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lundi, 18 mars 2013

MAMADOU BEN SOUMAHORO: OUATTARA ET SARKOZY COUVRE L'ASSASSINAT DU FRANÇAIS PHILIPPE REMOND

 

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Un homme est mort. Il était Blanc… Nous sommes Noirs. Après sa mort, il était toujours Blanc. Après sa mort, nous sommes restés Noirs. Cependant, ce que nous avons en commun avec cet homme, c’est notre évidente et incontournable appartenance à l’humanité. Il s’appelait Philipe Rémond et il avait décidé d’offrir à l’Afrique, toutes ses richesses cognitives acquises à la suite d’un dur labeur personnel. Il était Professeur agrégé en Sciences Industrielles. Il avait en Afrique, choisi le Sénégal puis la Côte d’Ivoire, mon pays. A l’intérieur de ce dernier choix, il avait résolument décidé de soutenir la démocratie et la vérité. Ce n’était même pas une question de courage ; c’était tout simplement, pour lui, une question de conviction. Je ne connais pas cet homme. Comme vous le voyez, je regrette de ne l’avoir jamais rencontré. J’ai simplement eu le lointain privilège de l’entendre parler un soir à la télévision nationale de Côte d’ivoire. L’effet qu’il m’a fait était assez étrange. J’étais assailli d’interrogations et d’une peur certaine. Le contexte, bien évidemment, était un facteur aggravant des risques que prenait cet homme. Qu’est ce que ce Blanc vient-il faire dans nos affaires déjà très compliquées et pourquoi ose-t-il asséner des évidences que même nos économistes et nos dirigeants les plus à gauche n’ont jamais transmis à leur jeunesse et à leur peuple comme hypothèse d’école ? Philippe Rémond a osé ce que nous n’avons jamais eu ni le courage ni même l’idée de faire. La démocratie, la monnaie, l’indépendance réelle, les rapports France-Côte d’Ivoire, le pouvoir exorbitant des Blancs en Côte d’Ivoire, la soumission aveugle de nos dirigeants aux diktats de l’Elysée et l’injustice de la mondialisation qui a tout simplement transféré le pouvoir de décision des petits pays au Conseil de sécurité de l’Onu.

Que voit Philipe Rémond quand il débarque en Côte d’Ivoire ? L’enseignant constate que nous sommes sous la tutelle des grandes puissances. Il voit que nous sommes ni plus ni moins que de petits protectorats des grands Etats de l’Occident. Il était Blanc mais il n’a pas accepté cette injustice, ce déni de nos droits élémentaires par la communauté internationale. Mais dans l’énorme fatras de déceptions mêlées de révolte qui l’anime, il découvre en Côte d’Ivoire, un homme dont l’intelligence, les décisions, les attitudes, les choix et l’aptitude à la résistance et au commandement le séduisent. Cet homme là s’appelle Laurent Gbagbo.

Attendez ! Depuis quand le Président d’une « République bananière » a-t-il eu le culot de refuser une invitation à assister au défilé militaire du 14 Juillet sur « la plus belle avenue du monde », les Champs-Elysées ? Depuis quand un Président africain a-t-il le droit d’opposer aux occidentaux le pouvoir de la Constitution de son pays ? Depuis quand un Président nègre nomme-t-il ses ministres sans en référer auparavant au Président de la France ? Depuis quand le Président d’un tout petit pays comme la Côte d’Ivoire peut-il dénoncer l’intrusion du Président des Etats Unis d’Amérique dans les affaires intérieures de son pays en refusant de le prendre au Téléphone ? Cette liste d’interrogations n’est pas exhaustive mais une seule réponse a suffi au Professeur Philipe Rémond : cet homme-là, ce Président-là, il l’a trouvé en Côte d’Ivoire. Et cette réponse lui a été fatale. Il était Blanc, nous sommes Noirs. Pourtant c’est pour nous et pour la vérité qu’il est mort.

Depuis qu’il a été égorgé par les Sofas d’Alassane Dramane Ouattara à Yamoussoukro, tout le monde a décidé de tourner sa tête ailleurs. Que les Ivoiriens qui se prennent pour des « vainqueurs » aujourd’hui piétinent l’âme et le corps de cet éminent professeur d’Université, peut à l’extrême limite se comprendre, puisqu’aussi bien cette mort servait leur cause. Mais, que des enfants dignes de cet pays – peu importe leur bord politique – fassent semblant d’ignorer ce crime barbare perpétré sur la personne d’un homme qui a choisi de servir notre pays, me consterne et me choque. Et c’est l’objet véritable de cette note.

Nicolas Sarkozy de Nagy Bocsa et Alassane Dramane Ouattara sont incontestablement les commanditaires de cette sauvagerie tropicale achevée. Son mobile est politique et géostratégique. L’histoire révèlera un jour les raisons de l’assassinat du Professeur Philipe Rémond. Les exégètes y travaillent. Pour l’heure, ses contemporains ont le devoir impérieux de s’interroger sur le silence assourdissant des classes politiques Françaises : ça va de la droite bicéphale-Ump à la gauche Chaviste et Bolivarienne de Jean-Luc Mélenchon en passant par le parti socialiste qui gère le Pouvoir d’Etat. Je n’ai pas cité les intellectuels parce que Bernard-Henry Levy qui s’est autoproclamé « pape » de leur association virtuelle ne sait plus défendre que la cause de l’interventionnisme brutal et celle de la guerre chez les plus faibles. Le seul et le dernier des justes qui nous appelait tous à l’indignation respectable vient de nous quitter à 95 ans : c’était Stéphane Hessel.

Alors, il n’y a plus personne en France pour s’interroger sur le sort d’un Français qui se fait trucider par des dozos barbares et hirsutes, avec des méthodes d’une époque médiévale, au nom de l’intérêt mesquin et combiné d’un Président Français en l’occurrence Nicolas Sarkozy De Nagy Bocsa et de son « ami » Alassane Dramane Ouattara ? La Présidence de la République de Côte d’Ivoire vaut bien le sacrifice d’un « petit Blanc Français » fût-il Professeur agrégé. Mais Philippe Rémond n’a eu droit ni a une messe ni a une sépulture digne. Son corps traîne dans un fossé creusé à la va-vite dans la brousse de Yamoussoukro. Aucune enquête n’a été ordonnée, ni par le pouvoir d’Alassane Dramane Ouattara, ni par celui de Nicolas Sarkozy de Nagy Bocsa. On ne s’est donné la peine de rechercher ni les assassins, ni les commanditaires directs ou indirects. Personne ne sait même si les parents de l’infortuné professeur ont été informés de la mort de leur fils. Peut-être les a-t-on menacés de représailles s’ils s’agitaient trop ! Ou peut-être les a-t-on payés pour qu’ils se taisent à jamais ! Parce qu’avec Sarkozy tout peut arriver. Nous sommes bien placés pour le savoir. Même après toutes ces questions sur l’attitude scandaleuse de la France, on ne saurait se satisfaire de la discrimination dont souffre le cas Philipe Rémond. Qu’est ce que cet homme a bien pu faire à la France pour mériter une telle punition post-mortem ?

Nicolas Sarkozy a volé personnellement au secours des voyous de l’arche de Zoé au Tchad, puis exigé la libération de Florence Cassez au point de provoquer une rupture des relations diplomatiques avec la République du Mexique. François Hollande, qui arrive sur le tard dans le dossier, agit en faveur de « la belle Florence ». Que dire du combat personnel de Dominique Galouzeau De Villepin pour Ingrid Betancourt. Jacques Chirac a bombardé la moitié de la Côte d’Ivoire pour les neufs soldats Français dont on a réussi à imputer injustement la mort à Laurent Gbagbo. Le même Jacques Chirac a envoyé les forces spéciales Françaises soustraire des mains de la justice Ivoirienne quatre soldats Français, braqueurs de la Banque Centrale de Bouaké, sans informer le chef de l’Etat Ivoirien. Le Premier Ministre Français, François Fillon, s’est personnellement déplacé pour l’affaire Yves Lambelin à Abidjan et on se souvient du grabuge provoqué par la mort du correspondant de RFI, Jean Hélène en Côte d’Ivoire ; l’assassin, un agent de la Police nationale, a été arrêté, jugé et écroué pour 20 ans à la Maison d’Arrêt et de correction d’Abidjan(Maca). L’affaire Guy-André Kieffer, journaliste et accessoirement honorable agent du contre-espionnage Français, a empoisonné pendant plus de 10 ans, la vie politique Ivoirienne. Toutes sortes de juges ont défilé à Abidjan sans pouvoir mettre la disparition de l’espion sur le dos de la famille Gbagbo. Et le combat cessa faute de combattants, pour les raisons que vous savez.

 Le 7 Mars 2013, l’assassinat d’une religieuse à Madagascar a fait « la Une » de nombreux journaux français et suscité la réaction de l’ambassadeur de France à Antananarivo. Il a provoqué l’arrestation de plusieurs présumés coupables. Mais alors, encore une fois, comment expliquer le silence de la France quant au cas du professeur Philippe Remond. Pourquoi a-t-on enterré le dossier avec le défunt ? L’affaire Philippe Rémond est-elle classée « secret défense » et pourquoi ?

J’en suis même arrivé à me demander si Philippe Rémond était bien Français. Ou peut être a-t-il été déchu de sa nationalité Française. J’ai cependant un secret espoir : celui de voir réagir les ONG et les Associations de défense des droits humains. J’ai été singulièrement étonné de ne trouver aucune allusion sur l’affaire Philippe Rémond dans le rapport annuel 2013 d’Amnesty International. Pourtant ce rapport de 100 pages était d’une grande rigueur morale et d’une grande qualité technique et juridique. La cause de la vérité a été bien servie. Mais sur l’assassinat de Philippe Rémond, rien n’est signalé. Même pas l’ouverture d’une enquête !!!

Un vieillard Africain - donc une bibliothèque – m’a dit un jour une chose dont j’ai pu vérifier l’extraordinaire exactitude : « Dans la vie, il y a deux choses qu’on ne peut pas cacher : l’argent et un cadavre. Quoi que vous fassiez, ces deux choses remontent toujours à la surface »… le squelette de Richard III surgît des entrailles de la terre Britannique après cinq siècles et l’argent de Kadhafi éclaboussa le monde après 42 ans. A bon entendeur…

 

Mamadou Ben Soumahoro

Journaliste
Ancien Directeur Général de la Télévision Ivoirienne

Ancien Député à l’assemblée Nationale de Côte d’Ivoire

Président Honoraire de l’URTNA (Union des Radios et télévisons Nationales D’Afrique)

Citoyen d’honneur des villes de Lafayette et de la Nouvelle Orléans aux USA

Commandeur de l’ordre du Rio Branco (Brésil)


Source: ABIDJAN DIRECT.NET

LE TRIOMPHE DU MENSONGE ET DE L'INJUSTICE - BERNARD DESGAGNE

 

 

Il vaudrait beaucoup mieux que la justice internationale n'existe pas, car elle constitue en fait une grave forme d'injustice. M. Gbagbo est un grand démocrate et un homme de dialogue, de progrès et de paix. Il a été victime d'un coup d'État sanglant orchestré par les dirigeants mafieux de l'OTAN, en particulier M. Sarkozy, pour mettre au pouvoir un partenaire de l'ordre mondial néolibéral, M. Alassane Ouattara.


L'armée privée de M. Ouattara, les Forces nouvelles, est une armée d’analphabètes soutenus par la France depuis 2002. Elle sévit encore aujourd'hui en Côte d'Ivoire sous le nom de FRCI. Pas une semaine ne passe sans que les FRCI ne commettent des exactions et des violences. Le racket et la contrebande sont leurs principales activités et sources de revenus.

M. Sarkozy, M. Ouattara et beaucoup d'autres chefs d'État devraient être jugés pour leurs crimes de masse, si une véritable justice internationale existait. Les partisans de ces sinistres personnages n'ont qu'une seule stratégie : le déni et les mensonges. Ils passent leur temps à accuser leurs victimes des crimes qu'ils ont eux-mêmes commis au vu et au su de tous. Ils misent sur la complicité des médias, qui répètent constamment les mêmes mensonges et qui ne donnent qu'occasionnellement la parole à leurs contradicteurs. Tout est affaire de pondération dans les médias : une vérité dite une fois ne fait pas le poids devant un lavage de cerveau systématique où les mensonges sont répétés des milliers de fois.

La justice internationale donne les mêmes résultats partout, que ce soit en Côte d'Ivoire, au Rwanda ou en RDC : c'est le triomphe du mensonge et de l'injustice. La justice n'est qu'un concept qui ne vit encore que dans l'esprit des hommes de bonne foi, dont le président Laurent Gbagbo fait partie. Dans la réalité, il n'y a pas de justice. Il n'y a que l'argent, les fusils et les rapports de force. 

M. Assad, le président de la Syrie, l'a compris. Il ne discute pas avec l'OTAN et les médias menteurs occidentaux. Il achète des missiles russes et empêche l'OTAN de lui faire ce qu'elle a fait à Gbagbo et Kadhafi. C'est le seul argument que comprend l'OTAN, qui ne s'intéresse aucunement à la justice, à la démocratie et au respect des droits de la personne et qui n'est que le bras armé des parasites et des pillards du grand capital apatride basé à Wall Street.

La seule conclusion possible est qu'il ne sert à rien de discuter. Il faut s'armer et résister. Puis, un jour, il faudra éliminer pour de bon les agresseurs qui ensanglantent l'humanité depuis Hiroshima. Après, nous pourrons reparler de justice, internationale ou pas.


Regards sur Gbagbo met en avant des personnes qui veulent s'exprimer sur des sujets particuliers ou des personnes qui ont simplement des histoires engageantes à raconter. Leurs opinions ne reflètent évidemment pas celles du site Regards sur Gbagbo.


Source: REGARDS SUR GBAGBO

vendredi, 15 mars 2013

COMBAT JUDICIAIRE DE LA FAMILLE DE FIRMIN MAHE: QUE PEUT-ON ENCORE ATTENDRE DE LA JUSTICE FRANÇAISE?

 

PROCES AFFAIRE FIRMIN MAHE 2.gif


"Le Grand Débat"  du 06 février 2013, avec Francis LALOUPO.

 

Dans le grand débat aujourd’hui, retour sur l’affaire Firmin MAHE du nom de cet Ivoirien de 30 ans, Firmin MAHE, présumé criminel, assassiné par des soldats français de l’opération Licorne en Côte d’Ivoire. C’était le 13 mai 2005 selon la plainte déposée par l’avocat, maître Fabien NDOUMOU. Firmin MAHE aurait trouvé la mort par asphyxie après avoir été étouffé à l’aide d’un sac plastique posé sur son visage. Cette exécution sommaire a été reconnue par la justice française. Et pour la première fois dans l’histoire judiciaire d’ici… de France… 4 militaires français accusés du meurtre de Firmin MAHE comparaissaient en décembre 2012 devant la Cour d’Assises de PARIS. Verdict : un acquittement et 3 peines de prison avec sursis, un verdict jugé alors scandaleux par les Ivoiriens qui étaient présents dans la salle d’audience. Aujourd’hui l’avocat de la famille de Firmin MAHE poursuit le combat judiciaire. Mais que peut-il, que peut-on attendre encore de la Justice Française ? C’est la question que se pose son avocat que nous allons recevoir dans cette édition.

Invité: Maître Fabien Ndoumou, Avocat de la famille de Firmin Mahé

Débatteur polémiste: Jean-Claude Tchicaya, Sociologue et consultant sur les questions éducatives

 

Le 13 mai 2005, Firmin MAHE, un Ivoirien de 30 ans, présumé criminel était assassiné par des soldats français de l’opération Licorne dans le contexte de la crise politico-militaire de la Côte d’Ivoire. Le 7 décembre dernier, à l’issue du procès de 4 militaires impliqués, la Cour d’Assises de PARIS livrait son verdict : un acquittement et 3 peines de prison avec sursis, et selon la Cour, même si le geste des militaires avait – je cite hein – « gravement porté atteinte aux valeurs de la République, la situation exceptionnelle dans la région ivoirienne où s’est déroulé le drame, était de nature à atténuer leur responsabilité ». Un verdict jugé scandaleux par la famille de Firmin MAHE qui espère toujours obtenir une juste réparation de la part de la Justice française. C’est ce combat que poursuit l’avocat de la famille MAHE, maître Fabien NDOUMOU, maître Fabien NDOUMOU qui est notre invité.

-       Bonsoir Maître

-       Bonsoir Francis LALOUPO

-       Je dois citer votre ouvrage… Vous êtes… Vous prenez le temps d’écrire de temps en temps. Vous n’êtes pas que dans les prétoires. Cet ouvrage : « les missions d’observation des élections », c’est tout un programme j’ose dire, aux éditions l’Harmattan

-       C’est le dernier qui est sorti au mois de décembre 2012.

-       Missions d’observation en Afrique je suppose…

-       Dans le monde, dans le monde.

-       Dans le monde, très bien. On en dira un mot d’ici la fin de l’émission.

-        Alors d’abord il faut rappeler que l’avocate générale avait requis des peines plus élevées hein contre ces militaires français allant de 6 mois avec sursis à 5 ans fermes et le colonel Eric BURGAUD qui  avait transmis l’ordre de tuer MAHE a été condamné finalement à 5 ans avec sursis ; l’adjudant Guy RAUGEL  qui l’a étouffé avec un sac plastique, lui a été condamné à 4 ans avec sursis ; le brigadier chef Joanès SCHNIER qui le maintenait, lui il a été condamné à un an avec sursis. Le brigadier Lyan Riffou  BEN YOUSSOUF lui qui conduisait le véhicule blindé qui transportait donc Firmin MAHE où se sont déroulés les faits a lui été acquitté. Bon, alors comment avez-vous accueilli à l’époque le verdict ?

-        « Bon mais vous savez M. Francis LALOUPO, lorsque vous attendez à des peines fermes et surtout que l’avocate générale avait requis, les peines fermes, et que vous vous retrouvez avec  des peines avec  sursis, il y a quand même un petit pincement. Vous êtes un peu déçu. Mais avec du recul, nous constatons que ce verdic, bien qu’il soit un peu une histoire moins ferme, ce verdic, nous nous trouvons que c’est, que c’est un bon verdic, puisque c’est une jurisprudence…

-        Vous dîtes ça parce que vous ne pouvez pas commenter ou contester les décisions de Justice ?

-        Non M. LALOUPO, vous savez je n’ai pas la langue dans ma poche. Je suis un avocat engagé. Au barreau de PARIS, on le sait. Ce n’est pas parce que je suis devant les micros. Je peux vous dire que même les radios australiennes, les radios Voix de l’Amérique m’ont appelé pour  prendre des nouvelles de ce verdic. Je n’ai pas ma langue dans la poche, mais avec du recul, j’ai constaté, j’ai vu que ce verdict, quelque part, il n’était pas ferme, mais, mais, euh, c’est un verdict, c’est un jugement, euh, c’est un arrêt qui était que les militaires, euh,  méritaient.

-        Oui, est-ce que ce procès des militaires aurait pu se tenir devant une Cour martiale ?

-        La Cour martiale, il n’y a pas, vous savez, cette affaire MAHE, c’est euh, il y a eu une révolution en France, y avait le Tribunal aux Armées, c’est l’affaire MAHE qui a suscité qu’aujourd’hui, euh, le Tribunal militaire n’existe plus. Donc que ce soit la Cour martiale ou bien  la Cour d’Assises de PARIS, je ne trouve pas de différence. Tout jure est-il  que le droit a été dit. L’arrêt a été rendu. La sentence a été prononcée. Et les militaires ont été condamnés. Oui, vous savez, les familles sont venues. En Afrique…

-        … C’est la première fois qu’un tel procès a lieu en France…

-        C’est une jurisprudence. Je suis très content parce que là nous avons une jurisprudence MAHE. MAHE est réhabilité par cette jurisprudence. Donc lorsque les militaires commettront dorénavant des infractions sur les opérations, euh,  le théâtre des opérations, on se référera à la Jurisprudence MAHE. Toute jurisprudence a une révolution. C’est la première jurisprudence. D’ici quelques années, nous allons suivre, nous allons suivre d’autres procès et ces procès peut-être la jurisprudence pourrait évoluer.

-        8’30 Oui, on essaie de comprendre. Le colonel Eric BURGAUD, qui en a été condamné à 5 ans avec sursis, lui-même avait transmis l’ordre de ne pas laisser Firmin MAHE vivant. Alors,  un ordre qu’il aurait reçu, euh, c’est ce qu’on disait du Général Henri PONCET qui commandait à l’époque la force française Licorne en Côte d’Ivoire. Et le Général PONCET, lui il a été mis en examen au début de l’enquête mais a toujours démenti ses propos. Et en 2010 finalement il avait bénéficié d’un non-lieu. Et ce Général PONCET n’était pas présent au procès. Pourtant, il est au cœur de cette affaire du point de vue de sa responsabilité non ?

-        Oui, mais si le Général PONCET était au procès. Si, si, si, le Général PONCET a été cité. Il a témoigné. Je lui ai posé des questions… Il a témoigné mais je lui ai posé des questions. La, les jurés avaient la latitude de pouvoir décider si le Général PONCET devenait un prévenu. Malheureusement cette voie leur était ouverte…

-        Ce n’était pas un prévenu. Il était au procès en tant que témoin ?

-        Oui, il était au procès en tant que témoin comme Alliot Marie. Et comme d’autres je crois : 12 ou 15 généraux qui étaient également présents et plusieurs colonels… Donc, voilà, le Général PONCET, certes il y a eu un non lieu contre lui. J’ai fait appel de ce non lieu pour non dénonciation de crime. Malheureusement, le non lieu, euh la Cour a confirmé le non lieu. Donc voilà.

-        Alors, on s’en souvient que pendant le procès, une certaine Madame Adèle DITO, qui est ancienne adjointe au Maire de BANGOLO, la commune où avait été capturé Firmin MAHE, avait déclaré que – je cite – « que la France devrait décorer les accuser plutôt que de les condamner, parce que selon elle, MAHE avait un groupe qui terrorisait la population ». La famille évidemment avait été très choquée par ces déclarations. Et pour la famille, contrairement à ce qui avait été dit, Firmin MAHE, c’est pas un voyou, un bandit, enfin c’est pas un coupeur de routes. Dites-nous vous qui était exactement Firmin MAHE ?

-        10’21 Oui, je suis très très content, parce que la Cour a reconnu… La Cour a reconnu qu’il n’y avait pas de fait établi, c’est-à-dire des preuves judicaires et des preuves policières établies que Firmin MAHE était, euh, était un brigand de grand chemin. Ca c’était déjà une victoire pour moi, parce que je me battais depuis le premier jour que j’ai pris ce dossier en mains, je me battais pour démontrer que Firmin MAHE n’était pas ce grand bandit.

-        Est-ce que cette présomption n’était  pas de nature, je veux dire, à justifier, à excuser…

-        …Vous allez me faire dire certaines choses ici… Vous savez, j’ai eu en mains un procès, un procès qui me brûlait comme du charbon ardent. Tout était mis en œuvre pour que cette affaire soit étouffée. Et lorsqu’on a tué Firmin MAHE, euh, l’Armée française ne savait pas que la famille pouvait se constituer … Parce qu’auparavant, il y a un jeune qu’on a tiré à bout portant –il était perché sur un manguier- et il a fait éclater un plastique. Un militaire a dégainé et il a tiré : le jeune en est mort. Et là cette affaire est passée sous silence. Et une deuxième affaire, c’est l’affaire Firmin MAHE. La France croyait que cette affaire devait se passer sous l’encre. Heureusement, il y avait la partie civile qui prenait connaissance du dossier et lorsque j’ai pris connaissance, euh, j’ai pris possession du dossier, je mettais mon nez un peu partout. L’affaire ne pouvait plus être étouffée.  Donc, je prends possession du dossier. Il fallait que je me batte pour un avocat. Et l’Armée, lorsque l’Armée a su qu’il y avait un avocat en France, l’Armée a mis tout en œuvre… Je peux même vous dire que même les services secrets militaires étaient organisés pour que l’affaire soit étouffée, pour que l’affaire ne tâche pas la grande muette. Heureusement. Donc je reviens sur cette affaire de DITO. Adèle DITO, c’est elle qui s’était – troisième adjointe au Maire de BANGOLO… Alors Adèle DITO, elle est contactée par… Déjà, il y avait eu des accointances, des accointances avec des militaires… Bon, je vais pas dire que…Y’avait certaines relations intimes, mais quelque part,  y’avait des doutes…

-        Bon mais attention à ce que vous dites hein, parce que des relations intimes…

-        12’38 Je suis libre, je suis libre… Des relations intimes, cela ne veut pas seulement dire qu’il y a des relations sexuelles. Des relations intimes peut-être que vous m’achetez une bière,…Bien sûr Mais quand même, j’ai des photos où on retrouvait des militaires dans la soirée avec Adèle DITO en train de partager des bières, dans les maquis.

-        Elle avait une vie dissolue cette dame ? 67 ans quand même !

-        12’58 Vous savez 67 ans, lorsqu’on est au front tout est possible alors. Et je peux vous dire à l’avance les militaires français,  on leur accusait d’avoir violé les enfants, les petits enfant qui étaient des mineurs. Cette affaire s’est passée sous silence. Donc voilà Adèle DITO qui est réquisitionnée pour dédouaner les militaires et que font les militaires ? Aujourd’hui les «Général » BARREIRA, M. BARREIRA à l’époque il était colonel. M. BARREIRA, c’était le camarade de classe de M. BURGAUD. Ils ont fait l’école SAINT-CYR. Après ils ont fait la formation de l’Ecole supérieur de SAINT-CYR. Et c’est ce général qu’on appelle au secours pour aller essayer de rétablir l’ordre. On l’envoie à MAN pour aller remplacer BURGAUD à l’Ouest de la CI (GTA2). C’était pour aller dédouaner son ami parce que c’était des camarades de classe. Et qu’est-ce qui arrive ? Le général BARREIRA organise et fait signer une pétition, bon, est-ce que c’était une pétition. On s’est retrouvé avec une pétition avec 300 noms. J’avais posé la question à la Cour. Nous avons 300 noms. Lorsque les personnes témoignent, il faut quand même leur pièce d’identité.

-        Cette pétition avec 300 noms… Vous étiez donc un peu seul face à…

-       La pétition, ça c’est des noms qu’on a pris à gauche et à droite. On mettait des noms, je peux dire des faux noms et la pétition a donc été soi-disant remise à l’époque au colonel BARREIRA qui a envoyé cette pétition en France. Et Adèle DITO, c’est elle qui a ramené la pétition et moyennant ce « travail », les militaires ont promis à Adèle DITO de se retrouver en France. Et c’est comme ça que en 2006, Adèle DITO s’est retrouvée en France. Quelques jours après, j’ai vent qu’Adèle DITO est en France. Et heureusement, heureusement, un journal satyrique de la place parvient à entrer en contact avec Adèle DITO et appelle Adèle DITO toute naïve parce qu’elle n’avait pas encore fait une semaine. Elle décroche le téléphone. La journaliste lui pose la question : « Madame comment vous appelez-vous ? » « vous venez d’où ? » « Je viens de la CI et depuis que je suis là, depuis une semaine, je tourne en rond. La France m’a promis… La France m’a dit… La France m’a promis des papiers. Je tourne en rond…

-        16’04« La France m’a promis des papiers ? »

-        Mais bien sûr. Ca a été dit, la phrase : « La France m’a promis des papiers. Là je suis dans ma chambre…

-        Ca s’appelle de la subornation de témoins ça ?

-        Moi je vous explique ce qui a été dit et ce la journaliste m’a rapporté, d’une grande aide. C’est pour cela que je remercie les médias. Dans les pays démocratiques, ça joue un grand rôle. Donc Adèle DITO livre les informations. Elle se ravise : « Mais qui m’appelle ? » Malheureusement, la journaliste a raccroché. Et là j’ai su qu’Adèle DITO était en France et qu’Adèle DITO a été exfiltrée. Elle a été exfiltrée ! Et je vous dis M. Francis LALUPO ce colonel, qui était colonel à l’époque, est aujourd’hui général. Il est venu témoigner. Malheureusement il a utilisé un langage, un jargon qui n’est pas le jargon judiciaire. Il a dit : « oui, j’ai extradé, j’ai fait extrader Adèle DITO parce que sa vie était menacée ». Il n’a pas fait extrader Adèle DITO : il l’a tout simplement exfiltrée ! Pour terminer, peut-être les auditeurs d’Africa N°1 seront intéressés par cette petite, enfin par cette… Enfin pour terminer avec Adèle DITO, à l’audience, vous savez les témoins ne se voient pas. C’est le général BARREIRA qui était venu témoigner. Il a plutôt dit qu’il a extradé Adèle DITO. Et lorsqu’Adèle DITO arrive, elle dit : « oui, je suis partie parce que ma vie était menacée. Je me suis présentée au Consulat de France. J’ai fait toute une journée sous le soleil. Je suis partie, j’ai rencontré le Consul et puis je lui ai expliqué, je lui ai expliqué ma situation. Et le Consul a décidé de me donner le visa pour venir en France, oubliant qu’un jour avant, le général avait déjà dit qu’il l’avait extradée. Donc je lui ai dit, Madame, aujourd’hui , et je lui ai posé une question piège M. Francis LALUPO : « Madame , Adèle DITO »… Elle se tourne et je lui dis : «Vous êtes en France, vous avez quel titre de séjour ? ». Elle me dit : « Non maître, je suis Française ». « Vous êtes Française pour les services rendus à la France. En 4 ans, vous avez une nationalité. »  Voilà !

-     18’14 Cette Adèle DITO qui a déclaré lors du procès « que la France devrait décorer les accusésplutôt que de les condamner ». Jean-Claude CHICAYA, votre commentaire :

-        18’25 Maître NDOUMOU, permettez-moi de partager à moitié votre satisfaction. C’est-à-dire que c’est vrai que la France donc a « accepté » entre guillemets que l’affaire puisse sortir même si vous avez bien dit, bien expliqué sans candeur que ça a été difficile, qu’il y a eu beaucoup de pressions, mais y a quand même eu ce procès. La Justice n’a pas suivi. Euh, est-ce que le verdict peut être satisfaisant ? Est-ce que la famille le ressent comme cela ? En tous cas, ce que j’ai pu lire et voir ne va pas dans ce sens. Peut-être qu’aujourd’hui vous avez d’autres éléments. D’ici, de France, mais aussi d’ailleurs quelle que soit la couleur des personnes qui ont pris connaissance de cette affaire. On est quand même devant un véritable scandale avec des lourdes charges, avec un réquisitoire qui était ferme de la part du Procureur et qui ne pouvait laisser penser à un tel verdict. En quoi, je ne comprends pas en quoi les raisons qui pouvaient donc atténuer la responsabilité des militaires, pour vous se trouvent les éléments probants qui permettent de dire que ces condamnations avec sursis peuvent être satisfaisantes ?

-        19’31 Oui, c’est une très bonne question. Je sais que vous les journalistes vous êtes derrière vos micros. Vous êtes habitués derrière vos micros. Nous sommes dans le cadre pénal. Lorsque nous avons des prévenus, on regarde d’abord leur passé. C’est-à-dire nous avons leurs extraits que nous regardons de plus près. Et n’oubliez-pas, n’oubliez-pas que dans cette affaire, vous avez des protagonistes, vous avez un général d’Armée 5 étoiles. Il est sans activité et les étoiles sont tombées. Vous avez son adjoint le général Malhaussène qui n’est plus général aujourd’hui. Il n’est même pas inscrit à Pôle Emploi. Vous avez BURGAUD un colonel qui avait de l’avenir. Il ne travaille plus aujourd’hui. Il est sans emploi. Vous avez Guy RAUGEL et puis Johan SCHNIER qui ont fait la prison ! Ce sont des gens qui ont fait la prison. N’oublions pas ça !

-        Certes maître, mais y a quand même une personne qui a été tuée ! Qui maintenant ne reviendra plus. Nous sommes dans un pays de droit. Ce procès s’est fait en bonne et due forme. Et comment au regard du droit. Là au regard du droit et pas seulement du point de vue journalistique, comment on peut échapper avec de telles charges à la prison ?

-        20’44 Francis LALOUPO : nous allons ouvrir un autre chapitre du débat. Est-ce que vous vous battez pour obtenir une juste réparation ? Considérant que évidemment que les réparations qui ont été proposées – on va en parler dans quelques instants – ne sont pas suffisantes. Donc vous ne pouvez pas parler de satisfaction totale. Donc, vous êtes, on a l’impression que finalement, voilà…

-        Non la question est légitime… Vous savez, nous sommes en France. C’est en Afrique on considère la condamnation, La prison… Lorsqu’on parle de prison, c’est quoi ? C’est… Une  condamnation pour l’Africain, c’est la prison. En France l’extrait de casier judiciaire joue un grand rôle. Lorsqu’on a un casier judiciaire en tant que militaire, on va encore travailler où ? Partout où vous passez, vous…

-        Donc vous pensez qu’ils ont été punis suffisamment ?

-        Ils ont été sévèrement punis ! Ils ont été sévèrement punis !

-        Prenez votre casque maître NDOUMOU, on va écouter les auditeurs. Ils sont nombreux à appeler. On va commencer… Ben voilà, M. YAO qui a été le plus patient, je crois. M. YAO bonsoir

-        21’37 Bonsoir Monsieur… Bon, moi je crois que cet évènement de Sylvain  MAHE, c’est la même mascarade…

-        … Firmin MAHE, Firmin…

-        Ouais, Firmin MAHE, c’est la même mascarade de justice qui continue aujourd’hui dans notre pays. Mais, vous voyez la France au temps de Monsieur….euh, je veux dire quoi, l’autre Président, l’autre président français- je veux pas dire son nom –ce monsieur là a fait – Voilà M. SARKOZY – je dis son nom parce que vous voulez que je le dise – ce monsieur là a fait vraiment des choses graves chez nous. En protégeant ce genre de rebelles…

-        M. YAO, quand vous dites chez nous, vous parlez de la Côte d’Ivoire ?

-        Oui… qui sont aujourd’hui devenus chez nous des gouvernants de rebelles, comment voulez-vous qu’il y ait une justice dans ce pays ? Et je remercie maître NDOUMOU, il s’appelle maître NDOUMOU oui, je le remercie pour toute cette lutte qu’il est en train de faire en Côte d’Ivoire pour faire justice. Il y a une injustice criante aujourd’hui en Côte d’Ivoire. Et cette injustice criante ça dépend de ce jugement dans l’affaire de monsieur Firmin MAHE. Vous voyez, c’est une injustice ! Comment voulez-vous que les gens remplacent l’argent par l’homme qu’ils ont tué. Ici en France, même quelqu’un qui commet des fautes graves, on le met en prison en le condamnant pendant des années. Mais on ne le tue pas ! Vous voyez tuer son semblable, vous voyez ce que ça veut dire ? Rien ne peut remplacer ça par de l’argent. Comment voulez-vous ? L’espèce humaine ne dit rien à ces militaires. Mais c’est pas normal !

-        Ce n’est pas normal dites-vous, merci M. YAO.

-        En tous cas, l’injustice est criante en CI monsieur… Vous pouvez allez voir. En tous cas les Ivoiriens diront que c’est une dictature qui est en train de s’installer en CI.

-        On comprend très bien Monsieur YAO, On comprend très bien, mais pour recentrer le débat, il s’agit précisément ce soir de la Justice française hein ? Parce que le procès a eu lieu quand même en France. Alors ce qu’on va faire […] et nous passerons ensuite à votre combat actuel qui est donc d’obtenir une juste réparation, notamment financière pour…euh… la famille, en tous cas, notamment le fils de MAHE qui est aujourd’hui âgé de 8 ans. Nous parlerons notamment de toute cette partie civile, parce que vous n’êtes pas seul. Il y a eu d’autres parties civiles qui réclamaient des dommages en tous cas. Vous nous expliquerai comment il peut y avoir cette sorte de compétition entre des parties civiles face à la même Justice, en tous cas celle de France […]

-        25’14 M. BENJAMA Bonsoir

-        Oui bonsoir Africa N°1. Nous vous écoutons. J’ai une question à poser à maître, maître, j’ai oublié son nom…

-        Maitre NDOUMOU

-        … Maitre NDOUMOU… Alors c’est lui qui connaît le système judiciaire. Euh, je pense que pourquoi les militaires, ces prévenus là étaient jugés en France mais pas en CI ?

-        Ah, ça c’est une question très claire, très intéressante. Non mai Attendez, il va vous répondre Maitre NDOUMOU car c’est une question très précise.

-        Ça Monsieur BENJAMA c’est une question  pertinente, euh j’apprécie cette question. Mais sachez que le code de justice militaire prévoyait – le code de justice militaire français – prévoyait que lorsque les exactions sont commises par les militaires sur le théâtre d’opérations, surtout les militaires français, ces militaires sont plutôt jugés en France. Certes, vous évoquez un problème de droit très pertinent si je me réfère un peu aux locutions latines, la règle de « lex rei sitae» c’et-à-dire l’endroit où les faits ont été commis. C’est à cet endroit là que les personnes doivent être jugées. En l’occurrence, ça c’était ce que le code militaire français qui le prévoyait, que les militaires, lorsqu’ils commettent une exaction sur le théâtre de l’opération, ils sont jugés en France, raison pour laquelle ces militaires ont été jugés en France. Mais, j’ouvre une parenthèse, et c’est la question que j’ai posé à ALLIOT-MARIE, vous savez que la France avait signé, avait ratifié le traité de la Convention de la CPI sur les crimes contre l’humanité. J’ai demandé à Mme ALLIOT-MARIE, est-ce que la France s’est anticipée pour traduire les militaires en France, parce que moi, si la France n’avait pas encore ratifié ces traités, si la France ratifiait ces traités 6 mois après, je peux vous dire, et je peux vous garantir M. BENJAMA que je saisissais la CPI parce que ce que les militaires ont fait en CI pour cette affaire MAHE que je connais très bien, ils pouvaient être traduits devant la CPI. Donc quelque part, la France s’est précipitée afin d’éviter que 6 mois après la ratification de ce traité que, euh, que les militaires français puissent être traduits devant la CPI. Merci M. BENJAMA.

-        Oui et c’est la même MAM qui quand les militaires avaient tiré sur des civils pieds nus était venue devant les parlementaires dire qu’ils avaient tiré en situation de légitime défense. Légitime défense dans un pays qui n’est pas le vôtre, je sais pas si moi je vais commettre quelque-chose ici, et que je suis, je sais pas, dissident ivoirien, moi je suis originaire du Ghana hein, je suis résident de Côte d’Ivoire et que je viens et je dis c’est de la légitime défense. Et que je suis militaire…

-        28’40 D’accord, M. BENJAMA, on a compris qu’il y a peut-être d’autres procès qui n’ont pas eu lieu dans cette affaire ivoirienne.

-        Oui, la souveraineté dans chaque pays, je crois qu’elle doit être respectée. Quand on respecte le droit international, mais c’est qu’ils s’arrangent. Bon ils nous racontent tout ce qui les arrangent en fait. Bon enfin, je vous remercie et continuez comme ça.

-        29’06 On vous remercie aussi infiniment, on vous remercie. Alors, il faut qu’on avance là. Il faut dire la suite du jugement en Cour d’Assises. 3 des militaires ont été condamnés le 22 janvier dernier à verser solidairement 30 000€ au fils de la victime qui est âgé de 8 ans. Est-ce que cette somme vous parait suffisante pour dédommager la mort d’un père ?

-        Oui, mais ce n’est pas… J’ai interjeté appel. J’ai interjeté appel parce que la somme que vous avez, ce n’est que les dommages pour préjudice économique. Nous n’avons pas le préjudice moral. Nous n’avons pas les frais d’obsèques. Vous savez le combat que j’ai mené. La famille n’avait pas eu le temps pour produire certains éléments en l’occurrence les devis de l’Hôpital de la morgue de TREICHEVILLE parce que la famille avait des problèmes de visa. La famille avait des problèmes de passeport. J’étais… La famille était venue en catastrophe. Nous n’avons pas pu produire ces éléments.

-        30’02 Ma question maître, je vais vous la poser autrement : à combien vous évaluez la réparation du préjudice aujourd’hui ?

-        Je vais vous dire, le droit français est différent du droit américain. Aux EU, on privilégie la victime. En France tel n’est pas le cas. Je peux vous dire, en France, entre une personne qui est morte et une personne qui est victime, mais qui est amputée, c’est la personne qui est amputée qui est mieux indemnisée. Mais rien… les portes sont encore ouvertes, les portes sont encore ouvertes. Ca ne veut pas dire que c’est définitif.

-        Mais quand même, vous êtes dans une action judiciaire là qui se poursuit ?

-        Je suis dans une action judiciaire…

-        30’38 …Vous réclamez combien ?

-        Je suis dans une action judiciaire. Sachez qu’il y a deux branches dans cette indemnisation. Il y a une partie, c’est-à-dire je vais saisir le Tribunal Administratif…

-        Qui s’est déclaré ?

-        Non, non, je n’ai pas encore saisi le TA. Je vais saisir le TA. Donc ça ce n’est que des militaires. Donc, si la responsabilité de l’Etat est engagée, l’Etat versera les dommages et intérêts.

-        Parce que la Cour s’est déclarée incompétente, alors vous vous tournez vers le TA ?

-        31’11 Effectivement la Cour s’est déclarée incompétente concernant l’Etat, vous savez l’arrêt Bianco. La Cour ne peut jamais juger l’Etat responsable. Donc je me retournerai devant le TA. Les dommages que vous chiffrez et qui seront revus à la hausse concernent les trois militaires parce que c’est des civils. Et nous sommes devant une juridiction judiciaire.

-        Combien réclamez-vous ?

-        L’Africain, ce n’est pas tellement de l’intérêt, ce n’est pas de l’argent, c’est d’abord la personne qu’on a perdue.

-        31’50 Attendez, attendez, attendez, maître, la Cour d’Assises a condamné le 22 janvier dernier 3 militaires à verser 30 000€ au fils de Firmin MAHE qui a 8 ans. Vous contestez donc ce jugement ? Vous vous tournez vers le TA ?

-        Non, non, non. Il y a 2  branches. J’ai fait appel devant le judiciaire. Je fais une autre démarche auprès du TA pour la responsabilité. C’est l’Etat qui doit être condamné. Vous avez les réparations que je vais demander à l’Etat et les réparations que je demande aux militaires.

-        Combien demandez-vous à l’Etat ?

-        Je n’ai pas encore chiffré.

-        Je n’ai même pas encore reçu l’arrêt. Je n’ai pas encore pris connaissance de l’arrêt. J’ai pris connaissance de l’arrêt au greffe. Il faut qu’on me notifie cet arrêt et lorsque j’aurai l’arrêt, je vais saisir le TA. Je vais chiffrer.

-        Parce que nous nous faisons des enquêtes avant de recevoir des invités. Si vous ne dites pas le chiffre, je vais le dire.

-        Un million d’euros ?

-        Je ne sais pas, je ne sais pas. Entre parenthèse, vous savez qu’il y a un militaire américain qui a commis des exactions. Vous savez à combien le militaire américain a été condamné ? Je ne sais pas en dollars, mais j’ai converti en euros et vous savez à combien il a été condamné : 1 500€.

-        Moi j’allais vous demander si un million d’euros était suffisant… Bon enfin, après tout, on peut pas évaluer

-        Même si on donne 100 millions d’euros, la vie d’un homme n’a pas de prix.

-        Alors maître, il n’y a pas que vous qui réclamez des dédommagements à l’Etat français, y a d’autres parties civiles qui ont été déboutées de leurs demandes de dommages et intérêts,

-        Je vois c’est qui

-        la Cour ayant estimé que - je cite – des « liens de parenté que ces parties invoquaient, il n’était nullement démontré que Firmin MAHE subvenait à leurs besoins. » Alors est-ce que la multiplication des parties civiles n’a pas nui aussi à votre demande, ne pourrait pas nuire à votre demande de dédommagement ? Y a une compétition comme ça de demandes vis-à-vis de l’Etat et de la Justice française.

-        Non, mais lorsque l’on se constitue partie civile, vous savez, c’est des jugements. Vous venez voir une affaire. Ca, c’est l’iceberg. L’affaire dure depuis 2005 et je peux vous dire depuis 2005, chaque mois il y avait des audiences. On se constitue partie civile. Dans cette affaire, il ya avait au moins 40 personnes qui se sont constituées parties civiles. Plus de 40 personnes. Vous savez la famille africaine est large. Vous avez les tontons ; vous avez les tatas ; vous avez les gnagnagnas. Ils se sont constitués. Et le Juge d’instruction a statué, a arrêté un certain nombre. Donc le nombre que vous avez, ils ne sont pas en compétition. C’est les gens qui ont été retenus par la Justice française comme étant les ayants-droit de Firmin MAHE.

-        Et vous vous représentez qui finalement alors ?

-        Je représente toutes ces personnes. Ah oui toutes ces personnes.

-        D’accord. Donc y a pas de demandes discordantes ?

-        34’53 Je peux vous dire, la France avait envoyé 10 billets pour les 10 membres. Ah oui, c’était 10 billets d’avion pour que ces personnes puissent voyager.  

-        Mais y a pas de demandes discordantes ?

-        Mais non, mais non, mais non.

-        Alors à qui la Cour a dit « qu’en dépit des liens de parenté… » ?

-        C’est normal, ça c’est ce qu’on appelle le préjudice économique.

-        Vous avez le préjudice économique et vous avez le préjudice moral.

-        Lorsqu’une tante vient déclarer que Firmin MAHE passait souvent lui dire bonjour, et lui servait un repas et que cette tante demande un préjudice économique, on ne peut pas lui allouer ce préjudice économique.

-        Alors là ça devient compliqué…

-        Eh oui et bien voilà ! C’est pour ça je vous dis pour les profanes. Je vous explique, comprenez donc que le préjudice économique qui a été demandé – y a certaines personnes qui ont demandé ce préjudice économique – MAHE ne subvenait pas à leurs besoins, tout au contraire, ce sont ces personnes qui subvenaient aux besoins de Firmin MAHE.

-        On comprend mieux. C’est pour cela qu’on vous a invité.

-        35’50 Jean-Claude TCHICAYA : on peut dire aussi dans cette affaire que la souveraineté de l’Etat Ivoirien a été bafouée. Parce qu’en qualité de quoi les militaires, pour quelles raisons M. Firmin MAHE a pu être arrêté par une armée étrangère dans son propre pays qu’il soit vu - présumé coupable ou non ? En tous cas, il rentre dans un camion militaire d’une armée étrangère. Il en ressort mort. Qu’est-ce que l’Etat ancien et actuel – l’Etat actuel qui doit en tous cas faire régner la Justice souveraine de son pays – en tous cas est-ce qu’il s’est saisi de l’affaire pour que justice soit faite ? Ce n’est pas une attaque contre l’Etat français. Vous pourrez faire – parce que vous faites appel à la morale populaire que ça soit en CI ou en France – la plupart des Ivoiriens et des Français réclament justice.  

-        En fait ce que vous demandez Jean-Claude, c’est est-ce que l’Etat ivoirien s’est porté partie civile ?

-        36’58 Oui, c’est une bonne question Monsieur TCHICAYA. Il faut comprendre. Les faits se sont passés à la bande, c’est-à-dire la zone partagée par les Nations Unies. Donc c’était une bande de 80 kms de large et plusieurs centaines de kilomètres de long. Et là, la souveraineté de l’Etat ivoirien ne prévalait pas sur cette bande.

-        Vous voulez dire qu’on était dans le contexte de la crise ivoirienne ?

-        37’23 M. TCHICAYA Mais en  matière de droit, vous n’ignorez pas qu’à partir du moment où on a les Nations Unies, un pays comme la France et la souveraineté ivoirienne, tout est imbriqué, c’est-à-dire que les trois, même les Nations Unies auraient pu se porter partie civile pour au moins avoir un éclairage sur cette histoire Firmin MAHE. A partir du moment où vous rentrez sur un territoire, soit au nom des Nations Unies, de l’Etat français ou d’un autre Etat, vous n’ignorez pas que vous êtes sous un mandat donc  qui est régi par le droit.

-         37’53 C’est ce que je suis en train de vous expliquer. Comment voulez-vous que cette zone, cette bande était sous la protection des Nations Unies donc les Nations Unies ont fait appel à la France. C’est comme si vous demandez à l’Etat français, quelqu’un qui a été tué à PARIS, vous demandez à l’Etat français, pourquoi vous ne vous constituez pas partie civile parce qu’on a tué votre ressortissant.

-        TCHICAYA Mais imaginez l’armée ivoirienne faire de telles turpitudes en France, l’Etat français, les Nations Unies et l’UE se seraient saisi tout de suite de l’affaire.

-        38’29 Maître NDOUMOU Oui mais si les faits se passent à l’ambassade de Côte d’Ivoire, c’est-à-dire à l’intérieur de l’ambassade de la Côte d’Ivoire, je peux vous dire, ce n’est que l’ambassadeur qui sera responsable parce que l’ambassade, c’est le territoire d’un pays. C’est le cas de la bande, à BANGOLO, c’est-à-dire la bande que les militaires français protégeaient ; cette bande, c’était une bande neutre, c’est-à-dire qui appartenait aux Nations Unies. Ca n’appartenait ni à la CI, ni aux forces rebelles de l’époque.

-        39’31 Messages :

-        Barnabé SEDOUFIO « je pense que la hiérarchie des forces armées françaises tente de se dédouaner d’un crime que je pourrais qualifier dit-il  de crime de guerre et au-delà.  Il s’agit d’une atteinte contre le droit international, humanitaire dans pays supposé en conflit armé» ;

-        Guy Watsé Mamandza : « ce qui me dégoûte, c’est que la totalité du Gvnt ivoirien y compris M. OUATTARA se trouvait à PARIS non pas pour assister au procès de leur compatriote et soutenir la famille mais pour quémander de l’argent à la France. C’est pathétique et pitoyable ».


Lire également: QUAND LA FRANCE S’ACHARNE SUR LA FAMILLE MAHE!


Source: AFRICA 1.COM

jeudi, 14 mars 2013

COTE D'IVOIRE: LA SITUATION EST ENCORE PLUS GRAVE QUE NE LE DIT AMNESTY INTERNATIONAL

 

Oumou Kouyaté, Docteure en anthropologie sociale et ethnologie associée à l'EHESS

 

J’ai lu le rapport d’Amnesty International. La situation sur place est parfois encore plus exécrable que ne l'écrivent les auteurs du rapport. Je suis moi-même originaire du nord du pays, de la même aire ethnique que celle d’Alassane Dramane Ouattara. 

Quand je vois des dozo (qui sont en fait des chasseurs traditionnels) être employés dans le corps des forces de l'ordre sans qu’aucune formation préalable ne leur soit dispensée, je me dis qu'il y a un problème.

Je me fais un devoir de dénoncer ce qui se passe: rattrapage ethnique (je qualifie cela de rattrapage politique), règne des dozos (ils installent des checkpoint partout et terrorisent la population!), violation des droits de l’homme en série par les FRCI... et j’en passe. Le seul fait que ceux qui attaquent la population soient les mêmes que ceux qui font régner l’ordre public montre évidemment que quelque chose ne va pas.

À l'époque nous avions dénoncé à hue et à dia le concept xénophobe de «l'ivoirité» qui excluait de nombreux ressortissants du Nord y compris l'actuel Président. Et de voir ce concept repris au profit de cette même population est un comble dont je me passerais volontiers!

On ne peut plus réellement s'opposer au régime

Amnesty International dénonce depuis longtemps, à travers des rapports poignants, cette impunité dont certains bénéficient - et pourtant il n’y a pas de réel changement à l'horizon. 

Il y a donc un certain nombre de choses à corriger . Mais ce qui me rend encore plus triste, c’est que sous le règne de Laurent Gbagbo, nous avions dénoncé les exactions, les violations massives des droits de l’Homme commises sous son régime (il en a commis lui aussi un certain nombre - il ne faudrait pas non plus faire de lui un ange). À l’époque, pourtant, mon organisation (la CIFDDH), n’avait pas été inquiétée.

Je crains qu’aujourd’hui la même chose ne soit plus du tout possible. Il y a des privations de liberté collectives et individuelles au sein de la société ivoirienne. Impossible désormais d’exprimer quelque opinion contraire à celle du parti au pouvoir même s'il reste quelques irréductibles parmi l'opposition au sein du Lider, du FPI etc.

La société civile gronde en silence

L’un des exemples les plus cinglants de cet état de fait, c’est la grogne sociale qui frappe le pays: nombreux sont ceux qui ont du mal à trouver un repas par jour (un concept appelé mort subite), le pouvoir d’achat est en berne, le chômage est galopant... le marasme économique est partout, criard. 

Saviez-vous que pour une certaine classe sociale en Cote d'Ivoire, se soigner devient le parcours du combattant et qu'à force de désespoir, certains, au sein de cette classe, préfèrent mourir que d'aller dans un centre de soins? Pourtant, silence radio.

La grogne sociale est bâillonnée. Elle est pourtant animée des luttes à la fois plurielles et multi-sectorielles qui traversent la société ivoirienne: d’un côté les luttes professionnelles (absence de revalorisation des salaires, et de redistribution des richesses) et de l’autre le chômage des jeunes. Une gestion opaque du pouvoir, des ressources minières et pétrolifères ivoiriennes avec en sus la nomination de membres de la famille du président à des postes importants.

Il faut bien voir aussi que du côté des étudiants, il y a eu des années blanches sans que l’on se soucie de ceux qui devaient reprendre leurs études à la fin de la guerre civile...Une assise pour l'avenir de l'école ivoirienne s'impose car, depuis, peu de solutions crédibles ont véritablement émergées.

La baisse du pouvoir d’achat se ressent partout: même les fameux maquis d’Abidjan, ces restaurants populaires où l’on mange pour une bouchée de pain, sont devenus un luxe pour une grande partie d’ivoiriens.

Surtout, à ces problèmes économiques et sociaux se surajoute l’ethnicisme, qui existait déjà sous Laurent Gbagbo mais qui s’est exacerbé depuis. Ironie du sort, l’ONUCI, présente en Côte d’Ivoire ferme les yeux sur la situation. Mieux, elle s'est disqualifiée en refusant de porter secours aux ivoiriens dans l'ouest, et en fermant les yeux sur des pogroms...

D’ailleurs la communauté internationale, présente sur place, ne dit rien non plus. Tout juste le FMI distribue-t-il les bons points en disant que bientôt la Côte d’Ivoire aura une croissance à deux chiffres. Tout juste parlent-ils de la «parade incessante» des institutions internationales, de la venue de certains investisseurs (qui parfois dénoncent - et à juste titre - l'insécurité du pays).

Tout cela ne veut rien dire quand on voit comment les gens vivent. Un expression revient d’ailleurs souvent: «L’argent ne circule pas mais il travaille».

La situation pourrait exploser du jour au lendemain

L’attitude de la communauté internationale me sidère totalement. Les gens comprennent-ils que la guerre du Mali est à notre porte? Que l’Islamisme radical pénètre dans notre société et s’y développe à travers des frontières qui au fond sont très poreuses? Qu’une partie de la population ivoirienne est ouverte à un Islam radical? Que se procurer une arme en Côte d’Ivoire est d’une facilité déconcertante?

Dans la société ivoirienne, la volonté de vengeance est criarde! On en entend parler parfois dans le taxi à Abidjan, ou au détour d’une conversation, sur le marché: «untel a subi des discriminations en raison de son ethnie», ou «de ses convictions supposées». Il suffit de tendre l’oreille! On entend aussi des gens affirmer qu'ils ou elles ne se feront pas avoir une seconde fois... La population se prépare donc à la vengeance - il faut prendre conscience de cela.

Une autre chose m’interpelle, étant issue du même moule que celui des intellectuels Français: la prise de parti de ces derniers pour un camp ou pour l’autre. Ils n’ont pas été capables de prendre de la hauteur et de porter une voix crédible.  

Il serait plus sage d’apporter des solutions ou un éclairage, d’essayer d’éteindre le feu au lieu de l’attiser. J’en ai moi-même souffert: des personnes que j’ai côtoyé ont du jour au lendemain tourné leur veste, et se mettaient à m’assurer que j’avais tort...

Ici dans les médias, on donne systématiquement la parole à des gens qui ont certes une certaine connaissance de la Côte d’Ivoire, qui souvent ont fait une thèse dessus, mais qui depuis n’y vont plus et par conséquent font des analyses obsolètes ; La Cote d'Ivoire a des intellectuels capables qui n’attendent qu’à être consultés!

On a deux vérités, deux visions - celle de l’occident et celle des pays émergents - sur la situation, et ce que l'on devrait faire en matière de justice internationale. Un groupe d'intellectuels africains réfléchit de son côté depuis l’année dernière à la création d’une Cour Pénale Africaine.

La société ivoirienne va mal, il faut absolument que les choses changent. La communauté internationale devrait hausser le ton fasse cette véritable censure. Parce qu’en Côte d’Ivoire, il est devenu impossible de parler sans être tout de suite taxé d’être dans un camp ou dans l’autre. Tous subissent cela, quel que soit leur camp. 

Pourquoi cette même communauté internationale n’arrêterait-elle pas, pour commencer, de subventionner les pays qui refusent la démocratie et la pluralité politique? Je pense ici à un accompagnement sain, incitant les dirigeants politiques à des actions plus vertueuses.

 

Source: NEWSRING.FR

Oumou Kouyaté: Alassane Ouattara est à la tête d’un État faible où la pluralité politique est quasi-inexistante

 

On ne sait pas quoi attendre de l’administration actuelle. Ces dernières semaines, le ministère de la défense a annoncé mener une campagne pour lutter contre les dozos - ces combattants déployés au sein des forces nouvelles à l’époque. Il y a eu aussi une campagne anti-cybercriminalité. 

Mais d’un autre côté, on peut aussi avoir une impression de laxisme - que ça ne bouge pas vraiment. Tout dépend encore une fois dans quel camp on se place.

Personnellement je crois qu’il y a des circonstances exceptionnelles qui font que l’administration est affaiblie. Mais il y a tout de même un facteur aggravant: le fait qu’Alassane Ouattara n’ait pas encore abandonné l'habit de président du RDR pour enfin endosser celui du Président de tous les ivoiriens. La Cote d'Ivoire doit rester une et indivisible, et ce quelque soit l’appartenance du président qui la gouverne.

En l'État, la Côte d'Ivoire sera très compliquée à réconcilier

Que dire de la commission mise en place par Ouattara? Elle qui n’est composés de septuagénaires (pour les plus jeunes). Comment peut-elle porter haut les fonds baptismaux de la réconciliation qui reste l’objectif central de ce mandat?

Depuis sa création, je n’ai jamais vu la CDVR assister aux procès de la Haye. On ne l’a jamais vu non plus aller au Ghana, où il y a beaucoup de réfugiés ivoiriens, ni dans les prisons de l’intérieur du pays à Khorogo et à Bouna...

Que penser de Charles Konan Bany qui dirige la CDVR? Il avait été un des fers de lance de la dévaluation du franc CFA en 1994 et a lui-même joué un rôle dans cette crise... La société civile et la CEI doivent se ré-approprier la CDVR, comme cela s’est fait ailleurs.

Car on ne réconciliera pas la Côte d’Ivoire dans ce contexte. Et le procès de la CPI contre Gbagbo, au vu de la manière avec laquelle il est mené, n’arrange rien, car une majorité d’ivoiriens se sentent lésés. Le bilan de la CDVR est nul.

Gbagbo n’est que l’un des responsables, l’une des figures du trio Gbagbo-Ouattara-Bédié qui a mené notre pays là où il est aujourd’hui une crise militaro sociopolitique qui continue de diviser les ivoiriens. Mais il est à la fois un bourreau et une victime.

Et cela m’insupporte qu’un ivoirien soit détenu pour des chefs d’inculpation douteux dans les geôles de n’importe où. C’est pour cela qu’il faut mettre en lumière la responsabilité des deux camps.

La communauté internationale, et plus particulièrement la France, doivent réagir

François Hollande, à travers ses discours «réparateurs» de Dakar et de Kinshassa lors du sommet de la francophonie, parlait de la jeunesse africaine, et du besoin d’un renouveau politique, social et économique.

Je lui demande de prendre acte que la société ivoirienne grogne - un mécontentement que l’on maquille pour éviter à tout prix que tout cela n’explose.

On a muselé la société civile exceptée la frange qui est fidèle au régime. Les forces vives de cette nation se meurent. Elles sont pour certaines parties grossir la diaspora. Il est grand temps qu’on leur ouvre des opportunités pour qu'ils reviennent.

On pourrait par exemple penser à des «assises de la réconciliation» dans un pays africain avec toutes ces forces vives de la nation, et qui serait présidée par Macky Sall, l’actuel président du Sénégal.

Tous semblent vouloir que nous échouions

En désespoir de cause, on en vient à se demander si ceux qui nous gouvernent veulent sincèrement aller à réconciliation. Tout le monde, en effet - communauté internationale incluse - semble vouloir que nous allions droit dans le mur! Et la CDVR semble bien frêle face aux enjeux qui se dessinent.

D’où viennent les armes que se procure si facilement la population? Ne sont-elles pas importées d’Europe et d’autres pays occidentaux?

Les ivoiriens, et plus particulièrement la jeunesse africaine, viennent déjà en Europe par centaines en bravant les océans et les déserts. Mais ce qu’ils veulent, c’est un avenir meilleur que la misère et la précarité le continent africain n’a à leur offrir.

Aussi faudrait-il réviser les accords de coopération, ainsi que les partenariats économiques afin de les équilibrer dans un corpus "gagnant/gagnant".

Il faut aussi que l’Etat soit suffisamment fort pour lutter contre les pirates, un fait nouveau que l’on peut lier à la guerre civile, et à l’effondrement de l’Etat.

Pour tout cela la communauté internationale et plus particulièrement la France doit apporter son aide. On ne peut pas en effet toujours se réfugier «dans son lit douillet» en considérant que rien ne peut nous atteindre: si quelque chose de grave se passe dans un endroit, on finit par en payer le prix surtout dans un monde globalisé.

La France doit donc jouer son rôle, mettre les vraies questions au centre du débat, peser de tout son poids en faveur de la démocratie, des libertés, du développement et de la réconciliation nationale en Cote d'Ivoire.

Je suis convaincue que seule la France peut nous aider à sortir de cette impasse ! Et il est donc grand temps qu’elle écoute la société civile ivoirienne qui elle seule détient la clé d’une vraie réconciliation.

 

Source: NEWSRING.FR

GROS MALAISE A LA CPI: FATOU BENSOUDA S'EMBALLE - ELLE RECONNAIT QU'UN DE SES TEMOINS A MENTI

 

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A peine l’annonce de l’élection d’Uhuru Kenyatta enregistrée, Fatou Bensouda rétropédale et indique qu’elle renonce à poursuivre un de ses co-accusés, notamment en raison de la rétractation d’un témoin de l’Accusation qui reconnaît avoir menti dans sa déposition. La décision de la procureure auprès de la CPI ne sera pas sans conséquences. Explications.


C’est tout de même un petit coup de tonnerre ! Hier, Fatou Bensouda, procureure auprès de la Cour pénale internationale, a annoncé qu’elle abandonnait les charges qui pesaient sur Francis Muthaura, co-accusé du président élu du Kenya, Uhuru Kenyatta. Fatou Bensouda affirme désormais qu’elle ne dispose pas de preuves suffisantes pour pouvoir espérer une condamnation de celui qui était chef du «service public» au moment de la crise postélectorale de 2008.

Et pour cause: le principal témoin de l’Accusation s’est rétracté, affirmant avoir menti dans sa déposition. Peut-être pour se donner de la contenance, Fatou Bensouda s’est empressée de dire que son témoin a changé de version des faits après avoir été corrompu par des personnes se présentant comme des envoyés des accusés. Ce que la Défense de Muthaura a contesté avec véhémence, réfutant toute interférence avec les témoins.

Un tribunal sous influence?

Le moins que l’on puisse dire est que le timing du bureau du procureur est totalement «foireux». Dire que l’on renonce aux charges contre le co-accusé d’Uhuru Kenyatta le premier jour ouvrable après l’annonce de sa victoire au premier tour de l’élection présidentielle kenyane revient naturellement à donner le bâton pour se faire battre. Bien entendu, Bensouda a prétendu que cette renonciation n’aurait aucun impact sur l’accusé Kenyatta. Mais ce n’est qu’un procédé rhétorique auquel elle-même ne croit pas.

La juge Kuniko Ozaki, qui présidait la séance, a bien fait remarquer que la nouvelle donne aura des conséquences «non seulement pour le cas Muthaura , mais aussi d’une certaine manière pour M. Kenyatta». Steven Kay, avocat de Kenyatta, a déjà fait savoir que l’Accusation devait de toute urgence revoir les procédures contre son client, dans la mesure où le témoignage principal incriminant aussi bien Muthaura que son client, était «erroné».

Le dossier kenyan à la CPI semble dans ce contexte bien mal engagé. Et l’on ne peut que s’interroger. Pourquoi avoir attendu la victoire électorale de Kenyatta pour évoquer une rétractation de témoin qui date de plusieurs mois, mais aussi les témoins morts et l’absence de franche coopération de la part de l’Etat kenyan? On ne peut pas s’empêcherde se demander si Bensouda se serait comportée de la même manière au cas où Raila Odinga avait finalement eu les faveurs des électeurs au pays de… Jomo Kenyatta. Malaise!

De plus, on ne peut que s’interroger sur le précédent inauguré par Bensouda.Si le refus de coopérer d’un Etat justifie l’arrêt des poursuites contre un suspect, cela signifie que la CPI se plie sans barguigner à la volonté des gouvernements, y compris les plus contestables. On peut d’ores et déjà se dire que jamais les pro Ouattara ne seront traduits devant la CPI, vu l’absence de volonté politique d’un régime ivoirien qui ne souhaite pas livrer ses tueurs à la justice internationale ! Et l’on attend avec gourmandise le jour où Bensouda «déchirera» son acte d’accusation contre le président soudanais Omar El Béchir, puisqu’il semble évident pour tous que le gouvernement de son pays ne coopérera pas!

Du danger de s’appuyer sur des témoins-clés anonymes, loin des preuves matérielles

Qui est le fameux témoin dont la rétractation a entraîné l’effondrement du «château de cartes» argumentaire du bureau du procureur ? De lui, on ne saura que son numéro de code. Il s’agit du témoin numéro 4. Comme dans le cadre de l’audience de confirmation des charges contre le président Laurent Gbagbo, l’Accusation a tenté d’établir l’existence d’un «plan commun» sur la base de témoignages de personnes confortablement installées dans l’anonymat.

Le témoin 4 dans l’affaire kenyane avait affirmé avoir participé à des réunions dans le cadre de la «secte Mungiki», qui aurait échafaudé des projets criminels en la présence ou avec la caution de Kenyatta et de Muthaura. Il est absolument stupéfiant que l’Accusation ne se soit fondée que sur ses propos. Au point de tout arrêter parce qu’il a avoué avoir menti.

Et demain?

Les P9, P10, P44…dont le substitut du procureur Eric Mcdonald a lu les témoignages à charge contre le président Gbagbo d’un air sûr de lui en l’absence de toute preuve matérielle et objective – autopsies, expertises, documents probants, etc… – tourneront-ils casaque après avoir justifié, par leurs récits complaisants, l’emprisonnement d’un homme qui a dirigé son pays pendant une décennie et représente un symbole national incontestable ?

Les juges de la Chambre préliminaire I doivent être vigilants et se poser ces questions de bon sens au moment où ils examineront l’échafaudage juridique concocté par un Louis Moreno Ocampo sous influence du régime Ouattara et de la France officielle. Dans une tribune publiée il y a quelques jours, Alain Cappeau, conseiller spécial de Gbagbo, mettait déjà la Cour en garde contre «le spectre de l’erreur judiciaire».

 

Théophile Kouamouo, in le quotidien ivoirien "Le Nouveau Courrier".


SourceIVORIAN.NET

mardi, 12 mars 2013

LETTRE OUVERTE DE NAHIBLY A MADAME FATOU BENSOUDA, PROCUREURE A LA COUR PENALE INTERNATIONALE

 

côte d'ivoire,nahibly inacceptable et révoltant,dékos badaud,le quotidien ivoirien "aujourd'hui",massacre au camp des réfugiés de duékoué


MADAME LA PROCUREURE,


Nous souvenant de vos propos le jour de votre accession au poste que vous occupez, il y a moins d’un an, nous nous permettons, nous, victimes de la loi des vainqueurs d’une guerre voulue et imposée à la Côte d’Ivoire par messieurs CHIRAC et SARKOZY, de vous faire le rappel suivant, dans le strict respect de votre personne et du poste que vous occupez.

Madame la Procureure, suite à votre investiture et prestation de serment il y a presqu’un an, vous avez signifié, devant le monde entier et la presse internationale qui vous interrogeait, votre ferme engagement pour que justice soit rendue à toutes les victimes, de quelque côté où elles se trouvent. Quelques semaines après votre profession de foi, le monde entier a suivi, presqu’en direct, ce qui aujourd’hui se nomme « le massacre de Nahibly », perpétré le 20 Juillet 2012 . Là où nous, victimes de cette cruelle animosité, déplorons des centaines de morts et des dizaines de disparus pour une population d’au moins cinq mille réfugiés, le gouvernement ivoirien, en prince obscur de la censure, a chiffré et « validé » six morts. Les médias, les chancelleries et les organisations de l’Occident (politiques et humanitaires), responsables avérés et  véritables acteurs et bénéficiaires des malheurs et de l’enfer que vivent les ivoiriens, ont, sans gêne aucune, répété le chiffre six (six morts, s’entend) pour respecter on ne sait quel rituel.

Madame la Procureure, cet Occident qui se prévaut d’exporter la civilisation et la démocratie nous choque et nous dégoûte, en tant que victimes obligées par cet Occident, d’être de la chair à canon pour des négriers des temps modernes.

Constater, Madame la Procureure, ce n’est pas injurier :

-huit mois après les tueries dignes d’un terrorisme bestiaire à Nahibly, nous les victimes, nous nous demandons  où sont passés tous ces justiciers et donneurs de leçons de démocratie de l’Occident, quand le monde entier aujourd’hui sait très bien que ce jour-là, à Nahibly, le massacre a eu lieu sous les regards passifs des autorités préfectorales et militaires de la ville de Duékoué et des soldats de l’O.N.U. basés dans cette ville. Oui, Madame la Procureure, la Cour Pénale Internationale s’intéresse-t-elle à ce qui s’est passé à Nahibly, vu que cette tragédie qui rabaisse l’humanité à un rang indiscutable d’imbécilité ou de sauvagerie, a bel et bien eu lieu en pleine crise postélectorale, dans la mesure où toute la paysannerie et la racaille de la sous-région ouest-africaine (dozos et f.r.c.i.) qui ont endeuillé notre beau pays, en vrais hors-la-loi font office de « loi » et que la Côte d’Ivoire est désormais devenue une jungle depuis le 11 Avril 2011 ?

-où sont donc passés radio france internationale, France 24, t.v.5, tous ces médias français , ces consultants occidentaux, « spécialistes » de contrées qu’ils n’ont parfois jamais visitées et leurs juges ou censeurs politiques ainsi que l’O.N.U. qui, dix années durant, avaient vomi une haine injustifiée contre le Président Laurent GBAGBO et tous ceux qui résistaient à leur volonté de nous assujettir ? Sous le pouvoir GBAGBO, ils avaient inventé des charniers qu’ils attribuaient à ce dernier. Ces charniers, ils les ont recherchés en vain, sans pouvoir les dévoiler à la face du monde, pour la simple raison qu’ils n’ont jamais existé. Le monde, aujourd’hui affranchi de leurs montagnes de mensonges, les découvre sous leur vrai visage, leurs bras chargés de charniers dont le nombre augmente chaque jour que Dieu fait, sans aucune réaction appropriée ou indiquée de la part de ces mêmes modèles de démocratie et de civilisation.

-Madame la Procureure, est-il possible que l’horreur de Nahibly, dans les mêmes conditions, se reproduise à Paris ou face à votre résidence hollandaise, sous vos yeux, avec à vos côtés des autorités préfectorales et militaires de Paris ou de Scheveningen, sans que cela n’émeuve pour le moins du monde votre conscience et votre cœur, en tant que simple être humain sans vouloir référer à votre qualité de magistrat et de représentant légal de l’O.N.U., même si c’est à ce titre que nous vous écrivons ? « Les victimes de tous bords, toutes les victimes… »,  disiez- vous après votre prestation de serment ! Malheureusement pour nous, victimes de dix années de massacres orchestrés par la France, nous continuons  de déterrer des corps putréfiés de nos parents des nombreux puits où ils ont été enfouis par les tueurs fous des exportateurs occidentaux de la démocratie, sans qu’il n’y ait le moindre début d’enquête pour en punir les coupables. Le préfet de la ville de Duékoué ainsi que les chefs militaires f.r.c.i. continuent de vaquer tranquillement à leurs taches, parce que le massacre qui a eu lieu à Nahibly est dans « l’ordre normal des choses », c’est-à-dire nous tuer pour nous exproprier de nos terres fertiles, nous terroriser pour nous réduire au silence ? C’est mal connaître les ivoiriens ou les Wê que de s’imaginer que l’on peut les réduire au silence en leur imposant crimes et injustice ou la peur par la violence et la terreur gratuites !

A ce niveau de notre adresse à votre honorable personne, Madame la Procureure, nous voudrions vous apporter (de même qu’à toute autre conscience objective) les précisions suivantes :

-la présente lettre à vous adressée n’a rien à voir les pleurnichements de victimes résignées qui attendent leur mort certaine parce que d’autres en ont décidé ainsi. Cette lettre est pour nous un témoignage relatif à l’histoire vraie de notre pays, un témoignage de vérité à la postérité pour situer, dans ce qui se joue contre notre droit à la vie et contre notre propre volonté, sur le rôle ou alors sur la responsabilité de chaque acteur ou témoin de notre tragédie collective. Un témoignage qui, loin d’être un pamphlet de malédictions à l’endroit des néo- esclavagistes et de leurs obligés qui prétendent nous gouverner, se veut un acte d’affirmation d’une foi inébranlable : le brigand ou le criminel en armes, son maître et leur parrain (ce roi hautain de la servitude par crimes, attentats terroristes et génocides interposés) sont-ils des immortels, quand leur prétendu règne est un reniement total de tout ce qui est vie et liberté ?

-Madame la Procureure, qui, mieux que nous-mêmes, est bien placé pour écrire notre propre histoire ? Ne pensez-vous pas avec nous, Madame la Procureure, que c’est l’obstination dans le mensonge et la force (militaire) aveugle de l’Occident qui sont à l’origine des nombreux génocides où pullulent des esclaves mentaux (le cas de l’Afrique noire) d’une part et d’autre part, des nombreux attentats terroristes là où d’autres humains refusent dans une violence inouïe et dans le sang bien souvent de dizaines ou de centaines d’innocents, cette « sodomie mentale » qui veut les obliger à être tout sauf des humains (le Moyen Orient depuis des décennies, l’Afrique du nord aujourd’hui) ? La civilisation occidentale, tant vantée par ses fils et ses farouches défenseurs, pour nous, victimes africaines, est pire qu’un vampire ou un dragon qui s’est nourri et continue de s’abreuver du sang des nôtres. C’est cela même qui est la vérité et rien, absolument rien jusqu’à preuve du contraire, Madame la Procureure, ne peut détruire une telle affirmation : en 2011, ici, sous nos yeux, pour avoir pris fait et cause non point pour GBAGBO mais pour la souveraineté de la Côte d’Ivoire, des français ont été assassinés à Yamoussoukro, à Abidjan par des rebelles quand bien d’autres croupissent dans les geôles ivoiriennes sans jugement et sans aucune attention de la part du pouvoir français. Alors, ce vocable « civilisation » revêt-il ici, oui ou non, Madame la Procureure, des relents ou des germes d’escroquerie ou d’arnaque morale, voire de crime contre l’humanité ? Et tous ces milliers d’enfants, de femmes et de jeunes gens, bombardés ici en Avril 2011 par l’aviation française, après ses massacres contre les mêmes ivoiriens en Novembre 2004 devant l’Hôtel Ivoire d’Abidjan, là aussi, c’est un sujet dont vous n’avez certainement pas connaissance, Madame la Procureure, alors, passons sans perdre plus de temps. Au nom de la hiérarchie ou de la catégorisation au royaume des victimes ou bien alors parce qu’un oppresseur (même puissamment armé) n’a jamais tort quand il se rend coupable de terrorisme  vis-à-vis de moins fort que lui ?

-A propos d’escroquerie morale, notre constat à nous, victimes de la guerre de dix ans de la France contre notre pays est le suivant : en fait d’escroquerie morale, il y en a beaucoup eu aussi, lors de la dernière audience du Président GBAGBO à La Haye. Sans vouloir manquer de respect à qui que ce soit, disons que l’impérialisme de l’Occident  et de ses valets doit se plier à la vérité que dans le désormais « village planétaire », la communication et les médias ont pris des années-lumière d’avance sur tous les gros mensonges fabriqués de toutes pièces dans les laboratoires de ceux qui ont pour tout programme d’évolution ou de survie l’extermination de leur prochain pour passer au pillage ses richesses et de ses biens. Nous vous le répétons ici, Madame la Procureure, constater ce n’est point insulter. De ce fait donc, surmontant sans nous en rendre compte notre douleur de victimes encore traumatisées, nous avons ri, au cours de cette audience, concernant « vos » preuves contre le Président GBAGBO. Nous abaissant devant la mémoire de toutes les vraies victimes, nous vous posons la question suivante, Madame la Procureure : à vous qui jamais n’êtes venue en Côte d’Ivoire pour mener des enquêtes pour vous situer sur la réalité même des faits, que valent les témoignages de quelques victimes triées sur le volet de la délation et de la haine (pour preuve, votre fameuse vidéo du Kenya et la présence d’un civil armé d’un lance-roquettes à la marche des femmes d’Abobo où sept de ces femmes auraient trouvé la mort, une marche dite pacifique) contre les dépositions et les preuves massives (audio, photos , vidéos, plaintes et témoignages) des enfants du peuple ivoirien qui, reconnaissons- le si nous sommes de bonne foi, a été attaqué et massacré par plusieurs fois, depuis l’an 2002?

Madame la Procureure, si nous vous disons que nous ne sommes pas de ceux qui disent que vous vous avez été « achetée », que vous êtes « la négresse de service » de l’impérialisme ou de l’O.N.U.à la C.P.I.,  que « vous avez fui l’audience après deux jours », ce n’est point pour vous attendrir ou pour rentrer dans vos bonnes grâces. Non, ce n’est point notre genre de prendre les honteux raccourcis du favoritisme, de la pitié ou de la tricherie car nos pères ou nos ancêtres ne nous ont jamais appris à ramper là où notre honneur et notre dignité sont engagés. C’est pourquoi, Madame la Procureure, plus qu’indignés par la comédie de la communauté internationale qui se moque de nos vies et de nos morts, en toute objectivité, nous vous demandons de bien vouloir ne plus nous servir l’insulte que vous avez lancée à nos consciences de victimes en tout début d’audience quand vous avez dit comme ça : « on n’est pas ici pour dire qui a remporté ou non les élections ». Ou bien alors, rendez tout simplement leur tablier qui se souille chaque jour un peu plus du sang d’ivoiriens innocents (et ce depuis dix ans) à ces corsaires des temps nouveaux qui, contre toute bonne convenance, se sont arrogés le droit ( ?) de mener le monde vers sa perte. Sinon, les charniers et autres fosses communes de nos parents et compatriotes sont légions qui attendent que vous rendiez justice à qui de droit, pour briser la tempête qui vient et qui va dévaster le bal grotesque et satanique qui nous est servi jusqu’à présent. Ceci, dans un contexte où les prisonniers et les vraies victimes de la loi des vainqueurs ont et gardent pour eux, aussi surprenant que cela puisse être, l’assurance, la sérénité, le sourire et la liberté, contrairement à leurs bourreaux et à leurs juges qui semblent souffrir depuis cette audience, du sommeil troublé de la femme de Ponce Pilate.

Madame la Procureure, n’est-ce pas une évidence qu’il est désormais établi que la morale et la justice humaines sont entrées en procès dans votre institution de la C.P.I. depuis une nuit de Novembre 2011 qui a vu la déportation du Président Laurent GBAGBO ? Plus qu’une question, cette interrogation est un défi qu’il nous revient, vous et nous tous, en tant qu’humains, de relever. Car, contrairement à Robert ZIMMERMANN alias Bob DYLAN (le chanteur de folk américain et « roi » du protest-song) qui chantait dans un de ses tubes (Blowing in the wind) : « the answer is blowing in the wind », « la réponse est dans vent qui souffle », nous, victimes de Nahibly et de toute la Côte d’Ivoire profonde qui a été attaquée et massacrée, nous disons que la réponse à toutes nos tribulations (y compris le malaise profond de nos bourreaux et de leurs maîtres) est dans la conscience de chacun, libéré du joug qui l’asservit, afin d’apporter au musée de l’Histoire et de la Civilisation le témoignage de notre combat pour l’honneur, la dignité et la libération des peuples opprimés. S’il vous plaît, Madame la Procureure, ouvrez véritablement les yeux et tendez plus l’oreille en direction de l’Afrique (à travers villes, champs et hameaux) et le macadam des rues des cités occidentales et vous aurez compris que les dirigeants autoproclamés de ce monde sont bien en retard d’un désir exacerbé d’une mutation profonde. 

Merci, Madame la Procureure, d’accorder une attention particulière au présent message et que Dieu, dans Sa miséricorde vous inspire, vous guide et vous garde.


Duékoué, le 12 Mars 2013.  

Pour le Collectif des victimes de Nahibly : Emmanuel CALEB.

dimanche, 10 mars 2013

SOGONA BAMBA: VOLEUSE D'IMAGES ET MANIPULATRICE DE MEDIAS POUR «TUER» GBAGBO

 

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Voleuse et « détourneuse » d’images, adepte dévergondée de la manipulation médiatique au service d’Alassane Dramane Ouattara et de ses maîtres impérialistes. Sogona Bamba est tout cela à la fois. Elle est même plus, puisque tuer politiquement le président Laurent Gbagbo par les moyens les plus perfides fait partie de ses basses œuvres de prédilection.

 
Au plus fort de l’épisode post-électoral de la crise qui déchire la Côte d’Ivoire depuis la tentative de coup d’Etat de septembre 2002, Sogona Bamba occupe le poste stratégique de conseillère en Communication de Ouattara. Elle est donc une pièce de la nébuleuse d’officines tissée par Ouattara et ses maîtres pour manipuler l’opinion dans le dessein de renverser Laurent Gbagbo. 

L’histoire est connue. C’est le 1er avril 2011 que Sogona Bamba se révèle au monde sur le plateau de la chaîne de télévision France 24, au cours de l’émission Débat dont le thème est, ce jour-là, « Côte d’Ivoire. La guerre civile. » Sous les regards complaisants et approbateurs des journalistes de ce média qui a fait du soutien à Alassane Dramane Ouattara une véritable gageure, Sogona Bamba brandit devant les caméras une photographie montrant un homme en flammes. Les commentaires de la conseillère de Ouattara ne laissent aucun doute sur la cible et l’objectif visés par ses commanditaires. « Oui ils [les FRCI - Foces républicaines de Côte d’Ivoire - pro-Ouattara] descendent vers le sud, et je pense que c’est par légitime défense, parce que vous ne pouvez pas avoir un monsieur qui a gouverné un pays, et qui peut accepter de laisser ses partisans brûler des jeunes comme ça ! Vous ne pouvez pas ! Aujourd’hui, on ne peut pas regarder ça. […] Il faut montrer ce que les hommes de Gbagbo ont fait, c’est donc une légitime défense ! » 

Aucune méprise n’est possible sur la cible des officines qui ont mis Sogona Bamba en mission. Il s’agit d’ « un monsieur », Gbagbo, et de ses « hommes ». L’objectif est tout aussi visible. Il est double, au moins. Il s’agit, d’une part, de diaboliser le président Gbagbo en le représentant injustement sous les traits d’un sanguinaire et, d’autre part, de justifier les massacres de masse commis par les forces de Ouattara dans toute la Côte d’Ivoire et particulièrement à l’ouest du pays. En effet, au moment même où Sogona Bamba se livre à son exhibition sur France 24, les sbires de Ouattara - Frci, dozos, milices en tout genre dont celle d’Amadé Ourémi, etc. - se livrent méthodiquement à des massacres de centaines de civils Guérés à Duékoué. La concomitance de l’annonce de Sogona Bamba et des massacres n’est pas fortuite. Elle s’inscrit dans le projet machiavélique d’élimination du président Gbagbo. 

Quelques temps après, la grosse arnaque est découverte. La photographie brandie par Sogona Bamba devant les caméras de France 24 n’a pas été prise en Côte d’Ivoire mais dans un autre pays africain. Le Kenya ou l’Afrique du sud, peu importe. Les faussaires ont même pris soin d’effacer un ou deux agents de forces de l’ordre - selon l’angle de la prise de vue - dont les tenues indiquent qu’ils ne sont pas ivoiriens (Voir photographies ci-dessous) Il y a indéniablement faux et usage de faux. 

Le vol d’une photographie dans l’histoire d’un pays étranger et son intégration pernicieuse dans l’iconographie de la guerre post-électorale en Côte d’Ivoire ne peuvent être l’effet du hasard. Ils sont prémédités et participent d’un plan général de manipulation médiatique concocté par les hommes de main d’Alassane Dramane Ouattara. Le détournement et l’utilisation de cette photographie usurpée ou d’une autre venue d’ailleurs, près de deux ans plus tard, pour étayer les accusations de la Cour pénale internationale (Cpi) contre le président Gbagbo montrent bien qu’il y a préméditation. Ces actes ajoutent même aux circonstances aggravantes de la vacuité de ces accusations. 

La présence de preuves fabriquées de toutes pièces dans le dossier d’accusation du président Gbagbo jette le discrédit sur la Cpi. Le délit de faux et usage de faux ne lui laisse que le choix de la libération du président Gbagbo. Sauf à vouloir prouver que la Cpi peut s’affranchir des normes élémentaires du droit positif. Sauf à admettre, contraint et forcé par ses géniteurs, que le faux peut prospérer et faire foi devant la Cpi pourtant présentée par ses thuriféraires comme le nec plus ultra de la fameuse « justice internationale. » Les commanditaires de la Cpi finiront par convaincre même les plus sceptiques que leur chose est bien au service de l’impérialisme international et que sa mission consiste à flétrir les faibles, par tous les moyens, et à blanchir les puissants, à tout prix. 

L’Histoire a retenu des exemples fameux de manipulations médiatiques. Pour fabriquer les charniers de Timisoara, en Roumanie, en décembre 1989, les manipulateurs ont déterré des morts d’un « cimetière des pauvres » et les ont « offerts complaisamment à la nécrophilie de la télévision. » (Ignacio Ramonet in Le Monde diplomatique, mars 1990). Les images de ces faux charniers ont donné lieu à une virulente campagne qui a couvert les médias de discrédit. Les charniers de Timisoara rappellent celui de Yopougon que beaucoup attribuent aux manipulateurs nécrophiles du Rassemblement des républicains (Rdr) d’Alassane Dramane Ouattara. 

Aujourd’hui, il est indéniablement établi que l’affaire des armes de destruction massive de Saddam Hussein n’était qu’une campagne mensongère orchestrée par les Etats-unis d’Amérique de Georges Bush et leurs alliés. Cette manipulation fait penser aux obus que Ouattara et la Cpi accusent, sans la moindre enquête, le président Gbagbo d’avoir lancé sur un marché de la commune d’Abobo en mars 2011. Des obus si intelligents qu’ils ont su faire le tri entre les Ebriés, les Baoulés, les Bétés, les Abeys, les Guérés, etc., qui se côtoient sur ce marché pour ne tuer que des Dioulas partisans de Ouattara. 

Sogona Bamba a franchi les limites du mensonge avec sa photo volée et truquée. Elle est même allée au-delà de l’imposture. Le titre de députée béni-oui-oui de Tafiré, Badikaha et Niediekaha qui lui a été gracieusement offert comme salaire de la débauche et de la perversion intellectuelle par son gourou Ouattara lui sied à merveille. Circonstance aggravante, Sogona Bamba s’est installée dans une attitude de défiance face à la stigmatisation de son imposture. Effarouchée par la menace de poursuites judiciaires évoquée par un quotidien ivoirien, Sogona Bamba est montée sur ses grands chevaux pour attaquer les « donneurs d’ordres pro-Gbagbo qui sont sûrement derrière cette fronde dérisoire et ridicule » sur « la base d’une puérile et unique photo (sic) », avant de conclure : « J’attends avec bonheur et impatience leur plainte. » (Le Patriote, samedi 02 juin 2012). 

Sogona Bamba n’a rien inventé. La défiance arrogante et naïve est l’une des caractéristiques des marionnettes de l’impérialisme, lorsqu’elles fantasment sur une protection supposée indéfiniment acquise de leurs maîtres. Commères et mégères peuvent nourrir l’illusion d’être des lumières. 

Sogona Bamba ne perd rien pour attendre les poursuites judiciaires qu’elle appelle de tous ses vœux. Le jugement de l’Histoire la jettera dans les poubelles puantes des temps sales. Elle y retrouvera sa photo volée et truquée. 
 

Par Deuxer Céi Angela. L’œil du juste


Source: AFRIK53.COM

samedi, 09 mars 2013

ALTIT - AFFAIRE GBAGBO: «C'EST L'AVENIR DE LA COTE D'IVOIRE QUI EST EN JEU»


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Emmanuel Altit, avocat de Laurent Gbagbo, a exposé sa vision des faits qui se sont déroulés en Côte d'Ivoire.


Emmanuel Altit, avocat du président déchu, revient sur l'audience de confirmation des charges qui s'est déroulée à la Cour pénale internationale. Interview.

 

Laurent Gbagbo, ex-président de Côte d'Ivoire, est soupçonné de crimes contre l'humanité par le procureur de la Cour pénale internationale. Fin février, au moment où l'audience de confirmation des charges se déroule à La Haye, Amnesty International publie un rapport intitulé "Côte d'Ivoire. La loi des vainqueurs". L'ONG pointe du doigt les exactions commises contre des partisans de Laurent Gbagbo. Elle s'inquiète que le bureau du procureur de la CPI n'ait pas encore annoncé "l'ouverture de l'enquête à des événements antérieurs" aux violences post-électorales de 2010. Jusqu'à aujourd'hui, le clan Ouattara n'a pas été inquiété par la justice internationale. La France est intervenue militairement dans la chute de Laurent Gbagbo, tandis que les Nations unies ont endossé tour à tour le rôle de force de maintien de la paix et de négociateur. Emmanuel Altit, avocat de Laurent Gbagbo, revient pour Le Point.fr sur sa ligne de défense. Et décrit une "autre réalité". Entretien.


Le Point.fr : Laurent Gbagbo a été arrêté il y a bientôt deux ans, le 11 avril 2011. Depuis cette date et jusqu'à aujourd'hui, quel a été son parcours ? 

Emmanuel Altit : Laurent Gbagbo a été arrêté dans des conditions terribles, après un assaut donné par les forces françaises et les rebelles. Il y a eu une intervention extrêmement brutale des rebelles. Les personnes qui se trouvaient dans la résidence ont été battues, poignardées, molestées. Laurent Gbagbo a passé deux jours à l'hôtel du Golf, le QG d'Alassane Ouattara. Puis il a été transféré dans le nord de la Côte d'Ivoire le 13 avril à Korhogo, où il est resté jusqu'au 29 novembre 2011. Il était gardé par un chef de guerre, le commandant Fofié, soupçonné de crimes très graves. Il a été arrêté et détenu sans mandat et sans aucun titre judiciaire. Ses droits ont été violés. Nous avons essayé d'aller le voir dès juin 2011, mais nous n'y sommes parvenus qu'en octobre. Au moment où nous l'avons rencontré, Laurent Gbagbo était dans un grand état de fatigue, aggravé par ses conditions de détention. Le 29 novembre 2011 a eu lieu une audience à Korhogo durant laquelle les avocats n'ont pas pu réellement s'exprimer. Leur demande visant à obtenir quelques jours supplémentaires pour préparer la défense a été rejetée. On leur a même affirmé, à l'issue de l'audience le 29 novembre au soir, que Laurent Gbagbo allait réintégrer sa cellule, alors qu'il était déjà dans l'avion pour La Haye. Cet enlèvement, appelons-le comme ça, puisque cela ne répondait à aucune norme juridique applicable, a été décidé quelques jours auparavant, après une réunion à Paris entre Alassane Ouattara et le procureur de la CPI de l'époque, Luis Moreno Ocampo. À partir de son arrivée à La Haye, il a été traité avec décence, mais a mis du temps à récupérer. 

L'audience de confirmation des charges contre Laurent Gbagbo, soupçonné de crimes contre l'humanité, a eu lieu à la Cour pénale internationale du 19 au 28 février. Le procureur lui reproche quatre événements qui ont tous eu lieu lors de la période post-électorale, du 16 décembre 2010 au 12 avril 2011. Votre ligne de défense a consisté, dès le début, à revenir sur les événements qui ont eu lieu avant les élections de 2010. Pourquoi ?

Le procureur est particulièrement discret sur tout ce qui s'est passé entre 2002 et 2010. Il a voulu faire porter la responsabilité du conflit sur les seules épaules du président Gbagbo. Avant 2010, il y a eu un certain nombre de coups d'État. À chaque fois, les rebelles venaient du Burkina Faso, parvenaient en Côte d'Ivoire et attaquaient différents endroits, notamment Abidjan. En 2002, après plusieurs échecs, les rebelles mettent la main sur la moitié nord du pays. Ces rebelles ont mis le nord du pays en coupe réglée, pratiquant extorsions à grande échelle, pillages, meurtres, viols, trafics en tout genre (cacao, diamants, or, armes). Les chefs des rebelles sont soupçonnés par de grandes ONG de défense des droits de l'homme de crimes très graves. Voilà la vérité des choses. Il y avait une guerre depuis 2002 et les événements de 2010 en sont la suite logique. Le président Gbagbo n'a cessé de tenter de parvenir à un accord avec les rebelles pour réunifier le pays. En 2003, il les fait entrer au gouvernement et leur confie des ministères importants : Défense, Affaires étrangères, etc. En 2007, il nomme même le chef de la rébellion, Guillaume Soro (désormais président de l'Assemblée nationale, NDLR), Premier ministre. À l'époque, ces tentatives de conciliation lui seront reprochées, certaines personnes craignant que les rebelles jouent un double jeu, qu'ils n'acceptent des postes que pour mieux se saisir du pouvoir.

Vous vous êtes demandé devant la Cour pourquoi des membres du clan Ouattara qui ont commis des exactions ne comparaissent pas, eux aussi, devant la CPI. En faisant cela, ne cherchiez-vous pas à politiser l'affaire ?

Le procureur n'a pas suffisamment précisé le contexte. Il nous appartenait de reconstituer la vérité historique : il y avait une guerre depuis le 19 septembre 2002. Ce qui s'est passé après les élections de 2010, c'est la continuation de cette guerre. Cela change tout. Car, dans cette optique, qui attaque ? Les rebelles. Qui tente de s'emparer du pouvoir ? Les rebelles. Cela donne une clé de compréhension différente. Le procureur, en ne tenant pas compte des faits antérieurs à 2010, donnait à penser que, soudainement, le président Gbagbo avait décidé de refuser le verdict des urnes et de s'attaquer de manière gratuite aux supporteurs de son adversaire. Ce n'est pas la vérité. Il est difficile de reconstituer dans une cour la vérité, mais il est nécessaire de vouloir reconstituer quelque chose qui s'en approche. Si l'on donne à voir une réalité différente, on comprend que le récit du procureur n'est pas forcément le bon. 

L'audience de confirmation des charges s'est achevée le 28 février. Quelle est la suite de cette affaire ?

Nous déposons les écritures de la défense le 28 mars. La Cour aura ensuite soixante jours pour se décider. Il y a quatre possibilités. La première est que les juges estiment que les éléments étayant les accusations du procureur ne sont pas convaincants. Deuxièmement, les juges peuvent confirmer seulement certaines charges et en infirmer d'autres. Ils peuvent également confirmer l'intégralité des charges. Enfin, les juges peuvent demander au procureur des précisions ou un complément d'enquête. Il faut bien comprendre que c'est un dossier important, car c'est l'avenir de la Côte d'Ivoire qui est en jeu.


Propos recueillis par 


Source: LE POINT

BERNARD HOUDIN - GBAGBO: CRIMINEL OU DEMOCRATE?

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1er mars 2013. Bernard Houdin, conseiller spécial et représentant du porte-parole de Gbagbo pour l’Europe et l’Amérique, revient pour Marianne, sur les contre-arguments des avocats de l’ancien président.


Après avoir comparu pendant dix jours devant la Cour pénale internationale de La Haye (CPI), l’ancien président de Côte d'Ivoire devra attendre encore plusieurs semaines pour connaître son sort : la liberté ou un procès. Procès à haut risque, selon son conseiller spécial Bernard Houdin qui conteste ici point par point les charges de crimes contre l’humanité présentées par l’accusation.

 

C’est au plus tard le 28 mai prochain que la Cour pénale internationale (CPI) dira si oui ou non Laurent Gbagbo, 67 ans, président déchu de la Côte d’Ivoire, devra être jugé pour «crimes contre l’humanité».

Pendant dix jours, les magistrats ont tenté de déterminer si les éléments de preuve rassemblés par l’accusation justifiaient la tenue d’un éventuel futur procès. D’après la Gambienne Fatou Bensouda, la procureure de la CPI interrogée par l’hebdomadaire Jeune Afrique, «sans l’implication de Laurent Gbagbo, tous les crimes commis durant la crise post électorale ne l’auraient jamais été.»  Il serait le «coauteur indirect» d’un plan visant à conserver le pouvoir, malgré l’élection (controversée) d’Alassane Ouattara, y compris en recourant aux meurtres et à la violence, laquelle fit près de 3 000 victimes dans les deux camps. «Il élaborait sa stratégie avec un groupe de proches mais il était le principal coordonateur des exactions» estime Fatou Bensouda. Pour Eric McDonald, un de ses magistrats, «les attaques des forces pro-Gbagbo entre le 16 décembre 2010 et le 12 avril 2011 revêtaient un caractère généralisé et systématique (…) contre des communautés ethniques ou religieuses spécifiques.»  

Au dernier jour de l’audience de confirmation des charges, le 28 février, pour la première fois depuis sa comparution devant la CPI en décembre 2011, Laurent Gbagbo a pris la parole. «Toute ma vie, j’ai lutté pour la démocratie », a expliqué celui qui connut à plusieurs reprises les geôles d’Houphouët-Boigny. « Je n’ai jamais cru que la Côte d’Ivoire allait s’en sortir par la guerre, je n’ai jamais cru çà, j’ai toujours cru qu’on s’en sortirait par la discussion.»

Pourquoi, selon vous, la CPI ne peut renvoyer Laurent Gbagbo en procès? 

Bernard Houdin: D’abord pour des raisons strictement juridiques d’irrecevabilité, comme l’a magistralement démontré à l’ouverture de l’audience, le 19 février, un des avocats du président, le Pr Jacobs, de l’université de Leiden, lequel a d’ailleurs formé plusieurs des juges de la CPI. 

Dans ses nombreux arguments, j’en retiens un. Depuis la prise de pouvoir d’Alassane Ouattara, à plusieurs reprises l’état ivoirien s’est dit parfaitement en mesure d’instruire et juger, avec son propre système. La Côte d’ Ivoire n’est ni la Somalie, ni le Sierra Leone. Pour que la CPI se saisisse, il aurait donc d’abord fallu que Laurent Gbagbo soit jugé dans son propre pays.

Par ailleurs, la notion de coauteur indirect entretient une totale confusion sur les responsabilités supposées du président dans les violences qu’on lui reproche. Et où sont les autres auteurs? 

Sur le fond, la comparution de Laurent Gbagbo devant la CPI est une entreprise politique, en contradiction flagrante avec la déclaration d’indépendance autoproclamée de cette juridiction.  Il ne faut pas oublier que son transfert à La Haye y a été précédé par le déplacement du procureur de la République du nouveau régime (celui d’Alassane Ouattara, ndlr) accompagné… du ministre français de la Justice de l’époque. Cela pose un problème, non?

Entre autres, l’accusation a retenu quatre gros dossiers à charge. Vous les contestez? 

Prenons les un par un. Il y a d’abord la répression, soi disant aveugle, d’une marche, soi disant pacifique, des pro Ouattara sur la RTI, la télévision nationale ivoirienne. Des images des télévisions françaises ont confirmé ce que nous affirmons depuis longtemps : loin d’être pacifique cette marche était infiltrée par des éléments rebelles armés, venus d’Abobo (immense quartier d’Abidjan, réputé favorable à Alassane Ouattara et qui abritait plusieurs groupes rebelles pendant la crise, ndlr) ou de l’hôtel du Golf (le QG  de Ouattara jusqu’à la chute de Gbagbo, ndlr).  Face à la menace, les forces de sécurité ont fait leur travail.

Et la marche des femmes d’Abobo, réprimée dans le sang (sept tuées par balle, ndlr)... Elles aussi étaient infiltrées? 

Parlons-en! On attribue aux forces loyalistes (FDS) la responsabilité de ce drame. Mais un livre («Abobo la guerre » de Leslie Varenne, éditions Mille et Une Nuits),  a démontré, sans qu’il fût  à ce jour jamais contesté ni attaqué, que cette marche a été instrumentalisée par Guillaume Soro (l’actuel Premier ministre d’Alassane Ouattara, ancien chef des rebelles lors du coup d’état de 2002, ndlr) afin de créer des incidents graves et d’en faire porter la responsabilité à Laurent Gbagbo.

Vous savez que la journaliste en question, correspondante de la Tribune de Genève, n’était pas particulièrement pro-Gbagbo et considérait d’ailleurs qu’Alassane Ouattara avait été normalement élu. On ne peut donc lui reprocher un point de vue partisan. A Abobo, elle a travaillé pendant plusieurs mois au contact du fameux Commando Invisible (une des factions rebelles contre laquelle Soro et Ouattara se sont ensuite retournés, tuant son chef Ibrahim Coulibaly dit IB, ndlr), au plus près donc de ce qui se passait réellement.

Son enquête sur cette tuerie est édifiante. Sur la foi des informations venues de l’hôtel du Golf (QG de Ouattara, ndlr) les femmes en question pensaient manifester en toute tranquillité, protégées par le Commando Invisible. Or les hommes d’IB n’étaient au courant de rien et le parcours choisi par le RDR (la formation de Ouattara, ndlr) était loin d’être sans risque. La preuve, puisqu’elles ont croisé des chars des FDS. L’accusation prétend que ce sont eux qui ont tiré sur les femmes mais pourquoi alors ont-elles été touchées dans le dos?

Manip aussi le bombardement du marché de Siaka Koné, toujours à Abobo? 

Ces supposés bombardements ne sont étayés que par des témoignages au demeurant fort contradictoires. Sur place en tout cas on n’a relevé aucun impact, aucun cratère susceptible d’avoir été causé par une bombe!

Le dernier point concerne les violences et exactions perpétrées contre des populations dioulas le 12 avril à Yopougon, fief des partisans de Laurent Gbagbo? 

Une précision d’abord: cette idée que les quartiers à Abidjan seraient racialement et politiquement totalement homogènes ne correspond pas à la réalité. Mais passons. Le 12 avril Laurent Gbagbo est dans l’hélicoptère qui le conduit vers son lieu de détention forcée de Korhogo. Dès sa chute, acquise uniquement grâce à l’intervention de militaires français, les bandes rebelles se sont répandues dans de nombreux quartier d’Abidjan et notamment à Yopougon où elles ont commencé à piller et tuer. Que des individus ou des groupes d’individus se soient constitués en groupe d’auto défense ne fait guère de doute mais rien, absolument rien ne démontre un plan machiavélique de nettoyage ethnique ordonné préalablement à son arrestation par Laurent Gbagbo.

Pour sa première prise de parole depuis sa comparution, Laurent Gbagbo a peu parlé hier (28 février). Il n’avait rien à dire aux juges? 

Le président n’allait pas refaire l’audience et reprendre les arguments de ses avocats… Il a en tout cas témoigné son respect à la Cour en étant constamment présent, à l’inverse de la procureure qui est partie dès le troisième jour. C’est un peu cavalier comme comportement alors que c’est la première fois que la CPI, en tant que tel,  doit se prononcer sur le sort d’un chef d’état africain. Gbagbo a dit ce qu’il avait à dire: de 2002 à 2011 il a toujours fondé son action sur le respect du droit et de la Constitution.

L’accuser d’un plan machiavélique pour rester au pouvoir est absurde! C’est lui qui a crée la commission électorale indépendante, composée essentiellement d’opposants, lui qui a autorisé Ouattara  à se présenter (en dépit de la controverse ancienne sur sa nationalité, ndlr) lui encore qui a imposé le bulletin de vote unique et un équilibre des temps de parole pendant la campagne électorale! Cela en fait un dictateur bien singulier…

Comment voyez-vous la suite… 

La CPI se veut indépendante. Dans ce cas, elle doit dire le droit et rien que le droit et rejeter le storytelling matraqué ad nauseam depuis des mois par certains milieux politiques et relayés par la majorité des médias français. Elle doit libérer Laurent Gbagbo et ouvrir ainsi la voie à la réconciliation nationale dont la Côte d’Ivoire a tant besoin pour préparer son avenir et son développement. Et ce, quelle que soit la position future de Gbagbo dans le pays.

Dans le cas contraire? 

Outre que la Cour foulera aux pieds le droit, on peut craindre des dégâts politiques et humains dont elle sera redevable.

 

Source: MARIANNE.NET

vendredi, 08 mars 2013

LA JUSTICE A SENS UNIQUE PARTICIPE A EXACERBER LES TENSIONS ET LA POLARISATION DE LA SOCIETE IVOIRIENNE

 

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Côte d’Ivoire: Laurent Gbagbo à la Cour pénale internationale

 

Par Bruno Charbonneau, Canadien, professeur agrégé, directeur de l’Observatoire sur les missions de paix et opérations humanitaires (OMPOH) de l’Université du Québec à Montréal.

 

Jeudi 28 février 2013, l’audience de confirmation des charges contre Laurent Gbagbo, Président de la Côte d’Ivoire de 2000 à 2010, prenait fin à La Haye devant la Cour pénale internationale (CPI). Cet évènement était attendu avec impatience par toute la Côte d’Ivoire, en particulier ses anciens proches et les membres de son parti politique, le Front Patriotique Ivoirien (FPI).

Inculpation et défense

La décision d’une inculpation devrait suivre dans les semaines qui viennent. La procureure de la CPI, Fatou Bensouda, poursuit l’ancien chef d’État comme coauteur indirect d’environ 700 crimes. Laurent Gbagbo est accusé d’avoir élaboré une stratégie d’exactions avec un groupe de proches. Selon la poursuite, les crimes visaient les civils et relevaient d’une intention et d’un plan pour conserver le pouvoir après les élections de novembre 2010.

L’ancien président ivoirien est demeuré relativement silencieux depuis sa capture du 11 avril 2011, mais ce 28 février il s’est exprimé directement et brièvement à la Cour. Il a affirmé avoir lutté «pour la démocratie avec courage» depuis les années 1980, alors qu’il s’opposait au parti unique du Président Félix Houphouët-Boigny, et qu’il se retrouvait aujourd’hui devant la CPI parce qu’il avait respecté la Constitution ivoirienne pendant la crise post-électorale de 2010-11.

Il a également demandé à tous les Africains qui le soutiennent et «qui marchent pour la démocratie» qu’ils comprennent que le salut se trouve dans «le respect des lois et des Constitutions que nous nous donnons».

Justice des vainqueurs?

Selon les tenants de la justice internationale, la CPI permet de faciliter la réconciliation des pays en situation de post-conflit. La justice internationale permettrait de faire éclater la vérité, ce que plusieurs chercheurs jugent comme un élément essentiel appuyant tout processus de réconciliation.

Mais tant la défense de Laurent Gbagbo que plusieurs Ivoiriens déplorent le fait qu’il soit le seul coupable, du moins le seul à la CPI, et surtout que seuls les membres du FPI soient ciblés tant par la justice internationale que la justice ivoirienne.

Un mandat d’arrêt international contre sa femme, Simone Gbagbo, a été émis, mais le gouvernement ivoirien n’y a pas encore répondu (elle est toujours détenue par la justice ivoirienne). Certains de ses proches, dont leur fils Michel et son «général» de la rue, Blé Goudé, ont été récemment arrêtés, d’autres sont détenus depuis déjà plus d’un an, alors qu’aucun membre des anciens rebelles ou alliés du président actuel, Alassane Ouattara, n’a été inculpé à ce jour malgré les nombreux témoignages et rapports incriminants.

Quelle réconciliation?

Il faudra encore du temps avant de savoir si Laurent Gbagbo sera formellement accusé. Et encore plus de temps, s’il l’est, avant de connaître le jugement.

Entretemps, la Côte d’Ivoire n’est pas sortie du bois. La réconciliation piétine. Les tensions perdurent. Les problèmes fonciers et identitaires s’entremêlent et le gouvernement ne fait rien pour les corriger.

Non seulement la justice à sens unique participe-t-elle à maintenir, sinon exacerber, les tensions et la polarisation de la société ivoirienne, mais les agissements des forces de sécurité du gouvernement Ouattara continuent de compromettre cette réconciliation.

Un autre rapport, cette fois d’Amnesty International, expose de nouveau les violations généralisées des droits humains perpétrées par les forces de sécurité, en particulier à l’encontre de partisans ou présumés partisans de l’ancien président Laurent Gbagbo (voir Côte d’Ivoire : la loi des vainqueurs Amnesty International, 26 février 2013).

Sans vouloir promouvoir l’impunité des responsables de la guerre et des crimes, il est difficile de voir comment le procès de Laurent Gbagbo à la CPI pourrait encourager la réconciliation en Côte d’Ivoire.

 

source: 45ème NORD.CA

jeudi, 07 mars 2013

APRES L'AUDIENCE DE GBAGBO, PANIQUE DANS LE CAMP OUATTARA


Après l'audience de Gbagbo. Panique dans le camp Ouattara


L’audience de confirmation des charges s’est achevée le jeudi dernier, avec une prise de parole du président Laurent Gbagbo. Après que ses avocats ont démonté, dix jours durant, ce que Fatou Bensouda et son équipe de l’Accusation considéraient comme preuves à même de conduire le président déchu en procès.

 

Fatou Bensouda et les membres de son équipe, qui croyaient être bien parties pour clouer le président Laurent Gbagbo au pilori avec «leurs preuves», ont dû ravaler leur salive lorsque la Défense, très alerte sur le dossier ivoirien, est sortie de ses gongs pour les ramener à leurs copies. Fatou Bensouda a manqué d’ingéniosité. Il ne pouvait pas en être autrement, d’autant plus que la collusion de son prédécesseur, Luis Moreno-Ocampo, avec le Rdr étaient patente. Ses propres prédispositions à condamner le président Laurent Gbagbo l’ont poussé à refuser de mener des investigations crédibles qui nécessiteraient qu’il soit à équidistance des parties en conflit dans la crise ivoirienne.

L’audience de confirmation des charges a été une opportunité pour la Défense de révéler une manipulation dont l’objectif visait à diaboliser un individu pour le maintenirau cachot.

Dès lors, le bureau du procureur, qui a travaillé en étroite collaboration avec les officines du parti au pouvoir en Côte d’Ivoire, se rend bien compte qu’il a trempé dans du faux. Dans certains milieux au sein du Rdr, l’heure est à la critique de certaines options pour discréditer Gbagbo l’ennemi. Notamment la forte propension à brandir des dossiers hautement suspects qui finissent par se retourner contre leurs expéditeurs.

Au royaume des dossiers fabriqués

Pour justifier la traque aux pro-Gbagbo en exil, le RDR, à travers le ministre Hamed Bakayoko, avait «vendu» à l’opinion publique une affaire de coup d’Etat ont des officiers en exil auraient été des cerveaux. Une autre fois, les autorités ivoiriennes ont sorti de leur chapeau une prétendue collusion entre les responsables du Front populaire ivoirien (FPI) en exil et AQMI – elles ont même réussi à faire endosser cette thèse farfelue par des «experts» onusiens qui ont finalement été désavoués par l’ambassadeur des Etats-Unis à Abidjan.

Dans son dernier rapport sur les droits de l’homme en Côte d’Ivoire, Amnesty International a d’ailleurs révélé que ses investigations n’ont jamais prouvé une quelconque collusion cadres du Fpi en exil-Aqmi. Mieux, cette organisation a démontré la tendance irrépressible du régime Ouattara à la violation des droits de l’homme, notamment en ce qui concerne les proches du président Laurent Gbagbo.

Les gros mensonges du pouvoir Ouattara, qui transmet sans vergogne des dossiers fabriqués à ses alliés internationaux, font paniquer aujourd’hui certaines pontes du régime, qui craignent d’être la risée de leurs amis à l’étranger. Selon un consultant en poste dans une agence de communication proche de Ouattara, les dossiers montés de toute pièce ces derniers mois par le régime Ouattara contre certains de ses opposants, dont l’authenticité n’a jamais été prouvée,contribuent à le discréditer et à susciter un sentiment de méfiance chez ses partenaires. Plus grave, des responsables du parti craignent que le déroulement de l’audience de confirmation des charges contre Laurent Gbagbo ne conduisent certaines puissances amies – qui ont cru au Rdr jusqu’au bout – à prendre leurs distances avec Ouattara.

Gilles Naismon



Deux ans après le scandale des «mortes d’Abobo» - Zéro enquête ouverte par le régime Ouattara!


Deux ans exactement ! Il y a deux ans, l’opinion internationale s’émouvait de l’assassinat de sept femmes dans la commune d’Abobo, à Abidjan. Des femmes qui auraient été tuées, selon la version officielle,par des éléments des Forces de défense et de sécurité (FDS) ivoiriennes stationnés au camp commando d’Abobo. A l’occasion de l’audience de confirmation des charges contre le président Laurent Gbagbo à la Cour pénale internationale, les cadres du Rassemblement des républicains (RDR), parti ouattariste, ont orchestré une «campagne d’indignation» face aux questions légitimes soulevées par la défense sur cette sombre affaire. Et pourtant !

Deux ans après ce drame, aucune enquête spécifique n’a été ouverte sur un moment de la crise ivoirienne qui est pourtant abondamment exploité médiatiquement par le pouvoir d’Abidjan. Dans un communiqué datant du 14 septembre 2012, le procureur militaire Ange Kessy Kouamé citant deux affaires de «crimes de sang» sur lesquelles il enquêtait : l’assassinat d’Yves Lambelin et de ses compatriotes (affaire du Novotel), et l’assassinat du colonel-major Adama Dosso, qui avaient valu à des dizaines de personnes d’être mises en détention préventive. Mais rien sur les sept femmes d’Abobo!

Interpellé au téléphone par Le Nouveau Courrier, un très proche collaborateur d’Ange Kessy, s’est montré évasif. Le meurtre des sept femmes d’Abobo est traité dans une «enquête globale» sur les événements d’Abobo «en général». On a déjà vu plus grande implication du bras judiciaire de l’Etat dans une affaire… Lors de l’audience de confirmation des charges contre le président Gbagbo, il n’y avait aucune trace d’autopsies ou d’analyses balistiques qui auraient pu situer la Cour sur les détails de ce qui continue d’être considéré par une partie de l’opinion publique comme un «montage».

Est-ce à dire qu’il n’ya pas eu d’autopsie? En Juillet 2011, des parents de ces femmes s’indignaient dans une interview accordée au journal pro-Soro, Nord-Sud, de ce qu’elles avaient été enterrées en catimini, le 17 avril 2011, c’est-à-dire après la chute de Gbagbo. Sans leur avis, sur ordre de hauts responsables du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), par une IVOSEP alors dirigée par Sidi Diallo, actuel patron de la Fédération ivoirienne de football (FIF). Vous avez dit bizarre? Comme c’est bizarre!

Philippe Brou


Source: AFRIK53.COM

mercredi, 06 mars 2013

POURQUOI LA CPI NE PEUT PAS LACHER (DE SITOT) GBAGBO

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L’évènement est passé inaperçu.  Le 14 mars 2012, la cour pénale internationale, créée le 1er juillet 2002, a rendu son premier jugement en condamnant à 14 ans de prison un chef de milice congolais Thomas Lubanga, reconnu coupable de crimes de guerre pour avoir enrôlé des enfants de moins de 15 ans dans ses troupes.

Le procès avait débuté trois ans plus tôt, ce qui témoigne de l’extrême lenteur de la justice internationale. La défense de Lubanga avait pointé de nombreux faux témoignages, reconnus comme tels, dans le dossier d’accusation, ce qui illustre sa propension à mener des enquêtes bâclées. Et, on avait noté l’absence sur le banc des accusés de nombreux autres chefs de guerre responsables, autant que Lubanga, des millions de morts du conflit congolais.

D’où l’accusation d’exercer une justice des vainqueurs. Ce qui n’avait pas empêché le procureur de réclamer trente ans de prison. Les juges avaient coupé la poire en deux en infligeant à Lubanga une demi-peine.

Lenteur, approximation et partialité

Dans l’audience de confirmation des charges contre l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo qui a débuté depuis le 19 février, on retrouve les mêmes symptômes de lenteur, d’approximation, et de partialité dont la justice internationale a fait sa marque de fabrique.

L'ex chef d'État est accusé d'être «le coauteur indirect de meurtre, de viol et d’acte inhumain constituant un crime contre l’humanité». Au cœur de l'accusation, quatre événements, la répression de deux marches des pro-Ouattara, l'une  sur la Télévision ivoirienne, l'autre de femmes d'Abobo, un quartier d'Abidjan, le bombardement d'un marché d'Abobo, et les massacres qui ont suivi la chute de Gbagbo dans le quartier de Yopougon.

Au total plusieurs dizaines de victimes dans une crise post-électorale qui a fait des milliers de morts (le nombre de trois mille est communément avancé mais, en réalité, il est bien supérieur).

Pour étayer son dossier, Fatou Bensouda, la procureure de la CPI, a collecté des rapports de l'ONU, d'organisations de défense des droits de l'homme, cité des témoins le plus souvent anonymes, s'est appuyé sur des articles de presse souvent partisans mais n'a pas mené de véritable enquête pénale: pas d'autopsies des corps des victimes, pas d'expertises balistiques sérieuses...

Or, les partisans de Gbagbo rejettent la responsabilité de certains de ces événements meurtriers sur un «commando invisible», dirigé par un chef rebelle dissident, Ibrahim Coulibaly, qui avait pris, à l'époque, le contrôle d'une partie du quartier d'Abobo. Ce chef de guerre a été abattu par les partisans du tandem Ouattara-Soro après la chute de Gbagbo.

Silence sur les crimes commis par les nouvelles forces pro-Ouattara

La justice internationale pêche aussi par omission. Elle oublie ainsi d'évoquer l'exécution de centaines de pro-Gbagbo à Duékoué, dans l'ouest du pays. Des hommes et des adolescents, abattus selon un scénario qui évoque Srebreniça, sous les yeux de casques bleus marocains qui sont restés l'arme au pied.

Elle limite son champ d'investigation aux quatre mois de la crise post-électorale (décembre 2010-avril 2011) et ne prend pas en compte les événements antérieurs et postérieurs. Pas d'enquête sur les exactions commises depuis le coup d'état manqué du 19 septembre 2002 en zones gouvernementales et rebelles.

Silence sur les exécutions sommaires, les tortures commises par les nouvelles forces pro-Ouattara et dénoncées dans un récent rapport d'Amnesty International.

Et, enfin, symbole d'une justice inéquitable, aucun chef de guerre pro-Ouattara n'est traduit devant la CPI. On sait pourtant qu'au moins trois mandats ont été émis contre eux mais ils ne sont pas exécutés.

Selon la propre enquête du gouvernement Ouattara, au moins un tiers des morts de la crise post-électorale leur sont pourtant imputables. Sont-ils les «coauteurs indirects» des crimes qu'on impute pour l'instant au seul Gbagbo. Un concept fumeux qui induit l'idée qu'il y aurait des auteurs ou des coauteurs directs qui, eux, ne sont pas inquiétés.

Si Gbagbo encourt une lourde peine de prison dans l'hypothèse où les charges qui pèsent contre lui seraient confirmées, la Cour Pénale Internationale court un bien plus grand risque dans ce procès, celui de perdre le peu de crédibilité qui lui reste. Car, après plus de dix ans d'existence, son bilan est bien maigre.

Gbagbo: une «opportunité» pour la dispendieuse CPI

Depuis sa naissance en juillet 2002, la CPI n'a réussi à condamner qu'un seul criminel de guerre, le Congolais Lubanga. Pendant cette période, l'institution a dépensé plus de cent millions d'euros par an en budget de fonctionnement pour payer l'armée mexicaine de 800 fonctionnaires internationaux qu'elle emploie.

Un milliard d'euros en dix ans: Lubanga est donc le condamné le plus cher de l'histoire de l'humanité. Elle a mené à leur terme sept enquêtes dans sept pays, tous africains, dont la Côte d'Ivoire, le Congo, le Soudan (Darfour) et la Libye qui ont abouti à l'arrestation et à la détention de six personnes, Lubanga et trois autres obscurs chefs de guerre congolais, un centrafricain et Laurent Gbagbo, le seul à bénéficier d'une «notoriété» internationale.

Il est évident que, détenant un tel homme, ex chef d'état de surcroît, la CPI ne va pas le lâcher de sitôt pour continuer à justifier son existence, pour légitimer des budgets en perpétuelle augmentation et la présence à La Haye de dix-huit juges permanents (trois pour un détenu) rétribués 180 000 euros par an, hors de multiples avantages en nature.

Et le monde continuera à tourner. Omar El-Bechir, sous le coup d'un mandat d'arrêt de la CPI depuis 2009 pour les crimes commis au Darfour, vaquera tranquillement à ses occupations de président soudanais, Bachar El-Assad bombardera ses opposants, les Russes pourront écraser les Tchétchènes, les Chinois  réprimer les Tibétains...

Il est vrai que tous ces pays, des États-Unis à la Russie, de l'Inde à la Chine en passant par le Pakistan ou l'Iran, soit les deux tiers de la population de l'humanité, ne reconnaissent pas la compétence de la CPI.

La juridiction est aux ordres des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU, dont la France, l'ex-puissance coloniale, qui a arrêté elle-même Gbagbo le 11 avril 2011 dans son palais présidentiel bombardé pour le livrer aux forces d'Alassane Ouattara - avant de le rétrocéder à la CPI.

Sarkozy était alors président. Depuis, les rapports d'organisations internationales de défense des droits de l'homme se multiplient pour dénoncer les tortures, les exactions commises par les nouveaux maîtres de la Côte d'Ivoire dans le silence assourdissant de François Hollande et de son gouvernement. Un président qui ne cesse d'appeler au respect des droits de l'homme... en Syrie.

 

Philippe Duval

 

Source: NEWSRING

LE FPI EN EXIL FELICITE MAITRE EMMANUEL ALTIT

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La Coordination FPI en Exil

A Maître Emmanuel Altit

Avocat au barreau de Paris

 

Accra, le 1er mars 2013

Objet: Félicitations à la défense du Président Laurent Gbagbo

 

Maître,

La Coordination FPI en Exil est heureuse de vous manifester sa satisfaction à la suite de votre plaidoirie mémorable dans l’affaire le Procureur contre Laurent Gbagbo, à l’occasion de l’audience dite de confirmation des charges, qui vient de s’achever.

Cette audience revêtait un caractère historique, autant au regard de la qualité de l’homme qui était dans le box des accusés, Laurent Gbagbo, Président élu de la Côte d’Ivoire, que des enjeux qu’elle recelait. En effet, cette audience mettait face à l’ingénieux organe de répression des souverainistes africains des temps modernes, qu’est la Cour Pénale Internationale, un Homme qui a consacré sa vie au combat pour l’avènement de la démocratie dans son pays, et qui en a subi tous les contrecoups, faits d’emprisonnements, d’exil et d’humiliations de toutes sortes.

Parvenu au pouvoir à la suite d’un processus démocratique, son ambition d’approfondissement de la démocratie a été contrariée par une guerre déclenchée par la France et ses valets locaux, toujours au nom de sordides intérêts égoïstes. L’épisode en cours à la Cour Pénale Internationale, vise à habiller juridiquement la mascarade de la spoliation électorale dont il a été victime, du fait de la seule volonté de Nicolas Sarkozy.

Pour défendre la cause de cet Homme valeureux, votre plaidoirie a été à la hauteur de l’évènement et a comblé les attentes tant du peuple ivoirien frustré et meurtri par tant de méchancetés et de mensonges à son encontre, que des démocrates africains qui sont restés attentifs. Ce peuple, grâce à vous, reprend espoir. Vous avez trouvé les mots justes pour rendre compte de la personnalité de Laurent Gbagbo, un Homme d’Etat, démocrate convaincu, pacifiste et humaniste qui ne pouvait commettre les crimes qui lui sont reprochés, tout en dévoilant le complot qui le visait à travers une accusation fantaisiste qui ne reposait sur aucun moyen de preuves véritables. Soyez rassuré qu’après ces deux semaines d’audiences publiques, la décision n’appartient plus aux seuls juges de la Chambre ; elle sera passée au crible par tous ceux qui, de par le monde, ont été édifiés par les vérités révélées au cours de cette instance.

C’est pourquoi, au nom des militants du Front Populaire Ivoirien (FPI) exilés à travers le monde du fait de cette guerre, je voudrais exprimer notre satisfaction et témoigner notre reconnaissance à Me Natacha Fauveau Ivanovic, Me Agathe Bahi Baroan, Me Jennifer Naouri et au Professeur Dov Jacobs, les membres de l’équipe de défense que vous avez dirigée avec compétence, ainsi qu’à vous-même, Me Emmanuel Altit. Nous vous prions de trouver ici l’expression de notre profonde et infinie gratitude.

 

Dr Assoa Adou,

Coordonnateur et porte-parole

ME AGATHE BAROAN: «L’HISTOIRE DE LA COTE D’IVOIRE, L’ACCUSATION EN A FAIT UNE CARICATURE»

 

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Chers lecteurs, je vous propose le speech intégral de l’avocat du Président Laurent Gbagbo, Maître Agathe Baroan, au dernier de jour de l’audience de confirmation ou d’infirmation des charges notifiées par la procureure de la CPI contre son illustre client. Au nom de toutes les victimes volontairement oubliées par la «justice internationale», au nom de la restitution de l’histoire récente de la Côte d’Ivoire, infalsifiable, au nom tout simplement de la vérité! Bonne lecture. Fernand Dindé

 

«Madame la présidente, honorables juges, la rébellion de 2002 et la crise postélectorale de 2010 sont des événements dont les faits ne m’ont pas été racontés. Par ailleurs, à Abidjan, j’habite un quartier qui se trouve entre le Zoo et le quartier Samaké. Je pense que ces références pourront permettre à l’accusation et à la représentante légale des victimes de deviner où cela se trouve. Alors les populations qui fuient les atrocités, c’est sous mes yeux. Les jeunes gens qui tombent, les personnes égorgées ou brûlées vives, ce n’est pas des vidéos pour moi. Les femmes violées qu’il faut rassurer ne relèvent pas de faits divers. Tout ce vécu, notre passé et notre présent à nous, populations de Côte d’Ivoire, l’avenir de nos enfants, tous ces éléments m’imposent l’indécence, sinon la décence de ne pas faire de la question des victimes un débat d’un match en coupe Davis ou d’un championnat de ping-pong. Mais je voudrais simplement relever trois choses et dire que le village d’Anokoua-Kouté est un village appartenant à Abobo. Dans ce village, les 6 et 7 mars 2011, donc la période qui est ici prise en compte, les populations ont été attaquées. Et la plupart des victimes tuées étaient des Ebrié.

La représentante légale des victimes avait des Ebrié dans sa liste ? Je dis tout de suite non, si j’en crois la liste qu’elle même a voulu nous lire tout à l’heure sur les origines des victimes. Je le dis et je le répète, en Côte d’Ivoire, les populations ne vivent pas parquées par groupe ethnique. C’est vrai, il y a des quartiers où des groupes sont dominants, mais le système des cours communes en Côte d’Ivoire et la colportation de nos coutumes villageoises en ville les obligent à vivre en communauté quelles que soient les origines des groupes qui constituent la population dans la cour commune. Donc le miracle qui consiste à n’avoir qu’un seul groupe ethnique, que des membres d’un seul camp tués dans une attaque systématique en Côte d’Ivoire est un miracle possible par l’opération de l’accusation et de la représentante légale des victimes. Mais hélas, c’est un miracle, c’est un drame pour la Côte d’Ivoire.

Madame la présidente, Mesdames et Messieurs les juges, je voudrais continuer mon propos sur des choses beaucoup plus générales. Après ces trente heures d’audience, les Ivoiriens, toutes les personnes qui tressaillent au nom Côte d’Ivoire, les Africains ou les non-Africains qui pleurent l’Afrique au travers de la douloureuse histoire de la Côte d’Ivoire sont à la fin de notre audience entre tristesse et espoir. Tristesse devant une accusation qui déforme l’histoire pourtant bien récente.

L’histoire de la Côte d’Ivoire, l’accusation en a fait une caricature qui ne lui a pas permis de pouvoir saisir les enjeux et de comprendre la réalité dans la crise dans ce pays. Certes, on me dira que dans ce prétoire aujourd’hui, c’est Laurent Gbagbo qui est concerné par la procédure. Mais, faut-il le rappeler, le droit pénal et toutes discussions relatives à des charges pénales ne se nourrissent que de la réalité du terrain traité. En déformant les faits, l’accusation ne peut présenter un dossier de qualité à votre Cour. Madame la présidente, Mesdames et Messiers les juges, actuellement en Côte d’Ivoire, se chante un hymne, l’hymne à la réconciliation. Dans cet hymne, la justice judiciaire ou juridictionnelle est présentée comme l’élément incontournable et préalable. Alors peut-on rendre justice en faisant fi de la réalité ? La réponse est évidemment non.

Ce qu’on attend de la réconciliation, c’est l’écoute de tous. Chacun veut être entendu dans sa détresse pour repartir grâce au dialogue et regarder ensemble avec les autres pour la réconciliation de la Côte d’Ivoire. Une histoire trahie conduit où ? On l’a déjà indiqué, à de nouvelles violences. Parce qu’elle nie la souffrance des vraies victimes et n’identifie pas les vraies causes du conflit pour en résoudre les problèmes posés. Dans ces conditions, peut-on se reconstruire et construire ensemble ? Comme vous le voyez, la réconciliation ne peut se faire que si la vérité est respectée et c’est le respect de la vérité qui fait la justice. Est-ce la vérité de la défense qui voit comme un clair de lune sur la plaine dissiper la nuit des allégations du camp de l’accusation ? Madame la présidente, honorables juges, à cette interrogation, les populations de Côte d’Ivoire et d’ailleurs, les amis de la Côte d’Ivoire répondent avec espoir : la lumière triomphe toujours des  ténèbres et quelle que soit la longueur de la nuit, le jour finit par s’élever.

Je vous remercie».

 

In le quotidien ivoirien «Notre Voie», le 3 Mars 2013.

 

Propos recueillis par César Ebrokié.


Source: LA DEPECHE D'ABIDJAN

mardi, 05 mars 2013

OBIANG NGUEMA: «L'INGERENCE DE LA FRANCE ET DE L'ONU EN COTE D'IVOIRE A CREE UN MAUVAIS PRECEDENT»

 

OBIANG NGUEMA.jpg


INTERVIEW DU PRESIDENT DE LA GUINEE EQUATORIALE, OBIANG NGUEMA BASOGO

 

Dans une interview exclusive au magazine Panafricain Africawatch, le président Equato-Guinéen Obiang Nguema Basogo dénonce de manière véhémente l’intervention de la France et de l’ONU dans les conflits ivoirien et libyen. Président en exercice de l’Union Africaine au moment des faits, le Président Obiang s’insurge contre l’internationalisation du conflit par la France qui avant même les élections en Cote d’ivoire avait clairement choisi son camp.



Q: Vous étiez le président de l'Union Africaine de Janvier 2011 à Janvier 2012. Il y a eu plusieurs événements importants au cours de cette période, y compris la famine en Afrique de l'Est, le printemps arabe en Tunisie, Égypte et Libye, et une guerre civile en Côte d'Ivoire. Cela semble avoir été un agenda chargé pour juste sur un année au pouvoir. Comment avez-vous managé dans ces situations difficiles?

R: Eh bien, c'était vraiment une période difficile. J'ai fait face à beaucoup de problèmes au cours de mon mandat en tant que président de l'UA, donc je ne sais pas quoi dire. Était-ce la volonté de Dieu pour moi d'être le président de l'UA à ce moment précis pour faire face à tous ces conflits et ces problèmes? Ou était-ce juste une malchance? Je ne sais pas. Tout ce que je peux dire, c'est que j'ai travaillé très dur pour essayer d'apporter la paix à tous les endroits ou il y avait des conflits, et en Afrique en général.
 
En ce qui concerne les cas de la Tunisie et  de l’Egypte que vous avez mentionnés, je pense que c'était des questions internes que les gens de ces pays voulaient mettre à l'attention de leurs gouvernements et des présidents. Et il n'y avait pas grand-chose qu'on pourrait faire ou dire à leur sujet au niveau de l'UA ou international. À propos de la Côte d'Ivoire et de la Libye, c'était une autre paire de manches. On peut clairement dire que les deux conflits ont échappé à notre contrôle à cause de l'ingérence extérieure dans les deux pays.
 
En Côte d'Ivoire, par exemple, quand j'étais président de l'UA, j'ai parlé et j'ai réussi à convaincre l'ancien président Laurent Gbagbo à démissionner du pouvoir et il a accepté de le faire, j'ai aussi essayé de convaincre l'autre partie à accepter la négociation avec Gbagbo parce qu'il avait accepté de démissionner, mais l'ingérence extérieure n'a pas donné vraiment le temps à Gbagbo de démissionner ou de s'engager dans des négociations avec l'autre partie.
 
En fait, le problème ivoirien n'était pas vraiment un problème au début, il s'agissait d'un malentendu. Les gens sont allés à une élection et il y avait un malentendu sur le gagnant. En fait, cela me surprend qu'à partir de ce malentendu est né un énorme conflit qui s'est aggravé au niveau que nous avons vu.

Q: Qu'est ce qui à votre avis a provoqué l'escalade?

R: Je crois que c'était l'ingérence de pays étrangers, des Nations Unies et de tous les organismes, qui ont vraiment aggravé le conflit en Côte d'Ivoire. Je me suis demandé pourquoi les Nations Unies, une institution de la paix fondée pour favoriser la paix dans le monde, a pris parti dans un conflit interne et créée l'escalade à l'aide de ses troupes qui sont intervenues, ont même combattu, pour une partie au conflit.
 
Pourquoi n'a-t-elle pas dit: "Eh bien, nous savons que la France s'est impliqué jusqu'au cou dans ce conflit, elle a utilisé ses troupes et s'est battu pour un camp dans le conflit avant les élections, et beaucoup de personnes sont mortes. En tant que tel, la France n'est plus un arbitre impartial en Côte d'Ivoire. Elle devait donc se mettre à l'écart et donner la place à des pays neutres acceptés par les deux parties pour vraiment aider à trouver une solution acceptable en Côte d'Ivoire".
 
Mais non. L'ONU, elle-même, sous l'influence des pays occidentaux au sein du Conseil de sécurité, a déployé ses troupes en tandem avec la France pour attaquer Laurent Gbagbo, le traquer dans le bunker présidentiel, et l'humilier, lui , sa femme et sa famille devant la télévision internationale. Oui, ils l'ont défilé devant la télévision internationale. Cela, pour moi, restera à jamais l'un des points les plus bas, les jours sombres, même des Nations Unies. Pourquoi l'ONU a décidé de descendre si bas dans un conflit international me tourmente. Et beaucoup de gens sont morts en Côte d'Ivoire en raison de l'ingérence extérieure. Ils n'ont vraiment fait qu'aggraver le problème.

Q: En ce qui concerne l'UA, pouvait-elle ou devait-elle intervenir?

R: Je crois qu'il était possible à l'UA de trouver une solution, parce que, en tant président de l'UA, j'ai demandé à la communauté internationale de permettre à l'Union africaine de trouver une solution en Côte d'Ivoire. Je leur ai dit que c'était une opportunité pour l'Union africaine et les Africains, pour résoudre le problème. C'était un problème africain qui avait besoin d'une solution africaine.
 
Mais ils n'ont pas écouté. Pour eux, il était trop tard, car ils avaient déjà pris la décision d'intervenir et d'utiliser leurs troupes contre Gbagbo, de le retirer de pouvoir au profit de l'autre partie. Ainsi, contrairement à la Tunisie et l'Egypte, ce n'était pas le peuple de Côte d'Ivoire qui a enlevé Gbagbo du pouvoir. Ce sont les Français et les troupes de l'ONU qui l'ont fait. Ce n'était même pas l'armée ivoirienne qui l'a enlevé. Ce sont les français et les troupes de l'ONU, des troupes étrangères.

Q: Pourquoi exactement la France et les Nations Unies ont-elles joué ces rôles importants dans ces conflits africains?

R: la France a joué un rôle clé dans le conflit ivoirien parce que la France avait promis de donner le pouvoir à l'autre partie. Mais elle n'allait pas le faire par les urnes ou les négociations, elle avait l'intention d'utiliser l'armée française. Et c'est exactement ce qu'elle a fait. Et quelque soit ce que nous disions en tant que dirigeants de l'Afrique, siégeant à l'Union africaine, n'avait pas d'importance pour eux.
 
En Libye, le conflit a aussi commencé comme une affaire interne, comme ce qui s'est passé en Egypte et en Tunisie, mais il a fini dans une rébellion parrainée par les pays étrangers. Tout à coup, les rebelles de l'Est, qui n'avait pas de fusils, ont reçu des armes envoyées par des pays étrangers pour lutter contre le gouvernement du colonel Mouammar Kadhafi, qui avait contribué à la création de l'Union africaine, et a soutenu l'organisation de quelque manière qu'il le pouvait.
 
Dans tous les pays, si un gouvernement est attaqué par des rebelles armés, le gouvernement a le droit de se défendre par le déploiement de son armée. C'est inscrit dans le droit international. Et c'est exactement ce que le gouvernement de Kadhafi a tenté de faire.
 
En Tunisie et en Egypte, le peuple s'est levé pour exiger un changement de gouvernement sans utiliser les armes. En Libye, c'était différent. La soi-disant armée rebelle dans l'est de la Libye a soudainement obtenu des armes en provenance de pays étrangers et les ont utilisées pour attaquer le gouvernement de Kadhafi.
 
On peut donc comprendre ce que Kadhafi a essayé de faire pour se défendre et défendre la souveraineté de son pays. Même si c'était un cas évident d'un gouvernement qui se défend contre l'agression rebelle, contre les rebelles financés et armés par des pays étrangers, les mêmes pays étrangers se sont cachés derrière l'OTAN pour bombarder et de détruire l'armée de Kadhafi et neutraliser sa capacité de se défendre et défendre son pays.
 
Ces mêmes pays étrangers ont à nouveau utilisé les Nations Unies pour imposer une «zone d'exclusion aérienne» sur la Libye. Alors, vraiment, les mains et les pieds de Kadhafi étaient attachés par l'ingérence internationale qui a joué un rôle clé dans le conflit libyen, contrairement aux soulèvements en Tunisie et en Egypte, qui ont été autorisés à être des questions purement internes à résoudre par les peuples de ces deux pays, et non par des puissances étrangères.
 
On peut donc distinguer entre les soulèvements en Egypte et en Tunisie, d'une part, et les conflits en Côte d'Ivoire et la Libye, d'autre part. Les deux premiers étaient des questions internes qui ont été régler par les peuples de ces pays eux-mêmes, tandis que la Côte d'Ivoire et en Libye ont connus des interférences internationales qui n'ont fait qu'empirer les choses.
 
Pour cette raison, nous pensons que les Nations Unies, une institution de la paix, ne devrait pas avoir joué le genre de rôle qu'elle a joué en aidant les puissances étrangères à intervenir en Côte d'Ivoire et en Libye. Ce n'était pas pour cela que l'ONU a été créé. Elle a créé un mauvais précédent dans le monde.

 

Source: TELEDIASPORA.NET

lundi, 04 mars 2013

INTERVIEW EXCLUSIVE - QUAND LE GONDWANA JUGE SON ANCIEN PRESIDENT

 

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Suite à une bataille entre «pro souverainistes» et «pro communauté-internationalistes» dans la république très très démocratique du Gondwana, le Chef des coups d’État pardon… le Chef de l’État de la République très très démocratique du Gondwana, un vassal de la communauté internationale, répond aux questions du Journal Gondwanais (J.D) suite au procès du leader des vaincus (par les bombes de la communauté internationale) à la Cour Pénale Internationale (CPI).

J.G : Excellence vous avez poussé la CPI à traduire votre adversaire devant cette institution de quoi l’accusez-vous ?

Mon prédécesseur est accusé de s’être accroché au pouvoir par tous les moyens y compris le massacre des civils selon un plan commun et une politique conçus de longue date avec ses proches.

J.G : Comment s’est-il accroché au pouvoir ?

Il n’avait pas voulu reconnaître mes résultats, certifiés par l’ONU sortis de mes urnes, proclamés  par le président de la Commission Électorale Indépendante (C.E.I) que j’ai fait enlever, conduit à mon QG à l’exclusion des autres membres de la CEI et face à des journalistes que j’ai fait venir en leur faisant croire que j’allais animer une conférence.

J.G : Selon la défense, le président de la CEI n’a aucune compétence pour proclamer des résultats définitifs encore moins l’ONU. Ensuite cette même défense  soutient que le chef des « souverainistes » a été élu et déclaré comme tel par le conseil constitutionnel, seul habilité à proclamer les résultats des élections et non vos résultats. Pourquoi ce mépris de la volonté du peuple et des dispositions constitutionnelles ?

Mon prédécesseur ignore vraiment l’évolution du monde ! Vous savez, moi, et ce n’est un secret pour personne, je suis ce qu’on appelle un « pro-communauté internationale ». C’est elle qui m’a demandé d’être candidat contre les dispositions constitutionnelles et m’a aidé à imposer ma candidature par la force donc seule la parole de la communauté internationale compte pour moi. Si mon prédécesseur croit à la constitution et au peuple c’est libre à lui, nous sommes dans une république très très démocratique et ma vision est différente.

J.G : C’est peut-être pour cela que la violation massive des droits de l’homme ne vous émeut que lorsque la victime est votre soutien ou bien lorsqu’elle est membre de la communauté internationale ? En tout cas c’est ce qu’indique le dernier rapport d’Amnesty international.

Ne déplaçons pas le débat ! Il s’agit du procès de mon prédécesseur qui a massacré la population pour chercher à se maintenir au pouvoir. Je suis le Président apprécié de tous et reconnu par toute la communauté internationale.

J.G : A l’exception du peuple Gondwanais sans doute? Revenons si vous le permettez Excellence, à tous les moyens utilisés par votre prédécesseur pour se maintenir au pouvoir en massacrant son peuple. La défense estime que le seul moyen préconisé par votre prédécesseur était le recomptage des voix. Comment le fait de recompter des voix peut-il massacrer un peuple ? N’était-il pas plus simple de recompter les voix de ceux qui ont voté que de compter 3000 morts ?

La communauté internationale a estimé que ce serait une injustice que de recompter les voix qui ne pèsent pas lourd dans le monde car elle avait déjà certifié mes résultats. En plus, Il fallait aussi des sacrifices humains pour mes valeureux combattants de la confrérie des  DOZOS et faire du nettoyage pour les rétribuer avec les riches plantations des sacrifiés.

J.G : Le procureur estime que des faits majeurs accusent votre prédécesseur et illustrent le massacre du peuple : les marcheurs pacifiques pour la prise de la RTG (Radiotélévision Gondwanaise), la marche des femmes à ABABA, le massacre de la population du marché d’ABABA, le viol de plusieurs femmes, et le massacre de la population du plus grand quartier de la capitale Gondwanaise : Yapo City. Prenons la marche sur la RTG, la défense estime que des marcheurs étaient armés et donc il s’agit d’une marche non pacifique et qu’il n’est donc pas établi que les morts proviennent des balles des militaires «  pro-souverainistes » surtout qu’ils ne sont pas identifiés et qu’aucune expertise balistique n'a été effectuée et qu'aucun lien n’est établi entre cet évènement et votre prédécesseur.

Parmi les marcheurs il y avait des DOZOS or les DOZOS sont une population toujours armée même quand ils marchent. Peut-on interdire à un informaticien de marcher avec un ordinateur ? Tous les experts en maraboutage ont confirmé que les morts ont été ordonnés par mon prédécesseur. Or la science des marabouts est infaillible dans la République très, très démocratique du Gondwana. Il en est de même des morts d’ABABA et de Yapo City et des femmes violées. Nous sommes prêts à faire témoigner les marabouts si le juge le trouve nécessaire afin qu’ils confirment tous les faits.

J.G : Comment comprendre que les plans contre les marcheurs de la RTG, les femmes d’ABABA soient établis par votre prédécesseur bien longtemps sans qu’il ne sache par avance que ces marches allaient avoir lieu ? Comment comprendre que la vidéo présentée sur la marche des femmes à ABABA soit un film tourné avec du sang de mouton versé sur les acteurs et que l’image présentant les massacres de Yapo City provient du Kenya ?

Je suis le Président choisi par la communauté internationale et le Kenya fait bien partie de la communauté internationale, voyons ! De surcroit, mes marabouts m’ont rassuré que ces massacres relèvent de mon prédécesseur.

Avant la marche des femmes à ABABA, on avait prévu un film à ABABA car j’étais déjà le président élu par la communauté internationale et le cinéma est la priorité de mon programme de gouvernement ; par coïncidence les femmes qui devaient mourir dans le film ont été effectivement tuées dans la réalité par des soldats non identifiés (peut-être de mon camp) peu importe. Mes marabouts m'ont confirmé que c'était sur l'ordre de mon prédécesseur. Alors quand la CPI nous a demandé des images, nous avons donné celles avec le sang de mouton puisqu’on avait le film.

J.G : Votre armée rebelle a fait beaucoup de massacres pendant la période enquêtée par le procureur mais pourtant tous ces massacres sont passés sous silence de surcroît  le dernier rapport d’Amnesty international montre que ces massacres continuent jusqu’aujourd’hui. Pensez-vous juger les auteurs de ces massacres ?

Parmi les victimes il y a ceux relevant des DOZOS, ce sont des sacrifices rituels, ils seront jugés par les Dieux DOZOS. Cela relève du tribunal des dieux Dozos et donc ne relève pas de ma compétence, vous comprenez ? Quant au reste, j’attends évidemment les résultats d’enquête des marabouts qui m’indiqueront en temps et en heure les véritables responsables. Aucun crime ne restera impuni, soyez rassurés !

J.G : son Excellence, une dernière question : votre prédécesseur, dans son intervention lors du dernier jour de l'audience de confirmation ou d'infirmation des charges a eu des mots très forts et je cite "Toute ma vie je me suis battu pour la démocratie…" et "la démocratie c'est aussi la façon dont on annonce les résultats des votes…que les Africains sachent que je suis ici parce que j’ai voulu respecter  la constitution de mon pays" quelle est votre vision sur sa bataille ?

C'est un beau combat, mais moi je me bats pendant ce temps à le mettre en prison. Vous comprenez que lui et moi nous ne menons pas le même combat. Hier, il se battait à travers des marches pacifiques, moi je l'envoyais à la MACA. Aujourd'hui, il se bat pour la démocratie des urnes, moi je l'envoie à la CPI. Il faut que les Gondwanais comprennent une chose tant que je serai au pouvoir le seul endroit où ce Monsieur devra être, c'est la prison. Ces partisans doivent tourner sa page et rentrer dans le jeu électoral.

J.G : Ces partisans estiment qu’il est plus jeune que vous et votre allié principal, donc que c’est  vous qui deviez tourner la page avant lui. Excellence autorisez moi une toute dernière question : Et la réconciliation ?

Vous m'avez dit que c'était votre dernière question. En effet, là où mon prédécesseur se bat pour faire de la réconciliation, moi je me bats pour faire du rattrapage et du nettoyage pour intensifier la réconciliation de nos richesses avec la communauté internationale. Vous voyez que nous ne menons pas le même combat ni n’avions la même vision de la réconciliation.

J.G : Je vous remercie, son excellence, Monsieur le président de la communauté internationale.

                              

Entretien réalisé par  le Dr Cheick DIABATE

Enseignant chercheur

dimanche, 03 mars 2013

CPI: INNOCENCE DE GBAGBO ET CULPABILITE DE SARKOZY, OUATTARA ET CONSORTS

 

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La CPI accuse Gbagbo, Chef d’Etat en exercice avant l’apothéose du plus long coup d’état de la France, orchestré par Sarkozy et sa bande de rebelles, d’être coupable de crimes contre l’humanité. Ces crimes, selon la CPI, auraient été commis lors des quatre événements que sont: 

-attaque par les rebelles du 16 Décembre 2010 devant conduire à l’occupation de la RTI; on comprend mieux aujourd’hui l’objectif visé: faire de la RTI, l’actuel instrument de propagande fasciste; 

-manifestation des femmes d’Abobo accompagnées de rebelles lourdement armés 

-bombardement du marché d’Abobo, fief du commando dit invisible de Soro Guillaume pour lequel il a reçu les félicitations des Ministres Guikahué du PDCI et Tounkara du RDR; 

-massacre de Yopougon du 12 Avril 2011 alors que le Président Gbagbo était déjà dans les mains de Sarkozy et Ouattara; 

Quatre chefs d’accusations sont brandis par la CPI, outil de répression juridique de l’ONU: 

- meurtre de 166 personnes, un nombre certes significatif, mais de loin inférieur aux 800 personnes tuées en une journée par les soldats de Ouattara à Duékoué, et les 200 réfugiés de Nahibly, assassinés au vu et au su des soldats de l’ONUCI, restés passifs donc complices; 

- «viol de 34 femmes». Que dire du cas des nombreuses femmes violées et éventrées par les criminels de Ouattara depuis le 19 Septembre 2002 sur toute l’étendue du territoire et particulièrement à l’ouest, devenu aujourd’hui fief des mercenaires burkinabès? Pour la Procureure Bensouda, l’africaine, ces sœurs-ci ne méritent-elles pas justice? 

- «Actes inhumains contre 94 personnes avec tentative de meurtre». Que dire des cas d’exécutions sommaires, de la centaine de gendarmes pourtant désarmés, des innocentes femmes danseuses d’Adjanou, de la mort par étouffement de centaines de pro-Gbagbo entassés dans des conteneurs exposés au soleil brûlant de Korogho, des sacrifices rituels avec la participation de soldats français, et de celui de beaucoup d’autres civils ivoiriens désignés du vocable de BAD (Bété, Attié puis Abbey, et Dida) par le sieur Venance Konan, actuel DG de Fraternité Matin, devenu journal propagandiste du nouveau régime. Encore aujourd’hui, l’homme de la Communauté Internationale continue de torturer, commettre les exactions les plus ignobles et même d’assassiner impunément des pro-Gbagbo. 

- -«Persécution pour motif politique, ethnique, religieux contre 294 personnes». Aujourd’hui, sous ce régime, qui pratique honteusement le rattrapage, non seulement ethnique mais surtout «ethniste», c’est près de 80% de la population qui subit au quotidien une atroce persécution pour motif politique, ethnique et religieux. 

Gbagbo est déporté à la Haye, la nouvelle terre des bagnards de France, parce qu’accusé d’être co-auteur-indirect. Qui sont donc les autres co-auteurs indirects, les co-auteurs directs, les auteurs indirects et enfin les auteurs directs? Où sont-ils? 
Alors que les auteurs, notoirement connus, sont en liberté, Gbagbo, le Président réélu, est injustement maintenu dans les geôles françaises de la CPI qui lui refuse la liberté provisoire pour «cause de popularité». Quelle injustice criarde !!! 

Les chefs d’accusation montés de toutes pièces contre Gbagbo sont tous farfelus, imaginaires et volontairement tronqués. Que recouvrent-ils? 

• Chef d'accusation1: Meurtre de 166 personnes. 

Dès la journée du 28 Novembre 2010, sur toute l’étendue du territoire et particulièrement dans les zones aux mains des rebelles, il y eut des assassinats perpétrés sur les pro-Gbagbo. Bon nombre d’observateurs de l’UE et de l’UA l’ont échappé belle en fuyant la furia des rebelles pour regagner en catastrophe la zone sous contrôle gouvernemental. 

Les meurtres dont Gbagbo est accusé ont été plutôt commis par les rebelles de Chirac, Compaoré, Ouattara, Soro, Sarkozy, l’Onu et toute la clique du Club des Sadiques et Voraces Impérialistes Occidentaux(CSVIO), non seulement sur les Forces de Défense et de Sécurité mais aussi sur les populations civiles notamment à Abobo, à Attécoubé, à Daloa. Les crimes les plus horribles ont été commis par les rebelles criminels du commando dit invisible qui était approvisionné en armes par les soldats de l’Onuci et la Licorne. Ils ont tendu des embuscades aux FDS, incendié l’antenne de la RTI à Abobo pour brouiller les émissions de la RTI et surtout brûler les agents en poste. 

A propos du meurtre des 166 personnes, rien ne justifie que les pro-Gbagbo en soient les auteurs surtout qu’aucune enquête-terrain n’a été menée par les Procureurs successifs de la CPI qui se sont contentés des coupures de journaux du RDR, le parti dont Ouattara est toujours le leader. De plus, ce parti nous a habitués aux mensonges et aux faux témoignages. 

L’utilisation du mensonge a été exploitée, comme arme préférée de gouvernement du …menteur, pardon, mentor de ce parti qui, déjà, le 18 Février 1992, a vu de son bureau et à travers les immeubles du Plateau «Gbagbo casser et incendier les véhicules au Palais de Justice d’Abidjan». 
Il faut se rappeler la constitution du charnier de Yopougon avec des morts collectés dans différents lieux d’Abidjan. 

Bien qu’étant reconnu publiquement par ses rebelles comme celui pour qui ils ont pris les armes et qui les finance, il a toujours refusé d’assumer ce choix et a préféré déléguer à Soro la fonction de Chef-rebelle. Un autre cas de mensonge porte sur sa nationalité dont le doute, à ce jour, n’a pas été levé. 

Le dernier exemple qu’on peut citer est celui du camp des réfugiés de Nahibly où les gouvernants actuels parlent de quelques 6 morts alors que les ONG et les populations avancent le chiffre effarant de plus de 200 tués. Cette liste des mensonges est loin d’être exhaustive. 
En clair, ce chef d’accusation 1 porte en lui beaucoup de doute surtout que des images des manifestants au Kenya et en Afrique du Sud ont été utilisées par le parti de Ouattara pour être imputées faussement au Président Gbagbo. 

En Côte d’Ivoire, les vrais criminels sont ceux qui dirigent aujourd’hui ce pays où les droits de l’Homme sont continuellement bafoués; ce sont Ouattara, Compaoré, Soro et leurs chefs de guerre qui sont promus dans les hautes fonctions de l’Etat. Aujourd’hui, les meurtres perpétrés par les assaillants d’hier continuent impunément alors que Gbagbo est à la CPI; c’est la preuve que les tueurs sont du camp de Ouattara. Le dernier en date est celui d’Afféry où trois habitants ont été froidement assassinés par ses miliciens. 

 Le deuxième chef d’accusation, Gbagbo est accusé de viol.

Et pour bien faire les choses, c’est une femme qui le dit. Il aurait donné des instructions à ses soldats de violer toutes ces femmes du camp de Ouattara. Pour quel objectif, dans ce pays où le SIDA continue de faire des ravages? Voilà quelqu’un qui a été jeté en prison en 1992 par ADO pour avoir demandé que les militaires qui avaient violé des étudiantes à la cité universitaire de Yopougon soient jugés et condamnés et qui, aujourd’hui serait coauteur indirect de viol? 

C’est faire injure à la foi chrétienne et évangélique de cet homme et de son épouse que de penser un seul instant que ces époux puissent encourager de tels comportements. Il est vrai que les tenants actuels du pouvoir ivoirien n’ont pas de respect pour les choses de Dieu et ne se privent donc pas d’arracher à une église un terrain légalement acquis. Pourtant, Gbagbo, pendant son mandat, n’a fait que choyer les religieux. 

De plus, sous le régime véritablement démocratique de Gbagbo, les formations dispensées aux soldats FDS, les ONG ont suffisamment fait comprendre à ses soldats de métier, les règles de la guerre. Si, malgré tout, certains ont commis de tels actes, il faut pouvoir les sanctionner comme il se doit, et ce n’est pas faute de ne les avoir pas préparés au respect de ces règles. 

Il faut rappeler que des rebelles étaient suffisamment présents sur l’ensemble du territoire ivoirien grâce à l’appui logistique de l’Onuci et des soldats français. De plus, les tenues des FDS volées par les rebelles ont été utilisées par ces criminels pour commettre les actes ignobles de viols surtout qu’ils foulent au pied les règles élémentaires de guerre et des droits de l’Homme. Dès 2002, de nombreux viols ont été perpétrés par ceux-ci en zone sous leur contrôle. Parfois, après ces viols, des femmes étaient éventrées. Il est vrai aussi que les soldats de l’ONUCI, à l’Ouest, ont commis de tels actes sur des jeunes filles ivoiriennes. 

Comme on l’aperçoit, ce deuxième chef d’accusation relatif aux viols n’est qu’un tissu de mensonges visant à salir l’image de Gbagbo et celle de ses proches. Comment peut-on penser un seul instant que la Première Dame Simone Gbagbo puisse donner des consignes de viols aux militaires, elle qui n’avait aucune autorité sur ceux-ci ? 

 Chef d’accusation n°3 relatif à la tentative de meurtre de 94 personnes.

Heureusement que ces personnes n’ont subi qu’une tentative de meurtre et sont peut être encore en vie. Mais les rebelles eux, ne mènent pas de tentative de meurtres ; ils ont commis et continuent de commettre de nombreux crimes crapuleux, en massacrant des milliers d’ivoiriens. 

Une fois de plus, cet autre chef d’accusation est une invention de la Procureure, des affidés et serveurs de thé du poulain des impérialistes occidentaux. 

 Chef d’accusation n°4 portant sur la persécution pour motif politique, ethnique, religieux contre 294 personnes: 

Le Président Gbagbo a suffisamment souffert des persécutions politiques sous Houphouët- Boigny pendant le long règne dictatorial du parti-état PDCI-RDA. Plusieurs fois, il a été jeté en prison, pour des raisons purement politiques et ne saurait faire vivre à d’autres ce même calvaire. De plus, ses convictions religieuses l’ont toujours guidé dans l’exercice du pardon. 

S’il fallait persécuter ses opposants, il n’aurait pas mis fin au mandat d’arrêt international lancé par Bédié contre Ouattara, l’allié par intérêt; il n’aurait pas non plus prévu des rentes viagères à ces anciens responsables étatiques; il n’aurait pas encore institué le fonds de soutien aux partis politiques dont le PDCI et le RDR ont largement bénéficié pour leur fonctionnement. 

S’agissant de religion, c’est le Président Gbagbo qui a fait ouvrir une ambassade en Arabie Saoudite pour faciliter le pèlerinage aux musulmans ivoiriens et c’est lui qui avait fait inscrire au budget leurs prises en charge pour le pèlerinage à la Mecque. 

Que dire de la persécution ethnique exercé par l’actuel régime qui pratique, selon les dires de Ouattara, le «rattrapage ethnique» qui n’est pas justifié car déjà sous Gbagbo les ressortissants du Nord occupaient la majorité des postes de responsabilité ? 

Voilà des chefs d’accusations creux, montés de toutes pièces pour salir l’image de Gbagbo et celle de son parti. Ce Président qui vit dans la crainte de Dieu ne saurait commettre ces monstruosités qu’on veut lui attribuer. D’ailleurs, ce Dieu de justice saura rendre aux professionnels du mensonge un jugement adéquat. 

Comment peut-on imputer les effets néfastes de la marche sur la RTI du 16 Décembre 2010, organisée par la Licorne et l’ONUCI qui ont débarqué à l’hôtel du Golf un nombre important de rebelles avec des armes lourdes, une marche de rebelles armés jusqu’aux dents, prêts à tuer des soldats des FDS, une marche qui commence par des tirs de roquettes des rebelles. Les responsables de ces tueries sont donc bien la Licorne et l’ONUCI présents au Golf pour protéger Ouattara et ses rebelles qui y logeaient. 

S’agissant de l’attaque lancée lors d’une manifestation des femmes d’Abobo, la journaliste française d’investigation Leslie Varenne et l’ivoirien Germain Séhoué du journal Le Temps en ont parlé abondamment dans leurs livres. Le résumé de leurs écrits attestent que c’est une auto-attaque des rebelles de Ouattara avec la complicité des armées coalisées ONU et France. D’ailleurs, ce n’est pas la première fois que Ouattara utilise de tels subterfuges pour accuser d’autres. Le 18 Février 1992, c‘est Ouattara qui a fait brûler les véhicules des juristes sympathisants du FPI au Tribunal d’Abidjan, alors que les marcheurs étaient encore loin de cet endroit. En outre, c’est son parti le RDR qui est l’auteur du charnier de Yopougon et qui véhicule les images du Sud-Africain brûlé vif pour le faire passer pour un ivoirien, victime de Gbagbo. Le parti de Ouattara a habitué les ivoiriens aux mensonges et aux songes. 

Par conséquent, ces chefs d’accusations que brandit la CPI, sans enquête sérieuse, sont du domaine du mensonge et de l’affabulation visant à éloigner Gbagbo des siens et à briser sa carrière politique comme le souhaitent les membres du Club de Sadiques et Voraces Impérialistes Occidentaux. Quoiqu’il en soit, l’innocence de Gbagbo le ramènera très bientôt auprès de son peuple qui piaffe d’impatience de le voir libre car faussement accusé par l’ONU et surtout la France. 

A lire ces chefs d’accusation, on reste sur sa fin. Il apparait clairement que ce n’est pas pour ces prétextes-là que la France a fait le coup d’état. On attend encore les vrais chefs d’accusation. 


NANWOULET G. Simone

samedi, 02 mars 2013

8EME ET DERNIER JOUR DE L'AUDIENCE - LAURENT GBAGBO: «MADAME LA JUGE, JE SUIS ICI PARCE QUE J'AI RESPECTE LA CONSTITUTION DE MON PAYS»



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Session 1 : Le procureur s’embrouille et bâcle son oral final. 

« Les charges qui sont alléguées ici ne sont pas portées contre le peuple de Côte d’ivoire, ni un groupe religieux ou ethnique, elles sont portées essentiellement contre un seul individu, M. Laurent Gbagbo…La Chambre a déjà le document contenant les charges et leur commentaire durant cette audience. Il lui appartient de décider si oui ou non elle peut renvoyer M. Gbagbo au procès » a introduit le substitut de Bensouda, Mac Donald avant de répondre à la défense sur quelques détails invoqués. Pour le procureur la vidéo de la défense montrant Soro Guillaume donner des instructions aux FRCI à la veille de la marche sur la RTI , n’est pas complète. Le procureur présentera le début de la vidéo où le journaliste de la RTI dans son reportage parle d’une collusion entre les forces Onusiennes et les forces pro-Ouattara.

 
«RTI envoie des messages de haines afin que les jeunes patriotes s’en prennent aux forces onusiennes», soutient le procureur avant de montrer une autre vidéo dans laquelle des jeunes patriotes revendiquent le départ des forces étrangères et se disent prêts à mourir pour protéger leur patrie. «Voilà l’esprit dans lequel les jeunes patriotes étaient avant la crise», tente de prouver le procureur, alors qu’il s’agit bien de la défense de la nation face à des envahisseurs. Quoi de plus normal. 

Le procureur dira que l’auteur du livre « La guerre d’Abobo : le commando invisible raconte la bataille d’Abobo » est un pro-Gbagbo parce que journaliste au quotidien « Le temps ». 
 
« L’accusation ne nie pas l’existence du commando invisible et ses tueries, néanmoins, l’accusation soutient que les forces pro-Gbagbo ont aussi massacré à Abobo » soutient toujours le procureur. Avant de reconnaître que certains de ses propres témoins en l’occurrence les témoins « P.9/11/46 » pour avoir fait allégeance à M. Gbagbo à un moment donné, craignent pour leur vie d’où leurs déclarations contradictoires. 

A sa suit vint Galmetzer du bureau du procureur qui répondra à la défense sur le mode de responsabilité pénale individuelle du président Gbagbo. Pour le procureur, l’existence d’un plan commun existe parce que convaincu que le président Gbagbo a acheté des armes. Aussi pour répondre à la juge Christine van Wyngaert qui demandait au procureur le 22 février dernier de lui fournir l’organigramme du plan, le procureur montrera une diapo dans laquelle les deux têtes d’affiches étaient Gbagbo et Simone. Le deuxième palier est occupé par le seul Blé Goudé et le troisième palier du bas par certainement les jeunes patriotes, miliciens et mercenaires. 

Dans la chaîne de commandement des FDS, on retrouvera encore le même Blé Goudé. Et depuis le début de leur présentation, les substituts de Bensouda qui ont affiché un air serein, vont s’embrouiller au moment de conclure : 
 
« …Que Gbagbo ait gagné les élections ou pas, il faut retenir que les officiers supérieurs et les forces pro-Gbagbo continuaient à lui obéir au titre de la loi ivoirienne » a affirmé le procureur avant de demander à la Chambre de confirmer toutes les charges en vertu de l’article 25.3 (a) et (d), mais également en vertu de l’article 28. 

Session 2: L’avocate des victimes se transforme en l’avocate du procureur 

A la deuxième session de cette fin d’audience de confirmation des charges, c’est avec regret que le monde entier apprendra que l’avocate des victimes donc de toutes les victimes sans distinction de camp (pro-Gbagbo et pro-Ouattra), s’est fourvoyée en attaquant que les preuves à décharges de la défense. Durant ses 30 mn de discours de clôture, l’avocate des victimes n’a cessé d’interpeller la défense si elle ne reprend pas en soutien la thèse de l’accusation. « On a entendu que les FDS étaient courtoises et ont toujours protégé la population..Les victimes que je représente demandent à la chambre de ne pas les rabaisser » a-t-elle fait remarquer avant de conclure : « Les éléments de preuves présentés par l’accusation montrent qu’il y a des motifs substantiels de croire que M.Gbagbo était le responsable des crimes qui lui sont reprochés.. 

La description des 4 évènements faite par les victimes corrobore avec les éléments de preuves brandis par l’accusation ». Autant d’allégations supplémentaires qui feront douter la défense de la sincérité du bureau des représentants des victimes : « Pourquoi l’avocate des victimes se comporte en procureur bis ? » Et à Me Altit de revenir une fois encore sur les allégations du procureur. Pour lui, les piliers de la thèse du procureur sont fragiles, car soutient-il, le procureur en ignorant l’existence de troubles en Côte d’ivoire avant les élections de novembre 2010 et en affirmant que le président Gbagbo n’allait pas accepter les résultats de ces élections et enfin en alléguant que le président Gbagbo et ses partisans ont mis en place un plan commun, relève d’une manipulation des faits. 

« N’est-ce pas Ouattara qui voulait à tout prix se saisir du pouvoir au vue des troubles qui ont eu lieu dans le Nord lors des élections présidentielles ? Troubles dénoncées par tous les observateurs internationaux ? N’est-ce les forces étrangères, soutiens de Ouattara qui l’ont aidé à se saisir du pouvoir » a interrogé l’avocat français de Gbagbo avant de conclure : « Pourquoi lui qui a été à la base du multipartisme, et donc de la démocratie en Côte d’Ivoire devrait subitement changer d’attitude ? N’est-ce pas lui qui a organisé les élections bien que les rebelles n’aient pas déposé les armes ? N’est-ce pas lui qui a nommé Soro comme premier ministre ? Pourquoi l’a-t-il fait s’il voulait se maintenir au pouvoir ? » 

Session 3: Gbagbo: «Je suis là parce que j’ai respecté la Constitution de mon pays» 

A terme des 30 heures de cette audience de confirmation des charges, une seule chose à retenir : Le plaidoyer du président Laurent Gbagbo et son message aux états africains pour ne pas dire à ses pairs chefs d’état africain. « J’ai suivi ces débats, j’ai entendu certaines choses. Certaines fois je me suis retrouvé en Côte d’ivoire, mais d’autres fois je m’en suis éloigné. Je me suis dit pourquoi dans la justice moderne, il y a des camps retranchés. Quand j’entends que j’ai signé un décret en temps de guerre, si le bureau du procureur ou le bureau des représentants des victimes m’avaient demandé, j’aurais pu vous aider à comprendre certaines choses. Le décret dont vous parlez a été promulgué depuis 1961 qui dit qu’en temps de guerre, le président de la république peut signer un décret pour que l’armée aide les forces de l’ordre, mais cela c’est encore au bon vouloir du Chef d’état major…Voici des petites choses que j’aurai pu vous expliquer que d’alourdir l’atmosphère comme cela s’est passé durant toute cette audience… 

Aussi, Kadet Bertin n’est pas mon neveu… Mais je crois que la chute du Mur de Berlin nous a aidés à gagner la démocratie » a-t-il introduit avant de répondre à Bensouda : « J’ai été choqué lorsque madame la procureure a dit qu’on était pas là pour savoir qui a gagné les élections…Mais je crois que c’est celui qui a perdu les élections qui veut semer le trouble ? C’est bien cela le fond du problème… » a-t-il poursuivi avant de conclure : « Je suis un homme de droit. J’ai écris beaucoup de livres sur la démocratie. J’ai tout fait. On a tout fait pour que la discussion avance. C’est à Prétoria en 2005 que j’ai demandé à Thabo Mbeki de tout faire pour qu’on trouve une solution. C’était bien Ouattara qui faisait la traduction entre moi et Mbéki. C’est encore moi qui ai pris l’article 48 de la Constitution pour faire de Ouattara et Bédié des candidats…Madame, la Démocratie nous aide. Mais la démocratie n’est pas seulement le vote, c’est qui dit le vote, les résultats des votes…. 

Madame, je suis ici parce que j’ai respecté la constitution de mon pays…A tous les africains qui se mobilisent pour moi à travers le monde, je leur dit, le salut des états africains passe par le respect des constitutions que nous nous sommes données et des lois qui en découlent » a parlé le président Laurent Gbagbo. 

Rappelons qu’avant lui, Me Barouan est quant à elle revenu sur ce qu’elle aurait vécu en Côte d’ivoire au moment de la crise : «J’habite le quartier entre Samaké et le zoo. Vous devez savoir de quoi je parle. J’ai vécu, j’ai vu la guerre. J’ai pas eu besoin de vidéo pour décrire les atrocités commises par les forces rebelles sur la population civile en Côte d’Ivoire..Alors, madame l’avocate des victimes, il ne faut pas faire de la question des victimes un match de coup devis encore moins un championnat de Ping Pong». 
 
Notons enfin, que le bureau des représentants des victimes et du procureur ont jusqu’au 14 mars 2013 pour rendre leurs observations écrites sur cette audience. La défense ne rendra sa copie que le 28 mars 2013. Et c’est à partir de cette dernière date que la chambre préliminaire rendra son verdict 60 jours à compter du 28 mars 2013. 


De Philippe Kouhon et Tidiane Houla/Envoyés spéciaux à la Haye (Eventnews Tv)
 
 
Source: AFRIK53.COM

vendredi, 01 mars 2013

AFFAIRE GBAGBO: LA COUR PENALE INTERNATIONALE SOUS LE FEU DES CRITIQUES

 

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La défense de Laurent Gbagbo s'organise et démonte un par un chaque fait avancé par l'accusation. © Michael Kooren/AFP


Les haines se cristallisent autour de l'affaire Gbagbo, examinée devant la Cour pénale internationale (CPI). Mais curieusement, Laurent Gbagbo ne fait pas tant l'objet des attaques que la CPI elle-même. Les partisans de l'ancien président de Côte d'Ivoire, soupçonnés de crimes contre l'humanité, font un lobbying intense sur Twitter et commentent quotidiennement les audiences. Ils réclament, derrière le hashtag #FreeGbagbo, sa libération. Ils tournent en dérision une justice internationale "partiale", qui aurait fermé les yeux sur les exactions commises par le clan Ouattara.

Le journaliste Frédéric Taddeï s'en indigne également, en signant sur Newsring une tribune intitulée "Arrêtons les frais". "Ne devient-il pas urgent de mettre un terme à cette parodie de justice internationale qui agit comme un instrument de domination supplémentaire au service des pouvoirs en place ?", écrit-il. Enfin, le rapport d'Amnesty International, publié lundi et intitulé "Côte d'Ivoire - la loi des vainqueurs", jette de l'huile sur le feu. "La Côte d'Ivoire demeure le théâtre de violations graves des droits humains à l'encontre de partisans avérés ou supposés de l'ancien président Laurent Gbagbo", peut-on lire en introduction. 88 pages viennent étayer ces informations.

De la poudre aux yeux politique

Toutes ces critiques - qu'elles soient fondées ou non - nous en feraient presque oublier l'essentiel. Laurent Gbagbo n'est pas jugé pour les exactions commises par le clan Ouattara, mais pour ses propres crimes. "Dire que Ouattara devrait lui aussi comparaître devant la CPI, ça n'apporte rien à la défense de Gbagbo. C'est de la poudre aux yeux politique", assure Géraldine Mattioli, directrice de la division justice auprès de l'ONG Human Rights Watch (HRW). "C'est une technique classique. Déjà Milosevic, quand j'étais au Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, tentait de faire la même chose : politiser le tribunal", confie pour sa part Bruno Cathala, président de tribunal et ancien greffier à la CPI.

"La Cour mène un vrai travail d'enquête et d'investigation. Elle va se demander si les éléments constitutifs des crimes reprochés à Gbagbo sont bien là. Elle sait très bien que d'autres exactions ont été commises en Côte d'Ivoire, mais cela n'a rien à voir dans le débat", insiste Bruno Cathala. La Défense, elle, continue à démontrer la vision "parcellaire" et "incomplète" des faits, tels que présentés par l'Accusation. Mais devant les pièces apportées par le procureur, Emmanuel Altit et ses confrères avocats sont contraints de passer à la vitesse supérieure.

Délégitimer le travail du procureur

L'Accusation évoque des comptes rendus du gouvernement et des rapports du chef d'État-major, plus ou moins accablants pour Gbagbo. Un e-mail est dévoilé. On y apprend qu'Anselme Seka, ex-garde du corps de Simone Gbagbo, s'inquiète auprès de Laurent Gbagbo des conditions de recrutement des mercenaires. En pleine période de crise post-électorale, des réunions quotidiennes avec les forces armées (FDS) ont eu lieu. Les jeunes miliciens ont quant à eux, affirme le bureau du procureur, été maîtrisés par le truchement de Charles Blé Goudé, ancien ministre de la Jeunesse. Bref, autant d'indices qui permettent à l'Accusation d'affirmer que Laurent Gbagbo était au courant de toutes les actions entreprises.

Alors, durant de longues heures, la Défense s'échine à pointer toutes les faiblesses de l'enquête, preuve par preuve. Le travail est long, fastidieux, mais remarquable. Tel rapport n'est pas assez documenté. Les auteurs de crimes ne peuvent pas être identifiés. Tel fait a été mal interprété. Les avocats de Laurent Gbagbo cherchent à délégitimer les "insiders", ces gens qui étaient dans l'entourage de Gbagbo et qui veulent se refaire une santé en témoignant contre lui. Leur récit est très dangereux pour Gbagbo. Il "faut nettoyer Abobo et en faire un cimetière", aurait par exemple dit l'ex-président de Côte d'Ivoire à l'un de ses proches, qui a depuis retourné sa veste.

Au stade de l'audience de confirmation des charges, les juges doivent juste vérifier que les preuves sont assez solides pour ouvrir un procès. Aucune des deux parties - Défense et Accusation - ne dévoilent donc totalement leur jeu. Mais si Laurent Gbagbo venait à être poursuivi, son procès dépassera largement ses seuls crimes. C'est l'implication de la France dans ce conflit qui sera passée au peigne fin.


 

Source: LE POINT

jeudi, 28 février 2013

DISCOURS INTEGRAL DE GBAGBO A LA CPI: «QUI A GAGNE LES ELECTIONS?»


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Un grand homme d'Etat, un grand et digne fils d'Afrique a parlé. Un véritable cours magistral de démocratie à l'innommable Alassane Dramane Ouattara, à l'Afrique et au monde, surtout à la communauté internationale qui ne voulait voir en ce démocrate de haut vol qu'un vulgaire dictateur sans référence et sans grade. Laurent Gbagbo leur a prouvé le contraire et a volé au-dessus de la mêlée grouillante des complots internationaux et de la bassesse humaine. Appréciez! Si c'est le droit qui est dit à la CPI, Laurent Gbagbo sera bientôt de retour sur les bords de la Lagune Ebrié. Courage, digne fils d'Eburnie, on ira jusqu'au bout! Fernand Dindé.


Madame la Présidente,

Madame et Messieurs les Juges ;

 

J’ai suivi ces débats. J’ai entendu beaucoup de choses. Certaines fois, je me suis retrouvé en Côte d’Ivoire, mais d’autres fois, je m’en suis trouvé tellement éloigné, tellement les questions qu’on posait étaient loin de ce que nous avons vécu.  Et je me suis dit, pourquoi dans la justice moderne, y a-t-il des camps retranchés? Parce que sur beaucoup de questions, aussi bien l’accusation que la représentante des victimes que vous-mêmes, vous auriez pu m’appeler. J’aurais pu donner des informations, ne serait-ce que des informations que vous auriez pu vérifier après. Mais pour fluidifier le raisonnement. J’aurais pu dire beaucoup de chose, sur des petites questions. Par exemple, quand on dit "il a signé un papier pour déployer l’armée". JAMAIS!

J’ai signé un Décret pour que toutes les FDS (Forces de Défense et de Sécurité, ndr) soient mobilisées. Mais c’est une pratique qui date de 1961, qui date de l’époque où l’armée a été créée. Le Chef de l’Etat peut, en cas de troubles, signe un Décret. Parce que la Police, c’est la Police, ensuite il y a la gendarmerie, mais si ces deux forces sont totalement submergées, elles peuvent appeler l’armée en renfort. Et donc, pour ça, le Président de la République signe un décret qu’il donne aux différents chefs. C’est à eux d’utiliser l’armée ou de ne pas l’utiliser. Et ça dépend de ce qu’ils pensent de la situation. Donc, c’est des choses pratiques et petites, qu’on aurait pu expliquer.

Quand le Chef des FDS est venu me dire "Ah la situation à Abobo, il y a les soldats d’IB, je pense que c’est eux les commandos invisibles. Donc, on ne sait pas comment ça va aller".

Je dis : "Qu’est-ce qu’on fait ?"

Il dit : "Signez toujours un décret et puis on va garder ça. Et si on n’en a pas besoin, on n’en a pas besoin ! Mais si on en a besoin…".Donc, il y a plein de chose comme ça.

Et puis, il ne faut pas me donner des parents que je n’ai pas. Je crois qu’on veut faire comme souvent en Afrique. Et En Europe, vous dites, les africains, c’est comme ça ils gouvernent. Je ne gouverne pas avec ma famille. Moi, je suis un Chef de l’Etat, Président de la République. Ma femme, elle est députée et Kadet n’est pas mon neveu. Le mot neveu est un mot français. J’ai des neveux ici qui sont dans cette salle. Mais Kadet n’est pas mon neveu. Il a été Ministre de la défense, Ministre délégué à la défense. Il était mon conseiller. Je ne gouverne pas avec ma famille. Peut-être que ça se fait comme ça en Afrique. Mais pas en Côte d’Ivoire, au temps de Gbagbo. C’est-à-dire, il y a des petites choses comme ça qu’on aurait pu éviter. Ça a alourdi pour rien l’atmosphère. Et ça nous empêche d’aller immédiatement au fond du problème.

Madame la Présidente, toute ma vie, et ça, ça se sait non seulement en Côte d’Ivoire, mais dans toute l’Afrique et dans toute la France politique. J’ai lutté pour la démocratie. J’ai demandé à mes avocats la semaine dernière, je leur ai dit que je veux vous envoyer tous mes livres que j’ai écrits sur mon parcours. Ils ont dit, c’est trop tard pour introduire ces livres-là. Mais, quand on aura fini, quelque soit le résultat, quelque soit ce que vous décidez, j’enverrai un lot des livres de Gbagbo au bureau du procureur et je vous enverrai un lot des livres de Gbagbo. Parce qu’en fait, c’est ça l’homme. Il marche, il marche. Mais il laisse des traces sur le chemin qu’il parcourt. Comme ça on peut le retrouver.

J’ai lutté pour la démocratie. Et c’était au moment où nous ne savions même pas si le mûr de Berlin allait s’écrouler. Nous ne savions pas ça. Donc on luttait avec un courage. Mais on était convaincu que nous mêmes, on n’allait pas voir la démocratie triompher. Mais le mûr de Berlin c’est écroulé et nous a aidés à gagner la victoire du multipartisme et de la démocratie.

C’est pourquoi, je voudrais simplement dire et je ne vais pas aller plus loin. Je voudrais simplement dire que madame la Procureure, puisse que ça existe maintenant en français, on met un "e" à la fin. (Rire)! Madame la procureure a dit une phrase qui m’a un peu choqué. En disant que : "nous ne sommes pas là pour voir qui a gagné les élections et qui ne les a pas gagnées". Mais on ne peut pas débattre de la crise postélectorale et ne pas savoir comment les élections se sont passées. Qui a gagné les élections ? Parce que c’est celui qui ne les a pas gagnées qui a semé des troubles. Je crois que c’est ça la logique. Donc la question est là. Qui a gagné les élections ? Et donc quand je demandais qu’on recompte les voix. Ce n’était pas une phrase en l’air. Vous avez vu vous-mêmes les documents dont dispose l’accusation et sur lesquels les voix des électeurs sont répertoriées. On a vu que dans la seule ville de Bouaké, on a ajouté 100.000 voix à mon adversaire. Donc Madame, c’est ça le fond de la question. C’est ça le fond de la question.

On nous a attaqués en 2002, j’ai fait mon travail. C’est-à-dire que je n’ai jamais cru que la Côte d’Ivoire allait s’en sortir par la guerre. Je n’ai jamais cru ça. J’ai toujours cru qu’on s’en sortirait par la discussion. Même si je sais qu’ils ont tord. Mais, pour s’en sortir, j’ai toujours cru en la discussion. Alors, j’ai parcouru toute l’Afrique. On a fait les négociations de Lomé. Ils ont fait les négociations de Marcoussis et de Kléber. Mais ça, je laisse ça de côté. Nous avons fait les négociations d’Accra I, Accra II, Accra III, sous la Présidence de John Koufor. Nous avons fait les négociations, à partir de juin 2005, de Prétoria I et de Prétoria II sous la Présidence de Tabo Mbéki. Nous avons tout fait. Nous avons tout fait pour que la discussion avance. C’est à Prétoria, C’est à Prétoria que j’ai demandé à Tabo Mbéki de m’aider à trouver une solution légale pour qu’Allassane soit candidat. Parce que ça empoisonne la situation. C’est à Prétoria, en 2005. Nous nous sommes retrouvés. Tabo Mbéki, Konan Bédié, Ouattara et moi-même. J’ai demandé à Ouattara de faire la traduction entre Tabo Mbéki et moi.  C’est là que je leur ai dit que ça ne me gênait pas que Ouattara soit candidat. Mais comme mon électorat aussi est là, il faut que Tabo MBéki nous écrivent à nous tous à Abidjan pour qu’après je puisse prendre une décision. Je n’aime pas l’article 48 de la constitution. C’est comme l’article 16 de la constitution française. Ça donne énormément de pouvoir. Mais ce jour-là, j’ai pris l’article 48 de la constitution et j’ai permis à Ouattara et à Konan Bédié d’être candidats. Donc madame, voilà ce que je voulais vous dire.

Nos pays, nos Etats, et ce sera mon dernier point, sont fragiles. Et chaque fois qu’un chef d’Etat européen ou occidental me disait faites la démocratie en Afrique, je lui disais, nous avons besoin de la démocratie, non pas parce que vous, vous le dites, mais parce que nous-mêmes nous en avons effectivement besoin pour construire nos Etats.

Madame, regardez la Côte d’Ivoire ! Si nous l’employons pas la démocratie, nous allons choisir comment le chef de l’Etat. Il y à l’Est, adossé à la frontière ghanéenne, le Akans qui ont un mode à eux pour choisir leur chef de village ou de canton ou leur roi. Nous avons à l’ouest, un pouvoir éparpillé. Nous avons, au nord, les malinkés islamisés qui se regroupent autour des mosquées. Et à côté d’eux les Senoufos qui se retrouvent dans les bois sacrés. Quel mode électoral allons-nous prendre? Donc la démocratie nous aide, parce qu’elle fait taboula rasa sur tout ça et elle donne à chaque individu considéré comme citoyen, une voix. C’est pourquoi, je me suis engagé dans la lutte pour la démocratie. Et puis nous, qui venons de famille très modeste, s’il n’y a pas la démocratie, jamais on aurait de poste élevé. Moi, les gens avec qui j’ai été à l’école, quand j’ai été élu Président, ils n’étaient pas étonnés parce qu’ils savaient mon engagement. Mais ils sont venus me saluer et saluer mon courage. Parce que je n’étais pas le plus aidé, je n’étais pas le plus intelligent, je n’étais pas le plus riche. Donc, nous avons besoin de la démocratie, Madame.  Mais la démocratie, ce n’est pas seulement le vote. C’est qui dit le vote. Qui dit le résultat de vote, c’est ça aussi la démocratie. Quand on s’en va prendre une nuit le Président du groupement électoral, qu’on l’amène dans le QG électoral d’un candidat, qu’on invite une télévision étrangère pour lui dire de parler et on le filme et on diffuse ça dès le lendemain matin, ce n’est pas très démocratique ça. Ce n’est pas la démocratie. La démocratie, c’est le respect des textes, à commencer par la plus grande des normes en droit qui est la constitution. Qui ne respecte pas la constitution, n’est pas démocrate. Madame, c’est parce que j’ai respecté ma constitution qu’on veut m’amener ici. Alors, bon. Je suis là, mais, je compte sur vous. Je compte sur vous, parce que je souhaite que tous les africains qui me soutiennent et qui sont tout le temps ici, devant la Cour, devant la prison, dans leur pays entrain de manifester entrain de marcher. Tous ces africains, qu’ils comprennent que le salut pour les Etats africains, c’est le respect des constitutions que nous nous donnons, et des lois qui en découlent.

Je vous remercie, Madame.

 

Une transcription d'Alain Doh Bi


Vidéo intégrale de l'intervention du Président Laurent Gbagbo



Source: Le blog d'Alain Doh Bi