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dimanche, 05 juin 2011

LES CHEMINS INCERTAINS DE LA CONVERGENCE DES LUTTES DES PEUPLES


BOMBARDEMENT LIBYE.jpg

Dans un grand silence l'OTAN décide de frapper encore en Libye


Par Mohamed Bouhamidi


Dans les désormais très lointains cours de philosophie qui ne s'arrêtait pas au syllogisme, les candidats bacheliers pouvaient apprendre que les sociétés primitives vivaient sans Etat et que ce dernier pouvait exister à l'état embryonnaire ou à des stades sophistiqués.

Mais qu'il existe dès qu'un groupe d'hommes, se distingue par une supériorité économique et symbolique sur les autres par ou pour différentes raisons. Mais l'Etat existe dès que ce groupe d'hommes devient capable de s'octroyer le monopole de la violence, de régenter la vie sociale et économique des autres groupes et de «dire le droit». Dans ses formes embryonnaires l'Etat, comme dans ses formes les plus sophistiquées,  consiste à s'assurer un monopole de la violence combinée à une parole appelée le «droit», légitimant la violence et, dans le même mouvement, user de cette force «légitimée» pour faire de cette parole un monopole de l'état.

A la base l'Etat naît dans cette équivoque qui a besoin à son tour de nouvelles équivoques pour perdurer comme expression d'une volonté commune, celle de tous, quand il n'exprime que la volonté de quelques uns d'opprimer le reste en faisant passer cette volonté particulière pour la volonté générale. L'affaire libyenne a porté cette problématique de la volonté de quelques pays d'être le gouvernement de toute la planète mais comme une dame porte le bébé arrivé à terme tout visible dans un  ventre grossi. La décision de l'OTAN de prolonger son agression coloniale en Libye concentre le problème dans un troublant impensé.

Ainsi quelques pays concentrent les moyens militaires considérables et monopolisent le droit de dire le «droit», ils se réunissent en G8 et décident pour le reste du monde en invitant quelques présidents pour faire passer l'impression qu'ils agissent pour le bien de tous - sans se donner trop de peine quand même - et mènent les guerres selon le droit qu'ils ont écrit tous seuls. La régularité des réunions du G8, l'usage d'une force militaire mobilisée en permanence et le monopole de dire le droit à travers le cosmétique de la démocratie sont les éléments fondamentaux d'une gouvernance mondiale en marche depuis la chute du mur de Berlin. Les côtés équivoques ne pèsent plus très lourds de cette gouvernance mondiale qui s'installe avec ses parlements de Davos, ses conseils de ministres du G8 (sous présidence américaine quand même !), ce Tribunal Pénal International. Mais ils restent quand même. Cette gouvernance doit agir et fonctionner sous le signe de la dénégation permanente mais d'une dénégation confirmative. Les dirigeants de ces grandes puissances doivent constamment répéter qu'ils agissent en vertu d'une morale qu'ils espèrent transcrire en «droit».

Mais qui aurait du légiférer ? Quelle instance représentative  universelle ou quel parlement mondial a discuté de ces principes oraux ou a légiféré pour dire ce droit ? Evidemment, aucun parlement. Car la référence à l'ONU gêne par l'origine de cette institution : elle reflète des compromis et des accords entre des «Etats nationaux» disposant de droits égaux et souverains dans leurs pays. Ces ententes qui ont permis de créer l'ONU restent, en leur principe, antinomiques avec cette image que nous brandissent les USA et leurs puissances vassales d'agir au nom d'une « volonté générale». Nous assistons à une phase historique, réellement historique et réellement formidable au sens étymologique. À la légalité internationale née des rapports de forces entre nations après la deuxième guerre mondiale les grandes puissances du G8 veulent opposer la légitimité de principes moraux qu'ils se donnés le droit de proclamer universels. L'«Affaire libyenne» a aussitôt commencée, aussitôt investie de cette fonction : désormais aucun dictateur - lequel, celui qui interdit aux femmes de conduire ? - ne pourra réprimer son peuple - lequel de peuple, celui de Bahreïn ? -  ne pourra réprimer son peuple.

Bien sûr aucun texte juridique, aucun texte de droit, ne vient définir avec précision qui est ou non un dictateur comme hier aucune texte juridique ne précisait la notion de terreur et de terroriste. Une puissance qui a assassiné un million d'irakiens et en a déplacé près de deux millions peut ainsi émettre annuellement un rapport sur les droits de l'homme dans le monde ! Et un rapport attendu dans le monde mais avec une impatience particulière par la presse ultra libérale algérienne en vue de frapper le pouvoir pour mieux frapper l'idée de l'Etat national algérien. Car au fond de quel droit, les USA, même exemplaire sur ce plan là, s'ingèrent-ils dans la vie des autres nations et qu'en dire quand on met Somoza dans la balance ? On peut rétorquer avec facilité : par les liens que les humains se sont tissés dans leurs échanges, par les rapports qu'ils entretiennent. Parlons-en de ces liens ! Ils furent des liens de violence, de pillage, de vols, de cruauté, de soumission.Cette période tragique - tragique pour eux, car cela ne nous concerne que comme victimes - met ces dirigeants impérialistes devant le dilemme de l'habillage des idées. Le maquillage de leurs crimes et leurs mobiles de plus en plus apparents pour les opinions publiques  ne tiennent pas la route bien longtemps.  Très vite le pétrole se met à puer derrière les grands mots de démocratie. Alors la guerre tout court devient tributaire de la guerre des mots, de la guerre de la parole.

De ce point de vue et depuis l'invasion de l'Irak, il faut noter que les grandes puissances ont marqué des points, beaucoup de points. Nous avions assisté à de grandes manifestations contre l'agression américaine sur l'Irak. Nous avions ensuite assisté à moins de protestation pour la Yougoslavie. Nous n'avons assisté qu'à de faibles et épisodiques contestations de l'agression sur la Libye. Que s'est-il passé entre temps ? Comment la conscience des gens en est venue à s'accommoder de ce genre d'intervention aussi bien en Libye qu'en Côte d'Ivoire ? Beaucoup de facteurs entrent en jeu et malheureusement les forces dominantes feront tout pour empêcher la publication d'études sérieuses sur cet aspect des choses. Nous sommes nous fait à l'idée d'une supériorité morale du modèle libéral et de ses corollaires politiques ? Nous sommes nous faits à l'idée d'une légitimité mondiale des USA et des dirigeants européens les plus acquis au capitalisme financier ?  Peut-être. Une information anodine vient de nous apprendre que le tiers des africains appartient désormais aux couches moyennes. s'en suit une analyse qu'on peut accepter ou pas mais dont la ligne de fond est la monétisation de la notion de couche moyenne comme le FMI avait déjà monétisé la notion de pauvreté avec les conséquences dramatiques sur la perception des dirigeants africains de la question de la pauvreté par sa «désocialisation». Aminata Traoré a écrit deux très beaux livre sur cette question («L'Afrique humiliée» et le «Viol de l'imaginaire», disponibles à Alger). La monétisation de cette notion est évidemment importante et singulièrement trompeuse. Découvrir aujourd'hui que le tiers des africains appartiennent aux couches moyennes fait d'abord oublier qu'avant les agressions coloniales et parfois malgré elles les biens disponibles en Afrique et pour les africains ne le cédaient pas de beaucoup aux bien disponibles en Europe ; c'est le pillage colonial qui a creusé la différence. Quoi qu'il en soit l'accès d'un tiers d'africains aux niveaux de couches moyennes  aiguise l'appétit des marchands.

Mais cette info nous éveille aussi que cette notion monétarisée de couches moyennes veut dire aussi couches mondialisées. Dans notre expérience politique algérienne la plus immédiate nous sentons combien ces couches mondialisées sont sensibles aux sirènes ultra libérales et tellement désireuses de se «mondialiser idéologiquement et politiquement». Combien elles aspirent à une intervention étrangère qui les débarrassera des contraintes des frontières nationales et de cette idée surannée de nation. Une deuxième information moins anodine nous apprend que le gouffre financier que les banquiers - ou banksters - ont creusé pour la Grèce dépassera les 300 milliards d'euros.  Même le trésor libyen ne suffira pas à combler le trou.  Partout en Europe l'inquiétude monte et le mécontentement aussi. La peur s'installe chez les gens ; la peur de l'autre aussi. Le nègre, le basané, le jaune, le peau-rouge. Tout ce qui peut cristalliser et donner à la peur du lendemain une image et une possibilité d'exutoire. Alors que les grands dirigeants impérialistes craignent comme la peste la convergence des luttes du Tiers Monde avec celles des classes ouvrières des pays développés ce serait plutôt l'avènement de la conjonction aujourd'hui entre les aspirations «assimilatrices» des couches moyennes mondialisées des pays du sud  avec les peurs des couches moyennes des pays du nord.  Cela veut dire que les convergences révolutionnaires tardent à se produire et que face à cet état mondial du G8 et de l'OTAN l'internationale des peuples d'Egypte à Madrid n'a pas encore tout à fait trouvé sa voie.


Source: LA TRIBUNE ONLINE

mercredi, 25 mai 2011

REVOLUTIONS ARABES: L'HEROÏSME SE DEVALUE AU CHANGE

REFUGIES TUNISIENS.jpg

La «révolution» tunisienne s'est  rapidement invitée dans le débat sur  les frontières intérieures de l'Union européenne (UE). Ils sont des milliers à affluer en Italie, ces Tunisiens plus ou moins  jeunes, à la rencontre du paradis que les polices déchues de Ben Ali et de Kadhafi protégeaient  jalousement. Dès les premiers craquements, ils se sont préparés. Ensuite, ils ont fendu les flots de  la Méditerranée. Mais, y avait-il que l'opportunité de le faire, de fuir la mal- vie et la misère ? Il semble que  non, parce que ceux qui ont eu accès aux médias ont interloqué plus d'un. La première à réagir a été Marine Le Pen qui, cyniquement, a rappelé que les «clandestins» n'avaient plus de raisons de fuir leur pays.

Et des réactions plus explicites ont commencé à fuser, comme celle-ci : «L'espoir est bien là chez eux alors quelles motivations réelles incitent ces personnes à rejoindre notre pays ?» Ou encore celle-ci : «Souci démocratique ? Mais la démocratie naissante en Tunisie n'est pas assez bonne à leurs yeux ?» Ou encore celle-là : «Trouver du travail? Mais la Tunisie va avoir besoin de tous leurs bras pour se construire   sur des schémas nouveaux !» La réponse, inattendue et apparemment incompréhensible, nous vient de l'un des harraga : «Je pensais que je serais accueilli en héros».  Rien que ça !

A Lampedusa, accueilli par la police des frontières, il est conduit tout droit dans un centre de rétention. Des jours et des semaines à attendre, sans égard, sans couverture ni matelas.  Ce qui doit lui traverser l'esprit doit être assez terrible. Il est venu en «héros» et il est traité comme un «moins que rien». Et puis, qu'est-ce qui a  fait qu'il ait cru à ce statut ? Ce sont ces journalistes des télévisions qui parlaient de lui et de tous ceux qui, comme lui, se sont insurgés. Les images étaient belles et les mots ronflants et colorés. Il n'y avait alors aucun doute, il était bien un «héros» puisqu'on le lui a dit. Et là, il est réduit  à un problème dont on ne veut pas. L'Italie d'abord, qu'il veut quitter de toutes façons, car c'est en France qu'il veut se rendre, et la France, ensuite, qui refuse de l'accueillir.

Au point qu'une crise assez intense est née entre ces deux pays. Le premier pour se débarrasser de «ses» Tunisiens leur a tout simplement délivré le sésame qu'il faut, un permis de séjour, la clé de l'Europe, sachant par avance la ruée qu'il allait observer  vers la frontière française. Le permis devant, légalement,  permettre la libre circulation dans l'espace Schengen. Notre harrag et ses amis ne sont pas au bout de leur calvaire. La France installe, immédiatement,  un dispositif  policier quasi hermétique et décrète qu'il faut  avoir un passeport valide et justifier de ressources suffisantes pour pouvoir séjourner dans un autre pays de l'espace Schengen.

«L'Europe ne va nulle part si on érige des murs», s'offusque les Italiens. Peine perdue, la Commission européenne approuve la décision française et rappelle  aux Italiens que les permis de séjour temporaires n'étaient en aucun cas une autorisation de voyager dans les autres pays de l'espace Schengen. Ailleurs, la Belgique prend des mesures similaires alors que l'Allemagne et l'Autriche projettent de faire de même.

Les «héros» doivent comprendre, tel que l'a dit Le Pen pour les «arabes», qu'on ne les aime que chez eux.



Par Ahmed Halfaoui


Source : LES DEBATS.COM

mardi, 24 mai 2011

HYPOCRISIE: KADHAFI, LA «COMMUNAUTE INTERNATIONALE» ET NOUS


SARKOZY ET KADHAFI.jpg

Cette photo est introuvable sur le site de l’Elysée. Selon L'Express.fr (cliquer pour lire), il n'y a plus aucune trace de la visite du leader libyen en France sur le site Elysée.fr. Certains accusent les administrateurs dudit site d'avoir supprimé les photos. La présidence de la République Française dément. Vous avez dit hypocrisie et perfidie ? Fernand Dindé.


[Quand je pense, qu'un certain président de la RF disait que : "l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire..." il y a de quoi rire, les arriérés ne sont pas là où il pense ! L'Afrique, bruissant d'âmes et d'énergies, est en train de laisser sur place les vieux réacs d'Occident, ses birbes et ses contempteurs, et il n'y a qu'à se promener sur Internet pour s'en faire une idée. J-J].


Il faut faire attention au «Baobab qu'on abat» en utilisant des arguments ridicules qui cachent mal des manœuvres d'encerclement.

Je suivais la télévision cette nuit de Dimanche 1er Mai, dans mon salon à New York, lorsqu' à 23H, en Breaking News, le Président Américain est apparu sur l'écran pour annoncer, qu' après qu'il ait donne le feu vert d'agir, Ossama Bin Laden avait été tué dans un raid d'une unité d'élite de l'armée américaine au Pakistan. Une décision politique donc. Une idée m'a tout de suite traversé l'esprit : les militaires de l'OTAN ne pouvaient pas avoir pris l'initiative de bombarder pour tuer, la veille, la résidence familiale de Kadhafi, le Chef d' Etat de la Libye, sans que cela n'ait été en exécution d'un ordre politique de Sarkozy et autres. Il est donc fort probable que le week-end du 1er Mai devait voir être annoncée la liquidation de Ossama Ben Laden et ...de Mouammar El Kadhafi, le caractère absolument criminel de l'assassinat de Kadhafi, dirigeant d'un pays souverain, par les forces coalisées des pays occidentaux devant être couvert par les clameurs de la mort de Ben Laden.

Dieu merci, ce but n'a pas été atteint, sauf la mort sous le bombardement du fils et des trois petits enfants de Kadhafi, qui n'a d'ailleurs suscité aucune expression de regrets à Paris, Londres, Washington... Les bombardements à répétition du Palais de Kadhafi qui sont autant de tentatives d'assassinat, sont le signe d'un échec politique et stratégique, la manifestation d'une impatience enragée de ceux qui ont engagé cette guerre qu'ils croyaient finir en 72 heures.

Malheureusement pour eux, en dépit des moyens technologiques et des systèmes d'armement sophistiqués utilisés, Kadhafi résiste et son régime ne s'est pas effondré. Nos envahisseurs cachés derrière les soit- disant rebelles, pour sortir de l'enlisement, croient tenir la solution en assassinant Kadhafi, pariant ainsi que sa mort entraînera l'effondrement instantané de son régime.

L'objectif de la guerre en Libye, préparée de longue date par les Services secrets français et ayant utilisé le fallacieux prétexte de la protection de civils, en réalité des rebelles armés, n'est pas seulement la prise du contrôle du pétrole et du gaz naturel de ce pays. Dans le viseur des envahisseurs, il y avait les Fonds Souverains Libyens, ces capitaux que l'État libyen a investis à l'étranger. Ils sont gérés par la Libyan Investment Authority (LIA) et sont estimés à plus de 150 milliards de dollars- soit 75. 000 milliards de francs.

Les cercles dominants américains et européens, avant d'attaquer militairement la Libye pour mettre la main sur sa richesse énergétique, se sont approprié ces fonds, dans le plus grand acte de piraterie et de rapine de tous les temps. Cette opération a été favorisée par le représentant même de la Libyan Investment Authority, Mohamed Layas qui, comme le révèle un câble diplomatique publié par WikiLeaks, le 20 janvier, a informé l'ambassadeur américain à Tripoli que la LIA avait déposé 32 milliards de dollars dans des banques américaines. Cinq semaines plus tard, le 28 février, le Trésor Américain les a soi-disant «gelés».

Selon les déclarations officielles, c'est «la plus grosse somme d'argent jamais bloquée aux États-Unis», que Washington garde «en dépôt pour l'avenir de la Libye». Elle servira en réalité pour une injection de capitaux dans l'économie américaine toujours plus endettée. Quelques jours plus tard, l'Union européenne a «gelé» de son coté environ 45 milliards d'euros de fonds libyens, pour en faire un usage similaire.

Martyr du Panafricanisme

Le ''premier crime'' que les nouveaux maîtres du monde imputent à Kadhafi et tentent d'en corriger férocement les manifestations est son Panafricanisme militant. Ainsi, il était connu que l'assaut sur les fonds libyens aura un impact particulièrement fort en Afrique. Ici, la ''Libyan Arab African Investment Company'' a effectué des investissements dans plus de 25 pays, dont 22 en Afrique sub-saharienne, et programmait de les augmenter dans les cinq prochaines années dans les secteurs minier, manufacturier, touristique et dans celui des télécommunications, où la Libye a contribué de manière décisive à la réalisation du premier satellite de télécommunications de la Rascom (Regional African Satellite Communications Organization), qui permet aux pays africains de se rendre indépendants des réseaux satellitaires occidentaux, et de réaliser des économies annuelles de centaines de millions de dollars.

Beaucoup plus importants encore auraient été les investissements libyens dans la réalisation des trois organismes financiers lancés par l'Union africaine et qui auraient contribué à asseoir l'émancipation monétaire et financière du continent noir: la Banque africaine d'investissement, dont le siège est à Tripoli ; le Fonds monétaire africain, basé à Yaoundé (Cameroun) ; la Banque centrale africaine, installée à Abuja (Nigeria). Le développement de ces organismes devait permettre aux pays africains d'échapper au contrôle de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, tous deux instruments de domination néocoloniale, et devait marquer la fin du franc Cfa, la monnaie que sont obligés d'utiliser 14 ex-colonies françaises.

Le gel des fonds libyens assène un coup très dur à tout le projet. Notamment, si la Banque Centrale Africaine voit le jour, les dépôts au compte d'opération des réserves des pays de la zone CFA cesseront et les positions du Trésor Français en seraient fragilisées. L'hystérie interventionniste du Président Français, Nicolas Sarkozy, et du Premier ministre Britannique David Cameron dont le pays est lié inextricablement à la France s'explique donc, non pas par l'amour des ''civils- rebelles- armés'' libyens, mais par les conséquences qu'auraient pour leurs pays l'émancipation monétaire de nos nations, dont Kadhafi était l'architecte et l'artisan.

Le second ''crime'' imputé à Kadhafi est qu'il est en passe de gagner la guerre de l'Eau et de se présenter comme un réel challenger du Grand Capital. La Libye et l'Egypte se partagent un véritable océan souterrain d'eau douce, le ''Nubian Sandstone Aquifer'' dont les réserves s'élèvent à 200 années de débit du Nil en haute saison. Depuis plus de 25 ans, Kadhafi a lancé le '' GMMRP- Great Man-Made River Project'', qui est un réseau de 4000 km de pipeline qui procure de l'eau à toutes les villes côtières libyennes, de Tripoli a Benghazi en passant par Syrte.

Dans une deuxième phase, il est prévu que le GMMRP alimente un système d'irrigation en direction du Sud qui rendra vert le désert du Sahara et le Sahel, ouvrant ainsi des possibilités insoupçonnées de production agricole dans ces immenses régions qui pourraient devenir le grenier du monde au 22eme siècle, arrachant a l'Occident sa place de premier producteur de céréales et de produits alimentaires du monde.

Kadhafi a engagé 85 milliards de dollars dans cette entreprise pharaonique sans en solliciter un seul de la Banque Mondiale- quel mauvais exemple !!!- et en défiant les ''trois sœurs'' - Veolia (autrefois Vivendi), Suez Ondeo (autrefois Générale des Eaux) and Saur - les compagnies françaises qui contrôlent 40% de la production mondiale de l'eau.

Quand on met côte à côte ce pari titanesque et sa contribution décisive dans la mise en place de RASCOM, ces cas font que pour le Grand Capital Occidental, Kadhafi est devenu l'homme à abattre à tout prix autant pour ses velléités d'indépendance que pour son audace et son impertinence.

Le troisième ''crime'' de Kadhafi est de n'avoir jamais voulu s'enrôler dans toute organisation qui affaiblirait ou freinerait la mise en place de l'Union Africaine. Son refus de participer à l'Union pour la Méditerranée en a enragé la France de Sarkozy - à qui par ailleurs, il a refusé d'acheter les avions Rafales- car un espace méditerranéen intégré est l'un des leviers sur lequel compte ce pays pour se redonner du souffle, lui qui est si impuissant à résoudre le problème du déclassement de son économie et n'entrevoit d'autre issue que les reconquêtes coloniales. Les Anglo-saxons sont prêts à lui concéder au détriment de notre continent quelques os à ronger. C'est ainsi qu'il faut comprendre sa férocité manifestée hier en Côte d' Ivoire, et que l'on revoit aujourd'hui en Libye.

Les Nouveaux Barbares

L'agression contre la Libye est l'illustration du monde sans loi que ceux que nous appellerons : "l'empire"- en minuscule s'il vous plait ! - instaure de manière éhontée. Certains chroniqueurs en verve les appelleraient d'ailleurs sans trop abuser '' Les Nouveaux Barbares''.

L'empire, "puissante machine du mensonge" qui s'affuble du nom usurpé de ''la Communauté internationale'' et dont l' ONU est désormais le bras séculier, a deux objectifs clairement discernables : Premièrement, détruire tout dirigeant de l'espace afro-arabe qui pourrait initier et soutenir un projet politique qui affranchirait nos pays de sa domination ; deuxièmement, s'accaparer des ressources financières et imposer à la tête des pays riches en matières premières, des dirigeants qui lui sont, non pas seulement acquis, mais soumis.

Ce n'est pas seulement Kadhafi que les ''Blancs'' veulent tuer, c'est le symbole qu'il représente. C'est le rêve d'émancipation réelle de nos peuples qui est entrain d'être assassiné. C'est l'Afrique dont les richesses ont toujours nourri les convoitises de l'Occident. C'est ce Baobab qu'on abat, pour voir nos enfants hériter de pays qui ne seraient souverains que de nom. C'est la réécriture à l'envers de l'Histoire des 100 dernières années, où se retrouvent à la manœuvre deux des maîtres colons d'hier, la France et l'Angleterre. Triste perspective qui constitue pour le peuple africain un nouveau défi, ou à nouveau un défi, si on croyait l'avoir relevé.

Ultime recours

Et pourtant, les faits et les chiffres parlent et rendent un verdict irréfutablement positif sur une gestion politique, financière et économique exemplaires de la Libye par Kadhafi. En Libye, il n'y avait ni prisonnier politique, ni dissident crédible. S'il en existait un, son nom serait claironné sur tous les médias de l'empire en nouveau Lech Walesa ou Vaclav Wavell. Ce pays était entrain de réussir, avec la Jamarhiya, un système de démocratie directe organisée en comités populaires, un modèle politique et économique original, avec 0% de taux de chômage à comparer aux taux de 9.9% de l'Union Européenne et de 8.8% des USA. C'est un pays où les soins de santé et l'éducation sont gratuits, à comparer aux Etats Unis où plus de 40 millions de personnes n'ont aucune couverture maladie ; un pays où tout adulte est propriétaire de sa maison et de sa voiture.

En Libye, 7.5% de la population vit en dessous de la ligne de pauvreté contre 14,3 % aux USA et... 48% au Cameroun. Ces chiffres confirment que les causes de la '' rébellion'' ne sont pas endogènes, mais d'essence extérieure.

Fait le plus remarquable, Kadhafi a su éviter à son pays le '' syndrome hollandais'', ce grave déséquilibre économique causé par un apport massif de ressources financières par l'exploitation du pétrole ou du gaz naturel. Des pays aussi variés que les Pays Bas, le Royaume Uni, et tous les pays pétroliers d'Afrique Centrale en ont été, à un moment donné, victimes.

Les pays et les peuples africains se retrouvent sans une organisation établie en pacte de défense collective qui pourrait les soutenir populairement, diplomatiquement, les protéger militairement. La créer serait donc la mission du nouveau panafricanisme dont l'esprit, la doctrine et les actes étaient inscrits dans les actions de Kadhafi.

C'est ce qui doit prévaloir aujourd'hui dans nos pensées, notre discours et notre démarche, c'est un engagement total pour l'avènement des structures et des institutions africaines, une Union Africaine des Peuples qui, seule, peut être notre bouclier contre les convoitises prédatrices des ''nouveaux barbares''. Tel devrait être notre message aux générations futures.


Célestin BEDZIGUI

http://celestinbedzigui.blogs.nouvelobs.com/
Economiste, Poète, Essayiste
Chairman, Global Democratic Project,
En exil aux USA
BIOGRAPHIE


Autres articles intéressants de l'auteur :

Guerre contre la Libye : Prétexte humanitaire et Volonté de domination impériale :

http://celestinbedzigui.blogs.nouvelobs.com/archive/2011/...

LE VRAI DEBAT :

http://www.cameroon-info.net/stories/0,26302,@,le-vrai-de...


Pour développer son info :

Emeutes de février 2008 : Célestin Bedzigui demande une enquête de l'Onu :
http://www.africapresse.com/actualite/news-50/25/02/2010/

17:46 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, Etats-Unis d'Amérique, Europe, France, Libye, Monde, Monde arabe | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : monde, afrique, libye, kadhafi et nous, célestin bedzigui | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

vendredi, 20 mai 2011

L'OTAN PEINE A ATTEINDRE SES OBJECTIFS: LA PANNE DE LA DETTE AMERICAINE ET L'EUROPE VASSALE

 

MIRAGE OTAN PARTANT POUR LA LIBYE.jpg

Par Mohamed Bouhamidi



Dimanche et lundi de cette semaine qui s'écoule,  deux informations se côtoyèrent sans se télescoper. La première nous apprenait que le gouvernement américain, dont l'idéologie économique inspire si profondément nos ultralibéraux locaux ou expatriés, avait atteint le plafond de l'endettement autorisé. Ce plafond culmine à plus de quatorze mille deux cent quatre-vingt-quatorze milliards (vous avez bien lu 14 294 milliards) de dollars. Il reste une seule option pour le gouvernement américain : diminuer ses dépenses et fermer des écoles, des centres de santé, des centres sociaux et des centres d'aide aux plus pauvres. Des pauvres, de plus en plus il en existe aux Etats-Unis et les expulsions des familles de leurs logements ont atteint des records et se comptent en centaines de milliers. Ces pauvres n'ont pas encore leur Charlie Chaplin et ses films poignants sur leur détresse. Ils n'ont plus ces syndicats-courage qui affrontaient les milices de la maffia (vous avez aussi oublié que le patronat et les gouvernements américains ont utilisé la maffia pour mater puis tuer les syndicats de classe ? Revoyez vite Sur les quais et relisez vite Manhattan Transfert). Les travailleurs américains n'en sont pas moins capables de retrouver le chemin des luttes sociales et des luttes de classes.

Et tout le dispositif de pillage planétaire qui payait, sur le dos des autres peuples, le niveau de vie qui permettait aux Américains de base de se satisfaire d'une vie à crédit. La somme astronomique du plafond d'endettement de l'Etat avait permis et permet encore aujourd'hui de faire des Etats-Unis la principale base militaire et politique du capitalisme mondial. Les autres grandes puissances ont aussi servi de base à leurs capitalismes locaux devenus des «capitalismes dominés» à la suite de la Seconde Guerre mondiale, des capitalismes sous protection face à la «menace soviétique» ; entendez par là face à la menace de leurs propres peuples en butte à la surexploitation capitaliste. Les colonies avaient permis aussi à ces puissances de payer un niveau de vie qui éloignait les menaces internes et cela explique largement, par ailleurs, la vocation coloniale et l'impérialisme humanitaire à plusieurs géométries variables de socialistes ou socio-démocrates européens. Même sans le grand Charlot, même sans de puissants syndicats de classes, les travailleurs américains peuvent retrouver les chemins de la lutte et se doter d'organisations de classes - partis et syndicats. Les dernières luttes du Wisconsin  pour la préservation du droit des travailleurs à mener des négociations collectives (eh, oui !) nous le montrent bien.

Dans la grande démocratie américaine, un Etat interdit désormais aux travailleurs  de mener des négociations collectives et enlève toute signification à l'existence des syndicats dont c'est la seule justification sociale ! L'idéologie du management aura triomphé jusqu'au bout dans cet Etat. Le feu est donc dans la maison américaine, et il constitue une sérieuse menace. Cette interdiction de lever de nouveaux crédits pour le fonctionnement des services de base transformerait les Etats-Unis en pays du tiers-monde sur le plan social et induirait une quasi-faillite accompagnée d'un effondrement du dollar. Les Républicains finiront par accepter un arrangement avec les Démocrates en imposant certaines de leurs conditions car, comme Obama et les siens, ils sont là pour sauver le capitalisme et lui assurer encore plus de chances pour des profits encore plus élevés. Les Républicains, comme les démocrates, n'ont d'ailleurs pas le choix, face à la gravité de la crise,  que d'aller vers une gestion politique unique. Les grands centres financiers qui ont rassemblé les sommes délirantes de la campagne électorale d'Obama savaient déjà que la profondeur et la gravité de la crise exigeaient une convergence des deux grands partis américains. Maintenant, nous apparaît dans toute son étendue la signification du maintien de Républicains dans des postes clés de cette administration démocrate. Comme se trompaient les éditorialistes et analystes qui voyaient dans la volonté consensuelle d'Obama le trait d'un caractère hésitant et porté à la conciliation. Même Fidel Castro et bien d'autres dirigeants du monde se sont laissés induire en erreur par l'image qu'Obama s'est construite.

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En fait, derrière le prix Nobel de la paix se dévoile jour après jour un intraitable homme de guerre en charge de couvrir de son sourire charmeur la politique de Bush agressive. Obama défendra le leadership mondial des USA avec la dernière et donc la seule carte qu'ils possèdent encore : la suprématie militaire. Obama doit mener une politique guerrière en vue de faire payer les déficits américains au monde entier et les alliés des USA doivent la faire à la place des Etats-Unis pour ces mêmes considérations budgétaires qui obligent la Chine et d'autres pays à payer pour les USA leur déficit, leur endettement et leurs emplois. Les USA ne peuvent plus attendre une solution à la crise ; ils doivent aller chercher eux-mêmes et au besoin la faire chercher par leurs alliés. L'évolution de la position italienne en reste le meilleur indice : Berlusconi n'avait pas à exprimer des intérêts italiens dans l'affaire libyenne mais s'aligner sur les Américains. Il l'a fait avec quel sens du rapport de force et quel sens de l'obéissance ! L'Italie cherchera autrement qu'avec El Kadhafi les contrats qui peuvent alléger ses dettes et la crise qui frappe à sa porte. Dans cette affaire libyenne on a voulu nous faire avaler bien des couleuvres, de l'«influence» de BHL qui a rendu de bien grands services à ses maîtres du capital, à la fiction d'une révolution. Une nouvelle vérité planétaire en sortira pourtant toute crue : l'Europe menée par les deux sionistes Cameron et Sarkozy, c'est-à-dire par les deux plus pro-Américains des dirigeants actuels de l'Europe, est passée officiellement de statut d'alliée des USA à celui de vassale. En clair, il n'existe plus pour les Européens de solution européenne. Ni monnaie unique, ni défense commune, ni économie commune, ni diplomatie commune. La solution pour tous, c'est l'alignement sur les USA. Et c'est une bien grosse erreur que de se laisser impressionner par cette Europe vassale même dans les négociations sur l'accord d'association.

L'Europe peut-elle faire face à la crise qui la secoue sans les USA ? Evidemment, non. Le gouffre grec a déjà englouti plus de 120 milliards d'euros et le pays se débat dans de nouvelles difficultés. Le Portugal, l'Espagne, l'Italie ne sont pas à meilleure enseigne. Le gouvernement français multiplie les mesures préventives dont le symbole est aujourd'hui moins de classes pour plus d'élèves. L'Angleterre ne va pas mieux. Pour elle comme pour les USA l'équation est la même et elle est simple : pour garder des taux de profits élevés pour le capital il faut réduire toutes les structures sociales, de l'hôpital à l'école publique et empêcher que le mécontentement des citoyens ne se retourne contre le capital. Alors l'argent qui manque, il faut le chercher ailleurs. (Nos enfants apprennent-ils que l'occupation française commença exactement de cette façon, par une histoire de dettes et de crise financière en France ?). Le chercher ailleurs par la force en s'emparant directement des richesses comme en Irak ou en mettant un peu partout des Ouattara et des Karzai.Au même moment que la Réserve fédéral et l'administration américaine cherchaient des solutions au problème de cessation de paiement, le chef de l'état-major britannique demandait l'élargissement des cibles militaires en Libye. Dans les médias dominants on nous raconte tous les jours la belle histoire d'avions qui mènent des «frappes» ouvrant la voie aux partisans de la liberté. Ces médias font tout pour faire croire à un bon déroulement de l'agression et inventent des exploits là où  l'Otan ne commet que des crimes. Pour les dirigeants des grandes puissances, la manipulation est devenue vitale. L'opinion publique doit croire aux exploits de ses soldats et trouver au moins un motif de satisfaction dans la conduite de la guerre, consumer leur agressivité sur des bicots-nègres et retrouver le sentiment de supériorité du petit Blanc qui laisserait à la fois du répit à Sarkozy et consorts européens et donnerait au petit citoyen européen du coin le sentiment de naviguer plus haut que l'Arabe. Le chef militaire anglais avoue quand même que les bombardements n'ont pas produit les effets escomptés. Nous sommes passés d'une estimation guerrière de trois jours pour liquider Kadhafi, à quelques jours ou semaines, puis à quelques semaines mais pas des mois, à quelques mois puis maintenant à une demande de bombardements «élargis».

L'aviation et les missiles de croisière mobilisés pour abattre Kadhafi ont théoriquement la capacité de détruire n'importe quel autre pays. Et aucun, absolument aucun dictateur n'aurait tenu sous ce déluge de feu. La guerre des mots et des concepts qui est l'autre versant de cette guerre des colonisateurs-croisés (comme elle l'est de toutes les guerres) commence à atteindre ses limites. Approfondissement de la crise du capitalisme avec ses conséquences guerrières et belliqueuses, d'une part, et impuissance des organisations politiques et militaires (Etats capitalistes plus l'Otan) de mener des guerres asymétriques, de l'autre. La fin de l'hégémonie américaine ressemble à s'y méprendre à l'agonie de l'Empire romain qui a rendu l'âme sur notre sol sous le coup d'une insurrection commencée avec Donat et Cyprien et achevée après Gédéon. Pour faire face à sa crise financière, il fallait à Rome des impôts et des tributs plus lourds que seules des guerres pouvaient assurer mais qui coûtaient plus cher que les revenus générés. Comme dans la Rome antique, il faut aujourd'hui du pain et des jeux pour calmer les frondes sociales. La télévision et le football  assurent les deuxièmes mais il est de plus en plus difficile d'assurer le premier.

Comme dans la Rome antique, le sexe et l'argent tiennent lieu d'exorcisme quotidien à des populations en perte de statut social partout en déchéance et en déshérence sociales.En Libye le «Bédouin» a tenu tête aux puissances occidentales coalisées ; à toutes ces puissances occidentales. Il est devenu le grain de sable qui bloque la machine de l'agression et de la rapine et l'empêche de nous toucher tout de suite. Le «Bédouin» suscite aujourd'hui la haine viscérale de tous les ultra libéraux et particulièrement les ultra libéraux algériens tapis dans le pouvoir politique, économique ou médiatique qui espéraient un «traitement» de l'Algérie dans la foulée des «trois jours» que s'accordaient les coalisés pour descendre Kadhafi comme Israël s'était donné une semaine pour descendre le Hezbollah. La haine de Kadhafi grandira en fonction de sa résistance. La coalition a déjà perdu une bataille en échouant dans son  objectif de se débarrasser rapidement de Kadhafi. Medvedev s'est mis dans la partie et il veut intimider le dirigeant libyen et obtenir son départ pour complaire aux Américains et bénéficier de leur soutien dans la course prochaine au Kremlin qui l'opposera à Poutine. Dans ce total isolement, le peuple libyen continue de résister.

L'histoire jugera ceux qui en Algérie ont fait des pieds et des mains pour nous entraîner dans l'immobilisme en croyant faire œuvre de «théorie» en renvoyant dos à dos Kadhafi, «le dictateur», et les agresseurs coalisés. La même astuce avait réussi pour Saddam Hussein mais on ne pourra plus demander d'avis à un million d'Irakiens morts de démocratie. Face au CNT, composé essentiellement d'anciens responsables libyens gagnés à la religion du libéralisme qui veulent aller plus vite et plus loin  dans la communion mondialisante avec les Camdessus et autre Dominique Strauss-Kahn, le peuple libyen et ses dirigeants, dont El Kadhafi, sont en train de défendre aussi une idée : celle de l'Etat national alors qu'on nous annonçait le temps venu de refaire les frontières des indépendances. Les femmes et les hommes honnêtes prendront-ils la pleine conscience de l'enjeu planétaire qui se joue en Libye entre un capitalisme en crise structurelle et avide de profits et de ressources, d'une part, et, d'autre part, des nations plus que jamais en nécessité de leurs ressources et de leur autonomie politique ? Nous le saurons quand du monde entier, et d'abord de notre pays directement menacé, se lèveront les protestations et les masses mobilisées contre l'agression colonialiste-croisée et pour le soutien à la nation et à l'Etat libyens  dans la défense de son indépendance et de son intégrité contre l'impérialisme et ses agents du CNT.


Source: LA TRIBUNE ONLINE.COM

vendredi, 13 mai 2011

LA BALKANISATION DE LA LIBYE: LES PLANS DES ETATS-UNIS ET DE L'OTAN

 

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Mahdi Darius Nazemroaya


Cet entretien avec Mahdi Darius Nazemroaya réalisé le 26 avril 2011 traite de l'impasse de la guerre en Lybie, et de la stratégie du Pentagone et de l'OTAN pour diviser ce pays. Il aborde également le rôle de la Turquie et de l'Allemagne, ainsi que les plans de l'Union européenne d'envoyer une force de maintien de la paix. Il souligne l'importance économique de Misrata.


XU JINGJING : Il semble que la coalition occidentale ait ralenti ses actions durant les trois dernières semaines. À votre avis, quelles sont les raisons de cette impasse ?

NAZEMROAYA : L'impasse en Libye est calculée. Les États-Unis et l'OTAN veulent maintenir une impasse stratégique entre le Gouvernement libyen à Tripoli et le Conseil transitoire à Benghazi. Ils se servent de cette impasse pour manipuler à la fois Tripoli et Benghazi. Plus les parties seront fatiguées et affaiblies, plus elles seront disposées à se tourner vers les États-Unis et ses partenaires de l'OTAN pour mettre fin au conflit. Le Conseil transitoire sera également enclin à faire davantage d'offres aux États-Unis et à l'UE. Le régime libyen à Tripoli demandera aux États-Unis et a l'UE de mettre fin au conflit et fera aussi des concessions. Les États-Unis et l'UE veulent que les deux côtés, à Benghazi et à Tripoli, soient plus dépendants de Washington et de Bruxelles comme arbitres de la situation en Libye.

Le résultat final sera que la Libye va se transformer en ce que les États-Unis et l'Europe de l'Ouest voulaient qu'elle soit depuis la fin de la seconde guerre mondiale en 1945. Leur objectif est de faire de la Libye un pays divisé. Ils sont experts en cela. Ce sont des experts à dresser les gens les uns contre les autres et à détruire des nations.

Ils ont divisé les Arabes qui devraient n'être qu'une seule nation. Ils ont contribué à diviser le peuple de l'Inde. Ils ont divisé les Slaves du sud dans les Balkans. Ils ont divisé les peuples de l'Asie du Sud-est. Ils ont travaillé à diviser l'île de Taiwan de la Chine continentale. Ils ont œuvré pour que l'Ukraine se batte contre la Russie. Avec Israël et l'Arabie Saoudite, ils ont divisé politiquement les Palestiniens et les Libanais. Maintenant les États-Unis et l'UE ont l'intention de diviser davantage les Arabes, et de créer aussi des divisions dans les pays d'Afrique et d'Amérique du Sud. Et ils continuent à diviser les musulmans en les identifiant comme chiites ou sunnites. Ils continuent aussi à travailler d'arrache-pied pour diviser la Russie, l'Iran et la Chine.

Avant 1951, les États-Unis, la France, l'Italie et la Grande-Bretagne avaient tous des accords entre eux pour diviser la Libye en sphères d'influence et ils ont même tenté d'empêcher la Libye de devenir un pays uni et indépendant. Ces puissances impérialistes voulaient à l'origine que la Libye soit divisée en trois territoires distincts. Le peuple libyen s'y est farouchement opposé.

Washington, Londres et Paris ont même eu des entretiens avec l'URSS sur l'établissement de trois mandats des Nations Unies appelés tutelles en Libye. Un de ces mandats aurait concerné la Cyrénaïque sous contrôle britannique, un autre le Fezzan sous contrôle français et le dernier la Tripolitaine sous contrôle italien. Les États-Unis supervisant l'ensemble. Mais les Soviétiques avaient des idées différentes sur la question et désiraient le mandat en Tripolitaine ou le partager avec l'Italie. Finalement, aucun accord ne put être conclu et la Libye devint indépendante après un débat à l'ONU.

Quand les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France et l'Italie tombèrent d'accord pour donner l'indépendance à la Libye, il fut décidé que cela se ferait sous la forme d'un État fédéral sous la férule du roi Idris. Idris fut placé comme chef de l'État libyen par les Britanniques et les puissances coloniales et, dans le cadre de ce système fédéral, les autres petits émirs dirigeraient la Cyrénaïque et le Fezzan et seraient les représentants non-élus de ces deux territoires.

En Tripolitaine, où se concentrait la vaste majorité de la population libyenne, les représentants libyens seraient choisis par le peuple, mais dans le cadre d'un système fédéral qui donnerait une importance équivalente à la Tripolitaine, à la Cyrénaïque et au Fezzan. Les représentants choisis par le peuple libyen seraient ainsi placés en minorité face aux émirs et aux cheikhs.

Dans le système fédéral souhaité par Washington, les émirs non élus représentant les populations plus réduites de la Cyrénaïque et du Fezzan seraient majoritaires dans l'Assemblée nationale libyenne. Ce que les États-Unis et leurs alliés essayaient de faire était d'éliminer toute forme d'auto-détermination de la part des Libyens. Les États-Unis et leurs alliés tentaient de transformer la Libye en un émirat comme le Bahreïn, le Qatar, le Koweït ou les Émirats Arabes Unis.

Aujourd'hui les États-Unis et l'UE sont en route pour imposer un nouveau système fédéral en Libye ou pour diviser le pays entre au moins deux administrations, à Tripoli et à Benghazi. Ces pays poussent à une guerre tribale en Libye, ce qui transformerait le pays en une seconde Yougoslavie. Les guerres tribales en Libye se répandraient au-delà des frontières de la Libye dans le reste de l'Afrique, de l'Afrique de l'Ouest à l'Afrique centrale et à l'Afrique de l'Est.

XU JINGJING : Les négociations politiques sont-elles dans une impasse ou au-delà ? Comment voyez-vous ces pays attribuer les obligations de la guerre et les intérêts de l'après-guerre ?

NAZEMROAYA : Les Britanniques ont élaboré un schéma selon lequel les membres arabes de la coalition contre la Libye enverront leurs troupes en Libye ou financeront une armée massive de mercenaires étrangers.

Une invasion terrestre partiellement privatisée de la Libye aura lieu. À cet égard, les Britanniques veulent que les pays arabes comme le Qatar et les Émirats Arabes Unis financent des mercenaires britanniques et américains en Libye. Comme les Britanniques l'ont déjà fait à Oman il y a plusieurs années, Londres va même autoriser des membres de l'armée britannique à quitter temporairement l'armée pour aller travailler ou combattre en Libye comme mercenaires. Voilà pourquoi les États-Unis étaient contre l'inclusion d'un article dans la résolution de l'ONU 1973, qui aurait permis de poursuivre en justice des mercenaires étrangers qui ne sont pas parties à la cour internationale de justice.

Alors que les États-Unis ont été chargés de diriger l'attaque contre la Libye, ce seront les Européens de l'Ouest qui se chargeront de l'occupation.

L'UE veut maintenant occuper la Libye. Ils le feront sous la couverture d'un mandat d'une force de maintien de la paix. Ceci ne fera que diviser la Libye plus avant. Et ce sera sous les yeux d'une force de maintien de la paix de l'UE que les deux gouvernements de Tripoli et de Benghazi s'éloigneront irrémédiablement l'un de l'autre. Très probablement, la Libye sera gouvernée par deux gouvernements séparés ou dans le cadre d'un système fédéral.

Les États-Unis et l'UE ont contribué à créer à Benghazi une nouvelle banque centrale, ainsi qu'une nouvelle compagnie pétrolière nationale. Les États-Unis veulent sans doute se positionner militairement en Libye et peut-être même essayer d'y établir plus tard le QG de l'AFRICOM. Wall Street et les grosses banques européennes géreront également les finances de la Libye. Le secteur de l'énergie sera partagé entre les États-Unis et l'UE, avec l'inclusion du Qatar en récompense à son émir pour les services rendus. Celui-ci est déjà responsable de l'accord entre la nouvelle compagnie pétrolière nationale à Benghazi et Al Jazeera a également contribué à créer les stations médiatiques du Conseil national transitoire.

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XU JINGJING : Voyez-vous des dissensions au sein des pays de la coalition se battant contre Kadhafi ? Ont-ils des buts et des intérêts nationaux différents ?

NAZEMROAYA : Je ne vois aucune preuve de dissensions majeures entre les États-Unis et leurs alliés. S'il y en avait cela ne pourrait se produire qu'entre la partie anglo-américaine d'un côté et franco-allemande de l'autre. Ce sont les deux piliers de l'OTAN. Tout le monde au sein de l'OTAN suit un de ces fronts.

Il a été dit que l'Allemagne et la Turquie ont des vues opposées à celles des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France. Avec Rome quelque part entre les deux. Mais les actions des dirigeants de ces pays en disent plus long que leurs paroles. Le gouvernement allemand a soutenu la guerre dès le début. Parce que le peuple allemand ne l'aurait pas permis, Berlin n'a pas pu prendre directement part à l'attaque contre la Libye. Ce que le gouvernement allemand a fait en revanche, est d'envoyer plus de ressources militaires en Afghanistan de façon à ce que davantage de ressources de l'OTAN puissent être consacrées à la Libye.

La Turquie et l'Allemagne auraient pu empêcher l'utilisation de l'OTAN si elles avaient vraiment été contre cette guerre. Un des QG opérationnel de cette guerre est basé en Turquie. La Turquie est aussi l'autorité administrative à l'aéroport de Benghazi et elle fournit une aide dans les opérations navales contre la Libye.

Oui, il y a des intérêts divergents entre le bloc américano-britannique et le bloc franco-allemand, surtout en ce qui concerne le contrôle des réserves énergétiques en Libye et en Afrique du Nord. Contrairement aux États-Unis, les pays de l'UE sont dépendants de l'énergie libyenne, en particulier l'Italie. Il est dans leur intérêt stratégique de contrôler les ressources pétrolières et gazières en Afrique du Nord. Si Washington et Londres gagnent le contrôle majeur de ces réserves, ils contrôleront la sécurité énergétique de l'UE. Mais je crois que les États-Unis et l'UE travaillent en associés en Afrique du Nord et coordonnent en fait des opérations contre la Chine et ses alliés en Afrique.

XU JINGJING : Les combats dans la ville de Misrata attirent toute l'attention maintenant. Que pensez-vous de l'importance de cette ville ? Comment le résultat de cette bataille peut-il influer sur les mouvements de l'opposition libyenne ?

NAZEMROAYA : La ville de Misrata est le Shanghai de la Libye. Pour le Conseil transitoire ce serait une victoire économique majeure. Elle est une importante base industrielle et commerciale pour la Libye et l'Afrique. Certaines des plus grosses compagnies africaines sont basées à Misrata, y compris la Libyan Iron and Steel Company. Misrata est aussi un port très important. Beaucoup de compagnies nationales libyennes et d'industries ont leur siège à Misrata et dans les districts avoisinants.

Voilà pourquoi l'Allemagne et l'UE veulent envoyer des troupes à Misrata sous prétexte de maintien de la paix. L'UE veut envoyer des militaires là-bas pour des raisons purement stratégiques et économiques et pas du tout pour des raisons humanitaires. La force de l'UE est composée des mêmes pays qui font partie de l'OTAN. Ils utilisent simplement un autre nom. La différence entre la force de l'UE et l'OTAN est purement technique.

Ceci qui est aussi ridicule, c'est que les pays qui veulent envoyer leurs soldats comme soldats de la paix, sont des combattants de cette guerre. De fait, parce que l'OTAN est entrée en guerre de manière collective, toute nation faisant partie de l'OTAN est une nation combattante. Ceci inclut l'Allemagne. Ceci devrait disqualifier l'ensemble des nations européennes comme force de paix en Libye. Seules des parties neutres et non combattantes peuvent faire office de force d'interposition et de maintien de la paix.

Des nations comme la Russie, la Chine, l'Algérie, le Kazakhstan, l'Ukraine, l'Iran, la Biélorussie, le Brésil, la Malaisie et le Venezuela devraient envoyer des forces de maintien de la paix. Les Russes et leurs partenaires militaires dans l'espace post-soviétique pourraient tous jouer un rôle majeur en tant que gardiens de la paix. Même l'Organisation de Coopération de Shangai pourrait jouer un rôle. Il est dans l'intérêt stratégique de la Chine et ses alliés de s'assurer que la Libye ne soit pas colonisée ou victimisée comme l'est l'Afghanistan sous les forces d'occupation de l'OTAN. Pour l'alliance militaire occidentale, les évènements de Libye sont des préalables dans sa politique d'isolement et de confrontation vis-à-vis de l'Iran, de la Russie, et de la Chine et de l'Eurasie.

XU JINGJING : Pensez-vous que les États-Unis sont toujours l'acteur décisif ? Pourquoi ?

NAZEMROAYA : Oui, sans l'ombre d'un doute.

Pour répondre à cette question, définissons en premier lieu la coalition qui est impliquée dans cette guerre d'agression contre la Libye. Le Pentagone a transféré les opérations militaires à l'OTAN après quelques jours. Ainsi la guerre est officiellement pilotée par l'OTAN. Quelques autres pays comme le Qatar, la Jordanie, les Émirats Arabes Unis et la Suède, sont aussi partenaires sous commandement de l'OTAN.

Dès lors et avant que je n'analyse l'OTAN, voyons de plus près une autre alliance militaire datant de la guerre froide appelée le Pacte de Varsovie. Washington et l'Europe occidentale avaient l'habitude de critiquer l'ancienne Union soviétique en disant que le Pacte de Varsovie était en fait une organisation fictive, qu'en fait ce n'était que l'Armée Rouge soviétique. En d'autres termes que la Bulgarie, la Roumanie, l'Allemagne de l'Est, la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Hongrie et l'Albanie n'avaient pas de force réelle au sein du Pacte de Varsovie et que ce Pacte n'était que l'Union soviétique agissant sous le masque du multilatéralisme en Europe de l'Est. Je ne discuterai pas ce point.

L'OTAN est bien plus compliquée que le Pacte de Varsovie et n'est pas gérée par un seul pays. Les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France et l'Allemagne sont les piliers de cette force et ils sont le vrai pouvoir décisionnaire à Bruxelles. La Turquie, à cause de l'héritage de Kemal Atatürk a aussi une certaine indépendance au sein de l'OTAN. Toutes les autres nations ou bien suivent les anglo-américains ou bien suivent le bloc franco-allemand. Mais dans tout cela, l'OTAN est juste un Pacte de Varsovie plus sophistiqué Les États-Unis devraient se regarder dans le miroir. L'argument critique de Washington envers le Pacte de Varsovie s'applique à eux-mêmes et à l'OTAN.

L'OTAN d'aujourd'hui n'est pas très différente de ce que les États-Unis qualifiaient le Pacte de Varsovie d'être, à savoir l'Union soviétique sous un drapeau multilatéral. L'OTAN elle-même et les commandants du Pentagone disent que l'OTAN n'est presqu'exclusivement constituée que de l'armée états-unienne. En d'autres termes, l'OTAN est l'armée états-unienne, renforcée par la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne, la Turquie, le Canada, l'Italie et quelques autres pays européens comme auxiliaires. Les États-Unis font la guerre, puis envoient ces pays pour occuper les pays défaits, pour privatiser leurs économies sous contrôle étranger. Au bout du compte, l'OTAN est en réalité l'armée états-unienne avec le soutien politique et financier de ces autres pays. Le sénateur MC Caïn et le Sénat états-unien ont demandé il y a quelques semaines que le reste de l'OTAN finance les États-Unis pour la guerre contre la Libye. La plupart des membres de l'OTAN sont en fait des pays satellites des États-Unis.

L'OTAN sans les États-Unis n'aurait jamais pu faire la guerre en Yougoslavie et en Afghanistan, sans même parler de lancer une guerre dévastatrice contre la Libye. Il suffit de regarder le rôle que les États-Unis ont joué dans les bombardements en Libye. Ils y ont fait l'essentiel des bombardements et du pilonnage. En fait, réellement, les États-Unis se cachent derrière l'image de multilatéralisme offerte par l'OTAN. Ils ne veulent pas apparaître comme étant en charge de tout ce qui se passe. Washington a peur de l'opinion publique. C'est pourquoi Obama, Clinton et Gates ont prétendu publiquement que le gouvernement états-unien était contre la création d'une zone d'exclusion aérienne au dessus de la Libye et ce jusqu'au tout dernier moment lorsque les véritables objectifs des États-Unis sont devenus transparents. Dans le même temps où l'Administration Obama disait être contre la zone d'exclusion, les États-Unis se préparaient pour attaquer la Libye. Paris et Londres ont juste joué les rôles principaux sur la scène publique.

Je désire ici faire une remarque finale et importante. Le président Obama, le premier ministre Cameron, le président Sarkozy se cachent tous derrière le paravent de l'OTAN ; parce que l'OTAN est une organisation internationale qui échappe à toute forme de responsabilité politique. Il n'existe aucune circonscription d'électeurs vis-à-vis desquels l'OTAN doive rendre des comptes. Les États-Unis et la Grande-Bretagne peuvent bombarder la Libye pendant des mois et clamer que tout cela est dans les mains de l'OTAN, que l'OTAN est en charge de la guerre. De fait. Obama, Cameron et Sarkozy essaient tous d'échapper à leurs responsabilités d'hommes politiques vis-à-vis du public en laissant l'OTAN faire la guerre et en se cachant derrière elle pour se protéger.


Entretien avec Mahdi Darius Nazemroaya spécialiste du Moyen-Orient et de l'Asie Centrale, réalisé le 26 avril 2011 par Xu Jingjing pour le magazine chinois Life Week Magazine.


Source: INVESTIG'ACTION / MICHEL COLLON.INFO



Mahdi Darius Nazemroaya est chercheur associé du "Centre for Research on Globalization" (CRG), spécialisé en géopolitique et stratégie.


Source : silvaicattori.net

Source originale : globalresearch

Traduit de l'anglais par resistance71 révisée par JPH

mercredi, 11 mai 2011

L'AMBITION DEMESUREE ET CRIMINELLE DES ETATS-UNIS: LE CONTROLE MILITAIRE DE LA PLANETE

 

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Lundi, le 17 février 2003, par Samir AMIN

 

Je viens de lire un article de Samir Amin datant de 2003. Lu à son époque, il est fort probable que beaucoup d'entre nous y auraient vu un raisonnement trop unilatéral et excessif...
Lu aujourd'hui, à la lumière des évènements en cours, avec une attention aiguisée chez nous tous, le texte de Samir Amin paraît d'une pertinence et d'une clarté étonnantes. En tout cas c'est comme cela que je le perçois.
A chacun de voir...  Omar.

 

Dès les années 1980, alors que s'annonce l'effondrement du système soviétique, se dessine une option hégémoniste qui gagne l'ensemble de la classe dirigeante des États-Unis (ses establishments démocrate et républicain). Emportés par le vertige de leur puissance armée, désormais sans concurrent capable d'en tempérer les fantasmes, les États-Unis choisissent d'affirmer leur domination d'abord par le déploiement d'une stratégie strictement militaire de « contrôle de la planète ». Une première série d'interventions - Golfe, Yougoslavie, Asie Centrale, Palestine, Irak - inaugure dès 1990 la mise en œuvre de ce plan de « guerres made in USA », sans fin, planifiées et décidées unilatéralement par Washington.

 

La stratégie politique d'accompagnement du projet en prépare les prétextes, qu'il s'agisse du terrorisme, de la lutte contre le trafic des narcotiques ou de l'accusation de production d'armes de destruction massive. Prétextes évidents quand on connaît les complicités qui ont permis à la CIA de fabriquer un adversaire « terroriste » sur mesure (les Taliban, Ben Laden - la lumière sur le 11 Septembre n'ayant jamais été faite ...) ou de développer le Plan Colombie dirigé contre le Brésil. Quant aux accusations de production éventuelle d'armes dangereuses, portées contre l'Irak, la Corée du Nord et demain n'importe quel Etat, elles font pâle figure face à l'usage effectif de ces armes par les Etats Unis (les bombes de Hiroshima et Nagasaki, l'emploi d'armes chimiques au Viet Nam, la menace avouée de l'utilisation d'armes nucléaires dans les confits à venir ...) . Il ne s'agit donc là que de moyens qui relèvent de la propagande au sens que Goebels donnait au terme, efficaces peut être pour convaincre l'opinion niaise aux Etats Unis mais de moins en moins crédibles ailleurs.

La « guerre préventive » formulée désormais comme un « droit » que Washington se réserve d'invoquer, abolit d'emblée tout droit international. La Charte des Nations Unies interdit le recours à la guerre, sauf dans le cas de légitime défense ; et soumet sa propre intervention militaire éventuelle à des conditions sévères, la riposte devant être mesurée et provisoire. Tous les juristes savent que les guerres entreprises depuis 1990 sont parfaitement illégitimes et donc qu'en principe ceux qui en ont pris la responsabilité sont des criminels de guerre. Les Nations Unies sont déjà traitées par les Etats Unis, mais avec la complicité des autres, comme le fut naguère la SDN par les Etats fascistes.

L'abolition du droit des peuples, déjà consommée, substitue au principe de leur égalité celui de la distinction entre un « Herrenvolk » (le peuple des Etats Unis, accessoirement celui d'Israël) qui a le droit de conquérir « l'espace vital » qu'il juge nécessaire et les autres, dont l'existence même n'est tolérable que si elle ne constitue pas une « menace » pour le déploiement des projets de ceux appelés à être les « maîtres du monde ».

Quels sont donc ces intérêts « nationaux » que la classe dirigeante des Etats Unis se réserve le droit d'invoquer comme bon lui semble ?

A vrai dire cette classe ne se reconnaît que dans un seul objectif - « faire de l'argent » - l'Etat nord américain s'étant ouvertement mis au service prioritaire de la satisfaction des exigences du segment dominant du capital constitué par les transnationales des Etats Unis.

Nous sommes donc tous devenus, aux yeux de l'establishment de Washington, des « Peaux Rouges », c'est à dire des peuples qui n'ont droit à l'existence que dans la mesure où ils ne gênent pas l'expansion du capital transnational des Etats Unis. Toute résistance sera réduite par tous les moyens allant jusqu'à l'extermination si nécessaire, nous promet-on. Quinze millions de dollars de sur profits supplémentaires pour les transnationales américaines, en contre partie trois cents millions de victimes, aucune hésitation. L'Etat « voyou » par excellence, pour reprendre le langage des Présidents Bush père, Clinton et Bush fils, c'est bel et bien celui des Etats Unis.

Ce projet est certainement impérialiste au sens le plus brutal, mais il n'est pas « impérial » au sens que Negri donne à ce terme, car il ne s'agit pas de gérer l'ensemble des sociétés de la planète, pour les intégrer dans un système capitaliste cohérent, mais seulement de piller leurs ressources. La réduction de la pensée sociale aux axiomes de base de l'économie vulgaire, l'attention unilatérale portée à la maximisation de la rentabilité financière à court terme du capital dominant, renforcée par la mise à la disposition de celui-ci des moyens militaires qu'on connaît sont responsables de cette dérive barbare que le capitalisme porte en lui, dès lors qu'il s'est débarrassé de tout système de valeurs humaines auquel il a substitué les exigences exclusives de la soumission aux prétendues lois du marché. Par l'histoire de sa formation le capitalisme nord américain se prêtait à cette réduction mieux encore que celui des sociétés européennes. Car l'Etat américain et sa vision politique ont été façonnés pour servir l'économie et rien d'autre, abolissant par là même le rapport contradictoire et dialectique économie/politique. Le génocide des Indiens, l'esclavage des Noirs, la succession de vagues des migrations substituant la confrontation des groupes partageant de prétendues identités communautaires (manipulées par la classe dirigeante) à la maturation de la conscience de classe, ont produit une gestion politique de la société par un parti unique du capital, dont les deux segments partagent les mêmes visions stratégiques globales, se partageant la tâche par leurs rhétoriques propres à l'adresse de chacune des « constituencies » de la petite moitié de la société qui croit suffisamment au système pour se donner la peine d'aller voter. Privée de la tradition par laquelle les partis ouvriers sociaux démocrates et communistes ont marqué la formation de la culture politique européenne moderne, la société américaine ne dispose pas des instruments idéologiques qui lui permettraient de résister à la dictature sans contre poids du capital. C'est au contraire celui-ci qui façonne unilatéralement le mode de pensée de la société dans toutes ses dimensions, et en particulier reproduit en le renforçant son racisme fondamental qui lui permet de se voir en « Herrenfolk ». « Play boy Clinton, Cow boy Bush, same policy » ; se slogan entendu en Inde à juste titre place l'accent sur la nature du parti unique qui gère la prétendue démocratie américaine.

De ce fait le projet nord américain n'est pas un projet hégémoniste banal qui partagerait avec d'autres, qui se sont succédé dans l'histoire moderne et ancienne, les vertus d'une vision d'ensemble des problèmes permettant de leur donner des réponses cohérentes stabilisatrices, fussent-elles fondées sur l'exploitation économique et l'inégalité politique. Il est infiniment plus brutal par sa conception unilatérale simple à l'extrême et, de ce point de vue, se rapproche davantage du projet nazi, également fondé sur le principe exclusif du « Herrenfolk ». Ce projet des Etats Unis n'a rien à voir avec ce qu'en disent les universitaires libéraux américains, qualifiant cette hégémonie de « benign » (« indolore ») !

S'il doit se déployer pendant encore un certain temps ce projet ne pourra générer qu'un chaos grandissant appelant une gestion de plus en plus brutale au coup par coup, sans vision stratégique de long terme. A la limite Washington ne cherchera plus à renforcer des alliés véritables, ce qui impose toujours savoir faire des concessions. Des gouvernements fantoches, comme celui de Karzai en Afghanistan, font mieux l'affaire tant que le délire de la puissance militaire permet de croire à « l'invincibilité » des Etats Unis. Hitler ne pensait pas autrement.

L'examen des rapports de ce projet criminel aux réalités du capitalisme dominant constitué par l'ensemble des pays de la triade (Etats Unis, Europe, Japon) permettra d'en mesurer les forces et les faiblesses.

L'opinion générale la plus courante, véhiculée par ceux des médias qui n'appellent pas à réfléchir, est que la puissance militaire des Etats Unis ne constituerait que le sommet de l'iceberg, prolongeant une supériorité de ce pays dans tous les domaines, notamment économiques, voire politiques et culturels. La soumission à l'hégémonisme auquel il prétend serait donc de ce fait incontournable.

L'examen des réalités économiques infirme cette opinion. Le système productif des Etats Unis est loin d'être « le plus efficient du monde ». Au contraire presque aucun de ses segments ne serait certain de l'emporter sur ses concurrents sur un marché véritablement ouvert comme l'imaginent les économistes libéraux. En témoigne le déficit commercial des Etats Unis qui s'aggrave d'année en année, passé de100 milliards de dollars en 1989 à 450 en 2000. De surcroît ce déficit concerne pratiquement tous les segments du système productif. Même l'excédent dont bénéficiaient les Etats Unis dans le domaine des biens de haute technologie, qui était de 35 milliards en 1990, a désormais laissé la place à un déficit. La concurrence entre Ariane et les fusées de la Nasa, Airbus et Boeing témoigne de la vulnérabilité de l'avantage américain. Face à l'Europe et au Japon pour les productions de haute technologie, à la Chine, à la Corée et aux autres pays industrialisés d'Asie et d'Amérique latine pour les produits manufacturés banals, à l'Europe et au cône sud d'Amérique latine pour l'agriculture, les Etats Unis ne l'emporteraient probablement pas sans le recours à des moyens « extra économiques » qui violent les principes du libéralisme imposés aux concurrents !

En fait les Etats Unis ne bénéficient d'avantages comparatifs établis que dans le secteur des armements, précisément parce que celui-ci échappe largement aux règles du marché et bénéficie du soutien de l'Etat. Sans doute cet avantage entraîne-t-il quelques retombées pour le civil (Internet en constitue l'exemple le plus connu), mais il est également à l'origine de distorsions sérieuses qui constituent des handicaps pour beaucoup de secteurs productifs. L'économie nord américaine vit en parasite au détriment de ses partenaires dans le système mondial. « Les Etats Unis dépendent pour 10 % de leur consommation industrielle des biens dont l'importation n'est pas couverte par des exportations de produits nationaux » (E. Todd, Après l'Empire, p. 80).

La croissance des années Clinton, vantée comme étant le produit du « libéralisme » auquel l'Europe aurait malheureusement trop résisté, est en fait largement factice et en tout cas non généralisable, puisqu'elle repose sur des transferts de capitaux qui impliquent la stagnation des partenaires. Pour tous les segments du système productif réel, la croissance des Etats Unis n'a pas été meilleure que celle de l'Europe. Le « miracle américain » s'est exclusivement alimenté de la croissance des dépenses produites par l'aggravation des inégalités sociales (services financiers et personnels : légions d'avocats et de polices privées etc ...). En ce sens le libéralisme de Clinton a bel et bien préparé les conditions qui ont permis l'essor réactionnaire et la victoire ultérieure de Bush fils. De surcroît, comme l'écrit Todd (p. 84) « gonflé par les fraudes le PNB américain commence à ressembler, pour la fiabilité statistique, à celui de l'Union soviétique » !

Le monde produit, les Etats-Unis (dont l'épargne nationale est pratiquement nulle) consomment. « L'avantage » des Etats Unis est celui d'un prédateur dont le déficit est couvert par l'apport des autres, consenti ou forcé. Les moyens mis en œuvre par Washington pour compenser ses déficiences sont de nature diverses : violations unilatérales répétées des principes du libéralisme, exportations d'armements (60 % du marché mondial) largement imposées à des alliés subalternes (qui de surcroît - comme les pays du Golfe - n'utiliseront jamais ces armements !), recherche de sur-rentes pétrolières (qui supposent la mise en coupe réglée des producteurs, motif réel des guerres d'Asie centrale et d'Irak). Il reste que l'essentiel du déficit américain est couvert par les apports en capitaux en provenance de l'Europe et du Japon, du Sud (pays pétroliers riches et classes compradore de tous les pays du tiers monde, plus pauvres inclus), auquel on ajoutera la ponction exercée au titre du service de la dette imposée à la presque totalité des pays de la périphérie du système mondial.

Les raisons qui rendent compte de la persistance du flux des capitaux qui alimente le parasitisme de l'économie et de la société américaine et permettent à cette super puissance de vivre au jour le jour sont certainement complexes. Mais elles ne résultent en rien de prétendues « lois du marché » à la fois rationnelles et incontournables.

La solidarité des segments dominants du capital « transnationalisé » de tous les partenaires de la triade est réelle, et s'exprime par leur ralliement au néo-libéralisme globalisé. Les Etats Unis sont vus dans cette perspective comme les défenseurs (militaires si nécessaire) de ces « intérêts communs ». Il reste que Washington n'entend pas « partager équitablement » les profits de son leadership. Les Etats Unis s'emploient au contraire à vassaliser leurs alliés, et dans cet esprit ne sont prêts à consentir à leurs alliés subalternes de la triade que des concessions mineures. Ce conflit d'intérêts du capital dominant est-il appelé à s'accuser au point d'entraîner une rupture dans l'alliance atlantique ? Pas impossible, mais peu probable.

Le conflit prometteur se situe sur un autre terrain. Celui des cultures politiques. En Europe une alternative de gauche demeure toujours possible. Cette alternative imposerait simultanément une rupture avec le néo-libéralisme (et l'abandon de l'espoir vain de soumettre les Etats Unis à ses exigences, permettant ainsi au capital européen de livrer bataille sur le terrain non miné de la compétition économique), comme avec l'alignement sur les stratégies politiques des Etats Unis. Le surplus de capitaux que l'Europe se contente jusqu'à ce jour à « placer » aux Etats Unis pourrait alors être affecté à une relance économique et sociale, à défaut de quoi celle-ci restera impossible. Mais dès lors que l'Europe choisirait, par ce moyen, de donner la priorité à son essor économique et social, la santé artificielle de l'économie des Etats Unis s'effondrerait et la classe dirigeante américaine serait confrontée à ces propres problèmes sociaux. Tel est le sens que je donne à ma conclusion « l'Europe sera de gauche ou ne sera pas ».

Pour y parvenir il faut se débarrasser de l'illusion que la carte du libéralisme devrait - et pourrait- être jouée « honnêtement » par tous et que dans ce cas tout irait mieux. Les Etats Unis ne peuvent pas renoncer à leur option en faveur d'une pratique asymétrique du libéralisme, parce que celle-ci est le seul moyen pour eux de compenser leurs propres déficiences. La « prospérité » américaine a pour prix la stagnation des autres.

Pourquoi donc, en dépit de ces évidences, le flux des capitaux au bénéfice des Etats Unis se poursuit-il ? Sans doute pour beaucoup le motif est-il simplement que les Etats Unis sont « un Etat pour les riches », le refuge le plus sûr. C'est le cas pour les placements des bourgeoisies compradore du tiers monde. Mais pour les Européens ? Le virus libéral - et la croyance naïve que les Etats Unis finiront par accepter « le jeu des marchés » - opère ici avec une puissance certaine auprès des grandes opinions publiques. Dans cet esprit le principe de « libre circulation des capitaux » a été sacralisé par le FMI, en fait simplement pour permettre précisément aux Etats Unis de couvrir leur déficit par le pompage des surplus financiers générés ailleurs par les politiques néo-libérales, auxquelles ils ne se soumettent, eux, que très sélectivement ! Néanmoins pour le grand capital dominant l'avantage du système l'emporte sur ses inconvénients : le tribut qu'il faut payer à Washington pour en assurer la permanence.

Il y a des pays qualifiés de « pays pauvres endettés », qui sont contraints de payer. Mais il y a aussi un « pays puissant endetté », dont on devrait savoir qu'il ne remboursera jamais ses dettes. Ce véritable tribut imposé par le chantage politique des Etats Unis demeure, de ce fait, fragile.

Le choix militariste de l'establishment des Etats Unis se situe dans cette perspective. Il n'est rien d'autre que l'aveu que les Etats Unis n'ont pas d'autres moyens à leur disposition pour imposer leur hégémonie économique.

Les causes qui sont à l'origine de l'affaiblissement du système productif des Etats Unis sont complexes. Elles ne sont certainement pas conjoncturelles, pouvant de ce fait être corrigé par exemple par l'adoption d'un taux de change correct, ou par la construction de rapports salaires/productivités plus favorables. Elles sont structurelles. La médiocrité des systèmes de l'enseignement général et de la formation, produit d'un préjugé tenace favorisant systématiquement le « privé » au détriment du service public, est l'une des raisons majeures de la crise profonde que traverse la société des Etats Unis.

On devrait s'étonner donc que les Européens, loin de tirer les conclusions que le constat des insuffisance de l'économie des Etats Unis impose, s'activent au contraire à les imiter. Là également le virus libéral n'explique pas tout, même s'il remplit quelques fonctions utiles pour le système, en paralysant la gauche. La privatisation à outrance, le démantèlement des services publics ne pourront que réduire les avantages comparatifs dont bénéficie encore la « vieille Europe » (comme la qualifie Bush). Mais quels que soient les dommages qu'elles occasionneront à long terme, ces mesures offrent au capital dominant, qui vit dans le court terme, l'occasion de profits supplémentaires.

L'option militariste des Etats Unis menace tous les peuples. Elle procède de la même logique qui fut naguère celle d'Adolf Hitler : modifier par la violence militaire les rapports économiques et sociaux en faveur du « Herrenfolk » du jour. Cette option, en s'imposant au devant de la scène, surdétermine toutes les conjonctures politiques, car la poursuite du déploiement de ce projet fragiliserait à l'extrême toutes les avancées que les peuples pourraient obtenir par leurs luttes sociales et démocratiques. Mettre en échec le projet militariste des Etats Unis devient alors la tâche première, la responsabilité majeure pour tous.

Le combat pour mettre en échec le projet des Etats Unis est certainement multiforme. Il comporte ses aspects diplomatiques (défendre le droit international), militaires (le réarmement de tous les pays du monde pour faire face aux agressions projetées par Washington s'impose - ne jamais oublier que les Etats Unis ont utilisé les armes nucléaires quand ils en avaient le monopole et y ont renoncé pendant le temps où ils ne l'avaient plus) et politiques (notamment pour ce qui concerne la construction européenne et la reconstruction d'un front des Non Alignés).

Le succès de ce combat dépendra de la capacité des esprits à se libérer des illusions libérales. Car il n'y aura jamais d'économie mondialisée « authentiquement libérale ». Et pourtant on tente et on continuera à tenter par tous les moyens de le faire croire. Les discours de la Banque mondiale opérant comme une sorte de Ministère de la propagande de Washington concernant la « démocratie » et la « bonne gouvernance », ou la « réduction de la pauvreté » n'ont d'autres fonction comme le bruit médiatique organisé autour de Joseph Stiglitz, découvrant quelques vérités élémentaires, affirmées avec autorité arrogante, sans néanmoins en tirer la moindre conclusion remettant en cause les préjugés tenaces de l'économie vulgaire. La reconstruction d'un front du Sud, capable de donner à la solidarité des peuples d'Asie et d'Afrique et à la Tricontinentale, une capacité d'agir sur le plan mondial, passe, elle également, par la libération des illusions d'un système libéral mondialisé « non asymétrique » qui permettrait aux nations du tiers monde de surmonter leurs « retards ». N'est-il pas ridicule de voir des pays du Sud réclamer « la mise en œuvre des principes du libéralisme ; mais sans discrimination aucune », bénéficiant alors des applaudissements nourris de la Banque mondiale ? Depuis quand la Banque mondiale a-t-elle défendu le tiers monde contre les Etats Unis ?

Le combat contre l'impérialisme des Etats Unis et son option militariste est celui de tous les peuples, de ses victimes majeures d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine, des peuples européens et japonais condamnés à la subordination, mais tout également du peuple nord américain. Saluons ici le courage de tous ceux qui « au cœur de la bête », refusent de se soumettre comme leurs prédécesseurs ont refusé de céder au Mac-Carthisme des années 1950. Comme ceux qui ont osé résister à Hitler ils ont conquis tous les titres de noblesse que l'histoire peut décerner. La classe dominante des Etats Unis sera-t-elle capable de revenir sur le projet criminel auquel elle s'est ralliée ? Question à laquelle il n'est pas facile de répondre. Peu, sinon rien, dans la formation historique, de la société des Etats Unis l'y prépare. Le Parti unique du capital dont le pouvoir n'est pas contesté aux Etats Unis n'a jusqu'ici pas renoncé à l'aventure militaire. Dans ce sens la responsabilité de cette classe prise dans son ensemble ne peut être atténuée. Le pouvoir de Bush junior n'est pas celui d'une « clique » - les pétroliers et les industries de l'armement. Comme dans toute l'histoire moderne des Etats Unis le pouvoir dominant n'a jamais été autre que celui en particulier d'une coalition d'intérêts segmentaires du capital (mal qualifiés de « lobbies »). Mais cette coalition ne peut gouverner que si les autres segments du capital l'acceptent. A défaut tout arrive dans ce pays d'autant moins respectueux en fait du droit qu'il paraît l'être en principe. Evidemment quelques échecs politiques, diplomatiques, et peut être même militaires, pourraient encourager les minorités qui, au sein de l'establishment des Etats Unis, accepteraient de renoncer aux aventures militaires dans lesquelles leur pays s'est engagé. Espérer plus me paraît aussi naïf que pouvaient l'être les attentes qu'Adolf Hitler finisse par s'assagir !

S'ils avaient réagi en 1935 ou 1937, les Européens seraient parvenus à arrêter le délire hitlérien. En réagissant seulement en Septembre 1939, ils se sont infligés les dizaines de millions de victimes. Agissons pour que face au défi des néo-nazis de Washington, la riposte soit plus précoce.


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Samir Amin est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca.  Articles de Samir Amin publiés par Mondialisation.ca

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jeudi, 05 mai 2011

DERRIERE L'ORDRE «DEMOCRATIQUE», L'ORDRE DE BATAILLE DE L'IMPERIALISME

LIBYE IMPERIALISME OCCIDENTAL.jpg

Par Mohamed Bouhamidi, le 05 mai 2011

La toute proche célébration de la Journée internationale de la liberté de la presse nous rappelle combien la bataille médiatique a été et reste décisive dans la guerre menée à la Libye. Elle a annihilé la plus puissante des armes anti-guerre : les opinions publiques. Cette arme des citoyens mobilisés pour entraver quelque  peu les démarches guerrières et agressives a été totalement absente. Ces mobilisations des citoyens du monde entier n'avaient pas empêché les attaques les plus terribles comme l'invasion de l'Irak, son million de morts et deux millions de réfugiés et déplacés, ni l'opération «plomb durci», ni le démembrement de la Serbie. Mais elles avaient quand même puissamment pesé pour que restent une mémoire de l'agression et une condamnation morale de l'agresseur. G. W. Bush ne peut plus se déplacer aussi facilement qu'il le voudrait.

Tony Blair, qui appelle aujourd'hui à attaquer l'Iran, ne peut, non plus, tout à fait cacher son véritable visage même s'il a réussi, dès 2004, à entraîner Kadhafi dans une série de concessions en faveur des politiques ultralibérales et, entre autres, à mettre l'argent de la Libye dans différents placements dont les fameux fonds souverains. Le gel de ses avoirs évalués entre deux cent et trois cent milliards de dollars constitue l'un des plus grands hold-up de l'histoire de l'humanité. Si l'on tient compte de l'engagement des «révoltés» de Benghazi de remettre toutes les richesses du pays entre les mains des coalisés, ce hold-up se situe à la hauteur du vol de l'or des Incas, des richesses de l'Inde et de la Chine, de la terre des Amérindiens et des Palestiniens, etc. Un de ces pillages dignes de la dépossession du Congo et du Rwanda.

S'ils s'en souviennent, les Algériens peuvent mesurer où nous aurait menés la campagne formidable des «experts» consultés par les titres ultralibéraux qui voulaient à tout prix mettre les réserves financières de l'Algérie dans des fonds souverains destinés à acheter des actifs à l'étranger. Quel zèle de ceux qui se voyaient déjà installés dans de grandes capitales étrangères à jouer les capitalistes modernes avec l'argent de l'Algérie et au nom d'une nouvelle idéologie qui se gausse de l'idée de nation ! De cette idée de nation et de la nation concrète qui leur aurait donné l'argent chèrement payé par la guerre de libération et par la bataille de la nationalisation du pétrole qui a arraché l'argent aux multinationales et à leurs fondés de pouvoir. Les mêmes qui, en Libye, avaient mené les grandes réformes financières et mis cet argent au service des banques étrangères mènent aujourd'hui la rébellion contre l'Etat qui a refusé de les suivre au-delà d'une certaine ligne rouge qui s'appelle la souveraineté nationale.

Il n'y a rien d'étonnant dans cette alliance militaire et dans la subversion contre-révolutionnaire entre les ultralibéraux libyens et les puissances étrangères. Elle ne représente que la conséquence tragique, mais logique de leur alliance de fond : l'alliance politique pour arracher les richesses du pays libyen au peuple libyen comme le feront les ultralibéraux dans d'autres pays, contre leurs peuples et contre leurs Etats. Cette question des réserves de changes et le placement des excédents posent bien d'autres questions dont celle de la dilapidation forcée des ressources dès lors qu'elles génèrent des revenus par trop supérieurs aux besoins du pays. Et ce n'est pas qu'un aspect technique. Les besoins énergétiques des puissances de l'empire fixent les niveaux de production et les politiques de ces puissances à l'endroit d'une énergie vitale pour leur vie quotidienne. Et si les autorités algériennes, sous le coup de la pression médiatique et politique, aussi bien locale qu'étrangère, avaient placé notre argent dans des fonds souverains pour permettre à quelques-uns de jouer au poker d'une spéculation financière, dont ils n'ont qu'une maîtrise scolaire ? Notre argent aurait été gelé au moindre conflit avec des puissances qui nous cherchent visiblement querelle et nous créent sans arrêt des motifs de friction,  des injonctions à laisser marcher la fantomatique CNCD aux interpellations sur les mercenaires algériens en Libye, en passant par des commentaires sur les réformes discutées dans notre pays qui ressemblent beaucoup à des doigts menaçants qui montrent la bonne direction.

Vous aviez oublié cet épisode de la campagne pour la création de fonds souverains algériens ? L'immense majorité des gens a oublié. Et c'est comme cela que fonctionne la désactivation de l'expérience. La crise financière de 2008 est venue ensuite faire oublier cet assaut de «bons conseils» : pourquoi laissez-vous votre argent dormir ? Avec les faillites qui se multiplient en Europe vous pouvez faire de bonnes affaires ? Est-ce que les usines qui font faillite sont une bonne affaire si elles travaillent dans les mêmes créneaux que les ateliers chinois et à quoi cela sert d'acheter des manufactures puisque toutes les entreprises stratégiques restent fermées aux investisseurs arabes, à commencer par la gestion des ports et aéroports et il est inutile même de penser à l'avionique ? Les plus grands noms de l'économie mondiale avaient déjà largement critiqué les fonds de pensions et mis en doute la réalité des perspectives des fonds souverains.

En fait, ces grands noms commençaient à émettre des questions de plus en plus distantes des diktats théoriques ultralibéraux,  mais pouvaient-ils ébranler les convictions religieuses de nos «experts» qui en sont restés aux théories des Chicago boys ? Le choc et la stupeur médiatiques avaient largement pour but de nous cacher les vraies raisons de la guerre. Beaucoup d'articles remarquables ont en fait le tour ou presque. Les auteurs de ces articles ont mis au jour les motifs inavouables. Le premier d'entre eux reste la confrontation à distance entre la Chine, d'un côté, et les USA et l'Europe, de l'autre. En 2008, les échanges commerciaux entre la Chine et l'Afrique ont dépassé les cent milliards de dollars. A la même date, les échanges USA-Afrique ont atteint les quatre vingt millions de dollars. Sur ce terrain, la Chine a battu les USA et elle surpasse l'Europe. Le volume des échanges ne suffit pas à estimer ces échanges. La Chine a gagné du terrain sur le terrain pétrolier et minier, y compris l'uranium sur un continent dont elle était absente. En Libye même, elle avait réussi une remarquable percée et les investissements en cours et en gestation frôlaient les cinquante milliards de dollars, dont la plus grosse partie allait à l'énergie. Plusieurs spécialistes répètent à l'envi, et à la suite du rapport public de la CIA, que les USA ne possèdent plus qu'une arme décisive, après avoir perdu celle des nanotechnologies, dans leur confrontation avec la Chine et maintenant avec les Brics : leur suprématie militaire pour freiner l'accès indépendant de la Chine aux sources du pétrole.

La guerre faite à la Libye est une guerre contre la présence chinoise en Libye, en particulier, et en Afrique, en général. Mais, c'est surtout une guerre qui se concentre sur la bande sahélienne qui recèle les plus importantes réserves de pétrole jamais connues. C'est une guerre que la Chine ne peut mener aujourd'hui et pour laquelle elle préfère différer sa réponse en proposant des solutions intermédiaires, y compris le principe de payer une dîme aux USA par l'achat de bons du Trésor américain (et passer des commandes qui assurent l'emploi américain) pour alléger le poids des déficits et de la dette, alors que tout le monde sait qu'il s'agit de bons et de placements non remboursables et non rapatriables. Demander le rapatriement des fonds ou le rebroussement de cet argent équivaut à un casus belli dans les conditions de la crise financière actuelle. Et cette tendance au non-remboursement devient générale et non négociable. C'est le comportement du fort à l'endroit du faible, le comportement du loup, le sens de l'honneur en moins.

Quand le remplaçant de Blair - c'était Brown ? - a fait sa tournée du Golfe pendant la crise de 2008, il a réclamé sans sourciller le placement en Angleterre de l'argent des pétromonarchies, c'était sans espoir de retour. Et c'est dans le même esprit que l'Angleterre a vanté les taux d'intérêt de sa City à l'Algérie. Ni les Etats-Unis ni les grandes puissances européennes n'ont le temps de tergiverser face aux menaces de la crise et de leur déclin. C'est maintenant qu'ils doivent profiter de leur suprématie militaire pour ralentir la Chine et  l'ensemble des pays émergents dans le sillage de la Chine. Les prévisions donnent la Chine première puissance économique mondiale dans cinq ans. C'est dire l'urgence. Obama doit accélérer l'intervention des USA partout dans le monde où il faudra freiner les Brics en répartissant mieux la charge des opérations militaires sur l'ensemble de ces alliés. Il a sommé Berlusconi d'entrer dans la danse meurtrière, et c'est un signe très fort qu'Obama brûle les vaisseaux de ses alliés qui seraient tentés par des solutions négociées. Pour eux, ce doit être la victoire ou rien quel qu'en soit le coût, car la bataille n'est pas celle des traîtres de Benghazi - comment appelez-vous quelqu'un qui gérait la maison et qui en donne les clés  à un agresseur même s'il a de sérieuses rancunes à l'égard du chef du moment ? -, mais celle de l'empire contre l'ensemble des Brics, Chine en tête. La détermination euro-américaine à aller jusqu'au bout  de la guerre libyenne a déterminé les Brics à réagir et à condamner les dépassements de l'Otan, ce qui est un signal qu'ils n'éviteront pas éternellement la confrontation.

Peu de gens ont relevé un fait capital dans cette affaire libyenne : Obama a justifié l'attaque de la Libye en parlant de réaction à une menace contre les valeurs de l'Amérique. Il ne parle plus d'un danger physique, de menaces terroristes, de morts, etc. Il ne parle plus d'un nouvel Pearl Harbour, ni de la menace communiste. Il parle de valeurs et tout le monde sait ce que sont les valeurs de l'Amérique : la liberté d'entreprendre et la libre circulation des capitaux. Rappelez-vous comment se définissait l'Amérique face à l'URSS : le monde libre. Les mots liberté et démocratie dans le vocabulaire américain veulent dire capitalisme. Le contraire s'appelle de toute évidence dictature et les cibles s'appelleront désormais les dictateurs. Cette justification d'Obama annonçait au monde et à ceux qui savent lire ce genre de message qu'il n'est pas question que les USA laissent se développer un autre modèle que la libre circulation des marchandises et des capitaux, et que le monde entier doit se plier au leadership américain. Poutine a immédiatement répondu en Norvège et en Suède, les Brics aussi, et il semble bien que la Chine soit en train d'indiquer dans  son langage la ligne que les USA seraient avisés de ne pas franchir. Il n'y a rien de surprenant dans cette démarche. Obama avait formulé la critique du complexe militaro-industriel à l'endroit de Bush. Les alliés de l'Amérique doivent prendre le poids du fardeau sous contrôle américain, mais ils doivent le faire et Berlusconi vient de le comprendre.

Pour les gogos que nous sommes, cette directive américaine sur le fardeau français de la guerre nous est enveloppée dans l'emballage de Bernard-Henri Lévy. La mise en scène a bien marché et les commentaires savants ou vulgaires insistent pour nous faire croire sur le mode de la dérision, de la colère ou de l'envie au rôle du philosophe qui se vend comme les savonnettes. C'est alors que ce système capitaliste financiarisé et en crise profonde est en crise qu'en Algérie, les ultralibéraux profitent de son agressivité pour nous convaincre qu'il est le seul viable. Pour qu'il vienne investir - mais pourquoi diable le ferait-il en Algérie quand il est incapable de le faire chez lui ? - il lui faut de la visibilité sur trente ans. Autrement dit, donnez-lui les clés de la maison. Existe-t-il meilleure visibilité pour lui que celle qu'il peut se donner en toute liberté sur notre sol ?

Le discours d'Obama sur la Libye est une déclaration de guerre à toute l'humanité. Le nouvel ennemi de l'Amérique ne peut plus être le terrorisme islamiste  trop limité à une région géographique, et qui a déjà largement joué son rôle en justifiant l'occupation de l'Irak dont 85% des revenus aujourd'hui vont aux USA, l'occupation de l'Afghanistan aux quasis frontières de la Chine et en justifiant l'Africom qui remodèlera les frontières issues de la libération de l'Afrique. Avec la définition du nouveau danger, il fallait organiser les cérémonies de la mort symbolique de l'ancien danger, Oussama Ben Laden. Les nouveaux visages de l'ennemi s'appelleront utilement Chavez, Moralès, Kadhafi et peut-être aussi Bouteflika. Le nouvel ennemi de l'Amérique, ce sont tous les pays d'Amérique latine, d'Asie, d'Afrique qui oseront, à l'instar de l'Algérie depuis 2008, s'écarter du strict, mais alors du strict modèle néolibéral. Kadhafi a été le grain de sable qui les a empêchés d'embrayer immédiatement sur l'Algérie. La résistance du peuple libyen est une résistance au nom de toute l'humanité et Kadhafi entre dans cette métamorphose des saints par laquelle il expie ses erreurs pour renaître sous l'aspect du héros national. Sarkozy connaît-il l'existence d'un certain Vercingétorix ? Nous rappellerons nous, Algériens, l'existence des Massinissa et des Ben Boulaïd ?


Mohamed  Bouhamidi

 

Source : LA TRIBUNE ONLINE

mercredi, 27 avril 2011

LA FRANCE PEUT-ELLE GAGNER LA GUERRE DE RECOLONISATION DE L’AFRIQUE ?


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Pour maintenir sa domination sur les territoires africains de Madagascar et de l`Algérie, la France s`est lancée dans les guerres coloniales, massacrant des milliers de Malgaches et d`Algériens. Malgré l`omerta, on sait qu`il y a eu une centaine de milliers de Malgaches et d`Algériens massacrés par l`armée coloniale française !

 

S`ils en doutaient encore, les Africains viennent d`avoir la preuve, avec les évènements de Libye et de Côte d`Ivoire, que la France a déclenché une nouvelle guerre de colonisation de l`Afrique. Dans cette œuvre barbare, la France a le soutien des Etats-Unis d`Amérique, qui dirigent une coalition militaro-impérialiste dénommée OTAN. La France se bat depuis un siècle pour se maintenir au rang de puissance moyenne. Par effraction, elle est entrée au Conseil de Sécurité des Nations Unies bien qu`ayant été occupée militairement par l`Allemagne durant toute la 2è guerre mondiale.

Après cette victoire diplomatique, la France a essayé de maintenir intact son empire colonial. Mal lui en a pris. Elle s`est lancée dans de nombreuses guerres coloniales, en Indochine, en Afrique du Nord, en Afrique Centrale. La France a été vaincue en Indochine ; C`est au Vietnam, à Diem Bien Phu que la France a subi sa plus lourde défaite coloniale.

Elle a donc abandonné l`Indochine, laissant aux Américains (USA) le soin de recommencer la guerre de colonisation de l`Asie. Vietnam, Laos et Cambodge furent donc perdus pour la France. L`Afrique du Nord et en particulier l`Algérie, a montré un visage hideux de la France. Pour maintenir sa domination sur les territoires africains de Madagascar et de l`Algérie, la France s`est lancée dans les guerres coloniales, massacrant des milliers de Malgaches et d`Algériens. Malgré l`omerta, on sait qu`il y a eu une centaine de milliers de Malgaches et d`Algériens massacrés par l`armée coloniale française !

Malgré ces massacres, l`Algérie et Madagascar ont obtenu leur indépendance, les armes à la main. Ces défaites ont amené la France à réajuster sa stratégie coloniale. Elle a donc programmé des indépendances sans contenu. Les nationalistes kamerunais ayant exigé l`indépendance totale et la réunification de leur pays, la France put donc expérimenter sa nouvelle stratégie de guerre coloniale. Entre 1952 et 1971, 500 000 Kamerunais furent massacrés par l`armée kamerunaise et l`armée franco-ahidjoïste.

Une Politique à Courte Vue

La France signait ainsi sa première grande victoire militaire néo-coloniale. Tous les observateurs sérieux s`accordent pour dire que la Françafrique est née au Kamerun, après les massacres que l`armée française a perpétrés dans notre pays. La France a désormais une réputation établie de nation guerrière qui ne s`embarrasse d`aucune considération humaine et morale pour massacrer les Noirs et les Arabes. On citera entre autres massacres commis directement ou indirectement (c`est-à-dire, avec le soutien actif de l`armée française), le Sénégal, le Congo-Kinshasa (expédition sur Kolwezi), le Rwanda (le génocide) et ces jours-ci la Côte d`Ivoire (3000 Ivoiriens assassinés par la licorne et les rebelles avec le soutien de l`armée française).

Voilà le vrai visage de la France. Pays guerrier qui massacre a tour de bras des populations noires et arabes dès lors que ses intérêts  semblent compromis. La France ne s`arrêtera pas de perpétrer d`autres massacres. Dans la compétition qui s`est ouverte, la France est dépassée par la Chine qui aspire à devenir la première puissance économique mondiale et par l`Allemagne qui est la première puissance économique européenne.

Elle sait que les BRICA (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) qui sont des pays indépendants seront dans quelques décennies les principales puissances économiques du monde. Que d`autres pays comme la Turquie, l`Iran, le Vietnam dépasseront bientôt la France. L`inquiétude gagne donc les élites françaises. La peur étant mauvaise conseillère, la France a donc décidé une fuite en avant guerrière espérant ainsi maintenir sous domination de vastes territoires africains par la terreur.

C`est un très mauvais calcul, c`est surtout une politique à très courte vue. Les Africains et notre Jeunesse en particulier sont édifiés sur le sens de l`interventionnisme français en Afrique. Presque plus personne ne croit à l` «amitié» franco-africaine. Ce que les Africains observent, c`est plutôt les dégâts et les malheurs causés par la Françafrique. Les Africains vivent au quotidien les méfaits de la domination française. Elle se traduit par l`injustice criarde qui permet par exemple à des employés et ouvriers français des multinationales et des entreprises françaises installées en Afrique de percevoir des salaires 10 fois voire 20 fois plus élevés que ceux des cadres et hauts cadres africains !

Elle se traduit par la discrimination dans l`octroi des marchés lorsque des entreprises françaises sont en concurrence avec des entreprises locales appartenant à des Africains ; elle se traduit par la mainmise de la France dans des secteurs entiers de l`économie non pas en raison de leurs performances mais plus par la corruption et le diktat que le pouvoir politique français exerce sur nos dirigeants ; elle se traduit par le carcan de la zone franc dans lequel des pays se disant indépendants sont contraints à l`utilisation de la monnaie de l`ex-puissance colonisatrice ; elle se traduit par la mainmise en Afrique des éditeurs français dans la production du livre scolaire et de la culture ; elle se traduit par la tentative faite de harcèlement et de propagande mensongère pour détruire les cultures africaines au prétexte qu`elles seraient arriérées.

Cette injustice propage la frustration, la colère et la haine dans les cœurs des Africains. Désormais la France apparaît comme le principal obstacle à l`épanouissement des peuples africains. Un tel sentiment, aucune armée, aucune force spéciale ne peut le vaincre. Ce sentiment crée les conditions pour préparer les armées de révolutionnaires qui libèreront demain l`Afrique des armées criminelles qui ont juré d`assujettir à jamais l`Afrique.

Notre jeunesse a bien saisi le message, elle est déterminée à libérer sa patrie, l`Afrique. Elle gagnera sa guerre de libération contre la France et contre toute autre armée d`occupation venue d`Occident. C`est cela la loi de l`Histoire. Notre Peuple a décidé de mettre en déroute l`imposture occidentale. Cela prendra le temps qu`il faut mais la France perdra sa guerre de recolonisation de l`Afrique et notre Patrie, l`Afrique, sera libre.



Par Abanda Kpama *

* Président du National Manidem

 

Source: ABIDJAN 360

UN SENATEUR AMERICAIN REVELE: IL Y A EU DES FRAUDES MASSIVES EN COTE D'IVOIRE!

 

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Le sénateur républicain James Inhofe


Malgré le fait que la France ait organisé le coup d'Etat en Côte d'Ivoire avec l'aide des américains, il existe des politiciens honnêtes et sincères. Bien davantage aux Etats-Unis qu'en France d'ailleurs. D'ailleurs, seul un sénateur américain a eu le courage d'interpeler publiquement la Secrétaire d'Etat Clinton sur la question...

Pour le Sénateur républicain James Inhofe, pas de doute, l'ONU se trompe. Selon les éléments en sa possession, des fraudes massives ont en effet été constatées dans le Nord de la Côte d'Ivoire lors du second tour de l'élection. Le sénateur demande donc au Département d'Etat américain de revoir sa position à la lueur de faits établis.

Extrait du passage relatif aux fraudes électorales :
Verbatim du Sénateur Inhofe : « J'ai reçu de nombreuses preuves convaincantes qu'il y a eu des fraudes électorales massives dans le Nord du pays sous contrôle des rebelles. Il y a eu des bulletins de votes volés...J'en ai référé deux fois au Secrétaire d'État Hillary Clinton. Par une fraude avérée, Ouattara aurait bénéficié de 94 873 voix, sur une liste électorale d'une seule des cinq régions du Nord sous son contrôle. Et si l'on multiplie ce chiffre par quatre, on est proche de la marge de voix qui lui a donné la victoire contre M. Gbagbo, c'est-à-dire 400.000.
Donc si des fraudes comparables ont eu lieu dans toutes les régions du Nord de la Côte d'Ivoire, Gbagbo est le président légitimement élu dans ces élections du 28 Novembre.

Mais si cela est trop compliqué, on peut apprécier la situation autrement :
Dans ces 5 régions, j'ai attiré l'attention, dans mon courrier au Secrétaire d'État, sur le fait que Gbagbo avait obtenu des milliers de voix dans ce que nous appellerions les primaires; et néanmoins, lors du vote final, le candidat Gbagbo a obtenu Zéro voix dans certains cantons. C'est là une impossibilité statistique : vous ne pouvez pas n'obtenir aucune voix, particulièrement si vous en aviez déjà obtenu quelques milliers auparavant ! J'ai écrit au Secrétaire Clinton pour qu'elle soutienne l'établissement de nouvelles élections, mais ma demande n'a pas été traitée avec l'attention souhaitée.

Mais avec les dernières nouvelles indiquant que Ouattara a tué un millier de personnes dans la région de Duékoué (rapport en français sur les viols et les tueries), j'espère que les USA reconsidéreront leur position et appelleront à la tenue d'un nouveau scrutin. »


 

Le 26 avril 2011, par IvoireBusiness.net


Rédigé par JSS, April 21st, 2011 and filed under Afrique, Divers


 

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RECOLONISATION: LA FRANCE DANS LE BOURBIER IVOIRIEN


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L'ambassadeur français Jean-Marc Simon


La crise ivoirienne ressemble à celle de l'Irak. La seule différence c'est que les acteurs ne sont pas les mêmes. En Irak, ce sont les Américains. Ils ont pensé qu'en enlevant Saddam Hussein, tout allait

se passer comme sur des roulettes. La vie allait reprendre comme si de rien n'était. Malheureusement, c'est le contraire qui s'est produit. Plus de dix ans que le pays est dans une situation d'instabilité. Aucune lueur d'espoir ne pointe à l'horizon. C'est l'incertitude. L'avenir est en pointillé. Jusqu'à ce jour, les Américains n'ont pu ramener la paix. Il ne se passe pas de jour sans qu'il n'y ait des attentats. Le pays est devenu un far-west. Il n'y a aucune loi. On ne peut pas dénombrer jusqu'à ce jour, les soldats américains tués.

Les Français ont le même comportement en Côte d'Ivoire. Après leur coup d'Etat, l'Hexagone a du mal à faire asseoir le pouvoir de son poulain, Alassane Ouattara. Au fur et à mesure que les jours passent, la situation s'enlise. Pas de lisibilité. L'armée française ne maîtrise rien sur le terrain. Elle ne fait que perdre des soldats. Les informations font état de ce que cette armée a perdu plus de 400 hommes dans les affrontements. Sarkozy et ses amis de l'Elysée pensaient que tout allait être facile pour eux. Ils sont confrontés à la réalité du terrain. Ils mordent la poussière face aux jeunes qui font la résistance. Il se raconte que l'armée de Sarkozy a dû abandonner trois chars dans les combats à Yopougon.

En tout cas, la France a tout calculé sauf la côte de popularité du Président Laurent Gbagbo à Abidjan. Il pèse plus de 64% de voix à Abidjan. C'est une donnée non négligeable qui fausse les calculs de la France. On se rappelle qu'en septembre 2002, lors de la tentative de coup d'Etat qui s'est muée en rébellion, Tuo Fozié avait dit qu'il n'avait pas compté avec la mobilisation populaire des Ivoiriens.


 

Le 26 avril 2011, in Le Temps


Enise Kamagaté

 

Source: IVOIREBUSINESS.NET

mercredi, 20 avril 2011

QUAND LA NOTION DE POPULATION CIVILE «CHANGE» SELON LE BON VOULOIR DE LA FRANCE ET DE LA COMMUNAUTE DITE INTERNATIONALE

 

 

Un char français de l'opération Licorne à Abidjan en Côte d'ivoire.

 

En Côte d'Ivoire comme en Libye, la France a justifié son intervention en disant vouloir protéger la population civile. Pour cela elle a usé de son réseau d'influence à l'« ONU » pour que cette organisation ponde des résolutions lui permettant d'attaquer ces pays. Cette raison tient-elle ou que se passe-t-il réellement sur le terrain ?


En Côte d'Ivoire, le président Gbagbo a fait face à une guérilla urbaine dans la commune d'Abobo qui se faisait appeler «Commando invisible». Ces rebelles d'un autre temps, venus du nord, attaquaient les « FDS » qu'ils égorgeaient et tuaient. Quand l'armée a commencé à se défendre, les chaines françaises, outils de propagande de la « françafrique » et de la « communauté dite internationale », ont crié sur tous les toits que le président Gbagbo s'attaquait aux « populations civiles ». Cela a suffi pour que le Secrétaire général de l'« ONU » ordonne de bombarder toutes les poudrières de notre armée afin d'éviter l'utilisation d'armes lourdes contre les civils.

En Libye, Kadhafi faisait aussi face à une rébellion lourdement armée et montée de toute pièce par les occidentaux utilisant des armes lourdes et des avions de chasse. Lorsqu'il a décidé de se défendre, il a été aussi accusé d'utiliser des armes lourdes contre les civils. Par le même schéma, une « résolution onusienne » a autorisé la France et les pays de l'« OTAN » à s'attaquer à ce pays souverain.

Aujourd'hui (mercredi 20 avril 2011 et même depuis hier mardi, ndlr), à Yopougon, pour déloger les « patriotes armés » qui refusent de se soumettre au pouvoir Ouattara, la « Licorne » et l'« ONUCI » bombardent la commune et les résidences à l'aide d'armes lourdes et d'hélicoptères (Nouveau Quartier, Toits-Rouges, Millionnaire, Selmer, Wassakara, Mossikro, Bel-air, pilonnés sans discernement, ndlr). Plusieurs maisons ont été détruites, des morts et des blessés sont signalés. Toute cette boucherie orchestrée par la France n'émeut personne. De même en Libye, les bombes de l'« OTAN » font plus de victimes parmi les populations civiles que parmi les forces de Kadhafi.

Quand Gbagbo utilisait les « FDS » pour mettre de l'ordre à Abidjan, cela voulait dire selon la « communauté dite internationale », qu'il s'en prenait aux « populations civiles », mais lorsque les « FRCI », l'« ONUCI » et la « Licorne » mettent de l'ordre à Yopougon avec des armes lourdes, cela veut dire, de la même « communauté dite internationale », qu'ils ne s'en prennent pas aux « populations civiles » (mais aux "miliciens de Gbagbo", ndlr). C'est à croire que la notion de « population civile » change selon le bon vouloir de la France car en Côte d'Ivoire comme en Libye, les bombardements de la France ont fait plus de victimes civiles que militaires.

 

Source: NERRATI.NET

jeudi, 31 mars 2011

LE CHANGEMENT BIEN ORDONNE

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Tout laisse croire que l'Algérie est en train de changer, par le bas, sans que les  «changeurs» à la mode «arabe», sponsorisés par les «grandes démocraties», trouvent un quelconque ancrage dans cette lame de fond, qui pose les vraies questions des citoyens réels. Il n'y a qu'à observer que toutes les revendications révèlent les véritables dérives et non pas les noumènes, en vogue dans les menaces aéroportées que lancent Hillary Clinton et ses clercs européens.

La première et la plus déterminante de ces dérives est l'abandon de la souveraineté nationale au profit des marchands internationaux. C'est elle qui explique le plus que les richesses nationales ne contribuent pas au développement du pays (pays riche, peuple pauvre), mais à la prospérité des fournisseurs étrangers et de leurs relais locaux, quand  l'investissement public peut résoudre un grand nombre de problèmes, dont ceux de la croissance et de l'emploi. La pression populaire pousse surtout dans ce sens, qui ne se satisfera pas des mesurettes «patriotiques» qui, de toutes façons, ne peuvent suffire à inverser ou à refondre une économie extravertie et livrée aux vents capricieux du marché mondial. S'ouvriront, bientôt, les débats concrets sur le sujet. Parce qu'il n'y a pas une autre réponse économique que celle-ci. L'utilisation pleine  et entière de nos ressources dans l'industrialisation du pays et la dynamisation  de notre agriculture.

La deuxième dérive, qui a beaucoup à voir avec la première, est le climat propice aux «affaires» qui s'est créé (l'euphorie libérale et la panique de rester sur le carreau) et qui a provoqué une course effrénée à l'accumulation, avec tout ce que cela suppose comme «dessous de table» nécessaires pour se frayer le chemin, vers les contrats juteux,  dans la jungle des tractations commerciales et irrésistibles pour des fonctionnaires et des bureaucrates aspirés par le délire de l'enrichissement. On appelle cela la corruption, pour la dissocier, du point de vue moral, du système  qui la nourrit et sans lequel elle ne pourrait exister.

La troisième dérive est d'avoir cru que le peuple croit à l'économie de  marché et qu'il allait en accepter les règles, alors qu'aucun peuple au monde ne l'a fait de son propre gré. Ce qui fait qu'on soit devant ce qu'il pense et qu'il exprime dans différents modes opératoires. Le personnel politique au pouvoir essaie de réagir au coup par coup. Mais, la dynamique semble en route pour que le changement soit une révision complète des données politiques qui ont exclu ceux pour qui les mots démocratie et droits de l'homme veulent dire autre chose que le «chacun pour soi» dans une course à armes inégales où les déjà nantis et les «bras longs» sont en pole position. Le minima requis se trouve dans  la rupture des accords internationaux léonins et la libération complète de l'initiative économique de l'Etat, qui compensera les chimériques IDE. Il y a un pays à reconstruire et un peuple qui attend.

En Tunisie, le débat est ouvert, et on fait peur aux Tunisiens. Le patron des patrons de ce pays,  M. Ben Sedrine, lance l'alarme : «Le recours obsessif à l'Etat Mama, au niveau de l'emploi, est une chimère... Car les pansements et les charpies étatistes ne servent à rien dans les tranchées de la crise sociale...». Son argument : «un monde où les forces du marché et les agences de notation dominent la planète. Organisent la compétition entre les nations. Contrôlent les richesses. Assurent la gouvernance mondiale». Soit exactement ce qui a été dit pour que l'Algérie détruise ses capacités de production, démantèle les dispositifs de protection de son marché et sombre dans l'apathie, en quête inassouvie d'investissements illusoires.

Par Ahmed Halfaoui

Source: LES DEBATS.COM

lundi, 28 mars 2011

LIBYE: UNE AGRESSION IMPERIALISTE !

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Par Demba Moussa Dembélé, Economiste, Dakar, jeudi 24 mars 2011


Depuis samedi 19 mars 2011, la Libye est soumise à un bombardement intensif de la part des Etats-Unis, de la France et de leurs alliés de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN). Si l'on en croit les dirigeants de cette organisation, véritable bras armé de l'impérialisme occidental, ces attaques visent à imposer une zone d'exclusion aérienne pour « protéger » les populations libyennes contre les armées de Kadhafi ! En vérité, la prétendue protection des civils n'est qu'un prétexte pour envahir la Libye.

 

Le rôle des membres africains du Conseil de Sécurité

Et pour légitimer cette invasion, les Etats-Unis et leurs alliés subalternes ont cherché l'aval du Conseil de Sécurité des Nations-Unies. La Résolution 1973 votée le jeudi 17 mars 2011 donnait ainsi les mains libres aux pays occidentaux pour mettre en application leur plan qui n'a rien à voir avec le mandat conféré par cette Résolution. Les critiques de la Chine, de la Russie et même de certains membres de la Ligue Arabe, comme son Secrétaire Général, l'Egyptien Amr Moussa, montrent bien que les Etats-Unis et leurs alliés ne cherchaient qu'une couverture légale à leur plan préparé de longue date.

En légitimant une telle expédition impérialiste, les Nations-Unies ont montré une fois de plus qu'elles ne sont qu'un jouet entre les mains des grandes puissances. Elles ne peuvent être d'aucun secours pour les peuples, comme le prouvent leurs échecs partout, en Afghanistan, Côte d'Ivoire, Haïti et République démocratique du Congo.

Ce qui est encore plus choquant et même honteux dans cette Résolution c'est le soutien apporté aux pays occidentaux par trois pays africains, l'Afrique du Sud, le Gabon et le Nigeria, contre la Libye ! Ceci est d'autant plus choquant que même l'Allemagne s'est abstenue et que ce sont les pays africains qui ont donné les voix nécessaires qui valident la Résolution ! Si deux d'entre eux seulement s'abstenaient, la Résolution ne passerait pas ! Même si l'extravagant Colonel libyen suscite peu de sympathie de la part de nombre de ses pairs du continent, il est tout de même inadmissible et révoltant de voir des pays africains soutenir les plans de destruction d'un autre pays africain par les pays occidentaux. Si les deux pays africains les plus susceptibles d'avoir des positions plus indépendantes vis-à-vis des puissances occidentales peuvent capituler aussi facilement sur une question aussi cruciale, c'est vraiment à désespérer du leadership africain !

Il est vrai que depuis son arrivée au pouvoir, le président actuel du Nigeria, Goodluck Jonathan, a cherché à être dans les bonnes grâces de Washington. Mais l'attitude de l'Afrique du Sud est d'autant plus étonnante et incompréhensible qu'elle a raté l'occasion de montrer aux pays BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine), qui se sont tous abstenus, qu'elle est digne de faire partie de leur groupe. En effet, elle a été invitée par la Chine à devenir membre à part entière de ce groupe lors de la réunion prévue à Beijing le mois prochain.

En tout cas, ce vote augure mal du rôle que pourrait jouer l'Afrique du Sud ou le Nigeria si l'une ou l'autre arrivait à disposer d'un siège permanent au Conseil de Sécurité. Ce vote de deux pays africains-clés constitue une gifle à l'égard de l'Union africaine et fragilise davantage celle-ci. En effet, il est affligeant de voir deux de ses membres, et non des moindres, ignorer l'appel lancé par l'UA pour la résolution pacifique de la crise libyenne pour aller soutenir les pays occidentaux contre un autre pays africain ! Pauvre Afrique ! Mais au moins, l'Union africaine a maintenu son honneur sauf en condamnant les attaques occidentales, en appelant à un cessez-le-feu immédiat et en refusant d'assister à la réunion convoquée par la France le samedi 19 mars. Cette attitude sonne à la fois comme un désaveu de la position des pays africains au Conseil de Sécurité, surtout de l'Afrique du Sud et du Nigeria, et comme un appel pressant à l'union sacrée autour de la question libyenne.

Les vraies raisons de l'intervention : le contrôle des ressources libyennes

Les déclarations d'Obama, Sarkozy et autres ne sont qu'un tissu de mensonges destinés à masquer les vrais desseins de cette croisade impérialiste, dont le véritable et unique objectif est de faire tomber le régime de Kadhafi et de mettre la main sur les immenses ressources de ce pays, notamment sur son pétrole.

En effet, depuis quand Sarkozy et ses semblables se soucient-ils du sort des peuples africains, surtout ceux d'origine arabe ? Depuis quand le président des Etats-Unis se soucie-t-il du sort des peuples ? Mais alors, si ces Messieurs ont une seule petite fibre « humanitaire », que faisaient-ils quand le peuple palestinien était écrasé par les bombes à fragmentations de l'Etat sioniste ? Qu'ont-ils fait face au blocus illégal et inhumain imposé par Israël contre Gaza ? Face à ces crimes contre l'Humanité perpétrés par l'Etat sioniste, que font Obama, Sarkozy et les autres qui prétendent aujourd'hui voler au secours du peuple libyen ?

En vérité, ce sont des dirigeants cyniques et dont la seule préoccupation est de maintenir l'hégémonie de leur système économique et politique : l'impérialisme. C'est un système qui est l'ennemi juré de la liberté, de l'indépendance et de la souveraineté des peuples et nations, partout dans le monde. Il est le principal obstacle à l'émancipation des peuples. C'est un système despotique, tyrannique, totalitaire et sanguinaire, qui a des millions de victimes sur la conscience. Comment les tenants d'un tel système peuvent-ils prétendre « protéger » les populations libyennes ? Les seuls droits qui importent au système impérialiste sont les droits de propriété d'une minorité d'exploiteurs et de criminels sans foi ni loi. La rhétorique sur les droits humains n'est qu'un vernis destiné à masquer les desseins d'une entreprise de conquête, de rapine et de pillage contre les peuples.

La vérité est que cette guerre, tout comme celle de l'Irak, est une guerre pour le contrôle des ressources de la Libye. Les pays occidentaux, les Etats-Unis en particulier, étranglés par une crise sans précédent qui confine à une crise de civilisation, voient leur hégémonie sur les affaires du monde s'effriter face à la montée de pays du Sud, comme la Chine, le Brésil et l'Inde. Et tous les moyens sont bons pour arrêter, ou du moins, ralentir le processus de leur déclin inéluctable et la redistribution des cartes en cours à l'échelle mondiale. D'où le projet de militarisation de la planète, au nom de « l'ingérence humanitaire » ou de « la lutte contre le terrorisme » pour occuper des pays riches en ressources naturelles, notamment en pétrole.

C'est cela qui explique cette guerre impérialiste contre la Libye dont les immense ressources pétrolières ont fini de faire perdre toute décence et retenue aux dirigeants occidentaux. Et la prétendue « protection » de son peuple n'est que le prétexte servant de couverture à une expédition purement impérialiste et destructrice. Leur objectif est de faire tomber le régime de Kadhafi pour le remplacer par un régime plus accommodant pour les intérêts occidentaux.

La manière dont leur campagne se déroule le montre clairement : destructions de toutes les infrastructures du pays (ponts ; routes ; usines ; etc.), bombardement de la résidence de Kadhafi, destruction de tout ce qui peut s'apparenter à une « cible militaire ». Et cette entreprise de destruction sauvage sera inévitablement accompagnée de massacres de populations civiles -bavures collatérales, dira-t-on- celles-là même qu'Obama, Sarkozy et toute la meute de chiens impérialistes étaient censés « protéger » !

Soutien à une authentique révolution populaire en Libye

La dénonciation de l'expédition impérialiste doit aller de pair avec le soutien à une authentique révolution populaire contre le régime de Kadhafi. Les aspirations du peuple libyen à la liberté et à la démocratie et son désir de mettre fin à plus de 40 ans de règne sont légitimes et dignes d'être soutenus. C'est pourquoi quand la révolte en Libye a commencé, nous l'avions considérée comme la suite logique de ce qui s'était passé dans la Tunisie voisine. C'est-à-dire une révolution populaire visant à mettre fin au régime de Kadhafi - un dirigeant mégalomane, extravagant et imprévisible- et à ses plans de dévolution monarchique du pouvoir pour instaurer à sa place un régime démocratique. C'est pourquoi nous avions souhaité de tout cœur la réussite de cette révolte.

Mais notre enthousiasme fut refroidi quand nous avons vu des rebelles brandir des drapeaux de la monarchie qui avait été balayée par le coup d'état de Kadhafi. Cela montrait bien que des forces réactionnaires avaient essayé d'utiliser les revendications légitimes du peuple libyen à d'autres fins. Cela a été renforcé quand ceux qui se présentent comme les dirigeants de cette révolte ont demandé aux pays occidentaux d'intervenir !

Un message que les dirigeants des monarchies arabes et des pays occidentaux ont vite décrypté. En effet, Sarkozy a vite fait de reconnaître « le Conseil National » créé par les opposants au régime de Kadhafi et de demander une intervention militaire contre lui. Et la Ligue Arabe, sous la houlette de l'Arabie Saoudite et d'autres monarchies du Golfe, se pressa de convoquer une session extraordinaire pour appuyer une telle demande.

Cela montre bien que la révolte populaire en Libye est en train d'être instrumentalisée par des forces et des pays dont les objectifs sont très éloignés des aspirations fondamentales du peuple libyen. En effet, qui peut réellement croire un seul instant que les monarchies moyenâgeuses d'Arabie Saoudite et des pays du Golfe vont soutenir une révolte réellement populaire et l'instauration de la démocratie en Libye ? Le régime saoudien n'a-t-il pas accueilli le dictateur sanguinaire Ben Ali ? N'a-t-il pas envoyé des troupes au Bahreïn pour protéger une monarchie en butte à une révolte populaire ?

Ces faits montrent bien que les pays occidentaux et leurs alliés arabes ne sont pas entrés en Libye pour soutenir les aspirations véritables du peuple libyen à la liberté et à la démocratie. Au contraire, ils cherchent à canaliser ces aspirations à leur seul et unique profit.

Tout en soutenant le combat légitime des véritables forces démocratiques en Libye, l'Afrique doit dénoncer avec la dernière énergie la furie sauvage des hordes impérialistes lancées contre ce pays dont le seul et unique but est de contrôler ses ressources au détriment du peuple que l'on prétend « protéger ».

APRES LE BOMBARDEMENT DE LA LIBYE: OBAMA ESSUIE DES CRITIQUES AU CONGRES AMERICAIN


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In Le Nouveau Courrier N°234 du 24 Mars 2011, © afreekelection.com


Barack Obama aurait-il fait cavalier seul dans son choix de soutenir l'expédition militaire des forces occidentales contre Kadhafi ? Les membres du Congrès s'interrogent, d'autant qu'ils ne savent pas à quelle logique répond cette initiative prise au nom de leur pays.


Décidée dans l'urgence, l'intervention des forces occidentales pour détruire le dispositif militaire de Kadhafi est de plus en plus contestée en Europe et aux Etats-Unis. Dès le départ, l'Allemagne n'était pas convaincue de la justesse de l'opération et avait émis des doutes quant à son opportunité et son efficacité. L'Italie timidement engagée dès l'initiative prise par Nicolas Sarkozy, fait maintenant marche arrière et ne veut plus exposée ses troupes, dans une aventure à l'issue incertaine.

Le Congrès américain ne ménage non plus, depuis hier Barack Obama qui à ses yeux, a unilatéralement « autorisé des frappes sur la Libye ». Même dans son propre, la décision d'Obama est incomprise et Michael Honda, un démocrate, pointe le caractère « profondément dysfonctionnel » de ces frappes. D'ailleurs seul le Congrès est habilité à faire le choix de la déclaration de guerre au nom des Etats-Unis. La républicaine Candice Miller, elle, a jugé « inacceptable » la décision d'Obama sans un accord préalable du Congrès. Mais l'opinion américaine surprise, voudrait à son tour comprendre le bien-fondé d'une telle initiative et se pose deux questions fondamentales à l'instar du sénateur républicain John Barrasso sur une chaîne américaine : « nous demandons à Obama quel est le but de ce choix et quel est notre rôle ? ». L'opinion américaine redoute, qu'en voulant jouer encore une fois les gendarmes du monde, les Etats-Unis s'enlisent dans un conflit dont ils pourraient faire l'économie.

Dans un courrier adressé hier lundi à John Boehner et Daniel Inouye, respectivement président républicain de la Chambre des Représentants et au président par intérim du Sénat, Barack Obama a pourtant bien expliqué que son initiative libyenne « est dans l'intérêt de la sécurité nationale des Etats-Unis. Puis il poursuit : « sans une intervention, l'instabilité croissante en Libye pourrait conduire à une instabilité plus grande au Moyen-Orient avec des conséquences dangereuses pour les intérêts de sécurité nationale. » Mais ce que ne dit pas le président américain, c'est que la Libye est le 7ème pays producteur de pétrole au monde et reste, une réserve non négligeable pour les besoins énergétiques pour les USA. Mais Obama ne rassure toujours pas son opinion quand bien même il promet que les frappes sur les cibles libyennes « seront limitées dans leur nature, durée et étendue ».

Les américains qui redoutent les représailles du Guide libyen n'ont pas oublié l'explosion d'un avion de la PanAm sur Lockerbie (en Ecosse) qui a coûté la vie à 270 passagers dont une majorité d'Américains. Mouammar Kadhafi serait derrière cet attentat.


NB : La titraille est de la rédaction


Source: LE NOUVEAU COURRIER

samedi, 26 mars 2011

AFRIQUE - FRANCE: CALIXTHE BEYALA ECRIT A JEAN PING, PRESIDENT DE LA COMMISSION DE L'UNION AFRICAINE


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A Monsieur Jean Ping, Président de la Commission de l'union Africaine: rupture des relations diplomatiques des pays membres de l'U.A avec la France


A Monsieur Jean Ping

Président de la Commission de l'union Africaine


Objet : Demande d'une rupture des relations diplomatiques des pays membres de l'U.A avec la France

Pantin, le 20 mars 2011


Monsieur le Président,

Nous venons par ces mots vous demander qu'il soit mis immédiatement fin aux relations diplomatiques qu'entretiennent les pays membres de l'Union Africaine que vous présidez avec la France.

En effet, depuis deux jours les Africains sont victimes des massacres des populations civiles perpétrés en Libye par la France, pour des raisons fallacieuses et ce, malgré la désapprobation de l'Organisation que vous présidez.

Il est inadmissible, impensable qu'un pays comme la France bombarde, tue les populations Libyennes alors même que le mandat soit disant donné par l'ONU ne comportait pas cette clause.

Il s'agit là pour le peuple Africain, d'une humiliation sans nom, d'une blessure profonde qui n'est pas sans rappeler les agissements de ce pays lorsqu'il s'agissait pour lui de mettre l'Afrique sous sa domination.

L'Afrique est aujourd'hui un continent indépendant. La souveraineté des Etats doit être respectée ; l'on ne saurait rester impassible face à une telle sauvagerie.

D'ores et déjà des soulèvements populaires sont prévus dans toute l'Afrique si jamais l'Union se refusait de prendre ses responsabilités face à cette horrible agression. Une grève de la faim de nos élites est également à prévoir.

Nous comptons sur l'Organisation que vous présidez afin que soit mis fin, dans les plus brefs délais, à ces assassinats de femmes et d'enfants innocents, à ce génocide moderne où les pays dits civilisés s'octroient le droit de tuer en toute impunité sous la couverture d'une ingérence humanitaire.

Dans l'espoir que vous mettrez tout en œuvre pour que cessent ces horribles événements, je vous prie d'agréer, Monsieur le Président, l'expression de mes sentiments respectueux.


Calixthe Beyala, Ecrivain

© Le Républicain (ml) : Calixthe Beyala


Source: CAMER.BE

ADAME BA KONARE: «NOUS SOMMES DANS UNE LOGIQUE DE RECOLONISATION DU CONTINENT»


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L'historienne et ex-Première dame du Mali, Adame Ba Konaré, a qualifié de « carnaval macabre » l'opération militaire menée en Libye par la coalition internationale. Elle appelle les Africains à se mobiliser pour défendre leur « continent meurtri et bafoué ». Elle répond aux questions de RFI.


RFI : Dans une lettre ouverte, intitulée « Cris aux Africains », vous faites part de votre inquiétude. Vous dénoncez le « carnaval macabre des Occidentaux » en Libye. Qu'est-ce qui vous choque le plus, dans cette opération militaire ?

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Adame Ba Konare : C'est le principe même de l'intervention des puissances étrangères sur le sol africain. On a l'impression que nous avons en face de nous des pays et des chefs d'Etat vertueux, alors que ne sont-ils intervenus en Tunisie, en Egypte, où le peuple était effectivement dans la rue, sans armes ? Et pourquoi n'interviennent-ils pas en Palestine, où le peuple est dans la rue ? Sans oublier que toutes ces puissances coalisées ont un lourd passif colonial.

Vous savez, c'est avec de tels discours que l'aventure coloniale a commencé. Ne l'oublions pas. Les « vertueuses et généreuses nations » avaient pour mission de voler au secours des pauvres Africains, pour les débarrasser de leurs méchants dirigeants. Tout ça, ça sent un peu l'invasion coloniale.

RFI : Ce que disent les Occidentaux, mais aussi un certain nombre d'hommes politiques africains, c'est que sans les frappes aériennes de samedi dernier, la ville de Benghazi aurait été reconquise par l'armée libyenne et il y aurait eu un bain de sang.

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A.B.K : Oui, mais il ne faut être suffisamment naïf pour faire croire qu'une intervention des armées étrangères ne fera pas de dégâts non plus parmi la population civile. Et puis, moi je crois qu'il n'y a pas de transparence dans cette affaire-là. Qui dirige la mission ? Qui ordonne ? Qui contrôle ? Il y a un dépassement des mandats. Il va falloir que quelqu'un réponde de ces actes.

Et puis je dis qu'à ce rythme-là, partout il y aura des contestations, partout où il y aura des mouvements, on verra « toutes ces nations généreuses » voler au secours des populations africaines. Il ne faut pas confondre le peuple avec des mouvements de contestation. Et à ce rythme-là, moi je dis : nous assisterons au dépècement progressif de l'Afrique, à sa balkanisation, donc à sa fragilisation. Nous sommes dans une dynamique de recolonisation du continent, à mon avis.

RFI : Dans plusieurs discours, la semaine dernière Mouammar Kadhafi a lancé des menaces très claires aux insurgés de Benghazi : « Nous irons vous chercher dans chaque maison, dans chaque pièce, dans chaque placard ! ». Concrètement, Adame Ba Konare, qu'est-ce qu'il fallait faire pour épargner aux habitants de Benghazi le glaive vengeur de Mouammar Kadhafi ?

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A.B.K : Honnêtement, je ne partage pas du tout, évidemment, ces propos tenus qui sont effectivement insupportables, il faut le reconnaître. Mais moi je dis qu'il faut recentrer le débat. Je ne suis pas du tout sûr que l'intervention menée par cette puissance occidentale soit beaucoup moins mortelle que les bombardements de Kadhafi. Je pense qu'il y a beaucoup de fanfaronnades dans les déclarations de Mouammar Kadhafi. Je ne suis pas sur le terrain, mais ces forces coalisées, comment voulez-vous qu'elles puissent bombarder avec discernement ? Ce sont des histoires !

RFI : Alors vous parlez des « fanfaronnades » du colonel Kadhafi, mais n'y a-t-il pas eu les attentats de Lockerbie et du DC10, et puis la répression d'une mutinerie en 1996, qui a fait plus de 1 200 morts ?

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A.B.K : Oui... Je ne dédouane pas du tout le colonel Kadhafi pour ses actes dans le passé, et puis même pour une certaine violence qu'on a notée récemment. Mais je dis que cette intervention, elle se fait uniquement dans le but de servir les intérêts, à la fois économiques, et de politique intérieure, de ces chefs de guerre. Je pense qu'il y a évidemment le pétrole et le gaz libyen, qui sont forts, mais il y a aussi des besoins de politique intérieure.

Tous ces chefs de file sont en situation pré-électorale. N'oublions pas le président français, qui est en baisse dans les sondages. Donc, ce n'est pas aux Africains qu'on va faire croire qu'on est là pour libérer des peuples. On n'a qu'à aller libérer d'autres. On a qu'à aller libérer les Palestiniens par exemple.

RFI : Si l'opération avait été lancée par des Africains, est-ce que vous l'approuveriez ?

A.B.K : Vous savez, ce que je reproche à l'Afrique et aux chefs, notamment aux chefs africains, c'est leur pusillanimité. L'Afrique est timorée. On est encore engoncé dans ces peurs coloniales et nous n'arrivons pas à les dépasser. C'est sûr qu'il y a une faillite des nos élites politiques, notamment au niveau du leadership, et même une incapacité de l'Union africaine à anticiper. Le silence des continents a été lourdement préjudiciable dans cette affaire.

Je crois que s'ils s'étaient exprimés très tôt, ces chefs-là, ils auraient pu anticiper sur le cours des événements. Et puis désamorcer même la bombe des Nations unies. Les Africains doivent exiger l'arrêt immédiat des bombardements, exiger tout de suite qu'on ouvre les négociations.

RFI : Cheikh Tidiane Gadio, l'ancien ministre sénégalais, a dit cette phrase : « Il n'est pas normal que la responsabilité de protéger les populations civiles soit l'apanage des pays occidentaux ».

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A.B.K : Oui, mais c'est clair ! On ne voit pas du tout ce que les pays occidentaux viennent faire dans cette affaire. Il y a une institution continentale. Pourquoi on ne leur demanderait pas d'intervenir dans ce conflit ? Il faut une mobilisation continentale pour dire « ça suffit ! ». Moi, j'ai donné, sans prétention, le tempo, et j'aimerais vraiment que tout le continent se mette debout pour s'occuper des problèmes qui le concernent.

RFI : Vous souhaitez une solution politique en Libye, mais les insurgés de Benghazi ne croient pas une seconde dans la bonne foi du colonel Kadhafi. Qu'est-ce qu'il faut faire ?

A.B.K : Moi, je respecte la légitimité des opposants de Benghazi. Je reconnais la légitimité de leurs droits, plus de liberté d'expression... Mais avec cette intervention « des Croisés », je me demande même s'ils ont la victoire, quel va être le goût de cette victoire pour eux. Est-ce que ce sera honorable pour les opposants libyens, de voir le drapeau français flotter sur le fronton de leurs édifices, et d'entendre le nom de Sarkozy scandé dans les rues de Benghazi ? Donc il y a là, des interrogations.


In Le Républicain


Source: TELEDIASPORA.NET

LIBYE: SELON LA PRESSE ITALIENNE, LA «REVOLUTION» A ETE TELEGUIDEE PAR LES SERVICES SECRETS FRANÇAIS



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De Franco Bechis, Directeur adjoint du quotidien italien "Libero"


Traduction de l'article du quotidien de Berlusconi "Libero" du 23 mars 2011.

Première étape du voyage, 20 octobre 2010, Tunis. C'est là qu'est descendu avec toute sa famille d'un avion de Libyan Airlines, Nouri Mesmari, chef du protocole de la cour du colonel Muhamar Kadhafi. C'est un des grands perroquets du régime libyen, depuis toujours aux côtés du colonel.

Le seul -comprenons-nous- qui avec le ministre des Affaires étrangères Moussa Koussa avait un accès direct à la résidence du raïs sans avoir à frapper (avant d'entrer, NdT).

Le seul à pouvoir franchir le seuil de la suite 204 du vieux cercle officiel de Benghazi où le colonel libyen a accueilli avec tous les honneurs le Premier ministre italien Silvio Berlusconi pendant la visite officielle en Libye. Cette visite de Mesmari à Tunis ne dure que quelques heures. On ne sait pas qui il rencontre dans la capitale où la révolte contre Ben Ali couve sous la cendre. Mais il est désormais certain que dans ces heures-là et dans celles qui ont immédiatement suivi, Mesmari jette les ponts de ce qui, à la mi-février, allait devenir la rébellion de la Cyrénaïque. Et prépare l'estocade contre Kadhafi en cherchant et obtenant l'alliance sur deux fronts : le premier est celui de la dissidence tunisienne. Le second est celui de la France de Nicolas Sarkozy. Et les deux alliances lui réussissent.

C'est ce dont témoignent des documents de la DGSE, le service secret français, et une série de nouvelles fracassantes qui ont circulé dans les milieux diplomatiques français à partir de la lettre confidentielle, Maghreb Confidential (dont il existe une version synthétique et accessible payante).

Mesmari arrive à Paris le lendemain, 21 octobre. Et il n'en bougera plus. En Libye il n'a pas caché son voyage en France, puisqu'il a emmené avec lui toute sa famille. La version est qu'à Paris il doit subir un traitement médical et probablement une opération. Mais il ne verra pas l'ombre d'un médecin. Ce qu'il verra seront par contre, tous les jours, des fonctionnaires des services secrets français.

La réunion

On a vu de façon certaine au début du mois de novembre, entrer à l'Hôtel Concorde Lafayette de Paris, où Mesmari réside, d'étroits collaborateurs du président français. Le 16 novembre, une file de voitures bleues est devant l'hôtel. Dense et longue réunion dans la suite de Mesmari. Deux jours plus tard une dense et étrange délégation française part pour Benghazi. Avec des fonctionnaires du ministère de l'Agriculture, des dirigeants de France Export Céréales et de France Agrimer, des managers de Soufflet, de Louis Dreyfus, de Glencore, de Cani Céréales, Cargill et Conagra.

Expédition commerciale, sur le papier, pour essayer d'obtenir à Benghazi justement de riches commandes libyennes. Mais se trouvent aussi dans le groupe des militaires français, déguisés en hommes d'affaire.

À Bengazi ils vont rencontrer un colonel de l'aéronautique libyenne indiqué par Mesmari : Abdallah Gehani. Il est au-dessus de tout soupçon, mais l'ex-chef du protocole de Kadhafi a révélé qu'il était prêt à déserter et qu'il a aussi de bons contacts avec la dissidence tunisienne.

L'opération est menée en grand secret, mais quelque chose filtre jusqu'aux hommes les plus proches de Kadhafi. Le colonel se doute de quelque chose. Le 28 novembre, il signe un mandat d'arrêt international à l'encontre de Mesmari. L'ordre arrive aussi en France à travers les canaux protocolaires. Les Français s'alarment et décident de suivre l'arrêt de façon formelle.

Quatre jours plus tard, le 2 décembre, la nouvelle filtre justement depuis Paris. On ne donne pas de nom mais on révèle que la police française a arrêté un des principaux collaborateurs de Kadhafi. La Libye, au premier abord, retrouve son calme. Puis apprend que Mesmari est en réalité aux arrêts domiciliaires dans la suite du Concorde Lafayette. Et le raïs commence à s'agiter.

La colère du raïs

Quand arrive la nouvelle que Mesmari a demandé officiellement l'asile politique à la France, la colère de Kadhafi éclate, il fait retirer son passeport même au ministre des Affaires étrangères, Moussa Koussa, accusé de responsabilité dans la défection de Mesmari. Il essaie ensuite d'envoyer ses hommes à Paris avec des messages pour le traître : « Reviens, tu seras pardonné ». Le 16 décembre, c'est Abdallah Mansour, chef de la télévision libyenne, qui essaie. Les Français l'arrêtent à l'entrée de l'hôtel. Le 23 décembre d'autres Libyens arrivent à Paris. Ce sont Farj Charrant, Fathi Boukhris et All Ounes Mansouri.

Nous les connaîtrons davantage après le 17 février : parce que ce sont justement eux, avec Al Hadji, qui vont mener la révolte de Benghazi contre les miliciens du colonel.

Les trois sont autorisés par les Français à sortir dîner avec Mesmari dans un élégant restaurant des Champs-Élysée. Il y a aussi là des fonctionnaires de l'Élysée et quelques dirigeants des services secrets français. Entre Noël et le Jour de l'an paraît dans Maghreb Confidential, la nouvelle que Benghazi est en ébullition (à ce moment-là personne ne le sait encore), et aussi quelques indiscrétions sur certaines aides logistiques et militaires qui seraient arrivées dans la seconde ville libyenne, en provenance justement de la France. Il est désormais clair que Mesmari est devenu un levier aux mains de Sarkozy pour faire sauter Kadhafi en Libye. La lettre confidentielle sur le Maghreb commence à faire filtrer les contenus de cette collaboration.

Mesmari est nommé « Libyan Wikileak », parce qu'il révèle un après l'autre les secrets de la défense militaire du colonel et raconte tous les détails des alliances diplomatiques et financières du régime, en décrivant même la carte du désaccord et les forces qui sont sur le terrain. À la mi-janvier, la France a dans les mains toutes les clés pour tenter de renverser le colonel. Mais il y a une fuite. Le 22 janvier, le chef des services secrets de Cyrénaïque, un fidèle du colonel, le général Aoudh Saaiti, arrête le colonel d'aviation Gehani, référant secret des Français depuis le 18 novembre.

Le 24 janvier, il est transféré dans une prison de Tripoli, accusé d'avoir créé un réseau social en Cyrénaïque, qui faisait les louanges de la contestation tunisienne contre Ben Ali. Mais c'est trop tard : Gehani a déjà préparé la révolte de Benghazi, avec les Français.


Traduction Marie-Ange Patrizio


http://affaritaliani.libero.it/politica/sarko_rivolta_lib...

http://bellaciao.org/it/spip.php?article28705

http://it.peacereporter.net/articolo/27597/Libia%2C+rivol...

http://www.pane-rose.it/files/index.php?c3%3Ao26038%3Ae1

http://www.italiah24.it/dal-mondo/africa/6575-guerra-libi...

http://www.blitzquotidiano.it/politica-mondiale/libia-fra...

mardi, 22 mars 2011

LES RACINES DE LA REVOLTE ARABE ET LES CELEBRATIONS PREMATUREES

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Un texte de James Petras, professeur (à la retraite) de sociologie à l'université de Binghamton dans SUNY Etat de New York, aux  USA, et assistant professeur à l'Université  Sainte Marie à Halifax, Nouvelle Ecosse  au Canada. Il écrit beaucoup sur les problèmes politiques de l'Amérique latine et du Moyen Orient .


Les racines de la révolte arabe et les célébrations prématurées

La plupart des informations  sur les  révoltes  arabes  d'Egypte, Tunisie, Libye, Maroc, Yémen, Jordanie, Bahreïn, Irak et d'ailleurs se sont focalisées sur les causes les plus  immédiates : dictature politique, chômage, répression, blessure  et meurtre de manifestants. La plupart  se sont consacrées à la « classe moyenne »  aux jeunes   militants éduqués,  à  leurs communications sur internet et, dans le cas d'Israël et de ses théoriciens  sionistes du complot  à la  « main cachée » des  extrémistes islamistes.

Est ici absent  tout effort visant à fournir un cadre pour la révolte, qui fournirait une explication de l'étendue de   la  structure socio-économique à moyen et long  terme ainsi que du détonateur immédiat de  l'action politique. L'étendue  et la profondeur des soulèvements populaires et la diversité des forces politiques et sociales, qui sont entrés  dans le  conflit, excluent toute explication, qui ne  voit qu'une seule dimension des  combats.

L'essence des économies arabes

À l'exception de  la Jordanie, la  plupart  des   économies arabes, où  se déroulent les révoltes,   sont  fondées    sur les  « rentes » du pétrole, du  gaz, des ressources minérales  et du  tourisme, d'où proviennent  la plupart des recettes d' exportations et des revenus  de l'Etat.

Ces branches  sont en réalité  des enclaves  exportatrices,  employant une infime partie de la population active et délimitant une  économie hautement spécialisée.  Ces branches n'ont pas aussi d'articulation  avec   une  économie productive  domestique   diversifiée : le  pétrole est exporté et tous les produits finis , ainsi que les services financiers  et les services  de  technologie de pointe, sont importés et  contrôlés  par les entreprises multinationales étrangères  et  par les  expatriés liés à  la classe dirigeante Le  tourisme renforce le « loyer » en quelque sorte de branches   qui fournit  des devises étrangères et des recettes fiscales  au  clan familial de classe  de l'État. Pour les revenus fiscaux, l'Etat compte  sur  l'investissement  des capitaux étrangers subventionnés  par l'Etat et des investisseurs locaux  politiquement connectés,  dans l'immobilier et  sur  les travailleurs de la construction importés de l'étranger. Les  revenus  basés sur les concessions  peuvent  créer  une  grande richesse d' autant que les prix de l'énergie s'envolent, mais ces fonds  vont à la classe des « rentiers », qui ne sont pas en mesure d'approfondir et d'élargir le processus de développement économique et l'innovation ou bien  n'y inclinent pas. Les  rentiers se spécialisent dans la spéculation financière, l' investissement outre mer  à travers les  sociétés détenues par des capitaux privés,   la  consommation de gaspillage et la consommation de produits de luxe et les milliards de dollars et d'euros  placés sur  les comptes privés secrets dans les banques d' outre-mer. L' économie rentière n'offre,  en matière d'activité  productive moderne,   que  peu d'emplois ;  son extrémité supérieure  est  contrôlée  et élargie par les membres des clans familiaux et par  les sociétés financières étrangères  à travers des experts   dans  émigration ; les travaux techniques et le travail  qui  comble  l'emploi  de l'extrémité inférieure  de l'axe social  imaginaire  sont  pris par la main-d'œuvre contractuelle  étrangère, avec des niveaux de  salaires  et des conditions de travail pires, que ceux que  les travailleurs qualifiés locaux  sont  prêts à accepter. L'économie rentière fermée   débouche sur une  classe dirigeante fondée  sur des clans, qui introduit la confusion   des biens publics et privés ; en fait en haut, il y a  les  monarques absolus,  leurs  familles    et leurs clients,  les chefs de  tribus, l'entourage  politique  et  les technocrates au milieu. Ce sont des classes régnantes fermées. L'entrée est limitée à certains membres du clan ou  à  des dynasties familiales  et un petit nombre d'individus-entrepreneurs, qui peuvent accumuler les   richesses en servant la classe régnante. Ce cercle étroit  vit   des   rentes  des locations, s'offre un revenu du partenariat dans la   possession des terres, où une expertise n'est pas requise, mais  seulement une autorisation officielle, de la  cession de terres, des   licences d'exportation et  de l'exonération fiscale.

En plus du pillage des caisses de l'Etat,  la classe dirigeante pratique la liberté du commerce -, c'est-à-dire. l'importation de produits finis  bon marché c'est-à-dire la destruction de toute mise en exploitation d'origine domestique dans la transformation productive, le secteur agricole et technique..Le résultat est qu'il n'existe pas de capitaliste national-entrepreneur ou  de  classe moyenne. Sont, la plupart du temps,  considérés classe  moyenne les employés du secteur public (enseignants, professions   médicales, fonctionnaires, pompiers, policiers, officiers de l'armée), qui  dépendent  de leurs salaires,  lesquels  à  leur  tour dépendent  de la subordination de ces salariés au  pouvoir absolu. Ils n'ont pas la moindre  chance d'accéder aux  couches supérieures,  ni de voir  leurs enfants instruits  s'ouvrir des perspectives  économiques.

La concentration du pouvoir économique, social et politique dans un  clan de classe  fermé, qui contrôle le système, conduit à une énorme concentration de la richesse. Résultat de  la différence sociale entre  dirigeants et dirigés cette   richesse    fruit  des prix élevés des produits de base produit une image fortement déformée de la « richesse »par habitant ;En comptant    les milliardaires et les  millionnaires au sommet dune  masse de jeunes  à faible revenu et mal employée, on  donne un revenu moyen  élevé trompeur.

Le gouvernement des rentiers: par les  armes et les aumônes

Pour contrebalancer  ces grandes inégalités dans la société et  protéger sa  position de classe dirigeante rentière parasitaire  celle-ci choisit des alliances  avec des  entreprises d'armement  à coups  de  milliards de dollars et la  protection  militaire  de la   puissance  impériale dominante (USA). Les dirigeants s'engagent à  offrir la  « néocolonisation  sur  invitation » les sites  pour les bases militaires  ainsi que  les aéroports et les  ports maritimes  pour les  opérations militaires,  des accords secrets  pour le financement  de mercenaires  contre  ceux qui s'opposent à  l'impérialisme et la  soumission à  la domination sioniste dans la région (hormis   la  petite  critique  occasionnelle vide de sens.).

Sur  le  moyen terme  le  gouvernement par la force est complété par l'allocation autoritariste paternaliste dispensée  à la pauvreté rurale et  aux  groupes tribaux ; les livraisons de vivres à la pauvreté urbaine ; la voie sans issue des travaux d'urgence pour les chômeurs instruits. L'achat d'armements couteux  et les  allocations paternalistes  autoritaires  reflètent  l'incapacité de lancer   tout investissement productif. Plutôt que de donner  les  milliards à la relance de l'économie on les donne à   la course aux armements .Des centaines de millions sont donnés aux allocations autoritaires exceptionnelles et paternalistes plutôt que  dans des investissements à long terme créateurs d'emplois productifs. La « colle » qui maintient le système ensemble, est une combinaison  de  pillage moderne  des richesses publiques et des sources d'énergie naturelles et d'utilisation de mercenaires et de  recrues néocoloniales  pour contrôler et opprimer la population. Des systèmes d'armes américains modernes sont au service de  monarchies et de  dictatures anachroniques et absolutistes, fondées sur les principes du règne dynastique du  18ème siècle L'émergence et la propagation des  systèmes de communication les plus récents et  de  centres commerciaux à l'architecture ultramoderne pour la satisfaction des consommateurs de l'élite,  et qui forment un contraste aigu vis-à- vis de l'écrasante majorité des jeunes instruits au chômage, en haut  exclus et en bas repoussés par   les travailleurs  contractuels d' outre-mer  sous- rémunérés.

La déstabilisation  néolibérale

Les clans  de classe rentiers sont poussés par  les institutions financières internationales et les banquiers locaux  à « réformer »  leurs économies: à  « l'ouverture » du marché intérieur et des entreprises publiques pour les investisseurs étrangers  à  réduire les déficits, résultant de la crise mondiale et  à mettre en œuvre  des réformes néolibérales. Le résultat des « réformes économiques »  a été  de réduire ou de cesser la fourniture d'aliments pour les pauvres et la réduction de l'emploi dans le secteur d'Etat, ce  qui a bloqué une des rares possibilités d'emploi  pour les jeunes instruits. On augmente les  impôts  pour les   consommateurs  et  les travailleurs salariés et   les titulaires de   revenus fixes  tandis que les commerçants de l'immobilier,  les spéculateurs financiers immobilier  et  les importateurs sont  exonérés d'impôts . La déréglementation a renouvelé  la  corruption massive, non seulement  au sein de  la classe rentière  dirigeante, mais aussi dans son  environnement commercial  immédiat. Le  « cordon » paternaliste autoritaire qui  liait  la   classe moyenne à la classe régnante, a été  perturbé par les réformes néo libérales  suscitées  par les   pays étrangers Des réformes  qui combinent l'exploitation étrangère moderne avec les formes traditionnelles déjà existantes de l'exploitation   privée domestique. Les régimes claniques de classe ne peuvent plus compter sur des mouvements syndicaux, estudiantins, de petits entrepreneurs et d'un secteur d'Etat sous-payé, isolés les uns des autres pour tenir   les  fidèles des  clans, des  tribus, cléricaux et clientélistes.

La rue contre le palais

Les causes immédiates de la révolte arabe sont concentrées dans les contradictions  démographiques de  classe d'une  économie rentière sous direction clanique de classe. L'oligarchie au pouvoir règne sur la masse des chômeurs et  des  jeunes travailleurs peu employés  qui constituent dans la tranche des  moins de 25 ans, 50 à 60 % de la population.  L'économie rentière  « moderne » dynamique   n'accepte pas  d'employer  des jeunes fraîchement formés. Elle les chasse vers   l'économie de la rue, du jour le  jour,   non protégée et sous payée comme marchands  ambulants,  contractuels dans  les transports et  dans les services aux  personnes.

Les  secteurs ultramodernes  tels que le pétrole, l'immobilier,  le  tourisme et les centres commerciaux dépendent de l'appui politique et militaire  des chefs traditionnels retardataires  cléricaux, des tribus et des  clans qui  sont  entretenus  mais jamais  intégrés  dans la  sphère de la production moderne. La  classe ouvrière industrielle urbaine moderne avec des  petits syndicats  indépendants  est interdite  Les  associations  citoyennes  de la classe moyenne sont soit sous le contrôle de l' État,  soit  se limitent  juste  à se plaindre  à l' État absolutiste.

Le développement insuffisant des organisations sociales  liées  aux classes sociales impliquées  dans des activités de production modernes, signifie que l'axe de l'action sociale et politique est  la  rue .Les jeunes chômeurs  e les jeunes  partiellement occupés dans le secteur du jour le jour, se rencontrent sur  les places, dans les kiosques, les cafés  dans des cercles   aux  coins des rues et sur les marchés, ils  tournent autour et à l'écart  des  centres du  pouvoir administratif absolutiste. Les  masses urbaines n'occupent pas  de positions stratégiques dans  le système économique. mais ils sont  à portée de mains pour  des mouvements de foule, capables  de paralyser les rues et les places, par lesquelles sont acheminés les biens et services  et réalisés les bénéfices. De même qu'est important le fait  que les mouvements de masses mis en action par la jeunesse au chômage  fournissent l' occasion pour les syndicalistes et pour  les travailleurs opprimés dans le secteur public, pour les petits entrepreneurs  et  les travailleurs indépendants, de participer à des actions de  protestations  sans  être  victimes de représailles dans  leur  lieu de travail- détournant ainsi le  « facteur de peur » de la perte d'emploi.

La confrontation politique et sociale  tourne  autour des pôles opposés : l'oligarchie clientéliste  et les masses  exclues  (la rue arabe). Les premiers dépendent directement de l'Etat  (l'appareil militaire et policier) et les seconds  d'organisations non structurées, locales, informelles, ouvertes, improvistes. L'exception est la minorité étudiante  universitaire, qui  agit par le biais  d'Internet. Les syndicats industriels organisés  sont entrés dans   la mêlée récemment et  mettent  surtout  l'accent sur les revendications économiques de branche, avec quelques exceptions-en particulier dans les entreprises publiques, contrôlées  par les copains- oligarques, où les travailleurs  exigent  des changements dans la direction.  La résultante  des caractéristiques sociales des États rentiers , c'est que les  soulèvements  ne prennent  pas les formes de lutte des classes entre la force de travail salariée  et les capitalistes-industriels .En  émergent comme des révoltes politiques de masse   contre l'État oligarchique .Les  mouvements  sociaux basés sur la rue  démontrent  leur capacité de déclarer l' autorité étatique illégale, de paralyser l'économie et peuvent   conduire  à l'expulsion   des gouvernants  autocrates .

Mais la spécificité  naturelle  de ces  mouvements  de masse de  rue c'est de remplir  relativement facilement les places, mais aussi de  se disperser lorsque  sont évincés  les symboles de l'oppression Les mouvements basés sur la rue  manquent d'organisation et d'un   leadership  qui  proposerait et  encore moins  instaurerait  un nouvel ordre politique ou social. Leur force réside dans leur  capacité à développer des pressions sur les élites  et les institutions existantes, pas à  remplacer l'État et l'économie. D'où,  la surprenante légèreté   avec laquelle l'armée égyptienne a pu avec l'aide des États-Unis, d Israël et de  l'Union européenne  s'emparer du pouvoir et  protéger l'ensemble de l'Etat  rentier  et la structure économique et en même temps  maintenir  les liens avec  son  conseiller impérial.

Les conditions rapprochées  et l'«effet de démonstration»

La propagation des révoltes arabes  à travers l'Afrique du Nord, le Moyen-Orient et les États du Golfe est en premier lieu le   produit de conditions historiques et sociales similaires : Les Etats rentiers   dirigés  par les clans familiaux des oligarques, dépendant  des  « rentes » tirées de l'exportation forte du  pétrole  et de l'énergie, ce  qui réduit la grande majorité des jeunes aux  activités économiques courantes  basées sur la rue.« La force  de l'exemple » et «l'effet de démonstration » ne  peuvent être qu'en reconnaissant les mêmes conditions socio-économiques-politiques dans chaque pays. La force de la rue - les  mouvements urbains de  rue - supposent  la rue comme  scène économique des principaux acteurs et  prendre la place comme le lieu  de  l'exercice du pouvoir politique et  de la présentation  des  revendications s sociales.

Sans aucun doute les  succès partiels  en Egypte et en Tunisie ont conduit à l'explosion du mouvement ailleurs. Mais ils n'ont pu le faire  que dans   les pays ayant le même  héritage historique, les  mêmes  polarités sociales  entre le clan des  dirigeants-rentiers  et la force de travail marginale de la rue  et surtout, là  où  les gouvernants  ont été fortement  impliqués  et subordonnés aux groupes d'intérêts impériaux économiques et  militaires. . .


Conclusion

Les dirigeants-rentiers régentent à travers  leurs  liens avec les institutions militaires et financières des États-Unis et de l'Union européenne.Ils  modernisent leurs enclaves aisées et marginalisent   la jeunesse  qui  vient de  terminer sa formation la  confinant   dans les  emplois faiblement rémunérés, principalement dans le  secteur informel, concentrés dans les rues des grandes villes. La privatisation néolibérale, la réduction des prestations publiques (prestations de chômage, nourriture, huile comestible,  gaz,  transports,  la santé et  l' éducation), ont détruit  les liens paternalistes  grâce auxquels les gouvernants   contenaient  le mécontentement de la jeunesse et la  pauvreté ainsi que celui des élites cléricales et des chefs tribaux. L'agrégat de  classes et de  masses, modernes et traditionnelles, était un résultat direct du processus de neolibéralisation  par le haut et d'exclusion par le bas.

La promesse des «  réformateurs »  néo-libéraux  que le marché allait apporter des emplois biens payés  à la place  des subventions paternalistes, était un faux. La politique néolibérale  a  raffermi  la concentration de la richesse, mais a affaibli le contrôle de l'État sur les masses.

La crise économique capitaliste mondiale a entraîné les Etats-Unis à l'Europe à durcir  les  contrôles de l'immigration et ont éliminé l'une des soupapes de sureté des régimes-les départs massifs  de jeunes chômeurs  instruits, demandeurs d'emploi à l'étranger. L'émigration n'est plus une alternative à choisir. Le choix s'est rétréci à  lutte ou souffre. Des  études  montrent que ceux qui ont émigré,  ont tendance à être plus ambitieux,  mieux  instruits (dans le cadre  de leur  catégorie) et qui prennent le plus de risques. Maintenant,  attirés vers leur   leur mère patrie, avec   de  petites  illusions seulement  sur les possibilités outre-mer, ils sont contraints de se battre pour la mobilité individuelle chez eux par l'action collective politique et sociale.

De même qu'est important  le fait qu'au sein de la   jeunesse politique, les USA garants en quelque sorte des régimes rentiers sont vus comme une puissance impériale  déclinante  : sur le plan économique, ils  sont menacés par la Chine sur les marchés mondiaux Ils font face à  une défaite, comme  gouvernants coloniaux en Irak et en Afghanistan ; ils sont méprisés comme  le servant flagorneur et menteur d'un Israël de plus en plus discrédité Israël  malgré ses agents sionistes dans le régime d'Obama et dans  le Congrès. Tous ces éléments de déclin et de la honte de l'empire   ajoutent du courage  aux  mouvements  pour la démocratie, pour aller de l'avant contre les satellites américains et atténue sa crainte que la puissance de l'armée américaine  va  frapper et dresser  un  troisième front militaire.

Les mouvements de masse considèrent   leurs  oligarques comme des régimes de « troisième  ordre »: des Etats  rentiers  sous la domination des États-Unis, lesquels,   par contre,  sont sous le contrôle israélien-sioniste. 131 pays dans l'Assemblée générale des NATIONS Unies et l'ensemble du Conseil de sécurité, sauf les États-Unis condamnent l'expansionnisme colonial israélien ; avec le Liban, l'Egypte, Tunisie et  la montée   prochaine  de nouveaux régimes au Yémen et  à Bahreïn,  promettant   une  politique étrangère démocratique, les mouvements de masse découvrent que tous les  680 000 soldats  Israéliens avec leur  armement  moderne  ne lui  sont d'aucune utilité  en raison de son isolement diplomatique total, de la  perte de ses  clients rentiers  locaux  et  du  discrédit  total de  ses dirigeants militaristes boursouflés et de leurs agents sionistes dans le corps diplomatique des Etats-Unis.

Les structures socio-économiques et les conditions politiques elles mêmes  qui  ont  déclenché les mouvements de masse pro-démocratiques, les jeunes sans emploi et sous-employés, organisés dans la rue, représentent à présent  le plus gros problème :  Cette masse non structurée et non organisée peut elle devenir une force politique et sociale organisée qui s'empare du pouvoir d'Etat, démocratise le régime et en même temps crée une économie nouvelle, productive qui offre des emplois stables bien rémunérés  , l' économie qui manque jusqu'à présent dans l'économie rentière ? La conclusion politique actuelle n'est pas claire : les démocrates et les socialistes  rivalisent  avec  les forces néolibérales, cléricales et monarchistes   financées par les États-Unis.

Il est un peu trop tôt pour célébrer la révolution démocratique du peuple.


James Petras

James Petras est  professeur (à la retraite) de sociologie à l'université de Binghamton dans SUNY Etat de New York, aux USA, et assistant  professeur à l' Université Sainte Marie à Halifax, Nouvelle Ecosse au Canada. Il écrit beaucoup sur les problèmes politiques de l'Amérique latine et du Moyen Orient.

PAYS ARABES: SAVOIR VERS QUOI «CHANGER»

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Ça bouge drôlement ces jours-ci, en Algérie, dans pas mal d'endroits. Je ne parle pas des marcheurs  qui animent la matinée du samedi, mais de ceux qui ne sont pas contents du changement qu'a subi le pays depuis 1988 et qui ne marchent pas. On ne les trouve pas sur Facebook, ils ne parlent pas de «démocratie» et ignorent tout de ce qui agite les partis politiques et les associations qui les accompagnent. Ils sont les étudiants qui n'aiment pas du tout les «réformes» qui ont affecté les performances de l'université, dont personne ne reconnaît le bien- fondé, sauf leurs concepteurs. Ils sont les chômeurs qui ne comprennent pas pourquoi il n'y a pas d'investissements, donc de création d'emplois, alors que le pays a de l'argent. Ils sont ceux que l'Etat a abandonnés, depuis qu'il a accepté que ce soit au marché de s'occuper du développement national. Ils sont ceux que le marché a laissés-pour-compte pour ne s'occuper que de ceux qui savent tirer leur épingle du jeu. Sans parler de changement, ils le proposent concrètement. Certains ne doivent pas les aimer en disant d'eux qu'ils sont des «tubes digestifs», mais des «opérateurs» du marché ont bien saisi le message et commencé à réfléchir aux réponses économiques qu'il faut donner.

Le seul problème est que le paysage politique n'exprime pas clairement «qui est pour quoi». On n'a droit qu'à des appels au «changement» sans que l'on nous précise ou que l'on sache vers où on déménage. Ce serait le minimum de voir vers où on veut nous emmener, car toutes les destinations ne sont pas verdoyantes pour tout le monde. Car le «changement» est bizarrement scandé par les puissants de ce monde. On le constate, en Libye, où les acteurs du «changement» ont trouvé grâce auprès des pires ennemis des peuples et ont opéré une jonction militaire avec eux. Ce n'est certainement pas pour les recettes du pétrole et du gaz de ce pays qui sont utilisées pour le bien-être du peuple dans son ensemble. Le peuple, lui, peut le savoir, mais personne ne lui a demandé son avis.

Comme il a toujours suivi les promesses, il s'est divisé entre fidèles de Kadhafi et pro-insurgés, alliés de l'Otan et parrainés par Sarkozy. Les deux pans sont à des lieux de distinguer le bout du chemin, tracé en dehors d'eux, sur lequel ils se sont engagés. Probablement celui de la destruction de l'Etat national symbole de résistance, au seul profit de la mondialisation libérale, sous les coups des F16 et des Rafale. En Tunisie et en Egypte, les peuples perçoivent déjà le sens du «changement Facebooké», ils n'en veulent pas et le disent tous les jours. Alors que ceux qui ont eu le «changement» escompté sont revenus à leurs affaires et s'indignent que le peuple continue de ne pas voir que le «changement» est réalisé.

En Tunisie, Hillary Clinton a dû sentir le vent de la contestation à son encontre. Les manifestants contre sa visite avaient envie de lui dire en face, ce qu'elle va lire dans la presse : «Nous avons fait la révolution tous seuls, sans que personne ne nous aide. Les Américains ont pendant longtemps soutenu le dictateur (Ben Ali) et ils veulent maintenant récolter les fruits de notre révolution». Un parler vrai sur ce qu'elle est venue faire. Un jour enverra-t-elle, peut-être, ses bombardiers à la place de sa souriante frimousse. Elle peut compter sur la «Ligue arabe», qui a tenu à réitérer  «son soutien à une zone d'exclusion aérienne en Libye», comme si la décision de l'ONU en avait encore besoin.


Par Badis Guettaf


Source : LE JOURNAL D'ALGERIE

lundi, 21 mars 2011

CINQ REMARQUES SUR L'INTERVENTION CONTRE LA LIBYE

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Par Michel Collon, le 20 mars 2011.

1. Humanitaire, mon œil ! 2. Qui a le droit de «changer un régime» ? 3. Les buts cachés. 4. La «communauté internationale» existe-t-elle ? 5. Apprendre des précédents médiamensonges.


1. Humanitaire, mon œil !

Vous croyez aux raisons humanitaires ? Obama, Cameron et Sarko sauveurs des Libyens alors qu'ils envoient des troupes saoudiennes massacrer les démocrates du Bahreïn ? L'Occident soucieux de démocratie alors qu'il protège la répression du dictateur au Yémen ?

Vous croyez que Bernard-Henri Lévy se soucie vraiment de « sauver des Arabes », lui qui applaudissait aux bombardements sur les civils de Gaza ? « Le plus remarquable dans l'affaire, le vrai sujet d'étonnement, ce n'est pas la « brutalité » d'Israël. C'est, à la lettre, sa longue retenue » avait-il affirmé.

2. Qui a le droit de « changer de régime » ?

Le peuple libyen mérite certainement un meilleur leader qu'un dictateur qui a rempli les comptes suisses de toute sa famille. Kadhafi a aussi soutenu quelques dictateurs africains détestés.

D'un autre côté, il a fermement soutenu les Palestiniens et nationalisé le pétrole pour assurer des services sociaux à sa population. Le contraire de Moubarak et Ben Ali. Et c'est pour ça que l'Empire voudrait le remplacer par une parfaite marionnette.

Si demain, les Libyens étaient dirigés par un Chavez ou un Evo Morales, pour une véritable démocratie avec une justice sociale, qui n'applaudirait pas ? Mais si c'est pour le remplacer par des agents US comme Karzaï ou Al-Maliki et plonger ce pays dans le chaos pour des décennies comme l'Irak et l'Afghanistan... Comment appeler ça un progrès ?


Chaque peuple a le droit de se débarrasser de dirigeants qui ne lui conviennent pas, mais ce droit n'appartient pas aux grandes puissances impériales : USA, France et Grande-Bretagne. Celles-ci ne poursuivent que leurs intérêts propres. En fait, les intérêts de leurs multinationales.


3. Les buts cachés.


S'il n'y avait pas de pétrole en Libye, jamais l'Occident ne serait intervenu. Il faut quand même rappeler que la plupart des dictateurs africains ont été mis en place et sont protégés par les Etats-Unis ou la France, ou les deux ensemble.


Le véritable but de cette guerre, comme en Irak, c'est de conserver le contrôle du pétrole. A la fois source de profits énormes et instrument de chantage pour contrôler toutes les économies. En fait, les USA n'utilisent pas eux-mêmes le pétrole du Moyen-Orient, mais veulent contrôler l'or noir dans le monde entier. Comme instrument d'hégémonie.


Pour garder ce contrôle, il leur faut absolument sauver Israël. Et pour ça, lui assurer un cordon protecteur de régimes arabes corrompus mais présentant trois qualités :

  • Dociles envers Washington
  • Conciliants avec Tel-Aviv
  • Refusant d'appliquer la volonté de leurs peuples de faire respecter les droits des Palestiniens.

4. La « communauté internationale » existe-t-elle ?

Manipulé par l'argent et les chantages des USA, l'ONU n'est pas démocratique et ne représente pas les peuples. Les grandes puissances (néo)coloniales - USA, France et Grande-Bretagne - prétendent parler au nom de la « communauté internationale ».

Mais leur agression n'est soutenue ni par l'Allemagne, ni par la Russie, ni par la Chine. De plus, le Conseil de l'Europe avait exigé que l'Union africaine donne son accord, pour une intervention en Libye ; or, celle-ci a rejeté l'intervention.

Et toute l'Amérique latine a soutenu l'idée d'une médiation lancée par Hugo Chavez. Pourquoi les Occidentaux ont-ils refusé ? Parce que ce qui les intéressait n'était pas de sauver des gens, mais de s'emparer du pétrole.


En fait, les agresseurs sont une minorité. Comme par hasard, il s'agit des puissances les plus riches et les plus coloniales, et le terme « communauté internationale » est juste un terme de marketing. Car la politique des multinationales (vol des matières premières, surexploitation de la main d'œuvre, destruction de l'agriculture locale et des ressources naturelles, maintien de dictatures, provocation de guerres civiles) maintient dans la pauvreté une grande partie de l'humanité. Les intérêts sont donc entièrement opposés. Parler de « communauté internationale » est donc une imposture politique. Quand les médias reprennent cette expression, ils se rendent complices.


Si un peuple est uni et déterminé contre un dictateur, il trouvera la force de le renverser. Mais s'il s'agit d'une guerre civile (et personne ne nie que Kadhafi a également des soutiens importants), la solution de ce conflit n'est pas dans l'agression par les grandes puissances. Partout où elles sont intervenues (Irak, Afghanistan, Yougoslavie), la situation s'est aggravée. Elles ne poursuivent que leurs intérêts indignes, et s'ils l'emportent, le peuple libyen sera appauvri et plus exploité.


Dans le tiers monde, on comprend tout ceci beaucoup plus facilement. Mais dans les pays riches, non. Pourquoi ?


5. Chaque guerre est précédée d'un grand médiamensonge.

Même dans la gauche européenne, on constate une certaine confusion : intervenir ou pas ? L'argument - massue « Kadhafi bombarde les civils » a pourtant été démenti par des sources occidentales et des sources de l'opposition libyenne. Mais répété des centaines de fois, il finit par s'imposer.


Etes-vous certains de savoir ce qui se passe vraiment en Libye ? Quand l'Empire décide une guerre, l'info qui provient de ses médias est-elle neutre ? N'est-il pas utile de se rappeler que chaque grande guerre a été précédée d'un grand médiamensonge pour faire basculer l'opinion ? Quand les USA ont attaqué le Vietnam, ils ont prétendu que celui-ci avait attaqué deux navires US. Faux, ont-ils reconnu des années plus tard. Quand ils ont attaqué l'Irak, ils ont invoqué le vol des couveuses, la présence d'Al-Qaïda, les armes de destruction massive. Tout faux. Quand ils ont bombardé la Yougoslavie, ils ont parlé d'un génocide. Faux également. Quand ils ont envahi l'Afghanistan, ce fut en prétendant qu'il était responsable des attentats du 11 septembre. Bidon aussi.


S'informer est la clé


Il est temps d'apprendre des grands médiamensonges qui ont rendu possibles les guerres précédentes.

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Source : MICHEL COLLON.INFO

dimanche, 20 mars 2011

LIBYE: UNE GUERRE EN PREPARATION DEPUIS NOVEMBRE 2010?


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Par Gilles Munier, le samedi 19 mars 2011

Sarkozy voulait sa guerre, il l'a - au forceps - grâce à Bernard-Henri Lévy, Alain Juppé, et au gouvernement conservateur anglais. Un exercice militaire de grande ampleur franco-britannique, planifié en trois mois - au lieu de six habituellement - va lui faciliter la tâche. Il est prêt pour attaquer« Southland »... entre le 21 et le 25 mars, un pays affublé d'un « régime dictatorial » au sud de la Méditerranée (1). Nom de code de l'opération « Southern Mistral », et celui de la première frappe : « Desert Storm » ! Elle est aujourd'hui programmée pour de vrai, quel que soit le nom qui va lui être attribué pour donner le change. Pour attaquer la Libye, donc, il ne manquait que l'habillage diplomatique de l'intervention occidentale, c'est-à-dire la caution du Conseil de sécurité de l'ONU et la constitution d'une coalition comprenant « nos bons vieux amis arabes ». C'est fait, en urgence.

On s'en souvient : « Desert Storm - Tempête du désert » était le nom choisi en janvier 1991 par le Pentagone, de l'attaque de l'Irak ordonnée par George Bush (père). L'opération avait été précédée par un exercice quasi identique à « Southland », dirigé quelques mois plus tôt au Koweït, par le général Norman Schwarzkopf. Le régime de Saddam Hussein était déjà clairement désigné comme l'ennemi.

Bye-Bye Kadhafi ?

On ne peut que s'interroger sur l'origine des informations alarmistes publiées dans les médias depuis le soulèvement de plusieurs tribus libyennes soutenues - pour des motifs en partie différents - par le courant islamique djihadiste. Le colonel Kadhafi n'est pas un ange, mais on a l'impression d'assister à un copier-coller de la campagne de diabolisation du Président Saddam Hussein : le Guide libyen « bombarde son propre peuple » - des diplomates et des ministres font défection - des massacres de civils sont dénoncés- les Berbères du djebel Nefousa sont menacés de génocide ; le tout repris en boucle sur la chaîne qatari Al-Jazeera.

A quand un tribunal spécial pour la Libye ? Il ne manque que les armes de destruction massive. Pas de chance : Kadhafi s'en est débarrassé, en 2004, sur les conseils de son « ami », Sir Mark Allen, chef du service Moyen-Orient du MI6, ex Intelligence Service. Un autre de ses « amis », le Premier ministre britannique Tony Blair, a pu ainsi lui décerner, en 2007, le titre de « solide partenaire de l'Occident » ! Comme dit Saïf-al-islam : « c'est vrai que quand tu es fort, tout le monde est tout gentil. Par contre, quand tu es sur le point de t'effondrer, c'est bye-bye... » (2).


(1) Site de « Southern Mistral » : http://www.southern-mistral.cdaoa.fr/

(2) Interview de Saïf-al-islam par Paris Match (9/3/11).


Source: OUMMA.COM