topblog Ivoire blogs

dimanche, 04 décembre 2011

CHARLES ONANA (JOURNALISTE-ECRIVAIN): «LES ACCUSATIONS PORTEES CONTRE GBAGBO SONT FAUSSES»


CHARLES ONANA.gif

Journaliste, auteur de plusieurs ouvrages à succès, notamment les « Tirailleurs sénégalais », « Les secrets du génocide rwandais », Charles Onana, de nationalité camerounaise, s'intéresse à tout ce qui se passe en Afrique. A la faveur de la sortie, le 4 novembre 2011 de son livre « Côte d'Ivoire : Le coup d'Etat », il a bien voulu se prêter aux questions de Le Temps. Entretien.

 

Vous venez de publier « Côte d'Ivoire : Le Coup d'Etat »... Quels sont les éléments concrets auxquels s'applique une telle image ? Et à quelle question vouliez-vous répondre ?

Ce titre correspond à une réalité politique qu'ont eu à affronter le chef de l'Etat ivoirien Laurent Gbagbo et tous les Ivoiriens qui l'ont élu. Depuis son arrivée au pouvoir en Côte d'Ivoire, il a échappé à au moins trois coups d'Etat. Le premier en 2001, le second en 2002 et le troisième en 2004. Il s'agit, dans les trois cas, d'initiatives militaires tantôt conduites par les "rebelles ivoiriens" avec le soutien implicite ou explicite du Burkina Faso et d'Alassane Ouattara, tantôt sous l'impulsion de la France pendant la présidence de Jacques Chirac. Je fais allusion dans ce dernier cas aux événements de 2004 où l'aviation ivoirienne a été détruite par l'armée française sous prétexte que le président Gbagbo aurait commandité l'assassinat de 9 soldats français à Bouaké. Je démontre dans mon livre, sur la base de témoignages et de documents émanant des juges français et même des militaires français que les accusations portées contre le président Gbagbo sont fausses. Mieux, que le travail de la justice française est fortement entravé par le pouvoir politique en France. Je publie les deux lettres des juges françaises chargées d'enquêter sur les évènements de Bouaké qui affirment clairement n'avoir rencontré que des obstacles et aucune coopération des autorités françaises dans ce dossier. Pourquoi empêcher la justice française de faire son travail si c'est le président Gbagbo qui est responsable de la mort des 9 soldats français? Ce que je peux dire, c'est que dans le dossier de la justice française que j'ai consulté, presque tous les officiers de l'opération Licorne mettent le président Gbagbo hors de cause dans la mort de leurs soldats. Même l'avocat des victimes françaises m'a dit qu'au départ, il croyait ce que disaient les médias sur le rôle du président Gbagbo mais que désormais, de ce qu'il a vu dans le dossier, il ne veut plus entendre parler de l'implication du président Gbagbo dans la mort des soldats français à Bouaké. Comprenez qu'il est difficile de trouver plus crédible que lui! Le dernier point qui permet de parler de coup d'Etat est l'attaque du palais présidentiel en avril dernier. Il a été dit que le président Gbagbo aurait perdu les élections présidentielles et que pour cette raison, le vainqueur désigné par la "communauté internationale", c'est-à-dire monsieur Alassane Ouattara, devait être placé au pouvoir conformément au résultat électoral. Mon enquête montre qu'il n'en est rien. Il s'agit simplement d'une décision politique prise par le président burkinabé Blaise Compaoré et par le chef de l'Etat français Nicolas Sarkozy dans le but de renverser le président Gbagbo et de mettre à sa place monsieur Ouattara. J'ai retrouvé des correspondances très confidentielles échangées entre les deux hommes à ce sujet. Je les publie également. En résumé, le titre du livre reflète le combat acharné mené pendant 10 ans de 2001 à 2011 contre un homme et un régime qui ne correspondaient pas à l'idée que certains se faisaient ou se font encore d'un chef d'Etat en Afrique. Laurent Gbagbo est un dirigeant atypique et insoumis. Voilà le profil que Paris et Washington ne voudraient pas voir à la tête de la Côte d'Ivoire ni en Afrique francophone.

C'est tout de même bouleversant comme information quand on sait que la communauté internationale et l'Onu ont parlé de « confiscation du pouvoir de la part de Laurent Gbagbo » et « d'actions pour rétablir la démocratie ».

C'est une plaisanterie. Comment le président Gbagbo pouvait-il confisquer le pouvoir en acceptant la tenue d'élections dans un pays coupé en deux et contrôlé en partie au Nord par les rebelles sous le regard bienveillant de l'ONUCI et des forces françaises ? Qui peut regarder les Ivoiriens droit dans les yeux et soutenir sérieusement ce discours ? La réalité est la suivante : lorsque le président Gbagbo demandait le désarmement des rebelles avant d'aller aux élections, ce qui était d'ailleurs conforme aux accords de Ouagadougou et d'Accra, les grandes puissances disaient qu'il refusait d'organiser les élections parce qu'il voulait rester au pouvoir. Lorsqu'il les a organisées, on a dit encore qu'il ne voulait pas quitter le pouvoir. Pendant les élections, lorsqu'il constate - la mission des observateurs de l'Union Africaine également - qu'il y a des fraudes massives dans cette même région du nord, personne ne veut en tenir compte. Il demande même une commission d'enquête internationale pour faire la lumière sur la réalité électorale dans le Nord et tout le monde hausse les épaules. En fait, ceux qui accusent le président de tous les maux et qui n'ont pas voulu recompter les voix, même sous les caméras de télévision du monde entier, avaient besoin des élections dans un pays illégalement occupé pour réussir le coup d'Etat. Ils savaient que la fraude et la brutalité des forces rebelles étaient indispensables pour parvenir à leurs fins. Certaines sources à l'ONUCI m'ont confirmé qu'il était hors de question de ne pas suivre les objectifs de Paris et de Washington qui voulaient installer monsieur Ouattara au pouvoir, au besoin par la force. C'est finalement ce qui a été fait.

Dans votre livre, vous expliquez que ce sont Sarkozy et Blaise Compaoré qui ont renversé Laurent Gbagbo. Mais, comment est-ce possible quand on sait que le président Blaise Compaoré se trouve être le facilitateur de l'Accord de Ouaga ?

Monsieur Blaise Compaoré a joué au moins sur trois tableaux. Premièrement, il a toujours soutenu Alassane Ouattara tout en orchestrant, pour des raisons de politique intérieure burkinabé, l'instabilité en Côte d'Ivoire. Souvenez-vous que les autorités burkinabés avaient fait publier un communiqué en 2000, au moment où la polémique battait son plein à Abidjan sur la nationalité d'Alassane Ouattara, affirmant haut et fort que monsieur Ouattara n'était pas burkinabé. Ce qui est faux. Il a toujours été burkinabé comme le prouvent tous les témoignages et les documents que j'ai retrouvés aux Etats-Unis. Il me semble bien que les autorités burkinabé, à défaut de dire la vérité sur l'identité de leur ancien étudiant boursier aux Etats-Unis (Alassane Ouattara), devraient tout moins s'abstenir d'interférer dans un débat de politique intérieure propre à la Côte d'Ivoire. Jamais la Côte d'Ivoire ne s'est mêlée de la vie politique intérieure du Burkina faso sous Blaise Compaoré.

Deuxièmement, il a été désigné par des puissances étrangères comme médiateur dans un conflit dont il était un des parrains. C'est très cynique de sa part mais cela correspondait à une réalité et à sa propre stratégie du moment. En même temps qu'il participait à la médiation, il abritait les camps d'entraînement des rebelles sur son territoire, et soutenait militairement les mêmes rebelles. Il souriait publiquement au président Gbagbo mais préparait sa chute. Il s'agissait d'un véritable jeu de dupes.

Troisièmement, lorsque je tombe sur la lettre du président Compaoré du 24 mars 2011 invitant le président Sarkozy à engager une action militaire contre le président ivoirien Laurent Gbagbo, je comprends qu'il n'a jamais renoncé à renverser le chef de l'Etat ivoirien. Les déclarations de monsieur Compaoré dans la presse française souhaitant la chute du régime ivoirien sont explicites. Il a endormi certains de ses interlocuteurs pour mieux réaliser son coup. Ceci coïncidait bien avec l'agenda des puissances étrangères et du président Sarkozy contre Gbagbo. Monsieur Compaoré a légitimé, au sein de la CEDEAO, le coup d'Etat contre Gbagbo. En plus d'avoir renversé son prédécesseur et ami Thomas Sankara, il a voulu et obtenu la chute du président Gbagbo. Reste à savoir si la CEDEAO prendra un jour à Ouagadougou les mêmes initiatives lorsque les opposants burkinabés dénonceront, encore plus fort qu'ils ne le font depuis plus de 20 ans, la fraude électorale et les dérives bien connues du régime burkinabé.

Vous nous dites donc que le monde entier a été trompé sur la réalité de la crise postélectorale en Côte d'Ivoire ?

C'est évident! Le président Thabo Mbeki, médiateur de la crise ivoirienne, le chef de la mission des observateurs de l'Union africaine Joseph Kokou Kofigoh, le disent aussi. Sauf à croire qu'ils sont tous naïfs et de mauvaise foi. Ce que personne ne peut croire ou démontrer objectivement. Les faits sont sous nos yeux pour ceux qui veulent les voir.

Partagez-vous l'opinion selon laquelle on aurait fait l'économie d'une guerre si le président Laurent Gbagbo s'était refusé d'organiser l'élection présidentielle dans les conditions qu'on savait, avec une rébellion armée qui contrôlait encore toute la moitié nord du pays ?

Non, je ne partage pas cette vision des choses, mais je la comprends. Vous savez, l'analyse du dossier ivoirien n'est pas simple et pour mieux comprendre la réaction du président Gbagbo, il faut tenir compte de plusieurs paramètres internes et externes. Il a engagé une action militaire à travers l'opération « César » ou « Dignité » pour reprendre le contrôle du nord et organiser des élections dans un contexte politique d'unité territoriale. Au moment où cette action était sur le point d'aboutir, l'Elysée a orchestré une action de manipulation à Bouaké avec des complicités internes en Côte d'Ivoire. 9 soldats français ont été tués dans des circonstances encore non élucidées et l'on a accusé immédiatement le président Gbagbo d'en être le responsable. Ceci a été le prétexte pour détruire l'aviation ivoirienne le 6 novembre 2004. Pis, ce même événement a entraîné les tueries de l'Hôtel Ivoire et de nombreuses victimes ivoiriennes. C'est dire qu'une action militaire forte était prévue contre le régime Gbagbo quelque soit le cas de figure (élections ou pas élections). Par la suite, la communauté internationale a intensifié les pressions avec l'embargo sur les armes et une campagne médiatique sans équivalent contre le régime du président Gbagbo. En plus des ingérences africaines, en l'occurrence celle du Burkina Faso, le président Gbagbo devait lutter contre l'isolement de son pays et les pressions de toutes sortes sur le plan international. Il a choisi la paix et la négociation. C'est ce qui a permis aux Ivoiriens d'obtenir un répit jusqu'aux élections. Ceux qui pensent qu'il était possible d'éviter la guerre en refusant d'organiser les élections se trompent. Savent-ils quel était l'agenda des déstabilisateurs de la Côte d'Ivoire ? La seule chose qui pouvait éviter la guerre c'était de faire cadeau du pouvoir à monsieur Ouattara comme l'exigeaient, sous différentes formes, le Burkina et "la communauté internationale". Ce qui signifie qu'il ne fallait pas suivre les règles constitutionnelles et les procédures démocratiques. L'attitude décrite sur la reconnaissance précipitée d'Alassane Ouattara après les élections et le soutien massif des grandes puissances en est la démonstration. La constitution ivoirienne, le choix des Ivoiriens, les procédures démocratiques n'intéressaient pas les parrains de l'instabilité en Côte d'Ivoire.

Certains observateurs politiques traduisent la crise ivoirienne et la capture de Laurent Gbagbo comme répondant à des enjeux géostratégiques et économiques de la France. Qu'en pensez-vous ?

Je ne suis pas de cet avis. La capture de Laurent Gbagbo et la déstabilisation de son régime reposent essentiellement sur la volonté personnelle de Nicolas Sarkozy et de certains lobbies financiers qui voulaient changer de régime en Côte d'Ivoire. Parler globalement de la France n'est pas exact car la décision de renverser Laurent Gbagbo n'a pas été prise après un débat parlementaire ni après une consultation nationale. Le chef de l'Etat français a utilisé abusivement son pouvoir de représentant de l'Etat français pour réaliser le coup d'Etat au mépris de la souveraineté de la Côte d'Ivoire et du débat démocratique en France. D'ailleurs, différents députés de gauche comme de droite ont exprimé leur désapprobation sur l'intervention française. Certains ont aussi demandé une commission d'enquête au Parlement, demande qui a visiblement été étouffée.

8 mois après l'avènement du régime Ouattara, peut-on considérer qu'aujourd'hui une démocratisation du pays est en marche, avec un Etat de droit, une liberté de la presse ? Autrement dit, après 20 ans de crise, Ouattara est-il l'homme de la réconciliation de la Côte d'Ivoire ?

Il me semble, d'après certaines organisations des droits de l'Homme que l'on ne peut soupçonner d'être favorables à l'opposition, que la situation des libertés publiques est très préoccupante en Côte d'Ivoire. Reporters Sans frontières écrit par exemple ceci : " Depuis le mois d'avril et l'accession au pouvoir d'Alassane Ouattara, les autorités ivoiriennes n'ont pas démontré leur respect de la liberté de la presse ". Même le consulat de France donne des consignes de très grande prudence aux touristes qui se risqueraient à voyager à Abidjan. A croire que la fanfare sur l'avènement démocratique en Côte d'Ivoire ne tient toujours pas ses promesses.

Que pensez-vous des prochaines législatives en Côte d'Ivoire ? Vont-elles conduire à une normalisation de la vie sociopolitique, comme le pense le pouvoir en place ?

Il ne peut y avoir de compétition politique normale dans un climat de peur, de racket et de pillages des populations civiles. Le nouveau pouvoir n'a pas réussi à garantir la sécurité des Ivoiriens ni même celle des étrangers. Les Ivoiriens ne peuvent pas croire à la sincérité des élections lorsque les résultats des élections de novembre 2010 n'ont pas été clarifiés et que la décision du Conseil constitutionnel n'a pas été respectée.

Le pouvoir a libéré 20 prisonniers politiques, il y a peu. Seulement, le Fpi ne participera pas à ces législatives. Il a posé comme condition à sa participation, entre autres, la libération de Laurent Gbagbo... Quelle lecture en faites-vous ?

C'est toujours bien de libérer des innocents ou des prisonniers politiques. Le FPI est logiquement fondé à réclamer la libération de ses militants et de tous les prisonniers politiques. La détention du président Gbagbo à Korhogo est totalement arbitraire et repose uniquement sur des motivations politiques. Pour l'instant, les avocats et de nombreux observateurs constatent que les accusations portées contre le président Gbagbo ne sont pas étayées. Pour le FPI, participer à des élections dans ces conditions reviendrait à entériner la reconnaissance internationale du nouveau régime au niveau national. C'est-à-dire, à accepter que Monsieur Ouattara a été le vainqueur de l'élection présidentielle de 2010, ce qui, à ce jour, n'est pas prouvé.

Les chefs d'Etats se succèdent en France sans qu'il y ait rupture dans les méthodes dites « françafricaines ». Un rééquilibrage des relations France-Afrique vous semble-t-il possible ? Et dans quelles conditions ?

Le changement des rapports entre la France et l'Afrique francophone ne dépend pas et ne doit pas dépendre des dirigeants français, mais plutôt des dirigeants et des élites du continent africain. Ils doivent faire valoir leurs priorités, leurs intérêts et leurs politiques. Pour l'instant, c'est la France qui a toujours conduit les débats et les Africains ont presque toujours suivi. Le président Gbagbo a été parmi les rares dirigeants africains à vouloir faire valoir les intérêts de son pays et de ses populations, on lui a préféré un allié du FMI et de la finance internationale. Au lieu de passer beaucoup de temps à critiquer la politique française (ce qui est fait régulièrement depuis les indépendances), les Africains doivent aujourd'hui passer aux actes. Le président Gbagbo a passé moins de temps à critiquer la France mais a essayé de montrer qu'il y avait une autre façon de faire ou de travailler avec la France. La CEDEAO a préféré le menacer plutôt que de défendre les intérêts vitaux d'un pays phare de la sous-région. Ce qui est déplorable.

Comprenez-vous mieux aujourd'hui René Dumont lorsqu'il déclarait au début des années 60 que « l'Afrique noire est mal partie » ?

Non, l'Afrique noire n'est pas mal partie ! Ce sont les dirigeants africains qui ne savent pas toujours où ils vont. Ils sont censés diriger leur pays en défendant à la fois la souveraineté de leurs Etats et le bien-être de leur population ; ils semblent plutôt qu'ils écoutent davantage ce que leur suggèrent les puissances extérieures et les forces qui empêchent le développement du continent africain. On leur a dit que les plans d'ajustement structurel étaient bons, ils les ont appliqués. On leur a dit que la dévaluation du franc CFA était une bonne chose pour leurs économies, ils l'ont acceptée. On leur a dit de signer des accords avec l'Union Européenne ou les Etats-Unis parfois au détriment de leurs propres avantages, ils l'ont fait, avant de se rendre compte que les termes de ces accords leur étaient défavorables. Il faudra bien un jour qu'ils sachent négocier, qu'ils sachent résister, qu'ils refusent la facilité et qu'ils n'aient pas toujours peur d'être renversés s'ils n'obéissent pas à ceux qui tirent les ficelles.

Avec le recul, pensez-vous que cette crise ivoirienne était liée à un déficit de démocratie?

Ça dépend encore de ce qu'on entend par démocratie. Les uns ont pensé que la démocratie en Côte d'Ivoire, c'était le fait que la communauté internationale impose le dirigeant de son choix à la tête du pays, peu importe qu'il y soit mis par des moyens illégaux, non conformes aux lois et à la constitution ivoiriennes. D'autres au contraire pensent que la démocratie, c'est le respect scrupuleux de ces lois et de cette constitution mises en place après un référendum populaire. Je ne crois pas qu'il y a eu déficit de démocratie mais plutôt une conception antagoniste des règles de base du fonctionnement d'un Etat démocratique. Certains étaient prêts à prendre le pouvoir par tous les moyens alors que d'autres voulaient respecter scrupuleusement la loi et la constitution de Côte d'Ivoire.

Les crises ivoiriennes et libyennes ne sont-elles pas symptomatiques du caractère inopérant de l'ingérence du droit humanitaire ? Et finalement l'Onu et la communauté dite internationale ne portent-elles pas toute la responsabilité de ces crises africaines ?

Je ne crois pas qu'il faille attribuer toute la responsabilité des crises africaines à l'ONU et à ce qu'il est convenu d'appeler "la communauté internationale". Les Africains ne sont pas de grands enfants qui subissent et qui par fatalité ou déterminisme doivent toujours subir. La CEDEAO a été la première à menacer le président Gbagbo d'intervention militaire. Ce fut déplorable, irresponsable et lamentable. L'Union Africaine s'est illustrée par une complaisance sans équivalent lorsque la prétendue "communauté internationale" a reconnu monsieur Ouattara. De nombreux dirigeants sachant qu'ils côtoient beaucoup la fraude électorale et qu'ils règnent sans opposition démocratique dans leur pays ont entériné la décision de la France et des Etats-Unis. Les mêmes Africains ont applaudi la secrétaire d'Etat américaine Hilary Clinton qui leur ordonnait presque d'expulser les ambassadeurs libyens accrédités dans leurs pays respectifs. En cela, leur comportement ne fut guère exemplaire non pas pour le colonel Khadafi mais pour la dignité et la respectabilité des dirigeants africains. La première responsabilité est donc la leur.

Vous dénoncez « les secrets de la justice internationale » dans l'un de vos ouvrages. Quelles sont les solutions que vous proposez pour que l'Afrique se réapproprie son développement et son avenir?

Ce serait prétentieux de ma part que de prétendre détenir des solutions sur le devenir de l'Afrique. La justice internationale ou ce qu'on qualifie comme telle n'en est pas une. Celle qui traite par exemple du Rwanda est un scandale. Dans un conflit qui a opposé des rebelles aux forces gouvernementales, seuls les membres du gouvernement rwandais sont incarcérés et condamnés. C'est comme si en Côte d'Ivoire, on décidait de traduire en justice tous les ministres pro-gbagbo et que tous les rebelles qui ont commis des actes répréhensibles depuis 2001 n'étaient aucunement concernés par la justice. C'est cela le Tribunal pénal International pour le Rwanda. La communauté internationale a décidé que seuls les Hutu étaient les méchants et les rebelles tutsi, eux, les bons et les gentils. Malgré tous les crimes que ces derniers ont commis au Rwanda et au Congo, la justice ne s'intéressera jamais à eux. C'est probablement ce scénario qui est envisagé en Côte d'Ivoire. On parle de traduire le président Gbagbo devant la CPI, sur quel fondement juridique? Quelle est la légitimité de la CPI dans les élections et les actes qui entourent ces élections en Côte d'Ivoire ? J'ai eu le privilège de recevoir au cours de mon enquête le mémorandum du 9 mars 2011 rédigé par les avocats français de monsieur Alassane Ouattara qu'ils ont adressé à la Cour Pénale Internationale. Ce document préparé avant le coup d'Etat d'avril 2011 avait été concocté pour neutraliser le président Laurent Gbagbo et non pas pour analyser la situation des droits de l'Homme en Côte d'Ivoire comme ses auteurs le prétendent. Ils accusent "le président Gbagbo et son clan" de multiplier les violations des droits de l'Homme depuis "l'élection" de monsieur Ouattara le 28 novembre 2010. Pourquoi ce texte très politique commence à accuser le président Gbagbo seulement à partir du 28 novembre ? Il eut été préférable et plus cohérent, dans cette logique, de commencer dès son arrivée au pouvoir en 2000 ou dès 2001. On pourrait ainsi enquêter sur ceux qui ont fait la tentative des coups d'Etat de 2001, 2002, 2004, ainsi que leurs commanditaires et finir par le coup réussi de 2011. Y a-t-il eu violations des droits humains à toutes ces périodes ou pas ? Les Premiers ministres successifs peuvent-ils être concernés par des enquêtes judiciaires ou pas ? Vous voyez que lorsqu'il faut aller au fond des choses, ça peut devenir très embarrassant et peut-être aussi très intéressant. Je pense pour l'instant qu'il faut libérer celui qui a permis à monsieur Ouattara de se présenter aux élections alors qu'il était sous le coup d'un mandat d'arrêt international de monsieur Bédié pour faux et usage de faux. Je note simplement que Monsieur Gbagbo n'a jamais mis monsieur Ouattara en prison alors qu'il était fondé de le faire après deux tentatives de coup d'Etat en 2001 et 2002. Cependant, monsieur Ouattara a déjà mis arbitrairement Laurent Gbagbo en prison à deux reprises (1992 et 2011) simplement parce qu'il n'a jamais toléré de voir ce dernier gravir les hautes marches vers le pouvoir suprême. En regardant simplement les faits, on est obligé de constater que sa conception de la démocratie est vague et très aléatoire.


Réalisée par Nikitta Kadjoumé

knikitta@yahoo.fr


Source: IVORIAN.NET

LUCIE BOURTHOUMIEUX, AVOCATE DE LAURENT GBAGBO: «RECUSER MORENO-OCAMPO ET ATTAQUER SARKOZY ET OUATTARA POUR CRIMES CONTRE L'HUMANITE»




LUCIE BOURTHOUMIEUX.jpg

« La question fondamentale qui se pose est celle de la crédibilité de la Cour pénale internationale, et donc de la justice internationale. Nous appelons tous, et le Président Gbagbo le premier, à la justice. Cette manière de faire, la partialité affichée, la connivence affichée du procureur Ocampo qui le jour de sa décision va à Paris rencontrer Ouattara et me dit-on Sarkozy [sic], sa connivence affichée avec les auteurs identifiés des crimes de Duékoué [attribués aux forces de Ouattara], cette façon de se mettre aux ordres des puissants remet profondément en cause la crédibilité de la justice internationale dont nous avons pourtant tous besoin. La question qui est posée aujourd'hui va au-delà même de la personne de Gbagbo ».

« Ce mandat d'arrêt est absolument illégal. Dans le texte du Traité de Rome qui institue la Cour pénale internationale, il est indiqué que les mesures de mandat d'arrêt et de transfèrement pendant la période d'enquête préliminaire sont des mesures exceptionnelles qui ne peuvent être réalisées qu'à une seule condition. La personne à l'encontre de laquelle cette mesure est prise doit constituer pour le territoire sur lequel elle se trouve une menace à la paix. Je vous rappelle que la commission des droits de l'homme des Nations-Unies en Côte d'Ivoire est reconnue comme une autorité internationale habilitée à établir des faits qui permettent aux différentes instances de prendre une décision. Cette commission a établi un rapport qu'elle a présenté il y a deux mois devant la chambre préliminaire, dans lequel il était formellement indiqué que la présence du Président Gbagbo sur le territoire ivoirien était plutôt un élément stabilisateur, qu'en tout état de cause, cette présence n'était pas une menace à la paix, et qu'en conclusion il n'était pas question pour eux de soutenir un quelconque transférement à la Haye. Nous sommes donc très étonnés ».

FOFIE KOUAKOU 2.jpg

Commandant de zone Fofié Kouakou.

Chargé de surveiller Gbagbo à Korhogo, et frappé par les sanctions de l'ONU depuis 2004 pour enrôlement d'enfants-soldats, enlèvements, imposition de travail forcé, sévices sexuels sur les femmes, arrestations arbitraires et exécutions extra-judiciaires...

 

« Gbagbo n'est pas accusé de crimes. Je vous rappelle qu'on est dans la période d'enquête préliminaire. Préliminaire ! Il ne s'agit pas d'inculpation, Gbagbo n'est pas inculpé parce que pour inculper il faut être capable de juger, or la Cour pénale internationale n'a aucune compétence aujourd'hui pour juger un citoyen ivoirien pour la bonne et simple raison que l'État Ivoirien n'a jamais ratifié la compétence de la Cour pénale internationale. La Cour n'a aucune compétence, ce n'est pas une mesure de justice, c'est une mesure politique qui a pour objectif d'écarter le Président Gbagbo du débat politique ! Le seul objectif est de faire plaisir à Ouattara qui, 7 mois après sa prétendue investiture, n'a pas la réalité du pouvoir... La seule personne qu'il accuse à cet effet est le Président Gbagbo. Donc on l'éloigne comme il le demande. C'est un leurre. À l'heure où je vous parle il y a trois journalistes ivoiriens, reconnus nationalement et même internationalement, qui ont été inculpés et déférés en prison hier pour atteinte à la sûreté de l'État, vous savez pourquoi ? Parce qu'à la une de leurs journaux, ils ont titré sur une dévaluation du franc CFA en 2012, reprenant en cela un article paru dans un journal français. Où-va t-on ? Ocampo ne va pas nous dire qu'il n'est pas au courant puisqu'il a des rapports hebdomadaires de la même commission des droits de l'homme qui conclut à chaque fois à des exécutions sommaires et à la confiscation des libertés publiques. La question est: est-ce que 50 ans après, le peuple africain va accepter comme cela au grand jour d'être soumis, vassalisé, par la puissance coloniale d'hier? ».


Texte: Extraits d'une interview réalisée le 30/11/2011 par Stéphane Malka de "LexTimes.fr".


Source: LE GRI-GRI INTERNATIONAL

AFFAIRE GBAGBO: LE DEUX POIDS DEUX MESURES DE LA CPI

 

LAURENT GBAGBO 9.jpg

Dans la nuit du 29 au 30 novembre, l'ex-président de la Côte d'Ivoire Laurent Gbagbo a été transféré à la prison de La Haye. Le procureur de la CPI lui a signifié un mandat d'arrêt international. Le camp du président Ouattara est épargné. Alors que sur le papier, l'actuel chef de l'Etat est lui aussi susceptible d'être inquiété.


L'ancien président ivoirien Laurent  Gbagbo comparaîtra le 5 décembre pour la première fois devant la Cour pénale internationale (CPI) qui le soupçonne de crimes contre l'humanité commis lors des violences post-électorales de 2010-2011.

Laurent Gbagbo, inculpé par la Cour pénale internationale ce mardi 29 novembre, a donc été transféré à La Haye, aux Pays-Bas.

La CPI a été d'une rapidité inégalée pour traiter le cas de l'ex-président ivoirien, débarqué du pouvoir le 11 avril dernier et emprisonné depuis dans le nord de la Côte d'Ivoire. A l'évidence, cette décision est hautement politique et le résultat de négociations entre le procureur Ocampo et les autorités ivoiriennes. En témoigne la rencontre secrète, révélée par plusieurs organes de presse, entre ce dernier et le président Ouattara, à Paris le 26 novembre dernier, et les pressions discrètes de la France dans le même sens.

Depuis le second tour de la présidentielle du 28 novembre 2010, Alassane Ouattara a maintes fois répété qu'il collaborerait pleinement avec la Cour pénale internationale. Dès la chute du président Gbagbo, le nouveau chef de l'Etat ivoirien a annoncé qu'il livrerait son prédécesseur à la Cour de La Haye. Sur ce point, il a tenu parole. Le procureur Ocampo s'est rendu à Abidjan à la mi-octobre, précédé d'une équipe d'enquêteurs.  Puis en quelques semaines, il a pu boucler son mandat d'arrêt.

Enquête express à Abidjan

« Nous avons beaucoup travaillé à Abidjan, c'est pourquoi nous avons été aussi rapides, a-t-il expliqué à l'Agence France Presse. Nous avons bien organisé les choses, nous avons identifié des témoins et envoyé une équipe à Abidjan: en une semaine, nous avons mené tous les interrogatoires nécessaires pour compléter les investigations», a-t-il expliqué.

Le magistrat argentin en a profité pour saluer «la bonne coopération» avec le procureur général ivoirien, précisant que ses enquêteurs ont «interrogé plus de 160 victimes et nous ont donné une énorme quantité d'éléments de preuve».

Il a toutefois rappelé que des crimes ont été commis dans les deux camps et que d'autres personnalités suivront le même chemin que Laurent Gbagbo.

«L'enquête suit son cours. Nous continuerons de recueillir des éléments de preuve en toute impartialité et en toute indépendance, et nous saisirons la Cour d'autres affaires, quelle que soit l'affiliation politique des personnes concernées», a précisé le magistrat argentin.

A l'évidence, l'exercice s'avérera plus difficile. Laurent Gbagbo a été livré sur un plateau à la Cour pénale internationale par Alassane Ouattara. Et même si ce dernier a promis que les crimes passibles de la CPI commis par ses propres troupes seraient punis, il reste à voir qui le président ivoirien acceptera de lâcher dans son entourage. Le chef de l'Etat sait en effet qu'il doit son arrivée au pouvoir, outre à la France et aux Nations unies, à son Premier ministre Guillaume Soro et aux chefs de guerre de l'ex-rébellion des Forces nouvelles, aujourd'hui incorporés dans l'armée ivoirienne ou la sécurité présidentielle.

En outre, si la CPI tient aujourd'hui Laurent Gbagbo pour responsable de crimes commis par l'armée ou des miliciens lorsqu'il était encore aux affaires, que peut-il en être d'Alassane Ouattara? Les FRCI, Forces républicaines de Côte d'Ivoire pro-Ouattara, ont été créées par décret présidentiel le 17 mars 2011. Quelques jours plus tard -selon le CICR, Amnesty International et Human Rights Watch- des membres de ces mêmes FRCI se sont livrés à des massacres de grande ampleur dans la ville de Duekoué, dans l'ouest de la Côte d'Ivoire.

Ouattara, Soro et les autres...

En outre, des rapports des Nations Unies et d'organisations de défense des droits de l'homme ont largement détaillé les exactions et les meurtres commis par des membres des Forces nouvelles (qui composent les FRCI) de l'actuel Premier ministre Guillaume Soro. Sur le papier, Alassane Ouattara, comme Guillaume Soro pourraient donc, eux aussi, être passibles de la CPI. A l'évidence, sauf bouleversement extraordinaire, leur comparution est très peu probable. D'autant que même les plus petits poissons comme le chef de guerre pro-Ouattara Kouakou Fofié, commis à la surveillance de Laurent Gbagbo à Korhogo, et soumis à des sanctions de l'ONU pour des exactions et des viols, n'a pas pour l'instant été inquiété.

Avec ce transfèrement du président Gbagbo, le procureur Ocampo, dont le mandat s'achève à la fin de l'année, peut en tout cas être assuré de quitter son poste avec un tableau de chasse fourni, alors qu'il a jusqu'ici échoué à mettre la main sur le président soudanais Omar el Béchir, poursuivi, lui, pour crimes contre l'humanité dans le Darfour.

Soupçonné par les défenseurs des droits de l'homme d'actes de génocide et de massacres à grande échelle, Omar el Béchir est, il faut dire, protégé par l'Union africaine, hostile, dit-elle, à l'idée de faire juger un chef d'Etat africain en Europe. Manifestement, cette règle ne vaut pas pour Laurent Gbagbo, qui est pourtant loin d'être un «Hitler africain».

Dans l'entourage de l'ex-chef de l'Etat ivoirien, en tous cas, la colère gronde.

«C'est une forfaiture juridique que dénoncent dès à présent les avocats du président Gbagbo qui préparent la riposte appropriée, s'insurge Bernard Houdin, un de ses conseillers dans un communiqué. Messieurs Ouattara et Soro sont(...), plus que quiconque, redevables de la CPI.»

A Abidjan en revanche, le porte-parole du gouvernement ivorien, Bruno Koné, estime que «ce transfèrement est salutaire». Il ajoute que cela aidera à «tourner une page triste de l'histoire de la Côte d'Ivoire». Il jure par ailleurs que si des personnes de l'entourage du pouvoir actuel sont concernées par des procédures de la CPI, une même procédure du même type que pour Laurent Gbagbo sera mise en œuvre.


Aya Touré


Source : SLATE AFRIQUE

GBAGBO A LA CPI: DECLARATION OFFICIELLE DU FPI - LE PROCESSUS DE RECONCILIATION AU POINT MORT

 

LAURENT AKOUN 2.jpg

«Tenez-vous prêts pour des mots d'ordre à venir»

 

Le lundi 28 novembre 2011, dans une procédure complètement illégale, la doyenne des juges d'instruction du tribunal de première instance du Plateau engage une audition du président Laurent Gbagbo sur les infractions de «crimes économiques». Le mardi 29 novembre 2011, contre toute attente, la Chambre d'accusation de la Cour d'appel d'Abidjan notifie au Président Laurent Gbagbo un mandat d'arrêt international émanant de la Cpi. On assiste alors à un emballement de l'appareil juridico-politique pour aboutir le même jour au transfèrement du Président Laurent Gbagbo à la Cpi à la Haye selon une procédure toute aussi illégale.

Cette opération n'est qu'une mascarade et une parodie de justice mises en oeuvre par le Président Ouattara pour obéir aux injonctions de ses parrains. Elle n'est que la manifestation suprême d'une haine qu'ils vouent au Président Laurent Gbagbo pour sa vision politique ancrée sur la souveraineté nationale. Elle finit de convaincre le Fpi et ses alliés, ainsi que l'opinion nationale et internationale sur le refus définitif du Président Ouattara de voir une Côte d'Ivoire réconciliée.

C'est pourquoi le Comité central instruit instamment le Secrétariat général de prendre des mesures légales appropriées, notamment la mobilisation des structures, de l'opinion nationale et internationale et ce, dans le cadre de l'action unitaire au sein du Cnrd, afin d'obtenir la libération définitive et le retour du Président Laurent Gbagbo en Côte d'Ivoire.

Par ailleurs, le Comité central:

- condamne ce véritable hold-up politico-judiciaire de transfèrement du Président Laurent Gbagbo à la Haye alors que les enquêtes sont en cours; ce qui constitue une violation grave de la présomption d'innocence reconnue à tout être humain;

- s'insurge contre cet enlèvement politique qui s'apparente plus à une contrainte à l'exil sous le prétexte de «mandat d'arrêt internationale» alors que les vrais criminels sont les rebelles et leurs vrais chefs dont les dossiers sont pendants à la Cpi depuis 2004 ;

- dénonce la collusion du procureur Ocampo avec Alassane Ouattara sur fond de corruption massive dont les indicateurs sont, entre autres, la rencontre secrète récente entre les deux hommes à Paris et l'affrètement d'un avion privé par le Président Ouattara pour le transfèrement du Président Gbagbo, alors que le Cpi dispose de moyens à cet effet ;

- assure le Président Laurent Gbagbo du soutien et de la solidarité indéfectibles du parti dans cette épreuve qu'il bravera pour le bonheur des Ivoiriens et des Africains. En attendant que le Secrétariat général, en liaison avec les organes exécutifs respectifs de nos alliés du Cnrd, entreprenne des actions idoines, le Fpi, sur décision du Comité central:

- suspend sa participation à tout processus de réconciliation et demande à tous ses cadres de s'abstenir de toute activité y afférant ;

- affirme que le transfèrement du Président Laurent Gbagbo signe la rupture du dialogue républicain en cours avec le pouvoir et ses alliés. Enfin, le Comité central du Fpi demande à tous les militants sympathisants, démocrates ivoiriens et africains de se tenir prêts et de rester à l'écoute de la Direction pour les mots d'ordre imminents à venir.


Fait à Abidjan, le 30 novembre 2011


Pour le Comité central du Front populaire ivoirien,

Le Secrétaire général, Porte-parole

 

Laurent Akoun


Source: COTE D'IVOIRE LA VRAIE

samedi, 03 décembre 2011

DES ERREURS SUR LE MANDAT D'ARRET DE GBAGBO: LA CPI VA-T-ELLE LIBERER L'ANCIEN CHEF DE L'ÉTAT IVOIRIEN?



LAURENT GBAGBO 8.jpg

Ça fait déjà débat sur la toile. Ocampo se serait-il trompé sur l'identité ou aurait-il commis une erreur sur la personne de l'ancien chef de l'État ivoirien, transféré à la Cour Pénale Internationale (CPI) dans la nuit du mardi 29 ou mercredi 30 novembre 2011 ? En effet, le mandat d'arrêt international et l'acte d'accusation délivrés dans un document judiciaire unique par le Procureur argentin de la CPI, contre l'ex-président de la République de Côte d'Ivoire, est ainsi libellé : «(...). Par ces motifs, la Chambre délivre le présent mandat d'arrêt à l'encontre de Laurent Koudou Gbagbo, né le 31 mai 1945 dans le village de «Mama», sis dans la sous-préfecture de Ouragahio, dans le département de Gagnoa, en Côte d'Ivoire, de nationalité ivoirienne et membre de la tribu des Bété (...)». Du coup, plusieurs observateurs ont relevé des erreurs matérielles sur ledit mandat d'arrêt, et les internautes se sont saisis de l'affaire. D'abord, ils ont relevé que Laurent Gbagbo s'appelle à l'état civil Gbagbo Laurent.

C'est sous ce nom qu'il a été régulièrement enregistré aussi bien durant son cursus scolaire, universitaire et professionnel, que dans les documents officiels de la Commission électorale indépendante (CEI) et du Conseil constitutionnel ivoirien lors des deux tours de l'élection présidentielle, en octobre et novembre 2010 en Côte d'Ivoire. Laurent Gbagbo n'a jamais porté le patronyme «Koudou» qui est celui de son père Koudou Zêpê Paul. L'homme avait fait savoir quand il était encore dans l'opposition, qu'il intenterait une action en justice pour l'adjonction du nom «Koudou» sur son état civil, mais il ne l'a jamais fait.


De plus, dans les registres de l'état-civil ivoirien, Laurent Gbagbo serait né à Babré, dans la commune de Gagnoa, et non à «Mama, sis dans la sous-préfecture de Ouaragahio, dans le département de Gagnoa», comme cela est inscrit dans le mandat d'arrêt d'Ocampo. Vrai ou faux ? Il faudra le vérifier dans les registres d'état civil de Ouragahio et de Gagnoa. Mais il n'en fallait pas plus aux partisans du nouveau pensionnaire de la prison de Schweningen à La Haye, pour alerter l'opinion nationale et internationale via Internet et les réseaux sociaux dont Facebook, sur ce qu'ils qualifient de «grossièretés judiciaires» de la CPI.


Que
va faire la CPI ?

A l'audience de présentation qui aura lieu le lundi 05 décembre à 13 GMT (14 heures locales), Laurent Gbagbo pourrait opposer ce genre d'argumentaire à la Cour lors de sa première comparution : «Je ne suis pas Laurent Koudou Gbagbo, et je ne suis pas né à Mama (...). Vous vous trompez sûrement de personne. Moi, je me nomme Gbagbo Laurent et je suis né à Babré (...). Donc allez chercher ailleurs votre Laurent Koudou Gbagbo né à Mama, et libérez-moi». Aussi surréaliste que cela puisse paraître, la procédure pourrait se trouver enrayée par une telle posture de l'accusé, et fortement embarrasser la CPI. Ces détails relevés ci-dessus peuvent-ils valablement conduire la Cour à se dessaisir - même momentanément - du dossier Gbagbo ou à reprendre la procédure ?

En d'autres termes, Gbagbo peut-il bénéficier d'une liberté, même provisoire ou à titre temporaire, pour ces raisons ? Des erreurs sur l'identité et la filiation de la personne poursuivie peuvent-elles conduire à un non-lieu ou à un abandon des charges contre le mis en cause ? Que dit la loi et la jurisprudence nationale et internationale en la matière ? Nous avons posé toutes ces questions aux conseils juridiques de Laurent Gbagbo.


Les avocats de l'ancien chef de l'État ivoirien ont promis de nous faire le retour. On attend leur réponse. Interrogée sur la question, une source judiciaire près le Tribunal de Grande Instance d'Abidjan-Plateau a fait l'observation suivante : «Si par extraordinaire la CPI prononçait un non-lieu ou un abandon des charges contre M. Gbagbo, ce qui est du reste très peu probable, il sera ramené à Korhogo où il était assigné à résidence surveillée. N'oubliez pas que M. Gbagbo fait l'objet d'une procédure ouverte par la justice ivoirienne notamment pour crimes économiques». L'imbroglio judiciaire national et international ne fait que commencer.



Anassé Anassé, in le quotidien ivoirien «L'Inter» N° 4052  du samedi 3 décembre 2011.

DEPORTATION DE GBAGBO A LA CPI - ABOU CISSE A OUATTARA: «TU VIENS DE MANGER TON TOTEM»



UNE N° 2505 LE TEMPS.jpg

Abou Cissé, oncle d'Alassane Ouattara, ne voulait pas garder le silence après la déportation du Président Laurent Gbagbo à la Cour pénale internationale. Selon lui, son neveu vient de se tirer une balle dans le pied. Entretien.


Quels commentaires faites-vous sur la déportation du Président Laurent Gbagbo à la Cour pénale internationale?

C'est une honte pour la côte d'ivoire. Un vrai ivoirien ne peut faire cela à un autre ivoirien. Ce n'est pas possible. Quel que soient nos problèmes, on peut s'asseoir autour d'une table pour trouver une solution. En envoyant le Président Laurent Gbagbo à la cour pénale internationale, Alassane Ouattara vient de signer l'arrêt de mort de la côte d'ivoire. C'est la destruction du pays à petit feu. Et nous avons peur pour demain. Ce qu'Alassane vient de faire au Président Laurent Gbagbo n'est pas digne de lui. dans tous les cas, il va le payer très cher. C'est son totem qu'il vient de manger. Il s'est tiré une balle dans le pied. Nous avons des inquiétudes.

Quelles sont ces inquiétudes?

En envoyant le Président Laurent Gbagbo à la cour pénale internationale de la Haye, on ne fait qu'emprisonner celui qui est au pouvoir actuellement. Parce que Laurent Gbagbo en prison pose plus d'inquiétudes que d'apaisement.

On ne vous suit pas...

Le Président Laurent Gbagbo a une personnalité. Cette personnalité a régné pendant dix ans. Plus il est en prison, plus il a une aura qui va s'affirmer contre les erreurs du pouvoir actuel. Ce pouvoir n'a pas la dimension de résoudre tous les problèmes des ivoiriens. Vous allez voir que les gens, sans distinction politique, religieuse, ethnique et régionale, vont se retrouver de plus en plus dans les idées du Président Laurent Gbagbo. À travers cette situation, il a toutes les chances de devenir une icône, un symbole. Il va atteindre une telle dimension que le pouvoir en place ne pourra pas diriger ce pays.

Comment ?

Bon nombre d'ivoiriens vont se sentir, compte tenu du fait qu'il a mis pratiquement tout le monde en prison, dans l'idéal du Président Laurent Gbagbo. Prenons l'exemple de Mandela, quand il était en prison. Ce n'était pas lui qui faisait la révolte, en Afrique du sud. C'est le fait qu'on l'a mis en prison. Cela a donné une autre valeur à Mandela. Aujourd'hui, Gbagbo va atteindre une dimension telle que la Côte d'Ivoire ne pourra pas être géré par ceux qui sont là. Il ne va pas utiliser, comme les autres l'ont fait, les armes ou la rébellion. Sa présence à la Cour pénale internationale va susciter, plutôt, une chaîne de mouvements au niveau de la classe sociale. On n'aura pas besoin des armes ou d'une révolution par la guérilla. C'est le peuple lui-même qui va se soulever. Parce que le pouvoir actuel ne pourra pas répondre aux attentes des ivoiriens. La côte d'Ivoire n'avait pas besoin de cette situation. On aurait pu en faire l'économie. Pour diriger un pays, il faut être investi d'un certain humanisme. Nous prenons l'exemple du Président Gbagbo. Il est d'un humaniste incroyable. La politique du Président Laurent Gbagbo prenait en compte tout le monde, sans distinction d'ethnie, de religion et de région. Alassane est le problème de la Côte d'Ivoire. Il n'est pas la solution.

En quoi il est le problème ?

Il est en train de nous conduire dans le mur. Ce n'est pas en envoyant le Président Laurent Gbagbo à la Cour pénale internationale qu'il y aura la paix. Bien au contraire! Au lieu de gouverner, il crée des problèmes. Alassane montre son incapacité à diriger convenablement le pays. Il n'a pas le coffre d'un chef d'Etat. Cela se sent. Il ne connaît pas la Côte d'Ivoire. Il vient de créer un précédent dans la vie politique ivoirienne. On a fait plus de tort au Président Laurent Gbagbo quant il était dans l'opposition. Il a fait plusieurs fois la prison. Il a connu l'exil. Sa famille n'a pas été épargnée du courroux des pouvoirs Pdci. Arrivé au pouvoir, il n'a jamais daigné se venger. Bien au contraire, il a appelé tous les ivoiriens sans distinction aucune à travailler ensemble pour le développement de la côte d'ivoire. On ne gouverne pas un pays avec la haine.

On a pensé que les Ivoiriens allaient manifester...

Le silence est un message. Le silence des ivoiriens ne veut pas dire qu'ils ont abdiqué. Le temps est le second nom de Dieu. Il va faire son effet. Le silence des ivoiriens est un signal pour ceux qui ont décidé de déporter le Président Laurent Gbagbo à la Cour pénale internationale. Tout a une fin. Et la fin du film n'est pas loin. Allons doucement, car nous sommes pressés. Le temps joue en faveur du peuple. Et non en faveur d'Alassane et ses amis.

Soro soutient que le Président Laurent Gbagbo a été déporté parce que le Fpi a refusé d'entrer au gouvernement et d'aller aux législatives. Et que Gbagbo a refusé de discuter avec Ouattara...

Si nous comprenons bien Soro, c'est un règlement de compte. C'est une décision politique qui a déporté le Président Laurent Gbagbo à la Cour pénale internationale. Guillaume Soro soutient avoir pris les armes, le 19 septembre 2002, pour réparer une injustice. Quelle contradiction avec ses actes d'aujourd'hui. Que soro ne se presse pas. Son tour va bientôt arriver. Aujourd'hui, dans les bonnes grâces de ceux qui ont décidé de mettre la Côte d'Ivoire à genou. Il n'échappera point. Il va être rattrapé par ses crimes perpétrés depuis le 19 septembre 2002. Le massacre des gendarmes à Bouaké, les femmes enceintes éventrées... Il va connaître le même sort que ceux qui ont été soutenus par les grandes puissances pour détruire leur pays. Qu'ils se souviennent de Mobutu. Il est mort dans l'anonymat. La France a refusé de lui délivrer un visa pour se faire soigner à Monaco. Et pourtant, c'est lui qu'on a utilisé pour tuer Patrick Lumumba. Que dire d'Omar Bongo. Le pion incontournable de la Françafrique. Paris a actionné des Ong pour l'accabler de recel de biens mal acquis. Ce qui a précipité sa mort. Ben Ali en Tunisie, Moubarak en Egypte, ne diront pas le contraire. Rira bien qui rira le dernier.

Selon la Cpi, il est considéré comme co-auteur de ce qui s'est passé...

C'est du rigolo. Comment peut-on arrêter un co-auteur et laisser l'auteur en liberté. C'est la première fois que nous voyons cela. Le monde est l'envers.

Qui est l'auteur ?

C'est Alassane Ouattara, Guillaume Soro, la France, le Burkina Faso. Ils sont à la base de ce qui est arrivé à la Côte d'Ivoire. ce sont eux qui ont attaqué la Côte d'Ivoire, le 19 septembre 2002. Le Président Laurent Gbagbo n'a fait que se défendre. Soyons sérieux. Il ne faut pas nous prendre pour des imbéciles. Qu'ils aient du respect pour le peuple ivoirien.

Malgré l'appel de certains chefs d'Etat, d'hommes religieux, de la société civile de libérer le Président Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara l'a transféré à la Cour pénale internationale...

Quant Dieu veut te perdre, il endurcit ton cœur. Un vrai ivoirien n'aurait pas fait ce qu'Alassane a fait au Président Laurent Gbagbo. Il n'est pas reconnaissant. Il doit beaucoup au Président Laurent Gbagbo. Ce sont les conseils de certains chefs d'Etat, d'hommes religieux qui ont poussé Gbagbo à accepter l'inacceptable. Et cela au nom de la paix pour son pays. C'est lui qui a réparé tous les torts à lui causés par Henri Konan Bédié qui est devenu subitement son allié.

Que dire de la réconciliation nationale ?

C'est fini. Si Charles Konan Banny a un peu de dignité, il doit démissionner. Parce que son travail est fini. Alassane a enterré la réconciliation. Qui va-t-il réconcilier ? Il ne peut pas réconcilier Alassane avec lui-même. L'idée de réconciliation est terminée. On ne peut pas la faire en excluant le Président Laurent Gbagbo. C'est un acteur majeur. il est incontournable.

Il faut que les Ivoiriens se réconcilient...

La réconciliation sera possible si le Président Laurent Gbagbo est libéré. Il faut qu'on se dise la vérité. La réconciliation sera possible avec son absence. si on se fie aux faux chiffres donnés par Youssouf Bakayoko, Gbagbo pèse 46%. Peut-être que Banny veut réconcilier Alassane avec les ivoiriens.

Que pouvez-vous dire aux Ivoiriens ?

Nous leur demandons de rester mobilisés. La lutte n'est pas terminée. Le combat du Président Laurent Gbagbo dépasse les frontières de la Côte d'Ivoire. Il nous reviendra de manière triomphale comme Mandela, en Afrique du sud. Nous n'avons pas le droit de baisser les bras. Le Président Laurent Gbagbo est en congé. Il n'y a aucun doute sur son retour. Nous demandons à la direction du Fpi, aux militants de la Majorité présidentielle et aux démocrates de ne pas se décourager. Le jour de notre jour n'est pas loin. Le combat continue. Nous allons le gagner, pas avec les armes. Mais avec les voies légales et démocratiques.


Entretien réalisé par Yacouba Gbané.

yacou066336510@yahoo.fr

 

In le quotidien ivoirien "Le Temps" N° 2505 du samedi 3 décembre 2011.

LE LIVRE DE CHARLES ONANA INTROUVABLE EN COTE D'IVOIRE


UNE N° 107 AUJOURD'HUI.jpg

Alors que le livre de Charles Onana sur le 11 avril  intitulé à juste titre "Côte d'Ivoire : le coup d'Etat" fait l'objet d'une grosse demande auprès des libraires abidjanais, ceux-ci restent impassibles et ne semblent guère intéressés par des profits substantiels.


Combien coûte "Côte d'Ivoire : le coup d'Etat", ce livre de Charles Onana qui pénètre au tréfonds des événements du 11 avril ?  Aucun libraire ivoirien ne pourra répondre à cette question, car depuis qu'il est sorti en France et qu'il y fait un véritable tabac, Abidjan a choisi de ne rien faire pour qu'il soit dans les librairies nationales.

Officiellement, rien ne justifie la réalité d'une chape de plomb sur les meilleures ventes du moment en termes de productions littéraires. Il n'y a donc pas d'omerta assumée, pas non plus de consigne directe contre ce livre qui affirme que ce qui s'est passé pendant la crise postélectorale en Côte d'Ivoire relève d'un coup d'Etat et où le Président Gbagbo déporté dans l'un des goulags nordistes d'Alassane Ouattara témoigne abondamment.

Sauf, un incompréhensible manque d'empressement qui agace les Ivoiriens qui couvrent littéralement de demandes toutes les librairies de la place, à commencer par la plus prestigieuse et sans doute aussi la plus fortunée d'entre elle, La librairie de France. Ici, les responsables se défendent de snober l'ouvrage, pour des raisons qui pourraient être d'ordre politique et affirment avoir écrit aux éditions Duboiris qui éditent depuis de nombreuses années les productions du journaliste camerounais. « Nous lui avons écrit et attendons toujours d'avoir sa réponse ».

Bref, Duboiris aurait en creux décidé d'ignorer l'espace où le livre a pris forme et où on montre une voracité évidente pour lui. Quant au géant de la distribution ivoirienne Edipresse, ses rayons ne comportent pas non plus le sésame du moment. Selon l'un de ses responsables, le principe de la maison est d'attendre d'abord les demandes des libraires ; ce n'est qu'après qu'Edipresse assure la commande et fait venir les stocks demandés. Il arrive cependant qu'elle fasse venir des livres susceptibles d'intéresser les libraires quand Edipresse flaire une bonne affaire. Mais cette fois-ci, rien n'a été tenté de ce côté-ci et personne, apparemment ne semble intéressé de faire quelques profits sur la plus grosse vente du moment.

Mais cette attitude des libraires ivoiriens est d'autant plus bizarre que dans l'histoire, les autorités ivoiriennes ont souvent procédé à l'interdiction pure et simple de publications gênantes. Des publications entières de Jeune Afrique ont déjà été suspendues  sur toute l'étendue du territoire national sans compter celles dont les éditions étaient totalement rachetées par le gouvernement pour empêcher la divulgation d'un secret important. Or le livre de Charles Onana est un condensé de secrets d'Etat. Pour la postérité, Laurent Gbagbo y livre sa part de vérité une fois que les clameurs semblent s'être tues.

En librairie depuis le 4 novembre, ce livre parle beaucoup de la crise post-électorale qui a entraîné l'intervention militaire de l'armée française et des troupes rebelles en Côte d'Ivoire. La version officielle a tenté de faire croire qu'il s'agissait d'une action visant à faire respecter le résultat de l'élection présidentielle qui donnait Alassane Ouattara vainqueur.

L'enquête de Charles Onana tend plutôt à prouver qu'il s'agit d'un coup d'Etat préparé par le président Sarkozy et par Blaise Compaoré, président du Burkina Faso. L'auteur dévoile les correspondances secrètes échangées par ces deux dirigeants dans le but de renverser Laurent Gbagbo.

Il montre également comment les banques françaises ont participé à cette action de déstabilisation à travers les filiales de la Société générale et de la BNP Paribas.

Pour la première fois, un général français, ex-numéro 2 de la force Licorne en Côte d'Ivoire, témoigne de ce qu'il a vécu. Dans cet ouvrage, l'auteur publie aussi plusieurs rapports confidentiels de l'ancien ambassadeur de France à Abidjan, Renaud Vignal, dont un accablant sur Alassane Ouattara.

Charles Onana, qui a également reçu les confidences du président Laurent Gbagbo, montre comment les autorités françaises, principalement Michel Alliot-Marie, ministre de la Défense, et Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, ont étouffé la vérité sur la mort des soldats français en novembre 2004 à Bouaké. Son enquête met également en lumière le rôle trouble de deux personnalités françaises dans la disparition de Guy-André Kieffer.

Ce livre, très documenté et qui illustre dix années de combat contre le régime de Laurent Gbagbo, est préfacé par l'ancien président sud-africain Thabo Mbeki, médiateur de la crise ivoirienne. On peut donc comprendre que la plupart des éditeurs ne soient pas vraiment  chauds pour le mettre dans leurs rayons.


Joseph Titi, in le quotidien ivoirien N° 107 du mardi 29 novembre 2011.

vendredi, 02 décembre 2011

COTE D'IVOIRE: SILENCE, ON ASSASSINE L'INTELLIGENCE!


DOSSIERS.JPG

Tout ce que le pays a, patiemment, rassemblé pour la formation de sa jeunesse, a été pillé, volé ou saccagé, avec une violence et une haine indescriptibles. Il est vrai que les laboratoires étaient sous-équipés, mais ils fonctionnaient. Les ordinateurs contenaient des données sans prix. Mais la horde de pillards dans le sillage de Ouattara avait pour mission de tout voler et de tout détruire, méthodiquement, car tout cela était programmé. La preuve, c'est que ces actes  n'ont jamais été condamnés par les nouvelles Autorités.

Ainsi, le pillage du Centre National de Floristique sonne le glas du plus important herbier d'Afrique, constitué pendant plus de cinquante années de Recherche par le Professeur AKE Assi, et qui représente un trésor inestimable, dont la valeur est reconnue  par  toutes les universités du monde entier, puisque y figurent plus de 3000 plantes de notre Pays, dont de nombreuses espèces ont maintenant totalement disparu. Plus qu'un patrimoine national,  c'était un patrimoine mondial.

Par ailleurs, des travaux de Recherches dont beaucoup étaient sur le point d'être publiés ou soutenus, ont été victimes de la furia barbaresque ouattariste. Pourra-ton jamais les reconstituer un jour? Combien de temps cela prendra t-il? Mesure-t-on la détresse des Chercheurs?

Et pourtant, non seulement la carrière des enseignants, mais aussi et surtout la formation des cadres ainsi que le développement du pays en dépendaient. Et on se permet d'annoncer avec le sourire que l'Université est fermée... Pour combien d'années? C'est proprement désolant et ... révoltant!

Tout universitaire, de toutes les universités du monde,  comprend  et  mesure, immédiatement, la catastrophe qui, sur le plan scientifique et intellectuel, s'abat sur notre Pays.

Voilà comment Ouattara, sur ordre de Sarkozy, assassine l'intelligence en Côte d'Ivoire! Même Houphouët-Boigny dont les principaux opposants étaient des universitaires, n'a pas assassiné l'intelligence, source de réels progrès, dans  son pays.

Casser des bâtiments ou des monuments, ce n'est rien! Mais, gommer l'élite intellectuelle d'un  pays et programmer son non-renouvellement sont des crimes sans nom.  La Côte d'Ivoire sera, ainsi, le seul pays du monde où il n'y a  aucune université, parce que cela arrange un régime qui veut en profiter pour mieux asseoir sa dictature, pour la plus grande gloire de  la France qui voudrait que les Africains soient des éternels assistés aussi bien sur le plan scientifique que technologique.

Silence de l'UNESCO et de toutes les ONG d'ordinaire si fébriles lorsqu'il s'agissait de Gbagbo, leur cible favorite! Et pourtant, sous Gbagbo,  aucun universitaire n'a fait l'objet de brimades pour ses idées, aucun journaliste n'a jamais été arrêté pour ses écrits, encore moins emprisonné, alors que, profitant de cette liberté, certains se permettaient même de traiter Gbagbo de Hitler noir. Gbagbo n'a jamais déporté ses opposants. Gbagbo n'a jamais arrêté ni bloqué les comptes d'un seul homme

politique opposant ou non, et Ouattara en profitait pour lancer à travers le pays des propos séditieux, sans jamais avoir été inquiété. Mieux, sa pension d'ancien Premier ministre, lui était régulièrement versée, ainsi qu'une dotation de 800 millions  de francs CFA par an, pour le RDR, le parti de Ouattara (la même somme qui est allouée au FPI, le parti de Gbagbo). Sous Gbagbo, il n'y avait aucun réfugié politique. Voila maintenant le bourreau Ouattara qui traîne la victime Gbagbo devant le CPI avec la complicité active de la France. Mais s'il y a une justice, c'est Ouattara et sa horde d'assassins Soro y compris, qui vont se retrouver à la CPI, sans cela elle perd toute crédibilité et toute légitimité. Maintenant que la Côte d'Ivoire est soumise à une des dictatures les plus féroces de la planète, ces ONG sont devenues, subitement, muettes, tétanisées, probablement honteuses de découvrir avec horreur le monstre qu'elles ont contribué à créer. Un peu de courage, Messieurs et Mesdames les humanitaires de tous les pays! Ressaisissez-vous, l'erreur serait de persévérer dans le faux. L'histoire qui finit toujours par découvrir la vérité, eh oui, pourrait ne jamais vous le pardonner.


Professeur N'GUESSAN Yao Thomas

Ministre Délégué à l'Enseignement Supérieur du Gouvernement Aké N'GBO


Source: INDIGNEZ-VOUS HAUT ET FORT

mercredi, 30 novembre 2011

INCULPE, LAURENT GBAGBO COMPARAITRA LUNDI DEVANT LA CPI

L'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo comparaîtra lundi 5 décembre pour la première fois devant les juges de la Cour pénale internationale (CPI), a annoncé l'institution, mercredi 30 novembre. Il a été incarcéré dans la nuit de mardi à mercredi au centre de détention de la Cour, à La Haye, a-t-on appris de source proche du dossier. L'ancien président ivoirien était arrivé à Rotterdam (ouest des Pays-Bas) peu avant 4 heures à bord d'un avion affrété par les autorités ivoiriennes. Il a été ensuite conduit en mini-bus au centre de détention, selon l'agence de presse néerlandaise ANP.

Laurent Gbagbo, âgé de 66 ans, avait quitté mardi soir le nord de la Côte d'Ivoire, où il était détenu depuis avril dans une résidence à Korhogo. Le procureur général de la Côte d'Ivoire avait notifié plus tôt à M. Gbagbo le mandat d'arrêt émis par la CPI portant sur les crimes commis par les forces loyales à l'ancien chef d'Etat à la suite du second tour de la présidentielle, le 28 novembre 2010. En septembre, le nouveau président ivoirien, Alassane Ouattara, avait indiqué qu'il renverrait Laurent Gbagbo devant la CPI.

"Cette décision de la Cour internationale de justice est illégale et va à l'encontre des intérêts du pays et de la réconciliation nationale", a déclaré l'avocate de l'ancien chef d'Etat à Paris, Lucie Bourthoumieux, dans un communiqué. "A un peu plus d'une semaine des élections législatives en Côte d'Ivoire [fixées au 11 décembre],elle risque d'attiser encore les tensions existantes dans le pays et les exactions dont sont régulièrement victimes les partisans du Front populaire ivoirien (FPI)", a-t-elle ajouté.

Le parti de l'ancien président a annoncé, mercredi, qu'il suspendait sa participation à "tout processus de réconciliation" en Côte d'Ivoire après le transfèrement de son chef, dénonçant un "véritable hold-up politico-juridique".

Mandats d'arrêt avant les élections législatives

La semaine dernière, l'avocat de l'Etat ivoirien, Me Jean-Paul Mignard, avait indiqué au Monde que des mandats d'arrêt seraient émis avant le 11 décembre, date des élections législatives en Côte d'Ivoire. L'avocat français ajoutait que Simone Gbagbo, l'épouse de l'ex-président, ainsi que Charles Blé Goudé, chef des Jeunes Patriotes, étaient eux aussi dans le collimateur de la CPI.

Maître Emmanuel Altit, avocat de Laurent Gbagbo, chargé de le représenter devant la Cour pénale internationale, avait pour sa part estimé que "l'arrestation du président Gbagbo [était] illégale et sa détention arbitraire" et avait déclaré que dès lors, la CPI ne pouvait avaliser une telle situation.

Le scrutin de 2010 avait entraîné des violences dans tout le pays entre les forces loyales au président sortant, Laurent Gbagbo, et les partisans d'Alassane Ouattara, dont la victoire avait été reconnue par la communauté internationale. Selon l'ONU, ces violences auraient fait plus de trois mille morts.

 

Stéphanie Maupas

 

Source: LE MONDE.FR

COTE D'IVOIRE: LAURENT GBAGBO OFFICIELLEMENT INCULPE PAR LA CPI

 

L'inculpation de Gbagbo par la CPI prélude à son transfèrèment à La Haye.

L'inculpation de Gbagbo par la CPI prélude à son transfèrèment à La Haye. © AFP

La Cour pénale internationale (CPI) a signifié son inculpation formelle à l'ancien chef d'État ivoirien Laurent Gbagbo. Ses proches et les avocats de la défense semblent abattus par cette nouvelle.

 

L'ex-président ivoirien Laurent Gbagbo a été inculpé ce mardi par la Cour pénale internationale (CPI). Il a reçu un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) et doit être transféré à La Haye mercredi au plus tard, a annoncé l'un de ses avocats, Me Gbougnon. La nouvelle, bien qu'elle ne constituant pas véritablement une surprise, a profondément ébranlé ses proches. « Je suis abattu » : c'est la seule phrase qu'a pu prononcer Me Gbougnon pour commenter cette information.

De bonne source, cette inculpation dont nous ne connaissons pas encore tous les détails a été signifiée ce mardi en fin de matinée à Laurent Gbagbo. Selon Touré Zéguen, chef des ex-miliciens en exil à Accra, ce seraient des magistrats ivoiriens qui se seraient chargés d'informer l'ex-chef d'État, détenu à Korhogo à la suite de son arrestation par les Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI), le 11 avril dernier.

Mandat d'arrêt

« Nous sommes face à la justice des vainqueurs, mais il n'y a pas de vainqueur éternel », a simplement commenté au téléphone Laurent Akoun, dont la voix semblait étreinte par l'émotion. Mais le secrétaire général du Front populaire ivoirien (FPI, parti de Gbagbo) n'en sait pas davantage sur les circonstances et les termes de l'inculpation.

 

 

André Sylver Konan


Source: JEUNE AFRIQUE.COM

lundi, 28 novembre 2011

LE QUEBECOIS BERNARD DESGAGNE: «ECRIVONS ET TELEPHONONS A LA CPI»

 

Le présent message a envoyé à quelques milliers de destinataires amis de la Côte d'Ivoire.


Concernant le transfert appréhendé de Laurent Gbagbo, je vous invite à écrire ou à téléphoner à Mme Florence Olara, qui est la porte-parole de M. Luis Moreno Ocampo, à la Cour pénale internationale (CPI). M. Gbagbo est détenu illégalement à Korhogo, dans le Nord de la Côte d'Ivoire, depuis plus de sept mois, et la rumeur veut qu'il soit transféré à La Haye pour répondre devant la CPI de crimes imaginaires. Le comportement de M. Ocampo est tout simplement immoral, surtout quand il s'entretient en catimini avec le criminel Ouattara, qui est responsable des crimes ayant ensanglanté la Côte d'Ivoire depuis 2002. Exigeons ce qui suit de M. Ocampo:

OUATTARA ET OCAMPO 2.jpg

1) Que M. Ocampo cesse immédiatement toute enquête sur Laurent Gbagbo, qui n'est manifestement coupable d'aucun crime contre l'humanité, qui a été investi président par le Conseil constitutionnel de la Côte d'Ivoire et qui a simplement réclamé qu'on recompte les votes, après le second tour de l'élection présidentielle, tandis que M. Ouattara appelait à la guerre.

2) Que M. Ocampo utilise les innombrables preuves contre M. Ouattara et ses rebelles pour les faire arrêter et les traduire immédiatement devant la CPI.

3) Que M. Ocampo exhorte les autorités ivoiriennes à libérer immédiatement Laurent Gbagbo et à restaurer l'ordre constitutionnel et l'ordre public, ce qui signifie que Laurent Gbagbo doit reprendre son poste de président et que l'ONU et la France doivent quitter le territoire ivoirien, où elles ont semé la mort et la destruction depuis qu'elles y sont, au lieu de «protéger les civils» comme elles ont prétendu le faire.

4) Qu'à défaut de pouvoir répondre aux demandes 1 à 3 ci-dessus, sous peine de déplaire à ses patrons Obama et Sarkozy, M. Ocampo démissionne immédiatement de son poste de procureur, sous peine de continuer de s'enliser dans l'immoralité la plus totale.

 

Vous pouvez ajouter aussi que le peuple n'oubliera pas les noms des complices des criminels qui persécutent plusieurs peuples sur terre et qui sont la cause des grands dangers menaçant l'humanité tout entière actuellement. Tôt ou tard, criminels et complices devront répondre de leurs actes. Ils ne pourront pas toujours se sauver. On ne pourra jamais transformer des mensonges en vérité, même en les répétant sans cesse.

Voici les coordonnées de Mme Olara. Si vous choisissez de lui téléphoner et qu'elle ne répond pas, vous pouvez laisser un message dans sa boite vocale.

 

Florence Olara

Bureau du procureur Cour pénale internationale

florence.olara@icc-cpi.int

+31 70 515 8723


Bernard Desgagné

Le site du québécois Bernard Desgagné: VIGILE.NET

ENQUETE DE LA CPI - DISCRETE RENCONTRE OUATTARA-OCAMPO A PARIS: LE SORT DE LAURENT GBAGBO SCELLE?

 


OUATTARA ET OCAMPO 3.jpg

Le chef de l'Etat ivoirien et le procureur de la Cour pénale internationale se sont rencontrés en fin de semaine à Paris. Ils auraient notamment évoqué l'hypothèse d'un transfert à La Haye de l'ex-président, Laurent Gbagbo.


A la faveur d'un séjour privé à Paris, le chef de l'Etat ivoirien Alassane Dramane Ouattara aurait rencontré à la fin de la semaine écoulée le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), l'Argentin Luis Moreno Ocampo, de passage lui aussi sur les bords de Seine. Tout porte à croire que les deux hommes ont évoqué l'hypothèse du transfert à La Haye -imminent selon certaines sources- de l'ex-président Laurent Gbagbo, placé en résidence surveillée à Korhogo (nord) depuis avril dernier; mais aussi le sort d'autres cadres, civils ou militaires, du régime déchu, tout comme celui de chefs de la rébellion pro-Ouattara, susceptibles d'être inculpés par la CPI de crimes de guerre et/ou crimes contre l'humanité. A la mi-octobre, lors d'un séjour à Abidjan, Ocampo, dont le mandat s'achève en juin prochain, avait promis une "enquête impartiale" sur les exactions commises pendant la crise postélectorale, tout en précisant qu'elle viserait "entre trois et six responsables". Un mois plus tard, le tombeur de Gbagbo avait quant à lui précisé à Lomé (Togo) que les auteurs de crimes seraient poursuivis "quel que soit leur bord". "Il n'y aura pas de discrimination, pas de protection, avait insisté ADO. La justice sera la même pour tous."

Un échéancier politique acrobatique

La discrète rencontre Ouattara-Ocampo sur le sol français n'a rien d'anodin. Et ce d'autant moins que, comme l'a révélé vendredi lexpress.fr, la visite d'Etat du président de la Côte d'Ivoire dans l'Hexagone, initialement prévue du 18 au 21 décembre, a été différée de cinq semaines. Cet impromptu parisien s'inscrit dans un échéancier politique acrobatique, dominé par le premier scrutin législatif de l'ère ADO, programmé le 11 décembre. Le rapport de force instauré par ce rendez-vous électoral dessinera les contours du futur gouvernement, qu'il soit ou non dirigé par l'actuel Premier ministre Guillaume Soro. Lequel Soro pourrait un jour, de l'aveu d'un diplomate familier du dossier, " être appelé à rendre des comptes à la CPI ". Sans doute Alassane Ouattara juge-t-il plus urgent de clarifier la destinée judiciaire de son prédécesseur que de débarquer à Paris avec une cohorte de ministres appelés pour certains à s'effacer quelques jours plus tard.

 

In L'EXPRESS.FR


Source: L'INTELLIGENT D'ABIDJAN

OÙ SONT PASSES LES 12.000 MILLIARDS DE OUATTARA?


LIASSES D'ARGENT.jpg

Alassane Ouattara est à Bruxelles depuis quelques jours. Il y séjourne depuis le début de la semaine dans le cadre d'une visite de travail et d'amitié qui s'achève aujourd'hui. A l'occasion, le chef de l'Etat a obtenu mercredi dernier, de ses hôtes, un accord de financement de cinq projets entre la Côte d'Ivoire et l'Union européenne. Le montant de cet accord est estimé à 125 millions d'euros, soit 82 milliards de Fcfa. A Abidjan, l'annonce de la signature de cet accord entre parties ivoirienne et belge a fait sauter jusqu'au plafond les partisans du régime qui pensent avoir trouvé là une solide ligne de défense pour rabattre le caquet à tous les pourfendeurs du chef de l'Etat qui ne manquent aucune occasion de brocarder ce dernier sur les promesses de milliards qui sont toujours attendues par les ménages ivoiriens.

De fait, l'arrivée au pouvoir d'Alassane Ouattara a été précédée d'une vaste campagne médiatique vantant ses capacités de pourvoyeur de fonds et de grand mobilisateur des ressources. Elevé aux mamelles de la finance internationale, Ouattara lui-même ne se prive d'aucune tribune pour renforcer cette image et en mettre plein la vue aux uns et aux autres. On l'a vu, au lendemain de sa prise de pouvoir, s'afficher au sommet de Deauville, en France avec les grands de ce monde. Devant ceux-ci, il a introduit une demande de prêt évaluée à 12.000.000.000 (douze mille milliards) de nos francs, devant servir au financement des projets que le chef de l'Etat lui-même a annoncés çà et là. Et six mois après, les généreuses promesses des bailleurs de fonds ne sont toujours pas réalité, la crise financière qui frappe l'Europe étant passée par là.

LIASSES D'ARGENT 2.jpg

Face à cette mauvaise conjoncture, et ne voulant surtout pas se prendre une gamelle devant ses adversaires politiques, le régime joue d'astuces. Très porté sur la communication politique, le moindre cliquetis au plan financier entre Abidjan et un organisme étranger est l'occasion de chanter des cantiques et autres sourates à la gloire du dieu Ouattara, venu nous tirer de nos misères d'ici-bas. Et cela, pour masquer la réalité des choses qui indique que tous les prêts accordés jusqu'ici à la Côte d'Ivoire depuis le 11 avril 2011, l'ont été dans le seul cadre de la coopération bilatérale ou multilatérale entre ce pays et ses traditionnels partenaires au développement.

En d'autres termes, expliquent les spécialistes, il ne faut pas forcément s'appeler Alassane Ouattara pour bénéficier de ce genre de décaissement. C'est la coopération avec les Etats qui le veut ainsi. Et notre interlocuteur de faire observer que bien que n'étant pas le chouchou des occidentaux en général, le président Laurent Gbagbo n'a pas moins bénéficié de fonds pareils quand il le voulait, vu que lui comptait plus sur les ressources internes que sur les apports extérieurs. L'observation ne manque pas d'intérêt, car à y voir de près, si l'actuel chef de l'Etat avait réellement la possibilité de sortir les 12.000 milliards sollicités des caisses de ses amis occidentaux, il y a belle lurette que les promesses électorales auraient connu un début de réalisation et que dans les rangs de ceux qui ont accordé leurs suffrages au champion du RHDP au second tour de la présidentielle, l'on ne commencerait pas à nourrir des regrets.

Pouvait-il en être autrement quand on voit le gap qu'il y a aujourd'hui entre la pluie de milliards de Ouattara qui, selon les troubadours du régime, arrose la Côte d'Ivoire depuis le 11 avril 2011 et le pouvoir d'achat des Ivoiriens qui se réduit chaque jour comme peau de chagrin. En somme, une pluie qui tarde à se faire sentir dans les casseroles et les marmites des concitoyens du chef de l'Etat.


Yves de Séry, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui » N° 104 du vendredi 25 novembre 2011.

PREPAREZ-VOUS A DES EMEUTES LORS DE L'EFFONDREMENT DE L'EURO: LES DIPLOMATES ONT REÇU L'INSTRUCTION DE SE PREPARER AU PIRE!

 


CRISE EUROPEENNE.jpg

L'Italie et l'Espagne sont au bord de la faillite et des ministres britanniques croient que l'effondrement de l'euro est de plus en plus plausible.

Les diplomates se préparent à aider les Britanniques à l'étranger dans l'éventualité d'un effondrement bancaire et d'émeutes liées à la crise de la dette. Le gouvernement, le Trésor, a d'ailleurs confirmé plus tôt ce mois-ci que la planification d'urgence pour un effondrement est actuellement en cours. Un ministre important a révélé l'ampleur de la préoccupation du gouvernement affirmant que la Grande-Bretagne est en train de planifier la chute de la zone euro et que ce n'est qu'une question de temps!

Le British Foreign & Commonwealth Office a donné des instructions récentes aux ambassades et aux consulats concernant la planification d'urgence, leur demandant de se préparer à des scénarios extrêmes, à des émeutes et à des graves troubles sociaux.

Les diplomates doivent se préparer à aider des dizaines de milliers de citoyens britanniques dans les pays en zone euro, à envisager les conséquences lorsque les gens ne pourront plus accéder à leurs comptes bancaires, à leurs argents.

CRISE EUROPEENNE 2.gif

Les traités de l'Union Européenne, qui ont définient les règles d'adhésion, ne contiennent aucune disposition pour que les membres puissent en sortir. Si les gouvernements de la zone euro n'arrivent plus à acquitter leurs dettes, les banques européennes qui détiennent leurs obligations risquent l'effondrement.

Certains analystes croient que ce genre d'évènement pourrait provoquer l'effondrement global du système, laissant les banques incapables de redonner l'argent aux épargnants et par le fait même, mettre des milliers d'entreprises dépendantes du crédit bancaire à la rue.


Certains économistes estiment que dans le pire des cas, l'effondrement de l'euro produira la réduction du PIB de ses États-membres jusqu'à créer le chômage de plus de la moitié de la population. [les pays n'auront même plus d'argent pour mettre les gens en chômage...]


Source: Le blog de Philippe Ehua

 

Texte original en anglais: THE TELEGRAPH

samedi, 26 novembre 2011

GUERRE DE L'INFORMATION, PROPAGANDE ET MEDIA-MENSONGES: LA SYRIE EST PLUS QUE JAMAIS LE TERRAIN D'UN JOURNALISME A GEOMETRIE VARIABLE

 


DAMAS SIEGE DU PARTI BAATH.jpg

DAMAS, Siège du Parti Baath. 21 novembre 2011 © photo Maha MAHFOUD


Depuis le début des troubles qui ont éclaté en Syrie dans le contexte du « Printemps arabe », l'information, la ré-information et la désinformation s'affrontent sur ce terrain que rendent particulièrement mouvant les intérêts multiples des différentes communautés et confessions qui y cohabitent, mais aussi les rôles ambigus de plusieurs acteurs internationaux et, notamment, ceux de la Turquie et de l'Arabie saoudite, comme celui du Qatar et de sa chaîne de télévision de plus en plus controversée, Al-Jazeera.

Face à cette situation critique, le gouvernement baathiste avait opté pour une politique d'opacité, la fermeture des frontières et l'interdiction des journalistes et autres observateurs.

Vérifier la fiabilité des informations qui parvenaient de Syrie était dès lors souvent très difficile. Mais pas impossible : en juillet, j'avais obtenu un visa et l'autorisation de me déplacer librement à travers tout le pays, de Deraa à Alep et de Latakieh à Der-ez Zor -et je n'étais pas le seul sur place : François Janne d'Othée, Alain Gresh du Monde diplomatique, ou encore Gaëtan Vannay de la Radio suisse romande.

J'avais observé la situation à Homs, où les manifestants « pacifiques » munis d'armes à feu s'en étaient pris à l'armée, et, le vendredi 15 juillet, à Hama, dont les quelques milliers de manifestants que j'avais pu y dénombrer s'étaient miraculeusement démultipliés en 500.000 opposants dans les dépêches de l'AFP, « information » benoîtement reprise par Euronews, France 24 et la plupart des journaux « mainstreams » ; seul Le Monde faisait exception, renchérissant avec l'annonce de 600.000 manifestants (Hama compte à peine plus de 340.000 habitants).

Cette politique d'opacité s'est ainsi rapidement révélée contreproductive pour le gouvernement syrien, dans la mesure où l'opposition a peu à peu diffusé des rapports fallacieux, grossissant l'importance des mouvements de contestation dans des proportions colossales : concernant le nombre des morts et celui des manifestants, la bataille des chiffres a atteint des degrés confinant à l'absurde, comme l'illustre bien l'exemple évoqué, relatif à la mobilisation de l'opposition à Hama.

Absents du terrain et manifestement peu enclins à critiquer leurs sources, les médias occidentaux n'ont en effet pas soupçonné les « informations » qu'ils recevaient par les canaux de l'opposition, rejetant en revanche les communications du gouvernement syrien, considérées comme propagandistes ; entre autres cas d'école, aucun doute n'a jamais été émis à propos des vidéos transmises par l'opposition et supposées témoigner d'une Syrie à feu et à sang, de manifestations de dizaines ou centaines de milliers de participants, alors que, systématiquement, les images diffusées étaient constituées de gros-plans présentant quelques centaines de personnes seulement. Et les rares observateurs qui ont pu entrer en Syrie et faire part de leurs constatations ont généralement été désavoués et discrédités, comme des affabulateurs ou des supporters de la dictature.

Parmi les sources principales des médias, on trouve l'Observatoire syrien des Droits de l'Homme (OSDH), presque toujours cité en référence par les journalistes et qui domine largement « l'information » sur la Syrie (c'est cette organisation, basée à Londres, qui avait annoncé le nombre de 500.000 manifestants à Hama, le 15 juillet 2011).

Or, il n'est pas très difficile de se renseigner sur l'identité de l'OSDH et des personnes qui se cachent derrière ce label aux apparences honorables, à commencer par son président, Rami Abdel Rahmane, un opposant de longue date au régime baathiste, très connu en Syrie comme étroitement associé aux Frères musulmans, organisation islamiste radicale dont l'influence grandissante sur le mouvement de contestation en Syrie laisse entrevoir de plus en plus clairement l'ambition de ce groupe que d'aucun croyait presqu'éteint, du fait de son interdiction par le régime, mais qui couvait dans la clandestinité.

Le 17 novembre, les Frères musulmans sont sortis du bois : alors que plusieurs observateurs estimaient le mouvement exsangue et sans plus aucun poids, le porte-parole des Frères, Mohammad Riad Shakfait, en exil en Turquie, s'exprimant au nom du « peuple syrien », a annoncé qu'une « intervention était acceptable pour protéger la population civile  ». Il en a précisé les contours : l'intervention serait mieux reçue si elle venait de la Turquie plutôt que des puissances occidentales (la Turquie, gouvernée par un parti islamiste qualifié de « modéré », l'AKP).

En juillet, j'avais également pu constater l'implication grandissante des Frères musulmans dans les mouvements de contestation, à tel point que les minorités communautaires (Chrétiens, Druzes, Kurdes, Chiites... outre les Alaouites et une partie de la bourgeoisie sunnite) s'en étaient désolidarisées et revendiquaient même leur soutien au régime, par crainte de la montée en puissance des islamistes syriens, dont les intentions sont sans équivoque : l'instauration en Syrie d'une république islamique.

Plus encore, les Frères musulmans, membres du Conseil national syrien (CNS), qui rassemble les principaux courants de l'opposition, très hétéroclites et aux objectifs divergents, et se présente comme une alternative au gouvernement de Bashar al-Assad, ont entamé au nom de ce CNS des négociations avec la Turquie, mais aussi avec des gouvernements occidentaux, pour l'établissement en Syrie d'une zone d'exclusion aérienne pour protéger les civils, alors que la ligne du CNS avait été, jusqu'à présent, de refuser toute ingérence étrangère. Il ressort clairement de ces événements que les islamistes ont pris une influence non négligeable sur l'ensemble de l'opposition et de ses structures exécutives.

En d'autres termes, il apparaît sans ambiguïté que, durant ces derniers mois, les médias occidentaux ont été « informés » par les Frères musulmans syriens via l'OSDH et ont, complaisamment ou non, servi leur agenda pour la Syrie.

Conscient de la nécessité de contrer efficacement la propagande de l'opposition, et ce de manière crédible et imparable (c'est-à-dire autrement que par des démentis officiels), le gouvernement syrien a semble-t-il décidé, depuis plus d'une semaine, de laisser à nouveau entrer sur son territoire des observateurs étrangers, et ce dans un contexte de plus en plus tendu : la Ligue arabe a sévèrement critiqué la Syrie, motivée par l'Arabie Saoudite et le Qatar, très impliqué dans le soutien aux mouvements islamistes libyens, tunisiens et syriens ; Israël, silencieuse depuis le début des événements, a accepté de recevoir les représentants du CNS et d'entamer avec eux des négociations ; la Russie, pourtant alliée historique du régime syrien, a fait de même (tout en déployant toutefois sa marine de guerre dans les ports syriens, message très clair à ceux qui envisagent, à Ankara ou ailleurs, une intervention militaire sur le sol syrien) ; enfin, la militarisation de la contestation en Syrie : l'opposition semble avoir décidé de passer à l'offensive et de plus en plus d'attaques ont lieu contre les forces armées gouvernementales syriennes, dont certaines à l'arme lourde, dont aussi des tirs de snipers sur les policiers, des enlèvements et des assassinats, et une « Armée syrienne libre », constituée de « déserteurs », a commencé la lutte contre le gouvernement et demandé au CNS de la recevoir sous son commandement (un doute subsiste cependant quant à la constitution de cette Armée syrienne libre, dont le gros des forces pourrait être en réalité composé d'éléments étrangers ayant revêtu l'uniforme syrien, majoritairement islamistes et armés par le Qatar).

Si certains médias ont commencé de changer leur point de vue sur les événements en Syrie (voir, par exemple, l'article de Christophe Lamfalussy publié par La Libre Belgique ce 19 novembre ou le reportage de la RTBF, encore timide cela dit, diffusé lundi 21, qui confirment à présent les propos des « affabulateurs » de juillet), cette ouverture n'a cependant pas réussi à enrayer la guerre de propagande hostile au régime baathiste, qui n'a pas seulement pour moteur l'organisation des Frères musulmans et les divers courants de l'opposition regroupés dans le CNS.

Déjà très impliqué dans le renversement du gouvernement de Libye, où, suite à un accord bilatéral avec la France, il a armé plusieurs mouvements islamistes, le Qatar utilise désormais son bras médiatique, Al-Jazeera, pour soutenir la contestation en Syrie, comme il l'avait fait en Tunisie, contre Zine Abidine Ben Ali (au Maroc, en revanche, Al-Jazeera avait abandonné à leur sort les manifestants qui dénonçaient la monarchie ; même silence d'Al-Jazeera sur le massacre des protestataires au Bahreïn, qui furent écrasés par les chars, appuyés par des troupes saoudiennes envoyées en renfort).

Ainsi en témoigne ce tout récent exemple d'un média-mensonge « made in Qatar » : ce dimanche 20 novembre, Al-Jazeera (et Al-Arabia : Dubaï - Émirats arabes unis) a diffusé un reportage annonçant l'attaque du siège du parti Baath, à Damas.

Selon Al-Jazeera, deux hommes en moto ont tiré deux roquettes au moins sur le bâtiment, qui s'est embrasé ; et l'attentat a été revendiqué par l'Armée syrienne libre, qui a ciblé ce symbole du pouvoir, dans le centre de Damas, la capitale, jusqu'alors totalement épargnée par ces neuf mois de contestation.

Le régime de Bashar Al-Assad, touché en plein cœur et pour la première fois à Damas, serait-il au bord du gouffre ?

À nouveau, à l'appui de cette « information », concoctée par Al-Jazeera cette fois, la caution de l'Observatoire syrien des Droits de l'Homme, qui a même apporté des précisions : deux roquettes supplémentaires ont encore été tirées, mais ont manqué leur cible...

Comme d'ordinaire, « l'information » a été reprise en chœur par tous les médias mainstreams.

Ce même dimanche au soir, un de mes contacts à Damas m'a téléphoné : « ma famille habite tout près du siège du parti Baath ; le bâtiment est intact ; c'est un mensonge ».

Lundi 21, j'ai demandé à une amie qui habite également Damas de vérifier pour moi l'information et de prendre une photographie du siège du Baath, en présentant à l'avant-plan l'édition du jour d'un journal occidental connu, de telle sorte qu'il ne puisse y avoir le moindre doute quant à la date à laquelle cette photographie a été prise.

Résultat : le bâtiment du siège du parti Baath à Damas est effectivement intact ; aucune roquette n'a frappé ni incendié l'immeuble.

L'Armée syrienne libre, après avoir revendiqué dimanche l'attentat sur sa page Facebook, a supprimé lundi sa revendication.

Entre désinformation organisée par une opposition islamiste, qui a reçu l'appui des monarchies du Golfe et des médias arabes dominants, et l'incompétence politiquement correcte des médias occidentaux, Damas peut toujours rouvrir ses frontières...


Pierre Piccinin
Historien - Politologue (Bruxelles)


Source: INVESTIG'ACTION

vendredi, 25 novembre 2011

LA MISE A MORT DE L'UNIVERSITE IVOIRIENNE

ALASSANE OUATTARA 22.jpg

Pour l'universitaire Michel Galy, l'arrivée au pouvoir d'Alassane Ouattara met en danger l'enseignement supérieur en Côte d'Ivoire.

 

Les malheurs de l'université ivoirienne, en passe d'être détruite aujourd'hui, remontent pourtant plus loin: comme pour l'ensemble du pays, la zone rebelle a servi, depuis le coup d'Etat manqué de 2002, de banc d'essai; l'université de Bouaké, dans le fief de la rébellion ouattariste, a en effet été complètement pillée et rendue à ce point inutilisable qu'étudiants et professeurs se sont retrouvés à ...Abidjan, squattant au début amphis et cours du campus de Cocody la nuit ou le dimanche -puis se retrouvant dans de nouveaux locaux construits malgré la guerre civile.

Une dégradation progressive de l'université

Que faire d'autre quand livres, bancs, équipements -jusqu'aux huisseries et métaux de construction ont été volés, pillés ou incendiés? Cette libérianisation de l'université ivoirienne a été appliquée à grande échelle pendant et après le coup d'Etat franco-onusien d'avril 2011.

Tout se passe comme si l'Université ivoirienne, ses professeurs et ses étudiants étaient devenus l'ennemi collectif du nouveau régime; dans une déclaration faite à Lomé, Alassane Ouattara ne vient-il pas d'annoncer la fermeture pour deux ans des établissements publics ivoiriens d'enseignement supérieur! La Côte d'Ivoire, entre maîtres de guerres et technocrates, sera-t-elle le seul pays au monde à avoir détruit sa propre Université?

Le contraste est patent avec le régime précédent qu'on a pu nommer (en référence malicieuse à la III ème république française), la «République des professeurs». De l'historien Laurent Gbagbo à l'économiste Aké N'gbo Gilbert- tous deux en déportation sans inculpation ni jugement à Korhogo et à Bouna, du philosophe Voho Sahi à l'historien Pierre Kipré- en exil quant à eux à Accra, capitale du Ghana, tous ont exercé, revanche sur l'affairisme houphouétiste et «l'idéologie du planteur», des responsabilités politiques; on aura reconnu, dans l'ordre cité, le président et le premier ministre ivoirien, le ministre de la Culture et l'ambassadeur de Côte d'ivoire en France.

Et certes, contrairement aux calomnies, cette république des professeurs et des chercheurs, bien qu'en butte à une rébellion armée aidée par la droite française dans sa prise du pouvoir a bien été, par certains côtés, celle de l'intelligence.

J'en voudrai pour preuve ce formidable effort de réflexion national (et même panafricain) qu'a été en 2010 la commémoration des 50 ans des Indépendance, pauvre indépendance bafouée et humiliée lors du putsch sanglant de 2011! Ce qu'on pourrait nommer, en termes heideggériens, l'auto-affirmation de l'université ivoirienne, s'est notamment traduit par cinq colloques successifs, établissant l'état des lieux, prospectant les futurs possibles, cherchant les voies d'une «seconde indépendance».

Et si c'était cette intelligence collective, critique et rebelle, mais en même temps porteuse des luttes des Indépendances comme des révolutions africaines encore à venir, qu'on a voulu, qu'on veut toujours anéantir?

La France, allié de poids de Ouattara

Car du point de vue géopolitique, un tournant était en cours, vers une pluralité d'acteurs, notamment la Chine- ce qui n'était nullement exclusif avec une collaboration franco ivoirienne soucieuse des intérêts communs et du respect de l'autre; y a-t-il d'ailleurs des dirigeants plus francophones et francophiles par certains côtés que ces professeurs ayant pour la plupart fait leurs études dans les universités françaises, continuant à produire articles et ouvrages avec leurs collègues français- ceux-là même qui les ont abandonnés, reniés et parfois insultés quand ont commencé les temps mauvais de la délégitimation politique et des campagnes médiatiques préalables?

Il y a bien eu, hélas trahison des clercs et forfaiture médiatique! Il faudra bien, un jour, faire l'inventaire des délateurs de la presse et des intellectuels organiques des Services ou du sarkosysme, intoxicant l'opinion publique internationale, jusqu'au monde intellectuel français qui connaissait pourtant les acteurs ivoiriens et, pour certains, le pays...

CITE UNIVERSITAIRE DEVASTEE.jpg

Un pays laissé à l'abandon

Le silence des intellectuels, lorsque tombaient les bombes franco onusiennes sur la présidence et la résidence, mais aussi campus et cités, CHU et camps militaires habités par des familles entières, tuant des centaines de civils (dont nombre d'étudiants engagés) semble, depuis avril, assourdissant.

A quoi bon disserter sur les «guerres humanitaires» au Kosovo, en Irak et en Libye- demain en Syrie ou en Iran, rappeler les immenses massacres du «Cameroun» sans voir que le même modèle d'intervention a été mis en œuvre en Cote d'ivoire- et que quelque part la mise à mort de l'université  parachève les massacres?

L'écrivain espagnol Miguel de Unamuno, depuis son université de Salamanque affirmait déjà qu'en entendant les franquistes louer la mort et la fin de l'intelligence («Abajo la inteligencia!», A mort l'intelligence!, osait clamer le général Millan Astray) c'était bien, au-delà du fascisme, le glas de toute civilisation qui se manifestait! Ses paroles de 1936 ne sont-elles pas, encore, prophétiques -pour d'autres temps et d'autres lieux:

«Vous vaincrez mais vous ne convaincrez pas. Vous vaincrez parce que vous possédez une surabondance de force brutale, vous ne convaincrez pas parce que convaincre signifie persuader. Et pour persuader, il vous faudrait avoir ce qui vous manque : la raison et le droit dans votre combat».

Que dire des institutions internationales en charge de la Culture, de l'Education ou de la langue? Si des «organisations des droits de l'homme» se sont définitivement discréditées par leur engagement partisan en Côte d'ivoire (cf. le dernier rapport de Human Rights Watch...), si est patent l'honneur perdu de la Cour Pénale Internationale (CPI) dont Jean Ping, président de la commission de l'Union Africaine, a publiquement dénoncé l'instrumentalisation et le rôle de «néocolonialisme judiciaire» (le procureur Ocampo a récemment serré la main, à Abidjan, de criminels de guerre notoires), on attend encore un plaidoyer fort et des actions effectives de l'Unesco, Unicef ou Francophonie, en faveur de l'université d'Abidjan.

Mais ne s'agit-il pas en fait d'une punition collective contre un milieu intellectuel sudiste largement favorable au président Laurent Gbagbo?

Un clivage Nord/Sud de l'enseignement universitaire

Démontrant que le régime Ouattara est plus fragile que sa propagande l'affirme, cette tentative de mise à mort de l'université rencontre pourtant des résistances inattendues; syndicats d'étudiants et de professeurs, partis politiques et journalistes qui commencent à tisser des liens par-delà les frontières.

Le régime, par le biais d'une ministre dont l'incompétence, voire le semi analphabétisme provoque des gorges chaudes à chaque intervention, a cru faire une concession majeure ces jours-ci; après l'annonce depuis Lomé de la fermeture universitaire et des deux «années blanches», on a cru bon d'en excepter l'université de Bouaké et de Korhogo: en somme les ex-rebelles à Abidjan, et les étudiants sudistes en ré-éducation au Nord ?

Il est plus probable que si elle était maintenue, cette surprenante décision se traduirait par une partition de fait du système éducatif, régionalisation et ethnicisation provoquant une «université dioula» (une langue très parlée dans la région) au Nord et ... l'absence de tout enseignement supérieur au Sud!! Double peine pour une capitale qui a voté à 54% pour le candidat Gbagbo, toutes ethnies confondues...

Politique éducative au fond suicidaire pour le régime: exclus par les droits d'inscription d'une université désormais privatisée, que feraient les centaines de milliers d'étudiants désespérés et paupérisés, sans autre issue que la lutte politique et le combat de rue?

Le régime Ouattara qui ferme sa seule université alors qu'il se targuait d'en construire «une par an» s'est lancé dans un projet aussi symbolique que caricatural: enfermer d'un mur d'enceinte le campus de Cocody- plutôt que de le réhabiliter; à grand frais ce «mur de Berlin» (déjà «mur de la honte» pour la débordante inventivité langagière d'Abidjan) pourra peut-être ceinturer l'immense espace universitaire, peut-être le cacher aux nouveaux maîtres; on doute qu'il enferme qui que ce soit, notamment les étudiants et la turbulente jeunesse abidjanaise. Quant à enfermer intelligence universitaire et esprit critique, mur ou pas mur, la tâche semble tout simplement impossible...


Michel Galy, sur Slate Afrique.

 

Source : INDIGNEZ-VOUS HAUT ET FORT

mercredi, 23 novembre 2011

LETTRE OUVERTE A LA SADC ET A LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE: MADAGASCAR, PEUPLE EN DANGER



LOGO GTT INTERNATIONAL GENEVE.png

La sortie de crise est loin d'être acquise avec le putschiste Rajoelina comme Président de la Transition. Il continue de défier la communauté internationale en bafouant dès le lendemain l'accord signé par lui même ou par sa mouvance et les récentes évolutions de la situation nationale viennent corroborer cette affirmation.

En effet, après de multiples violations de la feuille de route, M. Beriziky, le Premier Ministre nommé par Andry Rajoelina forme un gouvernement unilatéral avec la bénédiction de ce dernier. Cette mascarade politique est destinée à tromper la Communauté Internationale avec un pseudo consensus.

Nous dénonçons également la présence au sein de ce gouvernement des ministres de la mouvance TGV qui ont été récemment impliqués dans des trafics et détournements de fonds publics ou bien dans des cas de corruption avérée: c'est le cas de Hajo Andrianainarivelo, de Hery Rajaonarimampianina et de Pierrot Rajaonarivelo.

Rajoelina, lui-même, a institué le trafic des bois de rose en autorisant leur commerce et son implication dans le trafic de cette richesse nationale endémique est dénoncée par des organismes internationaux de défense de l'Environnement.

En outre, plusieurs ministres et parlementaires ont détourné sans état d'âme à des fins personnelles les dons de l'UNICEF (véhicules 4X4) destinés aux services de l'enseignement des enfants malgaches.

Le ministère de la justice, haut lieu de la corruption, reste sous les ordres de Rajoelina qui a reconduit sa ministre Christine Razanamahasoa.

Parallèlement, la France persiste à manoeuvrer et soutenir ouvertement le régime putschiste avec la présence permanente et bienveillante de M. l'Ambassadeur tout au long du processus.

Rappelons que le Parlement Européen a pris nettement position contre le régime putschiste en écartant toute reconnaissance mais aussi en refusant à Rajoelina la légitimité d'engager des élections en affirmant que "les autorités qui ont pris le pouvoir en bafouant la Constitution ne sont pas habilitées à les [élections] organiser".

De même, l'Union Européenne a manifesté à maintes reprises sa « position ferme en ce qui concerne Madagascar » et «prévient contre toute décision qui s'écarte de la voie consensuelle et inclusive».

Aussi, au vu de tous ces éléments et pour une sortie de crise crédible menant vers des élections libres et transparentes, nous exigeons:


l'application des mesures d'apaisement mentionnées dans tous les accords ;

le retour sans conditions ni délai du Président RAVALOMANANA et de tous les exilés politiques ;

la libération sans conditions ni délai des prisonniers politiques ;

le retrait de la France et de ses organismes satellites (OIF, COI) de tout processus de sortie de crise ;

la suppression de la Présidence de la Transition ;

la mise en place d'un Gouvernement de Transition constitué d'une équipe réduite de techniciens dont la mission se limiterait à la gestion des affaires courantes et à l'organisation rapide des élections libres et transparentes ;

 Bien entendu, les sanctions Internationales doivent être maintenues, tant que règnent l'unilatéralisme et le non respect de la démocratie. Et que l'ordre et la liberté tout court soient de nouveau présents dans la vie quotidienne du peuple malgache.


Nous sommes persuadés que seule l'application des Accords de Cotonou, qui interdisent à un putschiste de diriger une transition menant vers des élections libres, est la solution qui pourrait sortir Madagascar de cette crise qui dure depuis trois ans.

La Communauté Internationale et plus particulièrement la SADC doivent réagir contre cette voyoucratie et suivre sans complaisance le bon déroulement et surtout l'application d'un retour à l'Ordre Constitutionel. Cela ne peut être que bénéfique pour la très grande majorité de malagasy lassée par une si longue crise qu'elle n'a pas choisie.


GTT International - Genève

Collectif de la diaspora Malagasy

15 rue des Savoises

1205 Genève

SUISSE


http://gtt-international.blogspot.com/

GUY LABERTIT A PROPOS DU BOYCOTT DES LEGISLATIVES: «LES ARGUMENTS DU FPI SONT FONDES»


GUY LABERTIT.jpg

Dans une interview exclusive accordée au Nouveau Courrier, Guy Labertit, ancien responsable Afrique du Parti socialiste français et vieil ami du président Laurent Gbagbo, évoque l'actualité politique ivoirienne, mais également les derniers développements enregistrés sur la scène internationale, en Libye, dans le Sahel et en France. L'intégralité de notre entretien.


Sept mois après le 11 avril, quel est votre regard sur la situation sociopolitique en Côte d'Ivoire, dans un contexte où l'on parle de législatives, de réconciliation... et où certains considèrent que les choses sont un peu bloquées ?

La France de Nicolas Sarkozy a joué un rôle premier dans la situation qui prévaut aujourd'hui en Côte d'Ivoire. Le président français, les autorités françaises ont dit qu'elles étaient intervenues pour, en quelque sorte, imposer la démocratie aux Ivoiriens, faire respecter la démocratie. On constate au bout de quelques mois qu'il n'y a toujours pas de sécurité dans ce pays. Puisque Monsieur Guéant était récemment en visite à Abidjan pour s'occuper des questions de sécurité. On constate qu'il n'y a pas non plus de démocratie. Au contraire, on sent une sorte de retour au parti unique. Les partis d'opposition, en particulier le FPI, ont eu beaucoup de mal à s'imposer. Le FPI tient aujourd'hui des meetings, mais ses tentatives ont dans un premier temps été réprimées. La meilleure preuve de l'absence de démocratie, c'est qu'il a fallu reporter à plusieurs reprises la fin du dépôt des candidatures pour les législatives annoncées le 11 décembre. Tout simplement parce que le principal parti d'opposition, qui a toujours été engagé en faveur des élections, peut difficilement y aller alors que ses principaux cadres sont toujours détenus. Et finalement on s'aperçoit qu'on est dans un pays où officiellement on a des discours lénifiants sur la réconciliation, mais où les actes des autorités ressortent uniquement de la justice des vainqueurs.

Visiblement, vous comprenez le refus du FPI de participer aux législatives dans les conditions actuelles...

Pour l'heure, le FPI rappelle très clairement qu'il a été un acteur majeur du processus démocratique en Côte d'Ivoire. Puisque son premier dirigeant, Laurent Gbagbo, a été le chantre du multipartisme qui a été arraché le 30 avril 1990. Le FPI garde une stratégie électorale, s'oppose à toute résistance armée, mais pour développer sa stratégie, il faut bien que les conditions réelles du respect des droits démocratiques existent dans ce pays. Avec la détention arbitraire de la plupart des cadres du FPI, je pense que les arguments qui sont présentés pour pouvoir participer aux élections présidentielles sont fondés.

Les conditions, vous voulez dire...

Oui, on peut appeler cela des conditions... Moi je me vois mal, en tant que socialiste français, participer à des élections alors que les principaux dirigeants du Parti socialiste seraient détenus. Cela me paraîtrait totalement surréaliste...

En parlant de détention, le pouvoir Ouattara évoque régulièrement un éventuel transfert de Laurent Gbagbo à La Haye, siège de la Cour pénale internationale, disant que cela faciliterait la réconciliation...

J'ai le sentiment qu'au plus haut de la direction de certains Etats, et je suis sûr que le président Ouattara a entendu ce message, des autorités politiques africaines pensent qu'au contraire la libération du président Gbagbo permettrait une vraie réconciliation qui ouvrirait la voie à un contexte permettant à tous les pays de la région de mieux se développer. Parce que la situation ivoirienne pénalise les économies des pays voisins. Il faudra peut-être du temps, mais j'espère que les autorités ivoiriennes prendront à un moment donné conscience de cette réalité qui devrait s'imposer à elles.

Vous pensez que beaucoup de dirigeants africains sont hostiles à cette volonté du pouvoir Ouattara d'envoyer Gbagbo à la Cour pénale internationale ?

Je constate que le président Gbagbo et son épouse ont été détenus en toute illégalité pendant plusieurs mois, que le chef d'inculpation avancé par la justice ivoirienne, c'est «crimes économiques». Ce qui, entre nous, ressort quand même de la farce, puisque l'actuel Premier ministre Guillaume Soro était secrétaire général des Forces nouvelles, lesquelles avaient une Caisse centrale dont on peut dire qu'elle a recueilli environ 250 milliards de FCFA en moyenne du début de la rébellion en 2002 à 2010 sur la base de détournement de cacao, de café, de coton, de diamants, de bois et de taxes en tous genres indûment perçues dans les zones rebelles alors que les FN étaient pourtant représentées dans le gouvernement . Pour l'instant, c'est la seule inculpation officiellement avancée par la justice ivoirienne. Pourquoi n'y en a-t-il pas d'autre ? Est-ce que les autorités ivoiriennes ont conscience que juger le président Gbagbo en Côte d'Ivoire serait peut-être avoir à affronter une véritable vague de protestation qui mettrait en péril le fragile équilibre du pouvoir Ouattara ? Par rapport à la Cour pénale internationale, j'entends des rumeurs en tous sens. Je dois dire que cela me semble plutôt marquer l'inquiétude, l'angoisse des actuelles autorités d'engager un processus électoral avec la présence sur le sol ivoirien du président Gbagbo. On voit bien que le président Gbagbo est détenu, mais qu'il est encore extrêmement présent dans la vie politique ivoirienne. Je crois qu'en fait, toutes les démarches qui sont annoncées en termes de justice internationale sont la marque du désir d'extraire le président Gbagbo du territoire ivoirien. Car quand il y est, il représente encore un poids politique que peut difficilement contenir le pouvoir actuel.

On veut donc le neutraliser politiquement, ôter à ses partisans tout espoir qu'il revienne au centre du jeu politique ?

Rien n'est jamais définitif en politique. Je pense qu'aujourd'hui, ces autorités politiques qui réclament cette justice internationale sont bien conscientes qu'elles-mêmes devraient répondre devant cette justice internationale. Je suis assez conscient que cette fameuse Cour pénale internationale est profondément politique, et qu'elle a souvent rendu des jugements qui ressortaient plutôt de la justice des vainqueurs. Je pense même qu'un certain nombre de juges au sein de cette Cour sont conscients que les autorités ivoiriennes, de fait, devraient également être traduites devant la justice internationale. Les tergiversations viennent de là.

Avant le 11 avril, on vous a entendu dire que le président Gbagbo ne sortirait pas vivant de l'assaut sur sa résidence. Cela veut dire que vous aviez anticipé le pire, une éventuelle élimination physique. Finalement, il est vivant. Mais avec le recul, comment avez -vous vécu ces journées de feu ?

Evidemment, très douloureusement. Lorsque j'ai tenu les propos que vous venez de rapporter, quelques jours avant le 11 avril, je me suis rendu compte qu'il y avait eu des réactions de panique, y compris au niveau des pouvoirs qui voulaient en finir politiquement avec Gbagbo. J'ai reçu des coups de fil assez surprenants me disant : «Mais vous ne vous rendez pas compte, Laurent Gbagbo mort ce serait une catastrophe pour la Côte d'Ivoire !». J'ai d'ailleurs dit à ces interlocuteurs que je me réjouissais qu'ils réalisent la portée dramatique de leurs actes. Je dois aussi dire que certains dans la résidence m'ont dit : «On ne peut pas faire moins qu'Allende !  [le président chilien mort dans le palais de la Moneda, encerclé par les forces du pro-américain Augusto Pinochet]». Ils avaient conscience qu'on voulait en finir politiquement avec eux. Et que les bombardements pouvaient tout à fait atteindre une des cibles : Laurent Gbagbo. D'ailleurs, une plainte a été déposée par ses avocats pour tentative de meurtre. Des pièces de la résidence ont été touchées et détruites par des projectiles français, des pièces où le président Gbagbo aurait très bien pu se trouver et être physiquement éliminé.

Ce ne sont pas seulement les cibles militaires autour de la résidence qui ont été atteintes?

Non, pas du tout. Mais la vérité se fera un jour. Il est évident que les bombardements français, initialement prévus pour empêcher l'utilisation des armes lourdes contre des populations civiles, selon une résolution de l'ONU, n'avaient pas cette finalité. La résolution a été largement violée par la France et l'ONUCI puisqu'il s'agissait au final d'éliminer politiquement voire physiquement le président Gbagbo. Ces bombardements ont occasionné ce que les militaires appellent officiellement des «dégâts collatéraux» dramatiques. Il y a eu de nombreux morts civils et militaires ivoiriens du fait des bombardements de la France. Pour l'instant, c'est une réalité qui est tue. Mais il est évident que vous ne pouvez pas faire exploser deux poudrières à Akouédo, bombarder le camp d'Agban où vivent les familles des gendarmes - et je pourrais donner plusieurs autres exemples - sans que des civils ivoiriens soient tués. La France qui disait vouloir éviter les morts de civils ivoiriens a en réalité elle-même tué ces civils et des militaires ivoiriens.

La campagne électorale en vue de la présidentielle française de 2012 commence bientôt. Pensez-vous que les questions internationales y trouveront leur place, notamment la double question des interventions de la France en Côte d'Ivoire et en Libye, même si elles ne sont pas équivalentes dans l'absolu ?

Vous avez raison de distinguer les deux questions. Notamment parce que le président Gbagbo est un acteur historique de l'avènement de la démocratie en Côte d'Ivoire, alors que le colonel Kadhafi a fait un coup d'Etat militaire alors qu'il avait 28 ans pour renverser un roi. Les deux situations n'ont rien à voir au niveau des processus historiques. Mais les deux cas se rapprochent en ce qui concerne la politique de Nicolas Sarkozy, qui a utilisé l'ONU en Côte d'Ivoire et l'OTAN et l'ONU en Libye avec le Britannique David Cameroun comme premier allié européen. Dans les deux cas, on observe la volonté du camp occidental d'en finir avec des régimes existants. Et ce qui m'a déçu dans l'approche des politiques français, c'est de voir une forme d'unanimité aussi bien sur la question ivoirienne que sur la question libyenne.

Je suis socialiste, et je crois que François Hollande lors de son récent discours d'investiture comme candidat socialiste a rappelé qu'il fallait sortir de la Françafrique. M. Ruffin a publié dans les colonnes du Monde pour le compte de Martine Aubry une tribune intitulée "Pour sortir de la Françafrique". J'ai envie de dire «chiche !». Mais tout au long de la Vème République, aussi bien la droite que la gauche n'ont pas fait les réformes structurelles qui s'imposent au sein même de l'Etat français pour en finir avec la Françafrique. Je souhaite vivement que la gauche l'emporte en 2012, et si nous voulons vraiment sortir de la Françafrique, il faudra les faire, ces réformes structurelles. Je me suis rendu compte récemment que c'est au sein même de notre diplomatie du Quai d'Orsay que sont choisis les directeurs stratégie de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE,  contre-espionnage). Ce sont les mêmes acteurs qui passent de la DGSE à la direction Afrique du Quai d'Orsay voire à la cellule Afrique de l'Elysée. Je me rends compte que l'action politique de la France en Afrique est définie par les deux seuls centres nerveux que sont l'Elysée et le ministère de la Défense. Il n'en va pas de même pour nos rapports avec l'Amérique latine ou l'Asie...

Il y a un débat au sein de la communauté des Franco-Africains politisés. Certains estiment que la gauche et la droite, c'est blanc bonnet, et bonnet blanc. D'autres estiment qu'il faut voter massivement pour le principal candidat de la gauche pour faire partir Nicolas Sarkozy. Est-il vrai de dire que la Françafrique n'a jamais été remise en cause par aucun parti de gouvernement ?

J'ai été responsable Afrique du PS pendant 13 ans, de 1993 à 2006. Je peux dire que je vois une différence entre la droite et la gauche en Afrique. La gauche, lorsqu'elle était au pouvoir, n'a pas accompli de « coups tordus » en Afrique contrairement à ce que fait la droite. La situation en Côte d'Ivoire, par exemple, s'est dégradée quand Lionel Jospin a été battu aux élections présidentielles en avril 2002 et que la droite a repris l'ensemble des manettes du pouvoir.

Maintenant, le militant socialiste que je suis veut qu'on fasse plus pour sortir de la Françafrique, qu'on fasse des réformes structurelles. Tant qu'elles ne seront pas faites, le mode de gestion de la politique de la France en Afrique ne se différenciera pas de ce qu'on a vu depuis les débuts de la Vème République.

Vous connaissez bien le Sahel. De nombreux chefs d'Etat de cette partie de l'Afrique s'inquiètent  de la circulation d'armes et de combattants après le renversement de Kadhafi. Quelle est la mesure de ces angoisses et comment les juguler ?

Je pense que la politique de l'OTAN conduite par la France, les Etats-Unis et la Grande Bretagne a eu pour conséquence de déstabiliser le Sahel. Je me suis rendu aussi bien au Mali qu'au Niger en septembre et octobre, et j'ai pu constater une grande inquiétude. Notamment en raison de la circulation d'armes dont beaucoup sont dans la nature... ou récupérées par des mouvements rebelles ou intégristes. Les retours précipités dans leur pays de plus de 200 000 Nigériens et d'un grand nombre de Maliens, le manque à gagner lié à la suspension des relations économiques avec la Libye sont une réalité. Il y a aussi un rapprochement entre les mouvements touaregs qui mènent des rébellions récurrentes au Mali et au Niger et des forces intégristes. Je pense que l'Occident a véritablement joué avec le feu. Et on le voit aux incertitudes qui prévalent face à l'avenir de la Libye. Certains responsables sahéliens m'ont dit qu'ils craignent vraiment une «somalisation» de la Libye. Ce n'est pas pour eux une marque de soutien à Kadhafi que d'exprimer leur angoisse face à l'absence d'Etat en Libye.

