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dimanche, 03 mars 2013

CPI: INNOCENCE DE GBAGBO ET CULPABILITE DE SARKOZY, OUATTARA ET CONSORTS

 

SARKOZY ET OUATTARA.jpg

 
La CPI accuse Gbagbo, Chef d’Etat en exercice avant l’apothéose du plus long coup d’état de la France, orchestré par Sarkozy et sa bande de rebelles, d’être coupable de crimes contre l’humanité. Ces crimes, selon la CPI, auraient été commis lors des quatre événements que sont: 

-attaque par les rebelles du 16 Décembre 2010 devant conduire à l’occupation de la RTI; on comprend mieux aujourd’hui l’objectif visé: faire de la RTI, l’actuel instrument de propagande fasciste; 

-manifestation des femmes d’Abobo accompagnées de rebelles lourdement armés 

-bombardement du marché d’Abobo, fief du commando dit invisible de Soro Guillaume pour lequel il a reçu les félicitations des Ministres Guikahué du PDCI et Tounkara du RDR; 

-massacre de Yopougon du 12 Avril 2011 alors que le Président Gbagbo était déjà dans les mains de Sarkozy et Ouattara; 

Quatre chefs d’accusations sont brandis par la CPI, outil de répression juridique de l’ONU: 

- meurtre de 166 personnes, un nombre certes significatif, mais de loin inférieur aux 800 personnes tuées en une journée par les soldats de Ouattara à Duékoué, et les 200 réfugiés de Nahibly, assassinés au vu et au su des soldats de l’ONUCI, restés passifs donc complices; 

- «viol de 34 femmes». Que dire du cas des nombreuses femmes violées et éventrées par les criminels de Ouattara depuis le 19 Septembre 2002 sur toute l’étendue du territoire et particulièrement à l’ouest, devenu aujourd’hui fief des mercenaires burkinabès? Pour la Procureure Bensouda, l’africaine, ces sœurs-ci ne méritent-elles pas justice? 

- «Actes inhumains contre 94 personnes avec tentative de meurtre». Que dire des cas d’exécutions sommaires, de la centaine de gendarmes pourtant désarmés, des innocentes femmes danseuses d’Adjanou, de la mort par étouffement de centaines de pro-Gbagbo entassés dans des conteneurs exposés au soleil brûlant de Korogho, des sacrifices rituels avec la participation de soldats français, et de celui de beaucoup d’autres civils ivoiriens désignés du vocable de BAD (Bété, Attié puis Abbey, et Dida) par le sieur Venance Konan, actuel DG de Fraternité Matin, devenu journal propagandiste du nouveau régime. Encore aujourd’hui, l’homme de la Communauté Internationale continue de torturer, commettre les exactions les plus ignobles et même d’assassiner impunément des pro-Gbagbo. 

- -«Persécution pour motif politique, ethnique, religieux contre 294 personnes». Aujourd’hui, sous ce régime, qui pratique honteusement le rattrapage, non seulement ethnique mais surtout «ethniste», c’est près de 80% de la population qui subit au quotidien une atroce persécution pour motif politique, ethnique et religieux. 

Gbagbo est déporté à la Haye, la nouvelle terre des bagnards de France, parce qu’accusé d’être co-auteur-indirect. Qui sont donc les autres co-auteurs indirects, les co-auteurs directs, les auteurs indirects et enfin les auteurs directs? Où sont-ils? 
Alors que les auteurs, notoirement connus, sont en liberté, Gbagbo, le Président réélu, est injustement maintenu dans les geôles françaises de la CPI qui lui refuse la liberté provisoire pour «cause de popularité». Quelle injustice criarde !!! 

Les chefs d’accusation montés de toutes pièces contre Gbagbo sont tous farfelus, imaginaires et volontairement tronqués. Que recouvrent-ils? 

• Chef d'accusation1: Meurtre de 166 personnes. 

Dès la journée du 28 Novembre 2010, sur toute l’étendue du territoire et particulièrement dans les zones aux mains des rebelles, il y eut des assassinats perpétrés sur les pro-Gbagbo. Bon nombre d’observateurs de l’UE et de l’UA l’ont échappé belle en fuyant la furia des rebelles pour regagner en catastrophe la zone sous contrôle gouvernemental. 

Les meurtres dont Gbagbo est accusé ont été plutôt commis par les rebelles de Chirac, Compaoré, Ouattara, Soro, Sarkozy, l’Onu et toute la clique du Club des Sadiques et Voraces Impérialistes Occidentaux(CSVIO), non seulement sur les Forces de Défense et de Sécurité mais aussi sur les populations civiles notamment à Abobo, à Attécoubé, à Daloa. Les crimes les plus horribles ont été commis par les rebelles criminels du commando dit invisible qui était approvisionné en armes par les soldats de l’Onuci et la Licorne. Ils ont tendu des embuscades aux FDS, incendié l’antenne de la RTI à Abobo pour brouiller les émissions de la RTI et surtout brûler les agents en poste. 

A propos du meurtre des 166 personnes, rien ne justifie que les pro-Gbagbo en soient les auteurs surtout qu’aucune enquête-terrain n’a été menée par les Procureurs successifs de la CPI qui se sont contentés des coupures de journaux du RDR, le parti dont Ouattara est toujours le leader. De plus, ce parti nous a habitués aux mensonges et aux faux témoignages. 

L’utilisation du mensonge a été exploitée, comme arme préférée de gouvernement du …menteur, pardon, mentor de ce parti qui, déjà, le 18 Février 1992, a vu de son bureau et à travers les immeubles du Plateau «Gbagbo casser et incendier les véhicules au Palais de Justice d’Abidjan». 
Il faut se rappeler la constitution du charnier de Yopougon avec des morts collectés dans différents lieux d’Abidjan. 

Bien qu’étant reconnu publiquement par ses rebelles comme celui pour qui ils ont pris les armes et qui les finance, il a toujours refusé d’assumer ce choix et a préféré déléguer à Soro la fonction de Chef-rebelle. Un autre cas de mensonge porte sur sa nationalité dont le doute, à ce jour, n’a pas été levé. 

Le dernier exemple qu’on peut citer est celui du camp des réfugiés de Nahibly où les gouvernants actuels parlent de quelques 6 morts alors que les ONG et les populations avancent le chiffre effarant de plus de 200 tués. Cette liste des mensonges est loin d’être exhaustive. 
En clair, ce chef d’accusation 1 porte en lui beaucoup de doute surtout que des images des manifestants au Kenya et en Afrique du Sud ont été utilisées par le parti de Ouattara pour être imputées faussement au Président Gbagbo. 

En Côte d’Ivoire, les vrais criminels sont ceux qui dirigent aujourd’hui ce pays où les droits de l’Homme sont continuellement bafoués; ce sont Ouattara, Compaoré, Soro et leurs chefs de guerre qui sont promus dans les hautes fonctions de l’Etat. Aujourd’hui, les meurtres perpétrés par les assaillants d’hier continuent impunément alors que Gbagbo est à la CPI; c’est la preuve que les tueurs sont du camp de Ouattara. Le dernier en date est celui d’Afféry où trois habitants ont été froidement assassinés par ses miliciens. 

 Le deuxième chef d’accusation, Gbagbo est accusé de viol.

Et pour bien faire les choses, c’est une femme qui le dit. Il aurait donné des instructions à ses soldats de violer toutes ces femmes du camp de Ouattara. Pour quel objectif, dans ce pays où le SIDA continue de faire des ravages? Voilà quelqu’un qui a été jeté en prison en 1992 par ADO pour avoir demandé que les militaires qui avaient violé des étudiantes à la cité universitaire de Yopougon soient jugés et condamnés et qui, aujourd’hui serait coauteur indirect de viol? 

C’est faire injure à la foi chrétienne et évangélique de cet homme et de son épouse que de penser un seul instant que ces époux puissent encourager de tels comportements. Il est vrai que les tenants actuels du pouvoir ivoirien n’ont pas de respect pour les choses de Dieu et ne se privent donc pas d’arracher à une église un terrain légalement acquis. Pourtant, Gbagbo, pendant son mandat, n’a fait que choyer les religieux. 

De plus, sous le régime véritablement démocratique de Gbagbo, les formations dispensées aux soldats FDS, les ONG ont suffisamment fait comprendre à ses soldats de métier, les règles de la guerre. Si, malgré tout, certains ont commis de tels actes, il faut pouvoir les sanctionner comme il se doit, et ce n’est pas faute de ne les avoir pas préparés au respect de ces règles. 

Il faut rappeler que des rebelles étaient suffisamment présents sur l’ensemble du territoire ivoirien grâce à l’appui logistique de l’Onuci et des soldats français. De plus, les tenues des FDS volées par les rebelles ont été utilisées par ces criminels pour commettre les actes ignobles de viols surtout qu’ils foulent au pied les règles élémentaires de guerre et des droits de l’Homme. Dès 2002, de nombreux viols ont été perpétrés par ceux-ci en zone sous leur contrôle. Parfois, après ces viols, des femmes étaient éventrées. Il est vrai aussi que les soldats de l’ONUCI, à l’Ouest, ont commis de tels actes sur des jeunes filles ivoiriennes. 

Comme on l’aperçoit, ce deuxième chef d’accusation relatif aux viols n’est qu’un tissu de mensonges visant à salir l’image de Gbagbo et celle de ses proches. Comment peut-on penser un seul instant que la Première Dame Simone Gbagbo puisse donner des consignes de viols aux militaires, elle qui n’avait aucune autorité sur ceux-ci ? 

 Chef d’accusation n°3 relatif à la tentative de meurtre de 94 personnes.

Heureusement que ces personnes n’ont subi qu’une tentative de meurtre et sont peut être encore en vie. Mais les rebelles eux, ne mènent pas de tentative de meurtres ; ils ont commis et continuent de commettre de nombreux crimes crapuleux, en massacrant des milliers d’ivoiriens. 

Une fois de plus, cet autre chef d’accusation est une invention de la Procureure, des affidés et serveurs de thé du poulain des impérialistes occidentaux. 

 Chef d’accusation n°4 portant sur la persécution pour motif politique, ethnique, religieux contre 294 personnes: 

Le Président Gbagbo a suffisamment souffert des persécutions politiques sous Houphouët- Boigny pendant le long règne dictatorial du parti-état PDCI-RDA. Plusieurs fois, il a été jeté en prison, pour des raisons purement politiques et ne saurait faire vivre à d’autres ce même calvaire. De plus, ses convictions religieuses l’ont toujours guidé dans l’exercice du pardon. 

S’il fallait persécuter ses opposants, il n’aurait pas mis fin au mandat d’arrêt international lancé par Bédié contre Ouattara, l’allié par intérêt; il n’aurait pas non plus prévu des rentes viagères à ces anciens responsables étatiques; il n’aurait pas encore institué le fonds de soutien aux partis politiques dont le PDCI et le RDR ont largement bénéficié pour leur fonctionnement. 

S’agissant de religion, c’est le Président Gbagbo qui a fait ouvrir une ambassade en Arabie Saoudite pour faciliter le pèlerinage aux musulmans ivoiriens et c’est lui qui avait fait inscrire au budget leurs prises en charge pour le pèlerinage à la Mecque. 

Que dire de la persécution ethnique exercé par l’actuel régime qui pratique, selon les dires de Ouattara, le «rattrapage ethnique» qui n’est pas justifié car déjà sous Gbagbo les ressortissants du Nord occupaient la majorité des postes de responsabilité ? 

Voilà des chefs d’accusations creux, montés de toutes pièces pour salir l’image de Gbagbo et celle de son parti. Ce Président qui vit dans la crainte de Dieu ne saurait commettre ces monstruosités qu’on veut lui attribuer. D’ailleurs, ce Dieu de justice saura rendre aux professionnels du mensonge un jugement adéquat. 

Comment peut-on imputer les effets néfastes de la marche sur la RTI du 16 Décembre 2010, organisée par la Licorne et l’ONUCI qui ont débarqué à l’hôtel du Golf un nombre important de rebelles avec des armes lourdes, une marche de rebelles armés jusqu’aux dents, prêts à tuer des soldats des FDS, une marche qui commence par des tirs de roquettes des rebelles. Les responsables de ces tueries sont donc bien la Licorne et l’ONUCI présents au Golf pour protéger Ouattara et ses rebelles qui y logeaient. 

S’agissant de l’attaque lancée lors d’une manifestation des femmes d’Abobo, la journaliste française d’investigation Leslie Varenne et l’ivoirien Germain Séhoué du journal Le Temps en ont parlé abondamment dans leurs livres. Le résumé de leurs écrits attestent que c’est une auto-attaque des rebelles de Ouattara avec la complicité des armées coalisées ONU et France. D’ailleurs, ce n’est pas la première fois que Ouattara utilise de tels subterfuges pour accuser d’autres. Le 18 Février 1992, c‘est Ouattara qui a fait brûler les véhicules des juristes sympathisants du FPI au Tribunal d’Abidjan, alors que les marcheurs étaient encore loin de cet endroit. En outre, c’est son parti le RDR qui est l’auteur du charnier de Yopougon et qui véhicule les images du Sud-Africain brûlé vif pour le faire passer pour un ivoirien, victime de Gbagbo. Le parti de Ouattara a habitué les ivoiriens aux mensonges et aux songes. 

Par conséquent, ces chefs d’accusations que brandit la CPI, sans enquête sérieuse, sont du domaine du mensonge et de l’affabulation visant à éloigner Gbagbo des siens et à briser sa carrière politique comme le souhaitent les membres du Club de Sadiques et Voraces Impérialistes Occidentaux. Quoiqu’il en soit, l’innocence de Gbagbo le ramènera très bientôt auprès de son peuple qui piaffe d’impatience de le voir libre car faussement accusé par l’ONU et surtout la France. 

A lire ces chefs d’accusation, on reste sur sa fin. Il apparait clairement que ce n’est pas pour ces prétextes-là que la France a fait le coup d’état. On attend encore les vrais chefs d’accusation. 


NANWOULET G. Simone

vendredi, 01 mars 2013

AFFAIRE GBAGBO: LA COUR PENALE INTERNATIONALE SOUS LE FEU DES CRITIQUES

 

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La défense de Laurent Gbagbo s'organise et démonte un par un chaque fait avancé par l'accusation. © Michael Kooren/AFP


Les haines se cristallisent autour de l'affaire Gbagbo, examinée devant la Cour pénale internationale (CPI). Mais curieusement, Laurent Gbagbo ne fait pas tant l'objet des attaques que la CPI elle-même. Les partisans de l'ancien président de Côte d'Ivoire, soupçonnés de crimes contre l'humanité, font un lobbying intense sur Twitter et commentent quotidiennement les audiences. Ils réclament, derrière le hashtag #FreeGbagbo, sa libération. Ils tournent en dérision une justice internationale "partiale", qui aurait fermé les yeux sur les exactions commises par le clan Ouattara.

Le journaliste Frédéric Taddeï s'en indigne également, en signant sur Newsring une tribune intitulée "Arrêtons les frais". "Ne devient-il pas urgent de mettre un terme à cette parodie de justice internationale qui agit comme un instrument de domination supplémentaire au service des pouvoirs en place ?", écrit-il. Enfin, le rapport d'Amnesty International, publié lundi et intitulé "Côte d'Ivoire - la loi des vainqueurs", jette de l'huile sur le feu. "La Côte d'Ivoire demeure le théâtre de violations graves des droits humains à l'encontre de partisans avérés ou supposés de l'ancien président Laurent Gbagbo", peut-on lire en introduction. 88 pages viennent étayer ces informations.

De la poudre aux yeux politique

Toutes ces critiques - qu'elles soient fondées ou non - nous en feraient presque oublier l'essentiel. Laurent Gbagbo n'est pas jugé pour les exactions commises par le clan Ouattara, mais pour ses propres crimes. "Dire que Ouattara devrait lui aussi comparaître devant la CPI, ça n'apporte rien à la défense de Gbagbo. C'est de la poudre aux yeux politique", assure Géraldine Mattioli, directrice de la division justice auprès de l'ONG Human Rights Watch (HRW). "C'est une technique classique. Déjà Milosevic, quand j'étais au Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, tentait de faire la même chose : politiser le tribunal", confie pour sa part Bruno Cathala, président de tribunal et ancien greffier à la CPI.

"La Cour mène un vrai travail d'enquête et d'investigation. Elle va se demander si les éléments constitutifs des crimes reprochés à Gbagbo sont bien là. Elle sait très bien que d'autres exactions ont été commises en Côte d'Ivoire, mais cela n'a rien à voir dans le débat", insiste Bruno Cathala. La Défense, elle, continue à démontrer la vision "parcellaire" et "incomplète" des faits, tels que présentés par l'Accusation. Mais devant les pièces apportées par le procureur, Emmanuel Altit et ses confrères avocats sont contraints de passer à la vitesse supérieure.

Délégitimer le travail du procureur

L'Accusation évoque des comptes rendus du gouvernement et des rapports du chef d'État-major, plus ou moins accablants pour Gbagbo. Un e-mail est dévoilé. On y apprend qu'Anselme Seka, ex-garde du corps de Simone Gbagbo, s'inquiète auprès de Laurent Gbagbo des conditions de recrutement des mercenaires. En pleine période de crise post-électorale, des réunions quotidiennes avec les forces armées (FDS) ont eu lieu. Les jeunes miliciens ont quant à eux, affirme le bureau du procureur, été maîtrisés par le truchement de Charles Blé Goudé, ancien ministre de la Jeunesse. Bref, autant d'indices qui permettent à l'Accusation d'affirmer que Laurent Gbagbo était au courant de toutes les actions entreprises.

Alors, durant de longues heures, la Défense s'échine à pointer toutes les faiblesses de l'enquête, preuve par preuve. Le travail est long, fastidieux, mais remarquable. Tel rapport n'est pas assez documenté. Les auteurs de crimes ne peuvent pas être identifiés. Tel fait a été mal interprété. Les avocats de Laurent Gbagbo cherchent à délégitimer les "insiders", ces gens qui étaient dans l'entourage de Gbagbo et qui veulent se refaire une santé en témoignant contre lui. Leur récit est très dangereux pour Gbagbo. Il "faut nettoyer Abobo et en faire un cimetière", aurait par exemple dit l'ex-président de Côte d'Ivoire à l'un de ses proches, qui a depuis retourné sa veste.

Au stade de l'audience de confirmation des charges, les juges doivent juste vérifier que les preuves sont assez solides pour ouvrir un procès. Aucune des deux parties - Défense et Accusation - ne dévoilent donc totalement leur jeu. Mais si Laurent Gbagbo venait à être poursuivi, son procès dépassera largement ses seuls crimes. C'est l'implication de la France dans ce conflit qui sera passée au peigne fin.


 

Source: LE POINT

jeudi, 28 février 2013

7EME JOUR DE L'AUDIENCE DE CONFIRMATION DES CHARGES - LA DEFENSE: «GBAGBO N'A RIEN FAIT»

 

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Session 1 : Ivanovic : «Nous sommes en procédure pénale et les suppositions du procureur ne suffisent pas dans cette procédure» 

Dans la suite de sa conclusion entamée depuis hier et qui se poursuit aujourd’hui, Me Fauveau Natacha Ivanovic s’est étalé sur le non contrôle qu’aurait exercé le président Gbagbo sur son entourage immédiat, sur les FDS et sur les Jeunes patriotes en vue de la mise en œuvre du plan commun. Elle démontrera aussi que le président Gbagbo n’a jamais rien coordonné et n’a jamais donné d’instruction.

 
«Certes Gbagbo était bien le président de la république de Côte d’Ivoire, comme le reconnait le procureur lui-même dans sa présentation du 22 février. Par conséquent, il était le chef des armés. Seulement, le procureur ne nous prouve pas comment des jeunes ont été recrutés et quel était le vrai rapport entre le président Gbagbo et Charles Blé Goudé.» a-t-elle introduit avant de passer au peigne fin toutes les allégations du procureur faisant allusion à des réunions entre le président et les officiers supérieurs, entre Gbagbo et Charles Blé Goudé. 

«Le procureur n’a trouvé que 3 réunions entre les commandants supérieurs et Gbagbo durant toute la crise. Mais à défaut de trouver un lien entre ses commandants supérieurs et le président Gbagbo, le procureur va s’intéresser aux réunions convoquées par son épouse Simone au sein du CNRD. Des réunions auxquelles le président Gbagbo aurait participé sans en fournir de preuve…D’ailleurs le propre témoin du procureur dira que le président Gbagbo n’a jamais participé à la réunion du CNRD dont parle le procureur » fait remarquer Ivanovic et de conclure : « Le procureur, en déformant les déclarations de ses propres témoins nous donne l’impression que lui-même n’a jamais mené d’enquête et par conséquent met en doute ses propres déclarations». 

Pour la défense toutes les allégations concernant l’attaque de l’hôtel du golf, le blocus du même hôtel, sont infondées. 

« Les FDS sont des forces de maintient de l’ordre. Dans quel pays a-t-on vu une armée régulière (FDS) laisser une armée rebelle (FRCI) assiéger une partie de la ville sans les bloquer ? Il fallait maintenir l’ordre qui était menacé ». 

Le procureur ne montre aucun lien entre le président Gbagbo et les 4 évènements et tout montre que toutes les actions du président était non seulement d’empêcher le commando invisible de continuer à sévir, mais de protéger la population » a conclu, Me Faveau Natacha Ivanovic sur ce chapitre. 

Session 2 : « Le seul tort de Gbagbo a été de défendre les institutions de la République, la population ivoirienne en sa qualité de président de la Côte d’Ivoire au moment des faits» 

A la reprise, l’avocate Ivanovic en s’appuyant sur l’article 25(a) et (d) du statut de Rome a démontré que le procureur n’a pas apporté de preuves suffisantes prouvant l’existence d’un plan commun sur la base de la coaction du président Gbagbo en vue de se maintenir au pouvoir. En outre, pour elle s’il doit exister un plan commun, il était ailleurs. Elle rappellera les discours de Ouattara et le Meeting de Koné zacharia au moment de la rébellion. 

« Nous frapperons ce pouvoir et il tombera comme un fruit mûr » dixit, Alassane Ouattara. 
« Nous avons pris les armes, non pas pour IB, encore moins pour Zacharia, mais à cause de Alassane Ouattara » dixit Koné Zacharia. 

Elle évoquera aussi les dernières réunions tenues chez le ministre Anaki. « C’est le RDR qui avait un plan commun en vue de déstabiliser le régime du président Laurent Gbagbo, en tuant » a martelé la juriste yougoslave avant de conclure : 

« Le seul tort de Gbagbo a été de défendre les institutions de la République, la population ivoirienne en sa qualité de président de la Côte d’Ivoire au moment des faits» 

Enfin si cette session de l’audience n’a pas ennuyé l’assistance, c’est bien parce qu’elle a permis aux nombreux curieux présents ce jour de découvrir « le coupé décalé » sous un autre angle. Depuis la CPI, Antoinette Alany a été élevée au rang des artistes propagandistes en Côte d’Ivoire. Avec sa chanson « on gagne ou on gagne », maladroitement attribuée aux pro-Gbagbo comme slogan de campagne afin de se maintenir au pouvoir. Et à l’avocate de dire au procureur, concernant un pan du discours de son client prononcé à Divo en pleine campagne électorale (octobre 2010) : « Je ne serai pas battu ». Pour la défense, ce slogan était purement séducteur et non violent. 

Elle fera enfin référence aux nombreux discours du président Laurent Gbagbo lors de la campagne et qui n’avaient rien de déclaration de guerre contrairement aux allégations du procureur. 

A sa suite, vint le professeur Dove Jacob qui lui insistera sur les incohérences des allégations du procureur avec les dispositions de l’article 25.3 (a) et (d). 

« Il faut savoir ce que veut le procureur. Le président Gbagbo est-il auteur ou complice » a introduit le prof de droit pénal international avant de montrer le lien fatal entre les paragraphes de cet article 25 et les insuffisances du procureur. 

Pour lui la contribution à démontrer n’est pas la même dans le cas des deux modes de responsabilité. Il y a une distinction. Pour le procureur, l’élément par lequel la contribution a été conçue au vue de l’article 25.3 (d) est le même sous l’article 25.3 (a). « Le procureur fait une pirouette linguistique. Par ce motif, la défense demande respectueusement à la Chambre de ne pas confirmer les charges sur la base de ces deux modes de responsabilité » a conclu partiellement le prof. Avant de rappeler que même si le juge Hans Peter Kaul avait soufflé au procureur de se pencher sur l’article 28 afin de requalifier ses charges, cela ne devrait pas être pris en compte pour cette audience, car dans l’affaire Bemba, cette possibilité avait été débattue bien avant l’audience de confirmation des charges afin de permettre à la défense de faire ses observations. Et non en pleine audience. « Pour cette raison, la défense demande à la cour de suspendre cette audience afin de laisser les deux parties s’échanger les observations s’il était retenu que le procureur doit se prononcer sur l’article 28 » a conclu le prof de droit pénal international. 

Session 3 : Le Prof Jacob donne un cours de doit pénal international au procureur 

A la troisième session, le professeur Jacob s’est cette fois prononcé sur le crime contre l’humanité. 

Pour la défense, le procureur a inclu sans le prouver tous les évènements qui ont eu lieu autour le 16 décembre 2010 dans cet évènement afin de relever son caractère généralisé. « Le procureur a manqué de rigueur » a martelé la défense. Avant de dire qu’il aurait fallu que le procureur télécharge tous les rapports des ONG tout en restant dans son bureau et laisser la défense aller contre enquêter sur le terrain. « Un DCC ne saurait être une série d’affirmation, mais une démonstration des allégations » a souligné le professeur Dove Jacob. 

« Où est la définition de l’attaque généralisée au terme de l’article 7, dont parle le procureur ? » a interrogé la défense. Avant d’exiger que soit évalué le DCC du procureur sous cette triple exigence. 

A sa suite est revenue la juriste Faveau Natacha Ivanovic qui elle a insisté sur le lien entre le président Gbagbo et le crime contre l’humanité allégué par le procureur. 

« Gbagbo était le président de la Côte d’Ivoire. Pour ce faire il disposait de l’appareil de l’Etat. Mais le procureur n’a pas eu le courage de le souligner. Il a préféré parler de Blé Goudé et Simone comme étant les seuls membres du groupe présumé…Le procureur a aussi parlé de 45 incidents dans son DCC, malheureusement tous ces incidents n’ont aucun lien l’un avec l’autre et ne remplissent pas les conditions d’une attaque généralisée au terme de l’article 7 du statut de Rome. Sinon, ces incidents n’ont aucun lien avec le président Gbagbo. D’ailleurs le témoin « P.9 » du procureur a affirmé que la mission des FDS était de protéger la population… 

En conséquence la défense estime que les actes commis au cours de ces quatre évènements cités par le procureur ne constituent pas d’éléments objectifs pouvant constituer un crime contre l’humanité, car il n’y a jamais eu d’attaque contre des civils encore moins généralisées que systématiques… Et même si la chambre devait conclure qu’une attaque a eu lieu contre la population civile, cette attaque ne peut être imputée au président Laurent Gbagbo » a dit la défense avant de conclure définitivement sur sa présentation des preuves à décharges sur cette affaire : 

« Le président Gbagbo était le président de la Côte d’Ivoire. Les troubles en Côte d’ivoire ne datent pas de 2010. Elles datent de 2002, avec des rebelles qui sont toujours actifs et soutenus par la communauté internationale. C’est bien la volonté de la France d’offrir le siège présidentiel à Ouattara qui a conduit le pays dans ce chaos…Mesdames, Messieurs les juges, la politique n’a pas sa place dans cette cour. Or le procureur a présenté durant toute cette audience un dossier politique sur la base des rapports des ONG et des coupures de presse…Il n’a pas apporté de preuves suffisantes pour soutenir ses allégations concernant les 4 évènements…Pour ces raisons, la défense demande à la chambre préliminaire de ne pas suivre la démarche politique du procureur et d’infirmer toutes les charges alléguées contre le président Laurent Gbagbo en application des règles du droit. » 

L’audience continue demain jeudi 28 février 2013, avec les observations finales des deux parties. Le président Gbagbo pourrait prendre la parole. 

Coulisses : 

--La direction du FPI présente à l’audience (Kodjo Richard, Seri Gouagnon, Demba Traoré, Désiré Porquet, roger Gbablou, Nékalo Georgette, Lago…) 

--Une cinquantaine de partisans de Gbagbo était présente dans la salle dont Abel Naki et Willy Bla) 

--Les deux avocats de Ouattara, Mignard et Benoit ainsi que l’ambassadeur de CI en hollande étaient aussi présents. 

--Une délégation de l’ambassade de France aux Pays-Bas était présente. 

--L’audience du jour a débuté à 14h15 pour finir à 18h55. 



De Philippe Kouhon et Tidiane Houla/Envoyés spéciaux à la Haye (Eventnews Tv)


Source: AFRIK53.COM

mardi, 26 février 2013

5EME JOUR DE L'AUDIENCE: MAITRE NATACHA FAUVEAU IVANOVIC HUMILIE LE PROCUREUR

 

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Session 1 : L’avocate Jennifer Naouri fait le grand déballage : « le procureur a ignoré les forces nouvelles, l’une des parties au conflit »

Dès l’entame de son speech, ce lundi 25 février 2013, Me Jennifer Naouri a poursuivi sa démonstration sur le manque de volonté du bureau du procureur à assumer l’histoire de la Côte d’ivoire. « Gbagbo est un homme de consensus et de paix. C’est encore lui qui a proposé le recomptage des voix après les élections. Ce que son adversaire refusait» a-t-elle dit. Avant d’ajouter : « Cela s’est passé aux USA en 2000, en Haïti en 2010 et en France avec l’UMP ». Pour l’avocate, le procureur en faisant croire que seules les forces pro-Gbagbo ont commis les crimes allégués, est une falsification des faits et de l’histoire de la Côte d’ivoire. Car le procureur lui-même parle de la descente des Forces Nouvelles sur Abidjan le 31 mars 2011. Il dira aussi que ces forces ont été rebaptisées FRCI par la suite. Et à l’avocate de demander au procureur, qui étaient donc ces forces nouvelles et quelles étaient leurs missions une fois à Abidjan ? Elle reviendra sur les massacres des Forces nouvelles et leurs supplétifs Dozo lors de leur descente sur Abidjan. Elle décrira comment ces rebelles fidèles à Ouattara et à Soro ont massacré plus de 1000 civils à Duekoué avant de se joindre au commando invisible qui sévissait déjà à Abobo, Anyama…

« C’est l’Onuci qui nous a armé » témoigne « P.44 », le même témoin du procureur. Une fois à Abidjan, ces mêmes forces additionnées au contingent nigérien, s’adonneront à d’autres exactions. Des vidéos des humiliations des civils à Alepé, les mutilations, meurtres au carrefour de Duekoué en mars 2011 ont été diffusées. Elle montrera comment la ville d’Abidjan a été partagée entre les ex com-zone :

- Plateau pour Chérif Ousmane
- Le sud d’Abidjan pour Wattao
- Yopougon pour ben Laden
- Abobo pour le commando invisible.

Avant de conclure, elle informera les juges que si l’on veut parler d’un groupe armé qui a planifié un plan commun pour prendre le pouvoir, c’est bien les forces pro-Ouattara. Qui ont été lourdement armées par la France, qui occupaient un territoire et qui ont ensuite lancé une offensive sur Abidjan pour la prise du pouvoir.

« Nous étions dans un conflit armé, où deux forces se combattaient. Le procureur aurait pu s’intéresser aux forces nouvelles. Ne pas le faire, c’est dénaturé son propre récit ».

Session 2 : Me Natacha Fauveau Ivanovic

« Le procureur nous a-t-il fourni le brouillon du document contenant les charges, car flou, imprécis et contraire à ses argumentations ? »

A la reprise à 15h55, la parole est revenue à la Yougoslave Ivanovitc de démontrer la faiblesse du document de preuves fourni par le procureur. D’abord, le cadre temporel. Le procureur parle de la période antérieure à l’élection et qui finit par la chute du président Gbagbo. « Cette période antérieure peut être 2005, 2006, …aucune précision » a remarqué la défense. Elle analysera par la suite évènement par évènement, la faiblesse des preuves fournies par le procureur, la crédibilité des témoins et la fiabilité des sources. Par exemple, la vidéo montrant le massacre de Yopougon alors que cette vidéo était tournée au Kenya (Vidéo 00200058). Elle dira aussi que les preuves du procureur ne sont basées que sur les coupures de presses. Elle dira aussi que les témoignages des organisations humanitaires ne peuvent constituer de preuves tangibles pour être prises en compte dans un tel jugement devant la Cour pénale internationale.

Aussi, Me Ivanovitch dira à propos du DCC: « la défense voudrait savoir si le document des charges était un brouillon ou pas ? ». Ce qui provoquera une vive réaction du bureau du procureur dans la salle.
Pour la défense, le procureur n’a pas mené d’enquête. Il s’est juste contenté des témoignages eux-mêmes non crédibles. Elle s’offusquera du fait que le procureur n’ait produit aucun document officiel étayant ses allégations. Et pourquoi alors que la France et l’Onuci sont présents en Côte d’ivoire depuis 2003, aucun rapport officiel émanant d’eux n’a pu être produit et fourni à la défense dans le cadre des 4 évènements incriminés. Pour elle, le procureur refuse d’accepter la présence d’un commando invisible en parlant « de prétendu commando invisible ».

Au vu de tout ce qui précède,( imprécision du DCC, la non crédibilité des témoins, le manque de preuves suffisantes…) la défense note qu’il n’existe pas d’éléments constitutifs du crime contre l’humanité.

Session 3 : Me Ivanovic : « Si le président Gbagbo n’a mené aucune enquête pour sanctionner les auteurs des crimes, pourquoi, le procureur qui devait éclairer la Cour ne l’a pas fait ? »

A la troisième session, Me Ivanovic démontera évènement par évènement les allégations du procureur.

1) La marche du 16 décembre sur la RTI.

Alors que le procureur affirme que cette marche était pacifique, la défense diffusera une vidéo dans laquelle, Soro donnait des instructions aux FRCI depuis l’Hôtel du golf, la veille du 16 décembre afin que ceux-ci se tiennent prêts car, lui soro ira installer Brou Aka Pascal comme le nouveau directeur de la RTI le lendemain, jeudi 16. Un témoin du procureur dira que des militaires venus de l’Hôtel du golf ont attaqué les FDS positionnés autour de la RTI.

« Au contraire, c’est bien parce que les FDS étaient informés de cette insurrection qu’une réunion s’est tenue, dont parle le procureur, pour prévenir tout débordement. Au contraire, ce sont les FDS qui ont été tués ce 16 décembre 2010. » a soutenu la défense.

Parlant des femmes violées suite à ces évènements du 16 décembre, la défense note que le procureur a failli à sa mission car, rien n’indique où, quand, par qui, ces femmes auraient été violées ? A-t-il interrogé le directeur de la police, des policiers ? Sait-il dans quelles pièces ces viols collectifs ont eu lieu ? Le procureur n’a rien fait. Ce que nous retenons, c’est que pour inculper le président Gbagbo, il a repris mot par mot des rapports d’Amnesty International et des reportages télé. En agissant ainsi, le procureur a non seulement mis en doute son indépendance et son impartialité, mais il a mis la justice au service de la politique ».

2) Marche des femmes d’Abobo (3 mars 2011)

Elle situera l’environnement qui prévalait à Abobo avant les élections de novembre 2010. Un argumentaire dans lequel le commando invisible est nommément mis en cause. Fin de l’audience du jour.

En coulisses :

Voici la liste des « P---témoins » non crédibles : ----P.48/107/164/72/184

--Les « P » non identifiés (flous) : P.49 et 239.
--Le président Gbagbo a encore félicité ses avocats.
--Le président Gbagbo a promis assister à toutes ses audiences.
--Une petite délégation de patriotes venus d’Allemagne, Hollande et Paris était à cette audience.

Elle a beaucoup --communié avec le président Gbagbo qui visiblement retrouve la grande forme au fur des audiences.


De P.Kouhon/Envoyé spécial à la Haye (Eventnews Tv)


Source: RESISTANCE COTE D'IVOIRE ISRAEL

lundi, 25 février 2013

AFRIQUE: 8 QUESTIONS A FRANÇOIS HOLLANDE

 FRANçOIS HOLLANDE - AFFICHE DE CAMPAGNE.jpg


Depuis l’accession au pouvoir de François Hollande, beaucoup d’africains sont tentés par l’espoir d’un changement dans les relations de leurs pays avec la France. L’avalanche de publications, surtout dans la presse, le confirme. En gros, M. Hollande est propulsé nouveau sauveur, du moins quelques chances lui sont reconnues pour influer sur la terrible situation de l’Afrique, comme ce fut le cas en 1981 pour François Mittérand.

 
 
Le centre de gravité de cette effervescence tient à la promesse faite par M. Hollande de bousculer la françafrique. M. Hollande entend ainsi inscrire la relation franco-africaine dans sa promesse de normalité reposant sur la béquille « Justice et Vérité ». Vu la relation toujours « idyllique » entre la France et l’Afrique, franchement, cette béquille ne parle pas à notre continent, tout au moins à la zone considérée comme le pré-carré français, bastion de la françafrique.
 
En tant que système, la françafrique trouve ses origines à la conférence de Brazzaville en 1944. Depuis
lors, rien, absolument rien n’a changé sur les bases relationnelles entre la France et ses anciennes colonies d’Afrique. Pour le moment à part le slogan « Le changement maintenant », et le virage à 180° vis-à-vis de la méthode Sarkozy[1] aucun signe tangible ne montre de différences fondamentales d’avec le passé françafricain. Il ne s’agit donc que d’une promesse d’un chef d’Etat français comme tous ses prédécesseurs de la 5ème république. Nul n’est donc tenu d’y accorder quelconque crédit. 

M. Hollande ne peut pas intéresser les africains (je parle de l’Afrique qui croit en elle-même), puisque, épluchant ses déclarations, il est facile de constater qu’il s’adresse aux français, parle de leurs problèmes, s’exprime sur leur crainte face à la crise, etc. De l’Afrique ? Pas un mot, à part l’engagement d’en finir avec la françafrique. C’est justement là qu’il ne faut pas le croire, car Hollande ne s’engage qu’à mettre fin au cercle de relations mafieuses qui lient les élites politiques françaises et africaines. Dans ce sens, il s’engage à ne pas bénéficier des financements occultes dont les chefs d’Etat africains arrosent le cœur politique français[2]. Il y a quelque mois, il a eu cette déclaration:

«Avec l'Afrique, je veux établir une nouvelle donne. La France maintiendra ses engagements vis-à-vis de ce continent plein de promesses. Toutes les puissances du monde y sont, essayent de développer leur influence et les Africains eux-mêmes ne souhaitent pas que la France se désengage. Mais notre politique doit être différente du passé. Elle doit être fondée sur la transparence dans nos relations commerciales et économiques. Elle doit être fondée sur la vigilance dans l'application des règles démocratiques et le respect aussi des choix souverains. Notre vision de l'Afrique doit refléter ce qu'elle est aujourd'hui, c'est-à-dire un continent en forte croissance et qui le sait et qui ne supporte plus le discours larmoyant à son endroit. Un continent où la démocratie progresse, où l'environnement et l'énergie sont autant de sujets majeurs. Un continent avec lequel nous avons une proximité historique, culturelle, linguistique exceptionnelle. En 2050, 80% des francophones seront Africains, 700 millions de femmes et d'hommes, chacun comprend ici l'enjeu.»[3] 

En clair, M. Hollande pense le plus naturellement du monde que l’Afrique est une vaste zone de commerce et en cela, son discours parle à la France et non pas à l’Afrique. Plus encore, ce discours reste dans la ligne naturelle de la françafrique qui est d’abord et avant tout un système souterrain qui siphonne le continent noir et sur lequel aucun chef d’Etat français (gauche et droite confondues) n’a osé donner un réel coup de griffes. Et pour cause? L’essentiel de l’économie extérieure française se développe en Afrique et ce grâce à la françafrique aidée par le très charmant club de la francophonie. Tenez, La francophonie est plus une réalité économique que seulement politique: L’espace francophone c’est[4] :

- 890 millions de personnes (de consommateurs, s’entend)
- 19% du commerce mondial
- 2 pays membres du G7 (France et Canada) et 4 de l’OCDE (France, Canada, Belgique, Suisse)
- 21,19% des terres habitables de la planète
- 22% des ressources d’eau potable renouvelables mondiales.

Et si on ajoutait ces propos de Mitterrand de 1988, «Un (1) franc investi rapporte 8 frs», la coupe est pleine. Alors, face à ce potentiel à disposition, pour quelle raison un chef d’Etat français, de gauche soit-il refuserait-il de s’aligner à la doctrine gaulliste «la France n’a pas d’amis mais des intérêts»?

M. Hollande n’a d’ailleurs pas d’autre choix que de s’y aligner sinon, il se mettrait à dos tout le milieu d’affaire français, car la relation entre la françafrique et les intérêts économiques français sont trop importants. Il fait donc tout pour ne pas fondamentalement mettre en cause cette pieuvre de françafrique. C’est pourquoi sa stratégie consiste à gommer les aspérités qui dérangent (les relations mafieuses) et à laisser en l’Etat la partie la plus intéressante pour la France, le siphonage des ressources naturelles africaines. Sa stratégie a d’ailleurs l’intelligence de ne déranger personne : les africains pourraient croire à un coup de pied dans la fourmilière, et les milieux d’affaires, malgré la transparence dont se prévaut M. Hollande, continueraient à prospérer dans les mêmes conditions qu’auparavant. François Mitterrand s’est d’ailleurs essayé au démantèlement de la françafrique et s’est lamentablement fourvoyé pour des raisons qui peuvent aujourd’hui forcer Hollande à reculer : la très forte dépendance de la France à la françafrique.

Hollande n’est donc pas forcément dans une meilleure position que Mitterrand pour réussir le démantèlement de la françafrique, encore qu’il ait la ferme volonté d’agir. Il n’y a donc aucune raison de compter sur quelconque de ses engagements et voilà ci-après Huit (8) bouchons qu’il devra sauter ou se résoudre à renoncer à sa « Normalité », tout au moins sur le dossier françafricain.
 
Contrainte n°1 : Renoncer au parrainage du FCFA?

Au delà de tout l’aspect caricatural, le principal intérêt qui motive jusque là les chefs d’Etat français à s’accommoder de la françafrique tient entre autre au contrôle des réserves de changes extérieures de 16 pays africains[5] de la zone CFA qui sont déposé dans le compte d’opération crée et géré par le trésor français. Ce dernier est lié aux propriétaires de ces réserves, la B.E.A.C.[6], la B.C.E.A.O.[7] et la B.C.C.[8] par des accords économiques qui stipulent cette transaction. Par exemple, l’article 51 du Statut de la (B.E.A.C.) précise de façon claire qu’au moins 20% des ressources financières que les pays de la zone tirent de leur commerce extérieur, ne peuvent pas être utilisés par eux. Ils doivent être laissés au Trésor français, donc à la France, qui les utilise à son gré (aucun Etat africain ne peut contrôler l’usage qu’elle en fait)[9].

Pour donner un ordre de grandeur à la question, l’économiste ivoirien N. AGBOHOU auteur de « l’Euro et le FCFA contre l’Afrique », (un livre de révolte) avait mentionné dans une interview[10], que « le solde du compte d’opération en 2007 est de 12'000 milliards de Cfa soit l’équivalent de 18 milliards d’euro ». Ne serait-ce qu’à appliquer ce montant à 2012, Hollande dispose de la moitié (52%) de son déficit budgétaire de 2012 (35 milliards d’€) payable cash par les pays CFA. Je n’étonnerais personne à estimer que le solde du compte d’opération cette année devrait tout simplement exploser vu les milliards de pétrodollars engrangés entretemps chaque année par les pays de la BEAC et la Cote d’Ivoire. Ajoutez-y l’exploitation des autres ressources et vous pouvez imaginer l’ampleur du siphonage dont nous africains sommes victimes et qui nous manquent cruellement pour financer la lutte contre notre pauvreté et ceci avec la bénédiction de nos dirigeants et élites politiques.

M. Hollande pourra-t-il nous affirmer par soucis de « justice et vérité » vis-à-vis de l’Afrique que son administration renonce à user de l’article 51 pour éponger tout ou partie du déficit budgétaire héritées de l’administration Sarkozy soit 35 milliards à combler ? S’il hésite à se servir, il doit alors nous expliquer pourquoi il ne s’attaque pas ouvertement aux accords économiques avec les pays CFA. Par contre s’il continue le manège comme ses prédécesseurs il laisse tomber le masque et adieu la normalité. D’ailleurs, on devra par ce biais comprendre la difficulté de Mitterrand qui a fait des promesses du reste moins ambitieuses que Hollande sur la françafrique. Donc, pourquoi sérieusement Hollande se priverait-il d’une telle ressource quand la crise en Europe exerce la pression que l’on connait sur les économies de la zone Euro, et surtout que la note de la France n’est toujours pas à l’abri d’une seconde dégradation par les agences de notation ? Pour la petite histoire même la puissante économie de l’Allemagne vient d’être menacée à son tour.
 
Contrainte n°2 : Fermer les bases françaises et perdre l’avantage d’une présence militaire

La présence militaire française dans le territoire qui est devenu le Tchad remonte à la fin du 19ème siècle. Plus de 100 ans de présence continue donc. Cela a un coût et si cette présence perdure, c’est que la contrepartie est forcement intéressante pour la France, d’où la nécessité des bases militaires[11]. Depuis, celles-ci ont intégré le dispositif françafricain en devenant le bras armé, au sens propre du terme. Elles ont été impliquées dans toutes les opérations de coup d’Etat et barbouzeries commandées par les différents pouvoirs français chaque fois que les intérêts de la France en Afrique ont été menacés. Hollande parle tout au plus de réaménagement comme l’avait à l’époque annoncé Juppé[12] sous Sarkozy: «Nous ne souhaitons pas rester forcément dans le format actuel, nous sommes prêts à évoluer vers quelque chose qui évolue davantage vers la coopération entre le dispositif Epervier et l’armée tchadienne ». On voit bien ici qu’il reste cohérent avec ce qu’il ne dit pas de la françafrique, puisque les bases font partie intégrantes du dispositif. Les réaménager ne bouscule donc le problème que dans la forme. Sur le fond, le pillage continu et les bases en assurent la sécurité. D’autre part, le président Idris Déby a demandé en 2010 une location de la base aérienne de Ndjamena[13]. Donc la France utilise gratuitement le territoire tchadien depuis 1960.

Pas un Kopek n’a été payé. Curieusement depuis cette annonce, l’évolution du dossier semble s’éloigner progressivement de la question du payement et Monsieur le Président du Tchad n’en parle plus. Monsieur Hollande, ni un membre de son gouvernement non plus. Aucune partie n’a rendu publique quelconque proposition. Pourquoi? M. Hollande me semble plus intéressé par l’option proposée par Juppé, c'est-à-dire procéder au réaménagement, auquel cas il aurait dû en prendre le contrepied. On voit bien l’avantage qu’il en tire pour son intervention au Mali. En cela il est donc un digne continuateur de la politique développée par ses prédécesseurs. Réaménager c’est renforcer la françafrique. Le silence de Hollande sur la question se comprend bien. Vive donc la françafrique.

Enfin pour pimenter la question je fais une digression pour insérer l’opinion d’un français sur la question et qui montre bien l’état d’esprit des citoyens français.
 
«Je ne suis pas sûr que ce soit au contribuable français de protéger le Tchad qui comme certains l’ont remarqué a préféré les pétroliers d’outre-atlantique (EXXON ndlr) aux français. La France-Afrique à la papa, c’est terminé, le Tchad n’est plus une colonie, alors qu’il apprenne à se défendre seul ou qu’il paye en échange». Par Requin on jan 12, 2011[14]
 
On, voit bien que l’élite politique française se débarrasse de l’opinion publique en laissant se développer ce genre d’ignorance manifeste pour se donner libre cours aux relations mafieuses françafricaines. Hollande ne montre pas qu’il regarde dans une autre direction. 
 
Contrainte n°3 : La plupart des entreprises du CAC 40[15] font leur bénéfice en l’Afrique

Avec la tournure que prend la mondialisation, l’économie mondiale est contrôlée par ceux que l’économiste camerounais François NDENGUE appelle les « Géants Compétitifs ». Les multinationales répondent désormais à deux objectifs : celui des profits dictés par les actionnaires, et celui de renforcer la position géostratégique de leur pays d’origine que leur demande leur gouvernement. C’est ce qu’à fait Elf à l’époque ou encore AREVA aujourd’hui. Or justement ces mêmes entreprises réclament en contrepartie le soutien politique de leur gouvernement. En cela, la françafrique a largement été utilisée pour ouvrir des champs d’exploitation aux géants français et garantir à la France une zone exclusive dans laquelle prospèrent ses multinationales : Bolloré, AREVA, Air-France, Bouygues, TOTAL, etc. Ce dernier par exemple, produit plus de 40% de ses bénéfices en Afrique grâce à ses implantations dans le golfe de Guinée. En 2005, TOTAL a annoncé 12 milliards d’euros de bénéfices net, soit 4,8 milliards provenant de l’Afrique. TOTAL doit ce résultat à la mafieuse françafrique grâce à laquelle il a obtenu des positions dominantes et contrats juteux.

Quel diable pousserait-il Hollande à bloquer de tels retours sur investissements? Il a quand même été élu par les français et sur la promesse de leur offrir de l’emploi et c’est ce que font ces entreprises là!
 
Contrainte n°4 : Renoncer à une balance des échanges positive avec l’Afrique

Dans la profession de foi pour sa réélection en 1988, Mitterrand avait publiquement dit: «Chaque franc investi au sud rapport 8 au nord. Il faut se rendre à l’évidence, ce sont les pauvres qui financent les riches ». Le McKinsey Global Institut (MGI) estime que les dépenses générales en consommation à travers le continent africain dépasserait la barre du trillion (1000 milliards) de dollars en 2012. L’institut cite 5 secteurs lucratifs susceptibles d’attirer les investisseurs: l’agriculture, le tourisme, les mines, les infrastructures et les biens de grandes consommations. Les annonces de la Banque mondiale confirment ceux de MGI : « Même si le continent reste confronté à d'importants problèmes de développement, le taux du retour sur investissement en Afrique est tout de même le plus élevé au monde »[16]. N’y a-t-il donc aucune entreprise française pour lorgner sur ce pactole pour que Hollande y crache? Allons !!!! : Bouygues, Bolloré, Total, Sucre et denrées, AREVA, Air-France. Le gratin je dirai, du CAC40. M. Hollande reste muet sur tout cela. Soit, mais au fond, tous depuis De Gaule, sont dans la même logique: personne n’est disposé à priver la France de sa vache laitière, l’Afrique. Normal! Pourquoi seraient-ils les premiers à scier la branche sur laquelle est assis leur pays ? Aucun chef d’Etat français n’a depuis 1961[17] procédé autrement. De Gaule = Pompidou = Giscard = Mitterrand = Chirac = Sarkozy = Hollande. Et vive donc la continuité.
 
Contrainte n°5 : La hantise de décrédibiliser le statut international de la France

La cohorte d’Etat africains francophones représente un vivier de voix fidèles à la France lors des votes au conseil de sécurité de l’ONU. Ce qui donne du crédit au statut de la France comme puissance mais également comme membre permanent Conseil de Sécurité de l’ONU. Pour quelles raisons Hollande serait-il emmener à se priver d’un tel recours, sachant que la question de la constitution du conseil de sécurité de l’ONU est maintenant contesté par les puissances montantes et que de ce fait, un des critères de représentation pourrait être le poids économique et militaire? La France est une puissance moyenne. C’est sa véritable inquiétude. Serval est là pour le démontrer: l’armée française n’a même pas assez d’avions pour projeter ses troupes. Un minimum pour être une puissance.
 
Contrainte n°6 : Vaincre la tentation de l’arrogance

Tous les chefs d’Etat français (4ème et 5ème république particulièrement) ont marqué leur mandat par des propos offensant vis-à-vis de l’Afrique. Citons deux d’entre eux: Chirac: «l’Afrique n’est pas encore mûre pour la démocratie»; Sarkozy: «le drame de l’homme africain, c’est qu’il n’est pas encore assez entré dans l’histoire». De Hollande, encore rien de pareille. Mais, question quand même: comment cautionner le pillage de tout un bloc de continent et en avoir une pensée positive? Absence de preuves n’est pas inexistence de preuves.
 
Contrainte n°7 : La hantise de la colonisation à rebours

Les chefs d’Etat africains aussi disposent d’une capacité de nuisance avec laquelle composer. La françafrique n’est plus désormais ce système de contrôle de l’Afrique par l’élite politique et affairiste de la France. Elle s’est aussi depuis longtemps muée en un système symétrique et mafieux à cause des relations politico-affairistes entre Chefs d’Etat français et africains (de la zone CFA). Ainsi ces derniers ont aussi développé des leviers de contrôle sur leurs homologues français (de gauche comme de droite) en les arrosant de millions d’euros des financements occultes. Le dernier en date est Sarkozy lui même, soupçonné d’avoir reçu pour sa campagne électorale de 2007, 50 millions d’€ de la part de Kadhafi. Le parti socialiste ne s’est pas privé de se servir à l’époque de Mitterrand. Ce faisant, africains et français trainent tous les mêmes casseroles et ainsi, chacun tient l’autre en respect. C’est ce que les sociologues appellent «les eunuques» parce que par un jeu de mot on conçoit qu’ils sont tenus par les bourses (suivez le regard). Le documentaire de Patrick BENQUET[18] sur le sujet montre bien le pouvoir de manipulation dont disposait par exemple Omar Bongo sur la droite et la gauche française le long de ses 42 ans de pouvoir. Durant cette période, Hollande fut SG du parti socialiste. Ce qui fait dire à Robert BOURGI[19] que ce sont les africains qui colonisent maintenant la France. Que pourra faire Hollande face à cela, si de plus l’Afrique prête une oreille attentive à la Chine qui n’hésite pas à bousculer la France jusque dans son pré-carré?
 
Contrainte n°8 : Dernière contrainte et non des moindres

M. Hollande a fort à faire avec les priorités de son propre pays où les difficultés s’accumulent : le déficit budgétaire de l’Etat français, la crise financière, l’augmentation du nombre des chômeurs, le risque que fait courir la faillite grecque, espagnole et italienne sur l’économie européenne, etc. Ces dossiers là sont les priorités des français, et c’est sur eux qu’ils jugeront M. Hollande. Rien que pour ça, il serait étonnant que la françafrique soit une priorité pour le nouveau président français, même s’il le prétend. D’ailleurs, comme pour tout démentir, il a déjà reçu dans les six premiers mois de son quinquennat, les principaux piliers de la françafrique, le président gabonais Ali BONGO ONDIMBA, le Burkinabé COMPAORE, le tchadien Deby, le Camerounais Biya, l’ivoirien Ouattara, etc. Vive le changement. Mais c’est apparemment dans la continuité.
 
Leçon tirée:

On peut s’en tenir à ces 8 bouchons et on ne voit pas par quel tour de magie M. Hollande trouverait-il le tire-bouchon adéquat. Alors, son discours ressemble à s’y méprendre à de la poudre aux yeux, car vouloir s’affranchir des relations affairistes ne représente que la face apparente du problème, la face cachée étant malgré tout, l’immense potentiel de pillage de l’Afrique dont continuera à disposer la France même si son chef de l’Etat et la nouvelle élite au pouvoir prétend ne pas en profiter personnellement. Là est la seule différence avec Sarkozy, qu’aura revendiqué tôt ou tard M. Hollande : l’absence de collusion. Encore faut-il qu’il tienne son engagement électoral sur le sujet (ce dont je doute fortement). Le président français peut fort bien être propre, la France doit son niveau de vie en partie au pillage qui appauvri l’Afrique. Jacques Chirac l’a d’ailleurs publiquement avoué[20] «Une grande partie de l’argent dans nos poche vient de l’exploitation de l’Afrique. Alors il faut avoir du bon sens et de justice pour rendre aux africains ce qu’on leur a pris, d’autant que c’est nécessaire si on veut éviter les pires convulsions ou des difficultés dans un proche avenir». Alors, posons l’ultime question à M. Hollande: quelle fierté tire-t-on de gouverner proprement un pays si une partie non négligeable de la richesse dont il jouit, tient des relations mafieuses?

Si le changement version Hollande est un vrai, alors vis-à-vis de l’Afrique, le potentiel de pillage représente le principal défi de ce changement, et non pas la relation personnelle avec le syndicat mafieux des chefs d’Etat africains.
 
Mais dans tout ce débat, le problème n’est ni Hollande, ni la France. Ce sont les africains eux-mêmes qui, en continuant à confier leur destin à d’autres peuples, se laissent dépouiller de leurs ressources et accepte en contrepartie de vivre une effroyable misère. AGBOHOU a d’ailleurs précisé que toutes les anciennes colonies françaises qui ont développé leurs propres monnaies, ne se portent pas aujourd’hui moins bien économiquement et politiquement que les pays de la zone CFA. On y trouve entre autres l’Algérie, la Tunisie, le Maroc, la Mauritanie, le Vietnam. Pourtant l’Euro vaut par exemple aujourd’hui 655,957 Fcfa alors qu’il vaut 28’079.13 VND[21]. Le Fcfa vaut donc 42 fois la monnaie vietnamienne et le tchadiens ou sénégalais, pour ne citer que ces deux nationalités, connaissent annuellement un déficit céréalier sans le riz vietnamien. Et Sankara a raison de dire que «l’esclave qui ne fait rien pour s’affranchir de son maître, ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort». Voilà un grand homme d’Etat de la trempe dont a besoin aujourd’hui l’Afrique. Faites le tour : qui parmi nos gouvernants relève encore d’une telle hauteur? Qui même parmi l’élite croit aux chances et mérites de l’Afrique? Pourtant l’Afrique détient 2/3 des réserves de matières premières de la planète, des terres suffisantes pour nourrir les 9 milliards d’êtres humains de 2050 composée de 2/5ème d’africains dont 50% de jeunes, etc. L’avenir du monde est en Afrique et l’élite africaine regarde ailleurs. Désolant quand même. Les africains des 16 pays de la zone Cfa liés à la France, pourraient-ils une fois comprendre que leur sauveteur n’est pas français et que leur pauvreté est liée au train de vie d’une bonne partie de l’élite politique qui vit dans cette même France? Mais la difficulté est compréhensible, c’est plus une question d’idéologie que de simple choix de levier de changement.

Notes

[1] N. Sarkozy, extrait discours prononcé à Dakar en 2007 devant un parterre médusé de l’élite sénégalaise : “Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire ».

[2] Cf Procès Verschave Vs Sassou, Obiang et Déby

[3] Discours lors de la conférence des ambassadeurs de France réuni à Paris, Source :

[4][4]Notes du Pr Zhan Su lors du RIFE 2012 – Source : http://www.afriqueexpansion.com/la-...

[5]Sénégal, Guinée, Bissau, Côte-d’Ivoire, Mali, Burkina-Faso, Benin, Togo, Niger, Tchad, Cameroun, Guinée Equatoriale, Congo Brazzaville, Gabon, RCA, Comores et Djibouti.

[6]Banque des Etats d’Afrique Centrale

[7]Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest.

[8]Banque Centrale des Comores

[9]Extrait de l’article « la zone monétaire africaine, passé présent futur » paru dans www.Africamaat.com 

[10] Source : Intervention télévisée du Professeur Nicolas AGBOHOUN, économiste, sur la chaîne 3ATELESUD.

[11] Celles du Tchad sont implantées depuis la fin des années 60.

[12] Conférence de presse tenue à Ndjamena lors des festivités du cinquantenaire du Tchad en janvier 2010–source : http://www.opex360.com/2011/01/12/la-france-va-revoir-son-dispositif-militaire-au-tchad/

[15] La bourse française

[16]Sources : AFP, OMC, ICTSD, Sommet Europe-Afrique, Reuters, Xinhua, lettre hebdo N°330

[17]Les accords économiques entre la France et les pays CFA ont été signés en 1961 sous De Gaule et révisé en 1973 sous Giscard.

[18] « Françafrique, 50 ans sous le sceau du secret » en vente sur www.pharers-balises.fr

[19] Source : idem

[20] Cf La françafrique se porte bien - documentaire de l’Association Survie publié en 2009.

[21]Monnaie vietnamienne : la DONG.

dimanche, 24 février 2013

L'AFRIQUE A LA LOUPE DE LA DEPENDANCE

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Comme le montre bien l'article qui suit, les pays africains sont largement dépendants de l'étranger du point de vue commercial. Leur route pour la souveraineté économique est donc encore longue. Elle est aussi pleine d'embûches, ainsi que nous le rappellent les interventions occidentales en Côte d'Ivoire, en Libye et au Mali... (IGA)

 

Sur les 48 États de l’Afrique subsaharienne, 33 sont dans le rouge. Balance commerciale négative. Ils importent plus que ce qu’ils exportent. C’est ce qui ressort de l’atlas publié par le magazine Africa24 qui, pays par pays, dresse un tableau de l’Afrique 2012. On a là un bon indicateur de l’état de dépendance de bon nombre de pays africains.

La République démocratique du Congo, par exemple, "champion" toute catégorie : elle importe neuf fois plus qu’elle n’exporte, et l’ardoise (le déficit commercial) se chiffre à plus de 76 milliards d’euros. Seize autres États, dont le Sénégal, la Gambie, l’Éthiopie, le Kenya, le Burundi, l’Ouganda et le Rwanda sont dans le cas d’une balance commerciale où les importations pèsent plus du double des exportations. Cela laisse peu de marge de manœuvre pour les capacités "d’appropriation" nationales et autres crécelles dont on affuble aujourd’hui l’idéal d’autodétermination, principe fondateur du concert des nations.

Prise en bloc, l’Afrique subsaharienne affiche un déficit commercial de quelque dix milliards d’euros (à comparer avec les quelque 33 milliards d’euros versés en 2010 au titre "d’aides" au développement : près d’un tiers pour se payer des marchandises importées des pays "donateurs" ?). L’Afrique du Nord, printemps arabe ou non, ce n’est guère mieux : déficit commercial de près de 9 milliards d’euros avec, comme "champions" ici, l’Egypte (déficit de 20 milliards d’euros) et le Maroc (moins 15 milliards). Place Tahir, il reste du boulot...

«Guide économique 2013 du continent», Africa 24, n°8, novembre 2012/janvier 2013, 197 pages, 6,2 euros.

 

Erik Rydberg

 

In Gresea

 

Source: MICHEL COLLON.COM

samedi, 23 février 2013

LES BANQUES, CES COLOSSES AUX PIEDS D'ARGILE

 
 
arton banques


«Pour faciliter le financement, les garanties et l’instantanéité de tout ce commerce, le volume des transactions financières devait, lui, croître encore plus vite que le commerce lui-même. Il fallait inventer des formes entièrement nouvelles de finance, développer des dérivés de crédit, des titres garantis, des achats de pétrole à terme et autres, qui font que le système commercial mondial fonctionne beaucoup plus efficacement. A maints égards, l’apparente stabilité de notre commerce et de notre système financier mondiaux réaffirment le principe, énoncé par Adam Smith en 1776, simple et vérifié par l’Histoire : le libre commerce d’individus travaillant pour leur intérêt conduit à une économie croissante et stable.» Alan Greenspan |1|

L’innovation financière présentée par Alan Greenspan comme une panacée a fait un grand flop tout en provoquant des dégâts économiques et sociaux très graves, sans oublier les atteintes aux droits démocratiques des citoyennes et citoyens que la dictature des marchés et les oukases de la Troïka en Europe impliquent. Les traités européens et la politique concrète des gouvernements successifs rognent progressivement les droits démocratiques conquis par les peuples : le pouvoir législatif est soumis à l’exécutif, le Parlement européen est le cache sexe de la Commission européenne, les choix des électeurs sont de moins en moins respectés… Les gouvernants se retranchent derrière les traités afin de reprendre la rengaine de Margaret Thatcher : il n’y a pas d’alternative (TINA, There Is No Alternative) à l’austérité et au remboursement de la dette. Pendant ce temps, ils font le maximum d’une part pour porter atteinte aux droits économiques et sociaux conquis au cours de 20e siècle (voir la partie 3 de cette série) et d’autre part pour empêcher qu’une nouvelle crise bancaire majeure ne survienne. Cependant, ils ne prennent aucune mesure contraignante sérieuse pour imposer aux banques et aux autres institutions financières une nouvelle discipline. Les banques n’ont pas réellement assaini leurs comptes depuis 2007-2008. Pis, elles sont très actives dans le développement de nouvelles bulles et dans la fabrication de nouveaux produits structurés. Dans cette partie |2|, sont passés en revue les acrobaties des banques pour se financer, leur dépendance quasi-totale à l’égard des aides publiques, les bulles spéculatives en progression, les innovations financières spéculatives, les effets désastreux produits par le système bancaire actuel notamment dans le domaine de la crise alimentaire ainsi que les nouveaux risques que son mode de fonctionnement fait courir aux peuples |3|.

Les problèmes de financement à moyen et long terme

Regardons d’abord du côté du financement (c’est-à-dire du côté du passif des banques). Les banques rencontrent de gros problèmes. Les investisseurs institutionnels (fonds de pension, assurances, banques, fonds souverains…) ne leur font pas confiance, ils hésitent à acheter les obligations (covered bonds) que les banques émettent pour se financer à long terme de manière stable. Même si quelques banques comme BNP Paribas et Société Générale (les deux premières banques françaises), ou encore BBVA (la 2e banque espagnole), ont réussi à vendre des obligations, les montants totaux émis en 2012 semblent tout aussi faibles que les années précédentes. D’après le Financial Times, ce serait même la plus mauvaise année depuis 2002 |4|.

Du coup, comme elles ne trouvent pas suffisamment de financement à long terme sur les marchés, elles dépendent de manière vitale du crédit sur 3 ans accordé par la BCE pour un montant de 1 000 milliards d’euros à un taux de 1% |5|, et plus généralement des liquidités mises à leur disposition par les pouvoirs publics des pays les plus industrialisés via les banques centrales (à commencer par la Fed, la BCE, la Banque d’Angleterre, la Banque nationale de Suisse et la Banque centrale japonaise).

Les problèmes du financement à court terme

Une grande partie de leur financement, outre les dépôts de leurs clients dont le volume n’augmente guère vu la crise, doit être trouvée à court terme. Selon le rapport Liikanen, les grandes banques européennes ont besoin de 7.000 milliards de financement au jour le jour |6|. Le montant des dettes bancaires à très court terme a fortement augmenté entre 1998 et 2007, passant de 1.500 à 6.000 milliards. De 2010 à 2012, il s’est maintenu à 7.000 milliards ! Où trouvent-elles ce financement à court terme ? Elles ne le trouvent plus ou si peu sur le marché interbancaire car les banques se méfient trop les unes des autres que pour se prêter de l’argent. Elles dépendent donc des Money Market Funds (qui disposent de 2700 milliards de dollars au jour le jour) dont la disponibilité varie au gré de la crise en Europe |7|. Les MMF ont fermé le robinet à partir de juin 2011 et l’ont rouvert quand la BCE a prêté 1000 milliards |8|. A tout moment, ils peuvent à nouveau fermer le robinet ou en restreindre fortement le débit. La source la plus sûre de financement là-aussi, ce sont les banques centrales. La BCE prête désormais de l’argent massivement à 0,75% (taux en vigueur depuis mai 2012).

La conclusion est claire : sans le prêt de 1000 milliards à trois ans auquel s’ajoutent les prêts quotidiens de la BCE et des banques centrales membres de l’eurosystème (auxquelles il faut ajouter notamment la banque d’Angleterre et la Banque nationale de Suisse), de nombreuses grandes banques européennes seraient menacées par l’asphyxie et la faillite. C’est une preuve supplémentaire du fait que les banques n’ont pas assaini leur bilan. Elles doivent se financer massivement à court terme alors que du côté de leurs actifs, elles détiennent des produits à maturité longue dont la valeur est tout à fait aléatoire. Dans beaucoup de cas, la valeur des actifs inscrite au bilan ne se concrétisera pas lors de l’échéance du contrat et les banques devront enregistrer une perte qui risque d’engloutir les fonds propres.

Pas de financement via la Bourse

Du côté de la collecte de capitaux via la Bourse, la situation est aussi bouchée. Le prix des actions des banques a été en moyenne divisé par cinq depuis 2007 |9| (voir tableaux en annexe). Les investisseurs institutionnels (assurances, fonds de pension, autres fonds de placement, banques…) hésitent très fort à acheter des actions de sociétés qui sont toutes en difficulté. C’est d’ailleurs une preuve supplémentaire de la distance abyssale qu’il y a entre le fonctionnement théorique du capitalisme selon ses promoteurs et la réalité. En théorie, la Bourse doit permettre de collecter, sur du long terme (les actions sont considérées comme des placements long terme qui doivent être conservés au moins 8 ans), des capitaux pour les entreprises qui y sont cotées : cela ne marche pas car la Bourse n’est plus depuis longtemps le lieu où se financent les entreprises mais un espace de pure spéculation. C’est pour cela que les banques ont besoin d’une recapitalisation financée par les pouvoirs publics.

En revanche, toujours selon la théorie, une autre fonction de la Bourse est d’indiquer par l’évolution du prix des actions la valeur réelle des entreprises. De ce point de vue, la chute moyenne de 80% de la valeur boursière des banques constitue un diagnostic très gênant pour leurs patrons et pour les propagandistes du système capitaliste.

Ajoutons que les banques utilisent une partie des liquidités mises à leur disposition par les banques centrales pour racheter leurs propres actions. Cette mesure a deux objectifs : tenter d’empêcher la poursuite de la baisse des cours d’une part, rémunérer les actionnaires d’autre part |10|.

Des banques financées par l’argent de la drogueUne autre source du financement des banques provient de l’argent de la drogue. Le 26 janvier 2009, Antonio Maria Costa, Directeur de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODOC), a déclaré au magazine autrichien en ligne profil.at |11| que certains crédits interbancaires avaient été récemment financés « par de l’argent provenant du trafic de drogue et d’autres activités illégales ». Dernièrement, en décembre 2012, HSBC (Royaume Uni, deuxième banque au niveau mondial en terme d’actifs) a accepté de payer une amende record de 1,92 milliards de dollars |12| aux autorités américaines pour mettre fin aux poursuites dont elle faisait l’objet notamment pour blanchiment de l’argent que lui ont confié les cartels mexicains de la drogue |13|.

Des bombes à retardement dans les actifs des banques européennes et étatsuniennes

Comme indiqué plus haut, les banques détiennent comme actifs une grande quantité de produits financiers qui constituent de véritables bombes à retardement dont le mécanisme est déjà enclenché.

En Europe, 70% des produits structurés ayant comme support des crédits immobiliers commerciaux (CMBS) arrivés à maturité en 2012 ne sont pas payés |14| ! Ce sont des produits fabriqués entre 2004 et 2006, juste avant l’éclatement de la crise des subprime, qui viennent à échéance en 2012-2014. Selon l’agence de notation Fitch, seuls 24 des 122 CMBS qui venaient à maturité au cours des 11 premiers mois de 2012 ont été payés. En 2013-2014, les contrats qui viennent à échéance représentent un montant de 31,9 milliards d’euros. En 2012, JP Morgan, la première banque des Etats-Unis, a perdu 5,8 milliards de dollars sur ce marché en Europe via son bureau à Londres et les initiatives malheureuses d’un de ses chefs surnommé la Baleine |15|. Cela n’empêche pas la Deutsche Bank et Royal Bank of Scotland de recréer de nouveaux CMBS pour le marché européen ! Pourquoi ces banques se lancent-elles dans ces opérations ? Parce que le haut niveau de risque qu’ils impliquent permet d’avoir un rendement nettement supérieur à celui d’autres titres ou d’autres produits. Affaire à suivre.

Il y a encore dans les bilans des banques d’Europe et des Etats-Unis plusieurs milliers de milliards de dollars de produits structurés liés au marché immobilier résidentiel (MBS, mortgage backed securities), notamment des MBS subprime, ou d’autres catégories d’ABS (asset backed securities). Les banques qui essaient de s’en défaire n’y arrivent généralement pas à moins d’accepter une perte très importante. Fin décembre 2011, les MBS se vendaient à 43% de leur valeur mais il y avait très peu d’acheteurs |16|. Les banques sont systématiquement très discrètes quant au volume exact de MBS qu’elles détiennent encore dans leur bilan, et elles le sont encore plus en ce qui concerne les produits enregistrés hors bilan.

Les CLO, un autre produit structuré inventé dans la phase préparatoire à la crise des subprime, provoque des inquiétudes tout en attirant des banques européennes particulièrement agressives, comme Royal Bank of Scotland, dans le domaine de rendements élevés liés à la prise de risque. CLO signifie collateral loans obligations. Les CLO ont été vendus afin de procurer de l’argent à des investisseurs qui voulaient acheter des entreprises en s’endettant et en jouant au maximum sur l’effet de levier (c’est ce qu’on appelle des LBO). Ces CLO viennent à maturité et ceux qui les possèdent se demandent comment on arrivera à les payer. Le marché des CLO en Europe est totalement anémique mais il a redémarré aux Etats-Unis où il en a été vendu en 2012 pour 39 milliards de dollars. Des banques européennes en achètent car vu les risques pris, le rendement est élevé |17|. Gare à la casse.

De nouvelles bombes en préparation

JP Morgan et d’autres grandes banques se proposent de fabriquer, pour le crédit lié au commerce international, des produits structurés comparables aux CDO du crédit hypothécaire subprime. Rappelons que les Collateral Debt Obligations (CDO) étaient fabriquées à partir d’un mélange de crédits hypothécaires de qualité différente. Les banques qui fabriquaient les CDO avaient pour objectif de se défaire des crédits hypothécaires en les titrisant (c’est-à-dire en transformant un crédit en un titre revendable facilement). |18| JP Morgan souhaite faire la même chose en remplaçant les crédits hypothécaires par des crédits à l’exportation. C’est JP Morgan qui a créé à partir de 1994 l’ancêtre des CDO |19|. Le marché des crédits à l’exportation représente 10 000 milliards de dollars par an. JP Morgan veut convaincre les banques qui font du crédit lié au commerce international de mettre ces crédits dans un produit structuré afin de le revendre comme un CDO. L’objectif officiel est d’alléger le poids des actifs afin de diminuer l’effet de levier de manière à rencontrer les exigences nouvelles des autorités en termes d’augmentation des fonds propres (voir la partie 6 et les accords de Bâle III). En réalité, pour JP Morgan et les autres grandes banques qui veulent innover, il s’agit de créer un nouvel appétit pour un produit innovant sur un marché important et de faire du profit grâce à cela |20|. Là aussi, si la stratégie de JP Morgan fonctionne bien, la probabilité de provoquer des dégâts est élevée car cela risque de produire une nouvelle bulle.

La course effrénée aux résultats provoque des pertes

Quelques exemples montrent l’ampleur des risques que les banques continuent de prendre. Il y a bien sûr la perte enregistrée par la Société Générale en France (4,9 milliards d’euros) suite aux avatars d’un de ses traders, Jérôme Kerviel. On pourrait nous dire que l’affaire remonte à janvier 2008 et que les banques ont tiré la leçon depuis. Pas du tout. En septembre 2011, la banque suisse UBS a annoncé qu’elle enregistrait une perte de 2,3 milliards de dollars, en raison des opérations non autorisées réalisées par Kweku Adoboli, un administrateur de l’équipe de Global Synthetic Equities trading à Londres. Toujours à Londres, comme mentionné plus haut, la Baleine de JP Morgan a fait perdre 5,8 milliards de dollars à « sa » banque. Et ces affaires ne constituent que la pointe de l’iceberg.

Une bulle spéculative s’est formée dans le secteur des obligations d’entreprise

De nombreux observateurs des marchés financiers et une grande quantité de gestionnaires de fonds considèrent qu’une bulle spéculative s’est développée dans le secteur des corporate bonds, ces obligations que les grandes entreprises émettent pour se financer. Il s’agit d’une bulle dans le secteur des dettes des grandes entreprises privées. C’est un marché de 9.200 milliards de dollars. Pourquoi une bulle ? Les rendements que les banques et autres investisseurs institutionnels obtiennent des bons du Trésor des États-Unis et des titres souverains des principales puissances économiques de l’UE sont historiquement très bas, du coup les zinzins cherchent un secteur où les rendements sont plus élevés tout en paraissant sans risque : les obligations émises par les entreprises non financières offraient en 2011 un rendement de l’ordre de 4,5%, ce qui les a rendus très attractifs. Raison supplémentaire, les banques préfèrent acheter des obligations que d’octroyer une ligne de crédit car elles peuvent revendre les titres sur le marché secondaire |21|. Cette ruée sur les titres a provoqué en 2012 une forte chute des rendements, qui sont passés de 4,5% début 2012 à 2,7% en septembre de la même année.

Une grande entreprise comme Nestlé a pu émettre des obligations à 4 ans pour un montant de 500 millions d’euros en ne promettant que 0,75% d’intérêt annuel. C’est un cas exceptionnel, mais il indique qu’il y a bien un rush vers les obligations d’entreprises. La demande de titres est telle que, selon JP Morgan, le rendement sur les titres à haut risque (junk bonds) était en chute libre pendant l’été 2012, passant de 6,9% à 5,4%. Si la tendance se poursuit, les zinzins risquent de se retirer du marché pour chercher un autre secteur dans lequel obtenir un meilleur rendement |22|.

La soif de rendement est telle que des entreprises réussissent à émettre des titres PIK (Pay in Kind) qui ont eu leur moment de gloire avant 2006-2007 et n’avaient plus eu d’acheteur jusqu’à 2012. Il s’agit d’un titre qui ne donne lieu au paiement des intérêts qu’au moment du remboursement du capital. Évidemment, le rendement promis est élevé mais le risque est grand que l’entreprise qui a reçu le capital ne soit ni capable de le rembourser ni en mesure de payer les intérêts à l’échéance du contrat ! En effet, il y a de quoi se demander en tant que prêteur si c’est bien prudent d’octroyer une somme d’argent à une entreprise qui n’est pas en mesure de payer des intérêts avant la fin du contrat |23|. De nouveau la soif de rendement et la disponibilité de liquidités (grâce aux prêts des banques centrales) entraînent un engouement pour ce type de produits à haut risque.

La pénurie de collatéraux |24|

Jusque 2007-2008, les marchés financiers se sont développés dans un climat d’exubérance. Les banquiers et autres zinzins se prêtaient mutuellement des capitaux et achetaient des produits financiers structurés sans vérifier si le vendeur ou l’acheteur disposait d’actifs en suffisance pour assumer son acte et remplir sa part du contrat quand il arrivait à terme. Par exemple, des banquiers ont payé des primes d’assurance à Lehman Brothers et à AIG pour se protéger contre un risque de non paiement sans vérifier au préalable si Lehman ou AIG avait de quoi les indemniser au cas où le risque couvert se produisait.

Dans la majorité des transactions, l’emprunteur doit mettre un actif en garantie, c’est ce que l’on appelle un collatéral. Ce qui arrivait systématiquement et ce qui arrive encore, c’est qu’un collatéral serve simultanément de garantie dans plusieurs transactions. A emprunte à B telle somme et met en garantie un collatéral. B emprunte à C et met en garantie le même collatéral et ainsi de suite. Si la chaîne se brise à un endroit, on risque d’avoir un problème pour retrouver le collatéral. Tant qu’on était dans l’euphorie et qu’il ne fallait pas faire la preuve que le collatéral était réellement disponible, les affaires poursuivaient leur cours as usual. Depuis 2008, les choses ne tournent plus de la même manière et il arrive de plus en plus souvent que la partie qui exige un collatéral veuille être sûr qu’il est réellement disponible en cas de besoin, que sa valeur est bien authentifiée et qu’il est de bonne qualité. Les collatéraux circulent moins et les moins sûrs sont refusés. |25|

Effectivement, il est raisonnable de ne pas accepter comme collatéral un actif toxique du genre CDO subprime. Cela a abouti à un début de pénurie de collatéraux. La société financière Dexia, en 2011 et 2012, a souffert d’une insuffisance de collatéraux de qualité, ce qui l’a empêché de trouver les financements dont elle avait besoin. En 2012, elle a emprunté pour près de 35 milliards d’euros à la BCE à 1% dans le cadre du LTRO. Les énormes prêts de la BCE n’ont pas suffi à Dexia qui s’est tournée une nouvelle fois vers les Etats belges et français en octobre-novembre 2012 afin d’obtenir 5 milliards d’euros de recapitalisation.

Selon le Financial Times, les banques espagnoles sont devenues expertes dans la création de collatéraux. Elles fabriquent des produits structurés ABS à partir de crédits hypothécaires douteux ou d’autres crédits pas plus sûrs, puis elles les fourguent comme collatéraux à la BCE afin d’obtenir des liquidités |26|. Ainsi, la BCE accepte des collatéraux de basse qualité qui ont été expressément fabriqués pour elle. C’est là une nouvelle preuve de la servilité de la BCE à l’égard des banquiers.

A propos des collatéraux, il faut ici aussi dénoncer les mensonges concernant les titres souverains qui seraient par principe une cause de problème pour les banques. Les titres souverains sont des collatéraux beaucoup plus sûrs que la plupart des titres privés. D’ailleurs, les banques ne se privent pas de les utiliser comme collatéraux de premier choix pour emprunter des capitaux à la BCE.

Les dettes souveraines

Justement, revenons aux dettes souveraines. Jusqu’ici, elles n’ont provoqué aucun désastre bancaire. Cependant, il est clair que dans des pays comme l’Espagne et l’Italie, les banques sont en train d’augmenter fortement les achats de titres de dette émis par leur gouvernement. Elles ont deux bonnes raisons pour procéder de la sorte : d’une part, elles disposent de fortes liquidités prêtées par la banque centrale à très bas taux d’intérêt (entre 0,75 et 1%) ; d’autre part, les titres de leur pays sont rémunérateurs (entre 4 et 7%). Mais la politique d’austérité est tellement brutale qu’il n’est pas certain que les gouvernements espagnol et italien seront toujours en mesure de rembourser. Le problème n’est pas immédiat, mais il ne faut pas exclure des difficultés à l’avenir |27|.

Les dettes souveraines ne constituent pas le talon d’Achille des banques privéesDe manière permanente, les principaux médias appuient le discours des banquiers et des gouvernants sur le danger que représenteraient les dettes souveraines. Pour faire toute la clarté sur le sujet afin d’enlever l’argument de la dette souveraine aux détenteurs du pouvoir qui imposent des politiques antisociales, il est essentiel d’avancer des contre-arguments. C’est pourquoi, dans cette série, des données sont fournies à ce sujet. Dans un récent rapport publié par le FMI |28|, on trouve un graphique sur la part que représentent les dettes souveraines dans les actifs des banques privées de 6 pays clés. Selon ce graphique, les dettes du gouvernement ne représentent que 2% des actifs des banques britanniques |29|, 5% des actifs des banques françaises, 6% des actifs des banques des Etats-Unis et d’Allemagne, 12% des actifs des banques italiennes. Le Japon est le seul des 6 pays mentionnés où les dettes du gouvernement représentent une part importante des actifs bancaires, soit 25%. Ce n’est pas tous les jours que le FMI apporte de l’eau à notre moulin. La conclusion que nous tirons et que le FMI se garde bien de tirer, c’est qu’il est d’autant plus facile d’annuler les dettes publiques illégitimes…

La banque de l’ombre ou le Shadow banking

Une des sources principales de la fragilité des banques est constituée par leurs activités hors bilan qui, dans certains cas, peuvent dépasser largement le volume officiel du bilan déclaré. Les grandes banques continuent à créer et à utiliser des sociétés ad hoc (Special Purpose Vehicles, MMF) qui ne sont pas considérés comme des banques et ne sont pas soumises aux règlementations bancaires |30| (déjà très lâches). Jusqu’ici, ces sociétés spécifiques peuvent opérer sans aucun contrôle ou dans le cas des MMF avec un contrôle très léger, en faisant des prêts aux banques ou en réalisant toutes sortes de spéculations avec une multitude de dérivés ou d’actifs physiques (matières premières, produits agricoles) sur les marchés à terme ou sur le marché de gré à gré (OTC) lui-même non réglementé. L’opacité est totale ou presque. Les banques ne sont pas tenues de déclarer dans leurs comptes les activités des sociétés non bancaires qu’elles ont créées. Les plus dangereuses sont les activités menées par les Special Purpose Vehicles car ce sont les plus dissimulées. Si les pertes d’une de ces sociétés provoquent leur faillite, la banque qui l’a créée est forcée par les créanciers de finalement inscrire la perte dans ses comptes, ce qui peut provoquer l’engloutissement de son capital et sa propre faillite (ou encore son rachat par une autre banque ou par les pouvoirs publics, ou encore son sauvetage par les pouvoirs publics). C’est ce qui s’est passé avec Lehman Brothers, Merrill Lynch, Bear Stearns, Royal Bank of Scotland, Dexia, Fortis et plusieurs autres banques après 2008.

La bulle spéculative sur les commodities |31|

Via leurs activités de trading, les banques sont les principaux spéculateurs sur les marchés de gré à gré et à terme de matières premières et de produits agricoles car elles disposent de moyens financiers nettement plus élevés que les autres protagonistes. Visitez le site du Commodity business awards (http://www.commoditybusinessawards….) et vous trouverez une liste des banques et des courtiers qui jouent un rôle de tout premier plan sur le marché des commodities (que ce soit le marché où elles s’achètent et se vendent physiquement, ou le marché des dérivés qui ont pour sous jacent des commodities). Parmi ces banques, on retrouve le plus souvent BNP Paribas, Morgan Stanley, Crédit Suisse, Deutsche Bank, Société Générale.
D’ailleurs, des banques essayent de se doter d’instruments pour contrôler directement des stocks de matières premières. C’est le cas du Crédit Suisse qui est associé à Glencore |32|, la plus grande société mondiale de courtage en matières premières. De son côté, JP Morgan veut se doter d’un stock de cuivre allant jusqu’à 61.800 tonnes afin de peser sur les cours |33|.
Ce sont des acteurs de tout premier ordre dans le développement de la bulle spéculative qui s’est formée sur le marché des commodities |34|. Quand la bulle éclatera, l’effet boomerang sur la santé des banques provoquera de nouveaux dégâts. Sans parler, et c’est beaucoup plus grave, des conséquences pour les populations des pays du Sud exportateurs de matières premières.

Retour sur le rôle fondamental de la spéculation dans l’envolée des prix des aliments et du pétrole en 2007-2008La spéculation sur les principaux marchés des Etats-Unis où se négocient les prix mondiaux des biens primaires (produits agricoles et matières premières) a joué un rôle primordial dans l’augmentation brutale des prix des aliments en 2007-2008. |35| Cette hausse des prix avait entraîné une forte augmentation du nombre de personnes souffrant de la faim, dont le nombre avait crû de plus de 140 millions en un an et le chiffre total dépassait le milliard (un humain sur 7). Les acteurs principaux de cette spéculation ne sont pas des francs-tireurs, ce sont les investisseurs institutionnels (les zinzins) : les banques |36|, les fonds de pension, les fonds d’investissements, les sociétés d’assurances. Les hedge funds et les fonds souverains |37| ont aussi joué un rôle, même si leur poids est bien inférieur à celui des investisseurs institutionnels |38|.Michael W. Masters, qui dirigeait depuis douze ans un hedge fund à Wall Street, en a apporté la preuve dans un témoignage qu’il a présenté devant une commission du Congrès à Washington le 20 mai 2008 |39|. Devant cette commission chargée d’enquêter sur le rôle possible de la spéculation dans la hausse des prix des produits de base, il déclare : « Vous avez posé la question : Est-ce que les investisseurs institutionnels contribuent à l’inflation des prix des aliments et de l’énergie ? Ma réponse sans équivoque est : OUI » |40|. Dans ce témoignage qui fait autorité, il explique que l’augmentation des prix des aliments et de l’énergie n’est pas due à une insuffisance de l’offre mais à une augmentation brutale de la demande venant de nouveaux acteurs sur les marchés à terme des biens primaires (« commodities ») où l’on achète les « futurs ». Sur le marché des « futurs » (ou contrat à terme), les intervenants achètent la production à venir : la récolte de blé qui sera faite dans un an ou dans deux ans, le pétrole qui sera produit dans 3 ou 6 mois. En temps « normal », les principaux intervenants sur ces marchés sont par exemple des compagnies aériennes qui achètent le pétrole dont elles ont besoin ou des firmes alimentaires qui achètent des céréales. Michael W. Masters montre qu’aux États-Unis, les capitaux alloués par les investisseurs institutionnels au segment « indextrading » des biens primaires des marchés à terme sont passés de 13 milliards de dollars fin 2003 à 260 milliards en mars 2008 |41|. Les prix des 25 biens primaires cotés sur ces marchés ont grimpé de 183% pendant la même période. Il explique qu’il s’agit d’un marché étroit |42|. Il suffit que des investisseurs institutionnels comme des fonds de pension ou des banques allouent 2% de leurs actifs pour bouleverser la situation. Le prix des biens primaires sur le marché à terme se répercute immédiatement sur le prix actuel de ces biens. Il montre que les investisseurs institutionnels ont acheté des quantités énormes de maïs et de blé en 2007-2008, ce qui a produit une flambée des prix.

A noter qu’en 2008 l’organe de contrôle des marchés à terme, la Commodity Futures trading Commission (CFTC), a considéré que les investisseurs institutionnels ne pouvaient pas être considérés comme des spéculateurs. La CFTC considère les zinzins en tant que participants commerciaux sur les marchés (« commercial market participants »). Cela lui permet d’affirmer que la spéculation ne joue pas un rôle significatif dans l’envolée des prix. Une sévère critique de la CFTC est faite par Michael W. Masters, mais surtout par Michael Greenberger, professeur de droit à l’université de Maryland, qui a témoigné devant la commission du Sénat le 3 juin 2008. Michael Greenberger, qui a été directeur d’un département de la CFTC de 1997 à 1999, critique le laxisme des dirigeants de la CFTC qui font l’autruche face à la manipulation des prix de l’énergie par les investisseurs institutionnels. Il cite une série de déclarations de dirigeants de la CFTC dignes de figurer dans une anthologie de l’hypocrisie et du crétinisme. Michael Greenberger considère que 80 à 90% des transactions sur les Bourses des États-Unis dans le secteur de l’énergie sont spéculatives |43|.

Le 22 septembre 2008, en pleine tourmente financière aux États-Unis, alors que le président Bush annonçait un plan de sauvetage des banques de 700 milliards de dollars, le prix du soja faisait un bond spéculatif de 61,5% !

Jacques Berthelot montre lui aussi le rôle crucial qu’a joué la spéculation des banques dans la montée des prix |44|. Il donne l’exemple d’une banque belge, KBC, qui a mené une campagne publicitaire pour vendre un nouveau produit commercial : un investissement des épargnants dans six matières premières agricoles. Pour convaincre des clients d’investir dans son fonds de placement « KBC-Life MI Security Food Prices 3 », la publicité de KBC affirme : « Tirez avantage de la hausse du prix des denrées alimentaires ! ». Cette publicité présente comme une « opportunité » la « pénurie d’eau et de terres agricoles exploitables » ayant pour conséquence « une pénurie de produits alimentaires et une hausse du prix des denrées alimentaires » |45|.

En attendant, du côté de la justice américaine, on donne raison aux spéculateurs. C’est ce que dénonce Paul Jorion dans une opinion publiée dans Le Monde. Il met en cause la décision d’un tribunal de Washington qui a invalidé le 29 septembre 2012 des mesures prises par la CFTC « qui visaient à plafonner le volume des positions qu’un intervenant peut prendre sur le marché à terme des matières premières, afin qu’il ne puisse pas à lui seul, le déséquilibrer » |46|.

La spéculation sur les monnaies

Les banques sont également les principaux acteurs sur le marché des devises. Elles entretiennent une instabilité permanente des taux de change. Environ 98 % des échanges de devises sont de type spéculatif. Seuls 2% des transactions quotidiennes en devises concernent des investissements, du commerce de biens et de services liés à l’économie réelle, des envois de migrants, des crédits ou des remboursements de dette… Le volume quotidien des transactions sur le marché des devises oscille entre 3000 et 4000 milliards de dollars ! Les banques jouent également à fond sur des dérivés de change qui peuvent provoquer des pertes considérables sans compter les dommages causés à la société à cause de l’instabilité des monnaies.

Voici plus de trente ans, James Tobin, ancien conseiller de John F. Kennedy, proposait de mettre un grain de sable dans les rouages de la spéculation internationale. Malgré tous les beaux discours de certains chefs d’Etats, le fléau de la spéculation sur les monnaies s’est encore aggravé. Le lobby des banquiers et des autres zinzins a obtenu qu’aucun grain de sable ne vienne perturber leur activité destinée à créer du profit. La décision prise en janvier 2013 par une douzaine de gouvernements de la zone euro d’imposer une taxe d’un millième sur les transactions financières est totalement insuffisante.

Le trading à haute fréquence

Le trading à haute fréquence permet de passer des ordres sur le marché en 0,1 milliseconde (c’est-à-dire en un dix millième de seconde !). Le projet de « Loi de régulation et de séparation des activités bancaires », présenté le 19 décembre 2012 à l’Assemblée nationale française par Pierre Moscovici, ministre de l’Économie et des Finances, contient une présentation intéressante du trading à haute fréquence : « Le trading à haute fréquence est une activité de marché déléguée à des ordinateurs commandés par des algorithmes informatiques qui combinent l’extraction de l’information de marché, son analyse et le passage d’ordres à une fréquence toujours plus élevée. Ils peuvent ainsi envoyer jusqu’à plusieurs milliers d’ordres par seconde aux plates-formes d’échange, contribuant occasionnellement à leur saturation. Les risques sont élevés en cas d’erreur de codage provoquant un mouvement financier aberrant (à l’origine de la quasi-faillite de Knight Capital Group en août 2012 par exemple). En 2011, le trading à Haute Fréquence représentait plus de 60% des ordres sur actions passés à la bourse de Paris, pour environ 33 % des ordres donnant effectivement lieu à transaction. »

Le trading à haute fréquence est clairement lié à une démarche spéculative : manipuler les marchés financiers afin d’influer les prix et d’en tirer un profit. Les techniques principales de manipulations sont répertoriées par les spécialistes. Le Quote stuffing consiste à bourrer la cotation d’ordres complètement inutiles afin de forcer la concurrence à analyser ces milliers d’ordres. Il s’agit de ralentir les concurrents en les leurrant. Ces ordres sont ignorés par le système qui les émet, et de toute façon ne seront pas exécutés car en dehors des meilleurs couples achats / ventes. Cela peut donner un avantage là ou chaque milliseconde compte |47|. S’ils veulent vendre un paquet d’actions au prix le plus élevé possible, les traders à haute fréquence peuvent utiliser la technique du Layering. Il s’agit de placer une série d’ordres d’achat jusqu’à un palier et de créer ainsi des couches (layers) d’ordres. Une fois ce palier atteint, la stratégie consiste à vendre massivement et dans le même temps à annuler tous les ordres d’achats restants que l’on a placés. Le Layering repose sur l’espoir d’un remplissage du carnet d’ordre à l’achat par les autres intervenants venant combler l’écart, puis de les surprendre en inversant la tendance |48|.

Le 6 mai 2010, la Bourse de Wall Street a vécu un « flash crash » |49| typiquement provoqué par le trading à haute fréquence comprenant notamment une opération de Quote stuffing. Ce jour-là, l’indice Dow Jones a perdu environ 998,52 points (avant de regagner 600 points) entre 14h42 et 14h52. Une baisse de 9,2% en l’espace de 10 minutes était sans précédent dans l’histoire. Cet incident a mis à jour l’implication du trading à haute fréquence qui représente grosso modo les deux tiers des transactions boursière à Wall Street.

D’autres accidents de ce genre se produiront certainement à l’avenir. Les grandes banques qui recourent activement au trading à haute fréquence s’opposent à son interdiction ou à sa mise sous contrôle strict sous prétexte de maintenir la plus grande fluidité possible dans les marchés financiers.

Le trading pour compte propre

L’activité de trading des banques pour leur propre compte, appelée « proprietary trading » dans le jargon financier anglo-saxon, est capitale pour les banques. Elle leur procure une grande partie de leurs revenus et de leurs bénéfices mais est porteuse de risques très importants. Cette activité de trading consiste à utiliser les ressources de la banque (fonds propres, dépôts des clients, emprunts) pour prendre des positions (à l’achat ou à la vente) sur les différents marchés financiers : actions, taux d’intérêt, devises, marchés dérivés, futures ou options sur ces instruments, marchés à terme des matières premières et des produits agricoles (y compris aliments), marché immobilier. Le trading est clairement une activité spéculative car il s’agit de profiter de mouvements de prix à court terme que leurs actes contribuent grandement à provoquer. Une illustration des ces activités spéculatives est fournie par la perte de 4,9 milliards d’euros enregistrée par la Société Générale en 2008 suite aux agissements d’un de ses traders, Jérôme Kerviel, qui avait pris des positions sur près de 50 milliards d’euros. Dans le cas des déboires de JP Morgan, la Baleine de Londres, responsable de son département « proprietarytrading », avait engagé les fonds de la banque pour un montant de 100 milliards de dollars. Les montants mis en jeu par les banques dans le « proprietary trading » sont tels que les pertes qu’ils peuvent générer sont de nature à menacer leur survie même.

Le short-selling, une pratique spéculative de plus

Le short-selling (ou vente à découvert) consiste à vendre un titre sans le posséder au moment de la vente, mais avec l’intention de le racheter ultérieurement, avant de le livrer à l’acheteur. Pour la Banque de France : « Cette pratique peut être divisée en deux catégories :
• le covered short-selling : il s’agit du cas où le vendeur a emprunté le titre qu’il s’est engagé à vendre avant de réaliser son opération de short-selling (ou qu’il a établi un accord qui lui assure qu’il pourra l’emprunter). Concrètement, le titre qu’il emprunte sera vendu et il s’engage à délivrer un titre de même nature au prêteur ;
• le naked short-selling ou uncovered short-selling : il s’agit du cas où le vendeur n’a ni réalisé d’emprunt préalable ni conclu d’accord lui garantissant l’emprunt d’un titre avant de vendre ce titre. Le vendeur devra donc acheter un titre identique afin de le livrer à l’acheteur. » |50|

Selon la Fédération bancaire française, « le mécanisme de vente à découvert est utile au bon fonctionnement des marchés.(…) Il augmente ainsi la liquidité du marché » |51|. On croit rêver !

Qui pratique le short-selling et pourquoi ?

Le short-selling est pratiqué par un grand nombre de participants de marché tels que les banques, les hedge funds, les gestionnaires de fonds traditionnels (fonds de pension, compagnies d’assurance)… Il est purement spéculatif : le banquier ou un autre zinzin qui y a recours anticipe une baisse du prix du titre vendu. Au moment de livrer le titre, si sa prévision s’avère juste, il l’achètera à un prix inférieur à celui du prix de vente et réalisera ainsi un gain financier. Ce type de pratique contribue à l’instabilité des marchés. Pendant l’été 2011, la chute brutale des cours des actions bancaires a été amplifiée par les short selling. On comprend pourquoi, pour différentes raisons, ces activités devraient être purement et simplement interdites |52|.

L’effet de levier

Comme elles utilisent l’effet de levier |53| de manière systématique, leurs fonds propres |54| sont très faibles en rapport aux engagements qu’elles prennent. C’est d’ailleurs, de leur point de vue, l’objectif recherché : avoir le moins de fonds propres possibles proportionnellement au bilan. En effet, même si le bénéfice global est faible quand on le calcule en % des actifs, il peut donner un rendement sur fonds propres élevé si ceux-ci sont très petits. Imaginons un bénéfice de 1,2 milliard d’euros sur un volume d’actif de 100 milliards, cela donne 1,2% de profit. Mais si les fonds propres s’élèvent à 8 milliards d’euros, le bénéfice représente en fait 15% de rendement sur fonds propres. Si, par la suite, la banque développe l’effet de levier et emprunte sur les marchés financiers 200 milliards, le volume des actifs passe à 300 milliards, les fonds propres n’ont pas augmenté, ils sont toujours de 8 milliards, mais le passif a augmenté avec les 200 milliards de dettes nouvelles. Imaginons que la banque fasse le même taux de bénéfice qu’avant l’augmentation de sa dette et de ses actifs, soit 1,2%, cela donne 3,6 milliards d’euros. Comparés aux fonds propres de 8 milliards, cela donne un rendement sur fonds propres de 45%. Voici la raison fondamentale pour augmenter l’effet de levier grâce au recours à l’endettement.

Nous l’avons vu dans les parties 2 et 4 de cette série, des pertes en apparence minimes peuvent entraîner rapidement une faillite et la nécessité d’un sauvetage. Dans l’exemple théorique présenté plus haut, une perte de 8 milliards sur des actifs totaux de 300 milliards (c’est-à-dire une perte de 2,66%) ferait disparaître totalement le capital et provoquerait la faillite. C’est arrivé à Lehman Brothers, à Merrill Lynch, à Royal Bank of Scotland, etc. Le FMI, dans son Rapport sur la stabilité financière globale publié en octobre 2012, estime que l’effet de levier des banques européennes était de 23 mais cette estimation, précise le FMI, ne prend pas en compte les dérivés. Il s’agit du rapport entre les actifs tangibles (sans les dérivés) et les fonds propres. 23 pour 1, c’est un ratio extrêmement élevé ! |55| L’effet réel de levier est plus important car les banques ont en hors bilan à la fois des dettes et des actifs (notamment des dérivés pour un montant très élevé).

Conclusion : Les grandes banques continuent à jouer avec le feu car elles sont persuadées que, chaque fois qu’elles en auront besoin, elles seront secourues par les pouvoirs publics. Elles ne rencontrent sur leur chemin aucun obstacle sérieux de la part des autorités (cet aspect sera développé dans la partie 6). En même temps, leur comportement les met en permanence au bord du gouffre. Malgré leur campagne de communication pour retrouver la confiance du public, elles n’ont aucune volonté d’adopter une logique autre que la recherche du maximum de profit immédiat et du maximum de pouvoir pour influer sur les décisions des gouvernants. Leur force est le reflet de la décision des gouvernants actuels de les laisser faire. Ce n’est que pour la galerie qu’ils adoptent un ton moralisateur à l’égard des banques et qu’ils leur demandent d’être responsables et moins gourmandes en terme de bonus et d’autres formes de rémunération.

Ce que Karl Marx écrivait en 1867 dans Le Capital s’applique encore aux banques d’aujourd’hui : « Dès leur naissance les grandes banques, affublées de titres nationaux, n’étaient que des associations de spéculateurs privés s’établissant à côté des gouvernements et, grâce aux privilèges qu’ils en obtenaient, à même de leur prêter l’argent du public. » |56|

La capacité de nuisance des banques est colossale. Pour celles et ceux qui croient encore sincèrement qu’une autre banque capitaliste est possible, il est temps d’ouvrir les yeux et de prendre conscience qu’il s’agit d’une chimère. Il est nécessaire de retirer l’intégralité du secteur bancaire des mains des capitalistes (sans leur verser d’indemnités) et d’en faire un service public contrôlé par les utilisateurs, par les travailleuses et travailleurs du secteur, par les mouvements citoyens. |57| C’est le seul moyen de garantir le respect intégral des obligations d’un service public de l’épargne et du crédit visant le bien commun.

Dans la partie 6, seront passées en revue les nouvelles réglementations en matière bancaire.


Eric Toussaint

Annexe : Évolution du cours des actions de 17 banques



Tableaux réalisés par Yvette Krolikowski (CADTM) – Sources Les échos et abcbourse

Notes

|1| Alan Greenspan, Le Temps des turbulences, Jean-Claude Lattès, Paris, 2007, p. 472.

|2| La première partie de la série, intitulée « 2007-2012 : 6 années qui ébranlèrent les banques » a été publiée le 19 novembre 2012 ; la seconde partie intitulée « La BCE et la Fed au service des grandes banques privées » a été publiée le 29 novembre 2012, voir http://cadtm.org/La-BCE-et-la-Fed-a… ; la troisième partie intitulée « La plus grande offensive contre les droits sociaux menée depuis la seconde guerre mondiale à l’échelle européenne » a été publiée le 23 décembre 2012, voirhttp://cadtm.org/La-plus-grande-off… ; la quatrième partie intitulée « Descente dans le milieu vicieux des banques » a été publiée le 14 janvier 2013, voir http://cadtm.org/Descente-dans-le-m…

|3| L’auteur remercie Olivier Chantry, Brigitte Ponet, Patrick Saurin et Damien Millet pour leurs conseils.

|4Financial Times, 27-28 octobre 2012.

|5| Ce prêt que la BCE a octroyé à 800 banques européennes pour un montant de 1000 milliards d’euros à 1% de taux d’intérêt et pour une période de 3 ans a été analysé dans la seconde partie de cette série sous le titre : « La BCE et la Fed au service des grandes banques privées » (publiée le 29 novembre 2012, voir http://cadtm.org/La-BCE-et-la-Fed-a… )

|6| Voir Erkki Liikanen (chairperson), High-level Expert Group on reforming the structure of the EU banking sector, October 2012, Brussels. Erkki Liikanen est le gouverneur de la banque centrale de Finlande. Onze experts composaient un groupe de travail constitué par le Commissaire européen Michel Barnier afin de poser un diagnostic sur la situation des banques européennes et de proposer des réformes du secteur bancaire européen. Un des intérêts du rapport Liikanen, c’est qu’il confirme officiellement les turpitudes des banques, les risques ahurissants qu’elles ont pris pour faire un maximum de profit. Le groupe créé en février 2012 a remis son rapport en octobre 2012. Voir :http://ec.europa.eu/internal_market…
Les donnés concernant les besoins de financement au jour le jour proviennent du graph 2.5.1, p.27. Dans la suite de ce texte, ce document sera appelé le Rapport Liikanen.

|7| Les MMF ont été présentés dans la partie 4 de cette série.

|8| Voir « La BCE et la Fed au service des grandes banques privées », publié le 29 novembre 2012,http://cadtm.org/La-BCE-et-la-Fed-a…

|9| Rapport Liikanen, graph 2.4.1.

|10| Les actionnaires qui vendent des actions à leur banque transforment un titre de papier en argent liquide. Du point de vue fiscal, il est plus intéressant de percevoir un revenu en revendant une partie des actions qu’on détient que de percevoir un dividende.

|11http://www.profil.at/articles/0905/…

|12| Le montant de l’amende est élevé par rapport aux amendes habituelles payées par les banques mais en regard de ses actifs, HSBC, paie une aumône. La somme versée par HSBC aux autorités américaines représente moins d’un millième de ses actifs : 1.920.000.000$ (soit 1.443.000.000€) alors que ses actifs s’élèvent à 1.967.796.000.000 €.

|13| On reviendra sur cette question dans la partie 7 de cette série.

|14Financial Times, « Europe’s property loans unpaid », 4 décembre 2012, p. 23,http://www.ft.com/cms/s/0/2183f122-…

|15Financial Times, “Mortgage-backed securities make a comeback”, 15 octobre 2012,
http://www.ft.com/intl/cms/s/0/ee87…

|16Financial Times, 21 décembre 2011, p. 24

|17Financial Times, “Traders warn of sting in tail for crisis-era securities”, 15 November 2012, p. 24

|18| Il s’agissait également de réduire certains le poids de certains produits dans le volume total des actifs pour les remplacer par d’autres avec un meilleur rendement.

|19| Voir Gillian Tett, L’Or des fous, Paris, Le jardin des Livres, 2011.

|20Financial Times, « Banks test CDO-style finance for trade », 9 avril 2012.

|21| D’ailleurs, le volume des crédits bancaires aux ménages et aux entreprises a tendance à baisser ou à très faiblement augmenter. C’est lié au fait que les banques durcissent les conditions de prêts. Les banques préfèrent acheter des titres (même à haut risque) que d’ouvrir ou d’augmenter une ligne de crédit aux ménages et aux entreprises. Les petites et moyennes entreprises n’ont pas la possibilité d’émettre des obligations sur les marchés financiers, elles rencontrent donc de graves problèmes pour se financer.

|22| Voir notamment Financial Times, « Fears grow bond rush will turn to price rout », 22 novembre 2012 et Financial Times, “Funds warn of stretched European debt rally”, 17 octobre 2012.

|23| James Mackintosh, « Change would pop the corporate bond bubble », Financial Times, 25 novembre 2012. Voir également l’article mentionné plus haut.

|24| Collatéral : Actif transférable ou garantie apportée, servant de gage au remboursement d’un prêt dans le cas où le bénéficiaire de ce dernier ne pourrait pas satisfaire à ses obligations de paiement. Source: Banque de France.

|25| Voir Manmohan Singh, «Beware effects of weakening chains of collateral», Financial Times, 28 juin 2012.

|26Financial Times, «Collateral damage», 25 octobre 2012

|27| C’est d’ailleurs pourquoi la thèse centrale de ce texte consiste à dire qu’il faut à la fois répudier la dette publique illégitime et socialiser les banques. En réalisant cette double opération (et en prenant d’importantes mesures complémentaires), il est parfaitement possible de donner une issue positive à la crise.

|28| IMF, Global Financial Stability Report, Restoring Confidence and Progressing on Reforms, October 2012 http://www.imf.org/External/Pubs/FT… , p. 52

|29| Il s’agit des dettes du gouvernement britannique en possession des banques britanniques. Idem pour les autres pays.

|30| Rapport Liikanen, p. 77.

|31| Les commodities regroupent le marché des matières premières (produits agricoles, minerais, métaux et métaux précieux, pétrole, gaz…). Les commodities comme les autres actifs font l’objet de négociations permettant la détermination de leurs prix ainsi que leurs échanges sur des marchés au comptant, mais aussi sur des marchés dérivés.

|32| Glencore est une compagnie de négoce et courtage de matières premières fondée par le trader Marc Rich. Elle est basée en Suisse à Baar, dans le canton de Zoug, bien connu des fraudeurs de haut vol. Marc Rich a été poursuivi à plusieurs reprises pour corruption et évasion fiscale. En 2011, le groupe dit employer plus de 2 700 personnes affectées au marketing et 54 800 personnes (dans 30 pays) affectées directement ou indirectement aux opérations industrielles de Glencore. Selon les données disponibles, Glencore contrôlait en 2011 environ 60 % du zinc mondial, 50 % du cuivre, 30 % de l’aluminium, 25 % du charbon, 10 % des céréales et 3 % du pétrole. Cette société très controversée a reçu en 2008 le prix du Public Eye Awards de la multinationale la plus irresponsable. Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Glencore. Glencore était en 2012 en pourparlers de fusion avec Xstrata, autre société suisse spécialisé dans le courtage. Voir http://affaires.lapresse.ca/economi…

|33Financial Times, « JPMorgan copper ETF plan would ‘wreak havoc’ », 24 mai 2012, p. 15

|34| Bien sûr, parmi les puissants protagonistes du marché des matières premières et des produits alimentaires, il faut ajouter les grandes entreprises spécialisées dans l’extraction, la production et la commercialisation des commodities : dans les minerais, Rio Tinto, BHP Billiton, Vale do Rio Doce ; dans le pétrole, ExxonMobil, BP, Shell, Chevron, Total… ; dans les aliments, Cargill, Nestlé… et bien d’autres.

|35| Le texte de cet encadré est largement extrait de : Eric Toussaint, « Une fois encore sur les causes de la crise alimentaire », 9 octobre 2008, http://cadtm.org/Une-fois-encore-su…

|36| Notamment BNP Paribas, JP Morgan, Goldman Sachs, Morgan Stanley et, jusqu’à leur disparition ou leur rachat, Bear Stearns, Lehman Brothers, Merrill Lynch.

|37| Les fonds souverains sont des institutions publiques qui appartiennent, à quelques exceptions près, à des pays émergents comme la Chine ou à des pays exportateurs de pétrole. Les premiers fonds souverains ont été créés dans la deuxième moitié du XXe siècle par des gouvernements qui souhaitaient mettre de côté une partie de leurs recettes d’exportation provenant du pétrole ou de produits manufacturés.

|38| Au niveau mondial, au début de l’année 2008, les investisseurs institutionnels disposaient de 130 000 milliards de dollars, les fonds souverains de 3 000 milliards de dollars et les hedge funds de 1 000 milliards de dollars.

|39| Testimony of Michael W.Masters, Managing Member/Portfolio Manager Masters Capital Management, LLC, before the Committee on Homeland Security and Governmental Affairs United States Senate http://hsgac.senate.gov/public/_fil…

|40| « You have ask the question “Are Institutional Investors contributing to food and energy price inflation ?” And my answer is “YES” ».

|41| « Assets allocated to commodity index trading strategies have risen from $13 billion at the end of 2003 to $260billion as of March 2008”.

|42| « En 2004, la valeur totale des contrats futurs concernant 25 biens primaires s’élevait seulement à 180 milliards de dollars. A comparer avec le marché mondial des actions qui représentait 44.000 milliards, ou plus de 240 fois plus. ». Michael W. Masters indique que cette année-là, les investisseurs institutionnels ont investi 25 milliards de dollars dans le marché des futurs, ce qui représentait 14% du marché. Il montre qu’au cours du premier trimestre 2008, les investisseurs institutionnels ont augmenté très fortement leur investissement dans ce marché : 55 milliards en 52 jours ouvrables. De quoi faire exploser les prix !

|43| Voir Testimony of Michael Greenberger, Law School Professor, University of Maryland, before the US Senate Committee regarding “Energy Market Manipulation and Federal Enforcement Regimes”, 3 juin 2008, p. 22.

|44| Jacques Berthelot, « Démêler le vrai du faux dans la flambée des prix agricoles mondiaux », 15 juillet 2008, p. 51 à 56. En ligne : www.cadtm.org/spip.php ?artic…

|45http://www.lalibre.be/index.php?vie…

|46| Paul Jorion, « Le suicide de la finance », Le Monde, 9 octobre 2012.

|47http://www.nanex.net/20100506/Flash…

|48| Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Transa…

|49| Le FDIC et la SEC des Etats-Unis ont produit un rapport détaillé du « Flash Crash » du 6 mai 2010 : « Findings Regarding the Market Events of May 6, 2010 »,http://www.sec.gov/news/studies/201…

|50| Voir p. 42 : http://www.banque-france.fr/fileadm…

|51| Fédération bancaire française (FBF), Rapport d’activités 2010, Paris, 2011.

|52| La question des Credit Default Swaps (CDS) sera abordée dans la partie 6. Elle a par ailleurs été abordée de manière assez détaillée dans Eric Toussaint, « CDS et agences de notation : fauteurs de risques et de déstabilisation », publié le 23 septembre 2011, http://cadtm.org/CDS-et-agences-de-…

|53| Voici la définition de l’effet de levier par la Banque de France : L’effet de levier mesure l’effet d’un recours plus ou moins important à l’endettement sur la rentabilité financière, pour une rentabilité économique donnée. En acceptant un recours à l’endettement, les actionnaires d’une entreprise ou d’une institution financière s’attendent à un retour encore plus important en bénéfice en raison du risque supplémentaire pris. Voir p. 112 : http://www.banque-france.fr/fileadm…

|54| Fonds propres : Capitaux dont dispose une entreprise, autres que ceux qu’elle a empruntés. Les fonds propres sont repris au passif d’un bilan de société. Source :http://www.lesclesdelabanque.fr/Web…
Les Fonds propres comprennent également les réserves, c’est-à-dire les bénéfices mis en réserve.

|55IMF, Global Financial Stability Report, Restoring Confidence and Progressing on Reforms, October 2012 http://www.imf.org/External/Pubs/FT… , p. 31

|56| Karl MARX, 1867, Le Capital, livre I, Œuvres I, Gallimard, La Pléiade, 1963, chapitre 31.

|57| Comme indiqué dans la partie 4, un secteur bancaire coopératif de petite taille devrait coexister avec le secteur public.

Eric Toussaint, maître de conférence à l’université de Liège, est président du CADTM Belgique (Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde, www.cadtm.org) et membre du conseil scientifique d’ATTAC France. Il a écrit, avec Damien Millet, AAA. Audit Annulation Autre politique, Seuil, Paris, 2012.


Source: MONDIALISATION.CA

FRANCE - L’ETAT GUERRIER (Réédition)

france,algérie,l’etat guerrier,djamel labidi,le quotidien d'oran du jeudi 17 janvier 2013

 

Une intervention militaire française en chasse une autre: Côte d'ivoire, puis Libye, puis Mali, sans parler de la volonté appuyée d'intervenir en Syrie. Les troupes françaises ont à peine commencé à quitter l'Afghanistan qu'elles interviennent de nouveau au Mali.


La France apparaît ainsi, actuellement,  comme le pays  le plus agressif de la planète. Même les USA paraissent, en comparaison, plus réservés, dans le rôle de gendarme. Et  s'il y a une distribution des tâches dans ce rôle, on peut dire  que la France fait preuve dans le sien  d'un zèle particulier.

C'est inquiétant. Car cet Etat  par deux fois, en Libye et maintenant au Mali, est venu, avec ses armées, aux  frontières de l'Algérie et des pays du Maghreb. Chaque Algérien, chaque Nord-Africain, ressent cette inquiétude, celle d'avoir en face, de l'autre côté de la méditerranée, un Etat guerrier.

François Hollande est célébré en France comme "un chef de guerre". Sur tous les médias français, journaux, radios, télés, on proclame qu'il "est vraiment devenu président de la république maintenant qu'il a déclenché une guerre".  Comme le président Bush après la guerre contre l'Irak, et comme le président Obama, sacré "chef de guerre" après avoir fait tuer Ben Laden, ou comme le président Sarkozy après l'attaque contre la Libye. Non pas Président de la république respecté parce qu'il a réglé des problèmes économiques, des problèmes sociaux, parce qu'il est un homme de paix, mais parce qu'il a déclenché une guerre.

On reste songeur devant une telle vision, devant cette culture belliqueuse, devant "cette civilisation" qui nous ramène aux temps où les Consuls et Césars ne  devenaient légitimes et populaires, à Rome,   qu'au retour d'une expédition victorieuse, à l'époque où les rois ne le devenaient  réellement qu'après avoir conquis de nouveaux territoires, et où ils demandaient à leurs vassaux d'envoyer des contingents pour la guerre, comme l'injonction en est faite aujourd'hui par la France au Tchad, au Niger, au Sénégal, au Togo, au Bénin, à la Côte d'Ivoire, et à d'autres pays africains.

C'est l'union sacrée autour du nouveau "chef de guerre", François Hollande. C'est, de la gauche jusqu' à l'extrême droite française, l'unanimité de la classe politique française pour l'intervention militaire. Un tel unanimisme,  une démocratie aussi verrouillée, a des allures de  totalitarisme. Les socialistes français retrouvent leurs premiers amours, et les parfums  enivrants du chauvinisme de gauche et des expéditions vers des lieux aux noms exotiques: Tombouctou, Gao, le Sahara. Beaucoup d'intellectuels français les suivent. Comme cela avait été le cas pour la Libye, ils sont pris d'excitation guerrière, d'émotion et de fierté patriotiques devant le spectacle des avions "Rafale" qui décollent et celui du déploiement martial de leurs forces armées. De joie, l'un d'eux s'écrie: " Pour tous ceux qui parlaient de décadence française,  c'est la preuve que nous sommes toujours un grand pays car nous sommes capables d'intervenir."(Nicolas Domenach, Chaîne ITélé, émission "ça se dispute", 12 janvier2013). La communauté malienne en France se voit soudain entourée de sollicitude. Elle en est  étonnée et même gênée. Pourvu que ça dure. Les médias français découvrent avec tendresse que la ville française de Montreuil est, après Bamako, la seconde ville malienne par sa population originaire de ce pays.  Le parti français, le "Front National", juge cette intervention légitime, d'autant plus « qu'elle concerne, dit-il,  un pays francophone ». Les émigrés maliens ne sont plus donc, pour le moment, des " émigrés qui envahissent la France et viennent manger le pain des français". On pressent déjà des tentatives pour opposer Arabes et Africains dans l'immigration française, Afrique du Nord et Afrique noire, mais ce sera difficile tant la solidarité maghrebo-africaine est grande.

Bref, peu de voix se font entendre, en France,  pour  dénoncer l'intervention militaire, ou alors elles sont difficilement audibles. Aujourd'hui, pour l'instant, le principal reproche  fait au Président  François Hollande par le leader du Front de gauche, J.F. Mélenchon, ainsi que par les représentants du parti communiste français et de la gauche écologique c'est de…ne pas avoir convoqué le parlement avant d'avoir décidé de la guerre. A quoi le gouvernement français répond superbement qu'il n'en avait pas le temps et qu'il "fallait agir vite".

Cet argument, "qu'il fallait agir vite"  est trop souvent répété, assené, sur tous les médias français pour ne pas en devenir suspect. Il rappelle, le même, utilisé pour la Libye, lorsqu'on criait qu'il fallait vite intervenir à Benghazi, pour éviter un massacre. On sait comment cette justification s'est avérée mensongère et d'où est finalement venu  le massacre. Il semble, en réalité, que l'armée malienne avaient lancé des opérations sur la route menant à la ville de Mobti et en direction de la ville de Douentza, dés la journée de Lundi 7 Janvier (cf. le Quotidien d'Oran, 9 janvier 2013, p 6). Ces opérations, organisées en coordination avec le commandement français, avaient pour but, selon des experts occidentaux, de faire sortir les colonnes de pick-up des groupes rebelles de leurs bases et des villes afin de les bombarder en rase campagne et de permettre ainsi à l'aviation française d'intervenir. La version officielle française vise donc à justifier la précipitation de l'intervention française et à en  cacher les véritables raisons. Affaire donc à suivre, tant la gestion de ces interventions militaires par le mensonge est devenue coutumière.

La légitimation

Il est remarquable de voir comment chaque intervention militaire s'entoure d'un discours de légitimation. Chaque fois qu'elle a eu lieu, l'intervention militaire a été proclamée légitime, qu'il s'agisse de défendre un pouvoir contre des groupes armés rebelles comme c'est le cas au Mali, ou, au contraire,  de soutenir des groupes armés rebelles contre un pouvoir comme cela a été le cas en Libye ou c'est le cas en Syrie. Le droit d'ingérence n'est en fait que le droit du plus fort. Il ne s'embarrasse pas de cohérence. Mais  en aucun cas, les puissances occidentales qui  s'en réclament et interviennent, ne mettront leur influence, pourtant grande, au service d'une solution politique, pacifique. L'intervention est toujours violente et elle laisse toujours le pays dévasté, exsangue, meurtri  physiquement et moralement, fragile pour longtemps.

Dans le registre de la légitimation, il y a aussi l'argumentaire de la "menace terroriste islamiste".  Depuis que le Président Bush a trouvé et désigné  ainsi le nouvel ennemi global de l'Occident,  l'argument sert " à toutes les sauces", y compris d'ailleurs à des alliances avec ceux désignés auparavant comme "terroristes" lorsque la "realpolitik"  l'exige. La référence à la "menace terroriste" offre l'avantage à la fois de n'avoir rien à justifier et de donner une justification à n'importe quoi. Le président de la République française, François Hollande, et son ministre des affaires étrangères n'ont cessé de répéter, de marteler, qu'il s'agissait, au Mali, de lutter contre " des groupes terroristes criminels". On aura remarqué le pléonasme. Il a pour fonction d'accroître la tension. C'est ainsi qu'un amalgame est fait entre les différents groupes armés "rebelles", et que se trouvent obscurcies les véritables raisons de la crise malienne, et du même coup celles véritables de l'intervention française. Elles sont, ici comme ailleurs, à  chercher, banalement hélas, dans le pillage des richesses de la région et dans le maintien de l'influence nécessaire à cet effet.

L’Histoire se répète sur le continent africain..Entre l’an 397 et 398, Gildon,  prince Amazigh, se révolta contre la domination romaine et s'allia avec  les rebelles donatistes et circoncellions. Il arrêta les exportations de blé d'Afrique du Nord  vers Rome. Celle-ci utilisa contre lui, le fameux poète romain Claudien (un media de l'époque) qui mobilisa, à travers notamment un long poème propagandiste, l'opinion romaine, et déclencha la peur dans l'Empire en  faisant croire à la population qu'elle allait connaître la famine. Les méthodes sont les mêmes. Seule la technologie a changé.

La "menace terroriste islamiste" est brandie, comme à la plus belle époque du Président Bush junior. Le thème est repris en boucle par tous les hommes politiques et les médias français ce qui permet, collatéralement, de différer, au nom de "l'union sacrée", les échéances de la grave crise économique, sociale et morale actuelle de la société française ou d'y faire diversion.

Mais le thème comporte néanmoins un inconvénient, puisque, depuis, il y a eu le Président Obama et sa nouvelle stratégie envers le monde arabe et musulman, qui consiste à ne plus se contenter de brandir l'épouvantail de l'islamisme. Là se trouve une contradiction et une gêne, qu'on perçoit chez bien des  commentateurs français  lorsqu'il s'agit de passer du discours sur "le printemps arabe" et de la prise en compte de l'Islam politique à celui de la "menace islamiste".

Dans le registre de la légitimation de l'intervention au Mali, il faut parler, enfin, de la référence à la décision du Conseil de sécurité de l'ONU à ce sujet. Les responsables français s'enveloppent dans celle-ci  comme si la France ne faisait que se mettre,  par altruisme,  au service du droit international. Mais c'est précisément la France qui a  fait le siège du Conseil de sécurité pour obtenir une résolution autorisant l'intervention au Mali. Encore que cette intervention prévoyait d'abord de s'efforcer de trouver une solution politique aussi bien aux revendications légitimes des Touaregs du Nord Mali, qu'à la question de la légitimité du pouvoir politique malien,  mise à mal par le coup d'Etat récent. Et à ce propos, d'ailleurs, quelle  légitimité peut bien avoir un pouvoir qui ne peut se maintenir que par une intervention armée étrangère, laquelle, par ricochet, révèle d'ailleurs, par là même, sa propre illégitimité. Là est la faiblesse originelle de cette intervention militaire française. On peut s’attendre à la voir se révéler de plus en plus au fur et à mesure du développement de la situation.

 

Djamel LABIDI

 

Source:  Le Quotidien d'Oran du Jeudi 17 Janvier 2013

vendredi, 22 février 2013

AUDIENCE DE CONFIRMATION DES CHARGES CONTRE LAURENT GBAGBO, UN CANADIEN ECRIT A LA CPI : «VOTRE PARTI-PRIS CREVE LES YEUX»

 

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Madame Silvia Fernández de Gurmendi, présidente de la Chambre préliminaire I

Monsieur Hans-Peter Kaul, juge de la Chambre préliminaire I

 Madame Christine Van den Wyngaert, juge de la Chambre préliminaire I

 Madame Fatou Bensouda, procureure

 Monsieur Éric MacDonald, avocat du bureau de la procureure Cour pénale internationale

Boite postale 19519 2500 CM, La Haye Pays-Bas

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Mesdames, Messieurs,

Comment se fait-il que l’audience tenue le 19 février à la CPI, dans l’affaire Laurent Gbagbo, ait été diffusée avec un décalage de 30 minutes ? Pourquoi ce décalage? Est-ce pour permettre à la CPI de censurer certains propos tenus à l’audience? L’un des principes fondamentaux de la justice est que celle-ci doit être publique. Or, la justice internationale a de plus en plus recours à la censure. Elle dissimule l’identité des témoins et s’appuie sur de supposés faits, qui sont cachés au public, ainsi que sur des documents secrets. Cette pra tique soulève de graves interrogations. Les témoins du procureur peuvent se parjurer tant qu’ils veulent et ne seront pas inquiétés parce qu’à part les juges, procureurs et avocats de la CPI, tous tenus au secret, personne ne pourra prendre connaissance ni de l’identité des témoins, ni de la version intégrale de leurs déclarations enfouies à jamais. Comment se fait-il en outre que des gens se plaignent de ne pas avoir pu regarder la retransmission de l’audience ? Aviez-vous prévu un nombre suffisant de connexions? Combien ? Votre serveur a-t-il été débordé ? Quand mettrez-vous la vidéo de l’audience en ligne, sur YouTube ? Cette vidéo contiendra-t-elle la version intégrale et non censurée de l’audience? Comment se fait-il que d’autres personnes affirment avoir constaté des coupures de son lors de la retransmission Web de l’audience ? Je vous le répète, pour que la justice soit impartiale, elle doit être publique. C’est un principe fondamental et incontournable. Si vous ne le respectez pas, vous n’administrez pas une vraie justice. Et ne venez surtout pas me répondre en invoquant les excuses si pratiques que sont la «protection des témoins» ou les «raisons de sécurité». Les témoins de la procureure sont dans le camp du pouvoir. Ils sont protégés par les armes et l’argent de M. Ouattara et de M. Hollande. Ils n’ont rien à craindre. Ce sont plutôt les témoins gênants pour la procureure Bensouda et son collaborateur, M. MacDonald, qui sont en danger. La CPI ne fait rien pour les protéger, alors qu’ils se font massacrer dans l’impunité la plus totale. Des témoins ont été tués, par exemple, le 21 juillet dernier, à Nahibly. Je vous soupçonne même d’être heureux que ces témoins se taisent à jamais, car ils pourraient démontrer que la version des faits de Mme Bensouda et de M. MacDonald est un tissu de mensonges. Ces témoins en savent trop sur le massacre de Duékoué perpétré à la fin mars 2011 par l’armée (…) de M. Alassane Ouattara. Aujourd’hui encore, cette armée de terroristes continue de sévir et de faire d’innombrables victimes. Sous vos regards indifférents, voire complices, le pillage des terres et des autres biens consécutif au massacre de Duékoué se poursuit aujourd’hui. Même les médias friands des ragots de la soi-disant communauté internationale finissent par l’admettre.

Le parti-pris de la CPI crève les yeux Comment se fait-il que le compte Flickr de la CPI diffuse, au bas d’une photo de Laurent Gbagbo prise le 19 février, la description ci-dessous «Former Ivory Coast President Laurent Gbagbo attends a confirmation of charges hearing in his pre-trial at the International Criminal Court in The Hague February 19, 2013. Gbagbo is charged with crimes against humanity committed during the 2011 civil war sparked by his refusal to accept the election victory of rival Alassane Ouattara. REUTERS/ Michael Kooren (NETHERLANDS). The 2011 civil war sparked by his refusal to accept the election victory of rival Alassane Ouattara.» La guerre civile de 2011 a été déclenchée par le refus de Laurent Gbagbo d’accepter la victoire électorale de son rival, Alassane Ouattara? Donc, Laurent Gbagbo serait, selon la CPI, déjà jugé responsable de la guerre civile.

De plus, toujours selon la CPI, la guerre civile aurait éclaté en 2011. Tiens, tiens. Alors, à vous entendre, il n’y a pas eu de guerre civile, ni de tentative de coup d’État contre M. Gbagbo à partir du 19 septembre 2002. En novembre 2004, nous avons tous rêvé en voyant les soldats français tuer ou blesser des centaines de manifestants sans armes devant l’Hôtel Ivoire ainsi que des personnes qui ne faisaient que circuler sur les ponts. Mais non, les soldats français ne se sont pas «égarés» à bord de leurs blindés dans les rues d’Abidjan. Ils ne se sont pas retrouvés à deux pas du palais présidentiel. Ils n’ont pas été empêchés par des Ivoiriens ordinaires, toujours sans armes, de perpétrer leur coup d’État. Nous avons tous halluciné. La CPI s’intéresse-t-elle aux faits ou à la sélection des faits ? S’inscrit-elle dans l’Histoire ou fabrique-t-elle un récit pour consommation médiatique et littérature révisionniste ? En somme, l’affaire est déjà jugée avant le procès. La CPI a décidé que Laurent Gbagbo avait perdu l’élection. Pourtant, le résultat électoral est au cœur même du litige. La prétendue victoire d’Alassane Ouattara proclamée par les fonctionnaires corrompus de l’ONU, les chefs d’État (…) de l’OTAN et les patrons de la presse menteuse n’est- elle pas contestée par l’accusé ? M. Gbagbo et ses avocats ne possèdent-ils pas de solides preuves qu’il a bel et bien remporté l’élection ? N’a-t-il pas le droit de faire valoir ses arguments avant d’être considéré comme un «mauvais perdant» qui se serait «accroché au pouvoir» et qui aurait ainsi causé une hécatombe ? Personnellement, j’ai vu beaucoup de preuves de la défaite électorale de M. Ouattara, la première étant que le Conseil constitutionnel de la Côte d’Ivoire a proclamé officiellement Laurent Gbagbo vainqueur. Comment peut-on respecter la CPI si elle- même n’a aucun respect pour les institutions dûment constituées d’un pays souverain et pour les juges qui y travaillent ? Deuxième preuve de la défaite électorale de M. Ouattara : La multiplication des fraudes massives dans la zone sous l’emprise [des forces nouvelles]. Qu’un fonctionnaire corrompu de l’ONU, M. Young-Jin Choi, prétende n’avoir rien vu, ni rien entendu ne fera jamais disparaitre les rapports des nombreux observateurs étrangers qui ont été témoins de la violence, de l’intimidation, des bourrages d’urnes et des autres manœuvres frauduleuses. Vous avez certainement pris connaissance, par exemple, du rapport de la mission d’observation électorale de l’Union africaine, même si vous feignez le contraire: La mission a relevé avec regret : des actes de violence graves notamment des pertes en vies humaines, des atteintes à l’intégrité physique, des séquestrations, des intimidations, des tentatives d’enlèvement et de dégradation du matériel électoral. Vous faites la sourde oreille ? Alors je répète plus fort, mais en empruntant les mots de la Coordination des experts électoraux africains, qui constate ceci, toujours dans la zone occupée par [les ex-rebelles proches] de M. Ouattara: «des vols d’urnes, des séquestrations des observateurs, des votes multiples, des bourrages d’urnes». Vous vous enfermez dans votre bureau capitonné et blindé pour ne pas m’entendre ? Je répète encore, cette fois sur le ton de l’Observatoire de la société civile africaine pour la démocratie et l’assistance civile, qui relève ceci, dans la même zone: «L’empêchement de voter des partisans de Laurent Gbagbo, des vols d’urnes par les militaires, des transports d’urnes à vélo par les militaires, des faux bulletins sans hologramme.» Vous pensez pouvoir fuir la vérité, mais la voici qui vous rattrape. Cette fois, c’est la Coordination des observateurs des sociétés civiles africaines, qui rassemble 21 organisations africaines et qui a pu constater ceci dans les 1541 bureaux de vote qu’elle a visités, en pleine zone souffrant de la présence de l’armée de M. Ouattara: «Des militants et représentants de Laurent Gbagbo empêchés de voter; des vols et transports d’urnes par les militaires des Forces Nouvelles [nom accrocheur donné aux rebelles pro-Ouattara pour séduire les médias]; de nombreux dégâts corporels et maté – riels; des agressions physiques contre les parti- sans de Laurent Gbagbo. Je vous soumets une troisième preuve, même si je sais que votre généreuse rétribution a tendance à causer l’aveuglement. Les résultats invoqués par M. Choi (et maintenant par la CPI) pour proclamer illégitimement la victoire de M. Ouattara, au nom de la communauté internationale, ne sont que des résultats provisoires constitués à partir de procès-verbaux bourrés de graves irrégularités. Ces résultats ont été annoncés après le délai prescrit. Ils l’ont été par M. Youssouf Bakayoko, président déshonoré de la Commission électorale indépendante (nom trompeur désignant un organisme partisan aux ordres de M. Ouattara). Pire encore, M. Bakayoko a fait cette annonce tout seul, dans le QG de M. Ouattara, en l’absence du reste de la Commission et de la presse ivoirienne, devant quelques journalistes étrangers médusés. (…) Comment la CPI peut-elle affirmer, au bas d’une photo censée représenter un procès juste et équitable, que M. Laurent Gbagbo a déclenché une guerre civile «par son refus d’accepter la victoire électorale de son rival, Alassane Ouattara»? C’est un mensonge pur, simple et fondamental. En diffusant ce mensonge au bas d’une photo de son compte Flickr, la CPI nous montre que, loin d’être impartiale, elle n’est qu’un rouage de l’injustice internationale. Et les gens qui y travaillent sont des complices parfaitement conscients de cette injustice. (…)  Nous sommes trop nombreux à connaitre la vérité sur ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire, lors des élections présidentielles de 2010. Vous ne pourrez pas tous nous faire disparaitre ou nous museler indéfiniment. Partout dans le monde, des millions de personnes savent que M. Gbagbo est un grand démocrate et un homme de paix et de progrès. Même moi qui habite loin de la Côte d’Ivoire, dans mon pays de neige et de glace, j’ai entendu la voix chaleureuse de l’homme juste et bon, source d’inspiration pour toute l’humanité, que vous essayez de faire passer pour un criminel. J’ai senti et je sens toujours l’espoir des patriotes ivoiriens que vous essayez de déshonorer par vos mensonges. Vous n’échapperez pas au jugement de l’Histoire, malgré vos toges.


Bernard Desgagné Gatineau,

Québec

jeudi, 21 février 2013

UN 19 FEVRIER PEU ORDINAIRE EN DRAMANISTAN

 

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La Côte d’Ivoire est inquiète de l’activité des pirates qui sévissent en bordure de la lagune Ebrié, déjà deux bateaux, peut-être trois qui ont été délestés de leur chargement, quel rude manque à gagner. Nous pouvons aisément imaginer la craintes des nombreux investisseurs qui sont revenus en côte d’Ivoire par avions spéciaux, car il n’y avait plus de places sur les vols régulier, tellement l’engouement de cette république modèle a su convaincre les patrons de petites et moyennes entreprises d’investir dans la Côte d’Ivoire du vivre ensemble exceptionnel ! Nous espérons de tout cœur que cette lutte anti pirates mise en place cette semaine sera efficace: en effet, fraternité matin nous apprend que plusieurs pirogues, probablement équipées de filets spéciaux géants et de harpons dernière technologie en date, ont été mises à la dispositions des commandos marins, pour lutter efficacement contre ces pirates de haute mer. Quelle idée de génie! C’est normal, sortant de la tête de cet éminent économiste qui est à la tête de la Côte d’Ivoire qui gagne, et qui ne cesse de montrer son efficacité et son affection au peuple de côte d’Ivoire!

Vous êtes sceptiques? je vais vous donner un exemple récent de l’amour -pour le peuple de Côte d’Ivoire des nouvelles autorités mises en place sans douceur le 11 avril par la France, -cet ami qui ne nous veut que du bien -: samedi 16 février 2013, un petit groupe minoritaire de réactionnaires issus de l’ex majorité présidentielle, la branche jeunesse du FPI, avait prévu de manifester son soutient à Laurent Gbagbo,un « ex dictateur , oublié de presque tous », qui croupit dans les geôles de La Haye, et dont le procès, confirmation ou non des charges doit débuter aujourd’hui. Cet évènement n’a même pas fait la une du journal télévisé en France, d’ailleurs il a été complètement occulté ; il faut préciser que l’actualité tellement dense n’a pas permis de mentionner ce fait divers ! nous nous devons d’avoir chaque soir les oreilles rebattues avec l’interpellation et la probable condamnation du sportif handicapé Oscar Pistorius, qui fait pleurer ses fans dans toutes les chaumières de France et de Navarre. Mais c’est normal, l’Afrique du Sud est à deux encablures de la France, il est compréhensible donc de s’y intéresser, ce n’est pas comme la Côte d’Ivoire, simple territoire occupé par la France et l’Onuci, dont le souci et l’intégrité, et le refus d’ingérence de la France ne permettent pas d’émettre un avis sur la question

Samedi, disais-je, ces quelques cinquante manifestants selon BBC Afrique et France 24, de jeunes écervelés qui ont probablement désobéi à leurs parents, ont ému la république de Dramane Ouattara, qui a voulu a tout prix éviter un bain de sang : pour éviter qu’ils ne se fassent massacrer par les familles inconsolables des victimes du « bourreau de Scheveningen », qui organisaient une contre manifestation ce même jour,.la prévenance, le souci du président de la communauté internationale pour ces jeunes écervelés, qu’il appelle affectueusement ses « chers enfants, ses « chers jeunes frères et sœurs », a été tel,qu’il a délégué l’Onuci avec des chars, -légers, je le précise-, pleins de soldats armés de boucliers et de matraques, et que lui-même a commis toute son armée de gentils FRCI armés jusqu’aux dents pour protéger cette jeunesse inconsciente du danger!

Il faut dire que le chef de l’armée Ouatttra avait plein de FRCI à sa disposition, car un incident tout à fait mineur à la frontière guinéenne lui a permis de récupérer un contingent de ces gentils soldats hyper entrainés, hyper efficaces! En effet, vendredi 8 février, lors d’une simple incursion de l’armée guinéenne sur le sol ivoirien à Kpéaba, à 15 km de Sipilou, à l’ouest de la Côte d’Ivoire, dans le département de Biankouma, pour reprendre un territoire ivoirien, revendiqué également par la Guinée. Les FRCI ont bien reçu et bien compris le message : ils on opéré un « repli stratégique », prenant leurs jambes à leur cou et laissant les populations se débrouiller avec ces soldats de la FAG qui se sont installés chez l’habitant, avec les joies inhérentes à cette cohabitation amicale : partage des repas, du couchage, désir de connaitre les jeunes filles… Bref, rien que du bonheur, dommage que beaucoup d’habitants effrayés se sont réfugiés dans les forêts, et que les Guinéens occupent presque tout seuls l’espace laissé vacant, par une armée ivoirienne dont le repli stratégique nous enfonce dans une méditation sans fond.

De méchantes langues avancent pourtant que les forces républicaines ivoiriennes actuelles sont incapables d’assurer la sécurité des personnes et des biens, mais je vous dirais que la sollicitude d’Alassane à l’égard des amis de Koua Justin a été telle, qu’il a décidé de ne pas renvoyer son armée d’élite là-bas à Kpéaba pour bouter les Guinéens hors du pays, mais qu’il a préféré les voir en train d’encadrer, d’entourer cette jeunesse, l’avenir du pays, et qu’il affectionne tout particulièrement en lui offrant sa protection, -des chars, des cargos de frci, des jets de gaz lacrymogènes, des arrestations - et en lui évitant de se retrouver désœuvrée,sur la place CP1.

A qui bon manifester, chère jeunesse, notre Côte d’Ivoire est au travail ! Retrouvez donc votre place dans les universités, les entreprises, car l’argent travaille sous terre, mais ne circule pas devant nos yeux de simples mortels. Au travail donc ! C’est la Saint Valentin tous les jours chez nous en Côte d’Ivoire, on vit d’amour et d’eau fraîche chaque jour, on n’a pas besoin d’autre chose! D’ailleurs aujourd’hui les rues sont désertes, tout le monde est au travail, chez lui devant son poste de télévision pour suivre le procès de l’ivoirien le plus célèbre, que tout le monde appelle Président Gbagbo, même le personnel de la CPI, nous révèlent les journaux. Celui qui n’a plus ouvert la bouche depuis son incarcération à la Haye, et dont le slogan « Ovajab », « on va aller jusqu’au bout », prononcé à la Haye en décembre 2011, a fait le tour du monde, sans l’intervention d’un quelconque conseiller en communication est l’homme du jour. OVAJAB est plus fort qu’« Ado-solutions », car les solutions se sont envolées comme l’air, elles ne sont plus que des bulles virtuelles, sans avenir ! Ovajab, c’est un programme réaliste, le seul qui puisse unir tous les ivoiriens, une parole de vie et d’espérance contre un bilan mortel et un horizon bouché.

Et cependant tout va bien ! la réconciliation est achevée, ou presque, c’est vrai ! Parole de menteur spécialisé en Economie du FMI qui n’a jamais fait ses preuve nulle part !

C’est si vrai que la retransmission depuis La Haye a été coupée, la France et les suppôts de satan en Côte d’Ivoire, voyant que le monde entier a les yeux rivés sur Laurent Gbagbo a préféré couper le son et l’image pour donner encore pour un peu de temps au mensonge institutionnalisé, au chaos…

Côte d’Ivoire, pendant combien de temps encore, vas-tu te laisser dicter tes amis et tes intérêts par ceux qui n’ont aucun droit sur ta souveraineté, ta liberté et ton avenir?

 

Shlomit Abel, le 19 février 2013.

 

Source: RESISTANCE COTE D'IVOIRE ISRAEL

ALASSANE OUATTARA, QUE DE CONTRADICTIONS DANS LA GOUVERNANCE DE LA COTE D'IVOIRE!

 

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Entré sur la scène politique en 1989-1990 pour aider feu le président Félix HOUPHOUËT-BOIGNY à redresser l’économie ivoirienne malade (maladie créée de toute pièce par la France: détérioration des termes de l’échange), dit-on, Alassane Ouattara, propulsé par la puissance colonisatrice et la communauté internationale version Jacques CHIRAC, Nicolas SARKOZY, Barack OBAMA, David CAMERON, est aujourd’hui le chef de l’Etat de la Côte d’Ivoire. Que de péripéties pour y arriver! 

Ne connaissant pas auparavant le fonctionnement de la société ivoirienne et souffrant d’une carence de légitimité, le parachuté éprouve d’énormes difficultés à conduire le bateau ivoire. D’où la dictature et les contradictions du nouveau locataire du palais d’Abidjan. 

L’on s’attendait à un mieux être des ivoiriens avec l’arrivée tant souhaitée de M. Ouattara au pouvoir par bon nombre de concitoyens manipulés et qui voyaient en lui l’homme de la situation. Les personnes les plus frileuses et les plus friandes de l’argent ont craqué sous le charme du maître chanteur. Quand on sait le degré de pauvreté des peuples noirs colonisés, car leurs richesses toujours pillées par le colonisateur (France), il n’y a pas de raison qu’on ne croit pas aussi facilement en celui qui vit dans une apparence de richesse. A beau mentir celui qui vient de loin, dit l’adage. M. Ouattara a fait savoir à tout le monde qu’il est le plus grand économiste de la planète et que son travail est de chercher l’argent et de le trouver. Le mystère qui entourait cet homme était si grand que, s’il ne s’essayait pas à ce poste de président de la République, la Côte d’Ivoire n’allait pas connaître la paix et ne deviendrait jamais émergent. 

Malgré les supplications des hommes avertis en matière de politique et de tous ceux qui pressentaient les dangers à l’horizon, Dieu dans sa magnanimité a déjoué tous les pronostics. Il a fait de M. Ouattara le président de la Côte d’Ivoire contre vents marées. Ce n’est un secret pour personne, M. Ouattara s’est servi d’une rébellion pour être au pouvoir. La preuve, il gouverne aujourd’hui avec les têtes de pont de l’ex-rébellion. Le ver est déjà dans le fruit. Que pouvons-nous faire? Seulement, nous relevons les incongruités de ses propos et de ses actes pour montrer à la face du monde que le peuple ivoirien est victime d’un dol. 

Pendant la campagne présidentielle, M. Ouattara a demandé aux populations de ne pas donner leurs voix à la pauvreté symbolisée par le président Laurent Gbagbo. Après le débarquement de ce dernier par les forces coalisées, tout le monde est unanime que la pauvreté a atteint son point culminant sous ce nouveau régime. Au point où les partisans de Ouattara crient ceci: «GBAGBO kafissa » en langue malinké, ce qui signifie «GBAGBO est mieux que OUATTARA». Pour masquer son incompétence, il fait savoir que l’argent ne circulent pas parce qu’il travaille. Un petit boutiquier ne croira pas à cette théorie, fut-elle inventée par un éminent économiste. C’est le contraire de sa logique qui aurait été juste: l’argent circule parce qu’il travaille. 

Sous Gbagbo, les enquêtes n’aboutissent jamais. Clamaient et haut et fort les pro-Ouattara. Ils ne croyaient pas si bien dire. Et sous Ouattara, où en est-on avec l’enquête sur l’attaque du camp des refugiés de Duékoué perpétrée par ses partisans? Tout dernièrement, l’enquête sur la bousculade du plateau dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier 2013 qui a fait plus de 63 morts est restée sans suite. C’est plutôt le procureur Simplice KOUADIO Koffi, celui-là même qui faisait l’apologie des FRCI en son temps, qui a été débarqué parce qu’il allait dans le sens de la vérité. Ça n’arrive pas qu’aux autres. Dans cette affaire sérieuse, on détourne l’attention des ivoiriens pour la focaliser sur l’arrestation de BLE GOUDE. Ouattara fait mine de commander des enquêtes qui en fait ne sont que des parodies d’enquêtes pour contenter ses parrains. Comme on le constate, la critique est aisée mais l’art d’exercer est très difficile. Sous Ouattara rien n’a bougé, c’est le statu quo. 

Les taxes sur les produits pétroliers sont de trop sous le régime Gbagbo. Dès que j’accède au pouvoir les prix seront revus à la baisse. Je distribuerai des milliards aux différentes régions du pays. La vie sera moins chère. Ce sont là en substance, des propos tenus par M. Ouattara à l’égard des ivoiriens en majorité crédules et naïfs. Ils le suivent pour des intérêts matériels et non idéologiques. A l’heure actuelle, le peuple ivoirien n’a que ses yeux pour pleurer tant tout est cher sous Ouattara. L’essence sans plomb et le gaz butane ont subi une augmentation de prix dès l’entame de la nouvelle année. Le maître des lieux annonce ainsi les couleurs. Il a une obbligation de résultat vis-à-vis de ceux qui l’ont placé là et qui attendent les dividendes de leur investissement. Il n’a rien à foutre avec les gémissements du peuple tant que ses parrains sont satisfaits. 

L’emploi est devenu rarissime. Les jeunes ayant terminé leur formation pour entrer à la fonction publique sont toujours en attente de recrutement. Pour l’instant, la priorité est au recrutement des FRCI démobilisés pour prendre la place de ceux-ci à la fonction publique. Au temps de Gbagbo, en pleine rébellion et en pleine crise, le recrutement des jeunes diplômés et formés se faisait sans grande difficulté. Les primes des soldats appelées "Haut les cœurs" étaient régulièrement payées, les instituteurs venaient d’obtenir une indemnité contributive au logement sous Gbagbo. 

Cet homme qu’on décrie tant et voué aux gémonies arrivaient à satisfaire un tant soit peu les besoins de son peuple avec les ressources du pays, sans l’aide de la communauté internationale. En plus, il ne gérait que la moitié du pays car l’autre moitié était occupée par les rebelles. Comment faisait-il? Et pourquoi M. Ouattara peine t-il à embaucher les jeunes diplômés, alors qu’il a l’entièreté du pays, le soutien de la soi-disant communauté internationale? Est-il pris en otage par la France qui a suffisamment dépensé pour un coup d’état contre Laurent Gbagbo? Voilà autant de questions que nous nous posons. 

L’étude comparée montre que Gbagbo, le supposé tueur, acheteur d’armes, faisait circuler l’argent et que les besoins primaires des ivoiriens étaient sa préoccupation. Ouattara, l’homme adulé par le RHDP et la communauté internationale est en déphasage avec la réalité ivoirienne. Sous son régime, les FRCI et les DOZO font la loi et tuent impunément, les ivoiriens sont morts en cascade après le feu d’artifice du 31 décembre 2012. Et pis, les caïmans de feu Houphouët Boigny fâchés tuent à Yamoussoukro. 

En vérité, nous sommes pris au piège de notre propre politique qui se résume: «Ôte-toi pour que je m’installe pour manger aussi». Avec Ouattara, priorité d’abord à ses partenaires étrangersavec à leur tête la France et les USA avant de penser aux ivoiriens. Que les illusionnistes véreux qui nous gouvernent sachent qu’il n’y a pas de vertu dans la pauvreté. Le peuple ne supportera pas longtemps cette arnaque au sommet de l’Etat, car un homme qui a faim n’est pas un homme libre. 

Le chef de l’Etat affirme que la Côte d’Ivoire sera un pays émergent à l’horizon 2020. Que pouvons-nous attendre de la prestation des éléphants footballeurs lors de la dernière Coupe d’Afrique des Nation (CAN 2013)? Et bien, une piètre prestation à l’image du pays. Chers éléphants, du courage pour l’instant. Vous serez émergents à l’horizon 2020 et vous remporterez la coupe. 

L’on se rend compte que les discours tenus par M. Ouattara sont le contraire des actes posés par lui. Le droit à la différence n’est qu’un vain mot. La démocratie a foutu le camp. Ce qui tient à dire que le rationalisme, le cartésianisme et le scientisme ne sont pas la quintessence des actions du camarade président. 


Gilbert KOIME 
gilbertkouame@yahoo.fr 

mercredi, 20 février 2013

CPI - AUDIENCE DE CONFIRMATION DES CHARGES: LA MASCARADE EN MARCHE!

 

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Hier, mardi 19 février 2013, le président Laurent Gbagbo, le digne fils d'Afrique, a comparu en audience de confirmation des charges devant la Cour pénale internationale (CPI), à La Haye.

Il est accusé de crimes contre l'humanité en tant que co-auteur direct dans les évènements suivants:

- La marche sur la RTI par les partisans de Ouattara (dont on sait qu'elle a été organisée par Soro Guillaume sous les ordres d'Alassane Ouattara, avec des FRCI armés jusqu'aux dents et appuyés par les soldats de l'ONUCI);

- La marche des femmes d'Abobo (dont on a encore présent à l'esprit que certaines d'entre elles étaient mortes et ressuscitées après le tournage de la bande vidéo devant incriminer Laurent Gbagbo et dont les véritables mortes ont reçu leurs balles assassines dans le dos, alors que les chars et blindés des FDS accusées étaient en face: prouvé par la journaliste d'investigation française LESLIE VARENNE, qui a côtoyé de près le commando invisible, dans son ouvrage intitulé "Abobo, la guerre". Qui se donne la peine de le lire verra!);

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- Le bombardement du marché d'Abobo-Centre (quand on sait que c'est le commando invisible de Ouattara, dont les opérations meurtrières étaient pilotées par le Sergent-Chef Ibrahim Coulibaly dit IB, témoignage des FRCI à l'appui, qui y règnait en maître par ses actes de terreurs et ses crimes multiples et odieux dans cette commune périphérique d'Abidjan);

- Les tueries de Yopougon, le 12 AVRIL 2011 (un jour après l'arrestation du Président Gbagbo par l'armée française et sa remise aux FRCI de Ouattara. Comment, dans ces conditions (c'est-à-dire prisonnier à l'Hotel du Golf), donnait-il encore DIRECTEMENT des ordres pour que soient tués des partisans de Ouattara? Et les milliers d'autres Ivoiriens massacrés à Yopougon, immolés par le feu, exécutés à l'arme de guerre, passés au fil d'armes blanches par le pouvoir Ouattara et ses partisans, quand est-ce qu'on en parle? Et les milliers d'autres passés à trépas par la rébellion de Ouattara depuis 2002, auront-ils droit à une séance de vérité internationale?).

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Vraisemblablement, ces audiences feront date dans l'histoire, autant que le procès qui en suivrait si ces charges ubuesques étaient retenues contre notre cher président. Si ce sont vraiment les faits qui prévalent dans ces audiences, nous verrons bien comment la procureure Fatou Bensouda parviendra à prouver la responsabilité et l'action directe du Président Gbagbo dans ces décès regrettables en tout point de vue pour notre pays et indissociablement liés au contexte politique (avec les responsabilités clairement marquées de la France et de l'ONU) dont l'accusation veut les soustraire. Entreprise vouée à l'échec si tant est que c'est le droit qui est dit à La Haye. Qui vivra, verra!


Que DIEU bénisse la Côte d'Ivoire, digne et incassable!

 

DINDE Fernand AGBO

lundi, 18 février 2013

QUI DONC SAUVERA LE MALI?

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I. Courtes considérations sur les crises africaines

Au Mali, deux grands principes s'affrontent : le despotisme oriental, dans sa forme la plus exacerbée, et le politique comme destin de l'Afrique noire. Ce n'est en rien une guerre de religions, entre les branches de l'Islam ou entre ceux-ci et le Christianisme. En réalité, le Mali n'est que le terrain où apparaissent et se déroulent les premiers actes d'une insidieuse confrontation entre le Moyen Orient et l'Afrique, autour de la question géostratégique du Sahara. Qui contrôlera cet immense désert sera l'un des prochains maîtres du monde.

Ce conflit suit immédiatement la période de désintégration des souverainetés africaines et ouvre une époque nouvelle, dont l'enjeu essentiel est la viabilité voire l'existence même des États en Afrique noire.

Au vrai, le Mali n'est plus un État indépendant, si ce n'est par l'apparence des attributs. Il ne peut garantir ses frontières, sa classe politique est anéantie et l'ensemble du corps social est désemparé. Le Mali n'a plus les moyens de sa propre existence et ne doit sa survie, si l'on en croit ses hommes politiques, qu'à l'intervention de son ancien colonisateur. Aussi affligeant soit-il, ce constat pourrait être étendu à la quasi-totalité des États francophones d'Afrique noire. En effet, en matière de sécurité intérieure et extérieure, la France porte à bout de bras toutes ses anciennes colonies. Le Mali en est l'exemple le plus cru et le plus éclatant. Cruelle ironie de l'histoire, jamais la FrançAfrique n'a été aussi forte.

Au reste, il y a quarante-trois ans, à Paris, Franklin Boukaka chantait ses « lamentations » africaines, avec Ayé Africa. Ce titre, sa triste mélodie et ses paroles restent dans les mémoires, parce qu'ils mettaient déjà au jour le dévoiement des États africains, dix ans à peine après les indépendances. Les premières paroles établissent un constat sans équivoque : Ayé é Africa, Eh é é Africa, O oh lipando.

Pour les nations, être dans l'histoire, y rester, persister, y tenir une place, c'est s'organiser en État. En un État viable et fiable. Aussi controversé soit-il, le Discours de Dakar ne voulait pas dire autre chose. La Crise malienne révèle la fragilité des États africains. Et la communauté des sciences sociales africaines, si prolixe en d'autres occasions, s'est enfermée dans un assourdissant mutisme, quand on se rappelle de son vent de colère soulevé par le Discours de Dakar. Sous ce rapport, le silence d'Adame Ba Konaré est frappant.

Somme toute, la crise malienne conforte les « lamentations » de Franklin Boukaka et elle juge sévèrement Amadou et Mariam, dont la belle innocence vante les dimanches de mariage à Bamako.

En tous les cas, avec et après la Crise malienne, l'Afrique ne sera plus la même. Il s'agit d'un tournant dont on n'entrevoit pas encore la portée, tournant aussi important et décisif que de celui de 1989, qui vit l'écroulement du monde soviétique. Une nouvelle carte des nations est en cours de distribution. Les États africains impotents ne résisteront pas.

II. Quelques causes majeures de la crise malienne

Le Mali ? Vaste territoire, en Afrique de l'ouest, à la charnière de deux « mondes », arabe et noir. Ex-colonie française. Un État pauvre et un pauvre État. Les institutions publiques n'y sont plus qu'un amas chaotique ou des structures de vacarme. Pire, l'idée de l'État y a disparue. Il n'en reste que le squelette, une apparence totalement décharnée. Le Mali n'a pas échappé à une vérité universelle : un État qui ne se nourrit pas de « l'idée de l'État », un État qui donc ne repose pas sur lui-même, cet État-là entre en décomposition, de façon inéluctable. Il n'y a pas de magie, mais des règles objectives dans l'histoire des peuples et des nations.

S'il n'y a pas d'État, comment pourrait-il y avoir de « Chose publique », de Ré-publique ? Tout est privé, ou du moins est conçu et géré comme une affaire privée. Le caprice et l'arbitraire sont maîtres au Mali. Lorsque [la] vertu cesse, dit Montesquieu, [...] la République est une dépouille. Le Mali est face à cette vérité. Or, s'il n'y a ni État ni République, sur quels fondements solides peut reposer la Démocratie ? Partout est admis qu'une nation ne se gouverne que par les lois. Là-bas, la « chose publique » ne s'appuie pas sur la « vertu » ou sur les « lois », mais tout à l'opposé sur les « grins », qui valent plus que les partis politiques. Qu'est-ce que cela qui, tout en étant informel, est au-dessus du formel, c'est-à-dire des partis politiques et des institutions ?

Le « grin » au Mali, écrit Seydou Keïta, est une habitude sociale de rencontres régulières entre amis, à la limite entre le « privé » et le « public » ; ce qui revient à admettre que le grin abolit, de fait, la grande distinction républicaine entre le « privé » et le « public ». Ils constituent des espaces importants du tissu social. Une sorte d'arbre à palabres, où l'on rend des combines d'arbitrage, où se font et se défont les arrangements de complaisance, où se recrutent les dirigeants. La République y est malmenée. Une telle invention, dont on entrevoit le danger et les effets dévastateurs, a fini par éroder l'ensemble des institutions publiques.

Pour s'en convaincre, relisons la présentation qu'en fait Seydou Keïta : Les grins des jeunes, écrit-il, ne sont pas les seuls à être impliqués dans les activités politiques. Les aînés ont aussi leurs grins. Ils reposent sur des affinités parentales, de promotion, de ressortissants d'un même village, des bases ethniques, ou même des relations de travail.

C'est en leur sein que sont véhiculées les idéologies politiques. Les différentes stratégies politiques d'ascension au pouvoir sont élaborées en leur sein, de même que les oppositions et les clivages politiques se retrouvent dans des grins différents. Les recrutements politiques commencent dans les grins. Ils constituent les noyaux des associations et partis politiques.

Il y a une relation asymétrique entre les grins des jeunes et ceux de leurs aînés. Les premiers sont au service des seconds sur la base du patronage. Les représentations populaires au Mali ne disent-elles pas que le Gouvernement lui-même n'est formé essentiellement que des membres d'un même grin ? Cela dénote de la prégnance d'un tel regroupement dans la vie sociale des cités maliennes.

Malgré la pertinence de cette présentation et tout l'intérêt de l'analyse, comment ne pas s'étonner que l'auteur ne songe pas, l'ombre d'un instant, à indiquer les périls antirépublicains et les risques anti-démocratiques que les grins font peser sur l'ensemble des institutions publiques, jusques y compris la formation des gouvernements ? Ses arguments auraient dû le conduire à dire que, au Mali, les gouvernements ne sont que l'expression des grins. Quel scandale !

Au Mali, la corruption a tout emporté, particulièrement la citoyenneté et le patriotisme qui rendent seules savent rendre vivantes les institutions républicaines. C'est le mal qui gangrène tout le corps social. La corruption est plus forte et mieux enracinée, que partout ailleurs dans la sous-région.

« L'affaire Saïdi » (SICG Mali) est un exemple éloquent. Ce promoteur ivoirien d'origine libanaise, après avoir construit les Halles de Bamako et quelques programmes immobiliers, s'est vu spolié et dépossédé de ses droits élémentaires. « L'affaire Saïdi » suffit à elle seule à illustrer la nature, le degré, l'étendue et les méthodes de la corruption.

Dans cette injustice organisée, hormis quelques journaux, dont La Dépêche aux titres évocateurs, tous se sont liés pour le dépouiller : et le gouvernement, et l'administration, et les banques, et la Justice qui, dans une ligue d'intrigue, lui ont « pris » 25 milliards de Francs CFA.

Citoyens maliens et amis du Mali, « la patrie est en danger », et pas depuis janvier 2013. Il y a longtemps déjà.

En effet, si la chronologie politique de la dictature militaire (1968-1991), avec tout son lot d'arrestations arbitraires, d'abus de pouvoir, de suppressions brutales des libertés individuelles et publiques, de gabegies, de concentration des pouvoirs dans les mains d'un seul, si ces pratiques liberticides montrent l'affaissement progressif des institutions, il n'en reste pas moins vrai que le régime ATT qui a succédé à la Deuxième République, et qui n'eut de république que le nom, n'a rien réglé des grands problèmes du Mali (crise sociale, question Touareg, etc.).

Car, il n'y pas pire mal, pour une nation, que la corruption des mœurs publiques, auquel rien ne résiste et qui ravage tout. Rien ne résiste donc à la corruption, sinon la vertu. Il n'y a nul autre remède. C'est pourquoi, à sa manière et fort justement, Cabral dira : en Afrique, il suffit seulement d'être honnête.

C'est cela « l'esprit public », l'intérêt général. Tout le reste coule de source : le repos public, la solidarité, la croissance, le développement, l'alternance politique, etc. Un État juste est invincible. Car tous ses membres savent ce qu'ils ont à défendre.

Alors, au Mali, que voulait-on qu'il advint ? Le 25 mars 2012, un capitaine-sans-projet et une poignée de soldats dotés d'un matériel militaire d'occasion renversent un régime qui, depuis longtemps, ne reposait que sur du « bois pourri ». En une demi-journée, la dépouille d'un État, d'une République et d'une Démocratie a été incinérée.

C'est que ces trois structures étaient déjà moribondes, quand elles furent frappées. Le capitaine-sans-projet, pourrait-on dire, n'y est pour rien. Il n'a fait que révéler à la face du monde stupéfait, et avec une déconcertante facilité, toute la putréfaction d'un régime qui, en deux mandats présidentiels, a épuisé et vidé la belle citoyenneté malienne.

Qui ne se souvient, en effet, et avec une émotion sublime, de la vigueur citoyenne qui emporta la dictature militaire de Moussa Traoré ? La jeunesse y prit une part déterminante. Mais,  où sont-ils ces jeunes citoyens qui s'étaient légitimement arrogé le droit à l'insurrection au nom de l'amour de la patrie ?

L'amour de la liberté, écrit Mably, suffit pour donner naissance à une République ; mais l'amour seul pour les lois peut la conserver et la faire fleurir, et c'est l'union de ces deux sentiments que la politique doit faire par conséquent son principal objet. C'est tout le contraire qui a été engagé.

Qu'a-t-il été fait de cette jeunesse malienne, une des plus conscientes du continent noir ? Je la reverrai toujours défiler dans Bamako à l'annonce de l'assassinat de Cabral, le 20 janvier 1973. Où est cet esprit de liberté de l'Association des élèves et étudiants du Mali de ce juin 1990, qui anima les journées républicaines du 21 au 26 mars 1991, réprimées dans le sang, et aboutirent à la chute du dictateur ?

Où est la force des manifestations estudiantines du 5 avril 1993 ? Et l'élan de liberté et de justice qui porta les journées du 3 au 15 février 1994 ? Et toi Birus, où es-tu donc ? Il me souvient de notre dernier entretien, à Bamako, sur les valeurs qui font vivre la République ?

Et toi l'ami, Anatole Sangaré, soldat droit et militaire de devoir, représentant de la communauté catholique du Mali ? Je garde trace de la dédicace que tu me fis, le 24 décembre 2003, à la Gare du Nord, à Paris. Et vous Kafougouna Koné, oiseau du ciel, où sont vos Migs ? Je me revois dans votre ministère, où vous me fîtes l'amitié de me recevoir. Et vous Aminata Traoré, Marianne du Mali, qu'attendez-vous pour tonner, de votre voix forte qui traduit votre éthique des convictions ? Et combien d'autres vaillants Maliens !

C'est pourquoi le spectacle est triste de ne voir aucun sursaut d'orgueil national. Accepterez plus longtemps que la presse politico-anthropologique (Pascale Boniface, Antoine Glaser, Stephen Smith, etc.) et les médias du monde diffusent, à longueur de journée, des témoignages de Maliens désemparés remerciant la France et appelant les pays voisins au secours, comme s'ils avaient perdus toute ardeur au combat pour la liberté ?

Quel affligeant spectacle offert par Tiéblé Dramé, ex Premier ministre, sur les plateaux de France 2 allant jusqu'à oublier que seul un peuple libre se ibère de son dictateur ou se délivre de ses envahisseurs. La France ne peut faire la guerre du Mali à la place du Mali. N'aurait-il pas pu, lui, présenter la France comme l'allié du Mali ?

L'honneur eut été sauf. Mais il ne le peut, parce qu'il ne croit plus en son pays, en son peuple. Le Mali a « prêté son palabre » à la France. Il est des délégations honteuses.

 

Aux sombres heures de la France, lorsque les Nazis, après avoir percé Maginot, enchaînèrent l'État français, il s'est trouvé un homme qui réapprit à son peuple ce qu'est l'idée de l'État dont parle Hegel. Aussi, pendant que j'écoutais Tiéblé Dramé, je revoyais un autre spectacle, plus digne celui-là, La Pepa de Sara Baras, dont le Flamenco retrace l'exploit espagnol face aux troupes napoléoniennes.

C'est qu'un peuple libre est invincible. Un peuple qui a été libre une fois, l'est pour toujours. Et lorsqu'il a renversé une dictature, que peut-il craindre ?

Pauvre Etat, car au Mali l'amour de la liberté et l'amour pour les lois ont été perdus, sous le régime précédent. En 2004, alors qu'à renfort d'oukases et de batteries la presse politico-anthropologique louait le régime ATT, j'interrogeais gravement : Le Mali, pour combien de temps encore ? 

En effet, tous les prophètes de flatteries qui savent si bien prendre demeure dans les cabinets présidentiels et les chancelleries, tous les spécialistes français de l'Afrique qui occupent les médias et jusqu'à l'assourdissement de masse entretenue par la presse internationale, tous, vantaient les mérites du régime ATT comme modèle à suivre, mais qui dans son fond n'était qu'un système qui vidait de leur substance éthique l'État, la République et la Démocratie.

Aucun d'eux ne voulut voir ni entendre. Chacun voulait tromper ou, pire, être trompé. Tout le monde le sera. Car enfin, si un capitaine-sans-projet parvient si facilement à renverser un régime « modèle », mais qui en vérité a fini comme il a commencé dans la farce, comment imaginer que les débris de ce régime et un capitaine-sans-projet puissent résister à Aqmi, à Ansar Dine, au Mujao, à Boko Haram, etc., qui, au Sahel, ont formé une dendrite internationale, très disciplinée, aguerrie, solidement armée et surdéterminée, avec une inouïe volonté d'expansion « religieuse » ?

Personne ne voulut voir la lente et inexorable érosion des institutions et l'entreprise d'affaiblissement de la citoyenneté et du patriotisme maliens. Les sourds d'hier s'émeuvent aujourd'hui de ne pas entendre L'Etat. Tous feignent d'ignorer et s'étonnent de l'absence d'une « Armée sans armes ».

On est dans quoi-là ?, aiment à dire les Ivoiriens quand l'absurde dicte sa courbe aux événements. Constat de bon sens : il eût coûté moins cher au Mali, à la France et au monde aujourd'hui, si l'armée malienne avait été dotée de matériel militaire et instruite dans l'art de la guerre.

Et, avec délectation, les reportages télévisés français en rajoutent, qui montrent à l'opinion publique européenne des soldats maliens ébahis à la vue d'un hélicoptère, ou un militaire malien à l'entraînement et feignant de tirer, et qui, faute de minutions, reproduit le bruit des balles.

Ou encore l'Armée française qui, après avoir  chassé les rebelles de Gao et de Tombouctou par les bombardements aériens, stoppent net leur avancée aux portes de ces villes et invite l'armée malienne à y entrer et à en prendre possession.

Quel spectacle ! On avait connu la drôle de guerre. Là, nous voyons une guerre drôle. Pauvre Mali, qui, à la face du monde, joue avec son propre sort !

Nous payons en drames et en vies humaines, en recul de croissance et en expansion de la pauvreté, en foule de réfugiés, en famine, en instabilité politique et en misère médicale, ce que les responsables n'ont pas voulu voir. Et si nous n'y prenons garde, peut-être assisterons-nous à la formation du premier État islamiste de l'Afrique dans le Sahel. Alors, prenons garde !

Car les mêmes qui, hier, ne voulurent pas voir les difficultés maliennes se répandent à présent en longs discours d'explication et justifient leur erreurs d'analyse et de décision par la guerre française au Mali. Aucun d'eux, bien étrangement, ne parle de la Société civile. Mais c'est d'abord d'elle et de l'Armée malienne moquée que viendra ce qui sauve.

III. François Hollande et l'Occasionalisme de Malebranche

M. François Hollande aurait donc eu raison d'intervenir. Il l'aurait fait à temps. Quelques jours plus tard, dit-on, il n'y aurait plus de Mali. Ainsi, en une semaine un État peut disparaître. Et tout ce que l'histoire universelle n'enseigne pas (disparition subite des États), nous devrions donc l'accepter et nullement le contester ?

Mais, aussi difficile que soit une situation, aussi grand que soit le péril, il n'est aucun argument d'autorité qui puisse ou ne doive affaiblir l'esprit critique, cet exercice banal de la raison naturelle.

Appelons ici Bossuet, dont l'un des grands enseignements est précisément ce qu'il appelle la science des temps. Il est, dit-il, du devoir du prince de savoir penser et agir à propos, ni avant ni après, mais au bon moment.

Les Grecs anciens nommaient cela le kairos, le temps opportun. La France s'est-elle conformée à « la science des temps » ? Le président François Hollande a-t-il décidé selon le kairos ?

Plus d'un, à droite et à gauche, lui reprochent de n'avoir pas fixé un cap et des objectifs, d'où ses changements continus. A première vue, les faits leur donnent raison. En effet, François Hollande n'avait-il pas publiquement affirmé que la France ne s'engagerait pas au Mali, comme en République Centrafricaine, au motif qu'elle n'a plus vocation à être le gendarme de l'Afrique ?

Or, dès la prise de Konna par les Islamistes et la désinformation de sa reprise par l'Armée malienne, il a d'autorité constitutionnelle engagé la France, en déclarant que cette implication ne se limiterait tout au plus à un appui logistique et aérien, dans le but de stopper l'avancée des Islamistes qui se dirigeaient vers Bamako où réside une forte communauté française.

Puis, quelques jours plus tard, contradiction nouvelle, il décide d'engager au sol près de trois bataillons français.

En outre, après avoir indiqué que cette intervention serait de courte durée et localisée, il affirmera qu'elle durera autant que nécessaire et sur toute l'étendue du territoire malien. Toutes ces variations lui ont valu un double reproche : improvisations (impréparation, organisation sur-le-champ, hâtive, absence de  vision) et imprévisions (défaut de prévision, peu de maîtrise des événements).

A première vue, ces tâtonnements semblent indiquer une série d'improvisations doublée d'une suite d'imprévisions.

Si tel était le cas, nous pourrions légitimement en être choqués, parce qu'il n'entre pas dans les usages républicains que le Chef de l'État français ne fixe pas de cap ni d'orientation, alors que la Constitution lui confère cette prérogative quasi monarchique.

Mais, au fond, ne serions-nous pas tout simplement en présence d'un Président qui, de façon inconsciente ou non, et contre toute attente, ne ferait que mettre en pratique, au cœur du champ politique français, l'Occasionnalisme  de Malebranche ?

Selon Nicolas Malebranche, le monde n'est régit que par des causes occasionnelles que Dieu met savamment à profit, pour agir dans l'histoire. Par conséquent, les causes réelles des actions individuelles et collectives échappent aux hommes.

Tout n'est qu'occasion pour Dieu, c'est-à-dire moment d'intervention dans le cours du monde. Dans le Tout réside les « occasions » qui ne sont que des causes pour ainsi dire fictives, des causes qui ne sont pas effectives ; et parce qu'elles sont sans effet, elles ne sont pas véritables.

Pour Malebranche, à l'opposé d'Aristote, il ne peut donc exister de causes substantielles (existant par elles-mêmes), puisqu'elles sont toutes « occasionnelles ». L'Occasionalisme est le système de causes occasionnelles.

A bien observer, François Hollande semble avoir complètement laïcisé cette conception malebranchiste, pour l'appliquer au champ politique.

En effet, pour la première fois, qui plus est en République française, un Chef d'État développe, de façon méthodique, une ligne politique qui se donne à voir comme une suite combinée d'occasions.

Cette politique, qui laisse circonspect, peut se définir, d'une part, comme le rapport entre les occasions, et, d'autre part, la gestion même de ce rapport. On comprend mieux pourquoi le Premier ministre de son gouvernement apparaît autant en déphasage.

Car là où François Hollande attend les occasions, Nicolas Sarkozy, lui, recherchait ardemment des « dossiers » ou des « cas » voire même les suscitaient.

Ainsi, l'affaire de l'Arche de Zoé n'était pour Nicolas Sarkozy qu'un « cas », un casus, un événement, dans lequel retentissait l'ancien cadere qui signifie « tomber ». Tout « tombe », pour Nicolas Sarkozy. Aussi conçoit-il les « cas » comme des faits « accidentels » qui ne peuvent être relevés que par une technè, un savoir-faire technique porté par une énergie personnelle qui porte aux excès, quand François Hollande ne saisit que les occasions, et ce en autant d'événements « nécessaires » (qui s'imposent par eux-mêmes) auxquels il doit simplement s'ajuster.

Une telle différence concerne le fond, c'est-à-dire la manière d'être, et n'est pas seulement la forme ou le style, comme les politologues s'efforcent de nous le faire croire. Pour ces derniers, cette conception occasionnaliste est incompréhensible, parce qu'ils leur manque les fondamentaux de la pensée.

Il y a chez François Hollande une fiance affirmée dans les occasions et les causes occasionnelles. Sa longue « absence » politique après sa victoire à la présidentielle, et qui a tant inquiété, n'a duré que le temps que surgisse une occasion.

Ainsi a-t-il appréhendé la crise du Mali comme une cause occasionnelle, et l'on ne saurait expliquer autrement le caractère individuel et solitaire de sa décision d'agir, tout comme la promptitude de son engagement militaire et l'étonnement que ces deux faits ont suscité.

Car l'occasion se suffit à elle. Elle est érigée en « principe de raison ». Florange, par exemple, ne surgit pas comme une occasion, mais plutôt comme un « cas », ce qui ne peut vraiment l'intéresser. C'est le domaine du Premier ministre. Il suffirait que ce « cas » se transforme en cause occasionnelle, pour qu'il s'en empare aussitôt et s'y implique.

Quant au « mariage pour tous », il n'est ni une cause occasionnelle ni un « cas », d'où les atermoiements de François Hollande qui en confie la responsabilité à la représentation nationale.

En revanche, l'affaire Dominique Strauss Khan fut pour lui une cause occasionnelle, dont il a su si bien tirer parti.

Au fond, il ne semble pas croire en la grâce, en la prédestination à la manière du protestantisme. Tout n'est pour lui qu'occasion, comme l'affaire Florence Cassez ou le controversé impôt à 75% spontanément sorti d'une occasion.

Les exemples d'occasions et de causes occasionnelles pourraient de la sorte être multipliés, pour de montrer comment ils jalonnent et structurent sa carrière politique. Cette problématique est la matière d'un essai en cours de rédaction, Hollande et l'Occasionalisme de Malebranche.

Mais on aurait tort de croire que ce trait personnel est totalement déconnecté de la réalité nationale. Outre le fait qu'il prend racine dans une tradition théologico-philosophique française, celle de Malebranche, cette inclination correspond à une caractéristique culturelle bien française. En effet, comme le prétend Bruno Pinchard Les Français sont des occasionnalistes. Mais le savent-ils toujours ?

IV. Répercussions libyennes

Reprenons le fil de nos propos sur le Mali, en opérant une courte digression sur la Libye. L'aveuglement libyen de Nicolas Sarkozy, qui ne voulut pas voir les liens organiques entre la Jamahiriya libyenne et ses États voisins, en particulier le Mali, est lourd de trop de conséquences.

Outre qu'elle partage une longue frontière avec le Mali, la Libye avait été une terre de refuge pour les Touaregs maliens, après 1980, où nombre d'entre eux furent enrôlés dans les armées de la Jamahiriya. Et nous savions le rôle de médiateur que le Colonel Kadhafi tenait dans la vieille crise entre Bamako et l'Azawad.

Fallait-il être grand clerc pour imaginer qu'une déstructuration de la Jamahiriya aurait mécaniquement une répercussion sur le Mali, déjà fragile ? Qui ignorait la présence de Djihadistes dans les Sahel ? Mais il n'y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre, surtout s'il est entouré de conseillers muets. Ainsi, la confusion organisée en Libye, dont nous n'avons pas fini de payer le prix, a gagné le Mali en y produisant des détonations bien  plus fortes.

A présent, au Mali, mélangé, tout est mélangé, pour reprendre le mot d'une caricature ivoirienne. M. Nicolas Sarkozy et les Nations Unies ont tapé dans la Jamahiriya comme on frappe du pied une fourmilière. Il y avait d'autres options.

Ainsi ont-ils indûment armé les opposants et accepté la mobilisation de Djihadistes qui avaient en horreur le Livre Vert, dont la ligne politique est socialiste et la vocation affichée était de se substituer à la Sunna. Que croyons-nous qui devait arriver ? Car le colonel Kadhafi, bien informé des équilibres de la sous-région, avait averti.

Mais, les prophètes des flatteries, la cohorte des spécialistes de l'Afrique et un philosophe fatigué dirent en chœur leur exodos : '' regardez, peuples de la terre, comment un dictateur n'est qu'un menteur et de quelle manière il est puni ''. Bossuet a raison de dire que tout prince doit se défier de ses conseillers qui donnent des conseils pour eux-mêmes.

Par exemple, très fatigué, Bernard Henry Levy conseillait Nicolas Sarkozy pour lui-même, comme le montre si bien les Guignols de l'Info. Aujourd'hui, s'agissant du Mali, tous ces conseillers ont « trouvé » une nouvelle cause explicative : la question Touareg. Mais au Mali, le problème premier et le seul, c'est le Mali.

V. Les cinq crises maliennes

La Crise malienne est une dialectique de cinq grandes crises, qui ont formé un écheveau difficile à démêler. Énumérons ces crises:

Tout d'abord, une « crise politique » sans précédent, dont nous avons rappelé les grandes lignes (faillite de l'État, dépouillement de la République et extinction de la Démocratie), qui débute avec le coup d'état militaire du 19 novembre 1968 ;

Ensuite, une « crise sociale » marquée par le sous emploi et la précarisation constante des populations et la formation d'une diaspora de travail ;

Puis, une « crise de la religion » qui, d'un côté, voit s'affronter l'Islam africain (laïc et tolérant) et l'Islamisme d'origine moyen-orientale (salafisme djihadiste), et, de l'autre, fait peser une menace sur la petite communauté chrétienne.

En outre, une « crise ''raciale'' » ou plus exactement phénotypique entre Arabes et Noirs, sur le modèle du Soudan, dans laquelle prévaut l'argumentation ethniciste qui peut être conçue à bon escient, comme le fait Ed. Bernus lorsqu'il affirme que le pays Touareg [...] constitue un pont entre le Maghreb et l'Afrique noire, ou alors pour susciter de stupides conflits ethniques, en agitant les différences phénotypiques comme autant de facteurs essentielles.

Enfin, la « crise du transit des narcotiques » mis au jour par la ''stupéfiante'' aventure du « Boeing 727 de la coke », et qui vise à faire du Sahara (donc depuis l'intérieur du continent) le point d'escale le plus court pour l'écoulement de la cocaïne vers l'Europe, avec l'abandon des voies maritimes plus longues et mieux surveillées.

La dialectique de ces cinq crises (influence réciproque des causes, interaction des facteurs,  relance des effets, des contradictions et les évolutions inhérentes à ce processus) donne à la Crise malienne une dimension spécifique, lui confère son caractère particulier et détermine sa force de propagation sous-régionale voire au-delà.

C'est cette dialectique, où la corruption est le ferment et le facteur déterminant, qui a fait s'effondrer le Mali, après la Guinée-Bissau. Dans les mêmes circonstances, des causes identiques produisent les mêmes effets.

Par suite, si rien n'est entrepris, comme rien n'a été fait en Guinée-Bissau, un troisième pays de la sous-région s'écroulera.

Tout comme la Guinée-Bissau qui, à force d'ajustements structurels, de gabegie, d'une armée dévoyée, de tensions interethniques et de politiques publiques inadaptées, a été livrée au narcotrafic, le Mali est en passe d'être abandonné au narcotrafic et aux Islamistes. L'ouest africain en sera déstabilisé.

Aqmi croît dans le terreau de cette quintuple crise. Et toute l'Afrique de l'ouest, qui constitue un vaste ensemble géographique, historique et anthropologique est directement concernée.

Tous les pays, tous les Etats y ont un lien organique et structurel. Tel est « l'effet papillon » : un événement dans l'un de ces pays affecte tous les autres.

La Crise ivoirienne l'a bien montré. Si « la planète est un village », l'Afrique de l'ouest est un quartier, dans lequel se déroule des batailles qui ne sont que des épisodes de la grande guerre ouest-africaine.

La Côte d'Ivoire, grand éléphant de verre, signale déjà dans sa région nord la présence d'éléments djihadistes.

A titre préventif, elle devrait s'instruire de la Crise malienne et faire son unité nationale. En effet, si le Mali n'avait pas laissé croître la « Question Touareg », Aqmi n'eut pas été aussi fort. Toute division nationale et les guerres civiles qui en découlent sont des brèches profondes.

Qui peut croire que la Côte d'Ivoire, poumon économique de la Cedeao, n'est pas ou ne sera pas à court terme une cible ?

Le Burkina Faso, quelque peu affaibli, lui est historiquement lié, tout comme le Libéria, qui se remet difficilement d'une odieuse guerre civile, et le Ghana, le frère rival, qui forme un tout avec le vacillant Togo et le Bénin qui demeure un point d'appui, « mais, pour combien de temps encore ? ».

La Côte d'Ivoire est également rattachée à la Guinée-Conakry, pays en équilibre précaire, qui forme un sous-ensemble avec la Sierra Léone en situation délicate.

Le Sénégal, vitrine démocratique, est à quelques encablures du Mali, avec lequel il fut lié fédéralement dans un passé récent. Qui tient Bamako, menace directement Dakar. Qui dirige Bissau peut provoquer Dakar (crise de la Casamance) et inquiéter Banjul (Gambie) ou vice-versa, car ces trois capitales appartenaient à l'ancien empire du Cayor.

Le Sénégal doit faire sa concorde nationale mise à mal par les dernières présidentielles. La Guinée-Bissau, elle, est déjà paralysée. La Gambie, petite enclave, ne résistera pas aux secousses.

La Mauritanie, instable, liée au Sénégal,  doit craindre sa « malisation », en raison des tensions entre Noirs et Arabophones.

Le Niger, outre la famine, ne supportera pas le basculement du Mali. Le Cap Vert est à part, protégée par la mer et une classe politique responsable. Le Nigéria, géant de la sous-région, n'a pas vaincu Boko Haram. Que peut-il au Mali, le plus fragile de tous les États ?

Plus au nord, d'après le bornage rectiligne du 8 mai 1983, l'Algérie partage 1400 kms de frontières avec le Mali. Mais pourquoi s'engagerait-elle à l'extérieur de ses frontières, de façon directe dans un conflit qu'elle a externalisé et dont elle est à peine sortie ?

Sous ce rapport, comment ne pas se demander si la surprenante prise d'otages sur le site gazier de Tiguentourine, près d'In Amenas, ne vaut pas comme un avertissement direct adressé à l'Algérie, pour qu'elle reste neutre dans les conflits qui sont en cours au Sahara, au risque de devoir subir la paralysie de son principal secteur d'activité ?

Pour l'Algérie, la crise malienne vaut-elle la mise en jeu de son moteur de sa croissance ? Et si cette épineuse question était celle que pose Aqmi à l'Algérie ? Il semble que ce soit probablement là l'enjeu de cette prise d'otages, sinon comment l'expliquer ?

A l'avertissement djihadiste, les autorités algériennes ont répondu par une brutalité inouïe. Dès lors, les modalités d'intervention de l'armée algérienne, le choix du matériel militaire (armes lourdes, chars de combat, hélicoptères, etc.) et la nature du résultat de cette opération (plus de morts d'étrangers que de terroristes) indique pour toute réponse un équilibre de la terreur.

Le statu quo serait une intention doublement partagée. Notons donc que l'Algérie et tout comme la Mauritanie sont sur des lignes de prudence.

La moitié du continent africain est directement concerné par  la crise malienne, avec l'implication massive du Tchad (2.000 soldats) et du Burundi, l'Afrique centrale est engagée.

Par le jeu des menaces et des alliances cette crise nous amène à la première guerre continentale africaine, qui ne laissera pas indifférent le Moyen Orient et l'Occident.

VI. Que peut la France?

Que peut la France ? Cent guerres et cinq cent batailles, en deux mille ans d'histoire. Une incontestable tradition militaire faite de victoires éclatantes et de lourdes défaites. Que peut-elle, dans une guerre sans bataille ? Bien peu et beaucoup à la fois.

La guerre du Mali, qui n'en est qu'à des débuts, tend à être longue et difficile, en raison même de sa nature. Elle prolonge la crise libyenne avec laquelle elle entretient des rapports complexes.

En outre, le coût quotidien de l'engagement militaire français est plus important qu'on ne le dit. Il est à minima de deux millions euros/jour, selon les experts que nous avons consultés, ce qui le rend insupportable au regard des contraintes budgétaires.

Une année de guerre au Mali absorberait la totalité du budget des Opérations Extérieures (Opex), soit huit cents millions d'euros. En outre, le risque d'enlisement est réel, si le Tchad ne prend pas la relève. Et dès lors que les Djihadistes passeront à la guerre de guérilla (retraits des villes et bourgs, harcèlements des casernes, attentats suicides, etc.), le rapport de forces pourrait s'équilibrer.

Or, la France s'est mise en première ligne, sans qu'elle ne sache comment se retirer. Sun Tzu enseigne que l'on entre dans une guerre, quand on sait d'avance comment en sortir. Mais, pour envisager une fin, encore faut-il que l'action conduite ait une finalité.

La difficulté ici tient dans le fait que la « situation d'urgence » invoquée pour justifier la rapide et soudaine implication française au Mali n'est pas la cause occasionnelle ni ne peut être un but.

En tous les cas, s'il faut féliciter la France d'avoir arrêté l'avancée des troupes djihadistes,  et si nous ne sommes qu'au début d'une des guerres ouest-africaines, la question reste entière de savoir qui sauvera le Mali, si l'on admet qu'aucun peuple n'a jamais été libéré par un autre ?

C'est aux Maliens qu'il revient de sauvegarder le Mali, avec le concours d'alliés.

Pour lors toutes les institutions publiques maliennes sont « tombées » et restent dans un état de délabrement. Seuls l'ardeur citoyenne et les combats républicains pourront les redresser. L'amour de la patrie, dit Montesquieu, corrige tout.

Rien, en matière historique, n'est désespérant. Aucune nuit n'arrête l'aube. Le crépuscule du matin est une conquête toujours recommencée. Là où naît le danger, croît aussi ce qui sauve. Rien n'est impossible à un peuple libre ou qui combat pour sa liberté, parce que libre. Nul joug ne résiste au souffle puissant d'une nation qui combat pour être.

VII. Quatre propositions pour une sortie de la crise malienne

Napoléon, qui sut ce qu'est vaincre des peuples, mais aussi ce qu'est être vaincu par des peuples, fixa dans son testament politique, au terme de sa folle course impériale, une pensée : l'histoire est la seule philosophie. En nous gardant de donner des leçons de patriotisme aux Maliens, qu'il nous soit cependant permis de faire quatre suggestions politiques :

1°) la mise en place d'un Comité de Salut public qui, pour une courte période, concentrera tout le pouvoir exécutif, supprimant ainsi l'actuelle diarchie politico-militaire au sommet de l'État, entre un président « provisoire » et toléré, dont le Premier ministre est nommé par un capitaine-sans-projet.

L'une des missions essentielles de ce Comité de Salut public serait de procéder à une levée en masse de soldats maliens, d'organiser et de diriger l'armée dont la tâche essentielle sera de sécuriser les frontières actuelles ;

2°) instituer un changement politique, par la proclamation d'un régime parlementaire (sur l'exemple du Cap Vert), qui donne toute sa légitimité à un Premier ministre fort.

L'élection du Président de la République, au suffrage universel indirect (par les députés), et qui ne peut être que d'origine Touareg, pour les deux mandants suivants. Car il faut savoir mettre un terme aux courses présidentielles sur fond ethnique ;

3°) sur la base d'une stricte séparation des pouvoirs, la représentation nationale malienne devra reprendre l'initiative des lois, autant que durera le Comité de Salut public. En outre, la Justice et le quatrième pouvoir devront être réellement indépendants.

Sans cette mesure, qui fonde l'objectivité des institutions, il sera impossible d'éradiquer la corruption qui est le mal le plus profond.

Cette vaste réforme institutionnelle, conjointement impulsée par le Comité de Salut Public et la Justice (l'esprit de modération), permettra de poser les fondements de l'idée de l'État, d'enraciner les deux grandes valeurs de la République, la vertu et la frugalité.

Il n'y a que la mise en œuvre simultanée de l'idée de l'État, du sentiment de vertu et de la volonté de frugalité qui puisse faire de la Démocratie une coutume par laquelle pourront être organisées des élections libres et le règlement de la question Touareg ;

4°) sous la double initiative de l'Union Africaine et de l'Union Européenne, il sera nécessaire de procéder à la suppression immédiate de toutes les dettes publiques externes et à la suspension de tout ajustement structurel.

Sans cette réforme de justice sociale, non seulement il ne peut y avoir d'État viable au Mali, mais le Mali ne saura conduire de lutte efficace contre les Narcotrafiquants et Aqmi.

VIII. Conclusion

Le désert croît, disait Nietzsche. Cette parole résonne autrement aujourd'hui, en Afrique, pour se laisser entendre comme la décroissance de L'État. Le Sahara, une fois de plus, surgit comme un destin.

Telles sont les considérations d'ensemble que suscite la Crise malienne. Celle-ci marque un tournant décisif, dont le risque majeur est de voir les États africains s'effondrer.

Et devant le grand péril, la pensée est le plus grand recours, qui précède le courage, cet exercice de la volonté. Penser la Crise malienne, c'est revenir à ce qu'est l'essence de l'État qui est trop peu méditée par les intellectuels africains. Hegel a consacré maintes recherches sur ce qu'est L'État.

Peut-être les Africains gagneraient-ils, enfin, à questionner le plus puissant philosophe de son temps, lorsque, dans les Leçons qu'il lui a consacrées, il a présenté L'État comme la Raison. Écoutons, ce qu'il dit de son ouvrage :

Ainsi, dans la mesure où il contient la science de l'État, ce traité ne doit être rien d'autre qu'un essai en vue de concevoir et de décrire l'État comme quelque chose de rationnel en soi [...]

Si ce traité contient un enseignement, il ne se propose pas toutefois d'apprendre à l'État comment il doit être, mais bien plutôt de montrer comment l' Etat, cet univers éthique, doit être connu.

L'État ne se laisse connaître que comme idée, mais une « idée » effective qui mène le monde. Comble de guigne, il n'y a pas de culture d'État ou d'idéalisme de l'État en Afrique. Aussi peut-être même est-ce dans cette « crise de la connaissance » que la Crise africaine demeure dans toute son ampleur. Le Mali le montre. Mais ce pays, qui n'est plus un pays-État, voudra-t-il s'élever à cette idée ? Et s'il le veut, le saura-t-il ?

Mably a donné la clé de cet idéalisme politique : l'union de « l'amour de la liberté » et de « l'amour des lois », qui doit devenir le principal  objet de la politique. Mettre en pratique politique cette union, c'est surmonter le destin qui préoccupait tant mon vieil ami, Jean-Pierre Ndiaye, dont je salue la mémoire.

 

Dr Pierre Franklin Tavares

Paris, le 1er février 2013

 

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Jean-Pierre Ndiaye, Monde noir et Destin politique, Présence Africaine, Paris, 1976.

P. F. Tavares, Pourquoi tous ces coups d'état en Afrique, Le monde diplomatique, janvier 2005.

Franklin Boukaka à Paris, Ayé Africa,

HYPERLINK "http://www.youtube.com/watch?v=qeVKpqIB5F4"

http://www.youtube.com/watch?v=qeVKpqIB5F4, 1970.

F. Boukaka, Oh, ô Afrique, Eh Afrique, Où est ton indépendance ? [...] Où est ta liberté ?

P. F. Tavares, Nicolas Sarkozy : Relire le Discours de Dakar, NEI, Abidjan, 2008.

Hegel, Principes de la philosophie du droit, ou Droit naturel et science de l'État en abrégé, Vrin, Paris, 1982, p. p. 263 - 341.

Montesquieu, De l'Esprit des lois, t. 1, Garnier Frères, Paris, 1973, p. 27.

Seydou Keïta, Un espace de liberté et d'organisation sociale : le Grin, 21 avril 2007. C'est nous qui soulignons.

Abdoulaye Niangaly, Malversations, mal gouvernance, Affaire SICG Mali - ACI, les magouilles d'ATT, Bamako, La Dépêche, n° 7, 03 septembre 2012 ; Scandale autour d'un financement occulte : ils ont escroqué 600 millions FCFA pour arriver au pouvoir, La Dépêche, n° 2, 23 juillet 2012 ; Affaire de 600 millions FCFA escroqués par Yacouba Diallo : l'escroc sommé de payer, La Dépêche, n° 4, 06 août 2012 ; Maître Madina Dème : Rebondissement dans un scandale ''enterré'', 6 août 2012.

Les deux mandats d'Alpha Konaré (1992 - 2002) font partie du Régime ATT (1991 - 2012).

Gabriel Bonnot de Mably, Des droits et des devoirs du citoyen (1758), édit. Marcel Didier, Paris, 1972, p. 104.

Le Lieutenant-colonel Oumar Diallo alias Birus, aide de camp du président Moussa Traoré, Anatole Sangaré, Kafougouna Koné, Bakary Coulibaly et Chiaka Koné furent les principaux acteurs du coup d'état qui renversa le régime. C'est au cours de cette action qu'Amadou Toumani Touré s'emparera du pouvoir, en évinçant les autres.

Anatole Sangaré, Code de conduite des Forces Armées et de Sécurité du Mali, Ministère des Forces Armées et des Anciens Combattants, Sofidi, Bamako.

Mots Croisés, émission d'Yves Calvi, France 2, 21 janvier 2013.

Sara Baras, La Pepa, ballet flamenco, Théâtre des Champs-Elysées, Paris, 21 décembre - 8 janvier 2013.

P. F. Tavares, Pourquoi tous ces coups d'état en Afrique ?, Le monde diplomatique, janvier 2005.

Bossuet, Politique tirée des propres paroles de l'Écriture sainte, Livre cinquième, Droz, Genève, 1967, p. 136.

Malika Groga-Bada et Christophe Boisbouvier, Mali : heure par heure, le récit de la fuite d'ATT, Jeune-Afrique, 7 avril 2012. Il eût été pertinent que les auteurs indiquassent les conditions dans lesquelles AAT, qui n'était pas le principal instigateur du coup d'état qui le porta au pouvoir, prit le pouvoir.

Bossuet, XIe Proposition, Le prince doit savoir connaître les occasions et les temps, Op. Cit., p. p. 129 - 131.

Le groupe sidérurgique (acier et mines) ArcelorMittal, dont l'usine de Florange (Moselle) fait l'objet d'un vaste plan social et d'arrêt des hauts fourneaux.

La Française accusée d'association de malfaiteurs et de complicité d'enlèvement par la Justice mexicaine.

Bruno Pinchard, Les formes substantielles chez Malebranche et Leibniz, Cours 2011 - 2012.

Thomas Baïetto, Au Mali, 50 ans de conflits touaregs et une proclamation d'indépendance, Francetvinfo.fr, 6 avril 2012.

L'exodos, troisième et dernière partie du théâtre tragique grec, est marquée par la sortie du chœur qui tire la morale des événements.

Jean-Pierre Ndiaye, Monde noir et Destin politique, Présence Africaine, Paris, 1976.

Edmond Bernus, Être Touareg au Mali, Orstom, p. 1.

Les quatre principales dates des soulèvements touaregs: mai 1963 - avril 1964 (première insurrection et défaite) ; mars - juin 1990 (attaque de la caserne de Ménaka) ; mai 2006 (prise de Kidal et Ménaka) ; janvier 2013, soulèvement armée et proclamation de la souveraineté de l'Azawad.

Dictionnaire Perrin des guerres et des batailles de l'histoire de France, sous la direction de Jacques Garnier, Paris, 2004.

Sun Tzu, L'art de la guerre, Flammarion, champs classiques, Paris, 1972, édition revue en 2008.

Montesquieu, Op. Cit., p. 130.

Montesquieu : « La vertu, dans une république, est une chose très simple : c'est l'amour de la république ; c'est un sentiment, et non une suite de connaissances ; le dernier homme de l'État peut avoir ce sentiment, comme le premier », Op. Cit., p. 48.

Montesquieu : « L'amour de l'égalité et celui de la frugalité sont extrêmement excités par l'égalité et la frugalité même [...] pour que l'on aime l'égalité et la frugalité dans une république, il faut que les lois les y aient établies », Op. Cit., p. 50.

Hegel, Principes de la philosophie du droit, p. 57.

 

dimanche, 17 février 2013

DE L’IMPASSE AU MIRACLE DIVIN, IL N’Y A QU’UN SEUL PETIT PAS: COTE D’IVOIRE TA DELIVRANCE N’EST PLUS LOIN, RESTE FERME!

 

 

côte d'ivoire,de l’impasse au miracle divin,il n’y a qu’un seul petit pas,côte d’ivoire ta délivrance n’est plus loin,reste ferme,le ministre charles rodel dosso


Depuis  le 11 avril 2011,  date à laquelle la rébellion  a triomphé de la démocratie ivoirienne sous les bombes de l’armée française, nous savions les droits de l’homme enterrés. Mais, il ne nous était jamais venu à l’esprit que désormais un animal proche de M. Ouattara (président  installé de force par la communauté internationale) avait plus de droit qu’un Homme demeuré fidèle à M. Laurent Gbagbo, Président élu par le peuple ivoirien, enlevé par la Communauté internationale et déporté à La Haye. Malheureusement, la terreur qui s’abat sur la population ivoirienne pour la soumettre à Ouattara le laisse croire. Des emprisonnements en masse, des mutilations incapacitantes volontaires, aux exécutions sommaires, tout y passe sous le regard admiratif des parrains du pouvoir ivoirien, la communauté internationale. Chaque ivoirien vit dans la peur d’un enlèvement pour refus de reconnaitre l’élection à la bombe de M. Ouattara. Un délit désormais qualifié d’atteinte à la sureté de l’Etat.

Les ivoiriens résidents au pays, martyrisés et apeurés, plaçaient beaucoup d’espoir dans la lutte initiée par leurs Frères vivant en exil. Ils gardaient espoir que de l’usage de leur liberté d’expression dans leur quête de vérité sur la tragédie ivoirienne naitrait la lumière qui viendrait chasser les ténèbres qui enveloppent notre nation. Ils ne comptaient pas avec l’audace de l’homme qui a décidé de faire de la Côte d’Ivoire un cimetière à gérer à sa guise sans aucun regard critique. M. Ouattara certain d’avoir réussi à embastiller la Côte d’Ivoire, embrigadé les plus téméraires des ivoiriens sur leur terre, s’est lancé sans merci à l’assaut des exilés. Objectif, les réduire au silence afin que la vérité sur ses crimes et son imposture en Côte d’Ivoire ne se sachent jamais. Il a pour se faire mobilisé les hommes et les moyens colossaux pour retrouver et apprivoiser les damnés de son pouvoir vivant hors du territoire. Il a jeté son dévolu sur  les exilés au Ghana.    

La première victime, Charles Blé Goudé. Arrêté le jeudi 17 Janvier 2013 à son domicile à Accra, le Ministre Charles Blé Goudé a été extradé vers Abidjan le jour suivant.  Sur cette extradition, les commentaires vont bon train. Certains l’accusent de deal avec Abidjan, d’autres par contre évoquent une trahison dont a été victime le Président de la galaxie patriotique. Il aurait été livré par d’autres exilés. En attendant que l’avenir nous éclaire, de ces commentaires abondants souvent contradictoires et passionnés, émerge une vérité : Charles Blé Goudé est effectivement une icône de la lutte anti-impérialisme français en Côte d’Ivoire en qui le peuple ivoirien plaçait beaucoup d’espoir pour sa délivrance. C’est à juste titre que son arrestation et son transfert  dans le mouroir Alassaniste a jeté l’émoi dans ce peuple. Le choc est si grand que l’espoir d’un succès dans la bataille contre la représentation Française  installée depuis le 11 Avril 2011 par une pluie de bombes étrangères semble s’amenuiser. Le scepticisme gagne du terrain.

Alors que nous étions à épiloguer sur les conditions, les implications de l’extradition du camarade et l’incidence sur la lutte, le pouvoir d’Abidjan continue d’étendre son filet sans aucune forme de procédure pour nous ramener  tous à lui mani-militari  afin de nous imposer  la réconciliation pour le plaisir de ses mandants étrangers. Une réconciliation armée pour consolider le pouvoir issu de la démocratie des bombes. Ainsi, nul n’est épargné, à l’exception de quelques uns (suspectés de livrer les autres), tous se trouvons être dans leur viseur. C’est devenu un sauve-qui-peut, tous sommes dans une course folle aux cachettes afin de nous mettre à l’abri dans notre pays de refuge. Le scepticisme grossit.

La délivrance de la nation, nombreux n’y croient plus. Mettant en opposition les promesses divines et l’acuité de la souffrance du moment, ils commencent à mettre en doute la capacité de Dieu à nous délivrer de la mort qui couvre le pays depuis la matinée du lundi 11 avril 2011. Aujourd’hui plus que jamais, nombreux sont ceux qui rêvent à un strict minimum de compromis avec l’ogre d’Abidjan pour avoir la vie sauve. Ainsi, le mensonge aurait triomphé de la vérité, le mal du bien, les ténèbres de la lumière : C’est l’impasse, la délivrance semble devenir un rêve impossible. Les questions fusent :

Pourquoi des frères d’exil, partageant le même idéal peuvent-ils livrer d’autres?

Pourquoi Ouattara prospère-t-il tant dans la méchanceté? Que fait Dieu? Aurait-il oublié ses promesses? 

A la première question, sans être exhaustif, trois raisons m’effleurent l’esprit.

Primo, ceux qui livrent leurs frères pourraient intégrer un plan glorieux de Dieu pour leurs victimes. Les voies de Dieu étant insondables, par leur méchanceté ces frères pourraient être des instruments divins afin que Dieu démontre la plénitude de sa puissance dans la situation désespérée provoquée. La cupidité de Judas n’a-t-elle pas envoyé Jésus Christ à la croix pour la gloire éternelle? N’est-il pas vrai que par méchanceté des frères de Joseph l’ont conduit à la royauté?  C’est à juste titre que Christ pouvait dire: «Malheur au monde à cause des scandales! Car il est nécessaire qu’il arrive des scandales ; mais malheur à l’homme par qui le scandale arrive!». Que ceux qui ont des oreilles pour entendre, entendent ce que l’esprit de Dieu dit aux églises.

Secundo, pendant que nous tendons vers la fin du conflit, chaque ivoirien doit commencer véritablement à intégrer en lui, la dimension spirituelle de la lutte. En ce sens que les partenaires politiques peuvent être des adversaires dans le spirituel. Nous sommes dans une lutte entre deux forces. Celle du mal et celle du bien. Dans le spirituel, il n’est pas exclu que certains des nôtres en dépit de leur engagement soient sous domination spirituelle du pouvoir passager d’Abidjan. Aussi, agissent-ils sous influence de puissance maléfique et aucune raison humaine ne pourrait expliquer qu’ils livrent leurs frères. Nous arrivons au point de séparation distincte entre les deux forces afin que la victoire de Dieu soit sans ambigüité.

Tertio, la raison la plus répugnante, la quête de gloire personnelle dans une lutte pourtant divine où il est claire qu’à terme, Dieu ne partagera sa gloire avec personne. Nonobstant, ce contour divin de ce combat dont Dieu seul détient le chronogramme, nos ambitions politiques tendent à la transformer en une lutte hégémonique où les uns veulent écraser les autres. La concurrence semble si forte qu’on ne manque pas d’user de nos appuis sur cette terre étrangère pour nuire à nos propres frères. Heureusement que Dieu dans sa souveraineté permet tout cela  pour enrichir les témoignages à sa gloire au jour de la délivrance.

Dans tous ces cas, ayons l’assurance que Dieu lui-même suscite l’adversité pour se glorifier. Mais, si nous demeurons fermes, respectueux de sa parole et de ses interdits, la victoire reste nôtre. Cela est d’autant plus vrai que l’Eternel dit en Jérémie 1: 19 «Ils te feront la guerre, mais ils ne te vaincront pas; car je suis avec toi pour te délivrer…». Si nous nous retrouvons dans le filet de l’ennemi, ne récriminons pas vainement contre un frère supposé traître. Accordons-lui notre pardon, recherchons dans notre conduite le manquement aux ordonnances de Dieu et fléchissons genoux devant son trône par une repentance sincère et observons s’il lui est impossible de nous délivrer.   

A la seconde série de questions relatives à la prospérité de Ouattara dans le mal et la passivité apparente de Dieu, que puis-je dire d’autre?

Oui, Ouattara prospère dans le mal. Dans le sang de milliers d’innocentes personnes, il est parvenu au sommet de l’Etat. C’est encore dans le sang de cette innocente population qu’il tente de se la soumettre. En dépit de ses  crimes dont la puanteur ne laisse personne désormais indifférente, les chancres des droits de l’homme, la communauté internationale ne manque pas de l’encenser. Oui, le démon est angélisé tandis que ses victimes sont diabolisées. Comment cela aurait pu être autrement quant on sait Ouattara un simple agent de celle-ci en mission en Côte d’Ivoire. Oui, le tableau est effectivement sombre. Ouattara vole de victoire en victoire dans l’orgueil et l’arrogance face à des adversaires de plus en plus affaiblis. Le cœur endurci dans le mal, Ouattara marche impitoyablement sur nous. Alors que nos forces déclinent face à l’ennemi plus féroce que jamais, les uns murmurent contre Dieu pour son incapacité à tenir parole et d’autres conscients d’être au terme de toute leur possibilité gardent les yeux rivés sur Dieu par foi ou par résignation. C’est donc l’impasse. On commence à ne plus y croire. Notre attachement à Dieu et à ses promesses de délivrance auraient-ils été vains?

Oh !!! Que non. Peuple ivoire, ton Dieu est au contrôle. Ce qu’il dit, s’accomplit toujours. Ce qu’il a dit sur la Côte d’Ivoire est en accomplissement et celui-ci tend vers son terme. De Ouattara, la bible dit en Daniel 8 (23-25) : «… il s’élèvera un roi impudent et artificieux. Sa puissance s’accroîtra, mais non par sa propre force ; il fera d’incroyables ravages, il réussira dans ses entreprises, il détruira les puissants et le peuple des saints. A cause de sa prospérité et du succès de ses ruses, il aura de l’arrogance dans le cœur, il fera périr beaucoup d’hommes qui vivaient paisiblement, et il s’élèvera contre le chef des chefs ; mais il sera brisé, sans l’effort d’aucune main». Au quotidien, Ouattara fait la démonstration de la véracité de cette parole. L’exercice de son pouvoir est résumé en ces quelques versets. Tranquillise-toi, car la parole de Dieu s’accomplit toujours totalement et parfaitement. Il sera brisé sans l’aide d’aucune main à la gloire de l’Eternel des armées.

L’impasse dans laquelle tu es, est annonciatrice de ta libération, ton miracle.  L’orgueil, l’arrogance, l’endurcissement du cœur, les succès apparents de l’ennemi  et notre faiblesse sont à la gloire de Dieu. De l’impasse au miracle divin, il n’y a qu’un seul petit pas. Les enfants d’Israël nous en donnent le meilleur témoignage. Le plus grand miracle de leur vie, la division de la mer rouge en deux pour les y laisser passer pour ensuite engloutir  l’armée de Pharaon, a été précédé d’une impasse suscitée et entretenue par l’Eternel lui-même selon qu’il a dit à Moïse en Exode 14 (1-4): «Parle aux enfants d’Israël; qu’ils se détournent, et qu’ils campent…en face de ce lieu…près de la mer. Pharaon dira des enfants d’Israël: Ils sont égarés dans le pays; le désert les enferme. J’endurcirai le cœur de Pharaon, et il les poursuivra; mais Pharaon et toute son armée serviront à faire éclater ma gloire, et les Egyptiens sauront que je suis l’Eternel…». La suite est connue. Pendant que le désespoir était à son comble chez les élus de Dieu devant la mer rouge alors que l’ennemi semblait avoir le dessus, la gloire de Dieu s’est manifestée.  Israël a été délivré et l’armée de Pharaon engloutie.  

Il s’agit du même Dieu. Celui pour qui, il n’y a pas d’impossibilité. Côte d’Ivoire, ton histoire est prophétique. Bientôt, tes pleurs seront transformés en sanglots de joie. Il suffit d’y croire. Accroche-toi à la vérité qui guide ta lutte. Dieu n’abandonne jamais les justes. Que le temps n’est point raison de ta soif de vérité sur les résultats des élections présidentielles de novembre 2010. Convaincu qu’aucune armée étrangère ne peut vider le contentieux électoral de ton pays sinon que le recomptage des voix, sois patient et persévérant dans ta quête de vérité et tu verras la majesté divine s’exprimée.

Aux politiques encore en quête de compromis guidés par leur intelligence, il me plait de rappeler modestement encore que tout compromis en dehors de la vérité électorale sera une compromission. Dieu est conscient de notre faiblesse. Il a tendu sa main pour nous aider à sortir victorieux de cette injustice à nous faite par la communauté internationale et ses sbires. Ne la raccourcissons pas par nos jeux d’intelligence. Restons accrochés à notre quête de vérité des urnes et observons la démonstration de sa puissance. Il n’y a aucun lien entre le jour et la nuit, entre les ténèbres et la lumière, entre la justice et l’injustice. Il ne doit y avoir aucun. Soyons forts, dignes dans l’épreuve. Acceptons de subir le courroux du diable aujourd’hui en toute intégrité afin qu’au jour de la vengeance de l’Eternel, qu’il n’ait aucune confusion entre le diable et nous. Surtout que ce jour n’est plus loin.  

 

Que Dieu nous bénisse !


Le 30 janvier 2013

Le Ministre Charles Rodel Dosso

mercredi, 13 février 2013

SERGUEI LAVROV: «LA FRANCE COMBAT AU MALI CEUX QU'ELLE A ARMES EN LIBYE»

 

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France est en train de combattre au Mali ceux qu’elle avait armés en Libye, a estimé dimanche le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, en appelant les Occidentaux à avoir “une vue d’ensemble” sur la région.

“Au Mali, la France lutte contre ceux qu’elle avait armés en Libye contre le régime de Kadhafi en violant l’embargo du Conseil de sécurité de l’ONU”, a déclaré M. Lavrov dans une interview à la télévision russe diffusée en Extrême-Orient et dont les extraits sont publiés par les agences de presse russes.

Les mêmes groupes luttent en Syrie contre le régime du président Bachar al-Assad, a poursuivi le ministre, dont l’interview devait être diffusée en Russie centrale à 19h30 GMT.

“Je suis accablé par l’incapacité de nos partenaires d’arrêter de fixer un point sur la carte et d’avoir une vue d’ensemble sur la région”, a-t-il poursuivi.

La France est intervenue au Mali à la demande des autorités de Bamako, à la suite d’une offensive islamiste vers le Sud en janvier.

Le Nord du Mali est depuis le début de 2012 sous la coupe de groupes armés jihadistes, devenant un sanctuaire pour el-Qaëda au Maghreb Islamique (Aqmi).

M. Lavrov avait critiqué dans le passé les largages d’armes françaises à la rébellion hostile au régime de Mouammar Kadhafi, dénonçant des “interprétations” abusives de la résolution de l’ONU autorisant le recours à la force pour protéger la population civile.

La Russie, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, s’était abstenue lors d’un vote sur la Libye en mars 2011 qui a permis les frappes internationales contre les forces de Kadhafi, conduisant à la chute du régime.

Mais Moscou n’a eu de cesse par la suite de répéter que l’ampleur de l’intervention des avions de l’Otan contre les installations libyennes sortait du cadre de la résolution des Nations unies.


In LORIENT du 11 février 2013.


Source: IVOIRIAN.NET

00:00 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, Europe, France, Libye, Mali, Monde, Monde arabe, Russie, Syrie | Lien permanent | Commentaires (1) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

mardi, 12 février 2013

EMISSION APPELS SUR L’ACTUALITE: RFI PRISE EN FLAGRANT DELIT DE MANIPULATION ET DE SABOTAGE DE LA PAIX EN COTE D'IVOIRE


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L’animateur Juan Gomez a visiblement été recadré par ses supérieurs hiérarchiques de la direction de Rfi


Les auditeurs de la radio française Rfi ont été surpris de l’annulation subite de la diffusion le jeudi 7 février à 19h40, de la deuxième partie de l’émission «Appel d’actualité» et pour cause.

                                              

L’émission animée par Juan Gomez se déroule en deux parties et est diffusée en direct, du lundi au vendredi, de 8h 10 à 8h 30 puis, de 8h 40.à 9h. Selon le conducteur de l’animateur, la première partie est consacrée à des thèmes divers, et la deuxième partie est réservée à un sujet précis sur lequel tous les auditeurs de la radio dite « mondiale » sont invités à émettre leurs opinions respectives. L’émission diffusée dans la matinée est intégralement rediffusée en soirée, de 19h10 à 19h30 pour la première partie, puis de 19h40 à 20 h pour le second volet. Ainsi, la deuxième partie de l’émission « appels sur l’actualité » du jeudi 7 février 2013 a été consacrée au sujet de l’amnistie générale des présumés auteurs des actes criminels relatifs à la crise post-electorale en Côte d’Ivoire de 2010 et 2011.

Dans leurs différentes interventions ce jour-là, tous les auditeurs de Rfi, à l’exception du premier, ont indiqué que « la Côte d’Ivoire ne connaitra jamais de paix ni de réconciliation si une amnistie générale n’était pas votée par le pouvoir de monsieur Ouattara. »  Certains auditeurs ont rappelé que « c’est la loi d’amnistie votée sous Laurent Gbagbo qui permet aujourd’hui aux assassins de ministre d’état Emile Boga Doudou, aux égorgeurs des 99 gendarmes de Bouaké et à monsieur Soro Guillaume, de circuler librement à Abidjan. »  D’autres auditeurs ont indiqué que « seule l’amnistie générale permettra de mettre fin à la justice des vainqueurs qui a cours actuellement en Côte d’Ivoire. 

A la question de l’animateur, visiblement surpris de la quasi unanimité des intervenants sur la prise d une loi d’amnistie, « si les 3000 morts de la crise post-electorale devaient être oubliés ? », un auditeur a répliqué s’il avait connaissance du chiffre des personnes tuées par les rebelles du Mpci , Mpigo et Mjp depuis 2002 qui ont bénéficié de la loi d’amnistie de Laurent Gbagbo. L’animateur Juan Gomez, à la recherche de sons certainement discordants, s’est mis à lire les messages facebook envoyés en direct via la régie, par d’autres auditeurs sur l’adresse de l’émission. Là encore, il s’est rendu à l’évidence du plébiscite de la demande d’une loi d’amnistie générale en Côte d’Ivoire pour ramener la confiance entre les ivoiriens et permettre à tous les fils du pays de repartir sur une nouvelle base. Revenant aux auditeurs, le dernier intervenant a conclu la série des interventions sur un ton ironique, en demandant à monsieur Ouattara « si telle est sa volonté, de remplir toutes les prisons du pays exclusivement des partisans de Laurent Gbagbo et une fois satisfait de sa performance, il appréciera seule, la procédure de leur libération. »

A la fin de cette émission qui a pris fin à 8h, les nombreux partisans du présent Laurent Gbagbo qui n’ont pas l’habitude d’écouter Rfi, se sont passés le message pour suivre la rediffusion de l’émission, le même jour du 7 février à 19h 40, comme il était indiqué sur la grille de programme de ladite radio consultable sur son site web. Malheureusement, ces auditeurs de circonstance de la séance de rattrapage, entendront en vain parce que la direction des programmes de Rfi, sans aucune justification, a supprimé sans raison, la diffusion de la seconde partie de l’émission « appel d’actualité ». Une interview banale d’un spécialiste des conflits en Afrique (Mali et Rdc) a été diffusée en lieu et place de la deuxième partie de l’émission « appels d’actualité » où tous les auditeurs de ladite radio avaient appelés dans la matinée, à la prise d’une loi d’amnistie générale comme solution définitive à la crise ivoirienne 

Le lendemain, vendredi 8 février 2013, la seconde tranche de la même émission est consacrée à ce que l’animateur habituel appelle « la libre antenne » où, chaque auditeur appelle pour donner cette fois-ci, son opinion sur un sujet de son choix. Ce jour-là, l’animateur vedette Juan Gomez est remplacé sans aucune explication par son second, Zéphirin Kouadio, excellent chroniqueur mais animateur approximatif. Ce dernier, dans le second volet de l’émission, donne la parole à des auditeurs lambda sur des sujets divers, puis dans la foulée, il annonce deux (2) auditeurs qui reviennent sur le sujet de la veille, relativement à la prise d’une loi d’amnistie en Côte d’Ivoire. Dans leur intervention respective dont la trame est identique, les deux auditeurs qui disent résider en Côte d’Ivoire reviennent sur les interventions des auditeurs de la veille, en indiquant qu’ils ne comprennent pas que «  l’on puisse réclamer une amnistie générale, là, où il ya eu de nombreuses tueries. »  Ils ont donc conclu leur propos en appelant les autorités ivoirienne à « privilégier la justice en lieu place de l’amnistie générale. » 

A l’analyse, il ya lieu de constater que la séquence de rattrapage de Rfi, certainement conçue dans les officines de communication du pouvoir ivoirien présente de grosses failles. Sur la forme, tous ceux qui vivent en Côte d’Ivoire savent que les ivoiriens, selon leur origine géographique, parlent la langue française avec un accent spécifique. On reconnait un « bété « ou un « attié » qui parle la langue française les yeux fermés. Ainsi, les deux auditeurs spéciaux de Rfi du 8 février 2013 qui se sont fait appeler par des pseudonyme (François et Charles) à les entendre, et relativement a leur accent, sont vraisemblablement deux ivoiriens originaires du nord de la Côte d’Ivoire où les prénoms français n’ont pas pignon sur rue. Dans le fond, le contenu de leur intervention respective était identique et ressemblait à ce qu’on appelle dans les écoles primaire, une récitation ou une dictée qui commence par un préalable à savoir, « ceux qui doivent être jugés ne doivent pas être appelé des pro-Gbagbo mais, des ivoiriens qui ont commis des crimes et qui doivent répondre devant les juridictions ivoiriennes… » Exactement le même refrain que celui du gouvernement de Kablan Duncan lu dans la presse à l’issue des discussions avec le Front populaire ivoirien (Fpi). A la fin de l’émission du 8 février 2013, qui a été rediffusée cette fois-ci le soir, conformément à la grille des programmes, l’animateur du jour visiblement satisfait de sa performance, a annoncé sur un ton jovial, le retour de l’animateur, titulaire du poste Juan Gomez, dès le lundi 11 février 2013.

Ainsi va la gestion de la liberté d’expression, d’opinion et de presse dans le pays de la déclaration universelle des droits de l’Homme. Rfi est un organe appartenant à l’Etat français, et une radio qui se vante d’être «  mondiale » aura démontré en l’espace de 48 heures qu’elle est effectivement championne mondiale mais, exclusivement en «  manipulation de l’opinion. »  Par ces actes de compromissions, ses auditeurs auront compris que leur radio préférée œuvre en réalité sur le continent africain, pour la persistance des antagonismes. Avec la mise en scène, le recadrage et le dirigisme de l’émission «  appels sur l’actualité » des 7 et 8 février 2013, l’on se rend à l’évidence que Rfi est visiblement contre le retour à la normalité en Côte d’Ivoire. « La radio mondiale » a fait le choix d’un pays déchiré avec ses fils et filles en prison ou en exil, pour offrir à ses auditeurs, des informations exclusives de conflits en Afrique, alors que le continent européen est lui, au stade de la vulgarisation de la qualité totale.

 

Une correspondance particulière de Traoré Philippe.

lundi, 11 février 2013

LE MYTHE DES ARMES DE DESTRUCTION MASSIVE: CINQ GUERRES, TROIS CONTINENTS... ET LES MEMES MENSONGES

 

 

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«Je ne comprends pas les réticences en ce qui concerne l’utilisation de gaz. Nous avons définitivement adopté à la Conférence de paix la position de retenir le gaz comme méthode permanente de guerre... Je suis fortement en faveur de l’usage de gaz toxiques contre des tribus qui ne sont pas civilisées» (Winston Churchill, War Office Minute, 12 mai 1919).

 

Alors que les roulements de tambour contre la Syrie deviennent de plus en plus forts, les allégations de plus en plus folles, et le double jeu de fomenter, comploter et financer les terroristes (pardon, aider l’opposition légitime) de plus en plus évident, il est intéressant de jeter un coup d’oeil aux justifications présentées par les gouvernants US pour leurs incursions meurtrières de l’histoire récente. 

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Panama

Ce mois de décembre 2012 est le 23e anniversaire de l’invasion de Panama le 20 décembre 1989, au moment où les Panaméens préparaient leurs fêtes de Noël. Un bref rappel nous remet en mémoire Philip Agee évoquant le président George H. W. Bush lorsqu’il disait au peuple américain que la menace de Panama (3.571.185 habitants en 2011) était telle qu’elle « compromettait notre mode de vie ». La référence figure dans la conférence bien nommée d’Agee, “Produire la crise appropriée” (1). Aussi éloquente aujourd’hui qu’hier. Rien n’a changé.

Le but de l’invasion était de s’emparer du leader du pays, le général Manuel Noriega, et bien entendu “d’établir un gouvernement démocratique”. Un changement de régime. Avec la proximité de la remise au Panama du contrôle du canal (prévue à l’origine pour le 1er janvier 1990) après un siècle de gestion coloniale US, l’Amérique voulait s’assurer que ce contrôle reste dans les mains d’alliés malléables. 

Noriega, un pion de la CIA depuis 1967 (2), qui était passé par la célèbre Ecole des Amériques à Fort Benning (Georgie), était arrivé au pouvoir avec l’aide des Etats-Unis, mais apparemment son soutien US avait faibli. En un mot, les USA le kidnappèrent et le condamnèrent à 40 ans de prison.

Les plans d’invasion avaient été baptisés “Opération livre de prières”. “Par la suite, on les renomma “Opération juste cause”. Le général Colin Powell approuva ce nouveau nom en disant “Même nos critiques les plus sévères seront obligés de parler de ‘juste cause’ quand ils nous dénonceront” (Colin Powell et Joseph E. Persico, My American Journey, 1995). 

27.000 hommes, soutenus par des hélicoptères Apache, ravagèrent la plus grande partie du petit pays qui était défendu par 3.000 hommes. George Bush senior déclara qu’il détrônait un dictateur malfaisant qui brutalisait son peuple (ça vous dit quelque chose ?) et que son action était rendue nécessaire pour “la protection de vies américaines”. Il alléguait aussi la “défense de la démocratie et des droits de l’homme au Panama” et le besoin de “protéger le canal” (Surprise, non ?).

Manuel Noriega a été libéré de son emprisonnement US en 2007, et extradé en France où il avait été décoré de la légion d’honneur en 1987. Il y est resté incarcéré jusqu’en décembre 2011, puis il a été renvoyé à Panama où il est tojurs en prison. 

Au cours de la destruction de Panama, aujourd’hui oubliée (si vous n’êtes pas Panaméen), le secteur pauvre et fortement peuplé d’El Chorillo fut à ce point ravagé par les flammes qu’il a reçu le nom de “petit Hiroshima”. Une femme a déclaré : “Les Américains du Nord ont commencé à incendier El Chorillo à 6 h 30 du matin. Ils lançaient un petit objet dans la maison et la maison prenait feu. Après, ils passaient à une autre, mettant le feu dans une rue après l’autre, en coordonnant les incendies avec des walkie-talkies.” Un soldat US a été enregistré déclarant : “Nous vous demandons de vous rendre. Si vous ne le faites pas, nous raserons toutes les maisons” D’après un habitant de la ville : “ils tiraient sur tout ce qui bougeait.”

Les morts étaient jetés dans des fosses communes. Des témoins ont vu les troupes US brûlant les victimes au lance-flammes et ont décrit comment les cadavres se recroquevillaient sous le feu. D’autres corps étaient empilés en tas par des bulldozers. (3) 

Des essais US d’armes chimiques

Il y a pire. Alors que pleuvent les allégations actuelles moralisantes de Washington et de Whitehall sur la présence sans preuve d’armes chimiques en Syrie, on dispose de faits prouvés en ce qui concerne les Etats-Unis.

Des années 1940 à 1990, les Etats-Unis se sont servis de diverses régions de Panama comme terrains d’essais d’armes chimiques, comprenant le gaz moutarde, le VX, le Sarin, le cyanure d’hydrogène et d’autres agents neurotoxiques, placés dans des mines, des roquettes ou des obus, peut-être des dizaines de milliers de munitions chimiques.” (William Blum, “Rogue State”, 2002). De plus, en quittant Panama en fin 1999, ils ont laissé “de nombreux sites contenant des armes chimiques”. Ils ont aussi “effectué au Panama des essais secrets de l’Agent Orange.” “Au cours de l’invasion, le village de Pacora, près de Panama City, a été bombardé de produits chimiques par hélicoptères et avions de l’US Southern Command, avec des substances qui brûlaient la peau et causaient des diarrhées et d’intenses souffrances.” 

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L’Irak (1er chapitre) 

Beaucoup d’analystes considèrent que Panama fut le terrain d’essai pour l’Irak. Neuf mois après la contamination de Panama, l’étranglement de l’Irak par l’embargo dirigé par les USA a été imposé par l’ONU, après que l’ambassadeur américain April Glaspie ait donné le feu vert à Saddam Hussein pour son invasion du Koweit, suite aux importantes provocations de ce dernier et à sa déstabilisation financière et géographique .(4)

Le fracas autour des armes chimiques et autres s’est amplifié, amenant Saddam Hussein à dire : “J’ai l’impression qu’un jour vous allez me dire : vous fabriquez de la poudre à canon à partir du blé”. Treize mois après Panama, l’Amérique a pris la tête d’une coalition de 31 pays visant à “ramener l’Irak à un âge pré-industriel”. Les seuls produits chimiques trouvés en Irak ont été le mélange toxique émanant des usines bombardées de pharmacie, d’engrais ou de construction automobile, et des autres établissements de la base industrielle du pays, y compris les entrepôts de substances chimiques et biologiques (à usage médical) vendues à l’Irak par les USA, l’Allemagne et d’autres pendant des décennies (ventes qui se sont poursuivies ironiquement même pendant l’agression).(5) 

Par contre, des substances hautement toxiques et radioactives ont été introduites en Irak sous la forme de 750 tonnes de munitions à l’uranium appauvri (UA) qui ont une “demi-vie” toxique de 4 à 5 milliards d’années. Les petites tombes du nombre de bébés morts-nés, avortés, déformés ou venant au monde avec des cancers sont le témoignage muet de ces armes de destruction massive d’une exceptionnelle cruauté. L’Irak a été bombardé pendant 42 jours et nuits. Les fameuses armes chimiques soi-disant fabriquées par Bagdad n’ont bien sûr jamais été trouvées.

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La Yougoslavie 

Le 24 mars 1999, l’OTAN a commencé a “libérer” le Kosovo de la Serbie (Opération Noble enclume). Le Kosovo avait une quantité “inépuisable” de minerais d’une valeur estimée à dix trillions de dollars dans les mines de Trebca. La “libération” a consisté en 78 jours de bombardement intense, comprenant l’emploi d’armes à l’uranium appauvri. 20.000 tonnes de bombes ont été lâchées, détruisant systématiquement les centres de communication, les dépôts de carburant, les aéroports, le réseau routier, les trains, les marchés, et même l’ambassade de Chine (la Chine était opposée à l’agression, et l’OTAN a boiteusement allégué qu’elle avait une mauvaise carte de Belgrade), et évidemment le centre de presse. Assassiner les journalistes est devenu aujourd’hui une routine, un impardonnable crime de guerre.

Avant l’agression, le Pentagone avait affirmé que l’armée yougoslave disposait d’au moins deux sortes de gaz toxiques, avec les moyens de les produire. Le département US de la Défense avait averti Slobodan Milosevic et l’état-major de l’armée yougoslave : “Si Belgrade utilise les toxiques sarin et gaz moutarde contre l’OTAN, la riposte sera dévastatrice”. 

Curieusement, une fois commencées les frappes aériennes, l’OTAN n’a pas dit un mot sur le fait que l’attaque pouvait être motivée par la conviction américaine que la Serbie était en mesure de produire des armes chimiques. (Zagreb Globus, 16 avril 1999, pp. 18-19.)

La destruction à grande échelle de l’industrie a cependant épargné les mines de Trebca. 

Le 14 août 2000, 900 hommes lourdement armés – anglais, français, italiens, pakistanais et membres de la KFOR – ont été amenés par hélicoptères sur le site. Les managers et ouvriers qui ont essayé de les combattre ont été maîtrisés par gaz lacrymogènes et balles en plastique. Le personnel qui avait résisté a été arrêté. Les journaux de l’OTAN ont décrit l’action comme le “commencement de la démocratisation du Kosovo”. En fait l’attaque a ouvert la voie à la vente des mines – contenant les “inépuisables” réserves de 77.302.000 tonnes de charbon, cuivre, zinc, plomb, nickel, or, argent, marbre, manganèse, fer, amiante et calcaire, pour ne citer que quelques ressources – à des groupes privés étrangers. L’ “Armée de libération du Kosovo” (UCK) avait été entraînée et financée par des millions de dollars et de marks allemands de la CIA et du BND (services de renseignements de Berlin), pendant des années, pour cette guerre, faussement baptisée “guerre civile” (6) par les gouvernements de l’OTAN et leurs porte-paroles. Les meurtriers effets toxiques et radioactifs de l’UA ont été provoqués dans toute l’ex-Yougoslavie.

En 2001, les médecins de l’hôpital serbe de Kosovska Mitrovica ont constaté que le nombre de patients souffrant de cancers avait augmenté de 200 % par rapport à l’enquête de 1998. Une étude de 2003 de l’UN Environmental Program (UNEP) a fait état de prélèvements contaminés d’air et d’eau potable en Bosnie-Herzégovine. Bien sûr, “il n’y avait pas lieu de s’alarmer”. Pekka Haavisto, ex-ministre finlandaise de l’Environnement à la tête de l’UNEP, a réclamé une enquête vaste et approfondie pour établir l’étendue et l’intensité de la contamination. Les Etats-Unis – cités comme étant le seul pays à avoir utilisé des armes à l’UA dans le conflit – ont bloqué la requête. (7) Cependant, l’inquiétude s’est répandue en Europe quand on a vu que des Casques bleus italiens, portugais, belges ou français étaient atteints de cancers, et étaient morts en quelques mois. Les Casques bleus norvégiens ont refusé d’être déployés sur place. (8) 

Moins d’un mois après la fin de la guerre en Yougoslavie en 1999, le British National Radiological Protection Board a averti les citoyens britanniques du danger de résider au Kosovo “en raison de la contamination de ses territoires par des armes à l’UA.”

Les Casques bleus, évidemment, n’étaient là que pour quelques semaines ou quelques mois. Les gens de la région y vivent. Ils ont vu la dégradation de leur santé et de celle de leurs générations à venir ignorées et oubliées par leurs “libérateurs”. Ces derniers avaient d’autres “tyrans” à renverser, d’autres populations à “libérer” de leurs conditions d’existence, de leurs membres et de leurs vies. 

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L’Irak (2e chapitre) 

L’Irak avait de nouveau été bombardé par les USA et le Royaume Uni pendant la période de noel 1998, quatre mois avant l’agression de la Yougoslavie, et était de nouveau sur l’agenda d’invasion. Les mensonges étaient familiers, et incessants. Un exemple, parmi des milliers d’autres, le 2 septembre 2002. “Selon les experts, l’Irak possède des tonnes d’armes chimiques. Alors que des membres de l’administration Bush réclament une frappe préventive contre l’Irak, ils font état de preuves de plus en plus nombreuses que Saddam Hussein a amassé de vastes stocks d’armes chimiques et biologiques qu’il cache d’une éventuelle attaque militaire US. La préoccupation de Washington est que l’Irak pourrait remettre ces armes à des groupes terroristes. Si nous attendons que le danger se matérialise, ce sera peut-être trop tard” a dit le sénateur Joseph Biden, président du Foreign Relations Committee. Biden étant aujourd’hui vice-président, il est impossible de ne pas se demander s’il n’inspire pas l’actuelle propagande anti-syrienne, truffée de formules si extraordinairement similaires.

Jon Wolfsthal, un analyste du Carnegie Endownment for International Peace, a affirmé que l’inventaire irakien est significatif : “l’Irak continue à posséder plusieurs tonnes d’armes chimiques, assez pour tuer des milliers et des milliers de civils et de soldats.” (9) 

Des experts de l’ONU en matière d’armement ont prétendu que l’Irak avait stocké plus de 600 tonnes d’agents chimiques, comprenant gaz moutarde, VX et sarin. Selon eux, quelques 25.000 roquettes et 15.000 obus d’artillerie pourvus de produits chimiques n’étaient pas officiellement répertoriés.

“Le souci est qu’ils (les Irakiens) disposent – ou peuvent disposer rapidement – des moyens de fabriquer de vastes quantités d’anthrax ou d’autres matériels”, a ajouté Wolfsthal. Selon le secrétaire d’Etat à la Défense Donald Rumsfeld : “l’Irak a des laboratoires mobiles d’armes biologiques qu’il est pratiquement impossible pour les forces US de cibler”. Il affirmait que les vies de milliers de gens étaient en jeu. En fait, c’est le nombre de victimes irakiennes de troupes américaines et anglaises, de leurs milices et de leur gouvernement de marionnettes imposé, qui peut se comparer à un véritable holocauste. 

Jonathan Schwartz a revu le paquet de mensonges débité sur l’Irak à l’ONU par le général Colin Powell, le 5 février 2003. Il le cite : “Mes chers collègues. Toutes les déclarations que je fais aujourd’hui sont prouvées par des sources, des sources solides. Ce ne sont pas de simples affirmations. Ce sont des faits et des conclusions basées sur des renseignements solides.”

Aujourd’hui, Powell exprime des regrets. Schwartz n’en est pas touché pour autant. Au cinquième anniversaire des absurdités trompeuses du général, il a commenté : “Quelle que soit l’abondance de critiques dont Powell a été l’objet – il dit qu’elles ont été douloureuses et feront toujours partie de sa vie – elles ne sont rien à côté de ce qu’il aurait mérité. Il a été beaucoup plus qu’horriblement abusé. Il est prouvé qu’il a fabriqué des documents et ignoré les avertissements répétés que ce qu’il racontait était faux.” 

L’invasion totalement illégale de l’Irak, basée sur ce paquet transatlantique de mensonges, a commencé 45 jours après. Opération Iraq Liberation : OIL.

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La Libye 

Les mensonges sur la Libye, promue par le colonel Kadhafi au premier rang de l’Index de développement humain de l’Afrique, sont de récente mémoire. Quelques rappels tout de même.

La CIA a payé des Quislings pendant des décennies dans toutes ses invasions. Pour Kadhafi, il y a eu le général Abdul Fatah Younis, son ministre de l’Intérieur, qui est passé à l’opposition – on peut se demander quel a été son prix – pour devenir le chef d’état major des insurgés. Il a réclamé aux alliés de l’OTAN des armes lourdes pour les rebelles, comprenant des hélicoptères et des missiles anti-chars pour défendre la ville assiégée de Misurata. Il prédisait que “le dictateur était prêt à se servir d’armes chimiques dans son combat ultime contre les rebelles et la population civile”. (affirmations qu’on croirait sorties de la bouche de l’opposition actuelle en Syrie). “Kadhafi est acculé. Malheureusement, il a encore environ 25 % de son armement chimique qu’il pourrait utiliser s’il est dans une situation désespérée. (...) On sait qu’il lui reste environ dix tonnes de gaz moutarde sur les quantités qu’il avait détruites sous le contrôle de l’agence de l’ONU, l’Organisation pour la prohibition des armes chimiques.” (10) 

Pour situer le contexte, rappelons qu’en 2002, Neil Mackay, le chef plusieurs fois récompensé des enquêtes du Sunday Herald, avait dénoncé : “Poussé par la rapacité et un profond manque de moralité, le gouvernement britannique a violé la Convention sur les armes chimiques en vendant des produits toxiques pouvant être convertis en armes de guerre. Les pays bénéficiant de ces ventes comprenaient la Libye, le Yemen, Israël, l’Arabie Saoudite, Chypre, l’Inde, le Kenya, le Kuwait, la Malaisie, le Nigeria, l’Oman, le Pakistan, Singapour, la Slovénie, l’Afrique du Sud, la Corée du Sud, le Sri Lanka, la Tanzanie, la Turquie et l’Ouganda, une accusation ‘clairement admise’ par le département du Commerce et de l’Industrie.”

Après l’accolade donnée par Tony Blair au colonel Kadhafi en mars 2004, le gouvernement britannique a fait état de plans d’envois en Libye d’experts pour détruire les armes chimiques qu’il lui avait vendues, prétendant que le colonel Kadhafi avait trompé Blair sur leur existence. Que Londres avait les reçus de livraison en Libye lui a sûrement échappé. Une duplicité identique à celle du Royaume Uni en Irak. 

Entre le début de la destruction de la Libye le 19 mars 2011 et la prise en main des opérations par l’OTAN le 31 mars, les USA et la GB ont lancé 110 missiles Cruise sur un pays de moins de 6.500.000 habitants. Quand l’OTAN a assumé le commandement de l’”intervention humanitaire”, ils ont agressé cette faible population à travers 26.500 sorties de bombardement. Aucune larme présidentielle n’a été versée sur les enfants libyens tués, dont la mort a été précédée d’une terreur inimaginable, au cours d’attaques portant les noms idiots d’Operation Odyssey Dawn et d’Opération Unified Protector (sans commentaire).

Kadhafi a perdu trois petits-enfants et trois fils. En 1986, au cours d’un premier bombardement, il avait perdu une fille adoptive en bas âge. 

Quelques instants après avoir appris sa terrible mort aux mains d’un gang enragé de “protégés” de l’OTAN, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton est apparue secouée de rire à la télévision, en s’exclamant : “Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort.” Combien de temps est passé depuis qu’elle a dit : “Je pense vraiment qu’il faut un village pour élever un enfant.” Aujourd’hui il semble que son credo soit d’éliminer le village, ses enfants et leurs parents, et de lyncher les anciens du cru pour avoir l’occasion de rigoler à la télévision.

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La Syrie 

Le 4 décembre 2012, elle a annoncé que le président syrien Bachar al Assad était peut-être en train de déplacer – devinez quoi – un “stock d’armes chimiques”. 

“Nous avons parfaitement clarifié notre position, a-t-elle dit au cours d’une conférence de presse à Prague. C’est une ligne rouge pour les Etats-Unis. Je ne vais pas détailler ce que nous ferons dans le cas crédible où le régime d’Assad utiliserait des armes chimiques contre son propre peuple ; il suffit de dire que nous faisons à coup sûr des plans pour passer à l’action si cette éventualité se produisait.”

Selon une autorité US, “les armes peuvent être trafiquées pour contenir du gaz sarin”. Un autre a ajouté : “Nous nous inquiétons de tout mouvement qui pourrait indiquer qu’ils sont prêts à utiliser des armes chimiques contre leur propre peuple.” (11) 

Du “déjà vu” à répétition, comme on dit.

La Syrie a répondu le 6 décembre. “la Syrie souligne une fois de plus, pour la dixième, pour la centième fois, que si elle avait ce genre d’armes, elles ne seraient pas utilisées contre son propre peuple, a dit à la télévision libanaise Al Manar le ministre adjoint des Affaires étrangères Faisal al Maqdad. Nous n’avons pas l’intention de nous suicider. (...) Nous craignons un complot consistant à fournir le prétexte d’une intervention des pays qui font pression sur la Syrie. Ce ne serait pas la première fois.” 

Fin octobre, des troupes US sont arrivées en Jordanie pour d’importants exercices conjoints près de la frontière syrienne sous le nom toujours aussi stupide d’Opération Eager Lion (Opération lion enthousiaste. En arabe, al assad veut dire le lion).

La première allusion aux armes chimiques de la Syrie semble être venue de John R. Bolton, que le député Henry Waxman accuse d’avoir persuadé George W. Bush d’inclure dans son discours de 2003 sur l’Etat de l’union le conte de fées de l’achat irakien d’uranium au Nigeria. 

L’accusation n’est pas prouvée car les documents sont encore classifiés.

Bolton est impliqué dans une mouvance d’organisations loin d’être libérales comme le Project for The New American Century, le Jewish Institute for National Security Affairs (JINSA) et la National Rifle Association. 

En ce qui concerne la Syrie, il faut rappeler que le pays est étranglé par des sanctions depuis 2004.

L’ancien chef-inspecteur de l’Armement en Irak, Scott Ritter, a écrit que “les armes chimiques ont une durée de conservation de cinq ans. Les armes biologiques de trois.” Il en émane aussi un “éther”, disent les experts, qui peut être décelé par une surveillance de satellite dont la Syrie est certainement l’objet, comme l’Irak avant elle. 

Que Dieu nous préserve de Washington, Whitehall et Tel Aviv qui crient une fois de plus “au loup !”. Et que Dieu vienne en aide à ceux qui les croient ! 

 

Felicity Arbuthnot

 

Arbuthnot est une critique bien informée et lucide de l’empire. C’est la raison pour laquelle vous ne la verrez pas dans le New York Times, pas plus que John Pilger, Amira Hass ou Noam Chomsky.

 

Notes 

(1) http://www.serendipity.li/cia/agee_...

(2) http://revcom.us/a/017/us-invasion-...

(3) http://www.addictedtowar.com/docs/p...

(4)http://www.globalresearch.ca/the-wa...

(5) http://www.commondreams.org/headlin...

(6) http://www.currentconcerns.ch/index...

(7) http://www.iacenter.org/depleted/un...

(8) http://www.frontlineonnet.com/fl180...

(9) http://articles.cnn.com/2002-09-02/...

(10) http://www.telegraph.co.uk/news/wor...

(11) http://news.yahoo.com/clinton-assad...

 

 

Sur Global Research, traduit par B.I.

 

Source: MICHEL COLLON.INFO

dimanche, 10 février 2013

AU MALI, UNE LUTTE ANTI-TERRORISTE EN TROMPE-L'OEIL

 

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Le soutien à l’opération militaire française déclenchée le 11 janvier 2013 au Mali a fait l’objet d’un certain consensus, tant à l’échelle internationale qu’au sein de l’Hexagone. L’argument de la menace terroriste, ressassé par le président Hollande et repris à l’envi par les principaux médias pour justifier cette implication directe offre pourtant une grille de lecture trop simple du conflit, qui risque d’en occulter les réels enjeux.

  

Revenue au goût du jour avec les attentats du 11 septembre 2001, la « métaphore de la bombe à retardement » décrit une situation d’extrême-tension dans laquelle la nécessité impérieuse de prévenir une menace imminente permet de justifier le recours à des mesures contestables. Cet argument fut notoirement mobilisé par les officiels de l’administration Bush pour légitimer les actes de torture dans le cadre de la « guerre contre le terrorisme », l’urgence s’avérant un prétexte implacable pour ne pas questionner les aspects légaux, moraux ou éthiques de ces moyens d’exceptions.

Toutes proportions gardées, les motifs invoqués pour justifier l’opération Serval présentent certaines similitudes avec ce procédé. L’imminence supposée d’une offensive éclair des groupes islamistes sur Bamako et l’urgence d’agir au plus vite pour empêcher le basculement de l’entièreté du Mali sous domination de groupes terroristes ont en effet servi d’argument imparable pour légitimer cette implication directe de l’armée française dans ce conflit. Belle opportunité pour les autorités hexagonales, ainsi dispensées de fournir un surcroît d’explications sur une intervention qui soulève pourtant de nombreuses interrogations. 

Une situation de crise opportune.

A la faveur de troubles politiques internes au Mali – avec notamment le renversement le 22 mars du président Amadou Toumani Touré, et l’arrivée au pouvoir d’une junte militaire aussitôt boycottée par les Etats occidentaux et africains – et de la désorganisation patente de l’armée régulière, une coalition hétéroclite rassemblant salafistes et indépendantistes touareg était parvenue début 2012 à prendre le contrôle du Nord du pays. S’appuyant sur les ressentiments des populations arabo-berbères (parmi lesquels les Touaregs sont minoritaires) du Nord envers le Sud (qui regroupe 90% de la population, et concentre l’essentiel de l’appareil productif et des centres de décisions politiques et économiques), ces derniers avaient du même coup proclamé l’indépendance du berceau historique des Touaregs, l’Azawad, amputant le Mali de 60% de son territoire. 

Les Touaregs laïcs du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) avaient ensuite été rapidement chassés par les fondamentalistes radicaux d’Al Qaida au Maghreb islamique (AQMI, largement composé de non-Maliens), du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO, scission d’AQMI, qui lui reprochait d’être trop focalisé sur l’Afrique du Nord) et d’Ançar Dine, composé de Touaregs locaux qui aspirent à transformer l’ensemble du Mali en un Etat islamique1. Si ces trois groupes salafistes (qui ont respectivement pris le contrôle de Tombouctou, Gao et Kidal, les principales agglomérations du Nord) n’ont pas lésiné sur les moyens pour imposer leur joug aux populations locales – majoritairement adeptes d’un islam modéré (le « soufisme ») et donc peu réceptifs à une application rigoriste de la charia – Ançar Dine a dans un premier temps joué la carte de la tempérance au niveau diplomatique, en se montrant ouvert aux négociations avec Bamako pilotées par la  Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest(CEDEAO).

Il est vrai que la prise par Ançar Dine le 10 janvier 2013 de la ville de Konna (Mali du Sud, près de la frontière avec la région sécessionniste), considérée comme un verrou stratégique vers la capitale malienne constituait un réel motif d’inquiétude et témoignait du peu de crédit à apporter au groupe salafiste, qui s’étaient engagés trois semaines plus tôt à cesser les hostilités. En revanche, on peut raisonnablement douter de la capacité des djihadistes (estimés à quelques milliers) de s’assurer du contrôle de la partie sud du pays, où la population leur est largement hostile2. La rapidité d’intervention des troupes françaises et les importants moyens des services de renseignements français et américains3 dans le pays laissent également planer le doute sur le caractère inattendu de l’attaque. L’argument de l’urgence semble d’autant plus contestable qu’aussitôt les premières frappes effectuées et les objectifs à court terme atteints, les troupes françaises s’orientaient vers une extension des opérations au Mali du Nord. En présentant les événements comme une situation de crise, les officiels français conservent prudemment l’ambiguïté quant à la nature, à la durée et aux objectifs politiques de cette guerre4 

Une intervention légale ?  

Zone d’ombre parmi d’autres, la légalité de cette intervention fait débat. Les autorités françaises ont ainsi usé de différents registres de légitimation, parfois sans grande cohérence. Dans son allocution du 11 janvier, le président François Hollande a pris soin d’inscrire l’intervention française dans un cadre légal, insistant d’une part sur le consentement de l’Etat malien, d’autre part sur l’adéquation de l’opération Serval avec les résolutions du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Il est vrai qu’à la différence des interventions de 2001 en Afghanistan et de 2011 en Libye, la France agit ici à la demande du gouvernement malien. Si, comme le relève la chercheur au GRIP Bérangère Rouppert5, la légitimité de l’impopulaire président Dioucounda Traoré – imposé par la CEDEAO à la junte militaire et en poste depuis avril 2012, alors que la constitution malienne proscrit le maintien d’un gouvernement intérimaire au-delà de 40 jours – pose question, celui-ci n’en demeure pas moins le dépositaire de la souveraineté nationale, et l’appel à la France serait donc légal d’un point de vue strictement juridique.

On peut par contre s’interroger sur la conformité de cette intervention avec la souveraineté populaire des Maliens6. « Alors qu’elle permettait jadis d’intervenir militairement à la demande du gouvernement en exercice, la doctrine7 en droit international a évolué, et considère désormais que même avec l’accord de l’Etat souverain, l’implication d’un pays tiers dans un conflit interne est contraire à l’indépendance nationale », souligne le juriste Olivier Corten. Une évolution non dénuée de fondement, quand on sait la longue liste des opérations militaires occidentales intervenues à la demande de gouvernements fantoches, qui n’hésitaient pas à brader les ressources nationales contre les intérêts de leur population pour se maintenir au pouvoir². Ainsi, même s’il s’agit de soutenir le gouvernement de fait, intervenir dans un conflit interne peut être considéré comme contraire au droit des peuples à s’autodéterminer sans ingérence extérieure.  

Conscients de cet aspect, les gouvernements français et maliens ont pris soin de présenter le conflit comme un acte de légitime défense contre une agression, insistant sur le caractère international de la rébellion8. Un argument pour le moins contestable : si les Touaregs du MNLA ont apporté leur soutien aux frappes françaises, les groupes islamistes sont constitués en grande partie de combattants maliens, ce qui rapproche davantage la situation d’un conflit interne que d’une agression extérieure. En outre, l’article 51 de la charte de l’ONU qui prévoit la légitime défense concerne les cas d’agression de la part d’un autre Etat, ce qui ne correspond pas à la situation malienne (sauf à considérer l’Azawad comme un Etat, ce que personne n’a pour l’heure accepté).

La prétention française à inscrire l’opération Serval dans le cadre des normes onusiennes porte, elle aussi, à controverse. Principal document sur lequel se fonde l’intervention, la résolution 2085 du Conseil de Sécurité adoptée à l’unanimité le 22 décembre 2012 prévoyait le déploiement d’une Mission Internationale de Soutien au Mali sous commandement Africain (MISMA) sous la conduite de la CEDEAO, et appelait les Etats à faciliter le déploiement de cette dernière, qui devait être complémentaire à un dialogue politique portant sur le statut de l’Azawad9. La France outrepasse nettement la lettre, voire l’esprit de la résolution, puisqu’en choisissant d’agir dans un cadre bilatéral avec les autorités maliennes, elle court-circuite la MISMA, et contribue à amalgamer la question du terrorisme à celle de l’indépendance du territoire du Nord10. Comme le note Bérangère Rouppert11, le déploiement précipité de la force internationale africaine dans les jours qui ont suivi témoigne davantage d’un souci de légitimation a posteriori, visant à ne pas laisser l’ancienne puissance coloniale en première ligne12. 

Une mosaïque d’intérêts occultés. 

Si la rupture du cessez-le-feu et la reprise des hostilités par Ançar Dine, qui accusait l’armée malienne de recruter subrepticement des mercenaires en vue d’une reconquête militaire de l’Azawad13, laissait peu de chance à une solution politique, il faut noter que la France privilégiait l’option militaire de longue date. Elle s’opposait notamment à l’Algérie qui, dans le même esprit que les médiateurs nigérian et burkinabé de la CEDEAO, entendait profiter de la période précédant le déploiement de la MISMA (initialement prévu fin septembre 2013) pour relancer les négociations, notamment en encourageant les composantes touarègues de la rébellion (MNLA et surtout Ançar Dine) à rompre avec les djihadistes internationaux d’AQMI et du MUJAO14. Pointant les risques humanitaires, le secrétaire général des Nations-Unies Ban Ki-Moon s’était, jusqu’à l’offensive d’Ançar Dine sur Konna, lui aussi montré critique sur l’éventualité d’une intervention précipitée15. L’engouement français pour une posture martiale s’explique en réalité par les intérêts économiques dans la région, qui contrairement à ce que martèle Paris, sont colossaux.

Avec un cadre économique libéral imposé par les institutions financières internationales dans les années 1990, le Mali constitue un terrain favorable pour les sociétés transnationales. Le nombre d’entreprises françaises présentes est cependant relativement modeste – une cinquantaine, dont le géant Bouygue16 – et, bien que le Mali soit le troisième producteur d’or en Afrique, les prospections pour exploiter les sites de gaz, de pétrole, de phosphates et de cuivre se sont avérées décevantes. Plutôt que ses richesses intérieures, c’est davantage l’emplacement géographique du Mali qui fait de son contrôle un atout stratégique majeur : le pays occupe en effet une position centrale dans le Sahel, un espace semi-désertique grand comme l’Europe dont le contrôle constitue un défi depuis le tracé artificiel des frontières africaines lors de la décolonisation. Cette région a vu son potentiel déstabilisateur accru ces dernières années par l’apparition de différents groupes armés, l’essor de trafics en tout genre et la non-résolution de la question touarègue (v. Infra), qui, après la chute du régime du Colonel Kadhafi, a pris une tournure nouvelle avec le retour en masse de combattants nomades armés et entrainés par le guide libyen, pour qui ils servaient de mercenaires17. 

Ainsi, si les intérêts fondamentaux de la France ne sont pas menacés par la déstabilisation du Mali en tant que telle, son basculement sous la domination de forces politiques qui lui seraient hostiles pourrait faire tache d’huile, et gagner des pays aux enjeux autrement plus essentiels pour un grand nombre d’entreprises multinationales. « Les sous-sols de la région sont riches en bassin miniers, gazifières et pétrolifères transfrontaliers », explique Raf Custers, chercheur au Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative (Gresea) spécialisé dans l’industrie extractive. En particulier, le Niger voisin, également aux prises avec une rébellion touarègue, fournit 50% de l’uranium utilisé dans l’hexagone18. Afin de sécuriser l’approvisionnement du précieux minerai dont le contrôle relève de la plus haute importance, les forces spéciales françaises se sont de façon surprenante déployées le 23 janvier sur les sites miniers de son principal exploitant au Niger, Areva, où trois travailleurs français avaient été enlevés par AQMI en 201019. La compagnie y réalise de plantureux bénéfices, au prix d’une exploitation sans merci des travailleurs locaux, et d’un faible retour pour l’Etat Nigérien (à qui elle achète l’Uranium à 80 € le kilo, le tiers de son cours mondial) qui contribue à maintenir celui-ci dans la liste des pays les plus pauvres de la planète20.

L’étroite imbrication des intérêts étrangers dans cette région explique l’accueil globalement favorable réservé à l’intervention française par la plupart des Etats, qui partagent le même souci de stabilisation du Sahel. L’important soutien américain apporté à la France en termes logistiques et de renseignements doit être compris à la lumière de ses impératifs stratégiques régionaux. Le commandement unifié des Etats-Unis pour l’Afrique (Africom), créé en 2007 et entré en fonction en 2008, vise notamment à sécuriser les approvisionnements énergétiques et à contrer l’influence croissante de la Chine sur le continent noir21. Le soutien mesuré apporté à l’opération par la Russie et la Chine s’explique également par leurs intérêts dans la région : à travers sa compagnie Gazprom, la première a obtenu en 2011 l’accord du Niger pour la recherche et l’exploitation d’uranium. La seconde, quant à elle, dispose d’entreprises dans tous les pays du Sahel22 

Dans ce contexte, que reste-t-il du discours de François Hollande prononcé en octobre 2012 à Dakar  ? Le chef de l’Etat y avait en effet appelé à mettre fin à la « Françafrique » : ce mécanisme hérité de la décolonisation qui consistait à maintenir des relations commerciales et politiques préférentielles en échange d’un soutien militaire et économique à des régimes souvent peu démocratiques. Le déroulement de l’opération Serval évoque pourtant à s’y méprendre les vieilles pratiques tant décriées : les premières frappes ont été effectuées par des avions de chasse déployés au Tchad dans le cadre du dispositif français « épervier »23, en activité depuis 1986 et accusé de contribuer à maintenir le régime controversé du président Idriss Déby, en poste depuis 1991 et particulièrement critiqué par les associations de défense des droits de l’homme. « Les déclarations du président à Dakar ne visaient en réalité que les réseaux d’influence para-légaux entre élites françaises et élites africaines, l’aspect le plus visible de la françafrique », analyse Eric Remacle, professeur d’histoire des relations internationales à l’ULB. « Il ne s’agissait en aucun cas de remettre en cause le partenariat privilégié entre la France et les chefs d’Etat africains. »

Pour des raisons tant internes que diplomatiques, l’exécutif français semble s’être accordé pour éluder soigneusement la question des motivations stratégiques et économiques de cette guerre. Et le « désintéressement » de compléter l’« urgence » et la « légitimité » dans le trio de tête du vocabulaire choisi pour justifier l’intervention. Ces maîtres-mots de la communication officielle sont par ailleurs très mollement questionnés par les principaux médias français, peu disposés à écorner outre mesure le storrytelling si fédérateur de la « guerre juste » contre le terrorisme, et qui semblent avoir du mal à prendre la distance nécessaire pour poser les vraies questions24. Entre autre manifestation de cette omerta, on notera la cocasse passe d’arme entre le ministre français Bernard Cazeneuve et Gunther Krichbaum, président de la Commission des Affaires européennes au parlement allemand sur France Inter : visiblement peu familier de la lecture du conflit qui domine outre-rhin, ce dernier affirma comprendre la détermination française à sécuriser son approvisionnement d’Uranium au Niger, suscitant la gêne du journaliste et du ministre. « Nous sommes intervenus au Mali pour combattre la menace terroriste, et nous n’avons aucun intérêt économique », corrigea promptement M. Cazeneuve, embarrassé par cette déconstruction si soudaine du discours officiel25. 

La lutte anti-terroriste élude la question touarègue. 

Par ailleurs, la lecture quasiment exclusive de ce conflit à travers le prisme du terrorisme risque d’occulter la question de l’indépendance de l’Azawad comme manifestation des revendications des Touaregs (et plus globalement des habitants du Nord) à l’auto-détermination, pourtant au cœur du problème. Réfractaire aux diverses tentatives de soumission et de contrôle de la part de l’Etat central, ce peuple commerçant et nomade qui s’est toujours joué des frontières fut largement marginalisé par l’administration coloniale française, qui appuyait son pouvoir sur les élites urbaines du Sud. Après l’indépendance, la relative indifférence se transforma en hostilité croissante : les tentatives de contrôle administratif et les politiques de sédentarisation forcée furent très mal vécues par les populations nomades, qui refusaient de devenir des citoyens de seconde zone. Les terribles sècheresses des années ‘70 et ‘80, la déstructuration des modes de vie traditionnels (résultant notamment du déclin du commerce caravanier) et la sévère répression du soulèvement de 1962 accentuèrent le mécontentement. Si l’idée d’un Etat touareg au Mali du Nord date de 1958, les revendications de sa population et des mouvements armés n’ont, jusqu'au soulèvement de 2012, jamais considéré l’indépendance comme une fin en soi : au gré des révoltes et des rebellions, il s’agissait principalement de réclamer une meilleure prise en considération de la part du Sud. 

A l’issue d’une nouvelle phase de guérilla, un accord fut signé en 1991 entre le pouvoir et la rébellion touarègue. Cet accord, par lequel Bamako s’engageait à allouer des moyens supplémentaires pour le développement de l’Azawad et à une meilleure inclusion de sa population ne fut que partiellement respecté, contribuant ainsi à l’affirmation de la revendication nationale et à la reprise des hostilités à partir de 200626. Les transferts vers le Nord furent par ailleurs mal acceptés par la population du Sud, elle-même victime de graves problèmes de pauvreté. Dans ce contexte, la perpétuation de la déliquescence sociale au Nord s’avéra un terrain fertile pour les groupes salafistes, qui, avec une certaine complaisance de Bamako, assumèrent de plus en plus les fonctions délaissées par l’Etat. La place croissante de ces derniers ne devrait cependant pas être sur-interprétée, leur enracinement progressif ces dernières années constituant davantage le fait de phénomènes opportunistes – générés en partie par les importants moyens financiers dont ils disposent, en provenance notamment du Qatar27 – que d’une tendance lourde à la radicalisation religieuse des populations du Nord28. La déclaration d’indépendance de l’Azawad et l’essor du fondamentalisme musulman ne doivent dès lors être interprétés que comme des conséquences du sous-développement chronique de cette région et de ses implications pour sa population.  

L’association incorrecte entre terroristes, islamistes et Touaregs a déjà commencé à montrer ses effets dévastateurs : depuis la libération par les troupes françaises de villes occupées par Ançar Dine, les témoignages de massacre d’habitants du Nord indûment accusés d’avoir soutenu les salafistes se multiplient29. Le risque d’un tournant ethnique à cette guerre n’est donc pas à exclure, avec des conséquences dramatiques pour les populations arabo-berbères, qui font l’objet d’un fort ressentiment de la part de l’armée malienne. En outre, cet amalgame contribue à délégitimer les revendications d’inclusions sociales, politiques et économiques des habitants du territoire septentrional. 

Vers un dialogue entre Paris et les islamistes ?

Dans ce contexte trouble, quelle sera l’attitude adoptée à long terme par Paris ? Si son objectif prioritaire reste d’assurer la stabilité régionale, les moyens mis en œuvre pour y parvenir dépendront des évolutions sur le terrain, difficiles à prévoir à l’heure actuelle. Bien qu’il s’agisse dans un premier temps d’affaiblir au maximum les combattants rebelles, il n’est pas certain qu’elle se lancera, comme le souhaite Bamako, dans une stratégie contre-insurrectionnelle de longue haleine qui permettrait à cette dernière de recouvrer durablement son intégrité territoriale. La France a en effet peu intérêt à déployer d’énormes moyens pour contrôler ce territoire vaste et déshérité. Les risques d’enlisement sont par ailleurs réels si, avec le temps, l’opération était de plus en plus perçue comme d’inspiration néocoloniale30. Des négociations avec certains acteurs du Nord portant sur un statut particulier de l’Azawad semblent donc inévitables. 

Paradoxalement, Paris pourrait privilégier un dialogue avec les groupes qui menacent le plus leurs intérêts, à savoir les salafistes. Bien que ceux-ci soient peu représentatifs des populations du Mali du Nord, ce sont eux et non les mouvements de revendications nationales qui sont les plus à même d’assurer un contrôle effectif du terrain et qui représentent le plus grand danger. « Lors des négociations de paix, ce sont souvent les groupes au plus haut potentiel de nuisance qui sont considérés comme les interlocuteurs prioritaires », explique Eric Remacle. La consigne31 donnée par l’Elysée de proscrire le terme « islamistes » pour désigner les combattants ennemis (dès lors systématiquement qualifiés de « terroristes »), pourrait ainsi témoigner du souci de ne pas rompre totalement les ponts avec d’éventuels partenaires de négociations. Les intérêts français pourraient donc s’accommoder de l’établissement d’un état semi-autonome dirigé par des islamistes non liés au terrorisme international, qui renonceraient en échange à instaurer la charia sur l’entièreté du Mali. Cette solution laisserait cependant largement de côté la question du sous-développement de l’Azawad, qui resterait dès lors un terreau favorable au recrutement de djihadistes hostiles à la France.

L’avenir dépendra également de la capacité du MNLA à se réinsérer sur la scène. Marginalisé depuis son échec à s’imposer face aux islamistes sur le terrain après la proclamation d’indépendance, ce dernier tente, en jouant la carte du rempart laïque contre l’islamisme, de redevenir un acteur avec lequel il faut compter32. Le mouvement a ainsi apporté un soutien critique à l’armée française dès le début de l’opération Serval, accordant donc la priorité au refoulement des groupes salafistes. Il a également donné des signes d’ouverture en renonçant aux revendications indépendantistes au profit de l’auto-détermination dans le cadre du maintien de la souveraineté de l’Etat malien33. Bien que les observateurs doutent de ses capacités militaires, le MNLA pourrait, s’il parvenait à s’imposer comme un acteur légitime – ce qui est loin d’être acquis dans la mesure où il est honni au Sud, où il est largement jugé responsable de la crise actuelle – apporter aux français une caution utile en cas d’un prolongement des opérations. Le retour du mouvement (qui bien que constitué de touarègues, refuse une lecture ethnique ou religieuse du conflit et se veut le représentant de tous les habitants de l’Azawad34) à la table des négociations aurait par ailleurs le mérite de mettre à l’agenda la question du développement et de l’inclusion du Nord comme alternative à la sécession. 

Il semble toutefois illusoire de penser que la stabilisation durable du Mali soit possible sans prendre en compte la situation socio-économique dans l’ensemble de la région. De fait, l’endiguement du fondamentalisme ne pourra être couronné de succès sur le long terme si l’on ne s’attaque pas à sa source : la misère sociale. Cela implique de relégitimer l’Etat dans les domaines où celui-ci ne réponds plus aux besoins de ses citoyens. Cet objectif ne peut être atteint sans une démocratisation des structures sociales, économiques et politiques de ces pays, parmi les plus pauvres et inégalitaires au monde. Cela passe par une meilleur répartition interne des richesses, mais également par une redéfinition du rôle des multinationales (majoritairement occidentales) présentes sur place, dont la faible contribution financière au regard des bénéfices réalisés génère des implications dramatiques sur le sous-développement économique et social35. Toute solution qui viendrait tarir dans la durée le flux de djihadistes passe donc par une révision sur une base plus égalitaire du partenariat entre les Etats périphériques et les acteurs qui occupent une position centrale dans l’économie mondiale. A la vue de la myriade d’intérêts économiques que viendrait contrarier cette dynamique, il est néanmoins peu probable que ces derniers y souscriront.  

 

Gregory Mauzé

 

*Les citations non-référencées sont tirées d’entretiens avec leurs auteurs. 

 

Notes

 

1- Wallerstein, Immanuel, "Le Mali : le prochain Afghanistan ?", 28 novembre 2012, medelu.org.

2- Leymarie, Philippe, "La guerre du « Sahelistan » aura-t-elle lieu ?", Le Monde diplomatique, janvier 2013.

3-"Les services du renseignement américain aident la France au Mali ", 22 janvier 2013, maliactu.net.

4-"La France de plus en plus ambitieuse au Mali", 21 janvier 2013, arcinfo.ch.

5- Rouppert, Bérangère, "L’étonnant consensus autour de l’intervention française au Mali", Note d’Analyse du GRIP, 15 janvier 2013, Bruxelles.

6- La souveraineté nationale consiste pour une Nation à ne pas subir d’ingérences extérieures. La souveraineté populaire renvoie quant à elle au droit des peuples à choisir leur forme de gouvernement et leurs dirigeants.

7- En droit international, la doctrine consiste en l’interprétation de la coutume, qui est définie comme une pratique répétée de règles non-écrites par des Etats, qui devient de fait une importante source de droit.

8- Collin, Jean-Marie, "Questions sur le Mali à Bérangère Rouppert, chercheur au GRIP", 16 janvier 2013, alternatives-economiques.fr.

9- Conseil de sécurité de l'ONU, "Le Conseil de sécurité autorise le déploiement d'une force internationale au Mali", CS/10870, 20 décembre 2012, un.org.

10- Leymarie, Philippe, "Mali : questions sur une intervention", 14 janvier 2013, blog.mondediplo.net.

11- Rouppert, Bérangère, loc.cit.

12- Hofnung, Thomas, "Les pays d’Afrique de l’Ouest sur le pied de guerre mais sans moyens", 20 janvier 2013, liberation.fr.

13- Olivier Matthieu, "Nord-Mali : Ansar Eddine renonce à cesser les hostilités et fustige "le mépris" de Bamako", 3 janvier 2013, jeuneafrique.com.

14- Benchiba, Lakhdar, "Ce qu’en pense Alger", Le Monde diplomatique, janvier 2013.

15-"Ban Ki-moon réservé sur un soutien de l'ONU à l'opération militaire au Mali", 23 janvier 2013, rfi.fr.

16- Berkouk, Safia, "Financement, intérêts, lutte d’influence : les enjeux économiques de la guerre au Mali", El Watan, 21 janvier 2013.

17- Leymarie, Philippe, "Comment le Sahel est devenu une poudrière", Le Monde diplomatique, avril 2012.

18- Ribadeau Dumas, Laurent, "Philippe Leymarie sur les causes de la guerre au Mali", 18 janvier 2013, geopolis.francetvinfo.fr.

19- Guisnel, Jean, "Niger : les forces spéciales protégeront les mines d'uranium d'Areva", 23 janvier 2013, lepoint.fr

20-"L’uranium du Niger, toujours bon à piller", 28 août 2007, gresea.be.

21- Henningsen, Patrick, "Mali : US Africa Command (AFRICOM) Prepares for Another “Humanitarian” Military Intervention ?", 12 octobre 2012, globalresearch.org.

22-Ribadeau Dumas, Laurent, loc.cit.

23-"Hollande : « La France n’a pas vocation à rester au Mali »", 15 janvier 2013, liberation.fr.

24- Armati, Lucas, Dassonville, Aude, Senejoux, Richard et Tesquet, Olivier, "Guerre au Mali : comment s'en tirent les médias français ?", 24 janvier 2013, telerama.fr.

25- Schneidermann, Daniel, "Berlin-Bamako : les bons mots font les bons amis", 22 janvier 2013, rue89.com. Emission disponible sur http://www.franceinter.fr/player/re....

26- De Santis, Gaël, "Pierre Boilley : « Il faut distinguer les terroristes des indépendantistes touaregs » ", L'humanité, 15 janvier 2013.

27-"'Notre ami du Qatar' finance les islamistes du Mali", Le Canard enchaîné, 6 juin 2012.

28- De Santis, Gaël, loc.cit.

29- Remy, Jean-Philippe, "Dans Gao libérée, désolation et règlements de comptes", Le Monde, 30 janvier 2013

30- Rouppert, Bérangère, loc.cit.

31-"L'Elysée a ordonné de ne pas parler d'islamistes", 18 janvier 2013, arretsurimages.net

32- Berthemet, Tanguy et Oberlé, Thierry, "Le MNLA tente de revenir dans le jeu malien", 22 janvier 2013, lefigaro.fr

33-"Mali : de la sécession à l'autodétermination, la nouvelle stratégie du MNLA", 10 octobre 2012, rfi.fr.

34- Bouzeghrane, Nadjia, "Situation au sahel : le MNLA met en garde contre un embrasement régional incluant le Niger", El Watan, 27 janvier 2013.

35- Selon le Tax Justice Network, les différents mécanismes d’évasion fiscale mis en place par ces dernières génère en Afrique subsaharienne un manque à gagner de 30% du PIB. Tax Justice Network for Africa, "Pillage de l’Afrique : faits et chiffres", in Alternatives Sud Vol. 14, "Evasion fiscale et pauvreté, points de vue du sud", Centre tricontinentale et Syllepse, 2007, Paris.

 

Publié sur ACJJ.BE

 

Source: INVESTIG'ACTION

vendredi, 08 février 2013

LA GUERRE DE RECONQUETE DU MALI

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La crise économique paupérise les pauvres

La conjoncture malienne n’est pas aussi complexe que l’on voudrait nous le laisser imaginer. Quels sont les ingrédients et la recette de cette bouillabaisse Françafrique ? 

La crise économique systémique qui sévit durement dans les pays d’Afrique depuis 2008 a jeté les paysans, les ouvriers et les artisans dans la misère et dans les ornières de l’exil plein de péril. Les puissances impérialistes continuent de rapatrier les profits et d’acheminer les matières premières vers les métropoles cupides, mais elles ne veulent rien entendre des souffrances qu’elles infligent à ces peuples désespérés et elles font tout pour que ces pestiférés demeurent dans ces contrées qu’elles ont affamées et sinistrées.

En conséquence, les marchés, les places publiques, les quartiers, les fleuves et les sentiers d’Afrique sont encombrés d’hommes désœuvrés, en transhumance entre le Sud paupérisé et le Nord, «marche pied» vers l’Europe, cet Eldorado inhumé. Cette main d’œuvre bon marché est prête à tout pour ravitailler leur famille demeurer au foyer. 

L’offre de service en bras armés – flibustiers engagés – métayers fusiliers – a de beaucoup augmenté depuis quelques années, au point d’engorgée les agences de recrutement et de renseignement de l’OTAN et de leurs sous-traitants – djihadistes, islamistes, intégristes – et autres pestiférés de cet univers de mercenaires sous-payés.

Le recrutement des exécutants 

Tantôt, l’aspirant «terroriste» est recruté et embauché pour un coup fourré de courte durée – cahier des charges spécifié – solde déterminée et autorisation de se payer à même ce qu’il pourra voler aux populations exécutées, ce qui comprend la permission de violer des femmes pour se rassasier. Souvent, ces flibustiers de la modernité s’emparent d’armes sophistiquées pour se préparer à honorer le prochain contrat qui sera attribué par l’OTAN, les États-Unis ou la France. Ils doivent penser à s’équiper pour la prochaine équipée.

Parfois le futur «terroriste» est embauché pour un temps indéterminé. Sa foi dans le Coran étant garant de son recrutement, de son entrainement et de son réengagement. Lavage de cerveau, rhétorique euphorisante anti Occident et le militant est prêt à donner sa vie pour son gourou du moment. En effet, les monopoles miniers criminalisés, les pétrolières polluantes et prévaricatrices, les entreprises manufacturières prédatrices, les représentants des gouvernements néo-colonialistes, les camps militaires retranchés, menaçants comme celui de la banlieue d’Abidjan (43e Bima), tout l’environnement social concourent à accréditer l’idée que l’Occident occupe et vide le continent africain de ses ressources, de sa plus-value et de ses biens. 

C’est si vrai que les services secrets américains, français, britanniques, russes s’appuient sur ces sentiments d’aversion-répulsion pour recruter et enflammer le continent africain ravagé.

Les coups d’État approuvés par la «communauté internationale»  

Quand un coup de force tordu est terminé, comme en Libye l’été dernier, en Côte d’Ivoire l’année qui a précédée, ces mercenaires – corsaires du désert regroupés en bandes armés anarchiques – sont remerciés par leurs sponsors, mais ils ne désarment pas pour autant. Ils errent à la recherche d’un nouvel engagement, d’un nouveau théâtre d’opération ou l’OTAN, le Qatar, l’Arabie Saoudite, la France ou les États-Unis voudront bien les exfiltrer – les aéroporter – pour une nouvelle «guerre humanitaire». Préférablement loin de la Syrie ou le gouvernement local tient bon et extermine les terroristes infiltrés dans le pays mortifié.

S’ils ne sont pas recrutés, s’ils ne sont pas de corvée, les «djihadistes» de service et les mercenaires sans foi ni loi errent dans le désert en quête de nouvelles proies à leur propre compte, tels des seigneurs de guerre… 

Pendant ce temps au Mali

Pendant ce temps au Mali le gouvernement national fantoche de ce pays artificiel dont les frontières ont été dessinées par la France impérialiste il y a cinquante années passées – quand Paris peinait à massacrer les peuples d’Indochine et d’Algérie et ne disposait pas d’assez de troupiers pour exterminer la moitié du continent africain colonisé – en mars 2012, le gouvernement malien était renversé par une révolte de palais à Bamako. Un petit capitaine obscur et imprévisible (major Sanogo) démettait le Président Touré et assignait un nouveau-ex-président, Monsieur Traoré, puis congédiait le Premier Ministre pendant que la bourgeoisie compradore malienne se remplissait les poches à même les «aides» internationales, la solde des soldats détournées, le trafic de drogues, la vente d’armes et autres activités illicites comme toutes les autres bourgeoisies patriotiques d’Afrique sponsorisées par l’Occident, la Russie et la Chine concertées. 

Le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA et Ansar Dine) trouvèrent approprié de profiter de la déliquescence de l’État fédéral malien pour s’emparer du contrôle du Nord du pays désertique, sous développé, affamé et oublié par Bamako l’éloignée (1).

Et voilà qu’une caravane de mercenaires terroristes désœuvrés, saqués, passait par-là, de retour de sa croisade de rapine assassine à Tripoli et à Benghazi. Les damnés armés jusqu’aux dents par les soins de la France et de l’OTAN, se trouvèrent disposés à saccager ce pays meurtri dont l’armée nationale laminée n’avait nullement l’idée de se sacrifier pour la patrie des pourris de Mopti et pour préserver les intérêts d’AREVA, de TOTAL, de Sahara Mining, de MDL d’Australie et d’OROMIN du Canada et pour que la France mette la main sur 5% environ de la production d’or dans le monde (production d’or au Mali). 

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Voici que l’armée malienne de service, ses généraux trafiquants et son capitaine gourmand avaient besoin du soutien de la «mère patrie» pour rétablir l’autorité impérialiste sur leur pays failli. Aussi, une coalition de circonstance fut vite rameutée par la CEDEAO sous la houlette de monsieur Ouattara, le présidentié reconnaissant, co-présidé par Compaoré le dictateur avéré et gracié. Hollande fier de son blanc-seing lança ses hordes meurtrières, bombardiers, blindés motorisés, bombes à fragmentationet drones nouvellement équipés aux trousses des populations désarmées et des mercenaires déglingués et des Touaregs révoltés (MNLA et Ansar Dine) et surtout à la reconquête française des mines d’or maliennes de la Françafrique.

Les «islamistes» de service comprenant enfin le message de leur ex-employeur et futur créancier se retranchèrent dans les montagnes de l’Adrar et de Gouma où ils seront peut-être contenus si les soldats de la force d’intervention africaine se résignent à compléter leur formation et à se présenter au front afin de défendre l’impérialisme français au Mali. 

Les meurtriers motorisés d’hier, aujourd’hui retranchés dans les montagnes du Sahel, seront probablement bombardés par les Rafales de la Françafrique, histoire de leur faire observer qu’ils n’ont pas mission d’occuper ou d’administrer les populations et les mines d’or des néo-colonies faillies. Ces tâches bancales sont assignées aux marionnettes désignées et à leurs armées subventionnées après élections truquées, où l’Élysée tranche qui est élu et qui est battu. Que ces mercenaires poltrons «terroristes-islamistes» de service attendent patiemment leur prochain ordre de mission pour attaquer le Niger, le Tchad, la Mauritanie, ou qui sait, l’Algérie, que l’OTAN ou la France leur assigneront en temps voulu.

Pour ce qui a trait aux révoltés Touareg, ils peuvent se maintenir sur leurs terres ancestrales s’ils sont obéissants-repentants, et à condition qu’ils n’embêtent personne et surtout pas les minières (or et uranium) monopolistes qui exploitent la force de travail local et spolient les ressources nationales (2). 

De quel côté se ranger ?

Au milieu de ce salmigondis l’intellectuel Samir Amin se défend d’appuyer l’impérialisme français mais se prononce en faveur de l’intervention des impérialistes français qui ont bien raison, dit-il, de réprimander leurs terroristes au chômage et de reprendre le contrôle de leur néo-colonie faillie, mais sans la maintenir comme un État client dominé et exploité suggère-t-il (3). Mais, pourrait-on rétorquer, c’est exactement le but recherché, replacer la néo-colonie en État de marche en tant que courroie de transmission entre les puits de mine et les usines en France métropolitaine. 

Deux intellectuels protestent outrés contre leur ami Samir Amin qu’ils réprimandent vertement. Au nom de la «souveraineté» malienne – inexistante comme nous venons de le constater – et au nom de la fraternité entre la bourgeoisie malienne dominée et les capitalistes monopolistes français dominants et occupants, ils écrivent : «(…) et si ces sommes considérables (30 millions d’euros d’effort de guerre français au Mali. NDLR) étaient affectées au développement et à la coopération réelle du Mali avec la France, que resterait-il aux fameux «islamistes», ou aux séparatistes Touaregs, ou à leurs alliés du Qatar et d'ailleurs, comme espace politique pour intervenir?» (4).

Deux questions confrontent ces internationalistes. Pourquoi dénoncer la lutte de libération nationale que mène la bourgeoisie Touareg de l’Azawad et pourquoi dans ce conflit prendre parti en faveur de la bourgeoisie malienne compradore du Sud contre celle du Nord ? Question encore plus importante : que resterait-il comme espace aux impérialistes français pour spolier la plus-value des ouvriers, la rente foncière des paysans, le profit des artisans et les ressources naturelles du Mali si la France se mettait tout à coup à affecter les crédits de l’État bourgeois français au développement et à la coopération fraternelle ? L’État français bourgeois ne verse pas le sang de ses soldats et ne débourse pas de tels montants pour aider le Mali à devenir prospère et indépendant. Si c’était le cas il lui suffirait de se retirer du Mali et d’abandonner à son sort la bourgeoisie compradore qu’elle y a implantée et de cesser d’armer ses flibustiers (5). 

Comme vous le comprenez cette guerre de la diplomatie de la canonnière Françafrique au Mali est une querelle de famille entre petits et grands bandits et leurs thuriféraires tous divisés sur les modalités de sujétion du peuple malien. L’Islam, la souveraineté nationale, la coopération équitable et fraternelle, la démocratie, l’emploi, le développement social, la croissance économique, le prix des produits agricoles et le peuple malien ne comptent pour rien dans cette échauffourée entre vauriens.

Les progressistes et les internationalistes du monde entier n’ont qu’à se ranger du côté des paysans, des artisans et des ouvriers du Mali et de leurs familles, la grande majorité de la population malienne qui ne veut pas de cette guerre, ni de l’arbitraire. Souhaitons que les différents peuples regroupés dans cette fédération hétéroclite appelée Mali sauront s’unir et s’armer, et comme l’immense peuple algérien en 1962, chasser la puissance néocoloniale, ses terroristes-islamistes sous-traitants et les larbins nationaux stipendiés. 

La France hors du Mali.

 

Robert Bibeau, robertbibeau@hotmail.com, le 6 février 2013.

  

1.      http://fr.wikipedia.org/wiki/Mali

2.      http://www.mondialisation.ca/les-veritables-raisons-pour-lesquelles-lallemagne-demande-aux-etats-unis-la-restitution-de-son-or/5321941

3.      http://www.m-pep.org/spip.php?article3184

4.      http://www.lapenseelibre.org/article-mali-gauche-proguerre-et-recolonisation-reponse-a-samir-amin-n-71-115043888.html

5.      http://www.mondialisation.ca/la-guerre-civile-au-mali-une-tragedie-a-huis-clos/5321351

 

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mercredi, 06 février 2013

MALI: «NOUS AURIONS DU HAUSSER LA VOIX DES LE JOUR OU DES CHARS DE COMBAT FRANÇAIS ONT FORCE LES GRILLES DU PALAIS DE GBAGBO»



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Boubacar Boris Diop sur le Mali, la France et l'Afrique : "Nous aurions dû hausser la voix dès le jour où des chars de combat français ont forcé les grilles du palais de Gbagbo (...) Les Maliens ont perdu leur Etat et leur honneur"


Dans une interview accordée au journal sénégalais Le Pays au Quotidien, reprise par son collègue djiboutien Abdourrahmane Waberi sur son blog hébergé par Slate Afrique, l'écrivain Boubacar Boris Diop analyse les différentes implications de la guerre au Mali... et refuse d'applaudir à tout rompre la France officielle... qu'il qualifie de "pompier pyromane".

 

"Le danger, à mon humble avis, c’est d’analyser cette guerre comme un fait isolé. Tout le monde la relie à l’agression contre la Libye, mais pas avec autant d’insistance qu’il faudrait. Il ne suffit pas de dire que l’agression contre la Libye est en train de déstabiliser la bande sahélienne et toute l’Afrique de l’Ouest. Il faut la placer, de même que le « printemps arabe », au cœur de la réflexion sur le Nord-Mali. Nous devons peut-être même aller plus loin et nous demander si nous n’aurions pas dû hausser la voix dès le jour où des chars de combat français ont forcé les grilles du palais de Gbagbo. Il était possible, sans forcément soutenir Laurent Gbagbo, de bien faire savoir à Paris qu’une ligne rouge venait d’être franchie. Mais nous avons trop bien appris notre leçon sur la démocratie, on a inventé exprès pour nous des termes comme « bonne gouvernance » – qui donc a jamais entendu parler de la « bonne gouvernance » en Belgique ? – et nous en sommes venus à perdre tout sens des nuances et surtout la capacité d’inscrire des évènements politiques particuliers dans une logique globale.

(...) Il suffit de remonter le fil des évènements. Après avoir assassiné Kadhafi dans les conditions scandaleuses que l’on sait, L’Etat français a cru le moment venu de confier la sous-traitance de la guerre contre Aqmi et le Mujao à la rébellion touarègue. Comme vient de le rappeler Ibrahima Sène dans une réponse à Samir Amin, Paris et Washington décident alors d’aider les Touareg présents en Libye à rentrer lourdement armés au Mali mais, détail important, pas au Niger où on ne veut prendre aucun risque à cause d’Areva. Les Touareg sont ravis de pouvoir concrétiser enfin leur vieux rêve d’indépendance à travers un nouvel Etat de l’Azawad, allié de l’Occident.

Certains médias français se sont alors chargés de « vendre » le projet de ces « hommes bleus du désert » qui se préparent pourtant tout simplement à entrer en guerre contre le Mali. Il suffit de faire un tour dans les archives de France 24 et de RFI pour voir que le MNLA en particulier a été créé de toutes pièces par les services de Sarkozy. Ces stratèges savaient très bien que cela allait se traduire par l’effondrement de l’Etat malien et la partition de son territoire. Ça ne les a pourtant pas fait hésiter une seconde. Juppé s’est ainsi permis de minimiser l’égorgement collectif par les Touareg d’une centaine de soldats et officiers maliens le 24 janvier 2012 à Aguelhok et suggéré la possibilité d’un Azawad souverain au nord. Mais au bout du compte, le MNLA qui n’a pas été à la hauteur des attentes de ses commanditaires face aux jihadistes, s’est pratiquement sabordé, ce qui est d’ailleurs sans doute une première dans l’histoire des mouvements de libération. Dans cette affaire, la France est clairement dans le rôle du pompier pyromane. Tout laisse croire qu’elle va défaire les jihadistes, mais sa victoire coûtera aux Maliens leur Etat et leur honneur.

Je veux juste dire que c’en est fini pour longtemps de l’indépendance du Mali et de sa relative homogénéité territoriale. Il faudrait être bien naïf pour s’imaginer qu’après s’être donné tant de mal pour libérer le Nord, la France va remettre les clefs du pays à Dioncounda Traoré et Maliens et se contenter de grandes effusions d’adieu. Non, le monde ne marche pas ainsi. La France s’est mise en bonne position dans la course aux prodigieuses richesses naturelles du Sahara et on la voit mal laisser tomber la rébellion touarègue qui reste entre ses mains une carte précieuse. Un épisode de cette guerre est passé inaperçu, qui mérite pourtant réflexion : la prise de Kidal. On en a d’abord concédé la « prise » à un MNLA qui n’a plus aucune existence militaire et quelques jours plus tard, le 29 janvier, les soldats français sont entrés seuls dans la ville, n’autorisant pas les forces maliennes à les y accompagner. Iyad Ag Ghali, patron d’Ansar Dine, discrédité par ses accointances avec AQMI et le MUJAO, est presque déjà hors jeu et son rival « modéré » Alghabasse Ag Intalla, chef du MIA, est dans les meilleures dispositions pour trouver un terrain d’entente avec Paris. En somme, les indépendantistes Touareg vont avoir après leur débâcle militaire un contrôle politique sur le nord qu’ils n’ont jamais eu. C’est un formidable paradoxe, mais l’intérêt de l’Occident, c’est un Etat central malien sans prise sur la partie septentrionale du pays. Les pressions ont commencé pour obliger Dioncounda Traoré à négocier avec des Touareg modérés sortis de la manche de Paris et on ne voit pas un président aussi affaibli que Dioncounda Traoré résister à Hollande. Que cela nous plaise ou non, le « printemps arabe » est en train de détacher définitivement l’Afrique du Nord du reste du continent et la « nouvelle frontière » c’est en quelque sorte le Nord-Mali. Cela correspond à un projet stratégique très clair, très cohérent, de l’Occident et il est en train de le mettre en œuvre."

 

Source: Le blog de Théophile Kouamouo