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samedi, 19 février 2011

NATIONALISATION DE LA SGBCI ET LA BICICI : LA FRANCE ET LES ETATS-UNIS CONTRARIES


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In Le Nouveau Courrier N°208 du 19 Février 2011 par Emmanuel Akani


La mesure de nationalisation de la Bicici et la Sgbci, filiales des banques françaises BNP Paribas et Société Générale, contrarient énormément les plans des puissances occidentales qui soutiennent Alassane Ouattara dans sa tentative de coup d'État en Côte d'Ivoire. A l'analyse, les soutiens extérieurs de Ouattara conduits par Barack Obama et Nicolas Sarkozy cachent très mal leur exaspération face à l'évolution de la crise postélectorale dans laquelle ils ont un parti pris flagrant. Alors qu'ils étaient convaincus que la fermeture des banques françaises en Côte d'Ivoire déstructurerait définitivement le système bancaire national, la décision prise par le chef de l'État a ruiné leurs espoirs. Le naufrage a été évité et l'élu du peuple ivoirien reste à son poste.

Cette sortie traduit l'impatience des puissances étrangères qui ont peur que la vérité éclate au grand jour au sujet des résultats de l'élection présidentielle du 28 novembre 2010 à l'origine de la crise postélectorale. Ces pays qui couvent les va-t-en guerre de la Cedeao, qui prône l'option militaire contre le président Laurent Gbagbo, ont déroulé le rouleau compresseur ces derniers temps. Dans l'intention de réussir leur coup avant l'arrivée du panel des cinq chefs d'État de l'Union africaine à Abidjan. Ainsi, tel un orchestre, la France, les États unis, l'Union européenne, le Sénégal, le Burkina, etc. joue chacun sa partition. Avec la nationalisation des banques françaises, il constate donc amèrement que c'est un pan entier du plan qui vise à soulever les populations contre Laurent Gbagbo tombe à l'eau. Une déconvenue difficilement acceptable et qui justifie leur courroux.

La France et les États Unis ont élevé la voix pour condamner la décision du président Laurent Gbagbo, déçus certainement de ne pouvoir aller jusqu'au bout de leur action subversive. Par la voix du porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Bernard Valero, la France de Nicolas Sarkozy a adressé hier des menaces à peine voilées au président Gbagbo, invoquant des «violences et menaces exercées contre les institutions financières, les opérateurs économiques et les civils». Pour Barack Obama, l'allié de Nicolas Sarkozy qui s'est prononcé par le biais du porte-parole du département d'Etat Philip Crowley, il s'agit d'actes «graves conséquences sur la stabilité monétaire et la confiance des investisseurs en Côte d'Ivoire»


Source: LE NOUVEAU COURRIER

jeudi, 17 février 2011

FORUM SOCIAL DE DAKAR: PLUS DE 6000 DEMOCRATES SIGNENT UNE PETITION POUR LA CAUSE DE LA PAIX EN COTE D'IVOIRE



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Pr Malick Ndiaye, sociologue émérite à l'Université Cheik Anta Diop


Le Forum social de Dakar, qui a eu lieu le week-end dernier à l'Université Cheik Anta Diop a tenu toutes ses promesses. Plus de 6000 personnes y ont signé une pétition pour dire non à la guerre de la France contre la Côte d'Ivoire.

Les démocrates du monde se sont réunis au Sénégal pour se pencher sur les maux qui minent le tiers monde et en particulier la crise que traverse la Côte d'Ivoire depuis la fin du scrutin du 28 novembre 2010. Des universitaires tels que le Pr Malick Ndiaye, sociologue émérite à l'Université Cheik Anta Diop ont crié leur ras-le-bol face à la tentative de prise en otage de la Côte d'Ivoire par la France.

Ils ont vivement condamné les manœuvres de déstabilisation du pays par les occidentaux, en préconisant la solution pacifique pour le règlement de ce différend. Venus de tous les coins de l'Afrique et du monde, ces intellectuels, responsables des Organisations Non Gouvernementales, ont signé une importante pétition pour dire non à la présence des casques bleus et aux forces de l'Ecomog que les va-t-en guerre veulent utiliser pour attaquer la Côte d'Ivoire.

Cette société civile africaine compte par ailleurs mettre la pression sur les gouvernements africains, afin de dissuader ceux-ci d'utiliser le moyen militaire dans un pays qui a toujours été considéré comme une terre de paix et de prospérité. A cette rencontre panafricaine et altermondialiste, des militants du RHDP (opposition ivoirienne), toujours à cours d'arguments, ont tenté de semer le désordre comme ils en ont l'habitude. Mais ils ont été très vite maitrisés et les idées ont triomphé face aux biceps.


Hervé Gobou


Source: INFOS COTE D'IVOIRE.NET


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UN DES RARES INTELLECTUELS AFRICAINS QUI A LE COURAGE ET LA FORCE DE SES IDEES


En ce début de l'année 2011, nous avons choisi de mettre à notre Tableau d'Honneur le sociologue et professeur Malick NDIAYE. Il enseigne à l'Université Cheik Anta Diop de Dakar et dirige le cercle des intellectuels du Sénégal (Cis). Par ailleurs, il est Coordonnateur du Comité d'Initiatives des Intellectuels et Secrétaire Exécutif de la Coordination des Intellectuels d'Afrique et des Diasporas africaines. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages et articles, ainsi que co-auteur du livre : «La Côte d'Ivoire face à son destin. Et si l'Afrique était Gbagbo» publie aux Editions L'Harmattan, il est le directeur de publication d'une revue continentale, qui a sorti un numéro spécial sur le discours de Sarkozy à Dakar.

Nous avons tenu à l'honorer parce qu'il est, M. Malick Ndiaye, est un des rares intellectuels africain qui a le courage et la force de ses idées, et qui se montre toujours disposé à participer à tout débat, à délivrer son éclairage sur tous les sujets, y compris les sujets tabous comme par exemple l'homosexualité, la franc-maçonnerie.

Il a affirmé, avec force conviction, que la manifestation contre les Ape à Bruxelles comme à Dakar, ont ouvert une nouvelle ère. Une nouvelle période qui, non seulement est caractérisée par la faillite des bureaucraties européennes et africaines, mais aussi marque l'avènement de nouveaux boulevards de libertés. Là-dessus, il en appelle au président Wade pour ne pas fermer ces boulevards de libertés. Mieux, il l'invite à laisser les Sénégalais manifester dans les rues du pays pour revendiquer l'amélioration de leurs conditions de vie et de travail.

En outre, M. Malick Ndiaye est en première ligne des intellectuels qui ont dénoncé « une diabolisation excessive de Laurent Gbagbo » et qui ont lancé un appel pour éviter «l'enlisement» de la Côte d'Ivoire dans une guerre fratricide. Il a été l'artisan principal de la mise en place du Mouvement panafricain des amis de Gbagbo. Face à la crise ivoirienne, spécifiquement la crise diplomatique entre le Sénégal et la Côte d'Ivoire, en ce qui concerne l'immixtion ou l'ingérence de Wade dans le second tour de la présidentielle ivoirienne, M. Malick Ndiaye n'a pas hésité à déclarer : «Ce que Wade a fait, c'est une faute, et non une erreur diplomatique ».

A ce propos, M. Malick Ndiaye explique : « En ce moment, Wade est porteur de valise des Français. Wade n'agit pas parce qu'il a ses nerfs. Il agit selon une stratégie... Wade est dans une situation de 'confiage' catastrophique. Ça n'a pas marché avec Gbagbo, parce que celui-ci est contre le 'confiage' du prince héritier. Gbagbo ne se conçoit pas dans la logique de reproduction biologique... En Côte d'Ivoire, il faut savoir que le fils aîné de Gbagbo, tout le monde le connaît. Et il n'est pas connu pour être mêlé aux affaires de l'État. Et sa mère est Française. On le connaît comme, non pas le fils de Gbagbo, mais comme un opérateur qui gagne sa vie... Tout ça pour dire que Wade n'est pas pour la démocratie, il est pour le despotisme comme il l'a dit au Figaro».

Observateur averti de la situation politique africaine et ardent défenseur des droits de l'homme et de la société civile, « celle qui incarne les véritables contours de la citoyenneté », M. Malick Ndiaye estime que le peuple africain a pris conscience de sa force et que les rapports des pays africains avec la Métropole doivent être repensés sur tous les plans.

Pour lui, « la tâche des intellectuels est de lire ce qui, aujourd'hui, a fait brèche dans la société, (...) de travailler sur les questions basiques du changement de la société, de prévoir l'émergence d'une révolution citoyenne ».

Si vous avez lu les livres de M. Malick Ndiaye, n'hésitez pas à nous faire partager vos impressions et vos avis. Envoyez-nous vos commentaires, analyses et compte-rendu, etc. Nous les publierons dans nos prochaines parutions.



Léandre Sahiri

Paru dans (cliquer sur)
Le Filament N°12

AMBASSADES IVOIRIENNES: POURQUOI GBAGBO A TOUTES LES CARTES EN MAINS

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In Le Nouveau Courrier N°205 du 16 Février 2011 par Frank Toti

La crise post-électorale que vit la Côte d'Ivoire depuis quelques trois mois, est vraisemblablement un combat de longue haleine, où s'entremêlent offensives et contre-offensives tous azimuts. Mais ce qui passionne le plus, reste assurément la bataille diplomatique.


Alassane Ouattara, président de la République-déserte du Golf n'a cessé de s'enorgueillir du soutien inestimable que lui apporte son vieil ami Nicolas Sarkozy. Et très rapidement le tapis international lui a été déroulé. Il pousse même l'outrecuidance en désignant des pseudo-ambassadeurs dans certains pays occidentaux. Notamment, en France, aux Etats-Unis, en Suisse, en Belgique, en Grande Bretagne et à l'Onu. S'il est vrai que cela s'apparente à une victoire du camp Ouattara, en réalité cela ressemble fort bien à un coup d'épée dans l'eau. Parce que dans la pratique, celui qui maitrise l'appareil diplomatique ivoirien, c'est bel et bien, Laurent Gbagbo.

D'un, ces pseudo-nominations de diplomates par Ouattara dans certains pays occidentaux ne pouvaient en être autrement. Dans la mesure où ces pays sont tellement allés loin dans la crise ivoirienne qu'ils ne peuvent faire marche-arrière. Aussi, sont-ils condamnés à accréditer des «Ouattaristes» comme Ambassadeurs, pour témoigner de leur amour à leur poulain. Dommage pour eux, puisque ça pue la pacotille. Parce qu'en pratique, le pouvoir ivoirien, incarné par le Chef de l'Etat, Laurent Gbagbo, continue de mener le jeu diplomatique.

A preuve, ces diplomates et individus nommés par Ouattara se contentent du titre d'Ambassadeurs, sans aucunes prérogatives ni compétences. Puisque toutes décisions ou tout document signé sont nuls et de nul effet en Côte d'Ivoire. Ni visas, ni papiers administratifs... Le gouvernement Aké N'Gbo a donné le ton il y a deux jours concernant la délivrance de visas aux ressortissants français et autres sur le territoire de France. «Les visas pour la Côte d'Ivoire sont désormais exclusivement délivrés par les consulats honoraires de Côte d'Ivoire en France, situés dans les localités suivantes : Nancy, Nice, Rouen, Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille, Martinique et Monaco», stipule clairement le communiqué du Gouvernement. Et ce qui est valable en France l'est assurément dans ces pays occidentaux qui ont commis la bêtise de reconnaitre des diplomates nommés par le maître d'Hôtel. Et de plus, la paie des diplomates et autres agents ne transitent plus l'Ambassade, mais atterrit directement dans les comptes des concernés. Du coup, Laurent Gbagbo reprend entièrement et totalement le contrôle de ces chancelleries.

Sur les 45 représentations diplomatiques de la Côte d'Ivoire à travers le monde, Alassane Ouattara peut se prévaloir d'avoir «nommé» quelques 8 «intermittents» à la tête des chancelleries. Une bien maigre performance pour quelqu'un qui chante à longueur de journées que toute la communauté internationale (y compris l'Au-delà) le reconnait comme président. Sans tambours ni trompettes, le Chef de l'Etat, Laurent Gbagbo, qui a la légalité constitutionnelle avec lui, étend sa toile diplomatique, au fil des jours, avec des résultats plus que probants. La remise de la balle au centre par l'Ua, lors de son dernier sommet à Addis-Abeba en est une preuve. Une diplomatie silencieuse et efficace à mettre à l'actif du très discret Ministre des Affaires Etrangères, Alcide Djédjé.


Source: LE NOUVEAU COURRIER

samedi, 12 février 2011

POURQUOI LES EUROPEENS DOUTENT DE OUATTARA

 

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In Le Nouveau Courrier N°202 du 11 Février 2011 par Philippe Brou


Un think tank européen composé de diplomates et d'experts militaire dresse un diagnostic lucide de la posture stratégique des dirigeants de la « République du Golf ». Le temps de la grande confiance semble passé. Le doute quant aux capacités réelles d'ADO émerge. Lancinant.


Le temps qui passe va-t-il avoir raison de l'enthousiasme immodéré des décideurs occidentaux pour Alassane Ouattara, qui entrera dans l'Histoire comme l'opposant africain le plus soutenu par les grandes puissances depuis les indépendances ? Plus le temps passe, plus les ultimatums du plus illustre locataire de l'Hôtel du Golf font « pschitt ». Et plus ses alliés doutent.

Un document de l'European Union Institute for Security Studies (EUISS, Institut européen pour les études de sécurité), constitué d'experts en matière de stratégie, de diplomates et d'attachés militaires, témoigne d'un nouvel état d'esprit. Il s'agit du compte-rendu de l'Africa Briefing de ce cénacle prestigieux, qui a eu lieu le 25 janvier dernier. Le document se focalise, entre autres, sur les échecs et les impasses de la stratégie de prise de pouvoir du président du RDR. « M. Gbagbo tire enfin sa force de la relative faiblesse de son adversaire, M. Ouattara, qui n'a que peu de prise sur la situation, particulièrement à Abidjan, où il vit retranché à l'Hôtel du Golf avec son équipe et son Premier ministre Guillaume Soro. M. Ouattara ne dispose par ailleurs pas de moyens médiatiques équivalents à ceux de son adversaire, ce qui se traduit par un manque de lisibilité et de cohérence de sa stratégie de communication. Son appel à marcher sur le siège de la RTI le 16 décembre, maladroit pour certains, n'a pas eu les effets escomptés et a surtout permis aux forces acquises à Laurent Gbagbo d'organiser leur riposte. Bien que le parti de Ouattara soit bien structuré, il ne dispose pas des relais nécessaires, la plupart de ses soutiens étant au nord du pays », évaluent les experts de l'EUISS.

Des experts qui mettent aussi en doute la capacité de la rébellion d'avoir le moindre impact sur le rapport de forces - un jugement conforté par le choix désespéré de Guillaume Soro, qui brandit pourtant son « armée », de faire appel aux « nouveaux tirailleurs » de l'ECOMOG. « Les Forces nouvelles n'ont semble-t-il pas la capacité d'intervenir militairement, ni l'envie, dans la mesure où une grande partie des membres des FN a su profiter du statu quo qui a prévalu jusqu'aux élections de novembre, et de la partition de fait du pays. Les Forces nouvelles sont composées d'un agrégat de personnalités aux parcours très divers : anciens militaires en rupture, membres de la diaspora, universitaires, leaders militaires locaux (comzones), etc. Ces derniers forment également un ensemble hétérogène, et une bonne partie ne semble pas prête à reprendre les armes comme en 2002 », jugent ces spécialistes.

Sur le long terme, l'attelage formé entre l'ancien secrétaire général de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d'Ivoire (FESCI) et l'ex directeur général adjoint du FMI - dont l'addition des personnalités et des postures créent un équivalent ivoirien de Jonas Savimbi -, est-il viable ? Pas vraiment, jugent les membres de ce think tank européen très influent. «  Les relations entre Guillaume Soro et le président Ouattara sont par ailleurs ambivalentes : Alassane Ouattara est désormais redevable vis-à-vis de son Premier ministre, lequel lui garantit sa protection armée. Les deux hommes ont suivi des trajectoires très différentes : celle de la lutte syndicale puis armée pour Soro, et celle des grandes organisations internationales pour Ouattara. Sur le terrain, les relations entre le RDHP et les FN sont parfois tendues : les rivalités intergénérationnelles autour de l'accès au pouvoir et aux ressources économiques qui en découle, ne sont pas étrangères à ces tensions », écrivent-ils. Quand on y ajoute le rôle de « garant d'influence » que joue Guillaume Soro auprès d'ADO pour le compte de son mentor Blaise Compaoré, mais aussi de la France - qui a toujours peur que le président du RDR roule à terme pour les Etats-Unis, amis-rivaux -, l'on se rend de la fragilité de la coopérative d'intérêts que constitue la République autonome du Golf.


Source: LE NOUVEAU COURRIER

jeudi, 10 février 2011

OPERATION FRANÇAFRICAINE DE HOLD-UP ELECTORAL EN COTE D'IVOIRE

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OPERATION FRANCAFRICAINE DE HOLD-UP ELECTORAL EN COTE D'IVOIRE[1]


Par BWEMBA-BONG

Membre du Cercle SAMORY

Groupe de Réflexion sur la Culture Africaine

(CESAM)

Pour la Renaissance du Peuple Noir


« Pour les intérêts de notre pays, il ne faut pas avoir peur de mettre la main dans celle du diable » Jacques Foccart.

De tous les anciens pays négriers, la France est le seul qui, six siècles plus tard, après la prétendue Abolition de la Traite négrière, s'accroche toujours et continue, par diverses violences, à vampiriser avec arrogance l'Afrique Noire qu'elle tient pour sa propriété, hommes et biens compris. Aussi, chaque fois que celle-ci tente de sortir la tête de l'eau, la nation de Gobineau et Colbert est-elle toujours présente, pour l'y replonger.

Dans son préambule, la Constitution française de 1958 fait mention des Droits de l'Homme définis par la Déclaration de 1789, complétée par le Préambule de la Constitution de 1946, et du principe de la Libre Détermination des Peuples.

C'est sur l'application de cette profession de foi que se fonde l'Article 1er du texte, qui dispose : « La République et les peuples des territoires d'outre-mer qui, par un acte de libre détermination, adoptent la présente Constitution instituent une communauté. La communauté est basée sur l'égalité et la solidarité des peuples qui la composent ».

Ainsi donc, la Communauté franco-africaine, nouvelle structure mise sur pied par la France pour ne pas lâcher son empire et ses colonies d'Afrique Noire, donnait à penser qu'elle reposait sur deux principes fondamentaux : la participation et l'autonomie.

L'Article 76 de cette Constitution dispose : « Les territoires d'outre-mer peuvent garder leur statut au sein de la République s'ils en manifestent la volonté par délibération de leur Assemblée territoriale prise dans le délai prévu au premier alinéa de l'article 91 (dans un délai de quatre mois à compter de la promulgation de la Constitution), ils deviennent soit départements d'outre-mer de la République, soit groupés ou non entre eux, Etats membres de la communauté ».

Quatre solutions se présentaient donc :

1°)- Rejeter la Constitution (ce que fit la Guinée, sous l'impulsion de Sékou Touré). Ce vote négatif impliquant que, par ce rejet, la colonie sortait de l'Union Française, qu'elle n'entrait pas dans la Communauté, qu'elle devenait indépendante ;

2°)- Opter pour le régime de département d'Outre-mer ;

3°)- Les territoires d'Outre-mer pouvaient garder leur statut au sein de la République ;

4°)- Les territoires d'Outre-mer pouvaient devenir des Etats membres de la Communauté.

Quant à l'autonomie, c'est le Titre XII de la Constitution, intitulé De la Communauté, qui en précisait la situation juridique, par des textes qui la définissaient à travers ce qu'ils dénommaient « l'Autonomie des Etats de la Communauté ».

S'inspirant de la doctrine de la IVe République, la Ve République reprenait ce système d'autonomie qui n'avait qu'un semblant de souveraineté interne.

A cet égard, l'Article 77 stipulait à propos de ces Etats fictifs : « ...s'administrent eux-mêmes et gèrent démocratiquement et librement leurs propres affaires ».

Mais l'Article 78 définissait la compétence de la Communauté : la politique étrangère, la défense, la monnaie, ainsi que la politique économique et financière revenaient à la France seule. En définitive, la Communauté se substituait tout simplement à l'Union Française.

Structurellement, la Communauté se composait de quatre organes :

- le Président de la République (Français)[2],

- le Conseil Exécutif,

- le Sénat de la Communauté,

- la Cour arbitrale.

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Au plan de la participation, il était institué des organes propres de la Communauté, désignés indirectement par les populations des Etats membres et exerçant des compétences communes ; il s'agissait, en l'occurrence, du Président de la République française, du Conseil exécutif qui était composé notamment des chefs de gouvernement des membres de la Communauté et des ministres chargés par la Communauté des affaires communes, du Sénat de la Communauté, composé des parlementaires français et d'élus africains membres des Assemblées Territoriales ; enfin, d'une Cour Arbitrale.

Ces organes étaient investis des compétences attribuées à la Communauté : la politique étrangère, la défense, la politique des matières premières stratégiques, la politique économique et monétaire, l'enseignement supérieur, le contrôle de la justice, etc.

La Communauté autorisait formellement chaque Etat, y compris ceux d'Afrique Noire, à disposer d'organes propres : un gouvernement dirigé par un Premier ministre, une Assemblée territoriale et des tribunaux. Toujours aussi formellement, ces organes étaient investis des compétences de maintien de l'ordre, de vote du budget, de levée des impôts, de règlement des litiges, etc.

Dans la réalité, le droit de séparation proclamé par la France, était, comme la plupart de ses principes, une déclaration qui n'avait pas à avoir d'effet dans la pratique. La Guinée, qui sous la direction de Sékou Touré opta pour la séparation, en fit la triste expérience. C'est ce que révèle un responsable des services secrets français, alors chargés de mener la guerre totale et sans répit à la Guinée nouvellement indépendante : « Dans les semaines suivant le « non », Sékou Touré pouvait encore être récupéré. Albert nous bombarde de rapports pour nous signaler que le leader guinéen guette le moindre signe de dégel. Mais De Gaulle a décidé de se montrer intraitable et confie à ses intimes :

Sékou Touré, je le veux à plat ventre....

A ce jeu-là, Sékou Touré s'endette chaque jour un peu plus, car cette aide étrangère est payante, les missions économiques de l'Est ne lui font pas de cadeau. Où trouver l'argent ? Il n'a même plus de quoi payer ses fonctionnaires. De Gaulle lui a coupé les vivres [...]

Cet argent, disent les responsables français, restera bloqué à la Caisse des Dépôts et Consignations jusqu'au moment où nous serons autorisés à verser les pensions directement aux ayants droit [...]

Mais voici un miracle : Sékou Touré se souvient brusquement qu'il possède, dans les caisses de la Banque Centrale de Guinée, la très coquette somme de quatre milliards de francs C.F.A., abandonnés par les Français. Pourquoi n'y a-t-il pas pensé plus tôt pour éponger ses dettes ? Il commence donc à prélever sur le magot [...]

Alarmé, notre agent à Conakry nous prévient que Sékou Touré est en train de puiser dans des ressources insoupçonnées, au détriment de notre propre balance C.F.A., car il s'agit de monnaie émise par la Banque de France. Il nous propose d'y mettre le holà. Comment ? [...]

Vous m'envoyez deux ou trois grenades au phosphore. Moi, j'ai déjà repéré les cheminées d'aération de la Banque Centrale qui descendent jusque dans la salle des coffres. J'irai dire bonjour à mon copain le ministre et, ni vu ni connu, je balance les grenades. C'est un coup à gagner quatre milliards [...]

Quant au reste, soit près de trois milliards de francs C.F.A. en billets neufs, ils ne sont pas encore en circulation. Le directeur de la Banque de France devait, pour les rendre valables, signer le traditionnel décret d'émission. Mais on a attendu le résultat du référendum. A la suite du « non » de la Guinée, De Gaulle a donné des ordres formels pour que le décret ne soit pas pris : cette masse de billets demeure sans valeur [...]

Sékou entre dans une rage folle. Il se sent abominablement piégé. L'indépendance est une belle chose, mais comment se débrouiller quand on n'a plus un sou vaillant, plus un compte bancaire, quand l'argent que l'on croyait détenir est frappé d'un mal mystérieux et se désintègre entre vos doigts ? [...]

Pourtant, c'est le même franc CFA que celui qui circule au Sénégal, en Côte d'Ivoire, au Mali, etc. A un détail près toutefois, qui change tout. Dans sa grande méfiance, la Banque de France a pris depuis longtemps ses précautions : la monnaie imprimée en métropole et émise pour chaque territoire africain porte une lettre spécifique permettant de l'identifier. Ainsi, tout ce qui vient maintenant de Guinée est automatiquement détecté et rejeté [...]

Nous avons appris que la Guinée voulait de toute façon quitter la zone franc, créer sa propre monnaie [...]

Nous allons nous procurer des billets de la nouvelle monnaie guinéenne. Dans l'imprimerie ultra-secrète de la Piscine[3], dirigée par un officier Pied-Noir, nous sommes en mesure de reproduire ces bank-notes le plus parfaitement du monde et nous en inonderons le marché guinéen [...]

C'est de bonne guerre. Sékou Touré s'est moqué de nous, et a voulu tricher lui-même avec nos propres francs CFA [...]

Sékou Touré se retrouve avec une monnaie inexploitable, ruiné, aux abois. Il est à plat ventre comme le souhaitait le Général. Mais pas devant la France. Il se tourne définitivement vers les régimes socialistes ... »[4].

Mais, malgré la volonté de la France de doter la Communauté d'une armature colonialiste plus renforcée, celle-ci n'aura qu'une courte existence de deux ans, Paris ayant changé de stratégie : face à la revendication de l'indépendance posée par le Cameroun, et soucieuse d'éviter l'embourbement de type algérien en Afrique Noire, la France choisit la ruse articulée autour d'une donne nouvelle : octroyer de façon déclarative l'indépendance aux colonies, tout en gardant la haute main sur tout l'empire : le néocolonialisme.

Ainsi donc, la réalité de la politique de la France en Afrique Noire était appliquée en Guinée, par le Général de Gaulle qui, de ce fait, était d'autant plus à l'aise pour répondre à ceux qui lui faisaient grief d'avoir bradé ce qui restait à la France de son empire colonial : « Des territoires qui ne cessaient pas, depuis dix ans, d'aspirer à l'indépendance, la réclament aujourd'hui avec insistance. Faut-il laisser ce mouvement se développer contre nous, ou, au contraire, tenter de le comprendre, de l'assimiler, de le canaliser ? ».

L'expérience de l'Indochine et celle de l'Afrique du nord ont servi à devancer les événements en Afrique Noire. Elles ont permis d'octroyer l'indépendance qui allait être arrachée :

« J'ai desserré les liens avant qu'ils ne se rompent »[5].

Effectivement, le général de Gaulle avait desserré les liens avant qu'ils ne se rompent. Il avait réussi par la terreur sur la Guinée, et l'assassinat des vrais combattants africains de l'Indépendance, à placer à la tête de la quasi-totalité des « Etats » d'Afrique Noire à l'heure des fausses indépendances, des personnages dont la particularité était d'être marqués du sceau de la souplesse d'échine, et de s'être, de ce fait, farouchement opposés à l'indépendance de l'Afrique Subsaharienne, mais qui, pour les besoins du néocolonialisme, étaient travestis en « grands timoniers », « héros nationaux », « pères de la Nation ».

Dans un article d'une brûlante actualité aujourd'hui encore, sur les relations invariablement colonialistes que la France a toujours entretenues avec l'Afrique Noire, Cheikh Anta Diop notait déjà en 1953, avec une clairvoyance et une lucidité prémonitoires : « De toutes les puissances européennes qui dominent l'Afrique, la France est l'une des plus colonialistes - sinon la plus colonialiste. Les méthodes qu'elle applique (politique d'assimilation, etc.) sont telles que malgré l'exploitation la plus féroce, on n'a pas vu surgir, jusqu'ici, dans ses colonies d'Afrique Noire (les territoires sous mandat mis à part) une franche aspiration à l'indépendance nationale. Le colonialisme français a même réussi un tour de force exceptionnel en créant des consciences politiques, de tout âge, vieilles, d'âge mur, jeunes, attelées à la défense de l'Union française.

Car, l'Union française, quelque soit l'angle sous lequel on l'envisage, apparaît comme défavorable aux intérêts des Africains, en ce sens qu'elle impliquera, toujours, une exploitation unilatérale de l'Afrique par la métropole et un étouffement des aspirations légitimes d'indépendance nationale des peuples colonisés, sans la réalisation desquelles il n'y a pas de démocratie possible »[6].

En effet, par la ruse, la fraude et une violence endémique, les institutions administratives et politiques, créées par la France dans le cadre de sa mainmise sur l'Afrique Noire, fonctionnèrent et continuent de fonctionner à la pleine satisfaction de leur initiatrice.

D'un atavisme négrier sans égal, la France qui sait avoir définitivement perdu les colonies cochinchinoises et arabes (Tunisie, Maroc et Algérie) de son ancien empire, a choisi le raccourci de miser sur la « servilité » des « Nègres » qui, pense-t-elle, restent encore à portée de son hégémonie[7]. Aussi, fonde-t-elle sa politique extérieure sur une stratégie dont l'objectif central est d'empêcher les anciennes colonies d'Afrique Noire, de vivre de façon libre et indépendante. Pour ce faire, elle repose sa politique africaine sur une logistique dans laquelle elle s'inscrit comme le pays emblématique représentatif du triomphe de l'Occident sur le monde noir. Son système fonctionne ainsi sur la base :

1°)- Du maintien de l'Afrique Subsaharienne (que Jacques Chirac s'est donné pour mission d'élargir de plus en plus aux anciennes colonies africaines dites anglophones, lusophones et hispanophones) dans une colonisation de type nouveau, par laquelle la France les utilise dans la plupart des problèmes internationaux pour ses besoins de puissance politique, économique, militaire et culturelle. En somme, le colonialisme français ancien a muté en néocolonialisme néonégrier triomphant : la coopération franco-africaine dont l'unique dominante et seule bénéficiaire est la France ;

2°)- D'une prétendue « coopération » qui sert de justificatif au pillage économique de l'Afrique Noire, aux interventions militaires françaises, et à l'aliénation culturelle des populations africaines, au nom d'une prétendue communauté de langue : le Français ;

3°)- De l'ancrage de l'Afrique Subsaharienne dans une intégration esclavagiste de plus en plus subtile, mais toujours plus renforcée et rigide ;

4°)- De la poursuite par la France de ses objectifs de domination, tout en les renforçant dans le cadre d'une projection stratégique ;

Cette nouvelle forme de maintien de l'Afrique Noire dite francophone en esclavage par la France se révèle être un système dans lequel le suzerain français et ses esclaves mages forment un Tout. Il se veut immuable, et n'accepte de remise en cause ni de sa structure, ni de son fonctionnement. Aussi, suffit-il seulement qu'un territoire africain se donne lui-même librement ses représentants, pour qu'un tel acte d'indépendance soit ressenti comme une agression et appelle la riposte immédiate : le coup d'Etat téléguidé de Paris et l'élimination du régime « intrus ».

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mercredi, 02 février 2011

PANEL DES CHEFS D'ETAT A ABIDJAN: L'ONU, L'UE, LA CEDEAO ET LA FRANCE JOUENT LEUR SURVIE



BAN KI MOON ET NICOLAS SARKOZY.jpg

In Le Nouveau Courrier N°194 du 02 Février 2011 par Saint-Claver Oula


C'est le compte à rebours. Après avoir tenté par des menaces, sanctions et ultimatums de faire partir Laurent Gbagbo du pouvoir en vain, des anti-Gbagbo reviennent sous le couvert d'un panel. Mais cette fois avec une marge de manœuvre limitée.


Avant l'entame de la mission des chefs d'Etat de l'Union africaine, une feuille de route semble toute dessinée par l'Organisation des Nations-Unies, l'Union européenne, la Cedeao et la France, tous présents au 16ème sommet à Addis-Abeba. Le secrétaire général Ban Ki-Moon a exclu d'entrée un recomptage des voix, voulu par l'actuel président ivoirien, Laurent Gbagbo et l'Angola. Pour le patron de l'Onu, ce serait «une grave injustice». Dans la précipitation, Ban Ki-Moon a appelé Ouattara à former un « gouvernement d'union nationale ». Son adjoint aux opérations de maintien de la paix, Alain Leroy, a écarté un «partage du pouvoir ». Cette question, selon lui ne saurait se poser. La position de la Cedeao et de la France, résolues à une action militaire et qui y travaillent activement au Burkina Faso et en zone sous contrôle de la rébellion, est déjà connue. C'est Ouattara ou rien.

Au sein de l'Union africaine, le très désobligeant président de la commission de cette organisation continentale, Jean-Ping, a déjà planté le décor : le panel a pour mission d' «amener Ouattara à exercer la réalité du pouvoir par la négociation.» Là où certains présidents, notamment angolais et sud-africain, exigent une évaluation du processus. L'Union européenne, qui a précipité les sanctions et gelé les avoirs des autorités ivoiriennes va-t-elle faire machine-arrière pour se déculotter ? Pas si sûr. Que va donc bien pouvoir négocier le panel de l'Ua? Le sommet d'Addis-Abeba a tout de même révélé «de profondes divisions» entre le Nigeria, dont le numéro un est un anti-Gbagbo, et l'Afrique du Sud, sensible à la posture anti-colonialiste du chef de l'Etat ivoirien. Mais le numéro un du pays de Mandela et le nouveau président en exercice de l'Ua font face à l'excitation d'une nébuleuse qui déroule toute sa diplomatie et met à contribution ses experts militaires pour faire partir Laurent Gbagbo, ce chef d'Etat d'un petit pays qui tient tête aux grandes puissances. Ne pas réussir à le faire partir serait un véritable échec qui emporterait les décideurs de l'Onu, l'Ue et la France. Ce sera la remise en cause de la diplomatie mondiale avec en ligne de mire la fragilisation des Nations-Unies qui pourrait connaître la même fin que la Société des Nations (Sdn). La crédibilité de Nicolas Sarkozy et de Barack Obama (qui a choisi ces derniers temps de se murer dans un silence) pourrait également en souffrir en France et dans le monde et retourner contre eux leur opinion et donner du grain à moudre à leurs opposants.

L'enjeu pour ces entités est tel qu'une bataille féroce va s'engager durant le mois pendant lequel vont travailler les chefs d'Etat et leurs experts (encore onusien choisis par Ban Ki-Moon) sur la crise post-électorale. De ce panel, les Ivoiriens attendent une objectivité dans la démarche. Il s'agit de réévaluer le processus électoral et recompter les voix pour confondre Laurent Gbagbo et déterminer celui qui a perdu et celui qui a gagné les élections. Si le panel se limite à des notes préétablies, en ne procédant pas comme l'a souhaité Jacob Zuma, à «vérifier d'abord les faits», c'est sûr que les Ivoiriens feront face à une longue crise, encore plus aigue qui pourrait déboucher sur un éventuel conflit armé entre pro et anti-Gbagbo. Ou, la communauté internationale pro-ADO, à laquelle Jacob Zuma et Obiang Nguema tiendront certainement tête dans la quête de la vérité, à défaut de se dédire, pourrait jouer sur le pourrissement de la situation et espérer une révolte du peuple ou un assassinat de Laurent Gbagbo. Parce qu'une action militaire pourrait déclencher l'entrée en scène des alliés de l'actuel chef d'Etat ivoirien.


Source: LE NOUVEAU COURRIER

NE TIREZ PAS SUR L'AMBULANCE, LA COTE D'IVOIRE EST BLESSEE !

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L'écrivain sénégalais, Tafsir Ndické DIEYE, se prononce sur la crise ivoirienne.


« Ne tirez pas sur l'ambulance, la Côte d'Ivoire est blessée ». Ce cri du cœur du panafricaniste Alpha BLONDY, nous l'avons entendu hier vers 18h d'une radio qui passait sa musique. Ce cri nous attriste. Ce chanteur disait, il y a quelques années, que les ennemis de l'Afrique ce sont les africains. Ce message est toujours d'actualité. Mais l'avons-nous compris ? Aujourd'hui, sur cette question ivoirienne, nous sommes étonnés  de constater que ce sont des chefs d'Etats africains et des prétendus intellectuels  qui défendent l'idée d'aller bruler la Côte d'Ivoire pour déloger, disent-ils, « l'usurpateur Gbagbo ». Et pour cela, ils n'hésitent pas à aller jusqu'à la Maison blanche pour négocier une autorisation d'user de la force. C'est accablant!

Dans le passé, le colon réussissait souvent à pousser un roi nègre à combattre son homologue. Et une fois leurs populations affaiblies par ces guerres insolites, sans raison, il usait de sa force de frappe pour les avoir sous ses ordres et faire de leurs peuples ses sujets et de leur richesse son butin de guerre. Cette musique n'a pas changé ; ce sont les pas de danse qui sont devenus par moment saccadés et camouflés. La France de Sarkozy, comme un vampire, guettait la moindre faille dans cette élection pour précipiter la sentence à appliquer à son ennemi-juré Gbagbo en utilisant comme agent exécutant le syndicat des chefs d'Etat béni-oui-oui de ses anciennes colonies.  Cette France de Sarkozy, différente à tout égard de la France des véritables défenseurs des droits humains, cherche à manipuler le monde entier pour arriver à ses fins en Côte d'Ivoire quitte à faire souffrir davantage les ivoiriens. Sarkozy, ne poussez pas vos  disciples chefs d'Etats africains à  tirer sur l'ambulance ! «  La Côte d'Ivoire est blessée ».

La plupart de ces chefs d'Etats, à commencer par le notre, ont des problèmes sérieux avec la démocratie dans leur propre pays. Et personne n'a demandé à ce qu'on les déloge par le feu. WADE, éradiquez le conflit armé en Casamance qui dure depuis 28 ans plutôt que de participer à une opération militaire en Côte d'Ivoire ! Vos propres enfants ne seront pas sur le terrain des opérations militaires.

Quand nous écoutons certains médias français, nous ne pouvons pas nous empêcher de nous demander pour qui et pourquoi mettent-ils autant de hargne à promouvoir un discours va-t-en guerre ; une solution armée pour résoudre l'équation ivoirienne ? Ils n'ont pas été ainsi avec les Eyadema au Togo, pour ne citer que cet exemple... et pourtant !

Pire, un député français s'est autorisé d'avancer l'idée d'une  partition de la C'ôte d'Ivoire comme si le peuple ivoirien l'avait sonné. Pourquoi vouloir précipiter ce pays dans le précipice ? Puisque les conflits finissent généralement autour d'une table de négociation, pourquoi ne pas commencer par là dans cette crise postélectorale ? Si les deux hommes aiment la Côte d'Ivoire, ils accepteront de s'asseoir ensemble pour se parler les yeux dans les yeux dans l'intérêt de leur peuple.

Aujourd'hui, il ne s'agit pas de disserter sur qui a raison. Tous ces belligérants ont tort de prendre en otage le peuple ivoirien depuis des années. Des membres de la  CEI ont donné des résultats à partir de l'Hôtel du Golf, fief de l'un des candidats sans que ce dernier n'ait eu le réflexe de s'y opposer pour éviter que l'on puisse douter de la neutralité de la dite commission. De l'autre côté, le Conseil constitutionnel a déclaré son rival vainqueur en annulant le vote de plusieurs ivoiriens. Et chaque camp livre ses arguments. Chacun dit sa vérité et reçoit le soutien de ses partisans. Présentement, il s'agit de voir comment sauver la Côte d'Ivoire dans la paix, sans effusion de sang. L'Afrique en a assez de voir les armes fabriquées par les occidentaux tonner dans ses oreilles abasourdies, et surtout, si c'est sur  « recommandation » d'un Président qui ne lui voue aucun respect comme Sarkozy le fameux auteur de « l'Afrique n'est pas encore rentrée dans l'histoire ».

Un homme normal qui sait combien les ivoiriens ont souffert de la guerre ces derniers années ne peut pas se permettre de demander à des forces étrangères d'aller les canarder. Il y a anguilles-sous -roche. Il y a des choses qui se cachent derrière cet empressement guerrier d'autant qu'il précise que les soldats de son pays ne prendront pas part à cette guerre. Dans cette affaire, Sarkozy ne lutte pas pour la Démocratie ; seule sa démocratie l'intéresse.  Il faut qu'il cesse de nous prendre pour ses petits nègres.

« Massacrez-vous ! Après nous viendrons pensez les blessures, traduire certains survivants devant les hautes cours de justice et faire tranquillement nos business. »

Chers chefs d'Etats africains, ayez un sursaut d'orgueil pour refuser un tel schéma. N'écoutez pas de tels non-dits, de telles bêtises ! Montrez au monde que vous êtes capables de régler les problèmes de votre continent seuls, sans vous étriper. C'est là où nous vous attendons. Les ivoiriens sont nos frères. Vos peuples ne vous ont pas mandaté pour que vous fassiez la guerre à leurs frères et sœurs. La guerre, y'en a marre ! Ça suffit ! Non de Dieu !   Nous voulons un règlement pacifique de ce conflit. Et ce n'est pas impossible. A la place, la France et ses amis occidentaux sont en train de rendre la vie des ivoiriens difficile avec des sanctions et d'autres dérives verbales inutiles.

En lisant l'éclairage pertinent de Jean Paul DIAS sur la lancinante question de la BCEAO qui s'est invitée dans cette crise, nous éprouvons un certain dégout. La France garante du CFA a reconnu son Président en Côte d'Ivoire, il veut que ce dernier soit le seul autorisé à manipuler les comptes de la Côte d'Ivoire logés à la BCEAO. Et, hop ! Ses disciples, chefs d'Etats africains très disciplinés, au lieu de se battre pour avoir une monnaie commune africaine après cinquante ans d'indépendance afin de se libérer de sa tutelle sur ce plan précis, s'empressent de se réunir pour semer la pagaille au sein de cette institution bancaire, la BCEAO ; histoire de lui faire plaisir. Nous disons que s'ils mettaient autant d'énergie et de diligence au règlement pacifique de cette crise en oubliant les ordres de Sarkozy, avec comme unique souci l'intérêt de leurs frères africains de la Côte d'Ivoire, sans hypocrisie,  ils réussiraient à tuer ce différent dans l'œuf.

Et nous disons que cela doit servir de leçon à tous nos dirigeants. Il est temps que nous apprenions à anticiper sur les crises en Afrique. Par exemple, au Sénégal, malgré ce que les constitutionnalistes disent sur la non recevabilité de la candidature de WADE, ce dernier s'entête à vouloir se présenter à  l'élection présidentielle de 2012. C'est ce genre d'entêtement qui peut déboucher demain sur des situations difficiles qui aggravent la souffrance des populations. Que Dieu nous en garde !  Vive la paix en Côte d'Ivoire !



Tafsir Ndické DIEYE


Auteur de polars et de poésie dont :
Odeur de sang (Polar), Silence ! On s'aime (poésie).
Éditions Le Manuscrit, Paris mars 2008
Horreur au palais (polar), Coédition Nouvelles éditions ivoiriennes/
Centre d'édition et de Diffusion Africaine Abidjan Novembre 2010
E-mail : ndickedieye@yahoo.fr


Source: SUD ONLINE.SN

dimanche, 30 janvier 2011

MAIS POURQUOI DONC LE POUVOIR FRANÇAIS JUGE-T-IL INDISPENSABLE QUE LA FRANCE SE TIRE UNE BALLE DANS LE PIED?



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Mise à sac de l'ambassade à Paris, Roland Dumas et Jacques Vergès dénoncent la violation de la convention de Vienne sur les relations diplomatiques... à 2 jours du Sommet de l'UA.

Depuis le 23 janvier, pour les médias français, Ally Coulibaly est "le nouvel ambassadeur de la Côte d'Ivoire en France." Nicolas Sarkozy le leur a présenté ou presque ce jour-là lors d'une conférence de presse. Les Ivoiriens désireux de se rendre au pays, eux, sont au courant que rien ne va plus à l'ambassade depuis une quinzaine de jours. Paris a unilatéralement mis fin à la mission de l'ambassadeur légal Pierre Kipré. Ainsi qu'elle en avait le droit. Le bât commence à blesser après. Le Premier ministre Alassane Ouattara, autoproclamé président, a alors, tout aussi unilatéralement, mais la légalité en moins, "nommé" "son" "ambassadeur". Les échanges de courriers entre l'ambassade et le ministère des Affaires étrangères français méritent de figurer dans les livres d'histoire qui décriront la fin de la Françafrique. Entre rire et drame. Comme depuis le début de la crise post-électorale quand on regarde et écoute Paris s'agiter. Comme après la mort des deux jeunes Français au Niger. Comme (juste) avant la chute de Ben Ali. Comme (d'ici peu) pendant la chute d'un autre Ali Ben... Bongo, le fils du Mollah Omar, "le Mollah'Son". Aussi perdant et soutenu par Paris que Ouattara mais ayant, lui, le pouvoir (jusqu'à quand ?).

Dans les jours suivants, l'ambiance aux abords de l'ambassade a commencé à se dégrader. D'une sorte de statu quo à l'intérieur, on est passé à une quasi forteresse subissant le siège. Certains jours, ça restait fermé (mais ouvrait quand même un petit peu). Cela dérapa plusieurs fois. Quatre hooligans "ouattaristes" (?) lynchèrent un sexagénaire. Le 25 janvier, on saccagea le portail, les portes et l'intérieur d'une Ambassade vide. Pour permettre à Ally Coulibaly d'y entrer. Pire, la résidence de l'Ambassadeur Kipré fut prise pour cible, sa femme et ses enfants, injuriés, menacés et séquestrés à l'intérieur. Les hooligans (dont certains ont été identifiés, si l'on en croit la plainte déposée le 27 janvier par Pierre Kipré) n'abandonnant le siège qu'en début de soirée.

Vous trouverez ci-dessous un entretien avec Maître Roland Dumas et Maître Jacques Vergès. Ainsi que leur déclaration officielle, relative à la violation par la France de la Convention de Vienne des relations diplomatiques.



Paris, le 28 janvier 2011


La France a commis un acte grave à l'égard de l'Ambassade de la Côte d'Ivoire le 25 janvier 2011 en permettant (et accompagnant) une bande d'insurgés qui ont violé les locaux de la mission et la résidence de l'Ambassadeur.
Ceci est contraire aux dispositions de l'article 22 de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques de 1961.

L'article 22 précise, au contraire :
"L'État accréditaire a l'obligation spéciale de de prendre toutes mesures appropriées afin d'empêcher que les locaux de la mission ne soient envahis ou endommagés, la paix de la mission troublée ou sa dignité amoindrie.
Les locaux de la mission, leur ameublement et les autres objets qui s'y trouvent, ainsi que les moyens de transport de la mission, ne peuvent faire l'objet d'aucune perquisition, réquisition, saisie ou mesure d'exécution."

Ces faits graves sont en outre contraires aux usages qui veulent que les personnalités diplomatiques étrangères soient traitées avec égard jusqu'au moment où elles quittent le pays accréditaire.



Roland Dumas                                                Jacques Vergès
Avocat à la Cour                                             Avocat à la Cour

 

Source: IVOIREVOX.COM

samedi, 29 janvier 2011

LETTRE OUVERTE A M. NICOLAS SARKOZY SUR LA CRISE IVOIRIENNE POSTELECTORALE

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Dr Pierre Franklin TAVARES

 

Monsieur le Président,


Pour avoir lu un article paru il y a peu[1], maintes Français résidant en Côte d'Ivoire m'ont demandé de rédiger, à votre attention, une lettre en m'en suggérant l'objet : la Crise ivoirienne postélectorale. Et, après en avoir médité l'opportunité et l'utilité, j'ai accepté en choisissant un thème : la position de la France dans cette crise. Pour autant, j'ai convenu de donner une facture « ouverte » à ma lettre, qui - au plan du genre littéraire - empruntera la forme d'une fiction, puisqu'il s'agit de la transcription d'un rêve récent. Toutefois, à l'inverse du Mercier de L'An 2440, rêve s'il en fut jamais[2], ma lettre, une cohue d'images, ne sera pas un récit d'anticipation, mais la narration d'une fiction qui relatera les événements d'un « rêve » dans lequel la France fit autre chose que ce qu'elle fait actuellement en Côte d'Ivoire.

Je dormais. Mon « rêve », tout en chanson, commença avec La Marseillaise de la Paix de Lamartine, l'ami des Noirs : Ma patrie est partout où rayonne la France, Où son génie éclate aux regards éblouis ! Chacun est du climat de son intelligence. Je suis concitoyen de toute âme qui pense : La vérité, c'est mon pays. Et tandis que je méditais ces paroles, je me vis distinctement observant un spectacle insolite. Sur un mur, un grand calendrier suranné indiquait un jour et une date : Dimanche 28 novembre 2010. J'y entrais, attiré par une irrésistible force de curiosité. C'était l'après-midi du deuxième tour des présidentielles ivoiriennes. Il devait être 14 heures. Vous étiez à Abidjan, en réunion de concertation avec les deux candidats, Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, avant l'annonce des résultats provisoires, dans ce beau Palais en forme de trône baoulé, symbole du pouvoir royal-présidentiel bâti par Houphouët-Boigny et situé dans le quartier du Plateau. Et comme dans L'Iliade et l'Odyssée ou les Métamorphoses, Renommée[3] (bona Fama), portée par Écho, laissait dire partout que vous comptiez les bulletins de vote et recherchiez inlassablement un consensus. C'est à ce moment que, sans y avoir été invité, Henri Konan Bédié, l'éliminé du premier tour, prit l'initiative de participer à votre décompte. Il arriva à pieds, seul, et, comme toujours, élégant. Un vieil appariteur, qui le reconnut de loin, ouvrit spontanément la porte, et celle-ci, à mon grand étonnement, ne menait plus à la salle des audiences où vous étiez, mais donnait, par je ne sais quel prodige, sur un mur qui reproduisait le tableau du peintre Andrea Mantegna, Minerve chassant les Vices du jardin de la Vertu. Vous y êtes entrés, tous, l'un après l'autre, tel passe-muraille. C'est alors que, vous tenant seul derrière Minerve, déesse de la Raison et de la Guerre, d'un regard sévère et de votre index droit pointant la sortie, vous chassiez le 11ème vice, la Françafrique, conformément à votre Discours de Dakar. Aussitôt, Gribou, un personnage subitement apparu de je ne sais où, alarma les autres vices qui, visages renfrognés, se coalisèrent pour résister à vos injonctions. Elles formèrent une ligne, un barrage d'intérêts, refusant de quitter le jardin. Minerve se dressa, menaçante. La tension perdurait quand, le signifiant du nom du peintre italien retentit, et interpellé, je fis un salut de la main aux Vertus, parce que, dans ma langue maternelle, « mantegna » signifie « bonjour ». Les vertus, elles, occupaient des fonctions dignes. Ainsi, la Commission Électorale Indépendante était présidée par la Tempérance, qui prit le visage de Mandela, et dont le porte-parole, Élie Wiesel, symbolisait la Justice. La Force, elle, s'incarna dans Solon, qui dirigeait le Conseil Constitutionnel. Un tel aréopage apportait une solide caution à votre neutralité. Marianne, garante des institutions de la République, se tenait à vos côtés, coiffée de son bonnet phrygien. Vous étiez non pas en visite d'État, mais en ami de la Cote d'Ivoire, au-dessus des deux camps, impartial comme Homère, objectif comme Thucydide, et, tel Socrate, ne recherchant que le bien. En ces trois personnes se concentrait le meilleur de la culture occidentale. La France était à sa vraie place, en une posture de neutralité active et positive. Comme elle sait l'être, quand elle veut l'être. La France, quand elle est franche, libre, ainsi que l'indique son nom, est amie de la vérité. En effet, la France, fille des faits[4], ne peut effectivement être juste que lorsqu'elle recherche des informations vraies, vérifiées, et organisées par une analyse politique pertinente. La France est forte quand elle n'est pas guidée par des intérêts mais par ses idéaux. Or, dans mon « rêve », c'était le cas. La France, également fille des événements[5], conduisait donc une médiation préventive. Elle était en avance sur l'histoire, comme souvent. « Pourquoi êtes-vous à Abidjan ? », questionna David Pujadas. - « C'est que, dans mon Discours de Dakar, en établissant le catalogue des maux qui frappent l'Afrique, j'avais oublié de mentionner les fraudes électorales, ainsi qu'on me le fit remarquer[6]. Je répare donc un grand oubli et, dussè-je le répéter, je suis ici, en pays ami, pour prévenir les disputes éventuelles qui naissent de la non application du droit électoral ».

Vous « palabriez » à quatre, à l'abri du monde et vous aviez même demandé au monde, à la communauté internationale, à l'ONUCI, au Facilitateur, et à tous les intéressés de ne point s'en mêler. À l'extérieur, comme à leurs habitudes, les journalistes armés de caméras et d'appareils photo filmaient et criblaient de flash tout ce qui se passait. Ils n'avaient pas d'appareils numériques. Leurs pellicules ne se rembobinaient pas et s'étendaient à courir les rues. Ainsi, quiconque pouvait les regarder, voir et revoir les faits et événements. Aux abords du Palais, une foule immense et bruyante indiquait l'importance de la rencontre et tout l'espoir qu'elle y mettait. La multitude était ordonnée. En face de l'entrée principale, sur l'avenue Howen, la communauté française agitait sa présence de bandelettes blanches de paix. L'un d'eux arborait un livre, Fier d'être français[7]. Un autre, qui ressemblait à Jean Giraudoux, arborait une pancarte sur laquelle était inscrite la guerre d'Abidjan n'aura pas lieu. La statue du gouverneur Latrille s'anima et, venant de Cocody, arriva, prit un mégaphone et, à haute voix, avisa : il faut sauver l'année agricole ! Les étrangers de toute l'Afrique de l'ouest occupaient le vaste espace entre l'Hôtel du District et le Palais. Je percevais les sons des sereines mélodies des balafons burkinabés, je reconnus les airs percutants du mbalax sénégalais, et le calme de la minoritaire kora de Gambie, ainsi que les frappes percutantes du goumbé guinéen. Plus faible, la coladeira capverdienne se faufilait. Sur le grand Bd Clozel, bordée d'acacias géants, et qui dépasse le Palais puis incline vers la vaste place de la République où triomphe debout la reine Pokou, des deux cotés, des Ivoiriens en grand nombre, « patriotes » et « houphouétistes », vêtus ou bariolés en orange, blanc et vert, confraternisaient et se taquinaient, par des piques amicales. Les uns, sur du zouglou, scandaient : « Y a rien en face, c'est maïs ! », quand, sur des pas identiques, les autres répliquaient : « Si, y a coco dur ici ! ». Sur un podium de la RTI, Allah Thérèse, majestueuse, et N'goran la loi, son époux accordéoniste, chantaient l'univers Akan ; elle dansait « l'agbirô » si beau au regard. Mamadou Doumbia, chapeau melon noir, guitare électrique en mains, jouait « l'estomiase », la belle mélodie mandingue qui rappelle les exploits passés. Amédée Pierre, le « dopé [rossignol] national », assis, jouait de son orgue et psalmodiait le peuple Krou. Au pied de la reine Abla Pokou, Houphouët-Boigny, chef d'orchestre, en redingote noir, tenait une baguette et donnait la mesure de l'harmonie d'une nation à bâtir. Les musiciens obéissaient à ses ordres d'intégration. Nul soldat présent. Les deux armées, FDS et FAFN, avaient rangé leurs armes et regagné les casernes. Les autres « corps habillés » contenaient les enthousiasmes. De ce tableau, on eut dit la réalisation partielle de L'Abidjanaise contractée en deux vers, le premier, Salut ô terre d'espérance, et le final, la patrie de la vraie fraternité. Mais qui donc a brisé ce vase de paroles ? Qui, comme Clovis à Soissons, en recueillera les débris sonores ? Toutefois, le sacrifice fondateur a déjà eu lieu, au passage d'une rivière, la Comoé. Et il suffit à fonder et à refonder.

Je dormais et m'enfonçais dans mon doux rêve, non sans intention onirique. Goethe, son Faust à la main, passa d'un pas rapide et me lança : J'aime celui qui rêve de l'impossible. J'étais heureux de voir ce jeune homme de quatre-vingt ans, comme l'appelait Hegel, et surtout de recevoir les conseils d'un des esprits les plus brillants des Lumières. Car, c'est en cela que consistait mon « rêve » : une impossibilité à accomplir, et dont seuls les Français sont capables, comme dit le vieil adage. D'autant que, dans l'histoire, il est parfois plus facile de réaliser l'impossible que réussir le possible. N'est-ce pas ce que Hannah Arendt appelle les miracles dans l'histoire ?

Voyez-vous, monsieur le Président, les médiations pertinentes précédent les conflits et les désamorcent. Dans mon « rêve », la France, sous votre égide, anticipait les malentendus, arrondissait les angles des vanités tranchantes. Elle demanda et obtint que les dés ne fussent pas jetés avant que les règles n'aient été distinctes, claires et admises, que le Nord rebelle n'ait été désarmé, sous la double garantie du héros des Gonaïves, Toussaint-Louverture, et du gouverneur noir Félix Éboué.

Il y avait beaucoup de mouvements, de nombreuses images qui s'assemblaient et se défaisaient. Sans ordre apparent. Mais le temps, paradoxalement, ne s'écoulait pas. Il durait et fournissait une trame.

L'ombre de Zarathoustra, en alerte maximale, volait au-dessus des vertus et s'époumonait dans un long avertissement : Il est temps, Il est grand temps ! De quoi est-il donc grand temps ?[8] Il passait et repassait, avec la même vélocité, plus rapide que les rapides nuées. Mais, qu'est-ce qui ne peut attendre plus longtemps, lui demandai-je ? Que tu te réveilles ! Ce n'est qu'un rêve. La réalité est contraire, répondit-il, en s'éloignant poussé par un vent rapide qui le portait vers le nord. Avant de disparaître, il décocha un autre cri : Regarde l'obvers ! - Pourquoi, questionnai-je ? - Regarde l'obvers de ton rêve, répéta-t-il ? Je pris alors mon « rêve » entre mes mains, comme on tient ferme un miroir. Et, le retournant, je vis un autre spectacle, celui réel dominé par le vice dénommé Haine immortelle, avec la Françafrique étêtée qui frappait des coups dans tous les sens.

Triste tableau ! Le génie français n'éblouissait plus les regards. La patrie ne rayonnait plus. La France n'était plus concitoyenne des nations qui pensent. La vérité n'était plus le socle de sa propre histoire. Crise immense ! Certes. Mais, y a-t-il, pour la France, crise plus grave que celle où l'État ne sait plus faire entendre sa voix ?

Soudain, alors que je méditais cette situation, je me retrouvais dans la cour de l'Externat Saint-Paul d'Abidjan, l'école de mon enfance dirigée par les Marianistes, où le son puissant d'une corne d'alarme, semblable à celle de M. Labombe, me réveilla brusquement.

Pourquoi avais-je rêvé ce rêve ? Était-ce les traces lointaines et endormies de mon enfance si forte en imagination, qui me firent croire que j'étais semblable à Aristéas[9], fort du pouvoir de disparaître à ma guise et de resurgir à des époques différentes et en des lieux divers ?

Mais au fond, chaque rêve est l'équilibre psychique d'une confrontation entre le réel et la volonté. Joseph, bien d'autres anciens et Freud nous ont appris à les interpréter. Parfois, ils surgissent tels des indications de voies. En interprétant mon « rêve », me vint une pensée écrite à une militante du RHDP : Le vrai miracle ivoirien est à venir. Le vrai miracle ivoirien, c'est d'avoir simultanément (au même moment), trois hautes personnalités aux compétences remarquables. Je les cite : Henri Konan Bédié, Laurent Koudou Gbagbo et Alassane Dramane Ouattara. Et je me plais à rêver de les voir constituer une seule entité (équipe) politique. Imaginez, un instant, la fusion de leurs compétences ! Le gestionnaire de la chose publique, le politique de la chose publique et le financier de la chose publique ? Pris isolément, aucun d'eux ne suffit à la Côte d'Ivoire. En 15 ans, comme avec la fusion des intelligences au Brésil, la Côte d'Ivoire peut être le premier pays émergent d'Afrique, si ces trois ne font qu'un. En l'état actuel des choses, tout autre schéma est inadapté. Ni les élections ni la guerre ne sont, pour lors, des solutions. La réalité nous le rappelle avec son lot de tristesse. La seule solution est une entente, une concorde réelle et sincère entre ces trois hautes personnalités. Personne ne la fera à leur place. C'est leur mission historique de la réaliser. Cela sera aussi leur immense mérite. Il n'y a rien en dehors du consensus national[10]. Malheur à qui les divise ! Bienheureux, qui les unit !

Lycurgue surgit et risqua une parole : pour une telle idée, relisez la Constitution ivoirienne (articles 1, 34, 35, 48, 64), mais seulement à partir des paroles de L'Abidjanaise ? Cela suffira à ce projet.

Quelquefois, les rêves sonnent aussi comme un avertissement. Il est temps, il est grand temps ! Mais de quoi le grand temps est-il venu ? Que la France, en Afrique, établisse des liens simplement normaux. Sinon, elle continuera de s'y affaiblir. En méditant l'alerte de Zarathoustra, je me souvins d'un mot de Rilke tiré de son poème Gong : L'oreille peu profonde déborde vite[11]. Je crois bien, Monsieur le Président, que depuis la Côte d'Ivoire retentit un nouveau « gong ». Deuxième rêve s'il en fut jamais.


Veuillez croire, Monsieur le Président, en l'expression de mon profond respect.


Pierre Franklin Tavares

Courriel : tavarespf@hotmail.com



[1] P. F. Tavares, Qui est Pedro Pires ?, mis en ligne sur Google.

[2] Louis-Sébastien Mercier, L'An 2440, rêve s'il en fut jamais, Londres 1771, La Découverte, Paris, 1990.

[3] Joël Schmidt, Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, Larousse Paris, 1993, p. 184.

[4] Colette Beaune, Naissance de la nation France, Folio - Histoire, Gallimard, Paris, 1985, p. 12.

[5] C. Beaune, Op. Cit., p. 11.

[6] P. F. Tavares, Nicolas Sarkozy : Relire le Discours de Dakar, NEI, Abidjan, 2009.

[7] Max Gallo, Fier d'être français, Fayard, Paris, 2006.

[8] Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, 10 - 18, Union Générale d'Éditeurs, Paris, 1958, p. 125.

[9] J. Schmidt, Op. Cit., p. 34.

[10] P. F. Tavares, Réponse à Marguerite Yolibi, 6 janvier 2011.

[11] Rilke Rainer Maria, Gong, Exercices et évidences, in Œuvres poétiques et théâtrales, Gallimard, Paris, 1997, p. 1159.

vendredi, 28 janvier 2011

LA FRANCE OU LA STRATEGIE DU CHAOS EN COTE D'IVOIRE

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Source  :HighProfile News - 26.01.2011


Quand Sarkozy se rend à un sommet de l'Union Africaine, c'est l'indignité de l'Afrique qui nous est jetée à la figure.


Depuis plusieurs semaines, la presse occidentale annonce que Sarkozy participera au sommet de l'Union Africaine sans que cela n'émeuve les intellectuels africains. Alors qu'aucun pays africain encore moins l'Union Africaine n'a jamais été invité à un sommet de l'Union Européenne, voilà que les valets africains de l'Occident permettent à Sarkozy de mettre son nez dans les affaires intérieures du continent et cela au vu et au su du monde entier.

Nos chefs d'états auraient voulu démontrer combien ils ont encore enracinés en eux le complexe de l'homme blanc, ce blanc qui pour eux pourrait être l'égal de DIEU, qu'ils ne s'y prendraient pas autrement. Nous y reviendrons.

Nègres 3 : le retour

Après s'être comporté comme le propriétaire exclusif des droits et aspirations du peuple de Côte d'Ivoire en intimant infructueusement l'ordre d'abord dans l'avion qui le menait en Inde au Président Laurent GBAGBO de quitter le pouvoir au profit d'Alassane Ouattara, puis en lui ordonnant (encore échec!!!) de quitter le pouvoir sous 3 jours en décembre dernier, Sarkozy (l'homme qui aime la Côte d'Ivoire plus que les ivoiriens eux mêmes) s'est rappelé au bon souvenir des africains désireux d'oublier ses charters de sans papiers noirs menottés et torsadés par la police française en appliquant un adage bien connu chez nous: « Quand le blanc veut tuer un africain, il s'adresse à un autre africain ».

Suite aux critiques en France pour son implication personnelle exagérée dans une affaire interne à la Côte d'Ivoire (pays qu'il ne connait même pas), Sarkozy a fait appel à ce qui lui reste de nègres indignes en Afrique pour accomplir la sale besogne. C'est-à-dire faire la guerre au peuple de Côte d'Ivoire pour le seul plaisir du colon d'hier, nostalgique de cette Afrique où du « oui patron, oui missié » était donné aux blancs à tous les coins de rue.

Qui mieux que Blaise Compaoré, le tueur de Sankara en 1987, au pouvoir depuis ce jour maudit et qui vient de se faire réélire avec un score soviétique de plus de 80% aux dernières présidentielles, Abdoulaye Wade, le roi de Dakar qui rêve d'introniser son fils à sa place, Jonathan Goodluck, le jamais élu à qui on promet une élection digne d'une fête foraine, Raila Odinga, cet autre Dramane kenyan, pouvaient faire l'affaire?

Le casting terminé, Sarkozy pouvait donc activer le bouton « putsch » pour lancer la machine. Encore une fois, comme si l'Afrique devait rester à jamais ce continent maudit, le noir s'élançait glaive au vent contre son frère noir pour assouvir les desseins maudits de l'homme blanc. Sarkozy s'efface tout en tenant les manivelles depuis l'Élysée pour faire place à la 3ème génération de nègres. Celle-là moins évoluée intellectuellement et moralement qui feint de ne toujours pas comprendre l'essence des rapports entre l'Occident et l'Afrique tant que le maître blanc lui garantit un peu de bonheur et d'honneur, au détriment de notre peuple. Maintenant que son armée nègre est constituée, Sarkozy peut se lancer à l'assaut de Gbagbo, l'insoumis.

Quand le peuple ivoirien trinque pour la seule gloire de Ouattara

Pour soumettre GBAGBO, les ennemis de l'Afrique ont décidé de faire souffrir le peuple ivoirien afin que celui-ci se retourne contre son Président. Ils demandent donc à leurs pions intérieurs volontairement reclus à l'Hôtel du Golf de poser des actes de défiance quotidienne à l'autorité de l'Etat afin de créer une psychose au sein de la population. Il ne se passe donc plus de jour sans que Soro Guillaume et Dramane Ouattara n'appellent à l'extermination du peuple de Côte d'Ivoire par des armées étrangères pour la seule gloire de l'élu des étrangers ou ne menace les ivoiriens d'emprisonnement s'ils collaborent avec le régime du Président légal. Drôle de démocrates !!!!!

Quand Soro appelle publiquement au meurtre du Président GBAGBO, l'Occident lui souffle le terme de « violence légitime » et demande à la CEDEAO, sa caisse de résonance locale d'amplifier la menace. Malheureusement pour eux, les jours passent et aucun changement ne pointe à l'horizon. Ils décident donc d'affamer le peuple de Côte d'Ivoire en opérant un véritable hold-up à la BCEAO au profit d'Alassane Dramane Ouattara. Maintenant que la banque centrale est prise, ils ont décidé de tuer les millions de paysans ivoiriens en appelant à l'arrêt des exportations de café et de cacao. La stratégie est simple : affamer le peuple et l'armée dans le but de créer un soulèvement populaire contre le gouvernement légal et légitime du premier ministre Aké N'gbo.

Le réveil de l'Afrique et le baroud d'honneur de Sarkozy et compagnie

Depuis quelques jours, des voix discordantes se font de plus en plus entendre en Afrique pour dénoncer l'attitude raciste et esclavagiste avec laquelle Sarkozy et l'Union Européenne traite les ivoiriens. La France Sarkozienne agit comme si elle aime notre propre pays plus que nous même. Sarkozy s'irrite de voir Gbagbo lui résister alors il appelle, par l'intermédiaire de ses valets, à l'envahissement et au chaos en Côte d'Ivoire. GBAGBO propose un recomptage, il est automatiquement rejeté par la France et les États-Unis comme s'il s'agissait de leurs pays respectifs. Heureusement pour l'Afrique digne, des pays comme l'Angola, l'Afrique du Sud, le Ghana, l'Ouganda, la Gambie, le Cap Vert se posent de plus en plus publiquement des questions.

Face à la menace de voir son rêve s'écrouler, Sarkozy lance ses dernières forces dans la bataille ; maintenant, c'est l'Union Européenne dont près de 20 observateurs ont été séquestrés dans le nord par les rebelles, le 28 novembre dernier, qui pond un communiqué pour désapprouver un recomptage des voix et pseudo certifier les résultats de la CEI dirigée par un militant avéré du RHDP, coalition dont 80% des commissaires centraux de la CEI sont issus. Alors question, pourquoi dans aucun rapport de l'UE il n'est fait mention de l'agression dont ont été victimes les observateurs européens, lors du 2ème tour de l'élection ? (Accusé Lafont se défend).

C'est d'ailleurs pour avoir commencé à rendre publique cette information en déclarant à France Soir : « Je les ai vachement aidé. Je sais des choses » que Frédéric Lafont a été retiré de la liste des sanctionnés de l'Union Européenne. Quel crédit l'UE veut elle qu'on donne aux affirmations de ses représentants quand ceux-ci passent sous silence les tentatives d'assassinat dont ils ont été victimes au nord de la Côte d'Ivoire, le 28 novembre dernier, et qui a nécessité l'intervention des éléments de monsieur Lafont pour leur exfiltration ?

Pourquoi, diantre, continuer de vouloir cacher le soleil avec la main si ce n'est pour faire plaisir à Sarkozy, l'ami personnel d'Alassane Ouattara, qui a publiquement juré d'avoir la tête du Président GBAGBO ?

Cette énième sortie de l'UE n'est en réalité que le baroud d'honneur du dernier colon d'Afrique qui rêve de placer un ami à la tête des richesses du sous-sol ivoirien pour mieux continuer le pillage de l'Afrique.

DIEU aidant, les choses rentreront peu à peu dans l'ordre car malgré une presse occidentale ouvertement hostile et désinformatrice à souhait, la crise ivoirienne mettra à nu les manigances de l'Occident dans les régions les moins développées de la planète.


Source: IVOIREVOX.COM

mercredi, 26 janvier 2011

METTRE UN COUP D'ARRET URGENT A L'HECATOMBE OUEST-AFRICAINE QUI SE PREPARE EN COTE D'IVOIRE



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En lisant ce titre, un coup de froid pourrait presque parcourir la colonne vertébrale de toute personne en peine pour le peuple ivoirien et de quiconque redoute des lendemains difficiles, incontrôlés et incontrôlables à la crise postélectorale que vit la Côte d'Ivoire. En effet, depuis quelques semaines, la communauté occidentale pilotée par les Etats-Unis et la France pompeusement appelés « communauté internationale » pour les besoins de la cause, fait macérer la Côte d'Ivoire dans la psychose d'une opération militaire pour, dit-on, « exfiltrer » quasi « pacifiquement » le président élu Laurent GBAGBO et installer douillettement à sa place son adversaire, Alassane Dramane OUATTARA, qui a perdu l'élection présidentielle et qui est allergique à la recherche de la vérité pour dénouer ce blocage politique que connaît notre pays.

Cette option peut séduire les va-t-en-guerres qui ne connaissent pas les Ivoiriens et leur détermination à défendre, par vagues de milliers de milliers, leur dignité et la souveraineté de leur pays. En plus, Laurent GBAGBO, loin d'être un orphelin dans son pays - bien au contraire ! - est entourée d'une armée loyaliste, aguerrie par huit années de crise armée, prête à en découdre jusqu'à la dernière goutte de sang. Est-ce devant ce peuple et cette armée-là qu'on veut venir ôter Laurent GBAGBO et espérer gouverner la Côte d'Ivoire dans la quiétude ? Que nul ne se prenne à rêver d'une manière aussi démente. Ce scénario échafaudé d'une façon totalement déraisonnable par un Alassane OUATTARA épuisé et en perte de vitesse qui appelle la « communauté internationale » à attaquer son propre (?) pays, aiguillé en cela par un Nicolas SARKOZY en plein délire, pris en flagrant délit de mensonge éhonté lors de la troisième conférence de presse de son obscure mandat à la tête de l'Etat français, est un scénario de l'apocalypse. Que le monde entier le sache.

Même d'un point de vue africain, la Côte d'Ivoire n'est pas orpheline : des pays comme l'Angola, le Ghana, le Cap Vert et l'Afrique du Sud, et bien d'autres plus discrets, ont compris le vrai enjeu de la crise postélectorale ivoirienne et réclament le réexamen des documents électoraux pour une sortie de crise pacifique. Les ennemis de la Côte d'Ivoire n'en ont cure. Mais honnêtement, pensent-ils que ces pays amis laisseront dépecer la Côte d'Ivoire sans un pépiement, sans broncher ? Rien n'est moins sûr. Il se trouve même que de nombreux volontaires africains sont prêts à venir faire la guerre sur les bords de la lagune Ebrié, au nom de l'honneur, de la dignité, de la liberté et de la souveraineté de l'Afrique. Il suffit simplement de leur faire appel ou d'ouvrir une liste et nous aurons bien vite fait de refuser du monde. Que le monde le sache : il n'y aura pas de guerre propre en Côte d'Ivoire. C'est un leurre dont la France berce toute la terre.

Nicolas SARKOZY attaquera les Ivoiriens et il y perdra la face. Les armées qui enverront leurs soldats se faire canarder en Eburnie n'auront aucune reconnaissance de sa part et ces derniers et leurs familles, aucune indemnité ou indemnisation. Parce que la France sortira exsangue et humiliée de ce conflit, elle mordra la poussière devant un peuple digne et déterminé à se faire respecter. Leur déconvenue sera telle que de violentes crises ou des levées de boucliers insurrectionnelles succèderont à leur expédition ivoirienne sur leurs propres territoires. C'est certainement la raison pour laquelle le Nigéria demande une résolution onusienne avant de partir en guerre contre la Côte d'Ivoire. Histoire de sauver la face, se donner bonne conscience et d'avoir une couverture sociale pour les familles de leurs futurs morts.

Pour faire un appendice au grossier et grotesque mensonge de Nicolas SARKOZY à sa conférence de presse d'avant-hier, lundi 24 janvier, en tant que nouveau président du G20-G8 pour l'année 2011, relevons que sur le dossier tunisien, le fils de Nagy-Bocsa a crânement affirmé (pince sans rire), que la puissance coloniale (la France, prise à défaut) n'a pas à s'immiscer dans les affaires intérieures de son ex-colonie. On en tomberait presqu'à la renverse tant le propos est incroyable, surréaliste, abracadabrantesque, provenant de cet affidé des sciences françafricaines les plus rétrogrades. Tunisie-Côte d'Ivoire, deux poids deux mesures, pourrait-on dire ! Or donc, il ne faut pas s'ingérer dans les affaires internes de son ex-colonie !? En Côte d'Ivoire, on ne s'embarrasse pourtant d'aucune éthique ou élégance diplomatique pour clouer le pays d'Houphouët-Boigny au pilori, menacer vertement le président démocratiquement élu d'un pays souverain de traduction devant le TPI et lui lancer un ultimatum totalement insolite. La mauvaise foi dans cette crise ivoirienne est absolument sidérante !

Mais au-delà de cet aspect moral des choses, ce que l'on ignore et surtout ce que feint d'ignorer cette nébuleuse mafieuse prétendument adoubée « communauté internationale » ou ce qu'elle refuse de prendre en compte dans ce crescendo apologétique de la violence appelée de tous ses vœux par le candidat Alassane OUATTARA (et ses aficionados), c'est qu'il n'y a pas que des Ivoiriens en Côte d'Ivoire. La Côte d'Ivoire, en tant que nation hospitalière, compte officiellement en son sein une incroyable population de plus de 30% d'étrangers mais officieusement, tous s'accordent en Côte d'Ivoire pour reconsidérer ce taux à la hausse, soit un peu plus de 40% de non nationaux. Le pays de la sous-région ouest-africaine qui vient après la Côte d'Ivoire dans ce classement, est le Sénégal, avec... moins de 5% d'étrangers (et là nous sommes extrêmement généreux !). En France, chez les donneurs de leçons universels, un taux de seulement 1,5% d'étrangers sème la panique parmi les hommes politiques et les spécialistes de la prospective, de la planification et des statistiques. Une telle fièvre ne s'est pas encore emparée du peuple digne, fier et hospitalier de Côte d'Ivoire. Et ce n'est pas le droit d'en être saisis qui nous en serait dénié.

La Côte d'Ivoire compte en son sein, sur une population d'environs 20 millions d'habitants, au moins 3 millions de burkinabé, 2 millions de maliens, 1 million de sénégalais, 1 million de guinéens, ½ million de nigérians, ½ million de ghanéens et de libériens, et des milliers de citoyens du reste de l'Afrique et du monde intégrés, prospères et vivant dans une paix totale, parmi lesquels 16.000 français. Comme nous pouvons le voir, la Côte d'Ivoire est une terre d'accueil (et même d'asile, de refuge) et aucun pays sur la planète ne peut s'en prévaloir, dans la même proportion. Plus singulièrement, elle représente le complet microcosme de toute la CEDEAO.

Alors, que des chefs d'Etats africains, véritables suppôts et potentats au service de l'Occident, en mal de pub et de légitimité, adeptes obscures d'une philosophie aplaventriste totalement rétrograde et anachronique dans un monde en pleine mutation du point de vue des libertés, réunis dans une incontestable association de malfaiteurs, se préparent à attaquer un pays frère abritant des milliers voire des millions de leurs concitoyens, cela relève des énigmes de l'histoire, du mystère fonctionnel du complexe cerveau humain et, plus simplement, du suicide collectif.

Ces hommes pensent-ils un seul instant pouvoir « exfiltrer sans effusion de sang », comme ils disent, le président Laurent GBAGBO et lui arracher ainsi le pouvoir au profit de leur filleul, Alassane OUATTARA ? Se posent-ils seulement la question de savoir comment le candidat du RHDP gouverne-t-il ensuite une Côte d'Ivoire en ébullition, une Côte d'Ivoire désormais irréversiblement entrée en irruption ? A la vérité, ils ont pris toutes les dispositions pour une guerre totale en Côte d'Ivoire, à défaut d'effrayer Laurent GBAGBO pour qu'il se sauve la queue entre les jambes et parte en exil, à défaut de parvenir à museler la RTI ou asphyxier économiquement les Ivoiriens pour qu'ils capitulent. Une guerre pour faire des millions de morts. Les pays occidentaux ne sont-ils pas en train de mettre leurs ressortissants à l'abri en leur demandant de quitter immédiatement la Côte d'Ivoire ? Nous aurons certainement, ici, un scénario pire que le Rwanda et le Libéria réunis. Ce discours faussement pacifiste n'est, en fait, tenu que pour donner le change à une opinion publique internationale qui commence à comprendre et qui est de moins en moins encline à accepter une explosion de violence, une expédition massacreuse, dans le Golfe de Guinée. Car le vent est désormais en train de tourner et ils veulent faire vite, avant d'être eux-mêmes mis au ban des nations et épinglés à leur tour.

Mais savent-ils au moins que si les Ivoiriens se retrouvent dos au mur et contraints de faire la guerre dans un baroud d'honneur, leurs ressortissants n'échapperont pas à une inévitable vendetta générale et que même leurs territoires ne seront pas épargnés par des bombardements ivoiriens ? En clair, c'est toute la sous-région ouest-africaine qui va flamber à grand feu. Le savent-ils ?, continuons-nous à nous interroger avec angoisse. Pas pour la Côte d'Ivoire. Mais pour la sous-région et l'Afrique entières ! Et comment comptent-ils rétablir la cohabitation, la cohésion sociale, économique, sécuritaire et politique qui sera ainsi effroyablement mise à mal sur tout le continent après cette sortie hasardeuse aux conséquences apocalyptiques ?

Les conclusions du 16ème sommet de l'Union Africaine qui se tient du 24 au 31 janvier 2011, à Addis-Abeba en Ethiopie - auquel l'énigmatique et hyper président français Nicolas SARKOZY veut s'arroger le droit de participer - nous le dirons. Il faut espérer que le bon sens l'emporte sur la logique du pire en pleine expansion et sur la folie meurtrière incontrôlée en préparation. Au surplus, les Africains ont lancé une pétition contre cette participation provocatrice et altière du fils de Nagy-Bocsa à ce qu'ils considèrent comme leur chasse gardée et l'expression de leur souveraineté, leurs chefs d'Etats aux ordres dussent-ils y prendre des décisions retorses contre le pays frère de Côte d'Ivoire. La sagesse et l'intelligence triompheront-elles ? Attendons de voir.

 

Que DIEU bénisse la Côte d'Ivoire !



DINDE Fernand AGBO

lundi, 24 janvier 2011

Pr GORGUI DIENG - COTE D'IVOIRE: VERS L'ECLATEMENT DE LA CEDEAO ET DE L'UA ?

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Chaque jour qui passe ajoute de l'huile au feu qui brûle en CI. Et les pays occidentaux et l'Onu qui tiennent à leur 'président' comme à la prunelle de leurs yeux, l'attisent par des sanctions qui vont crescendo contre Gbagbo et ses proches. Les rebelles, - alliés de l'ONUCI ? -, attaquent et tuent des soldats de l'Armée régulière ivoirienne. Ces derniers ripostent et reçoivent de l'Onu des menaces de poursuites pour crimes contre l'humanité. Le message de l'Onu aux forces restées fidèles à Gbagbo est donc clair : laissez-vous canarder par les rebelles sans réagir, sinon c'est la CPI ! Dans quel monde sommes-nous ? Pourquoi l'Onu ne tempère-t-elle pas l'ardeur des adversaires de Gbagbo qui cherchent à marcher sur les institutions de la république ? Comme Gbagbo n'est pas légitime, il n'a aucun droit, même pas celle de se défendre. Pourtant il a indiqué des cas de fraude dans le Nord avec chiffres à l'appui et demandé à la 'Communauté internationale le recomptage des voix. Mais pour toute réaction, cette dernière lui demande de céder sans délai le pouvoir à Ouattara. Pourtant, il est établi - et personne ne peut le nier - que dans plusieurs bureaux de vote du Nord le Président élu par la CEI et par l'Onu a engrangé des suffrages deux fois supérieurs au nombre des inscrits. Les Experts Electoraux Africains présents lors du scrutin ont relevé de graves irrégularités dans une bonne partie du Nord. Mais comme ce sont des Africains, leur voix ne compte pas ! On ne doit écouter que Bakayoko de la CEI et Choi de l'Onu!

Ce qui est causasse dans l'imbroglio ivoirien, c'est que le président reconnu par l'Occident, après s'être rendu compte que le peuple qui l'a 'élu' reste de marbre devant ses multiples appels à la grève générale et à la désobéissance civile, il se rabat sur l'extérieur pour retrouver son fauteuil usurpé par l'autre! Quel paradoxe ! Le problème de la Côte d'Ivoire, il faut avoir le courage de le dire, pourrait bien être Ouattara ! On a l'impression qu'Il cherche à diriger les Ivoiriens quoique cela puisse coûter au pays. Certainement pour laver l'affront de Bédié - son ennemi d'hier et 'allié' d'aujourd'hui - qui l'a sans nul doute traumatisé en lui niant son 'ivoirité' au lendemain de la mort de Houphouët. Il s'est servi hier des rebelles, sans succès. Aujourd'hui, il implore l'Onu, la France et les Etats Unis d'ordonner à la CEDEAO d'aller au charbon. A la place du peuple ivoirien qui visiblement ne compte plus. Mais les braises risquent d'être bien ardentes...

La leçon tunisienne est encore fraîche dans nos mémoires... Qui a fait partir le redouté Ben Ali ? La Ligue Arabe ? L'Onu ? C'est bien le peuple tunisien. Et franchement, nous applaudirions des deux mains si le peuple de Côte d'Ivoire sortait comme un seul homme et balayait Gbagbo. Pour nous ce dernier ne compte pas face au peuple ivoirien qui doit se choisir son président et demeurer maître de son destin. Mais l'échec des journées 'pays mort' initiées par Ouattara montre à ceux qui veulent voir le soleil si brûlant au-dessus de nos têtes, que Gbagbo n'est pas si vomi par son peuple que certains le prétendent. Et c'est ce président que la CEDEAO veut aller déloger comme un malpropre ? Comme si eux, les autres chefs d'Etat de la sous-région, incarnaient l'idéal démocratique en Afrique de l'Ouest ! Faut-il en rire ou en pleurer ?

Nous devons nous poser les questions suivantes : La CEDEAO aime-t-elle plus la CI que les Ivoiriens eux-mêmes ? Qu'est-ce qui la motive ? Est-elle libre de ses mouvements ? Va-t-elle exécuter des ordres, la tête baissée ? Nos dirigeants ne savent-ils pas qu'on n'envahit pas un pays comme cela, fût-il le plus faible du monde ? Le repli identitaire au niveau national et international risque de surprendre et de porter la guerre bien au-delà des frontières de la CI. Le Sud du pays peut resserrer les rangs contre le Nord. Et les pays africains dirigés par des partis de Gauche comme le MPLA, le FRELIMO, l'ANC, le PAIGC et la SWAPO, entre autres, peuvent bien se coaliser pour faire face aux pays aux ordres de l'Occident.

Nous insistons sur le fait que le conflit en CI est plus identitaire que purement politique, parce que foncièrement culturel, ethnique et religieux. Cela Choi de l'Onu le comprend-il ? La CI n'est pas un pays homogène. Il est très fortement clivé : un Nord essentiellement Sahélien, 'Burkinabè-malien', malinké et musulman et un Sud plutôt Forestier, 'autochtone', Baoulé-Bété et chrétien. C'est cela le véritable casse-tête ivoirien que la forte personnalité de Houphouët avait réussi à juguler le temps d'un règne. Mais que l'alliance contre nature entre Ouattara et Bédié peine à cacher. C'est d'ailleurs cette réalité ethnique et culturelle explosive qui explique le soutien dont bénéficie Ouattara de la part de certains dirigeants de la CEDEAO et de l'UEMOA, même si tout le monde semble éluder le débat. Le Burkina Faso de Blaise Compaoré (pays du père de Ouattara), le Mali de Amadou Toumani Touré, le Sierra Leone de Ernest Bai Kroma, la Guinée-Conakry de Alpha Condé, la Guinée-Bissau, sont des pays Malinkés qui voient en Ouattara un des leurs. Même le Sénégal est concerné malgré les apparences qui en font un pays wolof.

Si la CEDEAO perd la raison et attaque la CI, cela pourrait conduire à une situation totalement inattendue : des pays de la Communauté comme le Cap Vert, la Gambie, le Ghana qui ont exprimé haut et fort leur opposition à toute intervention militaire en CI pourraient se sentir humiliés et se ranger machinalement derrière Gbagbo contre les 'agresseurs'. Ils pourraient aussi envisager leur retrait de la CEDEAO qui serait perçue comme un instrument au service de la France, des EU, de la GB et de l'Onu. La frustration pourrait gagner d'autres pays au-delà de la CEDEAO et avoir des répercussions dévastatrices sur l'Union Africaine elle-même. L'Angola, un vétéran de la guerre de libération nationale contre le Portugal des dictatures, a, par la voix autorisée de son président, fait une déclaration qui a le ton d'un avertissement pour qui sait lire entre les phrases. Dos Santos a dit sans détour que vu le contexte dans lequel elles ont été organisées dans un pays divisé et contrôlé dans sa partie Nord par la rébellion, les élections sont nulles et de nul effet. Cependant, pour lui, Gbagbo doit rester au pouvoir pour éviter à la CI un vide institutionnel. Si la CEDEAO fait fi de cette voix discordante, elle court de gros risques. L'Angola, qui a maintenant le soutien de la Guinée Equatoriale, a bien les moyens financiers et militaires de venir en aide au 'camarade' Gbagbo, que beaucoup de nationalistes africains commencent à percevoir comme un martyr car son cas rappelle bien celui d'un certain Patrice Lumumba. Et avec le président sud-africain Zuma qui commence à parler le même langage que ses 'camarades' angolais en invitant la Communauté internationale à tenir compte de la requête de Gbagbo (recomptage des voix par une commission internationale) la situation semble bien se compliquer pour la CEDEAO. D'autant plus qu'elle ne peut se baser sur aucun texte juridique pour justifier une action militaire contre Gbagbo élu par le Conseil constitutionnel de son pays. Elle a plutôt l'obligation de respecter les institutions des différents pays membres.

Nous estimons donc que si on n'y prend garde, la crise postélectorale en CI risque de déboucher sur une autre crise à l'échelle du Continent et conduire à l'éclatement de la CEDEAO et de l'UA. Nous avons la certitude que l'Angola et l'Afrique du Sud ne resteront pas les bras croisés si la CEDEAO franchit le Rubicon. Et à qui va profiter une telle situation lourde de dangers ? A ceux qui incitent les Africains à s'entretuer pour freiner la marche de l'Afrique vers son unité organique sans laquelle il n'y ni développement durable ni indépendance véritable.


Pr. Gorgui Dieng


Laboratoire d'Etudes Africaines et Postcoloniales
Département d'Anglais
Université Cheikh Anta DIOP de Dakar, Sénégal.


Source: SUD ONLINE.SN

vendredi, 21 janvier 2011

50ÈME ANNIVERSAIRE DE LA DISPARITION DE PATRICE LUMUMBA

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Patrice Eméry Lumumba


On commémore aujourd'hui le cinquantième anniversaire de la disparition d'un grand héros panafricain. Patrice Lumumba, le premier chef de gouvernement congolais mort le 17 janvier 1961, a été assassiné dans le Katanga après avoir été renversé avec la complicité des services américains et belges. Ses discours enflammés contre l'«impérialisme» et pour l'«unité africaine» avaient enthousiasmé le continent. A tel point que son tombeur, le maréchal Mobutu, avait dû le réhabiliter quelques années plus tard. Le souvenir de Lumumba reste cher aux yeux de nombreux congolais, même ceux qui ne l'ont pas connu de son vivant. Par Christophe Boisbouvier.


RFI : Qui est Lumumba pour vous ? Un surdoué de la politique, un idéaliste, un naïf ?

Isidore Ndaywel : Lumumba est d'abord pour moi le père de l'Indépendance. C'est l'homme qui a le plus donné de lui-même, pour que le Congo devienne indépendant. Et ensuite c'est quelqu'un qui a payé de sa vie. Il incarne le nationalisme congolais.


RFI :
Donc pour vous c'est un martyr de l'Indépendance ?

Isidore Ndaywel : C'est un martyr de l'Indépendance. Tout à fait.


RFI :
Alors qui a tué Lumumba ? Mobutu ? Tshombé ? Les Occidentaux ?

Isidore Ndaywel : Je pense qu'on ne va pas prendre des raccourcis. On sait qu'il y a toute une coalition, essentiellement occidentale, avec des intermédiaires, évidemment, qui sont des Congolais.


RFI :
Donc pour vous les vrais décideurs de son assassinat sont à Washington ? A Bruxelles ? C'est ça ?

Isidore Ndaywel : Absolument. Les choses sont de plus en plus claires. C'est fondé sur des informations fiables. Il y a des publications intéressantes, notamment cet ouvrage du Belge Ludo de Witte « L'assassinat de Lumumba, Khartala, 1999 »... On a donc confirmation, et on voit même un peu plus clair dans tout ce qui a pu se passer.


RFI :
Est-ce que les Français ont joué un rôle ?

Isidore Ndaywel : Peut-être pas directement, mais de toute façon, dès que la sécession Katangaise est déclarée, il va y avoir des mercenaires français.


RFI :
A l'époque c'était la guerre froide. Est-ce qu'en se rapprochant de Moscou, Lumumba n'a pas commis quelques imprudences ?

Isidore Ndaywel : Ce n'est pas attesté qu'il se soit vraiment rapproché de Moscou. Mais il avait un franc-parler pour dire : « Si nous n'avons pas le soutien voulu, alors nous allons nous tourner vers l'Union soviétique ».

Nous savons très bien que lorsqu'il a eu des problèmes lors de la mutinerie de la force publique, sa première démarche a été de se tourner vers les Etats-Unis ! Mais nous savons que le président Eisenhower n'a pas voulu le recevoir. Il a même fait le voyage jusqu'aux Etats-Unis.

Nous savons également que toutes les promesses qui avaient été faites du côté soviétique, l'envoi des avions Iliouchine, etc, il n'y a rien eu. Et Lumumba s'est retrouvé seul. Mais il y a eu cet effort suicidaire, de tout de même essayer de réduire la sécession katangaise.

Et je pense que c'est dans cette démarche, dans cet effort, que non seulement il a trouvé la mort, mais c'est grâce à son sacrifice également que la sécession katangaise, finalement, sera résolue, puisque la sécession n'aura plus son bouc-émissaire. Et l'« ONU » et la Communauté internationale, devra bien reconnaître que puisque le « communiste » n'est plus en vie, il n'y a plus de raison pour justifier la sécession du Katanga.


RFI :
Est-ce que le drame de Lumumba, justement, ce n'est pas d'avoir été le héros de l'Indépendance d'un pays très grand et très riche ?

Isidore Ndaywel : Je pense qu'il en était conscient. Il a été broyé par la guerre froide. Tout ça c'était nouveau, et la guerre froide, et le fait que le Congo devienne le terrain favori de la guerre froide, et finalement cette expérimentation de la présence des Casques bleus quelque part dans le monde.


RFI :
De tous les chefs d'Etat qui se sont succédés depuis 1960, quel est celui qui suivi ses traces ?

Isidore Ndaywel : Bien entendu, c'est Laurent-Désiré Kabila, puisque c'est un projet de jeunesse. C'est quelqu'un qui a été fortement révolté par ce qui s'est passé. Et finalement il s'est décidé à poursuivre ce combat, poursuivre cela à sa manière. Et voilà que, quarante ans après, il disparaît dans les mêmes conditions.


RFI :
Est-ce que les différents chefs d'Etat qui se sont succédé n'ont pas essayé de récupérer le mythe Lumumba, justement ?

Isidore Ndaywel : Oui, mais cela me paraît assez normal, parce que les hommes politiques cherchent à avoir un point d'ancrage par rapport à l'icône. Je dois dire également, le parti politique, comme l'« UDPS », le parti d'Etienne Tshisekedi.

RFI : Mais justement, à force d'être récupéré par tant de partis, par tant d'hommes politiques, est-ce que le mythe Lumumba n'est pas en train d'être dénaturé ?

Isidore Ndaywel : Je ne pense pas. Il y a la pensée politique de Lumumba. Il y a des éléments clés de cette pensée, qui restent des éléments de base, notamment le primat de l'unité nationale sur tout autre élément. Et ça n'a pas été étonnant d'ailleurs, que nous ayons retrouvé ailleurs, comme notamment chez Thomas Sankara, l'insistance à des slogans comme « La patrie ou la mort. Nous vaincrons », qui étaient des slogans de Lumumba. Ce qui démontre que d'ailleurs son « nationalisme » était à la fois congolais et africain, africain-congolais, tout cela allait ensemble.


NOTE :

Interview d'Isidore NDAYWEL réalisé par Christophe BOISBOUVIER.
Isidore NDAYWEL est auteur d'« Histoire générale du Congo »,
ouvrage publié chez « Afrique Editions ».



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Spéciale Archives d'Afrique - Patrice Emery Lumumba (2/2) (durée : 19:31)



Source: NERRATI.NET

DECLARATION DE LA JEUNESSE SENEGALAISE SUR LA SITUATION EN COTE D'IVOIRE

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Mesdames, messieurs,


Depuis plusieurs jours, des événements post-électoraux secouent la République de Côte d' Ivoire.

La propagande internationale extra-africaine a créé le trouble dans les esprits, en prenant parti, exclusivement, pour un camp au point de suggérer le recours à la force armée pour régler un conflit purement politique.

Après les ultimatums de toute nature en direction du gouvernement ivoirien, après des sanctions dites «ciblées » contre des officiels ivoiriens, voilà venir le temps des canonnières avec cette particularité où les boulets, la mèche et l'étincelle sont mis entre les mains des gouvernements ouest-africains.

En effet, des puissances extra-africaines, ne souhaitant pas se salir les mains, ont fait pression sur des gouvernements de la Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), soit disant réunis en Sommet, afin que ceux-ci mettent sur pied et à exécution un recours à la force militaire pour tenter de résoudre ce différend ivoirien postélectoral qui, nous le répétons, demeure politique.

Précisons que, à propos de Sommet, c'est essentiellement, le Sénégal, le Nigeria et le Burkina qui, par la présence effective de leurs présidents ont poussé à la roue et pensent pouvoir lancer le processus alors que chacun d'eux est confronté à des problèmes sérieux de démocratie chez lui.

Pour l'heure, nous observons que le gouvernement du Ghana a refusé officiellement, d'envoyer des troupes dans une éventuelle ECOMOG appelée à attaquer la Côte d'Ivoire. Le Mouvement National des Jeunesses Socialistes du Sénégal félicite le Ghana pour sa prise de position sage, indépendante et constructive.

Comme toute la jeunesse de Côte d'Ivoire, y compris celle du PDCI-RDA, les Jeunesses Socialistes se déclarent hostiles à toute agression militaire contre le peuple Ivoirien. Celle qui est projetée sera source de malheurs, de mort d'innombrables civils ivoiriens, de profondes blessures de toute nature, de dégâts matériels incommensurables, tandis qu'elle ne règlera nullement le conflit en cours.

Notre Mouvement exhorte tous les chefs d'Etats de la CEDEAO à imiter l'exemple ghanéen, à renoncer, immédiatement, à cette aventure insensée et à privilégier l'intermédiation diplomatique, pacifique et politique.

D'ores et déjà, le Mouvement National des Jeunesses Socialistes exige de M. Abdoulaye Wade et du gouvernement sénégalais de s'abstenir de tout envoi de troupes dans une quelconque ECOMOG destinée à agresser militairement le peuple frère de Côte d'Ivoire. II ne doit jamais être dit que de jeunes militaires sénégalais sont allés tuer leurs frères, leurs sœurs, leurs tantes, leurs oncles ivoiriens qui ne leur ont rien fait. C'est le moment pour nous de rappeler que plus d'un million de sénégalais vivent en paix en Côte d'Ivoire depuis plusieurs générations et qu'une quelconque participation des forces armées sénégalaises à une « soit disant » force d'intervention internationale, exposerait de fait nos compatriotes.

Ces temps-ci, l'Afrique de l'Ouest a connu de sérieux cas de difficultés politiques dont le coup d'état constitutionnel du Général Tanja au Niger (suppression du Conseil constitutionnel ; Référendum pour prorogation du mandat présidentiel) et pourtant la CEDEAO n'a jamais prôné l'envoi d'une force militaire.

Au total, les Jeunesses Socialistes du Sénégal condamnent toute opération militaire dans ce dossier ; car, préfigurant une guerre évidente. Ils en appellent à la Paix, non seulement dans l'intérêt des populations innocentes ivoiriennes, mais aussi dans celui de la sous-région Afrique de l'Ouest dans son ensemble.


Fait à Dakar, le 04 janvier 2011


Le Mouvement National des Jeunesses Socialistes.


(Source : Point de presse du 4 Janvier 2011).

In Le Filament N° 12 du 15 janvier 2011


Consulter le site : LE FILAMENT.INFO

jeudi, 20 janvier 2011

DE GRAVES REVELATIONS FAITES PAR DES FRANÇAIS VIVANT EN COTE D'IVOIRE


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Les révélations et confidences de français vivant à Abidjan.


Les témoignages ont été recueillis quelque part à Abidjan, capitale  économique ivoirienne et ont été livrés par des Français, vivant en Côte  d'Ivoire depuis des années. Ils y ont fait fortune. Ils ont décidé de se  confier. « Nous avons décidé d'alerter les autorités ivoiriennes et le  monde entier sur ce qui se trame dans l'ombre sur le compte du peuple ivoirien ».  Pour ces ressortissants français, la France est sur le point de mettre à  exécution son plan savamment préparé, depuis le premier tour de l'élection  présidentielle. Un plan visant d'une part à exécuter des personnes du  sillage du chef de l'Etat ivoirien, Laurent Gbagbo et d'autre part, à  déclencher une situation de chaos en vue d'extrader celui-ci vers une  destination inconnue. Mais ces français, compatriotes de Nicolas Sarkozy,  président de la République française s'opposent à un tel projet.


Au nombre de quatre ce jour-là, l'air grave et refusant pour la circonstance tout appel (car ils ont fermé leurs téléphones portables) ces ressortissants français très au fait du « coup spectaculaire » imminent ont confié avoir alerté le pouvoir Laurent Gbagbo, sur la nature du commando présent à Abidjan. «Ils sont dans nos murs. Des unités spéciales de la terreur sont à Abidjan. Le temps presse. Si rien n'est fait, dans les jours qui suivent, la Côte d'Ivoire sera un champ de bataille», laissent-ils attendre. « Nous sommes autant menacés que les Ivoiriens. Il faut réagir vite », estiment-ils avant de livrer quelques indications sur les tueurs en embuscade.


« C'est depuis la fin du second tour de la présidentielle en novembre 2010 que nous ne manquons, et cela chaque jour, de dévisager des éléments de plusieurs unités des forces spéciales membres de commandos des missions et autres expéditions, à Abidjan », lancent-ils d'emblée. Et de poursuivre : « Au sein de l'armée française, il existe des sections pour des opérations précises et urgentes. Ce sont des éléments de ces forces spéciales que nous avons identifiés au sein des populations, ici à Abidjan. Ce qui veut dire qu'il y a danger », indiquent ces français qui soulignent être des Ivoiriens dans l'âme.


« Nous avons fouiné et découvert qu'il y a actuellement trois sections du Centre des Opérations Spéciales, le COS. C'est une force de massacre. Ses éléments ne font pas de renseignements, ils tuent. C'est le COS qui a fait le sale boulot en Algérie. Ce sont des grenadiers voltigeurs. C'est une force spécialisée dans les combats urbains. Elles sont composées de 33 éléments par sections des six groupes parlant toutes les ethnies de Côte d'Ivoire.

Nous tenons à faire remarquer que ce sont des éléments spécialisés dans l'infiltration, l'extraction et l'élimination. Nous vous confions que la présence du COS à Abidjan est inquiétante et représente une réelle menace pour les populations. Parce que le COS n'est pas une force conventionnelle », insistent-ils.


« Cette unité spéciale, une idée de De Gaule est très active aujourd'hui. Car il s'agit pour ceux qui la composent de mourir pour le drapeau. Ils ont pour particularité d'apprendre et de parler plusieurs langues. Ceux qui sont actuellement en Côte d'Ivoire parlent parfaitement les ethnies ivoiriennes. Ils sont fondus au sein des populations et vivent actuellement avec elles. Ils se font passer pour des pêcheurs, marins ou des maçons et vivent ou marchent en double. Ils sont pour la plupart des noirs. Plusieurs d'entre eux qui étaient en Irak ou en Afghanistan ont été sélectionnés pour la mission en Côte d'Ivoire ».


Dans la phase finale de l'exécution de la déstabilisation de la Côte  d'Ivoire, confient-ils, le COS sera appuyé par plusieurs autres unités des forces spéciales françaises qui sont trempées dans la chute de plusieurs régimes que Paris ne voyait pas d'un bon œil: «Il y a actuellement des éléments du 3è Régiment Parachutiste d'Infanterie Marine, le RPIM. Des éléments du 3è Régiment Etranger d'Infanterie, le REI basé en Guyane, ils ont leur quartier à Dakar. Il y a également ici, à Abidjan, le 6è Régiment d'Etranger du Génie, le REG. Ses éléments sont spécialisés dans la destruction et la reconstruction ; ils sont basés à Rouen en France »..


«Assassinats de français programmés... »


La Côte d'Ivoire a été déclarée zone 3 : « C'est-à-dire que ce pays a été déclaré zone en attente d'attaque. Deux croisières et des porte-avions sont en route pour la Côte d'Ivoire. Depuis une semaine nos parents présents au sein des forces spéciales nous recommandent de quitter la Côte d'Ivoire pour le Ghana », indiquent ces français et de poursuivre : «Toutes ces forces spéciales ont décidé de procéder par des intimidations. Puis pousseront à des embuscades aux forces onusiennes, ce qu'ils ont déjà entrepris avec des provocations des casques bleus. C'est déjà constaté dans les différentes villes.


Il faudra être très vigilants... Ils veulent commettre des assassinats contre des ressortissants français pour faire porter le chapeau aux forces de défense ivoiriennes. Or, tuer un français c'est déclarer la guerre à la France. Le COS utilise actuellement les renseignements de la Licorne qui a partagé Abidjan en 10 zones de combats et de rapatriement des ressortissants français ».


Toujours selon ces français, un avion américain, ''Apach Hawack'', un bombardier serait depuis plusieurs jours positionné au-dessus de la Côte  d'Ivoire. Avec pour mission de localiser les positions des soldats ivoiriens ou des manifestants qui iraient contre des intérêts français. « Lors de l'attaque, il projettera des bombes en papier comme cela s'est passé au Kossovo, dans les Balkans.


Grâce aux marquages par des transpondeurs et compteurs que les éléments des forces spéciales continuent de poser à travers la ville d'Abidjan. Ces bombes provoquent une onde de choc dans un cercle de 2 kilomètres qui fait tomber tout humain dans un étourdissement qui dure au moins cinq minutes. Mais, pour que la victime retrouve toute sa lucidité, il lui faudra au moins trois à quatre jours », révèlent-ils.


Au sortir de ce tourbillon chaotique, poursuivent ces français, « avec une attaque rapide prévue, ces forces spéciales envoyées par Sarkozy auront eu le temps de se saisir du Président Laurent Gbagbo pour le conduire hors de la Côte d'Ivoire. Nos sources au sein de ces forces nous rapportent que la destination prévue pour accueillir le chef de l'Etat Laurent Gbagbo est une île entre la Floride aux Etats-Unis d'Amérique et Bermudes pour accueillir la famille du Président. Pour un exil doré.... ». Ce qui pourrait certainement expliquer l'information récurrente de demande d'exil du Président Laurent Gbagbo auprès du Président américain Barack Obama.


«Une liste de 18 personnes à exécuter...»


« Dans leur plan diabolique, il y a une liste de 18 personnes à éliminer dont 5 généraux de l'armée ivoirienne. Il n'est point question d'éliminer physiquement le Président Laurent Gbagbo. Mais, le contraindre à l'exil. Il s'agit plutôt, pour les tueurs de Nicolas Sarkozy, d'éliminer en priorité, Charles Blé Goudé. C'est lui que l'Elysée redoute le plus en Côte d'Ivoire. Il est très populaire et charismatique. Il est perçu par Paris comme celui qui est capable de mettre à mal les actions de terrain des forces en présence. Ceci avec des appels aux soulèvements populaires ». Pour ces français, auteurs de cette attaque en vue, il n'est point question d'échec. « Toutes les chancelleries internationales savent ce qui se prépare. Et elles suivent attentivement la préparation de l'opération », confient-ils.


«Mais nous refusons que cela se passe ainsi. Aujourd'hui tous les français qui ont fait des déclarations pour soutenir la légalité constitutionnelle en Côte d'Ivoire en reconnaissant l'élection de Laurent Gbagbo sont menacés. Nous nous sentons frères des Ivoiriens », soulignent nos informateurs avant de noter un autre volet spirituel du complot. « Nous savons que ce qui se passe en Côte d'Ivoire est une histoire de confrérie. La Rose Croix, la Franc-maçonnerie, le Feu Ardent, le 5è Œil, Couleur pourpre, dont sont membres la plupart des membres de la hiérarchie militaire. Ce sont elles qui veulent décider de ceux qui doivent diriger ici en faisant croire au peuple qu'il est libre de se choisir un président ».


« Paris nous traite de rebelles »


Pour ces confidents français, les USA soutiennent Sarkozy parce qu'il leur a fait croire que Laurent Gbagbo a organisé la confiscation du pouvoir, grâce aux preuves qu'auraient fournies les services secrets français avec le soutien de certains services secrets étrangers en Côte d'Ivoire. « C'est pourquoi les Usa soutiennent Alassane Ouattara. Aujourd'hui les ressortissants des pays occidentaux ont progressivement quitté à plus de 90 % la Côte d'Ivoire sur le nombre qu'ils ont été par le passé. Il ne reste en majorité que près de 16.800 français. Et l'Elysée nous traite de rebelles.


A l'heure où nous vous parlons, nous n'avons plus accès aux services de paieries. L'ambassade a bloqué nos comptes. Les autorités françaises veulent que nous rentrions en France. Or nous refusons de quitter la Côte d'Ivoire. Nous avons reconstruit nos vies passés les évènements de novembre 2004. Sarkozy veut que nous rentrions pour nous reverser l'équivalent de 300.000 francs Cfa.


Pourtant, nous gagnons mieux nos vies ici en Côte d'Ivoire parce que nos affaires ont repris depuis belles lurettes. Il faut que la police diplomatique s'active sur la trace des éléments du Centre des Opérations Spéciales. Si elle parvient à mettre la main sur un seul de ses éléments la Côte  d'Ivoire évitera les massacres », ont invité ces Français avant de prendre congé de nous. Tout en indiquant être prêts à œuvrer à mettre hors d'état de nuire les forces françaises présentes sur les bords de la lagune Ebrié.



Des amis français qui aiment la Côte d'Ivoire.

UN JOURNALISTE FRANÇAIS CONFESSE: «QUELQUE CHOSE NE VA PAS»


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Quelque chose commence à se troubler dans le discours médiatique concernant la Côte d'Ivoire. Une interrogation se répand dans l'opinion : tout n'est peut-être pas aussi simple qu'on l'a cru dans cette affaire. Jusqu'alors, nous pensions tous la même chose : vaincu par les urnes ; désavoué par une majorité d'électeurs ; condamné par la communauté internationale unanime, Laurent Gbagbo s'accrochait coupablement au pouvoir, au risque de provoquer un carnage dans le pays. Tout cela relevait, en somme, d'une figure classique : celle du satrape exotique prêt, faute de mieux, à lancer ses « escadrons de la mort » à la trousse des opposants. La cause paraissait donc entendue.

La France comme l'Amérique et l'Onu avaient d'ailleurs reconnu en Alassane Ouattara le vrai vainqueur du scrutin, c'est-à-dire le président légitime. Plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest, du même avis, se disaient prêts à intervenir militairement pour chasser le mauvais perdant du pouvoir. Je dois dire que c'est justement cette unanimité qui, depuis le début, m'a dérangé. J'ai pensé à une sage tradition juive, citée par Emmanuel Levinas dans l'une de ses « Leçons talmudiques » : si tout le monde est trop vite d'accord pour condamner un prévenu, alors mieux vaut le libérer, car tout jugement unanime est suspect. (...).»

Il reste qu'une interprétation simpliste de la réalité ivoirienne ne tient plus la route. Bornons-nous à quelques remarques. Plusieurs journaux, dont notre confrère Le Monde, ont publié des cartes détaillées du résultat des élections. Elles montraient clairement que la Côte d'Ivoire était coupée en deux. Battu dans la moitié nord (musulmane) au prix de certaines fraudes, Gbagbo reste très majoritaire dans le Sud chrétien, y compris à Abidjan. Cela signifie qu'une opération militaire du clan Ouattara au Sud - et à Abidjan - serait forcément sanglante.

Le personnage le plus va-t-en-guerre, Guillaume Soro, n'est autre que l'ancien chef de la rébellion du Nord, le « Premier ministre » de Ouattara. Le rappel de cette complexité géographique liée à des réalités ethniques et religieuses m'a incité à chercher d'autres points de vue que ceux de nos grands médias. J'ai consulté le blog d'une consœur spécialiste de l'Afrique dont je respecte depuis longtemps la compétence : Colette Braeckman, du Soir de Bruxelles. Sans blanchir de ses responsabilités Laurent Gbagbo, elle insiste sur quelques vérités dérangeantes. Je cite en vrac : les résultats électoraux « globaux » ne sont pas si clairs que cela ; le jeu des grandes sociétés occidentales en Côte d'Ivoire l'est encore moins ; plusieurs pays africains commencent eux-mêmes à douter et, comme le Ghana voisin, refusent à l'avance d'intervenir militairement.

Citant le chercheur Michel Galy, animateur de la revue « Culture et conflits » et bon connaisseur de la Côte d'Ivoire, Colette Braeckman met donc les Occidentaux en garde. En cadenassant le discours dominant sur une vision simplificatrice des choses, on risque d'échauffer un peu plus l'opinion et, au bout du compte, de favoriser une logique massacreuse qui paraît s'éloigner mais peut resurgir à tout moment. Ajoutons qu'on exacerbe ainsi le sentiment « anti-étranger » qui pourrait bien, un jour, réconcilier les deux camps ivoiriens, mais à nos dépens.


Source: GBAGBO.CI

POURQUOI LA COTE D'IVOIRE EST DANS L'OEIL DE L'OURAGAN ?

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Prof. Jean-Paul Pougala, enseignant à l'Université de la Diplomatie de Genève en Suisse (co-auteur de «L'Afrique, l'Europe et la Démocratie Internationale» (Ed. Federop)), le 11 janvier 2011. Extraits.

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"Le dessous des cartes - La crise ivoirienne ou le prélude de la guerre Chine-Occident"

Depuis le début de la crise ivoirienne, tout et son contraire ou presque ont été dits. Les Occidentaux soutiennent presque tous M. Ouattara qu'ils appellent "Président élu" alors que les Africains soutiennent presque tous le président sortant Gbagbo qu'ils désignent par "Président Réélu". Au-delà des choix partisans pour l'un ou l'autre président élu ou réélu, il est intéressant de constater qu'il y a une autre bataille celle là à distance qui est en train de se jouer entre la Chine et l'occident en Côte d'Ivoire. A travers des appuis militaires directs ou indirects.

L'Occident défend une vieille idée de l'Afrique dans laquelle il contrôle tout à travers ses hommes de mains et s'accommodent volontiers d'une misère de masse. La Chine est celle qui veut changer la donne et faire de l'Afrique la vitrine de sa puissance économique et militaire hors d'Asie. Ce qui froisse fortement l'Union Européenne et les USA.

Mais ces derniers ont-ils la force et l'énergie pour résister longtemps au rouleau compresseur chinois qui a malencontreusement décidé de faire de l'Afrique un des piliers de sa superpuissance en construction ?

Laurent Gbagbo, meilleur symbole des frustrations des Européens et des Africains

Pour les Africains, les deux personnages de notre feuilleton symbolisent deux conceptions opposées de la politique africaine. M. Ouattara, se définit comme «Houphouëtiste», c'est-à dire quelqu'un qui était ouvertement contre les États-Unis d'Afrique. En 1963, son mentor Houphouët Boigny était avec l'ancien président Sénégalais Léopold Sédar Senghor un principal fossoyeur du rêve de Kwame Nkrumah de créer immédiatement les États-Unis d'Afrique. Pour Senghor et Houphouët la relation avec la France était plus importante que toute nécessité d'autonomie africaine. Ce dernier avait alors prononcé la célèbre phrase: «Ils disent qu'ils vont unir l'Afrique du Cape au Caire. Ils le feront sans nous, sans ma Côte d'Ivoire». La suite on la connaît : l'OUA est née comme une nullité avec un seul programme cher à Senghor et Boigny : «intangibilité des frontières héritées de la colonisation européenne» et adieu le vieux rêve de Nkrumah contenu dans son livre prémonitoire publié en 1961 du titre : Africa must unite (l'Afrique doit s'unir si elle ne veut pas connaître famine, pauvreté et guerres).

Mettre fin à la triste parenthèse de l'OUA était une priorité pour Gbagbo dès son arrivée au pouvoir en 2000 pour passer à la nouvelle Union Africaine (en 2002) comme étape intermédiaire vers la création des États-Unis d'Afrique. Aujourd'hui, M. Ouattara continue dans la même voie : il ignore les institutions de la Côte d'Ivoire (le conseil Constitutionnel) et préfère attendre sa légitimité de Paris ou de Washington. Il demande à une partie du monde de venir faire la guerre pour tuer une partie du peuple ivoirien. Il demande d'affamer les fonctionnaires ivoiriens en les privant de leur salaire. Il demande à la France d'organiser des commandos sous le couvert de la CEDEAO, et comme Houphouët, il n'a jamais expliqué ce qu'il compte offrir à la France en retour.

Aux apprentis sorciers de la théorie des guerres éclair, j'ai envie de dire : aucune élection, aucune personne ne mérite qu'il y ait une seule vie de perdue. Les hommes passent, les empires disparaissent. Mais les cicatrices d'une guerre ne finissent jamais. L'Irak peut-il nous servir de leçon ?

Trois exemples hors d'Afrique pour élucider mes propos :

  • Le 19 décembre 2010, on a voté en Biélorussie, le président sortant a proclamé qu'il a gagné avec 72% et a aussitôt mis en prison les dirigeants de l'opposition. Y-a-t-il un seul pays Européen qui a menacé ce pays d'utiliser la force pour déloger Alexander Loukachenko au pouvoir depuis 16 ans ? L'Union Européenne n'a prévu aucun plan militaire pour aller déloger le dictateur. La raison est simple : les 27 pays de l'Union Européenne ont à cœur la valeur de la vie de leurs frères et sœurs de la Biélorussie. C'est à chacun de soigner ses intérêts et les Européens considèrent la vie humaine en Biélorussie plus importante qu'un dictateur qui s'en ira tôt ou tard.
  • Le Secrétaire Général des Nations Unies M. Ban Ki-Moon et le Représentant de l'ONU en Côte d'Ivoire M. Y Choi sont tous les deux citoyens d'un pays divisé en deux, la Corée. Il y a un des deux présidents Kim Jong-Il qu'ils disent fou et un danger permanent pour sa propre population et pour ses voisins. Mais pour Kim, M. Y Choi et M. Ban Ki-Moon ont toujours justement prôné la retenue. A ceux qui veulent faire la guerre en Côte d'Ivoire, j'ai deux questions : En quoi la vie d'un Coréen serait-elle plus précieuse à préserver que celle d'un Ivoirien ? En quoi la mort des populations civiles en Côte d'Ivoire serait-elle moins grave qu'en Corée ? En quoi Laurent Gbagbo est-il plus dangereux pour ses voisins que le dirigeant Nord-Coréen M. Kim Jong-Il, au pouvoir hérité de son père depuis 17 ans et qui lui-même l'avait exercé pendant 46 ans jusqu'à sa mort et qu'il s'apprête à passer à son fils ?
  • En Birmanie (Myanmar) en 2000 un vainqueur des élections présidentielles a été privé de sa victoire, pire, privé de liberté pendant 10 ans. Mme Aung San Suu Kyi s'est contentée en silence d'un prix Nobel de la paix, sans jamais exiger une quelconque intervention de l'extérieur pour aller déloger les usurpateurs du pouvoir. La victoire de Mme Aung San Suu Kyi validée par la Cour Constitutionnelle Birmane est-elle moins importante que la défaite de M. Ouattara déclarée perdant par le Conseil Constitutionnel de son pays ?

M. Laurent Gbagbo entrera-t-il dans l'histoire comme un dirigeant médiocre, méchant, valeureux ou éclairé ? Nul ne pourra le dire. Ce que nous savons par contre, c'est qu'il est l'homme qui symbolise le mieux les frustrations des Européens et des Africains. La crise Ivoirienne s'est vite transformée en une crise raciale entre les Blancs et les Noirs, entre l'Afrique et l'Europe. Avec cette fois-ci un 3ème larron, la Chine en embuscade.

L'Angola, premier partenaire africain de la Chine sur le plan commercial et militaire, soutient indéfectiblement Laurent Gbagbo

Le jour précis (17/12/2010) où l'Union Européenne annonçait avoir à l'unanimité choisi le camp de Ouattara dans la crise ivoirienne, contre Laurent Gbagbo, la Chine nous annonçait être devenue le premier partenaire commercial du continent africain en publiant les chiffres de 10 mois d'échanges avec les pays Africains. Il en ressort une augmentation du volume d'affaires à 20 milliards de dollars avec l'Angola faisant de ce pays son premier partenaire africain sur le plan commercial, mais aussi militaire.

Et le hasard veut justement que l'Angola soit le pays qui soutient militairement les Forces de Défense et de Sécurité de Laurent Gbagbo en Côte d'Ivoire. Et c'est ce même jour que le général Chinois de division Jia Xiaoning, directeur adjoint du bureau des affaires étrangères au ministère chinois de la Défense était reçu en audience au Cameroun par le Président Biya.

Ont-ils parlé de la crise ivoirienne ? La Chine peut-elle aider financièrement l'Europe pour sortir de la crise économique et accepter qu'elle utilise cet argent pour la combattre en Afrique ? Ce qui est sûr, c'est que c'est un scénario que l'Europe n'avait pas prévu.

C'est aussi le prélude d'une longue saison tumultueuse entre l'Afrique et l'Europe qui peine à accepter l'inexorable autonomie effective de l'Afrique, 50 ans après la parodie d'indépendance. Les généraux de l'armée chinoise sont en train de défiler un peu partout en Afrique pour tisser des accords de partenariat militaire ; à Pékin, on ne cache plus que le vrai but est de neutraliser toutes les rebellions que l'Europe organisera sur le sol Africain pour les freiner et retarder cette autonomie. L'arrivée de la Chine sur la scène politique, économique et militaire africaine est en train de se transformer en cauchemar pour l'Europe qui en perd toute sa lucidité.

L'Union Africaine doit reprendre la main en Côte d'Ivoire pour que le gouvernement invisible de l'Europe n'entrave, ne déstabilise et n'enlève pas à l'Afrique une des pièces maîtresses du puzzle (la Côte d'Ivoire). Si aujourd'hui la Côte d'Ivoire est sacrifiée pour offrir à l'Europe une consolation de répit dans sa guerre commerciale et industrielle perdue d'avance avec la Chine (comme le diktat chinois sur les terres rares), demain à qui le tour ?

La crise ivoirienne aura pour le moins, le mérite de nous donner plusieurs enseignements :

  • L'ONU est une boîte vide qui nécessite une complète refonte. Cette organisation est en train de se transformer en instrument de déstabilisation des nations et l'initiatrice des guerres civiles plutôt que d'être un instrument de pacification des peuples comme elle a été originellement conçue.
  • L'entraînement pour la première guerre mondiale du 21ème siècle entre l'Occident (Europe/USA) et la Chine se fera très probablement sur le sol africain. Le déclin des premiers ne les prive pas de l'instinct d'arrogance habituelle pour continuer d'humilier la seconde en lui intimant ce qu'elle doit faire en Afrique, sur la dévaluation du Yuan. Le ridicule ne tue pas. Ce sont les pays qui se sont de trompés de politique et sont responsables d'une crise financière mondiale, qui prétendent donner des leçons à la Chine qui elle a été vertueuse dans sa gestion. Il y a une ligne rouge que tôt ou tard l'Occident va traverser et ce jour là, cela va faire: boum ! Et c'est pour ce boum que l'Afrique sert aujourd'hui à l'un et à l'autre de terrain d'entraînement.

Gbagbo, enjeu du contrôle de l'Eldorado pétrolier du Golfe de Guinée

«Derrière le maintien ou non de Gbagbo au pouvoir se joue le contrôle du Golfe de Guinée, cet Eldorado pétrolier que Français ou Américains, en perte de vitesse dans le monde arabe, et unis pour cette fois, ne souhaitent pas voir passer en d'autres mains. A leurs yeux, Alassane Ouattara, ami personnel de Sarkozy, ancien directeur du FMI et gestionnaire libéral, représente un interlocuteur beaucoup plus crédible que Gbagbo le nationaliste». Colette Braeckman, journaliste au quotidien belge Le Soir, elle collabore aussi au "Monde Diplomatique".



Source: IVOIREVOX.COM

mercredi, 19 janvier 2011

CRISE IVOIRIENNE POST-ELECTORALE: DES FACTURES EMBARRASSANTES POUR L'UNION EUROPEENNE



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Incroyable ! Les preuves que la rébellion ivoirienne ou les «forces pro-Ouattara» ont régenté les élections dans plusieurs localités du nord de la Côte d'Ivoire. En effet, l'«Union Européenne» avait fait évacuer 17 de ses observateurs internationaux en danger, suite aux violences des «Forces Nouvelles (FN)», lors du scrutin présidentiel 2010 de Côte d'Ivoire dans les localités nord du pays...  Et c'est cette même «Union Européenne» qui reconnaît le bon déroulement de l'élection présidentielle, pourtant contrôlée dans le nord, par les rebelles. Evènement avec l'«Affaire» du couple Lafont, bouc-émissaire de l'«UE», parue sur «France-Soir».

 

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Alors que l'« UE » accuse aujourd'hui Frédéric Lafont, elle (l'UE) utilisait ses services il y a un mois et demi dans le nord de la Côte d'Ivoire.


Le couple Lafont, figurant sur la liste de 59 proches de Laurent Gbagbo visés par des sanctions de l'« Union Européenne », nie les faits qu'on lui reproche. « France-Soir » publie en exclusivité des documents liés à l'affaire.

L'« Union Européenne » accuse Frédéric Lafont, un entrepreneur clé en Afrique de l'Ouest de 41 ans, d'avoir transporté des armes avec sa compagnie aérienne « Sophia Airlines ». L'homme nie les faits et contre-attaque.

Frédéric Lafont nous a affirmé mardi soir s'être porté au secours de 17 observateurs internationaux de l'« Union Européenne » dans le Nord et dans l'Ouest, en plein fief d'Alassane Ouatarra, les 28 et 29 novembre 2010 à la demande de l'instance européenne. « France-Soir » détient en exclusivité les factures et les manifestes passagers et publie un des documents qui prouve la véracité des propos de Frédéric Lafont. Le document publié a pour destinataire « Union Européenne MOE-UE Côte d'Ivoire ».

Le responsable sécurité de l'« Union Européenne » sur place a affreté un « Beech 1900-D » le 28 novembre 2010 pour évacuer les observateurs présents à Khorogo qui étaient « en mauvaise posture » selon l'ex-légionnaire. « Même mes pilotes ont eu peur sur place », explique Frédéric Lafont. Le lendemain, le 29 novembre 2010, « Sophia Airlines » est allé recherché d'autres observateurs « du côte de Man » à l'Ouest du pays.


«C'était très chaud pour la sécurité des observateurs internationaux européens»

Les observateurs qui auraient craint pour leur sécurité « ont demandé de quitter au plus vite le pays vers le Ghana. Mais je ne sais pas si ils sont passés par nous ou par les vols réguliers. Je ne me souviens pas ». Frédéric Lafont raconte que deux observateurs se sont confiés à lui à l'arrivée de l'avion à Abidjan lors de leur retour de Khorogo : « Ils expliquaient que c'était très chaud pour leur sécurité et qu'ils ont constaté des fraudes au Nord ». « Je les ai vachement aidé. Je sais des choses. Est-ce que c'est pour ça que je me fais allumer ? », s'interroge l'entrepreneur.

Mercredi 05 janvier 2011 au matin, Christine Fages, porte-parole adjointe du ministère français des Affaires étrangères, réagissant à nos informations, a précisé lors d'un point-presse au « Quai d'Orsay », que figurent sur la liste des proscrits « les personnes dont l'+ Union européenne + estime qu'elles font obstruction au processus de paix et de réconciliation nationale et en particulier menacent le bon aboutissement du processus électoral. Cela peut être le cas de ressortissants ivoiriens comme européens ou autres ».

« Si cette liste, qui concerne uniquement les restrictions de visas, n'a pas pour effet d'obliger la France à refuser l'entrée à ses propres ressortissants, le champ des sanctions européennes devrait être prochainement élargi à d'autres mesures pouvant les affecter », a-t-elle ajouté. Sous-entendant un éventuel gel des avoirs...


Source: NERRATI.NET

L'OPTION DE LA GUERRE CONTRE LE REGIME GBAGBO AURA-T-ELLE ETE FINALEMENT CONTRE-PERFORMANTE?


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En bonus: Pour voir la réponse au nouvel appel à la grève générale de l'ancien premier ministre Ouattara, cliquez sur : http://saoti.over-blog.com/



Quand on examine rétrospectivement les choses, on a des raisons de se demander si la «communauté internationale», emmenée par Sarkozy et Obama, a eu raison d'appuyer à mort sur le champignon de la guerre contre la Côte d'Ivoire pour débarquer Laurent Gbagbo.

En effet, plus d'un mois après cette saillie, on en est toujours au point de départ : Laurent Gbagbo, «
pas moyen bouger» ! Pire, son autre Dieu, c'est-à-dire le temps, a fini par émousser un peu les ardeurs des va-t-en-guerre en laissant émerger certaines données qui confortent la position du président élu Gbagbo. Ce dernier vaque à ses obligations de chef de l'Etat sans tambours ni trompettes. On vient d'annoncer un budget de près de 3.000 milliards de FCFA (2.907 milliards de FCFA précisément), donc  plus élevé que l'an passé et d'affirmer que les salaires seront payés rubis sur l'ongle tout comme une partie de la dette intérieure du pays. Qui dit mieux ?

Si on fait le point, de deux choses l'une.


D'abord, la  France et les USA ont pu agiter la menace de la guerre rien que pour faire peur à Laurent Gbagbo afin qu'il décampe de son pays. Si telle était l'intention, il faut reconnaître qu'il y a eu méprise sur l'homme. Le temps passé par ce dernier dans l'opposition, comme depuis 2000 où il a accédé au pouvoir, montrant sa capacité de résistance à la coalition internationale liguée contre lui, n'aura pas suffi à convaincre qu'on avait affaire à un être exceptionnel dont les convictions ne pouvaient être ébranlées ni par les menaces ni par l'usage de la force. On a donc fait chou blanc car ni ces jurements de l'écarter par la force, ni les offres financières pour qu'il accepte un exil doré, n'auront eu pour effet de le faire bouger d'un iota de ses positions.


Ensuite, peut-être que cette menace a été brandie parce qu'on entendait effectivement convaincre les Etats africains d'aller vite fait-bien fait, corriger cette forte tête et l'extraire du pays pour l'envoyer moisir dans une cellule de La Haye. Mais là aussi, on se retrouve le bec dans l'eau  puisque malgré les harangues de la CEDEAO et de bien d'autres,  et en dépit de  l'appel à la curée, on n'a pas vu un commencement de mise en route de l'expédition punitive contre l'homme de Mama.


Dans  un cas comme dans l'autre, c'est l'échec au jour d'aujourd'hui, de cette option de la guerre, ce qui explique que Ouattara Alassane semble de plus en plus désarçonné. Après avoir compris que le choix de la guerre ne pouvait pas prospérer, il avait tendu la main pour que les médias s'en saisissent mais le naturel reprenant ses droits, il  vient à nouveau de lancer le Djihad le 14 janvier, contre le président légal et légitime du pays d'Houphouët.  Mais manifestement, pendant que quelques-uns continuent à agiter des épouvantails, l'opinion africaine réalise qu'on a voulu amener les Etats africains à commettre un fratricide et se rétractent de plus en plus de la solution par la guerre. Du coup, ceux qui n'ont de cesse d'en appeler à la négociation, à l'arbre à palabres, gagnent en crédit à la plus grande satisfaction de Laurent Gbagbo qui n'a pas arrêté, depuis le déclenchement de cette énième crise, de convier ses «
frères ennemis» à s'asseoir autour d'une table pour discuter.  Non pas tant pour partager le butin, quoi qu'il ne soit pas contre l'ouverture, mais surtout pour procéder aux vérifications, au recomptage des voix afin que celui qui a véritablement gagné soit déclaré aux yeux de tous vainqueur et que le perdant reconnaisse sa défaite dans les mêmes conditions.

Voilà,  au train où vont les choses, une affaire qui risque de tourner à la pantalonnade pour ceux qui l'ont montée en neige, c'est-à-dire la « communauté internationale », la France, les USA en tête et quelques pays africains qui ont mordu à l'hameçon. Au point où nous  sommes rendus, la question se pose de savoir qu'est-ce qu'il faut faire pour sortir de cette sale panade.


Alors qu'Obama doit se couper les cheveux en quatre, se demandant qui l'a poussé à embrayer aussi vite sur la position anti-Gbagbo, peut-être Susan Rice (ambassadrice américaine auprès des Nations-Unis -et ex lobbyiste de Ouattara à ce qu'on dit et lit-), Sarkozy, lui, doit se dire qu'il a encore «
merdé» !

Ce n'est pas en effet joli-joli, surtout que les évènements en Tunisie viennent encore plus éclairer cette politique de «
deux poids, deux mesures» des grandes démocraties à l'égard des pays africains. Et comble de déveine, voilà que la Russie et la Chine, qui jusque-là s'étaient montrées plutôt discrètes, embrayent sur le registre du refus de valider l'ingérence extérieure dans les affaires des pays souverains et disent Niet à l'envoi de 2.000 Casques bleus supplémentaires en Côte d'Ivoire et à des sanctions supplémentaires contre le régime Gbagbo.

C'est la quadrature du cercle !


Mais pour s'en sortir, il y a la bonne vieille formule du bouc émissaire chère à Machiavel. On n'en serait pas là si Ban ki-moon n'avait pas commis la gaffe monumentale d'envoyer son «frangin» Choi foutre  cette sainte pagaille en RCI, n'est-ce pas ! Alors, le mal vient de ces deux-là, et principalement du dernier. Cette conviction, la politologue Ivoiro-camerounaise Evelyne Adhéspeau,  l'a exprimée en ces termes dans L'Intelligent d'Abidjan du 11 01 2011
«c'est par la reconnaissance empressée par Mr Choi de l'élection de Ouattara que tout ce désordre est arrivé. Pourquoi n'a-t-il pas attendu comme au premier tour la fin du processus c'est-à-dire la validation par le Conseil constitutionnel des élections du second tour. C'est vraiment là, la question. C'est un peu comme les enfants qui jouent aux cartes et celui qui s'aperçoit qu'il est en train de perdre mélange tout. N'eut été les morts que cela engendre cela prêterait à sourire. Et on attend toujours qu'il vienne nous enrichir de sa science et nous expliquer quelle est sa méthode de comptage». Voilà tout simplement exprimée la cause de tout ce bataclan qui fait dire au président angolais Eduardo Dos Santos qu' «il ya un président constitutionnel, qui est l'actuel président de la République, Laurent Gbagbo, qui doit être maintenu jusqu'à la réalisation de nouvelles élections, comme l'établit la loi électorale de ce pays».
Et ce pays demande bien sûr qu'avant de reprendre éventuellement tout scrutin, les conditions en soient réunies ; désarmement, réunification du pays...
Alors, pour garder l'honneur sauf à la communauté internationale, à la France et aux USA, Diable, pourquoi ne pas sacrifier ces deux bougres et circuler ?

Par Victory Toussaint, in San Finna n° 599 (Burkina Faso), le 17 janvier 2011


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vendredi, 14 janvier 2011

LAURENT GBAGBO SUR CBN NEWS: «JE PROPOSE QU'ON RECHERCHE LA VERITE, OUATTARA REFUSE»

 

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Après ses interviews avec Al Jazeera, Le Figaro, Associated Press, le président élu de Côte d'Ivoire, SEM Laurent GBAGBO, vient de s'entretenir avec la chaîne de télévision communautaire américaine CBN News qui a dépêché à Abidjan son grand reporter international Gary Lane. Entretien.



Gary Lane (CBN News) : Nous sommes ici parce que nous sommes très préoccupés par la situation qui prévaut dans votre pays, vous êtes confronté à beaucoup de défis ces dernier temps, vous venez de rencontrer pour la deuxième fois la CEDEAO avec un représentant de l'UA, comment avez-vous ressenti ces réunions, qu'est-ce que vous en pensez ?

SEM Laurent GBAGBO (président élu de Côte d'Ivoire): Je suis très heureux, c'est fraternel de parler à ces chaînes-là. J'ai reçu une première délégation de la CEDEAO et la deuxième fois, une délégation de la CEDEAO plus un représentant de l'Union Africaine. On a parlé de la situation. Je leur ai expliqué que mon adversaire n'a pas gagné les élections et que c'est moi qui ai gagné. Et que j'ai des éléments pour montrer que c'est moi qui ai gagné effectivement les élections, la preuve, je propose qu'on aille à la vérité, à la recherche de la vérité. Pour dire que je souhaite la voie de la négociation avec mon adversaire. On m'a proposé de mettre en place une commission en partie composée de mes partisans et ceux de Ouattara afin que les discussions démarrent, j'ai accepté. Quand ils sont allés faire la même proposition à Ouattara, il a refusé. La discussion devait porter sur différents sujets de négociation. Mais mon adversaire voulait que je reconnaisse qu'il a gagné. Alors je leur ai dit que la demande de négociation ne vient pas de moi. Ma proposition est qu'on recherche la vérité. Mais si je reconnais qu'il a gagné, il n'y a plus de négociation. Si lui aussi reconnait que c'est moi qui ai gagné, il n'y a plus de négociation. C'est parce que je conteste sa victoire et que lui conteste la mienne, que nous sommes disposés à la négociation. Dans tous les cas, moi j'attends d'autres propositions car mon adversaire a refusé les négociations.

G. L. : Savez-vous quand ils vont revenir ? Vont-ils tenir une autre réunion avec Ouattara ?

L. G. : Je ne sais pas, ils m'on dit qu'ils me feraient signe quand ils viendraient.

G. L. : La situation de blocage continue donc...

L. G. : Oui, la situation reste bloquée. Cette élection est unique en son genre, parce que dans le monde il y a quelque fois des fraudes, mais c'est généralement ceux qui sont au pouvoir, le président, qui fraudent. Mais ici, c'est celui qui n'est pas président qui fraude. Pourquoi ? Parce qu'il y a eu la rébellion en 2002. L'essence de la rébellion, c'est d'abord la négation de la voix du peuple. Quand la rébellion a occupé une partie du pays, et que j'ai demandé qu'elle soit désarmée, elle n'a pas voulu le faire. Et cette rébellion est appuyée en cela par certaines puissances. Mon adversaire qui est le père de la rébellion s'est appuyé sur les armes de celle-ci. Le jour du vote, les éléments de la rébellion sont entrés dans les bureaux de vote avec des armes, ils ont même violé une femme.

G. L. : Je l'ai rencontrée.

L. G. : Elle a été violée, des gens ont été blessés, mes représentants ont été chassés des bureaux de vote. Les fiches des bureaux de vote et les procès verbaux ont été refaits. Alors on a, par exemple, dans le Nord 2.200 bureaux de vote où le nombre de votants est supérieur à celui des inscrits.
Toujours dans le Nord, il y a plus de 500 bureaux de vote où j'ai zéro voix. Alors que j'ai deux représentants par bureau de vote. Ce qui veut dire que même mes représentants n'ont pas voté pour moi. Ils ont fraudé de façon grossière et moi, ce que je veux, c'est qu'on recherche la vérité, qu'on aille au fond des questions. Mais comme la délégation de la CEDEAO a commencé une négociation, j'attends.

G. L. : Monsieur le président, pourquoi les rebelles n'ont pas respecté leur engagement ?

L. G. : C'est à cause de ce qu'on appelle la communauté internationale dont on parle aujourd'hui. La France, les Etats Unis, l'Angleterre, tous ceux là me mettaient la pression pour qu'on aille au vote ; malgré le fait que le désarmement n'a pas été fait. J'ai résisté, mais quand vous êtes le président d'un petit pays, vous ne pouvez pas résister plus longtemps. Donc tous ceux-là m'ont mis la pression pour qu'on aille aux élections malgré la présence des armes. Aujourd'hui, il faut qu'ils acceptent de prendre leurs responsabilités vis-à-vis de ce qui arrive. On ne peut pas aller aux élections avec des rebelles qui vous pointent le fusil sur la tempe. C'est tout cela qu'on appelle la communauté internationale qui nous oblige à aller aux élections.

G. L. : Avez-vous discuté avec les représentants de la CEDEAO d'un certain fonds à la Banque Centrale qui ne serait pas à la disposition de votre gouvernement ?

L. G. : Non, ils ne sont pas concernés par cela, la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest concerne les Etats. Il y a la Côte d'Ivoire, le Burkina Faso, le Niger, le Mali, la Guinée- Bissau, le Bénin, le Togo et le Sénégal. Cela concerne un autre groupe de pays qui n'étaient pas là. Bien sûr qu'il y a certains pays de la CEDEAO qui étaient là, mais il y a l'Union Africaine qui n'est pas concernée.

G. L. : Vous ne leur avez donc pas parlé de la question ?

L. G. : Non.

G. L. : Est-ce que c'est un sujet qui vous préoccupe ?

L. G. : Elle me préoccupe et j'en ai parlé à trois reprises. Notamment, avec le président de l'UEMOA qui est celui du Mali. J'ai appelé le gouverneur de la Banque Centrale, nous en avions discuté parce que la CEDEAO n'a pas de monnaie, donc elle n'a pas de banque centrale, tout comme l'Union Africaine. Cette Banque Centrale là est constituée de huit Etats dont le président en exercice est Monsieur Touré du Mali, nous sommes en contact, nous en parlons.

G. L. : Les pouvoirs ont été transférés à Ouattara, quelles en sont les conséquences sur votre pays ?

L. G. : Cela fait du tort parce que c'est nous qui gérons le pays. J'ai dit au président du Mali qui est notre président en exercice, de faire attention et de rétablir rapidement la situation afin que les opérations courantes puissent être faites. Mais nous n'avons pas terminé la discussion à ce propos. Donc, je vais le rappeler après cette interview.

G. L. : Mais cela va poser des problèmes, vu que les fonctionnaires...

L. G. : C'est leur objectif, ils veulent qu'on ait des difficultés avec le peuple, que celui-ci se révolte contre nous. Or la Côte d'Ivoire a toujours payé les fonctionnaires. Durant les huit années de crise, pas une seule fois les fonctionnaires n'ont manqué de salaire. Nous arrivons toujours à remplir nos obligations vis-à-vis de nos employés. C'est pour cela qu'ils veulent nous embêter, mais nous allons trouver une solution.

G. L. : Mais, il y a aussi la question des ambassadeurs...

L. G. : Oui, c'est tout cela qu'on appelle la communauté internationale. Moi, je pense qu'on devait rechercher la vérité pour savoir qui a gagné les élections. Je souhaite que les gens ne fassent pas du brigandage politique. Ce que je veux dire, c'est que c'est nous qui gérons le pays. Essayer de donner la signature à la Banque Centrale à un autre, cela n'a aucun sens, tout comme faire nommer des ambassadeurs par quelqu'un qui n'est pas élu et qui bénéficie du soutien de quelques Etats. Mais nous sommes en crise et ces faits en sont les manifestations. Nous allons régler cela.

G. L. : Cela ressemble à un coup d'Etat politique de la France suivie des Etats Unis. Quels sont vos sentiments ?

L. G. : J'ai déjà dit que c'était un coup d'Etat, un coup d'Etat électoral et on ne peut pas accepter cela. Nous avons des règles précises et vous Américains savez que la Constitution est sacrée. Chez vous la Constitution est très sacrée. Quand les élections sont organisées, la commission électorale indépendante proclame les résultats provisoires qui doivent refléter la volonté du peuple. Mais une fois que les résultats provisoires ont été donnés, le Conseil constitutionnel qui est l'instance supérieure en Côte d'Ivoire regarde les résultats et proclame les résultats définitifs. On n'a pas eu de résultats provisoires et le Conseil constitutionnel donne les résultats définitifs. Et au lieu de suivre ces résultats, la France, l'ambassadeur de la France et l'ambassadeur des Etats-Unis s'en vont chercher le président de la Commission électorale indépendante et l'amènent au Golf Hôtel où se trouve le quartier général de campagne de mon adversaire. Et là-bas, il donne un résultat à la presse étrangère et non pas à la presse nationale. Et donc tout cela est un coup d'Etat électoral et nous n'accepterons pas cela.

G. L. : Il a donc été conduit là-bas par l'ambassadeur des Etats-Unis et de la France ?

L. G. : Oui, par l'ambassadeur des Etats-Unis et de la France. Normalement, l'ONU devrait poser des questions à ces gouvernements. Mais comme l'ONU elle-même est impliquée dans ces complots par l'intermédiaire de ses représentants sur place, ce n'est pas elle qui va poser les questions à ces deux diplomates. Vous avez travaillé avec deux personnes, deux victimes qui ont reçu des balles du bataillon des Nations Unies qui est censé être une armée de paix.

G.L : Bien que le mandat soit expiré, ils ont prolongé cela de six semaines.

L. G. : Oh ! Non. Non, pas du tout. Nous sommes Africains mais vous qui êtes Américain et qui êtes dans un pays où les droits des individus sont reconnus, je souhaite que vous témoigniez. Nous tous, nous cotisons pour les Nations Unies et quand il y a un problème dans un pays et qu'on nous amène une force des Nations Unies, c'est pour nous aider à maintenir la paix. Or dans notre pays, il y a de cela quelques années, les forces des Nations Unies ont déjà tué cinq personnes dans une ville de l'ouest de la Côte d'Ivoire qu'on appelle Guiglo. Et ces deux jours-ci, vous-même avez vu les civils qui ont été blessés par les forces de l'ONU. Je ne peux pas être d'accord avec cela, je ne peux pas du tout être d'accord. Je souhaite que les forces des Nations Unies partent et que les forces françaises qui les soutiennent partent. Je pense que les Africains doivent eux-mêmes s'arranger pour régler leurs propres affaires. Voila mon point de vue.

G. L. : Ces jours-ci on a vu que les Etats-Unis ont été impliqué dans les fraudes en Afghanistan et même le responsable des Nations Unies a été renvoyé de son poste et peut-être que là-bas ils vont encore recompter les voix. Comment voyez-vous cette situation de deux poids deux mesures, en Afghanistan, ils acceptent qu'on fasse des investigations et qu'on recompte des voix alors qu'en Côte d'Ivoire, ils adoptent une autre attitude ?

L. G. : Mais, parce qu'ils n'ont pas les mêmes intérêts. En Afghanistan, les Etats-Unis recherchent les cerveaux d'Al-Qaïda et cela prime sur tout. Donc leur objectif, c'est que quelle que soit la manière dont leur gouvernement a été élu, ce n'est pas leur problème, ils travaillent avec lui pour rechercher les responsables d'Al-Qaïda. Mais ici, on n'a pas ce problème. Donc on traite nos problèmes avec nonchalance, avec légèreté et avec injustice. Parce qu'ils estiment que nous ne sommes pas une plaque stratégique, c'est pourquoi ils peuvent être injustes avec nous. Mais nous crieront tant que nous auront la force, pour dire qu'il faut qu'on respecte la voix de notre peuple, qu'on respecte la démocratie. Moi, j'ai passé plus de la moitié de ma vie à lutter pour la démocratie. Aujourd'hui, si des élections démocratiques peuvent se tenir ici, c'est à cause des combats que nous avons menés. Voir des gens soutenus par l'occident, venir et pratiquer la fraude, c'est malheureux. Comme c'est malheureux ! Alors, je leur demande de se ressaisir, la France, les Etats-Unis, tout ceux-là, qu'ils se ressaisissent parce que nous ne laisserons pas piétiner notre Constitution.

G. L. : Chez-vous, vous prêtez serment sur la Constitution...

L. G. : Bien sûr, et j'ai prêté serment en 2000 et en 2010 sur la Constitution et devant le Conseil constitutionnel.

G. L. : Est-ce que Hilary Clinton et le président Obama vous ont contacté pour savoir ce qui se passait, vous-ont-ils appelé ?

L. G. : J'ai reçu quelques lettres. Mais je ne voudrais pas tellement parler des contacts personnels.

G. L. : Mais à part les courriers, vous avez eu des contacts ?

L. G. : Oui, on a quelques contacts, ils ne sont pas toujours agréables mais on a des contacts.

G. L. : Mais est-ce que vous pourriez refaire ces élections parce que j'ai rencontré le Conseil constitutionnel, hier (vendredi 7 janvier 2011, NDLR) qui m'a dit que ce serait anticonstitutionnel d'envisager la reprise car vous avez prêté serment et il vous a déclaré vainqueur ?

L. G. : Vous savez, moi, je respecte la loi de mon pays. Depuis que je suis président, je n'ai jamais posé un acte illégal. Je crois que c'est comme cela qu'un citoyen doit se comporter. Et en plus, si ce citoyen se trouve être le chef de l'Etat, il doit s'efforcer de travailler selon la loi. La Constitution, c'est la Bible d'un pays. De la même manière qu'un chrétien respecte les prescriptions de la Bible, de la même manière un citoyen doit respecter les prescriptions constitutionnelles. Moi, je respecte la Constitution de mon pays.

G. L. : Et évidemment là-bas, vous êtes un modèle dans ce sens ?

L. G. : Je respecte la Constitution de mon pays.

G. L. : Vous avez parlé d'une commission internationale qui pourrait exposer la vérité. Pensez-vous que cette commission pourrait voir le jour ?

L. G. : Je n'en sais rien, parce que le problème ne se pose pas tellement à l'intérieur de la Côte d'Ivoire. Le problème peut se poser avec l'extérieur parce que les soutiens de mon adversaire sont surtout des soutiens extérieurs. C'est à ceux de l'extérieur que je demande, pour découvrir la vérité, de venir et de recompter les bulletins de vote et de revérifier les procès-verbaux des bureaux de vote. Comme cela, ils vont découvrir, eux-mêmes, que dans plus de deux mille deux-cent (2.200) bureaux de vote, le nombre des votants est supérieur au nombre des inscrits. Je crois qu'à partir de là, ils vont comprendre beaucoup de choses. Les rebelles armés ont donné environ cinq cents mille (500.000) voix de plus à mon adversaire.

G. L. : Et le Conseil constitutionnel a annulé ces voix ?

L. G. : Alors, bien entendu, ce sont ces voix-là que le Conseil constitutionnel a annulées parce que ce sont des voix sans fondement qui n'émanaient pas du peuple.

G. L. : Les Nations Unies disent que vous les empêchez d'enquêter, de rechercher des charniers qui existeraient. Il y a des rapports qui disent que certaines personnes qui vous soutiennent commettent des crimes, vont attaquer des gens. Quelle est votre analyse sur la situation ?

L. G. : Je pense que les Nations Unies qui ont ici leurs troupes devraient faire preuve de sagesse. Jusqu'à présent, on les appelait les Forces impartiales, donc on les respectait. Mais avec ces élections, elles se sont montrées des forces partiales, des forces partisanes engagées aux côtés de mon adversaire. Donc, on ne veut plus d'eux. Et il ne faut pas qu'ils essayent de détourner la question. La question est électorale. Nous disons que les forces des Nations Unies présentes en Côte d'Ivoire, ont pris fait et cause pour Monsieur Ouattara contre Monsieur Gbagbo. C'est pourquoi, on n'en veut pas. Et donc, malgré le fait que je donne des consignes de calme au peuple, de temps en temps quand ils veulent abuser, les gens leur barrent les chemins. Mais, ils devraient être sages ; quand dans un pays, on dit qu'on ne veut pas de vous, il faut rester sage, il faut rester tranquille jusqu'à ce que l'ordre de votre départ du pays vienne. Voilà ce que je voudrais dire.

G. L. : Certains disent que ces informations sur les charniers, les massacres sont manipulées, ne sont pas vraies et que c'est encore un moyen de vous discréditer...

L. G. : C'est un moyen pour me discréditer. C'est l'hôpital qui se moque de la charité. Mais la violence a été introduite dans la politique ivoirienne depuis que Monsieur Ouattara fait la politique. En 1993, au moment où le président Houphouët est décédé, il a essayé de s'emparer du pouvoir de façon illégale et depuis, il y a des faits de violence. Quand nous disons que nous ne voulons pas des forces de l'ONU, c'est pour cela. Parce qu'elles soutiennent mon adversaire. Allez regarder comment il vit à l'Hôtel du Golf, où il est réfugié. Il est refugié avec ses hommes, ce n'est pas nous qui l'avons poussé à s'y refugier. C'est lui qui y est allé tout seul.

G. L. : Mais qui le garde ?

L. G. : Ce sont les forces de l'ONU. Ce sont elles qui surveillent Monsieur Ouattara. Alors, ils allèguent que s'ils ne sont pas là, on va attenter à la vie de Monsieur Ouattara. Mais Monsieur Ouattara et nous, nous vivons ensemble, ici, depuis toujours. Est-ce que nous avons déjà tenté de l'assassiner ? C'est moi-même qui ai fait qu'aujourd'hui Monsieur Ouattara est candidat. C'est moi qui ai pris des décisions pour contourner certaines décisions constitutionnelles qui, par le passé, l'en ont empêché, pour que Ouattara soit candidat. Il ne faut pas que les Nations Unies se mettent dans des jeux partisans, dans des jeux politiciens, il ne faut pas cela. Il faut qu'ils partent ou bien s'ils sont là qu'ils restent tranquilles.

G. L. : Les gens disent que vous empêchez Monsieur Ouattara de sortir de l'Hôtel du Golf

L. G. : Mais c'est pas nous qui l'y avons emmené, et sa maison est même à cent mètres de l'Hôtel du Golf. Donc même s'il va chez lui, on ne saura pas qu'il a quitté l'Hôtel. Il peut même aller à pied en longeant la lagune, s'il veut. Il habite si près de l'Hôtel du Golf, il peut y aller quand il veut. Alors, qu'il arrête de raconter n'importe quoi aux étrangers qui viennent ici. Nous avons pris des décisions de sécurisation parce que l'Hôtel du Golf est le lieu où sont logés les rebelles depuis 2003. Puis Ouattara y est allé avec ses partisans. Jusqu'au mercredi 15 décembre, on n'avait pris aucune disposition quand nous avons vu qu'ils étaient surarmés à l'intérieur de l'Hôtel du Golf, avec plus de 300 personnes armées.
Il faut que vous sachiez que l'Hôtel du Golf est à cinq minutes de la Résidence du chef de l'Etat, sur l'eau, en pirogue, cinq minutes pour atteindre l'ambassade de France, et sept minutes pour aller à l'ambassade d'Allemagne. Il faut que vous sachiez que la résidence de l'ambassadeur des USA est toute proche de l'Hôtel du Golf, l'ambassade de Russie aussi est toute proche et puis c'est un quartier habité. Il faut que vous sachiez que la résidence de Madame Félix Houphouët-Boigny, la veuve du premier Président de Côte d'Ivoire, est à peu près à deux minutes de l'Hôtel du Golf.
Quand nous avons su qu'il y avait plus de 300 rebelles armés à l'Hôtel du Golf, nous avons pris des dispositions sécuritaires pour les empêcher de nuire. Ce n'est rien d'autre. On ne peut pas faire un assaut pour les déloger parce que les gens ne vont pas comprendre. Donc, on les empêche de nuire et on filtre les entrées pour que d'autres armes n'aillent pas grossir le lot des armes qui y sont déjà.

G. L. : Ouattara dit que s'il quitte le Golf Hôtel, il sera assassiné. Vous aussi vous avez des raisons de penser la même chose ?

L. G. : Ils sont là, ils sont 300 soldats à l'Hôtel du Golf. Alassane, il est ici, il est avec nous depuis longtemps, est-ce qu'une seule fois on a tenté de l'assassiner ? Je vous dis une chose : à travers votre télévision, je demande à tous ceux qui sont à l'Hôtel du Golf de renter chez eux, il faut qu'ils aillent à la maison pour que la Côte d'Ivoire retrouve une vie normale. Mais ils aiment être à l'Hôtel du Golf pour jouer à la victime, pour faire comme si nous les avons confinés à l'Hôtel du Golf, or, ce sont eux qui y sont allés, librement. Nous savons que Ouattara va chez lui à la maison tous les soirs. Il habite à un pas de chez lui. Il faut qu'ils rentrent chez eux pour que l'Hôtel du Golf redevienne un hôtel normal.

G. L. : Pourquoi est-ce que la France et les USA soutiennent-ils Monsieur Alassane Ouattara ?

L. G. : Je sais qu'il y a longtemps qu'ils souhaitent que Monsieur Ouattara soit président. Je ne sais pas pourquoi mais je sais qu'ils veulent que Ouattara soit président. Je ne sais pas quel deal il y a entre Ouattara et eux, je ne suis pas dans leur secret mais je sais qu'il y a longtemps, ils sont avec Ouattara.
Mais le pouvoir, c'est Dieu qui le donne. Dieu passe par le peuple pour donner le pouvoir. Ce n'est pas ma faute, c'est le peuple qui m'a choisi. S'il veut être président qu'il attende un autre moment. Il y a des gens en Occident qui veulent mettre Ouattara au pouvoir mais le peuple n'est pas d'accord et cela, ce n'est pas la démocratie. Rester à Paris et décider qu'un tel doit être président, ce n'est pas de la démocratie.

G. L. : Votre ministre de la jeunesse, Monsieur Charles Blé Goudé, que nous avons interviewé, a dit que la France et les USA cherchent le pétrole, le cacao et cherchent un président qu'ils vont mettre à la tête de ce pays pour le manipuler et pour la société Total qui a une grande part dans la gestion du pétrole en Côte d'Ivoire.

L. G. : Chacun fait ses analyses. Le Gouvernement français actuel et certains Américains veulent que Ouattara soit président. Et c'est un fait visible. Je respecte l'avis de Blé Goudé mais je n'ai pas assez d'éléments pour avancer sur ce point de vue. Mais il faut qu'ils comprennent qu'il y a Dieu et le peuple qui choisissent un chef d'Etat.

G. L. : Je sais que cette situation est vraiment difficile pour vous mais vous donnez l'impression d'être calme. Vous êtes préoccupé, certes, mais vous n'avez pas peur. D'où est-ce que vous sortez cette force pour rester comme vous êtes ?

L. G. : (Rires) Vous savez, il y a longtemps que je fais de la politique donc j'ai traversé des moments difficiles. Ce n'est pas la première difficulté que je rencontre, j'espère que celle-ci sera la dernière. Je suis serein parce que je suis dans la vérité. Je souhaite que tous ceux qui veulent être dans la vérité viennent pour qu'on recompte les bulletins de vote et qu'on réexamine les procès-verbaux de tous les bureaux de vote. Quand je propose cela, c'est pour la vérité, je suis dans la vérité, c'est pourquoi je suis serein. Le Dieu que je prie, n'est pas un Dieu d'injustice. Je le prie toujours, je lui demande de me donner la force pour que je dirige le peuple qu'il m'a confié, et tout le reste c'est pour lui.

G. L. : Il y a beaucoup de chrétiens qui prient pour vous, Monsieur le Président, et pour votre pays. Moi aussi, je prie pour la Côte d'Ivoire. Merci de nous avoir accordé un peu de votre temps car nous savons que vous êtes très occupé, merci et bon courage !

L. G. : Je remercie tous les chrétiens qui prient pour nous, je leur demande de continuer de prier parce que notre assurance est dans le seigneur. Nous demandons à tous ceux qui contestent ces élections de venir pour que nous recomptions les voix. Je remercie tout le monde.



Interview réalisée par Gary Lane, Grand Reporter International de CBN News

(Abidjan, le vendredi 7 janvier 2011)