topblog Ivoire blogs

jeudi, 27 juin 2013

LES MILITAIRES TRAHIS PAR LE GENERAL PHILIPPE MANGOU LUI ECRIVENT

 

côte d'ivoire,philippe mangou,kassaraté,les militaires trahis par le général philippe mangou lui écriven

Après son interview, des FDS se sentant trahis par le Général Mangou, lui écrivent une lettre.

 

Les militaires trahis, à monsieur Mangou.

 

Après avoir pris connaissance de l’interview que le Général Mangou a accordée au journal Fraternité Matin N° 14563 du samedi 15 juin 2013, nous, éléments des forces armées nationales de Côte d’Ivoire (FANCI), ayant servi sous ses ordres, ne pouvons rester indifférents face à certains propos tenus par lui dans cette déclaration :

 « Le Président Alassane Ouattara a fait de moi un ambassadeur pour me permettre de vivre cette nouvelle expérience qui est très bonne.

Je voudrais profiter pour lui dire un très grand merci pour cette nomination. Le Président en faisant montre à tous qu’il n’ya vraiment pas de haine dans son cœur qu’il tend la main à tous les enfants de la Côte d’Ivoire sans exclusion, pour que chacun puisse apporter sa pierre au processus.

Tous les ivoiriens doivent savoir que quand nous avons servi un Président avec détermination loyauté et fidélité et qu’un autre est élu par le peuple souverain de Côte d’Ivoire, on se doit de le servir avec la même fidélité loyauté et détermination. Certains ne le comprennent pas. Ils parlent de trahison. Il faut être animé d’esprit Républicain. C’est ce que nous faisons. » 

Notre démarche est de monter à ce Général que lorsqu’on danse avec un aveugle, il faut lui marcher souvent sur les pieds pour qu’il sache qu’il n’est pas seul sur la piste de danse.

Notre analyse se portera d’abord sur la notion d’esprit Républicain qu’il prétend avoir, ensuite sur la trahison dans laquelle il dit ne pas se reconnaitre et enfin sur le fait qu’il dise que Alassane OUATTARA a bon cœur parce qu’il l’a nommé.

Ambassadeur, de quoi s’agit-il ?

1- De l’esprit Républicain

De quel esprit  Républicain parle le GENERAL Mangou ? Etes-vous bien placé pour parler d’esprit Républicain ? Avez-vous mis en pratique la prestation de serment que fait tout officier avant sa remise d’épaulettes ? Nous disons, non. Peut-être que vous l’avez oublié, nous, nous faisons le devoir de vous rappeler que ce serment demande à  tout officier de respecter la constitution, les lois et les institutions de son pays au prix de sa vie.

L’histoire récente de notre pays a montré que vous le GENERAL Mangou vous êtes un officier Général fuyard un officier qui n’est pas DELTA (qui n’est pas digne dans le jargon militaire). Oui nous pesons bien nos mots. Un officier fuyard est un indigne ne peut pas se vanter d’avoir un esprit Républicain.

Mon Général, vous qui êtes allé jusqu’au grade de Général de corps d’armée vous pouvez faire allégeance à un Président élu, proclamé vainqueur par le Conseil Constitutionnel qui a prêté serment et vous dédire après ?

Nous pensons que vous, un GENERAL de corps d’armée de surcroit Chef d’Etat Major, cela aurait été impossible. Mais vous, vous l’avez fait. Pouvez-vous qualifier cet acte d’esprit Républicain ? Nous vous disons, non.  Là, vous avez raté de monter dans le train de l’histoire de notre jeune  nation. Pensez-vous qu’aujourd’hui, un seul officier peut vous prendre pour modèle ? Nous disons non, mon Général.

Votre gallon de Général de corps d’armée ne pourra qu’aller à l’oubliette. Ce gallon a été un gâchis pour la République. Vous êtes considéré aujourd’hui par tous vos frères d’armes comme un GENERAL fuyard, peureux, qui peut prétendre à tout sauf à un esprit Républicain.

2- De la trahison

Mon Général, qu’est ce que vous voulez qu’on comprenne ? Que vous êtes un bon GENERAL ? Mon GENERAL, vous ne l’êtes pas. Vous avez non seulement trahi le peuple de Côte d’Ivoire, mais toutes les institutions de la République et vos frères d’armes.

N’est-ce pas vous qui, voulant répondre à SORO Guillaume, le vendredi 21 janvier 2011, lorsque BLE GOUDE, accompagné par les membres de la galaxie patriotique, était allé dans les locaux de l’Etat Major vous inviter officiellement au stade Champroux, avez dit que SORO GUILLAUME rendra compte à Dieu de ses actes de meurtres et qu’il sache que pour vous et les FDS, « la mort est un gain » ?

N’est-ce pas vous qui avez dit au stade Champroux de Marcory le dimanche 23 janvier 2011, après que vous ayez déjà fait allégeance au Président  LAURENT GBAGBO en décembre 2010 que vous avez des armes de destruction massive et que vous êtes prêts à vous battre contre tous ceux qui vont piétiner la constitution ivoirienne et s’attaquer aux ivoiriens ? L’objectif  de cet appel n’était-il pas de demander aux troupes de rester fidèles au Président élu LAURENT GBAGBO ?

Etait-ce un autre GENERAL Mangou qui avait lancé ces propos au stade Champroux devant des milliers de jeunes ivoiriens ? C’est bien vous, non ! Mais le moment venu de se battre, qu’avez-vous fait ? Vous vous êtes rendu nuitamment au GOLF HOTEL (QG de campagne d’ALASSANE OUATTARA) sans donner de contre ordre aux troupes. Vous avez fui. Comment qualifie-t-on cet acte, mon GENERAL ? Nous vous disons  que c’est ça qu’on appelle la trahison.

Quand vous donnez des ordres aux FDS leur disant de replier tous sur Abidjan pour organiser la défense de la capitale, et qu’avant qu’ils n’arrivent tous à Abidjan vous avez déjà pris la poudre d’escampette fermant tous vos téléphones sans contre ordre, comment pouvez vous qualifier cette attitude ? C’est ça qu’on appelle la trahison, mon GENERAL.

Quand vous appelez les jeunes à s’enrôler dans l’armée à partir de mars 2011, et que vous faites ce recrutement massif et que vous les abandonnez pendant qu’ils sont encore en formation, comment qualifiez-vous cette attitude ? Mon GENERAL, c’est ça la trahison !

Quand au moment du combat pendant que tout le peuple s’attendait à ce que vous vous battiez jusqu’au bout et que ce peuple constate que vous avez fui laissant vos subalternes sur le terrain. Comment qualifiez-vous cette attitude ? C’est la trahison, mon GENERAL.

Tous ces soldats qui sont morts parce qu’ils ont cru en leur Chef d’Etat Major qui les a abandonnés en chemin sans contre ordre n’ont-ils pas été trahis par vous ? Vous serez toujours hanté par le sang de tous ces militaires pour l’éternité.

Mon GENERAL, vous avez trahi vous-même l’armée de Côte d’Ivoire, le peuple de Côte d’Ivoire, les institutions de la République, vos frères d’armes de la Gendarmerie Nationale, de la Police Nationale, de la Douane, des Eaux et Forêts, de la Marine Marchande. Vous avez trahi même vos propres gardes de corps dont le Chef qui se surnommait J.C Côte d’Ivoire, vous cherchait dans toute la Capitale ne sachant pas où vous êtes. Vous n’êtes pas un GENERAL digne.

3- Du bon cœur d’Alassane Ouattara

Venant de vous qu’Alassane OUATTARA a un bon cœur ne nous surprend pas. Cependant, nous vous rappelons qu’il vous a nommé ambassadeur non pas parce qu’il a bon cœur, mais pour le service que vous lui avez rendu en trahissant le peuple de Côte d’Ivoire, les institutions de la République et vos frères d’armes à son profit.

Nous savons que vous, GENERAL Mangou, saviez cela à moins que vous n’ayez pas de conscience.

Sachez que beaucoup de vos frères d’armes sont en  prison, en exil ou traqués par celui qui a un «  bon cœur » pour vous parce qu’il vous a nommé ambassadeur.

Pourquoi tous ces militaires sont-ils en prison, en exil, traqués, alors qu’ils ont servi sous vos ordres pendant que vous, vous êtes nommés ambassadeur ?

Mon général, avant de vous quitter, nous voulons vous faire remarquer que vous n’êtes pas un modèle pour la côte d’Ivoire et pour l’armée ivoirienne. Pourriez-vous regarder un seul instant dans le rétroviseur et vous comparer au général Ouattara Thomas d’Aquin qui fut GENERAL de corps d’armée comme vous ? Nous disons, non ; car vous ne pouvez même pas vous comparer au dernier soldat sur l’éthique militaire à plus forte raison à ce grand GENERAL.

Quand nous, militaires, voyons aujourd’hui la descendance du GENERAL d’Aquin, nous leur vouons un grand respect à cause de la grandeur de leur père. Mais vous, vos descendants seront hués à cause de votre trahison.

Aucun statut ne pourra être érigé en votre honneur dans ce pays comme celle du général d’Aquin connue à l’ENSOA de Bouaké que nous avons tous saluée fièrement lors de notre passage dans cette école ; car au panthéon de l’histoire des généraux traîtres, vous occupez une place de choix.

Rappelez-vous de ce que le GENERAL Dogbo Blé vous a dit au Golf Hôtel pendant qu’on le maltraitait sous vos yeux. Oui, vous êtes un lâche mon GENERAL. Vous ne méritez pas d’être appelé Général, vous êtes le dernier des soldats en Côte d’Ivoire.

Permettez-nous maintenant de vous tutoyer parce que ne méritant plus d’être vouvoyé par un seul soldat de la Côte d’Ivoire digne de ce nom.

Nous, militaires de Côte d’Ivoire (officiers, sous-officiers, militaires de rang) des Forces Armées Nationales de Côte d’Ivoire (FANCI) T’ANATHEMATISONS.

« La malédiction te suivra jusqu’à ta descendance » car l’histoire de la Côte d’Ivoire qui s’écrit à présent retiendra qu’il fut un chef d’Etat Major, général de corps d’armée, du nom de Philippe Mangou qui a trahi son peuple, les institutions de son pays et ses frères d’armes. Qu’il a pris la fuite face à l’agresseur, livrant ses subalternes à la mort. Oui, Philippe Mangou, tu demeures fuyard, un lâche, un traître.

Un conseil : taches désormais de faire attention à tes déclarations si non, tu vas entendre des choses qu’on ne t’a jamais dites en publique te concernant. Et cela est aussi valable pour les amis traîtres comme Detho Letho, Kassaraté Tiapé Edouard, Brindou M’bia qui sont de la même trempe de traître que toi.

Des gens comme toi qui trahissent, doivent éviter de prononcer certains mots dans leurs déclarations. Ils doivent faire profil bas ! Mais au fait, monsieur Mangou, dis-nous, qu’est ce que cela te fait-il de savoir que le président Laurent Gbagbo, ton bienfaiteur est aujourd’hui à La Haye, alors que tu te prévaut du grade de GENERAL de corps d’armée qu’il t’a conféré ?

Que dire aussi de tous ces militaires ayant cru en toi et que tu as trahis ? Simple question de conscience ! A bon entendeur, salut.

  

Tes frères d'armes trahis.


Source: Le blog d'Alain Doh Bi

jeudi, 20 juin 2013

DEBAT SUR LA CPI: LE RWANDA HUMILIE FATOU BENSOUDA

LOUISE MUSHIKIWABO.jpg


A l’occasion d’un débat consacré à «l’indépendance» en Afrique, lors de la deuxième édition du New York Forum Africa 2013 à Libreville, au Gabon, le rôle joué par la Cour pénale internationale (Cpi) a été remis en question par la ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo. Présente au débat qui a eu lieu le 15 juin dernier, la procureure de la juridiction internationale Fatou Bensouda a tenté de défendre l’institution judiciaire qu’elle dirige.



«La Cour pénale internationale a été créée par la communauté internationale qui n’est pas sous la houlette des grandes puissances». Cette déclaration est celle de Fatou Bensouda, la procureure de la Cpi, lors du débat placé sous le thème de «La route vers une nouvelle indépendance», au New York Forum Africa 2013, à Libreville, au Gabon, le 15 juin dernier. L’évènement, fondé et dirigé par Richard Attias, a rassemblé, pour cette deuxième session, pas moins de 1500 personnes, selon les organisateurs.

Présente au débat, la ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, a accusé les dirigeants de la Cpi d’être une organisation judiciaire créée spécialement pour traduire en justice les dirigeants et figures politiques africains. « Il n’est pas honnête de dire que la Cpi ne s’acharne pas contre l’Afrique. Je ne suis pas d’accord avec ma sœur Fatou Bensouda lance le chef de la diplomatie rwandaise. Un grand nombre d’Africains croit fortement à cette Cpi, mais il y a un vrai problème aujourd’hui». Un problème qui, selon elle, vient directement d’Europe. Elle accuse les Européens d’utiliser «cette Cpi» pour manipuler la politique africaine. Elle regrette que la Cpi «limite» son champ d’action en Afrique et affirme qu’en dehors des pays africains qui auraient fait appel à la Cpi, seuls deux pays du continent sont visés directement par la Cpi, dont le Soudan.

Fatou Bensouda reprend la parole après les applaudissements de la salle suite au discours de Mushikiwabo : «C’est malheureux qu’un grand nombre de conclusions ait été réduit à la manipulation politique». Selon la procureure, des dirigeants africains, au Mali, en Côte d’Ivoire ou encore en République démocratique du Congo, auraient fait appel à la Cpi pour intervenir dans leur pays. «Avec tout le respect que je dois à mon interlocutrice précédente (Louise Mushikiwabo, ndlr), nous savons que l’Afrique a poussé à la création de la Cpi !», a-t-elle lancé, avant de rappeler que «le premier pays à avoir ratifié le traité de Rome est un pays africain et il s’agit du Sénégal».

Pas question de baisser la garde. Après de telles affirmations, Mushikiwabo rebondit : «Ne dites pas que les Africains viennent vous voir (la Cpi) pour être jugés. C’est faux, car l’Afrique ne veut pas de colonialisme judiciaire !», a-t-elle rétorqué sur un ton énervé. Suite à cette conclusion, Bensouda a démenti l’exercice d’un colonialisme judiciaire de la part de la Cpi en Afrique.

Des personnalités de la société civile et politique en Afrique accusent l’Occident d’avoir créé la Cpi dans l’unique but de traquer les bêtes noires de l’Afrique. Fatou Bensouda a, au contraire, assuré que la Cpi a ouvert des dossiers dans d’autres pays hors du continent africain. Oui mais combien comparé aux nombreux dossiers judiciaires ouverts en Afrique par la Cpi ?

 

In le quotidien ivoirien "Notre Voie".


Source: AFRIK53.COM

dimanche, 02 juin 2013

SOUVENONS-NOUS DE CE QUE JEAN-LUC MELENCHON DISAIT SUR LA COTE D'IVOIRE LE 17 AVRIL 2011

 

JEAN-LUC MELENCHON 2.jpg

 

Ces propos sont une analyse juste de l'incroyable lâcheté d'un Parti socialiste pour qui ne comptent, en Afrique, que les "réseaux" et la realpolitik".


"Le parti de Laurent Gbagbo était membre de l’internationale socialiste. Quelle contribution a pris l’internationale socialiste au règlement de la crise ? Aucun. Quels ont été les membres de cette illustre organisation qui se sont interposés dans le drame ? Aucun. Pourtant le PS français assure la vice présidence de cette organisation et Pierre Mauroy en a été le président ! Que dit cette organisation sur la capture de l’un des siens et son emprisonnement dans une zone contrôlée par des mercenaires sanguinaires ? Rien. Quant aux dirigeants français du PS, prompts à faire des visites sur place ? Rien. Combien d’année, le délégué national aux questions africaines a-t-il été aussi un intime de Laurent Gbagbo ? Lui, du moins, a-t-il assumé loyalement jusqu’au bout. Mais les autres ? Et euro RSCG, l’agence de communication de Dominique Strauss-Kahn, organisatrice de la campagne électorale de Laurent Gbagbo. Vont-ils rendre l’argent au nouveau pouvoir pur et sincère de monsieur Ouattara ? Non bien sur ! Sinon il faudrait rendre celui d’Eyadema, celui de Bongo et celui de combien d’autres ? Admettons. Admettons que chacun ait, en cours de route, découvert qu’ils ont soutenu par erreur un odieux tyran. Dans ce cas pourquoi ne demandent-ils pas à l’internationale socialiste une réunion pour prendre la mesure du nombre de ses membres qui viennent de perdre le pouvoir dans la violence ? Pourquoi n’ont-ils jamais demandé leur exclusion avant ? Pourquoi ont-ils gardé toutes leurs responsabilités dans cette organisation ?

Ces débats sur la nature et l’orientation de cette organisation m’ont été mille fois refusé, l’air excédé, par un François Hollande, du temps qu’il dirigeait le PS. Il n’y a pas eu une minute de débat quand leur ami De Larua fit tirer sur la foule argentine par ses policiers, ni quand leur ami président du Venezuela social démocrate fit tirer sur celle de Caracas, ni sur leur cher Alan Garcia élu président du Pérou avec l’aide de la droite qui fit massacrer paysans et prisonniers de droit commun. Aucune de mes mises en garde concernant cette organisation, faites de vive voix ou par écrit dans mes livres et articles, n’a jamais reçu un mot de réponse ni soulevé une minute de débat. Ils s’en moquent, ils ne savent pas où c’est, ils ne savent pas de qui il s’agit…. On connait la musique. Ils soutiennent n’importe qui, n’importe comment, du moment que l’intéressé a un tampon de l’Internationale Socialiste et paye le voyage. « Nous ne permettons pas aux autres de nous dire ce que nous devons faire, de quel droit irions-nous leur dire ce qu’ils doivent faire eux » m’avait lancé François Hollande. Après quoi ils sont prêts à abandonner leurs amis d’un jour à la mare aux caïmans, quand ça tourne mal.

Mais le cas de Laurent Gbagbo ne ressemble à aucun autre. Je prends le risque de me voir affubler par bien des petites cervelles qui liront ces lignes une nouvelle fois de leurs simplifications offensantes. Mais je ne risque, moi, aucune confrontation désagréable avec mes actes. J’ai rencontré Simone Gbagbo du temps où elle était dans l’opposition. Je n’ai jamais été invité sous sa présidence. Je n’ai jamais participé à une conférence sur place, ni été défrayé pour cela, je n’ai pas eu de tache d’écriture rémunérée par euro RSCG. Gbagbo ne m’a jamais téléphoné, écrit, fait porter des messages ou interpellé. J’étais, pour lui aussi, ce que j’étais pour ses chers amis du PS et de la gauche du PS. Une ombre au tableau. Mais il reste ceci : que ça plaise ou pas :

Gbagbo a été la seule tentative de faire de la vraie sociale démocratie en Afrique. Qu’il ait échoué, dérivé ou ce que l’on voudra, mérite mieux que le lâche abandon auquel ont procédé les dirigeants du PS français. Les ivoiriens méritaient au moins une tentative d’interposition politique. Aujourd’hui, au moins par compassion humaine, par respect pour leur propre passé et leur ancienne amitié, ils devraient se soucier de savoir ce que devient Laurent Gbagbo et sa famille entre les mains des mercenaires givrés de Alassane Ouattara. Ils ne le feront pas. Ils espèrent juste que ça passe et qu’on ne leur demande aucun compte.

Je crois bien que les images de « l’arrestation » de Laurent Gbagbo devraient créer un grand malaise. Leur violence, le style « mercenaire aux yeux rouges » des assaillants, l’ambiance de lynchage des vaincus, les violences faites aux femmes, l’évidente main mise de notre armée sur l’opération, rien ne ressemblait moins à une opération de protection de la population sous mandat de l’ONU. Mais, depuis le début, Laurent Gbagbo est l’homme à abattre pour les concessionnaires français qu’il a menacé dans leurs intérêts un temps même s’il les a bien cajolé ensuite. Cela n’excuse rien, mais cela explique tout. Et d’abord la réécriture de la personnalité d’Alassane Ouattara. En fait, un vrai aventurier repeint en bon père de la démocratie. Soutenu par l’ancien président hier accusé de totalitarisme, Konan Bédié qui l’avait empêché en son temps d’être candidat à l’élection présidentielle, et par le premier ministre de Gbagbo, un soi disant « rebelle du nord », vrai seigneur de la guerre, dont les mercenaires ont été immédiatement maintenus en place et rebaptisés en « force républicaine », le changement de camp valant amnistie pour les crimes qui leur étaient hier reprochés. Alassane Ouattara est un chef de clan et rien de plus. L’argument de sa victoire électorale est une fiction qui pouvait être utile aussi longtemps qu’il pouvait y avoir une perspective d’accord sur ce point entre les parties. Mais il n’y en avait pas.

Ne restaient donc en présence qu’une addition de tricheries. Valider les mensonges des bourreurs d’urnes d’Alassane Ouattara revenait à prendre partie dans une guerre civile. Elle dure depuis 2003. La raconter obligerait à un récit qui prendrait trop de place. Aucune page n’y valut mieux que la précédente. Mais aucune ne correspond au récit simpliste de la lutte entre gentil et méchant qui repeint Gbagbo en tyran et Ouattara en démocrate. Car si l’on en a vu beaucoup montrer du doigt ce fait que Gbagbo n’a pas obéi aux injonctions de l’ONU, on dit moins, et même jamais, que Ouattara n’y a pas davantage obéi. Notamment parce que ses mercenaires n’avaient pas désarmé pendant l’élection, contrairement à la demande de l’ONU. Leur influence pédagogique explique sans doute les votes à 90 % en faveur de sa candidature dans les zones qu’ils contrôlaient. On vit clairement le parti pris quand fut refusé le recomptage des suffrages, demandé par Gbagbo et refusé par Ouattara. Pourquoi ? On l’avait bien fait aux USA, faut-il le rappeler ? A la fin il faut se souvenir que le mandat de l’ONU était de "protéger les civils" et d’"empêcher l’utilisation d’armes lourdes" contre eux, pas d’aller arrêter un président sortant en bombardant le palais présidentiel.

Mais qui s’en soucie ? « Vae victis », comme dirait Michel Denisot. Malheur aux vaincus ! Je crois que cette opération militaire déclenchée sans le début d’une discussion et ou d’un vote de l’assemblée nationale commence un mauvais style pour la suite de nos relations avec l’Afrique. Il est urgent que notre pays se ressaisisse. En premier lieu que le parlement ne laisse plus s’installer cette habitude qui voit dorénavant tous les artifices d’interprétation et de procédure réunis pour justifier que les parlementaires n’aient jamais leur mot à dire sur les expéditions militaires du pays. On n’a voté à l’Assemblée et au Sénat ni sur l’Afghanistan, ni sur la Libye, ni sur la Côte d’Ivoire ! Ni avant, ni pendant, ni depuis ! Et, bien sûr, c’est nous qui donnons des leçons de démocratie aux autres ! Mais nous, quel genre de démocratie est donc la nôtre entre l’Europe qui nous dicte des lois et des astreintes jamais délibérées et un régime présidentiel qui déclenche des guerres à sa guise et sans mandat ni contrôle du parlement ? Il me semble qu’une commission d’enquête parlementaire sur cette intervention est seule capable de faire la lumière sur l’enchainement qui a conduit jusqu’à cette intervention militaire française dans la guerre civile ivoirienne."

 

Source: Le blog de Théophile Kouamouo

lundi, 25 février 2013

AFRIQUE: 8 QUESTIONS A FRANÇOIS HOLLANDE

 FRANçOIS HOLLANDE - AFFICHE DE CAMPAGNE.jpg


Depuis l’accession au pouvoir de François Hollande, beaucoup d’africains sont tentés par l’espoir d’un changement dans les relations de leurs pays avec la France. L’avalanche de publications, surtout dans la presse, le confirme. En gros, M. Hollande est propulsé nouveau sauveur, du moins quelques chances lui sont reconnues pour influer sur la terrible situation de l’Afrique, comme ce fut le cas en 1981 pour François Mittérand.

 
 
Le centre de gravité de cette effervescence tient à la promesse faite par M. Hollande de bousculer la françafrique. M. Hollande entend ainsi inscrire la relation franco-africaine dans sa promesse de normalité reposant sur la béquille « Justice et Vérité ». Vu la relation toujours « idyllique » entre la France et l’Afrique, franchement, cette béquille ne parle pas à notre continent, tout au moins à la zone considérée comme le pré-carré français, bastion de la françafrique.
 
En tant que système, la françafrique trouve ses origines à la conférence de Brazzaville en 1944. Depuis
lors, rien, absolument rien n’a changé sur les bases relationnelles entre la France et ses anciennes colonies d’Afrique. Pour le moment à part le slogan « Le changement maintenant », et le virage à 180° vis-à-vis de la méthode Sarkozy[1] aucun signe tangible ne montre de différences fondamentales d’avec le passé françafricain. Il ne s’agit donc que d’une promesse d’un chef d’Etat français comme tous ses prédécesseurs de la 5ème république. Nul n’est donc tenu d’y accorder quelconque crédit. 

M. Hollande ne peut pas intéresser les africains (je parle de l’Afrique qui croit en elle-même), puisque, épluchant ses déclarations, il est facile de constater qu’il s’adresse aux français, parle de leurs problèmes, s’exprime sur leur crainte face à la crise, etc. De l’Afrique ? Pas un mot, à part l’engagement d’en finir avec la françafrique. C’est justement là qu’il ne faut pas le croire, car Hollande ne s’engage qu’à mettre fin au cercle de relations mafieuses qui lient les élites politiques françaises et africaines. Dans ce sens, il s’engage à ne pas bénéficier des financements occultes dont les chefs d’Etat africains arrosent le cœur politique français[2]. Il y a quelque mois, il a eu cette déclaration:

«Avec l'Afrique, je veux établir une nouvelle donne. La France maintiendra ses engagements vis-à-vis de ce continent plein de promesses. Toutes les puissances du monde y sont, essayent de développer leur influence et les Africains eux-mêmes ne souhaitent pas que la France se désengage. Mais notre politique doit être différente du passé. Elle doit être fondée sur la transparence dans nos relations commerciales et économiques. Elle doit être fondée sur la vigilance dans l'application des règles démocratiques et le respect aussi des choix souverains. Notre vision de l'Afrique doit refléter ce qu'elle est aujourd'hui, c'est-à-dire un continent en forte croissance et qui le sait et qui ne supporte plus le discours larmoyant à son endroit. Un continent où la démocratie progresse, où l'environnement et l'énergie sont autant de sujets majeurs. Un continent avec lequel nous avons une proximité historique, culturelle, linguistique exceptionnelle. En 2050, 80% des francophones seront Africains, 700 millions de femmes et d'hommes, chacun comprend ici l'enjeu.»[3] 

En clair, M. Hollande pense le plus naturellement du monde que l’Afrique est une vaste zone de commerce et en cela, son discours parle à la France et non pas à l’Afrique. Plus encore, ce discours reste dans la ligne naturelle de la françafrique qui est d’abord et avant tout un système souterrain qui siphonne le continent noir et sur lequel aucun chef d’Etat français (gauche et droite confondues) n’a osé donner un réel coup de griffes. Et pour cause? L’essentiel de l’économie extérieure française se développe en Afrique et ce grâce à la françafrique aidée par le très charmant club de la francophonie. Tenez, La francophonie est plus une réalité économique que seulement politique: L’espace francophone c’est[4] :

- 890 millions de personnes (de consommateurs, s’entend)
- 19% du commerce mondial
- 2 pays membres du G7 (France et Canada) et 4 de l’OCDE (France, Canada, Belgique, Suisse)
- 21,19% des terres habitables de la planète
- 22% des ressources d’eau potable renouvelables mondiales.

Et si on ajoutait ces propos de Mitterrand de 1988, «Un (1) franc investi rapporte 8 frs», la coupe est pleine. Alors, face à ce potentiel à disposition, pour quelle raison un chef d’Etat français, de gauche soit-il refuserait-il de s’aligner à la doctrine gaulliste «la France n’a pas d’amis mais des intérêts»?

M. Hollande n’a d’ailleurs pas d’autre choix que de s’y aligner sinon, il se mettrait à dos tout le milieu d’affaire français, car la relation entre la françafrique et les intérêts économiques français sont trop importants. Il fait donc tout pour ne pas fondamentalement mettre en cause cette pieuvre de françafrique. C’est pourquoi sa stratégie consiste à gommer les aspérités qui dérangent (les relations mafieuses) et à laisser en l’Etat la partie la plus intéressante pour la France, le siphonage des ressources naturelles africaines. Sa stratégie a d’ailleurs l’intelligence de ne déranger personne : les africains pourraient croire à un coup de pied dans la fourmilière, et les milieux d’affaires, malgré la transparence dont se prévaut M. Hollande, continueraient à prospérer dans les mêmes conditions qu’auparavant. François Mitterrand s’est d’ailleurs essayé au démantèlement de la françafrique et s’est lamentablement fourvoyé pour des raisons qui peuvent aujourd’hui forcer Hollande à reculer : la très forte dépendance de la France à la françafrique.

Hollande n’est donc pas forcément dans une meilleure position que Mitterrand pour réussir le démantèlement de la françafrique, encore qu’il ait la ferme volonté d’agir. Il n’y a donc aucune raison de compter sur quelconque de ses engagements et voilà ci-après Huit (8) bouchons qu’il devra sauter ou se résoudre à renoncer à sa « Normalité », tout au moins sur le dossier françafricain.
 
Contrainte n°1 : Renoncer au parrainage du FCFA?

Au delà de tout l’aspect caricatural, le principal intérêt qui motive jusque là les chefs d’Etat français à s’accommoder de la françafrique tient entre autre au contrôle des réserves de changes extérieures de 16 pays africains[5] de la zone CFA qui sont déposé dans le compte d’opération crée et géré par le trésor français. Ce dernier est lié aux propriétaires de ces réserves, la B.E.A.C.[6], la B.C.E.A.O.[7] et la B.C.C.[8] par des accords économiques qui stipulent cette transaction. Par exemple, l’article 51 du Statut de la (B.E.A.C.) précise de façon claire qu’au moins 20% des ressources financières que les pays de la zone tirent de leur commerce extérieur, ne peuvent pas être utilisés par eux. Ils doivent être laissés au Trésor français, donc à la France, qui les utilise à son gré (aucun Etat africain ne peut contrôler l’usage qu’elle en fait)[9].

Pour donner un ordre de grandeur à la question, l’économiste ivoirien N. AGBOHOU auteur de « l’Euro et le FCFA contre l’Afrique », (un livre de révolte) avait mentionné dans une interview[10], que « le solde du compte d’opération en 2007 est de 12'000 milliards de Cfa soit l’équivalent de 18 milliards d’euro ». Ne serait-ce qu’à appliquer ce montant à 2012, Hollande dispose de la moitié (52%) de son déficit budgétaire de 2012 (35 milliards d’€) payable cash par les pays CFA. Je n’étonnerais personne à estimer que le solde du compte d’opération cette année devrait tout simplement exploser vu les milliards de pétrodollars engrangés entretemps chaque année par les pays de la BEAC et la Cote d’Ivoire. Ajoutez-y l’exploitation des autres ressources et vous pouvez imaginer l’ampleur du siphonage dont nous africains sommes victimes et qui nous manquent cruellement pour financer la lutte contre notre pauvreté et ceci avec la bénédiction de nos dirigeants et élites politiques.

M. Hollande pourra-t-il nous affirmer par soucis de « justice et vérité » vis-à-vis de l’Afrique que son administration renonce à user de l’article 51 pour éponger tout ou partie du déficit budgétaire héritées de l’administration Sarkozy soit 35 milliards à combler ? S’il hésite à se servir, il doit alors nous expliquer pourquoi il ne s’attaque pas ouvertement aux accords économiques avec les pays CFA. Par contre s’il continue le manège comme ses prédécesseurs il laisse tomber le masque et adieu la normalité. D’ailleurs, on devra par ce biais comprendre la difficulté de Mitterrand qui a fait des promesses du reste moins ambitieuses que Hollande sur la françafrique. Donc, pourquoi sérieusement Hollande se priverait-il d’une telle ressource quand la crise en Europe exerce la pression que l’on connait sur les économies de la zone Euro, et surtout que la note de la France n’est toujours pas à l’abri d’une seconde dégradation par les agences de notation ? Pour la petite histoire même la puissante économie de l’Allemagne vient d’être menacée à son tour.
 
Contrainte n°2 : Fermer les bases françaises et perdre l’avantage d’une présence militaire

La présence militaire française dans le territoire qui est devenu le Tchad remonte à la fin du 19ème siècle. Plus de 100 ans de présence continue donc. Cela a un coût et si cette présence perdure, c’est que la contrepartie est forcement intéressante pour la France, d’où la nécessité des bases militaires[11]. Depuis, celles-ci ont intégré le dispositif françafricain en devenant le bras armé, au sens propre du terme. Elles ont été impliquées dans toutes les opérations de coup d’Etat et barbouzeries commandées par les différents pouvoirs français chaque fois que les intérêts de la France en Afrique ont été menacés. Hollande parle tout au plus de réaménagement comme l’avait à l’époque annoncé Juppé[12] sous Sarkozy: «Nous ne souhaitons pas rester forcément dans le format actuel, nous sommes prêts à évoluer vers quelque chose qui évolue davantage vers la coopération entre le dispositif Epervier et l’armée tchadienne ». On voit bien ici qu’il reste cohérent avec ce qu’il ne dit pas de la françafrique, puisque les bases font partie intégrantes du dispositif. Les réaménager ne bouscule donc le problème que dans la forme. Sur le fond, le pillage continu et les bases en assurent la sécurité. D’autre part, le président Idris Déby a demandé en 2010 une location de la base aérienne de Ndjamena[13]. Donc la France utilise gratuitement le territoire tchadien depuis 1960.

Pas un Kopek n’a été payé. Curieusement depuis cette annonce, l’évolution du dossier semble s’éloigner progressivement de la question du payement et Monsieur le Président du Tchad n’en parle plus. Monsieur Hollande, ni un membre de son gouvernement non plus. Aucune partie n’a rendu publique quelconque proposition. Pourquoi? M. Hollande me semble plus intéressé par l’option proposée par Juppé, c'est-à-dire procéder au réaménagement, auquel cas il aurait dû en prendre le contrepied. On voit bien l’avantage qu’il en tire pour son intervention au Mali. En cela il est donc un digne continuateur de la politique développée par ses prédécesseurs. Réaménager c’est renforcer la françafrique. Le silence de Hollande sur la question se comprend bien. Vive donc la françafrique.

Enfin pour pimenter la question je fais une digression pour insérer l’opinion d’un français sur la question et qui montre bien l’état d’esprit des citoyens français.
 
«Je ne suis pas sûr que ce soit au contribuable français de protéger le Tchad qui comme certains l’ont remarqué a préféré les pétroliers d’outre-atlantique (EXXON ndlr) aux français. La France-Afrique à la papa, c’est terminé, le Tchad n’est plus une colonie, alors qu’il apprenne à se défendre seul ou qu’il paye en échange». Par Requin on jan 12, 2011[14]
 
On, voit bien que l’élite politique française se débarrasse de l’opinion publique en laissant se développer ce genre d’ignorance manifeste pour se donner libre cours aux relations mafieuses françafricaines. Hollande ne montre pas qu’il regarde dans une autre direction. 
 
Contrainte n°3 : La plupart des entreprises du CAC 40[15] font leur bénéfice en l’Afrique

Avec la tournure que prend la mondialisation, l’économie mondiale est contrôlée par ceux que l’économiste camerounais François NDENGUE appelle les « Géants Compétitifs ». Les multinationales répondent désormais à deux objectifs : celui des profits dictés par les actionnaires, et celui de renforcer la position géostratégique de leur pays d’origine que leur demande leur gouvernement. C’est ce qu’à fait Elf à l’époque ou encore AREVA aujourd’hui. Or justement ces mêmes entreprises réclament en contrepartie le soutien politique de leur gouvernement. En cela, la françafrique a largement été utilisée pour ouvrir des champs d’exploitation aux géants français et garantir à la France une zone exclusive dans laquelle prospèrent ses multinationales : Bolloré, AREVA, Air-France, Bouygues, TOTAL, etc. Ce dernier par exemple, produit plus de 40% de ses bénéfices en Afrique grâce à ses implantations dans le golfe de Guinée. En 2005, TOTAL a annoncé 12 milliards d’euros de bénéfices net, soit 4,8 milliards provenant de l’Afrique. TOTAL doit ce résultat à la mafieuse françafrique grâce à laquelle il a obtenu des positions dominantes et contrats juteux.

Quel diable pousserait-il Hollande à bloquer de tels retours sur investissements? Il a quand même été élu par les français et sur la promesse de leur offrir de l’emploi et c’est ce que font ces entreprises là!
 
Contrainte n°4 : Renoncer à une balance des échanges positive avec l’Afrique

Dans la profession de foi pour sa réélection en 1988, Mitterrand avait publiquement dit: «Chaque franc investi au sud rapport 8 au nord. Il faut se rendre à l’évidence, ce sont les pauvres qui financent les riches ». Le McKinsey Global Institut (MGI) estime que les dépenses générales en consommation à travers le continent africain dépasserait la barre du trillion (1000 milliards) de dollars en 2012. L’institut cite 5 secteurs lucratifs susceptibles d’attirer les investisseurs: l’agriculture, le tourisme, les mines, les infrastructures et les biens de grandes consommations. Les annonces de la Banque mondiale confirment ceux de MGI : « Même si le continent reste confronté à d'importants problèmes de développement, le taux du retour sur investissement en Afrique est tout de même le plus élevé au monde »[16]. N’y a-t-il donc aucune entreprise française pour lorgner sur ce pactole pour que Hollande y crache? Allons !!!! : Bouygues, Bolloré, Total, Sucre et denrées, AREVA, Air-France. Le gratin je dirai, du CAC40. M. Hollande reste muet sur tout cela. Soit, mais au fond, tous depuis De Gaule, sont dans la même logique: personne n’est disposé à priver la France de sa vache laitière, l’Afrique. Normal! Pourquoi seraient-ils les premiers à scier la branche sur laquelle est assis leur pays ? Aucun chef d’Etat français n’a depuis 1961[17] procédé autrement. De Gaule = Pompidou = Giscard = Mitterrand = Chirac = Sarkozy = Hollande. Et vive donc la continuité.
 
Contrainte n°5 : La hantise de décrédibiliser le statut international de la France

La cohorte d’Etat africains francophones représente un vivier de voix fidèles à la France lors des votes au conseil de sécurité de l’ONU. Ce qui donne du crédit au statut de la France comme puissance mais également comme membre permanent Conseil de Sécurité de l’ONU. Pour quelles raisons Hollande serait-il emmener à se priver d’un tel recours, sachant que la question de la constitution du conseil de sécurité de l’ONU est maintenant contesté par les puissances montantes et que de ce fait, un des critères de représentation pourrait être le poids économique et militaire? La France est une puissance moyenne. C’est sa véritable inquiétude. Serval est là pour le démontrer: l’armée française n’a même pas assez d’avions pour projeter ses troupes. Un minimum pour être une puissance.
 
Contrainte n°6 : Vaincre la tentation de l’arrogance

Tous les chefs d’Etat français (4ème et 5ème république particulièrement) ont marqué leur mandat par des propos offensant vis-à-vis de l’Afrique. Citons deux d’entre eux: Chirac: «l’Afrique n’est pas encore mûre pour la démocratie»; Sarkozy: «le drame de l’homme africain, c’est qu’il n’est pas encore assez entré dans l’histoire». De Hollande, encore rien de pareille. Mais, question quand même: comment cautionner le pillage de tout un bloc de continent et en avoir une pensée positive? Absence de preuves n’est pas inexistence de preuves.
 
Contrainte n°7 : La hantise de la colonisation à rebours

Les chefs d’Etat africains aussi disposent d’une capacité de nuisance avec laquelle composer. La françafrique n’est plus désormais ce système de contrôle de l’Afrique par l’élite politique et affairiste de la France. Elle s’est aussi depuis longtemps muée en un système symétrique et mafieux à cause des relations politico-affairistes entre Chefs d’Etat français et africains (de la zone CFA). Ainsi ces derniers ont aussi développé des leviers de contrôle sur leurs homologues français (de gauche comme de droite) en les arrosant de millions d’euros des financements occultes. Le dernier en date est Sarkozy lui même, soupçonné d’avoir reçu pour sa campagne électorale de 2007, 50 millions d’€ de la part de Kadhafi. Le parti socialiste ne s’est pas privé de se servir à l’époque de Mitterrand. Ce faisant, africains et français trainent tous les mêmes casseroles et ainsi, chacun tient l’autre en respect. C’est ce que les sociologues appellent «les eunuques» parce que par un jeu de mot on conçoit qu’ils sont tenus par les bourses (suivez le regard). Le documentaire de Patrick BENQUET[18] sur le sujet montre bien le pouvoir de manipulation dont disposait par exemple Omar Bongo sur la droite et la gauche française le long de ses 42 ans de pouvoir. Durant cette période, Hollande fut SG du parti socialiste. Ce qui fait dire à Robert BOURGI[19] que ce sont les africains qui colonisent maintenant la France. Que pourra faire Hollande face à cela, si de plus l’Afrique prête une oreille attentive à la Chine qui n’hésite pas à bousculer la France jusque dans son pré-carré?
 
Contrainte n°8 : Dernière contrainte et non des moindres

M. Hollande a fort à faire avec les priorités de son propre pays où les difficultés s’accumulent : le déficit budgétaire de l’Etat français, la crise financière, l’augmentation du nombre des chômeurs, le risque que fait courir la faillite grecque, espagnole et italienne sur l’économie européenne, etc. Ces dossiers là sont les priorités des français, et c’est sur eux qu’ils jugeront M. Hollande. Rien que pour ça, il serait étonnant que la françafrique soit une priorité pour le nouveau président français, même s’il le prétend. D’ailleurs, comme pour tout démentir, il a déjà reçu dans les six premiers mois de son quinquennat, les principaux piliers de la françafrique, le président gabonais Ali BONGO ONDIMBA, le Burkinabé COMPAORE, le tchadien Deby, le Camerounais Biya, l’ivoirien Ouattara, etc. Vive le changement. Mais c’est apparemment dans la continuité.
 
Leçon tirée:

On peut s’en tenir à ces 8 bouchons et on ne voit pas par quel tour de magie M. Hollande trouverait-il le tire-bouchon adéquat. Alors, son discours ressemble à s’y méprendre à de la poudre aux yeux, car vouloir s’affranchir des relations affairistes ne représente que la face apparente du problème, la face cachée étant malgré tout, l’immense potentiel de pillage de l’Afrique dont continuera à disposer la France même si son chef de l’Etat et la nouvelle élite au pouvoir prétend ne pas en profiter personnellement. Là est la seule différence avec Sarkozy, qu’aura revendiqué tôt ou tard M. Hollande : l’absence de collusion. Encore faut-il qu’il tienne son engagement électoral sur le sujet (ce dont je doute fortement). Le président français peut fort bien être propre, la France doit son niveau de vie en partie au pillage qui appauvri l’Afrique. Jacques Chirac l’a d’ailleurs publiquement avoué[20] «Une grande partie de l’argent dans nos poche vient de l’exploitation de l’Afrique. Alors il faut avoir du bon sens et de justice pour rendre aux africains ce qu’on leur a pris, d’autant que c’est nécessaire si on veut éviter les pires convulsions ou des difficultés dans un proche avenir». Alors, posons l’ultime question à M. Hollande: quelle fierté tire-t-on de gouverner proprement un pays si une partie non négligeable de la richesse dont il jouit, tient des relations mafieuses?

Si le changement version Hollande est un vrai, alors vis-à-vis de l’Afrique, le potentiel de pillage représente le principal défi de ce changement, et non pas la relation personnelle avec le syndicat mafieux des chefs d’Etat africains.
 
Mais dans tout ce débat, le problème n’est ni Hollande, ni la France. Ce sont les africains eux-mêmes qui, en continuant à confier leur destin à d’autres peuples, se laissent dépouiller de leurs ressources et accepte en contrepartie de vivre une effroyable misère. AGBOHOU a d’ailleurs précisé que toutes les anciennes colonies françaises qui ont développé leurs propres monnaies, ne se portent pas aujourd’hui moins bien économiquement et politiquement que les pays de la zone CFA. On y trouve entre autres l’Algérie, la Tunisie, le Maroc, la Mauritanie, le Vietnam. Pourtant l’Euro vaut par exemple aujourd’hui 655,957 Fcfa alors qu’il vaut 28’079.13 VND[21]. Le Fcfa vaut donc 42 fois la monnaie vietnamienne et le tchadiens ou sénégalais, pour ne citer que ces deux nationalités, connaissent annuellement un déficit céréalier sans le riz vietnamien. Et Sankara a raison de dire que «l’esclave qui ne fait rien pour s’affranchir de son maître, ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort». Voilà un grand homme d’Etat de la trempe dont a besoin aujourd’hui l’Afrique. Faites le tour : qui parmi nos gouvernants relève encore d’une telle hauteur? Qui même parmi l’élite croit aux chances et mérites de l’Afrique? Pourtant l’Afrique détient 2/3 des réserves de matières premières de la planète, des terres suffisantes pour nourrir les 9 milliards d’êtres humains de 2050 composée de 2/5ème d’africains dont 50% de jeunes, etc. L’avenir du monde est en Afrique et l’élite africaine regarde ailleurs. Désolant quand même. Les africains des 16 pays de la zone Cfa liés à la France, pourraient-ils une fois comprendre que leur sauveteur n’est pas français et que leur pauvreté est liée au train de vie d’une bonne partie de l’élite politique qui vit dans cette même France? Mais la difficulté est compréhensible, c’est plus une question d’idéologie que de simple choix de levier de changement.

Notes

[1] N. Sarkozy, extrait discours prononcé à Dakar en 2007 devant un parterre médusé de l’élite sénégalaise : “Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire ».

[2] Cf Procès Verschave Vs Sassou, Obiang et Déby

[3] Discours lors de la conférence des ambassadeurs de France réuni à Paris, Source :

[4][4]Notes du Pr Zhan Su lors du RIFE 2012 – Source : http://www.afriqueexpansion.com/la-...

[5]Sénégal, Guinée, Bissau, Côte-d’Ivoire, Mali, Burkina-Faso, Benin, Togo, Niger, Tchad, Cameroun, Guinée Equatoriale, Congo Brazzaville, Gabon, RCA, Comores et Djibouti.

[6]Banque des Etats d’Afrique Centrale

[7]Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest.

[8]Banque Centrale des Comores

[9]Extrait de l’article « la zone monétaire africaine, passé présent futur » paru dans www.Africamaat.com 

[10] Source : Intervention télévisée du Professeur Nicolas AGBOHOUN, économiste, sur la chaîne 3ATELESUD.

[11] Celles du Tchad sont implantées depuis la fin des années 60.

[12] Conférence de presse tenue à Ndjamena lors des festivités du cinquantenaire du Tchad en janvier 2010–source : http://www.opex360.com/2011/01/12/la-france-va-revoir-son-dispositif-militaire-au-tchad/

[15] La bourse française

[16]Sources : AFP, OMC, ICTSD, Sommet Europe-Afrique, Reuters, Xinhua, lettre hebdo N°330

[17]Les accords économiques entre la France et les pays CFA ont été signés en 1961 sous De Gaule et révisé en 1973 sous Giscard.

[18] « Françafrique, 50 ans sous le sceau du secret » en vente sur www.pharers-balises.fr

[19] Source : idem

[20] Cf La françafrique se porte bien - documentaire de l’Association Survie publié en 2009.

[21]Monnaie vietnamienne : la DONG.

jeudi, 31 janvier 2013

LA MANIPULATION DE LA CPI CONTRE GBAGBO MISE A NU

côte d'ivoire,cour pénale internationale,fatou bensouda,laurent gbagbo

Les failles du dossier de Bensouda contre Gbagbo


La procureure près la CPI n’en finit pas de se ridiculiser et de prouver aux personnes de bonne foi ayant une bonne connaissance de la Côte d’Ivoire et une bonne intelligence des concepts que l’institution dans laquelle elle officie est un jouet idéologique aux mains des puissances occidentales. Et non une juridiction digne de respect.

Est-ce le signe d’un léger mouvement de panique ? En tout cas, alors que le bureau du procureur près la Cour pénale internationale (CPI) basée à La Haye avait fondé toutes ses charges contre l’accusé Laurent Gbagbo autour du concept de «coauteur indirect» de crimes contre l’humanité, il change brutalement de braquet en s’appuyant sur l’article 25-3-d du statut de Rome. C’est en tout cas ce qu’il est donné de voir dans la version publique expurgée du «document amendé de notification des charges» datée du 25 janvier dernier, et rendue publique hier.

«Jusqu’ici, Laurent Gbagbo était poursuivi pour crimes contre l’humanité en qualité de co-auteur indirect des meurtres, viols, actes inhumains et persécutions commis, sous ses ordres, par ses partisans. Désormais, le procureur a ajouté une nuance à ses accusations, en poursuivant aussi l’ex-chef d’Etat ivoirien pour sa responsabilité directe dans la mise à exécution des crimes. Cette nuance – juridiquement très technique – vise, pour le procureur, à augmenter ses chances d’obtenir la mise en accusation de l’ancien chef d’Etat», explique le site Internet de la BBC. Il semblait en tout cas curieux d’emblée qu’un «coauteur indirect» soit la seule personne à comparaître devant les tribunaux internationaux alors que les «auteurs directs» désignés par la CPI ne s’y trouvent pas… et que certains d’entre eux, comme Philippe Mangou, chef d’état-major des Forces de défense et de sécurité au moment des faits et nouvel ambassadeur de Côte d’Ivoire au Gabon, ont même été promus…

Mensonges, omissions, légèretés…

L’audience de confirmation des charges devra permettre de répondre à une question: y a-t-il eu une «politique», un «plan commun» de nature criminels mis en place par Laurent Gbagbo pour «rester au pouvoir» par tous les moyens ?

D’ores et déjà, on peut imaginer que le prouver sera particulièrement difficile pour le procureur. Qui tentera d’impressionner les juges et de leur dire, en substance : «C’est vrai que je n’ai pas la preuve absolue de mes allégations. Mais avec toutes les accusations qui viennent de partout contre cet homme, mieux vaut juger au fond, et ne pas prendre le risque de relâcher ce Gbagbo contre qui les Nations unies et Human Rights Watch ont écrit des choses aussi graves.»

En tout cas, le document de notification des charges que défendra Fatou Bensouda est, par endroits, particulièrement léger. «Gbagbo était déterminé à rester au pouvoir. Quelque temps avant l’élection de 2010, aidé par des membres de son entourage immédiat, parmi lesquels Simone Gbagbo et Charles Blé Goudé, il a adopté une politique visant à attaquer son rival politique Alassane Dramane Ouattara (Ouattara) ainsi que des membres du cercle politique de celui-ci, ainsi que des civils considérés comme ses partisans, dans le but de conserver le pouvoir y compris par la force létale», écrit Bensouda. Comment se fait-il que dans ce contexte, Ouattara et ses proches ont pu faire campagne librement dans le Sud du pays contrôlé par les Forces de défense et de sécurité (FDS), tandis que Gbagbo et ses lieutenants, agresseurs désignés, ont fait les frais de violences inouïes de la part des victimes désignées ? Mystère.

« Avant l’élection, Gbagbo a pris des dispositions dans la poursuite de la Politique pour faire ensortede se maintenir au pouvoir en cas de défaite électorale. Il a consolidé son autorité absolue ainsi que le contrôle qu’il exerçait sur les Forces de défense et de sécurité ivoiriennes (FDS)», écrit Bensouda. En quoi le renforcement du lien entre l’armée et le chef supérieur des armées, auquel la Constitution donne l’autorité absolue sur les troupes nationales, estil la preuve d’un plan de refus anticipé du verdict des urnes ? Dans les démocraties avancées, le chef de l’Etat distend-il ses relations avec les militaires avant l’élection présidentielle ? Les mesures sécuritaires prises par Laurent Gbagbo n’étaient-elles pas tout simplement liées à la situation particulière de la Côte d’Ivoire,qui allait aux urnes avec une rébellion qui n’avait pas désarmé et qui constituait un véritable danger pour la Nation, au-delà d’un quelconque pouvoir ? Les accusations de Bensouda traduisent un prisme partisan frappant…

Cette manière de présenter les faits de manière totalement biaisée est omniprésente dans le document de Bensouda. Qui annonce que le président du Conseil constitutionnel était «un allié» de Gbagbo sans noter que celui que la Commission électorale indépendante était un cadre de la coalition soutenant Ouattara.« Les deux candidats se sont proclamés simultanément Président de la Côte d’Ivoire», ment Bensouda. Qui a pourtant affirmé plus haut que c’est le Conseil constitutionnel qui a fait prêter serment à Gbagbo (comme le veut la Constitution), tandis que Ouattara a prêté serment par écrit (ce qui n’a aucune valeur juridique).

Au point 10 de son document, Bensouda écrit :« Dès l’annonce des résultats provisoires de l’élection par la CEI, Gbagbo a donné l’ordre à ses forces armées d’assiéger l’hôtel du Golf et ses résidents». Cette affirmation est rigoureusement fausse. La liberté d’aller et de venir de l’hôtel du Golf était garantie jusqu’à la marche insurrectionnelle du 16 décembre 2010, qui visait à conquérir militairement la RTI.

côte d'ivoire,cour pénale internationale,fatou bensouda,laurent gbagbo

Gbagbo aurait ciblé les communautés de l’Ouest, «traditionnellement» favorables à Ouattara!

En son point 14, le document de Bensouda situe le début du conflit armé entre FDS et FRCI pro-Ouattara au 25 février 2011. Sur quelle base cette date a-t-elle été choisie ? Bensouda refuse catégoriquement deciter le «commando invisible» parmi les forces pro-Ouattara en dépit des déclarations d’officiels – y compris le ministre des Mines et de l’Energie dudit Ouattara – revendiquant la paternité de cette milice armée meurtrière.

En son point 21, ce texte, tout à son «enthousiasme» orienté, finit par dire que «les nombreuses communautés de l’ouest de la Côte d’Ivoire» sont «traditionnellement acquises» à Ouattara, ce qui fait qu’elles ont été ciblées par Gbagbo. Doit-ons’attendre à ce que demain, la CPI nous apprenne que les massacres à caractère génocidaire de Duékoué ont été commandités par Gbagbo ? A l’allure où vont les choses…

En son point 21, Bensouda prétend que les maisons des pro-Ouattara et des membres des ethnies considérées comme telles «étaient souvent marquées, soit avec les lettres D (Dioula) ou B (Baoulé) soit avec une croix peinte en noir, pour que les assaillants puissent les identifier».

Volonté objective de tromper ! En réalité, ces mentions sont le fait des agents du ministère de santé, qui les utilisaient dans le cadre des campagnes de santé publique, pour signaler les maisons déjà visitées. Tout le monde le sait en Côte d’Ivoire, mais Fatou Bensouda compte sans doute sur le fait que ce sont des étrangers qui ne savent rien aux réalités ivoiriennes qui jugeront Gbagbo. Mais qui peut sérieusement croire que l’ange de la mort écrit avec de la craie blanche, alors qu’il suffit d’un peu d’eau pour faire disparaître ses marques ?

Le reste du document accusatoire produit par Bensouda est à l’avenant. Le procureur près la CPI additionne bavures réelles des FDS, méfaits imaginaires et témoignages confus pour les attribuer en vrac à… Gbagbo. Elle confond allègrement mesures de protection du territoire et attaques ayant pour but de tuer. Elle tente ainsi de criminaliser les dispositions prises pour «empêcher tout accès à la RTI» le 16 décembre 2010. Elle ose dire, en dépit des nombreuses vidéos disponibles, que les manifestants pro-Ouattara qui allaient prendre la RTI n’étaient pas armés.

Après avoir fini de lire le document de Bensouda, l’on est tenté de dire que, par son interprétation violemment partisane et volontairement manipulatrice de l’histoire récente de la Côte d’Ivoire, la justice internationale et les Nations occidentales qui la téléguident participent à rendre impossible la réconciliation nationale en Côte d’Ivoire.

Et à convaincre les vainqueurs du moment, qui se livrent en toute impunité à des crimes contre l’humanité,du bien-fondé de leurs forfaits. N’ont-ils pas affaire à des monstres ? La CPI a-t-elle un jour écrit dans un quelconque document qu’ils avaient fait quelque chose de mal ? Non, et c’est là tout le drame.


Philippe Brou, in le quotidien ivoirien "Le Nouveau Courrier"

La titraille est de la rédaction de Cameroonvoice


Source: CABRI MORT.COM

jeudi, 18 octobre 2012

JEUNE AFRIQUE: RACISME, CHANTAGES, ESCROQUERIES, MERCENARIAT, RACKETS... - PERQUISITIONS D'UNE MAISON CLOSE

 

BECHIR BEN YAMED.jpg

Béchir Ben Yahmed, fondateur de Jeune Afrique.

 

Un bel article de 2011 à visiter et à revisiter pour comprendre le rôle nuisible et les intrigues de cet organe françafricain nommé "Jeune Afrique". Il est certes un peu long, mais donnez-vous de la peine, lisez-le. Vous en apprendrez des choses!


Depuis presque un demi siècle, des générations entières d’Africains subissent la tyrannie, le mépris de M. Béchir Ben Yahmed  et de son groupe de presse, et ce n’est pas fini, car ses rejetons sont là à l’œuvre et travaillent à pérenniser l’œuvre de colonisation de nos esprits et de dépouillement de nos deniers publics. Qu’a-t-il apporté ce groupe de presse aux Africains ? La question mérite d’être posée, tellement cette famille s’est enrichie plus que de raison sur le dos des Africains. Bras armé de la françafrique, la ligne éditoriale du « sac à merde » comme l’a qualifié un homme politique malien, s’est toujours alignée sur les positions néocolonialistes françaises. Les violons s’accordaient régulièrement entre BBY et Jacques Foccart qui révéla dans ses mémoires qu’il avait un rituel d’un dîner par mois avec le propriétaire de J.A. La complicité entre les deux hommes était telle qu’à sa mort, Jacques Foccart désigna BBY comme son légataire testamentaire universel. Que peuvent attendre les Africains du légataire de Foccart ? Que peut-il leur offrir ? A part, les maintenir autant et aussi longtemps que possible dans les liens du  pacte colonial ?

« BBY devenait le gardien et, en fait, l’agent de commercialisation des mémoires de l’homme ayant, outre des opérations telles que le débarquement des mercenaires en 1977 au Bénin, perpétué la présence néocoloniale de la France dans ses ex colonies et ainsi permis à la France de partir pour mieux rester » releva  Antoine Glaser. Le groupe JA faisait bel et bien partie du réseau Foccart.

BBY a-t-il  convaincu  de son indépendance ?

Ou bien a-t-il tout simplement réussi à convaincre qu’il était un sous fifre de la Françafrique, informé, managé et exécutant toutes les missions qui pouvaient aller de la terreur médiatique à la mise à mort,  programmées dans les sous-sols de la Foccardie, puis de ses successeurs ; l’empire  JA  puise ici sa source et le fondement de sa puissance ; une puissance dont l’expression première est sa capacité de nuisance, sa détermination à salir, à insulter les dirigeants et Chefs d’Etat de la seule Afrique Noire.  Car de mémoire d’homme, on n’a jamais vu BBY traiter ou qualifier un Chef d’Etat arabe, de dictateur, de tueur, et pourtant certains ont instauré de monstrueuses tyrannies qui, pour le moins, n’ont rien à envier à toutes les « dictatures » africaines qu’il n’a cesse de dénoncer et de brocarder en des termes orduriers et racistes.

« Aboul le fric » est la devise du groupe, les Chefs d’Etat Africains doivent payer pour qu’on les épargne, s’ils refusent, ils se font descendre, et  leur entourage de souligner le tirage de J.A. à X...Exemplaires, de  prévenir  que leur avidité non satisfaite se transformerait en haine et en  poursuite infernale contre eux ; alors de grâce, payez pour avoir la paix, payez pour qu’il vous lèche les bottes, plutôt que de le voir vous déverser sa bile. C’est le discours qu’on entend régulièrement dans les couloirs des présidences africaines.

Ainsi donc, à cette opération de chantage bien menée, s’ajoute une escroquerie qui consiste en ce que chaque semaine, le journal est vendu deux fois ; une première fois à l’annonceur - Chef d’Etat ou homme politique - puis une seconde fois au pauvre lecteur que nous sommes qui, perdons notre temps à acheter et à enrichir depuis plus de 60 ans une famille qui n’a aucune considération pour nous si ce n’est que de s’appliquer à vider les  poches  de nos responsables sans aucun scrupule.

Quoi de plus convaincant que des exemples concrets, entrons donc dans les égouts du journal et faisons la lumière sur ses pratiques douteuses. Du Cameroun au Gabon, en passant par la Côte d’Ivoire, le Sénégal, tout le monde est logé à la même enseigne ; seule la  rapide docilité de certains à allonger le blé aux  journalistes commerciaux de J.A, explique la différence de traitement.

C’est ainsi qu’aux dossiers incendiaires dont le but est de maintenir la pression plutôt que d’informer, succéderont des reportages qui sont, en fait, des publi-reportages de même que l’enquête journalistique est en fait une quête publicitaire. Aujourd’hui, JA fait face  dans l’arène médiatique à une presse privée africaine qui devient très audacieuse et dynamique, vous comprendrez pourquoi la vénalité de cette famille la pousse au chantage, aux menaces dans leur course de rattrapage. Véritable outil de propagande, l’hebdomadaire n’accepte ni la concurrence ni le refus d’adhérer à ses idées mercantiles. Exemples :

Le Cameroun

Un contrat portant sur la somme de 650 millions de FCFA à verser chaque année permet au régime de Paul Biya de bénéficier d’un traitement de faveur.  Le Gouvernement paya sans râler pendant 4 ans, puis en a eu marre, surtout que l’impact positif des articles de JA n’a jamais été prouvé,  de même que  les retombées en termes d’image sont une belle arnaque et personne n’y croit. Aussi, malgré plusieurs relances, on fit la sourde oreille à Yaoundé. Pendant ce temps, à Paris, la famille BY affute ses couteaux, et pond un dossier sur les 50 personnalités qui comptent en Afrique et, bien entendu, Paul BIYA est  zappé et sérieusement critiqué sur tous les angles.

Le Gabon

Véritable vache à lait, le Gabon a toujours les plus lourdes factures au groupe JA. Selon les anciens du journal, Bongo assurait les fins de mois de l’hebdomadaire à lui tout seul. Il serait fastidieux de lister 40 ans de collaboration fructueuse ; aussi citons les scandales encore fumants comme celui souligné par la Lettre du Continent : Le groupe Jeune Afrique a édité, via sa régie publicitaire Difcom dirigée par Danièle Ben Ahmed, un bon de commande à l’attention de la présidence de la République gabonaise pour la réalisation d’un guide “Ecofinance” sur le « +Gabon ». Mais, selon la même Lettre confidentielle, depuis cette date, il n’y a aucun retour du côté gabonais. Le directeur exécutif de la rédaction, Marwane Ben Yahmed, fils de BBY, a donc enfilé sa casquette de VRP. Il est monté au créneau pour rappeler  à la ministre gabonaise de la communication, Laure Olga Gondjout, la “longue collaboration” entre Jeune Afrique et l’ancien président Omar Bongo Ondimba… Des menaces à peine voilées.

Le Sénégal

La presse sénégalaise s’offusque régulièrement des sommes astronomiques dépensées pour fermer la bouche au journal J.A. qui n’a pas bonne presse malgré le fait que de nombreux sénégalais aient travaillé dans la maison. De vives tensions avaient opposé le régime de Diouf à BBY au sujet de la couverture de la crise qui a opposé le Sénégal à la Mauritanie en 1989. Les premiers papiers de JA étaient une véritable lapidation médiatique du régime de Diouf. L’élite sénégalaise avait bien compris le message, BBY avait choisi le camp de ses frères arabes. Le régime de Diouf paniqua et envoya une délégation pour négocier à coups de millions, non pas le respect de la Vérité ou une certaine éthique professionnelle dont le journal n’en a que faire, mais plutôt un équilibre dans la présentation des évènements. Le Sénégal avait  parfaitement à l’esprit le racisme du propriétaire de  l’hebdomadaire mais aussi la connaissance de l’octroi de licences de pêche à certains responsables du groupe par le régime de Ould TAYA.

Le Tchad

On peut dire que le cas du Tchad peut se résumer à la personne du président Habré, à son combat contre Khadafi et à la position de BBY. La façon dont BBY, un vieillard de 83 ans s’occupe personnellement, avec une haine féroce, à démolir l’image de Hissein Habré (HH), a poussé  ses propres collaborateurs à s’interroger sur cette attitude. 

Au début, était le contrat qui le liait à Kadhafi, conclu pour accompagner et maquiller la politique expansionniste de la Libye au Tchad et dans la sous-région. Toutefois, les milliards encaissés par la famille BY n’expliquaient pas toute cette folie en continu depuis plus de 30 ans. Le 14 juillet 1988, le président HH fut l’invité d’honneur de la fête nationale française, durant sa visite à Paris dans le cadre de ces festivités BBY adressa une invitation  au Président HH au siège de J.A. Ce dernier déclina l’invitation. Le Roi Béchir le prit très mal, lui qui se considérait comme l’égal de ces Excellences, selon les confidences d’anciens de la maison. Un coin du voile fut levé grâce à une grande dame de la politique sénégalaise, ancienne ministre, elle donna une clé pour comprendre la haine qu’il éprouvait pour HH

BBY 
avait été profondément traumatisé par les évènements Tchado-libyens. Elle expliqua que «  lors de la  chute de Ouadi-Doum, elle était en train de dîner avec le couple Ben Yahmed dans leur domicile ; les télévisions françaises étaient déchaînées sur l’actualité brulante de l’heure à savoir, la totale déconfiture de la puissante armée libyenne ; des milliers de soldats libyens venaient d’être faits prisonniers par l’armée nationale tchadienne, tout l’état major libyen avait été fait prisonnier et quelques instants plus tard, les images de soldats libyens menottés, certains assis, d’autres à genoux, défilèrent sur les écrans … Silence lourd et pesant, BBY blême, accuse le coup, au bord des larmes, il contient difficilement son émotion, sa rage plutôt; il se sent humilié jusqu’au plus profond de son être. D’une voix éteinte, oubliant qu’il n’était pas seul, il balbutie : « Jamais, jamais des Noirs n’ont mis à genoux des Arabes. Comment ont-ils osé ? Je consacrerai ma vie à le leur faire regretter amèrement …. » Et c’est ainsi que le Président Hissein Habré paie depuis plus de 30 ans,  pour le courage qu’il a eu  d’affronter Khadafi, d’avoir mobilisé son peuple, son armée pour mettre fin à une barbarie sans nom. Des troupes  libyennes ont semé la terreur, envahi le pays, commis des crimes horribles, il est vrai avec la complicité active d’hommes politiques tchadiens. Malgré cette horrible réalité  vécue par le peuple tchadien, l’esprit enfiévré et raciste de BBY n’a enregistré que la dernière séquence pour monter son propre film  pour nourrir et alimenter sa haine et son désir de vengeance qu’il lèguera à ses fils déjà positionnés pour pomper à leur tour l’argent des Africains.

A cette vanité raciste, il faut ajouter qu’il lui revient de brasser du vent pour la françafrique à laquelle il appartient ; d’où  son engagement inlassable dans l’affaire HH qui lui permet, par ailleurs, d’en imposer au désormais sur-liquide Deby qui arrose abondamment les différents envoyés spéciaux de J.A. A fonds perdus, vue sa désastreuse image tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Le pauvre ! Avec les catastrophiques résultats du Tchad, dernier du peloton dans plusieurs domaines, avec l’échec du Projet Pétrole, les rapaces de J.A. auraient de quoi écrire pendant 30 ans.

La Mauritanie

C’est François Soudan qui a le dossier Mauritanie, lui qui dit : On aurait des racines dans ce pays. L’équipe de J.A. a joué à fonds la carte Ould Taya en dressant un portrait très flatteur : « A 62 ans, Ould TAYA est plus habile, plus déterminé que jamais… » et invitant les lecteurs à ne jamais le sous estimer…. Puis c’est le coup d’Etat de Mohammed El Vall , le nouveau Président après avoir fait refouler François Soudan, temporise et sort son chéquier, du coup virage à 90° pour nos experts pour qui selon le bon mot du journaliste Hugueux  «l’analyse du contenu de J.A. atteste une souplesse d’échine que ne renierait pas le plus talentueux des contorsionnistes. Quand l’appel de titre devient appel de fonds. » (Nous vous invitons à lire l’ouvrage du journaliste). Le coup d’Etat en Mauritanie est donc une divine surprise pour J.A. (500.000 euros encaissés selon la presse). Quant au pauvre Ould TAYA, il est perçu désormais comme « timide, distant, cassant, enfermé dans une logique sécuritaire et fonçant dans le mur … ».

Le Rwanda

Pendant longtemps, le régime de Juvenal Habiarimana a signé les contrats publicitaires les plus importants, J.A. a fait des affaires en or avec les auteurs du génocide. Désormais, on fait la cour à Kagamé, signature d’un contrat de 350 000 dollars, Francois Soudan exalte Paul  Kagamé,  désormais décrit comme ayant fait de son pays un paradis sécuritaire etc.

Ainsi dans le royaume de J.A, la boussole qui guide la ligne éditoriale a pour balancier l’appétit de l’argent. Lequel explique que la somme des sujets tenus à distance est égale à celle des non sujets matraqués en permanence. C’est la parfaite illustration de la coïncidence entre les intérêts des dictatures avec ceux de l’information comme l’ont souligné avec pertinence des journalistes camerounais. Les journalistes de J.A. bombent le torse, arrogants, ils ont le droit de se croire puissants et de travailler à la légende dorée de leur indépendance… Personne n’est dupe.

Quelques esprits pourraient néanmoins ne pas croire au racisme de BBY, pour se faire une idée, écoutons les journalistes africains noirs qui ont travaillé avec lui pendant parfois de longues années et qu’il a foutu à la porte ou poussé à la démission ou bien qui ont préféré partir (comme Marie Roger BILOA ou Blaise Pascal TALLA).

Le journaliste Jean Baptiste PLACCA a eu un clash avec BBY au sujet de Nelson Mandela, plus précisément, lors de la libération de Mandela  et de la couverture de l’évènement du siècle. BBY refuse d’envoyer un reporter couvrir ce qui est pour lui un non évènement. On peut le faire depuis Paris maintient-il. Son collaborateur est choqué,  le Roi Béchir est nu, sa face hideuse explose  au grand jour, M. Placca quitte le groupe JA.

Francis KPATINDE, journaliste depuis 19 ans à  J.A. assiste, ce jour de novembre 2004, à une conférence de rédaction à laquelle prend part  l'ancien journaliste français Henri Marque (RTL), ami de Ben Yahmed et invité par ce dernier à assister aux débats de son équipe.  M. Marque déclare  sans sourciller que la «paresse est congénitale chez les Africains.»

Outré, Kpatindé juge ces propos inadmissibles et dénonce  le racisme du vieil ami de son patron, lequel ami menace de quitter les lieux si l'impertinent Noir ne présente pas ses excuses. «Jamais de la vie !», répond Kpatindé face à l'insistance de son «boss» qui tient à ses relations avec Henri Marque. BBY prend la chicotte et les coups pleuvent sur Kpatindé ; réprimandes, harcèlements, retraits de rubriques, et voilà que le journaliste béninois présente sa lettre de démission à BBY. En voici un extrait :

« …  Votre ire s'est accrue, en novembre dernier, après ma réaction, en conférence de rédaction, contre les propos racistes - à l'égard des Africains - de l'un de vos collaborateurs. Au lieu de m'apporter votre soutien,  vous avez semblé prendre le parti de l'intéressé. Il est évident que je ne puis accepter cette façon de faire et le harcèlement continu dont je fais l'objet depuis plusieurs mois. Je me réserve donc le droit de donner une suite à ces comportements pour le moins inadmissibles au sein d'une entreprise qui tire profit, plus que de raison, de l'Afrique. »

Que dire du journaliste SENNEN qui, ravagé par un cancer de l’intestin en phase terminale, recevait de BBY, sur son lit de mort à l’hôpital, des lettres de mises à pied pour causes d’absences prolongées… !

Ou encore du journaliste Sénégalais Elimane Fall, jeté, repris, rejeté, cent fois humilié. La machine à broyer de BBY tourne à plein régime et pour lui, les Noirs ne connaissent que la chicotte. Cela s’applique dans le cadre professionnel avec ses employés africains qui lui doivent obéissance, soumission et doivent s’exécuter et surtout la fermer et garder  yeux et tête baissés.

C’est la conception coloniale du « BOYE » noir, homme à tout faire, que dis-je, bête de somme. Illustration : Vous êtes journaliste, diplômé, connaissant votre travail et le faites sérieusement. Mais, BBY exige que vous vous transformiez en agent collecteur de bons de commande auprès d’entreprises africaines, auprès d’hommes politiques dans le pays où vous êtes en mission. Au besoin, une ridicule petite commission est concédée pour justifier cette substantielle et unilatérale modification de votre contrat de travail. Mais vous estimez ne pas être intéressé par cette commission n’ayant pas une formation de commercial ; Comme s’exprimait ainsi Francis Kpatindé dans sa lettre précitée : «….Laissez-moi, vous rappeler une de vos correspondances dans laquelle vous me proposiez 5% de commission si, au cours de mes voyages, je vous ramenais des contrats commerciaux et des actionnaires. Je peux également citer ces étranges correspondances, auxquelles je n'ai jamais donné suite, d'une responsable de l'entreprise me demandant de lui faire parvenir des listes de prospects pour l'actionnariat et l'abonnement patrimoine. J'ai, bien entendu, les moyens de prouver ce que j'avance. »

L’extraordinaire imagination de BBY ferait des jaloux.

Des articles payés rubis sur ongle font suite à des insertions publicitaires d’entreprises, mais aussi des abonnements à tarifs spéciaux, sans compter des achats d’actions du groupe. Constatons  que presque tous les Chefs d’Etat  africains, beaucoup d’hommes politiques opposants ou non, des chefs d’entreprise ont été démarchés pour acheter des actions, et bien sûr l’arnaque consiste à ne pas être considéré comme un actionnaire normal à qui les résultats de la société  sont communiqués et qui peut légitimement s’attendre à toucher des dividendes de l’empire BBY. Mais, il ne faut pas rêver !

Selon, le Canard Enchaîné, le bouchon a été même poussé plus loin quand un chef d’entreprise tunisien ayant acquis, sur injonction de la présidence de son pays, des actions du groupe, exprima par écrit, le souhait de les revendre après 10 ans, BBY refuse et lui répond : « Comme vous le savez l’achat des 263 actions l’ont été dans le cadre d’un achat fait par 41 sociétés tunisiennes à la demande de la présidence tunisienne (Ben Ali). Cet achat a été coordonné et centralisé par les deux directeurs de cabinet respectifs. Donc pour la revente, vous devez suivre la même procédure à rebours. » Incroyable, non seulement les dictatures africaines amies de BBY obligent leurs sociétés à acheter des actions du groupe J.A. pour renflouer leur caisse, opération financière en pure perte puisqu’aucun dividende ne vous est jamais versé, mais en plus impossible de revendre les foutues actions, même à vil prix ! Y a-t-il une posture plus  déshonorante que celle-ci ?

Le groupe a pourtant une situation florissante, une affaire extrêmement rentable, qui ne peut être que rentable vu ses méthodes managériales sui generis. La preuve c’est qu’aucun des fils de BBY n’a essayé de faire ses preuves dans une autre activité, pourquoi aller vers l’inconnu quand on a une mine d’or entre les mains, et qu’il suffit d’en faire une affaire familiale pour en garder tous les bénéfices.

Imaginez une seconde, la razzia que fait ce journal sur les comptes de nos pauvres Etats : La grande interview-propagande politique d’un Président tourne autour de 800.000 euros selon les finances du pays, 940.000 euros pour la Guinée Equatoriale, plus la collecte d’insertions publicitaires à 10.000 euros la page ; toutes les entreprises du pays  y passent et l’envoyé spécial de J.A. y veille avec le Cabinet présidentiel ; et, en plus l’abonnement spécial obligatoire pour les entreprises, et encore l’achat d’actions qui ne produiront aucun versement de dividendes.

Sans compter ce qui pourrait figurer dans le livre Guinness des idées les plus diaboliques, à savoir : l’abonnement à vie à Jeune Afrique avec la touche spéciale c'est-à-dire que l’abonnement est transmissible avec votre héritage à vos enfants. Il fallait y penser. N’oublions pas les fameux Atlas, revues touristiques qui coûtent au bas mot 100.000 euros tirés à un nombre important d’exemplaires, faites le calcul !

Ce n’est pas fini, il arrive que les experts de J.A. vous tiennent la main pour écrire, comme par exemple, le président Obiang Nguéma de Guinée Equatoriale pour son livre « My life for my People » !

Constatez la saignée à blanc de nos Etats par des donneurs de leçons sans égal. Que pensent les institutions internationales préoccupées par la bonne gouvernance de ces dépenses inappropriées ? Tout cet argent dépensé à engraisser des maîtres chanteurs, aurait pu être plus judicieusement utilisé ! Il est vrai que le groupe est un démembrement de la Françafrique, entre copains, c’est toujours le renvoi d’ascenseur.

De plus, la fragilité des pouvoirs en Afrique dope les actions de communication, c’est en quelque sorte leur terreau fertile.

Les rares visites de BBY sur le continent Noir sont à relever, cela participe de la distance nécessaire qu’il met pour contenir, loin de lui, les responsables africains qu’il méprise et avec qui, il ne souhaite  partager aucune familiarité, ne parlons pas d’amitié.

Dans cette logique, il refuse leurs médailles mais accepte leurs chèques. Il n’est pas question pour S Y Béchir de se rabaisser au niveau d’un roitelet nègre. Quelques petites exceptions, il lui est arrivé d’aller quémander le président Houphouet à domicile ainsi que le président Bongo quand les temps étaient cailloux pour lui. Récemment, il était prêt à abandonner son actionnaire Ouattara pour se rendre à Abidjan sceller une réconciliation avec Gbagbo et faire main basse sur un pactole, mais les conditions fixées par Gbagbo furent jugées trop draconiennes. Au Sénégal, il avait obtenu un crédit bancaire pour renflouer les caisses de J.A. avec l’aval du président Diouf, la presse sénégalaise rappelle souvent au propriétaire de J.A. qu’il n’a pas remboursé le prêt consenti.

C’est ainsi que la terreur médiatique qu’il inspire, son appartenance d’abord au Réseau Foccart, puis à la Françafrique lui a permis, malgré les insultes régulières, les diffamations multiples et ce pendant plus de 60 ans, excusez du peu, de n’avoir eu aucune plainte dirigée contre lui et jugée. Absolument renversant. La seule exception est la plainte introduite par les avocats du président Hissein Habré pour un faux grossier à savoir, une pseudo interview que leur aurait accordée l’ancien président Tchadien.

BBY a estimé que cette initiative relevait de l’audace et qu’il ne devait pas permettre à d’autres de suivre cet exemple. D’où les multiples gesticulations de ses avocats pour demander aux réseaux françafricains de ne pas oublier de lui renvoyer l’ascenseur, à lui membre de la confrérie au nom des bons et loyaux services rendus pour servir les intérêts de la France. La décision de justice rendue mérite le détour : le juge français a déclaré que « le président Hissein Habré n’apportait pas la preuve qu’il n’a pas accordé d’interview à J.A. et BBY aussi, n’a pas pu apporter la preuve que HH leur a accordé une interview…!». Tout le monde a compris, car, la charge de la preuve incombait bien à J.A. qui a prétendu que Hissein Habré leur avait donné une interview ; et, tous les journalistes le savent, dans un cas pareil, on a des courriers, des échanges, des supports audio même pour une interview dans un journal. Or, JA et Ben Yahmed n’avaient rien. Pour les sortir du pétrin, le renvoi d’ascenseur avait fonctionné avec des grincements bruyants. Partie remise ?

BBY est un habitué des sollicitations pour le tirer d’un pétrin, selon la presse française, les arriérés de son groupe à l’URSSAF étaient astronomiques, il demanda une faveur au PM d’alors, français Balladur qui la lui accorda. Il en sera ainsi avec les prud’hommes dans le cas des conflits avec ses employés. On peut relever que la presse française ne s’intéresse pas beaucoup à lui, mais ne l’épargne guère à l’occasion. Toutefois, l’arrogant BBY la joue balle à terre et adopte un profil très bas et évite la confrontation avec les journalistes français, comme on dit chez nous « les grenouilles ne sautillent pas dans l’eau chaude. »

Le mépris, le manque de considération de J.A. se constate quand Deby se fait interviewer en casquant plus 300 millions de F CFA et insulte copieusement les rebelles tchadiens en les traitant de mercenaires.

Le représentant des rebelles et porte parole M. Acheikh Ibn Oumar écrit un droit de réponse qui, selon les règles professionnelles, devait être publié dans le journal. Niet catégorique de J.A, on balance le droit de réponse sur le site du journal, le temps d’une rose et basta. Aucune indignation de la part de l’intéresse qui ne dénonce pas ce mauvais traitement, s’en accommode même. C’est normal que BBY tienne toujours sa chicotte à la main, si chacun (et tout le monde) baisse yeux et tête.

Toujours sur le Tchad, et le refus de publier les droits de réponse à lui envoyés par les avocats de Habré; ceux-ci dénoncèrent cette attitude  et firent  publier dans d’autres médias les droits de réponse en question, provoquant la fureur de BBY et quelques insultes avec les responsables des journaux ayant publié les droits de réponse. Des méthodes de mafiosi en fin de compte.  Selon BBY, à ses  insultes, il ne faut ni opposer une plainte, ni exercer un droit de réponse et pire, il ne faut pas non plus tenter de réagir par d’autres voies !  Est-ce le comportement de quelqu’un qui respecte les gens ou est-ce le comportement d’un maître vis-à-vis de ses valets ?

Le racisme de BBY a explosé, aussi, en ce qui concerne la Tunisie de Ben Ali.  BBY est tunisien, cela lui suffisait à lui et ses enfants pour dire « Touche pas  à mon pays ». Ainsi, parlait Zyad Liman, fils de la femme de BBY, lors d’une émission sur TV5 à propos de la modification constitutionnelle faite par Ben Ali pour s’assurer une présidence à vie : « D’abord, le régime de Ben Ali réunit autour de lui la majorité des Tunisiens qui ne sont pas intéressés par d’autres questions, le régime leur offre une vie bien meilleure à celle d’autres pays. De plus, je m’interdis de dire du mal d’un pays qui est le mien et dont je détiens le passeport même si ma mère est savoyarde. » Dans ces quelques mots, tout a été dit. Le fils de Ben Yahmed a une conception bien curieuse du journalisme indépendant ! Il n’a pas démérité de son père adoptif. Mais ne nous laissons pas divertir par ce camouflage. Des solides liens d’argent unissaient BBY et Ben Ali.

Ainsi, dans un article du 17 février, le journal « Le Monde » monte au créneau et accuse BBY et son équipe « d’avoir abondamment contribué à empêcher de connaître le vrai régime de Ben Ali. Ils n’ont jamais consacré des dossiers comme ils le faisaient sur Mobutu et Kabila fils. » N’est ce pas édifiant?

Et la presse française de poursuivre, « BBY était subjugué par Leila Ben Ali qu’il a dépeint en 2009 comme une femme politique énergique, déterminée et fonceuse, elle est la générosité discrète, percutante d’esprit, d’humour et d’humanisme ». En fait constate, le Canard Enchaîné, JA a habilement oscillé entre flagornerie et critique mouchetée de courtisan. Par rapport à la situation économique tunisienne en 2009, JA écrivait : « Le pays jouit d’une paix sociale. On l’a dit et répété depuis plus de 20 ans, la liste des progrès réalisés ne cesse de s’allonger ».

La saga de BBY a permis de prendre conscience qu’un groupe de presse, c’est capital pour décrocher des commandes de toutes sortes. C’est malheureusement ce que beaucoup de personnes ont retenu et le créneau suscite aujourd’hui beaucoup d’intérêt auprès d’hommes d’affaires, chanteurs, avocats, etc… qui espèrent  ainsi imiter l’équipe de JA et s’enrichir les doigts de pieds en éventail. BBY mérite t-il d’être copié ? Lui qui, répondant à une remarque sur l’absence d’une ligne éditoriale dans son journal, a rétorqué « les cimetières sont pleins de journaux qui en avaient ! ». En 2010, il revendiquait 60.000 exemplaires distribués en France et à l’étranger (combien d’invendus ?), autrement dit une dégringolade, une perte d’audience et de crédibilité constantes, le torchon ne fait plus recette. Il était temps !

Certains anciens de l’hebdomadaire surnomment BBY, le Gourou, l’assimilent à un roi ayant sa cour, ses bouffons et ses esclaves ; toujours est-il que le personnage à la peau fripée et submergée de millions de rides porte sur lui les affres du temps et de toutes ses forfaitures, compromissions, trahisons, inscrites comme des scarifications indélébiles.

Ayons le courage de dire STOP, de ne plus dépenser notre CFA dévaluée à enrichir une famille qui a bâti une fortune colossale en nous exploitant sans honte tout en affichant son souverain mépris. A la jeunesse africaine  de s’interroger sur ce que  peut bien  apporter la plume d’un homme qui, du haut de toute son expérience  politique, a assumé haut et fort que la libération de Nelson Mandela ne représentait pas un évènement assez important pour qu’il daigne envoyer un  seul reporter.

La meilleure réponse à cette attitude raciste, c’est d’arrêter de l’enrichir, de prendre conscience  que son appétit de notre argent, lui a apporté  puissance et arrogance mais que notre soumission  nous  a, en même temps, et  par ricochet, avili.

Le groupe de BBY, selon les mots de Lapham « apprend à réagir avec la souplesse accommodante d’un majordome anglais qui apporte des toasts beurrés au Prince de Galles ». C’est nous, les princes ! Alors, les majordomes, on peut les virer ou en changer, n’est ce pas?

 
 
Source: ZOOM TCHAD

dimanche, 14 octobre 2012

FRANCOPHONIE A KINSHASA: LA FRANCE DANS SA BASSE-COUR!

 

 

Alors que des problèmes sérieux se posent à l’Afrique, les dirigeants des pays (anciennes) colonies françaises de ce contient n’en finissent pas de s’acoquiner avec les autorités de Paris, à la recherche d’un nouveau souffle pour l’asservissement à une France incapable de renoncer aux pratiques les plus avilissantes du colonialisme. Et ce n’est pas parce que le président français joue sur les mots en disant qu’à Kinshasa, lors du sommet de la Francophonie « il y aura la France et l’Afrique, et qu’il ne sera pas question d’associer la France et l’Afrique » qu’il faudrait croire que la Francafrique, ce système de relations de dupes entre la France et ses (anciennes) colonies aura vécu. Pour faire bien, on tente parfois de donner à la francophonie les allures du Commonwealth. Et pourtant, l’histoire a montré depuis toujours que les conceptions des relations avec les colonies n’ont jamais été les mêmes selon qu’il s’agisse de la France ou de l’Angleterre. Même si dans les deux cas on recherche le profit, les Français ont toujours eu un comportement qui tend à nier aux Africains toute personnalité, toute dignité ! Aujourd’hui, malgré les indépendances, le regard des Français sur l’Afrique n’a pas varié d’un pouce.

L’Afrique francophone : la basse-cour de la France !

L’image de la basse-cour, c’est ce qui convient le mieux, lorsqu’on veut parler des relations de la France avec les pays francophones d’Afrique. Aujourd’hui encore, les pratiques dégradantes de la francafrique font de ceux qui sont à la tête des Etats africains des responsables régionaux, de sortes de préfets de seconde zone, et leurs peuples subissent le dédain raciste, pendant qu’on parle de partenariat. Tout le monde sait que, non contente d’être un marché captif à maints égards pour la France, l’Afrique francophone va jusqu’à loger ses devises dans le Trésor de la France ; cela fait que l’Etat français a un contrôle exclusif absolu sur les économies des Etats de cet espace africain. Le Franc cfa, cette monnaie coloniale, est aujourd’hui la plus grossière arnaque qui puisse exister en matière de relations internationales. Le plus dramatique, c’est qu’on s’échine à faire croire que les Etats africains trouvent leur compte dans cette grotesque duperie. C’est un paternalisme avilissant que subit l’Afrique par la cupidité de dirigeants sans envergure, qui ne doivent souvent leur place qu’aux coups bas de la France des réseaux qui est en Afrique cette Francafrique ! Et ce n’est pas parce qu’un certain Abdou Diouf, après avoir dirigé le Sénégal, n’a pas pu se faire à l’idée d’une retraite méritée, et s’est retrouvé avec ce strapontin peu flatteur de Secrétaire Général de ce machin néocolonial, qu’il faudrait y voir une institution de coopération entre Etats. La francophonie est aujourd’hui le pilier visible le plus actif de l’action colonialiste de la France en Afrique. Pour la petite histoire, Monsieur Bernard B. Dadié, homme de lettres ivoirien bien connu, s’est vu refuser le visa par la France, en 2010, alors qu’il devait prendre part, en tant que membre à part entière, à une réunion important de la francophonie à Paris. La raison : ses prises de positions dans le complot électoral franco onusien en Côte d’Ivoire déplaisaient aux autorités de la France. D’ailleurs on a vu après, sans surprise, Abdou Diouf, le Secrétaire Général de cette institution, voler au secours de la France, dans sa guerre en Côte d’Ivoire, par des prises de positions indignes de l’ex chef d’Etat qu’il est !...

A quand donc « l’âge d’or » pour l’Afrique?

Nous entendons par « âge d’or », le temps où les Africains auront acquis le respect des autres. Le temps où sera abandonnée cette vision réductrice qui présente les Africains comme les dindons d’une farce grotesque. Le fait est que pendant que dans les Etat africains non francophones, on peut sentir comme un vent de dignité, dans la partie francophone, c’est l’aplatissement total, avec des comportements à faire honte même à l’idiot du village.

Il y peu, Tabo Mbeki, l’ex chef d’Etat sud africain, donc d’un pays anglophone, fustigeait la caducité des textes de l’ONU, et tançait durement l’Ua et les Africains pour leur tiédeur (le mot est faible) quand il s’agit de prendre position pour défendre un Etat africain. Cette semaine, c’est Paul Kagamé, un ex francophone qui a tourné vers la langue de Shakespeare, qui déclare que « l’Afrique n’a de leçon à recevoir de personne ! » A côté de cela on a vu, il n’y a pas longtemps, les chefs d’Etats francophones d’Afrique, Laurent Gbagbo (alors chef d’Etat) excepté, s’aligner pour aller faire la fête nationale en France. Et il y a quelques jours, ce sont les ministres des finances de  ces mêmes Etats francophones qui sont allés à Paris, avec au premier rang, Alassane Ouattara, le « préfet de seconde zone » que la France a placé au pouvoir en Côte d’Ivoire, après avoir chassé Laurent Gbagbo avec des bombes. Ils sont allés fêter l’esclavage financier que subissent leurs pays, avec le franc cfa.

Ces exemples pour dire que pendant que dans les pays anglophones, des voix s’élèvent pour parler de dignité de l’Afrique, dans les pays francophones, c’est toujours le statu quo colonial. On continue de s’aplatir devant la France, et on n’a pas honte de se ridiculiser avec des attitudes et parfois des propos aussi niais que lâches. Comme cette réponse de l’Ivoirien Charles Konan Banny, ancien gouverneur de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) : à l’occasion de la fête des 40 ans du cfa, fête de l’esclavage financier, dernièrement à Paris, un journaliste s’est hasardé à demander à l’ancien gouverneur de la BCEAO si et quand les Etats africains envisageaient de créer leur propre monnaie. Monsieur Banny, à la manière de « Toto » qui voudrait faire de l’esprit, a demandé au journaliste de quoi il parlait. Puis il a poursuivi, à peu près en ces termes : «  nous avons une monnaie à nous,  qui est le franc cfa ! Et si c’est une affaire de mot, on peut, pour vous faire plaisir, remplacer cfa pour autre chose ; mais nous, nous n’avons pas du tout le sentiment de ne pas avoir une monnaie à nous… » Voilà, sans commentaire, le propos d’un ex haut fonctionnaire de l’esclavage financier que la France exerce sur l’Afrique francophone. Avec çà, on a de quoi être sceptique devant les campagnes pour la francophonie, et se demander avec insistance : à quand « l’âge d’or » ?

Que Dieu nous protège !


Nda Adjoua Suzanne, Enseignante

mercredi, 10 octobre 2012

LA DEVALUATION DU FRANC CFA ET SES MAGOUILLES OBSCURES - AUX ORIGINES DU «PACTE» OUATTARA-SARKOZY


FRANC CFA - BILLET DE 1000 F ANCIEN.gif


Alors qu’Alassane Ouattara tient conférence à Paris, dans le cadre de la commémoration des 40 années de la zone franc, et que Pierre Moscovici, ministre français de l’Economie et des Finances, le présente comme un homme qui «incarne notre volonté de faire le lien entre le passé, le présent et l’avenir» (cf. Jeune Afrique n° 2699 du 30 septembre au 6 octobre 2012), Le Nouveau Courrier revient sur les secrets d’un épisode à la fois important et socialement douloureux de la zone franc en question.

C’est un document secret, d’une valeur exceptionnelle et d’une importance considérable à plus d'un titre que Le Nouveau Courrier s’est procuré. Il est daté du 27 janvier 1993 et a été rédigé par le secrétariat général du gouvernement français de l’époque. Il évoque la «situation économique et financière d’Afrique francophone». Mais il faut le contextualiser, l'analyser, en tirer ce qu'il dit, mais aussi ce qu'il ne dit pas. Cela tombe bien. Nous avons pu non seulement en prendre connaissance, mais également nous en faire donner les clés de compréhension par un proche du dossier, que nous nommerons «Gorge profonde».

Mitterrand et les socialistes ne voulaient pas de la dévaluation de 1994 

Le mercredi 27 janvier 1993, se tient une réunion secrète, un «conseil restreint» au Secrétariat général du gouvernement, présidée par François Mitterrand lui-même. Y assistent : le Premier ministre, Pierre Bérégovoy, le Ministre d'État, ministre des Affaires étrangères, Roland Dumas (qui connaît donc certains des protagonistes actuels de la crise ivoirienne depuis bien longtemps), le ministre de la Défense, Pierre Joxe (lui-même fils d'un homme politique de premier plan), celui de l'Économie et des Finances, Michel Sapin (membre actuel du gouvernement français), et, bien sûr, le ministre en charge alors de la Coopération et du développement, Marcel Debarge, "éléphant"du PS, comme on disait alors. Signalons, présents au titre de la Présidence de la république française, le Conseiller M. Delaye, le Chef d'État-major, M. le général Quesnot et, plus étonnant, le Secrétaire général adjoint, Mme Anne Lauvergeon. M. Jurgensen, Directeur général de la Caisse centrale de coopération économique, et M. Denoix de Saint Marc, Secrétaire général du gouvernement, complètent la distribution.

En ce 27 janvier 1993, la France est encore à gauche pour quelques semaines. La droite remportera en mars les législatives, accèdera au pouvoir, qu'elle devra néanmoins partager, selon les délices constitutionnels français, avec le président de la République en place, François Mitterrand. Depuis 1981 et la victoire historique de celui-ci, la droite n'a pas gouverné, si l'on excepte la précédente cohabitation, entre 1986 et 1988, qui vit Jacques Chirac accéder à Matignon. Autant dire que les réseaux françafricains dits de droite, en opposition supposée à ceux de gauche, s'activent et préparent leur retour aux affaires.

Onze ans ou presque qu'ils attendent de réinvestir l'Afrique francophone et sa zone franc. Cela explique sûrement l'extrême rapidité avec laquelle, à peine réinstallée aux commandes, la droite de Balladur va mettre en place une dévaluation du franc CFA foudroyante. Contre les volontés des présidents africains et de la gauche française bientôt défaite. C’est ce que prouve très clairement le document secret que Le Nouveau Courrier s’est procuré. Ainsi lit-on sur la deuxième page de notre document que «le 31 juillet 1992, les présidents Bongo, Compaoré, Diouf et Houphouët-Boigny ont réaffirmé solennellement leur souhait de maintenir la parité actuelle des francs français et CFA.» Mieux : «Pour ce faire, ils ont manifesté leur ferme engagement de poursuivre dans la voie de l'ajustement réel.» Très clairement, la «mitterrandie» souhaite une cure d’austérité, mais ne veut pas de dévaluation.

«En diminuant récemment les salaires de la fonction publique de 20%, le président Biya a montré que l'ajustement réel n'était pas hors de portée», se félicite le document. Admirable rhétorique. Aussi pour le pouvoir français, «il convient de soutenir cette démarche courageuse, premier pas vers un programme de redressement économique qui permette de rétablir les conditions d'une croissance durable sans ajustement monétaire et d'inciter la Côte d'Ivoire ainsi que les autres États de la Zone Franc à faire de même.»

Le duo Camdessus-Ouattara : ceux qui ont poussé à la dévaluation à marche forcée

Ce n'est peut-être pas encore écrit dans les manuels d'Histoire français, mais il est (presque déjà) notoire que, depuis les indépendances, Libreville, Dakar et Abidjan sont les places fortes de la France en Afrique. Pour ne pas dire de la Françafrique. En 1993, les présidents que la France consulte et écoute se nomment Omar Bongo, Abdou Diouf, Félix Houphouët-Boigny (même si très diminué, dans les faits, c'est Alassane Ouattara, son Premier ministre, qui gouverne), mais aussi, et là encore ça surprendra sûrement quelques observateurs attentifs, Paul Biya, président (déjà) du Cameroun et Blaise Compaoré, président (déjà lui aussi) du Burkina Faso.

Les leaders africains le savent pertinemment : l'hypothèse d'une dévaluation du Franc CFA est, en 1993, depuis plus d'un an et demi dans les tubes des plus libéraux du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque Mondiale, institutions économiques toutes puissantes issues des Accords de Bretton Woods. Au FMI, et en particulier à sa direction, M. Camdessus en est un partisan inconditionnel. Et derrière lui celui qu'un storytelling bienveillant et accommodant présente comme un "ancien directeur du FMI" ou un "ancien directeur adjoint du FMI", mais qui ne fut dans les faits que membre du cabinet Camdessus : Alassane Ouattara. (Pour preuve, celui qui succèdera à Camdessus, embarrassé par quelques affaires pénibles, sera son "vrai" numéro 2, M. Fischer).

La dévaluation du franc CFA: une fabrique de misère pour les masses africaines, une gigantesque opération spéculative pour les «sachants»

Finalement, le camp «anti-dévaluation», incarné par François Mitterrand et ses hommes, perdra le contrôle de la situation. Le Parti socialiste défait aux législatives, Mitterrand doit cohabiter. Chirac préfère envoyer Balladur. Le Banquier par excellence. Un physique de héros de Molière et de roi de France en même temps. Le moins soupçonnable de tous. Formé à la banque Rotschild et auprès de Georges Pompidou.

Donc pas tout à fait innocent des affaires et réseaux de la Françafrique. Autour de lui, un gouvernement. Le retour en grâce de réseaux qui, s'ils ont rouillé, n'en continuent pas moins d'occuper une bonne partie du terrain. La dévaluation se met en place. Elle n’empêchera pas une division par deux des salaires dans de nombreux pays où elle s’additionnera à l’austérité préconisée par la gauche.

Tout va aller vite. Vraiment très vite. En quelques semaines, on passe de la note secrète de Conseil restreint recommandant en somme de repousser la dévaluation au profit de l'ajustement à la mise en place effective de celle-ci. La dévaluation sera une opération financière et monétaire, mais aussi une opération juteuse et assimilable à un gigantesque délit d'initiés pour certains – qui savaient ce qui allait se passer pour des raisons évidentes, et qui en ont bien profité.

Les dommages (et bénéfices) seront tels que pour stopper l'hémorragie, le 31 juillet 1993, il sera décidé de suspendre la convertibilité du CFA. Le New York Times parlera, en octobre 1993, «de trains de camions» remplis de billets françafricains transitant par Londres pour Genève. On disait alors que «des Nigérians» tenaient ce business excessivement lucratif. Il était urgent pour les veinards qui en possédaient d'aller changer en francs français ou en devises «bankables» des CFA dont la valeur allait être multipliée par deux après la fameuse dévaluation.

Sarkozy était déjà à la manœuvre Qui contrôlait donc ce bateau ivre de la dévaluation ?

En premier lieu, en second chef et à tout saigneur tout honneur : dans le désordre économique protocolaire, l'exécuteur des hautes œuvres et des basses besognes, celui qui officiait alors à Paris au Budget, Nicolas Sarkozy.

S'il n'a pas, effectivement, marié Alassane et Dominique Ouattara, on peut sans s'avancer conjecturer sur, au minimum, une rencontre «fructueuse» entre les deux hommes dans cette période. En second lieu, tout au moins dans les souvenirs précis de notre informateur de l’ombre : Anne Le Lorier, Conseillère économique à Matignon. Peut-être sinon le plus important, en tout cas le plus «conséquent»: l'alter ego de Nicolas Sarkozy à la Coopération, le «gendarme» Michel Roussin. Qui sera plus tard le troisième bras de Vincent Bolloré, après avoir, parmi d'autres, payé pour un "système Chirac" qui les dépassait probablement, lui et Chirac. Comme on se retrouve ! Qui est donc Directeur de cabinet de Michel Roussin à l'époque, et donc forcément au courant de l'ensemble des problèmes et questions liés à la dévaluation ? Dov Zerah himself ! Celui qui sera nommé à la direction de… l'Agence Française de développement par… Nicolas Sarkozy en 2011. (Même si, pour la petite histoire, Zerah sera assez vite remplacé par M. Pouilleute.) 

Deux autres hommes se détachent incontestablement : Jean-Claude Faure et Jean-Michel Sévérino. Faure est à la direction du Développement et reviendra en grâce en 1997. Paradoxalement, il mettra à profit la victoire de la gauche lors des calamiteuses législatives, nées de l'encore plus calamiteuse dissolution due au fantasque Dominique de Villepin, pour réapparaître auprès de M. Josselin. Son épouse était Conseillère de Lionel Jospin.

Ceci expliquerait-il cela? Sévérino, issu du Cabinet de Jacques Pelletier, était le chef du Service de Coordination géographique. Notre ami Gorge profonde voit en lui «la cheville ouvrière de la dévaluation». Plus tard, son forfait accompli, si l'on peut dire, il sera soutenu par Jacques Chirac à la direction de la Banque mondiale. Il en sera vice-président. Libéral assumé, il n'en sera pas moins encarté au PS. Ami et de l'influent Camdessus et de l'influencé Ouattara. Il dirigera plus tard l’Agence française de développement.

Décidément «machin» à recycler les hauts fonctionnaires et les plus méritants des réseaux. Actuellement, un homme comme M. Séverino, en complément d'autres activités, officie, par exemple, en qualité d'administrateur dans des firmes comme Danone ou Orange. On ne l'y paye pas en salaires, mais en jetons de présence (à hauteur de 50 000 euros chacune chaque année pour quelques heures de… présence). 

La question qu’on ne peut pas ne pas se poser

Aujourd’hui avec le recul, l’on sait que la dévaluation de 1994 n’a pas enrichi l’Afrique. Après un rebond artificiel de certaines économies, qui se limitait aux beaux tableaux des institutions de Bretton Woods, la baisse généralisée du pouvoir d’achat qu’elle a entraîné a exacerbé la corruption chez les fonctionnaires, voire précipité des troubles politiques considérables, comme en Côte d’Ivoire.

La dévaluation n’a pas vraiment fait bouger la règle de la «monoculture» agricole et l’industrialisation n’a pas fait des progrès fulgurants. On retiendra surtout qu’elle a enrichi ceux qui savaient ce qui allait se poser et comment cela allait se passer et ceux qui pouvaient orchestrer le «déplacement» de l’Afrique à l’Europe de sommes considérables d’argent.

Ancien gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) où il disposait encore de solides réseaux, Ouattara a-t-il, d’une manière ou d’une autre, joint «l’utile» à «l’agréable» en ce temps-là? Aujourd’hui, les différentes «affaires» qui secouent la République française, notamment l’affaire Karachi, montrent que les années dont il est question ont été des années où les deux clans rivaux de la droite – les clans Balladur/Sarkozy et Chirac – étaient à la recherche effrénée d’argent pour financer leurs ambitions politiques. L’Histoire retiendra sans doute que c’est dans cette période bien particulière que la grande amitié, pour ne pas dire «le pacte», entre Nicolas Sarkozy et Alassane Ouattara s’est forgée.


Grégory Protche


NB: Les documents se trouvent dans la rubrique ''documents'' en bas de votre site ou suivez cet lien:

 http://abidjandirect.net/document/devaluation_doc_1.jpg

 

Source: ABIDJAN DIRECT.NET

lundi, 08 octobre 2012

LA FRANCE, ARTIFICIELLEMENT RICHE PAR L'ESCLAVAGE MONETAIRE DE L'AFRIQUE

 

FRANC CFA. 1000.jpg


Le Franc CFA a été créé le 25 décembre 1945 par la France selon l'article 3 du décret n° 45-0136 et publié au Journal Officiel français du 26 décembre 1945. Un bien curieux cadeau de Noël aux Africains.

Jean Boissonnat, membre du Conseil de la politique monétaire de la Banque de France (1994-1997) disait ceci en parlant du Franc CFA:

«Pratiquement toutes les décisions étaient prises à Paris. La zone franc a permis à la France de se fournir en certaines matières premières (plomb, zinc, manganèse, nickel, bois, phosphate, oléagineux, uranium...) sans débourser des devises. On a calculé qu'elle représentait (pour la France) 250 millions de dollars par an d'économies de devises. La métropole a acheté, en 1954, pour 365 milliards de marchandises (principalement des produits). On a estimé que 500.000 Français de la métropole tiraient leur moyens d'existence de l'ensemble économique de la zone franc». "La Zone Franc: Survivance du Passé ou Promesse d'Avenir" dans La Croix, 17 février 1960.

Quelques décennies plus tard, strictement rien n'a changé et les Africains continuent d'approvisionner l'économie française gratuitement comme les Français, sous occupation, le faisaient jadis en direction de l'Allemagne nazie.

«L’institution et le fonctionnement du soi-disant accord de compensation valurent à l’Allemagne des avantages considérables. Grâce à lui, elle put acheter gratuitement et sans limitation toutes les ressources françaises nécessaires à la poursuite de la guerre et à la subsistance de sa population». Pierre Arnoult (Inspecteur général des Finances), "Les finances de la France et l’occupation allemande (1940-1944)", p.192 (1951).

C'est en 1963 que les Accords de Yaoundé I marque le début de la coopération entre l'Europe et 18 États africains dont ceux de la zone CFA. Au fil du temps, ces accords vont connaitre nombreuses mutations, mises à jour, et une adhésion progressive d'autres États au concept:
 
-Accords de Yaoundé II en 1969;
-Accords de Lomé I en 1975;
-Accords de Lomé II en 1979;
-Accords de Lomé III en 1984;
-Accords de Lomé IV en 1989;
-Accords de Cotonou en 2000;
-Et aujourd'hui les fameux APE (accords de partenariats économiques).

Le mot "coopération" fait partie de la quincaillerie des mots mielleux qui caractérisent le discours philanthropique de l'Occident pour placer un écran de fumée sur la logique de prédation dans laquelle cet Occident entraine toute l'Afrique. 

Jean Foyer, ministre de la coopération française (1961-1962) et ancien garde des Sceaux du général de Gaulle et connu pour être l'un des artisans de la Constitution française de 1958, déclara: «On a passé avec eux (les pays africains de la zone CFA) des accords (dits de coopération) sur les matières premières stratégiques. Ces accords sur les matières premières stratégiques les obligeaient tout simplement à nous proposer à nous en premier lieu de nous accorder des concessions mais en ne les obligeant d'ailleurs pas à le faire». "Cameroun: Autopsie d'une indépendance", film réalisé par Gaëlle Le Roy et Valérie Osouf (2009).

Le dénominateur commun de ses accords est, pour le cas de la France étudié ici, l'exportation des matières premières vers la France sans tarifs douaniers et l'importation en Afrique, sans barrière douanière, des produits finis qui ont été manufacturés en France. 

L'achat, si on peut l'appeler ainsi, par la France de ses matières premières se fait en créditant les comptes d'opérations des pays africains de la zone CFA (ces comptes sont en France) sans pour autant les payer concrètement. En clair, cette approvisionnement en matière première est gratuite pour la France. C'est ainsi que les pays africains de la zone CFA sont pris en otage par la France dans la mesure où leur argent est supposé être dans ses nébuleux comptes d'opérations dont seul la France connaît le secret.

«En 1966... le gain total de 1.220,3 millions de franc français résulte d'un apport de 221 millions de la France, d'un apport de 1.218,6 millions des États africains et malgache et d'un apport de 193,3 millions des autres pays de la zone franc (Mali excepté), soit 1 632,3 millions de francs». Journal officiel de France du 15 avril 1970 page 209.

Donc, l'apport concret des pays africains est 6 fois plus élevé que celui de la France.

Qui développe qui? Qui aide qui?

La France utilise les capitaux des pays africains de la zone Franc CFA pour couvrir ses déficits budgétaires et rembourser ses dettes publiques.

«L’avantage que représente pour le Trésor français l’existence de soldes créditeurs aux comptes d’opérations est réel, car ils sont l’une des ressources qu’utilise le Trésor français pour financer la charge qui résulte pour lui des découverts d’exécution des lois de finances et de l'amortissement de la dette publique». Xavier de La Fournière, "La zone Franc", Presses Universitaires de France. Collection «Que sais-je?» n° 868, 1971.

«Nous sommes dans la zone franc. Nos comptes d’opérations sont gérés par la Banque de France, à Paris. Qui bénéficie des intérêts que rapporte notre argent? la France». Omar Bongo dans Libération, 18 septembre 1996, p.6.

Jacques Chirac d'avouer ce qui suit: «On oublie une chose... C’est qu’une grande partie de l’argent qui est dans notre porte-monnaie vient précisément de l’exploitation depuis des siècles de l’Afrique. Pas uniquement, mais beaucoup vient de l’exploitation de l’Afrique! Alors il faut avoir un petit peu de bon sens. Je ne dis pas de générosité, mais de bon sens, de justice pour rendre aux Africains, … Je dirai... ce qu’on leur a pris. D’autant que c’est nécessaire si l’on veut éviter les pires convulsions ou les difficultés avec les conséquences politiques que ça comporte dans le proche avenir». Dans le documentaire "10 mai Africaphonie", 2008.

C'est ainsi que le professeur Nicolas Agbohou dit avec raison que: «LE FRANC CFA EST L'ÉPINE DORSALE DE LA FRANÇAFRIQUE».

Bref, tous ceux qui parlent de mettre fin à la Françafrique, aux relations sulfureuses avec la France, sans tuer le Franc CFA, sont simplement des mystificateurs, des marchands d'illusions.
 
 
 
Source: La page Facebook de Uhem Mesut

dimanche, 07 octobre 2012

LES RAISONS FRANÇAISES DE LA DESTABILISATION DU MALI


CALIXTE BANIAFOUNA.jpg

Déjà lu, relu et toujours d'actualité. Bonne (re)lecture! 


La France se prépare à déstabiliser le Mali. Et pour cause? Il y en a trois qui relèvent principalement des raisons classiques: les intérêts « français » et « individuels ».

 

Des intérêts français, la découverte du pétrole au Mali en est le déclencheur des hostilités. Bamako, 12 mai 2002, aussitôt élu président de la République avec 64,35% des voix au deuxième tour, Amadou Toumani Touré (ATT pour les intimes) fait un rêve, celui de faire du Mali un pays producteur du pétrole. Mais le rêve ne dit pas que l’or noir est un or du diable, qui insère son producteur au rang de la malédiction où d’autres anciennes colonies françaises comme le Congo Brazzaville, le Gabon... sont depuis, tenus en laisse par Paris. Le Mali peut toujours jouer le jeu de la démocratie en organisant des élections crédibles et en assurant des alternances dans la paix tant qu’une goutte de pétrole ne coule pas encore du bassin de Taoudéni dans le nord du pays. Taoudéni ? C’est à la fois une cuvette dont le dépôt centre atteint plus de 5000 m d’épaisseur et une superficie d’environ 1.500.000 km², soit le plus vaste bassin sédimentaire on-shore d’Afrique occidentale, qui s’étend hors du Mali au Niger, en Mauritanie, au Burkina Faso et en Algérie. Cette précision est d’une importante capitale à noter pour la suite de l’analyse.

Il est de bon augure pour ATT de créer, dès 2004, l’Autorité pour la promotion de la Recherche Pétrolière au Mali (AUREP). Des conventions de partage de production et de concession pour 29 blocs répartis sur cinq bassins sédimentaires sont signées entre le gouvernement malien (9 blocs) et les sociétés de recherche pétrolière pour les 20 autres blocs. Parmi ces sociétés, il y a la compagnie italienne d’hydrocarbure ENI (50%), l’australienne Baraka Petroleum (25%) et l’Algérienne SIPEX (25%), dont les opérations de sondages sismiques des blocs 1, 2, 3, 4 et 9 sont assurées par l’Entreprise Nationale Algérienne de Géophysique (ENAGEO), une filiale de SONATRACH qui est la première des douze sociétés pétrolières d’Afrique. Sans oublier l’apport de 46 milliards de FCFA par PetroPlus Angola, destinés à la promotion de la recherche pétrolière, à l’exploitation, au transport, au raffinage des hydrocarbures liquides et gazeux, et à la formation du personnel technique malien.

Très bien tout cela ! Sauf que dans l’Eden du pétrole d’un pays tenu en laisse par la France, citer ou ne pas citer le nom de Total/Elf est synonyme de consommation d’un fruit qui rend ivre et provoque de grands changements aux consommateurs. Car, présent ou non auprès d’eux, Total/Elf est un serpent toujours présent dans l’Eden du pétrole et dont on ne peut qu’être pénétré de son influence. L’ivraie s’introduit parmi le bon grain ; d’où le péché originel qui expose d’ores et déjà, pour de nombreuses décennies, des générations maliennes entières à en payer le prix.

Deuxième raison de la déstabilisation amorcée du Mali, l’influence géostratégique de la France sur l’Afrique néocoloniale.

Sans pétrole, les Maliens sont aujourd’hui fort différents de ce que, hélas, ils deviendront dans un proche avenir. Leur paisible existence n’est pas le fait de la pauvreté du pays qui les épargnerait du vampirisme de l’ancien colonisateur. Un ancien colonisateur qui, pour poursuivre le pillage de ses anciennes colonies, a toujours utilisé le principe de « diviser pour mieux régner ». Le Mali n’est pas en effet ce pays que l’on présente comme dépourvu des matières premières censées susciter la convoitise des requins occidentaux. Ce n’est pas rien que d’être, comme le Mali, le troisième producteur d’or d’Afrique derrière l’Afrique du sud et le Ghana. Son bétail, son coton, son fer, voire son arachide sont autant de produits d’exportation à forte demande mondiale.

Avec le pétrole, les Maliens recevront bientôt un devenir formel et temporel. Tout ce qui en eux de spirituel actuellement se muera en chair, matière, instrumentalité et réceptivité… exactement comme au Congo Brazzaville ! Larmes et sang couleront bientôt dans la miséricorde d’une France, elle aussi en larmes de crocodile, qui se dira totalement effondrée par la pitié pour ce peuple africain dont elle n’aurait toujours voulu que du bien mais qui aurait préféré vivre dans des souffrances volontaires. Cette pauvre France qui sera encore obligée d’intervenir au Mali comme elle l’a fait en Côte d’Ivoire et en Libye où le peuple savoure désormais le fruit de la démocratie comme jamais il n’en était aussi savoureux dans aucune autre grande démocratie du monde.

Comme en Côte d’Ivoire ou en Libye, le principe de « diviser pour mieux régner » est parfaitement sous orbite au Mali. Objectif : commencer par diviser le Mali en zones nord et sud avec, au milieu des deux zones, des armées étrangères d’interposition (genre Licorne, Casques blancs, Casques bleus…) qui, au nom de la réunification du pays, les occuperont progressivement pour s’y implanter quasi-définitivement, le temps que la France installe durablement ses larbins et s’assure de la mainmise de l’or noir annoncé afin de procéder au pillage avec autant de cruauté que d’avidité. Ficelle de la scission tirée dans la clandestinité depuis Paris et bien d’autres capitales occidentales, les rebelles se sont déjà constitués dans le nord du Mali en un mouvement tribal appelé Azawad. Équipés par les maîtres occidentaux d’une quantité impressionnante d’armes, de munitions et autres matériels de guerre en provenance d’Europe et de la Libye, ils ont lancé les attaques contre les garnisons militaires de la région et occupe actuellement toute la partie nord du pays. Pour affiner la stratégie de la déstabilisation du Mali, le Quai d’Orsay peut sans gêne recevoir à visage ouvert les membres voilés de cette rébellion d’autant que toute forme d’aide qui leur est due ne peut que relever du bon sens, le prétexte étant tout trouvé : le combat contre Al-Qaïda au Maghreb islamique.

La troisième raison de la déstabilisation du Mali par la France, enfin, relève de la mesquinerie d’un homme : Nicolas Sarkozy. De Dominique de Villepin à Mouammar Kadhafi en passant par Laurent Gbagbo, chacun d’eux (du moins pour les survivants) a souvenir que Sarko n’oublie ni ne rate quiconque l’aurait éclaboussé sur le chemin de ses abus du pouvoir au point de réduire en affaire personnelle toute affaire d’État qui oserait contrarier sa vision des choses. Mieux que tout citoyen malien, Nicolas Sarkozy savait parfaitement qu’Amadou Toumani Touré était à un mois de sa retraite politique et ne se présenterait plus à l’élection présidentielle annoncée pour fin avril 2012. Malgré tout, le laisser partir sans l’humilier passerait Sarko pour vaincu ; d’où le putsch qui n’aura eu ni sens ni fondement. En incitant une partie de l’armée malienne à destituer un président en fin de mandat, Sarko a voulu tout simplement se faire plaisir, montrer qu’il reste le chef et pousser ses obligés (CEDEAO, larbins des palais, etc.) à s’occuper, à se rendre indispensables et à finir par décliner leur impuissance pour les obliger de faire appel à l’éternel sauveur, la France.

Parvenue à ses fins, la France dirait qu’elle n’aurait rien fait en soi qui ne fût un ordre venu des Africains eux-mêmes ou de l’ONU. Vis-à-vis de Nicolas Sarkozy, ATT aura ainsi payé un temps ses doutes dans la manière d’instaurer la démocratie en Côte d’Ivoire et son opposition à l’assassinat de Kadhafi par Nicolas Sarkozy, au nom de la démocratie alors qu’en réalité, les raisons de la haine sont strictement personnelles. ATT humilié, le putsch n’a plus de raison d’être ; les abrutis à l’ordre et au service du maître n’ont plus qu’à rétablir les institutions déclarées caduques il y a seulement quelques semaines et rentrer dans les casernes pour attendre, disciplinés, que l’armée véritable débarque de Paris pour venir tracer les limites de la division du Mali.

En entendant que les larbins d’Abidjan et de Ouagadougou, courroie de transmission via la CEDEAO, transmettent l’ordre venu de l’Élysée pour annexer le Mali au concert des nations non plus de la démocratie initiée par ATT mais de celle de la Françafrique, si chère aux valeurs de la République française. Et ce, pour de longs siècles encore, tant que la « mère patrie » trouvera sur le sol africain des répondants qui sont toujours prêts à passer pour de braves soldats… en fait de piètres serviteurs.

 

Calixte BANIAFOUNA


Source: MEDIAPART

samedi, 06 octobre 2012

40ème ANNIVERSAIRE DES ACCORDS DE COOPERATION MONETAIRE DE LA ZONE FRANC: ALASSANE DRAMANE OUATTARA, SEUL CHEF D'ETAT PRESENT




FRANC CFA - 40EME ANNIVERSAIRE EN FRANCE.jpg

Alassane Dramane Ouattara et Pierre Moscovici, hier à la tribune de l'ouverture 40ème anniversaire des accords de coopération monétaire de la zone franc.



Aussi bizarre que cela puisse paraître, Alassane Dramane Ouattara, chef de l’Etat ivoirien, était le seul chef d’Etat présent à la célébration du 40ème anniversaire des accords de coopération monétaire de la zone franc. Il partageait la tribune officielle avec Pierre Moscovici, ministre français de l’Economie et Finances, et hôte du colloque.
 
Etaient également présents, les gouverneurs des banques centrales africaines BCEAO et BEAC et même d’anciens gouverneurs.
 
On notait ainsi la présence de Casimir Oyé Mba, gouverneur de la BEAC (1978-1990), de Charles Konan Banny gouverneur de la BCEAO (1990, comme intérimaire d’abord, à 2005) et ancien premier ministre de Côte d’Ivoire, d’Abdoulaye Bio Tchané ancien ministre de l’Economie et des Finances de Mathieu Kérékou, ex-président de la BOAD (2008-2011), du Camerounais Jean Nkuete, secrétaire exécutif de la CEMAC (1999-2006) économètre particulièrement brillant et proche de Paul Biya qui en a fait un ministre d’Etat, de Michel Camdessus gouverneur de la Banque de France (1984-1987) directeur général du FMI (1987-2000) et ami de Ouattara, de Sylviane Guillaumont-Jeanneney professeure émérite de l’Université d’Auvergne et spécialiste de la zone franc, de Jean-Claude Trichet gouverneur de la Banque de France (1993-2003), président de la Banque centrale européenne (2003-2011), de Christian Noyer gouverneur de la Banque de France, de Saïd Mohamed Mshangama, directeur général de l’Institut des Comores (1977-1981), pour ne citer que ceux-là.
 
L’absence des treize autres chefs d’Etat africains ayant en partage le Franc CFA comme monnaie hier à ce colloque de Bercy, dont le thème est « Regards croisés sur 40 ans de zone franc », est la preuve selon plusieurs analystes, du peu d’intérêt accordé par les africains à ce colloque, et d’une célébration au rabais des 40 ans du F CFA.
 
Par ailleurs, de plus en plus de voix s’élèvent en Afrique sur ce arrimage du FCFA à l’Euro, arrimage aujourd’hui totalement dépassé, car condamnant l’Afrique à la stagnation sans croissance sur l’autel de la lutte contre l'inflation menée par la banque de France, alors que des pays comme le Ghana, le Nigeria, qui ont leur propre monnaie, attirent beaucoup plus de capitaux que les pays membres de la zone franc.
 
Deux tables rondes seront néanmoins organisées à ce colloque : une première consacrée à « la zone franc et le tournant des accords de coopération monétaire des années 1970 », et une seconde intitulée « De l’intégration monétaire à l’intégration économique ».
 
Hier lors de la cérémonie d’ouverture, Alassane Dramane Ouattara a fait une déclaration fleuve dont nous vous livrons la teneur. ICI.
 
 
Christian Vabé


LE CFA, HISTOIRE D'UNE MONNAIE FRANÇAISE

 FRANC CFA - SENEGALAISE PRESENTANT DES BILLETS DE 10.000.jpg

A Dakar au Sénégal, une femme présente des billets de 10.000 francs CFA, environ 15 euros. Crédits photo : ISSOUF SANOGO/AFP
 
 

Le franc CFA a fêté ses quarante ans vendredi. Retour sur une invention qui a évolué avec la fin de la colonisation mais reste arrimée à l'euro.

 

C'était bien avant l'euro, avant même que l'Europe n'ose y penser. L'Afrique de l'Ouest se dotait d'une monnaie unique: le franc CFA. C'était en 1939. Plus de soixante-dix ans plus tard, ces billets existent toujours, passant entre des millions de mains chaque jour. Le CFA, après quelques changements, reste la monnaie de 14 États, offrant à ses utilisateurs quelques avantages et un réservoir de polémiques intarissable.

FRANC CFA - PAYS MEMBRES DE LA ZONE.jpg

La réalité de la création du CFA remonte à 1945, dans la foulée des accords de Bretton Woods. Elle est aussi le fruit d'une histoire plus française. Paris est alors convaincu de son utilité après que l'Afrique a été la seule véritable zone franc lors de l'occupation de la métropole par les armées allemandes. Depuis lors, malgré les indépendances des années 1960, peu de choses ont changé.

Dernier accord en 1972

Certes, la Guinée du nationaliste Sékou Touré a choisi de quitter la communauté pour créer son propre franc. La Mauritanie et Madagascar suivront le même chemin en 1973. Mais les autres nouvelles nations, autour de la Côte d'Ivoire de Houphouët-Boigny et du Sénégal de Senghor, soucieux de ne pas secouer un système financier fragile et la Françafrique triomphante, conserveront ce franc sans plus de débats. On inaugure juste deux banques centrales, l'une pour l'Afrique de l'Ouest et l'autre pour l'Afrique centrale. Les monnaies sœurs gagneront même de nouveaux membres: le Togo en 1963, puis plus tard la Guinée-Bissau et la Guinée Équatoriale, ex-colonies portugaise et espagnole.

Vendredi, à Paris, s'est déroulé un grand forum pour célébrer cette réussite, l'anniversaire du CFA pour ses… 40 ans. Pourquoi fêter les 40 années d'un quasi septuagénaire? Il s'agit en fait, explique-t-on à Bercy, de mettre l'accent sur l'accord de 1972, le dernier en date, sur lequel se fondent toujours les relations entre la zone CFA et la France. Le système, extrêmement complexe, repose sur deux piliers. Le CFA dispose de la garantie de la Banque de France et d'une parité fixe avec le franc français (aujourd'hui l'euro). En échange, la France a un droit de regard et même de veto au sein des deux banques centrales. «Choisir de fêter un quarantième anniversaire est une tentative de gommer le passé colonial des billets», affirme l'historien Alain Foka. Le glissement sémantique de l'acronyme CFA est le symbole de cette volonté. Au départ bêtement franc des Colonies Françaises d'Afrique, il est devenu, en 1960, celui de la Communauté française d'Afrique, puis de la Commission financière d'Afrique.

Changements cosmétiques et polémiques

Mais ces changements cosmétiques, à l'heure où le mot «Françafrique» est quasiment devenu tabou et où les Pères des nations ont tous été enterrés avec les honneurs, ne peuvent faire taire les polémiques. Pas plus que des avantages réels: le CFA apporte une stabilité, une maîtrise de l'inflation unique sur le continent et limite le prix des importations, notamment de pétrole.

Reste que les nationalistes le chargent d'un «anachronisme insupportable», parfois sans grande mesure, comme l'économiste ivoirien Nicolas Agbohou, qui parle de «nazisme monétaire». Les critiques sont aussi plus précises. Des financiers reprochent au CFA de juguler l'inflation au détriment de la croissance et de l'emploi dont l'Afrique a besoin. Ils pointent aussi l'impact sur les coûts de la main-d'œuvre et des exportations. «Les décisions autour du CFA sont prises aujourd'hui à Francfort sans aucune véritable considération pour les besoins réels des économies africaines. Et la crise de l'euro n'améliore pas les choses», résume un diplomate français.


Tanguy Berthemet


Source: LE FIGARO

vendredi, 21 septembre 2012

GUERRE A L’AFRIQUE: LA FRANCE EN RETARD D’UNE DECOLONISATION

 

CASQUE DE COLON FRANçAIS.gif

 

A force de critiques et d’enterrements annoncés, on pourrait croire finie la « Françafrique », ce système d’exploitation et de violence qui a régi les relations internationales entre le continent et l’ancien colonisateur. Des changements de langage et d’hommes ne suffisent pas, comme le démontre déjà la gestion de la crise malienne par le président Hollande - et l’intervention militaire annoncée risque d’être son premier acte marquant en politique extérieure. Comme ses prédécesseurs, depuis un demi-siècle…

L’arrivée au pouvoir d’un nouveau président à Paris marque aussi le début d’une série de rituels et de signaux destinés à l’Afrique francophone: qui reçoit-on le premier, et qui ne reçoit-on pas? Quel voyage fondateur effectuera en Afrique le nouvel élu, quel discours et quelles promesses affichera t-il? A cette aune, que les africanistes détaillent avec gourmandise comme autrefois les kremlinologues savouraient les détails de la Nomenklatura, que de changements symboliques! Le démocrate Macky Sall du Sénégal reçu le premier, fraîchement élu contre Abdoulaye Wade à Dakar par un scrutin incontestable. Début juin, le tapis rouge déroulé à M. Yayi Boni du Bénin, président en exercice de l’Union Africaine, consulté es qualité pour la résolution de la guerre au Nord Mali. Encore plus significatifs ceux que l’Elysée se refuse à inviter, malgré leurs demandes réitérées: ni Bongo du Gabon, non plus qu’Eyadema du Togo, tous deux héritiers de dynasties autoritaires; non plus que Blaise Compaoré du Burkina, autoproclamé sage et doyen de l’Afrique de l’Ouest, non plus que l’ivoirien Ouattara, orphelin du sarkosysme et pourtant actuel président de la Cedeao.

Mais qu’importent les symboles et les discours, si les actions restent les mêmes, notamment l’envoi de l’armée française à chaque crise? Quel Etat en effet maintient des bases militaires permanentes en Afrique (Sénégal, Djibouti, Gabon)? Quel pays est capable de lancer en quelques heures des « opérations extérieures » (Epervier au Tchad, Licorne en Côte d’Ivoire)? Qui contrôle la masse monétaire de ses anciennes colonies par le jeu d’une monnaie issue de la colonisation, le franc CFA[i]? Baptisé laudativement « Françafrique » par le président ivoirien Félix Houphouët Boigny, dénoncé dès les années 1990 par le fondateur de « Survie », François Xavier Vershave, ce système occulte de domination, violent et pervers, a survécu à ses fondateurs.

En 1960 le premier ministre Michel Debré a vendu la mèche en déclarant à Léon M’Ba, président du Gabon: la France « donne l’indépendance à condition que l’État une fois indépendant s’engage à respecter les accords de coopération signés antérieurement. Il y a deux systèmes qui entrent en vigueur simultanément: l’indépendance et les accords de coopération. L’un ne va pas sans l’autre [ii]. » Et de fait, cette sujétion étatique, à la fois militaire et économique, est déclinée par des « accords de défense » aussi secrets que sommaires, entre les gouvernements français et africains – accords en fait à géométrie variable et parfois non appliqués selon l’opportunité décidée à Paris. Ainsi, les troupes françaises sont intervenues pour conforter des régimes souvent douteux comme au Tchad, Togo, Zaïre, Gabon tandis qu’elle se refusait à des interventions conformes aux accords, comme au Congo en 1963, au Niger en 1974, au Tchad en 1975, ou au début de la rébellion ivoirienne contre le régime du président Laurent Gbagbo, téléguidée depuis le Burkina Faso en septembre 2002… Et cette série d’interventions devient une sorte de conflit permanent, en continuité avec les guerres coloniales : selon l’historien italien Chalci Novati1, un décentrage nécessaire par rapport à un débat trop français montre une longue « guerre à l’Afrique » continue, dont les relations franco-africaines – et ses scandales récents ne sont qu’une partie.

Après le « containment » du communisme dans les années cinquante 2 (ou « endiguement », cette doctrine officielle des administrations américaines successives), n’assiste t on pas à la même politique de l’Europe devant les migrations du continent noir d’une part, et contre ses velléités d’autonomie de l’autre? Il faudrait replacer alors exploitation des matières premières, coups d’Etats et soutien des « dictatures à la française »du pré carré – l’ancien espace colonial, dans un système d’actions comprenant aussi la répression des flux humains vers l’Europe, la répression de la piraterie maritime à l’Est, le combat interminable contre les mouvements fondementalistes anti- occidentaux. Tout cela dans une désinformation continue et des « rideaux de fumée » médiatiques: « défense des ressortissants », si ce n’est des «intérêts français». Les médias français, privés ou publics, ne participent-ils pas plus souvent qu’à leur tour de cette Françafrique aussi discrète que puissante? L’ordinaire du « journaliste spécialiste de – l’Afrique » n’est-il pas trop souvent de voyager dans l’avion ministériel ou présidentiel français, de recueillir confidences et parfois subsides du dictateur local – le maréchal président zaïrois Joseph Mobutu s’en vantait, lui qui avait d’abord été journaliste – quand ils ne sont pas invités dans les palais des despotes africains? Sans compter la corruption ordinaire de tel hebdomadaire panafricain bien connu des dirigeants du Sud – qui ont investi volontiers dans la radio Africa N°1 ou plus récemment la télévision Africa 24[iii] Car la « conquête des coeurs et des esprits » passe par des médias sous contrôle, rebaptisant « fasciste » un régime populiste, et « démocrates » les dictateurs.

Ainsi, en juillet 2011, une campagne sourde a commencé à Paris [iv] au moment où le nouveau président guinéen, le politologue Alpha Condé, a failli être abattu à coups de roquettes dans le palais présidentiel de Conakry. Les éditoriaux vertueux de la presse parisienne condamnent-ils l’attaque qui a failli tuer le premier président élu de Guinée? Bien au contraire, ils sont axés sur le refus du nouveau pouvoir d’autoriser la presse guinéenne d’envenimer la situation (l’interdiction a été très vite levée). A croire qu’il y un rapport avec la volonté de M. Condé de renégocier les contrats léonins avec les sociétés étrangères et de se tourner, à son tour, vers la Chine…

Au moment où la crise électorale ivoirienne focalisait l’attention de la « communauté internatinale », M. Blaise Compaoré se succédait à lui-même au Burkina Faso, avec un score de 80 % en novembre 2010, tandis que M. Paul Biya du Cameroun, qui gouverne depuis la Suisse la moitié de l’année, vient d’être « réélu » à Yaoundé après 29 ans de règne (octobre 2011), sans que l’Elysée, l’Union africaine ou la presse occidentale y trouve à redire… Il est vrai que les pseudo-élections des dictateurs à vie sont souvent cautionnées par des juristes ou des hommes politiques complaisants venus de Paris. Ainsi la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) a-t-elle vertement tancé, en 2009, le député Jacques Toubon et… le président de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) et vice-président de la commission des droits de l’homme au Parlement européen, M. Patrick Gaubert, dépêchés sur place pour cautionner le régime du président congolais Denis Sassou N’Guesso ! [v]

Bien sûr tous les « chevaliers blancs » ne sont pas exempts de partialité, y compris les organisations internationales comme Reporter sans frontières (RSF) pour la presse et « Transparency international » pour la corruption. Leurs liens financiers ou politiques avec le département d’Etat américain sont bien connus des spécialistes [vi]. La crise en Cote d’Ivoire a fait toucher du doigt « l’honneur perdu d’ « Human Right Watch », ouvertement financée pour ce pays par la « Fondation Soros » – et menant de manière éhontée campagne sur campagne en faveur de M. Ouattara, identifié comme le défenseur de l’«open society» contre le contestataire Laurent Gbagbo, dès lors voué aux gémonies. Pour ne pas parler des silences d’Amnesty International sur les milliers de morts sudistes du régime Ouattara depuis avril 2011(Plus de 3000 « victimes oubliées »), ou la présence à la FIDH du négationniste Florent Geel qui refusant de dénoncer le millier de morts guérés de Duékoué, ville de l’Ouest ivoirien martyrisée à deux reprises par les milices ethniques pro Ouattara – est dénoncé de manière récurrente par les associations de victimes! L’Histoire jugera-t-elle ceux qui gardent les yeux fermés devant les massacres, qui savent et ne protestent pas? Trafic d’influence et corruption ne sont-ils pas que la conséquence de la doctrine du « pré carré » et du monopole de ses richesses? Ce qui est au fond l’équivalent de la « doctrine Monroe » pour les Etats-Unis sur le continent américain serait au fond soutenable si sa pratique était équitable pour les deux parties et si elle n’était violemment imposée par des interventions armées à répétition: quarante-trois depuis 1960!

Entre violence militaire et mise en condition médiatique le système françafricain subsiste aussi par une perversion continue des institutions démocratiques. Bien évidemment, la corruption ordinaire va bien plus loin que les mallettes de billets qui circulent dans les deux sens [vii] : le financement des campagnes électorales françaises n’est que la contrepartie des pourcentages sur les contrats ou les versements dans les paradis fiscaux sur les ventes de matières premières, en faveur des dirigeants africains.

L’association Sherpa, qui s’est fait une spécialité de la dénonciation des « biens mal acquis » des autocrates africains, a par exemple détaillé, selon une instruction en cours, le patrimoine de la famille Bongo du Gabon: «Au total, sont répertoriés 33 biens (appartements, hôtel particulier et maisons) appartenant au Gabonais Omar Bongo ou à sa famille, et 18 autres dont le président congolais et ses proches sont propriétaires. Le patrimoine de loin le plus imposant concerne M. Bongo lui-même. Son nom est associé à pas moins de 17 propriétés immobilières, dont deux appartements avenue Foch (88 m2 et 210 m2) et un de 219 m2 lui aussi situé dans le 16e arrondissement. A Nice, une propriété est constituée de deux appartements (170 m2 et 100 m2), trois maisons (67,215 m2 et 176 m2) et d’une piscine [viii]»…

Mais les richesses du couple Ouattara sont curieusement des « taches blanches pour Sherpa, cornaquée par Maître William Bourdon, comme si certaines indignations étaient très selectives… Les néoconservateurs français (chiraquisme et sarkosysme ne sont sur ce point que des bushistes néocoloniaux…) ont contribué à adapter un « modèle interventionniste », qui fait se succéder attaques médiatiques puis « humanitaires », enfin diplomatiques: les corps expéditionnaires – où l’ONU est désormais impliquée: l’ONUCI, combien de mort civils en 2011 à Abidjan? – sont bien l’ultima ratio de la Françafrique jettant son masque dans la terreur et sous les bombes! Le continent attend-il trop d’une révolution sur le modèle arabe, qui briserait d’abord le lien ambigu avec l’ancien colonisateur? Sur cette contagion démocratique éventuelle, mettant fin à la Françafrique, la Toile africaine fourmille de théories et de rumeurs: « descente » depuis l’Afrique du Nord de mouvements de libération, aide de démocrates occidentaux via les nouvelles technologies, et plus probablement insurrections de jeunesses urbaines au chômage, alliés à des paysans sans terre et des cadres nationalistes trouvant insupportable le train de vie des nouveaux maîtres. Le risque serait grand alors pour la France – et les ressortissants français, de « perdre l’Afrique » –, et les matières premières convoitées.

C’est sans doute cette inquiétude de se couper de ressources essentielles tout autant que d’alliés historiques qui pousse le gouvernement de M. Hollande à s’ingérer certes avec précaution, dans la crise malienne. L’embrasement du Nord Mali est tout d’abord l’héritage prévisible du reflux des guerriers touaregs de Libye, tandis que l’armement bradé aux factions combattantes permettait aussi aux groupes islamistes de s’étendre. Et certes l’héritage est lourd: à la fin du régime précédent, les stratèges du café de Flore ont été relayés par des machiavels manqués, au Quai d’Orsay ou à la défense qui ont voulu jouer les touaregs pour «liquider Aqmi».

Mais l’intervention militaire prônée par les relais de la Françafrique habituels, rhabillée par le président français aux couleurs de l’Union africaine et de l’ONU aurait , même appuyée par des supplétifs ouest africains le plus grand mal à lutter sur deux fronts: réduire les putschistes de Bamako-qui ont trouvé une certaine base populaire indignée par la corruption de la classe politique, et mettre fin à l’alliance MNLA/Ansar el Dine/Acqmi qui contrôle l’Azawad, ce foyer national touareg qui est aussi le no-man’s-land de djihadistes attirés de loin par ce nouvel « Afghanistan nomade ». Pourtant des responsables politiques civils, comme Ibrahim Boubacar Kéita – leader de l’opposition civile, ou Aminata Traoré – sociologue de renom et ancienne ministre de la culture, mettent en garde contre une intervention qui mettrait à bas la légitimité de l’Etat, comme déjà en Libye ou en Cote d’Ivoire. Déjà affaiblis par une corruption généralisées et des élections de façade, ces Etats déjà fragilisés et appauvris par des décennies d’ajustement n’ont vraiment pas besoin d’une recolonisation armée ! D’autant que poussé par des présidents africains mal élus ou arrivés au pouvoir par des rebellions sanglantes, le gouvernement français semble ne pas se rendre compte d’une extension probable du domaine des luttes sahariennes.

Le Niger et la Mauritanie seraient sans doute les premiers concernés, comme le Nord du Nigéria, le Sud de la Libye et même l’Algérie: après les armes libyennes, veut-on vraiment disséminer indépendantistes touaregs et combattants islamistes ? Se rend on vraiment compte à Paris que devant ces interventions anachroniques – de pareilles interventions militaires britanniques dans leurs anciennes colonies sont impensables!, le système de violence la Francafrique développe une détestation, voire une haine croissante envers la France et ses ressortissants, dont tous pâtissent, jusqu’aux missions humanitaires? L’élection de François Hollande, si elle suscite bien des espérances sur le continent, amènera-t-elle bien rupture et changement, ou une « Françafrique repeinte en rose »?

François Mitterand, et même Nicolas Sarkozy avaient déjà annoncé en leur temps la fin de ce système maffieux: un an après 1981, les chefs d’Etats africains les plus corrompus avaient obtenu la tête de Jean Pierre Cot, tandis qu’en 2008 le président Bongo avait provoqué la chute de Jean Marie Bockel, deux ministres chargés de la Coopération qui se targuaient -autant pour la droite que pour la gauche, de mettre fin à la « Françafrique »! Sans souhaiter à Pascal Canfin, le tout nouveau « ministre du développement », le sort de ses prédécesseurs, si rapidement biodégradables, on peut s’inquiéter des amitiés africaines des hiérarques du P.S. (illustrées par la visite au Gabon, en janvier dernier, de Laurent Fabius…)

Le temps où une réelle rupture est possible risque d’être bref et demande des décisions courageuses – comme le retrait des forces militaires françaises, ou la répudiation publique des dictatures. Le nouveau régime va-t-il, selon son slogan, décider le changement maintenant… ou jamais? Révolutions africaines à venir ou non, les vraies ruptures et les changements efficaces viendront certainement du continent lui-même: il n’y aurait qu’un mot à dire à Paris pour les encourager et provoquer des évolutions majeures.


Michel Galy

Politologue, Paris.


---------------------------------


[i] François Kéou Tiani, Le Franc Cfa, La Zone Franc Et L’Euro, l’Harmattan, Paris, 2002.

[ii] Lettre du 15 juillet 1960 de M. Debré, citée par Albert Bourgi : « La crise globale et l’Afrique : quels changements ? », colloque de la fondation Gabriel Péri à Dakar les 18 et 19 mai 2010.

[iii] Respectivement avec des capitaux étatiques du Gabon et de Guinée équatoriale.
[iv] Cf. par exemple : « Guinée: sévère rappel à l’ordre de la France au président Alpha Condé » , L’Express, 28 juillet 2011.

[v] « Congo-Brazzaville, que cherche Patrick Gaubert ?», communiqué de la FIDH du 3 mars 2005.

[vi] Voir pour Transparency International : Une ONG contestée, par Pierre Abramovici, Monde diplomatique, novembre 2000 ; pour RSF : Financements sans frontières, Monde diplomatique, Hernando Calvo Ospina, juillet 2007.

[vii] Lire Pierre Péan, La République des mallettes, Fayard, Paris, 2011.

[viii] Sherpa, « Restitution des avoirs détournés : Chronique 2009-2010 d’un engagement qui patine », novembre 2010.

1- «Aujourd’hui, c’est l’intervention néo-impériale qui est l’instrument utilisé pour «contenir» les pays qui peuvent fuir le contrôle du système capitaliste mondial» Gian Paolo Chalchi Novati, L’héritage de la colonisation, in « les défis de l’Etat en Afrique », Michel Galy et Elena Sanella eds., l’Harmattan, 2007.

2 - Dont on peut trouver une curieuse analyse, idéaliste, in : Raymond Aron, « En quête d’une philosophie de la politique étrangère », Revue française de science politique, 1953, Volume 3, Numéro 1.


Michel Galy, Politologue, Paris

 

In le quotidien ivoirien «Notre Voie» du 19 septembre 2012.

 

Source: IVORIAN.NET

lundi, 16 juillet 2012

UA: L'AFRIQUE DIGNE TRIOMPHE A ADDIS-ABEBA


PING ET DLAMINI-ZUMA.jpg

 

La Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma a été élue présidente de la Commission de l’Union africaine (UA), le dimanche 15 juillet au soir, à Addis-Abeba, lors du 19e sommet de l’institution. Quatre tours ont été nécessaires aux chefs d’Etats réunis en huis clos pour départager le Gabonais, Jean Ping, président sortant, et sa concurrente.

Au premier tour, Dlamini-Zuma a emporté 27 voix contre 24 pour Ping. L’écart n’a ensuite cessé de s’élargir. Au deuxième tour, la ministre sud-africaine des Affaires intérieures a gagné deux partisans supplémentaires (29 voix contre 22), avant d’en totaliser 33 contre 18 au troisième tour.

C’est alors que Jean Ping s’est désisté[1]. Il restait à son opposante à gagner le vote de confiance. En janvier dernier, la configuration était diamétralement opposée et Ping n’était pas parvenu à emporter la majorité des deux-tiers des voix nécessaire à l’élection du président, malgré le désistement de la Sud-Africaine.

EXPLOSION DE JOIE

Cette fois-ci, cette dernière a su s’imposer haut la main avec 37 voix. Dès que les résultats ont été rendus publics, les partisans de la Communauté des Etats d’Afrique australe (SADC) ont explosé de joie dans les couloirs du siège de l’UA où se tiennent les travaux du sommet.

La bataille entre Ping et Dlamini-Zuma, qui a duré plus de 6 mois, se termine donc au premier soir du sommet, avec la victoire de la candidate du pays d’Afrique subsaharienne le plus puissant. C’est la première fois qu’un anglophone dirigera la Commission de l’UA.

QUI EST LA NOUVELLE PRESIDENTE DE LA COMMISSION DE L’UA ?

Si la nouvelle présidente de la Commission de l’Union africaine et ministre sud africaine de l’Intérieur, Nkosazana Dlamini-Zuma, a été mariée avec le président Jacob Zuma, elle ne lui doit pas sa position. Cette figure du parti au pouvoir siégeait au gouvernement depuis 1994.

Certes, c’est une « Zuma ». Oui, elle est ministre d’un gouvernement présidé par son ex-mari. Comme lui, elle est zouloue. Mais il ne faut pas s’y méprendre : Nkosazana Dlamini-Zuma, élue ce dimanche à la tête de la Commission de l’Union africaine, ne doit rien – ou si peu – à Jacob Zuma.

Ministre sans interruption depuis l’élection de Nelson Mandela en 1994, c’est un poids lourd du Congrès national africain (ANC, parti au pouvoir en Afrique du Sud). Lors de la conférence de Polokwane, en 2007, son nom a même circulé pour succéder à Thabo Mbeki à la présidence. À 62 ans, elle gère un portefeuille important, celui de l’Intérieur. La compétence de cette travailleuse discrète, qui est parvenue à redresser un ministère autrefois synonyme d’inefficacité et de corruption, est unanimement reconnue.

Militante anti-apartheid depuis l’adolescence, elle s’exile dans les années 1970. Elle étudie la médecine en Angleterre avant de revenir sur le continent, au Swaziland. C’est là qu’elle rencontre Jacob Zuma, qu’elle épouse au début des années 1980 (la date exacte de leur mariage est incertaine). Après la chute de l’apartheid, Nelson Mandela la nomme ministre de la Santé. Son baptême du feu politique est rude : elle croise le fer avec les groupes pharmaceutiques sur la question des brevets et se retrouve accusée de mal gérer le budget de la prévention contre le sida. Nkosazana Zuma (comme on l’appelle encore à l’époque) était pourtant l’une des premières à alerter sur la gravité de l’épidémie, à une époque où le déni dominait chez ses pairs. Les critiques la touchent. C’est alors qu’« elle se retire dans une coquille défensive », note William Gumede, auteur d’un ouvrage de référence sur Thabo Mbeki, dont elle est très proche.

BUCHEUSE

En 1998, elle divorce de Jacob Zuma. « Je crois qu’elle ne supportait plus ses autres femmes, indique Jeremy Gordin, biographe de l’actuel président sud-africain. Mais ils ont gardé un profond respect l’un pour l’autre. »

L’année suivante, Thabo Mbeki confie à cette militante de la renaissance africaine le portefeuille des Affaires étrangères. À ce poste, qu’elle occupera pendant dix ans, Nkosazana Dlamini-Zuma se taille à l’Union africaine une réputation de bûcheuse coriace. Pour perfectionner son français, elle n’hésite pas à passer trois semaines en immersion dans l’Hexagone. Après dix-sept années au sommet dans son pays, une haute responsabilité à l’échelle du continent - avec son lot de crises - l’attend désormais. 


In Jeune Afrique

 


  

[1] Onna Gbagbolite: "Afin d’atténuer les effets de la défaite éclatante de Jean Ping, Jeune Afrique raconte qu’il s’est retiré au 3ème tour. C’est complètement FAUX!!! Jean Ping encouragé par Ouattara, le Niger et le Kenya, s’est bel et bien présenté au 4ème tour, car il voulait obtenir un blocage. Mal lui en a pris, il s’est fait massacrer par Mme Zuma, perdant par rapport au 3ème tour 4 autres soutiens…"

mercredi, 09 mai 2012

UNE AUTRE AFRIQUE EST POSSIBLE!

afrique,france,françois hollande,nicolas sarkozy,michel galy,force licorne,43ème bima,onuci,mouammar kadhafi,libye,irak,frci,laurent gbagbo,jacques chirac


Et maintenant ? Passée l'illusion lyrique du soir de la victoire, il devient urgent de réévaluer l'impact de l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement de gauche à Paris sur les relations internationales, particulièrement africaines. Même si l’Afrique, et singulièrement la Cote d'ivoire, n'a pas été citée durant la campagne et durant les débats entre les deux principaux candidats.

Trois écueils me semblent à éviter: celui d'une évaluation de la situation franco-africaine en soi - alors que la politique étrangère est toute d’interdépendance. Celui d'un optimisme excessif - quand l'histoire d'une persistance de la Françafrique à travers les régimes pourrait désespérer les adeptes de l'incantation du changement, maintenant et partout ! Mais aussi celui d'un afropessimisme exagéré, car rien ne sera pire que la présidence précédente, et que de nouveaux acteurs peuvent forcer le destin de l'Afrique.

UNE NOUVELLE POLITIQUE ETRANGERE FRANÇAISE ...

Moins atlantiste, plus progressiste ? Plus européenne, moins africaine ? Plus démocrate, moins françafricaine ? Sans doute, mais encore ?

Un premier constat : celui d'un désengagement progressif, lent et chaotique de l'Afrique - au profit des intérêts européens, d'autant qu'un François Hollande, contrairement à Ségolène Royal n'a pas de passé ni de tropisme africain - non plus que de passif ou de volonté interventionniste, comme son prédécesseur. Et ce désengagement peut être une chance.

En effet, le désengagement en question s'inscrit en principe dans une opposition au courant « néoconservateur » et interventionniste, tant américain que français, qui prétend imposer « la démocratie par les bombes », si ce n'est procéder à des « guerres humanitaires » - en Irak, en Libye, en Côte d'Ivoire, et peut être bientôt en Iran.

Mais que ce soit sur le plan militaire, économique (par exemple la suppression du franc CFA), la diplomatie d'un pays européen se réoriente lentement : le retrait d'Afghanistan, le renouveau d'une relation équilibrée entre Israël et le monde arabe, la redéfinition d'une politique envers les pays du Sud prennent du temps, des années sans doute.

De la retenue, de la neutralité, voire du retrait: voilà ce qu'on peut raisonnablement espérer, sans trop d'illusion, d'un pouvoir socialiste à Paris. Ce que Jospin avait maladroitement baptisé « ni ingérence, ni indifférence », et qui lui avait permis, à la chute de Bédié, de s'opposer à Jacques Chirac – alors que ce dernier aurait voulu - déjà !, faire intervenir pour le pire le 43ème BIMA. Ce qui n'est pas rien. Qui ne voit ce qu'un retrait ou une neutralisation de la Force Licorne permettrait comme évolution à Abidjan ?

... OU UNE FRANÇAFRIQUE REPEINTE EN ROSE ?

Pour autant, l’expérience mitterandienne rappelle, hélas, qu'attendre des socialistes un bouleversement dans les rapports avec l'Afrique participe plus des promesses électorales que des réalités. En 1984, trois ans après la prise de pouvoir de la gauche, l'africaniste Bayard dénonçait « la politique africaine de François Mitterrand » : pour le « noyau dur » francophone africain, les réseaux « à la Foccard » et les liens de sujétion s’étaient maintenus.

Les affaires continuent, certes - et sous Laurent Gbagbo les intérêts des grands groupes français comme Bouygues et Bolloré ont été maintenus, et les structures de dépendance persistent, ou au mieux évoluent lentement. C'est aussi qu'ils sont portés par des hommes : des liaisons sulfureuses existent autour de Hollande;ainsi l'avocat Jean Pierre Mignard et ses fructueux contacts africains ; ou Maître Jean-Paul Benoît, défenseur de Ouattara. La « commission Afrique » du PS est tenue par la droite du Parti, notamment un certain Melonio, employé de son état à l' « Agence française de développement », grande institution progressiste comme on le sait... L'ancien premier ministre Laurent Fabius (ami personnel d'ADO autant que Strauss Kahn) s'il était nommé aux Affaires étrangères terminerait de dresser un tableau très sombre des dérives potentielles des socialistes à venir.

Car nous ne nous y trompons pas : au delà des anecdotes et des individus, c'est une dérive constante, à certains moments de notre histoire, des socialistes les plus droitiers vers le néocolonialisme, voire la répression armée. Le nom de Guy Mollet est attaché à cette politique paradoxale, qui peut tenir un discours progressiste, voire marxisant, et mener une répression féroce comme ce dernier l'a fait en Algérie.

Déjà Laurent Fabius n'a t-il pas fait un voyage exploratoire au Gabon ? Est ce par hasard - et je parle d’expérience, jusqu’à en prendre congé ! - que la « commission Afrique » du PS se refuse à nommer dictature une dictature et à faire une analyse politique des régimes francophones africains ?

DES ALLIANCES TRANSNATIONALES POUR LE CHANGEMENT

Alors, que faire ? Quoi d’autre que de combattre ces forces de l'ombre et de passer des alliances, définition même du politique. Partant des recherches novatrices de Marc Augé, anthropologue des alladian ivoiriens, j'ai proposé une « politologie des mondes contemporains » qui replace les enjeux nationaux ou de relations internationales dans un aller et retour constant entre l'ici et le là bas, entre l'Afrique et l’Europe, la Côte d'Ivoire et la France pour l'exemple.

Oui, il y a des internationalistes et des démocrates français opposés aux réseaux Foccard et à un retour impérial dans la terreur et les massacres, au Sud du Sahara, - comme en avril 2011 à Abidjan, mais aussi dans les 47 interventions armées françaises depuis 1960, sous des prétextes divers et variés !

Non, François Hollande ne sera pas seul à décider : lui aussi, dans la perspective des législatives, doit passer des alliances et prendre des engagements : avec la gauche du PS comme Benoît Hamon. Avec le Front de gauche et Jean-Luc Melenchon, qui ont soutenu la résistance ivoirienne, appelé à la libération des déportés politiques des geôles nordistes et à la dissolution des milices tribales FRCI, condamné l'intervention de la Licorne et de l'ONUCI et l'arrestation par les Forces spéciales françaises du président Laurent Gbagbo.

Et tout cela, après un an, va sortir dans les grands médias français, et devant l'opinion publique africaine : cette vérité politique que l'on nous a trop caché va être révélée - maintenant que les dossiers vont être découverts par le nouveau pouvoir et que l'ancien président ne sera plus là pour travestir les réalités de la guerre franco-ivoirienne.

Quant au pouvoir ivoirien, ce n'est pas par hasard si son éminent représentant nomadise entre hôpital et résidence, entre Mougins et Paris, entre XVIème arrondissement et Élysée. Cette fébrilité n'indique pas seulement une panique certaine devant l’alternance à Paris, ne signifie pas seulement que sa sécurité est plus assurée dans la capitale française que parmi ses compatriotes abidjannais, ni que ses affinités sont plus occidentales qu’africaines.

Car on peut caractériser la relation sarko-outtariste comme un pouvoir hybride, transcontinental, un pouvoir double. Non pas « en double », comme aiment le dire les africains se référant à la sorcellerie (quoique à décrypter les massacres d'avril, on se demande de quel exorcisme relèvent leurs auteurs - faute de justice), mais duel, caractérisé par « l'assimilation réciproque des élites », pour repolitiser une formule politologique à succès.

C'est une des premières choses que la gauche doit faire cesser : un général français à la présidence ivoirienne, un Serey Eiffel grand maître de la coopération, une force Licorne en pleine régression coloniale. Tout cela est aussi dangereux qu'anachronique et devra s’arrêter au plus vite.

Au delà, les démocrates africains et occidentaux demanderont des comptes au pouvoir socialiste pour que soient retirés au plus vite les corps expéditionnaires franco-onusiens, que soient jugés les crimes de guerre de quelque bord ou nationalité qu'en soient leurs auteurs.

Que les élections ne soient plus sous tutelle et la « continuation de la guerre par d'autres moyens » - et que des négociations s'engagent sérieusement avec l'opposition, le retour de Laurent Gbagbo et des formes d'union nationale que les intéressés définiront eux mêmes. Que les fauteurs de guerre, comme l'actuel responsable du Burkina, soient arrêtés dans leur déstabilisation de l'Afrique de l'Ouest - si son propre peuple ne se charge pas de l'alternance à Ouagadougou.

En Mai 1981, nous nous souvenons que François Mitterrand n'avait qu'un mot à dire pour encourager les oppositions démocratiques et que tombent les partis uniques et les dictatures africaines : il ne l'a pas dit, et tout a continué.

En Mai 2012, François Hollande n'a qu'un mot à dire, et il n'est pas sûr qu'il le dise. Et ce n'est pas grave : c'est nous tous qui le dirons, au nom des révolutions africaines encore à venir.

 

Michel Galy

 

Lu sur RESISTANCE COTE D'IVOIRE ISRAEL

 

Source: Le blog de Delugio

lundi, 20 février 2012

DECLARATION DE L'AIRD RELATIVE A LA SITUATION SOCIOPOLITIQUE

 

LOGO AIRD.JPG

Alors que la CAN (2012, au Gabon et en Guinée Equatoriale, Ndlr) était présentée comme une occasion de réconciliation entre les Ivoiriens, c'est au lendemain de la brillante participation des "Eléphants" que la Côte d'Ivoire est traversée par un vent de violences contre les populations, d'est en ouest, notamment à Arrah impliquant des éléments des Forces Républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI) et à Kouibly avec l'attaque d'un village ivoirien par des ressortissants Burkinabé en représailles, croit-on, à une action de coupeurs de route. Ces violences ont, comme à l'accoutumée macabre, fait de nombreuses et innocentes victimes.

L'Alliance Ivoirienne pour la République et la Démocratie (AIRD) s'incline avec respect devant la mémoire des victimes de tous bords et présente ses condoléances aux familles à nouveau éplorées et souhaite un prompt rétablissement aux blessés. L'AIRD note, qu'à l'exception de Vavoua où des violences, ayant opposé des FRCI à des populations nordistes ont fait l'objet de condamnation ferme de la part du régime avec annonce de mesures, les autres violences et exactions qui interviennent si régulièrement entre les FRCI et les populations non nordistes semblent faire l'objet d'une autre gestion.


Le silence du pouvoir ou les justifications tantôt partisanes, tantôt complaisantes de certains membres du gouvernement sont malheureusement interprétés par les auteurs de ces violences et exactions comme une caution. Or, ces violences prétendument présentées comme des actions de représailles, ou de vengeance par rapport à un passé plus ou moins lointain, ou même de soutien ethnique au régime ne sont que des prétextes aux pillages et aux vols, portant ainsi un coup à l'économie nationale, à la réconciliation nationale et à la paix. Notre pays rentre sournoisement dans un système de braquages à ciel ouvert: braquages politiques, braquages économiques, braquages culturels et intellectuels, etc.


Certes le contexte est particulier et inédit, mais dans un climat politique à plusieurs centres de décisions, où le chantage le dispute à la peur, seuls le courage et le sens des responsabilités nationales et collectives conduisent au succès. Le pouvoir ivoirien ne peut en faire l'économie, au risque de s'auto désintégrer. Ce n'est ni par l'émission de mandats d'arrêt internationaux contre ceux qui osent s'exprimer sur la grave situation du pays, ni par le soutien des puissances étrangères, ni par le canal des organisations sous-régionales dont la direction n'a jamais été convoitée par le président Félix Houphouët-Boigny (FHB) que la réconciliation interviendra en Côte d'Ivoire, même si l'AIRD félicite le Chef de l'Etat pour ses nouvelles responsabilités au sein de la CEDEAO.


L'AIRD, dont de nombreux militants sont originaires du Nord, s'inquiète de la dangereuse dérive ethnique qui ne profite qu'à une minorité mais dont l'écrasante majorité des Nordistes qui la désapprouve en silence pourrait faire les frais. En effet, il est dangereux de constater que la politique politicienne semble de plus en plus faire percevoir une région et une religion comme les ennemis de toutes les autres régions et religions du pays, alors que le régime était attendu sur la mise en œuvre du "vivre ensemble".


D'ores et déjà, l'AIRD, membre fondateur du CNRD, invite les Ivoiriens au discernement, au dépassement, à la tolérance, au pardon, à l'amour vigilant et à l'unité nationale devant l'accumulation grandissante des ingrédients d'une guerre civile.

L'AIRD remercie et félicite tous les responsables politiques qui, y compris au sein du RHDP, élèvent avec courage et sincérité la voix pour désamorcer l'orage qui se profile à l'horizon.

Enfin, l'AIRD réitère son invitation au chef de l'état et au gouvernement à la prise des mesures urgentes et idoines en vue de l'apaisement, à commencer par la condamnation sans équivoque de la violence de leurs partisans et par un dialogue républicain inclusif auquel n'ont de cesse de les inviter la communauté nationale et internationale, entendu qu'un choix politique ou un vote en faveur du président Laurent Gbagbo ne sauraient être des fautes à expier toute la vie.


Fait à Abidjan, le 18 Février 2012 - La Direction de l'AIRD.

mercredi, 15 février 2012

POURQUOI LA CAN NE POUVAIT PAS RECONCILIER DES IVOIRIENS PLUS DIVISES QUE JAMAIS

 

DIDIER DROGBA.jpg

L'opération de communication massive orchestrée depuis le Palais du Plateau a fait «pschitt». Il faut se rendre à l'évidence. La victoire des Eléphants à l'occasion de la finale de la Coupe d'Afrique des Nations, espérée par tous les Ivoiriens, n'a pas été au rendez-vous. Elle ne sera donc pas instrumentalisée par les prestidigitateurs qui nous dirigent. Et dont la petite musique était déjà parvenue à nos oreilles. Le trophée était annoncé, par ceux qui veulent réconcilier sans panser, sans écouter et sans réparer, comme le signe absolu de la fin de toute discorde au sein d'une Nation à qui tout réussit sous l'égide son chef bien aimé. Pour cette raison, un nombre incroyable d'officiels ont - une fois de plus - gaspillé l'argent public pour faire le voyage de Libreville, dans l'espoir de profiter de l'entrée triomphale des Eléphants dans une ville d'Abidjan en liesse pour se griser d'une popularité usurpée.

C'est bien là le signe du double langage du régime ivoirien, mielleux à destination de l'étranger comme il est brutal - psychologiquement aussi - à l'intérieur. Cette victoire des Eléphants devait être présentée comme le signe de la «baraka» de Ouattara, et de la confirmation de ce qui est «l'ordre juste» en Côte d'Ivoire. Les thuriféraires du régime le disaient : comme en 1992, les Eléphants ramèneraient la Coupe à Abidjan parce que, comme en 1992, Ouattara est aux affaires et Gbagbo est en prison - à sa place naturelle, entendaient-ils affirmer, faisant ainsi la démonstration de leur hostilité historique au mouvement de démocratisation et à «l'indocilité» ivoirienne. Hier comme aujourd'hui. La victoire des Eléphants n'était pas, pour eux, la  promesse d'une réconciliation authentique, mais la poursuite d'un écrasement, d'une humiliation censée frapper les esprits au sein du petit peuple auquel il aurait été seriné que «Dieu aime Ouattara».

Les Ivoiriens hostiles au régime actuel savaient bien quelle instrumentalisation indécente aurait été faite, ce qui ne les a pas empêchés de soutenir leur équipe et de se préparer à porter une victoire paradoxale, faites de joie intérieure et de sarcasmes extérieurs. Les Eléphants n'ont pas gagné. Mais la manœuvre du régime Ouattara, appuyée par une Organisation des Nations Unies qui a oublié son devoir d'impartialité vis-à-vis de ses pays membres, est révélatrice d'un état d'esprit détestable et dangereux. Cet état d'esprit est contenu dans la phrase de Charles Konan Banny, amorphe patron de la Commission dialogue vérité et réconciliation, qui disait en substance que les Ivoiriens se réconciliaient sans s'en rendre compte. De combien de tonnes de lâcheté cette élite-là, et les diverses coteries internationales qui accompagnent le régime Ouattara, se sont lestées pour ne pas oser voir ce que le commun des mortels voit ? En tout cas, on se situe plus que jamais au degré zéro du politique ! Quand des chanteurs ou des footballeurs sont appelés à la rescousse pour régler des problèmes qui ne les concernent pas, c'est qu'il y a une démission des dirigeants et une incompétence manifeste. Dans le cas d'espèce, le problème est simple. Personne, dans le clergé, dans le gouvernement, au sein des syndicats, de la société civile et du corps diplomatique, parmi les guides religieux, n'ose se lever pour dire à Alassane Dramane Ouattara que sa manière de gouverner dans le sadisme, la brutalité et le «rattrapage ethnique» est porteuse des plus grands périls.

Comment réconcilier la Côte d'Ivoire alors que les Dozos et FRCI canal Forces nouvelles continuent de traumatiser et de tuer, comme nous le montre l'actualité récente à Arrah, notamment développée dans cette édition du Nouveau Courrier ? Comment apaiser alors que l'absurdité judiciaire triomphe dans le traitement des prisonniers politiques, dont le cas Michel Gbagbo est emblématique de la cruauté d'Etat en Côte d'Ivoire ? Comment rassembler quand tout semble être mis en œuvre de manière rationnelle pour vider les villages Wê du peu de population qui reste, et quand aucun programme sérieux ne vise à rassurer les centaines de milliers de déplacés internes et de réfugiés ivoiriens ? La joie de la CAN n'aurait-elle pas été forcément de courte durée face aux destructions d'emplois qui battent leur plein et à la vie chère qui oppresse tout un peuple ?

Il s'agit de revenir aux fondamentaux au lieu de persévérer dans la politique de l'autruche. La France «black-blanc-beur» célébrée après la victoire à la Coupe du monde de 1998 a-t-elle empêché Jean-Marie Le Pen d'être au second tour de la présidentielle dans l'Hexagone quatre ans plus tard ? La supplique de Didier Drogba demandant hier, après l'historique qualification à la Coupe du monde de 2006, de «déposer les armes» et «d'aller aux élections» a-t-elle eu la moindre conséquence sur la tragédie ivoirienne et l'inflexibilité des rebelles d'alors ? La victoire des Pharaons d'Egypte a-t-elle empêché la lame de fond révolutionnaire de déferler sur le pays et d'occasionner, en 2011, la chute du régime d'Hosni Moubarak ? La crise ivoirienne est politique. C'est par la politique qu'il faut la régler, avec franchise et courage. Et non par le bling bling et la com' à outrance.

 

La Rédaction


Source: LE NOUVEAU COURRIER

FINALE DE LA CAN - LE PUBLIC GABONAIS CRIE: «LIBEREZ GBAGBO, LIBEREZ GBAGBO!»


SUPPORTER GABONAIS.jpg

Après l'Afrique du Sud, Alassane Ouattara semble décidément par avoir la côte en Afrique centrale.

Partis en grand nombre à Libreville au Gabon pour pousser les Eléphants à la victoire face aux ''Chipolopolo'' de la Zambie en finale de la Coupe d'Afrique des nations Orange 2012, les supporters ivoiriens ont été doublement désillusionnés au Stade Sino-Gabonais de l'Amitié. En face, ils n'avaient pas seulement pour adversaire la poignée de supporters zambiens présente dans le stade. Les supporters convoyés par le Comité national de soutien aux Eléphants (CNSE) et tous les Ivoiriens présents à Libreville, n'avaient pas compté avec l'hostilité des Gabonais qui se sont constitués en douzième homme des ''Chipolopolo''. Pourtant, lorsque l'avion affrété par le ministère des Sports et Loisirs s'est posé sur le tarmac de l'aéroport Léon Mba de Libreville sous le coup de 1h GMT, rien ne présageait une telle situation.

Dans la salle des formalités de police, l'ambiance était bon enfant entre Ivoiriens et Zambiens arrivés presqu'au même moment. Le ministre des Sports, Philippe Légré venu en personne accueillir ses ''troupes'', était heureux de savoir que les Eléphants ne manqueraient pas de soutien. Parce qu'en plus des supporters du CNSE, d'autres entreprises de la place et la Fédération ivoirienne de football avaient également transporté des supporters à Libreville. Il y avait du beau monde. De quoi galvaniser Didier Drogba et ses camarades pour la victoire tant attendue.

Mais très vite, l'optimisme va faire place à l'incertitude, ensuite à la désillusion, puis au cauchemar. En effet, dès la fin du compte à rebours, pendant la présentation des hymnes nationaux, les supporters ivoiriens sont surpris par un fait insolite après ''l'Abidjanaise''. Autour d'eux, certains Gabonais, chantent en choeur l'hymne national de la Zambie. On a l'impression qu'ils s'y étaient préparés en apprenant les paroles de cet hymne zambien. Et que quelque chose d'anormal allait se passer. Dans la foulée, tout le stade enchaîne aussitôt avec l'hymne national du Gabon. Ce qui n'est pas prévu. Nationalisme oblige, pourrait-on dire. Parce qu'au pays d'Ali Bongo Ondimba, c'est ''le Gabon d'abord''. Qu'à cela ne tienne. Mais le masque ne tarde pas à tomber. Des Gabonais assis parmi des supporters ivoiriens dans la zone où nous sommes, décident alors de faire des commentaires désobligeants sur la crise post-électorale en Côte d'Ivoire et le Transfèrement de Laurent Gbagbo à la CPI.

Excédé, un supporter ivoirien oppose à l'un d'eux une réaction musclée et lui rappelle, qu'eux aussi avaient contesté la nationalité de leur président lorsqu'il a exprimé l'intention de briguer la magistrature suprême du Gabon. Mais pourquoi l'acclament-ils dans ce stade? Mieux, il lui demande en quoi il est concerné par les affaires ivoiro-ivoiriennes, et quels liens elles ont avec l'affiche de la finale à laquelle ne participe pas le Gabon. Cette mise au point faite, plus tard, le fauteur de trouble présente ses excuses mais c'était sans compter avec ses autres compatriotes dans le stade. Surtout lorsque Drogba a raté le penalty. «Vous les Ivoiriens, vous n'allez pas partir avec ce trophée. C'est Gbagbo qui a gagné les élections. vous oubliez que nous sommes entre nous Africains, on va soutenir la Zambie jusqu'au bout», ont lancé certains.

Hostilité

Toutes les actions d'éclat des Eléphants étaient huées. Mais quand il s'agissait des Zambiens, ils étaient acclamés à tout rompre. D'autres n'hésitaient pas à venir narguer les supporters ivoiriens. Durant toute la partie, les Eléphants ont été brisés dans leur élan par une horde de Gabonais hostiles, braqués contre eux. Le public gabonais a réservé le comble pour la séance des tirs au but. Chaque fois que c'était le tour d'un joueur ivoirien de shooter, on entendait: ''Chipolopolo, Chipolopolo... Libérez Gbagbo, libérez Gbagbo...''. Dans les travées, cela donnait lieu à des menaces xénophobes insensées. Malgré l'hostilité ambiante, les supporters ivoiriens ont gardé leur calme jusqu'à la fin. Dignes dans la défaite et dans la douleur, ils n'ont pas répondu aux provocations des ressortissants du pays co-organisateur de la CAN Orange 2012.

Sur chemin du retour vers l'aéroport, le bus hué, recevait parfois des coups au passage. Dans la salle d'embarquement où les ont rejoints plus tard les Zambiens en partant pour Lusaka, la délégation ivoirienne a applaudi les vainqueurs. Les uns et les autres se sont congratulés et ont sympathisé. Dans un esprit de fair-play. Contrairement aux co-organisateurs.

Alphonse

 

Source: KOACI.COM

dimanche, 12 février 2012

ELEPHANTS, DONNEZ UN PEU DE JOIE A CE PAYS TRISTE DEPUIS LE 11 AVRIL!


UNE N° 143 AUJOURD'HUI.jpg

Devant le petit magasin qu'il tient au «black market» d'Adjamé, Moktar n'a pas eu hier, un bout de temps pour lui-même. Toute la journée, il a été assailli par les clients venus se procurer qui, des gadgets aux couleurs nationales qui, la dernière réplique du maillot officiel des Eléphants. En prévision de la demande, le jeune commerçant avait pris soin la veille, de renforcer considérablement son stock. Mais cela n'a pas suffi à satisfaire la clientèle qui en redemandait. A en croire le jeune homme et ses voisins commerçants du coin, la réalisation de ces bonnes affaires dure depuis trois jours aujourd'hui, soit depuis la victoire sur le Mali, le pays d'origine de Moktar. Une bonne conjoncture qui non seulement est venue soigner le moral du commerçant, brisé par le raid de Gervinho, mais qui lui a permis d'équilibrer ses comptes, déficitaires jusque-là, du fait de la morosité économique ambiante. C'est donc tout heureux que depuis jeudi, Moktar a troqué son maillot des Aigles contre la tunique orange des Eléphants dont il se dit désormais le premier supporter.

Et hier, à la mosquée, lors de la grande prière de 13 heures, il a ardemment invoqué Allah le Miséricordieux afin qu'il permette à  Drogba de brandir le trophée au terme des 90 mn car il sait que pareil dénouement lui donnera encore quelques jours de prospérité. Comme Moktar, Yves Messou, assis au comptoir de son maquis, qui passe pour le meilleur espace de la cité verte, à Yopougon, peut se frotter les mains. En cette période de CAN, les recettes sont bonnes avec des pics inespérés à chaque victoire de Copa Barry et les siens. C'est pourquoi, comme le Onze national, lui aussi prépare le grand soir.  Stock de boissons  triplé, nouvelles serveuses aguichantes, capacité d'accueil agrandie, drapeaux tricolores flottants, rien n'a été négligé par le maître des lieux pour demeurer la meilleure offre du quartier.  La plupart des ménages abidjanais sont également dans l'air du temps avec les couleurs orange-blanc-vert accrochés aux fenêtres des maisons comme à la belle époque de la célébration des fêtes nationales de l'indépendance.

Dans les bureaux, presque toutes les conversations tournaient hier autour du match de demain. Les dossiers ? « Ca peut attendre après la finale », a lancé tout sourire, Cédric, cadre des impôts, refermant son bureau  dès 13h et pressé d'aller rejoindre la joyeuse bande de copains qui, dira-t-il, a déjà commencé la mise au vert  autour de ses bouteilles préférées. Partout, dans l'esprit des uns et des autres, c'est la fête avant le show final même si l'on redoute quelque peu, le syndrome ''Orlando pirates'' du nom du cataclysme intervenu le 15 décembre 1995, où le club Sud-Africain, en match retour, est venu battre l'Asec  au stade Félix Houphouët-Boigny (1-0) alors que les Ivoiriens avaient fait le plus dur à Pretoria (2-2). Le revers des champions ivoiriens si prêt du but, avait eu l'effet d'un séisme dans tout le pays.

UNE N° 1290 SUPERSPORT.jpg

D'où la méfiance et la concentration maximale conseillée par le coach François Zahoui à ses garçons qui ne devront jamais penser que c'est déjà dans la poche et que le rendez-vous du dimanche soir n'est que simple formalité. Ce serait une grossière appréciation vu qu'en face, les garçons de Hervé Renard caressent le rêve secret de tomber le grand favori de la compétition, trois jours après s'être offert le Ghana, un autre groupe bien côté à la bourse des valeurs africaines. De sources proches du staff des Eléphants, on indique que les joueurs sont conscients de leur mission et savent que les Ivoiriens attendent avec impatience ce second sacre. Pas seulement pour voir enfin la génération dorée ivoirienne, inscrire en lettres d'or, son nom sur le précieux trophée continental, mais pour s'offrir eux-mêmes quelques jours de bonheur dans ce pays toujours aussi triste qu'au lendemain du 11 avril 2011, le jour où tout a basculé en Côte d'Ivoire.

Oui, quelques jours de félicité pour chasser le spleen d'un peuple pris à la gorge par la cherté de la vie, angoissé par la vague de licenciements qui balaie tous les services, terrorisé par les FRCI et qui attend toujours sans vraiment y croire maintenant, les pluies de milliards annoncés à grand renfort de publicité par les gouvernants actuels. Dix mois que l'attente dure et rien n'indique pour l'heure, que nous sommes au bout du tunnel.

Avec notamment toutes ces nouvelles pas trop rassurantes en provenance du FMI et de la Banque Mondiale. Bien instruit de l'enjeu de cette finale, les principales compagnies de téléphonie mobile qui officient à Abidjan ont décidé d'accompagner les Ivoiriens sur la route du bonheur. Pour cela, elles rivalisent depuis quelques jours d'ardeur pour attirer le maximum de personnes sur les sites spécialement conçus et savamment disséminés aux quatre coins du District d'Abidjan. La place Ficgayo, le complexe Jesse Jackson de Yopougon   et la place Inch Allah de Koumassi  sont pour l'heure, les meilleures adresses en la matière. Du côté du leader du secteur, on annonce pour cette nuit, une veillée d'animation sportive qui va se poursuivre jusqu'à l'heure du match. Du délire en perspective. Eléphants, à vous de jouer !

Barrissez donc !

Géraldine Diomandé, in le quotidien ivoirien "Aujourd'hui" N° 143 des samedi 11 et dimanche 12 février 2012.


------------------------------------

 

UNE N° 4058 NOTRE VOIE.jpg

CE NE SERA PAS LA FIN DE LA CRISE

Il faudra être clair et ne pas s'y tromper, les Eléphants prendront cette coupe et nous leur ferons la fête comme il est recommandé de le faire à tous les vrais héros nationaux. La fête sera  grande parce que depuis 20 ans, nous en bavons et nous ne bouderons pas notre joie parce que nous avons trop souffert de la méchanceté de l'impérialisme qui a fait une OPA sur notre pays. Nous savourerons chaque instant de la victoire des Eléphants comme si nous prenions une revanche sur le sort des opprimés que les mentalités esclavagistes veulent nous imposer.

Comme un seul homme, n'en déplaise aux esprits chagrins, nous nous lèverons pour soutenir les Eléphants et les pousser à la victoire. Mais, à l'adresse de nos dirigeants et de la commission vérité dialogue et réconciliation, il faut clarifier que ce ne sera pas le moment de faire une lecture erronée sur l'état de la société ivoirienne. Il n'est pas interdit à un malade même dans son état de grabataire de savourer quelques instants de bonheur quand ceux-ci se présentent. Un médecin sérieux et compétent ne prendrait pas le sourire de son malade pour la fin du mal. Aussi voudrions-nous prévenir Dramane Ouattara que ce n'est pas pour lui et sa politique de rattrapage, de licenciement, de justice des vainqueurs, de chartes de détournement, de démolisseur,  que les Ivoiriens occuperont les rues le soir du dimanche 12 février. Nous savons qu'il n'a jamais eu droit à une véritable liesse populaire dans ce pays, mais il se trompera lourdement de voir dans la joie des Ivoiriens son retour en grâce dans leurs cœurs.

UNE N° 3670 LE PATRIOTE.jpg

Quant à Charles Konan Banny, il sait lui-même qu'à part tourner le couteau dans la plaie par la ténacité de sa rancœur contre Gbagbo, il n'a encore rien fait pour que les Ivoiriens se réconcilient. Nous nous jetterons dans les bras des uns et des autres pour montrer notre disposition à nous retrouver, mais nous ne laisserons aucun politique  tirer à lui la couverture d'un succès dont il n'a aucun mérite.

Joseph Marat, in le quotidien ivoirien "Aujourd'hui" N° 143 des samedi 11 et dimanche 12 février 2012.



-------------------------------------------

 

UNE N° 1988 NORD-SUD.jpg

DIDIER DROGBA, DANS LA LIGNEE DES POKOU, MILLA, BELLOUMI...

Dimanche, 12 février 2012, la Côte d'Ivoire joue pour la troisième fois de son histoire, la finale de la Coupe d'Afrique des nations. La deuxième finale de la génération Didier Drogba. Dans cette génération, où les talents se valent, les regards sont tournés vers l'emblématique buteur de l'équipe nationale qui a besoin de rentrer dans l'histoire. En tant que leader de l'actuelle génération, Didier Drogba doit inscrire son nom dans les annales du football africain à l'instar d'un Laurent Pokou qui, en seulement deux compétitions, est devenu une légende  continentale.

Pendant plus de 38 ans, il a détenu le record de meilleur buteur avec 14 buts à son actif. Marquant ainsi la Can de son empreinte. Le nom d'Asmara qu'il porte n'est pas un pseudonyme de luxe. Ce nom qui était celui de la deuxième ville d'Ethiopie, aujourd'hui capitale de l'Erythrée,  a été donné à Laurent Pokou en 1970 par le Président Hailé Sélassié pour saluer ses prouesses face à l'équipe nationale de l'Ethiopie dont « l'Empereur Baoulé », un autre surnom de Laurent Pokou, avait violé la cage plus de 5 fois, arrachant du coup la vedette à l'Egyptien Mohamed  Al-Diba qui totalisait déjà 4 buts en une seule rencontre.

Avec ce  talent  de grand buteur, sa rage de vaincre, Didier Drogba a tous les moyens pour  se hisser au diapason des Pierre Kalala Mukendi, N'dayé Mulamba, Ossei Koffi, Ali Fergani, Moustafa Dalheb, Roger Mila, Djonkep Bonaventure, Ibrahim Youssef et autres Abega Théophile, ces grandes figures dont les noms occupent les premières lignes dans les livres du Football africain. Le buteur de Chelsea a certes  glané des lauriers çà et là en Europe,  avec le titre de Champion d'Angleterre, un trophée de la Coupe d'Angleterre, deux ballons d'Or en Afrique et deux participations à la phase finale de la Coupe du monde où il totalise deux buts.

Un but contre l'Argentine en 2006 et un autre contre le Brésil en 2010.  Le seul africain à avoir violé la cage des Auriverde. Mais cela ne suffit pas pour  ce brillant  palmarès auquel manque la Coupe d'Afrique des Nations. L'Année  2012 est donc celle de l'espoir pour le natif de Niaprahio de brandir ce prestigieux trophée continental.  Cela, en vue de confirmer son  statut de leader  qui lui colle à la peau depuis 2006, date de la première participation de cette génération à un rendez-vous aussi important qui réunit tous les grands noms du football africain.

UNE N° 2645 LE SPORT.jpg

Avec ses dix buts en quelques années de présence à la Coupe d'Afrique des nations, Drogba a là une belle occasion d'accroître son capital buts et rabattre définitivement le caquet à tous ses détracteurs en ramenant le trophée sur les bords de la lagune Ebrié. Les sportifs ivoiriens et de toute l'Afrique l'attendent. Si la rencontre Côte d'Ivoire -Zambie polarise tant  l'attention, c'est en partie à cause d'un Didier Drogba qui a su porter l'équipe à bout de bras jusqu'à la finale. L'heure de la vérité n'est plus loin. ''Dahi Zoko'', le guerrier de Niaprahio ne le sait que trop.


Que le spectacle commence !

Nicole Bantchi, in le quotidien ivoirien "Aujourd'hui" N° 143 des samedi 11 et dimanche 12 février 2012.

jeudi, 09 février 2012

1000 MILLIARDS DE FRANCS CFA POUR «ORGANISER» UNE DEMIE CAN ET SERVIR DE COUPES-COUPES AUX MALIENS EN 1/4 DE FINALE!

 


STADE CAN 2012 GABON.jpg

Un des stades de la demie CAN gabonaise

 

CAN 2012 : LA MALEDICTION DU «GAGUISME»!


Près de 1000 milliards de francs CFA pour organiser (de manière chaotique) une moitié de CAN et, surtout, pour servir de coupés-coupés aux Maliens en 1/4 de finale ! Est-ce bien raisonnable ?


S'il n'y a rien à dire sur la prestation des footballeurs (encore que !), tout le reste, en revanche, est d'une nullité insondable. Rien qu'à lire le communiqué pondu par Gaguie-le-Battu, au lendemain de sa défaite, on mesure l'ampleur des dégâts et l'on comprend aussitôt que le président du PDG et sa bande étaient complètement à côté de leurs pompes : le texte est d'une vacuité et d'une légèreté affligeantes. La syntaxe, quant à elle, était tellement boiteuse (comme qui ?) que L'union a pris la liberté de la redresser avant publication.

Pendant un peu plus de deux ans, toutes les ressources (financières, matérielles, humaines, spirituelles...) du pays ont été mobilisées pour faire de la ½ CAN gabonaise, un succès. Sans être dupes, les Gabonais ont laissé faire. L'arrière-pensée politicienne qui guidait Ali dans cette entreprise était flagrante. L'inclination des dictateurs à vouloir se servir du sport comme vitrine est une vieille ficelle. Jean-Marc Diakité du quotidien sénégalais Le Soleil le rappelle en quelques phrases : « C'est  connu que les dictatures et le sport font souvent bon ménage. Quand la situation intérieure d'un pays est mauvaise, les présidents-dictateurs sortent de leur manche une performance sportive pour flatter l'ego du peuple et le remobiliser derrière eux. Selon la bonne vieille méthode du pain et des jeux à jeter en pâture au bon peuple pour qu'il oublie sa misère et la mal-gouvernance, les meurtres et le pillage des élites qui mettent le pays en coupe réglée. C'est pourquoi les dictateurs jettent souvent leur dévolu sur les grandes manifestations sportives dans lesquelles ils vont investir des milliards de francs pour relever victorieusement le défi de la participation ou au moins celui de l'organisation. Ce sont des moments particuliers durant lesquels on parle d'unité nationale, de solidarité et de patriotisme... »

Pour Ali, cela aurait pu fonctionner si les « Panthères » avaient remporté le trophée. L'euphorie de la victoire aurait masqué les énormes carences que l'on peut encore observer et déplorer aujourd'hui à Libreville. De tous les chantiers annoncés et vantés par les griots du pouvoir, aucun n'a été livré. Les plus emblématiques d'entre eux, les fameuses passerelles de la Voie express, sont une honte nationale. On risque sa vie chaque fois qu'on les emprunte : d'énormes blocs de béton font office de glissières de sécurité,  absence d'éclairage et de signalisation, pas de passages piétons. Quant à la bande de roulage, ce n'est même pas digne d'un bitume d'occasion. Les gravats laissés sur place après les démolitions de la fin de l'année dernière et les poubelles à ciel ouvert donnent de notre capitale une image tellement surréaliste que nombre de journalistes étrangers, présents dans notre pays, ne manqueront pas d'en parler.

A Libreville, toujours, le réseau routier urbain et les outils de communication que sont le téléphone et Internet font pitié. Toujours dispo quand il s'agit de donner un coup de pouce à son « fils », Marie-Joséphine Kaama, alias Patience Dabany, a transformé son domicile de Likouala en annexe du COCAN : avant chaque match, des dizaines de badauds et d'affamés s'y pressaient pour obtenir un billet d'entrée au stade, ou tout simplement un sandwich. Les intéressés devaient, au préalable, agiter des banderoles à la gloire de « Ya Ali ». Mais tout cela n'a servi à rien, un penalty raté d'Aubameyang a tout « footu » en l'air. Maintenant, il va falloir expliquer au bon peuple pourquoi on a brûlé près de 1000 milliards de francs, qui représentent, quand-même, l'équivalent de plus 1000 kilomètres de routes goudronnées. Mais il n'y a pas d'illusion à se faire, aucun bilan financier ne sera rendu public, car, comme d'habitude, l'argent sorti des caisses de l'Etat ne sera pas perdu pour tout le monde : les probabilités qu'une bonne partie de ce magot ait déjà pris la direction de quelques paradis fiscaux accueillants sont très grandes.

C'est ce qui pourrait, en partie, expliquer la tenue précipitée d'une réunion du conseil d'administration de l'Agence nationale des grands travaux (ANGT), cette énorme pompe à fric qui a servi à régler les vraies et les fausses factures du COCAN. Dimanche soir, le match à peine terminé, les deux âmes damnées de Gagui, Liban Soleman et Maixent Accrombessi, se sont rendues directement au siège de l'ANGT, situé à côté de l'ancien gouvernorat. Il fallait finaliser la préparation des dossiers que le conseil d'orientation, prévu pour le lendemain et coprésidé par Ali Bongo et Maixent Accrombessi, allait examiner. Comme d'habitude, cette énième farce émergente a accouché d'un énorme mensonge : « Le Gabon va investir 12 mille milliards de Francs CFA (18 milliards d'euros) dans des projets d'infrastructures d'ici 5 ans... » Alors que nombre de chantiers sont arrêtés (la route du PK9 à Libreville, le tronçon Ndjolé/Medoumane, etc.), où Gagui-la machine à promesses pense-t-il trouver tout cet argent ? Avec la triste réputation que le régime Bongo/PDG s'est taillée auprès des bailleurs de fonds, on lui souhaite bien du plaisir.

En attendant, pour les Gabonais, la CAN est terminée. Ils vont devoir reprendre leur (sur)vie habituelle. Dans l'amertume et la résignation. Ce qui n'est pas le cas de Habib Sylla « Ngoye » et de son poulain Seydou Kane, les amis maliens d'Ali. Ils ont fêté la victoire des « Aigles » jusqu'au petit matin. Comme on dit, tout Malien est un malin et demi. Fin du match!


Source: LE GRI-GRI INTERNATIONAL