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jeudi, 17 février 2011

DEBAT AUTOUR DU FRANC CFA: QUEL REGIME DE CHANGE CHOISIR POUR LA COTE D'IVOIRE ? (Février 2011)

 

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INTRODUCTION

Le débat sur le franc CFA a pris une certaine envergure ces dernières années, dans les pays africains de la zone franc (PAZF). Il a été amplifié depuis la crise militaro-politique qui secoue la Côte d'Ivoire, par des intellectuels ivoiriens (Pr Mamadou Koulibaly, Dr Prao Yao Séraphin ; Dr Agbohou Nicolas), qui reprennent en écho, la volonté d'une souveraineté monétaire des PAZF.

Si cette question du franc CFA était, il y a quelque temps, un sujet tabou, il reste que, depuis les festivités marquant le cinquantenaire des indépendances, les populations africaines ont épousé l'idée d'une souveraineté monétaire.

Il revient donc très souvent, parmi les intellectuels comme les politiques, la question de savoir quel régime de change adopter pour l'ensemble des pays de la zone franc ou du moins pour chaque pays si la zone  se disloquait.

Dans la littérature économique, le régime de change optimal  pour un pays donné a toujours été un sujet de débat entre les experts en économie internationale, qu'ils appartiennent aux milieux universitaires ou politiques. Depuis l'effondrement du système de Bretton Woods, au début des années 70 et l'adoption du deuxième amendement aux statuts du FMI, les pays membres sont libres d'adopter le régime de change de leur choix.

Même s'ils sont obligés d'arrimer leur monnaie dans un système surveillé par le FMI,  il n'en demeure pas moins qu'ils doivent déterminer le régime de change (fixe, flottant ou intermédiaire) le mieux adapté à leurs besoins sur la base de critères solides.

Le régime de change a des impacts sur le taux de croissance et le bien-être des populations voire même, la stabilité du système monétaire international.  Entre 1999, 2003 et 2009, le FMI  a produit  trois grandes études analytiques[1] sur les régimes choisis par les pays (Mussa et al., 2000; Rogoff et al., 2004; Ghosh, Ostry, and Tsangarides, à paraître) qui s'inspirent des ouvrages empiriques publiés sur le sujet tant par l'institution qu'à l'extérieur (Ghosh et al., 1997; Ghosh, Gulde, and Wolf, 2002; Levy-Yeyati and Sturzenegger, 2003; Reinhart and Rogoff, 2004). Ces études, qui font partie de la mission de surveillance du FMI, indiquent aux membres comment leur régime de change peut influer sur leurs résultats macroéconomiques (inflation, croissance et vulnérabilité aux crises) et contribuer à la stabilité du système monétaire international.

En pratique, le régime de change optimal, surtout pour les économies de marché en développement ou émergentes, a beaucoup évolué ces vingt dernières années. Il était très courant au début des années 90 de fixer le taux de change par rapport à une monnaie forte (souvent le dollar ou le deutsche mark), surtout dans les pays qui passaient d'une économie dirigée à une économie de marché qu'ils s'efforçaient de stabiliser une fois les prix libérés. Cependant, une série de crises du compte de capital s'est déclenchée au cours des années 90 dans les pays émergents où des inversions brutales des entrées de capitaux ont provoqué un effondrement de la monnaie et fait ressortir la fragilité des régimes fixes.

En effet, de nombreuses crises de change ont frappé ces régimes, laissant alors apparaître un nouveau consensus autour des « solutions en coin » comme seuls régimes de change viables. Dans la réalité, les pays émergents sont confrontés, non pas au choix d'une des deux « solutions en coin », mais plutôt au choix du degré de rigidité - ou de flottement - du taux de change.

Notre présente contribution se propose d'entreprendre une discussion sur le choix du régime de change qu'un pays comme la Côte d'Ivoire pourrait adopter s'il devait quitter la zone franc.

Dans le souci de bien faire comprendre la question des régimes de change, il faudra bien topographier la cartographie des idées.

Pour ce faire, nous allons présenter dans un premier lieu, les régimes de change, les différentes typologies et les déterminants des taux de change.

Une fois cette étape franchie, nous pourrons expliciter les raisons de l'attrait des « solutions en coin », c'est-à-dire, la préférence des régimes de change fixes et flexibles.

Cette progression pourra nous aider à donner des indices de choix d'un régime de change pour la Côte d'Ivoire.

I. RÉGIMES DE TAUX DE CHANGE, TYPOLOGIES ET DÉTERMINANTS

I.1. DES DÉFINITIONS UTILES A SAVOIR

Le change est l'acte par lequel on échange les monnaies de différentes nations. Les monnaies prennent les mêmes formes que la monnaie à l'intérieur d'un pays. La monnaie de chaque pays a un prix en termes de la monnaie de chacune des autres nations. Ce prix est le taux de change.

Il y a deux types de taux de change, selon la date de l'échange réel des monnaies : le taux de change au comptant est le prix pour une transaction "immédiate" (un jour ou deux au maximum pour les grosses transactions) ; le taux de change à terme est le prix pour une transaction qui interviendra à un certain moment dans l'avenir, dans 30, 90 ou 180 jours. Les transactions au comptant ne représentent que 40 % des transactions. Le marché des changes est donc nettement un marché à terme.

Un autre éclairage important à faire. Un taux de change peut être exprimé de deux façons : la cotation  " au certain " consiste à donner le nombre d'unités monétaires étrangères équivalent à une unité de monnaie locale ; la cotation, "à l'incertain" indique le nombre d'unités monétaires locales correspondant à une unité de monnaie étrangère. Par exemple, au 20 janvier 1999, l'euro cotait à Paris 1,1571 dollar (cotation au certain), ou encore le dollar contre euro s'échangeait à 0,86472 (cotation à l'incertain). Lorsque l'euro s'apprécie contre les autres devises, son cours coté au certain s'élève ; en revanche, son cours coté à l'incertain diminue.

On appelle marché de changes, le marché sur lequel s'échangent les devises les unes contre les autres. Á la différence des marchés d'actions (ou des marchés de futures ou options sur devises), sur le marché des changes il n'y a pas de cotations centralisées (fixing) mais uniquement des transactions de gré à gré (OTC, Over The Counter dans le jargon boursier). Cela signifie que les opérateurs entrent en contact les uns avec les autres de façon individuelle, par téléphone ou réseaux informatiques.

Les principales bourses de change[2] actuellement sont Londres avec environ 30% du marché, New York avec 20%, Tokyo avec 12%, Zurich, Frankfort, Hong Kong et Singapour avec environ 7% chacune, suivi de Paris et Sydney avec 3% chacune.

Le marché des changes n'est pas un simple lieu de rencontre où des cambistes se crient mutuellement des ordres d'achat et de vente. Au centre du marché des changes se trouvent plutôt des banques et les cambistes qui travaillent dans les banques.

Qui sont donc les utilisateurs du marché des changes ? Sur le marché du détail, qui concerne les clients, au sein du marché des changes au comptant, des individus, entreprises et autres organisations peuvent acquérir des devises  étrangères pour effectuer des paiements, où vendre des devises étrangères qu'ils ont reçues en paiement.

Le plus gros des transactions sur devises, peut-être 90% ou plus s'effectue entre banques sur le marché des changes interbancaires.  Le marché interbancaire a plusieurs fonctions. La participation au marché interbancaire donne à une banque un flux continu d'informations sur la situation du marché des changes grâce à un dialogue avec les cambistes des autres banques et à l'observation des cotations  des cours (taux de change).

Les opérations interbancaires permettent à une banque de réajuster rapidement et à bas prix sa propre position quand elle réalise séparément une importante transaction avec un client.

Les opérations interbancaires permettent aussi à une banque de prendre rapidement une position sur une monnaie étrangère si la banque et ses cambistes veulent spéculer sur les variations du taux de change dans un avenir proche.

Quand n'est-il de l'offre et de la demande d'une monnaie ?

Pour comprendre pourquoi la valeur d'une monnaie monte ou baisse, il faut passer les mêmes étapes que celles qui servent à analyser n'importe quel marché concurrentiel.

Sur le marché des changes, les particuliers et les entreprises souhaitent échanger des devises pour différentes raisons. Certaines effectuent des échanges de biens et services et souhaitent obtenir ou céder des devises en paiement. Certains procèdent à des mouvements internationaux d'actifs financiers. Ils font des investissements ou des emprunts internationaux, et doivent convertir la monnaie d'une nation en une autre pour acheter et vendre des actifs financiers, contracter et rembourser des dettes etc.

Nous en arrivons à la définition d'une devise.  On appelle une « devise » une unité monétaire que chaque pays possède.  Chaque nation a sa propre devise. Mais il peut arriver que plusieurs pays aient une devise commune. C'est le cas de l'Euro pour les pays de l'Union européenne, le dollar pour les Etats-Unis et le Canada (dollar canadien et dollar américain), le Franc CFA pour les pays de la zone.  Ainsi donc, on désignera par devises étrangères, tous les titres de créances libellés en monnaie étrangères (lettres de change, billets à ordre, chèques, valeurs immobilières, coupons, transferts télégraphiques).

I.2. LES DÉTERMINANTS DES TAUX DE CHANGE

Dans l'ouvrage de Jacques Généreux (2008)[3], il apparaît deux facteurs essentiels : les facteurs dits « fondamentaux » et  des facteurs dits financiers, psychologiques et politiques.

Etudions dans un premier temps, les déterminants économiques.  Il paraît naturel d'expliquer les taux de change par l'ensemble des facteurs qui conditionnent les différents flux d'échanges entre le pays et le reste du monde (RDM).  Le rythme de croissance économique d'un pays influence plus ou moins la demande de monnaie nationale. Ainsi, un pays connaissant une croissance économique soutenue attire plus facilement les investisseurs internationaux, ce qui alimente la conversion de devises en monnaie nationale.  A titre d'exemple, les exportations de biens et services par la Côte d'Ivoire entraînent généralement la vente de devises étrangères nécessaire à l'achat de la monnaie ivoirienne. Cette dernière tend à s'apprécier  sur le marché des changes.

En revanche, un déficit extérieur entraîne une hausse de la demande de devises, d'où une baisse du taux de change. En effet, les importations de biens et services tendent parallèlement à faire vendre la monnaie ivoirienne en échange d'une devise étrangère.   Pour nous résumer, les importations ivoiriennes de biens et services engendrent une demande de devises étrangères et une offre de monnaie nationale. Par contre, les exportations ivoiriennes de biens et services engendrent une offre de devises étrangères et une demande de monnaie nationale.

La théorie de la parité des pouvoirs d'achat voit dans les mouvements des prix relatifs des biens domestiques et étrangers le facteur déterminant essentiel du taux de change. Cette théorie comporte une variante absolue qui explique le niveau du taux de change, et une variante relative qui explique les variations du taux de change.

La version absolue de la théorie part de la loi du prix unique (LPU) qui prévaut sur un marché international concurrentiel, sans obstacles à l'échange, sans coûts de transport ou de transaction.

La parité relative des pouvoirs d'achat met en relation la variation du taux de change et la variation des prix (inflation).  Selon la théorie des parités de pouvoir d'achat, un pays qui connaît un taux d'inflation plus élevé que celui de son partenaire commercial doit voir son taux de change s'affaiblir.

Dans un deuxième temps, abordons les déterminants financiers et psychologiques. La théorie de la surréaction, développée par Rudiger Dornbush,  à long terme, le taux de change d'équilibre est déterminé par la parité des pouvoirs d'achat, mais dans le court terme, le taux de change réagit aux différentiels de taux d'intérêt.  Ceci est d'autant plus plausible que les marchés financiers s'ajustent plus rapidement que les autres.

En effet, les taux d'intérêt réels constituent le rendement d'un placement financier. Lorsque le taux d'intérêt d'un pays s'élève par rapport à celui des autres places financières, cela attire de nombreux capitaux flottants à la recherche de la rémunération la plus élevée. Ces entrées de capitaux dans le pays (Côte d'Ivoire) engendrent une offre de monnaie étrangère et une demande de monnaie nationale (monnaie ivoirienne). Il en découle une appréciation de la monnaie ivoirienne sur le marché des changes.

Cependant, les opérateurs financiers tiennent également compte des risques liés à l'état du marché financier ; celui-ci peut être plus ou moins liquide (ne pas permettre facilement les opérations de vente par exemple), plus ou moins volatile, plus ou moins transparent.

A contrario, les sorties de capitaux du pays entraînent une demande de monnaie étrangère et une offre de la monnaie locale (monnaie ivoirienne). Il va en découler une dépréciation de la monnaie locale (monnaie ivoirienne).

Ajoutons également que, les informations véhiculées sur le marché des changes exercent un effet non négligeable sur le comportement des acteurs, au demeurant très enclins au mimétisme : une rumeur, l'annonce de la parution de statistiques sur le commerce extérieur ou le chômage d'un pays, sur l'orientation de sa politique économique, voire sur les démêlés amoureux d'un président... suffisent parfois à déclencher de véritables tempêtes monétaires.

I.3. LA TYPOLOGIE DES RÉGIMES DE CHANGE

Les classifications sont nombreuses et dépendent des auteurs.  Reinhart et Rogoff (2004)[4], proposent quatorze (14) catégories tandis que Ghosh, Gulde et Wolf (2003)[5] se contentent de neuf (9). Si ces différentes classifications  ne souffrent pas de faiblesses, nous avons choisi celle du FMI, puisqu'il utilise des informations quantitatives et qualitatives. En plus, tous les pays membres sont classés et cette classification est mise à jour de façon continue.

Le système de classification est basé sur les membres actuels, arrangements de facto comme identifié par le staff du FMI, qui peut différer de leurs arrangements officiellement annoncés. Cette classification de taux de change sur la base de leur degré de flexibilité et de l'existence des engagements formels ou informels sur le choix du taux de change.

Il s'agit de huit catégories de régime de change qui sont déclinées de la façon suivante.

  • Régime des pays n'ayant pas de monnaie officielle distincte : Une autre unité monétaire est la seule monnaie ayant cours légal dans le pays, ou le pays est membre d'une union monétaire ou d'un mécanisme de coopération monétaire ayant adopté une monnaie commune qui a cours légal dans chacun des pays membres.
  • Caisse d'émission : Régime monétaire en vertu duquel un pays s'engage explicitement en vertu de la loi à échanger à un taux fixe sa monnaie nationale contre une devise spécifique; cet engagement impose certaines restrictions à l'autorité émettrice pour garantir le respect des obligations imposées par la loi.
  • Autre régime conventionnel de parité fixe : Le pays rattache (officiellement ou de facto) sa monnaie, à un taux fixe, à une grande monnaie ou à un panier de monnaies, le taux fluctuant à l'intérieur d'une bande étroite de plus ou moins 1% maximum de part et d'autre du taux central.
  • Rattachement à l'intérieur de bandes de fluctuation horizontales : La valeur de change de la monnaie est maintenue à l'intérieur de bandes de fluctuation supérieures à 1% de part et d'autre d'un taux central fixe, officiel ou de facto.
  • Système de parités mobiles : La valeur de change de la monnaie est ajustée périodiquement dans de faibles proportions, à un taux fixe annoncé au préalable ou en réponse aux variations de certains indicateurs quantitatifs.
  • Système de bandes de fluctuation mobiles : la valeur de change de la monnaie est maintenue à l'intérieur de certaines marges de fluctuation de part et d'autre d'un taux central qui est ajusté périodiquement à un taux fixe, annoncé au préalable ou en réponse aux variations de certains indicateurs quantitatifs.
  • Flottement dirigé sans annonce préalable de la trajectoire du taux de change : l'autorité monétaire influe sur les mouvements du taux de change par des interventions actives sur le marché des changes, sans spécifier ni s'engager à annoncer au préalable quelle sera la trajectoire du taux de change.
  • Flottement indépendant : la valeur de change est déterminée par le marché, toute intervention sur le marché des changes étant plus destinée à modérer le taux de change et à en éviter les fluctuations indésirables qu'à le situer à un niveau particulier.

Le système monétaire international a profondément évolué au cours des années quatre-vingt-dix : alors que les pays européens réalisaient une union monétaire, et que certains pays émergents tentaient, avec un succès contrasté, de mettre en place des régimes de change extrêmement rigides (Argentine, Estonie par exemple), de nombreux pays devaient abandonner, en catastrophe (crises mexicaine, asiatique, brésilienne...), l'ancrage qu'ils étaient parvenus à établir, généralement sur le dollar, pour retourner, au moins temporairement, au flottement.

Selon Fisher (2001)[6], vu la succession des crises monétaires depuis le début des années soixante-dix, les régimes intermédiaires ne se sont pas révélés viables à long terme, en particulier dans les pays intégrés ou en voie d'intégration aux marchés financiers internationaux. Ce point de vue rejoint la thèse de l'"impossible trinité", selon laquelle un pays ne peut poursuivre que deux des trois objectifs suivants : la fixité du taux de change, l'indépendance de la politique monétaire et l'intégration aux marchés financiers internationaux.

Des 22 pays développés de l'échantillon, aucun n'a de régime intermédiaire. La moitié d'entre eux ont un régime de parité "rigide" et les autres un taux de change flottant. Des 33 pays émergents de l'échantillon, 16 ont un régime de changes flexibles, 3 un régime de taux rigides, et 14 un régime intermédiaire.

Pour autant, l'accord est moins large sur la pertinence de ce nouveau  consensus.  Sur le plan empirique, de nombreuses études ont montré la persistance des régimes intermédiaires même après les crises de change des années 90 (Levy-Yeyati et Sturzenegger (2005)[7] ; Bénassy-Quéré et Coeuré (2000)[8]).

Calvo et Reinhart (2001 et 2002)[9] ont quant à eux identifié une « peur du flottement » (fear of floating) liée au fait que les dépréciations monétaires n'ont pas les mêmes effets dans les marchés émergents que dans les pays développés.

Ces différents bémols n'entament en rien l'opinion courante depuis le milieu des années 90 qui estime que les ancrages simples sont trop vulnérables aux crises et que les pays devaient adopter soit un ancrage fixe (union monétaire ou caisse de compensation, par exemple), soit, à l'autre extrémité de l'éventail, un régime de flottement libre dans lequel le marché détermine la valeur de la monnaie sans intervention de l'État.

II. LE CHOIX ENTRE LES SOLUTIONS EN COIN : LE RÉGIME DE CHANGE FIXE ET LE RÉGIME DE CHANGE FLOTTANT

Nous étudierons dans ce paragraphe le cas spécifique des régimes de change fixes et flexibles. Nous l'avons déjà mentionné  que le point de vue actuel est de considérer les régimes intermédiaires comme n'étant plus viables, que  les pays préfèrent les « solutions en  coin », c'est-à-dire, le flottement pur ou une fixité stricte.

Avant de simuler les chocs frappant une économie à régime de change fixe et flexible, nous allons brièvement, en tout cas théoriquement, l'hypothèse de bipolarité des taux de change.

II.1. LES FONDEMENTS THÉORIQUES DE L'HYPOTHÈSE DE BIPOLARITÉ

Premièrement, cette hypothèse apparaît être un corollaire au principe de l'impossible trinité : un pays ne peut pas réaliser les trois objectifs suivants en  même temps : stabilité du taux de change, indépendance monétaire et intégration du marché financier.

Deuxièmement, une justification avancée est l'importance des emprunts étrangers non-couverts en monnaie internationale (le plus souvent en dollar) contractés par les banques et les entreprises, qui sous-estiment une possible dévaluation de la devise.

Troisièmement, le coût politique d'une dévaluation : un gouvernement qui adopte une cible de taux de change attend trop longtemps avant d'abandonner la parité dans le cas d'un reflux important de capitaux.

Quatrièmement, la notion de vérifiabilité. J.A Frankel, E. Fajnzylber, S.L Schmulker et L. Serven (2001)[10] introduisent la notion de vérifiabilité en suggérant qu'une  fixité ou qu'un flottement simple sont plus facilement vérifiables par les agents économiques qu'un régime intermédiaire complexe. Cela peut réduire l'incertitude et donc influencer les décisions de consommation et d'investissements futurs.

Les fixations de type intermédiaires sont incohérentes car les autorités fixent le taux de change pour réduire le taux d'inflation, tout en ayant des objectifs de politique économique (emploi, croissance) qui induisent un biais inflationniste à la politique monétaire. Cette incohérence se traduit par une appréciation du taux de change réel et, en conséquence, une perte de devises.

Une telle incohérence peut subsister s'il existe un contrôle des capitaux assez efficace pour éviter la perte de réserves de change, ou si la capacité d'endettement des autorités est assez importante pour leur permettre de reconstituer celles-ci. La libéralisation générale des flux de capitaux a accru les conséquences de l'incohérence des régimes intermédiaires et donc a contribué à leur effondrement, le plus souvent au terme de crises spéculatives (crise mexicaine en 1994, crise asiatique en 1998 etc.).

II.2. L'ÉTUDE DES RÉGIMES DE CHANGE FIXES ET FLEXIBLES

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COTE D'IVOIRE: LA VERITE SUR LE NAVIRE DE GUERRE SUD-AFRICAIN AU LARGE D'ABIDJAN

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Frégate de l'armée sud-africaine mouillant au large des côtes ivoiriennes, le 15 février 2011.


La présence d'un navire de guerre sud-africain qui mouille actuellement au large d'Abidjan, fait couler beaucoup d'encre. La « CEDEAO », poussée dans le dos par la France, y voit un acte capable de compromettre les travaux de l'Equipe d'Experts et même celui du panel des Chefs d'Etat membres du panel commis pour trouver une sortie honorable à la crise ivoirienne. Pour cela, elle ne manque pas d'interpeler le Président Jacob Zuma chaque fois qu'elle en a l'occasion.

 

Alors que la « CEDEAO » ne dit rien en ce qui concerne les navires de guerre français et hollandais stationnés dans les eaux ivoiriennes, elle trouve à redire quand il s'agit du navire sud-africain. Pourquoi ? Des informations en notre possession permettent de percer le mystère de la fébrilité de la France et de ses suiveurs.

La France a positionné ces navires, pour, dit-elle, apporter un soutien logistique aussi bien à ses troupes staionnées au « 43è BiMa » qu'à ceux de l'« ONUCI ». Soit. Mais depuis que des mesures restrictives ont été prises par la « communauté internationale » pour étrangler financièrement et économiquement la Côte d'Ivoire, elle leur a assigné une nouvelle feuille de route.

Repousser tous les navires commerciaux à destination du port d'Abidjan. Telle est la nouvelle mission de ces navires militaires qui ont mis quelque peu en veilleuse leurs objectifs militaires. Parmi les bâteaux repoussés, des pétroliers et des butaniers ravitaillant respectivement les dépôts de « Total Elf » et « Shell » au Port d'Abidjan. La conséquence de ce blocus, on l'imagine aisément, est le tarrissement du dépôt à gaz butane qui conduit petit à petit à une rarefaction du gaz domestique dans les foyers abidjanais.

C'est cette nouvelle donne que les autorités sud-africaines trouvent suspect autant qu'ils en déplorent l'ensemble des effets collatéraux. Pour l'administration Zuma, il est injuste que la Côte d'Ivoire ploie sous la charge de sanctions diverses au moment où le monde entier est à son chevet. D'où l'envoi du navire de guerre en question dont le rôle est de vérifier la réalité des faits qui ont cours sur les eaux ivoiriennes, rendre compte à son pays en attendant la conduite à tenir.

Ce n'est pas tout. Parallèlement aux renseignements fournis au Président Zuma par la « CEDEAO » et l'« UA », l'administration sud-africaine a mis en branle ses renseignements politique et militaire à l'effet de confrontation de données. Qui leur permettront de se faire une idée autre que celle relayée par les fauteurs de trouble. Ce travail s'est accentué depuis bientôt 7 jours avec l'entrée en scène véritable du renseignement militaire.

Leçon : l'Afrique du Sud veut se donner les moyens de ne pas prendre une décision injuste qu'elle aura à payer toute sa vie. C'est uniquement cela et non un soutien massif à Gbagbo comme la « CEDEAO » tend à le faire croire.


 

Source : NERRATI.NET

AMBASSADES IVOIRIENNES: POURQUOI GBAGBO A TOUTES LES CARTES EN MAINS

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In Le Nouveau Courrier N°205 du 16 Février 2011 par Frank Toti

La crise post-électorale que vit la Côte d'Ivoire depuis quelques trois mois, est vraisemblablement un combat de longue haleine, où s'entremêlent offensives et contre-offensives tous azimuts. Mais ce qui passionne le plus, reste assurément la bataille diplomatique.


Alassane Ouattara, président de la République-déserte du Golf n'a cessé de s'enorgueillir du soutien inestimable que lui apporte son vieil ami Nicolas Sarkozy. Et très rapidement le tapis international lui a été déroulé. Il pousse même l'outrecuidance en désignant des pseudo-ambassadeurs dans certains pays occidentaux. Notamment, en France, aux Etats-Unis, en Suisse, en Belgique, en Grande Bretagne et à l'Onu. S'il est vrai que cela s'apparente à une victoire du camp Ouattara, en réalité cela ressemble fort bien à un coup d'épée dans l'eau. Parce que dans la pratique, celui qui maitrise l'appareil diplomatique ivoirien, c'est bel et bien, Laurent Gbagbo.

D'un, ces pseudo-nominations de diplomates par Ouattara dans certains pays occidentaux ne pouvaient en être autrement. Dans la mesure où ces pays sont tellement allés loin dans la crise ivoirienne qu'ils ne peuvent faire marche-arrière. Aussi, sont-ils condamnés à accréditer des «Ouattaristes» comme Ambassadeurs, pour témoigner de leur amour à leur poulain. Dommage pour eux, puisque ça pue la pacotille. Parce qu'en pratique, le pouvoir ivoirien, incarné par le Chef de l'Etat, Laurent Gbagbo, continue de mener le jeu diplomatique.

A preuve, ces diplomates et individus nommés par Ouattara se contentent du titre d'Ambassadeurs, sans aucunes prérogatives ni compétences. Puisque toutes décisions ou tout document signé sont nuls et de nul effet en Côte d'Ivoire. Ni visas, ni papiers administratifs... Le gouvernement Aké N'Gbo a donné le ton il y a deux jours concernant la délivrance de visas aux ressortissants français et autres sur le territoire de France. «Les visas pour la Côte d'Ivoire sont désormais exclusivement délivrés par les consulats honoraires de Côte d'Ivoire en France, situés dans les localités suivantes : Nancy, Nice, Rouen, Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille, Martinique et Monaco», stipule clairement le communiqué du Gouvernement. Et ce qui est valable en France l'est assurément dans ces pays occidentaux qui ont commis la bêtise de reconnaitre des diplomates nommés par le maître d'Hôtel. Et de plus, la paie des diplomates et autres agents ne transitent plus l'Ambassade, mais atterrit directement dans les comptes des concernés. Du coup, Laurent Gbagbo reprend entièrement et totalement le contrôle de ces chancelleries.

Sur les 45 représentations diplomatiques de la Côte d'Ivoire à travers le monde, Alassane Ouattara peut se prévaloir d'avoir «nommé» quelques 8 «intermittents» à la tête des chancelleries. Une bien maigre performance pour quelqu'un qui chante à longueur de journées que toute la communauté internationale (y compris l'Au-delà) le reconnait comme président. Sans tambours ni trompettes, le Chef de l'Etat, Laurent Gbagbo, qui a la légalité constitutionnelle avec lui, étend sa toile diplomatique, au fil des jours, avec des résultats plus que probants. La remise de la balle au centre par l'Ua, lors de son dernier sommet à Addis-Abeba en est une preuve. Une diplomatie silencieuse et efficace à mettre à l'actif du très discret Ministre des Affaires Etrangères, Alcide Djédjé.


Source: LE NOUVEAU COURRIER

L'ETAT MET LE CAP SUR LA SOUVERAINETE MONETAIRE

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Lentement mais sûrement, la Côte d'Ivoire est en train de conquérir sa souveraineté monétaire. La rupture brutale provoquée par la Bceao- Siège depuis Dakar y est pour quelque chose. Après avoir essayé vainement les armes diplomatique, militaire et politique, Sarkozy et sa Françafrique, ont décidé de désorganiser voire tuer le secteur bancaire de l'espace de l'Union économique et monétaire ouest-africain, (Uemoa).

Certainement, selon leurs propres termes, «étouffer financièrement et économiquement le camp Gbagbo». Dans l'espace, Uemoa, la France est membre très influent dans le Conseil d'administration. La Banque centrale des Etat de l'Afrique de l'Ouest (Bceao). Mieux, c'est elle qui contrôle et manipule à volonté plus de la moitié des avoirs extérieurs des pays ayant en commun, l'usage du Franc Cfa à travers le compte d'opération logé au Trésor français.

Ainsi, après le dernier sommet des chefs d'Etat et gouvernement de l'Uemoa tenu à Bamako au Mali, le gouverneur en fonction Dakoury-Tabley Henri Philippe a été contraint à la démission et depuis, le vice-gouverneur, le Burkinabé Jean Baptiste Compaoré, a pris l'intérim pour trois mois. Comme il n'attendait que ça, le premier acte qu'il a posé, c'est de déconnecter l'agence nationale de la Bceao pour la Côte d'Ivoire, du système informatique de la Banque d'émission.

Le gouvernement Aké N'Gbo ne se fera pas pier pour réquisitionner les agents nationaux de la Bceao travaillant en Côte d'Ivoire. Dès cet instant, Abidjan a mis le cap sur son autonomie. Ce qui fait mal à Bceao- Siège surtout que la Côte d'Ivoire, c'est le pays phare de l'Uemoa avec environ 40%. Face à cette nouvelle donne qui laisse entrevoir non seulement la désagrégation de l'Uemoa, avec à la clé une dévaluation du Fcfa, un nouveau conseil des ministres des Finances de l'Uemoa, a été tenu à Dakar ; le 5e en moins de deux mois. C'est à l'issue de cette rencontre que Jean-Baptiste Compaoré va brandir le bâton des sanctions contre les banques qui vont collaborer avec le gouvernement du Premier Aké N'Gbo.

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Comme il fallait s'y attendre, l'un des satellites en Côte d'Ivoire, la Banque internationale pour le commerce et l'industrie en Côte d'Ivoire (Bicici), filiale de la Banque nationale de Paris (Groupe Bnp Paribas), qui boycottait la transaction manuelle, mise en place par le gouvernement, a sauvagement et de façon inélégante, fermé nuitamment ses agences en Côte d'Ivoire. En attendant, le départ des autres épargnants, il convient de préciser que la Bicici perd avec le non virement des salaires des fonctionnaires et agents de l'Etat, un dépôt mensuel d'environ 7 milliards de Fcfa sur lesquels, elle ne percevra plus des agios.

Par ailleurs, la Citibank qui a également fermé son agence a pris soin d'ouvrir ses guichets automatiques dit-on à l'hôtel Sebroko. En clair, nous sommes passés à une autre phase de la crise ivoirienne et qui porte à croire, que tout est mis en œuvre, pour pousser la Côte d'Ivoire, non seulement à bout, mais l'obliger à sortir de l'Uemoa. En le faisant, ceux qui poussent la Côte d'Ivoire confortent le ministre délégué au Budget Koné Katinan Justin quand il dit :

«Nous n'avons pas l'intention de sortir de l'espace communautaire, mais si on y oblige, nous aviserons». Pour montrer la bonne foi et faisant la posture de la mentalité de l'orphelin avec une vision de souveraineté affichée par le gouvernement Aké N'Gbo, le budget d'Etat 2011, est essentiellement bâti sur la mobilisation des ressources internes. Cap sur la souveraineté monétaire Le budget d'Etat 2011 s'équilibre en recettes et en dépenses à 2907,320 milliards de Fcfa dont 924,7 milliards de Fcfa seront mobilisés par la Direction générale des impôts (Dgi) contre 938 milliards de Fcfa des douanes ivoiriennes qui promettent mobiliser 1000 milliards de Fcfa.

S'agissant de la mobilisation des ressources, il convient de rappeler cette déclaration en substance du ministre Koné Katinan : « Nous n'attendons rien en terme de mobilisation des ressources extérieures, mais sur l'honneur nous prenons l'engagement d'honorer nos obligations envers nos créanciers extérieurs». Aux grands maux, un traitement de choc approprié. Pourrait-on dire. C'est ce que vient de faire le gouvernement à travers sa déclaration du 14 février 2011, avec la série de mesures prises pour sécuriser le paiement régulier des salaires des fonctionnaires et agents de l'Etat.

Mais aussi et surtout ceux des travailleurs du secteur privé. Pour les salaires du mois de février et des mois à venir, la Direction générale du trésor et de la comptabilité publique est instruite à l'effet de procéder à l'ouverture d'office, de comptes dans les autres banques afin d'y effectuer les virements des salaires des fonctionnaires et agents de l'Etat.

Par ailleurs, le gouvernement qui ne veut plus se laisser distraire et se faire surprendre, a décidé de la fermeture immédiate dans ces deux banques, des comptes de sociétés d'Etat et ceux des sociétés à participation financière publique, afin de procéder à leur ouverture dans les autres banques. Pendant que le Garde des Sceaux est instruit d'engager sans délai, des poursuites judiciaires contre ces deux banques. En outre, un secrétariat est créé au sein du Trésor afin d'informer et d'orienter les usagers des secteurs privés et publics de ces deux banques.


Bamba Mafoumgbé


Source : GBAGBO.CI

COMPLICITES DANS LA CRISE IVOIRIENNE - MAMADOU BEN SOUMAHORO: «J'ACCUSE GERARD LATORTUE, LA FRANCOPHONIE ET L'ONU»

 

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La crise postélectorale qui secoue la Côte d'Ivoire, depuis le 28 novembre 2010, n'a pas fini de livrer ses secrets, son lot de comploteurs et leurs alibis pour faire main basse sur les richesses de notre pays. A chaque révélation, l'on apprend un peu plus sur toutes les sales propositions rejetées par Laurent Gbagbo et qui lui valent la ronde de tant de chacals politiques tapis au sein de la Communauté internationale. Dans le texte qui suit, le député Mamadou Ben Soumahoro dévoile la partition de l'ancien Premier ministre haïtien, Gérard Latortue, qui a conduit la délégation des observateurs de l'Organisation internationale de la Francophonie en Côte d'Ivoire. Il établit ses connexions à Paris et à l'ONU.

Personne n'y a véritablement prêté attention. Et pourtant, cela s'est passé. A la fin de la mission d'observation de l'élection présidentielle qu'il a conduite, en Côte d'Ivoire, pour le compte de l'Organisation internationale de Francophonie (OIF), M. Gérard Latortue a dressé son rapport au pied de M. Young Jin Choi, dans les locaux du siège de l'ONUCI à l'Hôtel Sebroko. Aussitôt fait, il a repris l'avion le même soir pour Paris, laissant au Représentant spécial du Secrétaire général de l'ONU en Côte d'Ivoire, le soin d'enfoncer le clou et de gérer la crise qu'ils avaient préparée ensemble contre les Ivoiriens. M. Gérard Latortue venait ainsi de nous indiquer, clairement, que Young Jin Choi est son binôme local dans la fabrication de la crise postélectorale dans laquelle est plongé notre pays depuis le 28 novembre 2010. Latortue et Choi ont agi pour espérer imposer Alassane Ouattara au peuple ivoirien. C'est un des pans de ce complot aux multiples tentacules enclenché pour faire main basse sur la Côte d'Ivoire. Mais ses prémices datent de longtemps. De quelques années plus tôt.


L'indécente proposition
au candidat Gbagbo

Nous sommes en 2008. L'ancien Premier ministre de la République d'Haïti, Gérard Latortue, une vieille connaissance personnelle, sollicite par mon intermédiaire un rendez- vous avec le chef de l'Etat de Côte d'ivoire. Il l'obtient d'autant plus facilement qu'il prétendait vouloir porter à la connaissance du Président Laurent Gbagbo «l'expérience» qu'il venait de réussir dans son propre pays au moment où le nôtre s'apprêtait à aller à son tour à des élections présidentielles importantes annoncées, à cette époque, pour novembre 2009. C'est ainsi que profitant de l'occasion qui lui était offerte, Gérard Latortue s'est permis de proposer à Laurent Gbagbo de se mettre sous «la protection de George W. Bush et des Etats-Unis d'Amérique». Pour la mise en œuvre de ce projet, l'homme a fait valoir au Président Laurent Gbagbo ses relations intimes et privilégiées avec le frère du Président des Etats-Unis, Le gouverneur de l'Etat de Floride. C'est du reste grâce à l'intervention de ce dernier que le Président Bush a désigné Gérard Latortue pour diriger, à titre intérimaire, le gouvernement d'Haïti. Gérard Latortue devait y organiser les élections de sortie de crise après l'expulsion du Président Jean Bertrand Aristide déposé auparavant par les forces onusiennes, toujours sous la férule de Gérard Latortue, leur mandataire. Les Etats-Unis voulaient René Préval comme président d'Haïti, les Etats-Unis et Gérard Latortue ont "donné" René Préval à Haïti. Après cette élection truquée avec succès, Gérard Latortue a voulu monnayer son expérience auprès de Laurent Gbagbo. Un livre blanc a été édité par ses soins. Il l'a proposé au Président ivoirien au cours de l'audience qui lui a été accordée. Ce livre blanc lui a d'ailleurs servi de viatique pour proposer ses services à toutes les capitales africaines qui préparaient des élections dans cette période troublée.

A la deuxième visite faite à Laurent Gbagbo à son domicile officiel de Cocody, Gérard Latortue, plus concret, a proposé à son hôte une véritable stratégie de hold-up électoral avec son aide personnelle et celle des Nations unies à New York. Il annonçait qu'il allait se faire mettre en mission comme observateur international de nos élections à venir, au nom de l'OIF (Organisation internationale de la Francophonie) et de son Président Abdou Diouf. En prévision de cette «mission», il demandait au Président Laurent Gbagbo de faire nommer immédiatement, à un poste technique au siège des Nations unies à New York pour le compte de la Côte d'Ivoire, son compagnon de voyage, un certain Marc Maxi, notoirement connu pour être un honorable agent de la CIA. Cet autre Haïtien, qui avait dirigé auparavant l'organisation humanitaire CARE pour l'Afrique de l'Ouest, devait mettre en place le mécanisme qui devait impliquer le Secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon lui-même, pour appuyer tout ce qui allait se faire sur le terrain en Côte d'Ivoire afin d'assurer la victoire du Président Laurent Gbagbo «sans bavure». Selon les plans de Latortue, à l'issue du scrutin, peu importe le score, que ce soit au premier ou au deuxième tour, l'ex- Premier ministre d'Haïti représentant l'OIF devait tout simplement "crédibiliser" les résultats en faveur de Gbagbo en s'exprimant au nom de tous les observateurs de l'Union européenne et au nom de l'OIF. L'ONU devait ensuite reconnaître la sincérité du scrutin et, selon ce plan, les autres candidats n'auraient eu que leurs yeux pour pleurer. C'est exactement le même schéma qu'il avait proposé en Guinée-Conakry avant la mort du Président Lassana Conté. Le coup d'Etat du capitaine Dadis Camara a mis fin à ses espoirs et annihilé son plan pour les élections en Guinée.

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La belle affaire pour Ouattara et connexions

A la fin de sa visite à Laurent Gbagbo, le Président ivoirien qui avait prêté une oreille plutôt agacée au discours corrompu de Gérard Latortue, lui a fait remettre par mes soins une somme d'argent frais, quelques dizaines de millions de francs CFA, pour faciliter son séjour et celui de son compagnon d'agent de la CIA, Marc Maxi. Le chef de l'Etat n'a pas donné suite à la démarche indécente de l'ex-Premier ministre d'Haïti Gérard Latortue. Ses incessants appels téléphoniques n'ont pas trouvé non plus d'échos auprès du président Laurent Gbagbo pendant de nombreux mois. Son projet est resté lettre morte parce qu'il est tombé sur un véritable démocrate et un intellectuel honnête qui a toujours bâti sa vie sur la vérité de l'onction populaire. Gérard Latortue n'a pas cessé de me harceler, moi qui l'ai introduit auprès du Président Laurent Gbagbo. Là aussi, sans aucune suite. A l'évidence, le Président de la Côte d'Ivoire s'était senti profondément vexé par la proposition malhonnête de Gérard Latortue qu'il a donc définitivement éconduit en ne répondant plus à ses pressants appels téléphoniques.

Bien entendu, toute cette entreprise avait un prix dans l'esprit du représentant de commerce de l'OIF et des Nations unies. Le refus de Laurent Gbagbo constituait pour lui et pour ses commanditaires un énorme manque à gagner qu'il fallait combler d'une manière ou d'une autre. C'est ainsi que Gérard Latortue et Marc Maxi ont proposé leur service diabolique à Alassane Ouattara et à son épouse Dominique Folloroux. Connaissant son entregent, la femme du plus grand imposteur devant l'Eternel, Alassane Ouattara, a dû consolider le projet scélérat de Gérard Latortue par l'adhésion empressée de leurs amis français, américains et ivoiriens de nationalité américaine vivant aux Etats-Unis. Ce qui n'était qu'un plan devant consolider l'avantage du candidat le mieux placé, dans l'esprit de Gérard Latortue et ses comparses accourus pour empocher quelques millions de dollar, est devenu, par la force des choses, un des éléments fondateurs du complot international qui continue de secouer la Côte d'Ivoire, mon beau pays. Ce complot devait donner gagnant celui que personne n'attendait, c'est-à-dire Alassane Ouattara. Pour mieux comprendre les tenants et les aboutissants de ce vaste complot qui s'est étendu à quelques valets de M. Sarkozy en Afrique, notamment le Burkinabé Blaise Compaoré et le Sénégalais Abdoulaye Wade, il importe de savoir que l'acteur principal, le mici-dominici de l'ombre, Gérard Latortue, a servi comme représentant permanant du PNUD (Programme des Nations unies pour le Développement) à Cotonou dans les années 70 et, à ce même titre, en Côte d'Ivoire pendant cinq ans sous l'autorité de l'Algérien Abderamane Kane qui dirigeait l'organisation à partir de Vienne, en Autriche.

Vous avez dit Nations unies ? Que reste-t-il pour accomplir le complot ? Evidement les élections ! Les fameuses élections ! Le prétexte tout trouvé ! Or, dans ce domaine, les données sont connues : Depuis 2002, ''la Communauté internationale '' voulait la tête de Laurent Gbagbo. C'est tout ! Seulement voilà, toutes les tentatives ont lamentablement échoué. Il manquait un homme de main "crédible", loin de l'Afrique, discret et efficace pour accomplir l'opération «enlever Gbagbo». Le premier bénéficiaire, Alassane Ouattara, pour une fois, n'est pas allé le chercher puisqu'il ignorait son existence. Cet homme prétendument providentiel est arrivé de lui-même : après son échec au pied de Laurent Gbagbo, Gérard Latortue est allé proposer la forfaiture de l'OIF à Ouattara. Abdou Diouf, l'ancien Président de la République du Sénégal était candidat à sa propre succession à la tête de l'organisation francophone. Le coup de pouce de Latortue lui a sûrement fait du bien. Au renouvellement du mandat d'Abdou Diouf en Suisse, Nicolas Sarkozy en a décidé tout seul, à la place de tous les chefs d'Etat africains présents, en piétinant leur dignité. La Côte d'Ivoire vaut bien une messe et tout le monde a dit Amen !

«Donne-moi la tête de
Gbagbo, et tu auras l'ONU»

Ainsi donc, on a échangé l'honneur et la sécurité de 20 millions d'Ivoiriens contre le confort du poste d'un homme qui fut pourtant chef d'un Etat africain et non des moindres. Gérard Latortue est l'un des artisans zélés et intéressés de cette mascarade qui a échoué, dans sa version OIF, en Côte d'Ivoire. Lamentablement ! Quoiqu'il en soit, par quelque bout qu'on le prenne, le complot qui essaie de déstabiliser notre pays trouve son épicentre aux Nations unies, son exécuteur testamentaire étant M. Ban Ki-moon qui, malgré son incompétence avérée, veut un deuxième mandat. Nicolas Sarkozy de Nagy Bosca, qui détient un veto en tant que membre permanent du Conseil de sécurité, lui a donné l'assurance de bloquer toutes les initiatives des pays émergeants pour lui ouvrir la voix du succès aux prochaines élections de Secrétaire général des Nations unies. Cela peut expliquer en grande partie l'acharnement de M. Ban Ki-moon et de son «frère» sud-coréen Young Jin Choi qui le représente en Côte d'Ivoire et qui l'épaule pour mériter le futur «service» attendu de Sarkozy. Ce n'était pas un hasard si M. Gérard Latortue, responsable des observateurs de l'OIF dans la présidentielle ivoirienne du 28 novembre, a rédigé son rapport au pied de M. Choi, dans les locaux du siège de l'ONUCI à l'Hôtel Sebroko, juste avant de reprendre l'avion le même soir pour Paris, laissant à son binôme Choi le soin d'enfoncer le clou et de gérer la crise qu'ils avaient préparée ensemble contre les Ivoiriens.

Ces révélations ne sont ni une fiction ni un roman. Pour tous ceux qui en douteraient, j'exige que M. Gérard Latortue vienne s'expliquer devant le peuple de Côte d'Ivoire pour réfuter, s'il le peut encore, toutes ces accusations gravissime que je porte contre lui en tant qu'Ivoirien qui croyait pouvoir compter sur son amitié. Je crie ici ma déception et ma colère contre son comportement cupide, mercantiliste et bassement intéressé.

M. Gérard Latortue, vous m'avez sans doute reconnu à travers cet article dénonciateur de votre indignité vis-à-vis de la Côte d'Ivoire, mon pays. Je vous attends pour vous porter personnellement la contradiction si vous osez accepter un face à face, ici même à Abidjan, devant tout le monde.

Enfin, je comprends maintenant pourquoi vous n'avez pas donné de suite au coup de fil du Président de la Commission électorale indépendante (CEI) qui voulait me donner la possibilité de vous serrer la main à l'Hôtel Pullman d'Abidjan au Plateau où je n'ai jamais pu vous trouver. M. Bakayoko Youssouf devait ignorer que je ne comptais plus parmi vos amis à Abidjan et que lui-même, Bakayoko Youssouf, avait été déjà instrumentalisé par vous, Gérard Latortue, ainsi que par Ban Ki-moon pour le compte d'Alassane Ouattara.



Abidjan, le 12 février 2011

Mamadou Ben Soumahoro

Député indépendant à
l'Assemblée nationale

lundi, 14 février 2011

LE FRANC CFA DANS L'ORNIERE DE LA DEVALUATION (Février 2008)

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La valeur de la monnaie européenne, l'Euro ne cesse de battre des records face au dollar. L'euro est passé à 1,45 dollar début Février 2008. Entre temps, l'économie américaine est en passe de connaître une récession, ce qui laisse croire que Ben Bernanke baissera encore les taux directeurs de la FED pour relancer l'économie. La Chine, fait de bonnes affaires avec une sous-évaluation constante de la valeur de sa monnaie. D'ailleurs, elle a encore déclaré l'année dernière un taux de croissance de 11%. L'euro fort handicape aujourd'hui un pays comme la France qui annonce pour l'année 2007, un déficit commercial d'environ 44 milliards d'euros. Si les pays de la zone dollar en tirent des bénéfices, ce n'est pas le cas pour les pays qui ont en commun le franc CFA (zone euro). Au delà des passions politiciennes, la surévaluation du franc CFA est un lourd handicap au regard de la structure de l'économie des pays membres et des biens qu'ils exportent. La dévaluation de 1994 et ses effets immédiats restent gravés dans les mémoires. Qualifiée à l'époque de "brutale et [de] douloureuse" par le président du Bénin Nicéphore Soglo, une possible et éventuelle dévaluation reste très discutée. Il convient dans ce cas de revenir sur ce débat qui hante les économistes africains de la zone franc.

La dévaluation en question

Un pays qui connaît un désajustement de sa balance de paiement peut le corriger par une variation du taux de change. Cette dernière provoque une modification des prix nécessaire à l'ajustement des importations et des exportations et au rétablissement de l'équilibre. Le taux de change peut faire donc l'objet d'une dévaluation qui se traduit par une baisse de la valeur de la monnaie nationale par rapport aux monnaies étrangères, ou une réévaluation, qui s'exprime comme une hausse de la valeur de la monnaie nationale par rapport aux monnaies étrangères. Dans le cas des pays africains de la zone franc, le débat porte sur une baisse de la valeur de la monnaie, la montée de l'euro surévaluant de facto cette dernière et décourageant les exportations.

Les conséquences de la dévaluation

Une dévaluation a de forte chance de produire les effets escomptés que si les prix internes augmentent. En réalité et surtout pour les pays dont le secteur domestique est très important, la hausse des prix intérieurs sera, dans l'ensemble moins rapide et moins forte que la dépréciation du taux de change. En effet, de nombreux produits sont obtenus dans le pays et ne souffrent d'aucune concurrence étrangère (secteur abrité) si bien que leurs prix ne subissent qu'avec retard, ou faiblement, la contagion de la hausse due à la dépréciation. Il en va de même des prix des services et des facteurs de productions qui peuvent être déconnectés des prix étrangers. Pour les pays africains de la zone franc, leur dépendance plus ou moins grande à l'égard des importations va les obliger à alourdir le déficit commercial si les exportations ne sont pas stimulées. L'accroissement des exportations peut alors, dans certains cas, provoquer une perte de substance pour l'économie nationale. Or, à la suite d'une dévaluation, l'accroissement de la valeur des exportations (en monnaie nationale) sera d'autant plus important que l'élasticité de la demande étrangère sera forte. Etant donné que les pays membre de la zone franc CFA sont essentiellement exportateurs de matières premières de base et face à une demande léthargique, accompagnée d'une concurrence des pays asiatiques, il s'ensuit que les bénéfices de la dévaluation sont maigres. De l'avis des « pro-dévaluation », la surévaluation du franc CFA oblige les pays membres à déprécier leur monnaie car «le coût de la main d'œuvre, déjà élevé en comparaison avec les pays asiatiques, en est artificiellement gonflé. Il encourage les importations au détriment des productions locales, y compris l'importation de biens qui ne sont pas nécessairement indispensables». Une dévaluation, selon cette « école » va renforcer la compétitivité des produits, permettre une augmentation des exportations et de leurs revenus, et une atténuation de la pression des importations. Il est vrai qu'à l'exportation, les productions locales deviennent moins compétitives que celles qui concurrencent des pays hors zone euro. Il en est ainsi du coton béninois, de la banane camerounaise, du café ou du cacao ivoirien face aux produits analogues américains et latino-américains qui exportent en dollars, et qui sont, de surcroît, subventionnés. En conséquence, le revenu des exportations de matières premières africaines facturées en dollars diminue conséquemment. A contrario, les économistes hostiles à une nouvelle dévaluation ne manquent pas d'argument. Pour eux, une dévaluation du franc CFA aurait pour conséquence une hausse vertigineuse du coût des importations, un surenchérissement de la facture pétrolière, une inflation globale. Cela n'a rien d'étonnant quand on sait que la croissance que connaît l'Afrique est tirée par les pays exportateurs de pétrole. La faiblesse du dollar diminue la facture énergétique des pays et le prix élevé du baril ne peuvent donner l'illusion de résister à cette surévaluation du franc CFA. Mais pour combien de temps, la manne pétrolière contrebalancera les effets pervers d'un déficit structurel de balance des paiements ? La dévaluation peut être bénéfique pour un pays considéré, au regard de l'explosion de ses exportations mais à condition que les autres monnaies ne se déprécient pas dans les mêmes proportions. Historiquement, les dévaluations concurrentes ont été malheureusement adoptées par un grand nombre de gouvernement entre 1930 et 1940. L'exemple le plus éloquent fut la concurrence faite aux dévaluations britanniques et américaines supprimant du même coup l'effet prix favorable aux exportations britanniques et américaines. Lorsque la hausse des prix est plus rapide dans un pays tiers qu'à l'étranger, le gouvernement peut être contraint à la dévaluation. Cette situation est indéniable lorsque le déficit de la balance des paiements est structurellement considérable. Une surévaluation de la monnaie peut aggraver les difficultés d'exportation. Une croissance inflationniste ne peut durer indéfiniment car elle compromet gravement la compétitivité des entreprises sur les marchés extérieurs. Les pays qui marchent en tête dans la progression des prix se condamnent aux dévaluations successives et sapent la confiance dans la monnaie.

En ce qui concerne l'effet bénéfique de la dévaluation du franc CFA de 1994, les tests empiriques restent peu enthousiastes. L'assainissement des comptes extérieurs et les mesures de traitement de la dette (neuf PAZF ont pu obtenir une réduction de leur dette en Club de Paris, la Côte d'Ivoire a obtenu des accords en Club de Londres et en Club de Paris) ont permis une nette amélioration des ratios d'endettement. L'éligibilité de plusieurs PAZF à l'initiative PPTE (« Pays pauvres très endettés ») devrait conforter cette évolution. Dans le même temps, de profondes réformes structurelles visant à créer un cadre favorable à la croissance ont été mises en œuvre, portant principalement sur l'assainissement des finances publiques, la restructuration du secteur bancaire et la privatisation des entreprises publiques. Par ailleurs, avec l'appui de la France et le plus souvent du FMI, les pays à l'exception de la Guinée équatoriale et des Comores, ont mis en œuvre des programmes d'ajustement structurel, ce qui a permis aux PAZF d'accompagner la dévaluation de 1994 par un effort soutenu de stabilisation et d'assainissement de leur économie. Pour autant, au détour de cette rapide revue du succès macroéconomique de la dévaluation, il convient de souligner trois échecs patents (mais qui ne sont pas spécifiques à la Zone franc):

- l'échec en matière de croissance de la consommation par tête ;
- l'échec (relatif) en matière de diminution de l'endettement ;
-  l'échec (relatif et limité aux pays côtiers) de la substitution de produits vivriers locaux aux produits vivriers importés.

Le nœud du problème est l'arrimage du franc CFA à l'euro

Avant même l'arrimage du franc CFA à l'euro, les institutions financières internationales tiraient la sonnette d'alarme. D'après une étude de la Banque mondiale publiée en décembre 1998, les pays de la zone CFA font partie, avec l'Europe centrale et les pays du Sud de la Méditerranée, des trois régions non européennes qui seront "le plus touchées" par l'entrée en vigueur de la nouvelle monnaie. D'après les chiffres du FMI, de 40 à 50 % de tous les échanges commerciaux de l'Afrique s'effectuent avec des clients de la zone euro. Dans le cas des pays de la zone franc CFA, ce pourcentage se rapproche généralement de 50 %, bien que les échanges commerciaux entre les pays de l'Union européenne et la zone franc aient fortement diminué ces dernières années. En cas d'embellie économique de l'euro, les exportations et les importations des pays européens pourraient augmenter, ce qui bénéficierait alors aux partenaires commerciaux africains de l'Europe. Pour les entreprises de la zone CFA en relation avec les pays participant à l'euro, le rattachement du franc CFA à l'euro au lieu du franc français se traduirait également par une réduction des charges commerciales et des coûts de transaction. Nonobstant, La revalorisation du taux de change réel des pays de la zone CFA, comme c'est le cas, affaiblit la compétitivité des exportations des pays de la zone CFA. En d'autres termes, un euro fort pourrait heurter de plein fouet l'économie des pays de la zone franc, car leurs exportations seraient plus chères et les importations seraient meilleur marché que les produits similaires fabriqués intérieurement. Ce phénomène pourrait avoir des effets d'autant plus dévastateurs que les pays d'Asie et les autres économies émergentes, aux devises dévaluées, sont déjà des concurrents redoutables en matière d'exportations. Il est temps que les pays de la zone franc revisitent l'arrimage de leur monnaie à l'euro. Est-ce possible pour un bébé de chausser du 42 ou du 45 ? Ou, est-ce possible pour une voiture de rouler à la même vitesse qu'un train à grande vitesse (TGV) ?

Quand la recherche d'une stabilité monétaire devient déstabilisante

Il est désormais largement admis que la stabilité des prix constitue un objectif désirable en soi, puisque l'inflation génère des coûts importants. Cette stabilité des prix nécessite un "ancrage nominal" (Mishkin 1999, p. 580-581), qui signifie la fixation d'une contrainte sur la valeur de la monnaie domestique. L'ancrage nominal, qui peut signifier une parité monétaire fixe, permet de déterminer le niveau général des prix, et de contrôler les anticipations d'inflation des agents économiques en les guidant vers une valeur de référence, fournie par l'autorité monétaire. En d'autres termes, en imposant une contrainte sur l'évolution de l'inflation, l'ancrage nominal permet de réduire (voire de supprimer) les problèmes de crédibilité et « d'incohérence temporelle ». L'ancrage nominal permet ainsi de casser les pressions inflationnistes, et de se libérer des problèmes de crédibilité. L'arrimage à un taux de change fixe permet donc d'imposer une contrainte sur les autorités monétaires et, sous réserve du choix de la devise de référence, peut permettre "d'importer" de la crédibilité. L'ancrage nominal peut être un choix difficile à soutenir en certaines circonstances. Ainsi, dans le cas d'une appréciation importante de la monnaie de référence, la monnaie locale devient de plus en plus forte et il apparaît alors un différentiel avec les conditions économiques internes qui affaiblit progressivement le mécanisme d'importation de crédibilité. Toutes choses égales par ailleurs, si les coûts d'un arrimage à l'euro devenaient trop importants, et étant donné les inconvénients d'un système de changes flottants, les pays de la zone franc pourraient être confrontés au même type de choix que les pays européens lors de la crise monétaire de 1993 : soit renforcer ses institutions dans le sens de la stabilité monétaire, soit s'engager plus avant dans une intégration économique avec ses voisins. La balance commerciale de la zone franc étant très fortement, et structurellement déséquilibrée, une appréciation du franc CFA rend les produits locaux particulièrement élevés ; Lorsque l'euro s'apprécie, la quantité de monnaie par rapport au DTS augmente et les Banques centrales (de la zone franc) créditent le compte d'opérations auprès du Trésor français, diminuant ainsi leurs réserves et pénalisant le mécanisme de crédit. Ce mécanisme permet de contrer l'effet inflationniste de l'euro fort. La balance commerciale des pays africains de la zone franc, vis-à-vis de la zone euro se détériore particulièrement puisqu'ils vendent en dollar et achètent en euro. Ces pays piégés par le franc CFA sont obligés de vendre certaines de leurs productions en dollar parce qu'elles sont cotées en dollar sur le marché mondial, alors que, dans le même temps, ils achètent en euro puisque la plupart de leurs industries, de leurs infrastructures fonctionnent avec la monnaie unique européenne. Cette forme d'arrimage rigide du franc CFA à l'euro pose réellement problème. Dans le passé, un autre débat, tournait autour des conséquences des fluctuations du franc français, car la valeur du franc CFA dépendait pendant longtemps des impératifs des relations économiques et financières entre la France et l'Allemagne plutôt que de la réalité et des besoins des pays membres de la zone franc. Quand le franc français était dévalué, toutes les autres grandes monnaies devenaient plus chères, leurs produits plus onéreux et leurs dettes en dollars toujours plus lourdes. Par contre, les exportations des pays de la zone franc devenaient plus compétitives, mais comme ces exportations ne concernaient en général que des produits agricoles de base (banane, café, coton, bois...) dont la demande n'est pas élastique, l'avantage s'avérait relativement faible, excepté pour la France qui voyait ses produits industriels acquérir un avantage concurrentiel dans la zone franc.

La coopération monétaire avec Paris, à travers la Banque de France, devrait permettre aux économies fragiles des ex-colonies et aux systèmes politiques d'Afrique, assez souvent instables, de bénéficier d'une monnaie stable. Il n'en est rien dans la réalité et mieux si l'euro continue de s'apprécier face au dollar entamant ainsi la compétitivité des économies africaines, ces dernières connaitront des dévaluations successives de sorte que la recherche de la stabilité monétaire conduira vraisemblablement les économies à des équilibres multiples déstabilisants. Et dans l'éventualité d'une crise de confiance due à un euro fort à tel point qu'il faille dévaluer le franc CFA, les fuites de capitaux de la zone franc vers la zone euro pourraient avoir de même des effets déstabilisants. Le franc CFA risque de faire l'objet de diverses pressions en raison de sa compétitivité réduite, et les ajustements du taux de change pourraient alors être plus fréquents qu'ils ne l'ont été dans le cadre du système de rattachement au franc français. Souvenons-nous qu'à partir de 1985, la conjonction de la baisse du dollar et de l'accélération de la détérioration des termes de l'échange (baisse des cours des matières premières) ont progressivement pesé sur la compétitivité des pays africains de la Zone franc, qui ne pouvaient pas réaliser des ajustements nominaux suffisants. Inéluctable à la fin des années 1980, la dévaluation des francs CFA et comoriens a été retardée pour des raisons plus politiques que techniques, pour être finalement scellée le 12 janvier 1994.

Au total, il est temps de renoncer à cette monnaie coloniale qui retarde le développement des pays membres, pour créer une monnaie libre et au service des économies, car le maintien d'un lien entre devises garanti par le Trésor français ne fait que perpétuer le néo-colonialisme français. Le franc CFA n'apporte rien aux pays membres si ce n'est la pauvreté, la corruption, et surtout un instrument d'asservissement entre les mains de la France.

Que Dieu bénisse l'Afrique et ses enfants !



Dr Prao Yao Séraphin


Economiste et Analyste politique

Président du Mouvement de Libération de l'Afrique Noire (MLAN)

www.mlan.fr

praoseraph@yahoo.fr

contact@mlan.fr

LA CONVERTIBILITE DU FRANC CFA, MYTHE OU REALITE ?

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L'histoire des théories monétaires est traversée de débats au sein desquels certains thèmes sont repris ou discutés de période en période. Point n'est besoin de souligner aujourd'hui le regain d'intérêt que suscitent les phénomènes monétaires dans l'ensemble de la vie économique. Depuis quelques années, des voix s'accordent pour reconnaître la non optimalité de la zone franc CFA, une zone monétaire unique en son genre, au monde. Mais là n'est pas le problème.

Le point focal de cette rébellion intellectuelle réside dans la conception même de la monnaie CFA et ses mécanismes, parmi lesquels, le fameux « compte d'opérations » et son corollaire de convertibilité illimitée de cette monnaie. Les économistes ou du moins ceux qui nous restent, à quelque exception près, avec leur langage parfois christique ont sacralisé la question du franc CFA au point de laisser quinze pays dans un esclavage monétaire. Les gouvernants des pays membres ont lié leur souveraineté monétaire au prix d'une convertibilité illimitée d'une monnaie.

Pour eux, les petits pays ne peuvent pas garantir leur monnaie faute d'économie suffisamment  solide pour la soutenir. C'est ainsi que les pays africains, ont de diverses manières et à des degrés différents, démissionné  face à leur responsabilité en matière monétaire et donc économique. Les pays de la zone franc ont opté pour une coopération monétaire fondée sur la garantie illimitée donnée par la France à la monnaie émise par la BEAC et la BCEAO.

Cette convertibilité illimitée du franc CFA de chaque sous-zone est supposée être assurée par le « compte d'opération » ouvert par chaque banque centrale de la zone auprès du trésor français et domicilié à la banque de France. Selon les concepteurs de ce terme étrange à la littérature économique,  cet accès ouvert aux marchés des changes français garantirait de facto la convertibilité du franc CFA en toute autre devise. Pourtant, la zone franc CFA subit une salve de critique. Il est donc nécessaire de définir la notion de convertibilité afin de comprendre cette coopération monétaire aux contours ambigus.

LES MÉCANISMES DE LA ZONE CFA

L'une des clauses la plus importante de la coopération monétaire entre la France et la zone franc CFA est la libre convertibilité du franc CFA. La libre convertibilité de la monnaie de chaque sous-zone est garantie par le compte d'opération ouvert auprès du Trésor et sur lequel les banques centrales ont un droit de tirage illimité en cas d'épuisement de leurs réserves en devises. En contrepartie de ce droit de tirage, les banques centrales doivent déposer sur le compte d'opération au moins 65 % (50% pour les pays de l'UEMOA) de leurs avoirs extérieurs nets (réserves de change).

À l'intérieur de chaque sous-zone, et entre chaque sous-zone et la France, les transferts de capitaux sont en principe libres. Avec la zone euro, un compromis a été trouvé ; ce compromis européen confie également à la Banque de France le soin de la parité entre l'euro et le CFA, sachant que parité fixe ne signifie pas parité non révisable, comme l'a bien montré la dévaluation du CFA, en janvier 1994. Les changements éventuels de parité devront faire l'objet d'une information préalable des membres de l'euro 12. L'intégration d'un nouveau membre à la zone CFA ou un changement des règles du jeu au sein de la zone devront en revanche faire l'objet d'un accord avec les Européens. Les avantages présentés aux Africains sont quant à eux des plus artificiels : outre l'attrait des investissements directs à l'étranger (IDE), le franc CFA est censé épargner les risques de change avec la zone euro et donc faciliter l'accès au marché unique européen.

DE QUOI S'AGIT-IL ?

Comme il n'y a pas de monnaie internationale, il faut organiser les échanges entre monnaies pour permettre les échanges de biens et services. Dans ce cas, on peut définir un système monétaire international (SMI) comme l'ensemble des règles, des mécanismes et des institutions visant à organiser et à contrôler les échanges monétaires entre pays. Au sein du SMI, les pays membres  doivent assurer au préalable la convertibilité externe de leur monnaie. Cela revient à dire simplement que tout étranger détenteur de cette monnaie doit avoir la possibilité, à tout instant, de l'échanger librement contre d'autres monnaies ou contre de l'or. De plus, la convertibilité est souvent assimilée à la transférabilité.

Cette dernière permet de savoir si une monnaie peut se déplacer dans un espace autre que celui dans lequel elle a été créée ou émise. La convertibilité revêt plusieurs formes, et on en distingue le plus souvent les degrés de convertibilité par rapport aux opérations, aux pays, et aux agents.

Par rapport aux opérations, elle peut être générale ou limitée. Elle sera dite générale lorsque tout agent économique peut obtenir, à taux fixe, de l'or ou toute autre devise étrangère pour le règlement de ses transactions internationales, quelque soit l'opération. Cette opération peut concerner le compte courant (opérations commerciales courantes) ou sur le compte capital (mouvements des capitaux). Nonobstant, la convertibilité sera dite limitée lorsqu'elle n'est possible que pour les seules opérations courantes. Par rapport aux pays, on parlera de convertibilité générale en cas de multilatéralité parfaite des paiements internationaux. Elle est par contre limitée lorsqu'elle ne concerne que certains pays. Dans ce cas, on parle de convertibilité régionale(le cas des monnaies européennes avant l'euro vis-à-vis du dollar).

S'agissant des agents, la convertibilité est dite générale quand tout agent (résident ou non) peut obtenir de l'or et des devises contre de la monnaie nationale. Elle sera limitée si cette possibilité n'est offerte qu'aux seuls agents non résidents. Dans le langage courant, on dit que la monnaie est convertible ou elle est non convertible ou limitée. Dans ce dernier cas, la convertibilité est partielle en ce sens que l'échange peut se faire jusqu'à une certaine somme, ou après contrôle de la nature de la transaction par un organisme public.


LA CONVERTIBILITÉ D'UNE MONNAIE DÉPEND DE LA POLITIQUE ÉCONOMIQUE ET PARFOIS DES CIRCONSTANCES HISTORIQUES !

Dans la remuante histoire du franc français, l'échange de francs contre des devises n'était pas libre, mais  réglementé. Cette convertibilité externe du franc, rétablit en 1958 pour les non-résidents, n'était pas totale pour les résidents. Par exemple, ceux-ci ne pouvaient pas sortir des capitaux hors des frontières sans autorisation administrative.

La convertibilité d'une monnaie peut être limitée aux seules opérations courantes lorsque les mouvements spéculatifs de capitaux sont dangereux pour un pays, c'est-à-dire quand ils risquent d'épuiser les réserves de devises. En période de guerre, de difficultés graves ou pour des motifs politiques, une monnaie peut être inconvertible et il serait alors impossible d'obtenir librement des devises en échange de cette monnaie. Au niveau de la zone franc, les transferts des capitaux entre les zones monétaires ont fait l'objet de quelques restrictions au cours des années 90, afin notamment de lutter contre les mouvements de capitaux illicites (suppression du rachat des billets entre zones).

En Roumanie, par exemple, la dernière restriction sur la voie de la convertibilité totale du leu a été enlevée le 1er septembre 2006. La banque nationale roumaine permet aux étrangers, à partir de cette date, les transactions des titres d'Etat à court terme en leu, ce qui fera que la monnaie nationale devienne entièrement convertible, pour la première fois pendant les 60 dernières années.

Depuis cette date,  la monnaie roumaine peut être achetée par l'intermédiaire des banques de l'étranger également. On pourra citer de même, l'exemple de la Tunisie avec son flottement administré. L'idée est de maintenir la stabilité du taux de change réel. Et en effet, le taux de change effectif réel du dinar, c'est-à-dire le prix relatif (dans une même monnaie) des produits de consommation tunisiens par rapport à une moyenne pondérée des prix des partenaires commerciaux principaux de la Tunisie, est resté très stable depuis une quinzaine d'années.

Cette politique s'appuie sur le maintien de contrôles des capitaux, c'est-à-dire sur une « convertibilité » partielle de la monnaie, certaines opérations sur les mouvements des capitaux avec l'extérieur restant soumises à restrictions. Cela permet à la Banque centrale de conserver une certaine marge de manœuvre sur sa politique intérieure. Quant au géant chinois, la grande fragilité de son système bancaire étatique  (créances douteuses) ne l'autorise pas aujourd'hui à libéraliser son marché des changes et à rendre sa monnaie librement convertible sous peine de faire peser des risques importants sur la croissance économique chinoise, celle des pays de la zone « Asie » et au-delà sur celle des pays occidentaux.

Depuis le 1er Janvier 1994, le yuan est ancré au dollar sur la base d'une parité fixée à 8,277 yuan pour un dollar avec une marge de fluctuation très étroite (+/- 0,3%). Depuis 1994, la monnaie est convertible mais pas pleinement. Les mesures de contrôle des changes sont extrêmement strictes et ne s'appliquent qu'aux entreprises chinoises dont les activités à l'international le justifient.  Au niveau interne, la convertibilité (interne)  d'une monnaie se résume à la défense de sa valeur, c'est-à-dire son pouvoir d'achat (M/P). Premièrement, il est évident que la France n'augmente pas la masse monétaire de la zone franc comme bon lui semble. La masse monétaire progresse en fonction seulement du développement réel de l'économie. C'est l'activité  économique qui commande la progression de la masse monétaire. Deuxièmement, la baisse du niveau des prix n'est pas imputable à la France. L'inflation est aujourd'hui expliquée plus par les coûts que par un excès de demande sur l'offre.

Le prix du piment baisse en Côte d'Ivoire à la suite d'une action française ? Le prix de l'arachide baisse au Sénégal à la suite d'une inondation d'arachide en provenance de la France ? La convertibilité du franc CFA n'a rien à voir avec la France !!

LA RÉALITE DES FAITS

Pour Chouchane Verdier, au sens de l'article VIII des statuts du FMI, seuls douze pays africains[i] possédaient une monnaie convertible en 1995.  Selon le principe de la convertibilité au sein de la zone franc, les Etats africains devaient pouvoir s'approvisionner en devises sans limites au-delà de leurs propres possibilités. Si cela était vrai, les pays de la zone franc seraient moins exposés au risque d'illiquidité. Les mécanismes de la zone franc devraient permettre une ouverture sur l'extérieur, facilitant ainsi les importations et l'attrait des capitaux étrangers.

Or, cet accès reste limité par les mesures de protectionnisme permises à l'Union européenne par les accords de l'OMC (aussi bien pour les produits manufacturés que pour les produits agricoles). En outre, les relations commerciales sont largement restreintes à l'exportation de matières premières, dont les prix sont à l'avantage des pays riches du Nord, avec d'ailleurs une demande léthargique (termes de l'échange).  Ensuite, les relations commerciales de la zone CFA avec le reste de l'Afrique et du Tiers Monde se trouvent handicapées par la politique de monnaie forte imposée par l'Europe : le franc CFA étant surévalué par rapport aux autres monnaies du Sud, les produits libellés en FCFA deviennent trop chers pour ces pays. L'Afrique de la zone CFA se retrouve ainsi coupée des marchés du Sud et condamnée à exporter des matières premières bon marché vers le Nord (l'objectif final de l'Europe étant évidemment la cotation des matières premières de la zone CFA en euro et donc l'élimination de tout risque de change pour son approvisionnement).   Au niveau externe, la convertibilité du franc CFA permettait le rapatriement  sans risque de change des bénéfices des entreprises européennes. La garantie de la convertibilité et de la libre  transférabilité des capitaux dans la zone CFA a favorisé une sortie massive des capitaux. On peut noter les nombreux placements effectués en francs CFA à l'étranger, surtout en Europe, entre janvier 1990 et juin 1993, qui s'élevaient à 928,75 milliards de francs CFA.

Si les banques centrales peuvent recourir sans limitation aux avances du Trésor français, cette faculté doit, dans l'esprit des accords, revêtir un caractère exceptionnel. En cas de découvert prolongé du compte d'opération, les banques centrales sont tenues de mettre en œuvre des mesures de redressement (relèvement des taux directeurs, réduction des montants de refinancement, plafonnement des crédits aux Etats, ratissage des devises). Depuis la mise en œuvre des accords de coopération monétaire actuels (1973), le compte d'opération n'a été débiteur temporairement qu'à cinq reprises depuis 1973, le solde étant créditeur de manière ininterrompue depuis janvier 1994.

Cette liberté aboutit à un rapatriement massif des bénéfices des investisseurs étrangers vers leur maison-mère et à un exode des revenus des ménages expatriés vers leur pays d'origine : entre 1970 et 1993, alors que les investissements étrangers s'élevaient à 1,7 milliards de dollars, le rapatriement des bénéfices et des revenus d'expatriés s'est élevé à 6,3 milliards. Les rapatriements ont donc été quatre fois supérieurs aux investissements (Agbohou, 1999, p. 87).

Même la transférabilité interne a pris un coup depuis les années 90. Il y a une mesure de suspension de rachat des billets de banque CFA entrée en vigueur le 2 août 1993. Auparavant, et ce jusqu'au 1er août 1993, la convertibilité des billets était libre et illimitée aux guichets de la banque de France. En plus d'une mesure de suspension de rachat des billets CFA entre la zone UMOA et la zone CEMAC à compter de septembre 1993. Cela n'a pas empêché la détérioration des comptes dans les années 1990 et l'incapacité déclarée de la France à soutenir sans limites les budgets africains. Résultat : les deux francs CFA ont été dévalués de 50 % en janvier 1994 pour passer de 0,02 à 0,01 FF. Cette parité fixe ne changea pas avec le passage du FF à l'euro (1999). Elle s'est traduite automatiquement par le taux de 1 euro pour 655,957 F CFA. La libre convertibilité et la libre transférabilité sont limitées par le contrôle des changes (surtout depuis la suspension de la convertibilité des billets FCFA) et l'absence de marchés des FCFA (tous les flux passent par le filtre des banques centrale).

Comme on vient de voir, la convertibilité illimitée est un vrai faux argument, donc un mythe. En réalité après les indépendances, la France a voulu, par cette coopération, conserver des relations commerciales et financières très développées avec ses anciennes colonies. 

EN FINIR AVEC LE FRANC CFA ?

Aujourd'hui, avec l'euro fort , les pays de la zone franc conservent un change[ii] surévalué qui maintient des prix d'exportation à un niveau élevé alors que des pays comme la Chine sous-évalue leur taux de change pour accroître les biens exportés.  Les pays de la zone franc subissent aujourd'hui des vagues d'optimisme et de pessimisme alternées. Ceux qui ont avancé l'avantage des IDE, ont oublié que l'investissement direct procède avant tout de la recherche d'une meilleure rentabilité.

Sans établir une coopération monétaire, on peut en général, retenir les motivations suivantes : le besoin de se procurer des importations, c'est le cas des investissements directs dans les pays en développement dans le seul dessein d'exploiter les matières premières nécessaires à la croissance économique de l'occident. Il y a aussi le besoin d'éviter les frais de transport sur les exportations et la recherche d'une main-d'œuvre bon marché, qui incite les industriels occidentaux à investir directement dans les pays en développement.

Les banques centrales des unions possèdent un statut aussi ambigu que complexe : relativement indépendante dans leur fonctionnement, elles maintiennent des mécanismes de décision dans lesquels les positions de la France sont déterminantes pour le choix de la politique à mettre en œuvre. En réalité, la banque de France est le prêteur en dernier ressort de l'ensemble du système financier des pays membres.

Quant au Trésor français, il est tenu de constater un déficit illimité sur les comptes d'opérations. Les africains constatent avec stupéfaction et étonnement, que ce sont les deux institutions françaises, à savoir la banque de France et le Trésor français qui possèdent la souveraineté monétaire effective de l'ensemble de la zone, les Etats membres étant de la sorte dépourvus de ce pouvoir régalien. Le mécanisme du compte d'opération permet de déconnecter la politique monétaire et la politique de crédit menée en France de celle appliquée dans le reste de la zone franc.

Toutefois, la politique économique des pays membres est fortement conditionnée par la politique monétaire et la politique de change menées en France (aujourd'hui de l'Europe). Le modus operandi des mécanismes du franc CFA reflète la volonté d'un seul pays, la France, d'assujettir et de mettre sous sa domination une quinzaine de pays. Peut-être que lorsqu'il a été crée, le franc CFA a obtenu un statut sui generis dans des pays qui ne voulaient qu'accéder à l'indépendance. Dans notre orgueilleuse modestie, nous pouvons affirmer que ceci ne témoigne point d'une méditation attentive car la souveraineté politique est liée à la souveraineté monétaire. Et dire que certains gouvernants proclament de façon tonitruante leur souveraineté, tout en acceptant le franc CFA avec ses fourre-tout de mécanismes esclavagistes. 

Pourquoi cet attentisme sur le débat autour du franc CFA ? Le franc CFA est une pièce maitresse du pacte colonial, par lequel la France se réserve les denrées de ses anciennes colonies et lui impose l'achat de ses produits manufacturés en lui interdisant tout développement industriel autonome. Les anciennes colonies n'ont aucune existence propre car leur économie est inféodée à celle de la métropole.

Pour commencer à exister, il faut l'émergence d'un bien qui cristallise tout le fait social, l'histoire, et qui constitue le ferment, ou du moins le dénominateur commun d'une communauté de destin, c'est-à-dire la monnaie. Vous en conviendrez avec moi que ce qui a été exhibé comme la magna carta de cette coopération monétaire (la convertibilité illimitée du franc CFA), n'est en réalité qu'une fourberie. A ceux qui ont voulu qu'on s'assure du fait avant de s'inquiéter pour la cause, le temps est venu de s'inquiéter. Fasse Dieu que les dirigeants africains comprennent le sens de notre combat !

 


Dr Prao Yao Séraphin


Economiste et Analyste politique

Président du Mouvement de Libération de l'Afrique Noire (MLAN)

www.mlan.fr

praoseraph@yahoo.fr



[i] Il s'agit des Seychelles depuis 1978 (rupee), de Djibouti depuis 1980 (dollar djiboutien), du Swaziland depuis 1989 (lilangeni), de la Tunisie depuis 1993 (dinar), de la Gambie depuis 1993 (dalasi), du Maroc depuis 1993 (dirham), de l'ile Maurice depuis 1993 (rupee), du Ghana depuis 1994 (cédi), de l'Ouganda depuis 1994 (Shilling ougandais), du Kenya depuis 1994 (shilling kenyan), du Zimbabwe depuis 1995 (dollar zimbabwéen) et de l'Afrique du Sud (Rand).

[ii] Le change est l'acte par lequel on échange les monnaies de différentes nations. Les transactions courantes entre le pays et le reste du monde engendrent une offre et une demande de monnaie étrangère. Le système de change flottant est celui ou le cours du change est déterminé par l'offre et la demande. A contrario, un système de change fixe est celui dans lequel, les autorités officielles s'efforcent de maintenir quasiment fixe (ou lié) le taux de change, en dépit des écarts entre le taux choisi et le taux d'équilibre courant.

LA GUERRE D'ABIDJAN N'AURA PAS LIEU - CONSIDERATIONS RADICALES

 

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Dr Pierre Franklin Tavares


« Lorsque la vertu cesse, la République est une dépouille ». Montesquieu


Le titre d'un ouvrage, dit Fernand Braudel, n'est jamais tout à fait neutre[1]. Celui de cet article l'est encore moins, tant il s'inspire de celui de l'œuvre célèbre de Jean Giraudoux, La guerre de Troie n'aura pas lieu[2], excepté son fatalisme historique.

Mais, avant d'être une affirmation, ce titre surgit comme une question. La guerre d'Abidjan aura-t-elle lieu, après tant de controverses, de médiations, de résolutions, de disputes, d'ultimatums, de sanctions, d'invectives, d'effets de manche ? La guerre d'Abidjan aura-t-elle lieu, puisque les deux camps, celui du RHDP[3] et celui de LMP[4], sont en préparatifs armés et affichent, au plan militaire, deux stratégies opposées. La guerre d'Abidjan, qui sera concomitamment une guerre étrangère et une guerre domestique (civile), aura-t-elle lieu ? Car, après avoir brandi la menace imminente d'une intervention armée, la Cedeao[5] hésite, consulte, se fissure, tout comme, mais plus encore, l'Union Africaine. La Communauté internationale, d'abord unanime, voit ses membres se raviser l'un après l'autre. Aux précipitations déclaratives succèdent à présent des interrogations qui se traduisent en demandes de vérifications du « droit électoral » ivoirien. L'Angola de Eduardo Dos Santos, qui a donné le ton, introduit la notion de « président constitutionnel »[6] et suspend, ainsi, le « droit électoral » ivoirien avéré inopérant. Tandis que l'Afrique du Sud de Jacob Zuma et l'Ouganda de Yuri Museveni maintiennent intact le « droit électoral » ivoirien et, jusque dans ses conséquences ultimes, en réclament la stricte application, contre toute falsiabilité. L'Onu de Ban Ki-moon, elle, insiste sur la notion de « président reconnu » et, de facto, suspend la Constitution ivoirienne. L'Union Européenne s'inscrit dans cette optique. Ainsi, au plan diplomatique, une césure profonde s'est produite qui, en matière juridique, oppose rigidement les notions de « constitutionnalité » et de « reconnaissance ». Au reste, cette contradiction et ses deux termes entrent chacun dans un rapport d'opposition avec le « droit électoral » ivoirien. Au total, jamais en Afrique une élection présidentielle n'aura suscité autant d'interprétations divergentes et de modes de résolution différents.

I. L'INSTITUTION PRÉSIDENTIELLE

Comme Jérusalem au temps jadis, la Côte d'Ivoire est à présent traitée comme une marmite rouillée[7]. Et dans cette « oxydoréduction » historique, la classe politique ivoirienne (qui en subit les contrecoups) prend une part active, semblable à la classe politique haïtienne qui, dans un contexte conflictuel quasi identique, fera d'Haïti, alors « la plus riche colonie du monde », le plus pauvre des États de la terre. Cet exemple, qui vaut comme un avertissement, oblige à enrayer le processus à l'œuvre en Côte d'Ivoire. Pour ce faire, il convient de mettre en exergue, la trame historique qui, de façon inéluctable, détermine la postélectoralité de la crise, puis, l'intrigue politique qui la sous-tend et, enfin, de suggérer quelques médiations et réformes nécessaires ou utiles.

La trame s'est fixée, il y a une vingtaine d'années. Elle obéit à une logique institutionnelle : l'affaiblissement continu, l'effacement progressif, le lent et inexorable dépérissement de l'Institution présidentielle ivoirienne, pivot constitutionnel de la vie publique. Ce processus (de dévalorisation) a connu cinq phases principales. La première débute avec la création de la Primature en 1990, par un Félix Houphouët-Boigny vieillissant, malade, au seuil de son « départ », et engagé dans le combat des prix du café et du cacao (1988 - 1990). Si, en droit, le régime est toujours présidentiel, en fait, il ne l'est déjà plus. C'est le grand tournant : l'effectivité du pouvoir passe à la Primature. D'où la tension successorale d'août 1993, à la mort de Félix Houphouët-Boigny, entre le premier ministre de l'époque, Alassane Ouattara, de fait, chef de gouvernement, et le dauphin constitutionnel, Henri Konan Bédié, alors président de l'Assemblée Nationale. La deuxième phase, qui est le corollaire de la précédente, est le premier coup d'état (24 décembre 1999) suivi des « élections calamiteuses » d'octobre 2000 qui marquent le retour de l'Institution présidentielle entre les mains d'un civil, Laurent Gbagbo, et une tentative de revigorer l'Institution présidentielle. La troisième phase, elle, réside dans le coup de force du 19 septembre 2002 conduite par la Rébellion armée, dite MPCI[8], dirigée par Guillaume Soro. Si celle-ci échoue militairement, elle crée toutefois les conditions effectives d'un troisième et nouvel affaiblissement de l'Institution présidentielle (externalisation de la crise, partition du territoire, double administration, rejet de l'Institution pivot, etc.), dont l'atelier de Linas-Marcoussis et la Conférence de Kléber[9] ne seront que la transposition diplomatique et la traduction politique, avec la mise en place d'un accord multipartite qui réduira, de façon drastique, la place, le rôle, la fonction et les prérogatives présidentielles ivoiriennes. La quatrième phase est celle de la « normalisation » politique des rapports de forces en présence, l'équilibre des pouvoirs entre la Présidence (Laurent Gbagbo) et la Primature (Seydou Diarra, Charles Konan Banny et Soro Guillaume, premiers ministres successifs), au cours de laquelle l'Institution présidentielle, quoique toujours faible, parviendra - non sans habilité - à redevenir l'organe pivot de la vie publique ivoirienne. La cinquième phase culmine dans la « double présidence » actuelle, dans le bicéphalisme de fait, la monstrueuse diarchie au sommet de l'État, qui correspond à la neutralisation maximale de cette Institution pivot, avec tout le désordre public qui en découle. Cette scansion, dont l'amorce a déjà été signalée[10], ne retient jamais l'attention des politologues ni celle des acteurs politiques. Elle se dénouera par la guerre d'Abidjan, si jamais celle-ci advenait. Ce qui marquerait le point final, l'étape ultime, de la trame historique du dépérissement de l'Institution pivot, qui est si affaiblie qu'elle n'est déjà plus instituante.

Au fond, l'Institution présidentielle ivoirienne, la Présidence de la République[11], est à la Côte d'Ivoire ce que la belle Hélène fut pour Troie : une fatalité, comme l'ont rappelé Homère, Eschyle et J. Giraudoux. N'est-ce pas pour Hélène, au prénom prédestiné[12], que Grecs et Troyens s'affrontèrent, comme en Côte d'Ivoire aujourd'hui, le « Nord » et le « Sud », pour la Présidence de la République ? Nous l'avons dit, il y a bien longtemps, la fiancée est belle, comme Hélène : Si tu m'accordes encore de parler en langage de poète, alors je te dirais : la Fiancée [la Côte d'Ivoire] ne doit pas avoir peur d'être élue. Plus d'un se la disputeront. Mais qui choisira-t-elle ?[13] La guerre d'Abidjan aura-t-elle lieu, uniquement pour que l'on sache lequel des deux prétendants, Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, épousera le siège présidentiel ?

Aussi, avant qu'une telle possibilité ne soit effective, la vocation des intellectuels engagés devrait consister, sur la base du savoir et de l'éthique, à alerter et aider à désamorcer cette trame historique et l'intrigue politique qui l'oriente, et, dès lors, à lui imprimer une évolution qui préserve la Côte d'Ivoire, pays-État dont Félix Houphouët-Boigny est l'auteur et, de façon exceptionnelle, le constructeur, au sens prêté à ces deux mots par Hannah Arendt[14]. Vient alors au jour une question : et si la crise, en son coeur même, ne consistait « seulement » qu'en cela : le dépérissement de la Présidence ivoirienne ? Si tel est le fond de la vérité, si elle cristallise ainsi toute la vie politique au point de la déséquilibrer, ne faudrait-il pas plutôt redimensionner la Présidence, non seulement pour l'adapter à des exigences plus démocratiques mais aussi et surtout pour la dépassionner ? D'autant que, fait unique, l'Institution présidentielle ivoirienne n'a pas été conçue et taillée « en-soi et pour-soi » pour reprendre le mot de Hegel, à savoir indépendamment des individus. En effet, elle a été bâtie à la mesure même de Félix Houphouët-Boigny, selon cet homme, son expérience politique et son projet sociétal. Comment oublier que Félix Houphouët-Boigny, homme politique français, dont toute l'expérience politique initiale tient au passage de la 4ème à la 5ème République Française, a été co-concepteur et corédacteur de la Constitution de la 5ème République Française, qu'il a fidèlement dupliqué pour en faire le « texte fondamental » du pays-État qu'il entendait créer ? Au reste, en créant lui-même la Primature (1990), juste après la chute du mur de Berlin et alors que soufflait un puissant vent démocratique, certes pensait-il encore maintenir le fonctionnement de son régime présidentiel dans le cadre d'institutions semblables à celle de la 5ème République Française, c'est-à-dire un régime présidentiel fort dit « régime parlementaire rationnalisé », mais - sans s'en apercevoir - il y injectait une forte dose de 4ème République qui conduira aux confusions dont la Côte d'Ivoire n'est pas encore sortie. Au vrai, comme l'a dit l'éminent professeur Zadi Zahourou, Houphouët-Boigny est irremplaçable[15]. Et lui « absent », que valent la Présidence et le régime présidentiel ivoiriens, surtout dans le contexte actuel ? Le temps n'est-il pas venu où cette question doit être formulée et mise en débat ? Peut-être même est-il à présent nécessaire que les Ivoiriens prennent en vue des réformes institutionnelles qui réaménageront la place et les attributs de l'Institution présidentielle, afin que soit sauvé le pays-État, le bien public le plus précieux, que la lutte des épigones (successeurs) a gravement mis en péril ? L'Institution présidentielle ne vaut pas la guerre d'Abidjan. Et une bonne réforme vaut mieux qu'une mauvaise guerre. À cet égard, l'Afrique de l'ouest offre d'excellents exemples ou modèles, notamment le plus emblématique, le Cap Vert où l'équilibre entre l'Institution présidentielle et la Primature reste un modèle du genre, tant dans la conception que dans son fonctionnement. C'est le temps des réformes justes. L'évolution du monde arabe, traversée par une puissante lame de fond, remet en cause l'un après l'autre tous les régimes présidentiels forts. C'est bien le sens de la Révolution des Jasmins, signal de départ d'un renouveau démocratique, qui entend rééquilibrer les pouvoirs internes, et qui fait écho au Discours d'Accra de Barak Obama sur la nécessité, pour l'Afrique, de se doter d'Institutions fortes. Si le « courage », comme l'a dit Churchill, est la première des qualités humaines[16], l'humilité lui est non seulement antérieure mais elle en constitue la condition sine qua non qui porte toute vie démocratique. Elle est la base éthique qui précède et accompagne toute juste répartition des pouvoirs. C'est elle qui assure le Droit, qui fonde la Justice et garantie la Vérité. C'est pourquoi nulle part sur terre il n'est de sagesse (politique ou pas) qui ne soit pas humble. Le courage de l'humilité ou l'humilité du courage est sans aucun doute la valeur cardinale de toute eunomie (science des institutions justes). Faut-il le préciser, la crise institutionnelle ivoirienne a démarré bien avant celle du monde arabe. Elle perdure jusqu'à l'ab-surde, en raison de l'intrigue politique qui la porte. En quoi et comment affecte-t-elle directement l'Afrique de l'ouest et plus largement l'Afrique et l'Occident ? En s'externalisant, elle les affecte par la réactivation idéologique d'une querelle ancienne que l'on a crue éteinte mais qui était passée au stade de « structure endormie ». En effet, le vieux clivage africain entre le groupe de Casablanca[17] et le groupe de Monrovia[18] et qui résultera de la conjonction des modalités des Indépendances africaines (1945 - 1960) et de la Guerre froide (1945 - 1989), clivage duquel est née l'Organisation de l'Unité Africaine (1963), et que l'on croyait emporté et disparu avec l'effondrement du mur allemand (1989), ce vieux clivage disons-nous, semble resurgir et se reformer sous nos yeux avec un important déplacement des lignes dû à un triple fait. Tout d'abord, l'indépendance armée des États lusophones d'Afrique dits Palop[19] (1975) et du sud de l'Afrique subsaharienne (fin de l'Apartheid) qui intensifie cette réalité géopolitique. Ensuite, la Côte d'Ivoire d'Houphouët-Boigny, naguère leader du groupe de Monrovia, est à présent la cause occasionnelle (Polybe) et le cœur d'une nouvelle ligne de fracture sous-régionale qui ébranle l'ancien Conseil de l'Entente[20] devenu celui de la mésentente entre le Burkina Faso (Haute Côte d'Ivoire) et la Côte d'Ivoire (Basse Côte d'Ivoire). Enfin, les effets croisés et conjugués de ce double rapport ont conduit la FrançAfrique dans son retranchement ultime. Et, étonnamment, depuis Abidjan. Il n'est donc pas fortuit que les trois autres capitales les plus concernées soient Ouagadougou, Dakar et Paris qui, avec Abidjan, forment le centre de ce système. Accra, Niamey et Bamako, etc., par exemple, restent à distance. Ainsi, la crise ivoirienne, dans sa nouvelle phase postélectorale, qui a tant neutralisé l'Institution présidentielle, est l'épicentre d'un séisme politique qui menace d'emporter tout ou partie de la FrançAfrique. Cela explique toute l'intense activité politico-diplomatique des capitales concernées. Pour Abuja, l'enjeu est un siège au Conseil de Sécurité et le leadership ouest-africain. Mais il y a un paradoxe historique. Tout se passe comme si Abidjan, mettant en pratique l'une des dimensions essentielles du Discours de Dakar[21], celle de la rupture annoncée avec la FrançAfrique, se retrouve confrontée à cette obscure entité. La tectonique des capitales citées est un phénomène objectif, dont les hommes politiques ne sont que les instruments au sens hégélien du mot. On ne saisit rien de la crise ivoirienne, si l'on ne comprend pas qu'elle porte en elle l'annonce de la fin d'un système, de la fin d'un monde. Aussi, l'enjeu des luttes en cours est-il de savoir quel modèle politique s'y substituera : celui d'un panafricanisme ultra libéral (abolition des souverainetés nationales[22], des barrières douanières, des frontières, privatisations, fin de l'État providence, etc.) dont la Côte d'Ivoire, leader économique de la sous-région, resterait la locomotive, incarné par Alassane Ouattara, le Fromager[23], chef de file de ce courant néolibéral en Afrique, ou celui d'un souverainisme patriotique porté par Laurent Gbagbo, l'Etéocle noir[24], devenu le chef de file de ce courant socialisant sur le continent et nouvel héros des résistances des opinions publiques africaines. Tel est l'enjeu universel de la crise ivoirienne. Les luttes politiques internes en Côte d'Ivoire ont réveillé les vieilles lignes de fracture politiques en Afrique. Et, par exemple, ce n'est certainement pas un hasard si le Cameroun des années 1956 (répression sanglante conduite par le gouverneur Pierre Mesmer) est en pointe dans cette crise postélectorale.

En tous les cas, depuis 2002, la crise ivoirienne n'est ouvertement plus ivoirienne. Elle n'est même plus ouest-africaine. Elle est à présent continentale, africaine, et porte en germe la probable première guerre qui, par un « jeu des alliances » et « accords de défense », engagera ouvertement ou non, près d'une vingtaine de pays africains et bien d'autres nations, avec l'éventuelle implication des troupes sous mandat des Nations Unies. La guerre d'Abidjan ne peut être uniquement ivoirienne (guerre domestique). Elle sera nécessairement internationale (guerre étrangère). En effet, la crise ivoirienne revêt une dimension intercontinentale, dans la mesure où elle engage, de façon directe ou pas, la France, les États-Unis, l'Union Européenne, la Russie, l'ONU, etc. Elle deviendra « mondiale », lorsque l'Orient et Asie (déjà présents par leurs contingents militaires) y prendront directement part. Et cela est de l'ordre du possible. Alors, on pourra dire que la crise ivoirienne a fait le tour du monde en dix ans.

La guerre d'Abidjan aura-t-elle lieu, après les pressions économiques et psychologique mises en œuvre par les chancelleries occidentales ? L'asphyxie financière et monétaire fera-t-elle faire l'économie de la guerre d'Abidjan ? Pour la Côte d'Ivoire, la sortie de la Zone CFA semble désormais inéluctable, avec la conséquence majeure de la fin annoncée de cette monnaie et les redoutables attaques contre la probable nouvelle monnaie ivoirienne.

Toujours est-il que, depuis la chute du mur de Berlin, jamais, une crise postélectorale n'aura suscité en Afrique autant de passions et de controverses voire la possibilité d'une guerre générale. Depuis 1990, les présidentielles ivoiriennes revêtent un caractère dramatique. Plus personne, aucun des deux grands candidats, ne peut ni ne veut perdre la face. La moindre concession passe pour une compromission et tous les camps sont tenus à la surenchère. Excipons d'un exemple ce que vaut l'humilité en démocratie. Au Cap Vert, le 5 février 2001, à la veille des Législatives et conformément à la tradition, le président Pedro Pires a adressé un message aux Capverdiens pour dédramatiser les enjeux : C'est, écrit-il, la dixième élection pluripartite qui aura lieu dans notre pays [...]. Dès lors, l'élection multipartite n'est plus une nouveauté, parmi nous, et à commencé à être un acte banal de notre vie politique. En fait, nous avons su comment gérer de la meilleure façon leurs résultats et conséquences. Cette attitude collective, sage et digne d'éloges, à contribué à augmenter le prestige de notre pays à l'étranger et, aussi, à maintenir la stabilité et la paix sociale. De là, découle [l'idée] qu'un acte électoral ne doit pas être perçu comme une question de vie ou de mort[25].

Cette appréciation s'inscrit dans la filiation d'une pensée de Cabral Amilcar : nul ne doit avoir peur de perdre le pouvoir. Ce qui veut également dire que nul ne doit obtenir le pouvoir à tout prix, par tous les moyens. Or, en Côte d'Ivoire, cette élection est devenue dramatique, trop dramatique, une redoutable question de vie et de mort. Le contentieux électoral est la traduction de ce drame et peut s'achever par la guerre d'Abidjan.

II. CONTENTIEUX POSTÉLECTORAL

D'une façon générale, tout contentieux postélectoral concerne le « droit électoral », tel que définit par Bernard Maligner[26]. Mais, en, Côte d'Ivoire, la problématique et le contenu du contentieux reposent, exclusivement, sur les modalités pratiques de la diffusion des résultats et les conséquences politiques des décisions juridiques du décompte des voix du second tour des présidentielles.

PROBLÉMATIQUE

La diffusion des résultats « provisoires » du second tour (2 décembre 2010), qui donne M. Alassane Ouattara vainqueur, s'est faite dans des conditions pour le moins « anormales », c'est-à-dire non conformes au droit électoral, au code électoral et aux statuts de la Commission Électorale Indépendante[27]. En effet, le Président de cette Commission les a diffusés : 1) en dehors des délais légaux[28], ce qui explique l'auto-saisine du Conseil Constitutionnel (3 décembre 2010) ; 2) hors du siège officiel et légal de la C.E.I.[29], contrairement aux usages et à ses statuts ; 3) seul, en l'absence du collège des 31 Commissaires centraux de la C.E.I., décision qui s'apparente à une dissolution de facto de cette Administration, en violation flagrante de la Constitution, du Règlement intérieur de la C.E.I. (art. 6), et des « accords de Linas Marcoussis »[30] ; 4) depuis le siège de campagne[31] (Q. G.) d'un des deux candidats, en l'occurrence celui de M. Alassane Ouattara, localisation qui entache de suspicion et de non sincérité cette diffusion de résultats. En subséquence, le Président de la C.E.I. a commis une triple faute, aux graves effets immédiats et à la portée désastreuse, mais dont la nature n'a pas encore été perçue. D'une part, en manquant de courage individuel et de sérénité, dans un contexte de vive tension et face aux pressions diverses. Nous ne parlons pas de témérité qui ne se laisse pas confondre avec le courage[32]. Mais que pouvait-il craindre, alors que l'article 23 des Statuts de la C.E.I. lui confère une immunité réelle ? D'autre part, en modifiant « sponte sue » le mode de fonctionnement de la C.E.I., qui, rappelons-le, est une « Administration » dont la création procède d'une loi[33] (Assemblée Nationale). D'autre part encore, outrepassant ses attributions[34], bien que hors-délai, il a laissé accroire au monde qu'il avait encore le droit de « proclamer » des résultats « provisoires », ajoutant ainsi à l'énorme confusion qui fera passer ces résultats pour « définitifs ». Dès lors, ce qui n'est que diffusion de résultats bruts deviendra pour l'opinion publique occidentale « proclamation » de « résultats définitifs ».

En somme, au strict plan du droit, on peut dire que, d'un côté, il ne s'agit pas de résultats « proclamés », contrairement à ce que l'on l'entend dire hâtivement, et, d'un autre côté, il ne peut même pas s'agir de résultats « provisoires », puisque pour être « provisoires » ces résultats eussent dus être présentés selon les procédures et les textes juridiques en vigueur, ainsi que dans le respect du mode de fonctionnement de cette Administration (Chapitre IV : Fonctionnement, art. 28 à art. 32). En réalité et au mieux, ce ne sont que de résultats « diffusés », des matériaux bruts, et par suite, sans valeur juridique propre. Ainsi, sommes-nous en présence d'un formidable quiproquo, « un-qui-pris-pour-un-quoi », quand on considère comme « provisoires » ce qui n'est, en définitive, que résultats « diffusés ». Aussi importants que soient les médias télévisés, ce ne sont pas eux qui confèrent un caractère juridique à des résultats électoraux. Nous devons donc nous garder de confondre diffusion (technique) et proclamation (juridique). C'est, au reste, la terrible méprise du Représentant spécial du Secrétaire Général des Nations Unies que d'avoir certifié des résultats diffusés, qu'il a indument pris pour des résultats « proclamés ». Il a certifié une anomalie, oubliant même que, selon l'article 6 de ses statuts, la C.E.I., elle aussi, prête serment devant le Conseil Constitutionnel, dont elle dépend organiquement[35]. Mais cette grave erreur n'est pas intentionnelle ni délibérée. Elle n'est pas due à sa « mauvaise foi », à son éventuelle « intention de fraude » ou à son implication dans un vaste « complot » international au profit d'Alassane Ouattara. Car, ce haut fonctionnaire, comme tant d'autres, a été confronté à une crise de connaissance et d'inexpérience, parce que mis en face d'un phénomène électoral inédit qu'il n'a pas compris, un fait accompli, un emballement des faits auquel il n'a pas su résister par manque de lucidité. L'entêtement qui suivra ne visera qu'à masquer ce problème d'ordre cognitif et sa défaillance. Et, nous l'avons vu et nous le verrons encore, il n'est pas le seul en pareille situation.

Comment est advenu un tel cafouillis aux conséquences si désastreuses ? Selon La Majorité Présidentielle, il serait dû aux interventions maladroites et malintentionnées des Ambassadeurs de France et des États-Unis qui auraient conduit le Président de la C.E.I., bon gré mal gré, libre ou contraint, à l'Hôtel du Golf afin qu'il annonce ces résultats devant la presse étrangère. Si le premier diplomate a démenti[36], en arguant s'y être trouvé et, par pure coïncidence, avoir vu le Président de la C.E.I, le second ne semble jamais avoir démenti, du moins de façon officielle. Mais si jamais ces faits s'avéraient exacts, alors ces deux éminentes personnalités seraient à la base de l'écroulement et de l'échec de toute la procédure électorale qu'ils ont obérés par leur grande maladresse et leur subite immixtion dans le « droit électoral » ivoirien dont ils ont détourné la procédure, en transgressant la Convention de Vienne qui édicte les relations entre les États. Aussi, nous n'osons pas le croire, tant l'amateurisme et l'irresponsabilité de leur initiative seraient lourds. Ont-ils, un seul instant, mesuré la portée de leur intervention, si jamais ils l'avaient faite ?

Pour lors, force est de constater que, pour le second tour, la C.E.I. n'a pas fourni de résultats « provisoires » au Conseil Constitutionnel ; que les Nations Unies, dans une folle précipitation, ont « certifiés » des résultats bruts, c'est-à-dire seulement « diffusés », rendant du même coup caduque sa certification ; que, s'autosaisissant, le Conseil Constitutionnel a pris une décision « définitive » sur la base de documents bruts (procès verbaux, résultats non consolidés ou agrégés, etc.), non « provisoires », donc sans valeur juridique. En effet, au regard des textes, la C.E.I. est le seul organe administratif chargé de « tout le processus électoral » (droit électoral processuel et droit électoral substantiel), notamment de la « régularité du déroulement des opérations de vote » et, en matière d'élection présidentielle, de la « proclamation des résultats provisoires ». Outre le fait d'avoir appuyé sa décision ultime sur des documents non valides, ce qui correspond à un vice de forme, le Conseil Constitutionnel a commis deux autres erreurs significatives, que le président Eduardo Dos Santos a fort pertinemment notées[37]. Premièrement, contrairement à ce que semble prévoir les textes de loi, le Conseil Constitutionnel n'a pas annulé l'ensemble du second tour des présidentielles mais s'est contenté d'une invalidation partielle des résultats de la zone Nord, sur la base des requêtes de LMP. Et, conséquence immédiate, ayant proclamé les « résultats définitifs » et tenant compte du contexte, il s'est placé dans l'impossibilité matérielle d'organiser de nouvelles élections dans les délais de 45 jours fixés par la Constitution. C'est pourquoi, en bon lecteur des faits et des procédures juridiques ivoiriennes, le président Eduardo Dos Santos a laconiquement déclaré : « il n'y a pas de président élu »[38]. Cependant, est-il vrai et si sûr que le Conseil Constitutionnel ne puisse pas procéder à une invalidation partielle de résultats, comme l'a déclaré le Président de la C.E.I., mais uniquement à l'annulation de la totalité du scrutin ? Car la jurisprudence et l'esprit de la Constitution semblent l'y autoriser, quand la lettre, sans dire le contraire, ne l'indique pas explicitement. Le débat reste ouvert. D'autant que rien n'eut empêché le Conseil Constitutionnel de ne pas dessaisir (par automaticité procédurale) la C.E.I., qui lui est structurellement rattachée, et, par la même occasion, elle aurait pu et peut-être dû lui exiger de (lui) fournir des résultats « provisoires » en bonne et due forme. En ce sens, même si son auto-saisine est légale, justifiée et prévisible, elle a participé de l'emballement. Mais on appréhende bien mieux la difficulté à laquelle Conseil Constitutionnel s'est trouvé confronté, en renvoyant le lecteur à l'article d'un Collectif d'Avocat ivoiriens relatif à cette problématique. Le Conseil Constitutionnel, demande ce Collectif, peut-il statuer sans la proclamation des résultats provisoires par la CEI ? Oui, répond-il, conformément à l'article 88 de la Constitution qui dispose ainsi qu'il suit : « Le Conseil Constitutionnel est juge de la constitutionnalité des lois. Il est l'organe régulateur du fonctionnement des pouvoirs publics. » En cette qualité, il a le droit, voire l'obligation d'intervenir à l'expiration du délai légal de trois (3) jours imparti à la CEI »[39]. Point n'est besoin d'être grand clerc, pour voir ici comment cette question, dont la formulation est pertinente, ne reçoit pas de réponse exacte, précise, mais fait l'objet d'une construction juridique alambiquée, en mobilisant l'article 88 qui ne répond nullement à la question posée. Dans le cas contraire, il faut le démontrer par un raisonnement et non se contenter de l'affirmer. Somme toute, nous ne devons pas prêter à l'adjectif « régulateur », un sens, une signification et une dimension juridique qu'il n'a pas. Si le Conseil Constitutionnel est fondé à intervenir avant ou pendant la proclamation ou la diffusion des résultats, c'est en raison de la mise en relation des articles 32, 38, 94 de la Constitution et de l'article 6 des statuts de la C.E.I., mise en relation qui permet de dégager l'esprit de la Loi, quand les textes sont « muets ». C'est l'une des missions majeures et l'une des prérogatives essentielles du Conseil Constitutionnel. Et certainement pas en raison de l'article 88.

En tous les cas, le lecteur l'aura bien compris, c'est toute la procédure électorale du second tour qui n a pas été valide, et ce dès les erreurs premières et les fautes initiales commises par le Président de la C.E.I., erreurs et fautes imputables, dit-on, aux ambassadeurs français et américains, mais qui auront enrayé, à la racine même, tout le déroulement du décompte des voix. Ainsi, tous les segments de la procédure électorale sont-ils caducs. Ce n'est pas sans raison que le président Eduardo Dos Santos a dit que, pour lors, il n'y avait pas eu de « président élu ». Sous ce rapport, on peut dire - et sans ironie - que la présidentielle de 2010 a été bien plus « calamiteuse » que celle de l'an 2000. Pourquoi est-il donc si difficile d'organiser des présidentielles en Côte d'Ivoire, en dépit de tous les formidables efforts humains, financiers et budgétaires mis en œuvre ?

Nous devons toujours garder présent à l'esprit l'idée que le respect strict et scrupuleux du Droit est fondamental, parce que le Droit est au fondement de l'État de droit ou de l'État du Droit, pour reprendre la formule plus juste de Hegel. Nous ne devons rien concéder à l'idée contraire. Les « arrangements » sont toujours préjudiciables à la démocratie.

Ce gigantesque désordre procédural a créé une très grande confusion juridique, au point que la Côte d'Ivoire est littéralement en état de nature, plongée dans un véritable chaos institutionnel avec une paralysie quasi complète de l'Institution présidentielle, neutralisée par une diarchie au sommet de l'État qui se répand à l'ensemble du pays-État. En effet, les familles, la société civile, le corps électoral, l'État, l'armée, les institutions, les caisses de l'État et le territoire sont divisés, au triple plan géographique, administratif et politique. La Cote d'Ivoire existe-t-elle encore ? Le pays-État, avec une nation brisée, a désormais deux présidents. Le « constitutionnel » et le « reconnu », M. Laurent Gbagbo au « résultat légal mais non reconnu » par une grande partie de la communauté internationale, et M. Alassane Ouattara, au « résultat certifié et reconnu mais non constitutionnel ».

Au total, le contentieux postélectoral repose sur un double ressort : a) deux proclamations de résultats, l'un selon le « droit interne » ivoirien (Constitution), et, l'autre, d'après le « droit externe » (Relations internationales); b) un imbroglio juridique qui oblige à questionner le « droit électoral substantiel » (électeurs, candidats, opérations électorales, etc.) et le « droit électoral processuel »[40] (compétence du Conseil constitutionnel, régularité et sincérité du scrutin, comptage des bulletins, etc.). Quelles perspectives pour surmonter, « sursumer », « dépasser » cette contradiction ?

III. LES PERSEPECTIVES

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jeudi, 10 février 2011

LE «GBAGBO TOUR» DES DEPUTES UMP ANNULE IN EXTREMIS PAR L'ELYSEE

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Le coup médiatique était presque parfait pour le régime de Laurent Gbagbo. Vendredi soir 04 février 2011, une délégation composée d'au moins trois députés « UMP » aurait dû prendre l'avion pour la Côte-d'Ivoire, où le tapis rouge avait déjà été déroulé. Mais une fuite intempestive, via la « Lettre du continent », a tout fait capoter à quelques heures du décollage. Par Thomas Hofnung.


Le conseiller pour les questions africaines de Nicolas Sarkozy, André Parant, alerte alors le secrétaire général de l'« Elysée », Claude Guéant. Informé, le Président aurait piqué une sainte colère, exigeant du patron du groupe parlementaire « UMP », Christian Jacob, qu'il torpille le voyage. Ce déplacement aurait eu un effet désastreux pour la diplomatie française. Alors que Sarkozy a appelé à plusieurs reprises Gbagbo à quitter le pouvoir après la victoire de Ouattara à la présidentielle de novembre, des membres de sa majorité se seraient retrouvés en goguette sur les bords de la lagune Ebrié ?

Prise de guerre. Samedi 05 février 2011, ignorant les derniers rebondissements à Paris, un quotidien pro-Gbagbo, le Temps, titrait : « Sarkozy perd une partie de son bras de fer avec Gbagbo ». La prise de guerre aurait été belle. Plus encore que la venue des deux vieilles gloires du barreau, Roland Dumas et Jacques Vergès.

Sur place, un programme aux petits oignons et à sens unique avait été concocté pour ces invités de premier choix. Durant leur séjour de deux jours, les députés étaient censés rencontrer Gbagbo à deux reprises. Une réunion était aussi prévue avec Paul Yao N'dré, le président du « Conseil constitutionnel » qui a invalidé le vote de sept départements du nord de la Côte-d'Ivoire, permettant à Gbagbo de l'emporter de justesse face à Ouattara... Egalement au menu : des entretiens avec le chef de la diplomatie, Alcide Djédjé, qui a multiplié ces dernières semaines les saillies contre l'« ONU » et Paris, mais aussi avec Charles Blé Goudé, le leader des « Jeunes Patriotes », devenu ministre. Et, en tout et pour tout, une petite heure à l'« hôtel du Golf », non pas pour y rencontrer Alassane Ouattara, mais les représentants de l'« ONU » et de la « force française Licorne ».

La mort dans l'âme, trois de ces députés - Jean-François Mancel, Cécile Dumoulin et Yves Censi - ont annoncé, samedi 05 février 2011, l'annulation de leur voyage, prétextant « un programme de travail qui paraissait déséquilibré ». « Quel dommage que Jean-François Mancel n'ait pu venir pour s'informer et avoir une vision plus équilibrée de ce qui se passe ici ! » regrettait hier Liliana Lombardo, une ancienne du « RPR » devenue proche du régime de Gbagbo. Il connaît la Côte d'Ivoire depuis longtemps.

Figurant sur la liste des participants diffusée par la présidence ivoirienne (lire ci-contre), l'ancien secrétaire d'Etat à l'Outre-Mer Yves JégoJean-François Mancel, ancien secrétaire général du « RPR », il a prudemment décliné après s'être renseigné sur la personnalité de la « puissance invitante », censée être le président de l'« Assemblée nationale » ivoirienne, Mamadou Koulibaly. Un dur, très antifrançais. assure n'avoir jamais envisagé de se rendre sur place. Contacté par Jean-François Mancel, ancien secrétaire général du « RPR », il a prudemment décliné après s'être renseigné sur la personnalité de la « puissance invitante », censée être le président de l'« Assemblée nationale » ivoirienne, Mamadou Koulibaly. Un dur, très antifrançais.

Biographie. Au côté de Mancel, on relève sur cette liste le nom du député des Yvelines Jean-Michel Fourgous. Les deux hommes se connaissent bien. En juillet 2009, ils avaient participé à une « mission d'observation » du scrutin présidentiel au Congo-Brazzaville. Conduite par l'ex-garde des Sceaux Jacques Toubon, celle-ci avait jugé la réélection de Denis Sassou Nguesso parfaitement démocratique, contrairement à Bruxelles.

Ce déplacement avorté, dont l'existence a été découverte tardivement en haut lieu et qui a été annulé in extremis, révèle un nouveau dysfonctionnement de la diplomatie française. Détail troublant, trois de ces députés avaient rendez-vous jeudi prochain avec le ministre de la Coopération, Henri de Raincourt. Pour un petit débriefing ?

 

Source: NERRATI.NET

OPERATION FRANÇAFRICAINE DE HOLD-UP ELECTORAL EN COTE D'IVOIRE

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OPERATION FRANCAFRICAINE DE HOLD-UP ELECTORAL EN COTE D'IVOIRE[1]


Par BWEMBA-BONG

Membre du Cercle SAMORY

Groupe de Réflexion sur la Culture Africaine

(CESAM)

Pour la Renaissance du Peuple Noir


« Pour les intérêts de notre pays, il ne faut pas avoir peur de mettre la main dans celle du diable » Jacques Foccart.

De tous les anciens pays négriers, la France est le seul qui, six siècles plus tard, après la prétendue Abolition de la Traite négrière, s'accroche toujours et continue, par diverses violences, à vampiriser avec arrogance l'Afrique Noire qu'elle tient pour sa propriété, hommes et biens compris. Aussi, chaque fois que celle-ci tente de sortir la tête de l'eau, la nation de Gobineau et Colbert est-elle toujours présente, pour l'y replonger.

Dans son préambule, la Constitution française de 1958 fait mention des Droits de l'Homme définis par la Déclaration de 1789, complétée par le Préambule de la Constitution de 1946, et du principe de la Libre Détermination des Peuples.

C'est sur l'application de cette profession de foi que se fonde l'Article 1er du texte, qui dispose : « La République et les peuples des territoires d'outre-mer qui, par un acte de libre détermination, adoptent la présente Constitution instituent une communauté. La communauté est basée sur l'égalité et la solidarité des peuples qui la composent ».

Ainsi donc, la Communauté franco-africaine, nouvelle structure mise sur pied par la France pour ne pas lâcher son empire et ses colonies d'Afrique Noire, donnait à penser qu'elle reposait sur deux principes fondamentaux : la participation et l'autonomie.

L'Article 76 de cette Constitution dispose : « Les territoires d'outre-mer peuvent garder leur statut au sein de la République s'ils en manifestent la volonté par délibération de leur Assemblée territoriale prise dans le délai prévu au premier alinéa de l'article 91 (dans un délai de quatre mois à compter de la promulgation de la Constitution), ils deviennent soit départements d'outre-mer de la République, soit groupés ou non entre eux, Etats membres de la communauté ».

Quatre solutions se présentaient donc :

1°)- Rejeter la Constitution (ce que fit la Guinée, sous l'impulsion de Sékou Touré). Ce vote négatif impliquant que, par ce rejet, la colonie sortait de l'Union Française, qu'elle n'entrait pas dans la Communauté, qu'elle devenait indépendante ;

2°)- Opter pour le régime de département d'Outre-mer ;

3°)- Les territoires d'Outre-mer pouvaient garder leur statut au sein de la République ;

4°)- Les territoires d'Outre-mer pouvaient devenir des Etats membres de la Communauté.

Quant à l'autonomie, c'est le Titre XII de la Constitution, intitulé De la Communauté, qui en précisait la situation juridique, par des textes qui la définissaient à travers ce qu'ils dénommaient « l'Autonomie des Etats de la Communauté ».

S'inspirant de la doctrine de la IVe République, la Ve République reprenait ce système d'autonomie qui n'avait qu'un semblant de souveraineté interne.

A cet égard, l'Article 77 stipulait à propos de ces Etats fictifs : « ...s'administrent eux-mêmes et gèrent démocratiquement et librement leurs propres affaires ».

Mais l'Article 78 définissait la compétence de la Communauté : la politique étrangère, la défense, la monnaie, ainsi que la politique économique et financière revenaient à la France seule. En définitive, la Communauté se substituait tout simplement à l'Union Française.

Structurellement, la Communauté se composait de quatre organes :

- le Président de la République (Français)[2],

- le Conseil Exécutif,

- le Sénat de la Communauté,

- la Cour arbitrale.

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Au plan de la participation, il était institué des organes propres de la Communauté, désignés indirectement par les populations des Etats membres et exerçant des compétences communes ; il s'agissait, en l'occurrence, du Président de la République française, du Conseil exécutif qui était composé notamment des chefs de gouvernement des membres de la Communauté et des ministres chargés par la Communauté des affaires communes, du Sénat de la Communauté, composé des parlementaires français et d'élus africains membres des Assemblées Territoriales ; enfin, d'une Cour Arbitrale.

Ces organes étaient investis des compétences attribuées à la Communauté : la politique étrangère, la défense, la politique des matières premières stratégiques, la politique économique et monétaire, l'enseignement supérieur, le contrôle de la justice, etc.

La Communauté autorisait formellement chaque Etat, y compris ceux d'Afrique Noire, à disposer d'organes propres : un gouvernement dirigé par un Premier ministre, une Assemblée territoriale et des tribunaux. Toujours aussi formellement, ces organes étaient investis des compétences de maintien de l'ordre, de vote du budget, de levée des impôts, de règlement des litiges, etc.

Dans la réalité, le droit de séparation proclamé par la France, était, comme la plupart de ses principes, une déclaration qui n'avait pas à avoir d'effet dans la pratique. La Guinée, qui sous la direction de Sékou Touré opta pour la séparation, en fit la triste expérience. C'est ce que révèle un responsable des services secrets français, alors chargés de mener la guerre totale et sans répit à la Guinée nouvellement indépendante : « Dans les semaines suivant le « non », Sékou Touré pouvait encore être récupéré. Albert nous bombarde de rapports pour nous signaler que le leader guinéen guette le moindre signe de dégel. Mais De Gaulle a décidé de se montrer intraitable et confie à ses intimes :

Sékou Touré, je le veux à plat ventre....

A ce jeu-là, Sékou Touré s'endette chaque jour un peu plus, car cette aide étrangère est payante, les missions économiques de l'Est ne lui font pas de cadeau. Où trouver l'argent ? Il n'a même plus de quoi payer ses fonctionnaires. De Gaulle lui a coupé les vivres [...]

Cet argent, disent les responsables français, restera bloqué à la Caisse des Dépôts et Consignations jusqu'au moment où nous serons autorisés à verser les pensions directement aux ayants droit [...]

Mais voici un miracle : Sékou Touré se souvient brusquement qu'il possède, dans les caisses de la Banque Centrale de Guinée, la très coquette somme de quatre milliards de francs C.F.A., abandonnés par les Français. Pourquoi n'y a-t-il pas pensé plus tôt pour éponger ses dettes ? Il commence donc à prélever sur le magot [...]

Alarmé, notre agent à Conakry nous prévient que Sékou Touré est en train de puiser dans des ressources insoupçonnées, au détriment de notre propre balance C.F.A., car il s'agit de monnaie émise par la Banque de France. Il nous propose d'y mettre le holà. Comment ? [...]

Vous m'envoyez deux ou trois grenades au phosphore. Moi, j'ai déjà repéré les cheminées d'aération de la Banque Centrale qui descendent jusque dans la salle des coffres. J'irai dire bonjour à mon copain le ministre et, ni vu ni connu, je balance les grenades. C'est un coup à gagner quatre milliards [...]

Quant au reste, soit près de trois milliards de francs C.F.A. en billets neufs, ils ne sont pas encore en circulation. Le directeur de la Banque de France devait, pour les rendre valables, signer le traditionnel décret d'émission. Mais on a attendu le résultat du référendum. A la suite du « non » de la Guinée, De Gaulle a donné des ordres formels pour que le décret ne soit pas pris : cette masse de billets demeure sans valeur [...]

Sékou entre dans une rage folle. Il se sent abominablement piégé. L'indépendance est une belle chose, mais comment se débrouiller quand on n'a plus un sou vaillant, plus un compte bancaire, quand l'argent que l'on croyait détenir est frappé d'un mal mystérieux et se désintègre entre vos doigts ? [...]

Pourtant, c'est le même franc CFA que celui qui circule au Sénégal, en Côte d'Ivoire, au Mali, etc. A un détail près toutefois, qui change tout. Dans sa grande méfiance, la Banque de France a pris depuis longtemps ses précautions : la monnaie imprimée en métropole et émise pour chaque territoire africain porte une lettre spécifique permettant de l'identifier. Ainsi, tout ce qui vient maintenant de Guinée est automatiquement détecté et rejeté [...]

Nous avons appris que la Guinée voulait de toute façon quitter la zone franc, créer sa propre monnaie [...]

Nous allons nous procurer des billets de la nouvelle monnaie guinéenne. Dans l'imprimerie ultra-secrète de la Piscine[3], dirigée par un officier Pied-Noir, nous sommes en mesure de reproduire ces bank-notes le plus parfaitement du monde et nous en inonderons le marché guinéen [...]

C'est de bonne guerre. Sékou Touré s'est moqué de nous, et a voulu tricher lui-même avec nos propres francs CFA [...]

Sékou Touré se retrouve avec une monnaie inexploitable, ruiné, aux abois. Il est à plat ventre comme le souhaitait le Général. Mais pas devant la France. Il se tourne définitivement vers les régimes socialistes ... »[4].

Mais, malgré la volonté de la France de doter la Communauté d'une armature colonialiste plus renforcée, celle-ci n'aura qu'une courte existence de deux ans, Paris ayant changé de stratégie : face à la revendication de l'indépendance posée par le Cameroun, et soucieuse d'éviter l'embourbement de type algérien en Afrique Noire, la France choisit la ruse articulée autour d'une donne nouvelle : octroyer de façon déclarative l'indépendance aux colonies, tout en gardant la haute main sur tout l'empire : le néocolonialisme.

Ainsi donc, la réalité de la politique de la France en Afrique Noire était appliquée en Guinée, par le Général de Gaulle qui, de ce fait, était d'autant plus à l'aise pour répondre à ceux qui lui faisaient grief d'avoir bradé ce qui restait à la France de son empire colonial : « Des territoires qui ne cessaient pas, depuis dix ans, d'aspirer à l'indépendance, la réclament aujourd'hui avec insistance. Faut-il laisser ce mouvement se développer contre nous, ou, au contraire, tenter de le comprendre, de l'assimiler, de le canaliser ? ».

L'expérience de l'Indochine et celle de l'Afrique du nord ont servi à devancer les événements en Afrique Noire. Elles ont permis d'octroyer l'indépendance qui allait être arrachée :

« J'ai desserré les liens avant qu'ils ne se rompent »[5].

Effectivement, le général de Gaulle avait desserré les liens avant qu'ils ne se rompent. Il avait réussi par la terreur sur la Guinée, et l'assassinat des vrais combattants africains de l'Indépendance, à placer à la tête de la quasi-totalité des « Etats » d'Afrique Noire à l'heure des fausses indépendances, des personnages dont la particularité était d'être marqués du sceau de la souplesse d'échine, et de s'être, de ce fait, farouchement opposés à l'indépendance de l'Afrique Subsaharienne, mais qui, pour les besoins du néocolonialisme, étaient travestis en « grands timoniers », « héros nationaux », « pères de la Nation ».

Dans un article d'une brûlante actualité aujourd'hui encore, sur les relations invariablement colonialistes que la France a toujours entretenues avec l'Afrique Noire, Cheikh Anta Diop notait déjà en 1953, avec une clairvoyance et une lucidité prémonitoires : « De toutes les puissances européennes qui dominent l'Afrique, la France est l'une des plus colonialistes - sinon la plus colonialiste. Les méthodes qu'elle applique (politique d'assimilation, etc.) sont telles que malgré l'exploitation la plus féroce, on n'a pas vu surgir, jusqu'ici, dans ses colonies d'Afrique Noire (les territoires sous mandat mis à part) une franche aspiration à l'indépendance nationale. Le colonialisme français a même réussi un tour de force exceptionnel en créant des consciences politiques, de tout âge, vieilles, d'âge mur, jeunes, attelées à la défense de l'Union française.

Car, l'Union française, quelque soit l'angle sous lequel on l'envisage, apparaît comme défavorable aux intérêts des Africains, en ce sens qu'elle impliquera, toujours, une exploitation unilatérale de l'Afrique par la métropole et un étouffement des aspirations légitimes d'indépendance nationale des peuples colonisés, sans la réalisation desquelles il n'y a pas de démocratie possible »[6].

En effet, par la ruse, la fraude et une violence endémique, les institutions administratives et politiques, créées par la France dans le cadre de sa mainmise sur l'Afrique Noire, fonctionnèrent et continuent de fonctionner à la pleine satisfaction de leur initiatrice.

D'un atavisme négrier sans égal, la France qui sait avoir définitivement perdu les colonies cochinchinoises et arabes (Tunisie, Maroc et Algérie) de son ancien empire, a choisi le raccourci de miser sur la « servilité » des « Nègres » qui, pense-t-elle, restent encore à portée de son hégémonie[7]. Aussi, fonde-t-elle sa politique extérieure sur une stratégie dont l'objectif central est d'empêcher les anciennes colonies d'Afrique Noire, de vivre de façon libre et indépendante. Pour ce faire, elle repose sa politique africaine sur une logistique dans laquelle elle s'inscrit comme le pays emblématique représentatif du triomphe de l'Occident sur le monde noir. Son système fonctionne ainsi sur la base :

1°)- Du maintien de l'Afrique Subsaharienne (que Jacques Chirac s'est donné pour mission d'élargir de plus en plus aux anciennes colonies africaines dites anglophones, lusophones et hispanophones) dans une colonisation de type nouveau, par laquelle la France les utilise dans la plupart des problèmes internationaux pour ses besoins de puissance politique, économique, militaire et culturelle. En somme, le colonialisme français ancien a muté en néocolonialisme néonégrier triomphant : la coopération franco-africaine dont l'unique dominante et seule bénéficiaire est la France ;

2°)- D'une prétendue « coopération » qui sert de justificatif au pillage économique de l'Afrique Noire, aux interventions militaires françaises, et à l'aliénation culturelle des populations africaines, au nom d'une prétendue communauté de langue : le Français ;

3°)- De l'ancrage de l'Afrique Subsaharienne dans une intégration esclavagiste de plus en plus subtile, mais toujours plus renforcée et rigide ;

4°)- De la poursuite par la France de ses objectifs de domination, tout en les renforçant dans le cadre d'une projection stratégique ;

Cette nouvelle forme de maintien de l'Afrique Noire dite francophone en esclavage par la France se révèle être un système dans lequel le suzerain français et ses esclaves mages forment un Tout. Il se veut immuable, et n'accepte de remise en cause ni de sa structure, ni de son fonctionnement. Aussi, suffit-il seulement qu'un territoire africain se donne lui-même librement ses représentants, pour qu'un tel acte d'indépendance soit ressenti comme une agression et appelle la riposte immédiate : le coup d'Etat téléguidé de Paris et l'élimination du régime « intrus ».

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lundi, 07 février 2011

USAGE DE MOYENS MILITAIRES HI-TECH EN COTE D'IVOIRE: GUERRE PSYCHOLOGIQUE, INTOXICATION OU REALITE?



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Voici ce sur quoi Ouattara compte

Notre boite de courrier électronique ne désemplit pas de messages indiquant la présence de forces spéciales françaises, d'éléments du COS français (opérations spéciales), etc. Nous savons que l'armée ivoirienne prend des dispositions pour contrer toute attaque. L'analyse faite des forces en présence et la détermination des FDS-CI qui veulent laver l'affront à eux fait par quelques "lacrous" alors aidés par la France,  indiquent que le risque de déflagration généralisée qui pourrait même toucher le Burkina  Faso est trop grand et serait à l'avantage du Président Gbagbo. Tel que nous connaissons Ouattara, nous avons cherché à comprendre sa "trop grande" assurance et le fondement de ses dernières sorties menaçantes. Pour qui le connait, son comportement est un bon indicateur. Il agit toujours comme "l'aveugle qui a son pied sur la pierre". La question était alors de savoir quelle est cette "pierre" qui le rassure tant? Ecartant l'option  trop risquée pour eux de l'offensive militaire de terrain, il ne reste plus que des actions commandos ciblées. Recherches faites, nous évoquons ici des possibilités :

L'emploi de soporifiques

Cette option est peu coûteuse et moins voyante. Elle consisterait à endormir les soldats sur des sites ciblés à l'aide de gaz soporifiques contenus dans des cannettes (canisters) lancées  à partir de drones ou de fusils lanceurs silencieux ou non détonants.  Il ne leur restera plus qu'à cueillir nos soldats endormis et passer ou agir suivant le site de l'opération. La faisabilité est grande et réaliste, même si elle pourrait être gênée par des vents non favorables. Nos soldats aux points névralgiques devraient être équipés de masques à gaz. Et puis notre armée de l'air devrait être vigilante dans la surveillance de notre espace aérien. Interdire tout aéronef non civil et se doter des moyens de "tomber" tout drone.

L'Impulsion électromagnétique (IEM)

Un peu plus chère mais plus efficace et non soumise aux aléa météorologiques, cette option n'est pas à écarter. L'on sait de source interne que du matériel d'émission radio (ondes hertziennes) a été livré au Golf Hôtel. Certains pensent à la mise en place d'une télé. Mais nous pensons que c'est une fausse piste. La mise en place de la radio RHDP est un leurre pour faire penser à la mise sur pied d'une télé dont l'utilité n'est pas évidente actuellement. Ce matériel est destiné à la mise sur pied d'un émetteur d'IEM. Et si Ouattara est menaçant actuellement, c'est parce qu'il a été "brieffé" sur l'efficacité de la méthode quasi chirurgicale et des assurances lui ont été données quant aux délais de mise en œuvre qui n'excèderaient pas fin Janvier.

Les IEM ont pour effets de neutraliser tout matériel électronique ou mécanique à commande électronique (char, lance missile, émetteur radio-télé, etc). Elles ont aussi pour effet d'étourdir tout être vivant dans leur rayon d'action. La résidence du Président n'est pas loin du Golf. La parade est la mise en place de cages de faraday. Le département de Physique (électronique, électrotechnique, physique atmosphérique, etc) de notre Université doit être mis à contribution, pour appuyer notre armée qui dispose aussi en son sein d'ingénieurs hautement qualifiés. Il existe aussi des solutions toutes faites, tel le PR4G, appareil radio de quatrième génération, réalisé par Thomson (société française) que nous ne pourrons pas acquérir, ou du moins qu'ils se refuseront de nous vendre. Le rayon d'action des IEM peut être élargi en s'appuyant sur les relais de téléphonie cellulaire.

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Son emploi se décline aussi en arme embarquée sur un véhicule roulant (pick-up ou Jeep) avec le Pulsed Energy Projectile développé par des firmes comme ATK. Dans une telle configuration, l'appareil permet de viser une foule aussi bien qu'un individu, et de contrôler l'ampleur des dommages qu'on cause à la cible. Avec une portée de 2 km, il est efficace contre des adversaires embusqués, puisqu'il suffit de l'orienter dans leur direction et non pas de les viser exactement.

Nous pensons qu'ils ont usé de beaucoup de leurres pour détourner notre attention de ces options qu'ils ont arrêté depuis longtemps. Nous en voulons pour preuves :

  • Le choix du site du Golf Hôtel pour sa proximité avec la résidence du Président et des installation de l'ATCI à Anoumabo,
  • les équipements radios convoyés sur ce site depuis longtemps.
  • la mise en place de la radio du RHDP pour des tests (brouillage de la RTI)
  • Sachant que la population pourrait intervenir, ils se sont dotés de camions à canon à eau pour contenir toute émeute
  • les conteneurs d'armes et d'équipements saisis au port, etc ...sont de véritables leurres (ils sont trop intelligents pour commettre de telles "gaffes". Ils ont le port de Dakar et des transalls pour la liaison)

Ces informations sont à prendre au sérieux d'autant que ces grandes puissances disposent ici d'un théâtre de tests en grandeur réelle, qu'elles n'hésiteront pas un seul instant à exploiter.


Source: AU COEUR DES ELECTEURS-CI.NET

COTE D'IVOIRE - COUP DE FORCE ELECTORAL: ENCORE DES PREUVES !

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Capture d'écrans du complot de la France et de la collusion entre le RHDP, l'ONUCI et la  FRANCE.
Ces "Print Screen" ont été faits par un Facebooker alors même qu'il ne savait pas qu'il en aurait besoin dans le futur. Il gardait ainsi des images de preuves irréfutables de la préparation du complot visant à proclamer Alassane Ouattara vainqueur des élections présidentielles 2010. Ces images montrent bien la collusion entre le RHDP, l'ONUCI et la France dans ce coup de force électoral au 2nd tour.
Regardez bien les parties encadrées sur ces images.

Les faits :

1- Le 29 novembre au soir, le site LGO annonce puis présente ADO comme le "Nouveau président Ivoirien". Notez bien qu'il ne dit pas le "Futur Président" mais le "Nouveau Président". Comme s'il donne une information et non une prévision ou une prédiction...

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Ce même site dont le propriétaire n'est autre que Jean Paul Ney, ce français qui avait été arrêté et mis en prison pour tentative de déstabilisation de la Côte d'Ivoire, en complicité avec Ibrahim Coulibaly dit IB, avait publié dès le 29 novembre 2010 déjà, des résultats qui donnaient Alassane Ouattara vainqueur à plus de 53%, alors même que la CEI commençait à peine ses délibérations.

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2- A partir du 30 novembre, le site ADO SOLUTIONS annonce en Flash Info que les résultats ne seront pas communiqués via la RTI : « La RTI ne retransmettra pas les résultats proclamés par la CEI, suivre plutôt sur ONUCI FM ou les chaines... (étrangères) ». Donc le site de campagne du candidat Alassane Ouattara savait que Bakayoko allait faire ce qu'il a fait devant les chaînes étrangères. De plus, l'ONUCI est bel et bien présenté comme complice de ce qui allait arriver puisque la radio ONUCI FM apparait bien en première position...

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3- Le 1er décembre, EURONEWS donne ce Flash Info : "Côte d'Ivoire: Alassane Ouattara proclamé vainqueur de l'élection présidentielle par la commission électorale.". Cela semble anodin! Mais attention, Bakayoko a fait sa déclaration le 2 décembre et non le 1er décembre.

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Conclusion :
Alassane Ouattara, candidat de l'étranger, et ses soutiens avaient prémédités l'issue de ces élections dès après le premier tour ou même avant. Mais leur plan ne marche pas comme prévu et a conduit la Côte d'Ivoire dans l'impasse actuelle. Seule la vérité viendra à bout d'Alassane Ouattara, et elle a commencé à sortir. Tout doucement mais sûrement.

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Georges Gino (facebook - Georges Gino)
* Remerciement spécial a "Coolman Ivoire" pour sa vigilance et ses images. Tout le mérite est pour toi.

 

Source: TELEDIASPORA.NET

vendredi, 04 février 2011

HO HONTE, SARKOZY ! HO HONTE, COMPAORE ! HO HONTE, BAN KI MOON !

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L'on s'en souvient encore, c'est ainsi que la Première Dame ivoirienne, Madame Simone Ehivet Gbagbo avait hué l'ONU, la CEDEAO et la « communauté internationale », lors du grand meeting de mobilisation du CNRD (Congrès National de la Résistance et pour la Démocratie) dont elle est la présidente, au Palais de la Culture, à Abidjan, le samedi 15 janvier 2011, pour leur complot contre la Côte d'Ivoire. Nicolas Sarkozy, Blaise Compaoré et Ban Ki Moon, voici un bien triste trio ! De mémoire d'ivoiriens, jamais attelage n'aura été plus démoniaque, plus infernal et plus criminel à l'égard de la Côte d'Ivoire ! On ne sait sur la base de quel deal, mais ces « trois mousquetaires de la géhenne » sont en campagne pour casser de la Côte d'Ivoire.

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Nicolas Sarkozy, le suzerain rappelé à l'ordre

L'on se souvient encore de l'empereur Nicolas Sarkozy en partance pour l'Inde qui déclarait, dans son avion royal, ne reconnaître qu'un président élu sur les bords de la lagune Ebrié : Alassane Ouattara. Quelques temps après, sur la tribune de Bruxelles, perché sur ses ergots, il intimait l'ordre à Laurent Gbagbo et à son épouse (que vient-elle faire dans cette affaire ?), dans un ultimatum totalement surréaliste que retiendra l'histoire, de quitter le pouvoir dans les 48 heures. Cela fait plusieurs semaines, aujourd'hui. Laurent Gbagbo est bel et bien là ! A la même place. « Gbagbo pas bouger ! », martèlent les Ivoiriens qui disent à l'envie à quiconque se prend à rêver sur le départ du président qu'ils ont élu qu'ils n'ont aucunement l'intention de se laisser intimider. L'épouvantail fût-il Nicolas Sarkozy, président de la puissance française. Nous ne sommes guère impressionnés. Même si au Burkina Faso sont stationnés, par ses soins, des avions de guerre et des hélicoptères de combat, ainsi qu'à Bouaké des milliers de mercenaires de tout poil et de tout acabit, de barbouzes français et de soldats burkinabé, prêts à passer à l'action. Adepte qu'il est de la violence et d'une barbarie toute coloniale.

L'Afrique digne lui ayant dit son fait au récent sommet de l'Union Africaine, à Addis-Abeba en Ethiopie, c'est un Nicolas Sarkozy aplati et descendu de sa superbe qu'il nous a été donné de voir, évitant habilement de se prononcer, avec l'arrogance et la suffisance qui lui sont connues, sur le différend ivoirien, faisant en lieu et place l'apologie de la non violence et présentant une France irréelle, respectueuse de la souveraineté des Etats africains. Même si nous n'avons pas cru un mot de son laïus, nous nous réjouissons de l'impact qu'ont eu les mises en garde des gouvernements africains sur le suzerain de France. L'option militaire pour enlever Laurent Gbagbo du pouvoir a donc ainsi été fermement et définitivement écartée. Pour bien prendre la mesure de la déconvenue et de la déculottée d'Addis-Abeba, il est important de savoir que la presse française est restée quasi muette sur le discours de son hyper-président. Peu de mention en a été fait sur les télés françaises, d'habitude si prolixes quand il s'agit de la crise ivoirienne, si promptes à déblatérer des horreurs sur la Côte d'Ivoire et à nous passer en Une.

Cet homme a cru, en outre, nous faire mal en complotant avec ses sujets bas-ventristes de l'UEMOA pour mettre la Côte d'Ivoire sous coupe réglée financière et monétaire, de sorte à nous emprisonner dans un corset économique et nous contraindre ainsi à capituler. Par strangulation et étouffement. Mal leur en prit : l'UEMOA est aujourd'hui au bord du précipice, du gouffre financier, moins d'un mois seulement après le retrait forcé de la Côte d'Ivoire de la BCEAO. Il n'y a pas plus grande démonstration de la force de notre pays dans la sous-région. A malin, malin et demi ! Les conspirateurs ont aujourd'hui le bec dans l'eau. Et bien pris qui croyaient prendre. Que cela leur serve de leçon !

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Blaise Compaoré, l'âme damnée

Pour en venir à Blaise Compaoré, il faut le reconnaître, il n'y a pas homme d'Etat plus désolant dans toute l'Afrique ! Il est sans honneur, dénué de toute dignité, étranger à toute fierté. Voici un homme qui a aidé à brûler le Libéria et la Sierra-Leone, qui est, de près ou de loin, mêlé à toutes les crises ouest-africaines voire africaines, à tous les trafics mafieux de la sous-région (jusqu'à être exportateur de Café-Cacao, à la faveur de la crise ivoirienne, dans un pays qui n'a pas un pied de cacaoyer), attaché à des intérêts mercantilistes innommables et qui a plongé la Côte d'Ivoire, un pays frère voisin qui abrite au moins 3 millions de ses compatriotes, dans un désordre inqualifiable et une souffrance indicible depuis bientôt dix années, élu sans discontinuer depuis 23 ans à des scores soviétiques à la tête du Burkina Faso (le plus récent : 80,15%, le 25 novembre 2010, pour la quatrième fois consécutive) et qui veut nous donner des leçons de démocratie. Ci-devant facilitateur du processus de paix ivoirien commué sans transition aucune, par on ne sait quel coup de baguette magique, en déstabilisateur forcené et empressé, récemment reçu à l'Elysée pour être instruit des ordres du suzerain et qui a promis prendre très rapidement ses responsabilités militaires dans la crise postélectorale ivoirienne pour dégager le président réélu ivoirien, Laurent Gbagbo. Si ce n'était de vies humaines dont il était question, on en éclaterait presque de rire.

Cet homme est une honte pour l'Afrique entière. Rares auront été les valets de l'Occident et, singulièrement, de la Françafrique qui se seront révélés aussi bassement serviles et aussi aveuglément zélés que Blaise Compaoré, âme damnée de l'exécutif français et plus spécialement de Nicolas Sarkozy, après de bons et loyaux services rendus au déprimant Jacques Chirac. C'est avec raison que tous les Ivoiriens défenseurs de la République en péril, à travers les jeunes patriotes et leur leader Charles Blé Goudé, le récusent énergiquement comme membre du Panel de 5 chefs d'Etats africains devant évaluer (comme l'a toujours demandé le Président Laurent Gbagbo) le processus électoral ivoirien. Il n'est pas le bienvenu en Côte d'Ivoire et nous le lui ferons clairement sentir, le moment venu.

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Ban Ki Moon, « l'incompétent » notoire

Nous achevons notre randonnée scripturale avec le non moins sinistre et désolant Ban Ki Moon. Ci-devant Secrétaire Général de l'ONU le plus nul et « le plus incompétent que l'organisation ait jamais eu », dixit la Responsable des Audits du grand « Machin », il y a seulement quelques jours de cela. Les Ivoiriens pensaient être les seuls à le penser de cet affidé des cercles maçonniques, adepte des basses manœuvres et comploteur invétéré. La vérité vient de tomber. Implacable, impitoyable. De la bouche même de la spécialiste onusienne chargée de contrôler et d'évaluer la gouvernance du Sud-coréen.

C'est cet « incompétent » (le mot n'est pas de nous) qui a osé dire, lui qui n'est pas chef d'Etat - après que le sommet des chefs d'Etats africains ait décidé de la mise sur pied d'un panel de haut niveau pour évaluer l'élection présidentielle ivoirienne - dans une conférence de presse par lui accordée aux médias, à l'issue de la 16ème session des chefs d'Etats : « Procéder au recomptage des voix est une honte et une grande injustice faite à Alassane Ouattara ». Nous lui répondons que c'est plutôt lui qui fait honte à toute la Corée du Sud, un pays digne et travailleur, avec son sbire de compatriote Young Jin Choï de l'ONUCI et à l'humanité dans son entièreté, quand il est incapable de comprendre une chose aussi basique : dans le cas d'un litige électoral majeur comme celui de la Côte d'Ivoire, la meilleure chose à faire est le réexamen des documents électoraux. Il faut l'avouer, la vacuité des propos de Ban Ki Moon aura atteint des sommets à Addis-Abeba. Tout comme son « incompétence », d'ailleurs.

Au-delà de cette victoire apparente des Africains dignes sur les va-t-en-guerres de la Françafrique, les Ivoiriens doivent rester mobilisés, concentrés et vigilants jusqu'aux conclusions du Panel des chefs d'Etats africains - qui ne doivent être biaisées sous aucun prétexte ni sous aucune pression : attention au syndrome Youssouf Bakayoko ! - pour ne se laisser surprendre par personne et surtout pas distraire par les paroles mielleuses d'un Nicolas Sarkozy manipulateur, qui espère nous donner le change. Les Ivoiriens ne sont pas dupes. Ils savent parfaitement qu'il n'a guère renoncé à son projet militaire contre la Côte d'Ivoire. Nous sommes « krangba (callés) », comme dit (en noushi, argot local) la jeune artiste ivoirienne Nash, et nous l'avons bien à l'œil.

A bon entendeur..., salut !


Que DIEU bénisse la Côte d'Ivoire !


 

DINDE Fernand AGBO

LA FRANCE S'APPRETE A NOUS SERVIR PIRE QUE CHIRAC (Réédition)


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A lire, cet autre texte écrit le 28 avril 2007 et posté pour la première fois sur Regards croisés, le 24 mars 2008, et au sujet duquel les récents développements de l'actualité politique ivoirienne nous donnent raison. Appréciez, tout simplement.



Je vous envoie pour lecture l'intégralité du discours tenu par le Professeur Mamadou KOULIBALY, Président de l'Assemblée Nationale, sur la tribune de la Caravane de la Paix, qui a connu son apothéose le Samedi 21 Avril 2007, au complexe sportif de Yopougon Selmer, à Abidjan.

A la vérité, quand j'ai achevé la lecture de ce brillant speech, j'ai été gagné par le sentiment diffus et confus que la crise ivoirienne est loin d'être finie et qu'elle risque de rebondir de la pire des façons.
Qu'est-ce qui me fonde à le dire? Les termes du Pacte colonial scellé par la France avec les Chefs d'Etat africains, dont le Président Mamadou KOULIBALY a élucidé, en des termes accessibles à tous, deux dispositions totalement amorales:

1- « La première disposition dit que le pouvoir que le Chef de l'Etat français donne à un Président africain, c'est juste un pouvoir de délégation, pour représenter sur le territoire africain, la volonté de celui qui gère l'Elysée, à Paris ». En un mot, la France ne nous considère pas comme des hommes indépendants. C'est écrit et signé.

2- « La deuxième disposition de ces accords qui sont encore valables aujourd'hui, dit que dans ce pays (la Côte d'Ivoire), toutes les richesses que l'on peut trouver, que ce soit de l'or, du diamant, de l'uranium, quelle que soit la matière, c'est D'ABORD la propriété de l'armée française, donc du gouvernement français ».

Et bien d'autres choses encore que je vous laisse le soin de découvrir. Avec effarement.
Toutes choses qui me font dire que si Sarkozy est élu au deuxième tour de l'élection présidentielle française, nous ne seront pas sortis de l'auberge. Pourquoi?

Premièrement, SARKOZY tient un discours (ultra)nationaliste (immigration choisie, identité nationale) sans s'affranchir, pour autant, du Pacte colonial et de la Françafrique, au contraire de Jean-Marie LE PEN. Dont le mauvais score, du reste, réjouit moins les Africains que le bon score de SARKOZY ne les abat. Quel paradoxe!
Les Ivoiriens pourraient donc avoir droit aux coups redoublés d'un eugéniste (partisan de la catégorisation et de l'épuration raciale) et d'un colon sorti tout droit de la féodalité la plus achevée du 18ème siècle, dans ses pires archaïsmes. Je pèse bien mes mots. Je me méfie grandement de cet homme devant qui les français tombent en extase! Ce qui est loin d'être une consigne de vote en faveur de Ségolène ROYAL, même si elle passe pour être le moindre mal, dans cet authentique film d'horreur.

Deuxièmement, SARKOZY est issue du noyau le plus dur des milieux maçonniques français. A ce titre, il va concentrer entre ses mains des pouvoirs financiers, médiatiques, politiques et ...spirituels effrayants qui feront, immanquablement, de lui un dictateur des temps modernes, digne rejeton de la pire oligarchie ultralibérale de France et de la mafia françafricaine la plus hystérique, la plus rance et la plus nauséeuse. J'en ai même des sueurs froides pour la France elle-même. Si elle investit cet homme à la mi-Mai, son déclin sera désormais imparable.

Troisièmement, SARKOZY est issue d'une famille d'émigrés. Ce qui a fait dire à LE PEN qu'il n'a pas une goutte de sang français dans les veines. De la hauteur vertigineuse du piédestal où il est parvenu à se hisser par la force de ses poignées et par son intelligence ( je dirais plutôt sa ruse, son opportunisme) politique, je sens planer, de façon confuse et insidieuse, l'ombre menaçante d'un royaliste surfait (il se veut plus français que les français) qui va mener une vie infernale aux autres émigrés et immigrés, en France, sans pour autant coller la paix à l'Afrique dont les ressources doivent l'aider à relever une France en déclin.
Ne voudra t-il pas au nom de l'amour qu'il porte à "cette France qui lui a tout donné et à laquelle il veut tout donner, à son tour", lui rendre la Côte d'Ivoire? Mains et pieds liés si nécessaire?
Vu sous cet angle, SARKOZY risque de voler la vedette à Super Menteur, au grand CHIRAC himself, grand colon devant l'Eternel.
Rien qu'à y penser, j'en ai des crispations.

Dans la même veine, la présence de WATTAO, en France, actuellement (officiellement pour raison de santé) et l'apathie à peine voilée des deux leaders que sont ADO (dont SARKOZY est le parrain de mariage. Mauvais présage) et BEDIE pour les magnifiques résultats du Dialogue direct, ne m'inspire rien qui vaille.

Au total, Ivoiriens, célébrons certes la paix "retrouvée" entre nous, mais gardons un œil grand ouvert sur la Chiraquie , pardon la Sarkozie. Les jours à venir ne s'annoncent pas chantants.

Que DIEU vous bénisse, tous, et que DIEU garde et bénisse la Côte d'Ivoire.


DINDE Fernand AGBO

 

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Quotidien Le Temps N° 1201 du 23 avril 2007


Réunification, identification, élections / Mamadou Koulibaly à Guillaume Soro : "Adoptez la cadence du Président de la République".


Le professeur Mamadou Koulibaly, Président de l'Assemblée nationale a trouvé tribune, le samedi dernier, à l'apothéose de la caravane de la paix, pour exprimer le vœu des Ivoiriens, susceptibles d'aider le Premier ministre Guillaume Soro à réussir sa mission. C'était au complexe sportif de Yopougon.

« Je rends gloire à Dieu le Tout-puissant qui nous a donné cette occasion aujourd'hui, de nous retrouver, ce 21 avril 2007, pour nous parler. Je rends gloire à Dieu, parce que ce jour, est mon jour anniversaire. Je me tape mes 50 ans et je pense que c'est avec beaucoup d'émotion que je franchis cette étape. On ne dira plus maintenant qu'il est jeune. Je suis entré dans la catégorie des vieux. Je suis donc un doyen, puisqu'il y a Charles Blé Goudé et vous tous pour la relève. Merci Seigneur, merci à chacun d'entre vous.

Madame la Première Dame, quand Charles Blé Goudé m'a fait part de son projet d'organiser une caravane de la paix, j'ai donné mon accord, j'ai soutenu, j'ai appuyé. Parce que c'était une bonne initiative, de mon point de vue, pour amplifier ce que le Président de la République, lui-même, avait commencé à Abidjan, depuis trois ans maintenant. Il a lancé une campagne de paix. Il a dessiné lui-même les T-shirts de la paix, il a fait rédiger une charte de la paix, il a fait produire des casquettes, des pins et différents types de documents pour sa campagne de paix. Elle a été menée dans le District d'Abidjan. Et je voudrais sincèrement féliciter Charles, parce qu'il a assisté à deux meetings à Anyama et à Abobo. Après ça, il m'a dit : " président, moi je vais foncer sur les autres villes. Est-ce que c'est une bonne idée ? " Je lui ai dit : " si ça ne tient qu'à toi, c'est une très très bonne idée. Il faut aller parler aux gens. On verra ". Tu l'as fait, c'est très bien. Le résultat est là. Bravo à Charles Blé Goudé, bravo à tous les jeunes patriotes, bravo au COJEP, bravo à l'Alliance, bravo aux parlement et Agoras, bravo à tous les vieux, toutes les vieilles, tous les jeunes qui ont fait le déplacement, pour répondre à cet appel.

Les échos sont très favorables, partout où vous êtes passés avec la caravane. Les Ivoiriens se sont sentis soulagés, ils se sont sentis heureux, ils se sont sentis réconciliés, ils se sont sentis plus proches, les uns des autres. Et puis, en réalité, ils ont découvert qu'ils ont tous été trompés. Merci pour l'accueil que vous avez réservé à la caravane, partout où elle est passée.
A partir de ce soir, la caravane ne s'arrête pas. Elle va continuer au-delà d'Abidjan, au-delà des zones gouvernementales ; il faut anticiper le mouvement, il faut accompagner le mouvement, il faut parler à vos parents et amis qui sont de l'autre côté, pour qu'ils comprennent bien de quoi il s'agit.

Madame la Première Dame, en acceptant de venir, je me suis dis que Seydou Diarra avait un handicap sérieux. Il n'a pas voulu compter sur nous, il n'a pas voulu compter avec nous, il n'a pas voulu compter avec la Côte d'Ivoire. Il a été nommé à Paris. Il a accepté sa nomination, il est venu, il a voulu travailler. Mais au lieu de travailler pour nous, il a voulu travailler contre nous et vous vous souvenez ce qui est arrivé. Nous avons dit non et chacun sait ce qui est arrivé. Charles Konan Banny est arrivé de la même façon. Sa première réaction a été de dire : " Je dissous la représentation nationale ". Vous avez dit non. Et Dieu seul sait ce qui a suivi. Il y a eu mort d'hommes, destruction de biens, perte de confiance et de valeurs. Moi j'ai accepté, parce que le Président de la République nous a demandés à tous, d'aider Guillaume Soro à réussir sa mission. Konaté Siriki vient de dire qu'il faut que nous aidions le Premier ministre à réussir sa mission. J'aimerais dire à Konaté Siriki que la manière dont a été nommé Soro Guillaume exige que nous l'aidions nécessairement. Contrairement aux autres Premiers ministres, qui venaient s'opposer au Président de la République, cherchant un pouvoir alors qu'ils l'avaient, cherchant un poste alors qu'ils étaient installés dans le fauteuil, le Président Gbagbo a demandé que l'on puisse aider Guillaume Soro. J'aurais été mal à l'aise de le faire, si vous-mêmes ici, vous ne l'aviez pas renouvelé. Merci d'être venu à ce meeting. Je ne sais pas si le public a remarqué que Siriki Konaté est arrivé sans garde du corps ONUCI. Il a fait confiance aux patriotes ivoiriens. Je lui ai demandé s'il n'avait pas de crainte. Il m'a dit rien du tout, il se sent assuré et je lui ai dit : " Là où nous allons, vous serrez rassuré. Ne vous en faites pas". Siriki, vous êtes là, les jeunes vous applaudissent et je pense que c'est une bonne chose.

Vous savez, notre pays, la Côte d'Ivoire est un tout petit pays en Afrique avec 322 000 km2. Lorsque nous avons pris l'indépendance, l'ancienne puissance coloniale n'a pas jugé utile de nous considérer comme des hommes indépendants. Elle a considéré que nous étions des esclaves sur un territoire qu'elle a conquis en Afrique. Au moment de l'indépendance, de Gaulle nous a fait signer des papiers. Je vous invite à lire ces papiers. Dans ces papiers, il y a deux dispositions qu'il faut que vous rapportiez à vos amis à Bouaké. La première disposition dit que le pouvoir que le chef de l'Etat français donne à Président africain, c'est juste un pouvoir de délégation, pour représenter sur le territoire africain, la volonté de celui qui gère l'Elysée à Paris. Nous avons appelé cela indépendance, parce que nous n'avions pas le choix. Il fallait quelque chose pour sortir du joug colonial. Nous avons pris la première solution qui s'est présentée. Mais en réalité, comment admettre qu'ici, pour construire la route Tingréla-Odienné, le Président soit obligé d'appeler d'abord, de Gaulle, Pompidou, Mitterrand, Chirac, pour demander son avis. Si le Président français dit non, ça ne se fait pas. S'il dit oui, ça se fera avec son nom que cette route portera, comme nous avons ici, le boulevard Giscard d'Estaing, le boulevard Mitterrand, le pont Général de Gaulle et je ne sais plus quelle autre avenue dans notre capitale.

La deuxième disposition de ces accords qui sont encore valables aujourd'hui, dit que dans ce pays, toutes les richesses que l'on peut trouver, que ce soit de l'or, du diamant, de l'uranium, quelle que soit la matière, c'est d'abord la propriété de l'armée française, donc du gouvernement français. Nous avons signé cela. Quand le Président Gbagbo était dans l'opposition, nous nous sommes engagés à rompre avec ce type de relation que nous avions avec la France. Quand il est arrivé au pouvoir, il a mis ce schéma en application.

Malheureusement, nous n'avons pas eu d'oreilles attentives à Paris. Nous avons tout fait, nous avons expliqué que nous ne cherchions pas à chasser les Français de la Côte d'ivoire. Mais nous cherchions simplement à être nous-mêmes, à nous gérer nous-mêmes, à élire notre Président nous-mêmes, à être propriétaires de nos matières, nous-mêmes et puis à acquérir notre dignité. Personne n'a voulu nous écouter. Quand la rébellion a éclaté, vous ne le saviez pas, ils sont venus nous voir une première fois. Ils nous ont dit : " Si vous nous faites un petit cadeau, on vous débarrasse des rebelles tout de suite". On leur a cédé le terminal à conteneurs, ils n'ont rien fait. Je ne sais ce qu'ils vous ont dit de l'autre côté, mais ils sont venus nous dire : " Monsieur le Président, si vous nous renouvelez le contrat sur l'électricité, on vous appuie à l'ONU et vous verrez. Les résolutions qui vont sortir vous seront favorables. Nous avons suivi. Ils n'ont rien fait. D'ailleurs, quand ça été signé, le nouveau discours qu'ils ont cultivé à l'Onu, c'est une transition sans Gbagbo. Mais pendant que nous faisions cela, les bonshommes nous faisaient payer notre facture d'eau et d'électricité. L'argent (plusieurs milliards de francs) du budget de l'Etat que nous avons utilisé pour gérer cette crise, auraient pu nous permettre d'investir pour construire un nouveau barrage électrique, on ne l'a pas fait. Ça aurait pu nous permettre de construire de nouvelles turbines électriques, on ne l'a pas fait. Ça aurait pu nous permettre d'investir pour accéder à de nouvelles nappes phréatiques pour tirer de l'eau pour Abidjan et les villes. On ne l'a pas fait. Aujourd'hui, nous sommes dans le délestage, l'eau courant manque dans les quartiers d'Abidjan. La guerre ne nous arrange pas du tout ! Qu'on soit à Aboisso ou à Tingréla, à Touba ou à Bouna, elle ne nous arrange pas, elle ne nous a pas arrangés du tout. Mais pendant ce temps, eux on fait leur argent.

M. Konaté, nous avons un accord monétaire avec la France. Est-ce que vous savez que nos devises en dollar, en yen, en deutschemark, sont déposées au trésor public français. C'est cet argent qu'ils font fructifier, ils dépensent comme ils veulent et quand on a des problèmes, ils nous envoient quelques milliards que nous partageons entre pays francophones de cette zone monétaire. Ils présentent cela comme de l'aide, alors qu'en réalité, c'est notre sueur, déposée dans leur trésor, qu'ils détournent et nous font croire qu'ils nous aident. Pendant que vous, à Bouaké, et nous à Abidjan, nous sommes en train de nous chamailler, les bonshommes nous pompent notre fric, nous pompent notre dignité, richesse et en définitive, nous pompent notre vie entière. Nous restons tous appauvris, les jeunes ne vont pas à l'école, les enfants sont malades, les maternités manquent, les routes se dégradent, les hôpitaux sont dans de mauvais états, au Nord comme au Sud.

Monsieur le porte-parole, il faut transmettre aux populations de Bouaké et d'ailleurs, que notre problème à nous, n'était pas avec les populations de là-bas. Si vous avez écouté tous les discours de Blé Goudé, de Mme Gbagbo et tous les discours des jeunes patriotes, en aucun moment, ils n'ont insulté les populations de l'Ouest, de l'Est, du Centre. Bien au contraire, tous, nous avons montré l'agresseur de la main : Jacques Chirac, la France et le reste. Il faut donc être à l'aise ici. Ça dépendrait de moi, vous pourriez vous promener à Abidjan, sans garde ONUCI. Ce qui compte pour nous, c'est la prise de conscience collective que nous avons, qu'il est temps maintenant que nous arrêtions le gâchis. Il est temps que nous prenions notre pays, que nous le soignions et que nous le fassions avancer.

C'est dans ce contexte que je me permettrai de donner quelques pistes au Premier ministre Guillaume Soro. Parce que d'une part, vous avez souhaité que nous l'aidions, d'autre part le Président de la République a souhaité qu'on puisse l'aider. Et lui-même s'est dit engager dans le processus. Et puis, quand on m'a dit que j'étais invité et que vous serriez-là, j'ai pris le soin de parler aux Ivoiriens, de parler aux patriotes, pour essayer de savoir qu'est-ce que Mamadou Koulibaly peut faire pour aider le Premier ministre de Laurent Gbagbo. Ils ne sont pas tous là. Blé Goudé et l'Alliance sont là, pendant qu'Eugène Djué est en meeting à Tiébissou. D'autres sont ailleurs. Ils m'ont dit plusieurs choses en vrac. Ils ont dit : " Faisons en sorte que ce Premier ministre ne termine pas son mandat comme ces prédécesseurs". Et pour cela, ils m'ont dit : "Monsieur le Président, si vous pouvez dire à Guillaume Soro ou à ses représentants qui seront là, de faire encore un tout petit effort". Ils disent que dans le discours du Premier ministre, il a demandé pardon aux Ivoiriens. C'est vrai, c'est bien. Il a demandé pardon en tant que Premier ministre de tous les Ivoiriens, au nom de tous les Ivoiriens. C'est bien, c'est bon.

Mais eux auraient voulu quand-même que Guillaume Soro demande pardon, non pas en tant que Premier ministre, parce qu'à ce titre il n'a encore rien fait aux Ivoiriens. Mais qu'en tant que Secrétaire général du MPCI, il demande pardon aux Ivoiriens. Ils sont d'accord pour ça et le souhaite vivement, ils le veulent, ils le désirent. Ils m'ont dit d'ajouter que dans son discours, il a dit que depuis quelques années, nous nous sommes mesurés, nous nous sommes injuriés, nous nous sommes battus, nous nous sommes tués pour une situation sans résultat. Les patriotes ivoiriens disent d'expliquer qu'en réalité, il y a deux résultats au moins. Le premier, c'est que pendant qu'on se battait, le chômage augmentait. Pendant qu'on se battait, le pays était détruit. Vous qui êtes là-bas dans le nord, vous savez très bien de quoi je parle. La situation est catastrophique. Nous sommes ici, au sud, nous savons très bien de quoi nous parlons. La situation est catastrophique. Il n'y a pas eu de guerre à Vridi, mais les usines ont fermé. Il n'y a pas eu de guerre à Yopougon, mais les usines dans la zone industrielle ont fermé. C'est un résultat, même s'il est négatif. On l'accepte et on dit ça suffit. On ne le fait plus. Mais il y a un autre résultat qu'ils m'ont demandé de vous signaler pour porter cela au Premier ministre. Il y a le fait que vous soyez ici. C'est parce que nous nous sommes battus, injuriés, entre-tués que nous avons fini par prendre conscience qu'au-delà de nos préoccupations tribales, mesquines, régionales, il y a quelque chose au-dessus qui s'appelle la nation ivoirienne, qui s'appelle la Côte d'Ivoire et qui nous commande tous. Et c'est au nom de la Côte d'Ivoire que, vous et Blé Goudé, vous vous tenez la main ici, que vous faites des accolades à Mme Simone Gbagbo, que vous serrez la main de Mamadou Koulibaly. C'est une prise de conscience de la nation qui est aujourd'hui, le capital, le plus grand, qui nous reste après cette crise. Le mauvais résultat, on le prend, on va le corriger, mais il y a un bon résultat. C'est que nous avons pris conscience que ce pays nous appartient et que nous n'avons pas le droit de le détruire, parce que les générations suivantes arrivent, les générations futures arrivent. Et elles ne devienent pas grandes d'un coup. Ce sont des enfants qui naissent, qui grandissent et puis dans le fil de leur cycle de vie, s'il n'y a que malheur, il n'y a que difficultés, nous finissons par fabriquer des citoyens de mauvais niveau, dégradés qui ne peuvent pas construire un pays. Ils m'ont dit de signaler cela. Il y a résultat : un bon et un mauvais. Ils m'ont demandé de vous suggérer de dire au Premier ministre que dans son discours, il a présenté des objectifs qui sont bons. Il a dit premièrement : l'identification des populations avec ce que cela contient, enrôlement sur les listes électorales. Il a dit deuxièmement : la réunification de la Côte d'Ivoire. Les patriotes ici, disent que c'est bon et que c'est bien.

Troisième objectif : il a dit les élections. Vous venez d'en parler. C'est bon, c'est bien. Mais ceux que j'ai consultés m'ont dit de vous suggérer que cette trame ressemble à ce que Seydou Diarra et Banny voulaient faire : identifier, réunifier, aller aux élections. Même si ces objectifs sont bons, il faut cependant remodifier l'ordre de présentation. L'objectif n°1, c'est la réunification de la Côte d'Ivoire, avec son cortège de disparition de la zone de confiance, le désarmement, le redéploiement de l'administration etc. objectif n°2 : pas de problème, identification des populations avec les listes électorales qui suivent. Objectif n°3 : on va aux élections. Les gens que j'ai consultés m'ont dit de vous suggérer que si le Premier ministre, conformément aux actes qui ont été posés dernièrement à Tiébissou et dans la zone de confiance, remettait ces objectifs à l'endroit en commençant par la réunification, il aurait plus de chance de réussir, qu'en restant dans le schéma que Seydou et Banny avaient suivi. C'est un schéma qui conduit souvent à des blocages. Or, personne ne souhaite aujourd'hui que le processus soit bloqué. Vous avez entendu tout le monde crier : " On veut la paix ! On veut la paix ! ". Ils m'ont suggéré de porter la réflexion ici, sur l'idée que le Premier ministre dit dans son discours qu'il faut que nous sortions du fétichisme des dates. Vous avez écouté, beaucoup de gens ont interprété cela comme si le Premier ministre disait : " Vous savez, 10 mois ne vont pas suffire, on va aller plus loin ". Alors que ce n'est pas ce qu'il voulait dire.

Le temps nous est compté. Nous avons 46 ans d'indépendance, nous sommes encore pauvres. Nous avons 13 ans de succession d'Houphouët-Boigny, nous ne sommes pas encore arrivés à régler les problèmes. Nous avons 8 ans après le coup de Robert Guéi, nous sommes encore dans les séquelles. Nous avons 7 ans de pouvoir de Laurent Gbagbo avec toutes les difficultés que nous avons et nous avons 5 ans de crise quand-même aigüe avec un pays balafré. Les gens que j'ai consultés m'ont dit que si le Premier ministre dit de sortir du fétichisme des dates, il faudrait qu'il explique aux Ivoiriens que ça ne signifie pas qu'on va s'attarder, qu'on va piétiner, qu'on va traîner le pas, qu'on ne va pas avancer. Parce que les gens vont interpréter cela comme des astuces politiciennes, comme un jeu pour dribbler, pour feinter, comme du blocage. Or, ce n'est pas du tout cela que nous souhaitons. Si derrière le fétichisme des dates, il veut dire qu'il ne faut pas le bousculer pour avancer, peut-être, mais le Président de la République avance. Vous avez vu comment il avance. C'est la première fois, depuis qu'il est au pouvoir, qu'il permet à un de ses Premiers ministres de présider un Conseil des ministres. Il ne l'a pas fait pour Affi N'Guessan, il ne l'a pas fait pour Seydou, il ne l'a pas fait pour Banny. Il l'a fait pour Soro, sans que Soro ne le demande. C'est un signe que le Président de la République est pressé. Même s'il dit « allons doucement », il donne le rythme, il donne la cadence. La zone de confiance est détruite. Le Premier ministre n'a qu'à serrer ses baskets et suivre le rythme. Qu'il laisse de côté le fétichisme des dates. " Le temps est un autre nom de Dieu ", dit le Président de la République. Il faut déifier ce temps, il faut y croire. On n'en a pas suffisamment. Il faut aller vite. Parce que beaucoup de gens ici se demandent si Soro ne va pas changer encore, si les élections françaises finissent. Il faut leur donner tort. Il faut adopter la cadence et la rythmique du Président de la République et vous verrez que toutes ces forces que vous voyez ici, vont se coaliser pour vous soutenir et avancer. Voilà les messages qui m'ont été donnés pour vous, en tant que porte-parole, pour que vous puissiez les transmettre à vos camarades.

Au-delà de ses messages, je suis venu avec quelques cadeaux pour vous. Il faut que vous les acceptiez et les emportiez. C'est du fond du cœur. Il y a là-dedans, tous les objets que le Président de la République a confectionnés pour sa campagne de la paix, dont la séance d'aujourd'hui fait partie. Il faut aller à la paix maintenant, c'est Gbagbo qui le dit...".


Propos recueillis par Frimo D. Koukou

 

koukoudf@yahoo.fr

LA FRANCE PAIERA UN JOUR POUR TOUS SES CRIMES (Réédition)


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Ce texte que j'avais écrit le 15 février 2007, à quelques mois de la fin du mandat de Jacques Chirac, et posté pour la toute première fois, après mise à jour, sur mon blog, le 24 mars 2008 au début du mandat de Nicolas Sarkozy, se révèle encore d'une criante actualité. Il me plaît, ce faisant, chers internautes, de vous le (re)proposer. Bonne lecture !


La France est une singularité, une bien grande curiosité, dans ce monde actuel de globalisation et de mondialisation. Et c'est avec beaucoup d'étonnement et d'interrogation que j'observe ce pays, adoubée à tort ou à raison, Pays des Droits de l'Homme, et dans le plus grand silence de son intelligentsia, faire la pluie et le beau temps, en Afrique, au vu et au su de l'ONU et des nations dites puissantes ou civilisées (qui auraient donc dû réagir au nom de la civilisation), sans personne pour l'interpeller, sans personne pour nous venir en aide, et sans que personne ne s'en émeuve, outre mesure. C'est une affaire de gros intérêts stratégiques et de pré-carré.

Quand il arrive, au forceps, que quelqu'un parmi ces grands et ces civilisés le fasse, c'est tout juste pour se donner bonne conscience.
J'en veux pour preuve le génocide rwandais : Des preuves de l'implication de la France et de sa participation active (qui ont servi de toile de fond à la rupture des relations entre les deux pays, par le Président KAGAME) existent à profusion, à propos de ce dossier, mais le monde entier reste sourd et aphone devant la quête de justice du peuple rwandais, qui se bat seul, et du peuple africain, meurtri dans sa dignité.
Les enquêtes sur les crimes perpétrés par la France, les 06, 07, 08, et 09 Novembre 2004, en Côte d'Ivoire, ne sont pas logées à meilleure enseigne.
Autrement dit, il n'y a pas de justice pour les faibles.
Dans le cas rwandais, on n'a eu droit qu'à quelques excuses de Kofi ANNAN, alors Secrétaire Général de l'ONU, des Américains et des Belges. Sans plus.

C'est vrai que « DIEU sauvera la Côte d'Ivoire » (et je le crois très personnellement), comme l'a écrit Bernard B. DADIE, celui que l'on considère comme l'un des pères de la Littérature Négro-africaine.

En attendant que DIEU nous sauve, les morts de la Côte d'Ivoire et de l'Afrique crient justice. Dans un désert généralisé des cœurs. Au milieu de républiquettes sous perfusion française, prenant leurs ordres à Paris.
Et nous qui sommes encore en vie, voudrions rappeler aux décideurs de ce monde, comme le disait un patriote ivoirien, que « nous sommes aussi l'Humanité ! Nous aussi, nous avons droit à la paix, à la justice et à la joie de vivre ».

Chers frères ivoiriens, la France, en octroyant, dans les années 60, « l'indépendance » aux nouvelles Républiques africaines, a donné le change au monde entier.
En réalité, aucun de ces nouveaux Etats n'est sorti ou n'a été autorisé à sortir du giron maternel gaulois. Et pire, aucun de ces Etats n'a pu accéder à un niveau de développement acceptable.
La plupart des pays francophones, en dehors de la France et du Canada, et particulièrement ceux d'Afrique, connaissent (fatalement) des crises à répétition, sur le plan politique et militaire, avec des conséquences économiques fâcheuses, faisant d'eux des pays toujours à la traîne, obligés de demander l'aumône aux institutions financières internationales, où leurs pairs du Commonwealth sont devenus des Dragons d'Asie, de par leur dynamique de croissance et leur essor économique.

Depuis la guerre d'Algérie, débutée en 1954, en passant par l'atroce guerre de libération avortée du Cameroun, en 1962, réprimée dans un fleuve de sang par la France , et ensuite par le régime qu'elle y a soutenu, jusqu'à nos jours, la politique africaine de la France n'a pas changé d'un iota : Elle est demeurée génocidaire et colonialiste.
J'irais même plus loin : Apparemment, la France n'a pas bougé du 18ème siècle, avec sa féodalité, ses courtisans (les Chefs d'Etats africains), ses guerres coloniales (Côte d'Ivoire) et son aristocratie régnante (12 familles fortunées, ultralibérales, régentent la presse, l'affichage et les médias audiovisuels, en France, tenant en captivité la liberté d'expression et dérobant aux yeux et à la connaissance des Français, la réalité de la politique africaine de la France ).

Celle qui a été hissée au rang des vainqueurs de la Seconde Guerre Mondiale par les bons soins des Alliés s'est durablement installée dans une anachronique et rétrograde politique de néocolonialisme primaire, faisant et défaisant les régimes en Afrique, sous les regards complices de la « Communauté Internationale », écrasant, au besoin, les résistants et les opposants, concoctant des résolutions farfelues contre ceux qui refusent son diktat et associant son armée officielle à la pègre la plus funeste et la plus sordide d'Afrique, pour parvenir à ses fins. En tuant, en volant et en pillant. Impunément. Là où en Grande Bretagne et aux Etats-Unis, on passe des soldats en Cour martiale pour avoir simplement tourné en dérision des combattants ennemis désarmés.
Dans ce genre de séries noires, la France est unique au monde !
Comme le disait un analyste politique ivoirien, « la France tire l'Humanité vers le bas ! Elle est la honte de l'Humanité ! ». Et j'adhère, sans réserve aucune, à cette assertion.

Merci, malgré tout, à la France et à son désormais ex-Président, Jacques CHIRAC, « l'Africain » qui ont - comme l'a dit avec beaucoup d'à propos, le Professeur GNAOULE OUPOH de l'Université de Cocody - donné, sans le vouloir, un violent coup d'accélérateur au mûrissement et à la cristallisation d'une conscience nationale et patriotique, en Côte d'Ivoire, qui fait école en Afrique, et singulièrement, au sein de la jeunesse. Une véritable bombe à retardement.
Merci encore à la France dont la politique approximative, hasardeuse et rétrograde libèrera l'Afrique de ses chaînes coloniales.

Que DIEU bénisse la Côte d'Ivoire, et lui fasse justice pour le sang innocent de ses fils répandu sur sa terre hospitalière !



DINDE Fernand AGBO

mercredi, 02 février 2011

PANEL DES CHEFS D'ETAT A ABIDJAN: L'ONU, L'UE, LA CEDEAO ET LA FRANCE JOUENT LEUR SURVIE



BAN KI MOON ET NICOLAS SARKOZY.jpg

In Le Nouveau Courrier N°194 du 02 Février 2011 par Saint-Claver Oula


C'est le compte à rebours. Après avoir tenté par des menaces, sanctions et ultimatums de faire partir Laurent Gbagbo du pouvoir en vain, des anti-Gbagbo reviennent sous le couvert d'un panel. Mais cette fois avec une marge de manœuvre limitée.


Avant l'entame de la mission des chefs d'Etat de l'Union africaine, une feuille de route semble toute dessinée par l'Organisation des Nations-Unies, l'Union européenne, la Cedeao et la France, tous présents au 16ème sommet à Addis-Abeba. Le secrétaire général Ban Ki-Moon a exclu d'entrée un recomptage des voix, voulu par l'actuel président ivoirien, Laurent Gbagbo et l'Angola. Pour le patron de l'Onu, ce serait «une grave injustice». Dans la précipitation, Ban Ki-Moon a appelé Ouattara à former un « gouvernement d'union nationale ». Son adjoint aux opérations de maintien de la paix, Alain Leroy, a écarté un «partage du pouvoir ». Cette question, selon lui ne saurait se poser. La position de la Cedeao et de la France, résolues à une action militaire et qui y travaillent activement au Burkina Faso et en zone sous contrôle de la rébellion, est déjà connue. C'est Ouattara ou rien.

Au sein de l'Union africaine, le très désobligeant président de la commission de cette organisation continentale, Jean-Ping, a déjà planté le décor : le panel a pour mission d' «amener Ouattara à exercer la réalité du pouvoir par la négociation.» Là où certains présidents, notamment angolais et sud-africain, exigent une évaluation du processus. L'Union européenne, qui a précipité les sanctions et gelé les avoirs des autorités ivoiriennes va-t-elle faire machine-arrière pour se déculotter ? Pas si sûr. Que va donc bien pouvoir négocier le panel de l'Ua? Le sommet d'Addis-Abeba a tout de même révélé «de profondes divisions» entre le Nigeria, dont le numéro un est un anti-Gbagbo, et l'Afrique du Sud, sensible à la posture anti-colonialiste du chef de l'Etat ivoirien. Mais le numéro un du pays de Mandela et le nouveau président en exercice de l'Ua font face à l'excitation d'une nébuleuse qui déroule toute sa diplomatie et met à contribution ses experts militaires pour faire partir Laurent Gbagbo, ce chef d'Etat d'un petit pays qui tient tête aux grandes puissances. Ne pas réussir à le faire partir serait un véritable échec qui emporterait les décideurs de l'Onu, l'Ue et la France. Ce sera la remise en cause de la diplomatie mondiale avec en ligne de mire la fragilisation des Nations-Unies qui pourrait connaître la même fin que la Société des Nations (Sdn). La crédibilité de Nicolas Sarkozy et de Barack Obama (qui a choisi ces derniers temps de se murer dans un silence) pourrait également en souffrir en France et dans le monde et retourner contre eux leur opinion et donner du grain à moudre à leurs opposants.

L'enjeu pour ces entités est tel qu'une bataille féroce va s'engager durant le mois pendant lequel vont travailler les chefs d'Etat et leurs experts (encore onusien choisis par Ban Ki-Moon) sur la crise post-électorale. De ce panel, les Ivoiriens attendent une objectivité dans la démarche. Il s'agit de réévaluer le processus électoral et recompter les voix pour confondre Laurent Gbagbo et déterminer celui qui a perdu et celui qui a gagné les élections. Si le panel se limite à des notes préétablies, en ne procédant pas comme l'a souhaité Jacob Zuma, à «vérifier d'abord les faits», c'est sûr que les Ivoiriens feront face à une longue crise, encore plus aigue qui pourrait déboucher sur un éventuel conflit armé entre pro et anti-Gbagbo. Ou, la communauté internationale pro-ADO, à laquelle Jacob Zuma et Obiang Nguema tiendront certainement tête dans la quête de la vérité, à défaut de se dédire, pourrait jouer sur le pourrissement de la situation et espérer une révolte du peuple ou un assassinat de Laurent Gbagbo. Parce qu'une action militaire pourrait déclencher l'entrée en scène des alliés de l'actuel chef d'Etat ivoirien.


Source: LE NOUVEAU COURRIER

NE TIREZ PAS SUR L'AMBULANCE, LA COTE D'IVOIRE EST BLESSEE !

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L'écrivain sénégalais, Tafsir Ndické DIEYE, se prononce sur la crise ivoirienne.


« Ne tirez pas sur l'ambulance, la Côte d'Ivoire est blessée ». Ce cri du cœur du panafricaniste Alpha BLONDY, nous l'avons entendu hier vers 18h d'une radio qui passait sa musique. Ce cri nous attriste. Ce chanteur disait, il y a quelques années, que les ennemis de l'Afrique ce sont les africains. Ce message est toujours d'actualité. Mais l'avons-nous compris ? Aujourd'hui, sur cette question ivoirienne, nous sommes étonnés  de constater que ce sont des chefs d'Etats africains et des prétendus intellectuels  qui défendent l'idée d'aller bruler la Côte d'Ivoire pour déloger, disent-ils, « l'usurpateur Gbagbo ». Et pour cela, ils n'hésitent pas à aller jusqu'à la Maison blanche pour négocier une autorisation d'user de la force. C'est accablant!

Dans le passé, le colon réussissait souvent à pousser un roi nègre à combattre son homologue. Et une fois leurs populations affaiblies par ces guerres insolites, sans raison, il usait de sa force de frappe pour les avoir sous ses ordres et faire de leurs peuples ses sujets et de leur richesse son butin de guerre. Cette musique n'a pas changé ; ce sont les pas de danse qui sont devenus par moment saccadés et camouflés. La France de Sarkozy, comme un vampire, guettait la moindre faille dans cette élection pour précipiter la sentence à appliquer à son ennemi-juré Gbagbo en utilisant comme agent exécutant le syndicat des chefs d'Etat béni-oui-oui de ses anciennes colonies.  Cette France de Sarkozy, différente à tout égard de la France des véritables défenseurs des droits humains, cherche à manipuler le monde entier pour arriver à ses fins en Côte d'Ivoire quitte à faire souffrir davantage les ivoiriens. Sarkozy, ne poussez pas vos  disciples chefs d'Etats africains à  tirer sur l'ambulance ! «  La Côte d'Ivoire est blessée ».

La plupart de ces chefs d'Etats, à commencer par le notre, ont des problèmes sérieux avec la démocratie dans leur propre pays. Et personne n'a demandé à ce qu'on les déloge par le feu. WADE, éradiquez le conflit armé en Casamance qui dure depuis 28 ans plutôt que de participer à une opération militaire en Côte d'Ivoire ! Vos propres enfants ne seront pas sur le terrain des opérations militaires.

Quand nous écoutons certains médias français, nous ne pouvons pas nous empêcher de nous demander pour qui et pourquoi mettent-ils autant de hargne à promouvoir un discours va-t-en guerre ; une solution armée pour résoudre l'équation ivoirienne ? Ils n'ont pas été ainsi avec les Eyadema au Togo, pour ne citer que cet exemple... et pourtant !

Pire, un député français s'est autorisé d'avancer l'idée d'une  partition de la C'ôte d'Ivoire comme si le peuple ivoirien l'avait sonné. Pourquoi vouloir précipiter ce pays dans le précipice ? Puisque les conflits finissent généralement autour d'une table de négociation, pourquoi ne pas commencer par là dans cette crise postélectorale ? Si les deux hommes aiment la Côte d'Ivoire, ils accepteront de s'asseoir ensemble pour se parler les yeux dans les yeux dans l'intérêt de leur peuple.

Aujourd'hui, il ne s'agit pas de disserter sur qui a raison. Tous ces belligérants ont tort de prendre en otage le peuple ivoirien depuis des années. Des membres de la  CEI ont donné des résultats à partir de l'Hôtel du Golf, fief de l'un des candidats sans que ce dernier n'ait eu le réflexe de s'y opposer pour éviter que l'on puisse douter de la neutralité de la dite commission. De l'autre côté, le Conseil constitutionnel a déclaré son rival vainqueur en annulant le vote de plusieurs ivoiriens. Et chaque camp livre ses arguments. Chacun dit sa vérité et reçoit le soutien de ses partisans. Présentement, il s'agit de voir comment sauver la Côte d'Ivoire dans la paix, sans effusion de sang. L'Afrique en a assez de voir les armes fabriquées par les occidentaux tonner dans ses oreilles abasourdies, et surtout, si c'est sur  « recommandation » d'un Président qui ne lui voue aucun respect comme Sarkozy le fameux auteur de « l'Afrique n'est pas encore rentrée dans l'histoire ».

Un homme normal qui sait combien les ivoiriens ont souffert de la guerre ces derniers années ne peut pas se permettre de demander à des forces étrangères d'aller les canarder. Il y a anguilles-sous -roche. Il y a des choses qui se cachent derrière cet empressement guerrier d'autant qu'il précise que les soldats de son pays ne prendront pas part à cette guerre. Dans cette affaire, Sarkozy ne lutte pas pour la Démocratie ; seule sa démocratie l'intéresse.  Il faut qu'il cesse de nous prendre pour ses petits nègres.

« Massacrez-vous ! Après nous viendrons pensez les blessures, traduire certains survivants devant les hautes cours de justice et faire tranquillement nos business. »

Chers chefs d'Etats africains, ayez un sursaut d'orgueil pour refuser un tel schéma. N'écoutez pas de tels non-dits, de telles bêtises ! Montrez au monde que vous êtes capables de régler les problèmes de votre continent seuls, sans vous étriper. C'est là où nous vous attendons. Les ivoiriens sont nos frères. Vos peuples ne vous ont pas mandaté pour que vous fassiez la guerre à leurs frères et sœurs. La guerre, y'en a marre ! Ça suffit ! Non de Dieu !   Nous voulons un règlement pacifique de ce conflit. Et ce n'est pas impossible. A la place, la France et ses amis occidentaux sont en train de rendre la vie des ivoiriens difficile avec des sanctions et d'autres dérives verbales inutiles.

En lisant l'éclairage pertinent de Jean Paul DIAS sur la lancinante question de la BCEAO qui s'est invitée dans cette crise, nous éprouvons un certain dégout. La France garante du CFA a reconnu son Président en Côte d'Ivoire, il veut que ce dernier soit le seul autorisé à manipuler les comptes de la Côte d'Ivoire logés à la BCEAO. Et, hop ! Ses disciples, chefs d'Etats africains très disciplinés, au lieu de se battre pour avoir une monnaie commune africaine après cinquante ans d'indépendance afin de se libérer de sa tutelle sur ce plan précis, s'empressent de se réunir pour semer la pagaille au sein de cette institution bancaire, la BCEAO ; histoire de lui faire plaisir. Nous disons que s'ils mettaient autant d'énergie et de diligence au règlement pacifique de cette crise en oubliant les ordres de Sarkozy, avec comme unique souci l'intérêt de leurs frères africains de la Côte d'Ivoire, sans hypocrisie,  ils réussiraient à tuer ce différent dans l'œuf.

Et nous disons que cela doit servir de leçon à tous nos dirigeants. Il est temps que nous apprenions à anticiper sur les crises en Afrique. Par exemple, au Sénégal, malgré ce que les constitutionnalistes disent sur la non recevabilité de la candidature de WADE, ce dernier s'entête à vouloir se présenter à  l'élection présidentielle de 2012. C'est ce genre d'entêtement qui peut déboucher demain sur des situations difficiles qui aggravent la souffrance des populations. Que Dieu nous en garde !  Vive la paix en Côte d'Ivoire !



Tafsir Ndické DIEYE


Auteur de polars et de poésie dont :
Odeur de sang (Polar), Silence ! On s'aime (poésie).
Éditions Le Manuscrit, Paris mars 2008
Horreur au palais (polar), Coédition Nouvelles éditions ivoiriennes/
Centre d'édition et de Diffusion Africaine Abidjan Novembre 2010
E-mail : ndickedieye@yahoo.fr


Source: SUD ONLINE.SN

mardi, 01 février 2011

LEÇONS D'ADDIS-ABEBA ET DU GOLF HOTEL

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Alassane Dramane Ouattara et les autres insurgés du Golf Hôtel ont beau claironner leur satisfaction, le 16ème sommet de l'Union Africaine est une défaite diplomatique pour eux et tous leurs alliés qui préconisaient l'usage de la force militaire pour déloger le président Laurent Gbagbo. S'il y a quelque chose à retenir de la réunion au sommet de l'UA, c'est bien la renonciation à toute violence - endossée par l'instance africaine - pour résoudre la crise postélectorale en Côte d'Ivoire. Comme il est également certain que le Conseil de Sécurité de l'Organisation des Nations Unies (ONU) ne donnera pas son feu vert à une action militaire en Côte d'Ivoire, ce que Guillaume Soro appelle la « force légitime » ne peut dorénavant s'exercer que si elle prend des libertés avec les chartes de l'UA et de l'ONU. Il n'y a désormais aucune légitimité encore moins le début d'une quelconque base légale à une aventure militaire en Cote d'Ivoire.

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Sur le front économique, la confiance des insurgés du Golf Hôtel est si érodée qu'ils se lancent dans la surenchère de « mesures » censées « étouffer » l'économie ivoirienne et priver l'État des recettes fiscales nécessaires à son fonctionnement. La dernière trouvaille de Ouattara a été de demander aux contribuables de « suspendre le paiement des taxes et impôts » mais « de continuer de déposer leurs déclarations en vue de respecter leurs obligations déclaratives en vertu des textes en vigueur ». Comme à son habitude, Ouattara en appelle à l'incivisme fiscal, à la rébellion, sans prendre un quelconque risque pour sa propre personne. Ce n'est pas quand même sur la base d'un communiqué de presse qu'un contribuable doté de raison se risquerait à se mettre à dos l'administration fiscale ! S'il veut que les contribuables le suivent qu'il prenne un décret. En réalité, Ouattara sait très bien que c'est la ligne jaune à ne pas franchir, car en l'occurrence, sa responsabilité personnelle sera engagée. Il y a quand même quelque de chose de pathétique à voir quelqu'un qu'on nous présente comme un brillant économiste, espérer que l'économie d'un pays aussi grand et peuplé que la Côte d'Ivoire puisse s'effondrer en quelques semaines, à la suite de mesures bureaucratiques. Si les choses étaient si simples, tous les plans de relance économique marcheraient.

Pour en revenir au 16ème sommet de l'UA, il convient de nous féliciter de la création du panel de chefs d'État qui est chargé de faire le constat que la Côte d'Ivoire est un État souverain avec des institutions républicaines qui fonctionnent. Certains d'entre eux ne manqueront pas de constater que la légitimité et la légalité sont incarnées par le président Laurent Gbagbo.


Source : CHRONIQUES SENEGALAISES

GASTON KELMAN FACE A LA COTE D'IVOIRE: «POUVAIS-JE RESTER SOURD A TANT DE SOUFFRANCES BAFOUEES ?»



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L'écrivain camerounais Gaston Kelman s'est prononcé sur la situation en Côte d'Ivoire, refaisant la genèse du conflit.



Vous me connaissez. Je n'ai jamais été ni le céroféraire ni le thuriféraire d'un afrocentrisme militant, parce que tous les centrismes sont naïfs, et nocifs, et stériles. Je n'ai jamais supporté une Afrique tournée vers un passé qui ne se concevrait que dans l'âge d'or des pyramides ou l'âge de cendres de la colonisation et de l'esclavage. J'ai pu - ou su - crier à Douala que la France ne devait rien au Cameroun quand on se placerait sous cet éclairage des relations passées.

Avec Frantz Fanon, j'ai dit que je n'étais pas prisonnier de l'histoire, que je n'y cherchais pas un sens à ma destinée. J'ai toujours brandi le Hic et Nunc comme la règle, l'équerre et le compas qui traçaient les lignes de ma conduite et de ma relation à autrui. C'est ce Hic et Nunc qui m'autorise aujourd'hui à dire avec Aimé Césaire « fin à ce scandale » mais aussi «this scandal must be put to an end», pour me faire comprendre du maître de l'Outre-Atlantique ; à ne pas rester sourd à tant de souffrance et de dignité bafouées ; à me demander - pure question de rhétorique - quelle position aurait prise le défenseur de la liberté, de la justice et de l'Algérie meurtrie, Frantz Fanon.

Depuis les indépendances africaines, loin des positionnements stratégiques des politiques et des organismes internationaux - Union Africaine, CEDEAO - bien peu d'événements auront autant ébranlé le nationalisme populaire dans ce continent, que la situation ivoirienne. On peut penser à la mort de Patrice Lumumba, à celle de Thomas Sankara, à la chute de l'apartheid...

L'une des constantes de ces événements, c'est que dans aucun, l'Afrique n'a pu se féliciter de l'action de la « communauté internationale». Quand elle a été actrice, elle l'a fait en dépit de toute considération pour les états et les peuples, ou alors s'est enfermée dans un silence d'une complicité active.

Les populations africaines, jeunesse en tête, crient leur colère envers cette « communauté internationale» informe, insipide, qui se fait haineuse et haïssable et envers toutes les communautés adjacentes - ONU, UE, UA, CEDEAO. Que ces communautés persistent à maintenir en Côte d'Ivoire, le cap du bruit des bottes et des menaces d'asphyxie financières, est interprété par les manifestants de Paris, Bruxelles, Douala ou Abidjan et par les rédacteurs de pétitions africaines qui circulent sur la Toile, comme un mépris inacceptable. La France plus que tout autre nation - mais ses élites s'en rendent-elles seulement compte - devient l'objet d'une rupture profonde avec les populations africaines.

Un jour, un pays dirigé par un président élu, dont la légitimité n'est contestée par personne, ni la communauté domestique, ni les nations étrangères, ni les opposants politiques - Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara en tête -, est fragilisé par une tentative de coup d'état dont le moins que l'on puisse dire, est qu'il est ethno porté, puisque revendiqué explicitement et exclusivement par la rébellion venue des populations du Nord du pays.

Alors, ni la communauté internationale, ni les opposants politiques, ni celle qu'on appelle l'ancienne puissance coloniale - comme si c'était un grade ou une qualité -, ne condamnent cette attaque barbare contre la démocratie. Ni la communauté internationale, ni les communautés adjacentes, ni les opposants politiques, ne proposent une intervention militaire pour ramener le pays à l'ordre démocratique. Certains iront même plus loin dans l'absurde.

La France qui est liée à l'état ivoirien par des accords militaires, fortifie la légitimité des rebelles en les invitant à la table des négociations marcusiennes, au même titre que l'état ivoirien, avec son gouvernement, son Parlement et son président élu. On imagine mal la France et la rébellion corse convoquées à l'ONU.

On se demande pourquoi personne ne vole au secours d'une Belgique sans gouvernement depuis des mois. Mais rien n'est trop bas quand il s'agit de l'Afrique. La France installe une ligne de démarcation entre le Nord et le Sud, actant la partition de la Côte d'Ivoire en deux entités, l'une laissée à la gestion barbare d'une bande rebelle.

Le cynisme n'ayant pas de limite dans cette affaire, le Nord devient plus souverain que le Sud. La rébellion peut continuer à s'armer tranquillement, mais elle ira aussi siéger au gouvernement du Sud. Guillaume Soro devient Premier ministre. Supposé préparer les élections, il peut se permettre de ne pas respecter les résolutions des divers accords, notamment le désarmement de la rébellion, préalable indispensable à la tenue d'élections fiables. La communauté internationale n'en a cure et pilonne systématiquement le président ivoirien élu, le pressant d'organiser les élections dans des conditions dont on sait qu'elles conduiront inévitablement vers une impasse.

Les élections ont lieu. Au Nord, la rébellion est toujours armée. Le lendemain du deuxième tour - le 29 novembre 2010 - la presse, qu'on la dise favorable à un bord ou à un autre, est unanime pour souligner la baisse de la participation par rapport au premier tour. On parle de 70%. Le même jour, un communiqué de l'ONUCI - la représentation armée des Nations Unies en Côte d'Ivoire - fait état d'un taux de participation «avoisinant les 70%». Le jour après, miracle, le taux de participation fait un bond de sauteur à la perche et franchit la barre des 80%.

La « communauté internationale» et l'ONUCI valident, adoubent leur champion, le portent sur les fonts baptismaux de l'innommable et le couronnent nuitamment dans son quartier général de campagne, sous l'œil attendri des ambassadeurs de France et des USA. Guillaume Soro change de camp avec armes - c'est le cas de le dire - et bagages, sans tirer le moindre cri d'indignation, allant ainsi récupérer une rançon dont vous devinerez aisément la contrepartie.

Le plus naïf des observateurs aura compris le rôle qu'il jouait dans l'équipe de Laurent Gbagbo : veiller justement au non-désarmement de la rébellion, car elle pourrait resservir. Le camp de Laurent Gbagbo conteste l'action de la «communauté internationale», proteste, affirme que comme dans bien des pays démocratiques dont la France et les USA - Barack Obama n'a-t-il pas demandé aux Africains de respecter leurs institutions -, la légitimité de la proclamation des résultats en Côte d'Ivoire revient au Conseil Constitutionnel.

Pouvais-je rester sourd à tant de souffrances bafouées ?

Il est difficile à quiconque de comprendre, contre tous les textes qui régissent son action, l'entêtement de la « communauté internationale» et des communautés adjacentes à imposer leurs décisions à la Côte d'Ivoire. Qui pourra aujourd'hui nous dire ce que c'est que cette «communauté internationale» qui se définit à l'exclusion de l'Union Africaine. Qui peut imaginer que, si elle réussissait à la fin à convaincre la CDEAO d'envoyer un corps expéditionnaire déloger le «méchant», comme le lui demande «le bon» par une guerre civile ou une opération ciblée sur le palais présidentiel, opération dont les puissances occidentales assureraient l'armement et la logistique, qui peut s'imaginer que les soldats de la CEDEAO dont des parents résident dans cette Côte d'Ivoire qui a toujours été une terre d'accueil des migrants africains, se grandiraient à aller verser leur sang et le sang d'autres Africains, civils et militaires, pour une cause dont la justesse reste à démontrer et pour obéir à des diktats étrangers.

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Et toi, « communauté internationale» mon amie, où étais-tu donc quand en Afrique l'on assassinait la liberté et l'espérance qui avaient noms Ruben Oum Nyobè le nationaliste camerounais dans le maquis des années 50 et sa guerre d'indépendance, Patrice Lumumba, Premier ministre congolais dans les années 60, et même, hier encore, sous nos yeux parisiens, Dulcie September, la représentante de l'ANC dans les années 80 ! Où étais-tu donc quand Nelson Mandela croupissait dans les geôles de la honte et du racisme ; son peuple du sud chanté par Senghor, dans les ports les chantiers les mines et les manufactures, le soir, ségrégué dans les kraals de la misère, alors qu'il entassait des montagnes d'or noir, d'or rouge et crevait de faim ; sous le regard goguenard de l'ONU ! Qui s'imaginerait que par une métempsychose fortuite, «communauté internationale», tu te mettes à défendre les intérêts de ce continent, toi qui n'as jamais su lui trouver une place au sein du Conseil de Sécurité de ton bras actif, l'Organisation des Nations Unies. Grand prêtre Laocoon réveille-toi, on leur fait des cadeaux ! Serait-ce un cheval de Troie ! Que cacherait le cheval d'Abidjan ?

Et toi, peuple de France, je te connais et suis désormais tien. Je sais qu'en tes veines, coule l'esprit de Champagney. Je pense à toi, Champagney, modeste commune de Haute-Saône, un beau jour, rebaptisée Champagney-la-grande par Camille Darsière, député de la Martinique. Tu fus terre chantre de la Liberté, terre recréatrice de l'Egalité, terre symbole de la Fraternité universelle. Tu chantas ton humanisme flamboyant en ce jour béni du 19 mars 1789 quand dans l'article 29 de ton cahier des doléances, tu gravas ta grandeur et l'âme de la France éternelle sur le marbre républicain.


«
Les habitants et communauté de Champagney ne peuvent penser aux maux que souffrent les nègres dans les colonies, sans avoir le cœur pénétré de la plus vive douleur en se représentant leurs semblables unis encore à eux par le double lien de la religion, être traités plus durement que le sont les bêtes de somme. Ils ne peuvent se persuader qu'on puisse faire usage des productions desdites colonies, si l'on faisait réflexion qu'elles ont été arrosées du sang de leurs semblables, ils craignent avec raison que les générations futures plus éclairées et plus philosophes n'accusent les Français de ce siècle d'avoir été anthropophages ce qui contraste avec le nom de Français et plus encore celui de chrétien. C'est pourquoi leur religion leur dicte de supplier très humblement Sa Majesté de concerter les moyens pour de ces esclaves faire des sujets utiles au Roy et à la patrie». C'était le temps béni où à Champaney, les nègres étaient des semblables, des frères. Générations futures, réveillez-vous donc ! C'est un ordre venu du fond des âges !

Que vos mânes, à vous les 444 Champagnésiens de l'Histoire, reposent en paix. Votre humanisme est intact dans l'âme de vos descendants et de tous les Français, ce peuple dont j'ai tant chanté l'humanisme et l'antiracisme ; peuple de fraternité champion du monde des mariages mixtes - tabou suprême du racisme - parce que le voisin devient bien vite frère et beau-fils et beau-frère ; mais peuple malade de ses élites - toutes ses élites, intellectuelles et journalistiques, politiques - qui perpétuent l'arrogance civilisatrice et dominatrice.


Aujourd'hui, le peuple de France se demande pourquoi il est honni par monts et par vaux lointains. J'entends les trémolos de ce bon peuple de petites gens mes amis, qui me demande pourquoi on n'aime plus la France en Afrique ou ailleurs. Il ne comprend pas malgré les explications de Stephen Smith qui nous apprit naguère Comment la France a perdu l'Afrique, comme on perd une possession et non un ami ou ce parent que Senghor voulu inventer avec la création de la Francophonie, après la double bestialisation portée par la colonisation - celle du maître par ses actes et celle du colonisé par le maître.


Et l'on pense à nos enfants français massacrés à Niamey, dont l'un venu tisser par le mariage avec une Africaine, les plus forts et les plus nobles et les humains et les plus beaux liens de fraternité ; massacrés par des fous, mais qui - à tort, à grandissime et bestial tort - peuvent prétendre se venger de l'arrogance de la France politique. Et l'on pense à ce ministre qui, non contente de signer des autorisations de vente des outils de la répression à un régime dictatorial aux abois, proposait de former les assassins à l'art et à la manière inodores d'en faire bon usage pour mâter une révolution portée par la jeunesse. Alors avec les errements du discours politique français sur la révolution tunisienne, mes amis ne se demandent plus comment ils seront désormais accueillis sur les plages d'Hammamet et de Port El Kantaoui, dans les souks de Sousse et de Nabeul, les destinations privilégiées de leurs vacances.


Mânes de Champagnesiens, je vous sais vivantes dans l'âme française. Et je l'entendrai toujours, malgré les justes questionnements du poète malgache Jacques Rabemananjara, «claire innocence, ton chant trop pur, ta voix trop douce dans le croassement des ténèbres » de la barbarie humaine. Certes, Rabemananjara, «
la force aveugle de l'abîme tire de son fouet le son aigre de l'agonie». Certes, cher défunt maître, «les étoiles meurent sans un soupir» à Niamey, Abidjan et ailleurs. Mais vaine est la barbarie et la justice triomphe toujours.

Pour revenir à la Côte d'Ivoire et aux positionnements des élites françaises, la journaliste et l'intellectuelle, ne sont pas en reste. La presse tout entière, de la plus révolutionnaire à la plus révoltante, à l'exception notable du Gri-Gri international - si j'en oublie, mea culpa - , relaie à l'envie, le discours nauséeux des politiques aveugles et les pétitions impies - le Monde des idées - d'une intelligentsia borgne en cette occasion - elle ne l'a pas toujours été, Dieu merci - que signent, assourdis par le tintamarre ambiant, quelques Africains dont l'un d'eux m'avouera implicitement son erreur et rectifiera le tir avec une tribune intermédiaire.


Communauté internationale et consorts, me direz-vous un jour de quel charme improbable, de quelle virginité soudaine, vous habillez Alassane Ouattara l'ancien Premier Ministre dont on peut dire sans méchanceté aucune qu'il incarne un passé bien peu démocratique dont furent d'ailleurs victimes des ivoiriens coupables d'opposition, et son âme damnée le rebelle Guillaume Soro, improbable faiseur de rois, qui promet des châtiments à tire-larigot ! Me direz-vous un jour ce que vous récompensez en eux - pour Salomé, fille d'Hérodiade, ce furent ses talents de danseuse - pour leur offrir sur un plateau comme jadis celle de Jean-Baptiste, la tête de la Côte d'Ivoire qui ne vous appartient pas ! Quels intérêts - permettez-moi une naïveté passagère, ponctuelle - vous poussent à la diabolisation subite d'un homme, Laurent Gbagbo, qui fut le seul leader ivoirien à mener une opposition impossible mais pacifique à Félix Houphouët-Boigny, à accepter la prison et l'exil, à briguer la magistrature suprême, à la gagner en venant de l'opposition, sans jamais avoir compromis son combat par l'acceptation d'un maroquin corrupteur ; qui peut dire avec Rabemananjara «
mes doigts son clairs comme le printemps, mon cœur est neuf comme une hostie».

Dans une chronique récente, j'interpellais l'intellectuel africain, afin qu'il prenne position, qu'il embarque dans ce train de la renaissance qui passe devant sa porte. Parodiant Aimé Césaire, je lui intimais de parler, afin d'attaquer à leurs bases, oppression et servitude pour rendre possible la fraternité. Quelques-uns l'avaient déjà fait. D'autres m'ont écouté. Mais lequel, de la fantasque Calixthe Bayala - Laurent Gbagbo n'est pas seul - au vieil Olympe Bhêly-Quenum - Je fustige les rebelles de Ouattara -, en passant par le flegmatique prix Renaudot, le peul Tierno Monenembo - l'ONU ne doit pas recoloniser l'Afrique - ou l'indomptable Achille Mbembe - La démocratie au bazooka - ; lequel a tissé le moindre laurier même en papier recyclé à la «
communauté internationale» ? Lequel a salué Barack Obama ou encensé Nicolas Sarkozy ? Combien ont reconnu la légitimité de Ouattara ? Lequel n'a pas apporté son soutien explicite ou implicite à Laurent Gbagbo, les plus minimalistes demandant comme lui, que l'on respecte les textes d'un état souverain ; que l'on arrête les bruits de bottes et les rodomontades grotesques - incontournable pléonasme -, que cette affaire soit laissée à la discrétion des Ivoiriens. Quel homme politique africain a envoyé le plus petit courriel de félicitation à Ouattara !

Qui pourrait comprendre qu'au lendemain de la célébration du cinquantenaire des indépendances des anciennes colonies françaises d'Afrique, ce continent soit encore regardé avec les yeux du documentaire récemment diffusé par France télévision sur la Françafrique, documentaire inattendument prophétique, qui annonçait la victoire de Ouattara -, les explications alambiquées du réalisateur n'y pourront rien - alors qu'il avait été produit des mois avant les élections ivoiriennes ? Qui peut accepter qu'un certain Monsieur Choi se comporte encore comme un commandant de cercle ? Nos enfants ne nous mépriseraient-il pas à juste titre s'ils savaient que nous étions restés muets devant le spectacle grotesque d'une furtive proclamation de la victoire d'un candidat par les ambassadeurs étrangers dans son Quartier Général.


Je voudrais comme le Chaka de Senghor, voir «l'Afrique
comme une fourmilière de silence au travail». Mais ce ne sera plus sous le fouet des Boers, ce ne sera plus ce peuple du Sud «soumis à la règle, à l'équerre et au compas», ce ne sera plus derrière «les forêts fauchées et les collines anéanties» pour l'enrichissement des autres. Ce sera par l'Afrique, pour l'Afrique son peuple et sa jeunesse qui commencent à monter au front de la dignité. Et lentement, sûrement, progressivement - merci Césaire -, la vieille négritude se cadavérise. Vous serez obligés de laisser la Côte d'Ivoire écrire les premières lettres de son épitaphe. Le destin l'a choisie car elle le vaut bien, cette Hirondelle du printemps africain.


Par Gaston Kelman, le 31 janvier 2011



Source: SAOTI, Le Blog de Mahalia Nteby

COOPERATION COTE D'IVOIRE-FRANCE: VERS UNE REVOLUTION ?


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In Le Nouveau Courrier N°193 du 01 Février 2011 par Akré Essoh Lohouess


Irréversible ! Les relations entre l'Etat de Côte d'Ivoire et la France pâtiront de la crise postélectorale qui perdure depuis le 28 novembre 2010. De part et d'autre, les actes de défiance surabondent. La France, campée sur sa position, entend faire respecter sa volonté par tous les moyens. Depuis lors, Bouaké mais surtout Abidjan bruissent des pas de bottes de mercenaires, de barbouzes prêts à entrer en action le moment venu. De son côté, le Chef de l'Etat ivoirien, dont l'élection à la Présidence de la République est adossée au respect de la CONSTITUTION et bénéficiant du soutien inconditionnel de l'armée et d'une importante partie des populations civiles, se prépare à contrer cette menace même s'il garde toujours le secret espoir d'une résolution pacifique de la crise.

Dans cette crise postélectorale, l'Occident mais plus précisément la France a endossé un bien curieux et dangereux rôle. Curieux parce que ce pays qui prétend être la patrie des droits de l'homme fait fi des principes élémentaires de DROIT, incontournables dans toute société civilisée et ordonnée, pour tenter d'imposer un homme à la tête de l'Etat de Côte d'Ivoire. Mais pour les observateurs avertis de la crise ivoirienne, cette posture de la France n'est, en effet, que le prolongement de la tentative de coup d'état de 2002. Dangereux parce que cette énième tentative met en péril tous les efforts consentis par l'Etat de Côte d'Ivoire pour une sortie heureuse de la crise ; mais surtout, écorche encore plus l'image de la France et de l'Occident en Côte d'Ivoire et en Afrique. Car, cette crise ne saurait rester sans conséquences dans les rapports entre la Côte d'Ivoire et la France au triple plan politique, économique et culturel.

50 ans après les indépendances octroyées aux Etats africains dans le cadre de la « communauté franco-africaine », l'Histoire ouvre une nouvelle perspective à la Côte d'Ivoire afin de rompre définitivement les chaînes de l'asservissement. Aucune dérobade, aucune compromission ne peut plus être admise. La volonté de créer une Côte d'Ivoire, maîtresse de son destin, exige une remise en cause fondamentale de ses rapports avec la France. Car, à l'évidence, la France demeure attachée à la Françafrique et aux relations maître-esclave qu'elle affectionne dans ses relations avec ses anciennes colonies, et toujours à son unique avantage. Frantz Fanon en avait encore une fois la claire conscience. « Une fois de plus, le colonialisme français se ferme toutes les portes. Au lieu de convier les représentants authentiques des peuples qu'il domine à une discussion constructive qui débouche sur la fin du pacte colonial et la reconnaissance des souverainetés nationales particulières, il perpétue le cycle du mensonge, de la terreur, de la guerre, rendant par là extrêmement difficile la réconciliation des peuples. » « Nous avons dit plus d'une fois qu'avec le colonialisme, il était vain d'espérer un quelconque assouplissement. Le colonialisme français est une force de guerre, et il faut l'abattre par la force. Nulle diplomatie, nul génie politique, nulle habileté ne pourront en venir à bout. Incapable qu'il est de se renier, il faut que les forces démocratiques s'allient pour le briser. »

Peut-il y avoir un avenir pour la Côte d'Ivoire sans la France ? Absolument ! La Côte d'Ivoire et la France survivront aux hommes qui les dirigent. La seule voie viable et durable de coopération entre nos deux pays est celle fondée sur un partenariat équitable et non sur une plateforme de soumission. Cette dernière attitude ne peut qu'engendrer des crises à répétition, dommageables pour les deux parties. Les accords militaires ont montré leur caractère inopérant quand les intérêts français sont en jeu. Le refus de la France en 2002 d'activer les accords de défense qui la lie à la Côte d'Ivoire l'atteste. L'épineux problème de la souveraineté monétaire est aussi à l'ordre du jour. Est-il, en effet, concevable qu'en 2011 la monnaie des Etats de l'espace francophone africain soit gérée depuis le Trésor Public français ? L'intrusion de la politique dans le fonctionnement de la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Bceao) prouve d'ailleurs son instrumentalisation par la France qui, dans les faits, dispose de moyens de contrainte pour sanctionner les élèves un peu trop récalcitrants. Pareil également pour la Francophonie, qui dans cette crise postélectorale, n'a fait que s'aligner automatiquement sur la position de la France.

Les réalités de 1960 ne sont pas celles d'aujourd'hui. Une profonde mutation est intervenue au cours de l'Histoire de la Côte d'Ivoire entre les différentes générations d'hommes politiques. Hier, la Côte d'Ivoire, notamment en politique étrangère, s'alignait systématiquement sur les positions françaises. Du coup, elle acceptait d'abdiquer toute souveraineté dans ce domaine au profit de la France. Ce qui fit dire à Marcel Amondji : « La substitution de volonté qui caractérise le système politique ivoirien fut permise par l'adhésion passive des « élites » ivoiriennes à toutes sortes d'idéologie du désespoir forgées dans les officines étrangères spécialisées pour être ensuite déversées à profusion sur ce pays après qu'on eût ôté à ses habitants la liberté de penser par eux-mêmes » ; « Cette règle se vérifie encore dans le cas d'actes de politique étrangère, tels la reconnaissance du Biafra et l'ouverture au régime de l'apartheid, etc. ; affaires lointaines dont les Ivoiriens sont peu ou mal informés et dont ils ne perçoivent pas les rapports avec leur propre existence, à moins qu'une expédition massive de riz au Zaïre ne les affame. »[1]

Pendant 40 ans, sous Houphouët et plus tard sous Bédié, une relative stabilité a régné en Côte d'Ivoire parce que les gouvernants ivoiriens étaient en parfaite symbiose avec la France et ses intérêts. « En Afrique Noire depuis 1947, selon Frantz Fanon, le colonialisme français doit sa quiétude à la trahison inqualifiable de certaines élites africaines. »

La Côte d'Ivoire est au carrefour de sa jeune histoire tourmentée. Il est temps, pour elle, de se libérer de toutes les chaînes qui entravent son développement. Parmi elles, l'intolérable ingérence française dans ses affaires intérieures. L'Histoire, dans cette bataille difficile, l'a dotée de toutes les armes pour arracher la victoire : un chef intrépide et clairvoyant en la personne du Président Laurent Gbagbo, une armée volontaire et disciplinée et un peuple à la détermination extraordinaire.


[1] Amondji, Marcel, Côte d'Ivoire : Le PDCI et la vie politique de 1944 à 1985, p.132


Source: LE NOUVEAU COURRIER