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mercredi, 04 avril 2012

LIBYE-MALI: LA GRANDE ARNAQUE ET L'HYPOCRISIE ABYSSALE DE LA FRANCE


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Génétiquement, l'homme est un prédateur, surtout les politiques. C'est maintenant que certains reconnaîtront que nous avions raison, lorsque nous parlions des dangers de la guerre en Libye. Le Mali s'est embrasé. La France crie au scandale et dit craindre l'islamisme dans le nord malien. Or, c'est la France qui est à l'origine de la force des Touareg aujourd'hui, et d'Aqmi d'ailleurs. Dans un article publié le 8 septembre 2011 (in extenso en dessous), je prévenais que Sarkozy était en train de transformer le sahel en poudrière. Nous y sommes. Alors, quand Juppé lance des cris d'orfraie, j'ai envie de lui dire : "Tais-toi, Juppé !". La France est le parangon de l'impérialisme en Afrique. Elle a liquidé la Libye, le Mali aussi. Demain, à qui le tour ?


Quand un cancre arrive à convaincre des personnes, quel adjectif peut les qualifier ? J'avoue que je n'ai aucune idée. Des fous ? La crise libyenne qui se résume à la haine que voue Sarkozy à Mouammar Kadhafi, à l'Afrique et à satisfaire ses amis pétroliers a fait du Sahel une poudrière. C'est un fait indéniable. L'arrivée massive d'armes, notamment le parachutage abscons par la France, et en violation de la résolution 1973, d'armes lourdes dans le Djebel Nafoussa, le retour de près d'un million de travailleurs migrants, auront transformé ce conflit menée par des gens sans vision, en un massacre qui se poursuivra.

La région du sahel, déjà infestée de mercenaires, de terroristes et de contrebandiers, va se transformer en véritable point d'insécurité inextricable. Souvenez-vous, quatre Français restent donc entre les griffes d'Aqmi : Daniel Larribe, Thierry Dol, Pierre Legrand et Marc Ferret. L'Aqmi qui s'est apparemment lié avec la France pour renverser Mouammar Kadhafi. Seront-ils libérés en contrepartie ? Aqmi réclame à la France, 90 millions d'euros.

Cette zone désertique c'est 8 millions de kilomètres carrés répartis notamment entre l'Algérie, le Mali, le Niger et la Mauritanie. Le Tchad est à proximité, et a une frontière commune avec le Cameroun. Effet boule de neige ? Probablement. Le désert, c'est comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Pour le ministre nigérien des Affaires étrangères, Mohamed Bazoum, avec la crise libyenne "la région a été transformée en poudrière". Il a bien raison.

Une pauvreté endémique va se développer, d'autant plus que le chômage se pose avec acuité, chez les migrants venant de Libye, qui ne peuvent plus nourrir leurs familles. Pire, cette région regorge aussi de trafiquants de drogue, d'armes et d'être humains. L'immigration clandestine en direction de l'Europe va augmenter d'une manière exponentielle, et le terrorisme aussi, au coeur de l'Europe.

Au niveau des armes, on peut noter des explosifs, des missiles sol-air et sol-sol, des petites bombes, des kalachnikovs... etc. Il y a aussi des millions d'euros offert au CNT par l'Occident et les pétro-dollars du Qatar. Le CNT redistribuait à ces terroristes-islamiques cet argent. Ce trésor de guerre engrangé par l'Aqmi, qui compte près de 1000 membres, permettra un recrutement conséquent lié à la pauvreté. On ne compte plus les Toyota 4X4 volés qui écument cette immense région difficile, que dis-je, impossible  à sécuriser. L'Algérie paye déjà un lourd tribut de ce conflit. Actuellement, une recrudescence des attentats terroristes dont le plus meurtrier de l'année a fait le 26 août 18 morts à l'académie miliaire de Cherchell proche d'Alger. Inévitablement, les autres pays suivront.

A qui la faute ? Surtout pas à Mouammar Kadhafi. Il faut chercher ailleurs. Michel Onfray dans la vidéo, vous donne une idée. La navigation à vue de cet homme montre bien, comme décrit ci-dessous, qu'il fait courir au monde entier un réel danger. N'est-ce pas le même qui veut attaquer l'Iran?


Source: Le blog d'Allain Jules

mardi, 03 avril 2012

MALI: LA VICTOIRE ECLAIR DES TOUAREGS ANNONCE-T-ELLE LA CREATION DE L'AZAWAD?


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Le territoire que revendique Les Touareg (au singulier un Targui)  depuis des décennies, l'Azawad, vient de tomber dans leur escarcelle. Il s'agit de la quasi-totalité du nord du Mali. Sous pression, la junte a annoncé rétablir la Constitution et les institutions et promis: «la mise en place d'organes de transition en vue de l'organisation d'élections apaisées, libres, ouvertes et démocratiques auxquelles nous ne participerons pas».

Après les villes de Kidal et Gao, c'est au tour de celle de Tombouctou de tomber aux mains des rebelles touareg. Tombouctou, la ville millénaire à fort attrait touristique, n'est qu'à 800 km au nord-est de la capitale Bamako. Mais, les rebelles se contenteront-ils d'en rester là ou voudront-ils continuer vers Bamako ? Je ne le pense pas mais,  cette affaire risque de mal se finir pour l'intégrité territoriale du Mali...

En position de force sur leurs terres ancestrales, les Touareg ont vu des militaires de l'armée régulière se rallier à eux, même des hauts gradés. On annonce aussi des combats où, des soldats islamistes, notamment ceux d'Aqmi, on prêté main forte aux Touareg, réunis sous la bannière du Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA).

Après la découverte de gisement d'or, d'uranium et de pétrole dans l'Azawad, les Touareg vont sans doute, à défaut de demander leur indépendance, exiger au moins leur autonomie. Ils peuvent dire merci à Nicolas Sarkozy, l'homme qui a fait la guerre à la Libye, en transformant le sahel en poudrière.


Source: Le blog d'Allain Jules

LA CEDEAO, LES COUPS D'ETAT ET LES REBELLIONS


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En rédigeant dans ses jeunes années l'hymne national de son pays nouvellement indépendant, l'écrivain malien Seydou Badian Kouyaté imaginait-il que 52 ans après l'accession à la souveraineté internationale, l'intégrité de sa nation serait si gravement menacée et que les strophes guerrières de son texte empli de romantisme patriotique auraient la résonance qu'elles prennent aujourd'hui ? «A ton appel Mali/Pour ta prospérité/Fidèle à ton destin/Nous serons tous unis/Un peuple, un but, une foi/Pour une Afrique unie/Si l'ennemi découvre son front/Au-dedans ou au-dehors/Debout sur les remparts/Nous sommes résolus de mourir».

Mourir pour la patrie. C'est l'expérience traumatisante que vivent depuis plusieurs mois les jeunes militaires maliens, en proie à des ennemis du dedans - et à des ennemis du dehors, qui peinent à rester masqués. Mais la mystique de l'unité qui parcourt le texte fondateur du rêve national malien est désespérément absente en cette occasion tragique. A la sécession nordiste a répondu, dans le Sud, un coup d'Etat qui n'est que la face visible d'une profonde crise politique sous-estimée à l'étranger. Quant à l'Afrique, invoquée avec foi par Seydou Badian, elle a très clairement abandonné le pays de Modibo Keita, héritier d'une tradition de grands empires qui nous a tous rendus fiers, à ses démons et à ses périls. Sans aucun doute, ce lâchage continental se résume à un sigle : CEDEAO.

Affamer un peuple pour faire plier ceux qui le gouvernent

Pour avoir une idée de l'ampleur de cette trahison, il faut, encore et toujours, revenir à des textes fondateurs. Moins emphatiques que le bel hymne national malien, le Protocole de Non-Agression (PNA) et le Protocole d'assistance mutuelle en matière de défense (PAMD), qui stipule que «toute menace d'agression armée ou toute agression armée dirigée de l'extérieur contre l'un quelconque des Etats membres constitue une menace ou une agression contre l'ensemble de la communauté», traduisent le devoir de solidarité qui n'a pas été opérant en ce qui concerne la rébellion partie de la Libye «libérée» par le CNT. L'insurrection du MNLA s'est en effet signalée depuis le 17 janvier 2012 à Ménaka. Mais il a fallu que la situation politique interne se dégrade à tel point qu'une partie de l'armée renverse le président Amadou Toumani Touré pour que la CEDEAO se réveille de son long sommeil. Et se mette à cracher des menaces et des anathèmes contre le peuple malien.

Parce que ce n'est pas, bien entendu, les dignitaires de la junte au pouvoir qui seront les premières victimes de l'embargo qu'Alassane Ouattara promet au Mali, après l'avoir imposé à la Côte d'Ivoire. Persuadé qu'il faut affamer un peuple pour faire plier ceux qui le gouvernent.

En Afrique de l'Ouest, les rébellions, les mouvements sécessionnistes, les irrédentismes islamistes sont-ils donc moins dangereux que les coups d'Etat ? Cette question, de nombreux Maliens se la posent. Et parce que personne ne daigne y répondre, ils commencent à se solidariser des militaires qui ont pris le pouvoir et n'ont au fond fait qu'apporter une mauvaise solution à un vrai problème.

La crise malienne nous ramène à un problème de fond : celui de la légitimité de nos institutions sous-régionales et régionales, ainsi que de ceux qui les incarnent. Les partisans de la junte dirigée par le capitaine Amadou Haya Sanogo ont beau jeu d'interroger Blaise Compaoré et Alassane Ouattara sur leur propre parcours qui contredit leur intransigeance sur ce dossier précis. Le président burkinabè est arrivé au pouvoir par un coup d'Etat sanglant, au cours duquel son ami et frère Thomas Sankara, icône de toute une génération d'Africains, a été froidement assassiné. Lors du dernier scrutin, il s'est fait réélire avec plus de 80% de suffrages, ce qui rend perplexe sur l'ouverture réelle du système politique de son pays. Il suffit de lire des rapports de l'ONU pour se rendre compte que Compaoré a violé, à plusieurs reprises, les textes fondateurs de la CEDEAO en soutenant des rébellions particulièrement sanglantes au Liberia, en Sierra Leone et en Côte d'Ivoire. Si le juge est le premier des hors-la-loi, comment rendra-t-il donc sa sentence légitime aux yeux du grand nombre ?

Le fait même qu'Alassane Ouattara ait pris le pouvoir le 11 avril 2011 et ait prêté serment le 6 mai 2011 montre que son accession à la magistrature suprême est entachée d'irrégularités. Par la suite, la manière dont il a rédigé ses ordonnances, nommé son président du Conseil constitutionnel et fait élire son président de l'Assemblée nationale, indique très clairement qu'il exerce le pouvoir en dehors des règles constitutionnelles, violant ainsi les protocoles pertinents de la CEDEAO en la matière. Le fait que parmi les procureurs qui s'acharnent aujourd'hui sur le Mali se trouve le président togolais Faure Gnassingbé, qui s'est imposé dans les conditions que l'on sait avec le soutien de la CEDEAO, en rajoute au caractère grotesque de leurs objurgations.

Absence de cohérence dans les prises de position

Souvenons-nous. Dès son accession au pouvoir, Alassane Ouattara s'est empressé de reconnaitre le Cnt libyen, installé à la suite d'une rébellion et d'un coup d'Etat. Lui-même s'est allié, alors qu'il était dans l'opposition, a une rébellion armée ayant a son actif un coup d'Etat manqué, dans le cadre d'une coalition appelée G7. Les figures principales de cette rébellion, rappelons-le, sont issues de son parti ou de son sillage et y sont retournées.

Les institutions régionales africaines ne se caractérisent pas par la cohérence de leurs principes et de leurs prises de position. C'est pour cette raison que les analystes qui les considèrent comme de simples relais d'influence de "donneurs d'ordre" occidentaux ont de plus en plus d'audience sur le continent.


Théophile Kouamouo


Source: LE NOUVEAU COURRIER

lundi, 02 avril 2012

AMINATA TRAORE: POUR UNE AUTRE ANALYSE DE LA QUESTION MALIENNE

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Nous attendions l'analyse des patriotes maliens pour plus d'éclairage sur la situation au Mali et aller plus loin que les simples repères géostratégiques nécessaires afin de comprendre les enjeux en général et pour chaque acteur en particulier. Mais bien insuffisants pour percevoir les nuances qui ouvrent les portes du possible devant nos peuples.

Par bonheur, une première analyse nous est venue d'Aminata Traoré, militante altermondialiste et ancienne ministre de la Culture, auteure de deux livres majeurs pour le Mali et pour toute l'Afrique, « L'Afrique humiliée » et « Le Viol des imaginaires », et organisatrice du Forum pour un autre Mali.

Le «journaldumali.com» nous fait une relation de la conférence de presse de Madame Traoré et ses camarades. Elle rappelle que la clé de l'analyse du coup d'Etat se trouve dans le rapport à la réalité et non dans le respect abstrait de l'idée de démocratie et assène qu' « ATT était déjà tombé bien avant le 22 mars ; humilié par Nicolas Sarkozy depuis son refus de signer les accords sur l'immigration et de faire le jeu de la France dans la lutte contre Al-Qaïda au Maghreb islamique. «Il y avait déjà un vide dans la gouvernance du pays», déclare-t-elle ».

Le putsch des capitaines maliens ne doit pas nous cacher le coup d'Etat permanent perpétré par la Françafrique, malgré son art de la dissimilation. Aminata enfonce le clou en rappelant que cette démocratie formelle n'avait rien amené au Mali ni réalisé aucune des promesses faites par ses promoteurs, sauf qu'elle a mis les dirigeants sous la coupe continuelle de puissances extérieures qui ont continué - comme la France - à peser sur la vie du pays d'une manière insupportable. C'est quand même drôle que dans tous nos pays cette démocratie formelle aboutisse toujours à donner caution et légitimité pour exercer non la souveraineté de nos peuples mais celle de puissances étrangères. Aminata nous invite à chercher ce côté vertueux introuvable de la démocratie représentative que les pervers de la CEDEAO veulent rétablir, mais avec cet «acquis» que le Mali serait déjà dans un «après- ATT» qui se résume pour l'instant à un «après refus» des demandes de Sarkozy et qu'en toute bonne dialectique les solutions de la CEDEAO transforment en un «oui à Sarkozy» comme base de la solution.

Aminata dénie, à juste titre, aux dirigeants de la CEDEAO de parler au nom de la démocratie alors qu'ils ont de sérieux comptes à rendre à leurs propres peuples. Elle dénonce, au passage, la responsabilité écrasante de Sarkozy dans le risque en cours de démembrement du Mali en attendant l'extension des prétentions Azawad au Niger, à la Mauritanie et au Sud-Est algérien.

Alors peut-être que la France a poussé l'exaspération des militaires - notamment après l'humiliation publique d'ATT par Juppé l'instruisant en public de négocier avec les rebelles - et que ces soldats ne voulaient plus subir les conséquences du rabaissement de l'Etat malien.

En lisant Aminata Traoré, on comprend que ces soldats peuvent aussi ouvrir la voie à un redressement national au Mali et à la répudiation de toutes ces politiques libérales qui ont saigné le pays, miné l'Etat et attisé les facteurs centrifuges. On note d'abord que dans, ces tempêtes qui menacent le Mali ces anticolonialistes ne perdent pas de vue les véritables enjeux de l'indépendance, ni le colonialisme ennemi aux mille visages, ni l'espérance de rendre le Mali au peuple malien.


Mohamed Bouhamidi

samedi, 31 mars 2012

EN PARTANCE POUR BAMAKO - OUATTARA CHASSE PAR LES MALIENS


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Les chefs d'Etat de la Cedeao qui se rendaient hier au Mali ont essuyé hier la colère des populations qui ont tout simplement envahi le tarmac de l'aéroport de Bamako. La partie a tourné à l'humiliation pour Alassane Ouattara qui a dû sortir un joker pour sauver la face. Retour sur un ballet aérien sous-régional.

Les chefs d'Etat de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (Cedeao) qui se rendaient hier au Mali pour sommer la junte de se retirer du pouvoir ont dû rebrousser chemin. Ils se sont finalement donné rendez-vous à l'aéroport Félix Houphouët Boigny d'Abidjan, après que l'avion transportant le chef de l'Etat ivoirien, qui avait pénétré l'espace aérien malien, a été refoulé. Selon des témoins présents à Bamako, l'avion du président en exercice de la Cedeao a été contraint de faire demi-tour, les conditions sécuritaires pour atterrir n'étant pas réunies.

Le Burkinabè Blaise Compaoré, le Béninois Yayi Boni, la Libérienne Ellen Johnson Sirleaf, le Nigérien Issoufou Mahamadou et le ministre nigérian des Affaires étrangères, qui étaient eux aussi attendus à Bamako, pour tenter d'obtenir de la junte l'application du schéma de sortie de crise dicté par la France, seront eux également contraints de renoncer à ce voyage. Des centaines de Maliens indignés par les menaces de la Cedeao ont pris d'assaut, dès les premières heures de la journée, le tarmac de l'aéroport de Bamako.

Pour sauver la face, Ouattara décide d'une réunion d'urgence du panel à l'aéroport FHB d'Abidjan, à l'issue de laquelle l'option militaire est réaffirmée et des sanctions draconiennes visant à étouffer l'économie malienne prises. Des décisions qui rappellent en bien des points les sanctions prises contre le régime Gbagbo, où la Cedeao, l'Uemoa et les institutions bancaires sous-régionales comme la BCEAO, la BIDC et la BOAD deviennent des instruments pour soumettre les Etats membres.

Cet échec de la délégation de chefs d'Etat et de ministres de la sous-région est le signe de l'inexpérience du tout nouveau président en exercice de la Cedeao ; poste dont les autres chefs d'Etat ne voulaient pas. Pour avoir compris que c'était une coquille vide. Dans la réalité, le retour à l'ordre constitutionnel au Mali n'est pas une préoccupation pour Ouattara et ses quelques pairs de la Cedeao qui jouent les va-t-en-guerre. En militant pour l'avènement d'une transition dirigée par Dioncounda Traoré, président de l'Assemblée nationale dissoute par la junte, ces chefs d'Etat qui ne sont pas à leur premier acte cautionnent le renversement du président Amadou Toumami Touré.

A en juger d'ailleurs par le choix du médiateur, on comprend que c'est dans une aventure plus périlleuse qu'elle ne l'est aujourd'hui avec le coup d'Etat du 22 mars que la Cedeao - aux ordres de Paris - veut entrainer le Mali. Ces populations disent se rappeler les crises récentes en Guinée et en Côte d'Ivoire dont le chef de l'Etat burkinabè était médiateur. En Côte d'Ivoire, la partie a fini dans le sang, après que le médiateur a choisi son camp et a milité pour que le président Gbagbo soit bombardé, arrêté et transféré à La Haye. En Guinée voisine, le chef de la junte militaire a dû céder sa place à un de ses collaborateurs - après avoir échappé à la mort suite à une tentative d'assassinat. Fortement diminué, il vit aujourd'hui encore à Ouagadougou.

Pour toutes ces raisons, la déception est grande chez les Maliens qui ont envahi hier le tarmac de l'aéroport de Bamako, et qui scandaient des propos hostiles à Alassane Ouattara. «Les Maliens regrettent de t'avoir soutenu», «Nous n'avons pas de leçon à recevoir de toi», «Alassane Ouattara, comment es-tu arrivé au pouvoir en Côte d'Ivoire ?», etc. Les messages sur les écriteaux étaient assez évocateurs de la déception des Maliens qui apprennent à leurs dépens les réalités des connexions mafieuses et lobbies qui dirigent le monde.


Emmanuel Akani


Source: LE NOUVEAU COURRIER

jeudi, 29 mars 2012

AU MALI, LA FRANCE VEUT EXPERIMENTER LE SEMI COUP D'ETAT


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La France ne recule devant rien pour garder la mainmise sur ses ex-colonies en Afrique où l'instabilité chronique est savamment planifiée en réalité dans les bureaux de l'Elysée et du Quai d'Orsay. Ainsi après l'étape de la Côte d'Ivoire où il a réussi à chasser le président Gbagbo du pouvoir à coups de bombes et de canons, voilà Nicolas Sarkozy qui expérimente au Mali où le président Amadou Toumani Touré (ATT), a été évincé la semaine par l'armée, une théorie nouvelle : le semi-coup d'Etat.

Si Paris condamne officiellement le coup de force, clamant par la voix de son ambassadeur au Mali que «le retour à l'ordre constitutionnel était un impératif absolu, et qu'il fallait s'en tenir au calendrier électoral constitutionnel, avec la date limite du 8 juin», la sortie du ministre français délégué à la Coopération, Henri de Raincourt, montre que Paris ne voit pas d'un bon oeil un éventuel retour d'ATT au pouvoir pour la suite de son mandat.  Invité de l'émission Internationales (RFI, TV5 Monde, Le Monde), le collaborateur de Nicolas Sarkozy a déclaré qu' «il n'y a aucun problème pour organiser des élections» et que «la Constitution malienne prévoit qu'en cas d'empêchement du président le président de l'Assemblée nationale assure l'intérim et permette un scrutin présidentiel».


Henri de Raincourt: Le maintien des élections au... par internationales

Ce schéma sorti des tiroirs de Sarkozy, assez discret sur la question en raison des élections en France, l'Elysée prépare déjà son esprit à son application. Tout le long de son intervention, le ministre français a vainement tenté de faire croire que Paris n'avait rien à avoir avec le coup d'Etat et que les divergences avec ATT au sujet de la lutte contre Al Qeada au Maghreb n'étaient que des malentendus sans réelle incidence sur les relations entre les deux pays.

Mais cette sortie vise à préparer les esprits à la mise à l'écart du président Amadou Toumani Touré, qui pourrait être maintenu en otage par la junte militaire et remplacé à la tête du pays par le président de l'Assemblée nationale. C'est le deal que prépare Paris qui veut coûte que coûte installer dans cet autre pays d'Afrique un homme à sa solde. Comme c'est le cas à Abidjan et ailleurs dans la sphère francophone sur le continent.


Emmanuel Akani


Source: LE NOUVEAU COURRIER

mercredi, 28 mars 2012

DIFFICILE ASCENSION DU SOMMET DE LA CEDEAO A ABIDJAN


SOMMET CEDEAO A ABIDJAN SUR LE MALI 1.JPG

Je viens de lire les discours d'introduction et de conclusion de Ouattara, Président non élu de la Côte d' Ivoire, plébiscité au rang de Président de la CEDEAO ! « Qui peut le plus, peut le moins » !

Suite et fin donc, de cette rencontre inutile, relayée en détails par la presse aux ordres, et qui donne à Ouattara des paroles pour la Communauté Internationale, des paroles « fortes », mais qui en dehors de cet évènement déjà boudé par les chefs d'état invités - 6 présents sur les 15 convoqués - va rester dans les annales comme le sommet-« coup d'épée dans l'eau » ! En effet, comment un Ouattara incapable de faire advenir en Côte d'Ivoire le calme, l'apaisement et la réconciliation, peut-il donner au Mali l'impulsion bénéfique nécessaire, d'autant plus que prôner un retour à la démocratie et l'application des règles constitutionnelles, ferait sourire, si la situation en Côte d'Ivoire n'était pas aussi tragique, dramatiquement absurde ! Alors que tout à été bafoué là-bas, Ouattara nous parle depuis Abidjan, et appelle de ses vœux la démocratie et le retour au dialogue de toutes les factions, au Mali ! C'est exactement le contraire qu'il applique en Côte d'ivoire !

Mais voilà, Ouattara ne fait que lire un texte que les conseillers en communication blancs lui ont soumis, et alors peu importe que maintenant noir devienne blanc, ou l'inverse ! L'essentiel est que Ouattara joue bien son rôle de potiche dans la CEDEAO, comme il le fait en Côte d'Ivoire et que les intérêts blancs soient protégés !

SOMMET CEDEAO A ABIDJAN SUR LE MALI 2.JPG

« Des millions d'Africains et le monde entier nous regardent et fondent en nous l'espoir d'une sortie de crise décisive et porteuse d'espérance » Là encore, c'est la mégalomanie du manipulateur de la potiche, ou de la marionnette qui parle ! En fait, ce dernier est dévoilé ! Même si les français ne comprennent pas grand-chose à ce qui se passe en Afrique, - et on les a dissuadés de s'y intéresser -, ils réalisent bien que le véritable homme fort de la Côte d'Ivoire et de l'Afrique se trouve à La Haye et qu'il va nous servir le 18 juin prochain, un discours  moins lénifiant que celui du Jocond, l'homme à l'éternel sourire « Cheese » « Tout va bien mais je ne parle qu'en présence de l'hélico-protecteur au dessus de ma tête, et de mon escorte mobile blindée ! »

« Nous ne pouvons nous permettre d'hésiter au risque de laisser ce pays, qui s'est doté d'instruments démocratiques précieux depuis plus de deux décennies, sortir de l'histoire à reculons », dit encore le clone de l'Elysée, reprenant  le thème de l'Africain qui n'est pas encore entré dans l'histoire, en 2007, à Dakar, lorsque Sarkozy l'africain se déguisait en gentil loup pour mieux entrer dans la bergerie ! Maintenant cinq ans ont passé, l'Afrique est rentrée dans l'histoire de la recolonisation forcée, « La stabilité est le gage du développement de nos pays qui n'ont que trop souffert de situations anachroniques et anti-démocratiques. » Entendez : il nous faut pour le Mali un carcan préfectoral calqué sur celui de la Côte d'Ivoire, afin que la France puisse l'immobiliser, et telle une sangsue la sucer, la vider, jusqu'à l'agonie ! Si Atta Mills président du Ghana, ne semble pas d'accord avec la résolution prise par la CEDEAO, puisqu'il est rentré chez lui sans avoir signé l'acte de la conférence,  les autres présidents-fantoches, Compaoré en tête, suivi de Yayi, Sirleaf, Mahamane, et GoodLuck, eux, ont répondu « présent » à l'appel du Kapo Ouattara, à croire que le vampire France les a déjà entièrement et définitivement vidés de leur sang. Tout ce beau monde est en effet persuadé de jouer un rôle important dans l'histoire africaine, alors qu'ils ne sont que de simples figurants, pour préparer l'entrée en scène de la Bête immonde occidentale, qui au nom de ses valeurs humanitaires perverties, ne sème que la division, le chaos et la mort sur son passage.


Shlomit Abel


Source: RESISTANCE COTE D'IVOIRE

DU MALI ET DE L'INDECENCE FRANÇAISE

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Depuis quelques jours, à la suite du coup d'Etat opéré au Mali, à quelques semaines des élections présidentielles maliennes mais aussi françaises, des ministres du gouvernement français appellent au «rétablissement de l'ordre constitutionnel», ainsi du ministre des Affaires étrangères et du ministre à la Coopération qui affirme que « le retour à l'ordre constitutionnel était un impératif absolu ».

Mais de quel ordre constitutionnel s'agit-il ? Le Président malien depuis son élection, en mars 1991, n'a pas su instaurer un pouvoir exécutif digne de ce nom, fort et assorti de contrepouvoirs. Ainsi, si ce coup d'Etat est jugé « insensé » par beaucoup, il n'a surpris personne, « tant le problème sécuritaire du pays semble dépasser le président Touré », ainsi que l'a précisé Aminata Dramane Traoré à RFI.

Depuis quelque mois, l'armée malienne fait face et «sans moyens» à une rébellion armée qui a réussi à faire tomber quelques villes du nord Mali, sous le contrôle du Mouvement National pour la Libération de l'Azawad (MNLA) composé essentiellement de combattants touaregs. Ce mouvement a pu acquérir des armes en provenance de Libye, en circulation libre à la frontière de ces deux pays, conséquence prévisible de l'intervention de l'OTAN favorisée et revendiquée essentiellement par la France.

Cette intervention a  ouvert la boite de pandore des arsenaux libyens dans une région extrêmement pauvre, mais à très fort potentiel, et livrée à elle-même. Aucun développement économique, aucun minimum de prise en charge sociale des populations locales n'est assuré. Le blocage est amplifié par les programmes économiques imposés par  les institutions financières internationales. A cela s'ajoutent les ajustements structurels, l'orientation vers une production agricole tournée vers l'exportation, l'ouverture systématique de l'économie malienne au marché mondial imposés à un Etat incapable de résister et contraint d'accepter le libéralisme qui exclut la liberté de circulation pour les populations.

En plus des Etats-tampons du Maghreb, chargés d'empêcher le transit des migrants, les Etats de départ sont tenus de jouer le rôle de geôlier de leurs propres populations. Ainsi, l'Europe délègue son incapacité à apporter une réponse construite à la migration en externalisant sa politique de répression et de contention du flux des migrants ; la France, quant à elle et quoi qu'elle en dise, continue ses relations françafricaines dans l'opacité et les connivences coupables entre élites françaises et africaines, au nom desquelles, les terres maliennes sont pillées. Les intérêts des anciens colons français ont été préservés et les intérêts étrangers sont plus dominants que jamais.

Sur le plan socio-économique, la gestion est un désastre continu et sur le plan stratégique, les accords de défense ont permis l'installation de bases permanentes et dans les aéroports, les contrôles policiers sont sous supervision étrangère, française notamment.

Le Mali n'échappe pas à ce bilan sans appel : le peuple malien n'a toujours pas été libéré de l'oppression qui l'aliène, de la misère, de l'injustice et de l'abandon dont il pâtissait sous le joug colonial.

Pourtant, le Mali, de par son histoire et sa configuration géographique aurait pu barrer la route aux ingérences occidentales et à celles de ses alliés et face à un monde arabe en ébullition, une Europe en crise systémique. Il aurait pu constituer un facteur de stabilisation positive dans une région convoitée et cible du nouvel ordre ultralibéral de misère et de violence. Le Mali aurait pu jouer le rôle d'antidote à la balkanisation de l'Afrique de l'Ouest.

Mais il n'en sera pas ainsi, la voie ouverte par les indépendances a été piégée par des découpages territoriaux et par le legs empoisonné des séparations ethniques du colonialisme.

La liberté pour laquelle des peuples se sont soulevés est toujours confisquée par des pouvoirs soutenus par l'ancien colonisateur. La domination a seulement changé d'apparence, l'émancipation des peuples, hier colonisés, reste à venir. Les maîtres d'hier continuent à imposer leur loi.

Le Mali en est l'exemple actuel. Ainsi, ces mêmes ministres français s'autorisent à appeler avec force et autorité le maintien « des élections (...) programmées pour avril (...) » et qui doivent avoir « lieu le plus vite possible" car il faut « s'en tenir au calendrier électoral constitutionnel, avec la date limite du 8 juin », allant même jusqu'à affirmer qu'« il n'y a aucun problème pour organiser des élections puisque la Constitution malienne prévoit qu'en cas d'empêchement du président, le président de l'Assemblée nationale assure l'intérim et permette un scrutin présidentiel ».

Comment les Occidentaux ont-ils le cynisme d'obliger les peuples anciennement colonisés à adopter leur modèle démocratique alors que leurs propres pays sont confrontés au délitement de ce même modèle  qui sécrète xénophobie et racisme débridé, injustice et misère ? 

La domination coloniale, avec quelques variations et adaptations, s'est renouvelée et s'effectue en toute bonne conscience néocoloniale. Elle est rendue possible grâce à l'instrumentalisation de la guerre « éternelle » et généralisée contre le terrorisme qui autorise, sur le terrain, la présence de forces militaires extracontinentales afin de veiller à la sauvegarde des intérêts des multinationales. Interviendront-elles au Mali -au nom de l'illégale « responsabilité de protéger»- pour contrôler à leur profit la bande sahélienne au potentiel minier inexploité ?

Force est de constater que la période néocoloniale s'achève sur une recolonisation, sous des formes nouvelles, mais qui ont été rendues possibles par les bombes à retardement léguées par les puissances coloniales. Hier le Sud-Soudan, aujourd'hui le Nord-Mali et demain ? La partition de certains Etats d'Afrique semble clairement inscrite dans le projet néocolonial en cours. 

Alors que le monde vacille sous les coups de la crise économico-financière au nom de l'instauration d'un nouvel ordre mondial unilatéral, ce sont les peuples qui sont les victimes directes de ce libéralisme débridé, inhumain et violent. Au nom d'une globalisation injuste et illégale, le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes pour mieux priver les peuples du droit à disposer de leurs ressources naturelles est remis en cause. La recolonisation du monde est un des moyens trouvés par les dominants pour assurer leur hégémonie.

La solidarité avec le peuple Malien et ses forces politiques réelles pour une résolution nationale et autonome des conflits internes est l'unique voie pour la justice et la paix.

 

26 mars 2012


Mireille Fanon-Mendes-France

Tél.: + 33 686783920


Experte du groupe de travail sur les Afro Descendants au Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU


FRANTZ FANON FOUNDATION - FONDATION FRANTZ FANON

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Collaboratrice parlementaire

Bureau de Patrick Braouezec

Assemblée nationale

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LA DELINQUANCE EN TREILLIS, EPIDEMIE OUEST-AFRICAINE


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La vitrine est en mille morceaux. Dix ans après sa première élection présidentielle pluraliste, qui a permis l'arrivée au pouvoir d'Alpha Oumar Konaré, le Mali retourne à la case départ. C'est-à-dire à la case coup d'Etat. Et ce pénible recommencement décontenance une opinion publique continentale qui avait érigé ce pays sahélien finalement fort peu couvert par les médias internationaux en «modèle» démocratique. Et si une des premières leçons du putsch militaire qui a renversé le président Amadou Toumani Touré est qu'il faut plus que jamais se méfier, dans nos analyses, des «vitrines», des «modèles» et des «laboratoires» ? Nous devons bien nous convaincre de ce qu'une alternance ne fait pas la démocratie. Un regard plus exigeant sur l'expérience politique de ces deux dernières décennies au Mali pourrait en effet appeler à plus de circonspection. Ce qui s'est passé se résume finalement assez rapidement : auteur d'un putsch surfant sur un soulèvement populaire, Amadou Toumani Touré a laissé le pouvoir à Alpha Oumar Konaré qui s'est débrouillé pour le lui rendre à travers de redoutables manœuvres.

Si un des signes de la démocratie est l'existence d'une majorité contredite par une opposition parlementaire forte, l'on ne peut pas vraiment dire que le Mali d'Amadou Toumani Touré se caractérisait par un tel équilibre. Président sans parti, «ami de tous et ennemi de personne», arbitre des élégances au sein d'une grande tontine politique à laquelle tous participaient et à travers laquelle tous se tenaient, ATT, le militaire à la retraite, n'a pas non plus bénéficié du soutien d'une armée qu'il aura contribué à convertir durablement aux vertus républicaines. Il quitte le pouvoir alors que l'intégrité territoriale de son pays n'a jamais été aussi menacée. Il laisse une troupe déboussolée et des officiers discrédités par de persistantes accusations de corruption. Là est peut-être son plus grand échec historique, au regard de son parcours d'officier et d'homme d'Etat.

L'on peut analyser les derniers développements maliens à travers plusieurs grilles de lecture. Impossible, par exemple, de ne pas noter que le récent coup d'Etat est un effet collatéral des rébellions du Nord, qui sont elles-mêmes la conséquence de la déstabilisation de la Libye par une coalition occidentale qui n'éprouve étrangement ni remords ni sentiment de responsabilité. Difficile de ne pas noter que cet harmattan kaki qui souffle sur le Mali, après être passé par ses voisins ivoirien, guinéen, nigérien et mauritanien, interroge la culture politique des pays francophones de l'Afrique de l'Ouest. Nous devons nous poser une question : pourquoi n'y a-t-il donc ni de coup d'Etat, ni de rébellion dans les pays d'Afrique australe, à l'exception de Madagascar, qui est une nation francophone ? Ce n'est pas, bien entendu, parce que ce sont des pays sans histoires. Le Zimbabwe est là pour en témoigner. Il semble qu'il y a pour nous quelque chose à regarder, à apprendre, à comprendre, en tournant nos regards vers le sud.

Ces derniers jours, Bamako a été le théâtre de pillages urbains, fruit de ce que nous pouvons appeler une préoccupante délinquance en treillis. Au nom de quoi des militaires en colère peuvent-ils revendiquer, s'exprimer, prendre le pouvoir, en s'attaquant aux biens privés de leurs compatriotes ? Mystère. Ces pillages observés au Mali font en tout cas suite à ceux auxquels on a assisté en avril dernier à Ouagadougou, à l'occasion d'une mutinerie qui n'est pas allée jusqu'à prendre le pouvoir, et à Abidjan, à la faveur de la conquête de la capitale économique ivoirienne par des forces pro-Ouattara appuyées par l'armée française et les Casques bleus de l'ONU. La délinquance ordinaire en treillis est bel et bien, aujourd'hui, une épidémie ouest-africaine. Nos pays ressemblent de plus en plus à des cours de récréation où ce sont les mêmes garnements qui jouent à la fois au gendarme et au voleur. Le phénomène est très préoccupant. Comment en sommes-nous arrivés là ?

Pour renverser Laurent Gbagbo, l'opposition ivoirienne, certains pays de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et la France ont cautionné un incroyable renversement des valeurs. De 2002 à 2011, la marque de fabrique des hommes de la nébuleuse qui a fini par porter Alassane Ouattara au pouvoir a été d'ouvrir les prisons et de se servir des personnes convaincues de vol à main armée voire de crimes de sang comme troupe improvisée et sans scrupules. Nous continuons à payer le prix de l'ouverture de la MACA et du recrutement de prisonniers de droit commun au sein des Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI). Il y a quelques années, les rebelles des Forces nouvelles ont pillé intégralement plusieurs agences de la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) sans que le gouverneur Charles Konan Banny ou que le président en exercice de l'Union économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (UEMOA) n'engagent des poursuites sérieuses. Ils ont organisé de sordides trafics - carburant, marchandises de consommation courante, cacao, diamants, bois, véhicules volés...- en transitant par les pays voisins. Que pensent donc les sommités inconséquentes qui dirigent les pays d'Afrique de l'Ouest ? Que leurs soldats ne voyaient pas et n'enviaient pas les «modèles de réussite» que sont nos «comzones», qui paradaient dans les rues de leurs capitales au volant de leurs grosses cylindrées rutilantes et jouissaient de l'honneur de se faire recevoir par leurs chefs d'Etat ? Que croyions-nous donc ? Que la glorification du racket et de la prédation kaki ne laisseraient pas des traces durables dans l'imaginaire des «corps habillés» des contrées environnantes ?

L'on nous apprend que demain, la CEDEAO se réunira à Abidjan pour évoquer le cas malien. Alors que son entourage militaire s'organise autour de personnes comme Chérif Ousmane et Issiaka Ouattara dit «Wattao», dont les CV contiennent à la fois les mentions «putschiste» et «rebelle», et que son numéro deux s'appelle Guillaume Soro, quelle peut bien être la crédibilité d'un Alassane Dramane Ouattara s'adressant à Amadou Hawa Sanogo, chef de la junte qui règne à Bamako, ou aux figures de proue du MNLA qui occupent les villes du nord de leur pays ? L'Afrique de l'Ouest connaît une crise politique et sécuritaire préoccupante. Mais elle est également fragilisée par une crise inédite du sens et des valeurs. Et la brise rafraîchissante qui nous vient de Dakar ne peut chasser les lourds nuages qui s'amoncellent au-dessus de nos têtes.


Théophile Kouamouo


Source: LE NOUVEAU COURRIER

mardi, 27 mars 2012

COUP D'ETAT AU MALI: LA FRANCE A LA RECHERCHE D'UN PANTIN A L'IMAGE DE OUATTARA



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A ceux qui le vilipendaient d'avoir réalisé le premier coup d'état ivoirien, le général Guéi répondait qu'en Afrique francophone, aucun coup d'état n'avait de chance de réussir sans l'accréditation et le support logistique de la France. En Côte d'Ivoire, le coup d'état du général Guéi, que la France s'était empressée de condamner, n'était qu'une circonlocution pour l'installation d'Alassane Dramane Ouattara. Bien que le scénario de Paris fût perturbé par les appétences imprévues de Guei puis par l'opiniâtreté exceptionnelle du président Gbagbo, Ouattara fut finalement imposé aux Ivoiriens après dix longues années émaillées de moult complots locaux et internationaux.

Aujourd'hui, la France possède son pantin de prédilection en Côte d'Ivoire et à la CEDEAO. La France peut donc procéder à la reconquête totale de l'Afrique de l'Ouest ainsi qu'au prolongement de son influence en Afrique Anglophone - en séparant le Nigéria de la persuasion américaine et Sud-Africaine - et dans l'Océan indien - en ramenant Kagamé dans le giron hexagonal. Mais avant de procéder à l'installation d'une Françafrique anglophone (par le biais du Nigéria) et océanindienne (par la porte stratégique du Rwanda), il fallait que l'Afrique de l'Ouest fût débarrassée des empêcheurs de tourner en rond de la Françafrique version nouvelle et parfumée au citron de Sarkozy.

L'un de ces empêcheurs de tourner en rond est le président Amadou Toumani Touré (ATT). A Toumani Touré, la France reproche sa propension à faire trop ami-ami avec les Américains, au point de se croire permis de contrarier certains plans de l'Elysée. Pour Sarkozy, les 170 millions de dollars d'aide que l'Amérique accorde annuellement à ATT ainsi que l'armement militaire qu'il reçoit du pays du président Obama pour la lutte contre le terrorisme d'obédience AQMI ont fait du président malien un inapprivoisable. Les vexations faites à l'Hexagone par le président malien, Sarkozy peut les égrener comme un chapelet: Elles sont, entre autres, le refus d'ATT de permettre à la France d'installer un centre d'écoute dans le Nord du Mali, le refus d'ATT de permettre l'installation d'une base militaire à Sévaré, le refus d'ATT de signer l'accord de réadmission des expulsés maliens en France, l'autorisation de manifestations au Mali condamnant la guerre de la France en Libye, l'hésitation d'ATT, qui a des millions de ses ressortissants en Côte d'Ivoire, à supporter la guerre de la France en Côte d'Ivoire. Les tentatives pour affaiblir le président malien se sont traduites d'abord en cabales journalistiques, qui, au cours de la crise ivoirienne l'accusaient, soit de supporter militairement le président Gbagbo, soit de payer les fonctionnaires du président Gbagbo, soit les deux à la fois. La mayonnaise n'ayant pas pris et les échéances électorales maliennes s'annonçant d'autant moins favorables à la France qu'aucun des candidats en lice pour la présidence malienne n'entendait remettre en cause ces grandes décisions du président ATT, qui d'ailleurs avaient l'approbation de la grande majorité des Maliens, la France, après la chute du plus grand support africain d'ATT, le colonel Kadhafi, ressuscita la rébellion de l'AZAWAD, dont elle équipe secrètement les combattants et loge et nourrit présentement les dirigeants en France et au Burkina Faso.

Les condamnations du coup d'état malien par Paris, l'UA, la CEDEAO, l'ONU n'auront d'effets que théâtraux. Le but de Sarkozy est atteint. Il s'agit de jeter un pavé dans la mare électorale malienne, d'arrêter le processus de démocratisation en cours, de battre les cartes à nouveau, en prenant soin d'y introduire son joker de la « résolution des crises » de la « transition », du « gouvernements d'union nationale » de l'immobilisme, pour, après de longs mois, voire de longues années, de négociations, installer au Mali une marionnette à l'image de Dramane Ouattara, qui fera ses mille génuflexions à Paris et qui permettra le transport vers l'Hexagone de l'uranium, de l'or, et du probable pétrole maliens. Que le Mali reste uni ou divisé après ce coup d'état, c'est toujours la France qui demeurera gagnante. De de Gaulle à Sarkozy, plus ça change, plus ça reste le même. En vérité!


Source: FRINDETHIE

OUATTARA, LA CEDEAO ET LES MANOEUVRES FRANÇAISES AU MALI


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Avec Ouattara, la Françafrique connaît un nouveau printemps sur le continent. Tous les coups tordus de la France contre les Etats africains seront désormais officiellement permis. A tout le moins, pendant la durée de son mandat à la tête de la CEDEAO. Vive la régression politique et institutionnelle en Afrique! Fernand Dindé.



A défaut d'avoir d'une base française au Mali, nous risquons - avec ou sans l'aile protectrice de la force Licorne - d'avoir les troupes d'Alassane Ouattara, «l'élu
» ivoirien de Sarkozy, à nos frontières Sud. Car, voyez-vous, la CEDEAO réunie en urgence a décidé d'agir pour ramener le Mali dans l'ordre démocratique. Bien sûr et comme par hasard la CEDEAO, à l'image de la France, ne demande pas le retour d'ATT au pouvoir, mais des élections le plus vite possible. ATT est selon le calendrier français, un homme politiquement mort après avoir refusé de faciliter une présence militaire française sur le sol de son pays.

A tous les naïfs qui se demandaient pourquoi avoir précipité son départ par un coup d'Etat aléatoire, alors qu'il devait quitter le pouvoir dans quelques semaines seulement et pourquoi la France a fourni tant d'efforts pour paraître aussi distante de ce coup d'Etat qu'elle a inspiré, il y a lieu de rappeler qu'ATT représentait des forces politiques et sociales qui ont pesé de leur poids et dans son refus d'une base française et dans son évolution à l'endroit de l'Algérie et de la démarche globale pour la solution des problèmes à l'origine de l'instabilité du Nord Mali. Il apparaît aujourd'hui clairement - et à la lumière des déclarations officielles françaises - qu'il faut vite passer à l'après-ATT. Et donc, que ce coup d'Etat devait éloigner des centres de décision ces forces (que représente ATT, NDLR), les neutraliser et les empêcher ainsi qu'ATT lui-même de peser sur les prochaines élections et par là, de faire élire un ATT bis.

Que reproche fondamentalement la France à ATT ? De s'éloigner des conclusions de la conférence antiterroriste du G8 qui s'est tenue les 13 et 14 octobre 2010 à Bamako à l'instigation de la France, en l'absence de l'Algérie et en présence du Maroc. Chacun peut comprendre que les dirigeants maliens aient été séduits, en octobre 2010, par la force de frappe financière, économique et militaire du G8. La conférence a promis beaucoup d'aide au Mali, l'a décidé à accepter des instructeurs étrangers tout à fait capables d'influencer les officiers «réceptifs», l'a persuadé d'accepter la tutelle politique de la CEDEAO en contrepartie de promesses de développement.

Bref, c'est la victoire totale de la France qui isole l'Algérie, introduit son allié marocain, s'assure une influence militaire et accrue dans un pays qui lui échappait totalement en 1960. En moins d'une année les dirigeants maliens avec ATT en tête s'aperçoivent que les promesses du G8 n'étaient que du vent et se rapprochent de nouveau de l'Algérie car l'unité du Mali était en danger sous le poids des problèmes socio-économiques qui alimentaient les conflits au Nord Mali jusqu'au risque de sécession.

Pour la France, Il fallait stopper cette correction au plus vite et empêcher ATT et ses soutiens de lui imposer une continuité en influant sur le choix électoral. Ce coup d'Etat avait ce seul but. En demandant des élections au plus vite, la France récupère pour elle un pays politiquement vacant entre un putsch et des élections. Comment s'en assurer ? Rien de plus qu'en utilisant la CEDEAO dirigée par l'obligé de la France, le supplétif Ouattara et non moins élu de la MINURSO et de la force Licorne. Avec la précipitation de Ouattara à jouer le Matamore, la France rafle la mise, mais a-t-elle à ce point sous estimé l'intelligence et la détermination des forces patriotiques maliennes ?


Alger, le 26 mars 2012.


Mohamed Bouhamidi

Publié le 27 mars 2012 in "Le Jeune Indépendant".

lundi, 26 mars 2012

SARKOZY ET L'AFFAIRE TERRORISTE DE TOULOUSE ET MONTAUBAN: COMME PAR HASARD


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Tribune libre de Jérôme Ancel

On croit rêver : voilà un président de la peau duquel, hier encore, personne ne donnait bien cher - électoralement parlant bien sûr, encore que... -; un président en chute libre, enseveli sous une avalanche d'affaires toutes plus nauséabondes les unes que les autres; voilà donc un président "fini", sans avenir, propulsé du jour au lendemain sur la scène hollywoodienne des grand héros de sagas à l'ancienne, chevalier blanc des justes causes, sauveur des opprimés, justicier au grand cœur, arborant soudain la cape chatoyante des grands hommes providentiels. Du jour au lendemain, voilà Sarkozy redevenu l'homme de la situation, candidat idéal à sa propre succession à la tête d'une France menacée par l'hydre du fanatisme sanguinaire.

Le simple exposé des termes de ce paradoxal retournement médiatique devrait suffire à susciter quelques questions dont on espère qu'une fois dissipée la passion émotive, tout le monde en France va se les poser. D'abord, celle de la rapidité de l'enquête. La police française, généralement connue pour la lenteur des investigations aboutissant à ses rares succès, vient en l'occurrence de rivaliser en promptitude avec Superman. A la vitesse de l'éclair, on a :

- identifié et répertorié les projectiles - inaugurant au passage une nouveauté : celle de "l'expertise balistique en temps réel" -;

- identifié et repéré le scooter, puis son conducteur;

- localisé l'assassin présumé et lancé l'assaut pour sa capture.

- fait coïncider cette dernière avec l'arrivée sur les lieux du Président urgentiste.

Quel timing !

Un tel déploiement de prouesses policières, une telle débauche de performances hors du commun laissent évidemment songeur. Le moins que l'on puisse dire, c'est que de A à Z, cette affaire de vague d'attentats ressemble fort à un mécanisme d'horlogerie minutieusement réglé.

Autre question, celle du vocabulaire : le mot "tuerie" a-t-il été employé par les médias à propos de l'assassinat de seize Afghans par un marine américain il y a une dizaine de jours ? Ou à propos de l'élimination de la famille du fils de Mouammar Kadhafi, et des massacres sans nombre et sans nom qui ont émaillé cette guerre du fric contre l'un des derniers bastions africains de la résistance aux démons de l'Occident ?

Monsieur Sarkozy se souvient-il encore de son rôle de traiteur en chef dans cette boucherie de 100 000 morts aux portes de l'Europe? Et la communauté juive de France a-t-elle gardé la mémoire de la complicité effroyablement lucide et cyniquement volontaire de l'un de ses représentants les plus illustres et, dit-on, les plus intelligents, dans la perpétration de cette monstruosité ? Je veux parler de Monsieur Bernard Henri Lévy, probablement moins digne de porter le nom de Juif que ne l'aurait été l'ennemi désigné - Mouammar Kadhafi, supplicié, abattu, incinéré, privé de sépulture, "effacé" comme les victimes juives de la barbarie nazie...

Autre question : lorsque les autorités françaises, il y a un an, ont pris l'initiative de superviser et d'encadrer sur le terrain le déferlement de violence qui a ensanglanté la Côte d'Ivoire, en approuvant l'ouverture des portes des prisons ivoiriennes et burkinabées, et la mise en liberté de 12 000 détenus de droit commun qui à ce jour continuent à faire la loi, pensaient-elles vraiment que leur crime resterait impuni ? Sans parler de Douékoué, Bloléquin, Toulepleu, combien de bourgades en Côte-d'Ivoire n'ont-elles pas été le cadre de tueries durant l'année écoulée ? Et combien se passe-il de jours, en Côte d'Ivoire et en Libye, sans que l'on ait à déplorer la mort de nouvelles victimes, au fil de massacres voués à l'anonymat par l'indifférence des médias sous tutelle sarkozienne ?

Toutes ces questions, Nicolas Sarkozy est le premier à se les poser. Si nous voulons l'aider à y répondre, encore faut-il ne pas perdre de vue cette évidence : Nicolas Sarkozy est un homme aux abois; hanté par le spectre de ses innombrables victimes; épouvanté par le nombre et la nature de ses innombrables mensonges; terrifié à l'idée de se retrouver, au lendemain des élections, dans l'incapacité de se soustraire aux non moins innombrables accusations dont la liste, sous forme de plaintes en bonne et due forme, l'attend à la Haye, au siège de cette cour pénale dont tous les juristes ne sont pas corrompus, et où le Président légitimement élu Laurent Gbagbo lui-même lui aura chauffé la place.

Alors, pour conjurer cette menace, tous les coups sont permis. Renonçant à la méthode douce, celle des sourires enjôleurs - discours des Cévennes à l'intention des Protestants, parrainage de la libération de Gilad Shalit à l'intention des Juifs, tournée arménienne -, méthode restée désespérément inefficace, le candidat Sarkozy tire aujourd'hui ses dernières cartouches : celles du mythe de la France assiégée, de nos libertés en péril, de la barbarie terroriste. Le comble, pour le chef d'un gouvernement qui aura terrorisé en un an plus d'innocents que ne l'ont fait ceux de ses prédécesseurs en vingt. Le délinquant, c'est lui, le fanatique, c'est lui; la terreur, c'est celle qu'au nom de la France, lui-même impose à la Côte d'Ivoire, à la Libye, à la Syrie: délinquance, fanatisme et terrorisme de ces sphères de la haute finance dont il a toujours été le servile domestique, intérêt oblige.

Une expression résume le coup de théâtre de ce spectaculaire - et espérons-le éphémère - sauvetage du prédateur Sarkozy : "comme par hasard". On y pensait déjà lors de la libération de Gilad Shalit. Aujourd'hui, l'évidence s'impose. La ficelle est trop grosse. Et cela d'autant plus que l'on sait les inestimables services que le personnage vient de rendre à la mouvance islamique radicale, en livrant au chaos la Libye, et dans son sillage le Mali - grâce au largage intempestif de dizaines de tonnes d'armes sophistiquées -, ainsi qu'en s'employant à appliquer le même traitement à la Syrie. Nicolas Sarkozy a vitalement besoin d'un sursis présidentiel, non seulement pour gérer, depuis l'Élysée, les conséquences incalculables autant qu'imprévisibles de son aventurisme forcené; mais aussi pour consolider et engranger les dividendes, pour l'heure encore mouvants, de sa cupidité. Le temps qu'il faut en somme au malfaiteur pour effacer ses traces, et peaufiner le déguisement qui lui permettra de se mêler à la foule en passant inaperçu.

Reste le plus inquiétant : à supposer que le stratagème sécuritaire de Toulouse et Montauban ne produise pas l'effet escompté sur la courbe des sondages, le souverain déchu pourrait, en désespoir de cause, chercher à obtenir ce sursis par d'autres moyens. Car il lui reste toujours deux jokers :

- Celui de l'état d'urgence, et du report sine die des élections. Mais cela supposerait la réalisation d'un scénario de déstabilisation simulée vraisemblablement trop coûteux pour figurer parmi les accessoires de sa mégalomanie.

- Celui du déclenchement d'une nouvelle guerre, une vraie, qui, cette fois, souderait la France autour de son chef. On pense à l'Iran, évoqué durant l'enquête comme un commanditaire potentiel des derniers attentats. On appréciera à cet égard l'indécente obséquiosité du premier ministre israélien Netanyahou envers un homme auquel - en dépit des circonstances, aussi douloureuses soient-elles -, il ne doit rien. A moins que ce qui les lie relève d'un accord dont les tenants et aboutissants nous échappent, mais dont la réélection de Sarkozy serait l'un des enjeux.

Une dernière question : ne serait-il pas plus que jamais temps pour le peuple de France de se réveiller, en se débarrassant au plus vite de celui qui pourrait, en cas de réélection - ce qu'à Dieu ne plaise -, condamner le pays à l'enfer - un enfer cette fois non électoralement contrôlé -, lorsqu'il s'agira pour nous tous, tôt ou tard, de régler la facture des violences inouïes perpétrées par nos autorités contre des peuples souverains, pour l'heure humiliés et asservis, mais, soyons-en certains, bientôt libérés.


Jérôme Ancel


Source: Le blog d'Allain Jules

POURQUOI LA FRANCE EN VOULAIT A AMADOU TOUMANI TOURE


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Officiellement, Paris dénonce avec la plus vive énergie le coup d'Etat qui vient d'avoir lieu au Mali. Mais en diplomatie, la vérité est dans les nuances. Alors que les Etats-Unis et un communiqué du Conseil de sécurité de l'ONU appellent très clairement au rétablissement du président Amadou Toumani Touré dans ses prérogatives, la France se contente d'exiger des élections au plus vite et de suspendre sa coopération avec le Mali, comme le veut une coutume qui n'a été remise en cause ces dernières années que pour les putschistes du CNT libyen. La France avait de nombreuses raisons d'en vouloir à Amadou Toumani Touré, même si l'on peut supposer qu'elle comptait davantage sur des élections que sur un coup d'Etat pour s'en débarrasser.

La pomme de discorde du «pacte migratoire»

Paris en voulait à ATT pour des raisons bilatérales en premier lieu. Le président malien avait refusé de signer un «pacte migratoire» avec Paris. Un pacte destiné à limiter l'immigration régulière, à lutter contre l'immigration clandestine, et qui devait subordonner toute aide au développement à l'adhésion du Mali aux objectifs français en termes de contrôle des flux de population. «Malgré les pressions exercées par le Ministère de l'intérieur ou le gouvernement français sur l'État malien, ce dernier a refusé d'apposer sa signature. Pour le Mali, le très faible taux de régularisation des ses ressortissants présents en France (et qui risquent donc l'expulsion) est une question sensible : pour cause, le montant des transferts de fonds effectués par les Maliens vivant en France est estimé à 295 millions d'euros par an, soit 11 % du PIB malien», révèle une note du Comité catholique contre la faim pour le développement (CCFD).

La question de la gestion de la crise en Libye et du problème du Nord

L'opinion publique malienne a pris fait et cause pour l'ex-«Guide» libyen Muammar Kadhafi durant son duel avec les rebelles du CNT, à tel point que des marches de soutien ont été organisées à Bamako. ATT était sur la même ligne et s'est clairement inquiété des conséquences de l'équipée de l'OTAN en Libye pour la stabilité de son pays et a reproché aux Occidentaux de n'avoir rien fait pour désarmer la Légion islamique de Kadhafi - composée en grande partie de Touaregs aujourd'hui liés à l'insurrection.

La France s'est par ailleurs montrée agacée par le refus d'ATT de la laisser intervenir directement sur son sol dans le cadre de la lutte contre AQMI (Al Qaida au Maghreb islamique) et est allée jusqu'à accuser mezza voce son entourage de profiter du business des rançons payées en échange des otages occidentaux. La Première Dame malienne n'avait pas payé des biens de consommation avec des billets de banque ayant transité par les mains des preneurs d'otage ?

Paris complice du MNLA ? La grosse suspicion qui a tout gâté

Une bonne partie de l'opinion malienne et des officiels du régime ATT dénonçaient, ouvertement ou pas, la complaisance de la France pour les rebelles du MNLA, malgré leurs crimes odieux. Alors qu'ATT insistait sur le respect de l'intégrité territoriale du Mali, l'ancien colonisateur était en tout cas - comme en 2002 en Côte d'Ivoire - favorable à un cessez-le-feu et des négociations avec les rebelles touareg sans aucun préalable en termes de désarmement. «C'est peu dire que l'éviction d'ATT a été suivie de près à Paris, qui voit partir sans regret un partenaire jugé insuffisant face aux grands défis du Sahel - instabilité, développement, immigration et terrorisme. Certes, mardi, Alain Juppé a condamné le coup d'État, appelé au respect de l'ordre constitutionnel et à la tenue «le plus vite possible» des élections prévues le 29 avril. La France a aussi annoncé la suspension de sa coopération avec le Mali, hormis l'aide humanitaire et la lutte antiterroriste. Mais des sources diplomatiques n'hésitent pas à jeter une lumière plus crue sur un président malien «fatigué» et un pouvoir «en manque de confiance» par rapport à la population. D'autres parlent d'un président «dans le déni» de la gravité de la situation militaire au nord du pays, dans le déni aussi du dialogue avec les rebelles touaregs, que Paris juge nécessaire», résume ainsi Le Figaro.

Par deux fois, Christian Rouyer, ambassadeur de France au Mali, s'était déjà signalé par des sorties peu diplomatiques (voir encadré). «J'ai entendu que l'Etat n'a pas joué son rôle. En fait, la classe politique n'a pas joué son rôle ! Combien de débats à l'Assemblée nationale sur le Nord-Mali ? Combien même de questions orales ? (...) La classe politique a démissionné au nom d'un consensus de façade qui lui a fait perdre tout esprit critique», disait-il ainsi, appelant quasi-ouvertement les députés à contester les options d'ATT.


Philippe Brou


Source: LE NOUVEAU COURRIER

00:05 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, France, Libye, Mali, Monde arabe | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : côte d'ivoire, france, amadou toumani touré, nicolas sarkozy, aqmi, att, otan, mouammar kadhafi, ccfd, onu | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

dimanche, 25 mars 2012

COUP D'ETAT CONTRE ATT AU MALI: UN JOURNAL FRANÇAIS DEVOILE LA COMPLICITE DE SARKOZY


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L'éviction de Amadou Toumani Touré, dit ATT, a été suivie de très près par le Quai d'Orsay. Crédits photo : RAVEENDRAN/AFP


Paris tourne sans regrets la page du «mauvais élève» ATT


Le président Amadou Toumani Touré était un partenaire jugé insuffisant face à l'instabilité du Sahel et le développement du terrorisme affilié à al-Qaida.


Un «briefing» de presse consacré à l'action de l'Union européenne au Sahel a pris une tournure plutôt inhabituelle, mercredi, au Quai d'Orsay: tandis que s'enclenchait au Mali, le coup d'État qui allait emporter le président Amadou Toumani Touré dit ATT, les journalistes présents ont pu bénéficier en direct des analyses du diplomate chargé de ce dossier à mesure que les nouvelles lui parvenaient sur son téléphone portable.

C'est peu dire que l'éviction d'ATT a été suivie de près à Paris, qui voit partir sans regret un partenaire jugé insuffisant face aux grands défis du Sahel - instabilité, développement, immigration et terrorisme. Certes, mardi, Alain Juppé a condamné le coup d'État, appelé au respect de l'ordre constitutionnel et à la tenue «le plus vite possible» des élections prévues le 29 avril. La France a aussi annoncé la suspension de sa coopération avec le Mali, hormis l'aide humanitaire et la lutte antiterroriste. Mais des sources diplomatiques n'hésitent pas à jeter une lumière plus crue sur un président malien «fatigué» et un pouvoir «en manque de confiance» par rapport à la population. D'autres parlent d'un président «dans le déni» de la gravité de la situation militaire au nord du pays, dans le déni aussi du dialogue avec les rebelles touaregs, que Paris juge nécessaire. Entre Paris et Bamako, la lutte contre al-Qaida n'a pas cessé d'être une source de défiance, ATT étant accusé de ne pas en faire suffisamment. «Il croyait avoir la paix en évitant le combat, à la différence de ses partenaires mauritaniens et nigériens», lâche sèchement un diplomate. On n'a pas non plus digéré, à Paris, qu'ATT traîne les pieds en matière de coopération antiterroriste avec la France, qui a dû se replier sur le Niger pour installer ses militaires spécialisés dans la traque des djihadistes. Un sujet ultrasensible, dans la mesure où six ressortissants français sont toujours retenus au Sahel.

Transition démocratique

ATT ayant perdu la main dans les délicates tractations pour la récupération de ces otages, Paris a misé sur des contacts avec les rebelles touaregs du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) et de sa dissidence islamiste, Ansar Dine, dont le chef, Iyad Ag Ghali, est connu pour avoir joué un rôle de médiateur. L'arrivée massive dans la «sous-région» sahélienne, d'armes en provenance de Libye a encore accru l'incertitude. Il est donc loin, le temps où Jacques Chirac ne jurait que par ATT, en vantant à travers lui, un modèle de transition démocratique en Afrique, une qualité que Paris continue de lui reconnaître. Après 2007, le refus du président malien de signer l'accord bilatéral sur la «gestion des flux migratoires» proposé par Paris a entamé la concorde. ATT sorti du jeu, les inquiétudes demeurent concernant les capacités des putschistes, la tenue des élections, l'intégrité du pays (dont trois provinces sont en sécession) et l'avenir de la lutte contre al-Qaida. Aujourd'hui (vendredi 23 mars), Alain Juppé sera à Bruxelles pour lancer, avec ses homologues européens, un plan d'action (aide humanitaire, gouvernance, sécurité, justice...) en faveur du Sahel. Une région dont les «bons élèves» restent, à ce jour, la Mauritanie et le Niger.


In LE FIGARO


Source : NOTRE VOIE


NB : Le titre est de la rédaction de Notre Voie

vendredi, 23 mars 2012

COMMENT LA FRANCE EST EN TRAIN DE DETRUIRE UN PAYS: LE MALI


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En Afrique, il y a très peu de pays démocratiques. Le Mali et le Ghana sont probablement des Etats vraiment démocratiques en Afrique, berceau de l'humanité. Mais voilà, un coup d'Etat est en train d'être perpétré actuellement dans ce pays d'Afrique de l'Ouest, simplement, parce que, Amadou Toumani Touré (ATT) le président, fait la volonté de la France face aux islamistes et aux rebelles Touaregs.

Malheureusement, les médias français n'oseront pas dire ce que nous dénonçions déjà, avec le coup d'Etat fait par l'OTAN en Libye et dont la France faisait la course en tête contre le régime de Mouammar Kadhafi. Nous disions, nous les sans-voix, que le Sahel allait devenir une poudrière. Souvenez-vous, c'était le 8 septembre 2011, avant l'assassinat macabre du frère guide Mouammar Kadhafi. Nous disions en substance ceci:

La région du sahel, déjà infestée de mercenaires, de terroristes et de contrebandiers, va se transformer en véritable point d'insécurité inextricable. Souvenez-vous, quatre Français restent donc entre les griffes d'Aqmi : Daniel Larribe, Thierry Dol, Pierre Legrand et Marc Ferret. L'Aqmi qui s'est apparemment lié avec la France pour renverser Mouammar Kadhafi. Seront-ils libérés en contrepartie ? Aqmi réclame à la France, 90 millions d'euros.

Des militaires maliens mutinés ont attaqué, hier, mercredi, le palais présidentiel à Bamako, a-t-on appris de source proche du ministère de la Défense et auprès d'un diplomate, alors que des tirs d'armes lourdes retentissaient dans la capitale. Les militaires sont déçus par la percée dans le nord malien des rebelles Touaregs qui contôlent déjà certaines villes. Or, le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé, mandaté par Nicolas Sarkozy, avait demandé au Mali de négocier avec les Touaregs. Pourquoi ? Simplement parce que la France sait que ces Touaregs se sont alliés à Aqmi qui détient les otages français, pour déstabiliser le Mali. Bref, seuls les intérêts de la France comptent, peu importe le sort réservé aux Maliens.


Source: Le blog d'Allain Jules

mardi, 20 mars 2012

UN KIVU-BIS A L'OUEST DE LA COTE D'IVOIRE?

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Et si les Africains cessaient de regarder les situations politiques de leurs pays comme des phénomènes isolés les uns des autres, uniquement explicables par les passions localisées agitant leurs peuples ? S'ils cessaient de se gaver sans discernement des récits médiatiques superficiels et du storytelling ? S'ils se rendaient compte qu'au-delà des émotions et des réflexes pavloviens, il est impossible de saisir la quintessence de la politique internationale contemporaine sans faire appel aux invariants de la géopolitique, du jeu des intérêts, de l'évolution des tendances et des principes régissant la diplomatie ?

Une nouvelle fois, le Mali est soumis à une rébellion partie du Nord touareg. Mais cette insurrection est bien plus grave et plus dangereuse pour l'intégrité de son territoire que les précédentes. La rébellion accuse le pouvoir central d'exclure une partie de la population, privée de tout. Le pouvoir et plus globalement les Maliens sudistes crient à la malhonnêteté et au chantage permanents. Des représentants de la force publique sont cruellement assassinés par les rebelles. Des débordements malheureux et des manifestations de dépit dans le Sud font craindre des pogroms de Nordistes. Ancienne puissance colonisatrice, la France est sur le banc des accusés en raison de son jeu trouble. Les atrocités des insurgés ne suscitent pas l'indignation internationale qu'on aurait pu imaginer et la communauté internationale appelle tout le monde à la table des négociations, mettant sur le même pied d'égalité la République et ceux qui la défient.

Comment ne pas avoir l'impression diffuse de revivre le début de la rébellion ivoirienne, il y a presque exactement dix ans ? A l'époque, le gouvernement du Mali et une bonne partie de l'opinion publique de ce pays ont soutenu le Mouvement patriotique de Côte d'Ivoire (MPCI), lui servant plus ou moins de base-arrière sans pour autant aller jusqu'aux outrances du Burkina Faso de Blaise Compaoré. Ceux qui ont justifié hier le lancement d'une rébellion sur des bases régionalistes et les complaisances de l'ancien maître commun chez leur voisin du Sud peuvent-ils aujourd'hui, en toute logique, se plaindre du même type de traitement ? Iront-ils jusqu'à tenter de théoriser sur les «bonnes» et les «mauvaises» rébellions ? Il n'y a pour l'instant pas de procédé scientifiquement accepté permettant de distinguer les unes des autres. Les Etats africains gagneraient donc à se déterminer au sujet de ce qui passe chez leurs voisins sur la base des principes et non sur le fondement d'émotions passagères souvent trompeuses voire manipulées par les maîtres du storytelling. Il est par exemple évident que la création de l'Etat du Sud-Soudan et son admission au sein de l'Union africaine - quoi que l'on puisse penser des acteurs locaux - est un «beau» précédent sur lequel se fonderont demain les sécessionnistes «azawadiens» et les autres aventuriers de la nouvelle balkanisation de l'Afrique.

Il faut bien admettre que dès lors qu'une expérience de «gouvernance» d'un certain type s'impose dans un pays africain, elle devient un précédent facile à dupliquer dans d'autres contrées, surtout si elle peut profiter à ceux que la journaliste belge Colette Braeckman a appelé «les nouveaux prédateurs». Ainsi, il devient de plus en plus évident que l'Ouest de la Côte d'Ivoire s'apparente irrésistiblement à un nouveau Kivu (région de l'est de la République démocratique du Congo en conflit structurel depuis une quinzaine d'années).

Les parallèles sont frappants. La RDC et la Côte d'Ivoire sont des Etats au fort potentiel de prospérité, clients du camp occidental pendant la guerre froide, qui se sont progressivement affaiblis en raison d'une mauvaise gestion de la question du renouvellement de leur leadership (Mobutu, Houphouët). Les deux pays ont été soumis à des rébellions parties de voisins moins nantis mais dotés de pouvoirs forts, militarisés et alliés aux puissances occidentales (Etats-Unis pour le Rwanda, France pour le Burkina Faso) dans le cadre de leur stratégie d'influence géopolitique. Le Burkina Faso et le Rwanda sont soumis à des pressions démographiques les poussant à rechercher des «déversoirs» pour leur trop-plein de population, et peuvent compter, dans les pays où ils se projettent, sur des migrants de plus ou moins longue date, mal intégrés et armés, qui jouent un rôle de cheval de Troie, dans un contexte où la thématique de la nationalité est explosive. Ce sont eux qui affrontent et très souvent mettent en déroute des milices autochtones qui se sont créées en réaction comme les Maï-Maï ou le Front de libération du Grand Ouest (FLGO).

La guerre structurelle de l'est du Congo est une aubaine pour l'oligarchie mondiale. Elle justifie la présence pérenne des troupes et de l'administration onusiennes. Le désordre organisé rend possible une exploitation maximale des innombrables ressources minières de la région. Et si les médias internationaux sont prompts à dénoncer les viols et les violences des différentes milices, leurs liens avec les multinationales qui profitent de leur barbarie sont bien peu documentés. Si l'ouest de la Côte d'Ivoire ne fait pour l'instant pas l'objet d'une exploitation minière conséquente - quoique son sous-sol soit riche lui aussi -, il est le cœur du pays cacaoyer. Et l'afflux concerté de miliciens burkinabé (comme le tristement célèbre Amadé Ouérémi, qui fait irrésistiblement penser à Laurent Nkunda) et de travailleurs agricoles qui se jettent sans trop réfléchir sur les plantations des autochtones exilés après les massacres massifs des forces pro-Ouattara mais aussi sur les forêts classées (où sont passées les grandes consciences écologiques ?) suscite des inquiétudes légitimes. Il est vrai que la disparition de la propriété villageoise traditionnelle et son remplacement par une sorte de politique du fait accompli pourrait ouvrir la voie à une appropriation des terres âprement disputées par des grands groupes transnationaux ayant les moyens de se faire «respecter» par les uns et par les autres. Dans un contexte où la course aux terres arables devient un des principaux enjeux du capitalisme mondial.

Face à ces défis qui interpellent la conscience nationale ivoirienne, dont la mauvaise gestion pourrait ouvrir la voie à des conflits structurels comme en Colombie où la guérilla est devenue un sport national, face au risque réel de dépossession, où sont les voix courageuses qui peuvent tirer la sonnette d'alarme ? Que fait l'opposition ? Que dit la société civile ? Où sont les ecclésiastiques ? Et Charles Konan Banny, n'a-t-il pas mieux à faire que se transformer devant nos yeux médusés en une sorte de navrant exorciste laïc, adepte de la politique de l'autruche ? Pour éviter le pire à la Côte d'Ivoire, il faut du courage. Encore du courage. Toujours du courage.


Théophile Kouamouo


Source: LE NOUVEAU COURRIER

mercredi, 14 mars 2012

L'ETAT EN AFRIQUE MENACE DE DESTRUCTION

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C'est une question qu'il serait intéressant de soumettre aux étudiants des différents instituts de sciences politiques du continent, voire à leurs enseignants, en vue de susciter un débat fécond et accoucheur de bonnes résolutions pour l'avenir. Quelle est la principale menace qui guette l'Afrique contemporaine ? Bien entendu, les possibilités de réponse sont infinies. On peut évoquer le sida, qui décime la jeunesse. Les guerres civiles. Le déficit démocratique. La faiblesse de la norme de droit. La crise énergétique. La mondialisation. L'enjeu démographique. Toutes ces problématiques sont pertinentes et se rejoignent. Mais il me semble - puisqu'il faut bien désigner la priorité des priorités pour ne pas se laisser entraîner dans des combats superflus ou mal posés - que les attaques toujours plus violentes dirigées contre les Etats et même contre la notion d'Etat en Afrique pourraient déboucher sur les pires déconvenues.

Une fausse évidence continue d'habiter de nombreux analystes de l'actualité dans nos contrées. Elle considère comme certaine la permanence et le caractère incontournable des Etats situés à l'intérieur des frontières héritées de la colonisation et représentés au sein de l'Assemblée générale des Nations unies. Pourtant, le travail rationnel de délégitimation et d'émasculation de ces Etats, engagé depuis une vingtaine d'années, s'accélère devant nos yeux. Pendant que, dans un combat de coqs, Francophones et Anglophones, Afrique de l'Ouest et Afrique australe, s'affrontent à grands renforts d'orgueil pour le poste de président de la Commission de l'Union africaine.

Au commencement étaient les plans d'ajustement structurel. Ils ont déconsidéré l'Etat en Afrique en lui enlevant toute marge de manœuvre économique. Endetté au nom du clientélisme en vigueur pendant la guerre froide, bridé dans ses capacités d'investissement, contraint de remettre les clés des entreprises publiques à des multinationales qui ont plus profité de l'existant que construit des routes, des ponts, des complexes agronomiques - mais est-ce leur rôle ? -, soumis aux caprices des institutions de Bretton Woods et de leurs recettes tout aussi idéologiques qu'inopérantes, l'Etat africain a perdu sa crédibilité. Selon le même procédé qui a amené les pères «compressés», «déflatés» et «décrochés», à être considérés comme financièrement impotents par leurs propres enfants.

Un néocolonialisme occidental déguisé en «démocratisme»

L'ajustement structurel, d'une certaine manière, a préparé le terrain pour les rébellions, les sécessions et les irrédentismes. Sous la double pression des ingérences occidentales prétendument pourvoyeuses de démocratie et des croisés de l'islamisme sunnite le plus rétrograde, le continent se délite. Focalisés sur les enjeux nationaux et politiciens de chacune des crises qui éclatent ici et là, les Africains ne distinguent pas toujours le fil blanc qui les relie. Pourtant, tout se rejoint. Cette année, le Nigeria, qui se plaît à se croire gendarme de l'Afrique de l'Ouest et qui était prêt à  envoyer ses soldats servir de tirailleurs en Côte d'Ivoire l'année dernière, fait face à une véritable guerre civile opposant la secte Boko Haram, que l'on dit proche d'Al Qaida, à l'Etat central. Un Etat tellement compromis avec les multinationales pétrolières occidentales qu'une partie de ses populations autochtones prennent leur part de la manne nationale les armes à la main, à travers des opérations de piraterie que l'on peut comprendre, même si on les désapprouve. Des cellules de Boko Haram, nous dit-on, sont déjà installées à Douala, au Cameroun.

En 2011, le néocolonialisme occidental déguisé en «démocratisme» a ravagé la Côte d'Ivoire et la Libye. En 2012, la déstabilisation de la Libye par les Occidentaux, objectivement aidés par les groupuscules d'Al Qaida, a entraîné le déclenchement d'une rébellion touarègue bien plus dangereuse que toutes les précédentes pour l'intégrité territoriale du Mali. Demain, fatalement, une succursale du MNLA s'ouvrira au Niger, sur les terres gorgées d'uranium que les pays industrialisés convoitent.

Comme en Côte d'Ivoire en 2002, la France glorifie les exploits de la rébellion au Mali, accrédite la thèse de sa puissance militaire, et plaide pour un accord qui consacrera, on l'imagine, une partition provisoire du pays et une institutionnalisation du MNLA sur le modèle des «Forces nouvelles». Le MNLA, prétend-on, aidera mieux que l'armée malienne, à lutter contre AQMI. Plus certainement, il sera bien plus inféodé aux Occidentaux et à leurs visées économiques... Au nom de quel type de priorités stratégiques l'OTAN se mobilise-t-il pour chasser Kadhafi mais pas pour neutraliser les différentes succursales de la nébuleuse Al Qaida, présentée comme l'ennemie publique numéro un ? Pourquoi a-t-on l'impression qu'en Afrique et au Moyen-Orient, l'Occident se mobilise plus pour démembrer les Etats - Irak, Libye, Syrie, Côte d'Ivoire, Mali... - que pour affronter les vraies menaces globales ?

Il y a quelques jours, la Cyrénaïque, province pétrolière de Libye, a fait une déclaration d'autonomie. Dans un contexte où l'Etat central s'est effondré, où chaque chef local a sa milice surarmée, qui peut arrêter ce processus ou dire avec certitude qu'il n'y aura pas d'effet d'entraînement ? Qui peut dire qu'un «Areva State», un Etat-AREVA, ne naîtra pas de l'unification des Touaregs du Mali et du Niger ? L'indépendance du Sud-Soudan a constitué une jurisprudence dans laquelle beaucoup de minorités ethniques vivant au-dessus de richesses minières peuvent désormais s'engouffrer. Dans vingt ans, l'Union africaine abritera-t-elle 70 ou 80 Etats ? Existera-t-elle encore ?

Alerte ! L'Afrique doit se réveiller. Elle doit comprendre que l'existence d'un Etat minimal, déconsidéré, aux frontières floues, sans maîtrise territoriale, sans règles constitutionnelles sérieuses, est le rêve fondamental des multinationales et des Etats qui les sponsorisent. A cet égard, la République démocratique du Congo, toujours instable, toujours pillée, malgré la présence désormais structurelle d'une administration civile et militaire onusienne, représente un spectre inquiétant pour tous.


Théophile Kouamouo


Source: LE NOUVEAU COURRIER

jeudi, 23 février 2012

SITUATION AU MALI: PSYCHOSE ET HAUTE SECURITE A MOPTI


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Pour nous imprégner de l'état d'esprit des Mopticiens après le déclenchement de la rébellion dans le Nord malien, nous nous sommes rendus dans cette 5e ville du Mali, le 17 janvier 2012. Un séjour de deux jours nous a permis de découvrir des réalités, dont certaines sont peu favorables à la situation que vivent les populations nordistes. Nous avons aussi rencontré diverses personnes, notamment des autorités, des hommes de médias, des touristes, bref, plusieurs catégories des couches sociales dont les avis sur la rébellion touareg sont divergents. Mais la plupart des personnes rencontrées déplorent cette situation de crise car ils en souffrent énormément.

Le constat que nous avons fait, est que la ville du président Amadou Toumani Touré (ATT) est sous haute surveillance car les Forces de l'ordre sillonnent la ville vingt quatre heures sur vingt quatre.

Lorsque le véhicule de transport d'immatriculation malienne s'immobilisa à l'autogare de Mopti, après plus de 10 heures de route, c'est à la fois une délivrance et une frustration qui nous ont envahis. Il était 0h 12 minutes en ce 7 février 2012. Il faisait très froid. Une grande partie de Mopti dormait déjà. Tout était calme, mais quelques taxis-motos et taxis ordinaires continuaient à circuler. Les noctambules vaquaient très normalement à leurs occupations. Cependant, la ville est quadrillée. Les forces de l'ordre occupent les principales artères de la ville, contrôlent les allées et venues des citoyens.

Des fouilles minutieuses sont opérées, ce d'autant plus qu'une rumeur faisait état d'une probable infiltration des rebelles à Mopti, ville natale du président Amadou Toumani Touré (ATT). En ce 7 février 2012, le soleil se levait lentement au gouvernorat de la 5e région. Réputé pour être le quartier général du commandement militaire de l'armée malienne au niveau régional, ce lieu est très surveillé. A 8h 30, des militaires en treillis, armes au poing, sont en alerte maximale. A 9h passées, un général du nom de Issouf Koétta fit son entrée dans le gouvernorat. Il est accompagné d'autres officiers aussi supérieurs que lui. Ils sont accueillis par le gouverneur Abdoulaye Camara. Les échanges entre les 2 hommes ont duré une quinzaine de minutes. Le général ressortit, le gouverneur a enchaîné immédiatement avec la présidence d'une autre réunion dite d'importance nationale.

Officiellement, rien ne filtre de ces concertations mais, de toute évidence, tout tournait autour de la situation au Nord où les rebelles Touareg ont lancé une vaste offensive contre les positions des FAM (Forces armées maliennes). Pendant ce temps, le secrétaire particulier du gouverneur, Issa Aidara est au four et au moulin. « Revenez demain ou après demain, le gouverneur est très occupé », a-t-il lancé, en guise de réponse, à tous ceux qui avaient rendez-vous ou qui souhaiteraient voir le gouverneur Abdoulaye Camara. N'empêche, dans la salle d'attente, on pouvait entendre des propos du genre : « la République est en crise, nous devons répondre du tic au tac. Il ne faut pas caresser ces bandits dans le sens du poil.

Il faut agir vite. » Le gouvernorat qui abrite en même temps les locaux du médiateur de la République, du commandement du cercle, est pris d'assaut par une cohorte de visiteurs. Quand moussa Hamèye Maïga, commandant du cercle de Mopti, nous reçoit, le 8 février entre 13h et 14h, c'est un homme averti en matière de sécurité qui nous a accueillis avec ce brin d'humour : « Oh Le Pays, qu'est-ce que vous avez dit aujourd'hui à propos de mon pays ». Plus qu'un administrateur, l'homme reconnaît la grande impartialité du journal et dit suivre ses prises de position à travers la revue de presse sur RFI. Dès lors qu'on évoqua le sujet très sensible de la rébellion avec le préfet de Mopti, son visage devint pâle, le regard hagard et le ton militaire.

Lui-même originaire du Nord, fustige les velléités indépendantistes de ses frères. « Je connais très bien la région du Nord pour y avoir servi dans les années 90. J'ai eu à gérer la rébellion de 1992. Kidal, Gao et Tombouctou sont des régions qui me sont familières. » Tout en minimisant l'armada militaire des rebelles, il les qualifie de bandits armés, prêts à piller les paisibles populations. Ils n'ont ni de chars de combats, ni d'avions de combats, affirme-t-il. Durant la trentaine de minutes que nous avons passées avec le 19e préfet malien de Mopti, sa secrétaire particulière est passée au moins deux fois pour déposer sur son bureau des dossiers jugés urgents. Profondément touché par cette crise, l'autorité régionale assure que la situation est maîtrisée par l'armée malienne.

Alors qu'il commençait à nous dire ce qu'il pense réellement de la situation, son téléphone portable sonna. A l'autre bout du fil, une personnalité importante dont nous taisons le nom. La conversation durera 10 minutes et se portait sans conteste sur la crise au Nord. Au terme de son entretien téléphonique, il n'en dira pas plus encore sur la guerre. Mais notre soif sera un tant soit peu amoindrie le même jour dans un hôtel de Mopti. Là, nous avons pu nous entretenir avec un officier supérieur de l'armée malienne. Pour lui, la haute hiérarchie avait été informée au préalable, du danger que court le Mali en acceptant de recevoir les ex- combattants de Libye sans désarmement. « Les hautes autorités n'ont pas pris au sérieux nos inquiétudes. Pour ma part, je condamne l'attitude adoptée par nos autorités dans cette affaire. »

Plus loin, il condamne l'attitude de la France qu'il accuse implicitement de collusion avec les rebelles. « Si nous avions été écoutés, notre Armée n'aurait pas subi cette humiliation », nous a confié ce haut gradé. Et d'humiliation, la rébellion l'a infligée à l'Armée régulière. Des militaires, au nombre de 45, accompagnés de leurs familles, ont fui le front d'Andérraboukane et ont été accueillis à Mopti. Information que nous avons pu vérifier et qui a été plus tard confirmée par le ministre de la Défense et des anciens combattants, le Général Sadio Camara, lors d'une conférence de presse à Bamako. Les combats, dans cette localité, ont été particulièrement féroces entre les protagonistes, selon plusieurs sources consultées. Mopti, ville carrefour au thermomètre touristique du Mali, subit d'ores et déjà avec intensité les contrecoups de cette situation au Nord. Les touristes qui, en temps normal, et en cette période précise, remplissaient les hôtels, se font de plus en plus rares. Moins de 15% des chambres des hôtels sont occupées avec pour clients des nationaux en mission.

Pour Moctar Ba, le Directeur régional de l'office malien du Tourisme et de l'hôtellerie, la situation est beaucoup plus alarmante. « Une situation de crise extrême est en train de traverser la destination touristique du mali. Nous avons juste quelques petites poches de sites touristiques qui continuent de recevoir des visiteurs. Partant de l'analyse objective, je dirais que nous sommes très loin des affluences habituelles. Et il y a 2 niveaux problématiques. Le premier niveau est ce que nous appelons la problématique de la crise du tourisme liée à la question de l'insécurité dans la bande sahélo saharienne. Le deuxième niveau concerne cette nouvelle crise qui concerne directement les Maliens. C'est très mitigé, mais la grande tendance va vers le négatif.

Depuis le début des événements au Nord, nous avons eu à mener des actions en vue de rassurer les destinataires. Mais très malheureusement, la suite des événements ne joue pas en notre faveur. » Propos du premier responsable du tourisme dans le cercle de Mopti. Ces propos sont corroborés par un touriste que nous avons rencontré non loin du fleuve Bani.

Les Touaregs entre deux feux

« Nous devrions être 37 dans le groupe, mais finalement, nous ne sommes que 8 personnes à venir ici », a affirmé l'un des rares touristes rencontrés dans la ville de Mopti. A en croire un haut responsable du ministère malien de l'Artisanat et du tourisme, des voyagistes venant de France, du Canada et des Etats-Unis d'Amérique (USA) ont purement et simplement annulé leur destination vers le Mali. « En début février, on comptait environ 1500 annulations vers le Nord et beaucoup moins en direction de Mopti. La situation de guerre dans notre pays a provoqué des défections touristiques. Les aventuriers préfèrent aller vers d'autres horizons où la sécurité est garantie.'' L'aveu d'impuissance du haut responsable renforce celui des hôteliers. Du côté des commerçants, on qualifie cette crise de dramatique.

Même si Mamadou Niangadou dit Bakoroba, président de la Chambre de commerce et d'industrie de Mopti, s'est abstenu de commenter la crise du fait qu'il n'a pas obtenu l'aval du gouverneur, force est de constater que les opérateurs économiques vivent actuellement une période difficile. Seydou Yelkouni (originaire du Passoré) est très inquiet : « Tous nos gros véhicules en partance pour Gao et Tombouctou sont immobilisés. Nos gros clients fuient la région et nous sommes gagnés par une inquiétude grandissante. » Le domaine des transports est aussi secoué par cette crise. Yacouba Traoré, président des chauffeurs et locataires routiers de Mopti confirme cette paralysie. « Lorsque nous prenons la route du Nord, c'est quasiment à vide que nous circulons. Mais au retour, nous sommes parfois obligés de faire de la surcharge ». Une affirmation que nous avons vérifiée à la gare de Tombouctou et de Gao où les voyageurs de Kidal et Menaka empruntent leurs véhicules. Nombreux sont ceux aussi qui ont choisi la voie fluviale pour rejoindre Mopti.

Une fois sur place soit ils sont hébergés par des familles, soit ils cherchent à continuer vers Bamako ou encore au Burkina et en Cote d'ivoire. Conséquence, il y a des familles débordées à force d'accueillir ceux qui fuient les zones de combats. Selon certaines sources, la communauté tamarcheq subit une certaine chasse à l'homme à Mopti. Devenus la risée des autres Maliens, ils sont obligés de se cacher dans les taudis et autres habitations insalubres de la ville pour échapper à la furie d'une certaine frange de la population bien circonscrite. Bijoutier, NS est très malheureux en ces moments et nous raconte sa « malchance » d'appartenir à la communauté Tamarcheq : « On nous accuse d'avoir déclenché la guerre au Nord. Des jeunes de mon quartier sont venus nuitamment chez moi et ont voulu attenter à ma vie. J'ai envie même de quitter la ville mais j'ai peur. Je me cache dans les quartiers périphériques. »

Comme NS, ils sont nombreux les Touaregs et les Arabes, à vivre cette situation. Un groupe de Touaregs vivant dans les mêmes conditions, que nous avons rencontré, le 8 février dans un quartier périphérique, ne sait plus à quel saint se vouer. C'est la peur au ventre que des chefs de famille passent la nuit et la journée à l'intérieur d'une maison très exiguë. Pour tout dire, ces Touareg sont pris entre deux feux particulièrement nourris. D'un côté, ils ne peuvent plus retourner au Nord, leur région d'origine, de l'autre, leur vie est en danger quand ils sont dans d'autres régions.

Attention aux radios mille collines

Et pour ne rien arranger, certaines radios émettant à Mopti ont pris fait et cause pour le pouvoir de Bamako. Pire, à écouter certaines radios « ce sont plutôt des aigris, des paresseux et des vauriens qui ont pris les armes contre l'Etat malien ». A travers des tranches spéciales animées en bambara, des animateurs expliquent avec détails comment la rébellion a été mise en déroute par les loyalistes. Par le biais parfois de l'humour, ils évoquent que les hommes aux turbans sont en cours de munitions et de rations alimentaires. Des propos haineux du genre « Appretez-vous, nous irons déloger les Touaregs à Ménaka'' sont entendus sur certaines antennes. Même si nous sommes loin des propos tenus par certains animateurs des « radios mille collines » lors du génocide rwandais, le pire souvenir est à éviter. Fort heureusement, parmi les 8 radios que compte la ville, il y en a qui ont choisi la voie de la neutralité.

Cas de la radio Djamana qui a opté pour un traitement professionnel, objectif et équilibré de la crise. « A chaque fois que nous devons parler, nous devons nous interroger sur notre part de responsabilité immédiate et future », prophétise Adam Diarra de la radio Djamana. Plus loin, à Kayes, les radios locales ne cachent pas leur soutien vis-à-vis des autorités de Bamako. Le directeur de la radio FM de Kayes, M. Traoré, que nous avons croisé au grand stade de Mopti s'est exprimé en ces termes : « C'est la France qui veut nous imposer cette guerre. Tout simplement parce que nous avons refusé de cautionner la guerre qu'elle a engagée en Libye. Avec la France, RFI empoisonne l'information sans tenir compte de l'éthique et de la déontologie. Serge Daniel, leur correspondant, n'a jamais quitté Bamako depuis le début de la crise. Je soutiens l'Etat malien et je suis sûr qu'il va mettre hors d'état de nuire ces bandits armés.

Ce matin, j'étais avec un confrère de la radio ADDAR de Ménaka, et il m'a expliqué comment les loyalistes ont bombardé les positions des rebelles aujourd'hui. On les a massacrés, pourchassés jusqu'à leur dernier retranchement. Mais RFI n'a jamais fait cas de cela. Lorsque ces rebelles sont arrivés à Ménaka, ils ont pris position au niveau de la radio ADDAR avant de couper toute communication téléphonique. Ils ont pillé la population, violé les femmes ». En revanche, Salifou Warmé, directeur de la radio Orona de Koro, ne porte pas de gants pour fustiger la responsabilité de l'Etat malien dans cette guerre. « C'est la complicité passive de l'Etat malien qui nous a créé cette situation. Tenez-vous bien, l'Etat savait bel et bien que ces Touarègs étaient armés jusqu'aux dents de leur retour de la Libye. Qu'est- ce qu'on a proposé pour ces affamés et ces nombreux combattants qui n'ont ni travail, ni projet sauf celui de la prise d'armes. Il fallait plutôt prévenir au lieu de chercher à guérir.''

En tout cas, Fanta Diabaté, une auditrice résidant à Tomoguel1, un quartier populeux de Mopti, en a marre de certains animateurs. Selon la jeune dame, ils attisent le feu au lieu de l'éteindre. Au niveau des partis politiques ayant des représentations à Mopti , on joue la carte de la prudence. Au nombre de 18 à avoir un siège à Mopti, ces partis ont une position qui tranche avec une certaine réserve. Le parti de la Solidarité africaine pour l'indépendance et l'intégration (SADI) du Docteur Oumar Mariko, par la voix de son représentant régional, secrétaire permanent intérimaire du parti, M. Cissé, dit observer la situation avec beaucoup d'amertume. S'il dit comprendre la position de Bamako, il reconnaît tout de même que les rebelles du Nord sont avant tout des Maliens à part entière. Il appelle les protagonistes à s'asseoir autour d'une table pour négocier et trouver un compromis. Car il y va de l'intérêt général de la Nation.

Enseignant en sciences politiques et agronome de formation, Ag Intazoumé Moussa est un fils de la région du Nord. Installé à Bamako, son bureau a été l'objet d'une attaque. Lorsque nous l'avons joint au téléphone, il était en partance pour Kidal. Connu pour ses écrits enflammants dans certains journaux maliens, l'homme n'est pas tendre avec le régime de Bamako. « Le pouvoir a profité d'une situation pour redorer son blason. Le nordiste a été marginalisé. Moi je suis, par exemple, de l'ethnie Bella. Au Mali, le Bella est une ethnie de seconde zone. C'est toute cette frustration qui a amené les frustrés à prendre les armes. Quand je fais par exemple une comparaison entre les Bella du Burkina et ceux du Mali, je me rends compte que le Bella au Burkina est beaucoup plus considéré. En plus, le Nord est laissé économiquement à son propre sort. Tous ceux qui ont eu à me lire avant cette crise me donnent aujourd'hui raison. », nous a-t-il dit au téléphone.

Les armées étrangères et la rumeur envahissent Mopti

Mais, ses arguments sont battus en brèche par le maire indépendant de Mopti, Oumar Batili : « L'Etat a tout donné à la région du Nord. Ce que le pouvoir a mis dans le Nord comme investissement, faites la comparaison et vous verrez. Honnêtement, ce que l'Etat a fait au Nord, il ne l'a pas fait au Sud. On y trouve des routes, des hôpitaux, des écoles...Tout ce qui contribue au développement. Ils sont tout simplement défavorisés par le climat et la nature. C'est vraiment dommage qu'ils arrivent à prendre les armes pour revendiquer. Je vous dis qu'ici nous avons 703 communes. Et il y a des élus au Nord qui sont maires ou députés. Pourquoi ne pas emprunter le chemin de la légalité pour revendiquer ? Ils se sont trompés d'ennemis. » Mais la grande question que les Mopticiens se posent est celle-ci : pourquoi y a-t-il d'armées étrangères dans leur ville ? En effet, depuis quelques jours, des hommes et femmes en treillis des Etats-Unis d'Amérique sillonnent la ville.

Leur quartier général serait implanté à la Brigade de la Gendarmerie nationale. Sont-ils venus en formation ou pour prêter main forte à leurs collègues maliens. En tout cas, le débat est ouvert. Conversant en anglais avec les citadins, leur présence suscite des rumeurs les plus alarmantes. Si d'aucuns affirment avoir vu d'autres militaires venant d'autres pays, ceux que nous avons pu voir sont des Américains. La présence, dans cette ville, de ces militaires a renforcé une rumeur qui était déjà persistante. C'est ainsi que dans la nuit du 8 février, l'on a appris que des rebelles avaient fait des infiltrations à Mopti. Pire, il se susurrait même que Salifou Koné, gouverneur de la région de Kidal, avait trouvé refuge à Mopti, accompagné de plusieurs militaires. Aussi, les villes stratégiques à prendre par les rebelles étaient Kidal, Gao, Tombouctou et Mopti. Dans le quartier Mossinkoré où nous étions logés, les commentaires des citoyens non maliens, notamment des Burkinabè, allaient bon train.

A en croire les avis des uns et des autres, les Maliens à la peau blanche sont vraiment très mal vus par leurs compatriotes. L'explication que l'on donne à cela est qu'ils sont non seulement minoritaires, mais aussi contestataires depuis des lustres. Insatisfaits depuis des siècles, ils n'ont pas ce courage de manier la daba comme leurs compatriotes du Sud ou du Centre. Ces préjugés sont autant des faits qui déterminent l'animosité dans la tension actuelle. Une femme venue de Menaka témoigne en affirmant ceci : « Quand ils sont arrivés chez nous, ils nous ont forcé à crier « République de l'AZAWAD » ; ils rançonnent la population, surtout les commerçants. Ils disent que leur objectif, c'est Bamako. » Mais selon une catégorie de personnes à Mopti, très minoritaire, cette rébellion est la politique de ATT pour s'éterniser au pouvoir.


Hamed NABALMA, de retour de Mopti


Le Pays, Burkina Faso, 21/02/2012 (via lefaso.net)


Source: MALI WEB.NET

mercredi, 22 février 2012

CRISE AU NORD MALI: LA RANÇON DE LA CRISE LIBYENNE


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L'Afrique et ses dirigeants ont vécu la crise libyenne comme un spectacle et dont les conséquences sont loin de se limiter de nos jours, à ce que nous vivons au Mali. Les dirigeants africains et leur organisation, l'Union africaine ont assisté passivement à la liquidation du régime du colonel Mouammar Kadhafi. Pour le colonel Mouammar Kadhafi, la page s'est définitivement refermée le 20 octobre dernier.

Tué ce jour-là, il en finissait définitivement avec les contradictions et les soucis de son existence de révolutionnaire ; mais pour bien d'autres États africains dont le Mali et les autres pays de l'espace Uémoa, les difficultés n'ont commencé que ce jour-là.

Il en est ainsi de la rébellion touarègue à laquelle nous assistons. Des experts en tout genre cherchent à trouver les raisons qui ravivent ce conflit que l'on croyait éteint suite à la signature du Pacte national. Mais le combat que les Touaregs mènent actuellement contre notre armée n'a rien d'identitaire. Il est existentiel. Il s'agit d'hommes et de femmes qui, estimant ne pas pouvoir trouver de quoi vivre chez eux-mêmes, avaient décidé d'aller voir ailleurs.

Le hasard les conduit alors en Libye où ils trouvent de quoi mener une existence à l'abri de l'indigence. Mais un beau jour, leur quotidien devait subitement être bouleversé. Plus parce que sa tête ne plaisait plus à certains que parce qu'il gérait mal son pays, le colonel voyait se lever contre lui une armée mondiale. L'issue fut tragique. Et pour les touaregs accusés à tort ou à raison de s'être rangés du côté du perdant, c'est la chasse aux sorcières, c'est le vandalisme, c'est le pillage des biens et c'est le retour forcé.

Retour d'émigrés démunis, pleins d'amertume mais puissamment armés. L'Etat ayant, à travers les autorités militaires ayant failli à leur devoir de désarmer les revenants, la crise était inévitable. Aujourd'hui, c'est la nation malienne qui est menacée dans son unité et son intégrité territoriale et le processus électoral jadis prometteur, est plus que compromis. On n'entend aucune des puissances impérialistes qui étaient intervenues en Libye, reconnaître leur part de responsabilité dans la crise actuelle que traverse le Mali et par ricochet, les pays comme le Niger, le Burkina Faso puisque ces pays accueillent de nombreux Maliens réfugiés.

L'Onu qui avait donné quitus à l'intervention, à travers sa fameuse résolution 1973 est muette de nos jours. Au Mali et à tous les autres pays sur lesquels se déversent actuellement les conséquences de cette crise libyenne de les gérer. Les autres avaient pour mission de tuer Kadhafi. Celle-ci accomplie, ils se sont retirés et tant pis pour le reste. Pauvre Afrique !

Et c'est là que se manifeste la responsabilité des dirigeants africains. Eux qui avaient laissé faire, ils avaient naïvement pensé que cela se limiterait à Kadhafi seulement. Eh bien, ils se sont dangereusement trompés. Parce qu'en réalité, la crise malienne ne sera certainement pas la seule conséquence fâcheuse que l'Afrique aura à déplorer, suite à son incapacité à se faire respecter par le monde entier.

Déjà, le fiasco enregistré lors de l'élection du président de la commission de l'Union africaine, est également à mettre au compte de ces conséquences malheureuses et regrettables. Car la gestion calamiteuse de l'interventionnisme occidental dans les crises ivoirienne et libyenne par Jean Ping est l'élément fondamental de l'inimitié absolue que l'Afrique du sud éprouve à son encontre.

Le 40e sommet des chefs d'Etat de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) qui s'ouvre aujourd'hui dans la capitale nigériane Abuja saura -t-il tirer une belle leçon de ce vécu ? Les sommets étant souvent de grandes rencontres au cours desquels des discours mielleux sont prononcés sans que des actes concrets ne s'en suivent.


Denis Koné, in IRIB WORLD SERVICE


Source: TSIMOKI GASIKARA

mardi, 21 février 2012

DECLARATION D'INTELLECTUELS, HOMMES ET FEMMES DE CULTURE SUR LA REBELLION AU NORD DU MALI



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ETAT DES LIEUX

Comment comprendre la rébellion armée qui, aujourd'hui, endeuille le Mali et condamne des dizaines de milliers d'innocentes et d'innocents à l'insécurité et au déplacement forcé, lorsqu'on ne veut pas s'en tenir au schéma réducteur du conflit ethnique? La rébellion qui a débuté le 17 janvier 2012 crée dans notre pays une situation de guerre civile.

L'heure est grave : l'intégrité du territoire national et la cohésion sociale sont aujourd'hui menacées.

L'honnêteté intellectuelle et la rigueur qu'exige la gravité de la situation actuelle du Mali imposent de lire cette rébellion à la lumière du système mondial et de ses crises.

Les réformes structurelles mises en œuvre à partir de la décennie 80 en vue de corriger les dysfonctionnements du modèle néolibéral, n'ont pas atteint les objectifs visés en terme d'amélioration des conditions de vie des populations, notamment l'accès à l'alimentation, l'eau, l'éducation, la santé et l'énergie domestique. Ce constat, qui est valable pour l'ensemble du pays, revêt des conséquences particulières au Nord.

ENJEUX

Le Nord Mali se caractérise par l'extrême complexité des enjeux géopolitiques, économiques et stratégiques, sans la compréhension desquels aucune paix durable n'y est envisageable.

Le septentrion malien a souvent été le théâtre de soulèvements d'une partie de la population qui revendique son autonomie par la voie des armes. Tous les régimes, coloniaux et postcoloniaux ont été confrontés à cette situation. De l'indépendance à ce jour, les réponses de l'Etat, qui ont été à la fois militaires, politiques et socio-économiques, n'ont pas pu y instaurer la paix sur une base durable.

La mauvaise gestion, le clientélisme et la corruption que l'on relève  dans la gestion des affaires publiques, exacerbent les frustrations et le sentiment d'exclusion à l'échelle du pays sans pour autant justifier la violence armée dans les autres régions.

Par ailleurs, la manière de gérer la libération des otages occidentaux a conforté AQMI dans la création au Mali d'un sanctuaire en liaison avec le terrorisme international.

Nous sommes dans un processus programmé de désintégration de l'Etat et de cristallisation des identités ethniques et régionales. De ce point de vue, nous questionnons même la genèse de l'appellation  « régions du Nord ».

N'y a-t-il pas une volonté d'affaiblir des Etats de la CEDEAO et l'Organisation elle-même ?

N'allons-nous pas vers une résurgence du vieux projet de l'Organisation des Etats Riverains du Sahara (OERS) ?

Après le découpage du Soudan, nous sommes en droit de nous interroger sur l'intention des pays de l'OTAN de procéder à une nouvelle balkanisation de l'Afrique. Ne sommes-nous pas de fait en présence d'un processus de dépossession des ressources  agricoles et  minières africaines, qui constituent aujourd'hui une partie importante des réserves mondiales pour la relance de la croissance économique globale ?

De l'approche globale que nous privilégions, il ressort que l'issue à cette guerre fratricide récurrente n'est ni militaire ni financière mais politique, économique, sociale, culturelle et diplomatique.

Face à cette situation :

Nous, intellectuels, hommes et femmes de culture du Mali, signataires de ce document déclarons que :

- L'intégrité du territoire, l'unité nationale et la cohésion sociale du Mali sont des acquis sacrés.

- Le septentrion n'est pas une planète à part, mais bel et bien une région du Mali, particulièrement vulnérable, qui n'en a pas moins subi les politiques néolibérales qui ont aggravé les inégalités, les injustices, la corruption et l'impunité. De Kayes à Kidal, les Maliens paient cher pour le dépérissement de l'Etat que nous voulons plus responsable, comptable et souverain ;

- La Paix véritable et durable dans le Nord de notre pays et sur l'ensemble du territoire, est au prix d'une nouvelle compréhension de la situation du Mali et de la bande Sahélienne qui intègre les enjeux sous-régionaux et mondiaux;

- Nous réfutons le discours réducteur de la guerre ethnique ;

- Nous déplorons le déficit de communication et de dialogue sur  les causes internes et externes des questions majeures qui engagent le destin de la nation ;

- Nous condamnons le recours à la violence armée comme mode de revendication dans un contexte démocratique et déplorons les pertes en vies humaines ;

- Nous condamnons avec énergie les agressions physiques, la destruction des biens et la stigmatisation de nos compatriotes Kel-Tamasheq et de peau blanche, nos frères et sœurs, alliés et voisins de quartier, de ville qui aiment et se reconnaissent dans le Mali, leur patrie, notre patrie commune à tous ;

- Nous soutenons résolument nos forces armées et de sécurité dans leur mission sacrée de défense du territoire national ;

- Nous sommes Un Seul et Même Peuple, uni par une longue histoire multiséculaire de rencontres, de brassages et de résistances à l'adversité ;

- La paix s'impose d'autant plus que les femmes et les enfants sont pris dans l'étau dans un conflit qui n'est pas le leur ;

- Les élections de 2012 sont donc une occasion historique de renouveler la réflexion sur un projet de société adapté à nos réalités, davantage fondé sur la culture de l'être et des relations humaines à même de garantir la prospérité, la paix, la stabilité et la sécurité pour tous.

- Nous signataires de la présente Déclaration, présentons nos condoléances les plus attristées aux familles des victimes et à toute la nation malienne. Nous exprimons notre solidarité à toutes les familles déplacées victimes de violences.

Bamako, le 07 février 2012.


Signataires


-    Aminata Dramane TRAORE, Essayiste
-    Abdoulaye NIANG, Socio-Economiste
-    Adama SAMASSEKOU, Linguiste
-    Filifing SAKO, Anthropologue
-    Hamidou MAGASSA, Socio-Economiste
-    Ismaïl DIABATE, Artiste-Peintre
-    Jean-Bosco KONARE, Historien
-    Mohamédoun DICKO, Historien
-    Mariam KANAKOMO,  Communicatrice
-    Ousmane TRAORE, Administrateur civil, Juriste
-    Doulbi FAKOLY, Ecrivain
-    Kaourou DOUCOURE, Universitaire
-    Abderhaman SOTBAR, Professeur
-    Cheick PLEAH, Professeur
-    Mohamed COULIBALY, Ingénieur
-    Abdoul MADJIDOU HASSAN, Gestionnaire
-    Mahamadou H. DIALLO, Imam
-    Boubacar COULIBALY, Gestionnaire
-    Mme SiSSOKO Safi SY, CAHBA
-    Mme TOURE Alzouharata, Gestionnaire
-    Mme Awa MEITE VAN TIL, Designer
-    Dr Daba COULIBALY, Enseignant-Chercheur