topblog Ivoire blogs

dimanche, 09 novembre 2014

COMPROMISE PAR SON SOUTIEN A COMPAORE, LA FRANCE DOIT TIRER LES LEÇONS DE LA REVOLTE BURKINABE

 

BURKINA FASO. CHUTE DE BLAISE COMPAORE.jpg

 

Une semaine après la chute du président burkinabè Blaise Compaoré, des zones d’ombre commencent à se dissiper sur le rôle de protection du régime joué jusqu’au bout par la diplomatie française, fidèle à sa tradition françafricaine et une nouvelle fois à contre-pied de l’Histoire. Ce soutien est allé jusqu’à l’exfiltration de Blaise Compaoré, le soustrayant de fait à la justice de son pays.

Après avoir longtemps qualifié les relations franco-bukinabè d’"excellentes" (à l’instar de Laurent Fabius, en visite à Ouagadougou le 27 juillet 2012), la France n’a pris que très tard la mesure du mouvement de fond à l’œuvre depuis des mois au sein de la société civile burkinabè.

Dans une lettre à Compaoré datée du 7 octobre 2014, François Hollande se contentait de proposer comme solution de sortie un poste dans une organisation internationale (probablement l’Organisation Internationale de la Francophonie) à un président burkinabè toujours considéré comme "fréquentable" quelques jours avant sa sortie précipitée. Le parallèle avec la chute du tunisien Ben Ali, en janvier 2011, montre combien la France n’a pas su tirer les leçons de ses erreurs et continue à s’enfermer dans le soutien à des régimes dictatoriaux au nom de la "stabilité".

L’embarras et les compromissions de la diplomatie française ont été manifestes dans les jours précédant et suivant la chute du despote avec les postures embarrassées d’un ministre des Affaires étrangères français se contentant dans un premier temps d’un pusillanime appel au calme et à la protection des ressortissants, et de personnalités politiques telles que le député socialiste François Loncle, défendant en pleine crise le bilan du dictateur burkinabè face aux médias.

Auparavant, l’ambassadeur de France au Burkina, militaire de carrière comme son prédécesseur, s’était invité dans plusieurs réunions auprès des différents protagonistes du soulèvement, alimentant l’idée qu’il y défendait le plan de transition de Compaoré, selon lequel le dictateur devait se maintenir au pouvoir le temps de passer la main, quand la foule et l’opposition exigeaient un départ immédiat. Une ingérence scandaleuse de la part de la diplomatie du pays qui a le plus soutenu Compaoré au cours des 27 ans de son régime.

Ce qui est désormais avéré, c’est le rôle actif de la France dans la fuite de Blaise Compaoré.

Après avoir louvoyé en expliquant que la France avait joué un rôle dans son exfiltration, mais « sans y participer » [1], François Hollande a fini par reconnaître son mensonge en confirmant les informations de Jeune Afrique selon lesquelles le dictateur burkinabè a bien été emmené en Côte d’Ivoire par un hélicoptère puis un avion des forces françaises. Plus inquiétant, les propos de François Hollande sur les conditions de l’exfiltration de Compaoré, « il y a eu des attaques, il y a eu des réponses » sous-entendent la possibilité d’un engagement armé des militaires français. Si le président français assure avoir agi pour une évacuation « sans drame », en confiant Compaoré à un régime ivoirien "ami" peu enclin à l’extrader, il lui a surtout permis de se soustraire à d’éventuelles poursuites judiciaires au Burkina Faso, notamment pour son rôle dans des assassinats politiques comme ceux de Thomas Sankara et du journaliste Norbert Zongo ou dans la mort de manifestants burkinabè lors du soulèvement de ces derniers jours. Indispensable, la tenue d’un procès du despote burkinabè permettrait d’en savoir davantage sur les soutiens multiformes dont il a bénéficié de la part de la France depuis sa prise de pouvoir dans le sang en 1987.

Entièrement consacrée au repositionnement de l’armée française dans le Sahel (opération Serval, Barkhane), dont le Burkina est aujourd’hui un point stratégique, la France a négligé une nouvelle fois les aspirations démocratiques des populations des États qui soutiennent cette entreprise militaire. Le scénario surprise burkinabè pourrait, aujourd’hui ou demain, se reproduire au Tchad, au Cameroun, au Congo Brazzaville, au Gabon, au Togo et dans de nombreux autres pays, et prendre à nouveau de cours des autorités françaises qui ne manquent pourtant pas d’informations sur la nature de ces régimes et l’exaspération de ceux qui les subissent.

L’association Survie :

  • Demande aux autorités françaises, de cesser toute forme de soutien aux dictateurs et aux familles qui s’accrochent au pouvoir : Idriss Déby au Tchad, Sassou N’Guesso au Congo Brazzaville, Paul Biya au Cameroun, Ali Bongo au Gabon, Faure Gnassingbé au Togo, Joseph Kabila en République Démocratique du Congo, Teodoro Obiang Nguema en Guinée Equatoriale, etc.
  • Soutient le rassemblement organisé le samedi 8 novembre à 15h devant l’Ambassade du Burkina Faso à Paris
  • Soutient la demande de commission d’enquête parlementaire sur le rôle des autorités françaises dans l’assassinat de Thomas Sankara formulée par la campagne Justice pour Thomas Sankara, Justice pour l’Afrique et déposée sans suite favorable en 2011 et 2013 par les députés du Front de Gauche et d’E.E.L.V.
  • Dénonce la protection contre des poursuites judiciaires dont bénéficie de facto Compaoré en Côte d’Ivoire et rappelle l’exigence de justice pour toutes les victimes des guerres régionales, des assassinats et des crimes économiques de Blaise Compaoré et de la Françafrique
  • Demande la démission de François Loncle de la présidence du groupe parlementaire d’amitié franco-burkinabé, pour avoir défendu jusqu’au bout Blaise Compaoré, son image, son bilan, et l’idée qu’il devrait encore se maintenir au pouvoir dans le cadre d’une transition.

[1] Déclarations de François Hollande en marge de son déplacement au Canada le 04/11/2014

 

Source: SURVIE.ORG

COMPAORE EN LIBERTE GRACE AUX FRANÇAIS

afrique,burkina faso,compaoré en liberté grâce aux français,chute de blaise compaoré

 

L'Organisation Non Gouvernementale française SURVIE confirme l'information donnée par le camarade Souleymane Senn. Information selon laquelle, L'armée française, pour empêcher l'arrestation de Blaise Compaoré et sa comparution devant les tribunaux pour les nombreux crimes qu'il a commis, a combattu l'armée régulière et patriotique burkinabè.

Le président Français François Hollande confirme lui-même l'engagement armé des militaires français en affirmant «il y a eu des attaques, il y a eu des réponses».

Selon d'autres sources communiquées par le camarade, des proches sources proches de l'armée burkinabè cette bataille aurait fait une quinzaine de personnes tuées au cours de cette bataille. Il s'agit de 7 militaires burkinabè, 5 éléments du RSP et 3 des forces spéciales françaises.

Anicet Djehoury via Survie

 

Source: RESISTANCE COTE D'IVOIRE ISRAEL

jeudi, 10 avril 2014

POURQUOI LES PAYS AFRICAINS PAYENT UN IMPOT COLONIAL EN FRANCE MALGRE LEUR INDEPENDANCE?

 

FRANC CFA. 1000 F.jpg

 

Le saviez-vous? Aujourd’hui encore, beaucoup de pays africains continuent de payer un impôt colonial en France, et ce malgré l’indépendance !

Pour les pays nouvellement indépendant il fallut trouver des compromis avec la France. Sylvanus Olympio, le premier président de la République du Togo, un petit pays d’ Afrique de l’Ouest, trouva une solution susceptible de calmer les Français :

Ne voulant pas continuer à subir une domination française, il refusa de signer le pacte colonisation proposé par De Gaule, mais accepta en contrepartie de payer une dette annuelle à la France pour les soi-disant avantages obtenus lors de la colonisation française.

Ce furent les seules conditions de la France pour ne pas détruire le pays avant de partir. Toutefois, le montant estimé par la France était si grand que le remboursement de la soi-disant « dette coloniale » était proche de 40 % du budget du pays en 1963.

Dès lors, la situation financière du Togo tout juste indépendant fut très instable, et afin de se sortir de cette situation, Olympio décida de sortir du système monétaire mis en place par la France coloniale le FCFA (franc des colonies françaises d’Afrique), et créa la monnaie du pays.

Le 13 Janvier 1963, trois jours après , qu’il ai commencé à imprimer les nouveaux billets, une escouade de soldats (soutenus par la France) s’empara et tua le premier président élu de l’Afrique indépendante : Olympio fut exécuté par un ex Légionnaire français, le sergent de l’armée Etienne Gnassingbé qui, au passage, reçu à ce moment une prime de 612 dollars de l’ambassade française locale pour le succès de sa mission.

Le rêve de Olympio était de construire un pays indépendant et autonome. Mais l’idée ne correspondait pas aux volontés françaises.

Le 30 Juin 1962, Modiba Keita, le premier président de la République du Mali , décida également de se retirer du système monétaire FCFA (imposé à 12 pays africains nouvellement indépendants).

En effet, pour le président malien, qui se penchait plus vers une économie socialiste, il était clair que la colonisation qui perdurait avec ce pacte avec la France, devenait un piège, un fardeau pour le développement du pays.

Le 19 Novembre 1968, comme, Olympio, Keita sera victime d’ un coup d’état menée par un autre ex légionnaire français des Affaires étrangères, le lieutenant Moussa Traoré.

De fait, durant cette période turbulente où l’Afrique combattait à se libérer du joug de la colonisation européenne, la France usera à nombreuse reprises de mercenaire anciennement affiliés à la légion étrangère pour réaliser des opérations coup de poings contre les présidents nouvellement élus:

  • Au 1er Janvier 1966, Jean- Bedel Bokassa, ex légionnaire français, portait un coup d’état contre David Dacko, le premier président de la République centrafricaine.

  • Le 3 Janvier 1966, Maurice Yaméogo, le premier président de la République de Haute-Volta,  aujourd’hui appelé Burkina Faso, a été victime d’un coup porté par Aboubacar Sangoulé Lamizana, un ex légionnaire français qui a combattu avec les troupes françaises en Indonésie et en Algérie contre ces pays l’indépendance

  • Le 26 Octobre 1972 Mathieu Kérékou qui était un garde de sécurité au président Hubert Maga, le premier président de la République du Bénin, a porté un coup d’état contre le président, après avoir fréquenté les écoles militaires françaises de 1968 à 1970.

En fait , au cours des 50 dernières années, un total de 67 coups état qui se sont passés dans 26 pays en Afrique, 16 de ces pays sont des ex- colonies françaises, ce qui signifie que 61 % des coups d’états en Afrique ont été initiés dans d’anciennes colonies françaises.

 

Nombre de Coups en Afrique par pays

Ex-colonies françaises

 

Autres pays africains

 

Pays

Nombre de coup d’état

Pays

Nombre de coup d’état

Togo

1

Egypte

1

Tunisie

1

Libye

1

Côte d’Ivoire

1

Guinée Equatoriale

1

Madagascar

1

Guinée-Bissau

2

Rwanda

1

Libéria

2

Algérie

2

Nigéria

3

Congo – RDC

2

Ethiopie

3

Mali

2

Ouganda

4

Guinée Conakry

2

Soudan

5

Sous-TOTAL 1

13

   

Congo

3

   

Tchad

3

   

Burundi

4

   

Centrafrique

4

   

Niger

4

   

Mauritanie

4

   

Burkina Faso

5

   

Comores

5

   

Sous-TOTAL 2

32

   

TOTAL (1 + 2)

45

TOTAL

22

 

Comme ces chiffres le démontrent, la France est tout à fait désespérée, mais active à conserver une forte emprise sur ses colonies peu importe comment, peu importe le prix.

En Mars 2008, l’ancien président français Jacques Chirac a déclaré:

"Sans l’Afrique, la France va glisser vers le bas dans le rang de troisième puissance [ du monde ]"

Le prédécesseur de Jacques Chirac François Mitterrand déjà prophétisé en 1957 que: "Sans l’Afrique, la France n’aura pas d’ histoire au 21e siècle".

En ce moment même où j’écris cet article , 14 pays africains sont obligés par la France , à travers le pacte colonial , de mettre 85% de leurs réserves à la banque centrale de France sous le contrôle du ministère des finances français. Jusqu’à maintenant , en 2014, le Togo et environ 13 autres pays africains doivent encore payer la dette coloniale en France . Les dirigeants africains qui refusent sont tués ou victimes de coup d’état. Ceux qui obéissent sont soutenus et récompensés par la France grâce à style de vie somptueux, tandis que leurs populations endurent la misère et le désespoir.

Un tel système maléfique, est dénoncé par l’Union européenne, mais la France n’est pas prête à se passer de ce système colonial qui lui offre une trésorerie d’environ 500 milliards de dollars en provenance de l’Afrique, et ce par année.

Nous accusons souvent les dirigeants africains de corruption et de servir les intérêts des nations occidentales, mais il y a une explication claire de ce comportement . Ils se comportent ainsi parce qu’ils ont peur d’être tués ou d’être la victime d’un coup d’état. Ils veulent s’allier à une nation puissante pour se sauvegarder en cas d’agression ou de difficultés. Mais, contrairement à une protection amicale, la protection de l’Ouest est souvent offert en échange du renoncement à servir leur propre peuple ou les intérêts des nations.

Les dirigeants africains travailleraient dans l’intérêt de leur peuple s’ils n’étaient pas constamment harcelés et intimidés par les pays coloniaux.

En 1958 , effrayé des conséquences de son choix d’indépendance face à la France , Léopold Sédar Senghor a déclaré: « Le choix du peuple sénégalais, c’est l’indépendance, ils veulent qu’elle ait lieu seulement dans l’amitié avec la France , pas en litige. “

Dès lors la France a accepté qu’une « indépendance sur le papier” pour ses colonies , mais a signé en parallèle des ” accords de coopération “, précisant la nature de leurs relations avec la France, en particulier les attaches envers la monnaie ( le Franc ), le système éducatif français, les ententes militaires et les préférences commerciales.

Voici les 11 principales composantes de la poursuite du pacte de colonisation depuis les années 1950 :

1 . La dette coloniale pour les avantages de la France colonisation

Les pays nouvellement «indépendants» doivent payer pour l’infrastructure construite par la France dans le pays pendant la colonisation.

Je dois encore trouver les détails sur les montants, l’évaluation des avantages coloniaux et les conditions de paiement imposées aux pays africains, mais nous y travaillons ( nous aider avec des informations ).

2 . Confiscation automatique des réserves nationales

Les pays africains doivent déposer leurs réserves monétaires nationales en France à la banque centrale.

La France a tenu des réserves nationales de quatorze pays africains depuis 1961: Bénin, Burkina Faso, Guinée-Bissau, Côte d’Ivoire, Mali, Niger, Sénégal, Togo, Cameroun, République centrafricaine, Tchad, Congo-Brazzaville, la Guinée équatoriale et le Gabon.

La politique monétaire régissant un tel regroupement diversifié de pays est simple car il est, géré par le Trésor français , sans en référer aux autorités fiscales centrales comme l’UEMOA ou de la CEMAC. Selon les termes de l’accord qui a été mis en place par la banque centrale du CFA, chaque Banque centrale de chaque pays africain est obligée de garder au moins 65 % de ses réserves de change dans un « compte d’opérations » tenu au Trésor français, ainsi qu’un autre 20 % pour couvrir les passifs financiers.

Les banques centrales CFA imposent aussi un plafond sur le crédit accordé à chaque pays membre à l’équivalent de 20 % des recettes publiques de ce pays sur l’année précédente. Même si la BEAC et la BCEAO ont une facilité de découvert auprès du Trésor français, les traites sur les facilités de découvert sont sous réserve du consentement du Trésor français. Le dernier mot est celui de la Trésorerie française qui a investi les réserves étrangères des pays africains en son propre nom à la Bourse de Paris.

En bref , plus de 80% des réserves de change de ces pays africains sont déposées dans les « comptes d’opérations » contrôlés par le Trésor français . Les deux banques CFA sont africaines de nom, mais n’ont pas de politiques monétaires propres. Les pays eux-mêmes ne savent pas, ne sont pas informés, à hauteur de combien la réserve de change détenues par le Trésor français leur appartient en tant que groupe ou individuellement.

Les gains de l’investissement de ces fonds du Trésor français sont censés être ajouté à la réserve de change, mais il n’y a pas de comptabilité transmise aux banques ou aux pays, ni les détails de ces modifications. « Seul un groupe restreint de hauts fonctionnaires du Trésor français connaissent les montants figurant dans les « comptes d’opérations » où ces fonds sont investis ; si il y a un bénéfice sur ces investissements ; ils ont interdiction de divulguer ces informations aux banques CFA ou aux banques centrales des états africains. ” écrit le Dr Gary K. Busch

Il est estimé que la France gère près de 500 milliards d’argent africain dans sa trésorerie, et ne fait rien pour mettre un peu de lumière sur ce côté sombre de l’ancien empire.

La finalité reste : Les pays africains n’ont pas accès à cet argent.

La France leur permet d’accéder à seulement 15 % de leur argent par an. S’ils ont besoin de plus, les pays africains doivent emprunter, à des taux commerciaux, sur les 65% de leur argents détenu au Trésor français.

Pour rendre les choses plus tragiques , la France impose un plafond sur le montant de l’argent que les pays peuvent emprunter à la réserve . Le plafond est fixé à 20 % de leurs recettes publiques de l’année précédente. Si les pays ont besoin d’emprunter plus de 20% de leur propre argent, la France a un droit de veto.

L’ancien président français Jacques Chirac a récemment parlé de l’argent des pays africains dans les banques en France. Voici une vidéo qui parle du système d’exploitation français. Voici une courte transcription de l’extrait : “Nous devons être honnêtes et reconnaître qu’une grande partie de l’argent dans nos banques viennent précisément de l’exploitation du continent africain”.

3 . Droit de priorité sur toute ressource brute ou naturel découvert dans le pays

La France a la priorité en matière d’achats de toutes les ressources naturelles de la terre de ses ex- colonies. C’est seulement un refus de celle-ci que les pays africains sont autorisés à chercher d’autres partenaires.

4 . Priorité aux intérêts et aux entreprises françaises dans les marchés publics et constructions publiques

Dans l’attribution des marchés publics , les entreprises françaises doivent être considérées en premier lieu, et seulement après les marché étrangers sont considérés. Le fait que les pays africains pourraient obtenir une meilleure offres financière ailleurs n’est pas prit en compte.

En conséquence, dans la plupart des ex- colonies françaises, toutes les plus grosses compagnies et acteurs économiques sont dans la main des expatriés français. En Côte d’Ivoire, par exemple, les entreprises françaises possèdent et contrôlent tous les grands services publics – eau, électricité, téléphone, transports, ports et les grandes banques. Idem dans le commerce, la construction et l’agriculture.

En fin de compte, comme je l’ai écrit dans un précédent article, les Africains vivent maintenant sur un continent possédé par les Européens !

5 . Droit exclusif de fournir des équipements militaires et de former les officiers militaires des pays

Grâce à un système sophistiqué de bourses, de subventions, et les « accords de défense » attachés au pacte colonial, les africains doivent envoyer leurs officiers supérieurs de formation en France ou dans des infrastructures militaires françaises.

La situation sur le continent est telle que la France a formé et nourris des centaines, voire des milliers de traîtres. Ils sont en sommeil tant qu’ils ne sont pas nécessaires, et activés en cas de besoin pour un coup d’état ou à d’autres fins !

6 . Droit pour la France de pré-déployer des troupes et intervenir militairement dans le pays pour défendre ses intérêts

Sous la dénomination « Accords de défense » attachés au pacte colonial. La France a le droit d’intervenir militairement dans les pays africains, et aussi de stationner des troupes en permanence dans des bases et installations militaires, entièrement géré par les Français.

Les bases militaires françaises en Afrique

BASES MILITAIRES FRANçAISES EN AFRIQUE.png

Lorsque le président Laurent Gbagbo de Côte d’Ivoire a tenté de mettre fin à l’exploitation française du pays, la France a organisé un coup d’état. Durant le long processus pour chasser Gbagbo du pouvoir, les tanks français, les hélicoptères de combat et les forces spéciales sont intervenues directement dans le conflit, ont tiré sur des civils et tué beaucoup d’entre eux.

Pour ajouter l’injure à l’insulte, la France estime que la communauté d’affaires française a perdu alors plusieurs millions de dollars lors de la ruée pour quitter Abidjan en 2006 (où l’armée française a massacré 65 civils non armés et blessé 1200 autres.)

Après la réussite du coup d’état par la France, et le transfère de pouvoir à Alassane Ouattara, la France a demandé au gouvernement Ouattara de verser une indemnité à la communauté d’affaires française pour les pertes pendant la guerre civile.

Du fait, le gouvernement Ouattara leur a payé le double de ce qu’ils ont dit qu’ils avaient perdu en quittant.

7 . Obligation de faire du français la langue officielle du pays et de la langue pour l’éducation

Oui , monsieur. Vous Devez parler français, la langue de Molière ! La langue française et une organisation de la diffusion de la culture a été créé. Appelé «Francophonie» qui regroupe avec plusieurs branches et organisations affiliées toutes contrôlées par le ministre français des Affaires étrangères.

Comme démontré dans cet article, si le français est la seule langue que vous parlez, vous auriez accès à moins de 4% de la connaissance de l’humanité et des idées. C’est très limitant.

8 . Obligation d’utiliser la l’argent de la France coloniale le FCFA

C’est la véritable vache à lait pour la France, un tel système maléfique, est dénoncé par l’Union européenne, mais la France n’est pas prête à se passer de ce système colonial qui lui offre une trésorerie d’environ 500 milliards de dollars en provenance de l’Afrique, et ce par année.

Lors de l’introduction de la monnaie euro en Europe, d’autres pays européens ont découvert le système d’exploitation français . Beaucoup, en particulier les pays nordiques, ont été consternés et ont suggéré à la France se débarrasser du système, mais sans succès.

9 . Obligation d’envoyer le rapport annuel France du solde et de réserve

Sans le rapport, pas d’argent. Quoi qu’il en soit le secrétaire des banques centrales des ex- colonies, et le secrétaire de la réunion bi-annuelle des ministres des Finances des ex- colonies est effectué par la France banque centrale / du Trésor.

10 . Renonciation à entrer en alliance militaire avec tout autre pays , sauf autorisation par la France

Les Pays africains en général sont ceux avec le moins d’alliance militaires inter-etat. La plupart des pays ne disposent que d’alliances militaires avec leurs ex- colonisateurs ! ( drôle, mais vous ne pouvez pas faire mieux! ).

Dans les cas où ils souhaiteraient une autre alliance, la France les gardent bien de le faire.

11 . Obligation de s’allier avec la France en situation de guerre ou de crise mondiale

Plus d’un million de soldats africains se sont battus pour la défaite du nazisme et du fascisme pendant la seconde guerre mondiale.

Leur contribution est souvent ignorée ou minimisée, mais quand vous pensez que cela a pris seulement 6 semaines pour l’Allemagne pour vaincre la France en 1940, la France sait que les Africains pourraient être utiles pour conserver la « Grandeur de la France ” à l’avenir.

Il y a quelque chose de quasiment psychopathe dans la relation de la France avec l’Afrique.

Tout d’abord, la France est gravement accro au pillage et à l’exploitation de l’Afrique depuis l’époque de l’esclavage. Ensuite, il y a ce manque complet de la créativité et de l’imagination de l’élite française à penser au-delà du passé et de la tradition.

Enfin, la France dispose de 2 institutions qui sont complètement gelés dans le passé , habitées par des paranoïaques et psychopathes ” les hauts fonctionnaires ” qui répandent la crainte l’apocalypse si la France devait être amenée à changer, et dont la référence idéologique vient toujours du romantisme du 19ème siècle. Ils sont : le ministre de la Finances et du Budget de la France et le ministre des affaires étrangères de la France.

Ces deux institutions ne sont pas seulement une menace pour l’Afrique, mais pour les Français eux-mêmes.

C’est à nous que revient de libérer l’Afrique, sans demander la permission, parce que je ne peux toujours pas comprendre par exemple comment 450 soldats français en Côte d’Ivoire pourraient contrôler une population de 20 millions de personnes?

La première réaction des personnes lorsqu’ils apprennent l’existence de l’impôt colonial français est souvent une question: « Jusqu’à quand “

A titre de comparaison historique, la France a fait payer à Haïti l’équivalent moderne de 21 milliards de dollars de 1804 à 1947 ( près d’un siècle et demi ) pour les pertes causées aux marchands d’esclaves français suite à l’ abolition de l’esclavage et à la libération des esclaves haïtiens.

Les Pays africains paient la taxe coloniale depuis les 50 dernières années, donc je pense un siècle de paiement pourrait être de trop.

“Nous préférons la liberté dans la pauvreté à l’opulence dans l’esclavage”. SEKOU TOURE

 

Mawuna  Remarque Koutonin

 

Article original : 

http://www.siliconafrica.com/france-colonial-tax/

Traduit par l’équipe communication du Collectif Map

 https://www.facebook.com/dossou.gaglozoun

mardi, 25 mars 2014

TRANSFEREMENT DE BLE GOUDE A LA CPI: ET SI L'AFRIQUE ETAIT LE CONTINENT DE LA HONTE?

 

afrique,côte d'ivoire,TRANSFèREMENT DE BLé GOUDé à LA CPI, ET L'AFRIQUE ETAIT LE CONTINENT DE LA HONTE?,transfèrement de charles blé goudé à la cpi

Image d'archives: Blé Goudé dans sa cellule de prison à la DST, en Côte d'Ivoire

 

C'était en 1845 que le premier  africain, âgé de 10 ans, a été offert à la société royale d'Anvers... "Le négrillon" comme ils l'ont dénommé était cloîtré dans l'enceinte du zoo où il était exhibé et n'était pas autorisé à quitter le périmètre qui lui a été offert".

Encore au 21ème siècle, un jeune Ivoirien, âgé de 42 ans est déporté dans un zoo moderne "baptisé la CPI" c'est-à-dire dans "la prison des blancs" comme le disait la mère de Blé Goudé. Cette prison ultra moderne a été créée dans le seul but de continuer la déshumanisation de la race noire et de son maintien dans l'esclavage. Comment voulez-vous que ce continent puisse se développer si nos intellectuels sont assassinés ou emprisonnés par la seule volonté de l'homme blanc?

Par exemple, Gbagbo Laurent et Blé Goudé ont été livrés à la CPI par d'autres africains. Par contre d'autres ont été assassinés sur instruction des occidentaux mais toujours avec la complicité de certains noirs, à savoir: Tagro Désiré, Bohoun Bouabré, Gomon, Mahan Gahé, Dagrou Loula, Boga Doudou, Lumumba, Thomas sankara, Olympio, Kouamé N'kruma, etc.... Sans compter des centaines d'intellectuels militaires et civiles qui croupissent dans les geôles du nord de la Côte d'Ivoire  et dans les sous-sols de la DST d'Abidjan.

Ce système a été savamment étudié et mis en place par les puissances occidentales afin de maintenir le continent noir dans le sous-développement et dans l'obscurantisme. Pour les Occidentaux, la démocratie ne signifie rien en Afrique tant que les matières premières n'atterrissent pas chez eux. "La démocratie est un luxe pour les africains, comme le disait Jacques Chirac".

Chirac a raison parce que toutes les démocraties s'épanouissent sur des bases régaliennes, c'est-à-dire disposer d'une armée forte, capable de défendre vos frontières et votre civilisation, battre sa propre monnaie et avoir la maîtrise de sa politique étrangère.

Le continent africain n'a pas encore acquis le minimum de ces droits régaliens. C'est pourquoi il sera difficile de parler d'élections libres, transparentes et démocratiques en Afrique tant que le travail de la conscientisation n'est pas fait.

Blé Goudé et Gbagbo sont à la CPI pour avoir heurté aux intérêts des occidentaux et en particulier à ceux des Français et non pour avoir commis des crimes contre l'humanité.

Ce que je trouve pathétique dans le transfèrement de Blé Goudé et de Gbagbo, c'est le mutisme de tout un peuple ou d'un continent de plus d'un milliard d'individus où aucun intellectuel n'a été capable de lever le petit doigt et de condamner l'inacceptable et l'injustice de ce monde. C'est finalement le continent de "chacun pour soi". Même la pauvre mère de Blé Goudé a eu la force et l'intelligence de qualifier le transfèrement de son fils à la CPI  "de déportation dans le pays des bancs". Cette vieille mère n'a jamais mis pied à l'école. Donc à quoi sert de former des intellectuels en Afrique si ces derniers ne sont pas capables de dire non aux injustices faites au continent noir?

La victoire de l'impérialisme en Afrique, c'est d'avoir corrompu les Africains eux-mêmes. Je peux comparer Gbagbo et Blé Goudé à Frantz Fanon qui disait ceci: "J'arrivais dans le monde, soucieux de faire lever un sens aux choses, mon âme pleine du désir d'être à l'origine du monde, et voici que je me découvrais objet au milieu d'autres".

Je conseille aux africains de sortir de la dépendance intellectuelle. Tant que les intellectuels africains ne seront pas lus et écoutés dans leurs pays respectifs, et que nos élites politiques seront de plus en plus soupçonnées de collusion avec l'ancienne puissance coloniale, l'Afrique ne sortira pas de l'ornière.

 

Liadé Gnazégbo

 

Source: CIVOX.NET

dimanche, 19 janvier 2014

BURKINA FASO: POURQUOI OUATTARA ET SORO S'AGITENT-ILS? PAR THEOPHILE KOUAMOUO

 

SORO ET COMPAORE.gif

 

Le sentez-vous, ce vent de panique ? Depuis l’annonce, il y a une dizaine de jours, de la démission collective de plusieurs membres éminents du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), parti du numéro un burkinabé Blaise Compaoré, les principales figures du régime Ouattara donnent l’impression que la seule idée de voir celui qui règne sur Ouagadougou depuis bientôt 27 ans à la retraite leur fait perdre tout sang-froid et les pousse à douter de leur propre avenir politique. Contre tout bon sens, Guillaume Soro, Hamed Bakayoko et Ibrahim Ouattara dit « Photocopie », ont accouru à Ouaga pour apporter, aux frais du contribuable ivoirien, un soutien dégoulinant de flagornerie au tombeur de Thomas Sankara dans ce qui relève pour le moins d’un conflit interne à une association privée (le CDP).

Quel est leur problème ? Pourquoi s’agitent-ils tant ?

D’une certaine manière, en accompagnant avec force mercenaires et kalachnikovs, la prise de pouvoir sanglante d’Alassane Ouattara, Blaise Compaoré signait son « arrêt de mort ». Ne s’en est-il  pas rendu compte ? Dès lors qu’à Abidjan, cœur battant de l’influence hexagonale en Afrique de l’Ouest, avait été « reconquis » et qu’un homme conforme aux vœux de Paris avait été installé au Palais présidentiel du Plateau, son « utilité systémique » diminuait singulièrement. Certes, le « beau Blaise » peut toujours servir dans le cadre de l’action difficilement déchiffrable de la France au Mali et dans le Sahel. Mais il est moins central dans le « dispositif » qu’à l’époque où le « grand méchant Gbagbo » était au pouvoir et qu’il fallait tout faire pour s’en débarrasser, avec l’aide irremplaçable du Burkina Faso…

Ouattara est au pouvoir à Abidjan, Soro est le numéro deux de l’Etat ivoirien, Gbagbo est à La Haye. Au fond, et très cyniquement, les actuels dirigeants de la Côte d’Ivoire ont-ils toujours besoin que le plus grand commun déstabilisateur de l’Afrique de l’Ouest soit aux affaires à Ouaga au point de remuer ciel et terre pour faire « entendre raison » à ses adversaires internes ? A première vue, cet excès de zèle est curieux. Plusieurs hypothèses sont toutefois à étudier.

- Et si Ouattara soutenait Compaoré comme la corde soutient le pendu ? C’est bien connu : « cohabiter » avec des personnes dont on se sent « redevable », surtout quand on a soif de « s’affirmer » peut s’avérer difficile. Le natif de Ziniaré « out », il semble évident que l’ancien élève du lycée Zinda Kaboré de Ouagadougou devenu chef de l’Etat en Côte d’Ivoire prendrait, dans le « système françafricain », une importance plus grande. Cela dit, Ouattara peut aussi considérer qu’il continue de dépendre de Compaoré, notamment en ce qui concerne la livraison de matériel militaire hors embargo et/ou de mercenaires affectés – en tout cas jusqu’à un passé récent – à sa garde rapprochée.

- Et si c’était finalement Guillaume Soro qui avait le plus à gagner dans le maintien au pouvoir de Blaise Compaoré, qu’il présente volontiers comme son « mentor » ? Il est probable que l’équilibre des relations pas toujours très claires entre Ouattara et son « dauphin constitutionnel » ait besoin de l’entregent du maître de Ouaga pour ne pas sombre dans la franche adversité. Il ne faut pas oublier que, même quand Ouattara semblait convaincu que Soro le « trahissait » avec Gbagbo, notamment à la faveur du « dialogue direct », Compaoré continuait de le « couver ». Soro espère aussi, sans doute, prendre le pouvoir dans un avenir proche avec l’aide du « mentor »…

- Et si, au-delà de ce type de calculs d’ordre politicien, c’était la perspective d’un grand déballage du misérable tas de secrets liés à la rébellion ivoirienne et aux nombreux crimes économiques qui l’ont émaillée qui angoissait les tenants du pouvoir à Abidjan ? Un fin observateur de la scène politique et diplomatique ouest-africaine, le militant de gauche Guillaume Tene Sop, note ainsi que Salif Diallo, ancienne âme damnée du régime désormais passé à la dissidence, avait dans sa gibecière de souvenirs de quoi faire trembler à la fois Ouaga et Abidjan. « Pourquoi Soro court-il à Ouaga et parle de « médiation » dès que Salif Diallo démissionne du CDP ? De quoi a-t-il peur ? Pour la petite histoire, la ‘Mercedes noire’ c’est Salif Diallo. Le 19 septembre 2002 en Côte d’Ivoire, c’est Salif Diallo, le MPCI, c’est Salif Diallo, la prise de Bouaké c’est Salif Diallo, les armes du MPCI c’est Salif Diallo… Et si Salif Diallo se mettait à table ? Il faut protéger le citoyen Salif… Il est en danger », s’interrogeait-il récemment. Lessiveuse d’argent sale, abri de mercenaires et de comploteurs de tout poil, relais de la contrebande du cacao ivoirien, la capitale burkinabè a été témoin de maints épisodes cachés de l’histoire récente. En cas de divorce au CDP, les « docs » se retrouveront-ils sur la place publique ?

L’attitude de la France de François Hollande face au « cas Compaoré » sera en tout cas très intéressante à observer. Jouera-t-elle la carte d’un « Macky Sall » local, et du changement dans la continuité, en soutenant un homme du sérail pour mieux contrer la vraie opposition, notamment sankariste ? Affectera-t-elle la « non-ingérence » tout en appuyant discrètement un Compaoré qui sait se montrer utile ? Soutiendra-t-elle sans arrières-pensées le mouvement démocratique ? Qui vivra verra.

 

Théophile Kouamouo

 

Source: LE NOUVEAU COURRIER

mercredi, 15 janvier 2014

UN PROFESSEUR BURKINABE RECADRE GUILLAUME SORO

ETIENNE TRAORE.jpg


Burkina Faso - Professeur Etienne Traoré: «Quand le pouvoir ivoirien vote pour Blaise Compaoré sans en avoir le droit!»

 

J’ai lu avec un grand intérêt l’interview de Monsieur Guillaume Soro, envoyé du Président Alassane Ouattara dans Lefaso.net ce 10 Janvier.

Je pense qu’en dépit de la formule d’usage (" Je respecte scrupuleusement le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des États étrangers"), il s’est bien agi d’une flagrante immixtion dans nos affaires intérieures.

En effet, son interview dans le fond dit à nos compatriotes qu’ils ont un Président exceptionnel, indispensable à notre pays, à la sous-région et même à l’Afrique. Vous avez la chance d’avoir un tel Président, alors laissez- le continuer. C’est exactement ce que nous disent tous les jours les supporters nationaux du régime Compaoré plus proches de leurs intérêts personnels, souvent illicites, que des intérêts de notre peuple.

Au nom du Pouvoir ivoirien, Guillaume Soro appelle en fait à soutenir Blaise Compaoré pour le Référendum qu’il veut s’acheter à coups de milliards afin de se maintenir au pouvoir. Cela est ainsi résumé dans ses mots où Soro appelle : " Tous nos Frères Burkinabé à poursuivre la belle aventure de paix, de progrès et de démocratie jusqu’ici conduite sous la houlette du Président Compaoré qui, comme vous le savez, est précieux à son propre pays, à notre sous-région comme à notre continent, par l’exceptionnel rayonnement diplomatique qu’il a donné à la parole du Burkina Faso". Ce clair soutien au référendum pour Blaise Compaoré a été bien souligné par tous les observateurs indépendants de par le monde.

Monsieur Soro, quand on se veut médiateur, on ne prend pas aussi ouvertement position en faveur de l’un des protagonistes. En cela, vous n’avez pas bien écouté les leçons de Blaise Compaoré qui, comme vous le dites, " m’est absolument précieux". Lui, dans toutes ses médiations, a toujours évité d’afficher ses positions qui ont généralement été celles des puissances occidentales, notamment de la France.

N’oubliez pas qu’après Houphouet Boigny et avec son appui, c’est Blaise Compaoré qui a été adopté pour poursuivre la politique de la Françafrique dans la sous-région. Ce choix à été fait même sous la Révolution mais personne ne l’a su. Cette politique françafricaine consistait et consiste toujours à piétiner la souveraineté des États pour promouvoir par TOUS LES MOYENS LES INTÉRÊTS FRANÇAIS MÊME ET SURTOUT LES PLUS MAFIEUX.

Fort de ce soutien, Blaise Compaoré s’est immiscé (sans référendum) dans presque tous les conflits politiques armés ou non de notre sous-région avant de s’en faire le médiateur. Ses intrusions avec leurs atrocités valent aujourd’hui à nos compatriotes établis dans certains pays d’être traités en pestiférés. En un moment donné et dans certains pays, il n’était pas sécurisant de se dire burkinabè. Et ça continue dans d´autres pays encore.

Sachez qu’aujourd’hui ce leadership a été retiré à Blaise par ces mêmes puissances qui ne supportent plus les tripatouillages des Constitutions, encore moins les pouvoirs autocratiques et patrimoniaux. Lors du dernier sommet Afrique-France à Paris, cela a été rappelé au reste des dinosaures politiques (plus de 20 ans au pouvoir) dans l’espace francophone.

Monsieur Soro, votre prise de position qui n’a rien de diplomatique, n’est qu’un soutien mal camouflé à Son Excellence Monsieur Blaise Compaoré, en difficulté finale et fatale car voulant s’éterniser au pouvoir. Dès lors, je ne vous considère plus comme un médiateur, encore moins comme un homme de paix car la seule cause de toutes ces menaces contre la paix, la sécurité et la stabilité politique aujourd’hui, c’est Monsieur Blaise Compaoré qui, après 28 ans de pouvoir ne veut plus le quitter et veut, comme Mamadou Tandja, s’acheter un référendum par une corruption électorale sans précédent et des promesses fort démagogiques.

Il suffit alors à Blaise Compaoré de renoncer à cet exercice dangereux et périlleux pour que tous les risques de pathologie politique et sociale disparaissent. Si vous tenez vraiment à la paix, c’est ce que vous devriez amicalement conseiller à celui qui vous est " absolument précieux" comme vous le dites.

C’est vrai que vous devez beaucoup à Blaise Compaoré qui : a hébergé et formé (sans référendum ) votre rébellion armée alors dirigée par IB dans le sud de notre territoire national. Et vous en étiez le porte-parole ; vous a militairement soutenu (sans référendum ) dans votre crise post- électorale et vous soutient politiquement aujourd’hui.

Mais de grâce, ne pensez qu’à vous seulement et maintenant en sacrifiant EVENTUELLEMENT DEMAIN. Car en vous lisant, si Blaise Compaoré est si indispensable, que ferez- vous si un autre Burkinabé le remplace ? Or c’est ce qui est programmé et va se réaliser quels que soient les moyens et les soutiens utilisés. Je vous souhaite de bien vous comporter en homme d’Etat privilégiant absolument les intérêts de son pays par rapport aux intérêts de sa personne ou de son régime.

Et puis, auriez-vous la même réaction dans votre propre pays si Alassane Ouattara voulait modifier votre Constitution pour effectuer seulement un troisième mandat ? Assurément non ! Alors, pourquoi voulez- vous que les Burkinabé acceptent ce que vous refuserez avec force ou par la force chez vous ? Au Pouvoir ivoirien, si vous voulez sincèrement la paix pour nous tous, ayez le courage de dire à votre Grand Ami de renoncer au tripatouillage de la Constitution dans son pays. Il pourrait vous écouter et le peuple Burkinabé vous en serait reconnaissant. Toutes autres attitudes amicalistes ou partisanes renforceraient la crise ici en sacrifiant les intérêts de nos peuples sur l’autel des intérêts individuels et partisans, tous passagers, alors que ceux de nos peuples sont permanents. Je rappelle enfin que dans bon nombre de conflits politiques, armés ou non, en Afrique, ce sont les immixtions des pays voisins, parfois relais d’intérêts étrangers, qui les allument ou les entretiennent. Évitons cela à notre sous-région désormais. Tout le monde y gagne.

À l’occasion, j’interpelle nos gouvernants pour qu’ils respectent et fassent respecter notre Souveraineté Nationale. Il n’est pas normal que sous le couvert d’une médiation, on vienne s’immiscer dans nos débats politiques internes. Qu’ils respectent également la souveraineté des autres États, entre autres, en cessant de soutenir les rebelles indépendantistes armés du MNLA qui se servent de notre territoire pour se la couler douce tout en tenant des propos incendiaires et subversifs, mettant en cause l’intégrité territoriale d’un pays frère et ami de par l’histoire et la géographie : la République du Mali. Nous ne voulons pas de rébellions indépendantistes armées chez nous.

Alors, évitons de les soutenir ailleurs pour ne pas aussi risquer un jour, d’engager notre peuple déjà si pauvre dans un conflit armé pour une cause injuste, anti-patriotique afin de satisfaire l’insensée volonté hégémonique d’un homme. Peut-être diaboliquement prêt à cela pour se maintenir au pouvoir chez nous !

 

10 Janvier 2014

Etienne Traore, Université de Ouagadougou

 

Source: LE FASO.NET

dimanche, 29 décembre 2013

PAIX ET SECURITE EN AFRIQUE: LA FRANCE FAIT PARTIE DU PROBLEME, PAS DE LA SOLUTION



Dossier Centrafrique et France à fric

MICHEL COLLON: «Entre 2000 et 2011, la part de marché de la France au Sud du Sahara a décliné de 10,1% à 4,7%», affirme le rapport Védrine. Voilà la clé! Tout le reste est propagande pour justifier l'ingérence, comme le prouve notre dossier...

République Centrafricaine: La France en quête d'influence - Tony Busselen

«Augmenter notre présence en Afrique»: la loi de programmation militaire française - Raphaël Granvaud

Paix et sécurité en Afrique: la France fait partie du problème, pas de la solution - Survie

L'Afrique perd Mandela, mais garde Déby, Biya, Sassou et l'armée française - Survie

Paris, le 5 Décembre 2013 – Réunis à l’occasion d’une conférence, les associations Survie et Sortir du Colonialisme, et des militants malien et tchadien ont dénoncé l’organisation par la France du Sommet de l’Élysée sur la paix et la sécurité en Afrique à Paris les 6-7 décembre, au moment même du déclenchement d’une opération militaire en Centrafrique.

 
 
Il s’agit du premier Sommet France-Afrique organisé sous la présidence de François Hollande, qui a convoqué lui-même ce sommet, choisi son thème et décidé de l’organiser à Paris, dans un lieu aussi symbolique que l’Elysée. Difficile de voir les signes d’une quelconque rupture dans la politique africaine de la France, alors que dans la tradition des Sommets France-Afrique, la plupart des dictateurs africains du « pré-carré » francophone seront présents, y compris les plus infréquentables : le tchadien Idriss Déby (au pouvoir depuis 1990), Paul Biya (Cameroun, depuis 1982), Denis Sassou Nguesso (Congo-Brazzaville, depuis 1979) ou encore Blaise Compaoré (Burkina Faso, depuis 1987).

A l’occasion de cette conférence de presse, Fabrice Tarrit, président de Survie a déclaré :
« En 1998, lors d’un précédent sommet France-Afrique sur la sécurité, la France avait annoncé vouloir changer de pratiques en matière de coopération militaire. 15 ans plus tard, son armée est toujours bien positionnée en Afrique et la plupart des dictateurs de l’époque sont toujours en place. La France poursuit ses interventions militaires sans avoir dressé aucun bilan de ces opérations ni de leur impact réel sur la paix et la démocratie dans les pays concernés. Ce bilan serait, il est vrai, accablant »

Le porte-parole de Sortir du Colonialisme, Patrick Farbiaz, a rappelé que ce sommet intervient pendant la négociation d’une loi de programmation militaire qui, dans le prolongement du Livre Blanc sur la Défense, prévoit le renforcement de la capacité d’intervention des forces françaises sur le continent. « On assiste à une relégitimation de l’ingérence militaire française qui s’appuie sur une propagande autour d’opérations prétendument menées au nom des droits de l’Homme, mais qui servent en vérité les intérêts français », a-t-il ajouté.

Interrogé sur le positionnement en première ligne de la France dans le conflit en Centrafrique, le Président de Survie a rappelé que la France avait une responsabilité historique dans l’état de déliquescence de la Centrafrique. « Elle a installé ou destitué tous les chefs d’Etat que ce pays a compté. Elle a accueilli le dictateur Bozizé à l’Elysée en 2007 puis envoyé des troupes combattre à ses côtés à Birao en 2007 et 2008, au prix de nombreuses exactions. En 2010, malgré la déshérence de ce pays, de ses institutions et de son armée, elle a adopté un partenariat de Défense avec la Centrafrique. On ne peut pas prétendre être la solution quand on fait à ce point partie du problème. » Le représentant de Survie a également pointé les zones d’ombre entourant le « mandat » onusien de la France en Centrafrique. «  Il est regrettable de voir la France écrire elle-même une résolution à l‘ONU l’autorisant à intervenir militairement sous son propre uniforme et son propre commandement et déployer des troupes, sans attendre le vote de cette résolution, en utilisant des pays voisins comme le Cameroun comme base arrière. Les troupes africaines que la France est censée appuyer dans le cadre de la MISCA ont par ailleurs toutes en commun d’être issues d’une autre dictature du pré-carré (Congo-B ; Tchad, Gabon, Cameroun). »

Le positionnement du Tchad d’Idriss Déby dans le conflit en Centrafrique a été souligné par le bloggeur tchadien Makaila Nguebla. « Il a amené au pouvoir en 2003 le président François Bozizé et l’a destitué en 2013 en montant la rébellion de la Séléka. Des soldats tchadiens participent la force africaine en Centrafrique. Une mascarade que Hollande est en train de cautionner ».

Le cas du Mali illustre également cette nécessité d’aborder avec la plus grande méfiance les interventions militaires de la France. Selon le Pr Issa N’Diaye du Forum Civique Mali, « l’intervention militaire au Mali, initialement applaudie par la majorité des maliens, est de plus en plus remise en cause. Le rôle de la France et de la communauté internationale qui soustraient la ville de Kidal au territoire malien et imposent au Mali le MNLA comme interlocuteur unique dans les négociations sur le Nord Mali au détriment d’un processus incluant l’ensemble des communautés de la région, ainsi que le maintien d’une situation d’insécurité, sont en train de faire changer d’avis la population malienne. »

Par ailleurs, pour Issa N’Diaye «  Le processus électoral imposé par la France sans consultation des Maliens eux-mêmes est à ce jour loin d’avoir apporté des solutions satisfaisantes en matière de renouvellement de la classe politique. »

Les associations ont également relevé les enjeux géostratégiques et économiques du Sommet France-Afrique, qui a été précédé par un événement organisé à Bercy par le Ministère des Finances et le MEDEF, ayant rassemblé 600 chefs d’entreprise. Des responsables politiques français y ont clairement exprimé le souhait de voir la France conquérir de nouveaux marchés en Afrique.

Malgré les promesses de changement, ce sommet, qui met en première ligne l’Elysée, l’Etat-Major et les entreprises, consolide ainsi clairement les piliers politique, militaire et économique de la Françafrique.


 
 

mercredi, 21 août 2013

COTE D'IVOIRE: DE L’INEVITABLE REFERENDUM POUR LA NATIONALITE ET LE FONCIER

ALASSANE OUATTARA.jpg


Quel crédit accorder à un référendum qui serait organisé par un régime totalitaire? Pour annexer l’Autriche en 1938 (Anschluss), Hitler avait organisé un referendum après y avoir fait un coup d’état (comme en Côte d'Ivoire) pour cacher ses visées hégémoniques et tromper la communauté internationale. 

Toutefois, en préconisant la voie référendaire en Côte d'Ivoire dans les conditions actuelles, nous optons pour un moindre mal devant la précipitation législative de Ouattara et espérons ouvrir le débat sur les dispositions préalables à cette consultation: la révision des listes électorales après la réconciliation nationale, pour que seuls les ivoiriens aient la pleine maîtrise du processus référendaire. Le référendum n’est donc pas une solution infaillible. Mais quand devant nous sont organisées des élections législatives, régionales et municipales se prévalant du suffrage d’une minorité pour se légitimer, mieux que le silence, l’exigence du référendum participe de cette résistance démocratique prévue par nos textes. En démocratie, tout projet à grandes répercussions sociales est soumis au référendum.

En Côte d’Ivoire, devant la gravité des problèmes de la nationalité et du foncier, le peuple ne saurait déléguer son droit souverain de décider. La loi 98-752 du 23 Décembre 1998 adoptée à l’unanimité des députés, reconnait aux seuls citoyens Ivoiriens, sans remettre en cause les droits d’usage (exploitation,  louage) concédés aux étrangers, la capacité de prétendre à la propriété foncière. Le législateur, sachant que plus de 80% de la population et des revenus nationaux sont liés à l’agriculture, a voulu garantir la souveraineté du pays par la maîtrise de sa terre. Le lien entre la nationalité et le foncier, établi au-delà des appartenances partisanes, exprime sa force dans l’unanimité du vote. L’absence d’une impérieuse nécessité de légiférer dans le sens contraire crée des doutes sur l’opportunité du projet actuel dont l’histoire nous fait craindre les conséquences sociologiques. La naturalisation en cours de plus d’un million d’étrangers principalement Burkinabés crée de toute pièce une nouvelle réalité sociologique qui vient bouleverser l’équilibre ethno-religieux des 60 ethnies relativement égales entre elles qui composent la Côte d'Ivoire. La préférence de naturaliser les Burkinabés, peuple appartenant à une contrée géographiquement définie et ayant en commun une histoire et une culture séparée va nécessairement créer, par solidarité culturelle et au détriment de notre jeune démocratie, une majorité ethnique importée.

Les visées hégémoniques de la Charte du Nord au détriment des peuples du Sud, comme l’attestent déjà la composition ethno-religieuse du présent parlement et l’administration Ouattara, pourront désormais avoir une base légale, exactement comme Hitler l’a eue. Pourquoi des citoyens issus d’une récente naturalisation de masse, devraient-ils avoir automatiquement plus de droits que des citoyens naturels les ayants précédés et accueillis dans cette citoyenneté? Quelle logique voudrait que des citoyens d’origine accueillent de nouveaux pour en faire leurs maîtres? Les USA, pays de l’immigration, n’intègrent que 55.000 immigrants (non citoyens et sans droit de vote) chaque année dans le cadre de leur programme de Green Card Lottery. Ce pays doté naturellement et institutionnellement des capacités d’accueil et de gestion de la forte immigration et suffisamment riche et fort pour absorber  et contenir les dérives de cette immigration choisie, mettrait près de 18 ans pour atteindre le nombre d'un million d’immigrants (non citoyens) que Ouattara atteint et naturalise en une signature. En tenant compte de l’exigence péremptoire de résidence, qui varie de deux à cinq ans selon que l’immigrant s’est marié ou non à un conjoint américain et la période moyenne d’un an d’évaluation de l’aptitude à la nationalité américaine (sans tenir compte des recalés et des morts), le million d’immigrants mettrait entre 55 et 110 ans pour être citoyen.

Ce temps mis, malgré les énormes richesses de ce pays, répond au besoin de ne pas heurter le seuil de tolérance, de faciliter l’absorption des nouveaux citoyens dans la culture américaine et de polir les aspérités des individualités culturelles pour vivre ensemble et non côte à côte. Une fois citoyens, ils n’ont pas tous les droits: Ils ne seront jamais Président des Etats-Unis, ils ne peuvent être éligible à la candidature au Sénat que 9 ans après et à celle de la Chambre des Représentants que 7 ans après. Pourquoi agir au mépris de ces précautions règlementaires nécessaires au profit d’une naturalisation de masse dans un pays pauvre? Les architectes de la constitution américaine craignaient le danger qui en découlerait: une combinaison injuste des majorités. Pire en Côte d'Ivoire, les combinaisons majoritaires craintes sont ethniques, donc insusceptibles d’alternance, parce que les humains ne changent pas d’ethnie. Pourquoi ajouter un défi ethnique supplémentaire à une jeune démocratie, encore submergée dans les sables mouvants de la désunion nationale et qui définit encore la démocratie comme le règne d’une majorité plutôt tribale qu’idéologique?

De tout temps, le problème de distribution de terres entre majorités et minorités ethniques, raciales et religieuses a toujours été à la base des malheurs publics: le génocide des Amérindiens et la redistribution des terres aux Noirs après l’abolition de l’esclavage aux Amériques, le génocide Rwandais (les Hutus et des Tutsis), le présent litige entre Mugabe et l’occident. Quand la nationalité (la race) et la religion s’en mêlent (Irlande, Cachemire, Palestine), la situation sociale sort de tout cadre prévisible. Même aux Etats-Unis, fort étonnamment, le programme national d’insertion forcée des Nègres dans l’administration publique et l’emploi (Affirmative Action) a subi des revers judiciaires aux motifs que l’avènement de B. Obama au pouvoir prouve l’égalité de fait des Blancs et Noirs.

Les préjudices nés des litiges fonciers, ethniques et religieux sont d’autant plus graves qu’ils sont inaccessibles à la réparation humaine, laissant toujours dans la mémoire du peuple une cicatrice qui constitue un rappel aux guerres futures. Dans une Côte d'Ivoire de Ouattara, où la démocratie à une définition voisine de l’injustice contre la minorité, pourquoi forger de toutes pièces une majorité issue de l’étranger pour le malheur des autochtones? Même si la marche vindicative de l’histoire nous donne de nombreux exemples de reconquêtes de leurs territoires perdus par les autochtones (après 600 ans l’Espagne chasse les Maures et Arabo-Musulmans d’Afrique du Nord, après 40 ans les Coréens arrachent Séoul au Japonais, après plus de 150 ans la Chine arrache Hong Kong aux Anglais…), cet espoir doit en Côte d'Ivoire commencer par l’exigence d’un référendum. Après le référendum, la lutte continue.


Séry Zadi Aurélien (Politologue-Juriste).

mardi, 20 août 2013

LA FRANCE DOIT SE REINVENTER OU PERIR

côte d'ivoire,la france doit se réinventer ou périr,dindé fernand agbo in le quotidien ivoirien "le nouveau courrier,"le nouveau courrier" du lundi 19 août 2013

 

Des voix plus autorisées et des éminences plus techniques pourront certainement traduire en des chiffres et termes plus appropriés ce que nous allons exposer en des mots simples, sans prétention savantes.
 
La France est en récession et ne fait pratiquement plus de croissance, nous apprennent quotidiennement les médias français. Mais en vérité, c’est peu dire. La France connait une grave crise économique et sociale qui menace de l’emporter. Comment un état européen, régnant encore sur un véritable empire colonial resté intact, si on s’en tient aux profits à moindre frais qu’il continue d’en tirer sans discontinuer, peut-il ainsi partir en vrille ? Incompétence, mauvaise gestion, rythme de vie au-dessus des moyens objectifs ?, pourrait-on s’interroger.
 
Pour pallier les effets de la descente aux enfers, une seule et même méthode frappée de péremption, un seul et même moyen séculaire : la prédation, la rapacité et le carnage. Encore et toujours. Contre des nations plus faibles. Comme si le monde n’avait pas évolué depuis un siècle. D’autres peuples sont contraints de faire les frais de la gabegie et du train de vie bourgeois d’une France qui rechigne à réinventer autrement son développement.
 
La question ou le problème de la France, aujourd’hui en pleine dérive sociale, économique et financière, n’est pas de mettre toujours plus de pays ou d’ex-colonies africaines dans sa besace en y menant la guerre, des guerres prétendument « humanitaires », pour les droits de l’homme et la démocratie, ou en fomentant des coups d’Etat contre des nationalistes et des souverainistes africains, ou des chefs d’Etat insoumis à l’exécutif français ou devenus récalcitrants, pour y installer des pantins prêts à brader leur pays et ses ressources à vil prix, sous des dehors d’élections démocratiques encadrées par l’Elysée, comme cela a dernièrement été le cas au Mali. Et comme c’est le cas dans la plupart des pays africains, anciennement (?) colonies françaises : Côte d’Ivoire, Niger, Togo, Tchad, Mauritanie, Burkina Faso, Guinée, Gabon, Centrafrique, Congo Brazzaville, Cameroun, Bénin, Sénégal.
 
Le problème de la France, c’est qu’elle fait montre d’une absolue incapacité à se réinventer, prise en otage et dirigée qu’elle est par un groupuscule de francs-maçons complètement sclérosés et une oligarchie occulte qui ne rêve que, non pas de servir les français et de les rendre heureux, mais de mettre la France et l’Europe au service des ambitions nouvel-ordre-mondialistes des américains dont le scandale du programme de méga-surveillance et de contrôle planétaire, PRISM, dévoilé par le jeune informaticien transfuge de la NSA, Edward Snowden, n’est que la pointe de l’iceberg des projets obscurs états-uniens contre l’humanité.
 
Les exécutifs successifs de la France continuent de recourir à des recettes du moyen-âge (guerres de conquête et de reconquête, butins de guerre) pour gouverner un état moderne (dont la gestion nécessite invention, management et travail), en pleine mondialisation, devant une concurrence aussi intelligente que virulente des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). Ils n’ont pas de réponses aux problèmes des français, bondissent au plafond pour une croissance (somme toute médiatique) de 0,1% (qui en réalité est de zéro, si ce n’est bien moins) quand tous les indicateurs sociaux et économiques virent au rouge sang, font du surplace et enrobent cette incompétence notoire dans des campagnes médiatiques (guerres « humanitaires et démocratiques ») destinées à polir l’image de chefs d’Etat en réalité franco-dépressifs pratiquants – puisque ne croyant qu’en leurs seules thèses et solutions – et aussi désespérants les uns que les autres. Singulièrement les deux derniers, Nicolas SARKOZY et François HOLLANDE.
 
Français, ces deux pro-américains-là, authentiques fantoches si l’on peut dire, n’ont rien pour vous. Reprenez en main votre destinée aux prochaines élections, ou vous pouvez tirer un trait sur la « grandeur » de la France. Ouvrez enfin les yeux et voyez l’inéluctabilité de votre déclin, de votre déchéance, si une nouvelle « révolution » n’a pas lieu. Une vraie, cette fois. Pas une du genre de celle qui vous a enfermés dans cette prison dorée appelée REPUBLIQUE qui n’est en fait que l’émanation d’un pouvoir occulte qui vous oppresse et qui vous conduit dans le mur, en vous chantant des sérénades. Pays des droits de l’Homme ? C’est à reconsidérer. N’est-ce pas juste une illusion, une entourloupe sémantique ? Quand on a encadré un génocide au Rwanda et quand on a installé et qu’on soutient militairement et diplomatiquement des dictateurs en Afrique qui oppriment et pillent leurs peuples, encore et toujours, quand on sème mort et désolation en Côte d’Ivoire, en Libye et en Syrie, sous des prétextes fallacieux et franchement indignes, avec l’appui ou sous les ordres de l’ogre américain, peut-on y prétendre ? Certainement pas, à notre avis.
 
Un de vos illustres chefs l’avait dit : « Les français sont des veaux ! ». Nous laissons la déclinaison de son identité à votre sagacité. C’est malheureusement ainsi qu’ils continuent à vous percevoir, quand ils vous regardent, enfoncés dans vos canapés douillets, à déguster vins et fromages, attachés à un confort factice qui vous sera bientôt ôté avec une France en chute libre morale et économique (nous n’avons pas l’intention de vous être désobligeants mais souhaitons sincèrement fouetter votre orgueil). Rendez-vous enfin compte que vous êtes « la prochaine Grèce » ! Ce n’est pas nous qui le disons, mais le magazine hebdomadaire britannique « The Economist ». Et ce sera bien pire, croyez-nous. Parce qu’on vous ment sur tout – c’est un secret de polichinelle – et vous cache tout. Les chiffres de votre économie et vos déficits – c’est encore ce journal qui le dit – sont trafiqués, pour vous donner le sentiment que votre situation n’est pas aussi désespérée. Elle l’est parfaitement !
 
Sauriez-vous renverser l’implacable tendance ? L’Histoire nous le dira. Pour l’heure, réveillez-vous ! Parce que l’on ne peut comprendre qu’un pays comme l’Allemagne, sorti exsangue de la deuxième guerre mondiale et presqu’entièrement détruit, se relève après seulement un demi siècle pour devenir en une soixantaine d’années, la première puissance européenne, elle qui n’a ni pré-carré, ni chasse-gardée, ni prébende, ni monopole, ni chefs d’autres Etats aux ordres comme les marionnettes africaines aux pieds de l’exécutif franc-maçon français, ni départements et territoires d’Outre-mer. Mais qui a une inventivité et une capacité d’innovation incroyable, une force de travail hallucinante et une rigueur de gestion implacable. Quand on se sait sorti de guerre, c’est une exigence prioritaire. Et le mérite de l’Allemagne est encore plus grand et plus éclatant quand on note qu’elle a d’abord dû rattraper un retard abyssal dû à l’immensité de la désolation d’après-guerre, reconstruire tout ce qui a été détruit, avant de prendre un envol fulgurant.
 
Mais, nous semble-t-il, la France, tout aussi brisée par la guerre, mais adoubée vainqueur avec les alliés, n’en a pas tiré les mêmes leçons. Puisqu’elle s’est contentée de partager avec les libérateurs de l’Europe d’alors le gâteau du monde et de vivre du lait, non pas de son travail et de sa propre sueur, mais de celui des mamelles de ses ex-colonies (?), comme à une source intarissable. La poule aux œufs d’or et la vache à lait ont été et continuent à être pressées à souhait. Jusqu’à l’étouffement.
 
Malheureusement, la France a changé et n’est plus tout à fait la même, sa population s’est considérablement accrue depuis lors, ses besoins aussi dans les mêmes proportions, tout naturellement. Il faut donc plus de richesses, plus de ressources minières et de matières premières bon marché, plus d’argent. Plus de lait et d’or, en somme. La vache à lait et la poule aux œufs d’or durent-elles périr, à force d’exploitation et d’abus. Elle n’en a cure !
 
Il se trouve justement que chaque état, même vassal, a aussi sa prétention à « l’émergence à l’horizon X » (suivez notre regard). Comment donc continuer à les vampiriser et manger leur chair sans mettre à mal leurs économies et leur développement, et sans déstructurer gravement la configuration géopolitique régionale ou sous-régionale, au péril de tous, Africains comme Occidentaux (cas de la Libye et du Mali) ? Pas si sûr que ces nombreux Etats africains acceptent indéfiniment – du moins, leurs peuples – de se laisser tondre ad vitam aeternam et de rester éternellement dans les liens du sous-développement. Ce lait cessera bien de couler un jour, et cette manne, de vous être gracieusement donnée, très chère France. Et peut-être, sera-ce d’une façon absolument brutale.
 
On a trop tiré sur la corde. Elle va bientôt craquer. Malgré cela – c’est-à-dire malgré toutes les richesses volées à nos peuples, nos devises et gains à l’exportation engrangées avec une désinvolture scélérate dans les comptes d’opérations criminels du Trésor français, nos recettes budgétaires transportées chaque semaine (sans laisser de traces comptables) dans des mallettes en Hexagone pour aider au fonctionnement de l’Elysée, pour financer les partis politiques français, pour enrichir plus que de nature leurs responsables (Droite et Gauche, de façon indifférenciée) et se payer au passage des biens mal-acquis – la France continue à sombrer.
 
C’est ce type de relation-là entre la France et l’Afrique, judicieusement baptisé par Houphouët-Boigny, FRANÇAFRIQUE, qui tue l’Afrique… et qui tue la France ! Qui fait qu’elle n’a pas appris à innover économiquement, commercialement et technologiquement, à réétudier son marketing et sa force de vente, à accepter de perdre stratégiquement quelques recettes aujourd’hui pour en gagner davantage demain, à se battre à armes égales avec ses adversaires dans l’impitoyable concurrence commerciale internationale (où elle est gravement défaillante, ayant toujours tout reçu sur un plateau d’or à travers monopoles, prébendes, contrats léonins et prédation, et ayant fini par en être totalement sclérosée).
 
Une ligne d’esprit (au final) qui fait qu’elle est impuissante sinon incapable d’explorer de nouvelles pistes de développement, de se remettre fondamentalement en cause et d’impulser la douloureuse mais combien indispensable refonte de son modèle social et économique, inutilement couteux et désormais inadapté (coût de production élevé et peu concurrentiel, coût de la vie et de l’habitat facticement élevé à cause d’impôts excessifs, démesurés, et aussi à cause de la préservation injuste de privilèges de quelques familles milliardaires – onze ou douze en tout – qui tiennent la quasi-totalité de l’économie française, qui ont toujours plus de profit, qui embauchent peu et qui s’enrichissent outrageusement).
 
La France devra également reconsidérer sa perception actuelle du travail, dans un monde globalisé où la quête de productivité et de rentabilité et la conquête des marchés sont infernales ; un monde globalisé qu’elle appelle curieusement de tous ses vœux, sous l’égide américaine. Cette globalisation qu’elle peine à suivre et qui menace justement de la phagocyter. Et avec elle, une partie de l’Europe.
 
Que fait la France du fruit de tout ce pillage organisé et de cette prédation scandaleuse en Afrique, depuis des décennies, et dans nos pays exsangues, pour être aussi mal en point, aujourd’hui ? L’Allemagne en aurait eu le quart que nous n’osons pas imaginer ce qu’elle serait devenue dans le monde. Voyez ce qu’elle fait avec si peu ! A la vérité, ce n’est pas la raréfaction ni même l’insuffisance (au regard des besoins actuels hexagonaux) de cette manne financière à moindre coût directement déversé dans l’économie française ou les comptes privés français qui est en cause (elle n’a jamais manqué), mais la gestion qui en est faite. « La France n’est grande que montée sur les épaules de l’Afrique », c’est vrai, on le sait tous et on ne le dira jamais assez. Elle ne serait rien du tout sans l’Afrique. C’est à nous que la France doit son prestige. Que ce soit économiquement, militairement ou diplomatiquement (ONU). Même sous ce cliché, elle fait pitié à voir. Parce que malgré tout ce dont elle spolie l’Afrique, elle est quand même dans les cordes du déclin. Qu’en serait-il alors advenu d’elle si elle n’avait pas la mainmise sur les destinées de ces ex-colonies (?). Rien qu’à y penser, on est saisi d’effroi. Tant la médiocrité de la gestion hexagonale sidère.
 
Mais en France, ce sont les mêmes qui s’enrichissent. Et toujours plus. Ce sont eux qui sont, en réalité, montés sur nos épaules et qui sont, à dire vrai, les seuls véritables bénéficiaires de cette manne africaine (marchés gré à gré, pots-de-vin, rétro-commissions, mallettes privées, ventes et trafics d’armes, exploitations pétrolières et minières). Le français moyen n’en voit pas la couleur ni n’en sent l’odeur. Lui qui devrait créer la richesse nationale et l’accroître. Pas étonnant donc qu’il s’appauvrisse toujours davantage. A ce rythme, il n’y a pas grand-chose à espérer de la France, parce que sa chute sera lourde et dévastatrice. C’est juste une question de timing. A moins qu’elle ne se réinvente et ne soit plus gérée comme un petit club d’amis, affairistes insatiables, enfants gâtés et capricieux, bourgeois arrogants et sans âme.
 
 
Que DIEU aie pitié de la France !
 
 
DINDE Fernand AGBO
 
 
In le quotidien ivoirien "Le Nouveau Courrier" du lundi 19 août 2013.

jeudi, 15 août 2013

COTE D’IVOIRE - DEBAT SUR LA NATIONALITE ET LE FONCIER: LE CHEF DE VILLAGE DE SEGUELA MET OUATTARA ET LES ETRANGERS EN GARDE


ALASSANE OUATTARA ET LES CHEFS TRADITIONNELS.jpg

Audience de Ouattara aux chefs traditionnels, le 5 juillet 2013, à Abidjan.

 

Alassane Ouattara veut faire un passage en force sur les questions brulantes de nationalité et du  foncier en Côte d’Ivoire. Une session parlementaire extraordinaire est même convoquée à cet effet. Au cours d’une rencontre discrète  tenue  récemment à Séguéla, le chef de village de la localité a fermement mis en garde les étrangers vivant dans sa localité quant à leur velléité d’acquérir la nationalité ivoirienne pour devenir par la suite des propriétaires terriens.


La rencontre convoquée par Mr Diomandé Megbema s’est voulue discrète. Elle s’est tenue le dimanche 4 aout 2013 après la prière de rupture du jeûne de 19h à son domicile sis au quartier Diomandé à Séguéla non loin du carrefour Mogokolo. Tous les responsables des communautés étrangères Bukinabé, Maliens, Guinéens et autres étaient présents. Le nouveau Maire de la ville  y avait délégué un représentant.

D’entrée, le chef de village de Séguéla s’est voulu très clair; «Il me revient que vous faites des démarches  assidues auprès de Alassane Ouattara pour avoir la nationalité ivoirienne et devenir par la suite des propriétaires terriens Ici. Je vous dis que cela ne sera pas possible. Si c’est vous alors allez retirer ces demandes dès maintenant. Même Tekala qui est un village frontalier à Seguela ne peut même pas revendiquer une portion de terrre à seguela à plus forte raison vous». Les étrangers ont acquiescé et se sont retirés. Le chef de village n’entend pas s’arrêter à ce niveau. Il compte rencontrer très bientôt Ahmed Bakayoko ministre de l’intérieur et  fils de Séguéla pour lui exprimer ces préoccupations dès maintenant. Comme on peut aisément le constater le débat sur la nationalité et le foncier est donc bien lancé en Cote d'Ivoire. Pas seulement au sud mais également au Nord et  partout dans le pays.


Correspondance particulière de Anasthasie Ehoulan.

mercredi, 14 août 2013

INTERVIEW DU MINISTRE HUBERT OULAYE: «NON, IL N’Y A PAS D’APATRIDES EN CÔTE D’IVOIRE»

 

HUBERT OULAYE.jpg

 

1-Un débat fait rage en ce moment en Côte d’Ivoire c’est la  question de la nationalité. Quel est le regard du juriste que vous êtes ?

Merci tout d’abord de me donner l’occasion de m’exprimer  sur les sujets brulants qui préoccupent au plus haut point les ivoiriens, à un moment où, la réconciliation est  en panne, la répression continue de s’abattre sur les ivoiriens et particulièrement sur les « pro-Gbagbo », la démocratie et  les libertés publiques sont confisquées, le Président Laurent Gbagbo fait face à la CPI, les populations de l’ouest du pays continuent de souffrir le martyr …

S’agissant particulièrement du débat soulevé par le projet de réforme de la nationalité, j’ai eu l’occasion de m’exprimer largement sur le sujet dans une contribution parue le 19 juillet 2013 dans le quotidien notre Voie. Je voudrais pour l’essentiel, vous y renvoyer. Dans cette contribution qui se voulait une réponse aux affirmations infondées du ministre Coulibaly Ibrahim Bacongo (CIB) et du Gouvernement sur la question de la nationalité, j’ai essayé de situer les ivoiriens sur cette question, afin qu’ils ne soient abusés par personne. J’ai voulu montrer que si l’Accord de Linas-Marcoussis avait décidé de donner une deuxième chance aux bénéficiaires des options prévues par le code de nationalité du 14 décembre 1961, il n’avait, en aucun cas, décidé d’octroyer la nationalité ivoirienne d’origine à ces personnes, ni demandé de « distribuer » la nationalité ivoirienne à des étrangers qui n’avaient pas exprimé le  souhait de changer de nationalité.

2- Qui sont selon vous  ces personnes bénéficiaires desdites options dont parle l’Accord de Marcoussis ?

Ce sont d’une part les personnes majeures qui résidaient sur le territoire de Côte d’Ivoire et d’autre part leurs enfants mineurs.

Concernant les personnes majeures qui résidaient sur le territoire, mais originaires des autres territoires coloniaux de l’Afrique Occidentale française (AOF), le législateur ivoirien leur a offert à travers l’article 105 du code de nationalité, d’acquérir la nationalité sur la seule base de la preuve de leur résidence en Côte d’Ivoire avant l’indépendance. Ces personnes qui avaient déjà la nationalité de leurs pays d’origine, avaient donc par le biais de l’article 105, la possibilité si elles le souhaitaient, de prendre la nationalité ivoirienne. Cependant, cette option était contenue dans le délai d’un (1) an à compter de l’entrée en vigueur du code de la nationalité. On retrouve les mêmes dispositions dans les codes de tous les pays de la sous-région, mais au Sénégal le délai d’option était de trois (3) mois tandis qu’il était de six (6) mois au Niger. A la pratique cette option n’a pas intéressé sur le coup les étrangers résidents en Côte d’Ivoire avant 1960, et pour cause. Chacun avait le désir légitime de rentrer dans son pays d’origine qui venait d’accéder à l’indépendance (Niger, Haute Volta, Mali, Dahomey, Guinée, Sénégal…).

A Linas-Marcoussis, l’argument de l’ignorance a été invoqué par le RDR au bénéfice de ces personnes, dont certaines seraient encore présentes en Côte d’Ivoire.  On peut à juste titre douter  que ces personnes souhaitaient prendre la nationalité, car, celles qui étaient âgées de  21 ans en 1960, avaient 64 ans au moment des discussions de Linas-Marcoussis. Elles ont aujourd’hui, plus de 74 ans. Les participants à la Table ronde de Linas-Marcoussis ont accepté de donner une deuxième chance à ces personnes, à travers une procédure de naturalisation simplifiée. Le Président Laurent Gbagbo a donné une suite favorable à cette recommandation de l’Accord de Linas-Marcoussis, à travers la loi n° 2004-663 du 17 décembre 2004, les décisions présidentielles n° 2005-04/PR du 15 juillet 2005 et n° 2005-10 du 29 août 2005. Il revenait à celles qui étaient intéressées et au RDR de faire diligence pour tirer tout le bénéfice des mesures adoptées.

Concernant les enfants mineurs nés de parents étrangers, le code de nationalité leur avait également ouvert une option (anciens articles 17 à 23) sur la nationalité ivoirienne. Il reste entendu que ces enfants, naissent avec la nationalité de leurs parents (filiation), qui, eux-mêmes, ont la nationalité de leurs pays d’origines. Mais si à leur majorité, ces enfants souhaitaient prendre la nationalité ivoirienne, ils pouvaient y accéder en faisant une simple déclaration devant les tribunaux (droit du sol). Cependant ils ne sont pas tenus de prendre la nationalité ivoirienne, ils sont libres de conserver leur nationalité d’origine. Cette option faite aux enfants mineurs a été supprimée par le législateur en 1972. A partir de cette date, les enfants de parents étrangers nés en Côte d’Ivoire, peuvent acquérir la nationalité ivoirienne, mais seulement à une procédure de naturalisation. A Linas-Marcoussis, pour les mêmes raisons invoquées de l’ignorance des options, une deuxième chance a également été accordée aux enfants étrangers nés en Côte d’Ivoire avant 1972. Le Président Laurent Gbagbo à travers la loi  et les décisions précitées, a donné une suite favorable à leur naturalisation à des conditions simplifiées, bien entendu,  s’ils le souhaitent et en font la demande.

3- On a aussi parlé de la situation de l’étranger marié à une ivoirienne…

Oui, la troisième mesure préconisée par Linas-Marcoussis, concerne la situation de l’étranger qui se marie à une femme ivoirienne. Le code de la nationalité prévoit  que La femme étrangère qui se marie à un ivoirien acquiert de plein droit la nationalité ivoirienne au moment du mariage. Ce n’était pas le cas pour le conjoint étranger. Le RDR a demandé l’application au conjoint étranger de la situation de la femme étrangère. Préconisé par Linas-Marcoussis, le Président Laurent Gbagbo, a pris les mesures à cet effet à travers les décisions n° 2005-03 du 15 juillet 2005 et n° 2005-09 du 29 août 2005.  

4-Qu’en est-il de la situation des personnes vivant en Côte d'Ivoire avant le 7 août 1960 et qui continuent encore de résider en Côte d’Ivoire.  Le gouvernement parle « d’immigrés de la période coloniale » et les qualifie « d’apatrides » ? Récemment, à l’occasion d’une cérémonie de remise de documents de nationalité à des étrangers d’origine burkinabé, qui s’est déroulée le 4 mars 2013  à Koupela, dans le département de Bouaflé, le ministre de la justice et des droits de l’Homme ainsi que la Représentante du HCR, les ont qualifiées d’apatrides. Selon cette dernière il y aurait environ 1 000 000 de personnes  dans ce cas.  Qu’en est-il exactement ?

Non, Il n’y a pas d’apatrides en Côte d’Ivoire. Ou du moins, les originaires du Burkina Faso, du Mali, du Niger, du Sénégal, de la Guinée, du Bénin…, présents en Côte d’Ivoire avant l’indépendance et dont le séjour sur le territoire ivoirien s’est prolongé selon leur gré, ainsi que leurs descendants, ne sont pas des apatrides. Parler d’apatridie, les concernant, relève de la pure manipulation.

L’article 1er de la Convention de Genève relative au statut des apatrides du 28 septembre 1954 définit l’apatride comme une personne qu’aucun Etat ne considère comme son ressortissant par application de sa législation. L’apatridie est la situation d’une personne, dont les parents sont inconnus, de sorte que, sa filiation ne pouvant pas être établie, il est impossible de lui trouver une nationalité de rattachement. L’apatridie est aussi la situation d’une personne, qui déchue de sa nationalité d’origine par son Etat de rattachement, n’a pas été naturalisée par un autre Etat. Cette personne se retrouve par conséquent sans Etat de rattachement et donc sans nationalité. Il n’existe pas de situation d’apatridie tirée d’un séjour anormalement prolongé à l’étranger. La nationalité est, si l’on peut dire, viagère, intemporelle. Elle ne se perd pas pour cause d’éloignement de la mère patrie. Il n’existe au monde, aucune législation  qui prescrive la déchéance de nationalité pour cause de résidence prolongée à l’étranger.

 Ainsi donc, malgré le temps passé à l’extérieur de leur pays, les burkinabé, maliens, sénégalais, guinéens… installés en Côte d’Ivoire avant 1960, conservent la nationalité de leur pays d’origine. Pour cela, parler d’apatridie en Côte d’Ivoire, ne correspond à aucune réalité. Les « immigrés burkinabés de la période coloniale » ne sont donc pas des apatrides.  Le ministre de la justice ainsi que la Représentante du HCR, ne peuvent faire croire à personne qu’ils ignorent cette réalité.

Malheureusement, c’est dans cette manipulation grossière de la réalité, qui s’apparente à une fraude sur la nationalité,  que tente  le gouvernement avec la complicité du HCR. Récemment, lors de la remise de documents relatifs à la naturalisation collective de 8133 personnes, d’origine burkinabé, résidant depuis plusieurs dizaines d’années dans la région de Bouaflé (décret n° 95-809 du 26 septembre 1995, signé par Henri Konan Bédié), ces deux personnalités dans un raccourci  inacceptable ont déclaré que ces personnes, qui figurent au journal officiel de 1996 à nos jours, et à qui des exemplaires ont été remis, sont des apatrides d’origine burkinabé, qui « n’appartiennent légalement ni à leur pays d’origine ni à la Côte d’Ivoire ». Mais ce sont les déclarations de la Représentante du HCR au cours de cette cérémonie de remise des documents de naturalisation qui ont le plus choqué : « le HCR a pour rôle de soutenir les Etats pour éviter l’apatridie », avant de révéler, « qu’en Côte d’Ivoire, il y a 950 000 apatrides, dont 600 000 ont déjà été naturalisés, et que le travail continue pour régler la situation des 350 000 cas restants »! (voir, connection ivoir-net du lundi 9 juillet 2013).

En clair, l’on apprend par la Responsable du HCR, que le gouvernement  Alassane Ouattara avec l’appui du HCR, aurait en  secret, naturalisé massivement des étrangers, abusivement qualifiés d’apatrides, sans même prendre le soin d’en informer les ivoiriens. Non, les Burkinabés immigrés de la période coloniale ne sont pas des apatrides mais bien des nationaux du Burkina Faso.

En effet, le code de la famille et des personnes burkinabé du 3 septembre 1992, en son article 140 dispose que : « est burkinabé, l’enfant né d’un père ou d’une mère burkinabé. Cependant, si un seul des parents est burkinabé, l’enfant qui n’est pas né au Burkina Faso, a la faculté de répudier la qualité de burkinabé dans les six mois précédant sa majorité ».

L’article 149 ajoute : « …nul ne peut répudier la nationalité burkinabé, s’il ne prouve qu’il a, par filiation, la nationalité d’un pays étranger et le cas échéant, qu’il a satisfait aux obligations militaires qui lui sont imposées par la loi de ce pays… ».

 Sur cette base, les immigrés burkinabés, présents en Côte d’Ivoire avant l’indépendance ne sont pas des apatrides, mais bien des nationaux burkinabés. Il en va autant pour ceux, arrivés en Côte d’Ivoire après l’indépendance et dont le séjour en Côte d’Ivoire se prolonge. Ils ont la qualité de Burkinabés, en tant qu’ils sont nés d’un parent burkinabé ou sur le territoire burkinabé, tel que stipulé par les différents codes de la nationalité.

 Ces Burkinabés dits «  immigrés de la période coloniale » ne sont pas non plus, comme le prétend le ministre de la justice, dans une situation de non droit. En effet, les codes de nationalité successifs, non seulement  leur octroient de plein droit, la nationalité burkinabé d’origine, mais  leur interdisent également  de répudier la nationalité burkinabé, sauf dans des conditions très strictes. Ainsi même à l’extérieur de son pays, le Burkinabé est et demeure le national de son pays, il conserve sa nationalité burkinabé. Il ne peut perdre cette nationalité, que dans le cas où il prend une autre nationalité, ou par suite d’un acte du gouvernement burkinabé prononçant la déchéance de nationalité. Or, à notre connaissance le gouvernement burkinabé n’a jamais pris un tel acte d’une extrême gravité, privant de leur nationalité, non pas une, mais des milliers de personnes, à qui les lois burkinabé garantissent la nationalité (code des personnes et de la famille : article 140) ainsi que  la libre circulation des personnes et le libre choix de la résidence (Constitution : articles 1er et 9).

5- Soit, mais le ministre Coulibaly Ibrahim Bacongo (CIB), soutient que ces étrangers  seraient  plus attachés à la Côte d’Ivoire que les ivoiriens eux-mêmes. 

Je laisse au ministre CIB, le soin d’assumer de tels propos, qui ne reposent sur aucune source officielle, mais plutôt sur un état d’âme. Pour ma part je me garderai d’entrer dans de telles considérations qui n’apportent rien au débat. Je salue l’apport de tous les étrangers à la construction de mon pays, tout comme je salue les sacrifices consentis par les ivoiriens dans leur ensemble, pour bâtir leur pays, dans un esprit d’ouverture et de partage. C’est d’ailleurs pour cette raison que notre code de la nationalité, a prévu des ouvertures pour les étrangers qui souhaitent acquérir notre nationalité ( loi du 14 décembre 1961, article 26). 

 Cependant, je relève que, contrairement à ce qu’écrivait le ministre CIB dans sa réponse à ma contribution, parue dans le quotidien Nord-Sud du 23 juillet 2013, la plupart des études montrent que les immigrés de la période coloniale visés par la réforme Ouattara,  ont conservé de solides  attaches avec leur pays d’origine, le Burkina Faso. Ils  s’y rendent périodiquement et leurs enfants y retournent, surtout pour y poursuivre leurs études universitaires.  Ils y investissent énormément. Une étude basée sur des statistiques du ministère burkinabé de l’économie, révèle que de 1980 à 2008, l’épargne rapatriée au Burkina Faso par les émigrés à travers les circuits officiels, s’élève à 1200 milliards CFA, dont 92% en provenance de la Côte d’Ivoire (soit 40 milliards en moyenne par an). Ce montant doit être multiplié par deux si l’on prend en considération les circuits officieux de transfert d’argent (voir, Edouard Bouda. Le rattachement des Burkinabés de l’étranger à leur pays et leur apport au développement. Mémoire ENAM. Ouagadougou, juin 2009).On peut donc aisément évaluer un rapatriement annuel de 80 milliards de F CFA.  Depuis le 7 mai 2009, une loi permet aux Burkinabé de l’étranger, de participer  aux consultations électorales se déroulant dans leur pays tout en restant à l’étranger, faisant ainsi d’eux des citoyens à part entière du Burkina Faso. Quant à l’Etat burkinabé, il assure de sa protection, ses ressortissants vivant à l’étranger et  a mis en place à cet effet, une structure officielle pour les encadrer. Celle-ci a pour nom le Conseil Supérieur des Burkinabé de l’Etranger (CSBE).  

 Comment peut-on au regard de ce qui précède, sans sourciller, considérer les Burkinabés comme des apatrides ? La « générosité » du gouvernement Alassane Ouattara pour les personnes d’origine burkinabé, qualifiées d’apatrides à la va-vite, avec la complicité du HCR, est d’autant plus suspecte, qu’aucune preuve n’est rapportée par eux, que leur Etat national, le Burkina Faso, leur a retiré individuellement ou collectivement sa nationalité pour cause de résidence prolongée en Côte d’Ivoire.

 Ce qui vient d’être dit des burkinabés est tout aussi vrai pour les maliens, les guinéens nigériens, béninois…, immigrés de la période coloniale.  Considérer les étrangers provenant de la sous-région comme des apatrides relève de la pure manipulation.

D’ailleurs, une telle conception de l’apatridie mettrait bien à mal,  le Protocole de la CEDEAO sur la libre circulation des personnes, qui prévoit le libre établissement dans les pays membres, si les citoyens de cette organisation sous régionale devraient être considérés comme des apatrides, pour cause de  séjour prolongé hors de leurs pays d’origines !

6- Pourquoi Alassane Ouattara affirme-t-il qu'il doit régler dans les meilleurs délais les problèmes de nationalité conformément à l'accord de Linas-Marcoussis ?

Bonne question car, ainsi qu’on l’a vu plus haut, l’exécution de l’Accord de Linas-Marcoussis n’exige aujourd’hui aucune  réforme, dans la mesure où, les textes pris par le Président Laurent Gbagbo en application dudit Accord suffisent largement. Il revient à Alassane Ouattara, d’expliquer aux ivoiriens les vraies motivations de la réforme qu’il projette malgré ces textes, dans la précipitation.

 Mais je crois que les ivoiriens ont parfaitement conscience que l’initiative, prise après l’annonce de sa candidature à la présidentielle de 2015, ne vise rien d’autre que la constitution d’une clientèle électorale constituée par les personnes  d’origine étrangère, massivement et officiellement «promues à la nationalité ivoirienne», à travers la procédure incontrôlée de la déclaration de nationalité. Aucun ivoirien de bonne foi, ne peut croire que l’initiateur de la réforme est sincèrement animé par le souci d’appliquer l’Accord de Linas-Marcoussis, lui qui a refusé et empêché la mise en œuvre du seul volet de cet accord mis à la charge de la rébellion, à savoir le désarmement. L’élection présidentielle d’octobre-novembre 2010, a révélé que contrairement aux affirmations rabâchées durant des décennies par les media occidentaux, la base électorale du candidat Alassane était bien  étriquée. Or, l’évolution de la situation politique depuis le 11 avril 2011, laisse apparaître que le précieux renfort électoral du RHDP, dont il a bénéficié ne se répétera pas. La réforme entreprise lui permettra d’obtenir son indépendance électorale vis-à-vis de ses alliés.

7-Que pensez-vous de la position adoptée par les députés du PDCI à l’occasion de l’examen des conventions sur l’apatridie ?

Je salue cette position courageuse et responsable des députés du PDCI, qui dénote, que sur les questions essentielles, qui mettent en cause l’avenir de la Nation, les ivoiriens, quel que soit leur parti politique, réagissent dans le sens de sa sauvegarde. J’apprends même que des députés RDR ,sous cape, soutiennent le PDCI sur ce point. Après l’épisode vite refermé de la loi sur la famille, où l’on a vu ces députés marquer leur opposition dans un premier temps, pour acquiescer ensuite, après la menace brandie par Alassane Ouattara de dissoudre le gouvernement, j’avoue ma surprise. J’approuve entièrement les analyses qui motivent leur demande d’ajournement de l’examen des deux projets gouvernementaux relatifs à la ratification des deux conventions, sur le statut des apatrides (1954) et la réduction de l’apatridie (1961). Non seulement il n’y a pas urgence en la matière, car l’apatridie, à la vérité, est un phénomène marginal en Côte d’Ivoire, mais en outre la ratification desdites conventions remet systématiquement en cause certaines dispositions de notre code de nationalité autant qu’elle pourrait affecter la loi de 1998 sur le foncier. Comme eux, je l’ai dit, une consultation nationale préalable s’impose, avant l’examen de tout texte portant sur la nationalité.

8-On apprend que le gouvernement, en dépit des positions majoritairement  défavorables à La réforme de la nationalité a déposé deux projets de loi. L’un porte sur le statut du conjoint étranger de la femme ivoirienne, l’autre sur les étrangers résidant en Côte d’Ivoire avant 1960 et les enfants nés de parents étrangers avant 1973. Le projet réintroduit la procédure de la déclaration…

Cela montre tout simplement, que les préoccupations du gouvernement sont à l’opposé des soucis des ivoiriens, qui ont pour nom : absence de volonté de réconciliation, insécurité, cherté de la vie, chômage, déficit démocratique… Pour le gouvernement la priorité c’est de donner aux étrangers la nationalité ivoirienne. Il veut procéder à un passage en force, l’on sait à quel dessein. Cette manière de procéder est inacceptable. Le dernier rapport de l’ONU, a pourtant demandé, s’agissant d’une question sensible, de rechercher un consensus national. Il faut absolument dénoncer la méthode et rejeter la réforme projetée,  autant qu’il faut, dans le contexte ivoirien d’aujourd’hui, marqué par une immigration incontrôlée, en provenance de la sous-région, récuser avec fermeté la procédure de la déclaration.  Le principe a été abandonné par le législateur en 1972 et aucune raison sérieuse n’est avancée en soutien de cette procédure dont l’extrême simplicité ouvrira, à coup sûr, la voie  une fraude massive sur la nationalité, tout comme cela s’est produit à l’occasion du processus d’identification, qui, pourtant, a été conduit sous la supervision de toutes les parties concernées par l’Accord de Marcoussis. Ce qui ne sera pas le cas avec la réforme projetée, qui se déroulera sous le seul regard intéressé du pouvoir en place.

9-Certaines personnes soutiennent qu’il y a  un lien entre la nationalité et le foncier. Pouvez-vous être plus explicite ?

Oui, il y a un lien établi par la loi n° 98-752 du 23 décembre 1998 entre la qualité de national ivoirien et  celle de propriétaire foncier. Compte tenu, de l’extrême sensibilité de cette question, tant pour la majorité des ivoiriens qui vivent de l’exploitation agricole que pour l’économie nationale qui en tire l’essentiel de ses revenus, le législateur ivoirien, a réservé la propriété foncière aux seules personnes de nationalité ivoirienne (article 1er al 2). La loi n’a cependant pas remis  en cause, les droits d’usage consentis par les propriétaires de droits coutumiers, aux exploitants des terres, allochtones et allogènes, le plus souvent dans des conditions extra-juridiques qui ne rendent pas véritablement compte des intentions transactionnelles réelles des concernés, et dont la clarification s’impose.

10-Mais quel est le rapport entre la gestion de la question de la nationalité et le foncier rural

La majorité des étrangers que veut « naturaliser » le gouvernement,  sont actifs dans le secteur agricole. La nationalité leur permettra de prétendre à la qualité de propriétaires fonciers et donc de stabiliser définitivement leurs activités économiques et partant leur présence définitive. Récemment, à la suite du conflits entre autochtones et Orpailleurs , le chef du village de Angbovia  (Département de Bouaflé)a déclaré ceci :Les orpailleurs  étrangers veulent devenir des propriétaires terriens.

11-Le problème des étrangers est-il si important en Côte d'Ivoire ?

Officiellement la Côte d’Ivoire compte  28 % d’étrangers sur son sol. Elle est suivie dans la sous- région par le Sénégal avec 3 % de présence étrangère. Au regard de ces chiffres qui se passent de commentaires, il n’est pas possible de complexer les ivoiriens en les traitant de xénophobes, ni de régler la question de l’attribution de la nationalité ivoirienne en dehors d’un réel consensus national. Or, la réforme projetée n’emprunte pas cette voie.

12-La Cpi soutient que les preuves brandies par Bensouda contre le Président Gbagbo sont insuffisantes ?

Pouvait-il en être autrement, quand on sait que l’inculpation du président Laurent Gbagbo par le Procureur de la CPI, relève d’un grossier montage de ses adversaires dont Nicolas Sarkozy, dans le seul but de l’éloigner du terrain politique ivoirien. La cause est perdue si elle est examinée sous l’angle politique qui présente le Président Laurent Gbagbo comme « un rebelle à la recolonisation de la Côte d’Ivoire ». Elle sera en revanche gagnée, si elle demeure sur le plan strictement juridique. Or c’est sous cet angle que les juges de la Chambre Préliminaire I, attendent des preuves effectives de commission d’actes criminels contre l’humanité. La défense du Président a fait un travail remarquable.  Bensouda a été renvoyée pour produire de vraies preuves et non plus des « ouï-dire » de rapports d’ONG humanitaires incomplets ou des medias occidentaux ou pro-Ouattara donnant dans la désinformation. Mais je reste confiant quant à l’issue heureuse de la prochaine audience de la Chambre Préliminaire. Nous l’avons écrit dans une contribution intitulée « l’introuvable crime contre l’humanité du président Laurent Gbagbo », publié dans un ouvrage collectif qui a pour titre «Le président  Laurent Gbagbo à la CPI, justice ou imposture ? », paru aux éditions l’Harmattan  en 2013. Je vous recommande vivement cet ouvrage écrit par des spécialistes, qui apporte de précieux éclairages sur la crise postélectorale et sur le procès du Président Laurent Gbagbo à la CPI.

13-La procureure de la Cpi  vient de séjourner en Côte d’Ivoire à la recherche de preuves additionnelles contre le Président Laurent Gbagbo. Au cours d’une conférence, elle soutient qu’elle n’a pas eu de preuves…-N’est-ce pas un désaveu ?

Pour qu’il y ait des preuves de crimes contre l’humanité, il faut qu’il y ait eu une telle intention et des attaques ciblant les populations civiles. Le président Laurent Gbagbo n’a jamais eu l’intention de commettre de tels crimes, et il ne s’est pas attaqué à des civils. Il a défendu l’Etat, les ivoiriens et leurs biens contre les forces pro-Ouattara.

14-Pourtant, le régime d’Abidjan annonce déjà de nouvelles preuves…

Attendons de voir. Le nouveau document de charges de Bensouda est attendu pour novembre 2013. Nous sommes curieux de connaître le résultat de l’enquête complémentaire. Par exemple, ce que révèleront les expertises pratiquées sur  les sept femmes « tuées » par des tirs de chars au cours de la manifestation d’Abobo- Gare du 3 mars 2011. 

15-A Abidjan, il a récemment été  organisé des marches de supposées victimes du Président Laurent Gbagbo pour selon lui, interpeller la Cpi.  Quel est votre avis ?

Manifester est un droit démocratique qui ne saurait être refusé à des citoyens voulant exprimer leur mécontentement face à une situation qu’ils jugent anormale. Toutefois dans le cas de la manifestation organisée au lendemain de la décision d’ajournement prise par la CPI, le mieux selon moi, aurait été soit  de fustiger le Procureur Ocampo qui s’est montré incapable, malgré  les moyens colossaux à sa disposition, d’apporter des preuves irréfutables, soit de procéder à une  remise en cause des idées reçues quant à la responsabilité du président Laurent Gbagbo dans la crise postélectorale. Mais je comprends qu’il faut, pour cela, une dose de bonne foi qui fait malheureusement défaut aux organisateurs, plus enclins à la manipulation, qu’à la recherche de la vérité.  

16-La Cpi refuse d’accorder la liberté provisoire au Président Laurent Gbagbo,  sous prétexte qu’il est populaire…

Hélas, et cela est bien triste. La juge présidente campe sur une position de refus de liberté provisoire purement subjective qui frise l’acharnement. On passe de la popularité du Président  aux réseaux d’amis et de partisans, puis à des projets imaginaires de sa réinstallation au pouvoir par la force.  La juge présidente oublie au passage que tout ceci existait, bien avant le coup d’Etat du 11 avril 2011 qui l’a renversé.   

 17-Dans le camp Ouattara, on dit que libérer le Président Laurent Gbagbo, « c’est bruler la Côte d’Ivoire »…

Non, c’est ne pas le libérer, qui fermera définitivement la voie à la paix et mettra le feu à la Côte d’Ivoire. Libérer le président Laurent Gbagbo, spolié de sa victoire et indûment accusé de crimes contre l’humanité, c’est plutôt donner à la Côte d’Ivoire, déchirée et défigurée par deux décennies de violences pro-Ouattara et de rébellion armée, une véritable chance de réconcilier les ivoiriens et de ramener la paix. Bien entendu les pyromanes impénitents tenteront comme à leur habitude, d’assouvir leur soif de sang et de destruction, que les milliers de victimes innocentes de l’épopée du « brave tchè », n’a pu satisfaire. Bien entendu, des personnes, incapables de comprendre que la démocratie est opposée à la lutte armée, et qu’elle va au-delà de leurs calculs mesquins, tenteront de s’opposer à la marche de notre pays vers un destin d’unité et de progrès. Cette catégorie de personnes continuera d’exister. Mais je suis convaincu qu’après cette crise, sans précédent en termes d’horreur et de haine, leur nombre diminuera au profit d’ivoiriens désireux de mettre fin à la violence gratuite pour rattraper dans l’union sincère, le long retard infligé à notre beau pays.

18-Quelle est l’issue que vous entrevoyez pour ce procès ?

Une issue heureuse. La libération du Président Laurent Gbagbo par l’infirmation des charges, pour insuffisance de preuves.

19-Pensez-vous qu’un jour, Soro et  ses  ex-chefs de guerre répondront de leurs actes de la Cpi,  comme le souhaitent certaines Ong de droits de l’Homme ?

Les gendarmes et leurs enfants assassinés à Bouaké et à Korhogo de même que les policiers, le réclament. Les danseuses d’Adjanou, les victimes de la rébellion partout en Côte d’Ivoire et particulièrement, celles du 29 mars 2011, à Duékoué le réclament. Laurent Gbagbo, est devant la CPI pour des crimes qu’il n’a pas commis. Pourquoi des personnes sur lesquels pèsent des crimes impossibles à nier,  seraient-elles épargnées. Le pouvoir actuel, a tourné le dos à l’expérience  Vérité-Dialogue-Pardon qui a fait ses preuves en Afrique du sud. Il n’y a donc pas de raison que le camp Alassane Ouattara soit épargné par la justice.   

20-L’Union africaine a dénoncé le complot de la Cpi contre les chefs d’Etat africains. Que pensez-vous de cette démarche ?

Il faut saluer cette réaction de ras-le-bol des dirigeants africains, qui fait suite à plusieurs années d’observations et d’analyse du comportement  de la CPI, fait de partialité quand il s’agit de responsables africains, et de cécité face aux graves agissements des dirigeants du monde occidental. Mais il faut dire que la position de l’UA, est plus motivée par l’instrumentalisation de la CPI, comme moyen de mise au pas de présidents africains indociles ou non favorables au pillage des ressources.

21-Pensez-vous que la Cpi est raciste comme le dit l’Ua ?

Dans tous les cas la CPI est dans une logique, plus politique que judiciaire. Ceux qui pour l’heure  en font les frais, ce sont les responsables africains et ceux de l’Europe de l’est. Les Grandes Puissances se sont placées hors d’atteinte en ne ratifiant pas le Traité de Rome. Par ailleurs, Aucun Procureur n’ose s’attaquer à des responsables occidentaux, qui, par ailleurs, sont les financiers de la CPI.  Or la justice ne doit pas avoir des espaces de prédilection où elle frappe sans répit et des espaces tabous qu’elle ne visite jamais. La justice est impartiale ou n’est pas.

22- Que dites-vous de  la réconciliation?

Elle s’impose à nous, politiques, par devoir envers le peuple de Côte d’Ivoire. Les ivoiriens ne sont pas des adeptes de la violence, c’est connu. Nous avons une nation à bâtir, dans la paix et dans la justice.

23--Que faut-il faire pour réconcilier les Ivoiriens ?

Dans la Côte d’Ivoire, aujourd’hui profondément choquée, défigurée,  où les uns et les autres se considèrent désormais comme des ennemis irréconciliables, attendant de pouvoir se régler les comptes, une seule personne pourrait relever le challenge, c’est Laurent Gbagbo. D’abord, parce qu’il est le grand perdant de toutes ces années de crise qui remontent à septembre 2002. Ensuite, parce que malgré son renversement, il a appelé ses adversaires à passer de la phase militaire à la phase de la discussion politique.  Il faut libérer le président Laurent Gbagbo, libérer tous les prisonniers politiques, ramener au pays tous les ivoiriens en exil et ouvrir de vraies discussions en vue d’exorciser les maux qui minent la Côte d’Ivoire. Si des décisions en ce sens sont prises par le pouvoir en place, les conditions seront alors réunies pour  réconcilier les ivoiriens, entre eux et avec leur histoire.

24-Des Ivoiriens soutiennent que la réconciliation est un leurre…

Non, ce n’est pas un leurre, c’est une nécessité. La Côte d’Ivoire n’est ni le premier ni le dernier pays à vivre une crise armée insensée, injuste et dévastatrice. L’histoire des peuples est une succession de crises, surmontées grâce à des Grands Hommes au destin hors du commun, mais aussi et surtout, grâce à des Peuples qui ont su tirer de ces douloureuses épreuves, les leçons de maturité qui nourrissent un nouveau projet social commun, bâti sur les expériences passées.

25-Peut- il avoir la réconciliation sans la justice ?

Le Peuple, en fonction de sa propre histoire, des circonstances particulières qu’il  est appelé à traverser et du futur qu’il projette de bâtir, est le seul  arbitre entre ces deux valeurs apparemment contradictoires. En Afrique du sud, le Peuple a opté pour le dialogue et la réconciliation. Il ne s’en porte mal aujourd’hui.

 

Gbané Yacouba, in le quotidien ivoirien "Le Temps".

mercredi, 07 août 2013

LE COURS MAGISTRAL DU PROFESSEUR HUBERT OULAYE A CISSE BACONGO SUR LA PROBLEMATIQUE DE LA NATIONALITE EN COTE D'IVOIRE



côte d'ivoire,le pr hubert oulaye répond au ministre cissé ibrahim bacongo,«non il n’y a pas de crise de nationalité en côte d'ivoire,mais une nation en crise par l’instrumentalisation de ses étrang


Le Pr Hubert Oulaye répond au ministre Cissé Bacongo: «Non, il n'y a pas de crise de nationalité en Côte d'Ivoire mais une nation en crise par l'instrumentalisation de ses étrangers»

     

Dans un texte paru récemment dans les médias, destiné à justifier le projet de réforme de la nationalité ivoirienne, entrepris par le pouvoir en place, le Ministre Coulibaly Ibrahim Bacongo (CIB), dans un langage sans nuances et très assuré, a procédé à diverses affirmations dont le moins qu’on puisse dire est qu’elles nécessitent un sérieux réajustement.

 

La thèse du Ministre Cissé Ibrahim Bacongo: tous les étrangers résidents en 1960 sont des ivoiriens d’origine.

Tour à tour, le ministre responsable des affaires juridiques du RDR, et certainement théoricien des thèses sur la nationalité, défendues depuis le début de la rébellion par ce parti politique, fustige les intellectuels ivoiriens «  de tout bord et de tout acabit », les théoriciens de l’ivoirité, sans oublier au passage les législateurs ivoiriens de 1960 (gouvernement et assemblée nationale). Tous sont qualifiés par lui, d’ethnocentristes, de tribalistes… de la nationalité.

Leur crime consiste, pour les uns (les légistes de 1961), à n’avoir pas inclus dans le code de la nationalité du 14 décembre 1961, les étrangers présents en Côte d’Ivoire avant 1960, au nombre des personnes qualifiées d’ivoiriens à titre d’origine. Pour les seconds (les intellectuels ainsi que les théoriciens de l’ivoirité), d’avoir justifié cette position du législateur, en soutenant que sont ivoiriens à titre d’origine, les personnes membres des 60 ethno-groupes linguistiques, vivant depuis des siècles dans les limites de l’espace géographique constituant le territoire de la Côte d’Ivoire indépendante.

Malgré le fait que le législateur ivoirien, à l’instar de tous les pays de la sous- région, ait ouvert dans le code de 1961, une option de nationalité par naturalisation à des conditions très avantageuses, au profit des étrangers résidents, le Ministre Cissé Ibrahim Bacongo, établissant son diagnostic de la crise ivoirienne, soutient que c’est ce problème, qui prévaut depuis 1961, et qui est à la base de la rébellion de 2002. Il ajoute que lors des discussions de Linas-Marcoussis (15-23 janvier 2003), suite à l’évocation par lui de cette question, un des participants aurait considéré, qu’il avait « touché le cœur » de la question de la nationalité. Mais, il a l’honnêteté de reconnaître que la Table ronde, n’a pas partagé cette opinion personnelle, puisque les solutions retenues à Marcoussis, pour ce qui a été  considéré comme étant de vrais problèmes, ont trait non pas l’attribution de la nationalité ivoirienne d’origine aux étrangers résidents, mais  à la naturalisation « facilitée », des enfants mineurs nés avant 1972, de parents tous deux étrangers, ainsi que des étrangers vivant en Côte d’Ivoire avant 1960, qui souhaitent devenir ivoiriens.

Au soutien de sa thèse, qui pourrait être qualifiée de thèse de « l’ivoirité » de tous les étrangers présents en Côte d’Ivoire au moment de l’indépendance en 1960, il affirme « avec insistance », qu’ « avant l’indépendance, toutes les personnes vivant sur le sol ivoirien, qu’elles y soient nées ou qu’elles soient venues d’autres pays pour y résider, étaient soit de nationalité française, soit de la nationalité de pays étrangers indépendants. Pour lui, les personnes originaires des territoires coloniaux français de l’AOF, donc non souverains, du Niger, du Dahomey (Bénin), de la Haute Volta(Burkina Faso), du Sénégal, du Mali, de la Guinée qu’il appelle « les allochtones », de même que les originaires de la Côte d’Ivoire qu’il désigne comme « les autochtones », présentes ou résidentes en Côte d’Ivoire, sont toutes des ivoiriens à titre d’origine, parce que toutes, de nationalité française avant 1960 et présentes au moment où naissaient l’Etat de Côte d’Ivoire et la nationalité ivoirienne.

Curieux raisonnement, qui reconnaît bien que ces personnes ne sont pas originaires de la Côte d’Ivoire, mais des pays limitrophes ; qu’elles ont la nationalité française, et qu’il revient à leurs territoires d’origine s’ils deviennent indépendants, de leur conférer leur nationalité ; mais qui soutient cependant,  que la Côte d’Ivoire étant devenue indépendante, ils doivent être considérés comme des ivoiriens à titre d’origine, simplement du fait qu’elles y résidaient.

En n’adoptant pas une solution conforme à cette thèse en 1961, le législateur ivoirien aurait fait le lit à la crise de nationalité, un mal qui, selon CIB, minerait la Côte d’Ivoire depuis cette date et qui a débouché sur la rébellion en 2002.

Pour lui donc, le mal ainsi diagnostiqué, la seule thérapie possible, autour de laquelle toute la Côte d’Ivoire devrait s’accorder pour que la paix s’installe dans le pays, serait la «  judicieuse solution sénégalaise », esquissée par le Juge Kéba M’baye à la Table ronde de Linas-Marcoussis, celle de la « possession d’état » ! Dans le cas contraire, si les ivoiriens refusent de considérer les étrangers résidents avant 1960 comme des ivoiriens d’origine, il n’y aura pas de paix. 

LA THESE DU MINISTRE CISSE BACONGO EST IRRECEVABLE.

En réponse au Ministre Bacongo, l’on dira que le RDR a mené et continue de mener une guerre infondée contre les ivoiriens, parce que la thèse défendue, à savoir « l’ivoirité des étrangers résidents en 1960 », n’a ni fondement juridique, ni historique. (1°). Ensuite, le diagnostic du mal dont souffre la Côte d’Ivoire, est faux. Le mal dont souffre la Côte d’Ivoire, n’est pas la crise de nationalité dont parle le Ministre CIB, mais plutôt, l’instrumentalisation politique des étrangers, depuis les frustrations liées à l’institution de la carte de séjour par Alassane Ouattara en 1990 (2°). En conséquence, en soulevant un faux problème de nationalité, et en posant un diagnostic également faussé, la solution retenue pour guérir le mal, ne pouvait être un bon remède (3°). En effet, contrairement à ce qui est avancé par le Ministre CIB, ce n’est pas au moyen de la solution juridique de la « possession d’état », que le code sénégalais de la nationalité a réglé la situation des étrangers résidant au Sénégal au moment de l’indépendance. A la vérité, la bonne méthode dans une matière aussi sensible que la question de la nationalité, commence d’abord par quitter le chemin du jugement unilatéral, pour mettre tous les ivoiriens d’accord sur le bon diagnostic, et ensuite rechercher, ensemble, une solution consensuelle dans un contexte d’apaisement (4°).

1°- La thèse de « l’ivoirité » des étrangers résidents avant l’indépendance, est sans fondement.

  • La première critique de cette thèse, porte sur son appréhension insuffisante de la notion de nationalité, qu’elle réduit au seul élément de la présence ou de la résidence de l’individu sur le territoire.

Contrairement à ce que pense CIB, la notion de nationalité est plus complexe. Elle combine deux éléments fondamentaux, le lien juridique entre l’Etat national et l’individu d’une part, et d’autre part, le lien socio-affectif (race, ethnie, tribu, religion, histoire, territoire…), existant entre l’individu et la communauté humaine qui constitue la population sur laquelle, l’Etat national exerce sa souveraineté personnelle. Sur les deux aspects indissociables, l’accord existe même si, en fonction des circonstances, l’un peut l’emporter, mais sans jamais pouvoir l’effacer l’autre. L’on se contentera sur ce point de renvoyer le Ministre CIB, à la définition qui fait autorité en matière de nationalité, qui émane de la jurisprudence de la Cour Internationale de Justice, dans sa décision relative à l’affaire Nottebohm, en 1955 : 

«La nationalité est un lien juridique, ayant à sa base, un fait social de rattachement, une solidarité effective d’existence, d’intérêts, de sentiments joints à une réciprocité de droits et de devoirs ; elle est peut- on dire, l’expression juridique du fait que l’individu auquel elle est conférée, soit directement par la loi, soit par un acte de l’autorité, est en fait rattaché à la population de l’Etat qui la lui confère, plus qu’à celle de tout autre Etat».

La leçon d’une telle jurisprudence, est que l’octroi de la nationalité doit reposer sur des faits sociaux tangibles de rattachement à un Etat et non pas  sur le seul fait de la présence ou résidence  sur un territoire, comme le soutient le Ministre CIB.

  • La deuxième critique, porte sur la non prise en compte du rôle et de l’effet limité du critère de la présence ou de la résidence, dans le droit et la pratique des Etats en matière de nationalité.
  • Le critère de la résidence est déterminant mais non décisif.

Généralement, le critère de la présence sur le territoire, est destiné à distinguer les personnes qui historiquement y sont établies et pour lesquelles, cet espace géographique constitue le cadre de vie naturel ou habituel (résidence habituelle) à l’exclusion de tout autre, des autres personnes y vivant mais dont la présence est liée à des circonstances telles, que l’on peut qualifier celle-ci de passagère, d’occasionnelle,  même si elle se prolonge dans le temps (profession, asile politique, tourisme…).

Le Protocole de la CEDEAO (29 mai 1979) relatif à la libre circulation des personnes et des biens, décline en son article 2, plusieurs modes de présence des personnes sur le territoire d’un Etat non national : l’entrée et le séjour de moins de 90 jours ; la résidence (séjour de plus de 90 jours, mais non définitif) ; l’établissement (en principe définitif).

Ces distinctions soulignent que les raisons et la durée de présence sur le territoire, ne sont pas uniformes. Ils ne peuvent revêtir en conséquence, ni la même importance ni recevoir un régime juridique identique, qu’il s’agisse d’une visite ou d’une résidence. Dans la pratique en matière de nationalité, les Etats prennent en considération, une durée de présence matérialisée par une résidence dans  le pays, allant de 5 ans (Côte d’Ivoire), à 10 ans (Burkina Faso) voir 15 ans (Tchad).

Cette exigence de temps minimal de présence, est destinée à permettre au demandeur de nationalité, de prendre une option  en parfaite  connaissance du milieu social auquel il veut désormais s’attacher. Mais aussi, elle fournit à l’autorité de décision, un temps suffisant  d’appréciation de la volonté réelle de l’impétrant de s’intégrer à la communauté d’accueil. Dans cette optique, la présence ou la résidence, ne peut être ramenée à un simple passage ou une brève présence sur le territoire. Cette exigence  a donc une fonction à la fois probante et utilitaire.    

Cependant, le fait et le temps de présence sur le territoire ne sont jamais les seuls éléments pertinents dans l’octroi de la nationalité,  même s’ils paraissent  déterminants.  A eux s’ajoutent toujours, des conditions de moralité, de santé et surtout la volonté effective  et non équivoque d’intégration à la communauté d’accueil, dont la première manifestation est la demande formelle de naturalisation. C’est de l’addition de ces faisceaux d’éléments, que l’autorité tire la motivation de sa décision d’octroyer ou non la nationalité.

La thèse critiquée, défendue par le Ministre Bacongo, ne prend pas en considération, ces éléments additionnels exigés en matière de nationalité par les Etats. Elle les ignore sans en donner les raisons.

Mais c’est surtout par la non-prise en compte de l’effet juridique limité du  critère de la résidence, ou de la présence, en matière de nationalité, que la thèse pèche le plus.

  • La présence ou la résidence n’efface pas l’origine territoriale ou nationale de l’étranger.

Le temps passé à l’étranger n’a aucun effet sur la nationalité. Un individu peut décider de vivre à l’étranger, sans limitation de durée, cette situation n’affecte nullement son lien de rattachement avec son Etat national. C’est le cas pour les immigrés et les réfugiés partout dans le monde. Ils conservent leur nationalité d’origine en dépit de l’éloignement prolongé, volontaire ou involontaire. Aucune loi nationale, ni règle de droit international, ne prescrivent la perte de la nationalité, comme sanction d’un séjour excessivement prolongé hors du territoire national. La nationalité ne se perd pas par désuétude, elle est intemporelle et demeure valide, sauf renoncement express du national, suite à une naturalisation, à lui accordée, mais interdisant la double nationalité, ou suite à une déchéance prononcée par les autorités de son Etat national.

A cet égard, quelle est la situation des personnes non originaires du territoire colonial de la Côte d’Ivoire, mais présentes ou résidentes en 1960 à l’accession à l’indépendance ?

On trouve présentes en Côte d’Ivoire, avant l’indépendance, quatre catégories de personnes : les ressortissants français, les ressortissants de pays étrangers, les ressortissants de l’Afrique Occidentale Française (AOF) qui se divisent en originaires du territoire colonial de Côte d’Ivoire et  originaires des autres territoires membres.

Les personnes originaires  de la France métropolitaine et des autres pays étrangers sont les nationaux de leurs Etats d’origine, lesquels leur reconnaissaient cette qualité, et exerçaient sur elles, leur souveraineté personnelle. Il n’était juridiquement pas possible à la Côte d’Ivoire, ni admissible,  sous le seul prétexte de son accession à l’indépendance, de transformer les nationaux de ces pays, en nationaux ivoiriens, sans l’accord de leurs Etats et sans celui des personnes concernées. Tout au plus, la Côte d’Ivoire ne pouvait que leur offrir l’option, et leur laisser le soin de décider eux-mêmes. C’est ce qu’elle a fait.

S’agissant des personnes originaires des territoires coloniaux  français présentes en Côte d’Ivoire, leur situation est moins simple qu’il n’y paraît.

A ce propos, il convient d’abord de rétablir la réalité. Ecrire que, les personnes originaires des territoires coloniaux avaient tous la nationalité française, du seul fait, que ces territoires étaient considérés comme des extensions de la France métropolitaine, ne rend pas totalement compte de la réalité. En vérité, seuls étaient pleinement françaises, les personnes originaires de la métropole. Quant aux originaires des territoires coloniaux, leurs statuts différaient d’une colonie à l’autre.

S’agissant des ressortissants des territoires coloniaux français d’Afrique noire, ils  étaient des sujets français. C’est  l’ordonnance du 19 octobre 1945 relatif au code de la nationalité, qui pose le principe  de la reconnaissance de la nationalité française aux habitants des territoires annexés par la France. Cette qualité était plus formelle qu’effective, car ceux-ci restaient soumis à leur statut coutumier local, et les droits politiques reconnus aux français métropolitains ne leur étaient pas applicables. Dans chaque territoire, des textes permettaient par des décisions individuelles, décrets ou jugements, de leur conférer des droits de citoyens français. S’ils remplissaient les conditions (diplômes, service dans l’armée française…), ils pouvaient se voir conférer le statut de citoyen. Cependant, même dans ces cas, le statut de citoyen français n’était pas, en tous points, assimilable à la nationalité française.

Pour la bonne gestion de ses colonies, la France pratiquait en fonction de ses besoins d’administration, la mobilité des cadres africains à sa disposition, au sein des territoires constituant l’AOF et l’AEF. L'administration coloniale distinguait les fonctionnaires du cadre local de ceux du cadre AOF, avant les indépendances.

A l’intérieur de l'AOF, on distinguait aussi les ressortissants de chaque pays ou territoire.  C’est ainsi que concernant l’AOF, des cadres originaires des territoires coloniaux du mali, de la Haute Volta (Burkina Faso) ou du Dahomey (Bénin), étaient affectés en postes au Niger, en Côte d’Ivoire ou vice-versa. Ainsi, s’explique par exemple, la présence de nombreux cadres béninois, sénégalais, voltaïques (burkinabés)…, en Côte d’Ivoire au moment de l’indépendance. De même, des travailleurs manuels, généralement voltaïques (burkinabés), ont été engagés en Côte d’Ivoire, dans des travaux d’intérêt colonial. Telle est la justification de leur présence en Côte d’Ivoire.

Mais toutes ces personnes, qui pour les raisons ci-dessus exposées, étaient présentes en Côte d’Ivoire au moment de son accession à l’indépendance, avaient bien un territoire colonial d’origine et de rattachement social. Leur présence en Côte d’Ivoire, était purement circonstancielle et temporaire, puisque ces derniers conservaient leurs attaches socio-culturelles, avec ces territoires.

  • L’indépendance de la Côte d’Ivoire, n’a pas  détruit le lien de rattachement entre la France métropolitaine et les ressortissants des autres territoires coloniaux, présents sur le territoire ivoirien.

L’une des erreurs substantielles de la thèse du Ministre CIB, est d’inférer du fait de son accession à la souveraineté, la subrogation au profit de la Côte d’Ivoire des compétences dont jouissait la  France sur ses ex territoires coloniaux de l’AOF et partant sur leurs ressortissants. En fait comme en droit cela n’est pas vrai.

Le lien de rattachement entre les personnes originaires de ses territoires coloniaux et la France métropolitaine, était fondé sur le fait colonial (conquête coloniale, administration coloniale…), qui faisait d’eux des sujets directs de la France ou des citoyens de l’Union ou de la Communauté française.  Ce lien colonial de rattachement n’existe pas en revanche, entre chacun des territoires coloniaux et tous les ressortissants de l’ensemble desdits territoires.

La Côte d’Ivoire en accédant à la souveraineté internationale, n’est pas devenue un Etat colonial en lieu et place de la France, ayant dans son ressort territorial, le Mali, la Haute Volta, le Niger…, et disposant de droits sur leurs ressortissants. Ainsi, contrairement à la France coloniale, qui pouvait réquisitionner des travailleurs dans n’importe lequel de ses territoires pour effectuer des travaux « forcés » dans d’autres territoires, la Côte d’Ivoire indépendante, ne pouvait en faire autant. Elle ne pouvait réquisitionner, que ses seuls nationaux, à l’exclusion des ressortissants des autres territoires coloniaux.

En d’autres termes, l’indépendance ne donnait aucun titre, ni compétence personnelle à la Côte d’Ivoire, à l’égard des ressortissants des autres territoires ou pays, à fortiori, celui de les naturaliser par décision unilatérale. Aucun des autres territoires ex-colonies devenus indépendants ne l’a fait.

  • Aucun Etat membre de l’AOF devenu souverain, n’a attribué aux étrangers résidents sur son territoire avant l’indépendance, sa nationalité à titre de nationalité d’origine.

Le Ministre CIB, expose que pour pouvoir attribuer sa nationalité, l’Etat, non seulement doit exister, mais il doit être souverain et indépendant. Il poursuit en disant, s’agissant des territoires coloniaux français, qu’étant  dépourvus de la personnalité juridique internationale, ils étaient dans l’incapacité juridique d’attribuer leur nationalité à leurs  ressortissants résidant en Côte d’Ivoire en 1960, lesquels, selon lui, avaient tous la nationalité française. Il conclut, qu’il incombait à la Côte d’Ivoire de leur conférer sa nationalité à titre d’origine.

L’argument ci-dessus évoqué, selon lequel ces étrangers africains étaient issus de territoires coloniaux n’ayant pas le statut d’Etats indépendants donc souverains, en mesure de leur attribuer leur nationalité, n’est pas non plus pertinent. La plupart des territoires concernés sont tous  devenus indépendants dans la même période que la Côte d’Ivoire et même bien avant cette dernière.

En effet, concernant l’AOF, un seul territoire a pris son indépendance  après celle de la Côte d’Ivoire  intervenue le 7 août 1960, c’est la Mauritanie, le 28 novembre 1960. Tous les autres territoires le sont devenus avant la Côte d’Ivoire : le Sénégal et le Mali, le 20 juin 1960 ; le Dahomey (Bénin), le 1er août 1960 ; le Niger, le 3 août 1960 ; la Haute-Volta (Burkina Faso), le 5 août 1960. A ces pays on pourrait ajouter, la Guinée (2 octobre 1958), et le Togo (27 avril 1960). Par conséquent l’argument selon lequel, les étrangers présents en Côte d’Ivoire, étaient ressortissants de territoires non étatiques et indépendants, tombe de lui-même.

En outre, le code de nationalité ivoirien a été adopté le 14 décembre 1961, c’est-à-dire plus d’une année après l’accession à l’indépendance de tous ces pays.

Enfin, il suffit de se référer aux différents codes de la nationalité, adoptés par les pays africains et particulièrement par les pays francophones précités, au moment de leurs indépendances, pour être édifié sur l’inanité de la thèse défendue.

  • Aucun pays indépendant dans la sous-région n’a fait des étrangers résidents des nationaux à titre d’origine.

Aucun des codes de ces pays ne comporte une disposition, attribuant automatiquement la nationalité de son pays, à titre d’origine, à toutes les personnes résidant sur le territoire avant leur accession à l’indépendance. Tous en revanche, contiennent des dispositions prévoyant une option de naturalisation de cette catégorie de personnes, mais à leur demande.

Le code malien de la nationalité (loi n°62-18 du 3 février 1962, modifiée par la loi n°95-70 du 25 août 1995), en son article 75 dispose : « jusqu’à l’expiration d’un délai de 6 mois à compter de la publication du présent code, tout individu même né à l’étranger, ayant sa résidence habituelle au Mali, peut opter pour la nationalité malienne par déclaration… L’autorité compétente doit refuser de recevoir la déclaration si elle n’est pas assortie  d’un acte de soumission par lequel le déclarant s’engage à se comporter en tout comme un digne et loyal citoyen de la République du Mali et à élever ses enfants dans cet esprit, et si la demande n’est pas soutenue d’une attestation présentée en personne par 2 citoyens maliens certifiant sur l’honneur, que le déclarant a donné des gages d’assimilation et de sens national ».

Concernant le Niger, le code de la nationalité (loi n° 1961-26 du 12 juillet 1961) prévoit en son article 54 que : « peuvent opter pour la nationalité nigérienne, les individus qui à la date d’entrée en vigueur de la présente loi, exercent depuis plus de 10 ans, un emploi public ou une profession libérale, régie par un texte réglementaire nigérien ». En son article 55 : « peuvent opter pour la nationalité nigérienne, toute personne originaire de l’un des Etats issus des anciens groupes de territoires de l’AOF et de l’AEF, du Togo, du Cameroun, de Madagascar, qui à la date d’entrée en vigueur du présent texte, a sa résidence habituelle au Niger. Cependant, les options ci-dessus, « doivent être exercées dans un délai de 3 mois à compter de l’entrée en vigueur de la présente loi ».

Au Burkina Faso, l’article 163 du code de la nationalité (loi du 3 septembre 1992), accorde la nationalité à l’étranger ou à l’apatride à la condition d’avoir résidé 10 ans dans le pays au moment où il présente sa demande. Aucune des dispositions relatives à la nationalité à titre d’origine, ne prend en compte les étrangers présents en 1960.

Au Sénégal, l’article 29 du code de nationalité, offre aux personnes originaires de l’un des Etats issus des territoires de l’AOF et de l’AEF, du Togo, du Cameroun et de Madagascar, ainsi qu’aux originaires des territoires limitrophes, l’option de la nationalité sénégalaise, à condition qu’à la date d’entrée en vigueur du code ils aient leur résidence habituelle au Sénégal. L’option offerte courait dans un délai de trois mois ( article 30) tandis que l’article 12 alinéa 3 précise que «  par résidence habituelle il faut entendre l’établissement à demeure sur le territoire de la République, sans esprit de fixation ultérieure dans un  autre Etat ».

Ainsi, aucun code de la nationalité des Etats francophones d’Afrique de l’ouest ayant accédé à l’indépendance en 1960, ne qualifie les étrangers résidents sur leur territoire à cette époque comme des nationaux à titre d’origine. Tous sans exception y compris le Sénégal, leur ont proposé des options fondées sur la résidence,  dans des délais limités.

Certes des dispositions sur la possession d’état sont prévues dans certains pays, tels le Sénégal (article 1er alinéa 2), le Mali (article 68), mais elles ne sont pas destinées à régler la situation des étrangers résidant avant l’indépendance sur ces territoires, et dans tous les cas, pas dans le sens où le comprend le Ministre CIB. Nous y reviendrons.  

Les étrangers présents ou résidents en Côte d’Ivoire en 1960, n’avaient pas perdu leur nationalité d’origine, mais étaient  restés rattachés à leurs territoires ou Etats d’origine ainsi qu’à leurs communautés d’origine. En outre elles n’avaient pas formellement renoncé à leurs appartenances nationales, de même que le lien qui les rattachait à leur territoire d’origine ou à l’Etat colonial, n’avait pas non plus été officiellement rompu. En d’autres termes, leur situation juridique s’opposait, à leur prise en compte en qualité de nationaux ivoiriens à titre d’origine, malgré le fait de leur présence ou résidence sur le territoire.

On ne peut par conséquent reprocher  à la Côte d’Ivoire, au moment d’adopter son code de la nationalité et de déterminer ses nationaux, d’avoir tenu compte du fait que se trouvaient sur son sol, des  nationaux de pays étrangers, ainsi que des originaires des territoires coloniaux de l’AOF et de ne  les avoir pas inclus au nombre des ivoiriens, définis comme tels, à titre d’origine. C’est le contraire qui aurait été inacceptable.

  A ce propos la formulation de l’article 6 de la loi du 14 décembre 1961, relatif à l’attribution de la nationalité d’origine, tient compte formellement de cette réalité juridique, en excluant du groupe des nationaux ivoiriens, toutes les personnes qui relèvent d’une autre nationalité et qui par conséquent sont des étrangers : « est ivoirien, tout individu, né en Côte d’Ivoire sauf si ses deux parents sont étrangers » (droit du sol). Dans le même temps, l’Etat ivoirien, reconnaissait la qualité d’ivoiriens, aux individus nés hors de Côte d’Ivoire, d’un parent ivoirien (article 7 : filiation).

Appartenait-il au législateur ivoirien à l’époque, de se substituer à eux pour trancher ce débat à leur place ? Non, à notre sens. La seule attitude raisonnable qu’il pouvait adopter à cette époque, était de prévoir une ouverture et de leur laisser le temps de la décision. C’est ce qu’il a fait, en leur offrant l’option, à l’article 105 du code de la nationalité, de demander leur naturalisation sans condition de stage.

 Il ne semble pas que cette offre ait suscité un quelconque intérêt. Ce qui confirme à postériori, la justesse de la position de prudence du législateur à l’époque.

A l’occasion des discussions de Linas-Marcoussis qui ont suivi l’attaque rebelle du 19 septembre 2002, les responsables du RDR, ont  cherché à faire avaliser cette thèse, sur laquelle ils reviennent aujourd’hui à nouveau. Elle avait pourtant été rejetée.

Lire la suite

lundi, 29 juillet 2013

LES BONS NOIRS DE LA REPUBLIQUE FRANÇAISE

Le président du Tchad, Idriss deby.


Il est dans l’ordre des choses que, pour éviter que la Métropole perde la maîtrise des colonies, il soit placé à la tête de celles-ci des Enfants de «La République». En voici quelques-uns des plus grands et fidèles. Source: «Alter Info».

 
Toi, Gnassingbè II, tu es mis au pouvoir dans le territoire du Togo après 39 ans de règne de ton père, fidèle des fidèles enfants de la République. Grâce à ton père et à toi-même, la République conserve sa mainmise sur ce territoire et ses richesses après les « foucades indépendantistes » de Sylvanus Olympio et ses amis. Grâce à toi, le Port Autonome de Lomé, le seul port en eau profonde de l’Afrique Occidentale Française vivifie Bolloré et alimente l’économie de la République. Grand Enfant de la République, peu importe le nombre de morts et de perclus à vie que tu fais pour contrer les Africains du Togo. Tant que c’est pour la bonne cause: la survie de tutelle française, ça passe et passera. Les portes de la République te sont ouvertes le jour comme la nuit, comme ce fut le cas pour ton feu père Etienne Gnassingbè.


Photo du président du Togo, Faure Gnassingbè.

Enfant de la République Ali Bongo, le chemin de la longévité au pouvoir est par ici. François Hollande te l’indique, comme le montre la photo ci-dessous. Toi qui, comme ton feu père, finance la vie politique française de la Gauche à la Droite, tu seras toujours le bienvenu dans la maison de ton père ou de ta mère, la République. La fidélité dans la servitude est une vertu rare. Pour cela, et qu’il pleuve ou qu’il neige au Gabon, reçois les hommages appuyés de la République.


Photo du président du Gabon, Ali Bongo.

Allons ! Enfant de la République, Mamadou Issoufou, les jours d’Aréva au Niger se comptent en milliards d’euros. Merci de continuer à faire d’Aréva et de la France, grâce à l’uranium nigérien, 1er producteur mondial de l’énergie nucléaire! Au nom d’Aréva, François le socialiste vous salue et la France vous bénit. Quelle fidélité ! Quelle régularité ! Toi, enfant de la République, tu es reçu déjà 3 fois par Hollande, le président de la République, depuis son élection. Longue vie à toi, Issoufou, enfant chéri de la République!


Photo du président du niger, Mamadou Issoufou.

Grand enfant de la République, Idriss Déby, plus tu es obéissant, plus ton règne durera dans le territoire du Tchad. La République te dit merci pour ton indéfectible fidélité. Tu as parfaitement compris que plus on s’abaisse devant le maître, plus on monte dans la chaîne des serviteurs ! Attention tout de même au mal de dos, M. Déby.


Photo du président du Tchad, Idriss Deby.

Enfant Officier de la Légion d’honneur de la République, Macky Sall, tu seras toujours parmi les meilleurs élèves. Ta Légion d’honneur, tu l’avais bien mérité car tu maintiens l’un des tout premiers territoires colonisés en Afrique par la France dans le juron de la République. Bravo!
 

Photo du président du Sénégal, Macky Sall.

Ô, fier enfant de la République, Blaise Compaoré, grâce à toi la République a pu se débarrasser de Thomas Sankara qui eut la folie de tenter de construire un État indépendant au Burkina Faso. Ton apport à la République est énorme de ce point de vue. Compaoré, l’incomparable ! Ce n’est donc pour rien que la République a fait de toi le Sage, le Grand Médiateur en Afrique de l’Ouest où tu pilotes guerres et coups d’État en faveur de la République et de ses alliés. Reconnaissance et Fidélité de la République !


Photo du président du Burkina Faso, Blaise Campaoré.

Maître Franc-maçon, Grand Enfant, Grand guerrier de la République, Denis Sassou Nguesso, toi qui a ensanglanté le Congo durant des années pour revenir au pouvoir perdu contre Lissouba, la République te remercie vivement. Le pétrole, le bois et toutes les autres richesses du Congo livrées gracieusement à la République font de toi un de ses serviteurs qui trouvent toujours les portes de l’Élysée ouvertes: en été comme en hiver ! La République te salue et te garantit son soutien indéfectible. Franc-maçonniquement !


Photo du président du Congo-Brazzaville, Denis Sassou N'Guesso.

Grand Enfant de la République, Dioncounda Traoré, giflé et humilié à Bamako, soigné et cajolé à Paris. Homme silencieux du sérail, ton heure a sonné. À force de servir dans l’obscurité, on finit par apparaître au grand jour: histoire de fidélité. La République te caresse et t’embrasse chaleureusement, car grâce à toi, elle se redéploie joyeusement en force au Mali en disant que c’est toi qui le lui a demandé. Sans toi, Grand et fidèle enfant de la République, les islamistes auraient coupé tous les pieds et les bras aux africains du Mali. Grâce à toi, la République a acquis un galon supplémentaire dans son oeuvre de « colonisation humanitaire ». Accessoirement, tu as offert un chameau à François Hollande en guise de remerciement. La République te chérit et te seras éternellement reconnaissante.


Photo du président du Mali, Dioncounda Traoré.

Enfant de la République, Alpha Condé, grâce à toi, l’ère Lassana Conté est toujours en cours. La République te laisse faire ce que tu veux en Guinée, en tout cas pour le moment. Tu seras toujours aux rendez-vous du Palais tant que tu ne bousculeras pas les intérêts de la République dans ce territoire que Sékou Touré a appelé «un scandale géologique», car insolemment doté de richesses fabuleuses. La République te gratifie d’un sourire à couper la faim et la soif du peuple africain de Guinée.


Photo du président de la Guinée, Alpha Condé. 

Paul Mvondo Biya
, Grand enfant de « La République » placé au pouvoir depuis 31 ans maintenant, tu as fait et continues de faire le bonheur de Total, de Perenco, de Bolloré, d’Air France, de Vilgrain, d’Orange, de Bouygues… Grâce à toi, le Cameroun est maintenu dans le juron de la République qui, de président en président, manifeste à ton égard une fidélité à toute épreuve. À l’été 2011, pour un séjour d’environ 3 semaines à La Baule où tu t’étais bien reposé avec une forte délégation, Paul Biya, tu as dépensé environ 1 million d’euros. Tu fais aussi partie des meilleurs financiers de la vie politique de la République. Qui est fidèle récolte fidélité ! C’est pourquoi, Grand enfant de la République, tu seras toujours le bienvenu sur les terres de celle-ci.
 

Photo du président du Cameroun, Paul Mvondo Biya.

Alassane Ouattara, fils de la République, grâce à toi, la République a pu se débarrasser du président Laurent Gbagbo. Tu pilotes en parfaite harmonie avec des bandits de grands chemins le Nouvel Ordre français dans le territoire de Côte d’Ivoire qui a tenté de tenir tête à la République. Grâce à toi, la République est en printemps continu dans ce territoire où le pillage à grande échelle s’opère joyeusement. Chacun prend sa part : 150.000 tonnes de cacao par-ci, 200.000 tonnes de noix de cajoux par là en récompense aux criminels de guerre qui ont accompagné l’armée française dans sa reconquête du pays. La République, te trouvant tellement obséquieux, a dit par la voix de Gérard Longuet, ministre de la défense sous Sarkozy, que si tu étais arrivé au pouvoir un peu plus tôt, elle aurait délocalisé sa base militaire au Gabon en Côte d’Ivoire. Grâce à toi, toutes les institutions de la République ont de l’avenir dans la région, à commencer par le Franc CFA. Tu seras toujours le bienvenu à l’Élysée, digne fils de la République.


Photo du président de la Côte d'Ivoire, Alassane Ouattara.


Auteur: KPOGLI Komla



Cordialement,

La Direction du RESEAU NERRATI-PRESS.

FRANÇAFRIQUE: LES RUSES DE LA RAISON POSTCOLONIALE

FRANçAFRIQUE. DRAPEAU FRANCE.JPG


Dans le contexte de l’intervention impérialiste de l’Etat français au Mali, nous republions un texte du militant internationaliste Jean Nanga, initialement paru dans Contretemps (première série) en 2006.

 

Le débat sur le passé colonial de la République française et ses « aspects positifs », gravés dans la loi depuis l’adoption de la loi du 23 février 2005, exprime la persistance de l’idéologie de « la mission civilisatrice ». Mais, il entre aussi en résonance avec le grand succès de librairie qu’a été l’ouvrage de Stephen Smith, Négrologie. Pourquoi l’Afrique meurt, dans lequel on peut lire : « Pour le dire brutalement : depuis l’indépendance, l’Afrique travaille à sa recolonisation. Du moins, si c’était le but, elle ne s’y prendrait pas autrement. Seulement même en cela le continent échoue. Plus personne n’est preneur [de ces pays africains qui survivent grâce à] la pension alimentaire qu’ils tirent de la coulpe de l’Occident »1. La force de l’opinion de S. Smith a été démontrée pendant la crise militaire de novembre 2004 entre l’État français et l’État ivoirien : de l’extrême droite à la gauche, des plumes se sont mobilisées en solidarité avec l’armée républicaine française, agressée de façon meurtrière en Côte d’Ivoire. Un acte criminel exprimant l’ingratitude de l’État ivoirien à l’égard de la République française censée avoir volé au secours du peuple ivoirien menacé de génocide par une élite politique immature et rétive à la démocratie. Mais, ce quasi-consensus semble confirmer l’enracinement de l’idéologie coloniale dans une grande partie de l’élite française voire de la société. Dans les lignes qui suivent, nous allons rappeler la continuité qui existe entre les rapports de l’ère vétéro-coloniale et ceux de l’ère néocoloniale.

Du colonialisme émancipateur

La compréhension du présent des « ex-colonies » africaines-subsahariennes de la France nous semble impossible dans l’ignorance du passé. Une évidence que négligent subtilement S. Smith et bien d’autres qui, parfois en se reniant, conçoivent la décolonisation comme fin de la colonisation et de la domination métropolitaine. Certains ne s’empêchent pas de présenter la décolonisation comme l’aboutissement logique d’un plan de la République émancipatrice. Alors que dans les faits, l’État français était farouchement opposé à l’indépendance des colonies. Albert Sarraut en parlait en des termes qui n’ont cessés d’être repris : « “ce trousseau de servitudes que l’on nomme ’indépendance” selon la formule de Georges Duhamel. C’est bien ce que sentent d’instinct ou que comprennent clairement tous ceux de nos protégés dont la sagesse est faite des leçons du passé et de l’observation attentive du présent. L’idée de l’indépendance, loin de les séduire, les effraie »2. Ne pouvait ainsi être envisagée que la réforme du régime colonial.

Celle qui fut initiée en 1944 ne peut se comprendre en dehors des transformations de la conjoncture internationale. L’après-guerre s’était caractérisée par la montée en force des deux absents du partage colonial, les États-Unis – puissance impérialiste et néocolonialiste en Amérique centrale et du Sud – et l’Union soviétique, lesquels pèsent sur la naissance de l’ONU dont les chapitres 11-13 de la Charte (1945) concernent l’auto-administration par leurs populations des « territoires non-autonomes » – le terme « colonies » est soigneusement évité – et « sous tutelle ». Un principe dont les prémices avaient été perçues par les partisans de la « France Libre » parmi lesquels le général de Gaulle. Par ailleurs, l’anticolonialisme – opportuniste car impérialiste – des États-Unis exerçait une influence sur le colonialisme britannique en Afrique. Bon nombre de colonisé-e-s africain-e-s, sujets britanniques à l’instar de Francis Kwamé Nkrumah, étudiaient aux États-Unis et étaient en contact avec des colonisé-e-s asiatiques mieux organisé-e-s dans la lutte contre le colonialisme britannique. C’est l’évolution de cette conjoncture qui explique la « décolonisation » française que des falsificateurs de l’histoire attribuent à un humanisme imaginaire du général de Gaulle, en dépit du fait que ce dernier avait bien exprimé son opposition à la décolonisation lors de la conférence des gouverneurs généraux à Brazzaville en 1944. Une des recommandations de cette conférence, connue sous le nom de conférence de Brazzaville, avait clairement affirmé le refus de toute émancipation hors de l’empire français : « Les fins de l’œuvre de civilisation accomplie par la France dans les Colonies ÉCARTENT TOUTE IDÉE D’AUTONOMIE, TOUTE POSSIBILITÉ D’ÉVOLUTION HORS DU BLOC FRANÇAIS DE L’EMPIRE ; LA CONSTITUTION ÉVENTUELLE, MÊME LOINTAINE DE SELF-GOVERNMENTS DANS LES COLONIES EST À ÉCARTER »3. Comme pour marquer ce refus de l’égalité humaine, l’année qui commence par la conférence de Brazzaville s’achève par le massacre à Thiaroye de « tirailleurs sénégalais » de retour de la Seconde Guerre mondiale et qui revendiquaient le versement de leurs primes.

Cette opposition à l’indépendance persiste dans la Constitution de 1946 qui institutionnalise l’Union française – sémantiquement, l’Empire colonial n’existe plus – comme cadre d’émancipation des colonisé-e-s, lesquel-le-s pouvaient désormais être representé-e-s et élu-e-s au Parlement français. C’est ainsi par la Constitution de la Ive République que les colonies se sont mises à relever de la loi. Jusqu’alors, elles relevaient plutôt du président, du ministre des Colonies, du gouverneur, du commandant et des grandes compagnies coloniales. L’hostilité à l’indépendance est partagée au-delà de la droite coloniale. Ainsi, au lendemain de la répression sanglante de la rébellion malgache, en 1947, François Mitterrand, plusieurs fois ministre de la République coloniale, a pu affirmer : « L’avenir de Madagascar est dans le cadre de la République française. L’évolution des Malgaches doit se faire au sein de la République… les fauteurs de la rébellion de 1947 sont beaucoup plus coupables envers leurs concitoyens qu’envers le pouvoir central »4. C’est sous la pression de la guerre de libération algérienne qu’un deuxième pas est effectué avec la loi-cadre du 23 juin 1956 qui institue des gouvernements autonomes en Afrique équatoriale française (AEF) et en Afrique occidentale française (AOF). Cette réforme est censée «…associer plus étroitement les populations d’outre-mer à la gestion de leurs intérêts propres [sous forme] de décentralisation et de déconcentration administratives » (art. 1er). Mais, le principe demeure impérial comme l’énonce une fois de plus F. Mitterrand : « Un pouvoir central fortement structuré à Paris, des États et territoires autonomes fédérés au sein d’une communauté égalitaire et fraternelle dont les frontières iront des plaines des Flandres aux forêts de l’équateur, telle est la perspective qu’il nous appartient de préciser et de proposer, car sans l’Afrique il n’y aura pas d’histoire de la France au XXIe siècle. (…) Comment en effet la France butant sur ce Rhin où boivent tour à tour les chevaux de l’Europe irait-elle vers le Nord ? ou vers l’Est ? ou vers l’Ouest qui vient plutôt chez elle qu’il ne l’appelle à lui ? Seule la route du Sud est disponible, large, bordée d’innombrables peuples, en même temps que d’espaces inoccupées… Déjà la France sait combien l’Afrique lui est nécessaire »5.

C’est bien cette idée de la France, « communauté égalitaire et fraternelle dont les frontières iront des plaines des Flandres aux forêts de l’équateur », qui est adoptée par voie référendaire en 1958. Le Titre XIII de la Constitution gaullienne établit ainsi la Communauté pour contrecarrer les velléités d’indépendance qui se propagent dans les colonies. Le processus d’autonomie progresse en effet au Ghana anglophone qui accède à l’indépendance en 1957, favorisant l’acquisition par le Togo voisin, territoire sous tutelle française, d’un statut plus autonome que celui des autres pays de l’AOF et incitant le peuple guinéen à rejeter le principe de la Communauté. Dans tous les autres territoires d’AEF et d’AOF, celle-ci est cependant approuvée majoritairement, y compris, dans certains cas, grâce à la fraude, à la corruption et à l’intimidation, supervisées par les autorités coloniales. La période qui s’étend de 1946 à 1960 est une période de transition au néocolonialisme. L’indépendance n’est plus considérée comme incompatible avec l’existence de la Communauté, chère à de Gaulle, Mitterrand et Houphouët-Boigny. « Un État membre de la Communauté, admet désormais l’article 86 de la Constitution révisée, peut également par voie d’accord devenir indépendant sans cesser de ce fait d’appartenir à la Communauté »6. Indépendants mais toujours membres de la Communauté dominée par la France, tel est le statut véritable des nouveaux États7. Le postcolonialisme est ainsi un néocolonialisme. En dépit des nombreuses révisions (8, plus précisément) de la Constitution de la Ve République, le législateur français n’a abrogé la Communauté qu’en 19958 ! Autrement dit, pendant les trente-cinq premières années dites postcoloniales, dont les deux septennats de Mitterrand, la majorité des États africains des ex-AEF et AOF ne disposaient pas d’une pleine souveraineté. La nouveauté se situant dans l’existence d’une certaine marge d’autonomie des gouvernants autochtones et des institutions locales s’articulant avec des mécanismes structurels et des pratiques hérités du vétérocolonialisme. La « décolonisation » est ainsi le fait de la pression de l’environnement international et des luttes au sein de l’empire colonial bien plutôt que l’expression des vertus immanentes à la République, qui auraient fini par surmonter des déviations étrangères à son principe.

Par ruse de la « grammaire coloniale », la Communauté a survécu sous le terme de « Coopération » avec un ministère spécifique qui aurait aussi pu être baptisé ministère de la Communauté postcoloniale, domaine réservé du président de la République française, du général de Gaulle, créateur de la « cellule africaine de l’Élysée », à Jacques Chirac, en passant par François Mitterrand. À travers maints accords (économiques, culturels, militaires, politiques) conclus avec les élites locales, cogestionnaires de la transition au néocolonialisme (1956-1960), et de multiples institutions, la métropole a pu maintenir les liens de dépendance des « ex-colonies ». C’est alors une nécessité pour la puissance moyenne qu’est la France, comparativement aux États-Unis et à l’URSS pendant la guerre froide. Les États-Unis laissent la France jouer le rôle de gendarme du « monde libre » anticommuniste dans ses « ex-colonies ». À en croire J. Foccart9, elle aurait même bénéficié de l’indifférence de l’URSS de Krouchtchev. Par l’existence de cette Communauté, devenue secrétariat aux Affaires africaines et plus tard ministère de la Coopération, la France conserve un poids impérial dans l’arène internationale, par exemple sous forme de voix naturellement acquises aux Nations unies. Dans sa politique coloniale, de l’Algérie à la Nouvelle-Calédonie, elle a ainsi bénéficié du soutien des États membres de ladite Communauté. Il en a été de même pour les essais nucléaires français.

La Francophonie

La colonisation étant justifiée par la « générosité » civilisatrice, la défense de la langue, véhicule de la civilisation, devait occuper une position centrale dans le dispositif de la coopération. Pourtant, le général de Gaulle a plutôt résisté qu’encouragé le projet initié en 1962 par L. S. Senghor instituant la francophonie. Pour lui, il s’agissait d’un fardeau inutile : « Alors, chacun amènerait quelques éléments et c’est nous qui paieront le tout. Il n’en est pas question »10 aurait-il affirmé, selon J. Foccart. La grandeur de la France ne passait pas pour de Gaulle par cette coopération culturelle. Ce n’est qu’en 1969 que se tint la 1ère conférence des États francophones. En 1970 avec la convention de Niamey, va naître l’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT), devenue Agence de la francophonie. Malgré son extension au-delà du binôme ex-métropole-anciennes colonies d’Afrique, la francophonie reste une pièce importante du dispositif néocolonial en Afrique11. L’annonce concernant les visas faite par Chirac lors du sommet France-Afrique de décembre 2005, à Bamako, l’illustre bien : « Je souhaite que ce partenariat s’incarne également dans l’ouverture d’un espace privilégié d’échange entre la France et les pays africains, notamment francophones. Entrepreneurs, cadres, chercheurs, professeurs, artistes : leurs activités sont, par nature, liées à l’échange. J’ai donc décidé, sur une suggestion du président du Mali, de faciliter pour eux la délivrance de visas de longue durée et à entrées multiples, car c’est indispensable à leurs activités. La France continuera de plus, bien sûr, à accueillir sur son sol de nombreux étudiants africains. » Cette directive en faveur d’une immigration plus sélective révèle que la France est consciente du déclin de son prestige au sein de l’élite africaine francophone de plus en plus sensible à l’offensive anglophone et plus particulièrement étatsunienne.

La francophonie, est-il affirmé à la Xè conférence des chefs d’État et de gouvernement des pays ayant en partage le français, tenue en novembre 2004, n’est pas seulement un instrument culturel mais une institution globale dont l’un des objectifs est de contribuer à « réguler et humaniser la mondialisation », « renforcer la capacité des États et la mise en place de cadres réglementaires, une gouvernance au développement d’activités économiques et incitatives au développement du secteur privé et de l’investissement »12. Le lien entre la langue et l’économie a également été souligné par le rapporteur d’un débat à l’Assemblée nationale française concernant l’article 2 de la Constitution portant sur le français comme langue de la République : « Le problème de la défense du français se pose aujourd’hui en termes nouveaux. La semaine dernière, l’assemblée des parlementaires francophones a reçu le président Diouf, président de l’Assemblée internationale des parlementaires de langue française, et il a souligné combien le français était menacé. Gardons à l’esprit le risque d’un monopole de l’anglais, l’impérialisme linguistique reflétant l’impérialisme de la puissance économique dominante » (26 janvier 2005). C’est dans ce but que la francophonie parraine l’institution de l’Organisation pour l’harmonisation du droit des affaires en Afrique (OHADA) et a créé l’Institut de la francophonie, pour l’entreprenariat (IFE). C’est cette francophonie économique que défend Dominique Wolton du CNRS : les « entreprises classiques (Air France, Renault, Total, etc.) doivent prendre conscience qu’elles sont porteuses d’une identité culturelle et la mettre plus souvent en avant qu’elles ne le font actuellement »13.

L’engagement de l’armée française aux côtés de l’armée rwandaise contre l’armée du FPR, de 1990 au génocide de 1994, a été justifié par l’anglophonie du FPR. On a même parlé à ce propos d’éviter un nouveau Fachoda !

L’assistance militaire

Le colonialisme a été un contrôle militaire des peuples colonisés. La décolonisation ne devait pas le remettre en question. Ainsi, parmi les accords de coopération signés entre la métropole et ses « ex-colonies » au moment des indépendances figurent en bonne place les accords militaires. L’idéal pour la métropole, ce sont les accords de défense qui permettent une présence militaire française sur le territoire de « l’ex-colonie »14 ou le droit d’intervenir en cas de menace de déstabilisation du pouvoir – y compris par les peuples – sur le territoire d’hébergement ou dans un pays du « pré carré ». Ce qui s’est produit une vingtaine de fois depuis 1960. Mais, pour des raisons politiques – internes aux États africains, tels les soubresauts nationalistes des années 1960-1970 –, économiques – coût pour le budget métropolitain – ; pour des raisons liées à la nouvelle configuration internationale – fin de la guerre froide – le nombre des signataires s’est finalement réduit à quelques États (Cameroun, Comores, Côte d’Ivoire, Djibouti, Gabon, Sénégal, Togo). Avec le Tchad, il s’agit clairement d’une « Convention pour le maintien de l’ordre » qui a souvent été appliquée par la République française.

Dans son allocution, à l’ouverture de la 12ème conférence des chefs d’États de France et d’Afrique, F. Mitterrand fait l’éloge de la « coopération » francotchadienne. Il en profite pour déplorer, certes élégamment, la non-signature d’accords du même type par d’autres États : « La France a des accords de coopération et de sécurité, de défense avec un certain nombre d’entre vos pays. À l’égard de ces pays, elle est tenue de respecter ses engagements, et elle les respectera s’il le faut… Que ceux qui ont fait confiance à la France par ces accords continuent d’avoir pleine confiance. Que ceux qui n’ont pas jugé bon d’agir de cette façon – mais c’est leur propre autorité, et bien entendu, ils sont aussi respectables – sachent que la France est leur amie »15. Autrement dit, ces accords rendent certains États plus amis de la France que d’autres. Ceux qui n’ont signé que des accords d’assistance militaire et technique le sont moins que les autres.

Toutefois, ces accords d’assistance militaire et techniques ne sont pas négligeables. Car ils accordent à la France le monopole de l’encadrement des armées de ces États. Avec le Gabon, par exemple, qui constitue un des cas extrêmes de cette assistance technique néocoloniale : « La République française s’engage à apporter son concours à la République gabonaise pour la formation des cadres de son armée. La République gabonaise s’engage en retour à ne faire appel qu’à la République française pour la formation de ses cadres »16. Cette situation explique le long règne de certains autocrates pendant des décennies, les putschs militaires ayant chassé du pouvoir – dans certains cas, de façon tragique – des directions politiques tant soit peu nationalistes et progressistes, les conspirations pour l’ordre établi que sont les mutineries de l’ère dite démocratique consistant à remplacer un autocrate abusant de son autonomie par un officier supérieur, paré pour la circonstance du statut de démocrate. Parmi les derniers en date, le général centrafricain François Bozizé, auprès duquel des généraux français ont été dépêchés comme conseillers au lendemain de son putsch de mars 2003.

La France s’arroge également le monopole de l’approvisionnement. C’est le cas, notamment, des accords signés en 1961 avec le Burkina Faso (ex-HauteVolta) : « La République de Haute-Volta, en vue d’assurer la standardisation des armements, s’adressera en priorité à la République française pour l’entretien et le renouvellement des matériels et équipements de ses forces armées… Pour les fournitures qui, après examen en commun, ne pourraient être faites par la République française, la Haute-Volta se réserve le droit d’accepter l’aide d’autres pays »17. Certes, ces États ne sont pas les plus gros clients en la matière, mais, même pour le troisième marchand mondial d’armes de guerre, il n’y a pas de petits profits !

En effet, si la coopération militaire a servi à l’expérimentation de la doctrine militaire française, du Cameroun (années 1950-1960) au Rwanda (1990-1994), elle a aussi, voire surtout, servi à l’économie française. Car, les accords de défense sont aussi des accords d’approvisionnement préférentiel de la métropole en matières premières stratégiques. Le sceau du secret encore posé sur certains d’entre eux n’est pas sans rapport avec cet aspect. Ainsi, dans l’Annexe II de l’accord de défense signé en avril 1961, entre la France, d’un côte et de l’autre la Côte d’Ivoire, le Dahomey (actuel Bénin) et le Niger, l’intérêt pour les « matières premières et produits stratégiques » est explicite. Les Républiques africaines signataires « informent la République Française de la politique qu’elles sont appelées à suivre en ce qui concerne les matières premières et produits stratégiques et des mesures qu’elles proposent de prendre pour l’exécution de cette politique… En ce qui concerne ces mêmes produits, [elles] réservent par priorité leur vente à la République française après satisfaction des besoins de leur consommation intérieure, et s’approvisionnent par priorité auprès d’elle » (art. 3, 5). Le Bénin et le Niger ont par la suite abrogé cet accord, sans pour autant que la France ne renonce à contrôler l’uranium nigérien, suscitant en 1974 un putsch militaire pour renverser Hamani Diori coupable d’avoir non seulement demandé le retrait des troupes françaises mais envisagé également une diversification des clients et une hausse du prix de son uranium.

En Côte d’Ivoire, en septembre 2002, lors de sa tentative de putsch, Gbagbo invoque l’accord de défense avec la France pour revendiquer le soutien français en défense de son régime. Quant à l’armée française si elle a opté pour une position de « neutralité » face la fraction de Gbagbo, c’est au nom du non respect des parties annexes de ce même accord et de ses clauses non écrites relatives à l’économique. Il y a plus qu’une corrélation entre les oscillations des rapports entre les deux États – y compris l’apparition de la rébellion armée – et les marchandages économiques liés à la néolibéralisation de la Côte d’Ivoire. L’une des questions en jeu est en effet le quasi-monopole économique de la France en Côte d’Ivoire, pièce maîtresse du dispositif « postcolonial » français en ex-AOF18. Car, en dépit de la guerre, l’économie ivoirienne est encore à 30 % française. Cette crise franco-ivoirienne révèle la ruse néocoloniale consistant à intervenir militairement sous la casquette des Nations unies, avec le soutien des institutions régionales africaines acquises à l’ordre françafricain. Cette quête de légitimité internationale à l’entreprise néocoloniale s’explique aussi par l’intérêt de plus en plus manifeste des Etats-Unis pour la région. Des négociations menées avec la France concernant le départ en exil du Françafricain Charles Taylor à l’opération « Flintock » de l’été 2005 dans le Sahel, en passant par l’ouverture récente d’une base militaire à… Djibouti, la présence des patrouilleurs de l’US Navy dans le golfe de Guinée et l’éventualité d’une base au Sénégal, les États-Unis, peu habitués au second rôle, semblent menacer la quasi-solitude militaire française dans ces régions. D’où l’investissement français dans des initiatives d’encadrement militaire régionales du type RECAMP (Renforcement des capacités africaines de maintien de la paix), justifiant le développement des ENVR (École nationale à vocation régionale), afin de ne pas perdre pied dans le « pré carré ». Ce qui n’a pas manqué de susciter la création par les États-Unis de l’ACRI (African Crisis Response Initiative), laquelle s’est finalement greffée au Recamp. Une « collaboration » pour le marché de la paix et de la guerre en Afrique qui pourrait devenir plus importante avec le projet de constitution d’une force armée de l’Union africaine.

« Aide » et souveraineté monétaire partagée

Lire la suite

mercredi, 03 juillet 2013

DANS CERTAINES CIRCONSTANCES, LE SILENCE PEUT ETRE SYNONYME DE LACHETE ET DE COMPLICITE AVEC L'INIQUITE

 

MONSEIGNEUR AHOUANA.jpg

Mgr Paul-Siméon Ahouana Djro

 

Lorsque Caïn tua Abel et que Dieu lui demanda où était son frère, il répondit qu’il ne savait pas et qu’il n’était pas le gardien de son frère (Genèse 4, 25). Qu’ils le confessent ou non, les disciples de Caïn sont ceux qui refusent de veiller sur leurs frères, ceux qui se montrent indifférents à la détresse ou à la souffrance d’autrui. D’autres personnes estiment au contraire que nous sommes responsables les uns des autres, qu’on ne peut se revendiquer homme et ne pas “connaître la honte en face d’une misère qui ne semblait pas dépendre de soi ”. Leur raisonnement est le suivant: si nous nous disons frères ou compagnons d’humanité, la misère (matérielle, morale ou spirituelle) de l’autre devrait nous interpeller et nous amener à sortir de notre silence.

C’est ce que fit Voltaire (1694-1778), figure emblématique de la France des Lumières, en défendant Calas accusé à tort d’avoir assassiné son fils Marc-Antoine pour l’empêcher de faire comme son frère aîné qui était passé du protestantisme au catholicisme et d’avoir maquillé le meurtre en suicide. En intervenant dans l’affaire Calas, l’auteur de “Candide” n’était pas mû par des considérations pécuniaires pas plus qu’il n’était en quête de reconnaissance. Sa renommée était déjà bien établie par une immense œuvre littéraire. Tout ce qu’il voulait, c’était un nouveau procès car il était convaincu que Calas et les siens étaient victimes de l’intolérance et de l’arbitraire. La suite est connue: un autre procès eut lieu en 1764, Jean Calas fut réhabilité l’année suivante et Voltaire put retourner à Paris en avril 1778 après vingt ans d’exil.

Victor Hugo (1802-1885) ne défendit pas un individu mais les pauvres en général. En 1862, en effet, il leur consacra un grand roman, Les Misérables, qui raconte l’émouvante histoire de Jean Valjean. Sa phrase “Le peuple a faim, le peuple a froid. La misère le pousse au crime ou au vice, selon le sexe” est restée dans tous les esprits. Mais Hugo est aussi connu et apprécié pour avoir fustigé le coup d’État du 2 décembre 1851 et son auteur Napoléon III dans un pamphlet intitulé Napoléon le petit. Probablement pour le remercier d’avoir plaidé la cause du peuple et d’avoir pris des risques pour ce peuple, environ deux millions de personnes et 2 000 délégations se déplacèrent, le 31 mai 1885, pour lui rendre un dernier hommage.

Émile Zola (1840-1902), mort 17 ans après V. Hugo, s’intéressait comme ce dernier aux conditions de vie des pauvres et disait “n’avoir qu’une passion, celle de la lumière, au nom de l’humanité qui a tant souffert et qui a droit au bonheur”. C’est pour cette raison qu’il refusa de se murer dans le silence pendant l’affaire Dreyfus. Se taire lorsqu’un innocent est condamné alors que les vrais coupables circulent librement lui semblait insupportable. Pour mémoire, Alfred Dreyfus, capitaine français d’origine juive, était considéré comme un traître à la nation. On lui reprochait d’avoir livré des documents secrets à l’attaché militaire allemand en poste à Paris. Pour Zola, le véritable traître était le commandant Walsin Esterházy.

Ses articles dans la presse française et sa lettre au président de la République Félix Faure publiée dans “L’Aurore” du 13 janvier 1898 sous le titre “J’accuse” furent décisifs. Le 23 février 1898, au cours du procès, il reviendra à la charge en disant: “Tout semble être contre moi, les deux Chambres, le pouvoir civil, le pouvoir militaire, les journaux à grand tirage, l’opinion publique qu’ils ont empoisonnée. Et je n’ai pour moi que l’idée, un idéal de vérité et de justice. Et je suis bien tranquille, je vaincrai. Je n’ai pas voulu que mon pays restât dans le mensonge et dans l’injustice. On peut me frapper ici. Un jour, la France me remerciera d’avoir aidé à sauver son honneur.”

Si l’engagement de Zola contribua incontestablement à la révision du procès et à la réhabilitation de Dreyfus en 1906, il n’en reste pas moins vrai que l’auteur de “Germinal” laissa quelques plumes dans ce combat contre l’injustice et le mensonge. Il dut en effet composer avec la haine et les menaces de mort. Ses livres et son portrait furent publiquement incendiés. Même son nom fut retiré de la Légion d’honneur.

Pourquoi ce détour par trois monuments de la littérature française? D’abord, pour souligner que la lutte pour la justice et la vérité n’est pas un combat perdu d’avance.

Cette lutte peut être longue et dure; elle peut parfois nous éloigner momentanément de la patrie et des nôtres (c’est le cas de Voltaire et de Zola qui fut contraint de passer 11 mois à Londres) mais elle finit par porter du fruit. Je ne sais pas quand cela se fera mais je suis certain que les usurpateurs et voleurs que la France a installés à la tête de notre pays seront dégagés et rendront des comptes au peuple ivoirien pour la simple raison que le faux et l’injustice ne peuvent prospérer éternellement. En revenant sur l’engagement politique des 3 écrivains français, je voudrais, d’autre part, nuancer l’idée selon laquelle il vaut mieux garder le silence pour éviter d’avoir des ennuis. Non, devant un frère qui souffre ou pleure, la seule attitude qui vaille n’est pas de se taire ou de rester dans son petit coin mais de se solidariser avec lui, de l’assister.

La Côte d’Ivoire divisée en deux en septembre 2002 par une rébellion montée de toutes pièces par la France pour obliger Laurent Gbagbo à se prosterner devant elle et à la laisser piller les richesses du pays, ne bénéficia pas de cette assistance. Plusieurs pays de la CEDEAO refusèrent de soutenir ouvertement et concrètement le président démocratiquement élu par les Ivoiriens en octobre 2000. Peut-être ces pays se disaient-ils qu’ils n’étaient pas concernés par cette tragédie et que leurs pays étaient à l’abri de ce genre de choses. La CEDEAO prit fait et cause pour les rebelles, leur déroulant le tapis rouge, n’exigeant jamais que ces assassins et buveurs de sang déposent les armes, les soutenant jusqu’à la réalisation de leur funeste objectif: remplacer Laurent Gbagbo par Dramane Ouattara, l’homme qui leur envoyait chaque mois 25 millions de FCFA quand ils se préparaient à attaquer le pays au nez et à la barbe de Compaoré et donne chaque jour l’impression de travailler plus pour la France et les étrangers de la CEDEAO que pour les Ivoiriens. Mais quelques mois suffirent pour que chacun de ces pays découvre, avec la partition du Mali, que ce qui arriva à la Côte d’Ivoire de Laurent Gbagbo peut arriver à tout le monde, tout comme il fallut les guerres meurtrières du Liberia et de la Sierra Leone pour que nombre d’Africains prennent conscience qu’ils auraient dû parler et faire quelque chose au moment où les Interahamwe de Juvénal Habyarimana massacraient un million de Tutsis avec la complicité de l’armée française.

Ce que je voudrais dire en un mot, c’est que le silence n’est pas toujours recommendable quoiqu’il soit utile à certains moments. Face à certaines situations, on a en effet le devoir de parler (haut et fort au besoin) pour que soient entendus les cris des victimes. Parler non pas parce qu’on a envie de se faire remarquer, ni parce qu’on désire nuire à X ou à Y, ni parce qu’on cherche à faire fortune sur le dos des personnes affligées mais simplement parce qu’on considère que tout homme nous est un frère. Pour le dire autrement, se taire toujours me paraît à la fois malsain et indécent. Je fais partie de ceux qui soutiennent que le silence ne mérite pas que des éloges et que, dans certaines circonstances, il peut être synonyme de lâcheté et de complicité avec l’iniquité, que ne rien dire devant l’injustice et le mensonge est dangereux et destructeur non seulement pour les autres mais pour soi-même.

À titre d’illustration, je ne citerai ici que le joli poème écrit en 1942 par le pasteur allemand Martin Niemöller, fondateur de La “Ligue d’urgence des pasteurs” qui protesta contre la persécution des Juifs et des pasteurs refusant de se soumettre aux Nazis. Le fameux poème, le voici: “Quand ils sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste; quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste; quand ils sont venus chercher les Juifs, je n’ai rien dit, je n’étais pas Juif; quand ils sont venus chercher les catholiques, je n’ai rien dit, je n’étais pas catholique. Et puis, ils sont venus me chercher et il ne restait plus personne pour protester.” Le malheur qui frappe aujourd’hui autrui peut me frapper demain si je ne dis rien ou ne fais rien pour le tirer d’affaire: telle est la leçon qui nous est donnée par Martin Niemöller.

Les Maliens, qui croient à tort avec les Burkinabè et Guinéens que la Côte d’Ivoire est aussi leur propriété privée parce qu’ils auraient contribué à son développement, l’avaient oubliée ou ignorée. Simplement parce qu’ils étaient obnubilés par l’idée, la fausse idée, que le malheur des Ivoiriens ferait leur bonheur. En effet, le Mali mais aussi le Sénégal de Wade et d’autres pays de la sous-région, poussés par une diabolique jalousie, s’imaginaient que la crise ivoirienne les rendrait enfin riches, prospères et puissants. D’où le soutien qu’ils n’hésitèrent pas à apporter à une rebellion sanguinaire et immorale. Mais, comme tout se paie ici-bas et que ça n’arrive pas qu’aux autres, ils vivent à présent dans un pays divisé avec deux armées et des populations obligées d’abandonner tout ce qu’elles ont patiemment construit et de fuir des rebelles voleurs et violeurs.

Le “Je n’ai rien dit” de Niemöller fut oublié par le Vatican qui, en plus de se faire représenter à Yamoussoukro le 21 mai 2011 par Mgr George Antonisamy à l’investiture de Dramane Ouattara, ne dénonça jamais l’embargo sur les médicaments, la fermeture des banques, l’incarcération sans jugement des proches de Laurent Gbagbo, les tueries de Duékoué et de Nahibly. Il est vrai que personne ne peut chanter un “Te Deum” après le cambriolage de la basilique Notre Dame de la Paix le 24 juin 2013, prouesse jamais réalisée sous les précédents régimes. Mais peut-on s’interdire de penser qu’il est peut-être bon que le Vatican soit victime, lui aussi, de cette barbarie pour qu’il comprenne enfin que ce qui se passe en Côte d’Ivoire depuis le 11 avril 2011 est trop grave pour qu’on continue de garder le silence?

Certains pourraient objecter que les prêtres étrangers qui ont la charge de cette basilique ne devraient pas se mêler des affaires de la Côte d’Ivoire. Je leur répondrais que l’argument ne tient point la route car l’évêque de Doba (Tchad), la ville du pétrole tchadien, bien que de nationalité italienne, n’a pas manqué de critiquer, dans son homélie du 30 septembre 2012, la gestion des ressources du pétrole. Pour Mgr Russo, la population locale ne profitait pas assez des revenus de l’or noir. L’évêque italien ne comprenait pas que Doba n’ait pas d’électricité 24h/24h alors que le Tchad produit du pétrole depuis 9 ans.

Le gouvernement tchadien estima que Mgr Michel Russo prêchait la division et qu’il devait donc quitter le pays. Mgr Russo fut effectivement expulsé le 21 octobre 2012 mais il revint dans son diocèse le 27 décembre. Et, parmi les évêques de Centrafrique ayant écrit au président Michel Djotodia le 20 juin 2013 pour condamner les exactions de la coalition Seleka, ne trouve-t-on pas 5 étrangers (les évêques d’Alindao, de Bouar, Bangassou, Kaga-Bandoro et M’Baïki)? Ces deux exemples attestent que l’évangile ne dit nulle part que seuls les prêtres et évêques d’un pays devraient s’engager dans la lutte pour la justice et le respect des droits de l’homme. “L’Église ne peut ni ne doit prendre en main la bataille politique pour édifier une société la plus juste possible. Elle ne peut ni ne doit se mettre à la place de l’État. Mais elle ne peut ni ne doit non plus rester à l’écart dans la lutte pour la justice. Elle doit s’insérer en elle par la voie de l’argumentation rationnelle et elle doit réveiller les forces spirituelles sans lesquelles la justice, qui requiert aussi des renoncements, ne peut s’affirmer ni se developper .”

Cette parole de Benoît XVI ne s’adresse pas uniquement au clergé ivoirien mais à toute personne ayant choisi librement de suivre le Christ comme prêtre ou religieux(se). Les prêtres et religieux (ses) travaillant en Côte d’Ivoire devraient mettre en pratique la recommandation du pape allemand au lieu de continuer à rester muets. Sinon, ils donneraient raison à ceux qui les soupçonnent d’être les inspirateurs des articles partisans du quotidien catholique “La Croix” et de rouler pour ceux qui, après avoir coupé le pays en deux, ont usé de mensonges pour amener l’ONU et la France à tuer les Ivoiriens afin que Dramane Ouattara puisse occuper le fauteuil présidentiel.

En prenant position clairement et publiquement, Mgr Russo et les 5 évêques expatriés de Centrafrique ne voulaient pas renverser Idriss Déby et Djotodia. Leur objectif était simplement d’incarner un tant soit peu 2 paroles du Christ. La première dit: “Vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres” (Jean 8, 32). Quant à la seconde, elle invite à craindre non pas “ceux qui tuent le corps et après cela ne peuvent rien faire de plus mais celui qui, après avoir tué, a le pouvoir d’envoyer dans la géhenne” (Luc 12, 4-5).

Je ne sais pas ce que craignent nos frères qui militent dans le Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) s’ils arrêtaient de soutenir aveuglément un pouvoir qui s’est donné pour mission de déposséder les populations de l’Ouest au profit des Burkinabè, de brader la nationalité ivoirienne, d’emprisonner ou d’assassiner quiconque est en désaccord avec Dramane Ouattara, de protéger et promouvoir ses propres criminels, de faire du faux (par exemple, la vidéo des violences du Kenya versée au dossier de l’Accusation) pour garder injustement Laurent Gbagbo à la Haye, de ne donner du travail qu’aux gens du Nord, etc. Craignent-ils de perdre leurs postes et les avantages les accompagnant?

Mais que valent nos petits intérêts égoïstes à côté de l’avenir d’une nation? Le pays va mal, il se meurt et les partisans de Laurent Gbagbo ne sont pas les seuls à le dire. Lazare Yéboué, Kouadio Konan Bertin, Daniel Aka Ahizi, Mel Théodore, Boni Claverie, Dona Fologo, Jean-Louis Billon et tant d’autres nous alertent sur les dangers que des irresponsables et des bouffons font courir chaque jour à la Côte d’Ivoire. Ils nous mettent en garde contre le fait de penser que ça n’arrive qu’aux autres et ils ont raison car, quand les mercenaires venus du Burkina et du Mali pillaient les maisons, violant et emportant tout sur leur passage, ce n’est pas les seuls partisans de Laurent Gbagbo qui firent les frais de ce gangstérisme moyenâgeux.

Tout le monde fut visité et dépouillé. Ils n’ont pas tort de considérer que la Commission électorale ivoirienne, dans sa composition actuelle, est un non-sens dans la mesure où le MPIGO, le MJP et le MPCI qui n’existent plus continuent d’en faire partie et de nous rappeler que les étrangers n’ont pas le droit de faire chez nous ce qu’ils ne nous permettraient pas de faire chez eux. Je suis d’accord avec eux quand ils conseillent que l’ouverture à l’extérieur ne doit pas nous faire croire naïvement que la France veut notre bien car “entre colonisateur et colonisé, il n’y a de place que pour la corvée, l’intimidation, la pression, la police, l’impôt, le vol, le viol, les cultures obligatoires, le mépris, la méfiance, la morgue, la suffisance, la muflerie, des élites décérébrées, des masses avilies”.

Le pape François, qui ne cesse de nous surprendre agréablement, a dit une chose que je trouve belle et juste lors de l’audience générale du 26 juin 2013: “Dans l’Église, personne n’est secondaire, personne n’est le plus important, nous sommes tous égaux aux yeux de Dieu, même le pape. Vous pourriez dire: ‘Écoutez, sainteté, vous n’êtes pas notre égal’. Si, je suis comme chacun de vous, nous sommes tous égaux, nous sommes frères! Nous formons et nous construisons tous l’Église… Nous devons tous apporter notre vie à l’Église, apporter notre cœur, notre amour, nos pensées, notre travail, tous ensemble.” C’est en frère désireux d’apporter sa petite pierre à l’édification de l’Église qui est en Côte d’Ivoire que je voudrais revenir sur l’homélie délivrée par le frère Siméon Ahouanan à la messe de clôture de la 96ème Assemblée plénière de la Conférence des évêques catholiques de Côte d’Ivoire, le 26 mai 2013.

L’archevêque de Bouaké disait entre autres ceci: “Aucune société ne peut se construire sur la base de l’exclusion, sur la logique de la vengeance, sur des désirs d’affrontement, sur des réflexes de repli communautaire ou politique. Aucune communauté ne peut survivre dans la violence aveugle dont personne ne sort indemne d’ailleurs.” Rien ne nous dit que ces propos portent sur la société ivoirienne. Cette façon de parler s’appelle noyer le poisson, botter en touche, se débiner, parler sans s’engager ou refuser de prendre ses responsabilités, tant le discours est vague et trop général. Il est si général qu’il pourrait s’appliquer à la Gambie, au Portugal, au Mexique ou au Vietnam.

Ahouanan a manqué de courage pour dire de quoi le pays souffre exactement et interpeller qui de droit. Lui qui avait demandé à juste titre à Robert Guéi de respecter sa promesse de balayer la maison et de retourner à Kabacouma, lui qui ne se privait pas de tirer à boulets rouges sur le régime de Gbagbo, est devenu subitement muet comme si tout allait bien à Bouaké et ailleurs dans le pays. Les Camerounais disent que la bouche qui mange ne parle pas. Celle d’Ahouanan serait-elle tellement pleine qu’il aurait du mal à parler sans peur de choses sérieuses? Quand il rugissait sous Guéi et Gbagbo, était-il en mission pour le RHDP? La seule chose que je trouve recevable dans sa prédication du jour, c’est d’avoir invité les femmes à sortir. Sortir en masse et partout comme en Égypte: c’est l’unique chose à faire aujourd’hui si nous voulons libérer notre pays, si nous voulons mettre fin aux souffrances et aux humiliations des Ivoiriens. Mais j’ajouterais ceci: ce ne sont pas seulement les femmes qui doivent sortir. Les hommes de Dieu, eux aussi, doivent descendre dans la rue pour chasser ce régime totalitaire et impopulaire.


Romuald Aboké Isidore

BP 64 Sakassou

mardi, 02 juillet 2013

RENDRE HOMMAGE A MANDELA, EN ATTENDANT L’AVENEMENT D’AUTRES DIRIGEANTS AFRICAINS SOUCIEUX DE LA DIGNITE DU CONTINENT


NELSON MANDELA.jpg


Depuis quelques jours, les médias occidentaux relaient, de façon fébrile, les nouvelles de la santé de Nelson Mandela, l’ancien président sud africain. Ils sont comme en compétition pour celui d’entre eux qui, le premier, annoncera le décès de l’ancien prisonnier de Robben Island. En Afrique du Sud, l’émotion est grande, mais c’est dans la sérénité que le peuple de la nation arc-en-ciel attend en priant ce qu’il en sera du sort de Madiba. Ailleurs en Afrique, on attend certainement aussi, mais juste comme on attend un évènement autour duquel il y a beaucoup de bruit, sans plus. Car nous sommes bien en 2013, et il y a eu tant d’affreux évènements dans notre vie, que le souvenir du héros Mandela ne nous caresse plus que très légèrement. Oui ! Il est bien loin dans notre souvenir, le Mandela de la lutte contre les injustices de l’apartheid. Et on se souvient à peine de celui qui partagea le prix Nobel de la paix avec Frederik de Klerk, son ex-ennemi, en 1994. Vingt ans ou presque, c’est beaucoup pour des gens dont la vie est une suite de souffrance dont les auteurs ou tout au moins les commanditaires sont ceux-là même qui s’excitent comme des poux autour de l’icône nommée Mandela ! Nous ne sommes pas en train de nous plaindre de la ferveur médiatique autour d’un héros de notre continent : nous sommes juste perplexe et restons dubitatif devant tant d’excitation. Car pour nous, l’enjeu se trouve bien au-delà de l’honneur aux héros.

Mandela, une étoile universelle éteinte avant l’heure :    

Il faut l’avouer sans hypocrisie, il y a longtemps que sont effacées dans l’esprit de beaucoup d’Africains, les images fortes, symboles de fierté, telles celles de Winny et Nelson Mandela. Il nous est resté très peu du héros des années terribles de l’apartheid. Et, de même  qu’aujourd’hui, nous sommes peu nombreux à nous souvenir de Steve Biko, de Dulcy September, voire des enfants de SOWETO, de même nous avons de la peine à trouver brillant dans notre mémoire, le souvenir du premier président Noir de l’Afrique du Sud. Beaucoup de nos héros, les héros de l’Afrique, sont loin dans notre mémoire. On ne les a pas oubliés certes mais, tiraillés par les contingences immédiates, les réalités amères de notre existence d’opprimés, nous enjambons ceux qui sont tombés et ramassons au besoin l’arme de celui qui part à jamais, selon le mot du Che, pour la continuation du combat. Mandela, depuis la présidence de l’Afrique du Sud, n’a plus occupé dans notre vie que la même place que nos autres valeureux héros disparus. Il n’est plus qu’une icône comme les Patrice Lumumba, les Kwame Nkrumah, les Amilcar Cabral, les Thomas Sankara, les Gamal Abdel Nasser… Tous les héros de notre histoire commune sont gravés dans notre mémoire. Mais, à la différence des autres héros, Mandela est toujours vivant.  Eux, on les a déjà pleurés, et leur souvenir est un motif de fierté qui nous encourage au combat. Mandela lui,  on ne l’a pas encore pleuré et pourtant, il ne nous est plus d’aucun véritable apport depuis la fin de sa présidence sud-africaine. Depuis cette époque-là, ce sont les autres, nos ennemis, qui lui vouent un culte totémique.

Au point où parfois, on se demande qui de nos ennemis, dont nous connaissons la cruauté, et nous, sont les vrais bénéficiaires aujourd’hui de la vie du Prix Nobel de la paix Nelson Mandela ! Il a joué un rôle majeur dans la libération de l’Afrique du Sud de l’apartheid. Puis il a été président pour un mandat. Après, silence complet sur le chapitre africain !... L’homme est une étoile universelle qui pour nous est éteinte depuis bien longtemps. Que de souffrance, en effet, essuyons-nous depuis ces vingt dernières années, sans que, même par une simple déclaration, nous sentions la présence de cette icône dans notre existence ! Trop vieux, et avec ce qu’il a dû endurer en prison, il était certainement trop fatigué pour continuer de se battre. Il faut reconnaître qu’il a fait sa part ! C’est vrai ! Alors, nous disons qu’il y a longtemps que l’étoile qui a brillé s’est éteinte. Et il est malsain de s’acharner sur lui, de se bousculer autour de lui. Aujourd’hui, c’est un vieillard qui a plus besoin des prières de ses frères que nous sommes, comme le font les Sud Africains, plutôt que de cette excitation mercantile de mauvais alois. Prier pour Mandela, voilà le seul vrai hommage à rendre à ce héros de notre continent !

Au-delà des héros à qui nous rendons hommage, l’Afrique a aussi et surtout besoin d’hommes forts soucieux de sa dignité actuelle !    

Les grands hommes, l’Afrique en aura toujours besoin. Elle en a eu et, Dieu merci, elle en aura encore. Mais le constat aujourd’hui amer, c’est que le destin contrasté de tous nos héros est le fait d’un et même dénominateur, l’occident si accroché à ses visées impérialistes aux allures de déshumanisation des Africains. Une constance permanente est aujourd’hui inéluctable : l’occident n’encense de l’Afrique que ce qui, en plus de ne rien apporter aux Africains, participe de leur aliénation. De sorte que lorsque l’occident applaudit quelqu’un ou quelque chose par rapport à l’Afrique, il faut adopter de la méfiance en la situation. N’est-ce pas cet occident, principalement la France, qui fait et défait les gouvernements africains pour placer au pouvoir ses larbins, fossoyeurs des peuples du continent ? La conséquence logique de la situation, c’est que cet occident peut, en dehors de toute règle et de toute morale, encourager, laisser faire ou même conduire des massacres à dimension génocidaire sur le continent, sans que personne, ni les icônes mondiales de la taille de Mandela, ni aucun chef d’Etat, ni même ce syndicat de soumission qu’est l’UA, ne réagisse. Sarkozy et les siens ont tout faussé en Côte d’Ivoire, détruit la Lybie, sans oublier qu’ils avaient déjà tout organisé à leur profit au Tchad et en Centrafrique, et ils font maintenant toutes sortes de combines pour s’approprier le Mali. Peut-on dire qu’on ne voit pas ce qu’ils font ? Qui en Afrique ose lever le petit doigt, lorsque l’occident s’acharne sur le Zimbabwe de Mugabe, le très proche voisin de l’Afrique du Sud de l’icône Mandela ? La RDC, pas si loin que ça,  est dans la tourmente depuis de nombreuses années!... L’occident vorace torture depuis de longues années la Somalie ; il (l’occident vorace) a réussi à diviser le Soudan pour son pétrole. Et nous n’oublions pas «ses printemps arabes» qui n’épargnent pas l’Afrique!... Le ballet des souffrances des peuples d’Afrique se poursuit, et pas une voix ne s’élève, au-delà des discours à objectif médiatique des réunions où la soumission est convenue d’avance. Il est temps que les hommes et les femmes à la tête de notre continent, que ce soit au plan de la renommée ou à celui de la responsabilité à tous les niveaux, se soucient du bonheur de leurs frères, les autres Africains. Aucun être humain n’est rien sans les autres.

Dans les Saintes Ecritures, on parle du « prochain » ; et le prochain le plus immédiat, c’est l’autre être humain de la famille, le frère ou la sœur. A quoi sert-il à une personne d’être adulée par le monde, s’il n’est d’aucune utilité pour les siens ?  Personne ne sauvera l’Afrique de quelque problème que ce soit sinon les Africains eux-mêmes ! Que ceux qui en Afrique ont un minimum d’audience et de responsabilité s’investissent enfin dans les œuvres de libération et d’épanouissement des peuples africains : ils en seront de plus grands et vrais héros et mériteront bien mieux nos hommages !

Dieu nous garde!
 

BEDI HOLY, Enseignant.

vendredi, 28 juin 2013

AMINATA DRAMANE TRAORE: «LE COLONISATEUR N’EST PLUS LA, MAIS SES INTERETS Y SONT TOUJOURS»

 

AMINATA TRAORE.jpg

Aminata Dramane Traoré, militante altermondialiste et ancienne ministre malienne de la Culture et de Tourisme : « Le colonisateur n’est plus là, mais ses intérêts y sont toujours »

 

Militante altermondialiste de la première heure, l’ancienne ministre malienne était présente à la conférence de la société civile des pays du Sahel en solidarité avec le peuple malien, qui s’est achevée hier à Alger. Durant cette rencontre, elle a réitéré son opposition à l’intervention militaire française dans son pays, une intervention motivée par des enjeux économiques, selon elle. Son engagement contre le système économique mondial, dont l’échec est traduit par la crise malienne, d’après la militante, lui a valu une privation de visa Schengen sur instruction de la France en 2012.



Reporters : Quel premier bilan faites-vous des travaux de cette première réunion de la société civile malienne, très peu consultée depuis le début de la crise ?

Aminata Dramane Traoré : Je salue d’abord cette initiative qui nous donne pour la première fois l’occasion de nous retrouver entre membres de la société civile du Mali et celle des pays du champ. Il y a eu dès le départ une exclusion délibérée de toutes les voix discordantes. Cette guerre s’est imposée à nous. J’ai eu le tord de publier un manifeste « Femmes du Mali, disons non à la guerre par procuration ». Dès le départ, j’appréhendais cette situation engendrée par l’intervention française. Toute guerre est une catastrophe, un désastre. Il n’y a pas de guerre juste. Si on peut passer par la solution politique, si à l’échelle interne, on se donne le temps et les moyens de comprendre pourquoi nous nous retrouvons dans cette situation, on peut resserrer l’étau. Mais on a voulu cette guerre pour nous. Et toute occasion de se concerter est bonne. J’ai pu écouter des confrères que je n’ai pas eu l’occasion de rencontrer au Mali.

Vous avez critiqué la société civile présente aujourd’hui. Que lui reprochez-vous ? N’a-telle pas suffi samment milité contre une intervention étrangère ?

Je ne peux pas parler pour tout le monde. Je parle de ce que j’ai fait personnellement. Je l’ai fait parce que j’ai eu l’avantage de militer au niveau international et dans le cadre du Forum social mondial, dont je suis une des principales animatrices en Afrique subsaharienne. J’ai eu le temps de comprendre que les guerres ont des enjeux cachés, des enjeux géostratégiques, miniers et pétroliers. J’ai compris également que les bouleversements qui ont lieu aujourd’hui dans le monde ont tendance à faire de la guerre une solution à l’échec du modèle de développement. Le capitalisme mondialisé et fi nanciarisé a cruellement besoin d’uranium, de pétrole et d’autres ressources qu’il vient puiser dans notre continent riche. Je reproche à la société civile de s’inscrire dans cette logique libérale et de faire partie de la communauté libérale.

Les groupes armés ontils servi de prétexte à la guerre pour les ressources ? Ont-ils été instrumentalisés, notamment ceux de la région du Nord, très riche en uranium ?

C’est un peu plus compliqué que cela. Quand on regarde les profi ls des combattants, on comprend qu’il y a plusieurs enjeux. Pour ce qui est de la question identitaire, nous sommes des nations composées d’ethnies différentes. Depuis 1958, existe un projet occidental de création d’un Etat tampon pour rassembler les Touareg de toute la région. Si on accepte aujourd’hui la partition de l’Azawad, il faut s’attendre à ce que les Touareg des autres pays demandent un jour leur Etat. Si on remet en cause le nondéveloppement du Nord, je dirai que le sud du Mali non plus n’est pas développé. Nous devons vivre ensemble avec nos différences. Pour ce qui est de l’enjeu idéologique, les islamistes radicaux qui se disent djihadistes sont en combat contre l’Occident. Aqmi ne l’a pas caché. Ils visent les intérêts français. Ils sont au Mali depuis longtemps, ont épousé des femmes maliennes et ont eu de bons rapports avec la population. Ils n’ont coupé de mains à personne et n’ont violé personne jusqu’à ce que le MNLA, encouragé par Nicolas Sarkozy, qui vers la fi n de la guerre en Libye, a estimé que les Touareg maliens en Libye pouvaient l’aider, décide de lutter contre Aqmi qui est une menace pour les intérêts français et pour récupérer leurs otages. C’est dans ce sens que je dis qu’on a instrumentalisé la rébellion. Je refuse, cependant, le discours haineux envers les Touareg, notamment celui les traitant d’« enfants gâtés ». On ne donne pas la chance au peuple malien de comprendre. Ce que je suis en train de dire, c’est que les puissants de ce monde identifi ent les tensions existant dans chaque pays, les attisent, les aggravent et les instrumentalisent à leurs fi ns. Je me dis qu’il y avait certainement un mécontentement à Benghazi en Libye, mais l’embrasement que connaît le pays a eu lieuquand N. Sarkozy a voulu profi ter du « printemps arabe » pour déstabiliser le régime Kadhafi . Le nord du Mali rencontre depuis toujours des problèmes que nous n’avons pas réglés, surtout du fait de sa position géographique et de diffi cultés réelles. La communauté touarègue a souvent cru qu’il fallait prendre les armes pour revendiquer des droits et a fait des alliances avec Aqmi, Ansar Dine et le Mujao. On les a utilisés pour résoudre les problèmes de la France !

Ces données vous donnent-elles raison sur l’échec d’une intervention militaire étrangère ?

Regardons la situation actuelle : en plus d’Aqmi, Ansar Dine, Mujao, nous avons également des soldats français ! Finalement, l’opération Serval n’a servi qu’à disperser ces groupes et c’est ce que je craignais. J’ai toujours dit qu’on ne pouvait pas venir à bout d’un ennemi qui n’a pas de visage. Qui sont-ils ? Où sont-ils ? Que veut-on au juste, tirer dans le tas ? Tuer tout le monde ? Qui va tuer qui ? Des Maliens vont tuer des Maliens. On a déployé des milliers de soldats pour aller chercher une aiguille dans une botte de foin. Même l’armée la plus puissante au monde, celle de l’OTAN, a reculé en Afghanistan. L’idée pour moi était de trouver des solutions politiques africaines, sous-régionales et régionales plutôt que de déployer cette armada pour qu’à la fi n on arrive à la situation actuelle : la France constate qu’elle n’a pas les moyens de rester plus longtemps et elle ouvre la porte aux Casques bleus !

Dans leurs interventions aujourd’hui (hier, ndlr), les membres de la société civile des pays du Sahel se sont unanimement opposés au déploiement des Casques bleus...

Ce sera une répétition de ce qui s’est passé au Congo et au Kosovo. On devra subir la présence de soldats venus d’ailleurs, qui ne sont certainement pas plus performants que les militaires maliens, mais qui sont, certes, mieux rémunérés et seuls, sans leurs femmes, ce qui laisse le champ libre à la prostitution, la traite sexuelle et l’abandon d’enfants. Plutôt que de déployer 15 000 Casques bleus, remplaçons-les par 15 000 ingénieurs qui viendront en aide au Mali. La défense du Mali et sa sécurité doivent reposer sur l’armée malienne qui connaît bien le terrain. A l’origine, nos soldats ne sont pas des putschistes, mais des mutins, parce qu’ils ne sont pas contents de leur situation. Il faut donc faire en sorte qu’au-delà de l’armement, ils aient droit à un meilleur traitement et une meilleure rémunération. On ne va pas recruter n’importe où, n’importe qui, pour venir défendre notre pays.

Outre le rôle de l’armée, quel rôle peut avoir la société civile pour recoudre le tissu social ébranlé par la crise ?

Nous devons nous battre pour avoir l’espace de débats nécessaire. Chez nous, il n’y a pas de concertation, nous ne nous parlons pas. La décolonisation suppose une bonne connaissance des enjeux et des acteurs, et une bonne organisation locale. Par le passé, on savait qu’on avait affaire au Colon, il fallait s’en débarrasser. Aujourd’hui, le colonisateur n’est plus là, mais ces intérêts y sont toujours. Seulement, certains ne veulent pas qu’on en parle, qu’on s’organise. Ils préfèrent mordre à pleines dents dans la mondialisation, car c’est de cela qu’il s’agit. Les Africains vivent dans l’illusion de pouvoir émerger, comme la Chine, en prenant pour exemple les Occidentaux, qui eux, débattent entre eux. Si leur modèle était si bon, si performant, pourquoi leurs peuples sont-ils dans la rue aujourd’hui en train de revendiquer leurs droits ? Les crises en France, en Espagne, en Grèce et ailleurs nous renseignent sur l’échec du système économique libéral. La plaie de tous les pays est aujourd’hui le chômage, en particulier celui des jeunes. Tant qu’on ne trouve pas de modèle économique capable de générer de l’emploi pour le plus grand nombre de jeunes, ils se retrouvant narcotrafi quants, djihadistes ou intègreront l’armée à défaut. Quand je regarde les protagonistes de cette guerre, la plus part d’entre eux sont des victimes d’un modèle de développement qui a échoué. Un échec reconnu par les Nation unies. A partir de ce moment, le mali devient un pays d’avant-garde.

C’est-à-dire un rôle d’avant-garde?

Je revendique ce rôle. Les Maliens doivent parler et témoigner de leur expérience. Notre pays est aujourd’hui le théâtre de l’échec du système économique mondial. Nous devons dire au Monde ça suffi t ! arrêtez de nous punir, de nous humilier pour un système économique défaillant. C’est vous, Communauté internationale, qui avez dit que nous étions le meilleur élève de l’Afrique de l’Ouest. C’est vous qui avez soutenu trois décennies de politique de privatisation et de libéralisme. Vous nous aviez promis d’émerger économiquement, mais nous avons la guerre en guise d’émergence. Si aujourd’hui tout s’effondre comme un château de cartes, vous devez vous poser les bonnes questions. Vous ne nous aviez pas dit que vous alliez nous envoyer des armes et des soldats. Ce n’est pas avec eux que vous allez soigner la misère et le chômage. Vous devez faire en sorte que les gens mangent à leur faim, qu’ils vivent dignement. C’est tout ce qu’on demande. Les Maliens ont la mission de dire sans complexe que cette guerre n’est pas à part, mais s’inscrit sur la longue liste des guerres pour les matières premières.

Faut-il comprendre que dans le système libéral actuel, l’Afrique, terre très riche, est résignée à faire face aux invasions étrangères pour des motifs économiques ?

Il faut lutter pour la décolonisation et contre la recolonisation, mais on ne peut pas parler de ces concepts tant que nous vivons dans un monde capitaliste et que les puissants de ce monde ont besoin de nos richesses. Mais ce qu’il fait comprendre, c’est que l’Europe a beaucoup plus besoin de nous que nous n’avons besoin d’elle.

Des discussions ont lieu actuellement à Ouagadougou entre le pouvoir malien et les groupes touareg armés de Kidal pour le retour de l’armée dansla région, en vue des élections du 28 juillet. On se dirigerait vers ledéploiement d’un seul contingent...

Vous pouvez faire tout ce que vous voulez d’un peuple désinformé. Vous pouvez même l’amener à agiter des drapeaux tricolores parce qu’il n’a pas compris. Mais le peuple vient de comprendre à la lumière de la situation de Kidal qu’on l’a mené en bateau, qu’on lui cache des choses. C’est pour cela que tous les Maliens ont aujourd’hui l’oreille tendue vers Ouagadougou pour savoir ce qui se passe. Si cette solution bancale est privilégiée, cela voudrait dire qu’on veut seulement aider François Hollande à relever son pari politique d’organiser les élections à cette date. Ce n’est pas une solution qui va nous garantir la paix et la réconciliation. Maisattendons d’abord que ce soit signé. Le gouvernement peut accepter cette concession sous pression, elle est, à mon sens, essentiellement fi nancière. 80 % des ressources du Mali viennent des aides extérieures. Les sanctions économiques auxquelles nous avons fait face pendant onze mois ont anéanti le pays. Si cela continue, le Sud va imploser. La capacité de nuisance de la France est telle qu’elle fera pression sur la Communauté internationale pour faire croire que les dirigeants actuels n’ont pas voulu de la démocratie. Or, si le gouvernement de transition est si peu légitime et si infréquentable, pourquoi la France a motivé les résolutions du Conseil de sécurité en sa faveur ? On nous a délibérément exclus. On nous a volé notre pays. Et c’est pour cela qu’on va se battre pour le libérer. C’est une seconde libération. C’est pour cela que nous sommes ici aujourd’hui.

Qu’est-ce que l’Algérie peut apporter ?

L’Algérie a mené deux guerres. La guerre de Libération a été l’une des plus féroces en Afrique. On l’a vu puisqu’une partie s’est déroulée au nord du Mali. Nous ne sommes pas seulement des pays frontaliers, nous avons milité ensemble. Le pétrole était l’un des enjeux de la libération de l’Algérie. Aujourd’hui, l’uranium est l’un des enjeux de cette guerre. Donc, si nous devons lutter, nous devons puiser dans notre mémoire de pays anciennement colonisés et voir ce qui a fait la force de l’Algérie résistante. L’Afrique doit résister et cesser de dormir. Le système est en crise et il devient violent parce que justement les puissances capitalistes ne peuvent plus réaliser de taux de croissance et lutter contre le chômage sans puiser dans les ressources de notre continent. L’expérience de la libéralisation de l’Algérie est intéressante de ce point de vue. Concernant la deuxième guerre, l’Algérie est le premier et le seul pays à avoir enterré 200 000 personnes pendant la lutte contre le terrorisme. Quand elle dit que le Mali ne doit pas aller dans telle direction, elle sait que ça coûte cher. Nous n’avons pas de pétrole, nous n’avons pas grand-chose, nous sommes un pays enclavé, et on a l’indécence de venir nous dire que c’est par les armes que nous allons nous en sortir, et nous pousser à acheter des armes que nous n’avons pas.

Vous comptez également sur l’aide des pays voisins. Or, jusqu’ici, les pays de la Cédéao ont été les premiers, avec le président malien, à appeler à l’intervention française. Comment expliquer une telle position cinquante ans après les indépendances ?

C’est le manque de lucidité et de solidarité qui pose problème dans la gestion des affaires de notre continent. Les chefs d’Etat font partie du système mondial et les mécanismes des sanctions économiques sont là. S’ils ne disent pas oui ici, on les attendra au tournant là-bas. Ils devraient s’organiser pour sauver le Mali qui se trouve dans la gueule du loup, mais il est vrai qu’il y a des décisions qu’ils ne peuvent pas prendre. La Cédéao est devenue l’instrument de la Françafrique. Au sein de l’organisation, des membres sont persuadés que la voie tracée par la France est la bonne voie comme si nous avions contracté une dette envers la France et qu’au nom de cette dette, nous devons accepter ses « solutions ». Ce qu’il nous faut c’est une prise de conscience sociale et politique des vrais enjeux et des mutations qui sont en cours. L’Afrique doit intégrer les expériences de l’Irak et de l’Afghanistan. Nos ressources sont convoitées et les manipulations sont à peu près les mêmes partout. Et à tous les coups, ce sont les peuples qui payent.

Les intellectuels ont-ils une plus grande marge de manoeuvre que les politiques ?

J’appelle à une insurrection intellectuelle au Mali et en Afrique. On m’a privé de visas Schengen sur instruction de la France, qui dit maintenant qu’elle n’a pas d’opposition politique à ce que j’aie un visa. Mais ce n’était jamais arrivé avant. J’avais un visa de quatre ans et j’ai beaucoup d’alliés en France. Le même discours que je tiens ici est tenu par des altermondialistes en France à propos de la France. Pourquoi ça devient un crime de lèsemajesté en France. Parce qu’on est Africain ?

 

Source: ALTERINFO.NET

dimanche, 16 juin 2013

LA RAISON FONDAMENTALE DE LA GUERRE FAITE A LA COTE D'IVOIRE: LE TRAITEMENT DE LA QUESTION RELATIVE A LA PREFERENCE NATIONALE

 

NYAMIEN MESSOU.JPG

 

Emission "Raison d'Etat" du 5 mars 2011.


Au moment où monsieur Alassane Ouattara lance son projet relatif à la nationalité et dans peu de temps au code foncier rural, nous vous remettons les différentes séquences de l'émission «Raison d'Etat» consacrée à la résistance ivoirienne le 5 mars 2011 animée par Hermann Aboa qui recevait monsieur NYAMIEN Messou N'Guessan, ministre du travail.

Dans cette émission, l'invité démontre que les différentes crises ivoiriennes depuis une vingtaine d'années sont liées à la volonté de la France et des pays de la sous-région de faire de la Côte d'Ivoire, un Etat qui n'appartient à personne. Ce qui implique une modification profonde des lois sur la nationalité.


Séquence 1:

Après avoir défini les notions de base telles la Nation, l'Etat, le Patriotisme, le Nationalisme, monsieur NYAMIEN Messou N'Guessan a expliqué, en situant l'évolution de la Côte d'Ivoire dans son contexte historique, que la crise ivoirienne est un réajustement de politique coloniale de la France.


Séquence 2:

Il a expliqué que la crise ivoirienne tient essentiellement à 2 raisons :

- Un réajustement de politique coloniale de la France ;

- La volonté de la France de revenir aux paradigmes de gouvernance d'Houphouët.

Il montre que la question centrale est le traitement de la question de la préférence nationale. C'est donc en toute logique, si on suit son raisonnement, que monsieur Ouattara qui est en mission s'attaque aux textes relatifs à la nationalité et au foncier rural.


Séquence 3:

Monsieur NYAMIEN Messou N'Guessan a développé les implications de la question de la préférence nationale. Il a invité les Ivoiriens à ne pas se tromper car la crise ivoirienne n'est pas une banale crise post-électorale. Cette crise est liée au contrôle des richesses. Pour cela, il a fait remarquer que le coup d’État de 1999 et le coup d’État de 2002 tiennent aux mêmes raisons et la crise post-électorale n'est que l'ultime étape de ces deux coups d'Etat.

vendredi, 07 juin 2013

FRANCE-AFRIQUE - HOLLANDE COURONNE A L'UNESCO: LA FRANÇAFRIQUE CELEBRE LA PAIX EN REPANDANT LA GUERRE

 

HOLLANDE UNESCO.jpg

Communiqué de presse, Survie, 04 juin 2013
 

Hollande couronné à l'Unesco: la Françafrique célèbre la paix en répandant la guerre. François Hollande recevra mercredi le Prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix. A travers ce prix de l’UNESCO, c’est un triple hommage qui est rendu par la Françafrique à son parrain feu le président kleptocrate ivoirien, à la guerre comme résolution des conflits, et aux dictateurs «amis de la France» qui entoureront le Président français.

 

Pour l'association Survie, la remise de ce prix au Président français est révoltante à plusieurs titres. En premier lieu, l’intitulé de ce prix, décerné chaque année par l'UNESCO, et l'hommage ainsi rendu à Houphouët-Boigny apparaissent tout à fait scandaleux si l'on se réfère au rôle joué par cet ancien président ivoirien dans le sabotage des projets indépendantistes et souverainistes en Afrique, la multiplication des conflits, la longévité des dictatures et dans le pillage des ressources de son propre pays, dirigé d'une main de fer pendant 30 ans.

En second lieu, la remise de ce prix au Président français, dans le contexte que connaissent le Mali et le Sahel sonne comme un étrange hommage à la guerre. Le Président français est en effet le chef militaire d'une opération massive, mobilisant un véritable arsenal offensif, lancée sans véritable mandat international, au bilan humain (victimes, prisonniers) à ce jour inconnu et dont les répercussions dans la sous-région (Niger, Algérie) et au-delà (Cameroun, Nigeria, Libye, Tchad) s'avèrent fort préoccupantes. Est-il possible à ce stade d'imaginer que cette guerre au Mali, instrumentalisée en «guerre contre le terrorisme» pour dissimuler des ambitions de puissance de la France en Afrique soit porteuse de valeurs de paix et de stabilité susceptibles d'être célébrées à l'UNESCO? 

Enfin, au moment de recevoir ce prix, François Hollande sera entouré de nombreuses personnalités africaines contestables, parmi lesquelles l'ancien président ivoirien Konan Bédié, chantre de l'ivoirité et le sénégalais Abdou Diouf, ex-garant de l'influence française au Sénégal et désormais dans tout l'espace francophone. Il sera surtout entouré par plusieurs chefs d'Etat en exercice dont la politique est marquée par la violence : Blaise Compaoré, dictateur du Burkina Faso, indirectement impliqué dans les conflits les plus sanglants d'Afrique de l'Ouest ; Alassane Ouattara, président de la Côte d’Ivoire, imposé par les armes françaises ; Mohamed Ould Abdel Aziz, président putschiste de la Mauritanie ; Idriss Déby Itno, dictateur du Tchad, qui voit là une nouvelle marque de reconnaissance suite à son intervention au Mali aux côtés des forces françaises, malgré la nature de plus en plus répressive de son régime [1] .  

Devant ces chefs d'Etat « amis », François Hollande doit prononcer un discours annoncé comme «important» qui s'apparentera à un tour de chauffe, en prévision du Sommet sur la sécurité qui se tiendra à Paris en décembre. Le premier sommet « France-Afrique » d'un Président français qui a pris ses aises dans le décorum de la Françafrique. 

Survie demande à l'UNESCO, de supprimer le Prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix, dont l'appellation est une insulte aux démocrates et pacifistes africains, et à François Hollande, peu digne de recevoir une décoration vu son passif en matière de politique africaine depuis son élection [2], de décliner ce prix.[1]

http://survie.org/francafrique/article/makaila-et-les-autres-victimes-d-4469
 [2]

http://survie.org/francafrique/article/francafrique-un-engagement-non-4468


Danyel Dubreuil 
Association Survie 

danyel.dubreuil@survie.org 

Tél : 01 44 61 03 25
 Port : 06 52 21 15 61   
http://survie.org 

Danyel Dubreuil Relations Medias - Campagnes - Plaidoyer. 

Association Survie 107, Boulevard de Magenta 75010 Paris 
Tél : 01 44 61 03 25 Fax : 01 44 61 03 20

vendredi, 31 mai 2013

LE SENATEUR JOHNSON CONFIRME: BLAISE COMPAORE A ASSASSINE THOMAS SANKARA

 

burkina faso,libéria,côte d'ivoire,thomas sankara,prince johnson,blaise compaoré,le sénateur johnson confirme,blaise compaoré a assassiné thomas sankara

Prince Johnson, aujourd’hui devenu sénateur


Blaise Compaoré a planifié l’assassinat de Thomas Sankara pour prendre le pouvoir au Burkina Faso. C’est ce qu’affirme Prince Johnson, actuel sénateur au Libéria et ancien mercenaire qui, aux côtés de Charles Taylor, a participé à ce coup d’État. Prince Yormie Johnson, seigneur de guerre en costume, connu pour avoir torturé à mort le président du Libéria Samuel Doe, est digne de foi pour trois raisons.

La première est que son témoignage, prononcé devant la « Commission vérité et réconciliation » du Libéria le 26 août dernier, n’était absolument pas central, plutôt anecdotique dans le flot de révélations sur les 10 ans de guerre civile du Libéria et l’épopée sanglante de Charles Taylor. Il ne représentait pour lui aucun enjeu. La seconde est qu’il confirme ses dires, au micro de RFI ce 25 octobre, et dans l’autobiographie qu’il a publié en 2003, où il relate ce qu’il a vu et entendu comme témoin de premier plan. La troisième raison qui donne pleine crédibilité à ses accusations, est surtout qu’elles corroborent toutes les enquêtes et les témoignages recueillis sur cette affaire jusqu’à ce jour.

(http://www.rfi.fr/actufr/articles/106/article_74046.asp.)

Plus la peine donc, de tourner autour du pot, quand les précautions journalistiques commandaient, durant plus de vingt ans, de formuler tout bas ce qui se disait tout haut dans les rues de Ouagadougou : "Blaise Compaoré est devenu président à la faveur de l’assassinat de Thomas Sankara". Cette manière de dire sans dire, de pointer quelque légitimes interrogations, de demander pourquoi Blaise n’a jamais rendu visite aux parents Sankara, qui étaient aussi les siens, de mettre en doute la version officielle, le fait que des soldats puissent prendre seuls la décision d’assassiner un président, que le certificat de décès de Thomas Sankara établisse une "mort naturelle", tout cela n’a donc plus cour. Et la presse du Burkina, timorée au lendemain du témoignage du Sénateur Johnson face à la Commission vérité et réconciliation, n’a plus à se censurer. Pour la première fois, un témoin de premier plan raconte les faits.

burkina faso,libéria,côte d'ivoire,thomas sankara,prince johnson,blaise compaoré,le sénateur johnson confirme,blaise compaoré a assassiné thomas sankara

Prince Johnson, Chef de guerre

A RFI et à l’AFP, Prince Johnson a affirmé avoir participé avec d’autres mercenaires à l’assassinat de Thomas Sankara, en 1987, après que Blaise Compaoré leur eut demandé de l’"évincer du pouvoir". "Le numéro deux, Blaise Compaoré, a demandé de l’aider à obtenir l’éviction du pouvoir de Thomas Sankara. Il a dit que c’était la seule façon pour nous de pouvoir vivre au Burkina sans aucune menace. Et Sankara a été tué. Nous l’avons fait parce que c’était le seul moyen pour nous de rester au Burkina et de préparer notre attaque contre Doe", a-t-il déclaré.

Devant le Tribunal spécial pour la Sierra Leone, en 2004, le général John Tarnue, ancien commandant général des forces armées du Libéria, avait déjà raconté cet épisode, en évoquant une rencontre vers le mois d’aout 1987 entre Blaise Compaoré, Charles Taylor, Prince Yormie Johnson, Samuel Varney, Duopo et « d’autres membres entraînés des forces rapprochées du Liberia ». « Et alors ils se sont entendus, se sont regroupés et ont suivi Blaise Compaoré. La même année 1987, ils ont assassiné Thomas Sankara » a relaté John Tarnue.

(http://thomassankara.net/spip.php?article168.)

Dans son autobiographie publiée en 2003, Prince Johnson explique que, quand Sankara a eut connaissance du projet de coup d’état, il a refusé que son pays soit utilisé pour déstabiliser le Liberia. Ainsi Taylor a conspiré avec Compaoré pour assassiner le Président, a écrit Johnson.

Ce dernier a même tendance à s’attribuer davantage d’importance dans ce coup d’État en sous entendant qu’il aurait directement participé à cet assassinat. On sait pourtant que les soldats chargés de liquider le président étaient Burkinabés, et leurs noms ont été publiés.

De là peut-être, la raison pour que le porte-parole du gouvernement burkinabè, Philippe Sawadogo, dénonce lundi 27 octobre sur Radio France internationale, "des affirmations basées sur des éléments un peu dignes de fiction", voire des "affabulations".

(http://www.rfi.fr/actufr/articles/106/article_74046.asp.)

Encore que selon l’historien Stephen Ellis, Prince Johnson n’était pas si loin d’assassiner Thomas Sankara. Citant des sources proches de Prince Johnson, l’historien explique que le 15 octobre 1987, les “Libériens auraient sécurisé le périmètre autour du Conseil de l’Entente pendant que les Burkinabé étaient à l’intérieur. Compaoré contrôlait bien ses commandos mais n’était pas sur des réactions des autres unités militaires.”

Car pour le reste, les accusations de Prince Johnson sont très peu “dignes de fiction”. Ainsi, le très sérieux chercheur Stephen Ellis, écrivait en 1999 dans The Mask of Anarchy (New York University Press, 1999, p. 68) : "Prince Johnson et Samuel Varney (...) étaient parmi les déserteurs de l’armée libérienne présents au Burkina Faso. Ces libériens ont alors été approchés par Blaise Campaoré qui a sollicité leur aide pour un coup d’état contre le président du Burkina, Thomas Sankara. Selon un ancien assistant de Compaoré, Houphouet Boigny était au courant des ambitions de Compaoré. Le 15 octobre 1987 des soldats burkinabés sous le commandement de Compaoré, avec l’aide d’un groupe d’exilés libériens incluant Prince Johnson, tuèrent Thomas Sankara."

En 1992, le journaliste nigérian M. Nkem Agetua affirmait déjà, dans son ouvrage publié à Lagos "Operation Liberty, the Story of Major General Joshua Nimyel Dogonyaro", que Charles Taylor était associé à la mort de Sankara.

Prince Johnson n’a rien fait d’autre que de confirmer que son groupe de mercenaires libériens, commandés alors par Charles Taylor, était venu au Burkina préparer le renversement du président libérien Samuel Doe et qu’ils avaient du pour cela, s’acquitter d’une première tache. Dans le même entretien à RFI, il a affirmé que l’ancien président ivoirien Houphouet Boigny, disparu en 1993, était favorable au renversement de Sankara et avait permis aux mercenaires libériens de "passer par son pays pour aller au Burkina".

Là encore, François Xavier Veschave fut l’un des premiers à expliquer la connivence entre Kadhafi, Charles Taylor et Houphouet Boigny (lequel veut se venger de Samuel Doe). Un réseau d’intérêts entre chefs d’États pour lequel, selon Verschave, « l’élimination du président Thomas Sankara est sans doute le sacrifice fondateur ».

Philippe Sawadogo peut donc bien considérer ces accusations comme "une intention d’atteinte à notre image". Pour "l’atteinte à l’image", le porte parole du gouvernement du Burkina Faso a parfaitement raison. Quand à "l’intention", encore faut-il déterminer quelle puissance peut parvenir à réunir des témoignages aussi semblables de milieux si divers. A part bien sûr, la réalité historique.

Faute d’éclaircissements de la part du principal accusé, qui a toujours nié être impliqué dans cet assassinat, il faut bien se contenter de ces débuts de vérité qui affleurent au fil du temps. A moins que Blaise Compaoré ne se decide, comme au Libéria, de faire oeuvre de vérité comme l’y exhorte l’Union pour la renaissance / Mouvement sankariste (UNIR/MS).

(http://thomassankara.net/spip.php?article640)


Rémi RIVIERE

remiriviere.pb@gmail.com


Source: THOMAS SANKARA.NET