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mercredi, 03 juillet 2013

LE CONSEILLER DE LAURENT GBAGBO A ALGERIE PATRIOTIQUE: «LA SURVIE DE L'EUROPE DEPEND DE L'AFRIQUE»


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Affaire Gbagbo: "La Cour pénale internationale ne doit pas avoir honte de reconnaître qu’elle a été induite en erreur, trompée et manipulée par le gouvernement français de Nicolas Sarkozy et son allié Alassane Ouattara". 


Dans une interview accordée au site d’informations algérien, Algérie Patriotique.com, Alain Toussaint livre son opinion sur divers sujets.


Algérie Patriotique: Sous Gbagbo, la Côte d’Ivoire a connu un développement économique considérable. Le Pib de la Libye de Kadhafi était un des meilleurs dans le monde. La Syrie avait réussi, malgré un système politique fermé, à unir une société multiconfessionnelle. Le Venezuela de Chavez a rendu au peuple son honneur. L’Algérie, locomotive de l’Afrique, subit un terrorisme barbare depuis vingt ans. Pourquoi les pays du Sud qui avancent dérangent-ils le Nord?

Alain Toussaint: Le Nord a toujours eu besoin de sources d’approvisionnement en matières premières. Pour s’assurer qu’il n’y aura jamais de rupture, ces pays riches recourent à la violence armée. L’Afrique subit à la fois la domination politique, militaire et économique des grandes puissances qui lui imposent leur diktat. Notre continent qui compte un milliard d’habitants aujourd’hui – ils seront 2 milliards en 2050 – a d’énormes défis à relever : infrastructures, industrie, éducation, santé, culture, médias, etc. L’Afrique est donc un vaste marché convoité par toutes les autres nations. La survie économique de l’Europe, par exemple, dépend du contrôle des marchés africains. Ses entreprises doivent écouler leurs produits manufacturés en Afrique. S’il y a 20 ans, les pays du Sud faisaient l’essentiel de leur marché au Nord, le rapport s’est inversé avec la montée en puissance des pays émergents, emmenés par les Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). Grâce à la dynamique créée par ces nouveaux acteurs, le Sud commerce davantage avec le Sud même si certains Etats d’Afrique subsaharienne restent encore relativement dépendants du Nord, notamment dans les domaines de la médecine, des technologies de pointe et de l’armement. Le partenariat Sud-Sud représente une menace pour le Nord dont la part de marché dans l’économie mondiale est en pleine décroissance. Il lui faut donc s’agripper à l’Afrique, y compris par la violence. Alors, certains chefs d’Etat sont imposés de l’extérieur via des opérations de déstabilisation déguisées en croisades pour la «démocratie». Par la puissance de leurs médias, des dirigeants étaient diabolisés avant d’être neutralisés. Le Vénézuélien Hugo Chavez a succombé à un mystérieux cancer de la gorge ; Laurent Gbagbo, pourtant réélu à la tête de la Côte d’Ivoire en novembre 2010, est maintenu en détention par la France à la prison de la Cour pénale internationale (CPI), à La Haye, aux Pays-Bas. Plusieurs autres leaders progressistes d’Afrique noire et du Maghreb – mais aussi d’Amérique latine – demeurent sous la menace permanente des maîtres d’hier. L’Algérie, qui a développé un partenariat très fort avec la Chine, n’est pas à l’abri. Son gaz et son pétrole sont convoités. Les pays occidentaux ont du mal à admettre que le temps de la soumission est passé. Ils refusent de mettre à jour leur logiciel et de changer leur vision erronée d’un continent en mouvement.

Renversement du pouvoir en Côte d’Ivoire, intervention militaire au Mali, pillage des ressources halieutiques au Sahara occidental occupé, exploitation des richesses naturelles dans d’autres pays africains… Pourquoi l’Afrique n’arrive-elle toujours pas à s’affranchir?

La suprématie des pays occidentaux repose sur leur hégémonie économique et militaire. D’ailleurs, ils en abusent pour jouer le rôle de gendarmes du monde dont ils n’ont reçu mandat de personne. Ils font la pluie et le beau temps, décernent des brevets de dictateurs ou de démocrates à qui bon leur semble au gré de leurs intérêts géostratégiques, occupent des territoires sous le prétexte d’y lutter contre le terrorisme, attisent les conflits internes en armant un camp contre l’autre, utilisent un armement sophistiqué quand ils dénient le droit à des gouvernements agressés d’en faire autant pour combattre les pantins qu’ils ont formés et armés. Tout le monde a compris la finalité de cette forme de paternalisme et de néocolonialisme. Plus que des missions pour le rétablissement de la «démocratie», il s’agit de conquêtes économiques. Regardez ce qu’ils ont fait au Mali, en Côte d’Ivoire, en Libye, en RDC, etc. Leur seul et unique objectif est le contrôle des richesses naturelles du continent africain. La grave crise économique actuelle que connaissent ces «grandes» puissances a davantage aiguisé leur appétit et renforcé leur détermination à dominer l’Afrique. En plus du pillage de nos ressources, il y a le fardeau de la dette africaine. Elle reste un facteur d’appauvrissement des populations et de sous-développement. C’est aussi le moteur de l’aliénation car elle entretient une dépendance totale à l’égard des pays «riches» du Nord et des institutions financières de Bretton Woods, qu’ils ont créées, notamment le Fonds monétaire international (Fmi) et la Banque mondiale.

Dans le monde multipolaire en gestation, les pays africains doivent se défaire de cette tutelle qui retarde leur décollage. Face à la nouvelle donne géopolitique et géoéconomique, un profond désir de liberté, d’indépendance effective et d’unité anime chaque Africain. Cela passe par la constitution de nouveaux pôles régionaux solides afin de tenir le choc face à des pays occidentaux entrés dans un cycle inévitable d’affaiblissement. L’Afrique n’a pas vocation à être l’éternelle vache à lait de l’Occident. Politiquement, militairement et économiquement, le continent doit enfin s’affranchir. Mais attention, il ne s’agit pas de remplacer les anciennes idoles par de nouvelles qui joueront le même rôle. Encore moins de passer d’un maître à plusieurs maîtres.

Les pillages et les interventions militaires ne changeront rien aux aspirations légitimes des peuples africains, privés de dignité depuis des siècles. Il faut bâtir en commun une Afrique solide pour nos enfants et les générations futures. Les Africains doivent comprendre que la bonne gouvernance est l’une des portes vers le développement. Nous devons envisager des réformes dans plusieurs domaines: politique, économique, social, culturel, etc. Nous devons, enfin, bâtir des institutions fortes et crédibles, socle de l’Etat de droit, au service des peuples africains. L’Afrique sera ce que les Africains voudront qu’elle soit. Il en va de même des relations avec les pays occidentaux. Le temps du réveil a sonné.

Des pays arabes réclament une réforme profonde de la Ligue arabe. Pensez-vous que l’Union africaine dans sa forme actuelle joue un rôle positif ou doit-elle subir une refonte totale?

L’Organisation de l’Unité africaine (Oua) puis l’Union africaine (Ua) n’ont jamais été au service des peuples africains. L’idée des pères fondateurs de l’OUA partait d’un bon sentiment, mais leur vision panafricaniste a ensuite été dévoyée par des chefs d’Etat africains en mission exclusive pour leurs maîtres occidentaux.

Après un demi-siècle d’existence, une refondation de l’Oua s’impose, ainsi que la redéfinition de ses missions. Quelle est sa vision de l’Afrique et du monde d’aujourd’hui ? Comment se projette-t-elle dans le futur ? Comment compte-t-elle défendre les peuples africains et les énormes ressources du continent face à la horde de pilleurs surarmés qui menacent l’existence-même de nos pays ? Nous devons rester unis pour protéger nos intérêts. Depuis l’élection de la présidente de la Commission de l’Ua, la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma, je sens les lignes bouger. L’Afrique digne a enfin pris les commandes de l’organisation continentale. Bien avant, le Libyen Mouammar Kadhafi, assassiné par la coalition des «démocrates de la canonnière», nourrissait une réelle ambition pour l’Afrique unie et forte. En plus de renforcer les capacités de l’Ua, le Guide estimait que l’autonomie et l’indépendance passaient par la création d’une monnaie unique africaine adossée à une Banque centrale, la mise sur pied d’un vrai Parlement des peuples africains, des infrastructures de télécommunications, des routes pour dynamiser un marché interafricain, etc. L’Ua doit énormément s’impliquer dans la vie politique, institutionnelle et économique de nos pays plutôt que de les abandonner entre les griffes des ex-colonisateurs qui dictent leur loi à des Etats surendettés, livrés aux lobbies militaro-industriels. Les choses doivent changer.

Pourquoi la France de Sarkozy s’est-elle particulièrement acharnée contre le président Laurent Gbagbo et imposé par les armes Alassane Ouattara?

La Côte d’Ivoire demeure la chasse gardée de la France selon l’entendement des dirigeants français. Un pays stratégique puisqu’il représente à lui seul plus de 40% de l’Union économique et monétaire (Uemoa), qui regroupe les ex-colonies françaises d’Afrique de l’Ouest et qui ont en commun une monnaie dénommée le franc CFA. En réalité, Gbagbo n’a jamais remis en cause les intérêts français en Côte d’Ivoire. Bien au contraire. Les multinationales hexagonales ont largement profité des années Gbagbo. Seulement, dès son élection en octobre 2000, le nouveau chef d’Etat a mis en œuvre une politique de partenariat avec les pays émergents et ceux du Sud. Cette tentative d’ouverture a fortement déplu à la puissance tutélaire, la France, qui estime que la Côte d’Ivoire est sa propriété exclusive. Même la politique sociale de Gbagbo, notamment l’Assurance-maladie universelle (AMU), agaçait la métropole à tel point que l’Elysée de Jacques Chirac a dépêché un jour à Abidjan un ministre français afin de demander à Laurent Gbagbo de surseoir à sa «révolution». Voilà l’une des origines des malheurs de Gbagbo qui s’entêtait à tenir des conseils des ministres à Abidjan sans prendre l’ordre du jour à l’Elysée. Laurent Gbagbo est à la Côte d’Ivoire ce qu’Ahmed Ben Bella a été à l’Algérie. Un pacifiste, un patriote mais surtout le père de la conscience nationale. Les ex-colons lui ont préféré Alassane Ouattara, l’homme de la finance internationale, imposé par les armes au terme d’une rébellion barbare qui a fait des milliers de morts depuis septembre 2002. Depuis le 11 avril 2011, nous sommes dans une fiction de démocratie en Côte d’Ivoire. C’est le règne de la terreur, la violence d’Etat. Nos amis sont pourchassés, enlevés et assassinés par les milices d’un régime inhumain, qui s’endette sans compter pour faire plaisir à ses parrains. Aujourd’hui, plus de 700 personnalités – dont la première dame Simone Gbagbo, Pascal Affi Nguessan, le chef du parti de Gbagbo, un gouverneur de la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (Bceao), Michel Gbagbo, le fils de Gbagbo, Charles Blé Goudé, ancien ministre et leader des jeunes patriotes, des députés –, sont arbitrairement détenues par le pouvoir ivoirien. Les donneurs de leçon d’hier, si prompts à accabler Gbagbo dès que la météo est mauvaise à Abidjan, sont subitement devenus aveugles et muets. Mais je reconnais que c’est bien le type de «démocratie» que préfère la France en Afrique.

Vous estimez que la décision de la Cpi d’ajourner le verdict de l’audience de confirmation des charges contre Laurent Gbagbo est annonciatrice de sa libération prochaine. Sur quoi fondez-vous votre optimisme?

C’est la Cpi, elle-même, qui m’encourage à le penser. Comme vous le savez, ses juges ont demandé au procureur Fatou Bensouda de poursuivre ses investigations afin de présenter des preuves plus solides qui pourraient justifier un procès à l’encontre de Laurent Gbagbo. Or, Gbagbo a été déporté à La Haye depuis le 29 novembre 2011, en violation de ses droits, sur la base d’un mandat illégal. Aujourd’hui, tout le monde s’accorde à dire que le dossier d’accusation est vide. La Cour ne doit pas avoir honte de reconnaître qu’elle a été induite en erreur, trompée et manipulée par le gouvernement français de Nicolas Sarkozy et son allié Alassane Ouattara. Il n’y a aucun mal à cela. Laurent Gbagbo, à qui Jacques Chirac promettait la Cpi depuis 2003, est innocent. Il doit être libéré immédiatement.

Qui, selon vous, a instrumentalisé la CPI pour «monter» un procès contre l’ancien président de Côte d’Ivoire?

La dimension politique de cette affaire est incontestable. La détention du président Gbagbo est une escroquerie politique. Le gouvernement français détient la solution du problème Gbagbo. François Hollande qui a hérité de ce dossier n’ignore rien du complot ourdi par Nicolas Sarkozy contre Laurent Gbagbo, vainqueur de la présidentielle de novembre 2010. Le nouveau chef d’Etat français rendrait service à la Côte d’Ivoire et à la France en autorisant la libération de notre leader. De grâce, ne me parlez pas de justice ! C’est une affaire politique, vous le savez très bien. Gbagbo est un prisonnier politique de l’impérialisme occidental, comme le furent avant lui Samory Touré, Toussaint Louverture, Béhanzin, Kadjo Amangoua et d’autres. Le président Gbagbo se retrouve à La Haye à la suite de petits arrangements entre amis, notamment Nicolas Sarkozy, l’ancien procureur de la Cpi, Louis Ocampo-Moreno, et leur ami Alassane Ouattara. On le voit, le politique prédomine sur le judiciaire. L’entêtement de la CPI à vouloir coûte que coûte condamner Gbagbo est une erreur de politique pénale qui nuit gravement à son image et à sa crédibilité. Cette Cour est si partisane qu’elle n’a engagé, pour l’heure, que des poursuites contre le camp Gbagbo mais pas contre celui de Ouattara, le «démocrate» préféré de la communauté internationale. Cette politique du «deux poids deux mesures» démontre bien que la CPI est instrumentalisée. Les leaders africains comme Laurent Gbagbo, les présidents soudanais Omar El-Béchir ou kenyan Uhuru Kenyatta sont les victimes du nouveau colonialisme judiciaire, dans le droit fil de la domination économique, militaire et politique des puissances occidentales sur l’Afrique. Cette forme de terrorisme doit aussi cesser.

Est-il probable que Laurent Gbagbo soit libéré ? Quel impact sa libération aurait-elle sur la vie politique en Côte d’Ivoire?

Selon moi, les chances de libération du président Gbagbo sont intactes. Le dossier est vide. Sa détention fait peser une hypothèque sur l’avenir de la Côte d’Ivoire. La libération de Nelson Mandela avait contribué à construire la nouvelle Afrique du Sud post-apartheid. Celle de Laurent Gbagbo peut être un puissant moteur de la réconciliation nationale en Côte d’Ivoire. Son retour parmi les siens permettra de renouer le fil du dialogue entre Ivoiriens, d’apaiser les cœurs et d’annihiler toute tentative de belligérance. Laurent Gbagbo a toujours œuvré pour la paix et l’unité des Ivoiriens. Il est le fondateur d’un parti politique qui transcende les clivages ethniques, religieux et sociaux. Gbagbo est un rassembleur. Cet homme du peuple manque énormément à ses compatriotes, dont une écrasante majorité – toutes obédiences politiques confondues – vit très mal son incarcération à La Haye.

Si Gbagbo recouvrait sa liberté, envisage-t-il de revenir aux affaires politiques dans son pays?

C’est une question délicate que vous me posez. Seul le président Laurent Gbagbo est en mesure d’y répondre. Mais je ne doute pas qu’il prendra une décision cohérente, en pleine harmonie avec sa conscience, son parcours et l’espérance toute fondée qu’il incarne pour le peuple ivoirien et l’Afrique qui l’attendent.

 

Interview réalisée par Kamel Moulfi et Mohamed El-Ghazi


Source: ALGERIE PATRIOTIQUE

DANS CERTAINES CIRCONSTANCES, LE SILENCE PEUT ETRE SYNONYME DE LACHETE ET DE COMPLICITE AVEC L'INIQUITE

 

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Mgr Paul-Siméon Ahouana Djro

 

Lorsque Caïn tua Abel et que Dieu lui demanda où était son frère, il répondit qu’il ne savait pas et qu’il n’était pas le gardien de son frère (Genèse 4, 25). Qu’ils le confessent ou non, les disciples de Caïn sont ceux qui refusent de veiller sur leurs frères, ceux qui se montrent indifférents à la détresse ou à la souffrance d’autrui. D’autres personnes estiment au contraire que nous sommes responsables les uns des autres, qu’on ne peut se revendiquer homme et ne pas “connaître la honte en face d’une misère qui ne semblait pas dépendre de soi ”. Leur raisonnement est le suivant: si nous nous disons frères ou compagnons d’humanité, la misère (matérielle, morale ou spirituelle) de l’autre devrait nous interpeller et nous amener à sortir de notre silence.

C’est ce que fit Voltaire (1694-1778), figure emblématique de la France des Lumières, en défendant Calas accusé à tort d’avoir assassiné son fils Marc-Antoine pour l’empêcher de faire comme son frère aîné qui était passé du protestantisme au catholicisme et d’avoir maquillé le meurtre en suicide. En intervenant dans l’affaire Calas, l’auteur de “Candide” n’était pas mû par des considérations pécuniaires pas plus qu’il n’était en quête de reconnaissance. Sa renommée était déjà bien établie par une immense œuvre littéraire. Tout ce qu’il voulait, c’était un nouveau procès car il était convaincu que Calas et les siens étaient victimes de l’intolérance et de l’arbitraire. La suite est connue: un autre procès eut lieu en 1764, Jean Calas fut réhabilité l’année suivante et Voltaire put retourner à Paris en avril 1778 après vingt ans d’exil.

Victor Hugo (1802-1885) ne défendit pas un individu mais les pauvres en général. En 1862, en effet, il leur consacra un grand roman, Les Misérables, qui raconte l’émouvante histoire de Jean Valjean. Sa phrase “Le peuple a faim, le peuple a froid. La misère le pousse au crime ou au vice, selon le sexe” est restée dans tous les esprits. Mais Hugo est aussi connu et apprécié pour avoir fustigé le coup d’État du 2 décembre 1851 et son auteur Napoléon III dans un pamphlet intitulé Napoléon le petit. Probablement pour le remercier d’avoir plaidé la cause du peuple et d’avoir pris des risques pour ce peuple, environ deux millions de personnes et 2 000 délégations se déplacèrent, le 31 mai 1885, pour lui rendre un dernier hommage.

Émile Zola (1840-1902), mort 17 ans après V. Hugo, s’intéressait comme ce dernier aux conditions de vie des pauvres et disait “n’avoir qu’une passion, celle de la lumière, au nom de l’humanité qui a tant souffert et qui a droit au bonheur”. C’est pour cette raison qu’il refusa de se murer dans le silence pendant l’affaire Dreyfus. Se taire lorsqu’un innocent est condamné alors que les vrais coupables circulent librement lui semblait insupportable. Pour mémoire, Alfred Dreyfus, capitaine français d’origine juive, était considéré comme un traître à la nation. On lui reprochait d’avoir livré des documents secrets à l’attaché militaire allemand en poste à Paris. Pour Zola, le véritable traître était le commandant Walsin Esterházy.

Ses articles dans la presse française et sa lettre au président de la République Félix Faure publiée dans “L’Aurore” du 13 janvier 1898 sous le titre “J’accuse” furent décisifs. Le 23 février 1898, au cours du procès, il reviendra à la charge en disant: “Tout semble être contre moi, les deux Chambres, le pouvoir civil, le pouvoir militaire, les journaux à grand tirage, l’opinion publique qu’ils ont empoisonnée. Et je n’ai pour moi que l’idée, un idéal de vérité et de justice. Et je suis bien tranquille, je vaincrai. Je n’ai pas voulu que mon pays restât dans le mensonge et dans l’injustice. On peut me frapper ici. Un jour, la France me remerciera d’avoir aidé à sauver son honneur.”

Si l’engagement de Zola contribua incontestablement à la révision du procès et à la réhabilitation de Dreyfus en 1906, il n’en reste pas moins vrai que l’auteur de “Germinal” laissa quelques plumes dans ce combat contre l’injustice et le mensonge. Il dut en effet composer avec la haine et les menaces de mort. Ses livres et son portrait furent publiquement incendiés. Même son nom fut retiré de la Légion d’honneur.

Pourquoi ce détour par trois monuments de la littérature française? D’abord, pour souligner que la lutte pour la justice et la vérité n’est pas un combat perdu d’avance.

Cette lutte peut être longue et dure; elle peut parfois nous éloigner momentanément de la patrie et des nôtres (c’est le cas de Voltaire et de Zola qui fut contraint de passer 11 mois à Londres) mais elle finit par porter du fruit. Je ne sais pas quand cela se fera mais je suis certain que les usurpateurs et voleurs que la France a installés à la tête de notre pays seront dégagés et rendront des comptes au peuple ivoirien pour la simple raison que le faux et l’injustice ne peuvent prospérer éternellement. En revenant sur l’engagement politique des 3 écrivains français, je voudrais, d’autre part, nuancer l’idée selon laquelle il vaut mieux garder le silence pour éviter d’avoir des ennuis. Non, devant un frère qui souffre ou pleure, la seule attitude qui vaille n’est pas de se taire ou de rester dans son petit coin mais de se solidariser avec lui, de l’assister.

La Côte d’Ivoire divisée en deux en septembre 2002 par une rébellion montée de toutes pièces par la France pour obliger Laurent Gbagbo à se prosterner devant elle et à la laisser piller les richesses du pays, ne bénéficia pas de cette assistance. Plusieurs pays de la CEDEAO refusèrent de soutenir ouvertement et concrètement le président démocratiquement élu par les Ivoiriens en octobre 2000. Peut-être ces pays se disaient-ils qu’ils n’étaient pas concernés par cette tragédie et que leurs pays étaient à l’abri de ce genre de choses. La CEDEAO prit fait et cause pour les rebelles, leur déroulant le tapis rouge, n’exigeant jamais que ces assassins et buveurs de sang déposent les armes, les soutenant jusqu’à la réalisation de leur funeste objectif: remplacer Laurent Gbagbo par Dramane Ouattara, l’homme qui leur envoyait chaque mois 25 millions de FCFA quand ils se préparaient à attaquer le pays au nez et à la barbe de Compaoré et donne chaque jour l’impression de travailler plus pour la France et les étrangers de la CEDEAO que pour les Ivoiriens. Mais quelques mois suffirent pour que chacun de ces pays découvre, avec la partition du Mali, que ce qui arriva à la Côte d’Ivoire de Laurent Gbagbo peut arriver à tout le monde, tout comme il fallut les guerres meurtrières du Liberia et de la Sierra Leone pour que nombre d’Africains prennent conscience qu’ils auraient dû parler et faire quelque chose au moment où les Interahamwe de Juvénal Habyarimana massacraient un million de Tutsis avec la complicité de l’armée française.

Ce que je voudrais dire en un mot, c’est que le silence n’est pas toujours recommendable quoiqu’il soit utile à certains moments. Face à certaines situations, on a en effet le devoir de parler (haut et fort au besoin) pour que soient entendus les cris des victimes. Parler non pas parce qu’on a envie de se faire remarquer, ni parce qu’on désire nuire à X ou à Y, ni parce qu’on cherche à faire fortune sur le dos des personnes affligées mais simplement parce qu’on considère que tout homme nous est un frère. Pour le dire autrement, se taire toujours me paraît à la fois malsain et indécent. Je fais partie de ceux qui soutiennent que le silence ne mérite pas que des éloges et que, dans certaines circonstances, il peut être synonyme de lâcheté et de complicité avec l’iniquité, que ne rien dire devant l’injustice et le mensonge est dangereux et destructeur non seulement pour les autres mais pour soi-même.

À titre d’illustration, je ne citerai ici que le joli poème écrit en 1942 par le pasteur allemand Martin Niemöller, fondateur de La “Ligue d’urgence des pasteurs” qui protesta contre la persécution des Juifs et des pasteurs refusant de se soumettre aux Nazis. Le fameux poème, le voici: “Quand ils sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste; quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste; quand ils sont venus chercher les Juifs, je n’ai rien dit, je n’étais pas Juif; quand ils sont venus chercher les catholiques, je n’ai rien dit, je n’étais pas catholique. Et puis, ils sont venus me chercher et il ne restait plus personne pour protester.” Le malheur qui frappe aujourd’hui autrui peut me frapper demain si je ne dis rien ou ne fais rien pour le tirer d’affaire: telle est la leçon qui nous est donnée par Martin Niemöller.

Les Maliens, qui croient à tort avec les Burkinabè et Guinéens que la Côte d’Ivoire est aussi leur propriété privée parce qu’ils auraient contribué à son développement, l’avaient oubliée ou ignorée. Simplement parce qu’ils étaient obnubilés par l’idée, la fausse idée, que le malheur des Ivoiriens ferait leur bonheur. En effet, le Mali mais aussi le Sénégal de Wade et d’autres pays de la sous-région, poussés par une diabolique jalousie, s’imaginaient que la crise ivoirienne les rendrait enfin riches, prospères et puissants. D’où le soutien qu’ils n’hésitèrent pas à apporter à une rebellion sanguinaire et immorale. Mais, comme tout se paie ici-bas et que ça n’arrive pas qu’aux autres, ils vivent à présent dans un pays divisé avec deux armées et des populations obligées d’abandonner tout ce qu’elles ont patiemment construit et de fuir des rebelles voleurs et violeurs.

Le “Je n’ai rien dit” de Niemöller fut oublié par le Vatican qui, en plus de se faire représenter à Yamoussoukro le 21 mai 2011 par Mgr George Antonisamy à l’investiture de Dramane Ouattara, ne dénonça jamais l’embargo sur les médicaments, la fermeture des banques, l’incarcération sans jugement des proches de Laurent Gbagbo, les tueries de Duékoué et de Nahibly. Il est vrai que personne ne peut chanter un “Te Deum” après le cambriolage de la basilique Notre Dame de la Paix le 24 juin 2013, prouesse jamais réalisée sous les précédents régimes. Mais peut-on s’interdire de penser qu’il est peut-être bon que le Vatican soit victime, lui aussi, de cette barbarie pour qu’il comprenne enfin que ce qui se passe en Côte d’Ivoire depuis le 11 avril 2011 est trop grave pour qu’on continue de garder le silence?

Certains pourraient objecter que les prêtres étrangers qui ont la charge de cette basilique ne devraient pas se mêler des affaires de la Côte d’Ivoire. Je leur répondrais que l’argument ne tient point la route car l’évêque de Doba (Tchad), la ville du pétrole tchadien, bien que de nationalité italienne, n’a pas manqué de critiquer, dans son homélie du 30 septembre 2012, la gestion des ressources du pétrole. Pour Mgr Russo, la population locale ne profitait pas assez des revenus de l’or noir. L’évêque italien ne comprenait pas que Doba n’ait pas d’électricité 24h/24h alors que le Tchad produit du pétrole depuis 9 ans.

