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vendredi, 21 septembre 2012

GUERRE A L’AFRIQUE: LA FRANCE EN RETARD D’UNE DECOLONISATION

 

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A force de critiques et d’enterrements annoncés, on pourrait croire finie la « Françafrique », ce système d’exploitation et de violence qui a régi les relations internationales entre le continent et l’ancien colonisateur. Des changements de langage et d’hommes ne suffisent pas, comme le démontre déjà la gestion de la crise malienne par le président Hollande - et l’intervention militaire annoncée risque d’être son premier acte marquant en politique extérieure. Comme ses prédécesseurs, depuis un demi-siècle…

L’arrivée au pouvoir d’un nouveau président à Paris marque aussi le début d’une série de rituels et de signaux destinés à l’Afrique francophone: qui reçoit-on le premier, et qui ne reçoit-on pas? Quel voyage fondateur effectuera en Afrique le nouvel élu, quel discours et quelles promesses affichera t-il? A cette aune, que les africanistes détaillent avec gourmandise comme autrefois les kremlinologues savouraient les détails de la Nomenklatura, que de changements symboliques! Le démocrate Macky Sall du Sénégal reçu le premier, fraîchement élu contre Abdoulaye Wade à Dakar par un scrutin incontestable. Début juin, le tapis rouge déroulé à M. Yayi Boni du Bénin, président en exercice de l’Union Africaine, consulté es qualité pour la résolution de la guerre au Nord Mali. Encore plus significatifs ceux que l’Elysée se refuse à inviter, malgré leurs demandes réitérées: ni Bongo du Gabon, non plus qu’Eyadema du Togo, tous deux héritiers de dynasties autoritaires; non plus que Blaise Compaoré du Burkina, autoproclamé sage et doyen de l’Afrique de l’Ouest, non plus que l’ivoirien Ouattara, orphelin du sarkosysme et pourtant actuel président de la Cedeao.

Mais qu’importent les symboles et les discours, si les actions restent les mêmes, notamment l’envoi de l’armée française à chaque crise? Quel Etat en effet maintient des bases militaires permanentes en Afrique (Sénégal, Djibouti, Gabon)? Quel pays est capable de lancer en quelques heures des « opérations extérieures » (Epervier au Tchad, Licorne en Côte d’Ivoire)? Qui contrôle la masse monétaire de ses anciennes colonies par le jeu d’une monnaie issue de la colonisation, le franc CFA[i]? Baptisé laudativement « Françafrique » par le président ivoirien Félix Houphouët Boigny, dénoncé dès les années 1990 par le fondateur de « Survie », François Xavier Vershave, ce système occulte de domination, violent et pervers, a survécu à ses fondateurs.

En 1960 le premier ministre Michel Debré a vendu la mèche en déclarant à Léon M’Ba, président du Gabon: la France « donne l’indépendance à condition que l’État une fois indépendant s’engage à respecter les accords de coopération signés antérieurement. Il y a deux systèmes qui entrent en vigueur simultanément: l’indépendance et les accords de coopération. L’un ne va pas sans l’autre [ii]. » Et de fait, cette sujétion étatique, à la fois militaire et économique, est déclinée par des « accords de défense » aussi secrets que sommaires, entre les gouvernements français et africains – accords en fait à géométrie variable et parfois non appliqués selon l’opportunité décidée à Paris. Ainsi, les troupes françaises sont intervenues pour conforter des régimes souvent douteux comme au Tchad, Togo, Zaïre, Gabon tandis qu’elle se refusait à des interventions conformes aux accords, comme au Congo en 1963, au Niger en 1974, au Tchad en 1975, ou au début de la rébellion ivoirienne contre le régime du président Laurent Gbagbo, téléguidée depuis le Burkina Faso en septembre 2002… Et cette série d’interventions devient une sorte de conflit permanent, en continuité avec les guerres coloniales : selon l’historien italien Chalci Novati1, un décentrage nécessaire par rapport à un débat trop français montre une longue « guerre à l’Afrique » continue, dont les relations franco-africaines – et ses scandales récents ne sont qu’une partie.

Après le « containment » du communisme dans les années cinquante 2 (ou « endiguement », cette doctrine officielle des administrations américaines successives), n’assiste t on pas à la même politique de l’Europe devant les migrations du continent noir d’une part, et contre ses velléités d’autonomie de l’autre? Il faudrait replacer alors exploitation des matières premières, coups d’Etats et soutien des « dictatures à la française »du pré carré – l’ancien espace colonial, dans un système d’actions comprenant aussi la répression des flux humains vers l’Europe, la répression de la piraterie maritime à l’Est, le combat interminable contre les mouvements fondementalistes anti- occidentaux. Tout cela dans une désinformation continue et des « rideaux de fumée » médiatiques: « défense des ressortissants », si ce n’est des «intérêts français». Les médias français, privés ou publics, ne participent-ils pas plus souvent qu’à leur tour de cette Françafrique aussi discrète que puissante? L’ordinaire du « journaliste spécialiste de – l’Afrique » n’est-il pas trop souvent de voyager dans l’avion ministériel ou présidentiel français, de recueillir confidences et parfois subsides du dictateur local – le maréchal président zaïrois Joseph Mobutu s’en vantait, lui qui avait d’abord été journaliste – quand ils ne sont pas invités dans les palais des despotes africains? Sans compter la corruption ordinaire de tel hebdomadaire panafricain bien connu des dirigeants du Sud – qui ont investi volontiers dans la radio Africa N°1 ou plus récemment la télévision Africa 24[iii] Car la « conquête des coeurs et des esprits » passe par des médias sous contrôle, rebaptisant « fasciste » un régime populiste, et « démocrates » les dictateurs.

Ainsi, en juillet 2011, une campagne sourde a commencé à Paris [iv] au moment où le nouveau président guinéen, le politologue Alpha Condé, a failli être abattu à coups de roquettes dans le palais présidentiel de Conakry. Les éditoriaux vertueux de la presse parisienne condamnent-ils l’attaque qui a failli tuer le premier président élu de Guinée? Bien au contraire, ils sont axés sur le refus du nouveau pouvoir d’autoriser la presse guinéenne d’envenimer la situation (l’interdiction a été très vite levée). A croire qu’il y un rapport avec la volonté de M. Condé de renégocier les contrats léonins avec les sociétés étrangères et de se tourner, à son tour, vers la Chine…

Au moment où la crise électorale ivoirienne focalisait l’attention de la « communauté internatinale », M. Blaise Compaoré se succédait à lui-même au Burkina Faso, avec un score de 80 % en novembre 2010, tandis que M. Paul Biya du Cameroun, qui gouverne depuis la Suisse la moitié de l’année, vient d’être « réélu » à Yaoundé après 29 ans de règne (octobre 2011), sans que l’Elysée, l’Union africaine ou la presse occidentale y trouve à redire… Il est vrai que les pseudo-élections des dictateurs à vie sont souvent cautionnées par des juristes ou des hommes politiques complaisants venus de Paris. Ainsi la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) a-t-elle vertement tancé, en 2009, le député Jacques Toubon et… le président de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) et vice-président de la commission des droits de l’homme au Parlement européen, M. Patrick Gaubert, dépêchés sur place pour cautionner le régime du président congolais Denis Sassou N’Guesso ! [v]

Bien sûr tous les « chevaliers blancs » ne sont pas exempts de partialité, y compris les organisations internationales comme Reporter sans frontières (RSF) pour la presse et « Transparency international » pour la corruption. Leurs liens financiers ou politiques avec le département d’Etat américain sont bien connus des spécialistes [vi]. La crise en Cote d’Ivoire a fait toucher du doigt « l’honneur perdu d’ « Human Right Watch », ouvertement financée pour ce pays par la « Fondation Soros » – et menant de manière éhontée campagne sur campagne en faveur de M. Ouattara, identifié comme le défenseur de l’«open society» contre le contestataire Laurent Gbagbo, dès lors voué aux gémonies. Pour ne pas parler des silences d’Amnesty International sur les milliers de morts sudistes du régime Ouattara depuis avril 2011(Plus de 3000 « victimes oubliées »), ou la présence à la FIDH du négationniste Florent Geel qui refusant de dénoncer le millier de morts guérés de Duékoué, ville de l’Ouest ivoirien martyrisée à deux reprises par les milices ethniques pro Ouattara – est dénoncé de manière récurrente par les associations de victimes! L’Histoire jugera-t-elle ceux qui gardent les yeux fermés devant les massacres, qui savent et ne protestent pas? Trafic d’influence et corruption ne sont-ils pas que la conséquence de la doctrine du « pré carré » et du monopole de ses richesses? Ce qui est au fond l’équivalent de la « doctrine Monroe » pour les Etats-Unis sur le continent américain serait au fond soutenable si sa pratique était équitable pour les deux parties et si elle n’était violemment imposée par des interventions armées à répétition: quarante-trois depuis 1960!

Entre violence militaire et mise en condition médiatique le système françafricain subsiste aussi par une perversion continue des institutions démocratiques. Bien évidemment, la corruption ordinaire va bien plus loin que les mallettes de billets qui circulent dans les deux sens [vii] : le financement des campagnes électorales françaises n’est que la contrepartie des pourcentages sur les contrats ou les versements dans les paradis fiscaux sur les ventes de matières premières, en faveur des dirigeants africains.

L’association Sherpa, qui s’est fait une spécialité de la dénonciation des « biens mal acquis » des autocrates africains, a par exemple détaillé, selon une instruction en cours, le patrimoine de la famille Bongo du Gabon: «Au total, sont répertoriés 33 biens (appartements, hôtel particulier et maisons) appartenant au Gabonais Omar Bongo ou à sa famille, et 18 autres dont le président congolais et ses proches sont propriétaires. Le patrimoine de loin le plus imposant concerne M. Bongo lui-même. Son nom est associé à pas moins de 17 propriétés immobilières, dont deux appartements avenue Foch (88 m2 et 210 m2) et un de 219 m2 lui aussi situé dans le 16e arrondissement. A Nice, une propriété est constituée de deux appartements (170 m2 et 100 m2), trois maisons (67,215 m2 et 176 m2) et d’une piscine [viii]»…

Mais les richesses du couple Ouattara sont curieusement des « taches blanches pour Sherpa, cornaquée par Maître William Bourdon, comme si certaines indignations étaient très selectives… Les néoconservateurs français (chiraquisme et sarkosysme ne sont sur ce point que des bushistes néocoloniaux…) ont contribué à adapter un « modèle interventionniste », qui fait se succéder attaques médiatiques puis « humanitaires », enfin diplomatiques: les corps expéditionnaires – où l’ONU est désormais impliquée: l’ONUCI, combien de mort civils en 2011 à Abidjan? – sont bien l’ultima ratio de la Françafrique jettant son masque dans la terreur et sous les bombes! Le continent attend-il trop d’une révolution sur le modèle arabe, qui briserait d’abord le lien ambigu avec l’ancien colonisateur? Sur cette contagion démocratique éventuelle, mettant fin à la Françafrique, la Toile africaine fourmille de théories et de rumeurs: « descente » depuis l’Afrique du Nord de mouvements de libération, aide de démocrates occidentaux via les nouvelles technologies, et plus probablement insurrections de jeunesses urbaines au chômage, alliés à des paysans sans terre et des cadres nationalistes trouvant insupportable le train de vie des nouveaux maîtres. Le risque serait grand alors pour la France – et les ressortissants français, de « perdre l’Afrique » –, et les matières premières convoitées.

C’est sans doute cette inquiétude de se couper de ressources essentielles tout autant que d’alliés historiques qui pousse le gouvernement de M. Hollande à s’ingérer certes avec précaution, dans la crise malienne. L’embrasement du Nord Mali est tout d’abord l’héritage prévisible du reflux des guerriers touaregs de Libye, tandis que l’armement bradé aux factions combattantes permettait aussi aux groupes islamistes de s’étendre. Et certes l’héritage est lourd: à la fin du régime précédent, les stratèges du café de Flore ont été relayés par des machiavels manqués, au Quai d’Orsay ou à la défense qui ont voulu jouer les touaregs pour «liquider Aqmi».

Mais l’intervention militaire prônée par les relais de la Françafrique habituels, rhabillée par le président français aux couleurs de l’Union africaine et de l’ONU aurait , même appuyée par des supplétifs ouest africains le plus grand mal à lutter sur deux fronts: réduire les putschistes de Bamako-qui ont trouvé une certaine base populaire indignée par la corruption de la classe politique, et mettre fin à l’alliance MNLA/Ansar el Dine/Acqmi qui contrôle l’Azawad, ce foyer national touareg qui est aussi le no-man’s-land de djihadistes attirés de loin par ce nouvel « Afghanistan nomade ». Pourtant des responsables politiques civils, comme Ibrahim Boubacar Kéita – leader de l’opposition civile, ou Aminata Traoré – sociologue de renom et ancienne ministre de la culture, mettent en garde contre une intervention qui mettrait à bas la légitimité de l’Etat, comme déjà en Libye ou en Cote d’Ivoire. Déjà affaiblis par une corruption généralisées et des élections de façade, ces Etats déjà fragilisés et appauvris par des décennies d’ajustement n’ont vraiment pas besoin d’une recolonisation armée ! D’autant que poussé par des présidents africains mal élus ou arrivés au pouvoir par des rebellions sanglantes, le gouvernement français semble ne pas se rendre compte d’une extension probable du domaine des luttes sahariennes.

Le Niger et la Mauritanie seraient sans doute les premiers concernés, comme le Nord du Nigéria, le Sud de la Libye et même l’Algérie: après les armes libyennes, veut-on vraiment disséminer indépendantistes touaregs et combattants islamistes ? Se rend on vraiment compte à Paris que devant ces interventions anachroniques – de pareilles interventions militaires britanniques dans leurs anciennes colonies sont impensables!, le système de violence la Francafrique développe une détestation, voire une haine croissante envers la France et ses ressortissants, dont tous pâtissent, jusqu’aux missions humanitaires? L’élection de François Hollande, si elle suscite bien des espérances sur le continent, amènera-t-elle bien rupture et changement, ou une « Françafrique repeinte en rose »?

François Mitterand, et même Nicolas Sarkozy avaient déjà annoncé en leur temps la fin de ce système maffieux: un an après 1981, les chefs d’Etats africains les plus corrompus avaient obtenu la tête de Jean Pierre Cot, tandis qu’en 2008 le président Bongo avait provoqué la chute de Jean Marie Bockel, deux ministres chargés de la Coopération qui se targuaient -autant pour la droite que pour la gauche, de mettre fin à la « Françafrique »! Sans souhaiter à Pascal Canfin, le tout nouveau « ministre du développement », le sort de ses prédécesseurs, si rapidement biodégradables, on peut s’inquiéter des amitiés africaines des hiérarques du P.S. (illustrées par la visite au Gabon, en janvier dernier, de Laurent Fabius…)

Le temps où une réelle rupture est possible risque d’être bref et demande des décisions courageuses – comme le retrait des forces militaires françaises, ou la répudiation publique des dictatures. Le nouveau régime va-t-il, selon son slogan, décider le changement maintenant… ou jamais? Révolutions africaines à venir ou non, les vraies ruptures et les changements efficaces viendront certainement du continent lui-même: il n’y aurait qu’un mot à dire à Paris pour les encourager et provoquer des évolutions majeures.


Michel Galy

Politologue, Paris.


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[i] François Kéou Tiani, Le Franc Cfa, La Zone Franc Et L’Euro, l’Harmattan, Paris, 2002.

[ii] Lettre du 15 juillet 1960 de M. Debré, citée par Albert Bourgi : « La crise globale et l’Afrique : quels changements ? », colloque de la fondation Gabriel Péri à Dakar les 18 et 19 mai 2010.

[iii] Respectivement avec des capitaux étatiques du Gabon et de Guinée équatoriale.
[iv] Cf. par exemple : « Guinée: sévère rappel à l’ordre de la France au président Alpha Condé » , L’Express, 28 juillet 2011.

[v] « Congo-Brazzaville, que cherche Patrick Gaubert ?», communiqué de la FIDH du 3 mars 2005.

[vi] Voir pour Transparency International : Une ONG contestée, par Pierre Abramovici, Monde diplomatique, novembre 2000 ; pour RSF : Financements sans frontières, Monde diplomatique, Hernando Calvo Ospina, juillet 2007.

[vii] Lire Pierre Péan, La République des mallettes, Fayard, Paris, 2011.

[viii] Sherpa, « Restitution des avoirs détournés : Chronique 2009-2010 d’un engagement qui patine », novembre 2010.

1- «Aujourd’hui, c’est l’intervention néo-impériale qui est l’instrument utilisé pour «contenir» les pays qui peuvent fuir le contrôle du système capitaliste mondial» Gian Paolo Chalchi Novati, L’héritage de la colonisation, in « les défis de l’Etat en Afrique », Michel Galy et Elena Sanella eds., l’Harmattan, 2007.

2 - Dont on peut trouver une curieuse analyse, idéaliste, in : Raymond Aron, « En quête d’une philosophie de la politique étrangère », Revue française de science politique, 1953, Volume 3, Numéro 1.


Michel Galy, Politologue, Paris

 

In le quotidien ivoirien «Notre Voie» du 19 septembre 2012.

 

Source: IVORIAN.NET

VOICI L'ENQUETE EXPLOSIVE DU «MONDE DIPLOMATIQUE» SUR L'OUEST DE LA COTE D'IVOIRE

 

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Le titre se passe de commentaires. «Un territoire hors de contrôle – Guerre pour le cacao dans l’ouest ivoirien».

Le périodique français Le Monde Diplomatique donne à lire, dans son édition de septembre, un article de terrain accablant pour le régime Ouattara et les FRCI. C’est un article qui tranche avec la langue de bois et l’incroyable complaisance qui caractérise les médias hexagonaux depuis la prise de pouvoir de l’actuel chef de l’Etat. Et qui ne tarde pas à désigner et décrire ce qui se passe dans l’Ouest par son nom : un mouvement de «colonisation».

«A Abidjan, les exactions contre les partisans de l’ancien président Laurent Gbagbo se sont multipliées, cet été. Si M. Ouattara a finalement pris le pouvoir, en mars 2011, après la crise postélectorale est encore loin. Dans l’ouest du pays, l’Etat ne contrôle plus rien; des mafias ont mis la main sur l’économie du cacao», résume le journal. Cameroon Voice.

 

Un véhicule calciné et criblé de balles: c’est tout ce qu’il reste de l’attaque qui, le 8 juin 2012, a coûté la vie à sept casques bleus près de Taï, petite bourgade de l’ouest de la Côte d’Ivoire. Dans cette région, depuis plus d’un an, les villages font l’objet de mystérieux raids meurtriers. Yamoussoukro a accusé des «mercenaires libériens». Partisans de l’ex-président Laurent Gbagbo et opposés à son successeur Alassane Ouattara, ces hommes traverseraient le fleuve Cavally, qui marque la frontière avec le Liberia, pour venir semer la terreur en Côte d’Ivoire.

Mais, sur le terrain, la situation ne paraît pas aussi claire: depuis la crise qui a suivi l’élection présidentielle de 2010 (2), dans l’Ouest du pays se joue un inquiétant imbroglio politique et militaire, avec pour seul enjeu le contrôle des ressources naturelles. Ce sont en effet ses sols, extrêmement  fertiles, qui font la richesse de cette région verdoyante. On y cultive le cacao, dont la Côte d’Ivoire est le premier exportateur mondial. S’y étendent également les dernières aires forestières nationales, dont les forêts de Goin-Débé (133.000 hectares) et du Cavally (62.000 hectares), réservées à la production de bois d’oeuvre (3).

Depuis toujours, ces atouts ont attiré des planteurs d’un peu partout, y compris d’Etats voisins. Ce mouvement a été encouragé par le président Félix Houphouët- Boigny (au pouvoir de 1960 à 1993, qui avait décrété que «la terre appartient à celui qui la met en valeur»).

Si la région est aujourd’hui l’un des principaux centres de production de cacao, on y plante des hévéas, qui hissent le pays au rang de premier producteur africain de caoutchouc. «Cinq hectares d’hévéas rapportent de 7 à 8 millions de francs CFA [environ 12.000 euros] par mois», calcule un sous-préfet. Une petite fortune. Les problèmes ont commencé au milieu des années 1980, lorsque les cours mondiaux du cacao et du café ont chuté. La concurrence entre planteurs s’accroissant, des conflits fonciers ont alors éclaté entre les autochtones, devenus minoritaires, et les étrangers. La politique de l’«ivoirité» promue par le président Henri Konan Bédié (1993-1999) a encore envenimé les relations en poussant les nationaux à revendiquer les terres cédées aux nouveaux migrants. Une loi de 1998 a explicitement exclu les non-Ivoiriens de la propriété foncière.

Des hommes armés s’emparent d’un parc national

La tentative de coup d’Etat perpétrée le 19 septembre 2002 contre le président Gbagbo par des militaires du nord du pays partisans de M. Ouattara a achevé de mettre le feu aux poudres. La guerre civile qu’elle a déclenchée a touché tout particulièrement l’ouest et la ville de Duékoué. Située à une centaine de kilomètres au nord de Taï, Duékoué se trouve au croisement stratégique des routes menant au Liberia, en Guinée et à San Pedro, port d’exportation du cacao. Les rebelles, baptisés Forces nouvelles, y ont fait venir d’anciens combattants des guerres civiles libérienne (1989-1997) et sierra léonaise (1991-2002) dont Sam Bockarie, responsable d’atrocités en Sierra Leone. En retour, Yamoussoukro a aussi mobilisé des Libériens et des civils armés, pour la plupart des autochtones. Chaque camp a semé la terreur, contribuant à exacerber les antagonismes communautaires.

A l’issue du conflit, le pays s’est trouvé de facto divisé en deux et Duékoué placée sur la ligne séparant le Sud, administré par la capitale, et le Nord, géré par les Forces nouvelles. La région du Moyen-Cavally (devenue depuis deux entités différentes, le Cavally et le Guemon), dont dépendaient Taï et Duékoué, est restée dans le camp gouvernemental. Mais les armes ont continué à circuler pendant toutes les années 2000, et des miliciens et des groupes d’autodéfense plus ou moins soutenus par le camp Gbagbo se sont maintenus face aux rebelles, si bien que les tensions sont demeurées fortes, la présence de l’Etat étant en outre très mesurée.

Après la signature de l’accord de paix (4), le 26 janvier 2003, d’ex-combattants rebelles profitent de l’accalmie pour s’emparer des portions de territoire: M. Amadé Ouérémi, un Burkinabè ayant grandi en Côte d’Ivoire, s’installe ainsi avec plusieurs dizaines – voire plusieurs centaines – d’hommes armés dans le parc national du mont Péko, à 35 km au nord de Duékoué. Ils y cultivent notamment du cacao. Impossible de les déloger: en 2010, ils chassent même des agents de l’Office ivoirien des parcs et réserves et incendient leur véhicule. Un autre phénomène déstabilisateur apparait en 2007: l’arrivée par cars entiers de Burkinabè. En toute illégalité, beaucoup s’établissent dans la forêt de Goin-Dédé où ils développent des plantations de cacao. Dans le même temps, de nombreux déplacés de la guerre ne parviennent pas à récupérer leurs champs.

Quand la crise postélectorale opposant MM. Ouattara et Gbagbo se transforme en conflit armé, en mars 2011, Duékoué souffre comme jamais. Lors de la prise de la ville par l’armée créée par M. Ouattara, les forces républicaines de Côte d’Ivoire (Frci composées principalement des ex-Forces nouvelles), des centaines de personnes – la Croix rouge a compté 867 corps –, essentiellement de jeunes hommes, ont été assassinés. Selon une commission d’enquête internationale et des associations, ce sont des soldats des FRCI qui ont commis ces crimes, ainsi que des dozos, une confrérie de chasseurs traditionnels du nord du pays, et des partisans de M. Ouérémi. Malgré les promesses de justice du président Ouattara, qui prend finalement le pouvoir le 11 avril 2011, cette tuerie n’a donné lieu à aucune enquête.

Depuis, la situation s’est encore compliquée, avec l’entrée en scène de nombreux acteurs. D’abord, des hommes armés attaquent, à partir de juillet 2011, une petite dizaine de villages. C’est à leurs propos que les autorités parlent de ‘’mercenaires libériens’’ payés par des opposants à M. Ouattara en exil au Ghana. Des sources onusiennes évoquent plutôt des autochtones Oubi refugiés au Liberia et cherchant à défendre les terres qu’ils ont perdues.

Ensuite viennent les dozos: arrivés dans la région pendant la crise, ils n’en sont jamais repartis. De plus en plus nombreux, ils circulent à moto, en habits traditionnels, agrippés à leurs fusils ‘’calibre 12’’. Beaucoup viennent du Burkina Faso et du Mali. Certains sont devenus agriculteurs. L’inverse est aussi possible: il y a un an, un planteur burkinabé installé près de Taï depuis une trentaine d’années a ressemblé un groupe de dozos pour «assurer la sécurité des populations», dit-il. En réalité, beaucoup de dozos, devenus miliciens, terrorisent la population et la rackettent.

Les villages ont perdu tous leurs habitants autochtones

A cela s’ajoute l’immigration burkinabé d’une ampleur sans précédent. Huit cars transportant chacun environ 200 personnes arrivent désormais chaque semaine à Zagné, à 50 km au Nord de Taï. Une partie de ces voyageurs s’entassent aussitôt dans des camions de chantiers qui prennent la direction du Sud-Ouest. Leur installation se trouve facilitée par l’absence d’une grande partie de la population autochtone – au moins 70.000 personnes réfugiés au Liberia. Les treize villages implantés au sud de Taï ont ainsi perdu tous leurs habitants autochtones. Sauf : fin juin, à Tiélé Oula, il restait 9 Oubi sur les quelque 200 qui y vivaient avant 2011, pour 3.000 Burkinabè.

Si certains Burkinabé investissent les champs des absents, beaucoup gagnent les forêtsde Goin-Débé et de Cavally désormais totalement ravagées. Dormant sous tente, ils y plantent des cacaoyers, des hévéas mais aussi du cannabis. A Yamoussoukro et à Abidjan, la situation est connue. Fin mai, le gouvernement a ordonné l’évacuation des forêts avant le 30 juin. Sans résultat. ‘’L’Etat doit contrôler les frontières, assène le maire adjoint de Taï, M. Téré Téhé. Et il ne faut pas attendre que ces gens aient fini de planter pour les chasser’’.

Problème: les nouveaux occupants sont armés.

Observant un jeune paysan burkinabè partir au champ un fusil en bandoulière, le chef autochtone du village de Tiélé Oula, M. Jean Gnonsoa ne cache pas son désarroi: ‘’Ici les étrangers peuvent avoir des armes mais pas les autochtones’’ – sous peine de représailles.

‘’Comment régler sereinement un litige foncier face à quelqu’un qui est armé ?’’, s’interroge M. Téhé. ‘’Les Burkinabè nous disent que le président qui est venu (M. Ouattara) est leur homme. Et qu’ils ont donc le droit de tout faire’’, déplorent des villageois. De fait, certains s’emparent de plantations déjà occupées. ‘’Aujourd’hui, 80% de ceux qui sont installés dans les forêts de Goin-Débé et de Cavally sont armés de kalachnikovs et de fusils calibre 12’’, rapporte un administrateur local. Il évoque une organisation mafieuse à l’origine de cette colonisation: ‘’Il y a ceux qui les convient, ceux qui établissent dans les forêts les points de contrôle auxquels chacun doit payer 25.000 Fcfa pour avoir accès à une parcelle de terre, etc.’’

Monsieur Ouérémi est régulièrement cité comme l’un des responsables présumés de ce trafic de terres et de personnes, en lien avec des officiers des FRCI. Dans le pays, les FRCI, justement, sont les seules forces régulières à disposer d’armes depuis que, soupçonnées d’être favorables à M. Gbagbo, police et gendarmerie en sont privées. Jouissant d’une impunité quasi-totale, elles font la loi à Duékoué, elles entretiennent un climat de terreur et sont, d’après plusieurs témoins, impliquées dans des exécutions extrajudiciaires. Des observateurs les accusent aussi d’être derrière certaines des attaques attribuées aux ‘’mercenaires libériens’’. Beaucoup soupçonnent leurs membres d’être originaires d’une seule région, le Nord, mais aussi d’être de nationalité burkinabè.

Impôts illégaux et racket des paysans

Une chose est certaine: les FRCI se sont arrogé le droit de percevoir les taxes qui devraient normalement revenir à l’Etat. Selon un rapport de l’Onu, elles prélèvent aussi ‘’de 4 à 60 dollars beaucoup plus’’, sur les déplacements de personnes et de véhicules (5). Et elles rackettent les paysans: dans un village près de Taï, une femme se plaint de devoir leur payer 20.000 FCFA (30 euros) par mois pour accéder à sa  plantation.

Après la mort des Casques bleus, plusieurs centaines d’éléments Frci ont été déployés autour de Taï pour une opération de ‘’sécurisation’’ dirigée par le commandant Losséni Fofana alias Loss. Ancien chef de guerre des Forces nouvelles, ce dernier commandait déjà les troupes qui ont attaqué Duékoué en 2011. Ces soldats auraient joué un rôle important dans le massacre des Guérés. Pour l’actuelle opération de ‘’sécurisation’’, il a fait installer de nombreux points de contrôle. Les mauvaises langues assurent que pas un seul sac de cacao n’échappe au racket des Frci. Et peut-être aussi à la contrebande vers le Ghana.

Début juillet, le gouvernement a annoncé le lancement d’un recensement national des ex-combattants – le deuxième en un an – promettant le désarmement tant attendu. Cela ne suffit pas pour rassurer les habitants du Far West ivoirien dont beaucoup voudraient aussi que la justice fonctionne: malgré la promesse du président Ouattara, la tuerie de mars 2011 n’a donné lieu à aucune poursuite judicaire. Pis, elle a vraisemblablement été le moteur d’un nouveau drame. Fin juillet, des centaines d’individus parmi lesquels des dozos et des Frci ont attaqué et détruit le camp de déplacés du Haut commissariat des nations unies pour les réfugiés (HCR), près de Duékoué. En toute impunité. Des sources humanitaires parlent de 137 cadavres retrouvés dans les jours qui ont suivi ; des dozos ont également cherché à faire disparaitre de nombreux corps. Plusieurs indices laissent penser que cette attaque avait été planifiée de longue date.

Sous couvert d’anonymat, un spécialiste de la région nous confie: ‘’Le camp était gênant car les témoins du massacre de mars 2011 s’y trouvaient. Aujourd’hui, ils sont morts ou disparus. C’est ce que voulaient ceux qui ont organisé l’opération’’.

 

Fanny Pigeaud, envoyée spéciale

Le monde diplomatique – Septembre 2012

 

Source: CAMEROONVOICE

mercredi, 19 septembre 2012

BLAISE COMPAORE REÇU A L'ELYSEE: LE BAL DES DESPOTES


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La visite ce mardi (hier, 18 septembre 2012, Ndlr) à l’Élysée du président burkinabé indigne les associations de défense des droits humains et la veuve de Thomas Sankara. La raison d’État et l’urgence de la crise malienne l’ont emporté.


Blaise Compaoré, président du Burkina Faso depuis 1991, sera reçu mardi 18 septembre en fin d’après-midi en « visite d’amitié » à l’Élysée. Deux mois après la réception d’Ali Bongo, le Président gabonais, les opposants à la « Françafrique » ne cessent de dénoncer la bienveillance de François Hollande avec les dirigeants africains les plus critiqués.

Impliqué dans le meurtre de son prédécesseur Thomas Sankara, lors du coup d’État qu’il fomente contre lui en octobre 1987, Blaise Compaoré a été réélu à la tête du Burkina Faso en 1998, 2005 et en novembre 2010 avec 80 % des voix, mais seulement 1,5 millions de votant (10% de la population). Il est accusé de mener une gouvernance corrompue [1] et d’exercer sur l’Afrique de l’Ouest une influence néfaste et déstabilisatrice. Blaise Compaoré « est sans conteste le pilier de la Françafrique dans la sous-région, qu’il a souvent contribué à déstabiliser », tranchait lundi 17 septembre, l’association Survie sur son site.

Enjeux cruciaux au Mali

Mais cette visite à Paris doit permettre aux deux parties d’évoquer la crise malienne. Une intervention militaire des pays d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) dans le nord du pays est en discussion et Blaise Compaoré,désigné comme médiateur par la Cedeao, tient un rôle diplomatique de premier plan dans cette crise. De son côté, la France tente d’obtenir la libération de 6 otages détenus par Aqmi depuis deux ans au Sahel. Elle surveille surtout avec grande attention l’évolution de cette crise, qui contribue à l’enracinement des mouvements djihadistes au Sahel, qui ont notamment récupéré des armes de Libye.

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 Les opposants à la venue de Blaise Compaoré manifestent, lundi 17 septembre à Paris.

Mais en France, des voix discordantes viennent contester le bien-fondé des interventions diplomatiques du Président burkinabé dans la sous-région. « Compaoré est complice des narcotrafiquants et des criminels de la MNLA (rébellion touarègue au nord du Mali). Fin juin, il a reçu, soigné et hébergé le leader du MNLA qui est en train de commettre des atrocités au nord du Mali, il doit être dessaisi de sa médiation », s’emporte Bakary Traoré, du Collectif des Maliens de France pour la paix (CMFPaix).

Pour les opposants à la « Françafrique », la bienveillance de François Hollande est une triste démonstration de la raison d’État qui continue de présider l’attitude française en Afrique. En jeu, notamment, les ressources naturelles ouest-africaines et l’accès à l’uranium du Niger voisin, dont l’industrie nucléaire française est très gourmande.

«On est obligatoirement dans la realpolitik, analyse pour sa part Philippe Hugon, directeur de recherche à l’IRIS en charge de l’Afrique. Blaise Compaoré est incontournable dans la crise au Mali, c’est un homme qu’aucun pouvoir dans le monde ne peut ignorer. La France ne peut pas se désintéresser de cette zone, pour le sort de ses otages et parce qu’elle y a des intérêts. Il faut aussi savoir que le jeu politique malien est infiniment complexe et qu’il concerne directement plusieurs pays voisins. Il est urgent de reconstruire un pouvoir véritablement légitime et une armée capable de contrôler l’ensemble du territoire.»

Pour ces associations, la visite de Blaise Compaoré reste néanmoins un très mauvais signal et une occasion pour le président burkinabé d’asseoir sa légitimité grâce à François Hollande. « Il est arrivé au pouvoir dans le sang et règne dans le sang [2], résume Mathieu Lopes de l’association Survie, fermement opposé à cette visite à l’Élysée. Nous demandons la fin des coopérations militaires avec des régimes qui répriment leur peuple ».

Justice pour Thomas Sankara

Vingt-cinq ans après l’assassinat de Thomas Sankara, qui a été à la tête de l’État de 1983 à 1987, et est devenu un symbole du panafricanisme et de l’anti-impérialisme, ses proches et les militants pour la justice se font aussi entendre. Le Comité des droits de l’homme des Nations unies dénonçait en avril 2006 le gouvernement burkinabé pour entrave à l’enquête et déni de justice après la mort du président Sankara (lire la décision), mais les associations demandent toujours la réouverture de l’enquête et la création en France d’une commission parlementaire.


Jeudi 13 septembre, la veuve du leader défunt a pris la plume « au nom des orphelins, des veuves et des familles éplorées », pour tenter de dissuader François Hollande de recevoir le Président burkinabé : «Le pouvoir criminel de Blaise Compaoré a été marqué par les atrocités de toutes sortes. De nombreuses personnes ont été brûlées vives, d’autres ont été exécutées et enterrées sans doute dans des fosses communes», dénonce Mariam Sankara, installée en France après la mort de son mari. Aujourd’hui, ajoute-t-elle, Blaise Compaoré a payé les familles de victimes pour qu’elles renoncent à déposer plainte.

«Compaoré n’a jamais été convoqué par la Cour pénale internationale, alors qu’il a été plusieurs fois cité (en particulier lors du procès de Charles Taylor, pour son implication dans le conflit Sierra Leoné et au Libéria). Il bénéficie du soutien des puissances occidentales », estime Bruno Jaffrey, de l’association Survie et « Justice pour Thomas Sankara ».

Débat à suivre
 

Ni Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères en déplacement au Caire, ni Pascal Canfin, en charge du Développement retenu à Nantes pour les journées parlementaires d’Europe Écologie - Les Verts, ne recevront le président burkinabé. Ils s’évitent ainsi les éclaboussures... Pour le moment. Car le débat sur les relations avec les chefs d’État africains devrait resurgir avec l’hypothèse de la venue à Paris d’Idriss Déby, président tchadien et le déplacement prévu du chef de l’État français à Kinshasa pour le sommet de la francophonie , mi-octobre, deux régimes  parmi les plus vivement critiqués. 

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Manifestation à Ouagadougou sur le coût de la vie et contre le regime de Compaoré, Ouagadougou, le 30 avril 2011.

 

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[1] Transparency international le classait 100ème sur 182 pays, pour l’indice de perception de la corruption en 2001.

[2] Des manifestations antigouvernementales se sont levées après le décès, en février 2011, de Justin Zongo, d’un étudiant décédé sous les coups des forces de l’ordre. Comme lors d’incidents déjà constatés en 2010, la police a ouvert le feu sur les manifestants, entraînant la mort de 5 personnes, dont un policier.

 

Source: POLITIS.FR

samedi, 08 septembre 2012

L’INITIATIVE PPTE: ENTRE ILLUSION ET ARNAQUE

 

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Dans les années 1980, les crises financières liées à l’impossibilité pour un nombre croissant d’Etats d’assurer le remboursement de leur dette se sont multipliées. Alors qu’au départ, les pays riches considèrent qu’il s’agit d’évènements ponctuels liés à une mauvaise gouvernance dans ces pays, à partir du sommet du G7 de Toronto de 1988, la dette est reconnue comme un problème structurel. Les États riches tentent alors d’organiser des rééchelonnements et quelques mesures d’allégements bien maigres pour les nombreux pays qui accumulent des arriérés de paiement et doivent rencontrer leurs créanciers de plus en plus souvent pour obtenir des délais de paiement. Ces mesures vont à chaque fois s’avérer insuffisantes et inadaptées, si bien que le problème de la dette demeure entier.

Même les quelques annonces fort médiatisées d’annulations qui ont eu lieu depuis 1990 sont bien décevantes. Des allégements ont été réservés aux alliés stratégiques des États-Unis ou des quatre autres grandes puissances (Japon, Allemagne, France, Grande-Bretagne). En 1996, face à l’ampleur prise par la crise de la dette, les grands argentiers du monde conçoivent une nouvelle initiative d’allégement, encore en vigueur, très médiatisée et non dénuée d’arrière-pensées : c’est l’initiative PPTE (Pays pauvres très endettés, en anglais HIPC pour Heavily Indebted Poor Countries).

L’initiative PPTE, lancée au sommet du G7 de Lyon en 1996 et renforcée à celui de Cologne en septembre 1999, est censée alléger la dette des pays pauvres et très endettés. Mais elle est mal née : elle ne résout rien. Elle ne concerne qu’un petit nombre de pays très pauvres (42 pays seulement, représentant 11% de la population des pays en développement) et son but se limite à rendre leur dette extérieure soutenable. Le FMI et la Banque mondiale essaient d’alléger la dette juste ce qu’il faut pour mettre fin aux arriérés et aux demandes de restructurations. Pas plus ! On verra qu’ils ne vont même pas y parvenir. Mais surtout ils profitent de cette initiative qui semble généreuse pour imposer un renforcement de l’ajustement structurel et de nouveaux prêts. Malgré une apparence de changement, la logique demeure.

Le mécanisme officiel

Pour bénéficier d’un allégement de dette dans le cadre de l’initiative PPTE, les étapes sont nombreuses et exigeantes, et nécessitent un temps démesurément long.

Tout d’abord, les pays susceptibles d’y prétendre doivent, selon le FMI, « avoir un degré d’endettement intolérable » et « établir des antécédents positifs dans la mise en œuvre de réformes et de bonnes politiques économiques au moyen de programmes appuyés par le FMI et la Banque mondiale ». Il s’agit d’un véritable parcours du combattant. Le pays concerné par cette initiative doit d’abord signer un accord avec le FMI afin de mener pendant une période de trois ans une politique économique approuvée par Washington. Cette politique s’appuie sur la rédaction d’un Document de stratégie pour la réduction de la pauvreté (DSRP). Ce document, assez long à rédiger, est intérimaire dans un premier temps. Il présente la situation économique du pays et doit préciser dans le détail la liste des privatisations, les mesures de dérégulation économique permettant de générer des ressources pour le remboursement de la dette d’une part, et comment d’autre part les fonds résultant de l’allégement seront utilisés, notamment pour lutter contre la pauvreté. On voit la contradiction. Officiellement, le DSRP doit être rédigé « selon un vaste processus participatif », en collaboration avec la société civile locale.

À l’issue de cette période de trois ans, le FMI et la Banque mondiale cherchent à savoir si la politique suivie par ce pays est suffisante pour lui permettre de rembourser sa dette. Le critère retenu pour déterminer une éventuelle insoutenabilité de la dette est le rapport entre la valeur actuelle de sa dette et le montant annuel de ses exportations. Si ce ratio est supérieur à 150 %, la dette est estimée insoutenable |1|. Dans ce cas, ce pays atteint le point de décision et est déclaré admissible à l’initiative PPTE.

Il bénéficie alors de premiers allégements (dits « intermédiaires »), portant uniquement sur le service de la dette pour la période couverte par l’accord avec le FMI.

Un pays ayant atteint favorablement le point de décision doit alors poursuivre l’application des politiques agréées par le FMI et rédiger un DSRP définitif. La durée de cette période varie entre un et trois ans, elle est déterminée par la rédaction du DSRP et la mise en œuvre satisfaisante des réformes-clés convenues avec le FMI. Ces réformes-clés correspondent en fait à un renforcement de l’ajustement structurel des années 1980 et 1990.

Puis arrive le point d’achèvement. Le pays bénéficie alors d’une annulation du stock de sa dette bilatérale selon les termes de Cologne : officiellement, 90% du stock de sa dette non-APD pré-date butoir, que l’on a bien souvent du mal à voir dans la pratique. Le poids du remboursement de la part multilatérale de sa dette est allégé, sans recourir à une annulation véritable, de façon à permettre au pays de revenir à une dette globale soutenable selon les critères du FMI.

À propos des prétendus allégements de la part multilatérale, un fonds appelé fonds fiduciaire PPTE (en anglais trust fund) a été créé. Il est géré par l’AID, une branche de la Banque mondiale. Les pays riches et les institutions multilatérales sont incités à contribuer à ce fonds. Les sommes récoltées sont placées sur les marchés financiers, contribuant ainsi au gonflement de la bulle spéculative. Les bénéfices perçus sont destinés à financer les allégements : les institutions multilatérales, qui ont décidé de ne rien annuler même si elles en ont les moyens, piochent dedans pour se rembourser. Ainsi, que le remboursement provienne du trust fund ou des PED (pays en développement), rien ne change pour le FMI et la Banque mondiale. Parler d’annulation dans ces conditions est un abus de langage, volontaire pour servir leur image de marque. Ne nous y trompons pas : il n’y a pas d’annulation de dette multilatérale.

Au total, les PPTE sont au nombre de 42, dont 34 pays d’Afrique subsaharienne (dont Madagascar), auxquels il convient d’ajouter 4 pays d’Amérique latine (le Honduras, le Nicaragua, la Bolivie, le Guyana), 3 pays d’Asie (le Laos, le Vietnam et Myanmar) et le Yémen. Mais ils ne seront pas tous bénéficiaires d’allégements. En effet, le Laos ne demande pas à profiter de cette initiative, parce que ses dirigeants jugent qu’elle apporte plus d’inconvénients que d’avantages. De plus, 4 pays sont arrivés au point de décision et ont eu une réponse négative : l’Angola, le Kenya, le Vietnam et le Yémen. Leur endettement est jugé soutenable, même si par exemple l’Angola, ravagé par 25 ans de guerre civile entretenue par les multinationales pétrolières, a dû affronter en 2002 une famine sans précédent sur son territoire... Enfin, les prévisions indiquent que trois autres pays ne sont pas en mesure de bénéficier de l’initiative (à cause d’un état de guerre ou d’un manque de coopération avec les pays riches) : le Liberia, le Soudan et la Somalie, ainsi sanctionnés parce qu’ils ne sont pas politiquement corrects. L’initiative PPTE concerne donc au mieux 34 pays.

Voilà pour l’aspect officiel. Mais on ne peut en rester là : tout cela mérite un bilan et de multiples observations pour comprendre ce qui se trame en coulisses.

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Les résultats de l’initiative PPTE

En novembre 2003, 27 pays avaient atteint le point de décision, et huit d’entre eux avaient atteint le point d’achèvement : l’Ouganda, la Bolivie, le Mozambique, la Tanzanie, le Burkina Faso, la Mauritanie, le Mali et le Bénin.

Selon le FMI, qui fait dans la propagande, l’économie pour ces 27 pays atteint 40 milliards de dollars, sans préciser qu’ils en profiteront souvent par une réduction des remboursements sur plusieurs dizaines d’années, pendant lesquelles d’ailleurs la dette aura eu mille occasions de se reconstituer...

En ce qui concerne le fonds fiduciaire PPTE, le total des fonds promis par les États riches atteint 2 sur remboursements accordées par les institutions multilatérales. En règle générale, le FMI et la Banque mondiale sont très peu loquaces sur le contenu actuel de ce fonds et sur sa possibilité de financer effectivement tous les allégements promis. Mais ils admettent en coulisse que si les gouvernements ne tiennent pas leurs promesse, 6 milliards de dollars. Les contributions versées depuis 1996 s’élèvent pour l’instant à environ 1,6 milliards de dollars (une misère !). Le FMI y a contribué par la vente d’une partie de son stock d’or (pour 800 millions de dollars). Comme nous l’avons dit, ces sommes serviront à financer les remises, ils ne le pourront pas non plus.

Les limites de l’initiative PPTE

Primo, il ne s’agit pas de libérer le développement des PPTE, mais modestement de rendre leur dette soutenable. La différence est de taille : on va annuler juste ce qu’il faut pour faire payer les PED au maximum de leurs possibilités. En fait, on annule essentiellement les créances impayables. L’initiative PPTE est avant tout destinée à garantir la pérennité des remboursements et à dissimuler le renforcement de l’ajustement structurel sous une apparence de générosité. En 2001, soit cinq ans après le début de l’initiative, les 42 PPTE ont transféré des sommes colossales au Nord : le transfert net sur la dette a été négatif pour eux d’environ 320 millions de dollars.

Deuzio, outre la faiblesse des montants concernés, l’insuffisance de l’initiative PPTE porte aussi sur le nombre de pays bénéficiaires : il faut être très pauvre et très endetté pour pouvoir prétendre à de tels allégements. Ainsi le Nigeria est très endetté, mais comme il s’agit d’un pays producteur de pétrole, il n’est pas jugé assez pauvre. Haïti, un des pays les plus pauvres de la planète, n’est pas jugé assez endetté pour être éligible. Et les pays où vivent la plupart des pauvres de la planète ne sont pas concernés : la Chine, l’Inde, l’Indonésie, le Brésil, l’Argentine, le Mexique, les Philippines, le Pakistan, etc. Comment espérer sortir de l’impasse financière actuelle où sont plongés tous les PED avec une telle initiative ? Et même pour les PPTE, les accords passés dissimulent de nouveaux prêts, qui vont faire repartir à la hausse le stock de la dette. La mécanique infernale est toujours enclenchée…

Surtout que les prévisions du FMI et de l’AID pour les pays endettés se sont révélées bien trop optimistes, c’est reconnu désormais au sein même de ces institutions. Les allégements, calculés sur une situation économique quasi-paradisiaque, sont donc insuffisants à un point tel que la dette de certains pays ne parviendra même pas à devenir soutenable à la fin de l’initiative. Le comble !

Même si toute réduction est théoriquement la bienvenue, c’est cher payer la mainmise totale du FMI sur l’économie de ces pays. Car le DSRP, qui doit être approuvé par le FMI, ne résiste pas à l’analyse : il est l’héritier des fameux plans d’ajustement structurel des 20 dernières années. Seul le nom a changé : « Stratégie de réduction da pauvreté », c’est beau, ça sonne social, mais c’est de l’ajustement structurel ! Un PAS revu, et même pas corrigé, sinon par quelques projets de lutte contre la pauvreté ciblés et souvent incompatibles avec les objectifs de croissance fixés. A tel point que le Laos a refusé d’y participer...

Le DSRP doit officiellement être rédigé en concertation avec la société civile. Dans la pratique, ce point relève souvent de la manipulation. Certaines organisations non-gouvernementales (ONG) du Sud sont inscrites parfois à leur insu aux différents ateliers conduisant à la rédaction du document. Elles sont souvent prévenues fort tard des réunions, ou reçoivent les documents au dernier moment. Elles ont rarement le temps de préparer efficacement les rencontres avec les représentants du gouvernement et des différents organismes qui ont de toute façon la majorité pour décider. Les ONG à l’extérieur de la capitale ne sont pas associées en général, on a même vu un ministre demander aux ONG de signer ce bon document qu’est le DSRP et de ne pas montrer de désaccord devant des étrangers pour ne pas nuire à la crédibilité du pays... Ainsi, au Burkina Faso, la participation de la société civile s’est limitée à une réunion de 90 minutes avec les « donateurs ». Certains gouvernements vont jusqu’à créer leur propre ONG pour faciliter les convergences avec la société civile. Processus participatif ? Poudre aux yeux...

Par ailleurs, les critères sélectionnés pour mesurer la soutenabilité de la dette ont deux particularités.

 Ils sont discutables : comment décider qu’un pays va ou non pouvoir bénéficier d’allégements pour réduire la pauvreté chez lui en étudiant juste un ratio ? 149 %, ah ! dommage, vous vous débrouillerez tout seul, mais on compatit...

 Ils sont complexes, sans doute à souhait, pour en discuter entre experts seulement, et pour que l’étroitesse de l’initiative ne saute pas aux yeux. Pas de chance pour eux, des militants d’associations comme le CADTM, qui dispose d’un réseau international, n’hésitent pas à mettre le nez dedans pour les dénoncer avec force. La CNUCED ou la Commission des droits de l’homme de l’ONU publient également des rapports très critiques sur cette initiative.

Le premier pays bénéficiaire a été l’Ouganda, allié des États-Unis dans la région des Grands Lacs, le levier géopolitique est dès lors bien clair. Les quelques sommes qui ont été libérées pour la vitrine sociale de l’initiative PPTE (à savoir la réduction de la pauvreté, par ailleurs décuplée par les autres mesures-clés) ont servi à l’Ouganda pour la gratuité de l’école primaire. Les taux de scolarisation ont bondi, mais la chute du cours du café, dont l’Ouganda est fortement dépendante, ont privé le pays de ressources équivalentes à celles libérées par l’initiative PPTE. Retour à la case départ donc…

Au niveau bilatéral, la question de l’additionnalité des sommes dégagées est cruciale. Il serait fâcheux que ces sommes soient prélevées sur d’autres aides octroyées aux PED. Pour le moment, il est permis d’être inquiet ! Le cas de la France est assez éclairant. Elle a mis en place le procédé de refinancement par don, via des contrats de désendettement-développement (C2D) : le PPTE rembourse ses échéances à la France qui reverse très vite la même somme sur une ligne spéciale à la banque centrale de ce pays. L’utilisation des sommes ainsi dégagées est décidée conjointement par le gouvernement du pays et l’ambassadeur de France, ce qui place une partie du budget de ce PPTE sous tutelle française ! Mais surtout, la somme reversée par la France est comptabilisée comme aide publique au développement, alors que cette APD n’a toujours pas été augmentée en conséquence. Donc cette non-annulation (car le lien n’est pas coupé entre créancier et débiteur) se fait au détriment de projets qui devaient être financés par l’APD. Si ce n’est pas de l’arnaque, cela y ressemble...

En fait, l’initiative PPTE sert avant tout à renforcer et à relégitimer les politiques d’ajustement structurel imposées par la Banque mondiale et le FMI. Le message délivré est en quelque sorte le suivant : « Si vous faites la politique que nous préconisons, vous n’aurez plus un endettement insoutenable. Mieux, nous vous prêterons de l’argent afin que vous puissiez mener les politiques que nous recommandons. » C’est un nouvel instrument de domination très habile, qui permet aux institutions de Bretton-Woods de se dégager de toute responsabilité dans la montée de l’endettement et de mettre de leur côté les gouvernements du Sud.

Voilà pourquoi de nombreux citoyens, surtout au Sud, pensent que l’initiative PPTE fait partie du problème, pas de la solution...

 

Notes

|1| Pour être complets, signalons que certains pays très pauvres sont particulièrement ouverts et ont un montant annuel d’exportations élevé. Malgré un surendettement important, leur dette pourrait être considérée comme soutenable selon le critère choisi. Pour élargir l’initiative à ces pays, on a ajouté un autre critère : pour les pays ayant un rapport exportations/PIB supérieur à 30 % et un rapport recettes budgétaires/PIB supérieur à 15 % (pour s’assurer que le niveau de recettes mobilisées est satisfaisant), le critère choisi pour l’insoutenabilité de la dette est un ratio valeur actuelle de la dette sur recettes budgétaires supérieur à 250 %. C’est ce critère qui a permis de déclarer éligibles à l’initiative PPTE des pays comme la Côte d’Ivoire ou le Guyana.

 

Article publié sur le site malgache : www.gazetynety.org.

 

Damien Millet, le 2 décembre 2003.

samedi, 25 août 2012

DUEKOUE - CAPITAINE OUATTARA KPOLO: «CEUX QUI SONT A L'INTERIEUR DU PARC DU MONT PEKO SONT MAJORITAIREMENT ETRANGERS»

 

CAPITAINE OUATTARA KPOLO.jpg

 

Ce que vous allez lire est totalement surréaliste. La Côte d'Ivoire est-elle encore un Etat? Y a-t-il des gouvernants sur ce lopin de terre africaine ou sommes-nous en pleine jungle où chacun peut faire impunément ce qu'il veut? Faites-vous en une opinion! Bonne lecture.


Capitaine Ouattara Kpolo (Office ivoirien des Parcs et Réserves): ''Ceux qui sont à l’intérieur du parc sont majoritairement des étrangers. Chaque semaine, deux à trois cars de transport en commun y déversent les clandestins, augmentant ainsi leur population. Si l’ on part sur la base de deux convois par semaine, on se retrouve facilement avec 600 personnes par mois.''


Comment va le secteur parc du Mont Péko, aujourd’hui ?
 
J’ai pris fonction à Duékoué en décembre 2011. En fait, j’étais déjà ici en 2008-2009 et je suis allé en formation. En ce qui concerne la conservation du parc, notre absence sur le terrain depuis 2002 a eu un impact. C’était partout la même chose. Même nos locaux étaient occupés par les militaires. Nous n’existions même plus en ville. Après la crise post-électorale, nous sommes revenus occuper nos locaux qui étaient devenus, entre-temps, les logements de certains éléments des Frci. Nous avons réhabilité partiellement un bâtiment en mars 2012. Malheureusement pour nous, on nous annonce que les Frci reviennent. On nous a dit que c’est provisoire. Mais cela nous inquiète.

Et le parc lui-même ?

Au plan technique, c’est un autre problème. C’était difficile. Le personnel que j’ai trouvé sur place n’allait pas sur le terrain. Les risques d’attaque étaient grands. Surtout qu’au niveau du parc, il y avait beaucoup d’informations qui circulaient.

Que disent ces rumeurs?
 
Il s’agit principalement de la présence d’hommes armés à l’intérieur du parc. Moi-même, après six mois de présence, je n’y suis entré qu’une seule fois.

Pourquoi, avez-vous peur aussi ?
 
J’avais été averti de la situation dès mon arrivée. Ma méthode a donc été d’approcher les populations riveraines avant de rencontrer ceux qui sont à l’intérieur du parc. Nous sortons d’une crise armée. Je ne peux pas engager, dès mon arrivée, la répression. J’ai eu des instructions fermes de ma hiérarchie dans ce sens. Je suis donc venu en tant qu’agent de développement. Localement, je me suis appuyé sur la population. Parce que les gens pensaient que les Eaux et Forêts n’allaient plus revenir et que la zone avait été déclassée. J’ai pu réussir ma mission en partie parce que les préfets et sous-préfets m’y ont aidé. Les deux tiers du parc sont dans le département de Bangolo et l’autre tiers à Duékoué. Il était question de rencontrer les infiltrés. Je leur ai adressé des convocations avec l’aide des sous-préfets de Guinglo-Taouaké, Bléni-Méhouin. Mais ces derniers ont refusé de me rencontrer.

De quelle nature est la population infiltrée ?
 
Pour nous, ce sont des paysans. Ceux d’entre eux qui m’ont répondu, m’ont demandé de prendre attache avec Amadé Ouérémi avant de les rencontrer. Or pour moi, il s’agit de personnes individuellement en infraction. C’est là que j’ai compris qu’elles sont organisées. A partir de février 2012, j’ai changé de stratégie en cherchant à rencontrer Amadé Ouérémi, en vain. Je suis passé par ces mêmes sous-préfets, sans plus de succès. Et quand j’ai voulu entrer dans le parc pour le voir directement, on m’en a dissuadé en évoquant le danger auquel je m’exposais.

Avez-vous essayé de joindre Amadé Ouérémi par téléphone ?
 
Son numéro que j’ai eu marche bien. Mais il ne décroche jamais. J’ai appris, par la suite, qu’il ne répond pas aux appels émanant de numéros qu’il ne connaît pas. J’ai donc changé de méthode encore.

En quoi faisant ?
 
Je suis passé par des gens qui lui sont proches. Notamment ses compatriotes burkinabè. On ne m’a fait que des promesses. J’ai tenté de le rencontrer par le biais du sous-préfet de Bagohouo qui m’y a envoyé à des réunions pour me présenter à la population, en vain.

Qu’avez-vous donc fait ?
 
Finalement, j’ai pris mon courage à deux mains pour pénétrer dans le parc.

Pourquoi une telle décision lourde de conséquences ?
 
J’avais une contrainte de temps du fait de la mission d’évaluation des parcs. Les experts devaient venir voir la dégradation du Péko (faune et flore). Je me suis référé au sous-préfet de Bagohouo qui m’y a encouragé. Quant au chef de ce village, il m’a dit : «Allez-y, mais, je ne peux pas vous accompagner». Il restait une semaine pour la mission. J’ai pris la voie qui mène au campement d’Amadé Ouérémi. Je suis arrivé à un corridor où des individus m’ont demandé ce que je venais faire en ce lieu.

Ces personnes étaient-elles armées ?
 
Elles étaient en civil et ne portaient aucune arme. Elles étaient une douzaine. On m’a demandé si j’avais rendez-vous avec Amadé Ouérémi. Quand j’ai répondu par la négative, on m’a demandé d’attendre. Quinze minutes après, Amadé Ouérémi est arrivé. C’était le 25 avril. Il n’était pas content que je sois entré dans la forêt.

Qu’a-t-il donné comme argument pour justifier son mécontentement ?
 
Il a demandé qui m’a autorisé à entrer dans le parc. Il m’a menacé en disant qu’il n’aime pas les Eaux et Forêts parce que c’est sa forêt. Il m’a même dit que si je suis venu chercher des histoires, il était prêt. Il a proféré des menaces de mort à mon endroit.

Que vous a-t-il dit exactement ?
 
Il a dit qu’il allait nous tuer.

Combien de personnes ont fait cette mission ?
 
Nous étions quatre. J’ai répondu à Amadé Ouérémi que j’avais mesuré le danger auquel je m’exposais. Mais, je n’étais pas là pour créer des problèmes. Il est devenu un peu froid. Je lui ai dit : « Depuis cinq mois, je n’arrive pas à vous rencontrer. Je suis le responsable du Mont Péko et je suis venu vous annoncer qu’une mission d’évaluation viendra d’Abidjan dans une semaine pour visiter le parc. C’est dans votre intérêt et le nôtre. Cette mission est diligentée par l’Etat de Côte d’Ivoire. Si vous vous y opposez, c’est comme si vous vous opposiez à l’Etat de Côte d’Ivoire ».

Quelle a été sa réaction ?
 
Il m’a dit qu’il a investi beaucoup d’argent dans le parc. Si la mission venait le lui arracher, il ne se laisserait pas faire. Qu’il doit être dédommagé.

Qu’entend-il par “ investir de l’argent dans le parc’’ ?
 
Il a fait des plantations. Je lui ai répondu: « Je suis un simple commis de l’Etat. Il faut montrer aux responsables de la mission vos investissements dans le parc. Seul l’Etat peut décider de votre sort. Si un jour, le parc est déclassé, je serai affecté ailleurs ».

A-t-il autorisé la mission des experts ?
 
Il n’était pas question d’une autorisation. Mais juste de lui annoncer une mission qui s’impose à nous tous.

Cette mission a-t-elle eu lieu ?
 
Elle a effectivement eu lieu de février à mars.

Sans accroc ?
 
Le deuxième jour de la mission, les hommes d’Amadé Ouérémi ont voulu faire de la résistance à la vue des agents en treillis dans le groupe. Ils s’en sont pris à un expert en oiseaux, il faut savoir que la particularité de ce parc est qu’il abrite une espèce rare d’oiseaux. C’est ce qui lui a permis de bénéficier d’un projet. Il fallait s’assurer que cet oiseau était encore là. Il y avait tout de même deux fausses notes.

Lesquelles ?
 
Quand les sociologues sont venus, ils ont vu les chefs des villages voisins, ils ont demandé à croiser les infiltrés. Ouérémi et ses éléments ont refusé. Vers la fin de la mission, nous étions stressés. Un dernier volet devait faire l’état des pistes qui ceinturent le parc dont l’une des vocations est le développement du tourisme. Dès que la mission est finie, il y a eu le communiqué du gouvernement qui demandait aux infiltrés de sortir des aires protégées. Amadé Ouérémi et ses hommes ont pensé que l’objet de la mission était de connaître leur position et les signaler à Abidjan.

Etiez-vous de la mission ?
 
Non. J’ai fait partir deux éléments. On me connaissait déjà, il fallait éviter que les esprits s’échauffent. Je faisais la ronde autour du parc pour alerter les autorités en cas de besoin.

La mission a-t-elle pu voir cet oiseau rare ?
 
C’est ma hiérarchie qui peut vous répondre. Je ne peux pas évoquer les conclusions d’une mission dont je ne suis pas le commanditaire.

Le parc peut-il encore être sauvé ?
 
La vocation d’un parc, ce n’est pas forcément la forêt. C’est aussi le relief, le paysage, la faune. Si on le laisse tranquille, il peut se reconstituer. Il y a des éléphants et des chimpanzés dans ce parc. Ils sont chassés. L’exploitation agricole est également très intense. Cela met le parc en péril.

Que dites-vous aux populations riveraines qui se plaignent qu’on les empêche de travailler dans le parc, alors qu’Amadé Ouérémi y est en toute tranquillité ?
 
Elles ont raison. Ce parc est préservé depuis la période coloniale. Il a un rôle très important dans la région. Aujourd’hui, on se rend compte que le fleuve Sassandra est en train de mourir. Une des causes de cette situation est la destruction du Péko qui est un de ses réservoirs. Tous les cours d’eau qui partent du Péko sont à sec. Dans les champs, les populations déforment les lits des cours d’eau.

Comment régler, selon vous, le cas d’Amadé Ouérémi ?
 
Nous nous référons à notre hiérarchie et au gouvernement. Le dossier est très sensible pour diverses raisons.

Lesquelles ?
 
Ceux qui sont à l’intérieur du parc sont majoritairement des étrangers. En tant que gestionnaire du Mont Péko, il ne m’appartient pas de mener des actions qui peuvent entraîner des troubles dans la région.

Quel est l’état réel du parc aujourd’hui ?
 
On ne peut pas vous répondre sans faire une étude du parc. Or, il est impossible de la faire. Parce que, le parc est devenu une poudrière. Chaque semaine, deux à trois cars de transport en commun y déversent les clandestins, augmentant ainsi leur population. Si l’ on part sur la base de deux convois par semaine, on se retrouve facilement avec 600 personnes par mois. Au départ, les nouveaux venus étaient des manœuvres agricoles au service des anciens. Quand ils ont des moyens, après leurs contrats, ils achètent à leur tour des parts de forêt. Ils sont bien organisés sur place.

Pourquoi ne pas passer du côté de Bangolo ?
 
Partout, on vous renvoie à Amadé Ouérémi. En fait, il y avait deux groupes au départ. A Bangolo, un certain Bakary et Ouérémi dans la zone de Duékoué. Chacun travaillait de son côté. Il y a eu conflit de compétence entre les deux quand les champs des deux groupes se sont touchés autour de 2008-2009. A la suite des affrontements, Amadé Ouérémi a pris le dessus.
 
 

Interview réalisée à Duékoué par Doua Gouly.

In le quotidien pro-gouvernemental Fraternité Matin.

dimanche, 05 août 2012

CRISE ALIMENTAIRE AU BURKINA FASO: «DES PAYSANS SE NOURRISSENT EXCLUSIVEMENT DE FEUILLES D’ARBRES»

 

 

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Une femme ramasse des feuilles pour nourrir sa famille dans la région de Kaya (Burkina Faso). Photo : Neal Mann qui a lancé #hiddencrisis et poste régulièrement des photos sur son compte Twitter @fieldproducer sur la famine au Mali. 

 

 

Après s’être taillé une fortune colossale tirée de trafics de toutes sortes (notamment de diamant sierra-leonais, de cacao ivoirien et d’armes), de coups d’Etat et de guerres sous-régionales, Blaise Compaoré, le chef de l'Etat burkinabé, laisse son peuple mourir de faim, incapable de lui faire bénéficier du fruit de sa rapine. Pas étonnant que les ressortissants burkinabé envahissent et colonisent l’Ouest de la Côte d’Ivoire, kalashnikov au poing.

A la fin de la lecture de ce reportage des observateurs de France 24, vous aurez compris pourquoi, pour un régime de banane coupé dans le champ d’un burkinabé à Sanégourifla, dans le département de Sinfra en Côte d’Ivoire, des burkinabé, chasseurs traditionnels Dozos, ont tué à bout portant 3 personnes. Une dizaine d’autochtones luttent contre la mort dans les hôpitaux de Sinfra et de Yamoussoukro. Que DIEU garde les survivants de cette nouvelle tragédie sous le régime Ouattara ! Bonne lecture !


Comme une grande partie de la région sahélienne, le nord du Burkina Faso doit faire face depuis plusieurs mois à une importante crise alimentaire, conséquence de la mauvaise récolte de cette année. Une situation qui pousse les familles paysannes sur les routes, et en oblige certaines à se nourrir exclusivement de feuilles d’arbres. 

Selon les autorités burkinabè, le bilan céréalier national brut de 2011/2012 est déficitaire de plus de 150.000 tonnes. Cent soixante-dix communes rurales, essentiellement dans le nord du pays, ont été déclarées zones à risque d’insécurité alimentaire, soit six fois plus que l’année précédente.

Au Sahel, où les céréales comme le mil, le maïs ou le riz sont la base de l’alimentation, les mauvaises récoltes de l’automne 2011, dues notamment à la sécheresse, affectent plus de 16 millions de personnes. Et plus d’un million d’enfants de moins de 5 ans se trouvent actuellement en situation de malnutrition "sévère" dans la région.  

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Un arbre dont les feuilles ont été quasiment toutes arrachées dans le village de Kambaogo.  Photo :@Rosiechilds de l'organisation Save the Children actuellement en mission dans le région de Kaya au nord de Ouagadougou. 

 

CONTRIBUTEURS

Barnabé ouéder

"Les paysans qui ont la chance d’avoir un peu de bétail sont en train de vendre leurs bêtes pour quelques kilos de riz"


Barnabé Ouédraogo vit à Kaya, capitale de la région centre-nord. Il est enseignant et travaille dans une association d’aide aux enfants déscolarisés. 

 

En tant que fils de cultivateur, je me souviens d’années très difficiles, mais cela faisait longtemps que nous n’avions pas connu une situation aussi critique. Avec la disette, le prix du sac de maïs est passé de 12.500 francs CFA [19 euros] à 22.500 francs CFA [34 euros] en quelques mois. Les villageois viennent de plus en plus nombreux à Kaya pour essayer de trouver de la nourriture. Récemment, une grande vente à prix réduit a été organisée dans la ville par les autorités municipales. Les paysans ont commencé à faire la queue en pleine nuit et sont restés, pour certains, toute la journée suivante, sous un soleil de plomb, pour repartir avec un unique sac de riz. Il n’y en avait même pas pour tout le monde. Ces initiatives ont eu lieu dans plusieurs communes, mais l’impact est quasiment insignifiant au vu de l’ampleur de la crise.

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Des femmes font la queue devant un centre de santé. Photo : Neal Mann postées sur son compte Twitter @fieldproducer.


"Il arrive que certains se trompent ou, poussés par la faim, mangent des feuilles non comestibles"

Les paysans qui ont la chance d’avoir un peu de bétail sont contraints de vendre leurs bêtes contre quelques kilos de riz. Les autres font avec ce qu’ils trouvent et notamment les arbres, dont ils récoltent les feuilles. S’il leur reste un peu de riz, ils mettent les feuilles dedans et en font une bouillie. Ça permet d’augmenter la quantité de nourriture tout en économisant un peu de céréales. Certaines feuilles font déjà partie de l'alimentation des Burkinabés, mais  en ce moment certains en sont réduits à se nourrir uniquement de  ça, ce qui provoque inévitablement des maladies, notamment diarrhéiques. Il arrive aussi qu’ils se trompent ou, poussés par la faim, mangent des feuilles non comestibles.

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Photo : Neal Mann postées sur son compte Twitter @fieldproducer.


Moi, j’ai la chance d’avoir des revenus qui me permettent de subvenir aux besoins de ma famille. Et j’essaie d’aider ceux qui m’entourent, mais vous savez personne n’est à l’abri. On fait tout notre possible mais comme on dit ici, aider neuf personnes et vous devenez le dixième pauvre.

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Photo : @Rosiechilds de l'organisation Save the Children actuellement en mission dans le région de Kaya au nord de Ouagadougou.

 

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Une femme pile des grains de sorgho. Photo : Neal Mann postées sur son compte Twitter@fieldproducer.

 

 

Source: LES OBSERVATEURS DE FRANCE 24

jeudi, 02 août 2012

REPONSE AU GENERAL SOUMAILA BAKAYOKO: NON AMADE OUEREMI N’EST PAS UN MILICIEN

 

côte d'ivoire,réponse au général soumaïla bakayoko,non amadé ouérémi n’est pas un milicien,wazi guipié et steve beko

 

Reçu par la rédaction du journal pro-gouvernemental Fraternité Matin en vu d’évoquer la situation sécuritaire du pays, le Général Soumaïla Bakayoko, chef d’état major général des FRCI a affirmé parlant de Amadé Ouérémi, l’un des chefs FRCI de l’Ouest de la Côte d’Ivoire :

"Pour parler d’un milicien qui serait dans la forêt du Mont Péko, c’est le lieu de rappeler que hormis les militaires et agents de sécurité (police, gendarmerie), personne n’a le droit de porter une arme, encore moins d’en faire usage. Nous l’avons dit encore une fois, lors de notre passage, récemment, à Duékoué. C’est pourquoi nous avons rencontré les chasseurs traditionnels communément appelés Dozo, pour leur dire que cette règle s’applique à eux également. Avec l’arrivée des forces, il n’est pas question que chacun se fasse justice. Il en sera de même pour tous les miliciens. Nous irons ratisser toute la région de Duékoué. Une opération "le Mont Péko" sera lancée et nous rencontrerons le milicien dont vous parlez. Il faut qu’on arrête ces pratiques."

Pour rappel, le quotidien l’Intelligent d’Abidjan a été le premier à utiliser ce terme pour parler de l’homme du Mont Péko. Quelques jours plus tard, il sera rejoint par le journal L’Inter qui se posera même la question de savoir "qui protège le milicien du Mont Péko". Jusqu'à ce jour, nous avions mis cela sur le compte de journaliste mal informé mais que le chef de l’armée de notre pays traitre un de ses valeureux éléments de milicien, nous pensons qu’il faut corriger cette erreur grotesque.

L’appareil sécuritaire hétérogène de Alassane Ouattara est composé d’un premier noyau formé du GSPR sous la supervision du colonel Vagondo Diomandé, c’est l’unité la plus professionnalisée, la plupart de ses éléments ayant subi une formation complémentaire à Adiaké. Le reste des unités n’a de bataillon que le nom, elles ont été vidées pour la plupart de leur substance militaire.

Elles sont en fait les gardes prétoriennes des chefs de guerre qui les dirigent depuis 2002, les noms fantaisistes de « FANSARA 101 », « ATCHENGUE », « ANACONDA » et autres ont été substitués par les noms d’unités régulières comme la Compagnie Territoriale de Korhogo (CTK) et la Garde Républicaine.

Les armes comme celles de la Marine Nationale ou de la Gendarmerie sont dirigées par des officiers supérieurs réguliers proches de Ouattara. Les dozo venus de Sikasso, Boundiali, Tingréla, Sindou et Banfora constituent avec les unités des Burkinabè de Lansana Kouanda, Issiaka Tiendrébéogo et surtout Amadé Ouérémi, les derniers maillons de la chaîne des troupes de Ouattara. Il n’y a donc aucun milicien dans les FRCI ou alors pour être plus précis tous les FRCI sont des miliciens. La plupart des « soldats » composant les FRCI étant analphabètes et ou étrangers, ceci ne les empêche cependant pas d’arborer uniformes et bérets prestigieux de l’armée ivoirienne. 

Concernant le sieur Ouérémi, il faut remonter à l’année 1986 pour avoir les traces de ce dernier, de son vrai nom Ouédraogo Rémi venu de son Burkina-Faso plus précisément du Plateau mossi. Arrivé dans la région de Duékoué, il dépose ses pénates dans le village de Bagohouo. Au début de la crise de 2002, il se convertit progressivement en planteur. Profitant du laxisme des autorités, il investit progressivement la forêt classée du Mont Péko. Lors de la crise post-électorale, Amadé commandait déjà une escouade de Burkinabè armés qui hantaient la forêt classée en question. C’est tout naturellement qu’il est associé par le commandant Fofana Losseni à la prise de la ville de Duékoué, une ville qu’il connaît parfaitement.

La vérité est que les récents évènements du camp de refugiés de Nahibly de Duékoué ont choqué la conscience collective et la communauté internationale de sorte que partout où Ouattara est passé lors de son dernier voyage à l’étranger, les dirigeants de ces pays ont exigé des sanctions exemplaires contre les auteurs. Les ONG internationales de défense des droits de l’homme sont aux aguets et attendent que l’état prenne des mesures disciplinaires à l’endroit de ses soldats. A défaut de sanctionner les hauts gradés de son armée, le coupable a été facilement trouvé : Amade Ouremi, le "milicien" du Mont Péko qui verra à n’en point douter les projecteurs se braquer sur lui dans les semaines à venir. Le but, faire de ce nervis analphabète le responsable, le commanditaire et le bénéficiaire principal des tueries des Wê à l’Ouest de la Côte d’Ivoire.

Les tentatives de faire passer Ouérémi, l’étranger et analphabète, pour le principal exécuteur ou pour le commanditaire des différents massacres à l’Ouest ne doivent abuser personne. Amadé Ouérémi qu’une certaine presse tente de faire passer pour un milicien n’en est pas un, il répond aux critères pour être un FRCI digne de ce nom, il est analphabète étranger et n’a aucune compétence requise pour le métier des armes. Il applique donc logiquement aux ordres de son supérieur hiérarchique qui est le commandant Fofana Losseni. Ce dernier est donc le premier responsable de tous les massacres commis sous la férule d’Ouérémi et des autres chefs de guerre Burkinabè qui pullulent dans l’Ouest ivoirien. La responsabilité est donc celle du commandant Losseni Fofana et de l’autorité qui l’a nommé, en l’occurrence le chef de l’Etat, Alassane Ouattara qui au passage, signalons-le, est aussi ministre de la Défense. 

Le camp Ouattara veut faire porter le chapeau uniquement à ce sanguinaire analphabète qui sera extradé à La Haye, sans réelle possibilité de se défendre. Faire passer Amadé pour un faux FRCI alors que l’extrême majorité des FRCI sont des faux-FRCI et que, de ce fait, ils n’émargent pas sur le budget de l’Etat et vivent de rapines, rackets et autres tueries est un écran de fumée que Ouattara et la presse proche de lui veulent faire accepter aux Ivoiriens. Avec Ouérémi à la CPI, Ouattara commanditaire des massacres des Wê aura montré sa « bonne foi » en livrant un des siens. Le premier responsable et présumé coupable est bel et bien Alassane Ouattara; c’est lui qui devrait en premier lieu répondre des crimes imputés à ses troupes.


PLUSIEURS PHOTOS D’AMADE OUEREMI PROUVENT BIEN QU’IL APPARTIENT AUX FRCI

  

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Amadé Ouérémi lors d’un rassemblement des FRCI à l’Ouest du pays

 

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Amadé Ouérémi, posant fièrement aux côtés des autorités administratives de Duékoué

 

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Amadé Ouérémi, arborant fièrement sa tenue FRCI

 

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Amadé Ouérémi en compagnie des soldats des Nations Unies en Côte d'Ivoire (ONUCI)



Wazi Guipié et Steve Beko


Source: INFO D'ABIDJAN.NET

APRES LA COTE D'IVOIRE ET LE MALI, C'EST A PRESENT AU TOUR DU BURKINA FASO DE CONNAITRE LA GUERRE, SELON UN DIPLOMATE FRANÇAIS


 

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Burkina Faso, prochain pays dans la tourmente!


Côte d'Ivoire, Mali, Burkina Faso... Un responsable du Quai d'Orsay fait des révélations.

 

Laurent Bigot, sous-directeur pour l’Afrique de l’ouest au ministère des Affaires Etrangères (au Quai d’Orsay) de France, a fait de graves révélations, le 2 juillet dernier lors d’un colloque sur la crise au Sahel à l’Institut français des relations internationales (Ifri). L’intervention du diplomate français à ce colloque censé restreint a fini par atterrir dans le «domaine public». Nous vous proposons quelques extraits d’un speech de vérité !

Le Sous-directeur pour l’Afrique de l’ouest du Quai d’Orsay, Laurent Bigot, dans son intervention «à titre personnel», préciset-il, plante le décor de la situation latente qui prévalait depuis une dizaine d’années au Mali, avec sa «démocratie de façade». Et ne manque pas dans son développement de relever la cruelle injustice dont a été l’objet le président Laurent Gbagbo à l’occasion de la crise dite post-électorale. Selon lui, c’est l’ex-président malien, Alpha Omar Konaré qui avait décidé de ce que Amani Toumani Touré fût président de la république après lui.

«C’est Alpha Oumar Konaré (le président sortant, ndlr) qui a décidé qu’Amadou Toumani Touré (ATT) deviendrait président en 2002. A l’issue du premier tour, ATT arrive en tête en 2002, avec une marge de 1% devant Soumaïla Cissé, dans un mouchoir de poche. Et la commission électorale annule 500.000 votes, environ 10% du corps électoral. Pour 300.000 votes de plus, on a déclenché le feu sur Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire l’année dernière. (…) Il y a eu des manipulations pour que ce soit Soumaïla Cissé et non Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) qui arrive en seconde position.

Des missions d’observation des élections étaient là, mais on s’est contenté des résultats. (…) En 2007, rebelote. ATT est élu dès le premier tour avec près de 70% des suffrages et un taux de participation de 30%, ce qui veut dire que 21% des électeurs maliens l’ont choisi. Cela fait une légitimité extrêmement faible. Et même sur ce scrutin, nous savions très bien que les fraudes ont été très importantes. C’est ça, la démocratie malienne», explique-t-il méthodiquement et magistralement dans son intervention.

Laurent Bigot glisse judicieusement le paradoxe ivoirien, avec l’injustice faite à Laurent Gbagbo pour montrer combien de fois le système peut être cynique. Concernant la crise malienne, il fait savoir que seule la façade est tombée. «Les déterminants de la crise étaient là depuis longtemps : corruption impliquant toutes les sphères, au plus haut niveau, jusqu’au palais présidentiel de Koulouba, une économie largement informelle (…), des trafics en tout genre», révèle le diplomate français. Qui juge sévèrement la classe politique malienne.

«C’est pathétique, le discours de la classe politique malienne est pathétique! Pas un homme ne sort du lot… Les deux tiers du territoire échappent à la souveraineté de l’Etat malien et on a une classe politique qui se bat encore pour entrer au gouvernement», fait savoir ce responsable au Quai d’Orsay. Le Burkina qui mène des médiations tout azimut dans la sous-région n’est pas élément étranger dans les dites crises. Notamment les crises ivoirienne et malienne. Il ne manque de relever, sur la base d’informations en sa possession, que le Burkina Faso pourrait être le prochain pays à s’écrouler. Le Burkina, «élément perturbateur dans la médiation qui a aggravé la crise au Mali» en imposant l’actuel gouvernement de transition, selon lui, pourrait être le prochain à s’effondrer.

Le Burkina, prochain pays à s’effondrer

«Ce n’est pas passé loin il y a un an (lors de la mutinerie des militaires, ndlr), ça peut tout à fait se reproduire. Il n’y a pas d’armée, pas de classe politique, une société civile plus ou moins organisée et surtout une économie en coupe réglée par le clan présidentiel, une corruption qui dépasse l’entendement, une implication dans les trafics de la sous-région jusqu’au proche entourage du président», dépeint-il la situation au pays dit des hommes intègres.

Faisant ainsi le procès du pays de Blaise Compaoré qui selon ses dires n’est pas loin de basculer. Il estime à juste titre pour lui donc que le Burkina Faso sera le prochain Etat à s’effondrer après le Mali. Une intervention du diplomate français qui continue de faire jaser. Surtout au pays des hommes intègres, où les autorités n’ont pas manqué récemment d’élever une protestation auprès de l’ambassadeur de France à Ouaga, le Général Emmanuel Beth.

 

Frank Toti, in le quotidien ivoirien "Le Nouveau Courrier"

mercredi, 18 juillet 2012

ALASSANE OUATTARA, LE CHEF DE L’ETAT IVOIRIEN, N’A PAS D’ARMEE

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Commençons notre chronique de ce jour par une scène très récente, assez cocasse, si ce n’est rocambolesque et, au final, effrayante pour l’histoire future de notre peuple. Dans un district de police bien connu de notre pays, un attroupement d’agents de police de service, comme on le voit tous les jours dans nos commissariats et camps militaires. Ils s’adonnent à la lecture de journaux pour être au fait de l’actualité ivoirienne. Chose curieuse – et peut-être finalement, normale – tous les quotidiens entre leurs mains étaient des journaux bleus (journaux éditorialement proches du camp Gbagbo). Le fait même pour eux de ne plus s’en cacher dénote désormais et assurément d’un nouvel état d’esprit, différent de la hantise, des peurs-paniques et de la discrétion de rigueur, au lendemain du dénouement sanglant de la crise ivoirienne d’avril 2011.

En clair, ces policiers se considèrent encore et toujours comme des FDS (et c'est la faute à Ouattara) et non comme des soldats FRCI, l’armée ouattarandienne faite de supplétifs, de dozos (chasseurs traditionnels incultes) et de miliciens créée le 17 mars 2011, depuis la prison volontaire et dorée de l’Hôtel du Golf, par ordonnance d’Alassane Ouattara, et qui a été à l’origine de l’effroyable massacre de Duékoué qui a fait des milliers de morts. Massacre que nous attestent encore de récentes vidéos sur le Net montrant le contingent marocain de l’ONUCI jeter sans égard aucun, le 1er avril 2011, des corps de victimes de l’épuration ethnique FRCI. Pourrait-il encore exister un quidam, sur la terre d’Eburnie et par-delà les mers, pour nier le génocide des Wê, dans l’Ouest de la Côte d’Ivoire, les 29 et 30 mars 2011, par les milices de Ouattara ?

Comme on peut le constater, il n’y a pas eu osmose entre les FDS, l’armée républicaine sous Gbagbo et les FRCI, l’armée putschiste d’Alassane Ouattara. Et il ne peut en être autrement. D’ailleurs, Ouattara ne considère pas les FDS comme son armée et se méfie d’eux comme de la peste. Pour preuve, les ex-FDS ne sont autorisés, jusqu’à ce jour, à ne détenir aucune dotation d’armes. A contrario, les FRCI, jusque dans nos villages et campements, exhibent encore des armes de guerre et en font usage sans aucune éthique militaire, notamment contre d’innocentes populations civiles, de tous les bords y compris les leurs, depuis maintenant plus d’une année. Mieux, ces armes ont été utilisées et retrouvées dans nombre de braquages, de cambriolages et d’attaques à main armée qui ont endeuillé familles et entreprises dans notre pays, ces quinze derniers mois.

A la vérité, tant que le gouvernant actuel de la Côte d’Ivoire continuera de traquer d’honnêtes ivoiriens civils et militaires (en qui ces ex-FDS se reconnaissent) jusque dans leur exil parce que proches du président Laurent Gbagbo, tant que nos concitoyens de l’Ouest seront spoliés de leurs terres ancestrales et tués par de nouveaux colons burkinabé armés et arrogants, protégés par le seigneur de guerre burkinabé Amadé Ouérémi et son âme damnée Issiaka Tiendrébéogo, tant que prévaudra la « justice de vainqueurs », tant que les droits de l’homme seront rélégués au rang de vœux pieux en Côte d’Ivoire, au vu et au su d’ONG internationales complices et de la communauté dite internationale et que les Ivoiriens continueront à croupir injustement dans les geôles, goulags et autres camps de concentration et de torture de Ouattara, tant que la jubilation sera de mise en lieu et place de la compassion naturelle et de l’humilité, tant qu’aucune véritable volonté de réconciliation (dont Ouattara sera d’ailleurs le plus grand bénéficiaire) ne sera affichée par les tenants actuels du pouvoir par l’élargissement de Laurent Gbagbo et de tous les prisonniers politiques et militaires et l’arrêt des arrestations arbitraires, aucune chance que cette osmose ait lieu.

Pourquoi ?, pourrait-on s’interroger. Pour la simple et bonne raison que l’armée n’est en réalité que le reflet intégral du peuple et de la société. La rupture politique, sociale et sociologique qui s’est produite en Côte d’Ivoire depuis l’arrivée au pouvoir d’Alassane Ouattara a déteint et s’est gravement répercutée sur nos corps militaires, de sorte que l’armée ivoirienne actuelle n’est qu’une piètre juxtaposition de deux forces ex-bélligérantes : les FDS et les FRCI. Le dire n’est pas un appel à la sédition mais un juste compte-rendu de la réalité et du vécu des Ivoiriens, depuis maintenant quinze mois. Le nier relève soit de la mauvaise foi, soit de la politique de l’autruche.

Pire, les FRCI ne peuvent honnêtement être considérées comme l’armée d’Alassane Ouattara. Sinon, comment comprendre qu’il n’ait aucune confiance en elle, au point que le premier carré de sa garde rapprochée soit exclusivement et uniquement constitué de soldats burkinabé, commandos militaires du camp de Pô, au Burkina Faso, mis à sa disposition par son homologue et « compatriote » Blaise Compaoré ? Comment expliquer ensuite que le second carré de sa protection rapprochée soit assuré par des unités spéciales françaises et par les casques bleus de l’ONUCI ? Qu’en est-il de la souveraineté de la Côte d’Ivoire ? Ou faudra-t-il considérer qu’elle n’en a plus, depuis l’avènement du régime RHDP ?

Alassane Ouattara refuse de s’en remettre pour sa sécurité et pour sa vie à « son armée ». En réalité, il n’a pas tort. Cette armée-là répond non pas d’un seul et unique chef suprême comme dans toute république digne de ce nom mais de plusieurs chefs et seigneurs de guerre, à la tête desquels le désormais Président de l’Assemblée nationale ivoirienne, Soro Kigbafori Guillaume. Tout ce beau monde, au-delà des sourires convenus, se regarde en chien de faïence et entretient l’équilibre de la terreur, en attendant qu’à la fin de ce jeu de dupes le plus fin, le plus rusé et le plus machiavélique de la fratrie prenne le dessus sur tous les autres et les mette à la disposition de la Cour pénale internationale (CPI). Juste une question de temps.

Qu’Alassane Ouattara arrête donc de se mentir à lui-même, aux Ivoiriens et au monde entier en feignant de maîtriser son monde. Il ne maîtrise strictement rien. Il n’a pas d’armée, il ne doit sa survie qu’aux forces étrangères, toutes bannières confondues, auxquelles ces proches et lui vouent une confiance idolâtre. Mais aussi puissantes fussent-elles, pourraient-elles résister à une désagrégation générale et au sursaut d’un peuple digne en quête de liberté ? Ce que le Vietnam a été pour l’armée américaine devrait nous instruire.

Oui, c’est certain, Ouattara n’a pas d’armée. En tout cas, aucune qui puisse se réclamer nationale, républicaine et loyale. Fait rare dans l’histoire des pays dits démocratiques. Pour tout dire, Alassane Ouattara gouverne sur le cratère d’un volcan qui menace d’entrer en éruption à tout moment. Jusqu’à quand tiendra-t-il cet équilibre précaire ? Qui vivra, verra ! Au reste, de notre humble avis, il devrait commencer plus résolument que jamais à penser à réconcilier les Ivoiriens et ne pas se réfugier derrière des armées étrangères, fussent-elles celles du Nouvel ordre mondial. Il en est encore temps.


Que DIEU bénisse la Côte d’Ivoire !

dimanche, 08 juillet 2012

PDCI-RDR: L'EPREUVE DU FONCIER RURAL

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La réunion du bureau politique du Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) du 2 juin 2012 a été sanctionnée par un  communiqué qui a fait deux recommandations importantes : « la mise en œuvre d’une politique de l’immigration qui en assure le contrôle et la régularité et favorise l’intégration régionale » ainsi que « la gestion et l’exploitation rationnelle des terres agricoles … et l’application effective de la loi de 1998 sur le foncier rural ».

Depuis la publication de ce communiqué, les supputations vont bon train. Et au sein du Rassemblement des Républicains (RDR), l’allié principal du PDCI au sein du RHDP, certains n’ont pas hésité à crier à la trahison, y percevant, les signes d’une fracture probable.

Les divergences sont en effet profondes. Qu’il suffise de rappeler que l’immigration et le foncier rural font partie des sujets qui ont permis à Ouattara et au RDR d’entretenir la fronde contre l’ennemi de l’époque (le Président Bédié) alors au pouvoir. L’ère Bédié (1993-1999) avait en effet été marquée par des lois emblématiques qui, pour  l’essentiel, portaient sur trois points : la suppression du vote des étrangers, l’adoption de conditions d’éligibilité plus contraignantes à la Présidence de la République et l’adoption d’une loi sur le foncier rural en réservant la propriété aux nationaux. Qualifiées d’« ivoiritaires » par le camp Ouattara, lesdites lois avaient fait l’objet de vives critiques, dans une campagne de mobilisation sans précédent de la presse et l’opinion publique nationales et internationales.

Et pourtant, à l’occasion de rencontres de conciliation (forum pour la réconciliation nationale, rencontre des quatre grands leaders, table ronde de Linas Marcoussis), ces lois avaient fait l’objet d’une approbation quasi unanime. Le summum aura été la Table ronde de Linas Marcoussis qui, après s’être livrée à un diagnostic du système juridique ivoirien, a trouvé que les textes tant critiqués étaient soit de référence, soit ouvert et libéral, soit encore constituait un progrès significatif.

C’est pourquoi ces rencontres n’ont jamais préconisé l’abrogation des dites lois. Dans un souci d’apaisement, elles ont néanmoins dégagé des solutions consensuelles : sensibilisation pour une meilleure connaissance de la loi, identification des problèmes en vue de leur apporter des solutions, modifications législatives pour une reconnaissance de certains droits acquis, adoption de mesures visant à combler les lacunes législatives et correction des pratiques administratives.

Les recommandations récentes du PDCI semblent s’inscrire dans la logique de ces solutions, envisageables dans le contexte de personnes dont l’ignorance a conduit parfois à une non sollicitation de certains droits ou à suivre des procédures non légales pour exploiter la terre. De même, le séminaire gouvernemental du 25 juin 2012 n’innove pas. Si l’on s’en tient à son rapport final, il est demeuré dans les lieux communs, en préconisant par exemple « le positionnement du droit au cœur de la question foncière » ainsi que « la libération des terres illégalement occupées dans les forêts classées, parcs, réserves et aires protégées ».

La faiblesse principale de ces récentes propositions réside dans le fait qu’elles ne se semblent pas prendre en compte l’évolution fondamentale intervenue dans le domaine foncier, pourtant perçue par des députés lors de la récente « mission parlementaire à l’ouest ». Car le contexte et la nature des problèmes ayant changé, les solutions devraient s’adapter.

Des colons burkinabè ont envahi l’ouest

En effet, la question foncière rurale ne doit plus être envisagée dans les seuls termes d’immigrants ayant cultivé des portions de terre et qui ont des problèmes divers avec leurs hôtes propriétaires terriens. Un phénomène nouveau s’est introduit, consécutif à l’invasion de l’ouest de la Côte d’Ivoire par des colonies de peuplement et d’exploitation en provenance du Burkina Faso dans leur majorité. Des convois entiers de burkinabè s’y sont installés de force soit dans des forêts classées, soit dans des forêts et plantations appartenant à des populations autochtones à la suite d’exactions diverses, dont des assassinats.

Ces colons se sont installés au bénéfice de la rébellion dont ils ont été des acteurs et depuis l’installation de Ouattara au pouvoir. Leur occupation se conçoit comme une récompense pour service rendu à la rébellion qui a porté Ouattara au pouvoir, un tribut pour d’ex-combattants.

Ces colons sont armés au même titre que les populations étrangères installées dans la zone depuis longtemps. Ils sont en outre protégés par une armée de miliciens bien équipée et installée par la rébellion et qui continue de régner en seigneurs sous le commandement d’Amandè Ouérémi et de Issiaka Tiendrébéogo. Parmi eux, les dozos exploitent des parcelles de forêt où ils se rendent toujours avec leur fusil en bandoulière. Les FRCI (armée nationale sous le régime Ouattara) leur apportent tout l’appui nécessaire dans leur mission de sécurisation de l’ouest, en terrorisant les jeunes Wê, accusés de d’entretenir et de cacher des miliciens pro-Gbagbo. La  connivence entre les « seigneurs » burkinabè et le pouvoir actuel pour laisser l’ouest sous l’administration des envahisseurs ne fait l’ombre d’aucun doute.

L’installation des colons s’accompagne d’une consignation au village ou d’une contrainte à l’exil pour les populations autochtones. Pis, elles sont souvent assassinées pour faire place aux nouveaux arrivants. Commencée dès 2002, l’extermination méthodique des Wê, population autochtone, a connu des pics en 2005 avec le Massacre de petit Duekoué et Guitrozon et le 29 mars 2011 à Duekoué-carrefour où il a été dénombré près d’un millier de morts, dévoilant une politique bien pensée et exécutée froidement. Il y a des raisons de penser que ces faits sont constitutifs du crime  de génocide. Mais il n’y a pas que le peuple wê qui est victime de cette politique d’expropriation et d’extermination. La population baoulé installée dans la zone en subit les affres.

La question se complexifie davantage avec l’attribution de cartes nationales d’identité à ces nouveaux colons et anciens immigrants  ayant permis leur participation au  vote lors de la présidentielle de 2010. Le chiffre de trois millions est avancé. Et ceux qui n’en ont pas encore  revendiquent le précieux sésame comme le gage d’une appropriation durable ou définitive de la terre.

Ainsi, la triptyque Immigration-nationalité-foncier rural se trouve entremêlée sur un terreau électoral pour offrir un cocktail des plus explosifs.

Le séminaire gouvernemental ne préconise pas l’application de la loi foncière de 1998

Devant l’ampleur du phénomène, les analystes, les leaders politiques de l’ouest, tout comme des partis politiques comme le PDCI n’hésitent à exhiber la loi foncière de 1998 comme une solution. Votée à l’unanimité des partis représentés (FPI, PDCI, RDR) à l’hémicycle à l’époque après une tournée de consultation dans toutes les régions de Côte d’Ivoire, elle a été passée au tamis de la Table ronde de Linas Marcoussis qui n’a trouvé à redire que sur une seule disposition (l’article 26) qui a du reste été modifiée en 2004 dans le sens préconisé. Elle présente l’avantage de faire référence aux droits coutumiers pour fonder l’appropriation foncière originelle, tout en traçant un cadre juridique de libre disposition ultérieure.

Mais, elle risque de devenir inapplicable à l’ouest du fait de la politique génocidaire qui y a cours. Bientôt, il risque de ne plus avoir de wê susceptibles de revendiquer un quelconque droit coutumier du fait de  la disparition programmée de ce groupe.

Du reste, même si la non application de la loi foncière de 1998 a été un sujet de préoccupation pour les participants, le séminaire gouvernemental du 25 juin 2012 n’a pas recommandé formellement sa mise en œuvre. Aucun analyste sérieux de la situation politico-foncière ivoirienne ne peut prétendre qu’il s’agit d’un simple oubli, puisque des initiatives suscitées par le pouvoir agissent dans l’ombre pour faire accepter l’idée de son abrogation pure et simple et son remplacement par une autre.

Des questions connexes

Mais quoi qu’il en soit du sort futur de cette loi, elle n’avait pas vocation à résoudre certains problèmes connexes auxquels il faudrait cependant s’attaquer. Peut-on laisser longtemps prospérer cette population en armes à l’ouest de la Côte d’Ivoire sans que cette situation n’incite les populations des autres parties du territoire à en faire de même ? Pense-t-on au bouleversement démographique qui pourrait survenir à l’ouest du fait de la présence burkinabè que l’on veut imposer vaille que vaille à la Côte d'Ivoire, et à laquelle l’on veut attribuer non seulement les meilleurs terres de notre pays, mais aussi une citoyenneté ? Déjà, le jeu démocratique a été faussé lors de la présidentielle par  l’inscription illégale de millions de burkinabè sur la liste électorale, rétablissant du même coup, de manière ignoble le vote étranger. Qu’en sera-t-il demain lorsque le fait colonial burkinabè se sera consolidé ? Car, réaffirmons-le, il ne s’agit pas d’une immigration ordinaire qui a vocation à se laisser contrôler et qu’il faudrait chercher à régulariser. Quand va-t-on mettre fin au supplice des populations de l’ouest et à leur extermination ? Quelle action à l’encontre des génocidaires wê ?

En définitive, il ne faut pas être un démiurge pour noter l’importance des recommandations du bureau politique du PDCI. Marqueraient-elles le point de départ d’une rupture avec son allié de circonstance ? Pour autant, le PDCI va-t-il abandonner la langue de bois pour poser le vrai problème de la colonisation burkinabè rampante à l’ouest ? M. Kablan Ducan du PDCI et ministre des affaires étrangères peut-il solliciter une intervention internationale au Mali contre Ançar dine et autre MLNA et feindre d’ignorer l’occupation de l’ouest de son pays ? Le PDCI peut-il constater ce phénomène et continuer à participer à ce gouvernement sans se rendre complice de cette aventure coloniale d’un autre âge ? On n’imagine en effet difficilement que le parti de l’émancipation politique de la Côte d’Ivoire soit le fossoyeur de l’indépendance en bradant le pays pour quelques postes ministériels et quelques caisses de champagne.

 

Kouakou Edmond

Docteur en droit, Consultant 

samedi, 07 juillet 2012

LE COMMANDANT INVISIBLE RACONTE LA BATAILLE D'ABIDJAN


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Nouvel extrait du livre de Germain Séhoué

Au fil des jours et des lectures n°147 : Un livre explosif


Le « commandant invisible », Séméfia Sékou, est un des chefs de guerre utilisés pendant une décennie pour mener la guerre civile, organiser la partition de la Côte d’Ivoire puis faire tomber le régime ivoirien et enfin capturer le président Gbagbo. Repenti et reconnaissant tous les massacres perpétés pas ses hommes, il est aujourd’hui en prison. Il se déclare prêt à témoigner en faveur de Laurent Gbagbo devant la Cour Pénale internationale.

Le journaliste ivoirien Germain Séhoué a réussi à communiquer avec lui avec son téléphone portable et a mis en forme ces entretiens qui on été récemment publiés.

Nous avons sélectionné les quelques extraits qui suivent pour rappeler le rôle de la France dans le renversement du régime ivoirien  mais surtout pour souligner celui de l’ONU et de l’ONUCI sa force sur le terrain.

En effet si le « commandant invisible » dit vrai  l’ONU s’est totalement déconsidérée et son comportement honteux devrait mériter des sanctions exemplaires au plus haut niveau de l’organisation. D’autre part tout gouvernement français qui prétendrait  s’abriter derrière cette institution en déshérence pour justifier sa politique néocoloniale serait à passer sans hésitation par pertes et profits.

Pendant la crise postélectorale, la France et l'ONUCI ont joué un rôle majeur.

Selon le Commandant invisible, «C'est la Licorne qui nous a assez armés avec même des véhicules adaptés à la guerre et c'est l 'ONUCI qui nous transportait et nous positionnait stratégiquement sur toute la ville d'Abidjan ». Et de préciser: «L 'ONUCI a même infiltré plus de 700 de nos éléments dans son effectif afin que nous puissions circuler librement.» Et pour ce faire, l 'ONUCI a mis en congé 700 de ses casques bleus pour céder aux rebelles leurs places et leurs noms, pour le temps de la mission de faire partir Gbagbo. «Et nous utilisions les noms el les grades des soldats onusiens mis en congé payé, qui étaient rentrés en .famille pour quelque temps », révèle le sachant au téléphone. Pour lui, tout a été planifié et monté: la marche des femmes d’Abobo, l'étouffement des banques, les charniers brandis ici et là, la mort des Français à l'hôtel Novotel, celle de Philippe, l'ami de Gbagbo, à Yamoussoukro, « tous ces cas ont été des montages ».

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Bref retour sur le passé

Tout ce qui se  passe en ce moment contre le camp Gbagbo est planifié par les autorités françaises et le camp Alassane Dramane Ouattara, soutenu par les autorités onusiennes, certains chefs d’Etat  africains, amis jurés d'Alassane et de Dominique Ouattara, depuis 2005.

Pourquoi 2005 ?

2005, parce que le mandat constitutionnel de Laurent Gbagbo, en tant que Président de la République est fini cette ode là. Mais surtout 2005 parce que c'est l'année où, après le déploiement de l'Opération des Nations-unies en Côte d'Ivoire (ONUCI) autorisé le 27 février 2004 par la résolution 1528 du conseil de sécurité, l'ONU s'est sérieusement introduite dans le conflit ivoirien. La main française est toujours présente. Mais pour ne pas s'attirer des critiques et se voir accusée de responsable des conséquences d’un coup d'Etat qui devrait se faire en 2005, la France a posé au camp rebelle (groupe de Ouattara), un « alibi de défense ». Il s'agit d'organiser en faveur du Rassemblement des Républicains (RDR) un cafouillage électoral. C'est pourquoi le premier rôle du pouvoir français dans cette stratégie a été de faire pression sur le Président Laurent Gbagbo, sur son parti le FPI afin que soient organisées les élections présidentielles. Et le rôle de l'ONU était d'appuyer cette pression de sorte que les élections aient lieu sans le désarmement complet des ex-rebelles pro-Ouattara. C'est pourquoi et la France et l'ONU, pendant des années, ont stressé le Président Gbagbo et les dirigeants du FPI sur ce dossier. Mais pendant longtemps, le Front populaire ivoirien a résisté et l'organisation des présidentielles sans le désarmement a été reportée à maintes reprises. Plus tard, Beugré Mambé, alors président de la Commission électorale indépendante (Cei) devrait jouer sa partition: faire avancer le dossier électoral tout en mettant en œuvre le plan frauduleux conçu pour l'arrivée de Ouattara au pouvoir. 3000 cartes d'identité et d'électeurs ont été élaborées pour être distribuées à des Burkinabé, Maliens, Guinéens, pour le camp Ouattara.

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Plus loin, à propos de la bataille d’Abidjan

Lorsque les hostilités avaient véritablement commencé, où étaient-ils?

Sachez que jamais ni Soro, ni Dramane n'ont dormi à l'Hôtel Golf durant le temps qu'ils s'étaient regroupés là-bas. Je dis bien jamais. On faisait croire aux gens qu'ils y résidaient, mais jamais ils y ont passé une nuit. A part les sociétés françaises, ils résidaient au camp de l'ONUCI de la Riviera 3, chaque matin, ils venaient au Golf par hélico.

Combien d'éléments était composé le Commando visible pendant cette guerre de 2010-2011 ?

Nous  avions 5400 hommes sur le terrain. C'est notre clan qui fut majoritaire dans cette belligérance.

Comment opériez-vous à Abobo ?

Nous avions d'abord reçu de la Licorne tous les plans, tous les repères stratégiques d'Abidjan pour pouvoir venir envahir  la ville. Elle nous avait également fourni toutes les cartes des communes d'Abidjan où les coins et recoins sont bien identifiés. Au début, c'est par le train qu'on a fait entrer petit à petit nos éléments à Abidjan. Et nous sommes allés nous installer à Bois-Sec, un petit endroit du côté de N'Dotré, à Jobo, pour former un petit camp. Et lorsque nous avons reçu les armes que la France nous avait promises, nous avons commencé à passer à l'acte, en envahissant Abobo et faisant subir des atrocités à la population pour faire peur au pouvoir. C'est là qu'on a commencé sous les consignes et ordres de l'ONUCI. C'est l'ONUCI qui nous livrait les armes, les véhicules et les moyens de combats, tout.


Germain Séhoué. Sa page FACEBOOK.


Source: RESISTANCE COTE D'IVOIRE ISRAEL

jeudi, 05 juillet 2012

ALASSANE OUATTARA, «LE PRESIDENT DE L'ETRANGER»

 

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Il est toujours réjouissant de constater que des médias qui sont à mille lieues de nous au point de vue idéologique finissent par confirmer des informations que nous avons données par le passé. Pour une raison simple : leurs «validations» permettent de clore le débat sur les faits, surtout quand on sait que nos contradicteurs sont des spécialistes du «pas vu, pas pris» et des audacieux négateurs des évidences.

Nous ne boudons pas notre plaisir de voir l’hebdomadaire Jeune Afrique, dont Alassane Ouattara était jusqu’à une date récente un actionnaire minoritaire, qui l’a soutenu quand il était dans l’opposition et qui le soutient aujourd’hui, énoncer quelques vérités que nous répétons depuis longtemps à propos de l’ouest de la Côte d’Ivoire. Jugez-en par vousmêmes. «Fidèles à Laurent Gbagbo, les natifs de la région ont beaucoup perdu à la faveur de la crise postélectorale: nombre d’entre eux se sont vus chassés de leurs maisons et de leurs terres, à l’exemple des Oubis, expropriés au profit de nouveaux arrivants. L’installation des étrangers et des travailleurs agricoles originaires du Nord est appuyée par les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI, dont le commandement est assuré par Losseni Fofana, dit Loss, un ex-rebelle) et par les Dozos, ces chasseurs traditionnels d’Afrique de l’Ouest qui ont troqué leurs vieux fusils contre des kalachnikovs. Ces derniers seraient aujourd’hui 10 000, contre un petit millier avant la crise : ils règnent en seigneurs de la guerre et font payer un droit de protection aux nouveaux arrivants.

En ville, c’est la même chose. Les commerçants doivent verser leur obole. (…) Il y a aussi les miliciens burkinabè installés avec leurs hommes dans les forêts classées de l’Ouest. Parmi eux : Issiaka Tiendrébéogo et Amadé Ouérémi – lequel est soupçonné par HRW d’avoir joué un rôle dans les massacres de Duékoué, en mars 2011. (…) Surtout, reconnaît-on à Abidjan, ils entretiennent avec les FRCI un système d’activités illégales mais fort lucratives : trafic d’armes, exportation de cacao vers le Burkina Faso, exploitation aurifère forestière, et vente de terres.» Jeune Afrique publie également une infographie qui situe l’implantation de ces miliciens burkinabè sur le territoire ivoirien. Leurs noms se passent de tous commentaires : Sana Salifou, Issa Ouédraogo, Kouanda Lassané, etc…

Le constat est désormais indiscutable. Une opération concertée de colonisation armée des régions les plus convoitées de la Côte d’Ivoire est en cours. Qui dirige cette opération? Difficile de ne pas orienter les regards vers deux hommes : Alassane Ouattara et Blaise Compaoré. Premièrement, parce qu’ils en sont les bénéficiaires politiques. Ouattara profite des miliciens burkinabé pour effrayer voire pousser à l’exil les soutiens politiques de son adversaire embastillé à La Haye, le président Laurent Gbagbo. Quant à Compaoré, c’est son pays qui jouit depuis plusieurs années des filières d’évasion du cacao; il se débarrasse de son trop-plein démographique tout en élargissant son «espace vital» et ses territoires d’influence. En réalité, le président burkinabè est ici dans le même type de stratégie que le Rwandais Paul Kagame en République démocratique du Congo. Et l’Ouest ivoirien est dans la même position géopolitique que la région martyre du Kivu, comme nous l’avons déjà écrit dans ces colonnes. Il faut toutefois noter qu’Alassane Ouattara s’associe avec entrain à l’opération de colonisation de la Côte d’Ivoire, alors que Laurent-Désiré Kabila, arrivé au pouvoir avec l’aide des Rwandais et des «nouveaux prédateurs» occidentaux, s’est rebellé contre la «prise en main» de son pays. Et est mort en martyr national.

Face à cette incontestable réalité, face à ce danger qui pèse sur la Côte d’Ivoire, que font les consciences morales de la Nation? Rien ou presque. A la fois soucieux de préserver la présence de ses électeurs de plus en plus menacés sur les riches terres de l’Ouest et désireux de continuer à profiter des privilèges du pouvoir, le PDCI porte un regard névrotique sur cet enjeu – et les «Unes» du quotidien qui porte sa voix traduisent bien ce malaise. Complexés par les accusations de xénophobie, de nombreux intellectuels ont capitulé alors que la stature de certains objecteurs de conscience leur permet de s’exprimer clairement et sans haine sur ce qui n’est rien d’autre qu’une vaste stratégie de dépossession.

Une chose est sûre : par son action, Alassane Ouattara donne un caractère prophétique aux propos de campagne du président Laurent Gbagbo qui le qualifiait pendant la campagne en vue de la présidentielle de «candidat de l’étranger». Qu’on en juge. Sans l’aide de forces étrangères, jamais il n’aurait pris le pouvoir, concèdent aujourd’hui tous les analystes sérieux, quel que soit leur bord. Le premier cercle des militaires qui veillent sur sa vie est constitué de soldats burkinabè – comme nous l’a récemment confirmé, effaré, le collaborateur d’un chef d’Etat de la région. Les soudards qui règnent sur son «coffrefort» (l’Ouest minier et cacaoyers) sont burkinabè. Une bonne partie de sa stratégie de persécution de son opposition est fondée sur l’instrumentalisation de ses «relations» avec des chefs d’Etat étrangers. Toutes ses prétentions économiques s’appuient sur ses «relations» à l’étranger et sur un endettement massif qui, comme l’occupation des terres de l’Ouest, participe d’une logique de soumission voire «d’esclavagisation» durable de la Côte d’Ivoire.

Dès lors que l’on se débarrasse de toute complaisance et de notre tendance naturelle à la politique de l’autruche, l’on ne peut pas sérieusement accréditer la thèse généralement véhiculée selon laquelle l’invasion de la Côte d’Ivoire par des hordes armées non conventionnelles est le résultat d’une crise de l’ordre sécuritaire contre laquelle le pouvoir central se bat. De toute façon, cette thèse est absurde. La Côte d’Ivoire est un pays où la police et la gendarmerie ont été désarmées par le pouvoir central. La nature des armes dont sont dotées les milices ethniques qui prolifèrent de toutes parts est telle qu’il n’y a qu’un Etat qui peut les fournir. Le numéro de série de chaque arme permet de connaître sa provenance. Quand on connaît l’acharnement avec lequel le régime traque ses ennemis, prétendre que les ex Forces nouvelles, les Dozos et les Burkinabè de l’Ouest sont armés sans son consentement revient à prendre ses interlocuteurs pour des imbéciles.

Le 15 novembre 2000, avant la guerre donc, Laurent Gbagbo, nouvellement élu, disait : «Un jour viendra où, dans ce pays, il y aura deux camps. D’un côté celui dont le territoire et la Nation se confondent pour la défense de ce que nous sommes et de l’autre, celui pour lequel ni la Nation, ni le territoire, encore moins la République que nous tentons de bâtir n’a de sens, encore moins de valeur». Nous sommes en plein dedans. Ceux qui ne le savent pas sont sans intelligence. Ceux qui le savent et se taisent sont des lâches.


Théophile Kouamouo


Source: LE NOUVEAU COURRIER

mercredi, 04 juillet 2012

REPORTAGE TV5: LES BURKINABES OCCUPENT LES TERRES A L'OUEST DE LA COTE D'IVOIRE



Les Ivoiriens perdent leurs terres, avec la bénédiction d'Alassane Ouattara, de la coalition qui l'a installé au pouvoir (France, Etats-Unis, Cedeao, Onu), de certains autres ivoiriens et de la communauté internationale pourtant si prompte à décrier la violation des droits humains et toutes sortes d'abus sous d'autres cieux. Le cas ivoirien avec la dictature en place, le piétinement du droit et de la Constitution, les crimes et les spoliations tous azimuts, n'émeut personne.

Il faudra craindre avec le plus grand effroi et la pire angoisse tout retournement de situation. Une bombe terrifiante se met insidueusement mais très sûrement en place pour la Côte d'Ivoire et pour toute la sous-région ouest-africaine.

Que les voix les plus autorisées parlent maintenant ou se taisent à jamais.

 

Que DIEU bénisse la Côte d'Ivoire! 

dimanche, 20 mai 2012

SCANDALE DES DECHETS TOXIQUES - UN RAPPORT OFFICIEL ACCUSE UN (TRES) PROCHE DE OUATTARA

 

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Le ministre de l’Intégration africaine Adama Bictogo ira-t-il en prison dans les semaines qui viennent ? En tout cas, selon des sources généralement bien informées, un rapport judiciaire remis au procureur de la République, Simplice Koffi Kouadio, recommande d’engager des poursuites contre celui qui est également député d’Agboville. Pour des motifs particulièrement graves : «faux, usage de faux, détournement de fonds, recel et complicité». Les faits dont il est soupçonné, comme deux autres personnages, Koné Cheick Oumar et Claude Gohourou, sont en relation avec le dossier d’indemnisation de plus de 6000 victimes des déchets toxiques, défendus initialement par le cabinet londonien Leigh Day and Co. Des éléments de preuve accablants au sujet de ces détournements seraient disponibles depuis plusieurs semaines. Et mis en exergue dans le rapport qui se trouve désormais dans les mains du procureur de la République d’Abidjan.

La question qui se pose est la suivante : le régime Ouattara acceptera-t-il de «livrer» une de ses figures centrales, particulièrement proche de Ouattara et dépositaire des «secrets» de la «nébuleuse» secrète qui a alimenté «l’effort de guerre» depuis le 19 septembre 2002 ? En effet, Adama Bictogo a été très impliqué dans la contrebande de cacao de la zone rebelle, une contrebande qui passait par le Burkina Faso et le Togo, et bénéficiait de puissantes complicités en France. Bictogo est réputé proche en affaires de Loïc Folloroux, le fils de Dominique Ouattara, directeur Afrique de la sulfureuse firme Armajaro, qui s’est enrichi en spéculant sur les opportunités que la guerre offrait en matière de spéculation sur le marché international de la «fève brune». Après les dissensions qui sautent aux yeux entre Guillaume Soro et Hamed Bakayoko ou les Forces nouvelles et le PDCI, le régime Ouattara pourrait à nouveau être miné de l’intérieur.


 
Benjamin Silué


jeudi, 17 mai 2012

AFFAIRE «PLUS DE 700 MILLIONS FCFA SUR UN COMPTE DE LAURENT GBAGBO»: LE FAUX SCOOP DE JEUNE AFRIQUE

 

LAURENT ET SIMONE GBAGBO 2.jpg

 
Pour Jeune afrique - sous la plume d’André Silver Konan - la révélation de l’existence de « plus de 700 millions FCFA sur un compte bancaire de Laurent Gbagbo » devait être le scoop du siècle, car le Président Laurent Gbagbo a toujours montré son aversion pour les espèces sonnantes et trébuchantes. Autrement dit, l’argent à la différence d’Alassane Ouattara, n’a jamais été le moteur de son engagement politique. Seuls la Côte d’Ivoire, l’Afrique et le bien-être des populations et l’amélioration de leurs conditions de vie, l’ont toujours guidé en politique. Pendant ses dix ans au pouvoir, cela s’est toujours vérifié. Même lors de son transfèrement à la CPI, cette dernière après plusieurs mois de recherche, ne lui a trouvé aucun compte bancaire dans aucune banque européenne ou américaine, et dans aucun paradis fiscal.
 
Et voilà que Jeune Afrique nous apprend dans sa parution d’hier que « L’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo n’est pas aussi indigent que cela ». Et que « de source judiciaire, 741 071 364 francs CFA (soit environ 1,13 million d’euros) ont été découverts sur un compte bancaire ouvert à son nom à Abidjan ».

Pour des économistes au pouvoir, ayant fait leurs classes au FMI et à la BCEAO en tant que directeur général adjoint et gouverneur, cette révélation arrive bien tard. On aurait pu penser que le gouvernement Ouattara aurait pu le savoir dès les premiers jours de son installation. Mais arrivant un an plus tard, on se pose des questions, surtout que en plus d’être accusé d’être coauteur indirect de crimes de sang et de crimes contre l’humanité, Laurent Gbagbo est également accusé par Ouattara de crimes économiques.
 
Selon Jeune afrique, « Le compte bancaire de Laurent Gbagbo sur lequel ont été découverts les 741 071 364 francs CFA (1,13 million d’euros) est logé à la Société générale de banques en Côte d’Ivoire (SGBCI, filiale de la Société générale en France) ».
 
Il aurait été ouvert fin octobre 2000 par les services de la direction administrative et financière de la présidence ivoirienne, juste après la prestation de serment de Laurent Gbagbo à la présidence de la République.
 
Toujours selon notre confrère panafricain, « Ce compte a été régulièrement approvisionné à partir de juillet 2002, quand Gbagbo a signé un décret déterminant les conditions matérielles et financières d’exercice des fonctions de président de la République. Ce décret, daté du 17 juillet, fixait le salaire du président de la République à 9 584 580 FCA (14 632 euros). Une somme qui a été dès lors régulièrement versée sur le compte de la SGBCI. Le compte devrait contenir plus d’un milliard de francs CFA si des transferts de fonds vers d’autres comptes n’ont pas été effectués entre-temps ».
 
Comme on le voit, c’est bien le salaire de Laurent Gbagbo, qu’il avait fixé publiquement à 9 584 580 FCA (14 632 euros), qui a transité sur ce compte. Et selon un proche de Laurent Gbagbo joint par IvoireBusiness sous couvert d’anonymat, le Président Gbagbo, via ses avocats, a tenu informée la CPI de l’existence d’un tel compte bancaire.
 
Mais ce compte bancaire est gelé par la justice ivoirienne qui le poursuit par ailleurs pour crimes économiques. Ce qui fait qu’il bénéficie de l'aide judiciaire de la CPI.
 
En effet, ses frais judiciaires s’élèvent à 900 millions de francs CFA (1,3 million d’euros, NDLR). C’est dire que même si les 741 071 364 francs CFA (1,13 million d’euros) logés à la Société générale lui étaient restitués, Laurent Gbagbo ne pourrait toujours pas faire face à ses frais de justice.
 
Le Scoop du « siècle » de Jeune afrique tendant à discréditer Laurent Gbagbo en le faisant passer pour un détourneur de deniers publics, est donc un faux scoop. Il campe juste dans le sensationnel et dans l’émotionnel. Et rappelle étrangement les soit disant 50 millions de FCFA attribués à Thomas Sankara et découverts par Blaise Compaoré dans son palais, lors de son coup d’Etat.
 
Tout le monde avait compris que le beau Blaise voulait justifier l’assassinat de son ami en le faisant passer pour un vulgaire voleur.
 
Il n’a jamais réussi à le faire car le prestige de Thomas Sankara est toujours aussi haut dans les esprits de millions d’africains.
 
Il en est de même pour le Président Laurent Gbagbo, dont l'intégrité et la probité morales sont restées intactes.
 
 
 
Christian Vabé



mercredi, 09 mai 2012

UNE AUTRE AFRIQUE EST POSSIBLE!

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Et maintenant ? Passée l'illusion lyrique du soir de la victoire, il devient urgent de réévaluer l'impact de l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement de gauche à Paris sur les relations internationales, particulièrement africaines. Même si l’Afrique, et singulièrement la Cote d'ivoire, n'a pas été citée durant la campagne et durant les débats entre les deux principaux candidats.

Trois écueils me semblent à éviter: celui d'une évaluation de la situation franco-africaine en soi - alors que la politique étrangère est toute d’interdépendance. Celui d'un optimisme excessif - quand l'histoire d'une persistance de la Françafrique à travers les régimes pourrait désespérer les adeptes de l'incantation du changement, maintenant et partout ! Mais aussi celui d'un afropessimisme exagéré, car rien ne sera pire que la présidence précédente, et que de nouveaux acteurs peuvent forcer le destin de l'Afrique.

UNE NOUVELLE POLITIQUE ETRANGERE FRANÇAISE ...

Moins atlantiste, plus progressiste ? Plus européenne, moins africaine ? Plus démocrate, moins françafricaine ? Sans doute, mais encore ?

Un premier constat : celui d'un désengagement progressif, lent et chaotique de l'Afrique - au profit des intérêts européens, d'autant qu'un François Hollande, contrairement à Ségolène Royal n'a pas de passé ni de tropisme africain - non plus que de passif ou de volonté interventionniste, comme son prédécesseur. Et ce désengagement peut être une chance.

En effet, le désengagement en question s'inscrit en principe dans une opposition au courant « néoconservateur » et interventionniste, tant américain que français, qui prétend imposer « la démocratie par les bombes », si ce n'est procéder à des « guerres humanitaires » - en Irak, en Libye, en Côte d'Ivoire, et peut être bientôt en Iran.

Mais que ce soit sur le plan militaire, économique (par exemple la suppression du franc CFA), la diplomatie d'un pays européen se réoriente lentement : le retrait d'Afghanistan, le renouveau d'une relation équilibrée entre Israël et le monde arabe, la redéfinition d'une politique envers les pays du Sud prennent du temps, des années sans doute.

De la retenue, de la neutralité, voire du retrait: voilà ce qu'on peut raisonnablement espérer, sans trop d'illusion, d'un pouvoir socialiste à Paris. Ce que Jospin avait maladroitement baptisé « ni ingérence, ni indifférence », et qui lui avait permis, à la chute de Bédié, de s'opposer à Jacques Chirac – alors que ce dernier aurait voulu - déjà !, faire intervenir pour le pire le 43ème BIMA. Ce qui n'est pas rien. Qui ne voit ce qu'un retrait ou une neutralisation de la Force Licorne permettrait comme évolution à Abidjan ?

... OU UNE FRANÇAFRIQUE REPEINTE EN ROSE ?

Pour autant, l’expérience mitterandienne rappelle, hélas, qu'attendre des socialistes un bouleversement dans les rapports avec l'Afrique participe plus des promesses électorales que des réalités. En 1984, trois ans après la prise de pouvoir de la gauche, l'africaniste Bayard dénonçait « la politique africaine de François Mitterrand » : pour le « noyau dur » francophone africain, les réseaux « à la Foccard » et les liens de sujétion s’étaient maintenus.

Les affaires continuent, certes - et sous Laurent Gbagbo les intérêts des grands groupes français comme Bouygues et Bolloré ont été maintenus, et les structures de dépendance persistent, ou au mieux évoluent lentement. C'est aussi qu'ils sont portés par des hommes : des liaisons sulfureuses existent autour de Hollande;ainsi l'avocat Jean Pierre Mignard et ses fructueux contacts africains ; ou Maître Jean-Paul Benoît, défenseur de Ouattara. La « commission Afrique » du PS est tenue par la droite du Parti, notamment un certain Melonio, employé de son état à l' « Agence française de développement », grande institution progressiste comme on le sait... L'ancien premier ministre Laurent Fabius (ami personnel d'ADO autant que Strauss Kahn) s'il était nommé aux Affaires étrangères terminerait de dresser un tableau très sombre des dérives potentielles des socialistes à venir.

Car nous ne nous y trompons pas : au delà des anecdotes et des individus, c'est une dérive constante, à certains moments de notre histoire, des socialistes les plus droitiers vers le néocolonialisme, voire la répression armée. Le nom de Guy Mollet est attaché à cette politique paradoxale, qui peut tenir un discours progressiste, voire marxisant, et mener une répression féroce comme ce dernier l'a fait en Algérie.

Déjà Laurent Fabius n'a t-il pas fait un voyage exploratoire au Gabon ? Est ce par hasard - et je parle d’expérience, jusqu’à en prendre congé ! - que la « commission Afrique » du PS se refuse à nommer dictature une dictature et à faire une analyse politique des régimes francophones africains ?

DES ALLIANCES TRANSNATIONALES POUR LE CHANGEMENT

Alors, que faire ? Quoi d’autre que de combattre ces forces de l'ombre et de passer des alliances, définition même du politique. Partant des recherches novatrices de Marc Augé, anthropologue des alladian ivoiriens, j'ai proposé une « politologie des mondes contemporains » qui replace les enjeux nationaux ou de relations internationales dans un aller et retour constant entre l'ici et le là bas, entre l'Afrique et l’Europe, la Côte d'Ivoire et la France pour l'exemple.

Oui, il y a des internationalistes et des démocrates français opposés aux réseaux Foccard et à un retour impérial dans la terreur et les massacres, au Sud du Sahara, - comme en avril 2011 à Abidjan, mais aussi dans les 47 interventions armées françaises depuis 1960, sous des prétextes divers et variés !

Non, François Hollande ne sera pas seul à décider : lui aussi, dans la perspective des législatives, doit passer des alliances et prendre des engagements : avec la gauche du PS comme Benoît Hamon. Avec le Front de gauche et Jean-Luc Melenchon, qui ont soutenu la résistance ivoirienne, appelé à la libération des déportés politiques des geôles nordistes et à la dissolution des milices tribales FRCI, condamné l'intervention de la Licorne et de l'ONUCI et l'arrestation par les Forces spéciales françaises du président Laurent Gbagbo.

Et tout cela, après un an, va sortir dans les grands médias français, et devant l'opinion publique africaine : cette vérité politique que l'on nous a trop caché va être révélée - maintenant que les dossiers vont être découverts par le nouveau pouvoir et que l'ancien président ne sera plus là pour travestir les réalités de la guerre franco-ivoirienne.

Quant au pouvoir ivoirien, ce n'est pas par hasard si son éminent représentant nomadise entre hôpital et résidence, entre Mougins et Paris, entre XVIème arrondissement et Élysée. Cette fébrilité n'indique pas seulement une panique certaine devant l’alternance à Paris, ne signifie pas seulement que sa sécurité est plus assurée dans la capitale française que parmi ses compatriotes abidjannais, ni que ses affinités sont plus occidentales qu’africaines.

Car on peut caractériser la relation sarko-outtariste comme un pouvoir hybride, transcontinental, un pouvoir double. Non pas « en double », comme aiment le dire les africains se référant à la sorcellerie (quoique à décrypter les massacres d'avril, on se demande de quel exorcisme relèvent leurs auteurs - faute de justice), mais duel, caractérisé par « l'assimilation réciproque des élites », pour repolitiser une formule politologique à succès.

C'est une des premières choses que la gauche doit faire cesser : un général français à la présidence ivoirienne, un Serey Eiffel grand maître de la coopération, une force Licorne en pleine régression coloniale. Tout cela est aussi dangereux qu'anachronique et devra s’arrêter au plus vite.

Au delà, les démocrates africains et occidentaux demanderont des comptes au pouvoir socialiste pour que soient retirés au plus vite les corps expéditionnaires franco-onusiens, que soient jugés les crimes de guerre de quelque bord ou nationalité qu'en soient leurs auteurs.

Que les élections ne soient plus sous tutelle et la « continuation de la guerre par d'autres moyens » - et que des négociations s'engagent sérieusement avec l'opposition, le retour de Laurent Gbagbo et des formes d'union nationale que les intéressés définiront eux mêmes. Que les fauteurs de guerre, comme l'actuel responsable du Burkina, soient arrêtés dans leur déstabilisation de l'Afrique de l'Ouest - si son propre peuple ne se charge pas de l'alternance à Ouagadougou.

En Mai 1981, nous nous souvenons que François Mitterrand n'avait qu'un mot à dire pour encourager les oppositions démocratiques et que tombent les partis uniques et les dictatures africaines : il ne l'a pas dit, et tout a continué.

En Mai 2012, François Hollande n'a qu'un mot à dire, et il n'est pas sûr qu'il le dise. Et ce n'est pas grave : c'est nous tous qui le dirons, au nom des révolutions africaines encore à venir.

 

Michel Galy

 

Lu sur RESISTANCE COTE D'IVOIRE ISRAEL

 

Source: Le blog de Delugio

dimanche, 06 mai 2012

CHARLES ONANA: «LA PLACE DE COMPAORE EST AVEC CHARLES TAYLOR A LA CPI»

 

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Le journaliste d’investigation franco-camerounais, auteur de ce qui est en passe d’être un best-seller «Côte d’Ivoire, le coup d’Etat», Charles Onana, continue d’expliquer à travers les grandes capitales européennes et africaines, les  motivations réelles de l’acharnement de la France et ses «suppôts» africains contre le président Gbagbo. Et qui a conduit à une longue crise de dix ans, s’étant achevé avec l’arrestation de ce dernier. C’est devant de nombreux Ivoiriens et africains de Bruxelles que le journaliste d’investigation a fait des révélations. Selon lui, le président Laurent Gbagbo a été un vrai héros qui avait en face de lui une pléiade d’ennemis masqués et/ou à visages découvert. «Le président Gbagbo a été héroïque. Je ne sais pas comment il a pu tenir face à ce qui lui est arrivé pendant toutes ces années. Je mettrais au défi les dirigeants africains actuels de vivre le quart de ce que le président Gbagbo a vécu. Je crois que la plupart auraient vendu l’intégralité de leurs pays», a fait savoir le journaliste. Il va falloir que les Africains assument leurs responsabilités, interpelle-t-il, tout en prédisant que «tous ceux qui ont laissé faire ce qui est arrivé en Côte d'Ivoire vont le payer cher, parce qu'on a légalisé les rébellions». 

Expliquant l’acharnement des pouvoirs français contre le président Laurent Gbagbo, Onana dira qu’ils l’ont considéré comme quelqu’un qui n’était pas digne d’être président de la République de Côte d’Ivoire, puisqu’il échappait vraisemblablement au contrôle des différents réseaux français  «Contrairement à ses prédécesseurs, le président Gbagbo n'a jamais remis la liste de ses ministres pour appréciation ou validation à l'Elysée ou au Quai d'Orsay. Gbagbo n'est pas arrivé au pouvoir grâce aux réseaux français. Il ne pouvait donc pas être validé parce qu'il échappait à leur contrôle. Ils ont considéré Gbagbo comme indigne de gouverner la Côte d'Ivoire», explique le conférencier. 

Sur les agissements du président Blaise Compaoré dans la crise ivoirienne, le journaliste franco-camerounais n’est guère surpris. Puisque selon lui, malgré la signature de l’accord de Ouaga sous son auspice, Blaise Compaoré avait un agenda secret qui n’était autre que de faire tomber Gbagbo. «Blaise Compaoré a fait semblant d’être partisan de la paix, alors qu’il était un farouche opposant, déterminé à faire renverser le président Laurent Gbagbo», explique-t-il. Sur les relations de ce dernier avec l’ex-président libérien, Charles Taylor, le conférencier le dit tout net : «Blaise Compaoré devrait être à la CPI avec Charles Taylor». «Blaise Compaoré a travaillé avec M. Taylor. Il a participé à une série de choses plus ou moins litigieuses, douteuses, en matière de (trafic) diamants, de transport d’armes et de minutions. Et qui ont servi dans les guerres en Sierra-Leone et au Libéria. Je ne comprends pas pourquoi ce monsieur Blaise – Compaoré, ndlr – n’est pas aux côtés de Charles Taylor à la Cpi», détaille Charles Onana. 

Parvenu au pouvoir depuis le 11 avril 2011, fait savoir Charles Onana, Alassane Ouattara est devenu le fossoyeur de l’héritage d’Houphouët-Boigny dont il se réclame curieusement. Il met à nu l’incapacité de Ouattara à diriger la Côte d’Ivoire et pense que la France a déjà envisagé que Soro remplace Ouattara. C’est pourquoi, explique-t-il, avec le soutien et la caution de Paris, Soro a occupé la Primature, puis aujourd’hui la présidence de l’Assemblée nationale et la France a aussi pu faire éviter son transfèrement à la Cpi. 


Frank Toti


Source: LE NOUVEAU COURRIER

mardi, 17 avril 2012

COPE ET L'UMP CAUTIONNENT-ILS LES APPELS AU MEURTRE DU RDR AVEC QUI ILS PACTISENT?

 

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L'UMP, parti de Nicolas Sarkozy, actuellement dirigé par Jean-François Copé a signé samedi 14 avril à Paris un accord de partenariat avec le Rassemblement des républicains (RDR) d'Alassane Ouattara. Cette signature est intervenue dans le cadre d'une manifestation intitulée "La France avec les printemps africains", en présence de divers représentants et personnalités, comme Mahmoud Saleh, représentant le nouveau président sénégalais Macky Sall, les anciens Premiers ministres guinéens Cellou Dallein Diallo, Sydia Touré et Lansana Kouyaté ...

De quels printemps africains est-il question ici? Du coup d'État, certes printanier, réalisé en Côte d'Ivoire par la France afin d'y installer le futur président de la Cédéao Ouattara le 11 avril 2011 ? Des réélections dans des fauteuils (parfois presque roulants) de toutes les vieilles barbes de la Françafrique à part Wade (Déby, Compaoré, Sassou)? Du récent coup d'État au Mali ? De celui, encore plus récent, en Guinée Bissau?

Les printemps africains, c'est-quoi-c'est-où-c'est-quand-c'est comment (comment)?

Comment le président Guinéen Alpha Condé (tenu pour un chanteur de reggae par Alexandre Adler) doit-il interpréter l'invitation faite à son principal opposant Dallein Diallo?

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Jean-François Copé, l'homme qui ignorait le sens de l'expression "conflit d'intérêts", a paraphé cet accord "de coopération et d'amitié" avec son homologue ivoirien, Amadou Soumahoro et déclaré "Les putschs militaires n'ont plus d'avenir" Au lendemain de la Guinée Bissau et quelques mois seulement après la tentative par balles sur le palais du même Alpha Condé à Conakry, la formule n'était-elle pas superfétatoire ? Au regard du rôle, une fois encore, pénible attribué à la France dans la crise malienne, était-il judicieux d'assurer : "L'échec très rapide du putsch lamentable au Mali ne fait que renforcer ma conviction. Ce type d'opération est condamné par avance" ? Pour JFC, "la nouvelle politique africaine de la France, c'est Nicolas Sarkozy qui la conduit" alors que "la Françafrique, celle de 'Papa m'a dit', c'est celle du PS et de son candidat", François Hollande. Amen.

Il est un point sur lequel aucun journaliste présent n'a manifestement songé à questionner l'ami Copé, ce sont les propos, les menaces même, proférées régulièrement, et encore il y a quelques jours par M.Soumahoro à l'encontre du parti de Laurent Gbagbo : « Désormais, nous allons demander à nos militants de se mettre en ordre de bataille pour mater tous les militants du Fpi qui s’attaqueront au Président Alassane (Dramane Ouattara). Nous n’allons plus accepter les arrogances du Fpi. Oui, nous allons les mater. Ils oublient que tous ceux qui se sont attaqués à Alassane se trouvent au cimetière. »

Lorsque la polémique éclatera, Soumahoro reculera en prétextant avoir en fait voulu parler de "cimetière politique". Avant de se lancer dans une nouvelle furieuse diatribe contre les journalistes cette fois... À une semaine du premier tour de la présidentielle française, quoi de plus rassurant : le Secrétaire général de l'UMP signe un partenariat avec un homme qui menace de mort les opposants politiques et se moque du tiers comme du quart de la liberté de la presse ! 

Photo - dr   Texte - J.O.


PS : On murmure aussi ici et là que cette manifestation n'aurait en fait eu pour fonction que de contrer médiatiquement le Congrès du Mouvement des Africains de France, initié par Calixthe Beyala le même jour... cela expliquerait peut-être l'étonnante présence au milieu des Ouattaristes d'un ancien très bien vu sous Gbagbo, l'actuel Délégué interministériel à l'égalité des chances pour les Français de l'Outre-mer, Claudy Siar...


Source: LE GRI-GRI INTERNATIONAL

lundi, 16 avril 2012

AFRIQUE - MALI: LA CONSPIRATION SE POURSUIT

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Richard (Attias) coeur d'or noir au secours de l'Afrique

 

Dans un récent article que l'on croirait tout droit sorti de la plume du puissant ex-mari de sa femme actuelle, Cécilia, l'homme d'affaires Richard Attias – publiciste et organisateur, entre autres, du “forum économique de Davos” depuis 1994 : c'est tout dire…–, nous brosse le portrait idyllique d'une Afrique à l'en croire bien près d'atteindre son PMP – Point de Maturité Politique – à l'aune des critères de la jet set des maîtres du monde. A l'origine de ce satisfecit : le succès de l'arbitrage mené par la CEDEAO, ayant abouti au désistement du capitaine Sanogo en faveur du président de l'assemblée nationale Dioncounda Traoré, dont le retour providentiel avait été curieusement “prophétisé” par le ministre français de la coopération Henri de Raincourt, lors d'une interview dans le cadre de l'émission “internationales” de TV5monde-Rfi-Le Monde, le dimanche 25 mars 2012.

Commençant par une allusion émue au pauvre “Amadou Toumani Touré (ATT), qui était pourtant un exemple démocratique dans la région” – alors que, ce n'est un secret pour personne, les gouvernants français n'avaient pardonné à ce dernier ni ses sympathies pour le Président Gbagbo et sa modération lors de la crise ivoirienne, ni son refus d'installer une base militaire française à Sévaré –, Monsieur Richard Attias feint de s'émerveiller devant la “médiation ferme et efficace qui a permis, pour la première fois en Afrique, de faire plier (par le dialogue et des menaces de mesures de rétorsion), la junte qui avait pris le pouvoir à Bamako”, avant d'évoquer en termes judicieusement réprobateurs – sur l'air de “vous voyez, je n'ai rien à voir avec ces gens-là”– “le silence assourdissant du ministère des affaires étrangères français” à l'occasion de cette crise.

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Cecilia Sarkozy et Richard Attias

Il fait ainsi mine de croire à la fois que la France n'a rien à voir avec les bouleversements subis par le Mali, et que les initiatives de la CEDEAO échappent au contrôle de la France. Une France, pourtant, – la “leur”, celle des copains fortunés de son actuel Président, celle de BHL et de Monsieur Attias – dont nul n'ignore qu'au travers de son ignoble guerre du pétrole en Lybie, elle a sciemment et puissamment contribué à armer la rébellion touareg, et, par delà, les extrémistes musulmans d'Aqmi; une CEDEAO plus que jamais soumise aux “diktats” de l'Élysée, depuis qu'elle s'est vu imposer pour président un sous-préfet “ivoirien” qui est aujourd'hui à Nicolas Sarkozy ce que Philippe Pétain était au chancelier du Reich...

Monsieur Attias fait également mine de croire que le premier enjeu de la crise malienne résidait dans le coup d'État d'une “junte” dont il s'avère aujourd'hui qu'elle n'était qu'un leurre destiné à servir les intérêts stratégiques de la rébellion nordiste, en éliminant tout risque d'un éventuel échec dans sa prise de contrôle de la moitié du pays (régions pétrolifères incluses). En effet, tout le monde l'a compris, les pressions exercées par la France – par CEDEAO interposée – n'ont fait que porter le coup de grâce à toute velléité de résistance nationale à l'irruption d'une catastrophe annoncée, non seulement prévisible, mais ardemment souhaitée par les vautours que l'on sait.

Fidèle à la rhétorique du vœu pieu, – sédatif de prédilection d'une opinion internationale sous influence –, Monsieur Attias ne manque pas de nous servir l'impeccable couplet soulignant la nécessité de “restaurer la souveraineté nationale dans le nord du pays”, préoccupation soi-disant partagée par l'Europe et les États-Unis, deux entités prédatrices qui, de fait, unissent et multiplient actuellement leurs efforts pour accélérer le démantèlement par étapes de tous les états africains.

Tout cela ne serait évidemment rien si Monsieur Attias avait oublié de prononcer le mot magique : la “menace” liée à l'émergence d'Aqmi. Comme si les quelques otages occidentaux – évoqués à point nommé par ce chantre de la Cause confraternelle – pesaient plus lourd que les 100 000 morts de la récente tuerie occidentale en Libye, les 20 000 morts de la rébellion dirigée depuis plus de dix ans par le burkinabé Ouattara contre l'intégrité et la souveraineté de la Côte d'Ivoire, et les d'ores et déjà innombrables viols et assassinats objectivement commandités par les autorités Françaises – ces grandes pourvoyeuses de violence guerrière – au Nord-Mali, sans parler des millions de morts d'Irak et d'Afghanistan.

Mais Monsieur Richard Attias ne s'en tient pas là. En comparant la “crise politique” malienne, née du renversement d'ATT par le capitaine Sanogo, et celle selon lui “imposée” à la Côte d'Ivoire par SEM le Président Gbagbo, Monsieur Attias réussit un double tour de force :

- mettre sur le même plan l'incontestable légitimité d'un président élu et officiellement reconnu par la plus haute juridiction d'un État souverain – confronté aux menées d'un putschiste soutenu par une “communauté internationale” prise en otage par la France et les États-Unis –, et l'anti-constitutionnalité foncière du coup d'État de Bamako;

- noyer au passage l'énorme poisson des criantes similitudes entre la rébellion Ouattaro-sorienne et la rébellion touarego-aqmienne, la seconde inscrivant son programme de déstabilisation, de purification ethnique et de destruction “sur commande” dans le sillage de la première.

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Nicolas Sarkozy et Richard Attias

Et que dire du vibrant plaidoyer auquel se livre Monsieur Attias en faveur d'une plus grande implication de l'Europe et des États-Unis dans la lutte des Africains contre le “terrorisme” – un terrorisme dont chacun sait que toutes les ficelles de démagogie manipulatrice sont depuis longtemps déjà tirées depuis Paris, Londres ou Washington, trois capitales d'un Empire qui fonde sa stratégie de prise de contrôle planétaire sur l'utilisation parfaitement cynique de ce commode épouvantail – ? Nul doute que des millions d'Africains sauront retrouver, dans ce “morceau de bravoure” d'hypocrite ironie, l'écho de leur pire cauchemar : celui de l'assassin protecteur, paternaliste en diable et humanitaire à souhait, dégoulinant de compassion feinte pour les quelques rescapés d'entre la masse anonyme de ses victimes.

En formulant le souhait que les États-Unis et l'Europe – entendez la France, exécutrice des basses besognes de l'Empire dans cette région du monde – “s'associent à la démarche” d'une Afrique “officielle”– désormais capable d'après lui “de se réunir pour faire face à des enjeux globaux”, Monsieur Attias demande en somme aux colonisateurs esclavagistes d'avant-hier, mués entre hier et aujourd'hui en tueurs et montreurs de sanglantes marionnettes – ces chefs d'état à la solde des maîtres, grassement rétribués en pourcentage sur les richesses volées à leurs propres peuples –, d'accroître la pression sur les Africains jusqu'à leur voler leur âme, celle au fond de laquelle résonne cette vérité fort simple : la première des menaces – bien réelle celle-là – à laquelle doivent faire face les peuples d'Afrique – une Afrique méthodiquement mise à sac par les mêmes prédateurs, et cela sans interruption depuis trois siècles et demi –, c'est précisément celle que font peser sur son avenir et sa simple survie ces “parrains” occidentaux prêts à tout pour entraîner dans la spirale infernale de leurs conquêtes mortifères des populations entières scientifiquement condamnées à disparaître.

Heureusement, et nous ne pouvons que l'en remercier, Monsieur Attias contribue à trahir les projets inavouables de ses frères de pouvoir. Au moment où il évoque “l’émergence d’Aqmi" et "ses liens avec les indépendantistes Touaregs”, Monsieur Attias lève un pan du voile sur ce qui aurait dû rester secret : contrairement à la version relayée par les médias des marchands d'armes – celle d'une rébellion Touareg malencontreusement débordée par les extrémistes d'Al-Qaïda –, nous apprenons par sa plume que les deux ne forment qu'un seul et même “ennemi” : celui précisément dont la France a tout fait, depuis un an, pour favoriser la victoire, avant que ne vienne le moment de le brandir dans sa version “croque-mitaine-prêt-à-dévorer-nos-démocraties”.

Sous les dehors irréprochables d'un discours lénifiant, Monsieur Attias cache mal son jeu de représentant de commerce des terroristes en col blanc d'un Occident pillard assoiffé d'or noir ou jaune, de café et de cacao, de bois précieux et de métaux rares, comme du sang de tous ceux qui s'opposent à la réalisation de ses projets de domination sans partage de l'Afrique, cet immense coffre-fort de ressources naturelles. Souffrez, Monsieur Attias, que de cet “accompagnement” évoqué dans le titre de votre article, une immense majorité d'Africains, dès longtemps abreuvés des crimes de vos pairs, ne veuillent surtout pas. Car si l'effroyable cortège d'exactions, de mensonges, et les fleuves de sang qui ont précédé le début de cette ère nouvelle appelée de vos vœux caractérisent pour vous le temps de l'“absence” des occidentaux de la scène africaine, que pourrait représenter pour l'Afrique l'avènement d'un tel accompagnement, sinon la garantie à terme de son anéantissement pur et simple ?

Mais rassurez-vous : L'Afrique ne pourra plus longtemps faire l'économie d'une confrontation ouverte avec ses maîtres d'hier, grands sorciers d'aujourd'hui. L'Afrique ne se relèvera qu'au prix d'une union sans retour, passant par l'expulsion des chasseurs de sa chair; l'Afrique debout, c'est celle qui sera parvenue à interdire jusqu'au dernier d'entre ces arrogants l'accès à ses terres sacrées, terres depuis trop longtemps profanées, violées et piétinées. Alors, les cœurs de ses milliers de peuples et de langues battront à l'unisson de ses inépuisables ressources, sous le signe désormais inaltérable des promesses de DIEU pour elle.



Eliahou Abel


Jérusalem, le 15 avril 2012, 23 Nissan 5772.


Source: RESISTANCE COTE D'IVOIRE ISRAEL

samedi, 07 avril 2012

MALI: CHRONIQUE D'UNE RECOLONISATION PROGRAMMEE


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Le touareg Mossa Ag Attaher, porte-parole du MNLA

 

« Que les chèvres se battent entre elles dans l'enclos est préférable à l'intermédiation de l'hyène ». Proverbe bamanan.

 

1. Le Mali dans l'ordre cynique du monde

Mis en lumière par l'amputation des deux tiers de son territoire, le coup d'Etat du 22 mars 2012 et l'embargo total de la CEDEAO, l'extrême vulnérabilité du Mali tient d'abord à la trahison des élites. Elles se voilent la face, réfutent tout débat de fond sur les enjeux de la mondialisation capitaliste. Désormais, tout est clair : la recolonisation du pays à travers les politiques néolibérales entre dans une nouvelle phase qui obéit au schéma libyen avec l'intervention directe de l'OTAN en moins.

L'impérialisme collectif avait besoin d'exploiter, comme à Benghazi, les rancœurs et les rancunes d'une partie de la population qui a le sentiment d'être marginalisée. La rébellion touareg faisait parfaitement l'affaire. La revendication des deux tiers du territoire malien par le Mouvement National de Libération de l'Azawad (MNLA) vient d'être satisfaite avec la complicité de la « communauté internationale ».
L'os malien étant bien moins dur à briser que l'os libyen, il suffisait de mettre à profit l'état de déliquescence de l'armée nationale et de fermer les yeux sur la progression des assaillants lourdement équipés d'armes sophistiquées en provenance des arsenaux libyens pour que le tour soit joué.

Tout cela s'est passé rapidement, entre le 17 janvier 2012 et le 04 avril 2012. Les puissants membres de la « communauté internationale » n'ont donc pas eu à se salir les mains. Ils pensent avoir l'honneur sauf pour avoir fait des déclarations de principes sur l'inviolabilité de l'intégrité territoriale du Mali. Or, c'est lorsque les rebelles du MNLA ont déclaré qu'ils ont atteint leurs objectifs que les Etats-Unis d'Amérique leur ont demandé de « cesser » les opérations militaires.

Les enjeux énergétiques, sécuritaires, migratoires et idéologiques de la guerre globale trouvent leurs expressions dans cette recolonisation que les dirigeants politiques maliens n'ont pas vu venir et que certains d'entre eux refusent toujours d'admettre. La France espère obtenir de la future République laïque et démocratique de l'Azawad ce que le Président malien Amadou Toumani Touré (ATT) n'a pas su ou voulu lui accorder : la base de Tessalit hautement stratégique au plan économique et militaire ; de la fermeté dans la lutte contre l'émigration « clandestine » et Al Qaeda au Maghreb (AQMI).

Plus ou moins indifférente au sort du peuple malien face à la double agression de la rébellion et de la CEDEAO, l'opinion publique occidentale est ébranlée après avoir appris la participation de Ançar dine et de AQMI à cette recolonisation du Mali.

2. La violence de la CEDEAO contre le peuple martyr du Mali

Ebranlés et meurtris à l'idée d'être un peuple sans Etat et sans armée digne de ce nom face à des combattants lourdement armés, faisant tomber les villes les unes après les autres, les Maliennes et les Maliens subissent à présent le traitement de choc de l'embargo total de la part de la Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO).

C'est lors du Sommet extraordinaire du 27 Mars 2012 à Abidjan (Côte d'Ivoire) que l'organisation sous-régionale a pris la décision d'envoyer à Bamako une délégation de très haut niveau pour demander au Capitaine Amadou Haya Sanogo qui a pris le pouvoir 22 Mars 2012 de restaurer, le plus rapidement possible, l'ordre constitutionnel. Elle a du rebrousser chemin face à la mobilisation des victimes de la démocratie formelle et corrompue qui vivent ce coup d'Etat comme une délivrance. C'est à l'aéroport d'Abidjan que les Chefs d'Etats de la CEDEAO ont donné aux nouvelles autorités maliennes un ultimatum de 72 heures pour s'exécuter au risque de voir le Mali subir un embargo.

Ils ont mis cette menace à exécution à partir du lundi 02 Avril 2012, alors qu'à l'issue de la rencontre à Ouagadougou (Burkina Faso) d'une délégation du CNRDRE avec le Président du Burkina Faso qui joue le rôle de médiateur, le Capitaine Amadou Haya Sanogo a accepté le retour à l'ordre constitutionnel. Cette avancée, saluée par la plupart des Maliens et des Maliennes, n'était pas suffisante pour certains des Chefs d'Etat de la CEDEAO particulièrement intransigeants. Les sanctions dont il s'agit se traduisent en autres par :


- la suspension du Mali de toutes les instances de la CEDEAO,


- le rappel des ambassadeurs de l'organisation pour consultation,


- la fermeture des frontières,


- le gel des avoirs du Mali à la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) et le non approvisionnement des banques nationales,


- la suspension des programmes d'aide au développement

Le levier militaire pourra se traduire par "la montée en puissance de la Force en attente de la CEDEAO pour parer à toute éventualité... " Plus importants que l'aide extérieure pour les familles qui en bénéficient, les fonds de la diaspora dont une partie passe par Western Union et Money Gram manqueront également aux Maliennes et aux Maliens.

La cherté de la vie qui, à elle seule, a créé un climat quasi insurrectionnel avant la rébellion et le coup d'Etat s'aggrave. Les prix flambent dans les régions occupées où les pillages portent surtout sur les aliments et les médicaments qui commencent à manquer.

3. Le sens du coup de force du 22 mars 2012

Les femmes, en l'occurrence les mères et les épouses des soldats qui montaient, sous équipés, au Nord pour défendre le Mali ont été les premières à manifester leur colère. Elles sont allées directement vers le Président Amadou Toumani Touré et lui ont demandé, plus d'une fois, des comptes. La dégradation de la situation s'est ensuite traduite par des manifestations portant atteinte aux biens des personnes et personnalités appartenant à l'ethnie Touareg.

Le pourrissement de la situation est à l'origine du soulèvement d'Amadou Haya Sanogo et ses camarades qui a débouché sur le coup d'Etat du 22 mars 2012.

La « communauté internationale » ne s'est pas émue, outre mesure, des atrocités commises à Aguelhok contre des militaires désarmés ni de l'occupation des villes du Nord les unes après les autres. Mais elle est immédiatement montée au créneau pour condamner un coup d'Etat qu'elle juge d'autant plus inacceptable qu'il survient dans l'un des « pays phare de la démocratie » à la veille d'une élection présidentielle à laquelle ATT n'était pas candidat.

Simpliste mais surmédiatisée, cette lecture arrange tous ceux et celles qui se laissent convaincre que le Mali était jusqu'ici une démocratie exemplaire.

Le point de vue des déçus et des laissés-pour-compte de la démocratie est superbement ignoré voire méprisé.

4. Quand l'ordre constitutionnel « normal » sert de paravent

« Nous ne voulons pas d'ancien, rien que du neuf » scandaient les manifestants maliens lors des événements sanglants de Mars 1991 pour traduire leur aspiration profonde à un changement démocratique véritable. Ils étaient persuadés que le Président Moussa Traoré était le seul et unique fautif du naufrage de la nation et que son éviction suffisait à instaurer la démocratie et la justice. Il n'en a rien été. En vingt ans de « transition démocratique », assistée et encensée par la « Communauté Internationale », la montagne a accouché d'une souris. Le peuple est désemparé mais inaudible. Le coup d'Etat est survenu à cinq semaines du premier tour de l'élection présidentielle, dans un contexte quasi insurrectionnel.

Totalement dévoyée, la démocratie servait de paravent aux affaires. Jugeons-en :


- Le multipartisme que nous appelions de tous nos vœux, au lieu de favoriser le débat d'idées et la confrontation de projets de société entre formations politiques, s'est traduit par la prolifération des partis dont le nombre dépasse 140 actuellement pour un pays de 14 millions d'habitants. Coupés de leur base électorale, les dirigeants démocratiquement élus sont occupés à plein temps par toutes sortes de stratégie de captation de « l'aide au développement » et des opportunités d'affaires que le système néolibéral offre.


- Ce sont les gagnants de ce système économique et politique mafieux qui, en « démocrates milliardaires » s'apprêtaient à se disputer la place d'ATT en achetant tout ce qui peut l'être, du bulletin de vote à la conscience des électeurs/trices.


- « Enrichissez-vous et taisez-vous » est la règle non écrite du jeu politique, pendant que les opérations cosmétiques de bonne gouvernance dont le Bureau du Vérificateur Général entretiennent l'illusion de l'exemplarité démocratique.


- Leurs enfants qui, avec ostentation, fêtent leurs milliards ajoutent à l'indignation des jeunes déshérités qui n'ont droit ni à une école de qualité ni à l'emploi et au revenu ni à un visa pour aller tenter leur chance ailleurs.


- Aucun parti politique ne peut se prévaloir aujourd'hui d'une base électorale éduquée et imprégnée des enjeux et des défis du changement de manière à choisir leurs dirigeants en connaissance de cause et à les contrôler dans l'exercice de leurs fonctions. Les électeurs/trices ne sont contactés que sporadiquement mais assaillis à la veille des scrutins par des candidats toujours prêts à payer leurs voix.


- La société civile, dont le rôle est d'éduquer, de contrôler et d'interpeller la classe politique vit de compromis et de compromissions. C'est en évitant les sujets qui fâchent, qu'elle parvient à bénéficier des financements des partenaires techniques et financiers (PTF).


- La liberté d'expression chèrement acquise est sous surveillance dans les médias publics. Elle se traduit par l'existence d'un paysage médiatique dense (journaux et radios privés) qui, pour survivre, se comporte comme la société civile : savoir se vendre. Quant à l'unique chaine de télévision nationale, l'ORTM, elle est « la voix de son maître ».


- Les entrepreneurs véritables, les locaux comme ceux de la diaspora qui ont envie d'investir dans leurs pays sont démotivés par une administration corrompue, prête à entraver les meilleures initiatives quand elle n'y trouve pas son compte.

5. Il est encore possible de sauver véritablement le Mali et sa bande Sahélo-saharienne

Le Mali n'est pas en danger du fait d'un « putsch militaire » mettant en péril un processus de démocratisation exemplaire, mais du fait de la démocratie formelle et des enjeux géopolitiques, économiques et stratégiques dont les citoyens ordinaires n'ont pas la moindre idée. Face au rôle de pompier pyromane de la France dans la crise malienne, nous ne pouvons pas nous empêcher de penser à la loi N° 57-27 du 10 janvier 1957 créant une Organisation Commune des Régions Sahariennes (OCRS). Elle visait « l'expansion économique et la promotion sociale des zones sahariennes de la République française et à la gestion de laquelle participent l'Algérie, la Mauritanie, le Soudan (l'actuel Mali), le Niger et le Tchad ». Pour sauver véritablement le Mali, il convient de :


- mettre ce drame national à profit pour renouer avec la pensée critique et le courage politique. Il est illusoire et suicidaire de croire que nous sommes un pays libre et indépendant, qui a juste besoin de dirigeants démocratiquement élus pour aller de l'avant. Les défenseurs de cette thèse sont les gagnants de l'ordre injuste et violent du monde, plus soucieux de leurs intérêts que du sort du peuple malien ;


- repenser l'indispensable démocratisation du Mali en termes de seconde libération. Cette exigence qui s'imposait au plan politique, économique, monétaire et culturel revêt désormais une dimension territoriale. La tâche est d'autant plus rude que les enjeux sont colossaux et les rapports totalement asymétriques ;


- privilégier la résistance par le réarmement moral, la créativité politique et la solidarité envers les plus vulnérables en l'occurrence les femmes, les jeunes et les ruraux. La tentation de mobiliser immédiatement cinquante millions de dollars pour l'achat d'armement ou de faire appel à la force d'interposition de la CEDEAO, ouvre la voie à une guerre asymétrique et sans fin ;


- gagner en lucidité et en maturité politique en nous disant que les « émergés » qui dictent leur loi en économie comme en matière de démocratisation ont d'abord besoin des immenses richesses de notre continent, en occultant la violence du modèle économique qu'ils planétarisent : pendant que le Mali s'enlise dans la guerre au Nord et que les Maliens se demandent comment survivre, le pillage de l'or, dont leur pays est riche, se poursuit allègrement au profit des multinationales. Il nous appartient d'être perspicaces dans l'analyse des enjeux et des rapports de force et audacieux dans la défense des intérêts de notre pays qui ne sauraient être confondus avec le compte en banque de quelques individus légitimés par des élections frauduleuses ;


- faire du Mali un cas d'école pour la CEDEAO, dont les chefs d'Etat dans leur intransigeance envers les auteurs du coup de force du 22 mars craignent surtout d'être déstabilisés tant dans leur position de rente que dans leurs certitudes. La remarque est valable pour les partis politiques dont le rêve est de les remplacer dans l'ouverture de nos économies au marché mondial déloyal ;


- rappeler aux puissances occidentales que ce sont les mêmes politiques d'assujettissement et de pillage qui sont à l'origine de l'émigration « clandestine », l'intégrisme religieux et les attentats qu'ils qualifient de terroristes.

Nous concluons, à la lumière de ce qui précède, qu'il n'appartient pas aux Chefs d'Etat de la CEDEAO d'être juges et partie en statuant sur l'état de la démocratie comme dans le cas malien, mais aux peuples souverains.


La gravité de la situation au Mali et dans la bande sahélienne exige la convergence des luttes des peuples agressés du Sud et celles du Nord dont les dirigeants, donneurs de leçons de démocratie et fauteurs de guerres se sentent plus redevables de comptes aux agences de notations qu'à leurs électeurs.


Rendre justice au peuple martyr du Mali dans les circonstances actuelles, commence par la levée immédiate de l'embargo qui lui est infligé et la reconnaissance de son droit à l'initiative, de penser et de proposer à la CEDEAO une stratégie concertée de sortie de crise.


Fait à Bamako, le 04 Avril 2012.

 

Forum pour un Autre Mali (FORAM)


SIGNATAIRES


AMINATA D. TRAORE (ANIMATRICE DU FORAM, ESSAYISTE) ; SEYDOU BADIAN KOUYATE (ECRIVAIN) ; ASSETOU FOUNE SAMAKE (ENSEIGNANTE) ; KARAMOKO BAMBA (MOUVEMENT NKO) ; ISMAEL DIABATE (ARTISTE PEINTRE) ; DOUMBI FAKOLY (ECRIVAIN) ; JEAN BOSCO KONARE (HISTORIEN) ; MANDE ALPHA DIARRA (ECRIVAIN) ; MADANI KOUMARE ( ECONOMISTE) ; BORIS BOUBACAR DIOP (ECRIVAIN) ; ABDOULAYE NIANG (ECONOMISTE) ; BOUBACAR COULIBALY (EXPERT COMPTABLE) ; NDO CISSE (UNIVERSITE DES LETTRES) ; NATHALIE MDELA MOUNIER (ECRIVAIN) ; AISSATA CISSE (COMMUNICATRICE) ; MARIAM KANAKOMO (COMMUNICATRICE) ; SAFI SY (EDUCATRICE) ; SYLVIE SANOGO (EDUCATRICE) ; HAOUA KEITA ; ABDOULAYE SANGARE (AVOCAT)


Source: AFRIK.COM