidé de réagir sans ménagement. Fin décembre, le plaignant Gregory Ngbwa Mintsa (défendu par Me Bourdon), deux activistes de la société civile et deux journalistes étaient arrêtés et placés en garde à vue. Quatre d’entre eux ont été incarcérés hier pour «propagande» en vue de déstabiliser le régime.

On leur reproche d’avoir eu en main une lettre ouverte au président gabonais Omar Bongo, publiée en décembre par Bruno Ben Moubamba, responsable en Europe du réseau d’ONG gabonaises «Acteurs libres de la société civile». Ce dernier y demande notamment «des comptes sur la gestion financière du pays depuis 40 ans».

Une affaire qui risque de gêner considérablement Paris

Toute cette affaire risque de gêner considérablement Paris, déjà en délicatesse avec plusieurs pays africains suite à des enquêtes judiciaires ouvertes en France (Angola, Djibouti, etc.). Omar Bongo, au pouvoir depuis 1967 à Libreville - un record en Afrique - est en effet l’un des meilleurs alliés de la France sur le continent.

Le «doyen», comme il aime à se faire appeler, connaît toutes les arcanes du pouvoir en France, et se plaît à rappeler qu’il est devenu chef de l’Etat lorsque de Gaulle était à l’Elysée. Et le président Bongo n’hésite pas à évoquer les largesses dont il fait profiter ses amis à Paris, de gauche comme de droite. Le 6 mai 2007, il fut le premier dirigeant étranger à féliciter Nicolas Sarkozy de vive voix pour son élection. Deux mois plus tard, ce dernier se rendait à Libreville pour son premier déplacement sur le continent.

21:03 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, France, Gabon | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : me thierry lévy, biens mal acquis, omar bongo, gregory ngbwa mintsa | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

dimanche, 04 janvier 2009

AFRIQUE: LA RESURGENCE DES COUPS D'ETAT ET DES TENTATIVES DE COUPS D'ETAT

LANSANA CONTE.jpg
Analyse. Par Komi TSAKADI

Le dernier coup d’Etat militaire en date sur le continent africain, intervenu en Guinée, le 23 décembre dernier au lendemain de la mort du Président Lansana Conté qui avait dirigé le pays durant 24 ans, vient s’ajouter à la longue liste des coups d’Etat et tentatives de coups d’Etat ayant fait du continent africain le lieu privilégié de ce mode d’accession au pouvoir en ce XXIe siècle.

Définitions du coup d’Etat

Pour définir le coup d’Etat, nous retiendrons quelques exemples de définitions.

Pour Paul LEROY, « le coup d’Etat s’analyse en un changement de gouvernement opéré, hors des procédures constitutionnelles en vigueur, par une action entreprise au sein même de l’Etat au niveau de ses dirigeants ou de ses agents. Cette action (…) est soudaine et sollicite généralement la force » (« Le coup d’Etat », in O. DUHAMEL et Y. MENY, Dictionnaire constitutionnel, Paris : P.U.F, 1992, p. 240).

Pour Jean-Pierre PABANEL, « c’est une pratique volontaire et consciente de l’armée ou d’une partie de celle-ci pour s’emparer des institutions étatiques et occuper le pouvoir d’Etat » (Les coups d’Etat militaires en Afrique noire, Paris : L’Harmattan, 1984, p. 5).

Pour Issaka SOUARE, c’est « une saisie illégale au plus haut niveau de l’autorité d’un Etat par un nombre restreint des officiers militaires dans une opération discrète qui ne dépasse pas quelques jours » (Guerres et civiles et coups d’Etat en Afrique de l’Ouest : comprendre les causes et identifier des solutions possibles, Paris : L’Harmattan, 2007, p. 55).

Ces définitions permettent de distinguer le coup d’Etat du conflit armé interne ou de la rébellion.

En effet, contrairement à un conflit armé interne ou à la rébellion, le coup d’Etat ne dure pas longtemps. Il se caractérise par sa soudaineté, sa brièveté. Le caractère discret du coup d’Etat implique un nombre réduit d’acteurs alors que pour le conflit armé interne, on a besoin d’un grand nombre de personnes.

Condamnation du coup d’Etat comme mode d’accession de pouvoir en Afrique

Pendant la période 1960-1990, la seule forme de prise de pouvoir dans les pays africains était le coup d’Etat : 267 coups d’Etat ou tentatives de coups d’Etat ont été dénombrés (1). L’adoption de nouvelles Constitutions instituant le multipartisme par les pays africains dans les années 1990 avait fait croire que la période des coups d’Etat, qui était le seul moyen de prendre le pouvoir auparavant dans un contexte de parti unique, était révolue.

Mais il continue de ponctuer la vie politique des pays africains. En moyenne, on dénombre par an au moins 3 coups d’Etat ou tentatives de coups d’Etat depuis 1990, à tel point qu’en juillet 1999, lors du 35e sommet à Alger (Algérie) de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) devenue Union africaine (UA), une déclaration condamnant l’usage du coup d’État comme mode d’accession de pouvoir en Afrique a été adoptée.

Pour autant, il y a lieu de constater que ce texte n’a pas fait baisser cette moyenne. On continue de recenser des coups d’Etat et tentatives de coup d’Etat sans compter ceux imaginaires ou inventés par certains dirigeants pour détourner l’attention de leurs citoyens sur les vrais problèmes et faire des purges et des exécutions sommaires et extrajudiciaires.

Causes des coups d’Etat en Afrique

La déclaration d’Alger ne semble pas avoir mis fin à la pratique des coups d’Etat militaires comme mode de conquête de pouvoir et l’Afrique sera, sans nul doute, en proie dans les mois et les années à venir, à un nombre sans cesse croissant de projets de coups d’État, voire des coups d’État si leurs causes ne sont pas identifiées en vue de les prévenir. Les signes avant-coureurs sont perceptibles dans bon nombre de pays africains.

En effet, selon beaucoup d’auteurs, « l’environnement sociopolitique » prévalant dans les pays concernés est la cause principale des coups d’Etat. Selon ces auteurs, la faible culture politique, voire son inexistence dans certains pays, rend vulnérables ces pays à l’intervention militaire dans les affaires politiques (2).

Tout porte à croire que l’Union Africaine et ses partenaires, tels que l’Union Européenne, les Nations Unies, l’Organisation internationale de la Francophonie, pourtant engagés dans la prévention des conflits, n’ont pas encore pris l’ampleur de ce phénomène, se contentant à l’annonce de chaque coup d’État ou tentative de coup d’État déjoué, de condamner sans s’attaquer aux causes sous-jacentes, notamment l’opposition muselée, le refus d’alternance, les élections truquées, le « tripatouillage » des Constitutions pour supprimer la clause de limitation des mandats à deux quinquennats ou pour léguer le pouvoir à qui on veut, le plus souvent au fils du président comme au Togo…

Ce feuilleton sans fin de coups d’État et de tentatives de coups d’État appelle à une réflexion urgente sur le mécanisme d’accession au pouvoir en Afrique. Pour ce faire, tout comme le bannissement des coups d’État, les fraudes électorales, les missions internationales d’observation électorale dévoyées, les « tripatouillages » des Constitutions doivent être condamnés et sanctionnés.

Quelle solution ?

L’Union Africaine, par la déclaration d’Alger de 1999, condamne toute rupture de l’ordre constitutionnel résultant des coups d’État avec des sanctions automatiques contre les auteurs. Mais aucune mesure n’est prévue contre les dirigeants qui usent de manœuvres frauduleuses et du « tripatouillage » des Constitutions pour se maintenir durablement au pouvoir.

Au risque de voir se proliférer dans les prochaines années, des coups d’État « libérateurs », pour changer de régime et favoriser l’alternance, les signes annonciateurs (bâillonnement de l’opposition, fraudes électorales, « tripatouillage » des Constitutions…) subsistant dans bon nombre de pays, il est impératif pour l’Union Africaine et ses partenaires de repenser la gestion du pouvoir politique dans les pays africains.

Il convient de renforcer les capacités des acteurs politiques à animer une vie politique apaisée et démocratique en Afrique, ce qui implique l’exigence d’élections libres et transparentes pouvant conduire à des alternances démocratiques.

A défaut d’élections libres et transparentes qui pourront permettre de voir se succéder aux affaires des hommes et des femmes plus inspirés et animés par l’exigence de résultats, proposant des idées nouvelles et performantes pour sortir résolument les populations de la misère, nous assisterons à la multiplication des coups d’État et des projets de coups d’État avec le « risque jurisprudentiel Bozizé-Guéi » (3), contre les dirigeants africains dont la mauvaise gouvernance et le refus de l’alternance cristallisent nombre de critiques.

Loin de moi l’idée de défendre ou de justifier les coups d’État ou les projets de coups d’État, même ceux qualifiés de pro-démocratiques car ayant pour objectif de créer les conditions de l’essor de la démocratie. D’ailleurs quelle opposition dans beaucoup de pays sur le continent ne s’en prévaudrait pour souhaiter la même thérapie à son profit ?

Le risque est grand que la résurgence des coups d’Etat persiste car l’Union Africaine pas plus que ses partenaires, malgré leur condamnation de toute prise de pouvoir par ce biais, ne sont pas en mesure de faire pression sur les dirigeants actuels des pays africains pour garantir des élections libres et transparentes aux populations africaines et un droit de l’opposition à une alternance démocratique, meilleurs antidotes contre les coups d’Etat en Afrique.

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(1) T.Y. WANG, « Arms Transfers and Coup d’Etat: A study on Sub-Saharian Africa », Journal of Peace Research, 1998, vol. 35, n° 6, p. 669.

(2) I. SOUARE, Guerres et civiles et coups d’Etat en Afrique de l’Ouest : comprendre les causes et identifier des solutions possibles, Paris : L’Harmattan, 2007, p. 132.

(3) Il s’agit des militaires qui prennent le pouvoir et qui, à la suite de la transition, décident de se présenter aux élections, contrairement au président Toumani Touré qui ne s’est pas présenté aux élections après avoir conduit la transition au Mali.

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Biographie sommaire

Moustapha BENCHENANE, Les coups d’Etat en Afrique, Paris : Publisud, 1983.

Edouard N. LUTTWAK, Coup d’Etat, mode d’emploi, Paris : Odile Jacob-Opus, 1996.

Jean-Pierre PABANEL, Les coups d’Etat militaires en Afrique noire, Paris : L’Harmattan, 1984.

Issaka SOUARE, Guerre civiles et coups d’Etat en Afrique de l’Ouest, Paris : L’Harmattan, 2007.


Coups d’Etat et tentatives de coup d’Etat en Afrique depuis 1999

1999

9 avril, Niger, coup d’Etat

30 avril, Comores, coup d’Etat

24 décembre, Cote d’Ivoire, coup d’Etat

2001

8 janvier, Cote d’Ivoire, tentative de coup d’Etat

16 janvier, Congo Démocratique, tentative de coup d’Etat

22-23 juillet, Burundi, tentative de coup d’Etat

28 mai, Centrafrique, tentative de coup d’Etat

19 décembre, Comores, tentative de coup d’Etat

2-3 décembre, Guinée-Bissau, tentative de coup d’Etat

2002

19 septembre, Cote d’Ivoire, tentative de coup d’Etat

5 août, Niger, tentative de coup d’Etat

25 octobre, Centrafrique, tentative de coup d’Etat

2003

15 mars, Centrafrique, coup d’Etat

7-8 juin, Mauritanie, tentative de coup d’Etat

9 juin, Liberia, tentative de coup d’Etat

16 juillet, Sao Tomé e Principe, tentative de coup d’Etat

14 septembre, Guinée-Bissau, coup d’Etat

Fin septembre, Burkina Faso, tentative de coup d’Etat

2004

Mars, Guinée-Equatoriale, tentative de coup d’Etat

28 mars, Congo Démocratique, tentative de coup d’Etat

11 juin, Congo Démocratique, tentative de coup d’Etat

9 août, Mauritanie, tentative de coup d’Etat

28 septembre, Mauritanie, tentative de coup d’Etat

2005

5 février, Togo, coup d’Etat

3 août, Mauritanie, coup d’Etat

2006

22 mars, Gambie, tentative de coup d’Etat

13 avril, Tchad, tentative de coup d’Etat

Août, Burundi, tentative de coup d’Etat

2007

19 juillet, Liberia, tentative de coup d’Etat

2008

6 août, Mauritanie, coup d’Etat

22 novembre, Guinée-Bissau, tentative de coup d’Etat

23 décembre, Guinée, coup d’Etat

SOURCE: http://www.rdpg.org//index.php?option=com_content&task=vi...

17:51 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : coup d'état, guinée, tentatives de coups d'état | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

samedi, 29 novembre 2008

COMMENT INTERNET SAPE LES BASES MORALES DE NOS JEUNESSES

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Trouver, aujourd'hui, un poste dans un cyber, à Abidjan (où j'ai élu domicile depuis quelques semaines pour une formation professionnelle), en vue d'effectuer des recherches sérieuses, est un vrai cauchemar! La raison? Des arnaqueurs de tout poil et de tout acabit (particulièrement nos frères nigérians) qui occupent inutilement les écrans pendant des heures et des heures et de jeunes gens, filles et garçons, véritables accros des sites de rencontres et de pornographie, qui ne vous laissent plus le temps de remplir vos engagements vis-à-vis de vos lecteurs, sur les blogs, et d'effectuer vos travaux de recherches! Franchement déprimant!

C'est une grande douleur pour moi de voir tous ces jeunes ne trouver d'autre intérêt à Internet que l'accès au sexe facile, les relations libertines et l'arnaque. Nombre d'entre eux se font passer pour des jeunes filles (quite à utiliser des photographies de leurs soeurs ou de leurs amies, ou même d'inconnues), avec la claire intension de séduire, de tromper et de se faire de l'argent, sur la base de monsonges bien ficellés. Quel naufrage pour la jeunesse ivoirienne.

Je croyais les jeunes ivoiriens seuls à se pervertir de la sorte. Que neni! Un article camerounais lu sur www.20mai.net, nous édifie sur la dérive et la catastrophe qui sont en cours dans nos pays, du fait de la pauvreté et de la misère. Bonne lecture!


Les cybers cafés de Yaoundé sont désormais envahis par une clientèle de plus en plus jeune.
Loin d’y aller pour effectuer des recherches académiques, les jeunes y vont pour rencontrer des blancs. Aucun obstacle ne semble pouvoir arrêter ces internautes qui sont prêts à tout pour quitter le pays.
La toile est désormais assimilable à un marché de bétail. A la merci des proxénètes et des trafiquants de toutes sortes les jeunes filles qui veulent trouver des preneurs sont amenées à développer toutes sortes d’ astuces pour se faire remarquer.

On peut par exemple citer :

- L’envoi des photos en petite tenue,
- Se déshabiller devant une webcam pour montrer sa poitrine et son sexe
- Se masturber et regarder son partenaire le faire devant une webcam .


Les gérants de cybers café ont flairé la bonne affaire et ont installé des cabines privées avec webcam. Le coût de la navigation sur internet à partir d’une cabine privée est parfois le double du prix normal, mais cela ne suffit pas à décourager les jeunes filles qui ne pensent qu’à se mettre à l’abri des regards indiscrets pour satisfaire la perversité de leur futur époux.

Peu importe que l’homme rencontré soit un vieillard, un handicapé, ou un psychopathe, l’essentiel est qu’il soit un blanc afin que l’obtention du visa d’entrée dans un pays européen soit facilité.

Le coupable de cette dépravation n’est autre que la pauvreté: une pauvreté morale qui à l’exemple d’un cancer ronge petit à petit toutes les bonnes mœurs.

Trouver l'âme soeur grâce à Internet

S’il est vrai qu’il n’y a pas de lieu standard de rencontre, on peut tout de même constater la multiplication des sites de rencontre sur internet. En effet, au lieu d’aller danser ou draguer dans les cafés, beaucoup préfèrent l’intimité d’un clavier, d’un écran d’ordinateur et surtout d’un pseudonyme.

Lorsque la solitude devient lourde à porter, internet se présente comme une solution facile pour faire des rencontres. Toutefois, les romances virtuelles cachent parfois quelques pièges :

- L’on n’est pas toujours sûr de la bonne foi de son interlocuteur
- Le risque de tomber sur des psychopathes, et des escrocs est plus élevé sur les sites de rencontre.
- Les correspondants mentent souvent sur leur apparence physique et leur situation matérielle ce qui cause de grosses déceptions lors de la rencontre réelle.


Les rencontres sur internet n’ont pas que des inconvénients:

- Les personnes timides et mal dans leur peau ont à travers internet, l’occasion de sortir virtuellement de leur coquille.
- Internet est également un moyen puissant de créer des liens entre les gens qui en ont envie.


Comme le montrent quelques avis recueillis dans les rues de Yaoundé, au Cameroun, l’idée générale est que les gens qui s’essaient aux rencontres sur internet le font plus par intérêt que par amour.


Anne-Mireille NZOUANKEU.

A propos de l'auteur: Anne-Mireille est une jeune journaliste qui a fait ses armes à Camer.be, au quotidien camerounais "Le Jour" avant de rejoindre l'aventure 20mai.net



22:53 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : internet, pauvreté, misère morale, cyber-café | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

mercredi, 26 novembre 2008

POURQUOI JE BLOGUE SUR L'AFRIQUE?

LA CARTE DE L'AFRIQUE 2.jpgVoici le nouvel exercice auquel nous convie le "chef du village" Théophile KOUAMOUO: "Avec la participation de tous les blogueurs afro-orientés, j'aimerais bien lancer une nouvelle "chaîne de blogs", après la première "Barack Obama à travers le regard d'un Africain". J'aimerais que nous nous exprimions sur le thème suivant : pourquoi bloguer sur l'Afrique ? A bien y réfléchir, cela ne va pas de soi : déjà parce qu'Internet n'est pas une réalité franchement démocratique en Afrique. Bloguons nous pour la diaspora et le vaste monde, coupé de nos contemporains sur le continent ? Blogue-t-on sur l'Afrique comme on blogue sur l'Europe ou l'Asie ? La blogosphère afro-orientée a-t-elle quelque chose de spécifique à offrir au concert de l'universel version 2.0 ?
Le principe de la chaîne est simple. Je tague un certain nombre de personnes, qui en font de même, pendant deux semaines. Je suis sûr que de belles choses se dégageront. Ma réponse à moi :

"Je blogue sur l'Afrique avec joie parce que je crois que c'est de nos voix individuelles et mêlées que naîtra la renaissance africaine qui arrivera aussi sûrement que le rêve de Martin Luther King est devenu réalité quarante années plus tard. Je lis les blogs afro-orientés avec bonheur parce qu'ils me donnent une image moins monolithique et moins catastrophiste du continent et de ses habitants." Théophile KOUAMOUO."

L'exercice, je l'avoue n'est pas évident. Mais j'ai été tagué par l'ami YORO et je me dois de répondre à l'appel. Voici donc ma réponse à moi:

"Je blog sur l'Afrique pour deux raisons simples: Par militantisme (panafricaniste) et par patriotisme.

1) Par militantisme, parce que j'estime que les Africains doivent prendre totalement conscience de leur besoin d'union et d'indépendance véritable. L'Afrique est victime de trop d'injustices, de pillage, de prédation (avec la complicité de gouvernements fantôches et de fils indignes) et encore l'objet de trop de convoitises impérialistes qu'il faut dénoncer avec la plus grande énergie, parce que constituant institutionnellement la plus grande faiblesse de nos jeunes Etats, qui ne sont pas toujours maîtres de leur destinée, qui gagneraient à faire bloc contre les appétits et les visées extérieurs et à s'unir dans une véritable politique de développement global.

2) Par patriotisme, parce que j'aime profondément cette terre mienne qui est bien souvent présentée sous des prismes déformants, dévalorisants et dégradants alors qu'elle recèle énormément d'intelligences et de compétences capables de la propulser en avant, qui ne demandent qu'à être franchement utilisées, en faisant abstraction de toutes les considérations politiciennes paralysantes qui nous ont toujours retardés. Cet immense amour pour mon continent m'amène à ne faire preuve d'aucune complaisance sur nos tares, errements et lacunes propres en tant qu'Africains, et à les dénoncer vertement, sans faire acception de personnes.

Mais, il est bien de reconnaître que tous, en Afrique, n'ont pas accès à Internet et que ce travail de dénonciation, de sensibilisation et de conscientisation est une oeuvre de longue haleine qui portera, à terme, ses fruits parce que je crois que la conceptualisation de notre lutte fait des émules, dans le silence des cyber-cafés, dans le silence de nos écoles, de nos bureaux et de nos domiciles. Cette lutte devrait pouvoir révolutionner, à la longue, les mentalités des jeunesses africaines actuelles que nous sommes et de celles qui sont à venir, pour une Afrique nouvelle, libre, indépendante et prospère.
Oui, la liberté se trouve au bout du changement de mentalité et au bout de la lutte pacifique et persévérante!"

Je tague à mon tour:

- Edgar Yapo
- Paul Arnaud et
- Brym.

DINDE Fernand AGBO

22:47 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tagué par yoro, bloguer sur l'afrique | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

jeudi, 20 novembre 2008

DRAME EN RD CONGO: LE VIOL COMME ARME DE GUERRE !

SOLDAT CONGOLAIS 2.jpg
Chers Tous. Visionnez ces 12 films, atrocement inhumains, décrivant la barbarie de la guerre sans nom, en RDC !

Le viol est devenu une pratique courante dans l'Est de la République Démocratique du Congo. La population locale est la proie de groupes armés, qui la harcèlent dans une impunité quasi totale.

Ces films décrivent des scènes terribles, témoignages de victimes à l'appui, de femmes violées et torturées. Des femmes sans âge, jeunes et moins jeunes, mais qui ont en commun d'avoir subi des violences sexuelles inouïes. Ce sont des Congolaises vivant dans la province située à l'Est de la RDC et livrée à une guerre civile : le Sud-Kivu, non loin de la frontière poreuse, et violée aussi, avec le Rwanda. Les films ? " Viol, une arme de guerre, au Congo "… A découvrir!

Cliquez ICI pour visualiser les vidéos.

13:26 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, RD Congo | Lien permanent | Commentaires (28) | Tags : rdc, viol comme arme de guerre, sud-kivu, congolaises violées | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

lundi, 17 novembre 2008

MONNAIE OU RELIQUE COLONIALE: COMMENT LE FRANC CFA RETARDE LES PAYS DE LA ZONE FRANC

Novembre 9, 2008

1000 FRANCS CFA ANCIEN.jpgFace à une Amérique en crise et à la panique qui règne sur les marchés financiers mondiaux, les gardiens du Temple de la Banque Centrale Européenne se veulent les garants d’une stabilité monétaire et d’un euro fort. Leur attitude s’inscrit en faux contre celle des dirigeants des deux économies les plus puissantes de l’Europe, à savoir la chancelière allemande, Angela Merkel, et le président français, Nicolas Sarkozy, qui craignent que le maintien d’un Euro fort mène les économies européennes à la ruine. A leur inquiétude devrait faire écho, en théorie, le désarroi de leurs collègues des pays d’Afrique membres de la zone franc. En effet, leur monnaie, le franc CFA, étant ancrée à la monnaie européenne à un taux fixe surévalué, on est en droit de penser qu’ils ne pouvaient manquer de s’interroger sérieusement sur l’avenir, sinon sur le destin du franc CFA. Cette monnaie, dont la convertibilité fait les choux gras des spéculateurs, est une source majeure de perte de compétitivité, d’évasion de capitaux et de controverses quant à son rôle, supposé ou réel, dans la crise qui continue de plomber les économies des pays de la zone franc dans un contexte de turbulence économique, notamment financière, à l’échelle mondiale.

L’histoire du CFA est étroitement liée à celle de la colonisation des pays africains. Durant la période coloniale, Français et Anglais, deux des pays colonisateurs de la région, avaient mis respectivement sur pied la zone franc et le « board of currency » pour doter leurs empires africains d’un système monétaire unifié. Ce système était subordonné au franc français et à la livre sterling.

Au lendemain de la proclamation des indépendances nationales à partir de la fin des années 1950, les ex-colonies anglaises ont démantelé leur zone monétaire commune pour mener des politiques monétaires souveraines et autonomes.

• En revanche, dans la zone franc, seuls quelques pays en ont fait de même la Guinée, la Mauritanie, Madagascar, le Mali (provisoirement), l’Algérie, le Maroc, la Tunisie, le Cambodge, le Laos et le Vietnam.
• Les pays qui ont choisi de demeurer dans le giron de la France en conservant leur monnaie unique, le Franc CFA, sont : Djibouti, le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, la République Centrafricaine, les Comores, le Congo, la Côte-d’Ivoire, le Gabon, le Mali, le Niger, le Sénégal, le Tchad et le Togo. La Guinée Equatoriale et la Guinée-Bissau se sont jointes à eux.

La France a doté cette monnaie d’une convertibilité qu’elle s’est engagée à garantir sous réserve de la rétention de tout ou partie des avoirs extérieurs en devises de ces pays dans un « COMPTE D’OPERATION » ouvert auprès du Trésor Public français par les banques centrales de la zone franc:

1. la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO)
2. la Banque des Etats de l’Afrique Centrale (BEAC) .

LA FRANCE S’EST EGALEMENT ARROGEE UN DROIT DE VETO DANS LA GESTION DE CES BANQUES CENTRALES. DE MEME, TOUT CHANGEMENT DES REGLES DU JEU AU SEIN DE LA ZONE MONETAIRE FRANCOPHONE NECESSITE UN ACCORD PREALABLE AVEC LA FRANCE.

On devine aisément les implications qui s’attachent au corset ainsi créé quand on connaît l’importance de la monnaie dans la marche d’une économie.

FRANCS CFA BILLETS.jpgCelle-ci a, en effet, trois fonctions traditionnelles:
1. Elle est, d’abord, une unité de compte,
2. ensuite un moyen de paiement,
3. et enfin un instrument de réserve.

Son émission ayant constitué de tout temps un droit régalien réservé aux seuls dirigeants des territoires indépendants, les détracteurs de la zone, qualifiant ces accords monétaires de relique coloniale, ont demandé leur abrogation. Les tenants du système, quant à eux, pour justifier le maintien du franc CFA, arguent du privilège de disposer d’une monnaie unique convertible et la capacité des pays de la zone à satisfaire les trois critères sur lesquels doit reposer une politique monétaire durable, à savoir la stabilité interne et externe et la croissance économique.

Tout Etat réglemente comme il l’entend la sortie de sa monnaie nationale et l’entrée des monnaies étrangères sur son territoire par le biais de sa politique de change, sa monnaie pouvant être transférable, c’est-à-dire convertible sur le marché international des changes. La convertibilité d’une monnaie réside dans sa capacité à être échangée contre une autre devise. Par exemple, des dollars peuvent s’échanger contre des euros et vice versa. Ces monnaies sont convertibles entre elles et cette convertibilité signifie que les banques centrales qui les ont émises s’engagent à les racheter. Lorsqu’une monnaie est convertible, le gouvernement qui l’émet en autorise la sortie. C’est généralement le cas des pays développés à économie de marché. LA CONVERTIBILITE N’EXCLUT PAS L’EXISTENCE D’UN CONTROLE DES CHANGES PLUS OU MOINS COERCITIF, EN PARTICULIER POUR LES RESIDENTS QUI PEUVENT ETRE SUJETS A DES RESTRICTIONS DANS L’USAGE DES MONNAIES ETRANGERES ET DANS LES MONTANTS QU’ILS PEUVENT TRANSFERER. C’EST LE CAS DU FRANC CFA DONT LA CONVERTIBILITE EST RESTREINTE A L’EURO ET LE LIBRE TRANSFERT A LA FRANCE.

LE FRANC CFA, MONNAIE COMMUNE, EST SUPPOSE CONTRIBUER A UNE PLUS GRANDE TRANSPARENCE DES PRIX, A L’ELIMINATION DES DISTORSIONS LIEES AU RISQUE DE CHANGE ENTRE MONNAIES NATIONALES ET DE FRAIS BANCAIRES INUTILES. SON OBJECTIF THEORIQUE EST AUSSI DE CREER UNE DISCIPLINE MONETAIRE ET BUDGETAIRE SAINE. CETTE MONNAIE DEVAIT ASSURER A LA FOIS UNE STABILITE DES PRIX, UNE ABSENCE DE DEVALUATIONS COMPETITIVES ENTRE PAYS MEMBRES DE L’UNION MONETAIRE ET L’OBTENTION DE TAUX D’INTERET REELS BAS ET STABLES FAVORABLES A LA CROISSANCE ET A L’EMPLOI.


Mais, force est de constater que la convertibilité et le libre transfert du franc CFA favorisent une sortie massive des capitaux à travers le transfert, sans risque de change des bénéfices des entreprises du secteur privé, françaises dans leur très grande majorité. Elle encourage également l’exode des revenus des ménages expatriés vers leur pays d’origine. Ces flux monétaires et commerciaux qui passent tous par le filtre des banques centrales ont pour seule destination l’Hexagone. C’est le cas depuis la mise en place, en 1993, du régime de contrôle de change par la France. ENTRE 1970 ET 1993, LE RAPATRIEMENT DES BENEFICES ET DES REVENUS D’EXPATRIES S’EST ELEVE A 6,3 MILLIARDS DE DOLLARS ALORS QUE LES INVESTISSEMENTS ETRANGERS S’ELEVAIENT A 1,7 MILLIARDS DE DOLLARS. LES RAPATRIEMENTS ONT DONC ETE QUATRE FOIS SUPERIEURS AUX INVESTISSEMENTS. De même, anticipant une dévaluation qui était devenue inéluctable eu égard à la détérioration des comptes dans les années 1990 et le refus de la France de soutenir les budgets africains, les placements spéculatifs effectués en francs CFA en France entre janvier 1990 et juin 1993 s’étaient élevés à 928,75 milliards de francs CFA soit environ 1,416 milliards d’euros .

De surcroît, en contrepartie de la garantie de convertibilité du CFA, d’abord en franc français puis en euro, la France exige depuis 1960 que les pays de la zone déposent leurs réserves de change sur un compte du Trésor Public français. A l’aube des indépendances le dépôt exigé était de 100%. Il a été réduit à 65% en 1973, puis plafonné à 50% depuis septembre 2005, le reliquat devant servir au remboursement de la dette extérieure des pays membres. Mais, hormis les « gourous » des finances françaises, nul ne sait ce que recèle en réalité ce compte d’opérations et ce que la France fait des très importantes sommes qui y sont déposées.

D’après la convention sur ce compte, signée en 1962 entre le ministère français de l’Économie et ses ex-colonies membres de la zone franc, le Trésor français perçoit, en cas de découvert, des agios payés par les banques centrales. En revanche, il leur verse des intérêts si les comptes sont créditeurs. Depuis la mise en œuvre des accords de coopération monétaire, le compte d’opération n’a été débiteur temporairement qu’à cinq reprises depuis 1973, le solde étant créditeur de manière ininterrompue depuis janvier 1994. Le rapport 2005 de la zone Franc montre que les banques centrales détiennent des records de réserves au Trésor français estimées à 6300 milliards de FCFA, équivalents à 9,6 milliards d’euros soit un taux de couverture de l’émission monétaire supérieur à 110 %, alors que la convention de 1962 n’exige qu’un taux de couverture de 20 %. Entre janvier et décembre 2006, les avoirs extérieurs nets de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest avaient progressé de 544,3 milliards de F CFA (830 millions d’euros) pour se situer à 3 710 milliards de F CFA (5,7 milliards d’euros). Sur la même période, ceux de la Banque des Etats de l’Afrique centrale avaient augmenté de 1757 milliards (2,7 milliards d’euros) pour atteindre 4382 milliards de FCFA (6,7 milliards d’euros).

Les pays membres de la zone franc, dont certains sont classés parmi les plus pauvres du monde, selon leur indice de développement, se voient ainsi privés par la France d’énormes ressources financières qui auraient pu être investies dans les secteurs clés de leurs économies (production vivrière, éducation, santé, logements et infrastructures). LE PLUS REVOLTANT DANS CE MARCHE DE DUPES EST QUE LA FRANCE SE SERT DE L’ARGENT DE CES PAYS POUR LEUR CONCEDER DES PRETS A DES TAUX PROHIBITIFS. LE COMBLE EST QUE LES PAYS DE LA ZONE, NON CONTENTS DE SE VOIR AMPUTER D’UNE PART IMPORTANTE DE LEURS REVENUS, S’ENDETTENT AUPRES DE LA BANQUE MONDIALE ET DU FMI AUX CONDITIONS DRASTIQUES QUE L’ON SAIT AU LIEU D’USER DE LEURS PROPRES AVOIRS CONFISQUES PAR LA FRANCE. En se comportant comme des victimes consentantes, lesdits pays n’ont fait que traduire une attitude éminemment freudienne des Noirs qui confine à l’auto-flagellation.

En ce qui concerne la stabilité interne de la zone franc, le rattachement du franc CFA au franc Français et aujourd’hui à l’euro était censé permettre aux autorités monétaires de la zone franc d’imposer la discipline anti-inflationniste de la Banque de France et maintenant de la Banque européenne. La zone s’est toutefois révélée impuissante à contrecarrer la flambée des prix du pétrole, des matières premières et des denrées alimentaires provoquées en partie, par la progression de la demande des Asiatiques en matières premières, particulièrement des Chinois. L’augmentation des prix des denrées alimentaires a donné naissance à des émeutes de la faim dans nombre de pays d’Afrique parmi lesquels figurent des pays de la zone franc tels que la Côte d’Ivoire, le Cameroun, le Burkina Faso et le Sénégal.

Quant à la stabilité externe, c’est à dire la stabilité d’une monnaie sur les marchés des changes, elle est étroitement liée à la politique de change qui la sous-tend. Les pays de la zone franc ont opté pour une politique de taux de change fixe alors que le taux de change de l’euro sur lequel il est arrimé est flottant et ne cesse de s’apprécier . La politique d’un euro fort et de taux d’intérêts élevés poursuivie par la Banque Centrale Européenne (BCE) pour juguler tout risque d’inflation et attirer les capitaux étrangers en Europe prive les pays de la zone franc de compétitivité. Le franc CFA est surévalué par rapport aux autres monnaies des pays du Sud avec lesquels il est en concurrence. LES PRODUITS LIBELLES EN FCFA DEVIENNENT TROP CHERS ET LES PAYS DE LA ZONE SE RETROUVENT AINSI EXCLUS DES MARCHES DU SUD. La politique d’un euro fort est préjudiciable aux économies de la zone franc comme l’a été auparavant la politique d’un franc fort menée par l’ex ministre de l’économie et des finances, Pierre Bérégovoy, sous le gouvernement socialiste de François Mitterrand. L’appréciation de l’euro par rapport au dollar ruine les économies des pays de la zone Franc. De janvier 1999 à mai 2008, l’euro est passé de 1,17 à 1,59 dollars, ce qui signifie que le franc CFA, monnaie des économies jugées parmi les plus indigentes du monde, s’apprécie par rapport au billet vert. Cela ne manque pas de poser problème, car les prix des principaux produits d’exportation de la zone comme le café, le cacao et le coton sont libellés en dollars, tandis que ceux de leurs plus gros volumes d’importation le sont en euros. EN EFFET, SE FAIRE PAYER SES EXPORTATIONS EN MONNAIE FAIBLE ET REGLER SES IMPORTATIONS EN MONNAIE FORTE NE PEUT QUE PROVOQUER UNE INCIDENCE NEGATIVE TRES HANDICAPANTE SUR LES BALANCES COMMERCIALES, AU POINT QUE LA QUESTION D’UNE NOUVELLE DEVALUATION DU FRANC CFA, A SEULE FIN D’ACCROITRE ARTIFICIELLEMENT LA COMPETITIVITE DES EXPORTATIONS DE LA ZONE FRANC, SE POSE A NOUVEAU. Quel contraste avec la Chine qui, depuis le 1er Janvier 1994, a ancré sa monnaie, le yuan, au dollar à un taux de change extrêmement bas, ce qui lui donne un avantage compétitif par rapport à ses concurrents occidentaux et des possibilités d’exportation accrues.

La zone franc a également été promue comme étant un espace propice à la croissance économique de ses membres. La croissance économique est sujette au niveau des taux d’intérêt et des liquidités mises en circulation par la Banque centrale, au volume des investissements et des échanges commerciaux. La masse monétaire en circulation dans la zone franc se mesure à l’aune des seuls échanges entre la France et ses alliés africains, aux transferts des travailleurs émigrés, au rapatriement des capitaux spéculatifs et aux décaissements des bailleurs de fonds. Dans un tel contexte, les taux d’intérêt demeurent toujours élevés. Leur haut niveau est préjudiciable à tout essor économique et prive les entrepreneurs de ces pays des crédits bon marché sans lesquels il n’y a point d’existence pour les petites et moyennes entreprises ni de classe moyenne vecteur de développement.

La convertibilité du franc CFA et son arrimage à l’euro éliminant tout risque de change entre les zones franc et euro, cela était censé faciliter l’afflux des investissements productifs créateurs d’emplois, en provenance d’Europe. En réalité, les investissements dont ont bénéficié les pays d’Afrique se sont portés quasi exclusivement dans l’exploitation des ressources naturelles. Les investissements directs étrangers (IDE), en Afrique, ont atteint 38 milliards de dollars US en 2007 contre 126 milliards de dollars en Amérique latine et aux Caraïbes, 224 milliards de dollars pour les pays d’Asie du sud et d’Océanie, 98 milliards de dollars pour les pays de l’Europe du sud-est et de la Communauté des États Indépendants (CEI). Durant la période 2002 - 2004, les IDE en Afrique avaient seulement été de 1,2 milliards de dollars . L’accroissement enregistré est essentiellement dû aux investissements en provenance des pays émergents d´Asie : Hong-Kong, République de Corée, Chine, Inde et Malaisie et non d’Europe. Ils sont concentrés dans les industries extractives et ne bénéficient qu’à un nombre limité de pays tels que le Nigeria, l’Angola, le Mozambique, le Soudan, le Congo Brazzaville, la Guinée Equatoriale ou la République démocratique du Congo. CES INVESTISSEMENTS DANS L’EXPLOITATION DES RESSOURCES NATURELLES, PARTICULIEREMENT LE PETROLE ET LES MINERAIS, PERPETUENT LA DEPENDANCE DE LA REGION ET SON APPAUVRISSEMENT RESULTANT D’UNE EXPLOITATION SYSTEMATIQUE DE SES RESSOURCES SANS LA CONTREPARTIE D’INVESTISSEMENTS PRODUCTIFS, DE CREATIONS D’EMPLOIS ET D’EXPORTATIONS DE BIENS MANUFACTURES. IL EN EST DE MEME DES FLUX COMMERCIAUX ENTRE LES PAYS DE LA ZONE FRANC ET CEUX DU RESTE DU MONDE QUI SE REDUISENT A L’IMPORTATION DE PRODUITS MANUFACTURES ET A L’EXPORTATION DE PRODUITS DE BASE, CE QUI EXCLUT TOUT DEVELOPPEMENT INDUSTRIEL AUTONOME. Ceci devrait inciter les Africains à promouvoir la diversification des investissements, à renforcer leurs capacités productives dans leurs autres secteurs économiques et à développer un espace légal régissant les partenariats entre les filiales étrangères et les entreprises locales pour favoriser le transfert de la technologie dont la région a besoin pour s’industrialiser.

L’EXISTENCE D’UN MARCHE UNIQUE DEPOURVU DE BARRIERES COMMERCIALES OU FINANCIERES ET D’ENTRAVES A LA LIBRE CIRCULATION DES BIENS ET DES CAPITAUX SONT LES CONDITIONS SINE QUA NON POUR TIRER LE MAXIMUM DE BENEFICES D’UNE MONNAIE UNIQUE. POURTANT, CE MARCHE UNIQUE DANS LEQUEL LES PAYS DE LA ZONE FRANC SONT SUPPOSES EVOLUER N’A D’EXISTENCE QUE DE NOM. ILS EN SONT ENCORE, DEPUIS PRES DE DEUX DECENNIES, A S’ECHINER A METTRE EN PLACE UNE UNION DOUANIERE AU SEIN DE L’UNION ECONOMIQUE ET MONETAIRE OUEST AFRICAINE (UEMOA) ET DE LA COMMUNAUTE ECONOMIQUE ET MONETAIRE DE L’AFRIQUE CENTRALE (CEMAC), LES DEUX ORGANISATIONS CHARGEES DE LA MISE EN PLACE DE L’HARMONISATION DES REGIMES FISCAUX ET DES POLITIQUES DE CONVERGENCE ECONOMIQUE DE LEURS MEMBRES. Il faut se souvenir que de 1945 à 1960, la coopération monétaire et la coordination des politiques économiques avec la France, dans le cadre de la zone franc, s’étaient en effet appuyées sur une intégration politique, économique et monétaire complète ainsi qu’une libre circulation des personnes, des biens et des services. Le choix des pays africains qui ont décidé de rester sous la tutelle monétaire de la France aurait donc été justifié si ces mêmes pays avaient maintenu le marché commun et les structures fédérales dans lesquels ils opéraient sous le régime colonial. Mais ils n’en ont rien fait. BIEN AU CONTRAIRE, ILS SE SONT EMPLOYES A LES DEMANTELER DES LEUR ACCESSION A L’INDEPENDANCE. EN ERIGEANT DES BARRIERES DOUANIERES ENTRE EUX, LES AFRICAINS SE SONT DELIBEREMENT COUPES LES UNS DES AUTRES, CREANT DE FACTO UN ENVIRONNEMENT ECONOMIQUE IMPROPRE A L’ADOPTION D’UNE MONNAIE UNIQUE. De plus, les banques centrales de la zone franc n’ont aucune existence juridique sur le marché des changes. Il revient donc à la Banque Centrale Européenne (BCE), qui a hérité des accords franco-africains, d’agir en leurs noms. MAIS QUAND LA BCE INTERVIENT SUR LE MARCHE INTERNATIONAL DES DEVISES, C’EST POUR DEFENDRE L’EURO ET NON LE FCFA. CETTE SOUS-TRAITANCE DE LA GESTION DU FRANC CFA A LA BCE CONSTITUE UN FREIN SUPPLEMENTAIRE AU PROCESSUS D’INTEGRATION DES ECONOMIES DES PAYS DE LA ZONE ET A L’ACCROISSEMENT DE LEURS ECHANGES INTRA-COMMUNAUTAIRES.

Dans ces circonstances, il y a quelque chose de kafkaïen dans cette démarche qui consiste à démanteler des structures pour ensuite essayer de les remettre en place à rebours. Cela engendre des distorsions structurelles, institutionnelles et économiques dont les dirigeants et les élites francophones d’Afrique noire n’ont cure, d’autant qu’ils en tirent des intérêts personnels. En effet, la convertibilité du FCFA est un moyen bien commode pour eux de disposer de fortunes considérables et d’immenses domaines immobiliers dans l’Hexagone.

Les crises économiques et financières qui affectent les pays de la zone franc depuis les années 1990 sont les manifestations les plus éloquentes de l’échec des politiques et des choix qui ont prévalu en son sein. Elles ont conduit à la dévaluation de 100% du franc CFA en janvier 1994 et à la paupérisation qui a conduit aux désordres que l’on sait et qui vont aller s’aggravant A MOINS QUE L’ON METTE FIN AU SYSTEME D’EXPLOITATION INSTITUTIONNALISEE QUE REPRESENTE LA ZONE FRANC.

En l’état actuel du développement des économies africaines, la norme, en matière de politique de change devrait reposer sur l’inconvertibilité et l’intransférabilité des monnaies nationales. Lorsqu’un Etat interdit la sortie de sa monnaie nationale, cette monnaie est dite non convertible donc non transférable. Dans ce cas, un contrôle des changes hermétique donne le monopôle des monnaies étrangères aux autorités monétaires qui contrôlent toutes les opérations de change avec l’extérieur. Cette restriction légale assure une gestion rigoureuse des rentrées et des sorties de devises, ce qui permet de les allouer en priorité au développement des secteurs clé des économies concernées. Cette situation est d’ailleurs fréquente dans le monde en particulier dans les pays en voie de développement (PED) très déficitaires qui connaissent de graves difficultés de paiements. C’est également le cas des économies régulées de type semi-étatique où l’Etat prend en charge le contrôle des secteurs essentiels de l’économie comme en Chine, en Inde ou au Vietnam. Rappelons également que pendant longtemps l’échange de francs français contre des devises n’était pas libre mais réglementé. Une convertibilité externe du franc, rétablie en 1958 pour les non-résidents, n’était pas totale pour les résidents. Par exemple, ceux-ci ne pouvaient pas sortir des capitaux hors des frontières sans autorisation administrative. Quant au géant chinois, soucieux de ne pas faire peser des risques importants sur sa croissance économique par une sortie incontrôlée de devises, il n’autorise pas la libéralisation de son marché des changes et sa monnaie, le yuan, n’est pas librement convertible.

AU VU DE CE QUI PRECEDE, LES AVANTAGES AVANCES POUR LE MAINTIEN DE LA CONVERTIBILITE DU FRANC CFA SE REVELENT ETRE UN SUBTERFUGE QUI INSTITUTIONNALISE L’APPAUVRISSEMENT SOCIO-ECONOMIQUE DES PAYS DE LA ZONE FRANC. ILS SE DOIVENT D’Y METTRE FIN, DE RECOUVRER LA GESTION DE LEURS RESERVES DE CHANGE, D’INSTITUER UN STRICT REGIME DE CONTROLE CHANGE ET D’ETENDRE LES POLITIQUES D’HARMONISATION FISCALE ET DE CONVERGENCE ECONOMIQUE QU’ILS MENENT AU SEIN DE L’UEMOA ET DE LA CEMAC A L’ENSEMBLE DES PAYS MEMBRES DE LA COMMUNAUTE ECONOMIQUE DES ETATS DE L’AFRIQUE DE L’OUEST (CEDEAO), L’ORGANISATION MANDATEE PAR L’UNION AFRICAINE (UA) POUR COORDONNER LES POLITIQUES D’INTEGRATION DANS LA SOUS-REGION.



*SANOU MBAYE,
économiste, ancien fonctionnaire international, auteur de l’Afrique au secours de l’Afrique, à paraître en janvier 2009, aux Editions de l’Atelier.


Source: 20mai.net

13:34 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique | Lien permanent | Commentaires (39) | Tags : franc cfa, zone franc, monnaie, relique coloniale | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

mercredi, 12 novembre 2008

FRANCE-RWANDA : REPONSE DU BERGER A LA BERGERE

PHOTO GENOCIDE.jpg« A malin, malin et demi ! ». Il n’y a pas adage plus indiqué pour dépeindre l’escalade diplomatique qui a cours, en ce moment, entre le Rwanda et la France.

En effet, il y a deux années de cela (en 2006), la France, pour se donner bonne conscience devant la communauté internationale ou donner le change, à travers le Juge Jean-Louis BRUGUIERE, lance un mandat d’arrêt européen contre 9 personnalités et autorités rwandaises qu’elle suspecte d’avoir participé à l’assassinat, le 6 Avril 1994, de l’ex-Président Juvénal HABYARIMANA, dont la mort a servi d’élément déclencheur à l’effroyable génocide tutsi.
Cette méprise (je dirais plutôt, cette incongruité hallucinante) va lui coûter la peau du dos : Le Rwanda, pays modeste du Tiers-monde, rompt ses relations diplomatiques avec la France et expulse son ambassadeur. Qui l’eût cru ? L’ampleur médiatique de l’affaire met la France dans ses petites chaussures.

Un pays dirigé par des hommes humbles et conséquents aurait fait pression pour qu’un mandat d’arrêt aussi illogique qu’illégal, et même insultant, soit, séance tenante, retiré.
Mais que non ! Comme il fallait s’y attendre de la part de la France, impérialiste, orgueilleuse et inutilement provocatrice, se prenant pour le centre intouchable du monde, ledit mandat d’arrêt reste en l’état. On me parlera de séparation de pouvoirs. Je n’en disconviens nullement. Mais cela, c’est quand l’image de la « La Grande France » n’est pas susceptible d’être écorchée ! En dehors de ce cas précis de figure, la justice et le pouvoir français ne font qu’une seule et même entité. Au nom de la gloire de « La Grande France » ! Autrement, les auteurs de la tuerie innommable de l’Hôtel Ivoire, en Novembre 2004, à Abidjan, auraient déjà été jugés et écroués.

ROSE KABUYE ET KAGAME.jpgC’est donc en toute logique que l’Allemagne exécute la consigne internationale, en arrêtant, dans la journée du dimanche 9 Octobre 2008, Rose KABUYE, la Directrice du Protocole d’Etat rwandais. Aubaine inespérée ! Rose KABUYE accepte d’être extradée, en France, pour que le débat se déporte désormais dans la « surface de réparation » - pour parler comme les footballeurs - de la France dont le rapport d’une commission d’enquête rwandaise publié, en Août 2008, a établi, avec des preuves plus qu’accablantes, la responsabilité et l’implication dans le génocide de 1994. Lire le rapport ? Cliquer ICI.

PAUL KAGAME.jpgPour arranger les choses et mettre une pression totale à la France, le Président rwandais, Paul KAGAME expulse l’ambassadeur d’Allemagne au Rwanda et actionne les services judiciaires rwandais pour lancer (très bientôt) des mandats d’arrêts internationaux contre 23 personnalités françaises dont la responsabilité est établie dans la préparation et l’exécution du génocide.

Enfin, la France a trouvé à qui parler, elle qui croyait avoir affaire à ces chefs d’états liges qu’elle régente, en Afrique.
Nous l’avons dit sur ce blog, à la faveur de la célébration du Mois de la Résistance ivoirienne : « La France paiera, un jour, pour tous ses crimes, en Côte d’Ivoire et en Afrique ! »
Oui, l’heure est venue pour la France de rendre compte au monde de sa participation au génocide rwandais. L’occasion est trop inespérée pour être manquée. Même si nous ne nous faisons pas l’illusion de croire que les pays puissants de ce bas monde vont aider à traduire la France devant le TPI (qui, du reste, est le tribunal des vaincus et des faibles) ou lever le petit doigt pour infliger des sanctions à leur pair, eux qui font pareil sous d’autres cieux, si ce n’est pire.

Bon vent au Président Paul KAGAME et au peuple rwandais dans leur quête de justice ! Nous, jeunes africains, les assurons de notre total et indéfectible soutien !


Que DIEU bénisse le Rwanda et que DIEU bénisse l’Afrique !




DINDE Fernand AGBO

14:09 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, France, Rwanda | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : génocide, bruguière, habyarimana, rwanda, rose kabuye | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

L'AFRIQUE N'A PAS D'HISTOIRE

LA CARTE DE L'AFRIQUE 2.jpgA maître Abel kassi, avocat international émérite. En hommage à ses idées lumineuses et tous les brillants cerveaux africains encore mal exploités.

L’instabilité chronique, les conflits incessants semblent être les marques déposées du continent africain. Un continent qui, des siècles auparavant, a connu des époques de lumière. Notamment sous l’Egypte antique. En ces périodes-là, l’Afrique fut la boussole du monde.
Aujourd’hui, c’est une tautologie de l’affirmer, l’Afrique va mal. Et ce malaise suscite des débats tranchés entre anthropologues de tout acabit, Afro-pessimistes et ceux qui croient encore en la capacité du véritable vieux continent, berceau de l’humanité, à renaître de ses cendres funestes héritées d’une histoire qui à notre sens n’est pas vraiment la sienne. De ce point de vue, ces passions ne devraient pas se poser. Car il est une vérité universelle qui trouve tout son sens dans la substance même de la dialectique hégélienne. Une Vérité magistralement exploitée par Karl Marx et qui ne laisse nulle place à la fatalité: La dialectique.
Loin de nous l’idée de faire de l’esprit, mais le principe même de la vie et partant de la dynamique de toute société humaine rend ce débat forclos.
En revanche, ce qui nous paraît fondamental se résume en un vrai diagnostic du mal être africain sans lequel tout débat sur l’avenir de notre continent se retrouve faussé à la base. L’Afrique telle qu’il nous l’a été démontré par Cheick Anta Diop et, avant lui, des savants arabes, grecs et romains a été l’épicentre de la civilisation humaine notamment sous l’Egypte pharaonique. Un continent où les peuples du monde venaient s’abreuver à la source du savoir. Elle a aussi connu de brillantes autres civilisations entre le VIII et le XVIè siècle. Les témoignages sont édifiants en la matière.
Celui de l’archéologue Mauny ne dit pas autre chose. Parlant de la ville de Koumi-Saleh, capitale de l'empire du Ghana (XIIIème siècle), il écrit ceci :
« Le centre de la ville est articulé autour d'une grande place d'où partent plusieurs rues ; dallages sur le sol, plaques sur le sol, plaques épigraphes, peintures en inscription sur les murs, escaliers de pierres [...]. Tout ceci nous permet de nous faire une idée de ce que fut une civilisation qui fleurit en ces lieux ».
Une description qui rompt d'avec les clichés caricaturaux dépréciatifs d'anthropomorphistes occidentaux tel le comte arthur de Gobineau, soutenu dans ses errements par des africains eux-mêmes dont le journaliste ivoirien Venance konan,auteur de ''Les prisonniers de la haine''.

A l’image de l’empire du Ghana, l’empire du mali – dont Tombouctou et Djéné, fondées entre les IXè et Xèmes siècles, étaient au XVIème siècle de grands centres d'échanges commerciaux- , l’empire Songhaï, le royaume du Congo, le royaume d’Ethiopie et bien d’autres encore ont connu de brillantes civilisations. Oeuvre des africains eux-mêmes.
L’Afrique influençait, tout en écrivant sa propre histoire, l’histoire de l’Humanité. Cependant, au cours de son évolution, deux faits marquants connus de tous, affectent grandement son histoire et signent par la même occasion sa descente en enfer. De ces deux moments - l’esclavage et la colonisation-, il nous semble crucial de nous attarder sur le deuxième pan qui, à nos yeux, apparaît comme le coup de grâce porté à l’histoire de notre continent.
Il convient, en tant qu’africains, de ne pas se voiler la face. L’Afrique s’est faite complice de l’esclavage. Ce que reconnaît explicitement l’écrivain journaliste ivoiro-antillais Serges Bilé, auteur de ’’noirs dans les camps nazi’’, dans son nouveau livre "Quand les Noirs avaient des esclaves blancs". Même si son intention, à travers ce livre, est d’ôter tout complexe d’infériorité aux Noirs vis-à-vis des occidentaux quant à leur passé d’esclaves ou de descendants d’esclaves.
On se faisait des guerres pour avoir le maximum de ‘’marchandises’’. Ce commerce de la honte a grandement contribué au rayonnement de certains empires comme ceux du Ghana, du mali et l’empire Songhaï pour ne citer que ces exemples.
La multiplication des conflits entre peuples, tribus, royaumes et empires africains, motivée par le juteux commerce des esclaves porté à l'échelle industrielle avec l'arrivée des européens, a eu pour effets l’affaiblissement de notre continent et de nous mettre à la merci d’une Europe hégémonique ainsi que des peuples arabes venus d’Asie.

Si en participant au pillage de ses ressources humaines et de ses propres richesses naturelles, en échange de babioles et autres pacotilles, les africains ont écrit avec l’apport de l’Europe une page sombre de leur histoire ; peut-on en dire de même au sujet de la colonisation ?

La colonisation, elle, revêt un tout autre sens. Car elle marque la fin de l’histoire de l’Afrique.
Contrairement à l’esclavage dont l’occident a contribué au développement, la colonisation consacre le moment où l’histoire de l’Afrique s’est arrêtée par la ruse et la force pour faire place à l’histoire de l’Europe à travers l’Afrique et les Africains. A compter de cette période jusqu’à ce jour, la dynamique de notre continent est rythmée par l’occident au gré de ses exigences. Il définit ses orientations selon les besoins de son histoire et impose à l’Afrique la cadence qu’elle lui exige. Si bien que les africains s’interrogent sur leur devenir, leur histoire présente et future. Une angoisse à laquelle l’ex ministre malienne et écrivain engagé Aminata Traoré donne tout son sens dans le résumé de son livre, ‘’L’Afrique humiliée’’:« Nous, peuples d’Afrique, autrefois colonisés et à présent recolonisés à la faveur du capitalisme mondialisé, ne cessons de nous demander : que sommes-nous devenus ? ».
Cette question identitaire démontre, si besoin l'est encore, l'absence d'une histoire propre aux peuples africains depuis la période de la colonisation.
De la colonisation à aujourd’hui, ce sont les occidentaux qui font une partie de leur histoire, en Afrique. Et les africains n’en sont que les instruments. Or tout instrument ou outil n’a pas d’histoire propre. Il n’a d' "histoire’’ que l’usage que le maître en fait.
C’est pourquoi, il ne nous semble pas opportun d’affirmer comme René Dumont-en mettant en avant les travers de nos sociétés et les fléaux qui minent le continent depuis la colonisation jusqu’à nos jours- que ''l’Afrique (noire) est mal partie''. Car depuis la période coloniale, elle s’est arrêtée. Et elle n’est pas encore (re) partie. On ne peut donc juger de la valeur de son départ. C’est une autre Afrique, l’instrument de l’Occident, qui est en marche.
L’histoire de l’Afrique, celle des africains, ne redémarrera que lorsque l’Afrique imprimera sa raison à son évolution, autrement dit, quand elle redeviendra l’actrice principale de son destin et se l’appropriera. Car un esclave, un colonisé (mental ou physique) n’est rien d’autre qu’un instrument et, en tant que tel, n’a pas d’histoire.
Aminata Traoré, à ce sujet, traduit bien une des voies à suivre pour redémarrer notre histoire : ‘’Le défi auquel nous faisons face aujourd’hui, c’est d’imaginer des perspectives d’avenir centrées sur les êtres humains. Une réappropriation de nos destins qui fait appel à nos langues, à nos repères, à des valeurs de société et de culture qui nous sont familières ».


Carell BOHUI-BACLAUD

Consultant en communication
et en stratégie politique et sociale
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Ouaga, le 09 Août 2008.

13:55 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : afrique, pas d'histoire, égypte antique | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

vendredi, 07 novembre 2008

CRISE FINANCIERE MONDIALE: QUEL ENSEIGNEMENT POUR LES PAYS AFRICAINS DE LA ZONE FRANC?

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Depuis février 2007, une crise qui a débuté aux Etats-Unis, à Wall street, s’est amplifiée pour prendre des proportions insoupçonnées ces derniers mois. Comme tous les événements hors du commun, les commentaires fusent de partout. Les uns parlent de « séisme financier » tandis que d’autres parlent de « tsunami financier », jamais expérimenté par l’économie mondiale. Ces termes parfois puissants semblent pourtant refléter la réalité actuelle des économies au regard de l’énormité du désastre. Jamais une crise n’a aussi fait l’unanimité quant à la thérapie à adopter : pays socialistes et libéraux ont compris la nécessité de réguler les marchés par l’Etat, "la main invisible" d’Adam Smith étant vraiment invisible.

Dans ce flot de commentaires, l’Afrique n’est pas en marge, elle aussi a eu droit à des analyses économiques de la crise financières. Pour la Secrétaire générale adjointe de l'Onu, Asha-Rose Migiro, au cours d'une réunion ONU-Union Africaine (UA) à Addis Abeba, la crise financière globale risque d'aggraver le sous-développement et la crise alimentaire, en Afrique. Cette observation de l’organisation onusienne coïncide avec l’analyse de la plupart des spécialistes sur les conséquences de cette crise en Afrique. Le présent article se propose de revisiter cette crise dans sa globalité, c’est-à-dire ses origines, les leçons tirées, mais surtout, nous voulons insister sur l’impératif pour l’Afrique et, en particulier, les pays africains de la zone franc, de saisir l’importance de la dimension monétaire dans le développement.


Origine de la crise

Comme introduit plus haut, la crise des subprimes a débuté à Wall street, au Etats-Unis. Les banques les plus prestigieuses et les plus arrogantes aussi, ont commis des fautes graves. Si la crise a éclaté en 2007, elle trouve son fondement dans la mini-récession traversée par les Etats-Unis en 2001 et dans la folie des innovations financières ces deux décennies passées.

En premier lieu, disons qu’après les attentats du 11-Septembre 2001, le gouvernement américain avait alors pour priorité la relance de l’économie. Pour maintenir la confiance et surtout accroitre les liquidités pour soutenir l’économie, la Fed a baissé son taux directeur, de 6,5% jusqu’à ce qu’il atteigne 1% en 2003 niveau le plus bas depuis 1958. La réserve fédérale (FED) a commencé à le remonter, progressivement, qu’à partir de 2004. L’intention était de procéder à une forte injection de liquidités pour éviter tout risque de récession en dopant la croissance. Cette abondante liquidité, du fait de la baisse des taux d’intérêt à long terme, accompagnée d’une sous évaluation des risques liés à la volatilité des prix des actifs, et des règles comptables inadaptées, ont fini par accroitre les mauvais crédits. On voit bien que c’est donc le laxisme monétaire qui a régné aux Etats-Unis ces dernières années qui est mis en cause.

En deuxième lieu, nous pouvons citer la dérégulation accélérée et sauvage de la sphère financière au cours des deux dernières décennies. L'expression d'innovation financière a désigné cette nouvelle donne : l'incorporation de nouvelles technologies dans le secteur bancaire et financier (exemple d'Internet), l'introduction de nouveaux instruments de placement ou de financement, l'apparition de nouveaux marchés de capitaux. Selon les cas, elle correspond à des changements à la marge ou, au contraire, à de vrais bouleversements (comme l'essor, à partir des années 1970 aux États-Unis et plus tard ailleurs, des marchés d'instruments dérivés - contrats à terme ferme, swaps, options, etc. Le marché des produits dérivés représente aujourd’hui environ 55000 milliards de dollars. Ce système de goinfrerie débridée a donc provoqué des dégâts incalculables.

La dérégulation et le laxisme américain en matière monétaire après le 11 septembre 2001 ont favorisé le boom de crédits malsains. Entre 2000 et 2007, la dette des ménages américains est passée de 85% du PIB à 116%, soit un endettement supplémentaire de 5000 milliards de dollars d’euros. Les ménages ne pouvant plus rembourser leurs prêts hypothécaires et les banques ne pouvant se refaire sur le prix des maisons en chute libre, les prêteurs, disséminés dans le monde entier avec le mécanisme de la titrisation, se retrouvent avec des créances pourries, ce qui va occasionner pour eux des pertes substantielles.
Il faut également citer les fonds spéculatifs (hedge funds) qui ont très largement contribué à la formation du grand casino mondial de la finance. Avec la succession d’événements parfois interdépendants, la crise est devenue finalement manifeste.


La manifestation de la crise

Le Trésor américain a décidé le dimanche 7 septembre, de mettre sous tutelle gouvernementale les organismes de refinancement hypothécaire Freddie Mac et Fannie Mae, afin de restructurer leurs finances particulièrement touchées par la crise financière. Washington a signé un chèque de 200 milliards de dollars pour assurer la survie de ces deux entreprises. Le tournant dans cette crise a été la chute de Lehman Brothers qui a fait faillite le 15 septembre 2008. En ne sauvant pas cette grosse entreprise, l’Etat américain voulait donner à tort un signal aux banques trop laxistes. L’Etat a apporté par contre une aide de 85 milliards de dollars à l’assureur AIG (ex numéro un des assurances au niveau mondial) pour éviter une crise financière planétaire car AIG compte 74 millions de clients dans le monde, employant 116.000 personnes dans 130 pays. Mais en contrepartie, l’ensemble des actifs d’AIG, évalués à 1.050 milliards de dollars en juin 2008, seront apportés comme garantie à la banque centrale, le prêt ayant été calqué sur celui consenti pour sauver le constructeur automobile Chrysler dans les années 80. Mais voici que le 29 septembre 2008, toutes les bourses mondiales s’effondrement, elles ont perdu la boussole. Pour sauver le système financier, le plan Paulson a donné le ton avec 700 milliards de dollars déboursés pour venir au secours des banques en détresse.
En Europe, au total, entre le 15 et le 30 septembre, la BCE a sorti 914 milliards d’euros de ses caisses, à la demande de la FED, pour lubrifier les marchés. Les mesures prises ont eu pour objectif de s’attaquer à la fois aux problèmes de liquidités et de solvabilité des banques. Les gouvernements européens, ont de leur côté relevé le gant avec l’injection de 1500 milliards d’euros (360 milliards pour la France, 480 milliards d’euros pour l’Allemagne, 380 milliards d’euros pour la GB, etc). Aujourd’hui la crise est manifeste avec à sa clé la raréfaction du crédit, qui a son tour crée le chômage. Dans ce tourbillon monétaire et financier, on aura vu tous les acteurs reconnaître la nécessité du retour de l’Etat comme garant de la stabilité de l’économie.


La nouveauté dans la gestion de la crise : le retour de l’Etat

Il y a eu des crises dans l’histoire. On peut citer entre autres, la panique bancaire de 1907, le krach de 1929 (le jeudi 24 octobre), la crise pétrolière de 1973, le lundi noir de 1987 où le dow jones a perdu 22,6%, la crise asiatique débutée le 2 juillet 1997 qui dura jusqu’en 1998 et la crise actuelle. Mais ce qui est frappant dans cette dernière, c’est le grand retour de l’Etat dans la gestion du marché. Par exemple, la Grande Bretagne, par le biais de son premier ministre, Gordon Brown, a annoncé dimanche 17 février la nationalisation de la Northern Bank, un établissement de Newcastle qui a subi de plein fouet la crise des subprimes. C'est la première fois depuis les années 1970 qu'une société est officiellement nationalisée au Royaume-Uni. Début octobre 2008, le gouvernement britannique annonçait un plan de soutien aux huit plus grandes banques du pays. A Londres, les huit banques concernées par ce plan de sauvetage sont Abbey, qui appartient à l'Espagnol Santander, Barclays, HBOS, qui est en train d'être rachetée par Lloyds TSB, HSBC, Lloyds TSB, Nationwide Building Society, la plus grosse banque non cotée du pays, Royal Bank of Scotland et Standard Chartered. Toutes ont confirmé leur participation au plan de recapitalisation. La participation de l’Etat s'élevait jusqu'à 50 milliards de livres (65 milliards d'euros), ce qui revient à une nationalisation partielle. Le Trésor devait débloquer 200 milliards de livres pour leur assurer une liquidité suffisante à court terme.
Face donc à ce véritable «tsunami» qui menace la finance internationale, les sommes en jeu sont colossales et les mesures prises sont à la mesure de l'enjeu: elles ne tiennent plus compte des préjugés politiques et idéologiques. Ainsi, les gouvernements prennent des mesures contraires à leurs choix politiques. Des exécutifs de droite sont amenés à nationaliser des banques pour éviter la banqueroute, alors que des équipes de gauche soutiennent des banques privées, pour ne pas sombrer avec leur économie.
Il fallait le faire car le virus s’est propagé à l’économie réelle avec le chômage comme premier symptôme. En effet, le chômage est la conséquence directe car lorsque les perspectives ne sont pas bonnes, une entreprise qui doit diminuer sa production préfère d’abord faire l’ajustement avec les emplois.
Au delà du chiffon rouge des normes comptables que certains dirigeants politiques agitent, puisqu’en période de fièvre, le meilleur moyen de la nier est encore de casser le thermomètre qui la mesure, c’est le système même qui a pris l’eau et le monde entier l’a compris. C’est pourquoi les nationalisations des banques sont devenues la mode en Europe et aux Etats-Unis.
Aujourd’hui, en France, en Allemagne, en Grande Bretagne, aux Etats-Unis et même dans le monde entier, le retour de l’Etat est manifeste et son action justifiée. On peut pourtant se poser la question de savoir si les pays africains, surtout ceux de la zone franc africaine ont saisi le clignotant que l’histoire leur donne. C’est de cela que nous allons parler à présent.


L’Afrique et la crise financière mondiale

Nous avons dit plus haut que le sujet était complexe et les commendataires fusaient de partout, chacun avec sa grille de lecture. L’actualité nous apprend que le crédit est devenu rare et tout le monde est à sa recherche, comme Orphée à la recherche de son Eurydice. Il fut un temps où New York était la capitale financière mondiale, où le dollar était la monnaie universelle, où la signature de l’Etat américain était la plus sûre au monde. Ce temps est aujourd’hui révolu avec cette crise. La main tendue des grandes banques américaines aura fait l’effet d’un coup de revolver dans la maison des libéraux. Ceux qui brandissaient la main invisible comme infaillible n’y voient que du feu. Tout cela est vrai mais que l’Afrique sache qu’elle n’est pas concernée par ce vent violent. Cette crise est l’affaire de ceux qui ont compris l’importance de la monnaie dans la marche de l’économie et qui en ont abusé. Au lieu que l’argent soit utilisée pour soutenir le capitalisme d’entrepreneur, il a été utilisé, comme au casino, à faire des paris, de la pure spéculation. Comment les économies qui n’ont rien compris de l’importance de la dimension monétaire dans le développement puissent être affectées drastiquement par cette crise ? Quelqu’un qui est en jeûne peut-il avoir une overdose de nourriture ? Cela relèverait de la pure magie ! Étant donné l’extraversion très forte des économies africaines, la crise financière pourrait avoir des conséquences sur les économies africaines, parce que la conjoncture économique devient morose en occident. Le président Wade a raison de dire sur RFI, que « cette crise sera limitée pour l’Afrique. Même si chez moi, il y a des banques qui vont s’effondrer ». Les pays africains de la zone franc peuvent se tranquilliser, car leur secteur bancaire est quasiment exempt de tout risque systémique du fait d’une régulation excessive et conservatrice. A cela, il convient d’ajouter la surliquidité bancaire au sein de l’UEMOA et de CEMAC depuis 1997. À titre d’exemple, pour la zone UEMOA, fin 1999, les réserves constituées excédaient les réserves requises de 293 milliards de FCFA contre 298 milliards en 1998. En juin 1999, ces réserves atteignaient 434 milliards soit 7 fois le montant des réserves obligatoires. En 2003, l’excédent s’élevait à 418 milliards pour se situer en 2006 à 205 milliards de FCFA. Dans ces conditions comment l’argent qui « dort » peut-il perturber une économie ? En tout cas, pour ceux qui veulent se donner de l’importance en croyant que l’Afrique connaitra la situation des autres pays du monde, il est temps de ne pas déraisonner. Une preuve comme si ce que nous venons de dire ne suffisait pas, les dirigeants de 20 pays ont été invités à participer à un sommet économique qui se tiendra à Washington le 15 novembre prochain afin de discuter de l'actuelle crise financière, de ses causes et des moyens d'y mettre fin par des règlements plus efficaces et des réformes, on remarquera qu’aucun pays de la zone franc ne fait partie.

Rappelons que les membres du G20 sont les ministres des finances et les directeurs des banques centrales des 19 pays suivants, dont les pays membres du groupe des huit (G8) (Allemagne, Canada, États-Unis d'Amérique, France, Italie, Japon, Royaume-Uni, Russie) et les grandes économies émergentes (Afrique du Sud, Arabie saoudite, Argentine, Australie, Brésil, Chine, Corée du Sud, Inde, Indonésie, Mexique, Turquie).

Il est temps que les pays de la zone franc comprennent que les mécanismes du franc CFA jouent contre la performance de leurs économies, que les banques qui y sont, n’ont pas vocation à financer le développement mais le transfert de nos matières premières, que la surévaluation de cette monnaie esclave ne nous a pas permis de faire partir une fusée sur la lune comme l’ont fait les chinois et les indiens.

La crise aura donné une seule leçon capitale: le capitalisme est l’hydre de Lerne. Il dispose de multiples formes et la crise en est l’occasion pour se métamorphoser. Mais les pays de zone franc ont-ils appris quelque chose de cette crise ? ont-ils compris que le destin de l’homme se joue sur la monnaie ?

Dieu aide les pays africains de la zone franc à comprendre l’importance de la monnaie dans le développement économique.

Prao YAO séraphin

Economiste, chercheur au CREPEM de Grenoble
Spécialiste du franc CFA, Président du MLAN.





13:42 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : crise financière mondiale, franc cfa, tsunami financier, yao prao séraphin, mlan | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

jeudi, 06 novembre 2008

ENLEVEMENTS, DISPARITIONS ET CRIMES RITUELS EN AFRIQUE NOIR: CAS DU GABON

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Gabon : 13 crimes rituels recensés en un mois (depuis septembre 2008).

Treize crimes rituels ont été enregistrés au Gabon depuis le mois de septembre, ont affirmé des représentants de la société civile, le samedi 29 Octobre 2008, à Libreville, dénonçant une augmentation de ces pratiques et une "banalisation" du phénomène par les autorités.

"A Libreville, nous avons totalisé cinq cas, et à l'intérieur du pays, (...) huit cas depuis le mois de septembre", a déclaré lors d'une conférence de presse Jean-Elvis Ebang Ondo, président de l'Association de lutte contre les crimes rituels (ALCR).



Ce chiffre pourrait cependant être en deçà de la réalité, l'ALCR ne disposant pas "d'antennes" dans tout le pays, a estimé M. Ebang Ondo, dont le fils de 12 ans a été enlevé, tué et mutilé en mars 2005.

Le bilan a été établi sur la base d'informations recueillies par des membres de l'ALCR, a-t-il précisé, regrettant une "banalisation" du phénomène par les autorités.

Selon des organisations non-gouvernementales (ONG), les crimes rituels sont pratiqués par des réseaux secrets, pour prélever du sang et certaines parties du corps des victimes (yeux, sourcils, oreilles, sexe, langue, lèvres, bouts de peau), censés offrir jeunesse, santé, richesse, réussite ou pouvoir.

Les autorités gabonaises reconnaissent l'existence de crimes rituels mais estiment que leur nombre est bien moindre que celui avancé par les ONG. Interrogé sur le sujet par l'AFP en mars, le ministre de l'Intérieur André Mba Obame avait déclaré: "Ces crimes alimentent la rumeur. Mais les gens ont tendance à considérer chaque cadavre retrouvé, chaque corps un peu abîmé par la mer ou autre chose, comme un crime rituel".

Marc Ona Essangui, de l'ONG Brainforest, a fustigé l'inertie de la justice face à ces crimes, ce "qui pousse les auteurs de ces actes à (les) perpétuer".

A cause de cette impunité, "nous nous retrouvons dans une insécurité juridique", a-t-il accusé.

"Les crimes rituels ont longtemps été dénoncés" au Gabon, mais "jamais élucidés", a souligné Georges Mpaga, président du Réseau des organisations libres de la société civile pour la bonne gouvernance au Gabon (ROLBG), suggérant notamment la création de "brigades d'éveil et de dénonciation".

"Le travail que nous menons nécessite beaucoup de prudence, parce que nous avons en face de nous un système bien organisé, qui nous tend des pièges tout le temps", a encore affirmé M. Ebang Ondo de l'ALCR.

Récemment, le quotidien national L'Union a rapporté qu'une quinquagénaire a été tuée et "dépecée" dans un village du nord-ouest du Gabon. Les restes de son corps, auquel manquaient "certaines parties", ont été retrouvés le 13 octobre.

Source: AFP

13:54 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : crimes rituels, disparitions, enlèvements | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

lundi, 20 octobre 2008

CELESTIN MONGA: LA ZONE FRANC CONSTITUE UN ANACHRONISME ECONOMIQUE ET MONETAIRE

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Octobre 17, 2008

Certains Etats abusent de la malchance au point de banaliser la notion de crise économique. C’est certainement le cas des quatorze pays africains qui, avec les Comores et la France, constituent depuis 1939 une étrange union monétaire connue sous le nom de Zone franc. Relique d’un passé colonial qui semble n’avoir jamais eu de fin, cette union reflète à la fois le mimétisme intellectuel des élites africaines qui ne se sont jamais libérées de la mémoire de l’oppression, et l’égoïsme cupide des membres des réseaux de la Françafrique qui continuent de dominer la classe politique et l’administration de la coopération à Paris.

Alors que les anciens pays africains du Maghreb (Maroc, Algérie, Tunisie) qui étaient eux aussi membres de la zone franc pendant la période coloniale s’étaient réappropriés leur souveraineté monétaire avec l’indépendance, les pays d’Afrique sub-saharienne avaient reconduit la logique du pacte colonial, signant avec la France des accords de coopération qui les plaçaient sous la tutelle monétaire de Paris—ceci au nom d’une “intégration africaine” qui ne s’est jamais matérialisée. Près d’un demi-siècle après les indépendances que le Général de Gaulle leur avait généreusement attribuées, ces pays aux économies fort différentes les unes des autres et ne commerçant pratiquement pas entre eux, continuent d’utiliser la même monnaie qu’à l’époque coloniale (le franc CFA). Celle-ci est liée à un taux de change fixe avec l’Euro et gérée en réalité par une poignée de fonctionnaires de la Banque centrale européenne à Francfort, sans aucun souci ni considération pour la réalité et les besoins réels de ces pays, qui sont aussi parmi les plus pauvres de la planète.

Au moment où l’économie mondiale montre des signes d’essoufflement, que la crise des systèmes financiers et des bourses internationales menace de provoquer une baisse de la croissance dans les pays en développement, il est difficile de comprendre que l’Afrique noire francophone, qui ne peut compter que sur ses exportations pour se développer, continue de s’accommoder d’arrangements monétaires qui la privent de toute marge de manœuvre en matière de compétitivité externe et de politique économique. Les choses sont d’autant plus graves que les importations de ces pays africains sont souvent libellées en euro, alors que leurs exportations leurs sont réglées en dollar. La montée de l’euro par rapport au dollar provoque non seulement une surévaluation du franc CFA (c’est-à-dire une perte de compétitivité de ses produits sur les marchés internationaux), mais aussi une perte de ses recettes d’exportations et revenus fiscaux. La situation actuelle rappelle la situation vécue à la fin des années 1980 lorsque la détérioration des termes de l’échange et la surévaluation du franc FCFA avaient entraîné un appauvrissement des Etats, la baisse des investissements, l’accroissement du chômage, la fuite des capitaux, et une spectaculaire dévaluation dont les conséquences sociales restent incrustées dans l’imaginaire collectif.

Un anachronisme

La zone franc constitue assurément un anachronisme économique et monétaire. Ses partisans justifient son existence en invoquant une série d’arguments politiques et économiques. D’abord, ils affirment qu’elle sert de socle à une future union politique africaine. Si c’était le cas, cette union imposée de facto depuis bientôt soixante-dix ans aurait déjà donné quelques résultats tangibles. Or les mauvais traitements réservés par des africains à d’autres communautés africaines sur leur territoire (exemple des Camerounais au Gabon et en Guinée équatoriale) prouvent bien que le rêve d’unité africaine entre des populations affamées demeure un lointain mirage, ceci malgré les slogans sur la liberté de circulation des personnes et des biens.

La zone franc est présentée ensuite comme une sympathique copie de l’Union européenne, une espèce de voie obligée dans un monde où les Etats-nations disparaissent au profit de grands ensembles. Ceux qui soutiennent cette thèse oublient que la logique des grands regroupements est dictée en priorité par des considérations économiques, et non idéologiques : c’est à force de commercer entre eux que les pays européens ont créé un grand marché communautaire, et justifié ainsi l’abandon de leurs monnaies nationales pour l’adoption d’une monnaie unique. Les échanges intra-européens représentaient environ 60 % du commerce extérieur français ou allemand lorsque l’euro a été adopté.

En Afrique francophone, soixante-dix ans après l’adoption d’une monnaie unique, ils continuent de représenter moins de 5 %.

Des dirigeants africains incapables de gérer une monnaie ?


De plus, un pays qui choisit d’abandonner sa souveraineté monétaire pour faire partie d’une union doit bénéficier en contrepartie de la flexibilité de l’emploi, qui est alors le meilleur moyen de s’adapter aux chocs extérieurs - ses agents économiques peuvent alors se déplacer librement pour aller saisir des opportunités ailleurs dans la zone monétaire. C’est cette flexibilité du marché du travail qui permet à des plombiers polonais de quitter Varsovie pour s’établir à Hambourg ou Paris, s’ils y trouvent plus d’opportunités professionnelles. Un plombier Sénégalais qui voudrait s’installer à Libreville n’a aucune chance de se voir délivrer un visa. S’il s’y aventure clandestinement, il y sera en permanence guetté par la violente méchanceté et la jalousie des travailleurs gabonais aigris et au chômage qui, dans cet Etat de non-droit, ne s’embarrasseront pas de fioritures pour incendier ses biens, voire attenter à sa vie !

Autre argument souvent invoqué pour justifier l’existence de la Zone franc : les dirigeants africains sont trop irresponsables pour qu’on leur confie la gestion d’une monnaie. Ils seraient tous tentés de faire fonctionner la planche à billets comme Mobutu Sese Seko et Robert Mugabe l’ont fait au Zaïre et au Zimbabwe. D’ailleurs, affirme-t-on, la zone franc a permis aux pays d’Afrique noire francophone de maîtriser l’inflation et de maintenir la convertibilité de leur monnaie. Vrai. Mais selon la même logique, ces pays n’auraient jamais dû accepter l’indépendance politique, puisque de nombreux leaders africains se sont montrés bien pires que les colons d’hier. De plus, les cas extrêmes de l’ex-Zaïre et du Zimbabwe (qui n’ont jamais été membres de la zone franc) ne doivent pas dissimuler les très nombreux exemples de grands succès d’anciens membres du club qui ont bien géré leurs monnaies et en ont même fait l’instrument principal de leur industrialisation et de leur développement (Maroc, Tunisie, Vietnam).

La zone franc, un marché captif pour quelques hommes d’affaires français

Quant au mythe de la convertibilité du franc CFA, il suffit d’essayer d’effectuer un virement bancaire de Brazzaville à Bangui ou de Bamako à Ndjamena pour mesurer la pauvreté de ce slogan: les tracasseries administratives, l’ampleur des formalités et documents à fournir, la lourdeur des procédures, le coût des transactions, le nombre d’intermédiaires qui doivent chacun être rémunérés, le volume des taxes et commissions et les délais de l’opération sont tels que cette convertibilité ressemble à un leurre.

Elle est d’ailleurs “garantie” par la Banque de France, qui exige en contrepartie à tous les pays de la zone franc d’ouvrir un Compte d’Opérations ouvert au Trésor français, et d’y déposer au moins 65 % de leurs recettes d’exportations. Tiens donc !

En vérité, les avantages tant vantés de la zone franc consistent surtout à offrir un marché captif à quelques hommes d’affaires français installés en Afrique, et à faciliter les transactions de ces élites africaines corrompues qui se rendent régulièrement à Paris pour y approvisionner leurs comptes bancaires, s’offrir des costumes Pierre Cardin ou y faire leurs courses de ménages sans avoir à se soucier du taux de change. Quant aux vrais entrepreneurs français et africains qui désirent s’établir durablement sur le continent et y développer des industries dignes de ce nom, ils se préoccupent plutôt de la détérioration de la compétitivité de ces économies, qui est un problème structurel lorsque la monnaie d’économies aussi faibles est liée, par un taux de change fixe, à une monnaie aussi forte que l’euro. Ce qui intéresse ces vrais créateurs d’emplois, ce n’est pas tant le niveau modéré de l’inflation dont parlent tant les défenseurs de la zone franc, mais les opportunités d’affaires. Malheureusement, il semble bien que la politique monétaire suivie par les pays d’Afrique noire francophone relève actuellement du masochisme. Quel dommage, quand on sait qu’ils pourraient tirer des enseignements précieux des expériences remarquables d’anciens membres de la zone franc comme la Tunisie ou le Vietnam.

Célestin MONGA

[Les pays de la zone franc : Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Congo, Côte d’Ivoire, Gabon, Guinée Bissau, Guinée équatoriale, Mali, Niger, République centrafricaine, Sénégal, Tchad et Togo.

Cet article est repris de l’étude intitulée “1 FCFA = 0,00154 euro ? Macroéconomie du masochisme”, paru dans l’ouvrage L’avenir de la zone franc : perspectives africaines, dirigé par Hakim Ben Hammouda et Moustapha Kassé, Paris, Karthala, 2001.

Lu pour vous sur www.20mai.net


01:17 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : franc cfa, célestin monga, zone franc | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

mardi, 14 octobre 2008

LE FRANC CFA N'EST PAS NOTRE MONNAIE

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Même si elle n’évoque pour beaucoup que les pièces ou billets que nous utilisons quotidiennement, la monnaie est plus complexe. Au moment où la scène monétaire et financière de nombreuses économies et celle de l’économie mondiale connaît des profondes et rapides transformations, les pays de la zone franc continue de demeurer dans l’esclavage monétaire. Aujourd’hui, l’Afrique revient au centre des enjeux géostratégiques c’est pourquoi, il est temps de discuter des questions monétaires afin que la monnaie joue tout son rôle dans le développement des pays africains.


LA QUESTION DE LA MONNAIE

Le terme français de monnaie dérive du latin moneta (de monere, avertir). En effet, vers le milieu du 3ème siècle avant Jésus Christ , les romains installent à coté du temple de Junon, sur le capitole, leur premier atelier de pièces métalliques dont certaines à l’effigie de la déesse ( surnommée Moneta, avertisseuse). Nonobstant ce fait, cette période n’est pas celle de l’apparition de la monnaie. Des traces de monnaie ont été retrouvées 1700 ans avant Jésus Christ dans le code d’Hammurabi. La tête de bétail (pecunia, de pecus, troupeau), barre de sel, épi d’orge ou de maïs, des anneaux, fer de lance ont servi à l’échange dans les sociétés primitives. Contrairement à toute autre invention, on ne peut pas dater la naissance de la monnaie et considérer sa diffusion comme un processus continu et progressif. L’origine de la monnaie montre qu’elle est étroitement liée à des réalités sociales, politiques, spirituelles etc..


LA MONNAIE AU-DELA DE CE QU’ON SAIT

En prenant pour point de départ l’existence d’un système de paiement, le véritable économiste reconnaîtra que l’économie de marché est enserrée dans du « social ». La monnaie est comme une porte qui sépare les domaines économique et non économique.

Ø Monnaie et souveraineté

La souveraineté est le principe d’autorité suprême. La monnaie renvoie au prince et généralement à l’organisation politique de la société. La monnaie de ce fait est inséparable d’un ordre ou d’un pouvoir. A tout système monétaire est assignée une limite, qui est celle de l’acceptation des moyens de paiement. Ainsi l’aire d’extension du système de paiement se confond avec celle de la souveraineté de l’institution émettrice de la monnaie légale. Robert Joseph Pothier, un des inspirateur du code civil français écrivait, à propos de la monnaie métallique « ces pièces n’appartenant aux particuliers que comme signe de la valeur que le prince a voulu qu’elle représentassent, dès lors qu’il plaît au prince que ce ne soient plus ces pièces mais d’autres qui soient les signes représentatifs de la valeur des choses, les particuliers n’ont plus le droit de retenir ces pièces ». En fait, la monnaie a un lien avec l’Etat, elle n’est pas tout l’Etat et l’Etat n’est pas toute la monnaie. Pourquoi n’existe-t-il pas une monnaie internationale ? C’est certainement parce qu’une partie du politique est devenue de plus en plus monétaire. Stricto sensu, il n’y a pas d’unité de compte internationale ni, a fortiori, de moyen de paiement libellé en cette unité. Tous les paiements internationaux se font en tenant compte des taux de change entre les divers moyens de paiement. L’absence de monnaie internationale est la confirmation de la liaison intime entre monnaie et souveraineté. Ainsi donc, l’institution monétaire serait la transformation d’un principe social.

Ø La nature sociale de la monnaie

Les économistes qui s’affranchissent des dogmes de la théorie dominante, s’aperçoivent du lien social révélé par la monnaie. En la matière, les travaux de Michel Aglietta et André orléan fournissent une explication on ne peut plus claire. S’inspirant des recherches de certains anthropologues tel René Girard, ces auteurs affirment que la monnaie est le produit de l’articulation de trois formes de violence, toutes liées au désir mimétique : chacun ne désire un objet que parce que autrui le désire. Le désir mimétique s’exprimant dans une « violence essentielle » liée au désir de capture considérée comme le rapport social le plus général. Cette dernière (violence essentielle) débouche sur du social organisé que si elle se généralise en une concurrence universelle, « la violence réciproque ». Le stade final et social est celui de la « violence fondatrice » où une institution régulatrice, la monnaie est engendrée par l’exclusion d’un des acteurs de la violence réciproque. L’origine de la monnaie peut se situer de même dans le sacré et dans les rites sacrificiels. Brièvement, on peut reconnaître stricto sensu la monnaie comme le sacrifice. De même que ce dernier éteint une dette vis-à-vis des dieux et retranche les morts du monde social, la monnaie est le seul moyen de mettre fin à une dette. L’élément supra-individuel qui lui est attaché aurait un fondement religieux. Si le pouvoir procède du sacré, alors on est conduit à confondre monnaie, souveraineté et sacré.

Ø La monnaie comme modèle général du social

Quelles sont les propriétés générales que la monnaie confère aux relations sociales ? Pour le professeur Cartelier, trois éléments constitutifs de la monnaie (pensée comme système de paiement) dessinent un modèle général quantitatif dans lequel les individus ne sont pas logiquement antérieurs au social ; l’existence d’un langage commun et d’un accès aux moyens d’expression est la condition d’apparition des individus. Le social n’est pas non plus antérieur aux individus car le règlement des soldes est l’opération par laquelle se forment les richesses des individus. Enfin, la société et les individus se constituent simultanément par un ensemble de relations « horizontales » (paiement réciproques) et de relations « verticales « (soumission au principe collectif supérieur qui est l’annulation des soldes). Georg Simmel fait de l’argent non seulement l’expression de la liberté individuelle, mais également la forme adéquate de l’extension des groupes sociaux qui lui est corrélative


LA ZONE FRANC CFA EST CONTRE LES PAYS MEMBRES

Par la volonté d’un seul pays, la France, depuis officiellement 1948, quinze (15) pays utilisent le franc CFA comme monnaie. Hier, un économiste comme C Pouemi en a fait son combat. Aujourd’hui encore, à la suite du professeur Mamadou Coulibaly de la Côte d’Ivoire, des voix se font entendre pour un véritable débat sur la question du franc CFA, cette monnaie esclave. Des mécanismes au fonctionnement de la zone franc, rien ne permet à la monnaie de jouer son rôle dans le développement des pays membres. Le mythe de la convertibilité illimitée n’est que mensonge et arnaque. Encore plus le fameux « compte d’opérations », terme inconnu des milieux académiques mais bréviaire des milieux financiers de la zone franc. Comment peut-on remettre le pouvoir monétaire, un des attributs du pouvoir à son ennemi ? Qu’on le veuille ou pas les pays du Sud et ceux du Nord sont en perpétuelle guerre économique. Les derniers voulant maintenir les premiers dans une situation de dépendance. Au sein du conseil d’administration des trois institutions monétaires (BCEAO, BEAC, BC), la présence des français et la prise des décisions à l’unanimité est une forme de hold-up monétaire de la France. Le franc CFA a été et continue d’être un instrument, le plus puissant d’ailleurs du PACTE COLONIAL. Dès lors, on peut plus parler de banque centrale, car elle ne peut pas jouer pleinement son rôle de prêteur en dernier ressort et garant de la stabilité du système financier si l’occasion se présente. La BCEAO, la BEAC et la BC ne sont que des intermédiaires monétaires entre la Banque centrale européenne et les banques commerciales de la zone, d’ailleurs en majorité des filiales des banques françaises. Lors de la crise des subprimes[1], Les banques centrales sont alors intervenues massivement :La FED, la Banque Centrale Européenne (BCE), la Banque du Japon ont, au total, en un peu plus d’une semaine, mis plus de 400 milliards d’euros de liquidités (sous forme d’euros, de dollars ou de yens) à la disposition des établissements bancaires. La France acceptera t-elle d’intervenir vigoureusement si une situation similaire se présentait dans la zone franc ? bien sûr que non car elle n’a pas intérêt à garantir la stabilité de ce système financier au contraire, elle en profitera pour dévaluer et accentuer le pillage des capitaux. Il est donc temps que le débat sur le franc CFA ne soit pas un tabou. Cette monnaie n’est pas la nôtre mais la cousine de l’euro.

Le président du MLAN

Prao Yao Séraphin

www.mlan.fr

contact@mlan.fr

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[1] La Crise des subprimes, ou crise du subprime, ((en) subprime mortgage meltdown) est une crise financière et boursière mondiale, déclenchée en 2006 par un krach des prêts hypothécaires à risque aux États-Unis (les « subprimes »), révélée au monde en février 2007, puis transformée en crise financière mondiale au cours de l'été 2007.


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lundi, 06 octobre 2008

L'AFRIQUE ET LA CRISE DES MARCHES FINANCIERS

LOTA DABIO TAMINI.jpgL’administration américaine a dévoilé, le vendredi 19 septembre 2008, les premiers éléments d’un vaste plan d’assainissement du secteur financier dont le coût se chiffre à 700 milliards de dollars, provoquant un rebond général des marchés d’actions. Les principales bourses mondiales sont passées d’une déprime profonde à un rebond historique en fin de semaine. Les experts s’accordent à dire que cette crise est la pire depuis le crash boursier de 1929.

Tout est parti du crash retentissant, de Lehmann Brothers, la quatrième banque d’affaires américaine, qui s’est placée sous la loi sur les faillites, et de American international group (AIG), un des principaux assureurs mondiaux, renfloué par la Banque centrale américaine. Lota Dabio Tamini économiste, chercheur en économie de l’environnement et des ressources naturelles et chargé de cours de commerce international à l’Université Laval au Canada explique ici les ressorts de cette crise financière et ses conséquences pour l’Afrique…

Comment expliquer cette crise financière mondiale?

De la crise des «primes de risque»…

La plupart des experts financiers s’entendent sur le fait que la crise actuelle a pour point de départ le marché des «primes de risque» («subprimes »). Ce marché est constitué de prêts hypothécaires (immobiliers), cartes de crédit et autres prêts accordés à une clientèle peu solvable. Ces prêts accordés à des personnes ayant une cote de crédit insuffisante ont participé à la création d’une bulle immobilière qui, elle-même, nourrissait la bulle de crédits.La pérennité de ce système dépendait cependant de deux conditions: des taux d’intérêt bas et relativement stables, et une appréciation régulière de l’immobilier. Ces conditions ont commencé à disparaître en 2004.


Les emprunteurs se retrouvèrent confrontés à une hausse de leurs mensualités alors que la valeur de leur bien diminuait, et les plus fragiles furent incapables de faire face à leurs remboursements. Ainsi, pour les établissements de crédit, la vente des biens saisis ne suffisait plus à couvrir leurs pertes. L’afflux de mises en vente des biens saisis a même aggravé le déséquilibre du marché immobilier, où les prix se sont effondrés. L’insolvabilité des débiteurs et la chute des prix de l’immobilier ont provoqué la chute ou la faillite de plusieurs entreprises de prêts hypothécaires à risque.

… à une crise de l’ensemble des marchés financiers

Les titres associés aux «primes à risque» offrent des rendements élevés dus au paiement par l’emprunteur d’un taux d’intérêt plus élevé. Les investisseurs ont donc exercé une forte demande de ce type de produits. Ces fonds d’investissement appartenant ou ayant été financés par les banques classiques, celles-ci reprennent donc, par ce biais, les risques qu’elles avaient dans un premier temps confiés aux marchés. Par ailleurs, la plupart des banques se refinancent et réduisent leurs risques grâce à la revente des créances à risque groupées avec d’autres valeurs.


L’ensemble du système bancaire s’est donc mis à supporter des risques de crédits dans les fonds que les banques finançaient ou qu’elles géraient. Les incertitudes sur les engagements directs et indirects des établissements financiers en matière de crédit à risque, mais aussi la crainte d’un ralentissement général des activités des banques de financement et d’investissement, très rentables et qui ont été les moteurs de la croissance au cours des années précédentes, ont fini par entraîner une véritable crise de confiance entre banques et un effondrement des marchés financiers.


Dans ce contexte, l’American international group représente une victime «collatérale» de la présente crise. En effet, cette société, classée troisième assureur mondial, a un réseau qui s’étend à plus de 130 pays et des activités touchant les particuliers, les entreprises et les institutions. L’AIG a subi de très fortes pertes liées aux garanties qu’il accordait sur des dérivés de créances immobilières. Les agences de notation (Standard & Poor’s, Moody’s, Fitch) ont été ainsi accusées d’avoir mal évalué le risque de ces produits et, partant, la notation associée à ces produits.


Et la dégringolade des marchés financiers semble avoir été aggravée par les ventes à découvert. En bourse, habituellement, les actions sont achetées en espérant que leur valeur va augmenter. La vente à découvert, c’est exactement l’inverse. Dans une opération de vente à découvert, l’investisseur mise sur la baisse d’un titre: il va vendre des titres qu’il ne détient pas et s’engage à les acheter plus tard, en espérant que leur valeur aura baissé. Spéculer sur la baisse des valeurs, comme la vente à découvert le permet, peut donc contribuer à entraîner les marchés vers le bas, notamment dans un contexte tendu. C’est la raison pour laquelle les autorités financières britannique et américaine ont décidé, cette semaine, de suspendre cette pratique.

Quelles solutions ont été apportées à cette crise?

“A big package because it’s a big problem…” - George W. Bush
Depuis le début de la crise, les autorités bancaires nord-américaines, européennes et asiatiques font preuve d’un activisme qui fait dire à certains décideurs économiques et politiques que cette semaine a sonné le glas du libéralisme économisme et du laisser-faire sur les marchés financiers. D’importants fonds ont été mis à la disposition du système bancaire afin de juguler sa crise de liquidité. De plus, des entreprises ont été nationalisées aux États-Unis et en Grande Bretagne.
Et, last but not least, les autorités américaines ont annoncé la création d’un fonds de 700 milliards de dollars afin de racheter et de gérer les «actifs toxiques». Ce fonds, financé par le contribuable américain, devrait contribuer à creuser le déficit budgétaire déjà abyssal des Etats-Unis. En plus de ces interventions financières directes, de nombreuses voix s’élèvent pour réclamer une mise à jour de la réglementation encadrant les activités des marchés financiers.

Quelles sont les conséquences de la crise pour les économies africaines?

Pour l’essentiel, les économies africaines ont été à l’abri des effets directs de la présente crise des marchés financiers, en raison de la faible taille de leur économie et du fait que leurs économies reposent essentiellement sur les matières premières. Cependant, avec des économies chaque jour un peu plus ouvertes, les pays africains subiront sans aucun doutes les contrecoups de cette crise financière.


La crise de liquidité bancaire et le resserrement des conditions de crédit…

Bien qu’encore jugés insuffisants, les investissements privés représentent des portions de plus en plus importantes des fonds mobilisés pour l’atteinte des objectifs de croissance et de développement en Afrique. Ces fonds proviennent d’entreprises localisées dans des pays ayant subi de plein fouet la présente crise financière. Un resserrement des conditions d’acquisition du crédit d’investissement pourrait affecter les pays qui connaissaient une croissance régulière des investissements directs étrangers.
Plusieurs études ont montré que les pays ayant un indice de développement moyen, et riches en matières premières (Côte d’Ivoire, Cameroun, Ghana, Nigeria,…) sont ceux qui attirent le plus les investissements directs étrangers. Ces pays pourraient donc subir un contrecoup du resserrement des conditions de crédit et de taux d’intérêt plus élevés. De plus, le «bradage» actuel de certaines des entreprises américaines auquel nous assistons pourrait détourner certains investisseurs, notamment chinois, des marchés africains.
Plus que jamais, il sera donc important pour les pays africains, d’offrir aux investisseurs un milieu d’affaires incitatif; l’objectif étant de mobiliser l’épargne intérieure disponible et d’être suffisamment attractif pour maintenir la croissance des investissements directs étrangers.

… Les conséquences sur les marchés internationaux

Cette crise a, par ailleurs, des effets sur d’autres marchés, et notamment sur celui des matières premières. L’assèchement des liquidités sur les marchés de capitaux, oblige plusieurs fonds d’investissement à quitter certains marchés de matières premières afin de disposer de ressources financières. Les cours de ces matières connaîtront donc une dégringolade. C’est l’une des explications à la baisse des cours du pétrole observée cette semaine, plusieurs investisseurs ayant liquidé leurs positions.
Certaines matières premières, comme l’or ou même les produits agricoles transigés sur les marchés internationaux, restent des valeurs refuges. Leurs cours pourraient donc s’envoler. Le mécanisme de spéculation sur les marchés à terme de produits agricoles observés depuis quelques mois pourrait donc se poursuivre et maintenir les prix des produits agricoles à un niveau élevé. De fait, les pays africains producteurs de matières premières disposeront là d’opportunités à saisir, ces hausses de prix pouvant partiellement ou totalement compenser les effets des conditions de resserrement du crédit.

… Conséquences sur les économies du continent

Les craintes que la crise financière n’affecte l’économie réelle des pays développés est bien présente et cela par le biais notamment de la baisse du moral des ménages et des chefs d’entreprises, des difficultés rencontrées par les banques, du resserrement des conditions de crédits. La consommation des ménages, l’investissement des entreprises et donc la croissance du produit intérieur brut pourraient être affectés. Le Fonds monétaire international (FMI) a ainsi réduit ses prévisions de croissance économique pour les prochains mois. Cette baisse de la croissance en Amérique, en Europe ou en Asie se traduirait ainsi par une baisse de la demande pour certains produits en provenance des pays africains.


De plus, le plan concocté par le gouvernement américain implique une augmentation du déficit budgétaire américain. À court ou moyen terme, il n’est pas insensé de penser que des politiques de réduction des dépenses de l’Etat devront être mises en œuvre. Et les expériences passées ont montré qu’en période difficile, les premiers postes de coupes budgétaires portent sur les programmes d’aide au développement (aux Etats ou par le biais des institutions multilatérales). La crise financière actuelle, avec les risques de ralentissement économique, pourrait donc avoir des conséquences sur le niveau de l’aide au développement.


LOTA DABIO TAMINI

22:36 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, Monde | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : marchés financiers, crise, lehmann brothers, subprimes, lota dabio tamini | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

dimanche, 28 septembre 2008

AJUSTEMENT MENTAL : LE REMEDE AU DRAME AFRICAIN

LA CARTE DE L'AFRIQUE 2.jpgA tous les peuples d’Afrique;
A Mamadou Koulibaly, Okili et Biwagou du Fucr, Agnès Krady des amis
miens;
En hommage aux braves populations africaines et à la mémoire des
illustres ancêtres.


Le continent africain est à la traîne des autres. Il souffre d’une
pauvreté chronique qui paraît d’autant plus incurable que toutes les
tentatives de solution ébauchées en vue de remédier à son mal se
soldent par des échecs.

Des indépendances jusqu’à ce jour, les montagnes de remèdes appliqués
par les institutions internationales de même que les velléités des
Etats africains eux-mêmes ont accouché d’une souris. Quand elles n’ont
pas tout simplement refusé d’accoucher.

Une incapacité qui témoigne de la mauvaise approche faite du drame
africain et démontre que, autant les premières citées que les
africains eux-mêmes font partie du problème. Pour parler comme le
reggaeman jamaïcain Buju Banton : ‘’ you’re not part of solution then
you’re part of problem’’. Autrement dit, si on ne fait pas partie de
la solution, on fait (d’une manière ou d’une autre) partie du
problème.


L’échec des programmes de redressement économiques mis en place
depuis les ‘’indépendances’’ de nos Etats puisent leurs sources non
seulement dans leurs caractères drastiques, mais surtout inappropriés
et inadaptés aux vraies réalités africaines. A dessein d’ailleurs…

Les institutions internationales, dont sont maîtresses les puissances
capitalistes de ce monde, n’ont jamais eu pour véritable mission de
permettre aux autres peuples d’émerger. De se hisser à leur rang,
mieux de les supplanter. Il suffit de se référer aux programmes
d’ajustement structurels des années 90 pour s’en convaincre.

Les PAS de ces années-là, n’ont eu pour principaux objectifs inavoués
que de renforcer et pérenniser (par l’entremise du FMI et de la Banque
Mondiale) la mainmise occidentale sur l’économie de nos Etats face à
la montée en puissance des contestations sociales et politiques des
masses africaines. Contestations nées des effets collatéraux du Vent
de l’Est marqué par la chute du mur de Berlin en 1989.

En effet, ce Vent de l’Est, comme son appellation l’indique, n’était
pas destiné au Sud.

Savamment planifié par les grandes nations capitalistes en vue de la
déstructuration du bloc soviétique et sa mise sous coupole, le Vent de
l’Est s’est malencontreusement déporté vers d’autres horizons.

C’est ainsi que, contre les prévisions de ses initiateurs et séduites
par les artifices de liberté et de démocratie dont il a été habillé,
les masses africaines sont intervenues dans ce vaste mouvement à
l’effet de porter haut, elles aussi, leur désir d’émancipation.

Il relève donc de l’accident que les Africains se soient invités à ce
‘’banquet démocratique’’ auquel ils étaient nullement conviés.

Une contingence de l’histoire.

Ce n’est pas un hasard si, en pleine période de contestations des
populations africaines, l’ex président français jacques Chirac –
prétextant des turbulences qui ont suivi ces mouvements et qui
n’étaient en rien différentes ceux de l’Est-, a jugé bon de
décréter : ‘’ Les Africains ne sont pas mûrs pour la démocratie.’’

Cependant, l’histoire se faisant ; ce désir de liberté, longtemps
étouffé, s’est présenté comme une grave menace pour le système de
prédation économique et politique occidental imposé à nos Etats. C’est
donc dans le but de contrer les besoins réels des Africains afin de
préserver les intérêts des nations dominantes que ces plans
conjoncturels de redressement ont été mis en œuvre.

D’ailleurs, les programmes dictés aux Etats sous domination depuis les
années 60 n’ont répondu qu’à cet unique objectif. Le cas de la
Jamaïque de Michael Manley, des années 70 à 80, nous édifie à ce
sujet. Pays émergent qui s’est retrouvé dans le gouffre sous le poids
du FMI.


Malheureusement, les différentes tentatives (?) des Etats africains à
travers les élites et les masses afin de solutionner le mal qui ronge
notre continent, ne connaissent pas meilleur sort. Car, à dessein ou
par ignorance, les Africains se refusent à reconnaître les véritables
raisons du drame qui les affecte et de s’assumer.

Il existe une vérité que nous devons constamment avoir à l’esprit.

S’il est indéniable que l’Afrique souffre de la pauvreté, celle-ci est
loin de représenter la source de ses malheurs présents. Mais la
conséquence. En ce sens que nous n’avons pas souvenance dans
l’histoire du continent d’un état de putréfaction aussi avancé et
généralisé avant la colonisation et, plus loin, l’esclavage.

En effet, en vue d’asseoir sa domination, le colonisateur s’est attelé
au démantèlement de nos sociétés et de ses valeurs pour faire de
l’homme Africain, autrefois libre, un parfait sujet.

Le système colonial, guidé par la négation de nos valeurs et partant
de l’africain lui-même, avec comme point d’encrage la fascination des
siennes, a eu pour conséquence de pervertir notre mode de pensée.
Ceci, de sorte à le réduire à un état de sauvage et de barbare dont
seule la civilisation occidentale demeure l’unique Salut.

Un cynisme poussé à un tel paroxysme que même le Roi de cette jungle
nôtre, à laquelle nous avons été cantonnés par l’imagerie hellène,
s’est trouvé encore être comme par enchantement… un certain Tarzan. Le
plus sauvage des occidentaux.

Si bien que l’Africain aujourd’hui n’a plus conscience de son
existence en tant qu’être humain doté d’une histoire, d’une culture,
d’un génie et de réalités qui lui sont propres. Ses repères étant
devenus occidentaux. A ce titre, toute chose ne suscite son intérêt
ou sa passion que lorsqu’elle porte le cachet de l’occident. Et pire
désormais, d’horizons autres que l’Afrique.

Le système d’éducation hérité de la colonisation a fait de lui, un
consommateur non un producteur, un as de la mimique non un créateur,
un éternel assisté non un partenaire. Enfin, un décor dans le monde
non un participant du monde. Une extraversion telle, que nous sommes
en total déphasage avec notre milieu et nos réels besoins.

Nos Etats forment des millions d’étudiants en espagnol alors que les
populations sont affamées en dépit de la fertilité et de la
disponibilité des terres arables.
On éduque autant de millions d’étudiants en allemand quand le chômage
et la maladie déciment nos populations.
On attend de l’Europe les remèdes aux maux qui nous affectent, alors
que leurs médications sont à portée de main, chez nous.
On enivre notre jeunesse de l’histoire des grandes conquêtes et
œuvres de Napoléon quand elle ignore celles de ses illustres ancêtres.

On se passionne, et s’entretue au besoin, pour l’islam et le
christianisme quand on rejette nos pratiques religieuses ancestrales.
Dans l’ignorance totale que la religion est l’âme culturelle d’un
peuple bien déterminé. Le ciment de sa civilisation. L’instrument de
sa conquête du monde.

Nous sommes frappés par la pauvreté, tandis que des secteurs entiers
de nos économies attendent d’être exploité et nos enfants sont livrés
à la rue.

Le tableau paradoxal de cette indicible extraversion, qui fait peine à
voir,
n’est pas exhaustif.

De surcroît, cette mentalité de colonisé, sans cesse contrariée par
les poches de résistance de nos valeurs propres qui ont vie dans ce
qui reste de nos sociétés traditionnelles, a contribué à produire un
profond déséquilibre en nous. Engendrant de ce fait, une autre espèce
d’individus.

Ni africain ni occidental, ni rien en définitive sauf un être humain,
l’Africain apparaît de nos jours comme un déséquilibré mental. Un être
hybride à l’image de la chauve- souris dans le règne animal. Ni
oiseau, ni mammifère.

C’est pourquoi, une refondation de nos mentalités s’avère plus que
jamais nécessaire afin de sortir les peuples Africains du fond de
l’abîme où ils végètent.

Ceci étant entendu que, quelques soient les pluies de milliards de
Francs ou autres richesses dont dispose un déséquilibré, il n’en fait
rien. Sinon rien que du gaspillage dans la mesure où il demeure sans
repères ni objectifs précis.

Cependant, il convient de faire remarquer qu’il ne s’agit nullement
ici d’un changement de mentalité. Car un changement de mentalité dans
le cas africain suppose, soit un reniement radical des valeurs
occidentales afin de s’arc-bouter autour de celles uniquement
africaines : signe de notre involution ; soit un accord total avec
elles : marque de notre perdition.

Il est établi que certaines valeurs occidentales font désormais partie
de nos réalités par la force des choses. Il nous appartient d’en faire
le tri et de ne retenir que ce qui est d’abord bon pour nous.

En ce qui nous concerne, le remède au mal africain réside de prime à
bord dans un ajustement mental. C’est-à-dire une prise en compte des
deux réalités marquée par la prédominance de nos valeurs propres.
Autrement dit, un rééquilibrage de notre mode de pensée qui appelle à
la réhabilitation sans complexe aucun de nos valeurs comme fondement
de notre évolution, de nos empreintes dans l’histoire de l’humanité et
à une appropriation des valeurs qui font la force des autres peuples
dans le monde.

Une condition incontournable qui scellera, à n’en point douter,
l’Unité et la Renaissance de l’Afrique.

Dans la mesure où, cet Ajustement fera ressortir, au delà des
particularismes, les traits fondamentaux communs aux peuples
africains. Traits de valeurs qui se résument au socialisme, la
solidarité, au partage vrai ; en un mot, un humanisme affirmé.

Dès lors, l’Africain ne concevra plus les problèmes d’un point de vue
sectaire et synchronique mais s’éveillera à une approche globale et
diachronique de son évolution dans le monde.

Toute chose qui conduira à une symbiose entre les élites et les
masses, fera l’unité et la stabilité de nos sociétés puis stimulera le
génie de nos peuples, particulièrement, dans les domaines où ils
excellent.

Une donne nécessaire qui constituera incontestablement la force et la
marque de l’Africain de demain dans le concert des peuples.

D’ailleurs, de toute l’histoire de l’humanité, aucun peuple ne s’est
imposé au monde en se reniant.

Pour ce faire, il nous appartient d’imaginer les voies et moyens qui
permettent d’atteindre ce but.

La logique impose, puisque c’est d’abord par la ruse puis la force que
nous, peuples africains, avons été réduits au statut d’instruments par
les puissances dominantes de ce monde, que nous empruntions la voie de
la ruse.

Pour trois raisons qui nous semblent essentielles.

Primo, l’esclavage, la colonisation et l’ère capitaliste avec leur
cortège de malheurs que nous subissons en ce moment ont assez vidé
notre continent de ses ressources humaines et de ses fils parmi les
plus valeureux.

L’Afrique est aujourd’hui sous peuplée contrairement à ce que l’on
voudrait nous faire croire. 875 millions d’habitants pour un
gigantesque territoire de 30 millions de km2 contre 375 millions
d’habitants pour seulement 3.231.000 km2 concernant l’Europe, et 2
milliards d’individus pour 9.630.960 Km2 s’agissant de la chine
uniquement.

Un dépeuplement qui constitue une de ses faiblesses majeures qu’il
nous appartient de combler.

Secundo, les rapports de force physique (militaire) entre l’occident
et l’Afrique revêtent une disproportion flagrante et indiscutable.

Tertio, le nouveau contexte de compétition mondiale de ce début de XXI
è siècle rend caduc tout usage de la force physique.

Pour preuve, l’usage abusif des opérations militaires des USA et de
l’Europe (de manière solitaire ou sous le couvert de l’ONU et l’Otan),
a grandement affecté leurs économies. Le revers de la médaille.

De plus en plus de nations au monde possèdent une capacité de nuisance
qui impose un équilibre la terreur.

Il n’est pas dans notre entendement de céder au défaitisme ni à la
résignation. Mais le bon sens recommande que tout usage de la force ou
de la ruse soit fonction du contexte. ‘’ Quand la musique change, la
danse change’’, nous apprend la sagesse africaine. C’est la marque de
tout homme et tout peuple intelligent.

Les Dragons d’Asie, le Japon et la chine en tête, de même que l’Inde
ont réussi ce pari en trouvant les ressorts de leur émergence dans la
richesse de leur valeur propre, l’intelligence de leurs peuples et la
maîtrise de ce qui fait la force du monde occidental. Ceci, sans avoir
eu recours à des conquêtes militaires.

Il appartient donc aux Africains d’en faire autant. Voire mieux, vu
l’immense potentiel dont ils disposent.

Si les solutions à nos maux résident en grande partie dans nos valeurs
fondamentales et nos réalités propres, l’éducation est la clé du
sésame de notre nouveau départ dans la marche de l’humanité. Une
Education qui ses fondements dans nos valeurs et qui concoure à
l’amélioration de notre vécu. Non une instruction telle qu’elle nous
été léguée par le colonisateur.

Il ne sert à rien de s’attaquer aux superstructures de prédation des
puissances dominantes qu’il suffit de mettre hors-jeu, si nous
imaginons les moyens de notre propre développement.

Il est aussi illusoire de se précipiter vers la constitution de grands
ensembles économiques ou politiques, si chaque Etat africain ne
procède pas à sa propre toilette, sa propre refondation. Ce serait
bâtir une maison en commençant par le toit.

Au demeurant, s’il est mathématiquement admis comme postulat que
1+1=2, donc l’union fait la force ; il n’est pas moins vrai que : 1
Pauvre+1 Pauvre= 2 Pauvres, 1 Déséquilibré + 1 Déséquilibré = 2
Déséquilibrés dont les unions font la force de désastres non seulement
pour eux-mêmes, mais pour l’humanité toute entière.

C’est dire qu’on ne sait par quelle magie un agrégat de maux incarné
par un assemblage d’Etats désintégrés (Hier l’OUA, aujourd’hui l’Union
Africaine, pâles copies de l’UE), pourrait indubitablement déboucher
sur le Salut de l’Afrique.

A l’heure où le monde occidental subit les revers d’un capitalisme
sauvage, les Etats-Unis d’Amérique et l’Europe semblent
intellectuellement ménopausées, il appartient à chacun des Etats,
chaque société africaine, chaque corporation, chaque famille, chaque
individu, de sonner l’heure du Réveil Africain afin de ne pas manquer
cet important rendez-vous de notre histoire et des Grands Peuples.

Les moyens sont là qui existent. Il suffit, ensemble, de réunir toutes
nos énergies afin de les imaginer.


Carell Bohoui-Baclaud
Consultant en Communication
Et en Stratégies politiques et sociales
+226 78 32 31 71
Ouaga, le 02 Septembre 2008.


21:07 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : carell bohoui-baclaud, pauvreté, afrique, indépendance, ajustement mental, drame africain | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

mercredi, 17 septembre 2008

MAMADOU KOULIBALY: POURQUOI LE FRANC CFA DOIT DISPARAITRE

Franc CFA 2.jpg

 

L'idée de la création d`une monnaie indépendante, sans lien avec le passé colonial. est plus que d`actualité avec la récession économique sur le continent. Dans cet entretien datant de janvier 2008, le Pr Mamadou Koulibaly, économiste un des défenseurs de cette vision panafricaniste explique pourquoi une nouvelle monnaie s`impose à la zone UEMOA.
Mamadou Koulibaly, président de l`Assemblée nationale de Côte d` Ivoire et professeur d`économie, fait la lumière sur les dégâts causés dans les Etats membres de la zone franc en raison de l`indexation de leur monnaie sur le franc français, aujourd`hui, sur l`euro. Dans cet entretien réalisé par Ruth Tete et Soh Tadhieu de New African, Mamadou Koulibaly ne mâche pas ses mots et appelle à la création d`une monnaie indépendante, sans lien avec le passé colonial.


Pourriez-vous expliquer à nos lecteurs quels sont les principaux mécanismes de la zone Franc ?

La zone du franc CFA est une union de coopération monétaire dont les leviers de contrôle se situent à Paris où priment les intérêts de la France. Les États satellites, membres de cette zone, sont des pays d`Afrique occidentale et centrale. La logique qui sous-tend le fonctionnement de cette zone rappelle la manière dont les Etats de l`Europe de l` Est étaient liés à l`ex-Union soviétique par le biais du Pacte de Varsovie à l`époque de la Guerre froide.

Les principes de la coopération monétaire entre la France et les Etats membres de la zone franc ont été énoncés dès les années 1960 dans le cadre d`un pacte colonial. Ce pacte a été modifié par la convention de coopération monétaire du 23 novembre 1972 entre les Etats membres de la Banque des Etats de l`Afrique centrale (BEAC) et la France d`une part, et par l`accord de coopération du 4 décembre 1973 entre les pays membres de l`Union monétaire ouest-africaine (UMOA) et la République française d`autre part. Juste avant que la France n`accède aux demandes d`indépendance des pays africains dans les années 1960, elle a obligé ces Etats à placer 65% de leurs réserves de change sur un compte du Trésor français, après avoir défini un taux de change fixe du franc CFA. Bien que la gestion de cette monnaie ait été confiée à des banques centrales communes [BEAC et BCEAO, ndlr], ces banques n`ont d`africain que le nom. En réalité, elles n`ont aucun pouvoir et ne sont rien de plus que de gigantesques institutions bureaucratiques qui ne décident pas des politiques monétaires. Elles sont là pour faire croire aux pays de la zone franc qu`ils sont maîtres de leur destinée. Les pays de la zone franc continuent de perpétuer un système mis en place par l`ancien bourreau colonial.

Comment décririez-vous la situation financière des pays de la zone franc depuis qu`ils font partie de cette union monétaire ?

La zone franc a engendré un long débat. D`une manière générale, il ne faut pas oublier que cette union a apporté à la France d`immenses avantages en termes de marchés pour ses biens et services. La situation monétaire des pays de la zone franc est une longue histoire de secrets jalousement gardés par la France, dont la seule préoccupation est de préserver ses intérêts. Par exemple, les réserves de change des Etats de la zone franc sont placées sur un compte commun du Trésor français, mais aucun pays africain n`est capable de dire quelle partie de cet argent durement gagné lui appartient. Seule la France a le privilège d`accéder à ces informations. Et pourtant ces fonds, placés sur des “comptes d`opérations”, génèrent des intérêts chaque fois que leur montant est supérieur aux besoins d`importation des pays africains concernés. Ces comptes d`opérations, en vertu des accords de coopération monétaires signés par la France et les pays de la zone franc, sont en théorie assortis du principe de découvert illimité. Cependant, les autorités françaises ont inclus, dans les statuts des banques centrales africaines, des mesures, parfois préventives, destinées à éviter que les comptes d`opérations deviennent constamment débiteurs. Les opérations liées au franc CFA sont secrètes et seul le Trésor français connaît le montant des fonds appartenant aux pays de la zone franc placés sur les comptes d`opérations. Seul le Trésor français peut indiquer le niveau de rémunération ainsi que les frais de gestion de compte. Le système est donc opaque et autoritaire.

Les économies de la zone franc sont très vulnérables. Les effets provoqués par le mécanisme de fonctionnement du franc CFA sont asymétriques. Les pays les plus dépensiers de la zone franc peuvent utiliser les réserves de change des pays qui ont une gestion plus prudente. De fait, l`unité monétaire profite aux pays les plus riches et encourage l`exploitation des pays les plus pauvres. L`existence d`un système monétaire stable et unifié n`a pas conduit à l`émergence d`un système bancaire et financier efficace dans les pays africains de la zone franc. Sur les 107 banques que comptent ces pays, 42 avaient fait faillite en 1990. Les réseaux bancaires, qui se sont constitués par la suite, dépendent fortement des banques françaises. La France encourage les pays de la zone franc à vivre largement au-dessus de leurs moyens. Quelle différence y a-t-il entre le Gabon dont les réserves de change sont placées en France et le Ghana, qui possède sa propre monnaie ? Ou entre le Cameroun et le Kenya ? Le Bénin et la Tunisie ? Ces questions suscitent des questions légitimes sur le bien-fondé de la zone franc.

La zone franc existe depuis plus de soixante ans. Comment expliquez-vous qu`elle perdure malgré les effets négatifs qu`elle continue de produire dans les pays africains ?

A mon avis, cela est dû à l`influence que la France exerce sur les pays d`Afrique francophone, même si les partisans utilisent les arguments suivants pour défendre leur position : garantie monétaire, qui génère un afflux de capitaux, mesures d`austérité limitant le risque d`inflation et permettant de maintenir l`équilibre de la balance extérieure, et la crédibilité de la monnaie.
Les partisans du franc CFA font semblant de ne pas voir la répression politique et financière qu`ont exercée les présidents français successifs sur les pays africains qui ont tenté de se retirer de la zone franc. Nous avons été témoins de mesures répressives visant à couper court à toute velléité d`émancipation du système : la protection des intérêts français a engendré récemment des crises au sujet de l`uranium au Niger, de l`or au Mali, du pétrole au Tchad, des matières premières et du transfert des actions d`entreprises du service public en Côte d`Ivoire, auxquelles sont à ajouter d`autres crises au Rwanda, en République démocratique du Congo et au Sénégal. Quand le Sénégal a annoncé récemment qu`il avait découvert du pétrole à Saint Louis, le pays a demandé au Vénézuela de l`aider dans son exploitation, et non à la France. Paris a perçu ce geste comme une trahison et une violation des accords de coopération liant la France aux pays de la zone franc et à leurs ressources. Par ailleurs, les élites et la classe politique africaines n`ont fait qu`empirer la situation en prétendant qu`elles ne possédaient pas les compétences nécessaires pour gérer leur propre monnaie de manière responsable et efficace, à l`inverse des pays occidentaux ou asiatiques. Elles se satisfont de voir les Etats africains être réduits à l`état de contribuables au profit de la France, avec les 65% de réserves de change qu`ils déposent chaque année auprès du Trésor français ! Et pourtant, nos citoyens n`ont pas la nationalité française, et n’ont pas non plus accès aux services publics dont bénéficient les autres contribuables français. Cela conduit à une situation qu`on ne peut que qualifier d`asservissement volontaire, et qui a incité la population et les acteurs économiques à croire qu`ils ne pouvaient se passer de la France. C`est bien dommage car cette idée est totalement fausse. Le monde est vaste : il suffit de vouloir s`y intégrer de façon libre et responsable par le biais du commerce et non de l`aide étrangère qui réduit les gens à la situation de mendiants. Chaque jour, la mondialisation crée des milliers d`opportunités dont nous ne tirons pas profit, parce que nous sommes piégés dans un système inefficace.

Une réunion des ministres des Finances des pays de la zone franc s`est tenue à Paris le 14 octobre 2007. Cette réunion précède traditionnellement la conférence d`automne de la Banque mondiale et du FMI. Vous avez été ministre des Finances de Côte d`Ivoire, et peut-être avez-vous eu l`occasion de participer à ces réunions. Beaucoup d`Africains disent que rien de positif pour le peuple africain ne ressort de ces réunions. Est-ce vrai ?

Je n`ai jamais participé à ce type de réunion quand j`étais ministre des Finances. Mais la plupart des pays de la zone franc sont faibles. Avec des économies sous perfusion, ils n`ont aucun poids dans les décisions prises dans le cadre de ces réunions. On peut donc se demander pourquoi ils continuent de se rendre à ces réunions dans lesquelles ils n`ont aucune voix. En agissant ainsi, ces pays montrent qu`ils sont convaincus que la France peut tout faire pour eux. Nos pays préfèrent choisir la solution de la facilité même si elle met en danger l`emploi, les revenus, l`épargne et les investissements privés. Nous nous rendons complices du piège de la pauvreté dans lequel nous avons été poussés. Pourriez-vous citer au moins trois raisons pour lesquelles les Etats africains devraient se libérer du franc CFA ?
En premier lieu, le franc CFA est coercitif, injuste et moralement indéfendable. Il a favorisé la corruption de l`État. Au moment des élections françaises, les pays de la zone franc sont sans cesse sollicités pour donner des dons aux hommes politiques français, une obligation qui ne peut se justifier. Ces " cadeaux " ont été à l`origine de nombreux conflits et ouvrent la voie à de nombreuses autres formes de corruption. Ce sont ces relations qui perpétuent le monopole français dans les pays de la zone franc, malgré la mondialisation. Sous prétexte d`aider les pays pauvres avec l`argent du contribuable français, c`est la classe politique française et africaine qui s`enrichit de manière illicite. Cette réalité justifie à elle seule l`abandon de la zone franc. La libéralisation économique et financière ne peut se produire avec un taux de change fixe et une zone d`influence économique créée artificiellement. En fait, l`émergence de tensions apparues au sein du système monétaire international et les crises financières de ces dernières années portent à croire que le choix du régime de taux de change dépend du système d`engagements pris auprès des autorités monétaires. Et pourtant, la restriction de la liberté des pays de la zone franc dans le domaine de la politique monétaire ne protège pas du risque de dévaluation du franc CFA. Ainsi, dans les années 1990, faisant fi de la clause de découvert illimité, la France a ordonné la dévaluation du franc CFA. Avant la dévaluation, 1 franc français s`échangeait contre 50 francs CFA. En 1994, après la dévaluation, 1 FF s`échangera contre 100 FCFA. Les autorités françaises sont pourtant arrivées à faire croire que le taux de dévaluation était de 50%, alors que nous venions de subir une dévaluation de 100% !

Après l`abandon du système, quel avenir monétaire proposez-vous aux pays africains du point de vue monétaire ?

Etant donné les enjeux, il est nécessaire d`entreprendre des réformes financières et monétaires. La monnaie doit être au service de l`économie. Elle doit s`adapter au contexte économique actuel. A cet effet, il faut permettre aux pays de se prémunir contre les chocs asymétriques, d`améliorer la convergence et l`ajustement macroéconomiques et de financer le développement.
Il est vital aujourd`hui que le franc CFA acquière une autonomie, qu`il se libère du joug colonial. Il est grand temps que les pays africains assument les conséquences d`une politique macroéconomique librement choisie. Il n`y a pas de secret. Il suffit que nous décidions de nous choisir nos politiques et d`en assumer la responsabilité. La liberté n`a de sens que si elle est assortie de responsabilité. Une fois la rupture accomplie, les pays de l`ex-zone franc devront créer leur propre système basé sur des principes simples : accès direct aux marchés internationaux sans tuteur, c`est-à-dire la France, mise en place d`un système fiscal simple sans règles d`imposition incompréhensibles, taux de changes flexible par rapport aux principales monnaies. Pour atteindre cet objectif, les pays concernés ont deux possibilités. La première consisterait à créer des monnaies nationales indépendantes, avec une parité flexible comme les monnaies de l`Union européenne avant l`introduction de l`euro. Cette solution peut fonctionner uniquement si les banques sont privées et indépendantes et que les banques centrales ont la liberté de mettre en œuvre des politiques monétaires crédibles. La deuxième option, c`est que les pays africains s`unissent et créer une monnaie commune, mais cela suppose un gouvernement unique, contrôlée par une banque centrale unique et indépendante du pouvoir politique, ainsi qu`une politique économique monétaire et budgétaire uniques. Quelle que soit la solution adoptée, les États doivent être démocratiques. Ils doivent indiquer clairement à leurs citoyens leurs droits de propriété et leur accorder la liberté de décider s`ils veulent hypothéquer ces droits. Tout commence avec l`attribution du droit de propriété aux citoyens, un droit qui les fera émerger de la pauvreté. Le libre échange fera le reste.

En 2005, vous avez publié un livre intitulé " Les servitudes du pacte colonial ". Pourriez-vous expliquer brièvement le sujet de cet ouvrage et le message qu`il transmet ?


L`objectif de ce livre était de faire connaître au public le " pacte colonial ", fondement des accords de coopération franco-africains. Il s`agit d`un modèle institué par la France sous de Gaulle à la veille de l`indépendance des Etats d`Afrique francophones, destiné à contrôler indirectement les affaires de ces pays de manière subtile, sans apparaître en première ligne comme pendant la longue période coloniale. Le livre publie les textes utilisés pour organiser les interventions de l` Etat français, malgré la fin de l`époque coloniale dans les années 1960. Selon ce pacte colonial, les présidents des Etats d`Afrique francophone doivent diriger leurs pays en fonction des intérêts de Paris. L`indépendance s`est donc résumée au transfert de compétences de l` Elysée aux chefs d` État africains, qui doivent faire acte d`allégeance à la France, et non aux peuples qu`ils gouvernent. Paris se charge de leur dicter les politiques à adopter. Ce livre révèle comment les accords de Défense sont en réalité que des accords commerciaux obligeant les Etats d`Afrique francophone à conserver des bases militaires françaises sur leur sol, avec des soldats prêts à intervenir pour chasser les dirigeants récalcitrants afin de les remplacer par des individus plus dociles. Dans ce livre, on découvre que la France détient un monopole sur toutes les matières premières de l`Afrique francophone. On apprend comment la France a pris des mesures pour s`assurer qu`elle conserverait toutes ses prérogatives coloniales après avoir accordé "l`indépendance" aux pays africains. Par le biais de ce pacte colonial, la France est demeurée omniprésente en Afrique francophone et a conservé les avantages d`hier. Paris a confisqué la véritable indépendance des pays d`Afrique francophone.
Nous nous devons de dénoncer collectivement ce pacte colonial. Lors de sa visite au Sénégal en juillet 2007, le fraîchement élu président français Nicolas Sarkozy a reconnu que la colonisation était un crime contre l`humanité, mais a refusé de se repentir. Les Africains doivent dénoncer tous les accords et systèmes qui éloignent l`Afrique des marchés. Le pacte colonial constitue une violation du droit de propriété africain.

Etes-vous parvenu à transmettre ce message à travers ce livre ?

Je pense que oui. Je voulais partager mes convictions avec un grand nombre d` Africains. Et d`amis de l`Afrique, afin qu`ils soient dans une meilleure position pour mesurer les dangers du pacte colonial, du contrôle de l`Etat, et surtout de prendre conscience que la gestion de l`économie sous l`emprise du pacte colonial est une source de pauvreté dans nos pays. Nous ne voulons pas l`aumône ; notre problème n`est pas le manque d`argent. Je suis convaincu que nous devons avant tout revendiquer clairement nos droits de propriété sur nos terres et nos ressources, qui ont été aliénées par les colons, et dont le pacte colonial nous dépossède aujourd`hui. Enfin, je voulais dire que l`Afrique a un besoin urgent de libertés individuelles, d`un contrôle de l`Etat limité, de marchés libres, d`une société ouverte et de la paix, qui ne peuvent exister que si la liberté économique et politique est respectée.



In New African, Janvier 2008

vendredi, 05 septembre 2008

LA PREUVE PAR MILLE DE L'IMPLICATION DE LA FRANCE DANS LE GENOCIDE RWANDAIS (2)

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b) Tri et abandon de personnes en danger de mort

Lors d'Amaryllis, des Rwandais qui travaillaient pour les institutions françaises au Rwanda furent tous abandonnés. Michel Cuingnet, chef de la mission civile de coopération française au Rwanda en 1994, se souvient que « les personnels locaux de la Mission de coopération, en majorité tutsi, ont été pratiquement tous massacrés, certains sous ses yeux ; pour ce qui concerne les autres personnels des différents services diplomatiques français, compte tenu des événements et de l'éloignement des bâtiments, il ignore s'ils ont pu être évacués ». Venuste Kayimahe et Charles Rubagumya, à l'époque agents du Centre culturel français à Kigali, affirment effectivement avoir contacté Michel Cuingnet et d'autres responsables français pour être sauvés et reçurent chacun une fin de non recevoir.

Venuste Kayimahe témoigne :
« En février 1994, j'avais été menacé de mort par les miliciens chez-moi à Gikondo et j'avais déménagé au centre culturel français. J'avais placé mes cinq enfants dans des familles en ville. Le 6 avril au matin, la directrice du Centre, Anne Cros, m'appela et me demanda de me trouver un logement à l'extérieur. Dès que les massacres débutent dans la nuit du 6 au 7, je cherche à rejoindre les quartiers où se trouvaient mes enfants. Je demande de l'aide à Anne Cros au téléphone dans la journée du 8 avril. Elle me répond qu’elle ne peut rien faire pour moi, qu’il n'y a pas assez de soldats français, qu’ils sont partis depuis Noroît et que ceux qui sont là sont très occupés. Elle raccroche le téléphone. L 'après-midi, Anne Cros vient au Centre escorté d'une dizaine de militaires français pour emballer les dossiers. Je la supplie pour qu’elle autorise à ces soldats de m'accompagner pour que j'aille récupérer mes enfants qui ne sont pas loin du Centre. Elle me répond qu’elle n’y peut rien. J'appelle plusieurs fois l'ambassade de France pour demander du secours. Dès que je dis que je suis Venuste, l'agent dépose le téléphone. On me reproche d'avoir donné des interviews à RFI pour décrire ma situation. Le 9 avril dans l'après-midi, je reçois par surprise un coup de téléphone de Michel Cuingnet qui me dit qu'il m'envoie 57 soldats. Il me demande de prévenir les gardiens pour qu’ils ouvrent vite les portes car les soldats ne resteront pas longtemps. Je demande à Monsieur Cuingnet de m’aider à aller récupérer mes enfants. Il me dit de voir avec eux quand ils seront là et raccroche. Après leur arrivée au Centre, je m'adresse à leur supérieur ayant un grade de major et lui exprime ma demande. Il me répond qu’ils ne procèdent pas à l'évacuation des Rwandais. Je lui dis que M. Cuingnet m'a autorisé à aller récupérer mes enfants. Le militaire me répond qu’il s'est moqué de moi, qu’en aucun cas, ils n’évacueront les Rwandais. Le II avril, un militaire français me dit qu’ils vont s'en aller. Je le supplie encore une fois de nous amener soit en France, soit dans un autre pays, soit au CND, soit à la MINUAR. Il me répond que c’est l'ambassade qui décide tout, qu'il n'a donc pas l'ordre de nous évacuer. Le 12 avril, ils partent et nous laissent sur place ».

Charles Rubagumya rapporte la même expérience :
« Le 7 avril, j'ai appelé au centre culturel français pour demander de l'aide. J'ai eu en ligne un de mes chefs directs qui m'a répondu que je devais me débrouiller. Au cours des jours suivants, j'ai appelé maintes fois sans être écouté. Le 11 avril, j'ai soudoyé un militaire rwandais qui m'a accompagné au Centre culturel. Il était gardé par plusieurs militaires français. Je leur ai montré ma carte de service et j'ai pu entrer. A l'intérieur, j'y ai retrouvé Venuste Kayimahe. Il y avait aussi l'un de ses amis, trois autres agents et une femme accompagnée de ses enfants que j'avais fait passer pour ma famille. Tous étaient tutsi. Les Français nous ont dit qu’ils s'en allaient le lendemain et qu’ils ne nous amèneraient pas, que notre évacuation ne faisait pas partie de leur mandat. C’était impensable pour nous. Le lendemain, ils ont plié bagage sans rien nous dire. Un de mes collègues a contacté l'épouse de l'ambassadeur Marlaud pour lui demander d'intervenir en notre faveur. Elle lui a répondu que les Français n’évacuaient pas les Rwandais. Aussitôt, les militaires français ont pris leurs véhicules et ont emporté toutes leurs provisions de nourriture sans rien nous laisser. Je me suis jeté dans l'un de leurs convois. Ils m’ont repoussé par terre. Nous avons supplié un groupe d'entre eux qui a quand même accepté de nous déposer à l'école St-Exupéry où étaient rassemblés les ressortissants belges. Nous sommes restés là. Lorsque les militaires belges sont venus évacuer leurs ressortissants, ils ont pris tous ceux qui étaient là, sans distinction. Ils nous ont amenés à Nairobi et je me suis débrouillé pour avoir un visa et rejoindre l'Europe ».

Outre l'abandon du personnel tutsi local, Amaryllis refusa l'évacuation de Rwandais qui avaient épousé des étrangers, ceux qui vivaient en concubinage avec des Français ou avec des Européens d'autres nationalités. Amaryllis n'évacua pas non plus des défenseurs rwandais des droits de l'homme qui l'avaient sollicité, tel que le procureur François-Xavier Nsanzuwera, et des personnalités politiques de l'opposition, comme le ministre des Affaires étrangères, Boniface Ngulinzira, haï par les tenants du Hutu power pour son rôle capital dans les négociations de paix, alors qu'il suppliait les militaires français à l'ETO le 11 avril.

Colette Braeckman, qui était sur les lieux, évoque en ces termes l'attitude complaisante des militaires français : «j'ai été témoin de certaines scènes déchirantes à l'aéroport de Kanombe où les Français laissaient derrière eux des compagnes tutsi des expatriés qui les suppliaient de les amener. Contrairement aux Belges qui ont réussi à exfiltrer quelques Tutsi en petit nombre, les Français n’embarquaient que des expatriés. Ils ont séparé des couples mixtes ». Un journaliste du quotidien Le Monde également présent sur place se rappelle du cas d'une femme russe mariée à un Tutsi qui a été forcée d'abandonner son époux, les militaires français lui laissant in extremis le seul droit d'amener ses enfants métis.

Quelques Rwandais réussirent à se glisser dans des camions transportant des expatriés, mais à l'aéroport, les militaires français opérèrent un dernier tri sur base de listes préétablies. Ils refoulèrent les exclus, les livrant de facto, aux soldats rwandais et aux miliciens qui tenaient une barrière à l'entrée de l'aéroport qui les massacrèrent sur le champ. Jean Loup Denblyden, un colonel de réserve qui participa à l'opération Silver Back comme officier belge de liaison auprès du détachement français affirme : « pendant Amaryllis, les soldats français triaient les Tutsi devant l'aéroport de Kanombe et les repoussaient vers les barrières ». « Il y avait un tri et les gens qui étaient écartés, étaient repoussés par des Français sur la barrière. Les Français disaient aux refoulés : on ne vous prend pas et les refoulaient vers une barrière qui se trouvait exactement à l'entrée du parking actuel ».

Constatant la gravité des faits, M. Denblyden informa les responsables militaires français et de la Minuar, et reçut comme réponse de ne pas se mêler des affaires qui ne regardaient pas les Belges :
« Je suis monté à l'étage où se trouvait le colonel Poncet qui commandait l'opération Amaryllis, je lui ai fait part du problème. Il a haussé les épaules, le colonel Morin qui était d'Unamir et qui était à ses côtés m'a demandé de ne pas me mêler de ça. J'ai contacté tout de suite le général Roman et l'officier d'opération [...] je leur ai fait part du problème comme j'estimais devoir le faire. [...] Un sous-officier français est intervenu en me disant que les Belges n 'avaient rien à voir avec ça, que c 'était le problème des Français. Nous étions au troisième jour d'Amaryllis2 ». Finalement, M. Denblyden constata que personnes étaient tuées près de cette barrière : « Je suis monté au-dessus de l'aéroport sur la plate-forme au-dessus et j'ai été voir si d'au-dessus je pouvais voir la barrière, et il y avait des corps jonchés à droite de l'aéroport en contrebas ».

Le journaliste belge Jean-Pierre Martin rapporte que des militaires français se plaisaient à assister aux massacres de civils près de l'aéroport de Kanombe :
« C'est vrai qu'en 1994 j'ai vu des images qui me restent en mémoire et que je n'oublierais jamais notamment cette femme enceinte que l'on éventre à 100 m devant moi et il y avait une jeep et deux soldats français qui rigolaient. Qui rigolaient à 50m de là où ça se passait. Et ce sont finalement les deux soldats belges avec qui nous étions qui ont mis en déroute les Interahamwe ou les tueurs. (...) C'était à la sortie de l'aéroport quand on tourne sur la route qui mène à la ville, une fois qu’on a passé la cuvette et qu’on remonte vers le stade, ça s'est passé là. Moi, j'étais dans la cuvette sachant que je partais d'une jeep des soldats belges qui est arrivé un peu à ma rescousse parce qu’ils avaient peur ; et puis on a été témoin de cette scène où une femme enceinte se fait éventrer, et entre moi, la jeep des soldats belges et cette tuerie, il y a une jeep avec deux soldats français en train de rigoler, qui ne bougent pas, qui assistent à la scène comme si c 'était au cinéma."

La perpétration des massacres à l'aéroport de Kanombe devant le regard complaisant des militaires français fut également relaté par l'envoyé spécial de France 2, Philippe Boisserie, qui la rapporta dans le journal télévisé du 11 avril 1994 à 13h :
«J'étais à l'aéroport en train de monter un sujet et, en fin de matinée, une consœur canadienne (...) est revenue très choquée, car effectivement, il est arrivé ce que je raconte dans la séquence : au moment où le convoi français revenait, il y a eu un massacre qui s'est passé sous leurs yeux. On a alors décidé de partir tourner sur place. On savait que ce n’était pas loin de l'aéroport, mais on prenait quand même un certain risque. On a demandé à pouvoir y aller et une voiture, toujours conduite par les militaires français, nous a escortés. On a pu constater effectivement qu 'il y a eu un massacre. C 'était quotidien et ça se passait sous les yeux des militaires français sans aucune réaction de leur part ».

Colette Braeckman se souvient également que les militaires français affichaient une attitude d'indifférence devant les massacres :
« Durant tous ces jours, il était très dangereux pour les Belges de circuler librement dans Kigali. Je n’ai fait qu’une expédition dans la ville avec les militaires belges qui allaient rechercher des expatriés. Depuis un camion où nous nous trouvions, j'ai vu le spectacle de la ville de Kigali, des corps qui jonchaient les rues, des camions de la voirie qui passaient et ramassaient à la volée des cadavres et des dépouilles. Certains collègues journalistes qui ont accompagné des militaires français m'ont dit que ces derniers n'avaient aucun état d'âme. Ils avaient tous des casques avec de la musique, et lorsqu’ils arrivaient devant les barrières où on tuait les gens, ils augmentaient le volume de la musique pour ne pas entendre les cris de personnes qui étaient massacrées sous leurs yeux. Après, ils demandaient qu’on ouvre le chemin et passaient très vite aller prendre les expatriés ».

Selon les confidences faites à des journalistes par un officier français qui a requis l'anonymat, l'ordre de ne pas arrêter les massacres fut donné par l'Amiral Lanxade et/ou par le général Christian Quesnot : « Avant de partir au Rwanda, je passais prendre mes ordres chez Lanxade puis mes consignes à l'EMP (Etat-major particulier du Président de la République)». Jacques Morel pense que ces propos émaneraient du colonel Henri Poncet qui commandait Amaryllis dans la mesure où, en sa qualité de responsable de l'opération, il était le plus susceptible d'avoir reçu ces ordres à un niveau hiérarchique aussi élevé. Mais comme nous l'avons vu plus haut, il s'agissait d'une décision politique assumée.

c) Sauvetage de l'orphelinat Ste Agathe et du chef des tueurs de Masaka

La deuxième évacuation sélective opérée par les Français en avril 1994 concerne l'orphelinat Ste Agathe dans la localité de Masaka, près de Kigali. Cette institution parrainée par l'épouse du chef de l'Etat, était gérée par les Sœurs de Saint Vincent Palotti et avait la particularité d'accueillir essentiellement des orphelins de militaires des FAR tués aux combats. La supérieure de l'orphelinat, Sœur Edita, d'origine polonaise, était chargée notamment de trouver pour ces enfants des familles adoptives en Europe, en France en particulier. Elle fut évacuée par les Français et n'a pas voulu revenir au Rwanda après 1994.

Selon divers témoignages, il sévissait à l'orphelinat Ste Agathe une discrimination ethnique à ('encontre du personnel tutsi ou hutu qui manifestait une attitude de distance face à l'extrémisme. Les enfants qui y résidaient en avril 1994 et une trentaine d'adultes appelés « accompagnateurs » furent évacués par des Français le 10 avril 1994, le personnel tutsi qui y travaillait et les membres de leurs familles, furent sélectionnés puis tués sur ordre de Paul Kanyamihigo qui était chauffeur à l'orphelinat. Originaire de Gisenyi, Kanyamihigo était un membre actif de la CDR, notoirement connu à Masaka et, dès les premières heures suivant la chute de l'avion, il dirigea des attaques contre les Tutsi. Lui et sa famille furent évacués par les Français, de même que la famille d'un autre extrémiste de la CDR, Justin Twiringiyimana qui était veilleur à l'orphelinat. C'est Kanyamihigo qui désigna aux Français les personnes à évacuer ou à laisser sur base d'une liste préétablie selon les critères ethniques. Des témoignages soulignent l'extrémisme de Paul Kanyamihigo, sa participation dans la persécution du personnel tutsi de l'orphelinat depuis octobre 1990, sa collaboration avec les services de renseignement de la Présidence, son implication dans le massacre des Tutsi de Masaka dès le 7 avril. Au moment de l'évacuation, Paul Kanyamihigo a collaboré étroitement avec les agents français dans le tri des personnes à évacuer suivant une liste préétablie ou des indications fournies par ces derniers ou par les responsables de l'orphelinat, notamment la directrice, Sœur Editha. Des témoins affirment aussi qu'il y a des personnes qui ont été proposées par Kanyamihigo lui-même, et toutes étaient des extrémistes de la CDR.

A leur arrivée à Paris, les personnes évacuées de l'orphelinat furent d'abord hébergées au centre d'accueil de demandeurs d'asile de Créteil en région parisienne, puis amenées à Olivet au sud d'Orléans où, pendant deux ans et demi, elles furent logées dans une propriété mise à leur disposition par le Conseil général du Loiret . Dans la suite, elles furent confiées aux familles d'accueil par la Direction départementale de l'enfance. Depuis lors, le Rwanda chercha à les faire rentrer, un groupe d'enfants put être rapatrié, un autre fut adopté par des familles françaises, sans possibilité de les retrouver.

Si l'on ne peut reprocher à la France d'avoir évacué des orphelins en cette période particulièrement troublée, le contexte politique et social entourant cet orphelinat n'en faisait pas une priorité. Cet orphelinat ayant envoyé pour adoption en France un certain nombre d'enfants, il était connu des services de l'ambassade de France. Il y avait d'autres orphelinats à Kigali et au Rwanda, certains tenus par des religieux. Le choix de faire adopter des enfants dans l'orphelinat appartenant à Agathe Habyarimana abritant essentiellement des orphelins de militaires, n'était certainement pas étranger à la mouvance politique et sociale d'extrémisme hutu dans lequel il œuvrait. La liste des évacuations ayant été préparée personnellement par l'ambassadeur Marlaud, le choix de cet orphelinat entre en droite ligne des choix politiques de l'ambassadeur. Le caractère politiquement et, en fin de compte, ethniquement discriminatoire ressort mieux lorsque l'on considère le sort réservé à l'orphelinat de Marc Vaiter dont nombre d'enfants étaient, eux, directement menacés.

La seconde question que pose l'évacuation de l'orphelinat de Agathe Habyarimana concerne le nombre d'accompagnateurs qui semble avoir dépassé celui des employés de l'orphelinat. Selon André Guichaoua, la France a évacué « 94 enfants de l'orphelinat Ste Agathe, [...] accompagnés de 34 personnes ». Des observateurs pensent que leur nombre fut revu à la hausse par ceux qui ont procédé à l'évacuation, afin de pouvoir exfiltrer des proches du régime avec l'intention de les mettre à l'abri de tout danger, dans la perspective de les faire revenir au pouvoir après la neutralisation militaire espérée du FPR1. En effet, l'enquête menée sur le terrain par des journalistes de rémission « Le Droit de savoir» en 1995 indiquait que les effectifs de l'orphelinat ne dépassaient pas une vingtaine de personnes, chiffre confirmé devant la Commission par les témoins Emmanuel Hategekimana, Espérance Mukakarangwa, Alphonsine Ntamuhanga et Yacine Musenge, tous résidant à Masaka.

D'autres témoignages précisent que les Français cachaient généralement l'identité des personnes embarquées dans leurs avions, ce qui peut conforter l'hypothèse de la dissimulation de l'identité de certains Rwandais qu'ils évacuaient. Selon le journaliste Jean-Pierre Martin, témoin du déroulement d'Amaryllis, « On ne pouvait jamais filmer qui montaient dans les avions français, et généralement ça se faisait plutôt les soirs ». Vu la concordance de récits relatifs au nombre d'agents de l'orphelinat, et considérant les indications montrant que les adultes évacuées ont dépassé le chiffre de personnes qui travaillaient à l'orphelinat, il n'est pas à exclure que les Français ont évacué, en connaissance de cause, des individus ne faisant pas partie du personnel de l'orphelinat, pour une raison ou une autre.

d) Abandon de l'orphelinat de Marc Vaiter

Alors qu'ils procédèrent à l'évacuation de l'orphelinat Sainte Agathe, les militaires français refusèrent le même secours aux quarante enfants d'un autre orphelinat de Kigali, qui était pris en charge par un citoyen français, Marc Vaiter. Cet orphelinat se trouvait dans le centre ville de Kigali, contrairement à Masaka situé à une vingtaine de kilomètres de la capitale. En plus, l'orphelinat de Marc Vaiter était placé dans un lieu exposé aux échanges de tirs et aux attaques des miliciens. La plupart des enfants qu'entretenait Marc Vaiter étaient des orphelins du SIDA qu'il avait récupérés au Centre Hospitalier de Kigali. Il hébergeait aussi des enfants menacés de génocide que des gens de bonne volonté lui confiaient.

Les faits se déroulèrent le 11 avril 1994. Deux soldats français accompagnés du Dr Jean-Marie Milleliri, un médecin militaire qui travaillait à Kigali au Projet SIDA financé par la coopération française, se présentèrent à l'orphelinat et s'adressèrent à Marc Vaiter en lui disant qu'ils venaient pour le rapatrier. Marc Vaiter exigea de partir avec les enfants. Ils refusèrent et préférèrent s'en aller. L'intéressé relate comme suit cet épisode : « Milleliri s'adresse à moi le premier : il faut s'en aller, Marc. Ordre de l'ambassade de France. Nous sommes venus te chercher.[...] Milleliri m'explique que la France et la Belgique ont envoyé des troupes, afin d'organiser l'évacuation des expatriés. Pas de temps à perdre. Nous devons partir aussitôt que possible.[...] Je dois trouver les moyens d'amener les enfants. [...] La plus grande partie d'entre eux sont tutsis c'est-à-dire victimes désignées des tueries. Il faut qu’ils puissent partir avec moi. Milleliri hoche la tête, désolé : on n 'a pas les moyens de transport nécessaires ».

3. Soutien diplomatique

Le soutien politique apporté par la France lors de la création du gouvernement intérimaire s'est doublé d'un appui diplomatique visant à redorer l'image de ce dernier et à faciliter son acceptation à l'ONU. Les personnalités impliquées dans la conduite des tueries, à la tête desquelles se trouvait le président Théodore Sindikubwabo sont restés en contact avec le général Quesnot.

3.1 Collaboration avec le gouvernement intérimaire

La France fut le seul Etat à collaborer de façon manifeste avec le gouvernement intérimaire, bien que le rôle de ce dernier dans l'organisation et la perpétration du génocide était bien établi. Le 27 avril 1994, soit trois semaines après le déclenchement du génocide, deux émissaires de ce gouvernement, Jérôme Bicamumpaka et Jean Bosco Barayagwiza, furent reçus à Paris à l'Elysée et à Matignon, alors que les Etats-Unis et la Belgique leur avaient refusé le visa1. Ils eurent des entretiens avec des hauts responsables français, notamment le Premier ministre Edouard Balladur, le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé et Bruno Délaye, chef de la cellule africaine à la présidence de la république2. Barayagwiza, à l'époque directeur des affaires politiques et administratives au ministère rwandais des affaires étrangères, était un extrémiste hutu radical, membre du comité de direction de la CDR et membre fondateur de la RTLM, l'instrument de propagande du génocide. Jérôme Bicamumpaka était quant à lui membre du MDR power, et ministre des Affaires étrangères du gouvernement intérimaire. C'est un extrémiste qui n'hésitera pas à exposer des propos haineux contre les Tutsi devant le Conseil de sécurité pour justifier la perpétration du génocide. Pendant leur séjour à Paris, Bicamumpaka et Barayagwiza se rendirent à l'ambassade du Rwanda en France, limogèrent l'ambassadeur Jean-Marie Vianney Ndagijimana à qui ils reprochaient de ne pas appartenir au hutu power, changèrent les serrures des portes de l'ambassade pour lui en interdire l’accès. Ils le remplacèrent par le chargé d'affaires, Martin Ukobizaba, considéré comme plus extrémiste que l'ambassadeur Ndagijimana.

Selon des organisations de défense des droits de l'homme, le motif avancé par les autorités françaises en recevant avec tous les honneurs les deux envoyés du gouvernement intérimaire est qu'il fallait « rester en contact avec toutes les parties au conflit », pour finalement déclarer qu'il s'agissait d'une « visite privée V Interrogé par Daniel Jacoby, président de la FIDH, sur le bien-fondé de la rencontre avec cette délégation, Bruno Délaye lui répondit qu'il « valait mieux leur parler que de ne pas le faire» et ajouta ultérieurement : « On ne peut pas ne pas se salir les mains avec l'Afrique ». Il apparaît donc qu' « à ce moment précis, les autorités françaises savent parfaitement à qui elles ont affaire1 » et qu'elles ont conscience de la portée du soutien politique qu'elles accordent au gouvernement intérimaire à travers une telle visite. En juillet 1994, Edouard Balladur nia la réalité avérée de la visite de ces derniers en déclarant : « Nous n’avons accueilli aucune de ces personnes en France ».

3.2 Contact avec le président du gouvernement intérimaire

Le 4 mai 1994, le général Quesnot accorda un entretien téléphonique au chef de l'Etat génocidaire, Théodore Sindikubwabo, au cours duquel celui-ci remercia son homologue français, Monsieur Mitterrand, pour tout ce qu'il a «fait pour le Rwanda et de l'accueil qui a été réservé à Paris à la délégation conduite par le ministre des Affaires étrangères ». Au lendemain de la prise du camp militaire de Kanombe par le FPR, le 21 mai 1994, le président Sindikubwabo reprit le contact avec la France en adressant un courrier à François Mitterrand dans lequel il lui exprima les « sentiments de gratitude pour le soutien moral, diplomatique et matériel» qu'il a consenti au régime rwandais «depuis 1990 jusqu'à ce jour». Il ne fit aucune mention du génocide en cours, se contentant de parler de « massacres interethniques » dont le seul responsable serait le FPR et dont « les progrès militaires risquent de rallumer le feu et replonger le pays dans une crise plus grave que la précédente ». Le courrier se terminait sur une demande précise au Président Mitterrand de «fournir encore une fois » au gouvernement intérimaire un « appui tant matériel que diplomatique » sans lequel « nos agresseurs risquent de réaliser leurs plans qui vous sont connus ».

A la réception de cette lettre, le général Quesnot rédigea aussitôt une note d'accompagnement transmettant la demande de Théodore Sindikubwabo au président Mitterrand dans laquelle il écrivit que « l'arrivée au pouvoir dans la région d'une minorité dont les buts et l'organisation ne sont pas sans analogie avec le système des Khmers rouges est un gage d'instabilité régionale dont les conséquences n 'ont pas été anticipées par ceux, y compris en France, dont la complicité et la complaisance sont patentes».

Il convient de rappeler que M. Sindikubwabo, avec qui le général Quesnot entretenait des liens étroits pendant le génocide, est non seulement le chef de file d'un gouvernement de tueurs, mais aussi il est l'instigateur du génocide dans sa préfecture natale de Butare. C'est lui qui, le 19 avril 1994, alors que la région était calme, se rendit sur les lieux, démit et fit assassiner le seul préfet tutsi du Rwanda, Jean-Baptiste Habyarimana, et incita la population hutu pour qu'elle se mette au « travail », autrement dit à massacrer les Tutsi et les Hutu qui osaient encore s'opposer à la réalisation du génocide.

3.3. Protection du gouvernement intérimaire au Conseil de sécurité

Pendant le génocide, les autorités françaises étaient hantées par la peur que « si le FPR remporte une victoire militaire sur le terrain », il voudra « imposer la loi minoritaire du clan tutsi ». Pour bloquer cet ennemi qu'est le FPR, la France œuvrera de façon à promouvoir l'inaction du Conseil de Sécurité face au génocide. Le soutien diplomatique français se manifesta fortement le 21 avril 1994, lors des débats portant sur le vote de la résolution 921 destiné à qualifier juridiquement les massacres en cours. L'ambassadeur français effectua un gros travail de lobbying auprès des autres Etats membres du Conseil pour s'opposer à ce que le Conseil de sécurité utilise l'expression «génocide» pour désigner les tueries que subissaient les Tutsi. Dans les termes de la résolution finale, le Conseil de sécurité suivit l'avis du représentant français et se limita à déplorer une situation de « violence » et de « carnage insensé » sans en désigner ni les auteurs ni la nature génocidaire des massacres en cours.

Une note interne relatant un entretien qui eut lieu le 2 mai 1994 entre le président Mitterrand et son ministre de la Défense, François Léotard, précise : « Aux Nations unies, la France a dû s'opposer à une condamnation partisane des seules exactions commises par les forces gouvernementales ». Autrement dit, un mois après le début du génocide, la France plaçait ce crime sur un pied d'égalité avec des actes répréhensibles commis par des combattants du FPR. En résumé, tout au long des mois d'avril-mai jusqu'au 16 juin 1994, date à laquelle la France sollicita un mandat d'intervention au Rwanda avec les pouvoirs dévolus par le chapitre VII de la Charte des Nations unies, elle poursuivit sa diplomatie onusienne en insistant sur le cessez-le-feu préalable à l'arrêt des massacres et n'utilisa le mot « génocide » que quand elle souhaita engager Turquoise. Et même à cette occasion, l'ambassadeur français laissa entendre que c'est « la population du Rwanda » dans son ensemble qui était victime du génocide, les Tutsi visés en tant que groupe ethnique, ne furent pas nommés. En cela, elle n'agissait pas différemment des autres membres du Conseil de sécurité, à la seule différence que cette attitude de passivité était le fruit, en partie, du travail en coulisse de la France.

On ne peut cependant rendre compte du jeu diplomatique de la France au Conseil de Sécurité sans prendre en compte l'attitude et les manipulations orchestrées par Boutros-Ghali telles que nous l'avons vu dans l'introduction générale dans la partie relatant l'action de la communauté internationale.

3.4. Collusion avec le Secrétaire général de l'ONU et son Représentant au Rwanda

L'action de protection de l'action du gouvernement intérimaire pendant le génocide par Boutros-Ghali peut s'expliquer par deux motifs : sa sympathie pour le gouvernement intérimaire héritier du régime Habyarimana ou son alliance avec la France. Boutros-Boutros Ghali avait des liens étroits avec le régime Habyarimana, il est intervenu à deux reprises pour que son pays, l'Egypte, autorise des ventes d'armes au Rwanda. Cette intercession fut notamment faite le 16 octobre 1990 à l'issue d'une entrevue entre Boutros-Boutros Ghali et l'ambassadeur du Rwanda en Egypte, Célestin Kabanda, qui aboutit à la signature d'un accord de vente d'armes d'un montant de 23 millions de dollars.

Une intervention identique eut lieu en décembre 1990 par laquelle le Rwanda obtint de l'Egypte une vente d'armes pour un montant de 5 millions 889 dollars, alors que les institutions égyptiennes habilitées avait refusé la vente pour cause de situation de guerre. Un courrier du ministre rwandais des Affaires étrangères, Casimir Bizimungu, à l'attention du président Habyarimana relate en ces termes le rôle actif de Boutros-Boutros Ghali : « Notre Ambassadeur loue l'intervention personnelle du Ministre Boutros Boutros GHALI auprès de son Collègue de la Défense pour la réalisation de notre récente requête auprès du Gouvernement Egyptien et concernant l'acquisition du matériel militaire qui nous a permis de faire face à la guerre nous imposée depuis octobre 1990 par les assaillants venus d'Uganda. C'est pourquoi je viens d'envoyer un messager (sic) de remerciements au Ministre Boutros Boutros GHALI pour son soutien indéfectible ».

Cependant, il semble difficile d'expliquer l'attitude protectrice de Boutros-Ghali, secrétaire générale de l'ONU, par la fidélité à l'amitié qui l'a une fois liée au Rwanda. Il semble plus probable que cette attitude ait été plutôt dictée par l'allégeance le liant à la France à laquelle il devait sa nomination à la tête de l'ONU. Dans la conduite de sa diplomatie pro-rwandaise, la France pouvait compter également sur Jacques-Roger Booh-Booh, représentant spécial du secrétaire général de l'ONU au Rwanda. Ancien ministre des Affaires étrangères et ex-ambassadeur du Cameroun à Paris en France, Booh-Booh était lié à la France et bien disposé à l'égard de l'entourage de Habyarimana. Comme il le reconnaît lui-même, sa nomination comme Représentant spécial du Secrétaire de l'ONU au Rwanda fut une affaire convenue entre le président camerounais Paul Biya et Boutros-Boutros Ghali. Durant son séjour au Rwanda, Jacques-Roger Booh-Booh démontra des affinités avec les partis extrémistes hutus et prit souvent conseil auprès de l'ambassadeur français Jean-Michel Marlaud.

Dans l'exercice de leur mission, Booh-Booh et son conseiller politique, Mamadou Kane, se méfiaient tous les deux du général Dallaire, ils lui manifestèrent une réelle inimitié et leur attitude se caractérisa par l'envoi de rapports présentant une fausse image de la réalité sur le terrain et contredisant nettement ceux du général Dallaire. Ces rapports furent exploités au profit du Rwanda par la France qui intensifia en vain ses efforts pour obtenir le limogeage de Dallaire, notamment en adressant une requête dans ce sens au gouvernement canadien.

Dans ses rapports à l'ONU, Dallaire laissa souvent entendre que l'intervention directe de la MINUAR était impérative pour protéger les populations civiles, alors que Booh-Booh n'évoqua guère cette éventualité, préférant insister sur la priorité d'un cessez-le feu, tout en exonérant le gouvernement intérimaire de ses responsabilités dans les massacres en cours, ce qui était aussi la position de la France1. La présentation au Conseil de Sécurité des rapports de Booh-Booh et la dissimulation de ceux de Dallaire a déjà été mentionnée dans l'introduction générale ainsi que les effets de l'action combinée de ces deux hommes à savoir la fausse présentation au niveau du Conseil de sécurité de la réalité du génocide sur le terrain, et le constat, accablant, par le président du Conseil de Sécurité durant le mois d'avril 1994, le Néo-Zélandais Colin Keating qui n'a pas hésité à affirmer plus tard qu'avec une meilleure information, le Conseil aurait agi de façon sensiblement différente.

4. Appui militaire français durant le génocide

Un certain nombre de témoignages et de déclarations d'officiels français permettent de dire que l'appui militaire français a été continu d'octobre 1990, pendant toute la période du génocide jusqu'à juillet 1994, date de son arrêt officiel. Cet appui pendant le génocide s'est manifesté par des contacts directs entre les plus hauts responsables militaires rwandais avec leurs homologues français, par la présence continue de militaires français auprès des FAR et par d'importantes livraisons d'armes mais surtout de munition.

4.1 Présence de militaires français au Rwanda pendant le génocide

Avant d'aborder la période du génocide lui-même, il faut mentionner les contradictions quant au nombre d'Assistants militaires techniques restés au Rwanda après le départ officiel des troupes françaises le 15 décembre 1993. La MIP, dans son rapport, indique qu'il serait resté 24 AMT français au Rwanda. Mais le 30 mai 1994, Michel Roussin, alors ministre de la Coopération, admet sur RFI qu'il en serait resté entre 40 et 70.

De nombreux témoignages font état du retour d'un certain nombre de militaires français précédemment installés au Rwanda vers le mois de février 1994 ou de leur présence continue, alors qu'ils étaient sensés être partis. La journaliste belge, Colette Braeckman, a passé plusieurs semaines d'affilée entre début 1994 et fin mars. Elle a affirmé à la Commission que durant ce séjour de nombreuses personnes, rwandaises comme expatriées, lui ont affirmé qu'elles avaient reconnu des militaires français sensés être partis en décembre 1993, habillés en civil. Interrogés, certains de ces militaires expliquaient qu'ils étaient revenus au Rwanda pour une mission de courte durée. Le colonel Walter Balis, officier de liaison de la MINUAR, lui aussi auditionné par la Commission, a rapporté que « la cellule de renseignement de la MINUAR dirigée par le capitaine Claysse signalait la présence de militaires français habillés en civil qui étaient de retour au Rwanda après décembre 1993. Personnellement, j'en ai rencontré un à l'hôtel Méridien. » Durant son séjour de deux jours au siège des Nations Unies à New York, les 28 et 28 mars 1994, le général Dallaire apprend que la France a tenté de le faire remplacer à la tête de la MINUAR, car, semblerait-il, elle n'avait pas apprécié les références qu'il avait faites dans ses rapports sur la présence d'officiers français au sein de la garde présidentielle alors fortement associée aux interahamwe. Or, selon la MIP, en août 1992, la France avait mis fin à la présence d'instructeurs français dans cette unité, du fait des accusations de l'implication de cette unité dans des « attentats ».(...)

18:51 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, France, Rwanda | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : rwanda, génocide, interahamwe, amaryllis, turquoise, habyarimana | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

LA PREUVE PAR MILLE DE L'IMPLICATION DE LA FRANCE DANS LE GENOCIDE RWANDAIS (1)

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Le rapport d'une commission d'enquête rwandaise sur le génocide, publié mardi 5 août à Kigali, accuse la France d'avoir été "au courant des préparatifs" et participé aux principales initiatives" de sa mise en place ainsi que de "sa mise en exécution". La France a rejeté mercredi 6 août les conclusions de ce rapport, les jugeant "inacceptables". Pour vous, un extrait dudit rapport.


I. Implication de la France pendant le génocide, avant l'opération Turquoise

Dans la soirée du 6 avril 1994, aux alentours de 20 heures 30. L’avion du président Habyarimana, de retour de Dar es-Salaam où ce dernier s'était rendu pour un sommet ultime consacré à la crise rwandaise, est abattu en plein atterrissage à l'aéroport de Kanombe (Kigali). De ses occupants, aucun ne survit. Dès cette soirée même, les militaires de la Garde présidentielle, du bataillon de parachutiste et de celui de reconnaissance ainsi que des miliciens interahamwe dressent des barrières sur tous les grands axes routiers et dans plusieurs quartiers de la capitale, et les tueries commencent. Le lendemain en milieu du jour, on apprend que le Premier ministre du gouvernement de transition et beaucoup de ses ministres ont été assassinés, et que des massacres ciblés visant les opposants hutu et plus particulièrement les Tutsi s'étendent sur l'ensemble du territoire national. Le génocide annoncé1 commence ainsi, et c'est dans ce contexte que la France envisage à nouveau d'envoyer un contingent militaire au Rwanda. Cette intervention militaire qui a duré du 9 au 12 avril 1994 se verra attribuer le nom de code Amaryllis.

1. Justifications officielles d'Amaryllis

La principale justification donnée à l'opération sera l'évacuation des ressortissants français et étrangers. L'opération se fait alors que la campagne de massacres des Tutsi devient systématisée dans Kigali et s'étend très rapidement à l'intérieur du pays, et la France décide officiellement et publiquement de ne rien faire pour faire cesser ces massacres.

1.1. Protection des ressortissants français, européens et étrangers

La décision de secourir les Français et autres expatriés vivant au Rwanda n'est pas prise dès l'assassinat du président Habyarimana, le 6, ni le lendemain, lorsque la campagne de massacres commence à Kigali, le 7 et une partie de la journée du 8 avril. Les responsables politiques et militaires analysent d'abord la situation pour pouvoir réagir au moment opportun, ce faisant ils mettent en avant la capacité ou pas des FAR de contrôler la situation face au FPR.

Le 7 avril, Bruno Délaye note dans le compte rendu d'une réunion de la « cellule de crise » implantée à l'Elysée : «Pour l'instant nos ressortissants ne sont pas menacés et aucune évacuation n'est envisagée ». Le général Quesnot est du même avis : « Les ressortissants français (450 à Kigali) ne semblent pas menacés dans l'immédiat.

Certaines familles isolées ont été regroupées à proximité de l'ambassade». Le chef de Etat-major particulier du président Mitterrand semble encore privilégier l'hypothèse selon laquelle « les forces armées rwandaises seraient en mesure de contrôler la ville en contenant le bataillon FPR de huit cents hommes et les éléments infiltrés" », sans exclure toutefois que l'armée rwandaise puisse être « incapable de tenir le nord du pays d'où pourrait repartir une nouvelle offensive FPR avec un fort soutien logistique ougandais ».

Malgré la décision de ne pas évacuer immédiatement, des mesures de préparation sont prises, incluant la mise à jour des plans de protection et d'évacuation des ressortissants français et belges en collaboration avec le bataillon belge œuvrant au sein de la MINUAR. En outre, deux bataillons et une unité de santé sont mis en alerte à Bangui, Libreville et Ndjaména. Au vu de l'histoire de l'action française au Rwanda, la position d'attente préconisée par les différents responsables français s'accompagne d'une volonté de ne pas mettre la France en avant. «Matignon et le Quai d'Orsay souhaitent, dans cette nouvelle crise rwandaise qui risque d'être plus meurtrière, que la France ne soit pas en première ligne et limiter notre action à des interventions à l'ONU pour que la Mission des Nations unies au Rwanda (MINUAR) remplisse sa mission de sécurité à Kigali (ce qu'elle n 'a pas réellement fait jusqu’ici) ».

La décision d'évacuer est prise lorsque le 8, vers 19 heures, l'ambassadeur Marlaud notifie au Quai d'Orsay que « la sécurité [des] ressortissants est menacée et justifie l'évacuation ». Cette demande est provoquée par la nouvelle de l'assassinat du gendarme français Didot et de son épouse, la mort de son collègue Mayer sera connue plus tard Ces gendarmes français faisaient secrètement l'écoute des communications. L'ambassadeur Marlaud estime qu'ils ont été assassinés par le FPR, mais un certain nombre de faits contredisent cette affirmation.

L'évacuation simple des ressortissants français et étrangers n'est pas la seule option envisagée. Une ligne de clivage se dessine entre la présidence de la République française et le gouvernement constitué par l'opposition de droite en cette période de cohabitation. « [Le chef d'état-major particulier du président Mitterrand, le général Quesnot] Refusant à se résigner à des nouveaux 'massacres et contre massacres, il préconise une intervention plus ambitieuse de l'armée française afin de protéger ou évacuer la communauté étrangère, de stabiliser les FAR de l'intérieur, de rétablir l'ordre à Kigali, et de s'interposer entre les belligérants de manière à stopper l'offensive du Front patriotique. » L'option d'appui direct aux FAR est rapidement écartée notamment par le Premier ministre E. Balladur et dans une certaine mesure le ministre des Affaires étrangères A. Juppé. II ne fallait pas replonger « dans le bourbier rwandais » ni « interférer dans le jeu politique rwandais ».

L'opération se limitera essentiellement à l'évacuation des ressortissants français et étrangers ainsi que des proches du président Habyarimana, mais comme nous le verrons plus loin, elle aura aussi approvisionné les FAR en munitions et laissera dernière elle des militaires continuer à soutenir les FAR engagées dans le génocide. Enfin, malgré les capacités d'influence importante de la France sur ces dernières ainsi que sur les responsables politiques en train d'organiser le massacre systématique de la population tutsi malgré la présence d'une force armée non négligeable cinq jours durant au tout début du génocide, la France va opter pour n'intervenir en rien, alors que les massacres sont en cours.

1.2 La proclamation de la décision de non intervention dans les massacres en cours

Au 10 avril, l'opération Amaryllis est composée de 464 soldats d'élite, la collaboration entre les troupes françaises et les FAR est excellente. Les instructeurs français des unités d'élite des FAR les plus impliquées dans les tueries sont encore présents à Kigali. L'ambassadeur de France a encouragé l'homme fort du moment, le colonel Bagosora à prendre les choses en main, l'ambassadeur Marlaud, abrite à l'ambassade l'essentiel des hommes et femmes politiques du régime Habyarimana, mais aussi un nombre important de ceux qui forment le nouveau gouvernement intérimaire pour la constitution duquel il a été consulté. Ceci montre l'influence déterminante que la France avait sur le processus politico-militaire au tout début du génocide et sur les hommes qui l'organisent.1 Pourtant la France décidera de ne strictement rien faire pour arrêter les massacres.

A aucun moment, des faits ou rétrospectivement, l'ambassadeur Marlaud n'évoquera une quelconque intervention politique auprès des acteurs militaires et politiques pour l'arrêt des massacres.

S'agissant de l'intervention militaire, l'inaction face aux massacres est prescrite par l'ordre d'opération d'Amaryllis du 8 avril, 1994, qui stipule que: « le détachement français adoptera une attitude discrète et comportement neutre vis-à-vis des factions rwandaises ». Les ministres Alain Juppé et Michel Roussin, qui se chargent d'expliquer les motifs de l'opération Amaryllis expriment sans ambiguïté le refus de la France de tenter d'arrêter les massacres. Miche Roussin explique le 11 avril les limites de l'intervention française : « // ne s'agit pas, pour la France, d'intervenir militairement au Rwanda. Il est clair que notre mission n'a qu'un caractère humanitaire visant à rapatrier nos ressortissants et leurs familles » Alain Juppé le même jour, est plus explicite dans le rejet d'une intervention visant à arrêter les massacres : « La France peut-elle faire la police dam l'univers entier ? A-t-elle les moyens et la responsabilité d'empêcher, sur l'ensemble de la planète, les peuples de s'entretuer ? »

Ce refus d'intervenir pour arrêter les massacres en cours de la part du gouvernement de droite peut s'expliquer par une volonté de prise de distance ave la gestion mitterrandienne de la question rwandaise, mais il se fonde aussi sur une vision ethniste et tribale de l'Afrique en général et du Rwanda en particulier, où les massacres interethniques seraient une fatalité qu'il faut se résoudre à accepter. Ainsi, en privé, le Premier ministre Balladur aurait dit : « Ils se sont toujours massacrés ainsi ! Pourquoi voulez-vous que cela cesse ? »

Du côté de la présidence française, nous l'avons vu, par l'intermédiaire du général Quesnot, la proposition d'une action armée pour arrêter les massacres est couplée avec un appui militaire français afin de s'assurer de la victoire des FAR sur le FPR. Cette option est partagée par le colonel Bach, chef du détachement spécialisé d'Amaryllis, qui estime qu'il était encore tout à fait possible de renverser la situation militaire et éviter la défaite des FAR, par ailleurs engagées dans les massacres. « Rien ne laissait en effet présager à ce moment-là une victoire du FPR, les FAR résistaient tout à fait correctement [...], Il aurait suffit de très peu de chose (quelques conseillers militaires français) pour que l'on assiste à un renversement de situation. Juin 1992 et février 1993 auraient pu parfaitement être 'rejoués' en avril 1994 ».

Le 13 avril, soit près d'une semaine après le début des massacres alors qu'ils avaient atteint un niveau d'intensité exceptionnel et que le rôle d'organisateur de ces massacres du gouvernement intérimaire était bien connu, face aux difficultés militaires de ce gouvernement, le président Mitterrand s'inquiète du sort de celui-ci : « Il serait étonnant que le gouvernement de Habyarimana ne trouve pas un endroit sûr où il puisse tenir quelques temps »3. Dans ces conditions il n'est pas étonnant que la France n'ait pas cherché en aucune façon d'arrêter les massacres lors de l'opération Amaryllis.

2. Les faits reprochés à la France

2.1 Soutien politique aux organisateurs du génocide


Après la mort du président Habyarimana et le début du génocide, la France apporta au gouvernement intérimaire un soutien politique afin de faciliter son acceptation auprès d'autres Etats et des instances internationales. Ce soutien se manifesta notamment par des conseils politiques donnés aux meneurs des massacres lors de la formation du gouvernement intérimaire, l'évacuation privilégiée des extrémistes hutus et l'abandon des employés tutsi des institutions françaises au Rwanda. Les forces françaises déployées au Rwanda en avril 1994 n'essayèrent pas d'enrayer la furie meurtrière des militaires et des miliciens qui massacraient des civils devant leurs yeux.

2.1.1 Implication dans la formation du gouvernement intérimaire

Dès la matinée du 7 avril 1994, de nombreux dignitaires du régime de Habyarimana parmi lesquels figuraient des partisans de l'extermination des Tutsi se regroupèrent dans l'enceinte de l'ambassade de France où ils furent hébergés avec leurs familles. Il y eut environ deux cent Rwandais, se souvient Joseph Ngarambe, qui y arriva le 10 avril. Ceux qui s'y regroupèrent avaient de prime abord peu de raisons de craindre pour leur sécurité, car ils faisaient partie, pour la plupart, du cercle rapproché du parti présidentiel et du Hutu power. La plupart d'entre eux jouèrent un rôle actif dans le génocide et sont aujourd'hui soit recherchés par la justice, soit en jugement devant le TPIR, où condamnés par cette juridiction, ou visés par des plaintes devant des juridictions nationales d'autres Etats.

Pendant leur séjour à l'ambassade de France à Kigali, ils contribuèrent à former le cabinet ministériel du gouvernement dit intérimaire qui orchestra et supervisa l'exécution du génocide. Un certain nombre de ces personnalités réfugiées à l'ambassade de France feront partie du gouvernement intérimaire comme on peut le voir sur ce tableau. La formation du gouvernement intérimaire fut pilotée par le colonel Théoneste Bagosora, avec la collaboration des chefs des partis « power » ou des factions power des partis de l'opposition.' Cousin de l'épouse du président Habyarimana, Bagosora a été formé à l'Ecole de guerre à Paris, où il a obtenu un brevet d'études supérieures militaires. Il occupa successivement les fonctions de commandant adjoint de l'Ecole supérieure militaire de Kigali et de commandant de l'important camp militaire de Kanombe, de 1988 à 1992, dans lequel opéraient des officiers et instructeurs français, avant sa nomination au poste de directeur de cabinet au ministère de la Défense en juin 1992. Mise à la retraite de l'armée le 23 septembre 1993, il continua néanmoins à exercer ses fonctions de directeur de cabinet jusqu'à son départ du Rwanda en juillet 1994. Il est l'un des principaux organisateurs du programme d'autodéfense civile au cours duquel des distributions d'armes furent effectuées aux civils hutu qui avaient reçu un entraînement militaire, parfois assurée par des militaires français . Selon Filip Reyntjens, c'est Bagosora qui, dans la nuit du 6 au 7 avril 1994, entre 2h et 7h du matin, à partir du ministère de la Défense, donna des ordres de massacres à la garde présidentielle, au bataillon de reconnaissance et au bataillon para commando avec lesquels ils disposait d'une liaison radio directe et privée". Il est aujourd'hui poursuivi par le TP1R comme organisateur du génocide.

L'ambassadeur français. Jean-Philippe Marlaud, s'impliqua personnellement, aux côtés du colonel Bagosora, dans la formation du gouvernement intérimaire, jusqu'à la suggestion de certaines personnalités appelées à en faire partie. D'après les déclarations de l'ambassadeur Marlaud à la MIP. Dès le 7 avril, en compagnie du colonel Jean-Jacques Maurin, il avait « effectué une démarche auprès du colonel Théoneste Bagosora, le directeur de cabinet du ministre de la Défense, ce dernier étant en déplacement au Cameroun. Il lui avait dit qu’il fallait reprendre le contrôle de la situation et que les Forces armées rwandaises devaient coopérer avec la MINUAR, mais cet avertissement s'était avéré inutile et la situation avait continué de s’aggraver. »

Les tendances politiques radicalement anti-tutsi et contre les partis politiques de l'opposition modérée du colonel Bagosora étaient de notoriété publique. Ainsi, en juin 1992, lorsque le nouveau gouvernement de coalition dirigé par l'ancienne opposition a démis de leurs fonctions les anciens chefs d'état major de l'armée et de la gendarmerie à cause de leurs positions politiques extrémistes, le président Habyarimana avait tenté de faire nommer Bagosora au poste de chef d'état-major des FAR, les partis de l'ancienne opposition refusèrent du fait de ses orientations politiques extrémistes. C'est le même colonel Bagosora qui après avoir participé à une partie des négociations des Accords d'Arusha avait le 8 janvier 19936 «manifesté ostensiblement son opposition aux concessions faites par le représentant du gouvernement. Boniface Ngulinzira, ministre des Affaires étrangères, au point de quitter la table des négociations. Le colonel Bagosara a quitté Arusha en déclarant qu'il rentrait au Rwanda 'pour préparer l'Apocalypse'.)) Cette déclaration, largement relayée dans la presse rwandaise, avait fortement choqué à l'époque.

L'adoubement que constituait la démarche de l'ambassadeur Marlaud et du colonel Maurin demandant à Bagosora de prendre « le contrôle de la situation » est bien exprimé par l'ancien Premier ministre du gouvernement intérimaire. Jean Kambanda, lors de son interrogatoire du 26 septembre 1997 par deux enquêteurs du TP1R. A la question de savoir si le colonel Bagosora avait rencontré une opposition de la part des plus hauts responsables militaires à son intention de prendre le contrôle du comité militaire de crise constitué durant la réunion du 7 avril à l'état-major, Kambanda répond : « - Jean Kambanda : Oui à son projet de prendre le pouvoir [...] Et on lui a plutôt conseillé de demander avis à l'ambassadeur de France.

Le soutien accordé par l'ambassadeur Marlaud à celui qui est aujourd'hui considéré comme le principal organisateur du génocide et la protection accordée aux membres les plus radicalement extrémistes du Hutu Power réfugiés à l'ambassade tranche fortement avec la façon dont le diplomate français a traité le cas du Premier ministre en exercice, Agathe Uwilingiyimana. Celle-ci représentait l'autorité politique légitime en tant que chef du gouvernement. Elle était, sur le plan légal, la personne autorisée pour assurer la vacance du pouvoir. Mais elle avait peut-être le désavantage aux yeux de l'ambassadeur français d'être opposée au Hutu Power. Le Premier ministre Uwilingiyimana était intervenue le matin du 7 avril sur RFI en lançant un vibrant appel à la paix et à l'arrêt des violences. Cherchant à se rendre dans les studios de la radio nationale, les FAR l'empêchèrent de rejoindre Radio Rwanda pour adresser un message à la nation. Par cette intervention radiodiffusée le matin du 7 avril, alors que plusieurs personnalités de l'opposition étaient déjà assassinées, la France savait que le Premier ministre rwandais était en vie et en danger de mort. Or, entre la résidence du Premier ministre et l'ambassade de France, il y avait une distance ne dépassant pas 500 m ! Elle fut exécutée tout près de chez elle entre 1 Ih et 12h. Elle aurait pu être sauvée si l'ambassadeur français l'avait voulu.

Auditionné par la MIP, Marlaud reconnut avoir effectivement eu des rencontres avec des responsables politiques qui ont mis en place le gouvernement intérimaire :
« La matinée du 8 avril avait été marquée par [...] l'arrivée à l'ambassade de France de plusieurs ministres. Ces derniers ont alors tenu une réunion au cours de laquelle ils ont fixé trois orientations : remplacer les ministres ou les responsables morts ou disparus, tenter de reprendre en main la garde présidentielle en vue d'arrêter les massacres et, enfin, réaffirmer leur attachement aux accords d'Arusha. Ils se sont néanmoins refusé à nommer M. Faustin Twagiramungu Premier ministre en remplacement de Mme Agathe Uwilingiyimana ».

Concluant sur l'audition de Marlaud, la MIP écrit : « Vers 20 heures [le 8 avril], l'ambassade a été informée de la nomination d'un Président de la République et d'un Gouvernement intérimaire. La composition de ce gouvernement était apparemment conforme aux accords d'Arusha puisqu 'elle prévoyait une répartition des portefeuilles entre partis politiques ».

L'ambassadeur Marlaud travestit la réalité. Car le gouvernement intérimaire ne rassemble que les représentants des partis membres de la coalition Hutu Power ainsi que les factions Hutu Power dissidentes des partis d'opposition. Cette coalition Hutu Power était, depuis la fin de l'année 1993, radicalement contre les Accords d'Arusha et préconisait le massacre des Tutsi et des responsables politiques hutu et tutsi fidèles au processus de paix d'Arusha. La formation du gouvernement intérimaire, étape indispensable à la réalisation du programme génocidaire, avait nécessité au préalable l'assassinat des responsables politiques opposés à la coalition hutu power, dont le Président de l'Assemblé nationale et le Premier ministre, Agathe Uwilingiyimana, qui, constitutionnellement, devait assumer l'exercice du pouvoir, du fait de la disparition du chef de l'Etat. Quelques rares responsables politiques non Hutu Power avaient réussi à se cacher. Ainsi, la formation du gouvernement intérimaire est la manifestation du coup de force porté contre les Accords d'Arusha et l'étape politique nécessaire à la commission du génocide. L'ambassadeur Marlaud après avoir contribué à sa formation, cherche quatre ans plus tard à légitimer le gouvernement qui a orchestré le génocide.

Dès sa formation, l'ambassadeur Marlaud s'employa à obtenir le soutien diplomatique à ce gouvernement auprès des partenaires européens. Dans le courant de l'après-midi 8 avril, il téléphona à son homologue belge, Johan Swinnen, et lui communiqua une liste de ministres retenus en lui demandant de lui accorder son appui, en invoquant le motif selon lequel ce gouvernement avait été mis en place pour prévenir un coup d'état militaire. Selon F. Reytnjens, relayé par Linda Melvern1, l'ambassadeur belge «réagit avec réserve» en estimant que « la tendance est trop 'power '. Il exprime le point de vue qu'un tel gouvernement paraît trop peu conforme aux réelles exigences politiques. Marlaud, lui, se dit assez satisfait. Surtout parce qu'il juge que la mise en place d'un gouvernement permettra d'empêcher le coup d'Etat qu’'il redoute ».

On peut s'interroger sur les raisons qui ont poussé l'ambassadeur Marlaud à mettre à l'écart le général Marcel Gatsinzi, chef d'état-major de l'armée qui représentait l'autorité militaire légale. Pourquoi la France a-t-elle collaboré avec Bagosora, retraité de l'armée et connu pour ses positions extrémistes, en laissant de côté le chef d'état-major en charge des questions de sécurité publique et de maintien de l'ordre qui avait été désigné dès le 6 au soir par ses pairs de l'armée ?

2.1.2 Les évacuations ciblées

Quelques heurs après le déclenchement du génocide, la France déploya au Rwanda l'opération Amaryllis, avec pour mission officielle de procéder à l'évacuation des ressortissants français et étrangers. Ainsi, Amaryllis évacua les Français et d'autres Occidentaux, parfois avec leurs chiens, mais abandonna des centaines de milliers de Rwandais en danger de mort certaine, y compris des employés tutsi de l'ambassade et des autres services français installés au Rwanda. Elle laissa les fonctionnaires des organismes internationaux non européens qui avaient trouvé refuge auprès de la MINUAR à l'Ecole technique officielle de Kicukiro, mais se soucia de l'évacuation prioritaire des extrémistes hutus les plus virulents.

a) Protection des extrémistes du hutu power

Les principales personnes rwandaises évacuées par la France furent les proches du pouvoir, en priorité la veuve du président défunt, Agathe Kanziga, embarquée à bord d'un Transall de l'armée française vers Bangui avec douze membres de sa famille, notamment son frère Protais Zigiranyirazo, sa sœur Catherine Mukamusoni, son cousin germain Séraphin Rwabukumba et Alphonse Ntilivamunda gendre du président Habyarimana. A cette époque, Agathe Kanziga et ces autres personnes, à l'exception de Catherine Mukamusoni, sont connues pour être des extrémistes qui, depuis 1992, organisaient autour d'elle un groupe de tueurs composé de civils et de militaires appelé « Réseau zéro » ou « clan de Madame » qui coordonnait les massacres et assassinats politiques au cours des années précédant le génocide1. Le rôle politique néfaste de Mme Habyarimana fut reconnu par la Commission de recours des réfugiés dans sa décision de rejet du 1 5 février 2007 qui considère :

« II résulte de l'instruction que [...] peut être établi l'existence d'un premier cercle du pouvoir [...] appelé akazu, dans lequel se distinguait le rôle prépondérant exercé par la requérante ; que ce premier cercle de l'akazu comprenait des personnes originaires en majorité de la région de provenance de l'intéressée et de son défunt mari ; que le noyau dur de ce même cercle était composé de Mme Agathe KANZIGA veuve Habyarimana, de son frère Protais ZIGIRANYIRAZO, de son cousin germain Séraphin RWABUKUMBA et de son cousin, le colonel Elie SAGATWA, et que ce 'petit' akazu détenait des pouvoirs réels depuis le coup d'Etat de 1973 notamment dans la désignation des fonctionnaires, des militaires et des magistrats aux principaux postes ainsi que dans la redistribution des biens étatiques, laquelle favorisait les membres de l'akazu et les régions du nord-ouest du Rwanda. d'où venaient ces membres ; qu’ainsi, la requérante, sans détenir de poste officiel, exerçait une autorité de fait sur les affaires de l'Etat : qu'elle s'est nécessairement trouvée au cœur du régime qui s'est rendu coupable des crimes perpétrés entre 1973 et 1994, notamment des assassinats d'opposants politiques après le coup d'Etat de 1973 et de la planification du génocide rwandais qui a eu lieu, dans sa plus grande proportion, entre le 6 avril et le 17 juillet 1994 ».

La veuve du président Habyarimana ne cachait nullement son engagement en faveur des massacres en cours au Rwanda. La déclaration de François Mitterrand, lors d'une audience accordée à une délégation de Médecins sans Frontières, le 14 juin 1994, le montre assez bien : « Elle a le diable au corps, si elle le pouvait, elle continuerait à lancer des appels aux massacres à partir des radios françaises. Elle est très difficile à contrôler ».

Le rôle joué par Agathe Kanziga dans la politique des massacres était de notoriété publique et les décideurs français ne devaient pas l'ignorer. Il ressort des documents de la présidence française que l'évacuation de la famille présidentielle rwandaise et autres dignitaires du régime rwandais fut explicitement ordonnée par le président français. Une note de Bruno Délaye indique : « Famille du président Habyarimana. Elle est pour l'instant sous la protection de la garde présidentielle. Si elle le souhaite, elle sera accueillie à la résidence de notre ambassadeur, conformément à vos instructions ». Une autre note du général Quesnot précise : « La situation a conduit à recommander fermement à nos ressortissants de quitter le pays. Le premier avion ayant à son bord une quarantaine de Français et, conformément à vos instructions, douze membres de la famille proche du Président Habyarimana a quitté Kigali samedi enfin d'après-midi ».

Agathe Kanziga et ses proches rejoignirent la France le 1 7 avril 1994 et s'installèrent d'abord dans un hôtel à Paris aux frais de l'Etat français, puis déménagèrent dans un appartement familial, la France couvrant tous les frais d'ameublement1. Ils furent reçus par les représentants du Quai d'Orsay qui leur attribuèrent une allocation de subsistance imputée sur un compte spécial des actions urgentes en faveur des réfugiés rwandais. Interrogé sur le bien-fondé de cette faveur, le ministre de la Coopération, Michel Roussin s'insurgea contre ceux qui le critiquaient : « Nous avions des relations convenables avec un président légitimement élu et nous avons récupéré sa famille qui a demandé notre aide ». Il ajouta : « Il est pour le moins étrange que l'on reproche à la France d'avoir procédé ainsi : d'autres pays ont pu juger bon d'abandonner les dirigeants avec lesquels ils avaient entretenu des relations normales jusqu'alors. Faire de même les aurait condamnés à mort. Nos traditions sont autres ».

Auditionné par la MIP, Alain Juppé nia la réalité du caractère sélectif des évacuations : « Ces décisions d'évacuation ont été prises sur place entre l'ambassade de France, et notre ambassadeur qui était sur place, M. Marlaud, et les responsables d'Amaryllis en jonction de ce qui était faisable dans une ville en proie, je le rappelle aux massacres et où de nombreux sites étaient totalement inaccessibles. Le détail pourra paraître mineur mais le téléphone était coupé. Ont pu être évacués les personnes qui étaient à l'ambassade et sur les lieux de regroupement - et je le dis ici jusqu'à ce qu'on m’apporte la preuve du contraire -, qu'il s'agisse de Français, d'étrangers de toutes nationalités, de Rwandais hutu ou lutsi. Les personnels de l'ambassade ont été sauvés quelle que soit leur origine. Et je trouve qu'il est gravissime d'affirmer sans preuve concrète qu’un tri aurait été fait à l'ambassade de France entre les Hutu et les Tutsi au moment de l'évacuation. J'affirme le contraire - sur la base des informations dont je dispose -, à charge pour ceux qui soutiennent cette thèse de l'étayer par des preuves. Mais je voudrais dire que ceci est vraiment d'une extrême gravité lorsqu'on affirme des choses de ce type ».

Il convient de préciser que le téléphone n'était pas coupé dans Kigali pendant l'opération Amaryllis. Pendant cette période, des anciens employés tutsi des institutions françaises l'ont utilisé et ont communiqué avec leurs employeurs français comme nous allons le voir plus loin. La principale centrale téléphonique du pays avait été déplacée à l'hôtel des Mille collines et était sous la surveillance de militaires français. Elle permit des échanges entre le colonel Jean-Jacques Maurin et F état-major des FAR, et c'est sur cette même centrale que le 2 mai 1994, Bruno Délaye eut un échange avec le patron des FAR, le général Bizimungu, pour l'empêcher d'exécuter les personnes réfugiées dans cet hôtel. Enfin, durant Amaryllis, les troupes françaises pouvaient aller où bon leur semblait, presque partout dans Kigali, sauf dans le petit périmètre occupé par le bataillon du FPR stationné dans l'enceinte du Parlement et ses alentours en vertu des Accords d'Arusha.

18:35 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, France, Rwanda | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : rwanda, génocide, interahamwe, amaryllis, turquoise, habyarimana | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

samedi, 30 août 2008

FRANÇAFRIQUE : CE QUE LES AFRICAINS DOIVENT SAVOIR SUR LA MAFIA SARKOZIENNE

NICOLAS SARKOZY 4.jpg
Les intellectuels africains sont en berne, au regard de
l’action politique du candidat Sarkozy qui avait promis la
rupture. Nombre d’entre-nous ont donné leurs suffrages au
candidat de la rupture, pour espérer des lendemains politiques
meilleurs et démocratiques. Or l’action de Nicolas Sarkozy
continue de susciter des interrogations chez de nombreux
africains, pour qui la rupture tant annoncée tarde à venir. Il
suffit de scruter la vie privée et politique de
Nicolas Sarkozy, pour nous rendre compte que la rupture
ne peut, en fait, être qu’une imposture.


Par Apollinaire Noël KOULAMA


1) NICOLAS SARKOZY : LE PRODUIT DE LA MAFIA CORSE ET DE
ROTHSCHILD


Nicolas Sarkozy est né en 1955, d’un noble catholique
hongrois, Pal Sarkosy de Nagy-Bocsa, réfugié en France, après
avoir fuit l’armée rouge, et d’Andrée Mallah, une roturière
juive séfarade d’origine de Thessalonique. Ils ont eu 3
enfants (Guillaume Sarkozy, François Sarkozy, Nicolas Sarkozy).

Lorsque les parents de Sarkozy divorcent, sa mère devient la
Secrétaire d’Achille Perreti ; Achille Perreti est un corse,
il est le cofondateur de la SAC avec Charles Pasqua, une
milice armée qui protégeait le Général De Gaulle et les
institutions de la République.

Le corse Achille Perreti va être élu maire et député de
la ville de Neuilly-sur-Seine, qui est la plus riche
banlieue de la capitale parisienne, puis plus tard, il
deviendra Président de l’Assemblée nationale.

En 1972, un magazine américain « Time » révèle l’existence
d’une organisation criminelle (L’Union Corse) qui contrôlerait
une grande partie du trafic de stupéfiant entre l’Europe et
l’Amérique ; c’était la fameuse histoire vraie de la « French
Connexion » qu’ Hollywood devait porter à l’écran. Le magazine
américain « Time » citera le nom d’un corse, Jean Ventury ; il
était arrêté quelques années plus tôt au Canada et il
n’est autre que le délégué commercial de Charles Pasqua pour
la société d’« Alcool Richard ». Le magazine américain évoque
le nom de plusieurs familles corses qui dirigeraient «
L’Union Corse », dont la famille Perreti. Achille Perreti nie
dans un premier temps, mais doit renoncer plus tard à la
Présidence de l’Assemblée Nationale et échappe même à un
suicide.

En 1977, le père de Nicolas Sarkozy (Monsieur Pal Sarkozy)
se sépare de sa seconde épouse (Christine de Ganay) ;
Christine De Ganay lie des relations avec le N°2 de
l’administration centrale des Etats-Unis. Celui-ci épouse
Christine De Ganay et l’invite à s’installer aux Etats-Unis.
Ce nouveau mari n’est autre que Franck Wisner Junior. Monsieur
Franck Wisner dans ses fonctions, joue un rôle important au
sein de la CIA. Nicolas Sarkozy va se rapprocher de ses
beaux frères et du nouveau mari de sa belle-mère, qui le
fait bénéficier des programmes du département d’état
américain. A la même période, Nicolas Sarkozy adhère au
parti gaulliste et il fréquente rapidement le corse Charles
Pasqua.

En 1982, Nicolas Sarkozy termine ses études de droit et
s’inscrit au barreau de Paris, il épouse une corse, la
nièce de Achille Perreti (l’ancien patron de sa mère et co-
fondateur de la SAC). Son témoin de mariage n’est autre que
Charles Pasqua. Et, en sa qualité d’avocat, Maître
Nicolas Sarkozy défend devant les juridictions, les intérêts
de ses amis corses, les malfrats et d’autres mentors de
même acabit. Il acquiert une notoriété parmi ses amis
corses, et acquiert une propriété en Corse et imagine même
de « corsiser » son nom de famille, en souhaitant remplacer le «
y » par un « i », pour faire Sarkozi, au lieu de Sarkozy.

Or, les habitudes ont la peau bien dure. Nicolas Sarkozy
pour affirmer son amitié pour son milieu corse, se rend
le soir du 2ème tour, au Fouquet’s, après que les chaînes
de télévisions aient annoncé sa victoire. Pourtant, habituellement, la
victoire se fête au Q.G. Avec les militants. Mais Nicolas
Sarkozy s’y était rendu pour un bref discours. Le Fouquet’s
est une brasserie aux Champs Elysées, anciennement sous
l’appellation de « L’Union Corse », il appartient aujourd’hui
au casinotier Dominique Desseigne, qui le met à la
disposition de Nicolas Sarkozy et la fête de la victoire
peut se faire en compagnie des hommes les plus riches de
France et les riches amateurs des grands casinos.

D’ailleurs la constitution de l’équipe gouvernementale montre
le ton :

• Le Ministre de la Jeunesse et des Sports, un ami de
Desseigne et lobbyiste des casinos.
• Claude Guéant, Secrétaire général de l’Élysée, bras droit de
Charles Pasqua et ami de Omar Bongo.
• François Pérol, Secrétaire général adjoint, il est l’associé/gérant du groupe Rothschild, fils du Directeur de l’Agence
juive, il fut écarté par Chirac pour son américanisme.
• Alain Bauer, l’homme de l’ombre, Franc-maçon et ancien
Grand Maître de la 1ère loge de France, il est chargé des
services de renseignements.


2) NICOLAS SARKOZY : LE PRODUIT DE LA CIA ET DU MOSSAD

En 1993, la gauche perd les élections législatives. Le
Président François Mitterrand refuse de démissionner et entre
en cohabitation avec le parti gaulliste. Jacques Chirac
refuse d’être le Premier Ministre et cède sa place à
Edouard Balladur pour former, en finalité, un tandem CHIRAC/
BALLADUR pour les prochaines échéances présidentielles. Charles
Pasqua est promu Ministre de l’Intérieur par Edouard
Balladur. Le nouveau ministre de l’intérieur met la main
forte contre la marijuana marocaine et l’immigration d’origine
africaine. Pendant ce temps, il tire la révérence de sa
nouvelle fonction, en protégeant les activités des mafieux
corses, en intelligences avec les dictateurs africains des
pays francophones. Lui et ses amis corses en profitent pour
prendre le contrôle des casinos, jeux et courses, en pays
francophone.

Pendant qu’il est Ministre de l’Intérieur, Charles Pasqua
tisse des relations avec l’armée d’Israël « Le Mossad ».
Nicolas Sarkozy, quand à lui, est le plus proche de Charles
Pasqua et il est Ministre du Budget, Porte-parole du
gouvernement.

En même temps, à Washington, Franck Wisner Junior (le
nouveau mari de la belle-mère de Nicolas Sarkozy) succède à
Paul Wolfowitz, comme Responsable de la planification
politique au Département de la Défense, et il tisse des
liens étroits avec Nicolas Sarkozy qu’il peut considérer
comme un beau-fils. C’est ainsi qu’une crise politique
éclate dans le parti gaulliste, entre le courant gaulliste
historique et le courant gaulliste financier, incarné par
Edouard Balladur, Charles Pasqua et le jeune Nicolas Sarkozy.

Entre temps, sous l’instruction de Londres et de Washington,
Balladur, Pasqua et Sarkozy acceptent d’ouvrir des négociations
pour intégrer dans l’OTAN les anciens pays de l’Europe
Centrale et Orientale affranchis de la tutelle soviétique.

Le conflit atteint son apogée, lorsque Edouard Balladur,
contre toute attente se présente candidat aux élections
présidentielles contre Jacques Chirac, qui lui avait cédé la
place de Premier Ministre. Le tandem CHIRAC/BALLADUR fond
et Charles Pasqua, avec le jeune Nicolas Sarkozy, trahissent
Jacques Chirac, pour s’allier avec Edouard Balladur. Cette
crise s’illustrera jusque dans les financements de la campagne
électorale. En effet, le trio BALLADUR/PASQUA/SARKOZY va
tenter de faire main basse sur la caisse noire gaulliste
de la double comptabilité de la société ELF. L’affaire est
révélée, la justice s’en mêle, on perquisitionne l’entreprise
et certains dirigeants sont incarcérés. Finalement, le trio
n’aura pas le temps de se servir du magot de la caisse
noire d’ELF.

Jacques Chirac devient Président de la République. Après
avoir battu Balladur, il tient à distance Charles Pasqua et
Nicolas Sarkozy. Sarkozy se fait discret durant toute la
traversée du désert et noue des relations avec les cercles
financiers. C’est pourquoi, en 1996, après son divorce,
Nicolas Sarkozy se mariant avec Cécilia, aura pour témoins
de mariage les milliardaires Martin Bouygues et Bernard
Arnaud (l’homme le plus riche de France). Parmi ses amis du
monde de la finance, on trouve Vincent Bolloré, formé à la
Banque Rothschild. Il est mêlé dans des affaires en Afrique.
C’est lui qui lui prêtera un Falcon-900 privé et un Yacht
de 65 mètres, après sa victoire présidentielle, pour un repos
bien mérité. Nicolas Sarkozy peut dès lors bénéficier du
soutien des médias et du monde des affaires.

Par ailleurs, grâce à Franck Wisner Junior, la CIA et le
MOSSAD planifient la montée en puissance de Nicolas Sarkozy ;
ils agissent en plusieurs séquences :

Pendant des années, les médias du monde sont tenus en
haleine, par les révélations posthumes d’un promoteur
immobilier, enregistrées sur cassette vidéo peu avant sa mort, relatives à des affaires en cours de la Mairie
de Paris, en France. Les raisons de ces révélations n’ont
jamais été élucidées. Plusieurs années plus tard, la cassette
se retrouve entre les mains de Dominique Strauss-Khan, qui
l’a faite parvenir aux médias.

Mais les aveux du promoteur immobilier, décédé d’une maladie
grave, ne débouchent sur aucune sanction judiciaire. Par
contre, ils ouvrent une boîte de Pandore sur les affaires
de la Mairie de Paris. La principale victime sera Alain
Juppé : Ami de Jacques Chirac et Secrétaire Général du parti
gaulliste. Pour protéger Jacques Chirac, Alain Juppé accepte
toutes les accusations et les infractions pénales dont
l’inéligibilité pendant plusieurs années. En conséquence,
Alain Juppé sera mis à l’écart du Secrétariat Général du
parti gaulliste, ce qui laisse la voie libre à Nicolas
Sarkozy de prendre le Secrétariat Général du parti gaulliste,
comme cela a été planifié.

Sarkozy profite alors de sa position de Secrétaire Général du
parti gaulliste et de la notoriété qui s’en suit, pour
contraindre Jacques Chirac à le prendre dans le gouvernement,
malgré leur haine réciproque. Erreur ou pas, Jacques Chirac le nomme Ministre de l’Intérieur.
Nicolas Sarkozy contrôle les préfets et les renseignements
intérieurs qu’il utilise pour créer un noyau autour des
grandes administrations.

Neutraliser tout challenger au parti socialiste : Des
primaires sont organisés au parti socialistes, deux candidats
se déclarent au départ, Laurent Fabius et Ségolène Royal.
Parmi les deux, Laurent Fabius semble être un candidat
sérieux au deuxième tour pour Nicolas Sarkozy, même si
Ségolène Royal est la candidate la plus sérieuse au sein du
parti socialiste, mais pas au niveau national. Dominique
Strauss-Khan, qui avait fait parvenir la vidéo des
révélations du promoteur immobilier à la presse, se déclare
à son tour, candidat aux primaires, avec pour mission
d’éliminer Laurent Fabius pour faire élire Ségolène Royal qui
ne pèsera pas au niveau national, au 2ème tour, devant
Nicolas Sarkozy.

Dès sa prise de fonction, Nicolas Sarkozy, remercie Strauss-
Khan, en le faisant élire à la tête du Fond Monétaire
International (FMI).

Peu avant l’élection de Nicolas Sarkozy, Franck Wisner Junior
(le nouveau mari de la belle-mère de Nicolas Sarkozy) sera
nommé par le Président américain, Georges Bush, comme « Envoyé
Spécial de l’Amérique pour l’indépendance de Kosovo », ainsi,
pour bien mener cette fonction, il insiste auprès de Nicolas
Sarkozy pour prendre Bernard Kouchner comme Ministre des
Affaires Etrangères, avec pour mission d’accompagner, en
Europe, la politique américaine de l’indépendance du Kosovo et
la liquidation de la politique arabe de la France, laissée
par Jacques Chirac.


3) CONCLUSION :

Depuis l’élection de Sarkozy, les gaullistes historiques
(favorables comme le Général De Gaulle à une politique
indépendante de la France face aux Etats-Unis), comme Alain
Juppé, Jean Pierre Rafarin, Dominique de Villepin, traversent
le désert et on peut se demander, jusqu’à quand la hache de
guerre entre ces courants françafricains gaullistes sera
enterrée.

En scrutant le parcours privé et politique de Nicolas
Sarkozy, tous les signaux de la rupture restent au rouge et
resteront au rouge, aussi longtemps que Nicolas Sarkozy
demeurera au pouvoir, en France. Le pouvoir de Sarkozy a été
depuis longtemps préparé par quelques stratèges de la CIA et
du MOSSAD, sans oublier les réseaux mafieux corses des
affaires. On peut donc imaginer, que sa campagne électorale
sur la rupture avec la politique de l’autre temps, en
Afrique, faisait bien partie de cette stratégie de prise de
pouvoir, pour inciter les africains de nationalité
française à lui apporter leur suffrage. N’a t-on jamais
entendu de François Mitterrand, « que les promesses n’engagent
que ceux qui les croient » ?

Rompre avec les réseaux de la françafrique, c’est rompre
aussi avec les réseaux corses et affairistes de la France,
dont certains sont impliqués dans la Françafrique et ce sont
ces mêmes réseaux qui ont contribué en bonne partie à la
victoire de Nicolas Sarkozy. Les rêveurs peuvent rêver, mais
la réalité nous ramène à l’évidence.


Résumé d’un article biographique sur Nicolas Sarkozy, écrit
par Thierry Meyssan.
Le titre et les sous-titres sont de Africdossier


Auteur : Appolinaire Noël KOULAMA
Publication : 18 août 2008
Rubrique : Afrique-politique
Source : http://africdossier.oldiblog.com

03:54 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, France | Lien permanent | Commentaires (4) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

REVELATION DE PRINCE JOHNSON DU LIBERIA

CHARLES TAYLOR.jpgLES AMERICAINS AVAIENT LIBERES TAYLOR POUR RENVERSER DOE,
SELON L'EX-CHEF DE GUERRE JOHNSON.

PRINCE JOHNSON FAISAIT PARTIE DE L'EQUIPE QUI A DESTITUE
THOMAS SANKARA


Les Etats-Unis avaient secrètement libéré de prison Charles Taylor
dans les années 80 pour qu'il aille renverser le président Samuel Doe
à Monrovia, a affirmé l'ex-chef de guerre libérien Prince Johnson,
devant la Commission Vérité et Réconciliation (TRC) du Liberia.


Charles "Taylor ne s'est pas évadé de prison. Il a été libéré (par les
Américains) dans le but de venir au Liberia pour nous aider à nous
défaire d'un régime dictatorial", a indiqué mardi Prince Johnson,
ancien allié de M. Taylor et ancien sénateur libérien, devant la
Commission.

Officiellement, l'ancien président libérien Charles Taylor s'est évadé
d'une prison américaine en 1985 avant d'aller au Liberia renverser le
président alors en exercice, Samuel Doe.

Mais selon M. Johnson, qui avait déjà évoqué le double jeu des
Américains au Liberia entre 1989 et 1997, M. Taylor a été secrètement
libéré par les autorités américaines pour réaliser cet objectif.

MM. Taylor et Johnson ont été des alliés dans les années 80 avant
d'être des ennemis.

Prince Johnson, connu pour sa brutalité, notamment pour avoir fait
filmer ses hommes torturant à mort le président Doe en 1990, est le
premier ancien chef de guerre à être entendu par la Commission vérité
et réconciliation depuis le début de ses auditions l'an dernier.

Au moins 500 personnes s'étaient pressées dans la salle d'audience
bondée pour l'écouter.

Prince Johnson a également expliqué que Charles Taylor, après son
retour en Afrique, s'était rendu au Burkina Faso pour y entraîner ses
troupes rebelles et avait alors été sollicité pour participer au
renversement du président burkinabè, Thomas Sankara, en 1987.

"Quand nous avons été là-bas (au Burkina Faso), on nous a dit que nous
serions arrêtés si nous ne coopérions pas pour renverser Sankara parce
qu'il était opposé à notre plan (pour renverser Doe). On nous a
demandé de rejoindre une unité spéciale des armées burkinabé pour le
destituer. C'est comme ça que Thomas Sankara a été renversé", a-t-il
dit.

L'ancien chef de guerre libérien n'a pas précisé quels étaient les
commanditaires des actions contre M. Sankara, tué en octobre 1987 dans
un coup d'Etat dirigé par l'actuel président du Burkina Faso, Blaise
Compaoré, dont on a souvent dit qu'il avait fourni des armes à M.
Taylor dans les années 90.

Le Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL) juge actuellement
Charles Taylor pour crimes de guerre et crimes contre l'Humanité
durant la guerre civile qui a déchiré la Sierra Leone de 1991 à 2001,
faisant 120.000 morts. Le procès a été délocalisé à La Haye pour des
raisons de sécurité.

Source : AFP Liberia

01:54 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, Libéria | Lien permanent | Commentaires (17) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |