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mardi, 21 décembre 2010

CI: JERRY RAWLINGS APPELLE A RESPECTER LES RECOMMANDATIONS DE THABO MBEKI


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L'ancien président ghanéen lance un appel à la retenue et à la maturité.

L'ancien président ghanéen, Jerry John Rawlings, a lancé un appel lundi (20/12/10) pour « la retenue et la maturité» des leaders politiques ivoiriens et pour la fin des violences qui ont suivi le deuxième tour de la présidentielle du 28 novembre dernier, dont la victoire est revendiquée par le chef de l'Etat sortant Laurent Gbagbo et le leader de l'opposition, Alassane Ouattara.

Il a également exhorté l'Union africaine (UA), la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et les deux protagonistes pour le pouvoir en Côte d'Ivoire à respecter scrupuleusement les recommandations de l'émissaire de l'UA, Thabo Mbeki, formulées dans son rapport, au cours de ses récentes réunions de médiation dans ce pays en crise de l'Afrique de l'Ouest.

« M.Thabo Mbeki est perçu comme un arbitre neutre dans la crise et les efforts qu'il a déployés pour un règlement rapide de la crise devraient être pris au sérieux» a-t-il indiqué dans un communiqué publié à Accra. «Les pertes en vies humaines, enregistrées lors des manifestations de rues et les prétendus enlèvements et exécutions de civils ne doivent pas dégénérer en un conflit à grande échelle», a ajouté M. Rawlings.

Il a exhorté l'UA et la CEDEAO à travailler à calmer les tensions en Côte d'Ivoire et à rechercher une paix et une stabilité durables dans le pays en prenant les mesures idoines pour appliquer les mesures urgentes préconisées dans le rapport de Thabo Mbeki. Il n'a pas donné de détails sur le rapport de Mbeki.

 

Source: SAOTI, Le Blog de Mahalia Nteby

samedi, 20 mars 2010

SAMIR AMIN: LE SYSTEME MONDIAL EST EN GRANDE PARTIE RESPONSABLE DES ECHECS AFRICAINS

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Samir Amin, 79 ans, n'a rien perdu de sa fougue militante. Tête pensante du Tiers mondisme, proche de certains des pères des indépendances, comme Modibo Keita, auteur d'une cinquantaine d'ouvrages politiques et économiques, il traque le capitalisme et l'impérialisme international sous toutes leurs formes. Interrogé par RFI, il dresse le bilan de 50 ans de relations entre les États africains et le reste du monde.


Faites-vous partie de ces pessimistes qui disent que les cinq décennies de l'indépendance sont cinq décennies perdues ?

Je ne suis pas pessimiste et je ne pense pas que ce sont cinq décennies perdues. Je reste extrêmement critique, extrêmement sévère à l’égard des États africains, des gouvernements, des classes dirigeantes, mais je suis encore plus critique à l’égard du système mondial qui est responsable, en grande partie, des échecs africains. Vous savez la colonisation que l’on vante aujourd’hui a été une catastrophe historique. Au sortir de la colonisation, au Congo belge, il y avait neuf Congolais qui avaient effectué des études supérieures. Après 30 ans du régime de Mobutu, l’un des régimes les plus ignobles qu’on ait eu dans l’histoire, ce chiffre se compte par centaines de mille. Autrement dit, le pire régime africain a fait trois mille, cinq mille fois mieux que la belle colonisation belge. Il faut rappeler ces choses.

Quand vous pointez du doigt le système mondial qui a mené en partie le continent africain là où il est aujourd’hui... que reprochez-vous particulièrement à ce système mondial ?

Au moment des indépendances africaines, l’Afrique était, et reste encore aujourd’hui, le «ventre mou», la partie la plus vulnérable du système mondial. Et une partie vulnérable du système mondial est condamnée par la logique même de ce système à être surexploitée. La surexploitation en Afrique, c’est principalement le pillage des ressources naturelles du continent. C’est-à-dire que l’Afrique est utile pour le système mondial dans la mesure où elle est une source de richesses naturelles assez fabuleuses. L’Afrique utile, c’est l’Afrique sans les Africains. Les peuples africains pour le système mondial sont de trop. Ils ne font pas partie de cette frange des travailleurs, sauf les émigrés bien entendu, que l’on surexploite. Ce qui est intéressant pour l’impérialisme, pour l’appeler par son nom contemporain, ce sont les ressources naturelles de l’Afrique. Et pourquoi l’Afrique est vulnérable ? Parce que précisément, après avoir reconquis son indépendance, les pays africains ne se sont pas engagés suffisamment, pas engagés du tout même, dans la voie d’une industrialisation accélérée. Je dis le contraire de ce que l’on dit généralement : l’industrialisation, c’est pour plus tard. L’Afrique n’est pas mûre pour l’industrialisation.
On disait ça de la Chine il y a cinquante ans. On disait ça de la Corée du Sud. Ce sont précisément les pays qui se sont industrialisés, rentrés dans l’industrialisation, d’une façon décidée, qui sont aujourd’hui les pays émergents. Alors l’Afrique a pris cinquante ans de retard. Dans ces cinquante ans de retard, il y a une part importante de responsabilité des classes dirigeantes. Mais la faiblesse même de ces classes dirigeantes, le fait qu’elles aient accepté de se situer dans le statut d’État client de l’Occident ne réduit pas la responsabilité des pays occidentaux.

Est-ce qu’il n’y a pas aussi le risque de placer systématiquement ces pays en position de victime ? Les dirigeants aujourd’hui sont acteurs sur le continent africain...

Bien sûr qu’ils sont acteurs ! Ce sont les alliés subalternes dans le système mondial, donc ils ont autant de responsabilité que leur patron. Mais leur patron a autant de responsabilité qu’eux. Prenons une question banale, celle de la corruption parce que tout le monde parle de la corruption et c’est vrai une bonne partie des politiciens africains sont corrompus à l’extrême. Mais ceux qui les corrompent ne sont pas moins responsables.

Revenons à l'histoire.1960, année d’indépendance pour de nombreux pays africains. Certains évidemment ont acquis leur indépendance plus tôt, mais l'année 1960 est une année importante pour beaucoup de pays francophones et certains pays anglophones. Où êtes-vous précisément à cette époque-là ?

Je suis précisément en Afrique. J’avais été en Égypte, dans mon pays, entre 1957 et 1960. En septembre 1960, je suis allé à Bamako. Je crois que c’était le jour même de la proclamation de l’indépendance du pays, ou c’était le lendemain. Donc dès le départ, j’avais fait le choix de mettre mes compétences modestes au service du développement de l’Afrique nouvelle, de l’Afrique indépendante.

Comment avez-vous vécu ce jour de l’indépendance ?

Je l’ai vécu avec beaucoup d’enthousiasme et avec beaucoup d’attente. Enfin, ces pays ayant reconquis leur indépendance allaient pouvoir s’engager dans un développement digne de ce nom, c’est-à-dire rapide, à marche forcée, mais également juste, bénéficiant à l’ensemble du peuple, aux classes populaires. J’ai choisi d’aller au Mali pas par hasard. C’est parce que le gouvernement malien, le parti qui s’appelait l’Union soudanaise à l’époque, avait fait des choix radicaux c’est-à-dire un choix d’indépendance, un choix d’indépendance pas rhétorique mais d’indépendance réelle, en se battant sur le terrain pour obtenir la marge de manœuvre la plus large possible et, l’histoire de ce parti en faisait un parti qui était très largement à l’écoute des masses populaires, notamment de la paysannerie. Beaucoup de conditions étaient réunies pour un bon départ. Et le départ n’a pas été mauvais, mais le pays restait extrêmement vulnérable non pas seulement pour des raisons géographiques : un très grand pays à l’époque très peu peuplé (il y avait 4 millions d’habitants à peine), avec des frontières énormes et incontrôlables, sans accès à la mer, donc toute sorte de raisons de vulnérabilité. La dérive est venue rapidement. Dans cette dérive les classes dirigeantes locales ont une responsabilité particulière parce qu’elles s’étaient créé une marge de manœuvre et elles ne l’ont pas utilisée de la meilleure manière. La dérive vers le pouvoir, je ne dirais pas personnel, mais le pouvoir d’une élite et d’une minorité, y compris le pouvoir personnel a été très rapide.

Il y a d’autres pays qui avaient fait un choix : la Guinée ou le Ghana prônaient une certaine indépendance économique notamment vis-à-vis des anciens colonisateurs. Est-ce qu’à l’époque, en observant ces pays, vous perceviez tous les problèmes qui allaient survenir dans les années 70-80 ?

Oui et non. Je n’aurais pas l’outrecuidance de dire que j’avais tout prévu, mais j’ai vu assez rapidement les difficultés et les dérives possibles et qui se sont avérées de véritables dérives, celle du Mali, mais également celle du Ghana. J’ai été au Ghana et le Ghana m’a toujours fait une assez bonne impression c’est-à-dire, en dépit des dérives, une capacité de se ressaisir, ce qui a été le cas, avec des hauts et des bas, bien entendu. La Guinée qui m’a donné dès le départ une impression déplorable, c’est-à-dire l’impression d’un gouvernement et particulièrement d’un président, extrêmement autoritaire, Sékou Touré, qui était un bon politicien au sens où il savait manœuvrer, il savait parfois faire les concessions qu’il fallait ou des choses de ce genre, il savait parfois négocier au plan international, mais il n’avait aucune culture politique, aucune vision des véritables difficultés et des exigences d’un développement. Le minimum pour un développement exige, exigeait et exige toujours, une certaine démocratie pas au sens du blueprint («modèle», en français), de la recette toute faite comme celle du multipartisme et des élections qui seront dans la plupart des cas tout à fait bidons - pas seulement dans les conditions de l’Afrique, également ailleurs, y compris en Europe, puisqu’on peut voter comme on veut en Europe et le résultat est comme si on n’avait pas voté (rires) - mais au sens de la prise en considération de la dimension sociale, c’est-à-dire d’une démocratie associée au progrès social, et non dissocié du progrès social, a fortiori associé à une régression sociale comme c’est le cas à l’heure actuelle quand il y a quelques éléments de démocratie.

Concevez-vous l’échec des politiques qui ont été menées dans ces pays comme un échec des idées que vous avez défendues ou de l’application de ces idées ?

L’argument qui consiste à dire «les idées étaient bonnes mais leur application a été mauvaise» n’est pas mon genre de raisonnement. Si l’application a été mauvaise, c’est que les idées n’étaient pas parfaites. Je ne dirais pas qu’elles étaient mauvaises. On peut penser que les grands principes choisis par un certain nombre de pays africains au lendemain des indépendances étaient des principes corrects, mais ça ne suffit pas. Il faut aller plus loin. Il faut traduire ces principes en sous-principes, je dirais en méthodes d’action et là, on a vu très rapidement les contradictions apparaître.

L'Afrique a-t-elle une place dans la mondialisation... que vous critiquez, par ailleurs ?

L’Afrique doit trouver sa place. Si elle le doit, elle le peut. Mais c’est un peu théorique. Dans le court terme, l’Afrique reste extrêmement vulnérable. Et comme je le disais, dans l’avenir visible, l’Afrique reste pour le monde entier, particulièrement pour les puissances développées du capitalisme, une source de matières premières : que ce soient les hydrocarbures, que ce soit l’uranium, que ce soient les minéraux rares, les métaux rares (ça c’est très important pour l’avenir), ou que ce soient les terres agricoles ouvertes maintenant à l’expansion de l’agri-business occidental, chinois, brésilien et autre, que ce soit demain le soleil et donc l’électricité lorsqu’elle pourra être transférée sur de longues distances, et que ce soit l’eau. Le capital international s'intéresse exclusivement à ces opportunités. Pour le capital international, l’Afrique, les Africains n’existent pas. Le continent africain est un continent géographique plein de ressources. Point. Et c’est contre cette idée que l’Afrique doit s’organiser pour non pas seulement refuser de se soumettre à ce pillage, mais utiliser ces ressources naturelles pour son propre développement.

Après les indépendances, différents chefs d’Etat ont tenté de mettre en place des méthodes de développement dit autocentré ou plus indépendant des anciens colonisateurs : Julius Nyerere en Tanzanie, Kwame Nkrumah au Ghana… Ces modèles ne sont pas parvenus à leurs buts. Aujourd’hui, on est dans cette période du tout capitalisme mondialisé. Que faire en fait ?

Ces moyens et ces politiques ne sont pas parvenus à leurs buts, c’est vrai, Mais les autres non plus. On a vanté beaucoup à l’époque le choix de Houphouët-Boigny et le choix de l’ouverture non régulée et incontrôlée de la Côte d’Ivoire. Et où en est la Côte d’Ivoire aujourd’hui ? Je crois que sa situation est bien pire que celle du Ghana, c’est-à-dire que malgré tout, l’héritage, la partie positive de ce que Nkrumah avait fait, c’est pour cette raison que le Ghana est dans une moins mauvaise situation aujourd’hui qu’un pays voisin et très comparable par ses richesses et par son type d’agriculture, de richesses naturelles, par sa taille, qu’est la Côte d’Ivoire.

Quelle est aujourd’hui la marge de manœuvre des États africains pour trouver une voie médiane ?

Cette marge de manœuvre est en train de renaître précisément par le succès des pays dits émergents : la Chine, l’Inde, le Brésil et d’autres pays moins importants comme la Corée du Sud, ou en Afrique même, l’Afrique du Sud (c’est le seul). Ces pays sont déjà en conflit avec les pays de l’Occident. On l’a vu à l’occasion de la visite d’Obama à Pékin et dans les suites de cette visite. Et ce conflit qui n'est pas seulement un conflit pour l’accès aux ressources naturelles mais aussi pour l’accès au marché, l’accès au financement, va aller en s'aggravant. Ce conflit constitue également une garantie contre la poursuite du projet de contrôle militaire de la planète par les Etats-Unis de contrôle militaire de la planète qui est bien malade maintenant, ne soit pas poursuivi. Même s’il y a beaucoup de bémols à mettre, ces pays émergents comprendront qu’ils ont intérêt à contribuer à la renaissance, à la reconstitution (il n’y a pas de reconstitution en histoire) de quelque chose comme Bandoeng, c’est-à-dire je n’irai pas jusqu’à dire un front commun mais une alliance très large même avec les pays les plus vulnérables, avec les pays du continent africain, de façon à se renforcer collectivement et à imposer un recul des ambitions occidentales et le pillage du continent.

Beaucoup de pays africains se tournent vers la Chine, vers l’Inde, parfois comme si c’était une planche de salut pour sortir de leur situation. N'est-ce pas une erreur ? La solution... ne serait-elle pas plutôt de savoir jouer avec les différents partenaires ?

Jouer avec les partenaires est un jeu dangereux. À l’époque de Bandoeng, bien des pays y compris l’Égypte nassérienne, ont voulu jouer du conflit entre les États-Unis et l’Union soviétique : jouant la carte soviétique de temps en temps, la carte américaine à un autre moment. Ils ont perdu sur les deux tableaux. Je crois qu’aujourd'hui, un pays qui engagerait… une diplomatie, disons, active, qui s’engagerait à jouer une carte chinoise un jour et une carte américaine le lendemain serait également vouée à l’échec. Je crois qu’il faut au contraire travailler à reconstituer cette ligne des 77 (les 77 sont beaucoup plus nombreux aujourd’hui et le groupe des 77 s’appelle « 77 + Chine » aux Nations unies). Les Chinois proposent à beaucoup de pays africains ce que l’Occident ne propose pas: la construction d’une gigantesque infrastructure qui est l'une des conditions d’un développement possible, d’un développement industriel, d’un développement digne de ce nom, qui ne soit pas simplement quelques produits agricoles d’exportation dans des conditions misérables, mais des infrastructures de transport, des chemins de fer, des routes, … Après tout, la seule grande construction de chemins de fer dans l’histoire moderne de l’Afrique après les indépendances a été le Tanzam qui a été fait par les Chinois. Maintenant, il n’est pas impossible hélas que dans la course aux ressources naturelles, les Chinois et les Brésiliens et les autres ne se comportent pas très différemment, d’une façon très différente des Occidentaux.

L'Afrique ne risque-t-elle pas de se retrouver dans la même configuration mais avec des partenaires différents ?

Non, je ne crois pas. Parce que les partenaires sont différents. Le partenaire chinois et le partenaire brésilien ne sont pas dans la situation des États-Unis ou de l‘Europe. D’abord, ils n’ont pas un projet de contrôle militaire de la planète comme les États-Unis. Si les États-Unis ont un projet de contrôle militaire de la planète, hélas l’Europe suit. L’Europe, c’est l’Otan et l’Otan, ce n’est rien d’autre que les alliés subalternes des États-Unis. Ni la Chine, ni l’Inde, ni le Brésil, quelle que soit l’opinion qu’on puisse avoir sur la nature des classes dirigeantes et la nature des choix de développement économique et social de ces pays, ne sont pas dans la même position.

Beaucoup d’observateurs parlent d’une période historique qui serait dans une sorte de seconde indépendance de l'Afrique, notamment pour l’Afrique francophone. Qu’en pensez-vous ?

Ce sont des grands mots. Nous sommes dans une deuxième vague. Elle peut être meilleure ou elle peut être pire que la première - dans l’histoire c’est toujours ouvert –. L’Afrique avait commencé pas si mal en dépit du titre du livre de René Dumont, l’Afrique noire est mal partie. Elle était mal partie sur certains points, sur certains plans, et René Dumont avait raison sur ce point, en ce qui concerne l’agriculture. Mais l’Afrique qui n’était pas tellement mal partie en 1960 s’est enlisée très rapidement et je souhaite que ce qui s’annonce soit une deuxième vague d’indépendance, si on l’appelle ainsi, du continent africain.

Par Christophe Champin


Source : Rfi.fr, Le Blog de Serge Grah

lundi, 15 mars 2010

A L'HEURE DES CINQUANTENAIRES: GHANA, LE MODELE CONTESTE DU PREMIER DE LA CLASSE

 

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Au moment où bon nombre d'Etats africains, notamment francophones, à l'instar de la Côte d'Ivoire, s'apprêtent à célébrer le cinquantième anniversaire de leur indépendance, il m'a plu de revisiter un article publié, en Avril 2007, par le mensuel LE MONDE DIPLOMATIQUE, jetant un regard critique sur le bilan du premier de la classe proclamé de la Banque Mondiale et des Etats-Unis en terme de démocratie, de bonne gouvernance, de sécurité et de perspectives de développement. Un bilan, somme toute, peu brillant, à la lecture. Que dire alors des autres états africains, après 50 ans d'indépendance? Déprimants, tout simplement. Voire désespérants. Les célébrations de ce cinquantenaire doivent être, pour eux, l'occasion d'une auto-critique sévère et d'une remise en cause profonde pour repartir d'un bon pied et pour longtemps. En seront-ils capables? "That's the question", comme diraient les Ghanéens! Pour l'heure, relisons notre papier.

 

De l’anti-impérialisme aux accords avec la Banque mondiale

Ghana, le modèle contesté

 

Le 6 mars (2007), le Ghana a fêté le cinquantième anniversaire de son indépendance en présence de douze chefs d’Etat du continent et de personnalités comme le pasteur américain Jesse Jackson. L’ancienne Côte-de-l’Or fut la première, en Afrique noire, à se libérer de la domination coloniale, sous l’impulsion de Kwame Nkrumah, figure historique des luttes anti-impérialistes. En 2007, Accra est devenu un modèle pour la Banque mondiale et un atout dans le jeu sécuritaire des Etats-Unis.

Par Yao Graham

 

« Etre à la hauteur de l’excellence africaine ». Destiné à faire consensus, ce slogan a été choisi pour accompagner les célébrations officielles du cinquantième anniversaire de l’indépendance du Ghana, le 6 mars dernier. Il a, au contraire, provoqué une controverse : qui et quoi, dans l’histoire de l’ancienne Côte-de-l’Or, peut symboliser l’excellence africaine ? Un grand débat traverse la presse. Tout y passe, depuis l’héritage de Kwame Nkrumah, premier président de ce petit Etat d’Afrique de l’Ouest et figure du panafricanisme, jusqu’à la politique de l’actuel chef de l’Etat John Kufuor.

Cinquante ans après s’être libéré de la domination coloniale, le pays reste confronté aux mêmes problèmes qu’en 1957, ceux de toute l’Afrique postcoloniale au demeurant : comment restructurer une économie sous-développée, dépendante de quelques matières premières (minérales et agricoles) dont les prix sont instables ? Comment transformer et accroître les revenus d’une agriculture à faible productivité basée sur la petite production ? Comment industrialiser un pays avec un marché local atrophié dont les rapports aux marchés mondiaux ont été structurés par les économies occidentales ? Comment créer des ressources pour améliorer durablement la situation des populations dont les espérances ont été gonflées au moment de l’indépendance (1) ?

En économie comme en politique, le Ghana a tenté tout ce que l’Afrique a essayé depuis les années 1960. D’abord l’économie administrée, sous Nkrumah, avec investissements dans les infrastructures et le secteur social. Le gouvernement menait alors une politique d’industrialisation destinée à réduire les importations, et Nkrumah se faisait le chantre de l’anti-impérialisme, suscitant la réprobation des pays occidentaux. Après son renversement, en 1966, par un coup d’Etat qu’a soutenu la CIA, le pays est entré dans une période d’instabilité politique jusqu’en 1982. Puis il a subi les aléas des cours des matières premières. Comme le reste du continent, il fut confronté à la corruption et à la mauvaise gestion, et, sous la présidence de M. Jerry Rawlings, s’est converti à l’économie de marché avec le soutien des institutions financières internationales et des pays du nord. Modèle des expériences postcoloniales dans les années 1960, le Ghana est devenu celui des politiques néolibérales.

Stratège de génie

M. Kufuor, successeur de M. Rawlings en 2000, achèvera son mandat en 2008. Parmi les huit présidents ghanéens, seuls seront restés plus longtemps que lui au pouvoir M. Rawlings (dix-huit ans) et Nkrumah (neuf ans). Nkrumah était, selon Amilcar Cabral (2), « un stratège de génie dans la lutte contre le colonialisme classique ». M. Rawlings est l’architecte du Ghana actuel. Après avoir pris le pouvoir par un coup d’Etat en 1981, il fut réélu deux fois chef de l’Etat. Il apparaît comme le Janus de la vie politique locale, le pont entre Nkrumah et M. Kufuor. Durant les premières années de sa présidence, il a mis l’accent sur la nécessité de réformes économiques structurelles, la justice sociale et l’anti-impérialisme en politique étrangère. S’attaquant vigoureusement à la corruption, il a dirigé le pays de manière autoritaire.

Ce positionnement général a d’abord suscité la méfiance de Washington. Autocrate, démagogue, M. Rawlings a su canaliser les espoirs de la population et obtenir sa confiance en mettant en avant l’objectif de promotion sociale d’une élite. Mais, s’il rappelait Nkrumah à ses débuts, lorsqu’il quitta le pouvoir en 2000 il avait fait de son pays le modèle de libéralisme économique que nous connaissons aujourd’hui. Sa politique d’ouverture sur les marchés extérieurs était notamment basée sur la recherche des investissements étrangers. Il a relancé la croissance économique et restauré la stabilité politique, mais a abandonné l’objectif de transformer les structures de l’économie ghanéenne, historiquement dépendante de l’extérieur.

Les deux victoires électorales de M. Rawlings, en 1992 et 1996, la dernière en battant le futur président Kufuor, lui avaient laissé penser qu’il était en phase avec le pays. Cependant, des éléments du Congrès démocratique national (National Democratic Congress, NDC), le parti au pouvoir, et une partie significative de la population demeurait réticente à l’économie de marché. En outre, d’importantes fractions des élites ghanéennes refusaient de reconnaître ce qu’elles devaient à M. Rawlings, notamment des réformes économiques draconiennes et la restauration de l’autorité de l’Etat, conditions nécessaires de leur prospérité.

Ceux qui avaient financé le redressement économique adoptèrent une attitude plus pragmatique : le président américain William Clinton et la reine Elisabeth II vinrent à Accra exprimer leur gratitude à M. Rawlings pour avoir ramené le Ghana dans l’orbite occidentale. L’anti-impérialisme hérité de Nkrumah avait cédé la place à l’ambiance policée du Commonwealth. Pourtant, les grandes puissances continuaient à se méfier d’un homme au caractère imprévisible dont la base sociale semblait fragile.

Produit de plusieurs facteurs, la victoire de M. Kufuor en 2000 résolut ces contradictions. A l’époque, le NDC était en proie à des tensions internes suscitées par la succession de M. Rawlings, fragilisé par la montée de la corruption et les réflexes autoritaires qui l’éloignaient de la population. Toutefois, après la chute des prix des matières premières, c’est la crise économique de 1999 qui emporta finalement le régime. Les cours des principales ressources du pays, l’or, le cacao et le bois, chutèrent entre 1998 et 2000 (d’un tiers pour le cacao). A la même époque, le coût des importations de pétrole doubla, en raison de la hausse du baril sur les marchés mondiaux.

Intervenant après des années de frustrations sociales liées à la croissance des inégalités, cette crise révélait aussi les faiblesses structurelles de l’économie ghanéenne : la dépendance envers l’aide, et le poids de la dette, passée de 1 milliard de dollars en 1983 à 6 milliards en 2000. Deux décennies de libéralisme économique et de libre-échange avaient fragilisé les productions locales (agriculture, manufacture) et aggravé la dépendance externe du pays, problème auquel le Ghana était confronté depuis toujours et qu’il affronte aujourd’hui encore. En outre, donnant le coup de grâce au gouvernement Rawlings, un différend avec les donateurs retarda l’arrivée de l’aide à la fin des années 1990. Certains, au NDC, estiment toujours que les institutions internationales ont cherché à favoriser la victoire de M. Kufuor, personnage beaucoup plus contrôlable (lire « Un allié des Etats-Unis »).

En 2001, le nouveau président accepta l’initiative pays pauvres très endettés (PPTE). Cette décision revenait à reconnaître que les réformes libérales tant vantées avaient en réalité mis le pays en faillite et l’avaient rendu plus vulnérable aux conditionnalités des institutions donatrices. Pourtant, M. Kufuor se montrait prêt à étendre et approfondir les politiques en question. En échange, les institutions financières acceptèrent de soulager le pays d’une partie de sa dette. L’aide revint, et le gouvernement put soutenir l’éducation primaire et les infrastructures. Entre 2001 et 2006, la croissance est passée de 3 % à 6 %. Cependant, l’augmentation des inégalités et les faiblesses structurelles de l’économie constituent une bombe à retardement pour un régime apparemment stable.

Les 20 % des personnes les plus pauvres représentent aujourd’hui 8,4 % du produit intérieur brut, contre 41,7 % pour les 20 % les plus riches. En 2002, une étude du Centre pour le développement démocratique – un think tank ghanéen – a révélé l’ampleur du chômage et du sous-emploi, et dénoncé le « fossé grandissant entre les riches et les pauvres (3) ». Les deux tiers des personnes interrogées qualifient alors leur situation économique de mauvaise. La plupart des participants mettent la création d’emplois, la réduction de la pauvreté et de l’exclusion parmi les priorités.

Les grèves se sont multipliées ces dernières années au sujet des salaires et des conditions de vie. Mais elles se sont terminées sans que les travailleurs obtiennent satisfaction. Les mesures ponctuelles (primes de rapatriement, campagnes de recrutement des ressortissants à l’étranger, etc.) adoptées pour lutter contre l’exode des cerveaux ont produit des incohérences et des inégalités extrêmes dans la grille des salaires du secteur public.

C’est en promettant l’« âge d’or des affaires » que le président Kufuor a été élu en 2000. Sept ans après, les entrepreneurs locaux, notamment dans la petite manufacture, se plaignent de ce que le gouvernement ne songe qu’à satisfaire le capital étranger. La priorité accordée au libre-échange porterait préjudice au développement des capacités productives du Ghana. Dans la capitale Accra, les usines abandonnées sont converties en entrepôts pour les importations ou en églises destinées au nombre grandissant des fidèles des mouvements évangéliques.

Fondée sur l’encouragement des exportations de cacao, de gaz et de pétrole, mais aussi de minerais (or, argent, manganèse), l’économie ne crée pas suffisamment d’emplois, et peu qui soient bien payés. Cela provoque des migrations internes et externes dont la plus connue est celle de professionnels du secteur médical (4). L’exode le plus important concerne des dizaines de milliers de jeunes, peu formés mais éduqués, dont les revenus permettent – lorsqu’ils réussissent à l’étranger – à de nombreuses familles de se maintenir au-dessus du seuil de pauvreté.

Instabilité foncière

Parmi les dizaines de milliers de fonctionnaires licenciés lors des réformes libérales adoptées dans les années 1980-1990, peu ont retrouvé du travail. Les rangs de ces chômeurs de longue durée sont gonflés par l’exode rural qu’a provoqué la paupérisation des campagnes. En effet, l’agriculture locale, vivrière notamment, a été ruinée par la politique d’ouverture aux marchés mondiaux, le manque de terres disponibles et de perspectives économiques. Dans ce monde rural où vit la majorité des Ghanéens, l’insécurité économique a un visage particulier, celui des sans-terre. Les gens n’y sont en général pas propriétaires et dépendent d’un tiers : salariés agricoles, métayers, jeunes, femmes perdent ainsi facilement leurs droits. Le gouvernement n’ayant pas su répondre à cette insécurité juridique, l’instabilité foncière fragilise le pays comme certaines régions d’Afrique de l’Ouest, où elle est à l’origine d’éruptions de violence (5).

En 2000, 80 % de la population active exerçait dans le secteur informel. Petits vendeurs de rue, artisans qui ouvrent des échoppes sans autorisation dans des lieux protégés, nombre grandissant des squatteurs... Dans la plupart des grandes villes, ce phénomène déroute les autorités, qui y répondent par des mesures sécuritaires. De fait, les difficultés de la vie quotidienne et la corruption grandissante ont érodé la confiance que la population avait dans le parti au pouvoir, le Nouveau parti patriotique (NPP). Pays symbole, le Ghana n’a pas réussi à tracer la voie d’un développement autonome ni à mettre en œuvre les nécessaires transformations socio-économiques.

Yao Graham

19:50 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, Ghana | Lien permanent | Commentaires (17) | Tags : cinquantenaire des indépendances, colonialisme, impérialisme, afrique, ghana, afrique de l’ouest | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

mercredi, 12 août 2009

LE DISCOURS DE BARACK OBAMA A ACCRA FACE AUX REALITES

                                                         

Lu sur SAOTI.OVER-BLOG.COM: Le 11 juillet dernier, le président américain était à Accra. Le choix du Ghana par Barack Obama pour s’adresser à l’Afrique noire est significatif et encourageant pour toutes les forces qui œuvrent afin que les peuples aient le droit de se doter des dirigeants à leur convenance. Symboliquement, ce choix est un réconfort pour des raisons historiques et actuelles.

Ghana, fort symbole historique et actuel

A l’heure actuelle, en Afrique, le Ghana fait partie de ces rarissimes endroits où les règles démocratiques ont un sens. Ce pays, après de forts moments de turbulence, a fini par intégrer la culture de l’alternance démocratie dans ses mœurs sous la clairvoyance de John Jerry Rawlings. Depuis le départ de celui-ci d’Osu Castel, ex-présidence du Ghana, le pays a connu deux alternances et des élections législatives et locales paisibles. Le Ghana, c’est aussi une société civile organisée, extrêmement bien renseignée et qui utilise à merveille les médias pour sensibiliser les populations sur différents sujets. La liberté d’expression est un outil essentiel dont les Ghanéens se servent pour donner leur opinion, critiquer et formuler des requêtes en direction des élus du sommet à la base. S’il est vrai que la pauvreté est encore immense au Ghana surtout dans les milieux ruraux où les conditions de vie sont particulièrement drastiques, il est tout de même évident que des efforts sont faits pour que le plus petit des villages dispose des infrastructures de base à savoir : des toilettes publiques, l’électricité, des écoles et de l’eau potable, toute chose inconnue particulièrement dans la quasi-totalité des pays dits francophones où les tyrans cleptomanes sévissent avec la bénédiction française. Aucune de ces batailles n’est totalement gagnée – le délestage et les coupures d’eau sont fréquents au Ghana - mais par une forte participation citoyenne doublée d’une vigilance redoutable, la construction de l’Etat-nation répondant aux besoins de ses citoyens est en cours au Ghana. Se servir de ce pays comme estrade pour parler aux Africains ne peut qu’encourager les Ghanéens et tous ceux qui ailleurs en Afrique se battent pour que le minimum démocratique soit une réalité continentale.

Barack Obama a sans doute touché la sensibilité historique de nombre d’Africains en allant au Ghana, ex-Goald Coast, premier pays d’Afrique noire à obtenir son «indépendance» après d’épiques luttes face à l’Angleterre impitoyable. La répression anglaise a été terrible mais le 06 mars 1957, le Ghana nouveau naquit. Ce territoire est celui de Kwame Nkrumah, un des plus grands penseurs politiques africains de tous les temps. Nkrumah, panafricaniste bon teint, futurologue à la limite avait compris très tôt que l’Afrique est condamnée au « servage » si elle reste cloitrée dans les frontières érigées par l’impérialisme en 1885 à Berlin. Pour cette raison, Nkrumah qui a connu les Dubois, Padmore, Peter Abrahams, goûté aux affres de la sous-humanisation des Noirs en vendant du poisson à Harlem alors qu’il était un érudit et sorti Lumumba de son isolement, n’a ménagé aucun effort pour prêcher la renaissance de l’Afrique en allant au plus vite vers la constitution d’un gouvernement continental. Nkrumah n’a pas été seulement un théoricien politique. Il a agit quand il le fallait : en 1953 et 1958 Nkrumah organise les 6e et 7e conférences panafricaines respectivement à Kumasi et à Accra. Cette dernière fut également la première conférence des États Indépendants d’Afrique. Il est le premier à soutenir en 1958 la Guinée indépendante d’Ahmed Sékou Touré avec un prêt de dix millions de livres sterling. En mars 1963, il participe activement à la rédaction de la charte de l’Organisation de l’unité africaine. Son idée de la création d’un gouvernement africain fut rejetée par ses pairs corédacteurs de la charte. Aujourd’hui, pourtant, cette idée est d’une brûlante actualité.

En plus de tout ceci le Ghana conserve un lieu de douleur particulier pour Michelle Obama, descendante d’esclaves : le fort de Cape Coast. Portant les marques indélébiles des horreurs de la plus grande déportation de l’humanité, ce lieu est le transit de millions d’Africains capturés sur la côte ouest africaine et en Afrique centrale, enchaînés, frappés et convoyés dans les cales de navires pour les Amériques. Ce fort garde toujours intact les cachots où étaient détenus les esclaves et la "porte du non retour", que traversaient ceux-ci avant de monter dans les bateaux en attente. Parler à l’Afrique noire à partir de ce pays a donc une signification historique et symbolique forte.

Un déplacement qui n’ignore pas l’économie et la diplomatie

On ne peut pas limiter le voyage du président américain à ces seules considérations. Des aspects économiques et diplomatiques doivent être pris en compte. En 2008 les échanges commerciaux des USA avec l’Afrique ont atteint 140 milliards de dollars. La même année, les USA ont tiré un excédent de 600 millions de dollars de leur interactivité avec le Ghana. 15% des importations pétrolières américaines provenant de l’Afrique de l’ouest, on peut comprendre la démarche de Barack Obama surtout que le Ghana, important producteur de l’or et de cacao rentre dans le rang des exportateurs de pétrole en 2010. Quand on sait la rudesse du combat entre la Chine et les USA pour l’accès aux sources énergétiques dont le pétrole, on peut en déduire qu’Obama n’a pas manqué de discuter de cette question avec son homologue ghanéen.

Quant aux entreprises américaines, elles sont actives au Ghana. Pour preuve, Microsoft a conclu mi-juillet 2009 avec le ministère de l’éducation un partenariat pour «développer un logiciel pour soutenir l’enseignement et l’apprentissage dans toutes les écoles dans le pays».

Diplomatiquement, Obama, depuis son élection, a entrepris un travail de déminage et d’embellissement de l’image des Etats-Unis particulièrement détestés sous George Bush pour sa violence. L’accomplissement de cette œuvre passe aussi par le choix des pays visités et le contenu des discours tenus ici et là.

Le fond du discours

Quant au fond du discours d’Accra, s’il y a des choses positives à retenir, à fructifier et même à implémenter sur le terrain, il y a des omissions, des contre-vérités et même des certitudes à rappeler ou à dénoncer.

Lorsque le président américain parle de santé à développer, du lien intrinsèque entre démocratie, respect des droits de l’homme et développement, des opportunités à saisir, de la nécessité d’une Afrique en paix, on doit le féliciter. Lorsqu’il dénonce les satrapes truqueurs d’élections qui triturent ensuite les constitutions pour mourir au pouvoir et passer le relai à leurs progénitures, lorsqu’il tambourine sur l’enrichissement personnel des dirigeants publics et privés, tous ceux qui dénoncent ces pratiques souvent dans un anonymat médiatique se sentent réconforter. Ou quand il appelle la jeunesse africaine à l’action, quand il loue les progrès démocratiques au Ghana et lorsqu’il pourfend une société où la règle de droit est étouffée au profit de la loi du plus fort, il y a de quoi se sentir encouragé. Mais le discours d’Obama doit être critiqué sur d’autres points.


Il revient aux Africains de décider de l’avenir de l’Afrique

Qui peut contester une pareille déclaration ? Personne. C’est une évidence et aucun Etat, aucun continent voire aucune structure familiale ne peut progresser s’il reste sous tutelle ou si « ses » choix et décisions sont le fait des autres, des étrangers. Mais la réalité de l’Afrique n’est pas celle-là. Et Obama le sait certainement. D’ailleurs, il a lui-même reconnu qu’il s’agit là d’un «principe», c’est-à-dire d’une théorie, d’un axiome. Cette règle est fausse - en tout cas pour le moment - et n’est donc pas valable pour l’Afrique et toute démonstration qui se fait à partir d’elle passe nécessairement à côté des réalités concrètes. Car, depuis les sanglantes invasions islamiques du VIIè siècle en passant par les assauts meurtriers européens à partir du XVè siècle suivis de la colonisation et de la décolonisation, le peuple noir n’a jamais eu la possibilité de décider des orientations politiques, économiques, religieuses et sociales qui lui conviennent. Cela fait au minimum 14 siècles que l’Afrique n’a jamais été le fait des Africains.

En partant de ce principe erroné, c’est donc en toute logique que le président étatsunien imputera la responsabilité de la stagnation africaine aux forces endogènes. Obama, même s’il se dit conscient du passé tragique de l’Afrique ne semble pas prendre la mesure des blessures assumées du bout des lèvres voire pas du tout assumées et jamais soignées de l’Afrique. Plus grave, Obama parle au passé comme si de nos jours toutes les agressions, les pillages et les spoliations avaient cessé sur le sol africain. Il affirmera même que l’Occident à la recherche de matières premières aborde l’Afrique avec «condescendance». Cette affirmation est tout au moins faible si elle n’est tout simplement fausse. Ce n’est pas de la condescendance qui constitue le problème même si celle-ci fait partie des traitements infligés au peuple noir. Le véritable outil utilisé pour arracher les biens du sol africain c’est le crime accompagné de violences, du viol et du mépris. Comme quoi, il n’y a pas que la gouvernance qui ruine l’Afrique. Le fond de l’affaire est que les dirigeants légitimes et en adéquation avec leur peuple sont rares. La quasi-totalité de ceux qui régentent actuellement l’Afrique sont des agents de l’étranger s’opposant de facto au peuple qu’ils répriment avec les soins des forces militaires stationnées sur le continent.

Les Etats-Unis eux-mêmes restent un acteur important de la démolition de l’Afrique. Obama semble ignorer ce truisme. Il semble même effacer tous les crimes commis par les USA qui ont piloté des coalitions du crime via la CIA pour exécuter tous les dignes fils africains qui avaient voulu émanciper leur continent. Personnellement Obama n’est responsable en rien mais le principe de la continuité de l’Etat en démocratie – et les USA sont considérés comme une démocratie - impose que les actions des prédécesseurs soient assumées par les dirigeants successeurs. C’est au demeurant au nom de ce principe que des pays Occidentaux se font le devoir d’assumer certains crimes commis par leurs ancêtres à l’égard de certains peuples. Apparemment, cela ne compte pas pour le peuple noir à qui on peut pourtant au nom de ce même principe refiler en douce les dettes odieuses contractées par les administrations coloniales et les tyrans imposés. Les assassinats des patriotes africains dont les plus emblématiques Lumumba, Olympio, Um Nyobè, Moumié, Sankara, Biko et de bien d’autres encore, les renversements de régimes et l’érection d’autres, l’appui apporté au gouvernement raciste sud-africain dans sa tentative d’éradiquer les autochtones, le soutien apporté à Eyadema Gnassingbe, Mobutu, Bongo, Deby, Sassou, les généraux au Nigeria, Amin Dada, Bokassa, Biya…..par le biais de la DGSE française et de l’Intelligence Service britannique sous la houlette de la CIA, hier sous le fallacieux prétexte de «la guerre froide» et aujourd’hui sous le concept brumeux et cynique de la « défense de nos intérêts » ne seront pas assumés. Le peuple noir doit juste se contenter de la parole d’honneur selon laquelle les Etats Unis soutiendront désormais les gouvernements démocratiques et ensuite circuler puisqu’il n’y a rien à voir.

Compte tenu de tout ceci, le principe selon lequel les Africains qui décident de l’avenir de l’Afrique est actuellement un leurre. C’est virtuel. C’est un mensonge d’Etat. A la limite, Obama pouvait, à la suite d’un diagnostic qui pointe à la fois les responsabilité s étrangères et les complicités locales, dire qu’à partir de maintenant, l’Occident doit laisser les Africains décider de l’avenir de leur continent. Comme il n’a pas du mal à faire l’économie de cette démarche de vérité, il faut le dire à sa place.

L’économie zimbabwéenne plombée par le seul fait des Zimbabwéens voire de Mugabe

Clamer avec une telle tranquillité que« l’Occident n’est pas responsable de la destruction de l’économie Zimbabwéenne au cours des dix dernières années », c’est faire preuve de simplisme ou de mauvaise foi. Même si la responsabilité de Mugabe et de son gouvernement est établie, il faut néanmoins réintroduire une notion de complexité dans la situation récente du Zimbabwe. L’économie zimbabwéenne a commencé par dégringoler à partir de la réforme agraire unilatérale entreprise par Mugabe suite au non respect des accords de Lancaster House. Sinon avant cet acte « abominable » Mugabe était un ami et un démocrate. Les violations des droits de l’homme au Zimbabwe étaient tues et l’opposition ne bénéficiait pas du tintamarre médiatique international. C’est une constance dans les relations internationales qu’on ne s’en prend pas aux pays amis fussent-ils dirigés par des tyrans. Ce qui est important, c’est que ceux-ci garantissent les intérêts de ses soutiens. Les tyrans dociles sont donc protégés contre leur peuple. C’est ainsi que d’autres pions africains coulant en toute quiétude l’économie de leur pays ne seront jamais matraqués ni médiatiquement ni politiquement par les puissances néo-impérialistes dont les Etats-Unis. Au mieux, ils seront soutenus sur tous les plans, au pire ils bénéficieront d’un silence complice.

La Corée du Sud avance, l’Afrique décline

L’Afrique est riche en matières premières. Ce «malheur» conduit des pays occidentaux à se faire des guerres pour avoir la possession exclusive de ses terres. Cette concurrence s’est accrue avec l’entrée en scène des pays émergents notamment la Chine et l’Inde. La Corée du sud, elle n’a pas la chance d’avoir «le malheur africain». Ce qui lui a relativement épargné des ennuis.

En réalité, la Corée a réalisé son succès économique en bénéficiant des dons d’une valeur de 3,1 milliards de dollars des USA pour lesquels ce pays est militairement stratégique face au bloc communiste. Pendant plus d’une quinzaine d’années, la Corée du Sud a échappé au traquenard de l’endettement sur la période de 1945-1961. De plus, lorsqu’à partir des années 70 la Corée a commencé par admettre des investissements directs étrangers, elle l’a fait avec précaution et restrictions énormes. Ce pays n’a pas collaboré avec le secteur privé étranger à n’importe quel prix. Il a conditionné fortement les investissements au transfert de technologie tout en passant au crible le matériel transféré pour vérifier s’il n’était pas obsolète ou si les redevances facturées n’étaient pas excessives. La Corée n’a pas sabordé les bases de son développent en laissant sous l’étouffoir des entreprises étrangères son industrie locale. Elle n’a donc pas agi sous la contrainte des institutions de Bretton Woods qui ont systématiquement imposé, en revanche, l’ouverture complète des marchés africains sous la supervision des pays du G8 chapeauté par les USA. Aucun Etat n’a pu se développer en démantelant ses propres bases. Or c’est ce que les « bailleurs de fonds » imposent à l’Afrique. Les USA, les Etats européens et les dragons asiatiques ont tout réglementé, contrôlé, protégé durant toute la phase préliminaire de leur développement, et continuent de recourir aux mêmes pratiques autant que nécessaire. Or, c’est ce que les « bailleurs de fonds » imposent à l’Afrique. La réponse africaine à ces injonctions aurait été un refus clair et net. Mais qui pour le faire ? Les valets et autres pions ? Peine perdue : cela ne fait pas partie de leur ordre de mission. En forçant l’Afrique à agir à contre-courant, le FMI, l’OMC et la Banque Mondiale ainsi que leurs marionnettistes, l’inscrivent dans une logique de tutelle permanente et donc la condamne à une régression économique sans bornes que seul le peuple noir doit arrêter.

Bonne gouvernance comme conditionnalité de l’aide

Le discours de Barack Obama postule aussi pour la conditionnalité de l’aide. Pour lui, celle-ci doit est subordonnée à la bonne gouvernance : une sorte de répétition du discours de la Baule. Certes Obama n’est pas Mitterrand et on peut, peut-être, attendre encore un peu pour juger de la crédibilité de cette « promesse ». Rappelons utilement que l’aide dans sa forme actuelle est une mascarade et une stratégie pour mieux appauvrir l’Afrique pour ainsi asservir davantage ses populations. Cette aide dont une bonne partie finance le salaire des coopérants, des humanitaires et autres assistants locaux, cette aide qui sert à l’achat d’armes pour tuer les Africains, cette aide détournée vers des comptes secrets dans les paradis fiscaux par les préfets locaux qui saupoudrent au passage les innombrables intermédiaires ou négociants, cette aide liée, cette aide qui se transforme en dette perpétuelle remboursable par les populations n’est pas une aide. Cette aide là, le peuple noir n’en veut pas et n’en veut plus. Surtout pas sous la régence des tyrans pions. Quant à la bonne gouvernance, cette notion n’a plus de sens. Elle a été dévoyée par les institutions internationales notamment le FMI, la banque mondiale et l’OMC pour qui la bonne gouvernance c’est multiplier les coups de ciseaux sur les dépenses sociales pour rembourser les services de la dette, ouvrir les marchés, se lancer dans la compétition d’une fiscalité nulle voire négative et garantir un environnement socio-juridique sans entraves à la réalisation maximale du profit par l’investissement étranger. A moins qu’Obama réinvente la bonne gouvernance et l’impose aux mercenaires des institutions en question.

Aucune entreprise ne veut investir dans un pays ou le gouvernement et les autorités sont corrompus

En affirmant péremptoirement qu’aucune entreprise ne veut investir dans un pays où le gouvernement se taille au départ une part de 20 %, ou dans lequel le chef de l’autorité portuaire est corrompu, Obama semble ignorer le fonctionnement de l’économie néolibérale dans laquelle les pays africains sont plongés. En effet, depuis les années 80, c’est le libéralisme sans foi ni loi ne prospérant que dans des cadres anomiques qui guide les économies africaines. Et pour capter les Investissements directs étrangers (IDE), l’Etat ne doit exister que pour établir des lois éliminant les impôts, pour manœuvrer l’appareil répressif en direction des syndicats et les gouvernants quant eux, ils doivent être des coursiers des investisseurs répondant avec célérité voire zèle à toutes leurs injonctions au risque de voir les capitaux vider les lieux. Barack Obama se trompe peut-être de système à Accra. Oublie-t-il aussi que ce système avec ses pratiques entre autres opaques et de corruption a conduit le monde entier dans une crise aux conséquences dramatiques ? Contrairement à ce qu’il énonce, les entreprises investisseurs aiment bel et bien les gouvernements corrompus et facilement corruptibles qui peuvent livrer des marchés sans passer par des voies légales d’appels d’offres et de contrôle parlementaire. Ce n’est pour rein d’ailleurs que les investissements qui rapportent le plus aux économies occidentales soient ceux qui opèrent le plus à l’étranger. Que dire des bénéfices des compagnies pétrolières, minières et de l’industrie d’armements dont les pratiques puant la corruption facilitent les transactions par le truchement des commissions, des retro-commissions occultes et de «graissage du moteur» ? Les entreprises dont parle Obama en l’occurrence les transnationales, outres ces pratiques financières, œuvrent inlassablement pour que les gouvernants soient des carriéristes capables de négocier directement avec elles et contourner ainsi toutes les législations sociales, environnementales et fiscales. Dans le cas contraire, ces entreprises n’investissent pas.

Prenant justement le cas du chef de l’autorité portuaire cité par Obama, que dire par exemple des pratiques mafieuses de Bolloré en complicité avec les autorités portuaires et les pouvoirs publics au Togo, au Cameroun et ailleurs en Afrique ?

Il est question du viol permanent de l’Afrique

Le discours d’Accra est certes salutaire sur beaucoup de points. Mais, il passe la brosse sur d’autres problèmes qui sont directement liés aux relations que l’Occident d’une façon générale, entretient avec l’Afrique. Et ces relations ne se conjuguent pas au passé comme tente à le faire admettre Barack Obama. Il n’est pas seulement question de «la carte coloniale …qui a …contribué à susciter des conflits», même pas «du passé tragique qui hante parfois cette partie du monde» ou encore moins de «condescendance de l’Occident en quête de ressources». Il s’agit de crimes sans auteurs et qui de ce fait, continuent, de viol quotidien du peuple noir, des actes de pillage, d’écrasement total des cultures africaines. Il est aussi question d’une économie extravertie condamnée à fournir aux autres des matières premières et de l’énergie comme aux temps des déportations esclavagistes. Il s’agit de la dette odieuse que le peuple noir est condamné à payer. Il s’agit du maintien contre la volonté du peuple noir des pions et des vassaux abusivement appelés gouvernants qui agissent en réalité pour la perpétuation de l’entreprise coloniale.

Que les cultures africaines, comme d’autres d’ailleurs, comportent des zones d’ombres, c’est une vérité. Et merci à tous ceux qui peuvent nous les rappeler car par les temps qui courent, des rappels amicaux ne sont pas inutiles. Mais, les «amis» doivent assumer eux-aussi leur part de responsabilité . Et comme le peuple noir ne peut attendre ces reconnaissances avant de résoudre ses problèmes, il ne lui reste qu’à continuer le combat qu’il mène depuis la nuit des temps pour l’édification des Etats réels, viables, soustraits des griffes du franc CFA, de la dette odieuse et de l’aide et capables de répondre à ses besoins tout en le protégeant durablement.

Peut-être faut-il faut revenir aux propos de Barack Obama pour conclure ce texte : «Mais ces choses ne pourront se faire que si vous saisissez la responsabilité de votre avenir. Ce ne sera pas facile. Cela exigera du temps et des efforts. Il y aura des souffrances et des revers…. Cependant, le progrès ne viendra de nulle part ailleurs, il doit découler des décisions que vous prendrez, des actions que vous engagerez et de l’espoir que vous porterez dans votre cœur

Rodriguez in AgoraVox, le 19 juillet 2009

13:05 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, Etats-Unis d'Amérique, Ghana, Monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : barack obama, discours du ghana, obama à accra | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

mardi, 14 juillet 2009

LE DISCOURS D'OBAMA AU GHANA - TRANSCRIPTION MAISON BLANCHE

 

OBAMA ET SA FAMILLE.jpg

Barack Obama a fait un discours historique, au Ghana (contrairement à Sarkozy, au Sénégal). Je vous le propose, ici, in extenso, dans une transcription en français de la Maison blanche.


La Maison-Blanche
Bureau du secrétaire de presse
Le 11 juillet 2009

DISCOURS DU PRÉSIDENT AU PARLEMENT GHANÉEN

Palais international des congrès.

Accra (Ghana)


Le président : (Son d'une trompette.) Ça me plaît ! Merci, merci. Je pense que notre Congrès a besoin d'une de ces trompettes. J'aime bien le son, cela me rappelle Louis Armstrong.

Bon après-midi à tous. C'est un grand honneur pour moi d'être à Accra et de parler aux représentants du peuple ghanéen. Je suis très reconnaissant de l'accueil que j'ai reçu, tout comme le sont Michelle, Malia et Sasha Obama. L'histoire ghanéenne est riche, les liens entre nos deux pays sont forts, et je suis fier que ce soit ma première visite en Afrique subsaharienne en qualité de président des États-Unis d'Amérique.

Je voudrais remercier la présidente et tous les membres de la Chambre des représentants de nous accueillir aujourd'hui. Je voudrais remercier le président Mills pour ses qualités extraordinaires de direction. Aux anciens présidents - Jerry Rawlings, l'ancien président Kufuor - au vice-président, au président de la Cour suprême, je vous remercie tous pour votre hospitalité extraordinaire et pour les merveilleuses institutions que vous avez bâties au Ghana.

Je vous parle à la fin d'un long voyage. Je l'ai commencé en Russie par une réunion au sommet entre deux grandes puissances. Je me suis rendu en Italie pour la réunion des grandes puissances économiques du monde. Et me voici, enfin, au Ghana, pour une simple raison : le XXIe siècle sera influencé par ce qui se passera non seulement à Rome ou à Moscou ou à Washington, mais aussi à Accra.

C'est la simple vérité d'une époque où nos connexions font disparaître les frontières entre les peuples. Votre prospérité peut accroître la prospérité des États-Unis. Votre santé et votre sécurité peuvent contribuer à la santé et à la sécurité du monde. Et la force de votre démocratie peut contribuer à la progression des droits de l'homme pour tous les peuples.

Je ne considère donc pas les pays et les peuples d'Afrique comme un monde à part ; je considère l'Afrique comme une partie fondamentale de notre monde interconnecté, comme un partenaire des États-Unis en faveur de l'avenir que nous souhaitons pour tous nos enfants. Ce partenariat doit se fonder sur la responsabilité mutuelle et sur le respect mutuel : c'est ce dont je tiens à vous parler aujourd'hui.

Nous devons partir du principe qu'il revient aux Africains de décider de l'avenir de l'Afrique.

Je dis cela en étant pleinement conscient du passé tragique qui hante parfois cette partie du monde. Après tout, j'ai du sang africain dans les veines, et l'histoire de ma famille englobe aussi bien les tragédies que les triomphes de l'histoire de l'Afrique dans son ensemble.

Certains d'entre vous savent que mon grand-père était cuisinier chez des Britanniques au Kénya, et bien qu'il fût un ancien respecté dans son village, ses employeurs l'ont appelé « boy » pendant la plus grande partie de sa vie. Il était à la périphérie des luttes en faveur de la libération du Kénya, mais il a quand même été incarcéré brièvement pendant la période de répression. Durant sa vie, le colonialisme n'était pas simplement la création de frontières artificielles ou de termes de l'échange inéquitables ; c'était quelque chose que l'on éprouvait dans sa vie personnelle jour après jour, année après année.

Mon père a grandi dans un tout petit village où il gardait des chèvres, à une distance impossible des universités américaines où il irait faire des études. Il est devenu adulte à un moment de promesse extraordinaire pour l'Afrique. Les luttes de la génération de son propre père ont donné naissance à de nouveaux États, en commençant ici au Ghana. Les Africains s'éduquaient et s'affirmaient d'une nouvelle façon. L'histoire était en marche.

Toutefois, malgré les progrès obtenus - et il y a eu des progrès considérables dans certaines parties de l'Afrique - nous savons aussi que cette promesse est encore loin de se réaliser. Des pays tels que le Kénya, dont le revenu par habitant était supérieur à celui de la Corée du Sud lorsque je suis né, ont été fortement distancés. Les maladies et les conflits ont ravagé plusieurs régions du continent africain.

Dans de nombreux pays, l'espoir de la génération de mon père a cédé la place au cynisme, voire au désespoir. Certes, il est facile de pointer du doigt et de rejeter la responsabilité de ces problèmes sur d'autres. Il est vrai qu'une carte coloniale qui n'avait guère de sens a contribué à susciter des conflits, et l'Occident a souvent traité avec l'Afrique avec condescendance, à la quête de ressources plutôt qu'en partenaire. Cependant, l'Occident n'est pas responsable de la destruction de l'économie zimbabwéenne au cours des dix dernières années, ni des guerres où des enfants sont enrôlés comme soldats. Durant la vie de mon père, ce sont en partie le tribalisme et le népotisme dans un Kénya indépendant qui, pendant longtemps, ont fait dérailler sa carrière, et nous savons que cette forme de corruption est toujours un fait quotidien de la vie d'un trop grand nombre de personnes.

Or, nous savons que ce n'est pas là toute l'histoire. Ici au Ghana, vous nous montrez un aspect de l'Afrique qui est trop souvent négligé par un monde qui ne voit que les tragédies ou la nécessité d'une aide charitable. Le peuple ghanéen a travaillé dur pour consolider la démocratie, au moyen de passages pacifiques répétés du pouvoir, même à la suite d'élections très serrées. Et à cet égard, je voudrais dire que la minorité mérite tout autant de louanges que la majorité. Grâce à une meilleure gouvernance et au rôle de la société civile naissante, l'économie ghanéenne a enregistré un taux de croissance impressionnant.

Ce progrès ne possède sans doute pas l'aspect dramatique des luttes de libération du XXe siècle, mais que personne ne s'y trompe : il sera, en fin de compte, plus significatif. Car de même qu'il est important de se soustraire au contrôle d'une autre nation, il est encore plus important de se forger sa propre nation.

C'est pourquoi je suis convaincu que la période actuelle est tout aussi prometteuse pour le Ghana et pour l'Afrique que celle pendant laquelle mon père est devenu adulte et que de nouveaux États sont apparus. C'est une nouvelle période de grande promesse. Seulement cette fois-ci, nous avons appris que ce ne seront pas de grandes personnalités telles que Nkrumah et Kenyatta qui décideront du destin de l'Afrique. Ce sera vous, les hommes et les femmes du Parlement ghanéen et le peuple que vous représentez. Ce seront les jeunes, débordant de talent, d'énergie et d'espoir, qui pourront revendiquer l'avenir que tant de personnes des générations précédentes n'ont jamais réalisé.

Maintenant, pour réaliser cette promesse, nous devons tout d'abord reconnaître une vérité fondamentale à laquelle vous avez donné vie au Ghana, à savoir que le développement dépend de la bonne gouvernance. C'est l'ingrédient qui fait défaut dans beaucoup trop de pays depuis bien trop longtemps. C'est le changement qui peut déverrouiller les potentialités de l'Afrique. Enfin, c'est une responsabilité dont seuls les Africains peuvent s'acquitter.

Quant aux États-Unis et au reste de l'Occident, notre engagement ne doit pas se mesurer uniquement à l'aune des dollars que nous dépensons. Je me suis engagé à augmenter fortement notre aide à l'étranger, ce qui correspond à l'intérêt de l'Afrique et à celui des États-Unis. Toutefois, le véritable signe de réussite n'est pas de savoir si nous sommes une source d'aide perpétuelle qui aide les gens à survivre tant bien que mal, mais si nous sommes des partenaires dans la création des capacités nécessaires pour un changement transformateur.

Cette responsabilité mutuelle doit être le fondement de notre partenariat. Aujourd'hui, je parlerai tout particulièrement de quatre domaines qui sont essentiels pour l'avenir de l'Afrique et de tous les pays en développement : la démocratie, les possibilités économiques, la santé et le règlement pacifique des conflits.

Premièrement, nous devons soutenir les démocraties puissantes et durables.

Comme je l'ai dit au Caire, chaque nation façonne la démocratie à sa manière, conformément à ses traditions. Mais l'histoire prononce un verdict clair : les gouvernements qui respectent la volonté de leur peuple, qui gouvernent par le consentement et non par la coercition, sont plus prospères, plus stables et plus florissants que ceux qui ne le font pas.

Il ne s'agit pas seulement d'organiser des élections - il faut voir ce qui se passe entre les scrutins. La répression revêt de nombreuses formes et trop de pays, même ceux qui tiennent des élections, sont en proie à des problèmes qui condamnent leur peuple à la pauvreté. Aucun pays ne peut créer de richesse si ses dirigeants exploitent l'économie pour s'enrichir personnellement, ou si des policiers peuvent être achetés par des trafiquants de drogue. Aucune entreprise ne veut investir dans un pays où le gouvernement se taille au départ une part de 20 %, ou dans lequel le chef de l'autorité portuaire est corrompu. Personne ne veut vivre dans une société où la règle de droit cède la place à la loi du plus fort et à la corruption. Ce n'est pas de la démocratie, c'est de la tyrannie, même si de temps en temps on y sème une élection ça et là, et il est temps que ce style de gouvernement disparaisse.

En ce XXIe siècle, des institutions capables, fiables et transparentes sont la clé du succès - des parlements puissants et des forces de police honnêtes ; des juges et des journalistes indépendants ; un secteur privé et une société civile florissants, ainsi qu'une presse indépendante. Tels sont les éléments qui donnent vie à la démocratie, parce que c'est ce qui compte dans la vie quotidienne des gens.

Les Ghanéens ont à maintes reprises préféré le droit constitutionnel à l'autocratie, et ont fait preuve d'un esprit démocratique qui permet à leur énergie de se manifester. Nous le voyons dans les dirigeants qui acceptent la défaite gracieusement - le fait que les concurrents du président Mills se tenaient là à ses côtés lorsque je suis descendu de l'avion en dit long sur le Ghana - et dans les vainqueurs qui résistent aux appels à l'exercice de leur pouvoir contre l'opposition de manière injuste. Nous voyons cet esprit se manifester dans les journalistes courageux comme Anas Aremeyaw Anas, qui a risqué sa vie pour relater la vérité. Nous le voyons dans des policiers comme Patience Quaye, qui a contribué à faire traduire en justice le premier trafiquant d'êtres humains au Ghana. Nous le voyons dans les jeunes qui s'élèvent contre le népotisme et qui participent à la vie politique.

Dans toute l'Afrique, nous avons vu de multiples exemples de gens qui prennent leur destinée en main et qui opèrent des changements à partir de la base. Nous l'avons vu au Kénya, où la société civile et le secteur privé se sont unis pour aider à stopper la violence postélectorale. Nous l'avons vu en Afrique du Sud, où plus des trois quarts des citoyens ont voté dans la dernière élection, la quatrième depuis la fin de l'apartheid. Nous l'avons vu au Zimbabwé, où le Réseau de soutien au vote a bravé la brutale répression pour faire valoir le principe selon lequel le droit de vote d'un citoyen est sacré.

Alors ne vous y trompez pas : l'histoire est du côté de ces courageux Africains, et non dans le camp de ceux qui se servent de coups d'État ou qui modifient les constitutions pour rester au pouvoir. L'Afrique n'a pas besoin d'hommes forts, mais de fortes institutions.

L'Amérique ne cherchera pas à imposer un système quelconque de gouvernement à aucune autre nation. La vérité essentielle de la démocratie est que chaque nation détermine elle-même son destin. Ce que fera l'Amérique, en revanche, ce sera d'accroître son aide aux personnes et aux institutions responsables, en mettant l'accent sur l'appui à la bonne gouvernance : aux parlements, qui maîtrisent les abus de pouvoir et s'assurent que les voix de l'opposition peuvent s'exprimer ; à la règle de droit, qui garantit l'égalité de tous devant la justice ; à la participation civile, afin que les jeunes soient actifs dans la vie politique ; et à des solutions concrètes à la corruption telles que l'expertise comptable, l'automatisation des services, le renforcement des lignes d'appel d'urgence, la protection de ceux qui dénoncent les abus afin de promouvoir la transparence, et la responsabilité.

Et cette aide, nous la fournissons. J'ai demandé à mon gouvernement d'accorder davantage d'attention à la corruption dans notre rapport sur les droits de l'homme. Tous les gens devraient avoir le droit de démarrer une entreprise ou d'obtenir une éducation sans avoir à verser de pots-de-vin. Nous avons le devoir de soutenir ceux qui agissent de façon responsable et d'isoler ceux qui ne le font pas, et c'est exactement ce que fera l'Amérique.

Cela nous conduit directement à notre deuxième domaine de coopération - le soutien à un développement qui offre des débouchés aux gens.

Avec une meilleure gouvernance, je ne doute pas que l'Afrique tiendra sa promesse de créer une plus vaste base pour la prospérité. Témoin en est le succès extraordinaire d'Africains dans mon propre pays d'Amérique. Ils se portent très bien. Ils ont donc le talent et ils possèdent l'esprit d'entreprise - la question est de savoir comment s'assurer qu'ils réussissent ici dans leur pays d'origine. Ce continent est riche en ressources naturelles. Et que ce soient des chefs d'entreprises spécialisées dans la téléphonie portable ou des petits agriculteurs, les Africains ont montré leur capacité et leur volonté de créer leurs propres possibilités. Mais il faut également rompre avec de vieilles habitudes. La dépendance vis-à-vis des matières premières - ou d'un seul produit d'exportation - a tendance à concentrer la richesse au sein d'une minorité, laissant la majorité vulnérable à la récession.

Au Ghana, par exemple, le pétrole crée de magnifiques possibilités, et vous vous êtes préparés à ces nouveaux revenus de façon responsable. Mais comme le savent de nombreux Ghanéens, le pétrole ne peut pas simplement remplacer le cacao. De la Corée du Sud à Singapour, l'histoire montre que les pays réussissent lorsqu'ils investissent dans la société et dans leur infrastructure ; lorsqu'ils multiplient les industries d'exportation, se dotent d'une main-d'œuvre qualifiée et font de la place aux petites et moyennes entreprises créatrices d'emplois.

Alors que les Africains se rapprochent de cette promesse, l'Amérique va leur tendre la main de façon plus responsable. En réduisant les sommes qui vont aux consultants occidentaux et au gouvernement, nous voulons mettre plus de ressources entre les mains de ceux qui en ont besoin, tout en apprenant aux gens à faire plus pour eux-mêmes. C'est pourquoi notre initiative de 3,5 milliards de dollars en faveur de la sécurité alimentaire est axée sur de nouvelles méthodes et technologies agricoles, et non pas sur la simple expédition de biens et services américains vers l'Afrique. L'aide n'est pas une fin en soi. L'objectif de l'aide à l'étranger doit être de créer les conditions dans lesquelles elle ne sera plus nécessaire. Non seulement je veux voir les Ghanéens autosuffisants sur le plan alimentaire, je veux vous voir exporter des produits alimentaires à d'autres pays et gagner de l'argent. Cela, vous le pouvez.

Certes, l'Amérique peut faire plus pour promouvoir le commerce et les investissements. Les pays riches doivent réellement ouvrir leurs portes aux biens et services de l'Afrique d'une manière significative. Ce sera d'ailleurs un des engagements de mon gouvernement. Et là où il y a une bonne gouvernance, nous pouvons étendre la prospérité par le truchement de partenariats entre les secteurs public et privé qui investiront dans l'amélioration des routes et des réseaux électriques ; de programmes de formation qui apprendront aux gens comment développer leur entreprise ; et de services financiers non seulement pour les villes mais pour les régions pauvres et les zones rurales. Cela aussi dans notre propre intérêt - parce que si les gens se sortent de la pauvreté et que de la richesse se crée en Afrique, il s'ensuit que de nouveaux marchés s'ouvriront pour nos propres produits. Tout le monde y gagne.

Un secteur qui représente à la fois un danger indéniable et une promesse extraordinaire est celui de l'énergie. L'Afrique émet moins de gaz à effet de serre que toute autre région du monde, mais elle est la plus menacée par le changement climatique. Une planète qui se réchauffe propagera les maladies, réduira les ressources en eau, épuisera les récoltes, et créera les conditions favorables à plus de famine et plus de conflits. Nous avons tous - en particulier le monde développé - le devoir de ralentir ces tendances, en réduisant les effets du changement climatique et en changeant la façon dont nous utilisons l'énergie. Mais nous pouvons également coopérer avec les Africains pour transformer cette crise en occasion de progrès.

Ensemble, nous pouvons coopérer en faveur de notre planète et de la prospérité, et aider les pays à accroître leur accès à l'énergie tout en sautant, en contournant les phases les plus polluantes du développement. Pensez-y : dans l'ensemble de l'Afrique, il existe de l'énergie éolienne et solaire en abondance, ainsi que de l'énergie géothermique et des biocarburants. De la vallée du Rift aux déserts de l'Afrique du Nord ; de la côte de l'Afrique de l'Ouest aux récoltes de l'Afrique du Sud - les dons inépuisables que procure la nature à l'Afrique peuvent lui permettre de créer sa propre énergie et d'exporter de l'énergie propre et rentable à l'étranger.

Il ne s'agit pas seulement de chiffres de croissance sur un bilan comptable. Il s'agit de savoir si un jeune doté d'une éducation peut trouver un emploi qui lui permettra de nourrir sa famille ; si un agriculteur peut amener ses produits au marché ; ou si un homme d'affaires armé d'une bonne idée peut démarrer une entreprise. Il s'agit de la dignité du travail. Il s'agit d'une chance que doivent pouvoir saisir les Africains au XXIe siècle.

De même que la gouvernance est une condition essentielle du progrès économique, elle revêt également une importance cruciale dans le troisième domaine que je voudrais à présent aborder, l'amélioration de la santé publique.

Ces dernières années, des progrès énormes ont été accomplis dans certaines parties de l'Afrique. Les gens sont beaucoup plus nombreux à vivre avec le VIH/sida de manière productive et à obtenir les médicaments qu'il leur faut. Je viens de visiter une merveilleuse clinique, un hôpital spécialisé dans la santé maternelle. Mais trop d'Africains périssent toujours de maladies qui ne devraient pas les tuer. Lorsque des enfants meurent d'une piqûre de moustique et que des mères succombent lors d'un accouchement, nous savons qu'il reste des progrès à faire.

Or du fait des incitations, souvent fournies par les pays donateurs, beaucoup de médecins et d'infirmiers africains s'en vont à l'étranger, ou travaillent à des programmes qui luttent contre une maladie unique. Cette situation crée des lacunes en matière de soins primaires et de prévention de base. Par ailleurs, il appartient à tout un chacun de faire sa part. Il faut faire des choix responsables de nature à prévenir la propagation de la maladie et à promouvoir la santé publique dans la collectivité et dans le pays.

Ainsi, d'un bout à l'autre de l'Afrique, nous voyons des exemples de gens qui s'attaquent à ces problèmes. Au Nigéria, des chrétiens et des musulmans ont mis en place un programme interconfessionnel de lutte contre le paludisme qui est un modèle de coopération. Ici au Ghana et dans toute l'Afrique, nous observons des idées novatrices visant à combler les lacunes du système de santé, par exemple des initiatives d'échanges d'informations médicales par Internet qui permettent à des médecins exerçant dans de grandes villes d'aider ceux des petites agglomérations.

Les États-Unis appuieront ces efforts dans le cadre d'une stratégie de santé exhaustive et mondiale. Car au XXIe siècle, nous sommes appelés à agir selon notre conscience mais aussi dans notre intérêt commun. Lorsqu'un enfant meurt à Accra d'une maladie évitable, cela nous diminue partout. Lorsque dans un coin quelconque du monde on néglige de s'attaquer à une maladie, nous savons qu'elle peut se propager à travers les océans et d'un continent à l'autre.

C'est pourquoi mon gouvernement s'est engagé à consacrer 63 milliards de dollars à relever ces défis - 63 milliards de dollars. En nous fondant sur les solides efforts du président Bush, nous poursuivrons la lutte contre le VIH/sida. Nous ne cesserons de chercher à enrayer la mortalité due au paludisme et à la tuberculose et nous travaillerons à éradiquer la polio. Il ne s'agit d'ailleurs pas de s'attaquer aux maladies isolément : nous investirons dans des systèmes de santé publique à même de prévenir la maladie et de promouvoir le bien-être, en mettant l'accent sur la santé maternelle et infantile.

En même temps que nous unissons nos efforts en faveur d'une meilleure santé, nous devons également stopper la destruction causée non pas par la maladie, mais par les êtres humains. C'est pourquoi le dernier domaine que je vais aborder se rapporte aux conflits.

Soyons bien clairs : l'Afrique ne correspond pas à la caricature grossière d'un continent perpétuellement en guerre. Mais si l'on est honnête, pour beaucoup trop d'Africains, le conflit fait partie de la vie ; il est aussi constant que le soleil. On se bat pour des territoires et on se bat pour des ressources. Et il est toujours trop facile à des individus sans conscience d'entraîner des communautés entières dans des guerres entre religions et entre tribus.

Tous ces conflits pèsent sur l'Afrique comme un véritable boulet. Nous sommes tous répartis selon nos identités diverses, de tribu et d'ethnie, de religion et de nationalité. Mais se définir par son opposition à une personne d'une autre tribu, ou qui vénère un prophète différent, cela n'a aucune place au XXIe siècle. La diversité de l'Afrique devrait être source de force et non facteur de division. Nous sommes tous enfants de Dieu. Nous partageons tous des aspirations communes : vivre dans la paix et dans la sécurité ; avoir accès à l'éducation et à la possibilité de réussir ; aimer notre famille, notre communauté et notre foi. Voilà notre humanité commune.

C'est la raison pour laquelle nous devons nous élever contre l'inhumanité parmi nous. Il n'est jamais justifiable - jamais justifiable - de cibler des innocents au nom d'une idéologie. C'est un arrêt de mort, pour toute société, que de forcer des enfants à tuer dans une guerre. C'est une marque suprême de criminalité et de lâcheté que de condamner des femmes à l'ignominie continuelle et systémique du viol. Nous devons rendre témoignage de la valeur de chaque enfant au Darfour et de la dignité de chaque femme au Congo. Aucune religion, aucune culture ne doit excuser les atrocités qui leur sont infligées. Nous devons tous rechercher la paix et la sécurité nécessaires au progrès.

On voit d'ailleurs des Africains se mobiliser pour cet avenir. Ici aussi, au Ghana, nous vous voyons contribuer à montrer la voie. Soyez fiers, Ghanéens, de vos contributions au maintien de la paix au Congo, au Libéria ou encore au Liban, ainsi que de votre résistance au fléau du trafic de stupéfiants. Nous nous félicitons des mesures que prennent des organisations telles que l'Union africaine et la CEDEAO en vue de mieux régler les conflits, de maintenir la paix et de soutenir ceux qui sont dans le besoin. Et nous encourageons la vision d'un cadre sécuritaire régional puissant, capable de mobiliser une force efficace et transnationale lorsque cela s'avère nécessaire.

Il incombe aux États-Unis de travailler avec vous en tant que partenaire à promouvoir cette vision, non seulement par des paroles mais aussi par des appuis qui renforcent les capacités de l'Afrique. Lorsqu'il y a génocide au Darfour ou des terroristes en Somalie, ce ne sont pas simplement des problèmes africains : ce sont des défis mondiaux à la sécurité, exigeant une riposte mondiale.

C'est pourquoi nous sommes prêts à agir en partenariat, tant par la diplomatie que par l'assistance technique et l'appui logistique, et que nous soutiendrons les efforts visant à contraindre les criminels de guerre à rendre des comptes. En outre, je tiens à le dire clairement : notre Commandement pour l'Afrique ne vise pas à prendre pied sur le continent, mais à relever ces défis communs afin de renforcer la sécurité des États-Unis, de l'Afrique et du reste du monde.

À Moscou, j'ai parlé de la nécessité d'un système international où les droits universels des êtres humains soient respectés et où les violations de ces droits soient combattues. Ceci doit inclure un engagement à soutenir ceux qui règlent les conflits pacifiquement, à sanctionner et à arrêter ceux qui ne le font pas, et à aider ceux qui ont souffert. Mais en fin de compte, ce seront des démocraties dynamiques telles que le Botswana et le Ghana qui diminueront les causes de conflit et élargiront les frontières de la paix et de la prospérité.

Comme je l'ai déjà dit, l'avenir de l'Afrique appartient aux Africains. Les peuples d'Afrique sont prêts à revendiquer cet avenir. Dans mon pays, les Afro-Américains - dont un grand nombre d'immigrés récents - réussissent dans tous les secteurs de la société. Cela, nous l'avons accompli en dépit d'un passé difficile et nous avons puisé notre force dans notre héritage africain. Avec de puissantes institutions et une ferme volonté, je sais que les Africains peuvent réaliser leurs rêves à Nairobi et à Lagos, à Kigali et à Kinshasa, à Harare et ici-même à Accra.

Vous savez, il y a cinquante-deux ans, les yeux du monde étaient rivés sur le Ghana. Et un jeune prédicateur du nom de Martin Luther King est venu ici, à Accra, pour voir amener les couleurs de l'Union Jack et hisser le drapeau du Ghana. Cet événement précédait la Marche sur Washington et l'aboutissement du mouvement des droits civiques dans mon pays. On a demandé à Martin Luther King quel sentiment lui avait inspiré la vue de la naissance d'une nation, et il a répondu : « Cela renforce ma conviction que la justice finit toujours par triompher. »

Aujourd'hui, ce triomphe doit être, une fois de plus, renouvelé, et c'est vous qui le devrez le faire. Ici, je m'adresse particulièrement aux jeunes, à travers toute l'Afrique et ici-même au Ghana. Dans des endroits comme le Ghana, vous représentez plus de la moitié de la population.

Et voici ce que vous devez savoir : le monde sera ce que vous en ferez. Vous avez le pouvoir de responsabiliser vos dirigeants et de bâtir des institutions qui servent le peuple. Vous pouvez servir vos communautés et mettre votre énergie et votre savoir à contribution pour créer de nouvelles richesses ainsi que de nouvelles connexions avec le monde. Vous pouvez conquérir la maladie, mettre fin aux conflits et réaliser le changement à partir de la base. Vous pouvez faire tout cela. Oui, vous le pouvez. Car en ce moment précis, l'histoire est en marche.

Mais ces choses ne pourront se faire que si vous saisissez la responsabilité de votre avenir. Ce ne sera pas facile. Cela exigera du temps et des efforts. Il y aura des souffrances et des revers. Mais je puis vous promettre ceci : l'Amérique vous accompagnera tout le long du chemin, en tant que partenaire ; en tant qu'amie. Cependant, le progrès ne viendra de nulle part ailleurs, il doit découler des décisions que vous prendrez, des actions que vous engagerez et de l'espoir que vous porterez dans votre cœur.

Ghana, la liberté est votre héritage. À présent, c'est à vous que revient la responsabilité de bâtir sur cette fondation de liberté. Si vous le faites, nous pourrons, bien des années plus tard, nous remémorer des lieux comme Accra et nous dire que c'est à ce moment-là que la promesse s'est réalisée, que la prospérité s'est forgée, que la douleur a été surmontée et qu'une nouvelle ère de progrès a débuté. Ce moment peut être celui où nous verrons, une fois de plus, triompher la justice. Oui, nous le pouvons. Merci beaucoup. Que Dieu vous bénisse. Je vous remercie.

Source:http://www.whitehouse.gov/blog/A-New-Moment-of-Promise-in...

14:56 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, Etats-Unis d'Amérique, Ghana, Monde | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : discours obama au ghana, transcription maison blanche | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |