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vendredi, 20 janvier 2012

UN NOIR VENDREDI 13: LA FRANCE ET NICOLAS SARKOZY «DEGRADES»


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Le vendredi 13 janvier 2012 est venu en rajouter à toutes les superstitions fantaisistes sur cette date « singulière ». Un authentique vendredi noir qui a vu la dégradation en cascade de plus de la moitié des pays européens membres de la zone euro (9 sur 17), victimes d'une gouvernance européenne non concluante qui plonge une bonne partie de l'Europe dans l'incertitude et les lendemains improbables. Oui, le couperet, après plusieurs mois de tergiversations et de circonlocutions, est tombé, dru : La France a perdu son triple A, avec une perspective négative, et bien d'autres pays ont été dégradés. Mais pas l'Allemagne qui conserve une perspective stable. « Une double claque pour le gouvernement français », comme dit le journal français Le Figaro.

L'agence de notation américaine Standard & Poor's (S&P) qui a infligé cette sanction à l'Europe portait ainsi un regard des plus sévères sur les institutions et les dirigeants européens qui, au terme de multiples sommets de dernière chance, ne sont finalement pas parvenus à apporter des solutions suffisantes à la crise de la dette qui frappe de plein fouet la zone euro.


Le plus grand grief de l'agence de notation contre les européens, c'est le fait de fonder leurs réformes et mesures de sortie de crise financière sur la seule et unique austérité budgétaire, contre productive et non compétitive. L'Europe, en ne donnant pas ainsi de garantie de croissance et de compétitivité aux marchés financiers, devient peu sûre et tombe tout logiquement sous le coup d'une décision implacable qui dégrade sa compétitivité.


Elle épingle, en outre, l'insuffisance des ressources constituant les fonds de secours de la zone euro, et - pour bien faire les choses -, dégrade aussi d'un cran le Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF), véritable fonds de soutien - si ce n'est de salut - européen, trois jours seulement après avoir dégradé les pays européens (le lundi 16 janvier 2012) et après que l'Allemagne ait marqué sa volonté de ne pas le renflouer, rendant inévitable la nouvelle sanction de Standard & Poor's.


Cette notation de l'agence américaine est un véritable camouflet, un revers cinglant, pour Nicolas Sarkozy qui avait toujours présenté ce triple A comme un « trésor national » et qui confiait en coulisse : « Si on perd le triple A, je suis mort », « il faut qu'on garde, coûte que coûte, le triple A ». François Fillon, le Premier ministre français, était même péremptoire : « La perte du triple A, c'est la ruine de la France ». Eh bien, c'est fait ! Le socialiste François Hollande ne fait pas la fine bouche : « C'est une politique qui a été dégradée, pas la France ». Pour Dominique de Villepin, c'est « l'échec d'un quinquennat, l'échec d'un choix, le choix d'ouvrir les vannes de la dépense ». Le parti de Nicolas Sarkozy, l'UMP, relativise l'information qu'elle affirme ne pas être une catastrophe et rebondit sur le maintien du triple A de la France par les agences de notation Moody's et Fitch Ratings qui constituent avec S&P (la plus ancienne et la plus influente sur les marchés financiers de la planète), une oligopole devenue incontournable, depuis une vingtaine d'années, pour les investisseurs du monde entier. Moody's et Fitch maintiennent, certes, le triple A de la France mais, à la vérité, elles la tiennent (la France) à l'œil pour les prochains mois et il ne faut pas se faire d'illusions, elles dégraderont bel et bien la dette souveraine française, tout comme S&P. C'est juste une question de temps. Tout simplement parce que la France ne dispose d'aucun mécanisme pour rebondir avant plusieurs années. Elle n'offre aucune garantie de croissance, en ce moment. Sa seule matière première : l'austérité, la rigueur, la cure d'amaigrissement drastique. Pas précisément faites pour relancer l'économie. Vous parlez d'un cercle vicieux !


En réalité, la France et singulièrement Nicolas Sarkozy, sont victimes d'une longue tradition de gouvernance nationale chaotique et de gestion internationale apocalyptique. D'une part, depuis 32 ans, tous les budgets de la France sont en déficit. Le dernier en équilibre se trouvait être sous Valéry Giscard d'Estaing. En clair, cela remonte à une petite éternité. D'autre part, l'on se souvient encore des récentes croisées de ce pays, en Afrique, qui ont fait des milliers de morts en Côte d'Ivoire et en Libye, ainsi que des destructions immenses, innommables qui, au final, n'ont fait tomber aucune véritable dividende dans l'escarcelle d'un Hexagone en faillite, qui s'agrippe avec le désespoir d'un damné pour ne pas descendre dans les profondeurs abyssales, quitte à déglinguer au passage des Etats tranquilles, souverains et qui ne demandent qu'à décider, sans intrusion ni ingérence, de leur propre histoire. Elle fait, actuellement, la cour à la Prix Nobel de la Paix, Aung San Suu Kyi, avec la visite remarquée du ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé. Il faut d'ores et déjà craindre pour la Birmanie, dans les mois à venir. Car la « communauté internationale » a choisi son candidat.

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La France doit redevenir humble, réaliste et conséquente envers elle-même : on ne mène pas grand train de vie quand on est paumé. Pour parler trivialement. C'est le bon sens même ! Nous le disons une fois de plus : la France doit revoir ses prétentions à la baisse, seule voie de sortie. Et de salut. Et transformer son modèle économique, non compétitif, ainsi que son modèle de société, trop coûteux, en socle de stabilité et de croissance.  Pourquoi un Etat qui est loin d'avoir les performances d'une Allemagne bonne élève, première puissance économique d'Europe, possédant une armée modeste, sans base militaire à l'extérieur et résolument au travail, prétendrait-il entretenir plus de 10 bases militaires en dehors de son territoire et se payer le rythme de vie qui est le sien, en ce moment ? Avec quelles ressources les ferait-il fonctionner et avec quoi maintiendrait-il son modèle de société actuel quand l'économie nationale part en vrille ?

La France ne peut continuer à vivre au-dessus de ses moyens au point d'arrimer le simple fonctionnement de l'Etat à un endettement excessif. Point des comptes : 1700 milliards d'euro de dette à la fin du troisième trimestre 2011. Plus de 85% du PIB. Phénoménal. Déprimant. Pour autant, elle dispose encore de trois voies possibles pour éponger cette lourde créance : une forte inflation (spoliation des épargnants ; ce qui n'est pas souhaitable), une forte croissance, ou une hausse significative des recettes publiques. La France ne peut envisager aucune d'elle. A tout le moins, pour l'heure. Elle n'en a pas les moyens.

Pour ne pas avoir voulu se soumettre à cette règle élémentaire d'économie, le pays de Nicolas Sarkozy s'est offert, avec sa bénédiction, « poings et pieds liés aux marchés financiers », comme le dit si bien Monsieur Jean-Luc Mélenchon, du Front de gauche. Cette dégradation d'un cran de la dette souveraine française, avec perspective négative, n'est en réalité que le premier maillon d'une chaîne déclinante qui verra la descente aux enfers de la deuxième économie d'Europe. Une déchéance bien amorcée pour la décennie. Pour la simple et bonne raison que Nicolas Sarkozy et ses prédécesseurs ont pris toutes les décisions et instauré toutes les réformes sauf la seule qui vaille : cesser de vivre de l'économie de prédation et des guerres démocratico-humanitaires - qui ne sont rien d'autre en réalité qu'impérialistes et ne représentent pas la vraie richesse du pays - et se mettre résolument au travail comme l'Allemagne. Mais pour y arriver, il faut une bonne dose d'humilité que n'a pas la France.

L'Allemagne pour rappel, dans l'optique d'atteindre une industrialisation et une force de production suffisantes pour booster son économie, ainsi que son développement, et se mettre au large, avait adopté une réforme baptisée en allemand « Feuille de patate » : c'est-à-dire serrer la ceinture, vivre selon ses moyens, quitte à manger de la patate et des feuilles de patates. Or, Pierre Lellouche, Secrétaire d'Etat français chargé du Commerce extérieur, sur le plateau de l'émission « Mots Croisés » de France 2, ce lundi 16 janvier 2012, l'a dit sans détours, bien qu'étant membre du gouvernement d'un pays au bord du précipice : « La France n'ira tout de même pas jusqu'à manger des feuilles de patates ! ». Très révélateur de l'état d'esprit d'un peuple imbu et suffisant (tous les français ne le sont pas, heureusement), peu disposé au sacrifice. Surtout quand ce sont les plus faibles qui doivent payer, pendant que le CAC 40 distribue des milliards d'euro de dividendes, profits dont le montant s'élève à 12 fois ses charges fiscales réelles payées à l'Etat français, selon Monsieur Jérôme Cahuzac, Président de la Commission des finances de l'Assemblée nationale, Chargé du pôle budget et fiscalité dans l'équipe de campagne de François Hollande.

Espérons que « la grande France » trouve les solutions idoines à son mal, un mal profond qui risque de l'emporter, irrémédiablement. « ADO Solutions », qui a juré la main sur le cœur avoir une réponse à chacun de nos problèmes, pourrait même lui prêter main forte s'il parvient à se sortir des sables mouvants ivoiriens dans lesquels il est lui-même empêtré, depuis bientôt dix mois, nous donnant le net sentiment de naviguer à vue et de conduire le navire Ivoire dans les rochers, à l'image du commandant Francesco Schettino du bateau de croisière Costa Concordia, échoué vendredi dernier (13 janvier !), aux larges de l'île de Giglio (Ouest de l'Italie).

Compétitivité et mise en ordre des finances publiques - et nous ajouterions volontiers « mise à plat de l'ego surdimensionné de la France » - paraissent être les seules issues objectives qui s'offrent à un Nicolas Sarkozy, groggy, qui ne peut pas plus mal commencer sa campagne présidentielle 2012. Au-delà des euphémismes de rigueur pour ne pas perdre son aplomb. En attendant, les Ivoiriens pleurent, dans la plus grande indifférence du gouvernement ivoirien, le décès du ministre d'Etat Paul-Antoine Bohoun Bouabré, le père du « budget sécurisé » et du « budget de sauvegarde » qui nous ont donné de grandes fiertés, nous épargnant de nous inscrire dans la mendicité internationale, option résolument affichée du nouveau régime d'Abidjan. Le jour se lève toujours.


Que DIEU bénisse la Côte d'Ivoire !



In le quotidien ivoirien "Le Nouveau Courrier" N° 420 du jeudi 19 janvier 2012.

SIDIKI BAKABA, COMEDIEN ET REALISATEUR: «DANS LE BUNKER DE GBAGBO, J'AI ECHAPPE A LA MORT»

 

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Le comédien ivoirien Sidiki Bakaba, 62 ans, est un miraculé. Il a vu la mort de près, de très près même. Le 11 avril 2011, jour de la chute et de la capture de Gbagbo, des soldats pro-Ouattara ont voulu l'exécuter. Il a été sauvé de justesse par des militaires français qui passaient par là. La veille, le 10 avril, un obus tiré à partir d'un hélicoptère français de la Licorne a failli le réduire en bouillie. Au Festival du film de Tanger où nous l'avons rencontré, l'ancien directeur du Palais de la Culture d'Abidjan nous a livré un récit poignant de l'odyssée qui a failli lui coûter la vie. Nous vous livrons, tel quel, le témoignage d'un homme qui revendique toujours une amitié de 40 ans avec Laurent Gbagbo.


« Le 10 avril 2011, veille de la capture de Gbagbo, je filmais avec ma caméra. Ma maison est dans la même rue que celle de la résidence où le président s'était retranché avec ses proches, dans un bunker. Autour de moi, ça n'arrêtait pas de tirer. Il y avait plus de 300 militaires et des blindés dans les environs. J'étais bloqué chez moi. Des soldats pro-Gbagbo me disaient : «Vieux père, nous nous battons pour libérer l'Afrique ! Ils semblaient enthousiastes. Ils m'ont même mis dans leur blindé et j'ai pu filmer les rues désertées de Cocody. Plus tard, ils sont revenus me dire : "Vieux père, ça commence à se gâter ; il faut partir, car si les Frci (Forces républicaines de la Côte d'Ivoire) te trouvent, ici, ils vont t'arroser de balles d'autant plus qu'il y a des mercenaires parmi eux". Fuir, mais pour aller où ? Le quartier était encerclé et il n'y avait plus d'issue. Et puis je ne fais pas de politique moi ! J'ai juste la malchance, si on peut appeler cela une malchance, d'avoir croisé sur mon chemin, il y a 40 ans, un certain Laurent  Gbagbo avec qui j'ai partagé des moments d'exil à Paris et qui est devenu président, plus tard.

Pendant le conflit, j'ai filmé des exactions de part et d'autre et c'est dommage que ma caméra et toutes mes cassettes soient détruites par les soldats de Ouattara. Est-ce que le fait de témoigner, c'est prendre partie ? Ces images à jamais perdues auraient bien éclairé l'opinion, aujourd'hui que Gbagbo est devant la juridiction internationale. Le 10 avril 2011, j'étais devant la résidence. J'avais décidé d'aller voir le président pour lui demander de tout laisser tomber, de partir pendant qu'il est encore temps, car cela n'en valait plus la peine.

Des cadavres autour de moi

En filmant avec ma caméra, j'ai, subitement, vu un hélicoptère français qui volait à basse altitude et qui faisait du surplace. Comme saisi d'une intuition, je me suis dit : "Tiens, et s'il prenait ma caméra pour une arme ?". Sans hésiter, j'ai sauté à plat ventre dans le poste de garde de la résidence. J'ai, ensuite, entendu le bruit assourdissant d'un obus qui passe au dessus de ma tête. Le souffle de l'explosion m'a soulevé à presque un mètre du sol. En bon musulman, j'ai imploré Dieu à trois reprises. Quand j'ai retrouvé mes esprits, j'ai vu de nombreux cadavres autour de moi, des corps démantelés, des têtes et des membres partout. Parmi les morts, de jeunes soldats qui, quelques secondes plus tôt, me disaient d'entrer à l'intérieur de la résidence. C'était horrible ! J'essaie de marcher, mais ma jambe gauche est sérieusement touchée par des éclats d'obus. Alors, j'ai sautillé jusqu'à l'infirmerie remplie de blessés. Les médecins veulent me faire monter au balcon où se trouvait une autre installation médicale, mais je me suis ravisé. Heureusement, car, quelques minutes plus tard, un autre obus français a réduit en poussière cet endroit, tuant le personnel soignant et tous les blessés qui s'y trouvaient.

J'ai rampé jusqu'à l'intérieur du bâtiment principal où, sans anesthésie, des infirmiers m'ont lacéré la jambe avec des rasoirs pour extraire de mon corps les 40 éclats d'obus. Mais, je ne sentais aucune douleur, j'étais dans une semi-inconscience. Je me disais que c'était la fin, que j'allais mourir, mais je tenais à ce que mon cadavre soit intact, afin que mon épouse qui vit à Paris puisse le récupérer et m'enterrer dignement. Puis, le service de presse de la Présidence m'a filmé et a mis les photos sur Internet. C'est à partir de ce moment que tout le monde a su que j'étais sérieusement blessé.

Dans la résidence, c'était l'apocalypse. Certains criaient, d'autres pleuraient ou priaient. Moi, j'étais plongé dans une semi-conscience et j'avais comme l'impression de vivre un cauchemar. L'ancien ministre de l'Intérieur, Désiré Tagro, secrétaire général de la Présidence, assis à côté de moi, me réconfortait. Plus tard, quand Gbagbo m'a vu, il s'est écrié : "Mais pourquoi ils lui ont fait ça ?". Il disait qu'on ne doit pas toucher à un artiste, à un symbole. Plus tard, Tagro a été affreusement tué, après qu'une balle lui ait arraché la mâchoire et défiguré le visage.

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Manipulation des médias occidentaux

Ce que j'ai vu, ce jour-là, est horrible : des hommes, des femmes et des enfants dont les restes étaient éparpillés un peu partout. C'était vraiment de la sauvagerie et aucun être humain, même s'il a commis des crimes, ne mérite d'être traité ainsi. Il y a eu une grande manipulation de la part des médias occidentaux dans cette crise ivoirienne qui n'a pas encore révélé tous ses secrets. La nuit du 10 au 11 avril, les bombardements d'hélicoptères et les tirs des chars continuaient à s'abattre sur la résidence. Le bunker tremblait de partout.

Durant toute la nuit, j'étais comme mort, inconscient, plongé dans un rêve qui refusait de s'achever. Au petit matin du 11 avril (jour de l'arrestation de Gbagbo, Ndr), entre des moments de conscience et de coma, je me suis retrouvé debout, les mains en l'air, quelque part, avec d'autres blessés. Je croyais que j'étais dans la forêt, mais j'étais à quelques centaines de mètres du Golf Hôtel où le désormais ex-président, son épouse et ses proches étaient conduits. Nous étions trop mal en point pour être emmenés au Golf où les caméras du monde entier risquaient de nous filmer.

J'étais adossé à un mur, les bras en l'air, comme devant un peloton d'exécution. Au fond de moi, je me demandais : mais pourquoi je suis encore vivant ? Devant moi, trois soldats, avec des bonnets africains surmontés de plumes, qui ressemblent à des chasseurs dozos. Des gens du Nord comme moi le Malinké, petit-fils de Cheikh Fantamady Aïdara (de par ma mère), qu'ils veulent tuer. L'un de ces "bilakoros (non circoncis, Ndr) me dit : "Sidki Bakaba, tu es fidèle, toi. Fidèle jusqu'au bout. J'aime les gens fidèles". En le regardant, c'est comme si j'étais devant un miroir qui me renvoyait ma propre image. Le deuxième me lance : donne-moi ta montre. Il me l'arrache ainsi que ma chaîne et mon bracelet en argent. Je me disais, au fond de moi : mais c'est fou ça, tu ne peux pas bombarder une résidence présidentielle, il y a quelques heures et puis voler une montre à un blessé ! J'avais de la compassion pour ces gens-là. J'étais presque nu, je n'avais plus que mon slip et tout ce qu'ils m'ont laissé, c'est ce chapelet (il nous le montre) que j'ai hérité de ma maman dont le décès m'avait trouvé au Japon.

L'un des soldats qui semblait être le chef de la bande compose un numéro sur son téléphone portable et je l'entends dire : nous avons capturé Bakaba. Je me disais que, puisque son interlocuteur semble me connaître, j'allais être sauvé. C'est en ce moment que l'un des bilakoros s'avance vers moi d'un air menaçant et me donne un violent coup de crosse de sa kalachnikov sur la tête. Un liquide m'envahit le visage, du sang mélangé à ma sueur. Il me donne un autre coup de crosse sur mon œil qui est resté fermé pendant une dizaine de jours. Sans aucune pitié, il m'enfonce un couteau dans l'épaule gauche. Son chef lui crie enfin : "Mais, arrête, qu'est-ce qu'il t'a fait ?". Derrière moi, les autres prisonniers avec qui j'étais pleuraient, criaient. Ce qui a ébranlé mes bourreaux, c'est mon calme olympien, malgré mes souffrances. Cela les a sans doute désarçonnés.

«Honte d'appartenir à la race des Africains»

Mais, il était dit que je n'allais pas mourir, ce jour-là. Comme par hasard, des militaires français passent dans les parages avec leur char. J'étais avec Paul Madys, un chanteur proche de Gbagbo dont la sœur a été tuée dans sa maison. L'un des soldats français, sentant sans doute qu'on allait nous exécuter, a voulu nous emmener avec lui, mais il tenait, d'abord, à informer ses collègues. Paul Madys leur dit : "Si vous nous laissez là, ils vont nous tuer. Emmenez Sidiki avec vous et laissez-moi ici, je préfère mourir et le sauver, même si j'ai 20 ans de moins que lui". Cette phrase m'a ébranlé, car ce jeune homme n'est pas du Nord, n'est pas malinké comme moi, pourtant, il a voulu se sacrifier pour ma survie. Finalement, les militaires français nous ont tous embarqués dans leur char et nous ont conduits à l'hôpital de Cocody. Dans le char, pour la première fois, depuis presque deux jours, je sens enfin une fraîcheur m'envahir. A l'hôpital, les médecins et tout le personnel soignant se sont occupés de moi et m'ont mis à la chambre 13. Le médecin-chef m'a dit : "Il vaut mieux qu'on te déclare mort, sinon ils vont venir t'achever". La rumeur de ma mort s'est propagée un peu partout et c'est peut-être ça qui m'a sauvé la vie. Heureusement, car de ma chambre située à l'étage, j'entendais des rafales de mitraillettes. Le médecin m'a confié que ce sont des militaires pro-Ouattara qui venaient achever des jeunes qui étaient internés aux urgences.

De Paris, mon épouse Ayala (de nationalité française, Ndr) a contacté par téléphone le gardien de notre maison, désormais occupée par des soldats qui ont détruit tout mon matériel audiovisuel, mes archives accumulées durant des décennies, ma salle de montage, mes cassettes. Et c'est par chance que notre gardien a pu récupérer mon passeport français, miraculeusement sauvé des pillages. Après des efforts multiples, elle a saisi la cellule de crise du Quai d'Orsay, le nouvel ambassadeur de la Côte d'Ivoire à Paris, Aly Coulibaly (un jeune que j'ai vu grandir) qui, à son tour, a contacté le ministre ivoirien de la Justice, Jeannot Kouadio Ahoussou. Je suis, finalement, rapatrié en France, après de nombreux jours passés au Chu de Cocody. Le médecin français qui m'a consulté à mon arrivée m'a dit que si j'étais resté 24 h de plus à Abidjan, j'allais mourir, tellement mon corps était empoisonné par les balles et les blessures.

C'est en France que j'ai appris l'arrestation de Gbagbo. Aujourd'hui, je dois ma vie aux médecins de Cocody, mais surtout à ces jeunes soldats français que je ne connais même pas. J'ai passé une dizaine de jours en rééducation dans une structure à l'Ile de Ré, en France, et c'est un miracle si je suis là à Tanger en train de vous raconter tout ça, avec tout mon corps intact, même si, parfois, j'ai des pertes de mémoire. C'est, peut-être, le chapelet de ma mère qui m'a sauvé. Je me suis soigné avec le peu d'argent que j'avais, car mes comptes ont été bloqués, comme ces 400 autres personnes proches de Gbagbo dont des journalistes qui avaient un salaire d'à peine 100 mille francs Cfa. »

 

Source: LE SOLEIL.SN

LA COMMISSION DIALOGUE, VERITE ET RECONCILIATION EST MAL PARTIE


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La Côte d’Ivoire sort d’une décennie de crise qui s’est soldée par une violente guerre avec un cortège de désolations innombrables. Certes, les blessures sont encore profondes mais il est impératif de tenter de recoller les morceaux. Pour ce faire, le chef de l'Etat, Alassane Ouattara, a signé le 13 juillet 2011, l’Ordonnance n° 2011-167 portant création, attributions, organisation et fonctionnement de la  Commission Dialogue Vérité et Réconciliation (CDVR) chargée de panser les plaies des Ivoiriens meurtris et de refaire de la Côte d’Ivoire cette oasis de paix si attrayante où il faisait bon vivre. Cependant, tout porte à croire que cette institution aux ambitions nobles aura du mal à atteindre l’objectif qui lui a été assigné.

Une composition incohérente

La composition de la CDVR est loin de faire l’unanimité. En effet, on ne peut être « juge » et partie or, il est de notoriété publique que Charles Konan Banny, Président de ladite commission, est une figure influente du RHDP union politique intégrant le RDR, parti au pouvoir. Ceci crée déjà la méfiance dans le camp adverse et freine la confiance sur laquelle devrait reposer l’action de réconcilier. Il aurait été plus judicieux de confier la direction de cette commission à une personnalité neutre dans le paysage politique ivoirien ou au moins de lui adjoindre une personnalité du clan adverse.

L’autre fait intriguant est que, hormis son Président, cette commission ne soit constituée que de membres de la société civile ivoirienne, avec des représentants issus des milieux traditionnels, religieux, mais aussi des différentes zones géographiques du pays.  Il apparait clairement que la classe politique n’y est pas représentée.

Ce procédé porte à croire que la Côte d’Ivoire sort d’une Guerre Civile essentiellement religieuse et ethnique. Alors qu’il n’en est rien. Le vrai problème réside dans les querelles politiques consécutives à la mort de Félix Houphouët Boigny, le premier président ivoirien. Sa succession a été un fiasco qui a entrainé le pays dans une succession de crises du fait de la haine viscérale que se vouaient les acteurs politiques de l’époque. La crise ivoirienne est donc purement politique. Dans ce contexte, il est difficile de résoudre la crise politique en n’impliquant que les victimes, c'est-à-dire la société civile en faisant fi des véritables belligérants qui sont en réalité les acteurs politiques? Ce faisant, la CDVR risque dans sa mission de déplacer le problème ou simplement le survoler sans oser le résoudre réellement.

La banalisation du transfèrement de l’ex-chef d’Etat

Le transfèrement de l’ex-chef de l’Etat ivoirien n’est pas fait non plus pour favoriser la réconciliation. En effet, le second tour de l’élection présidentielle de 2010 a montré la bipolarisation de la classe politique ivoirienne. Cet état de fait nous montre que l’ex-président Laurent GBAGBO est, à n’en point douter, le leader d’une grande frange de la population (45% des suffrages lors du second tour des élections générales de 2010 selon la Commission électorale indépendante (CEI)). Après le transfèrement de ce dernier à la Cour pénale Internationale (CPI), l’on attendait de la CDVR un plaidoyer pour sa non inculpation devant cette cour internationale ce qui aurait pu atténuer les tensions toujours vives qui  existent dans le pays. Contre toute attente, la CDVR a banalisé ce  transfèrement  lors d’un communiqué officiel datant du 08 décembre 2011, avançant comme raison que sa mission n’était pas de juger, ni de condamner ou d’amnistier mais d'amener tous les Ivoiriens, sans exclusive, à identifier les causes de leurs dissensions et mettre en lumière tous les cas de violation de droits de l’homme, et tout mettre en œuvre pour éviter que nous ne retombions dans les mêmes errements. Comment dialoguer quand on sait qu’un acteur clé de la crise, en l’occurrence le Président Gbagbo, est entre les mains de la justice internationale ? Sans toutefois s’opposer à ce que justice soit faite, la CDVR aurait dû plaider auprès du gouvernement ivoirien pour que celui-ci fasse preuve d’une humilité qui aurait pu être salvatrice. Ne dit-on pas que la paix n’a pas de prix ? De plus, voir que seul le président Gbagbo est transféré à la Haye donne le sentiment d’une justice de vainqueurs qui rappelle le cas des généraux d’Adolf Hitler à Nuremberg.

La justice des vainqueurs

Cette justice des vainqueurs se remarque au quotidien et pourtant la CDVR n’a mené aucune action concrète auprès du gouvernement pour un dégel des relations entre lui et le clan adverse. Cette situation ne fait qu’accentuer la méfiance qui existe déjà entre les différentes parties à la crise. Tous les acteurs de cette crise ont une responsabilité car les exactions sont partagées. Il serait donc mieux que tous bénéficient d’une amnistie à défaut de mettre en place une justice impartiale. Dans le cas contraire, la cohésion sociale ne sera jamais réellement reconstruite d’autant que les exactions des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) continuent et restent impunies. Les souffrances banalisées dans l’oubli associées à une tolérance excessive envers les amis du pouvoir entretiennent le fossé et un sentiment d’injustice flagrant.

Pour guérir un mal, il faut le traiter à la racine ainsi, la CDVR devrait mettre tout en œuvre pour éviter les pièges du Forum de réconciliation national de 2001 qui, ayant esquivé les problèmes de fond, a débouché sur la rébellion de 2002.
La CDVR gagnerait alors à faire le bon diagnostic pour trouver le remède adéquat afin que les Ivoiriens puissent se retrouver sans haine ni rancune. Il y va de notre survie à tous ; il y va la pérennité de la Côte d’Ivoire.


Par Aquilas YAO, étudiant libéral ivoirien (ELI) au sein d'Audace Institut Afrique.


Source: AUDACE AFRIQUE.NET

jeudi, 19 janvier 2012

JERRY RAWLINGS HAUSSE A NOUVEAU LE TON: «GBAGBO A LA HAYE? UNE HUMILIATION POUR L’AFRIQUE!»



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Tout feu tout flamme. Ancien président ghanéen et Haut représentant de l'Union africaine pour la Somalie, Jerry Rawlings a tenu, à l'occasion d'un discours prononcé lors de la sixième session ordinaire du Parlement panafricain, lundi dernier à Addis-Abeba (Ethiopie), à dénoncer l'incapacité du continent à prévenir les excès sponsorisés par certains membres de la communauté internationale, notamment en Libye et en Côte d'Ivoire. Il s'est une fois de plus insurgé contre le transfèrement du président Laurent Gbagbo à La Haye. Larges extraits de son discours.

L'Afrique n'a pas réussi à empêcher les excès en Libye et en Côte d'Ivoire...

«L'Afrique a au cours des douze derniers mois connu des bouleversements politiques considérables. Et l'action ou l'inaction de l'Union africaine et de ses divers organes ont amené certains à remettre en question l'avenir de cette institution créée avec les plus nobles intentions. De la Tunisie à travers l'Egypte à la Libye et même en Côte d'Ivoire, il y avait des mouvements politiques de nature différente qui remettaient en question la capacité de l'institution à engendrer l'unité africaine, la paix et le développement. Bien que la majorité d'entre nous ont été ravis de la volonté des peuples à prendre leur destin en main, nous avons été pris de court par l'échec du continent à empêcher les excès dans des pays comme la Libye et la Côte d'Ivoire. Notre déroute collective doit être corrigée de toute urgence et avec détermination afin que le sang et le labeur de ceux qui ont sacrifié leur vie à rechercher le changement ne soient pas gaspillés».

Gbagbo à La Haye ? C'est humiliant...

«Il est tout simplement humiliant qu'en ce 21ème siècle, notre continent conduise certains de ses dirigeants à La Haye comme on conduit l'agneau à l'abattoir, alors que nous sommes censés avoir la capacité de rendre notre propre justice. Nous devons laisser La Haye à ceux qui ne peuvent pas contrôler leur destinée. Si les Libyens étaient justifiés à renverser le régime de Kadhafi dans leur quête de liberté et de justice, alors pourquoi ne peuvent-ils pas rendre leur propre justice?

Si les Ivoiriens sont vraiment en quête de paix et de réconciliation, dans le cadre d'un processus convenu par les deux factions de Ouattara et Gbagbo, pourquoi alors envoyer à la CPI un ancien dirigeant qui, en dépit de ses défauts, a accompli son devoir envers son pays ?»

Dire non à «une nouvelle forme de colonialisme»

«Nous avons et avons eu des dirigeants défaillants mais nous avons assez de dirigeants bons et progressistes, qui ne peuvent réussir que si des institutions comme le Parlement panafricain et les parlements nationaux leur montrent la voie et leur accordent leur soutien.

Le temps est venu de cesser d'être des observateurs, et de devenir de véritables acteurs dans les dynamiques de changement du continent. Le danger est devant nous. Nous ne devons pas permettre à une nouvelle forme de colonialisme d'engloutir notre continent et de nous transformer en marionnettes de la communauté internationale. Conjuguons nos efforts en prenant une position ferme contre cette menace imminente.»

Les immigrants africains victimes de trafics d'organes en Egypte...

«Nous devrions être particulièrement préoccupés par la situation en Egypte où la douleur et l'agonie que le peuple a endurées à la place Tahrir et dans d'autres villes se répète quelques mois après. Il est évident que la machine très oppressante que la révolution cherchait à supplanter a de nouveau émergé et sous le prétexte de la sécurité nationale, les Egyptiens ordinaires sont de nouveau confrontés à des assauts et des brutalités rappellent ce qui s'est passé en janvier et février de l'année dernière (...). Pendant combien de temps allons-nous être des observateurs silencieux ? Et pourtant, les révolutions menées par des populations désarmées civiles en Tunisie et en Egypte avaient donné au monde l'espoir que la liberté et la justice allaient enfin triompher. (...) Il y a quelques mois, le projet Freedom CNN a publié un exposé sur l'enlèvement cruel et l'extraction des organes vitaux des immigrants illégaux qui tentent de passer à travers l'Egypte en Israël. Les passeurs bédouins auraient arraché des parties de leurs corps alors que les immigrants étaient encore vivants. Les immigrants sont réduits en esclavage, torturés et ceux qui ne peuvent pas se permettre de payer des sommes énormes à ces contrebandiers font face à la sanction ultime d'une mort déshumanisante à travers le prélèvement d'organes ! Et l'Afrique est muette ?»


Traduit par Benjamin Silué


Source: LE NOUVEAU COURRIER

ENQUETE - PROSTITUTION EN LIGNE: QUAND L'INDUSTRIE DU SEXE SEVIT SUR INTERNET


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Une prostituée de rue

L’une des découvertes les plus fascinantes du millénaire reste, l’Internet, à partir duquel le monde n’est plus qu’un village planétaire. Pourtant, ce qui a suscité autrefois autant d’espoir à sa création, est en passe de devenir un couteau à double tranchant dans son utilisation. Via Internet, on gruge, on arnaque, on vole et on se «vend». 

Présentation

Moyen de communication par excellence, l’Internet sert aussi à se faire des amis (es). Ainsi, des sites ont été conçus dans ce sens pour faciliter les rencontres entre individus. A cet effet, des sites de tout genre existent pour les célibataires, les gays, les lesbiennes, etc…Si certains sont gratuits d’autres cependant, sont payants. Entre autres sites, nous pouvons citer, ‘’Easyflirt’’ qui est un site de rencontre avec chat et webcam. ‘’Easyflirt’’ revendique 27 millions de célibataires qui lui font confiance pour rencontrer le grand amour. ‘’Meetic’’, est le site de rencontre classé n°1 en Europe avec le plus de célibataires inscrits, où il y a plus de chances de faire une belle rencontre’’, lit-on sur le site. C’est un site de rencontres 100% gratuit. ‘’Badoo.com’’, ‘’123love.com’’ et ‘’Babel.com’’ qui sont aussi des sites de rencontres, permettent de dialoguer avec des célibataires près de chez vous. C'est gratuit et sans abonnement. Il existe plusieurs sites de rencontres cependant sur Internet, pour le bonheur de leurs adeptes. 

Manifestations

« J’ai besoin d’argent, aidez-moi », « recherche homme pour relation sérieuse », « toi, homme de 40-50 ans, je te fais la totale à trente mille francs CFA. Je fais tout, sans discussion », « bonsoir, je me nomme coup de coeur, j’ai des amies femmes d’affaires qui payent de cinquante à cent mille francs et plus après rapports protégés et discrets. Veuillez me contacter pour une réservation au numéro suivant (…) », « vous me donnez cinq mille et on fait ça chez moi à domicile ». Ce sont les phrases qu’on lit sur les profils des abonnés ou visiteurs des sites de rencontres sur le net. Les motivations d’un site de rencontres à un autre sont diversifiées. Certains y vont pour des opportunités d’affaires, d’autres pour se faire des amis (es), mais la grande majorité y va pour assouvir un quelconque désir sexuel ou pour satisfaire sa libido. Les femmes et les hommes sont tous logés à la même enseigne. Vous vous inscrivez sur un site de rencontres avec un pseudo ou votre propre nom- c’est selon- puis ensuite, vous avez la possibilité d’échanger avec des milliers d’individus. Pour la plupart du temps, il n’y a aucun sujet tabou. Au bout de quelques minutes, vous vous en sortez avec des numéros de vos correspondants virtuels. Si vous poussez l’accès un peu plus loin, vous avez la possibilité le même soir, de coucher cette dernière dans votre lit. Parce que quand certaines feignent de faire les saintes nitouches, d’autres par contre ouvrent de prime à bord, les hostilités. Plus besoin de se faire prier, car l’adage le dit, « les oiseaux de même plumage volent ensemble». 

Tout le monde s’y adonne…

Après la destruction de certains sites reconnus pour être des nids de promotion de la prostitution ou des lupanars dans le district d’Abidjan, les jeunes filles déscolarisées ou non ont recours à la toile. De la prostitution de quartier, elles sont passées à une autre forme de prostitution de luxe : la prostitution sur Internet. Elles n’hésitent plus à mettre le grappin sur des hommes férus de sensation forte et adeptes de lubricité. Il est souvent loisible de voir des femmes de plus de 40 ans se connecter pour rechercher une partenaire plus ou moins jeune pour des rapports sexuels à trois ou quatre. Sur les différents sites de rencontres, les relations contre nature se répandent comme des champignons au grand dam de la morale. Normal, sur Internet, on affectionne la démesure et sans restriction. Des homosexuels ou lesbiennes ou encore des bisexuels font de ces espaces-rencontres sur Internet leurs choux gras. Sur Internet, il n’y a pas d’âge et tout le monde est à la recherche d’émotions et de plaisir. La plupart des filles qui s’adonnent à cette activité viennent de Yopougon, Riviera Palmeraie, Marcory, Koumassi, Zone 4 et Port-Bouët.


Réalisée par Patrick Krou, in le quotidien ivoirien "L'Intelligent d'Abidjan".


Source: ABIDJAN DIRECT.NET

MALADE ET VICTIME DU GELS DES AVOIRS: PAUL DOKUI LUTTE CONTRE LA MORT


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Mme le Ministre Anne Gnahoret apportant l'aide du FPI en exil à Paul Dokui

 

Si rien n’est fait pour dégeler ses avoirs financiers, Pol Dokoui risque de mourir. Malade depuis des mois, le célèbre journaliste-animateur de Radio Côte d’Ivoire lutte contre la mort au Ghana. Où il est allé avant le renversement du Président Laurent Gbagbo pour suivre des soins parce qu’interdit dans l’espace de l’Union Européenne. Ne pouvant donc pas aller se faire soigner en Europe, il s’est résolu à rester au Ghana.

Dans sa détresse, le pouvoir d’Alassane Dramane Ouattara l’a encore enfoncé en procédant au gel de dix mois de son salaire. Il est réduit à néant au plan financier. Par ailleurs, l’Atci doit 25 millions fcfa à sa structure privée dénommée Degnan, une école chargée de la formation des animateurs Radio et Télé. Ses parents financièrement à bout de souffle ne savent plus à qui s’en remettre pour sauver leur fils qui a fait les beaux jours de la Radio ivoirienne.

Pour éviter le pire et abréger la liste des morts du fait du gel des avoirs, ils exhortent vivement les Ivoiriens à sensibiliser les tenants actuels du pouvoir afin de se montrer plus humains en libérant ses avoirs pour permettre à Pol Dokoui de se faire soigner. Rappelons que cet homme a tant donné à la Côte d’Ivoire. Personne ne gagnerait rien, s’il mourrait. C’est un véritable SOS que lancent les parents du malade.


Source: ABIDJAN DIRECT.NET

LES MORTS DE COTE D'IVOIRE ET DE LIBYE CREENT LE NOUVEL ORDRE MONDIAL


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Par Jean-Paul pougala (*)


En 1945 L'Organisation des Nations-Unies s'est créée après le choc de la deuxième Guerre Mondiale. Aujourd'hui, le nouvel ordre mondial est en train de se mettre en place après le lourd sacrifice de l'Afrique,  après le choc des milliers de morts de côte d'Ivoire dont les 1200 villageois de Duékoué et des dizaines de milliers de morts Libyens, même si l'Otan a décidé d'insulter notre intelligence en parlant de zero mort et ce, après 26.323 sorties, 9.658 raids de bombardement, 7.700 bombes et missiles tirés par l'OTAN sur la Libye, avec la complicité des Nation-Unies qui étaient censées les protéger. L'ONG britannique Stop the War Coalition a certifié l'utilisation par l'OTAN des armes de destruction massive en Libye à travers les bombes et missiles contenant le fameux DU (depleted uranium), c'est de l'uranium appauvri, pour tuer le plus de personnes possibles. Daniele Cardetta dans le journal italien Articolo3, avance le chiffre de 60.000 morts. C'est le journal italien Nibiru2012 qui conclut que 60.000 morts sur une population libyenne de 6 millions sont 1% de la population décimée par l'Otan en Libye et que cela équivaudrait en proportion à 3 millions d'américains que des puissances étrangères viendraient décimer avec des bombes non conventionnelles. Et au lieu de mener la moindre enquête, l'Onu a tourné la tête ailleurs, vers Abidjan pour le méchant désigné le Président Gbagbo. C'est contre tout cela que la Chine a décidé de prendre les devants et de mettre sur pied un nouvel ordre mondial. Voici comment :

1- LE YUAN CHINOIS REMPLACE LE DOLLAR

La Chine ne peut pas prétendre diriger un nouvel ordre mondial crédible sans être la première puissance du monde. Il y a des spécialistes qui disent qu'il y a longtemps que la Chine est devenue première puissance mondiale. C'est vrai, mais ce qu'ils ne savent pas c'est que le seul fait que les Etats-Unis d'Amérique peuvent imprimer leur monnaie le Dollar pour servir toute la planète qui n'attend que cela pour payer leurs échanges, offre de facto un avantage financier inouï aux USA sur tout potentiel concurrent à son trône. Et au delà de son vrai poids économique, le positionnement stratégique de sa monnaie place ce pays au trône inconditionnel de la première puissance mondiale. La perversité potentielle du levier financier était sous-estimée par beaucoup depuis des années.

Mais un élément est venu bouleverser la donne et ce sont les deux crises Ivoirienne et Libyenne alors quand les USA et leurs Alliés Européens ont joué sur le levier monétaire pour plier leurs ennemis du moment. En violant toutes les règles du droit international, ils ont unilatéralement gelé les avoirs bancaires de la Côte d'Ivoire d'abord et de la Libye ensuite que ces deux pays détenaient en Occident, allant jusqu'à fermer les succursales des banques privées européennes en Côte d'Ivoire, contre l'avis même du gouvernement en place. C'est cette technique de guerre inaugurée par les Occidentaux et testée deux fois en Afrique qui a alarmé la Chine qui a dès lors compris qu'elle ne pouvait plus attendre longtemps pour créer et guider le nouvel ordre mondial et que pour y parvenir, il fallait tout simplement signer la fin du Dollar américain comme monnaie de référence au niveau mondial. C'est en pleine guerre de l'Occident contre la Libye qu'elle réussit en Juin 2011 à convaincre la Russie de se passer du dollar et d'utiliser désormais la monnaie chinoise pour leurs échanges. Ce sera la même chose avec les pays africains où pour la plupart, après l'assassinat du Guide Libyen et le retardement de la monnaie commune africaine initialement prévue pour 2016, le Yuan chinois qui reste inconvertible, est en train de devenir la monnaie de change avec la Chine qui est depuis 2010, le premier partenaire économique du continent africain.

En Amérique Latine, l'initiative chinoise est accueillie avec euphorie pour des pays qui n'en pouvaient plus de l'arrogance de leur puissant voisin du nord. Au Venezuela, c'est le président Hugo Chavez qui ira plus loin en vidant tout simplement les coffres des pays occidentaux de la réserve d'or que son pays y détenaient depuis la gouvernance de ses prédécesseurs. Mais  le plus difficile restait à venir : convaincre un pays encore sous occupation militaire américaine depuis plus de 60 ans de rejoindre le nouvel ordre mondial que la Chine a décidé de créer. C'est finalement le jour de Noël, le 25/12/2011 durant la visite du Premier Ministre Japonais à Pékin qu'un accord est trouvé pour se passer du Dollar, c'est-à-dire que la deuxième et la troisième puissance économique du monde la Chine et le Japon vont désormais utiliser la monnaie chinoise pour leurs échanges. Le revirement de Tokyo s'explique par la faiblesse militaire de l'Occident mise à nu par la cacophonie et les difficultés surtout financières rencontrées lors de sa tentative pour faire plier Kadhafi pendant 7 longs mois. Ce qui a fait comprendre au Japon qu'en cas de conflit armé avec la Chine, les USA ne sont tout simplement pas en mesure de les aider, autant faire la paix tout de suite et se mettre sous l'ombrelle de Pékin. La Corée du Sud et l'Inde vont très bientôt rejoindre le Brésil pour faire partie de ce nouveau directoire. Après le vote de l'Afrique du Sud et du Nigeria en faveur d'une résolution des Nations Unies pour aller faire la guerre à un pays africain, ces deux pays sont-ils suffisamment crédibles pour faire partie de ce directoire mondial qui se forme sous le guide de la Chine ?

2- L'ALLIANCE STRATEGIQUE AVEC LA RUSSIE

On ne peut pas conduire le monde sans une alliance militaire forte. Il y a plusieurs années que les spécialistes parlaient d'une nouvelle gouvernance mondiale portée par les USA et la Chine dénommée G2. Pour l'Occident, c'était une solution de compromis qui aurait signifié qu'il n'avait pas perdu le train des bouleversements du 21ème siècle, puisque représenté dans ce G2 par l'un des leurs, les USA.

Et patatras. A cause d'une guerre des plus maladroites contre la Libye tout cela est terminé. Cette guerre a permis la création du G2 oui, mais un nouveau G2 que personne n'avait prévu, un G2 militaire en construction entre la Chine et la Russie. Ces deux pays ont en effet, à cause de ce qu'ils appellent une agression injustifiée contre la Libye, décidé de renforcer leur collaboration dans toute une série de secteurs dits stratégiques avec l'objectif affiché de stopper l'Occident belliqueux ;

La célébration des 10 ans d'amitié nouvelle entre les deux pays à Moscou du 16 au 18 juin 2011 dernier s'est transformée en Conseil de guerre pour le lancement du nouveau G2. L'Occident qui espérait s'emparer des ressources énergétiques africaines à commencer par celles libyennes pour tenter un diktat sur la politique économique chinoise devra revoir ses plans, puisque le nouveau G2 y a déjà trouvé une parade. Ainsi la Russie deviendra le premier fournisseur des produits énergétiques à la Chine, ceci permettant à cette dernière de relativiser le risque et le poids de l'Afrique dans ses approvisionnements et pour la Russie de pouvoir se passer de son plus gros client, l'Europe sans laquelle elle était incapable de disposer de ressources financières suffisantes pour son développement. Ainsi, la guerre contre la Libye est devenue pour l'Europe un vrai boomerang reçu à la figure : elle pensait utiliser des manœuvres souterraines inavouées pour contrôler à terme le pétrole et le gaz africain, elle se trouve au contraire sous le coup d'un chantage russe pour ses approvisionnements avec un robinet qui risque d'être fermé à tout début d'hiver par Moscou si elle n'est pas suffisamment docile. Les nouveaux accords avec la Chine permettent à Moscou de tenir ce robinet fermé pendant des mois sans que sa caisse en pâtisse outre mesure. Comme les autorités le répètent à volonté à Moscou, « avec les Chinois nous aurons le nécessaire pour nous émanciper de l'Europe » Par ailleurs après le nouvel accord signé par le président Chinois lors de cette visite, le premier consommateur des produits énergétiques des prochains 20-30 ans devient un concurrent incommode pour l'Europe qui désormais ne pourra plus négocier ses prix avec la Russe comme auparavant, elle doit donc se préparer à payer plus cher son gaz. Et après les accords récemment stipulés entre la Russie et l'Algérie, pour former un cartel du gaz, on peut s'attendre à un doublement des prix du gaz russe pompé vers l'Europe occidentale. On était parti pour voler le pétrole Libyen, on se retrouve à perdre le gaz russe, 100 fois plus important que la mise libyenne. Ils sont de vrais génies ces dirigeants européens ! Si nos éclaireurs européens ont fourni le même type de conseils aux dirigeants africains, on peut dès lors se demander pourquoi s'étonner qu'après 50 ans d'indépendance nourris de tels conseils, on ait fait du surplace en Afrique ou qu'on soit allé à reculons.

L'histoire démarre le 18 Novembre 2009 lorsque l'agence de Presse russe Novotni écrit triomphalement ces quelques mots de titre : NIET, NIET, NIET ! pour décrire le « Non » chinois à la proposition Américaine formulée par monsieur Obama lors de sa première visite dans l'empire du Milieu de former avec la Chine ce fameux G2 pour répondre ensemble aux défis de la gouvernance des problèmes du 21ème siècle. Déjà alors, la Chine avait fait remarquer que sa vision du monde était diamétralement opposée à celle des Etats-Unis d'Amérique et qu'elle ne voyait aucune convergence de vue entre ces 2 pays sur plusieurs dossiers brûlants, de la crise avec l'Iran au problème avec la Corée du Nord. Pour les Américains, les bombes étaient les meilleurs remèdes aux problèmes de la planète alors que pour les Chinois, les bombes étaient la démonstration de la faillite de l'intelligence humaine à résoudre ses problèmes aussi compliqués qu'ils soient. La guerre en Libye nous a ainsi donné l'épilogue de cette réorganisation du monde pour le nouvel ordre mondial qui tarde à venir. La Chine et la Russie ont ainsi décidé de se concerter régulièrement et avoir une position commune sur tous les sujets importants de l'actualité mondiale privilégiant toujours et toujours le dialogue, encore le dialogue et toujours le dialogue. La guerre de l'Occident contre la Libye a définitivement tourné la page du 20ème siècle, le siècle des guerres cycliques de l'occident, le siècle des guerres coloniales en Afrique et en Asie et impérialistes en Amérique du Sud. Le double veto de la Chine et de la Russie aux Nations-Unies sur la crise Syrienne témoigne du sérieux de ce nouveau G2 à devenir un vrai contrepoids aux ambitions souvent suicidaires de l'Occident. Et le monde ne peut que s'en féliciter.

3- LA GUERRE EN LIBYE A POUSSE AU REARMEMENT DE LA RUSSIE

4 jours seulement après le déclenchement des bombardements contre la Libye, c'est par la voix du premier Ministre Russe Vladimir Poutine, que l'Occident a été informé le 23 Mars 2011 de la fin des accords du désarmement stratégiques à peine conclus entre les Etats-Unis et la Russie. Ce dernier s'indignait de ce qu'il avait décrit comme une « agression de type médiévale » en concluant que cela était en train de devenir une tendance de la politique extérieure de Washington : les bombes tirées par centaines en une seule nuit sur l'ennemi désigné du moment. Le pire vient toujours de la bouche du premier Ministre russe qui nous informe que les Américains ont utilisé des avions d'attaque nucléaire (même si avec des armes non-nucléaires) comme les bombardiers furtifs Stealth B-2 Spirit qui ont frappé des objectifs civils en Libye, un pays ami qui avait pourtant signé tous les accords internationaux voulus par Washington pour abandonner tout programme nucléaire, civil ou militaire ; une véritable lâcheté : on s'assure que tu sois sans défense avant de venir t'assommer ; et M. Poutine de conclure : « Cela confirme que la Russie fait bien de renforcer ses capacités de défense ». Le lendemain, c'est le Ministre de la défense russe qui nous annonçait lui aussi la mort des accords de désarmement à peine signés un an auparavant avec Washington.

Ainsi, pour la période 2011-2020 la Russie dope son armement d'un budget de 665 milliards de dollars pour construire : 5 véhicules spatiaux, 21 systèmes de défense missilistiques, 35 bombardiers, 109 hélicoptères de combat, 3 sous-marins nucléaires pouvant lancer des missiles nucléaires à 10.000 km de distance. Ainsi, dès 2012, l'armée russe sera équipée de nouveaux missiles intercontinentaux et bénéficiera d'un investissement de 2,6 milliards de dollars pour en développer de nouveaux types plus sophistiqués d'ici 2013. Et comme nous confirme le journaliste Italien Manlio Dinucci, avec la première bombe lancée sur Tripoli l'après midi du 19 mars 2011, l'Occident a mis le stop à la nouvelle ère de l'entente cordiale entre la Russie et les Etats Unis d'Amérique symbolisée le 8 Avril 2010 à Prague par la signature de ce fameux accord du désarment d'armes stratégiques et offensives dites START. Pourquoi ceci est une vraie mauvaise nouvelle pour l'Occident , parce qu'elle n'a plus d'argent. Le moindre dollar dépensé par Washington pour s'armer lui coûte en vérité le double puisqu'il doit l'emprunter sur les marchés et comme rien n'est prévu pour rembourser le capital, les seuls intérêts au bout de quelques années feront que ce 1 dollar coûtera en vérité 4 ou 5 alors que les 665 milliards de dollars de la Russie sont de l'argent frais de sa vente du gaz ou du pétrole.

4- UNE EUROPE ENCORE PLUS HORS JEU

La décision la plus déraisonnée des leaders politiques de l'Union Européenne de ces 5 dernières années a été celle de tourner le dos à la Russie et de pousser cette dernière dans la nouvelle alliance avec la Chine. La Russie a clairement exprimé son opposition à la guerre contre la Libye, elle a dénoncé le projet d'assassinat du Guide Libyen, mais l'Europe l'a ignorée et a mis en sourdine ses préoccupations et les solutions qu'elle proposait pour la résolution de la crise libyenne, préférant l'alliance de fortune avec son ancien allier d'hier, mais son vrai ennemi aujourd'hui notamment sur les questions financières et monétaires. A partir du moment où pour apporter la paix en Europe, la Russie avait dissout le Pacte de Varsovie et n'avait opposé aucun véto pour l'entrée dans l'Union Européens de certains de ses anciens pays satellites, la sagesse aurait dû guider les actions des dirigeants Européens en les amenant à exiger et obtenir des Américains la dissolution de l'OTAN, pour passer à la mise sur pied d'une vraie armée européenne inclusive de la Russie. Au lieu de cela, ils se sont contentés d'humilier la Russie et la contraindre à chercher plus à l'est de nouveaux partenariats où elle y a trouvé la Chine. La nouvelle alliance de ces deux géants fragilise encore un peu plus l'Europe qui est déjà un nain politique. La maladresse de la guerre en Libye a fait le reste. Ce ne sera pas la maigre consolation fêtée sur tous les médias européennes d'une poignée de manifestants à Moscou qui changera le cours de l'histoire qui est en train de s'écrire sans l'Europe. L'autre consolation de séquestrer un président africain en exercice, Laurent Gbagbo de Côte d'Ivoire et l'exposer à l'humiliation populaire dans un cirque européen dénommé Cour Pénale Internationale, n'offrira en rien à l'Europe le sérieux nécessaire pour faire partie du directoire du nouveau monde parce qu'elle est fortement restée prisonnière d'une conception vétuste et dépassée d'un monde qui a déjà son barycentre déplacé vers l'Asie. Ce n'est pas pour rien que la Russie est en train de mettre une importance stratégique renouvelée à sa ville plus à l'est : Vladivostok.

CONCLUSION

L'Afrique doit-elle se réjouir de cette réorganisation du monde ? Lorsqu'on est couché par terre, on ne peut plus avoir peur de tomber. Dans le système résultant de l'organisation du monde de la fin de la seconde guerre mondiale, l'Afrique alors sous occupation européenne n'a cessé de l'être malgré les opérations de maquillage ici et là portant le nom tout aussi provocateur et mensonger : indépendance. L'Afrique n'a rien à perdre dans cette nouvelle configuration du monde. Il faut espérer que le plus grand financeur des différents projets de l'Union Africaine, l'Algérie rejoigne très bientôt ce nouveau cercle afin que l'un de nous puisse véritablement porter la voie de plus d'1 milliard d'africains pour exiger et faire finalement respecter la souveraineté de notre continent.  Selon les croyances ancestrales africaines, les morts ne sont pas morts. Ils deviennent tous des divinités. Nos morts de Abidjan, de Bouake, de Duékoué, de Sirtes, de Tripoli de Bani Walid, de Zliten etc. sont des dieux qui veillent sur nous. Leur sacrifice est en train d'offrir au monde entier un nouveau visage, une nouvelle gouvernance. La route est encore longue, mais le pas est déjà emboitée. Tant de douleur et de pleurs ont suivi et accompagné nos morts en 2011 vers leur place actuelle de divinité. Ce qui nous a donné la lucidité pour nous poser les bonnes questions sur nos partenariats et en déduire qui sont nos vrais amis qui sont fort heureusement ceux qui réorganisent le monde. Saurons-nous être suffisamment unis pour compter dans ce nouveau départ ?  La jeunesse africaine est-elle suffisamment formée et avertie pour s'insérer demain la tête haute dans cette nouvelle donne qui se renforce toujours plus? 2011 qui se termine a été une année tragique pour l'Afrique, mais les événements, aussi détestables soient-ils ont eu le mérite de réveiller beaucoup d'Africains qui ronflaient encore de leur long sommeil dogmatique, tellement les mensonges de l'Occident étaient gros comme un éléphant.


29 décembre 2011


(*) Jean-Paul Pougala est un Camerounais, Directeur de l'Institut d'Etudes Géostratégiques de Genève en Suisse.


www.pougala.org, pougala@gmail.com

LA GUERRE DE L'OTAN CONTRE LA LIBYE ETAIT DIRIGEE CONTRE LA CHINE


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La guerre de l'OTAN contre la Libye est dirigée contre la Chine : AfriCom et la menace sur la sécurité énergétique nationale de la Chine.

 

Par F. William Engdahl pour Global Research La décision prise de Washington pour l'OTAN de bombarder la Libye de Kadhafi et de la soumettre à ses diktats ces derniers mois, ceci à un coût estimé d'au moins un milliard de dollars qui seront épongés par le contribuable américain, n'a pas grand chose à voir avec ce que le gouvernement d'Obama proclame être une "mission de protection de civils innocents". En réalité, ceci fait partie d'un plus vaste plan stratégique de l'OTAN et du Pentagone en particulier de contrôler le talon d'Achille de la Chine, à savoir sa dépendance stratégique en de grands volumes d'importation de pétrole brut et de gaz. Aujourd'hui, la Chine est le second importateur de pétrole au monde derrière les Etats-Unis et le fossé se comble rapidement.

 

Si nous regardons attentivement une carte de l'Afrique et si nous observons l'organisation africaine du nouveau commandement africain du Pentagone AfriCom, il émerge que le stratégie est de contrôler une des ressources stratégiques les plus importantes de la Chine en ce qui concerne le pétrole et les matières premières. La campagne de Libye de l'OTAN est au sujet du pétrole et rien que du pétrole; mais pas à propos de contrôler le brut de haute qualité libyen (demandant peu de rafinage), parce que les Etats-Unis sont nerveux à propos de sources d'approvisionnement étrangères. C'est plutôt au sujet du contrôle de l'accès de la Chine à des importations de brut de longue durée depuis l'Afrique et le Moyen-Orient. En d'autres termes, tout ceci est au sujet de contrôler la Chine elle-même. La Libye est bordée au nord par la Mer Méditérannée, directement de l'autre côté de l'Italie, dont la compagnie pétrolière ENI a été le contracteur étranger le plus important en Libye pendant des années. A l'Ouest, la Libye est bordée par la Tunisie et l'Algérie; au sud par le Tchad, à l'Est, elle est bordée par à la fois l'Egypte et le Soudan (aujourd'hui le Soudan et le Soudan du sud). Ceci devrait en dire long sur l'importance  stratégique à long terme de la Libye pour l'AfriCom et le Pentagone quant à leur possibilité de contrôle de l'Afrique et de ses ressources et quel pays est capable d'obtenir ces ressources.  

La Libye de Kadhafi a maintenu un contrôle étatique strict sur ses réserves très importantes de pétrole brut de haute qualité. D'après des données d'étude datant de 2006, la Libye possède les plus grosses réserves pétrolières du continent africain, environ 35% de plus que celles estimées du Nigéria. Les concessions d'exploitation de ce pétrole ont été étendues aux compagnies pétrolières d'état chinoise et russe ainsi qu'à d'autres ces dernières années. De manière attendue, un porte-parole de la soi-disante opposition qui clâme victoire sur Kadhafi, Abdel Jalil Mayouf, le représentant en relations publiques de la firme pétrolièee libyenne AGOCO, a dit à l'agence Reuters: "Nous n'avons aucun problème avec les pays entreprises occidentales comme celles de l'Italie, la France ou du Royaume-Uni; mais nous pourrions avoir quelques problèmes politiques avec celles venant de Russie, de Chine et du Brésil." La Chine, la Russie et le Brésil se sont soit opposés aux sanctions de l'ONU sur la Libye ou on fait pression pour la résolution du conflit en interne et un arrêt des bombardements de l'OTAN. Comme je l'ai déjà détaillé auparavant, [1].

Kadhafi, ancien adhérent du socialisme pan-arabe dans la ligne de l'Egyptien Gamal Nasser, a utilisé les revenus du pétrole pour améliorer de beaucoup les conditions de vie de ses compatriotes. Les soins médicaux étaient gratuits tout comme l'était l'éducation. Chaque famille libyenne recevait une bourse d'Etat de 50 000 dollars afin d'acheter une nouvelle maison et tous les prêts bancaires étaient en accord avec les lois anti-usurières de l'Islam, et donc sans taux d'intérêt. L'Etat n'était pas non plus endetté. Ce n'est seulement qu'au prix d'une corruption forcenée et d'une infiltration massive dans l'Est du pays, que la CIA, le MI-6 et les autres agences de renseignement de l'OTAN ont pu, au coût de plus d'un milliard de dollars et de bombardements massifs des populations civiles par les forces de l'OTAN, déstabiliser les liens entre Kadhafi et son peuple. Pourquoi donc l'OTAN et le pentagone ont-ils mené une campagne si meurtrière sur un pays souverain ? Une évidence est que cela servait à encercler les ressources énergétiques et de matières premières de la Chine sur le continent en en Afrique du nord.

L'alerte du Pentagone à propos de la Chine

Pas à pas depuis ces dernières années, Washington a commencé à créer la perception que la Chine, qui était "le très cher ami et allié de l'Amérique" il y a encore moins de dix ans, était en train de devenir la plus grande menace pour la paix mondiale le tout à cause de son énorme expansion économique. Dépeindre la Chine comme le "nouvel ennemi" a été compliqué car Washington est dépendant de la Chine pour qu'elle achète la part du lion de sa dette gouvernementale sous forme d'obligations et bons du trésor. En août, le Pentagone a publié pour le Congrès son rapport annuel sur le statut militaire de la Chine [2]. Cette année, ce rapport a déclanché des sonnettes d'alarme stridentes à travers la Chine. Le rapport stipule entr'autres choses, que "depuis la dernière décennie, l'armée chinoise a bénéficié d'investisseemtns robustes en terme de matériel moderne et de technologie. Bon nombre de systèmes modernes ont atteint un bon niveau de maturité et d'autres seront opérationnels dans quelques années", a dit le Pentagone dans ce rapport. Il a aussi ajouté qu' "il y a une certaine incertitude sur le comment la Chine va utiliser ses capacités croissantes... La Chine comme majeur acteur international peut très bien se dresser comme une caractéristique stratégique de ce début de XXI ème siècle." [3] Dans un intervalle de peut-être deux à cinq ans, selon comment le reste du monde réagit et joue ses cartes, la République Populaire de Chine émergera dans les médias européens sous contrôle comme étant la nouvelle "Allemagne hitlérienne". Si cela est peut-être difficile à croire aujourd'hui, réfléchissez un peu comment cela a été fait avec l'ancien allié et ami de Washington Hosni Moubarak et même auparavant avec Saddam Hussein. En Juin de cette année, l'ancien secrétaire d'Etat à la marine et maintenant sénateur américain pour la Virginie, James Webb, a surpris beaucoup de monde à Pékin quand il déclara à la presse que la Chine était en train d'approcher ce qu'il appelait "un moment de Munich", quand Washington devra décider de garder un équilibre stratégique, ce en référence à la crise de 1938 sur la Tchécoslovaquie, quand Chamberlain opta pour l'apaisement avec Hitler sur la question des Sudètes. Webb ajouta: "Si vous regardez les dix dernières années, le vainqueur stratégique a été la Chine" [4]. Le même rouleau compresseur propagandiste du Pentagone, emmené par CNN, BBC, le New York Times et le Guardian de Londres, va obtenir les ficelles subtiles de la part de Washington pour "peindre la Chine et ses leaders en noir". La Chine devient bien trop puissante et bien trop indépendante pour beaucoup à Washington et à Wall Street. Pour contrôler cela et par dessus tout la dépendance énergétique de la Chine, ses imports de pétrole ont été identifiés comme étant son talon d'Achille. L'affaire libyenne est un coup monté directement pour frapper ce talon d'Achille.

L'introduction de la Chine en Afrique

L'implication des compagnies énergétiques et d'imports de matières premières chinoises à travers le continent africain est devenue une cause majeure de souci pour Washington où une attitude de négligence maligne a dominé la politique africaine depuis l'ère de la Guerre Froide. Comme ses besoins énergétiques futurs étaient devenus évidents depuis plusieurs années, la Chine a commencé une véritable et dominante diplomatie économique en Afrique, qui s'est vraiment développée depuis 2006 lorsque Pékin a littéralement déroulé le tapis rouge pour les chefs d'Etat de plus de quarante pays africains et discuté de très larges sections de relations commerciales avec ces pays. Rien n'était plus important pour Pékin que de sécuriser de futures ressources pétrolières pour la forte industrialisation de la Chine dans son ensemble. La Chine fit donc mouvement vers des pays abandonnés par leurs anciennes puissances coloniales européennes comme la France, le Royaume-Uni ou le Portugal.

Le Tchad par exemple est un cas d'école. Un des pays les plus pauvres et les plus isolés d'Afrique; le Tchad fut courtisé par Pékin qui rétablit les relations diplomatiques avec ce pays en 2006. En octobre 2007, le géant du pétrole d'Etat chinois CNPC signa un contrat pour construire une raffinerie de pétrole en conjonction avec le gouvernement tchadien. Deux ans plus tard, ils commencèrent la construction d'un pipeline pour amener le pétrole d'un nouveau champs d'exploitation chinois dans le sud à quelques 300 km de la raffinerie. Les ONG supportées par les gouvernements occidentaux commencèrent à crier au loup concernant l'impact écologique de pipeline chinois. Ces mêmes ONG étaient curieusement silencieuses lorsque Chevron découvrit du pétrole au Tchad en 2003. En juillet 2011, les deux pays, le Tchad et la Chine célébraient l'ouverture de la raffinerie commune sino-tchadienne juste à côté de la capitale N'djamena [5]. Les activités pétrolières tchadiennes chinoises sont également très proches d'un autre projet pétrolier majeur chinois, celui de la région du Darfour au Soudan, limitrophe au Tchad.

Le Soudan a été une source très importante et grandissante de pétrole pour la Chine depuis le début d'une coopération entre les deux pays au début des années 1990, après que Chevron eut abandonné ses options là-bas. Dès 1998, CNPC construisait un pipeline pétrolier de 1500 km depuis les champs d'exploitation du Sud-Soudan jusqu'à Port Soudan sur les rives de la Mer Rouge ainsi qu'une raffinerie près de Khartoum. Le Soudan fut la première grande opération pétrolière gérée à l'étranger par la Chine. Au début 2011, le pétrole soudanais, en provenance de la zone de conflit du sud, couvrait environ 10% des imports pétroliers de la Chine en prenant plus de 60% de la production quotidienne du Soudan de 490 000 barils/jour. Le Soudan est devenu un point vital de la sécurité énergétique nationale chinoise. D'après des estimations géologiques, le sous-sol qui va du Darfour, dans ce qui était le Sud du Soudan, jusqu'au Cameroun en passant par le Tchad est un immense champ pétrolier d'une ampleur telle que cela pourrait bien être une nouvelle Arabie Saoudite. Contrôler le Sud-Soudan, ainsi que le Tchad et le Cameroun est vital pour la stratégie du Pentagone de "refus stratégique" à la Chine de futurs approvisionnements en pétrole. Aussi loin qu'un régime fort et robuste de Kadhafi demeurait en place à Tripoli, le contrôle de cette région demeurait un problème majeur. La séparation quasi-simultanée du Sud-Soudan d'avec le Soudan et le renversement de Kadhafi en faveur de rebelles faibles et dépendants du support du Pentagone était une priorité stratégique de première importance pour le plan de domination totale du Pentagone.

L'AfriCom répond

La force principale derrière la récente vague d'attaques contre la Libye ou les changements de régimes plus discrets en Tunisie, en Egypte et le fameux referendum sur le Soudan du Sud qui a maintenant fait de cette région pétrolière, une région "indépendante", a été l'AfriCom, le commandement spécial de l'armée américaine établi par le gouvernement Bush en 2008 explicitement pour contrer spécifiquement l'influence chinoise sur les réserves de pétrole et de matières premières en Afrique. Fin 2007, Le Dr. Peter Pham, un initié de Washington qui conseille les départements d'Etat et de la Défense américains, explique de manière ouverte que "parmi les buts ultimes de l'AfriCom , était le but de protéger les accès en hydrocarbures et autres ressources stratégiques dont l'Afrique est riche, une tâche qui incluait de s'assurer contre la vulnérabilité de ces richesses naturelles et de s'assurer qu'aucunes tierces parties comme la Chine, l'Inde, le Japon ou la Russie, ne puissent obtenir un monopole ou des traitements de faveur" [6]. Témoignant devant le Congrès américain pour soutenir le projet de création de l'AfriCom, Pham, qui est associé avec la fondation néo-conservatrice pour la défense des démocraties a déclaré : "Ces ressources et richesses naturelles font de l'Afrique une cible facile pour les attentions de la République Populaire de Chine, dont la dynamique économique... a une soif quasi insatiable de pétrole et de besoins pour d'autres ressources naturelles. La Chine importe à l'heure actuelle aproximativement 2,6 millions de barils de pétrole brut par jour, environ la moitié de cette consommation, de l'ordre de 765 000 barils par jour, environ un tiers de ses importations, proviennent de ses sources africaines, spécialement du Soudan, de l'Angola et du Congo (Brazzaville). Est-ce étonnant donc par conséquent qu'aucune région du monde autre que l'Afrique ne rivalise avec l'intérêt stratégique de la Chine ces dernières années... De manière intentionnelle ou non, beaucoup d'analystes attendent que l'Afrique, spécifiquement les états du long de sa très riche côte occidentale, va devenir le théâtre d'une concurrence stratégique entre les Etats-Unis et sa seule réelle concurrence à l'échelle globale, la Chine, alors que les deux pays cherchent à étendre leur influence et sécuriser l'accès aux ressources" [7]. Il est très opportun ici de se rappeler la séquence des révolutions "Twitter" téléguidées depuis Washington dans le mouvement toujours actif de ce que l'on a appelé le Printemps Arabe.

D'abord la Tunisie, un bout de terrain en apparence insiginifiant d'Afrique du Nord sur les bords de la Méditérannée. Quoi qu'il en soit, la Tunisie se situe sur la frontière Ouest de la Libye. Le second domino qui tomba fut l'Egypte de Moubarak. Ceci créa une instabilité majeure au Moyen-Orient et en Afrique du Nord car Moubarak, malgré ses grands défauts, avait résisté à la politique moyen-orientale de Washington; Israël perdît aussi un précieux allié lorsque Moubarak tomba. Puis en juillet 2011, le Sud-Soudan se déclare lui-même République indépendante du Sud-Soudan, se séparant du Soudan après des années d'insurrection soutenues par les Etats-Unis contre le régime de Khartoum. La nouvelle république prend avec elle la grande majorité des ressources pétrolières, ce qui ne réjouit pas Pékin bien évidemment. L'ambassadrice états-unienne à l'ONU, Susan Rice, mena la délégation américaine pour la célébration de l'indépendance. L'appelant un "testament pour le peuple du Sud-Soudan". Elle ajouta, afin d'entériner le processus de sécession que "les Etats-Unis ont été aussi actifs que tout le monde". Le président Obama supporta ouvertement la sécession du Sud. Celle-ci était un projet guidé et financé depuis Washington depuis que le gouvernement Bush eut décidé d'en faire une priotité en 2004 [8]. Maintenant, le Soudan a perdu d'un seul coup ses revenus du pétrole. La sécession du Sud où les trois-quarts des 490 000 barils / jour sont produits, a aggravé les problèmes économiques de Khartoum en coupant d'un coup environ 37% des revenus nationaux. Les raffineries du Soudan et la seule route d'exportation va des champs d'exploitation du Sud vers Port Soudan sur la Mer Rouge au Nord du Soudan. Le Sud-Soudan est maintenant encouragé par Washington de bâtir un nouveau pipeline d'exportation indépendant de celui de Khartoum en passant par le Kenya. Le Kenya est une des zones d'influence américaines très forte en Afrique [9].

Le but du changement de régime en Libye, supporté par les Etats-Unis, ainsi que de tout le projet pour le Moyen-Orient qui repose derrière le Printemps Arabe, est de pouvoir contrôler à termes les champs pétroliers les plus importants connus à ce jour et ainsi de contrôler la politique future, surtout dans des pays comme la Chine. Comme le secrétaire d'Etat des années 1970, Henri Kissinger, a déclaré, quand il était à l'époque plus puissant que le président des Etats-Unis lui-même: "Si vous contrôlez le pétrole, vous contrôlez les nations ou des groupes de nations". Pour le futur du plan de sécurité nationale énergétique de la Chine, la réponse ultime est de trouver des réserves énergétiques en Chine. Fort heureusement, il existe de nouvelles méthodes révolutionnaires pour détecter et évaluer quantitativement la présence de pétrole et de gaz, là où la géologie actuelle dit qu'il n'est pas possible de trouver du pétrole à ces endroits. Là est peut-être la sortie logique du piège pétrolier qui a été placé pour la Chine, Dans mon nouveau livre "Les guerres de l'énergie", je détaille ces méthodes pour ceux qui sont intéressés.


F. William Engdahl

F. William Engdahl est économiste et écrivain. Il collabore régulièrement pour Global Research, Asia Time Online et le Réseau Voltaire, et est l'auteur de plusieurs ouvrages dont « Un siècle de guerre : la politique pétrolière anglo-américaine et le Nouvel Ordre Mondial » (1993), « Les semences de la destruction : l'ordre du jour caché des OGM » (2007) et « La domination totale : la démocratie totalitaire dans le Nouvel Ordre Mondial » (2008). Le site de F. William Engdahl

mardi, 17 janvier 2012

DECES BOHOUN BOUABRE: EN COLERE, MAMADOU KOULIBALY S’EN PREND AU GOUVERNEMENT, IL DEMANDE LA LIBERTE PROVISOIRE POUR GBAGBO




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Dire de Mamadou Koulibaly qu’il est apparu affecté par la nouvelle de la disparition de Paul Antoine Bohoun Bouabré relèverait d’un doux euphémisme : les deux personnalités avaient tellement de choses en partage. « J’ai appris avec tristesse (son) décès. Il a été mon collègue à la faculté, mon directeur de cabinet aux ministères du Budget puis de l’Economie et des Finances. Nous avons été camarades de parti pendant deux décennies. C’est avec peine que j’ai pris note des accusations portées contre lui ces dernières années. Je présente mes sincères condoléances à son épouse, ses enfants et toute sa famille et leur souhaite de trouver la force de surmonter l’épreuve douloureuse qu’est la perte d’un être cher », nous a signifié Mamadou Koulibaly, dans un message écrit.

L’ancien président de l’Assemblée nationale et ami du défunt apprécie modérément l’attitude des autorités ivoiriennes : « Au-delà (de ce décès), je pense à tous les Ivoiriens qui sont morts ou en train de mourir en exil ou dans des camps de réfugiés, en silence et dans l’indifférence la plus totale, sans que le gouvernement de Côte d’Ivoire ne se sente concerné ou ne s’en préoccupe ».

Koulibaly pense intimement que quelque chose aurait pu être fait pour sauver un Bohoun Bouabré qu’on savait très malade et dont les avoirs étaient gelés. Au gouvernement et à la Communauté internationale, Mamadou Koulibaly a lancé un appel pressant « pour que toutes les conditions soient mises en œuvre afin que les exilés puissent rentrer rapidement et en toute quiétude en Côte d’Ivoire ». Koulibaly plaide enfin pour que l’ancien chef d’Etat incarcéré à La Haye bénéficie de la liberté provisoire. L’ancien n°2 du régime de la Refondation croit cette mesure possible.

Il dit : « Je plaide ainsi en faveur d’une libération provisoire du Président Gbagbo et je souhaite que le gouvernement se fasse l’avocat de cette requête auprès de la Cour pénale internationale. Cela contribuerait grandement à la détente et à l’accalmie nécessaires à la réconciliation des Ivoiriens ». Mamadou Koulibaly presse les autorités de son pays pour qu’elles mettent tout en œuvre afin d’éviter que le fossé ne se creuse davantage entre Ivoiriens.



Kisselminan Coulibaly


Source: SOIR INFO

lundi, 16 janvier 2012

CHARLES BLE GOUDE : «VOICI CE QU’IL FAUT POUR SAUVER LA COTE D’IVOIRE» (INTERVIEW INTEGRALE)

 

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En ce début d'année 2002, vous avez lancé un appel au dialogue en direction de l'actuel pouvoir. Est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur ce concept et sur l'esprit qui vous anime ?

Je voudrais souhaiter bonne et heureuse année 2012 aux Ivoiriennes et aux Ivoiriens, et m'incliner devant la mémoire des nombreuses victimes tombées durant cette crise post-électorale. Pour répondre à votre question, je dirai que la Côte d'Ivoire est à la recherche de ses marques, à la suite d'une crise qui perdure. Je pense, en tant qu'acteur politique, qu'après les législatives qualifiées de «désert électoral», le message des Ivoiriens est clair. Ils sont déçus.   Les exactions des FRCI, qui échappent au contrôle du pouvoir au point que l'on est obligé d'aller dans la rue pour les désarmer, posent la question préoccupante de la sécurité en Côte d'Ivoire. Des dizaines de milliers d'Ivoiriens croupissent dans des camps de réfugiés à l'extérieur du pays dans des conditions difficiles sans que cela émeuve le pouvoir qui les considère comme des citoyens dont la Côte d'Ivoire peut se passer. Je pense que c'est une erreur que d'agir ainsi. De nombreux cadres de la Nation sont en dehors de la Côte d'Ivoire. De nombreux militaires et civils sont en prison. Cerise sur le gâteau, le président Gbagbo est détenu à la CPI. Contrairement à ce que l'on veut nous faire croire, aucun pays ne peut se développer dans de telles conditions ou l'incertitude le dispute avec l'insécurité généralisée. Le président Gbagbo, père du « asseyons nous et discutons », père du « dialogue direct » nous a enseignés que le dialogue est l'arme des forts. C'est pourquoi j'ai proposé que le pouvoir engage des consultations avec d'une part l'opposition politique, et d'autre part les militaires FDS et anciens FAFN. Pour que cela puisse aboutir à ce que j'ai appelé un nouveau consensus national. Pour que la Côte d'Ivoire puisse enfin repartir sur de bonnes bases.

Du côté de l'actuel régime, l'on dit que de toute façon vous êtes un sujet judiciaire. Et que vous ne devriez pas demander des négociations mais vous rendre purement et simplement. En dehors des faucons qu'on entend, avez-vous des contacts avec des personnalités sensibles à votre appel ?

J'ai lancé ce concept de discussions qui aboutirait à un nouveau consensus national face au monde entier et à l'opinion nationale pour que la Côte d'Ivoire puisse sortir de l'impasse. Mais c'est la responsabilité du pouvoir de vouloir ou de ne pas vouloir. J'ai fait ma proposition, le pouvoir n'est pas obligé de répondre positivement. Mais je l'encourage à faire en sorte que les Ivoiriens discutent de tout ce qui ne va pas aux niveaux politique, économique et sécuritaire. Parce qu'on ne gère pas un pays qu'avec son camp mais aussi avec ceux qui sont en face. Je crois que ce qui fait d'un homme un chef, c'est sa capacité à maitriser les extrémistes de son camp et à s'ouvrir aux autres. J'ai lancé le concept, je souhaite qu'il se transforme en réalité parce que les Ivoiriens et la Côte d'Ivoire en ont besoin. Je pense que c'est aussi et surtout la responsabilité du pouvoir d'ouvrir ces négociations. Quand on poursuit les FRCI dans la rue pour leur arracher des armes, cela signifie qu'il y a un problème de leadership, d'influence et d'adhésion à un discours. Je propose donc des négociations avec tous les hommes en armes, y compris les militaires, gendarmes et policiers qui sont en dehors de la Côte d'Ivoire. On ne peut pas parler de développement économique et d'investissements dans un environnement sécuritaire qui laisse à désirer. Je ne fais pas cette proposition pour moi, mais pour notre pays qui a besoin de se repositionner. Ces discussions peuvent se faire sans moi. Je ne suis pas à ma première proposition. Sous Laurent Gbagbo, j'ai proposé et organisé la caravane de la paix. En juin 2006, J'ai rencontré les jeunes de l'opposition quand les audiences foraines étaient émaillées de violences extrêmes. J'ai toujours été un homme de compromis. Certains ont toujours préféré me voir non pas en observant mes actes mais en me collant des étiquettes à tort. Je pense qu'il est encore temps pour les uns et les autres de mettre leurs intérêts personnels de côté pour que des négociations responsables soient engagées. En Côte d'Ivoire, il faut redonner à la politique ses lettres de noblesse. On ne parle plus en termes d'adversités mais d'inimitiés. Nous sommes déjà allés trop loin...

Au sein de votre propre camp, certains peuvent considérer que votre démarche est suspecte, et dire que vous avez abandonné le président Gbagbo. Dans la mesure où le FPI n'a pas été associé au départ à votre proposition...

C'est quoi une démarche suspecte ? Une idée germe toujours dans l'esprit d'un individu. J'invite les uns et les autres à ne pas faire une lecture parcellaire et partielle de ma démarche. Evitons de voir les suspects partout et acceptons de faire la politique. C'est pourquoi, Je voudrais  féliciter le Front populaire ivoirien, qui a aussi demandé dans son message de fin d'année à dialoguer avec le pouvoir. C'est ce que nous avons appris de notre maitre, Laurent Gbagbo. Beaucoup d'ivoiriens se sont inquiétés parce qu'ils doutent de la bonne foi du pouvoir. Et ils ont raison. Les Ivoiriens sont déçus et craignent que le pouvoir piège leurs leaders. Ils ont besoin d'être rassurés.   Ils ne refusent pas l'idée du nouveau consensus que nous proposons. Ils estiment avoir beaucoup donné et n'ont obtenu que la guerre et les pillages en retour. Il est de la responsabilité du régime de poser des actes qui rassurent et créent les conditions d'un dialogue franc et sincère, pas avec l'individu Blé Goudé mais avec les deux entités que j'ai indiquées. Mon retour au pays n'est pas à l'ordre du jour. Il faut éviter de réduire la vie de la nation à notre personne car cela conduit souvent à la perdition.

Un dialogue national sans l'implication du président Gbagbo, incapable de participer à la discussion parce qu'en prison à La Haye, est-il possible ?

Gbagbo Laurent est victime d'un complot international que  beaucoup de ses disciples comme moi continuent de dénoncer. Ces adversaires l'ont diabolisé et transféré à La Haye  pour l'exclure du débat politique en Côte d'Ivoire. Moi, je tiens au retour de Laurent en Côte dIvoire tout comme je tiens à son retour dans le débat politique. La question est de savoir comment on s'y prend ? Car pour participer au débat politique il faut que le Président Gbagbo recouvre sa liberté. En politique, il y a la scène politique et les couloirs de la politique. La réponse à votre question se trouve dans la   conjugaison de ces deux voies politiques. On peut aller à une discussion et ne pas tomber d'accord avec l'adversaire mais cela a au moins l'avantage de poser les problèmes qui nous tiennent à cœur. Pour cela je propose de larges consultations avec d'une part les forces politiques et d'autre part, les forces militaires. On ne fait pas la politique avec les émotions et l'orgueil. La politique s'accompagne de stratégie.

Etes-vous en contact avec Charles Konan Banny, président de la Commission dialogue, vérité et réconciliation, à ce sujet ?

Non, je n'ai pas de contact avec Charles Konan Banny. Je ne connais pas le cahier de charges de la commission qu'il dirige  Cela fait plus de huit mois que cette Commission a été installée et je continue de me poser des questions sur sa mission. Doit-il réconcilier le RHDP et le RHDP ?  Je voudrais dire que quand on réconcilie, on réconcilie deux camps entre lesquels la confiance a été rompue par une crise. Il faut donc approcher les différents protagonistes qui, ensemble, peuvent apporter un plus au rétablissement de la confiance. Je constate que les choses vont au ralenti. J'ai fait une proposition. Il appartient au pouvoir de prendre les devants. Quand Laurent Gbagbo est arrivé au pouvoir, il a approché Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara et les a faits revenir d'exil. Il a posé des actes pour montrer qu'il voulait la paix, même si en retour on lui a offert une guerre...

Le président Laurent Gbagbo commence 2012 en prison à La Haye. Le défi de l'unité parmi tous ceux qui se réclament de lui ne se pose-t-il pas ?

Cela me paraît primordial de parler d'unité autour de notre idéal commun.  Nos adversaires nous ont administré une leçon. Qui a pensé que le président Henri Konan Bédié et le président Alassane Ouattara pouvaient se retrouver dans une alliance pour se hisser au pouvoir aujourd'hui ? Je ne crois pas que les petits problèmes de leadership à l'intérieur de notre camp sont aussi profonds que ce qui a opposé Bédié et Ouattara. Nous pouvons les transcender. Alors que notre leader est incarcéré à La Haye, nous devons éviter de régler systématiquement nos problèmes dans la presse. Cela me gêne énormément. Cela ne fait pas honneur à notre camp et à notre cause. Cela dessert notre combat. Il n'est pas trop tard pour se ressaisir. Nous appelons tout le monde au rassemblement.


Propos recueillis par Théophile Kouamouo


Source: LE NOUVEAU COURRIER

PRETENDU SQUELETTE DE KIEFFER «DECOUVERT» A YAOKRO: C’ETAIT UN MONTAGE MEDIATIQUE!

 

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C’est la fin d’un mauvais polar que certains internautes ivoiriens, qui n’en loupent pas une, avaient déjà baptisé « Les Experts Issia ». Le squelette déterré très discrètement dans la bourgade de Yaokro, dans le département d’Issia (centre-ouest de la Côte d’Ivoire), puis médiatisé de manière assez spectaculaire, n’est pas celui de Guy-André Kieffer, journaliste franco-canadien disparu le 16 avril 2004 à Abidjan. Les analyses ADN ont parlé. Et le juge Patrick Ramaël, ainsi que les médias français majoritaires qui avaient crié à la grande découverte et assuré que l’affaire avançait désormais parce qu’Alassane Ouattara est au pouvoir, doivent être dans leurs petits souliers. Une fois de plus, le magistrat français s’est fourvoyé sur une fausse piste, avec la complicité d’une presse hexagonale adepte du « Gbagbo-bashing » systématique. Pourtant, il était évident que cette affaire du « squelette de Yaokro » était pour le moins douteuse, et que la plus grande circonspection devait prévaloir.

Il n’y avait rien de nouveau à Yaokro

Dès le départ, les propos de Bernard Kieffer, le frère du disparu, paraissaient étranges. Il affirmait que le juge Patrick Ramaël disposait depuis « quelque temps », alors que le président Gbagbo était encore au pouvoir, d’un témoignage crédible selon lequel un « Blanc », identifié par quelqu’un qui passait par là, avait été inhumé secrètement à Yaokro. Une question venait automatiquement à l’esprit. Pourquoi Ramaël, qui s’est rendu à plusieurs reprises en Côte d’Ivoire depuis le renversement du fondateur du FPI, a attendu plus de huit mois pour faire les vérifications et les fouilles nécessaires ? Par la suite, une dépêche de l’AFP et des reportages d’une presse tenue à l’écart par des éléments FRCI armés jusqu’aux dents faisaient état de ce que la personne qui avait découvert le corps et d’autres villageois affirmaient qu’il s’agissait d’un Noir. Ces articles établissaient qu’il n’y avait jamais eu d’inhumation clandestine mais bel et bien une inhumation officielle, en présence des autorités administratives, traditionnelles et des populations baoulé, bété, béninoises et burkinabé, après un appel à témoignages organisé par le sous-préfet pour permettre une reconnaissance du corps et une remise à ses parents. La dépouille concernée n’avait pas été enterrée en catimini puis découverte, mais découverte dans la rivière Gorée, visiblement noyée, et enterrée le plus officiellement du monde. Qui a donc pu croire que le corps de Kieffer a été exposé pour besoins d’enquête devant des centaines de personnes d’origines diverses, qui ont observé la plus stricte omerta, ne laissant même pas filer un début de rumeur ? Balivernes. Le scénario de Yaokro n’a jamais été rien d’autre que du storytelling maladroit. « Ils ont profané une tombe en connaissance de cause ! », s’indignait hier un médecin sénégalais. Il a sans doute raison.

Un grossier contre-feu aux révélations de « Gorge profonde »

Qui a fabriqué cette histoire incroyable et dans quel intérêt ? Au Nouveau Courrier, nous sommes persuadés d’une chose. Il fallait susciter, dans l’urgence, un contre-feu devant les révélations faites par « Gorge profonde », qui s’est confié à notre quotidien en se présentant comme coauteur présumé – et repentant – d’un crime commandité par des membres du clan Ouattara dans le but d’accuser le pouvoir Gbagbo. Donnant de nombreux détails troublants, il nous révélait être en contact avec Jean-Yves Garnault, agent de renseignement français, et le juge Patrick Ramaël. Fin décembre 2011, il nous annonçait avant les médias l’arrivée de Ramaël venant à Abidjan pour le rencontrer. Il nous montrait des courriers électroniques échangés avec Garnault et destinés à Ramaël, et une décharge donnée par Garnault qui a récupéré des objets présentés comme ayant été arrachés à Kieffer.
Pour des raisons mystérieuses, Ramaël ne voulait pas communiquer sur « Gorge profonde » et son témoignage, pourt ant assez pris au sérieux pour justifier un déplacement à Abidjan. Il fallait donc détourner l’attention de l’opinion ivoirienne et française sur les investigations de notre journal, qu’il serait par la suite facile de tourner en dérision comme les inventions d’un titre « pro-Gbagbo ». Une question se pose désormais. Maintenant que l’hypothèse Yaokro s’est révélée bidon, Ramaël explorera-t-il officiellement celle de l’homme avec qui il est en contact secret depuis des semaines ? «Depuis sept ans, le juge d'instruction Patrick Ramaël fait un travail remarquable qui consiste à explorer toutes les pistes, toutes les hypothèses pour pouvoir fermer des portes», a dit hier Alexis Gublin, l’avocat de la famille du disparu. Une telle logique devrait amener à explorer la piste « Gorge profonde » en toute transparence. Y compris pour la fermer définitivement.

Les méthodes douteuses de Ramaël, l’honneur perdu de la presse française

Le dénouement de « l’affaire du squelette » remet sur le tapis la question des méthodes étranges du juge Ramaël. Ce n’est pas la première fois qu’il met médiatiquement en orbite un témoin-clé aux confidences farfelues. Avant « le vilageois de Yaokro », il y a eu Berté Seydou, chauffeur supposé de Jean-Tony Oulaï, qui a tout de même réussi à avoir un visa pour aller en Europe ; Germain Bahagbé, collaborateur de Oulaï qui s’est vite rétracté ; Paul Nobila Zinsonni alias « Major Gossé », qui a, lui, témoigné avec une fausse carte d’identité ivoirienne. Tous ces témoignages, contradictoires les uns avec les autres, dont le seul point commun est qu’ils accablaient des proches de Gbagbo, ont été présentés comme des avancées dans l’affaire. Avant d’être abandonnés. Jusqu’à quand le juge Ramaël, qui a accusé, en 2008, le conseiller justice de Nicolas Sarkozy d’alors, d’empêcher un témoin de s’exprimer sans la moindre suite, et qui a été visé par une enquête interne, qui n’est lancée qu’en cas de soupçons de manquements graves à la déontologie, sera-t-il sanctifié par la presse française ? L’AFP écrit ainsi, avec beaucoup de culot : «Des doutes étaient cependant apparus quand certains villageois interrogés par l'AFP avaient affirmé que, dans leur souvenir, ce corps qui avait été enterré près d'un cours d'eau noirâtre enjambé par un pont, était celui d'un noir.» Mais quels doutes ont été franchement exprimés par l’AFP et par les autres médias parisiens, en dehors du témoignage elliptique de certains villageois ? Dans ses dépêches en anglais évoquant la mort de Bohoun Bouabré, l’agence française a même dit qu’il était «relié» à la disparition du journaliste franco-canadien, brandissant le squelette non identifié en guise de preuve ultime.

 

Philippe Brou


Source: LE NOUVEAU COURRIER

samedi, 14 janvier 2012

APRES L’AFFAIRE DU SQUELETTE, «GORGE PROFONDE» ACCUSE: «LE JUGE RAMAËL NE JOUE PAS FRANC-JEU»

 


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Bien avant les résultats du test d'ADN, «Gorge profonde» nous avait joints pour nous avertir que Ramaël n'aurait aucun résultat probant. Et hier, la nouvelle confirmant qu'il ne s'agissait nullement des restes de Kieffer est tombée, comme un coup de massue pour le juge Ramaël, Bernard Kieffer, et toute la confrérie proche du régime Ouattara. «Si quelqu'un vous avoue que les restes de Kieffer se trouveraient ailleurs d'autre que le lieu où je sais qu'ils se trouvent, c'est faux. Quant à moi, j'estime avoir fait ma part dans cette affaire. C'est le juge Ramaël qui ne veut pas jouer franc jeu», nous a déclaré au téléphone, celui qui est à la base du rebondissement de l'affaire Kieffer, après plusieurs années de léthargie. Il affirme avoir remis plusieurs objets (sac, clé usb, documents) appartenant à Guy André Kieffer à Jean Yves Garnault, l'ami du franco-canadien, ainsi qu'au juge Patrick Ramaël lui-même. A ce dernier, il dit avoir remis une pièce d'identité de la victime et des effets vestimentaires lui appartenant. Des choses qu'il avait soigneusement gardées pour se retourner contre le commanditaire de l'assassinat du journaliste franco-canadien au cas où ce dernier ne remplirait pas sa part de contrat.  A bien y réfléchir aujourd'hui, ne sont-ce pas ces effets de la victime remises au juge Ramaël qui ont permis à ses services de faire croire, avec un soupçon d'éléments, et admettre aux medias français que le squelette sorti du profond de la Côte d'Ivoire, était celui de Kieffer ? Avant même que des tests ADN aient été faits sur les échantillons de ses restes prélevés.

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En tout cas, pour «Gorge Profonde», le juge Ramaël a décidé de tourner en rond. «Je ne comprends pas pourquoi le juge tourne en rond. Le jour même où le juge Ramaël est arrivé, nous nous sommes rencontrés. Et il m'avait donné des garanties, quand à mon extradition vers la France, où je devais purger ma peine après jugement. Avec des assurances pour ma famille. Malheureusement, deux jours après j'apprends qu'ils veulent me remettre à la justice ivoirienne. J'ai été donc obligé de me mettre à l'abri. Parce que ce n'est pas ce que le juge Ramaël m'avait dit tout au long de nos différentes conversations», a fait savoir «Gorge profonde». Aujourd'hui, celui qui se présente comme le sachant dans l'affaire Kieffer se dit  prêt à livrer la vérité devant une justice équitable et s'il bénéficie d'un bon conseil d'avocats. «Le juge Ramaël veut-il réellement la manifestation de la vérité ou d'une vérité ?», continue-t-il de s'interroger.


Gérard Koné


Source: LE NOUVEAU COURRIER

vendredi, 13 janvier 2012

LE SQUELETTE RETROUVE EN COTE D'IVOIRE N'EST PAS CELUI DE GUY-ANDRE KIEFFER


LE SQUELETTE DE YAOKRO 2.jpg

Les expertises d'ADN ont montré que le squelette exhumé le 6 janvier en Côte d'Ivoire n'est pas celui de Guy-André Kieffer, a indiqué, jeudi 12 janvier, Me Alexis Gublin, avocat du frère du journaliste franco-canadien enlevé en 2004.

"L'expertise ADN est négative. Le corps retrouvé n'est pas celui de Guy-André Kieffer", a déclaré l'avocat de Bernard Kieffer. Le squelette avait été découvert dans la région d'Issia, en présence du juge Patrick Ramaël, chargé du dossier.

"RENFORCER D'AUTRES HYPOTHÈSES"

De nombreux éléments avaient laissé penser à l'entourage de Guy-André Kieffer que ces ossements découverts à 360 km à l'ouest d'Abidjan étaient bien ceux du journaliste, qui avait disparu le 16 avril 2004 sur un parking de la capitale économique ivoirienne. Des échantillons de ce squelette avaient immédiatement été envoyés en France pour analyse.

"C'est une déception pour la famille, parce que ça ne permettra pas de commencerle deuil, mais ça ne remet en rien en cause l'enquête en cours, a estimé Me Gublin.Depuis sept ans, le juge d'instruction Patrick Ramaël fait un travail remarquable qui consiste à explorer toutes les pistes, toutes les hypothèses pour pouvoir fermerdes portes, a rappelé l'avocat. Le porte qui se ferme aujourd'hui va permettre de poursuivre les investigations et de renforcer d'autres hypothèses."

Journaliste indépendant, Guy-André Kieffer avait disparu le 16 avril 2004 sur un parking d'Abidjan alors qu'il enquêtait sur des malversations, notamment dans la filière du cacao, dont le pays est le premier producteur mondial. L'enquête menée en France s'est orientée vers des cercles proches de l'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo, actuellement poursuivi devant la CPI pour des crimes contre l'humanité.


Source: LE MONDE.FR

LES PRECIEUX POINTS DE LAURENT GBAGBO

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Dans la course au triomphe de la vérité sur la crise ivoirienne, l'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo engrange des points précieux, depuis quelques temps, et est en passe de donner l'insomnie à ses détracteurs qui, depuis, redoublent de tours de prestidigitation pour donner un contenu aux mensonges éhontés habillement distillés dans le monde et dans notre pays contre ce digne fils de l'Afrique.

L'affaire pendante du squelette du journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer prétendument découvert à Issia, le statut « d'indigent » reconnu à Laurent Gbagbo pour le financement de sa défense par la CPI, les élucubrations du président sénégalais Abdoulaye Wade sur le financement de la rébellion casamançaise par l'ancien président ivoirien et les résultats des législatives du 11 décembre 2011 sont autant de bons points pour « le réprouvé de Scheveningen ». Cela vous étonne-t-il ? Faisons un peu de lumière sur le sujet.

D'abord, le statut « d'indigent » accordé au célèbre prisonnier de La Haye après 5 semaines d'investigations infructueuses pour retrouver la fortune que Laurent Gbagbo aurait dissimulée quelque part sur la planète, peut-être dans un paradis fiscal, afin de le contraindre à financer sa propre défense et, par ricochet, pouvoir certainement le confondre et le convaincre de crimes économiques, chefs d'accusation que lui colle au dos le nouveau pouvoir d'Abidjan.

Le greffier Esteban Peralta Losilla de la CPI a rendu, le 28 décembre 2011, une décision qui ne souffre pas d'équivoque : «Monsieur Gbagbo ne dispose pas de ressources suffisantes pour prendre en charge tout ou partie des coûts de sa représentation légale devant la cour». Notamment, «la rémunération d'un avocat, d'un assistant juridique et d'un gestionnaire de dossier ainsi que le remboursement des frais engagés par la défense de Laurent Gbagbo à hauteur de 76.000 euros (environ 50 millions de francs CFA)». Cette décision donne incontestablement la preuve que Laurent Gbagbo a géré la Côte d'Ivoire avec intégrité, probité, et qu'il est un honnête homme et non le chef de guerre, le pilleur, le prédateur national et le dictateur qui confond caisses de l'Etat et comptes personnels pour lequel on a voulu le faire passer. Impensable qu'un chef d'Etat africain n'ait ni patrimoine immobilier haut de gamme ni compte bancaire dans un paradis fiscal. La CPI ne peut se faire à cette idée. Tant et si bien qu'elle a décidé de poursuivre les recherches - malgré l'évidence de la virginité du « reclus de La Haye » - dans l'espoir, vaille que vaille, de prouver que Laurent Gbagbo figure bel et bien sur la triste liste des présidents africains devenus milliardaires par des biens mal acquis. Comment la CPI arrivera-t-elle à prouver qu'un tel homme sur qui l'argent n'a pas de prise (cas rarissime) est un criminel de guerre sans morale ni vergogne. L'entreprise ne manque pas d'audace.

L'idée même de l'honnêteté de Gbagbo dans la gestion des biens publics ivoiriens, durant sa gouvernance, répugne à la presse proche de Ouattara. Autant que son « indigence » présumée qu'elle qualifie de canular « pour se soustraire à l'obligation d'honorer les frais de sa défense ». Pour cette presse, Laurent Gbagbo a géré « des fortunes colossales » qui ne peuvent « s'être évanouies dans la nature ». Il aurait au moins 1,4 milliard en compte, pour avoir touché un salaire mensuel de 9,6 millions de francs CFA pendant dix ans, en tant que Président de la République de Côte d'Ivoire. Il aurait géré un budget de souveraineté de 75 milliards par an, soit 750 milliards sur la même période. Les journalistes pro-Ouattara ne peuvent donc comprendre qu'il n'ait pas mis un peu de cet argent en lieu sûr, pour ses vieux jours. En bon africain. Pour eux, Laurent Gbagbo ne peut pas être autre chose que multimilliardaire. On lui trouve même des rétro-commissions d'achats d'armes - pour se mettre au goût du jour français - qui auraient atterris dans ces comptes personnels, des commissions dans l'achat de l'usine de transformation du cacao, à Fulton, aux Etats-Unis et dans l'affaire des déchets toxiques du Probo Koala, pétrolier immatriculé au Panama, appartenant à une compagnie grecque et affrété par la société hollandaise et suisse Trafigura. La presse RHDP accuse Laurent Gbagbo d'être également « mouillé » dans la gestion des indemnisations versées par l'affréteur du navire néerlandais.

Ces ruées dans les brancards d'une presse pro-Ouattara interloquée par la signification profonde de « l'indigence » de Laurent Gbagbo sont la preuve que Laurent Gbagbo est un dirigeant politique totalement atypique, peu soucieux du gain et de l'intérêt personnel, aucunement enclin à l'enrichissement et qui avait fait de son budget de souveraineté « la plus grosse caisse sociale d'Afrique de l'Ouest ». Ce qu'on ne peut guère prêter aux nouveaux dirigeants de la Côte d'ivoire, authentiques parrains et chefs de guerre qui ont pillé avec indécence la partie septentrionale de notre pays, durant 10 bonnes années, avec à la clé le casse des agences de la BCEAO du Centre, du Nord et de l'Ouest et la création d'une régie parallèle, « La Centrale », qui a « fait les poches » à la nation, permanemment et sans aucun scrupule, jusqu'à tout récemment.

Cette presse ne comprend pas que nous puissions saluer la décision du greffier de la CPI, Esteban Peralta Losilla, de faire financer la défense du président Laurent Gbagbo pour « indigence ». C'est pourtant facile à décrypter : l'ancien président ivoirien n'est pas un voleur, encore moins un pilleur. Tout ce qui a été débité sur sa personne comme mensonge n'est, en réalité, à mettre qu'au compte d'une diabolisation hémiplégique sans fondement. Ils anticipent en réalité l'entreprise de Sisyphe que va constituer pour le camp Ouattara la production de preuves relatives aux charges de crimes économiques portées contre son pire ennemi politique. 

Le deuxième bon point pour Gbagbo est le bataclan qui s'est mis en branle après les révélations de « Gorge profonde », dans Le Nouveau Courrier, incriminant le camp Ouattara sur les circonstances et les conditions de la mort du journaliste franco-canadien, Guy-André Kieffer. Comment comprendre que la France ait toujours agité cette affaire comme un chiffon rouge permanent contre Laurent Gbagbo et qu'une fois celui-ci bombardé par l'armée française et déporté à Korhogo, au Nord de la Côte d'Ivoire, puis à La Haye, on nous ait fait attendre 8 mois pour, au final, tenter de nous faire avaler la couleuvre de cette information indigeste qu'est la découverte des restes du franco-canadien dans le village de Yaokro, près d'Issia, la ville natale du ministre Bohoun Bouabré (paix à son âme!), un proche de Gbagbo dont le nom a toujours été associé à cette scabreuse affaire par les pourfendeurs de l'ancien régime ivoirien. Et cela, curieusement juste après que Le Nouveau Courrier ait rouvert la boîte de Pandore.

Bernard Kieffer a fait un bien curieux témoignage sur l'emplacement du squelette de son frère, porté à la connaissance du juge Ramaël, qui conforte les partisans de la thèse du complot dans leur position : « Le juge n'avait pu aller vérifier le témoignage car c'était en pleine zone contrôlée par le camp Gbagbo ». Un témoignage faux et scandaleux sur toute la ligne, dans la mesure où la collaboration entre le juge français et les anciennes autorités ivoiriennes ne souffrait d'aucune ombre. C'est sur la base de ce témoignage que le juge Ramaël aurait menées les fouilles qui ont abouti à l'exhumation « des restes (?) » de Guy-André Kieffer, « sur la foi d'informations qu'il a obtenues voilà quelque temps ». Alors, question : « Pourquoi avoir attendu huit longs mois pour aller vérifier des informations disponibles depuis bien longtemps ? », s'interrogeait avec à-propos Le Nouveau Courrier, en début de semaine. Le juge Ramaël a eu l'occasion de se rendre en Côte d'Ivoire à trois reprises, depuis la prise de pouvoir de Ouattara. Il n'a jamais fait cas de ce témoignage ni de ses suites. Son dernier voyage en terre ivoirienne remonte à novembre 2011, il y a seulement deux mois. « Pourquoi donc n'a-t-il pas effectué de fouilles dans le village de Yaokro, dans la sous-préfecture de Saïoua, département d'Issia, à cette occasion, puisqu'il avait déjà les informations ? ».

Après la diabolisation médiatique constante menée contre Laurent Gbagbo et son régime, l'avènement du régime Ouattara était une aubaine pour boucler enfin ce dossier épineux. Que non ! Patrick Ramaël aura attendu 8 mois pour se rendre sur le site qu'il connaissait déjà depuis près d'une année. Le mystère sur la mort de Kieffer reste entier et laisse de plus en plus croire qu'il résulte d'un grossier montage de la France et de l'entourage d'Alassane Ouattara. Blanchissant entièrement Laurent Gbagbo et son régime, malgré les insinuations perfides du juge français, et confirmant une fois de plus que l'ancien président ivoirien n'est ni un assassin ni un dictateur. Un autre point en sa faveur pour sa défense à la CPI.

Quant aux résultats des élections législatives avec leur mémorable et historique « désert électoral », et la pléthore de plaintes (plus de 110 sur 254 sièges) déposées sur la table du Conseil constitutionnel par les alliers du RDR qui décrient ses pratiques électorales peu orthodoxes, ils apportent une autre preuve que le président Laurent Gbagbo avait raison lorsqu'il criait à la fraude massive à la présidentielle de novembre 2011 et appelait au recomptage des voix en vue de solder le contentieux postélectoral, et ce, pour montrer son attachement à la démocratie. Un tel homme ne peut pas être accusé d'avoir provoqué la guerre dans son pays et tué les Ivoiriens. Sa défense saura aisément le prouver.

Les adversaires nationaux et internationaux de Laurent Gbagbo sont tellement désemparés par la vérité des faits qui tendent de plus en plus à le faire découvrir au monde comme un honnête homme et un dirigeant politique amoureux de son peuple que le président sénégalais, Abdoulaye Wade est appelé à la rescousse pour nous sortir un incroyable lapin du chapeau françafricain : Laurent Gbagbo a financé la rébellion casamançaise. Dans les accusations les plus ubuesques contre l'ancien chef de l'Etat ivoirien, nous n'aurions jamais cru pouvoir entendre une énormité plus renversant et plus incongrue ! Laurent Gbagbo n'a pas sorti le moindre coutelas contre le président Félix Houphouët-Boigny durant 30 années de lutte politique et d'opposition. Pourquoi l'aurait-il fait au moment où il avait accédé à la magistrature suprême de son pays et, de surcroît, dans un pays frère ? Mystère !

On le voit bien, les ennemis du « réprouvé de Scheveningen » sont à court d'idées, rattrapés qu'ils sont par le tonnage impressionnant de mensonges véhiculés durant toutes ces années, en Afrique et dans le monde, pour justifier son éloignement du pouvoir et de la vie politique ivoirienne. Mais la vérité finissant toujours par l'emporter sur le mensonge, fut-il le plus enraciné, Laurent Gbagbo finira bien, un jour, par sortir des geôles de la CPI, blanchi et plus que jamais grandi.

 

Que DIEU bénisse la Côte d'Ivoire ! 



In le quotidien ivoirien "Le Nouveau Courrier" N° 414 du jeudi 12 janvier 2012.

jeudi, 12 janvier 2012

GUY-ANDRE KIEFFER: LES DOCUMENTS EXPLOSIFS DE «GORGE PROFONDE»


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L'affaire Guy-André Kieffer a rebondi avec la diffusion dans Le Nouveau Courier du témoignage de «Gorge profonde», ex-rebelle qui affirmait avoir participé à l’enlèvement et à l’assassinat du journaliste franco-canadien et savoir ou se trouvait la dépouille.

Comme par enchantement, le juge Ramaël a conduit l'opinion vers un squelette à problèmes à Issia, à plus de 300 kilomètres d’Abidjan. Et la litanie accusatrice contre Gbagbo et ses proches a été relancée. Gorge profonde est-il une invention du Nouveau Courrier  ou un faux témoin ? En tout cas, nous avons la preuve qu’il a constitué un dossier à l'attention de Ramaël avec l’aide de Jean-Yves Garnault, agent de renseignement français. Nous avons pu en effet nous procurer des courriers électroniques qu'ils ont échangés. Notamment une partie de la confession de Gorge profonde à Ramaël rédigée avec l’aide de Garnault et d’un avocat, envoyée au juge Ramaël. Nous la publions ici, avec quelques retouches, pour protéger notre source.

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Et nous vous faisons partager la décharge que Garnault a donnée à «Gorge profonde» après avoir pris ce que ce dernier présente comme des effets personnels arrachés à Kieffer. Cerise sur le gâteau, Gorge profonde affirme avoir rencontré Ramaël dans la nuit du 2 au 3 janvier, soit quelques heures après l’arrivée du juge à Abidjan, dans un bar bien connu de la place, situé à Marcory. Au lendemain de la publication du témoignage de «Gorge profonde» dans les colonnes du Nouveau Courrier, nous sommes rentrés en contact avec le juge français, qui a prétexté d’une réunion pour botter en touche. Il avait promis de rappeler, ce qu’il n'a pas fait. De quoi crédibiliser Gorge profonde  et donner des sueurs froides au régime Ouattara. Le poker menteur continue.

"Monsieur le juge,

Je me nomme xxxxxxx xxxxxxx, je suis né le xxxxx xxxxx xxxx à Korhogo – j’ai été un élément actif et connu de ce qu’on a appelé « la rébellion » – J’ai occupé divers postes de responsabilités dont celui de chef du GIS (Groupe des Interventions Spéciales) qui est     directement lié à l’affaire Guy André Kieffer.

J’ai été un militaire sincère, croyant dans la finalité de la lutte armée contre notre ennemi de l’époque qui était le « clan Gbagbo » – Nous obéissions scrupuleusement aux ordres donnés soit par notre hiérarchie soit par les autorités politiques.

J’ai décidé de vous livrer toutes les informations relatives à l’affaire Kieffer et sur d’autres opérations du même type, car, comme beaucoup d’entre nous, je me suis senti trahi par nos hiérarchies, aussi bien politique que militaire. Notre chef, M. Soro  Guillaume, s’est rapproché de M. Gbagbo avec tous les avantages que lui conférait son poste de Premier Ministre … tandis qu’un autre s’est hissé à un très haut niveau de la Présidence !

J’ai décidé, après avoir été exploité, souvent humilié, qu’il me fallait prendre la décision de sortir de cet engrenage – J’ai quitté la rébellion et ai réussi à vivre aussi modestement que discrètement avant de me réfugier dans un pays voisin avec ma famille – Actuellement je ne vis que de l’aide du Haut Commissariat aux Réfugiés.

Le moment est venu de faire rendre des comptes aux différents responsables qui ont trahi notre cause.

C’est la raison pour laquelle, prenant conscience d’avoir été un instrument manipulé alors que j’étais sincèrement convaincu d’agir pour la bonne cause, j’éprouve aujourd’hui une réelle soif de Justice et je tiens absolument à ce que toute la Vérité soit dite pour que tous les niveaux de responsabilités répondent de leurs actes respectifs.

Je m’engage solennellement à pleinement collaborer pour que toute la lumière soit faite sur ces malheureuses affaires que je regrette aujourd’hui.

Permettez-moi de solliciter de votre bienveillance une attention particulière concernant mon épouse et ma fille pour qu’elles puissent vivre normalement durant mon absence et, dans la mesure du possible, faire en sorte que ma vie soit préservée en m’envoyant (de mon plein gré) en France pour que la Justice puisse rendre sa décision à mon encontre. Je souhaiterais, dans toute la mesure du possible, que mon nom soit préservé dans les procédures pour des raisons évidentes de sécurité.

Je tenais à vous remettre cette lettre au premier moment de notre rencontre pour démontrer dans quel état d’esprit je souhaite collaborer avec la Justice française.

Vous renouvelant mes regrets de cette conduite inexcusable qui est la résultante du contexte de guerre avec son cortège d’horreurs, je vous prie néanmoins de bien vouloir intercéder auprès de la famille pour leur présenter mes très sincères regrets.


Xxxxxx   xxxxxxxx

Courrier  rédigé par un tiers à ma demande".


Source: LE NOUVEAU COURRIER

mercredi, 11 janvier 2012

APRES LA MORT DE BOHOUN BOUABRE, LE MINISTRE LIA BI DOUAYOUA ACCUSE: «SI SES COMPTES N’AVAIENT PAS ETE GELES…»



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Le Ministre d’Etat Paul-Antoine Bohoun Bouabré, du fait de la Proximité de Saïoua avec Sinfra, m’appelait toujours affectueusement « Frère ». Mais nous avons vécu réellement une fraternité au plein sens du terme. De janvier 2001 à Mars 2003, pendant mon temps de présence au gouvernement, c’est moi qu’il avait chaque fois choisi pour assurer l’intérim du Ministère de l’économie et des finances pendant ses nombreux  déplacements pour les discussions avec les institutions de Brettons Woods.

Ingénieur de formation, je ne suis ni économiste ni financier mais il déclarait  toujours que c’est à moi qu’il faisait le plus confiance. Je me sentais donc honoré de cette marque de confiance et nous avons été ensemble sur de nombreux fronts. Il avait par exemple  particulièrement tenu à être à mes côtés à l’Assemblée nationale lorsque je défendais le Projet de loi sur la paiement par les opérateurs mobiles de la contrepartie financière de 40 milliards à l’Etat pour l’attribution de licence d’exploitation de réseau cellulaire.  J’ai appris ce matin son décès comme un choc. C’était un homme droit, rigoureux et loyal qui avait de grandes ambitions à la fois pour sa région et pour son pays.

Je pense que si ses comptes bancaires, par injustice et méchanceté gratuite, n’avaient pas été gelés, il aurait pu disposer de ressources financières nécessaires pour se  faire soigner convenablement. Je prie profondément depuis ce matin pour lui, pour Léa sa femme, pour ses enfants, pour sa famille et  pour ses amis.


Le Ministre Lia Bi Douayoua
Président du Conseil Général de Sinfra


Source: LE NOUVEAU COURRIER

COTE D'IVOIRE: DECES A JERUSALEM DE PAUL-ANTOINE BOHOUN BOUABRE


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Un haut cadre de la Côte d'Ivoire, une personnalité de grande valeur, un homme discret, travailleur et d'une efficacité redoutable a tiré sa révérence, à 54 ans. Paul-Antoine Bohoun Bouabré n'est plus. La Côte d'Ivoire digne est en deuil. Jeune Afrique se croit dans l'obligation de pondre un article pour balancer le scoop (voir texte ci-dessous), sauf qu'il le fait au détriment du professionnalisme, de la vérité et du devoir sacré de respecter la douleur des proches du disparu. Ce que n'a pas manqué de relever Théophile Kouamouo, du Nouveau Courrier, sur sa page Facebook: « L'article de Jeune Afrique sur la mort de Bohoun n'honore pas son auteur. Premièrement, parce que tout le monde sait qu'il n'était pas dans le gouvernement Aké N'Gbo et pas au premier plan pendant la crise postélectorale. Et que c'est la logique folle qui a conduit à l'inculpation de gens comme le fils ou le médecin de Gbagbo qui est à l'oeuvre. Deuxièmement, parce qu'il ne prend même pas le soin de dire "graves crimes supposés". Troisièmement, parce qu'il veut couvrir le fait qu'il est mort sans avoir eu les moyens de se soigner parce que ses biens n'ont même pas été partiellement gelés, mis sous tutelle, pour lui donner les moyens de se soigner. C'est honteux, tout ça ». La prochaine étape sera certainement pour Bohoun Bouabré de servir de bouc émissaire post mortem pour tous les sorciers et diables de la scabreuse « affaire Kieffer ». Condoléances attristées à tous les patriotes ivoiriens !

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L'ancien grand argentier de Laurent Gbagbo est décédé mercredi matin dans un hôpital de Jérusalem à la suite d'une grave insuffisance rénale. Il était recherché par la justice ivoirienne pour des crimes commis pendant la crise postélectorale.

L'ancien ministre ivoirien de l'Économie et des Finances (entre octobre 2000 et décembre 2005) Paul-Antoine Bohoun Bouabré est décédé tôt ce mercredi matin à Jérusalem, en Israël, où il était en attente d'une greffe de reins, a annoncé le site de L'Intelligent d'Abidjan. Une information confirmée à Jeune Afrique par une proche du défunt. Selon elle, celui-ci souffrait d'une insuffisance rénale et avait vu sa santé se dégrader l'été dernier.

Visé par un mandat d'arrêt international émis par la justice ivoirienne pour les graves crimes commis dans le cadre de la crise postélectorale, ce cacique de l'ancien régime de Laurent Gbagbo avait trouvé refuge en Israël. Ancien professeur d'économie à l'Unité de formation et recherches des sciences économiques et de gestion de l'université d'Abidjan, il avait également été ministre d'État chargé du Plan et du Développement.

Émissaires

Après la chute de Laurent Gbagbo, il avait dépêché des émissaires auprès du nouveau pouvoir d'Alassane Ouattara pour négocier le dégel de ses avoirs ou, à défaut, obtenir une prise en charge de l'État. Mais, cette demande lui avait été refusée. Son nom était régulièrement cité dans l'affaire de la disparition à Abidjan en 2004 du journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer.


Baudelaire Mieu, à Abidjan.


mardi, 10 janvier 2012

L'INVESTIGATION ET NOUS, PAR THEOPHILE KOUAMOUO


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La semaine qui vient de s’achever a été une semaine d’émotions assez fortes pour la rédaction de votre quotidien Le Nouveau Courrier. Et pour cause : nous avons été pris, à notre corps défendant, dans le tourbillon de la «résurrection» de l’affaire Kieffer, avec tous les risques que cela comporte. C’est en effet après la publication dans notre quotidien du témoignage d’un homme que nous avons surnommé «Gorge profonde», et qui affirmait être en mesure d’indiquer l’endroit où a été inhumé Guy-André Kieffer il y a plus de sept ans pour avoir été un des éléments du commando rebelle l’ayant assassiné pour le compte des ennemis du pouvoir d’alors, soucieux de l’accabler, que le juge Patrick Ramaël, flanqué d’éléments des Forces républicaines de Côte d’Ivoire, dominées par les ex-rebelles, a «découvert» un squelette. Qui pourrait être, dit-on, celui du journaliste franco-canadien. «Petit» problème : le squelette en question ne se trouve pas sur la route entre Abidjan et Sikensi, mais dans le village de Zega, près d’Issia, à plus de 300 kilomètres d’Abidjan. Que penser de cet incroyable imbroglio ?

- Premièrement, nous ne sommes ni les «amis» ni les «garants» de «Gorge profonde». Si nous avons choisi de publier son témoignage pour le moins troublant, c’est parce que nous avons eu la preuve de ce qu’il était en relation suivie avec à la fois un homme politique ivoirien de premier plan, Jean-Yves Garnault, spécialiste français du renseignement au profil trouble vivant à Abidjan et les services du juge Patrick Ramaël. Il savait depuis le mois de décembre  au moins que Ramaël arriverait le 2 janvier à Abidjan, avait son contact et devait le rencontrer quand il a reçu, finalement, des coups de fil menaçants de «sécurocrates» du régime Ouattara. Au final, nous avons perdu sa trace. Que lui est-il arrivé ? Nous n’en savons rien. Mais tous les éléments qu’il nous a fournis nous ont convaincu de l’utilité de publier son témoignage.

- Deuxièmement, il faut absolument qu’une presse critique «surveille» le travail du juge Ramaël sur ce dossier Guy-André Kieffer. Pour des raisons citoyennes évidentes. Depuis sept ans, ce magistrat a en effet suivi de nombreuses pistes, donc de fausses pistes, en utilisant abondamment les médias, rendant publiques des séries de noms de suspects sans relation les unes avec les autres. Il a, et c’est évident, bafoué les règles de son métier qui lui demandent d’enquêter à charge et à décharge, pour se mettre au service de l’obsession anti-Gbagbo des exécutifs Chirac et Sarkozy. Même en France, les méthodes de Ramaël ne font pas l’unanimité. C’est pour cette raison qu’il a été visé, fin juin, par une enquête administrative sur ses activités. Une procédure «assez rare», indiquait Le Monde en octobre 2010, rappelant que «l’inspection [générale des services judiciaires] est saisie dans les cas les plus graves, insuffisance professionnelle, manquement à la délicatesse, à la probité, à la loyauté, ou plaintes répétées des justiciables». Les nombreuses zones d’ombre qui entourent le dernier épisode de l’affaire Kieffer devraient renforcer les interrogations sur les méthodes et les objectifs de Ramaël. Le squelette supposé du journaliste aurait été localisé par un témoin qui a assisté à son inhumation et vu précisément son visage, au point de le reconnaître sur des photos de presse, sans être membre du commando qui l’a tué et enterré en catimini, donc dans la plus grande discrétion. Curieux. Le témoignage était disponible depuis le temps où Laurent Gbagbo était au pouvoir, et la vérification n’a pas pu se faire, nous dit-on, en raison des entraves de son régime. Pourquoi avoir donc attendu neuf longs mois pour confirmer cette piste ? Pourquoi Ramaël ne s’est-il pas rendu sur les lieux, alors que l’AFP nous indique qu’il est venu «au moins trois fois» en Côte d’Ivoire depuis la prise de pouvoir d’Alassane Ouattara ? Encore plus curieux.

- Troisièmement, si nous ne sommes pas étonnés du peu de cas que fait la presse «internationale» de notre travail, nous sommes surpris de la réaction de certains Ivoiriens qui nous encourageaient au moment où nous étions emprisonnés pour notre travail d’investigation dans le cadre des détournements dans la filière café-cacao, et qui aujourd’hui veulent nous ensevelir sous un torrent d’injures. Nous voudrions leur dire que le journalisme d’investigation, si dangereux en Afrique – il a coûté la vie au Burkinabé Norbert Zongo qui s’était rapproché de trop près, dans ses enquêtes, de la famille de Blaise Compaoré – est dans notre ADN. Depuis que notre équipe, qui s’est déplacée du quotidien Le Temps ancienne formule au Courrier d’Abidjan puis au Nouveau Courrier, existe, nous nous sommes efforcés de bâtir notre crédibilité sur notre capacité à enquêter. Nous avons été les premiers à dévoiler, en 2003, le divorce définitif entre Guillaume Soro et son rival décédé Ibrahim Coulibaly, lié à l’histoire vraie de l’arrestation en France de ce dernier, rendue possible grâce à un «coup de main» de l’actuel Premier ministre, alors en alliance objective – et exclusivement tactique –  avec  le président Gbagbo. L’ONG Global Witness et plusieurs journalistes et analystes se sont fondées sur nos révélations exclusives sur les réseaux de contrebande du cacao ivoirien à travers le Burkina Faso et le Togo, dans lesquels on retrouvait la société française Soeximex et l’actuel ministre Adama Bictogo, pour mener leurs propres enquêtes. En novembre 2004, nous avons été les premiers à solliciter le témoignage du colonel Guiai Bi Poin sur ce qui s’est vraiment passé devant l’Hôtel Ivoire : c’est à la suite de notre interview que Canal + l’a contacté – ce qui a fait sauter Michèle Alliot-Marie au plafond. Par la suite, nous avons été les premiers à relever les incohérences et les mensonges de la version française officielle sur le bombardement de Bouaké. Aujourd’hui, Mediapart et Le Canard Enchaîné, vitrines françaises du journalisme d’investigation, défendent la thèse d’un «complot d’Etat» ourdi à Paris contre Gbagbo, d’une manipulation qui aurait mal tourné. Nous avons été le seul journal à publier le rapport d’expertise sud-africain qui prouve de manière claire que ce sont les soldats français qui ont tué les jeunes Ivoiriens devant l’hôtel Ivoire. Nous avons publié en juin 2010, avant de nombreux journaux français, l’essentiel du mémorandum explosif de Jean Balan, avocat des familles des soldats français tués à Bouaké. Nous avons secoué le cocotier de la filière café-cacao, ce qui nous a valu des persécutions et un emprisonnement. Nous avons publié, le 17 août 2010, une enquête complète sur la mutinerie meurtrière – et étouffée – de la MACA en décembre 2008. Nous avons publié, en exclusivité, le témoignage du général Dogbo Blé sur les tortures qu’il a subies et les derniers mots du président Gbagbo avant son arrachement à la terre ivoirienne. Nous avons donc fait nos preuves par le passé. Nous n’avons pas attendu l’affaire Kieffer. Cela ne coûte rien à personne de nous le reconnaître.


Théophile Kouamouo


Source: LE NOUVEAU COURRIER

EXCLUSIF: L'ARTICLE QUI AURAIT COUTE LA VIE A GUY-ANDRE KIEFFER

Cet article paru le 25 novembre 2002 sur Abidjan.net et repris à l’époque par Fraternité-Matin a été celui qui, pour la première fois, évoquait la spéculation meurtrière d’Armajaro, dont le fils de Dominique Ouattara est aujourd’hui le responsable Afrique.

 

Qui avait intérêt à éliminer Guy-André Kieffer?


Une information transmise le jeudi 24 octobre 2002 en soirée, fait état qu'une société britannique de négoce, récemmentimplantée au Ghana et en Côte d'Ivoire : Armajaro, a remis, ces dernières semaines, une somme importante à un groupe de personnesdans le but d'entreprendre une déstabilisation de la Côte d'Ivoire.

La somme serait au minimum de cinquante millions de dollars américains, soit environ une trentaine de milliards de francs CFA. Cette information, qui a été validée auprès de traders de cacao, desbanquiers internationaux, des financiers et des sources politiques proches des milieux d'affaires américains radicaux, donne uneexplication plausible, très vraisemblable et hautement probable, sur l'origine de la principale source de financement de la rébellionarmée du nord débutée en Septembre 2002.

Cette information met en évidence les objectifs réels poursuivis par les auteurs de ce financement des rebelles dirigé par SoroGuillaume et très proche d’Alassane Ouattara ; elle permet d'expliquer en partie, de comprendre et de relier toute une série d'évènementsqui ont marqué depuis plusieurs mois la vie économique de la Côte d'Ivoire et notamment dans le secteur clé du cacao.

Armajaro et AIG Fund: les financiers de la déstabilisation

Armajaro : cette société de négoce, dont les bureaux sont à Londres, mais dont le siège social est basé dans un paradis fiscal – lesîles Vierges britanniques– est dirigée par Anthony Ward. L'an passé, ce négociant britannique a été l'un des principaux fournisseursde cacao du groupe agroalimentaire américain ADM, une société présente en Côte d'Ivoire dont les intérêts sont très étroitementliés à ceux de Sifca, Sifca Coop et d'Anaproci Sa.

Armajaro dispose d'un agrément d'exportation de cacao en Côte d'Ivoire depuis peu de temps

Anthony Ward
La filiale ivoirienne d'Armajaro est associée avec Daniel Usher qui est un proche de Georges Ouegnin, lui-même ayant été l'interface entre Anthony Ward et Houphouët-Boigny lors de la guerre du cacao en 1988-1991. Daniel Usher est également très proche d'Ali Anjani, un trader de sucre, proche de Victor Nembelissini qui assurait, à l'époque où il travaillait à Equator Bank ses financements. Daniel Usher et Victor Nembelissini sont très proches d'Alassane Ouattara et d'Yves Lamblin, même si les relations entre les deux hommes sont marquées par un violent antagonisme. Au Ghana, Armajaro est dirigé par Steven White, un financier britannique expert de la gestion des fonds d'investissement spécialistes des matières premières sur les marchés à terme ainsi que des montages financiers mettant en jeu des sociétés financières off-shore.

L'essentiel des financements destinés aux rebelles auraient transité par la branche ghanéenne d'Armajaro. Plusieurs transferts defonds en provenance de Londres, de l'ordre de 1,250 million de dollars (820 millions de francs CFA) à chaque fois, ont été identifiéspar les Services spécialisés, ces dernières semaines. Certains de ces transferts en liquide ont été opérés et convoyés entreLondres et Accra par Monsieur Maignan, un homme d'affaires français qui, dans un passé récent, était l'homme de confiance pour lesopérations financières de plusieurs dirigeants du PDCI.

Armajaro a été fondée par les anciens de Phibro (Philip Brothers), il y a cinqans. Armajaro, durant ces quatre dernières années, a été impliquée à plusieurs reprises dans des « étranglements de marché » sur le marché à terme de Londres en association avec plusieurs fonds de pensions (AIG Fund,Tiger Fund du financier américain GeorgesSoros un proche de Victor Nembelissini et d'Alassane Ouattara, African Managment Fund, un fond d'investissement diversifiéopéré en partie par la banque sud-africaine Absa, dirigé par Paul Martin, un ami de Frank Kennedy d'Equator Bank et de VictorNembelissini). Anthony Ward est le conseiller cacao de Mama Ndyaye d'AIG Fund.

Les fondateurs d'Armajaro ne sont pas des inconnus en Côte d'Ivoire

Ils ont été des acteurs majeurs de la guerre du cacao en 1990. A cette époque, pour limiter la sortie de cacao de Côte d'Ivoire,Anthony Ward et Derek Chambers n'avaient pas hésité à financer des troubles en pays Krou. Anthony Ward ainsi que Derek Chambers disposent d'un réseau importantde relations dans le monde politique ivoirien, notamment au PDCI, ainsi que des attaches avec plusieurs responsables du RDR.

Ces liens étroits se sont noués lors de la guerre du cacao et se sont renforcés avec le règlement du dossier cacao qui opposait la Côte d'Ivoire à Phibro au début des années quatrevingt-dix. Les deux hommes entretiennent d'étroites relations avec Georges Ouegnin,qui a été leur go-between avec les autorités politiques ivoiriennes de l'époque, et avec Daniel Usher, qu'ils ont financés (SICC) etavec lequel Anthony Ward s'est associé en début d'année pour installer Amajaro en Côte d'Ivoire.

Quelques années auparavant, ces mêmes traders, dans la même structure (Phibro) avaient activement participé au montage du volet financier du coup d'état contre Salvador Allende au Chili. Cette participation, couplée aux positions de Phibro sur les marchés à terme du cuivre de Londres(LME) et de New York (Comex), avait permis à ces traders d'engranger une plus-value estimée à 14 milliards de dollars américains.Avant d'être trader chez Phibro, Anthony Ward a appartenu au MI 5, le service secret britannique.

Mobutu Sese Seko
Mobutu Sese Seko ex président du Zaïre
Certains des ex-traders métaux de Phibro ont été, à une époque récente, lourdement impliqués dans des opérations de déstabilisation dans l'ex-Zaïre, notamment pour le contrôle de la production de coltran, un alliage métallique stratégique. Cette participation a été mise en évidence dans un rapport des Nations-Unies sur le pillage des richesses minières du Congo démocratique. (Voir aussi "Du Zaïre De Mobutu Au Congo De Kabila"). Une partie des financements pour ces opérations a transité par les banques sud-africaines Absa et Equator. Plusrécemment des membres de cette équipe de traders, dont certains ont rejoint le broker américain Refco, en association avec AIGFund, ont participé à deux tentatives de déstabilisation du Président Hugo Chavez du Venezuela. Le motif étant, cette fois, le
pétrole.

AIG Fund: Ce fonds d'investissement de droit américain basé à New York, spécialiste des placements sur les marchés à terme dematières premières, est une filiale du premier assureur américain, AIG. Sa branche « fonds d'investissement » sur les marchés dematières premières est dirigée par le sénégalais Mama Ndyaye. Cet homme est très lié aux familles Diouf, (actionnaire indirect dugroupe de négoce américain ADM, premier utilisateur mondial de cacao) et Wade, ainsi qu'à plusieurs personnalités ivoiriennes dont l'actuel directeur de la CAA, Victor Nembelissini, un proche d'Alassane Ouattara.

C'est également un proche d'Yves Lamblin, le président du groupe Sifca, un groupe agroalimentaire ivoirien très endetté (130 milliardsde francs CFA, après intégration de la totalité des dettes des filiales), proche de la cessation de paiement. Mama Ndyaye est également un proche dubanquier français Jean-Luc Lecorre, directeur d'African Merchant Bank, principal créancier de Sifca, et membre actif du Club Jean Jaurès.

Ces trois dernières années, AIG Fund a participé en association avec Armajaro, à plusieurs opérations de déstabilisation surles marchés à terme du cacao de New York et de Londres. A la veille des attentats du Word Trade Center en septembre 2001, AIG Fund contrôlait plus de 150.000 tonnes de cacao en filière sur les marchés à terme. Ce cacao a été transféré à Armajaro entre novembre et décembre 2001. L'attentat du World Trade Center ainsi que la chute du marché des actions depuis près d'un an ont entraîné detrès lourdes pertes pour AIG Fund qui cherche depuis à rattraper ces moins-values par une participation intense sur les marchés à termedu cacao.

Le mécanisme de financement des rebelles

Selon une source américaine, confirmée par des informations concordantes en provenance des mondes du négoce, de la financeet de sources internes aux milieux radicaux américains, Armajaro a fait parvenir aux différents acteurs de la rébellion une somme del'ordre de 50 millions de dollars américains, soit 35 milliards de francs CFA.

Ce montant est corroboré par des informations qui sontremontées au Renseignement militaire ivoirien, ainsi qu'aux services maliens. Armajaro et ses associés dans l'opération disposentdes moyens financiers et des motifs suffisants pour lancer une opération de déstabilisation majeure dont la principale victime estl'Etat de Côte d'Ivoire. Le mécanisme s'est peu à peu mis en place, et ce, à partir de la fin novembre 2001.

Une mécanique infernale

Armajaro
A l'origine de l'opération, il s'agit essentiellement d'une opération financière à très haute rentabilité, dont l'objectif final n'était pasune déstabilisation de la Côte d'Ivoire, mais l'obtention d'un gain considérable sur les marchés à terme du cacao et sur la reventedes stocks de cacao physique entreposés dans les ports européens. La nécessité d'une déstabilisation de la Côte d'Ivoire s'est imposée,à partir de juillet, lorsqu'il est apparu évident aux initiateurs de l'opération cacao, Armajaro et AIG Fund, que la gestion de leurspositions sur les marchés à terme du cacao, à partir de la fin juin, nécessitait un passage à une dimension supérieure pour sauvegarde run gain potentiel s'inscrivant dans une fourchette de 500 à 800 millions de dollars américains, soit 280 à 450 milliards de francs
CFA.

La nécessité d'une déstabilisation s'est avérée indispensable après que l'enterrement de la réforme cacao en Côte d'Ivoire soitdevenu un fait acquis alors que la botanique et les prévisions de récolte sur la campagne principale 2002/2003 ont déjoué en partie les résultats escomptés par l'échec de la réforme de la filière cacao en Côte d'Ivoire. En juillet les anticipations laissaient présager une bonne récolte principale 2002/2003 (980.000 à 1 million tonnes). Cette prévision s'appuyait sur un usage en forte hausse des engrais et des produits phytosanitaires dans les plantations de cacao par les planteurs lié à une amélioration sensible du revenu paysan.

La chronologie

L'opération Amajaro débute en novembre dernier avec le transfert à Armajaro de la quasitotalité de la position cacao d'AIG Fund. Le reliquat est transféré à ADM Etats-Unis. A partir de ce moment, Armajaro achète sur le marché à terme près de 650.000 tonnes de cacao-papier et constitue un stock de 210.000 tonnes, soit 5% de l'offre mondiale de cacao. Acheté entre 750 et 900 livres la tonne, cette position cacao est valorisée à plus de 1.400 livres la tonne, soit un gain de … 85% à la fin juin 2002. L'envol des cours sur le marché à terme a poussé les utilisateurs de cacao, les broyeurs, à réduire  considérablement leur taux de couverture (stock).

Ils abordent la pleine saison (octobre-décembre 2002) avec des stocks à minima. Pour obtenir une valorisation maximum des stocks, qui ont été bloqués par Armajaro jusqu'à la fin novembre afin de réduire les coûts de stockage, il faut que le cacao ivoirien de la nouvelle récolte arrive le plus tard possible sur le marché international. Ce retard doit permettre à Amajaro de réaliser une plus-value de 500 à 800 millions de dollars américains.

Les obstacles à lever

Patrick Achi
Patrick Achi, ex delegué général du Cacao
Pour parvenir à cette fin, Armajaro et AIG Fund ont opéré en plusieurs étapes. Dès novembre dernier, puis en décembre, Anthony Ward estime que la réforme cacao en Côte d'Ivoire est un obstacle majeur à son opération sur le marché à terme. Il s'agit de faire capoter la réforme. Pour arriver à cette fin, trois axes d'intervention seront retenus : Un axe institutionnel via un intense lobbying auprès de la Banque Mondiale et surtout auprès du FMI, qui en théorie n'a pas de compétence en matière agricole et d'organisation de filière.

Un axe « politique » avec des interventions soutenues par divers relais auprès du ministre des Finances ivoirien Bohoun Bouabré et ses collaborateurs, via Victor Nembelissini. Deux axes secondaires  d'intervention sont également retenus pour « casser la réforme» avec pour relais Patrick Achi, ex-délégué général au cacao sous le régime Guei et Emile Boga Doudou dont la fonction implicite est de convaincre l'épouse du Président, Simone Gbagbo, que la réforme de la filière cacao telle qu'elle est organisée va à l'encontredes intérêts des notables FPI dans sa zone d'influence (partie du pays Akan) . Un relais secondaire passe également par l'ex-Premier ministre du général Guei, Seydou Diarra. Ce dernier va intervenir via ses « petits », Patrick Achi et Edouard Messou.

Un axe local par le biais de relais locaux dans la filière ivoirienne du cacao tel que l'Anaproci d'Henri Amouzou, Sifca d'Yves Lamblin, l'UNOC de Jacques Mangoua et des banquiers du cacao, tel que Jean-Luc Lecorre d' AMB-BIAO. Cette action s'appuie également sur des personnes disposant d'un accès direct au couple présidentiel tel que Guy-Alain Gauze, ex-ministre PDCI des Matières premières, ou Illa Donwahi, P-D-G de Delbau,franc-tireur de la filière cacao.

Une réunion est organisée à Paris entre des représentants de Refco Etats-Unis (Chicago, New York), d'Amajaro et de André Souhma d'ACE. A ces deux réunions participent pour le ministère ivoirien de l'Economie et des Finances, Oussou Kouassi, tandis que Bohoun Bouabré, reçoit la visite de l'équipe de Refco à son hôtel, le Marriott de Neuilly. Le principe de l'arrêt de la réforme de la filière cacao, donc des ventes à terme, est arrêté dès ce moment. Cette décision est prise unilatéralement par le ministre des Finances sans en référer ni au Président, ni au Premier ministre. Cette décision est habillée pour la partie ivoirienne par la transformation de la CAA en une banque de développement destinée à financer les coopératives de producteurs et à fournir à ces derniers une assurance garantie prix bord champs.

L'éviction, en février, du ministre de l'Agriculture de l'époque, Alphonse Douati, puis son remplacement par un proche de l'Anaproci, rend possible l'avancement du plan initié par Armajaro et AIG Fund : une désorganisation de la filière cacao.

Systématiquement, les propositions en provenance de la Primature sont combattues. La mise en place des institutions nécessaires à la mise en place de la réforme sont différées et lorsqu'elles parviennent à être installées, leur contenu est dénaturés à l'exemple du FRC. Parallèlement, Victor Nembelissini, qui, jusqu'en septembre 2001, alors qu'il se trouvait aux Etats-Unis, était l'un des plus virulent critique de la politique économique ivoirienne totalement en phase avec les attaques d'Alassane Ouattara où il vilipendait la gestion FPI, arrive à la tête de la CAA. Il découvre tout l'intérêt que sa structure, la CAA, peut tirer de la mise à mal de la réforme de la filière cacao et d'une participation active à l'opération lancée par Armajaro. Il prend langue dès lors avec Paul Martin d'Absa et propose des financements, de fait à fonds perdus, à Sifca Coop et à ses satellites.

En proposant un système de garantie de prix articulé sur le marché des options cacao et en prenant des positions identiques à celles prises par Anthony Ward via Refco Etats-Unis, la CAA est en mesure de se renflouer en partie en s'appuyant sur le réseau Sifca Coop d'Henri Amouzou et sur le couple Sifca-ADM d'Yves Lamblin ainsi que Mimran/Diouf, actionnaires d'ADM.

Henri Amouzou
Pour réaliser cet objectif, il est nécessaire que le prix du cacao en Côte d'ivoire soit libre et qu'une réforme reposant sur des ventes à terme qui garantissent la transparence des prix soit abandonnée. Pour obtenir un appui des planteurs pour cette option, Victor Nembelissini n'hésite pas à leur faire miroiter un quasi-monopole dans la commercialisation intérieure du cacao.

L'Anaproci, le FDPCC, Henri Amouzou et San Kouao mordent à l'hameçon, sans forcement en deviner les enjeux réels. Des éléments concordants laissent à penser que la CAA, via des fonds off-shore contrôlés par la banque sud-africaine Absa, a pris des positions sur le marché des options cacao. Ces achats d'options sur des niveaux définis par Refco et AIG Fund donnaient la certitude à la CAA de n'avoir rien à rembourser aux planteurs en raison d'un prix garanti bord champs relativement bas (650 francs cfa du kilo).

En revanche, la CAA était assurée de conserver à son profit la totalité des gains occasionnés par ses positions sur le marché des options cacao. Cette construction donne lieu à de multiples rencontres à New York entre Bouhoun Bouabre, Zohore, Victor Nembelissini, Refco Chicago, ACE d'André Souhma. Cette construction est renforcée par le choix « d'experts » complaisants de la Banque mondiale, violement opposés au principe d'une commercialisation intérieure et extérieure ordonnée du cacao par la Côte d'Ivoire. Parallèlement, Anthony Ward et une partie du staff dirigeant d'Amajaro multiplient les rencontres avec Henri Amouzou du FDPCC, Anaproci et Sifca Coop pour finaliser un circuit privilégié d'approvisionnement et les convaincre que la réforme de la filière cacao doit s'arrêter.

Le passage à la déstabilisation de l'Etat Logiquement, l'opération financière Amarajo aurait du s'arrêter à ce niveau. Mais la botanique est venue déjouer en partie ce plan. Dès la fin juin 2002, il est apparu évident que la récolte principale ivoirienne serait au moins égale à la précédente, si ce n'est supérieur en raison d'une forte augmentation de l'usage des engrais entraîné par la hausse des cours du cacao.

Dans ce contexte, le portage par Armajaro et AIG Fund sur les marchés à terme d'une position de 650.000 tonnes devenait aléatoire et les espoirs d'un gain mirifique (500 à 800 millions de dollars) s'éloignaient si le cacao ivoirien sortait en temps et heure à partir d'octobre. Dès la mi juillet, Armajaro, en interne, évoquait la possibilité de dégager une somme de l'ordre de 50 à 80 millions de dollars pour « tenir le marché ». Dès cette époque, plusieurs traders, et encore récemment Sucden, estimaient plus que probable qu'Armajaro pour « sauver » 500 millions de dollars « n'hésiterait pas à entreprendre un coup ».

La révolte des «mutins»

Les réseaux d'Anthony Ward et de Mama Ndyaye ont été mis en action afin d'identifier un terreau fertile à une forte perturbation des sorties de cacao de Côte d'Ivoire (comme déjà expérimenté avec le peuple Krou dans les années 90). L'existence de déserteurs de l'armée ivoirienne au Burkina Faso, au Ghana et au Mali, doublée d'un mécontentement latent des populations du nord de la Côte d'Ivoire à l'encontre du pouvoir central, a servi de cadre à l'opération. Dès lors, un habillage politique (RDR) et revendicatif (MPCI) a pu être utilisé pour masquer les buts purement financiers poursuivis par Armajaro, AIG Fund et la CAA.

Il est d'ailleurs à noter que dès la première semaine, les mutins ont abandonné de fait l'objectif d'une descente vers Abidjan pour se redéployer vers les zones de la boucle cacao et entraîner les perturbations que l'on sait dans la collecte du cacao dans la boucle principale. Ce redéploiement
a eu pour effet de pratiquement assécher les sorties de fèves sur San Pedro (15.000 tonnes semaine, soit trois fois moins que la normale en pareille période). Par voie de conséquence, les cours du cacao se maintiennent au-delà des 1.400 livres la tonne.

Surtout, les stocks de fèves aux mains d'Armajaro sont valorisés à leur maximum par les achats de broyeurs en mal de fèves pour la préparation des fêtes de Noël et de fin d'année. C'est ainsi qu'un investissement de 50 millions de dollars génère une plus value de l'ordre de 500 à 800 millions de dollars américains.

En conclusion Si le gain est considérable – de 500 à 800 millions de dollars -, l'investissement consentit par Armajaro et AIG Fund est à la hauteur des gains à réaliser. Entre les coûts d'entrée sur le marché, le stockage, les appels de marges sur les marchés à terme et les financements divers, la mise initiale est de l'ordre de 2 à 2,5 milliards de dollars, soit 1.300 milliards de francs cfa. L'ampleur de la mise impose à ces promoteurs, une obligation de résultats.

Peu importe qu'un Etat soit durablement déstabilisé, - il faut se souvenir que le Chili a mis cinq ans pour se remettre d'une crise d'une année -.L'opération initiée par Armajaro et AIG Fund est trop avancée pour être arrêtée. On comprend mieux les très violentes attaques lancées contre la réforme de la filière cacao et contre les personnalités qui la défendent. On comprend également les menaces répétées dont ont fait l'objet les rares personnes capables de décrypter l'opération en cours. Ce genre de manipulation, contrairement à ce que l'on pourrait penser, ne nécessite qu'un nombre très réduit de personnes partageant le secret.

Bohoun Bouabré
Au plus une dizaine de personnes chez Armajaro, AIG Fund, Refco, disposent des éléments complets du puzzle. Il est évident également qu'au niveau ivoirien, Victor Nembelissini a disposé de la quasi totalité des cartes et des enjeux. D'ailleurs, il avait prévu un départ définitif pour les Etats-Unis à la fin décembre de cette année. Pour le reste, des bribes d'informations sur l'enjeu réel ont dû être diffusées à un certain nombre d'acteurs ivoiriens, qui ont été « rémunérés » en miettes mais qui ne disposaient pas de la finalité réelle de l'opération.

Ainsi, il est probable, sans toutefois en avoir la certitude, que le ministre des Finances, Bohoun Bouabré a été impliqué dans l'opération sur la base de son âpreté au gain, mais la technicité de l'opération exclut qu'il ait été mis dans la totalité du secret. De même, son directeur de cabinet est impliqué à la marge.

Il est évident qu'Henri Amouzou a plus été utilisé dans cette opération, il en est de même pour l'Anaproci qui a eu un rôle d'élément déstabilisateur, mais qui n'ont pas perçu la totalité des enjeux en cause. En revanche, il est a peu près certain qu'ADM, du moins les actionnaires reliés à la famille Diouf et Mimran, ainsi qu'Yves Lamblin et son banquier African Merchant Bank ( Jean-Luc Lecorre) ont été « initiés » à des degrés qui restent à définir. Les acteurs « politiques » proches du PDCI ou du RDR ne paraissent pas être des acteurs directs de cette déstabilisation de la Côte d'Ivoire.

Ils ont agit plus par opportunisme en fonction des circonstances que comme des maîtres d'oeuvre de l'opération. Les mutins, du moins pour les hommes impliqués dans les opérations sur le terrain en Côte d'Ivoire, paraissent ne pas avoir disposé de la totalité des cartes et semblent plus avoir été manipulés qu'être des acteurs concepteurs. Ils ont profité d'une opportunité importante de financement sans trop s'inquiéter ou s'interroger sur l'origine réelle des fonds dont ils disposaient. Néanmoins, les initiateurs de l'opération ont joué indirectement sur un terreau favorable et ont tout a été fait pour les mettre en avant de telle manière que l'arbre masque la forêt.

La subtilité de l'opération montée par Armajaro et AIG Fund est telle que les acteurs et les appuis indirects ont disposé dès le début de l'opération en décembre d'une marge d'autonomie considérable. Elle a été d'autant plus grande que leurs actions sur le terrain ivoirien entraient parfaitement en phase avec les objectifs financiers poursuivis par Armajaro et AIG Fund.

Il est aussi évident que des gouvernements étrangers et notamment une frange de l'Administration américaine a été mise au courant d'une partie de l'opération. Il suffit de savoir que lors des opérations précédentes de déstabilisation d'un Etat, AIG Fund a demandé un blanc-seing et a présenté, une partie de ses objectifs, à l'Administration américaine. Selon la même source, l'Ambassadeur de France en Côte d'Ivoire a été partiellement informé du volet financier de cette opération en début de semaine passée.



Guy André Kieffer


Source: CAMEROON VOICE


LA CPI VERS UN CONSTAT: GBAGBO N'EST PAS UN CHEF DE GUERRE

 

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Laurent Gbagbo n’est pas un chef de guerre qui se serait enrichi de façon immense et illégale ; c’est ce qu’on peut retenir de la décision de la Cpi de le déclarer «indigent» et de payer ses avocats. Paradoxe des paradoxes. Qui traduit la vérité des vérités. Alors que le pouvoir Ouattara, pour se débarrasser d’un adversaire de poigne, Laurent Gbagbo, l’accuse de crimes économiques et ses partisans du Rhdp, d’avoir pillé son pays pendant dix ans, la Cour pénale internationale (Cpi) vient d’apporter une sorte de démenti planétaire. En reconnaissant, après cinq semaines d’enquête à travers le monde, l’ancien Président ivoirien, renversé le 11 avril 2011, comme «indigent», au point de s`engager à prendre à sa charge ses frais judiciaires, la Cpi inflige un désaveu au couple Sarkozy-Ouattara.

La décision rendue par le greffier Esteban Peralta Losilla le 28 décembre 2011 est claire : Gbagbo ne «dispose pas de ressources suffisantes pour prendre en charge tout ou partie des coûts de sa représentation légale devant la cour». Il s’agit de «la rémunération d`un avocat, d`un assistant juridique et d`un gestionnaire de dossier ainsi que le remboursement des frais engagés par la défense de Laurent Gbagbo à hauteur de 76.000 euros». Laurent Gbagbo, intègre, rigoureux avec lui-même, a toujours clamé qu’il n’a ni comptes bancaires dans les paradis fiscaux ou ailleurs, ni biens immobiliers à l’étranger. La Cpi en qui Ouattara et son clan ont placé leur entière confiance pour corriger cet adversaire, vient de confirmer qu’elle n’a effectivement rien découvert qui appartienne à Gbagbo.

Et cette réalité devrait faire dire ou écrire ses détracteurs et leurs porte-voix «Or, Gbagbo n’avait donc rien volé !» au lieu de se demander «où il a caché ses milliards». Gbagbo n’est pas un chef de guerre. Qui se serait enrichi illégalement comme Guillaume Soro qui, pendant dix ans, exploite au moyen son ex-rébellion, les ressources de la moitié Nord de la Côte d’Ivoire sans avoir à rendre compte. Gbagbo n’a pas d’argent. C’est la Cpi qui le dit. Il n’en a pas au point de se trouver incapable de payer les frais de ses avocats. C’est la Cpi qui fait le constat. En prenant le pouvoir en 2000, le Président Laurent Gbagbo a voulu établir une République moderne, avec les réflexions de la bonne gouvernance. C’est ce que ne veulent pas les acteurs et les parrains de l’ex-rébellion des Forces nouvelles (pêcheurs en eau trouble) qui, en 2002, après seulement deux ans de gouvernance de la Refondation, a rendu le pays ingouvernable.

De janvier 2003 au 28 novembre 2011, les gouvernements sous lui étaient dominés par ses adversaires, les membres de l’ex-rébellion et ses alliés du G7(coalition d’ex-rebelles opposée à la République depuis la table ronde de Linas-Marcoucis) et plus tard, Rhdp. Qui pillaient avec frénésie leurs départements, parce que bénéficiant d’un parapluie atomique : l’Accord de Linas-Marcourcis. Cet Accord imposé par la France chiraquienne, était un permis de pillage systématique de l’économie ivoirienne par ces ministres, sans être inquiétés. Le Président de la République n’avait pas la latitude de démettre définitivement un membre du gouvernement coupable de fait répréhensible.

Mais malgré ce laisser-aller autorisé par la communauté internationale, Laurent Gbagbo est demeuré dans sa ligne d’intégrité. Il n’a pas multiplié comptes bancaires et réalisations dans les pays de la sous-région ou en Occident. La preuve supplémentaire de cette orthodoxie vient d’être apportée par la Cour pénale internationale. Contrairement à ses adversaires, chefs de guerre, Laurent Gbagbo n’a pas accumulé de richesses illégales. Il est même «indigent». Un bon début de démontage méthodique des chefs d’accusation bidon qui le frappent. Car un homme qui propose un recomptage des voix là où d’autres exigent et obtiennent la guerre, les bombardements pour régler un conflit postélectoral, ne peut être un chef de guerre.


Germain Séhoué


Source: LE TEMPS