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mardi, 14 février 2012

CRISE AU NORD-MALI: A QUOI JOUE LA FRANCE?

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La question mérite d'être posée au regard du comportement déjà suspect des médias français les plus prisés au Mali et qui vient d'être corroboré par les déclarations incendiaires à friser la démesure, de la part d'un chef de diplomatie.

En abordant la question du septentrion malien sur RFI, avant-hier, Alain Juppé, sans la moindre retenue due à sa tunique  diplomatique, n'a trouvé mieux que de blesser les Maliens dans leur orgueil par des propos qui frôlent la jubilation. «La rébellion a engrangé des succès», a-t-il laissé entendre, allusion faite visiblement aux assauts sporadiques d'éléments armés sur certaines contrées du Nord-Mali. Ménaka, Tessalit, Aguelhoc, Anderamboukane, etc, ont été soit définitivement soit temporairement abandonnés aux positions rebelles parfois par mesure stratégique.

Quoi qu'il en soit, le succès auquel le Ministre français des Affaires Étrangers fait allusion est entaché d'exactions graves et même passibles de comparutions  devant la Cour Pénale Internationale. Il s'agit des abus commis sur les soldats maliens après qu'ils se soient rendus, abus dont les images ont fini de faire le tour du monde et d'horrifier les internautes de la planète entière.

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Au lieu d'attirer les attentions sur ces horreurs dignes de la barbarie d'un autre âge, Alain Juppé semble visiblement mettre les intérêts de la France sur celle de l'humanité.

En effet, une telle perception de l'évolution de la situation dans le Nord-Mali, pour peu qu'on est attentif, ne peut s'expliquer que par la détention d'une poignée de citoyens Français par l'AQMI dans la zone. Il se trouve, selon des sources dignes de foi, que la collusion d'intérêts entre la France et la rébellion est de plus en plus manifeste. Leur collaboration, de même source, a même atteint une certaine proportion depuis que l'AQMI, principal ennemi de Paris, a essuyé une lourde perte à la suite d'un récent accrochage avec les positions rebelles du Mali.

Se servir des rebelles maliens pour combattre les islamistes et autres preneurs d'otages. Telle est, en définitive, la logique qui vaut au Mali l'indifférence de l'ancienne métropole face aux horreurs que subissent ses vaillants combattants sur le front septentrional. Il ne lui a donc pas suffi que son ancienne colonie ait fait violence sur elle en compromettant ses rapports de bon voisinage avec des pays limitrophes (Algérie et Mauritanie) par la libération de leurs terroristes contre celle du Français Pierre Camate.


A.Keïta


Source: TELEDIASPORA.NET

00:25 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, France, Mali | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : afrique, mali, crise au nord-mali, rfi, alain juppé, aqmi, pierre camate, ménaka, tessalit, aguelhoc, anderamboukane, cpi | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

SITUATION SECURITAIRE AU NORD-MALI: LES BANDITS ARMES DU MNLA REJETTENT L'OFFRE DE DIALOGUE DE BAMAKO



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Comme des patients atteints d'une cécité qui ne dit pas son nom, plusieurs ténors de la classe politique malienne s'ingénient autour d'ATT à faire des propositions en vue d'aller au dialogue avec les bandits armés qui ont pris les armes contre la patrie nourricière du Mali. A quoi servira un forum de discussions que les groupuscules du prétendu Mouvement national de Libération de l'Azawad (MNLA) rejettent catégoriquement ? Malgré la bonne volonté affichée par le Chef de l'Etat, accompagné par la classe politique, les bandits armés semblent décidés à aller à l'affrontement. Le Mali va devoir se lancer dans une guerre qu'on lui aura imposée. Cette fois, pour une paix définitive !

Celui qui apparaît désormais comme le porte-parole de la classe politique malienne, le président de l'Assemblée nationale, président de l'Adéma-PASJ et candidat investi par ce parti à la présidentielle du 29 avril 2012 (dont le report se susurre malgré les assurances données par le Chef de l'Etat), Pr Dioncounda Traoré devrait rencontrer hier ou aujourd'hui le président Touré pour lui soumettre « le plan d'actions du Forum national pour la paix et la stabilité au Mali ». Un plan de dialogue et de réconciliation d'office rejeté par les bandits armés qui ont attaqué notre pays. « Les discussions menées à Alger entre le gouvernement et ces rebelles touareg du Mali ne nous engagent en rien », a affirmé mardi un des chefs du MNLA, qui a lancé depuis le 17 janvier des attaques dans le nord du pays.

Echec des négociations d'Alger

«Les négociateurs présents à Alger ne nous représentent pas, les conclusions auxquelles ils aboutiraient ne nous engagent en rien», a déclaré le président d'un prétendu conseil révolutionnaire du MNLA, Abdel Kerim Ag Matafa, dans un entretien publié par l'agence indépendante mauritanienne en ligne Al-Akhbar. «Toute négociation avec Bamako doit, vocifère l'un de ces bandits, se baser sur le principe de l'autodétermination de notre peuple et se dérouler en terrain neutre, au Burkina Faso, en Mauritanie ou en Suisse, par exemple, avec la participation directe des Nations Unies».

Le ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale, Soumeylou Boubèye Maïga a eu, du 2 au 4 février, des discussions avec des délégués de l'Alliance du 23 mai, dont des membres combattent aux côtés du MNLA contre l'armée nationale dans le nord du pays. A l'issue des pourparlers, les deux parties ont lancé, le 4 février, de sources proches du dossier citées par l'Agence officielle algérienne APS, un appel pressant à l'arrêt des hostilités, pour privilégier le dialogue et la concertation.

Par ailleurs, dans un entretien diffusé lundi par le quotidien arabophone algérien El Khabar, le secrétaire général du MNLA avait affirmé que cet appel au cessez-le-feu ne concernait pas son mouvement. Il faut rappeler que des bandits armés se réclamant du MNLA, appuyés par des éléments armés rentrés de Libye, ont lancé, depuis le 17 janvier, une vaste offensive dans le nord du Mali, la plus importante depuis 2009.

La fermeté...

Plusieurs villes du septentrion ont été attaquées, provoquant l'exode de paisibles populations, qui ont trouvé refuge dans des campements au Mali, mais aussi dans des pays voisins, selon les constats du Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR). Se croyant en position de force pour avoir semé la désolation à Ménaka, Aguelhoc, Anderouraboukane et Tinzawaten, les criminels du désert semblent montrer à présent leurs biceps, non seulement aux autorités maliennes mais à toute la nation.

Nos forces armées républicaines doivent désormais se lancer dans la bataille que l'ennemi est décidé à nous imposer. Ces bandits ont affirmé avoir pris mercredi le contrôle de la localité de Tinzawaten, dans le nord-est et frontalière avec l'Algérie. Ce qu'a démenti une source militaire digne de foi. «Je démens catégoriquement. Nous tenons toujours nos positions. Nous sommes sur le terrain pour défendre la patrie», a affirmé de son côté un officier de l'armée nationale en poste à Gao.

La localité de Tinzawaten est située dans le désert à la frontière avec l'Algérie. Elle abrite notamment un camp de candidats à l'émigration clandestine en Europe refoulés d'Algérie ou en attente de départ. Des témoins joints depuis Bamako ont affirmé avoir vu mardi des hélicoptères de l'armée malienne survoler la zone comprise entre Tinzawaten et la ville de Kidal, plus au sud.

Faut-ils rappeler que la crise actuelle a suscité le mécontentement de familles de soldats engagés dans les combats, qui ont dénoncé la gestion du dossier par le pouvoir et ont manifesté pour avoir des nouvelles des leurs au front et plus de moyens pour ceux-ci. Elle a également été à l'origine « d'amalgames  » de manifestations hostiles à des habitants à peau claire, incluant des Touareg, dont des biens ont été saccagés, notamment à Kati.

Le président Amadou Toumani Touré a invité les populations à ne pas faire « l'amalgame » entre civils et rebelles touareg. Et les appels à l'apaisement, au cessez-le-feu et au dialogue se sont multipliés ces derniers jours au Mali et à l'étranger. Mais, il faut se rendre à l'évidence que la fermeté prônée par ATT, Dioncounda Traoré et d'autres, doit avoir à présent droit de cité.


Bruno D. SEGBEDJI


Source: TELEDIASPORA.NET

dimanche, 12 février 2012

MALI: LES COMBATS SE POURSUIVENT, LES APPELS AU CESSEZ-LE-FEU SE MULTIPLIENT


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Les appels au cessez-le-feu et au dialogue se multiplient au Mali et à l'étranger. Pour l'heure les combats continuent entre l'armée malienne et les rebelles du MNLA, dans le nord-est du pays, pour empêcher ces derniers d'évoluer vers Kidal. L'impasse actuelle inquiète d'autant plus que le nord du Mali est aussi le théâtre d'opérations d'al-Qaïda au Maghreb islamique qui y détient treize otages occidentaux. C'est dans ce contexte que le ministre français de la Coopération Henri de Raincourt est arrivé le 9 février à Bamako, avant de se rendre au Niger et en Mauritanie.

La France ne peut pas rester à l'écart de la grave crise qui secoue le Nord-Mali d'autant que six de ses ressortissants ont été pris en otages dans cette région du Sahel. Henri de Raincourt a eu un entretien avec le président malien Amadou Toumani Touré. Le déplacement du ministre français de la Coopération devrait permettre à l'ancienne puissance coloniale d'écouter mais aussi de s'assurer de la volonté de Bamako d'ouvrir un dialogue avec la rébellion du MNLA, Mouvement national de libération de l'Azawad. Même si les Français ne souhaitent pas apparaître en première ligne, ils peuvent peser et aider les deux parties en conflit à négocier.

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Henri de Raincourt
Ministre français de la Coopération

La France est aux côtés du Mali pour trouver des solutions à la crise (...) Le Mali a vocation à vivre dans la paix et la sécurité et que c'est un acteur très important pour la stabilité du continent tout entier.

Le ministre français de la Coopération devrait également évoquer la menace qui pèse sur l'élection présidentielle prévue le 29 avril. Dans l'impossibilité de la tenir, quelles seront les options ?

Après cette étape malienne, le ministre français est aujourd'hui à Niamey. Le risque d'un débordement de la crise malienne chez le voisin nigérien suscite sans doute de l'inquiétude. Les Touaregs nigériens vivent dans une zone frontalière avec la Libye. Ce serait grave, explique un diplomate si le MNLA faisait tache d'huile, le Nord-Niger pourrait servir de base arrière et réveiller des alliances entre forces touarègues et forces pro-kadhafi.

A Nouakchott dernière étape de sa tournée régionale, Henri de Raincourt pourrait demander au président Mohamed Ould Abdel Aziz de nuancer ses critiques à l'égard du régime de Bamako et de profiter de ses éventuels contacts avec le MNLA pour faciliter l'ouverture d'un dialogue entre les adversaires maliens.
Exode des populations

Les violences qui font rage depuis la mi-janvier provoquent l'exode de milliers de personnes qui cherchent refuge dans les pays voisins et dans des campements de fortune. La ville de Ménaka, touchée par les premiers combats entre le MNLA et l'armée malienne, continue de se dépeupler. Les départs se sont multipliées quand l'armée malienne a quitté la ville : 26 000 personnes ont fui dans la région, et plus de 15 000 ont passé la frontière nigérienne selon le CICR, Comité international de la Croix-Rouge. Ibrahim est parti avec toute sa famille, quinze personnes au total, pour trouver refuge en début de semaine chez des proches à Gao à quelques heures de route de là. Il raconte son désarroi.


Un habitant de Ménaka
Réfugié à Gao

Les gens fuient parce qu'ils ont peur, ils ne sont pas habitués aux armes, aux pillages. L'Etat a abandonné Ménaka.

Le CICR est présent sur le terrain du conflit. L'organisation est appelée à prêter secours aux nombreux déplacés, les populations qui ont quitté leur maison pour fuir les combats. Germain Mwehu responsable de la communication pour le CICR Niger Mali témoigne.

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Germain Mwehu
Responsable de la communication pour le CICR Niger Mali

Une équipe du CICR a rendu visite à treize militaires de l'armée malienne qui sont aux mains d'un groupe armé aux environs de Ménaka et entamer un dialogue avec eux. Le CICR a également porté secours aux combattants blessés.

En Mauritanie, les autorités et le Haut commissariat aux réfugiés sont en train de mettre en place un immense camp de réfugiés à deux jours de route de la capitale Nouakchott. Elise Villechalane, porte- parole du HCR en Mauritanie s'en explique.


Elise Villechalane
Porte parole du HCR en Mauritanie

Le HCR a assuré dans un premier temps le transport de biens essentiels, couvertures, sanitaires, moustiquaires et doit livrer 1 200 tentes familiales dans les jours qui viennent.

A Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, les autorités, appuyées par les Nations unies, font tout leur possible pour gérer ces arrivées. Une cellule de coordination est en place pour gérer la situation.


Réfugiés maliens au Burkina Faso

Les autorités burkinabè s'inquiètent également des désertions au sein de l'armée malienne. Pour Vincent Zakané, le ministre délégué à la coopération regionale, le Burkina Faso ne doit pas être une base arrière pour déstabiliser le pays.


Source: RFI

vendredi, 10 février 2012

MALI: UN COLONEL TOUAREG NOUS A DIT...

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LE REMAKE IVOIRIEN AU MALI?


Le 17 janvier 2012, des hommes solidement armés ont attaqué des cantonnements militaires à Manaka, Adaramboukaré et Tessalit, trois localités sahariennes du Nord-Mali. Depuis, les combats se font âpres. Même s'il est difficile de dresser aujourd'hui un bilan fiable, ce, d'autant plus que chacun des belligérants donne plus ou moins des chiffres en deçà de la réalité du terrain, le doute n'est plus de mise : les morts se comptent par centaines et les réfugiés par milliers dans les pays voisins.

Hier, en fin de matinée, nous avons rencontré dans notre capitale un des ténors de cette rébellion : il s'appelle Hassane Ag Mehdy, il est officier de l'armée malienne et porte fièrement son grade de colonel. Pour lui, contrairement aux idées reçues, le nord du Mali n'est pas occupé seulement par des Touaregs, mais aussi par des Peulhs, des Sonraï et des Arabes, qui se sentent marginalisés, délaissés, abandonnés à leur propre sort par l'Etat central : dans le septentrion malien, à en croire notre interlocuteur du jour, il n'y a ni infrastructures socio-éducatives, ni routes, ni eau, rien !

Bref, les habitants de cette zone ne se sentent plus Maliens. « Et la solution passe par l'indépendance du nord du Mali qui occupe les 2/3 du territoire ».

Entretien exclusif.

Peut-on connaître qui est le colonel Jimmy ?

Je m'appelle Hassane Ag Mehdy, dit Jimmy, le Rebelle pour les intimes. Je suis colonel de l'armée malienne. Je vivais au Burkina, mais après les Accords de Ouagadougou de 1990, j'ai regagné mon pays, le Mali. Mais comme vous le savez, depuis quelques jours dans le nord du Mali, je suis devenu une cible. C'est pourquoi je suis revenu au Burkina.

Quelles fonctions avez-vous occupées dans l'armée malienne ?

Dans l'armée malienne, j'ai assumé tous les commandements, de commandant du premier escadron jusqu'à commandant de région. C'est le plafond. J'ai servi aussi comme officier au Liberia durant la guerre que ce pays a connue.

Dans quel cadre séjournez-vous au Burkina ?

Je suis ici au Burkina pour des raisons évidentes. Comme je vous le disais tantôt, les derniers développements au Mali (Nldr ; la rébellion touarègue) ont fait que j'étais devenu une cible. Alors, j'ai décidé de trouver refuge quelque part. Mon choix a porté bien naturellement sur le Burkina Faso où je vivais, je vous le disais, bien avant les Accords de Ouagadougou dont je suis un des signataires. Je fais partie des derniers à avoir quitté le Mali.

Vous dites que vous étiez devenu une cible. Qu'est-ce qu'on reproche au colonel que vous êtes ?

Ce n'est pas à moi seulement qu'on en veut, mais à toute la communauté touarègue et arabe. C'est devenu une guerre de couleurs. On a brûlé et cassé des pharmacies, des domiciles de conseillers du président, de ministres, etc.

On sait que vous avez été un élément actif de la rébellion touarègue au Mali dans les années 90. Qu'en est-il aujourd'hui ?

J'ai participé activement à la rébellion de 1990. J'étais même chef de guerre et contrôlais toute une zone. Je n'ai pas participé aux accords de Tamarasset ni à ceux du pacte national. Après 1990, j'ai rejoint les rangs de l'armée régulière, mais aujourd'hui, je suis de nouveau dans la rébellion.

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Depuis une cinquantaine d'années, il y a toujours eu des remous dans cette partie du pays. Peut-on savoir ce que les Touaregs réclament exactement ?

Vous savez, le problème touareg n'a pas commencé hier. Il date de 1963, mais jusqu'aujourd'hui, il n'a toujours pas trouvé sa solution. Les autorités maliennes n'ont jamais pris à bras-le-corps ce problème. Pire, on a même l'impression qu'on recule. Comment pouvez-vous comprendre que le Nord-Mali, qui représente les 2/3 du territoire avec un million de km2 et environ deux millions d'habitants, soit laissé à lui-même ? Pas d'eau, pas d'infrastructures socio-éducatives, pas de routes... Rien ! Quand vous arrivez dans cette partie du Mali, vous avez l'impression d'être dans deux pays différents. C'est inadmissible. Vous savez, le Touareg est un homme à la fois simple et compliqué. Les seules choses qui comptent à ses yeux, ce sont sa dignité et sa culture, en un mot, la considération. Si vous touchez à l'un de ces éléments-là, vous allez le croiser sur votre chemin. Aujourd'hui, les populations de cette région, qui regroupe les Touareg, les Arabes, les Sonraï et les Peuls, en ont marre et veulent résoudre leurs problèmes par et pour eux-mêmes.

Mais le président ATT a quand même essayé de résoudre le problème en déliant les cordons de la bourse pour financer par centaines de milliards de Francs CFA des projets dans cette partie du pays !

Vous parlez de quels projets ? Nous, en tout cas, nous n'avons rien vu. Le Nord reste comme il a toujours été, malgré les projets dont vous parlez. Nous ne savons pas où va cet argent. Vous savez, on peut fabriquer des chiffres sur papier et parler de financement de projets de développement. Il n'y a rien sur le terrain. Rien.

Avec cette crise à épisodes, on a l'impression qu'il y a comme un acharnement sur les autorités maliennes. Les rebelles auraient-ils des velléités séparatistes ?

Je l'ai toujours dit à qui veut l'entendre. Le Nord-Mali veut son indépendance. Les quatre peuples cités plus haut vivent mal, très mal à cause de la négligence et du dédain des autres. Ils connaissent mieux leurs problèmes et sont bien placés pour les résoudre eux-mêmes. Pour nous, la résolution de ces problèmes passe par l'indépendance du Nord-Mali. Ni plus, ni moins. Nous sommes fatigués du diktat de Bamako.

La solution pour vous passe donc par la séparation ?

Absolument. Ils nous y ont obligés en créant une sorte de "nous et vous". Nous ne voulons plus vivre dans un même Etat. Nous voulons notre liberté, notre indépendance.

Difficile alors d'envisager une médiation ?

Nous ne refusons pas de médiation. Le problème, c'est qu'il y a eu trop de négociations et aucune n'a permis de résoudre le problème du Nord-Mali parce qu'en face il y a réellement un manque de volonté. Nous n'y croyons plus tellement.

Pensez-vous que cette partie du pays dispose d'assez de ressources pour se développer elle-même ?

Le développement, c'est avant tout dans la tête. Il faut le courage et la détermination. Après, on peut voir avec qui composer pour se développer.


Entretien réalisé par Boureima Diallo & Nankoita Dofini.


L'Observateur Paalga


Source: LE FASO.NET

EDITO: ÇA SUFFIT, M. JUPPE!

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Tous ceux qui aiment ce pays, qui le savent fragile dans son projet de nation, qui ne veulent pas du fossé Nord-Sud ou des dérives ethniques à la base de bien des hécatombes en Afrique ne peuvent vouloir que d'une chose : la paix au Nord Mali, la paix tout de suite et la paix via le dialogue.

C'est d'ailleurs un des acquis majeurs des échanges qui mobilisent actuellement la classe politique malienne. C'était plus facile pour elle par démagogie, de préconiser la solution militaire mais elle s'en est gardée. Car pour beaucoup d'entre nous, l'autorité réside dans l'usage de la force et rarement dans le compromis qui rend celle-ci inutile. Beaucoup d'entre nous voteraient aujourd'hui l'indépendance de l'Azawad juste pour souhaiter bon débarras à ce que nous appelons l'irrédentisme touareg. Beaucoup d'entre nous pousseront à la guerre sans chercher à explorer davantage les issues pour le dialogue, et totalement ignorants des réalités et des pièges du terrain. Non, le salut n'est pas dans la guerre.

Il est dans la négociation et négocier avec son peuple n'est pas de la faiblesse. Nous sommes de ce camp quant à nous et nous y resterons. Mais rien n'est au-dessus de notre pays et sous ce regard-là, nous trouvons déplorable, voire méprisant le cheminement par lequel Alain Juppé exige le cessez-le feu. Un ministre respectueux de l'orgueil des peuples n'a pas à constater les exploits d'une rébellion.

Or il l'a fait. Et du coup, on est bien en situation de penser que ce qu'il demande, dès lors, peut être perçu comme la capitulation d'un Etat dont les citoyens se croient stigmatisés par la France.  Par sa déclaration qu'il doit rectifier, Juppé n'accélère pas la paix que nous appelons de nos vœux. Au contraire, il l'éloigne. Or M. Juppé a trop de classe pour se reconnaître dans la France du discours de Dakar ou celle bien plus récente de la supériorité de certaines cultures sur d'autres.

Adam Thiam


Source: MALI WEB.NET

samedi, 17 avril 2010

INSTABILITE POLITIQUE ET CREATION MONETAIRE

 

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La théorie de la croissance endogène nous enseigne que la croissance ne dépend pas que des seuls comportements des agents et des variables macroéconomiques. En clair, il existe plusieurs facteurs pouvant faire apparaître des externalités positives et par conséquent être source de croissance pour la collectivité. Au nombre de ces facteurs, on cite l’investissement en capital physique, l’investissement en capital public, l’investissement en capital humain, l’apprentissage par la pratique, la division du travail, la recherche et innovations technologiques.

La monnaie, nous avons démontré tout au long de nos écrits qu’elle est au centre du système productif, elle joue le rôle que joue le sang dans le corps humain. Le système monétaire est donc « le système sanguin » de l’économie d’un pays.

Dans une interview accordée à trois journaux français (Rfi, Le Monde et Tv5), le samedi 3 Avril 2010 au cours d’un débat radiotélévisé,  le chef de l’Etat du Sénégal a exprimé son exaspération vis-à-vis du franc CFA, cette monnaie coloniale. Il l’a dit en ces termes « Nous sommes un certain nombre d’africains à être déçus de l’évolution de notre projet continental. Nous réfléchissons à la possibilité de revenir à un projet régional avec sa propre monnaie. Les autorités françaises le savent ».

Le président Wade a dit officiellement ce que nous disions depuis, c’est-à-dire que  «Si nous récupérons notre pouvoir monétaire, nous allons gérer mieux».

Sans nous tromper, nous pouvons dire que le franc CFA est déjà derrière nous et qu’il faut maintenant matérialiser sa disparition en établissant son certificat de décès.   Avec la volonté politique des gouvernants des pays africains de la zone franc (PAZF), l’esclavage monétaire prendra fin dans un court terme. Mais les pays africains doivent savoir certaines vérités en matière d’économie monétaire de production. Cette dernière  pouvant être définie comme une économie dans laquelle la monnaie est créée à l’occasion de prêts octroyés par les banques aux entreprises pour le financement des frais de production.

Si bientôt, les pays africains  de la zone franc accéderont à la souveraineté monétaire, alors il faudra qu’ils s’habituent aux rouages de la monnaie car il est trop facile et surtout oiseux de disserter sur la monnaie, alors que les africains ne savent même pas son modus operandi. 

Les faits économiques qui plaident en faveur d’une telle présentation sont légions : les contrevérités de certains analystes de la monnaie et l’inculture monétaire des populations de la zone franc, puisqu’on entend, le plus souvent les questions du genre «qui garantira notre monnaie sans la tutelle française?».

La référence obsessionnelle à cette crainte montre bien qu’on connait mal les mécanismes de la création monétaire et ses non-dits. Ainsi donc, l’ambition de notre présente réflexion est double : d’une part, revenir sur les vraies raisons de la création monétaire et montrer que l’un des « péchés » des pays africains, « l’instabilité politique », décourage  la création monétaire.

Plutôt que de nous livrer à un exercice purement théorique, nous essayer d’illustrer notre point de vue à partir de ce mal qui mine l’Afrique, c’est-à-dire, le désordre politico-social.

D’abord, il nous faudra essayer de dire ce qu’est la monnaie. Faisant suite à cette tentative de définition de la monnaie, il sera ensuite aisé de faire le lien entre la création monétaire et le développement.

Avec toutes ces connaissances, nous verrons que l’instabilité politique nuit à l’économie monétaire de production.

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La monnaie et ses multiples définitions

La définition exacte de la monnaie est une œuvre gigantesque, prétentieuse, qui débouche sans doute sur une réponse balbutiante. C’est la raison pour laquelle, il existe autant de définition de la monnaie que de courants de pensée. La monnaie n'est pas simple à définir, car elle comporte plusieurs dimensions. C'est d'abord un bien privé au sens où, comme les autres marchandises, elle fait l'objet d'une offre et d'une demande et que sa détention a un prix, en l'occurrence un coût d'opportunité: elle coûte ce qu'elle ne rapporte pas, à savoir le taux d'intérêt qui rémunère les placements moins liquides  et plus risqués qui auraient pu être faits avec la même somme. Mais la monnaie est aussi un bien public ou collectif, car sa disponibilité, sa circulation et la préservation de sa valeur sont indispensables au bon fonctionnement des échanges. Mais le plus souvent, les économistes ne font que reprendre des distinctions opérées par les philosophes grecs notamment Aristote. Ce dernier donne à la monnaie trois fonctions : celle d’unité de compte, d’instrument d’échange et de réserve de valeur.

 

Cette définition nous dit ce que la monnaie fait tout en restant muette sur ce qu’elle est. Elle est donc incomplète comme définition, donc inacceptable. Selon, les anthropologues, la monnaie est tellement imbriquée dans les relations sociales, pour la réduire à ses fonctions. Elle participe par exemple à la structuration de la société et à ses relations avec les autres groupes : elle permet la création des liens. C’est donc carrément un fait social évident.

 

Les marxistes, eux, estiment qu’elle est nécessaire  à l’échange marchand, puisqu’elle est l’équivalent général et « sert à exposer la valeur réciproque des marchandises ». Cette dernière définition  montre bien que la monnaie participe à la production de plus-value. Et la monnaie ne sera légitime que si elle contribue au bien commun des membres de la société.

 

La monnaie est décidément sacrée. Et pourtant, les crises à répétition au cours de l’histoire récente montre bien qu’il est difficile de concevoir la monnaie en dehors du système monétaire. De ce lien, il peut en résulter une définition qui nous va : celle qui conçoit la monnaie comme une créance à vue sur le système bancaire. C’est un droit de rembourser sur le système bancaire. La monnaie qui est en réalité une créance sur la collectivité, permet à son détenteur du moment, de s’approprier une fraction de la richesse nationale. Il existe donc une relation entre la création monétaire et le développement économique.


La création monétaire et le développement économique

 

Il existe au moins un point qui ne fait pas débat au sein de la tribu des économistes : l’importance de la monnaie dans le processus de développement d’un pays.

 

Un système financier solide est un sésame permettant d’accéder à un monde économique nouveau que la paresse bancaire rendrait incompréhensible. Si le développement économique  a une dimension monétaire alors il  y a là, quelque chose de déroutant pour les africains. Comment les africains arrivent-ils à lier leur sort au colonisateur d’hier alors même que les germes d’un développement autocentré sont présents ?

 

Le premier facteur découle de l’inaccessibilité de la phraséologie monétaire à tous. C’est ce que nous tentons de faire, à la suite des dignes fils comme Tchundjang Pouemi, Mamadou Koulibaly, Agbohou Nicolas et biens d’autres.

 

Le second facteur et non le moindre réside dans le peu de courage de nos hommes politiques à accorder à la monnaie son rôle de moteur du développement.

 

L’activité économique est fondée sur la mobilisation de capitaux qui permettent entre autre le développement de nouvelles activités. Cependant, les agents qui souhaitent engager des capitaux pour financer de nouvelles activités ne disposent pas nécessairement des moyens suffisant pour le faire.

 

La banque est donc cette pourvoyeuse de fonds, cette tour de contrôle qui ratifie les projets des investisseurs. La création et la circulation monétaire sont directement liées au fonctionnement de l'économie : elles sont endogènes  à l'économie. Il y a, en particulier, un lien direct entre l'offre de monnaie des banques et les besoins de financement du secteur productif (les entreprises).

 

La monnaie est un instrument indispensable à l’activité économique puisqu’elle facilite les transactions. La masse monétaire en circulation représente le pouvoir d’achat dont dispose les agents économiques à un moment donné. Il va s’en dire que l’accroissement de la masse monétaire est synonyme de croissance économique puisqu’il permet le financement d’investissements additionnels. Le fonctionnement bancaire est donc essentiel.

 

Dans la conception traditionnelle, la banque se situait par construction sur le chemin  que doit emprunter l’argent dont certains n’ont pas besoin, mais que d’autres réclament. C’est le point primordial qu’on a voulu imposer à notre intelligence, même si les choses étaient en pratique plus compliquées que ça. Les économistes modernes ne répètent plus ce « catéchisme obsolète ». Ils savent que la banque offre des crédits au-delà du montant des ressources qu’on lui confie. L’histoire de faits économiques nous enseigne que les premiers banquiers entendaient ainsi répondre à des besoins  économiques qui s’accroissaient  déjà sensiblement bien avant la phase dite de « décollage  économique ».

 

La banque a un pouvoir que lui donnent les forces vives, celui de la création monétaire. Et la seule et unique contrainte à la production est la contrainte monétaire.

 

Dans une économie monétaire de production, trois sphères économiques sont liées pour le développement.

 

La première dite, productive, est celle où agissent toutes les entreprises qui produisent et vendent les biens et services courants sur le marché. La production des  biens et services occasionne des coûts de production, qui doivent être couverts par les consommateurs, ex-post, mais avant la production, par les banques.

 

La deuxième sphère, est monétaire et financière. Elle comprend les agents qui apportent des ressources nouvelles ou des services monétaires et financiers aux agents de la sphère productive. Les banques commerciales  constituent le cœur de cette deuxième sphère.

 

Enfin, la troisième sphère, est celle des ménages, ceux qui fournissent leur force de travail en contrepartie d’un salaire.

 

Créée par le système bancaire, la monnaie circule entre les agents économiques en fonction de leurs comportements de financement, de placement et de dépense. La circulation de la monnaie dans l'économie est ainsi déterminée par les principales opérations économiques (production, consommation et épargne).

 

Pour que le système bancaire réponde favorablement aux diverses demandes de financement des entrepreneurs, il faudra un environnement politique et social stable, pour bien ancrer les anticipations.


L’instabilité politique et l’économie monétaire de production

 

La présentation habituelle du principe de la demande effective insiste sur les deux dernières fonctions, décision et mise en œuvre de la production, distribution et utilisation du revenu, dépenses et retour à la production, mais la demande effective est en fait la conjonction des anticipations des entrepreneurs et des banques.

 

L’instabilité politique et sociale d’un pays, la fiabilité de son administration (notamment son éventuel indice de corruption), ainsi que l'étendue de la réglementation et son respect (en particulier en ce qui concerne le droit de la propriété intellectuelle), ont une influence sur la décision d’investir et la ratification des projets par les banques.  

 

Il est donc indiscutable que la stabilité politique peut produire de multiples effets sur la croissance économique. Selon certains spécialistes, le déficit institutionnel est une source profonde de l'instabilité de celle-ci. Ce qui est prouvé par les performances économiques de plusieurs Etats du monde. Car les pays moins bien gouvernés sont ceux qui ont obtenu les taux de croissance les plus négatifs. En période d'instabilité politique, les activités économiques se déroulent au ralenti. En conséquence, le produit intérieur brut (PIB) décroît, ce qui réduit le niveau de bien être de la collectivité. Il est nécessaire de rendre solides les institutions politiques pour le bénéfice d'une meilleure stabilité politique. Ce qui va favoriser le déroulement des activités économiques, via l'accroissement de l'investissement qui, à son tour, va entretenir la croissance économique. L’Afrique doit s’y atteler.


Les pays africains doivent créer un climat favorable à l’investissement

 

Commençons par définir le climat de l’investissement afin de mieux lutter contre le peu d’enthousiasme à investir dans nos pays. Le climat de l’investissement est l’ensemble des facteurs propres à la localisation de l’entreprise, qui influent sur les opportunités de marché ou le désir des entreprises d’investir à des fins productives, de créer des emplois et de développer leurs activités. Les politiques et le comportement des pouvoirs publics ont une influence très importante en raison de l’incidence qu’ils ont sur les coûts, les risques et les obstacles à la concurrence.

 

Dans une ère où la notion de stabilité politique rime avec des garanties d’investissements et coopération au niveau international, et vu les besoins économiques et sociaux du continent, cette notion de stabilité se doit d’être longuement réfléchie. En matière d'environnement des affaires (corruption, insécurité juridique et judiciaire, harcèlement fiscal...), plusieurs réformes sont en cours dans le cadre des programmes nationaux de Gouvernance sur le continent. Pour mieux assurer le développement économique, les pays africains dans leur quasi-totalité, ont mis en place des dispositifs d’incitation à l’investissement. Il s’en est suivi une forme de concurrence entre pays, relevant souvent du même espace économique, ce qui a créé dans certains cas des distorsions dans l’application des législations communautaires ou l’ineffectivité de ces dispositions, soit par le code général des impôts, soit par des textes spécifiques (code des investissements, code minier, code pétrolier, code forestier, conventions internationales, loi d’orientation fiscale…). Mais l’investissement tarde à s’emballer en raison des résultats qui sont  loin d’être satisfaisants.

 

La défaillance de la gouvernance démocratique n’est guère démontrer. En dépit des énormes points positifs, les coups d’état sont devenus sur le continent, la règle pour accéder au pouvoir et les urnes, une exception.

 

Il est aujourd’hui démontré que la qualité des politiques d’investissement influe directement sur les décisions de tous les investisseurs, petits ou grands, nationaux ou étrangers. Il est donc temps que les pays africains s’engagent résolument, à l’instar d'autres pays émergents, dans un processus de définition et de conduite d’une politique visant à créer des conditions favorables à l’investissement pour une croissance, à la fois forte et pérenne.

 

Si l’acte d’investir doit être un levier stratégique de la croissance socio-économique du pays alors la transparence, la protection de la propriété et la non-discrimination sont les principes fondateurs de la politique d’investissement. Notre continent doit compter sur lui-même pour son développement en accordant une place prépondérante à la dimension monétaire. C’est ce que nous avons tenté de montrer tout au long de cet article. Cependant, aucune économie ne peut se développer sans une stabilité : telle est la moralité de notre contribution car le développement économique et social est lié à la pacification et l’atténuation des conflits.  La paix est une variable que les économistes intègrent aujourd’hui dans leur modèle de telle sorte qu’on ne peut la mépriser. Certains pays d’Afrique subsaharienne (Bénin, Sénégal, Mali) se sont dotés d’un système démocratique progressif où l’on observe l’état de droit, le multipartisme, l’alternance électorale, la progression des libertés civiles, de même que la consolidation des sociétés civiles. Ces pays doivent servir d’exemple aux autres.

 

Parce que nous ne sommes pas de ceux qui frappés du découragement intellectuel et politique, désespèrent de l’Afrique, nous devons aller de l’avant sans jamais nous renier, Dieu nous aidera certainement dans cette œuvre de « conversion des esprits ».

 

Dieu bénisse l’Afrique !

  

Dr Séraphin PRAO


Président de l’ATAM

Spécialiste de la zone franc 

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