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lundi, 16 avril 2012

AFRIQUE - MALI: LA CONSPIRATION SE POURSUIT

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Richard (Attias) coeur d'or noir au secours de l'Afrique

 

Dans un récent article que l'on croirait tout droit sorti de la plume du puissant ex-mari de sa femme actuelle, Cécilia, l'homme d'affaires Richard Attias – publiciste et organisateur, entre autres, du “forum économique de Davos” depuis 1994 : c'est tout dire…–, nous brosse le portrait idyllique d'une Afrique à l'en croire bien près d'atteindre son PMP – Point de Maturité Politique – à l'aune des critères de la jet set des maîtres du monde. A l'origine de ce satisfecit : le succès de l'arbitrage mené par la CEDEAO, ayant abouti au désistement du capitaine Sanogo en faveur du président de l'assemblée nationale Dioncounda Traoré, dont le retour providentiel avait été curieusement “prophétisé” par le ministre français de la coopération Henri de Raincourt, lors d'une interview dans le cadre de l'émission “internationales” de TV5monde-Rfi-Le Monde, le dimanche 25 mars 2012.

Commençant par une allusion émue au pauvre “Amadou Toumani Touré (ATT), qui était pourtant un exemple démocratique dans la région” – alors que, ce n'est un secret pour personne, les gouvernants français n'avaient pardonné à ce dernier ni ses sympathies pour le Président Gbagbo et sa modération lors de la crise ivoirienne, ni son refus d'installer une base militaire française à Sévaré –, Monsieur Richard Attias feint de s'émerveiller devant la “médiation ferme et efficace qui a permis, pour la première fois en Afrique, de faire plier (par le dialogue et des menaces de mesures de rétorsion), la junte qui avait pris le pouvoir à Bamako”, avant d'évoquer en termes judicieusement réprobateurs – sur l'air de “vous voyez, je n'ai rien à voir avec ces gens-là”– “le silence assourdissant du ministère des affaires étrangères français” à l'occasion de cette crise.

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Cecilia Sarkozy et Richard Attias

Il fait ainsi mine de croire à la fois que la France n'a rien à voir avec les bouleversements subis par le Mali, et que les initiatives de la CEDEAO échappent au contrôle de la France. Une France, pourtant, – la “leur”, celle des copains fortunés de son actuel Président, celle de BHL et de Monsieur Attias – dont nul n'ignore qu'au travers de son ignoble guerre du pétrole en Lybie, elle a sciemment et puissamment contribué à armer la rébellion touareg, et, par delà, les extrémistes musulmans d'Aqmi; une CEDEAO plus que jamais soumise aux “diktats” de l'Élysée, depuis qu'elle s'est vu imposer pour président un sous-préfet “ivoirien” qui est aujourd'hui à Nicolas Sarkozy ce que Philippe Pétain était au chancelier du Reich...

Monsieur Attias fait également mine de croire que le premier enjeu de la crise malienne résidait dans le coup d'État d'une “junte” dont il s'avère aujourd'hui qu'elle n'était qu'un leurre destiné à servir les intérêts stratégiques de la rébellion nordiste, en éliminant tout risque d'un éventuel échec dans sa prise de contrôle de la moitié du pays (régions pétrolifères incluses). En effet, tout le monde l'a compris, les pressions exercées par la France – par CEDEAO interposée – n'ont fait que porter le coup de grâce à toute velléité de résistance nationale à l'irruption d'une catastrophe annoncée, non seulement prévisible, mais ardemment souhaitée par les vautours que l'on sait.

Fidèle à la rhétorique du vœu pieu, – sédatif de prédilection d'une opinion internationale sous influence –, Monsieur Attias ne manque pas de nous servir l'impeccable couplet soulignant la nécessité de “restaurer la souveraineté nationale dans le nord du pays”, préoccupation soi-disant partagée par l'Europe et les États-Unis, deux entités prédatrices qui, de fait, unissent et multiplient actuellement leurs efforts pour accélérer le démantèlement par étapes de tous les états africains.

Tout cela ne serait évidemment rien si Monsieur Attias avait oublié de prononcer le mot magique : la “menace” liée à l'émergence d'Aqmi. Comme si les quelques otages occidentaux – évoqués à point nommé par ce chantre de la Cause confraternelle – pesaient plus lourd que les 100 000 morts de la récente tuerie occidentale en Libye, les 20 000 morts de la rébellion dirigée depuis plus de dix ans par le burkinabé Ouattara contre l'intégrité et la souveraineté de la Côte d'Ivoire, et les d'ores et déjà innombrables viols et assassinats objectivement commandités par les autorités Françaises – ces grandes pourvoyeuses de violence guerrière – au Nord-Mali, sans parler des millions de morts d'Irak et d'Afghanistan.

Mais Monsieur Richard Attias ne s'en tient pas là. En comparant la “crise politique” malienne, née du renversement d'ATT par le capitaine Sanogo, et celle selon lui “imposée” à la Côte d'Ivoire par SEM le Président Gbagbo, Monsieur Attias réussit un double tour de force :

- mettre sur le même plan l'incontestable légitimité d'un président élu et officiellement reconnu par la plus haute juridiction d'un État souverain – confronté aux menées d'un putschiste soutenu par une “communauté internationale” prise en otage par la France et les États-Unis –, et l'anti-constitutionnalité foncière du coup d'État de Bamako;

- noyer au passage l'énorme poisson des criantes similitudes entre la rébellion Ouattaro-sorienne et la rébellion touarego-aqmienne, la seconde inscrivant son programme de déstabilisation, de purification ethnique et de destruction “sur commande” dans le sillage de la première.

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Nicolas Sarkozy et Richard Attias

Et que dire du vibrant plaidoyer auquel se livre Monsieur Attias en faveur d'une plus grande implication de l'Europe et des États-Unis dans la lutte des Africains contre le “terrorisme” – un terrorisme dont chacun sait que toutes les ficelles de démagogie manipulatrice sont depuis longtemps déjà tirées depuis Paris, Londres ou Washington, trois capitales d'un Empire qui fonde sa stratégie de prise de contrôle planétaire sur l'utilisation parfaitement cynique de ce commode épouvantail – ? Nul doute que des millions d'Africains sauront retrouver, dans ce “morceau de bravoure” d'hypocrite ironie, l'écho de leur pire cauchemar : celui de l'assassin protecteur, paternaliste en diable et humanitaire à souhait, dégoulinant de compassion feinte pour les quelques rescapés d'entre la masse anonyme de ses victimes.

En formulant le souhait que les États-Unis et l'Europe – entendez la France, exécutrice des basses besognes de l'Empire dans cette région du monde – “s'associent à la démarche” d'une Afrique “officielle”– désormais capable d'après lui “de se réunir pour faire face à des enjeux globaux”, Monsieur Attias demande en somme aux colonisateurs esclavagistes d'avant-hier, mués entre hier et aujourd'hui en tueurs et montreurs de sanglantes marionnettes – ces chefs d'état à la solde des maîtres, grassement rétribués en pourcentage sur les richesses volées à leurs propres peuples –, d'accroître la pression sur les Africains jusqu'à leur voler leur âme, celle au fond de laquelle résonne cette vérité fort simple : la première des menaces – bien réelle celle-là – à laquelle doivent faire face les peuples d'Afrique – une Afrique méthodiquement mise à sac par les mêmes prédateurs, et cela sans interruption depuis trois siècles et demi –, c'est précisément celle que font peser sur son avenir et sa simple survie ces “parrains” occidentaux prêts à tout pour entraîner dans la spirale infernale de leurs conquêtes mortifères des populations entières scientifiquement condamnées à disparaître.

Heureusement, et nous ne pouvons que l'en remercier, Monsieur Attias contribue à trahir les projets inavouables de ses frères de pouvoir. Au moment où il évoque “l’émergence d’Aqmi" et "ses liens avec les indépendantistes Touaregs”, Monsieur Attias lève un pan du voile sur ce qui aurait dû rester secret : contrairement à la version relayée par les médias des marchands d'armes – celle d'une rébellion Touareg malencontreusement débordée par les extrémistes d'Al-Qaïda –, nous apprenons par sa plume que les deux ne forment qu'un seul et même “ennemi” : celui précisément dont la France a tout fait, depuis un an, pour favoriser la victoire, avant que ne vienne le moment de le brandir dans sa version “croque-mitaine-prêt-à-dévorer-nos-démocraties”.

Sous les dehors irréprochables d'un discours lénifiant, Monsieur Attias cache mal son jeu de représentant de commerce des terroristes en col blanc d'un Occident pillard assoiffé d'or noir ou jaune, de café et de cacao, de bois précieux et de métaux rares, comme du sang de tous ceux qui s'opposent à la réalisation de ses projets de domination sans partage de l'Afrique, cet immense coffre-fort de ressources naturelles. Souffrez, Monsieur Attias, que de cet “accompagnement” évoqué dans le titre de votre article, une immense majorité d'Africains, dès longtemps abreuvés des crimes de vos pairs, ne veuillent surtout pas. Car si l'effroyable cortège d'exactions, de mensonges, et les fleuves de sang qui ont précédé le début de cette ère nouvelle appelée de vos vœux caractérisent pour vous le temps de l'“absence” des occidentaux de la scène africaine, que pourrait représenter pour l'Afrique l'avènement d'un tel accompagnement, sinon la garantie à terme de son anéantissement pur et simple ?

Mais rassurez-vous : L'Afrique ne pourra plus longtemps faire l'économie d'une confrontation ouverte avec ses maîtres d'hier, grands sorciers d'aujourd'hui. L'Afrique ne se relèvera qu'au prix d'une union sans retour, passant par l'expulsion des chasseurs de sa chair; l'Afrique debout, c'est celle qui sera parvenue à interdire jusqu'au dernier d'entre ces arrogants l'accès à ses terres sacrées, terres depuis trop longtemps profanées, violées et piétinées. Alors, les cœurs de ses milliers de peuples et de langues battront à l'unisson de ses inépuisables ressources, sous le signe désormais inaltérable des promesses de DIEU pour elle.



Eliahou Abel


Jérusalem, le 15 avril 2012, 23 Nissan 5772.


Source: RESISTANCE COTE D'IVOIRE ISRAEL

samedi, 07 avril 2012

REVELATION SUR LA CRISE MALIENNE: LE DEAL FRANCE-MNLA


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Le nouveau Mali de Nicolas Sarkozy

 

Un véritable complot est tramé entre la France et le MNLA contre le Gouvernement du Mali. En effet, d'une part mécontent du soi-disant laxisme d'ATT face aux enlèvements de ses ressortissants par l'Aqmi, et d'autre part voyant l'intention du gouvernement du Mali à écarter les sociétés françaises dans l'attribution du marché d'exploitation de son futur pétrole au nord, la France a délibérément cherché à faire un deal avec la rébellion touareg en vue de déstabiliser le régime d'ATT et d'inciter les Targui à réclamer l'indépendance sinon l'autonomie de leur zone (Azawad). Le deal convient que la France s'engage à soutenir financièrement, diplomatiquement et stratégiquement les séparatistes jusqu'au bout (c'est-à-dire jusqu'à l'atteinte de leur objectif). En contrepartie, les séparatistes devront s'engager à éradiquer l'Aqmi du nord du Mali et aussi à confier aux sociétés françaises l'exploitation du pétrole du nord.

Le scénario tracé est le suivant :


Les rebelles devront se soulever et attaquer les camps militaires du grand Nord (Aguelock et Kidal) en vue de libérer le septentrion malien. La France pourra alors les ravitailler en armements, carburants et autres via l'aéroport de Tessalit. Ils devront continuer la progression vers l'Est en annexant GAO et Tombouctou. Une fois Tombouctou tombé, l'objectif serait en parti atteint. La France de son côté garantira la légitimité et la protection des rebelles en empêchant la CEDEAO d'intervenir militairement. Pour ce faire elle devra anticiper en convoquant une réunion d'urgence du Conseil de Sécurité de l'ONU (ce qui masquera son soutien aux séparatistes) pour demander un arrêt d'hostilité aux belligérants et afin que soit privilégié le dialogue. Dans le plan, il est prévu que le MNLA proclame la fin des opérations militaires dans les heures qui suivront la déclaration de l'ONU. Alors, la CEDEAO qui ne peut agir sans l'aide et l'aval de l'ONU sera contrainte de renoncer aux interventions militaires contre les rebelles. Aussi de par leur déclaration anticiper de cesser le feu, les rebelles parviendront à gagner la confiance de la communauté internationale. Ainsi, ils réclameront leur autonomie territoriale afin de finaliser le deal conclu. Dans le deal, il a été recommandé au porte-parle du MNLA Moussa Ag ATTAHER (logé, escorté et protégé par la France), que pour qu'on ne soupçonne pas la France de jouer un double jeu, il ne devra citer la France qu'en dernier ressort dans son appel envers les communautés Internationales. C'est pourquoi, il citera chaque fois, les Nations Unis, les USA et ensuite la France. Voyez cette recette facile ! Qui aurait cru qu'une telle attitude, qu'un tel complot proviendrait de la France ? C'est regrettable, c'est pitoyable et c'est indigne de la part d'une soi-disant Puissance ! Ces moyens ignobles et indécents déshonorent la France. C'est une violation grave du traité colonial qui lie le Mali à la France. Est-ce que les citoyens maliens ont besoin de répondre à une erreur de laxisme de leur premier dirigeant ? Dans tous les cas c'est un signal fort à l'endroit de tous les autres pays colonisés par la France, pour qu'ils sachent que la France n'a pas d'amis mais des intérêts et qu'elle est prête à vendre son honneur pour sauvegarder ses intérêts.


Nous pensions que la France pouvait avoir des moyens plus légaux pour contraindre un gouvernement laxiste que de déclencher une guerre de division territoriale et de conflit ethnique. Elle sera comptable de tout ce qui adviendra. Elle devra savoir qu'elle est passible de poursuite pénale, de crime de guerre en ayant provoqué l'invasion du territoire malien par les rebelles venant de Libye avec des armements lourds.


L'objectif de la présente pétition est de faire éclater au grand jour le complot tramé par la France et le MNLA contre le gouvernement du Mali.


Il est urgent que le Gouvernement du Mali saisisse la Cour pénale internationale pour demander réparation à la France pour complot contre son intégrité territoriale et aussi à l'OTAN pour sa responsabilité dans la crise en aval de la guerre de Libye. Nous avons dénoncé le fait, il reste aux autorités institutionnelles de notre Etat à poursuivre le combat en saisissant qui de droit.

Maliens, maliennes ! Demeurons unis, n'offensons pas les ressortissants français vivant chez nous car ils ne sont pas comptables des erreurs de leur pays. Mais haïssons la France et sabotons toutes ses coopérations. Haïssons Nicolas Sarkozy et son gouvernement fantoche. Levons-nous pour réclamer le droit de réparation. Demandons l'aide des USA, de la chine et de la Russie. Tout sauf la France et tout contre la France et ses alliées.

Envoyer ce message à tous les maliens et à tous les africains pour qu'il sache le dessous et le non-dit de la guerre au Mali


Ce message est écrit ce jour, Mercredi 21 Mars 2012, par la Coalition Malienne pour l'Unité Territoriale (CMUT) :


Suivez le déroulement des choses et vous donnerez raison à ceux qui l'ont écrit.

D'autres révélations plus intrigantes sont en cours.

« L'union sacrée pour la libération du Nord est la thérapie qui, avec l'ensemble de toutes les forces vives, sans distinction d'âge, de race et d'appartenance politique, permettra de relever le défi qui se pose à toute la nation malienne ».


Dr ASSADEK aboubacrine

Assistant au département de mathématiques et informatique
à la Faculté de Sciences et Techniques de l'Université de Bamako.

Tel (00) 223 2022 32 44
Fax (00) 223 2023 81 68

B.P. E3206 Bamako-Mali

Cel1 (00) 223 7643 49 64
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MALI: CHRONIQUE D'UNE RECOLONISATION PROGRAMMEE


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Le touareg Mossa Ag Attaher, porte-parole du MNLA

 

« Que les chèvres se battent entre elles dans l'enclos est préférable à l'intermédiation de l'hyène ». Proverbe bamanan.

 

1. Le Mali dans l'ordre cynique du monde

Mis en lumière par l'amputation des deux tiers de son territoire, le coup d'Etat du 22 mars 2012 et l'embargo total de la CEDEAO, l'extrême vulnérabilité du Mali tient d'abord à la trahison des élites. Elles se voilent la face, réfutent tout débat de fond sur les enjeux de la mondialisation capitaliste. Désormais, tout est clair : la recolonisation du pays à travers les politiques néolibérales entre dans une nouvelle phase qui obéit au schéma libyen avec l'intervention directe de l'OTAN en moins.

L'impérialisme collectif avait besoin d'exploiter, comme à Benghazi, les rancœurs et les rancunes d'une partie de la population qui a le sentiment d'être marginalisée. La rébellion touareg faisait parfaitement l'affaire. La revendication des deux tiers du territoire malien par le Mouvement National de Libération de l'Azawad (MNLA) vient d'être satisfaite avec la complicité de la « communauté internationale ».
L'os malien étant bien moins dur à briser que l'os libyen, il suffisait de mettre à profit l'état de déliquescence de l'armée nationale et de fermer les yeux sur la progression des assaillants lourdement équipés d'armes sophistiquées en provenance des arsenaux libyens pour que le tour soit joué.

Tout cela s'est passé rapidement, entre le 17 janvier 2012 et le 04 avril 2012. Les puissants membres de la « communauté internationale » n'ont donc pas eu à se salir les mains. Ils pensent avoir l'honneur sauf pour avoir fait des déclarations de principes sur l'inviolabilité de l'intégrité territoriale du Mali. Or, c'est lorsque les rebelles du MNLA ont déclaré qu'ils ont atteint leurs objectifs que les Etats-Unis d'Amérique leur ont demandé de « cesser » les opérations militaires.

Les enjeux énergétiques, sécuritaires, migratoires et idéologiques de la guerre globale trouvent leurs expressions dans cette recolonisation que les dirigeants politiques maliens n'ont pas vu venir et que certains d'entre eux refusent toujours d'admettre. La France espère obtenir de la future République laïque et démocratique de l'Azawad ce que le Président malien Amadou Toumani Touré (ATT) n'a pas su ou voulu lui accorder : la base de Tessalit hautement stratégique au plan économique et militaire ; de la fermeté dans la lutte contre l'émigration « clandestine » et Al Qaeda au Maghreb (AQMI).

Plus ou moins indifférente au sort du peuple malien face à la double agression de la rébellion et de la CEDEAO, l'opinion publique occidentale est ébranlée après avoir appris la participation de Ançar dine et de AQMI à cette recolonisation du Mali.

2. La violence de la CEDEAO contre le peuple martyr du Mali

Ebranlés et meurtris à l'idée d'être un peuple sans Etat et sans armée digne de ce nom face à des combattants lourdement armés, faisant tomber les villes les unes après les autres, les Maliennes et les Maliens subissent à présent le traitement de choc de l'embargo total de la part de la Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO).

C'est lors du Sommet extraordinaire du 27 Mars 2012 à Abidjan (Côte d'Ivoire) que l'organisation sous-régionale a pris la décision d'envoyer à Bamako une délégation de très haut niveau pour demander au Capitaine Amadou Haya Sanogo qui a pris le pouvoir 22 Mars 2012 de restaurer, le plus rapidement possible, l'ordre constitutionnel. Elle a du rebrousser chemin face à la mobilisation des victimes de la démocratie formelle et corrompue qui vivent ce coup d'Etat comme une délivrance. C'est à l'aéroport d'Abidjan que les Chefs d'Etats de la CEDEAO ont donné aux nouvelles autorités maliennes un ultimatum de 72 heures pour s'exécuter au risque de voir le Mali subir un embargo.

Ils ont mis cette menace à exécution à partir du lundi 02 Avril 2012, alors qu'à l'issue de la rencontre à Ouagadougou (Burkina Faso) d'une délégation du CNRDRE avec le Président du Burkina Faso qui joue le rôle de médiateur, le Capitaine Amadou Haya Sanogo a accepté le retour à l'ordre constitutionnel. Cette avancée, saluée par la plupart des Maliens et des Maliennes, n'était pas suffisante pour certains des Chefs d'Etat de la CEDEAO particulièrement intransigeants. Les sanctions dont il s'agit se traduisent en autres par :


- la suspension du Mali de toutes les instances de la CEDEAO,


- le rappel des ambassadeurs de l'organisation pour consultation,


- la fermeture des frontières,


- le gel des avoirs du Mali à la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) et le non approvisionnement des banques nationales,


- la suspension des programmes d'aide au développement

Le levier militaire pourra se traduire par "la montée en puissance de la Force en attente de la CEDEAO pour parer à toute éventualité... " Plus importants que l'aide extérieure pour les familles qui en bénéficient, les fonds de la diaspora dont une partie passe par Western Union et Money Gram manqueront également aux Maliennes et aux Maliens.

La cherté de la vie qui, à elle seule, a créé un climat quasi insurrectionnel avant la rébellion et le coup d'Etat s'aggrave. Les prix flambent dans les régions occupées où les pillages portent surtout sur les aliments et les médicaments qui commencent à manquer.

3. Le sens du coup de force du 22 mars 2012

Les femmes, en l'occurrence les mères et les épouses des soldats qui montaient, sous équipés, au Nord pour défendre le Mali ont été les premières à manifester leur colère. Elles sont allées directement vers le Président Amadou Toumani Touré et lui ont demandé, plus d'une fois, des comptes. La dégradation de la situation s'est ensuite traduite par des manifestations portant atteinte aux biens des personnes et personnalités appartenant à l'ethnie Touareg.

Le pourrissement de la situation est à l'origine du soulèvement d'Amadou Haya Sanogo et ses camarades qui a débouché sur le coup d'Etat du 22 mars 2012.

La « communauté internationale » ne s'est pas émue, outre mesure, des atrocités commises à Aguelhok contre des militaires désarmés ni de l'occupation des villes du Nord les unes après les autres. Mais elle est immédiatement montée au créneau pour condamner un coup d'Etat qu'elle juge d'autant plus inacceptable qu'il survient dans l'un des « pays phare de la démocratie » à la veille d'une élection présidentielle à laquelle ATT n'était pas candidat.

Simpliste mais surmédiatisée, cette lecture arrange tous ceux et celles qui se laissent convaincre que le Mali était jusqu'ici une démocratie exemplaire.

Le point de vue des déçus et des laissés-pour-compte de la démocratie est superbement ignoré voire méprisé.

4. Quand l'ordre constitutionnel « normal » sert de paravent

« Nous ne voulons pas d'ancien, rien que du neuf » scandaient les manifestants maliens lors des événements sanglants de Mars 1991 pour traduire leur aspiration profonde à un changement démocratique véritable. Ils étaient persuadés que le Président Moussa Traoré était le seul et unique fautif du naufrage de la nation et que son éviction suffisait à instaurer la démocratie et la justice. Il n'en a rien été. En vingt ans de « transition démocratique », assistée et encensée par la « Communauté Internationale », la montagne a accouché d'une souris. Le peuple est désemparé mais inaudible. Le coup d'Etat est survenu à cinq semaines du premier tour de l'élection présidentielle, dans un contexte quasi insurrectionnel.

Totalement dévoyée, la démocratie servait de paravent aux affaires. Jugeons-en :


- Le multipartisme que nous appelions de tous nos vœux, au lieu de favoriser le débat d'idées et la confrontation de projets de société entre formations politiques, s'est traduit par la prolifération des partis dont le nombre dépasse 140 actuellement pour un pays de 14 millions d'habitants. Coupés de leur base électorale, les dirigeants démocratiquement élus sont occupés à plein temps par toutes sortes de stratégie de captation de « l'aide au développement » et des opportunités d'affaires que le système néolibéral offre.


- Ce sont les gagnants de ce système économique et politique mafieux qui, en « démocrates milliardaires » s'apprêtaient à se disputer la place d'ATT en achetant tout ce qui peut l'être, du bulletin de vote à la conscience des électeurs/trices.


- « Enrichissez-vous et taisez-vous » est la règle non écrite du jeu politique, pendant que les opérations cosmétiques de bonne gouvernance dont le Bureau du Vérificateur Général entretiennent l'illusion de l'exemplarité démocratique.


- Leurs enfants qui, avec ostentation, fêtent leurs milliards ajoutent à l'indignation des jeunes déshérités qui n'ont droit ni à une école de qualité ni à l'emploi et au revenu ni à un visa pour aller tenter leur chance ailleurs.


- Aucun parti politique ne peut se prévaloir aujourd'hui d'une base électorale éduquée et imprégnée des enjeux et des défis du changement de manière à choisir leurs dirigeants en connaissance de cause et à les contrôler dans l'exercice de leurs fonctions. Les électeurs/trices ne sont contactés que sporadiquement mais assaillis à la veille des scrutins par des candidats toujours prêts à payer leurs voix.


- La société civile, dont le rôle est d'éduquer, de contrôler et d'interpeller la classe politique vit de compromis et de compromissions. C'est en évitant les sujets qui fâchent, qu'elle parvient à bénéficier des financements des partenaires techniques et financiers (PTF).


- La liberté d'expression chèrement acquise est sous surveillance dans les médias publics. Elle se traduit par l'existence d'un paysage médiatique dense (journaux et radios privés) qui, pour survivre, se comporte comme la société civile : savoir se vendre. Quant à l'unique chaine de télévision nationale, l'ORTM, elle est « la voix de son maître ».


- Les entrepreneurs véritables, les locaux comme ceux de la diaspora qui ont envie d'investir dans leurs pays sont démotivés par une administration corrompue, prête à entraver les meilleures initiatives quand elle n'y trouve pas son compte.

5. Il est encore possible de sauver véritablement le Mali et sa bande Sahélo-saharienne

Le Mali n'est pas en danger du fait d'un « putsch militaire » mettant en péril un processus de démocratisation exemplaire, mais du fait de la démocratie formelle et des enjeux géopolitiques, économiques et stratégiques dont les citoyens ordinaires n'ont pas la moindre idée. Face au rôle de pompier pyromane de la France dans la crise malienne, nous ne pouvons pas nous empêcher de penser à la loi N° 57-27 du 10 janvier 1957 créant une Organisation Commune des Régions Sahariennes (OCRS). Elle visait « l'expansion économique et la promotion sociale des zones sahariennes de la République française et à la gestion de laquelle participent l'Algérie, la Mauritanie, le Soudan (l'actuel Mali), le Niger et le Tchad ». Pour sauver véritablement le Mali, il convient de :


- mettre ce drame national à profit pour renouer avec la pensée critique et le courage politique. Il est illusoire et suicidaire de croire que nous sommes un pays libre et indépendant, qui a juste besoin de dirigeants démocratiquement élus pour aller de l'avant. Les défenseurs de cette thèse sont les gagnants de l'ordre injuste et violent du monde, plus soucieux de leurs intérêts que du sort du peuple malien ;


- repenser l'indispensable démocratisation du Mali en termes de seconde libération. Cette exigence qui s'imposait au plan politique, économique, monétaire et culturel revêt désormais une dimension territoriale. La tâche est d'autant plus rude que les enjeux sont colossaux et les rapports totalement asymétriques ;


- privilégier la résistance par le réarmement moral, la créativité politique et la solidarité envers les plus vulnérables en l'occurrence les femmes, les jeunes et les ruraux. La tentation de mobiliser immédiatement cinquante millions de dollars pour l'achat d'armement ou de faire appel à la force d'interposition de la CEDEAO, ouvre la voie à une guerre asymétrique et sans fin ;


- gagner en lucidité et en maturité politique en nous disant que les « émergés » qui dictent leur loi en économie comme en matière de démocratisation ont d'abord besoin des immenses richesses de notre continent, en occultant la violence du modèle économique qu'ils planétarisent : pendant que le Mali s'enlise dans la guerre au Nord et que les Maliens se demandent comment survivre, le pillage de l'or, dont leur pays est riche, se poursuit allègrement au profit des multinationales. Il nous appartient d'être perspicaces dans l'analyse des enjeux et des rapports de force et audacieux dans la défense des intérêts de notre pays qui ne sauraient être confondus avec le compte en banque de quelques individus légitimés par des élections frauduleuses ;


- faire du Mali un cas d'école pour la CEDEAO, dont les chefs d'Etat dans leur intransigeance envers les auteurs du coup de force du 22 mars craignent surtout d'être déstabilisés tant dans leur position de rente que dans leurs certitudes. La remarque est valable pour les partis politiques dont le rêve est de les remplacer dans l'ouverture de nos économies au marché mondial déloyal ;


- rappeler aux puissances occidentales que ce sont les mêmes politiques d'assujettissement et de pillage qui sont à l'origine de l'émigration « clandestine », l'intégrisme religieux et les attentats qu'ils qualifient de terroristes.

Nous concluons, à la lumière de ce qui précède, qu'il n'appartient pas aux Chefs d'Etat de la CEDEAO d'être juges et partie en statuant sur l'état de la démocratie comme dans le cas malien, mais aux peuples souverains.


La gravité de la situation au Mali et dans la bande sahélienne exige la convergence des luttes des peuples agressés du Sud et celles du Nord dont les dirigeants, donneurs de leçons de démocratie et fauteurs de guerres se sentent plus redevables de comptes aux agences de notations qu'à leurs électeurs.


Rendre justice au peuple martyr du Mali dans les circonstances actuelles, commence par la levée immédiate de l'embargo qui lui est infligé et la reconnaissance de son droit à l'initiative, de penser et de proposer à la CEDEAO une stratégie concertée de sortie de crise.


Fait à Bamako, le 04 Avril 2012.

 

Forum pour un Autre Mali (FORAM)


SIGNATAIRES


AMINATA D. TRAORE (ANIMATRICE DU FORAM, ESSAYISTE) ; SEYDOU BADIAN KOUYATE (ECRIVAIN) ; ASSETOU FOUNE SAMAKE (ENSEIGNANTE) ; KARAMOKO BAMBA (MOUVEMENT NKO) ; ISMAEL DIABATE (ARTISTE PEINTRE) ; DOUMBI FAKOLY (ECRIVAIN) ; JEAN BOSCO KONARE (HISTORIEN) ; MANDE ALPHA DIARRA (ECRIVAIN) ; MADANI KOUMARE ( ECONOMISTE) ; BORIS BOUBACAR DIOP (ECRIVAIN) ; ABDOULAYE NIANG (ECONOMISTE) ; BOUBACAR COULIBALY (EXPERT COMPTABLE) ; NDO CISSE (UNIVERSITE DES LETTRES) ; NATHALIE MDELA MOUNIER (ECRIVAIN) ; AISSATA CISSE (COMMUNICATRICE) ; MARIAM KANAKOMO (COMMUNICATRICE) ; SAFI SY (EDUCATRICE) ; SYLVIE SANOGO (EDUCATRICE) ; HAOUA KEITA ; ABDOULAYE SANGARE (AVOCAT)


Source: AFRIK.COM

jeudi, 05 avril 2012

SANCTIONS DE LA CEDEAO: QUAND LE CLUB DES CHEFS D'ETAT MAL ELUS DECIDE DU SORT DU MALI



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La presse malienne charge Ouattara et les chefs d'Etat de la CEDEAO. Sans concession aucune.

 

Réunis à Abidjan le 27 avril en sommet extraordinaire de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest sur la situation du Mali, les chefs d'Etat ouest africains, installés dans le sang et ou dans la fraude massive au pouvoir, ont pris des mesures non pas pour contraindre la junte militaire à rétablir l'ordre constitutionnel, rompu le 22 mars par un coup d'Etat, mais pour se prémunir d'un scénario dont ils ne sont jamais à l'abri.

Avant de monter sur l'arbre de la transparence, la sagesse recommandait à ces présidents mal élus de jeter un coup d'œil critique sur le fond de leur pantalon, maculé du sang des innocents sur lesquels ils ont marché pour accéder au Palais.

Non seulement, ils ne l'ont pas fait, mais ils se sont précipités pour prendre des sanctions contre les putschistes de Bamako avec lesquels ils ont un dénominateur commun : le pouvoir usurpé.

A la seule différence que les militaires du Comité national pour le redressement de la démocratie et de la restauration de l'Etat (CNRDRE) sont arrivés au pouvoir par la voie des armes, mais pour donner vie à un Etat qui était par terre.

Depuis l'instauration de la démocratie sur le continent, les pseudo- démocrates, désignés par les Occidentaux et non choisis par les électeurs africains, pour présider aux destinées de nos pays, ont mis l'Afrique sens dessus dessous, assassinant l'espoir de tout un continent qui ne rêvait qu'à des lendemains meilleurs après les années de dictature.

Une fois leur désignation légitimée par la voie des urnes avec la caution des observateurs internationaux, les programmes de campagne électorale à partir desquels ils promettaient un véritable changement à leurs compatriotes sont mis au placard. Et place à l'exécution des mots d'ordre de l'épreuve de dictée préparée qu'ils ont subie dans l'Hexagone. A savoir le renforcement et la préservation des intérêts de leurs parrains et de leur propre enrichissement et celui de leur clan. Souvent au prix du sang de leurs frères.

La mise en route d'une telle sale besogne contre les peuples africains ne pourrait se réaliser sans des relais en Afrique et la redéfinition des objectifs assignés par les pères de l'indépendance aux organisations continentales et sous-régionales. Ainsi l'Organisation de l'unité africaine (OUA), créée en 1963, devient l'Union africaine (UA) en 1999, à l'image de l'Union européenne (UE) menacée d'implosion par des crises économiques, la Communauté économique ouest africaine (CEAO) est dissoute et remplacée, dans un premier temps, par l'Union monétaire ouest africaine (UMOA) et avant qu'on ajoute, dans un second temps, un E pour prendre l'appellation de l'Union économique monétaire ouest africaine (UEMOA).

Toutes ces modifications ne visent qu'un seul objectif: l'instrumentalisation des décisions de ces organisations au gré des intérêts des impérialistes et le maintien contre vents et marées de leurs protégés, honnis par les gouvernants.

Si les présidents Blaise Compaoré du Burkina, Alassane Dramane Ouattara de la Côte d'Ivoire, Yayi Boni du Bénin, Mamadou Issoufou du Niger, Mme Ellen Searlf Johnson du Libéria sortent leur gant pour assener des coups au Mali chancelant, il faut les comprendre. Ils veulent faire croire à leur mentor qu'ils jouent parfaitement leur rôle dans la Françafrique.

Mais de là à outrepasser les relations de bon voisinage entretenues par les peuples des siècles durant, il va falloir interroger la conscience de ces présidents qui ne jurent que par une France qui elle-même a beaucoup à se reprocher.

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Blaise Compaoré, Président du Burkina Faso

Le président du Burkina Faso, médiateur attitré des crises dont il est le pyromane. Arrivé au pouvoir le 15 octobre 1987 dans le sang avec l'assassinat d'un certain Thomas Sankara, alors président du Faso, Blaise Compaoré instaure un régime de terreur dans son pays. Il commence d'abord à éliminer tous ses frères d'armes qui l'ont aidé à abattre le jeune capitaine, l'incarnation de l'espoir de la jeunesse africaine.

Avec la démocratisation voilée de son pays, où son pouvoir est de tout temps contester par la population, il multiplie les assassinats contre les opposants politiques. Dans cette folie meurtrière de se maintenir au pouvoir, la presse n'est pas épargnée. Le journaliste d'investigation, Norbert Zongo, qui enquêtait sur les malversations de sa famille et d'un assassinat lié à la mafia de son frère, est tué en décembre 1998.

Après avoir mis son pays en coupe réglée, cape sur l'Afrique de l'Ouest où il devient le pyromane et le bras déstabilisateur de la France dans la sous-région.

Du Libéria à la Sierra-Leone en passant par la Côte d'Ivoire, il est le parrain de la rébellion dans ces pays. Le Burkina, au grand désespoir de ses compatriotes, devient la base arrière des mouvements rebelles. Ils sont entraînés par l'armée du pays des "Hommes intègres" et équipés par la France.

Au moment où le pays est à feu et à sang, le sanguinaire Blaise Compaoré sécurise les zones minières et agricoles par son armée, afin que les sociétés des puissances impérialistes exploitent les richesses de ces pays, faisant de son pays, au moment de la guerre, la plaque tournante du trafic de l'or, du diamant et du cacao.

Les cruautés, les atrocités commises durant ces guerres sur les pauvres populations sont sorties de son laboratoire criminel. Qui ne se souvient pas des enfants soldats et des manches courtes et longues avec son cortège de viol, de réfugiés.
Ce criminel, qui n'a sa place que dans une juridiction internationale, veut mettre le Mali sous sa dépendance comme la Côte d'Ivoire.
En un mot, cet homme n'incarne que Satan en personne.

Alassane Dramane Ouattara, Président de la Côte d'Ivoire, et président en exercice de la CEDEAO

Son cas est des plus pathétiques. Incapable d'arriver au pouvoir par la voie des urnes, il suscite une rébellion dont les ficelles sont tirées par ses parents burkinabé. Il déstabilise son pays. N'eut été le poids économique de la Côte d'Ivoire et la ténacité des hommes qui la dirigeaient à l'époque, le géant de l'Afrique de l'Ouest allait droit au mur.

La rébellion et Blaise Compaoré, ayant échoué à l'installer au pouvoir et les pressions économiques de l'UEMOA ayant montré leurs limites, la France intervient dans le sang avec un mandat des Nations unies à la suite d'une élection déjà pipée à l'avance pour imposer aux Ivoiriens cet homme obsédé par le pouvoir.

Un tel dirigeant est loin d'être un modèle pour donner des leçons à d'autres. La voie empruntée par le CNRDRE pour accéder au pouvoir est loin d'être un coup d'Etat. Comme le disait le président Ahmed Sékou Touré, toute irruption de l'armée sur la scène politique est abusivement appelée coup d'Etat alors que certains, comme le nôtre, sont salutaires car mettant fin à des régimes corrompus. Ce qui est réconfortant, c'est que les militaires maliens n'ont pas pris l'avis de la France pour chasser ATT du Palais de Koulouba.

Yayi Thomas Boni, Président du Bénin et président en exercice de l'Union africaine

Par la fraude électorale, il est réélu avec un score nord coréen face à des adversaires coriaces. Qui ne se souvient pas du passage du président Yayi Boni en larmes à la télé béninoise présentant ses excuses au peuple béninois après l'omission sur le fichier électoral d'un million d'électeurs dans le camp de l'opposition. Indépendant, président mal élu comme ATT dans une fraude éhontée, le président béninois est loin d'être cet homme qui pourra donner des leçons de démocratie. Avec lui, le Bénin a perdu le charme de son modèle démocratique.

Mamadou Issoufou, Président du Niger

Mamadou Issoufou est la marionnette de la junte militaire qui a renversé le président Tandja. Nul doute que le coup d'Etat du commandant Saliou Djibo a été une opportunité qui a ouvert les portes du Palais pour lui. On voit bien qu'un coup d'Etat est inversement apprécié selon qu'il porte au pouvoir un protégé de la France ou qu'il chasse du pouvoir un protégé de la France. M. Issoufou, n'est-ce pas? Le silence serait d'or pour vous.

Mme Ellen Sirleaf Johnson du Libéria

La présidente du Libéria, portée au pouvoir par l'ancienne puissance entre les deux tours d'une élection qu'elle perdait face à un George Weah très populaire dans son pays, avait déclaré pour calmer les Libériens très remontés, qu'elle fera un seul mandat de cinq ans. La suite est connue, elle marchera sur ses engagements.

Quand les anciennes provinces du Grand Mali, s'étendant de l'Atlantique à l'Aïr, viennent à son secours de façon arrogante, il y a de quoi pleurer pour ne pas rire. Mais la faute n'incombe qu'à nous-mêmes, du moment où nous avons élu des présidents comme Alpha Oumar Konaré et ATT qui ont contribué à la déchéance de notre pays.


Yoro Sow, in l'«Inter de Bamako» du 3 avril 2012.

mercredi, 04 avril 2012

LIBYE-MALI: LA GRANDE ARNAQUE ET L'HYPOCRISIE ABYSSALE DE LA FRANCE


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Génétiquement, l'homme est un prédateur, surtout les politiques. C'est maintenant que certains reconnaîtront que nous avions raison, lorsque nous parlions des dangers de la guerre en Libye. Le Mali s'est embrasé. La France crie au scandale et dit craindre l'islamisme dans le nord malien. Or, c'est la France qui est à l'origine de la force des Touareg aujourd'hui, et d'Aqmi d'ailleurs. Dans un article publié le 8 septembre 2011 (in extenso en dessous), je prévenais que Sarkozy était en train de transformer le sahel en poudrière. Nous y sommes. Alors, quand Juppé lance des cris d'orfraie, j'ai envie de lui dire : "Tais-toi, Juppé !". La France est le parangon de l'impérialisme en Afrique. Elle a liquidé la Libye, le Mali aussi. Demain, à qui le tour ?


Quand un cancre arrive à convaincre des personnes, quel adjectif peut les qualifier ? J'avoue que je n'ai aucune idée. Des fous ? La crise libyenne qui se résume à la haine que voue Sarkozy à Mouammar Kadhafi, à l'Afrique et à satisfaire ses amis pétroliers a fait du Sahel une poudrière. C'est un fait indéniable. L'arrivée massive d'armes, notamment le parachutage abscons par la France, et en violation de la résolution 1973, d'armes lourdes dans le Djebel Nafoussa, le retour de près d'un million de travailleurs migrants, auront transformé ce conflit menée par des gens sans vision, en un massacre qui se poursuivra.

La région du sahel, déjà infestée de mercenaires, de terroristes et de contrebandiers, va se transformer en véritable point d'insécurité inextricable. Souvenez-vous, quatre Français restent donc entre les griffes d'Aqmi : Daniel Larribe, Thierry Dol, Pierre Legrand et Marc Ferret. L'Aqmi qui s'est apparemment lié avec la France pour renverser Mouammar Kadhafi. Seront-ils libérés en contrepartie ? Aqmi réclame à la France, 90 millions d'euros.

Cette zone désertique c'est 8 millions de kilomètres carrés répartis notamment entre l'Algérie, le Mali, le Niger et la Mauritanie. Le Tchad est à proximité, et a une frontière commune avec le Cameroun. Effet boule de neige ? Probablement. Le désert, c'est comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Pour le ministre nigérien des Affaires étrangères, Mohamed Bazoum, avec la crise libyenne "la région a été transformée en poudrière". Il a bien raison.

Une pauvreté endémique va se développer, d'autant plus que le chômage se pose avec acuité, chez les migrants venant de Libye, qui ne peuvent plus nourrir leurs familles. Pire, cette région regorge aussi de trafiquants de drogue, d'armes et d'être humains. L'immigration clandestine en direction de l'Europe va augmenter d'une manière exponentielle, et le terrorisme aussi, au coeur de l'Europe.

Au niveau des armes, on peut noter des explosifs, des missiles sol-air et sol-sol, des petites bombes, des kalachnikovs... etc. Il y a aussi des millions d'euros offert au CNT par l'Occident et les pétro-dollars du Qatar. Le CNT redistribuait à ces terroristes-islamiques cet argent. Ce trésor de guerre engrangé par l'Aqmi, qui compte près de 1000 membres, permettra un recrutement conséquent lié à la pauvreté. On ne compte plus les Toyota 4X4 volés qui écument cette immense région difficile, que dis-je, impossible  à sécuriser. L'Algérie paye déjà un lourd tribut de ce conflit. Actuellement, une recrudescence des attentats terroristes dont le plus meurtrier de l'année a fait le 26 août 18 morts à l'académie miliaire de Cherchell proche d'Alger. Inévitablement, les autres pays suivront.

A qui la faute ? Surtout pas à Mouammar Kadhafi. Il faut chercher ailleurs. Michel Onfray dans la vidéo, vous donne une idée. La navigation à vue de cet homme montre bien, comme décrit ci-dessous, qu'il fait courir au monde entier un réel danger. N'est-ce pas le même qui veut attaquer l'Iran?


Source: Le blog d'Allain Jules

mardi, 03 avril 2012

MALI: LA VICTOIRE ECLAIR DES TOUAREGS ANNONCE-T-ELLE LA CREATION DE L'AZAWAD?


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Le territoire que revendique Les Touareg (au singulier un Targui)  depuis des décennies, l'Azawad, vient de tomber dans leur escarcelle. Il s'agit de la quasi-totalité du nord du Mali. Sous pression, la junte a annoncé rétablir la Constitution et les institutions et promis: «la mise en place d'organes de transition en vue de l'organisation d'élections apaisées, libres, ouvertes et démocratiques auxquelles nous ne participerons pas».

Après les villes de Kidal et Gao, c'est au tour de celle de Tombouctou de tomber aux mains des rebelles touareg. Tombouctou, la ville millénaire à fort attrait touristique, n'est qu'à 800 km au nord-est de la capitale Bamako. Mais, les rebelles se contenteront-ils d'en rester là ou voudront-ils continuer vers Bamako ? Je ne le pense pas mais,  cette affaire risque de mal se finir pour l'intégrité territoriale du Mali...

En position de force sur leurs terres ancestrales, les Touareg ont vu des militaires de l'armée régulière se rallier à eux, même des hauts gradés. On annonce aussi des combats où, des soldats islamistes, notamment ceux d'Aqmi, on prêté main forte aux Touareg, réunis sous la bannière du Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA).

Après la découverte de gisement d'or, d'uranium et de pétrole dans l'Azawad, les Touareg vont sans doute, à défaut de demander leur indépendance, exiger au moins leur autonomie. Ils peuvent dire merci à Nicolas Sarkozy, l'homme qui a fait la guerre à la Libye, en transformant le sahel en poudrière.


Source: Le blog d'Allain Jules

LA CEDEAO, LES COUPS D'ETAT ET LES REBELLIONS


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En rédigeant dans ses jeunes années l'hymne national de son pays nouvellement indépendant, l'écrivain malien Seydou Badian Kouyaté imaginait-il que 52 ans après l'accession à la souveraineté internationale, l'intégrité de sa nation serait si gravement menacée et que les strophes guerrières de son texte empli de romantisme patriotique auraient la résonance qu'elles prennent aujourd'hui ? «A ton appel Mali/Pour ta prospérité/Fidèle à ton destin/Nous serons tous unis/Un peuple, un but, une foi/Pour une Afrique unie/Si l'ennemi découvre son front/Au-dedans ou au-dehors/Debout sur les remparts/Nous sommes résolus de mourir».

Mourir pour la patrie. C'est l'expérience traumatisante que vivent depuis plusieurs mois les jeunes militaires maliens, en proie à des ennemis du dedans - et à des ennemis du dehors, qui peinent à rester masqués. Mais la mystique de l'unité qui parcourt le texte fondateur du rêve national malien est désespérément absente en cette occasion tragique. A la sécession nordiste a répondu, dans le Sud, un coup d'Etat qui n'est que la face visible d'une profonde crise politique sous-estimée à l'étranger. Quant à l'Afrique, invoquée avec foi par Seydou Badian, elle a très clairement abandonné le pays de Modibo Keita, héritier d'une tradition de grands empires qui nous a tous rendus fiers, à ses démons et à ses périls. Sans aucun doute, ce lâchage continental se résume à un sigle : CEDEAO.

Affamer un peuple pour faire plier ceux qui le gouvernent

Pour avoir une idée de l'ampleur de cette trahison, il faut, encore et toujours, revenir à des textes fondateurs. Moins emphatiques que le bel hymne national malien, le Protocole de Non-Agression (PNA) et le Protocole d'assistance mutuelle en matière de défense (PAMD), qui stipule que «toute menace d'agression armée ou toute agression armée dirigée de l'extérieur contre l'un quelconque des Etats membres constitue une menace ou une agression contre l'ensemble de la communauté», traduisent le devoir de solidarité qui n'a pas été opérant en ce qui concerne la rébellion partie de la Libye «libérée» par le CNT. L'insurrection du MNLA s'est en effet signalée depuis le 17 janvier 2012 à Ménaka. Mais il a fallu que la situation politique interne se dégrade à tel point qu'une partie de l'armée renverse le président Amadou Toumani Touré pour que la CEDEAO se réveille de son long sommeil. Et se mette à cracher des menaces et des anathèmes contre le peuple malien.

Parce que ce n'est pas, bien entendu, les dignitaires de la junte au pouvoir qui seront les premières victimes de l'embargo qu'Alassane Ouattara promet au Mali, après l'avoir imposé à la Côte d'Ivoire. Persuadé qu'il faut affamer un peuple pour faire plier ceux qui le gouvernent.

En Afrique de l'Ouest, les rébellions, les mouvements sécessionnistes, les irrédentismes islamistes sont-ils donc moins dangereux que les coups d'Etat ? Cette question, de nombreux Maliens se la posent. Et parce que personne ne daigne y répondre, ils commencent à se solidariser des militaires qui ont pris le pouvoir et n'ont au fond fait qu'apporter une mauvaise solution à un vrai problème.

La crise malienne nous ramène à un problème de fond : celui de la légitimité de nos institutions sous-régionales et régionales, ainsi que de ceux qui les incarnent. Les partisans de la junte dirigée par le capitaine Amadou Haya Sanogo ont beau jeu d'interroger Blaise Compaoré et Alassane Ouattara sur leur propre parcours qui contredit leur intransigeance sur ce dossier précis. Le président burkinabè est arrivé au pouvoir par un coup d'Etat sanglant, au cours duquel son ami et frère Thomas Sankara, icône de toute une génération d'Africains, a été froidement assassiné. Lors du dernier scrutin, il s'est fait réélire avec plus de 80% de suffrages, ce qui rend perplexe sur l'ouverture réelle du système politique de son pays. Il suffit de lire des rapports de l'ONU pour se rendre compte que Compaoré a violé, à plusieurs reprises, les textes fondateurs de la CEDEAO en soutenant des rébellions particulièrement sanglantes au Liberia, en Sierra Leone et en Côte d'Ivoire. Si le juge est le premier des hors-la-loi, comment rendra-t-il donc sa sentence légitime aux yeux du grand nombre ?

Le fait même qu'Alassane Ouattara ait pris le pouvoir le 11 avril 2011 et ait prêté serment le 6 mai 2011 montre que son accession à la magistrature suprême est entachée d'irrégularités. Par la suite, la manière dont il a rédigé ses ordonnances, nommé son président du Conseil constitutionnel et fait élire son président de l'Assemblée nationale, indique très clairement qu'il exerce le pouvoir en dehors des règles constitutionnelles, violant ainsi les protocoles pertinents de la CEDEAO en la matière. Le fait que parmi les procureurs qui s'acharnent aujourd'hui sur le Mali se trouve le président togolais Faure Gnassingbé, qui s'est imposé dans les conditions que l'on sait avec le soutien de la CEDEAO, en rajoute au caractère grotesque de leurs objurgations.

Absence de cohérence dans les prises de position

Souvenons-nous. Dès son accession au pouvoir, Alassane Ouattara s'est empressé de reconnaitre le Cnt libyen, installé à la suite d'une rébellion et d'un coup d'Etat. Lui-même s'est allié, alors qu'il était dans l'opposition, a une rébellion armée ayant a son actif un coup d'Etat manqué, dans le cadre d'une coalition appelée G7. Les figures principales de cette rébellion, rappelons-le, sont issues de son parti ou de son sillage et y sont retournées.

Les institutions régionales africaines ne se caractérisent pas par la cohérence de leurs principes et de leurs prises de position. C'est pour cette raison que les analystes qui les considèrent comme de simples relais d'influence de "donneurs d'ordre" occidentaux ont de plus en plus d'audience sur le continent.


Théophile Kouamouo


Source: LE NOUVEAU COURRIER

lundi, 02 avril 2012

AMINATA TRAORE: POUR UNE AUTRE ANALYSE DE LA QUESTION MALIENNE

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Nous attendions l'analyse des patriotes maliens pour plus d'éclairage sur la situation au Mali et aller plus loin que les simples repères géostratégiques nécessaires afin de comprendre les enjeux en général et pour chaque acteur en particulier. Mais bien insuffisants pour percevoir les nuances qui ouvrent les portes du possible devant nos peuples.

Par bonheur, une première analyse nous est venue d'Aminata Traoré, militante altermondialiste et ancienne ministre de la Culture, auteure de deux livres majeurs pour le Mali et pour toute l'Afrique, « L'Afrique humiliée » et « Le Viol des imaginaires », et organisatrice du Forum pour un autre Mali.

Le «journaldumali.com» nous fait une relation de la conférence de presse de Madame Traoré et ses camarades. Elle rappelle que la clé de l'analyse du coup d'Etat se trouve dans le rapport à la réalité et non dans le respect abstrait de l'idée de démocratie et assène qu' « ATT était déjà tombé bien avant le 22 mars ; humilié par Nicolas Sarkozy depuis son refus de signer les accords sur l'immigration et de faire le jeu de la France dans la lutte contre Al-Qaïda au Maghreb islamique. «Il y avait déjà un vide dans la gouvernance du pays», déclare-t-elle ».

Le putsch des capitaines maliens ne doit pas nous cacher le coup d'Etat permanent perpétré par la Françafrique, malgré son art de la dissimilation. Aminata enfonce le clou en rappelant que cette démocratie formelle n'avait rien amené au Mali ni réalisé aucune des promesses faites par ses promoteurs, sauf qu'elle a mis les dirigeants sous la coupe continuelle de puissances extérieures qui ont continué - comme la France - à peser sur la vie du pays d'une manière insupportable. C'est quand même drôle que dans tous nos pays cette démocratie formelle aboutisse toujours à donner caution et légitimité pour exercer non la souveraineté de nos peuples mais celle de puissances étrangères. Aminata nous invite à chercher ce côté vertueux introuvable de la démocratie représentative que les pervers de la CEDEAO veulent rétablir, mais avec cet «acquis» que le Mali serait déjà dans un «après- ATT» qui se résume pour l'instant à un «après refus» des demandes de Sarkozy et qu'en toute bonne dialectique les solutions de la CEDEAO transforment en un «oui à Sarkozy» comme base de la solution.

Aminata dénie, à juste titre, aux dirigeants de la CEDEAO de parler au nom de la démocratie alors qu'ils ont de sérieux comptes à rendre à leurs propres peuples. Elle dénonce, au passage, la responsabilité écrasante de Sarkozy dans le risque en cours de démembrement du Mali en attendant l'extension des prétentions Azawad au Niger, à la Mauritanie et au Sud-Est algérien.

Alors peut-être que la France a poussé l'exaspération des militaires - notamment après l'humiliation publique d'ATT par Juppé l'instruisant en public de négocier avec les rebelles - et que ces soldats ne voulaient plus subir les conséquences du rabaissement de l'Etat malien.

En lisant Aminata Traoré, on comprend que ces soldats peuvent aussi ouvrir la voie à un redressement national au Mali et à la répudiation de toutes ces politiques libérales qui ont saigné le pays, miné l'Etat et attisé les facteurs centrifuges. On note d'abord que dans, ces tempêtes qui menacent le Mali ces anticolonialistes ne perdent pas de vue les véritables enjeux de l'indépendance, ni le colonialisme ennemi aux mille visages, ni l'espérance de rendre le Mali au peuple malien.


Mohamed Bouhamidi

samedi, 31 mars 2012

EN PARTANCE POUR BAMAKO - OUATTARA CHASSE PAR LES MALIENS


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Les chefs d'Etat de la Cedeao qui se rendaient hier au Mali ont essuyé hier la colère des populations qui ont tout simplement envahi le tarmac de l'aéroport de Bamako. La partie a tourné à l'humiliation pour Alassane Ouattara qui a dû sortir un joker pour sauver la face. Retour sur un ballet aérien sous-régional.

Les chefs d'Etat de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (Cedeao) qui se rendaient hier au Mali pour sommer la junte de se retirer du pouvoir ont dû rebrousser chemin. Ils se sont finalement donné rendez-vous à l'aéroport Félix Houphouët Boigny d'Abidjan, après que l'avion transportant le chef de l'Etat ivoirien, qui avait pénétré l'espace aérien malien, a été refoulé. Selon des témoins présents à Bamako, l'avion du président en exercice de la Cedeao a été contraint de faire demi-tour, les conditions sécuritaires pour atterrir n'étant pas réunies.

Le Burkinabè Blaise Compaoré, le Béninois Yayi Boni, la Libérienne Ellen Johnson Sirleaf, le Nigérien Issoufou Mahamadou et le ministre nigérian des Affaires étrangères, qui étaient eux aussi attendus à Bamako, pour tenter d'obtenir de la junte l'application du schéma de sortie de crise dicté par la France, seront eux également contraints de renoncer à ce voyage. Des centaines de Maliens indignés par les menaces de la Cedeao ont pris d'assaut, dès les premières heures de la journée, le tarmac de l'aéroport de Bamako.

Pour sauver la face, Ouattara décide d'une réunion d'urgence du panel à l'aéroport FHB d'Abidjan, à l'issue de laquelle l'option militaire est réaffirmée et des sanctions draconiennes visant à étouffer l'économie malienne prises. Des décisions qui rappellent en bien des points les sanctions prises contre le régime Gbagbo, où la Cedeao, l'Uemoa et les institutions bancaires sous-régionales comme la BCEAO, la BIDC et la BOAD deviennent des instruments pour soumettre les Etats membres.

Cet échec de la délégation de chefs d'Etat et de ministres de la sous-région est le signe de l'inexpérience du tout nouveau président en exercice de la Cedeao ; poste dont les autres chefs d'Etat ne voulaient pas. Pour avoir compris que c'était une coquille vide. Dans la réalité, le retour à l'ordre constitutionnel au Mali n'est pas une préoccupation pour Ouattara et ses quelques pairs de la Cedeao qui jouent les va-t-en-guerre. En militant pour l'avènement d'une transition dirigée par Dioncounda Traoré, président de l'Assemblée nationale dissoute par la junte, ces chefs d'Etat qui ne sont pas à leur premier acte cautionnent le renversement du président Amadou Toumami Touré.

A en juger d'ailleurs par le choix du médiateur, on comprend que c'est dans une aventure plus périlleuse qu'elle ne l'est aujourd'hui avec le coup d'Etat du 22 mars que la Cedeao - aux ordres de Paris - veut entrainer le Mali. Ces populations disent se rappeler les crises récentes en Guinée et en Côte d'Ivoire dont le chef de l'Etat burkinabè était médiateur. En Côte d'Ivoire, la partie a fini dans le sang, après que le médiateur a choisi son camp et a milité pour que le président Gbagbo soit bombardé, arrêté et transféré à La Haye. En Guinée voisine, le chef de la junte militaire a dû céder sa place à un de ses collaborateurs - après avoir échappé à la mort suite à une tentative d'assassinat. Fortement diminué, il vit aujourd'hui encore à Ouagadougou.

Pour toutes ces raisons, la déception est grande chez les Maliens qui ont envahi hier le tarmac de l'aéroport de Bamako, et qui scandaient des propos hostiles à Alassane Ouattara. «Les Maliens regrettent de t'avoir soutenu», «Nous n'avons pas de leçon à recevoir de toi», «Alassane Ouattara, comment es-tu arrivé au pouvoir en Côte d'Ivoire ?», etc. Les messages sur les écriteaux étaient assez évocateurs de la déception des Maliens qui apprennent à leurs dépens les réalités des connexions mafieuses et lobbies qui dirigent le monde.


Emmanuel Akani


Source: LE NOUVEAU COURRIER

jeudi, 29 mars 2012

AU MALI, LA FRANCE VEUT EXPERIMENTER LE SEMI COUP D'ETAT


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La France ne recule devant rien pour garder la mainmise sur ses ex-colonies en Afrique où l'instabilité chronique est savamment planifiée en réalité dans les bureaux de l'Elysée et du Quai d'Orsay. Ainsi après l'étape de la Côte d'Ivoire où il a réussi à chasser le président Gbagbo du pouvoir à coups de bombes et de canons, voilà Nicolas Sarkozy qui expérimente au Mali où le président Amadou Toumani Touré (ATT), a été évincé la semaine par l'armée, une théorie nouvelle : le semi-coup d'Etat.

Si Paris condamne officiellement le coup de force, clamant par la voix de son ambassadeur au Mali que «le retour à l'ordre constitutionnel était un impératif absolu, et qu'il fallait s'en tenir au calendrier électoral constitutionnel, avec la date limite du 8 juin», la sortie du ministre français délégué à la Coopération, Henri de Raincourt, montre que Paris ne voit pas d'un bon oeil un éventuel retour d'ATT au pouvoir pour la suite de son mandat.  Invité de l'émission Internationales (RFI, TV5 Monde, Le Monde), le collaborateur de Nicolas Sarkozy a déclaré qu' «il n'y a aucun problème pour organiser des élections» et que «la Constitution malienne prévoit qu'en cas d'empêchement du président le président de l'Assemblée nationale assure l'intérim et permette un scrutin présidentiel».


Henri de Raincourt: Le maintien des élections au... par internationales

Ce schéma sorti des tiroirs de Sarkozy, assez discret sur la question en raison des élections en France, l'Elysée prépare déjà son esprit à son application. Tout le long de son intervention, le ministre français a vainement tenté de faire croire que Paris n'avait rien à avoir avec le coup d'Etat et que les divergences avec ATT au sujet de la lutte contre Al Qeada au Maghreb n'étaient que des malentendus sans réelle incidence sur les relations entre les deux pays.

Mais cette sortie vise à préparer les esprits à la mise à l'écart du président Amadou Toumani Touré, qui pourrait être maintenu en otage par la junte militaire et remplacé à la tête du pays par le président de l'Assemblée nationale. C'est le deal que prépare Paris qui veut coûte que coûte installer dans cet autre pays d'Afrique un homme à sa solde. Comme c'est le cas à Abidjan et ailleurs dans la sphère francophone sur le continent.


Emmanuel Akani


Source: LE NOUVEAU COURRIER

mercredi, 28 mars 2012

DIFFICILE ASCENSION DU SOMMET DE LA CEDEAO A ABIDJAN


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Je viens de lire les discours d'introduction et de conclusion de Ouattara, Président non élu de la Côte d' Ivoire, plébiscité au rang de Président de la CEDEAO ! « Qui peut le plus, peut le moins » !

Suite et fin donc, de cette rencontre inutile, relayée en détails par la presse aux ordres, et qui donne à Ouattara des paroles pour la Communauté Internationale, des paroles « fortes », mais qui en dehors de cet évènement déjà boudé par les chefs d'état invités - 6 présents sur les 15 convoqués - va rester dans les annales comme le sommet-« coup d'épée dans l'eau » ! En effet, comment un Ouattara incapable de faire advenir en Côte d'Ivoire le calme, l'apaisement et la réconciliation, peut-il donner au Mali l'impulsion bénéfique nécessaire, d'autant plus que prôner un retour à la démocratie et l'application des règles constitutionnelles, ferait sourire, si la situation en Côte d'Ivoire n'était pas aussi tragique, dramatiquement absurde ! Alors que tout à été bafoué là-bas, Ouattara nous parle depuis Abidjan, et appelle de ses vœux la démocratie et le retour au dialogue de toutes les factions, au Mali ! C'est exactement le contraire qu'il applique en Côte d'ivoire !

Mais voilà, Ouattara ne fait que lire un texte que les conseillers en communication blancs lui ont soumis, et alors peu importe que maintenant noir devienne blanc, ou l'inverse ! L'essentiel est que Ouattara joue bien son rôle de potiche dans la CEDEAO, comme il le fait en Côte d'Ivoire et que les intérêts blancs soient protégés !

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« Des millions d'Africains et le monde entier nous regardent et fondent en nous l'espoir d'une sortie de crise décisive et porteuse d'espérance » Là encore, c'est la mégalomanie du manipulateur de la potiche, ou de la marionnette qui parle ! En fait, ce dernier est dévoilé ! Même si les français ne comprennent pas grand-chose à ce qui se passe en Afrique, - et on les a dissuadés de s'y intéresser -, ils réalisent bien que le véritable homme fort de la Côte d'Ivoire et de l'Afrique se trouve à La Haye et qu'il va nous servir le 18 juin prochain, un discours  moins lénifiant que celui du Jocond, l'homme à l'éternel sourire « Cheese » « Tout va bien mais je ne parle qu'en présence de l'hélico-protecteur au dessus de ma tête, et de mon escorte mobile blindée ! »

« Nous ne pouvons nous permettre d'hésiter au risque de laisser ce pays, qui s'est doté d'instruments démocratiques précieux depuis plus de deux décennies, sortir de l'histoire à reculons », dit encore le clone de l'Elysée, reprenant  le thème de l'Africain qui n'est pas encore entré dans l'histoire, en 2007, à Dakar, lorsque Sarkozy l'africain se déguisait en gentil loup pour mieux entrer dans la bergerie ! Maintenant cinq ans ont passé, l'Afrique est rentrée dans l'histoire de la recolonisation forcée, « La stabilité est le gage du développement de nos pays qui n'ont que trop souffert de situations anachroniques et anti-démocratiques. » Entendez : il nous faut pour le Mali un carcan préfectoral calqué sur celui de la Côte d'Ivoire, afin que la France puisse l'immobiliser, et telle une sangsue la sucer, la vider, jusqu'à l'agonie ! Si Atta Mills président du Ghana, ne semble pas d'accord avec la résolution prise par la CEDEAO, puisqu'il est rentré chez lui sans avoir signé l'acte de la conférence,  les autres présidents-fantoches, Compaoré en tête, suivi de Yayi, Sirleaf, Mahamane, et GoodLuck, eux, ont répondu « présent » à l'appel du Kapo Ouattara, à croire que le vampire France les a déjà entièrement et définitivement vidés de leur sang. Tout ce beau monde est en effet persuadé de jouer un rôle important dans l'histoire africaine, alors qu'ils ne sont que de simples figurants, pour préparer l'entrée en scène de la Bête immonde occidentale, qui au nom de ses valeurs humanitaires perverties, ne sème que la division, le chaos et la mort sur son passage.


Shlomit Abel


Source: RESISTANCE COTE D'IVOIRE

DU MALI ET DE L'INDECENCE FRANÇAISE

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Depuis quelques jours, à la suite du coup d'Etat opéré au Mali, à quelques semaines des élections présidentielles maliennes mais aussi françaises, des ministres du gouvernement français appellent au «rétablissement de l'ordre constitutionnel», ainsi du ministre des Affaires étrangères et du ministre à la Coopération qui affirme que « le retour à l'ordre constitutionnel était un impératif absolu ».

Mais de quel ordre constitutionnel s'agit-il ? Le Président malien depuis son élection, en mars 1991, n'a pas su instaurer un pouvoir exécutif digne de ce nom, fort et assorti de contrepouvoirs. Ainsi, si ce coup d'Etat est jugé « insensé » par beaucoup, il n'a surpris personne, « tant le problème sécuritaire du pays semble dépasser le président Touré », ainsi que l'a précisé Aminata Dramane Traoré à RFI.

Depuis quelque mois, l'armée malienne fait face et «sans moyens» à une rébellion armée qui a réussi à faire tomber quelques villes du nord Mali, sous le contrôle du Mouvement National pour la Libération de l'Azawad (MNLA) composé essentiellement de combattants touaregs. Ce mouvement a pu acquérir des armes en provenance de Libye, en circulation libre à la frontière de ces deux pays, conséquence prévisible de l'intervention de l'OTAN favorisée et revendiquée essentiellement par la France.

Cette intervention a  ouvert la boite de pandore des arsenaux libyens dans une région extrêmement pauvre, mais à très fort potentiel, et livrée à elle-même. Aucun développement économique, aucun minimum de prise en charge sociale des populations locales n'est assuré. Le blocage est amplifié par les programmes économiques imposés par  les institutions financières internationales. A cela s'ajoutent les ajustements structurels, l'orientation vers une production agricole tournée vers l'exportation, l'ouverture systématique de l'économie malienne au marché mondial imposés à un Etat incapable de résister et contraint d'accepter le libéralisme qui exclut la liberté de circulation pour les populations.

En plus des Etats-tampons du Maghreb, chargés d'empêcher le transit des migrants, les Etats de départ sont tenus de jouer le rôle de geôlier de leurs propres populations. Ainsi, l'Europe délègue son incapacité à apporter une réponse construite à la migration en externalisant sa politique de répression et de contention du flux des migrants ; la France, quant à elle et quoi qu'elle en dise, continue ses relations françafricaines dans l'opacité et les connivences coupables entre élites françaises et africaines, au nom desquelles, les terres maliennes sont pillées. Les intérêts des anciens colons français ont été préservés et les intérêts étrangers sont plus dominants que jamais.

Sur le plan socio-économique, la gestion est un désastre continu et sur le plan stratégique, les accords de défense ont permis l'installation de bases permanentes et dans les aéroports, les contrôles policiers sont sous supervision étrangère, française notamment.

Le Mali n'échappe pas à ce bilan sans appel : le peuple malien n'a toujours pas été libéré de l'oppression qui l'aliène, de la misère, de l'injustice et de l'abandon dont il pâtissait sous le joug colonial.

Pourtant, le Mali, de par son histoire et sa configuration géographique aurait pu barrer la route aux ingérences occidentales et à celles de ses alliés et face à un monde arabe en ébullition, une Europe en crise systémique. Il aurait pu constituer un facteur de stabilisation positive dans une région convoitée et cible du nouvel ordre ultralibéral de misère et de violence. Le Mali aurait pu jouer le rôle d'antidote à la balkanisation de l'Afrique de l'Ouest.

Mais il n'en sera pas ainsi, la voie ouverte par les indépendances a été piégée par des découpages territoriaux et par le legs empoisonné des séparations ethniques du colonialisme.

La liberté pour laquelle des peuples se sont soulevés est toujours confisquée par des pouvoirs soutenus par l'ancien colonisateur. La domination a seulement changé d'apparence, l'émancipation des peuples, hier colonisés, reste à venir. Les maîtres d'hier continuent à imposer leur loi.

Le Mali en est l'exemple actuel. Ainsi, ces mêmes ministres français s'autorisent à appeler avec force et autorité le maintien « des élections (...) programmées pour avril (...) » et qui doivent avoir « lieu le plus vite possible" car il faut « s'en tenir au calendrier électoral constitutionnel, avec la date limite du 8 juin », allant même jusqu'à affirmer qu'« il n'y a aucun problème pour organiser des élections puisque la Constitution malienne prévoit qu'en cas d'empêchement du président, le président de l'Assemblée nationale assure l'intérim et permette un scrutin présidentiel ».

Comment les Occidentaux ont-ils le cynisme d'obliger les peuples anciennement colonisés à adopter leur modèle démocratique alors que leurs propres pays sont confrontés au délitement de ce même modèle  qui sécrète xénophobie et racisme débridé, injustice et misère ? 

La domination coloniale, avec quelques variations et adaptations, s'est renouvelée et s'effectue en toute bonne conscience néocoloniale. Elle est rendue possible grâce à l'instrumentalisation de la guerre « éternelle » et généralisée contre le terrorisme qui autorise, sur le terrain, la présence de forces militaires extracontinentales afin de veiller à la sauvegarde des intérêts des multinationales. Interviendront-elles au Mali -au nom de l'illégale « responsabilité de protéger»- pour contrôler à leur profit la bande sahélienne au potentiel minier inexploité ?

Force est de constater que la période néocoloniale s'achève sur une recolonisation, sous des formes nouvelles, mais qui ont été rendues possibles par les bombes à retardement léguées par les puissances coloniales. Hier le Sud-Soudan, aujourd'hui le Nord-Mali et demain ? La partition de certains Etats d'Afrique semble clairement inscrite dans le projet néocolonial en cours. 

Alors que le monde vacille sous les coups de la crise économico-financière au nom de l'instauration d'un nouvel ordre mondial unilatéral, ce sont les peuples qui sont les victimes directes de ce libéralisme débridé, inhumain et violent. Au nom d'une globalisation injuste et illégale, le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes pour mieux priver les peuples du droit à disposer de leurs ressources naturelles est remis en cause. La recolonisation du monde est un des moyens trouvés par les dominants pour assurer leur hégémonie.

La solidarité avec le peuple Malien et ses forces politiques réelles pour une résolution nationale et autonome des conflits internes est l'unique voie pour la justice et la paix.

 

26 mars 2012


Mireille Fanon-Mendes-France

Tél.: + 33 686783920


Experte du groupe de travail sur les Afro Descendants au Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU


FRANTZ FANON FOUNDATION - FONDATION FRANTZ FANON

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LA DELINQUANCE EN TREILLIS, EPIDEMIE OUEST-AFRICAINE


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La vitrine est en mille morceaux. Dix ans après sa première élection présidentielle pluraliste, qui a permis l'arrivée au pouvoir d'Alpha Oumar Konaré, le Mali retourne à la case départ. C'est-à-dire à la case coup d'Etat. Et ce pénible recommencement décontenance une opinion publique continentale qui avait érigé ce pays sahélien finalement fort peu couvert par les médias internationaux en «modèle» démocratique. Et si une des premières leçons du putsch militaire qui a renversé le président Amadou Toumani Touré est qu'il faut plus que jamais se méfier, dans nos analyses, des «vitrines», des «modèles» et des «laboratoires» ? Nous devons bien nous convaincre de ce qu'une alternance ne fait pas la démocratie. Un regard plus exigeant sur l'expérience politique de ces deux dernières décennies au Mali pourrait en effet appeler à plus de circonspection. Ce qui s'est passé se résume finalement assez rapidement : auteur d'un putsch surfant sur un soulèvement populaire, Amadou Toumani Touré a laissé le pouvoir à Alpha Oumar Konaré qui s'est débrouillé pour le lui rendre à travers de redoutables manœuvres.

Si un des signes de la démocratie est l'existence d'une majorité contredite par une opposition parlementaire forte, l'on ne peut pas vraiment dire que le Mali d'Amadou Toumani Touré se caractérisait par un tel équilibre. Président sans parti, «ami de tous et ennemi de personne», arbitre des élégances au sein d'une grande tontine politique à laquelle tous participaient et à travers laquelle tous se tenaient, ATT, le militaire à la retraite, n'a pas non plus bénéficié du soutien d'une armée qu'il aura contribué à convertir durablement aux vertus républicaines. Il quitte le pouvoir alors que l'intégrité territoriale de son pays n'a jamais été aussi menacée. Il laisse une troupe déboussolée et des officiers discrédités par de persistantes accusations de corruption. Là est peut-être son plus grand échec historique, au regard de son parcours d'officier et d'homme d'Etat.

L'on peut analyser les derniers développements maliens à travers plusieurs grilles de lecture. Impossible, par exemple, de ne pas noter que le récent coup d'Etat est un effet collatéral des rébellions du Nord, qui sont elles-mêmes la conséquence de la déstabilisation de la Libye par une coalition occidentale qui n'éprouve étrangement ni remords ni sentiment de responsabilité. Difficile de ne pas noter que cet harmattan kaki qui souffle sur le Mali, après être passé par ses voisins ivoirien, guinéen, nigérien et mauritanien, interroge la culture politique des pays francophones de l'Afrique de l'Ouest. Nous devons nous poser une question : pourquoi n'y a-t-il donc ni de coup d'Etat, ni de rébellion dans les pays d'Afrique australe, à l'exception de Madagascar, qui est une nation francophone ? Ce n'est pas, bien entendu, parce que ce sont des pays sans histoires. Le Zimbabwe est là pour en témoigner. Il semble qu'il y a pour nous quelque chose à regarder, à apprendre, à comprendre, en tournant nos regards vers le sud.

Ces derniers jours, Bamako a été le théâtre de pillages urbains, fruit de ce que nous pouvons appeler une préoccupante délinquance en treillis. Au nom de quoi des militaires en colère peuvent-ils revendiquer, s'exprimer, prendre le pouvoir, en s'attaquant aux biens privés de leurs compatriotes ? Mystère. Ces pillages observés au Mali font en tout cas suite à ceux auxquels on a assisté en avril dernier à Ouagadougou, à l'occasion d'une mutinerie qui n'est pas allée jusqu'à prendre le pouvoir, et à Abidjan, à la faveur de la conquête de la capitale économique ivoirienne par des forces pro-Ouattara appuyées par l'armée française et les Casques bleus de l'ONU. La délinquance ordinaire en treillis est bel et bien, aujourd'hui, une épidémie ouest-africaine. Nos pays ressemblent de plus en plus à des cours de récréation où ce sont les mêmes garnements qui jouent à la fois au gendarme et au voleur. Le phénomène est très préoccupant. Comment en sommes-nous arrivés là ?

Pour renverser Laurent Gbagbo, l'opposition ivoirienne, certains pays de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et la France ont cautionné un incroyable renversement des valeurs. De 2002 à 2011, la marque de fabrique des hommes de la nébuleuse qui a fini par porter Alassane Ouattara au pouvoir a été d'ouvrir les prisons et de se servir des personnes convaincues de vol à main armée voire de crimes de sang comme troupe improvisée et sans scrupules. Nous continuons à payer le prix de l'ouverture de la MACA et du recrutement de prisonniers de droit commun au sein des Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI). Il y a quelques années, les rebelles des Forces nouvelles ont pillé intégralement plusieurs agences de la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) sans que le gouverneur Charles Konan Banny ou que le président en exercice de l'Union économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (UEMOA) n'engagent des poursuites sérieuses. Ils ont organisé de sordides trafics - carburant, marchandises de consommation courante, cacao, diamants, bois, véhicules volés...- en transitant par les pays voisins. Que pensent donc les sommités inconséquentes qui dirigent les pays d'Afrique de l'Ouest ? Que leurs soldats ne voyaient pas et n'enviaient pas les «modèles de réussite» que sont nos «comzones», qui paradaient dans les rues de leurs capitales au volant de leurs grosses cylindrées rutilantes et jouissaient de l'honneur de se faire recevoir par leurs chefs d'Etat ? Que croyions-nous donc ? Que la glorification du racket et de la prédation kaki ne laisseraient pas des traces durables dans l'imaginaire des «corps habillés» des contrées environnantes ?

L'on nous apprend que demain, la CEDEAO se réunira à Abidjan pour évoquer le cas malien. Alors que son entourage militaire s'organise autour de personnes comme Chérif Ousmane et Issiaka Ouattara dit «Wattao», dont les CV contiennent à la fois les mentions «putschiste» et «rebelle», et que son numéro deux s'appelle Guillaume Soro, quelle peut bien être la crédibilité d'un Alassane Dramane Ouattara s'adressant à Amadou Hawa Sanogo, chef de la junte qui règne à Bamako, ou aux figures de proue du MNLA qui occupent les villes du nord de leur pays ? L'Afrique de l'Ouest connaît une crise politique et sécuritaire préoccupante. Mais elle est également fragilisée par une crise inédite du sens et des valeurs. Et la brise rafraîchissante qui nous vient de Dakar ne peut chasser les lourds nuages qui s'amoncellent au-dessus de nos têtes.


Théophile Kouamouo


Source: LE NOUVEAU COURRIER

mardi, 27 mars 2012

COUP D'ETAT AU MALI: LA FRANCE A LA RECHERCHE D'UN PANTIN A L'IMAGE DE OUATTARA



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A ceux qui le vilipendaient d'avoir réalisé le premier coup d'état ivoirien, le général Guéi répondait qu'en Afrique francophone, aucun coup d'état n'avait de chance de réussir sans l'accréditation et le support logistique de la France. En Côte d'Ivoire, le coup d'état du général Guéi, que la France s'était empressée de condamner, n'était qu'une circonlocution pour l'installation d'Alassane Dramane Ouattara. Bien que le scénario de Paris fût perturbé par les appétences imprévues de Guei puis par l'opiniâtreté exceptionnelle du président Gbagbo, Ouattara fut finalement imposé aux Ivoiriens après dix longues années émaillées de moult complots locaux et internationaux.

Aujourd'hui, la France possède son pantin de prédilection en Côte d'Ivoire et à la CEDEAO. La France peut donc procéder à la reconquête totale de l'Afrique de l'Ouest ainsi qu'au prolongement de son influence en Afrique Anglophone - en séparant le Nigéria de la persuasion américaine et Sud-Africaine - et dans l'Océan indien - en ramenant Kagamé dans le giron hexagonal. Mais avant de procéder à l'installation d'une Françafrique anglophone (par le biais du Nigéria) et océanindienne (par la porte stratégique du Rwanda), il fallait que l'Afrique de l'Ouest fût débarrassée des empêcheurs de tourner en rond de la Françafrique version nouvelle et parfumée au citron de Sarkozy.

L'un de ces empêcheurs de tourner en rond est le président Amadou Toumani Touré (ATT). A Toumani Touré, la France reproche sa propension à faire trop ami-ami avec les Américains, au point de se croire permis de contrarier certains plans de l'Elysée. Pour Sarkozy, les 170 millions de dollars d'aide que l'Amérique accorde annuellement à ATT ainsi que l'armement militaire qu'il reçoit du pays du président Obama pour la lutte contre le terrorisme d'obédience AQMI ont fait du président malien un inapprivoisable. Les vexations faites à l'Hexagone par le président malien, Sarkozy peut les égrener comme un chapelet: Elles sont, entre autres, le refus d'ATT de permettre à la France d'installer un centre d'écoute dans le Nord du Mali, le refus d'ATT de permettre l'installation d'une base militaire à Sévaré, le refus d'ATT de signer l'accord de réadmission des expulsés maliens en France, l'autorisation de manifestations au Mali condamnant la guerre de la France en Libye, l'hésitation d'ATT, qui a des millions de ses ressortissants en Côte d'Ivoire, à supporter la guerre de la France en Côte d'Ivoire. Les tentatives pour affaiblir le président malien se sont traduites d'abord en cabales journalistiques, qui, au cours de la crise ivoirienne l'accusaient, soit de supporter militairement le président Gbagbo, soit de payer les fonctionnaires du président Gbagbo, soit les deux à la fois. La mayonnaise n'ayant pas pris et les échéances électorales maliennes s'annonçant d'autant moins favorables à la France qu'aucun des candidats en lice pour la présidence malienne n'entendait remettre en cause ces grandes décisions du président ATT, qui d'ailleurs avaient l'approbation de la grande majorité des Maliens, la France, après la chute du plus grand support africain d'ATT, le colonel Kadhafi, ressuscita la rébellion de l'AZAWAD, dont elle équipe secrètement les combattants et loge et nourrit présentement les dirigeants en France et au Burkina Faso.

Les condamnations du coup d'état malien par Paris, l'UA, la CEDEAO, l'ONU n'auront d'effets que théâtraux. Le but de Sarkozy est atteint. Il s'agit de jeter un pavé dans la mare électorale malienne, d'arrêter le processus de démocratisation en cours, de battre les cartes à nouveau, en prenant soin d'y introduire son joker de la « résolution des crises » de la « transition », du « gouvernements d'union nationale » de l'immobilisme, pour, après de longs mois, voire de longues années, de négociations, installer au Mali une marionnette à l'image de Dramane Ouattara, qui fera ses mille génuflexions à Paris et qui permettra le transport vers l'Hexagone de l'uranium, de l'or, et du probable pétrole maliens. Que le Mali reste uni ou divisé après ce coup d'état, c'est toujours la France qui demeurera gagnante. De de Gaulle à Sarkozy, plus ça change, plus ça reste le même. En vérité!


Source: FRINDETHIE

OUATTARA, LA CEDEAO ET LES MANOEUVRES FRANÇAISES AU MALI


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Avec Ouattara, la Françafrique connaît un nouveau printemps sur le continent. Tous les coups tordus de la France contre les Etats africains seront désormais officiellement permis. A tout le moins, pendant la durée de son mandat à la tête de la CEDEAO. Vive la régression politique et institutionnelle en Afrique! Fernand Dindé.



A défaut d'avoir d'une base française au Mali, nous risquons - avec ou sans l'aile protectrice de la force Licorne - d'avoir les troupes d'Alassane Ouattara, «l'élu
» ivoirien de Sarkozy, à nos frontières Sud. Car, voyez-vous, la CEDEAO réunie en urgence a décidé d'agir pour ramener le Mali dans l'ordre démocratique. Bien sûr et comme par hasard la CEDEAO, à l'image de la France, ne demande pas le retour d'ATT au pouvoir, mais des élections le plus vite possible. ATT est selon le calendrier français, un homme politiquement mort après avoir refusé de faciliter une présence militaire française sur le sol de son pays.

A tous les naïfs qui se demandaient pourquoi avoir précipité son départ par un coup d'Etat aléatoire, alors qu'il devait quitter le pouvoir dans quelques semaines seulement et pourquoi la France a fourni tant d'efforts pour paraître aussi distante de ce coup d'Etat qu'elle a inspiré, il y a lieu de rappeler qu'ATT représentait des forces politiques et sociales qui ont pesé de leur poids et dans son refus d'une base française et dans son évolution à l'endroit de l'Algérie et de la démarche globale pour la solution des problèmes à l'origine de l'instabilité du Nord Mali. Il apparaît aujourd'hui clairement - et à la lumière des déclarations officielles françaises - qu'il faut vite passer à l'après-ATT. Et donc, que ce coup d'Etat devait éloigner des centres de décision ces forces (que représente ATT, NDLR), les neutraliser et les empêcher ainsi qu'ATT lui-même de peser sur les prochaines élections et par là, de faire élire un ATT bis.

Que reproche fondamentalement la France à ATT ? De s'éloigner des conclusions de la conférence antiterroriste du G8 qui s'est tenue les 13 et 14 octobre 2010 à Bamako à l'instigation de la France, en l'absence de l'Algérie et en présence du Maroc. Chacun peut comprendre que les dirigeants maliens aient été séduits, en octobre 2010, par la force de frappe financière, économique et militaire du G8. La conférence a promis beaucoup d'aide au Mali, l'a décidé à accepter des instructeurs étrangers tout à fait capables d'influencer les officiers «réceptifs», l'a persuadé d'accepter la tutelle politique de la CEDEAO en contrepartie de promesses de développement.

Bref, c'est la victoire totale de la France qui isole l'Algérie, introduit son allié marocain, s'assure une influence militaire et accrue dans un pays qui lui échappait totalement en 1960. En moins d'une année les dirigeants maliens avec ATT en tête s'aperçoivent que les promesses du G8 n'étaient que du vent et se rapprochent de nouveau de l'Algérie car l'unité du Mali était en danger sous le poids des problèmes socio-économiques qui alimentaient les conflits au Nord Mali jusqu'au risque de sécession.

Pour la France, Il fallait stopper cette correction au plus vite et empêcher ATT et ses soutiens de lui imposer une continuité en influant sur le choix électoral. Ce coup d'Etat avait ce seul but. En demandant des élections au plus vite, la France récupère pour elle un pays politiquement vacant entre un putsch et des élections. Comment s'en assurer ? Rien de plus qu'en utilisant la CEDEAO dirigée par l'obligé de la France, le supplétif Ouattara et non moins élu de la MINURSO et de la force Licorne. Avec la précipitation de Ouattara à jouer le Matamore, la France rafle la mise, mais a-t-elle à ce point sous estimé l'intelligence et la détermination des forces patriotiques maliennes ?


Alger, le 26 mars 2012.


Mohamed Bouhamidi

Publié le 27 mars 2012 in "Le Jeune Indépendant".

lundi, 26 mars 2012

SARKOZY ET L'AFFAIRE TERRORISTE DE TOULOUSE ET MONTAUBAN: COMME PAR HASARD


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Tribune libre de Jérôme Ancel

On croit rêver : voilà un président de la peau duquel, hier encore, personne ne donnait bien cher - électoralement parlant bien sûr, encore que... -; un président en chute libre, enseveli sous une avalanche d'affaires toutes plus nauséabondes les unes que les autres; voilà donc un président "fini", sans avenir, propulsé du jour au lendemain sur la scène hollywoodienne des grand héros de sagas à l'ancienne, chevalier blanc des justes causes, sauveur des opprimés, justicier au grand cœur, arborant soudain la cape chatoyante des grands hommes providentiels. Du jour au lendemain, voilà Sarkozy redevenu l'homme de la situation, candidat idéal à sa propre succession à la tête d'une France menacée par l'hydre du fanatisme sanguinaire.

Le simple exposé des termes de ce paradoxal retournement médiatique devrait suffire à susciter quelques questions dont on espère qu'une fois dissipée la passion émotive, tout le monde en France va se les poser. D'abord, celle de la rapidité de l'enquête. La police française, généralement connue pour la lenteur des investigations aboutissant à ses rares succès, vient en l'occurrence de rivaliser en promptitude avec Superman. A la vitesse de l'éclair, on a :

- identifié et répertorié les projectiles - inaugurant au passage une nouveauté : celle de "l'expertise balistique en temps réel" -;

- identifié et repéré le scooter, puis son conducteur;

- localisé l'assassin présumé et lancé l'assaut pour sa capture.

- fait coïncider cette dernière avec l'arrivée sur les lieux du Président urgentiste.

Quel timing !

Un tel déploiement de prouesses policières, une telle débauche de performances hors du commun laissent évidemment songeur. Le moins que l'on puisse dire, c'est que de A à Z, cette affaire de vague d'attentats ressemble fort à un mécanisme d'horlogerie minutieusement réglé.

Autre question, celle du vocabulaire : le mot "tuerie" a-t-il été employé par les médias à propos de l'assassinat de seize Afghans par un marine américain il y a une dizaine de jours ? Ou à propos de l'élimination de la famille du fils de Mouammar Kadhafi, et des massacres sans nombre et sans nom qui ont émaillé cette guerre du fric contre l'un des derniers bastions africains de la résistance aux démons de l'Occident ?

Monsieur Sarkozy se souvient-il encore de son rôle de traiteur en chef dans cette boucherie de 100 000 morts aux portes de l'Europe? Et la communauté juive de France a-t-elle gardé la mémoire de la complicité effroyablement lucide et cyniquement volontaire de l'un de ses représentants les plus illustres et, dit-on, les plus intelligents, dans la perpétration de cette monstruosité ? Je veux parler de Monsieur Bernard Henri Lévy, probablement moins digne de porter le nom de Juif que ne l'aurait été l'ennemi désigné - Mouammar Kadhafi, supplicié, abattu, incinéré, privé de sépulture, "effacé" comme les victimes juives de la barbarie nazie...

Autre question : lorsque les autorités françaises, il y a un an, ont pris l'initiative de superviser et d'encadrer sur le terrain le déferlement de violence qui a ensanglanté la Côte d'Ivoire, en approuvant l'ouverture des portes des prisons ivoiriennes et burkinabées, et la mise en liberté de 12 000 détenus de droit commun qui à ce jour continuent à faire la loi, pensaient-elles vraiment que leur crime resterait impuni ? Sans parler de Douékoué, Bloléquin, Toulepleu, combien de bourgades en Côte-d'Ivoire n'ont-elles pas été le cadre de tueries durant l'année écoulée ? Et combien se passe-il de jours, en Côte d'Ivoire et en Libye, sans que l'on ait à déplorer la mort de nouvelles victimes, au fil de massacres voués à l'anonymat par l'indifférence des médias sous tutelle sarkozienne ?

Toutes ces questions, Nicolas Sarkozy est le premier à se les poser. Si nous voulons l'aider à y répondre, encore faut-il ne pas perdre de vue cette évidence : Nicolas Sarkozy est un homme aux abois; hanté par le spectre de ses innombrables victimes; épouvanté par le nombre et la nature de ses innombrables mensonges; terrifié à l'idée de se retrouver, au lendemain des élections, dans l'incapacité de se soustraire aux non moins innombrables accusations dont la liste, sous forme de plaintes en bonne et due forme, l'attend à la Haye, au siège de cette cour pénale dont tous les juristes ne sont pas corrompus, et où le Président légitimement élu Laurent Gbagbo lui-même lui aura chauffé la place.

Alors, pour conjurer cette menace, tous les coups sont permis. Renonçant à la méthode douce, celle des sourires enjôleurs - discours des Cévennes à l'intention des Protestants, parrainage de la libération de Gilad Shalit à l'intention des Juifs, tournée arménienne -, méthode restée désespérément inefficace, le candidat Sarkozy tire aujourd'hui ses dernières cartouches : celles du mythe de la France assiégée, de nos libertés en péril, de la barbarie terroriste. Le comble, pour le chef d'un gouvernement qui aura terrorisé en un an plus d'innocents que ne l'ont fait ceux de ses prédécesseurs en vingt. Le délinquant, c'est lui, le fanatique, c'est lui; la terreur, c'est celle qu'au nom de la France, lui-même impose à la Côte d'Ivoire, à la Libye, à la Syrie: délinquance, fanatisme et terrorisme de ces sphères de la haute finance dont il a toujours été le servile domestique, intérêt oblige.

Une expression résume le coup de théâtre de ce spectaculaire - et espérons-le éphémère - sauvetage du prédateur Sarkozy : "comme par hasard". On y pensait déjà lors de la libération de Gilad Shalit. Aujourd'hui, l'évidence s'impose. La ficelle est trop grosse. Et cela d'autant plus que l'on sait les inestimables services que le personnage vient de rendre à la mouvance islamique radicale, en livrant au chaos la Libye, et dans son sillage le Mali - grâce au largage intempestif de dizaines de tonnes d'armes sophistiquées -, ainsi qu'en s'employant à appliquer le même traitement à la Syrie. Nicolas Sarkozy a vitalement besoin d'un sursis présidentiel, non seulement pour gérer, depuis l'Élysée, les conséquences incalculables autant qu'imprévisibles de son aventurisme forcené; mais aussi pour consolider et engranger les dividendes, pour l'heure encore mouvants, de sa cupidité. Le temps qu'il faut en somme au malfaiteur pour effacer ses traces, et peaufiner le déguisement qui lui permettra de se mêler à la foule en passant inaperçu.

Reste le plus inquiétant : à supposer que le stratagème sécuritaire de Toulouse et Montauban ne produise pas l'effet escompté sur la courbe des sondages, le souverain déchu pourrait, en désespoir de cause, chercher à obtenir ce sursis par d'autres moyens. Car il lui reste toujours deux jokers :

- Celui de l'état d'urgence, et du report sine die des élections. Mais cela supposerait la réalisation d'un scénario de déstabilisation simulée vraisemblablement trop coûteux pour figurer parmi les accessoires de sa mégalomanie.

- Celui du déclenchement d'une nouvelle guerre, une vraie, qui, cette fois, souderait la France autour de son chef. On pense à l'Iran, évoqué durant l'enquête comme un commanditaire potentiel des derniers attentats. On appréciera à cet égard l'indécente obséquiosité du premier ministre israélien Netanyahou envers un homme auquel - en dépit des circonstances, aussi douloureuses soient-elles -, il ne doit rien. A moins que ce qui les lie relève d'un accord dont les tenants et aboutissants nous échappent, mais dont la réélection de Sarkozy serait l'un des enjeux.

Une dernière question : ne serait-il pas plus que jamais temps pour le peuple de France de se réveiller, en se débarrassant au plus vite de celui qui pourrait, en cas de réélection - ce qu'à Dieu ne plaise -, condamner le pays à l'enfer - un enfer cette fois non électoralement contrôlé -, lorsqu'il s'agira pour nous tous, tôt ou tard, de régler la facture des violences inouïes perpétrées par nos autorités contre des peuples souverains, pour l'heure humiliés et asservis, mais, soyons-en certains, bientôt libérés.


Jérôme Ancel


Source: Le blog d'Allain Jules

POURQUOI LA FRANCE EN VOULAIT A AMADOU TOUMANI TOURE


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Officiellement, Paris dénonce avec la plus vive énergie le coup d'Etat qui vient d'avoir lieu au Mali. Mais en diplomatie, la vérité est dans les nuances. Alors que les Etats-Unis et un communiqué du Conseil de sécurité de l'ONU appellent très clairement au rétablissement du président Amadou Toumani Touré dans ses prérogatives, la France se contente d'exiger des élections au plus vite et de suspendre sa coopération avec le Mali, comme le veut une coutume qui n'a été remise en cause ces dernières années que pour les putschistes du CNT libyen. La France avait de nombreuses raisons d'en vouloir à Amadou Toumani Touré, même si l'on peut supposer qu'elle comptait davantage sur des élections que sur un coup d'Etat pour s'en débarrasser.

La pomme de discorde du «pacte migratoire»

Paris en voulait à ATT pour des raisons bilatérales en premier lieu. Le président malien avait refusé de signer un «pacte migratoire» avec Paris. Un pacte destiné à limiter l'immigration régulière, à lutter contre l'immigration clandestine, et qui devait subordonner toute aide au développement à l'adhésion du Mali aux objectifs français en termes de contrôle des flux de population. «Malgré les pressions exercées par le Ministère de l'intérieur ou le gouvernement français sur l'État malien, ce dernier a refusé d'apposer sa signature. Pour le Mali, le très faible taux de régularisation des ses ressortissants présents en France (et qui risquent donc l'expulsion) est une question sensible : pour cause, le montant des transferts de fonds effectués par les Maliens vivant en France est estimé à 295 millions d'euros par an, soit 11 % du PIB malien», révèle une note du Comité catholique contre la faim pour le développement (CCFD).

La question de la gestion de la crise en Libye et du problème du Nord

L'opinion publique malienne a pris fait et cause pour l'ex-«Guide» libyen Muammar Kadhafi durant son duel avec les rebelles du CNT, à tel point que des marches de soutien ont été organisées à Bamako. ATT était sur la même ligne et s'est clairement inquiété des conséquences de l'équipée de l'OTAN en Libye pour la stabilité de son pays et a reproché aux Occidentaux de n'avoir rien fait pour désarmer la Légion islamique de Kadhafi - composée en grande partie de Touaregs aujourd'hui liés à l'insurrection.

La France s'est par ailleurs montrée agacée par le refus d'ATT de la laisser intervenir directement sur son sol dans le cadre de la lutte contre AQMI (Al Qaida au Maghreb islamique) et est allée jusqu'à accuser mezza voce son entourage de profiter du business des rançons payées en échange des otages occidentaux. La Première Dame malienne n'avait pas payé des biens de consommation avec des billets de banque ayant transité par les mains des preneurs d'otage ?

Paris complice du MNLA ? La grosse suspicion qui a tout gâté

Une bonne partie de l'opinion malienne et des officiels du régime ATT dénonçaient, ouvertement ou pas, la complaisance de la France pour les rebelles du MNLA, malgré leurs crimes odieux. Alors qu'ATT insistait sur le respect de l'intégrité territoriale du Mali, l'ancien colonisateur était en tout cas - comme en 2002 en Côte d'Ivoire - favorable à un cessez-le-feu et des négociations avec les rebelles touareg sans aucun préalable en termes de désarmement. «C'est peu dire que l'éviction d'ATT a été suivie de près à Paris, qui voit partir sans regret un partenaire jugé insuffisant face aux grands défis du Sahel - instabilité, développement, immigration et terrorisme. Certes, mardi, Alain Juppé a condamné le coup d'État, appelé au respect de l'ordre constitutionnel et à la tenue «le plus vite possible» des élections prévues le 29 avril. La France a aussi annoncé la suspension de sa coopération avec le Mali, hormis l'aide humanitaire et la lutte antiterroriste. Mais des sources diplomatiques n'hésitent pas à jeter une lumière plus crue sur un président malien «fatigué» et un pouvoir «en manque de confiance» par rapport à la population. D'autres parlent d'un président «dans le déni» de la gravité de la situation militaire au nord du pays, dans le déni aussi du dialogue avec les rebelles touaregs, que Paris juge nécessaire», résume ainsi Le Figaro.

Par deux fois, Christian Rouyer, ambassadeur de France au Mali, s'était déjà signalé par des sorties peu diplomatiques (voir encadré). «J'ai entendu que l'Etat n'a pas joué son rôle. En fait, la classe politique n'a pas joué son rôle ! Combien de débats à l'Assemblée nationale sur le Nord-Mali ? Combien même de questions orales ? (...) La classe politique a démissionné au nom d'un consensus de façade qui lui a fait perdre tout esprit critique», disait-il ainsi, appelant quasi-ouvertement les députés à contester les options d'ATT.


Philippe Brou


Source: LE NOUVEAU COURRIER

00:05 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, France, Libye, Mali, Monde arabe | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : côte d'ivoire, france, amadou toumani touré, nicolas sarkozy, aqmi, att, otan, mouammar kadhafi, ccfd, onu | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

dimanche, 25 mars 2012

COUP D'ETAT CONTRE ATT AU MALI: UN JOURNAL FRANÇAIS DEVOILE LA COMPLICITE DE SARKOZY


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L'éviction de Amadou Toumani Touré, dit ATT, a été suivie de très près par le Quai d'Orsay. Crédits photo : RAVEENDRAN/AFP


Paris tourne sans regrets la page du «mauvais élève» ATT


Le président Amadou Toumani Touré était un partenaire jugé insuffisant face à l'instabilité du Sahel et le développement du terrorisme affilié à al-Qaida.


Un «briefing» de presse consacré à l'action de l'Union européenne au Sahel a pris une tournure plutôt inhabituelle, mercredi, au Quai d'Orsay: tandis que s'enclenchait au Mali, le coup d'État qui allait emporter le président Amadou Toumani Touré dit ATT, les journalistes présents ont pu bénéficier en direct des analyses du diplomate chargé de ce dossier à mesure que les nouvelles lui parvenaient sur son téléphone portable.

C'est peu dire que l'éviction d'ATT a été suivie de près à Paris, qui voit partir sans regret un partenaire jugé insuffisant face aux grands défis du Sahel - instabilité, développement, immigration et terrorisme. Certes, mardi, Alain Juppé a condamné le coup d'État, appelé au respect de l'ordre constitutionnel et à la tenue «le plus vite possible» des élections prévues le 29 avril. La France a aussi annoncé la suspension de sa coopération avec le Mali, hormis l'aide humanitaire et la lutte antiterroriste. Mais des sources diplomatiques n'hésitent pas à jeter une lumière plus crue sur un président malien «fatigué» et un pouvoir «en manque de confiance» par rapport à la population. D'autres parlent d'un président «dans le déni» de la gravité de la situation militaire au nord du pays, dans le déni aussi du dialogue avec les rebelles touaregs, que Paris juge nécessaire. Entre Paris et Bamako, la lutte contre al-Qaida n'a pas cessé d'être une source de défiance, ATT étant accusé de ne pas en faire suffisamment. «Il croyait avoir la paix en évitant le combat, à la différence de ses partenaires mauritaniens et nigériens», lâche sèchement un diplomate. On n'a pas non plus digéré, à Paris, qu'ATT traîne les pieds en matière de coopération antiterroriste avec la France, qui a dû se replier sur le Niger pour installer ses militaires spécialisés dans la traque des djihadistes. Un sujet ultrasensible, dans la mesure où six ressortissants français sont toujours retenus au Sahel.

Transition démocratique

ATT ayant perdu la main dans les délicates tractations pour la récupération de ces otages, Paris a misé sur des contacts avec les rebelles touaregs du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) et de sa dissidence islamiste, Ansar Dine, dont le chef, Iyad Ag Ghali, est connu pour avoir joué un rôle de médiateur. L'arrivée massive dans la «sous-région» sahélienne, d'armes en provenance de Libye a encore accru l'incertitude. Il est donc loin, le temps où Jacques Chirac ne jurait que par ATT, en vantant à travers lui, un modèle de transition démocratique en Afrique, une qualité que Paris continue de lui reconnaître. Après 2007, le refus du président malien de signer l'accord bilatéral sur la «gestion des flux migratoires» proposé par Paris a entamé la concorde. ATT sorti du jeu, les inquiétudes demeurent concernant les capacités des putschistes, la tenue des élections, l'intégrité du pays (dont trois provinces sont en sécession) et l'avenir de la lutte contre al-Qaida. Aujourd'hui (vendredi 23 mars), Alain Juppé sera à Bruxelles pour lancer, avec ses homologues européens, un plan d'action (aide humanitaire, gouvernance, sécurité, justice...) en faveur du Sahel. Une région dont les «bons élèves» restent, à ce jour, la Mauritanie et le Niger.


In LE FIGARO


Source : NOTRE VOIE


NB : Le titre est de la rédaction de Notre Voie

vendredi, 23 mars 2012

COMMENT LA FRANCE EST EN TRAIN DE DETRUIRE UN PAYS: LE MALI


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En Afrique, il y a très peu de pays démocratiques. Le Mali et le Ghana sont probablement des Etats vraiment démocratiques en Afrique, berceau de l'humanité. Mais voilà, un coup d'Etat est en train d'être perpétré actuellement dans ce pays d'Afrique de l'Ouest, simplement, parce que, Amadou Toumani Touré (ATT) le président, fait la volonté de la France face aux islamistes et aux rebelles Touaregs.

Malheureusement, les médias français n'oseront pas dire ce que nous dénonçions déjà, avec le coup d'Etat fait par l'OTAN en Libye et dont la France faisait la course en tête contre le régime de Mouammar Kadhafi. Nous disions, nous les sans-voix, que le Sahel allait devenir une poudrière. Souvenez-vous, c'était le 8 septembre 2011, avant l'assassinat macabre du frère guide Mouammar Kadhafi. Nous disions en substance ceci:

La région du sahel, déjà infestée de mercenaires, de terroristes et de contrebandiers, va se transformer en véritable point d'insécurité inextricable. Souvenez-vous, quatre Français restent donc entre les griffes d'Aqmi : Daniel Larribe, Thierry Dol, Pierre Legrand et Marc Ferret. L'Aqmi qui s'est apparemment lié avec la France pour renverser Mouammar Kadhafi. Seront-ils libérés en contrepartie ? Aqmi réclame à la France, 90 millions d'euros.

Des militaires maliens mutinés ont attaqué, hier, mercredi, le palais présidentiel à Bamako, a-t-on appris de source proche du ministère de la Défense et auprès d'un diplomate, alors que des tirs d'armes lourdes retentissaient dans la capitale. Les militaires sont déçus par la percée dans le nord malien des rebelles Touaregs qui contôlent déjà certaines villes. Or, le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé, mandaté par Nicolas Sarkozy, avait demandé au Mali de négocier avec les Touaregs. Pourquoi ? Simplement parce que la France sait que ces Touaregs se sont alliés à Aqmi qui détient les otages français, pour déstabiliser le Mali. Bref, seuls les intérêts de la France comptent, peu importe le sort réservé aux Maliens.


Source: Le blog d'Allain Jules

mardi, 20 mars 2012

UN KIVU-BIS A L'OUEST DE LA COTE D'IVOIRE?

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Et si les Africains cessaient de regarder les situations politiques de leurs pays comme des phénomènes isolés les uns des autres, uniquement explicables par les passions localisées agitant leurs peuples ? S'ils cessaient de se gaver sans discernement des récits médiatiques superficiels et du storytelling ? S'ils se rendaient compte qu'au-delà des émotions et des réflexes pavloviens, il est impossible de saisir la quintessence de la politique internationale contemporaine sans faire appel aux invariants de la géopolitique, du jeu des intérêts, de l'évolution des tendances et des principes régissant la diplomatie ?

Une nouvelle fois, le Mali est soumis à une rébellion partie du Nord touareg. Mais cette insurrection est bien plus grave et plus dangereuse pour l'intégrité de son territoire que les précédentes. La rébellion accuse le pouvoir central d'exclure une partie de la population, privée de tout. Le pouvoir et plus globalement les Maliens sudistes crient à la malhonnêteté et au chantage permanents. Des représentants de la force publique sont cruellement assassinés par les rebelles. Des débordements malheureux et des manifestations de dépit dans le Sud font craindre des pogroms de Nordistes. Ancienne puissance colonisatrice, la France est sur le banc des accusés en raison de son jeu trouble. Les atrocités des insurgés ne suscitent pas l'indignation internationale qu'on aurait pu imaginer et la communauté internationale appelle tout le monde à la table des négociations, mettant sur le même pied d'égalité la République et ceux qui la défient.

Comment ne pas avoir l'impression diffuse de revivre le début de la rébellion ivoirienne, il y a presque exactement dix ans ? A l'époque, le gouvernement du Mali et une bonne partie de l'opinion publique de ce pays ont soutenu le Mouvement patriotique de Côte d'Ivoire (MPCI), lui servant plus ou moins de base-arrière sans pour autant aller jusqu'aux outrances du Burkina Faso de Blaise Compaoré. Ceux qui ont justifié hier le lancement d'une rébellion sur des bases régionalistes et les complaisances de l'ancien maître commun chez leur voisin du Sud peuvent-ils aujourd'hui, en toute logique, se plaindre du même type de traitement ? Iront-ils jusqu'à tenter de théoriser sur les «bonnes» et les «mauvaises» rébellions ? Il n'y a pour l'instant pas de procédé scientifiquement accepté permettant de distinguer les unes des autres. Les Etats africains gagneraient donc à se déterminer au sujet de ce qui passe chez leurs voisins sur la base des principes et non sur le fondement d'émotions passagères souvent trompeuses voire manipulées par les maîtres du storytelling. Il est par exemple évident que la création de l'Etat du Sud-Soudan et son admission au sein de l'Union africaine - quoi que l'on puisse penser des acteurs locaux - est un «beau» précédent sur lequel se fonderont demain les sécessionnistes «azawadiens» et les autres aventuriers de la nouvelle balkanisation de l'Afrique.

Il faut bien admettre que dès lors qu'une expérience de «gouvernance» d'un certain type s'impose dans un pays africain, elle devient un précédent facile à dupliquer dans d'autres contrées, surtout si elle peut profiter à ceux que la journaliste belge Colette Braeckman a appelé «les nouveaux prédateurs». Ainsi, il devient de plus en plus évident que l'Ouest de la Côte d'Ivoire s'apparente irrésistiblement à un nouveau Kivu (région de l'est de la République démocratique du Congo en conflit structurel depuis une quinzaine d'années).

Les parallèles sont frappants. La RDC et la Côte d'Ivoire sont des Etats au fort potentiel de prospérité, clients du camp occidental pendant la guerre froide, qui se sont progressivement affaiblis en raison d'une mauvaise gestion de la question du renouvellement de leur leadership (Mobutu, Houphouët). Les deux pays ont été soumis à des rébellions parties de voisins moins nantis mais dotés de pouvoirs forts, militarisés et alliés aux puissances occidentales (Etats-Unis pour le Rwanda, France pour le Burkina Faso) dans le cadre de leur stratégie d'influence géopolitique. Le Burkina Faso et le Rwanda sont soumis à des pressions démographiques les poussant à rechercher des «déversoirs» pour leur trop-plein de population, et peuvent compter, dans les pays où ils se projettent, sur des migrants de plus ou moins longue date, mal intégrés et armés, qui jouent un rôle de cheval de Troie, dans un contexte où la thématique de la nationalité est explosive. Ce sont eux qui affrontent et très souvent mettent en déroute des milices autochtones qui se sont créées en réaction comme les Maï-Maï ou le Front de libération du Grand Ouest (FLGO).

La guerre structurelle de l'est du Congo est une aubaine pour l'oligarchie mondiale. Elle justifie la présence pérenne des troupes et de l'administration onusiennes. Le désordre organisé rend possible une exploitation maximale des innombrables ressources minières de la région. Et si les médias internationaux sont prompts à dénoncer les viols et les violences des différentes milices, leurs liens avec les multinationales qui profitent de leur barbarie sont bien peu documentés. Si l'ouest de la Côte d'Ivoire ne fait pour l'instant pas l'objet d'une exploitation minière conséquente - quoique son sous-sol soit riche lui aussi -, il est le cœur du pays cacaoyer. Et l'afflux concerté de miliciens burkinabé (comme le tristement célèbre Amadé Ouérémi, qui fait irrésistiblement penser à Laurent Nkunda) et de travailleurs agricoles qui se jettent sans trop réfléchir sur les plantations des autochtones exilés après les massacres massifs des forces pro-Ouattara mais aussi sur les forêts classées (où sont passées les grandes consciences écologiques ?) suscite des inquiétudes légitimes. Il est vrai que la disparition de la propriété villageoise traditionnelle et son remplacement par une sorte de politique du fait accompli pourrait ouvrir la voie à une appropriation des terres âprement disputées par des grands groupes transnationaux ayant les moyens de se faire «respecter» par les uns et par les autres. Dans un contexte où la course aux terres arables devient un des principaux enjeux du capitalisme mondial.

Face à ces défis qui interpellent la conscience nationale ivoirienne, dont la mauvaise gestion pourrait ouvrir la voie à des conflits structurels comme en Colombie où la guérilla est devenue un sport national, face au risque réel de dépossession, où sont les voix courageuses qui peuvent tirer la sonnette d'alarme ? Que fait l'opposition ? Que dit la société civile ? Où sont les ecclésiastiques ? Et Charles Konan Banny, n'a-t-il pas mieux à faire que se transformer devant nos yeux médusés en une sorte de navrant exorciste laïc, adepte de la politique de l'autruche ? Pour éviter le pire à la Côte d'Ivoire, il faut du courage. Encore du courage. Toujours du courage.


Théophile Kouamouo


Source: LE NOUVEAU COURRIER