Le gouvernement tchadien estima que Mgr Michel Russo prêchait la division et qu’il devait donc quitter le pays. Mgr Russo fut effectivement expulsé le 21 octobre 2012 mais il revint dans son diocèse le 27 décembre. Et, parmi les évêques de Centrafrique ayant écrit au président Michel Djotodia le 20 juin 2013 pour condamner les exactions de la coalition Seleka, ne trouve-t-on pas 5 étrangers (les évêques d’Alindao, de Bouar, Bangassou, Kaga-Bandoro et M’Baïki)? Ces deux exemples attestent que l’évangile ne dit nulle part que seuls les prêtres et évêques d’un pays devraient s’engager dans la lutte pour la justice et le respect des droits de l’homme. “L’Église ne peut ni ne doit prendre en main la bataille politique pour édifier une société la plus juste possible. Elle ne peut ni ne doit se mettre à la place de l’État. Mais elle ne peut ni ne doit non plus rester à l’écart dans la lutte pour la justice. Elle doit s’insérer en elle par la voie de l’argumentation rationnelle et elle doit réveiller les forces spirituelles sans lesquelles la justice, qui requiert aussi des renoncements, ne peut s’affirmer ni se developper .”

Cette parole de Benoît XVI ne s’adresse pas uniquement au clergé ivoirien mais à toute personne ayant choisi librement de suivre le Christ comme prêtre ou religieux(se). Les prêtres et religieux (ses) travaillant en Côte d’Ivoire devraient mettre en pratique la recommandation du pape allemand au lieu de continuer à rester muets. Sinon, ils donneraient raison à ceux qui les soupçonnent d’être les inspirateurs des articles partisans du quotidien catholique “La Croix” et de rouler pour ceux qui, après avoir coupé le pays en deux, ont usé de mensonges pour amener l’ONU et la France à tuer les Ivoiriens afin que Dramane Ouattara puisse occuper le fauteuil présidentiel.

En prenant position clairement et publiquement, Mgr Russo et les 5 évêques expatriés de Centrafrique ne voulaient pas renverser Idriss Déby et Djotodia. Leur objectif était simplement d’incarner un tant soit peu 2 paroles du Christ. La première dit: “Vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres” (Jean 8, 32). Quant à la seconde, elle invite à craindre non pas “ceux qui tuent le corps et après cela ne peuvent rien faire de plus mais celui qui, après avoir tué, a le pouvoir d’envoyer dans la géhenne” (Luc 12, 4-5).

Je ne sais pas ce que craignent nos frères qui militent dans le Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) s’ils arrêtaient de soutenir aveuglément un pouvoir qui s’est donné pour mission de déposséder les populations de l’Ouest au profit des Burkinabè, de brader la nationalité ivoirienne, d’emprisonner ou d’assassiner quiconque est en désaccord avec Dramane Ouattara, de protéger et promouvoir ses propres criminels, de faire du faux (par exemple, la vidéo des violences du Kenya versée au dossier de l’Accusation) pour garder injustement Laurent Gbagbo à la Haye, de ne donner du travail qu’aux gens du Nord, etc. Craignent-ils de perdre leurs postes et les avantages les accompagnant?

Mais que valent nos petits intérêts égoïstes à côté de l’avenir d’une nation? Le pays va mal, il se meurt et les partisans de Laurent Gbagbo ne sont pas les seuls à le dire. Lazare Yéboué, Kouadio Konan Bertin, Daniel Aka Ahizi, Mel Théodore, Boni Claverie, Dona Fologo, Jean-Louis Billon et tant d’autres nous alertent sur les dangers que des irresponsables et des bouffons font courir chaque jour à la Côte d’Ivoire. Ils nous mettent en garde contre le fait de penser que ça n’arrive qu’aux autres et ils ont raison car, quand les mercenaires venus du Burkina et du Mali pillaient les maisons, violant et emportant tout sur leur passage, ce n’est pas les seuls partisans de Laurent Gbagbo qui firent les frais de ce gangstérisme moyenâgeux.

Tout le monde fut visité et dépouillé. Ils n’ont pas tort de considérer que la Commission électorale ivoirienne, dans sa composition actuelle, est un non-sens dans la mesure où le MPIGO, le MJP et le MPCI qui n’existent plus continuent d’en faire partie et de nous rappeler que les étrangers n’ont pas le droit de faire chez nous ce qu’ils ne nous permettraient pas de faire chez eux. Je suis d’accord avec eux quand ils conseillent que l’ouverture à l’extérieur ne doit pas nous faire croire naïvement que la France veut notre bien car “entre colonisateur et colonisé, il n’y a de place que pour la corvée, l’intimidation, la pression, la police, l’impôt, le vol, le viol, les cultures obligatoires, le mépris, la méfiance, la morgue, la suffisance, la muflerie, des élites décérébrées, des masses avilies”.

Le pape François, qui ne cesse de nous surprendre agréablement, a dit une chose que je trouve belle et juste lors de l’audience générale du 26 juin 2013: “Dans l’Église, personne n’est secondaire, personne n’est le plus important, nous sommes tous égaux aux yeux de Dieu, même le pape. Vous pourriez dire: ‘Écoutez, sainteté, vous n’êtes pas notre égal’. Si, je suis comme chacun de vous, nous sommes tous égaux, nous sommes frères! Nous formons et nous construisons tous l’Église… Nous devons tous apporter notre vie à l’Église, apporter notre cœur, notre amour, nos pensées, notre travail, tous ensemble.” C’est en frère désireux d’apporter sa petite pierre à l’édification de l’Église qui est en Côte d’Ivoire que je voudrais revenir sur l’homélie délivrée par le frère Siméon Ahouanan à la messe de clôture de la 96ème Assemblée plénière de la Conférence des évêques catholiques de Côte d’Ivoire, le 26 mai 2013.

L’archevêque de Bouaké disait entre autres ceci: “Aucune société ne peut se construire sur la base de l’exclusion, sur la logique de la vengeance, sur des désirs d’affrontement, sur des réflexes de repli communautaire ou politique. Aucune communauté ne peut survivre dans la violence aveugle dont personne ne sort indemne d’ailleurs.” Rien ne nous dit que ces propos portent sur la société ivoirienne. Cette façon de parler s’appelle noyer le poisson, botter en touche, se débiner, parler sans s’engager ou refuser de prendre ses responsabilités, tant le discours est vague et trop général. Il est si général qu’il pourrait s’appliquer à la Gambie, au Portugal, au Mexique ou au Vietnam.

Ahouanan a manqué de courage pour dire de quoi le pays souffre exactement et interpeller qui de droit. Lui qui avait demandé à juste titre à Robert Guéi de respecter sa promesse de balayer la maison et de retourner à Kabacouma, lui qui ne se privait pas de tirer à boulets rouges sur le régime de Gbagbo, est devenu subitement muet comme si tout allait bien à Bouaké et ailleurs dans le pays. Les Camerounais disent que la bouche qui mange ne parle pas. Celle d’Ahouanan serait-elle tellement pleine qu’il aurait du mal à parler sans peur de choses sérieuses? Quand il rugissait sous Guéi et Gbagbo, était-il en mission pour le RHDP? La seule chose que je trouve recevable dans sa prédication du jour, c’est d’avoir invité les femmes à sortir. Sortir en masse et partout comme en Égypte: c’est l’unique chose à faire aujourd’hui si nous voulons libérer notre pays, si nous voulons mettre fin aux souffrances et aux humiliations des Ivoiriens. Mais j’ajouterais ceci: ce ne sont pas seulement les femmes qui doivent sortir. Les hommes de Dieu, eux aussi, doivent descendre dans la rue pour chasser ce régime totalitaire et impopulaire.


Romuald Aboké Isidore

BP 64 Sakassou

mardi, 02 juillet 2013

ADHESION DU PETIT JUGE MILITANT ZORO BI BALLO AU RDR: L’AUTRE FACE DE L’IMPOSTURE

 

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Epiphane Zoro Bi Ballo, Directeur général de l’Agence Ivoirienne de la Coopération Francophone (AICF), vient, dit-on, de déposer ses valises et sa robe de juge au Rassemblement des Républicains (Rdr). Cet acte d’adhésion au parti au pouvoir d’Alassane Ouattara, a été présenté comme un fait majeur. Mais que recherchait le Rdr en communiquant sur ce que nous considérons comme un non-évènement?


 A la vérité, le pouvoir Rdr voulait nous présenter un homme qu’il dit être indépendant, libre, insoupçonnable. Un homme qui n’a ni flirté avec le Rdr, ni travaillé sous cape pour ce  parti.  Dès lors, l’adhésion d’un tel homme devient un grand coup frappé par le parti au pouvoir. Il fallait donc brandir le « nouveau membre » de « la case verte » afin d’espérer que son recrutement attire d’autres illuminés. Mais dans sa stratégie, le Rdr fait fausse route. En effet, il tente d’ignorer que Zoro Bi Ballo est aussi appelé « le petit juge de Dimbokro ». Cette périphrase forgée par le défunt régime  Bédié est la clé qui nous permet de comprendre que ce « petit juge » nageait depuis plus d’une décennie, dans les eaux saumâtres du Rdr.

Comme on le sait, en Septembre 1999, Zoro Bi fut celui qui signa le certificat de nationalité d’Alassane Dramane Ouattara. Cet acte le porta au devant de la scène dans un contexte politique extrêmement tendu. C’était l’époque où le régime Bédié, démontrait par maintes gymnastiques l’origine Burkinabè du Président du Rdr. On avait appris, officiellement, par les soins de Bédié que Ouattara était « burkinabé de par son père ». Henri Konan Bédié mis à notre dispostion, une importante littérature portant sur la nationalité burkinabè de Ouattara  (in les chemins de ma vie, page 147-150). Les pontes du régime Bédié riaient de l’incapacité de Ouattara à fournir « un tout petit papier ». Il fallait donc un « courageux » pour braver Bédié et ses thuriféraires. Comme par une extraordinaire coïncidence, se trouvait à Dimbokro, le colonel Issa Diakité, préfet du département de  Dimbokro et militant Rdr-Mpci. On notera au passage qu’après le renversement du régime de Bédié, Issa Diakité fut nommé pour le compte du Rdr, Ministre d`Etat, ministre de l`Administration du territoire dans le premier gouvernement de la junte (Janvier 2000). En 2003 le préfet militant qui a entrepris Zoro Bi, est nommé Ministre d`Etat, ministre de l`Administration du territoire pour le compte des Rebelles- Mpci, dans le gouvernement Seydou Diarra, après les accords de Marcoussis.

L’heureuse coïncidence fit du juge adjoint de la section du tribunal de Dimbokro, le signataire du certificat de nationalité tant réclamé à Ouattara. Mais nous ne sommes pas dupes. « Le petit juge de Dimbokro » savait le risque qu’il prenait, il a donc incontestablement reçu toutes les garanties de protection de la part de ses mandants.  Les jours qui ont suivi son « acte héroïque », précisément en Novembre 1999, le militant du Rdr quitta la Côte d’Ivoire pour un exil doré en France. On se souvient également qu’après avoir reçu des garanties de sécurité de la part de Sarkozy (lettre adressée à Youssouf Bakoyoko le 1er Décembre 2010), Youssouf Bakayoko déclencha la crise postélectorale et alla aussi se reposer en France. Bref, pour tenter d’expliquer son acte militant, Zoro Bi publia un ouvrage intitulé « Être juge en Côte d’Ivoire, désarmer la violence». En pénétrant l’ouvrage paru en 200 dans lequel il distille des concepts diffus sur la nationalité, Zoro-Bi tenta de s’offrir l’étoffe du juge qui désarma la violence en Côte d’Ivoire (sic).

« Le petit juge de Dimbokro » ne fut pas seulement celui qui brava Bédié pour son maître Ouattara. Une fois le pouvoir Bédié « frappé » ou encore après la « révolution des œillets » selon les termes de Ouattara et après que l’objectif de Zoro-Bi et ses maîtres fut contrarié, Zoro Bi alla encore au charbon. Il monta dès Octobre 2000 avec Me Ibrahim Doumbia, le Mouvement Ivoirien des Droits de l’Homme (MIDH). L’organisation en apparence apolitique pour contrer la Ligue Ivoirienne des Droits de l’homme  (LIDHO,) était en réalité, une échelle politique aux pieds de Ouattara et un dard orienté contre le régime de Laurent Gbagbo. Ce mouvement fut l’organisation ressource de l’Onu lors des enquêtes sur les évènements d’Octobre et Novembre 2000. De la rébellion armée pro-Ouattara de Septembre 2002 au renversement de Laurent Gbagbo en Avril 2011, l’ONG du « petit juge de Dimbokro » s’employa à faire une sélection en termes de dénonciation. Les rebelles étaient logiquement mieux traités que le pouvoir légal attaqué, contraint de se défendre contre les agresseurs. Aujourd’hui plus qu’hier, on comprend que Zoro-Bi était dans un parfait jeu de rôle. Il poussait son pion selon le moment choisi par ses parrains. On se croirait dans une mafia !

Zoro-Bi n’a pas fait que monter une ONG pour servir son maître Ouattara. Il a aussi été un acteur central du documentaire de propagande de l’obscur sociologue Belge Bénoit Schoer « Côte d’Ivoire poudrière identitaire ». « Le  petit juge de Dimbokro » voulait démontrer que le Président Laurent Gbagbo planifiait un génocide en Côte d’Ivoire. Naturellement, en le faisant, il pensait à la loi sur la compétence universelle des tribunaux belges. N’est-ce pas pour cela que le Rdr fit appel à l’ONG « préventions génocides » pour ce fameux documentaire ? En tout cas, la présence de cette ONG n’est pas fortuite. Par ailleurs, le documentaire fut utilisé par les hommes de Ouattara pour salir la Côte d’Ivoire dans les grands forums, lors des sommets africains et européens, auprès des diplomates occidentaux et africains. Zoro Bi ne peut donc pas prétendre être un homme indépendant, un « super juge intègre » et trainer dans de tels actes ignobles. D’ailleurs Zoro-Bi a été récompensé par son maitre Ouattara une fois au pouvoir.

Le 07 Août 2012, Zoro-Bi a été décoré par Ouattara. Pour quel haut fait ? Tout simplement pour avoir été un « petit juge militant » au service de Ouattara. Ce même jour, Ouattara décora une cinquantaine de militants RHDP. Il fut également nommé Directeur général de l’Agence Ivoirienne de la Coopération Francophone (AICF). Mais cela ne suffit certainement pas. Zoro-Bi voulait aussi diriger la Mairie de Sinfra sous le manteau du Rdr. Pour atteindre son objectif, il monta dès  2012, une équipe à Sinfra avec pour mission principale, œuvrer à offrir la commune au « petit juge de Dimbokro ».

Là- bas on se souvient en cette année là de  l’annonce faite au domicile du chef de tribu Mathias Zagouta Bi kalé  , devant les chefs de village de la Tribu Sian réunis, de sa volonté de briguer la mairie de Sinfra sous l’étiquette du RDR. Le « juge independant » a dû se rétracter par la suite parce qu’il ne figure pas sur la liste électorale de la commune. Alors, peut-on prétendre être neutre lorsqu’on tente d’être élu sous la bannière d’un parti politique ?

Voici donc le défenseur des droits de l’homme, le juge extraordinairement intègre, qui se retrouve brusquement au palais avec ceux qui hier, et aujourd’hui, ont violé et continuent de violer abondamment les droits humains. Zoro Bi Ballo qui affirmait haut et fort qu’«Une justice sélective et aux ordres est source potentielle d’insurrection et de rébellion» (In l’intelligent d’Abidjan, Octobre 2011) est aujourd’hui l’un défenseurs acharné d’ un régime qui fait de la justice sélective un système de gouvernance.

En allant donc poser devant les caméras les mains chargées de sa carte « renouvelée » et le cœur grisé par le discours flatteur d’Amadou Soumahoro, « le petit juge militant » ne faisait rien d’autre que montrer l’autre face de l’imposture.

 

Alain BOUIKALO, Juriste.

MAIN BASSE SUR NOS RICHESSES AGRICOLES - TERRES IVOIRIENNES CONTRE DOLLARS?

 

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Accaparer la terre d’un citoyen, c’est à certains égards, lui ôter définitivement la vie. Face à la gravité du phénomène, la mobilisation effective de la société civile semble se faire attendre. On est alors tenté de se demander s’il s’agit d’une complicité voilée ou d’une incapacité avérée.

 

Historique des accords sur la sécurité alimentaire

Juillet 2009 : les membres du G8 se sont réunis à L’Aquila (Italie) les 8, 9 et 10  et mis en place l’Initiative sur la sécurité alimentaire qui vise à soutenir le développement rural et agricole des pays pauvres par l’octroi de 20 milliards de dollars US au cours des trois prochaines années.

Mai 2012 : Les États-Unis ont lancé, lors du G8 de Camp David les 8 et 9 Mai, la « Nouvelle alliance mondiale pour la sécurité alimentaire et la nutrition ». Elle vise à sortir 50 millions d’africains de la pauvreté dans les 10 prochaines années via des partenariats public-privé. Le cadre de coopération définie 6 pays-tests africains: La Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le Mozambique, Le Ghana, La Tanzanie et l’Ethiopie.
Objectif affiché : la lutte contre la faim. Objectif réel: ouverture des portes aux multinationales?

D’un côté, le G8 promeut la sécurisation de l’ensemble des droits fonciers existants dans les pays du Sud en appuyant la mise en œuvre des Directives Volontaires et insiste sur la nécessité d’établir des normes pour encadrer les investissements privés dans l’agriculture en appuyant le processus d’élaboration participatif.

De l’autre côté, le G8 affaibli les droits fonciers existants et promeut un investissement privé non encadré via la mise en place de la Nouvelle Alliance.

Les Accords de l’Etat ivoirien et du G8: démarrage effectif juin 2013
 
En vertu de ce cadre de coopération, la Côte d’Ivoire s’est engagée à réformer ses lois foncières et à mettre en œuvre d’autres changements pour faciliter l’investissement privé dans le domaine agricole. En échange, le pays est censé recevoir des centaines de millions de dollars d’aide humanitaire et pouvoir compter sur la promesse de huit entreprises étrangères et de leurs partenaires locaux d’investir près de 800 millions de dollars US pour plus de 700 000 hectares dans par exemple le développement de fermes rizicoles à grande échelle.

Les accords de coopération signés en 2012 par le gouvernement de Alassane Ouattara se dénomment  «FEED THE FUTURE», le lien ci-dessous présente l’exhaustivité du programme sur lequel l’état ivoirien s’est engagé,  chiffrage et planning à l’appui ainsi que  le Curriculum Vitae de toutes les multinationales parties prenantes au programme:


Les grandes entreprises font leur loi:  le flux de capitaux qui alimentent aujourd’hui les grandes transactions de terres agricoles emprunte des canaux privés.

En Côte d’Ivoire, SIFCA, détient 47.000 hectares de plantations de palmiers et de canne à sucre : en 2007, Wilmar et Olam (agrobusiness transnationaux de Singapour) ont créé une joint venture, Nauvu, pour prendre une participation de 27% dans SIFCA, le plus grand producteur de canne à sucre et de palmiers à huile de Côte d’Ivoire. La famille Billon détient la majorité du capital de la société; mais toutes les parties ont l’intention d’utiliser SIFCA comme base pour l’expansion de leurs plantations de palmiers à huile en Afrique de l’Ouest.


En Côte d’Ivoire, le groupe français Mimran, a l’intention de démarrer avec 60 000 ha pour éventuellement agrandir sa holding sur 182 000 ha. Une autre entreprise, Cevital, société algérienne, serait à la recherche de 300 000 ha. Le 31 janvier 2013, le PDG de la société française de négoce en céréales Louis Dreyfus, premier importateur de riz en Côte d’Ivoire, a signé avec le ministre ivoirien de l’Agriculture un accord lui donnant accès à une superficie de 100 à 200 000 ha pour la production de riz..À eux seuls, ces trois projets doivent déplacer des dizaines de milliers de petits producteurs de riz et vont détruire les moyens de subsistance de milliers de petits négociants, affectant justement les soi-disant «premiers bénéficiaires» de la Nouvelle Alliance du G8.


La question foncière

Depuis 2008 et l’affaire malgache, l’opinion publique mondiale a pris conscience des transferts de terres qui font passer des millions d’hectares des pays en développement dans des mains étrangères pour la production alimentaire et énergétique.

L’accaparement des terres fait aussi évoluer la notion de propriété foncière en développant les locations de longue durée et aussi parce qu’il concerne parfois des terres soumises jusqu’à présent au droit coutumier qui ignore la dimension privée de la propriété.

J’apprends qu’au Bénin le nouveau code foncier stipule qu’au-delà de cinq cents (500) hectares, un projet de mise en valeur est approuvé par décret pris en Conseil des ministres.

Les instruments du gouvernement ivoirien semblent être tous prêts pour la mise en place du programme: vote de loi pour gouverner par Ordonnance et la prochaine Revue du code foncier.

Des conséquences incalculables

Il n’existe pas pour l’instant d’exemples montrant que des investissements effectués dans le cadre de l’accaparement des terres aient eu des conséquences positives pour les populations.

Au-delà des enjeux alimentaires et économiques, se pose la question de l’agriculture locale, de la souveraineté alimentaire et de l’avenir des paysans. Car ces accaparements poussent à une agriculture intensive et industrielle qui laisse de côté bon nombre de « petits » paysans. Ils remettent sur le devant de la scène la question foncière et celle de l’accès à la terre et impose, parfois de facto, une réforme agraire qui favorise les investissements privés étrangers.

Le phénomène d’accaparement des terres entraîne des conséquences négatives qui menacent la vie des communautés, en particulier le déplacement des populations, l’aggravation de la pauvreté et de la faim, l’augmentation des conflits, la perte des droits fonciers et des moyens de subsistance, la suppression pour les communautés et les paysans l’accès à la terre pour une production locale de produits de base. Et pourtant ce sont eux qui peuvent mettre en place des systèmes alimentaires pour nourrir les populations.

Le phénomène d’accaparement dans les pays en développement affaiblit l’agriculture familiale et les marchés locaux. De plus, les investisseurs ont beau dire que des emplois sont créés et qu’une partie de la production reste dans le pays. Mais cela ne remplace pas les terres et la possibilité pour les populations de travailler et d’utiliser les terres pour subvenir à leurs besoins.

Le phénomène d’accaparement actuel des terres ne peut qu’aggraver la crise alimentaire. « Il favorise les monocultures à large échelle, les OGM, le remplacement des paysans par des machines et l’usage de produits chimiques et d’énergies fossiles. » Ce système ne peut que nourrir les bénéfices de quelques-uns et accroître la pauvreté des autres. Les paysans expropriés devront soit se rabattre sur des terres marginales, moins fertiles ; soit abandonner l’agriculture et s’entasser dans les bidonvilles ; soit travailler dans les plantations industrielles, au risque de ne pouvoir faire vivre leur famille, car ils n’auront plus qu’un accès restreint à leurs terres.

Certains pays, comme la Chine, apportent même leur propre main-d’œuvre et leurs propres technologies lorsqu’ils viennent cultiver à l’étranger, en remplaçant la biodiversité d’origine et en court-circuitant les syndicats locaux.

Le président du Comité exécutif du Réseau des organisations paysannes et des producteurs agricoles de l’Afrique de l’Ouest résume bien la situation : « La vente massive des terres agricoles africaines s’apparente plus à un pacte colonial qu’à la recherche de nouveaux financements pour le développement de l’agriculture africaine [...] On brade les terres africaines, on contraint des milliers de petits producteurs à la misère. Cela est insupportable. »


Laurie Tipper

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«Grain»: fantastique ONG espagnole: 

“Cevital, 1ère entreprise privée algérienne, choisit la Côte d’Ivoire pour sa 1ère implantation à l’étranger,” 

“Côte d’Ivoire : Louis Dreyfus investira 60 millions de dollars dans le riz,” Jeune Afrique, 31 janvier 2013: 

Sécurité alimentaire: l’UE soutient l’initiative du G8 concernant une «nouvelle alliance» avec les pays partenaires, les donateurs et le secteur privé: 


RENDRE HOMMAGE A MANDELA, EN ATTENDANT L’AVENEMENT D’AUTRES DIRIGEANTS AFRICAINS SOUCIEUX DE LA DIGNITE DU CONTINENT


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Depuis quelques jours, les médias occidentaux relaient, de façon fébrile, les nouvelles de la santé de Nelson Mandela, l’ancien président sud africain. Ils sont comme en compétition pour celui d’entre eux qui, le premier, annoncera le décès de l’ancien prisonnier de Robben Island. En Afrique du Sud, l’émotion est grande, mais c’est dans la sérénité que le peuple de la nation arc-en-ciel attend en priant ce qu’il en sera du sort de Madiba. Ailleurs en Afrique, on attend certainement aussi, mais juste comme on attend un évènement autour duquel il y a beaucoup de bruit, sans plus. Car nous sommes bien en 2013, et il y a eu tant d’affreux évènements dans notre vie, que le souvenir du héros Mandela ne nous caresse plus que très légèrement. Oui ! Il est bien loin dans notre souvenir, le Mandela de la lutte contre les injustices de l’apartheid. Et on se souvient à peine de celui qui partagea le prix Nobel de la paix avec Frederik de Klerk, son ex-ennemi, en 1994. Vingt ans ou presque, c’est beaucoup pour des gens dont la vie est une suite de souffrance dont les auteurs ou tout au moins les commanditaires sont ceux-là même qui s’excitent comme des poux autour de l’icône nommée Mandela ! Nous ne sommes pas en train de nous plaindre de la ferveur médiatique autour d’un héros de notre continent : nous sommes juste perplexe et restons dubitatif devant tant d’excitation. Car pour nous, l’enjeu se trouve bien au-delà de l’honneur aux héros.

Mandela, une étoile universelle éteinte avant l’heure :    

Il faut l’avouer sans hypocrisie, il y a longtemps que sont effacées dans l’esprit de beaucoup d’Africains, les images fortes, symboles de fierté, telles celles de Winny et Nelson Mandela. Il nous est resté très peu du héros des années terribles de l’apartheid. Et, de même  qu’aujourd’hui, nous sommes peu nombreux à nous souvenir de Steve Biko, de Dulcy September, voire des enfants de SOWETO, de même nous avons de la peine à trouver brillant dans notre mémoire, le souvenir du premier président Noir de l’Afrique du Sud. Beaucoup de nos héros, les héros de l’Afrique, sont loin dans notre mémoire. On ne les a pas oubliés certes mais, tiraillés par les contingences immédiates, les réalités amères de notre existence d’opprimés, nous enjambons ceux qui sont tombés et ramassons au besoin l’arme de celui qui part à jamais, selon le mot du Che, pour la continuation du combat. Mandela, depuis la présidence de l’Afrique du Sud, n’a plus occupé dans notre vie que la même place que nos autres valeureux héros disparus. Il n’est plus qu’une icône comme les Patrice Lumumba, les Kwame Nkrumah, les Amilcar Cabral, les Thomas Sankara, les Gamal Abdel Nasser… Tous les héros de notre histoire commune sont gravés dans notre mémoire. Mais, à la différence des autres héros, Mandela est toujours vivant.  Eux, on les a déjà pleurés, et leur souvenir est un motif de fierté qui nous encourage au combat. Mandela lui,  on ne l’a pas encore pleuré et pourtant, il ne nous est plus d’aucun véritable apport depuis la fin de sa présidence sud-africaine. Depuis cette époque-là, ce sont les autres, nos ennemis, qui lui vouent un culte totémique.

Au point où parfois, on se demande qui de nos ennemis, dont nous connaissons la cruauté, et nous, sont les vrais bénéficiaires aujourd’hui de la vie du Prix Nobel de la paix Nelson Mandela ! Il a joué un rôle majeur dans la libération de l’Afrique du Sud de l’apartheid. Puis il a été président pour un mandat. Après, silence complet sur le chapitre africain !... L’homme est une étoile universelle qui pour nous est éteinte depuis bien longtemps. Que de souffrance, en effet, essuyons-nous depuis ces vingt dernières années, sans que, même par une simple déclaration, nous sentions la présence de cette icône dans notre existence ! Trop vieux, et avec ce qu’il a dû endurer en prison, il était certainement trop fatigué pour continuer de se battre. Il faut reconnaître qu’il a fait sa part ! C’est vrai ! Alors, nous disons qu’il y a longtemps que l’étoile qui a brillé s’est éteinte. Et il est malsain de s’acharner sur lui, de se bousculer autour de lui. Aujourd’hui, c’est un vieillard qui a plus besoin des prières de ses frères que nous sommes, comme le font les Sud Africains, plutôt que de cette excitation mercantile de mauvais alois. Prier pour Mandela, voilà le seul vrai hommage à rendre à ce héros de notre continent !

Au-delà des héros à qui nous rendons hommage, l’Afrique a aussi et surtout besoin d’hommes forts soucieux de sa dignité actuelle !    

Les grands hommes, l’Afrique en aura toujours besoin. Elle en a eu et, Dieu merci, elle en aura encore. Mais le constat aujourd’hui amer, c’est que le destin contrasté de tous nos héros est le fait d’un et même dénominateur, l’occident si accroché à ses visées impérialistes aux allures de déshumanisation des Africains. Une constance permanente est aujourd’hui inéluctable : l’occident n’encense de l’Afrique que ce qui, en plus de ne rien apporter aux Africains, participe de leur aliénation. De sorte que lorsque l’occident applaudit quelqu’un ou quelque chose par rapport à l’Afrique, il faut adopter de la méfiance en la situation. N’est-ce pas cet occident, principalement la France, qui fait et défait les gouvernements africains pour placer au pouvoir ses larbins, fossoyeurs des peuples du continent ? La conséquence logique de la situation, c’est que cet occident peut, en dehors de toute règle et de toute morale, encourager, laisser faire ou même conduire des massacres à dimension génocidaire sur le continent, sans que personne, ni les icônes mondiales de la taille de Mandela, ni aucun chef d’Etat, ni même ce syndicat de soumission qu’est l’UA, ne réagisse. Sarkozy et les siens ont tout faussé en Côte d’Ivoire, détruit la Lybie, sans oublier qu’ils avaient déjà tout organisé à leur profit au Tchad et en Centrafrique, et ils font maintenant toutes sortes de combines pour s’approprier le Mali. Peut-on dire qu’on ne voit pas ce qu’ils font ? Qui en Afrique ose lever le petit doigt, lorsque l’occident s’acharne sur le Zimbabwe de Mugabe, le très proche voisin de l’Afrique du Sud de l’icône Mandela ? La RDC, pas si loin que ça,  est dans la tourmente depuis de nombreuses années!... L’occident vorace torture depuis de longues années la Somalie ; il (l’occident vorace) a réussi à diviser le Soudan pour son pétrole. Et nous n’oublions pas «ses printemps arabes» qui n’épargnent pas l’Afrique!... Le ballet des souffrances des peuples d’Afrique se poursuit, et pas une voix ne s’élève, au-delà des discours à objectif médiatique des réunions où la soumission est convenue d’avance. Il est temps que les hommes et les femmes à la tête de notre continent, que ce soit au plan de la renommée ou à celui de la responsabilité à tous les niveaux, se soucient du bonheur de leurs frères, les autres Africains. Aucun être humain n’est rien sans les autres.

Dans les Saintes Ecritures, on parle du « prochain » ; et le prochain le plus immédiat, c’est l’autre être humain de la famille, le frère ou la sœur. A quoi sert-il à une personne d’être adulée par le monde, s’il n’est d’aucune utilité pour les siens ?  Personne ne sauvera l’Afrique de quelque problème que ce soit sinon les Africains eux-mêmes ! Que ceux qui en Afrique ont un minimum d’audience et de responsabilité s’investissent enfin dans les œuvres de libération et d’épanouissement des peuples africains : ils en seront de plus grands et vrais héros et mériteront bien mieux nos hommages !

Dieu nous garde!
 

BEDI HOLY, Enseignant.

LES VICTIMES DE DUEKOUE ECRIVENT AU PRESIDENT OBAMA


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Monsieur le Président  des Etats Unis d’Amérique, nous avons pensé à vous écrire ce matin, avec tout le respect dû à votre personne et à votre rang. Et nous avons choisi de le faire au moment où, pour la seconde fois, vous vous rendez sur le continent Afrique.

La raison essentielle de la présente adresse publique est toute simple : vous demander personnellement d’intervenir pour la libération immédiate et sans conditions de tous les prisonniers politiques qui croupissent dans les prisons de notre pays, la Côte d’Ivoire.

 Notre adresse à l’honorable personne que vous êtes n’est point hasardeuse, tant nous savons que dans la grande et détestable tragédie qui secoue au quotidien notre pays, la Côte d’Ivoire, votre pays, les Etats Unis, la plus grande puissance du monde, y a aussi sa main. En effet, Monsieur le Président, ce que la communauté internationale s’évertue à appeler  une crise postélectorale en Côte d’Ivoire depuis l’an 2010 est en fait un montage grossier et honteux qui sert à couvrir les crimes d’une rébellion vieille de treize ans et dont les prouesses criminelles se résumaient à éventrer des femmes enceintes, décapiter des bébés ou brûler des familles entières ligotées et emprisonnées dans leurs cabanes ou leurs maisons. Quant à la grave implication de votre pays dans les malheurs que nous vivons, qu’il vous plaise, Monsieur le Président, de savoir ceci : le 1er Décembre 2010, l’ambassadeur des Etats Unis d’Amérique, Philip CARTER III, s’est permis, avec celui de la France, à la manière des terroristes d’Al Qaeda que vous réprouvez, d’enlever le président de la commission électorale de Côte d’Ivoire, pour l’amener au quartier général de l’un des candidats à l’élection présidentielle. C’est de ce quartier général que ce président , sans courage et sans honneur a annoncé, hors délai, des résultats mensongers repris en boucles et soutenus par la communauté internationale et des médias qui ont minimisé en l’ignorant avec mépris, la Cour Constitutionnelle de notre pays. Voici, Monsieur le Président, ce qui a remis le feu aux poudres dans notre pays, la Côte d’Ivoire. Contre la volonté du digne peuple de Côte d’Ivoire qui a demandé le simple recomptage des voix électorales, la communauté internationale avec la France, les Etats Unis et l’Organisation des Nations Unies en tête, nous a imposé depuis lors jusqu’à ce jour, le décompte macabre des cadavres de nos compatriotes assassinés pour avoir refusé cette imposture esclavagiste ! Qu’il nous soit permis aussi de vous  rappeler que cette  fameuse élection présidentielle a eu lieu sans que la rébellion ivoirienne n’ait désarmé, soutenue qu’elle était par la France et l’O.N.U.

Monsieur le Président, honorable premier citoyen des Etats Unis d’Amérique, depuis le fameux 11 Avril 2011, le peuple de Côte d’Ivoire subit chaque jour, bien plus qu’avant, des atrocités sans nom, de la part de bandits venus de la sous-région ouest africaine, des bandits et des mercenaires puissamment armés par la France et par l’Organisation des Nations Unies qui ont activement pris part à la déstabilisation de notre beau pays depuis treize ans. Après des bombardements intenses contre les populations civiles et militaires de Côte d’Ivoire, les militaires français ont fini par arrêter le Président GBAGBO et son épouse Simone EHIVET qu’ils ont remis aux rebelles quand ceux de l’O.N.U. livraient  aux mêmes rebelles toutes les personnalités du régime déchu, partis chercher refuge et protection à un des  sièges des Nations Unies à Abidjan. Depuis lors, ce sont des douleurs et des traumatismes qui sont le quotidien des Ivoiriens : emprisonnements, exactions ou exécutions sommaires selon l’ethnie ou selon l’appartenance politique ont lieu, sous les yeux des armées française et onusienne, comme le massacre d’au moins deux cents réfugiés autochtones d’ethnie Wê  au camp de Nahibly, à Duékoué (chez nous), le Vendredi 20 Juillet 2012. Un massacre dont tout le monde connaît les auteurs mais qui reste toujours sans suite judiciaire. Quant aux centaines de nos compatriotes injustement emprisonnés et toujours non jugés, ils souffrent  de maltraitances et d’humiliations de la part de géôliers dont la réputation de criminels depuis la rébellion n’est plus à démontrer, au vu et au su d’une communauté internationale dont le silence est pour nous, synonyme d’un pacte saugrenu ! Or, le 11 Avril 2011, la communauté internationale s’est empressée de crier qu’elle venait de libérer la Côte d’Ivoire de la dictature de… Laurent GBAGBO. A quoi cela a-t-il donc bien servi, puisque la communauté internationale, prétextant de nous avoir  libéré d’une supposée dictature, nous a depuis lors jetés, malgré nous, dans un gouffre de tyrannie ?

Monsieur le Président, sans le souhaiter vraiment, puissiez-vous imaginer qu’un jour, ce schéma grotesque de la capitulation même de la morale et de la justice humaine se reproduise chez vous , là-bas, aux Etats-Unis d’Amérique? Que des brigands et des terroristes se permettent de détruire l’ordre légal ou institutionnel de votre pays, par pure convoitise de ses ressources naturelles ou de ses nombreuses richesses ? Que des envahisseurs étrangers de vos Etats fédérés, armés jusqu’aux dents, terrorisent et massacrent des jeunes patriotes américains aux mains nues, ainsi que des hauts cadres de votre armée et de votre gouvernement , après en avoir braqué  plus de la moitié des banques et autres institutions financières? Que ces hors-la-loi déciment l’armée des Etats-Unis avec l’aide d’une puissance étrangère, en exécutent tous les hauts gradés, emprisonnent ou torturent à volonté officiers et soldats, désarment et humilient les agents fédéraux du F.B.I. ou de la C.I.A. en les plaçant sous les ordres de chasseurs indigènes reconnus être des buveurs de sang humain ? Ou bien alors, quel état d’esprit serait le vôtre, en imaginant que des gangsters ou des mafieux sortis des prisons américaines et des pègres de Brooklyn ou du Bronx, de grands trafiquants de drogue, sans éducation aucune et sans respect pour la vie humaine, se permettaient de traîner au sol en les palpant sans pudeur et en les torturant , des épouses de respectables gouvernants ou d’élus américains ? Des femmes qui, de surcroît, pourraient être les mères de ces pauvres voyoux? Monsieur le Président, au moment où nous vous écrivons ces lignes, une image d’horreur revient en boucle en notre esprit : c’est celle d’une vidéo où l’actuelle ministre de l’Education nationale de monsieur Alassane OUATTARA, le président à nous imposé par la communauté internationale, une analphabète avérée (de par ses innombrables lapsus anecdotiques et ses vulgaires incohérences), arrache de force, en l’injuriant, les cheveux de l’épouse du Président élu de Côte d’Ivoire, madame Simone EHIVET – GBAGBO, la mère des patriotes de notre cher pays ! Et cela s’est passé à l’hôtel même du Golf, le quartier général du candidat OUATTARA, juste après l’arrestation du Président GBAGBO et de son épouse. Nous voudrions vous prier de croire ici, Monsieur le Président, que constater et dénoncer une tare viscérale (le cas grotesque et hilarant de cette fameuse ministre de l’Education) n’est point une envie de verser dans l’injure gratuite et cela, de toutes les façons, ne saurait être une pratique que nous affectionnons. Quant aux preuves de tout ce que nous dénonçons et condamnons, la toile internet en est pleine, Monsieur le Président. Outre cela, vous voudriez bien comprendre, Votre Excellence, tout sauf votre respect, que là où l’intellect carencé le dispute à la barbarie primaire ou à la haine bestiaire, les patriotes ivoiriens et les victimes opprimées qui vous écrivent maintenant, ne sont pas.

Votre Excellence, à vous qui êtes pour nous un frère car tout de même originaire comme nous du continent africain, nous avons voulu adresser ces quelques lignes à l’effet de vous signifier, en toute dignité, qu’au-delà même de notre douleur et de notre déception vis-à-vis de votre pays (les Etats Unis) qui n’a de cesse d’exiger la pratique de la vraie démocratie aux autres nations du monde, notre amertume et notre effarement devant ce que nous vivons au quotidien croissent sans cesse. Au vu et au su des  gouvernants des Etats Unis d’Amérique et de la communauté internationale, le désordre, l’injustice,  les emprisonnements d’innocentes personnes et les massacres gratuits d’humains se perpétuent en toute impunité en Côte d’Ivoire. Notre pays est devenu une véritable jungle où la liberté même d’expression est strictement interdite aux Ivoiriens, depuis ce jour triste du 11 Avril 2011 où la démocratie a été interrompue par les bombes françaises et onusiennes. Pourtant, nous nous en souviendrons toujours, comme si c’était hier, de vos discours  africains sur la force et la stabilité des institutions et de la démocratie, lors de votre précédent  voyage présidentiel en 2008 en Afrique du Sud et au Ghana voisin. De nobles principes foulés aux pieds et leurs farouches défenseurs (les patriotes ivoiriens) humiliés, emprisonnés ou lâchement assassinés. Vous voudriez bien reconnaître ici avec nous, Monsieur le Président, que quant au casting du «bon cheval» pour diriger la Côte d’Ivoire, vos amitiés, vos collaborateurs et les groupes d’intérêts financiers américains vous ont lourdement trompé, dans la mesure où ce qui se vit depuis deux ans dans notre cher et beau pays est aux antipodes des principes démocratiques qui les vôtres.

C’est donc pour toutes ces raisons, Honorable premier citoyen des Etats Unis et cher frère, que nous, victimes de guerre de Duékoué, toute colère et tout désir de vengeance tus en nos cœurs, nous nous permettons de vous écrire ces lignes afin que vous fassiez de tout votre possible pour la libération immédiate et sans conditions de tous nos compatriotes et de notre très cher Président GBAGBO  qui croupissent dans les geôles d’une intolérable absurdité qui, jamais, ne saurait s’ériger en droit.

Oui, Monsieur le Président, vous le pouvez ! Vous pouvez, par un simple geste fort de votre part, impulser un nouveau départ à l’histoire de l’humanité et à l’Afrique, terre de vos ancêtres, car pour nous les victimes de cette imposture franco-onusienne et pour tous les démocrates du monde, la justice et la morale humaine sont en contradiction totale et en conflit avec elles-mêmes tant la Cour Pénale Internationale de La Haye s’est couverte et continue de se couvrir de ridicule ou de discrédit dans un faux procès contre le Président GBAGBO, quand de nombreux patriotes et des personnalités de la Côte d’Ivoire, dont des femmes, sont détenus en toute illégalité, sans jugement depuis plus de deux ans dans de miteuses prisons de Côte d’Ivoire et que des auteurs de crimes contre l’humanité connaissent des promotions politiques et militaires, sont choyés, formés ou encadrés et protégés par la communauté et par la justice internationales !

Oui, Monsieur le Président, vous dont l’ascension sociale n’a rien à voir avec le faux ou la tricherie, la barbarie ou la loi de la jungle, nous croyons fermement que vous pouvez aider à la libération de tous nos compatriotes injustement emprisonnés par esprit de méchanceté. Oui, Monsieur  le Président, nous croyons que vous le pouvez ! Pour les victimes d’une guerre injuste et absurde que nous sommes mais qui continuons de résister à l’imposture que l’on veut nous imposer, nous restons profondément convaincus qu’en vous rappelant les différents et difficiles moments de la lutte des Noirs d’Amérique pour leur liberté et leur dignité, de la triste période de l’esclavage en Amérique à votre élection historique comme Président des Etats Unis, vous aurez saisi toute la portée de notre indicible douleur, de notre indignation face à ce que nous vivons et de notre adresse à votre honorable personne. Surtout qu’au moment de la présente adresse à votre Excellence, vous survolez le continent noir africain, partant de l’île de Gorée au Sénégal à celle de Robben Island, deux symboles forts de la tragédie et des souffrances des peuples de notre continent.

Nous vous remercions, Monsieur  le  Président, de bien vouloir trouver en ces lignes, notre ardent désir de restauration en notre chère patrie, la Côte d’Ivoire, de la justice, de la liberté et de la vraie démocratie, malgré les nombreuses atrocités subies et que nous avons déjà pardonné à leurs auteurs fous qui persistent à régner dans une cruauté sans nom, consacrant ainsi, chaque jour que DIEU fait, l’affreux règne, somme toute éphémère, du mal sur le bien.


Pour les victimes de Duékoué (Carrefour & Nahibly)


Emmanuel Caleb, le 27 Juin 2013.

lundi, 01 juillet 2013

MAMADOU KOULIBALY: LA REFORME DE LA JUSTICE COMME ELEMENT D'UNE COALITION DE RUPTURE VICTORIEUSE

 

MAMADOU KOULIBALY. REFORME DE LA JUSTICE.jpg

 

L’intrusion brutale de la Cour pénale internationale (Cpi) dans le paysage politique ivoirien nous fait prendre conscience que nous n’avons pas de justice crédible, efficace et équitable. Depuis ces vingt dernières années, les gouvernements successifs ont pris l’habitude d’emprisonner des personnes sans jugements et sans que l’on ne demande de compte au système judiciaire.

Hier, c’était les gestionnaires de la filière du cacao, des journalistes et autres citoyens qui étaient incarcérés de longs mois, illégalement et sans procès. Aujourd’hui, c’est une partie du personnel politique qui se retrouve dans le même type d’incarcération. Dans les deux cas, les commentateurs regardent non pas la justice, mais le bureau du président de la République, qui est capable de dire si oui ou non, une personne peut être arrêtée, doit être arrêtée, quand il faut le faire et combien de temps la garder en prison sans jugement. En général, les prisonniers politiques libérés ont pour premiers mots la reconnaissance et des remerciements en l’endroit des autorités pour leur magnanimité. Dans les deux cas, c’est le président de la République qui est capable de dire si un prisonnier peut être libéré ou pas. Lui est au-dessus du code de procédure pénale, au-dessus de la loi. Le président n’est-il pas aussi le président du conseil supérieur de la magistrature ? N’est-ce pas lui qui fait la promotion des magistrats et qui peut leur dicter aussi sa volonté de justice, tout en proclamant aux esprits naïfs qu’il n’interférera jamais dans les procédures judiciaires ? Dans notre pays, être président, c’est être à la fois un roi et un pontife.

La justice dans notre pays est un sujet à problème qui mérite des solutions novatrices et révolutionnaires, si l’on souhaite construire une économie de progrès social et de liberté. L’opposition ivoirienne pourrait déjà se faire l’écho de réformes, compte tenu des expériences vécues par elle dans cette période où la justice est utilisée à des fins de vengeance. Plus une vengeance justicière qu’une simple justice de vainqueurs.

Nous nous plaignons tous de la justice, à commencer par les juges et les magistrats qui jugent sévèrement leurs conditions de travail. Les avocats, greffiers, huissiers, notaires et autres policiers et auxiliaires de justice sont tout aussi sévères avec le système judiciaire, qui ne traite pas les dossiers et va de renvoi en renvoi sans trancher de façon claire et définitive. Les justiciables ordinaires, individus, ménages et entreprises, affirment partout que notre justice est incompétente et corrompue.

Le personnel politique quant à lui n’a pas d’idées pour réformer cette justice au-delà des professions de foi et des vœux pieux, parce qu’il ne rêve que de mettre cette justice à son propre service, contre tous ceux qui ne sont pas d’accord avec lui. Le système judiciaire ivoirien va mal depuis très longtemps et a besoin de rupture et de réformes. Mais comment réformer en gardant en même temps le statu quo ? Toute idée de réforme est-elle irréaliste, idéaliste, théorique comme se plaisent à le dire tous ceux qui sont formatés pour cautionner la tyrannie de l’immobilisme et du désespoir?

Répondre à ces questions, c’est considérer sérieusement que les populations ivoiriennes ont besoin d’un bon système judiciaire et que pour cela, il ne faut pas hésiter à bouleverser les conformismes qui bloquent toutes les évolutions. Notre société ne peut avancer que si nos réformes nous empêchent de continuer de tourner en rond.

Cette rupture semble avoir été perçue par les rédacteurs de la constitution de 2000, qui ont décidé d’y inscrire notre passage d’une autorité judiciaire constitutionnelle à un pouvoir judiciaire et d’éclater la cour suprême d’antan en quatre différentes institutions, suivant en cela la tradition des institutions juridiques françaises. Cependant, la France, elle, n’a pas évolué dans une logique de pouvoir judiciaire constitutionnel, mais est restée avec une autorité judiciaire. En plus, en France, l’éclatement de la cour suprême en quatre instances est devenu tout de suite réalité.

Ici, en Côte d’Ivoire, après avoir inscrit que c’est d’un pouvoir judiciaire que nous voulons, nous avons continué, depuis 2000, à fonctionner avec une autorité judiciaire éclatée entre une cour suprême amputée du conseil constitutionnel et un conseil constitutionnel qui, depuis treize ans, n’a pas arrêté de nous surprendre, tant sa compréhension de la constitution est discutable, sectaire, controversée et marginale. La dernière crise postélectorale nous aura montré qu’en 2000 comme en 2010 et même en 2013, le conseil constitutionnel est loin de donner satisfaction. Les autres institutions éclatées issues de la disparition programmée de la cour suprême n’ont jamais été installées, treize ans après l’adoption de la constitution. Le conseil d’Etat, la cour des comptes et la cour de cassation n’ont pas été mis en place, parce que le gouvernement et le parlement ne se sont accordés, à l’époque, que sur la nécessité de régler les problèmes électoraux avec le conseil constitutionnel, les autres juridictions supérieures ayant été jugées peu importantes et moins urgentes jusqu’aujourd’hui. Comment s’étonner alors du biais judiciaire, si la législation elle-même au commencement avait biaisé le jeu ?

Maintenant, dans une logique authentique de rupture démocratique, l’opposition doit affirmer clairement ses choix et sortir des hésitations. Treize ans d’expérience suffisent pour comprendre que nous n’avons aucun intérêt à éclater la cour suprême et qu’au contraire, nous devons la réinstaller et la renforcer. Il nous faut une réforme constitutionnelle qui unifiera les juridictions administratives et judiciaires et remettra en place la cour suprême. Nous devons ainsi repositionner l’Etat, non plus comme un justiciable à part, mais comme un justiciable de droit commun. Autant le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif ont chacun un seul organe hiérarchique, autant pour l’équilibre des pouvoirs, il nous faut un seul organe suprême d’expression du système judiciaire. La cohérence d’ensemble de notre système politique l’exige, la démocratie et notre sécurité collective aussi.

Même si la nomination des magistrats peut rester dans les prérogatives du chef de l’exécutif, nous devons établir des balises pour éviter les abus de ces dernières années, œuvres de tous les bords politiques. D’abord, les nominations des magistrats à la tête des juridictions suprêmes devraient faire l’objet de ratification par l’assemblée nationale issue du nouveau régime parlementaire que la réforme constitutionnelle mettra en place. Les pouvoirs se contrôlent mutuellement, rendent des comptes et sont prêts à ce qu’on leur demande des comptes.

Ensuite, pour rapprocher les justiciables de leur justice, des juridictions suprêmes de second degré doivent être établies dans les différentes régions du pays. Aujourd’hui, nous avons 14 districts, dont deux districts autonomes, qui regroupent les 31 régions du pays. Il nous faudrait donc, à supposer que la loi d’orientation de la décentralisation garde le découpage actuel, 14 juridictions suprêmes régionales pour commencer, en plus de la cour suprême nationale qui serait l’organe de recours, d’appel et de censure à la disposition des populations. Enfin, il faut donner à l’opposition parlementaire ou non parlementaire la possibilité de saisir la cour suprême, et soumettre la loi de la majorité votée par le parlement à la sanction du droit, qui est supérieur à la loi. De même, les citoyens et les entreprises doivent aussi avoir la possibilité de se pourvoir devant les juridictions supérieures et devant celles de la Cedeao pour y chercher des remparts contre les risques totalitaires des législations adoptées par la majorité parlementaire dans un pays membre. Ainsi, les citoyens nationaux doivent pouvoir, par la voie de l’exception d’inconstitutionnalité soulevée devant les juridictions, demander une interprétation des lois adoptées et qui leur sembleraient abusives.

Au-delà de ces réorganisations institutionnelles, le fonctionnement de la justice nécessiterait des améliorations et donc des efforts budgétaires conséquents, non pas, comme d’habitude, seulement en termes d’équipements et de formation. Dans son fonctionnement il sera clairement établi que la police n’est qu’un moyen au service des tribunaux et que les tribunaux auront des pouvoirs renforcés pour les rendre capables de garantir l’ordre social et les droits individuels.

Plus de droits et plus de juges biens formés, des tribunaux fonctionnels, efficaces, rapides et accessibles à tous : telles devraient être les priorités pour nous en matière de réforme de la justice. Une telle démarche exige que nous nous mettions d’accord pour dire que dans une démocratie qui marche bien, le pouvoir judiciaire doit avoir la primauté sur l’exécutif et le législatif et avoir une indépendance absolue nécessaire à son bon fonctionnement. La constitution et les lois révisées devraient affirmer le substrat de valeurs morales qui garantissent cette vision des choses.  

Tel est le fond d’un vrai discours de rupture en matière judiciaire. Notre histoire récente nous prouve que sans justice stable, efficace et indépendante, nous devenons tous fragiles et ceux qui ont un brin de pouvoir l’utilisent tout de suite pour écraser les autres. Le juge est le meilleur garant des droits individuels et notre liberté est mieux assurée par les tribunaux indépendants que par les législateurs, qui souvent font des lois pour se venger de leurs adversaires.

Les lois sont toujours l’expression de pouvoirs politiques, qu’elles émanent du président de la République ou du parlement. Et, dans un tel contexte, les minorités politiques seront considérées comme ayant juridiquement tort. Les lois dans notre pays sont devenues des instruments que les majorités utilisent pour imposer leurs vues. Nos réformes et la rupture qui les inspire doivent être telles qu’aucun président ne puisse régner en violation des textes fondamentaux et qu’il n’y ait face à cela aucun recours autre que la violence. Nous devons utiliser la justice pour mettre fin au cycle de la violence et de l’insécurité.

Ces réformes exigent cependant que les convictions prennent le pas sur les ambitions personnelles. Elles pourraient être le socle d’un ensemble de valeurs morales et idéologiques d’une opposition unie derrière des idées communes, propices à la résolution des problèmes qui se posent avec acuité et urgence. La Côte d’Ivoire n’est-elle pas plus importante que nos destinées politiques individuelles ?


Pr. Mamadou Koulibaly, le 28 juin 2013.


Source: LIDER-CI.ORG (Page Facebook)

LE RESPECT DE LA PROCEDURE D’EXTRADITION DES REFUGIES PAR LE PRESIDENT MAHAMA REMIS EN QUESTION

 

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Le journal Ghanéen «The Finder», dans sa livraison du 25 juin 2013 en p.3, remet en question le respect de la procédure d’extradition des refugiés ivoiriens par le président John Mahama. Selon un expert juridique qui a parlé au journal, les demandes d’extradition doivent être approuvées par les juridictions du pays d’accueil où les individus concernés ont le droit de recevoir une assistance juridique.

Voici la traduction intégrale de l'article: "Les réfugiés ivoiriens paniquent", p.3 de "The Finder" du 25 juin 2013. Par George Koomson.

Les réfugiés Ivoiriens au Ghana paniquent après l’engagement pris par le Président Mahama d’envoyer en Côte d’Ivoire ceux d’entre eux que le gouvernement ivoirien demandera.


La peur des réfugiés ivoiriens, selon un porte-parole qui a requis l’anonymat, fait suite à la déclaration du Président Mahama: Il pense que cette déclaration pourrait encourager les autorités ivoiriennes à fabriquer des allégations contre ses opposants politiques qui ont demandé l’asile au Ghana dans le but de les extrader en Côte d’Ivoire.

Le porte-parole affirme que la préoccupation immédiate des réfugiés est leur nourriture, parce qu’ils apprennent que leur stock expire à la fin de ce mois (juin 2013).

Mais il a aussi confié à "The Finder" que ses compatriotes qui résident au Ghana paniquent parce que le «Président Mahama a dit en France que si des noms de réfugiés recherchés par les autorités ivoiriennes leur étaient donnés, il accepterait de les livrer au Président Ouattara».

Répondant aux questions pendant une interview, le 29 mai en France, par rapport à l'extradition de Charles Blé Goudé, le Président Mahama a dit: «Le Ghana a une longue tradition de démocratie, et nous ne saisirons personne par le cou pour l’envoyer dans une situation dangereuse, à moins que nous n’ayions des preuves concrètes contre lui». 

Il a continué en disant que le «Président Ouattara leur a soumis une liste de personnes recherchées en Côte d’Ivoire pour des actes de déstabilisation et nous avons extradé ceux contre qui nous avons reçu des preuves convaincantes de leur implication», se référant à l’arrestation des proches du Président déchu.

Charles Blé Goudé, Jean-Noël Abéhi et Jean-Yves Dibopieu ont été arrêtés en début d’année et extradés en Côte d’Ivoire.

La façon dont s'est faite cette extradition met en question le respect de la procédure d’extradition des refugiés par le Président Mahama (...).

Le Président Mahama a fait une allégation qui n’a pas encore été rendu publique dans une interview en  France dans laquelle il apparaît qu’il aurait assumé des fonctions qui relèvent du pouvoir judiciaire.

«Il y aurait un mandat d’arrêt contre Blé Goudé et les autres, après une vidéo qui les montrait en train de parler de coup d’Etat», a-t-dit, ajoutant selon starafrica.com, qu’il y avait assez de preuves pour leur extradition. C’est donc ce qui s’est passé après leurs arrestations qui inquiètent les refugiés ivoiriens qui résident au Ghana.

Le Président Mahama, faisant allusion à ceux qui ont été extradés affirme: «C’est tout ce que nous avons, mais si nous recevons d’autres noms, nous les remettrons aux autorités ivoiriennes».

C’est cette dernière déclaration qui crée la peur chez les refugiés qui craignent que cela n’encourage les autorités ivoiriennes à envoyer plus de «preuves» au Président Mahama contre ceux qu’ils cherchent.

 

Par George Koomson. "The Finder" du 25 juin 2013.

UN QUOTIDIEN GHANEEN: «POURQUOI LE GHANA A EXTRADE BLE GOUDE, L’ALLIE DE GBAGBO?»

 

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«Le Ghana a arrêté et remis M. Charles Blé Goudé au gouvernement du président Ouattara à la demande de la CPI».


Cette déclaration a été faite par le Chairman de "Ghana Refugee Boad" (GRB), Kenneth Dzirasah, en réponse à une question au cours du débat tenu pendant la journée mondiale des Réfugiés à Accra.

M. Dzirasah avait auparavant indiqué que le Ghana prenait la convention des Nations Unies pour la protection des réfugiés très au sérieux et ne pouvait par conséquent pas renvoyer un réfugié dans son pays si  cela pouvait mettre sa vie en danger.

Il a ajouté que le Ghana à jusque-là tout fait pour protéger les réfugiés sur son sol, dans la mesure de ses moyens, en ajoutant que le Ghana est une démocratie.

Le Ghana, dit-il, croit que quel que soit le pays qui fait une demande d’extradition de ses citoyens, il lui faudra déposer une demande à l’une des cours du pays qui déterminera la suite à donner à la procédure.

Il dit que cela peut se faire dans des cas exceptionnels comme ceux des crimes contre l’humanité. Mais, même dans ce cas, les affaires doivent être traitées au cas par cas et être examinées par la cour. Il ajoute que là où une telle procédure n’a pas été respectée, le pays ne peut extrader un réfugié.

Dans le cas de M. Charles Blé Goudé, le Chairman de GRB affirme que la demande d’extradition venait de la CPI et "donc le Ghana était contraint d’honorer cette demande".

M. Dzirasah affirme, en outre, qu’il se trouve que certains pays francophones voisins au Ghana ne partagent pas cette façon de comprendre la loi, surtout la présomption qui dit qu’une personne est innocente jusqu’à ce que sa culpabilité soit prouvée par une juridiction compétente.

Il dit que c’est la raison pour laquelle les cas de certains ivoiriens demandés par le gouvernement ivoirien sont à la cour pour déterminer si les demandes peuvent être accordées ou non.

A la question de savoir pourquoi Amnesty International n’as pas été entendu dans cette affaire, le Directeur de Amnesty International Ghana, M. Lawrence Amesu, dit que son organisation n’agit normalement que dans les cas de violations de Droits de l’Homme, après de sérieuses investigations. Amnesty lnternational n’a pas encore atteint ce stade dans le cas de Blé Goudé, a-t-il dit.

De son côté, M. Richard Owagson, Commissaire Adjoint de la Commission des Droits de l’Homme et de la Justice Administrative, dit qu’aucune plainte n’a été déposée auprès de la Commission à ce sujet.

La Commission a donc refusé de faire des commentaires parce qu’elle estimait que l’affaire pourrait arriver à son niveau à tout moment. Elle ne voudrait donc pas compromettre son rôle d’arbitre.

Au moment de son arrestation, laquelle a été étrangement tenue secrète, il n’y avait aucune autre explication pour justifier l’extradition manu militari du leader de la jeunesse ivoirienne et le Ghana n’a jusque-là pas dit qu’il a eu toutes les garanties concernant le traitement de Blé Goudé par les autorités ivoiriennes, une fois en Côte d’Ivoire.


Par George Koomson, in le quotidien ghanéen "The Finder" du 21 juin 2013.

MAMADOU BEN SOUMAHORO: «PHILIPPE MANGOU, TAIS-TOI ET MANGE!»

 

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Une Philippique de l’Honorable Mamadou Ben Soumahoro adressée au Général Mangou.

 

J’ai longtemps hésité avant d’écrire ces quelques lignes qui ont pour ambition de calmer la plaie qui s’est ouverte en mon être, traumatisme  profond causé par un choc aussi réel que la blessure elle-même est censée être virtuelle. Car en fait, une blessure provoquée par une déception est d’autant plus difficile à guérir. Quand on a été ainsi trompé dans son attente et dans son espérance, le retour sur ses sentiments premiers  que l’on croyait définitifs est très pénible et dans le cas qui va nous occuper, véritablement déchirant. Personne au monde n’aurait pu me convaincre que le Général de Corps d’Armée Philippe Mangou aurait pu jeter le manche avant la cognée et s’enfuir dans une Ambassade étrangère à deux pas de la Résidence de son plus grand protecteur  et Chef Suprême Laurent Gbagbo, au moment précis où le Chef de l’Etat était en droit d’attendre de son Chef d’Etat Major Général des Armées ce qui pouvait constituer comme un retour sur investissement sur la personne de ce « brillant officier » qu’il avait nommé dans un incroyable élan de réalisme,  sur la base de ce que ses hommes l’avaient démocratiquement choisi sur la ligne de front des actions militaires de l’opération Dignité. Soulagé et content d’avoir trouvé sa perle rare, le Président Laurent Gbagbo  qui a constamment et en toutes circonstances la construction de la nouvelle Côte d’Ivoire en tête, avait dit ce soir là : « Il y a dans cette armée des garçons dont la Côte d’Ivoire  a de quoi être fière ». Dans ce cas précis, il se trompait et nous aussi, parce que nous avions approuvé son jugement et même applaudi. L’attitude du Président Laurent Gbagbo vis-à-vis de Philippe Mangou n’a jamais changé.

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Il était Lieutenant-colonel. Il est ensuite devenu Colonel, Colonel-Major, Général de Brigade, Général de division, Général d’Armée, Général de Corps d’Armée. Les « étoiles » ont voltigé sur ses épaules à la vitesse d’un bolide de Formule 1. On sentait bien que le Président Laurent Gbagbo voulait lui donner ici et maintenant tous les instruments de son autorité et de son commandement, en brûlant la politesse à de nombreux autres officiers probablement frustrés. Mais chacun sait qu’on ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs. Comment faire autrement. Toutes les apparences plaidaient en faveur de Philippe Mangou : l’officier était bien fait de sa personne, et nul ne pouvait présumer qu’il était bête. Visiblement, il avait déjà réussi à se faire aimer de ses hommes du rang.  Il impressionnait les civils par son allure martiale et par la qualité de son discours. De surcroît, Philippe Mangou était fils de Pasteur et profondément croyant lui-même. C’est du moins ce qu’il laissait croire. Je n’ai pas d’éléments pouvant me permettre de mesurer le désappointement du Président Laurent Gbagbo mais en ce qui me concerne, je puis vous dire que le jour de la trahison du Général Philippe Mangou, j’ai eu le sentiment que la terre se dérobait sous mes pieds. Pour plusieurs raisons :

1 - Philippe Mangou n’a pas trahi le Président Laurent Gbagbo par cupidité ou par cynisme. Pour l’argent je puis témoigner qu’il n’avait aucune raison de se plaindre du Président. Et je peux affirmer maintenant qu’il n’était pas assez intelligent pour être cynique. Le Général Philippe Mangou a tout simplement trahi par impéritie, par incapacité à assumer ses charges ; il était inapte au commandement. Il n’avait rien compris à la mission que lui imposait ses « étoiles ». Des soldats de ses différentes garnisons ont dit de lui qu’il était un lâche et un fuyard  dans une lettre qui avait les relents d’un brûlot. Ils avaient probablement leurs raisons mais en fait, ils sont passés à côté du vrai caractère de leur chef.  En réalité Mangou philippe n’a pas eu le temps d’apprendre, de comprendre ce qu’est la fonction véritable d’un Général Chef d’Etat Major. Le Président de la République Chef Suprême des Armées, les Officiers Généraux, les Officiers Supérieurs, le Sous-Officiers, les Hommes de Troupes, le peuple, oui le peuple ; où Mangou Philippe a-t-il laissé tout ce monde, toutes ces familles dont les vies dépendaient de ses ordres. En fait, le Généralissime Mangou Philippe n’était qu’un « petit frimeur » fasciné par son propre uniforme  auquel il n’accordait qu’un pouvoir et une fonction dérisoires de séduction sur « les jeunes filles du Concours Miss District d’Abidjan ».

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Il me faut remercier les FDS auteurs de la lettre adressée au Général fuyard pour avoir su expliquer preuves à l’appui à leur ancien chef  le sens du mot trahison dont il a oublié la signification depuis qu’il s’est improvisé diplomate (à la gomme) au Gabon.

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 En même temps que l’ordonnance de Alassane Dramane Ouattara,  notre homme a  sûrement été frappé d’illettrisme aigu.  Si c’était un poste d’Ambassadeur qu’il convoitait, il lui suffisait de le dire, Seigneur Dieu ! Et l’enfant de Mama le lui aurait donné ! Vous avez absolument raison chers enfants des FDS : la promotion vertigineuse de Philippe Mangou a été un véritable gâchis pour tout le monde.

2 – J’ai noté que le Général Philippe Mangou accordait à Alassane Dramane Ouattara des qualités de Chanoine : « Ouattara m’a nommé Ambassadeur, c’est la preuve qu’il est bon… »

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 La nouvelle Côte d’Ivoire du RDR vient d’inventer une nouvelle notion dans la gestion administrative : la bonté, la magnanimité, au détriment du mérite et de l’efficacité. En plus, voici un homme, Alassane Dramane Ouattara dont l’ambition démesurée l’a emmené à introduire avec fracas dans notre pays une idéologie mortifère et des actes de barbarie médiévale pour le simple plaisir de nommer ses complices à des postes de hautes responsabilités par « bonté » et il se trouve des hommes assez stupides du type Mangou Philippe pour lui attribuer des satisfécits  dithyrambiques. Décidément, quand on regarde aujourd’hui Philippe Mangou, on est en droit de se dire que : « la bêtise humaine est la seule chose qui donne une idée de l’infini »

3 - Oui, la bêtise humaine, parce que Philippe Mangou sait pertinemment que Alassane Dramane Ouattara n’est pas bon. Il le sait parce qu’il a été lui-même victime d’un ordre du même Ouattara  qui l’a fait jeter en prison après le coup d’Etat dont la paternité a été attribuée injustement au Général Robert Guéi en décembre 1999.

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 Pendant qu’il purgeait une peine non définie à la MAMA (Maison d’Arrêt Militaire d’Abidjan) comme une trentaine d’officiers des FANCI, Ouattara le véritable commanditaire du Putsch, ordonnait en même temps l’expulsion de sa femme et de ses enfants du logement qui lui avait été attribué en tant que Commandant de la base Militaire d’Akouédo.  Sous mes yeux, une escouade de gendarmes était venue à la MAMA en pleine nuit chercher Philippe Mangou pour qu’il déménage sa famille sans ses meubles. Le nouveau bénéficiaire lorgnait depuis longtemps ses fauteuils et ses équipements électroménagers.  Il ne peut pas dire aujourd’hui qu’il a oublié cet acte  ignominieux et humiliant de Ouattara posé à son encontre,  puisqu’il s’est immédiatement exécuté. Et sa famille s’est retrouvée sous la pluie ce soir là. Si c’est cela un homme bon, c’est que les mots n’ont plus de sens en Français. Ha ! Oui, j’ai oublié dans ma précipitation de vous dire que j’étais détenu dans la même prison (MAMA) au Camp Gallieni sur l’ordre du même Alassane Dramane Ouattara en Décembre 1999. C’est dans l’horrible chaleur de cette Maison d’Arrêt de Forteresse des officiers Ivoiriens que j’ai rencontré Philippe Mangou pour la première fois.  Pourquoi un civil était-il détenu dans une prison militaire ? S’il vous plaît ne vous posez pas trop de questions. Il y a longtemps qu’il m’arrive des choses bizarres dans ce pays ! Non seulement Mangou Philippe sait que Ouattara n’est pas bon, mais il sait aussi que ce personnage boursouflé de suffisance injustifiée se prend pour Dieu. Et c’est là que le militaire médiocre qu’il est doit se rapprocher d’une théorie vieille comme le monde  pour retrouver le caractère authentique de son nouveau Mentor : « Si tu tues un homme, tu es un assassin. Si tu tues un million d’hommes, tu es un conquérant, si tu les tues tous tu es un Dieu. »

4 – Je me suis laissé dire que madame Fatou Bensouda gardait dans sa manche le Général Philippe Mangou pour témoigner contre le Président Laurent Gbagbo à la CPI. Le manque de crédibilité du Général d’opérette devrait la faire frémir de dégoût, s’il lui reste encore un peu de bon sens. Voici donc un homme, Général de son Etat, a qui a été confiée la défense et la sécurité de tout un peuple agressé par une horde de Rebelles et de Dozos aux méthodes barbares d’un autre âge, qui ne trouve rien d’autre à faire que de fuir carrément aux dires de ses propres soldats, sans laisser d’ordres ni  de remplaçant, pour aller se blottir dans le confort douillet d’une Ambassade. Quelle est cette justice qui ne comprend pas que dès lors, la chaîne du commandement a été rompue et que le Président de la République ne pouvait pas avoir donné l’ordre de tuer. En l’occurrence, Philippe Mangou n’était pas le seul à avoir pris le chemin des Ambassades ou de l’Hôtel du Golf. La liste des généraux couards, pleutres et dépourvus d’honneur est longue et ne mérite aucune attention ni aucun respect. De surcroit, si nous lisons les mêmes journaux, Madame Fatoumata Bensouda doit avoir déjà mesuré la valeur de la récompense attribuée à ses témoins clés. Une Ambassade vaut bien une messe : Libreville… Dakar… ! Quelle injure à l’intelligence des Ivoiriens !

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Kassaraté Tiapé, Détoh Létho, Brindou M’Bia, Touvoly Bi Zogbo, Yao Yao Jules…, c’est quoi ça?!  


Mamadou Ben Soumahoro

Le 29 juin 2013.


Source: Le blog de Claudus

AFFAIRE JEAN-NOEL ABEHI: POURQUOI LA «JUSTICE TELEVISUELLE» D'HAMED BAKAYOKO POSE PROBLEME


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Hambak Comedy Club, épisode 2. Après le show télévisé du 12 juin 2012, où il se donnait en spectacle à la RTI et faisait diffuser une vidéo des « aveux » de l’ancien ministre Moïse Lida Kouassi et du commandant Katé Gnatoa, qui « reconnaissaient » avoir été partie prenante de tentatives de coup d’Etat, le premier flic du régime Ouattara remet le couvert. Et vient sur le plateau animé par Brou Aka Pascal avec, dans sa mallette, une cassette de la « déclaration de prise de pouvoir » qui aurait été préparée par le colonel Jean-Noël Abéhi si son coup d’Etat supposé avait réussi. Dans son escarcelle, il a aussi un « repentir » filmé de ce dernier.


Il est sûr qu’Hamed Bakayoko a réussi à faire le buzz, une nouvelle fois. Mais ses méthodes plus que discutables ont mis mal à l’aise, une fois de plus, y compris dans les milieux qui soutiennent traditionnellement l’actuel régime ivoirien. En effet, le pouvoir Ouattara voudrait-il remplacer subrepticement les institutions judiciaires habituelles, caractérisées par le règne du contradictoire, et un certain équilibre de l’argumentation entre Défense et Accusation, par une sorte de « justice télévisuelle » à la fois spectaculaire et dangereuse pour les libertés, qu’il ne s’y prendrait pas autrement. Quelle est, en effet, la valeur probante d’éléments audiovisuels tournés on ne sait où par on ne sait qui, et livrés au grand public dans une « opération psychologique » visant à semer l’effroi et la terreur et à jeter en pâture un certain nombre de noms de prétendus complices, au-delà de la présomption d’innocence ? Dans quel cadre juridique ces vidéos ont-elles été tournées ? En tout cas, celle qui est censée être la vidéo préparée pour une éventuelle prise de pouvoir est traversée par un certain nombre d’incohérences. Pourquoi un officier supérieur intelligent se lancerait-il dans des appels à utiliser des « machettes » et des « cailloux » alors que des forces internationales n’attendraient que de telles déclarations pour contrarier sa prise de pouvoir, au nom de « la responsabilité de protéger » ? Le colonel Abéhi était-il assisté de ses avocats quand il passait « à confesse »? Le droit ivoirien prévoit-il de telles « dépositions » filmées et destinées à être diffusées par la télévision nationale ? Les deux vidéos peuvent tout à fait avoir été « fabriquées » pour les besoins de la cause par un régime qui peut faire dire n’importe quoi à ses otages, qui sont, rappelons-le, souvent détenus dans des conditions extrajudiciaires et soumis à de graves formes de torture, selon les rapports des organisations de défense des droits de l’Homme.

La RTI a violé la loi sur la presse, à l’instigation d’un ministre du gouvernement

Le premier show télévisé d’Hamed Bakayoko a eu lieu il y a plus d’un an. Il y a plus d’un an, il laissait entendre à l’opinion nationale et internationale que le régime dont il est une des principales figures avait déjà réuni des preuves « accablantes » et des aveux « clairs » provenant de l’ex-ministre Moïse Lida Kouassi (voir la vidéo plus bas) et du colonel Paulin Katé Gnatoa. Pourquoi n’ont-ils donc pas encore été jugés ? Pourquoi ce régime est-il à l’aise quand il s’agit de faire de la propagande médiatique sur les « conclusions » de ses « enquêtes » de police et rechigne-t-il par la suite à passer au débat judiciaire ?


L’on se souvient qu’il avait abondamment communiqué, il y a aujourd’hui plus de deux ans, dans la presse française et ivoirienne, sur les éléments de la Garde républicaine qui auraient assassiné les Français Stéphane Frantz Di Rippel, ancien patron de l’hôtel Novotel d’Abidjan, et Yves Lambelin, président du groupe industriel SIFCA. Jusqu’à présent, aucun procès sur cette sombre affaire n’a eu lieu. «Me Pierre-Olivier Sur (cabinet Fischer, Tandeau de Marsac, Sur & associés – FTMS) continue de s’interroger sur le refus apparent de la justice ivoirienne de procéder à la reconstitution de l’assassinat de Stéphane Frantz Di Rippel, demandée il y a plusieurs mois», nous apprenait La Lettre du Continent en décembre 2012. Etrange !

Par ailleurs, si l’on suppose que la vidéo de « prise de pouvoir » d’Abéhi sera immanquablement citée au cours de la procédure judiciaire qui le vise, on ne peut que noter qu’Hamed Bakayoko a poussé la RTI à violer la loi portant régime juridique de la presse qui, en son point 73 stipule que « la diffusion d’informations, même exactes, est interdite si celles-ci se rapportent (…) au contenu d’un dossier de justice non encore évoqué en audience publique ».  Le Nouveau Courrier, qui a l’investigation dans son ADN, considère que cette disposition peut être liberticide. Puisqu’elle est violée avec la complicité directe de l’information – qui est l’exécutif lui-même –, on imagine qu’elle ne sera pas invoquée demain pour persécuter la presse et l’obliger à révéler ses sources. Les dernières nouvelles de l’Eléphant Déchaîné, dont des journalistes ont été convoqués par la gendarmerie nationale au nom de prétendues « fuites sensibles concernant la sécurité de la Côte d’Ivoire », tendent à démontrer que le régime actuel est plutôt partisan d’une interprétation sélective des textes de lois.


Philippe Brou


Source: LE NOUVEAU COURRIER

dimanche, 30 juin 2013

PROCES EN EXTRADITION DU MINISTRE JUSTIN KONE KATINAN, EN ATTENDANT LE VERDICT DU JUGE ABOAGYE

 

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Justin Koné Katinan

Le procès en extradition du Ministre Justin Katinan KONE, vient de connaître presque son terme avec la fin des dépositions des différentes parties et la clôture des débats entre les parties le 25 juin 2013.  Le juge attend les écritures des deux parties pour rendre sa décision. Il leur a fixé un calendrier obligatoire. Ainsi, l’avocat de la défense doit déposer ses écritures au plus tard le 9 Juillet 2013, alors que le procureur doit déposer les siennes deux semaines plus tard, soit le 24 Juillet 2013, date butoir. Le juge a fixé la date du 5 août 2013 pour rendre son verdict dans lequel il devra se prononcer sur 5 éléments importants :

  • Y-a-t-il un traité d’extradition entre la République du Ghana et celle de la Côte d’Ivoire ? ;
  • Les faits reprochés au Ministre KONE Katinan Justin constituent-ils en eux-mêmes une infraction au Ghana ?;
  • Les poursuites engagées contre le Ministre KONE Katinan n’ont-elles pas un mobile politique direct ou indirect ?;
  • Le Ministre KONE Katinan Justin pourrait-il bénéficier d’un jugement équitable dans son pays ? ;
  • Sa vie ne sera-t-elle pas menacée une fois extradé vers son pays ?

Une action en extradition ne peut prospérer que lorsque ces cinq conditions sont cumulativement réunies.

Entamé le 27 août 2012, suite à l’arrestation du ministre Katinan KONE quelques jours auparavant, soit le 24 Août, le procès avait été reporté plusieurs fois, à la demande du Procureur Ghanéen (Attorney), qui agit dans cette affaire par commission rogatoire, pour le compte de l’Etat Ivoirien.

Dans un souci d’informations, la commission juridique de la Coordination du FPI en exil, témoin de ce procès, revient, dans les lignes qui suivent, sur les points saillants de ce long procès.

I/ Le système accusatoire

Dans le droit anglo-saxon appliqué au Ghana, les procès reposent sur le système accusatoire, dans lequel celui qui accuse réunit les preuves au soutien de son accusation et celui qui défend se charge de « casser » ces preuves pour établir son innocence. La recherche des preuves incombe  exclusivement à l’accusation. Dans cette procédure, la place des témoins est primordiale et leur déposition déterminante.  Dans l’affaire République du Ghana contre le Ministre KONE Katinan Justin, le procureur a présenté un seul témoin et fournit des pièces comme preuves au soutien de son accusation.

II/ Le témoin du Procureur 

Le procureur Ghanéen a présenté à la barre comme témoin à charge, un officier de la Police ghanéenne.

Immédiatement la défense a soulevé une objection en récusation de ce témoin. En effet, pour elle, le témoin doit être une personne qui a vécu les faits ou les a vus se dérouler. Il peut être tout au moins un officier judiciaire (CID) qui a conduit l’enquête sur l’affaire. Dans le cas d’espèce, les faits s’étant déroulés hors du Ghana, il est très peu probable que l’officier ghanéen en fût  témoin.

Par ailleurs, cet officier n’ayant pas mené lui-même l’enquête sur des faits qui se sont déroulés très loin de lui, il ne peut valablement en rendre témoignage. La défense a fait remarquer que si l’Etat ivoirien prenait son affaire au sérieux, il ne lui coûtait rien de dépêcher un ou plusieurs témoins de la Côte d’Ivoire, qui est à moins d’une heure de vol d’Accra.

En réponse, le Juge a demandé que la remarque de la défense soit versée dans ses écritures finales. Le Juge a continué pour dire qu’il pense que cette situation arrange plutôt la défense, qui pourra relever dans ses conclusions l’absence de témoin sérieux.  Sur ces dires, il a autorisé le témoin à déposer.

III/ Les preuves apportées par l’accusation

Le Procureur a apporté comme preuves au soutien de son accusation les documents suivants :

  • 1er : les procès-verbaux d’audition des témoins  dressés soit par le Procureur de la République de Côte d’Ivoire, soit par le Juge d’instruction. Sont donc arrivés les PV d’auditions suivants :
    • BICICI déposé par son Directeur général ;
    • SGBCI déposé par son Directeur général ;
    • SIB déposé par son Directeur général ;
    • BIAO déposé par son Directeur général ;
    • CNCE déposé par son Directeur général par intérim ;
    • Versus Bank déposé par son Directeur général par intérim ;
    • BNI déposé par son Directeur général par intérim ;
    • BHCI déposé par son Directeur Général ;
    • BCEAO déposé par son Directeur national par intérim ;
    • BRVM déposé par son Directeur général ;
    • SOTRA déposé par son Directeur général par intérim.
  • 2ème : L’évaluation des dommages  subis par ces banques et autres institutions financières.

Après avoir présenté ses preuves, le témoin s’est soumis au contre interrogatoire de la défense.

La défense a fait lire toutes les dépositions par le témoin. Ensuite, il lui a demandé de préciser le nombre de procès-verbaux dans lesquels le nom du Ministre KONE Katinan Justin figurait. Le témoin a reconnu que seulement quatre procès-verbaux  mentionnaient le nom du Ministre KONE Katinan Justin. La défense est revenue à la charge en demandant de relire les PV dans lesquels le nom du Ministre était mentionné  et de dire à la cour si dans un seul de ces PV il est fait cas de vol à main armée. Le témoin n’a pas fait de difficulté pour reconnaître qu’effectivement aucun des PV dans lesquels le nom du Ministre est mentionné, ne fait cas de vol à main armée.

La défense fit lire au témoin, les autres PV dans lesquels le nom du Ministre n’est nullement mentionné. Puis, elle attira son attention sur l’unique  PV qui fait cas de vol à mains armées. La défense demanda au témoin de lire à la cour, la date à laquelle ce vol a été commis et par qui. Le témoin a reconnu que le vol a été commis dans la nuit du 19 au 20 avril par les FRCI (Pour une question de sécurité des personnes ayant déposé, nous taisons leur identité).

Alors la défense présenta à la Cour l’attestation de réfugié politique délivré par le Ghana Refuges Board, l’organisme ghanéen qui assure la prise en charge administrative des réfugiés. Cette attestation mentionne clairement que le Ministre KONE Katinan est entré sur le territoire ghanéen le 13 Avril 2011. Il appert donc qu’il ne pouvait être impliqué dans un vol commis en Côte d’Ivoire la nuit du 19 au 20 avril. A cette date, a relevé la défense, le Président Laurent GBAGBO avait été renversé et le pays était géré par les nouvelles autorités issues du « coup d’Etat ».

La défense revînt sur les coupables présumés cités dans ce PV d’audition. Elle précise devant la Cour que le sigle « FRCI » désigne l’armée privée du nouveau Chef de l’Etat et que les forces régulières qui ont combattu aux côtés  de la république s’appelaient les « FDS ». Il appert donc que le seul cas de vol à mains armées mentionné dans les PV d’audition des témoins a «été commis par les FRCI, l’armée des rebelles ».

La défense fit remarquer au témoin à charge que si les premiers responsables de banques ne parlent pas de vol à mains armées, en dehors du seul cas ci-dessus relevé, d’où vient alors que l’Etat ivoirien accuse le Ministre de cette infraction ?

Elle en conclut que les poursuites engagées contre le ministre KONE Katinan Justin ont un mobile politique. Ce que va d’ailleurs brillamment soutenir l’accusé lui-même dans sa déposition entant que témoin.

IV/ L’interrogatoire du Ministre KONE Katinan Justin

Au cours de son interrogatoire, le Ministre KONE Katinan a révélé ce qui suit :

  • Il est arrivé au GHANA le 13 avril 2011, comme l’atteste son certificat de réfugié délivré par le Ghana refugie board. Il a traversé la lagune par pinasse. Il est arrivé comme des centaines de milliers d’ivoiriens au Ghana pour sauver sa vie après avoir vu ses maisons (sa résidence à Abidjan et celle de son village) pillées. Suite à un coup de fil anonyme venant des rebelles eux-mêmes, il avait été informé  que le Ministre Tagro et lui étaient particulièrement recherchés pour être exécutés. Au début, il a douté de la fiabilité de cette information jusqu’à ce que le Ministre Tagro fût froidement exécuté le jour de son arrestation le 11 avril 2011.
  • Il a été arrêté une première fois le 24 Août 2012, à l’aéroport international KOTOKA d’Accra. Il venait ce jour-là d’’Afrique du Sud. Il s’y était rendu, en tant que Porte-Parole du Président Laurent GBAGBO, sur invitation du Président Thabo MBEKI (Lettre d’invitation produite au soutien de cette affirmation). Il avait rencontré au cours de cette mission outre le Président MBEKI, les dirigeants de sa fondation qui sont tous des anciens ministres ou des anciens Ambassadeurs, madame ZUMA, alors Ministre de l’Intérieur et nouvellement élue, Présidente de la Commission de l’UA, une délégation de la Présidence de la République Sud-Africaine conduite par une Conseillère Spéciale du Président Jacob ZUMA,  la déléguée Afrique de l’ANC au siège dudit parti. Le Ministre a sollicité, auprès des Hautes Autorités Sud-Africaines, leur implication dans la libération effective du Président Laurent GBAGBO,  injustement détenu en Prison à la Haye et son retour en vue de sa participation au débat politique qui est nécessaire à la réconciliation en Côte d’Ivoire.

Après avoir passé un mois en prison, il fut libéré sous caution par le Juge le 24 septembre 2012. Le même jour, les autorités ivoiriennes ont émis un deuxième mandat d’arrêt contre lui pour le meurtre de deux personnes qu’il n’a jamais rencontrées de sa vie. Il fut de nouveau arrêté par Interpol  le 27 septembre 2012 et gardé en prison pendant un mois. Il fut déchargé de cette infamie  par le Juge Ali Baba après qu’il ait compris que l’arrestation du Ministre était motivée par des raisons politiques. Un mois durant, les autorités Ivoiriennes n’avaient apporté aucune preuve, ni début de preuve au soutien de leur allégations. Le Ministre KONE Katinan a fait remarquer au Juge que pendant sa seconde arrestation, il a  failli être extradé par voie extra-judiciaire, n’eut été la vigilance  des Autorités ghanéenne immédiatement saisies par son conseil.

La défense fit remarquer à la Cour que depuis sa libération, cette affaire de meurtre s’est arrêtée comme par enchantement. Elle en déduisit que le Ministre KONE Katinan faisait l’objet d’un harcèlement politique. Ce à quoi le Ministre acquiesça  en  affirmant que, pour lui, il fait l’objet de tant de harcèlement parce qu’il est le porte-parole du Président Laurent GBAGBO et que les autorités ivoiriennes cherchent une « main » pour éliminer un opposant politique et qu’elles pensent avoir trouvé cette « main » en la personne du Juge. Et que le 29 juin 2012, les plus hautes Autorités de la Côte d’Ivoire s’étaient réjouis en annonçant à la télévision nationale qu’il avait été arrêté au Cameroun, alors qu’il n’y était même pas.

  • A la demande de son avocat, le Ministre KONE Katinan a révélé à la cour l’impossibilité matérielle pour lui d’avoir commis l’infraction pour laquelle il est poursuivi. Le ministre KONE Katinan a fait un calcul simple devant la Cour. La plus grosse coupure de billet de CFA en circulation est de 10 000 FCFA. 1 milliard, c’est 100 mille billets de 10.000. Aucune valise ne peut contenir un milliard. Il faut au moins cinq  valises, parmi les plus grosses, pour contenir 1 milliard d’anciens billets à raison de 200 millions par valise ou 3 valises et demie de nouveaux billets à raison de 300 millions. Pour 380 milliards, il faut 2000 valises d’anciens billets et 1500 valises de nouveaux billets. Ces valises  rangées dans des conteneurs, il faut 15 conteneurs de 40 pieds à raison de 100 à 130 valises par conteneurs, suivant qu’il s’agit d’anciens ou de nouveaux billets. Sachant qu’un paquet de 10 millions pèse au moins 1,5 Kilogramme, l’argent réputé avoir volé représentant 38 000 paquets de 10 millions, il pèse à peu près 57 000 kilogrammes soit 57 tonnes. Une telle somme ne peut être transportée sans attirer l’attention.
  • L’ouverture des banques s’est faite conformément aux lois ivoiriennes.

Le Ministre KONE Katinan a relevé que l’ouverture des banques nationalisées a été autorisée par ordonnance du Président du Tribunal de Première Instance d’Abidjan, conformément à la séparation des pouvoirs sous le Président GBAGBO. Il a produit à la Cour l’ordonnance du Juge qui autorise l’ouverture des banques.

Il a en outre donné comme preuve à la Cour, l’ordonnance de condamnation de la BICICI au paiement de 20 milliards de FCFA au titre des dommages et intérêts à verser à deux syndicats des fonctionnaires et agents de l’Etat qui en avaient formulé la demande auprès du Juge, à la suite de la fermeture illégale de cette banque. Il a également produit l’ordonnance du Juge qui autorise ces deux syndicats à prendre des mesures provisoires sur les biens de ladite banque pour garantir le paiement des dommages et intérêts qui leur sont dus.

  • De la crainte d’un procès inéquitable en Côte d’Ivoire et de la menace sur la vie du Ministre KONE Katinan Justin.

Sur interrogation de son avocat, le Ministre a révélé que devant n’importe quel tribunal, il peut défendre son cas puisqu’il n’a rien à se reprocher. Mais, la preuve d’une justice de vainqueur en Côte d’Ivoire étant établie et eu égard au harcèlement dont il fait l’objet de la part des autorités de son pays, il craint à juste titre de ne pouvoir y bénéficier d’un procès équitable. Par ailleurs, quand on observe la manière légère dont certains juges qui occupent une place de choix dans le dispositif judiciaire ivoirien ont accepté de jouer le jeu du pouvoir d’Abidjan, en émettant  contre lui un mandat d’arrêt pour meurtre juste pour obtenir son extradition extrajudiciaire, il a  de bonnes raisons de douter, hélas, avec une profonde peine, de la justice de son pays quant à lui assurer un procès équitable. Il a déposé à la Cour les rapports des organisations des droits de l’Homme (Amnesty International, Human Rights Watch etc.) qui confirment l’existence d’une justice partisane en Côte d’Ivoire et les tortures faites aux opposants du régime d’Abidjan.

De plus, il craindrait également pour sa sécurité en cas d’évacuation vers la Côte d’Ivoire. C’est pourquoi il vit en exil. 

V/ Le contre-interrogatoire du Ministre

Le contre-interrogatoire fut mené par l’accusation. Le Procureur Ghanéen est revenu sur certaines déclarations sur lesquelles, il entendait prendre le Ministre à défaut.

  • La menace sur la vie du Ministre

Le procureur a affirmé que la maison du ministre n’a pas été pillée à Abidjan. Et que, c'est parce que le ministre était conscient des crimes qu’il avait commis qu’il a fui pour se soustraire à la justice ivoirienne. Du reste, contrairement à ce que le Ministre KONE Katinan a affirmé, le Ministre Désiré Tagro aurait été tué accidentellement à la résidence du Président de la République parce qu’il tentait de s’interposer entre les  rebelles qui attaquaient la résidence et les FDS qui la défendaient. Et qu’il n’aurait pas été choisi délibérément  comme cible.

Le Ministre a relevé les contrevérités du Procureur en répondant que :

  • En ce qui concerne son exil présenté comme une volonté de fuir la justice de son pays après les crimes qu’il aurait commis, le Ministre a fait remarquer que lorsqu’il quittait son pays le lendemain du renversement du Président Laurent GBAGBO, comme l’ont fait plusieurs centaines de milliers d’ivoiriens, il n’y avait aucun mandat d’arrêt contre lui. Le Mandat a été émis contre lui 5 mois après quand la décision du Président Laurent GBAGBO le nommant son Porte-parole a été rendue publique. Il ne fuyait donc pas la Justice puisqu’il n’était pas poursuivi par cette justice au moment où il quittait son pays ;
  • Pour le pillage de sa maison, le ministre a demandé au Procureur d’interroger ses voisins du quartier, qui pourront lui dire le nombre de voyages que les rebelles ont effectué dans sa maison pour transporter tout ce qui pouvait l’être, y compris en creusant dans son jardin et son plafond à la recherche selon eux, du budget de l’Etat de Côte d’Ivoire ;
  • Concernant le cas du Ministre Tagro, le Ministre a relevé qu’il a été affreusement et froidement tué dans la voiture qui le transportait au QG des rebelles à l’hôtel du Golf après son arrestation à la résidence du Président de la République ; que le Ministre Tagro, n’étant pas militaire, ne pouvait délibérément s’interposer entre deux forces militaires au combat, et que le fait de nier cette réalité atteste de ce que l’on dit qu’il n’y a pas de justice équitable en Côte d’Ivoire. S’il était resté, lui aussi  aurait été certainement tué « accidentellement » par ceux qui ont tué le ministre Tagro.
  • Les généraux Philippe Mangou, Kassaraté Tiapé et Brindou MBIA

Le procureur est revenu à la charge en prenant les cas du Général Philipe Mangou, ancien Chef d’Etat-Major, le Général Tiapé Kassaraté Edouard, ancien Commandant Supérieur de la Gendarmerie, et le général Brindou Mbia, ancien Directeur général de la Police, pour affirmer qu’ils sont en liberté, mieux ils ont été promus, le premier ambassadeur au GABON, le second Ambassadeur au Sénégal. Ils sont en liberté parce qu’ils n’ont pas commis de crime.

Le Ministre KONE Katinan a rétorqué que les personnes que le Procureur cite sont des militaires et que les militaires ne font pas la politique. Ils sont au service de l’Etat comme le sont tous les fonctionnaires ivoiriens. Ils sont au service d’un Etat et non du Chef de l’Etat. Lui-même en tant que Haut fonctionnaire de l’Etat, il aurait pu être en train de travailler pour son pays comme l’auraient fait les centaines de hauts cadres qui sont contraints à l’exil. Mais malheureusement, le régime d’Abidjan a décidé de les persécuter tout simplement parce qu’ils sont déclarés proches du Président Laurent  GBAGBO. Le régime leur demande de faire allégeance préalable à la personne de l’actuel Chef de l’Etat avant de continuer de travailler pour leur pays. Tous ceux comme lui, refusent cette allégeance préalable avant de travailler pour leur pays, sont poursuivis et traqués. Il pense que c’est l’allégeance des proches de GBAGBO qui va lui conférer une légitimité. Dès lors que les personnes que le Procureur a citées ont accepté de se soumettre à cet exercice d’allégeance préalable à  l’actuel Chef de l’Etat, ils sont loisibles de  servir sous son autorité comme ils veulent. Le Ministre a fait remarquer que de nombreux autres officiers et militaires de rang de l’armée ivoirienne qui ont refusé de se soumettre à cet exercice inutile et illégal, d’allégeance préalable à la personne du Chef de l’Etat ivoirien sont en exil ou en prison, pour toutes sortes de crimes pour lesquels, leurs premiers responsables sont absous du fait de leur allégeance au nouveau pouvoir. Si le ministre avait fait allégeance, il parie qu’il ne serait pas devant cette Cour C‘est la preuve que son procès est politique.

Le procureur est revenu pour dire que les généraux suscités, du fait qu’ils aient été nommés à des hauts  postes de commandement par le Président GBAGBO, étaient devenus des hommes politiques.

Le juge a été obligé de rappeler le Procureur à l’ordre pour lui dire qu’à ce rythme, lui et le Procureur pourraient être accusés d’être des hommes politiques puisqu’ils ont été nommés par des hommes politiques. Le procureur retira sa remarque.

D’ailleurs, le ministre fit remarquer à la Cour que le Président de son parti le FPI, le Premier Ministre AFFI N’guessan, le premier vice-Président Sangaré Aboudramane, la deuxième vice-Présidente Simone GBAGBO, étaient en prison avec de nombreux autres cadres du parti fondé par le Président Laurent GBAGBO. Il y a deux semaines, le Président de la jeunesse de son parti a été arrêté. Et qu’en Côte d’Ivoire, les opposants au pouvoir sont persécutés. Beaucoup d’entre eux sont  soit en prison, soit en exil quand ils n’ont pas été tués. Les plus chanceux qui sont restés au pays vivent en permanence dans la terreur, comme le reconnaissent toutes les organisations internationales de défense des droits de l’Homme.

  • AFFI N’guessan et Aké NGBO n’ont jamais été en prison, ils sont en liberté.

Pour contredire le Ministre KONE Katinan, le Procureur est revenu pour dire que contrairement à ce que le Ministre a dit, ni le Premier Ministre AFFI N’guessan, ni le Premier AKE NGBO n’ont été arrêtés. Ces derniers vivent librement à Abidjan.

Le Ministre KONE Katinan a demandé au Procureur de mieux s’informer, parce que contrairement à ce qu’il avance, le Premier Ministre AFFI Nguessan, par ailleurs Président du FPI, est détenu à Bouna, depuis plus de deux ans, sans jugement avec entre autres, le fils aîné du Président Laurent GBAGBO. Le premier Ministre AKE Ngbo, quant à lui, a passé plus d’un an en prison et a été remis en liberté provisoire sans jugement et que son cas est toujours pendant devant les tribunaux ivoiriens.

  • Le milliard de FCFA dans une  «petite mallette»

Pour finir, le Procureur a fait sortir de sa poche un billet de 10 000 francs. L’ayant exhibé, il a fait remarquer que ce billet était léger et qu’un milliard pouvait contenir dans une « petite mallette ».

Le Ministre répondit que le Procureur avait l’excuse de ne pas connaître de ce dont il parle. Il a repris le même calcul que celui fait devant la cour.

Le Juge a alors demandé au Procureur d’arrêter d’exhiber son billet de 10 000 fcfa.

Ensuite le Procureur est revenu pour dire que le Ministre, accompagné d’hommes armés dans une voiture sans préciser ni la marque, ni le numéro d’immatriculation, ni la couleur, a lui-même braqué les banques plusieurs jours durant et a transporté tout cet argent dans un lieu, sans en indiquer l’emplacement.

Ce à quoi le ministre a répondu par la négative. Il a rappelé qu’il a travaillé pour son pays sous l’autorité du Président Laurent GBAGBO avec toute son énergie, son intelligence et sa loyauté pour éviter que son pays tombe sous l’esclavage. Si le pouvoir d’Abidjan espère par cette persécution le punir pour sa loyauté pour un Homme exceptionnel comme le Président Laurent GBAGBO, c’est peine perdue. Il entend mener à son terme contre vents et marées, la mission qu’a bien voulu lui confier le Président Laurent GBAGBO.

C’est sur cette discussion théâtrale que le contre interrogatoire du   ministre a pris fin.

Le Juge attend les écritures des deux parties pour se prononcer sur :

- Le fait que les banques illégalement fermées aient été ouvertes à la suite du décret de nationalisation du Président de la République et suite à une ordonnance du juge constitue au Ghana une infraction ;

- La possibilité que le ministre KONE Katinan ait pu matériellement commettre un vol à mains armées contre les banques ivoiriennes portant sur un montant de 380 Milliards sans qu’aucun témoin ne l’ait vu ;

- La question de savoir si le harcèlement judiciaire  dont fait l’objet le ministre KONE Katinan n’a pas un mobile politique  direct ou dissimulé ;

- La garantie d’un procès équitable pour le Ministre KONE Katinan dans son pays ;

-  Les menaces réelles sur la vie du Ministre KONE Katinan en cas d’extradition dans son pays où  les autorités avaient prématurément annoncé son arrestation;

Tous les Ghanéens, tous les réfugies ivoiriens, tous les ivoiriens, tous les Africains, tous les combattants de la liberté du monde entier attendent, avec beaucoup d’intérêt, le verdict du juge le 5 Août 2013.

 

Fait à Accra, le 27 juin 2013

 

La commission juridique de la coordination du FPI en exil.

 

NB : Les expressions entre guillemets sont la reprise in extenso des propos tenus par les auteurs cités dans ce résumé.

QUEL DESTIN POUR LA COTE D’IVOIRE? POLITOLOGIE D’UNE LIBERATION

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- LA BATAILLE DE COTE D'IVOIRE DANS LE CONTEXTE DE LA GUERRE AFRICAINE -


Par Michel Galy. Politologue, chercheur au Centre d'études sur les conflits, professeur à l'Institut des Relations internationales (ILERI, Paris).

 

Georges Balandier, un des refondateurs d'une anthropologie africaine qui prend en compte la profondeur historique des sociétés et des crises a coutume d'affirmer à propos du continent noir: « il n' y a pas de sociétés sous développées, il n'y a que des sociétés sous analysées ». On peut encore s ‘inspirer de cet Anti Hegel (lui  qui situait bien à tort l'Afrique hors de l'Idée, de l'Etat et donc de l’Histoire) pour  tisser une  analyse de la complexité replaçant la Cote d' Ivoire dans sa dimension continentale, et la crise ivoirienne de 2011 dans la longue  durée de la« guerre à l'Afrique »[1].

 Loin des incantations et des traumas, une politologie informée des sociétés donne ainsi toute sa dignité à  l'événement, à la fracture du 11avril 2011, moment d'une longue Histoire et non plus terminus d'un régime.

Que certains y trouvent des raisons d'espérer n'en serait qu'une conséquence; mais conceptualiser la crise et la sortie de crise, replacer une bataille provisoire- ou certes bien des corps ont été meurtris et bien des esprits ont failli, dans un conflit de  longue durée dont l'avenir n'est inscrit nulle part si ce n'est dans les volontés affrontées des acteurs politiques conforte bien une intuition de plus en plus partagée: la Cote d'Ivoire, part d'Afrique, est bien aussi, pour la politologie, « bonne à penser ». Qu'en pourraient dire des concepts classiques de la science politique?

UNE «DOCTRINE MONROE» À LA FRANÇAISE.

 Implicite et impériale, partagée par la « gauche de gouvernement »(en pratique, monstrueuse antinomie), la destinée manifeste de cette idéologie s’est traduite par 150 ans de « guerre à l’Afrique » où contrôle des ressources, des populations et des formes politiques prennent des formes tour à tour violentes et marchandes . La guerre en Libye, en Cote d’ivoire, au Mali[2] sont à penser comme un tout : une série (néo)coloniale de recolonisation armée.

Si ce n’est le but politique immédiat ou affiché, les conséquences géopolitique sont d’empêcher l’extension à l’Afrique subsaharienne de ce « printemps des peuples » qui concerne l’Afrique du Nord et le Moyen Orient.
Hors la France et son complexe « militaro -colonial », les coalitions temporaires ne doivent pas cacher l’importance des forfaitures internationales, dont la CPI et les corps expéditionnaires onusiens sont les revers d’une même médaille.
Les formes de l’interventionnisme néoconservateur tendent à se standardiser : les « intellectuels organiques » de la guerre coloniale et les médias du journalisme en uniforme », s’ils se déshonorent éthiquement et devant l’histoire n’en mènent pas moins, à chaque fois une campagne indispensable de discrédit , d’humiliation et de chasse à l’homme préalable, indispensable à l’intervention militaire.

A replacer en perspective de la « triple intervention » récente de la France en Afrique : Libye, Cote d’Ivoire, Mali- ou mieux encore, durant un demi-siècle, dans les 48 interventions militaires françaises au Sud du Sahara depuis les supposées « Indépendances », pour comprendre qu’au delà de l’affairisme, des coups tordus et de l’aide aux dictateurs de la « Françafrique », il s’agit bien d’un système de gouvernance continu, voire d’une  recolonisation qui n’ose dire son nom.

Début du XXIème siècle : de droite ou de gauche, les gouvernements français maintiennent des bases militaires en Afrique, envoient des corps expéditionnaires au sud du Sahara – et souvent en toute illégalité internationale. Cet archaïsme néocolonial est mieux perçu dans les analyses et la presse extérieure qu’à Paris, où nombre d’observateurs et de médias confortent la violence et la guerre : intellectuels « organiques », dirait Gramsci et « presse en uniforme » pour Daniel Schneidermann vont jusqu’à la désinformation et aux mensonges successifs, abdiquant toute légitimité issue d’une pensée critique.

C’est que classe politique, « intellectuels » va-t-en –guerre et journalistes  « embarqués » partagent le présupposé d’une sorte de « Doctrine Monroe » à la française: l'Afrique subsaharienne francophone serait le contient de prédilection de l'influence française, particulièrement sourcilleuse devant l'arrivée de nouveaux concurrents comme la Chine, notamment quand les matières premières (uranium, pétrole..) sont visées.

RESISTANCES ET VIOLENCES

A ces séquences néoconservatrices et impériales, on se doit d’opposer la renaissance sporadique, mais obstinée, des formes de contestation : certains pays connaissent successivement des situations ouvertes, parfois révolutionnaires par rapport à l’ordre dominant. Du Liberia au Mali, de la Cote d’ivoire à la RDC, ancien ( ?) colonisateur et forces mercenaires onusiennes peuvent projeter forces d’intervention rapide de quelques milliers d’hommes et forces d’occupation- dont le standard, pour une décennie, tourne autour de 10 000 hommes/pays.

Comme si le 11 avril 2011 servait de répétition générale, l’ONU sous influence vient de s’attribuer le droit  de tuer, en RDC d’abord, en Afrique bientôt : en termes choisis, il s’agit de passer de contingents de maintien de la paix à l’imposition de la paix. Les nouvelles « classes dangereuses » pour l’ordre impérial sont certainement urbaines et informatisées , nationalistes et délocalisées : il y a du TAZ d’Hakim Bey[3] dans la résistance africaine, des zones d’autonomie temporaire , depuis une demi douzaine d’années, pour qui medias et repolitisation sont des découvertes créatrices.
Ces forces vives transcontinentales se voient un avenir en passant des alliances, en identifiant aussi leurs ennemis.

C’est  Sévaré, près de Mopti au Mali, que les djihadistes combattants alliés implicitement aux rebelles et  anti Cedeao autant qu’ anti coloniaux de la COPAM ont failli renverser l’ordre étatique au Mali- et du 8 au 10 janvier à Bamako, littéralement la veille de l’intervention « Serval », la situation était bien révolutionnaire.

 Symbolique très forte, dernière ruse de l’Histoire d’une dépossession multiple : c’est là, à Sévaré, que vit après son exclusion de la scène littéraire francophone Ouologuen , l’immense auteur du « devoir de violence [4]», coïncidence extraordinaire qu’on ne peut que relever, tant se pose, un demi siècle après Fanon, cette question aux révolutionnaires- et même, hélas, aux démocrates africains.

Violence ouverte, terrible « leçon de chose à la négraille » comme dirait Calixthe Beyala, « force blanche » très bavarde pour l’anthropologue Marc Augé[5]. Théorie du « choc » et en même temps désinformation et silence.

Quelques questions majeures non résolues : combien de morts  dans la conquête du Sud, combien de victimes civiles de la soldatesque et des milices ethniques malinké de Guillame Soro et Alhassane Ouattara dans le carnage d’Abidjan ? Mais aussi combien dans les bombardements de la Force Licorne et de l‘ONUCI contre les lieux de pouvoir, des camps militaires habités par des familles, des résidences universitaires ou le bouclier humain de militants aux mains nues voulant protéger leur président adoubé par le Conseil Constitutionnel ?

Les charniers et les cimetières attendent- et demandent encore de sortir de l’oubli, avant qu’un jour les survivants demandent justice pour  la plus sanglante intervention militaire depuis la guerre d’Algérie et l’extermination de l’UPC au Cameroun.  Après avoir constitué un comité de recherche, nous estimons qu’entre 3000 à 5000 victimes civiles ont été causées par la conquête de la capitale et d’Abidjan- chiffre à même d’envoyer les auteurs ivoiriens du régime Ouattara  et leurs complices étrangers devant les tribunaux internationaux pour crimes de guerres, ethnocide , voire pour l’Ouest de génocide.

Si la Résistance ivoirienne est éclatée entre Cote d'ivoire et France (et Europe, et USA, mais c'est hélas dans ce dualisme infernal et pervers que s'instaure surtout ce « pouvoir double » franco-ivoirien), elle ne l'est pas moins dans son projet - entre processus électif, partitaire ( ce qui correspond aux options pacifistes et légalistes de Laurent Gbagbo privilégiant Constitution et élections), et volonté d'en découdre.

De l'option violente, du Ghana, du Libéria, de l'intérieur du pays (capitale et villages du sud principalement), il y aurait beaucoup à dire et des distinctions importantes s'imposent .Certes le régime joue sur son instrumentalisation, modulation, manipulations et répression ciblée, puisque les leaders civils et militaires de la résistance ivoirienne sont à Accra.

Pour autant, c’est au Libéria que sont les guerriers, au sens polémologique : s’appuyant sur des traditions de longue durée réinterprétées par la sanglante guerre libérienne, ce sont eux qui forment un véritable « foco » dans la forêt dense ; les Krahn, peuple frère des Guérés exterminés, dépossédés de la terre et forcés à l’exil, ne sont pas prêts à faire la paix : la guerre contre la dictature Ouattara est pour eux une question de survie.

Comme ailleurs, c’est donc d’une coordination entre guérilla de l’ouest, commandos de l’est, résistance du sud et des quartiers populaires d’Abidjan, d’un découplage judiciaire et médiatique entre le régime et les forces d’occupation que se trouvent les agencements d’ une solution militaire éventuelle ; tandis que l’opposition politique intérieure joue son rôle en cassant l’alliance RHDP(RDR/PDCI) et que la diaspora mobilise financements et opinion internationales - tout en cantonnant par procès sous compétence universelle  les auteurs de crimes de guerre dans le réduit ivoirien, dès lors sous le coup éventuel de saisie et d’emprisonnement judiciaire  aux frontières.

En même temps, et symétriquement,  le régime Ouattara fonctionne depuis les débuts « à la violence », en l’absence de consensus sur sa légitimité légale d’emploi de la force publique (en Zone Nord, ou Soroland de 2002 à 2010) et la situation actuelle- et ses milliers de morts anonymes depuis 2ans, ne sont que son extension au Sud et dans la capitale. Ne fonctionnant qu'à la violence, ayant investi et travesti l'Etat-les 5000 FRCI, composés de guerriers nordistes et de mercenaires étant par exemple non des forces de l'Ordre mais des milices ethniques et souvent des escadrons de la mort - tandis qu’Armée, gendarmerie et police sont désarmées, le régime ne connaît que les rapports de force nus: c'est pour cette raison que la question de la lutte armée et violence politique se posent ouvertement, la légitimité et même la puissance militaire du régime d’exception étant des plus fragiles.

Sous couvert des Maîtres: c'est aussi par la violence menaçante, insidieuse, censée être dissuasive des corps expéditionnaires français et onusien que survit le régime. Comme u Liberia, Sierra Leone, et maintenant Mali: la violence fondatrice de la colonisation est sans  cesse renouvelée et  les tirailleurs sénégalais  d'antan peuvent être kenyans, nigérians, tchadiens...Et le politologue Bertrand Badie a bien raison de subvertir Clausewitz pour affirmer que les « interventions armées de la France en Afrique ressemblent fort à l'absence de politique à terme,  par d'autres moyens »...

Médias et politiques, ONG et associations droit de l' hommistes, même discrédités ont leur logique propre- celle de la violence symbolique, et peuvent se retourner.

L’ère des « lanceurs d'alerte » et le cantonnement de le Résistance au nouveau ghetto Internet pourrait s'achever: l'inflexion, la cassure, le retournement pourraient se dater du rapport d'Amnesty de mars 2013 ;  et la diffusion la plus large s’opère  qu'en fin de compte ,en Françafrique ,une « démocrature » tient plus en Afrique, et spécifiquement en Eburnie, d'une dictature que d'une démocratie...La persistance des exactions et de crimes du régime en 2012   montrant bien que « le Roi est nu », tortures et massacres désormais  connus , mais encore impunis.

Des livres se préparent, des actions judiciaires progressent, des liaisons transcontinentales s'ébauchent  sur plusieurs années. Si Laurent Gbagbo a beaucoup misé sur une arme politique « de troisième type », la Constitution (et la primauté du Conseil Constitutionnel), la situation bloquée à la CPI de La Haye peut certainement être combattue par sa délégitimation politique (cf infra), et par les systèmes judiciaires européens contre les bourreaux ou criminels de guerre du régime Ouattara.

Ainsi la plainte de Jacqueline Chamois, au nom  de Michel Gbagbo- outre la  « story telling »universelle d'une mère réclamant son enfant qui a touché l'opinion publique française et internationale, a provoqué la désignation d'un juge d'instruction au parquet de Paris pour séquestration et mauvais traitement contre Guillaume Soro et les trop fameux « com-zone ». Parmi ces derniers, Losseni Fofana responsable du crime de guerre – si ce n'est d'acte de génocide » d'un millier d'hommes, femmes et enfants guérés, dans la ville de Duékoué, fin mars 2011, pourrait être objet de plainte précises de la part de ressortissants binationaux.

 La « collaboration » des responsables militaires de la Force Licorne (et de la chaîne de commandement militaire et politique française) depuis ces événements, lors de la prise et du carnage d'Abidjan, lors de l'ethnocide contre les Guérés, Bétés, Attiés, au moment de la conquête du Sud par les forces de Ouatara/Soro, de la collaboration actuelle avec les sanglants com-zones pourraient se trouver judiciairement condamnables.

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L’HONNEUR PERDU DES CLERCS: POUVOIRS  DE LA NOMINATION

Devant la dictature et ses alliés, qui (sur)vivent dans la novlague d'une  démocratie impossible fondée sur la Dette[6] symbolique (les crimes de guerre, le Coup d’Etat, les victimes) et d'un résistible développement fondé sur l’endettement financier, l'opposition et les démocrates internationaux possèdent un curieux et très puissants pouvoir, dont la fonction tribunitienne des partis d'opposition en Occident gardent des traces, celles d'une Histoire chaotique et violente. Ce pouvoir des mots, du langage, du concept est celui de la Nomination.

Dénommer, à un moment donné les opposants incarcérés par le régime ivoirien comme « prisonniers politiques » dans un pays qui en avait peu la pratique et encore moins le concept ; ou le fils du président comme « otage » avec toutes les connotations inquiétantes(par référence aux otages sahéliens des islamistes sahéliens) pour  l'opinion publique; dénoncer la « mise à mort » , pendant 2 ans de l'Université ivoirienne; raconter avec succès des histoires universelles, comme celle d'une mère inconnue réclamant son fils ou décider le président du Sénat français à ne pas recevoir un dictateur couvert de sang par la force d'un texte l'associant aux exactions et aux massacres;

Tels ont été quelque uns des procédés de cette nomination critique, dont il faudrait faire la généalogie(et il est certain que le situationnisme appliqué à la contre propagande officielle y est pour quelque chose…) pour la Cote d'Ivoire depuis la fracture de l'immobilisme houphouétiste par un ouvrage sociologique discuté en Conseil des ministres[7] jusqu'à l'éclosion  des tracts et de la presse libre, en passant par les féroces jeux de mots populaires (cf les« frères Cissé » pour la milice ethnique FRCI), histoires et plaisanteries en tout sens de « maquis »: on reconnaît ces formes de résistances populaires, à la fois signe d'impuissance devant la violence et de contestation acharnée, nommée par le politologue Toulabor  « lexique de la dérision[8] ».

De la proposition de Carl Schmidt[9] de distinction dans ce domaine non seulement pratique mais aussi idéologique (qu'à la suite de Gramsci nous posons comme préalable d'un changement majeur d'une nouvelle hégémonie démocratique) l'ami de l'ennemi, on en donnera un exemple qui a beaucoup marqué les esprits, atterré l’intelligentsia sudiste et scandalisé les pan africanistes;

Au plus fort des combats, la « trahison des clercs » occidentaux s'est traduite par un texte honteux, dans les colonnes du monde dont des chercheurs comme le Pr Dedy Sery n'ont eu aucun mal à dénoncer les biais et contre vérité, de la part de pseudo spécialistes ivoirologues, « embarqués » jusqu'à la nausée dans la justification du coup d’Etat Franco onusien.

Je proposerai de mettre ces noms en regard de la récompense aussi caricaturale que spectaculaire de nombre des mêmes (universitaires, diplomates, militaires, journalistes, etc…) par la remise de hochets et médailles à  l’ambassade de Cote d'ivoire à Paris: noms et photographie sont dans la presse, et sur le site  internet diplomatique.

On a pu montrer, dans la décennie Gbagbo, le recentrage du régime sur la scène politique ivoirienne, et la croyance assez univoque dans la primauté du combat politique interne[10]: les Relations Internationales, notamment pan- africaines, et le combat médiatique externe ont été secondaires par à coups, ou les derniers mois, quand il était trop tard. C'est aussi dans  ce sens sans se prononcer sur le sujet litigieux et complexe de la nationalité du sujet, que Ouattara est le « candidat d l'étranger »: par ses alliances et son extraversion, notamment médiatique.

Il n'est pas sur que malgré ses efforts d'«offensive diplomatique», l'opposition actuelle, notamment le FPI, en ait clairement tiré les leçons. La récente déclaration du premier ministre éthiopien (et président en exercice de l’UA) décrivant la CPI comme « pratiquant une sorte de chasse raciale » contre les leaders africains, et eux seuls, montre bien que de Thabo M’beki (et l'Afrique du Sud)à Jerry Rawlings(et le Ghana), ou encore Dos Santos(et l'Angola)- sans oublier des politiques français, vénézuéliens... ou des intellectuels motivés comme Jean Ziegler, une alliance large est possible.

Les décisions récentes de l' UA suivi d’un  appel au Conseil de sécurité à propos du président Kenyatta ont clairement déstabilisé la CPI et l’ont forcé à tergiverser dans le procès de Laurent Gbagbo, en discréditant l’accusation et repoussant de 6 mois l’audience de confirmation de charges. Seule une campagne politique internationale peut inverser une arrestation politique par les forces spéciales françaises, issue d’un Coup d’Etat franco-onusien.

Si nommer, c’est dénoncer- et l’omerta internationale sur les crimes en Cote d’Ivoire depuis avril 2011 se reflètent dans l’impunité médiatique des relais hexagonaux, la nomination  a été multiple dans cette guerre des pauvres médiatiques, dans ce champ de pouvoir alternatif qu’est internet. Blogs, sites, forums …c’est là où le concept d’Empire de Tonio Negri se retrouve aussi pertinent : le Net devient le lieu de la résistance, des multitudes[11]. Tout en se heurtant au « mur de verre » des grands médias et décideurs :la question est celle du franchissement, et du statut de la vérité médiatique des faits . D’où vient cette malencontre, pour paraphraser La Boétie, d’un pouvoir qui dit ce qui est pensable et légitime à un moment donné, alors que dans l’immédiateté du cyber espace, toute vérité est sue universellement et instantanément ?

DE CARL SCHMIDT A RANCIERE: LES OUTILS THEORIQUES DE L'ALTERNANCE

Carl Schmidt, théoricien controversé du XXème sicle, a pourtant mis le conflit et le politique  sous  l'égide de la distinction première ami/ennemi(cf supra), dont la résistance ivoirienne à l'oppression a fait peu d’usage. En face de la criminalisation de l’opposition et au recours sur l’étranger(l’introuvable « communauté internationale » instrumentalisée de fait par les deux gouvernement de droite (soit Chirac- Sarkozy)français- jusqu’à l’ ONU et l' organisation d élections truquées, notamment dans les fraudes massives au Nord), le camp démocratique peut, à partir des crimes de guerre et de la violence continue, délégitimer le pouvoir justement sur ses conditions illégitimes de venue , et par sa violence continue, ainsi que par sa tentative d'hégémonie ethnique totale.

Le recours inversé à l‘opinion politique internationale (et non aux institutions) a commencé deux ans après à connaître une série de succès répétés, que l’on eut dater approximativement par la publication du rapport d’Amnesty international de 2012.

Pour faire le lien avec la référence à Schmidt, il semble inconséquent devant « l’ honneur perdu d’Human Right Watch »(dont les rapports à charge anti –Gbagbo et systématiquement pro  Ouattara sont à référer au prix versé par Georges Soros- promoteur du néolibéralisme armé, et ami personnel de Ouattara : 100 millions de dollars à HRW à l’époque de la crise en  la Cote d'Ivoire !) de s’ appuyer sur des rapports ultérieurs de cette « organisation de droits de l’ homme »(on ne sait où mettre les  guillemets.. );ainsi pour la FIDH , seule ONG à donner le pouvoir à un négationniste en son sein, qui relativise ou refuse de qualifier l’ acte de génocide de Duékoué.

Les références chrétiennes et laïques du « droit à l’insoumission » devant une dictature et/ou un pouvoir illégitime, parfois inscrite dans les textes constitutionnels, peuvent aussi être mobilisés

Enfin devant l’unanimisme exigé et obtenu - un Parlement fantôme où le principal parti d opposition n’est pas représenté et un Etat ethnicisé où les réseaux présidentiels trustent tous les postes -, les thèses de Rancière sur la démocratie du « dissensus »[12] font référence.

On peut retenir les prémices de réflexion du professeur Pierre Kipré(qui a failli laisser sa vie aux escadrons de la mort ouattaristes en avril 2011, avant son exil,sans avoir jamais été soutenu par ses anciens amis français): quelle responsabilité pour les sciences humaines dans la crise ivoirienne?Eux qui ont littéralement fondé sociologie et anthropologie( et les catégories, schèmes et analyses sur l’identité) en Cote d'Ivoire- et le département universitaire de Cocody correspondant portent en effet une lourde responsabilité dans la crise ivoirienne:dans les concepts(y compris , celui qui va servir d’arme de guerre contre le régime Gbagbo : l’ « ethnonationalisme » - mais qui s’avère  pertinent, dans les faits, pour le régime Ouattara !), dans les compromissions et l'appel au renversement des loyalistes , dans le honteux silence depuis deux ans devant les crimes continus du régime Ouattara.

Certes la classe politique française, de l'UMP au PS (de même  que le mouvement humanitaire), portent les mêmes responsabilités devant l’Histoire. Mais les universitaires se doivent d'avoir une fonction éthique de référence, et non de préparer le terrain aux bombes ou aux coups d'Etat; depuis la Libye, la Cote d'ivoire et le Mali, la « trahison des clercs »  est patente, et renoue avec les pires travers de la période coloniale, les procédés de mise en accusation, les interdictions professionnelles, et la corruption- qui n'est pas que morale. S’ils ne sont pas tous des fascistes, ils sont certainement des salauds au sens sartrien : sachant et disant le Mal , tout en recommandant sa mise en œuvre, en toute bonne conscience.

Il faudra bien un jour faire l'inventaire: ceux qui ont publié des tribunes comme autant d’appel au meurtre; ceux qui – hommes d'affaires, « intellectuels », journalistes, militaires, diplomates, ont donné leurs noms et leur honneur aux décorations de la grande chancelière du régime Ouattara un jour de 2011, à l'ambassade de Côte d'Ivoire à Paris. Leur liste en dit long et révélé l'étendue des complicités, des bons et déloyaux services en vers le peuple ivoirien ; ils ont accompli recherches et ouvrages, avant que ce soit manoeuvres et services- dûment récompensés. Ils ont fait des listes dans la presse, faisions les nôtres : la révélation des biens, honneurs ou prébendes acquis (mal acquis, que fait « Sherpa » ?) au prix du sang, au soleil d’avril 2011 ne concerne pas que les « sommets de l'Etat ». Le capital symbolique du renversement de régime ne peut se transformer impunément, devant les opinions africaines et occidentales, en espèces sonnantes et trébuchantes: un nouveau champ de recherche s'ouvre.

LA THEORIE DU CHOC ET L'AUTODESTRCTION DU REGIME OUATTARA

Naomi Klein a relevé dans un livre remarquable [13]les analogies néolibérales entre les théories du choc psychologique et la conduite des crises par la violence. Rappelons que le choc, via la violence et la sidération, permettrait une réorganisation sociale et politique en profondeur- avec l’acquiescement des intéressés, si ce n'est des victimes.

Une pseudo sociologue -inconnue des milieux professionnels ivoiriens- opposait à ma dénonciation de la « mise à mort de l'Université ivoirienne [14]», une défense melliflue: ADO est un « adepte de la théorie du choc »!Ainsi la traque  avérée aux étudiants- catégorie sociale dangereuse susceptible dans les mois qui ont suivi avril 2011 d'être interpellée , torturée et parfois liquidée par les milices ethniques FRCI, la fermeture même et le chômage des étudiants pendant 2 ans (méthode inédite sur le reste de la planète) faisait partie de la « méthode du choc » ouattaresque !

Voyant monter les périls, durant la décennie 2000, je m étais interrogé plusieurs reprises sur les modalités éventuelles d'une prise de pouvoir de l'armée rebelle pro Ouattara d'une capitale de 5 millions d'habitants. La réponse est simple et cruelle: par l’application sans pitié de la « théorie du choc », par les massacres, par la Terreur.

Il est vrai qu’il manquait l’équivalent des « tirailleurs sénégalais » de l’ époque coloniale : ce sont les nordistes, mercenaires et hommes de sac et de corde de la rébellion (baptisée par l’agit-prop sarko-ouattariste : « forces nouvelles » , puis « FRCI » , sans doute par antiphrase)qui feront le « sale travail » des actes de génocide(Duekoué), ethnocide(Attiés, Bétés, Guerés, Didas), le carnage d’Abidjan(notamment Yopougon, « déboulonnage » du bouclier humain à la présidence, c’est à dire massacre de civils)), servant jusqu’à nos jours d’escadrons de la mort prêts aux assassinats extrajudiciaires plus ponctuels, ou aux exactions ciblées(viols, bastonnades, pillages envers des individus ou des catégories, si ce n’est des ethnies).

 Le nombre des victimes depuis avril 2011 est inconnu, mais, y compris Duekoué(un millier de morts hommes, femmes, enfants, fin mars 2011) peut être estimé à 5000 civils sur le territoire ivoirien, les complicités ou le passage à l’acte des corps expéditionnaires,  la non assistance à personne en danger, l’exécution d’ordres illégaux de la part de la Force Licorne française ou de l’ONUCI restent à établir (dont le mitraillage de civils, à Abidjan, depuis de hélicoptères d’assaut), dénombrer,judiciariser.

 Là sont les crimes dont le clan Ouattara, dans une inversion des accusations bien connue par les politologues en période de génocide ou de massacres extrêmes, accuse paradoxalement ses adversaires – jusque devant la CPI.

Or la période actuelle, mi 2013, semble reproduire cette période de prise de pouvoir, transposée au niveau présidentiel, comportant la neutralisation du peu qu’il reste des institutions, avec un but simple: recomposer le corps électoral de manière à rendre la dictature malinké irréversible, et en sus de la nationalité, donner la terre aux étrangers.

Le coup de force institutionnel et législatif veut trancher le nœud gordien de l’identité et de la nationalité ivoirienne par une décision autoritaire présidentielle, par une méthode paradoxale qui délégitimant le responsable unique du pouvoir peut amener à une reprise généralisée du conflit, mettant en péril, au-delà de sa personne, les fondements de l’Etat et , quant aux individus,les ressortissants ivoiriens du Nord aussi bien  que les étrangers sahéliens –tous perçus comme « dyoulas » par les sudistes.

Sans Parlement( prise de décision par ordonnances ), dressant une moitié du pays contre l’autre, ce véritable « coup d’Etat présidentiel » visant à donner une « nationalité par déclaration » aux migrants nordistes et leur attribuer la terre en conséquence aboutirait à une modification irrémédiable du corps électoral( et à des élections automatiques en faveur de Ouattara et de ses successeurs nordistes), à un blanc seing à  des migrations sahéliennes accélérées, et à une dépossession des autochtones sudistes.

Autant dire une déclaration de guerre à la capitale, à l’Ouest et à l’Est du pays confondus : d’où des recompositions politiques probables.

Notons rapidement que cette négation des identités et cette accélération de migrations sahéliennes de colonisation correspond à la fois aux analyses économicistes de la Banque Mondiale et aux intérêts profonds de pays comme le Burkina,(en période changement climatique accéléré, stérilisant le Sahel, transférons les migrants vers les Côtes))- laissant planer un doute supplémentaire sur la nationalité d’origine du président ivoirien. De qui Ouattara est-il l’agent, se demandent bien des ivoiriens ?

On le sait de tels coups de force et décisions autoritaires par ordonnances, symptômes d’une société bloquée, sont propices aux révoltes et changements de régime. Contre cette dépossession programmée, Akan de l’Ouest et Krou de l’Est ne peuvent que se rejoindre pour refuser loi et pratique foncière où l’Etat se donne pour tache, comme sous Houphouët, de « casser l’autochtonie ». Des penseurs ou personnalités nordistes, « dyoula «  ivoiriennes ou sahéliennes, mettent déjà en garde le régime comme une conjonction des lois- décrets liant la dépossession de la terre à la donation de nationalité aux 30% d’étrangers et aux néo arrivants issus du Sahel qui depuis avril 2011 débarquent par cohortes entières, notamment dans l’Ouest forestier. Recette pour mettre le feu à nouveau à la poudrière ivoirienne  et dupliquer des massacres comme à Duekoué par dizaines, au risque du « choc en retour » ?

Contre la monopolisation monopartiste: passer des alliances ; telle a été, à l’inverse, une des constantes de la politologie ivoirienne, dans ses retournements entre les trois blocs ethno régionaux, dont les trois grands partis sont souvent la projection politique

 A cette volonté d’autodestruction du régime qui ce coup ci constituerait la Cote d’ivoire en champ de bataille à l’issue incertaine et les nordistes en victimes collectives à venir, d’autres opposent soit une revanche à terme d’une génération, soit un renouveau du dialogue houphouétiste entre blocs, factions et individus. Henri Konan Bédié, déguerpi  dans l’opprobre en 1999 a été réintégré dans ses droits et capacités électives, comme Alassane Ouattara après les accords de Prétoria – tous deux par …Laurent Gbagbo !

Après la CPI, un tel retour de l’ancien président est il possible ? Seules des pressions internationales sur la CPI( telles les diatribes du premier ministre éthiopien , de la ministre des affaires étrangères rwandaise contre la procureur Fatou Bensouda, ou encore de la pétition de l’écrivain Calixthe Beyala demandant  aux « Etats africains de se retirer de la CPI » ) peuvent amener celle-ci à plier et relâcher leur illustre prisonnier, désormais constitué en figure résistante et héroïsée de l’Afrique en lutte – d’autant que le dossier , au-delà de l’inversion victimaire, est vide - même si les bourreaux ouattaristes accusent le régime légitime des actes qu’ils ont eux même commis depuis 2002

. Mais seul le retournement de l’ancien colonisateur et du gouvernement Hollande pourrait, par de doubles pressions sur la CPI et le régime Ouattara(ne suffit  t il pas de cantonner, avant l’évènement, la force Licorne ?) inverser la situation créée par le régime précédent : les clefs du cachot de La Haye sont bien à Paris, d’où l’importance cruciale de la lutte symbolique et politique dans les médias et sur le Net.

On le sait, gagner une bataille n’est pas tout : on peut aussi, à long terme, perdre la guerre…

Au-delà de la libération d’un homme, celle d’un peuple. Et la fin d’un système transcontinental, séculaire, de domination et de violence. Au-delà d’une bataille, une guerre à l’Afrique de 150 ans déjà, dont le dernier symbole devient un enjeu international. L’issue n’est écrite nulle part : elle sera ce que nous en ferons. La roue tourne, et  nulle malencontre, malheur, échec  ne sont constants. Et nul régime politique n’est éternel.




[1] Michel Galy, Guerre à l’Afrique? La France en retard d’une décolonisation, Grotius- géopolitique de l’Humanitaire, septembre 2012

[2] Cf récemment : « Guerre au Mali, enjeux et zones d’ombre », sous la direction de Michel Galy, éditions la Découverte, avril 2013.

[3] Zone d'autonomie temporaire, TAZ, Éditions de l'éclat, 1997 – en accès libre sur le Net.

[4] Yambo Ouologuem : Le Devoir de violenceéditions du Seuil, Paris, 1968 

[5] Cf, de ce spécialiste des Alladians lagunaires, Théorie des pouvoirs et idéologie, Paris, Hermann, 1975

[6] Cf  pour  le Rwanda, G. Loir, le régime de la dette perpétuelle : de l’instrumentalisation des massacres et du génocide en relations internationales. Outre-terre, deuxième trimestre de 2005, n° 11.

[7] Abdou Touré, à l’époque progressiste, avait écrit ce manière critique : La civilisation quotidienne en Côte d’Ivoire : un procès d’occidentalisation, Paris, Karthala, 1981.

[8] Comi Toulabor, Lexique de la dérision politique au Togo », Politique africaine, 3, septembre 1981

[9] Carl Schmitt, La Notion de politique, 1932, trad. fr. 1972, rééd. Calmann-Lévy, 1994.

[10] Michel Galy « Qui gouverne la Côte-d'Ivoire ? », Politique étrangère 4/2005 (Hiver),

[11] Empire (en collaboration avec Michael Hardt), Exils, 2000

[12] Voir par exemple : Jacques Rancière, Moments politiques. Interventions 1977-2009, Paris, La Fabrique, 2009

[13] La Stratégie du choc, la montée d'un capitalisme du désastre, Léméac éditeur, Arles, 2008.

[14] Slate Afrique, 03/09/2012

samedi, 29 juin 2013

LE FPI SUSPEND LES NEGOCIATIONS AVEC LE GOUVERNEMENT: ENLEVEMENT DE KOUA JUSTIN, LA BARBARIE DE TROP!

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Conférence de Presse N° 004/2013

Déclaration préliminaire

 

Mesdames et Messieurs les journalistes,

Je voudrais, avant tout propos et au nom du Front Populaire Ivoirien, vous remercier d’avoir répondu nombreux à notre invitation. C’est une marque de considération pour laquelle je vous salue tous, autant que vous êtes, et vous assure de notre infinie gratitude.

Mesdames et Messieurs,

Cette rencontre s’inscrit dans une série d’événements que nous organisons, chaque fois que nous jugeons utile d’éclairer l’opinion nationale et internationale sur la vie politique en Côte d’Ivoire. Il s’agit aujourd’hui d’annoncer et de clarifier la position du Front Populaire Ivoirien sur la reprise du dialogue entre le gouvernement et le parti.

RAPPEL :

Le coup d’Etat du 11 avril 2011, perpétré par la communauté dite internationale, avec les forces françaises et onusiennes, en appui aux rebelles ivoiriens, contre le régime du président Laurent Gbagbo, s’est imposé à nous ; avec tout le désordre, la violence, puis les viols et autres exactions qui s’en sont suivis, nous avons opté, malgré tout, pour le retour de la paix, de la cohésion et de l’harmonie sociale. C’est pourquoi, dans la logique de notre vision de la vie politique, qui repose sur la formule « asseyons-nous et discutons », nous avons sollicité, dès le mois de Juillet 2011, l’ouverture d’un dialogue républicain avec les nouvelles autorités du pays. Il s’agissait, pour le Front Populaire Ivoirien, d’ouvrir la voie à la normalisation rapide de la situation sociopolitique du pays, gravement dégradée par la crise dite postélectorale. Notre action n’était nullement la preuve d’une quelconque faiblesse ! Nous affirmions plutôt notre attachement à la discussion, au dialogue et à la démocratie, moyens légaux et paisibles de gestion de la vie politique dans une République.

Le Président Ouattara nous a accordé une audience le 29 septembre 2011 sans aucun résultat. Alors que nous attendions qu’une suite soit donnée  à notre démarche, sans compter nos relances, la situation du pays empirait, avec les exactions de toutes sortes sur d’honnêtes citoyens ; notamment les arrestations arbitraires, les enlèvements et tortures inhumaines,  les expropriations et les assassinats ; en somme, toutes sortes d’atrocités à travers tout le pays. En décembre 2012, on dénombrait déjà 302 prisonniers politiques, civils et militaires, en plus des milliers de personnes portées disparues et celles contraintes à l’exil.

Finalement, c’est le 17 janvier 2013, soit 15 mois après la demande du Front Populaire Ivoirien, que le gouvernement de M. Ouattara a consenti à ouvrir le dialogue direct tant souhaité par le FPI. Toute cette tergiversation à accepter de dialoguer s’explique simplement par le fait que le régime n’a pas du tout l’intention de discuter avec qui que ce soit, encore moins avec le Front Populaire Ivoirien. Et la gestion de ce dialogue, accepté au forceps, a montré la mauvaise foi du régime.  

UN DIALOGUE SANS IMPACT

Contrairement à ce qu’avait espéré le Front Populaire Ivoirien, le dialogue n’a eu aucun impact  sur la gestion du pays. De fait, pendant qu’il s’ouvrait, sous la houlette du Premier Ministre, le régime poursuivait sa gestion dictatoriale basée sur la terreur. Jusqu’aujourd’hui, aucune demande ou proposition du Front Populaire Ivoirien n’a fait l’objet d’aucune attention véritable. Pire, les arrestations et autres atrocités se poursuivent :

- C’est le 17 Janvier 2013, à l’ouverture des assises de ce dialogue, que le régime a fait arrêter puis extrader du Ghana où il vivait en exil, M. Charles Blé GOUDE, ancien ministre et président du Congrès Panafricain pour la Justice et l’Egalité des Peuples (COJEP). M. Blé GOUDE est, à ce jour, détenu au secret.

- Les 3 et 4 février 2013, au moment où s’ouvre la séance plénière à l’issue des travaux en commission, sont arrêtés, tour à tour, au Ghana puis extradés en Côte d’Ivoire, Monsieur Jean-Yves DIBOPIEU, un leader des jeunes et le commandant Jean Noël ABEHI, un officier de la gendarmerie nationale. Ces deux personnes sont également détenues au secret à ce jour.

- Sur le territoire ivoirien, la chasse à l’homme, particulièrement dirigée contre les partisans ou supposés proches du président Laurent Gbagbo, se poursuit, sans aucune trêve : de nombreuses personnes, hommes, femmes, et jeunes, sont écroués, torturés, exécutés sommairement, sans la moindre justification ;

- Le 5 mars 2013, le régime a mis sous séquestre les biens, meubles et immeubles, ainsi que les avoirs bancaires, d’une vingtaine de partisans de Laurent GBAGBO, récemment libérés provisoirement des prisons.

Le Front Populaire Ivoirien, tout en protestant contre ces exactions, a condamné vigoureusement la propension à la violence du régime et a demandé la libération de tous les prisonniers politiques ainsi  que la cessation de la situation de terreur généralisée sur tout le territoire national. Cela, de notre point de vue, constitue la voie indiquée, pour le retour à la sérénité, à la confiance mutuelle et pour la tenue d’un dialogue véritable et sincère préalables à la réconciliation.  Le régime, dans une position de mépris de toute position autre que la sienne, a ignoré les positions et déclarations du Front Populaire Ivoirien, et a continué d’exercer avec obstination la persécution des populations. Par ailleurs, pendant que se poursuivait le dialogue, dont l’un des points focaux était les élections locales avec la question de la recomposition de la CEI, le redécoupage électoral et la date de la tenue du scrutin, le Front Populaire Ivoirien apprenait, par voie de presse, que ces élections municipales couplées avec les régionales devaient se tenir le 21 avril 2013. Toute la situation demeurait inchangée, comme si personne n’avait exprimé la moindre réserve.

Devant tous les agissements discourtois du régime, le Front Populaire Ivoirien a pris acte de son exclusion de fait des élections par le pouvoir. Nous avons été exclus du jeu politique de notre pays, bien qu’étant le parti majoritaire. Il ne nous restait plus, pour ces élections locales dont on nous a exclus qu’à démontrer notre communion avec le peuple ; ce que nous avons montré en appelant à un boycotte pacifique des élections du 21 avril 2013. Le boycott a été massivement observé par la population, dans son ensemble, sur toute l’étendue du territoire, ce qui a donné un taux de participation dérisoire au scrutin, le frappant  d’illégitimité et d’un discrédit certain.   

A la date d’aujourd’hui, aucune des propositions que le Front Populaire Ivoirien a exposées au gouvernement, dans le cadre du dialogue républicain, n’a fait l’objet d’une attention sincère. Même les éléments de discussion reconnus comme des points de convergence n’ont pas eu le moindre début d’exécution. Il s’agit notamment :

- de la libération des domiciles et sites privés occupés par les FRCI ;

- du versement de la quote part du FPI au titre du financement des partis politiques sur fonds publics ;

- du libre exercice de l’activité politique, notamment les meetings, marches et autres rassemblements.

Monsieur Ouattara et ses partisans ont créé la crise en Côte d’Ivoire. Cette crise perdure et s’aggrave au fil des jours. Ils ont utilisé les armes et la  violence là où le Front Populaire Ivoirien prônait le dialogue et les invitait à s’asseoir pour discuter, en vue de bâtir la démocratie. Arrivés au pouvoir par la violence, le sang et les crimes de toutes sortes, ils affichent du mépris pour les autres. Aujourd’hui, on dénombre plus de 700 prisonniers politiques, civils et militaires, des milliers de disparus en plus des dizaines de milliers d’exilés. La Côte d’Ivoire est devenue une vaste prison à ciel ouvert et un espace de grande insécurité. Le dernier acte discourtois et de mépris du régime réside dans le fait qu’au moment où le Premier Ministre invite le Front Populaire Ivoirien à la reprise du dialogue, à partir du 27 juin 2013, ce régime enlève Monsieur KOUA Justin, premier responsable de la jeunesse et membre de la direction de notre parti. Cet enlèvement s’est fait le 7 juin 2013 à 19 heures au siège provisoire du FPI, par une quarantaine d’hommes lourdement armés, sans mandat d’emmener, comme dans une mise en scène des fictions hollywoodiennes ! Et ces hommes, armés jusqu’aux dents, ont brutalisé des personnes présentes tout en menaçant de les tuer s’ils ne retrouvaient pas KOUA Justin. Tout cela, pour des crimes qu’ils n’ont pu indiquer ni à KOUA Justin ni à ceux qui étaient présents sur les lieux, parce qu’inexistants et qu’ils fabriqueront plus tard dans les cellules de conception du faux au service de la terreur. 

Cet acte constitue pour le Front Populaire Ivoirien, la barbarie de trop ! C’est pourquoi, nous prenons, ce jour, à témoin, l’opinion nationale et internationale et chaque habitant de la Côte d’Ivoire, afin que tout le monde constate que malgré notre bonne volonté et notre choix, sans équivoque, de résolution des problèmes par la voie du dialogue et de la concertation, nous avons en face un régime totalement ancré dans la violence, l’illégalité, le faux et le mépris des autres. Le régime Ouattara est totalement opposé au dialogue et à toute norme démocratique. Il réprouve toute confrontation d’idées et préfère se murer dans la violence totalitaire.

En conséquence, mesdames et messieurs les journalistes, il convient de noter ce jour que le Front Populaire Ivoirien réclame prestement avant l’ouverture de la prochaine réunion :

1. La libération de KOUA Justin, secrétaire national de la JFPI et membre de la direction du parti ;

2. L’application des articles 11 et 12 de la Constitution ivoirienne relatifs aux libertés de manifester et à l’interdiction de contraindre tout ivoirien à l’exil ;

3. La mise en œuvre effective des points de convergence obtenus lors de la première partie du dialogue politique, notamment le dégel des avoirs, le paiement des arriérés 2011 et 2012 du financement public des partis politiques dû au FPI, etc.

4. La mise sur pied d’un comité de médiation et de suivi pour le dialogue républicain ;

Nous pensons que l’acceptation et la mise en œuvre sans délai de ces préoccupations légitimes, créeront un environnement propice à la reprise des négociations, en ce qu’ils constituent un gage de bonne foi du gouvernement.

Mesdames et Messieurs,

Cher amis,

Chers camarades,

Merci de votre attention, et merci encore d’être venus !

Mesdames et Messieurs les journalistes, je suis à vous pour les précisions éventuelles que vous voudrez bien demander.


Fait à Abidjan, le 27 juin 2013.


Le Secrétaire Général par intérim & Porte-parole

Dr KODJO Richard

NOUVEAU TRAITE DE DEFENSE ENTRE PARIS ET ABIDJAN – LA FRANÇAFRIQUE DE PAPA REHABILITEE


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Hollande et Ouattara: continuité parfaite du sarkozysme militant.


Le Nouveau Courrier a pu consulter l’avis de la Commission Défense de l’Assemblée nationale française, qui date du 14 avril dernier, sur la ratification du nouveau partenariat militaire entre la Côte d’Ivoire et l’ancienne (?) puissance colonisatrice. Un texte qui marque une continuité sans nuance avec l’ère Sarkozy. Et qui place l’ex 43ème BIMA au cœur de la stratégie d’influence de Paris en Afrique de l’Ouest.

 

C’est un texte parlementaire français que Le Nouveau Courrier a pu consulter. Un « avis parlementaire » fait au nom de la Commission Défense de l’Assemblée nationale sur le projet de loi autorisant la ratification du traité de défense entre Paris et Abidjan. Enregistré le 14 avril dernier, c’est-à-dire il y a un mois, ce texte signifie que la date du vote du texte « unissant » de nouveau, 53 ans après les indépendances, l’armée de la patrie dite « des droits de l’Homme » et les FRCI, qui viennent encore d’être accusées par les Etats-Unis des pires exactions, y compris des crimes de torture caractérisés, se rapproche inexorablement. Il permet aussi de constater la permanence de la politique française de Nicolas Sarkozy à François Hollande…

C’est ainsi que le rapporteur qui a centralisé la rédaction de cet avis est Bernard Deflesselles, un député… UMP, c’est-à-dire de l’opposition. C’est en général quand un projet de loi est consensuel qu’une telle configuration est retenue. Il faut toujours se le rappeler : la gauche et la droite de gouvernement ont des vues totalement convergentes sur la Côte d’Ivoire, et soutiennent Ouattara en dépit des crimes de ses troupes. La preuve : après l’exposé du rapporteur, il n’y a eu que deux questions d’ordre totalement général sur le point sur les livraisons d’armes (pour l’instant officiellement mise en parenthèses pour cause d’embargo), le coût de la coopération militaire française (2 millions d’euros pour le volet structurel), et sur le point sur la coopération en termes de renseignement (qui « reprend à peine », selon le rapporteur). Rien de fondamental, donc. Aucune sorte de considération critique sur la nature du régime que soutient la France moins de 20 ans après s’être compromise au Rwanda ! Le rapporteur a lui-même rédigé son document après avoir auditionné un seul homme : le colonel Marc Conruyt, chef du bureau Afrique à l’état-major des armées en France.

La présence française en Côte d’Ivoire est-elle désormais permanente ?

Alors que les autorités hexagonales avaient communiqué, sous Sarkozy, sur une fermeture définitive de leur base militaire permanente en Côte d’Ivoire, le 43ème BIMA, il semble que la force Licorne soit installée dans une sorte de « temporaire-définitif », à l’image de l’opération Epervier stationnée au Tchad provisoirement… depuis 1986. « Pour la France, l’appui logistique que constitue sa base de Port-Bouët, qui héberge la force Licorne, a montré toute son utilité depuis le déclenchement de l’opération Serval au Mali. La constitution d’un second pôle de stabilité francophone en Afrique de l’Ouest, avec le Sénégal, est d’autant plus importante dans un contexte de crise dans la région sahélienne », écrit le rapporteur Deflesselles. La force Licorne est présentée comme « un outil stratégique pour la France », dont la mission est de défendre les ressortissants français en Côte d’Ivoire, de « tenir une position de vigilance liée aux événements au Mali » et d’accompagner « la reconstruction de l’armée ivoirienne ». L’accord, qui est conclu pour une période de cinq ans renégociable non par tacite reconduction mais par un nouvel accord, prévoit la mise à disposition du camp de Port-Bouët, de la base abritant le détachement lagunaire et des champs de tir de Lomo Nord et de Grand-Bassam – les deux derniers à titre « temporaire » et « non exclusif ». Ce qui signifie que Licorne sera encore là lors de la prochaine élection présidentielle…

Des conseillers français partout : la Françafrique de papa réhabilitée

Avant même la signature du nouvel accord de défense, les conseillers militaires français sont de retour à tous les étages, nous indique le rapport parlementaire. « Neuf coopérants permanents » sont présents avec leur famille pour piloter la restructuration d’une armée ivoirienne plus que jamais soumise au maître. Un conseiller français est détaché auprès d’Alassane Ouattara, un autre auprès de son Premier ministre. Deux conseillers sont « positionnés » à l’état-major des armées – l’un auprès du chef d’état-major Soumäïla Bakayoko, l’autre auprès du département des ressources humaines.  Un conseiller Service civique a été déployé. Un coopérant est placé auprès de l’armée de l’Air. Et un Comité de pilotage franco-ivoirien doit réfléchir à la politique de formation, notamment à la mise en place d’un « institut de recherche et de réflexion stratégique ». Un signe assez piquant du retour de l’ordre ancien ? L’article 8 du traité de Défense à venir stipule que les coopérations militaires français déployés en Côte d’Ivoire dans des missions de plus de six mois… porteront l’uniforme ivoirien ! Par ailleurs, la France est désignée au moins une fois dans le texte parlementaire consulté par Le Nouveau Courrier comme… la métropole !

Une autorisation de déploiement ou un vrai accord mutuellement profitable ?

A part le fait qu’il permet à la France de se déployer stratégiquement en Afrique de l’Ouest et de contrôler au plus près l’architecture de « la nouvelle armée ivoirienne », en quoi le nouveau « traité » de Défense sert-il les intérêts de la Côte d’Ivoire ? On a beau chercher, on ne voit pas. Contrairement à Djibouti, la Côte d’Ivoire n’est pas rémunérée pour mettre de vastes espaces à la disposition de l’armée ivoirienne. Si un pays étranger l’attaque, la France ne s’engage pas à l’aider à se défendre. Tout au plus peut-il y avoir des « échanges de vues » entre les deux pays. Le rapport parlementaire français du 14 avril dernier rappelle qu’Henri Bentégeat avait écarté « toute intervention à caractère automatique » dans le cadre de l’application des accords de Défense. « Ceci est conforme au droit international puisque celui-ci prévoit que les parties à un traité gardent la liberté d’apprécier le « casus federis », c’est-à-dire les circonstances de son application », justifient les parlementaires français. En gros, on applique quand ça nous arrange !

Nouveau traité de défense ou pas, les choses sont claires. Rédactrice exclusive des résolutions de l’ONU censées résoudre les crises africaines, la France est en réalité maîtresse d’elle-même et de ses différents engagements dans son ex-pré carré. Elle fait ce qui lui plaît, et les accords bilatéraux lui servent surtout à avoir des autorisations de déploiement dans des pays théoriquement souverains. Paris fait, hier comme aujourd’hui, ce qui lui plaît quand ça lui plaît. Pour l’instant, elle a choisi de travailler à la « restructuration » d’une armée dont les chefs sont accusés de crimes contre l’humanité par les défenseurs des droits de l’Homme.


Théophile Kouamouo


A lire aussi: Le traité de Défense Paris/Abidjan adopté en quelques secondes à l’Assemblée nationale française, malgré la nature du régime Ouattara


A télécharger en format PDF: L’intégralité du traité, de la page 3 à la page 7 du document

 

Source: LE NOUVEAU COURRIER

HENRI KONAN BEDIE: L'HOMME PAR QUI LE MALHEUR ARRIVA?

 

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Henri Konan Bédié, président de l’assemblée nationale s’est vu propulsé à la tête de l’Etat de Côte d’ivoire en 1993 après le décès du Président Félix Houphouët Boigny à la faveur d’une disposition constitutionnelle. En Décembre 1999, il est chassé par un Coup d’Etat. Néanmoins il est resté un acteur majeur de la scène politique Ivoirienne, et nombre d’observateurs lui attribuent (à tort ou à raison ?) tous les malheurs qui sont arrivés et continuent d’arriver à son pays, du fait des mauvais choix politiques qu’il a toujours opéré, et le désignent comme l’Homme par qui le malheur est arrivé à la côte d’Ivoire.

Trouvons ci-dessous la liste non exhaustive de ses choix qui ont selon certains entrainés la Côte d’ivoire au chaos :

1- Sa haine pour Alassane Ouattara

Au décès de Félix Houphouët Boigny, Henri Konan Bédié se dispute le pouvoir avec Alassane Ouattara alors premier ministre. Brillant économiste, ancien gouverneur de la BCEAO et haut cadre au FMI, Alassane Ouattara a un carnet d’adresses très fourni en plus de l’avantage de connaitre très bien tous les dossiers du pays, puisque c’est lui qui gouvernait en fait. Bédié le redoute, le craint et fini par le haïr. Il fait invalider sa candidature à l’élection présidentielle d’octobre 1995 au motif de « nationalité douteuse ». Cet acte provoque une scission du pays entre le Nord musulman dont est originaire Ouattara et le Sud chrétien dont est issue Bédié. Le pays est divisé! Mais Bédié ne compte pas s’arrêter en si « bon chemin », et continue de traquer Ouattara. En 1999 il passe à la vitesse supérieure et lance un mandat d’arrêt international contre Ouattara pour « faux sur l’identité et usage de faux documents administratifs » scellant ainsi la partition en deux du pays dont il présidait aux destinées.

2- L’ivoirité

Tous les observateurs s’accordent sur le fait que c’est la création la plus « originale » de M. Bédié. Tout le monde attend d’un Leader qu’il rassemble, qu’il fédère, qu’il apaise… Mais quel diantre ! Est ce président qui oppose ses compatriotes, qui les scinde en catégories, et qui stigmatise certains ? Eh bien, ce dirigeant est bel et bien Henri Konan Bédié ! À travers son concept d’ivoirité, il voulait que la côte d’ivoire revienne aux « vrais ivoiriens », et que les « faux ivoiriens » les « voleurs de nationalité » en majorité du nord soient bouté bien loin. Cette « magnifique » trouvaille de « Nzuéba » n’a eu pour seul effet que de parachever le travail de division de la nation Ivoirienne qu’il avait soigneusement commencé quelques années auparavant et de mettre le feu aux poudres. En décembre 1999 la Côte d’ivoire, connu sous lui, le premier coup d’Etat de son histoire.

3- Le coup d’Etat de décembre 1999

Le 24 décembre 1999 éclate une mutinerie à Abidjan. Au lieu d’appeler au calme et à faire asseoir les mutins pour écouter leurs doléances, Henri Konan Bédié reste fidèle à lui-même c’est-à-dire condescendant, orgueilleux et pitoyablement imbu de sa personne. Il traitera les mutins et leur chef de «Zozos » et ce qui devait arriver, arriva. La mutinerie se transformera en coup d’Etat. Un coup d’Etat historique d’ailleurs puisqu’aucune goutte de sang ne fut versée. Henri Konan Bédié ayant été lâché de toute l’armée, aucun combat n’a eu lieu. Il lança des appels désespérés à la résistance et au soulèvement, mais aucun ivoirien, même pas les militants de son parti le PDCI ne daignèrent bouger le petit doigt. Et de façon presqu’unanime, son départ fut salué. Le pays l’avait vomi !

4- Sa haine pour Laurent Gbagbo

Contraint à l’exil après le coup d’Etat qui l’a chassé du pouvoir, Laurent Gbagbo lui permet en 2001 de revenir vivre dans son pays, la Côte-D’ivoire. Ensuite, il fait voter une loi qui lui donne droit à ses avantages d’ancien chef d’Etat. Ainsi il est nourri, logé, blanchit, protégé et soigné aux frais du contribuable ivoirien. Le même Laurent Gbagbo fait voter une loi pour le financement des partis politiques qui permet à son parti, le PDCI, de recevoir de l’Etat tous les ans près d’un demi milliard de FCFA de frais de fonctionnement. Alors que la Constitution ivoirienne ne lui permet plus d’être candidat en 2010 du fait de son âge (76 ans), Laurent Gbagbo, via les accords de Pretoria, lui permet de présenter sa candidature et de participer au scrutin présidentiel.

Mais en retour que lui offre Nzuéba ? Une Haine assidue. Non seulement il participe activement au complot de sa chute, mais à chacune des occasions qui s’offre à lui, il le taxe de dictateur, de tyran, de voyou dont il fallait se débarrasser. Voila sans retenue, sans pudeur et sans remord le retour d’ascenseur du très «fidèle» Nzuéba. Si de tels propos en temps normal pouvaient être versés dans le registre des attaques politiques banales et ordinaires d’un pays démocratique, ils revêtent une autre forme dans un pays déchiré et en quête de réconciliation. Ils revêtent une autre forme venant de quelqu’un dont on aurait attendu du fait de son âge, et de son expérience, qu’il apaise les tensions et les esprits dans ses discours.

5- La direction du PDCI

Henri Konan Bédié règne sans partage sur le PDCI depuis maintenant 20 ans, et depuis lors ce parti n’a cessé de régresser. A part l’élection présidentielle d’octobre 1995 (boycottée par le Front Républicain de Gbagbo et Ouattara) qu’il a gagné par le score soviétique de 96,44%, pour les raisons que nous connaissons, le PDCI sous lui n’a plus gagné la moindre élection fusse telle municipale, et son influence n’a cessé de diminuée. En 2010, alors que tous les sondages mettaient Bédié en seconde position, il fait une campagne catastrophique, sans programme et sans vie. Il finit par occuper la troisième position et se prive du second tour, au grand désarroi de ses militants. Aux élections législatives de 2011, il est une fois de plus battu. Aux dernières élections municipales, la tendance s’est confirmée, le PDCI s’est une fois encore fait battre. Si cette série de défaites suscite des remous au sein de la base, ce qui intrigue le plus c’est le fait que la tête du parti n’en tire aucune leçon. Faut-il continuer avec une équipe qui perd ?, se demandent certains militants. Quel est ce capitaine avec lequel on ne gagne jamais ?, s’interrogent d’autres. Mais le plus grave est à venir on dirait, puisque lors d’une interview accordée récemment à RFI (Radio France Internationale), Henri Konan Bédié a laissé sous-entendre qu’il compte lors du Congrès du PDCI en octobre 2013 briguer un autre mandat « si cela lui était demandé ». Pire ! en 2015, il ne semble pas envisager une candidature du PDCI à la présidentielle, abandonnant comme ça la Côte d’Ivoire désespérée entre les mains de Ouattara, et choisissant après les défaites à répétition conduire son parti à la mort, en faisant sans honte ni pudeur du PDCI un simple attelage politique pour Ouattara. Bédié osera t-il prendre sur lui de tuer et vendre l’héritage (le PDCI) de son «père» Félix Houphouët Boigny ?

Au mépris de la constitution ivoirienne et des textes de son propre parti, Henri Konan Bédié fait prévaloir les accords de Linas-Marcoussis et souhaite à 80 ans continuer à croiser le fer dans son pays. Est-ce le énième et l’ultime mauvais choix de Nzuéba ? wait and see. Le cas de son ami Wade ne semblant pas l’avoir suffisamment édifié. Mais pourquoi donc continuer à diriger quand on semble le faire si mal ?

Depuis le départ de Félix Houphouët Boigny, la Côte d’Ivoire a mal à sa classe politique. Haines et rancœurs y ont fait leur lit, très peu d’hommes d’Etat s’y recrutent. Et ce que ce pays a eu de plus cher (La paix) par le PDCI via son premier leader, il l’a perdu par le PDCI via son second leader, et la Côte d’Ivoire ne mérite pas ça.

 

Augustin Armel MINKA

vendredi, 28 juin 2013

ALASSANE OUATTARA: MOI PRESIDENT EN 2015!

ALASSANE OUATTARA. INVESTITURE.jpg


Ça y est à peine descendu de son avion en provenance du Cameroun où il est parti proposer sa fameuse patrouille conjointe pour la surveillance des côtes maritimes des pays du Golf de Guinée, qui, en réalité est le plan français d’occupation des espaces maritimes d’Afrique après avoir occupé l’espace terrestre par le renouvellement des différents accords de défense, les premiers mots de Monsieur Alassane Dramane Ouattara dit ADO (ADO : éternel ADOlescent en politique) sont la présentation de sa candidature pour les élections présidentielles de 2015. En plus, on a droit à son nouveau programme de campagne qui nous dit que ce Monsieur ne pourra pas réaliser pour l’actuelle mandature de 5 ans l’ensemble de ses promesses de la précédente campagne. Monsieur Alassane veut donc réviser son chronogramme 2010-2015 de 5 ans il veut le passer à 10 ans sans nous présenter un état d’avancement des travaux, ni un bilan de mi-parcours. Car d’habitude dans les pays démocratiques, ce sont les Présidents en exercice qui sont les derniers à présenter leur candidature avec le soutien de leur parti et en se basant sur leur bilan.

Parlons du bilan de mi-parcours de Monsieur Alassane Dramane Ouattara :

  • Le 3ème pont : c’est un vieux projet du Président Bédié où tout avait été fait, révisé sous le Président Gbagbo à 60 milliards de FCFA si cela se réalisait sous fond propre et un usage gratuit. Aujourd’hui, attribué à Bouygues dans des conditions financières (coût de démarrage 180 milliards de Francs CFA avec une évolution aléatoire de ce coût). L’état contribue à hauteur de 50 milliards de FCFA et les associés à hauteur de 10 milliards. En réalité le pont sera entièrement construit avec l’apport de l’Etat mais le contribuable ivoirien va devoir payer durant 30 ans près de 1000 milliards gratuitement à OUATTARA  et à ses amis vendeurs de démocratie;
  • Le barrage hydroélectrique de Soubré et l’autoroute de Bassam : deux projets du Président Gbagbo dont l’étude et le tour de table des bailleurs de fonds avaient été faits, une société d’Etat avait même été créée spécialement par le Président GBAGBO pour gérer le projet Autoroute Abidjan-Bassam. il fallait le feu vert du FMI donc de la France pour mobiliser le crédit chinois;
  • Le Deuxième Terminal à conteneurs du port d’Abidjan : où son attribution au consortium Bolloré-Bouygues fait des vagues au sein du gouvernement. Monsieur Jean-Louis Billon, membre de la famille des politiciens qui ne prospèrent qu’en l’absence de démocratie, élu président du conseil général de Hanbol par défaut de démocratie, nous joue maintenant les vierges effarouchées en se drapant d’indignation pour s’étonner de la mauvaise gouvernance du gouvernement auquel il appartient dans l’attribution du marché du 2ème terminal. Monsieur Billon, quand on applaudit au moment où la Françafrique bombarde notre pays, il faut savoir que les bombes ont un prix que les vendeurs de démocratie réclameront tôt ou tard;
  • Le pont de Jacqueville : Projet conçu sous le Président GBAGBO, une société d’Etat avait été créée spécialement pour la gestion de la construction du Pont.
  • L’autoroute du Nord : les travaux étaient en cours d’exécution.
  • La réhabilitation des rues, l’échangeur de la Riviera et l’assainissement : Projets conçus et mises en œuvre par le président GBAGBO à partir de 2009 après le point de décision du processus PPTE.
  • L’hôpital de Gagnoa : Projet négocié et démarré sous le Président GBAGBO.

Donc, à y voir de plus près, hors mis les révisions de prix pour récompenser les vendeurs de démocratie, les projets ci-dessus ne font pas partie du bilan de Monsieur Ouattara.

Alors, dans ce bilan de Monsieur Ouattara qu’est ce qui nous reste ?

  • La réhabilitation des universités : où un mètre carré (1m2) de peinture coûte aussi cher qu’un mètre carré (1m²) de bitume voire plus. Un marché de 110 milliards attribué de gré à gré. Bonjour la bonne gouvernance ;
  • La cherté de la vie : le coût élevé des denrées de première nécessité ;
  • Les conditions désastreuses des unités de santé, le médicament gratuit s’est soldé par l’absence de médicament dans les hopitaux.
  • La libération du cultivateur-squatteur du Mont Péko : j’ai nommé Monsieur Ouédraogo Amadé Rémi dit Ourémi Ex gradé des FRCI, armée de Monsieur Ouattara ;
  • Le RATTRAPAGE : terme utilisé par Monsieur Ouattara lors de l’un de ses nombreux voyages à Paris et mis en exécution. Alors que la Côte d’Ivoire a la capacité de faire travailler tous ses cadres et tous les enfants du pays pour peu que l’on se donne la peine d’y réfléchir sérieusement. Le vivre ensemble s’est soldé par l’exclusion des autres groupes ethniques.
  • Le fait d’arme du règne de Monsieur Ouattara est l’exil intérieur et extérieur, l’emprisonnement, la torture et le massacre comme celui de Nahibly des pro-Gbagbo ou supposés.

Le bilan de OUATTARA se résume donc en la récompense des vendeurs de démocratie, à la destruction de la cohésion sociale et la promotion des médiocres aux postes clés du gouvernement, à l’emprisonnement des cadres du pays, la contrainte à l’exil, le génocide du peuple Wè et leur expropriation économique.

Malgré ce bilan vous voulez que les ivoiriens prolongent une telle politique pour une Côte d’Ivoire sans eux et contre eux.

Au vu de votre bilan, je me demande pour quelles raisons les Ivoiriens vous mettront à la tête de leur pays en 2015. Que cela ne vous déplaise, une fois de plus, vous allez avoir besoin des vendeurs de démocratie. Mais pour combien de fois encore ? Il y aura la fois de trop.

Sous le Président Gbagbo, malgré le coup d’État échoué et transformé en rébellion grâce à la Françafrique, malgré le pays coupé en deux, malgré le simulacres sur les responsabilités du bombardement du camp militaire français de Bouaké, malgré le massacre des Ivoiriens par l’armée française devant l’Hôtel-Ivoire et sur les deux ponts, malgré les innombrables complots, la Côte d’Ivoire tenait debout, ses institutions tenaient debout, les fonctionnaires et l’armée étaient payés sans apport de l’extérieur, tous les partis recevaient leur indemnité comme le décrète la loi, les dettes intérieures et extérieures étaient payées, les chantiers profitaient à toutes les entreprises ivoiriennes et l’argent circulait. Malgré cette rébellion entretenue par la Françafrique, l’Etat était le reflet de la nation ivoirienne, les Ivoiriens se parlaient, riaient ensemble, dansaient ensemble, et mangeaient ensemble.

Sous votre règne, on nous dit que l’argent travaille mais disparaît après. Sous votre règne, la nation ivoirienne a été déchiquetée. Monsieur Ouattara, j’ai l’impression qu’une lumière s’est éteinte au-dessus de notre Pays.

Vous avez déclaré, dans les premiers jours de votre prise de pouvoir par les bombes françaises, que vous alliez incarner Nelson Mandela pour la Côte d’Ivoire afin de réconcilier les enfants de ce pays. De l’Afrique du Sud, vous avez importé le Vuvuzela et vous avez remplacé la réconciliation par le bruit sur la réconciliation.

La réconciliation, qui aurait dû être la colonne vertébrale des actions de votre gouvernement, a été une grosse fumisterie, où dès que la communauté internationale et les ONG se réveillaient un peu, vous les endormissiez aussi sec comme un hypnotiseur avec du Vuvuzela des rencontres sans lendemain avec l’opposition.

Si Monsieur Alassane Ouattara le souhaite, les Ivoiriens l’éliront en 2015 par acclamation.

NON, STOP. Tous ceux qui ont fantasmé en pensant que ce Monsieur allait gérer la Côte d’Ivoire dans une parfaite démocratie sont désabusés. Tous ceux qui rêvaient que ce Monsieur allait verser des milliards de Francs CFA pour faire profiter tous les Ivoiriens ont déchanté. Tous ceux qui… Alors, nous allons tourner la page sans lui, oui en 2015 c’est sans vous Monsieur Ouattara. Nous allons construire une nouvelle Côte d’ivoire apaisée, sans exilés, sans prisonniers politiques, sans tortures, sans massacres impunis, sans justice à deux vitesses. Une Côte d’Ivoire avec un peuple réconcilié. Les Ivoiriens ont trop souffert et ne veulent plus souffrir.

Que Dieu bénisse la Côte d’Ivoire.


Docteur Cheick DIABATE,

Enseignant  Chercheur ,Université de Colorado

USA

jeudi, 27 juin 2013

CASSE DES AGENCES DE LA BCEAO DE BOUAKE, MAN ET KORHOGO: TOUTES LES COMPLICITES DANS LE VOL DE 1.038 MILLIARDS

 

BCEAO. SENEGAL.jpg


La vérité finit toujours par triompher, dit l’adage. Dix ans après les casses des agences de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest (Bceao) dans la zone Centre-nord-ouest (Cno) contrôlée par la rébellion armée ivoirienne en 2003, les langues se délient sur le montant exact de l’argent volé.

 

Selon un journal en ligne sénégalais, derniereminute.sn, repris par plusieurs journaux de la place, l’évaluation complète des dommages causés à la Bceao par les casses des agences de Bouaké, Man et Korhogo, est de 1.038 milliards de FCFA. Le confrère révèle par ailleurs que cette importante somme d’argent volée a d’abord été stockée au Burkina Faso qui servait alors de base-arrière à la rébellion armée ivoirienne. Avant d’être convoyée par avion au Sénégal pour y être blanchie.

«L’affaire des pillages des banques de la Bceao de Korhogo et Man commence à révéler ses secrets. En effet, les chiffres avancés pour la première fois et qui sont estimés à 1.038 milliards, comme l’avait écrit un journaliste qui a fini par la suite en prison, serait bel et bien blanchi au Sénégal. Les détails d’une mafia économique au cœur de laquelle se trouvent de grands bandits au sommet des Etats africains», rapporte notamment derniereminute.sn à la faveur de la récente visite au Sénégal du président de l’assemblée nationale ivoirienne.

Au moment des faits, en 2003, Guillaume Kigbafori Soro était le secrétaire général des Forces nouvelles. La rébellion armée qui a défiguré la Côte d’Ivoire pour s’installer dans sa partie septentrionale, à l’occasion du coup d’Etat manqué dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002 contre les institutions de la République. Les hommes de Guillaume Soro régnaient alors en maîtres absolus sur la zone Cno. C’est ainsi qu’en 2003, ils ont braqué les agences Bceao de Bouaké, Man et Korhogo.

De hautes autorités impliquées

En toute quiétude, les Forces nouvelles, qui composent aujourd’hui l’essentiel des forces pro-Ouattara dites Forces républicaines de Côte d’Ivoire (Frci), ont tranquillement éventré tous les coffres-forts des agences Bceao avant d’emporter tout leur contenu pour une destination inconnue. «Cet argent a d’abord été placé au Burkina Faso, base arrière de l’ex-rébellion, avant d’être convoyé au Sénégal en avion», indique le confrère sénégalais. Il rapporte, en effet, que le blanchissement des 1.038 milliards a été possible grâce à des complicités à la direction de la Banque centrale et au plus sommet de l’Etat sénégalais. Allusion faite à Me Abdoulaye Wade, alors président de la République du Sénégal. «Des dizaines de milliards provenant de ce blanchiment ont été investis dans l’immobilier, dans la restauration, dans l’hôtellerie, au Burkina Faso. D’autres ont été investis un peu partout en Afrique et même au Brésil, où des Ranchs ont été achetés», précise également derniereminute.sn.

Il affirme aussi que l’ancienne direction de la Bceao a les noms de toutes les personnes qui auraient profité de cet argent. « Mais rien n’a été fait, personne n’a été poursuivi en dehors d’un pauvre Béninois qui s’était fait avoir à Bouaké par un ex-rebelle et qui a été brièvement interpellé à Bamako en possession de plusieurs millions provenant des agences braquées », déplore le confrère sénégalais. Et de révéler qu’à l’époque, la France qui fait partie des actionnaires de la Banque centrale, a voulu faire arrêter tous les cerveaux des attaques contre ces agences, mais des chefs d’Etat dont les pays ont massivement profité de ce vol, n’ont pas voulu s’associer à l’opération, parce qu’elle les mettait en difficulté eux-mêmes. Et les choses en sont restées là, indique-t-il par ailleurs.

En son temps, un journaliste sénégalais en avait payé le prix fort. El Malick Seck, alors directeur de publication du journal 24 heures, avait été jeté en prison pour 3 ans fermes pour avoir cité le président sénégalais dans un article intitulé « Pillage des banques de Korhogo et Man, Wade et son fils Karim mouillés » dans l’affaire de l’argent sale provenant des casses des agences de la Bceao dans la zone Cno en Côte d’Ivoire.


Un ministre d’Etat sénégalais accuse.


LES MILITAIRES TRAHIS PAR LE GENERAL PHILIPPE MANGOU LUI ECRIVENT

 

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Après son interview, des FDS se sentant trahis par le Général Mangou, lui écrivent une lettre.

 

Les militaires trahis, à monsieur Mangou.

 

Après avoir pris connaissance de l’interview que le Général Mangou a accordée au journal Fraternité Matin N° 14563 du samedi 15 juin 2013, nous, éléments des forces armées nationales de Côte d’Ivoire (FANCI), ayant servi sous ses ordres, ne pouvons rester indifférents face à certains propos tenus par lui dans cette déclaration :

 « Le Président Alassane Ouattara a fait de moi un ambassadeur pour me permettre de vivre cette nouvelle expérience qui est très bonne.

Je voudrais profiter pour lui dire un très grand merci pour cette nomination. Le Président en faisant montre à tous qu’il n’ya vraiment pas de haine dans son cœur qu’il tend la main à tous les enfants de la Côte d’Ivoire sans exclusion, pour que chacun puisse apporter sa pierre au processus.

Tous les ivoiriens doivent savoir que quand nous avons servi un Président avec détermination loyauté et fidélité et qu’un autre est élu par le peuple souverain de Côte d’Ivoire, on se doit de le servir avec la même fidélité loyauté et détermination. Certains ne le comprennent pas. Ils parlent de trahison. Il faut être animé d’esprit Républicain. C’est ce que nous faisons. » 

Notre démarche est de monter à ce Général que lorsqu’on danse avec un aveugle, il faut lui marcher souvent sur les pieds pour qu’il sache qu’il n’est pas seul sur la piste de danse.

Notre analyse se portera d’abord sur la notion d’esprit Républicain qu’il prétend avoir, ensuite sur la trahison dans laquelle il dit ne pas se reconnaitre et enfin sur le fait qu’il dise que Alassane OUATTARA a bon cœur parce qu’il l’a nommé.

Ambassadeur, de quoi s’agit-il ?

1- De l’esprit Républicain

De quel esprit  Républicain parle le GENERAL Mangou ? Etes-vous bien placé pour parler d’esprit Républicain ? Avez-vous mis en pratique la prestation de serment que fait tout officier avant sa remise d’épaulettes ? Nous disons, non. Peut-être que vous l’avez oublié, nous, nous faisons le devoir de vous rappeler que ce serment demande à  tout officier de respecter la constitution, les lois et les institutions de son pays au prix de sa vie.

L’histoire récente de notre pays a montré que vous le GENERAL Mangou vous êtes un officier Général fuyard un officier qui n’est pas DELTA (qui n’est pas digne dans le jargon militaire). Oui nous pesons bien nos mots. Un officier fuyard est un indigne ne peut pas se vanter d’avoir un esprit Républicain.

Mon Général, vous qui êtes allé jusqu’au grade de Général de corps d’armée vous pouvez faire allégeance à un Président élu, proclamé vainqueur par le Conseil Constitutionnel qui a prêté serment et vous dédire après ?

Nous pensons que vous, un GENERAL de corps d’armée de surcroit Chef d’Etat Major, cela aurait été impossible. Mais vous, vous l’avez fait. Pouvez-vous qualifier cet acte d’esprit Républicain ? Nous vous disons, non.  Là, vous avez raté de monter dans le train de l’histoire de notre jeune  nation. Pensez-vous qu’aujourd’hui, un seul officier peut vous prendre pour modèle ? Nous disons non, mon Général.

Votre gallon de Général de corps d’armée ne pourra qu’aller à l’oubliette. Ce gallon a été un gâchis pour la République. Vous êtes considéré aujourd’hui par tous vos frères d’armes comme un GENERAL fuyard, peureux, qui peut prétendre à tout sauf à un esprit Républicain.

2- De la trahison

Mon Général, qu’est ce que vous voulez qu’on comprenne ? Que vous êtes un bon GENERAL ? Mon GENERAL, vous ne l’êtes pas. Vous avez non seulement trahi le peuple de Côte d’Ivoire, mais toutes les institutions de la République et vos frères d’armes.

N’est-ce pas vous qui, voulant répondre à SORO Guillaume, le vendredi 21 janvier 2011, lorsque BLE GOUDE, accompagné par les membres de la galaxie patriotique, était allé dans les locaux de l’Etat Major vous inviter officiellement au stade Champroux, avez dit que SORO GUILLAUME rendra compte à Dieu de ses actes de meurtres et qu’il sache que pour vous et les FDS, « la mort est un gain » ?

N’est-ce pas vous qui avez dit au stade Champroux de Marcory le dimanche 23 janvier 2011, après que vous ayez déjà fait allégeance au Président  LAURENT GBAGBO en décembre 2010 que vous avez des armes de destruction massive et que vous êtes prêts à vous battre contre tous ceux qui vont piétiner la constitution ivoirienne et s’attaquer aux ivoiriens ? L’objectif  de cet appel n’était-il pas de demander aux troupes de rester fidèles au Président élu LAURENT GBAGBO ?

Etait-ce un autre GENERAL Mangou qui avait lancé ces propos au stade Champroux devant des milliers de jeunes ivoiriens ? C’est bien vous, non ! Mais le moment venu de se battre, qu’avez-vous fait ? Vous vous êtes rendu nuitamment au GOLF HOTEL (QG de campagne d’ALASSANE OUATTARA) sans donner de contre ordre aux troupes. Vous avez fui. Comment qualifie-t-on cet acte, mon GENERAL ? Nous vous disons  que c’est ça qu’on appelle la trahison.

Quand vous donnez des ordres aux FDS leur disant de replier tous sur Abidjan pour organiser la défense de la capitale, et qu’avant qu’ils n’arrivent tous à Abidjan vous avez déjà pris la poudre d’escampette fermant tous vos téléphones sans contre ordre, comment pouvez vous qualifier cette attitude ? C’est ça qu’on appelle la trahison, mon GENERAL.

Quand vous appelez les jeunes à s’enrôler dans l’armée à partir de mars 2011, et que vous faites ce recrutement massif et que vous les abandonnez pendant qu’ils sont encore en formation, comment qualifiez-vous cette attitude ? Mon GENERAL, c’est ça la trahison !

Quand au moment du combat pendant que tout le peuple s’attendait à ce que vous vous battiez jusqu’au bout et que ce peuple constate que vous avez fui laissant vos subalternes sur le terrain. Comment qualifiez-vous cette attitude ? C’est la trahison, mon GENERAL.

Tous ces soldats qui sont morts parce qu’ils ont cru en leur Chef d’Etat Major qui les a abandonnés en chemin sans contre ordre n’ont-ils pas été trahis par vous ? Vous serez toujours hanté par le sang de tous ces militaires pour l’éternité.

Mon GENERAL, vous avez trahi vous-même l’armée de Côte d’Ivoire, le peuple de Côte d’Ivoire, les institutions de la République, vos frères d’armes de la Gendarmerie Nationale, de la Police Nationale, de la Douane, des Eaux et Forêts, de la Marine Marchande. Vous avez trahi même vos propres gardes de corps dont le Chef qui se surnommait J.C Côte d’Ivoire, vous cherchait dans toute la Capitale ne sachant pas où vous êtes. Vous n’êtes pas un GENERAL digne.

3- Du bon cœur d’Alassane Ouattara

Venant de vous qu’Alassane OUATTARA a un bon cœur ne nous surprend pas. Cependant, nous vous rappelons qu’il vous a nommé ambassadeur non pas parce qu’il a bon cœur, mais pour le service que vous lui avez rendu en trahissant le peuple de Côte d’Ivoire, les institutions de la République et vos frères d’armes à son profit.

Nous savons que vous, GENERAL Mangou, saviez cela à moins que vous n’ayez pas de conscience.

Sachez que beaucoup de vos frères d’armes sont en  prison, en exil ou traqués par celui qui a un «  bon cœur » pour vous parce qu’il vous a nommé ambassadeur.

Pourquoi tous ces militaires sont-ils en prison, en exil, traqués, alors qu’ils ont servi sous vos ordres pendant que vous, vous êtes nommés ambassadeur ?

Mon général, avant de vous quitter, nous voulons vous faire remarquer que vous n’êtes pas un modèle pour la côte d’Ivoire et pour l’armée ivoirienne. Pourriez-vous regarder un seul instant dans le rétroviseur et vous comparer au général Ouattara Thomas d’Aquin qui fut GENERAL de corps d’armée comme vous ? Nous disons, non ; car vous ne pouvez même pas vous comparer au dernier soldat sur l’éthique militaire à plus forte raison à ce grand GENERAL.

Quand nous, militaires, voyons aujourd’hui la descendance du GENERAL d’Aquin, nous leur vouons un grand respect à cause de la grandeur de leur père. Mais vous, vos descendants seront hués à cause de votre trahison.

Aucun statut ne pourra être érigé en votre honneur dans ce pays comme celle du général d’Aquin connue à l’ENSOA de Bouaké que nous avons tous saluée fièrement lors de notre passage dans cette école ; car au panthéon de l’histoire des généraux traîtres, vous occupez une place de choix.

Rappelez-vous de ce que le GENERAL Dogbo Blé vous a dit au Golf Hôtel pendant qu’on le maltraitait sous vos yeux. Oui, vous êtes un lâche mon GENERAL. Vous ne méritez pas d’être appelé Général, vous êtes le dernier des soldats en Côte d’Ivoire.

Permettez-nous maintenant de vous tutoyer parce que ne méritant plus d’être vouvoyé par un seul soldat de la Côte d’Ivoire digne de ce nom.

Nous, militaires de Côte d’Ivoire (officiers, sous-officiers, militaires de rang) des Forces Armées Nationales de Côte d’Ivoire (FANCI) T’ANATHEMATISONS.

« La malédiction te suivra jusqu’à ta descendance » car l’histoire de la Côte d’Ivoire qui s’écrit à présent retiendra qu’il fut un chef d’Etat Major, général de corps d’armée, du nom de Philippe Mangou qui a trahi son peuple, les institutions de son pays et ses frères d’armes. Qu’il a pris la fuite face à l’agresseur, livrant ses subalternes à la mort. Oui, Philippe Mangou, tu demeures fuyard, un lâche, un traître.

Un conseil : taches désormais de faire attention à tes déclarations si non, tu vas entendre des choses qu’on ne t’a jamais dites en publique te concernant. Et cela est aussi valable pour les amis traîtres comme Detho Letho, Kassaraté Tiapé Edouard, Brindou M’bia qui sont de la même trempe de traître que toi.

Des gens comme toi qui trahissent, doivent éviter de prononcer certains mots dans leurs déclarations. Ils doivent faire profil bas ! Mais au fait, monsieur Mangou, dis-nous, qu’est ce que cela te fait-il de savoir que le président Laurent Gbagbo, ton bienfaiteur est aujourd’hui à La Haye, alors que tu te prévaut du grade de GENERAL de corps d’armée qu’il t’a conféré ?

Que dire aussi de tous ces militaires ayant cru en toi et que tu as trahis ? Simple question de conscience ! A bon entendeur, salut.

  

Tes frères d'armes trahis.


Source: Le blog d'Alain Doh Bi

mercredi, 26 juin 2013

AJOURNEMENT DE LA DECISION AU SUJET DU CAS GBAGBO: POURQUOI LA DEFENSE VEUT FAIRE APPEL


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Maître Emmanuel Altit passe à l’offensive.


Nouveau rebondissement dans le bras de fer qui oppose Laurent Gbagbo, président renversé de la Côte d’Ivoire, au procureur de la Cour pénale internationale. Trois semaines après la décision des juges de la Cour préliminaire I de demander à l’Accusation de revoir une copie caractérisée par une absence d’éléments de preuve « concrets et tangibles », et quinze jours après l’annonce par Fatou Bensouda de sa volonté de faire appel, la Défense, dirigée par Maître Emmanuel Altit, sort du bois. Et indique qu’elle aussi entend contester le « verdict » du 3 juin dernier. Elle s’en explique dans un document long de 18 pages.


La Défense du président Laurent Gbagbo estime que « les délais supplémentaires » accordés à l’Accusation, « ne sont pas conformes aux exigences du procès équitable », notamment en ce qui concerne l’obligation de s’assurer que la personne mise en cause est « jugée sans retard excessif ». « En effet, le Président Gbagbo a été arrêté par les autorités ivoiriennes le 11 avril 2011. Sa détention dure donc depuis plus de deux ans et si le calendrier prévu par la Chambre préliminaire était appliqué, sa détention serait prolongée de près d’une année supplémentaire », écrit Maître Emmanuel Altit.

La décision des juges de la Chambre préliminaire I revient à « faire payer au Président Gbagbo les défaillances du procureur », «décharge le procureur de ses erreurs au détriment du Président Gbagbo», fulmine Maître Altit. Les juges « excusent la faillite du procureur en posant une hypothèse » non fondée. Celle selon laquelle « la jurisprudence de la Cour a semblé plus clémente » avant les arrêts de la Cour d’appel sur laquelle ils se fondent pour dénier leur valeur probante aux preuves supposées de l’Accusation – des arrêts qui datent tout de même de l’année dernière. Cette hypothèse n’est pas fondée : « le procureur n’a cessé d’indiquer pendant la période de confirmation des charges qu’il était au fait de ses droits et obligations et avait rassemblé un dossier complet ». De plus, « rien dans le dossier ne laisse entendre que le Procureur n’aurait pas fait état de toute sa preuve, aurait gardé des éléments de preuve par devers lui ou serait susceptible d’en trouver de nouveaux », martèle Altit qui s’appuie notamment sur les « propres déclarations » de son contradicteur. Les juges ne mettent pas de toute façon pas en avant tant « quelques éléments de preuve », mais la manière dont le procureur a monté le dossier, qui ne les a pas convaincus.

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Gbagbo doit-il payer le prix des turpitudes de ses accusateurs?

Selon Altit, le procureur n’avait « aucune raison d’ignorer ce qui était attendu de lui » et la chambre n’est pas fondée à « présumer de sa bonne foi ». « Ce n’est pas la première fois que le procureur est pris à défaut sur ses enquêtes », rappelle, sans pitié, l’avocat principal de Gbagbo. « Ce n’est pas la première fois qu’une Chambre de la CPI exprime des doutes sur le fait que le bureau du procureur s’appuie exagérément sur des rapports d’ONG », précise-t-il, rappelant au passage que cette faiblesse a été déplorée dans le cadre de l’affaire Mbarushimana – les charges avaient été infirmées dans ce cas-là. Dans l’affaire Lubanga, les juges de la Chambre de première instance I ont abondamment relayé des propos d’enquêteurs de la CPI expliquant « le faible crédit » à accorder aux rapports de certaines ONG.

Le procureur auprès de la CPI ne connaîtrait-il donc pas le droit ?

Implacable, Maître Altit tente de retourner la complaisance des juges envers le procureur contre ce dernier… et contre eux. La Chambre prend en compte comme critère le fait que le procureur « aurait pu ne pas connaître le droit », s’étonne-t-il. « Or la Chambre ne saurait se fonder sur une telle hypothèse car les parties, ainsi que les juges, sont censées connaître l’état du droit ». D’autant plus que les arrêts sur lesquels se fondent les juges datant de… mai 2012. Fatou Bensouda ne se mettrait-elle donc pas jour sur la jurisprudence ? Les mauvaises langues pourraient même aller jusqu’à se demander pourquoi elle est payée si elle ne travaille pas. « Le procureur pouvait s’attendre à ce que le type de preuves qu’il a utilisé, notamment des rapports d’ONG contenant des témoignages anonymes, des attestations par ouï dire et des articles de presse, ne soient pas suffisants ». L’absence d’éléments-clés dans le dossier de l’Accusation relève, selon la Défense, « d’un choix délibéré » ou de la « défaillance » de son enquête. La seule « solution logique » consiste pour les juges à « prononcer l’infirmation des charges et la libération de Gbagbo », soutient son avocat.

Ajournement ou retour à la case départ ?

Maître Altit note avec lucidité que l’ampleur du travail demandé à l’Accusation par les juges l’amènera à recommencer son travail à zéro, voire à monter un tout autre dossier d’accusation. « En réalité, il ne s’agit pas d’un simple ajournement puisque la Chambre demande au procureur de recommencer ses enquêtes et de présenter l’affaire de manière autrement plus structurée ». La question soulevée touche donc au « délai raisonnable » donné à l’Accusation pour mener ses investigations, indûment rallongé. Elle touche du coup « à l’équité du procès ».

Pourquoi Altit se plaint-il alors qu’il criait victoire ?

L’appel interjeté par la Défense du président Gbagbo surprend certains observateurs qui notent, de bonne ou de mauvaise foi, que son avocat principal, Maître Emmanuel Altit, avait exprimé sa satisfaction après la décision de la Chambre préliminaire I, qui retoquait l’Accusation sans aller jusqu’à infirmer les charges. En réalité, tout est ici affaire de stratégie. La CPI est une juridiction particulière, où le droit stricto sensu est modéré par un ensemble de considérations et de rapports de force politiques. C’est à cet égard que l’on a pu considérer que la décision du 3 juin dernier était une victoire pour Gbagbo et ses avocats. Par ailleurs, en cachant ses intentions à l’annonce de la décision, Maître Altit a poussé Fatou Bensouda à abattre ses cartes. A tirer la première. Il est maintenant temps pour lui d’aller, à son tour, à l’offensive.

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Fatou Bensouda comptait sur son appel pour reprendre l’initiative…

Il s’agit désormais pour la Défense de mettre la pression premièrement sur les juges de la Chambre préliminaire I en mettant en lumière les preuves de ce qui ressemble bel et bien à de la complaisance vis-à-vis du procureur et surtout des forces politiques internationales qui sont derrière lui.

Il s’agit de rappeler à tous que Gbagbo est maintenu en prison pour une période assez longue à cause des turpitudes de celui qui l’accuse, lequel ne subit pour sa part aucune conséquence de son incompétence, et bénéficie même d’une séance de rattrapage. Ce dernier rappel n’est pas sans rapport avec une bataille menée parallèlement : celle pour l’octroi d’un régime de liberté provisoire à l’accusé.

Il s’agit enfin de ne pas laisser le monopole de l’indignation à Fatou Bensouda, qui s’appuie sur l’opinion dissidente de la juge Silvia Fernandez de Gurmendi et sur des manifestations de mauvaise humeur sans la moindre ampleur – et instrumentalisées – des « victimes » à Abidjan, pour tenter de se remettre en selle.


Théophile Kouamouo


Source: LE NOUVEAU COURRIER