Pour des pays comme le Mali et le Niger, devoir organiser des patrouilles, dépenser beaucoup d'argent pour la sécurité, tout cela remet en cause leur volonté de prendre des mesures sociales au bénéfice de leur population, en particulier en matière d'éducation et de santé.

Les Etats-Unis se sont empressés de proposer leur aide au Mali, qui a pour l'instant décliné l'offre...

Je m'étonne qu'il y ait une telle présence militaire américaine depuis tant d'années au Mali et qu'il y ait tant de difficultés pour repérer quelques centaines d'hommes. Malgré les moyens technologiques extrêmement sophistiqués mis à disposition...

Il y a quelques années, on parlait beaucoup d'africanisation des capacités de maintien de la paix sur le continent. Quand le PS était aux affaires, le concept Recamp a même été évoqué. Tout cela semble bien loin aujourd'hui, avec l'interventionnisme occidental reconsidéré comme légitime...

Le concept a plus été qu'évoqué...  C'était une autre période par certains aspects. Aujourd'hui, je pense qu'une partie des difficultés du président Gbagbo a été liée à sa volonté d'en finir avec la base militaire française lorsqu'il a constaté que les accords franco-ivoiriens en matière de défense sécurité n'avaient pas été appliqués en 2001 et 2002 lors de tentatives de coups d'Etat destinés à le renverser. Des textes signés en 2008 mettaient fin au 1er juillet de cette année-là à la présence d'une base permanente en Côte d'Ivoire avec le retrait de la force Licorne, puisque la base de Port-Bouët était devenue une base d'appui à la force Licorne qui perdrait toute sa raison d'être avec le départ de celle-ci. Depuis l'arrivée de M. Ouattara, on constate que celui-ci revient en arrière et souhaite le rétablissement de la situation qui prévalait avant juillet 2008. Et là, dans ce domaine, la France a réalisé ce qu'elle voulait. C'est-à-dire maintenir ses bases militaires en Afrique tout en tenant un discours disant «nos accords sont obsolètes et nous allons les revoir avec nos partenaires». Et on s'aperçoit que le nouveau partenaire ivoirien est particulièrement favorable pour remettre à l'ordre du jour le maintien d'une base permanente de la France. Il va même jusqu'à demander que la Côte d'Ivoire soit une base internationale de la lutte contre le terrorisme. Peut-être alors que M. Ouattara n'a plus aucune confiance dans les Ivoiriens, et qu'il souhaite asseoir son pouvoir sur la présence de troupes étrangères en Côte d'Ivoire ?

Vous dites que le retour en force des armées occidentales en Afrique est un moment. Cela veut-il dire que selon vous, cette politique est historiquement condamnée ?

Oui, historiquement, elle le sera. Mais on va assister à des va-et-vient permanents entre des responsables politiques qui veulent faire avancer les choses, aller vers plus de souveraineté, et les forces conservatrices qui voudront maintenir l'ordre ancien. Mais je crois qu'effectivement, même si elle n'était pas très hardie, la politique sous-tendue par Recamp, en matière de sécurité et, qu'il aurait fallu européaniser, pouvait ouvrir une transition qui devait aboutir au retrait total des forces non africaines du continent africain, sous réserve que l'ensemble des acteurs politiques et militaires étaient de bonne foi. Malheureusement, il y a aujourd'hui une forme d'aveuglement, l'expression d'un vertige occidental qui a gagné la gauche à soutenir sans réserve les politiques conduites par la droite en Côte d'Ivoire et en Libye.

 

Propos recueillis par Théophile Kouamouo

 

Source : NOUVEAU COURRIER.INFO

dimanche, 20 novembre 2011

CAMPS DE DUEKOUE: LES DEPLACES CHASSES, AVEC LA COMPLICITE DE LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE



DEPLACES IVOIRIENS.jpg

Ouattara fait vider les déplacés de Duékoué comme des malpropres et des pestiférés. Sans aucune compassion ni mesures d'accompagnement. Ainsi va la "nouvelle Côte d'Ivoire"! Cet homme a-t-il vraiment un coeur? Que les myopes et les aveugles voient enfin et comprennent.

 

La date butoir que le gouvernement a fixé pour la fermeture des camps de déplacés de l’Ouest, notamment de Duékoué, c’était le 15 novembre 2011 dernier. Date qui coïncidait paradoxalement avec la journée nationale de la paix. Au lendemain de cette célébration, le déguerpissement des populations en détresse qui ont trouvé refuge sur des sites d’accueil tenus par des organisations internationales et des organisations non gouvernementales a effectivement débuté. Sous la menace d’une intervention des Frci en cas de refus des populations concernées de partir. Tristesse et émotions au rendez-vous, à voir des populations sans logis et sans moyen de retour sur les ruines de leurs maisons dévastées au cours de la crise postélectorale.

Aujourd’hui, ces populations ne décolèrent pas contre les organisations du système des Nations unies et des ONG spécialisées dans la prise en charge des déplacés, accusées de complicité avec le gouvernement. Elles reprochent à ces structures internationales d’une part, de ne pas respecter leurs chartes qui reposent sur l’obligation de protéger les personnes en danger. Et d’autre part, de réduire les kits d’accompagnement promis par les agents de l’Organisation internationale des migrations (OIM) à des cordes et des paquets de pointes. Point de nattes, de matelas ni bâches pour couvrir les maisons décoiffées ; point de rations alimentaires pour aider les déplacés et leurs progénitures à survivre, ne serait-ce que dès les premiers jours de retour chez eux où Frci, dozos et allogènes burkinabè ou maliens sont les nouveaux maitres.

DEPLACES IVOIRIENS 2.jpg

Indignés, les déplacés dont le sort n’émeut nullement la communauté internationale et ses démembrements en Côte d’Ivoire refuseront dans un premier temps de partir. Mais ils y seront contraints très vite par les agents de l’Organisation internationale des migrations (OIM) qui ont menacé de faire appel aux éléments des Frci déjà en attente d’intervention pour le sale boulot. La mort dans l’âme, les déplacés ont donc quitté les camps de déplacés, sans trop savoir où trouver refuge.

Les 459 personnes qui ont embarqué à bord d’un camion commis pour le déguerpissement ont été déversées comme des bœufs sur l'espace CP2 du quartier Carrefour. «Ils sont repartis comme ils sont venus, errant dans la nature, sans repère, la plupart ne sachant ni où dormir ni où aller», commentait un agent de l’Etat en poste à Duékoué. Les inquiétudes des agents de Médecins sans frontières (MSF) n’ont pas valu grand’ chose. Et même les quelques réfugiés qui résistent encore, invitant les ONG et organisations du système des Nations unies à cesser de bafouer leurs chartes et à dire non au gouvernement, savent déjà qu’ils devront partir.

Interrogés sur leurs agissements, des agents de l'OIM ont confié que l'important, c’était de débarrasser la mission de ses occupants «indésirables» comme l’exigeait le gouvernement. Particulièrement le ministre Kafana Koné qui veille au grain et ne relâche pas la pression sur les ONG.

 

Edouard Amichia


Source: NOUVEAU COURRIER.INFO

vendredi, 11 novembre 2011

IL FAUT SAUVER LE SOLDAT SARKOZY ET LA FRANCE

NICOLAS SARKOZY 2.JPG

« La faillite n'est plus un mot abstrait », voici l'euphémisme - du reste, très élégant - derrière lequel s'est embusqué le Premier ministre français, François Fillon, pour annoncer, dans une mine inabordable des mauvais jours, au peuple français sa banqueroute budgétaire. Prenant sur lui, en préposé des mauvaises nouvelles, de décliner devant la nation, comme un ange venu du Hadès, un plan, non plus de rigueur (mot pourtant longtemps esquivé par le gouvernement et éludé par moult contorsions verbales de ses membres) mais pire, d'austérité. Avec une accélération de la réforme des retraites, une hausse de la TVA (7%) et de l'impôt sur les sociétés (5%). Mettant la France sur le même palier, en réalité, qu'une Grèce en faillite sous perfusion européenne et une Italie sous surveillance économique et budgétaire du FMI. Des plans d'ajustements structurels (PAS, terminologie longtemps demeurée l'apanage des pays pauvres et notamment des pays africains) qui ne disent pas leur nom.

François Fillon répondait ainsi, du même coup - l'occasion était une aubaine immanquable -, à ses pourfendeurs qui le trouvaient un tantinet alarmiste quand il disait en début de quinquennat, en septembre 2007, qu'il était « à la tête d'un Etat en faillite » et à un Nicolas Sarkozy qui, en novembre 2007, assurait les français de l'inverse : « La France n'est pas en faillite ».

Déjà le samedi 5 octobre, à Morzine en Haute Savoie, dans les Alpes françaises, à deux jours de la présentation du deuxième plan de rigueur en moins de trois mois - le socialiste François Hollande dénonce justement une « politique de bricolages » -, il déclarait que « Le budget 2012 sera l'un des budgets les plus rigoureux que la France ait connu depuis 1945 ». Il est urgent, a-t-il dit, cette fois le lundi 7 novembre dernier, lors de sa conférence de presse à l'Hôtel Matignon, de « sortir de la spirale dangereuse » de « la stagnation, de l'endettement et de la sous-compétitivité », même au prix « d'efforts collectifs et prolongés et de « sacrifices ». Il faut rappeler que la France gît sous une épaisse couche de dettes et de déficits, depuis de très longues années. Elle espère ainsi « économiser 100 milliards d'Euros pour parvenir à zéro déficit, en 2016 ».

Comme dit une chaîne de télévision belge sur son site Internet, « l'objectif est de ramener le déficit public à 4,5% du PIB en 2012. Il en va du précieux ''triple A'' de la France, attribué par les agences de notation et sésame pour emprunter à bas coût sur le marché de la dette. Etalé sur quatre ans, l'effort supplémentaire prévu par ce deuxième plan de rigueur en moins de trois mois représentera 7 milliards d'Euros dès 2012. Il doit permettre à la France d'épargner près de 65 milliards d'Euros de dette supplémentaire, d'ici à 2016. (...) Fait rarissime, le budget de l'an prochain est ainsi profondément remanié avant même d'avoir été adopté par le Parlement ».

Les coupes budgétaires annoncées doivent permettre de faire entrer dans les caisses de l'Etat 5,4 milliards d'Euros pour un besoin brut de 7 milliards d'Euros supplémentaires, qui viendront en appui des 11 milliards d'Euros d'économie forcée déjà annoncés, en septembre dernier. Nettement insuffisant pour sortir la France de l'impasse. Où trouver la différence de 1,6 milliards d'Euros. Tel est le nouveau casse-tête « chinois » français.

Et pourtant, si la France vivait moins orgueilleuse et moins belliqueuse, l'économie hexagonale et tout le peuple français s'en porteraient infiniment mieux. Se livrer à un « fascisme extérieur » comme le lui a asséné le sociologue Jean Ziegler, présentant sur TV5 Monde son dernier ouvrage intitulé « Destruction massive », fomenter contre des nations tranquilles  des « guerres humanitaires et démocratiques » pour lesquelles plus personne n'est dupe et espérer équilibrer un « budget en déficit depuis une trentaine d'années », dixit Nicolas Sarkozy lors de sa 3ème conférence de mandat, nous semble être une fuite en avant, doublée d'une prise de raccourci déconcertante du gouvernement français, quand des solutions objectives existent bien en face de lui : vivre selon ses moyens. Qu'entendons-nous par cette expression ?

La France veut continuer à être la « Grande France ». De bonne guerre ! Mais à ses risques et périls. Car comment espérer réduire les déficits, sortir de la spirale de l'endettement aveugle voire irresponsable et s'extirper des anneaux contristants des marchés financiers, tout en continuant cette politique arrogante et impérialiste dans le monde, appuyée sur une économie défaillante et très peu compétitive ? Impossible de faire des omelettes sans casser les œufs. Il faut que la France vive selon ses moyens et non plus de l'argent qu'elle n'a pas ou que ne produit guère plus son économie ni sa force de travail nationale. Le monde a évolué, les rapports de forces géopolitiques et géostratégiques ont mué avec l'émergence de la Chine et des BRICS en général, la real politik internationale n'est plus celle des « 30 glorieuses ». La France n'a plus les moyens de son prestige. Elle doit simplement revoir ses prétentions à la baisse et ne plus vivre aussi outrageusement au-dessus de ses moyens. N'y a-t-il plus de bon sens en France ou plus personne qui en soit habité ?

Figurez-vous qu'en ces temps de vaches maigres internationales, la France se paye encore le luxe d'entretenir pas moins de 11 bases militaires permanentes et d'« opérations extérieures (Opex) », en Afrique (Côte d'Ivoire, Sénégal, Tchad, Gabon, Somalie, Djibouti, Comores, Ile de la Réunion, Togo, Cameroun, République Centrafricaine) et dans le monde, dont les plus importantes se situent en Afghanistan, au Liban, dans le Darfour, en Côte d'Ivoire et dans les Balkans. Sans omettre la toute nouvelle base d'Abu Dhabi (mai 2009), dans les Emirats arabes unis, aux larges du Golfe persique. Avec tout ce que cela sous-entend de logistiques lourde et légère, de charges quotidiennes de fonctionnement et de maintenance, de salaires et de primes, d'investissements divers. La seule force Licorne en Côte d'Ivoire, coûtait et continue de coûter à la France pas moins de 10 milliards de Francs CFA par mois, soient environ 15,3 millions d'Euros par mois.

Les forces françaises hors de la métropole sont les détachements de l'armée française localisés hors du territoire européen de la France. Ainsi, environ 10.000 militaires français sont répartis, en 2010, dans une dizaine d'opérations extérieures (Opex). En ajoutant aux Opex les forces dites de « présence » et de « souveraineté » stationnés dans la France d'outre-mer (Mayotte, Antilles, Guyane, Nouvelle-Calédonie, Polynésie. Afrique y compris ? Ce serait une insulte !), on obtient un total d'environ 30 000 soldats stationnés hors de la métropole française. Réduire cette armada ne serait-ce que de moitié, et la France est sauvée. Mais de cette solution, point question !

Nicolas Sarkozy sera certainement le président français sous lequel toute cette richesse et cette vie artificielles entretenues depuis des décennies finiront par s'écrouler comme un château de cartes. Tant les coups de boutoirs de sa politique extérieure (la guerre en Côte d'Ivoire, couplée de la guerre en Libye et d'un plan de sauvetage de la Grèce audacieux si ce n'est suicidaire, qui ont aggravé comme jamais le déjà abyssal déficit budgétaire français), ses derniers mois, auront été décisifs pour le futur et très proche effondrement général d'une économie déjà en équilibre précaire.

Barack Obama et Nicolas Sarkozy ont passé le plus clair de leur temps à s'encenser l'un après l'autre et à célébrer leur « leadership exceptionnel », lors de leur conférence de presse de clôture du G20 de Cannes. Deux personnalités qui en avaient vraiment besoin, sur le moment, pour maquiller en victoire médiatique leurs déconvenues budgétaires et donner le sentiment global d'être bien « à la barre », quand leur pays vont à vau-l'eau et qu'ils ne doivent leur salut qu'à la « magnanimité » d'une Chine triomphante qui a bien voulu leur acheter leurs bons de trésor et racheter une partie significative de la dette européenne.

Vu sous ce prisme, la présidentielle française de mai 2012 promet des débats croustillants sur les questions financières et économiques. Des esquives en tout genre, des déclarations à l'emporte-pièce, des promesses mirobolantes qui ne seront jamais tenues comme à l'accoutumée, des coups bas à la DSK (en dessous de la ceinture) et des mensonges éhontés de tout registre sont au menu. Nous serons bien servis, en tout cas. La France en sortira-t-elle perdante, plus que jamais affaiblie ou plus forte ? Nous le saurons, bientôt ! D'ici là, il faut sauver le soldat Sarkozy et la France par des recettes intelligentes et peu coûteuses. Nous, nous proposons le bon sens universel et la trivialité d'une recette connue même en économie domestique : vivre selon ses moyens - donc non plus au-dessus de ses moyens - et revoir à la baisse un ego international surdimensionné.

Nous y invitons pareillement la « nouvelle Côte d'Ivoire » et la « République des vainqueurs » de la lagune Ebrié. Qui a les yeux désespérément rivés sur la France messianique d'un Nicolas Sarkozy fauché - qui a récemment offert à notre police 34 véhicules d'occasion encore aux couleurs et aux immatriculations françaises - sauveur pressenti d'un Alassane Ouattara sans le sou.


Que DIEU bénisse la Côte d'Ivoire !


DINDE Fernand AGBO


In le quotidien ivoirien "Le Nouveau Courrier" N° 363 du jeudi 10 novembre 2011.