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samedi, 19 mars 2011

LIBYE, UNILATERALISME ET NATIONS UNIES

 

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Par Alain Gresh, le dimanche 13 mars 2011

Alors que les rebelles perdent du terrain en Libye, une réunion des ministres des affaires étrangères de la Ligue arabe au Caire le 12 mars a décidé de demander aux Nations unies d'imposer une zone d'exclusion aérienne au-dessus de ce pays (« Arab states seek Libya no-fly zone », Al Jazeera English, 12 mars). L'Algérie et la Syrie ont exprimé leurs réserves. La Ligue arabe a aussi confirmé que le gouvernement de M. Mouammar Kadhafi avait perdu sa légitimité et qu'elle ouvrait un dialogue avec l'opposition. Cette position est sans précédent dans l'histoire de la Ligue arabe : suspendre la participation d'un gouvernement à la suite de sa politique « intérieure » et entamer des contacts avec l'opposition. Par ailleurs, la Ligue s'est opposée aussi à toute intervention militaire en Libye, alors que de nombreuses inquiétudes s'expriment dans le Sud face à toute décision unilatérale occidentale.

Un sommet de l'IBAS (Inde, Brésil, Afrique du Sud) s'est tenu le 8 mars à New Delhi. Cette organisation, dont les activités sont peu couvertes par les médias occidentaux, symbolise pourtant la naissance de nouveaux acteurs sur la scène internationale (dans le cadre de sa série sur « les alliances insolites », Le Monde diplomatique de mars y consacre une double page). Déjà, on s'en souvient, le Brésil et la Turquie avaient tenté, sans succès, de contribuer à résoudre le dossier du nucléaire iranien (lire « Iran, vers une "communauté internationale" post-occidentale ? »).

Cette fois-ci, les trois puissances émergentes se sont penchées sur le Proche-Orient et la crise libyenne. Elles ont affirmé que toute mesure supplémentaire par rapport à la résolution 1970 du Conseil de sécurité (qui avait décidé de sanctions contre le régime de Kadhafi) ne pouvait être décidée que dans le cadre de la charte des Nations unies (lire Ranjit Devraj, « IBSA Together in Resisting No-fly Zone », IPS, 9 mars).

Le ministre brésilien des affaires étrangères a expliqué que la déclaration reflétait ce que pensait le monde non occidental : « Il est problématique d'intervenir militairement dans des troubles internes. Toute décision d'intervention militaire doit être considérée dans le cadre des Nations unies et en coopération étroite avec l'Union africaine et la Ligue arabe. » Une zone d'exclusion aérienne risque, a-t-il ajouté, de nourrir des sentiments anti-américains et anti-occidentaux qui ne sont pas présents pour l'instant (lire M K Bhadrakumar, « Arab revolt reworks the world order », Asia Times, 10 mars).

D'autre part, les trois pays ont souligné que la question palestinienne était au cœur des problèmes du Proche-Orient et qu'il fallait aller vers la création d'un Etat palestinien « souverain, indépendant, uni et viable, coexistant pacifiquement avec Israël, avec des frontières sûres sur les lignes de juin 1967 et avec Jérusalem-Est comme capitale ».Enfin, les trois pays ont confirmé leur volonté de coopération. L'Inde et le Brésil ont décidé de porter leur commerce de 7,8 milliards de dollars à 10 milliards et identifié des secteurs de complémentarité : l'énergie, le pétrole, le tourisme, l'industrie pharmaceutiques, les mines et l'agro-alimentaire. Les deux pays ont aussi signé un accord pour lever les restrictions sur leur compagnie aérienne respective.


Source: BLOG MONDE DIPLOMATIQUE.NET

LES INSUCCES S'ACCUMULENT EN ATTENDANT LES ECHECS PATENTS: LA PERTE AMERICAINE DE L'INITIATIVE HISTORIQUE



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Par Mohamed Bouhamidi, le 17 mars 2011.

Les révoltes populaires arabes nous auront laissé sur de grandes interrogations sur nous-mêmes et sur le(s) nouveau(x) sens du mot « révolution ». Interrogation plus pesante après la belle contradiction qui pousse la Ligue arabe à  lier les mains de Kadhafi pour alléger le travail de l'insurrection armée en Libye et autorise les pays du Golfe à intervenir contre les manifestants à Bahreïn.

Des plans et des réalités

Le poids de l'interrogation pèse encore plus quand on se souvient que l'Arabie saoudite, qui aide les insurgés en Libye et le pouvoir à Bahreïn, avait ouvertement et fermement manifesté son soutien à Ben Ali et surtout à Moubarak pour lequel elle a pris le risque de se fâcher avec les Etats-Unis.  Cette même ligue, muette pendant les semaines décisives de l'agression israélienne contre le Liban et Ghaza, fait l'événement en offrant à la France et à l'Angleterre la caution arabe à leur impérialisme humanitaire. Sarkozy pouvait désormais envoyer ses avions bombarder les bases et aérodromes militaires libyens en nous disant : «J'agis à la demande des Arabes.» Il faut avouer que c'est le must pour le néo-colonisateur : il revient à la demande du peuple concerné ! Ce n'est plus la seule demande du Conseil national de transition (CNT) qui appelle à l'aide mais celle de tous les Arabes - moins la Syrie et l'Algérie traitées d'avocats du diable par sa presse interventionniste  -. Ça fleure bon le paternalisme et le patriarcat.  Si des gens doutent de la représentativité du CNT, la Ligue arabe vient de lui donner la caution ethnique. La zone d'exclusion verra-t-elle le jour ? Sera-t-elle utile pour les insurgés dans  l'actuel rapport de forces ? Ou un développement ultérieur - très grave pour sa proximité avec nos frontières - précipiterait la Libye dans un scénario à la yougoslave ou à la serbe ? Chacun peut rechercher sur Internet des informations sur les scandaleuses richesses minières qui dorment dans le sous-sol des pays du Sahel. Chacun peut rechercher les stratégies à long terme appliquées par les Etats-Unis pour s'assurer la maîtrise de ces richesses et dont la clé est la remise en cause des frontières laissées par les colonisateurs et la création d'ethno-Etats et d'Etats confessionnels pour se débarrasser définitivement de l'idée, si intimement liée aux indépendances et à la  lutte anticoloniale, de souveraineté sur les richesses et ressources locales. La lutte pour l'indépendance, partout dans le monde, s'est fondée essentiellement sur le mot d'ordre de réappropriation de ses richesses.

Les Algériens ont même prolongé leur guerre de seize  mois pour ne pas perdre un centimètre du Sahara. La scission du Sud-Soudan va bientôt produire son plein effet psychologique et rendre «normale» l'hypothèse que les crises africaines du Sahel trouveraient peut-être leurs solutions dans de nouvelles frontières plus proches des réalités ethniques, culturelles, voire historiques, puisque l'occupation coloniale est venue partout contrarier et annuler des dynamiques de création de royaumes et d'empires africains.  Le tout est que ces nouvelles frontières abritent des Etats qui ne reposent plus sur l'idée de nation et  acceptent plutôt l'idée d'appartenance à une zone. Il suffit pour les lecteurs algériens que l'essentiel des efforts américains et de leurs promesses d'aide au commerce et aux échanges avance toujours la nécessité pour l'Algérie d'adhérer à la zone MENA et de promouvoir la Maghreb comme zone de réflexion et de projection économiques. L'approche est d'autant plus séduisante qu'elle reflète aussi une nécessité pratique pour les pays en voie de développement : celle de favoriser leurs échanges, d'aller vers des commerces Sud-Sud qui n'auront jamais lieu car ces zones ne changeront rien à la réalité des structures économiques si des gouvernements n'engagent pas des politiques économiques  nationales autonomes. Rien ne dit que ces projets de reconfiguration du Sahel aboutiront. Ni les forces politiques nationales de la région  ni les peuples n'ont dit leur dernier mot. Le cas libyen est symptomatique des difficultés que rencontrent les Etats-Unis et les pays d'Europe à mettre leurs visées en pratique. La crise économique a réduit leur marge de manœuvre. Les Etats-Unis en sont réduit à faire d'intolérables pressions sur les autres pays pour leur transférer le poids de leur endettement interne et à l'international.

Les contrariétés impérialistes

Les Etats-Unis, comme les pays européens, sont grandement conscients qu'ils auront à affronter des révoltes et des mécontentements populaires sur leur propre sol. Par ironie du sort, au lieu de mener les changements du Grand Moyen Orient devant leur assurer maîtrise politique et géostratégique pour le contrôle de l'accès aux hydrocarbures, les peuples arabes leur imposent une autre configuration politique qui annihile leurs tentatives de contenir les peuples  dans les limites souhaitées par les grandes puissances. Les défilés ministériels au Caire ne visent pas autre chose que de s'assurer d'un positionnement pro-occidental des autorités et de leur capacité à reproduire le système mis en place en donnant l'impression des grands bouleversements. Et le défilé des ministres à Tunis n'a pas, non plus, d'autres buts. Ce qui frappe, c'est le côté dérisoire des aides proposées, quelques millions d'euros, un chiffre infinitésimal face aux besoins réels et comparé aux superprofits que ces grandes puissances ont retiré de l'alignement des tyrans arabes sur les orientations et les modèles de l'Occident.

Pourquoi la génération des jeunes Arabes qui n'ont pas connu les indépendances et encore moins les luttes de libération se soulève-t-elle contre les dirigeants actuels ? Les raisons sont nombreuses et les analyses sérieuses ne manqueront pas d'émerger du plombage idéologique binaire que les médias dominants se renvoient comme des échos s'épaulant l'un l'autre pour donner à une propagande - savante et sophistiquée certes mais une propagande quand même - les apparences d'une vérité universelle. Mais surtout la redoutable efficacité d'un dogme religieux qui renvoie dans la géhenne du soutien aux dictatures tous ceux qui discutent les intentions réelles des puissances en mal d'ingérence. Bref, qui discutent cet «impérialisme humanitaire» comme l'a si bien nommé Jean Bricmont. Jamais nous n'avions connu un tel poids du «taisez-vous». Nous devrions nous rendre aux logiques «démocratiques» sans les interroger. Le premier facteur de cet impérialisme, c'est la terreur morale que nous devons absolument rejeter, la stigmatisation, la fermeture vers une seule alternative : c'est «soit l'Occident, soit la dictature». Et une fois de plus, pour se tirer des griffes des dictatures, il faut tomber dans celles qui les ont fabriquées ? Pour nous Algériens, la question reste cruciale. Comme les autres pays arabes, la génération des jeunes ne se souvient pas de la guerre de libération, ni de la misère des gourbis, ni de la misère des jours sans pain. Et personne au pouvoir ne leur donne à lire les souffrances indicibles que nous retrouvons dans les romans de Dib, de Feraoun, de Mammeri, de Kateb Yacine. Pas même la vérité romanesque d'Omar ramassant les poussières de charbon pour les ramener à Aïni ou de Fouroulou passant l'hiver glacial des montagnes kabyles. Ce n'est évidemment pas un accident. Comment appeler la condition coloniale, comment rappeler quelques raisons profondes de notre guerre de libération et nous faire les louanges de l'économie de marché et du libéralisme dont la condition coloniale n'est qu'un segment ? Notre jeunesse ne veut plus entendre parler d'un patriotisme devenu discours paternaliste et culpabilisant à l'endroit de jeunes supposés moins méritants que leurs aînés.

Le diable et son avocat

C'est en direction de la jeunesse, ce «carburant» du changement, que se fait le maximum de l'autre  l'effort de culpabilisation.  Nous nous retrouvons non plus dans l'analyse politique, dans la réalité  mais dans d'invraisemblables abstractions. D'un côté, des tyrans surexposés dans les médias avec profusion de leurs portraits grâce à toutes les techniques possibles. Voilà le diable. Et de l'autre côté, des manifestants  dont on ne sait pas grand-chose à part quelques figures qui doivent devenir des symboles, c'est à dire encore des abstractions. Des individus transformés en destin. Des images de l'histoire sorties d'un néant de l'histoire. En parallèle de la dictature morale chemine l'ensevelissement de l'histoire. Kadhafi a fait réellement  autant de morts que Saddam Hussein et, pourtant, aujourd'hui dans le bilan des morts, des tortures, des prisons, des atteintes aux droits de l'Homme, de la destruction de toutes les infrastructures de l'Irak et dans le bilan de la corruption que pèsent les crimes de Saddam Hussein devant ceux de Bush prolongés par Barak Obama ?  Car le prix Nobel de la paix est un authentique tueur et il le prouvera de plus en plus clairement que les Etats-Unis s'enfonceront dans la crise. Ils iront plus vite dans cette direction avec le séisme du Japon qui obligera ce pays à ne plus acheter la dette américaine pour essayer de s'en sortir. Le monde civilisé et les nations démocratiques ont affaibli à petit feu l'Irak avant de lui donner l'estocade. A l'époque, un grand débat a fait illusion dans les milieux de la gauche européenne comme dans les cercles des anti-impérialistes  repentis et convertis à la modernité ; ce courant était contre le dictateur Saddam Hussein et ne pouvait le soutenir contre une agression de la coalition internationale.

Le débat s'est joué à peu de choses près. Premièrement, ne pas soutenir un dictateur est revenu à se taire devant une agression impérialiste qui devait enlever un dictateur selon les buts claironnés mais qui a, en réalité, détruit un pays, un Etat et les forces productives lentement et difficilement accumulées. Le silence à une agression dirigée contre un pays et pas contre un homme.  C'est la même chose aujourd'hui pour la zone d'exclusion aérienne de Sarkozy et Cameron. Deuxièmement, cela s'est joué à la dénomination des choses. En refusant de nommer l'agresseur par son nom : l'impérialisme, c'est-à-dire tout le système de domination du monde qui règle tous les détails de la gestion de la planète, les «juste-milieu» ont dérouté complètement la volonté des peuples de résister car ils ne savaient plus où frapper. Ces peuples pouvaient s'indigner de l'agression américaine en Irak,  ce sont  les «valeurs démocratiques» de l'agression qui gagnaient du terrain.

Troisièmement, cela s'est joué à l'«irréalité». On demande aux peuples de devenir conformes au bon modèle occidental de la démocratie représentative comme si chacun de ces peuples ne vivaient pas dans des conditions économiques, sociales, culturelles extrêmement différentes et lourdement marquées par le choc colonial. À la suite du rouleau compresseur du FMI qui nous met tous à la même médication économique passe le rouleau compresseur de l'idéologie impérialiste qui nous impose à tous la même potion démocratique. Les Etats-Unis n'interviendront pas en Libye. Comme Bouteflika, ils ne veulent pas d'une zone d'exclusion aérienne. La presse algérienne va-t-elle les traiter d'avocats du diable ou de soutien aux dictatures comme elle l'a fait pour Bouteflika ? Les Etats-Unis sont contre l'exclusion car ils n'en ont pas les moyens. Ils ont suffisamment à faire aujourd'hui avec les dangers internes. Si une protestation comme celle du Wisconsin se reproduit, ils n'auront pas assez de leur Garde nationale. Et pour ceux qui l'ont oublié, les Etats-Unis ont souvent tiré sur leur peuple notamment pendant les protestations contre la guerre du Vietnam.  Ils s'en priveront d'autant moins s'il s'agit  de défendre Wall Street. Que pèsent les appels à l'intervention humanitaire devant les froides réalités financières et militaires ? Sarkozy se moque des Libyens. Il a soutenu le CNT dans l'intérêt d'Israël pas de la démocratie. Vous connaissez  un Arabe qui soit remarquable pour Bernard Henri Lévy sans que ce dernier manifeste son allégeance pleine et entière à Israël ? Il manquait à la France cette avanie : Sarkozy le lui a infligé en compagnie de Cameron dont Israël est le premier pays. Sarkozy, dans sa frénésie, a voulu aussi devancer l'histoire. Il n'avait pas compris que pour l'Allemagne et pour les Etats-Unis, même les intérêts d'Israël peuvent ne pas être prioritaires même s'ils sont rentables pour sa réélection en 2012.La grande leçon est que les Etats-Unis et l'Allemagne ont des intérêts nationaux à défendre en refusant l'aventure française.

L'Algérie a-t-elle des intérêts nationaux et les Algériens ont-ils intérêt à avoir les troupes et les armes de l'Otan à leurs frontières ?


Source : LA TRIBUNE ONLINE

jeudi, 17 mars 2011

LE MAILLON FAIBLE DE LA CHAINE IMPERIALISTE: LA CRISE ARABE

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Pour mieux connaître ou comprendre les fondements de la vague révolutionnaire dans les pays arabes et pour un regard critique sur leurs issues actuelles. Sans cautionner, pour autant, les thèses qui y sont défendues contre Israël, mon pays. Fernand Dindé.

 

 

 

Ode à la démagogie « démocratique »

 

La répression des révoltes spontanées aussi bien que des insurrections patentées est terrible, les morts sont nombreux et les blessés encore davantage, comme il sied dans ces pays « barbares » néo-colonisés qui doivent être mâtés par le fer et par le feu, disait l’éthylique Churchill (le même individu qui a proclamé que la démocratie était le pire des systèmes à l’exception de tous les autres). Cependant ce n’est pas le nombre de martyrs et de victimes collatérales qui détermine le caractère révolutionnaire d’un soulèvement populaire. (1)

 

Cette première phase de révolte de la rue arabe est pourtant absolument incontournable, voire indispensable, pour qui aspire à ce qu’une deuxième vague de révolte s’amorce enfin et au plus tôt. Il faut que le ressentiment instinctif et la colère réprimée s’expriment et projettent leurs vagues d’illusions jusque sur les murs de la répression où elles se  fracassent, déchirées par les armes des portefaix et des militaires chargés de maintenir le pouvoir des riches thuriféraires de l’impérialisme, et aussi le pouvoir des puissants qui en sous-main tirent les ficelles de ces polichinelles tenant lieu de chefs d’État, ces rois fainéants, ces sultans décadents et ces présidents tyrans. (2) Elle est en marche cette deuxième étape de la révolte arabe, elle éclate par intermittence à Tunis, à Amman, au Caire, à Sanaa, à Alger et à Rabat sans que les médias occidentaux n’en fassent état. Elle ressurgira à la face du monde dans un mois ou dans un an, car bien peu des exigences légitimes des insurgés n’auront été rencontrées.

 

Hillary Clinton, la première, aura lancé un leurre devant les yeux du pur-sang arabe hennissant, et toute la presse à la solde a repris cette billevesée perfide : « Nous soutenons l’aspiration des peuples arabes à la démocratie ». Ils chômaient, ils ployaient sous le joug, ils étaient affamés, emprisonnés injustement, battus, torturés, entassés dans des cars clinquants qui les transportaient dans la poussière vers leur misère, sans aide et sans soins médicaux. Pendant que leurs ressources naturelles, bradées, sortaient de leurs pays à vil prix, ils importaient au prix fort tout le nécessaire pour survivre, l’inflation rongeait leur maigre salaire, le coton égyptien pourrissait sur les quais déclassé par le coton américain subventionné; les paysans désœuvrés venaient s’agglutiner dans les villes surpeuplées alors qu’on aménageait leurs champs pour transformer la nourriture en carburant et que la crise économique les frappait de plein fouet. Ils se sont révoltés contre cette « fatalité », et la Secrétaire d’État Hillary, avec le plus grand mépris, leur a proposé de voter pour un plus grand nombre de ces satrapes dévoyés (car dans quelques pays arabes on votait déjà pour une liste restreinte de ces candidats à la dictature).

 

Les illuminés, les révoltés, les exploités, les aliénés ont tous pu constater au cours de cette première phase de la révolte (novembre 2010- mars 2011), au cours de ce premier round de la guerre des classes, les limites de ces revendications économiques pour le pain et le sel, pour le travail et l’équité. Les possédants leur ont jeté quelques ploutocrates à « démettre », ils leur ont accordé chichement quelques augmentations de salaires; ils ont réduit les prix des denrées de première nécessité et diminué la valeur de l’argent pour les acheter, ils ont promis des élections par lesquelles ces bons peuples pourront, à l’exemple des populaces du Nord, choisir l’État-major étatique de la classe dominante qui dirigera les destinées de chaque nation « démocratique » arabe. Enfin, la « liberté » de choisir son garde-chiourme frappe aux portes des pays arabes « modernisés et démocratisés »!

 

« Vos Révolutions victorieuses sont terminées : rentrez chez vous, il n’y a plus rien à voir », leur a-t-on fait accroire, puisque dorénavant il y aura dix, vingt ou trente candidats aspirant à s’emparer du pouvoir, dociles à rendre compte du bradage des ressources nationales au Président Obama et à ses acolytes. Pour ce qui est des hausses de salaires, elles seront temporaires; attendez que le FMI soit passé par ici une fois le calme rétabli. Ne restent que le royaume d’Arabie et quelques émirats à ne pas bénéficier de cette immense jouissance où pataugent ceux du Nord depuis leur enfance, sous le chômage, l’inflation, la déflation, la succession des crises économiques, les guerres sporadiques, l’insécurité des villes, la dégénérescence morale, la pollution, la drogue et la prostitution, le suicide des adolescents, les soupes populaires et la misère.

 

Peuples arabes, bienvenue dans la civilisation occidentale! Vous en aviez rêvé, ce sera pire que ce que vous pensiez. Vous êtes passés en quelques mois de la misère néo-coloniale à la mansuétude post-coloniale. Il vous faut dès à présent préparer la deuxième étape de votre révolte généralisée pour qu’elle donne lieu à de véritables révolutions, c’est-à-dire à des transformations radicales de vos sociétés par la prise entre vos mains de tout le pouvoir d’État, ce qui constitue la vraie démocratie.

 

Dignité bafouée

 

Et que dire de ce cancer impérialiste de souche européenne, implanté au cœur de la vie, au Levant d’une Méditerranée souillée par la pollution de ces colonisateurs industriels avides, arrogants et génocidaires! Cette « colonie colonisatrice » incrustée tout près du canal de Suez, entre le Golan syrien et les montagnes du Liban farouche, cette entité sioniste plantée entre la mer qu’elle a asphyxiée et Gaza la ville martyre indomptable. Cette plaie sioniste théocratique, terroriste, qui se complait à humilier tous les peuples arabes!

 

Depuis que l’impérialisme a découpé l’ensemble de la planète en zones d’exploitation et de concurrence qu’il se repartage et redistribue selon les puissances montantes ou déclinantes du moment (Grande-Bretagne, France, Italie, Allemagne, Japon, puis États-Unis, Russie, Chine, etc.), toute révolte populaire, toute résistance nationale authentique, est partie intégrante de la grande lutte anti-impérialiste mondiale. À titre d’exemple, quand le peuple palestinien arabe résiste au sionisme et tente de libérer toute sa terre occupée depuis 1948 par le colonisateur impérialiste israélien, il en vient très vite à lutter contre  la puissance de tutelle d’Israël, les USA. Les collaborateurs de l’Autorité de Ramallah le savent bien, ceux-là même qui quémandent à la puissance de tutelle de calmer les appétits de son protégé et de le contraindre à accepter la constitution d’un bantoustan à administrer par eux, les derniers supplétifs à ne pas bénéficier d’une zone de gestion partagée. Tous les autres pions arabes ont déjà reçu leur tribut et se sont vu attribuer une réserve à administrer; Mahmoud Abbas et sa coterie croient qu’ils y ont droit eux aussi. (3)

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Le maillon faible

 

Pourquoi cette première vague de soulèvements spontanés, généralisés à travers l’Afrique du nord et le Proche-Orient arabisé ? Qu’est-ce qui explique que tous ces peuples qui forment la grande nation arabe, de la frontière iranienne aux rives de l’Atlantique, protestent, s’agitent et se soulèvent à tour de rôle, parfois les armes à la main, le plus souvent le poing nu levé au ciel pour réclamer justice et équité, honneur et dignité,  travail et nourriture ? Les vicissitudes  de la crise économique et financière occidentale (2008), qui ont frappé tous ces pays expliqueraient-elles, à elles seules, ces soulèvements? Mais toutes les populations du globe n’ont-elles pas été frappées par la crise sans pourtant toujours se révolter de la sorte? Alors pourquoi ce tropisme arabe ?

 

Examinons de plus près la conjoncture politique, sociale, culturelle et idéologique particulière à ce ventre mou de l’impérialisme pour y trouver l’explication de ces insurrections à répétition qui ont pris l’allure d’une traînée de poudre sillonnant les déserts pétrolifères. Tentons de comprendre les raisons de cette révolte soudaine et inévitable sur cette terre qu’on aurait tort de réduire à un désert. Pourquoi donc le monde arabe se présente-t-il comme le maillon faible de la chaîne impérialiste ?

Le monde arabe est constitué d’une vingtaine de pays souverains mais pas indépendants (4), répartis sur 13 millions de km carrés s’étalant de l’Océan Atlantique à la frontière de l’Iran. Il compte 313  millions d’habitants de religion musulmane (90%), de langue et de culture arabe.  Le produit intérieur brut annuel moyen par habitant s’échelonne de 1000 $ en Palestine à 76 000 $ au Qatar - ils sont des centaines de milliers à survivre avec 2 $ par jour en Palestine occupée.

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« La population des dix-neuf pays du Maghreb et du Moyen-Orient a presque triplé au cours des quarante dernières années (1970-2010) pour passer de 112 à 313 millions d’habitants (+ 180 %). Mais, au cours des quarante ­prochaines années (2010-2050), elle va augmenter seulement de 62 %, soit trois fois moins vite. Ce simple constat signifie que la transition démographique est en marche dans l’une des régions les plus complexes du monde sur les plans politique, culturel, religieux, sécuritaire… et énergétique. Cette région, même si elle n’est pas homogène, abritera 6 % seulement de la population mondiale en 2050, contre 5 % actuellement et 3 % en 1970. Aujourd’hui, dans un monde qui a soif d’énergie, elle ­contrôle, selon la compagnie British Petroleum, respectivement 55 % et 30 % des réserves mondiales de pétrole brut et de gaz naturel. » (5)

L’ensemble du monde arabe est passé au cours des cinquante dernières années de la semi-féodalité au capitalisme, de l’artisanat à l’industrie et de l’agriculture de subsistance à l’agriculture industrielle. Au cours du dernier demi-siècle la population arabe, avec quelques écarts d’un pays à un autre, a migré de la campagne à la ville et du souk au supermarché; de l’analphabétisme généralisé à l’université; de l’organisation tribale à la technocratie bureaucratique. Au cours de ces quelques décennies, le monde arabe a connu un taux de natalité en recul; il est passé de la famille patriarcale clanique à la famille nucléaire éclatée; de pratiques religieuses de type médiéval à une diminution lente mais réelle des pratiques religieuses (les réminiscences des courants islamistes ne doivent pas faire illusion, elles pourraient bien n’être que les barouds d’honneur d’une sphère religieuse en déliquescence).

Au cours de cette brève période, l’ensemble du monde arabe est passé d’une pyramide des âges normale à un évasement pyramidal foudroyant (35 % de la population arabe a moins de 15 ans). Imaginons ce que ce rajeunissement prodigieux des couches populaires comporte de potentiellement révolutionnaire quand des millions d’adolescents et d’adolescentes se précipiteront tous ensemble sur un marché du travail exsangue.

 

Le bradage éhonté, rapide et sans retour de la plus importante ressource naturelle non renouvelable de la régionle maillon faible de la chaîne impérialiste. (pétrole et gaz naturel); la mise en coupe serrée des économies nationales arabes; l’endettement sévère de la plupart des pays de la zone; la dépendance de chacun de ces pays à l’égard de biens de consommation produits et achetés à grand frais à l’étranger; l’inflation qui découle de cette dépendance des approvisionnements en produits manufacturés; la destruction de l’agriculture nationale par la concurrence extérieure; la fuite des capitaux de la rente pétrolière vers les marchés boursiers spéculatifs où ils sont dilapidés dans chacune des crises monétaires qui frappent le monde impérialiste (lors de la crise de 2008 les princes arabes ont perdu sans sourciller 150 milliards de dollars); la paupérisation de couches entières de paysans, de petit- bourgeois et de travailleurs; la spoliation des ressources de l’État par les castes dirigeantes indignes qui dissimulent leurs trésors dans les paradis fiscaux sans impôts. Cette conjoncture de crise fait du monde arabe un foyer inévitable de révolte,

 

En plus de cette convergence de facteurs économiques, politiques et sociaux, la communauté religieuse, linguistique et culturelle de ces peuples engendre des rapprochements et suscite des échanges de renseignements (qu’Internet facilite grandement). Cette communauté linguistique et culturelle exacerbe le sentiment d’appartenance à une communauté de misère, d’injustice et d’iniquité, et facilite la mobilisation des citoyens, tout en favorisant l’émergence d’un vouloir-vivre collectif parmi ces peuples qui aspirent à mettre fin à ce sentiment de honte coupable d’être les témoins impuissants de cette gabegie.

 

La première vague de révolte populaire

 

Les puissances impérialistes occidentales ont eu beau soutenir fermement les régimes militaires parasitaires et oppresseurs, le couvercle posé sur ces jeunes marmites bouillantes de frustration et de désespoir sans perspective ne pouvait résister plus longtemps. L’étincelle tunisienne a suffi à mettre le feu à toute la plaine arabe sèche et amère. C’est le propre des oppresseurs de tenter de se maintenir à flot par tous les moyens qu’il faut. Quand une tactique de répression ne fonctionne pas les puissances impérialistes et leurs supplétifs locaux laissent échapper un peu de vapeur, et font quelques concessions mineures, le temps d’apaiser la rue en fureur, pour reprendre ensuite le terrain concédé. Mais comme rien n’est réglé, ni même vraiment amélioré, comme la misère et le chômage s’accentuent, comme la paupérisation s’accélère, comme la destruction des bases de l’économie nationale s’approfondit, comme l’humiliation arabe se perpétue, comme l’entité colonisatrice maintien son occupation illégitime avec la complicité des traîtres fratricides locaux, alors les forces révolutionnaires en état de latence reprennent leur souffle en préparation d’un nouvel assaut, d’un deuxième soulèvement contre la citadelle des exploiteurs et des spoliateurs. Le sirocco de la révolte couve dans les déserts arabes, des confins de l’Algérie aux dunes de l’Arabie, sur les massifs du Rif et en Kabylie, et il reviendra balayer les plaines du littoral.

 

Rapport de force au sein des bourgeoisies nationales arabes

 

Dans chacun des pays de la communauté arabe, la grande bourgeoisie nationale est divisée en deux sections, le segment compradore qui s'enrichit de la braderie des ressources naturelles et le segment « nationaliste » qui s'enrichit de l'exploitation de la main-d’œuvre et du développement du commerce national. Dans certains pays comme l'Égypte, la Syrie, l'Algérie les officiers de l'armée forment un contingent cohérent dans l'un ou l'autre de ces camps opposés. Profitant des révoltes spontanées des peuples arabes, un segment ou l'autre de la grande bourgeoisie de chacun des pays en profite pour remettre en cause le compromis historique en vigueur entre eux et tenter de s'accaparer l'hégémonie sur l'appareil d'État, source de pouvoir et de capital.

 

Ainsi, en Syrie et au Liban, où il n'y a pas de prébende pétrolière à partager, la situation est restée stable et les deux sections de la bourgeoisie sont restées sur leurs positions. Au Bahreïn, au Yémen, en Jordanie et en Irak, les sections « nationalistes » ont tenté de secouer le joug des sections compradores avec plus ou moins de succès jusqu'à présent.

 

En Arabie Saoudite, aux Émirats Arabes Unis, au Qatar, à Oman et au Koweït, où les sections compradores sont puissantes, les sections « nationalistes » ne sont pas encore parvenues à soulever la rue pour ébranler le pouvoir hégémonique de leurs concurrents.

 

En Égypte, où le colonel Nasser avait donné le pouvoir à la section « nationaliste », que Moubarak avait rendu à la section compradore, l'armée a réussi à se rétablir aux postes de commande de l'État et elle prépare l'élection « démocratique » de son dauphin. Pour cette raison l'armée égyptienne n'attaquera pas le représentant des clans de l'Ouest libyen basé à Tripoli. Il en est de même en Tunisie où le représentant de la bourgeoisie compradore ayant été démis, l'armée tunisienne n'est pas d'humeur à porter assistance aux clans royalistes de l'Est libyen.

 

En Algérie, la section compradore ayant déjà mâté sa section « nationaliste » lors de la guerre civile contre les islamistes au cours des années quatre-vingt dix, cette dernière regarde évoluer le mouvement populaire avant de relever la tête et de remettre en cause la trêve alors convenue. L'Algérie a suffisamment de difficultés pour ne pas même songer à une aventure militaire en Libye. Au Maroc, la section « nationaliste » de la bourgeoisie nationale devrait probablement être le prochain maillon faible de la chaîne impérialiste afin de repartager les prébendes du bradage du phosphate dérobé en partie au Sahara occidental.

 

Le rôle de la petite bourgeoisie « progressiste »

 

Faute d’orientation et d’organisation révolutionnaires pour diriger ces révoltes populaires, on  peut compter sur les « bobos » pour désorienter ces peuples, proposer des leurres, transformer un  soulèvement populaire potentiellement révolutionnaire en une lutte pour l’obtention d’un bulletin de vote en faveur de « la démocratie des riches » si chère à Hillary Clinton et à ces bourgeois bohêmes toujours prompts à vendre leur plume, leur pensée, leur travail intellectuel aux plus offrants et à diffuser vilenies, utopies, rumeurs, forfaitures et « solutions » bidon. (6)

 

L’effet de surprise passé, des « conspirationnistes » se sont récemment remis à l’œuvre  pour suggérer que tout ce mouvement de révolte spontané ne serait qu’une machination impérialiste-sioniste visant à remplacer la vieille garde prétorienne par une jeune garde modernisée. Les conflits de générations expliqueraient les tribulations au sein de l’État- major des larbins. Ces spéculations sont spécieuses. Les puissances impérialistes aiment la stabilité politique et exigent la sécurité de leurs investissements. Les révoltes populaires arabes les ont prises de court, mais sitôt revenues de leur surprise les unités militaires d’invasion de l’OTAN se sont mises en ordre de combat et les unités d’infiltration anti-insurrection ont pris position.

 

Les éléments « conspirationnistes » font partie de ce florilège voué à la liquidation des mouvements de révolte afin qu’ils ne deviennent jamais des mouvements révolutionnaires. Les rumeurs de conspiration, de manigance et de téléguidage des contestations ont fait leur apparition. (7) Ces « révélations » visent à créer confusion et suspicion et à diviser les peuples arabes. Chaque insurgé devrait maintenant se demander si celui qui est à ses côtés n’est pas un agent étranger et un manipulateur au service des impérialistes américains, israéliens, français ou britanniques, ces « forces invincibles » qui  dirigent et  contestent l’ordre établi tout à la fois. Plus de révolutions possibles  puisque « Big Brother » sait tout et dirige tout, même les révoltes qui visent à le renverser. Le « conspirationnisme » est une tactique visant à désarmer idéologiquement les peuples arabes et à saper la solidarité internationale en faveur des insurgés. En effet, pourquoi les organisations de solidarité internationale soutiendraient-elles la cinquième colonne de l’impérialisme infiltrée dans ces mouvements de révolte prétendument téléguidés de l’étranger ?

 

Il existe pourtant une technique toute simple pour départager les agents infiltrés dans les organisations d’insurgés des révolutionnaires authentiques, c’est la ligne politique. À titre d’exemple, quiconque soutient l’invasion militaire « humanitaire » de la Libye est un agent conscient ou inconscient des impérialistes. Tel  Bernard-Henri Levy qui s’excite à Benghazi en appelant l’OTAN à son « devoir de bombardement humanitaire » pour massacrer par les bombes à fragmentation les tribus de Tripolitaine lesquelles jusqu'à présent gobaient les prébendes et la rente pétrolière. L’OTAN souhaite, en effet,   favoriser les clans royalistes et les tribus de Cyrénaïque qui demandent à reprendre le contrôle de la rente pétrolière libyenne. Mais l’OTAN n’a pas encore suffisamment infiltré ces organisations pour être certaine de leurs orientations. Quoi qu’il en soit, les révolutionnaires ne font jamais appel aux dieux de la peste impérialiste et à la pseudo communauté internationale des riches pour mener leur combat; ils ne comptent que sur leur propre force pour renverser les tyrans. (8)

 

Le monde arabe souffre et pleure son humiliation non méritée. Il fut jadis une très grande civilisation qui voudrait aujourd’hui renaître et marquer le monde de son empreinte. Mais pour réussir cet exploit, il devra s’organiser, trouver en son sein, au sein de sa classe ouvrière révolutionnaire, les leaders, l’énergie et la direction politique capables de mener à bien son destin. Le lot de la grande nation arabe, scindée en une vingtaine d’entités nationales par les puissances coloniales, n’est pas de rester à la remorque de l’histoire, sous le joug de rois et de sultans dégénérés et de présidents tyrans qui la saignent à blanc.

 

Elle couve sous la cendre des trahisons récentes la flamme d’une deuxième révolte arabe.  Cette deuxième révolte sera plus terrible, plus radicale, plus violente et plus sauvagement réprimée que la précédente, car ceux qui ont été mystifiés par la trahison de clercs indignes auront appris de leur déception et seront beaucoup plus difficiles à berner lors de leur retour sur la scène de l’histoire.


 

Le 16 mars 2011, Robert Bibeau



robertbibeau@hotmail.com


 

Source : SAMIDOUN, le site de Robert Bibeau

 

 

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(1)  La révolution avortée. Robert Bibeau. 17.02.2011. http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid...

 

(2) La révolution égyptienne. L’armée va trancher. Robert Bibeau. 5.02.2011. http://www.oulala.net/Portail/spip.php?article4956

 

(3)  Échec consommé des pourparlers directs. Robert Bibeau. 4.02.2011 http://www.michelcollon.info/Echec-consomme-des-pourparle...

 

(4) Algérie, République Arabe Unie (Égypte), Liban. Irak, Syrie, Soudan, Maroc, Mauritanie, Libye, Tunisie, Arabie Saoudite, Yémen. Djibouti, Émirats Arabes Unis, Koweït, Qatar,  Oman, Palestine (incluant Israël), Bahreïn et la Jordanie. http://www.cairn.info/revue-population-2005-5-page-611.htm

 

(5)  Démographie galopante et développement économique http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAJA2554p042-043.x... . Démographie du monde arabe http://www.ceped.org/documentation/article.php3?id_articl...

 

(6) Monde arabe les raisons de la révolte.

http://www.rfi.fr/afrique/20110204-carte-interactive-mond...

 

(7)  http://www.presseurop.eu/fr/content/article/522941-la-rev...

 

(8) Le parricide. Robert Bibeau 3.03.2011.  http://bellaciao.org/fr/spip.php?article114352 http://www.vigile.net/Le-grand-dilemme-americain

LA DEMOCRATIE ET LES PAUVRES (OU LA DEMOCRATIE DES PAUVRES)

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Au lieu de s'attarder sur l'insondable attitude de deux monarchies, pas démocratiques du tout, l'Arabie saoudite et les Emirats, avec leur soutien empressé aux insurgés libyens, agrémenté d'un soutien au roi du Bahreïn contre ses insurgés, il sera peut-être plus rentable de défricher le concept de démocratie qui fait débat concernant les «arabes».

En cherchant un peu, loin des philosophies et de leurs circonvolutions, on peut trouver un éclairage qui touche intimement les contours de la «démocratie» telle qu'elle peut être vécue dans des pays similaires à l'Algérie. Le principe fondateur est que «la participation de la population au processus de décision est aujourd'hui considérée comme une des conditions de réussite des programmes de développement». Partant de là, une étude, qui repose sur un postulat dont on n'entend pas beaucoup parler, a été menée dans des pays africains entre 2001 et 2003. Ce postulat veut que la  «démocratie», que l'étude associe à l'économie de marché, rencontre des difficultés d'instauration à cause des réticences des pauvres. Ceux-ci sont plus portés à considérer que l'État, malgré ses déficiences, est plus susceptible d'assurer l'objectif d'équité que le marché. Il en est de même pour ceux qui dénoncent les inégalités comme une forme d'injustice. Mais, en réalité, les pauvres sont plutôt contre  la libéralisation et non contre la démocratisation. Les pauvres apparaissent, ainsi, comme plus pragmatiques par le contenu qu'ils mettent dans la démocratie. Elle  signifie, pour eux, que l'Etat ne peut gagner la confiance des citoyens que s'il œuvre concrètement contre l'exclusion, les inégalités et la corruption. Ce pourquoi ils rejettent le libéralisme dans lequel ils ne perçoivent que l'appauvrissement des plus faibles.

Ils doivent savoir de quoi ils parlent, pour vivre dans des pays où la richesse n'est pas assez abondante pour que des miettes arrivent en bas et atténuent la misère. Donc, les pauvres nous apprennent que la «démocratie» n'est pas aussi simple à comprendre et que tout dépend du point de vue à partir duquel on l'aborde. Ils disent clairement qu'ils ne veulent pas de ce qui leur est proposé, c'est-à-dire, pour paraphraser Jacques Higelin, une société qui serait un supermarché, et dont l'Etat serait un service des réclamations. Dans le langage des «experts», on parle de libre-entreprise, de marché et d'Etat régulateur.

Finalement, rien n'est aussi absolu qu'il y paraît. C'est dire que tout doit être discuté sérieusement, que  les slogans les plus répandus ne sont pas forcément ceux de tout le monde, qu'ils ne sont pas compris de la même façon et la «démocratie» est une chose suffisamment sérieuse pour qu'elle soit bien expliquée et non enfermée dans deux ou trois slogans, aussi clinquants soient-ils. Chez les «arabes» cela va être assez difficile. Pas chez nous où nous avons tout expérimenté et, par-dessus tout, les recettes du Fonds Monétaire International (FMI) et celles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), avec le «retrait de l'Etat». Il suffit de donner la parole, sans oublier, surtout, ceux qui ont patiemment attendu que l'Etat soit remplacé par le marché et qui n'ont rien vu venir et qui ne connaissent que l'émeute pour s'inviter sur la scène, au contraire de ceux qui disposent, pour se faire, de grands canaux nationaux et internationaux.


Par Ahmed Halfaoui


Source: LES DEBATS.COM

mardi, 15 mars 2011

LIBYE: SARKOZY, KOUCHNER & CO

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Il y a quelques années, Bernard Kouchner, alors ministre français de la Santé et de l'Action humanitaire, voulait constituer une force européenne pour intervenir en Algérie, pour des «raisons humanitaires». Sa voix a ricoché sur l'indifférence que l'on accorde, en général, au  manque de sérieux, fut-il celui d'un homme politique. Un peu plus tard, il n'y a pas longtemps, il a rêvé tout haut : «La génération de l'Indépendance algérienne est encore au pouvoir. Après elle, ce sera peut-être plus simple». Oubliant que l'Histoire d'un peuple ne s'arrête pas avec le départ d'une génération.

Aujourd'hui, il se précipite derrière Nicolas Sarkozy, qui l'avait viré, et Bernard-Henri Lévy, dont il jalouse la fracassante irruption dans la crise libyenne. Il trouve l'occasion de pousser sa rengaine va-t-en-guerre contre la Libye en usant de la brosse à reluire vis-à-vis de son ancien patron. Il le juge  «courageux», insinuant la lâcheté des autres qui hésitent à frapper. Il pense certainement aux Etats-Unis qui n'excluent pas que Kadhafi pourrait bien reprendre les choses en main. Cette puissance, à l'inverse de son satellite qui s'excite le plus, sait ce que cela peut coûter de mettre les doigts dans un engrenage guerrier, pour être embourbée dans deux pays. Elle sait, aussi, que personne ne bougera sans qu'elle l'ait décidé. Ce ne sera pas en vain que la flotte étatsunienne fut la première sur les lieux. Les autres Européens sont encore plus prudents.

 

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Kouchner, lui, s'entête à embellir l'aventure : «Il faut d'ailleurs souligner que les acteurs de ce printemps arabe n'ont jamais dit du mal d'Israël, n'ont jamais appelé Al Qaïda et ont parlé de démocratie et d'Etat de droit». Allez savoir ce qu'Israël vient faire ici, si vous vous en tenez à ce qui est visible. Mais, il fallait que cela lui sorte des tripes. Bernard-Henri Lévy, lui, avait reconnu qu'il y avait des slogans antisionistes à Benghazi et les avait justifiés par le fait qu'ils étaient des «résidus du règne de Kadhafi». Une façon d'excuser ceux qu'il veut présenter comme des alliés pour convaincre la «communauté internationale» de déclencher son déluge de feu salvateur.

«Laurent Gbagbo doit être parti samedi», avait dit Sarkozy, on ne sait plus quand, et Laurent Gbagbo n'est toujours pas parti. Il vient de récidiver : «Kadhafi et sa clique doivent partir», et Kadhafi semble plus que jamais décidé à rester. Et plus encore, Sarkozy sera déjà parti que le «guide» sera peut-être toujours là, étant donné les derniers développements de la situation en France, autour des incivilités du premier et en Libye devant les reculs de la rébellion. Avec, en prime, une menace à l'horizon, qui se précise contre le truculent président français, qui serait la mise au jour d'affaires de gros sous, dont la presse tend de plus en plus à s'emparer pour y trouver les raisons de son impatience à en découdre par les armes. Voudrait-il couvrir par le vacarme des bombes, les révélations compromettantes, promises par Kadhafi, sur «un grave secret qui va entraîner la chute de Sarkozy, voire son jugement en lien avec le financement de sa campagne électorale». Beaucoup n'hésitent plus à en parler et à faire de troublants rapprochements entre la longue «amitié» des deux hommes et les indices de corruption qui suintent de partout. Si ça se gâte pour son maître, Kouchner se terrera, sûrement, le temps que soit oubliée son obséquiosité.


Par Ahmed Halfaoui


Source : LES DEBATS.COM

19:28 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, Europe, France, Libye, Monde, Monde arabe | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : europe, france, afrique, libye, crise libyenne, bernard-henri lévy, mouammar kadhafi, laurent gbagbo | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

SARKOZY FINALEMENT GRILLE PAR KADHAFI

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Le jeu du chat et de la souris entre ex-balladuriens devenus sarkozystes et chiraquiens bon teint a duré bien longtemps, je vous ai dit. Chirac étant un vrai tueur en politique, il fallait bien une fin à cette rivalité. Il semble que nous n'en soyons plus très loin. On pensait que l'histoire des rétro-commissions versées par les pakistanais serait l'histoire qui plomberait définitivement Nicolas Sarkozy. On vient de découvrir que ç'en est une autre. Les chiraquiens ont eu avec Kadhafi une prudence que n'aura pas eue Nicolas Sarkozy, qui a foncé tête baissée dans le piège tendu. Attiré par les sommes mirobolantes versées pour la vente de matériels au dictateur libyen, rêvant de toucher le jackpot, l'homme s'est compromis avec lui, c'est sûr, au point aujourd'hui de réclamer la tête de celui qui l'a aussi berné, en tentant de monter une opération à la Reagan pour éliminer physiquement Kadhafi, ou le forcer à quitter le pays. Sa réaction incompréhensible pour son propre nouveau ministre des affaires étrangères (un chiraquien !) ne peut s'expliquer que par ce que vient d'annoncer le dictateur roué : le pot aux roses des rétro-commissions n'a pas concerné que le Pakistan, et ce sont bien les mêmes qui en ont bénéficié. Après le Karachigate, voici venir le Tripoligate.

Nous revenons alors en 2003, l'année ou Chirac a repris définitivement les rênes, à savoir a bloqué toute ressource financière aux balladuriens. L'un des protagonistes des "affaires" va en prime subitement disparaître. Cest le fameux Sheikh, qui "va en fait décéder en 2004 à Genève dans des conditions assez floues, ce Saoudien d'origine yéménite, paré du titre de « grand chambellan », était l'homme des « missions difficiles » du roi Fahd d'Arabie saoudite" nous rappelle tout à coup Paris-Match qui découvre ainsi (enfin) l'affaire ! Encore un disparu de plus ! Mais ce n'est pas encore terminé pour autant. On retrouvera le même Ziad Takkiedine, envoyé sarkozyste, mêlé à bien d'autres contrats, toujours en train de ferailler avec son adversaire de toujours, le sulfureux Alexandre Djouhri (représentant de Chirac), mêlé lui à d'autres événements fort peu reluisants, dont celui de la rixe au George V, dont j'ai évoqué la piste ici-même également. Une affaire où l'on retrouvait également, quel curieux hasard, Roussin et Proglio. "Alexandre Djourhi, un milliardaire franco algérien, proche de la famille Delon" avais-je alors écrit, en poursuivant : "Curieux personnage que ce Djourhi. Un homme qui dispose "d'une suite à l'année à l'Hôtel Crillon" (et habite à Genêve !). Fort curieux, même. Mais les "affaires" et les "entretiens" entre nos deux lascars ne vont pas se passer comme d'habitude en ce milieu. Dans leurs "discussions", c'est nouveau pour conclure des contrats, les deux hommes avaient fini par en venir aux mains (au au George-V, devenu ring de catch !). Etonnement : Ajroudi, il faut le dire, n'est pas n'importe qui : c'est le représentant dans le monde du prince Al-Waleed (le neveu du roi d'Arabie Saoudite). On conçoit mieux la taille de l'enjeu (mais on imagine toujours pas un pugilat !). Personne ne se doutait que cela se terminerait ainsi. On en reste tout étonné... Comme en regardant l'organigramme de Veolia Environnement. En troisième position figure "M. Daniel Bouton  : 55 ans, nationalité française". Le PDG de la SOCGEN, pas encore dans la tourmente. Et ancien directeur de cabinet d'Alain Juppé. Ce que le monde est petit."

On comprend que ces gens-là ont d'autres chats à fouetter que le commun des mortels. Et Chirac de vouloir à tout prix coincer financièrement son rival. Ce à quoi il va s'employer, effectivement avec une certaine maîtrise, à vrai dire. Sarkozy sera promptement évincé du contrat Miksa initié au départ par son vieux mentor Charles Pasqua (qu'il a trahi) ! Entretemps, Henri Proglio, au départ chiraquien, a viré sa cutie et est devenu supporter de Sarkozy, séduit par le baratin de... l'enjôleuse Rachida, qui n'a que son nom aux lêvres. On le retrouvera, lui, l'ancien du GUD (avec son jumeau) le soir de l'intronisation du Fouquet's, toujours aux côtés de Rachida la météore. Trop petit, ce monde, je vous disais naguère.

A peine réélu, Chirac a décidé de sévir, disais-je, comme nous le rappelle Gattegno : "Le 12 décembre 2003, Chirac exige l'annulation du voyage de son ministre de l'Intérieur et décide de placer le contrat Miksa sous la surveillance directe de l'Élysée. Il désigne pour cela Maurice Gourdault-Montagne, ancien directeur du cabinet d'Alain Juppé, devenu conseiller diplomatique du Président et homme des missions délicates. Jamais la suspicion au cour du pouvoir exécutif n'avait suscité une telle violence ni entraîné un chef de l'État aussi loin ainsi, l'Élysée s'est assuré, dans un ordonnancement inédit, la haute main sur le plus gros marché de matériels sensibles jamais négocié par l'industrie française ; chiraquiens et sarkozistes se renvoient ouvertement l'accusation de vouloir profiter du contrat saoudien pour remplir d'hypothétiques caisses occultes. Malgré la vigilance de Gourdault-Montagne, dont la réputation d'intégrité est sans tache, intermédiaires officiels et officieux s'affrontent en coulisse avec la même avidité. Des émissaires de Rafic Hariri, le Premier ministre et homme d'affaires libanais, très en cour à l'Élysée, se rapprochent des négociateurs saoudiens. Un avocat bien introduit au Moyen-Orient et en Afrique, ancien des réseaux Foccart, invoque sa proximité avec Dominique de Villepin pour être associé aux pourparlers..." et le contrat mirobolant échappera à Nicolas Sarkozy, quatre ans à peine avant de préparer son accession au pouvoir. Et Chirac placera ses jalons auprès d'Hariri pour s'installer après son départ de l'Elysée dans son luxueux appartement. Gratuitement, bien entendu (voir notre épisode précédent).

C'est pourtant Rafic Hariri en personne qui va arranger tous les bidons , comme on pourra le lire dans une note signée Frédéric Bauer, le responsable d'une société de sécurité, racontée par le "Journal du dimanche" du 5 décembre 2010. "Cette note révèle également, selon le JDD, une intervention, « inconnue jusqu'à présent », de l'ancien premier ministre libanais tué en 2005 dans un attentat, « dont la banque aurait débloqué, dans le plus grand secret, 300 millions de francs de l'époque ». Ziad Takieddine affirme ainsi avoir rencontré Rafic Hariri à Paris. « Il m'a dit qu'il allait déjeuner le jour même avec Jacques Chirac, puis qu'il me verrait dans l'après-midi. Ce qu'il a fait. Les choses se sont alors arrangées », raconte-t-il au journal."Un accord avec la Sofresa est scellé en présence de leurs avocats respectifs et de l'avocat personnel du premier ministre libanais à l'hôtel Hilton de Genève.Par cet accord, il renonce aux termes initiaux du contrat Sawari II, en échange d'une commission pour lui et ses « contacts saoudiens », précise M. Takieddine au JDD. En mars 1997, il reçoit de la Banque de la Méditerranée, de Rafic Hariri, la somme de 300 millions de francs (45 millions d'euros) en quatre versements". Malgré ça, quelques années plus tard, Takieddine s'en prendra violemment à Jacques Chirac, l'accusant de l'avoir mêlé à l'affaire pakistanaise !


Source : AGORAVOX

02:50 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, Europe, France, Libye, Monde, Monde arabe | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : monde, europe, france, libye, sarkozy grillé par kadhafi | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

dimanche, 13 mars 2011

NON AU RETOUR DU COLONIALISME AU MAGHREB!

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Par Mohamed Bouhamidi

Le président français et le Premier ministre anglais veulent intervenir en Libye. Le prétexte sans cesse ressassé est le même que celui invoqué pour la Yougoslavie, la Serbie ou l'Irak : l'exécution de massacres. Toutes les raisons invoquées à ce jour furent mensongères : des armes de destruction massive en Irak aux massacres des Albanais au Kosovo en passant par le charnier de Timisoara en Roumanie ou le meurtre de bébés dans la maternité du Koweït. Toutes jouèrent sur deux facteurs-clés : l'émotion soulevée par l'horreur des images cyniquement fabriquées et l'accusation infamante et paralysante portée aux consciences libres  de soutenir des «dictatures» que par ailleurs ces mêmes puissances - singulièrement la France et l'Angleterre pour le cas de la Libye - ont soutenues, cajolées, flattées pour leurs ressources et leur argent. Nous, patriotes algériens, n'échappons pas à cette pression morale et hésitons à exprimer clairement et fermement notre réprobation de ces appels à l'intervention militaire et à l'ingérence tous azimuts. Nous sommes grandement paralysés par l'acceptation à la base de ces notions de démocratie et de dictature comme si elles désignaient naturellement une supériorité civilisationnelle, morale et politique des puissances, hier coloniales et aujourd'hui néocoloniales.

Nous devons récuser la base même de leurs concepts et rappeler à Sarkozy que c'est bien la grande démocratie qu'était la France coloniale qui nous a mené une sale guerre de sept ans. Nous devons rejeter ces pressions morales qui entravent notre riposte déterminée à ces menaces d'ingérence sous le couvert fallacieux de la démocratie et de la liberté des peuples qui a montré, en Irak  - un million de morts après et qui attendent toujours le TPI - en Afghanistan et en Amérique latine  qu'elles ne sont que plus de corruption, plus de morts, plus de soumission et toujours moins de dignité. Nous subissons ces pressions d'autant plus fort que les relais internes de ces puissances impérialistes ont marqué des points essentiels, voire décisifs, dans les médias et la vie politique.

Ces relais affichent fièrement leurs rôles et leurs missions, convaincus d'une victoire proche et certaine. L'ingérence européenne en Libye, française en particulier, est une menace directe et immédiate sur l'Algérie. Elle a pour but de mener une campagne de reconquête néocoloniale. Des alliés et des relais internes leur ont grandement facilité les conquêtes coloniales. Des relais et des alliés leur faciliteront la reconquête. Plus que jamais, les patriotes doivent se mobiliser comme ils le peuvent et où ils le peuvent pour afficher leur opposition à l'ingérence impérialiste en Libye. L'intervention en Libye est une menace directe contre notre souveraineté nationale. Elle est une tentative d'annulation des changements en Tunisie et en Egypte. Elle sera en revanche une menace sur la lutte anticoloniale et sur nos indépendances.

C'est au peuple libyen de résoudre ses conflits en fonction de ses intérêts nationaux et sans interférences étrangères. Il faut secouer l'hégémonie conceptuelle et politique acquise sur les consciences  par la vision impérialiste.  Il est temps pour nous de ne plus subir les termes du débat imposé par les dynamiques ultralibérales et de trouver les voies et les moyens de réhabiliter la défense de l'indépendance des peuples et des Etats nationaux face à l'ingérence permanente des puissances coloniales. Il est temps de penser à (re)construire  un  front (mouvement) patriotique et démocratique (le front  anti-impérialiste) disloqué par les offensives réformatrices dans la forme et contre-révolutionnaires dans le fond.  Non à l'ingérence politique et à l'agression militaire en Libye ! Non au retour du colonialisme au Maghreb ! Non au retour des canonnières ! Pour un rassemblement des patriotes autour de la défense de l'indépendance et d'un Etat véritablement national et démocratique.


Mohamed Bouhamidi


Source: LA TRIBUNE ONLINE