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jeudi, 12 janvier 2012

GUY-ANDRE KIEFFER: LES DOCUMENTS EXPLOSIFS DE «GORGE PROFONDE»


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L'affaire Guy-André Kieffer a rebondi avec la diffusion dans Le Nouveau Courier du témoignage de «Gorge profonde», ex-rebelle qui affirmait avoir participé à l’enlèvement et à l’assassinat du journaliste franco-canadien et savoir ou se trouvait la dépouille.

Comme par enchantement, le juge Ramaël a conduit l'opinion vers un squelette à problèmes à Issia, à plus de 300 kilomètres d’Abidjan. Et la litanie accusatrice contre Gbagbo et ses proches a été relancée. Gorge profonde est-il une invention du Nouveau Courrier  ou un faux témoin ? En tout cas, nous avons la preuve qu’il a constitué un dossier à l'attention de Ramaël avec l’aide de Jean-Yves Garnault, agent de renseignement français. Nous avons pu en effet nous procurer des courriers électroniques qu'ils ont échangés. Notamment une partie de la confession de Gorge profonde à Ramaël rédigée avec l’aide de Garnault et d’un avocat, envoyée au juge Ramaël. Nous la publions ici, avec quelques retouches, pour protéger notre source.

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Et nous vous faisons partager la décharge que Garnault a donnée à «Gorge profonde» après avoir pris ce que ce dernier présente comme des effets personnels arrachés à Kieffer. Cerise sur le gâteau, Gorge profonde affirme avoir rencontré Ramaël dans la nuit du 2 au 3 janvier, soit quelques heures après l’arrivée du juge à Abidjan, dans un bar bien connu de la place, situé à Marcory. Au lendemain de la publication du témoignage de «Gorge profonde» dans les colonnes du Nouveau Courrier, nous sommes rentrés en contact avec le juge français, qui a prétexté d’une réunion pour botter en touche. Il avait promis de rappeler, ce qu’il n'a pas fait. De quoi crédibiliser Gorge profonde  et donner des sueurs froides au régime Ouattara. Le poker menteur continue.

"Monsieur le juge,

Je me nomme xxxxxxx xxxxxxx, je suis né le xxxxx xxxxx xxxx à Korhogo – j’ai été un élément actif et connu de ce qu’on a appelé « la rébellion » – J’ai occupé divers postes de responsabilités dont celui de chef du GIS (Groupe des Interventions Spéciales) qui est     directement lié à l’affaire Guy André Kieffer.

J’ai été un militaire sincère, croyant dans la finalité de la lutte armée contre notre ennemi de l’époque qui était le « clan Gbagbo » – Nous obéissions scrupuleusement aux ordres donnés soit par notre hiérarchie soit par les autorités politiques.

J’ai décidé de vous livrer toutes les informations relatives à l’affaire Kieffer et sur d’autres opérations du même type, car, comme beaucoup d’entre nous, je me suis senti trahi par nos hiérarchies, aussi bien politique que militaire. Notre chef, M. Soro  Guillaume, s’est rapproché de M. Gbagbo avec tous les avantages que lui conférait son poste de Premier Ministre … tandis qu’un autre s’est hissé à un très haut niveau de la Présidence !

J’ai décidé, après avoir été exploité, souvent humilié, qu’il me fallait prendre la décision de sortir de cet engrenage – J’ai quitté la rébellion et ai réussi à vivre aussi modestement que discrètement avant de me réfugier dans un pays voisin avec ma famille – Actuellement je ne vis que de l’aide du Haut Commissariat aux Réfugiés.

Le moment est venu de faire rendre des comptes aux différents responsables qui ont trahi notre cause.

C’est la raison pour laquelle, prenant conscience d’avoir été un instrument manipulé alors que j’étais sincèrement convaincu d’agir pour la bonne cause, j’éprouve aujourd’hui une réelle soif de Justice et je tiens absolument à ce que toute la Vérité soit dite pour que tous les niveaux de responsabilités répondent de leurs actes respectifs.

Je m’engage solennellement à pleinement collaborer pour que toute la lumière soit faite sur ces malheureuses affaires que je regrette aujourd’hui.

Permettez-moi de solliciter de votre bienveillance une attention particulière concernant mon épouse et ma fille pour qu’elles puissent vivre normalement durant mon absence et, dans la mesure du possible, faire en sorte que ma vie soit préservée en m’envoyant (de mon plein gré) en France pour que la Justice puisse rendre sa décision à mon encontre. Je souhaiterais, dans toute la mesure du possible, que mon nom soit préservé dans les procédures pour des raisons évidentes de sécurité.

Je tenais à vous remettre cette lettre au premier moment de notre rencontre pour démontrer dans quel état d’esprit je souhaite collaborer avec la Justice française.

Vous renouvelant mes regrets de cette conduite inexcusable qui est la résultante du contexte de guerre avec son cortège d’horreurs, je vous prie néanmoins de bien vouloir intercéder auprès de la famille pour leur présenter mes très sincères regrets.


Xxxxxx   xxxxxxxx

Courrier  rédigé par un tiers à ma demande".


Source: LE NOUVEAU COURRIER

mercredi, 11 janvier 2012

APRES LA MORT DE BOHOUN BOUABRE, LE MINISTRE LIA BI DOUAYOUA ACCUSE: «SI SES COMPTES N’AVAIENT PAS ETE GELES…»



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Le Ministre d’Etat Paul-Antoine Bohoun Bouabré, du fait de la Proximité de Saïoua avec Sinfra, m’appelait toujours affectueusement « Frère ». Mais nous avons vécu réellement une fraternité au plein sens du terme. De janvier 2001 à Mars 2003, pendant mon temps de présence au gouvernement, c’est moi qu’il avait chaque fois choisi pour assurer l’intérim du Ministère de l’économie et des finances pendant ses nombreux  déplacements pour les discussions avec les institutions de Brettons Woods.

Ingénieur de formation, je ne suis ni économiste ni financier mais il déclarait  toujours que c’est à moi qu’il faisait le plus confiance. Je me sentais donc honoré de cette marque de confiance et nous avons été ensemble sur de nombreux fronts. Il avait par exemple  particulièrement tenu à être à mes côtés à l’Assemblée nationale lorsque je défendais le Projet de loi sur la paiement par les opérateurs mobiles de la contrepartie financière de 40 milliards à l’Etat pour l’attribution de licence d’exploitation de réseau cellulaire.  J’ai appris ce matin son décès comme un choc. C’était un homme droit, rigoureux et loyal qui avait de grandes ambitions à la fois pour sa région et pour son pays.

Je pense que si ses comptes bancaires, par injustice et méchanceté gratuite, n’avaient pas été gelés, il aurait pu disposer de ressources financières nécessaires pour se  faire soigner convenablement. Je prie profondément depuis ce matin pour lui, pour Léa sa femme, pour ses enfants, pour sa famille et  pour ses amis.


Le Ministre Lia Bi Douayoua
Président du Conseil Général de Sinfra


Source: LE NOUVEAU COURRIER

COTE D'IVOIRE: DECES A JERUSALEM DE PAUL-ANTOINE BOHOUN BOUABRE


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Un haut cadre de la Côte d'Ivoire, une personnalité de grande valeur, un homme discret, travailleur et d'une efficacité redoutable a tiré sa révérence, à 54 ans. Paul-Antoine Bohoun Bouabré n'est plus. La Côte d'Ivoire digne est en deuil. Jeune Afrique se croit dans l'obligation de pondre un article pour balancer le scoop (voir texte ci-dessous), sauf qu'il le fait au détriment du professionnalisme, de la vérité et du devoir sacré de respecter la douleur des proches du disparu. Ce que n'a pas manqué de relever Théophile Kouamouo, du Nouveau Courrier, sur sa page Facebook: « L'article de Jeune Afrique sur la mort de Bohoun n'honore pas son auteur. Premièrement, parce que tout le monde sait qu'il n'était pas dans le gouvernement Aké N'Gbo et pas au premier plan pendant la crise postélectorale. Et que c'est la logique folle qui a conduit à l'inculpation de gens comme le fils ou le médecin de Gbagbo qui est à l'oeuvre. Deuxièmement, parce qu'il ne prend même pas le soin de dire "graves crimes supposés". Troisièmement, parce qu'il veut couvrir le fait qu'il est mort sans avoir eu les moyens de se soigner parce que ses biens n'ont même pas été partiellement gelés, mis sous tutelle, pour lui donner les moyens de se soigner. C'est honteux, tout ça ». La prochaine étape sera certainement pour Bohoun Bouabré de servir de bouc émissaire post mortem pour tous les sorciers et diables de la scabreuse « affaire Kieffer ». Condoléances attristées à tous les patriotes ivoiriens !

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L'ancien grand argentier de Laurent Gbagbo est décédé mercredi matin dans un hôpital de Jérusalem à la suite d'une grave insuffisance rénale. Il était recherché par la justice ivoirienne pour des crimes commis pendant la crise postélectorale.

L'ancien ministre ivoirien de l'Économie et des Finances (entre octobre 2000 et décembre 2005) Paul-Antoine Bohoun Bouabré est décédé tôt ce mercredi matin à Jérusalem, en Israël, où il était en attente d'une greffe de reins, a annoncé le site de L'Intelligent d'Abidjan. Une information confirmée à Jeune Afrique par une proche du défunt. Selon elle, celui-ci souffrait d'une insuffisance rénale et avait vu sa santé se dégrader l'été dernier.

Visé par un mandat d'arrêt international émis par la justice ivoirienne pour les graves crimes commis dans le cadre de la crise postélectorale, ce cacique de l'ancien régime de Laurent Gbagbo avait trouvé refuge en Israël. Ancien professeur d'économie à l'Unité de formation et recherches des sciences économiques et de gestion de l'université d'Abidjan, il avait également été ministre d'État chargé du Plan et du Développement.

Émissaires

Après la chute de Laurent Gbagbo, il avait dépêché des émissaires auprès du nouveau pouvoir d'Alassane Ouattara pour négocier le dégel de ses avoirs ou, à défaut, obtenir une prise en charge de l'État. Mais, cette demande lui avait été refusée. Son nom était régulièrement cité dans l'affaire de la disparition à Abidjan en 2004 du journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer.


Baudelaire Mieu, à Abidjan.


mardi, 10 janvier 2012

L'INVESTIGATION ET NOUS, PAR THEOPHILE KOUAMOUO


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La semaine qui vient de s’achever a été une semaine d’émotions assez fortes pour la rédaction de votre quotidien Le Nouveau Courrier. Et pour cause : nous avons été pris, à notre corps défendant, dans le tourbillon de la «résurrection» de l’affaire Kieffer, avec tous les risques que cela comporte. C’est en effet après la publication dans notre quotidien du témoignage d’un homme que nous avons surnommé «Gorge profonde», et qui affirmait être en mesure d’indiquer l’endroit où a été inhumé Guy-André Kieffer il y a plus de sept ans pour avoir été un des éléments du commando rebelle l’ayant assassiné pour le compte des ennemis du pouvoir d’alors, soucieux de l’accabler, que le juge Patrick Ramaël, flanqué d’éléments des Forces républicaines de Côte d’Ivoire, dominées par les ex-rebelles, a «découvert» un squelette. Qui pourrait être, dit-on, celui du journaliste franco-canadien. «Petit» problème : le squelette en question ne se trouve pas sur la route entre Abidjan et Sikensi, mais dans le village de Zega, près d’Issia, à plus de 300 kilomètres d’Abidjan. Que penser de cet incroyable imbroglio ?

- Premièrement, nous ne sommes ni les «amis» ni les «garants» de «Gorge profonde». Si nous avons choisi de publier son témoignage pour le moins troublant, c’est parce que nous avons eu la preuve de ce qu’il était en relation suivie avec à la fois un homme politique ivoirien de premier plan, Jean-Yves Garnault, spécialiste français du renseignement au profil trouble vivant à Abidjan et les services du juge Patrick Ramaël. Il savait depuis le mois de décembre  au moins que Ramaël arriverait le 2 janvier à Abidjan, avait son contact et devait le rencontrer quand il a reçu, finalement, des coups de fil menaçants de «sécurocrates» du régime Ouattara. Au final, nous avons perdu sa trace. Que lui est-il arrivé ? Nous n’en savons rien. Mais tous les éléments qu’il nous a fournis nous ont convaincu de l’utilité de publier son témoignage.

- Deuxièmement, il faut absolument qu’une presse critique «surveille» le travail du juge Ramaël sur ce dossier Guy-André Kieffer. Pour des raisons citoyennes évidentes. Depuis sept ans, ce magistrat a en effet suivi de nombreuses pistes, donc de fausses pistes, en utilisant abondamment les médias, rendant publiques des séries de noms de suspects sans relation les unes avec les autres. Il a, et c’est évident, bafoué les règles de son métier qui lui demandent d’enquêter à charge et à décharge, pour se mettre au service de l’obsession anti-Gbagbo des exécutifs Chirac et Sarkozy. Même en France, les méthodes de Ramaël ne font pas l’unanimité. C’est pour cette raison qu’il a été visé, fin juin, par une enquête administrative sur ses activités. Une procédure «assez rare», indiquait Le Monde en octobre 2010, rappelant que «l’inspection [générale des services judiciaires] est saisie dans les cas les plus graves, insuffisance professionnelle, manquement à la délicatesse, à la probité, à la loyauté, ou plaintes répétées des justiciables». Les nombreuses zones d’ombre qui entourent le dernier épisode de l’affaire Kieffer devraient renforcer les interrogations sur les méthodes et les objectifs de Ramaël. Le squelette supposé du journaliste aurait été localisé par un témoin qui a assisté à son inhumation et vu précisément son visage, au point de le reconnaître sur des photos de presse, sans être membre du commando qui l’a tué et enterré en catimini, donc dans la plus grande discrétion. Curieux. Le témoignage était disponible depuis le temps où Laurent Gbagbo était au pouvoir, et la vérification n’a pas pu se faire, nous dit-on, en raison des entraves de son régime. Pourquoi avoir donc attendu neuf longs mois pour confirmer cette piste ? Pourquoi Ramaël ne s’est-il pas rendu sur les lieux, alors que l’AFP nous indique qu’il est venu «au moins trois fois» en Côte d’Ivoire depuis la prise de pouvoir d’Alassane Ouattara ? Encore plus curieux.

- Troisièmement, si nous ne sommes pas étonnés du peu de cas que fait la presse «internationale» de notre travail, nous sommes surpris de la réaction de certains Ivoiriens qui nous encourageaient au moment où nous étions emprisonnés pour notre travail d’investigation dans le cadre des détournements dans la filière café-cacao, et qui aujourd’hui veulent nous ensevelir sous un torrent d’injures. Nous voudrions leur dire que le journalisme d’investigation, si dangereux en Afrique – il a coûté la vie au Burkinabé Norbert Zongo qui s’était rapproché de trop près, dans ses enquêtes, de la famille de Blaise Compaoré – est dans notre ADN. Depuis que notre équipe, qui s’est déplacée du quotidien Le Temps ancienne formule au Courrier d’Abidjan puis au Nouveau Courrier, existe, nous nous sommes efforcés de bâtir notre crédibilité sur notre capacité à enquêter. Nous avons été les premiers à dévoiler, en 2003, le divorce définitif entre Guillaume Soro et son rival décédé Ibrahim Coulibaly, lié à l’histoire vraie de l’arrestation en France de ce dernier, rendue possible grâce à un «coup de main» de l’actuel Premier ministre, alors en alliance objective – et exclusivement tactique –  avec  le président Gbagbo. L’ONG Global Witness et plusieurs journalistes et analystes se sont fondées sur nos révélations exclusives sur les réseaux de contrebande du cacao ivoirien à travers le Burkina Faso et le Togo, dans lesquels on retrouvait la société française Soeximex et l’actuel ministre Adama Bictogo, pour mener leurs propres enquêtes. En novembre 2004, nous avons été les premiers à solliciter le témoignage du colonel Guiai Bi Poin sur ce qui s’est vraiment passé devant l’Hôtel Ivoire : c’est à la suite de notre interview que Canal + l’a contacté – ce qui a fait sauter Michèle Alliot-Marie au plafond. Par la suite, nous avons été les premiers à relever les incohérences et les mensonges de la version française officielle sur le bombardement de Bouaké. Aujourd’hui, Mediapart et Le Canard Enchaîné, vitrines françaises du journalisme d’investigation, défendent la thèse d’un «complot d’Etat» ourdi à Paris contre Gbagbo, d’une manipulation qui aurait mal tourné. Nous avons été le seul journal à publier le rapport d’expertise sud-africain qui prouve de manière claire que ce sont les soldats français qui ont tué les jeunes Ivoiriens devant l’hôtel Ivoire. Nous avons publié en juin 2010, avant de nombreux journaux français, l’essentiel du mémorandum explosif de Jean Balan, avocat des familles des soldats français tués à Bouaké. Nous avons secoué le cocotier de la filière café-cacao, ce qui nous a valu des persécutions et un emprisonnement. Nous avons publié, le 17 août 2010, une enquête complète sur la mutinerie meurtrière – et étouffée – de la MACA en décembre 2008. Nous avons publié, en exclusivité, le témoignage du général Dogbo Blé sur les tortures qu’il a subies et les derniers mots du président Gbagbo avant son arrachement à la terre ivoirienne. Nous avons donc fait nos preuves par le passé. Nous n’avons pas attendu l’affaire Kieffer. Cela ne coûte rien à personne de nous le reconnaître.


Théophile Kouamouo


Source: LE NOUVEAU COURRIER

EXCLUSIF: L'ARTICLE QUI AURAIT COUTE LA VIE A GUY-ANDRE KIEFFER

Cet article paru le 25 novembre 2002 sur Abidjan.net et repris à l’époque par Fraternité-Matin a été celui qui, pour la première fois, évoquait la spéculation meurtrière d’Armajaro, dont le fils de Dominique Ouattara est aujourd’hui le responsable Afrique.

 

Qui avait intérêt à éliminer Guy-André Kieffer?


Une information transmise le jeudi 24 octobre 2002 en soirée, fait état qu'une société britannique de négoce, récemmentimplantée au Ghana et en Côte d'Ivoire : Armajaro, a remis, ces dernières semaines, une somme importante à un groupe de personnesdans le but d'entreprendre une déstabilisation de la Côte d'Ivoire.

La somme serait au minimum de cinquante millions de dollars américains, soit environ une trentaine de milliards de francs CFA. Cette information, qui a été validée auprès de traders de cacao, desbanquiers internationaux, des financiers et des sources politiques proches des milieux d'affaires américains radicaux, donne uneexplication plausible, très vraisemblable et hautement probable, sur l'origine de la principale source de financement de la rébellionarmée du nord débutée en Septembre 2002.

Cette information met en évidence les objectifs réels poursuivis par les auteurs de ce financement des rebelles dirigé par SoroGuillaume et très proche d’Alassane Ouattara ; elle permet d'expliquer en partie, de comprendre et de relier toute une série d'évènementsqui ont marqué depuis plusieurs mois la vie économique de la Côte d'Ivoire et notamment dans le secteur clé du cacao.

Armajaro et AIG Fund: les financiers de la déstabilisation

Armajaro : cette société de négoce, dont les bureaux sont à Londres, mais dont le siège social est basé dans un paradis fiscal – lesîles Vierges britanniques– est dirigée par Anthony Ward. L'an passé, ce négociant britannique a été l'un des principaux fournisseursde cacao du groupe agroalimentaire américain ADM, une société présente en Côte d'Ivoire dont les intérêts sont très étroitementliés à ceux de Sifca, Sifca Coop et d'Anaproci Sa.

Armajaro dispose d'un agrément d'exportation de cacao en Côte d'Ivoire depuis peu de temps

Anthony Ward
La filiale ivoirienne d'Armajaro est associée avec Daniel Usher qui est un proche de Georges Ouegnin, lui-même ayant été l'interface entre Anthony Ward et Houphouët-Boigny lors de la guerre du cacao en 1988-1991. Daniel Usher est également très proche d'Ali Anjani, un trader de sucre, proche de Victor Nembelissini qui assurait, à l'époque où il travaillait à Equator Bank ses financements. Daniel Usher et Victor Nembelissini sont très proches d'Alassane Ouattara et d'Yves Lamblin, même si les relations entre les deux hommes sont marquées par un violent antagonisme. Au Ghana, Armajaro est dirigé par Steven White, un financier britannique expert de la gestion des fonds d'investissement spécialistes des matières premières sur les marchés à terme ainsi que des montages financiers mettant en jeu des sociétés financières off-shore.

L'essentiel des financements destinés aux rebelles auraient transité par la branche ghanéenne d'Armajaro. Plusieurs transferts defonds en provenance de Londres, de l'ordre de 1,250 million de dollars (820 millions de francs CFA) à chaque fois, ont été identifiéspar les Services spécialisés, ces dernières semaines. Certains de ces transferts en liquide ont été opérés et convoyés entreLondres et Accra par Monsieur Maignan, un homme d'affaires français qui, dans un passé récent, était l'homme de confiance pour lesopérations financières de plusieurs dirigeants du PDCI.

Armajaro a été fondée par les anciens de Phibro (Philip Brothers), il y a cinqans. Armajaro, durant ces quatre dernières années, a été impliquée à plusieurs reprises dans des « étranglements de marché » sur le marché à terme de Londres en association avec plusieurs fonds de pensions (AIG Fund,Tiger Fund du financier américain GeorgesSoros un proche de Victor Nembelissini et d'Alassane Ouattara, African Managment Fund, un fond d'investissement diversifiéopéré en partie par la banque sud-africaine Absa, dirigé par Paul Martin, un ami de Frank Kennedy d'Equator Bank et de VictorNembelissini). Anthony Ward est le conseiller cacao de Mama Ndyaye d'AIG Fund.

Les fondateurs d'Armajaro ne sont pas des inconnus en Côte d'Ivoire

Ils ont été des acteurs majeurs de la guerre du cacao en 1990. A cette époque, pour limiter la sortie de cacao de Côte d'Ivoire,Anthony Ward et Derek Chambers n'avaient pas hésité à financer des troubles en pays Krou. Anthony Ward ainsi que Derek Chambers disposent d'un réseau importantde relations dans le monde politique ivoirien, notamment au PDCI, ainsi que des attaches avec plusieurs responsables du RDR.

Ces liens étroits se sont noués lors de la guerre du cacao et se sont renforcés avec le règlement du dossier cacao qui opposait la Côte d'Ivoire à Phibro au début des années quatrevingt-dix. Les deux hommes entretiennent d'étroites relations avec Georges Ouegnin,qui a été leur go-between avec les autorités politiques ivoiriennes de l'époque, et avec Daniel Usher, qu'ils ont financés (SICC) etavec lequel Anthony Ward s'est associé en début d'année pour installer Amajaro en Côte d'Ivoire.

Quelques années auparavant, ces mêmes traders, dans la même structure (Phibro) avaient activement participé au montage du volet financier du coup d'état contre Salvador Allende au Chili. Cette participation, couplée aux positions de Phibro sur les marchés à terme du cuivre de Londres(LME) et de New York (Comex), avait permis à ces traders d'engranger une plus-value estimée à 14 milliards de dollars américains.Avant d'être trader chez Phibro, Anthony Ward a appartenu au MI 5, le service secret britannique.

Mobutu Sese Seko
Mobutu Sese Seko ex président du Zaïre
Certains des ex-traders métaux de Phibro ont été, à une époque récente, lourdement impliqués dans des opérations de déstabilisation dans l'ex-Zaïre, notamment pour le contrôle de la production de coltran, un alliage métallique stratégique. Cette participation a été mise en évidence dans un rapport des Nations-Unies sur le pillage des richesses minières du Congo démocratique. (Voir aussi "Du Zaïre De Mobutu Au Congo De Kabila"). Une partie des financements pour ces opérations a transité par les banques sud-africaines Absa et Equator. Plusrécemment des membres de cette équipe de traders, dont certains ont rejoint le broker américain Refco, en association avec AIGFund, ont participé à deux tentatives de déstabilisation du Président Hugo Chavez du Venezuela. Le motif étant, cette fois, le
pétrole.

AIG Fund: Ce fonds d'investissement de droit américain basé à New York, spécialiste des placements sur les marchés à terme dematières premières, est une filiale du premier assureur américain, AIG. Sa branche « fonds d'investissement » sur les marchés dematières premières est dirigée par le sénégalais Mama Ndyaye. Cet homme est très lié aux familles Diouf, (actionnaire indirect dugroupe de négoce américain ADM, premier utilisateur mondial de cacao) et Wade, ainsi qu'à plusieurs personnalités ivoiriennes dont l'actuel directeur de la CAA, Victor Nembelissini, un proche d'Alassane Ouattara.

C'est également un proche d'Yves Lamblin, le président du groupe Sifca, un groupe agroalimentaire ivoirien très endetté (130 milliardsde francs CFA, après intégration de la totalité des dettes des filiales), proche de la cessation de paiement. Mama Ndyaye est également un proche dubanquier français Jean-Luc Lecorre, directeur d'African Merchant Bank, principal créancier de Sifca, et membre actif du Club Jean Jaurès.

Ces trois dernières années, AIG Fund a participé en association avec Armajaro, à plusieurs opérations de déstabilisation surles marchés à terme du cacao de New York et de Londres. A la veille des attentats du Word Trade Center en septembre 2001, AIG Fund contrôlait plus de 150.000 tonnes de cacao en filière sur les marchés à terme. Ce cacao a été transféré à Armajaro entre novembre et décembre 2001. L'attentat du World Trade Center ainsi que la chute du marché des actions depuis près d'un an ont entraîné detrès lourdes pertes pour AIG Fund qui cherche depuis à rattraper ces moins-values par une participation intense sur les marchés à termedu cacao.

Le mécanisme de financement des rebelles

Selon une source américaine, confirmée par des informations concordantes en provenance des mondes du négoce, de la financeet de sources internes aux milieux radicaux américains, Armajaro a fait parvenir aux différents acteurs de la rébellion une somme del'ordre de 50 millions de dollars américains, soit 35 milliards de francs CFA.

Ce montant est corroboré par des informations qui sontremontées au Renseignement militaire ivoirien, ainsi qu'aux services maliens. Armajaro et ses associés dans l'opération disposentdes moyens financiers et des motifs suffisants pour lancer une opération de déstabilisation majeure dont la principale victime estl'Etat de Côte d'Ivoire. Le mécanisme s'est peu à peu mis en place, et ce, à partir de la fin novembre 2001.

Une mécanique infernale

Armajaro
A l'origine de l'opération, il s'agit essentiellement d'une opération financière à très haute rentabilité, dont l'objectif final n'était pasune déstabilisation de la Côte d'Ivoire, mais l'obtention d'un gain considérable sur les marchés à terme du cacao et sur la reventedes stocks de cacao physique entreposés dans les ports européens. La nécessité d'une déstabilisation de la Côte d'Ivoire s'est imposée,à partir de juillet, lorsqu'il est apparu évident aux initiateurs de l'opération cacao, Armajaro et AIG Fund, que la gestion de leurspositions sur les marchés à terme du cacao, à partir de la fin juin, nécessitait un passage à une dimension supérieure pour sauvegarde run gain potentiel s'inscrivant dans une fourchette de 500 à 800 millions de dollars américains, soit 280 à 450 milliards de francs
CFA.

La nécessité d'une déstabilisation s'est avérée indispensable après que l'enterrement de la réforme cacao en Côte d'Ivoire soitdevenu un fait acquis alors que la botanique et les prévisions de récolte sur la campagne principale 2002/2003 ont déjoué en partie les résultats escomptés par l'échec de la réforme de la filière cacao en Côte d'Ivoire. En juillet les anticipations laissaient présager une bonne récolte principale 2002/2003 (980.000 à 1 million tonnes). Cette prévision s'appuyait sur un usage en forte hausse des engrais et des produits phytosanitaires dans les plantations de cacao par les planteurs lié à une amélioration sensible du revenu paysan.

La chronologie

L'opération Amajaro débute en novembre dernier avec le transfert à Armajaro de la quasitotalité de la position cacao d'AIG Fund. Le reliquat est transféré à ADM Etats-Unis. A partir de ce moment, Armajaro achète sur le marché à terme près de 650.000 tonnes de cacao-papier et constitue un stock de 210.000 tonnes, soit 5% de l'offre mondiale de cacao. Acheté entre 750 et 900 livres la tonne, cette position cacao est valorisée à plus de 1.400 livres la tonne, soit un gain de … 85% à la fin juin 2002. L'envol des cours sur le marché à terme a poussé les utilisateurs de cacao, les broyeurs, à réduire  considérablement leur taux de couverture (stock).

Ils abordent la pleine saison (octobre-décembre 2002) avec des stocks à minima. Pour obtenir une valorisation maximum des stocks, qui ont été bloqués par Armajaro jusqu'à la fin novembre afin de réduire les coûts de stockage, il faut que le cacao ivoirien de la nouvelle récolte arrive le plus tard possible sur le marché international. Ce retard doit permettre à Amajaro de réaliser une plus-value de 500 à 800 millions de dollars américains.

Les obstacles à lever

Patrick Achi
Patrick Achi, ex delegué général du Cacao
Pour parvenir à cette fin, Armajaro et AIG Fund ont opéré en plusieurs étapes. Dès novembre dernier, puis en décembre, Anthony Ward estime que la réforme cacao en Côte d'Ivoire est un obstacle majeur à son opération sur le marché à terme. Il s'agit de faire capoter la réforme. Pour arriver à cette fin, trois axes d'intervention seront retenus : Un axe institutionnel via un intense lobbying auprès de la Banque Mondiale et surtout auprès du FMI, qui en théorie n'a pas de compétence en matière agricole et d'organisation de filière.

Un axe « politique » avec des interventions soutenues par divers relais auprès du ministre des Finances ivoirien Bohoun Bouabré et ses collaborateurs, via Victor Nembelissini. Deux axes secondaires  d'intervention sont également retenus pour « casser la réforme» avec pour relais Patrick Achi, ex-délégué général au cacao sous le régime Guei et Emile Boga Doudou dont la fonction implicite est de convaincre l'épouse du Président, Simone Gbagbo, que la réforme de la filière cacao telle qu'elle est organisée va à l'encontredes intérêts des notables FPI dans sa zone d'influence (partie du pays Akan) . Un relais secondaire passe également par l'ex-Premier ministre du général Guei, Seydou Diarra. Ce dernier va intervenir via ses « petits », Patrick Achi et Edouard Messou.

Un axe local par le biais de relais locaux dans la filière ivoirienne du cacao tel que l'Anaproci d'Henri Amouzou, Sifca d'Yves Lamblin, l'UNOC de Jacques Mangoua et des banquiers du cacao, tel que Jean-Luc Lecorre d' AMB-BIAO. Cette action s'appuie également sur des personnes disposant d'un accès direct au couple présidentiel tel que Guy-Alain Gauze, ex-ministre PDCI des Matières premières, ou Illa Donwahi, P-D-G de Delbau,franc-tireur de la filière cacao.

Une réunion est organisée à Paris entre des représentants de Refco Etats-Unis (Chicago, New York), d'Amajaro et de André Souhma d'ACE. A ces deux réunions participent pour le ministère ivoirien de l'Economie et des Finances, Oussou Kouassi, tandis que Bohoun Bouabré, reçoit la visite de l'équipe de Refco à son hôtel, le Marriott de Neuilly. Le principe de l'arrêt de la réforme de la filière cacao, donc des ventes à terme, est arrêté dès ce moment. Cette décision est prise unilatéralement par le ministre des Finances sans en référer ni au Président, ni au Premier ministre. Cette décision est habillée pour la partie ivoirienne par la transformation de la CAA en une banque de développement destinée à financer les coopératives de producteurs et à fournir à ces derniers une assurance garantie prix bord champs.

L'éviction, en février, du ministre de l'Agriculture de l'époque, Alphonse Douati, puis son remplacement par un proche de l'Anaproci, rend possible l'avancement du plan initié par Armajaro et AIG Fund : une désorganisation de la filière cacao.

Systématiquement, les propositions en provenance de la Primature sont combattues. La mise en place des institutions nécessaires à la mise en place de la réforme sont différées et lorsqu'elles parviennent à être installées, leur contenu est dénaturés à l'exemple du FRC. Parallèlement, Victor Nembelissini, qui, jusqu'en septembre 2001, alors qu'il se trouvait aux Etats-Unis, était l'un des plus virulent critique de la politique économique ivoirienne totalement en phase avec les attaques d'Alassane Ouattara où il vilipendait la gestion FPI, arrive à la tête de la CAA. Il découvre tout l'intérêt que sa structure, la CAA, peut tirer de la mise à mal de la réforme de la filière cacao et d'une participation active à l'opération lancée par Armajaro. Il prend langue dès lors avec Paul Martin d'Absa et propose des financements, de fait à fonds perdus, à Sifca Coop et à ses satellites.

En proposant un système de garantie de prix articulé sur le marché des options cacao et en prenant des positions identiques à celles prises par Anthony Ward via Refco Etats-Unis, la CAA est en mesure de se renflouer en partie en s'appuyant sur le réseau Sifca Coop d'Henri Amouzou et sur le couple Sifca-ADM d'Yves Lamblin ainsi que Mimran/Diouf, actionnaires d'ADM.

Henri Amouzou
Pour réaliser cet objectif, il est nécessaire que le prix du cacao en Côte d'ivoire soit libre et qu'une réforme reposant sur des ventes à terme qui garantissent la transparence des prix soit abandonnée. Pour obtenir un appui des planteurs pour cette option, Victor Nembelissini n'hésite pas à leur faire miroiter un quasi-monopole dans la commercialisation intérieure du cacao.

L'Anaproci, le FDPCC, Henri Amouzou et San Kouao mordent à l'hameçon, sans forcement en deviner les enjeux réels. Des éléments concordants laissent à penser que la CAA, via des fonds off-shore contrôlés par la banque sud-africaine Absa, a pris des positions sur le marché des options cacao. Ces achats d'options sur des niveaux définis par Refco et AIG Fund donnaient la certitude à la CAA de n'avoir rien à rembourser aux planteurs en raison d'un prix garanti bord champs relativement bas (650 francs cfa du kilo).

En revanche, la CAA était assurée de conserver à son profit la totalité des gains occasionnés par ses positions sur le marché des options cacao. Cette construction donne lieu à de multiples rencontres à New York entre Bouhoun Bouabre, Zohore, Victor Nembelissini, Refco Chicago, ACE d'André Souhma. Cette construction est renforcée par le choix « d'experts » complaisants de la Banque mondiale, violement opposés au principe d'une commercialisation intérieure et extérieure ordonnée du cacao par la Côte d'Ivoire. Parallèlement, Anthony Ward et une partie du staff dirigeant d'Amajaro multiplient les rencontres avec Henri Amouzou du FDPCC, Anaproci et Sifca Coop pour finaliser un circuit privilégié d'approvisionnement et les convaincre que la réforme de la filière cacao doit s'arrêter.

Le passage à la déstabilisation de l'Etat Logiquement, l'opération financière Amarajo aurait du s'arrêter à ce niveau. Mais la botanique est venue déjouer en partie ce plan. Dès la fin juin 2002, il est apparu évident que la récolte principale ivoirienne serait au moins égale à la précédente, si ce n'est supérieur en raison d'une forte augmentation de l'usage des engrais entraîné par la hausse des cours du cacao.

Dans ce contexte, le portage par Armajaro et AIG Fund sur les marchés à terme d'une position de 650.000 tonnes devenait aléatoire et les espoirs d'un gain mirifique (500 à 800 millions de dollars) s'éloignaient si le cacao ivoirien sortait en temps et heure à partir d'octobre. Dès la mi juillet, Armajaro, en interne, évoquait la possibilité de dégager une somme de l'ordre de 50 à 80 millions de dollars pour « tenir le marché ». Dès cette époque, plusieurs traders, et encore récemment Sucden, estimaient plus que probable qu'Armajaro pour « sauver » 500 millions de dollars « n'hésiterait pas à entreprendre un coup ».

La révolte des «mutins»

Les réseaux d'Anthony Ward et de Mama Ndyaye ont été mis en action afin d'identifier un terreau fertile à une forte perturbation des sorties de cacao de Côte d'Ivoire (comme déjà expérimenté avec le peuple Krou dans les années 90). L'existence de déserteurs de l'armée ivoirienne au Burkina Faso, au Ghana et au Mali, doublée d'un mécontentement latent des populations du nord de la Côte d'Ivoire à l'encontre du pouvoir central, a servi de cadre à l'opération. Dès lors, un habillage politique (RDR) et revendicatif (MPCI) a pu être utilisé pour masquer les buts purement financiers poursuivis par Armajaro, AIG Fund et la CAA.

Il est d'ailleurs à noter que dès la première semaine, les mutins ont abandonné de fait l'objectif d'une descente vers Abidjan pour se redéployer vers les zones de la boucle cacao et entraîner les perturbations que l'on sait dans la collecte du cacao dans la boucle principale. Ce redéploiement
a eu pour effet de pratiquement assécher les sorties de fèves sur San Pedro (15.000 tonnes semaine, soit trois fois moins que la normale en pareille période). Par voie de conséquence, les cours du cacao se maintiennent au-delà des 1.400 livres la tonne.

Surtout, les stocks de fèves aux mains d'Armajaro sont valorisés à leur maximum par les achats de broyeurs en mal de fèves pour la préparation des fêtes de Noël et de fin d'année. C'est ainsi qu'un investissement de 50 millions de dollars génère une plus value de l'ordre de 500 à 800 millions de dollars américains.

En conclusion Si le gain est considérable – de 500 à 800 millions de dollars -, l'investissement consentit par Armajaro et AIG Fund est à la hauteur des gains à réaliser. Entre les coûts d'entrée sur le marché, le stockage, les appels de marges sur les marchés à terme et les financements divers, la mise initiale est de l'ordre de 2 à 2,5 milliards de dollars, soit 1.300 milliards de francs cfa. L'ampleur de la mise impose à ces promoteurs, une obligation de résultats.

Peu importe qu'un Etat soit durablement déstabilisé, - il faut se souvenir que le Chili a mis cinq ans pour se remettre d'une crise d'une année -.L'opération initiée par Armajaro et AIG Fund est trop avancée pour être arrêtée. On comprend mieux les très violentes attaques lancées contre la réforme de la filière cacao et contre les personnalités qui la défendent. On comprend également les menaces répétées dont ont fait l'objet les rares personnes capables de décrypter l'opération en cours. Ce genre de manipulation, contrairement à ce que l'on pourrait penser, ne nécessite qu'un nombre très réduit de personnes partageant le secret.

Bohoun Bouabré
Au plus une dizaine de personnes chez Armajaro, AIG Fund, Refco, disposent des éléments complets du puzzle. Il est évident également qu'au niveau ivoirien, Victor Nembelissini a disposé de la quasi totalité des cartes et des enjeux. D'ailleurs, il avait prévu un départ définitif pour les Etats-Unis à la fin décembre de cette année. Pour le reste, des bribes d'informations sur l'enjeu réel ont dû être diffusées à un certain nombre d'acteurs ivoiriens, qui ont été « rémunérés » en miettes mais qui ne disposaient pas de la finalité réelle de l'opération.

Ainsi, il est probable, sans toutefois en avoir la certitude, que le ministre des Finances, Bohoun Bouabré a été impliqué dans l'opération sur la base de son âpreté au gain, mais la technicité de l'opération exclut qu'il ait été mis dans la totalité du secret. De même, son directeur de cabinet est impliqué à la marge.

Il est évident qu'Henri Amouzou a plus été utilisé dans cette opération, il en est de même pour l'Anaproci qui a eu un rôle d'élément déstabilisateur, mais qui n'ont pas perçu la totalité des enjeux en cause. En revanche, il est a peu près certain qu'ADM, du moins les actionnaires reliés à la famille Diouf et Mimran, ainsi qu'Yves Lamblin et son banquier African Merchant Bank ( Jean-Luc Lecorre) ont été « initiés » à des degrés qui restent à définir. Les acteurs « politiques » proches du PDCI ou du RDR ne paraissent pas être des acteurs directs de cette déstabilisation de la Côte d'Ivoire.

Ils ont agit plus par opportunisme en fonction des circonstances que comme des maîtres d'oeuvre de l'opération. Les mutins, du moins pour les hommes impliqués dans les opérations sur le terrain en Côte d'Ivoire, paraissent ne pas avoir disposé de la totalité des cartes et semblent plus avoir été manipulés qu'être des acteurs concepteurs. Ils ont profité d'une opportunité importante de financement sans trop s'inquiéter ou s'interroger sur l'origine réelle des fonds dont ils disposaient. Néanmoins, les initiateurs de l'opération ont joué indirectement sur un terreau favorable et ont tout a été fait pour les mettre en avant de telle manière que l'arbre masque la forêt.

La subtilité de l'opération montée par Armajaro et AIG Fund est telle que les acteurs et les appuis indirects ont disposé dès le début de l'opération en décembre d'une marge d'autonomie considérable. Elle a été d'autant plus grande que leurs actions sur le terrain ivoirien entraient parfaitement en phase avec les objectifs financiers poursuivis par Armajaro et AIG Fund.

Il est aussi évident que des gouvernements étrangers et notamment une frange de l'Administration américaine a été mise au courant d'une partie de l'opération. Il suffit de savoir que lors des opérations précédentes de déstabilisation d'un Etat, AIG Fund a demandé un blanc-seing et a présenté, une partie de ses objectifs, à l'Administration américaine. Selon la même source, l'Ambassadeur de France en Côte d'Ivoire a été partiellement informé du volet financier de cette opération en début de semaine passée.



Guy André Kieffer


Source: CAMEROON VOICE


LA CPI VERS UN CONSTAT: GBAGBO N'EST PAS UN CHEF DE GUERRE

 

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Laurent Gbagbo n’est pas un chef de guerre qui se serait enrichi de façon immense et illégale ; c’est ce qu’on peut retenir de la décision de la Cpi de le déclarer «indigent» et de payer ses avocats. Paradoxe des paradoxes. Qui traduit la vérité des vérités. Alors que le pouvoir Ouattara, pour se débarrasser d’un adversaire de poigne, Laurent Gbagbo, l’accuse de crimes économiques et ses partisans du Rhdp, d’avoir pillé son pays pendant dix ans, la Cour pénale internationale (Cpi) vient d’apporter une sorte de démenti planétaire. En reconnaissant, après cinq semaines d’enquête à travers le monde, l’ancien Président ivoirien, renversé le 11 avril 2011, comme «indigent», au point de s`engager à prendre à sa charge ses frais judiciaires, la Cpi inflige un désaveu au couple Sarkozy-Ouattara.

La décision rendue par le greffier Esteban Peralta Losilla le 28 décembre 2011 est claire : Gbagbo ne «dispose pas de ressources suffisantes pour prendre en charge tout ou partie des coûts de sa représentation légale devant la cour». Il s’agit de «la rémunération d`un avocat, d`un assistant juridique et d`un gestionnaire de dossier ainsi que le remboursement des frais engagés par la défense de Laurent Gbagbo à hauteur de 76.000 euros». Laurent Gbagbo, intègre, rigoureux avec lui-même, a toujours clamé qu’il n’a ni comptes bancaires dans les paradis fiscaux ou ailleurs, ni biens immobiliers à l’étranger. La Cpi en qui Ouattara et son clan ont placé leur entière confiance pour corriger cet adversaire, vient de confirmer qu’elle n’a effectivement rien découvert qui appartienne à Gbagbo.

Et cette réalité devrait faire dire ou écrire ses détracteurs et leurs porte-voix «Or, Gbagbo n’avait donc rien volé !» au lieu de se demander «où il a caché ses milliards». Gbagbo n’est pas un chef de guerre. Qui se serait enrichi illégalement comme Guillaume Soro qui, pendant dix ans, exploite au moyen son ex-rébellion, les ressources de la moitié Nord de la Côte d’Ivoire sans avoir à rendre compte. Gbagbo n’a pas d’argent. C’est la Cpi qui le dit. Il n’en a pas au point de se trouver incapable de payer les frais de ses avocats. C’est la Cpi qui fait le constat. En prenant le pouvoir en 2000, le Président Laurent Gbagbo a voulu établir une République moderne, avec les réflexions de la bonne gouvernance. C’est ce que ne veulent pas les acteurs et les parrains de l’ex-rébellion des Forces nouvelles (pêcheurs en eau trouble) qui, en 2002, après seulement deux ans de gouvernance de la Refondation, a rendu le pays ingouvernable.

De janvier 2003 au 28 novembre 2011, les gouvernements sous lui étaient dominés par ses adversaires, les membres de l’ex-rébellion et ses alliés du G7(coalition d’ex-rebelles opposée à la République depuis la table ronde de Linas-Marcoucis) et plus tard, Rhdp. Qui pillaient avec frénésie leurs départements, parce que bénéficiant d’un parapluie atomique : l’Accord de Linas-Marcourcis. Cet Accord imposé par la France chiraquienne, était un permis de pillage systématique de l’économie ivoirienne par ces ministres, sans être inquiétés. Le Président de la République n’avait pas la latitude de démettre définitivement un membre du gouvernement coupable de fait répréhensible.

Mais malgré ce laisser-aller autorisé par la communauté internationale, Laurent Gbagbo est demeuré dans sa ligne d’intégrité. Il n’a pas multiplié comptes bancaires et réalisations dans les pays de la sous-région ou en Occident. La preuve supplémentaire de cette orthodoxie vient d’être apportée par la Cour pénale internationale. Contrairement à ses adversaires, chefs de guerre, Laurent Gbagbo n’a pas accumulé de richesses illégales. Il est même «indigent». Un bon début de démontage méthodique des chefs d’accusation bidon qui le frappent. Car un homme qui propose un recomptage des voix là où d’autres exigent et obtiennent la guerre, les bombardements pour régler un conflit postélectoral, ne peut être un chef de guerre.


Germain Séhoué


Source: LE TEMPS

lundi, 09 janvier 2012

DECOUVERTE PRESUMEE DES OSSEMENTS DE KIEFFER: LE GROSSIER MONTAGE DU REGIME OUATTARA ET DE LA FRANCE

 

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Où va-t-on dans l’affaire Kieffer ? Depuis 7 ans, le juge français Patrick Ramaël court et se laisse mener en bateau. Le dernier rebondissement dans cette affaire politico-mafieuse, c’est l’annonce de la découverte «spectaculaire» des restes du journaliste franco-canadien, Guy André Kieffer, à Issia, à 400 km d’Abidjan, au centre-ouest de la Côte d’Ivoire. Après avoir, depuis 2004, bêché les terres de la forêt et les sites aux alentours d’Abidjan, un mystérieux témoin, sorti une fois encore d’on ne sait où, a filé la piste d’un campement baoulé de Yaokro, dans la sous-préfecture de Saïoua, dans le département d’Issia. C’est là, dans la broussaille, que, selon le juge Patrick Ramaël, le squelette de Kieffer a été découvert.

Sauf que, dans cette affaire, l’opération s’est faite selon une procédure aux antipodes des règles administratives traditionnelles en vigueur. En effet, l’opération d’exhumation des restes de Kieffer a été menée en catimini. Selon nos informations, le juge français a été accompagné à Yaokro par un détachement de soldats de l’Onuci et des Frci. L’exhumation a été faite par les jeunes du village avec qui les soldats de l’Onuci ont, auparavant, pris part à un match de football. De bonnes sources, ni le maire de Saïoua, ni le sous-préfet de Saïoua, dont dépend Yaokro, ni le préfet du département d’Issia, ni le préfet de l’ex-région du Haut Sassandra installé à Daloa, ni le procureur du tribunal de Daloa, qui a autorité sur Issia, ni la gendarmerie n’ont été associés à cette opération d’exhumation. Ce qui montre son caractère mafieux. Pourquoi les représentants légaux de l’Etat de Côte d’Ivoire, dans cette partie de la Côte d’Ivoire, n’ont pas été associés à l’opération ? L’exhumation devait, à tout le moins, se faire en leur présence, vu l’intérêt médiatique et politique que Paris et Ouattara donnent à cette affaire. Pour n’avoir pas observé cette démarche administrative, l’on est en droit de douter de la véracité de cette découverte.

Les restes de Kieffer ont-ils été déportés ?

Oui, on peut le dire sans risque de se tromper qu’il y a un gros doute sur cette découverte. Pourquoi ? Notre confrère Le Nouveau Courrier, dans sa parution de samedi, a rendu publics les propos de Bernard Kieffer, le frère de Guy-André. Celui-ci a affirmé que c’est «sur la foi d’informations qu’il a obtenues voilà quelque temps» que le juge français s’est rendu à Saïoua. Toujours selon Bernard Kieffer, «le juge n’avait pu aller vérifier le témoignage sur l’emplacement du squelette, car c’était en pleine zone contrôlée par le camp Gbagbo».

La première information qu’on peut tirer de cette affirmation du frère de Kieffer pour justifier - maladroitement du reste - la découverte d’Issia, est que le juge Ramaël disposait de cette information depuis longtemps, du temps de la présidence du président Laurent Gbagbo.

La deuxième information est que le juge français aurait refusé de s’y rendre parce que la zone d’Issia se trouve dans une zone contrôlée par le camp Gbagbo. L’analyse à faire, à ce niveau, c’est que le juge Ramaël a de tout temps collaboré avec les autorités de la Côte d’Ivoire de l’époque. Le procureur de la République d’alors, Tchimou Raymond, a été toujours à sa disposition. L’homme de loi avait même, à sa demande, pu interroger le ministre d’Etat, ministre du Plan et du Développement du gouvernement Gbagbo, Paul Antoine Bohoun Bouabré, Simone Gbagbo, l’épouse du chef de l’Etat, des militaires et gendarmes cités dans l’affaire, des proches conseillers de Laurent Gbagbo dont Bertin Kadet, mais aussi Michel Légré, ami et confident de Guy-André. Le juge Ramaël et son équipe ont eu à effectuer ici à Abidjan, des fouilles dans la forêt du Banco, sur l’autoroute du Nord et dans bien d’autres endroits du Sud, fief de Laurent Gbagbo. Ils n’ont jamais été inquiétés. Pourquoi Ramaël n’a pas demandé aux autorités la permission de se rendre à Issia ? Si un refus lui était opposé, l’armée française est bien présente sur le territoire ivoirien. L’Onuci aussi. Tout ce monde aurait pu l’accompagner là où il voulait pour la manifestation de la vérité. Mais, il a préféré se taire alors qu’il possédait cette information capitale. C’est tout simplement suspect. Et cela sent la manipulation politique.

Cela va faire bientôt 9 mois que Ouattara est parvenu au pouvoir. Le juge Ramaël était pourtant à Abidjan en novembre dernier. C'est-à-dire 8 mois après l’arrivée d’un régime favorable à Paris. Pour autant, il ne s’est pas rendu à Issia alors qu’il disposait déjà de cette information, selon le frère de la victime. Il a fallu son dernier voyage à Abidjan où il a été accueilli par un témoignage rapporté par un confrère et accablant un proche de Ouattara, pour sortir subitement, avec fracas, la piste «gagnante» d’Issia. Tout ça renforce le doute et le sentiment de manipulation politique.

Campagne médiatique contre test génétique

Ce sentiment de manipulation est d’autant plus probant que la campagne médiatique qui a été orchestrée autour de cette découverte de squelette présenté comme celui de Guy-André Kieffer est spectaculaire. En effet, dès l’annonce de cette découverte par les services de Patrick Ramaël, la presse française fait défiler d’abord des bandes déroulantes pour donner l’information. Ensuite, des plateaux sont vite organisés pour confirmer l’information.

Selon des informations, une équipe de la presse internationale a même été convoyée, vendredi en début de soirée, pour accueillir, au niveau du corridor de Gesco, la délégation du juge Ramaël avec le supposé squelette de Kieffer. Au même moment, le même juge fait circuler l’information selon laquelle un test génétique sera fait dans la célérité pour dire si c’est vraiment Kieffer ou pas. Alors question : pourquoi faire tant de bruit si on n’est pas sûr que c’est le squelette de Kieffer ? Selon un observateur, s’ils font tant de bruit, c’est parce qu’ils sont convaincus que c’est le squelette de Kieffer. Dans ce cas, toujours selon notre observateur, ils ont transporté le squelette d’Abidjan à Issia pour accuser le ministre Bohoun Bouabré et attester que c’est le camp Gbagbo qui a tué le journaliste. Autre question : le ministre Bohoun est-il devenu subitement «bête, écervelé» pour oser tuer quelqu’un à Abidjan, transporter son corps dans sa région d’origine et le faire enterrer à quelques encablures de son village? Tout cela sent un grossier montage de Paris et du pouvoir d’Abidjan.



Coulibaly Zié Oumar


Source: NOTRE VOIE

SQUELETTE SUPPOSE DE KIEFFER: LES ZONES D'OMBRE D'UNE ETRANGE «DECOUVERTE»


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En début d’après midi d’hier, les médias occidentaux principalement reprenaient en boucle une information selon laquelle le squelette du journaliste Guy-André Kieffer aurait été retrouvé. Là où les choses semblent intriguer, c’est le lieu où ces restes ont pu être découverts. Un autre scénario «parisien» de l’affaire Guy-André Kieffer ! Hier, les chaines françaises d’informations passaient en boucle l’information au sujet d’un squelette découvert à Issia et qui se trouverait être celui du journaliste franco-canadien. Si l’annonce de la probable découverte (puisque non encore confirmée par des analyses ADN) du squelette du franco-canadien demeure une avancée spectaculaire dans le dossier, cette découverte présente néanmoins des zones d’ombre qui suscitent plusieurs interrogations. Jusqu’à présent, rien, absolument rien, ne semblait guider le juge Ramaël vers une piste liée à Issia, une ville située à près de 400 kilomètres d’Abidjan. C’est dans cette localité que curieusement les restes de Kieffer auraient été découverts comme par enchantement. Et coïncidence pour coïncidence, Issia est la localité d’origine du ministre Paul-Antoine Bohoun Bouabré dont le nom a longtemps été cité par les médias français dans la short-list des «coupables idéaux» dans l’enlèvement du journaliste franco-canadien.

Il reste que l’affaire Guy-André Kieffer rebondit spectaculairement après l’entrée en scène d’un ex-rebelle qui s’est présenté comme l’un des coauteurs du crime, perpétré selon ses dires «sur commande» d’un homme du clan Ouattara, en première ligne dans la filière cacao. Un des objectifs est d’incriminer le camp Gbagbo. Dans un témoignage diffusé par Le Nouveau Courrier, cet informateur que nous avons surnommé «Gorge profonde» donnait des détails trop troublants pour être rejetés du revers de la main. Notre rédaction n’a pas été sa première confidente. Avant de nous parler, «Gorge profonde» s’est d’abord confié à un homme politique ivoirien de premier plan dont nous taisons pour l’instant l’identité. Ce dernier l’a, selon ses dires, alors dirigé vers un professionnel français du renseignement : Jean-Yves Garnault. Cet homme au profil trouble, manifestement lié aux services secrets français, exécutant des missions de l’ombre de la Mitterrandie à la fin des années 1990 en France, a travaillé pour le président Gbagbo, notamment dans le domaine délicat des écoutes téléphoniques. Très vite soupçonné de déloyauté, il a été progressivement écarté après le début de la guerre le 19 septembre 2002, mais a réussi à garder son bureau à l’immeuble MUPOSTEL, où il jouait les électrons libres – alimentant notamment Guy-André Kieffer et un certain nombre de journalistes de la presse internationale en «informations» hostiles à son patron officiel. Rallié officiellement à Ouattara durant la guerre post-électorale, il est dans le sillage du nouveau pouvoir, et plus que jamais au service de la France officielle.

Tout sur le rôle de l’étrange Jean-Yves Garnault, figure française du renseignement à Abidjan

C’est Jean-Yves Garnault qui recueille le témoignage de «Gorge profonde», le met en relation avec les services du juge Patrick Ramaël et recueille ce que l’ex-rebelle présente comme des affaires arrachées à Guy-André Kieffer avant sa mort, 72 heures avant l’arrivée à Abidjan de Patrick Ramaël, et qui pourraient servir à confirmer le sérieux de ses propos. Contacté par Le Nouveau Courrier à travers le numéro de téléphone fourni par… «Gorge profonde», Jean-Yves Garnault affirme d’emblée ne rien savoir de l’affaire. Par la suite, il nous rappelle pour savoir jusqu’à quel point nous sommes informés. Le lendemain de la parution de notre premier article, il nous appelle pour confirmer qu’il a été en contact avec «Gorge profonde», qu’il a effectivement recueilli son témoignage et des effets présentés comme ceux de Kieffer. Mais il affirme avoir été «peut-être manipulé», allant jusqu’à nous accuser d’être à l’origine de cette manipulation, vu notre «bord». Puis il nous suggère d’écrire que lui et nous avons été manipulés, et nous dit que «là haut», on pourrait beaucoup nous en vouloir, et que notre démarche est dangereuse. Si ce n’est qu’une intox de bas étage dont il s’agit, qui pourrait donc nous en vouloir ?

Le fait est que «Gorge profonde» nous a informés, avant que les médias n’en parlent, de la venue «prochaine» de Patrick Ramaël à Abidjan, de ses différents rendez-vous. Il nous a aussi donné le numéro de téléphone ivoirien du juge français, grâce auquel nous l’avons contacté. Très vite, le Ramaël nous a demandé de le rappeler… ce que nous avons essayé de faire sans succès par la suite. Le fait est aussi que «Gorge profonde» était en train de négocier des «garanties» avec le magistrat français, quand il a reçu, selon son témoignage, des menaces très claires d’une des figures centrales de l’ex-rébellion, informé de ses contacts avec Jean-Yves Garnault et les services du magistrat français. Depuis, il est injoignable. Et un tout autre épisode de l’affaire Kieffer est en train de se jouer. Comme par hasard, la dépouille du journaliste franco-canadien, qu’il disait être capable de localiser, aurait été retrouvée, mais à plusieurs centaines de kilomètres de la zone qu’il a indiquée. Comme s’il fallait absolument brouiller les pistes…

Le témoignage ambigu du frère de Guy-André Kieffer

Quel est l’élément qui a précipité l’arrivée du juge Ramaël à Abidjan ? Pourquoi «Gorge profonde» en savait-il autant ? Que sont devenus les effets attribués à Kieffer qu’il a donnés à Jean-Yves Garnault ? Des questions sans réponses. Le témoignage de Bernard Kieffer, frère du journaliste, en rajoute à la confusion. Le juge Ramaël aurait entrepris ses fouilles «sur la foi d’informations qu’il a obtenues voilà quelque temps». Alors que le président Gbagbo était au pouvoir. A l’époque, "le juge n'avait pu aller vérifier le témoignage (sur l'emplacement du squelette) car c'était en pleine zone contrôlée par le camp Gbagbo", a affirmé Bernard Kieffer. Pourquoi avoir attendu huit longs mois pour aller vérifier des informations disponibles depuis bien longtemps ? Pourquoi, lors de son séjour ivoirien de novembre dernier, Kieffer n’a pas effectué de fouilles à Issia puisqu’il avait déjà les informations qu’il a au final utilisées ? «Il semblerait que la personne qui a informé le juge a vu le corps au moment où il a été enterré à cet endroit-là. C'était un Blanc, il ne savait pas qui c'était. Mais il l'a reconnu quelques jours après, quand il a vu les photos de mon frère dans la presse», ajoute Bernard Kieffer. Qui, en dehors d’une des personnes impliquées, peut donc voir précisément le corps d’une personne enterrée en catimini dans une zone rurale, bien loin – en principe – du tout-venant ? Le fameux informateur du juge a-t-il été mis en examen ? Mystère. Il faut croire qu’en dehors d’une dépouille dont l’identité n’a pas été confirmée par un test ADN, on n’en saura pas plus sur cette sombre affaire où de nombreuses fausses pistes toujours très médiatiques ont déjà été agitées… par le juge Ramaël.


Gérard Koné


Source: LE NOUVEAU COURRIER

dimanche, 08 janvier 2012

APRES 5 SEMAINES D'ENQUETES A TRAVERS LE MONDE: GBAGBO GAGNE SA PREMIERE BATAILLE DEVANT LA CPI

 

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Le conseil du président Gbagbo pourra enfin disposer de l'aide judiciaire à laquelle ont droit les pensionnaires de la Cour pénale internationale (CPI) jugés indigents pour préparer sa défense. Cinq semaines d'enquête ont suffi pour confondre Ocampo.

 

Le président Laurent Gbagbo a finalement obtenu d'un greffier de la Cour pénale internationale l'aide judiciaire que réclame depuis trois semaines un de ses avocats, Maître Emmanuel Altit. Il est présumé «indigent», selon Le Figaro. Qui affirme : «Malgré les investigations engagées dès son transfèrement hors de Côte d'Ivoire, l'enquêteur financier mandaté par la CPI n'a en effet trouvé aucune trace d'avoirs attribuables à l'ex-homme fort d'Abidjan».

«Un examen préliminaire (...) laisse penser, a priori, que le demandeur ne dispose pas de ressources suffisantes pour prendre en charge tout ou partie des coûts de sa représentation légale devant la cour», indique la décision rendue par le greffier Esteban Peralta Losilla. Qui s'empresse de dire que l'aide judiciaire octroyée ne l'est qu'à titre provisoire, la CPI n'ayant pas renoncé à trouver des biens à Gbagbo, «auquel des rumeurs jamais confirmées ont notamment prêté des avoirs aux Etats-Unis et en Afrique du Sud», affirme Le Figaro.

Le fait qu'après plus de cinq semaines d'enquêtes, auxquelles ont évidemment collaboré avec zèle les dirigeants de pays occidentaux - particulièrement de la France, qui «piste» le fondateur du FPI depuis toujours, et qui a accentué son effort lors de l'opération de gel des avoirs des personnalités de son régime -, aucune fortune cachée ni aucun bien immobilier n'aient été découverts, est une victoire pour Laurent Gbagbo, quand on sait que les «biens mal acquis» des présidents africains pourtant amis de la France sont longuement documentés. Et que ses rivaux Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara revendiquent leur riche patrimoine immobilier dans l'Hexagone. Le chef d'Etat le plus détesté par la «communauté internationale» en Afrique serait-il donc un honnête homme?

Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, la CPI s'est engagée à prendre à sa charge, selon Le Figaro, « la rémunération d'un avocat, d'un assistant juridique et d'un gestionnaire de dossier ainsi que le remboursement des frais engagés par la défense de Laurent Gbagbo à hauteur de 76 000 euros. «C'est un pas dans la bonne direction et nous sommes ravis que le greffe se soit finalement rangé à nos arguments», s'est réjoui Maître Altit. Qui a tout de suite déploré le caractère «manifestement insuffisant» de cette aide, «complètement inadaptée à la mise en place d'une défense effective et réelle dans une affaire de cette importance».


In le quotidien ivoirien "Le Nouveau Courrier" N° 410 du samedi 7 et du dimanche 8 janvier 2012.

vendredi, 06 janvier 2012

COTE D'IVOIRE: LE SENTIMENT DU STATU QUO AD VITAM


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A l'occasion du Nouvel An 2012, Alassane Ouattara a sacrifié au rituel institutionnel et adressé les vœux traditionnels du chef de l'Etat aux Ivoiriens. Nous laissant le sentiment que dans ce pays, les messages enjoliveurs continueront à jamais de prendre le pas sur la réalité et qu'il faudrait peut-être désespérer, pour de bon, de voir nos nouvelles autorités gouverner autrement la Côte d'Ivoire et conduire notre peuple à une vraie réconciliation.

Nous aurions bien voulu partager son optimisme pour la « Côte d'Ivoire de demain », qu'il annonce comme un « pays rayonnant, ouvert sur le monde » mais la réalité totalement décalée qu'il ne semble pas prendre en compte dans son discours lénifiant sur une Côte d'Ivoire que seuls lui et son entourage voient comme pleine du « bonheur d'être ensemble », célébrant « la paix et l'espoir retrouvés » quand la misère, la pauvreté, le chômage galopant et la déchirure sociologique rongent la nation, ne nous y autorise guère.

Après son adresse à la nation à la faveur du 51ème anniversaire de l'indépendance de la Côte d'Ivoire, c'est la deuxième fois qu'Alassane Ouattara nous sidère par sa vision scandaleusement décalée de la situation en Côte d'Ivoire. Nous comprenons qu'en tant que chef de l'Etat, il veuille donner de l'espoir à ses concitoyens par un discours rassurant mais il ne s'agit pas, pour y parvenir, d'escamoter la réalité et de lustrer plus que de nature le quotidien désastreux des ivoiriens, échappant ainsi à une autocritique indispensable, à une peinture honnête du vécu de nos compatriotes et à un devoir de vérité. Nous donnant clairement le sentiment d'avoir affaire à deux Côte d'Ivoire bien distinctes : celle reluisante et enviable des discours d'Alassane Ouattara et l'autre des Ivoiriens plongés dans le désastre, aux cœurs horriblement mortifiés par les crimes, massacres et pillages des FRCI et des milices pro-Ouattara que sont les Dozos.

De sorte qu'avancer que « nos familles ont retrouvé la sérénité » est une contrevérité. Parce que l'Ouest de la Côte d'Ivoire ne fait pas partie de ce pays que dépeint ainsi le chef de l'Etat. Il n'évoque pas même en une phrase le drame épouvantable de cette partie de notre territoire nationale. De quelle Côte d'Ivoire parle donc Alassane Ouattara, honnêtement ? De quelle Côte d'Ivoire est-il question, quand il affirme que « chaque ivoirien peut vaquer tranquillement à ses occupations, en dépit de quelques dérapages de certains éléments des FRCI » ? « Quelques dérapages », dit-il ? Vit-il vraiment avec nous, sur le territoire ivoirien ? Parce que tous ceux qui vivent sur cette terre d'Eburnie savent que depuis les évènements d'Avril 2011, les FRCI n'ont jamais cessé de faire la Une des quotidiens ivoiriens, tant leurs exactions sont récurrentes et destructrices. Des dizaines voire des centaines de vies humaines ont été ainsi fauchées par leurs armes. Dans l'impunité la plus totale.

Mais tant qu'il s'agissait des pro-Gbagbo, il n'y avait guère de quoi ameuter la terre. Dès que 5 de ses partisans ont été occis à Vavoua, la machine sécuritaire ouattarandienne s'est mise en branle : « Nous avons pris des mesures énergiques à cet égard, notamment la création d'une police militaire, pour y remédier ». Ainsi donc il y aurait deux catégories d'Ivoiriens : ceux qui peuvent subir toutes sortes de maltraitances sans que personne n'en soit ému et ceux auxquels il ne faut absolument pas toucher.

Au titre de ces mesures énergiques, « partout dans le pays, les policiers et les gendarmes sont redéployés, pour veiller à la sécurité des personnes et des biens.  Près de 10.000 hommes ont été désarmés. Nous mettons tout en œuvre pour assurer leur réinsertion économique et sociale.». Mais la précision de taille à apporter, c'est que ces policiers et gendarmes, accusés - pour l'essentiel du peloton - d'être des pro-Gbagbo, opèrent sans la moindre arme et que les 10.000 hommes désarmés en question le sont sur un total de 27.000 supplétifs et FRCI au statut hybride et encore très mal défini qui occupent toute la Côte d'Ivoire, dont bon nombre se sont reconvertis aux braquages et attaques à main armées, écumant Abidjan et les villes de Côte d'Ivoire. De quelle sécurité des personnes et des biens parle-t-on donc ?

Dans bien de villes de l'intérieur du pays, commissariats et tribunaux sont encore inopérants, huit mois après la saga des FRCI. La situation sécuritaire dans notre pays est si préoccupante que même l'ambassade de France, soutien indéfectible de Ouattara, exige des ressortissants français la plus grande vigilance et une prudence de tous les instants ; des consignes fermes ont été, à cet effet, éditées à leur attention sur le site Internet de l'institution. Les Etats-Unis, eux-mêmes classent la Côte d'ivoire, aujourd'hui, parmi les pays à risque pour ne pas dire les plus dangereux de la planète. C'est au point où le Canada a tout bonnement délocalisé sa représentation diplomatique au Sénégal. Plus personne ne fait confiance à la Côte d'Ivoire quand à sa capacité à protéger les populations ivoiriennes, les étrangers et leurs biens. Comme on peut le voir, La France, les Etats-Unis et le Canada ne parlent pas de la même Côte d'ivoire qu'un Alassane Ouattara contemplatif et en pleine extase.

Quant à la salubrité qui couvre le gouvernement Ouattara de fierté au point qu'il puisse dire dans une adresse de fin d'année : « Des moyens considérables sont mis en place pour améliorer la salubrité dans nos villes ainsi que l'hygiène et le cadre de vie de nos populations (même s'il est de notoriété que les balayeuses de nos rues ne sont pas payées et que ces projets avaient été déjà bouclés par Gbagbo, en collaboration avec la Banque mondiale)», elle n'a en fait cours qu'à Abidjan et, dans une moindre mesure, à Yamoussoukro. L'intérieur du pays croule sous les ordures et l'anarchie, occasionnant, actuellement, une endémie de fièvre typhoïde et des épidémies de choléra dans plusieurs villes de Côte d'Ivoire. Et même la fameuse « Opération pays propre » à Abidjan, n'a été menée que pour les indispensables besoins médiatiques du nouveau pouvoir. La preuve, à ce jour, l'opération a connu un coup d'arrêt inexplicable, au regard de la détermination de départ, et de vastes quartiers connus pour leur insalubrité légendaire et gérés par des municipalités à dominance RDR (le parti de Ouattara) n'ont pas été le moindre du monde effleurés. C'est le cas des quartiers des communes d'Abobo, d'Adjamé et d'Attécoubé. Or, s'il y a des espaces urbains à assainir de toute urgence, ce sont bien ces communes-là. Que nenni ! Elles ont été royalement ignorées. Allez-y comprendre quelque chose.

Côté santé, « d'énormes efforts sont fournis pour que les soins de santé des Ivoiriens les plus défavorisés soient gratuits, sur toute l'étendue du territoire national ». Une autre affirmation en décalage avec la réalité : officiellement, les consultations, les analyses médicales et les médicaments sont gratuits. Mais les pharmacies de nos hôpitaux et centres de santé sont désespérément vides et les réactifs chimiques des laboratoires inexistants, le plus clair du temps. Les salles d'hospitalisation et les cabinets des praticiens sont crasseux. Les techniciens de surface, comme il est convenu de les appeler, ne travaillent plus ; ils ne sont plus payés par les hôpitaux du fait de la gratuité des consultations qui les privent de précieuses ressources de fonctionnement auxquelles l'Etat ne peut faire face. Spectacle irréel que celui de nos hôpitaux, aujourd'hui, surtout en cette période de vents secs et de poussière de l'Harmattan.

Sur le crève-cœur de nos universités publiques fermées pour deux années, livrant nos étudiants à la rue, le chef de l'Etat ne s'embarrasse pas de se justifier : « Les universités sont en train d'être réhabilitées à cause de l'état de dégradation avancé des infrastructures. Ces travaux de réhabilitation sont indispensables pour donner aux étudiants et aux enseignants, un meilleur environnement ». Combien d'universités africaines peuvent-elles se prévaloir d'avoir les infrastructures de nos écoles supérieures et universités ? Sont-elles pour autant fermées ? Point du tout. Au demeurant, une réhabilitation peut-elle justifier qu'on ferme des universités pour deux années de suite ? On comprendrait pour quelques mois. Mais deux années ? C'est impensable. Cette décision échappe à toute logique. A moins qu'elle ait pour objectif de cacher au monde, sous des dehors de réfection et tapie derrière le souci de remise à neuf, l'ampleur de la destruction et du pillage des FRCI, en avril 2011, sur nos universités publiques.

Le chef de l'Etat clame également, à notre grande surprise : « La confiance des partenaires extérieurs a été restaurée. Les investisseurs reviennent, chaque jour plus nombreux et plus motivés ». Et pourtant un banquier en poste à Abidjan est catégorique : « Personne ne peut s'amuser, en ce moment, à venir investir dans notre pays. Le racket et le braquage y sont un frein. Les autorités gouvernementales ont peur des hommes armés. Puisqu'elles leur doivent leur pouvoir. C'est l'économie du pays qui en prend un coup. C'est dommage pour la Côte d'Ivoire. On aurait pu éviter cette situation. Si on ne réagit pas le plus rapidement, on va droit dans le mur ». Il n'y a aucune garantie sécuritaire en Côte d'Ivoire. Pire, les armes de guerre sont en libre circulation, sur toute l'étendue du territoire. Alassane Ouattara n'aurait-il pas la situation réelle de son pays ? Pas si sûr ! Il fait de la diversion pour espérer séduire les investisseurs, l'opinion internationale et ses partenaires politiques occidentaux. Les croit-il assez naïfs pour être à ce point dupes ou espèrent-ils mettre de la poudre aux yeux des Ivoiriens ? Peu de chance qu'ils s'y prennent et que lui-même y parvienne.

Nous avons été encore plus stupéfaits de l'entendre plastronner : « A l'occasion de ce scrutin, vous avez exprimé, une fois de plus votre attachement à la démocratie et réaffirmé votre volonté de doter notre pays d'institutions fortes et légitimes ». « 2011 a ainsi consacré la victoire de la démocratie dans notre pays ». Il importe de rappeler que le nouveau découpage électoral ayant servi aux législatives a été conduit dans la plus totale illégalité. Le chef de l'Etat a pris par devers lui un décret pour relever le nombre des députés sans avoir mené aucun recensement national, sans avoir associé l'Assemblée nationale, et a procédé tout seul à l'affectation des nouveaux sièges. La CEI, sensé être indépendante, est entièrement à coloration RHDP, la formation politique qui l'a investi au second tour de la présidentielle. Des fraudes massives et de graves irrégularités ont été enregistrées lors du scrutin législatif du 11 décembre 2011 et laissent de nombreuses plaintes pendantes sur la table du Conseil constitutionnel, portées par des alliés contre d'autres alliés du RHDP. Comment comprendre une telle aberration ? Il est, en outre, resté sourd aux revendications de l'opposition menée par le FPI-CNRD pour un dialogue républicain devant conduire à la participation de tous les partis politiques du pays. Résultat : l'opposition a été marginalisée. A dessein, dirions-nous, histoire d'accaparer la majorité des sièges du parlement, dans un désormais célèbre « désert électoral ». Le Conseil constitutionnel - renouvelé anticonstitutionnellement - la CEI et ce nouveau parlement ne peuvent pas très exactement être considérés comme des « institutions fortes et légitimes », à moins que nous soyions tous frappés de cécité dans ce pays.

Le chef de l'Etat, pour finir, espère « une Côte d'Ivoire rassemblée » et « un ivoirien nouveau, plus respectueux des valeurs de la République ». Faut-il le croire quand la chasse à l'homme est toujours à l'ordre du jour contre les pro-Gbagbo en exil ou en prison et quand lui-même foule allègrement au pied notre Constitution pour laquelle il a prêté serment ? Un gouffre bien visible entre un discours enjoliveur et une réalité implacable. On ne peut tromper les Ivoiriens. Alassane Ouattara doit revoir sa copie s'il veut réussir à réconcilier les ivoiriens et leur redonner espoir. Les esquives ne servent à rien.


Que DIEU bénisse la Côte d'Ivoire !


In le quotidien ivoirien "Le Nouveau Courrier" N° 408 du jeudi 5 décembre 2012.

jeudi, 05 janvier 2012

AHOUA DON MELLO: «COMMENT NOUS ALLONS METTRE FIN A LA DICTATURE DE OUATTARA»



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Lors de notre récent séjour dans la capitale ghanéenne, le ministre Ahoua Don Mello, porte-parole du gouvernement Aké Ngbo et grand expert en développement, a bien voulu nous accorder une entrevue, dans laquelle il appelle les Ivoiriens à mettre fin à l’arrogance sarkozienne par un boycott des produits français, et se prononce par ailleurs sur le ré-endettement de la Côte d’Ivoire par le régime Ouattara et sur l’énigme Frci.

 

Nous sommes entrés de plain-pied dans une nouvelle année. Quels sont vos vœux pour l’année 2012 ?

Mon vœu le plus cher est que l’année 2012 soit pour la Côte d’Ivoire l’année de la délivrance :

- Délivrance du Président des Ivoiriens Laurent GBAGBO actuellement détenu à la Haye, de tous les détenus politiques et de tous les exilés internes et externes.

-Délivrance de la Côte d’Ivoire du joug de l’impérialisme français.

-Délivrance de la Côte d’Ivoire de la dictature tribale et fascisante qui s’y installe.

Dans vos différentes analyses post-11 avril, vous vous êtes toujours évertué à démontrer que Laurent GBAGBO a gagné les élections présidentielles. Qu’est-ce qui fonde cette conviction?

Ce n’est pas une conviction, c’est une vérité. Les élections législatives qui sont toujours considérées comme le troisième tour des élections présidentielles ont mis en évidence les mécanismes de fraude et viennent de confirmer la victoire de Laurent GBAGBO.

Revenons à vos vœux pour 2012. En parlant de délivrance de la Côte d’Ivoire, ne donnez-vous pas raison à ceux qui soupçonnent les exilés de fomenter un coup ?

Un coup de force ne peut provenir que de leur propre camp. Préparer un coup de force pour les militants pro-GBAGBO que nous sommes, c’est demander à une équipe de football de jouer du rugby. Dans la vie politique ivoirienne, seul le RDR s’est constitué une équipe de rugbymen politiques en créant une branche armée d’abord clandestine puis officielle depuis 2002 et qui pratique la violence ouverte depuis 1999. Certains n’ont ni parents ni amis en Côte d’Ivoire, donc que les Ivoiriens meurent ou souffrent ne créent aucune compassion de leur part. Les militants pro-GBAGBO que nous sommes, ayant des parents et amis en Côte d’Ivoire, avons été nourris à la sève de la lutte pacifique. Et cela nous a permis d’avoir une opposition civilisée sous le régime de Feu Félix HOUPHOUET-BOIGNY, tout en arrachant des victoires importantes en balayant le parti unique et en balayant la dictature militaire de feu le Général GUEI Robert. C’est avec cette même méthode pacifique que nous mettrons fin à la dictature tribale et fasciste soutenue par l’impérialisme français.

Mais justement ces voies pacifiques sont aujourd’hui obstruées par la répression du régime en place. Comment allez-vous vous y prendre ?

La période de grâce du régime OUATTARA est terminée, car les parrains ont besoin d’exploiter la Côte d’Ivoire pour payer la facture de neuf (9) ans de soutien à une rébellion. La sécurité est donc le serpent qui se mord la queue. M. OUATTARA est obligé de scier la branche sur laquelle est assise son pouvoir en se débarrassant de l’ex-rébellion, condition nécessaire pour rendre la Côte d’Ivoire exploitable par ses parrains. Le peuple lui-même est sorti de la torpeur et pose des actes de bravoure face à la barbarie de l’ex-rébellion rebaptisée FRCI. Les voies démocratiques s’ouvrent progressivement et le peuple s’exprimera.

A chaque époque et face à chaque régime, la méthode de lutte pacifique s’adapte. Nous avons pris le temps de caractériser le régime en place. Les élections législatives ont montré que ce régime n’a pas l’onction du peuple mais tire sa force de la fraude et du soutien de la France de SARKOZY. Ce n’est pas le PDCI qui dira le contraire, lui qui crie aujourd’hui à la fraude et est passé de 94 députés lorsqu’il était dans l’opposition à 77 députés dans sa cogestion de l’Etat avec le RDR. Ce pouvoir est donc perdant dans un jeu démocratique normal, dans des conditions consensuelles et inclusives. Le choix du boycott pacifique des élections législatives a prouvé son efficacité, car il est difficile de mettre un militaire français ou onusien derrière chaque électeur pour le contraindre d’aller voter. Par contre, il est facile de contraindre le Président de la commission électorale indépendante d’annoncer de faux chiffres.

Les pays n’ont pas d’amis mais des intérêts. La France agit pour conserver le marché ivoirien à son seul profit, ce que refusait le Président GBAGBO. Si 85% des ivoiriens décident aujourd’hui de ne plus consommer français lorsqu’ils ont le choix, ne vous en faites pas, des instructions claires seront données à OUATTARA de revoir sa copie et des conditions consensuelles et inclusives seront créées pour mettre fin à cette parenthèse de l’histoire de la Côte d’Ivoire.

Avec le développement prodigieux des pays émergents, l’Occident n’a plus le monopole des produits manufacturés et de la haute technologie. Et comme le client est roi au sens strict du terme dans l’économie de marché, il a donc le choix. Quel militaire français ou onusien peut vous obliger à téléphoner avec une puce d’une compagnie de télécoms française, à remplir votre véhicule d’essence dans une station-service contrôlée par une multinationale française, à payer un billet d’avion dans une compagnie française ou à ouvrir un compte dans une banque française, etc ?

Le boycott politique qui a fait ses preuves lors des élections législatives constitue une voie royale et non violente applicable dans le domaine économique et financier pour mettre fin à l’arrogance ‘sarkozienne’ et à cette dictature ethnique et fascisante.

Comment pensez-vous faire adhérer la majorité des Ivoiriens lorsqu’on sait que les Ivoiriens ont leurs habitudes, leurs préférences ?

Aucune victoire ne se gagne sans un minimum de sacrifice. 85% des ivoiriens vivent aujourd’hui dans l’angoisse de perdre un parent, un ami ou leur vie ; de perdre leur plantation, leur emploi, leur maison ou leur fortune. Par conséquent, perdre des habitudes ou des préférences pour libérer tout un peuple n’est qu’un sacrifice honorable.

Toute méthode de lutte nouvelle a besoin d’être enseignée ; les pro-GBAGBO en Côte d’ivoire et sa diaspora à travers le monde, constituent les meilleurs pédagogues de cette lutte pacifique. Au-delà de la Côte d’Ivoire, tous les peuples d’Afrique ont entre leurs mains, leur destin face à la barbarie occidentale contre l’Afrique. La barbarie esclavagiste a permis à l’occident de développer l’Amérique et bâtir des fortunes européennes, la conférence de Berlin en 1885 leur a permis de se partager l’Afrique par des méthodes barbares pour assurer des monopoles économiques face à la crise qui frappait l’Europe, et les accords de coopérations post coloniaux ont prolongé le régime colonial. La multipolarisation de l’économie nous offre l’unique chance de coopérer avec ceux qui sont prêts à respecter notre souveraineté et cela ne dépend que de nous. Le ballon est donc dans notre camp ; à nous de nous organiser et de jouer pour redresser le destin de notre continent et réaliser un nouvel ordre fondé sur le principe du respect de la souveraineté et le règlement pacifique des conflits.

Les Frci, majoritairement des ex-rebelles, constituent un véritable problème pour Ouattara du fait des dérives dont ils sont quotidiennement coupables. Quel commentaire ?

Vouloir bâtir un état de droit avec des ignorants du droit conduit inévitablement vers des dérives. Les ex-rebelles rebaptisés FRCI ont pour colonne vertébrale des chasseurs qui confondent protection des civils et chasse à l’homme. Tout régime qui n’a pas de soutien populaire règne par la terreur, car aucun appel ne peut être suivi d’effet, donc la seule façon d’ordonner est de contraindre par les armes comme à l’époque de la colonisation. La destruction de l’Etat depuis 2002 a abouti à faire de ces ex-rebelles, des tyrans locaux qui concentrent tous les pouvoirs de collecte d’impôt, de justice et de parlement. Ils décident des lois à appliquer, des impôts à collecter et des sanctions à faire subir en se réservant le droit de vie et de mort sur chaque citoyen. Cette organisation de l’Etat n’est que la réplique de l’Etat colonial avec les gardes cercles, les tribunaux d’exception et le code de l’indigénat. Cela relève donc d’une volonté de recolonisation de la Côte d’Ivoire.

Après avoir soutenu fortement Alassane Ouattara pendant la crise postélectorale, les Etats-Unis, le Canada (et bientôt d’autres pays) déconseillent vivement la destination Côte d’Ivoire à leurs ressortissants pour cause d’insécurité chronique. Quel sens donnez-vous à cette sorte de revirement de ses soutiens ?

Ils ont tout simplement découvert que la France veut se réserver le droit d’exploiter seule la Côte d’Ivoire. Après  neuf mois, la période de grâce est terminée, les discours et les promesses ne suffisent plus. La sécurité n’est pas effective et tous les grands marchés sont donnés de gré à gré aux entreprises françaises. Venir dans un pays à haut risque sans espoir de faire une seule affaire est une aberration dans un monde où les pays n’ont pas d’amis mais des intérêts.

Au plan économique, comment jugez-vous la politique du ré-endettement massif de la Côte d'Ivoire, actuellement en cours? Principalement auprès de la France de Nicolas Sarkozy?

M. OUATTARA a oublié que la campagne électorale est terminée et continue de promettre un lendemain meilleur pendant que les Ivoiriens s’enfoncent chaque jour dans le sous-sol de la misère par l’accroissement du chômage, de la cherté de la vie et l’insécurité.

La Côte d’Ivoire a enregistré le plus bas taux de croissance de son histoire économique (-5.8%). Avant l’ère OUATTARA, le plus bas taux de croissance avait été enregistré en 1983 (-3.9%). Sous le Président GBAGBO malgré la guerre et l’occupation de la moitié nord du pays, l’absence d’aide, le taux de croissance le plus bas a été de -1.7% sur la période 2002-2003.

L’histoire de la dette en Côte d’Ivoire nous démontre que le pouvoir OUATTARA veut mettre une autre corde au cou des Ivoiriens dans un environnement économique incertain.

En effet, le boom pétrolier en 1973 avait été le point de départ de l’endettement de la Côte d’Ivoire pour financer les différents plans quinquennaux à l’image des différents pays du Tiers Monde. La plus part des ressources mobilisées étaient dirigées vers des secteurs improductifs. En 1982, le Mexique refuse de payer sa dette. Pour arrêter l’effet boomerang, les bailleurs de fonds mettent en œuvre pour les pays surendettés comme la Côte d’Ivoire, le plan BRADY de rééchelonnement accompagné de nouveaux prêts  pour rembourser les intérêts de la dette de 1982 à 1985. Cette potion magique n’a pas arrêté la crise et en 1987, la Côte d’Ivoire suspend le paiement de sa dette commerciale. De 1990 à 1993, le plan de stabilisation et de relance du Premier ministre OUATTARA relance l’endettement de la Côte d’Ivoire à un rythme effréné avec une moyenne de 500 milliards l’an, suivi du bradage des secteurs stratégiques de l’Etat et fin 1993 la dette est de 2408,5 milliards pour un PIB 3127.7 milliards de FCFA. Après la dévaluation de 1994, la dette est mécaniquement multipliée par deux et atteint la montagne de 8 468 milliards en 1996 après avoir intégré les arriérés du service de la dette commerciale suspendue depuis 1987. En décidant de rembourser cette dette sous l’ère GBAGBO, la Côte d’Ivoire consacrait presque la moitié de ses recettes fiscales pour le service de la dette ; autant de manque à gagner pour financer le développement. Ce sacrifice a permis un allègement après 2008 avec le point de décision du processus PPTE et ce n’est qu’à partir de cette dette que les travaux de remise en état des infrastructures avaient démarré ainsi que le Grand Abidjan et le transfert de la capitale, le troisième et le quatrième pont, le pont de Jacqueville, l’autoroute du Nord, l’autoroute de Bassam, le VITIB, l’extension du port, la route Boundiali-Tingrela, bref tous les projets qui sont actuellement en cours d’exécution sous l’ère OUATTARA. Depuis 1982, la mauvaise politique d’endettement a freiné pendant 26 ans le développement de la Côte d’Ivoire. Une étude sur la nouvelle politique d’endettement avait été confiée au BNETD par le ministère de l’Economie et des Finances. Le pouvoir OUATTARA fait exactement ce que cette étude déconseille en matière d’endettement pour éviter à terme l’asphyxie.

En réendettant la Côte d’ivoire pour faire face à des dépenses improductives avec un taux de croissance de -5.8% dans un environnement de crise de l’Euro avec un risque sur le FCFA, c’est emprunter la voie de la dépendance, du chantage des bailleurs de fonds et de l’étranglement économique. C’est pour avoir refusé cette politique là que Laurent Gbagbo se retrouve à la CPI. Notez bien cela et rien d’autre.

Votre dernier mot ?

La délivrance de l’Afrique sera, en premier lieu, l’œuvre des Africains eux-mêmes avec le soutien de tous les peuples aspirant à un nouvel ordre mondial. Que 2012 soit donc l’année de la délivrance.

 

Réalisée à Accra par Frank Toti


Source: LE NOUVEAU COURRIER

APRES LES REVELATIONS SUR L’AFFAIRE KIEFFER, LES JOURNALISTES DU NOUVEAU COURRIER MENACES



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La Rédaction du Nouveau Courrier a été assaillie de coups fils très menaçant tout au long de la journée d’hier mercredi 4 janvier. Et ce, après la publication du témoignage-révélation d’un présumé co-auteur de l’enlèvement puis l’assassinat du journaliste franco-canadien Guy André Kieffer. Des coups de fils anonymes aux coups de fils de personnes reliées à l’actuel régime. Quelques-unes n’ont pas hésité à nous demander de faire très attention à l’endroit où nous mettons nos pieds. «Ça pourrait être très dangereux pour vous. En tout cas, je vous suggère d’être prudents et de faire faire très attention. Parce que cela pourrait être très dangereux pour vous», n’a cessé de répéter quelqu’un ayant requis l’anonymat et qui dit avoir appelé pour nous mettre en garde, nous prévenir. Prévenir de quoi, lui avions-nous demandé. «En tout cas, vous êtes averti», a-t-il répondu avant de couper la communication. En tout cas, les menaces et intimidations n’ont cessé d’être proférées.

Ce que l’opinion nationale et internationale doit retenir est que Le Nouveau Courrier a fait son devoir, celui d’informer. Et en le faisant ainsi, nous n’avons voulu qu’apporter une pièce maitresse à l’éclatement de la vérité dans l’affaire Kieffer qui perdure depuis bientôt 8 ans, sans qu’on avance véritablement. Si le juge Patrick Ramaël qui, selon nos investigations, était au fait de cet énième élément dans l’affaire sur laquelle il enquête, a jugé bon d’effectuer un voyage à Abidjan, c’est que vraisemblablement ces informations sont utiles et peut-être capitales à l’avancement du dossier et surtout à la manifestation de la vérité. En le faisant, Le Nouveau Courrier n’a fait que respecter son credo qui est «La passion de l’info, le sens de l’histoire». Et nous ne pensons pas avoir commis un crime de lèse-majesté en informant les lecteurs, les Ivoiriens et le monde entier.


Gérard Koné

 

Source: LE NOUVEAU COURRIER

mercredi, 04 janvier 2012

QUAND GUY-ANDRE KIEFFER DENONÇAIT ANTHONY WARD, LE TRADER DE OUATTARA


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Anthony Ward

En général, Guy-André Kieffer est présenté comme le journaliste d’investigation poil à gratter qui enquêtait sur les « affaires » réelles ou supposées dans lesquelles étaient mouillés les barons du régime Gbagbo. Mais il est bon de se souvenir que, de tous ses fameux articles publiés sous pseudonyme dans la presse ivoirienne, celui qui a créé un vrai gros « buzz » international mettait en cause… Anthony Ward, le patron de la société Armajaro, notamment spécialisée dans le négoce de cacao, et dont le directeur Afrique est depuis quelques années Loïc Folloroux, le fils de Dominique Ouattara.

C’était juste après le déclenchement de la rébellion ivoirienne, le 19 septembre 2002. Dans un article paru en dernière page de Fraternité-Matin, signé « Laurent », Guy-André Kieffer dénonçait « Armajaro et AIG Fund : les financiers de la déstabilisation ». Il met en relation l’achat de plus de 5% de l’offre mondiale de cacao par Armajaro et le lancement de la rébellion, qui permet une déstabilisation des approvisionnements, une hausse des cours et une grosse plus-value pour les spéculateurs encagoulés. A l’époque, l’évocation d’Armajaro par Kieffer divise les différents clans autour de Gbagbo, dans la mesure où lui-même a à cœur de faire payer ses déconvenues en affaires à certains d’entre eux. Notre Voie riposte à l’article. La confusion s’empare de l’opinion ivoirienne qui oublie. La mort de Guy-André Kieffer enterre définitivement ce fameux dossier Armajaro. Jusqu’au mois d’août 2010, où il récidive dans une opération d’achat massif de cacao comme celle qui a précédé la « première guerre ».
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Guy-André Kieffer

Ministre du Budget sous le gouvernement Aké N’Gbo, Koné Katinan a confirmé, dans Côte d’Ivoire : le coup d’Etat, la forte implication d’Armajaro dans le financement des assauts sur Abidjan par les forces pro-Ouattara. « En ce qui concerne la suspension des exportations du cacao de janvier 2011, il est clair que sous le couvert des sanctions de l’Union Européenne, se cachait une vaste opération spéculative sur le cacao menée par Armajaro. En effet, en juillet 2010, tout juste avant les élections de novembre, cette société a acheté un fort tonnage de cacao, au delà de ses achats habituels. Les services de la filière café cacao parlent de plus de 200 000 tonnes de produits achetés par ladite société. Ces énormes achats ont fait réagir les autorités chargées de gérer la filière café cacao. La crise née des élections devait logiquement entraîner une augmentation des prix sur le marché international. Cette embellie allait bénéficier à ladite société qui avait décidé d’écouler le cacao à prix d’or. Ainsi, la décision du 24 juillet, en provoquant une pénurie du produit sur le marché international, a donné l’occasion d’écouler à un prix ultra élevé le stock monumental constitué par la société Armajaro. Donc Loïc Folloroux, bénéficiant d’informations de première main de la part de ses parents (Dominique et Alassane Ouattara) sur les différentes actions de déstabilisation en cours dans le pays, a probablement informé ses partenaires et la société Armajaro a pu constituer des stocks à des fins spéculatives.

C’est exactement ce qu’elle avait fait en 2002, un an seulement après avoir obtenu son agrément en Côte d’Ivoire. Cette spéculation lui avait permis de financer la rébellion. Ce que je peux dire sur cette affaire, c’est que les achats et la constitution de stocks étaient des pratiques méconnues des sociétés d’exportation en Côte d’Ivoire jusqu’à l’avènement d’Armajaro. »

Au moment où l’affaire Kieffer se retourne spectaculairement contre le régime Ouattara, les informations qui précèdent permettent de comprendre que le journaliste et consultant franco- canadien n’inquiétait pas que certains barons de la Refondation. Et qu’il avait été le premier à mettre en lumière une des plus grosses affaires de spéculation et de guerre économique de ces dernières années.



LES DESSOUS DE LA DERNIERE VISITE DU JUGE PATRICK RAMAEL A ABIDJAN


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Le juge français Patrick Ramaël est arrivé presque précipitamment, le lundi 2 janvier en soirée, à Abidjan pour – officiellement – poursuivre son enquête sur la disparition du journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer. Alors qu’il y a à peine plus d’un mois, en novembre dernier, le juge français était à Abidjan où il a pu interroger une quinzaine de personnes dans le cadre de la disparition du franco-canadien. Cette énième visite du juge d’instruction Ramaël laisse croire assurément qu’il y a une du nouveau dans l’affaire, à moins que le juge n’ait des envies de soleil au moment où l’hiver est rude à Paris. Les autorités politiques et judiciaires ivoiriennes, selon une source au ministère de la Justice, ont été quasiment mises devant le fait accompli quant à cette énième arrivée du juge français sur le sol ivoirien. Cette visite express de Patrick Ramaël sur les bords de la lagune Ebrié, cacherait-elle un certain nombre d’informations à même de faire évoluer le dossier ?

Au Nouveau Courrier, nous avons sur cette affaire quelques certitudes. Premièrement, «Gorge profonde» a été mis en contact, par une figure politique ivoirienne dont nous taisons le nom pour l’instant, avec un Français spécialiste du renseignement qui évolue depuis plus de dix ans dans les eaux saumâtres des intrigues d’Etat ivoiriennes. Contacté par nos soins, il a affirmé de ne pas être au courant du dossier qu’il a «traité», puis a par la suite essayé d’en savoir plus… sur ce que nous savons. C’est cet homme qui a été selon toute évidence chargé de faire le lien entre celui qui se présente comme un criminel repenti, l’Ambassade de France et le juge Ramaël. Est-il vraiment désireux, alors que son nom a été cité dans cette sombre affaire, de «noyer» un système Ouattara avec lequel il collabore aujourd’hui officiellement, après des coups de main officieux ? «Gorge profonde» affirme en tout cas que les effets personnels de Kieffer, soutirés par ses ravisseurs, ont été remis par ses soins à ce Français.

Nous savons également que «Gorge profonde» a eu un contact, dont nous ne connaissons pas la profondeur, avec le juge Ramaël, qui n’a pas souhaité communiquer sur un nouvel interlocuteur dont le témoignage est pourtant pris au sérieux, selon plusieurs indices. Nous savons, surtout, que les «sécurocrates» du régime ont été mis au courant de l’initiative de «Gorge profonde», par une des personnes en contact avec le dossier, et que ce dernier a subi des menaces explicites. Selon toute évidence, nous sommes en face d’une authentique affaire d’Etat.


Benjamin Silué


Source: LE NOUVEAU COURRIER

DISPARITION DE GUY-ANDRE KIEFFER : DES REVELATIONS TROUBLANTES METTENT EN CAUSE LE CAMP OUATTARA


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La disparition du journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer en avril 2004 a alimenté l’actualité nationale 7 ans durant, sans que le dossier n’avance réellement. Des personnes avaient été soupçonnées dans l’affaire de la disparition du journaliste. Après un mutisme de plusieurs années, un des auteurs du crime, comme il se présente lui-même, s’est ouvert au Nouveau Courrier pour dire toute la vérité sur cette affaire. «Je ne veux pas que des innocents paient pour ce que nous avons fait», lâche-t-il. Un témoignage-révélation que nous vous livrons.

Il est 20 heures, ce mercredi 21 décembre 2011, quand nous recevons un appel de quelqu’un qui prétend avoir des révélations à nous faire. Nous insistons à avoir la teneur de ces révélations qui, selon lui, pourraient nous intéresser. «Guy-André Kieffer», lâche-t-il. «Est-il vivant, où est-il ?», nous demandons-lui d’emblée. «Non, mais je sais qui l’a tué, parce que je fais partie de ceux qui l’ont enlevé ce jour-là», rétorque notre interlocuteur. «Mais pourquoi, vous ne saisissez pas la police ou l’Ambassade de France, puisque ce sont eux les mieux placés pour ce dossier ?», proposons-nous. «Je ne peux pas me livrer à la police ivoirienne, à cause de ceux qui sont impliqués dans l’affaire Kieffer. Ce sont des personnalités de l’actuel régime, donc vous comprenez. Je préfère me confier aux journalistes avant de saisir l’Ambassade de France. Parce que je ne sais pas ce qui peut m’arriver», nous explique-t-il. Après quelques secondes d’hésitations, nous faisons savoir gentiment à notre interlocuteur que nous le recontacterons dans les minutes qui suivent. Une réunion de crise est improvisée à l’instant. Deux blocs se dégagent : d’un côté, il y a ceux qui pensent à un piège et de l’autre ceux qui estiment que l’interlocuteur devrait être entendu, malgré les risques que cela comporte.

Quelques minutes après, nous recontactons notre «Gorge profonde», c’est ainsi que nous avons décidé de le nommer pour préserver son identité, qui avance quelques détails fort intéressants et à même de crédibiliser sa version, dès lors qu’un juge prendrait la peine de les vérifier. Rendez-vous est donc pris pour 23 heures quelque part au Plateau, après avoir pris des dispositions sécuritaires renforcées.

Nous nous retrouvons finalement face-à-face avec «Gorge profonde», un homme bien bâti, mais de taille moyenne. Une fois les présentations faites, nous entrons dans le vif du sujet. «Vous nous avez dit que vous avez des révélations sur l’affaire Guy André Kieffer, qu’en est-il ?», attaquons-nous directement. «Ce n’est pas comme si j’ai des révélations à vous faire, mais c’est plutôt la vérité sur ce qui s’est passé que je veux vous dire. Parce que je fais partie de ceux qui ont réellement tué Guy-André Kieffer. Il n’est pas normal qu’on accuse d’innocentes personnes, alors que les véritables coupables sont vivants et ne sont pas inquiétés. Vous allez certainement me demander pourquoi maintenant, eh bien parce que je me rends compte qu’on s’apprête à faire payer des innocents pour un meurtre qu’ils n’ont pas du tout commis. Alors que ceux qui nous ont envoyé et les exécutants sont libres et nullement inquiétés. Je n’en pouvais plus de garder ça sur la conscience», s’est justifié «Gorge profonde».

Détail d’un témoignage explosif

Selon les explications de «Gorge profonde», sachant que Guy-André Kieffer était présenté comme un journaliste d’investigation et qui enquêtait sur les ressources du café-cacao et surtout le pétrole, il constituait de ce fait un pou sur la tête de l’ex-pouvoir. Ainsi, une fois le journaliste franco-canadien éliminé, tous les soupçons se tourneraient le plus logiquement du monde vers le président Laurent Gbagbo et son entourage. Et c’est justement ce scénario qui a prévalu, en tout cas jusqu’à maintenant.  «Nous étions cinq personnes qui avions été choisies pour cette opération. Nous étions tous dans le maquis à cette époque là. Il y avait Waré Ouézimba dit petit Fofié, Guindo Omarba, Coulibaly Lamine, Koné Mamadou (décédé depuis lors, ndlr), ex-commandant de Koni (localité située entre Korhogo et M’bengué) et moi-même. Pour cette opération, personnellement j’ai été contacté par un ministre RDR (…)  Il m’a expliqué l’importance de l’opération et combien de fois, cela pouvait permettre à notre champion, le Dr Alassane Dramane Ouattara, d’arriver facilement au pouvoir. Puisque les Occidentaux le soutiendraient. Donc nous, comme notre objectif qu’on visait était que le président Alassane Ouattara puisse arriver au pouvoir, nous avons été plus motivés à mener cette opération. On nous avait promis 5 millions de Fcfa en cas de succès de l’opération. Nous avions reçu des mains du ministre une avance de 2 millions de Fcfa. Il nous a remis cette somme à son cabinet au Plateau un soir vers 19 heures», détaille-t-il.

Du commando de 5 personnes recruté pour l’opération, «Gorge profonde» avouera que 3 «exercent» encore. En clair, ils font partie des Frci, deux sont à Abidjan et le troisième à Korhogo. Quant à lui, il a choisi une autre voie et le cinquième est décédé.

Le film de l’enlèvement du franco-canadien, selon notre interlocuteur

«Depuis le jeudi 8 avril 2004, Guy-André Kieffer était pisté par deux d’entre nous, grâce aux informations détaillées qu’ils ont mises à notre disposition. Et c’est finalement le vendredi 16 qu’on a jugé le moment favorable à son enlèvement. Aux alentours de 15h – 16 h, il quittait la Galerie du Parc, où il avait rendez-vous avec une dame. Mais quelques heures plus tôt, il avait rencontré quelqu’un. Il a quitté les lieux à bord d’un véhicule 405 qui était garé sur le parking du supermarché. Je ne sais pas si c’était son véhicule, mais en tout cas ce jour-là, c’est à bord de la 405 qu’il roulait. Nous, nous étions dans notre véhicule, on attendait qu’il monte dans son véhicule. Une fois monté dans la 405, on l’a suivi de la Galerie du Parc et c’est au niveau de l’Hôtel de ville qu’on a réussi à l’intercepter. Nous étions aux alentours de 16h à 16h 30 mn par là. Arrivés à son niveau, nous lui avons demandé de garer son véhicule et nous avons affirmé que nous étions de la Brigade des recherches et qu’il devrait nous suivre pour quelques questions. Bien sûr, nous étions en tenues civiles et avions à l’occasion de fausses cartes de la Brigade des recherches qu’on nous avait remises. On lui a demandé donc de nous suivre. Il n’a pas opposé de résistance, il s’est exécuté sans problème. On l’a donc fait monter dans notre véhicule et j’ai demandé à l’un de nous, d’aller garer le véhicule de Guy-André Kieffer à l’aéroport. Tout simplement pour ainsi faire diversion. Nous l’avons conduit, sous la menace de nos armes, dans une des maisons inachevées qui bordent la forêt du Banco», raconte-t-il avec un sang froid qui donne du froid dans le dos. Il déclare aujourd’hui être prêt à affronter la justice, mais pas la justice ivoirienne qu’il juge complètement inféodée au régime Ouattara, dont certains gourous, selon ses révélations, sont impliqués dans l’enlèvement et l’assassinat du journaliste franco-canadien.

«Comment il a été tué et où il a été enterré»

Selon «Gorge profonde», Guy André Kieffer n’a pas été assassiné par balle comme les gens l’ont laissé croire et il n’a jamais été conduit aussi dans la forêt du Banco. «C’est archifaux», assure-t-il. Il détaille ici l’assassinat du franco-canadien, après son enlèvement. «Guy-André Kieffer a été étranglé et non tué par une arme. Nous étions cinq gaillards sur lui seul. Après l’avoir étranglé, nous l’avons emballé dans des sacs.

Nous avons retiré tout ce qui était comme appareil sur lui. Il avait même un enregistreur, des téléphones portables et puis certains documents. Il y a une femme qui a appelé sur son téléphone au moment où on embarquait le corps et j’ai répondu à la dame qu’elle ne le reverra que dans l’au-delà. Elle avait une voie de femme de race blanche. Je lui ai dit «adieu tu ne reverras plus jamais ton homme» et j’ai raccroché, puis retiré la puce de Kieffer. J’ai même utilisé l’appareil pendant quelque temps. Entre 19h et 20h par là, nous avons pris l’autoroute jusqu’à la Gesco et avons pris une voie non bitumée au quartier Micao, pour pouvoir contourner le corridor qui en ce moment n’était pas construit comme il se présente actuellement. Nous sommes sortis dans la forêt et avons rattrapé l’autoroute pour continuer à une cinquantaine de kilomètres d’Abidjan. Son corps a été enterré entre Sikensi et Abidjan. Et jusqu’au jour d’aujourd’hui, je suis en mesure de vous conduire là où on l’a enterré et vous montrer les restes de Guy André Kieffer», a fait savoir «Gorge profonde». Il affirme avoir toutes les preuves de ses rencontres avec le ministre RDR encore en activité actuellement qui les aurait contactés pour l’opération. Après l’opération, «Gorge profonde» affirme être rentré plusieurs fois en contact avec le ministre en question pour rentrer en possession de leur dû, mais en vain.

«Aujourd’hui, je suis près à me rendre à la justice si les garanties sont réunies et si c’est sûr et certain que je ne serai pas tué. Je suis prêt à faire la prison, pourvu que justice soit rendue et que nous tous qui sommes impliqués dans la disparition du journaliste puissions payer», affirme-t-il. Le juge Patrick Ramaël vient de débarquer à Abidjan, et Le Nouveau Courrier est en mesure de confirmer que «Gorge profonde» est en relation avec lui. Il affirme également avoir contacté l’Ambassade de France, afin que la vérité éclate. Seul l’examen minutieux de son témoignage par le juge Ramaël, loin de toute pression politique, pourrait permettre de savoir si cet autre rebondissement avec ce témoignage-révélation conduira à la manifestation de la vérité.

Bien entendu, nous nous gardons pour l’instant de révéler le nom du collaborateur de Ouattara cité par «Gorge profonde», le temps que notre informateur soit en de bonnes mains ; hors de portée des représailles du régime.

 

Gérard Koné


Source: LE NOUVEAU COURRIER

FACE A L'INSECURITE GALOPANTE: L'AMBASSADE DU CANADA DELOCALISEE AU SENEGAL


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«Il faut que Laurent Gbagbo quitte le pouvoir pour qu’Alassane Ouattara puisse s’installer. Et cela va apporter la sécurité, la stabilité et la paix en Côte d’Ivoire». C’était le message de Barack Obama et de Nicolas Sarkozy aux premières heures de la crise post électorale. Huit mois après son arrivée au pouvoir, dans les conditions obscures que tout le monde sait, la réalité est autre chose.

L’insécurité est galopante. La stabilité du pays est dans l’impasse. Face à cette situation, des pays faisant partie des soutiens extérieurs d’Alassane Ouattara ont décidé de prendre des mesures. Afin de mettre leurs ressortissants à l’abri. Ainsi, les autorités canadiennes, dans un communiqué lu jeudi 29 décembre 2011, sur les antennes de la télévision ivoirienne, ont décidé de délocaliser leur ambassade d’Abidjan à Dakar.

Tous ceux qui voudraient aller dans ce pays doivent se déplacer dans la capitale sénégalaise pour se faire établir un visa. Bien avant, ce sont les Etats-Unis qui déconseillaient la Côte d’Ivoire à leurs ressortissants. Et leur message est clair : «L’ambassade américaine à Abidjan et le département d’Etat continuent de suivre, de très près, la situation en Côte d’Ivoire. L'ambassade des Etats-Unis conseille aux citoyens américains voulant se rendre en Côte d’Ivoire, d’être très vigilants. Car des risques de troubles sociaux, d’instabilité politique, de violence et de violation des droits de l’homme sont présents dans le pays. Les citoyens américains demeurant en Côte d’Ivoire sont invités à rester informés à travers les médias, des événements locaux. Et demeurer attentifs à leur environnement.

L’incertitude politique et l’imprévisibilité du conflit recommandent une extrême prudence aux citoyens américains en Côte d’Ivoire ». Le secrétariat d’Etat américain ne dit pas le contraire. Il soutient : « Les capacités de l'ambassade des Etats-Unis à offrir les services consulaires et assister les ressortissants américains au-delà d’Abidjan sont très limitées. De nombreuses zones de la Côte d’Ivoire sont difficiles d’accès. Et se rendre dans ces zones est hasardeux. En dehors des principales villes, les infrastructures sont pauvres. L’assistance médicale limitée et il existe peu d’opportunités pour les touristes.

LES INVESTISSEURS EXTERIEURS DANS LA DANSE

Les investisseurs extérieurs de leur côté, selon des informations en notre possession, n’entendent pas venir maintenant en Côte d’Ivoire. Ils estiment qu’il n’y a aucune garantie sécuritaire. En plus, les armes circulent partout sur le territoire national. Dans ces conditions, aucun investisseur n’est dupe pour jeter ses fonds dans un pays dont l’avenir est incertain. La preuve, depuis huit mois, le gouvernement cherche des investisseurs. « Quelqu’un ne peut s’amuser en ce moment à venir investir dans notre pays. Le racket et le braquage sont un frein. Les autorités gouvernementales ont peur des hommes armés. Puisqu’elles leur doivent leur pouvoir », fait remarquer J.T, un banquier. Et de poursuivre : «C’est l’économie du pays qui prend un coup. C’est dommage pour la Côte d’Ivoire. On aurait pu éviter cette situation. Si on ne réagit pas le plus rapidement, on va droit dans le mur.

UN CAMOUFLET POUR OUATTARA

A la lumière de ce qui précède, on peut dire que c’est un camouflet pour le régime d’Alassane Ouattara qui n’a que ses yeux pour pleurer. Ces décisions sonnent comme un coup de poignard. Les nouveaux tenants du pouvoir ne s’attendaient pas à une telle position des autorités américaines et canadiennes.

Puisque les Etats-Unis et le Canada font partie des pays qui ont été très actifs à ses côtés pendant la crise post électorale. La pilule est amère. Il faut l’avaler. Le régime d’Alassane Ouattara ne peut que s’en prendre à lui-même. Dans la mesure où en huit mois de gestion du pouvoir, il a montré ses limites en matière de sécurisation des biens et des personnes sur l’ensemble du pays. Il ne se passe pas de jour sans qu’il y ait affrontement entre population et les soldats d’Alassane Ouattara, qui se solde par des morts et des destructions de biens et matériels. Le racket, le vol et le braquage sont le lot quotidien des populations. Tout se passe sous les yeux de « docteur solution ». Même son appel demandant à ses soldats de retourner dans les casernes est resté lettre morte. Puisque les Frci n’ont pas bougé. Montrant son incapacité à maîtriser l’armée.

Ce qui fait dire à des observateurs qu’il n’est pas l’homme qu’il faut pour sauver la Côte d’Ivoire. Certains de ses anciens soutiens extérieurs sont également déçus. Ils ont du remord. Ce n’est que le début des déboires du régime Ouattara. Les pays n’ont pas d’amis. Mais des intérêts à défendre. Il faut dire que le très faible taux de participation aux législatives du 11 décembre dernier n’ont fait que l’enfoncer. Puisque tout le monde a vu le poids réel d’Alassane Ouattara. Il se raconte que certains pays s’apprêtent à taper du poing sur la table. En tout cas, attendons de voir.


Yacouba Gbané

yacou06336510@yahoo.fr


In le quotidien ivoirien "Le Temps" du 3 janvier 2012.


Source: INFO D'ABIDJAN

samedi, 31 décembre 2011

INTERVIEW EXCLUSIVE DE CHARLES BLE GOUDE SUR SON DERNIER LIVRE ET A PROPOS DU TRANSFEREMENT DE GBAGBO A LA HAYE

 


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Après l'annonce de la livraison de Laurent Gbagbo à la Haye, le «Général de la rue», leader des jeunes patriotes ivoiriens, expose  dans cet entretien sa version des faits. C'était peu avant la parution de son livre intitulé «Traquenard Electoral».


Dans un premier temps, comment souhaiteriez-vous qu'on vous nomme? Ancien ministre du dernier gouvernement pro-GBAGBO, Président du Cojep, Général ou par votre patronyme simplement ?

Je suis Charles Blé Goudé. Mais je vous laisse le choix. Je n'ai pas à vous dire comment vous devez m'appeler, mais sachez que je suis Charles Blé Goudé.

Vous allez publier aux éditions l'harmattan, le 11 décembre prochain, un nouvel ouvrage intitulé « Traquenard électoral ». Pourquoi avoir choisi un tel titre ?

J'ai d'abord décidé d'écrire par devoir de mémoire, pour que la vérité se sache, car j'estime que beaucoup de contre-vérités on été racontées autour des élections en Côte d'Ivoire. C'est pourquoi j'ai écrit. Vous comprenez bien qu'il y a eu une crise post-électorale et dont les conséquences n'ont pas finies d'être évaluées. C'est pourquoi j'ai décidé de dire ce que j'ai vécu, de faire parler les faits, afin que le monde entier sache ce qui s'est réellement passé en Côte d'Ivoire. Pour moi, c'est un Traquenard électoral, c'est-à-dire que les élections ont été dites élections de sortie de crise alors qu'il s'agissait d'un piège pour enlever Gbagbo Laurent du pouvoir et, aujourd'hui, l'amener à La Haye. C'est pourquoi j'ai pensé que le titre de Traquenard électoral était celui qui convenait le mieux.

Il s'agit donc d'un ouvrage pour dénoncer ?

C'est un ouvrage pour expliquer. C'est un ouvrage pour dire ce que l'on tente de cacher. C'est un ouvrage pour faire éclater la vérité, enfin.

On sait Charles Blé Goudé que vous avez déjà publié deux autres ouvrages. Quelle est la particularité de publier un ouvrage en étant en exil ?

Comme vous le dites dans votre question, la particularité de cet ouvrage est qu'il a été écrit étant en exil. Et cet ouvrage trouve sa particularité du fait qu'aujourd'hui je ne suis pas avec le peuple et dans le peuple. Et que pour cet ouvrage, je ne suis pas dans l'action perpétuelle au moment où j'écris. Donc j'ai eu tout le temps pour me concentrer pour écrire. Contrairement aux autres ouvrages où je devais être à la fois dans l'action et dans l'écriture.

Et combien de temps ça vous a pris pour écrire cet ouvrage ?

5 mois environ.

On peut donc dire que depuis le 11 avril, vous êtes concentré sur la rédaction de ce livre ?

Dès que les évènements du 11 avril sont passés, et dès que j'ai vu que ça prenait une tournure que nous n'avions pas souhaité, j'ai décidé d'écrire afin que la vérité soit sue et que nul ne l'ignore. Et surtout dans cet ouvrage, la particularité est que j'ai fait parler les faits, tel que je les ai vécus.

Mais comment allez-vous faire pour la campagne de communication ? Vous êtes loin, vous ne pouvez pas faire de séance de dédicace, ni rencontrer le public, comment ça va se passer ?

C'est cela aussi la particularité de cette œuvre. Je pense que les lecteurs ont besoin de lire, de comprendre ce qui s'est réellement passé dans notre pays, ont besoin de savoir la vérité que l'on tente de falsifier. En fait, c'est raconter la vraie histoire qui est l'essentiel. Pour le reste, nous sommes dans un monde qui, aujourd'hui, s'apparente à un village planétaire et les moyens de communication sont trop modernes.

Avez-vous des représentants qui vont se charger de cette campagne de communication ?

Je suis certes leader, et je me dois de travailler en équipe. Je pense que j'ai beaucoup de représentants à travers le monde qui vont se charger de faire ce travail. Et je voudrais ici les remercier, car l'œuvre dont vous parler est une œuvre où j'ai eu aussi leur assistance à tous les niveaux.

Au moment où vous publier ce livre, votre mentor le président GBAGBO comparait devant la CPI. Comment avez-vous accueilli la nouvelle de son transfèrement et quel est votre sentiment par rapport à cette situation?

Mais j'ai mal et je dois le dire tout net. J'ai mal de ce que la victime ait été mise en prison par les bourreaux. Je connais le Président Laurent Gbagbo, c'est un homme de paix. C'est un Président qui a réussi à travailler avec la rébellion, ce que d'autres président n'auraient pas fait. Un président qui a toujours voulu discuter avec les opposants. Disons même que durant les 10 années qu'il a passées au pouvoir, l'opposition a été choyée. Il leur a tout donné. Au point où on se demandait si en Côte d'Ivoire, il y avait une opposition. Faites le tour de l'Afrique et dites moi dans quel pays on traite aussi bien l'opposition. Aujourd'hui, j'ai mal que l'opposition qui, hier, a été dorlotée par Gbagbo Laurent, est une opposition qui fait à Gbagbo le contraire de ce qu'il leur a fait. J'ai mal mais en même temps j'ai le sentiment que le Président Gbagbo saisira cette tribune pour dire au monde entier la vérité que l'on a toujours tenté d'étouffer par canaux interposés, par médias interposés. J'ai espoir et je sais que c'est un homme qui a toujours le moral et qui sait ce qu'il veut. A ceux qui pensent que c'est la fin, je veux tout de suite leur dire que non, c'est plutôt le début.

Que comptez-vous faire suite à ce transfert ? Allez-vous mener des actions avec le Cojep, les membres de la galaxie patriotique et de l'ancien gouvernement ? Qu'allez-vous faire ?

Je ne suis pas porte-parole de l'ancien gouvernement et je ne saurais vous le dire. Tout simplement, sachez que la précipitation est source d'erreur et nous nous donnons le temps d'observer ce qui va réellement se passer et nous aviserons. Mais tous les états-majors de tous les mouvements sont en alerte et tout le monde a les yeux rivés vers La Haye. Et nous verrons si cette justice est impartiale, neutre. Mais telle que les choses sont en train de se dérouler, est-ce du droit ou de la politique ?

Charles Blé Goudé, nous allons aborder la seconde partie de cette interview. Pouvez-vous nous dire quand est-ce que vous avez vu et parlé à Laurent GBAGBO, pour la dernière fois?

Dans ce sens, je vais un peu vous décevoir car vous allez devoir vous référer à mon livre Côte d'Ivoire : le Traquenard électoral, publié aux éditions l'Harmattan et disponible dès le 11 décembre prochain. Car tout y est. Tout ce qui n'a jamais été dit, est dit, et je demande à tous ceux qui veulent savoir de se référer au bouquin. Je vous invite à lire le livre et vous aurez les réponses à toutes vos questions.

On reproche à votre génération (vous, les anciens de la FESCI, Blé Goudé/SORO) d'être à l'origine de l'instabilité politique en Côte d'Ivoire. Que répondez-vous à cette question ?

Je ne crois pas qu'Alassane Ouattara soit de ma génération. Je ne crois pas qu'Henri Konan Bédié soit de ma génération. Je ne crois pas non plus que Gbagbo Laurent soit de ma génération. Je voudrais simplement vous dire que tous ces acteurs politiques-là ne sont pas de ma génération. L'origine de cette crise ivoirienne, part de la guerre de succession qui a eu lieu entre Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara. A la mort d'Houphouët-Boigny, ne voulant pas céder le fauteuil à Henri Konan Bédié, comme le recommandait l'article 11 (de la Constitution, Ndlr), une guerre a éclaté entre Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara. La suite, on la connait, coup d'état et autre, jusqu'à ce qu'on en arrive à la crise de 2002. Je voudrais simplement dire qu'aujourd'hui si Henri Konan Bédié est allié à Alassane Ouattara, on peut tout simplement dire, qu'ils auraient pu faire l'économie de cette guerre-là. Mais cela dit, je ne crois pas fondée cette vérité. On a toujours voulu comme les autres nous perçoivent. Moi, j'étais à Manchester quand la guerre a éclaté en Côte d'Ivoire où j'ai interrompu mes études. Dans la rue, comme aujourd'hui les gens sont descendus dans la rue en Tunisie, en Egypte. C'est loué, non ? Mais en Côte d'Ivoire, dès que nous sommes descendus dans la rue pour nous opposer aux armes, on nous a traité de miliciens, de petits et autres.

Vous faites en quelque sorte un reproche à vos ainés ? Celui de vous avoir donné le mauvais exemple ?

Je crois que les différentes classes politiques vieillissantes en Côte d'Ivoire sont à la base de la crise dans notre pays.

Êtes-vous prêt à appeler à la réconciliation malgré tout et malgré le mandat d'arrêt lancé contre vous par la justice ivoirienne?

Bien sûr! Vous savez que la vie d'une nation est au-dessus de nos ressentiments personnels et individuels. De nos frustrations. Je pense que la Côte d'Ivoire a besoin de ses fils et de ses filles unis. En tout cas, quand nous étions au pouvoir j'y tenais, aujourd'hui encore, j'y tiens. J''invite le pouvoir à faire en sorte de rapprocher les ivoiriens. Une réconciliation, on la fait avec deux camps qui ont été séparés par un manque de confiance, par une crise. On ne se réconcilie pas seulement avec son clan.  Et la réconciliation n'est pas aussi un programme de gouvernement. La réconciliation est la conséquence des actes du gouvernement. La manière dont vous traiter vos leaders de l'opposition, de cette manière dépend le climat politique. C'est vrai qu'on veut bien se réconcilier, mais je demande au gouvernement d'accompagner ses paroles par des actes et des actions concrètes et qui vont dans le sens de la réconciliation. On ne peut pas dire qu'à midi on veut se réconcilier et à 14h, on fait des arrestations, on bloque des comptes et on lance des mandats d'arrêt. Il faut créer l'environnement de la réconciliation. Je pense que si nous nous basons sur les chiffres truqués de la CEI, le Président Gbagbo représente quand même plus de 46% de la population et plus de la moitié de la population d'Abidjan a voté pour lui. Je pense que si les actes sont posés, la réconciliation se fera d'elle-même. C'est pourquoi, je lance cet appel, pour que les ivoiriens puissent se retrouver et pour que le pays puisse se remettre sur les rails. Pour moi, cela est primordial et va au-delà de nos petits intérêts politiques et personnels.

Charles Blé Goudé, vous sentez-vous aujourd'hui inquiété par un mandat d'arrêt de la CPI ?

Quelqu'un qui a passé tout son temps avec un matelas sur l'épaule, qui a passé tout son temps avec des micros, quelqu'un qui a fait des campagnes de paix, ce qu'aucun homme politique n'a jamais fait en Côte d'Ivoire, ne peut pas être inquiété par la CPI.
A moins qu'il y ait d'autres raisons que j'ignore.

On sait que dans quelques jours, le 11 décembre, le jour qui coïncide avec la sortie de votre livre, auront lieu les élections législatives en Côte d'Ivoire. Comment analysez-vous cette nouvelle échéance ?

J'ai bien peur que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Mais comme le pouvoir va seul aux élections avec ses seuls candidats en lice, avec une commission électorale aux ordres et sous contrôle, qui n'est même plus indépendante. Je pense qu'en ce moment, il n'y a pas danger. Parce qu'aujourd'hui en Côte d'Ivoire, je dois vous dire que les conditions d'un scrutin d'apparence juste et ouvert à tous ne sont pas réunis. Les conditions sécuritaires d'une campagne ne sont pas réunies. Le mot de rassemblement est interdit. Les meetings sont interdits. Les opposants sont soit en prison, soit en exil soit ont été exterminés. Je pense que dans ces conditions, le pouvoir veut rester seul en lice, il faut le laisser faire. Mais ça sera une assemblée nationale pas représentative et pas digne de la Côte d'Ivoire qui sera mise en place.

L'absence du FPI aux élections est -il justifiée selon vous ?

C'est de cela que je suis en train de vous parler. Le FPI, je ne parlerai pas en son nom mais je crois que le FPI n'a pas refusé d'aller aux élections. Les conditions ont-elles été réunies pour que le FPI parte aux élections ? Dans tous les cas, il faudra poser les questions aux leaders du FPI, ils vous répondront.

Revenons au FPI, justement. On sait que vous n'étiez pas apprécié pas certains cadres de ce parti. Pensez-vous qu'ils aient été à l'origine de certaines erreurs de Laurent Gbagbo ?

Pourquoi voulez-vous que je parle dans la presse de mes rapports avec le FPI? ça c'est entre le FPI et moi. Si vous voulez savoir si le FPI a fait commettre des erreurs à Laurent Gbagbo, il faut interroger le FPI. Je pense qu'ils répondront. Une poule qui se respecte, ne pond pas ses œufs en public.

Charles Blé Goudé, en guise de conclusion, quel message souhaitez-vous lancer aux ivoiriens et aux africains qui vous liront?

Je voudrais simplement dire au ivoiriens, aux africains et au reste du monde que ce qui se passe en Côte d'Ivoire, c'est certes la réalité mais ce n'est pas la vérité. Sous nos yeux, on tente de falsifier l'histoire réelle de ce qui s'est passé en Côte d'Ivoire. En Côte d'Ivoire, Gbagbo Laurent a invité la communauté internationale a un recomptage des voix pour éviter une crise, comme cela a été fait en Haïti, en novembre 2010, en Afghanistan en 2009. Ce refus de recompter les voix a aujourd'hui engendré des conséquences que tout le monde connait et que tout le monde déplore. Je le répète, un contentieux électoral a été transformé en un véritable cauchemar, par la faute de ceux qui ont décidé de tordre le cou à la vérité, par la faute de ceux qui voulaient installer un ami au pouvoir et qui voyaient  en Laurent Gbagbo un obstacle à la réalisation de leur objectif d'exploiter l'Afrique. C'est ça la vérité. Je pense que l'histoire est en train d'être falsifiée. Mais un jour, la vérité se saura et il faut que les africains le sachent.


In "Les Afriques"


Source: IVOIRE DIASPO.NET

vendredi, 30 décembre 2011

MAMADOU KOULIBALY SUR AFRICA 24: «OUATTARA, C'EST LA DECEPTION!»

 


LE TALK - Mamadou KOULIBALY - Côte d'Ivoire par AFRICA24


"LE TALK" du président Mamadou Koulibaly de Côte d'Ivoire sur Africa 24. Un regard pointu et sans concession sur la gestion étatique anticonstitutionnelle d'Alassane Ouattara.

jeudi, 29 décembre 2011

THIERRY MEYSSAN: «LA DECISION D'ATTAQUER LA SYRIE A ETE PRISE LORS D'UNE REUNION A CAMP DAVID LE 15 SEPTEMBRE 2001»

 

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La Syrie est prise entre les feux de la désinformation des puissances occidentales prédatrices et une mouvance islamiste à leur service, avec la complicité plus ou moins inavouée d'une Ligue arabe aux mains des monarchies du Golfe. Un projet hégémonique qui, selon l'analyste Thierry Meyssan, a été planifié lors d'une réunion à Camp David en septembre 2001. Aventure qui ne serait pas sans conséquences dévastatrices pour la région et pouvant dégénérer en conflit mondial. Telles sont les grandes questions abordées avec Thierry Meyssan, journaliste et analyste politique, directeur du Réseau Voltaire.


La NR : Vous étiez en Syrie. Quel constat avez-vous fait? La réalité du terrain reflète-t-elle les propos avancés par les médias occidentaux concernant les manifestations massives, les tirs à balles réelles qui ont fait au moins 5.000 morts, la constitution d'une «armée syrienne libre» déjà forte de 1.500 hommes et ce début de «guerre civile» avec notamment 1,5 million de Syriens pris au piège qui souffriraient de la faim ?


Thierry Meyssan : Une expression française affirme que «lorsqu'on veut noyer son chien, on dit qu'il a la rage». En l'occurrence, lorsque les puissances occidentales veulent envahir un Etat, leurs médias disent que c'est une dictature barbare, que leurs armées peuvent protéger les civils et qu'elles doivent renverser le régime et apporter la démocratie. La vérité, nous l'avons vue en Irak et en Libye : les puissances coloniales ne se préoccupent aucunement du sort des populations, elles dévastent le pays et le pillent.

Il n'y a jamais eu de manifestations de masse contre le régime syrien, et par conséquent, il n'a pas été possible de les réprimer à balles réelles. Il y a eu au cours des derniers mois environ 1.500 morts, mais pas du tout dans les circonstances décrites. Il y a bien une «armée syrienne libre», mais elle est basée en Turquie et au Liban, et ne compte au grand maximum que quelques centaines de soldats que l'on exhibe devant les caméras. Enfin, la Syrie est autosuffisante au plan alimentaire et, malgré les difficultés de distribution, il n'y a aucun problème de pénurie.

La version des médias occidentaux est une pure fiction. La vérité sur place, c'est que les Occidentaux livrent une guerre non conventionnelle contre la Syrie.

Ils ont envoyé des combattants arabes et patchounes, recrutés par le prince saoudien Bandar bin Sultan et encadrés par les forces spéciales françaises et allemandes.

Ces combattants ont d'abord tenté de proclamer des émirats islamiques, puis ils ont organisé de vastes embuscades contre les convois militaires syriens.

Aujourd'hui, ils sont commandés par un émir d'Al Qaïda, le Libyen Abdelhakim Belhaj. Ils ont renoncé aux grandes opérations et mènent des actions commando au coeur des villes pour y semer la terreur en espérant provoquer une guerre civile confessionnelle. Leur dernier fait d'armes est ce double attentat à Damas.

Dans l'un de vos articles, vous vous posez la question sur les accusations avancées par l'Observatoire syrien des droits de l'homme, basé à Londres, que des institutions comme le Haut Commissariat des droits de l'homme de l'ONU reprennent sans les vérifier. D'après vous, à quel jeu se prêtent les instances onusiennes ?

L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) a surgi soudainement sur la scène médiatique. Cette association n'a aucun passé dont elle puisse se prévaloir et seul un de ses membres est connu. C'est un cadre des Frères musulmans syriens, disposant de trois passeports, syrien, britannique et suédois.

Ce monsieur annonce chaque jour le nombre de «victimes de la répression», sans étayer ses dires. Ses affirmations sont invérifiables et donc sans valeur. Elles sont pourtant reprises par tous ceux que cela arrange.

La Haut commissaire aux droits de l'homme a désigné trois commissaires pour enquêter sur les événements en Syrie. Leur mission outrepasse les compétences de l'ONU, qui prévoient des inspections régulières que la Syrie reçoit conformément aux traités.

Comme dans l'affaire Hariri, les Nations unies partent du principe que les autorités locales (libanaises ou syriennes) sont incapables ou malhonnêtes et qu'il faut leur substituer des enquêteurs étrangers. Dans ces conditions, elles ne peuvent pas exiger raisonnablement la coopération des autorités locales. Elles ont donc travaillé depuis la Suisse et la Turquie.

La désignation des trois commissaires n'offre aucune garantie d'impartialité. Ils sont tous trois ressortissants d'Etat qui militent pour l'intervention militaire contre la Syrie. Leur méthode n'est pas plus acceptable : sous la pression de la commissaire turque, qui est une militante engagée dans la lutte contre les violences faites aux femmes, la commission a considéré que les témoignages à charge n'avaient pas besoin d'être recoupés et vérifiés : ce serait aux accusés de faire la preuve de leur innocence lorsqu'on les déférera devant un tribunal.

Cette procédure inquisitoriale permet d'accuser n'importe qui de n'importe quoi, mais ne démontre rien du tout. Les enquêteurs ont entendu plus de 200 personnes qui disent disposer d'informations et affirment parfois avoir été témoins, voire victimes d'exactions. Conformément à la procédure, le nom des témoins reste secret à ce stade de l'enquête. Mais contrairement à la procédure, les noms des victimes sont également secrets. La Haut commissaire affirme doctement qu'il y plus de 5.000 victimes de la répression, mais elle n'avance que deux noms.

Pas de chance, ces deux cas, qui ont été largement médiatisés par Al Jazeera, ont fait l'objet de multiples investigations. Le premier correspond à un enfant tué dans la rue par des tireurs inconnus en voiture ; le second est un adolescent qui a été recruté par une bande armée pour participer à l'attaque d'une résidence militaire et qui est mort la kalachnikov à la main. Cela n'a rien à voir avec une répression de manifestation pacifique. Nous attendons donc de la Haut commissaire qu'elle publie le nom des victimes pour que nous puissions vérifier le bien-fondé de ses accusations.

De nombreuses instances de l'ONU ont perdu leur crédibilité. En premier lieu, on ne devrait pas accepter de confier des responsabilités à des experts qui n'ont pas le statut de fonctionnaires internationaux, mais sont des fonctionnaires nationaux détachés par leurs Etats. On ne devrait pas pouvoir agir au nom de l'ONU si l'on reste tenu d'obéir à sa hiérarchie nationale.

En Syrie comme en Libye, certains observateurs avancent que les rebelles sont en fait des escadrons de la mort, des mercenaires étrangers. Quel constat avez-vous fait à ce propos ?

Dans les deux cas, il y a des nationaux qui participent à la lutte armée, mais ils sont minoritaires par rapport aux combattants étrangers. En Libye, des groupes issus de tribus précises se sont joints aux mercenaires étrangers pour la sécession de la Cyrénaïque. Mais ils ont refusé d'aller se battre en Tripolitaine pour renverser Kadhafi.

Il a fallu déployer les troupes d'Al Qaida, puis faire débarquer 5000 commandos incorporés dans l'armée régulière du Qatar pour mener les combats au sol. Dans les derniers jours de la Jamahiriya, la tribu des Misrata a rejoint l'Otan et elle est entrée dans Tripoli lorsque les bombardements et la bataille au sol ont cessé. Les seuls Libyens qui se sont battus de bout en bout contre le régime sont ceux d'Al Qaida et un groupe de soldats qui avaient fait défection avec le général Abdel Fatah Younes. Or, le général Younes avait été chargé dans le passé par le colonel Kadhafi de réprimer la rébellion d'Al-Qaida. C'est pourquoi ses alliés d'Al-Qaida l'ont assassiné pour se venger dès qu'ils ont pu se passer de lui.

En Syrie, il y a des insurgés, ce sont des Frères musulmans et des takfiristes. Il y a surtout des combattants étrangers qui recrutent des voyous et les payent grassement pour tuer leurs concitoyens. Le problème de l'Otan, c'est que, à la différence de la Libye, la Syrie est une nation historique. Il n'y a pas de fracture régionale comme entre la Cyrénaïque et la Tripolitaine.

La seule division possible est sur une base confessionnelle, mais elle ne fonctionne pas pour le moment, bien que l'on ait assisté à quelques affrontements de ce type à Banyias et à Homs.

L'arrivée officielle des Libyens pour installer un quartier général en Turquie et intégrer des déserteurs syriens dans le dispositif parachève le tout.

Le Conseil national syrien s'est formé sous l'égide de la France à Paris. Quelle lecture peut-on faire de cet événement ? La France va-t-elle prendre les devants de la scène comme en Libye avec notamment son «émissaire» BHL, ou opter pour une autre stratégie?

D'abord, chacun voit bien que les institutions françaises sont en partie pilotées par des personnalités illégitimes, comme BHL, qui exercent des responsabilités sans droit, ni titre.

Ensuite, certains élus, comme le président Sarkozy, ne servent pas les intérêts nationaux, mais ceux du système impérial US.

Sous leur autorité, la France s'est déjà engagée dans un conflit en Côte d'ivoire qui servait les intérêts de quelques multinationales françaises, puis elle s'est engagée en Libye de manière à étendre à l'Afrique du Nord le projet néo-conservateur de remodelage du «Moyen-Orient élargi».

La France n'a plus de contentieux avec la Syrie, ainsi que l'a montré la réception du président Al-Assad à Paris, lors du sommet de la Méditerranée.

A la rigueur, on pourrait considérer que le vieux conflit des années 80 (notamment l'assassinat de l'ambassadeur français à Beyrouth) est passé par pertes et profits sans avoir été soldé, et l'on pourrait le réactiver. Mais je ne suis pas sûr du tout que, dans cette affaire, les torts français ne soient pas plus importants que ceux des Syriens. Bref, Paris n'a aucune raison d'attaquer Damas.

Nous savons tous que la vraie question est ailleurs : la domination et l'exploitation de cette région dépendent de l'alliance des Etats-Unis et d'Israël d'une part, avec la Turquie et les monarchies pétrolières d'autre part. Cette alliance se heurte à un axe de résistance comprenant le Hamas, le Liban, la Syrie, l'Irak et l'Iran, appuyés par la Russie et la Chine. Au plan régional, deux pôles se sont formés, l'un est exclusivement sunnite, l'autre est multiconfessionnel (et non pas chiite comme le prétendent les néo-conservateurs pour imposer la fitna). La France est devenue le «proxy» des Etats-Unis. Elle peut à tout moment entrer en guerre contre la Syrie. Cependant, elle n'en a pas la capacité seule, ni même avec la Grande-Bretagne. Et le sommet du 2 décembre qui devait instituer une alliance à trois avec l'Allemagne a été annulé faute d'accord au plan financier. En pleine crise de l'euro, les Européens n'ont pas les moyens de leur impérialisme.


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Source : LA NOUVELLE REPUBLIQUE

PRESIDENTIELLE 2012: NICOLAS SARKOZY SUR LA SELLETTE


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2012: Sarkozy, le plus mal parti des présidents de la Vème

La cote de popularité de Nicolas Sarkozy est de 38%, à 116 jours des élections. À calendrier équivalent, tous ses prédécesseurs dépassaient les 50% avant la remise en jeu de leurs mandats.


Popularité, intentions de vote, chômage... À quatre mois de la remise en jeu du mandat présidentiel, la situation de Nicolas Sarkozy est bien plus compliquée que celle de ses prédécesseurs. Eléments de comparaison.

 

Les bonnes résolutions de Nicolas Sarkozy ont intérêt à être musclées, car le chef de l'Etat entame l'année de sa réélection sous de mauvais auspices. Nombre d'indicateurs sont au rouge. Un rouge jamais atteint par ses prédécesseurs de la Ve République, à quatre mois de la remise en jeu de leur mandat.

La plus basse côte de popularité des présidents sortants

Nicolas Sarkozy est d'abord le moins populaire des présidents sortants. Une étude réalisée par l'institut CSA pour Les Echos révèle qu'en décembre 2011, le chef de l'Etat rassemble seulement 38% d'opinions favorables derrière lui. À calendrier équivalent, selon le quotidien économique, les présidents Chirac (50%) en 2001, Mitterrand (56%) en 1987 et même Giscard (53%) en 1980 séduisaient eux encore au moins la moitié des sondés.

Le plus faible niveau d'intentions de vote

Il en va de même pour les intentions de vote. Avec un score allant de 24 à 26% pour le premier tour, Nicolas Sarkozy se place à un niveau inférieur à tous ses prédécesseurs, à quatre mois de l'élection. De même, au second tour, il est le seul à être donné perdant. Selon TNS-Sofres par exemple, Jacques Chirac était donné gagnant à 52% contre 48 face à Lionel Jospin en décembre 2001, François Mitterrand à 55 contre 45 en 1987 contre Chirac, et Valéry Giscard d'Estaing à 56 contre 44 face à François Mitterrand en décembre 1980. Nicolas Sarkozy lui est donné largement perdant face à François Hollande, dans tous les récents sondages.  

"Il pâtit d'un déficit de confiance relative sur des enjeux tels que la lutte contre le chômage et la défense du pouvoir d'achat", analyse CSA pour Les Echos.

Le plus mauvais taux de chômage

Il est vrai que la situation dans laquelle se trouve Nicolas Sarkozy ne ferait baver d'envie aucun autre président. Le taux de chômage s'élève à 9,3% en France Métropolitaine au troisième trimestre selon l'Insee, contre 7,7 à la même époque en 2001, 9 en 1987 et 5,4 en 1980. Aux troisièmes trimestres 2001 et 1987, le chômage enregistre même une légère baisse. 
Au contraire, la fin de mandat de Valéry Giscard d'Estaing, comme celle de Nicolas Sarkozy, est marquée par une forte progression du nombre de demandeurs d'emploi. Résultat: il est battu sans appel par François Mitterrand en 1981. 

Même si la crise est passée par là, atténuant la responsabilité de l'exécutif, la réponse qu'apportera le gouvernement à ce problème sera décisive pour la réélection de Nicolas Sarkozy. Le chômage arrive en effet en tête des préoccupations des Français. Et la tendance n'est pas prévue à la baisse pour 2012.

Pouvoir d'achat: les Français "plus pessimistes" qu'en 81

D'autant qu'en terme de "défense du pouvoir d'achat", thème de campagne en 2007, l'actuel président finit également 2011 avec un bilan mitigé. Si l'Insee constate une augmentation depuis l'élection de Nicolas Sarkozy, le magazine 60 millions de consommateurs, qui englobe dans ses calculs le prix des logements anciens et le coût du crédit, relate lui une baisse quasi continue. "Depuis quatre ans, le pouvoir d'achat ne cesse de reculer, excepté en 2009 (+0,1%), qui fut pourtant l'année de la crise financière" mondiale, note le magazine.  

Et même si le pouvoir d'achat actuel, selon l'Insee, est toujours à peu près comparable à celui de 1980, "les inquiétudes qui pèsent sur l'économie rendent les Français plus pessimistes aujourd'hui qu'il y a 20 ans" décrypte-t-on du côté de Viavoice. Les Français sont en effet 55% à anticiper une baisse de leur pouvoir d'achat, selon le baromètre mensuel de l'institut publié jeudi 22 décembre par Les Echos. Une peur de plus qui pourrait provoquer un vote sanction du président actuel.  

De plus, l'Insee note le pouvoir d'achat moyen des Français, ce qui englobe les gros revenus. Mais l'accroissement des inégalités fait que le pouvoir d'achat perçu par la majorité des ménages est lui en baisse, au moins par rapport aux années 2000. Comme l'explique l'économiste Alexandre Delaigue à l'Expansion.com dans une vidéo, si l'on fait rentrer Bill Gates dans un bar où se trouvent dix personnes, le pouvoir d'achat moyen de la clientèle va exploser, même si celui des dix clients est resté stable.

"Petit signe d'espoir"

Nicolas Sarkozy a encore quatre mois pour convaincre et regagner la confiance des Français. Les Echos notent déjà un "petit signe d'espoir" pour lui: le président termine 2011 avec une côte de confiance supérieure à celle du début de l'année. Selon CSA, il finit certes l'année avec un petit 38% des opinions favorables, mais il n'en recueillait que 34 en janvier.

 

Gaétan Supertino


Source: L'EXPRESS.FR