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jeudi, 24 décembre 2009

L’ACTIVISME NAUSEABOND DE LA FRANCE CONTRE LA GUINEE

 

DADIS CAMARA.jpg

Quelle célérité de la part de ceux qui s'arrogent le droit d'être appelés la « Communauté Internationale » pour traduire les autorités guinéennes devant le Tribunal Pénale International ! : La France, appuyée en cela par les Etats-Unis !

En effet, après deux rapports au pas de course de Human Rights Watch et de la commission d'enquête ad hoc de l'ONU pour les tueries du stade de Conakry, avant même que l'ensemble des membres du Conseil de Sécurité n'en reçoive copie et que le document ne soit traduit et remis à tous les ambassadeurs près l'ONU, la France demande voire exige, depuis hier (mercredi 23 décembre 2009) que les autorités guinéennes soient traduites, « très rapidement (sic !) » devant les instances judiciaires internationales. Pour cela, elle réclame la saisine immédiate du TPI (le tribunal des perdants, des pauvres et des faibles).

En vue d'empêcher, dit-elle, le Capitaine Moussa Dadis Camara (atteint par balle à la tête par son aide de camp Toumba Diakité, au cours d'une tentative d'assassinat manquée et hospitalisé au Maroc), de revenir prendre les rênes de la Guinée. Elle compte ainsi parvenir à circonscrire le risque d'éclatement d'une guerre civile au pays de Sékou Touré (vraiment ?).

Diantre, dans quel monde sommes-nous ? Un pays planificateur de tueries et de coups d'Etat à la pelle, en Afrique, est-il fondé à donner des leçons au monde et à exiger quoi que ce soit ?

On se souvient encore de l'implication clairement démontrée de la France dans le génocide Rwandais (même si elle s'obstine à tout nier en bloc et à se refuser à toute repentance ou excuse) et dans les crises à répétition sur le continent noir avec leur cortège de morts, notamment en Côte d'Ivoire, au Niger, à Madagascar, au Togo, au Tchad, au Gabon, en Centrafrique, au Congo Brazzaville et même au Ghana (coup d'Etat manqué contre John Kufuor). Et la liste n'est pas exhaustive, loin s'en faut !

Les 6, 7, 8 et 9 novembre 2004, en Côte d'Ivoire, la France, à travers sa Force Licorne a tiré avec du gros plomb contre des Ivoiriens aux mains nues qui manifestaient contre un coup d'Etat en cours et la prise en otage de leur pays.

87 femmes, hommes et jeunes (dont un enfant de 11 ans, à Port-Bouët, devant le 43 ème BIMA) ont ainsi trouvé la mort, dans des conditions particulièrement atroces, sans compter les milliers de blessés dont certains portent des séquelles et des handicaps à vie.

A-t-on entendu un pépiement de la part de qui que ce soit dans le monde ou ne serait-ce qu'une parole de compassion pour le pauvre peuple de Côte d'Ivoire meurtri et bafoué sur sa propre terre ? Non !

A-t-on même entendu les africains ? Non ! Ils s'étaient tous terrés dans une incompréhensible couardise, dans l'inconséquence générale et un manque criant de solidarité ! Ils ont même voté la mise sous embargo de la Côte d'Ivoire par l'ONU, assortie de sanctions individuelles qui demeurent jusqu'à ce jour, dans l'illogisme le plus complet et l'incongruité la plus totale. Grâce à la France.

Et bien que des preuves à profusion existent contre la France dans cette tuerie innommable, la Côte d'Ivoire n'a jamais vu passer, par ici, même l'ombre de Human Rights Watch (les Ivoiriens ne sont peut-être pas des humains, sait-on jamais !) et d'une quelconque commission d'enquête ad hoc de l'ONU.

Voici révélée toute la laideur de notre monde et des prétendus organisations et pays de liberté et des Droits de l'Homme. Et il y a bien pire ! Je vous en fais l'économie.

Alors, qu'aujourd'hui, cette France-là demande justice et réclame le TPI pour les autres, là où une bibliothèque n'arriverait pas à contenir le récit de tous ses crimes en Afrique et dans le monde, c'est véritablement le monde à l'envers !

Même si la junte au pouvoir en Guinée est indéfendable, cet activisme nauséabond de la France choque fortement ma morale et suscite, chez moi, étonnement et interrogations.

Je crois qu'il faut plutôt voir derrière ce zèle surréaliste, non pas de l'amour pour le peuple guinéen, de la solidarité ou un quelconque désir de justice, mais la volonté d'une nation impérialiste de se positionner durablement dans un pays qui s'est affranchi de sa tutelle, aux temps des indépendances, qui lui a toujours échappé et à qui elle l'a durement fait  payer.

Les africains devrait, eux-mêmes, prendre en main le dossier guinéen et aider ce digne peuple frère à se relever de cinquante années de misère profonde. Parce que je continue à croire en l'Afrique et à penser que le peuple noir n'est pas frappé de l'atavisme de la médiocrité morale et de la misère intellectuelle.

Africains, ne croyons surtout pas que la France, par toutes ces gesticulations, ait l'intention de nous donner les preuves de son amour. Elle n'a que des intérêts et n'est mue que par eux. Et si nous consentons à lui donner le coup de pouce complice pour dépecer la junte (malheureusement) au pouvoir en Guinée et embrigader ce pays frère, alors il faudra désespérer de l'Afrique. De fait, que chacun s'attende à connaître son tour et à ne bénéficier d'aucune solidarité.

Des militaires et des civils ont pris le pouvoir, en Afrique, par des coups d'Etat, avec la bénédiction de la « Communauté Internationale ». Pour ne citer que deux exemples, on se souvient encore du voyage du Général François Bozizé, en France en 2003, et de son retour en Centrafrique suivi du renversement du régime en place, celui du civil Ange-Félix Patassé, démocratiquement élu de surcroît.

Il y a le cas plus récent du séjour d'une semaine d'Ange Rajoelina, un DJ insurrectionniste notoire d'Antananarivo, à l'ambassade de France à Madagascar, officiellement pour raison de sécurité. Dès qu'il en sort, coup d'Etat retentissant contre Marc Ravalomanana, Président de la République malgache.

Dans les deux cas, les tergiversations de la « Communauté Internationale » pour condamner ces dérives ont été hallucinantes. Au final, elle s'est contentée d'en prendre simplement acte.

D'où vient-il donc qu'en Guinée, on veuille nous faire croire au Père Noël (même si nous sommes en Décembre. Tout de même) ?

Dans le dossier guinéen, il n'est question que d'intérêts et de profits ; rien d'autres. Qu'on ne vienne donc pas nous dire des contes de fées.

Je tiens à l'affirmer tout net pour éviter toute équivoque : Ce n'est pas de la sauvegarde ou de la préservation du pouvoir de Dadis Camara dont je me préoccupe autant mais plutôt du peuple guinéen frère, de sa paix, de son intérêt supérieur et de son bonheur souverain. Une crise guinéenne gérée maladroitement et dans la précipitation en coûtera plus à ces frères qu'un recours judicieux à la sagesse et à la mesure.

La solution qui, pour moi, s'impose en Guinée, à la suite de toutes les observations que j'ai faites de la situation, c'est de permettre aux Africains et au peuple guinéen de résoudre, eux-mêmes, cette crise. Il faut multiplier les initiatives et les médiations entre les parties en présence, en Guinée. De la concertation persévérante et obstinée et des professions de bonne foi des guinéens sortiront des solutions et des dispositions salutaires pour ce peuple frère. Pour une fois, prouvons que nous sommes intelligents, en Afrique (après, bien sûr, la leçon du dialogue direct ivoirien).

C'est bien le passage en force auquel la France est en train de nous conditionner et nous conduire qui, plutôt, provoquera le chaos redouté. Car, il ne faudrait jamais l'oublier, ce sont des militaires aguerris qui sont au pouvoir. Ils ne seront certainement pas prêts à se laisser tondre la laine sur le dos et ça, il faudra le comprendre. Aucun recours à la force et aux intrigues mafieuses impérialistes ne peut aboutir. Ne provoquons pas chez les putschistes un raidissement irréversible, un basculement dans le totalitarisme et la décision de se maintenir au pouvoir, vaille que vaille, pour se mettre à l'abri des poursuites judiciaires. Au meilleur des cas, ce à quoi de tels procédés conduiront, c'est à la recolonisation de la Guinée, par l'arrivée aux commandes du pays de personnalités que celle qui s'agite, aujourd'hui, s'arrangera (comme toujours) à imposer. Il faudra alors craindre le bradage des immenses ressources minières de la Guinée aux entreprises impérialistes françaises qui rechignent à la concurrence et qui affectionnent les prébendes et les contrats léonins (Areva au Niger, Total au Gabon, au Tchad et au Congo Brazzaville, Bolloré en Côte d'Ivoire et au Sénégal, etc.).

Je recommande donc à mes frères africains la prudence, la patience et la compréhension pour conduire le dossier guinéen à bon port. De sorte que nous en sortions tous gagnants. Nous n'avons pas besoin d'un embrasement général de la sous-région ouest africaine. En tout cas, pas la Côte d'Ivoire !

 

Que DIEU bénisse l'Afrique !

 

DINDE Fernand AGBO

17:44 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, France, Guinée, Monde | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : afrique, guinée, dadis camara, tribunal pénal international, onu, human rights wath, activisme nauséabond | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

mercredi, 23 décembre 2009

DE L’ENGAGEMENT PATRIOTIQUE A LA CROISADE SOCIALE : TOUS MES ARTICLES PUBLIES DANS LA PRESSE IVOIRIENNE (Mis à jour)

DINDE FERNAND.jpg
NB: Vous pouvez cliquer sur le titre en gras de chaque article pour le lire.
Chers bien-aimés frères et sœurs, chers lecteurs,


La crise ivoirienne qui s’est enclenchée dans la nuit du 18 au 19 Septembre 2002, a révélé en moi un talent caché de chroniqueur amateur qui, pendant quatre bonnes années (2006 – 2010), a croqué l’actualité socio-politique ivoirienne, à pleines dents.

Mon engagement pour l’Etat, la République, la Nation et le Peuple ivoiriens n’a souffert d’aucune équivoque, depuis les premières heures de la crise jusqu’à ce jour.
Mais cet engagement très fort, qui a quelquefois fait craindre à des amis pour mon intégrité physique, a pris des postures différentes, en fonction de l’heure et des enjeux.
C’est ainsi que plus d’un ont pu voir Dindé Fernand, le patriote indéracinable (sans jamais cesser de l’être), muer en défenseur indécrottable des causes sociales ivoiriennes et des valeurs éthiques et morales, au risque d’apparaître comme un opposant politique.

A travers les 21 différentes parutions de 15 (sur plus d’une centaine) de mes articles dans la presse ivoirienne (dans 7 quotidiens et magazines, en tout), allant de la presse « bleue » (Camp présidentiel) à la presse « verte » (Opposition), que je vous énumère ici (et qui sont tous postés sur mon blog, à l’exception d’un seul), découvrez le cheminement singulier de mon engagement pour mon pays et pour mon peuple, celui d’un patriote viscéralement convaincu mais tout à la fois lucide et critique contre son propre camp (si on peut le dire ainsi), qui se refuse à la langue de bois, au laxisme intellectuel et moral et au fatalisme (cliquer sur le titre de l'article pour le lire):


1- La résolution 1721, un texte franchement décousu

Notre Voie, N° 2529 des Samedi 4 et Dimanche 5 Novembre 2006, p.10, rubrique Contribution.

2- Ecriture et Engagement

(Publié sous le titre : Vents de recolonisation, écriture de combat).
Afrique Matin, N° 103 du Mardi 27 Mars 2007, p.2, rubrique Opinion.

3- Jusqu’à quand serez-vous en état de grâce, Monsieur le Président ?
Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République.


Le Nouveau Réveil, N° 1712 du Mardi 4 Septembre 2007, p.6 et 7, rubrique Politique.
Le Courrier d’Abidjan, N° 1103 du Mercredi 5 Septembre 2007, p.9 et 10, rubrique Votre Courrier.

4- Droit de réponse à Théophile Kouamouo
(Rédacteur en Chef du quotidien Le Courrier d’Abidjan)


Le Courrier d’Abidjan, N° 1111 du Vendredi 14 Septembre 2007, p.8, rubrique Votre Courrier.

5- Sortir de la logique de la récompense (les Patriotes)

Le Courrier d’Abidjan, N° 1138 du Jeudi 18 Octobre 2007, p.10, rubrique Votre Courrier.

6- Un discours rassurant (Gbagbo), mais un gros point d’ombre : la corruption

Le Courrier d’Abidjan, N° 1141 du Lundi 22 Octobre 2007, p.10, rubrique Votre Courrier.

7- L’illogisme suspect de l’ONU

Le Courrier d’Abidjan, N° 1149 des Mercredi 31 Octobre et Jeudi 1er Novembre 2007, p.10, rubrique Votre Courrier.

8- La France paiera un jour pour tous ses crimes

Le Courrier d’Abidjan, N° 1161 du Vendredi 16 Novembre 2007, p.10, rubrique Votre Courrier.

9- Mes propositions pour la Côte d’Ivoire (1)
     Mes propositions pour la Côte d'Ivoire (2)

(Publiés à la Une, sous le titre : Diagnostic du mal ivoirien. 16 mesures à Gbagbo pour redresser la Côte d’Ivoire)
Le Temps, N° 1508 du Mercredi 7 Mai 2008, p.1, 6 et 7, rubrique Temps Fort.
QUOTIDIEN LE TEMPS. 7 MAI 2008.jpg


(Publié sous le titre : Crise sociale, décrépitude morale…Diagnostic et solution au mal ivoirien)
Le Matin d’Abidjan, N° 750, 751 et 752 des Mercredi 7 (p.9), Jeudi 8 et Vendredi 9 Mai 2008, p.11, rubrique Tribune.

10- Les choses bougent enfin dans ce pays. Nous n’en demandons pas mieux

(Publié sous le titre : Racket, dérives éthiques et morales, corruption…Quand les choses bougent enfin)
Le Matin d’Abidjan, N° 762 et 763 des Jeudi 22 et Vendredi 23 Mai 2008, p.11, rubrique Tribune.

11- Lutte contre le racket en Côte d’Ivoire : Aller plus loin

Notre Voie, N° 3022 du Mardi 1er Juillet 2008, p.7, rubrique Contribution.

Notre Voie, N° 3033 du Lundi 14 Juillet 2008, p.11, rubrique Contribution (C'est ce dernier numéro qui sert d'illustration photo à cet article, en chapeau de texte).

12- Article paru, en 2007, sous un pseudonyme. Très caustique. Contre un
citoyen ivoirien affreusement corrompu.


Non disponible sur mon blog. Je ne peux vous en donner le titre, ni la dénomination du quotidien qui l’a publié, pour des raisons évidentes, mais je peux vous assurer que cela a fait mouche !
LES ARTICLES PUBLIES CETTE ANNEE 2009
13- Du nouveau dans l'affaire Vidéo Bassesse!
(Publié sous le titre : Un proche de la victime témoigne. En fait, dans mon article, c'est plutôt une proche de la victime que je connais qui témoigne car, moi, je n'en suis pas un).
Magazine Vedette, N° 006 du Mardi 07 au Lundi 13 Juillet 2009, p.7, rubrique Société.
14- Affaire Kieffer: Et revoici le chiffon rouge de la France!
(Publié en première page sous le titre : Affaire Kieffer / Un intellectuel (quelle estime pour ma modeste personne !) interpelle Sarkozy : "Un peuple digne ne se laisse pas plier comme une feuille").
Le Temps N° 1874 du Samedi 24 au Dimanche 26 Juillet 2009, p.6, rubique Temps Fort.
15-Faire gaffe à la crise guinéenne

Le Temps N° 1974 du Jeudi 22 Octobre 2009, p.10, rubrique Temps des Idées.

L’esprit en alerte, je me tiens quotidiennement à la brèche et en éveil, au nom de l’amour immense qui m’étreint pour mon pays, la Côte d’Ivoire et pour ma terre génitrice, l’Afrique.
Merci à tous ceux qui ont bien voulu m’accompagner, depuis le départ, qui continuent jusqu'à ce jour, à m'accompagner dans cette belle aventure et à partager ma passion pour mon peuple !


Que DIEU vous bénisse tous, richement, et que DIEU bénisse la Côte d'Ivoire mienne !


DINDE Fernand AGBO

samedi, 19 décembre 2009

FRANçOIS SPIRLET: RACISME ET COLONIALISME

Faits vécus en Afrique Tropicale (1955 – 1966)

 

1.      Le taxi : le 2 juillet 1955, l’avion atterrissait à l’aérodrome de Léopoldville, au Congo belge, Ainsi commençait pour moi une expérience africaine de 11 années. A peine sorti de l’aérodrome, cherchant un taxi, 2 européens s’avancent vers moi, me congratulent et proposent de me conduire à l’hôtel situé à quelques kilomètres de là. Je n’ai pas eu le temps d’exprimer ma gratitude que la voiture avait démarré. J’ai eu droit pendant le parcours à des conseils sensés me prémunir contre les dangers que présentaient le contact (à éviter) avec les noirs. Ce fut un véritable endoctrinement me mettant en garde contre les congolais.

Ils étaient sales, menteurs et voleurs, c’était la raison pour laquelle ils avaient été parqués dans la cité indigène, curieusement dénommée : "Le Belge". Ils m’ont souhaité un bon séjour dans la Colonie et m’ont remis leurs adresses. Ainsi, à peine arrivé, j’étais sensé être averti des erreurs que je pouvais commettre en essayant d’être simplement humain !

 

2.      Le bureau de Poste : une de mes premières préoccupations était de rassurer ma famille

et je m’étais rendu à la poste proche de l’hôtel. A peine entré, je me trouve devant une file de congolais. Je me mets à la suite en constatant l’effroi que je provoquais. C’est alors qu’un vieil homme me demanda de me rendre au guichet avant tout le monde ! Stupéfait, je lui en demande la raison et il m’a répondu : si le policier (un congolais comme eux) qui est dehors, voit que nous ne vous avons pas laissé passer, ils nous frappera tous avec sa "chicotte" !!

Aucun écriteau, comme c’était le cas en Afrique du Sud, n’imposait une telle mesure, mais les instructions du policier étaient formelles, il appliquait les ordres reçus comme un ‘ Kapo ‘ !

Peu de temps après, j’avais décidé de franchir le fleuve et de me rendre à Brazzaville. La traversée durait à peine une ½ heure et mon premier soin fut d’envoyer une lettre.

Je me retrouve devant une file d’indigènes, je prends la queue et je vois arriver un européen

qui se rend directement au guichet déjà occupé par un client. Sans s’en préoccuper le moins du monde, il l’écarte et tend ses lettres au préposé. Le client, sans ce fâcher, lui dit dans un français impeccable : Monsieur, vous n’êtes pas à Léopoldville ici, je suis citoyen de ce pays, faites la file, je vous en prie ! Interloqué, l’intéressé est sorti penaud, sans dire un mot.

N’en déduisez surtout pas que la colonisation française fut idyllique, loin s’en faut.

Aucune colonisation ne fut bonne, certaines moins mauvaises que d’autres, mais il en fut d’exécrables, comme en Afrique du Sud et les victimes des colonisations sont incalculables.

 

3.      La Cie d’Assurances : pour régler un litige, je m’étais rendu chez mon assureur. Une salle rectangulaire, meublée d’une dizaine de tables où travaillaient des congolais devant leurs machines à écrire. A l’entrée, un comptoir isolait les clients. Au fond de la salle placé sur une estrade, trônait un bureau, pour l’heure inoccupé, Mon ami congolais souriant se dirigea vers moi. En lui tendant la main, j’avais saisi l’étonnement des autres africains, peu habitués à ce geste si simple, si évident pour moi. Ensuite il se remit au travail. Sur ces entrefaites un européen était entré : il a jeté un regard circulaire et ne voyant pas le blanc, il a dit :

Il n’y a personne ici ? Lorsqu’il fut parti, mon ami m’a confié qu’il aurait préféré recevoir des coups plutôt que d’entendre cela. Cette forme de racisme est sans doute la plus odieuse.

 

 4. Le régime de bananes : il était passé deux fois devant notre maison, en faisant attention à ne pas se faire remarquer. Peu de congolais traversaient la cité européenne. Voyant nos enfants jouer dans le jardin, il s’était décidé à entrer et a fait comprendre à mon épouse que son enfant avait la fièvre et lui avait demandé une aspirine car l’infirmier n’en avait plus. Ma femme lui en avait donné une tablette. Une semaine plus tard, il nous a apporté un grand régime de bananes, avec lequel il aurait pu nourrir sa famille toute une semaine ! C’était surtout le geste, si rare à cette époque, que cet homme avait voulu récompenser. Et pour lui, ces quelques cachets n’avaient pas de prix.

 

 5. La boite d’allumettes : un épisode des Camps me revient souvent en mémoire. C’était vers

la fin de la Guerre, Nous essayons par tous les moyens de survivre et de rester encore des

êtres humains. Nous ne possédions plus rien, le moindre objet trouvé lors des fouilles incessantes était susceptible de nous valoir une punition variable selon l’humeur des gardiens. J’avais trouvé une boîte d’allumettes vide, qui était toute ma richesse ! J’étais parvenu à la dissimuler et à la conserver jusqu’à notre libération. Un jour, à Léopoldville, en me rendant à mon travail, je n’avais pu éviter une flaque boueuse comme il s’en formait après chaque pluie. A l’époque coloniale, certains européens prenaient un malin plaisir à diriger leur véhicule dans les ornières afin d’arroser copieusement les congolais qui passaient, à pied au bord de la route ! J’avais freiné et j’étais revenu vers ce vieil homme qui me faisait pitié.

Il tremblait de peur d’être, en plus insulté par le blanc. Je lui tendis la main pour le rassurer.

Il a cru que je voulais lui prendre ce qu’il avait dans la main et l’ouvrit !

C’était une boîte d’allumettes vide ! Et tout me revint à l’esprit. Mon propre calvaire et le sien. Je parvins à le faire monter en voiture et je l’ai emmené chez moi où ma femme lui a préparé un repas convenable après lui avoir remis quelques vêtements. Chacun de nos gestes envers lui fut accompli dans le souvenir des Camps. Il n’en croyait pas ses yeux et me fit comprendre que c’était le premier blanc qui s’était montré humain envers lui. Jamais je ne l’oublierais. Que cette dernière image de l’Afrique reste gravée dans vos cœurs !

 

En guise d’esquisse de conclusion :

La solution de facilité serait de condamner le fait colonial dans son ensemble, sans en dégager les

réalisations soi-disant positives telles que les infrastructures portuaire, routière et ferroviaire, le domaine de la santé etc..

Mais le but primordial de la colonisation a toujours été l’augmentation des profits de son économie coloniale.

Le caractère disparate de la scolarité reflétait la conception de chaque Etat colonisateur.

Limité à l’enseignement primaire dans sa majorité, l’éducation ne devait être utile qu’à la formation de personnel subalterne, en aucun cas de postes à responsabilités, capables le jour venu de prendre en mains leur propre avenir.

Le refus du respect de la dignité de l’africain, du partage des responsabilités et l’évolution bien trop lente vers la modernité ne pouvaient conduire que vers l’affrontement.

La vraie question, au-delà des polémiques et qui concerne toutes les colonisations est de se demander ce qui aurait pu être fait (voir Ecole et Démocratie) et qui peut être fait aujourd’hui.

L’Afrique n’a que faire de regrets aussi tardifs (quand ils veulent bien s’exprimer !).

Elle préférerait des actes et une nouvelle approche de la coopération EURO – AFRICAINE, notamment en rendant aux villages le bonheur d’y vivre, afin de vider les bidonvilles et de les équiper tous d’un puits et de panneaux solaires destinés au Téléviseur commun.

     

Intervention de Mme SPIRLET suivi de quelques réflexions sur des faits vécus en Afrique coloniale

 

 

1.  Le verre d’eau (témoignage de Mme SPIRLET) : je venais à peine d’emménager dans la cité européenne et j’arrosais mon jardin lorsqu’un congolais effrayé par son audace me fit signe qu’il souhaitait boire un peu d’eau à l’extrémité du tuyau. Je suis allé lui chercher un verre d’eau fraîche, qu’il s’est empressé de boire en se confondant en remerciements. A peine parti, la voisine de la villa d’en face arrive furibonde, en me demandant si je n’étais pas devenue folle. On voit bien que vous venez à peine d’arriver, vous ne les connaissez pas. En lui montrant l’Eglise non loin de là, je lui ai demandé ce qu’on lui enseignait à cet endroit ?

Elle ne su que répondre. J’ai eu le temps de lui rappeler que tous les hommes étaient frères !

 

2.  La boulangerie (témoignage de Mme SPIRLET) : nous venions d’arriver à Bukavu, dans la province du Kivu où mon mari venait d’être muté. Je m’étais rendu à la boulangerie. Les blancs y entraient par la porte principale et recevaient leur pain soigneusement enveloppé. Ils n’hésitaient pas à payer avec une grosse coupure et c’est avec un large sourire qu’on leur remettait la monnaie ! En sortant, j’avise une longue file de congolais, dans une ruelle boueuse, à côté de la boulangerie. Un policier noir, armé d’une chicotte (matraque) faisait avancer les noirs, sans ménagement, devant un trou pratiqué dans le mur de la boulangerie. Chacun devait présenter la monnaie exacte et on lui lançait le pain à travers l’orifice. Si la monnaie ou le pain tombait par terre, il fallait décamper en vitesse pour éviter les coups de chicotte. Le policier noir se comportait comme les Kapos des Camps de concentration, ce qui ravivait chez mon mari la douloureuse expérience des Camps et l’horreur du nazisme.

 

 

 Quelques aphorismes à méditer concernant les soi-disant aspects positifs de la colonisation :

 

1. COLONISATION est un euphémisme, car il s’agit bien d’une occupation coloniale de l’Afrique, souvent au prix d’une campagne militaire dont les victimes africaines restent à dénombrer.

 

2. Les ASPECTS POSITIFS (sic) de la colonisation ont été rendus nécessaires pour faciliter le vie des occupants blancs en réservant les établissements secondaires, en priorité aux blancs, à ce sujet, le jour de l’indépendance 7% des algériens avaient eu accès au secondaire !

Quant aux infrastructures, routes, transports ferroviaire et fluvial, administration remarquablement organisée (notamment au Congo belge où elle fut exemplaire) sa finalité était avant, tout de faciliter l’exploitation des immenses ressources du continent africain.

 

3.  Si l’enseignement primaire fut particulièrement développé, contrairement au secondaire, la raison en est simple : il permettait aux peuples colonisés de n’occuper que les emplois subalternes qui ne nécessitaient qu’un strict minimum de connaissances.

A titre d’exemple précis, valable pour toutes les autres colonies, le jour de l’indépendance du Congo belge (30.06.1960) il n’y avait que 17 universitaires congolais ! !

 

Et pour terminer, quelques sentences à méditer :

Vous trouvez que l’Education coûte cher, essayez donc l’ignorance.  A.LINCOLN.

Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous mourrons ensemble comme des idiots. Martin LUTHER KING.

 

Enfin, une devise qui pourraient devenir celle de l’EUROPE mais aussi celle de l’AFRIQUE :

Frères, rapprochons-nous, oublions ce qui nous sépare, le seul bonheur durable est de se comprendre mutuellement pour s’aimer. INTELLIGENCE – AMOUR . H.BARBUSSE.

Et pour donner son véritable sens à ce vécu : L’essentiel n’est pas de dire des choses nouvelles, mais la vérité. GOETHE

 

 

François SPIRLET

Président de l’ A.D.M – Chevalier de l’Ordre du Mérite de la R.F.A

60 Boulevard DEGANNE

F 33120 Arcachon

FRANCE
Tél. : 05 56 54 81 67 / Courriel : fspirlet@free.fr

 

 Nous Sommes le Congo !
C
essons d'Avoir Peur !
P
our un Etat de Droit au Congo !

"Chaque génération a le choix entre trahir ou accomplir sa mission"

Celui qui lutte peut gagner ! Celui qui ne lutte pas a déjà tout perdu !


Patrick Eric Mampouya
http://mampouya.over-blog.com/

18:47 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, France | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : françois spirlet, racisme, colonialisme, colonisation, patrick éric mampouya | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

lundi, 14 décembre 2009

LE PARIS MAÇONNIQUE DECRIPTE

LOUVRE.jpg

Libération.fr, 10 Décembre 2009. Texte: Gabriel Alphen-Ginet.

Les lecteurs du Symbole perdu, le dernier livre de Dan Brown, auteur du Da Vinci Code, vont adorer ce nouveau guide.

Pourquoi y a-til un zodiaque à la Grande arche? Que cachent les pyramides du parc Monceau, que trouve-t-on dans les chapelles des Invalides? Pourquoi certains murs et bâtiments sont-ils ornés de mystérieux triangles, compas et équerres? Et que signifient tous ces yeux de pierre qui scrutent les passants? Un livre édité par les éditiions Dervy répond à toutes ces questions en décryptant le Paris maçonnique, omniprésent dans les rues de la ville.

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Après avoir rappelé ce qu'est cette institution méconnue, objet de tous les fantasmes, Raphaël Aurillac, son auteur, retrace l'impact et la place de la franc maçonnerie dans l'architecture parisienne, en revisitant les lieux et monuments créés, commandés ou décorés par les initiés. On découvrira à cette occasion pourquoi l'Observatoire de Paris fut créé ou encore ce qu'était le Champ-de-Mars avant d'être ce qu'il est actuellement.

Les dix chapitres de ce petit guide, organisés par arrondissements, sont agrémentés de dessins, photos et cartes (certains plans de bâtiments et schémas auraient d'ailleurs mérité un agrandissement).

 

A lire pour découvrir la face obscure de la ville lumière. Guide du Paris maçonnique,Paris décrypté
Auteur: Raphaël Aurillac. Edition Dervy. 295 pages; (22 x 11 cm) 19 euros.

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Retrouvez cet article sur Libération.fr

15:12 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans France, Livre | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : dan brown, franc-maçonnerie, le paris maçonnique, le symbole perdu, libération.fr | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

PROCES EN DIFFAMATION: VINCENT BOLLORE TRAINE DES CAMEROUNAIS EN JUSTICE

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Le mardi 15 décembre 2009 prochain, Pius NJAWÉ et certains de ses compatriotes Camerounais devront comparaître par devant mesdames et messieurs les présidents et juges composant la 17ème Chambre correctionnelle du tribunal de Grande instance de Paris, siégeant au Palais de justice de ladite ville comme témoins au procès qui oppose Vincent BOLLORÉ et le Groupe Bolloré France Inter, radio française de service public émettant à Paris, et à ne pas confondre avec Radio France Internationale (RFI).

Il s’agit notamment de Emmanuel ETOUNDI OYONO, actuel directeur de la Maetur, Hilaire KAMGA, président de l’ONG Nouveaux droits de l’Homme, Edouard TANKOUÉ secrétaire général du Syndicat national des inscrits maritimes et assimilés du Cameroun, Jean Marc BIKOKO, président de la Centrale syndicale du secteur public.

Tous sont cités d’avoir tenu des propos diffamatoires au cours du reportage réalisé au Cameroun sur  "Cameroun, l’empire noir de Vincent BOLLORÉ", diffusé sur les antennes de ladite radio le 29 mars 2009. C’était dans le cadre de l’émission "Interception" qui a été diffusé de 9h00 à 13h05.

Pour les plaignants qui se sont constitués partie civile, cette émission a "diffusé des propos (…) contenant l’imputant d’un fait précis portant incontestablement atteinte à l’honneur et à la considération de Monsieur Vincent BOLLORÉ et de la société Bolloré".

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14:45 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, Cameroun, France | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : procès contre des camerounais, vincent bolloré, radio france inter, robert ngono ebodÉ | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

vendredi, 16 octobre 2009

FAIRE GAFFE A LA CRISE GUINEENNE

 

 

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Avant-hier et hier, jeudi 15 octobre 2009, une sortie quelque peu cavalière du Commissaire européen pour le développement et l’aide humanitaire, le belge Karel De Gucht, relayée dans la presse internationale, nous a laissé pantois : L’Europe agite le chiffon rouge de la Cour Pénale Internationale (CPI) contre le président guinéen, le Capitaine Moussa  Dadis Camara, pour sa responsabilité dans les évènements du 28 septembre 2009, au stade de Conakry, ayant fait 56 morts selon les autorités guinéennes et plus de 157 morts selon la presse française, citant comme source d’énigmatiques ONG en activité en Guinée, sans jamais décliner leur dénomination. Ce que - au demeurant - nous trouvons suspect.

Nous sommes tous d’accord que les faits qui se sont produits à la manifestation de protestation de l’opposition, à Conakry, constituent une bavure inacceptable et qu’il serait souhaitable, voire qu’il est impérieux, qu’une commission d’enquête indépendante soit mise sur pied pour faire la lumière sur ce drame, situer les responsabilités et sanctionner les auteurs de ce crime sidérant. Mais on ne peut désigner des coupables avant d’avoir reconstitué et établi les faits. Ceci est valable en Occident et tout aussi valable en Afrique.

Il est donc normal que les tueries de Conakry soient condamnées, sans faiblesse, parce que totalement inacceptables. Mais de là à menacer ce Chef d’Etat africain - même arrivé par un coup d’Etat, en décembre 2008 - de comparution devant la Cour Pénale Internationale, pour crime de guerre, est tout aussi et simplement inacceptable. De quel droit l’Europe se permet-elle de parler ainsi d’une autorité africaine quand elle est restée muette devant les plus de 80 morts causés avec une sauvagerie absolue par la Force Licorne française, en Côte d’Ivoire, en Novembre 2004 ? De quel droit un simple ministre des Affaires Etrangères, fut-il le français Bernard Kouchner, peut-il se croire obligé de parler d’un dirigeant africain comme de son petit copain de quartier, quand son pays a fait deux fois pire en Côte d’Ivoire, et de clamer sur toutes les antennes françaises et aux moindres occasions que « la France ne veut plus travailler avec cet homme », que « lui, ne laisserait pas faire, cette fois-ci » et qu’il faudrait « y envoyer une force d’interposition » ? Pour qui se prend t-il et où se croit-il ? Nous ne sommes pas leurs « sous-hommes » et nous exigeons un peu de respect !

Les morts de Guinée suscitent-ils autant d’émotion, en Occident, parce qu’ils sont simplement des êtres humains ou sont-ils dignes d’intérêt seulement parce qu’ils ont été (prétendument) refroidis par un Chef d’Etat africain et pas par l’armée française, qui a toujours fait l’omerta sur ses odieux et abominables crimes, en Afrique, y compris sa participation active au génocide rwandais ?

Ces morts-là ne sont-ils dignes d’attention que parce qu’ils peuvent servir aux Occidentaux (qui ne sont pas les meilleurs exemples en matière de respect de la vie humaine et de Droits de l’Homme, contrairement à ce qu’ils peuvent faire croire) à demander la tête d’un putschiste indésirable, vu comme un frein à l’assouvissement de l’appétit gargantuesque des pays puissants qui convoitent les richesses minières et minérales de ce pays pauvre ouest-africain, considéré comme un scandale géologique ?

La France a commis des atrocités sans nom en Côte d’Ivoire et on n’a entendu personne. Alors, que ces autorités occidentales arrêtent de s’ériger tout le temps en « donneuses » de leçon ! Elles sont loin d’être, elles-mêmes, des modèles. Nous avons encore sous nos yeux l’actualité brûlante rapportant le népotisme éhonté de « l’hyper-président », Nicolas Sarkozy, qui veut pistonner son « écolier » de fils à la tête d’une superstructure comme l’EPAD, en France.

En tout cas, le voisin, la Côte d’Ivoire, a intérêt à se tenir tranquille et à ne dormir que d’un œil. Et pour cause : Le Secrétaire d’Etat français à la Coopération, Alain Joyandet, a demandé, ce matin même (vendredi 16 octobre 2009), aux 2500 ressortissants français de quitter la Guinée et, pour ceux qui ont le projet d’y aller, de ne pas s’y rendre. Arguant qu’il ne s’agit que d’une simple mesure de prévention et non d’une « évacuation généralisée », devant ce qu’il considère comme une « détérioration de la situation sécuritaire », en Guinée. Et d’autres pays européens pourraient emboîter le pas à la France. Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’effet d’annonce est bien passé.

Au cas où cette détérioration s’accélèrerait, Alain Joyandet envisage même, en des termes à peine voilés, l’envoi par la France d’une force d’intervention. Il ne reste plus qu’à provoquer cette « accélération », à laisser l’engrenage s’emballer de la façon la plus naturelle du monde et le tour est joué. Aussi simple que « bonjour » ! Les guinéens et les Ivoiriens sont avertis, s’ils savent lire entre les lignes. En ces matières, la France est experte. Et en Côte d’Ivoire, nous en savons quelque chose.

Si par un affreux malheur, une force d’interposition ou d’intervention (dont la France s’arrangera – comme toujours – pour avoir l’initiative) était envoyée en Guinée, sous la couverture d’une prétendue « détérioration de la situation sécuritaire », l’on peut être sûr qu’un autre coup d’état se produira et que la Guinée basculera bien vite dans une spirale de la violence qui fera flamber la sous-région.

Nous redoutons d’autant plus ce scénario que nous connaissons la période critique d’élection présidentielle dans laquelle est en train d’entrer la Côte d’Ivoire et pour laquelle la France échafaude des plans aussi machiavéliques les uns que les autres, pour imposer son poulain issu du RHDP, à notre pays. Dans un schéma chaotique guinéen, il sera plus aisé d’installer un candidat non élu et un gouvernement fantoche à la tête de la Côte d’Ivoire, par la Force Licorne, avec l’appui d’un détachement des Opérations Spéciales françaises, qui sera justement basé en Guinée, pour les besoins de la cause.

A l’analyse, ce scénario est tout à fait vraisemblable et les Ivoiriens gagneraient à prier ardemment pour la paix en Guinée. De cette paix dépendra leur propre paix. Le temps nous est compté. Peuples d’Eburnie, vous avez été avertis !

 

Que DIEU protège et bénisse la Côte d’Ivoire !

 

DINDE Fernand AGBO

vendredi, 11 septembre 2009

LES GUERRES AFRICAINES DE VINCENT BOLLORE

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« Ce n’est pas parce qu’on est ami avec quelqu’un qu’il n’y a pas d’éthique dans nos rapports », commentait sobrement M. Vincent Bolloré alors qu’on l’interrogeait sur les luxueuses vacances offertes au président Nicolas Sarkozy en 2007. De fait, le groupe dirigé par l’industriel français occupe une place particulière dans l’économie nationale : impliqué dans les films plastiques, les transports ou l’énergie, il dispose de plusieurs filiales qui bénéficient parfois de contrats avec l’Etat.

Créé en 1822, toujours détenu majoritairement par la famille Bolloré, le groupe se place parmi les cinq cents premiers conglomérats du monde. S’il est implanté un peu partout, l’Afrique semble sa terre d’élection. Là, la guerre industrielle fait rage, notamment pour la concession des ports récemment privatisés. Ce sont les relations du groupe avec des régimes locaux peu scrupuleux — tel celui de M. Charles Taylor au Liberia, ou celui du « Françafricain » Paul Biya au Cameroun — qui l’ont mis sous le feu de la critique. Mais M. Bolloré peut compter sur un solide réseau d’amitiés politiques et sur les médias qu’il contrôle pour se défendre.

Source: ABIDJAN TRIBUNE

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14:53 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, France | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vincent bolloré, françafrique, abidjan tribune, afrique, france, transports, énergie, media, ports, plantations | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

lundi, 07 septembre 2009

LA FRANCE SOUS-TRAITE T-ELLE LE NEO-COLONIALISME EN AFRIQUE?

 

 

Les dirigeants africains, bras avancés du néo-colonialisme, renvoient à l'Afrique une image malheureuse, balayant le sang versé par d'illustres personnalités pour l'accession à l'indépendance des Etats africains, à côté du sang non moins important versé par les anciens combattants pour la libération de la France occupée.

 

Je publie cette tribune en réaction à un article paru dans le journal Le Monde daté du 31/08/2009 (publié sur le monde.fr dès le 29/08/2009) dans lequel il était fait, de façon quasi-assumée, l'éloge de certains français agissant en Afrique, aux côtés de dictateurs africains, au service de la France et pour le compte de l'Etat français.


L'article intitulé « Robert Bourgi, vétéran de la françafrique » faisait l'éloge de l'infantilisation des dirigeants africains qui, pour obtenir des faveurs auprès des autorités politiques françaises, devraient s'en remettre aux bonnes grâces de certains intermédiaires. Voici quelques morceaux choisis de cet article : « Lorsque Robert Bourgi se rend en Afrique, c'est presque toujours dans un avion privé affrété par une grande entreprise intéressée par son carnet d'adresses au Gabon, au Congo-Brazzaville, en Côte d'Ivoire ou par un chef d'Etat africain auquel il vend la promesse de contacts politiques de haut niveau en France. Cet entregent est manifestement la source de cette vie confortable, bien plus que son statut officiel d'avocat... »Toujours selon le journal Le Monde, celui qui appelait Bongo « papa » se présente comme le fils spirituel de Foccart (Le grand ordonnateur du gaullisme en Afrique et des réseaux qui s'assurèrent après les indépendances de la soumission des anciennes colonies africaines aux intérêts de la France...)


L'article se termine par cette allusion : « ...Mais nombre de diplomates craignent que son influence auprès de Nicolas Sarkozy reflète l'idée que le président se fait de l'Afrique, celle d'« un continent qu'on ne tient que par les barbouzes ». 


On ne pouvait donc faire plus fort dans l'infantilisation avérée des dirigeants africains et certains plaisirs que l'on peut s'offrir en considérant que plus l'on est barbouze, mieux cela convient pour défendre les intérêts français en Afrique, tout au moins pour les représenter.


S'il est compréhensible que des personnalités, d'origines diverses, oeuvrent en Afrique pour assurer les intérêts de la France, cet article met tout de même en lumière ce que nous considérons comme le développement d'une sous-traitance du colonialisme en déléguant aux barbouzes et autres intermédiaires des tâches qui ne sauraient correspondre à une diplomatie honorable, débarrassée de toute velléité néo-coloniale, respectueuse, agissant réellement et seulement au nom de l'Etat.


Il nous semble que le général de Gaulle, en recourant à la préservation du lien entre la France et ses anciennes colonies, ait avant tout été mu par la volonté de ne pas fragiliser ou mettre en péril la grandeur, la sécurité énergétique, la sécurité des approvisionnements en matières premières pour la reconstruction et le développement de la France après la seconde guerre mondiale.
Il serait difficile d'imaginer que le général de Gaulle ait eu l'intention de laisser se développer en Afrique ce qui ressemble plus de nos jours à de l'affairisme et non pas à la défense des intérêts supérieurs de la France.


Tout porte à croire donc que la françafrique se joue du Gaullisme pour invoquer les raisons d'Etat afin de mener en Afrique des politiques honteuses, très éloignées de la mémoire invoquée du général de Gaulle.


Les dirigeants africains, bras avancés de ce néo-colonialisme, renvoient à l'Afrique une image malheureuse, balayant le sang versé par d'illustres personnes pour l'accession à l'indépendance des Etats africains, à côté du sang non moins important versé pour la libération de la France occupée. Tout ceci confirme l'urgence d'une déclaration claire du type de partenariat que la France voudrait construire avec l'Afrique, au moment où les gesticulations autour des élections en cours dans le continent noir semblent aller dans le sens de la préservation d'un néo-colonialisme, avec le ressentiment que cela génère auprès des peuples d'Afrique pourtant attachés à une communion avec la France.


Il est temps que les lumières françaises illuminent de nouveaux chemins à tracer. Et que l'esprit du général De Gaulle cesse d'être dévoyé.

 Auteur :  Realchange

Publié le :   02  septembre 2009

Rubrique :  Françafrique

Source : Agoravox 

16:48 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, France | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : néo-colonialisme, françafrique, chirac, sarkozy | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

vendredi, 31 juillet 2009

DE QUOI JE ME MELE?

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Photo: SEM Jean-Marc SIMON, Ambassadeur de la République de France en Côte d'Ivoire. Par Prisca, Abidjan.net.

L'attitude provocatrice de la France, ces derniers jours, vis-à-vis de la Côte d'Ivoire est suspecte: Elle n'en finit pas de se cristalliser sur le report des élections du 29 novembre 2009. Pour l'heure, il n'en est absolument pas question, en Côte d'Ivoire. Aurait-elle le projet d'occasionner un report pour demander, ensuite, la tête des acteurs politiques ivoiriens et singulièrement, celle du Président GBAGBO? L'avenir proche nous le dira. Au demeurant, il n'appartient pas à la France, fût-elle la puissance colonisatrice de décider à la place des ivoiriens, ce qu'ils veulent pour leur pays. S'ils veulent un report, ils le décideront eux-mêmes et s'ils n'en veulent pas, c'est à eux seuls d'en juger. De quoi donc je me mêle?

 

Le Conseil de sécurité a prorogé hier, jusqu`au 31 janvier 2010 le mandat de l`Opération des Nations Unies en Côte d`Ivoire. La France en a profité pour mettre en garde contre tout report des élections.


La France a encore brandi le bâton face aux risques de report de l`élection présidentielle en Côte d`Ivoire. Cette fois, c`est la tribune du Conseil de sécurité, réuni hier, sur la situation ivoirienne que l`ancienne puissance coloniale a choisie pour exprimer son peu de confiance en la volonté des dirigeants ivoiriens de tenir effectivement les joutes présidentielles au 29 novembre. Intervenant après l`adoption de la résolution du Conseil portant prolongation du mandat de la mission onusienne à Abidjan, le représentant permanent de la France, M. Jean Maurice Ripert, a prévenu que toute tentative de reporter les élections sera inacceptable. Selon lui, le Conseil de sécurité ne se laissera pas abuser «par des faux-semblants techniques». «Si les élections du 29 novembre devaient être reportées, les responsabilités des uns et des autres seraient clairement établies et le Conseil de sécurité en tirerait les conséquences», a-t-il chargé. «Qu`ils sachent, a-t-il ajouté en parlant des acteurs politiques ivoiriens, qu`ils sont pris au mot par le Conseil de sécurité et qu`ils seront jugés sur leurs actes et que c`est dans cet esprit que le Conseil suivra de près dans les semaines à venir, notamment la publication de la liste électorale provisoire, puis de la liste électorale définitive, avec l`appui de la facilitation et du représentant du secrétaire général». Quant au Conseil de sécurité il affirme pour sa part que tout report de l`élection présidentielle serait incompatible avec «un processus crédible» et avec l`Accord politique de Ouagadougou. Les 15 membres du Conseil ont exigé certains résultats précis à court terme. «Il (Ndlr : le Conseil) rappelle que la publication de la liste électorale est une étape cruciale du processus électoral, attend avec intérêt la publication de la liste électorale provisoire d`ici la fin du mois d`août 2009 et demande instamment aux acteurs politiques ivoiriens de tenir leurs engagements pleinement et sans délai», indique le communiqué qui a sanctionné la réunion. L`organe principal de l`ONU a encouragé le facilitateur (le président Blaise Compaoré) et le représentant spécial du secrétaire général (M. Choi) «à l`informer sans délai de toute difficulté qui pourrait mettre en péril le calendrier électoral». Il a également «réaffirmé son plein appui à (M. Choi) dans son rôle de certification. Il souligne qu`il fondera son évaluation du processus électoral sur la certification qui sera préparée par (lui)».

Djama Stanislas (Quotidien Nord-Sud)

Source: Abidjan.net

14:40 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans France, Sortie de crise ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : onu, france, report élections ivoiriennes, alcide djédjé | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

jeudi, 23 juillet 2009

AFFAIRE KIEFFER : ET REVOICI LE CHIFFON ROUGE DE LA FRANCE!


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Hier, mercredi 22 juillet 2009, à 18h GMT, la chaîne française France 24 a relayé un reportage de France 3 dans lequel un prétendu nouveau témoin dans l’affaire Guy-André KIEFFER, du nom d’Alain GOSSE, fait des révélations sur la mort du susnommé : Selon celui qui se fait appeler Major Alain GOSSE, Guy-André KIEFFER aurait subi un interrogatoire à la Présidence de la République de Côte d’Ivoire, au Plateau, dans une petite salle au sous-sol qui se présenterait comme une sorte de cellule de garde à vue.

Il y aurait été interrogé alors par le Commandant Séka Séka, aide de camp de Mme Simone GBAGBO, le Capitaine Tony Oulaï (aujourd’hui incarcéré en France, dans le cadre de cette même affaire) et Monsieur Baï, garde de corps du Président Laurent GBAGBO, sur son intérêt pour le cacao ivoirien et ses investigations relatives aux armes de guerre achetées par l’Etat de Côte d’Ivoire. Après cet interrogatoire, il aurait été emmené dans un lieu inconnu où une bavure aurait causé sa mort par balle.


La journaliste Vanessa Burggraf qui présentait cette édition du journal interroge, par la suite, Maître Rodrigue Dadjé, Avocat de Mme Simone GBAGBO, en direct, pour qu’il se prononce sur l’élément de la chaîne France 3. Il est très clair : Ce monsieur qui se fait passer pour un soldat de l’armée ivoirienne n’en est, en fait, pas un. Mieux, c’est un burkinabé. Il rejette entièrement le témoignage du prétendu gendarme ivoirien et relève les contradictions voire les incongruités entre les thèses de Tony Oulaï et du nouveau témoin. Il souligne le fait que les enquêtes actuelles sur ce dossier sont en bonne voie et qu’il déplore que chaque fois que l’on approche de l’éclatement de la vérité, il faille que de nouveaux témoins soient exhibés pour déjeter l’opinion publique sur des questions moins importantes, avant d’indiquer la totale sérénité de Mme Simone GBAGBO relativement à ce nouvel élément dans l’enquête (qui n’en est pas, en fait, un) et de passer, de façon tout à fait inopinée, la parole au Commandant Séka Séka, en direct, prenant ainsi de cours l’animatrice de l’édition du journal de 18h.


Le Commandant Séka Séka, invité inattendu (et peut-être indésirable), souligne d’entrée de jeu qu’il ne devait, en principe, pas intervenir en direct sur ce dossier mais s’y astreint pour avoir été nommément cité dans le reportage de France 3. Il met tout de suite en pièce le témoignage fallacieux du vrai faux témoin en déclinant entièrement sa véritable identité : Zinsonni Nobila Paul. Un burkinabé, né au Burkina Faso, dans une ville burkinabé, de père et de mère burkinabé, avec un patronyme parfaitement burkinabé. Le faux témoin est démasqué et ce d’autant plus que tout soldat ivoirien qu’il dit être, il rabat son béret militaire sur la droite alors qu’en Côte d’Ivoire, le béret se rabat sur la gauche. Cela est totalement inconcevable pour une personne qui se réclame de l’armée ivoirienne. Un tel individu ne peut donc aucunement être exhibé comme un militaire ivoirien travaillant à la Présidence de la République, témoin des circonstances de la mort du journaliste-homme d’affaires français Guy-André KIEFFER.


Cette intrusion ébranle un tantinet la journaliste Vanessa Burggraf et peut-être même toute la rédaction du journal de France 24. Pour preuve, à 18 heures 30, l’intervention caustique du Commandant Séka Séka est retirée de la nouvelle édition du journal et à 19h GMT, un certain Joseph TUAL, invité de cette autre édition, fait un raccourci incroyable en affirmant que ce nouveau témoignage jettera certainement le discrédit sur le régime GBAGBO. Très révélateur !

Etait-ce la vérité que recherchait France 24 en relayant cet élément de France 3 et en invitant un commentateur si peu sérieux ou le marquage des esprits par un nouveau témoignage discréditant l’entourage de Mme GBAGBO et donc Mme GBAGBO elle-même, et par ricochet, son époux le Président GBAGBO ? Sûrement pas !

Par cette manœuvre inconsidérée derrière laquelle se trouvent incontestablement les autorités françaises, il s’agit une fois de plus de jeter l’anathème sur le régime ivoirien et de présenter indirectement le candidat GBAGBO, à l’approche des élections présidentielles de novembre 2009 pour lesquelles tous les sondages le donnent gagnant (même ceux commandités par ces adversaires), comme un personnage infréquentable et peu recommandable, de sorte à justifier devant l’opinion internationale tous les coups bas en préparation par la France contre la Côte d’Ivoire.


Décidément, Nicolas SARKOZY ne fait plus de scrupules pour positionner voire imposer son poulain Alassane Ouattara, en Côte d’Ivoire, après avoir diabolisé et quasiment présenté comme un vil personnage le Président GBAGBO, aux obsèques d’Omar BONGO, et récemment Henri Konan BEDIE. Si cela ne s’appelle pas ’’choisir son candidat’’, je donne ma langue au chat !


La presse nous a rapporté, antérieurement, que selon l’épouse ghanéenne de KIEFFER, trois jours après la disparition et, certainement, la mort de son conjoint, deux individus de race blanche ont débarqué à leur domicile et ont mis la maison sens dessus dessous, à la recherche d’un mystérieux document. Surpris de la trouver à son domicile, ils lui ont intimé l’ordre de rentrer chez elle, au Ghana, si elle tenait à sa vie.


D’où vient-il donc que l’Elysée s’escrime à imputer la disparition de cet homme d’affaires-journaliste français qui a mal goupillé son ’’business’’ au régime ivoirien ?

De deux choses l’une : Soit KIEFFER est vraiment mort et certainement pas entre les mains du régime ivoirien (c’est une absolue certitude), soit il se la coule douce sur une île paradisiaque, aux frais de l’Elysée, de sorte que sa prétendue mort serve de chiffon rouge contre le régime GBAGBO (si on peut encore appeler ’’régime’’ ce panier à crabes qu’est le gouvernement ivoirien).

Au moins une chose est sûre : Ces turpitudes de la France contre la Côte d’Ivoire, y compris la dernière bavure de SARKOZY depuis le consulat de France à New York (sans les Casques Bleus, j’aurais fait le nettoyage en Côte d’Ivoire), nous indiquent, on ne peut plus clairement, qu’on veut la peau de GBAGBO et que les mois à venir ne seront pas de tout repos pour nous, peuple ivoirien. Mais un peuple digne ne se laisse pas plier comme une feuille de papier. Nous reprochons mille et une choses à GBAGBO, certes, mais il est le seul qui ne vendra pas l’âme de la Côte d’Ivoire à la France. Il représente, pour nous, le moindre mal et s’il doit être évincé du pouvoir, qu’il le soit par les urnes et pas autrement ! Que ceux qui manoeuvrent en eaux troubles se le tiennent pour dit ! Salut !



DINDE Fernand AGBO

vendredi, 26 juin 2009

LES EXACTIONS DE TOTAL AU PLAN SOCIAL, POLITIQUE ET ECONOMIQUE


 Bénéfice et historique de Elf-Total

Total affichait, par exemple en 2006, un bénéfice record de 12 milliards d’euros, grâce à. l’exploitation des ressources de différents pays tels le Congo Brazzaville, l’Angola ou le Gabon. C’est en 2007 la 5e entreprise privée mondiale dans le secteur pétrolier, après Exxon Mobil, Chevron Texaco, Shell et BP (British Petroleum). Total a racheté Elf-Aquitaine le 22 mars 2000 pour former TotalFinaElf, rebaptisée Total S.A. en 2003.

 Manque de transparence et iniquité des revenus de l’exploitation

En 1991, le gouvernement Milongo et les membres de la Conférence Nationale Citoyenne tentent de conserver le pouvoir face au dictateur Sassou Nguesso, qu’ils ont momentanément déchu de son poste de président. Cependant, la faillite du pays les contraints à mendier une aide financière. Le cabinet Arthur Andersen, chargé de l’audit pétrolier par la Conférence Nationale Citoyenne y renonce, car les compagnies pétrolières (Elf en particulier) refusent l’accès aux éléments comptables et aux données financières, trop compromettantes pour ces entreprises (Aubert, 1999).

La Conférence Nationale Citoyenne et le gouvernement Milongo avaient pour mandat "la renégociation des accords avec les deux compagnies pétrolières exploitantes (Elf et Agip)" (LDC, 29.08.1991) [1] , qui sous-payaient le pétrole du pays. Mais, du fait de l’opacité des comptes, du refus de la transparence de la part des ETN et des anciennes dettes qui les étranglent, ils n’ont pu parvenir à négocier des redevances qui soient équitables. L’amnistie a donc été déclarée concernant certaines pratiques des pétroliers en matière de détournements, de corruption, de criminalité françafricaine. Grâce à leur puissance financière et politique, ces ETN sont donc parvenues à exploiter de manière iniquitable et souvent illégale, le pétrole du Congo-B, un bien public national, qui appartient à une population déshéritée.

Si la situation économique de l’Etat tchadien a connu un important manque à gagner, une partie du pétrole a permis à Exxon de s’octroyer de fabuleux bénéfices. Ils sont évalués à 15 milliards de dollars en 2001 pour l’ensemble de sa production mondiale et sont dix fois plus élevés que le PNB de 1,4 milliards de dollars du Tchad (Ngodi, 2005) [2]. En effet, la production du pétrole en Afrique à l’actif des entreprises transnationales du pétrole permet d’engranger d’énormes profits, souvent au détriment du pays et surtout de la population. A ce sujet, l’exemple d’Elf Total, une autre entreprise du pétrole, au Congo est fort instructif.

Le président Lissouba a bradé à Elf les parts que l’Etat du Congo-Brazzaville détenait dans Elf Congo. Le prix officiel de la vente était de 270 millions de francs mais les estimations de la valeur réelle de ces parts sont de 4 à 16 fois supérieures ! (LDC, 1997, 1998) [3].

M. Martial Cozette, directeur du CFIE (Centre d’informations sur les entreprises), a indiqué que "s’agissant de l’exploitation par Elf des gisements au Congo, la Banque mondiale avait fait remarquer dans les années 1990-1991 que le rendement de l’exploitation pétrolière y était l’un des plus bas du monde et a suggéré des audits. Le gouvernement de transition a fait appel au cabinet Arthur Andersen pour faire un audit mais celui-ci n’a pu mener à bien cette mission car Elf Congo et Agip Congo ne le lui ont pas donné accès aux pièces et aux informations" (Aubert, 1999).

 Corrompre un chef de l’Etat pour sous-payer les biens publics

Loik Le Floch Prigent, le PDG d’Elf affirme que son entreprise " a donné une forte rétribution à l’Etat congolais" pour obtenir les concessions pétrolières face aux Américains (LDC, 16.09.1992) [4].

Loik Le Floch Prigent, l’ex-PDG d’Elf, confirme les déclarations d’André Tarallo (le Monsieur Afrique d’Elf) qui “a évoqué devant la Juge Eva Joly, le fait que, sur chaque baril de pétrole, une commission de 1,40 à 4,20 francs était prélevée pour les chefs d’Etat africains” (Prigent, 2001, 60).

Durant ce même procès, Philippe Hustache, directeur financier (1985-1994) de la compagnie Elf, s’expliquait à propos de deux virements à Christine Deviers Joncours de 14 et 45 millions de francs, via la filiale suisse d’Elf Rivunion. Il déclarait “nous faisons chaque année plusieurs dizaines d’opérations de ce type (...) 350 commissions” (Libération, 15/3/2001)... A 30 millions de Frs en moyenne, cela représente 10 milliards, soit 175 affaires Dumas“.

De plus, le ministre des finances d’un pays producteur de pétrole peut placer l’argent de la rente pétrolière dans des banques spécialisées, où des intérêts sont rapportés sans reversion à l’Etat. Dans le cas de Elf, cela passait par la Fiba. En 1992 la CIBC et Elf ont versé au Cameroun 180 millions de dollars pour un crédit gagé sur du pétrole futur. Cependant, il s’est évadé via les Iles Vierges, la Suisse et le Liechtenstein. L’opération avait été garantie par Elf (Verschave, 2001 : 73) [5]. Le peuple camerounais n’a donc rien reçu.

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19:48 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, France, Monde | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : total, totalfinaelf, françafrique | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

lundi, 22 juin 2009

RELATIONS FRANCE-COTE D'IVOIRE: LA VRAIE RAISON DES DERAPAGES DE SARKOZY

Nicolas Sarkozy lors de son discours devant le Congrès réuni à Versailles le 22 juin 2009.

Coup de sang de sarkozy ! Pourtant, l'homme avait réussi jusque-là, à rompre avec l'émotivité propre à son prédécesseur de l'Elysée, dans son appréciation des événements politiques en Côte d'Ivoire. Qu'est-ce qui a donc pu pousser Sarkozy à brouiller sa propre image au Gabon ? Au point de ruiner le peu de crédit que les ivoiriens accordaient jusque-là aux propos des dirigeants français fortement soupçonnés en Eburnie d'être derrière la crise de septembre 2002 ? Décryptage d'un dérapage langagier.


La France et la Communauté internationale ont salué en Côte d'Ivoire, les avancées du processus électoral avec en prime, l'annonce de la date du premier tour de l'élection présidentielle. Des ministres et autres émissaires français et onusiens de passage en Côte d'Ivoire se sont publiquement réjouis de l'application de l'Accord de Ouaga. Qu'est-ce qui explique alors les dérapages de Sarkozy au Gabon ? Pourquoi, au moment où l'air du moment est au recueillement avec la disparition du président Omar Bongo (pendant les cérémonies funéraires), le président français s'est cru obligé de douter des déclarations (longtemps connues) des autorités ivoiriennes (Le président de la Cei, le Président de la République, le Premier ministre, les leaders des partis de l'opposition ivoirienne) relativement à l'organisation de l'élection présidentielle fin novembre 2009 ? Les psychologues sont bien placés pour expliquer le comportement de Sarkozy. Qui se comporte comme un quidam pris en flagrant délit de magouille. Deux attitudes s'observent généralement chez lui. Soit, la tête baissée, le profil bas, il se fait tout petit, rase les murs et tente de vite se faire oublier ou pardonner. Soit par orgueil, il trouve partout des boucs émissaires en se projetant comme victime. Et, cherche à noyer le poisson dès qu'on lui pose (indirectement) une question de fond. C'est la seconde voie que l'Elysée vient d'emprunter lors des obsèques du président gabonais, Omar Bongo. Tout dans l'attitude du successeur de Chirac à la tête de l'Etat français ressemble fort bien au syndrome de persécution. Un délire de persécution consécutif certainement à la déclaration du Président ivoirien, Laurent Gbagbo, qui dans son message de compassion au peuple gabonais, invitait au respect de la légalité, de la Constitution et du bon sens au moment où s'amorce une transition politique : "La Côte d'Ivoire, c'est une question de succession mal réglée ;je souhaite que le Gabon ne rentre pas dans la même situation". Il semble que le message du chef de l'Etat ivoirien a énervé des politiciens occidentaux. On était loin de se douter que cette réaction du président de la République de Côte d'Ivoire qui ne s'adressait pas forcément à l'Elysée mais s'inscrivait dans le flot de compassion adressée par les dirigeants du monde au peuple gabonais, irriterait Sarkozy. Au point de le voir piétiner les convenances diplomatiques, en ruant dans les brancards pour s'inviter (maladroitement) dans le processus de sortie de crise en Côte d'Ivoire. A la vérité, les autorités françaises ont l'impression que le chef de l'Etat ivoirien a révélé la vraie nature de leur régime. Elles reprochent (sous cape) à la Côte d'Ivoire, d'avoir démasqué les plans établis. Selon des observateurs avertis, l'avertissement du Président ivoirien au peuple frère du Gabon, ne pouvait que heurter violemment la conscience des gardiens du temple de la Françafrique dont la stratégie (qui se mettait en place) vise essentiellement à la "monarchisation" du pouvoir au Gabon. Pour prémunir ce pays des démons de la déchirure sociale, l'opposition gabonaise prévient : "Il n'est pas question de " tradition africaine". Ceux qui en parlent sont même loin de connaître les traditions gabonaises. Nous passerons par les urnes, et gare à quiconque voudra forcer sa place à la tête de l'Etat. Quant à Ali Bongo (Fils aîné du défunt président et actuel ministre de la défense), qu'il se mette en garde. Les urnes sont faites pour tout le monde. L'utilisation de la force de sa part ne générera que du tort au pays, pareil s'il tentait une fraude électorale (Rfi du 10.06.09). Ali Bongo serait-il pré positionné pour succéder à son père à la tête de l'Etat ? Secret d'alcôve ! Même si l'homme évite en public d'évoquer la succession du "vieux" : "Il est trop tôt, c'est indécent. Ce qui nous préoccupe, c'est le recueillement". N'empêche que c'est bien lui qui, à la télévision, a appelé les gabonais au calme peu après que la nouvelle du décès a été finalement officialisée. Lui qui, dans la foulée, a décrété la fermeture des frontières. Lui le patron de l'armée dont quelques véhicules blindés patrouillent en ville. Lui dont la probable candidature à la prochaine élection présidentielle agite le pays. Lui enfin que la France cajole discrètement au nom de la stabilité. Au risque de favoriser une succession héréditaire, déjà vue au Togo ou au Congo-Kinshasa, qui révulse nombre de Gabonais. En tout cas, selon la rumeur gabonaise, Ali Ben Bongo serait dans un deal avec la France. Son rendez-vous avec Nicolas Sarkozy à l'Elysée, en décembre 2008, a été perçu comme un adoubement (In Le Monde du 18.06.09). Ce que confirme l'opposition gabonaise après le décès de Bongo père : "Ali Bongo a finalement été accepté par l'ensemble de la classe politique gabonaise (majorité présidentielle) comme successeur désigné de son père (Omar Bongo Ondimba), à l'issue d'un conseil des ministres qui s'est tenu au Palais de la présidence". Ali Bongo et Pascaline Mferry Bongo (sa demi-sœur), qui se disputaient la succession, étaient finalement parvenus à un "accord" de partage de pouvoir et ce, grâce à l'entremise de Fidèle Andjoua, le frère aîné du président - leur oncle, qui avait tenu, selon les dernières volontés de son frère, à ce que les querelles des deux enfants ne viennent entacher le déroulement des obsèques nationales et le recueillement des gabonais. Ali Bongo, qui menaçait de plus en plus fort de faire entrer des mercenaires au pays au cas où la succession ne s'appliquait pas aussitôt, avait fini par accepter [temporairement] le scénario de la proclamation du vide constitutionnel et de la transition démocratique que lui suggérait notamment la France. Rose Rogombé sera donc reconnue présidente par intérim durant les 45 jours prévus par la constitution gabonaise. L’élection présidentielle aura lieu quant à elle un mois après la période des obsèques nationales, qui elles prendront fin le 22 juin prochain (Source : Gabon+) Voici donc la Grande France, nue. Confuse. Embarrassée. Quand l'opinion publique française s'en mêle et rend de plus en plus compte que l'Afrique est en train de faire son deuil de la Françafrique : "Houphouët, Eyadéma, et maintenant Bongo sont morts. Côté Français, Foccart n'est plus, Pasqua est aux fraises, Chirac à la retraite. Les "tontons flingueurs" sentent le sapin; les chinois s'accaparent marchés et matières premières, Dubaï chipe un à un les grands ports à Bolloré, qui sont autant de portes d'entrée du continent noir… "Sarkozy, hué dit-on par les Gabonais, lors des obsèques de Omar Bongo, est comme pris au piège par sa promesse de rupture franche et des relations fondées sur les seules intérêts mutuels. Le journal français, Libération, estime que les bonnes résolutions du candidat Sarkozy ont vite cédé le pas au poids des habitudes et à la vanité des jeux de pouvoirs Elyséens… Le vertige de la tentation de reniement de soi est si fort chez certaines autorités françaises, qu'elles se sentent mal, très mal même, que ce soit un leader d'un pays, ex-colonie de la France, qui rappelle aux Gabonais et à la communauté internationale, comment échapper au syndrome ivoirien (la guerre des héritiers après la mort d'Houphouët) etc. On comprend la réaction de la France officielle, de ce nu-propriétaire (du Gabon). Si Sarkozy n'a pu s'empêcher de piquer sa crise d'urticaire en invoquant la situation de sortie de crise en Côte d'Ivoire en un lieu non indiqué et à un moment non propice, c'est bien parce que le roi est désormais nu. Pour les Gabonais et avec eux, les tenants de l'Afrique digne, seule l'application de la constitution du Gabon, pourrait sauver ce pays. N'en déplaise aux comploteurs, négriers de tous les temps, pris la main dans le sac.


Douh-L.Patrice
pdouh@yahoo.fr

Le Journal de Connection Ivoirienne
Date: 22 Juin 2009
Titre: Relations France-Cote d'Ivoire - La vraie raison des dérapages de Sarkozy

mercredi, 20 mai 2009

SEGOLENE ROYAL A L'AFRIQUE : « PARDON, MERCI, S'IL VOUS PLAIT »

Ségolène Royal a réitéré, lundi, ses propos controversés tenus à Dakar (Sénégal) début avril, lançant « pardon, merci, s'il vous plaît » à l'Afrique qui est « notre avenir », tout en refusant la repentance. (Note personnelle: Et pourtant, il faut bien que quelqu'un se repente pour tous les crimes de la France. Quand on ne reconnait pas et n'assume pas le passé, peut-on bâtir l'avenir, un avenir constructif et satisfaisant pour tous?)

Photographe : Stéphane de Sakutin AFP :: Ségolène Royal lors d'une rencontre sur l'"avenir commun pour l'Afrique et l'Europe au XXIe siècle", le 18 mai 2009 à Paris

Ségolène Royal, lors d'une rencontre sur l'«avenir commun pour l'Afrique et l'Europe au XXIe siècle», le 18 mai 2009 à Paris.

 « Je ne m'attarderai pas longtemps sur les mots que j'ai prononcés à Dakar », a-t-elle déclaré en ouverture d'une « soirée de réflexion » sur l' « avenir commun pour l'Afrique et l'Europe au XXIe siècle ». Parlant de mots « simples », « évidents », elle a lancé : « pardon, merci, s'il vous plaît »

« Pardon pour l'esclavage et la colonisation, merci pour tout ce que l'Afrique a apporté à l'Histoire et pour sa participation à la Libération de la France et s'il vous plaît, construisons ensemble notre avenir commun », a demandé l'ex-candidate à la présidentielle.

« Dans un monde menacé par les conflits et déchiré par la crise, nous savons bien que nous aurons besoin de tous, et notamment de ce continent qui est si proche de nous : l'Afrique », a-t-elle poursuivi.

Selon Mme Royal, « il ne fut pas question de repentance dans ce discours de Dakar car la repentance se replie sur elle-même, la repentance est dépressive ». « Il ne fut question que d'une chose : nous ouvrir à nouveau à l'universel" qui "est au coeur de notre identité », a-t-elle encore dit.

« Oui, l'Afrique est notre avenir », a-t-elle lancé.

« Soit l'Europe reste ce qu'elle est, atteinte par une crise de confiance, tentée par le repli sur soi, dépassée par les nations émergentes plus dynamiques, et alors elle se met sur la voie du déclin. Soit l'Europe transforme les ébranlements, les basculements de notre époque pour construire, grâce à un désir d'avenir, une nouvelle harmonie humaine ».

Cette nouvelle harmonie, « il nous faut l'imaginer dans un monde dans lequel l'hégémonie occidentale n'est plus ». Le partenariat entre l'Europe et l'Afrique constitue un « choix stratégique majeur », pour Mme Royal.

Invité par Mme Royal, José Bové, tête de liste Europe-Ecologie dans le Sud-Ouest pour les européennes du 7 juin, a estimé que « toutes les initiatives qui ont lieu et qui permettent de remettre la relation de l'Europe à l'Afrique au centre et bien montrer qu'il faut sortir de cette ère du néocolonialisme, sont à saluer ».

Il faut « être capables d'unir tous les gens qui vont dans ce sens-là ». L'Europe doit être « capable de couper les liens avec cette logique coloniale », a lancé l'altermondialiste à des journalistes.

Mme Royal avait déclenché une vive polémique début avril lors d'un voyage à Dakar en demandant « pardon » pour un discours de Nicolas Sarkozy sur l'Afrique prononcé au même endroit en 2007 et très controversé sur le continent.

Publié   le :   19  mai  2009

Source : AFP

21:22 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, France | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : ségolène royal, pardon, merci, s'il vous plaît, france, dakar, nicolas sarkozy, colonialisme | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

samedi, 21 mars 2009

COUP D'ETAT A MADAGASCAR: L'ATTITUDE HYPOCRITE DE LA FRANCE

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Chers tous, je vous fais partager le commentaire que j'ai posté sur le dernier article de Théophile KOUAMOUO relatif au coup d'Etat de Madagascar.

La France se positionne pour le pétrole malgache, en 2010. C'est à cette date que Madagascar deviendra, officiellement un pays producteur de pétrole. C'est tout le fond de ce coup d'Etat qu'elle condamne HYPOCRITEMENT, à la face du monde, alors qu'elle en est l'instigatrice! Dans la mesure où elle a protégé et chouchouté Rajoelina, à son ambassade et dans sa presse, plusieurs jours avant sa prise de pouvoir. Une vraie peste que cette France!

Faisons gaffe, Ivoiriens, à l'action d'encerclement et à l'effet de contournement menés, en ce moment, par la France. Le coup d'Etat militaire en Guinée (nous y avons du matériel militaire, en positionnement. Pourrons-nous le récupérer), avec une main obscure de la sus-nommée. La mort, dans des circonstances troublantes (quelques temps seulement après son passage en Côte d'Ivoire), du Président Viera de Guinée Bissau, un allié sûr de la Côte d'Ivoire. Avec l'arrivée d'un nouveau chef d'Etat que nous ne connaissons pas et que nous ne sommes pas sûr d'avoir pour allié, au même niveau de qualité relationnelle. Nous y aurions du matériel de guerre. Surtout quand une certaine France s'y active désormais.

Madagascar tombe dans la cagnotte pour son pétrole, par un coup d'Etat, à la plus grande honte de toute l'Afrique.
Au moment où le président ELU Ravalomanana était en difficulté devant Andry Rajoelina, la presse française disait (trompette et confetis): "RAVALOMANA S'ACCROCHE AU POUVOIR! RAVALOMANA REFUSE DE QUITTER LE POUVOIR!"
Hônnetement, j'ai été profondément choqué d'entendre de telles incongruités d'une nation adoubée démocrate!!! Quoi de plus normal qu'un président élu veuille rester au pouvoir jusqu'aux échéances suivantes? C'est plutôt d'un régime illégitime qu'on aurait pu dire une telle chose! Pas de celui de RAVALOMANA, élu de la façon la plus régulière. Même si on ne l'aime pas ou qu'on estime qu'il a mal géré son pays et pas tenu ses promesses électorales. Il aurait fallu attendre de le battre aux prochaines élections présidentielles. C'est cela la démocratie! Pas autre chose. Ou peut-être que l'Afrique est, finalement, impropre à la démocratie. Comme le disait un certain Jacques CHIRAC, "l'Africain". Avec la bénédiction d'un peuple majoritairement analphabète et manipulé à des fins politiciennes et impérialistes.

Mais, finalement, est-ce vraiment étonnant de la part de LA PREDATRICE PATENTEE de l'Afrique entière (prédation qui permet à TOTAL de faire 14 milliards d'Euros de bénéfices, en 2008, elle qui n'achète pas la matière première, qui la vole il faudrait dire plutôt, et qui n'éprouve, malgré tout, aucune honte à parler de bénéfices. Quelle désolation!)? Point du tout! Ivoiriens, gardez l'oeil ouvert. La France est actuellement dans une dynamique. Les appels à l'insurrection de certains hommes politiques, en ce moment, dans le pays et les folles rumeurs de coup d'Etat en préparation pour l'avant Pâques, ne sont pas fortuits! Pas plus que l'alerte actuelle de l'Armée ivoirienne et les nombreuses raffles nocturnes qui s'opèrent, actuellement, dans tout Abidjan. Il y a péril en la demeure! Vous êtes avertis!

DINDE Fernand AGBO


L'article de Théo: Ravalomanana s'en va, victoire du chantage militaire.

L'Afrique politique marche la tête en bas ces derniers mois. Les coups d'Etat redeviennent la mode, sanctifiés par une "communauté internationale" qui n'aime les démocrates que quand elle les a choisis, ce qui advient très rarement. A Madagascar, une coalition hétéroclite dont le visage, le "maire-DJ", a été protégé de manière inouïe par l'ex-colonisateur. L'Histoire retiendra que Andry TGV a organisé son coup depuis l'ambassade de France.
Ce n'est pas la victoire du jeune maire, c'est la victoire des militaires qui, partout sur le continent, prennent la place du peuple : celui d'arbitre et de délégataire du pouvoir.
Gageons que bientôt, Andry augmentera les soldes des hommes en armes de son pays, véritables mercenaires sans patrie qui s'offrent au plus offrant. Pauvre Afrique !

21:23 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, France, Madagascar | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : coup d'état, madagascar, france, ravalomanana, andry rajoelina | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

lundi, 02 février 2009

NE PAS SOUS-ESTIMER L'EXTREME CAPACITE DE NUISANCE DE LA FRANCE

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La prochaine réduction annoncée des effectifs du contingent militaire français, en Côte d'Ivoire, par les autorités françaises, a donné presque lieu à de la délectation et à de la réjouissance parmi les patriotes et dans la presse "bleue". Mais il ne faut pas aller trop vite en besogne et se laisser gagner par l'euphorie ou le triomphalisme. Avec la France, rien n'est joué d'avance. Ses intentions, en Côte d'Ivoire, demeurent sombres malgré les sourires diplomatiques et les bons offices, et même si les rênes de la France sont tenues, non plus par Jacques Chirac "l'Africain", mais par "l'hyper président" Nicolas Sarkozy.

Les intérêts de l'Hexagone sur ce lopin de terre de l'Eburnie sont immenses et, croyez-moi, nous n'allons pas tarder à connaître le vrai visage de cet homme issu des milieux les plus ultra-libéraux de France.
Avec Gbagbo débarrassé de tout moyen de rétorsion politique et réélu, ont-ils la moindre chance d'assurer leurs prébendes, en Côte d'Ivoire? Rien n'est moins sûr! Et ils le savent très bien.

La capacité de nuisance de la France, militairement parlant, reste intacte. Son potentiel opérationnel n'a aucunement besoin d'être domicilié sur les rives de la Lagune Ebrié pour constituer une menace. Même en dehors de nos frontières, mais simplement en Afrique, l'Armée Française demeure un danger pour notre pays. Et Théophile Kouamouo en a fait une parfaite lecture quand il a dit: "Cyniquement, on peut dire qu'en Côte d'Ivoire, la force Licorne, a été prise dans un grand torticolis: Comment aider au renversement de Gbagbo en donnant l'impression d'être une force de maintien de la paix?". Cette posture n'a jamais changé même si des dehors d'accompagnement du processus de paix ivoirien voilent de gros soucis budgétaires et donnent l'impression au monde non initié aux arcanes de la crise ivoirienne que la France est une amie de la Côte d'Ivoire. Faux, un milliard de fois!

Le peuple ivoirien réécrira bientôt son histoire. L'approche de la période électorale révèlera ce que nous avons toujours clamé: L'histoire de notre pays se réécrira avec le sang du peuple digne de Côte d'Ivoire. Ce peuple est la seule armée qui vaincra la France et brisera A TOUT JAMAIS son joug! Le théatre sera plus apocalyptique que Novembre 2004. Comparé à ce qui arrive à grands pas, Novembre 2004 n'aura été qu'un échauffement d'avant match! L'orgre ne lâchera jamais prise sans le sacrifice du peuple. Cela arrivera et ne tardera pas.

Après cette libération, la Côte d'Ivoire aura sa propre monnaie et deviendra vraiment une nation, une vraie, indépendante, libre, éprouvée par le feu et devenue précieuse comme l'or. Ceux qui le veulent peuvent voir en ces paroles une prophétie divine, mais c'est mon intime conviction, depuis toujours!

DINDE Fernand AGBO


L'analyse de Théophile Kouamouo:

La nouvelle est tombée cet après-midi (29 Janvier 2009) et sera, à juste titre, très commentée. Le constat que je fais est que, pris à la gorge par des soucis économiques, Nicolas Sarkozy revient à la "doctrine Jospin" de désengagement militaire progressif de la France en Afrique. Il prend acte de l'impasse stratégique de "Jacques Chirac l'Africain", qui avait recréé de la présence militaire française dans le pré carré pour soutenir des régimes amis. Au final, ces dépenses folles ont-elles préservé les intérêts de l'Hexagone sur le continent ? Cyniquement, on peut dire qu'en Côte d'Ivoire, la force Licorne, prise dans un grand torticolis (comment aider au renversement de Gbagbo en donnant l'impression d'être une force de maintien de la paix) a travaillé à fragiliser les PME françaises sur le terrain et à ouvrir la voie aux entrepreneurs libanais, chinois, indiens et aux pétroliers nord-américains rassurés par son interposition. Présence militaire ne signifie pas influence, comme l'a montré l'échec de novembre 2004 et surtout le refus des membres du Conseil de sécurité des Nations unies de valider une résolution qui mettrait entre parenthèses la Constitution ivoirienne. Retour à une doctrine de "soft power" à Paris ? Peut-être. Il reste qu'Idriss Déby et François Bozizé, maintenu pour l'un et installé pour l'autre, auront du mal à se passer du parapluie français. Nous devons également faire un constat : Françafrique ou pas, l'Afrique est bien fragile et doit commencer par le commencement, c'est-à-dire construire de vrais Etats impartiaux.

Extrait de la presse française:

La France a annoncé mercredi le retour cette année de 2.100 de ses soldats déployés dans des opérations africaines, en Côte d'Ivoire et au Tchad, et le retrait de ses deux navires participant à la composante maritime de la force de l'ONU au Liban.

Cet allègement du dispositif militaire français à l'étranger répond à la stabilisation de la situation en Côte d'Ivoire et à la relève par l'ONU de l'opération européenne Eufor au Tchad et en Centrafrique destinée à protéger les réfugiés du Darfour. Elle correspond aussi à un souci d'économie budgétaire.

Selon le ministre français de la Défense Hervé Morin, une réduction de 20% des effectifs permet "d'économiser de l'ordre de 100 à 150 millions d'euros par an" sur des opérations dont le montant a "approché les 900 millions" d'euros en 2008.

La France possède l'une des deux grandes armées européennes, et avec 13.000 hommes, constitue le deuxième contributeur européen aux opérations extérieures, derrière la Grande-Bretagne (15.000 hommes), devant l'Italie (8.100) et l'Allemagne (6.500).

Pour la Côte d'Ivoire, le Premier ministre François Fillon a annoncé mercredi, devant l'Assemblée nationale, le retrait dès cette année de 1.100 des 2.000 soldats français stationnés dans le pays.

"En Côte d'Ivoire, les enjeux sécuritaires ont perdu de leur intensité et l'attente d'échéances électorales toujours incertaines ne justifie plus le maintien de notre dispositif militaire en l'état", a-t-il assuré.

Notant que "l'ONU a entamé" le désengagement de sa force (Onuci), M. Fillon a ainsi estimé que la mission des 200 soldats français qui concourent à cette force "peut être considérée comme achevée" et annoncé qu'ils "rentreront en France cette année".

En outre, "notre pays devrait réduire de moitié le contingent de 1.800 hommes qui constitue la force Licorne d'ici l'été 2009", a-t-il poursuivi. La force française Licorne avait été déployée en 2002 après un coup d'Etat manqué. Elle a pour mission de soutenir les 8.000 Casques bleus engagés dans le pays.

Ce retrait annoncé est "une bonne nouvelle", a réagi mercredi le chef d'état-major des forces loyalistes ivoiriennes, le général Philippe Mangou. La "réduction progressive" des forces étrangères "veut dire" que "la paix n'est plus loin", a-t-il estimé.

Source: http://kouamouo.ivoire-blog.com/

23:00 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Crise ivoirienne et Politique ivoirienne, France | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : licorne, crise ivoirienne, armée française | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

samedi, 10 janvier 2009

QU'EST-CE QUI SE TRAME EN COTE D'IVOIRE?

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Cet article, publié hier sur le site RDPG.ORG et que je vous propose de lire, est titré: "Qu'est ce qui se trame au Gabon? La France y envoie 300 commandos parachutistes, en renfort". La Côte d'Ivoire y est citée, relativement à un possible positionnement de troupes françaises au Gabon, en vue d'une éventuelle opération, en Eburnie. Au-delà, bien entendu, des interrogations que ce détachement militaire pose au peuple gabonais.
En tout état de cause, la question que je me pose, en tant qu'ivoirien (pour avoir assisté à toutes les postures et impostures de la France, en Côte d'Ivoire, et ayant écho d'âpres préparatifs en cours, visant à profiter de la situation de pourrissement social et politique, dans notre pays, ainsi que du retard important accusé par le processus électoral), est: "Qu'est-ce qui se trame en Côte d'Ivoire? La France envoie indirectement 300 commandos parachutistes en renfort, au Gabon".



Alors qu'un détachement de 300 parachutistes du régiment de l'Ariège dont le colonel Frédéric Blachon, chef de corps du 1er régiment de chasseurs parachutistes, est encore pour deux mois au Tchad, qu'un groupe de commandos parachutistes d'une dizaine d'hommes est quant à lui toujours en Afghanistan, le 1er RCP envoie, par voie aérienne entre le 8 et le 25 janvier, 300 autres militaires au Gabon pour une mission de quatre mois.


Depuis la signature en 1960 des accords de défense entre le Gabon et la France, cette dernière déploie un dispositif d'environ 1000 militaires dans ce pays d'Afrique.

La mission principale de ce détachement est d'assurer la sécurité, en cas de menace, des 12 000 ressortissants français vivant au Gabon.

Forces prépositionnées, les troupes françaises au Gabon constituent également un réservoir pour les opérations menées dans les autres pays d'Afrique comme entre autres le Tchad ou encore la Côte d'Ivoire.

Enfin, les troupes françaises poursuivent, sur un terrain qui n'a rien de commun avec le profil ariégeois, leur entraînement tout particulièrement en coopération avec l'armée gabonaise.

La mission hors métropole: l'aboutissement d'un entraînement long et difficile.

Officiers, sous-officiers et militaires du rang, les 300 parachutistes issus de la 1ère compagnie du capitaine Cyril Mitnik et de la 3ème compagnie du capitaine Stéphan Cognon ont enchaîné exercice sur exercice afin d'être prêts à accomplir leur mission et à représenter à l'étranger les parachutistes français dont ils seront les ambassadeurs, s'il le faut, d'une diplomatie opérationnelle.

Depuis que le régiment est professionnalisé, la plupart de ses militaires a déjà participé à de nombreuses missions hors métropole.

Officier issu de l'école militaire interarmes, le capitaine Mitnik, commandant la compagnie dont la devise est «Du ciel au Combat» n'en est pas à sa première expérience puisqu'il a déjà servi en Côte d'Ivoire, en Bosnie, au Gabon et au Tchad.

Quant au jeune Saint-Cyrien, le capitaine Cognon, commandant la 3ème compagnie, avec pour devise «Je veux, Je peux», outre un stage en Israël, il a connu à deux reprises le théâtre de la Côte d'Ivoire ainsi que celui du Gabon où il a d'ailleurs participé à l'accueil de ressortissants évacués du Tchad.

Comme à chaque départ, le réseau soutien aux familles s'active.

Certes, le régiment de l'Ariège dispose d'une cellule d'aide aux familles qui répond sans délai aux sollicitations de celui ou celle dont le conjoint est en mission extérieure.

«Mais, c'est surtout le réseau épouses, amis, voisins, qui est le plus souvent et spontanément activé» confirme le caporal-chef Xavier Masdeu, lavelanétien d'origine, installé près de Pamiers avec son épouse et ses trois enfants.

«Durant mes missions au Tchad, Guyane, Côte d'Ivoire, Gabon et Afghanistan, ma famille a toujours trouvé un soutien sans faille» ajoute Xavier.

Quant au sergent Gérald Macquart, «chti» il ne se fait aucun souci depuis que sa famille au grand complet a fait le grand voyage Nord-Sud pour s'installer définitivement dans la région de Foix.

Tous vont partir sereins pour vivre une nouvelle mission exaltante durant quatre mois sans interruption dans un cadre opérationnel incomparable.

Source : ariegeNews.com

15:43 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Crise ivoirienne et Politique ivoirienne, France, Gabon | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : commandos parachutistes, gabon, accords de défense | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

jeudi, 08 janvier 2009

FRANCE-GABON: L'AVOCAT THIERRY LEVY INTERDIT DE MONTER DANS UN AVION POUR LIBREVILLE

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Libération.fr.
Défenseur de Gabonais qui ont été écroués pour «propagande» contre le régime d'Omar Bongo, il lui a été signifié que son visa avait été annulé.


«Sans précédent», selon l’avocat William Bourdon, qui pourtant en a vu d’autres. Ce matin, son confrère, Me Thierry Lévy, défenseur des Gabonais écroués la veille pour «propagande», a été «empêché» en fin de matinée par la police aux frontières (PAF) à Roissy de prendre un avion pour Libreville. Me Lévy était en salle d’embarquement quand les policiers sont venus lui signifier que son visa de quatre jours avait été annulé in extremis par les autorités gabonaises «pour raisons de sécurité».

En réalité, l’affaire dite des «biens mal acquis» est en train de prendre des proportions inattendues. Le 2 décembre dernier, l’association anti-corruption Transparency international et un ressortissant gabonais, Gregory Ngbwa Mintsa, déposaient une plainte à Paris visant les présidents gabonais, congolais et équato-guinéen sur l’acquisition de biens immobiliers en France. La famille Bongo posséderait ainsi 39 propriétés en France, notamment à Paris.

Un militant demande des comptes sur la gestion financière du Gabon

Une première plainte avait auparavant été classée sans suite par la justice française. Mais, cette fois, la constitution de partie civile, grâce à l’implication d’un citoyen gabonais, pourrait entraîner la désignation d’un juge d’instruction par la justice française.

Très inquiètes, les autorités de Libreville ont alors décidé de réagir sans ménagement. Fin décembre, le plaignant Gregory Ngbwa Mintsa (défendu par Me Bourdon), deux activistes de la société civile et deux journalistes étaient arrêtés et placés en garde à vue. Quatre d’entre eux ont été incarcérés hier pour «propagande» en vue de déstabiliser le régime.

On leur reproche d’avoir eu en main une lettre ouverte au président gabonais Omar Bongo, publiée en décembre par Bruno Ben Moubamba, responsable en Europe du réseau d’ONG gabonaises «Acteurs libres de la société civile». Ce dernier y demande notamment «des comptes sur la gestion financière du pays depuis 40 ans».

Une affaire qui risque de gêner considérablement Paris

Toute cette affaire risque de gêner considérablement Paris, déjà en délicatesse avec plusieurs pays africains suite à des enquêtes judiciaires ouvertes en France (Angola, Djibouti, etc.). Omar Bongo, au pouvoir depuis 1967 à Libreville - un record en Afrique - est en effet l’un des meilleurs alliés de la France sur le continent.

Le «doyen», comme il aime à se faire appeler, connaît toutes les arcanes du pouvoir en France, et se plaît à rappeler qu’il est devenu chef de l’Etat lorsque de Gaulle était à l’Elysée. Et le président Bongo n’hésite pas à évoquer les largesses dont il fait profiter ses amis à Paris, de gauche comme de droite. Le 6 mai 2007, il fut le premier dirigeant étranger à féliciter Nicolas Sarkozy de vive voix pour son élection. Deux mois plus tard, ce dernier se rendait à Libreville pour son premier déplacement sur le continent.

21:03 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, France, Gabon | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : me thierry lévy, biens mal acquis, omar bongo, gregory ngbwa mintsa | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

mercredi, 12 novembre 2008

FRANCE-RWANDA : REPONSE DU BERGER A LA BERGERE

PHOTO GENOCIDE.jpg« A malin, malin et demi ! ». Il n’y a pas adage plus indiqué pour dépeindre l’escalade diplomatique qui a cours, en ce moment, entre le Rwanda et la France.

En effet, il y a deux années de cela (en 2006), la France, pour se donner bonne conscience devant la communauté internationale ou donner le change, à travers le Juge Jean-Louis BRUGUIERE, lance un mandat d’arrêt européen contre 9 personnalités et autorités rwandaises qu’elle suspecte d’avoir participé à l’assassinat, le 6 Avril 1994, de l’ex-Président Juvénal HABYARIMANA, dont la mort a servi d’élément déclencheur à l’effroyable génocide tutsi.
Cette méprise (je dirais plutôt, cette incongruité hallucinante) va lui coûter la peau du dos : Le Rwanda, pays modeste du Tiers-monde, rompt ses relations diplomatiques avec la France et expulse son ambassadeur. Qui l’eût cru ? L’ampleur médiatique de l’affaire met la France dans ses petites chaussures.

Un pays dirigé par des hommes humbles et conséquents aurait fait pression pour qu’un mandat d’arrêt aussi illogique qu’illégal, et même insultant, soit, séance tenante, retiré.
Mais que non ! Comme il fallait s’y attendre de la part de la France, impérialiste, orgueilleuse et inutilement provocatrice, se prenant pour le centre intouchable du monde, ledit mandat d’arrêt reste en l’état. On me parlera de séparation de pouvoirs. Je n’en disconviens nullement. Mais cela, c’est quand l’image de la « La Grande France » n’est pas susceptible d’être écorchée ! En dehors de ce cas précis de figure, la justice et le pouvoir français ne font qu’une seule et même entité. Au nom de la gloire de « La Grande France » ! Autrement, les auteurs de la tuerie innommable de l’Hôtel Ivoire, en Novembre 2004, à Abidjan, auraient déjà été jugés et écroués.

ROSE KABUYE ET KAGAME.jpgC’est donc en toute logique que l’Allemagne exécute la consigne internationale, en arrêtant, dans la journée du dimanche 9 Octobre 2008, Rose KABUYE, la Directrice du Protocole d’Etat rwandais. Aubaine inespérée ! Rose KABUYE accepte d’être extradée, en France, pour que le débat se déporte désormais dans la « surface de réparation » - pour parler comme les footballeurs - de la France dont le rapport d’une commission d’enquête rwandaise publié, en Août 2008, a établi, avec des preuves plus qu’accablantes, la responsabilité et l’implication dans le génocide de 1994. Lire le rapport ? Cliquer ICI.

PAUL KAGAME.jpgPour arranger les choses et mettre une pression totale à la France, le Président rwandais, Paul KAGAME expulse l’ambassadeur d’Allemagne au Rwanda et actionne les services judiciaires rwandais pour lancer (très bientôt) des mandats d’arrêts internationaux contre 23 personnalités françaises dont la responsabilité est établie dans la préparation et l’exécution du génocide.

Enfin, la France a trouvé à qui parler, elle qui croyait avoir affaire à ces chefs d’états liges qu’elle régente, en Afrique.
Nous l’avons dit sur ce blog, à la faveur de la célébration du Mois de la Résistance ivoirienne : « La France paiera, un jour, pour tous ses crimes, en Côte d’Ivoire et en Afrique ! »
Oui, l’heure est venue pour la France de rendre compte au monde de sa participation au génocide rwandais. L’occasion est trop inespérée pour être manquée. Même si nous ne nous faisons pas l’illusion de croire que les pays puissants de ce bas monde vont aider à traduire la France devant le TPI (qui, du reste, est le tribunal des vaincus et des faibles) ou lever le petit doigt pour infliger des sanctions à leur pair, eux qui font pareil sous d’autres cieux, si ce n’est pire.

Bon vent au Président Paul KAGAME et au peuple rwandais dans leur quête de justice ! Nous, jeunes africains, les assurons de notre total et indéfectible soutien !


Que DIEU bénisse le Rwanda et que DIEU bénisse l’Afrique !




DINDE Fernand AGBO

14:09 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, France, Rwanda | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : génocide, bruguière, habyarimana, rwanda, rose kabuye | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

vendredi, 05 septembre 2008

LA PREUVE PAR MILLE DE L'IMPLICATION DE LA FRANCE DANS LE GENOCIDE RWANDAIS (2)

PHOTO GENOCIDE.jpg
b) Tri et abandon de personnes en danger de mort

Lors d'Amaryllis, des Rwandais qui travaillaient pour les institutions françaises au Rwanda furent tous abandonnés. Michel Cuingnet, chef de la mission civile de coopération française au Rwanda en 1994, se souvient que « les personnels locaux de la Mission de coopération, en majorité tutsi, ont été pratiquement tous massacrés, certains sous ses yeux ; pour ce qui concerne les autres personnels des différents services diplomatiques français, compte tenu des événements et de l'éloignement des bâtiments, il ignore s'ils ont pu être évacués ». Venuste Kayimahe et Charles Rubagumya, à l'époque agents du Centre culturel français à Kigali, affirment effectivement avoir contacté Michel Cuingnet et d'autres responsables français pour être sauvés et reçurent chacun une fin de non recevoir.

Venuste Kayimahe témoigne :
« En février 1994, j'avais été menacé de mort par les miliciens chez-moi à Gikondo et j'avais déménagé au centre culturel français. J'avais placé mes cinq enfants dans des familles en ville. Le 6 avril au matin, la directrice du Centre, Anne Cros, m'appela et me demanda de me trouver un logement à l'extérieur. Dès que les massacres débutent dans la nuit du 6 au 7, je cherche à rejoindre les quartiers où se trouvaient mes enfants. Je demande de l'aide à Anne Cros au téléphone dans la journée du 8 avril. Elle me répond qu’elle ne peut rien faire pour moi, qu’il n'y a pas assez de soldats français, qu’ils sont partis depuis Noroît et que ceux qui sont là sont très occupés. Elle raccroche le téléphone. L 'après-midi, Anne Cros vient au Centre escorté d'une dizaine de militaires français pour emballer les dossiers. Je la supplie pour qu’elle autorise à ces soldats de m'accompagner pour que j'aille récupérer mes enfants qui ne sont pas loin du Centre. Elle me répond qu’elle n’y peut rien. J'appelle plusieurs fois l'ambassade de France pour demander du secours. Dès que je dis que je suis Venuste, l'agent dépose le téléphone. On me reproche d'avoir donné des interviews à RFI pour décrire ma situation. Le 9 avril dans l'après-midi, je reçois par surprise un coup de téléphone de Michel Cuingnet qui me dit qu'il m'envoie 57 soldats. Il me demande de prévenir les gardiens pour qu’ils ouvrent vite les portes car les soldats ne resteront pas longtemps. Je demande à Monsieur Cuingnet de m’aider à aller récupérer mes enfants. Il me dit de voir avec eux quand ils seront là et raccroche. Après leur arrivée au Centre, je m'adresse à leur supérieur ayant un grade de major et lui exprime ma demande. Il me répond qu’ils ne procèdent pas à l'évacuation des Rwandais. Je lui dis que M. Cuingnet m'a autorisé à aller récupérer mes enfants. Le militaire me répond qu’il s'est moqué de moi, qu’en aucun cas, ils n’évacueront les Rwandais. Le II avril, un militaire français me dit qu’ils vont s'en aller. Je le supplie encore une fois de nous amener soit en France, soit dans un autre pays, soit au CND, soit à la MINUAR. Il me répond que c’est l'ambassade qui décide tout, qu'il n'a donc pas l'ordre de nous évacuer. Le 12 avril, ils partent et nous laissent sur place ».

Charles Rubagumya rapporte la même expérience :
« Le 7 avril, j'ai appelé au centre culturel français pour demander de l'aide. J'ai eu en ligne un de mes chefs directs qui m'a répondu que je devais me débrouiller. Au cours des jours suivants, j'ai appelé maintes fois sans être écouté. Le 11 avril, j'ai soudoyé un militaire rwandais qui m'a accompagné au Centre culturel. Il était gardé par plusieurs militaires français. Je leur ai montré ma carte de service et j'ai pu entrer. A l'intérieur, j'y ai retrouvé Venuste Kayimahe. Il y avait aussi l'un de ses amis, trois autres agents et une femme accompagnée de ses enfants que j'avais fait passer pour ma famille. Tous étaient tutsi. Les Français nous ont dit qu’ils s'en allaient le lendemain et qu’ils ne nous amèneraient pas, que notre évacuation ne faisait pas partie de leur mandat. C’était impensable pour nous. Le lendemain, ils ont plié bagage sans rien nous dire. Un de mes collègues a contacté l'épouse de l'ambassadeur Marlaud pour lui demander d'intervenir en notre faveur. Elle lui a répondu que les Français n’évacuaient pas les Rwandais. Aussitôt, les militaires français ont pris leurs véhicules et ont emporté toutes leurs provisions de nourriture sans rien nous laisser. Je me suis jeté dans l'un de leurs convois. Ils m’ont repoussé par terre. Nous avons supplié un groupe d'entre eux qui a quand même accepté de nous déposer à l'école St-Exupéry où étaient rassemblés les ressortissants belges. Nous sommes restés là. Lorsque les militaires belges sont venus évacuer leurs ressortissants, ils ont pris tous ceux qui étaient là, sans distinction. Ils nous ont amenés à Nairobi et je me suis débrouillé pour avoir un visa et rejoindre l'Europe ».

Outre l'abandon du personnel tutsi local, Amaryllis refusa l'évacuation de Rwandais qui avaient épousé des étrangers, ceux qui vivaient en concubinage avec des Français ou avec des Européens d'autres nationalités. Amaryllis n'évacua pas non plus des défenseurs rwandais des droits de l'homme qui l'avaient sollicité, tel que le procureur François-Xavier Nsanzuwera, et des personnalités politiques de l'opposition, comme le ministre des Affaires étrangères, Boniface Ngulinzira, haï par les tenants du Hutu power pour son rôle capital dans les négociations de paix, alors qu'il suppliait les militaires français à l'ETO le 11 avril.

Colette Braeckman, qui était sur les lieux, évoque en ces termes l'attitude complaisante des militaires français : «j'ai été témoin de certaines scènes déchirantes à l'aéroport de Kanombe où les Français laissaient derrière eux des compagnes tutsi des expatriés qui les suppliaient de les amener. Contrairement aux Belges qui ont réussi à exfiltrer quelques Tutsi en petit nombre, les Français n’embarquaient que des expatriés. Ils ont séparé des couples mixtes ». Un journaliste du quotidien Le Monde également présent sur place se rappelle du cas d'une femme russe mariée à un Tutsi qui a été forcée d'abandonner son époux, les militaires français lui laissant in extremis le seul droit d'amener ses enfants métis.

Quelques Rwandais réussirent à se glisser dans des camions transportant des expatriés, mais à l'aéroport, les militaires français opérèrent un dernier tri sur base de listes préétablies. Ils refoulèrent les exclus, les livrant de facto, aux soldats rwandais et aux miliciens qui tenaient une barrière à l'entrée de l'aéroport qui les massacrèrent sur le champ. Jean Loup Denblyden, un colonel de réserve qui participa à l'opération Silver Back comme officier belge de liaison auprès du détachement français affirme : « pendant Amaryllis, les soldats français triaient les Tutsi devant l'aéroport de Kanombe et les repoussaient vers les barrières ». « Il y avait un tri et les gens qui étaient écartés, étaient repoussés par des Français sur la barrière. Les Français disaient aux refoulés : on ne vous prend pas et les refoulaient vers une barrière qui se trouvait exactement à l'entrée du parking actuel ».

Constatant la gravité des faits, M. Denblyden informa les responsables militaires français et de la Minuar, et reçut comme réponse de ne pas se mêler des affaires qui ne regardaient pas les Belges :
« Je suis monté à l'étage où se trouvait le colonel Poncet qui commandait l'opération Amaryllis, je lui ai fait part du problème. Il a haussé les épaules, le colonel Morin qui était d'Unamir et qui était à ses côtés m'a demandé de ne pas me mêler de ça. J'ai contacté tout de suite le général Roman et l'officier d'opération [...] je leur ai fait part du problème comme j'estimais devoir le faire. [...] Un sous-officier français est intervenu en me disant que les Belges n 'avaient rien à voir avec ça, que c 'était le problème des Français. Nous étions au troisième jour d'Amaryllis2 ». Finalement, M. Denblyden constata que personnes étaient tuées près de cette barrière : « Je suis monté au-dessus de l'aéroport sur la plate-forme au-dessus et j'ai été voir si d'au-dessus je pouvais voir la barrière, et il y avait des corps jonchés à droite de l'aéroport en contrebas ».

Le journaliste belge Jean-Pierre Martin rapporte que des militaires français se plaisaient à assister aux massacres de civils près de l'aéroport de Kanombe :
« C'est vrai qu'en 1994 j'ai vu des images qui me restent en mémoire et que je n'oublierais jamais notamment cette femme enceinte que l'on éventre à 100 m devant moi et il y avait une jeep et deux soldats français qui rigolaient. Qui rigolaient à 50m de là où ça se passait. Et ce sont finalement les deux soldats belges avec qui nous étions qui ont mis en déroute les Interahamwe ou les tueurs. (...) C'était à la sortie de l'aéroport quand on tourne sur la route qui mène à la ville, une fois qu’on a passé la cuvette et qu’on remonte vers le stade, ça s'est passé là. Moi, j'étais dans la cuvette sachant que je partais d'une jeep des soldats belges qui est arrivé un peu à ma rescousse parce qu’ils avaient peur ; et puis on a été témoin de cette scène où une femme enceinte se fait éventrer, et entre moi, la jeep des soldats belges et cette tuerie, il y a une jeep avec deux soldats français en train de rigoler, qui ne bougent pas, qui assistent à la scène comme si c 'était au cinéma."

La perpétration des massacres à l'aéroport de Kanombe devant le regard complaisant des militaires français fut également relaté par l'envoyé spécial de France 2, Philippe Boisserie, qui la rapporta dans le journal télévisé du 11 avril 1994 à 13h :
«J'étais à l'aéroport en train de monter un sujet et, en fin de matinée, une consœur canadienne (...) est revenue très choquée, car effectivement, il est arrivé ce que je raconte dans la séquence : au moment où le convoi français revenait, il y a eu un massacre qui s'est passé sous leurs yeux. On a alors décidé de partir tourner sur place. On savait que ce n’était pas loin de l'aéroport, mais on prenait quand même un certain risque. On a demandé à pouvoir y aller et une voiture, toujours conduite par les militaires français, nous a escortés. On a pu constater effectivement qu 'il y a eu un massacre. C 'était quotidien et ça se passait sous les yeux des militaires français sans aucune réaction de leur part ».

Colette Braeckman se souvient également que les militaires français affichaient une attitude d'indifférence devant les massacres :
« Durant tous ces jours, il était très dangereux pour les Belges de circuler librement dans Kigali. Je n’ai fait qu’une expédition dans la ville avec les militaires belges qui allaient rechercher des expatriés. Depuis un camion où nous nous trouvions, j'ai vu le spectacle de la ville de Kigali, des corps qui jonchaient les rues, des camions de la voirie qui passaient et ramassaient à la volée des cadavres et des dépouilles. Certains collègues journalistes qui ont accompagné des militaires français m'ont dit que ces derniers n'avaient aucun état d'âme. Ils avaient tous des casques avec de la musique, et lorsqu’ils arrivaient devant les barrières où on tuait les gens, ils augmentaient le volume de la musique pour ne pas entendre les cris de personnes qui étaient massacrées sous leurs yeux. Après, ils demandaient qu’on ouvre le chemin et passaient très vite aller prendre les expatriés ».

Selon les confidences faites à des journalistes par un officier français qui a requis l'anonymat, l'ordre de ne pas arrêter les massacres fut donné par l'Amiral Lanxade et/ou par le général Christian Quesnot : « Avant de partir au Rwanda, je passais prendre mes ordres chez Lanxade puis mes consignes à l'EMP (Etat-major particulier du Président de la République)». Jacques Morel pense que ces propos émaneraient du colonel Henri Poncet qui commandait Amaryllis dans la mesure où, en sa qualité de responsable de l'opération, il était le plus susceptible d'avoir reçu ces ordres à un niveau hiérarchique aussi élevé. Mais comme nous l'avons vu plus haut, il s'agissait d'une décision politique assumée.

c) Sauvetage de l'orphelinat Ste Agathe et du chef des tueurs de Masaka

La deuxième évacuation sélective opérée par les Français en avril 1994 concerne l'orphelinat Ste Agathe dans la localité de Masaka, près de Kigali. Cette institution parrainée par l'épouse du chef de l'Etat, était gérée par les Sœurs de Saint Vincent Palotti et avait la particularité d'accueillir essentiellement des orphelins de militaires des FAR tués aux combats. La supérieure de l'orphelinat, Sœur Edita, d'origine polonaise, était chargée notamment de trouver pour ces enfants des familles adoptives en Europe, en France en particulier. Elle fut évacuée par les Français et n'a pas voulu revenir au Rwanda après 1994.

Selon divers témoignages, il sévissait à l'orphelinat Ste Agathe une discrimination ethnique à ('encontre du personnel tutsi ou hutu qui manifestait une attitude de distance face à l'extrémisme. Les enfants qui y résidaient en avril 1994 et une trentaine d'adultes appelés « accompagnateurs » furent évacués par des Français le 10 avril 1994, le personnel tutsi qui y travaillait et les membres de leurs familles, furent sélectionnés puis tués sur ordre de Paul Kanyamihigo qui était chauffeur à l'orphelinat. Originaire de Gisenyi, Kanyamihigo était un membre actif de la CDR, notoirement connu à Masaka et, dès les premières heures suivant la chute de l'avion, il dirigea des attaques contre les Tutsi. Lui et sa famille furent évacués par les Français, de même que la famille d'un autre extrémiste de la CDR, Justin Twiringiyimana qui était veilleur à l'orphelinat. C'est Kanyamihigo qui désigna aux Français les personnes à évacuer ou à laisser sur base d'une liste préétablie selon les critères ethniques. Des témoignages soulignent l'extrémisme de Paul Kanyamihigo, sa participation dans la persécution du personnel tutsi de l'orphelinat depuis octobre 1990, sa collaboration avec les services de renseignement de la Présidence, son implication dans le massacre des Tutsi de Masaka dès le 7 avril. Au moment de l'évacuation, Paul Kanyamihigo a collaboré étroitement avec les agents français dans le tri des personnes à évacuer suivant une liste préétablie ou des indications fournies par ces derniers ou par les responsables de l'orphelinat, notamment la directrice, Sœur Editha. Des témoins affirment aussi qu'il y a des personnes qui ont été proposées par Kanyamihigo lui-même, et toutes étaient des extrémistes de la CDR.

A leur arrivée à Paris, les personnes évacuées de l'orphelinat furent d'abord hébergées au centre d'accueil de demandeurs d'asile de Créteil en région parisienne, puis amenées à Olivet au sud d'Orléans où, pendant deux ans et demi, elles furent logées dans une propriété mise à leur disposition par le Conseil général du Loiret . Dans la suite, elles furent confiées aux familles d'accueil par la Direction départementale de l'enfance. Depuis lors, le Rwanda chercha à les faire rentrer, un groupe d'enfants put être rapatrié, un autre fut adopté par des familles françaises, sans possibilité de les retrouver.

Si l'on ne peut reprocher à la France d'avoir évacué des orphelins en cette période particulièrement troublée, le contexte politique et social entourant cet orphelinat n'en faisait pas une priorité. Cet orphelinat ayant envoyé pour adoption en France un certain nombre d'enfants, il était connu des services de l'ambassade de France. Il y avait d'autres orphelinats à Kigali et au Rwanda, certains tenus par des religieux. Le choix de faire adopter des enfants dans l'orphelinat appartenant à Agathe Habyarimana abritant essentiellement des orphelins de militaires, n'était certainement pas étranger à la mouvance politique et sociale d'extrémisme hutu dans lequel il œuvrait. La liste des évacuations ayant été préparée personnellement par l'ambassadeur Marlaud, le choix de cet orphelinat entre en droite ligne des choix politiques de l'ambassadeur. Le caractère politiquement et, en fin de compte, ethniquement discriminatoire ressort mieux lorsque l'on considère le sort réservé à l'orphelinat de Marc Vaiter dont nombre d'enfants étaient, eux, directement menacés.

La seconde question que pose l'évacuation de l'orphelinat de Agathe Habyarimana concerne le nombre d'accompagnateurs qui semble avoir dépassé celui des employés de l'orphelinat. Selon André Guichaoua, la France a évacué « 94 enfants de l'orphelinat Ste Agathe, [...] accompagnés de 34 personnes ». Des observateurs pensent que leur nombre fut revu à la hausse par ceux qui ont procédé à l'évacuation, afin de pouvoir exfiltrer des proches du régime avec l'intention de les mettre à l'abri de tout danger, dans la perspective de les faire revenir au pouvoir après la neutralisation militaire espérée du FPR1. En effet, l'enquête menée sur le terrain par des journalistes de rémission « Le Droit de savoir» en 1995 indiquait que les effectifs de l'orphelinat ne dépassaient pas une vingtaine de personnes, chiffre confirmé devant la Commission par les témoins Emmanuel Hategekimana, Espérance Mukakarangwa, Alphonsine Ntamuhanga et Yacine Musenge, tous résidant à Masaka.

D'autres témoignages précisent que les Français cachaient généralement l'identité des personnes embarquées dans leurs avions, ce qui peut conforter l'hypothèse de la dissimulation de l'identité de certains Rwandais qu'ils évacuaient. Selon le journaliste Jean-Pierre Martin, témoin du déroulement d'Amaryllis, « On ne pouvait jamais filmer qui montaient dans les avions français, et généralement ça se faisait plutôt les soirs ». Vu la concordance de récits relatifs au nombre d'agents de l'orphelinat, et considérant les indications montrant que les adultes évacuées ont dépassé le chiffre de personnes qui travaillaient à l'orphelinat, il n'est pas à exclure que les Français ont évacué, en connaissance de cause, des individus ne faisant pas partie du personnel de l'orphelinat, pour une raison ou une autre.

d) Abandon de l'orphelinat de Marc Vaiter

Alors qu'ils procédèrent à l'évacuation de l'orphelinat Sainte Agathe, les militaires français refusèrent le même secours aux quarante enfants d'un autre orphelinat de Kigali, qui était pris en charge par un citoyen français, Marc Vaiter. Cet orphelinat se trouvait dans le centre ville de Kigali, contrairement à Masaka situé à une vingtaine de kilomètres de la capitale. En plus, l'orphelinat de Marc Vaiter était placé dans un lieu exposé aux échanges de tirs et aux attaques des miliciens. La plupart des enfants qu'entretenait Marc Vaiter étaient des orphelins du SIDA qu'il avait récupérés au Centre Hospitalier de Kigali. Il hébergeait aussi des enfants menacés de génocide que des gens de bonne volonté lui confiaient.

Les faits se déroulèrent le 11 avril 1994. Deux soldats français accompagnés du Dr Jean-Marie Milleliri, un médecin militaire qui travaillait à Kigali au Projet SIDA financé par la coopération française, se présentèrent à l'orphelinat et s'adressèrent à Marc Vaiter en lui disant qu'ils venaient pour le rapatrier. Marc Vaiter exigea de partir avec les enfants. Ils refusèrent et préférèrent s'en aller. L'intéressé relate comme suit cet épisode : « Milleliri s'adresse à moi le premier : il faut s'en aller, Marc. Ordre de l'ambassade de France. Nous sommes venus te chercher.[...] Milleliri m'explique que la France et la Belgique ont envoyé des troupes, afin d'organiser l'évacuation des expatriés. Pas de temps à perdre. Nous devons partir aussitôt que possible.[...] Je dois trouver les moyens d'amener les enfants. [...] La plus grande partie d'entre eux sont tutsis c'est-à-dire victimes désignées des tueries. Il faut qu’ils puissent partir avec moi. Milleliri hoche la tête, désolé : on n 'a pas les moyens de transport nécessaires ».

3. Soutien diplomatique

Le soutien politique apporté par la France lors de la création du gouvernement intérimaire s'est doublé d'un appui diplomatique visant à redorer l'image de ce dernier et à faciliter son acceptation à l'ONU. Les personnalités impliquées dans la conduite des tueries, à la tête desquelles se trouvait le président Théodore Sindikubwabo sont restés en contact avec le général Quesnot.

3.1 Collaboration avec le gouvernement intérimaire

La France fut le seul Etat à collaborer de façon manifeste avec le gouvernement intérimaire, bien que le rôle de ce dernier dans l'organisation et la perpétration du génocide était bien établi. Le 27 avril 1994, soit trois semaines après le déclenchement du génocide, deux émissaires de ce gouvernement, Jérôme Bicamumpaka et Jean Bosco Barayagwiza, furent reçus à Paris à l'Elysée et à Matignon, alors que les Etats-Unis et la Belgique leur avaient refusé le visa1. Ils eurent des entretiens avec des hauts responsables français, notamment le Premier ministre Edouard Balladur, le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé et Bruno Délaye, chef de la cellule africaine à la présidence de la république2. Barayagwiza, à l'époque directeur des affaires politiques et administratives au ministère rwandais des affaires étrangères, était un extrémiste hutu radical, membre du comité de direction de la CDR et membre fondateur de la RTLM, l'instrument de propagande du génocide. Jérôme Bicamumpaka était quant à lui membre du MDR power, et ministre des Affaires étrangères du gouvernement intérimaire. C'est un extrémiste qui n'hésitera pas à exposer des propos haineux contre les Tutsi devant le Conseil de sécurité pour justifier la perpétration du génocide. Pendant leur séjour à Paris, Bicamumpaka et Barayagwiza se rendirent à l'ambassade du Rwanda en France, limogèrent l'ambassadeur Jean-Marie Vianney Ndagijimana à qui ils reprochaient de ne pas appartenir au hutu power, changèrent les serrures des portes de l'ambassade pour lui en interdire l’accès. Ils le remplacèrent par le chargé d'affaires, Martin Ukobizaba, considéré comme plus extrémiste que l'ambassadeur Ndagijimana.

Selon des organisations de défense des droits de l'homme, le motif avancé par les autorités françaises en recevant avec tous les honneurs les deux envoyés du gouvernement intérimaire est qu'il fallait « rester en contact avec toutes les parties au conflit », pour finalement déclarer qu'il s'agissait d'une « visite privée V Interrogé par Daniel Jacoby, président de la FIDH, sur le bien-fondé de la rencontre avec cette délégation, Bruno Délaye lui répondit qu'il « valait mieux leur parler que de ne pas le faire» et ajouta ultérieurement : « On ne peut pas ne pas se salir les mains avec l'Afrique ». Il apparaît donc qu' « à ce moment précis, les autorités françaises savent parfaitement à qui elles ont affaire1 » et qu'elles ont conscience de la portée du soutien politique qu'elles accordent au gouvernement intérimaire à travers une telle visite. En juillet 1994, Edouard Balladur nia la réalité avérée de la visite de ces derniers en déclarant : « Nous n’avons accueilli aucune de ces personnes en France ».

3.2 Contact avec le président du gouvernement intérimaire

Le 4 mai 1994, le général Quesnot accorda un entretien téléphonique au chef de l'Etat génocidaire, Théodore Sindikubwabo, au cours duquel celui-ci remercia son homologue français, Monsieur Mitterrand, pour tout ce qu'il a «fait pour le Rwanda et de l'accueil qui a été réservé à Paris à la délégation conduite par le ministre des Affaires étrangères ». Au lendemain de la prise du camp militaire de Kanombe par le FPR, le 21 mai 1994, le président Sindikubwabo reprit le contact avec la France en adressant un courrier à François Mitterrand dans lequel il lui exprima les « sentiments de gratitude pour le soutien moral, diplomatique et matériel» qu'il a consenti au régime rwandais «depuis 1990 jusqu'à ce jour». Il ne fit aucune mention du génocide en cours, se contentant de parler de « massacres interethniques » dont le seul responsable serait le FPR et dont « les progrès militaires risquent de rallumer le feu et replonger le pays dans une crise plus grave que la précédente ». Le courrier se terminait sur une demande précise au Président Mitterrand de «fournir encore une fois » au gouvernement intérimaire un « appui tant matériel que diplomatique » sans lequel « nos agresseurs risquent de réaliser leurs plans qui vous sont connus ».

A la réception de cette lettre, le général Quesnot rédigea aussitôt une note d'accompagnement transmettant la demande de Théodore Sindikubwabo au président Mitterrand dans laquelle il écrivit que « l'arrivée au pouvoir dans la région d'une minorité dont les buts et l'organisation ne sont pas sans analogie avec le système des Khmers rouges est un gage d'instabilité régionale dont les conséquences n 'ont pas été anticipées par ceux, y compris en France, dont la complicité et la complaisance sont patentes».

Il convient de rappeler que M. Sindikubwabo, avec qui le général Quesnot entretenait des liens étroits pendant le génocide, est non seulement le chef de file d'un gouvernement de tueurs, mais aussi il est l'instigateur du génocide dans sa préfecture natale de Butare. C'est lui qui, le 19 avril 1994, alors que la région était calme, se rendit sur les lieux, démit et fit assassiner le seul préfet tutsi du Rwanda, Jean-Baptiste Habyarimana, et incita la population hutu pour qu'elle se mette au « travail », autrement dit à massacrer les Tutsi et les Hutu qui osaient encore s'opposer à la réalisation du génocide.

3.3. Protection du gouvernement intérimaire au Conseil de sécurité

Pendant le génocide, les autorités françaises étaient hantées par la peur que « si le FPR remporte une victoire militaire sur le terrain », il voudra « imposer la loi minoritaire du clan tutsi ». Pour bloquer cet ennemi qu'est le FPR, la France œuvrera de façon à promouvoir l'inaction du Conseil de Sécurité face au génocide. Le soutien diplomatique français se manifesta fortement le 21 avril 1994, lors des débats portant sur le vote de la résolution 921 destiné à qualifier juridiquement les massacres en cours. L'ambassadeur français effectua un gros travail de lobbying auprès des autres Etats membres du Conseil pour s'opposer à ce que le Conseil de sécurité utilise l'expression «génocide» pour désigner les tueries que subissaient les Tutsi. Dans les termes de la résolution finale, le Conseil de sécurité suivit l'avis du représentant français et se limita à déplorer une situation de « violence » et de « carnage insensé » sans en désigner ni les auteurs ni la nature génocidaire des massacres en cours.

Une note interne relatant un entretien qui eut lieu le 2 mai 1994 entre le président Mitterrand et son ministre de la Défense, François Léotard, précise : « Aux Nations unies, la France a dû s'opposer à une condamnation partisane des seules exactions commises par les forces gouvernementales ». Autrement dit, un mois après le début du génocide, la France plaçait ce crime sur un pied d'égalité avec des actes répréhensibles commis par des combattants du FPR. En résumé, tout au long des mois d'avril-mai jusqu'au 16 juin 1994, date à laquelle la France sollicita un mandat d'intervention au Rwanda avec les pouvoirs dévolus par le chapitre VII de la Charte des Nations unies, elle poursuivit sa diplomatie onusienne en insistant sur le cessez-le-feu préalable à l'arrêt des massacres et n'utilisa le mot « génocide » que quand elle souhaita engager Turquoise. Et même à cette occasion, l'ambassadeur français laissa entendre que c'est « la population du Rwanda » dans son ensemble qui était victime du génocide, les Tutsi visés en tant que groupe ethnique, ne furent pas nommés. En cela, elle n'agissait pas différemment des autres membres du Conseil de sécurité, à la seule différence que cette attitude de passivité était le fruit, en partie, du travail en coulisse de la France.

On ne peut cependant rendre compte du jeu diplomatique de la France au Conseil de Sécurité sans prendre en compte l'attitude et les manipulations orchestrées par Boutros-Ghali telles que nous l'avons vu dans l'introduction générale dans la partie relatant l'action de la communauté internationale.

3.4. Collusion avec le Secrétaire général de l'ONU et son Représentant au Rwanda

L'action de protection de l'action du gouvernement intérimaire pendant le génocide par Boutros-Ghali peut s'expliquer par deux motifs : sa sympathie pour le gouvernement intérimaire héritier du régime Habyarimana ou son alliance avec la France. Boutros-Boutros Ghali avait des liens étroits avec le régime Habyarimana, il est intervenu à deux reprises pour que son pays, l'Egypte, autorise des ventes d'armes au Rwanda. Cette intercession fut notamment faite le 16 octobre 1990 à l'issue d'une entrevue entre Boutros-Boutros Ghali et l'ambassadeur du Rwanda en Egypte, Célestin Kabanda, qui aboutit à la signature d'un accord de vente d'armes d'un montant de 23 millions de dollars.

Une intervention identique eut lieu en décembre 1990 par laquelle le Rwanda obtint de l'Egypte une vente d'armes pour un montant de 5 millions 889 dollars, alors que les institutions égyptiennes habilitées avait refusé la vente pour cause de situation de guerre. Un courrier du ministre rwandais des Affaires étrangères, Casimir Bizimungu, à l'attention du président Habyarimana relate en ces termes le rôle actif de Boutros-Boutros Ghali : « Notre Ambassadeur loue l'intervention personnelle du Ministre Boutros Boutros GHALI auprès de son Collègue de la Défense pour la réalisation de notre récente requête auprès du Gouvernement Egyptien et concernant l'acquisition du matériel militaire qui nous a permis de faire face à la guerre nous imposée depuis octobre 1990 par les assaillants venus d'Uganda. C'est pourquoi je viens d'envoyer un messager (sic) de remerciements au Ministre Boutros Boutros GHALI pour son soutien indéfectible ».

Cependant, il semble difficile d'expliquer l'attitude protectrice de Boutros-Ghali, secrétaire générale de l'ONU, par la fidélité à l'amitié qui l'a une fois liée au Rwanda. Il semble plus probable que cette attitude ait été plutôt dictée par l'allégeance le liant à la France à laquelle il devait sa nomination à la tête de l'ONU. Dans la conduite de sa diplomatie pro-rwandaise, la France pouvait compter également sur Jacques-Roger Booh-Booh, représentant spécial du secrétaire général de l'ONU au Rwanda. Ancien ministre des Affaires étrangères et ex-ambassadeur du Cameroun à Paris en France, Booh-Booh était lié à la France et bien disposé à l'égard de l'entourage de Habyarimana. Comme il le reconnaît lui-même, sa nomination comme Représentant spécial du Secrétaire de l'ONU au Rwanda fut une affaire convenue entre le président camerounais Paul Biya et Boutros-Boutros Ghali. Durant son séjour au Rwanda, Jacques-Roger Booh-Booh démontra des affinités avec les partis extrémistes hutus et prit souvent conseil auprès de l'ambassadeur français Jean-Michel Marlaud.

Dans l'exercice de leur mission, Booh-Booh et son conseiller politique, Mamadou Kane, se méfiaient tous les deux du général Dallaire, ils lui manifestèrent une réelle inimitié et leur attitude se caractérisa par l'envoi de rapports présentant une fausse image de la réalité sur le terrain et contredisant nettement ceux du général Dallaire. Ces rapports furent exploités au profit du Rwanda par la France qui intensifia en vain ses efforts pour obtenir le limogeage de Dallaire, notamment en adressant une requête dans ce sens au gouvernement canadien.

Dans ses rapports à l'ONU, Dallaire laissa souvent entendre que l'intervention directe de la MINUAR était impérative pour protéger les populations civiles, alors que Booh-Booh n'évoqua guère cette éventualité, préférant insister sur la priorité d'un cessez-le feu, tout en exonérant le gouvernement intérimaire de ses responsabilités dans les massacres en cours, ce qui était aussi la position de la France1. La présentation au Conseil de Sécurité des rapports de Booh-Booh et la dissimulation de ceux de Dallaire a déjà été mentionnée dans l'introduction générale ainsi que les effets de l'action combinée de ces deux hommes à savoir la fausse présentation au niveau du Conseil de sécurité de la réalité du génocide sur le terrain, et le constat, accablant, par le président du Conseil de Sécurité durant le mois d'avril 1994, le Néo-Zélandais Colin Keating qui n'a pas hésité à affirmer plus tard qu'avec une meilleure information, le Conseil aurait agi de façon sensiblement différente.

4. Appui militaire français durant le génocide

Un certain nombre de témoignages et de déclarations d'officiels français permettent de dire que l'appui militaire français a été continu d'octobre 1990, pendant toute la période du génocide jusqu'à juillet 1994, date de son arrêt officiel. Cet appui pendant le génocide s'est manifesté par des contacts directs entre les plus hauts responsables militaires rwandais avec leurs homologues français, par la présence continue de militaires français auprès des FAR et par d'importantes livraisons d'armes mais surtout de munition.

4.1 Présence de militaires français au Rwanda pendant le génocide

Avant d'aborder la période du génocide lui-même, il faut mentionner les contradictions quant au nombre d'Assistants militaires techniques restés au Rwanda après le départ officiel des troupes françaises le 15 décembre 1993. La MIP, dans son rapport, indique qu'il serait resté 24 AMT français au Rwanda. Mais le 30 mai 1994, Michel Roussin, alors ministre de la Coopération, admet sur RFI qu'il en serait resté entre 40 et 70.

De nombreux témoignages font état du retour d'un certain nombre de militaires français précédemment installés au Rwanda vers le mois de février 1994 ou de leur présence continue, alors qu'ils étaient sensés être partis. La journaliste belge, Colette Braeckman, a passé plusieurs semaines d'affilée entre début 1994 et fin mars. Elle a affirmé à la Commission que durant ce séjour de nombreuses personnes, rwandaises comme expatriées, lui ont affirmé qu'elles avaient reconnu des militaires français sensés être partis en décembre 1993, habillés en civil. Interrogés, certains de ces militaires expliquaient qu'ils étaient revenus au Rwanda pour une mission de courte durée. Le colonel Walter Balis, officier de liaison de la MINUAR, lui aussi auditionné par la Commission, a rapporté que « la cellule de renseignement de la MINUAR dirigée par le capitaine Claysse signalait la présence de militaires français habillés en civil qui étaient de retour au Rwanda après décembre 1993. Personnellement, j'en ai rencontré un à l'hôtel Méridien. » Durant son séjour de deux jours au siège des Nations Unies à New York, les 28 et 28 mars 1994, le général Dallaire apprend que la France a tenté de le faire remplacer à la tête de la MINUAR, car, semblerait-il, elle n'avait pas apprécié les références qu'il avait faites dans ses rapports sur la présence d'officiers français au sein de la garde présidentielle alors fortement associée aux interahamwe. Or, selon la MIP, en août 1992, la France avait mis fin à la présence d'instructeurs français dans cette unité, du fait des accusations de l'implication de cette unité dans des « attentats ».(...)

18:51 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, France, Rwanda | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : rwanda, génocide, interahamwe, amaryllis, turquoise, habyarimana | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

LA PREUVE PAR MILLE DE L'IMPLICATION DE LA FRANCE DANS LE GENOCIDE RWANDAIS (1)

PHOTO GENOCIDE.jpg
Le rapport d'une commission d'enquête rwandaise sur le génocide, publié mardi 5 août à Kigali, accuse la France d'avoir été "au courant des préparatifs" et participé aux principales initiatives" de sa mise en place ainsi que de "sa mise en exécution". La France a rejeté mercredi 6 août les conclusions de ce rapport, les jugeant "inacceptables". Pour vous, un extrait dudit rapport.


I. Implication de la France pendant le génocide, avant l'opération Turquoise

Dans la soirée du 6 avril 1994, aux alentours de 20 heures 30. L’avion du président Habyarimana, de retour de Dar es-Salaam où ce dernier s'était rendu pour un sommet ultime consacré à la crise rwandaise, est abattu en plein atterrissage à l'aéroport de Kanombe (Kigali). De ses occupants, aucun ne survit. Dès cette soirée même, les militaires de la Garde présidentielle, du bataillon de parachutiste et de celui de reconnaissance ainsi que des miliciens interahamwe dressent des barrières sur tous les grands axes routiers et dans plusieurs quartiers de la capitale, et les tueries commencent. Le lendemain en milieu du jour, on apprend que le Premier ministre du gouvernement de transition et beaucoup de ses ministres ont été assassinés, et que des massacres ciblés visant les opposants hutu et plus particulièrement les Tutsi s'étendent sur l'ensemble du territoire national. Le génocide annoncé1 commence ainsi, et c'est dans ce contexte que la France envisage à nouveau d'envoyer un contingent militaire au Rwanda. Cette intervention militaire qui a duré du 9 au 12 avril 1994 se verra attribuer le nom de code Amaryllis.

1. Justifications officielles d'Amaryllis

La principale justification donnée à l'opération sera l'évacuation des ressortissants français et étrangers. L'opération se fait alors que la campagne de massacres des Tutsi devient systématisée dans Kigali et s'étend très rapidement à l'intérieur du pays, et la France décide officiellement et publiquement de ne rien faire pour faire cesser ces massacres.

1.1. Protection des ressortissants français, européens et étrangers

La décision de secourir les Français et autres expatriés vivant au Rwanda n'est pas prise dès l'assassinat du président Habyarimana, le 6, ni le lendemain, lorsque la campagne de massacres commence à Kigali, le 7 et une partie de la journée du 8 avril. Les responsables politiques et militaires analysent d'abord la situation pour pouvoir réagir au moment opportun, ce faisant ils mettent en avant la capacité ou pas des FAR de contrôler la situation face au FPR.

Le 7 avril, Bruno Délaye note dans le compte rendu d'une réunion de la « cellule de crise » implantée à l'Elysée : «Pour l'instant nos ressortissants ne sont pas menacés et aucune évacuation n'est envisagée ». Le général Quesnot est du même avis : « Les ressortissants français (450 à Kigali) ne semblent pas menacés dans l'immédiat.

Certaines familles isolées ont été regroupées à proximité de l'ambassade». Le chef de Etat-major particulier du président Mitterrand semble encore privilégier l'hypothèse selon laquelle « les forces armées rwandaises seraient en mesure de contrôler la ville en contenant le bataillon FPR de huit cents hommes et les éléments infiltrés" », sans exclure toutefois que l'armée rwandaise puisse être « incapable de tenir le nord du pays d'où pourrait repartir une nouvelle offensive FPR avec un fort soutien logistique ougandais ».

Malgré la décision de ne pas évacuer immédiatement, des mesures de préparation sont prises, incluant la mise à jour des plans de protection et d'évacuation des ressortissants français et belges en collaboration avec le bataillon belge œuvrant au sein de la MINUAR. En outre, deux bataillons et une unité de santé sont mis en alerte à Bangui, Libreville et Ndjaména. Au vu de l'histoire de l'action française au Rwanda, la position d'attente préconisée par les différents responsables français s'accompagne d'une volonté de ne pas mettre la France en avant. «Matignon et le Quai d'Orsay souhaitent, dans cette nouvelle crise rwandaise qui risque d'être plus meurtrière, que la France ne soit pas en première ligne et limiter notre action à des interventions à l'ONU pour que la Mission des Nations unies au Rwanda (MINUAR) remplisse sa mission de sécurité à Kigali (ce qu'elle n 'a pas réellement fait jusqu’ici) ».

La décision d'évacuer est prise lorsque le 8, vers 19 heures, l'ambassadeur Marlaud notifie au Quai d'Orsay que « la sécurité [des] ressortissants est menacée et justifie l'évacuation ». Cette demande est provoquée par la nouvelle de l'assassinat du gendarme français Didot et de son épouse, la mort de son collègue Mayer sera connue plus tard Ces gendarmes français faisaient secrètement l'écoute des communications. L'ambassadeur Marlaud estime qu'ils ont été assassinés par le FPR, mais un certain nombre de faits contredisent cette affirmation.

L'évacuation simple des ressortissants français et étrangers n'est pas la seule option envisagée. Une ligne de clivage se dessine entre la présidence de la République française et le gouvernement constitué par l'opposition de droite en cette période de cohabitation. « [Le chef d'état-major particulier du président Mitterrand, le général Quesnot] Refusant à se résigner à des nouveaux 'massacres et contre massacres, il préconise une intervention plus ambitieuse de l'armée française afin de protéger ou évacuer la communauté étrangère, de stabiliser les FAR de l'intérieur, de rétablir l'ordre à Kigali, et de s'interposer entre les belligérants de manière à stopper l'offensive du Front patriotique. » L'option d'appui direct aux FAR est rapidement écartée notamment par le Premier ministre E. Balladur et dans une certaine mesure le ministre des Affaires étrangères A. Juppé. II ne fallait pas replonger « dans le bourbier rwandais » ni « interférer dans le jeu politique rwandais ».

L'opération se limitera essentiellement à l'évacuation des ressortissants français et étrangers ainsi que des proches du président Habyarimana, mais comme nous le verrons plus loin, elle aura aussi approvisionné les FAR en munitions et laissera dernière elle des militaires continuer à soutenir les FAR engagées dans le génocide. Enfin, malgré les capacités d'influence importante de la France sur ces dernières ainsi que sur les responsables politiques en train d'organiser le massacre systématique de la population tutsi malgré la présence d'une force armée non négligeable cinq jours durant au tout début du génocide, la France va opter pour n'intervenir en rien, alors que les massacres sont en cours.

1.2 La proclamation de la décision de non intervention dans les massacres en cours

Au 10 avril, l'opération Amaryllis est composée de 464 soldats d'élite, la collaboration entre les troupes françaises et les FAR est excellente. Les instructeurs français des unités d'élite des FAR les plus impliquées dans les tueries sont encore présents à Kigali. L'ambassadeur de France a encouragé l'homme fort du moment, le colonel Bagosora à prendre les choses en main, l'ambassadeur Marlaud, abrite à l'ambassade l'essentiel des hommes et femmes politiques du régime Habyarimana, mais aussi un nombre important de ceux qui forment le nouveau gouvernement intérimaire pour la constitution duquel il a été consulté. Ceci montre l'influence déterminante que la France avait sur le processus politico-militaire au tout début du génocide et sur les hommes qui l'organisent.1 Pourtant la France décidera de ne strictement rien faire pour arrêter les massacres.

A aucun moment, des faits ou rétrospectivement, l'ambassadeur Marlaud n'évoquera une quelconque intervention politique auprès des acteurs militaires et politiques pour l'arrêt des massacres.

S'agissant de l'intervention militaire, l'inaction face aux massacres est prescrite par l'ordre d'opération d'Amaryllis du 8 avril, 1994, qui stipule que: « le détachement français adoptera une attitude discrète et comportement neutre vis-à-vis des factions rwandaises ». Les ministres Alain Juppé et Michel Roussin, qui se chargent d'expliquer les motifs de l'opération Amaryllis expriment sans ambiguïté le refus de la France de tenter d'arrêter les massacres. Miche Roussin explique le 11 avril les limites de l'intervention française : « // ne s'agit pas, pour la France, d'intervenir militairement au Rwanda. Il est clair que notre mission n'a qu'un caractère humanitaire visant à rapatrier nos ressortissants et leurs familles » Alain Juppé le même jour, est plus explicite dans le rejet d'une intervention visant à arrêter les massacres : « La France peut-elle faire la police dam l'univers entier ? A-t-elle les moyens et la responsabilité d'empêcher, sur l'ensemble de la planète, les peuples de s'entretuer ? »

Ce refus d'intervenir pour arrêter les massacres en cours de la part du gouvernement de droite peut s'expliquer par une volonté de prise de distance ave la gestion mitterrandienne de la question rwandaise, mais il se fonde aussi sur une vision ethniste et tribale de l'Afrique en général et du Rwanda en particulier, où les massacres interethniques seraient une fatalité qu'il faut se résoudre à accepter. Ainsi, en privé, le Premier ministre Balladur aurait dit : « Ils se sont toujours massacrés ainsi ! Pourquoi voulez-vous que cela cesse ? »

Du côté de la présidence française, nous l'avons vu, par l'intermédiaire du général Quesnot, la proposition d'une action armée pour arrêter les massacres est couplée avec un appui militaire français afin de s'assurer de la victoire des FAR sur le FPR. Cette option est partagée par le colonel Bach, chef du détachement spécialisé d'Amaryllis, qui estime qu'il était encore tout à fait possible de renverser la situation militaire et éviter la défaite des FAR, par ailleurs engagées dans les massacres. « Rien ne laissait en effet présager à ce moment-là une victoire du FPR, les FAR résistaient tout à fait correctement [...], Il aurait suffit de très peu de chose (quelques conseillers militaires français) pour que l'on assiste à un renversement de situation. Juin 1992 et février 1993 auraient pu parfaitement être 'rejoués' en avril 1994 ».

Le 13 avril, soit près d'une semaine après le début des massacres alors qu'ils avaient atteint un niveau d'intensité exceptionnel et que le rôle d'organisateur de ces massacres du gouvernement intérimaire était bien connu, face aux difficultés militaires de ce gouvernement, le président Mitterrand s'inquiète du sort de celui-ci : « Il serait étonnant que le gouvernement de Habyarimana ne trouve pas un endroit sûr où il puisse tenir quelques temps »3. Dans ces conditions il n'est pas étonnant que la France n'ait pas cherché en aucune façon d'arrêter les massacres lors de l'opération Amaryllis.

2. Les faits reprochés à la France

2.1 Soutien politique aux organisateurs du génocide


Après la mort du président Habyarimana et le début du génocide, la France apporta au gouvernement intérimaire un soutien politique afin de faciliter son acceptation auprès d'autres Etats et des instances internationales. Ce soutien se manifesta notamment par des conseils politiques donnés aux meneurs des massacres lors de la formation du gouvernement intérimaire, l'évacuation privilégiée des extrémistes hutus et l'abandon des employés tutsi des institutions françaises au Rwanda. Les forces françaises déployées au Rwanda en avril 1994 n'essayèrent pas d'enrayer la furie meurtrière des militaires et des miliciens qui massacraient des civils devant leurs yeux.

2.1.1 Implication dans la formation du gouvernement intérimaire

Dès la matinée du 7 avril 1994, de nombreux dignitaires du régime de Habyarimana parmi lesquels figuraient des partisans de l'extermination des Tutsi se regroupèrent dans l'enceinte de l'ambassade de France où ils furent hébergés avec leurs familles. Il y eut environ deux cent Rwandais, se souvient Joseph Ngarambe, qui y arriva le 10 avril. Ceux qui s'y regroupèrent avaient de prime abord peu de raisons de craindre pour leur sécurité, car ils faisaient partie, pour la plupart, du cercle rapproché du parti présidentiel et du Hutu power. La plupart d'entre eux jouèrent un rôle actif dans le génocide et sont aujourd'hui soit recherchés par la justice, soit en jugement devant le TPIR, où condamnés par cette juridiction, ou visés par des plaintes devant des juridictions nationales d'autres Etats.

Pendant leur séjour à l'ambassade de France à Kigali, ils contribuèrent à former le cabinet ministériel du gouvernement dit intérimaire qui orchestra et supervisa l'exécution du génocide. Un certain nombre de ces personnalités réfugiées à l'ambassade de France feront partie du gouvernement intérimaire comme on peut le voir sur ce tableau. La formation du gouvernement intérimaire fut pilotée par le colonel Théoneste Bagosora, avec la collaboration des chefs des partis « power » ou des factions power des partis de l'opposition.' Cousin de l'épouse du président Habyarimana, Bagosora a été formé à l'Ecole de guerre à Paris, où il a obtenu un brevet d'études supérieures militaires. Il occupa successivement les fonctions de commandant adjoint de l'Ecole supérieure militaire de Kigali et de commandant de l'important camp militaire de Kanombe, de 1988 à 1992, dans lequel opéraient des officiers et instructeurs français, avant sa nomination au poste de directeur de cabinet au ministère de la Défense en juin 1992. Mise à la retraite de l'armée le 23 septembre 1993, il continua néanmoins à exercer ses fonctions de directeur de cabinet jusqu'à son départ du Rwanda en juillet 1994. Il est l'un des principaux organisateurs du programme d'autodéfense civile au cours duquel des distributions d'armes furent effectuées aux civils hutu qui avaient reçu un entraînement militaire, parfois assurée par des militaires français . Selon Filip Reyntjens, c'est Bagosora qui, dans la nuit du 6 au 7 avril 1994, entre 2h et 7h du matin, à partir du ministère de la Défense, donna des ordres de massacres à la garde présidentielle, au bataillon de reconnaissance et au bataillon para commando avec lesquels ils disposait d'une liaison radio directe et privée". Il est aujourd'hui poursuivi par le TP1R comme organisateur du génocide.

L'ambassadeur français. Jean-Philippe Marlaud, s'impliqua personnellement, aux côtés du colonel Bagosora, dans la formation du gouvernement intérimaire, jusqu'à la suggestion de certaines personnalités appelées à en faire partie. D'après les déclarations de l'ambassadeur Marlaud à la MIP. Dès le 7 avril, en compagnie du colonel Jean-Jacques Maurin, il avait « effectué une démarche auprès du colonel Théoneste Bagosora, le directeur de cabinet du ministre de la Défense, ce dernier étant en déplacement au Cameroun. Il lui avait dit qu’il fallait reprendre le contrôle de la situation et que les Forces armées rwandaises devaient coopérer avec la MINUAR, mais cet avertissement s'était avéré inutile et la situation avait continué de s’aggraver. »

Les tendances politiques radicalement anti-tutsi et contre les partis politiques de l'opposition modérée du colonel Bagosora étaient de notoriété publique. Ainsi, en juin 1992, lorsque le nouveau gouvernement de coalition dirigé par l'ancienne opposition a démis de leurs fonctions les anciens chefs d'état major de l'armée et de la gendarmerie à cause de leurs positions politiques extrémistes, le président Habyarimana avait tenté de faire nommer Bagosora au poste de chef d'état-major des FAR, les partis de l'ancienne opposition refusèrent du fait de ses orientations politiques extrémistes. C'est le même colonel Bagosora qui après avoir participé à une partie des négociations des Accords d'Arusha avait le 8 janvier 19936 «manifesté ostensiblement son opposition aux concessions faites par le représentant du gouvernement. Boniface Ngulinzira, ministre des Affaires étrangères, au point de quitter la table des négociations. Le colonel Bagosara a quitté Arusha en déclarant qu'il rentrait au Rwanda 'pour préparer l'Apocalypse'.)) Cette déclaration, largement relayée dans la presse rwandaise, avait fortement choqué à l'époque.

L'adoubement que constituait la démarche de l'ambassadeur Marlaud et du colonel Maurin demandant à Bagosora de prendre « le contrôle de la situation » est bien exprimé par l'ancien Premier ministre du gouvernement intérimaire. Jean Kambanda, lors de son interrogatoire du 26 septembre 1997 par deux enquêteurs du TP1R. A la question de savoir si le colonel Bagosora avait rencontré une opposition de la part des plus hauts responsables militaires à son intention de prendre le contrôle du comité militaire de crise constitué durant la réunion du 7 avril à l'état-major, Kambanda répond : « - Jean Kambanda : Oui à son projet de prendre le pouvoir [...] Et on lui a plutôt conseillé de demander avis à l'ambassadeur de France.

Le soutien accordé par l'ambassadeur Marlaud à celui qui est aujourd'hui considéré comme le principal organisateur du génocide et la protection accordée aux membres les plus radicalement extrémistes du Hutu Power réfugiés à l'ambassade tranche fortement avec la façon dont le diplomate français a traité le cas du Premier ministre en exercice, Agathe Uwilingiyimana. Celle-ci représentait l'autorité politique légitime en tant que chef du gouvernement. Elle était, sur le plan légal, la personne autorisée pour assurer la vacance du pouvoir. Mais elle avait peut-être le désavantage aux yeux de l'ambassadeur français d'être opposée au Hutu Power. Le Premier ministre Uwilingiyimana était intervenue le matin du 7 avril sur RFI en lançant un vibrant appel à la paix et à l'arrêt des violences. Cherchant à se rendre dans les studios de la radio nationale, les FAR l'empêchèrent de rejoindre Radio Rwanda pour adresser un message à la nation. Par cette intervention radiodiffusée le matin du 7 avril, alors que plusieurs personnalités de l'opposition étaient déjà assassinées, la France savait que le Premier ministre rwandais était en vie et en danger de mort. Or, entre la résidence du Premier ministre et l'ambassade de France, il y avait une distance ne dépassant pas 500 m ! Elle fut exécutée tout près de chez elle entre 1 Ih et 12h. Elle aurait pu être sauvée si l'ambassadeur français l'avait voulu.

Auditionné par la MIP, Marlaud reconnut avoir effectivement eu des rencontres avec des responsables politiques qui ont mis en place le gouvernement intérimaire :
« La matinée du 8 avril avait été marquée par [...] l'arrivée à l'ambassade de France de plusieurs ministres. Ces derniers ont alors tenu une réunion au cours de laquelle ils ont fixé trois orientations : remplacer les ministres ou les responsables morts ou disparus, tenter de reprendre en main la garde présidentielle en vue d'arrêter les massacres et, enfin, réaffirmer leur attachement aux accords d'Arusha. Ils se sont néanmoins refusé à nommer M. Faustin Twagiramungu Premier ministre en remplacement de Mme Agathe Uwilingiyimana ».

Concluant sur l'audition de Marlaud, la MIP écrit : « Vers 20 heures [le 8 avril], l'ambassade a été informée de la nomination d'un Président de la République et d'un Gouvernement intérimaire. La composition de ce gouvernement était apparemment conforme aux accords d'Arusha puisqu 'elle prévoyait une répartition des portefeuilles entre partis politiques ».

L'ambassadeur Marlaud travestit la réalité. Car le gouvernement intérimaire ne rassemble que les représentants des partis membres de la coalition Hutu Power ainsi que les factions Hutu Power dissidentes des partis d'opposition. Cette coalition Hutu Power était, depuis la fin de l'année 1993, radicalement contre les Accords d'Arusha et préconisait le massacre des Tutsi et des responsables politiques hutu et tutsi fidèles au processus de paix d'Arusha. La formation du gouvernement intérimaire, étape indispensable à la réalisation du programme génocidaire, avait nécessité au préalable l'assassinat des responsables politiques opposés à la coalition hutu power, dont le Président de l'Assemblé nationale et le Premier ministre, Agathe Uwilingiyimana, qui, constitutionnellement, devait assumer l'exercice du pouvoir, du fait de la disparition du chef de l'Etat. Quelques rares responsables politiques non Hutu Power avaient réussi à se cacher. Ainsi, la formation du gouvernement intérimaire est la manifestation du coup de force porté contre les Accords d'Arusha et l'étape politique nécessaire à la commission du génocide. L'ambassadeur Marlaud après avoir contribué à sa formation, cherche quatre ans plus tard à légitimer le gouvernement qui a orchestré le génocide.

Dès sa formation, l'ambassadeur Marlaud s'employa à obtenir le soutien diplomatique à ce gouvernement auprès des partenaires européens. Dans le courant de l'après-midi 8 avril, il téléphona à son homologue belge, Johan Swinnen, et lui communiqua une liste de ministres retenus en lui demandant de lui accorder son appui, en invoquant le motif selon lequel ce gouvernement avait été mis en place pour prévenir un coup d'état militaire. Selon F. Reytnjens, relayé par Linda Melvern1, l'ambassadeur belge «réagit avec réserve» en estimant que « la tendance est trop 'power '. Il exprime le point de vue qu'un tel gouvernement paraît trop peu conforme aux réelles exigences politiques. Marlaud, lui, se dit assez satisfait. Surtout parce qu'il juge que la mise en place d'un gouvernement permettra d'empêcher le coup d'Etat qu’'il redoute ».

On peut s'interroger sur les raisons qui ont poussé l'ambassadeur Marlaud à mettre à l'écart le général Marcel Gatsinzi, chef d'état-major de l'armée qui représentait l'autorité militaire légale. Pourquoi la France a-t-elle collaboré avec Bagosora, retraité de l'armée et connu pour ses positions extrémistes, en laissant de côté le chef d'état-major en charge des questions de sécurité publique et de maintien de l'ordre qui avait été désigné dès le 6 au soir par ses pairs de l'armée ?

2.1.2 Les évacuations ciblées

Quelques heurs après le déclenchement du génocide, la France déploya au Rwanda l'opération Amaryllis, avec pour mission officielle de procéder à l'évacuation des ressortissants français et étrangers. Ainsi, Amaryllis évacua les Français et d'autres Occidentaux, parfois avec leurs chiens, mais abandonna des centaines de milliers de Rwandais en danger de mort certaine, y compris des employés tutsi de l'ambassade et des autres services français installés au Rwanda. Elle laissa les fonctionnaires des organismes internationaux non européens qui avaient trouvé refuge auprès de la MINUAR à l'Ecole technique officielle de Kicukiro, mais se soucia de l'évacuation prioritaire des extrémistes hutus les plus virulents.

a) Protection des extrémistes du hutu power

Les principales personnes rwandaises évacuées par la France furent les proches du pouvoir, en priorité la veuve du président défunt, Agathe Kanziga, embarquée à bord d'un Transall de l'armée française vers Bangui avec douze membres de sa famille, notamment son frère Protais Zigiranyirazo, sa sœur Catherine Mukamusoni, son cousin germain Séraphin Rwabukumba et Alphonse Ntilivamunda gendre du président Habyarimana. A cette époque, Agathe Kanziga et ces autres personnes, à l'exception de Catherine Mukamusoni, sont connues pour être des extrémistes qui, depuis 1992, organisaient autour d'elle un groupe de tueurs composé de civils et de militaires appelé « Réseau zéro » ou « clan de Madame » qui coordonnait les massacres et assassinats politiques au cours des années précédant le génocide1. Le rôle politique néfaste de Mme Habyarimana fut reconnu par la Commission de recours des réfugiés dans sa décision de rejet du 1 5 février 2007 qui considère :

« II résulte de l'instruction que [...] peut être établi l'existence d'un premier cercle du pouvoir [...] appelé akazu, dans lequel se distinguait le rôle prépondérant exercé par la requérante ; que ce premier cercle de l'akazu comprenait des personnes originaires en majorité de la région de provenance de l'intéressée et de son défunt mari ; que le noyau dur de ce même cercle était composé de Mme Agathe KANZIGA veuve Habyarimana, de son frère Protais ZIGIRANYIRAZO, de son cousin germain Séraphin RWABUKUMBA et de son cousin, le colonel Elie SAGATWA, et que ce 'petit' akazu détenait des pouvoirs réels depuis le coup d'Etat de 1973 notamment dans la désignation des fonctionnaires, des militaires et des magistrats aux principaux postes ainsi que dans la redistribution des biens étatiques, laquelle favorisait les membres de l'akazu et les régions du nord-ouest du Rwanda. d'où venaient ces membres ; qu’ainsi, la requérante, sans détenir de poste officiel, exerçait une autorité de fait sur les affaires de l'Etat : qu'elle s'est nécessairement trouvée au cœur du régime qui s'est rendu coupable des crimes perpétrés entre 1973 et 1994, notamment des assassinats d'opposants politiques après le coup d'Etat de 1973 et de la planification du génocide rwandais qui a eu lieu, dans sa plus grande proportion, entre le 6 avril et le 17 juillet 1994 ».

La veuve du président Habyarimana ne cachait nullement son engagement en faveur des massacres en cours au Rwanda. La déclaration de François Mitterrand, lors d'une audience accordée à une délégation de Médecins sans Frontières, le 14 juin 1994, le montre assez bien : « Elle a le diable au corps, si elle le pouvait, elle continuerait à lancer des appels aux massacres à partir des radios françaises. Elle est très difficile à contrôler ».

Le rôle joué par Agathe Kanziga dans la politique des massacres était de notoriété publique et les décideurs français ne devaient pas l'ignorer. Il ressort des documents de la présidence française que l'évacuation de la famille présidentielle rwandaise et autres dignitaires du régime rwandais fut explicitement ordonnée par le président français. Une note de Bruno Délaye indique : « Famille du président Habyarimana. Elle est pour l'instant sous la protection de la garde présidentielle. Si elle le souhaite, elle sera accueillie à la résidence de notre ambassadeur, conformément à vos instructions ». Une autre note du général Quesnot précise : « La situation a conduit à recommander fermement à nos ressortissants de quitter le pays. Le premier avion ayant à son bord une quarantaine de Français et, conformément à vos instructions, douze membres de la famille proche du Président Habyarimana a quitté Kigali samedi enfin d'après-midi ».

Agathe Kanziga et ses proches rejoignirent la France le 1 7 avril 1994 et s'installèrent d'abord dans un hôtel à Paris aux frais de l'Etat français, puis déménagèrent dans un appartement familial, la France couvrant tous les frais d'ameublement1. Ils furent reçus par les représentants du Quai d'Orsay qui leur attribuèrent une allocation de subsistance imputée sur un compte spécial des actions urgentes en faveur des réfugiés rwandais. Interrogé sur le bien-fondé de cette faveur, le ministre de la Coopération, Michel Roussin s'insurgea contre ceux qui le critiquaient : « Nous avions des relations convenables avec un président légitimement élu et nous avons récupéré sa famille qui a demandé notre aide ». Il ajouta : « Il est pour le moins étrange que l'on reproche à la France d'avoir procédé ainsi : d'autres pays ont pu juger bon d'abandonner les dirigeants avec lesquels ils avaient entretenu des relations normales jusqu'alors. Faire de même les aurait condamnés à mort. Nos traditions sont autres ».

Auditionné par la MIP, Alain Juppé nia la réalité du caractère sélectif des évacuations : « Ces décisions d'évacuation ont été prises sur place entre l'ambassade de France, et notre ambassadeur qui était sur place, M. Marlaud, et les responsables d'Amaryllis en jonction de ce qui était faisable dans une ville en proie, je le rappelle aux massacres et où de nombreux sites étaient totalement inaccessibles. Le détail pourra paraître mineur mais le téléphone était coupé. Ont pu être évacués les personnes qui étaient à l'ambassade et sur les lieux de regroupement - et je le dis ici jusqu'à ce qu'on m’apporte la preuve du contraire -, qu'il s'agisse de Français, d'étrangers de toutes nationalités, de Rwandais hutu ou lutsi. Les personnels de l'ambassade ont été sauvés quelle que soit leur origine. Et je trouve qu'il est gravissime d'affirmer sans preuve concrète qu’un tri aurait été fait à l'ambassade de France entre les Hutu et les Tutsi au moment de l'évacuation. J'affirme le contraire - sur la base des informations dont je dispose -, à charge pour ceux qui soutiennent cette thèse de l'étayer par des preuves. Mais je voudrais dire que ceci est vraiment d'une extrême gravité lorsqu'on affirme des choses de ce type ».

Il convient de préciser que le téléphone n'était pas coupé dans Kigali pendant l'opération Amaryllis. Pendant cette période, des anciens employés tutsi des institutions françaises l'ont utilisé et ont communiqué avec leurs employeurs français comme nous allons le voir plus loin. La principale centrale téléphonique du pays avait été déplacée à l'hôtel des Mille collines et était sous la surveillance de militaires français. Elle permit des échanges entre le colonel Jean-Jacques Maurin et F état-major des FAR, et c'est sur cette même centrale que le 2 mai 1994, Bruno Délaye eut un échange avec le patron des FAR, le général Bizimungu, pour l'empêcher d'exécuter les personnes réfugiées dans cet hôtel. Enfin, durant Amaryllis, les troupes françaises pouvaient aller où bon leur semblait, presque partout dans Kigali, sauf dans le petit périmètre occupé par le bataillon du FPR stationné dans l'enceinte du Parlement et ses alentours en vertu des Accords d'Arusha.

18:35 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, France, Rwanda | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : rwanda, génocide, interahamwe, amaryllis, turquoise, habyarimana | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |