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jeudi, 03 novembre 2011

HAMED BAKAYOKO AVOUE QUE LE SORT DE GBAGBO DEPEND PLUS DE L'INTERNATIONAL QUE D'EUX-MEMES



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Le ministre de l'Intérieur Hamed Bakayoko qui recevait, lundi dernier, une délégation de la majorité présidentielle à son cabinet, a avoué que le gouvernement ne peut pas décider du cas Gbagbo et encore moins autoriser sa libération.

Plusieurs journaux proches du Rassemblement des houphouëtistes pour la recherche de la paix (RHDP) ont répandu depuis quelques jours le vent de la libération des prisonniers des goulags nordiques d'Alassane Ouattara. Se voulant plus précis, Soir Info a proposé hier à ses lecteurs une liste des personnalités devant être libérées cette semaine. Le chef de l'Etat lui-même avait donné le ton en affirmant, lors d'une allocution publique, qu'il y a avait quelques surprises en l'air, sans dire dans quel sens elles iraient.

Selon nos sources, l'ensemble des prisonniers des goulags sont concernés par un tel « élargissement » sauf une bonne dizaine dont le Président Laurent Gbagbo. Son cas fait l'objet d'une cristallisation de part et d'autre des négociateurs. D'ores et déjà, le FPI avec qui le régime continue de négocier une participation aux législatives, le 11 décembre prochain, a affirmé qu'il boycotterait purement et simplement ces élections tant que le Président Gbagbo serait retenu en prison à Korhogo. Lundi dernier, le ministre de l'Intérieur Hamed Bakayoko a regimbé en avouant qu'il ne pouvait rien faire sur le cas Gbagbo parce que l'ex-président ivoirien « est un prisonnier international ». Selon lui, il y a trop d'intervenants sur le cas Gbagbo qui font que ni lui, ni Alassane Ouattara lui-même ne peuvent pas autoriser la libération de l'ancien président.

Très au fait des enjeux qu'embrasse cette assignation à résidence à Korhogo, Jacques Vergès l'un des avocats internationaux du président Gbagbo avait affirmé très tôt que l'ex-N°1 ivoirien est un prisonnier de Nicolas Sarkozy, démontrant au passage que tout ce qui lui était reproché, dont une scabreuse inculpation pour crimes économiques, n'était qu'une mise en scène destinée à masquer la réalité d'une vengeance personnelle du président français qui n'a pas encore digéré qu'un président africain puisse mettre à mal son autorité.

« C'est quel international qui gère le cas Gbagbo ? La France ? Si c'est oui, c'est choquant et je suis frustré et humilié que notre pays en soit là ! Que les dirigeants qui sont aujourd'hui au pouvoir dans notre pays soient à ce point incapables de prendre leurs responsabilités est déshonorant. Car un Etat souverain prend ses responsabilités, en toute souveraineté », a commenté hier l'ancien ministre Michel Amani N'guessan, ancien ministre de la Défense.

Comble de paradoxe, le Président Gbagbo a pourtant été inculpé par le Procureur ivoirien qui a guerroyé au mot pour démontrer qu'il avait la compétence de poursuivre et inculper un ancien chef d'Etat en dépit d'un statut en la matière très protecteur. Une fois passée cette mise en scène, toute la machine judiciaire s'est arrêtée, puisque toute la procédure est au poids mort. Le pouvoir n'a aucune preuve de détournement de deniers publics, encore moins de preuves de crimes économiques et, dans le désarroi, a fini par jeter son dévolu sur la Cour pénale internationale pour faire coïncider l'intérêt national avec les vœux d'un Nicolas Sarkozy qui ne décolère toujours pas. « Même le choix de la CPI ne les met pas à l'abri d'un procès en responsabilité. Car la saisine de la CPI est de la responsabilité de l'Etat », s'est encore inquiété Michel Amani qui dénonce des gouvernants par procuration. « Pendant que nous, par respect pour notre pays, considérons que nous discutons avec un gouvernement responsable, eux-mêmes affirment le contraire. Dans ces conditions, il est bien inutile de légitimer un tel pouvoir en allant à de telles élections » sans la libération de Gbagbo. Seulement voilà, dans la majorité présidentielle, le CNRD n'a pas encore un avis aussi clair que celui du Front populaire ivoirien.

 

Joseph titi, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui » N° 89 du jeudi 3 novembre 2011.


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QUAND BEDIE DIT NON, C'EST QUE C'EST OUI

 

La morgue habituelle d'Henri Konan Bédié va-t-il suffire ? Cette fois-ci, c'est son autorité qui s'en trouve particulièrement sapée. Car une chose est de dire dans les médias, de manière un tantinet péremptoire, que le PDCI a un accord avec le RDR pour montrer que le premier cité doit hériter du poste de Premier ministre à l'issue des prochaines législatives, une autre est de prouver aux militants que le sphinx de Daoukro co-gère effectivement la présidence de Ouattara comme celui-ci l'avait laissé croire par stratégie. Car sur le chapitre des législatives, le parti démocratique de Côte d'Ivoire accuse une fois de plus le coup. Henri Konan Bédié a été en effet incapable de maintenir le cap des candidatures autonomes. Avant de se rendre en France, Bédié n'avait pourtant pas manqué d'afficher une certaine fermeté à l'égard de Ouattara qui n'arrive toujours pas à se décomplexer de son attitude de leader dominant. On croyait alors que le jeu politique  s'animerait, d'autant plus que le PDCI avait une revanche à prendre sur sa défaite inattendue au premier tour de la présidentielle de 2011. Le candidat du PDCI d'abord puis, dans la foulée, la machine du parti avaient accusé Laurent Gbagbo et son régime d'avoir fraudé sur ses suffrages étouffant par là même un début de polémique sur des fraudes imputées au candidat du RDR dans certaines contrées qui lui sont réputées favorables. Enfin depuis avant-hier, le PDCI a renoncé au combat, acceptant d'être à la remorque du parti du chef de l'Etat qui, lui,  ne se prive pas de lui infliger quelques humiliations comme celles contenues dans le critère de désignation des candidats du RHDP. Selon « Le Nouveau réveil » qui ne décolère pas contre ledit critère, les scores du deuxième tour de la présidentielle font foi lorsque le consensus n'est pas possible entre alliés. Le parti démocratique de Côte d'Ivoire n'ayant pas été au second tour ne pouvait, à priori, qu'espérer le consensus ; mais à ce jeu et vu les appétits, Bédié n'a pu ramener sur terre les cadres RDR dont les yeux sont désormais rivés sur leurs nouvelles carrières politiques à protéger et sur la nécessité d'incarner un nouveau leadership national. Le boycott du FPI qui vient quelque peu rendre dérisoire la machine de la triche est de ce point de vue une aubaine.

Le RDR veut gagner pour éviter que le PDCI ne le tienne en laisse et surtout, qui sait, pour ne pas céder le poste de Premier ministre comme le réclame toujours le parti démocratique de Côte d'Ivoire. Alassane Ouattara semble même avoir trouvé la muselière qu'il faut pour maintenir le leader de 77 ans loin de ses emprises habituelles.

Le sphinx paraît d'autant plus usé qu'il n'a pas les moyens de conserver ses propres acquis. Il devait aussi être naïf de croire qu'il partagerait réellement le pouvoir avec Ouattara en tirant les marrons du feu. Il a rêvé, y compris ses militants dont les plus meurtris selon le confrère appellent publiquement les autres à maintenir leurs candidatures comme celles de cadres indépendants. Leur entêtement à ne plus faire confiance à Bédié est certainement la seule leçon à retenir de ce marché de dupes où Bédié semblent avoir vendu toutes les illusions du PDCI qui n'a plus qu'à se fondre dans le RDR. Mais à cela, le sphinx dira non, avant de dire oui.

 

Séverine Blé, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui » N° 89 du jeudi 3 novembre 2011.

mardi, 01 novembre 2011

POUR LA PREMIERE FOIS, UNE SŒUR DE SIMONE GBAGBO FAIT DES REVELATIONS SUR LE 11 AVRIL



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Près de sept mois après l'arrestation du président Gbagbo, de son épouse, Simone Gbagbo et de tous les autres, une proche de la famille, une des soeurs de l'ex-première dame, revient pour la première fois sur les évènements du 11 avril dernier.

 

Il est un peu plus de 13 heures quand nous arrivons à Moossou, le village de la Première dame,Simone Ehivet Gbagbo, détenue depuis le 12 avril dernier à Odienné, dans le nord de la Côte d'Ivoire. Dans la résidence modeste où nous avons «rendez-vous» avec la proche famille du député d'Abobo. A la vue d'une dame élancée qui nous accueille avec un sourire similaire à celui de Simone Gbagbo, on se dit intérieurement «ça doit être une des soeurs de la Première». Une fois parvenue à notre niveau, on se rend à l'évidence qu'elle partage bien des traits avec sa soeur. Son timbre vocal, son teint, c'est du Simone Gbagbo tout craché. Elle garde une assurance apparente, une sérénité communicative, mais l'enfer des bombardements de la résidence présidentielle, elle l'a vécu jusqu'au 11 avril dernier,ainsi que la «déportation» du Golf Hôtel dans l'après-midi du 11.

V.E, est aussi fervente chrétienne que sa grande soeur, sa foi en Dieu reste inébranlable, malgré les évènements traumatisants qu'elle a vécus. Au détour d'une causerie décontractée, elle revient sur ce«lundi noir» d'avril 2011.

Un témoignage poignant et émouvant«Pendant les deux derniers jours (10 et 11avril, ndlr), ils ont tiré toute la nuit. Les tirs étaient vraiment intenses, à telle enseigne qu'il fallait absolument protéger le patron (le président Gbagbo, ndlr). Parce que ce n'était pas des tirs comme ça.

Puisqu'ils ont d'abord visé sa chambre, puis son bureau et la grande pièce. Mais de là où nous étions en ce moment-là, on entendait les bombardements comme s'ils étaient lointains. Mais à un moment donné, en plus des bombardements, ils ont libéré un gaz suffocant qui nous empêchait vraiment de respirer, comme si on voulait nous asphyxier. Et quand les tirs ont baissé en intensité, on a dû nous déplacer pour pouvoir aller respirer un peu. Toute la nuit, on n'a pas pu dormir, à cause des bombardements. Vers 4heures du matin, ils ont arrêté les bombardements.

Et on a eu même le temps de se débarbouiller un peu, et de prendre le petit déjeuner.

On était donc là, quand quelqu'un qui est arrivé, disait : «Ne sortez pas, ne sortez pas, ils vont vous tuer comme des lapins, parce qu'ils nous ont encerclé» parlant des militaires français.

C'est en ce moment là que Tagro est sorti avec une écharpe et il est revenu aussitôt, en disant «ils m'ont tiré dessus». Je ne l'ai pas vu, mais je l'ai entendu dire ça. Après un officier est arrivé et nous a dit qu'on était encerclé.

C'est comme ça qu'ils nous ont séparés en deux groupes. Le président, sa femme et d'autres personnalités ont été envoyés quelque part et nous, nous étions dans un autre lieu.

Jusqu'à ce qu'on voit arriver les militaires Frci qui nous insultaient, battaient... Les militaires français étaient là aussi, mais ils ont dû se retirer quand les caméras ont commencé à arriver.

Et de là, ils nous ont transféré au Golf Hôtel, où on a vécu l'enfer. A notre arrivée, il y avait une haie de militaires Frci de part et d'autre de la voie qu'il fallait traverser jusqu'au bâtiment.

Les gens nous battaient avec des cross de fusils, d'autres utilisaient des couteaux pour nous blesser, nous tracer dessus. Moi j'ai eu plus de chance, parce que j'étais au milieu, mais les autres qui étaient proches des cordons, n'ont pas eu plus de chance. Les soldats de l'Onuci qui assuraient notre sécurité, à un moment donné, nous ont abandonné entre les mains de nos bourreaux...». Elle pousse un soupir avant de lancer : «C'était l'enfer !»

Ensuite plus rien. L'émotion l'étreint, elle nous regarde et lance un sourire : «Dieu est fidèle».

Les jours vécus dans le tourbillon du Golf Hôtel, elle n'en dira pas mot.


Franck Toti, in le quotidien ivoirien « Le Nouveau Courrier » N° 356 des lundi 31 octobre et mardi 1er novembre 2011.

REVELATIONS SUR LES DERNIERES HEURES DU PRESIDENT GBAGBO AU PALAIS - CE QUI S'EST REELLEMENT PASSE



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Extrait du journal intime de D.D, Abidjan le 25 avril 2011.

 

Le 11 Avril, j'ai fait ma dernière prière. Il est 5h 30. La résidence présidentielle est sous les bombes depuis trois jours. Il y a trente minutes que les bombardements des français qui ont duré toute la nuit se sont arrêtés à 5h. La partie de la résidence où nous nous trouvons n'a pas encore cédé. D'ailleurs personne ne peut sortir pour voir les dégâts même si l'odeur de brûlé montre qu'une grande partie de la résidence a été dévastée. Le président Gbagbo est toujours d'un calme olympien. On le sent fatigué mais il n'a pas l'air d'avoir peur. Je pense que c'est à cet instant précis que chacun doit secrètement penser à sa mort. Moi, je pense à la mienne.

Le président a fini de prendre son bain et est à nouveau avec nous. La table est servie et nous déjeunons en compagnie du président qui plaisante et détend. Deux jours plus tôt, les français avaient envoyé un tel déluge de feu sur la résidence qu'il fallut protégé Laurent et sa femme. Toute modestie mise à part, la résidence est vraiment un bunker. Les bombardements visaient la chambre du Président principalement mais aussi son bureau, là où il a l'habitude de travailler. Grâce à Dieu, il n'y était pas à chaque fois. A un moment donné, tous les lieux ont été visés en même temps. C'était invivable. Parce que les français déversaient en plus un gaz dont l'odeur était suffocante. Parfois, nous nous demandions si ce n'était pas un gaz empoisonné parce qu'on n'arrivait plus à bien respirer. Nous avons pu nous déplacer un peu.

Nous n'avions pas dormi depuis plusieurs jours. Ce lundi n'a pas été différent. Nous sommes restés debout jusqu'à 5 heures du matin. En tout cas, c'était dur, mais si nous avons tenu, c'est grâce à Laurent, en raison de la sérénité dont il faisait preuve.

Reprise des bombardements

Un officier est venu nous dire que nous étions encerclés. Mais quand les soldats français et rebelles sont arrivés, les militaires qui étaient au palais, étaient tous partis. On était donc parqué quelque part. Le couple présidentiel avait été déplacé. L'officier nous disait, ne sortez pas, ne sortez pas. Et c'est en ce moment que Tagro est sorti. On a entendu des coups de feu. Je ne l'ai pas vu, mais je l'ai entendu dire, « on m'a tiré dessus ! On m'a tiré dessus ! Les rebelles sont alors entrés dans la résidence. Tous nous battaient.

En tout cas, je ne peux pas dire que ce sont les soldats français qui ont pris Laurent parce que nous n'étions pas dans la même cellule. Lorsque nous sommes sortis de la résidence du Chef de l'Etat, des soldats blancs qui étaient là, se sont repliés à la vue des cameras. Puis nous avons été transférés au golf.

Là bas, on nous a descendus d'un camion qui nous transportait. Il y avait un cordon de rebelles de part et d'autre de la route qui menait au golf. Nous avons été malmenés. Moi, j'ai reçu trois gifles. C'était de la barbarie sans nom. Et les soldats de l'ONU-CI qui étaient présents ce jour ne disaient rien. Ils regardaient avec beaucoup d'admiration les agressions des rebelles contre nous. Ils avaient des couteaux. On était tous assis. J'étais au milieu. Ceux qui étaient à portée de leurs mains ont été blessés au couteau. Moi j'étais au milieu et tous ceux qui étaient assis à droite comme à gauche ont eu le corps déchiré.

Arrivé au golfe, nous avons été parqués dans des cellules différentes de celle du Président Gbagbo et de sa femme. Donc, je n'ai pas suivi le traitement qu'on leur a infligé. Mais c'était dur. Il n'y a pas d'autres mots. Nous sommes restés au golf pendant une semaine. Nous étions constamment sous la menace des rebelles...

 

In le quotidien ivoirien "Aujourd'hui".


Source: COTE D'IVOIRE LA VRAIE

JACQUES VERGES: «S'ILS NE LE TUENT PAS, GBAGBO REVIENDRA»


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Un des avocats du président Laurent Gbagbo, Jacques Vergès, a donné récemment une interview à la radio parisienne France Inter dans laquelle il s'est remémoré les conditions du kidnapping de son client, et a révélé le contenu de certains de leurs entretiens à Korhogo, avant d'évoquer des perspectives d'avenir.«La Côte d'Ivoire, ça commence par un contentieux électoral. Monsieur le président de la République française s'en mêle. A quel titre ? On ne sait pas. De son avion, Number One, puisqu'on imite les Américains, il téléphone à Gbagbo pour dire «vous avez 48 heures pour foutre le camp». Nous sommes en plein délire ! Et Gbagbo ne fout pas le camp. Alors on envoie l'armée. Et à la fin on le capture ! Ce sont les Français ! Ils ont laissé les autres le prendre, mais ce sont eux qui avaient forcé la porte», rappelle Jacques Vergès au micro de France Inter.

Rappelant qu'il connaît Gbagbo depuis qu'il lui a été présenté par Ouattara, un «paradoxe», selon lui. Jacques Vergès pense que le combat politique est loin d'être perdu pour son client, malgré la situation actuelle qui, selon lui, est loin d'être stable. «Moi j'imagine la Côte d'Ivoire plongée dans l'anarchie. Et je pense qu'à moins qu'ils ne le tuent, Gbagbo va revenir», a-t-il conclu l'entretien. Mais avant, il a confié à la journaliste qu'il l'interviewait le contenu d'une de ses conversations avec le fondateur du FPI. Avant le 11 avril. «Je disais à Gbagbo : «Comment voulez-vous que cette équipe à Paris vous reconnaisse ? Jusqu'à présent, ils avaient affaire à des Nègres blancs. Monsieur Gbagbo, vous avez fait vos études à Abidjan. Vous êtes professeur d'histoire. Vous avez été foutu en taule par le gouvernement de M. Houphouët dont le Premier ministre s'appelait Ouattara. Vous parlez un langage qui n'est pas le langage qu'ils ont. «Oui, Monsieur. Non, Monsieur. Parfait, Monsieur». Donc vous êtes suspect. Ils veulent un Nègre blanc et vous n'êtes pas Blanc, c'est terrible !», a relaté avec ironie Jacques Vergès. qui a également levé un coin du voile sur ses entretiens avec Laurent Gbagbo à Korhogo. «J'ai rendu visite à Gbagbo. On dit qu'il est dans une résidence. C'est un pur mensonge. Certes, il est dans une villa, un pavillon semblable à un pavillon de banlieue. Il m'a dit qu'il se considérait comme normalement élu, qu'il ne cèderait pas, qu'il ne reconnaîtrait pas un pouvoir illégal, et qu'il était confiant dans l'avenir».

Né d'un père réunionnais et d'une mère vietnamienne, Jacques Vergès, vieux militant anticolonialiste, a fait un parallèle intéressant au cours de son intervention sur France Inter. «La population de Côte d'Ivoire a vécu la chute de Gbagbo par l'armée française comme une attaque néocoloniale. Et elle considère le nouveau pouvoir comme un pouvoir installé par le gouvernement français. Ils sont perçus par la population comme Bao Daï était perçu par les Vietnamiens.»

 

Benjamin Silué

 

Source: NOUVEAU COURRIER.INFO

lundi, 31 octobre 2011

LE BILAN EN 100 JOURS D'ALASSANE OUATTARA, PARLONS-EN


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Les 3 parutions de cette fin de semaine en un seul post. Génial, non? Bonne lecture!

 

Aussi illogique et excessif que cela puisse paraître comme propos venant d'un homme qui gère un Etat en lambeaux et qui devrait faire profil bas, le Premier ministre Soro Guillaume, triomphaliste, ne s'est pas embarrassé de scrupules pour s'en fendre : « Alassane Ouattara a fait en 100 jours ce que Laurent Gbagbo n'a pas fait en 10 ans ». Quand même ils bouclent 6 mois d'exercice du pouvoir. Sans pour autant nous dire, concrètement et précisément, dans un rapport ou document scientifique, les avancées effectuées et les réalisations de Ouattara, depuis qu'il occupe le palais du Plateau, et qui suscitent tant d'enthousiasme et de lyrisme.

Les libertés individuelles et collectives? La démocratie? La sécurité? L'économie? La santé publique? Les infrastructures? L'école et notamment l'université? L'affirmation de la souveraineté et la concrétisation de notre indépendance? Le respect de la Constitution? L'emploi jeunes? La croissance économique? Le recouvrement des recettes douanières? La justice? La santé des entreprises? L'initiative PPTE? La réconciliation nationale et la cohésion sociale? L'agriculture? L'autosuffisance et la sécurité alimentaires? Le prix d'achat du cacao et du café aux planteurs? Franchement, dans quel domaine, exactement ?

Effet d'annonce médiatique pour gogo et occidentaux néocolonialistes, disons-nous, pour quiconque vit en Côte d'Ivoire, touche les réalités du pouvoir Ouattara et porte un regard objectif et critique sur sa gestion, depuis avril 2011.

Nous n'allons pas donner l'occasion à toutes les mauvaises langues qui pullulent dans la « nouvelle Côte d'Ivoire » de nous accuser de délation. Nous exposerons des faits objectifs, palpables, pour permettre à tous d'apprécier, en toute lucidité, de sorte que jamais plus cette contre-vérité ne soit entendue ou dite, en Côte d'Ivoire.

D'abord les indicateurs économiques et sociaux, ceux qui comptent le plus pour le peuple : selon l'UGTCI (Union Générale des Travailleurs de Côte d'ivoire), la plus ancienne et plus grande centrale syndicale ivoirienne, proche du pouvoir actuel, la prise de pouvoir de Ouattara a occasionné la destruction de 80.000 emplois ; le Président de la Chambre de commerce et d'industrie de Côte d'Ivoire, Monsieur Jean-Louis Billon, lui, parle de 120.000 emplois détruits.

En réalité, avec les licenciements abusifs (exemple de la Présidence, plus de 1300 déflatés, des personnels des institutions de l'Etat et, bientôt, de la RTI qui projette la libération de 600 agents), les déguerpissements de commerces informels et d'habitat précaire (dans le cadre de l'« Opération pays propre » qui, curieusement, ne touche pas les communes RDR), la dissolution des Conseils généraux et l'annulation de 120 concours de la Fonction publique, il faudrait plutôt parler de 150 à 200.000 destructions d'emplois en 5 mois. Exactement, ce qu'il avait promis créer comme emplois, chaque année. Avec autant de sans abri enregistrés. Sans compter les arriérés de salaires de plusieurs mois au BNETD, dans les institutions et établissements d'Etat et au niveau des agents des forces de l'ordre.

Le Patronat ivoirien, avec à sa tête Monsieur Jean Kacou Diagou, lui, a annoncé, dans la période de gouvernance dont se targue le Premier ministre, une perte sèche - pour toutes les entreprises de droit ivoirien - qui s'évalue à la somme astronomique d'environ 1000 milliards de francs CFA. Plus de 400 PME et PMI ont été déclarées en faillite par Monsieur Diagou. Ont-elles été ressuscitées en 100 jours de gestion de Ouattara, quand sous Gbagbo elles existaient bel et bien ? Sûrement pas. D'ailleurs, seules les entreprises françaises ont eu droit à un début de dédommagement (et aux nouveaux marchés, de gré à gré) de la part du Chef de l'Etat. En rapport avec ses accointances élyséennes. Les ivoiriennes, elles, rongent encore leurs freins. Ouattara ne leur prête pas le moindre regard de compassion. En plus de leur devoir énormément d'argent : la dette de l'Etat vis-à-vis de ses fournisseurs est de 900 milliards de francs CFA. Il n'y a pas encore eu un début franc de décaissement.

Le taux de croissance, lui, est passé au niveau record et historique de -7,8% (abyssal), au lendemain du renversement du Président Gbagbo par les Forces spéciales françaises. Les institutions de Bretton Woods, récemment en mission en Côte d'Ivoire, n'envisagent qu'un relèvement de -5,8% fin 2011, pour la prévision la plus optimiste. Déjà deux fois pire que le taux de croissance enregistré par le Président Laurent Gbagbo en 2002-2003, en pleine crise militaro-politique. Rien que ça. La prévision la plus pessimiste pour la Côte d'Ivoire, fin 2011, étant de -7%. Y a-t-il comparaison possible ?

Ouattara annonce, en outre, un taux de 8% pour 2012 quand les plus brillants spécialistes de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international réunis prévoient, au meilleur des cas (et nous y insistons), 6% de croissance pour... 2014-2015 ! L'effet d'annonce, Ouattara adore ! Et berce ses suiveurs d'illusion. Il n'est pas possible qu'il ait fait mieux en 100 jours que Gbagbo en 10 ans. C'est mathématiquement impossible ! Et rien ne nous garantit, d'ailleurs, qu'il fera mieux en 5 ans de mandat ou même la moitié, en 10 ans.

Quand s'y ajoute l'exacerbation du racket, sur tout le territoire national, des commerçants, des transporteurs et des planteurs sur nos routes, dans nos ports et à nos frontières, on comprend aisément que bien d'opérateurs économiques étrangers se soient détournés de la destination Côte d'Ivoire et que l'économie peine à reprendre. La « Centrale » - le Trésor de l'ex-rébellion - est officiellement démantelée mais continue d'exister dans les faits et à détourner nos recettes douanières. Il faut bien que les ex-FAFN vivent. Ouattara ne leur a pas encore versé leur pécule de guerre (5 millions de francs CFA promis par combattant).

D'un autre côté, des centaines d'Ivoiriens sont toujours en exil ou déplacés de guerre. Pas moins de 270.000 d'entre eux sont hors de la Côte d'Ivoire, selon les chiffres des Nations Unies, dont 29.000 dans les camps du HCR, au comble du malheur et de la pauvreté. 450.000 sont déplacés, sur toute la surface du territoire ivoirien et dans les missions catholiques, selon les ONG Care, Oxfam et le Conseil danois pour les réfugiés. Soit environ - en tout et pour tout - un peu moins d'un million d'Ivoiriens ! Qu'a fait Ouattara pour leur retour et leur réintégration ? Rien ! A part la remise de quelques vivres, aussi rares, insuffisants que ponctuels. Si nous nous trompons, qu'on nous démente. Il fait même déguerpir les camps des déplacés de Duékoué pour sa prochaine visite dans l'Ouest. Ouattara ne veut pas voir la misère dans laquelle il a plongé les Ivoiriens.

De sorte qu'actuellement, dans l'indifférence la plus absolue, l'Ouest du pays est dans la détresse et l'insécurité alimentaires les plus totales et ne doit sa survie qu'à la présence d'ONG comme « Action contre la faim » et celles citées plus haut.

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Le quotidien des Ivoiriens est un désastre continu : les prix sur les marchés ont flambé à cause du racket des FRCI sur les transporteurs et les commerçants du vivrier. Entre juin 2010 et juin 2011, les prix du riz, du sucre et du bœuf ont augmenté de 11%, 44% et 20% respectivement, selon l'Institut national des statistiques (INS). Dans un contexte global de stress professionnel, d'insécurité de l'emploi et de chômage prononcé. Les Ivoiriens mangent par accident, « mort subite » assurée pour tous (un repas unique par jour), comme disent les chanteurs de Zouglou. Avec Ouattara, la pauvreté des Ivoiriens s'est plus que jamais accentuée.

La santé gratuite et les médicaments gratuits annoncés à grand renfort médiatique et de proclamations politiques ont fait long feu. Rien de tout cela sur le terrain. Nos hôpitaux sont devenus des mouroirs. Ils manquent de tout. Pire, les médecins et personnels médicaux sont régulièrement les victimes des exactions et des bastonnades des FRCI, à Abidjan et à l'intérieur du pays. La récente grève générale illimitée du personnel du CHU de Treichville - circonscrite quelques jours plus tard par la tutelle - en dit long sur les rapports des « sauveurs » avec les personnels de santé, en Côte d'Ivoire. Jamais pareille dérive militaire n'avait été observée sous la gouvernance du Président Laurent Gbagbo contre les services de santé.

Au niveau du prix du cacao, le gouvernement (qui signe son retour en force, quand il devait être en retrait de la filière, selon les exigences des institutions financières internationales) a annoncé le prix de 1000 francs CFA. Les pisteurs et les acheteurs grossistes le prennent aux producteurs à 600 francs à peine. Il est capital de relever que le prix du cacao payé effectivement aux planteurs était de 250 à 350 francs CFA, au lendemain de la prise de pouvoir de Ouattara, là où il leur était payé entre 1000 francs et 1300 francs CFA, sous la gouvernance de Laurent Gbagbo. Aucune comparaison possible ! Ouattara a appauvri nos agriculteurs et n'inverse toujours pas la tendance.

Du point de vue des infrastructures, le pouvoir RHDP continue d'inaugurer les travaux et de se prévaloir des projets du président Gbagbo plutôt que de les inscrire dans la continuité de l'Etat : la réfection des voies, le pont de Jacqueville, le pont de la 7ème Tranche d'Angré, l'autoroute de Grand-Bassam, l'autoroute du Nord et le pont Riviera-Marcory baptisé par Alassane Ouattara « Pont Henri Konan Bédié », bouclé à 85 milliards de francs CFA, sans péage, par Laurent Gbagbo et surfacturé à 125 milliards de francs CFA par Ouattara, avec péage (700 francs CFA par véhicule et par passage, soient 2.800 francs CFA par jour pour un travailleur ivoirien qui ferait deux aller-retour par jour pour se rendre au travail et à la maison, pendant 30 ans, au profit de l'entreprise française Bouygues !). Qui s'est le plus mis en peine du portefeuille de l'Ivoirien ? La réponse est sans appel.

En ce qui concerne les libertés individuelles et collectives, les droits du citoyen et la justice, la côte d'Ivoire a fortement régressé avec le RHDP : interdiction de rassemblements et de réunions observée contre le FPI, violences politiques (coups, blessures et casses aux meetings de Koumassi et de Yopougon Place CP1 organisés par le FPI), arrestations arbitraires à connotation politique (de Laurent Gbagbo et plus de 40 de ses parents, collaborateurs et proches), emprisonnements de journalistes et hommes de médias (Hermann Aboa, Franck Anderson Kouassi, Serge Boguhet, malgré l'interdiction formelle de la loi ivoirienne), entorses aux procédures judiciaires (incarcération avant inculpation et sans prise en compte de statut politique et administratif : chef d'Etat, premiers ministres, ministres, députés), mandats d'arrêt internationaux contre des autorités ivoiriennes en exil, chasse à l'homme (voyage de Ouattara au Ghana, arrestation du Commandant Séka Yapo Anselme), justice des « vainqueurs » (aucun proche, collaborateur ou partisan de Ouattara inquiété par la justice malgré tous les crimes commis depuis 2002 et les massacres de Duékoué), prisons, commissariats de police et palais de justice incendiés, saccagés ou pillés dans bien des villes du Sud et non encore réhabilités, plongeant ces localités dans l'insécurité totale ; gel des avoirs bancaires et occupation illégale de domiciles et de résidences (de la plupart des responsables du FPI en exil et de pro-Gbagbo), confiscation de biens privés (immeubles, sociétés, voitures des pro-Gbagbo et des cadres du FPI). Malgré les interpellations de Madame Lohourignon Odette, Présidente l'Organisation des femmes du FPI et de plusieurs autres responsables de ce parti, Alassane Ouattara reste sourd et de marbre. Toutes ces choses étaient impensables sous la gouvernance de Gbagbo. En quoi donc Ouattara a-t-il fait mieux que lui si ce n'est d'avoir fait bien pire ?

Relativement à l'administration territoriale et communale, l'Etat est en faillite : les préfets de région, préfets  de départements et sous-préfets ne représentent plus rien. Ils ne sont revêtus d'aucune autorité et ne sont désormais que l'ombre d'eux-mêmes. Ce sont les FRCI et les ex-Com-Zones qui décident et qui gouvernent nos circonscriptions. Leurs décisions s'imposent à nos autorités locales et nul ne s'aviserait de leur faire ombrage. Sur l'ensemble du territoire national. Des maires sont démis de leurs postes électifs, par coup de force du ministre de l'Intérieur Hamed Bakayoko, en personne : Yopougon, Guiglo, Issia, Méagui, Marcory, Daloa, Gagnoa, Mankono, etc. Leur crime : être proches de Laurent Gbagbo ou de son obédience (LMP).

Du côté institutionnel, c'est la morgue : l'Assemblée nationale est illégalement suspendue si ce n'est dissoute de fait. Les députés restent des mois entiers sans salaires ni prérogatives ; le Conseil constitutionnel a été renouvelé anticonstitutionnellement, avant le terme de son mandat  ; Monsieur Zadi Kessy, actuel président du Conseil économique et social a été nommé au poste, contre les textes en vigueur, sans même être un conseiller économique et social (jamais pareille dérive n'a vu le jour en Côte d'ivoire) et nommé conseiller économique et social, après coup seulement ; le chef de l'Etat continue à être le président du RDR, son parti, contre toutes les dispositions de la Constitution ivoirienne (Article 54) et n'a toujours pas encore déclaré ses biens devant la Cour des comptes, comme l'exige notre Loi fondamentale (Article 55). De ce point de vue, il est en antinomie totale avec Laurent Gbagbo.

Pour ce qui est du volet capital de la cohésion sociale et de la réconciliation nationale, en son temps, le Président Gbagbo avait fortement travaillé au retour des illustres exilés ivoiriens qu'étaient le Président Henri Konan Bédié et le Premier ministre Alassane Ouattara, réfugiés en France, et le reclus volontaire qu'était devenu le Général Guéi Robert, à Kabakouma, son village natal, dans la région de Man. Un Forum de la réconciliation nationale avec un président qui n'est pas un proche de Gbagbo, à l'opposé de Ouattara aujourd'hui, a été organisé et a ressoudé quelque peu le tissu social ivoirien en compote. Mais la malhonnêteté humaine, les ambitions démesurées pour le fauteuil présidentiel ivoirien de ceux qui se proclament, en ce moment, « héritiers d'Houphouët-Boigny » et la perfidie de la France de Chirac ont replongé notre beau pays dans la violence et le crime, un certain 19 septembre 2002. Gbagbo a fait revenir les exilés ivoiriens, Ouattara, lui, les pourchasse jusque dans leurs derniers retranchements, au Ghana, avec des mandats d'arrêt internationaux et des décisions de gel d'avoirs bancaires. Peut-il y avoir comparaison ? Certainement pas.

ADO ET SORO 6.jpg

Les nominations à base ethnique et tribale observées dans le gouvernement, dans toute l'administration ivoirienne et à la tête des services centraux de l'Etat, des entreprises et sociétés d'Etat ne contribuent pas davantage au retour de la cohésion sociale et à la réconciliation. Pas plus que l'affectation sanction massive des ex-FDS en zone CNO. De ce point de vue, Laurent Gbagbo est reconnu pour être tout l'opposé de Ouattara.

Quant à la sécurité, il suffit de se renseigner auprès des chancelleries occidentales qui se sont récemment rendues chez Ouattara pour « exiger » le retour de la sécurité pour s'en faire une idée. La situation sécuritaire du pays est préoccupante, au plus haut point. Ainsi, le mardi 18 octobre 2011, Alassane Ouattara a reçu en audience, au Palais présidentiel au Plateau, le Représentant spécial adjoint du Secrétaire général des Nations unies pour la Côte d'Ivoire (ONUCI), Arnauld Akodjénou et quatre diplomates accrédités en Côte d'Ivoire : les ambassadeurs de France, Jean-Marc Simon et des Etats-Unis, Philip Carter III, du Chargé d'Affaires du Royaume-Uni et du Représentant de l'Union européenne. Le communiqué de presse de l'ONUCI, à la fin de cette rencontre, fait état de l'examen de questions de sécurité en Côte d'Ivoire. Cela, c'est la version diplomatique.

En réalité - et il faut clairement le dire -, il n'y a plus de sécurité en Côte d'Ivoire. Des milliers de prisonniers de droit commun libérés de nos geôles pour servir de supplétifs, dans toute la partie Sud du territoire national, par les combattants pro-Ouattara pendant leur offensive finale, écument nos villes et localités. Des micro-finances, des agences de transfert d'argent, des supermarchés, des entreprises, des églises, des domiciles privés, des prêtres, d'honnêtes citoyens dans tout le pays, sont constamment victimes d'attaques à mains armées, d'enlèvements, de braquages et de cambriolages d'hommes en treillis. Des véhicules diplomatiques continuent d'être braqués. De simples civils, des étudiants, des élèves, des agents de l'ordre abattus par les FRCI ou des hommes en tenue militaire font régulièrement la Une des tabloïds ivoiriens. Ceci est un secret de Polichinelle.

Nous avons, en outre, encore souvenance du rapt du Substitut du Procureur de la République, Djè Noël, porte-parole du Parquet près le Tribunal de première instance d'Abidjan Plateau (fait oh combien impensable des « sauveurs » contre un des leurs), enlevé alors qu'il rentrait du service, « séquestré durant trois heures » (selon son propre témoignage dans la presse ivoirienne) et soulagé de la somme de 150 mille francs CFA ainsi que de portables et de montre de luxe. Nous n'oublierons pas la scabreuse affaire du kidnapping d'ex-officiers français délestés de la grassouillette somme de 25 millions de francs CFA par les hommes du Commandant Issiaka Ouattara alias « Wattao », non encore résolue malgré la plainte déposée.

L'éducation est le plus grand crève-cœur que nous aura servi, depuis son installation, le pouvoir Ouattara. Sous le fallacieux prétexte de problèmes de trésorerie (35 milliards recherchés), les universités publiques ivoiriennes sont fermées et les étudiants à la rue, depuis 6 mois. Des travaux de réhabilitation (aussi urgents et indispensables soient-ils) peuvent-ils justifier qu'on sacrifie trois promotions de bacheliers (2008-2009-2010 voire très certainement 2011), tous les cycles de recherches ainsi que tous les niveaux intermédiaires, et qu'on remette la rentrée universitaire d'après-crise aux calendes grecques ? De mémoire de terrien et de citoyen du monde, c'est la première fois que nous entendons une énormité pareille. On peut tout reprocher à Laurent Gbagbo mais on ne l'accusera jamais d'avoir intentionnellement fermé l'école, sacrifié les étudiants et universitaires tous cycles confondus et renvoyé l'ouverture des classes à des dates improbables. Ici encore, la comparaison ne tient pas la route.

En ce qui concerne l'affirmation de notre souveraineté et la concrétisation de notre indépendance, le pouvoir RHDP nostalgique de la Côte d'Ivoire postcoloniale ( ?) des années 60, nous a ramené à l'ère des coopérants français, des conseillers élyséens au Palais d'Abidjan et de « l'indépendance sous haute surveillance » - avec un vice-président près Monsieur Ouattara qui ne dit pas son nom : Monsieur Philippe Serey-Eiffel, homme de main de Nicolas Sarkozy, et le retour en force du 43ème BIMA français - page que le Président Gbagbo avait tournée pour nous rendre toute notre honorabilité et notre dignité d'Africains libres. Avoir lutté 50 ans pour en arriver là, il aura fallu Ouattara pour réussir ce tour de force ! Durant plusieurs mois, la France a même payé les salaires des fonctionnaires ivoiriens. Inconcevable sous Gbagbo ! Une politique économique judicieuse avait permis à la Côte d'Ivoire, sous son règne, de vivre de ses propres ressources. Ouattara, lui, nous a embarqués dans un surendettement record et une gouvernance sur fonds extérieurs. Rabaissant notre pays à la mendicité internationale. Il a, en outre, durablement compromis l'aboutissement de l'initiative PPTE quasiment bouclé par Laurent Gbagbo en 2010, pour mars 2011.

Pour la démocratie, pas davantage d'espoir. La Commission électorale indépendante (CEI) est à coloration unique. Celle du RHDP. Y compris tous ses démembrements régionaux, départementaux et locaux. Le pouvoir Ouattara l'a verrouillé pour concrétiser sa dictature et le retour triomphant du parti unique. Sur 31 postes représentatifs, il ne veut bien consentir qu'à peine cinq à ce qui lui tient lieu, actuellement, d'opposition. La règle d'équilibre et de représentativité jadis de rigueur dans l'institution sous Gbagbo (qui avait même concédé plus de postes à son opposition, au nom des clauses des différents accords pour la paix et d'une transparence absolue) a volé en éclat avec Ouattara, le « nouveau démocrate ». Les appels du FPI à la discussion et au consensus politique restent lettres mortes. Les législatives de décembre approchent donc dans une ambiance de suspicion totale. Les FRCI et leurs supplétifs « Dozo » sont encore en armes dans tous nos campements, villages et villes, semant angoisse et terreur. Le remake de l'élection présidentielle est en marche. Inexorablement.

Nous voulons donc bien croire, avec Monsieur le Premier ministre, qu'en 100 jours Alassane Ouattara ait fait mieux que Laurent Gbagbo en 10 ans mais les faits sont là, têtus, qui prouvent tout le contraire. Mieux, pour rester honnête, il faut même dire que Ouattara a réussi l'exploit de détruire, en seulement 100 jours, ce que Gbagbo a construit en 10 ans. Parce que construire un pays, une nation, ce ne sont pas seulement les infrastructures ou les opérations de salubrité - du reste problématiques. C'est aussi forger une âme, une dignité, une fierté nationales, respecter sa Constitution, faire régner le droit, accorder au peuple ses libertés individuelles et collectives, assister les plus pauvres, secourir les sinistrés, permettre à tous de se nourrir décemment et à chacun de vivre sans peur. Cela, Ouattara ne l'a pas réussi. Du moins, pas encore. Qu'on ne vienne donc pas nous proclamer le contraire. Nous lui souhaitons, toutefois, bon vent à la tête de notre pays.


Que DIEU bénisse la Côte d'Ivoire !


DINDE Fernand AGBO


In le quotidien ivoirien "Le Nouveau Courrier" N° 353, 354 et 355 des jeudi 27, vendredi 28 et samedi 29 octobre 2011.

dimanche, 30 octobre 2011

L'AFRIQUE, LE CONTINENT HUMILIE

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Lundi 11 avril 2011, sorti groggy de la résidence présidentielle, pilonnée plusieurs jours durant par l'armée française; livré à la furie de ses adversaires, Laurent Gbagbo est déporté sans ménagement et emprisonné au Nord de la Côte d'Ivoire.

Jeudi 20 octobre 2011, sorti hagard de son convoi détruit par un bombardement de l'Otan, Mouammar Kadhafi effectue son chemin de croix, le visage ensanglanté, lynché par des adversaires déchaînés. Ils finiront par l'exécuter d'une balle dans la tête à Syrte, sa ville natale.

Deux images unanimement saluées par la démocratie occidentale. Deux images choquantes pour l'Afrique. Images d'humiliation de deux chefs d'Etat. Images d'humiliation d'un continent.

Elle est belle la démocratie mondiale, empêtrée dans ses mensonges et ses propres turpitudes. A user de remèdes plus pernicieux que le mal décrit. A parler de démocratie en larguant plus de 30000 bombes sur un pays. A prétendre protéger les civils quand la guerre "humanitaire" fait plus de 60000 morts. A jouer les pompiers ici pour faire oublier ailleurs le rôle de pyromane. A saluer l'élection de Barack Obama quand son rêve américain prend des airs de cauchemar africain. A reconnaître des rebellions militaires sanglantes tout en menaçant de son veto la reconnaissance d'un Etat Palestinien. A nommer des prix Nobel de la paix qui n'ont réalisé aucune action pacifique. A créer une Cour Pénale Internationale pour juger uniquement les crimes des autres. A évoquer l'indépendance quand il s'agit de la recolonisation d'un continent.

Georges Bush Jr n'est plus président mais son esprit plane encore au-dessus du nouvel ordre mondial. Il est réincarné dans l'hexagone en président hyperactif et va-t-en guerre. Un président qui n'hésite pas à régler en Côte d'Ivoire un contentieux électoral à coups de milliers de bombes et d'obus. Hier Bagdad, aujourd'hui Tripoli. Mêmes causes, mêmes effets. Des pays livrés aux chiens de guerre et au chaos. A qui le tour demain?
Mépris des Africains à Paris. Mépris de l'histoire africaine à Dakar. Dans l'esprit des Africains-Français, les mouroirs de Syrte et d'Abidjan s'inviteront jusqu'aux isoloirs de Neuilly sur Seine et de Tulle en 2012.

Et le silence de l'Union Africaine? Et la lâcheté des chefs d'Etat africains? Certains se terrent, terrorisés. Les tyrans, les putschistes, les oppresseurs, les corrompus, les marionnettes et les collabos. Ils se font tout petits. Et les autres? Ils manquent de courage. Ils se taisent. Ils acceptent sans broncher leur propre humiliation, l'humiliation du continent. Planquez-vous braves présidents! Croisez les bras. Croisez les doigts. Fermez les yeux. Espérez que la furie occidentale vous oublie. Priez pour qu'elle s'abatte sur le voisin d'à côté. Union Africaine. Union disparate de petits Etats pauvres et divisés. Adieu, Lumumba. Adieu Nkrumah. Adieu Sankara. Adieu l'unité africaine. Adieu enfin les Etats-Unis d'Afrique.

Et les intellectuels africains? Que disent-ils? Rien du tout? Vaillants leaders éclairés! La triste réalité du continent africain n'est de toute évidence pas une source d'inspiration. Parcourez les rédactions et les médias occidentaux pour vendre vos si belles fictions. Silence, on massacre vos semblables. Dormez-bien. Rêvez-bien. Bernard Henry Levy est lui bien réveillé. Lui qui se bat pour que les indignés africains expriment dorénavant avec "force" leur soif de démocratie. Peu importe si les armes, qui leur sont distribuées, entraînent un bain de sang entre concitoyens. Merci B.H.L! Encore un coup de panache, et la charia devrait être érigée en règle constitutionnelle sur l'ensemble du continent.

Elle est belle la démocratie internationale. Et les centaines de milliers de bombes larguées sur le continent noir n'ont pas encore tiré le milliard d'Africains de sa profonde léthargie. Alors, massacrons-nous encore à Kigali et à Benghazi pour la conquête du pouvoir. Dansons à Syrte et à Misrata autour de nos cadavres. Célébrons à Abidjan et à Libreville, l'humiliation de notre continent. Oui laissons, abandonnons, cédons aux Américains, aux Européens et aux Asiatiques le soin d'exploiter nos immenses richesses naturelles. Philanthropes, ils développeront peut-être un jour l'Afrique mieux que les Africains eux-mêmes.


Anicet Djehoury, Essayiste ivoirien, in PENSEES NOIRES

 

Source: SENE REVOLUTION.COM

LE BILAN EN 100 JOURS D'ALASSANE OUATTARA, PARLONS-EN (3)


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Les nominations à base ethnique et tribale observées dans le gouvernement, dans toute l'administration ivoirienne et à la tête des services centraux de l'Etat, des entreprises et sociétés d'Etat ne contribuent pas davantage au retour de la cohésion sociale et à la réconciliation. Pas plus que l'affectation sanction massive des ex-FDS en zone CNO. De ce point de vue, Laurent Gbagbo est reconnu pour être tout l'opposé de Ouattara.

Quant à la sécurité , il suffit de se renseigner auprès des chancelleries occidentales qui se sont récemment rendues chez Ouattara pour « exiger » le retour de la sécurité pour s'en faire une idée. La situation sécuritaire du pays est préoccupante, au plus haut point. Ainsi, le mardi 18 octobre 2011, Alassane Ouattara a reçu en audience, au Palais présidentiel au Plateau, le Représentant spécial adjoint du Secrétaire général des Nations unies pour la Côte d'Ivoire (ONUCI), Arnauld Akodjénou et quatre diplomates accrédités en Côte d'Ivoire : les ambassadeurs de France, Jean-Marc Simon et des Etats-Unis, Philip Carter III, du Chargé d'Affaires du Royaume-Uni et du Représentant de l'Union européenne. Le communiqué de presse de l'ONUCI, à la fin de cette rencontre, fait état de l'examen de questions de sécurité en Côte d'Ivoire. Cela, c'est la version diplomatique.

En réalité - et il faut clairement le dire -, il n'y a plus de sécurité en Côte d'Ivoire. Des milliers de prisonniers de droit commun libérés de nos geôles pour servir de supplétifs, dans toute la partie Sud du territoire national, par les combattants pro-Ouattara pendant leur offensive finale, écument nos villes et localités. Des micro-finances, des agences de transfert d'argent, des supermarchés, des entreprises, des églises, des domiciles privés, des prêtres, d'honnêtes citoyens dans tout le pays, sont constamment victimes d'attaques à mains armées, d'enlèvements, de braquages et de cambriolages d'hommes en treillis. Des véhicules diplomatiques continuent d'être braqués. De simples civils, des étudiants, des élèves, des agents de l'ordre abattus par les FRCI ou des hommes en tenue militaire font régulièrement la Une des tabloïds ivoiriens. Ceci est un secret de Polichinelle.

Nous avons, en outre, encore souvenance du rapt du Substitut du Procureur de la République, Djè Noël, porte-parole du Parquet près le Tribunal de première instance d'Abidjan Plateau (fait oh combien impensable des « sauveurs » contre un des leurs), enlevé alors qu'il rentrait du service, « séquestré durant trois heures » (selon son propre témoignage dans la presse ivoirienne) et soulagé de la somme de 150 mille francs CFA ainsi que de portables et de montre de luxe. Nous n'oublierons pas la scabreuse affaire du kidnapping d'ex-officiers français délestés de la grassouillette somme de 25 millions de francs CFA par les hommes du Commandant Issiaka Ouattara alias « Wattao », non encore résolue malgré la plainte déposée.

L'éducation est le plus grand crève-cœur que nous aura servi, depuis son installation, le pouvoir Ouattara. Sous le fallacieux prétexte de problèmes de trésorerie (35 milliards recherchés), les universités publiques ivoiriennes sont fermées et les étudiants à la rue, depuis 6 mois. Des travaux de réhabilitation (aussi urgents et indispensables soient-ils) peuvent-ils justifier qu'on sacrifie trois promotions de bacheliers (2008-2009-2010 voire très certainement 2011), tous les cycles de recherches ainsi que tous les niveaux intermédiaires, et qu'on remette la rentrée universitaire d'après-crise aux calendes grecques ? De mémoire de terrien et de citoyen du monde, c'est la première fois que nous entendons une énormité pareille. On peut tout reprocher à Laurent Gbagbo mais on ne l'accusera jamais d'avoir intentionnellement fermé l'école, sacrifié les étudiants et universitaires tous cycles confondus et renvoyé l'ouverture des classes à des dates improbables. Ici encore, la comparaison ne tient pas la route.

En ce qui concerne l'affirmation de notre souveraineté et la concrétisation de notre indépendance , le pouvoir RHDP nostalgique de la Côte d'Ivoire postcoloniale ( ?) des années 60, nous a ramené à l'ère des coopérants français, des conseillers élyséens au Palais d'Abidjan et de « l'indépendance sous haute surveillance » - avec un vice-président près Monsieur Ouattara qui ne dit pas son nom : Monsieur Philippe Serey-Eiffel, homme de main de Nicolas Sarkozy, et le retour en force du 43ème BIMA français - page que le Président Gbagbo avait tournée pour nous rendre toute notre honorabilité et notre dignité d'Africains libres. Avoir lutté 50 ans pour en arriver là, il aura fallu Ouattara pour réussir ce tour de force !

Durant plusieurs mois, la France a même payé les salaires des fonctionnaires ivoiriens. Inconcevable sous Gbagbo ! Une politique économique judicieuse avait permis à la Côte d'Ivoire, sous son règne, de vivre de ses propres ressources. Ouattara, lui, nous a embarqués dans un surendettement record et une gouvernance sur fonds extérieurs. Rabaissant notre pays à la mendicité internationale. Il a, en outre, durablement compromis l'aboutissement de l'initiative PPTE quasiment bouclé par Laurent Gbagbo en 2010, pour mars 2011.

Pour la démocratie , pas davantage d'espoir. La Commission électorale indépendante (CEI) est à coloration unique. Celle du RHDP. Y compris tous ses démembrements régionaux, départementaux et locaux. Le pouvoir Ouattara l'a verrouillé pour concrétiser sa dictature et le retour triomphant du parti unique. Sur 31 postes représentatifs, il ne veut bien consentir qu'à peine cinq à ce qui lui tient lieu, actuellement, d'opposition. La règle d'équilibre et de représentativité jadis de rigueur dans l'institution sous Gbagbo (qui avait même concédé plus de postes à son opposition, au nom des clauses des différents accords pour la paix et d'une transparence absolue) a volé en éclat avec Ouattara, le « nouveau démocrate ». Les appels du FPI à la discussion et au consensus politique restent lettres mortes. Les législatives de décembre approchent donc dans une ambiance de suspicion totale. Les FRCI et leurs supplétifs « Dozo » sont encore en armes dans tous nos campements, villages et villes, semant angoisse et terreur. Le remake de l'élection présidentielle est en marche. Inexorablement.

Nous voulons donc bien croire, avec Monsieur le Premier ministre, qu'en 100 jours Alassane Ouattara ait fait mieux que Laurent Gbagbo en 10 ans mais les faits sont là, têtus, qui prouvent tout le contraire. Mieux, pour rester honnête, il faut même dire que Ouattara a réussi l'exploit de détruire, en seulement 100 jours, ce que Gbagbo a construit en 10 ans. Parce que construire un pays, une nation, ce ne sont pas seulement les infrastructures ou les opérations de salubrité. C'est aussi forger une âme, une dignité, une fierté nationales, respecter sa Constitution, faire régner le droit, accorder au peuple ses libertés individuelles et collectives, assister les plus pauvres, secourir les sinistrés, permettre à tous de se nourrir décemment et à chacun de vivre sans peur. Cela, Ouattara ne l'a pas réussi. Du moins, pas encore. Qu'on ne vienne donc pas nous proclamer le contraire. Nous lui souhaitons, toutefois, bon vent à la tête de notre pays.



Que DIEU bénisse la Côte d'Ivoire !


DINDE Fernand AGBO


In le quotidien ivoirien "Le Nouveau Courrier" N° 355 du samedi 29 octobre 2011.

samedi, 29 octobre 2011

VOICI LE RAPPORT DE L'ONU QUI ACCABLE LE REGIME OUATTARA


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Le Haut commissariat des Nations unies aux droits de l'homme a produit un rapport alarmant sur la situation des droits de l'Homme en Côte d'Ivoire. Un document de dix-sept pages qui donne une nette idée de l'ampleur des violations des droits de l'homme commises par les Forces républicaines de Côte d'Ivoire (Frci) d'Alassane Ouattara.

Le dernier rapport de la Haut commissaire aux droits de l'homme, Madame Navanethem Pillay, sur la Côte d'Ivoire, en date du 21 septembre 2011,    fait état de «violations graves des droits de l'homme par les Frci», de «vagues d'atteintes systématiques (...) à l'intégrité physique, à la liberté et la sécurité des personnes» et «d'un haut degré d'impunité dont jouissent les Frci». Lors de l'examen du rapport diffusé exclusivement en version anglaise, le 28 septembre 2011 dernier, en marge de l'assemblée générale annuelle des Nations unies, Mme Kyung-Wha Kang, Haut commissaire adjoint aux droits de l'homme, a indiqué que «les forces républicaines de Côte d'Ivoire (Frci) se rendent coupables d'exécutions extrajudiciaires et sommaires, de torture, de traitements inhumains et dégradants, de violences sexuelles ou d'arrestations arbitraires».

Les rapporteurs accusent principalement les responsables des Frci, en l'occurrence des com'zone qui ont le contrôle de l'ensemble du territoire national, d'usurper des prérogatives législatives et judiciaires qui doivent être assumées par les autorités civiles. Les atteintes aux droits de l'homme répertoriées, décrites avec précision, sont classifiées en plusieurs rubriques.  Notamment les exécutions sommaires et extrajudiciaires, les cas de torture et de traitements dégradants et inhumains ; les violences sexuelles basées sur le genre ; les arrestations et détention arbitraires,  et les actes d'extorsion de fonds ; les violences intercommunautaires et les attaques perpétrées par des groupes armés, arrestation, etc.

Torture, traitements inhumains et extorsion de fonds

Dans la rubrique traitant des cas de torture et traitements inhumains, l'Onuci a pu constater que des «personnes accusées d'avoir commis des crimes ont été arrêtés par des soldats FRCI et agressés physiquement par les FRCI qui les ont contraint à admettre leur implication dans des crimes». Dans la plupart des cas, mentionne le rapport, des citoyens innocents sont arrêtés par des Frci  qui les soumettent à des sévices et exigent de fortes sommes d'argent à leurs parents pour leur épargner la vie et les libérer. «Le 16 juin, les éléments de la FRCI auraient fait irruption dans les villages et les Goulikaho Doukouya (respectivement 135 km et 120 km au sud de Yamoussoukro) et agressé physiquement des partisans du FPI. Au moins 27 personnes, dont 15 femmes perçus comme militants du FPI ont été sévèrement battus, arrêtés et détenus. A la suite de l'incident, deux des femmes, qui étaient enceintes, ont fait des fausses couches», relate le département des droits de l'homme de l'Onuci. Le document cite également des cas de torture. C'est ainsi que le rapport  fait cas d'un événement qui s'est produit le 5 Juillet à Bouaké, où des éléments des FRCI ont tailladé à la lame de rasoir un agriculteur, dans le but de lui arracher des aveux sur sa  prétendue implication dans un vol de vache.

La situation à l'Ouest

Dans d'autres circonstances, notamment le 22 août à Sibably (35 km au nord-est de Duékoué), c'est de l'eau chaude que des Frci ont versé sur les corps de deux jeunes gens. «Les deux suspects ont été pris au poste de police des FRCI, ils ont été sévèrement battus et abandonnés sans aucune assistance médicale. Des éléments Frci se sont rendus à leur domiciles où ils ont menacé de mort leurs familles, emportant une moto et une somme de 200 000 FCFA». La situation dans l'ouest du pays ne manque pas d'inquiéter le haut commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Mme Kyung-Wha Kang.  Dans cette région, elle déplore «la présence continue de mercenaires et les tensions communautaires qui  continuent d'être un problème du point de vue de sécurité des biens et des personnes». «La situation des déplacés de l'intérieur est aussi un sujet de préoccupation et mérite une attention urgente, car de nombreux camps de réfugiés restent vulnérables et sont victimes d'attaques de mercenaires et des forces républicaines, toujours dans l'ouest du pays», interpelle le Haut commissariat des Nations unies aux droits de l'homme.

Une situation qui devrait, hélas, empirer, vu la décision des nouvelles autorités de démanteler manu militari les camps de déplacés abandonnés à eux-mêmes et sans espoir.


Emmanuel Akani


Source: NOUVEAU COURRIER.INFO

LE BILAN EN 100 JOURS D'ALASSANE OUATTARA, PARLONS-EN (2)

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Le quotidien des Ivoiriens est un désastre continu : les prix sur les marchés ont flambé à cause du racket des FRCI sur les transporteurs et les commerçants du vivrier. Entre juin 2010 et juin 2011, les prix du riz, du sucre et du bœuf ont augmenté de 11%, 44% et 20% respectivement, selon l'Institut national des statistiques (INS). Dans un contexte global de stress professionnel, d'insécurité de l'emploi et de chômage prononcé. Les Ivoiriens mangent par accident, « mort subite » assurée pour tous (un repas unique par jour), comme disent les chanteurs de Zouglou. Avec Ouattara, la pauvreté des Ivoiriens s'est plus que jamais accentuée.

La santé gratuite et les médicaments gratuits annoncés à grand renfort médiatique et de proclamations politiques ont fait long feu. Rien de tout cela sur le terrain. Nos hôpitaux sont devenus des mouroirs. Ils manquent de tout. Pire, les médecins et personnels médicaux sont régulièrement les victimes des exactions et des bastonnades des FRCI, à Abidjan et à l'intérieur du pays. La récente grève générale illimitée du personnel du CHU de Treichville - circonscrite quelques jours plus tard par la tutelle - en dit long sur les rapports des « sauveurs » avec les personnels de santé, en Côte d'Ivoire. Jamais pareille dérive militaire n'avait été observée sous la gouvernance du Président Laurent Gbagbo contre les services de santé.

Au niveau du prix du cacao , le gouvernement (qui signe son retour en force, quand il devait être en retrait de la filière, selon les exigences des institutions financières internationales) a annoncé le prix de 1000 francs CFA. Les pisteurs et les acheteurs grossistes le prennent aux producteurs à 600 francs à peine. Il est capital de relever que le prix du cacao payé effectivement aux planteurs était de 250 à 350 francs CFA, au lendemain de la prise de pouvoir de Ouattara, là où il leur était payé entre 1000 francs et 1300 francs CFA, sous la gouvernance de Laurent Gbagbo. Aucune comparaison possible ! Ouattara a appauvri nos agriculteurs et n'inverse toujours pas la tendance.

Du point de vue des infrastructures , le pouvoir RHDP continue d'inaugurer les travaux et de se prévaloir des projets du président Gbagbo plutôt que de les inscrire dans la continuité de l'Etat : la réfection des voies, le pont de Jacqueville, le pont de la 7ème Tranche d'Angré, l'autoroute de Grand-Bassam, l'autoroute du Nord et le pont Riviera-Marcory baptisé par Alassane Ouattara « Pont Henri Konan Bédié », bouclé à 85 milliards de francs CFA, sans péage, par Laurent Gbagbo et surfacturé à 125 milliards de francs CFA par Ouattara, avec péage (700 francs CFA par véhicule et par passage, soient 2.800 francs CFA par jour pour un travailleur ivoirien qui ferait deux aller-retour par jour pour se rendre au travail et à la maison, pendant 30 ans, au profit de l'entreprise française Bouygues !). Qui s'est le plus mis en peine du portefeuille de l'Ivoirien ? La réponse est sans appel.

En ce qui concerne les libertés individuelles et collectives, les droits du citoyen et la justice , la côte d'Ivoire a fortement régressé avec le RHDP : interdiction de rassemblements et de réunions observée contre le FPI, violences politiques (coups, blessures et casses aux meetings de Koumassi et de Yopougon Place CP1 organisés par le FPI), arrestations arbitraires à connotation politique (de Laurent Gbagbo et plus de 40 de ses parents, collaborateurs et proches), emprisonnements de journalistes et hommes de médias (Hermann Aboa, Franck Anderson Kouassi, Serge Boguhet, malgré l'interdiction formelle de la loi ivoirienne), entorses aux procédures judiciaires (incarcération avant inculpation et sans prise en compte de statut politique et administratif : chef d'Etat, premiers ministres, ministres, députés), mandats d'arrêt internationaux contre des autorités ivoiriennes en exil, chasse à l'homme (voyage de Ouattara au Ghana, arrestation du Commandant Séka Yapo Anselme), justice des « vainqueurs » (aucun proche, collaborateur ou partisan de Ouattara inquiété par la justice malgré tous les crimes commis depuis 2002 et les massacres de Duékoué), prisons, commissariats de police et palais de justice incendiés, saccagés ou pillés dans bien des villes du Sud et non encore réhabilités, plongeant ces localités dans l'insécurité totale ; gel des avoirs bancaires et occupation illégale de domiciles et de résidences (de la plupart des responsables du FPI en exil et de pro-Gbagbo), confiscation de biens privés (immeubles, sociétés, voitures des pro-Gbagbo et des cadres du FPI). Malgré les interpellations de Madame Lohourignon Odette, Présidente l'Organisation des femmes du FPI et de plusieurs autres responsables de ce parti, Alassane Ouattara reste sourd et de marbre. Toutes ces choses étaient impensables sous la gouvernance de Gbagbo. En quoi donc Ouattara a-t-il fait mieux que lui si ce n'est d'avoir fait bien pire ?

Relativement à l'administration territoriale et communale , l'Etat est en faillite : les préfets de région, préfets  de départements et sous-préfets ne représentent plus rien. Ils ne sont revêtus d'aucune autorité et ne sont désormais que l'ombre d'eux-mêmes. Ce sont les FRCI et les ex-Com-Zones qui décident et qui gouvernent nos circonscriptions. Leurs décisions s'imposent à nos autorités locales et nul ne s'aviserait de leur faire ombrage. Sur l'ensemble du territoire national. Des maires sont démis de leurs postes électifs, par coup de force du ministre de l'Intérieur Hamed Bakayoko, en personne : Yopougon, Guiglo, Issia, Méagui, Marcory, Daloa, Gagnoa, Mankono, etc. Leur crime : être proches de Laurent Gbagbo ou de son obédience (LMP).

Du côté institutionnel , c'est la morgue : l'Assemblée nationale est illégalement suspendue si ce n'est dissoute de fait. Les députés restent des mois entiers sans salaires ni prérogatives ; le Conseil constitutionnel a été renouvelé anticonstitutionnellement, avant le terme de son mandat  ; Monsieur Zadi Kessy, actuel président du Conseil économique et social a été nommé au poste, contre les textes en vigueur, sans même être un conseiller économique et social (jamais pareille dérive n'a vu le jour en Côte d'ivoire) et nommé conseiller économique et social, après coup seulement ; le chef de l'Etat continue à être le président du RDR, son parti, contre toutes les dispositions de la Constitution ivoirienne (Article 54) et n'a toujours pas encore déclaré ses biens devant la Cour des comptes, comme l'exige notre Loi fondamentale (Article 55). De ce point de vue, il est en antinomie totale avec Laurent Gbagbo.

Pour ce qui est du volet capital de la cohésion sociale et de la réconciliation nationale , en son temps, le Président Gbagbo avait fortement travaillé au retour des illustres exilés ivoiriens qu'étaient le Président Henri Konan Bédié et le Premier ministre Alassane Ouattara, réfugiés en France, et le reclus volontaire qu'était devenu le Général Guéi Robert, à Kabakouma, son village natal, dans la région de Man. Un Forum de la réconciliation nationale avec un président qui n'est pas un proche de Gbagbo, à l'opposé de Ouattara aujourd'hui, a été organisé et a ressoudé quelque peu le tissu social ivoirien en compote. Mais la malhonnêteté humaine, les ambitions démesurées pour le fauteuil présidentiel ivoirien de ceux qui se proclament, en ce moment, « héritiers d'Houphouët-Boigny » et la perfidie de la France de Chirac ont replongé notre beau pays dans la violence et le crime, un certain 19 septembre 2002. Gbagbo a fait revenir les exilés ivoiriens, Ouattara, lui, les pourchasse jusque dans leurs derniers retranchements, au Ghana, avec des mandats d'arrêt internationaux et des décisions de gel d'avoirs bancaires. Peut-il y avoir comparaison ? Certainement pas. (A suivre).


DINDE Fernand AGBO

In le quotidien ivoirien "Le Nouveau Courrier" N° 354 du vendredi 27 octobre 2011.

vendredi, 28 octobre 2011

LE BILAN EN 100 JOURS D'ALASSANE OUATTARA, PARLONS-EN (1)


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Aussi illogique et excessif que cela puisse paraître comme propos venant d’un homme qui gère un Etat en lambeaux et qui devrait faire profil bas, le Premier ministre Soro Guillaume, triomphaliste, ne s’est pas embarrassé de scrupules pour s’en fendre : « Alassane Ouattara a fait en 100 jours ce que Laurent Gbagbo n’a pas fait en 10 ans ». Quand même ils bouclent 6 mois d’exercice du pouvoir. Sans pour autant nous dire, concrètement et précisément, dans un rapport ou document scientifique, les avancées effectuées et les réalisations de Ouattara, depuis qu'il occupe le palais du Plateau, et qui suscitent tant d’enthousiasme et de lyrisme.

Les libertés individuelles et collectives? La démocratie? La sécurité? L'économie? La santé publique? Les infrastructures? L'école et notamment l'université? L'affirmation de la souveraineté et la concrétisation de notre indépendance? Le respect de la Constitution? L'emploi jeunes? La croissance économique? Le recouvrement des recettes douanières? La justice? La santé des entreprises? L'initiative PPTE? La réconciliation nationale et la cohésion sociale? L'agriculture? L'autosuffisance et la sécurité alimentaires? Le prix d'achat du cacao et du café aux planteurs? Franchement, dans quel domaine, exactement ?

Effet d’annonce médiatique pour gogo et occidentaux néocolonialistes, disons-nous, pour quiconque vit en Côte d’Ivoire, touche les réalités du pouvoir Ouattara et porte un regard objectif et critique sur sa gestion, depuis avril 2011.

Nous n’allons pas donner l’occasion à toutes les mauvaises langues qui pullulent dans la « nouvelle Côte d’Ivoire » de nous accuser de délation. Nous exposerons des faits objectifs, palpables, pour permettre à tous d’apprécier, en toute lucidité, de sorte que jamais plus cette contre-vérité ne soit entendue ou dite, en Côte d’Ivoire.

D’abord les indicateurs économiques et sociaux, ceux qui comptent le plus pour le peuple : selon l’UGTCI (Union Générale des Travailleurs de Côte d’ivoire), la plus ancienne et plus grande centrale syndicale ivoirienne, proche du pouvoir actuel, la prise de pouvoir de Ouattara a occasionné la destruction de 80.000 emplois ; le Président de la Chambre de commerce et d’industrie de Côte d’Ivoire, Monsieur Jean-Louis Billon, lui, parle de 120.000 emplois détruits.

En réalité, avec les licenciements abusifs (exemple de la Présidence, plus de 1300 déflatés, des personnels des institutions de l’Etat et, bientôt, de la RTI qui projette la libération de 600 agents), les déguerpissements de commerces informels et d’habitat précaire (dans le cadre de l’« Opération pays propre » qui, curieusement, ne touche pas les communes RDR), la dissolution des Conseils généraux et l’annulation de 120 concours de la Fonction publique, il faudrait plutôt parler de 150 à 200.000 destructions d’emplois en 5 mois. Exactement, ce qu’il avait promis créer comme emplois, chaque année. Avec autant de sans abri enregistrés. Sans compter les arriérés de salaires de plusieurs mois au BNETD, dans les institutions et établissements d’Etat et au niveau des agents des forces de l’ordre.

Le Patronat ivoirien, avec à sa tête Monsieur Jean Kacou Diagou, lui, a annoncé, dans la période de gouvernance dont se targue le Premier ministre, une perte sèche – pour toutes les entreprises de droit ivoirien – qui s’évalue à la somme astronomique d’environ 1000 milliards de francs CFA. Plus de 400 PME et PMI ont été déclarées en faillite par Monsieur Diagou. Ont-elles été ressuscitées en 100 jours de gestion de Ouattara, quand sous Gbagbo elles existaient bel et bien ? Sûrement pas. D’ailleurs, seules les entreprises françaises ont eu droit à un début de dédommagement (et aux nouveaux marchés, de gré à gré) de la part du Chef de l’Etat. En rapport avec ses accointances élyséennes. Les ivoiriennes, elles, rongent encore leurs freins. Ouattara ne leur prête pas le moindre regard de compassion. En plus de leur devoir énormément d’argent : la dette de l'Etat vis-à-vis de ses fournisseurs est de 900 milliards de francs CFA. Il n’y a pas encore eu un début franc de décaissement.

Le taux de croissance, lui, est passé au niveau record et historique de -7,8% (abyssal), au lendemain du renversement du Président Gbagbo par les Forces spéciales françaises. Les institutions de Bretton Woods, récemment en mission en Côte d’Ivoire, n’envisagent qu’un relèvement de -5,8% fin 2011, pour la prévision la plus optimiste. Déjà deux fois pire que le taux de croissance enregistré par le Président Laurent Gbagbo en 2002-2003, en pleine crise militaro-politique. Rien que ça. La prévision la plus pessimiste pour la Côte d’Ivoire, fin 2011, étant de -7%. Y a-t-il comparaison possible ?

Ouattara annonce, en outre, un taux de 8% pour 2012 quand les plus brillants spécialistes de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international réunis prévoient, au meilleur des cas (et nous y insistons), 6% de croissance pour… 2014-2015 ! L’effet d’annonce, Ouattara adore ! Et berce ses suiveurs d’illusion. Il n’est pas possible qu’il ait fait mieux en 100 jours que Gbagbo en 10 ans. C’est mathématiquement impossible ! Et rien ne nous garantit, d’ailleurs, qu’il fera mieux en 5 ans de mandat ou même la moitié, en 10 ans.

Quand s’y ajoute l’exacerbation du racket, sur tout le territoire national, des commerçants, des transporteurs et des planteurs sur nos routes, dans nos ports et à nos frontières, on comprend aisément que bien d’opérateurs économiques étrangers se soient détournés de la destination Côte d’Ivoire et que l’économie peine à reprendre. La « Centrale » – le Trésor de l’ex-rébellion – est officiellement démantelée mais continue d’exister dans les faits et à détourner nos recettes douanières. Il faut bien que les ex-FAFN vivent. Ouattara ne leur a pas encore versé leur pécule de guerre (5 millions de francs CFA promis par combattant).

D’un autre côté, des centaines d’Ivoiriens sont toujours en exil ou déplacés de guerre. Pas moins de 270.000 d’entre eux sont hors de la Côte d’Ivoire, selon les chiffres des Nations Unies, dont 29.000 dans les camps du HCR, au comble du malheur et de la pauvreté. 450.000 sont déplacés, sur toute la surface du territoire ivoirien et dans les missions catholiques, selon les ONG Care, Oxfam et le Conseil danois pour les réfugiés. Soit environ – en tout et pour tout – un peu moins d’un million d’Ivoiriens ! Qu’a fait Ouattara pour leur retour et leur réintégration ? Rien ! A part la remise de quelques vivres, aussi rares, insuffisants que ponctuels. Si nous nous trompons, qu’on nous démente. Il fait même déguerpir les camps des déplacés de Duékoué pour sa prochaine visite dans l’Ouest. Ouattara ne veut pas voir la misère dans laquelle il a plongé les Ivoiriens.

De sorte qu’actuellement, dans l’indifférence la plus absolue, l’Ouest du pays est dans la détresse et l’insécurité alimentaires les plus totales et ne doit sa survie qu’à la présence d’ONG comme « Action contre la faim » et celles citées plus haut. (A suivre).

 

DINDE Fernand AGBO

In le quotidien ivoirien "Le Nouveau Courrier" N° 353 du jeudi 27 octobre 2011.

SELON L'UN DES AVOCATS DE L'EX-COUPLE PRESIDENTIEL: «ILS SONT AMAIGRIS PARCE QU'ILS JEUNENT ET PRIENT BEAUCOUP»


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Un avocat qui fait partie de la délégation ayant effectué la dernière visite au couple Gbagbo parle des photographies qui ont été publiées hier par les tabloïds locaux.


Les dernières images du couple présidentiel prises séparément à Korhogo et à Odienné dans un contexte de visite officielle des avocats au couple présidentiel ont fait l'objet de quelques commentaires au quotidien ''Aujourd'hui'' : « Effectivement, ces images sont réelles. Elles ont  été prises lors de notre avant-dernière visite au couple présidentiel, à Korhogo et à Odienné. Toutefois, je tiens à préciser que ces images n'ont pas été prises dans le jardin de sa résidence. Mais plutôt dans le jardin de la résidence présidentielle. Retenez que le Président Laurent Gbagbo est transporté dans cette résidence chaque fois qu'il reçoit la visite de ses avocats. D'autre part, pour éviter que les visiteurs captent l'image du Président, les autorités judiciaires de la ville ont décidé que les différentes visites se passent  au tribunal de la ville. Ce qui me paraît anormal, mais que voulez-vous ? Et puis, ces images amaigrissantes que vous avez vues lors de leur publication dans les journaux, c'est justement parce que le Président et son épouse Simone jeûnent et prient beaucoup. Sinon, ils vont bien et, ont un moral de fer. C'est pourquoi je demande aux ivoiriens de ne pas s'inquiéter outre-mesure, mais plutôt de prier  pour eux. »

Face à ceux qui ont commencé à douter que Dieu est réellement aux côtés du couple présidentiel, cet avocat répond : « si Dieu avait lâché  Gbagbo, si vraiment Dieu n'était pas avec lui, on ne parlerait plus de lui en termes de détenu. Il serait mort. Parce qu'en réalité, avec toutes ces bombes larguées sur sa  résidence et ce, pendant plusieurs jours, ce n'était pas évident. Dire donc que le Président Laurent Gbagbo ne doit pas sa survie à Dieu est une marque d'ingratitude à l'égard du très haut. C'est parce que Dieu a agi qu'ils vivent, lui et tous ses proches qui étaient à la résidence. Ça, je tenais à vous le dire sincèrement. »

Depuis la publication des deux photographies, tous les avocats de l'ex-couple présidentiel sont harcelés par les journalistes ivoiriens. Ces derniers souhaitent connaître les conditions de détention des Gbagbo ainsi que des autres prisonniers retenus dans les goulags nordiques d'Alassane Ouattara. D'ailleurs selon notre interlocuteur, le Président Gbagbo habite dans une autre résidence dans l'un des quartiers de Korhogo. Le pouvoir craint l'émeute autour de Laurent Gbagbo qui continue d'être adulé jusqu'au nord du pays malgré une campagne de diabolisation du régime d'Alassane Ouattara relayé par les médias internationaux et des organisations des droits de l'homme aux ordres d'oligarques financiers américains.


Simplice Zahui, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui » N° 84 du jeudi 27 octobre 2011.


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APRES 6 MOIS DE CAPTIVITE, INCASSABLES LES GBAGBO!

 

La journée d'hier restera certainement gravée dans la mémoire de Dorcas Ikpo.  A l'image de celle cauchemardesque du 11 avril 2011. A la différence que celle de mercredi fut d'un bonheur indescriptible. Et pour cause, allant ce matin-là, à son travail, elle découvrit dans le kiosque à journaux du quartier qu'elle habite, les premières images de captivité de l'ex couple présidentiel auquel elle voue une sympathie sans bornes. C'est donc sans hésiter qu'elle prit son journal préféré qui lui servait justement une photo grandeur nature du président Laurent Gbagbo. Devant la foule de ''titrologues'', elle écrasa furtivement une grosse larme qui mouillait son léger maquillage, trahissant ainsi une forte émotion et une grande joie interne.

Naturellement, elle dévora l'article d'un trait après avoir loué le Seigneur  pour avoir gardé Laurent et Simone Gbagbo, ses préférés. Combien sont-ils, les Ivoiriens et autres Africains comme Dorcas, qui ont eu un baume au cœur à la vue des images récentes en provenance de Khorogo et Odienné ? Bien malin qui pourra dresser une arithmétique exacte sur la question tant le taux de  visites sur la toile est explosif et les journaux traitant le sujet, partis comme de petits pains. C'est dire si les Ivoiriens dans leur grande majorité vouent  encore une grande sympathie à l'ancien n°1 Ivoirien.

Une relation d'amour qui n'a pas pris la moindre ride même après 6 mois de détention. Comme le moral des Gbagbo. Deux personnalités qui ont gardé leur bonne humeur et leurs sourires habituels malgré tout. C'est vrai qu'ils paraissent amaigris, mais pour qui connaît le couple, doit pouvoir mettre ce déficit pondéral au compte des moments de jeûne et prières auxquels les Gbagbo  ont  habitué leurs concitoyens. C'est pourquoi, nombre de leurs partisans étaient hier fort rassurés car ces derniers temps, de petits malins prenaient du plaisir à distiller des informations alarmantes sur l'état de santé et les conditions de détention de Laurent et Simone.

Pour rappel, c'est le 11 avril dernier, après plusieurs jours de bombardements de la coalition franco-onusienne sur la résidence présidentielle, que Laurent Gbagbo a été arrêté et transféré à l'hôtel du golf avant d'être acheminé plus tard à Korhogo.

Quant à son épouse, elle sera mise en résidence surveillée à Odienné. Tout comme le couple, bien de personnalités proches ont été mises aux arrêts et dispatchées dans les goulags du régime, dans le nord du pays. Inculpés pour la plupart pour crimes économiques, ils attendent tous, y compris les Gbagbo, la suite judiciaire que les nouvelles autorités leur réservent. Et ceux qui croyaient  atteindre ces derniers  dans leur for intérieur ont depuis hier la réponse : les Gbagbo sont incassables.


Yves de Séry, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui » N° 84 du jeudi 27 octobre 2011.

ADO ET LA GENDARMERIE: COMME L'HUILE ET L'EAU

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Le régime d'Alassane Dramane Ouattara  a maille à partir avec le corps de la gendarmerie nationale de Côte d'Ivoire. C'est le contraire qui nous aurait surpris. Ce corps d'armée est réputé pour son respect de la loi et pour son sens de la légalité républicaine. « Pro patria pro lege » telle est la devise de cette unité de l'armée qui ne recrute pas dans les rues, les prisons et autres champs de sorgho. On y accède et on évolue dans ce corps avec un certain niveau de connaissances. C'est donc un corps qui a une haute idée de la République et des lois qui la régissent.  C'est donc à juste titre que le corps de la gendarmerie a toujours été du côté de l'Etat pour défendre ses institutions. Elle fut pendant longtemps en Côte d'Ivoire une forteresse imprenable pour la défense des valeurs républicaines. Tous les coups d'Etat qui ont précédé celui du 19 septembre 2002 ont échoué après avoir buté sur le fameux camp de la gendarmerie d'Agban. La déroute des assaillants du 19 septembre est partie de la perte du combat épique que ces derniers ont mené dans cette caserne.

On se souvient qu'à cause de cette loyauté qui leur colle à la peau et qui a pendant longtemps empêché les putschistes de tourner en rond, Alassane Ouattara qui a cru que c'était sa personne qui était visée in fine, s'était même juré de la supprimer dès son accession au pouvoir. Aujourd'hui, personne ne devrait donc être surpris qu'il les malmène autant. Nous pensons même que c'est un manque de courage politique qui fait qu'au lieu de la supprimer totalement, on procède à ce vaste mouvement d'affectations qui ressemble bien plus à une chasse aux sorcières qu'à autre chose.

Un régime qui fait la promotion de chefs de guerre ne peut logiquement cohabiter avec un corps d'armée légaliste.


Joseph Marat, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui » N° 85 du vendredi 28 octobre 2011.

mercredi, 26 octobre 2011

ABIDJAN SOUS SURVEILLANCE AERIENNE - APPARENCE DE PROPRETE A ABIDJAN OU LE REGIME CRAINT TOUJOURS UN COUP DE FORCE

 


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A Abidjan, les balayeuses des rues n'ont plus la pêche. La plupart d'entre elles totalisent six à huit mois d'arriérés de salaires et celles qui n'en peuvent plus d'attendre ont dû retourner à leurs fourneaux habituels. Mais le régime n'abdique pas. Tous les arbres en bordure des axes empruntés par le Chef de l'Etat ont été systématiquement émondés de leurs branches ; ce qui donne à la ville un air de décoiffé. Comme si le pouvoir avait plus de choses à lui reprocher, l'Université nationale continue d'être remuée de fond en comble. Les gros arbres qui la couvraient de ses feuillages bienfaisants ont été déracinés, comme partout dans la commune de Cocody. Le régime veut voir à partir du ciel ce qui se trame sur le sol et les hélicoptères de l'organisation des nations unies et des forces Licorne tournent à plein régime. « Chez nous à Yopougon-Gesco, il passent deux fois : les matins à partir de six heures et les soirs, entre dix sept heures et dix huit heures ». Témoin des ballets aériens d'hélicoptères dont les bruits rappellent les bombardements de la résidence de Laurent Gbagbo et plusieurs semaines de terreur à Abidjan, Solé Dramane mime les bruits quand ils volent à basse altitude.

C'est la réponse la plus spectaculaire du régime aux tensions dans l'armée, en plus des arrestations tous azimuts qui se poursuivent encore et qui ne sont pas près de se terminer. Un journal pro-Ouattara qui continue d'enrager contre ces bruits dans les casernes affichait à sa manchette de samedi « où se cache Abéhi ? », la nouvelle terreur du pouvoir après avoir réussi le rapatriement du colonel Konan, ancien commandant du théâtre des opérations durant les dernières années de la présidence de Laurent Gbagbo et les événements postélectoraux. Un autre se demandait dans la même journée « où sont passés les officiers pro-Gbagbo ? » dans un article illustré par la photo du colonel Konan pour qui le pouvoir loue, comme pour les autres qui sont revenus d'Accra, des chambres d'hôtel dans la commune de Cocody.

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Le palais présidentiel au Plateau continue d'être surveillé par l'ONUCI dont les chars en bloquent les principaux accès. Quant au domicile privé des Ouattara, sa transformation se poursuit. Pendant que les murs montent, la voie qui passait juste derrière lui a été agrandie à quatre, deux en aller et deux au retour. L'ancien hôtel du golfe, lui, est devenu une caserne militaire. C'est là que sont stockés tous les chars de l'ONUCI chargés de sécuriser le couple Ouattara. Tout le périmètre jusqu'au golfe a été militarisé pour les mêmes raisons et abrite les hommes de Chérif Ousmane.

Le pouvoir se méfie de tout et après avoir empêché la jeunesse du front populaire ivoirien de tenir son meeting dans la commune de Yopougon, le FPI a été contraint d'annuler celui du Plateau, la semaine dernière. Les discussions avec la direction du parti encouragée par Ouattara lui-même est au poids mort, le pouvoir étant préoccupé par une chasse aux sorcières sans précédent dans l'armée nationale où avoir servi sous Laurent Gbagbo vous marque au fer comme élément dangereux pour la ouattarandie.

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Alors qu'il avait donné trois à quatre mois pour se débarrasser de ses Forces républicaines de Côte d'Ivoire, le régime vient de les déployer en grand nombre dans tout le district d'Abidjan où elles sont à nouveau visibles même dans les venelles des communes. Les commissariats ont aussi fini par s'accommoder des FRCI qui, elles, sont armées tandis que les policiers se contentent de l'administratif.

Le pays continue de tourner mais par habitude. L'argent manque et le régime a perdu le crédit qu'il s'était donné en affirmant que sa venue apporterait de l'oseille au pays. La lune de miel a été de courte durée et le gouvernement est désormais ouvertement accusé de s'approprier les chantiers de Laurent Gbagbo en souffrance en raison des divers blocages dont ceux liés à la fermeture des banques et à la désorganisation du système financier. Guillaume Soro a répondu la semaine dernière que la plupart des chantiers dont ils ont terminé les travaux avaient été négociés durant leur séjour mouvementé à l'hôtel du golfe, ce qui est bien surprenant puisque ces travaux avaient déjà leurs financements en place.

Pas très friand des contacts avec les populations, le chef de l'Etat, lui, limite au maximum ses sorties internes. Ce qui rend a priori l'ensemble de ces mesures presque dérisoires.


Joseph Titi, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui » N° 82 du mardi 25 octobre 2011.

mardi, 25 octobre 2011

POUR DES SOLUTIONS DURABLES EN FAVEUR DES IVOIRIENS DEPLACES


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Avertissement

Les termes "autochtones", "allochtones" et "allogènes" sont utilisés dans ce document pour faire référence aux différents groupes de population vivant dans le pays selon leur appellation commune en Côte d'Ivoire. Cela ne reflète pas les politiques ou l'opinion de Care, du Conseil danois pour les réfugiés (DRC) ni d'Oxfam.

Dans le contexte de la région du Moyen Cavally où l'enquête a été menée, les "autochtones" sont du groupe ethnique Guéré, les "allochtones" sont constitués de tous les autres groupes ethniques ivoiriens ayant migrés dans le Moyen Cavally et les "allogènes" sont les migrants originaires des pays de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO).

Les bases juridiques pour les solutions durables aux déplacements sont le Cadre de mise en place de solutions durables pour les réfugiés du Haut Commissariat pour les réfugiés (HCR) et les Principes directeurs des Nations Unies relatives aux déplacements de personnes à l'intérieur de leur propre pays.

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Le premier est centré sur la promotion de solutions durables pour les personnes réfugiées et les personnes relevant de la compétence du HCR par le biais du rapatriement dans leur pays d'origine, de l'intégration sur place dans le pays d'asile ou de la réinstallation dans un pays tiers. Le deuxième document précise les droits des personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays dans les Principes directeurs 28-30. Compte tenu de l'ampleur de la dynamique de retour observée sur le terrain, ce rapport se concentre majoritairement sur le retour comme solution durable.

Les citations dans ce document sont celles des répondants et ne reflètent pas nécessairement les politiques et opinions de Care, du Conseil danois pour les réfugiés (DRC) ni d'Oxfam.

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Résumé exécutif

Six mois après la résolution du conflit postélectoral qu'a connu la Côte d'Ivoire à la suite des élections présidentielles contestées du 28 Novembre 2010, une crise humanitaire aux proportions significatives perdure. Alors que plus de 500 000 personnes déplacées sont retournées dans leur lieu d'origine depuis la fin du conflit en avril, approximativement 450 000 Ivoiriens continuent d'être déplacés, et ont toujours besoin, quelque soit leur situation, d'aide humanitaire et de protection.

Oxfam, le Conseil danois pour les réfugiés (DRC) et Care travaillent en Côte d'Ivoire pour apporter une aide humanitaire aux individus et aux communautés touchés par la crise, qu'ils soient retournés avec alors la nécessité d'appui pour reconstruire leur vie, ou qu'ils soient encore déplacés. Reconnaissant le besoin de prendre en compte les préoccupations des personnes affectées par la crise, cette étude a été menée pour collecter des témoignages afin de mieux formuler la réponse humanitaire de tous les acteurs dans le pays.

Durant les mois de juillet et août 2011, 331 entretiens individuels et 25 groupes de discussion ont été menés avec des personnes retournées et des personnes déplacées de 27 communautés de la région du Moyen-Cavally, à l'ouest de la Côte d'Ivoire. Cela a permis de collecter des informations quant à la perception des personnes affectées par la crise sur leurs besoins humanitaires immédiats, la sécurité et les perspectives pour le futur. Ces informations ont été complétées par une recherche documentaire et des entretiens avec les acteurs humanitaires. La majorité des personnes interrogées étaient des femmes, et les données collectées ont été désagrégées et analysées par genre.

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Les résultats présentés dans ce document renvoient l'image d'une région toujours aux prises avec les effets du conflit postélectoral et qui requiert un appui durable dans la période à venir. Ci-après sont présentés quelques uns des principaux résultats de l'étude:

Les améliorations en matière de sécurité ont motivé les Ivoiriens déplacés à retourner spontanément, cependant les tensions intercommunautaires exacerbées et les litiges fonciers ne sont pas favorables à des retours durables. Les affrontements interethniques en cours entraînent de nouveaux déplacements.

Au-delà de la sécurité, les trois facteurs principaux influençant la volonté des personnes déplacées à retourner sont la disponibilité de l'aide humanitaire sur le lieu d'origine, l'aide au transport, et la disponibilité d'informations fiables sur les conditions de sécurité. Le retour des autorités civiles, le désarmement et le renforcement des patrouilles sont également fréquemment mentionnés.

Quelque 22% des personnes déplacées interrogées ont exprimé leur intention de ne pas retourner vivre dans leur lieu d'origine. La destruction de leur habitat, l'insécurité, le traumatisme vécu et les litiges fonciers sont parmi les raisons données pour ne pas retourner. Ces personnes n'avaient néanmoins peu ou pas connaissance des alternatives offertes à elles.

Des besoins humanitaires significatifs demeurent dans les zones de déplacement et dans les zones de retours. L'aide alimentaire est la priorité majeure de la plupart des répondants, avec 77 % des personnes retournées et 83% des personnes déplacées déclarant qu'ils n'ont pas assez à manger. L'abri est la deuxième préoccupation des personnes affectées par la crise. Des lacunes graves en matière d'accès à l'éducation, aux soins de santé et à l'eau sont également mises en lumière que ce soit dans les zones de déplacement ou dans les zones de retour.

Les moyens de subsistance ont été sérieusement mis à mal avec 58% des personnes retournées et 82% des personnes déplacées ayant complètement perdu leur source de revenu et faisant face à d'énormes défis pour reconstruire leurs vies.

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Peu de personnes parmi les déplacées et les retournées connaissent l'existence de la Commission dialogue, vérité et réconciliation, et quasiment aucune ne sait comment la contacter. Les personnes cherchant réparation font face à de multiples obstacles compte tenu des énormes défis en matière de justice.

Les personnes déplacées et retournées font encore face à des menaces significatives en matière de protection en raison de la persistance d'affrontements communautaires, du racket aux barrages, du manque d'accès aux services de base, d'actes de violence et d'intimidation et du harcèlement de personnes en armes.

Bien que l'étude ne puisse pas donner une image exhaustive de tous les besoins à l'ouest de la Côte d'Ivoire, ni représenter les diverses opinions de toutes les communautés, il est clair qu'en dépit de la fin du conflit et des améliorations en matière de sécurité, la situation à dans cette région est toujours très précaire et instable.

Les consultations avec les personnes déplacées et retournées conduites pendant les mois de juillet et août révèlent que les conditions pour des solutions durables aux déplacements ne sont pas remplies. De trop nombreux retournés continuent de faire l'objet d'attaques, de harcèlement et d'intimidations dans leur zone d'origine, et beaucoup ont un accès limité voir pas d'accès aux services de base et aux mécanismes de protection. Une large proportion a perdu ses documents officiels et n'a pas accès à des mécanismes de restitution de la propriété ou de compensation pour les pertes encourues, tandis que beaucoup n'ont pas encore été en mesure de réunifier tous les membres de leur famille. Un nombre significatif de personnes déplacées n'est toujours pas prêt à retourner en raison de la peur d'attaques, du manque d'accès à leur terre ou du manque de moyens de subsistance.

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La responsabilité ultime de la protection des personnes déplacées et de la promotion de solutions durables à leur déplacement incombe au Gouvernement de Côte d'Ivoire, cependant les agences des Nations Unies, les donateurs et les ONGs jouent un rôle vital à l'appui de ses efforts. Des recommandations détaillées à l'endroit de tous ces acteurs sont faites dans le rapport. Elles incluent:

1. Assurer une politique de retour responsable et durable pour ceux touchés par le conflit: un cadre juridique national devrait promouvoir les droits des personnes déplacées et veiller à ce que tous les retours soient volontaires, sûrs, dignes et durables. Un meilleur profilage des mouvements de population et une meilleure information des personnes déplacées, internes et externes, sont nécessaires pour ce faire. Toute stratégie doit prendre en compte les causes profondes du conflit, y compris les litiges fonciers et les préoccupations sécuritaires récurrentes.

2. Améliorer l'aide humanitaire et fournir une meilleur appui à la relance des moyens de subsistance: un appui bien plus important est nécessaire pour les personnes déplacées et retournées, en particulier dans l'ouest et en particulier dans les domaines de l'alimentation, de l'abri et des moyens de subsistance même si des besoins significatifs perdurent au niveau de l'accès aux services de base et pour assurer le respect des normes SPHERE dans les sites de déplacement. Un soutien d'une plus grande ampleur est attendu des donateurs pour couvrir les besoins identifiés dans le Plan d'action humanitaire d'urgence (EHAP).

3. Promouvoir le rétablissement de l'état de droit, appuyer la réconciliation et prévenir de nouvelles flambées de violence et de nouveaux déplacements : des retours durables ne seront garantis que si la sécurité, la justice et la réconciliation sont effectives. Pour ce faire, la réforme du secteur de la sécurité, le rétablissement de l'état de droit, et la mise en place d'un système de référencement et de réparation sont requis. Le renforcement des patrouilles dans les zones non sécurisées, le rétablissement effectif des autorités civiles, un processus de désarmement, démobilisation et réinsertion ainsi qu'une meilleure information sur l'existence et le mandat de la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation sont de même nécessaires.

 

Pour lire tout le rapport en PDF de l'étude, cliquer: ICI

SIX MOIS APRES: L'URGENCE HUMANITAIRE PERDURE ET MET EN PERIL LES RETOURS ET LA RECONCILIATION EN COTE D'IVOIRE

 

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Abidjan, Côte d'Ivoire, 11 Octobre 2011 - Dans un rapport conjoint publié aujourd'hui, les organisations humanitaires internationales, Oxfam, Conseil danois pour les réfugiés (DRC) et Care, avertissent qu'une crise humanitaire aux proportions significatives perdure six mois après la résolution de la crise politique dans le pays.

Basé sur des consultations avec les personnes déplacées et retournées et des recherches menées durant les derniers mois dans l'ouest de la Côte d'Ivoire, le rapport conjoint "Pour des solutions durables pour les déplacés ivoiriens " révèle que les conditions pour des retours durables ne sont pas encore réalisées et que des besoins humanitaires et de protection non couverts menacent les efforts faits pour promouvoir la paix, la réconciliation et la possibilité pour les populations concernées de rentrer chez elles et de reconstruire leur vie.

"La situation est toujours très précaire et la population touchée par le conflit, en particulier à l'ouest du pays, a toujours besoins d'assistance et de protection", a déclaré le Coordinateur humanitaire d'Oxfam pour l'Afrique de l'ouest, Philippe Conraud. "Nous devons travailler tous ensemble pour assurer une bien meilleure réponse et offrir des solutions durables aux Ivoiriens déplacés. L'enjeu est de leur permettre de reconstruire leur vie et de prévenir de nouvelles violences et déplacements."

A ce jour, quelques 500 000 personnes déplacées, internes ou externes, sont retournées sur leur lieu d'origine depuis la fin du conflit en avril, mais environ 450 000 ivoiriens continuent d'être déplacés, à l'intérieur de leur propre pays ou dans des pays voisins. Et, en dépit du besoin persistant d'une aide humanitaire de grande ampleur, l'appel international d'urgence lancé par les Nations Unies n'est financé qu'à 29 pour cent.

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Le rapport confirme que des besoins humanitaires persistent. Parmi les personnes interrogées, l'alimentation est la priorité majeure, avec 77 pour cent des personnes retournées et 83 pour cent des personnes déplacées déclarant qu'elles n'ont pas assez à manger. L'abri est un autre défi entravant des retours durables. La moitié des personnes déplacées ayant exprimé leur intention de ne pas retourner dans leur lieu d'origine ont cité la destruction de leur maison comme raison principale. La peur liée à l'insécurité et le manque de moyens pour payer le transport ont également été cités.

"L'alimentation, l'abri et le soutien aux moyens de subsistance sont des besoins pressants qui requièrent qu'un haut niveau de priorité leur soit accordé afin de donner aux populations concernées le soutien dont elles ont besoin pour retourner chez elle, pour reconstruire leur vie et pour vivre en paix", a déclaré le Directeur de Care en Côte d'Ivoire, Steve Wallace.

Le rapport décrit comment ceux qui ont choisi de rentrer dans leur zone d'origine ont été encouragés par l'amélioration générale de la sécurité mais également motivés par l'accès à la terre, à l'alimentation et à des activités génératrices de revenus sur les sites de déplacement. Ils sont souvent retournés dans des conditions très précaires, sans le soutien requis pour assurer que leur retour soit une solution durable et - comme ceux qui continuent d'être déplacés dans les camps ou les familles d'accueil - ils sont largement dépendants de l'aide pour restaurer leurs moyens de subsistance. Parmi ceux interrogés lors de l'enquête, 58 pour cent des personnes retournées et 82 pour cent des personnes déplacées ont complètement perdu leurs sources de revenu.

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Beaucoup d'ivoiriens gardent à l'esprit des préoccupations sécuritaires et celles-ci continuent d'entraver le retour à la normale. Le rapport souligne également le besoin de renforcer l'accès à la justice et souligne que seul 28 pour cent des personnes interrogées connaissent l'existence de la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation récemment lancée.

"L'ouest de la Côte d'Ivoire est toujours aux prises avec les effets de la crise postélectorale et requiert un appui durable pour la période charnière à venir ", a déclaré le Directeur régional du Conseil danois pour les réfugiés pour l'Afrique de l'ouest, Gilles Ponserre. "Davantage doit être fait pour apporter une aide humanitaire plus adéquate aux personnes affectées par le conflit, et davantage doit également être fait pour améliorer la sécurité et l'accès à la justice dans la région afin de permettre une paix et une réconciliation durables".

Sur la base des priorités identifiées au travers de consultations menées avec les personnes déplacées et retournées, Oxfam, DRC et Care font des recommandations spécifiques visant la mise en place d'une politique de retour durable pour les personnes affectés par le conflit, le rétablissement rapide de l'état de droit, l'appui aux efforts de réconciliation et une aide humanitaire plus adéquate et mieux financée - notamment en matière d'alimentation, d'abri et d'appui aux moyens de subsistance.


Pour plus d'informations, veuillez contacter:


Gaëlle Bausson, Advocacy and Communications

Oxfam (Côte d'Ivoire) (+225) 40 79 58 62

gbausson@oxfam.org.uk


Gilles Ponserre, Directeur regional pour l'Afrique de l'ouest

Conseil danois pour les réfugiés +225 04 01 71 52

rd-wa@drc.dk


Steve Wallace, Directeur pays

Care (Côte d'Ivoire) +225 02 50 92 88

swallace@careci.org


Pour télécharger le document PDF original du rapport, cliquer: ICI

LES AFRICAINS NE SAVENT PAS

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François Copé, Secrétaire général de l'UMP (Union pour la Majorité Présidentielle), parti politique du président français Nicolas Sarkozy.

 

Les Africains n'ont pas de bonnes chaînes-TV, de bons journaux, et ne savent pas trop où aller sur Internet, quand ils y ont accès. Leurs chaînes  sont archaïques, croient toujours que la bonne vieille langue de bois est encore efficace et que leurs programmes soporifiques sont regardés. Les journaux ne sont pas beaucoup lus et pour ceux qui les lisent ils n'offrent le plus souvent que le ton des dépêches d'agences. Alors, les Africains regardent les télévisions de là-bas, qui offrent plein de choses confortables pour les yeux. Des matchs de haut niveau, des films récents et bien faits et...des informations aux belles images, rapides, digérées, commentées et illustrées.

Donc ils ne peuvent pas savoir ce qui risque de les atteindre, en bien ou en mal. Pour deux raisons. La première est que la langue de bois ne les nourrit pas de la réalité et que l'information de là-bas est faite pour qu'ils ne sachent rien de ce qui puisse leur faire du mal. La seconde est qu'ils n'ont aucun moyen de pallier la chose, s'il leur arrive de penser à le faire, malgré tout. Par conséquent, ils ne sauront pas ce qu'a dit François Copé, s'il leur arrive de savoir qui c'est, sur la nouvelle politique africaine de la France. Sinon ils auraient risqué de réagir.

Le monsieur Copé a dit que «Cette nouvelle politique (...) c'est celle que le président français Nicolas Sarkozy a menée durant la crise ivoirienne, comme d'ailleurs, dans un registre très différent, il a pu le faire en Libye». En passant, on peut lui reconnaître qu'il sait qu'en Libye cela passe plus difficilement qu'en Côte d'Ivoire. Il y a une raison fondamentale, voire vitale, que les Africains sachent ce qui se passe. Le monsieur parle d'eux. Il dit qu'il y a «... en Côte d'Ivoire comme en Libye une mission d'abord au service des peuples concernés...» Les Africains doivent être informés de ça et être les premiers à savoir qu'il y a une  «mission» en leur direction.

Eh bien, ils ne le sauront pas, jusqu'à ce que la terre se dérobe sous leurs pieds et que des flots de haines séparent en ennemis mortels, les enfants d'un même pays. Des «bons» d'un côté, des «méchants» de l'autre. Ces catégories, ils pourront les identifier grâce à ces mêmes télévisions, à la belle cosmétique, où défileront des «opposants» et des  «spécialistes»  de leur pays et qui leur expliqueront ce qu'il faut faire et de quel bord il faut être. Des dizaines de milliers de morts plus tard, sur un pays en ruine, la Banque Mondiale, le Fonds monétaire International et d'autres institutions du même acabit viendront, comme en Libye, travailler avec «les nouvelles autorités à un plan de relance économique», un plan qui impliquera les «experts» des «grandes démocraties», toujours soucieuses du bien-être des Africains et des peuples qui leur ressemblent.

D'ailleurs, pour preuve, la visite en Algérie du secrétaire d'Etat-adjoint américain pour les Affaires du Proche-Orient et l'Afrique du Nord, qui a pour but avoué de savoir auprès de Bouteflika «quelle était la meilleure façon d'aider (la Libye) à avoir une bonne transition». Et là, c'est encore assez gentil de solliciter un Africain. Car d'habitude ils décident tous seuls de ce qu'il y a à faire. Les Africains ne savent pas ce qui se passe autour de leur avenir et cela durera tant qu'ils ne seront pas informés.


Par Ahmed Halfaoui


Source : LES DEBATS.COM

lundi, 24 octobre 2011

MASSACRER LES AFRICAINS AU NOM DE LA DEMOCRATIE: LA FIN QUI JUSTIFIE LES MOYENS



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Mouammar Kadhafi, celui que l'on a appelé ''le guide libyen'' est mort, assassiné. Les images de sa dépouille malmenée, foulée aux pieds et exhibée comme celle d'un vulgaire bandit, resteront longtemps gravées dans notre mémoire collective. Des images dégradantes, déshonorantes, voire déshumanisantes d'africains, on en a vu ces dernières années. Certaines personnes, nullement choquées, en ont même applaudis ! De l'image de Laurent Gbagbo kidnappé, sa famille et ses collaborateurs faits prisonniers, en passant par celle des populations somaliennes fuyant la guerre, en proie à la pire des famines, jusqu'à celle de Kadhafi aujourd'hui, c'est à croire que les africains se complaisent dans le déshonneur.

La mort de Kadhafi est l'aboutissement d'une guerre injustifiée, menée de main de maître par l'organisation du traité de l'atlantique nord (OTAN), avec dans son sillage, les insurgés du CNT (conseil national de transition), qui n'étaient en fait là que pour du vent. Des libyens massacrant d'autres libyens. C'est à ce schéma que les puissances occidentales ont bien voulu nous habituer. Certains libyens ont été entraînés, armés par l'OTAN, dans le but de tuer d'autres libyens.

Kadhafi est mort. Ceux qui l'ont tué s'en félicitent et se congratulent. De même, ceux qui l'ont naguère fréquenté et qui ont bénéficié de ses largesses, toute honte bue, saluent aussi sa mort. Kadhafi a été assassiné. C'est un crime, un crime signé OTAN. Kadhafi est mort, c'est l'avènement d'une Libye nouvelle, celle qui sera à tout jamais redevable aux occidentaux de la coalition de l'OTAN. Dans les bureaux feutrés de l'Elysée, en passant par ceux de Washington, le champagne coulera à flot, tout comme coulera à flot le pétrole libyen, de l'Afrique vers l'occident, ne laissant au peuple libyen que l'illusion d'avoir acquis la liberté, passant sous silence le chaos et l'appauvrissement dans lesquels sera plongé ce pays pour les années à venir.

Hier la Côte d'Ivoire, aujourd'hui, la Libye. Des milliers d'africains sont massacrés et avec l'appui des occidentaux, au nom de la démocratie. Alors nous nous interrogeons: Si la démocratie qui est le pouvoir du peuple - tel que définit par ces occidentaux - préconise de massacrer ce peuple, pour s'imposer, alors il y a des raisons de s'inquiéter sur ce genre de démocratie, que ces mêmes occidentaux tentent insidieusement d'exporter en l'Afrique.

Dans cet exercice de réflexion, nous tenterons d'apporter quelques éclaircis à cette nébuleuse doctrine dont les moyens (guerres, tueries, massacres) justifient la fin (démocratie).

Ces 60 dernières années, l'Afrique est devenue un vaste champ de batailles. Disséminés un peu partout sur le continent, des foyers de conflits sont suscités, attisés et entretenus par les impérialistes occidentaux dont la devise est: « diviser pour mieux régner ». L'Afrique est devenue pour ces prédateurs un vaste laboratoire d'expérimentations, où ils viennent vendre et expérimenter leurs armes, donner de l'exercice à leurs soldats et assouvir leurs plus noirs envies. Pendant que le reste du monde s'emploi à rechercher des voies de développement plus accrues, l'Afrique est en proie à des querelles intestines à n'en point finir. Conséquences : des africains perdent chaque jour la vie, par centaines de milliers, voire par millions. Les chiffres officiels parlent d'eux-mêmes: RDC (4 millions de morts), Somalie (300 000 morts), Rwanda (800 000 morts), Côte d'Ivoire (3000 morts) ; Libye (60 000 morts), etc.

Résultat: au plan social et économique, les conséquences sont dramatiques. Le continent est en retard sur les autres malgré ses énormes potentialités. ''La main habile'' africaine préfère s'expatrier et rester en occident. La situation est alarmante et l'Afrique ne semble pas avoir plus avancé qu'à l'époque de la traite négrière. En effet, un parallèle avec cette époque permet de constater que les conséquences de la traite et celles des guerres actuelles sont les mêmes pour le continent. Selon les historiens, la traite négrière: « c'est entre 20 et 100 millions d'hommes et de femmes, de surcroît jeunes et donc en âge de procréer, qui furent perdus pour le continent africain ». Puis ils ajoutent : « Cette déportation fut à l'origine d'un bouleversement majeur des structures politiques et économiques de l'Afrique ». Dès lors, l'Afrique ne pouvait pas résister à la conquête coloniale du XIXe siècle.

C'est en ce 21ème siècle, sous nos yeux, avec la bénédiction de certains africains, que l'histoire se répète. Les occidentaux sont en passe de rééditer la traite négrière, ou la colonisation, peu importe le nom donné. Cette fois, la funeste machination revêt un caractère plus subtil, plus vicieux, mais les conséquences sont les mêmes: retard de l'Afrique, appauvrissement du continent, pertes en vies humaines incalculables, bouleversement majeur des structures politiques et économiques de l'Afrique.

Alors, question : qui meurt ? Ou Qui tue t-on ? Les occidentaux enlèvent à l'Afrique ce qu'elle a de plus cher : ses fils et ses filles. Car ils le savent bien : « il n'y a de richesse que d'hommes ». Des africains tuent d'autres africains avec la complicité des occidentaux qui n'hésitent pas, eux-mêmes, à participer au massacre quand cela leur chante. A ce jour, la Côte d'Ivoire continue de pleurer ses enfants, sortis mains nues pour défendre leur patrie et massacrés par l'armée française. Des milliers d'africains meurent chaque jour comme des mouches, du fait des conflits, orchestrés par les occidentaux.

A cette allure, c'est croire que la vie d'un africain n'a aucun prix, aucune valeur ! Or la déclaration universelle des doits de l'homme en son article premier stipule: « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits ». Mais en Afrique le caractère humain de l'homme et sa dignité semblent être niés. Les occidentaux quant à eux, n'hésitent pas à brandir, le cliché de l'africain sauvage et prompt à la vengeance bestiale. Comment présentent-ils l'Afrique à leurs concitoyens ? Un continent certes riche, mais peuplé d'imbéciles barbares, prêts à s'entre-tuer pour un oui ou pour un non. Les occidentaux sont venus avec leurs chars, leurs fusils, leurs hélicoptères, leurs avions de chasse, leurs missiles sophistiqués..., ils ont massacré des africains, armé certains africains pour que ceux-ci, en retour, tuent leurs frères, sans en éprouver le moindre remords.

Alors nous insistons: que vaut la vie d'un africain ? Mais surtout que vaut la vie d'un africain face à celle d'un occidental ? Pendant la guerre née la crise électorale en Côte d'Ivoire, l'armée française et les rebelles qu'elle a armé ont massacré des milliers ivoiriens. Mais Sarkozy, le président français, lors de sa visite en Côte d'Ivoire, n'en a eu cure. Il s'est plutôt préoccupé de deux ressortissants français, dit-on, enlevés. Les paroles qu'il a prononcé à cette occasion, doivent interpeller tous les africains: « On ne peut pas toucher à des citoyens français en toute impunité. Ca ne serait pas juste, ça ne serait pas conforme à l'idée que je me fais de la morale ».

Lorsque des africains sont massacrés, cela est perçu comme allant dans le sens normal des choses. Par contre, dès qu'il y a des risques d'embrasement d'une situation dans un tierce pays africain, à quoi assistons-nous ? A l'évacuation immédiate des ressortissants occidentaux. Même les animaux de compagnie tels que les chiens et les chats font partie de cette opération d'évacuation ! Au Rwanda, nous avons pu le voir, peu avant le déclenchement du génocide: les images de ressortissants occidentaux systématiquement évacués, laissant les rwandais à leur malheureux sort. De même, lorsqu'un ressortissant occidental, ne serait-ce qu'un seul, est porté disparu ou kidnappé, c'est le branle-bas. Les média occidentaux, la diplomatie, les politiques, l'armée..., bref, tous les services, sont mis à contribution. Ciel et terre seront remués pour les retrouver. Alors, nous reposons la question : que vaut la vie d'un africain face à celle d'un occidental ?

Tant qu'il s'agit d'imposer la démocratie dans nos Etats jugés, selon ces mêmes occidentaux, pas assez démocratiques, tous les moyens sont bons. La démocratie commande t-elle de tuer pour s'imposer ? Joseph Marat, journaliste ivoirien, s'interroge à son tour: « (...) Qui peut mesurer la dose de bon sens dans l'idée qu'il faut faire la guerre, susciter et soutenir des rébellions pour imposer la démocratie ? Tuer le peuple pour qu'advienne le pouvoir du peuple ou le pouvoir du peuple par les armes, cela n'a pas de sens ».

Certes, la démocratie est une forme d'organisation sociale, mise en place par l'homme. D'une part, comme toute œuvre humaine, elle ne peut se targuer d'être parfaite, car la perfection, reconnaissons-le, n'est pas de ce monde. D'autre part, le fait qu'elle est présentée aujourd'hui comme le meilleur des systèmes parmi tant d'autres, fait qu'elle n'est pas à l'abri des démons occidentaux qui n'hésitent pas à en dévoyer le but et s'en servir comme prétexte pour assouvir leurs intérêts personnels. Lorsqu'il s'agit de l'Afrique et des africains, plus aucune loi, plus aucune règle, plus aucun bon sens n'existent. Pour leur survie et leur hégémonie, les occidentaux appliquent une bonne vieille loi, celle de la jungle où : « les plus forts mangent les plus faibles », sans le moindre remords.

Africains, africaines, sachez-le: pour ce siècle présent à venir, l'Afrique est le continent de l'avenir. Ces occidentaux, mieux certains africains ont comprit cela. Sinon comment expliquer leur acharnement sur le continent ? Quand ils se font passer pour les ''sauveurs de l'humanité'' ? La traite négrière, l'esclavage, la colonisation ont été des signaux d'alarmes pour les africains. Mais ces derniers ne semblent pas y avoir prêté attention. Parler aujourd'hui de dignité, de liberté et de souveraineté de l'Afrique, paraît aux yeux de certains comme un conte de fées. Le plus triste, c'est que ces derniers croient dur comme fer, lorsque les occidentaux, la main sur le cœur, parlent de démocratie et des droits de l'homme. En ce 21ème siècle pensez-vous que les occidentaux sont devenus meilleurs ? Ils ont certes tiré les leçons du passé. Et ce qu'ils ont retenu, c'es qu'il faille utiliser désormais des méthodes moins brutales, moins barbares, mais plus subtiles, pour continuer à exploiter l'Afrique et les africains. Pour ce faire, mettre en avant la démocratie, et les droits de l'homme, est devenu leur leitmotiv.

Les aides, supposées être apportées par les puissances occidentales, ont-elles aidé l'Afrique ? L'Inde, la Chine, le Brésil et certains pays asiatiques, naguères au même niveau de développement économique que la plupart des pays africains, rivalisent aujourd'hui avec les puissances occidentales, pendant que l'Afrique reste derrière, en bon dernier, trainant sa misère et son lot quotidien de morts. En ce 21ème siècle, sous nos yeux, l'histoire semble se répéter : Après l'esclavage, la traite négrière, la colonisation..., le Néocolonialisme bat son plein et les africains perdent leur temps et leur énergie, dans des querelles intestines, s'enfonçant d'avantage dans le sous-développement et la pauvreté. Le temps qu'ils se réveillent, il sera peut-être, déjà trop tard.

Alors comme le dit si bien Malick Seck Noel : « Ils pourront désormais regarder leurs enfants et en toute confiance, leur promettre un avenir pire que le leur, car eux n'ont été que les larbins de la France, leurs enfants en seront les esclaves... ».

Il appartient donc aux africains de prendre leur destinée en main. Personne d'autre, mieux qu'eux-mêmes, ne viendra leur rendre leur dignité. C'est aujourd'hui et maintenant que la lutte, sans merci, doit s'engager. Elle ne doit s'arrêter que lorsque la victoire sera totale, car ceci est une lutte d'usure. Qu'ils, se le tiennent donc pour dit : « Seuls leur détermination, leur conviction, leur courage et leur foi auront raison des ennemis de l'Afrique ».

Avec Mouammar Kadhafi, nous avions en commun ces ennemis de l'Afrique. Alors disons à notre ami Kadhafi, combattant pour l'Afrique, paix à ton âme et que la terre te soit légère !


Marc Micael

 

Source : COTE D'IVOIRE LA LUTTE CONTINUE

samedi, 22 octobre 2011

MENSONGES ET MANIPULATIONS AUTOUR DE LA MORT DE KADHAFI


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Dans quelles conditions Muammar Kadhafi est-il décédé ? A peine la véracité de l'information sur sa mort a-t-elle été confirmée par les grandes puissances occidentales membres de la coalition de l'OTAN qui dirige les rebelles du CNT sur le terrain, que cette question se fait jour. En effet, on a eu droit à une sorte de scénario de l'annonce de l'ex Guide libyen qui, rétrospectivement, semble avoir été minutieusement pensé pour brouiller les pistes.

Tout a commencé par l'annonce, par le CNT, de la capture, puis de la capture et de la mort, suite à ses blessures, de Kadhafi. La France, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, nations à la tête de la coalition occidentale ayant juré la perte du natif de Syrte, ont d'abord feint de ne rien en savoir. Le CNT ayant habitué l'opinion mondiale à des annonces plus fantaisistes les unes que les autres, l'heure devait donc être à la circonspection. Mais les médias occidentaux, sans doute briefés par les «services» de leurs pays, ont très vite pris cette dernière annonce au sérieux. Pendant que leurs gouvernements gardaient le silence.

Comme à Abidjan avec Gbagbo, Paris a livré Kadhafi à ses ennemis

Pourquoi ? Dans le storytelling rédigé à l'avance pour raconter la mort de Kadhafi, il fallait absolument pouvoir dire que son trépas est uniquement lié à la violence vengeresse, sauvage mais compréhensible après tout, de ses propres compatriotes. Visiblement, cette stratégie du récit n'a pas résisté à la rivalité des alliés occidentaux, chacun étant désireux de montrer à quel point sa participation à l'œuvre commune a été déterminante, dans la mesure où l'investissement guerrier de départ devra être rémunéré à la mesure du risque par les nouveaux maîtres du pays. Gérard Longuet, ministre français de la Défense, est donc sorti du bois. Il a avoué que c'est l'aviation française qui a stoppé le convoi dans lequel se trouvait Kadhafi. Un convoi d'environ 80 véhicules. «Ils ont été stoppés dans leur progression mais non détruits par l'intervention de l'aviation française, en l'occurrence des Mirage, et ce sont des combattants au sol de Misrata qui ont intercepté une partie du convoi (...) Parmi les voitures détruites, ils ont sorti le colonel Kadhafi dont on pensait qu'il était blessé mais il était en fait mort», a-t-il ajouté. Il s'agit donc d'une opération conjointe dirigée par l'armée française. Comme le 11 avril 2011 à Abidjan avec Gbagbo, l'armada hexagonale a fait le gros du boulot et livré Kadhafi à ses ennemis pour qu'ils se salissent les mains pour le grand profit de tous. Les mythes de l'Occidental humaniste et de l'Arabe (ou de l'Africain) sauvage et prompt à la vengeance bestiale ont été préservés. Comme Samuel Doe au Liberia, dont le martyre a été filmé et diffusé, confirmant les préjugés sur la férocité nègre, Kadhafi a été déchiqueté sur la place publique. Mais qui peut sérieusement croire que la France,  qui avait localisé Kadhafi - sinon, pourquoi pilonnait-elle la colonne où il se trouvait - ne savait pas très clairement quand, où et comment il a été tué ? Mensonges, manipulations !

Pourquoi il fallait tuer Kadhafi

Les Occidentaux et le CNT ont donc eu la peau de Muammar Kadhafi, et les bien-pensants semblent regretter le fait qu'il ne puisse désormais pas être jugé. Mais, comme Saddam Hussein, il fallait que Kadhafi meure. Déjà pour ne pas incarner, dans les fers, la nostalgie d'une Libye souveraine et prospère, qui se développera forcément bientôt, vu que le chaos et l'appauvrissement de ce pays sont déjà programmés. Il fallait aussi que Kadhafi meure pour que l'on n'en parle plus, et pour éviter un procès au cours duquel il aurait été difficile d'éluder ses relations financières troubles avec un certain nombre de réseaux occidentaux - on pense forcément à Nicolas Sarkozy et à l'affaire Ziad Takkiédine, qui passe par Tripoli, ainsi qu'aux propos de Seif El-Islam Kadhafi affirmant que son père a financé la dernière campagne présidentielle du président français. Un procès de Kadhafi aurait également exposé certains «néo-démocrates» du CNT, qui ont à leur passif les pires dérives du régime Kadhafi, et dont la seule qualité est d'avoir habilement retourné leur veste quand le vent a tourné.

Jusqu'à quand la Libye sera-t-elle militairement occupée ?

Maintenant que Kadhafi, contre qui il fallait «protéger les civils» de Benghazi n'est plus, l'OTAN va-t-elle quitter la Libye ? Très improbable. Pourquoi abandonner la présence militaire directe, seul gage que les intérêts des Occidentaux seront préservés dans le cadre du « nouvel ordre politique » libyen ? Il est plus que probable que, désormais, les vrais problèmes du CNT soient publiquement débattus dans le « monde libre » ? Ses divisions profondes, la présence préoccupante d'islamistes dans ses rangs, la grande insécurité que la stratégie guerrière a créée à Tripoli, les violations des droits de l'Homme... Désormais, il sera question, dans la stratégie du récit occidentale, de protéger les Libyens non de Kadhafi, mais de certains de leurs nouveaux dirigeants. La présence de l'OTAN se justifiera également par un souci de «sécurité globale» et de lutte contre le terrorisme. Après avoir installé le chaos en Libye, la coalition occidentale va expliquer au monde entier qu'elle y reste pour combattre le chaos. Mais les Libyens, dont le pays a été dévasté, paieront très cher le prix de leur amère «liberté».


Source : NOUVEAU COURRIER.INFO

vendredi, 21 octobre 2011

LA CPI: DE L'INJUSTICE INTERNATIONALE A LA JUSTICE INTERNATIONALE?



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Il y a deux semaines, nous avons eu le bonheur de lire l'article « La CPI, une cour d'injustice internationale » de l'essayiste ivoirien Anicet Djéhoury, qui présentait le visage hideux de cette machine judiciaire au service de l'impérialisme des nations puissantes de ce monde, relevant avec à-propos « la volonté des grandes puissances de mettre leurs ressortissants au-delà des lois internationales », avec « pour principal effet de faire de la CPI, un tribunal pour juger et condamner uniquement les crimes des autres ».

Ainsi l'arrivée du procureur de la Cour pénale internationale, l'argentin Luis Moreno-Ocampo, à Abidjan, le vendredi 14 octobre 2011, à la demande des nouvelles autorités ivoiriennes, est diversement appréciée. En effet, les obédiences proches du Président Laurent Gbagbo y voient l'occasion pour elles de faire enfin triompher la vérité sur le mensonge international abondamment servi au monde à la faveur de la crise postélectorale ivoirienne et d'élucider tous les crimes commis contre le peuple de Côte d'Ivoire, depuis la nuit du 18 au 19 septembre 2002. Aspiration, du reste, légitime. Mais le seul fait que cette initiative soit à mettre au compte d'Alassane Ouattara, sous l'instigation de la France, n'augure rien de bon pour bon nombre d'Ivoiriens, qui y voient une mascarade et une volonté souterraine de faire payer les crimes de la crise ivoirienne au seul camp Gbagbo.

Car il est capital de relever que c'est après une visite de Ouattara en France et une autre, le jeudi 29 septembre, du ministre français de la justice, Michel Mercier, au président de la CPI, le juge sud-coréen Sang-Hyun Song, suivie de celle du ministre ivoirien Coulibaly Gnénéma des Droits de l'Homme et des Libertés publiques, à La Haye, accompagné de M. Michel Mercier, en vue d'une saisine officielle, que cette cour s'est mise en branle sur le dossier ivoirien et a circonscrit la période d'enquête à l'après 28 novembre 2010. Ces coïncidences - et accointances - sont pour le moins suspectes et dévoilent une collusion qui laisse présager une justice à sens unique de l'instance judiciaire internationale contre le Président Laurent Gbagbo et tous ses proches. D'ailleurs, de sa jeune histoire, la CPI n'a jamais bénéficié de réputation plus reluisante.

Ouattara pourrait même, pour les besoins de la cause, se délester de collaborateurs gênants dont les noms ont été cités de façon récurrente dans les rapports des ONG internationales de défense des droits humains, relatifs aux crimes postélectoraux, et notamment aux massacres de Duékoué qui ont fait plus de deux mille morts en trois jours, et immoler quelques FRCI sur l'autel de la « justice internationale » pour montrer patte blanche, quand il est lui-même le principal instigateur de toutes les violences qu'a connu notre beau pays, balafré et défiguré par la folie meurtrière et la convoitise criminelle du fauteuil présidentiel ivoirien depuis au moins 18 ans.

« Elaborée après les massacres de la seconde guerre mondiale, l'idée d'une justice internationale a pris forme en 1998 avec l'adoption du statut de Rome qui crée la Cour Pénale Internationale (CPI). Treize ans après, l'esprit du statut de Rome a fait long feu. Certains pays (Chine, Israël, Inde ...) n'ont pas signé le statut. D'autres (USA, Russie ...) l'ont fait mais refusent tout processus de ratification », souligne l'essayiste Anicet Djéhoury.

« A ce jour, la Cour a ouvert une procédure d'enquête dans 7 cas. Tous en Afrique (Ouganda, République Démocratique du Congo, Centrafrique, Darfour, Kenya, Libye et Côte d'Ivoire). Depuis sa création, la CPI n'est rien d'autre qu'une Cour Pénale Africaine. La colère du président de la commission de l'Union Africaine, Jean Ping contestant « l'africanisation des poursuites de la Cour » est donc légitime. Les victimes des crimes contre l'humanité en Irak (plus de 650.000 morts), des crimes de guerre en Tchétchénie (160.000 morts), en Afghanistan et à Gaza, etc. méritent mieux que le silence coupable qui leur est destiné.

Il ne s'agit ni d'encourager l'impunité en Afrique, ni de contester la compétence de la CPI sur le continent noir. Il est simplement question de dénoncer une justice instrumentalisée et à double vitesse. De contester une justice de dominants pour les puissants. Et d'appeler de tous nos vœux, une justice internationale enfin égale pour tous », plaide-t-il.

Peut-on espérer que la CPI fasse sa mue sur le dossier ivoirien ? Question pertinente et même capitale quand il est de notoriété que la CPI a toujours fait la part belle aux puissants et aux vainqueurs, et notamment aux Occidentaux, et qu'elle a toujours foulé au pied les faibles, les vaincus, et notamment les Africains.

Luis Moreno-Ocampo « jure » la main sur le cœur que justice sera faite et promet une enquête « impartiale » concernant les crimes contre l'humanité et les crimes de guerre en Côte d'Ivoire. Nous en doutons, en toute légitimité. D'autant plus, quand il est reçu en grandes pompes à Abidjan par le nouveau pouvoir ivoirien, tout sourire et en totale complicité, au Palais présidentiel et à la Primature, avec un Alassane Ouattara et un Soro Guillaume ainsi « subliminalement blanchis ». « Nous sommes ici pour rencontrer les Ivoiriens et SURTOUT les victimes », avait-il clamé. Combien a-t-il donc rencontré de victimes, en seulement 24 heures, le week-end dernier (du vendredi 14 soir au samedi 15 après-midi) entre ses virées à la Présidence et à la Primature, et ses visites au Ministère de la justice, au siège de la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation et à la délégation du FPI, parti du Président Laurent Gbagbo ? Mystère et boule de gomme ! Moreno-Ocampo n'a rencontré personne. « On se fout de notre gueule », permettez-moi l'expression.

Le procureur Luis Moreno-Ocampo était tout juste en villégiature en Côte d'Ivoire. L'aspect technique et professionnel de son voyage en terre ivoirienne - si crucial - lui importait peu. Tout juste l'occasion d'une belle sortie médiatique pour rassurer les puissants du monde sur sa volonté à donner suite à leurs desiderata, relativement à leur filleul Alassane Dramane Ouattara. Dans la droite ligne des missions originelles de la Cour pénale internationale. Celles à elle définies par les penseurs du Nouvel ordre mondial, même s'ils ne lèvent pas eux-mêmes le petit doigt pour ratifier le statut de Rome la portant sur les fonts baptismaux.

On se souvient que, dans le mois de juillet 2011, la Cour pénale internationale, « cette instance de justice pour indigènes », avait mis Mouammar Kadhafi en accusation ; les Etats-Unis, maîtres du monde en déclin mais encore assez puissants pour en imposer, ont royalement ignoré la décision, la considérant comme lettre morte. Donc nulle et non avenue. Pas par amour pour le Guide libyen, mais pour affirmer leur ascendance incontestable sur l'institution judiciaire, qui n'a pas à décider sans leur avis. Au grand dam du philosophe Bernard-Henri Lévy (l'autre patron du CNT) et des autorités françaises, qui avaient parrainé la mise en accusation. Les Etats-Unis ont ainsi passé l'éponge sur la décision de la magistrate de la CPI qui, « si elle avait la moindre miette de dignité, devrait démissionner, faute de pouvoir dédire Obama et ses affidés », comme l'affirme si bien le chroniqueur algérien Ahmed Halfaoui. « Elle n'en fera rien, dans la mesure où aucune décision de ce type ne peut être prise sans une injonction » des puissants de ce monde. Elle le sait. Maintenant, nous le savons aussi. Et nul n'est désormais censé l'ignorer. Cette désinvolture, la juge de la CPI l'a payée cash. Ce sont les grands de ce monde qui décident des poursuites, à la CPI, et personne d'autre, fût-il procureur ou juge au sein de l'instance judiciaire internationale. La preuve ? Elle est là dans tout son cynisme. Il en fallait une pour tous les candides et crédules « qui croient à la justice internationalisée ».

De sorte qu'il n'est « plus possible pour la CPI de conserver sa crédibilité pour autant qu'elle en ait une. Et ce n'est pas une simple question de jurisprudence, mais plutôt de validité d'une institution qui apparaît au grand jour en tant qu'arme de guerre contre ceux qui veulent résister à la domination », assène Ahmed Halfaoui. Le cas ivoirien ne s'écarte pas de cette ligne de pensée triomphante et de cette logique arrogante.

Au regard de tout ceci, nous sommes en droit de douter de la capacité de la CPI à rendre une justice équitable en Côte d'Ivoire. Ce qu'elle n'a d'ailleurs jamais fait nulle part dans le monde. Seuls les faibles et les vaincus ont eu droit à ses sentences, comme de véritables coups de glaive exterminateurs, quand les pires criminels du siècle se la coulent douce et, suprême ironie, décident de qui est coupable et de qui doit « trinquer ».

On peut donc légitimement s'interroger, en ce qui concerne le cas de la Côte d'Ivoire : Par quel coup de baguette magique, celle qui a toujours été au service des grandes puissances et de leurs intérêts va-t-elle, subitement, passer de l'injustice internationale à la justice internationale ? Nous sommes bien curieux de le savoir. Le dossier ivoirien sera peut-être le cas unique de l'histoire qui viendrait, plus que de besoin, confirmer la règle immuable de cette machine - ou plus exactement de cette machination - judiciaire à broyer de l'indigène. Qui vivra, verra ! D'ici là, il ne nous reste plus qu'à nous en remettre à celui qui nous a créés égaux, libres, dignes et fiers, pour que triomphe pour le peuple ivoirien Sa justice, souveraine, équitable et que nul ne peut esquiver.


Que DIEU bénisse la Côte d'Ivoire !


DINDE Fernand AGBO


In le quotidien ivoirien « Le Nouveau Courrier » N° 347 du jeudi 20 octobre 2011.

VOICI LA JUGE QUI DIT NON AU COMPLOT DE LA CPI


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Une habile campagne médiatique tend à faire croire que la Cour pénale internationale (CPI), unie comme un seul homme, est prête à fondre sur le président Gbagbo et ses proches, au nom d'une «justice des vainqueurs» absolument en phase avec celle que pratique le régime d'Abidjan.

S'il est vrai qu'un puissant lobby international mené par le gouvernement français est pressé d'envoyer Gbagbo à La Haye pour empêcher toute réversibilité de la situation politique en Côte d'Ivoire, les choses ne sont pas aussi aisées que les médias voudraient le faire croire. En interne, les juges de la Cour pénale internationale sont divisés sur le dossier ivoirien.

Ce qui témoigne de ce malaise, c'est un document produit par la juge Silvia Fernandez de Gurmendi, Argentine comme le très controversé procureur Louis Moreno-Ocampo.

Un document qui s'assume comme une «opinion individuelle et partiellement dissidente», et qui est diffusé sur le site internet de la Cour.

Que conteste la juge Fernandez de Gurmendi ? Elle est, premièrement, en désaccord «avec l'approche globale de la majorité quant au rôle de la Chambre [préliminaire, ndlr]». Une Chambre préliminaire à qui l'on doit l'autorisation d'enquêter donnée au procureur Ocampo.

Selon la juge Fernandez, l'approche qui a mené à cette autorisation «n'a aucun fondement dans le cadre juridique de la Cour». Si on en croit cette juge, la Chambre préliminaire est allée au-delà de son rôle de supervision et a empiété sur la nécessaire enquête préparatoire des services du Procureur qui aurait dû précéder l'autorisation d'enquêter. Tout cela a l'air bien complexe, mais il transparaît clairement que la Cour est allée vite en besogne.

L'on est en droit de penser que certains lobbies sont trop pressés parce qu'ils se soumettent à l'agenda d'Alassane Ouattara dont la priorité des priorités est de neutraliser à jamais Laurent Gbagbo.

Restreindre la capacité d'enquête du procureur

La juge Fernandez de Gurmendi est, plus profondément, en désaccord avec le choix de la Cour sur «la portée temporelle de l'enquête autorisée». Elle écrit : «Je regrette que la majorité a décidé de restreindre l'autorisation à des crimes commis depuis le 28 Novembre 2010. Je crois que la majorité aurait pu faire reculer la date de départ pour englober, comme suggéré par le procureur, les crimes présumés commis depuis 2002, au lieu de lui ordonner de revenir avec des informations supplémentaires sur ces crimes».

Elle regrette également la limitation de la compétence de la Cour pour poursuivre les
crimes à venir, qui «peut restreindre indûment la capacité du Procureur de mener des enquêtes sur les crimes futurs découlant de la même situation de crise continue en Côte d'Ivoire». Une limitation qui, à l'en croire, n'a aucun fondement légal. On sort du texte-vérité
de la juge Fernandez de Gurmendi avec une certitude. Certains réseaux puissants veulent instrumentaliser la Cour pénale internationale pour «en finir» avec leur ennemi ivoirien - Laurent Gbagbo - tout en la bridant et en l'orientant assez pour qu'elle ne finisse pas par s'en prendre à un allié dont les troupes ont et pourraient avoir à l'avenir - vu leurs pratiques récurrentes de «gouvernance par la violence», pour reprendre l'expression du chercheur Michel Galy - beaucoup de sang ivoirien sur les mains.


Benjamin Silué


Source : NOUVEAU COURRIER.INFO