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mercredi, 17 août 2011

LIBYE: LA CHAPE MEDIATIQUE

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L'entreprise coloniale contre la Libye a révélé, par-dessus tout, la puissance médiatique des maîtres du monde. D'un seul tenant, tous les grands organes de presse audiovisuelle et écrite et leurs clones périphériques se sont ligués contre l'ennemi désigné par la  «communauté internationale», enrichie des pétromonarchies arabes. Tous, journaux, télévisions, radios, n'ont plus qu'un seul comité de rédaction, une seule ligne éditoriale. Tous ne diffusent, à l' infini, que la même version de l'information, celle délivrée par l'OTAN-CNT.

A les suivre, il y aurait des mois que l'Etat Libyen se serait effondré, puisqu'une révolution est en cours, appuyée de surcroît par la plus redoutable machine de guerre que le monde ait connue. A les suivre, il n'y aurait qu'un seul acteur en Libye, les supplétifs de Benghazi  qui traquent un «tyran esseulé qui se terre», après avoir massacré sa population. A les suivre, les civils  tués par dizaines, tous les jours, par les bombardiers de l'Alliance atlantique seraient une «invention du régime de Tripoli». Faute de pouvoir faire croire qu'ils ont été les victimes de l'armée libyenne. Une armée qui serait encadrée par des mercenaires qui terroriseraient les soldats et les obligeraient à se battre. Goebbels aurait reconnu, dans cette propagande, la main d'un disciple beaucoup mieux outillé.

Même les moteurs de recherche sur Internet veillent au grain et travaillent à filtrer, tant qu'ils le peuvent, les voix discordantes. Heureusement que d'infimes brèches s'offrent encore, qui permettent d'accéder à des versions différenciées du discours formaté sur une tragédie qu'on voudrait se voir jouer sans témoins. D'après ce que l'on sait ce serait la   théorie des cinq cercles qui serait appliquée dans le carnage en Libye. On a certainement dû  lui ajouter un sixième cercle pour intégrer la neutralisation ou le recrutement de l'opinion internationale. Chose étonnante, la destruction de la télévision libyenne n'a pas été menée jusqu'au bout. Artisanale et gérée avec amateurisme, elle a été supprimée de certains satellites et a subi des attaques pour la faire taire, parce qu'elle constitue l'unique source alternative à l'imposante industrie mensongère arabo-occidentale.

Il n'est pas exclu qu'elle soit, le cas échéant, réduite au silence quitte à exploser ces masses de jeunes qui protègent de leurs corps les émetteurs. Mais, quelle que soit l'issue de cette agression, voulue vainement en vase clos, il faudra bien que soit posée la problématique de la responsabilité des médias dans le recueil, le traitement et la transmission de l'information. Et elle sera posée.

Un seuil de duplicité et de mépris des lecteurs a été dépassé. Un  seuil qui a été atteint dans la partialité insupportable vis-à-vis des souffrances du peuple palestinien, sous le prétexte d'une information qualifiée  d'équilibrée, qui a mis les pétards du Hamas contre Sderot au même niveau que le bombardement de Ghaza.  Si la problématique n'est pas posée, ce sera en Europe et aux Etats-Unis que sera exercée la chape sur les mouvements de contestation que les politiques antipopulaires, en cours de mise en œuvre, ne manqueront pas de provoquer. Et pour finir ce sera la mise à mort du droit à l'information.


Par Ahmed Halfaoui


Source: LES DEBATS.COM

02:36 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, Etats-Unis d'Amérique, Europe, France, Libye, Monde, Monde arabe | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : afrique, libye, monde arabe, libye la chape médiatique | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

mardi, 16 août 2011

LA LIBYE ET LA FIN DES ILLUSIONS OCCIDENTALES


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Cinq mois après le début des bombardements, il n'est plus possible de croire la version officielle du début des événements en Libye et des massacres imputés au « régime de Kadhafi ». Simultanément, il faut désormais tenir compte de la riposte judiciaire et diplomatique libyenne qui met en évidence les crimes contre la paix commis par la propagande TV, les crimes de guerre perpétrés par les militaires de l'OTAN, et les crimes contre l'humanité commis par les dirigeants politiques de l'Alliance atlantique.

Une petite moitié d'Européens soutiennent encore la guerre contre la Libye. Leur position se fonde sur des informations erronées. Ils croient en effet encore que le « régime de Kadhafi » a réprimé dans le sang des manifestations à Benghazi en février et a bombardé des quartiers de Tripoli, tandis que le colonel lui-même aurait promis de faire couler des « fleuves de sang » si ses compatriotes continuaient à contester son autorité.

En deux mois d'enquête sur le terrain, j'ai pu vérifier par moi-même que ces accusations sont des intoxications de pure propagande, imaginées par les puissances de l'OTAN pour créer les conditions de la guerre, et relayées dans le monde entier par leurs chaînes de télévision : Al-Jazeera, CNN, BBC et France24.

Le lecteur qui ne sait où se situer dans ce débat et qui, malgré les intox du 11-Septembre et des armes de destruction massives de Saddam Hussein, rechigne à envisager que les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et le Qatar aient pu fabriquer de tels mensonges, peut néanmoins se faire une opinion avec le temps. L'OTAN, la plus vaste coalition militaire de l'Histoire, n'est pas parvenue en cinq mois de bombardements à renverser celui qu'elle décrit comme un « tyran ». Chaque vendredi, une vaste manifestation de soutien au régime est organisée dans une ville différente du pays et tous les experts s'accordent aujourd'hui à dire que le colonel Kadhafi dispose d'au moins 90 % de soutien populaire en Tripolitaine et d'au moins 70 % à l'échelle du pays entier, incluant les zones « rebelles ».

Ces gens souffrent tous les jours du blocus, des bombardements aériens et des combats au sol. Jamais ils ne soutiendraient avec leur chair et leur sang un individu qui aurait commis contre eux les crimes dont il est accusé par la « communauté internationale ». La différence entre ceux qui croient en Occident que Kadhafi est un tyran qui a fait tirer sur son propre peuple, et ceux qui croient en Libye que c'est un héros de la lutte anti-impérialiste, c'est que les premiers vivent dans l'illusion créée par la propagande TV, tandis que les autres ont sur place l'expérience de la réalité.

Ceci étant posé, il existe une seconde illusion dont sont victimes les Occidentaux -et j'inclus désormais dans le camp « occidental », non seulement Israël qui s'en revendique depuis toujours, mais aussi les monarchies du Conseil de Coopération du Golfe et la Turquie qui, bien que de culture orientale, ont choisi ce camp- : ils persistent à penser qu'il est encore possible de dévaster un pays et de tuer sa population sans conséquences juridiques. Il est vrai que, jusqu'à présent, la Justice internationale n'a été qu'une justice des vainqueurs ou des puissants.

On se souvient de ce dignitaire nazi qui apostrophait ses juges à Nuremberg leur disant que si le Reich avait gagné la guerre, ce serait les nazis qui seraient juges et les Alliés qui devraient rendre compte de leurs crimes de guerre. Plus récemment, nous avons vu l'usage fait par l'OTAN du Tribunal pénal pour l'ex-Yougoslavie pour tenter de justifier a posteriori que la guerre du Kosovo était la « première guerre humanitaire de l'Histoire », selon l'expression de Tony Blair. Ou encore, comment le Tribunal spécial pour le Liban, a été utilisé pour tenter de renverser le gouvernement syrien, puis pour décapiter le Hezbollah libanais, et probablement bientôt pour accuser les Gardiens de la Révolution iranienne. Sans oublier, le Tribunal pénal international, bras séculier des puissances coloniales européennes en Afrique.

Cependant, le développement des instruments et des organes de Justice internationaux au cours du XXe siècle a établi progressivement un ordre international auquel les grandes puissances elles-mêmes vont devoir se conformer, où qu'elles devront saboter pour fuir leurs responsabilités. Dans le cas libyen, on ne compte plus les violations du droit international. En voici les principales, telles qu'elles ont été établies par le Comité Technique Provisoire -organe libyen de coordination interministérielle- et décrites par l'avocat de la Grande Jamahiriya Arabe Libyenne, le Français Marcel Ceccaldi [1], lors de différentes conférences de presse :

- Les chaînes de télévision qui, sous l'impulsion de leurs gouvernements respectifs, ont fabriqué de fausses informations pour conduire à la guerre, sont coupables de « crime contre la paix », tels que définis par les résolutions pertinentes de l'Assemblée générale de l'ONU adoptées au lendemain de la Seconde Guerre mondiale [2]

- Les journalistes-propagandistes doivent être considérés comme plus coupables encore que les militaires qui ont exécuté des crimes de guerre ou des crimes contre l'humanité, dans la mesure où aucun de ces crimes n'aurait été possible sans celui qui les a précédés, le « crime contre la paix ».

- Les chefs politiques de l'Alliance atlantique qui ont détourné la Résolution 1973 de son objet pour se livrer à une guerre d'agression contre un État souverain sont personnellement responsables devant la Justice internationale. En effet, selon la jurisprudence établie au lendemain de la Seconde Guerre mondiale par le Tribunal de Tokyo, les crimes ne sont pas le fait des États ou des organisations, mais bien des individus.

- Piller les avoirs d'un État, instaurer un blocus maritime et bombarder des infrastructures pour faire souffrir les populations, attaquer une armée dans ses casernes, ordonner d'assassiner des leaders ennemis et, à défaut, de les terroriser en assassinant leur famille, sont autant de crimes de guerre. Les perpétrer de manière systématique, comme c'est le cas aujourd'hui, constitue un crime contre l'humanité. Ce crime est imprescriptible, ce qui signifie que MM. Obama, Sarkozy, Cameron et Al-Thani seront poursuivis par la Justice toute leur vie.

- L'OTAN, en tant qu'organisation, est civilement responsable des dommages matériels et humains de cette guerre. Il ne fait aucun doute en droit qu'elle doit payer, même si elle tentera sûrement d'invoquer un privilège de juridiction pour fuir ses responsabilités. Il appartiendra ensuite à l'Alliance de voir comment répartir la facture de ce conflit entre ses États membres, alors même que certains d'entre eux sont au bord de la faillite. Il s'en suivra des conséquences économiques désastreuses pour leurs populations, coupables d'avoir avalisé ces crimes. Et, en démocratie, personne ne peut prétendre être innocent des crimes commis en son nom.

- La Justice internationale devra se pencher plus particulièrement sur le cas de « l'administration » Sarkozy -j'emploie ici cet anglicisme pour souligner que désormais le président français conduit directement la politique de son gouvernement sans passer par son Premier ministre-. En effet, la France a joué un rôle central dans la préparation de cette guerre en organisant en octobre 2010 une tentative manquée de coup d'État militaire, puis en planifiant avec le Royaume-Uni dès le mois de novembre 2010 le bombardement de la Libye et un débarquement au sol que l'on croyait alors possible, enfin en participant activement aux troubles meurtriers de Benghazi qui aboutirent à la guerre.

- En outre, la France, plus que toute autre puissance, a déployé des Forces spéciales au sol -certes sans leurs uniformes- et a violé l'embargo sur les armes approvisionnant les insurgés -directement ou au moyen d'avions qatariotes-. Sans oublier que la France a violé le gel onusien des avoirs libyens, détournant une partie des fabuleuses liquidités du Fond souverain libyen au profit des fantoches du CNT et au détriment du peuple libyen qui croyait assurer le bien-être de ses enfants une fois le pétrole épuisé.

Ces Messieurs de l'OTAN qui espéraient échapper à la Justice internationale en écrasant en quelques jours leur victime, la Libye, de sorte qu'elle n'aurait pas survécu pour les poursuivre, vont devoir déchanter. La Libye est toujours là. Elle dépose des plaintes devant la Cour pénale internationale, les tribunaux belges (juridiction dont dépend l'OTAN), la Cour de Justice européenne, les juridictions nationales des États agresseurs. Elle entreprend des démarches devant le Conseil des Droits de l'homme de Genève, le Conseil de sécurité et l'Assemblée générale des Nations Unies.

Il ne sera pas possible aux grandes puissances d'éteindre tous ces incendies à la fois. Pis, les arguments qu'elles utiliseront pour échapper à une juridiction se retourneront contre elles devant une autre. Dans quelques semaines, dans quelques mois, si elles ne sont pas parvenues à détruire Tripoli, elles n'auront plus d'autres échappatoires pour prévenir d'humiliantes condamnations que de négocier au prix fort le retrait des plaintes.


[1] Mettant fin à la confusion qui a prévalu au début de la guerre lorsque divers ministères engageaient des avocats différents pour des procédures désordonnées, la Libye a désigné en juillet Marcel Ceccaldi pour superviser l'ensemble des procédures en cours.

[2] « Les journalistes qui pratiquent la propagande de guerre devront rendre des comptes », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 14 août 2011.


Thierry Meyssan, in « Egalité et Réconciliation »


Source : RESISTANCE COTE D'IVOIRE ISRAEL

dimanche, 14 août 2011

SENEGAL: LETTRE OUVERTE A NICOLAS SARKOZY


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Monsieur le Président Sarkozy : Que vient faire votre gouvernement au Sénégal ?


Monsieur le Président, vous venez d'envoyer au Sénégal le Général Saint Quentin, « présumé génocidaire au Rwanda », que la France refuse de présenter devant le « Tribunal Pénal International sur le Rwanda (TPIR) » qui l'a convoqué à plusieurs reprises pour l'entendre sur les faits graves qui lui sont reprochés dans le « Rapport » de l'« ONU » sur le Rwanda.

Le Général Saint Quentin vient, dans notre pays, pour prendre le Commandement de ce qui reste, au Sénégal, des troupes françaises, rebaptisées « Eléments Français au Sénégal (EFS) ».

Vous comprenez dès lors, Monsieur le Président, qu'il soit légitime de vous interroger sur les raisons d'un tel choix, dans un contexte pré électoral au Sénégal, marqué par la « stratégie de chaos » de Wade, qui veut à tout prix imposer sa candidature inconstitutionnelle pour un 3ème mandat, en vue de mettre en œuvre son plan de dévolution monarchique du pouvoir à son fils. Du reste, il se dit que vous avez, jusqu'à récemment, soutenu ce projet et même tenté de le « vendre » à Obama, de la manière que l'on sait ...

Toujours est-il, que l' envoi de ce Général « présumé génocidaire », à Dakar, fait suite à la demande de votre Ambassadeur à Dakar, qu'il a adressée à l'opposition, de « permettre à Wade de briguer un 3 ème mandat », en violation flagrante de notre « Constitution », et de la déclaration fracassante de votre Ministre, chargé de la Coopération, soutenant que « c'est au peuple Sénégalais de résoudre cette question de candidature » !

Cette attitude de votre Gouvernement sur la question du 3ème mandat de Wade, disqualifie d'office le « Conseil Constitutionnel » du Sénégal, qui vient pourtant d'achever une mission de concertation avec son homologue français à Paris.

L'on devrait donc s'attendre, en suivant votre logique, à ce que le « Conseil Constitutionnel » du Sénégal se « déclare incompétent », pour permettre au peuple sénégalais de trancher la question !

Or, notre Peuple ne la trancherait que dans la « Rue », précisément parce qu'il serait ridicule d'organiser un référendum sur la question, à sept mois des élections présidentielles auxquelles Wade veut se présenter.

Encore une fois, ce qui précède autorise à se demander si le Gouvernement français a déjà pris faits et cause pour la « stratégie de chaos » de Wade de conservation du pouvoir, même si vous semblez, personnellement, ne plus soutenir son projet de succession monarchique au profit de son fils biologique.

C'est donc à cette confrontation majeure avec le peuple, à laquelle Wade se prépare, même s'il déclarait récemment, par pure démagogie, qu'il se conformerait aux décisions du « Conseil Constitutionnel » que les Autorités Françaises attendent qu'il se déclare « incompétent ».

Cependant, tout en demandant, par pur esprit de propagande, à l'opposition, de s'en remettre au « Conseil Constitutionnel », Abdoulaye Wade peaufine en même temps sa « stratégie de chaos » et mobilise publiquement des nervis pour se préparer à imposer sa candidature dans la «Rue», le cas échéant.

En envoyant un Général « présumé génocidaire » à Dakar, dans un tel contexte, vous émettez un signal fort et sans équivoque de votre soutien à cette stratégie de Wade !

Ainsi, les conditions vont donc être réunies, pour rééditer au Sénégal, la tragédie du peuple de Côte d'Ivoire.

En effet, nous ne pouvons jamais oublier que la crise en Côte d'Ivoire a eu pour origine la question de « l'inconstitutionnalité de la candidature de Ouattara » que Bédié, appuyé par la France sous Chirac, avait fait adopter par référendum à son peuple.

Le caractère ouvertement « ethniciste » et réactionnaire de cette « Constitution », n'avait pas empêché la France, sans hésitation aucune, d'appuyer Bédié pour lui permettre d'écarter Ouattara, plongeant ainsi ce peuple dans une décennie de tragédie innommable.

Aujourd'hui, et vous le savez bien, l'inconstitutionnalité de la candidature de Wade à un 3ème mandat résulte de considérations fondamentalement démocratiques, inscrites dans la « Constitution » de notre pays, en phase avec l'évolution du monde moderne vers le progrès du genre humain.

Paradoxalement, la France dont le Gouvernement mène une guerre contre la Lybie au nom de la « Démocratie », de la « Liberté » et de l'« Etat de Droit », soutient Wade dans son refus de se conformer à cette « Constitution », et semble s'inscrire, ouvertement, dans sa stratégie pour imposer sa candidature au peuple dans la « Rue » !

Ainsi, les risques d' « Ivoirisation » du Sénégal sont énormes, et ne peuvent, par conséquent, être conjurés que par une puissante campagne d'information sur ce drame qui se trame contre notre peuple.

Nous sommes décidés de faire porter cette campagne, dans le pays et dans la Diaspora, par un vaste rassemblement de toutes les « Forces Vives » de notre « Nation » qui sont prêtes à faire face à la forfaiture que prépare Wade.

C'est d'ailleurs de cette manière que l'on a pu obliger votre Gouvernement, le 23 Juin 2011, à prendre acte de la volonté du peuple Sénégalais qui, ce jour là, dans la « Rue », avait rejeté, sans ambigüité, le projet de Wade de transmission monarchique du pouvoir à son fils biologique.

C'est dans cette perspective que nous exigeons le départ immédiat du Sénégal, de ce Général « présumé génocidaire », et la fin de toutes vos immixtions dans les affaires politiques intérieures de notre pays.

Car, ce n'est pas à la France de décider du choix de qui va gouverner demain le Sénégal, mais bien notre peuple dans le respect strict des dispositions de la « Constitution » qu'il s'est donnée.

Cinquante ans après les Indépendances africaines, les Patriotes, Démocrates et Républicains sénégalais ne sauraient plus tolérer de voir leur pays réduit en succursale ou filiale des Entreprises Françaises du « CAC 40 ». Pas plus qu'ils ne peuvent plus accepter que les dirigeants de leur Etat soient choisis par des officines au service du Gouvernement Français.

Plus vite vous et votre Gouvernement comprendrez ce tournant historique dans les relations entre nos Etats, davantage sera mutuellement bénéfique et fraternelle la coopération entre nos deux pays et nos deux peuples.

C'est dans la paix et la stabilité qu'une telle coopération se construit, et non dans le chaos et dans la tragédie, comme en atteste éloquemment la Côte d'Ivoire, après plus d'une décennie de guerre civile dans laquelle, la France était partie prenante du début jusqu'à son épilogue tragique récent.

Dans le même temps, nous attirons l'attention du « Conseil de Sécurité » de l'« ONU », des Autorités de l'« Union Européenne », et de l'« Union Africaine », sur la responsabilité pleine et entière de votre Gouvernement, dans la tragédie que Wade est en train de planifier contre le peuple Sénégalais, et que vous et vos services, êtes activement et publiquement en train d'appuyer.

Du fait de leur responsabilité dans le maintien de la paix et de la sécurité des peuples dans le monde, ces Institutions sont interpelées, pour éviter que le Sénégal ne plonge dans l'horreur, avant qu'elles ne soient contraintes à agir en «sapeurs pompiers» pour mettre notre peuple sous tutelle, sous prétexte de sauver des vies.

Elles doivent peser de tout leur poids, dès maintenant, pour empêcher le Gouvernement de la France de parrainer une nouvelle tragédie au Sénégal, après celles de la Côte d'Ivoire et de la Lybie.

C'est cela aussi que nous attendons des authentiques amis français du Sénégal, qui sont soucieux des récents développements de votre politique envers notre pays, et qui tiennent à bâtir avec nous, de solides relations de coopération entre nos peuples, dans le cadre de nos valeurs partagées d'« indépendance nationale », de « liberté », d'« égalité », de « démocratie » et de « fraternité ».

Le Sénégal ne saurait être ni la Côte d'Ivoire, encore moins la Lybie.

Votre Gouvernement ne devrait jamais l'oublier et devrait, dès maintenant, en tirer toutes les conséquences avant qu'il ne soit trop tard.


«PARTI DE L'INDEPENDANCE ET DU TRAVAIL (PIT-SENEGAL)»

Le Secrétariat du «Comité Central»


Ibra Yali


Fait à Dakar le 9 Août 2011.

vendredi, 12 août 2011

LE PORTE-AVIONS FRANÇAIS CHARLES DE GAULLE: UN RETOUR SANS GLOIRE!

 

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Le «Grand Charles» est fatigué des libyens

 

L'actualité est riche en émotions. A commencer par le retour à la maison du porte-avions Charles de Gaulle, le navire amiral. Le «Grand Charles» comme on l'appelle. En souvenir de l'illustre personnage qui portait ce nom. Le «Grand Charles» rentre à Toulon où il va être accueilli en grande pompe, par le gotha de la classe politique de son pays. Il a bien mérité cet honneur pour avoir servi jusqu'à n'en plus pouvoir. Toute arme redoutable qu'il soit, il est sujet à la fatigue. Il rentre donc pour se refaire une santé. Le combat a été rude, des mois durant, quand on n'avait prévu que quelques jours, quelques semaines au plus. C'était plus qu'il n'en fallait, mais l'engin a tenu bon. Il fallait faire décoller des avions et les faire atterrir, des milliers de fois. Coup de chance personne ne pouvait lui tirer dessus et il n'a pas subi la moindre alerte, pas même pour l'exercice, c'était inutile. Il revient sans une éraflure.

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Les avions qu'il porte, eux-mêmes, n'avaient pas d'autres problèmes que de prendre l'air, de bien viser et de se délester de leurs missiles dans la bonne direction, droit sur la cible. Ils avaient aussi tous les instruments pour ne pas trop se fatiguer.

A Toulon ce sera quand même la fête et les guirlandes du triomphe et de la gloire et pour la coque et pour son équipage. Ce serait bien de voir, Hillary Clinton, dans le comité d'accueil. Elle sait y faire, elle. Avec son air altier, son hilarité permanente, expression de cette jouissance de vainqueur, qu'elle étrenne sur toutes les tribunes, sur tous les plateaux, là où elle peut exhiber sa satisfaction d'être celle parmi ceux qui accomplissent la dangereuse et courageuse mission de mater les «méchants» désignés par la «communauté internationale».

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Tant pis s'ils n'ont pas les moyens de se défendre et qu'ils ne font que recevoir des bombes sur la tête, qu'ils soient armés ou qu'ils soient des civils, du mauvais camp. La présence de la dame aurait rehaussé l'aréopage chargé d'être là lorsque le «Grand Charles» exténué rentrera dans son port d'attache. Le 12 août sera un grand jour pour l'héroïque bateau.  Il le sera aussi pour les hommes qui servaient d'équipage. Parce qu'on dit que les familles sont très inquiètes. Elles ne vont plus l'être. Les autres familles, celles que les avions du porte-avions écrasaient sous leurs bombes, on ne nous dit pas si elles sont inquiètes. On n'en parle même pas.

De toutes les façons, elles resteront à attendre les bombes qui viendront d'avions qui changeront simplement de piste. De plus, savent-elles seulement d'où viennent les bombardiers et le savoir les intéresse-t-elles ?  Quelques semaines avant d'aller servir de support à la destruction de la Libye et aux massacres des Libyens, notre fier bateau s'est promené durant quelques mois du côté du Pakistan. Il était donc déjà assez fatigué.

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Ce qui fait qu'il va être immobilisé pour un bon bout de temps, pour lui refaire une santé. On dit que cela pourrait durer 6 mois. Et il paraît que cela aurait pu être pire, si le navire avait été maintenu plus que ça en mer. Il ne serait pas sorti en 2012. Ils sont vraiment coriaces ces Libyens, d'avoir obligé (les français) à malmener un tel bijou !


Par Ahmed Halfaoui


Source: LES DEBATS.COM

jeudi, 11 août 2011

PETROLE CONTRE NOURRITURE: LE QUAI D'ORSAY AU TRIBUNAL

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Total et Charles Pasqua ne sont pas les seuls à être jugés pour avoir bénéficié des largesses du régime de Saddam Hussein. D’anciens diplomates de très haut rang seront aussi au tribunal. Une nouvelle illustration des errements de la fameuse politique arabe de la France.

 

Le groupe Total, son PDG, Christophe de Margerie, et l’ex-ministre Charles Pasqua se retrouveront l’année prochaine devant le tribunal correctionnel de Paris. Le 28 juillet, le juge d’instruction Serge Tournaire a décidé d’envoyer en correctionnelle 19 personnes physiques et une personne morale (Total) pour des malversations présumées dans le cadre du programme de l’ONU «Pétrole contre nourriture». Total est poursuivi pour «corruption active, complicité et recel de trafic d’influence» et Charles Pasqua pour «trafic d’influence et corruption passive».

Si Total et Charles Pasqua seront les accusés «vedettes» d’un procès qui s’annonce spectaculaire, les autres personnes renvoyées devant le tribunal méritent également qu’on s’intéresse à elles. C’est notamment le cas de deux diplomates de très haut rang: Jean-Bernard Mérimée, ambassadeur de France à l’ONU de 1991 à 1995 et Serge Boidevaix, ancien secrétaire général du Quai d’Orsay. S’ils étaient jugés coupables, cela serait sans précédent pour des diplomates sous la Ve République. Et c’est aussi la fameuse politique arabe de la France et ses dérives qui se retrouveront au tribunal après avoir été déjà bien discréditées par les révolutions et les révoltes populaires des derniers mois. Le Quai d’Orsay avait bien tenté, y compris par une pétition, de faire porter la responsabilité de son aveuglement sur le seul chef de l’État, mais les compromissions avec les régimes douteux sont une tradition qui remonte à plusieurs décennies.

Ainsi, parmi les multiples «amis» de la France au Moyen Orient, il y aura eu, entre autres, Hosni Moubarak, Mouammar Kadhafi, Ben Ali, Bachar el Assad, Rafic Hariri, Hassan II et… Saddam Hussein.

Pétrole contre nourriture

Le programme pétrole contre nourriture avait été mis en place entre 1996 et 2003 par l’ONU pour permettre à la population irakienne de moins souffrir de l’embargo imposé au régime de Saddam Hussein après la première guerre du Golfe. Il autorisait l’Irak à vendre tous les six mois pour deux milliards de dollars de pétrole. L’exportation des barils, l’utilisation des revenus et la distribution des vivres et des médicaments à la population irakienne étaient placées sous la supervision de l’ONU. Toutes les opérations financières passaient par un compte bancaire ouvert par les Nations unies à la BNP à New York. En fait, le système a été totalement détourné via des commissions occultes et des surcharges et a servi à Saddam à détourner du pétrole et de l’argent et s’acheter ainsi des amitiés et des soutiens, en Russie, à l’ONU et en France. Selon une enquête du Congrès américain et en ajoutant le pétrole de contrebande, plus de 10 milliards de dollars auraient été ainsi détournés par Bagdad.

Illustration: en juin 1995, Jean-Bernard Mérimée, ambassadeur de France à l’ONU, annonçait être très satisfait des progrès que l’Irak avait fait en matière de désarmement et voulait que les sanctions économiques contre Saddam soient levées immédiatement. Il n’a pas obtenu satisfaction mais s’est vu gratifier quelque temps plus tard d’une somme correspondant à 2 millions de barils de pétrole… par le même Saddam.

Prises de positions pro-irakiennes

Selon un rapport de la police judiciaire:

«La plupart des personnes physiques qui ont perçu ces allocations ont eu à véhiculer une image positive du régime irakien avec prise de position pro-irakienne en contrepartie d’allocations pétrolières accordées par les autorités gouvernementales irakiennes de l’époque.»

Serge Boidevaix est soupçonné lui de s’être fait attribuer, via la Suisse, l’équivalent de 32,6 millions de barils de pétrole irakien entre 1998 et 2002. Ce fonctionnaire a été au cœur de la diplomatie gaulliste à partir des années 1970 et presque toujours aux côtés de Jacques Chirac. Il a été directeur de cabinet du ministre des Affaires étrangères Michel Jobert (1973-1974) puis conseiller pour les affaires internationales au cabinet de Jacques Chirac à Matignon entre 1974 et 1976. Il fut directement impliqué dans la politique irakienne de la France, notamment sur la coopération nucléaire, la livraison de la centrale d’Osirak et les ventes d’armes menées par Jacques Chirac.

Il a été directeur de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient au Quai d’Orsay (1980-1982) et secrétaire général adjoint du ministère (1985-1986). En 1992, il est nommé secrétaire général du Quai d’Orsay, par Jacques Chirac, le plus haut poste de l’administration des Affaires étrangères. Il sera récompensé encore une dernière fois en 2002, juste après la réélection de Chirac, en étant nommé à la présidence de la chambre de commerce franco-arabe.

Enquête américaine

C’est après que les choses se sont gâtées. L’ONU, sous la pression américaine, notamment du Government Accountability Office (GAO), l’organe d’enquête du Congrès, est contrainte d’ouvrir en 2004 une enquête sur les détournements de l’opération pétrole contre nourriture. Elle est confiée à Paul Volcker, ancien président de la Réserve fédérale américaine, et ira jusqu’à mettre en cause Kojo Annan, le fils du Secrétaire général de l’ONU d’alors, Kofi Annan.

Le mécanisme fonctionnait dans les deux sens. Il permettait via l’attribution de droits à des barils de récompenser des amis du régime et permettait à ce même régime de détourner de l’argent. Des intermédiaires et des groupes pétroliers payaient en échange de la fourniture de barils des commissions anormales et des pots-de-vin aux entreprises et aux banques contrôlées par le régime de Saddam Hussein. L’Irak de Saddam possédait des milliers de comptes bancaires secrets un peu partout dans le monde.

Même si l’affaire remonte maintenant à plus de dix ans, le déballage l’an prochain devant le Tribunal correctionnel de Paris s’annonce douloureux pour les institutions de la République. On comprend pourquoi le parquet avait requis un non-lieu dans cette affaire.


Eric Leser, in Le Nouvel Observateur du 10 août 2011.

 

Source: IVORIAN.NET

KHADAFI RECLAME LE DEPART DE CAMERON

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A malin, malin et demi. Kadhafi renvoie l'ascenceur à Cameron

 

Le régime de Mouammar Kadhafi, que Londres et ses alliés au sein de l'Otan s'efforcent de déloger, a appelé ce mercredi au départ du premier ministre britannique David Cameron affirmant qu'il avait "perdu toute légitimité" en raison des émeutes qui secouent le Royaume-Uni.

"Cameron et son gouvernement doivent partir après les manifestations populaires contre eux et la violente répression exercée par sa police contre ceux qui ont participé à ces manifestations pacifiques", a déclaré le vice-ministre libyen aux Affaires étrangères, Khaled Kaaim, cité par l'agence officielle Jana.

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"Cameron et son gouvernement ont perdu toute légitimité", a-t-il ajouté.
Selon lui, "ces manifestations montrent que le peuple britannique rejette ce gouvernement, qui tente de s'imposer par la force".

M. Kaaim a appelé "le conseil de sécurité et la communauté internationale à ne pas rester les bras croisés face à la flagrante agression contre les droits du peuple britannique".

La Grande-Bretagne est secouée depuis quatre jours par des émeutes nocturnes qui ont touché d'abord Londres puis plusieurs autres grandes villes.

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Les premiers troubles ont éclaté samedi dans la foulée d'une manifestation réclamant "justice" après la mort d'un homme de 29 ans tué par la police d'une balle dans la poitrine à Tottenham, un quartier du nord de Londres.

Le Royaume-Uni et la France sont les fers de lance de l'opération militaire de l'Otan contre les forces loyales à Mouammar Kadhafi, lancée à la mi-mars

 

Source : AFP, le 10 août 2011.

00:36 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Europe, Libye, Monde, Monde arabe | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : monde, europe, afrique, libye, kadhafi réclame le départ de cameron | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

vendredi, 05 août 2011

LA LIBYE DEVALISEE

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Devant la crise qui frappe les Etats-Unis, quelqu'un vient de dire que la seule valeur de l'argent est la confiance qu'on lui accorde. Il traduit en peu de mots les appréhensions qui taraudent ceux dont les intérêts sont plus ou moins engagés avec ce pays, qui vit à crédit et au-dessus de ses moyens, depuis plus de vingt ans. Une autre appréhension devrait être à l'ordre du jour, elle concerne les avoirs placés dans les pays occidentaux. Ce qui est arrivé au peuple libyen est un précédent à méditer. Contre toutes les règles de droit, des pays l'arme à la main l'ont dépouillé de son argent. Un acte passible de sanction judiciaire, depuis que la propriété privée a été instituée.

Ces gangsters ont d'abord décidé que les comptes étaient gelés. Ils ont ensuite désigné des sous-traitants, selon on ne sait quel principe, comme ses " représentants légitimes ", sans le consulter et sans écouter sa colère qu'il exprime quotidiennement et que leurs médias ignorent. Tel que prévu, les sous-traitants viennent de recevoir une partie des fonds "débloqués ". On ne sait pas la procédure exacte qui permet à quelqu'un de donner un tel ordre sur quelque chose qui ne lui appartient pas. On ne comprend pas comment une banque peut obéir à quelqu'un d'autre qu'à son client, propriétaire légal et légitime du compte.

Le drame est que personne ne bouge. Aucun pays ne s'est insurgé contre un tel braquage. En fait les puissants savent qu'on n'osera pas toucher à leurs sous et les plus faibles n'osent pas. Le monde est pour la première fois sorti de son hypocrisie et la loi du plus fort n'a plus besoin de subterfuges pour s'exercer. Nicolas Sarkozy vient de donner 259 millions de dollars à la bande de Benghazi, qui ne donne pourtant pas entière satisfaction en matière d'image " démocratique ".

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Elle vient d'ailleurs de liquider le prétendant le plus plausible au trône. Dans le cas, bien sûr, où le peuple libyen se laisserait faire. Ce qui n'est pas du tout dans son programme, à court, moyen ou long terme, ni jamais. C'est pour cela que se posera un problème quand il demandera de lui restituer l'argent qu'on lui a volé. Et puis, il y a une question qui se pose d'elle-même, quand on se place dans la logique des gangsters. La bande de Benghazi, élue à la tête des Libyens dans un acte de banditisme, devrait faire valoir ses prérogatives directement et ne pas laisser faire quand il s'agit de gérer les comptes devenus siens. A moins que sa " légitimité "  inaugure un nouvel ordre mondial basé sur des " élections " de bandes affidées du même type, là où c'est possible et où il y a des richesses à prendre, chez les plus faibles.

On sait déjà que les pays africains de la zone franc sont dans l'obligation de déposer 50% de leurs réserves de change auprès du trésor français. Aller plus loin dans ce système et l'élargir est donc du domaine des éventualités qu'on ne peut écarter. Comme cette éventualité que la crise systémique n'a pas d'autres alternatives que l'effondrement ou la prédation. Tant que c'est encore possible, même virtuellement, nous allons assister à un regain de férocité des " grandes démocraties ". Le temps presse et les périls montent à l'intérieur de leurs frontières. Sauf si les Libyens refroidissent définitivement leurs ardeurs guerrières.

 

Par Ahmed Halfaoui

 

Source : LES DEBATS.COM

jeudi, 04 août 2011

A CONTRE-COURANT DE L'HISTOIRE

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Si l’on en croit les idéologues officiels du régime Ouattara, la Côte d’Ivoire devrait se réjouir comme un seul homme. Et pour cause: notre bien-aimé Chef d’Etat est allé aux Etats-Unis où il a rencontré – accompagné de trois autres de ses pairs francophones, avec qui il était convié au sommet du G8 – Barack Obama. Dans le bureau ovale! Des “pluies de milliards”viendront donc du pays de l’oncle Sam. Elles nous sauveront de nos propres turpitudes, notamment de la faillite programmée de notre économie, elle-même liée à neuf ans de guerre sauvage pour le pouvoir et à la destruction systématique de l’outil de production national par qui nous savons.

 

Sauf que… il y a un hic ! Le président de la première puissance mondiale a reçu ses homologues africains alors qu’il était tourmenté lui-même par une question qui angoisse toutes les places du marché du monde développé. Celui du “plafond de la dette” américaine. Les parlementaires américains s’étripent autour de cette thématique. Les Démocrates veulent que le montant maximum de l’endettement américain, déjà relevé huit fois en dix ans, remonte encore. Ce n’est en effet qu’en “prenant crédit” que l’Etat central peut payer ses différentes charges. Les Républicains, adversaires d’Obama, exigent qu’en contrepartie, des économies substantielles soient faites – que certaines dépenses, notamment sociales, soient annulées. Cette polémique – qui se règlera sans doute dans les heures qui viennent – témoigne en tout cas de l’état économique des Etats-Unis. Elle montre la première puissance mondiale telle qu’elle est. Une nation financièrement essoufflée, tenue en laisse par ses créanciers – notamment les très économes Chinois, premiers détenteurs des bons du Trésor américain.

En gros, ceux qui nous prêtent de l’argent en empruntent eux-mêmes massivement auprès de pays plus liquides. Nos “sauveurs” cherchent eux aussi à être sauvés. L’Occident est en crise. Et si les Européens ont tout mis dans la balance pour que la Française Christine Lagarde succède à Dominique Strauss-Kahn, c’est parce qu’ils espèrent que l’institution sera plus compréhensive envers ceux d’entre eux qui “mériteraient” un programme d’ajustement structurel aussi violent que ceux auxquels l’Afrique a été soumise. La Grèce, puis le Portugal, puis l’Espagne… et demain l’Italie ou la France?

Sur le “vieux continent”, l’effet contagieux de la “misère du monde” va du Sud vers le Nord. Avec d’autres indices, il témoigne d’un changement des équilibres économiques mondiaux. Au détriment de l’Occident. Au profit des pays émergents que sont la Chine, l’Inde, le Brésil et dans une moindre mesure la Russie et l’Afrique du Sud. Les Ivoiriens, aveuglés par leurs querelles autochtones, ne peuvent pas ne pas voir ce mouvement de fonds mondial. En réalité, la guerre que nous avons vécue et la reprise en main brutale qui va jusqu’à l’installation à la Présidence d’un conseiller économique français chargé officieusement d’orienter au “bon endroit” un peu de “gras”, témoigne de la tentation occidentale d’instrumentaliser la seule supériorité intangible qui lui reste – la supériorité militaire – pour se faire “respecter” dans la jungle des échanges économiques internationaux. Et pour garder quelques marchés captifs. L’invasion de la très lucrative Libye, sous le faux nez d’un Conseil National de la Transition (CNT) fantoche, relève de la même logique implacable.

Le temps d’Houphouët-Boigny ne reviendra donc jamais. La Françafrique traditionnelle a prospéré pendant l’époque des “trente Glorieuses”. Elle était une relation de sujétion stratégique entre un pays riche ayant encore les moyens de sa politique et un “dominion” sous-peuplé et doté de richesses encore inexploitées. Aujourd’hui, nous avons en face de nous les responsables politiques de nations déclassées qui doivent résoudre leurs problèmes chroniques de dette et de compétitivité, et qui veulent se rassurer en faisant des “coups” vite rentabilisés. Or, pour créer les conditions d’une croissance qui peut relever le défi de notre poussée démographique, il nous faut autre chose que des “grands-frères” voulant nous recoloniser pour s’en sortir eux-mêmes.

La Côte d’Ivoire d’Alassane Ouattara, qui assume jusqu’à la caricature sa sujétion à la “communauté internationale” occidentale, va clairement à contre-courant de l’Histoire. L’Afrique doit aujourd’hui relever le défi de la stabilité de ses Etats – ceux qui nous dirigent actuellement n’ont cessé de déstabiliser l’Etat quand ils étaient dans l’opposition et s’appuient aujourd’hui sur leur statut de “chouchous” de l’Occident pour refuser de faire les gestes qui renforceront la cohésion nationale. Donc, forcément, la solidité des institutions.

L’Afrique, convoitée pour ses richesses, doit se battre pour sa souveraineté, seule gage de multipartenariats fructueux pour elle. Parce qu’il bénéficie pour l’instant du soutien de la France, Alassane Ouattara réclame le maintien du 43ème BIMA jusqu’à prétendre, devant des journalistes français, que l’Algérie – où l’Occident mène la guerre contre les Islamistes – est à nos portes. Les choses sont pourtant claires. A ce moment précis de l’évolution de l’histoire, un dirigeant africain ne peut à la fois enrichir son peuple et complaire à l’Occident. Il faut choisir. Alassane Ouattara a choisi, et son choix est connu de tous. Nous lui souhaitons bien du courage.


Théophile Kouamouo


Source: Le blog de Théophile Kouamouo

LIBYE – LE DRAPEAU VERT FLOTTE SUR BENGHAZI

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Bon ramadan à tous !

Tous les médias sans exclusive vous disent que les renégats de Benghazi ont mené, hier, un raid meurtrier contre un groupe pro-Kadhafi à Benghazi. Balivernes. Il n’en est rien. La vérité est ailleurs. Il s’agit plutôt de dissensions persistantes au sein du Conseil national de transition (CNT). En réalité, le peuple de l’est, favorable aux petits d’esprits qui ont cru qu’en prenant les armes, ils allaient faire tomber le « tigre de papier » aka Mouammar Kadhafi, selon la dialectique de Moustapha Abdeljalil, le chef du CNT, se rebiffe.

Hélas, le peuple de l’est de la Libye, qui croyait que ces soldats de pacotille allaient leur apporter le bonheur, se rend bien compte qu’il vit sous la terreur et ne comprend pas pourquoi la « liberté » qu’on leur a promis n’arrive toujours pas. Au contraire même, le régime d’épouvante qui l’assaille et de loin pire que le précédent. Du coup, il s’élève contre l’oppression instituée par le CNT. Pour peu qu’on dénonce ses méthodes, la direction qui serait l’institution qui apportera la démocratie à la Libye, ordonne directement votre liquidation.

Les éditocrates de nos médias « meastream » ne parlent plus de la Libye. Sarkozy qui sera à Cap Nègre cet après-midi après le dernier Conseil des ministres avant les vacances, ne dira rien sur la Libye alors que Benghazi s’enfonce crescendo dans l’horreur. Désormais, tout le monde a peur de tout le monde. Quand les médias parlent de pro-Kadhafi, il s’agit simplement de ceux qui s’élèvent contre le CNT. Mais, personne ne vous dira que les rues de Benghazi ne fleurissent plus de drapeaux français. Le flambeau de la rébellion et/ou royaliste, un détail qu’oublie volontairement de préciser les clowns de Benghazi, n’est plus aussi présent. A nouveau, le drapeau vert, le drapeau de la vraie Libye, et non celle de la traîtrise, flotte. Il fait un retour spectaculaire et Mouammar Kadhafi doit boire du petit lait.

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Les kadhafistes sèment la terreur à Benghazi ? Les heurts d’hier dans la ville étaient-ils réellement entre pro-Kadhafi et renégats ? Que nenni. C’est l’ultime subterfuge pour se sortir du pétrin dans lequel se sont mis les supports de la rébellion. Mais, ce n’est pas seulement à Benghazi que des pans entier de la population font à nouveau de leur étendard, le drapeau vert. Des manifestations sont signalés à Al Baïda, (ville de naissance du renégat en chef Moustapha Abdeljalil) ou même à Tobrouk où, les marcheurs brandissent encore et toujours le drapeau vert. Cherchez l’erreur ! L’est libyen n’est même pas encore aux mains de anti-Kadhafi, leur bastion soit disant mais, les médias ne cessent de nous parler de l’avancée de ceux-ci vers Tripoli. Fichtre.

Actuellement, excusez du peu, de nombreux lieux, des tribus, les plus importantes, se lèvent comme un seul homme  contre l’oppression des pseudo rebelles dans l’est libyen. Les cas les plus significatifs viennent de Benghazi ou, les quartiers de Hailkish et de Haísalama, ont complètement orné leurs maisons de la bannière verte. Mais qui a dit que l’avenir de la Libye se conjugue sans Kadhafi ? Et de quel droit d’ailleurs ?


Allain Jules

 

Source : ALLAIN JULES.COM

lundi, 01 août 2011

IMPERIALISME HUMANITAIRE: L'OTAN BOMBARDE LES EMETTEURS DE LA TELEVISION LIBYENNE

 

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Alors que la rébellion libyenne accuse le coup après l'assassinat du général Abdel Fattah Younès, l'Otan a voulu "réduire le colonel Kadhafi au silence" en bombardant, dans la nuit de vendredi à samedi, trois émetteurs de la télévision libyenne. Par Dépêche (texte).


AFP - L'Otan a annoncé samedi avoir mené une série de frappes de précision contre trois émetteurs de la télévision libyenne afin de "réduire le colonel Kadhafi au silence".

"Il y a quelques heures, l'Otan a réalisé des frappes aériennes contre trois centres émetteurs satellitaires de la télévision libyenne (...) avec l'objectif d'empêcher le colonel Kadhafi de l'utiliser pour intimider et inciter à mener des actes de violences contre sa population", a expliqué l'Alliance dans un communiqué.

"Ces frappes ont utilisé des bombes guidées", a précisé le porte-parole de l'Otan, le colonel Roland Lavoie.

"Nous sommes en train d'analyser les résultats", a-t-il ajouté.

"Notre intervention était nécessaire car la télévision est utilisée par le régime pour opprimer les populations civiles. Kadhafi se sert de ses interventions télévisées pour instiller la haine entre les libyens et mobiliser ses partisans", a accusé le porte-parole de l'Otan.

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"Conformément à notre mandat qui vise à protéger les populations civiles, nous avons dû agir. L'opération a été soigneusement préparée pour éviter de faire des victimes et avec l'intention de ne pas détruire toutes les infrastructures de la télévision libyenne", a-t-il indiqué.

"Les frappes ont ciblé ces antennes satellitaires pour réduire la capacité du régime d'opprimer la population sans priver les Libyens des infrastructures de la télévision qui seront nécessaires après le conflit", a conclu le porte-parole dans son communiqué.

Au moins une dizaine d'explosions, puissantes mais lointaines ont été entendues vendredi peu après 22 heures (20H00 GMT) depuis le centre ville de Tripoli, a constaté un journaliste de l'AFP.

Entre 1H00 et 2H00, de nouvelles explosions ont été entendues, notamment dans le secteur de la résidence du colonel Mouammar Kadhafi, au centre de Tripoli, faisant trembler l'hôtel abritant les correspondants de la presse internationale, pas loin de la résidence.

Un bandeau de la télévision libyenne a indiqué que "Tripoli est actuellement la cible de raids de l'agresseur colonianiste croisé", en allusion à l'alliance atlantique.

Un animateur de la télévision Al-Jamahiriya a précisé par la suite que le siège de la télévision libyenne avait été touché par les raids, sans autre précision.


Source: FRANCE 24.COM

mardi, 26 juillet 2011

LA CPI DESAVOUEE

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Après des mois de «révolution» en Libye, l'OTAN commence à comprendre qu'on ne fait pas de révolution à la place des peuples. Ce qui est une bonne chose pour l'Afrique, qui a fini par sortir de son mutisme et qui s'est permis de ne pas hurler avec les loups. L'OTAN ne dit pas qu'elle s'est rendue compte qu'elle s'est fourvoyée dans une guerre sans fin et que son Conseil National de Transition est une bande d'opportunistes qui  n'iront pas loin. Elle se met juste à amorcer des retraits mesurés de façon à ne pas trop perdre la face. Même si elle consacre son CNT comme «seul et légitime représentant du peuple libyen».

Mouammar Kadhafi peut désormais ne pas quitter la Libye et y élire résidence. On peut se révolter devant un tel délit d'arrogance, qui autorise des puissances étrangères à décider à la place d'une population de qui doit la diriger, mais c'est pire que cela. On sait que la Cour pénale internationale, cette instance de justice pour indigènes, a mis Kadhafi en accusation ; ce serait lettre morte pour les maîtres du monde. Ils passent l'éponge sur la décision de la juge qui, si elle a la moindre miette de dignité, devrait démissionner, faute de pouvoir dédire Obama et ses affidés. Elle n'en fera rien, parce qu'aucune décision de ce type ne peut être prise sans une injonction. Maintenant on le sait. Il fallait une preuve pour les nigauds qui croient à la justice internationalisée, elle est là dans tout son cynisme.

Un problème surgit avec ce que certains vivent en coup de théâtre. Même si le colonel Kadhafi refuse de «bénéficier» de cette faveur. Il ne sera plus possible pour la CPI de conserver sa crédibilité pour autant qu'elle en ait une. Et ce n'est pas une simple question de jurisprudence, plutôt de validité d'une institution qui apparaît au grand-jour en tant qu'arme de guerre contre ceux qui veulent résister à la domination.

Kadhafi, après avoir été «déligitimé», lui et son entourage, après avoir été sommé de partir dès les premières heures de la mise en branle de l'opération CNT, après avoir été mis sous mandat d'arrêt international, est «autorisé à rester en Libye». Au passage, il semble que cela n'a pas plu à Bernard-Henri Lévy qui est sorti de ses gonds (oui, il gère de près et au plus haut niveau les affaires du CNT). Malheureusement pour lui, les Etats-Unis ont pris le dossier en main depuis une semaine ou plutôt ont rappelé à leurs satellites qu'ils étaient les maîtres. Le «Guide» se voit donc offrir une atténuation des mesures qui pesaient sur lui.

Dans le même temps, on est en présence du douloureux aveu  que les massacres et les destructions des infrastructures et du patrimoine d'un peuple n'ont servi à rien. Ce qui rend plus pathétique cette façon aussi grossière que désespérée de vouloir obtenir la défaite d'un homme, quand il s'agit désormais de la lutte d'un peuple. Tant l'aveuglement est total et tant le peuple n'a jamais été concrètement envisagé. On en vient à la condition posée. Il faudrait qu'il se retire de la vie politique. Tout est dit. Il faut assurer au CNT le pouvoir, tout le pouvoir, alors  que Kadhafi dans un regain de patriotisme des Libyens est devenu le symbole de la résistance.


Ahmed Halfaoui


Source: LES DEBATS.COM

dimanche, 17 juillet 2011

LE TRIOMPHE DECALE

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Il est devenu courant, par ces temps hypermédiatisés, d'observer le comportement des dirigeants du monde, surtout ceux qui font la une de la presse et qui mènent des guerres. Il y a par exemple cette démarche altière, la tête relevée et le sourire triomphal, qui caractérisent, entre autres, Hillary Clinton. A la regarder, elle donne l'impression de celle qui est en train d'abattre des empires surarmés. Au point qu'elle se serait volontiers fait payer un arc de triomphe, à Washington, à la mode de ces généraux romains, de retour de campagnes victorieuses où ils ont courus des terres lointaines et hostiles. Plus près de nous, ce serait un commandant en chef qui aurait réussi à abattre l'Armée rouge.

En pareil cas, on aurait alors compris qu'elle plastronne, jubile et quémande des satisfécits. Mais, quand on sait qu'il ne s'agit que d'agressions aux risques nuls, contre des pays désarmés, le spectacle relèverait du ridicule s'il ne coûtait pas la vie à des populations déjà bien mal loties, quand elles ne souffrent pas du dénuement et du fléau du sous-développement. La dame et ceux qui lui ressemblent font donc dans la pire des lâchetés et dans l'abjection sur le plan moral. Triste époque. Plus bas dans la hiérarchie, tout au fond de la chaîne de commandement, des «dirigeants» n'ont aucun scrupule à se faire imposer à leurs peuples. Ils en tirent même une forme d'arrogance, celle de l'homme de main que le maître lâche sur plus faible que lui, grâce à la procuration de puissance dont il dispose, pour exprimer au mieux sa servilité.

Dernièrement, au Sommet de l'Union africaine, le président de la Côte d'Ivoire, certifié  et installé au pouvoir par la «communauté internationale», s'est agité on ne peut mieux contre la position de ses pairs qui refusaient de consentir à voir  la Libye subir le même sort que son pays. Quand celui-ci est livré aux exactions de son armée, celle des «Forces nouvelles», qui ont joué le même rôle que veut jouer, avec moins de succès, cet alibi de l'Alliance atlantique, le Conseil de Benghazi avec ses hordes sanguinaires. Alassane Ouattara, ce pur produit de la «démocratisation» du monde, fidèle supplétif, réagit au quart de tour tel que dicté par le programme qui l'a mis au devant de la scène.

Entre-temps, dès sa certification et après que le travail fut terminé, son pays n'est plus un élément essentiel des écrans qui appuyaient sa «démocratisation». Et pour cause, ce qui s'y passe ne doit pas apparaître. En guise de démocratie, ce sont des «commandants de zones» devenus commandants de groupements tactiques qui se sont partagés la Côte d'Ivoire, soumise à un racket généralisé.

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Seule geste d'autorité de Ouattara, le dédommagement empressé des entreprises françaises. Cela ne pouvait pas attendre, même si la situation économique impose des mesures plus urgentes. A commencer par rétablir l'administration civile, les services publics, les circuits légaux et l'autorité de l'Etat sur la fiscalité, le contrôle du commerce extérieur, la protection des citoyens contre les vainqueurs qui les terrorisent etc. Devant cet état de fait, il serait bien de dérouler le film depuis le début, depuis la cabale contre Laurent Gbagbo en passant par les déclarations tonitruantes des pontes occidentaux et leurs menaces «démocratiques».

 

Par Ahmed Halfaoui

 

Source : LES DEBATS.COM

vendredi, 15 juillet 2011

COUR PENALE INTERNATIONALE: L'AFRIQUE ENTRE EN RESISTANCE

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Jean Ping, chef de la Commission de l'Union africaine.


L’Union africaine refuse de faire appliquer les mandats d’arrêt de la CPI contre el-Béchir et Kadhafi, et propose une Cour de justice africaine. Mais en a-t-elle les moyens et la volonté politique?

 

Trop c’est trop! Le mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) contre Mouammar Kadhafi, «Guide» d’une Libye dévastée par plus de quatre mois de guerre et, accessoirement, un des principaux bailleurs de fonds de l’organisation panafricaine, a jeté le trouble.

Pourquoi la CPI ne poursuit-elle que des criminels africains? Pourquoi cet acharnement contre le continent? Est-ce que le Proche-Orient, l’Asie, l’Amérique latine et même l’Amérique du Nord et l’Europe n’ont pas, en leur sein,  des personnes susceptibles d’être épinglées sur le tableau de chasse du bureau du procureur de la cour internationale?

Les reproches ne sont pas nouveaux. Et en Afrique, la CPI est souvent considérée comme un instrument d’une domination post-coloniale. Le fait de lancer un mandat d’arrêt contre Kadhafi alors que les avions de l’Otan (et en premiers lieux les Français et les Britanniques) bombardent Tripoli ne pouvait pas plus mal tomber.

Le timing est même désastreux. Du pain béni pour les détracteurs de la CPI qui veulent faire passer la cour siégeant à La Haye (Pays-Bas) pour le bras armé juridique des Européens .

Ping contre Moreno-Ocampo

A la fin du sommet de l’Union africaine (UA), tenu fin juin en Guinée équatoriale, le pourtant très mesuré Jean Ping, président de la Commission de l’UA, a littéralement explosé:  «Nous sommes contre la manière dont la CPI fonctionne.» Et il s’en est pris frontalement au procureur Luis Moreno-Ocampo qui «ne condamne que des Africains, il ne juge que des Africains. En Afghanistan, au Pakistan, à Gaza, en Tchétchénie, au Sri Lanka… Il n'y a qu'en Afrique qu'il y a des problèmes? C'est la question qu'on se pose». Le chef de la Commission africaine propose alors une Cour de justice africaine pour contrer la CPI.

«Nous sommes en train de créer une cour criminelle en Afrique. Il ne reste plus que la ratification des chefs d'Etat et la Cour criminelle sera opérationnelle», affirme-t-il à l’agence de presse chinoise (officielle) Xinhua.

L’annonce, passée relativement inaperçue, est pourtant très importante. Si l’Afrique, avec son milliard d’habitants, basculait dans l’opposition frontale à la CPI, les conséquences diplomatiques seraient importantes. Cela jetterait un froid certain entre le continent et les pays européens, très importants bailleurs de l’organisation panafricaine et grands contributeurs à l’aide publique au développement (APD) en Afrique.

Les amis chinois

Mais l’Afrique, dans le passé très liée aux anciennes puissances coloniales, diversifie de plus en plus ses partenaires. Et aujourd’hui, ce n’est pas la France ou les Etats-Unis qui commercent le plus avec ce continent qui comptera deux milliards d’habitants en 2050. C’est la Chine. Cette même Chine, très critique envers la CPI, qui n’a d’ailleurs pas signé les statuts fondateurs, tout comme les Etats-Unis.

Cette Chine qui fait passer, sur le continent africain, ses intérêts économiques avant la défense des droits de l’Homme. «Gagnant-gagnant» économique et non ingérence politique: Pékin avance ses pions. Cette Chine qui déroule le tapis rouge, au grand dam des défenseurs des droits de l’Homme, au président soudanais Omar el-Béchir, accusé de génocide et visé par un mandat d’arrêt de la CPI. Pékin a d’ailleurs émis de «sérieuses réserves» sur l’authenticité de ces crimes. Il est vrai que le Soudan était en 2010 le sixième fournisseur mondial de pétrole de la locomotive chinoise, avec 12,6 millions de tonnes.

Si Pékin finance et construit le nouveau siège de l’UA à Addis Abeba, soutiendra-t-elle, d’un point de vue financier et politique, une Cour de justice africaine, par opposition à une CPI jugée trop anti-Afrique? L’Afrique accueille déjà sur son sol deux tribunaux internationaux, mais pas proprement africains. Le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), basé à Arusha (Tanzanie), est une juridiction onusienne. Et le Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL), mis en place par le gouvernement de Freetown et l’ONU, est une juridiction hybride mêlant droit international et droit sierra-léonais.

Hissène Habré, impunité à l'africaine

La mise en place de la CPI a marqué une avancée significative dans l’établissement d’une véritable justice internationale. Mais si elle est de plus en plus isolée diplomatiquement, la situation risque fort de devenir intenable. La non-exécution de ses mandats d’arrêt dits internationaux est une pilule difficile à avaler pour les partisans de la CPI.

Si les nouveaux amis chinois ne financent pas la nouvelle cour de justice africaine, qui le fera? Sûrement pas les Européens, qui tiennent trop à leur CPI. Y a-t-il alors en Afrique une réelle volonté de soutenir tant politiquement que financièrement un tribunal qui devra juger… des dirigeants africains?

Le cas de l’ex-président tchadien Hissène Habré donne un élément de réponse. L’UA s’est débarrassée de ce dossier encombrant en le donnant au Sénégal qui, depuis 2006, n’a quasiment rien fait. Le 8 juillet, le Sénégal a brusquement annoncé qu’il enverrait Habré vers le Tchad le 10 juillet. Cela a immédiatement provoqué un tollé au sein des organisations de défense des droits de l’Homme, qui doutaient de la volonté du régime d’Idriss Déby de garantir un procès équitable à son ennemi d’hier. L'ancien président tchadien est accusé par le régime de N'djamena de crimes contre l'humanité, crimes de guerre et de tortures. Il risque la peine de mort.

L’ONU a mis en garde Dakar, soulignant qu’une extradition d’Hissène Habré vers N’djamena violerait les lois internationales en la matière. Le président sénégalais Abdoulaye Wade a aussitôt fait marche arrière et suspendu sa décision. Cette affaire est devenue le symbole de l’impunité à l’africaine et n’engage guère à l’optimisme.

Si les tractations politiques continuent pour juger un jour Habré, qui coule une paisible retraite à Dakar, les victimes n’attendent pas. Chaque année, plusieurs d’entre elles décèdent sans avoir vu une justice africaine, debout, juste et équitable.


Adrien Hart

 

Source : SLATE AFRIQUE

mardi, 12 juillet 2011

LEÇON DE LULA DA SILVA AUX DIRIGEANTS AFRICAINS: «CESSEZ DE BAISSER VOTRE PANTALON DEVANT LES OCCIDENTAUX»

 

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L'ex-président brésilien Luis Ignacio Lula da Silva au 17ème sommet de l'«Union Africaine» à Malabo en Guinée Equatoriale le 30 juin 2011, en train de faire une leçon de morale politique aux dirigeants africains.


Suivant l'exemple de l'«Amérique Latine», l'Afrique devrait décider de prendre sa vraie indépendance qui est aux mains des occidentaux, Le «continent africain» qui est riche de gisement minéral et de terre fertile, aurait en effet toutes le potentialités pour devenir le première puissance économique planétaire, mais elle est encore opprimée sous la coupole coloniale des grandes puissances de la terre.


Lula a invité les chef d'État à ouvrir les yeux sur ce qui se passe en Afrique ces derniers mois, en Libye et en Côte d'Ivoire : l'interférence de la France et des Etats-unis constitue un sérieux danger pour la « souveraineté Africaine » et pour les futures générations.

Durant l'« assemblée générale » sur le rôle des jeunes africains, une session détachée de la réunion avec pour thème la crise libyenne, Lula a accusé les chefs d'états africains d'être avides, assoiffés de pouvoir, de trahir leurs propres pays et surtout d'être des servants de l'occident qui saccage le continent noir et décime sa souveraineté. La devise de ces chefs d'états étant : « Chacun pour soi, Dieu pour tous », elle ne portera pas loin l'Afrique. Il faut le sens de la responsabilité, de l'humilité, de la dignité et de l'unité pour bien gouverner ! Critiquant le fait que des leaders africains qui soient arrivés au pouvoir par un coup d'état ou pour le vouloir des puissances occidentales, il a ensuite critiqué et dénoncé le monopole de 5 pays du monde. Ajoutant que : l'« Union Africaine » compte 1,4 milliard d'habitants, l'« Amérique Latine » 400 millions d'habitants et que c'est inconcevable que les USA, la France, la Chine, la Russie et la Grande Bretagne dictent la loi au « Conseil de sécurité de l'ONU » !!!! Surtout que la « crise économique mondiale » provient des Etats-unis.

Et il a déploré le fait que l'« Union Africaine » soit financée seulement par 5 pays africains, le reste des ressources provenant des dons occidentaux. Par conséquent, pour cela, l'« UA » ne peut pas privilégier les intérêts de l'Afrique et avoir un poids au niveau international. C'est cette même « UA » qui légitime les coups d'états, les rebellions ou actions illégales pour l'obtention du pouvoir en Afrique, ignorant la volonté du peuple et la finalité des élections.

Beaucoup de chefs d'états présents avaient la tête basse, à qui il a réitéré l'« invasion française » dans le continent noir. La France nourrit et arme les rebelles dans les pays qui ont cessé d'être leurs colonies. Avec des interférences dans les affaires internes des autres pays africains. C'est clairement la référence au cas de la Côte d'Ivoire, où Paris, avec l'utilisation de la force, a enlevé le président Gbagbo pour mettre à son poste Ouattara.

Et si pour la Côte d'Ivoire rien n'a été fait pour arrêter le coup d'Etat, l'« Union Africaine » peut demander le « cessez-le-feu » immédiat en Libye. En soutien, s'est ajouté le président Jacob Zuma, un des chefs opposants qui tient tête à l'occident, disant qu'ils n'ont pas le droit d'assassiner Kadhafi.

Un silence d'ombre dans la salle de l'« UA » où les présidents qui sont les talons de l'occident étaient nombreux, en l'occurrence Abdoulaye Wade du Sénégal, qui a séjourné à Benghazi pour reconnaître le gouvernement des rebelles, Blaise Campaoré du Burkina Faso, qui a soutenu la rébellion de Ouattara en Côte d'Ivoire contre Gbagbo, Yoweri Museveni de l'Uganda qui combat les « Al Shabaab » en Somalie, Paul Kagame du Rwanda qui saccage pour le compte de l'occident et puis Sassou N'Guesso du Congo Brazzaville, Idriss Deby du Tchad, Paul Biya du Cameroun, Faure Gnassingbé du Togo, Ali Ondimba Bongo du Gabon et le dernier recruté qui s'est ajouté à la dépendance des puissances de l'oppression, Alassane Dramane Ouattara de la Côte d'Ivoire !

Ce sont les paroles de l'ex-président brésilien Lula da Silva, qui était la semaine dernière en Guinée équatoriale pour la réunion des chefs d'états africains.


Texte en italien, traduit en français par Kouamé Célestin N'Brah


Lien du journal officiel italien: RINASCITA

 

Source: NERRATI.NET

dimanche, 10 juillet 2011

RIEN NE VA PLUS CHEZ LES ARABES

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Le royaume saoudien, «ce pays (qui) n'a jamais connu un bureau de vote. Même pas un parti unique !» comme le décrit si bien Georges Stanechy. En tout cas  comme il se présente aux yeux de tous, sauf de toute évidence aux yeux de la «communauté internationale», ce royaume montre tous les signes de vouloir jouer son va-tout en Afrique du Nord. Et comble de l'époque, sous la bannière de la démocratisation et assuré de la puissance de feu de l'OTAN.

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A Riadh, la justice ne change pas ses méthodes. Le 18 juin 2011, Ruyati binti Saoubi, une indonésienne de 54 ans, est décapitée en public, au sabre. Son corps suspendu à un hélicoptère survole longtemps la ville à basse altitude pour être vu. Inutile de chercher l'information dans les lignes de la presse du «Monde libre» ou dans les journaux télévisés qui déroulent en boucle la «révolution» en Libye.

L'Arabie saoudite n'est pas un terrain pour les «printemps» en cours, elle en est un parrain, un acteur, un soutien, tout ce que vous voulez, mais pas un terrain pour une «révolution». La monarchie triomphante a même décidé de refaire le monde dit arabe. L'hebdomadaire britannique, The Guardian, s'est intéressé à ce nouveau cours suivi par les Saoud. D'après l'hebdo, les pétromonarchies ont d'abord récupéré les deux monarchies non pétrolières de ce monde, la hachémite et la chérifienne, dont les rois se réclament d'ascendance arabe, pour les inclure dans le Conseil de coopération du Golfe (CCG). Les autres pays qui ont accaparé l'arabité contre l'Histoire et contre la culture de leurs peuples, n'y auront pas droit, ils ont été mis de côté en tant que «peuples conquis». Le Maroc bénéficierait aussi du souci des Arabes de maintenir un lien avec «l'Occident arabe», c'est-à-dire avec «l'Andalousie perdue».

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Ce mouvement inédit des monarques de la péninsule serait dû à leurs appréhensions vis-à-vis de la fin du pétrole et de la montée en puissance de l'ennemi héréditaire, la Perse. Cette même peur est présente chez les Israéliens, qui auraient déterminé le processus euro-étasunien de recolonisation de la région, en s'appuyant sur les révoltes populaires et la déstabilisation des Etats. En Afrique du Nord, l'Algérie (toujours selon The Guardian) représente une menace en tant que puissance régionale à fort potentiel de développement, tant sur le plan des ressources naturelles que sur celui des ressources humaines.

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Des plans existeraient pour provoquer son effondrement, en «faisant croire aux Marocains qu'ils seront le noyau de l'empire Almohade reconstitué». D'où le soutien éhonté à la Constitution absolutiste et la mise sous l'éteignoir des manifestations massives qui agitent le royaume alaouite. Les syndromes libyen et soudanais apparaissent immédiatement comme des répétitions de ce qui va être étendu à l'Algérie. Le chaos, suivi du démembrement.

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Du coup, on comprend mieux pourquoi l'Arabie saoudite a préféré renforcer de ses recettes faramineuses les économies occidentales et éviter celles de ses «frères» d'adoption, comme l'Egypte, qui se font saigner à blanc par les prêteurs et dont les peuples dépérissent dans le sous-développement quand les centaines de milliards de dollars suivent les chemins détournés des intérêts bien compris.


Badis Guetaff, L'édito du jour (10 juillet 2011)


Source: LE JOUR D'ALGERIE

samedi, 09 juillet 2011

LA FRANCE S'ISOLE EN LIBYE

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Par Armin Arefi

Après la Russie et le Royaume-Uni, c'est au tour du Congrès américain de prendre ses distances avec l'initiative française d'armer les rebelles.


Après avoir fustigé l'intervention américaine en Irak, la France jouerait-elle désormais le mauvais rôle en Libye ? Paris se trouve en tout cas chaque jour davantage isolé auprès de ses alliés, en dépit de l'annonce mardi de l'abandon du parachutage français d'armes aux rebelles libyens. Après la Russie et le Royaume-Uni, c'est maintenant au tour des États-Unis de prendre leurs distances avec l'initiative française. En effet, la Chambre américaine des représentants a voté jeudi un amendement interdisant au Pentagone de fournir tout équipement, entraînement ou soutien militaire aux opposants de Muammar Kadhafi, sans pour autant couper les fonds nécessaires à la poursuite de la guerre en Libye. À l'origine du vote, le représentant républicain Tom Cole, qui a insisté sur la "responsabilité du Congrès (...) à mettre fin à cette aventure irréfléchie en Libye".

Pour Jean-Vincent Brisset, directeur de recherche à l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris) et ancien militaire de haut rang dans l'armée de l'air, ce vote possède à la fois des portées intérieures et internationales. "Il s'agit d'une réaction logique du Congrès américain qui n'a pas été consulté au moment de l'engagement américain en Libye", explique le chercheur. "Mais c'est aussi un sérieux rappel à l'ordre vis-à-vis de la France et de son interprétation extrêmement limite de la résolution 1973 de l'ONU."

Des missiles en guise d'aide

Les résolutions 1970 et 1973, qui ont ouvert la voie à une intervention occidentale en Libye, sont notamment censées, d'une part, prévoir une zone d'exclusion aérienne visant les forces du colonel Kadhafi et, de l'autre, mettre en oeuvre "tous les moyens nécessaires" pour éviter des exactions contre les populations civiles. Des "moyens" qui ont donc pris la forme de lance-roquettes, de fusils d'assaut, de mitrailleuses et de missiles antichars parachutés par avion dans la région montagneuse du djebel Nefoussa, au sud de Tripoli, a-t-on appris le 28 juin dernier dans les colonnes du Figaro.

Or, c'est avec des mots très durs que Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, a condamné publiquement le 1er juillet l'initiative française, devant un Alain Juppé médusé. Pour le chef de la diplomatie du Kremlin, qui a dénoncé une "violation grave de la résolution 1970", cette résolution permettrait en réalité "à n'importe qui de faire n'importe quoi, n'importe quand". Faux, répond le ministre français des Affaires étrangères, qui met en avant la situation "extrêmement précaire" des populations attaquées par Kadhafi pour expliquer le geste français, qui, selon lui, rentre donc "exactement dans le cadre des résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU". Mais Paris était loin de se douter que la gronde irait jusqu'à gagner son principal partenaire en Libye, c'est-à-dire le Royaume-Uni.

"Une guerre civile"

"Cette résolution ne prévoyait pas d'armer un camp contre un autre dans une guerre civile, à l'intérieur d'un pays dont on avait oublié qu'il n'avait pas vocation à rester uni", estime Jean-Vincent Brisset, qui pense que l'on sous-estime les soutiens dont dispose encore Muammar Kadhafi dans le pays. Tandis que le conflit va bientôt entrer dans son quatrième mois et que Tripoli est toujours aux mains du colonel Kadhafi, cette dernière polémique ne symbolise-t-elle pas l'enlisement d'une coalition dont l'intervention ne devait pourtant pas dépasser la quinzaine de jours, dixit les membres du Conseil national de transition libyen, réunis en mars à Paris ? Et l'ancien pilote de chasse de mettre en cause certaines décisions politiques : "Peut-être les gouvernements engagés auraient-ils dû se concerter avec de véritables connaisseurs de la Libye avant de s'engager."


Source : LE POINT.FR

lundi, 04 juillet 2011

LIBYE-ONU: LE MENSONGE MEDIATICO-SARKOZYSTE


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Commençons cet article par une boutade de Patrick Cohen, sur Facebook : « Ma réponse à Allain Jules: ’’Avec une lecture biaisée et une interprétation à géométrie variable de la résolution onusienne sur la Libye’’ ? Wow ! enfin, il se réveille, l’évangéliste de la prétendue démocratie et des gendarmes du monde… Ce qui se passe en Libye n’est pas mieux que ce que vous avez défendu en Côte d’Ivoire. Je dirais même qu’en Côte d’Ivoire, c’était mieux avec des « élections transparentes » et une demande de recomptage de voix refusée par le camp que vous supportiez … En Libye, il n’y a pas d’élection même s’il y a les mêmes mensonges, truquages et falsifications médiatiques avec, bien sûr, votre touche personnelle ! Qu’est-ce que vous avez bouffé pour changer aussi radicalement du mensonge à la vérité, Mr Allain Jules ? »


Avec une lecture biaisée et une interprétation à géométrie variable de la résolution onusienne sur la Libye, nos médias pratiquent sans vergogne une désinformation abyssale. Aujourd’hui, le président français Nicolas Sarkozy, rencontre certains dirigeants du monde, notamment ceux de la Ligue arabe et de l’Union africaine (UA), pour que ces derniers l’accompagnent dans sa guerre contre la Libye détournée en guerre contre Kadhafi. Or, le guide libyen Mouammar Kadhafi a eu jeudi dernier, bien avant la résolution 1973 de l’ONU, un entretien téléphonique avec le président de la Guinée équatoriale, Théodore Obiang Nguema, président en exercice de l’Union africaine (UA).

L’Afrique pour le règlement du conflit

Il y a une décennie déjà, les Etats-Unis, sous un prétexte fallacieux relatif aux évènements du 11 septembre, avaient décidé d’attaquer  l’Afghanistan. Mal lui en a pris, George Bush Jr., deux années après, président su gendarme du monde récidivait, en s’en prenant à l’Irak. Problèmes irrésolus jusqu’à ce jour. Or,  Kadhafi et Obiang Nguema ont, dans leur entretien parlé de la mise en œuvre de la résolution du Conseil de paix et de la sécurité africaine (CPS) relative à la création d’un panel d’enquête de cinq chefs d’Etat. Ce dernier devrait négocier un accord de paix entre le gouvernement libyen et les insurgés et a exigé une enquête sur les accusations faisant état de l’implication de milliers de mercenaires étrangers dans les activités criminelles en Libye.

On constate en passant que seuls les pays arabes du Golfe sont partie prenante de la guerre contre la Libye. Aucun pays africains ne donnant son aval à cette re-colonisation détournée. On peut détester ou aimer Mouammar Kadhafi mais ne pas rester silencieux face à l’injustice dont il est victime. Les cris d’orfraie ici et là ne sont qu’hypocrisie, mensonge et mépris pour l’Afrique. Dans quel pays au monde peut-on accepter qu’une insurrection armée s’impose ? Imaginons un seul instant, des rebelles prenant Lyon et marchant sur Paris. Que fera l’Elysée ? C’est de cela qu’il s’agit et la création de la dialectique selon laquelle cette opération militaire est à but humanitaire laisse pantois. Par mimétisme des révolutions tunisienne et égyptienne, pacifiques, certains Libyens ont pris des armes. Par ouï-dire donc, après le passage d’un écrivain décati aux yeux de lynx qui aurait vu des morts par milliers et des charniers, pire, décidant pour 66 millions de Français sans en référer au Parlement, il faut attaquer la Libye sans apporter la moindre preuve des « exactions ». Étonnant, non ? La presse française n’en parle pas…

Que veulent BHL, Sarkozy et les autres ?

Sans doute renverser le leader de la Jamahiriya arabe libyenne Mouammar Kadhafi, à défaut de mettre sur pied la partition de la Libye en restaurant la Cyrénaïque (515 av. J.-C) actuel Benghazi en la transformant en État indépendant. Probablement aussi, faire de cette partie de la Libye, une entité autonome à l’image du Kurdistan irakien, pour mieux pomper le pétrole libyen. Cette déstabilisation libyenne a donc une forte odeur de pétrole. Finalement, avoir du pétrole et être vindicatif comme l’est Mouammar Kadhafi est une malédiction. On comprend aisément la servilité des régimes du Golfe qui font des fellations aux Occidentaux. Pourquoi, alors que les révoltes pacifiques sont réprimées dans le sang au Yemen ou à Bahreïn ne voient-on pas de résolution de l’ONU ? Cherchez l’erreur !

A propos de ces régimes arabes du Golfe, il est assez étonnant de ne jamais les voir appuyer les résolutions de l’ONU lorsque l’Institution internationale épingle Israël. Faut-il vous faire un dessein en ce qui concerne l’opération « plomb durci » d’Israël contre Gaza vue par le juge sud-africain juif Richard J. Goldstone comme étant un crime contre l’humanité/ des crimes de guerre ? Passons. Faudrait vraiment avoir la science infuse pour convaincre les pays africains de se lancer dans cette aventure belliqueuse. Mouammar Kadhafi est le principal financier de l’Union africaine (UA) et contribue au développement de l’Afrique. Les dirigeants africains qui s’engageront dans cette forfaiture bhélévienne auront des comptes à rendre à leur peuple, face aux salmigondis sarkoziens…

Mais que dit la résolution de l’ONU ?

Le mensonge médiatico-sarkozyste risque de se retourner contre le président français Nicolas Sarkozy. En effet, tout le monde, même des ministres ont cru bon d’annoncer que les bombardements allaient commencer dès l’adoption de la résolution de l’ONU. Balivernes.  La résolution onusienne demande instamment aux autorités libyennes de protéger les civils, met en place une zone d’exclusion aérienne, le respect de l’embargo sur les armes, le gel des avoirs de l’Etat libyen dans leur ensemble, et la mise sur pied d’un panel d’experts ( La consulter en intégralité). Ceci, pour amener à la paix et rien d’autre. Nicolas Sarkozy, BHL, François Baroin, Cameron et autres Alain Juppé n’ont pas dû lire cette dernière.  Le message appelle en somme, à la fin « immédiate » de « toutes les attaques » contre la population libyenne, sous peine d’une intervention, conformément à la résolution.

Et par conséquent, par la voix de son ministre  des Affaires étrangères Moussa Koussa, après la résolution onusienne,la Libye a cessé toute attaque contre les rebelles. Ces derniers qui ont par ailleurs tué froidement des noirs soupçonnés d’être des mercenaires, entre autres, à Benghazi et non Kadhafi, il n’y a plus rien à faire en principe. Mais, coup de théâtre après l’annonce des autorités libyennes, les rebelles ont recommencé à attaquer. La riposte des soldats loyalistes n’a pas tardé. Surprise: ignorant les crimes des rebelles, Paris, Londres et Washington ont appelé à la fin « immédiate » de « toutes les attaques » contre la population libyenne, sous peine d’une intervention, conformément à la résolution de l’Onu.

Conclusion

Craignant de se retrouver seul, Sarkozy se trouve obligé de faire le pied de grue devant les régimes arabes et l’Union africaine (UA). Un appel du pied qui montre l’amateurisme élyséen. C’est ainsi que deux aventuriers français, BHL et Sarkozy, risquent de se retrouver humiliés et, le pire c’est qu’ils ridiculisent par la même la France.  On a appris par ailleurs que, malgré l’unanimité des politiques de tous bords, en France, il y aura un débat au Parlement qu’ils ont failli fouler aux pieds. Ceci, après que les deux quidams aient craché sur la Constitution ou le Quai d’Orsay. Une pantalonnade en perspective. Le blogueur Alert2neg a bien raison de parler de petit gesticulateur, que dis-je, d’éjaculateur précoce, qui joue les Bush Jr., son mentor.


Source : Le blog d’Allain Jules

dimanche, 03 juillet 2011

GUERRES ETASUNIENNES: LE COUT


L’évolution de la dette américaine
(en milliers de milliards de $ US !)

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Par Maurizio Matteuzzi


Voir : L’horloge de la dette des USA


Des pays surendettés comme la France et, notamment, les USA, en mal de ressources pour redresser leurs économies déclinantes et pour rebondir, mettent le monde en danger. Il faut trouver dans la gestion chaotique de leurs déficits budgétaires, véritables gouffres financiers, l'explication de ces nombreuses crises et guerres entretenues dans le monde (Irak, Afghanistan, Pakistan, Libye, Côte d'Ivoire) avec leurs cortèges de morts, de destruction et d'instauration du chaos. En réalité, tout juste une couverture pour mettre en place la nouvelle régence de la planète Terre. Le Nouvel Ordre Mondial est en marche. DIEU garde l'humanité! Fernand Dindé.


La dette américaine (plus de 13 000 milliards de $ US !) :

Horloge de la dette


Première question : les Etats-Unis d'Amérique pourraient-ils vivre sans que quelque guerre n'alimentât, surtout en temps de crise économique, leur puissant système militaro-industriel ?

Seconde question (ingénument rhétorique) : que pourraient faire les Etats-Unis d'Amérique s'ils destinaient les colossales ressources économiques utilisées pour les guerres à leurs problèmes sociaux ?

Questions qui surgissent à la lecture de l'étude produite par l'Université Brown de Providence, dans le Rhode Island, de la prestigieuse chaîne universitaire Ivy-league. On peut se reporter pour ce faire au site de l'université : « Cost of war, 250.000 lives and up to £4 trillion » et sur le site du quotidien londonien The Independant, qui y a consacré hier un article, synthétisé ainsi : « La guerre au terrorisme s'apprête à dépasser le coût de la seconde guerre mondiale ».

Le coût total pour l'Amérique ( !? pour les Etats-Unis d'Amérique, NdT), des guerres post-11 septembre contre l'Irak et l'Afghanistan, et des opérations militaires corrélées au Pakistan (genre l'Opération Jeronimo contre -le présumé, NdT- Ben Laden), est en voie, étant donné qu'elles ne sont pas encore finies, de dépasser les 4 trillions de dollars (4 mille milliards). Non seulement les guerres les plus longues de l'histoire des Usa, non seulement plus du triple des financements attribués par le Congrès dans la décennie suivant le 11 septembre 2001 (George Bush avait dit que la guerre en Irak coûterait 50-60 milliards), mais aussi déjà quasiment équivalentes au coût de la seconde guerre mondiale, qui pour le Bureau du budget du Congrès se monte, selon les chiffres connus aujourd'hui, à 4.1 trillions de dollars. Et le chiffre ne comprend pas le coût de la nouvelle guerre en Libye, « mineure » par rapport aux deux autres, mais quand même toujours lourde.

Face à cette somme épouvantable, les 1.3 trillions officiellement attribués par le Congrès ne sont que la pointe de l'iceberg. Il faut y ajouter le paiement des intérêts sur l'argent nécessaire pour financer les deux guerres (financées, contrairement aux précédentes guerres étasuniennes, quasiment entièrement avec de l'argent emprunté et qui tôt ou tard devra être restitué) ; les 400 milliards de dollars du coût estimé à l'intérieur des Etats-Unis pour la « guerre au terrorisme » ; les coûts relatifs aux vétérans et aux invalides (de guerre, NdT). A la fin, le compte total estimé par le Watson Institute for International Studies de l'Université Brown atteint les 3.7-4.4 trillions.

Une étude analogue de 2008 conduite par d'autres universitaires (parmi lesquels J. Stieglitz) pour l'Université Harvard s'était arrêtée à 3 trillions. Mais depuis lors, les choses ont empiré car la situation financière des Etats-Unis est beaucoup plus critique du fait de la crise économique globale et d'un déficit du budget fédéral qui tourne autour d'1.5 trillions par an.

Et puis il y a les coûts humains. L'étude de la Brown calcule qu'il y ait entre 250.000 et 258.000 morts. Une petite tranche de ce calcul -6.100- sont les militaires étasuniens, puis viennent les 125.000 morts (civils, NdT) en Irak (chiffre probablement sous-estimé), les 140.000 morts en Afghanistan (sans compter ceux du Pakistan, plusieurs milliers), et les morts indirects (des blessures, épuisement, manque de soins, etc.). Enfin les réfugiés (qui essaient de fuir où ?), entre 7-8 millions.

Il faudrait aussi calculer quelles issues politiques ont produit ces coûts économiques colossaux. Ici le résultat est plus insidieux et incertain. Mais certaines données sont sûres : le monde « s'est libéré » de régimes brutaux comme ceux de Saddam Hussein et des Talibans (en attendant Kadhafi) (on laisse au lecteur le soin de faire une comparaison entre la brutalité de ces régimes et celle des Etats-Unis d'Amérique, NdT) ; mais les Talibans sont encore là, et pour la démocratie « exportée », on ne peut pas dire qu'elle ait fleuri en Irak et Afghanistan (et on verra en Libye) ; et on peut dire, sans controverse (pour l'auteur, NdT), que le plus grand vainqueur de la guerre en Irak est l'ennemi le plus coriace pour les Etats-Unis : l'Iran.

Dernier détail. Ces 4 trillions et quelques ne sont pas le coût total des guerres en Irak et Afghanistan. Seulement celui des Usa...

 

Edition de vendredi 1er juillet 2011 de « il manifesto ».

 

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2...

Traduit de l'italien par Marie-Ange Patrizio.



Source: COMITE VALMY

lundi, 20 juin 2011

LES GROS BRAS GATES ET RASMUSSEN TENTENT UNE NOUVELLE EXTORSION DE FONDS

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Par Lucille Baume

Les caisses du complexe militaro-industriel US sont vides. Le Pentagone a donc envoyé ses gros bras, Robert Gates et Anders Fogh Rasmussen, pour presser ses alliés. Comme tous les racketteurs, ils assurent garantir la « protection » de leurs interlocuteurs.

 

Bien que saisonnière, l'offensive conduite par Robert Gates et Anders Fogh Rasmussen au sein de l'OTAN surprend par son déphasage d'avec la réalité.

Dans son discours d'adieu, prononcé le 10 juin devant le Security & Defense Agenda [1], le secrétaire à la Défense des États-Unis, Robert M. Gates, a souligné que les membres européens de l'Alliance voulaient bénéficier de la protection US, mais étaient pour la plupart incapables d'apporter une contribution significative aux opérations en cours. Il les a donc exhortés à augmenter leurs budgets militaires.

Dans un entretien au Guardian, publié le 15 juin [2], le secrétaire général de l'Alliance Anders Fogh Rasmussen en a rajouté : « L'élargissement de ce fossé économique peut conduire également à un agrandissement du fossé technologique risquant d'entraver les capacités opérationnelles de nos forces entre elles. Les Américains continuent de fournir des équipements militaires plus perfectionnés tandis que les Européens sont loin derrière. Il pourrait devenir éventuellement difficile de coopérer même en ayant la volonté politique de le faire en raison du fossé technologique ».

Au premier abord, ces jérémiades ne sont pas nouvelles. De manière à peu près régulière, le Pentagone sonne l'alarme, annonce que la situation est critique... et tend sa sébile. Habituellement, les Alliés font d'abord la sourde oreille et finissent par mettre la main à la poche. Jusqu'à la prochaine fois. Si le discours n'est pas nouveau, le contexte - lui - a changé, il en résulte un étrange décalage.

Résumons les faits : les États-Unis sont au bord de la faillite. Ils financent leurs armées avec une monnaie de singe, le dollar. Le complexe militaro-industriel s'avérant incapable de se remettre en question et de diminuer son train de vie, le Pentagone entend contraindre ses alliés à s'engager dans des conflits qui ne les concernent pas pour qu'ils y perdent des matériels et des munitions qui leur seront facturés au prix fort.

Rappelons le contexte : en 2010, un État membre de l'OTAN, de l'UE et de la zone euro (la Grèce) ne parvient plus à rembourser ses emprunts. Pour le sauver, il a été convenu non pas de réduire sa dette, mais de l'accroître. Les Etats-Unis, l'Allemagne et la France l'ont renfloué, par le biais de l'UE et du FMI, tout en le contraignant à acheter des avions de combat et des sous-marins pour se défendre contre un autre État membre de l'OTAN (la Turquie). Alors qu'Athènes ferme ses services publics et brade ses entreprises d'État, il se voit obligé d'entretenir un budget de Défense délirant, presque double (en proportion) de celui de la France. Résultat : un an après le pays implose.

Sur le fond, les choses sont limpides : l'OTAN ne protège pas ses membres, mais les rackette - la preuve par la Grèce face à la Turquie -. Et en cette période de crise économique occidentale, le racketteur est plus violent encore.

Le seul à s'en être ému publiquement est, comme à l'habitude, un Français. L'amiral Pierre-François Forissier, chef d'état-major de la Marine, a répliqué que la mobilisation des forces françaises contre la Libye obérerait rapidement leur capacité à défendre le pays. Une déclaration en forme de préavis qui doit se comprendre en se souvenant que l'amiral était opposé à l'engagement du porte-avions Charles-de-Gaulle dans ce conflit.

Le chef d'état-major de la Marine est dans son rôle. Comme l'était celui de l'armée de Terre, le général Bruno Cuche lorsqu'il s'interrogeait sur l'engagement français en Afghanistan et s'opposait au déploiement des chars Leclerc. Cuche a été contraint à la démission par le président Sarkozy à l'occasion d'un accident meurtrier dans une caserne, gageons que le premier prétexte venu sera utilisé par l'Élysée pour se débarrasser de Forissier.

En définitive, la seule question qui se pose est celle formulée par Vladimir Poutine à la conférence de Munich en 2007 [3] : mais pourquoi donc les Européens restent-ils membres d'une alliance qui va à l'encontre de leurs intérêts ?

Lucille Baume

[1] « Farewell speech on Nato », par Robert Gates, Voltaire Network, 10 juin 2011.

[2] « Nato chief Anders Fogh Rasmussen warns of 'two-tier' force », par Julian Borger, The Guardian, 15 juin 2011.

[3] « La gouvernance unipolaire est illégitime et immorale », par Vladimir V. Poutine, Réseau Voltaire, 11 février 2007.

 

Source : RESEAU VOLTAIRE

jeudi, 16 juin 2011

LIBYE: AMNESTY ACCUSE LES REBELLES DE TORTURE ET D'EXACTIONS

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Par Zineb Dryef

 

Quatre mois après le début du conflit en Libye, la confusion règne toujours à l'ouest du pays, en proie à de violents affrontements entre les forces pro-Kadhafi et les rebelles. Aucune organisation humanitaire n'a accès à cette région du pays, les déplacements n'étant possibles que dans les villes libérées par l'opposition.

Donatella Rovera, conseillère sur la réaction aux crises à Amnesty International, est rentrée de Libye après trois mois passés à arpenter les villes de Misratah, Benghazi, Ajdabiya et Ras Lanouf. Son témoignage éclaire certaines zones d'ombres. Entretien.

Rue89 : Vous avez pu rencontrer des mercenaires dans les centres de détention tenus par l'opposition.

Donatella Rovera : Il y a eu une certaine hystérie de la part des médias autour de la question des mercenaires. Le Conseil national de la transition (CNT) a organisé des visites dans les prisons pour que les journalistes « voient » les mercenaires, mais il s'agissait surtout de pauvres jeunes gens terrorisés, pas forcément liés au conflit. Mais ils ont été filmés, photographiés, ils étaient reconnaissables.

Ils ont été libérés puisqu'il n'y avait pas de preuves contre eux. La plupart ont d'ailleurs quitté la Libye. Il n'en reste quasiment plus en détention, peut-être quatre ou cinq à Misrata. J'ai rencontré un jeune Algérien dans une prison de Misrata. Il n'était pas du tout mercenaire, il travaillait dans une pâtisserie. Son patron a dû faire une lettre pour prouver qu'il ne mentait pas.

Vous voulez dire qu'il n'y avait pas de mercenaires ?

On n'a pas vu de mercenaires, sauf si cela s'est passé dans l'ouest où nous n'avons pas accès. Nous avons rentré des étrangers et des Libyens noirs qui ont été pris pour cible par les anti-Kadhafi. Le comportement des combattants de l'opposition à leur égard pose question. Ils ont commis des violations graves.

Quel type d'exactions ?

Les rebelles sont responsables de nombreuses attaques contre les étrangers et les Libyens noirs, soupçonnés d'être des mercenaires. Certains ont été assassinés.

Certains soirs, des raids ont été menés contre toutes les personnes soupçonnées d'avoir été proches du régime et contre celles dont on savait qu'elles avaient travaillé pour le régime de Kadhafi, notamment à la Sécurité intérieure. On a retrouvé des notes près de certains cadavres disant : « C'est le sort réservé aux chiens de Kadhafi. »

Enfin, on a eu connaissance d'actes de torture sur des prétendus mercenaires et sur des soldats faits prisonniers.

Il faut agir maintenant. Les gens du CNT sont contre ces pratiques, je les crois sincères mais ils ne contrôlent pas la situation. Ont-ils vraiment la volonté politique de demander des comptes aux combattants rebelles ?

Sur la question des mercenaires, par exemple, le CNT en a beaucoup parlé au début du conflit, notamment sur Al Jazeera qui est très regardée en Libye. Ces accusations n'étaient pas fondées et ils ont constaté les conséquences de cette légende. Il devraient avoir le courage de retourner sur Al Jazeera et sur la nouvelle chaîne d'opposition libyenne pour démonter cette rumeur et condamner les violences. Mais ils ne le font pas, ce n'est pas une priorité pour eux.

Les enquêteurs de la Cour pénale internationale (CPI) disent avoir des preuves que Mouammar Kadhafi a encouragé les viols en Libye.

On n'a pas pu vérifier ces accusations de viols systématiques. On n'en conclut rien, on continue à chercher.

On a parlé d'un bilan humain très lourd. Plusieurs milliers de personnes tuées par les forces loyalistes.

Je suis arrivée fin février, ce n'était pas encore la guerre mais c'était le plus fort de la répression des manifestations. A Al-Baïda, une soixantaine de personnes sont mortes et à Benghazi, entre 100 et 110 personnes ont été tuées. C'est beaucoup, c'est grave mais ce ne sont pas les milliers de morts annoncés.

Les civils ont surtout payé un lourd tribu à Ajdabiyah, notamment quand ils essayaient de fuir les combats. A Misrata, c'était le pire : les roquettes pleuvaient sur la ville à la fin du mois d'avril. Des centaines de roquettes sont tombées sur les quartiers résidentiels. Des bombes à fragmentation ont été utilisées et éparpillées sur une zone habitée très étendue. Les forces pro-kadhafistes en ont utilisé dans le centre-ville de Misrata. Il y a aussi des mines antipersonnel aux abords d'Ajdabiyah et dans des quartiers résidentiels de Misrata.

Il y a également eu beaucoup d'enlèvements d'opposants au début du conflit et ça continue. Tous ne sont pas combattants. A Misrata, ce sont parfois tous les hommes d'une même famille qui ont été enlevés à leur domicile, même lorsqu'ils n'étaient pas impliqués dans les combats. On en recense plusieurs centaines. Leurs familles n'ont pas de nouvelles. Parfois, on en a vu réapparaître à la télévision libyenne, ils font des aveux forcés du type « j'étais drogué » ou « je suis membre d'Al Qaeda ».

Que peut faire la communauté internationale ?

La communauté internationale n'est pas en mesure d'exiger quelque chose de la part de Kadhafi - sur les disparitions par exemple - mais elle peut user de son influence auprès de l'opposition pour faire en sorte que les tortures et les violences cessent dès aujourd'hui. Même s'il ne s'agit pas d'une pratique généralisée, il faut faire quelque chose.

Photo : des rebelles libyens à Zlitan, près de Misrata, le 13 juin 2011 (Zohra Bensemra/Reuters).

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Source: RUE89