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vendredi, 25 novembre 2011

FRANÇAFRIQUE – NOUVELLE DEVALUATION DU FRANC CFA OU L’ASSASSINAT DE L’AFRIQUE

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Alors qu'on a appris que Nicolas Sarkozy doit en partie sa victoire présidentielle grâce à l'argent (le franc CFA) des Africains qu'il méprise, il veut la dévaluation dudit franc CFA selon des rumeurs persistantes. Avec la nouvelle révélation sur le financement de sa campagne présidentielle par Omar Bongo dans un livre à paraître demain, jeudi 24 novembre : « Le scandale des biens mal acquis », on comprend pourquoi le dossier judiciaire sur les biens mal acquis n'aboutissent pas en France.

C'est Mike Jocktane, ancien conseiller de feu Omar Bongo qui accuse Nicolas Sarkozy d'avoir bénéficié des mallettes et des fonds occultes de la Françafrique. Du coup, les salmigondis de Robert Bourgi ressemblent étrangement au nuage de Tchernobyl qui s'était arrêté aux frontières de la France de même que les mallettes avec l'avènement du président Sarkozy. De l'esbroufe. Tous corrompus ! Mais, au détriment de l'Afrique qu'ils aiment tant détester.


Donc, avec la complicité des dirigeants africains-ont-ils vraiment le choix ?-, le franc CFA sera dévalué le 1er janvier 2012 pour le grand malheur de l'Afrique subsaharienne francophone. Considérant que son baromètre et/ou arrimage se mesure à l'euro, ça veut dire que, demain, 1 euro correspondra à 1000 francs CFA au lieu de 655,59 FCFA. Si l'information est confirmée, alors que la dévaluation du franc CFA, en 1994, a fait naître l'espoir de voir les principales filières commerciales boostées, c'est le contraire qui s'est produit. Et par conséquent, ce sont les populations, en premier, qui pâtiront de cet effet. La dialectique selon laquelle la parité fixe entre le franc cfa et l'euro est avantageuse pour les États de la zone CFA, avec notamment la maîtrise de l'inflation et la stabilité macroéconomique est mensongère.


La plupart des pays du continent n'ont pas encore réussi à tirer un avantage significatif des débouchés commerciaux découlant de l'expansion des marchés et des régimes préférentiels. Ne pas pouvoir transformer sa propre production en produit manufacturier implique l'importation plus que l'exportation et par conséquent, l'Afrique est obligée d'acheter les produits de l'extérieur. Avec une dévaluation, les milliards de francs CFA qui viendront en Europe, permettront à la zone euro, très chahutée en ce moment, de pouvoir s'en sortir.


C'est pour ces faits qu'il faut préciser, que dis-je, re-préciser que, les pays africains ne sont pas indépendants, nonobstant bien évidemment certaines tentatives de dirigeants, qui, par peur de perdre leur pouvoir se découvrent comme par enchantement panafricanistes, qui, pour contenter sa population annoncent qu'il faut battre sa propre monnaie. Autant d'exemples ridicules sans véritable volonté politique qui ne sont que des effets d'annonce sans réelle signification.


Donc, pour éviter le naufrage de la France, il faut organiser celui de l'Afrique ? Alors que les Africains ne sont pas à l'origine de la chute probable de la France avec notamment la perte annoncée de son « triple A » résultant de la mauvaise gestion de ses autorités, ce sont les plus faibles, en l'occurrence les Africains, qui doivent trinquer. Il est plus que jamais urgent pour les pays africains sous le joug français, de s'unir et de quitter la zone CFA. C'est une évidence et une urgence.


Comment expliquer la non-interchangeabilité du franc CFA de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (Cemac) et celui de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) ? Or, d'un pays à l'autre, l'euro circule, à part en Angleterre qui a conservé sa Livre sterling (£). Autrement dit : il est impossible de partir d'Abidjan, en Côte d'Ivoire, à Yaoundé, au Cameroun, avec ses francs CFA émis par la Banque centrale des États d'Afrique de l'Ouest (BCEAO). Une incongruité.


Source: Le blog d'Allain Jules

MALGRE LE DEMENTI DU CAMP OUATTARA, LE CFA SERA BEL ET BIEN DEVALUE: LA PREUVE


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Comme il fallait s'y attendre, le scoop livré par Notre Voie, dans son édition N° 3988 du lundi 21 novembre 2011 relativement à la dévaluation du franc Cfa, annoncée pour janvier 2012, suscite des réactions divergentes. Pendant que des économistes africains trouvent cette triste réalité inévitable au regard de la rude crise économique qui frappe l'Europe, les gouverneurs des banques centrales africaines concernées (Bceao et Beac) tentent de nier l'éventualité. Et pourtant, le franc Cfa se situe à un micron de sa deuxième profonde dévaluation.

 

«Si rien ne vient entre temps changer la donne, dès le 1er janvier 2012, c'est-à-dire dans moins de 40 jours, le Fcfa sera dévalué à nouveau. La parité fixe qui jusque-là était de 1 euro = 655,59 Fcfa passera à 1 euro = 1000 Fcfa. Selon une source diplomatique occidentale, c'est pour apporter cette information aux chefs d'Etat de l'Uemoa qu'Alassane Dramane Ouattara a fait le tour de la sous-région, la semaine dernière. Il a été mandaté, selon la source, par le Président français, Nicolas Sarkozy. En Afrique centrale, c'est à Denis Sassou N'Guesso que la mission a été confiée par Paris d'informer ses homologues de la Cemac mais aussi des Comores. Le diplomate assure que Sarkozy, compte tenu des problèmes que le Président sénégalais rencontre actuellement et surtout à cause de sa grande susceptibilité, a tenu à parler personnellement à Abdoulaye Wade lequel devrait informer son petit voisin bissau-guinéen».

Cette exclusivité publiée par le quotidien Notre Voie n°3988 du lundi 21 novembre 2011 a visiblement créé un séisme à la rencontre annuelle de concertation entre la Bceao et la Beac qui se tient à Abidjan, depuis mardi 22 pour prendre fin aujourd'hui 24 novembre 2011. Au point où, au sortir d'une audience avec Alassane Dramane Ouattara, le mardi 22 novembre, lendemain de la publication de l'article de Notre Voie, le gouverneur de la Beac, Lucas Abaga, a déclaré : «La dévaluation n'est pas d'actualité. La croissance reste rigoureuse en 2011 ; le taux de couverture monétaire est presque de 100% alors qu'il faut un minimum de 20%, tous les indicateurs sont dans le bon sens». Le nouveau gouverneur de la Bceao, Tiémoko Meyliet Koné, qui se tenait à ses côtés, a partagé la même vision que son homologue.

Le prêteur en difficultés financières

Ces propos du gouverneur de la Beac sont plus du registre de la politique, qui vise à amadouer les populations afin de prévenir toute manifestation de rue, que celui de l'économie, où la démagogie ne prospère pas face aux clignotants rouges. Si une timide croissance est constatée en Afrique depuis quelques années, ce n'est pas le cas en Europe où sévit une crise économique rude qui menace même les fondements de l'euro, la monnaie commune à 27 pays européens. Dont la France, ex-pays colonisateur de la majorité des pays, membres de la Bceao et de la Beac. Mais surtout «parrain» du Fcfa et principal pourvoyeur de «l'aide» au développement des Etats de la zone monétaire. Frappée par la crise économique qui touche l'Europe, la France se trouve profondément dans l'incapacité de jouer son rôle comme par le passé.

De son côté, l'Allemagne, la première puissance économique européenne, se refuse à servir de «parapluie» à la France en Afrique au risque de mettre en péril tout l'édifice européen. D'autant qu'en Europe, les conséquences de la crise se font durement ressentir. L'exemple de la Grèce est bien récent. «Le prêteur est en difficulté, c'est cela la réalité. Pour prêter de l'argent aux pays de la zone Cfa dans le cadre de l'aide au développement, la France empruntait, avant la crise, sur le marché européen à un taux de 2%. Elle prêtait ensuite aux pays africains à un taux de 4%. Avec la crise, le taux d'emprunt de la France sur le marché européen s'est accru. La France ne peut plus continuer puisqu'elle est frappée de plein fouet par la crise. Elle a donc décidé de dévaluer le Fcfa pour ne pas porter les pays de la zone Bceao et Beac comme un boulet au pied», soutient une source informée.

Ancien gouverneur de la Bceao, Alassane Dramane Ouattara que la France a activement contribué à installer au pouvoir a été chargé par Paris d'expliquer la pilule amère de la dévaluation du Fcfa aux autres chefs d'Etat de la zone. Quant aux gouverneurs de la Bceao et de Beac réunis à Abidjan avec les autres partenaires dont la France, il s'agit de réfléchir sur comment appliquer cette mesure sans faire sombrer les économies sous-régionales.

Comme avant le 11 janvier 1994

La tâche est ardue comme ce fut le cas en 1993, quelques mois avant la dévaluation du Fcfa survenue en janvier 1994. En effet, à partir de septembre 1993, le soutien financier de la France était conditionné à l'adoption par les pays de la zone Cfa de programmes économiques et financiers crédibles soutenus par le Fmi. Ce changement d'attitude préfigurait de la dévaluation du franc Cfa. Aujourd'hui encore, le schéma est identique.

Pendant que le Fmi est sollicité par l'Europe pour appuyer les économies de certains pays de la zone euro en grande difficulté, il soumet les pays africains à des conditionnalités socio économiques qui ne seront pas sans conséquences pour la stabilité de certains Etats. Des sources parlent, par exemple, de réduction du personnel de la Fonction publique et d'une privatisation totale de tous les secteurs des économies des pays africains.

La dévaluation va renchérir le coût de la vie déjà intenable dans certains pays comme la Côte d'Ivoire. C'est à juste titre que Houphouët s'opposait vigoureusement à la dévaluation. Quelques semaines après sa mort, le 7 décembre 1993, la France et le Fmi ont décidé, le 11 janvier 1994, la dévaluation de 50% du franc Cfa pour les 13 pays africains du continent et 33% pour les îles Comores. Pour janvier 2012, des sources parlent d'une dévaluation de plus de 60% du franc Cfa. C'est dire que la catastrophe est à nos portes. Et les pluies de milliards de Fcfa dévalués n'y pourront rien. Comme en 1994...


Didier Depry, in le quotien ivoirien "Notre Voie" N° 3991 du jeudi 24 novembre 2011.

didierdepri@yahoo.fr

 

Source: COTE D'IVOIRE LA VRAIE

00:05 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, Europe, France, Société ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : côte d'ivoire, france, afrique, dévaluation du franc cfa, nicolas sarkozy, uemoa, bceao, beac, cemac, euro | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

LA MISE A MORT DE L'UNIVERSITE IVOIRIENNE

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Pour l'universitaire Michel Galy, l'arrivée au pouvoir d'Alassane Ouattara met en danger l'enseignement supérieur en Côte d'Ivoire.

 

Les malheurs de l'université ivoirienne, en passe d'être détruite aujourd'hui, remontent pourtant plus loin: comme pour l'ensemble du pays, la zone rebelle a servi, depuis le coup d'Etat manqué de 2002, de banc d'essai; l'université de Bouaké, dans le fief de la rébellion ouattariste, a en effet été complètement pillée et rendue à ce point inutilisable qu'étudiants et professeurs se sont retrouvés à ...Abidjan, squattant au début amphis et cours du campus de Cocody la nuit ou le dimanche -puis se retrouvant dans de nouveaux locaux construits malgré la guerre civile.

Une dégradation progressive de l'université

Que faire d'autre quand livres, bancs, équipements -jusqu'aux huisseries et métaux de construction ont été volés, pillés ou incendiés? Cette libérianisation de l'université ivoirienne a été appliquée à grande échelle pendant et après le coup d'Etat franco-onusien d'avril 2011.

Tout se passe comme si l'Université ivoirienne, ses professeurs et ses étudiants étaient devenus l'ennemi collectif du nouveau régime; dans une déclaration faite à Lomé, Alassane Ouattara ne vient-il pas d'annoncer la fermeture pour deux ans des établissements publics ivoiriens d'enseignement supérieur! La Côte d'Ivoire, entre maîtres de guerres et technocrates, sera-t-elle le seul pays au monde à avoir détruit sa propre Université?

Le contraste est patent avec le régime précédent qu'on a pu nommer (en référence malicieuse à la III ème république française), la «République des professeurs». De l'historien Laurent Gbagbo à l'économiste Aké N'gbo Gilbert- tous deux en déportation sans inculpation ni jugement à Korhogo et à Bouna, du philosophe Voho Sahi à l'historien Pierre Kipré- en exil quant à eux à Accra, capitale du Ghana, tous ont exercé, revanche sur l'affairisme houphouétiste et «l'idéologie du planteur», des responsabilités politiques; on aura reconnu, dans l'ordre cité, le président et le premier ministre ivoirien, le ministre de la Culture et l'ambassadeur de Côte d'ivoire en France.

Et certes, contrairement aux calomnies, cette république des professeurs et des chercheurs, bien qu'en butte à une rébellion armée aidée par la droite française dans sa prise du pouvoir a bien été, par certains côtés, celle de l'intelligence.

J'en voudrai pour preuve ce formidable effort de réflexion national (et même panafricain) qu'a été en 2010 la commémoration des 50 ans des Indépendance, pauvre indépendance bafouée et humiliée lors du putsch sanglant de 2011! Ce qu'on pourrait nommer, en termes heideggériens, l'auto-affirmation de l'université ivoirienne, s'est notamment traduit par cinq colloques successifs, établissant l'état des lieux, prospectant les futurs possibles, cherchant les voies d'une «seconde indépendance».

Et si c'était cette intelligence collective, critique et rebelle, mais en même temps porteuse des luttes des Indépendances comme des révolutions africaines encore à venir, qu'on a voulu, qu'on veut toujours anéantir?

La France, allié de poids de Ouattara

Car du point de vue géopolitique, un tournant était en cours, vers une pluralité d'acteurs, notamment la Chine- ce qui n'était nullement exclusif avec une collaboration franco ivoirienne soucieuse des intérêts communs et du respect de l'autre; y a-t-il d'ailleurs des dirigeants plus francophones et francophiles par certains côtés que ces professeurs ayant pour la plupart fait leurs études dans les universités françaises, continuant à produire articles et ouvrages avec leurs collègues français- ceux-là même qui les ont abandonnés, reniés et parfois insultés quand ont commencé les temps mauvais de la délégitimation politique et des campagnes médiatiques préalables?

Il y a bien eu, hélas trahison des clercs et forfaiture médiatique! Il faudra bien, un jour, faire l'inventaire des délateurs de la presse et des intellectuels organiques des Services ou du sarkosysme, intoxicant l'opinion publique internationale, jusqu'au monde intellectuel français qui connaissait pourtant les acteurs ivoiriens et, pour certains, le pays...

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Un pays laissé à l'abandon

Le silence des intellectuels, lorsque tombaient les bombes franco onusiennes sur la présidence et la résidence, mais aussi campus et cités, CHU et camps militaires habités par des familles entières, tuant des centaines de civils (dont nombre d'étudiants engagés) semble, depuis avril, assourdissant.

A quoi bon disserter sur les «guerres humanitaires» au Kosovo, en Irak et en Libye- demain en Syrie ou en Iran, rappeler les immenses massacres du «Cameroun» sans voir que le même modèle d'intervention a été mis en œuvre en Cote d'ivoire- et que quelque part la mise à mort de l'université  parachève les massacres?

L'écrivain espagnol Miguel de Unamuno, depuis son université de Salamanque affirmait déjà qu'en entendant les franquistes louer la mort et la fin de l'intelligence («Abajo la inteligencia!», A mort l'intelligence!, osait clamer le général Millan Astray) c'était bien, au-delà du fascisme, le glas de toute civilisation qui se manifestait! Ses paroles de 1936 ne sont-elles pas, encore, prophétiques -pour d'autres temps et d'autres lieux:

«Vous vaincrez mais vous ne convaincrez pas. Vous vaincrez parce que vous possédez une surabondance de force brutale, vous ne convaincrez pas parce que convaincre signifie persuader. Et pour persuader, il vous faudrait avoir ce qui vous manque : la raison et le droit dans votre combat».

Que dire des institutions internationales en charge de la Culture, de l'Education ou de la langue? Si des «organisations des droits de l'homme» se sont définitivement discréditées par leur engagement partisan en Côte d'ivoire (cf. le dernier rapport de Human Rights Watch...), si est patent l'honneur perdu de la Cour Pénale Internationale (CPI) dont Jean Ping, président de la commission de l'Union Africaine, a publiquement dénoncé l'instrumentalisation et le rôle de «néocolonialisme judiciaire» (le procureur Ocampo a récemment serré la main, à Abidjan, de criminels de guerre notoires), on attend encore un plaidoyer fort et des actions effectives de l'Unesco, Unicef ou Francophonie, en faveur de l'université d'Abidjan.

Mais ne s'agit-il pas en fait d'une punition collective contre un milieu intellectuel sudiste largement favorable au président Laurent Gbagbo?

Un clivage Nord/Sud de l'enseignement universitaire

Démontrant que le régime Ouattara est plus fragile que sa propagande l'affirme, cette tentative de mise à mort de l'université rencontre pourtant des résistances inattendues; syndicats d'étudiants et de professeurs, partis politiques et journalistes qui commencent à tisser des liens par-delà les frontières.

Le régime, par le biais d'une ministre dont l'incompétence, voire le semi analphabétisme provoque des gorges chaudes à chaque intervention, a cru faire une concession majeure ces jours-ci; après l'annonce depuis Lomé de la fermeture universitaire et des deux «années blanches», on a cru bon d'en excepter l'université de Bouaké et de Korhogo: en somme les ex-rebelles à Abidjan, et les étudiants sudistes en ré-éducation au Nord ?

Il est plus probable que si elle était maintenue, cette surprenante décision se traduirait par une partition de fait du système éducatif, régionalisation et ethnicisation provoquant une «université dioula» (une langue très parlée dans la région) au Nord et ... l'absence de tout enseignement supérieur au Sud!! Double peine pour une capitale qui a voté à 54% pour le candidat Gbagbo, toutes ethnies confondues...

Politique éducative au fond suicidaire pour le régime: exclus par les droits d'inscription d'une université désormais privatisée, que feraient les centaines de milliers d'étudiants désespérés et paupérisés, sans autre issue que la lutte politique et le combat de rue?

Le régime Ouattara qui ferme sa seule université alors qu'il se targuait d'en construire «une par an» s'est lancé dans un projet aussi symbolique que caricatural: enfermer d'un mur d'enceinte le campus de Cocody- plutôt que de le réhabiliter; à grand frais ce «mur de Berlin» (déjà «mur de la honte» pour la débordante inventivité langagière d'Abidjan) pourra peut-être ceinturer l'immense espace universitaire, peut-être le cacher aux nouveaux maîtres; on doute qu'il enferme qui que ce soit, notamment les étudiants et la turbulente jeunesse abidjanaise. Quant à enfermer intelligence universitaire et esprit critique, mur ou pas mur, la tâche semble tout simplement impossible...


Michel Galy, sur Slate Afrique.

 

Source : INDIGNEZ-VOUS HAUT ET FORT

FIDELE A GBAGBO JUSQU’AU BOUT, UN MILITAIRE EN EXIL: «LES SECRETS DE L’ASSASSINAT DE TAGRO»



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Un pur produit de l'Empt et de l'école des Forces armées, celui qui se présente sous le nom de Commandant Somodieu, a servi à la Garde républicaine. Détaché à la sécurité du président, il a combattu contre l'armée française à la résidence de Cocody, en avril dernier. Exilé au Ghana depuis quelques mois, il a risqué sa vie pour venir rétablir les faits, notamment les derniers instants du 11 avril et surtout «les circonstances exactes» de l'assassinat du ministre Tagro. «Les Ivoiriens ont soif de savoir la vérité, ce qui s'est réellement passé. Il y a beaucoup de choses qu'on leur a cachées», confie-t-il.


Pourquoi avez-vous décidé de garder l'anonymat quand bien même vous voulez divulguer certaines informations ?

J'ai décidé de garder l'anonymat, il faut que je sois sincère avec vous, je suis bel et bien sur la liste des personnes recherchées, qui doivent être entendues par le tribunal militaire. C'est pour cela que j'ai décidé de garder l'anonymat.

Vous étiez dans quel corps de l'armée ?

J'étais militaire, anciennement de la Garde républicaine à Treichville. Beaucoup d'Ivoiriens, y compris même mes proches, pensent que l'armée a trahi. Laissez-moi dire aux Ivoiriens que l'armée, les Fds n'ont pas trahi. Ils ont mené le combat qu'il fallait. C'est Dieu qui a le dernier mot, il faut que les Ivoiriens sachent cela. Et Dieu n'est pas un Dieu injuste, c'est un Dieu de justice. Je vous le répète, il ne sert à rien de baisser les bras, demeurez en prière, la situation va se régulariser bientôt.

Mais vous dites que les Fds n'ont pas trahi, alors que les actes posés par plusieurs de vos supérieurs trahissent vos propos.

Vous savez nos supérieurs ont eu à poser des actes ou à faire des déclarations, pendant et après la crise. Mais sachez une chose et tout le monde le sait, les Fds n'ont pas abandonné les Ivoiriens encore moins le président Gbagbo. Nous avons combattu jusqu'à ce que le président Laurent Gbagbo lui-même nous demande, entre le 9 et le 10 avril 2011, d'arrêter le combat et c'est pourquoi, nous avons arrêté. Beaucoup de choses se sont passé entre le 27 mars et le 11 avril.

Pourquoi cette période spécifique du 27 mars au 11 avril ?

Parce que c'est à partir du 27 mars que les Frci ont tenté à plusieurs reprises  et par tous les moyens de prendre la commune du Plateau, sans succès. Et pourtant, ils avaient avec eux l'armée française, les soldats onusiens et les mercenaires burkinabés, maliens et nigérians. Nous combattions contre au moins 4 forces armées coalisées.

Lors de la bataille d'Abidjan, où étiez-vous ?

Nous avions mission de sécuriser la commune du Plateau. Mais mon détachement était prédisposé dans les environs de la Place de la République au Plateau, avec en ligne de mire les combattants ennemis qui venaient de Treichville. Les Frci et leurs soutiens français et onusiens ont vainement tenté de franchir le Pont Félix Houphouët-Boigny. Ils avaient en face d'eux une armée professionnelle et déterminée. A partir de la Carena, nous avons bouclé tout le périmètre du Plateau. Les soldats français et les Frci qui se sont hasardés dans la zone, s'ils sont encore vivants, peuvent témoigner. Ils avaient pour mission de prendre la Présidence, mais ils n'ont pas pu s'en approcher, durant une semaine de rude combat, disons jusqu'au 5 avril. Où les supérieurs nous ont demandé de rejoindre la résidence du président Gbagbo. Parce que c'est là-bas que les derniers combats, les derniers combats les plus rudes, allaient se faire.

Vous aviez rallié la résidence du Chef de l'Etat le 5 avril. Que s'est-il passé par la suite ?

C'était tout simplement effroyable, atroce et criminel. Pour ces jours passés là bas, il fallait véritablement être quelqu'un sans cœur pour supporter les atrocités perpétrées par l'armée française et les soldats onusiens. N'eût été l'intervention de l'armée française, les Frci ne pouvaient jamais, jamais entrer à la résidence du président Gbagbo. Parce que nous avions les armes et les hommes pour nous défendre. Au passage, j'aimerais saluer la mémoire de tous ces étudiants et civils martyrs qui ont fait le sacrifice de leurs vies, pour l'instauration de la démocratie. Je reviens pour dire que nous avions des hommes et le courage, l'armement nécessaire pour combattre, même pendant deux ans les Frci n'allaient jamais prendre le dessus sur nous. Mais c'est l'armée française qui bombardait la résidence du président Gbagbo, malgré la présence de plusieurs centaines de civils aux mains nues dans le périmètre.

On parle de plusieurs civils tués lors des bombardements de l'armée française.

Il y a eu assez de civils qui ont été tués. L'armée française s'est rendu coupable d'un véritable crime de guerre, crime contre l'humanité en massacrant avec ses hélicos de combat des centaines de civils dans le périmètre présidentiel. Aujourd'hui, quand on voit que des mandats d'arrêts internationaux sont lancés contre telle ou telle autre personnalité proche du président Gbagbo, nous sommes tout simplement écœurés. Mais demandez au commandant Vetcho, demandez au commandant Tonnerre, au commandant Oustaz, pourquoi ont-ils tué le ministre Tagro ? Pourquoi?

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Là, vous portez des accusations formelles ?

Affirmatif. Je les accuse, ils savent ce qui s'est passé. Le ministre Désiré Tagro est sorti avec une écharpe blanche à la demande du président Gbagbo qui disait ceci et je cite : «C'est moi que la France cherche, cessez de combattre, je vais me rendre». Et c'est là que nous avons baissé les armes, ce n'est pas parce qu'ils ont pris le dessus sur nous. Mais ces trois commandants ont assassiné purement et simplement le ministre Tagro, alors qu'il avait le drapeau blanc. Ils ont tiré dans la mâchoire du ministre Tagro et abattu presque tous les soldats qui étaient là et qui avaient cessé de combattre et n'avaient pas d'armes. Moi, je me suis jeté dans un caniveau. C'est ce qui a fait que peut-être je ne suis pas mort. Non satisfaits des crimes perpétrés à la résidence et aux alentours de la résidence, et alors que le ministre Tagro tenait un drapeau blanc en signe de cessez-le-feu, ils l'ont purement et froidement assassiné. C'est un crime de guerre et les auteurs que nous connaissons tous, doivent être poursuivis.

Mais ce ne sont quand même pas les trois commandants qui ont tiré ensemble sur le ministre...

Oui, effectivement. C'est le commandant Oustaz qui a tiré sur le ministre, demandez à Vetcho, Tonnerre et les autres. Ils le savent. Nous avions cessé tout combat à la demande du président. Et le ministre Tagro après avoir échangé avec l'Ambassadeur [de France, Jean-Marc Simon, ndlr], a eu la garantie de ce dernier qu'aucun coup de feu ne serait tiré, contrairement à sa première tentative de sortie de la résidence. Effectivement, il s'est avancé jusqu'au portail, et c'est là que les Frci ont été priées de faire mouvement vers la résidence. Moi, j'étais dans un caniveau pas loin de la scène. Les premiers à s'être présentés au niveau des commandants, ce sont les trois que j'ai cité. Et c'est là que deux coups de feu ont été tirés par l'un des commandants, en l'occurrence Oustaz, et un coup a atteint le ministre à la mâchoire qui s'est affaissé.

Pourtant les combats avaient cessé ?

En tout cas, à la résidence du président, nous combattions contre l'armée française qui pilonnait nos positions, bombardait la résidence présidentielle. Des civils venus défendre aux mains nues la démocratie sont morts. Par moment, le président Gbagbo sortait pour nous saluer et rentrait. C'est quand ordre nous a été donné de cesser de combattre, qu'eux sont rentrés.

De qui parlez-vous ?

Des soldats de l'armée française, bien sûr. Et c'est quand ils ont sécurisé d'après eux, tout le périmètre qu'ils ont laissé place aux Frci. Les soldats français et quelques soldats onusiens ont été les premiers à entrer dans l'enceinte de la résidence. Si vous avez constaté, le gilet pare-balles et le casque que portait le président Gbagbo appartiennent à l'armée française. Donc quand l'armée française s'est assurée qu'elle a neutralisé tout le monde, c'est en ce moment là qu'elle s'est retirée et a fait appel aux Frci. Ils pouvaient tuer le président Gbagbo, mais ça faisait partie du plan de Dieu. Donc, ils ne pouvaient pas le tuer.

Comment avez-vous donc quitté la résidence du président Gbagbo alors que les soldats français étaient un peu partout ?

Je vous le dis, Dieu est miséricordieux. Il n'a pas voulu que je reste dans cette crise. J'ai plongé directement dans un caniveau. C'est en ce moment là qu'ils ont pris le président Laurent Gbagbo et ils partaient avec lui. Moi, je rampais doucement dans le caniveau pour éviter d'être vu. Et pendant que je rampais, un soldat français m'a vu. Mais je ne sais pas pourquoi, il ne m'a pas tué ni livré aux autres. Peut-être que ça faisait partie du plan de Dieu. Mais lui et moi nous nous sommes regardés et il m'a fait signe de partir. Mais je n'ai pas été le seul à être sauvé par ces soldats, plusieurs de mes frères d'armes ont été discrètement exfiltrés par des soldats français, par la même voie. Vous savez, les soldats français sont des êtres comme nous, ils savaient la réalité en Côte d'Ivoire, mais en tant que militaires, ils n'avaient pas d'autres choix que d'obéir. Mais c'est vrai que du regard des civils, ils sont aussi coupables que leurs dirigeants. En tout cas, à l'extérieur de la résidence, il y avait plus de 60 chars français postés un peu partout. On se demandait même, à un moment donné, s'ils n'étaient pas venus pour raser toute la résidence du président Gbagbo. Il y avait des AR-MIX, des bombardiers, des hélicoptères Puma, Gazelle qui sillonnaient dans les airs du périmètre présidentiel. Il y a eu trop de massacres pour que ces gens-là ne soient pas poursuivis et jugés.

Comment vous vous êtes retrouvé en exil ?

Des éléments des Frci sont allés trois fois à mon domicile pour me chercher. Ils ne m'ont pas eu, alors ils ont assassiné froidement mon oncle et mes deux petits frères. Et ensuite, ont pillé toute ma résidence. Après donc être sorti de la résidence du président Gbagbo, je me suis terré jusqu'à la mi-août, où j'ai officiellement quitté le pays pour le Ghana voisin. Officiellement, je ne fais plus partie de l'effectif de l'armée. Je fais partie des près de 4.000 soldats qui sont aujourd'hui en exil. Je préfère être vagabond que d'être emprisonné injustement par ce régime. Nous n'avons qu'accompli notre mission régalienne de défendre l'Etat agressé.

Vous dites être au Ghana. Le régime d'Abidjan vous soupçonne de fomenter un coup d'Etat.

Il n'y a pas de coup d'Etat en préparation au Ghana. Dieu, il est souverain. Les Ivoiriens crient, les Ivoiriens pleurent. Dieu entend les pleurs, les cris des Ivoiriens. Au moment opportun,  Dieu agira ! Mais ils sont venus au pouvoir normalement, pourquoi ferait-on un coup d'Etat contre eux ? Mais on ne peut pas empêcher ce régime de penser ce qu'il veut, de soupçonner tout le monde de vouloir faire un coup d'Etat. Mais quand le voleur rentre chez toi, il a toujours peur, il est anxieux. Il se dit que le propriétaire des lieux peut le surprendre, un beau matin. C'est ce qui fait que le régime a si peur. Non, nous ne préparons pas de coup d'Etat, c'est Dieu qui mènera le combat !

Vous parlez avec tant d'assurance...

Oui, oui ! Dieu est un Dieu de justice. Aujourd'hui, il n'y a pas un seul Ivoirien qui peut lever le doigt pour dire qu'il est à l'aise. La Côte d'Ivoire est dans un état critique.

Un dernier mot à l'endroit des Ivoiriens.

Bien avant, j'aimerais dire merci à mes deux professeurs, P.O et P.A, qui m'ont permis de quitter le pays. J'aimerais dire aux Ivoiriens de continuer de prier. Dieu les entend. Bientôt, leurs souffrances prendront fin.

A vous entendre, on croirait à un...

Non, loin de nous cette idée. Vous savez Dieu est un Dieu de justice. Il sait ce qui se passe en Côte d'Ivoire. C'est lui qui a permis que cela se passe, pour que nous puissions réellement comprendre le message qu'il a voulu nous donner. Que les Ivoiriens sachent une chose : Dieu ne les a pas oubliés, il ne les a pas abandonnés. Et très bientôt, il exaucera leurs prières.


Réalisée par Gérard Koné

 

Source: NOUVEAU COURRIER .INFO

mercredi, 23 novembre 2011

«COTE D'IVOIRE, LE COUP D'ETAT»: UN LIVRE A LIRE ABSOLUMENT!

 
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Un livre qui fait actuellement la une sur le net. C'est le livre de la semaine que nous vous proposons pour savoir un peu plus sur la crise ivoirienne.

 

Que s'est-il vraiment passé durant la "bataille d'Abidjan" ? Pourquoi l'Elysée était prêt à tout pour chasser Laurent Gbagbo du pouvoir ? Avec quels alliés africains Nicolas Sarkozy a-t-il mis en place sa stratégie ? Qui sont réellement Dominique et Alassane Ouattara et de quels soutiens politiques et financiers bénéficient-ils ? Pourquoi Laurent Gabgbo est-il si détesté par les Européens ? Pourquoi le ministère de la Défense français semble-t-il freîner l'enquête sur l'assassinat de 9 soldats français en 2002 à Bouaké ? Que s'est-il passé dans l'affaire Guy-André Kieffer ? A l'aide de documents et de témoignages issus des services secrets et militaires français, de l'Union Européenne, de l'ONU, ce livre est la première enquête explosive sur les événements de Côte d'Ivoire.

Côte d'Ivoire: le coup d'Etat à conserver pour la postérité et pour l'éclatement de la vérité.

Biographie de l'auteur

Charles ONANA est journaliste d'enquête, auteur d'ouvrages de référence sur les conflits en Afrique et les questions géopolitiques. Il a également fait un travail pionnier sur le rôle des Africains durant la Seconde guerre mondiale et est l'auteur de plusieurs biographies inédites sur des personnalités artistiques et intellectuelles du monde noir.

Pour savoir plus sur la première enquête explosive sur les événements de Côte d'Ivoire, rendez-vous sur ce lien: Côte d'Ivoire: le coup d'Etat


Bonne lecture !

 

Source: COTE D'IVOIRE LA VRAIE

EXCLUSIF - GBAGBO RACONTE LUI-MEME SON 11 AVRIL


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Le livre est intitulé «Côte d’Ivoire : le coup d’Etat». Il est écrit par le journaliste d’investigation Charles Onana et préfacé par l’ancien président sud-africain Thabo Mbeki. Et il apparaît d’ores et déjà comme un livre-événement, tant les révélations et les rappels utiles y sont foisonnants. Le livre contient également des documents et des courriers inédits que Charles Onana a réussi à se procurer, provenant notamment de ministres français. Déjà en vente en France, «Côte d’ivoire : le coup d’Etat» sera-t-il autorisé à la vente en Côte d’Ivoire ? Il faudrait pour cela que des libraires ou des distributeurs aient le courage de le commander… Le Nouveau Courrier publie ici des «bonnes feuilles» de ce livre. Il s’agit du témoignage du président Laurent Gbagbo, qu’il a pu faire parvenir à Charles Onana depuis sa réclusion, et qui va, à coup sûr, déranger des milieux internationaux très haut placés. Ses accusations contre l’armée française, qui a selon lui tiré sur de jeunes manifestants Ivoiriens pour les disperser ou les empêcher de rallier sa résidence, et qui a visiblement profité d’une conversation téléphonique pour le localiser dans la résidence et bombarder sa chambre, sont très claires. Elles montrent une petite partie de ce qu’il a à dire, et constituent une alerte pour tous les hommes de bonne volonté. En effet, le pouvoir Ouattara et la Sarkozie doivent absolument comprendre qu’une éventuelle élimination physique du témoin gênant de Korhogo serait lourde de conséquences pour la Côte d’Ivoire. A court, moyen et long terme.

Gbagbo raconte comment une bombe a atterri dans sa bibliothèque

«Ce sont les soldats français qui ont tout fait. Ils ont bombardé du 31 mars au 11 avril 2011. Il y a eu des bombardements sporadiques avec largage des bombes. Le ministre français de la Défense, Alain Juppé, avait manifesté le désir de parler avec moi. Mon conseiller Désiré Tagro était venu me dire que cette demande venait de monsieur Charles Millon, l’ancien ministre de la Défense du gouvernement Juppé en 1995. En fait, monsieur Millon avait été à l’université de Lyon avec moi. Tagro m’avait fait part de cette demande le 10 avril 2011 à mon réveil matinal. J’étais sur le point d’aller prendre ma douche lorsque Tagro m’a informé du souhait de monsieur Juppé. Quand j’ai fini de prendre ma douche, j’ai retrouvé Tagro qui m’attendait le téléphone à l’oreille. Il était encore en communication avec monsieur Millon. Soudain, une bombe explose sur le toit de ma chambre. Millon demande alors à Tagro ce qui se passe. Tagro lui répond qu’on est en train de vouloir tuer le président. Ceux qui ont largué cette bombe ont tout détruit dans la pièce. J’avais une collection de livres d’auteurs romains et grecs traduits en français que je conservais jalousement depuis quarante ans, tous ont brûlé. Ma bibliothèque constituée depuis l’époque où j’étais étudiant est partie en fumée en quelques minutes seulement.»

Gbagbo explique pourquoi il a demandé à l’armée ivoirienne de ne plus se battre

«Le 10 avril 2011, notre informateur au ministère de la Défense à Paris nous a dit que ce jour-là, c’était 6+3. C’est-à-dire 6 hélicoptères plus 3 autres. Il faut savoir qu’auparavant, c’était uniquement trois hélicoptères qui nous bombardaient. Les snipers étaient également postés sur le toit de l’ambassadeur de France en Côte d’Ivoire. Qui est mitoyen à ma résidence. Leur rôle essentiel était de tirer sur les jeunes Ivoiriens qui manifestaient ou s’aventuraient à sortir à proximité de ma résidence. Ainsi, lorsqu’on m’apprend que les chars français sont à Cocody, le commandant des Forces spéciales, l’officier de frégate Boniface Konan, me fait parvenir un message disant qu’il ne peut plus combattre, car les soldats sont dispersés. Le message souligne que les chars et les hélicoptères français ne cessent de tirer sur les soldats ivoiriens. Le 10 avril, j’ai dit à Konan qu’il devait cesser les combats pour ne pas faire tuer les soldats. Je ne pouvais accepter de voir mourir inutilement les dignes fils de mon pays face à des gens qui voulaient uniquement ma tête. J’ai demandé qu’on me laisse attendre sereinement le dénouement à la Résidence. Les soldats voulaient me mettre à l’abri. Mais je leur ai dit que je n’étais pas militaire mais chef de l’Etat. Ce qui m’importait le plus, c’était leur sécurité et non pas la mienne devant le feu français. A ce moment, Konan me dit la gorge serrée : «Monsieur le président, les Français ont tout détruit».

Gbagbo : «Ce sont les soldats français qui filmaient ma capture

«En fait, les Français ont encerclé la résidence et au lieu d’achever leur mission, c’est-à-dire de venir me prendre eux-mêmes, ils ont plutôt envoyé les rebelles me prendre. Je tiens tout de même à préciser qu’ils ont envoyé les rebelles m’arrêter devant les caméras. Toutes les images que vous avez reçues sont les images des soldats français. Ce sont les soldats français qui filmaient ma capture. Ils tournaient avec des caméras à la résidence et à l’hôtel du Golf. Plus tard, ils ont fait venir des journalistes français pour d’autres images de moi. Il n’y avait pas de journalistes africains tournant les images au moment de mon arrestation.»

La tentative de «corruption» de l’administration Obama

«Un sous-secrétaire d’Etat américain m’a téléphoné et m’a parlé pendant au moins une heure. Il me disait que si je partais du pouvoir, je ne serais pas poursuivi, je pourrais m’exiler avec soixante-quatre personnes de mon entourage et que tous seraient pris en charge. Quant à moi, je serais logé, nourri et blanchi, j’aurais un travail et des revenus équivalant à 2 millions de dollars, etc. Cette conversation ou plutôt ce monologue était surréaliste.

Il y avait un tel décalage entre ce que disait ce monsieur et la réalité que je vivais avec le peuple ivoirien que son discours était indigeste. J’ai finalement raccroché, fatigué de l’entendre pérorer sur les propositions qui m’attendaient si j’acceptais de quitter le pouvoir. Je me suis dit qu’il y avait quelque chose d’étrange dans ce discours. Quel était le sujet ? A mon avis, c’était le résultat des élections présidentielles. Ils ont tous prétendu que j’avais perdu les élections présidentielles mais le Conseil constitutionnel de mon pays a dit le contraire. J’ai demandé de recompter les voix, ils ont refusé. J’ai même proposé une commission d’enquête indépendante internationale pour examiner les faits. On a refusé. Pourtant, les données sont simples. S’il est prouvé que j’ai perdu les élections, je m’incline sans autre forme de discussion. Si j’ai gagné, je suis disposé à faire des concessions politiques pour créer un climat d’apaisement et de paix dans tout le pays. Mais pourquoi s’obstine-t-on à me faire des propositions absurdes ? Pourquoi cherche-t-on à me corrompre et à me menacer si on est convaincu que j’ai perdu les élections ?

Peu après ce coup de téléphone étrange, mes conseillers me disent qu’Hillary Clinton cherche à me joindre au téléphone. Je refuse de prendre la communication car je suis convaincu que je vais encore passer un moment à entendre à nouveau les mêmes propositions. Elle m’a finalement adressé un message pour me proposer je ne sais quoi. Je n’ai même pas ouvert l’enveloppe. Après Hillary Clinton, le président Obama m’a directement appelé à son tour. Une fois de plus, j’ai refusé de prendre la communication. Je ne voulais plus écouter ni entendre les discours ennuyeux et les propositions ubuesques qu’ils infligeaient à mes oreilles.»

 

Théophile Kouamouo


Source: NOUVEAU COURRIER.INFO

GUY LABERTIT A PROPOS DU BOYCOTT DES LEGISLATIVES: «LES ARGUMENTS DU FPI SONT FONDES»


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Dans une interview exclusive accordée au Nouveau Courrier, Guy Labertit, ancien responsable Afrique du Parti socialiste français et vieil ami du président Laurent Gbagbo, évoque l'actualité politique ivoirienne, mais également les derniers développements enregistrés sur la scène internationale, en Libye, dans le Sahel et en France. L'intégralité de notre entretien.


Sept mois après le 11 avril, quel est votre regard sur la situation sociopolitique en Côte d'Ivoire, dans un contexte où l'on parle de législatives, de réconciliation... et où certains considèrent que les choses sont un peu bloquées ?

La France de Nicolas Sarkozy a joué un rôle premier dans la situation qui prévaut aujourd'hui en Côte d'Ivoire. Le président français, les autorités françaises ont dit qu'elles étaient intervenues pour, en quelque sorte, imposer la démocratie aux Ivoiriens, faire respecter la démocratie. On constate au bout de quelques mois qu'il n'y a toujours pas de sécurité dans ce pays. Puisque Monsieur Guéant était récemment en visite à Abidjan pour s'occuper des questions de sécurité. On constate qu'il n'y a pas non plus de démocratie. Au contraire, on sent une sorte de retour au parti unique. Les partis d'opposition, en particulier le FPI, ont eu beaucoup de mal à s'imposer. Le FPI tient aujourd'hui des meetings, mais ses tentatives ont dans un premier temps été réprimées. La meilleure preuve de l'absence de démocratie, c'est qu'il a fallu reporter à plusieurs reprises la fin du dépôt des candidatures pour les législatives annoncées le 11 décembre. Tout simplement parce que le principal parti d'opposition, qui a toujours été engagé en faveur des élections, peut difficilement y aller alors que ses principaux cadres sont toujours détenus. Et finalement on s'aperçoit qu'on est dans un pays où officiellement on a des discours lénifiants sur la réconciliation, mais où les actes des autorités ressortent uniquement de la justice des vainqueurs.

Visiblement, vous comprenez le refus du FPI de participer aux législatives dans les conditions actuelles...

Pour l'heure, le FPI rappelle très clairement qu'il a été un acteur majeur du processus démocratique en Côte d'Ivoire. Puisque son premier dirigeant, Laurent Gbagbo, a été le chantre du multipartisme qui a été arraché le 30 avril 1990. Le FPI garde une stratégie électorale, s'oppose à toute résistance armée, mais pour développer sa stratégie, il faut bien que les conditions réelles du respect des droits démocratiques existent dans ce pays. Avec la détention arbitraire de la plupart des cadres du FPI, je pense que les arguments qui sont présentés pour pouvoir participer aux élections présidentielles sont fondés.

Les conditions, vous voulez dire...

Oui, on peut appeler cela des conditions... Moi je me vois mal, en tant que socialiste français, participer à des élections alors que les principaux dirigeants du Parti socialiste seraient détenus. Cela me paraîtrait totalement surréaliste...

En parlant de détention, le pouvoir Ouattara évoque régulièrement un éventuel transfert de Laurent Gbagbo à La Haye, siège de la Cour pénale internationale, disant que cela faciliterait la réconciliation...

J'ai le sentiment qu'au plus haut de la direction de certains Etats, et je suis sûr que le président Ouattara a entendu ce message, des autorités politiques africaines pensent qu'au contraire la libération du président Gbagbo permettrait une vraie réconciliation qui ouvrirait la voie à un contexte permettant à tous les pays de la région de mieux se développer. Parce que la situation ivoirienne pénalise les économies des pays voisins. Il faudra peut-être du temps, mais j'espère que les autorités ivoiriennes prendront à un moment donné conscience de cette réalité qui devrait s'imposer à elles.

Vous pensez que beaucoup de dirigeants africains sont hostiles à cette volonté du pouvoir Ouattara d'envoyer Gbagbo à la Cour pénale internationale ?

Je constate que le président Gbagbo et son épouse ont été détenus en toute illégalité pendant plusieurs mois, que le chef d'inculpation avancé par la justice ivoirienne, c'est «crimes économiques». Ce qui, entre nous, ressort quand même de la farce, puisque l'actuel Premier ministre Guillaume Soro était secrétaire général des Forces nouvelles, lesquelles avaient une Caisse centrale dont on peut dire qu'elle a recueilli environ 250 milliards de FCFA en moyenne du début de la rébellion en 2002 à 2010 sur la base de détournement de cacao, de café, de coton, de diamants, de bois et de taxes en tous genres indûment perçues dans les zones rebelles alors que les FN étaient pourtant représentées dans le gouvernement . Pour l'instant, c'est la seule inculpation officiellement avancée par la justice ivoirienne. Pourquoi n'y en a-t-il pas d'autre ? Est-ce que les autorités ivoiriennes ont conscience que juger le président Gbagbo en Côte d'Ivoire serait peut-être avoir à affronter une véritable vague de protestation qui mettrait en péril le fragile équilibre du pouvoir Ouattara ? Par rapport à la Cour pénale internationale, j'entends des rumeurs en tous sens. Je dois dire que cela me semble plutôt marquer l'inquiétude, l'angoisse des actuelles autorités d'engager un processus électoral avec la présence sur le sol ivoirien du président Gbagbo. On voit bien que le président Gbagbo est détenu, mais qu'il est encore extrêmement présent dans la vie politique ivoirienne. Je crois qu'en fait, toutes les démarches qui sont annoncées en termes de justice internationale sont la marque du désir d'extraire le président Gbagbo du territoire ivoirien. Car quand il y est, il représente encore un poids politique que peut difficilement contenir le pouvoir actuel.

On veut donc le neutraliser politiquement, ôter à ses partisans tout espoir qu'il revienne au centre du jeu politique ?

Rien n'est jamais définitif en politique. Je pense qu'aujourd'hui, ces autorités politiques qui réclament cette justice internationale sont bien conscientes qu'elles-mêmes devraient répondre devant cette justice internationale. Je suis assez conscient que cette fameuse Cour pénale internationale est profondément politique, et qu'elle a souvent rendu des jugements qui ressortaient plutôt de la justice des vainqueurs. Je pense même qu'un certain nombre de juges au sein de cette Cour sont conscients que les autorités ivoiriennes, de fait, devraient également être traduites devant la justice internationale. Les tergiversations viennent de là.

Avant le 11 avril, on vous a entendu dire que le président Gbagbo ne sortirait pas vivant de l'assaut sur sa résidence. Cela veut dire que vous aviez anticipé le pire, une éventuelle élimination physique. Finalement, il est vivant. Mais avec le recul, comment avez -vous vécu ces journées de feu ?

Evidemment, très douloureusement. Lorsque j'ai tenu les propos que vous venez de rapporter, quelques jours avant le 11 avril, je me suis rendu compte qu'il y avait eu des réactions de panique, y compris au niveau des pouvoirs qui voulaient en finir politiquement avec Gbagbo. J'ai reçu des coups de fil assez surprenants me disant : «Mais vous ne vous rendez pas compte, Laurent Gbagbo mort ce serait une catastrophe pour la Côte d'Ivoire !». J'ai d'ailleurs dit à ces interlocuteurs que je me réjouissais qu'ils réalisent la portée dramatique de leurs actes. Je dois aussi dire que certains dans la résidence m'ont dit : «On ne peut pas faire moins qu'Allende !  [le président chilien mort dans le palais de la Moneda, encerclé par les forces du pro-américain Augusto Pinochet]». Ils avaient conscience qu'on voulait en finir politiquement avec eux. Et que les bombardements pouvaient tout à fait atteindre une des cibles : Laurent Gbagbo. D'ailleurs, une plainte a été déposée par ses avocats pour tentative de meurtre. Des pièces de la résidence ont été touchées et détruites par des projectiles français, des pièces où le président Gbagbo aurait très bien pu se trouver et être physiquement éliminé.

Ce ne sont pas seulement les cibles militaires autour de la résidence qui ont été atteintes?

Non, pas du tout. Mais la vérité se fera un jour. Il est évident que les bombardements français, initialement prévus pour empêcher l'utilisation des armes lourdes contre des populations civiles, selon une résolution de l'ONU, n'avaient pas cette finalité. La résolution a été largement violée par la France et l'ONUCI puisqu'il s'agissait au final d'éliminer politiquement voire physiquement le président Gbagbo. Ces bombardements ont occasionné ce que les militaires appellent officiellement des «dégâts collatéraux» dramatiques. Il y a eu de nombreux morts civils et militaires ivoiriens du fait des bombardements de la France. Pour l'instant, c'est une réalité qui est tue. Mais il est évident que vous ne pouvez pas faire exploser deux poudrières à Akouédo, bombarder le camp d'Agban où vivent les familles des gendarmes - et je pourrais donner plusieurs autres exemples - sans que des civils ivoiriens soient tués. La France qui disait vouloir éviter les morts de civils ivoiriens a en réalité elle-même tué ces civils et des militaires ivoiriens.

La campagne électorale en vue de la présidentielle française de 2012 commence bientôt. Pensez-vous que les questions internationales y trouveront leur place, notamment la double question des interventions de la France en Côte d'Ivoire et en Libye, même si elles ne sont pas équivalentes dans l'absolu ?

Vous avez raison de distinguer les deux questions. Notamment parce que le président Gbagbo est un acteur historique de l'avènement de la démocratie en Côte d'Ivoire, alors que le colonel Kadhafi a fait un coup d'Etat militaire alors qu'il avait 28 ans pour renverser un roi. Les deux situations n'ont rien à voir au niveau des processus historiques. Mais les deux cas se rapprochent en ce qui concerne la politique de Nicolas Sarkozy, qui a utilisé l'ONU en Côte d'Ivoire et l'OTAN et l'ONU en Libye avec le Britannique David Cameroun comme premier allié européen. Dans les deux cas, on observe la volonté du camp occidental d'en finir avec des régimes existants. Et ce qui m'a déçu dans l'approche des politiques français, c'est de voir une forme d'unanimité aussi bien sur la question ivoirienne que sur la question libyenne.

Je suis socialiste, et je crois que François Hollande lors de son récent discours d'investiture comme candidat socialiste a rappelé qu'il fallait sortir de la Françafrique. M. Ruffin a publié dans les colonnes du Monde pour le compte de Martine Aubry une tribune intitulée "Pour sortir de la Françafrique". J'ai envie de dire «chiche !». Mais tout au long de la Vème République, aussi bien la droite que la gauche n'ont pas fait les réformes structurelles qui s'imposent au sein même de l'Etat français pour en finir avec la Françafrique. Je souhaite vivement que la gauche l'emporte en 2012, et si nous voulons vraiment sortir de la Françafrique, il faudra les faire, ces réformes structurelles. Je me suis rendu compte récemment que c'est au sein même de notre diplomatie du Quai d'Orsay que sont choisis les directeurs stratégie de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE,  contre-espionnage). Ce sont les mêmes acteurs qui passent de la DGSE à la direction Afrique du Quai d'Orsay voire à la cellule Afrique de l'Elysée. Je me rends compte que l'action politique de la France en Afrique est définie par les deux seuls centres nerveux que sont l'Elysée et le ministère de la Défense. Il n'en va pas de même pour nos rapports avec l'Amérique latine ou l'Asie...

Il y a un débat au sein de la communauté des Franco-Africains politisés. Certains estiment que la gauche et la droite, c'est blanc bonnet, et bonnet blanc. D'autres estiment qu'il faut voter massivement pour le principal candidat de la gauche pour faire partir Nicolas Sarkozy. Est-il vrai de dire que la Françafrique n'a jamais été remise en cause par aucun parti de gouvernement ?

J'ai été responsable Afrique du PS pendant 13 ans, de 1993 à 2006. Je peux dire que je vois une différence entre la droite et la gauche en Afrique. La gauche, lorsqu'elle était au pouvoir, n'a pas accompli de « coups tordus » en Afrique contrairement à ce que fait la droite. La situation en Côte d'Ivoire, par exemple, s'est dégradée quand Lionel Jospin a été battu aux élections présidentielles en avril 2002 et que la droite a repris l'ensemble des manettes du pouvoir.

Maintenant, le militant socialiste que je suis veut qu'on fasse plus pour sortir de la Françafrique, qu'on fasse des réformes structurelles. Tant qu'elles ne seront pas faites, le mode de gestion de la politique de la France en Afrique ne se différenciera pas de ce qu'on a vu depuis les débuts de la Vème République.

Vous connaissez bien le Sahel. De nombreux chefs d'Etat de cette partie de l'Afrique s'inquiètent  de la circulation d'armes et de combattants après le renversement de Kadhafi. Quelle est la mesure de ces angoisses et comment les juguler ?

Je pense que la politique de l'OTAN conduite par la France, les Etats-Unis et la Grande Bretagne a eu pour conséquence de déstabiliser le Sahel. Je me suis rendu aussi bien au Mali qu'au Niger en septembre et octobre, et j'ai pu constater une grande inquiétude. Notamment en raison de la circulation d'armes dont beaucoup sont dans la nature... ou récupérées par des mouvements rebelles ou intégristes. Les retours précipités dans leur pays de plus de 200 000 Nigériens et d'un grand nombre de Maliens, le manque à gagner lié à la suspension des relations économiques avec la Libye sont une réalité. Il y a aussi un rapprochement entre les mouvements touaregs qui mènent des rébellions récurrentes au Mali et au Niger et des forces intégristes. Je pense que l'Occident a véritablement joué avec le feu. Et on le voit aux incertitudes qui prévalent face à l'avenir de la Libye. Certains responsables sahéliens m'ont dit qu'ils craignent vraiment une «somalisation» de la Libye. Ce n'est pas pour eux une marque de soutien à Kadhafi que d'exprimer leur angoisse face à l'absence d'Etat en Libye.

Pour des pays comme le Mali et le Niger, devoir organiser des patrouilles, dépenser beaucoup d'argent pour la sécurité, tout cela remet en cause leur volonté de prendre des mesures sociales au bénéfice de leur population, en particulier en matière d'éducation et de santé.

Les Etats-Unis se sont empressés de proposer leur aide au Mali, qui a pour l'instant décliné l'offre...

Je m'étonne qu'il y ait une telle présence militaire américaine depuis tant d'années au Mali et qu'il y ait tant de difficultés pour repérer quelques centaines d'hommes. Malgré les moyens technologiques extrêmement sophistiqués mis à disposition...

Il y a quelques années, on parlait beaucoup d'africanisation des capacités de maintien de la paix sur le continent. Quand le PS était aux affaires, le concept Recamp a même été évoqué. Tout cela semble bien loin aujourd'hui, avec l'interventionnisme occidental reconsidéré comme légitime...

Le concept a plus été qu'évoqué...  C'était une autre période par certains aspects. Aujourd'hui, je pense qu'une partie des difficultés du président Gbagbo a été liée à sa volonté d'en finir avec la base militaire française lorsqu'il a constaté que les accords franco-ivoiriens en matière de défense sécurité n'avaient pas été appliqués en 2001 et 2002 lors de tentatives de coups d'Etat destinés à le renverser. Des textes signés en 2008 mettaient fin au 1er juillet de cette année-là à la présence d'une base permanente en Côte d'Ivoire avec le retrait de la force Licorne, puisque la base de Port-Bouët était devenue une base d'appui à la force Licorne qui perdrait toute sa raison d'être avec le départ de celle-ci. Depuis l'arrivée de M. Ouattara, on constate que celui-ci revient en arrière et souhaite le rétablissement de la situation qui prévalait avant juillet 2008. Et là, dans ce domaine, la France a réalisé ce qu'elle voulait. C'est-à-dire maintenir ses bases militaires en Afrique tout en tenant un discours disant «nos accords sont obsolètes et nous allons les revoir avec nos partenaires». Et on s'aperçoit que le nouveau partenaire ivoirien est particulièrement favorable pour remettre à l'ordre du jour le maintien d'une base permanente de la France. Il va même jusqu'à demander que la Côte d'Ivoire soit une base internationale de la lutte contre le terrorisme. Peut-être alors que M. Ouattara n'a plus aucune confiance dans les Ivoiriens, et qu'il souhaite asseoir son pouvoir sur la présence de troupes étrangères en Côte d'Ivoire ?

Vous dites que le retour en force des armées occidentales en Afrique est un moment. Cela veut-il dire que selon vous, cette politique est historiquement condamnée ?

Oui, historiquement, elle le sera. Mais on va assister à des va-et-vient permanents entre des responsables politiques qui veulent faire avancer les choses, aller vers plus de souveraineté, et les forces conservatrices qui voudront maintenir l'ordre ancien. Mais je crois qu'effectivement, même si elle n'était pas très hardie, la politique sous-tendue par Recamp, en matière de sécurité et, qu'il aurait fallu européaniser, pouvait ouvrir une transition qui devait aboutir au retrait total des forces non africaines du continent africain, sous réserve que l'ensemble des acteurs politiques et militaires étaient de bonne foi. Malheureusement, il y a aujourd'hui une forme d'aveuglement, l'expression d'un vertige occidental qui a gagné la gauche à soutenir sans réserve les politiques conduites par la droite en Côte d'Ivoire et en Libye.

 

Propos recueillis par Théophile Kouamouo

 

Source : NOUVEAU COURRIER.INFO

samedi, 19 novembre 2011

LIBRE OPINION: «L'OCCIDENT NE SE FOUT PAS DE LA DEMOCRATIE, IL LA DETESTE»



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Lisez-moi ce papier. Un trésor d'informations, une mine de lucidité et de vérité. Tout simplement excellent! Du camerounais Atangana Mebah Dorien.

 

Les occidentaux se foutent en réalité de la démocratie et des droits de l'homme. Si vous n'êtes pas encore arrivés à cette conclusion, c'est que les beaux discours sur la démocratie, embellis par les séminaires sur les droits de l'homme et le financement de la formation des moniteurs d'élections par la France ou l'Union européenne entretiennent encore la confusion et l'illusion dans votre esprit.

A cela s'ajoute l'aide au développement qui est claironnée dans les médias occidentaux, imprimée dans notre subconscient par les images télévisées des dons de matériel médical en présence de l'ambassadeur de France ou d'Allemagne. Vous devez penser que les pays dits démocratiques nous veulent du bien et qu'ils aimeraient que nous atteignions leur niveau de développement et de confort. Ne critiquent-ils pas certaines dictatures et des chefs d'Etat ayant mis long au pouvoir ? Ne demandent-ils et ne s'alignent-ils d'ailleurs pas avec les peuples pour obtenir leur départ comme en Egypte et en Tunisie ? Ne demandent-ils pas des élections libres et transparentes et ne blâment-ils pas les leaders qui ne semblent pas respecter la volonté de leurs peuples ? Après tout, ce sont même ces pays qui envoient des observateurs pour garantir la régularité des scrutins.

Ils critiquent même aussi souvent les coups d'Etat qui sont presque toujours commis par un chef militaire ou un groupe de rebelles qui se révoltent contre la politique économique irresponsable du leader qu'ils viennent de renverser.

Les organismes internationaux censés garantir les droits de l'homme tels qu'Amnesty International ou le Tribunal Pénal International chargé de juger ceux qui commettent des crimes contre les peuples ajoutent à cette confusion. Pourquoi créeraient et financeraient-ils ces organismes s'ils n'avaient pas à cœur le bien des masses, devez-vous vous demander ? Pourtant la réalité est toute autre.

Attitudes peu démocratiques

Les pays dits démocratiques ne sont pas consistants dans leur demande d'élections transparentes. Ils ferment les yeux sur les exactions des dictatures alliées et les aident même dans leur fraude électorale comme la France le fait au Tchad, Burkina Faso, Gabon et dans bien d'autres pays d'Afrique francophone. L'ancien chef des services secrets français au Gabon, l'ancien Mr Afrique du président Chirac et l'ancien ambassadeur de France au Gabon affirmaient d'ailleurs qu'Ali Bongo avait perdu les élections et que les chiffres qu'on lui a attribués appartenaient en réalité à son opposant principal Mba Obame (Regarder le documentaire intitulé "Françafrique : 50 ans sous le Sceau du Secret").

Certaines dictatures sont non seulement tolérées mais ont aussi été installées après renversement de leaders démocratiquement élus. A ce propos, que les méthodes indirectes utilisées dans le renversement de certains leaders ou la main invisible des commanditaires ne vous trompent pas. Les pays démocratiques participent à ces événements très peu démocratiques. Ce sont les pays occidentaux qui ont fait assassiner Lumumba, le premier leader du Zaïre. Il est dit que les puissances occidentales en voulaient tellement à Patrice Lumumba de leur avoir tenu tête que près de 4 services de renseignements (France, Etats-Unis, Belgique et Angleterre) avaient mis des équipes de tueurs à ses trousses (Lire "The Assassination Business" de Richard Belfield) .

Il est important de signaler que Patrice Lumumba a été assassiné en présence des troupes de l'ONU. Ce sont les Etats-Unis qui ont initié les 2 coups d'Etat contre Jean-Bertrand Aristide à Haïti en utilisant, dans le 2ème coup, des trafiquants de drogue entrainés par la CIA en République dominicaine; Hugo Chavez du Venezuela, Salvatore Allende du Chili ou Mossadegh d'Iran étaient des leaders politiques démocratiquement élus qui ont connu des coups d'Etat organisés avec le soutien actif de la CIA. C'est la France qui, à travers ELF, a fait renverser Lissouba au Congo-Brazzaville et a réinstallé Sassou Nguesso au pouvoir. C'est finalement avec la complicité de la « communauté internationale » et l'aide des troupes françaises et des Nations Unies que Laurent Gbagbo (vainqueur réel des élections ivoiriennes) a été renversé par la violence par Alassane Ouattara.

Le dénominateur commun de ces leaders est le choix courageux qu'ils ont fait de défendre les intérêts de leurs nations et leur désir de sortir leurs peuples de la pauvreté, actions qui les ont souvent mis en conflit avec les intérêts économiques des pays développés et de leurs grands groupes financiers installés à travers le monde.

Mais ce n'est pas ce que CNN, France 24, RFI, BBC ou la Voix de l'Amérique diront aux français, allemands, anglais ou américains. Ils leur diront qu'un chef d'Etat impopulaire, à la politique économique controversée, a été renversé par l'armée (Chavez, Allende), des rebelles (Lissouba, Aristide). Dans le cas de Laurent Gbagbo, ils ont simplement dit qu'il est un chef d'Etat qui a perdu des élections et qui ne veut pas quitter le pouvoir (un de plus en Afrique, ont dû penser les occidentaux).

A l'inverse, ceux qui ont protégé les intérêts des pays occidentaux sont restés au pouvoir pendant des décennies. Mobutu, Moubarak, Eyadema ou Bongo en sont des exemples. Ces 2 derniers ont d'ailleurs été remplacés par leurs fils sans que les défenseurs de l'alternance démocratique ne crient à une confiscation du pouvoir. Blaise Compaoré, Idriss Deby, Obiang Nguema Mbazogo et d'autres encore sont toujours au pouvoir après des décennies et viennent d'ailleurs de gagner de nouveaux mandats sans qu'aucun pays occidental ne trouve à redire. Et ces chefs d'Etat ne sont pas exactement des modèles de démocratie. Moubarak et Zine El-Abidine ont d'ailleurs été renversés parce que la pression populaire était forte. Pour les pays occidentaux, il valait mieux aider à faire tomber ces dictateurs fragilisés qui les ont pourtant servi, pour rester au bon côté de l'histoire et garder des apparences démocratiques. Ils ne poussent pas dehors des dictateurs alliés dont les régimes sont encore forts. Au même moment où l'Otan accusait Kadhafi d'être un dictateur, il donnait sa bénédiction au roi du Bahreïn pour réprimer dans le sang, avec l'aide de 1000 soldats saoudiens, les revendications de son peuple.

De la poudre aux yeux

La démocratie importe peu comme vous le constatez. Ce qui est important, ce sont les intérêts économiques et financiers dont la protection exige le contrôle des ressources naturelles des pays-clients. Tant que vous servez ces intérêts, vous restez au pouvoir. Vous les mettez en danger, alors on utilise cet artifice appellé démocratie pour vous faire tomber.

Que dire de la protection des droits de l'homme, de l'aide au développement ou du Tribunal Pénal International (TPI) ? Ce ne sont que d'autres artifices mis en place pour créer l'illusion : Celle d'un occident bienveillant fonctionnant sur la base de fortes valeurs morales. Tout le système de contrôle des pays faibles est basé sur cette apparence de bonté, sur une illusion de bienveillance. Si cette illusion était enlevée, tout le système s'écroulerait. Il est plus aisé de contrôler un peuple endormi qui croit en votre bonté qu'un peuple bouillonnant de colère face à son exploitation et à son impuissance. L'une des raisons pour lesquelles la France en voulait tant à Laurent Gbagbo est qu'il avait exposé le système d'exploitation de la France en Afrique à travers les émissions de la Radio Télévision Ivoirienne sur la Françafrique. En cela seulement, c'est Laurent Gbagbo qui a gagné. Ces émissions ont contribué à ouvrir les yeux des populations au Cameroun ou le sentiment anti-français est palpable. Vous pouvez imaginer que sous Ouattara, ce genre d'émissions ne sera pas montré à la RTI.

Savez-vous qu'une infime partie de l'aide au développement que la France fait aux pays africains parvient aux pays destinataires ? Une bonne partie de cette aide est retournée en France dans des valises pleines d'argent liquide pour le financement des partis politiques. Le Tribunal Pénal International tout comme l'Onu est simplement un outil utilisé dans les mains des puissances occidentales pour exercer leur prédation sur les pays faibles. Vous avez vu le rôle que le TPI a joué dans les crises Ivoirienne et Libyenne ? Il s'est précipité à ouvrir une enquête sur Laurent Gbagbo, Kadhafi et ses enfants pour violation des droits de l'homme et crimes contre l'humanité juste pour leur mettre la pression.

A l'inverse, le roi du Bahreïn qui a réprimé dans le sang les revendications de son peuple, Alassane Ouattara ou Guillaume Soro dont les soldats ont commis des exactions n'ont subi aucune inquiétude, jusqu'à présent. C'est cette attitude qui a amené Jean Ping, le président de l'Union Africaine à accuser le TPI de faire de la politique et un autre président africain à le qualifier de blague. Le TPI est une vraie farce. En passant, la plupart des individus inculpés par le TPI sont Africains.

Les organisations des droits de l'homme tels qu'Amnesty International, bien que créées avec des motifs nobles, ont été récupérées par des Etats et groupes d'intérêt qui les financent. Elles ont une caution morale très importante pour qu'on les laisse sans contrôle. Amnesty International serait contrôlé d'ailleurs par le MI-5, le service de renseignement britannique. Human Rights Watch, une autre organisation des droits de l'homme, serait financée par Georges Soros, un milliardaire soi-disant philanthrope. Ces 2 organisations ne critiquent pas les atteintes aux droits de l'homme faites pendant les guerres initiées sous le couvert des Nations Unies par la France, les Etats-Unis ou l'Angleterre. Lorsqu'ils condamnent certaines actions de leurs pays maitres, c'est avec beaucoup de timidité et juste pour garder une certaine crédibilité. Par contre, ils feront des rapports annuels sur les pays « ennemis » de l'occident.

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Au plus fort de la crise libyenne, les fils de Mouammar Kadhafi ont suggéré qu'on procède à une élection pour voir qui le peuple choisirait comme leader mais l'Otan a refusé, sachant que Kadhafi était populaire (à plus de 80%) dans son pays et qu'il gagnerait haut la main pareil test. La démocratie n'exigeait-elle pas qu'on laisse le peuple décider ? Cette solution n'a même pas reçu l'attention de la « communauté internationale » parce qu'il fallait abattre ce leader qui avait osé défier l'ordre international.

Les séminaires sur les droits de l'homme, le financement et l'aide à certains journaux privés africains, les critiques contre certaines dictatures ne sont que de la poudre aux yeux. Ils font partie de l'arsenal psychologique qui entretient l'illusion de la bienveillance occidentale.

J'espère que vous ne croyez plus les présidents français lorsqu'ils prétendent défendre l'Afrique au G-20, le groupe des 20 pays les plus industrialisés du monde, alors que ce sont eux qui, à travers le franc CFA, maintiennent l'Afrique sous oppression monétaire (http://www.africamaat.com/Video-Le-Franc-CFA-et-les-comptes).

Voyez-vous, on ne peut être voleur et honnête en même temps. On est l'un ou l'autre. On ne peut faire assassiner des gens et prétendre défendre les droits de l'homme. On ne peut provoquer des guerres qui détruisent et prétendre accorder de la valeur à la vie humaine. On ne peut faciliter et donner de la caution à la fraude dans un pays et prétendre être un démocrate dans un autre. On ne peut utiliser la banque mondiale et le FMI pour détruire les économies des pays du tiers-monde et prétendre aider au développement (http://ma-tvideo.france2.fr/video/iLyROoafIPvt.html). On est bon ou on ne l'est pas. Et si ces pays démocratiques nous voulaient du bien, pourquoi éliminent-ils nos leaders tels Sankara, Lumumba ou Kadhafi qui nous aimaient ?

L'occident ne se fout pas de la démocratie. Il la déteste

On le sait, contrairement aux apparences et aux déclarations bienveillantes, les leaders occidentaux ne veulent pas de démocratie, ni de progrès en Afrique. Ils aimeraient que les choses restent comme elles sont, sans toutefois tomber dans le chaos car celui-ci perturbe la bonne marche des affaires. Ils ne veulent pas non plus que les pays du tiers-monde se développent car le développement de l'Afrique les ferait sortir de leur contrôle et de leur joug.

Démocratie suppose répartition du pouvoir entre institutions indépendantes, élections transparentes, presse libre et bavarde, commission d'enquêtes parlementaires, réflexion indépendante, débats publics, etc.... Il est plus facile de contrôler un leader corrompu qui a entre ses mains la totalité du pouvoir que de contrôler un président ou premier ministre qui partage le pouvoir avec les députés, les magistrats de la cour suprême et tous les hauts responsables qui joueraient un rôle-clé dans la marche d'une nation démocratique. Des élections libres présentent le risque de mettre au pouvoir des leaders nationalistes et libres d'esprit que les occidentaux ne contrôlent pas.

La démocratie permettrait à la presse de révéler les magouilles qui se font sous la table et peut très sérieusement interférer avec l'informel dont bénéficient les compagnies occidentales opérant en Afrique. Par exemple, une presse libre et bien informée révélerait aux africains tous les accords commerciaux abusifs que la France a imposé aux pays africains tels que le Niger où elle a la priorité sur l'exploitation de l'uranium. C'est la France qui fixe le prix auquel elle achète cet uranium que le Niger ne peut d'ailleurs pas vendre à aucun autre pays. Cette presse dénoncerait l'exploitation off-shore qu'ELF fait du pétrole congolais sans que le gouvernement congolais n'ait une idée des quantités prélevées. (Regarder le documentaire intitulé "Les Milliards d'ELF").

Une presse libre montrerait les émissions de la Françafrique qui sont diffusées en France mais interdites sur les chaînes africaines. Les juges seraient ainsi libres de faire juger sans pression politique toute compagnie française ou américaine ayant commis des exactions sur le sol africain ou ayant procédé par corruption pour obtenir des contrats. Les députés pourraient débattre de projets de lois et revoir tous les accords que les pays africains ont signé avec la France. Le peuple serait partie prenante du jeu et demanderait une redistribution des richesses qui pour le moment bénéficient en majorité aux compagnies occidentales.

Tout ceci m'amène à affirmer que même si un leader véritablement démocrate et intègre arrivait au pouvoir dans un pays africain, les puissances occidentales essaieraient de l'éliminer. Leurs leaders étrangers ne vont pas se croiser les mains, l'applaudir pour les changements positifs (du moins, pas sincèrement) et le laisser faire. Ils ne vont pas se contenter de le regarder travailler. Ils vont essayer de l'éliminer, pour des raisons déjà évoquées. En plus de ces intérêts nationaux, ils ont aussi des motifs personnels. Les familles Mitterrand, Charles Pasqua et Giscard d'Estaing auraient des intérêts privés au Cameroun, Gabon, Centrafrique, Tchad, Congo. Sur le plan moins personnel, un dirigeant démocrate refusera de procéder aux financements occultes de partis politiques et des ordres mystiques européens. Nous savons que ce financement joue une très importante part dans le fonctionnement de ces entités et certains leaders africains leur verseraient des dizaines et même des centaines de millions de francs CFA, à titre de contribution.

En plus de ces intérêts, il y a la notion de prestige qui est en jeu. Aux yeux des pays puissants, il serait inacceptable qu'un dirigeant d'un petit pays sous tutelle change les règles du jeu telles qu'elles existent depuis la colonisation et force la main à une grande puissance. C'est un affront qu'on ne saurait accepter, ceci est d'autant plus dangereux qu'il pourrait faire des émules. C'est l'une des raisons pour lesquelles le Président Thomas Sankara était un danger pour l'ordre établi français. Il était très admiré et était devenu très populaire auprès des jeunesses et corps d'officiers africains. Les maîtres occidentaux avaient peur que d'autres gens ne veuillent suivre son exemple. Bien qu'il ait été assassiné par celui qu'il croyait être son ami, ce sont la Côte d'Ivoire d'Houphouët-Boigny et la France qui en étaient les commanditaires.

Pourquoi les chefs d'Etats africains ne dénoncent-ils pas cet ordre outrageux des choses ? D'abord parce qu'ils sont eux-mêmes compromis par des abus et violations d'ordre divers. Ils font partie de ce système global de jouissance matérielle, pour la plupart. Ensuite, ces chefs d'Etat seraient embarrassés d'exposer leur impuissance, leur rang subalterne et leur servilité vis-à-vis de leurs maîtres. Quel chef de famille pourrait rentrer, le soir, à la maison et dire avec fierté à sa femme et à ses enfants qu'il a dû remettre une partie de son salaire au voisin parce qu'il avait peur que celui-ci ne le bastonne ? Ces chefs paraissent forts et invincibles aux yeux de leurs peuples et un aveu d'impuissance heurterait leur fierté. Pourtant, la mise en place d'un véritable système démocratique est la seule voie de sortie de ce système d'oppression car elle permettrait de battre les pays dits démocratiques au jeu de la démocratie. Elle permettrait de désarmer les prédateurs, de mettre les règles du jeu du côté du pays en question et d'impliquer dans le jeu la seule composante vraiment capable de protéger un leader : le peuple.

Même chez eux, la démocratie n'existe pas vraiment

Ne vous y trompez pas, même dans les pays occidentaux, la démocratie n'existe pas vraiment. Les dirigeants de ces pays sont sélectionnés à partir de 2 partis politiques uniquement dont aucun ne représente parfois un bon choix. Selon les pays, il s'agit de la gauche et de la droite, des républicains ou des démocrates, libéraux ou conservateurs. Cette organisation ne laisse pas de chances à une tierce personne de compétir. Un ancien agent de la CIA racontait dans une vidéo comment il avait été envoyé pour intimider Ross Pérot, un candidat indépendant qui voulait compétir contre Bush I en 1992, en lui demandant de retirer sa candidature. Il l'a menacé de s'en prendre à sa fille et Ross Pérot a obtempéré. Incroyable, n'est ce pas ? C'est pourtant ce qui s'est passé. Ross Pérot qui commençait à devenir populaire menaçait le règne des 2 partis politiques, par la création d'une alternative pour le peuple.

Les candidats finalement sélectionnés à l'issue des primaires viennent presque tous du même moule. Il est presqu'impossible pour un personnage ayant des idées révolutionnaires qui inconfortent l'establishment d'arriver à ce niveau. Ils ne peuvent changer la politique préétablie par leurs partis et dans une large mesure, l'establishment. Les leaders élus ne peuvent pas de façon significative affecter la politique extérieure de leurs pays et, dans une certaine mesure, même pas la politique intérieure. Ils sont en réalité des têtes visibles de groupes d'intérêt que sont les partis politiques. Ceux qui essaient de changer les choses se font éliminer comme Kennedy, sont poussés à l'échec comme Jimmy Carter ou alors sont intimidés comme Barack Obama qui renonce à mettre en application son programme social. Ces candidats sont, en général, issus de mêmes écoles, fréquentent les mêmes clubs sociaux et appartiennent même souvent aux mêmes sociétés secrètes. Ce dernier détail a une grande valeur lorsque l'on sait que l'Allegiance aux sectes dépasse même souvent leur loyauté vis-à-vis de leurs pays. Le monde occidental est simplement une dictature de l'élite sur les masses ouvrières.

Ces pays démocratiques ont aussi des fraudes électorales, moins visibles et plus sophistiquées que les pays africains. Georges W. Bush ne doit sa première élection de l'an 2000 contre Al Gore (qui avait gagné le vote populaire) qu'à la décision de la Cour suprême de refuser le recomptage des votes en Floride où son frère était gouverneur. Il faut signaler que Georges W. Bush avait des partisans à la Cour suprême, ce juge dont le fils faisait partie de l'équipe de campagne de Georges Bush. Peut-on vraiment parler de démocratie quand le candidat que la plupart des électeurs ont voté perd les élections par le jeu des grands électeurs.

Dans le documentaire intitule "Hacking Democracy", un individu affirme que Kerry avait la preuve que Georges Bush avait perdu l'élection de 2004 mais avait choisi de ne pas en parler. Il faut signaler que Bush et Kerry font partie de la même secte appellée "Skulls and Bones" traduits par "Cranes et Os". Dans son excellent article, Michael Parenti (http://www.michaelparenti.org/stolenelections.html) dit que des irrégularités ont été commises en 2000 contre les minorités ethniques et des personnes démunies qui votent en général démocrate (parti d'Al Gore). 36 000 personnes n'ont pu voter parce que leurs noms n'ont pas été inscrits dans les listes électorales par le secrétaire d'Etat de l'Etat de Floride, Kathleen Harris. Celle-ci a supervisé les élections de l'Etat de Floride de par sa fonction alors qu'elle était aussi un membre actif du comité de campagne de Georges Bush, dans l'Etat de Floride. D'autres électeurs ont été refoulés par une accusation mensongère d'être d'anciens repris de justice. Dans beaucoup de bureaux de vote dans des régions favorables aux démocrates, les autorités ont fermé tôt les bureaux, empêchant les gens alignés dehors de voter.

Plus récemment en Grèce, Georges Papandreou a renoncé à l'idée du referendum sur le sauvetage des banques grecques sous la pression de ses pairs européens qui savaient que s'il était consulté, le peuple grec allait rejeter ces mesures qui le mettent pratiquement en captivité. N'est-ce pas la démocratie, le choix du peuple ?

En conclusion, la démocratie n'existe vraiment pas. L'occident utilise cet artifice dans la guerre qu'elle mène contre l'Afrique. Les crises ivoirienne et libyenne n'ont été que l'expression visible et violente de cette guerre. Cependant, ce n'est pas une guerre que nous gagnerons par la violence. L'Afrique gagnera cette guerre en retrouvant sa dignité, son self-esteem, l'amour de l'un pour l'autre, sous la direction de leaders nationalistes utilisant la sagesse et l'astuce.

Au-delà de ces considérations bassement matérielles, il y a un élément humain qui explique le comportement des gens vis-à-vis des autres. Nous avons tous en nous, en tant qu'êtres humains, ce désir de contrôler et de nous enrichir aux dépends des autres et de leur bien-être supérieur. C'est pour cela que toutes ces sociétés secrètes et clubs élitistes naissent et prospèrent, à travers le monde. Leur but est de contourner la démocratie, de remettre et de garder le pouvoir entre les mains de quelques privilégiés.


Atangana Mebah Dorien, citoyen libre.

vendredi, 18 novembre 2011

KONE KATINAN, PORTE-PAROLE DU PRESIDENT GBAGBO: «NON A UNE AUTRE HUMILIATION»

 

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Mesdames, messieurs, chers Ivoiriens et habitants de la Côte d'Ivoire.


Je me permets de m'adresser à vous en vos rangs, qualités, âge, genre respectifs, au nom du mandat qu'a bien voulu me donner le Président Laurent GBAGBO de son lieu de détention à Korhogo. En effet depuis le 26 mai 2011, je suis porteur d'un mandat expressément donné par le Président Laurent GBAGBO à l'effet de porter sa parole et de le représenter partout où besoin se fait sentir. C'est donc en cette qualité que je me permets de m'adresser par la présente à vous.

Je voudrais avant tout propos vous prier de m'accorder l'indulgence de votre jugement et j'en appelle à votre grande compréhension si d'aventure, les termes de cette adresse heurtaient vos sensibilités. La délicatesse de porter la parole d'un grand homme de surcroît interdit de parole m'impose une démarche qui observe un minimum de prudence. Mais en même temps, nul n'a le droit de se taire lorsque notre Nation s'engage dans une voie qui pourrait à terme compromettre son avenir. Tant de peuples ont péri faute d'avoir relevé les risques putatifs ou réels qui encombraient le chemin de leur Histoire. Or c'est peu de dire que notre pays, la Côte d'Ivoire, malgré les apparences, reste gagné par le doute. Comment peut-il en être autrement, lorsque certains de ses fils et filles, ces supposés leaders et tous ceux qui devraient porter l'espérance de notre peuple, semblent avoir opté pour la désagrégation de notre lien social.

Mesdames et messieurs, il revient de façon constante que certaines personnes en Côte d'Ivoire et ailleurs se délectent de l'emprisonnement du Président Laurent Gbagbo et font de son transfèrement à la CPI un objectif politique, malgré les risques certains que fait courir une telle entreprise à notre pays. Devant la persistance d'une telle attitude, je voudrais en appeler à la conscience de tous afin que chacun de nous évalue souverainement l'impact du harcèlement judiciaire dont est l'objet le Président GBAGBO sur la cohésion sociale. C'est pourquoi, je voudrais interpeller la société civile ivoirienne dans sa diversité, sur la situation de la Côte d'Ivoire qui reste intimement liée à celle du Président GBAGBO. Je pense notamment aux chefs religieux, rois et chefs traditionnels, aux femmes et aux jeunes et toute la masse des hommes de notre pays.

I/ Les chefs religieux

Je sais que chacun de vous continue de prier pour notre pays et chacun reste préoccupé par la paix sociale en Côte d'Ivoire. Je vous sais infiniment gré au nom du Président GBAGBO Laurent, pour cette assistance soutenue à son endroit et à celui de toute la Côte d'Ivoire. Mais, Éminences de toutes les confessions religieuses, vous savez mieux que quiconque que l'Homme est la synthèse du spirituel et du matériel. C'est-à-dire que l'Homme n'atteint la plénitude de son accomplissement que lorsqu'il s'harmonise à la fois avec le spirituel et le temporel. C'est pourquoi, il est juste d'admettre que vous avez une responsabilité renforcée dans l'épanouissement total de nos compatriotes et de tous ceux qui nous font l'amitié de vivre avec nous en Côte d'Ivoire, et partagent de ce fait notre espérance commune. Le berger ne se lasse jamais dans la conduite de son troupeau. Vous aurez beau dire que vous avez suffisamment interpellé les uns et les autres mais cela ne vous dédouanera jamais, car votre mission quasi divine reste un sacerdoce c'est-à-dire, un service désintéressé, sans contrepartie en dehors de celle légitimement attendue du Tout- Puissant dont vous êtes les vicaires sur terre. Tout en reconnaissant vos immenses efforts pour l'avènement d'une Côte d'Ivoire pacifiée et réconciliée avec elle-même, vous restez encore redevables devant vos concitoyens qui attendent que vous preniez une position ferme contre toute tentative de transfèrement du Président GBAGBO à la CPI. C'est à la fois un devoir spirituel, un devoir moral et un devoir national. Parce que, une telle entreprise ne fera que perpétuer la chaîne de la haine dans notre pays.

II/ Les rois et chefs de villages

Gardiens de notre riche tradition issue de plusieurs couches de sédimentation de notre histoire commune, vous êtes suffisamment instruits des grandes valeurs que comporte la recherche permanente de compromis entre les enfants d'une famille. L'humiliation d'un Chef dans toutes nos traditions appelle la malédiction sur la communauté. L'emprisonnement prolongé du Président GBAGBO en lui-même est déjà suffisamment dégradant. Son impensable transfèrement à la CPI, si contre tout bons sens intervenait, sonnerait le glas de toutes nos valeurs sociales dont vous êtes les garants obligés. Je voudrais particulièrement insister sur la responsabilité de mes parents du Nord. Je continue de croire et cela ne pourrait être autrement, quand je questionne l'éducation que cette grande société nous a inculquée, que vous avez déjà exprimé votre opposition à l'emprisonnement prolongé des enfants des autres régions de notre pays chez nous. Je me confondrais moi-même devant ma propre conscience si une telle démarche n'avait pas encore été entreprise de votre part. Tous ceux qui sont emprisonnés chez nous sont les leaders des autres régions de notre pays. Sont-ils pour nous, les trophées d'une conquête militaire lancée contre les autres parties de notre propre pays. Sinon, il est temps et juste, conformément à notre culture pacifique de dénoncer cette détention et d'en exiger la fin. Si d'aventure, le Président Laurent GBAGBO était transféré depuis nos terres vers les prisons européennes ou d'ailleurs, alors nous aurons rompu le pacte avec nos propres ancêtres. Nous serons devenus des hommes sans repères fondamentaux, sujets à toutes les aventures.

Je crois personnellement que l'un des problèmes profonds de notre Continent Noir trouve ses origines dans le fait que très souvent nous avons donné en esclavage certains des nôtres. L'abandon d'un sien au traitement méprisant d'un autre peuple est un acte abominable qui ne peut appeler que malédiction sur nous. Or le transfèrement du Président GBAGBO projeté est le prolongement de notre propension à abandonner nos propres enfants et généralement les plus doués et les plus vigoureux au traitement humiliant des puissances extérieures. Le Président Laurent GBAGBO que l'on tente ainsi d'éloigner définitivement de ses terres est celui qui s'est battu au lendemain de son élection, pour faire revenir au pays ceux des nôtres qui étaient en exil.

Majestés les Rois, Honorables Chefs de villages, vous avez le devoir moral de vous opposer à l'humiliation de l'un de vos illustres fils. Vous en avez la capacité. La question ne peut être soumise à la seule fatalité.

III/ Les femmes

Femmes ivoiriennes et habitantes de la Côte d'Ivoire, au-delà de la diversité de vos sensibilités politiques, religieuses, de vos ordres et rangs sociaux, vous êtes unies par le destin à une mission divine. La fonction de procréation que Dieu vous a déléguée vous élève évidemment au niveau des divinités de notre monde. Elle accroît par la même occasion votre responsabilité dans l'accomplissement de l'Homme, en tant que créature façonnée par Dieu à sa propre image. Quelque soient vos ressentiments personnels et vos récriminations, vous ne pouvez souffrir de l'humiliation d'un être, fut-il votre pire ennemi. Parce que chaque gémissement d'un être humain rappelle les vôtres pendant l'accomplissement de la fonction divine qui se rattache à votre nature. Nul ne peut raisonnablement soutenir que le Président Laurent GBAGBO mérite l'humiliation qu'il subit déjà et celle plus grande à laquelle l'on veut absolument le soumettre. Imaginer et jauger la douleur d'une mère à laquelle l'on arrache son fils pour une terre inconnue. La douleur de Marguerite GADOH, 88 ans, contrainte à l'exil après avoir tout perdu jusqu'à son dernier pagne est également la douleur de chacune des femmes qui habitent la Côte d'Ivoire. Nous sommes tous témoin de l'Histoire récente de notre pays. Le Président GBAGBO s'est toujours rendu personnellement aux domiciles de ses adversaires politiques les plus déterminés pour partager avec eux la douleur consécutive du décès de leur mère. Mais voilà que l'on mobilise une grande énergie pour le séparer définitivement, de son vivant de la sienne, tentant de le priver ainsi de l'accomplissement du devoir le plus sacré qui incombe à chaque enfant d'être témoin oculaire du départ de celle qui lui a donné vie vers celui qui lui a conféré mandat à cette fin.

Je reçois régulièrement témoignage des prières intenses que vous formulez à l'endroit du Président GBAGBO, de tous les autres détenus et de la Côte d'Ivoire. Je vous exprime en retour au nom du Président GBAGBO ma profonde gratitude. J'en appelle à une plus grande mobilisation de votre part pour faire échec à ce que l'on peut qualifier d'attaque contre notre pays. La mise à l'écart forcé du Président GBAGBO du débat politique en Côte d'Ivoire est porteuse de risques pour la cohésion sociale. Elle risque de renforcer les rancœurs qui finissent toujours par détendre les liens sociaux dans une communauté. C'est pourquoi elle s'assimile à une attaque contre notre pays. Votre mobilisation de façon pacifique et suivant les moyens légaux au-delà de vos divergences, constituera un signal fort en tant que gardiennes de notre grande famille ivoirienne suffisamment éprouvée, en direction des promoteurs de cette entreprise dangereuse.

IV/ Les jeunes

Dans l'accomplissement de son plan pour l'Homme, Dieu a établi une chaîne infinie entre les générations. Chaque génération a le devoir de fructifier l'héritage reçu de la génération qui l'a précédée afin de le transmettre avec une plus value certaine à la génération qui lui succède.

De ce point de vue, chacun est en plein ouvrage pour le compte du Créateur. C'est pourquoi, la hantise de notre finitude se contrebalance avec notre espérance de la perpétuation de notre nom dans les générations futures. Dans ce jeu de rôle, la jeunesse occupe une place de choix parce que légataire naturel et obligé de leurs aînés. Dans cette position, les jeunes ne peuvent observer seulement l'attentisme. Il est bon de rappeler que dans notre riche culture africaine, le légataire travaille déjà avant terme à l'entretien de l'héritage qu'il recevra de sorte à le bonifier et à le purger autant que possible des charges inutiles qui pourraient le déprécier au moment où il le recevra. La jeunesse ivoirienne l'a bien compris, c'est pourquoi elle a été de tous les combats pour sortir notre pays des serres des rapaces de tous acabits, qui tentent de prendre en otage son destin. Retenez que le monde entier vous admire pour votre engagement permanent à défendre votre héritage.

Chers amis, jeunes ivoiriens, malgré vos divergences idéologiques, politiques, philosophiques et religieuses, et au-delà de vos conditions sociales, vous êtes unis par le même destin. Vous avez tous part au même héritage. En le laissant se charger de passif grave, vous courrez le risque d'avoir un solde s'il n'est négatif, qui sera limité tout au moins dans une dimension congrue. Vous avez donc le droit peut être même le devoir de surveiller les agissements de vos aînés afin que ceux-ci ne frelatent pas l'Histoire de notre pays que vous recevrez en héritage. Les humiliations entretiennent les rancœurs qui empoisonnent elles-mêmes notre existence. L'emprisonnement du Président GBAGBO, et la volonté affichée par certaines personnes de le faire transférer vers des prisons européennes constituent des faits aggravants qui pourraient si l'on y prend garde compromettre définitivement notre destin commun. Il faut que vous ayez une claire vision de cette réalité. La société ivoirienne est en crise depuis plus d'une vingtaine d'années par la faute de vos aînés qui sont incapables de surpasser leur ego qu'ils placent pour certains, au-dessus de l'intérêt de notre Nation. Il est temps d'exiger d'eux la rupture de la chaîne de la haine. Tout comportement ou tous actes de nature à renforcer cette chaîne de la haine et à la prolonger doivent être dénoncés et combattus. C'est pourquoi nous devons élever au rang de priorité nationale la libération du Président GBAGBO et des autres prisonniers. C'est une question vitale pour toute la jeunesse. Elle requiert donc sa mobilisation sans passion ni violence mais avec détermination. C'est une condition majeure pour purifier l'héritage que vous êtes en droit d'attendre de vos aînés.

V/ Les hommes

Notre responsabilité dans la déchirure de notre société ivoirienne est entière. Alors que nous avons reçu tout de ceux qui nous ont précédés, nous sommes incapables de garantir à la relève un avenir serein. Nous nous sommes laissés enivrés des désirs le plus fous qui cultivent en chacun de nous un égoïsme à la limite de la perversité. Nos émotions semblent avoir totalement submergé notre raison. Qu'avons-nous fait de l'héritage reçu ? Quelle Côte d' Ivoire espérons-nous laisser à la postérité qui devient de plus en plus, à raison du reste, exigeante. Le mutisme que nous observons devant la dégradation continue de notre nation nous rend tous autant que nous sommes coupables devant le tribunal de l'Histoire. La chaîne de générations est avant tout une chaîne de responsabilités. Nous restons débiteurs vis-à-vis de générations futures du double de ce que nous avons reçu de nos devanciers. Est-il bon de rappeler que la nation est une communauté dont une bonne partie des membres n'est plus, quelques uns seulement vivent et la majorité des membres reste à naître. Il nous faut rompre maintenant avec le cycle de la haine. La politique de l'autruche est le plus grand danger qui guette notre existence. Faire semblant de ne pas voir le danger ne signifie nullement pas que ce dernier n'existe pas.

Conclusion

Qui peut raisonnablement penser en Côte d'Ivoire que l'emprisonnement du Président GBAGBO et celui des siens et la volonté affichée par certains de voir nos propres frères ou sœurs enfermés dans des prisons européennes fait avancer la Côte d'Ivoire ? En quoi sont-ils plus coupables que ceux qui veulent les conduire dans ces prisons ? Sommes-nous vraiment génétiquement esclaves au point que notre conscience définitivement soumise, nous condamne mécaniquement à renoncer à tout ce qui nous conduit vers la liberté ? Je ne peux croire à une classification des peuples selon une échelle produite par la fatalité. Refusons de nous donner en friandises pour les délices des occupants des palais repus du fruit de notre labeur et qui pensent que tout leur est dû. C'est en nous-mêmes, que nous trouverons l'énergie, la force et l'intelligence pour orienter dans le sens qui correspond à l'intérêt de nos peuples, le cours de notre destin pris en otage, avec souvent notre propre complicité. Quelle leçon de grandeur donnerons nous au monde entier si nous arrivons à dire ça suffit ! Nous allons nous-mêmes régler nos propres contradictions. Cela ne relève pas du domaine du rêve. Loin s'en faut. Mobilisons nous et nous verrons que le destin d'un peuple n'est jamais l'œuvre ni de la fatalité ni du hasard. Un destin se bâtit par des hommes et des femmes audacieux qui croient d'abord en leur capacité et qui demandent seulement à Dieu de bien les en inspirer. C'est seulement quand Dieu est convaincu de la volonté partagée de chacun des membres de cette communauté de bâtisseurs d'abandonner son ego au profit de l'intérêt commun, qu'il laisse découvrir sa générosité. Un peuple qui vend ses propres enfants à la gloire d'autres peuples ne peut bénéficier des largesses de Dieu si tant est qu'il est juste.

Nous avons le devoir sacré de dire non à une autre humiliation de l'un des nôtres et le Président GBAGBO n'en n'est pas l'un des moindres. Il mérite que nous nous mobilisions pour sa cause qui est également celle de nous tous entant que peuple engagé dans la bataille pour l'affirmation de sa dignité. Nous pouvons dire non sans violence. C'est d'ailleurs la qualité des grands hommes. Sur ce point, la vie du Président Laurent GBAGBO peut nous servir si nous faisons l'effort de dominer nos passions.


Que Dieu bénisse la Côte d'Ivoire !


Le Ministre KONE Katinan Justin

Représentant et Porte parole du Président Laurent GBAGBO

 

Source: NOUVEAU COURRIER.INFO

mardi, 15 novembre 2011

ENTRETIEN - GUY LABERTIT, AMI FRANÇAIS DE LAURENT GBAGBO: «ON FAIT CROIRE QUE TOUT VA BIEN EN COTE D'IVOIRE»

 

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Dans la foule des manifestants pour la libération de Laurent Gbagbo du samedi 12 novembre dernier à Paris, nous avons aperçu son ami de trente ans, Guy Labertit, à la place de la Bastille à Paris. L’homme a accepté de nous parler brièvement de la situation sociopolitique ivoirienne…

 

D’après vous, qu’est-ce que ces marches ici en France peuvent apporter dans la démarche pour la libération de Laurent Gbagbo?

C’est tout simplement une manifestation de la diaspora qui a son sens pour la libération du président Laurent Gbagbo et des 45 autres personnalités qui restent emprisonnées. C’est un moment de la lutte, il y a eu 20 libérés, c’est un premier pas. Mais si la Côte d’Ivoire veut se réconcilier avec elle-même et renouer avec une vie politique normalisée et une démocratie normale, il faut des élections crédibles auxquelles tout le monde pourra prendre part. Il faudra donc que tout le monde soit libéré et que les comptes bancaires soient débloqués. Et à partir de là, les gens pourront discuter.

Pensez-vous que ce type de manifestations ici en France peut peser dans les décisions des décideurs?

C’est l’expression d’une partie de la diaspora ivoirienne dans un pays d’Europe, en l’occurrence la France. C’est une contribution à cette volonté que la Côte d’Ivoire se réconcilie. Et elle ne peut se réconcilier avec elle-même que si ce pays sort d’une logique de justice des vainqueurs. Et quand tout le monde sera libre, les Ivoiriens, tous autour d’une même table, pourront discuter…

Certains Ivoiriens au nombre desquels Mamadou Koulibaly disent que Laurent Gbagbo n’est pas le prisonnier du président Ouattara, mais plutôt celui de Nicolas Sarkozy et de la communauté internationale. Quel commentaire faites-vous de cette affirmation?

Je ne commenterai pas les propos de M. Mamadou Koulibaly. Je laisse le soin aux Ivoiriens de le faire. Tout ce que je sais, c’est que les Ivoiriens ont besoin de réconciliation et de paix.

Mais cette affirmation suppose que la libération de Laurent Gbagbo dépend du chef d’État français et de la communauté internationale?

En tout cas, je crois savoir qu’un ministre français s’est rendu récemment à La Haye auprès de la Cour de justice. Que je sache, ce n’était pas quelqu’un qui était directement concerné par la Côte d’Ivoire, alors il faudra qu’on m’explique pourquoi il a fait ce déplacement ?

Vous soutenez donc que le sort de Laurent Gbagbo ne dépend pas de Ouattara mais plutôt de l’Élysée?

Non, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit.

Mais vous l’insinuez !

Ce que je dis, c’est qu’il y a une forte pression de la communauté internationale et en particulier de la France. Ils laissent entendre que la démocratie a été rétablie en Côte d’Ivoire, c’est manifestement faux. Et je le vois à travers le passage du Premier ministre français François Fillon, récemment du ministre de l’Intérieur Claude Guéant, et avant lui, le patron du parti de Nicolas Sarkozy Jean-François Copé. Cela veut bien dire ce que ça veut dire. On est en train de faire croire aux Français que tout va bien en Côte d’Ivoire alors que visiblement ce n’est pas le cas.



Par Jean-Paul Oro

 

Source: L'INTELLIGENT D'ABIDJAN

vendredi, 11 novembre 2011

IL FAUT SAUVER LE SOLDAT SARKOZY ET LA FRANCE

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« La faillite n'est plus un mot abstrait », voici l'euphémisme - du reste, très élégant - derrière lequel s'est embusqué le Premier ministre français, François Fillon, pour annoncer, dans une mine inabordable des mauvais jours, au peuple français sa banqueroute budgétaire. Prenant sur lui, en préposé des mauvaises nouvelles, de décliner devant la nation, comme un ange venu du Hadès, un plan, non plus de rigueur (mot pourtant longtemps esquivé par le gouvernement et éludé par moult contorsions verbales de ses membres) mais pire, d'austérité. Avec une accélération de la réforme des retraites, une hausse de la TVA (7%) et de l'impôt sur les sociétés (5%). Mettant la France sur le même palier, en réalité, qu'une Grèce en faillite sous perfusion européenne et une Italie sous surveillance économique et budgétaire du FMI. Des plans d'ajustements structurels (PAS, terminologie longtemps demeurée l'apanage des pays pauvres et notamment des pays africains) qui ne disent pas leur nom.

François Fillon répondait ainsi, du même coup - l'occasion était une aubaine immanquable -, à ses pourfendeurs qui le trouvaient un tantinet alarmiste quand il disait en début de quinquennat, en septembre 2007, qu'il était « à la tête d'un Etat en faillite » et à un Nicolas Sarkozy qui, en novembre 2007, assurait les français de l'inverse : « La France n'est pas en faillite ».

Déjà le samedi 5 octobre, à Morzine en Haute Savoie, dans les Alpes françaises, à deux jours de la présentation du deuxième plan de rigueur en moins de trois mois - le socialiste François Hollande dénonce justement une « politique de bricolages » -, il déclarait que « Le budget 2012 sera l'un des budgets les plus rigoureux que la France ait connu depuis 1945 ». Il est urgent, a-t-il dit, cette fois le lundi 7 novembre dernier, lors de sa conférence de presse à l'Hôtel Matignon, de « sortir de la spirale dangereuse » de « la stagnation, de l'endettement et de la sous-compétitivité », même au prix « d'efforts collectifs et prolongés et de « sacrifices ». Il faut rappeler que la France gît sous une épaisse couche de dettes et de déficits, depuis de très longues années. Elle espère ainsi « économiser 100 milliards d'Euros pour parvenir à zéro déficit, en 2016 ».

Comme dit une chaîne de télévision belge sur son site Internet, « l'objectif est de ramener le déficit public à 4,5% du PIB en 2012. Il en va du précieux ''triple A'' de la France, attribué par les agences de notation et sésame pour emprunter à bas coût sur le marché de la dette. Etalé sur quatre ans, l'effort supplémentaire prévu par ce deuxième plan de rigueur en moins de trois mois représentera 7 milliards d'Euros dès 2012. Il doit permettre à la France d'épargner près de 65 milliards d'Euros de dette supplémentaire, d'ici à 2016. (...) Fait rarissime, le budget de l'an prochain est ainsi profondément remanié avant même d'avoir été adopté par le Parlement ».

Les coupes budgétaires annoncées doivent permettre de faire entrer dans les caisses de l'Etat 5,4 milliards d'Euros pour un besoin brut de 7 milliards d'Euros supplémentaires, qui viendront en appui des 11 milliards d'Euros d'économie forcée déjà annoncés, en septembre dernier. Nettement insuffisant pour sortir la France de l'impasse. Où trouver la différence de 1,6 milliards d'Euros. Tel est le nouveau casse-tête « chinois » français.

Et pourtant, si la France vivait moins orgueilleuse et moins belliqueuse, l'économie hexagonale et tout le peuple français s'en porteraient infiniment mieux. Se livrer à un « fascisme extérieur » comme le lui a asséné le sociologue Jean Ziegler, présentant sur TV5 Monde son dernier ouvrage intitulé « Destruction massive », fomenter contre des nations tranquilles  des « guerres humanitaires et démocratiques » pour lesquelles plus personne n'est dupe et espérer équilibrer un « budget en déficit depuis une trentaine d'années », dixit Nicolas Sarkozy lors de sa 3ème conférence de mandat, nous semble être une fuite en avant, doublée d'une prise de raccourci déconcertante du gouvernement français, quand des solutions objectives existent bien en face de lui : vivre selon ses moyens. Qu'entendons-nous par cette expression ?

La France veut continuer à être la « Grande France ». De bonne guerre ! Mais à ses risques et périls. Car comment espérer réduire les déficits, sortir de la spirale de l'endettement aveugle voire irresponsable et s'extirper des anneaux contristants des marchés financiers, tout en continuant cette politique arrogante et impérialiste dans le monde, appuyée sur une économie défaillante et très peu compétitive ? Impossible de faire des omelettes sans casser les œufs. Il faut que la France vive selon ses moyens et non plus de l'argent qu'elle n'a pas ou que ne produit guère plus son économie ni sa force de travail nationale. Le monde a évolué, les rapports de forces géopolitiques et géostratégiques ont mué avec l'émergence de la Chine et des BRICS en général, la real politik internationale n'est plus celle des « 30 glorieuses ». La France n'a plus les moyens de son prestige. Elle doit simplement revoir ses prétentions à la baisse et ne plus vivre aussi outrageusement au-dessus de ses moyens. N'y a-t-il plus de bon sens en France ou plus personne qui en soit habité ?

Figurez-vous qu'en ces temps de vaches maigres internationales, la France se paye encore le luxe d'entretenir pas moins de 11 bases militaires permanentes et d'« opérations extérieures (Opex) », en Afrique (Côte d'Ivoire, Sénégal, Tchad, Gabon, Somalie, Djibouti, Comores, Ile de la Réunion, Togo, Cameroun, République Centrafricaine) et dans le monde, dont les plus importantes se situent en Afghanistan, au Liban, dans le Darfour, en Côte d'Ivoire et dans les Balkans. Sans omettre la toute nouvelle base d'Abu Dhabi (mai 2009), dans les Emirats arabes unis, aux larges du Golfe persique. Avec tout ce que cela sous-entend de logistiques lourde et légère, de charges quotidiennes de fonctionnement et de maintenance, de salaires et de primes, d'investissements divers. La seule force Licorne en Côte d'Ivoire, coûtait et continue de coûter à la France pas moins de 10 milliards de Francs CFA par mois, soient environ 15,3 millions d'Euros par mois.

Les forces françaises hors de la métropole sont les détachements de l'armée française localisés hors du territoire européen de la France. Ainsi, environ 10.000 militaires français sont répartis, en 2010, dans une dizaine d'opérations extérieures (Opex). En ajoutant aux Opex les forces dites de « présence » et de « souveraineté » stationnés dans la France d'outre-mer (Mayotte, Antilles, Guyane, Nouvelle-Calédonie, Polynésie. Afrique y compris ? Ce serait une insulte !), on obtient un total d'environ 30 000 soldats stationnés hors de la métropole française. Réduire cette armada ne serait-ce que de moitié, et la France est sauvée. Mais de cette solution, point question !

Nicolas Sarkozy sera certainement le président français sous lequel toute cette richesse et cette vie artificielles entretenues depuis des décennies finiront par s'écrouler comme un château de cartes. Tant les coups de boutoirs de sa politique extérieure (la guerre en Côte d'Ivoire, couplée de la guerre en Libye et d'un plan de sauvetage de la Grèce audacieux si ce n'est suicidaire, qui ont aggravé comme jamais le déjà abyssal déficit budgétaire français), ses derniers mois, auront été décisifs pour le futur et très proche effondrement général d'une économie déjà en équilibre précaire.

Barack Obama et Nicolas Sarkozy ont passé le plus clair de leur temps à s'encenser l'un après l'autre et à célébrer leur « leadership exceptionnel », lors de leur conférence de presse de clôture du G20 de Cannes. Deux personnalités qui en avaient vraiment besoin, sur le moment, pour maquiller en victoire médiatique leurs déconvenues budgétaires et donner le sentiment global d'être bien « à la barre », quand leur pays vont à vau-l'eau et qu'ils ne doivent leur salut qu'à la « magnanimité » d'une Chine triomphante qui a bien voulu leur acheter leurs bons de trésor et racheter une partie significative de la dette européenne.

Vu sous ce prisme, la présidentielle française de mai 2012 promet des débats croustillants sur les questions financières et économiques. Des esquives en tout genre, des déclarations à l'emporte-pièce, des promesses mirobolantes qui ne seront jamais tenues comme à l'accoutumée, des coups bas à la DSK (en dessous de la ceinture) et des mensonges éhontés de tout registre sont au menu. Nous serons bien servis, en tout cas. La France en sortira-t-elle perdante, plus que jamais affaiblie ou plus forte ? Nous le saurons, bientôt ! D'ici là, il faut sauver le soldat Sarkozy et la France par des recettes intelligentes et peu coûteuses. Nous, nous proposons le bon sens universel et la trivialité d'une recette connue même en économie domestique : vivre selon ses moyens - donc non plus au-dessus de ses moyens - et revoir à la baisse un ego international surdimensionné.

Nous y invitons pareillement la « nouvelle Côte d'Ivoire » et la « République des vainqueurs » de la lagune Ebrié. Qui a les yeux désespérément rivés sur la France messianique d'un Nicolas Sarkozy fauché - qui a récemment offert à notre police 34 véhicules d'occasion encore aux couleurs et aux immatriculations françaises - sauveur pressenti d'un Alassane Ouattara sans le sou.


Que DIEU bénisse la Côte d'Ivoire !


DINDE Fernand AGBO


In le quotidien ivoirien "Le Nouveau Courrier" N° 363 du jeudi 10 novembre 2011.

mercredi, 09 novembre 2011

L’AVOCATE PARISIENNE DE GBAGBO ROMPT LE SILENCE - ME LUCIE BOURTHOUMIEUX: «LA CPI N’A AUCUNE COMPETENCE POUR JUGER GBAGBO»

 


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Lucie Bourthoumieux est avocate à la Cour près le Barreau de Paris. Cette Franco-Camerounaise, résidant en France, fait partie, avec Maitres Jacques Vergès, Roland Dumas et Marcel Ceccaldi, du collectif des avocats internationaux chargés de défendre l’ancien chef de l’État ivoirien, Laurent Gbagbo et son épouse Simone. Dans cette interview exclusive qu’elle a bien voulu nous accorder depuis Paris par téléphone (le samedi 05 novembre), la juriste fait un tour d’horizon de l’actualité nationale et internationale avec en point de mire, les procédures judiciaires ouvertes contre ses clients.

L’actualité en Côte d’Ivoire, ce sont les préparatifs des élections législatives pour lesquelles des partis membres du CNRD, groupement politique proche de Laurent Gbagbo, ont déposé leurs dossiers de candidature à la Commission Électorale Indépendante (CEI), contre la consigne du FPI de boycotter ces élections. Quel est votre commentaire?

En tant que simple observateur, je dois dire que le CNRD fait là preuve d’un très grand optimisme pour la paix. Le CNRD fait le pari de la paix en pensant que le président Ouattara va effectivement, comme le demande le FPI, libérer le président Gbagbo de façon à ce qu’avant le 11 décembre, des négociations inclusives de toutes les parties et des trois grands responsables politiques de la vie nationale ivoirienne, à savoir Ouattara lui-même, Bédié et Gbagbo, s’asseyent autour de la table et fassent ce que le président Gbagbo a toujours dit, y compris sous les bombes françaises: «Asseyons-nous et discutons». Donc je ne pense pas un seul instant que le CNRD prendra sur lui la responsabilité d’aller aux élections, même si le président Gbagbo n’est pas libéré. Je pense plutôt que le CNRD fait le raisonnement suivant: en connaissant ou en supposant l’amour que le président Ouattara doit avoir pour le peuple ivoirien, nous pensons que ce n’est pas possible qu’il n’entende pas l’appel du FPI et de la majorité de la population ivoirienne, en libérant le président Gbagbo. De façon à ce que le président Gbagbo prenne part au débat sur la nécessaire réconciliation ivoirienne. Voilà comment j’interprète le geste du CNRD.

Certaines personnes perçoivent cet acte du CNRD comme un abandon progressif de Laurent Gbagbo par sa famille politique. Est-ce votre cas?

Non, absolument pas! Je connais très bien nos amis du CNRD, et je ne pense pas un seul instant qu’ils voudront porter la lourde responsabilité de trahir le président Gbagbo. Vous savez, ce qui porte le CNRD, c’est le FPI. Et je pense que nos amis du CNRD qui sont des gens assez intelligents, sont bien conscients que le CNRD sans le FPI ne vaut rien; c’est une coquille vide. Ça, je le dis en tant qu’observateur et peut-être que les hommes politiques me démentiront. Sinon en tant que simple observateur et de façon objective, c’est ce qui est la réalité. Maintenant, je ne pense pas que politiquement, les responsables du CNRD peuvent prendre la responsabilité d’aller aux élections, alors que le FPI et la majorité des Ivoiriens demandent que la paix revienne en Côte d’Ivoire. Et pour que la paix revienne en Côte d’Ivoire, comme le dit si bien le FPI, la condition sine qua non, c’est que le président Gbagbo et tous les autres détenus politiques soient libérés. Et que toutes les parties au conflit en Côte d’Ivoire s’asseyent et discutent.

Que dites-vous de la position du ministre des Droits de l'Homme, Coulibaly Gnénéma, qui pense qu'envoyer Gbagbo à la CPI est la solution à la paix en Côte d’Ivoire?

Vous savez, quand on est autour d’une table de discussion, chacun vient avec son point de vue, ses idées qui sont parfois même au-delà de la raison. Écoutons ce que le ministre des Droits de l’Homme dit, et écoutons aussi ce que la raison et la réalité commandent. Si on veut une paix véritable pour la Côte d’Ivoire et dans la sous-région, il faut libérer le président Gbagbo. C’est à ce prix-là que les Ivoiriens pourront se parler et se réconcilier.

Est-il possible aujourd’hui d’envoyer Laurent Gbagbo à la CPI?

Je ne voudrais pas m’étendre sur ce dossier, parce que nous sommes en train de travailler activement là-dessus. Pour moi, il n’y a aucune raison, ni politique, ni juridique, ni objective pour que le président Gbagbo se retrouve à la CPI (Cour Pénale Internationale). D’abord sur le plan juridique, vous savez autant que moi que la Côte d’Ivoire n’a pas ratifié le traité de Rome instituant la Cour Pénale Internationale. Qu’est-ce que cela veut dire? A supposer que par extraordinaire, la communauté internationale, qui soutient le président Ouattara, prenne le risque grave de transférer le président Gbagbo à la CPI. Elle ne sera pas en mesure de juger le président Gbagbo. Parce que la CPI n’a aucune compétence de jugement. La seule compétence que la CPI a aujourd’hui en l’état actuel des choses, c’est de mener des enquêtes sur tel ou tel événement ou fait qui s’est passé en Côte d’Ivoire; et ensuite faire un rapport. C’est vrai que le droit commande à la CPI que pendant cette phase d’investigations, si elle considère que la présence de telle ou telle personne sur le territoire ivoirien est nuisible à la paix, alors la CPI peut l’éloigner de la Côte d’Ivoire. Mais je vous rappelle que sur cette condition, le rapport de la Commission des Droits de l’Homme de l’Onu, dans sa dernière livraison, est très clair. Il soutient que la présence du président Gbagbo en Côte d’Ivoire, n’est nullement un obstacle à la paix, ni pour le pays, ni pour la sous-région. Au contraire, sa présence rassure et est même un élément stabilisateur. Donc une éventuelle décision de transfèrement du président Gbagbo à la CPI serait juridiquement hasardeuse et politiquement très grave.

A quand remonte votre dernière visite à l’ex-couple présidentiel ivoirien, et dans quel état physique et psychologique les avez-vous trouvés?

J’ai eu l’honneur de rencontrer le président Laurent Gbagbo pour la dernière fois le 17 septembre. Je l’ai rencontré deux fois. La première fois, c’était le 5 septembre, et la dernière fois, c’était le 17 septembre en compagnie de mes confrères, Maîtres Vergès et Dumas. La première Dame, je l’ai vue le 7 septembre. Ils ont le moral haut. Le président Gbagbo est un homme moralement très fort. Mais ce qui m’a marqué, moi personnellement chez lui, c’est son absence de haine. J’étais étonnée de voir que quelqu’un qui a été si violemment trahi, si violemment insulté injustement par la prétendue communauté internationale et par nous, les Africains et les Ivoiriens surtout, n’ait conservé aucune trace de haine ni de vengeance dans ses propos. Je dis bien aucune. Et ça, vous savez, depuis le 26 mai 2011 que j’ai eu l’honneur de le rencontrer pour la première fois dans sa résidence surveillée de Korhogo, cela m’a frappée. Tout cela me laisse penser que le président Gbagbo prend sa force morale et mentale dans l’amour profond qu’il a pour la Côte d’Ivoire et pour le peuple ivoirien, qui fait qu’il met l’intérêt de la Nation ivoirienne au-dessus de sa propre personne et de son propre sort. Donc sur ce plan-là, le président Gbagbo va très bien. Il est debout, comme il le dit lui-même : «Je suis débout parce que la cause en vaut la peine; parce que la question n’est pas de savoir qui me déteste moi Gbagbo ou qui m’aime. Mais la question est de savoir, est-ce qu’aujourd’hui au 21ème siècle, nous allons accepter que la Côte d’Ivoire en particulier et l’Afrique en général, redeviennent le vassal de l’Occident?». Voilà la question fondamentale qui fait que le président Gbagbo est debout.

Quelle est, selon vous, la part de responsabilité de Laurent Gbagbo dans la crise ivoirienne?

Votre question est intéressante, parce qu’en tant qu’acteur majeur de la vie nationale pendant au moins trente (30) ans, il serait même insultant de dire que le président Gbagbo n’a aucune responsabilité dans cette crise que connaît la Côte d’Ivoire depuis 1993. Je dis bien 1993. Aurait-il fallu qu’en 1993, au lieu de dire non à Ouattara qui voulait marcher sur la Constitution ivoirienne et arracher le pouvoir à Bédié, le président Gbagbo lui dise:« oui, piétinons la Constitution, monsieur le Premier ministre, prenez le pouvoir et donnez-moi un strapontin ?». Je ne sais pas. Quand en 2002, les rebelles viennent attaquer les institutions de la République et qu’en 2003 on se retrouve à Marcoussis et qu’on demande encore au président Gbagbo, ensemble marchons sur la Constitution, est-ce qu’il aurait fallu dire oui ? Est-ce qu’en 2004, quand la France, en dehors de toute légalité et de toute légitimité, a tiré sur la population ivoirienne, qui s'est levée pour défendre ses institutions, et en a tué 100, Gbagbo aurait dû applaudir et féliciter comme les autres, l’armée française? Quand en 2010 le Conseil constitutionnel, s’appuyant sur la Constitution adoptée par référendum non sous Gbagbo mais sous un autre président, le général Guéi Robert, dit que c’est vous qui êtes élu au regard des procès-verbaux des bureaux de vote et des observations factuelles des observateurs internationaux, y compris ceux de l’Union européenne, est-ce que le président Gbagbo, déclaré vainqueur de la présidentielle par le Conseil constitutionnel, aurait dû dire ''non, comme la communauté internationale dit que ce n’est pas moi, donc je ne respecte pas ma Constitution, je m’en vais?''. Je ne le pense pas. Quand le 26 mars, le président Gbagbo dit qu'il accepte finalement, pour la paix dans son pays, la feuille de route de l’Union africaine et la nomination du Haut Représentant de l’UA, qu’il vienne; et que le lendemain Ouattara, soutenu par les forces françaises et dans une moindre mesure par les forces de l’Onuci, attaque la Côte d’Ivoire, est-ce que le président Gbagbo aurait dû, devant cette attaque, ne pas défendre les institutions comme la Constitution de son pays l’exige? Est-ce qu’il aurait dû s’enfuir? Je me pose toutes ces questions, et je pense que les réponses objectives à toutes ces interrogations détermineront la responsabilité du président Gbagbo devant l’Histoire.

Le dernier rapport de Human Rights Watch le cite nommément comme le principal responsable des tueries de la crise post-électorale, qui a fait officiellement 3.000 morts en Côte d’Ivoire. Qu'en dites-vous?

Je vous arrête tout de suite, monsieur. Vous savez, j’ai regardé et lu ce rapport. C’est un rapport pitoyable, je le dis en connaissance de cause et je pèse mes mots. Figurez-vous que ce rapport dans ses grands titres, souligne que c’est Gbagbo qui est responsable. Mais quand vous lisez son contenu, il n’y a aucun fait ni preuve qui vient soutenir ou étayer cette affirmation grave. D’ailleurs, il y a certains de mes confrères qui vont porter plainte contre Human Rights Watch pour diffamation. Que veut l’Occident? Nous sommes dans un monde où les rebelles sont légitimés et légalisés par la soi-disant communauté internationale. On demande aux gens qui sont au pouvoir dans un pays, qui sont là pour défendre les institutions et le pouvoir d’État, qui sont institutionnellement installés, de laisser les rebelles les attaquer, attaquer les institutions de leur pays, tuer leurs populations sans riposter. On leur dit de fuir et d'aller en exil doré qu’on propose. Mais ce n’est pas cela la vie des Nations. La vie des Nations est régie par la Charte des Nations unies, qui pose comme principe fondamental le respect des institutions des États, le respect de la souveraineté nationale et le devoir de non-ingérence dans les affaires intérieures des États. Sur quoi ou sur quel texte Human Rights Watch et la prétendue communauté internationale s’appuient pour intervenir ou donner leur point de vue dans les pays africains? On peut difficilement prendre au sérieux une telle affirmation venant de cette ONG. Gbagbo, président de la République, chef suprême des armées, n’est pas un chef de guerre. Ouattara, qui vient avec les rebelles et qui ne s’en cache pas, c’est un chef de guerre. C’est tout de même curieux que Human Rights Watch n’en dit pas mot. Aujourd’hui, ce que nous soutenons devant le Conseil de sécurité de l’Onu et devant la CPI à qui nous avons écrit, c'est qu'ils jouent leur crédibilité dans cette affaire. Il est impensable aux yeux des Ivoiriens, des Africains et de toutes les personnes éprises de justice, qu’on parle de responsabilité de Gbagbo pour faits de guerre dans un rapport, en laissant Ouattara. Ce n’est même pas possible, c’est inconcevable et indécent.

Vos actions sont concentrées au niveau international, donnant l'impression que Gbagbo est le prisonnier de la communauté internationale. Avez-vous d'autres actions au niveau national pour la libération de votre client?

Nous sommes un pool d’avocats. Et j’ai mon excellent confrère ivoirien, Me Baroan, qui fait un travail formidable sur le terrain, et avec qui nous travaillons en concertation sur toutes les procédures juridiques qui doivent être faites sur le plan du droit national ivoirien. Nous avons le point de vue suivant, qui ne nous empêche pas de parler avec les autorités ivoiriennes. La prétendue communauté internationale, et plus précisément la France, est intervenue en Côte d’Ivoire en se prévalant de ce qu’on a appelé la résolution 1975 du Conseil de sécurité de l’ONU. Cette résolution est très claire: elle prône le principe de neutralité, d’impartialité et donne à la force des Nations unies en Côte d’Ivoire, l’ONUCI, une mission de protection des civils et de destruction des armes lourdes du moment où celles-ci sont dirigées contre les populations civiles. Donc en tenant compte de cette base juridique, nous continuons à penser que la situation dans laquelle se trouvent le président Gbagbo, tous ses collaborateurs et les membres de sa famille aujourd’hui, découle du non-respect de cette résolution 1975 par la France et les Nations unies. C’est la raison pour laquelle nous n’avons de cesse de rappeler à ces deux entités de la communauté internationale que la situation des détenus aujourd’hui au nord de la Côte d’Ivoire, en tout cas pour tous ceux qui se trouvaient à la résidence du président Gbagbo le 11 avril 2011 et qui ont été appréhendés avec le soutien des forces françaises, ceux-là sont les prisonniers du fait du non-respect par la France, pays en principe des Droits de l’Homme, de la résolution 1975. Et cette question du non-respect d’une résolution des Nations unies, nous n’allons pas la lâcher. C’est pourquoi notre action est toute tournée en grande partie sur le plan international.

Vous avez saisi l’ONU pour demander une enquête internationale sur les tueries des femmes d'Abobo début mars 2011. A quoi répond cette demande?

Je voudrais rappeler que le président Gbagbo, soutenu d’ailleurs par un rapport de son ministre de la Défense, Alain Dogou, souhaite que la vérité soit faite sur les tueries d’Abobo, notamment celle des 7 femmes. D’abord pour déterminer s’il y a eu tueries, et si oui, identifier les véritables auteurs. Cela est d’autant plus important que l’identification de l’auteur ou des auteurs va permettre au peuple ivoirien, à l’Afrique et à la communauté internationale de savoir véritablement ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire. Et s’il y a des ONG, comme Human Rights Watch, qui s’amusent à accuser le président Gbagbo, c’est le moment de soutenir la mise en place d’une Commission d’enquête internationale sur les tueries des 7 femmes d’Abobo, de sorte que la vérité se manifeste. A cet effet, le porte-parole du président Gbagbo, le ministre Koné Katinan, a écrit au Secrétaire général des Nations unies pour demander la mise en place d’une Commission d’enquête internationale afin de faire toute la lumière sur ces faits. Nous ne doutons pas un seul instant que Ban Ki-Moon donnera une suite favorable à notre requête, si tant est que la communauté internationale veut savoir la vérité en Côte d’Ivoire. Car ce sont les présumées tueries des 7 femmes d’Abobo qui ont déclenché les bombardements de l’armée française et de l’Onuci sur la résidence du président Gbagbo et les massacres des populations civiles.

Mme Bourthoumieux, vous êtes aussi l’avocate des victimes des événements de novembre 2004. A quel niveau se trouve ce dossier aujourd'hui?

Tout d’abord, je voudrais m’incliner respectueusement sur la mémoire de la centaine de civils ivoiriens froidement tués par l’armée française, parce que nous sommes dans la période de commémoration de ces tristes et douloureux événements. Je donne également tous mes encouragements aux 2500 blessés dont 300 handicapés à vie, qui continuent encore à penser qu’ils se sont battus pour la défense des institutions de la République et que si c’était à refaire, ils le referaient. Pour que soient respectées la liberté et la libre détermination du peuple ivoirien ainsi que la souveraineté de l’État de Côte d’Ivoire, qui passe par le respect de ses institutions. Où en est le dossier? Vous savez que le président Gbagbo avait, pour des raisons politiques mais aussi et surtout pratiques, choisi un règlement à l’amiable. Sur le plan pratique, le président Gbagbo avait fait le raisonnement suivant: si nous optons, comme le droit nous le permet, de traduire les autorités françaises devant un tribunal pénal, notamment le Tribunal Pénal aux Armées de Paris, parce que c’est cela la procédure, nous allons rentrer dans une procédure très longue qui ne serait pas profitable aux victimes elles-mêmes. Parce qu’elle peut durer plus de 20 à 30 ans. Et nombreuses sont les victimes qui ne verraient pas l’aboutissement de cette procédure et n’auraient pas le bénéfice de la décision ultime, puisqu’elle ne les trouverait certainement pas en vie. Donc le président Gbagbo a préféré à une procédure très longue, un règlement amiable dont l’intérêt est d’accélérer l’indemnisation des victimes.

Sept (7) ans après, les victimes continuent toujours d'attendre, alors que les victimes françaises ont été en partie dédommagées par la Côte d’Ivoire...

C’est vrai, mais ce n’est pas faute d’avoir engagé la procédure de règlement amiable auprès des autorités françaises. Nous avons écrit au président Sarkozy en janvier 2010 pour lui faire cette proposition de règlement amiable au nom des victimes, en lui montrant bien que nous ne voulions pas d’une procédure conflictuelle qui risquait de mettre à mal les relations entre les deux pays. Et dans un premier temps je n’ai pas été déçue, puisque la semaine qui a suivi l’envoi de notre courrier, nous avons eu une réponse de l’Élysée nous informant qu’ils avaient pris connaissance avec intérêt de notre courrier, et qu’ils entendaient y donner suite. Et qu’ils transmettaient le courrier à la ministre française de la Justice d’alors, Mme Michèle Alliot-Marie...

La ministre de la Défense française au moment des événements de novembre 2004…

Exact. Nous nous sommes approché de Mme Alliot-Marie qui, au téléphone, nous a laissé un peu dans le vague. Nous avons compris qu’elle était quelque peu embêtée, parce que comme le disait le président Gbagbo, nous entendions vider le contentieux de novembre 2004. Donc elle a fait traîner les choses en prétextant un emploi du temps chargé, jusqu’à ce qu’on arrive aux élections présidentielles et ce que nous savons tous.

Peut-on dire, à ce jour, que la cause des victimes ivoiriennes est définitivement perdue auprès des autorités françaises?

Ah non! Il n’est plus question de règlement amiable. Mais nous sommes en train de travailler à faire avancer rapidement ce dossier, et permettez que je n’en dise pas plus là-dessus.

Le régime a changé en Côte d’Ivoire, et les victimes de novembre 2004 sont inquiètes pour leur sort. En avez-vous déjà saisi les nouvelles autorités?

Nous sommes en train de travailler en étroite collaboration, les représentants des victimes et nous, sur cette 7ème commémoration. Nous sommes en plein préparatifs. Au départ, on voulait organiser une marche symbolique allant de la RTI à l’hôtel Ivoire, à Cocody. Mais cette idée a été écartée par les victimes elles-mêmes, parce que m’ont-elles dit, les questions de sécurité ne sont pas réglées depuis. Et elles n’ont pas pu obtenir les autorisations nécessaires. Ensuite, après cette marche symbolique, les victimes avaient manifesté le désir d’aller saluer leurs camarades qui sont doublement victimes puisqu’ils se retrouvent dans des camps de déplacés à Bingerville et à l’intérieur du pays. Mais pour des raisons évidentes de sécurité, ces deux activités semblent hasardeuses. Donc du coup, nous sommes en train de réfléchir sur la possibilité de préparer un document que nous adresserons aussi bien à la communauté internationale qu'aux nouvelles autorités ivoiriennes.

Madame Bourthoumieux, quelle est votre plus grande préoccupation aujourd’hui?

Ma plus grande préoccupation aujourd’hui, c’est la paix, la véritable paix en Côte d’Ivoire. Parce que la paix en Côte d’Ivoire, et ça je le dis en tant qu’observateur, va conditionner la paix en Afrique. Et je sais que cette paix en Côte d’Ivoire, elle passe par la vérité et la réalité des faits. Elle passe nécessairement par un débat inclusif qui comprendrait, par ordre protocolaire, le président Bédié, le président Gbagbo et le président Ouattara. C’est la condition sine qua non pour la paix en Côte d’Ivoire et en Afrique. L’Afrique et le monde entier regardent la Côte d’Ivoire. Parce que de la solution en Côte d’Ivoire dépendront les 50 prochaines années de nos États et de nos peuples d’Afrique. La question est de savoir si nous, Africains, nous allons être capables de prendre notre destin en main, un jour. Ou bien nous allons continuer encore pour ces 50 prochaines années à tendre la main à l’Occident, quémander vers l’extérieur, alors que nous avons tout chez nous pour vivre dans la paix et développer nos nations. Voilà ma préoccupation, qui rejoint le sens du combat mené par le président Gbagbo.

Interview réalisée par Hamadou Ziao et Anassé Anassé

 

Source: L'INTER

LE GOUVERNEMENT JOUE LA DETENTE EN LAISSANT PROFILER LA LIBERATION DE PLUSIEURS PRISONNIERS PRO-GBAGBO


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Un communiqué du procureur général dont plusieurs publications locales ont eu connaissance indique  que « la chambre d'accusation de la cour d'appel d'Abidjan examinera (ce matin) les demandes de mises en liberté provisoire » formulées par plusieurs proches du Président Gbagbo.


La décision appartient désormais à la cour d'appel d'Abidjan même s'il ne suffit pas de le dire pour que la politique s'éloigne d'un tel dossier. Elle examine, ce matin, à son audience du jour « diverses demandes de mise en liberté provisoire » qui auraient été « présentées par les personnes inculpées dans le cadre de la crise postélectorale ». La plupart des proches de l'ancien président ont été en effet déportés dans plusieurs villes au nord du pays, ainsi que le Président Gbagbo lui-même, assigné à résidence surveillée à Korhogo depuis son arrestation le 11 avril dernier. La rumeur de la libération d'une partie des cadres de la majorité présidentielle avait fuité il y a deux semaines dans plusieurs tabloïds locaux. Le communiqué du procureur de la cour d'appel d'Abidjan  lui donne ainsi un surplus de crédibilité d'autant plus que Ouattara négocie toujours la participation du Front populaire ivoirien aux prochaines législatives. Selon l'ancien ministre de la défense de Laurent Gbagbo Amani N'guessan, entré au secrétariat général du parti après l'emprisonnement d'Affi N'guessan puis la démission de Mamadou Koulibaly, Ouattara le leur avait promis même s'il préfère attendre et refuse manifestement d'en faire des gorges chaudes.

Si on se doute bien que le régime de Ouattara ne forcera pas sa nature jusqu'à libérer le Président Laurent Gbagbo, en revanche on n'en sait rien des personnes concernées par ce possible élargissement. A priori, c'est le bataillon de Boundiali piégé par la fausse protection de l'ancien représentant spécial du Secrétaire général de l'ONU Young Ji Choï qui arrache le point des pronostics.

Les villes du nord où sont détenus les prisonniers sont : Bouna avec le président du FPI Pascal Affi N'guessan, Michel Gbagbo fils aîné du président Gbagbo, Diabaté Bêh membre du conseil économique et social, le caméraman de la télévision ivoirienne Serges Boguhet ou encore le secrétaire général de l'Université de Cocody Kobi ; Katiola avec le premier vice-président du FPI Abou Dramane Sangaré, le protocole du président Gbagbo Koné Boubacar, Jean-Jacques Béchio et la présidente des femmes patriotes Genéviève Bro Grébé ; à Boundiali avec près de la moitié du dernier gouvernement Gbagbo, notamment le premier ministre Aké N'gbo, Alcide Djédjé conseiller diplomatique du Président Gbagbo, Philippe Dacoury-Tabley, ancien gouverneur de la BCEAO, les ministres Danielle Boni Claverie et Christine Adjobi, nos confrères Gnahoua Zibrabi et Armand Bohui, l'ancien secrétraire d'Etat à la sécurité sociale Armand Ouégnin... Quant à la plupart des militaires arrêtés, qu'ils soient de la garde rapprochée du président Gbagbo ou parmi les officiers, ils sont détenus au CTK de Korhogo qui est un camp militaire. Laurent Gbagbo est, lui, détenu officiellement à la résidence présidentielle de Korhogo tandis que son épouse est déportée à Odienné.

Le gouvernement joue la détente en laissant profiler à l'horizon la libération de certains d'entre eux. Le site Afrik 53 prêtait avant-hier à l'arrivée de Claude Guéant la possibilité d'un élargissement de nombreux prisonniers proches de Gbagbo. Le ministre de l'Intérieur français n'a pas effleuré la question en conférence de presse et a officiellement parlé de sécurité et de la nécessité d'arriver à de bonnes législatives en Côte d'Ivoire. Cependant selon frat-mat.info, la Commission électorale indépendante a prorogé hier, pour la énième fois, les délais de dépôt des candidatures. Le gouvernement ne démord pas de faire participer le FPI aux élections et multiplie les appels du pied. Mais selon des sources indépendantes, tout dépendra de l'ampleur de l'élargissement : « Si le gouvernement se limite à quelques personnalités de moindre influence, alors il faut s'attendre à voir la situation se crisper à nouveau. Par contre, si Affi N'guessan fait partie des personnes libérées aujourd'hui, alors on pourrait s'attendre à ce qu'il négocie dans les prochaines semaines les conditions politiques de la libération du Président Gbagbo ». Et là, on pourrait à nouveau parler de réconciliation nationale.


Joseph Titi, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui » N° 93 du mercredi 9 novembre 2011.

COOPERATION: LE TRICOLORE FRANÇAIS REMPLACE LE DRAPEAU IVOIRIEN


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Claude Guéant, le ministre français de  l'intérieur y est allé, à son tour, de son voyage exotique, en Côte d'Ivoire, la nouvelle destination préférée des officiels en provenance de Paris.  C'était le week-end écoulé. Et pour montrer qu'une personnalité de son rang, ça ne se ballade pas les mains vides, même si c'est dans son jardin fétiche, l'illustre visiteur a emporté avec lui, dans sa gibecière, du matériel roulant et bien d'autres outils de sécurité pour la police nationale. Pendant que les autorités ivoiriennes s'extasient encore devant cette offrande, la polémique ne cesse d'enfler et sur la qualité et sur l'efficacité du matériel reçu.

En effet, pour les rabat-joie, il n'y a nullement de quoi applaudir, jusqu'à se rompre les phalanges, car les voiturettes offertes servent seulement, en France, à poursuivre les automobilistes imprudents. Et rien d'autre car n'étant pas outillées pour faire de  l'intervention musclée ? Puis de pousser la critique sur l'inadéquation des engins en ces termes : « balancés sur les chemins rocailleux et chaotiques de Côte d'Ivoire, de quelle utilité seront réellement, ces véhicules par ces temps de taux de criminalité explosif ? ».

Mais il y a même plus grave, avec notamment ce qui passe aux yeux des souverainistes ivoiriens, pour un véritable scandale. Il s'agit de la couleur des 34 véhicules réceptionnés par le ministre Hamed Bakayoko. Tous ont gardé le bleu-blanc-rouge français comme si, enragent les grognons, la Côte d'Ivoire n'avait plus de souveraineté, n'avait plus de couleurs à elle. Pour les tenants de cette thèse, par respect pour les autorités ivoiriennes et le peuple souverain de Côte d'Ivoire, Paris aurait pu prendre le soin de remplacer le tricolore français par le drapeau ivoirien. Ne serait-ce que cela. Ou à défaut, les badigeonner d'une couleur neutre.

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Surfant sur cette vague nationaliste, Ignace Gobli Zasso, un jeune cadre de la place qui se tient généralement loin des débats politiques, a manqué hier de s'étrangler de colère, vociférant que cela commençait à bien faire, cette volonté de nos gouvernants de remplacer tous les symboles nationaux par ceux de « nos ancêtres les Gaulois ». Un visuel du reste bien entretenu par le régime actuel.

En somme, un retour en première ligne de la préséance française à Abidjan qui rappelle à la génération de l'école télévisuelle, en Côte d'Ivoire, tous ces vieux écrans de télévision offerts à l'école publique ivoirienne et qui avaient occasionné une formation au rabais des jeunes écoliers. Ces derniers ont traîné les insuffisances sur plusieurs années avant que le pouvoir d'alors, devant la critique, ne se résolve à tourner définitivement la page.

Mais aujourd'hui, pendant que nombre d'Ivoiriens font grise mine, les autorités parisiennes sont loin de s'émouvoir. Au contraire, elles trinquent tranquillement, tous les jours que Dieu fait, pour fêter leur retour en force, à la maison, en Côte d'Ivoire. Après une cure d'amaigrissement de 10 ans.


Joseph Titi, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui » N° 93 du mercredi 9 novembre 2011.

MOBILISATION POUR LA LIBERATION DU PRESIDENT GBAGBO


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Les Ivoiriens de la diaspora assiègent l'Assemblée nationale française, ce matin (mardi 8 novembre 2011) à Paris. Une grande mobilisation de leurs ressortissants ainsi que des panafricanistes est prévue ce matin devant l'Assemblée nationale française pour réclamer la libération du Président Gbagbo.

 

Grosse ambiance en perspective ce matin à la place de la concorde à Paris où les ivoiriens en priorité mais également tous les panafricanistes sont invités à une manifestation devant l'Assemblée nationale française pour la libération du Président Gbagbo, détenu dans l'un des goulags nordistes d'Alassane Ouattara depuis le 11 avril dernier. Ses organisateurs entendent interpeller le parlement français qui a « manqué de solidarité envers le peuple Ivoirien » depuis le début de la crise postélectorale en Côte d'Ivoire. Au-delà des mots, cette visite bruyante à l'Assemblée nationale française n'est pas purement symbolique. Les autorités françaises ont été en première ligne lors de la fameuse crise postélectorale qui a secoué tout le pays pendant de nombreux mois  et pendant lesquels ceux qui y sont au pouvoir se sont permis de larguer près de 800 tonnes de bombes sur la résidence officielle de Laurent Gbagbo pour le faire partir. Depuis, Paris dément toute implication dans l'arrestation de l'ex président ivoirien et le Conseil national de la presse menace de suspendre toute publication affirmant que l'ancien régime a été renversé par l'armée française.

Non content par ailleurs d'assister à ces suspensions intempestives de la presse de l'opposition, le gouvernement a fait planer depuis quelques jours une menace d'emprisonnement sur les journalistes qui seraient responsables de diffamation envers des membres du gouvernement. Selon le porte-parole Bruno Koné, le gouvernement portera désormais plainte personnellement  contre ces journaux. A la différence de l'ancien régime qui s'était engagé à ne jamais mettre un journaliste en prison, la présidence de Ouattara a déjà à son actif l'emprisonnement d'Hermann Aboa détenu sans jugement depuis plusieurs mois à la maison d'arrêt et de correction d'Abidjan. Un autre journaliste Sylvain Gagnétau, rédacteur en chef de la radio de Yopougon a, lui, été tué sans sommation. Hermann Aboa est accusé de collusion avec des milices armées et Gagnétau soupçonné d'en être membre. Plus de six mois après l'arrestation de Laurent Gbagbo et de la quasi-totalité de son dernier gouvernement, Abidjan vit toujours sous la terreur. La liberté de la presse est plus que jamais en danger avec des suspensions ciblées et une insécurité qui menace tout le monde. Au moins une quarantaine de lieux de cultes ont été braqués ces deux derniers mois alors que le désarmement promis depuis six mois par le gouvernement n'a toujours pas débuté. Hier, le ministre français de l'Intérieur Claude Guéant est venu remettre une trentaine de véhicules d'occasion à la police nationale. Signe que la Côte d'Ivoire n'a même plus de drapeau, ces véhicules sont arrivés dans les couleurs de la France où ils ne sont certainement plus en usage.

La France continue donc de verrouiller le jeu politique en Côte d'Ivoire et c'est pourquoi les Ivoiriens y prennent constamment la rue pour réclamer la libération de tous les prisonniers des goulags nordistes, à commencer par le Président Laurent Gbagbo inculpé officiellement pour crimes économiques et contre qui aucun début de procédure judiciaire n'a été inauguré. A l'instar de Paris et de toutes les capitales européennes, le pays se mobilise également à Abidjan où le FPI vient de tenir un meeting politique à Marcory. Quelques semaines plus tôt, un autre s'était tenu à Koumassi même si celui de Yopougon a été réprimé et que des membres de la direction du FPI ont été agressés dans un bastion RHDP de koumassi pour empêcher qu'une deuxième réunion politique s'y tienne.

La mobilisation des Ivoiriens et de la diaspora a commencé le 12 décembre à Paris devant le Conseil constitutionnel. Depuis, il ne se passe plus de semaine sans que les ivoiriens ne marchent dans les principales capitales européennes mais aussi aux Etats-Unis où une marche de patriotes a déjà eu lieu à Washingtone D.C.


Joseph Titi, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui » N° 92 du mardi 9 novembre 2011.

mardi, 08 novembre 2011

SECURITE NATIONALE: LA FRANCE OFFRE 34 VEHICULES D'OCCASION


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34 véhicules d’occasion, des pièces détachées de voiture, 45 ordinateurs et des uniformes. C’est le don fait par le ministre français de l’Intérieur, Claude Guéant, à la police ivoirienne, hier, au cours d’une cérémonie, à l’école nationale de police. Le matériel roulant est composé de 5 camions de transport de troupes Renault et de voitures de marque Peugeot et Citroën. Nul besoin de s’en approcher pour se rendre compte qu’il s’agit de véhicules qui ont déjà été utilisés par la police française. Les voitures sont d’ailleurs peintes aux couleurs bleu-blanc-rouge de la république française. « Ces voitures sont peut-être adaptées aux routes françaises, mais certainement pas à nos routes, et puis, certains des camions de transport de troupes qu’on nous a offerts ne démarrent pas, il faut d’abord les pousser », grognait un policier. Celui-ci affirme qu’il s’attendait à ce que la France offre des véhicules tout terrain avec lesquels la police ivoirienne pourrait faire des patrouilles.

Selon Claude Guéant, ce don est le témoignage, par un geste concret, de la solidarité de son pays aux forces de sécurité de Côte d’Ivoire. Il entend ainsi aider les autorités ivoiriennes à assurer leurs missions régaliennes de protection des citoyens après la crise postélectorale qui a plongé la Côte d’Ivoire dans une situation d’urgence. «Le rétablissement de l’ordre et de la sécurité publique sont les conditions de la stabilité des institutions et de la reprise économique», a-t-il rappelé pour motiver le soutien en matériel roulant que la France apporte à la Côte d’Ivoire.

Le ministre ivoirien de l’Intérieur, Hamed Bakayoko, a exprimé sa profonde gratitude à son « ami » Claude Guéant pour ce matériel qui doit accroître les moyens d’action de police. «Le système de sécurité s’est affaissé depuis la crise, laissant les populations dans le doute et la peur. Devant les cris de détresse des Ivoiriens, nous observons l’inaction de la police simplement parce qu’elle n’a pas de moyens de déplacement. Ce don est pour nous d’une utilité inestimable», a-t-il relevé.


Bruno Kouadio, in le quotidien ivoirien "Notre Voie" du mardi 8 novembre 2011.

 

Source: IVOIRIAN.NET

lundi, 07 novembre 2011

LES FRANÇAIS SOUHAITENT LE DEPART DE LA FORCE LICORNE


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Si la guerre électorale qui se profile à l’horizon entre Nicolas Sarkozy le président sortant et son challenger socialiste François Hollande devait intéresser les Ivoiriens, se serait bien sur le chapitre de la présence militaire française. Un léger frémissement est perceptible sur le sujet, en raison de l’hostilité de l’opinion française qui est encore révulsée par la présence de ses militaires loin du territoire français pour se retrouver dans d’autres contrées et singulièrement en Afrique. Pour arriver à cette position, il a fallu que des soldats français tombent un peu partout sur le théâtre des opérations en Afghanistan ou en Afrique, mais aussi  qu’elle sache la réalité de leurs interventions.

En France, une cristallisation se fait autour de la présence militaire française en Afrique et plus singulièrement en Côte d’Ivoire. Si Nicolas Sarkozy en fait le trognon de sa politique de recolonisation de l’Afrique, ce n’est pas le cas de l’opinion publique qui voudrait que les soldats français quittent les pays africains.

François Hollande qui a souvent eu des positions incompréhensibles à l’égard de Gbagbo, son camarade de l’international socialiste, partage au moins cette ligne avec les patriotes ivoiriens qui lui ont fait connaître la réalité de la crise postélectorale en Côte d’Ivoire. Il sait ainsi les résultats de la présidentielle ivoirienne, le niveau d’intervention des autorités françaises et particulièrement les graves déprédations dont se sont rendus coupables les militaires français. Cela dit, le candidat socialiste ne peut pas avoir une position pro-Gbagbo. Une telle posture serait suicidaire en l’état actuel des choses parce que vu de Paris, c’est Ouattara le démocrate. « Nous avons accusé un long retard sur le plan de la communication », concède Brigitte Kuyo, représentante du FPI en France qui conduit le bataillon de lobbyistes patriotes qui maintiennent la pression pour la libération du Président Gbagbo.

Les positions du candidat socialiste ne datent pas d’aujourd’hui. Le 8 août dernier, lors d’une interview accordée à Jeune Afrique, François Hollande avait affirmé que « La France doit maintenant retirer ses troupes de Côte d’Ivoire », estimant qu’après avoir contribué à arracher le pouvoir à Laurent Gbagbo « sa présence n’était plus nécessaire ». Moralité : entre le mal et le pire, les patriotes ivoiriens qui vivent en France et la diaspora africaine, qui luttent pour la libération de l’ancien président ivoirien préfèrent de loin François Hollande. « Lui au moins ne nous a pas envoyé la guerre » se défend Brigitte Kuyo.

Au Palais d’Abidjan, on suit avec attention le duel en préparation entre les deux rivaux français. Le chef de l’Etat ivoirien, on peut l’imaginer, aurait du mal à faire son deuil du départ de Sarkozy de l’Elysée puisque lui seul  peut lui garantir une présence des forces Licorne pour le maintien desquelles il a tout sacrifié, à commencer par la souveraineté nationale.

Le président français va croiser le fer au cours de cette élection avec tous les Africains ayant la nationalité française. La mort de Kadhafi risque d’être vengée dans les urnes françaises contre le président français qui en est l’un des principaux instigateurs. La situation en Côte d’Ivoire fait aussi partie du lourd contentieux qui existe entre les Français d’origine africaine et le président sortant ; ce qui aliène à priori le vote noir à François Hollande.

Celui-ci devra, s’il est élu se prononcer sur le nouvel accord de défense que négocient en ce moment la Côte d’Ivoire et la France. Le chef de l’Etat ivoirien y joue en partie l’essentiel de sa présidence qu’il souhaite encadrer par les militaires français. Le gouvernement a convoqué une séance extraordinaire du conseil des ministres autour du sujet sans que son porte-parole Bruno Koné ait révélé son contenu. Selon lui, tout est enfin prêt pour que les deux parties y apposent leurs signatures. Bref, entre les partisans du départ et ceux qui veulent le statu quo, le compte à rebours  a déjà commencé.


Joseph Titi


Source: ABIDJAN DIRECT

LA MONDIALISATION DE LA PROTESTATION

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Le mouvement protestataire qui a débuté en Tunisie en janvier pour s’étendre par la suite à l’Égypte puis à l’Espagne est désormais un phénomène mondial, avec des manifestations qui prennent d’assaut Wall Street et plusieurs villes d’Amérique. La mondialisation et la technologie moderne permettent désormais aux mouvements sociaux de transcender les frontières aussi rapidement que les idées. Et la contestation sociale a trouvé un terrain fertile partout dans le monde : un sentiment que le « système » a échoué et la conviction que, même au sein d’une démocratie, le processus électoral n’arrangera pas les choses – du moins, en l’absence d’une forte pression de la part de la rue.

En mai, je me suis rendu sur les lieux des manifestations tunisiennes ; en juillet, j’ai eu l’occasion de parler avec les indignados espagnols ; je suis ensuite allé rencontrer les jeunes révolutionnaires égyptiens sur la place Tahrir au Caire ;  il y a quelques semaines enfin, j’ai discuté avec les contestataires d’Occupy Wall Street, à New York. Il existe un thème commun, exprimé par le mouvement OWS, et qui se résume en une phrase simple : « Nous représentons les 99% ».

Ce slogan fait écho au titre d’un article que j’ai récemment  publié : « Of the 1%, for the 1%, and by the 1% » (Des 1%, pour les 1%, et par les 1%), décrivant l’augmentation considérable des inégalités aux États-Unis : 1% de la population détient plus de 40% de la richesse et perçoit plus de 20% des revenus. Et les personnes appartenant à cette strate raréfiée sont souvent grassement récompensées, non pas pour leur contribution à la société – bonus et plans de sauvetage anéantissent clairement cette justification des inégalités – mais parce qu’ils sont, disons les choses clairement, des rentiers prospères (et parfois corrompus).

Il est indéniable qu’une partie de ces 1% a grandement apporté sa contribution. En effet, les bienfaits sociaux apportés par de nombreuses véritables innovations (par opposition aux nouveaux « produits » financiers qui ont fini par dévaster l’économie mondiale) ont pour la plupart grandement excédé ce qu’ont perçu leurs inventeurs.

Partout dans le monde, l’influence des politiques et les pratiques anti-concurrentielles (souvent soutenues par les politiques) ont joué un rôle central dans le creusement des inégalités économiques. Et les systèmes fiscaux dans le cadre desquels des milliardaires comme Warren Buffett payent moins d’impôt (en pourcentage de leur revenus) que leur secrétaire, ou dans lesquels les spéculateurs ayant participé à l’effondrement de l’économie mondiale sont taxés à des taux inférieurs aux taux imposés à ceux qui travaillent pour eux, n’ont fait que renforcé cette tendance.

Les recherches de ces dernières années ont montré à quel point la notion d’équité était importante et ancrée. Les manifestants espagnols et ceux des autres pays ont raison d’être indignés : voici un système dans lequel les banquiers sont renfloués, tandis que ceux qui en ont été la proie sont livrés à eux-mêmes. Pire, les banquiers sont désormais de retour à leurs postes, gagnent des bonus dont le montant dépasse ce que la plupart des travailleurs espèrent gagner dans toute une vie, tandis que les jeunes qui ont travaillé dur pendant leurs études et respecté les règles du jeu n’ont aucune perspectives d’emploi épanouissantes.

La montée des inégalités est le produit d’un cercle vicieux : les riches rentiers ont recours à leur fortune pour façonner la législation dans l’objectif de protéger et d’accroître leur richesse – et finalement leur influence. La Cour suprême des États-Unis, dans sa célèbre décision Citizens United, autorise librement les grandes entreprises à utiliser leur argent pour influencer l’orientation de la politique. En revanche, alors que les plus riches sont autorisés à recourir à l’argent pour assoir leurs opinions, dans la rue la police m’a interdit de m’adresser aux manifestants de l’OWS à travers un mégaphone.

Le contraste entre une démocratie sur-réglementée et des banques non-réglementées n’est pas passé inaperçu. Mais les manifestants sont ingénieux : ils ont repris ce que j’avais dit à la foule et l’ont répété pour que tout le monde puisse l’entendre haut et fort. Et pour empêcher que le « dialogue » ne soit interrompu par les applaudissements, ils ont eu recours à des signes de main énergiques pour exprimer leur approbation.

Ils ont raison d’affirmer que notre « système » a un problème. Partout dans le monde, nous avons sous-exploité un certain nombre de ressources – des personnes désireuses de travailler, des machines inutilisées, des bâtiments vides – et sommes faces à des besoins non-satisfaits : lutte contre la pauvreté, promotion du développement, et modernisation de l’économie pour lutter contre le réchauffement climatique, pour n’en nommer que quelques-uns. En Amérique, après la saisie de plus de sept millions de maisons au cours des dernières années, les maisons vides contrastent avec les sans-abris.

Les manifestants ont été critiqués pour leur absence de propositions. Mais là n’est pas la question des mouvements protestataires. Ils sont l’expression d’une frustration à l’égard du processus électoral. Ils constituent une alarme.

Les manifestations anti-mondialisation qui ont eu lieu à Seattle en 1999, lors de ce qui était supposé être l’inauguration d’une nouvelle série de négociations commerciales, ont attiré l’attention sur les échecs de la mondialisation et des institutions et accords internationaux qui la gouvernent. Lorsque la presse s’est intéressée aux revendications des manifestants, elle a décelée chez eux une vérité certaine. Les négociations commerciales qui ont suivi ont été différentes – du moins en principe, elles étaient censées constituer un cercle en faveur du développement, remédier à certaines des lacunes mises en évidence par les manifestants – et le Fonds monétaire international a par la suite entrepris des réformes importantes.

De la même manière, aux États-Unis, les manifestants pour les droits civiques dans les années 1960 ont attiré l’attention sur le racisme institutionnalisé omniprésent dans la société américaine. Cet héritage n’a toujours pas disparu, mais l’élection du président Barack Obama montre à quel point ces manifestations ont bouleversé l’Amérique.

À un premier niveau, les manifestants d’aujourd’hui réclament peu : la possibilité d’utiliser leurs compétences, le droit à un emploi décent et à un salaire décent, une économie et une société plus justes. Leur espoir est évolutionnaire, et non révolutionnaire. Cependant, à un autre niveau, ils demandent beaucoup : une démocratie dans laquelle le peuple compte, et non les dollars, et une économie de marché à la hauteur des espérances qu’elle suscite.

Les deux sont liés : comme nous l’avons observé, des marchés sans entrave conduisent à des crises économiques et politiques. Les marchés ne peuvent fonctionner correctement qu'à condition qu’ils opèrent dans le cadre de régulations gouvernementales adaptées ; et ce cadre ne peut être érigé que dans une démocratie qui reflète l’intérêt général – et non l’intérêt des 1%. Le meilleur gouvernement que l’argent puisse acheter ne suffit plus.


Joseph E. Stiglitz est professeur à l’Université de Columbia, lauréat du prix Nobel d’économie, et auteur de Freefall: Free Markets and the Sinking of the Global Economy (Chute libre : la liberté des marchés et l’effondrement de l’économie globale, ndt)

 

Copyright: Project Syndicate, 2011.

www.project-syndicate.org

Traduit de l’anglais par Martin Morel


Pour un podcast de ce commentaire en anglais, veuillez utiliser ce lien :

http://traffic.libsyn.com/projectsyndicate/stiglitz144.mp3

 

Source: PROJECT SYNDICATE

jeudi, 03 novembre 2011

HAMED BAKAYOKO AVOUE QUE LE SORT DE GBAGBO DEPEND PLUS DE L'INTERNATIONAL QUE D'EUX-MEMES



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Le ministre de l'Intérieur Hamed Bakayoko qui recevait, lundi dernier, une délégation de la majorité présidentielle à son cabinet, a avoué que le gouvernement ne peut pas décider du cas Gbagbo et encore moins autoriser sa libération.

Plusieurs journaux proches du Rassemblement des houphouëtistes pour la recherche de la paix (RHDP) ont répandu depuis quelques jours le vent de la libération des prisonniers des goulags nordiques d'Alassane Ouattara. Se voulant plus précis, Soir Info a proposé hier à ses lecteurs une liste des personnalités devant être libérées cette semaine. Le chef de l'Etat lui-même avait donné le ton en affirmant, lors d'une allocution publique, qu'il y a avait quelques surprises en l'air, sans dire dans quel sens elles iraient.

Selon nos sources, l'ensemble des prisonniers des goulags sont concernés par un tel « élargissement » sauf une bonne dizaine dont le Président Laurent Gbagbo. Son cas fait l'objet d'une cristallisation de part et d'autre des négociateurs. D'ores et déjà, le FPI avec qui le régime continue de négocier une participation aux législatives, le 11 décembre prochain, a affirmé qu'il boycotterait purement et simplement ces élections tant que le Président Gbagbo serait retenu en prison à Korhogo. Lundi dernier, le ministre de l'Intérieur Hamed Bakayoko a regimbé en avouant qu'il ne pouvait rien faire sur le cas Gbagbo parce que l'ex-président ivoirien « est un prisonnier international ». Selon lui, il y a trop d'intervenants sur le cas Gbagbo qui font que ni lui, ni Alassane Ouattara lui-même ne peuvent pas autoriser la libération de l'ancien président.

Très au fait des enjeux qu'embrasse cette assignation à résidence à Korhogo, Jacques Vergès l'un des avocats internationaux du président Gbagbo avait affirmé très tôt que l'ex-N°1 ivoirien est un prisonnier de Nicolas Sarkozy, démontrant au passage que tout ce qui lui était reproché, dont une scabreuse inculpation pour crimes économiques, n'était qu'une mise en scène destinée à masquer la réalité d'une vengeance personnelle du président français qui n'a pas encore digéré qu'un président africain puisse mettre à mal son autorité.

« C'est quel international qui gère le cas Gbagbo ? La France ? Si c'est oui, c'est choquant et je suis frustré et humilié que notre pays en soit là ! Que les dirigeants qui sont aujourd'hui au pouvoir dans notre pays soient à ce point incapables de prendre leurs responsabilités est déshonorant. Car un Etat souverain prend ses responsabilités, en toute souveraineté », a commenté hier l'ancien ministre Michel Amani N'guessan, ancien ministre de la Défense.

Comble de paradoxe, le Président Gbagbo a pourtant été inculpé par le Procureur ivoirien qui a guerroyé au mot pour démontrer qu'il avait la compétence de poursuivre et inculper un ancien chef d'Etat en dépit d'un statut en la matière très protecteur. Une fois passée cette mise en scène, toute la machine judiciaire s'est arrêtée, puisque toute la procédure est au poids mort. Le pouvoir n'a aucune preuve de détournement de deniers publics, encore moins de preuves de crimes économiques et, dans le désarroi, a fini par jeter son dévolu sur la Cour pénale internationale pour faire coïncider l'intérêt national avec les vœux d'un Nicolas Sarkozy qui ne décolère toujours pas. « Même le choix de la CPI ne les met pas à l'abri d'un procès en responsabilité. Car la saisine de la CPI est de la responsabilité de l'Etat », s'est encore inquiété Michel Amani qui dénonce des gouvernants par procuration. « Pendant que nous, par respect pour notre pays, considérons que nous discutons avec un gouvernement responsable, eux-mêmes affirment le contraire. Dans ces conditions, il est bien inutile de légitimer un tel pouvoir en allant à de telles élections » sans la libération de Gbagbo. Seulement voilà, dans la majorité présidentielle, le CNRD n'a pas encore un avis aussi clair que celui du Front populaire ivoirien.

 

Joseph titi, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui » N° 89 du jeudi 3 novembre 2011.


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QUAND BEDIE DIT NON, C'EST QUE C'EST OUI

 

La morgue habituelle d'Henri Konan Bédié va-t-il suffire ? Cette fois-ci, c'est son autorité qui s'en trouve particulièrement sapée. Car une chose est de dire dans les médias, de manière un tantinet péremptoire, que le PDCI a un accord avec le RDR pour montrer que le premier cité doit hériter du poste de Premier ministre à l'issue des prochaines législatives, une autre est de prouver aux militants que le sphinx de Daoukro co-gère effectivement la présidence de Ouattara comme celui-ci l'avait laissé croire par stratégie. Car sur le chapitre des législatives, le parti démocratique de Côte d'Ivoire accuse une fois de plus le coup. Henri Konan Bédié a été en effet incapable de maintenir le cap des candidatures autonomes. Avant de se rendre en France, Bédié n'avait pourtant pas manqué d'afficher une certaine fermeté à l'égard de Ouattara qui n'arrive toujours pas à se décomplexer de son attitude de leader dominant. On croyait alors que le jeu politique  s'animerait, d'autant plus que le PDCI avait une revanche à prendre sur sa défaite inattendue au premier tour de la présidentielle de 2011. Le candidat du PDCI d'abord puis, dans la foulée, la machine du parti avaient accusé Laurent Gbagbo et son régime d'avoir fraudé sur ses suffrages étouffant par là même un début de polémique sur des fraudes imputées au candidat du RDR dans certaines contrées qui lui sont réputées favorables. Enfin depuis avant-hier, le PDCI a renoncé au combat, acceptant d'être à la remorque du parti du chef de l'Etat qui, lui,  ne se prive pas de lui infliger quelques humiliations comme celles contenues dans le critère de désignation des candidats du RHDP. Selon « Le Nouveau réveil » qui ne décolère pas contre ledit critère, les scores du deuxième tour de la présidentielle font foi lorsque le consensus n'est pas possible entre alliés. Le parti démocratique de Côte d'Ivoire n'ayant pas été au second tour ne pouvait, à priori, qu'espérer le consensus ; mais à ce jeu et vu les appétits, Bédié n'a pu ramener sur terre les cadres RDR dont les yeux sont désormais rivés sur leurs nouvelles carrières politiques à protéger et sur la nécessité d'incarner un nouveau leadership national. Le boycott du FPI qui vient quelque peu rendre dérisoire la machine de la triche est de ce point de vue une aubaine.

Le RDR veut gagner pour éviter que le PDCI ne le tienne en laisse et surtout, qui sait, pour ne pas céder le poste de Premier ministre comme le réclame toujours le parti démocratique de Côte d'Ivoire. Alassane Ouattara semble même avoir trouvé la muselière qu'il faut pour maintenir le leader de 77 ans loin de ses emprises habituelles.

Le sphinx paraît d'autant plus usé qu'il n'a pas les moyens de conserver ses propres acquis. Il devait aussi être naïf de croire qu'il partagerait réellement le pouvoir avec Ouattara en tirant les marrons du feu. Il a rêvé, y compris ses militants dont les plus meurtris selon le confrère appellent publiquement les autres à maintenir leurs candidatures comme celles de cadres indépendants. Leur entêtement à ne plus faire confiance à Bédié est certainement la seule leçon à retenir de ce marché de dupes où Bédié semblent avoir vendu toutes les illusions du PDCI qui n'a plus qu'à se fondre dans le RDR. Mais à cela, le sphinx dira non, avant de dire oui.

 

Séverine Blé, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui » N° 89 du jeudi 3 novembre 2011.

mercredi, 02 novembre 2011

UN G20 SUSPENDU A L'ALEA GREC

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A vingt-quatre heures de l'ouverture du sommet, le référendum grec rebat toutes les cartes. Plus que jamais, l'Europe est en position de faiblesse face à ses partenaires.

 

Il était déjà acquis que les négociations du G20, qui s'ouvre ce jeudi à Cannes, n'auraient rien d'une partie de plaisir au soleil. Or, non seulement le ciel est gris au-dessus de la Croisette, mais en plus, l'annonce d'un référendum grec sur le plan d'aide européen bouscule sérieusement l'agenda des leaders mondiaux.

A défaut d'en avoir fini avec la crise des dettes, les dirigeants européens pensaient au moins présenter à leurs puissants partenaires - Etats-Unis et Chine en tête - les solutions trouvées mercredi dernier lors du sommet européen: décote de la dette bancaire grecque, renforcement du FESF... Or, la décision du Premier ministre grec Papandréou rend déjà incertaine leur application. C'est donc en position de faiblesse, au pied du mur même, que Nicolas Sarkozy et Angela Merkel arrivent à Cannes.

Papandréou en vedette américaine

Première conséquence pour le sommet: Georges Papandréou, dont le pays n'est pas membre du G20, est tout de même présent à Cannes ce mercredi pour rencontrer les deux dirigeants, ainsi que des représentants de Bruxelles et du FMI. Enjeu: s'assurer que le référendum à venir n'aura pas de conséquences sur l'application du plan d'aide européen - cela dépendra notamment du contenu exact de la question posée aux Grecs.

Des résultats de cette discussion dépendront plusieurs autres points à l'ordre du jour du G20. A commencer par la participation de pays non-européens - Chine, Brésil, Russie en particulier - au fonds de stabilité financière (FESF). La fragilité révélée du plan de sauvetage pourrait retarder ce coup de pouce, compliquant encore la situation du Vieux continent. Les Européens seront certainement mis sous pression par leurs partenaires, qui accusent les déboires de l'eurozone de retarder la reprise mondiale.

Un monde à refaire

De même, les atermoiements européens ne créent certainement pas un contexte favorable pour l'adoption d'une taxe sur les transactions financières, soutenue par la France et l'Allemagne, mais très loin de faire consensus. La participation d'Attac au contre-sommet de Nice ne devrait pas suffire à vendre l'idée aux Etats-Unis et à la Grande-Bretagne - dont le Premier ministre David Cameron a juré récemment de protéger la finance britannique contre les vélléités régulatrices de Bruxelles.

Malgré ce nouveau rebondissement dans la crise de l'euro, les dirigeants mondiaux devront trouver le temps d'aborder les autres sujets au programme du G20. Notamment une meilleure coordination de leurs politiques économiques. Là aussi, il y aura du sport. Par exemple côté américain, où on redoute que l'austérité générale en Europe ne nuise à l'activité. Tandis que de ce côté de l'Atlantique, on trouve bien malvenues ces leçons d'économie de la part d'un pays qui a vu sa note dégradée cet été.

Européens et Américains devraient tout de même se retrouver pour demander aux pays émergents de développer leurs gigantesques marchés intérieurs, afin de soutenir la demande mondiale.

L'Europe en homme malade du système

Autre gros morceau au menu: la réforme du système monétaire international sera un autre enjeu du sommet. Et là, c'est la Chine qui est dans le viseur, pour la gestion de son Yuan national. Pékin exerce en effet un strict contrôle sur le taux de sa monnaie, largement sous-évaluée. De là un avantage à l'exportation jugé injuste par ses partenaires. La Chine devrait donc être priée, sinon de laisser flotter, du moins de réévaluer sa monnaie.

Et il se pourrait que Pékin fasse enfin preuve d'ouverture sur le sujet: en effet, les représentants de secteurs patronaux chinois, réunis avec leurs homologues internationaux au sein du «B20» (pour «business») ont accepté de cosigner une déclaration insistant notamment sur ce point. Signe que l'Empire du milieu est prêt à évoluer sur la question?

Il devrait aussi être question de la régulation du système financier mondial, des paradis fiscaux, de la réforme des institutions financières internationales (comme le FMI), de la flambée des matières premières, de l'emploi, de la lutte contre la corruption et du développement. Ce G20 devait être celui des «solutions fortes» pour dépasser la crise. Que peut-il encore en sortir, avec une Europe au bord de la noyade?


Par Dominique Albertini, envoyé spécial à Cannes.

 

Source : LIBERATION.FR

17:45 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Etats-Unis d'Amérique, Europe, France, Monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : monde, europe, amérique, g20 à cannes, un g20 suspendu à un aléa grec | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |