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samedi, 23 février 2013

FRANCE - L’ETAT GUERRIER (Réédition)

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Une intervention militaire française en chasse une autre: Côte d'ivoire, puis Libye, puis Mali, sans parler de la volonté appuyée d'intervenir en Syrie. Les troupes françaises ont à peine commencé à quitter l'Afghanistan qu'elles interviennent de nouveau au Mali.


La France apparaît ainsi, actuellement,  comme le pays  le plus agressif de la planète. Même les USA paraissent, en comparaison, plus réservés, dans le rôle de gendarme. Et  s'il y a une distribution des tâches dans ce rôle, on peut dire  que la France fait preuve dans le sien  d'un zèle particulier.

C'est inquiétant. Car cet Etat  par deux fois, en Libye et maintenant au Mali, est venu, avec ses armées, aux  frontières de l'Algérie et des pays du Maghreb. Chaque Algérien, chaque Nord-Africain, ressent cette inquiétude, celle d'avoir en face, de l'autre côté de la méditerranée, un Etat guerrier.

François Hollande est célébré en France comme "un chef de guerre". Sur tous les médias français, journaux, radios, télés, on proclame qu'il "est vraiment devenu président de la république maintenant qu'il a déclenché une guerre".  Comme le président Bush après la guerre contre l'Irak, et comme le président Obama, sacré "chef de guerre" après avoir fait tuer Ben Laden, ou comme le président Sarkozy après l'attaque contre la Libye. Non pas Président de la république respecté parce qu'il a réglé des problèmes économiques, des problèmes sociaux, parce qu'il est un homme de paix, mais parce qu'il a déclenché une guerre.

On reste songeur devant une telle vision, devant cette culture belliqueuse, devant "cette civilisation" qui nous ramène aux temps où les Consuls et Césars ne  devenaient légitimes et populaires, à Rome,   qu'au retour d'une expédition victorieuse, à l'époque où les rois ne le devenaient  réellement qu'après avoir conquis de nouveaux territoires, et où ils demandaient à leurs vassaux d'envoyer des contingents pour la guerre, comme l'injonction en est faite aujourd'hui par la France au Tchad, au Niger, au Sénégal, au Togo, au Bénin, à la Côte d'Ivoire, et à d'autres pays africains.

C'est l'union sacrée autour du nouveau "chef de guerre", François Hollande. C'est, de la gauche jusqu' à l'extrême droite française, l'unanimité de la classe politique française pour l'intervention militaire. Un tel unanimisme,  une démocratie aussi verrouillée, a des allures de  totalitarisme. Les socialistes français retrouvent leurs premiers amours, et les parfums  enivrants du chauvinisme de gauche et des expéditions vers des lieux aux noms exotiques: Tombouctou, Gao, le Sahara. Beaucoup d'intellectuels français les suivent. Comme cela avait été le cas pour la Libye, ils sont pris d'excitation guerrière, d'émotion et de fierté patriotiques devant le spectacle des avions "Rafale" qui décollent et celui du déploiement martial de leurs forces armées. De joie, l'un d'eux s'écrie: " Pour tous ceux qui parlaient de décadence française,  c'est la preuve que nous sommes toujours un grand pays car nous sommes capables d'intervenir."(Nicolas Domenach, Chaîne ITélé, émission "ça se dispute", 12 janvier2013). La communauté malienne en France se voit soudain entourée de sollicitude. Elle en est  étonnée et même gênée. Pourvu que ça dure. Les médias français découvrent avec tendresse que la ville française de Montreuil est, après Bamako, la seconde ville malienne par sa population originaire de ce pays.  Le parti français, le "Front National", juge cette intervention légitime, d'autant plus « qu'elle concerne, dit-il,  un pays francophone ». Les émigrés maliens ne sont plus donc, pour le moment, des " émigrés qui envahissent la France et viennent manger le pain des français". On pressent déjà des tentatives pour opposer Arabes et Africains dans l'immigration française, Afrique du Nord et Afrique noire, mais ce sera difficile tant la solidarité maghrebo-africaine est grande.

Bref, peu de voix se font entendre, en France,  pour  dénoncer l'intervention militaire, ou alors elles sont difficilement audibles. Aujourd'hui, pour l'instant, le principal reproche  fait au Président  François Hollande par le leader du Front de gauche, J.F. Mélenchon, ainsi que par les représentants du parti communiste français et de la gauche écologique c'est de…ne pas avoir convoqué le parlement avant d'avoir décidé de la guerre. A quoi le gouvernement français répond superbement qu'il n'en avait pas le temps et qu'il "fallait agir vite".

Cet argument, "qu'il fallait agir vite"  est trop souvent répété, assené, sur tous les médias français pour ne pas en devenir suspect. Il rappelle, le même, utilisé pour la Libye, lorsqu'on criait qu'il fallait vite intervenir à Benghazi, pour éviter un massacre. On sait comment cette justification s'est avérée mensongère et d'où est finalement venu  le massacre. Il semble, en réalité, que l'armée malienne avaient lancé des opérations sur la route menant à la ville de Mobti et en direction de la ville de Douentza, dés la journée de Lundi 7 Janvier (cf. le Quotidien d'Oran, 9 janvier 2013, p 6). Ces opérations, organisées en coordination avec le commandement français, avaient pour but, selon des experts occidentaux, de faire sortir les colonnes de pick-up des groupes rebelles de leurs bases et des villes afin de les bombarder en rase campagne et de permettre ainsi à l'aviation française d'intervenir. La version officielle française vise donc à justifier la précipitation de l'intervention française et à en  cacher les véritables raisons. Affaire donc à suivre, tant la gestion de ces interventions militaires par le mensonge est devenue coutumière.

La légitimation

Il est remarquable de voir comment chaque intervention militaire s'entoure d'un discours de légitimation. Chaque fois qu'elle a eu lieu, l'intervention militaire a été proclamée légitime, qu'il s'agisse de défendre un pouvoir contre des groupes armés rebelles comme c'est le cas au Mali, ou, au contraire,  de soutenir des groupes armés rebelles contre un pouvoir comme cela a été le cas en Libye ou c'est le cas en Syrie. Le droit d'ingérence n'est en fait que le droit du plus fort. Il ne s'embarrasse pas de cohérence. Mais  en aucun cas, les puissances occidentales qui  s'en réclament et interviennent, ne mettront leur influence, pourtant grande, au service d'une solution politique, pacifique. L'intervention est toujours violente et elle laisse toujours le pays dévasté, exsangue, meurtri  physiquement et moralement, fragile pour longtemps.

Dans le registre de la légitimation, il y a aussi l'argumentaire de la "menace terroriste islamiste".  Depuis que le Président Bush a trouvé et désigné  ainsi le nouvel ennemi global de l'Occident,  l'argument sert " à toutes les sauces", y compris d'ailleurs à des alliances avec ceux désignés auparavant comme "terroristes" lorsque la "realpolitik"  l'exige. La référence à la "menace terroriste" offre l'avantage à la fois de n'avoir rien à justifier et de donner une justification à n'importe quoi. Le président de la République française, François Hollande, et son ministre des affaires étrangères n'ont cessé de répéter, de marteler, qu'il s'agissait, au Mali, de lutter contre " des groupes terroristes criminels". On aura remarqué le pléonasme. Il a pour fonction d'accroître la tension. C'est ainsi qu'un amalgame est fait entre les différents groupes armés "rebelles", et que se trouvent obscurcies les véritables raisons de la crise malienne, et du même coup celles véritables de l'intervention française. Elles sont, ici comme ailleurs, à  chercher, banalement hélas, dans le pillage des richesses de la région et dans le maintien de l'influence nécessaire à cet effet.

L’Histoire se répète sur le continent africain..Entre l’an 397 et 398, Gildon,  prince Amazigh, se révolta contre la domination romaine et s'allia avec  les rebelles donatistes et circoncellions. Il arrêta les exportations de blé d'Afrique du Nord  vers Rome. Celle-ci utilisa contre lui, le fameux poète romain Claudien (un media de l'époque) qui mobilisa, à travers notamment un long poème propagandiste, l'opinion romaine, et déclencha la peur dans l'Empire en  faisant croire à la population qu'elle allait connaître la famine. Les méthodes sont les mêmes. Seule la technologie a changé.

La "menace terroriste islamiste" est brandie, comme à la plus belle époque du Président Bush junior. Le thème est repris en boucle par tous les hommes politiques et les médias français ce qui permet, collatéralement, de différer, au nom de "l'union sacrée", les échéances de la grave crise économique, sociale et morale actuelle de la société française ou d'y faire diversion.

Mais le thème comporte néanmoins un inconvénient, puisque, depuis, il y a eu le Président Obama et sa nouvelle stratégie envers le monde arabe et musulman, qui consiste à ne plus se contenter de brandir l'épouvantail de l'islamisme. Là se trouve une contradiction et une gêne, qu'on perçoit chez bien des  commentateurs français  lorsqu'il s'agit de passer du discours sur "le printemps arabe" et de la prise en compte de l'Islam politique à celui de la "menace islamiste".

Dans le registre de la légitimation de l'intervention au Mali, il faut parler, enfin, de la référence à la décision du Conseil de sécurité de l'ONU à ce sujet. Les responsables français s'enveloppent dans celle-ci  comme si la France ne faisait que se mettre,  par altruisme,  au service du droit international. Mais c'est précisément la France qui a  fait le siège du Conseil de sécurité pour obtenir une résolution autorisant l'intervention au Mali. Encore que cette intervention prévoyait d'abord de s'efforcer de trouver une solution politique aussi bien aux revendications légitimes des Touaregs du Nord Mali, qu'à la question de la légitimité du pouvoir politique malien,  mise à mal par le coup d'Etat récent. Et à ce propos, d'ailleurs, quelle  légitimité peut bien avoir un pouvoir qui ne peut se maintenir que par une intervention armée étrangère, laquelle, par ricochet, révèle d'ailleurs, par là même, sa propre illégitimité. Là est la faiblesse originelle de cette intervention militaire française. On peut s’attendre à la voir se révéler de plus en plus au fur et à mesure du développement de la situation.

 

Djamel LABIDI

 

Source:  Le Quotidien d'Oran du Jeudi 17 Janvier 2013

lundi, 18 février 2013

QUI DONC SAUVERA LE MALI?

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I. Courtes considérations sur les crises africaines

Au Mali, deux grands principes s'affrontent : le despotisme oriental, dans sa forme la plus exacerbée, et le politique comme destin de l'Afrique noire. Ce n'est en rien une guerre de religions, entre les branches de l'Islam ou entre ceux-ci et le Christianisme. En réalité, le Mali n'est que le terrain où apparaissent et se déroulent les premiers actes d'une insidieuse confrontation entre le Moyen Orient et l'Afrique, autour de la question géostratégique du Sahara. Qui contrôlera cet immense désert sera l'un des prochains maîtres du monde.

Ce conflit suit immédiatement la période de désintégration des souverainetés africaines et ouvre une époque nouvelle, dont l'enjeu essentiel est la viabilité voire l'existence même des États en Afrique noire.

Au vrai, le Mali n'est plus un État indépendant, si ce n'est par l'apparence des attributs. Il ne peut garantir ses frontières, sa classe politique est anéantie et l'ensemble du corps social est désemparé. Le Mali n'a plus les moyens de sa propre existence et ne doit sa survie, si l'on en croit ses hommes politiques, qu'à l'intervention de son ancien colonisateur. Aussi affligeant soit-il, ce constat pourrait être étendu à la quasi-totalité des États francophones d'Afrique noire. En effet, en matière de sécurité intérieure et extérieure, la France porte à bout de bras toutes ses anciennes colonies. Le Mali en est l'exemple le plus cru et le plus éclatant. Cruelle ironie de l'histoire, jamais la FrançAfrique n'a été aussi forte.

Au reste, il y a quarante-trois ans, à Paris, Franklin Boukaka chantait ses « lamentations » africaines, avec Ayé Africa. Ce titre, sa triste mélodie et ses paroles restent dans les mémoires, parce qu'ils mettaient déjà au jour le dévoiement des États africains, dix ans à peine après les indépendances. Les premières paroles établissent un constat sans équivoque : Ayé é Africa, Eh é é Africa, O oh lipando.

Pour les nations, être dans l'histoire, y rester, persister, y tenir une place, c'est s'organiser en État. En un État viable et fiable. Aussi controversé soit-il, le Discours de Dakar ne voulait pas dire autre chose. La Crise malienne révèle la fragilité des États africains. Et la communauté des sciences sociales africaines, si prolixe en d'autres occasions, s'est enfermée dans un assourdissant mutisme, quand on se rappelle de son vent de colère soulevé par le Discours de Dakar. Sous ce rapport, le silence d'Adame Ba Konaré est frappant.

Somme toute, la crise malienne conforte les « lamentations » de Franklin Boukaka et elle juge sévèrement Amadou et Mariam, dont la belle innocence vante les dimanches de mariage à Bamako.

En tous les cas, avec et après la Crise malienne, l'Afrique ne sera plus la même. Il s'agit d'un tournant dont on n'entrevoit pas encore la portée, tournant aussi important et décisif que de celui de 1989, qui vit l'écroulement du monde soviétique. Une nouvelle carte des nations est en cours de distribution. Les États africains impotents ne résisteront pas.

II. Quelques causes majeures de la crise malienne

Le Mali ? Vaste territoire, en Afrique de l'ouest, à la charnière de deux « mondes », arabe et noir. Ex-colonie française. Un État pauvre et un pauvre État. Les institutions publiques n'y sont plus qu'un amas chaotique ou des structures de vacarme. Pire, l'idée de l'État y a disparue. Il n'en reste que le squelette, une apparence totalement décharnée. Le Mali n'a pas échappé à une vérité universelle : un État qui ne se nourrit pas de « l'idée de l'État », un État qui donc ne repose pas sur lui-même, cet État-là entre en décomposition, de façon inéluctable. Il n'y a pas de magie, mais des règles objectives dans l'histoire des peuples et des nations.

S'il n'y a pas d'État, comment pourrait-il y avoir de « Chose publique », de Ré-publique ? Tout est privé, ou du moins est conçu et géré comme une affaire privée. Le caprice et l'arbitraire sont maîtres au Mali. Lorsque [la] vertu cesse, dit Montesquieu, [...] la République est une dépouille. Le Mali est face à cette vérité. Or, s'il n'y a ni État ni République, sur quels fondements solides peut reposer la Démocratie ? Partout est admis qu'une nation ne se gouverne que par les lois. Là-bas, la « chose publique » ne s'appuie pas sur la « vertu » ou sur les « lois », mais tout à l'opposé sur les « grins », qui valent plus que les partis politiques. Qu'est-ce que cela qui, tout en étant informel, est au-dessus du formel, c'est-à-dire des partis politiques et des institutions ?

Le « grin » au Mali, écrit Seydou Keïta, est une habitude sociale de rencontres régulières entre amis, à la limite entre le « privé » et le « public » ; ce qui revient à admettre que le grin abolit, de fait, la grande distinction républicaine entre le « privé » et le « public ». Ils constituent des espaces importants du tissu social. Une sorte d'arbre à palabres, où l'on rend des combines d'arbitrage, où se font et se défont les arrangements de complaisance, où se recrutent les dirigeants. La République y est malmenée. Une telle invention, dont on entrevoit le danger et les effets dévastateurs, a fini par éroder l'ensemble des institutions publiques.

Pour s'en convaincre, relisons la présentation qu'en fait Seydou Keïta : Les grins des jeunes, écrit-il, ne sont pas les seuls à être impliqués dans les activités politiques. Les aînés ont aussi leurs grins. Ils reposent sur des affinités parentales, de promotion, de ressortissants d'un même village, des bases ethniques, ou même des relations de travail.

C'est en leur sein que sont véhiculées les idéologies politiques. Les différentes stratégies politiques d'ascension au pouvoir sont élaborées en leur sein, de même que les oppositions et les clivages politiques se retrouvent dans des grins différents. Les recrutements politiques commencent dans les grins. Ils constituent les noyaux des associations et partis politiques.

Il y a une relation asymétrique entre les grins des jeunes et ceux de leurs aînés. Les premiers sont au service des seconds sur la base du patronage. Les représentations populaires au Mali ne disent-elles pas que le Gouvernement lui-même n'est formé essentiellement que des membres d'un même grin ? Cela dénote de la prégnance d'un tel regroupement dans la vie sociale des cités maliennes.

Malgré la pertinence de cette présentation et tout l'intérêt de l'analyse, comment ne pas s'étonner que l'auteur ne songe pas, l'ombre d'un instant, à indiquer les périls antirépublicains et les risques anti-démocratiques que les grins font peser sur l'ensemble des institutions publiques, jusques y compris la formation des gouvernements ? Ses arguments auraient dû le conduire à dire que, au Mali, les gouvernements ne sont que l'expression des grins. Quel scandale !

Au Mali, la corruption a tout emporté, particulièrement la citoyenneté et le patriotisme qui rendent seules savent rendre vivantes les institutions républicaines. C'est le mal qui gangrène tout le corps social. La corruption est plus forte et mieux enracinée, que partout ailleurs dans la sous-région.

« L'affaire Saïdi » (SICG Mali) est un exemple éloquent. Ce promoteur ivoirien d'origine libanaise, après avoir construit les Halles de Bamako et quelques programmes immobiliers, s'est vu spolié et dépossédé de ses droits élémentaires. « L'affaire Saïdi » suffit à elle seule à illustrer la nature, le degré, l'étendue et les méthodes de la corruption.

Dans cette injustice organisée, hormis quelques journaux, dont La Dépêche aux titres évocateurs, tous se sont liés pour le dépouiller : et le gouvernement, et l'administration, et les banques, et la Justice qui, dans une ligue d'intrigue, lui ont « pris » 25 milliards de Francs CFA.

Citoyens maliens et amis du Mali, « la patrie est en danger », et pas depuis janvier 2013. Il y a longtemps déjà.

En effet, si la chronologie politique de la dictature militaire (1968-1991), avec tout son lot d'arrestations arbitraires, d'abus de pouvoir, de suppressions brutales des libertés individuelles et publiques, de gabegies, de concentration des pouvoirs dans les mains d'un seul, si ces pratiques liberticides montrent l'affaissement progressif des institutions, il n'en reste pas moins vrai que le régime ATT qui a succédé à la Deuxième République, et qui n'eut de république que le nom, n'a rien réglé des grands problèmes du Mali (crise sociale, question Touareg, etc.).

Car, il n'y pas pire mal, pour une nation, que la corruption des mœurs publiques, auquel rien ne résiste et qui ravage tout. Rien ne résiste donc à la corruption, sinon la vertu. Il n'y a nul autre remède. C'est pourquoi, à sa manière et fort justement, Cabral dira : en Afrique, il suffit seulement d'être honnête.

C'est cela « l'esprit public », l'intérêt général. Tout le reste coule de source : le repos public, la solidarité, la croissance, le développement, l'alternance politique, etc. Un État juste est invincible. Car tous ses membres savent ce qu'ils ont à défendre.

Alors, au Mali, que voulait-on qu'il advint ? Le 25 mars 2012, un capitaine-sans-projet et une poignée de soldats dotés d'un matériel militaire d'occasion renversent un régime qui, depuis longtemps, ne reposait que sur du « bois pourri ». En une demi-journée, la dépouille d'un État, d'une République et d'une Démocratie a été incinérée.

C'est que ces trois structures étaient déjà moribondes, quand elles furent frappées. Le capitaine-sans-projet, pourrait-on dire, n'y est pour rien. Il n'a fait que révéler à la face du monde stupéfait, et avec une déconcertante facilité, toute la putréfaction d'un régime qui, en deux mandats présidentiels, a épuisé et vidé la belle citoyenneté malienne.

Qui ne se souvient, en effet, et avec une émotion sublime, de la vigueur citoyenne qui emporta la dictature militaire de Moussa Traoré ? La jeunesse y prit une part déterminante. Mais,  où sont-ils ces jeunes citoyens qui s'étaient légitimement arrogé le droit à l'insurrection au nom de l'amour de la patrie ?

L'amour de la liberté, écrit Mably, suffit pour donner naissance à une République ; mais l'amour seul pour les lois peut la conserver et la faire fleurir, et c'est l'union de ces deux sentiments que la politique doit faire par conséquent son principal objet. C'est tout le contraire qui a été engagé.

Qu'a-t-il été fait de cette jeunesse malienne, une des plus conscientes du continent noir ? Je la reverrai toujours défiler dans Bamako à l'annonce de l'assassinat de Cabral, le 20 janvier 1973. Où est cet esprit de liberté de l'Association des élèves et étudiants du Mali de ce juin 1990, qui anima les journées républicaines du 21 au 26 mars 1991, réprimées dans le sang, et aboutirent à la chute du dictateur ?

Où est la force des manifestations estudiantines du 5 avril 1993 ? Et l'élan de liberté et de justice qui porta les journées du 3 au 15 février 1994 ? Et toi Birus, où es-tu donc ? Il me souvient de notre dernier entretien, à Bamako, sur les valeurs qui font vivre la République ?

Et toi l'ami, Anatole Sangaré, soldat droit et militaire de devoir, représentant de la communauté catholique du Mali ? Je garde trace de la dédicace que tu me fis, le 24 décembre 2003, à la Gare du Nord, à Paris. Et vous Kafougouna Koné, oiseau du ciel, où sont vos Migs ? Je me revois dans votre ministère, où vous me fîtes l'amitié de me recevoir. Et vous Aminata Traoré, Marianne du Mali, qu'attendez-vous pour tonner, de votre voix forte qui traduit votre éthique des convictions ? Et combien d'autres vaillants Maliens !

C'est pourquoi le spectacle est triste de ne voir aucun sursaut d'orgueil national. Accepterez plus longtemps que la presse politico-anthropologique (Pascale Boniface, Antoine Glaser, Stephen Smith, etc.) et les médias du monde diffusent, à longueur de journée, des témoignages de Maliens désemparés remerciant la France et appelant les pays voisins au secours, comme s'ils avaient perdus toute ardeur au combat pour la liberté ?

Quel affligeant spectacle offert par Tiéblé Dramé, ex Premier ministre, sur les plateaux de France 2 allant jusqu'à oublier que seul un peuple libre se ibère de son dictateur ou se délivre de ses envahisseurs. La France ne peut faire la guerre du Mali à la place du Mali. N'aurait-il pas pu, lui, présenter la France comme l'allié du Mali ?

L'honneur eut été sauf. Mais il ne le peut, parce qu'il ne croit plus en son pays, en son peuple. Le Mali a « prêté son palabre » à la France. Il est des délégations honteuses.

 

Aux sombres heures de la France, lorsque les Nazis, après avoir percé Maginot, enchaînèrent l'État français, il s'est trouvé un homme qui réapprit à son peuple ce qu'est l'idée de l'État dont parle Hegel. Aussi, pendant que j'écoutais Tiéblé Dramé, je revoyais un autre spectacle, plus digne celui-là, La Pepa de Sara Baras, dont le Flamenco retrace l'exploit espagnol face aux troupes napoléoniennes.

C'est qu'un peuple libre est invincible. Un peuple qui a été libre une fois, l'est pour toujours. Et lorsqu'il a renversé une dictature, que peut-il craindre ?

Pauvre Etat, car au Mali l'amour de la liberté et l'amour pour les lois ont été perdus, sous le régime précédent. En 2004, alors qu'à renfort d'oukases et de batteries la presse politico-anthropologique louait le régime ATT, j'interrogeais gravement : Le Mali, pour combien de temps encore ? 

En effet, tous les prophètes de flatteries qui savent si bien prendre demeure dans les cabinets présidentiels et les chancelleries, tous les spécialistes français de l'Afrique qui occupent les médias et jusqu'à l'assourdissement de masse entretenue par la presse internationale, tous, vantaient les mérites du régime ATT comme modèle à suivre, mais qui dans son fond n'était qu'un système qui vidait de leur substance éthique l'État, la République et la Démocratie.

Aucun d'eux ne voulut voir ni entendre. Chacun voulait tromper ou, pire, être trompé. Tout le monde le sera. Car enfin, si un capitaine-sans-projet parvient si facilement à renverser un régime « modèle », mais qui en vérité a fini comme il a commencé dans la farce, comment imaginer que les débris de ce régime et un capitaine-sans-projet puissent résister à Aqmi, à Ansar Dine, au Mujao, à Boko Haram, etc., qui, au Sahel, ont formé une dendrite internationale, très disciplinée, aguerrie, solidement armée et surdéterminée, avec une inouïe volonté d'expansion « religieuse » ?

Personne ne voulut voir la lente et inexorable érosion des institutions et l'entreprise d'affaiblissement de la citoyenneté et du patriotisme maliens. Les sourds d'hier s'émeuvent aujourd'hui de ne pas entendre L'Etat. Tous feignent d'ignorer et s'étonnent de l'absence d'une « Armée sans armes ».

On est dans quoi-là ?, aiment à dire les Ivoiriens quand l'absurde dicte sa courbe aux événements. Constat de bon sens : il eût coûté moins cher au Mali, à la France et au monde aujourd'hui, si l'armée malienne avait été dotée de matériel militaire et instruite dans l'art de la guerre.

Et, avec délectation, les reportages télévisés français en rajoutent, qui montrent à l'opinion publique européenne des soldats maliens ébahis à la vue d'un hélicoptère, ou un militaire malien à l'entraînement et feignant de tirer, et qui, faute de minutions, reproduit le bruit des balles.

Ou encore l'Armée française qui, après avoir  chassé les rebelles de Gao et de Tombouctou par les bombardements aériens, stoppent net leur avancée aux portes de ces villes et invite l'armée malienne à y entrer et à en prendre possession.

Quel spectacle ! On avait connu la drôle de guerre. Là, nous voyons une guerre drôle. Pauvre Mali, qui, à la face du monde, joue avec son propre sort !

Nous payons en drames et en vies humaines, en recul de croissance et en expansion de la pauvreté, en foule de réfugiés, en famine, en instabilité politique et en misère médicale, ce que les responsables n'ont pas voulu voir. Et si nous n'y prenons garde, peut-être assisterons-nous à la formation du premier État islamiste de l'Afrique dans le Sahel. Alors, prenons garde !

Car les mêmes qui, hier, ne voulurent pas voir les difficultés maliennes se répandent à présent en longs discours d'explication et justifient leur erreurs d'analyse et de décision par la guerre française au Mali. Aucun d'eux, bien étrangement, ne parle de la Société civile. Mais c'est d'abord d'elle et de l'Armée malienne moquée que viendra ce qui sauve.

III. François Hollande et l'Occasionalisme de Malebranche

M. François Hollande aurait donc eu raison d'intervenir. Il l'aurait fait à temps. Quelques jours plus tard, dit-on, il n'y aurait plus de Mali. Ainsi, en une semaine un État peut disparaître. Et tout ce que l'histoire universelle n'enseigne pas (disparition subite des États), nous devrions donc l'accepter et nullement le contester ?

Mais, aussi difficile que soit une situation, aussi grand que soit le péril, il n'est aucun argument d'autorité qui puisse ou ne doive affaiblir l'esprit critique, cet exercice banal de la raison naturelle.

Appelons ici Bossuet, dont l'un des grands enseignements est précisément ce qu'il appelle la science des temps. Il est, dit-il, du devoir du prince de savoir penser et agir à propos, ni avant ni après, mais au bon moment.

Les Grecs anciens nommaient cela le kairos, le temps opportun. La France s'est-elle conformée à « la science des temps » ? Le président François Hollande a-t-il décidé selon le kairos ?

Plus d'un, à droite et à gauche, lui reprochent de n'avoir pas fixé un cap et des objectifs, d'où ses changements continus. A première vue, les faits leur donnent raison. En effet, François Hollande n'avait-il pas publiquement affirmé que la France ne s'engagerait pas au Mali, comme en République Centrafricaine, au motif qu'elle n'a plus vocation à être le gendarme de l'Afrique ?

Or, dès la prise de Konna par les Islamistes et la désinformation de sa reprise par l'Armée malienne, il a d'autorité constitutionnelle engagé la France, en déclarant que cette implication ne se limiterait tout au plus à un appui logistique et aérien, dans le but de stopper l'avancée des Islamistes qui se dirigeaient vers Bamako où réside une forte communauté française.

Puis, quelques jours plus tard, contradiction nouvelle, il décide d'engager au sol près de trois bataillons français.

En outre, après avoir indiqué que cette intervention serait de courte durée et localisée, il affirmera qu'elle durera autant que nécessaire et sur toute l'étendue du territoire malien. Toutes ces variations lui ont valu un double reproche : improvisations (impréparation, organisation sur-le-champ, hâtive, absence de  vision) et imprévisions (défaut de prévision, peu de maîtrise des événements).

A première vue, ces tâtonnements semblent indiquer une série d'improvisations doublée d'une suite d'imprévisions.

Si tel était le cas, nous pourrions légitimement en être choqués, parce qu'il n'entre pas dans les usages républicains que le Chef de l'État français ne fixe pas de cap ni d'orientation, alors que la Constitution lui confère cette prérogative quasi monarchique.

Mais, au fond, ne serions-nous pas tout simplement en présence d'un Président qui, de façon inconsciente ou non, et contre toute attente, ne ferait que mettre en pratique, au cœur du champ politique français, l'Occasionnalisme  de Malebranche ?

Selon Nicolas Malebranche, le monde n'est régit que par des causes occasionnelles que Dieu met savamment à profit, pour agir dans l'histoire. Par conséquent, les causes réelles des actions individuelles et collectives échappent aux hommes.

Tout n'est qu'occasion pour Dieu, c'est-à-dire moment d'intervention dans le cours du monde. Dans le Tout réside les « occasions » qui ne sont que des causes pour ainsi dire fictives, des causes qui ne sont pas effectives ; et parce qu'elles sont sans effet, elles ne sont pas véritables.

Pour Malebranche, à l'opposé d'Aristote, il ne peut donc exister de causes substantielles (existant par elles-mêmes), puisqu'elles sont toutes « occasionnelles ». L'Occasionalisme est le système de causes occasionnelles.

A bien observer, François Hollande semble avoir complètement laïcisé cette conception malebranchiste, pour l'appliquer au champ politique.

En effet, pour la première fois, qui plus est en République française, un Chef d'État développe, de façon méthodique, une ligne politique qui se donne à voir comme une suite combinée d'occasions.

Cette politique, qui laisse circonspect, peut se définir, d'une part, comme le rapport entre les occasions, et, d'autre part, la gestion même de ce rapport. On comprend mieux pourquoi le Premier ministre de son gouvernement apparaît autant en déphasage.

Car là où François Hollande attend les occasions, Nicolas Sarkozy, lui, recherchait ardemment des « dossiers » ou des « cas » voire même les suscitaient.

Ainsi, l'affaire de l'Arche de Zoé n'était pour Nicolas Sarkozy qu'un « cas », un casus, un événement, dans lequel retentissait l'ancien cadere qui signifie « tomber ». Tout « tombe », pour Nicolas Sarkozy. Aussi conçoit-il les « cas » comme des faits « accidentels » qui ne peuvent être relevés que par une technè, un savoir-faire technique porté par une énergie personnelle qui porte aux excès, quand François Hollande ne saisit que les occasions, et ce en autant d'événements « nécessaires » (qui s'imposent par eux-mêmes) auxquels il doit simplement s'ajuster.

Une telle différence concerne le fond, c'est-à-dire la manière d'être, et n'est pas seulement la forme ou le style, comme les politologues s'efforcent de nous le faire croire. Pour ces derniers, cette conception occasionnaliste est incompréhensible, parce qu'ils leur manque les fondamentaux de la pensée.

Il y a chez François Hollande une fiance affirmée dans les occasions et les causes occasionnelles. Sa longue « absence » politique après sa victoire à la présidentielle, et qui a tant inquiété, n'a duré que le temps que surgisse une occasion.

Ainsi a-t-il appréhendé la crise du Mali comme une cause occasionnelle, et l'on ne saurait expliquer autrement le caractère individuel et solitaire de sa décision d'agir, tout comme la promptitude de son engagement militaire et l'étonnement que ces deux faits ont suscité.

Car l'occasion se suffit à elle. Elle est érigée en « principe de raison ». Florange, par exemple, ne surgit pas comme une occasion, mais plutôt comme un « cas », ce qui ne peut vraiment l'intéresser. C'est le domaine du Premier ministre. Il suffirait que ce « cas » se transforme en cause occasionnelle, pour qu'il s'en empare aussitôt et s'y implique.

Quant au « mariage pour tous », il n'est ni une cause occasionnelle ni un « cas », d'où les atermoiements de François Hollande qui en confie la responsabilité à la représentation nationale.

En revanche, l'affaire Dominique Strauss Khan fut pour lui une cause occasionnelle, dont il a su si bien tirer parti.

Au fond, il ne semble pas croire en la grâce, en la prédestination à la manière du protestantisme. Tout n'est pour lui qu'occasion, comme l'affaire Florence Cassez ou le controversé impôt à 75% spontanément sorti d'une occasion.

Les exemples d'occasions et de causes occasionnelles pourraient de la sorte être multipliés, pour de montrer comment ils jalonnent et structurent sa carrière politique. Cette problématique est la matière d'un essai en cours de rédaction, Hollande et l'Occasionalisme de Malebranche.

Mais on aurait tort de croire que ce trait personnel est totalement déconnecté de la réalité nationale. Outre le fait qu'il prend racine dans une tradition théologico-philosophique française, celle de Malebranche, cette inclination correspond à une caractéristique culturelle bien française. En effet, comme le prétend Bruno Pinchard Les Français sont des occasionnalistes. Mais le savent-ils toujours ?

IV. Répercussions libyennes

Reprenons le fil de nos propos sur le Mali, en opérant une courte digression sur la Libye. L'aveuglement libyen de Nicolas Sarkozy, qui ne voulut pas voir les liens organiques entre la Jamahiriya libyenne et ses États voisins, en particulier le Mali, est lourd de trop de conséquences.

Outre qu'elle partage une longue frontière avec le Mali, la Libye avait été une terre de refuge pour les Touaregs maliens, après 1980, où nombre d'entre eux furent enrôlés dans les armées de la Jamahiriya. Et nous savions le rôle de médiateur que le Colonel Kadhafi tenait dans la vieille crise entre Bamako et l'Azawad.

Fallait-il être grand clerc pour imaginer qu'une déstructuration de la Jamahiriya aurait mécaniquement une répercussion sur le Mali, déjà fragile ? Qui ignorait la présence de Djihadistes dans les Sahel ? Mais il n'y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre, surtout s'il est entouré de conseillers muets. Ainsi, la confusion organisée en Libye, dont nous n'avons pas fini de payer le prix, a gagné le Mali en y produisant des détonations bien  plus fortes.

A présent, au Mali, mélangé, tout est mélangé, pour reprendre le mot d'une caricature ivoirienne. M. Nicolas Sarkozy et les Nations Unies ont tapé dans la Jamahiriya comme on frappe du pied une fourmilière. Il y avait d'autres options.

Ainsi ont-ils indûment armé les opposants et accepté la mobilisation de Djihadistes qui avaient en horreur le Livre Vert, dont la ligne politique est socialiste et la vocation affichée était de se substituer à la Sunna. Que croyons-nous qui devait arriver ? Car le colonel Kadhafi, bien informé des équilibres de la sous-région, avait averti.

Mais, les prophètes des flatteries, la cohorte des spécialistes de l'Afrique et un philosophe fatigué dirent en chœur leur exodos : '' regardez, peuples de la terre, comment un dictateur n'est qu'un menteur et de quelle manière il est puni ''. Bossuet a raison de dire que tout prince doit se défier de ses conseillers qui donnent des conseils pour eux-mêmes.

Par exemple, très fatigué, Bernard Henry Levy conseillait Nicolas Sarkozy pour lui-même, comme le montre si bien les Guignols de l'Info. Aujourd'hui, s'agissant du Mali, tous ces conseillers ont « trouvé » une nouvelle cause explicative : la question Touareg. Mais au Mali, le problème premier et le seul, c'est le Mali.

V. Les cinq crises maliennes

La Crise malienne est une dialectique de cinq grandes crises, qui ont formé un écheveau difficile à démêler. Énumérons ces crises:

Tout d'abord, une « crise politique » sans précédent, dont nous avons rappelé les grandes lignes (faillite de l'État, dépouillement de la République et extinction de la Démocratie), qui débute avec le coup d'état militaire du 19 novembre 1968 ;

Ensuite, une « crise sociale » marquée par le sous emploi et la précarisation constante des populations et la formation d'une diaspora de travail ;

Puis, une « crise de la religion » qui, d'un côté, voit s'affronter l'Islam africain (laïc et tolérant) et l'Islamisme d'origine moyen-orientale (salafisme djihadiste), et, de l'autre, fait peser une menace sur la petite communauté chrétienne.

En outre, une « crise ''raciale'' » ou plus exactement phénotypique entre Arabes et Noirs, sur le modèle du Soudan, dans laquelle prévaut l'argumentation ethniciste qui peut être conçue à bon escient, comme le fait Ed. Bernus lorsqu'il affirme que le pays Touareg [...] constitue un pont entre le Maghreb et l'Afrique noire, ou alors pour susciter de stupides conflits ethniques, en agitant les différences phénotypiques comme autant de facteurs essentielles.

Enfin, la « crise du transit des narcotiques » mis au jour par la ''stupéfiante'' aventure du « Boeing 727 de la coke », et qui vise à faire du Sahara (donc depuis l'intérieur du continent) le point d'escale le plus court pour l'écoulement de la cocaïne vers l'Europe, avec l'abandon des voies maritimes plus longues et mieux surveillées.

La dialectique de ces cinq crises (influence réciproque des causes, interaction des facteurs,  relance des effets, des contradictions et les évolutions inhérentes à ce processus) donne à la Crise malienne une dimension spécifique, lui confère son caractère particulier et détermine sa force de propagation sous-régionale voire au-delà.

C'est cette dialectique, où la corruption est le ferment et le facteur déterminant, qui a fait s'effondrer le Mali, après la Guinée-Bissau. Dans les mêmes circonstances, des causes identiques produisent les mêmes effets.

Par suite, si rien n'est entrepris, comme rien n'a été fait en Guinée-Bissau, un troisième pays de la sous-région s'écroulera.

Tout comme la Guinée-Bissau qui, à force d'ajustements structurels, de gabegie, d'une armée dévoyée, de tensions interethniques et de politiques publiques inadaptées, a été livrée au narcotrafic, le Mali est en passe d'être abandonné au narcotrafic et aux Islamistes. L'ouest africain en sera déstabilisé.

Aqmi croît dans le terreau de cette quintuple crise. Et toute l'Afrique de l'ouest, qui constitue un vaste ensemble géographique, historique et anthropologique est directement concernée.

Tous les pays, tous les Etats y ont un lien organique et structurel. Tel est « l'effet papillon » : un événement dans l'un de ces pays affecte tous les autres.

La Crise ivoirienne l'a bien montré. Si « la planète est un village », l'Afrique de l'ouest est un quartier, dans lequel se déroule des batailles qui ne sont que des épisodes de la grande guerre ouest-africaine.

La Côte d'Ivoire, grand éléphant de verre, signale déjà dans sa région nord la présence d'éléments djihadistes.

A titre préventif, elle devrait s'instruire de la Crise malienne et faire son unité nationale. En effet, si le Mali n'avait pas laissé croître la « Question Touareg », Aqmi n'eut pas été aussi fort. Toute division nationale et les guerres civiles qui en découlent sont des brèches profondes.

Qui peut croire que la Côte d'Ivoire, poumon économique de la Cedeao, n'est pas ou ne sera pas à court terme une cible ?

Le Burkina Faso, quelque peu affaibli, lui est historiquement lié, tout comme le Libéria, qui se remet difficilement d'une odieuse guerre civile, et le Ghana, le frère rival, qui forme un tout avec le vacillant Togo et le Bénin qui demeure un point d'appui, « mais, pour combien de temps encore ? ».

La Côte d'Ivoire est également rattachée à la Guinée-Conakry, pays en équilibre précaire, qui forme un sous-ensemble avec la Sierra Léone en situation délicate.

Le Sénégal, vitrine démocratique, est à quelques encablures du Mali, avec lequel il fut lié fédéralement dans un passé récent. Qui tient Bamako, menace directement Dakar. Qui dirige Bissau peut provoquer Dakar (crise de la Casamance) et inquiéter Banjul (Gambie) ou vice-versa, car ces trois capitales appartenaient à l'ancien empire du Cayor.

Le Sénégal doit faire sa concorde nationale mise à mal par les dernières présidentielles. La Guinée-Bissau, elle, est déjà paralysée. La Gambie, petite enclave, ne résistera pas aux secousses.

La Mauritanie, instable, liée au Sénégal,  doit craindre sa « malisation », en raison des tensions entre Noirs et Arabophones.

Le Niger, outre la famine, ne supportera pas le basculement du Mali. Le Cap Vert est à part, protégée par la mer et une classe politique responsable. Le Nigéria, géant de la sous-région, n'a pas vaincu Boko Haram. Que peut-il au Mali, le plus fragile de tous les États ?

Plus au nord, d'après le bornage rectiligne du 8 mai 1983, l'Algérie partage 1400 kms de frontières avec le Mali. Mais pourquoi s'engagerait-elle à l'extérieur de ses frontières, de façon directe dans un conflit qu'elle a externalisé et dont elle est à peine sortie ?

Sous ce rapport, comment ne pas se demander si la surprenante prise d'otages sur le site gazier de Tiguentourine, près d'In Amenas, ne vaut pas comme un avertissement direct adressé à l'Algérie, pour qu'elle reste neutre dans les conflits qui sont en cours au Sahara, au risque de devoir subir la paralysie de son principal secteur d'activité ?

Pour l'Algérie, la crise malienne vaut-elle la mise en jeu de son moteur de sa croissance ? Et si cette épineuse question était celle que pose Aqmi à l'Algérie ? Il semble que ce soit probablement là l'enjeu de cette prise d'otages, sinon comment l'expliquer ?

A l'avertissement djihadiste, les autorités algériennes ont répondu par une brutalité inouïe. Dès lors, les modalités d'intervention de l'armée algérienne, le choix du matériel militaire (armes lourdes, chars de combat, hélicoptères, etc.) et la nature du résultat de cette opération (plus de morts d'étrangers que de terroristes) indique pour toute réponse un équilibre de la terreur.

Le statu quo serait une intention doublement partagée. Notons donc que l'Algérie et tout comme la Mauritanie sont sur des lignes de prudence.

La moitié du continent africain est directement concerné par  la crise malienne, avec l'implication massive du Tchad (2.000 soldats) et du Burundi, l'Afrique centrale est engagée.

Par le jeu des menaces et des alliances cette crise nous amène à la première guerre continentale africaine, qui ne laissera pas indifférent le Moyen Orient et l'Occident.

VI. Que peut la France?

Que peut la France ? Cent guerres et cinq cent batailles, en deux mille ans d'histoire. Une incontestable tradition militaire faite de victoires éclatantes et de lourdes défaites. Que peut-elle, dans une guerre sans bataille ? Bien peu et beaucoup à la fois.

La guerre du Mali, qui n'en est qu'à des débuts, tend à être longue et difficile, en raison même de sa nature. Elle prolonge la crise libyenne avec laquelle elle entretient des rapports complexes.

En outre, le coût quotidien de l'engagement militaire français est plus important qu'on ne le dit. Il est à minima de deux millions euros/jour, selon les experts que nous avons consultés, ce qui le rend insupportable au regard des contraintes budgétaires.

Une année de guerre au Mali absorberait la totalité du budget des Opérations Extérieures (Opex), soit huit cents millions d'euros. En outre, le risque d'enlisement est réel, si le Tchad ne prend pas la relève. Et dès lors que les Djihadistes passeront à la guerre de guérilla (retraits des villes et bourgs, harcèlements des casernes, attentats suicides, etc.), le rapport de forces pourrait s'équilibrer.

Or, la France s'est mise en première ligne, sans qu'elle ne sache comment se retirer. Sun Tzu enseigne que l'on entre dans une guerre, quand on sait d'avance comment en sortir. Mais, pour envisager une fin, encore faut-il que l'action conduite ait une finalité.

La difficulté ici tient dans le fait que la « situation d'urgence » invoquée pour justifier la rapide et soudaine implication française au Mali n'est pas la cause occasionnelle ni ne peut être un but.

En tous les cas, s'il faut féliciter la France d'avoir arrêté l'avancée des troupes djihadistes,  et si nous ne sommes qu'au début d'une des guerres ouest-africaines, la question reste entière de savoir qui sauvera le Mali, si l'on admet qu'aucun peuple n'a jamais été libéré par un autre ?

C'est aux Maliens qu'il revient de sauvegarder le Mali, avec le concours d'alliés.

Pour lors toutes les institutions publiques maliennes sont « tombées » et restent dans un état de délabrement. Seuls l'ardeur citoyenne et les combats républicains pourront les redresser. L'amour de la patrie, dit Montesquieu, corrige tout.

Rien, en matière historique, n'est désespérant. Aucune nuit n'arrête l'aube. Le crépuscule du matin est une conquête toujours recommencée. Là où naît le danger, croît aussi ce qui sauve. Rien n'est impossible à un peuple libre ou qui combat pour sa liberté, parce que libre. Nul joug ne résiste au souffle puissant d'une nation qui combat pour être.

VII. Quatre propositions pour une sortie de la crise malienne

Napoléon, qui sut ce qu'est vaincre des peuples, mais aussi ce qu'est être vaincu par des peuples, fixa dans son testament politique, au terme de sa folle course impériale, une pensée : l'histoire est la seule philosophie. En nous gardant de donner des leçons de patriotisme aux Maliens, qu'il nous soit cependant permis de faire quatre suggestions politiques :

1°) la mise en place d'un Comité de Salut public qui, pour une courte période, concentrera tout le pouvoir exécutif, supprimant ainsi l'actuelle diarchie politico-militaire au sommet de l'État, entre un président « provisoire » et toléré, dont le Premier ministre est nommé par un capitaine-sans-projet.

L'une des missions essentielles de ce Comité de Salut public serait de procéder à une levée en masse de soldats maliens, d'organiser et de diriger l'armée dont la tâche essentielle sera de sécuriser les frontières actuelles ;

2°) instituer un changement politique, par la proclamation d'un régime parlementaire (sur l'exemple du Cap Vert), qui donne toute sa légitimité à un Premier ministre fort.

L'élection du Président de la République, au suffrage universel indirect (par les députés), et qui ne peut être que d'origine Touareg, pour les deux mandants suivants. Car il faut savoir mettre un terme aux courses présidentielles sur fond ethnique ;

3°) sur la base d'une stricte séparation des pouvoirs, la représentation nationale malienne devra reprendre l'initiative des lois, autant que durera le Comité de Salut public. En outre, la Justice et le quatrième pouvoir devront être réellement indépendants.

Sans cette mesure, qui fonde l'objectivité des institutions, il sera impossible d'éradiquer la corruption qui est le mal le plus profond.

Cette vaste réforme institutionnelle, conjointement impulsée par le Comité de Salut Public et la Justice (l'esprit de modération), permettra de poser les fondements de l'idée de l'État, d'enraciner les deux grandes valeurs de la République, la vertu et la frugalité.

Il n'y a que la mise en œuvre simultanée de l'idée de l'État, du sentiment de vertu et de la volonté de frugalité qui puisse faire de la Démocratie une coutume par laquelle pourront être organisées des élections libres et le règlement de la question Touareg ;

4°) sous la double initiative de l'Union Africaine et de l'Union Européenne, il sera nécessaire de procéder à la suppression immédiate de toutes les dettes publiques externes et à la suspension de tout ajustement structurel.

Sans cette réforme de justice sociale, non seulement il ne peut y avoir d'État viable au Mali, mais le Mali ne saura conduire de lutte efficace contre les Narcotrafiquants et Aqmi.

VIII. Conclusion

Le désert croît, disait Nietzsche. Cette parole résonne autrement aujourd'hui, en Afrique, pour se laisser entendre comme la décroissance de L'État. Le Sahara, une fois de plus, surgit comme un destin.

Telles sont les considérations d'ensemble que suscite la Crise malienne. Celle-ci marque un tournant décisif, dont le risque majeur est de voir les États africains s'effondrer.

Et devant le grand péril, la pensée est le plus grand recours, qui précède le courage, cet exercice de la volonté. Penser la Crise malienne, c'est revenir à ce qu'est l'essence de l'État qui est trop peu méditée par les intellectuels africains. Hegel a consacré maintes recherches sur ce qu'est L'État.

Peut-être les Africains gagneraient-ils, enfin, à questionner le plus puissant philosophe de son temps, lorsque, dans les Leçons qu'il lui a consacrées, il a présenté L'État comme la Raison. Écoutons, ce qu'il dit de son ouvrage :

Ainsi, dans la mesure où il contient la science de l'État, ce traité ne doit être rien d'autre qu'un essai en vue de concevoir et de décrire l'État comme quelque chose de rationnel en soi [...]

Si ce traité contient un enseignement, il ne se propose pas toutefois d'apprendre à l'État comment il doit être, mais bien plutôt de montrer comment l' Etat, cet univers éthique, doit être connu.

L'État ne se laisse connaître que comme idée, mais une « idée » effective qui mène le monde. Comble de guigne, il n'y a pas de culture d'État ou d'idéalisme de l'État en Afrique. Aussi peut-être même est-ce dans cette « crise de la connaissance » que la Crise africaine demeure dans toute son ampleur. Le Mali le montre. Mais ce pays, qui n'est plus un pays-État, voudra-t-il s'élever à cette idée ? Et s'il le veut, le saura-t-il ?

Mably a donné la clé de cet idéalisme politique : l'union de « l'amour de la liberté » et de « l'amour des lois », qui doit devenir le principal  objet de la politique. Mettre en pratique politique cette union, c'est surmonter le destin qui préoccupait tant mon vieil ami, Jean-Pierre Ndiaye, dont je salue la mémoire.

 

Dr Pierre Franklin Tavares

Paris, le 1er février 2013

 

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Jean-Pierre Ndiaye, Monde noir et Destin politique, Présence Africaine, Paris, 1976.

P. F. Tavares, Pourquoi tous ces coups d'état en Afrique, Le monde diplomatique, janvier 2005.

Franklin Boukaka à Paris, Ayé Africa,

HYPERLINK "http://www.youtube.com/watch?v=qeVKpqIB5F4"

http://www.youtube.com/watch?v=qeVKpqIB5F4, 1970.

F. Boukaka, Oh, ô Afrique, Eh Afrique, Où est ton indépendance ? [...] Où est ta liberté ?

P. F. Tavares, Nicolas Sarkozy : Relire le Discours de Dakar, NEI, Abidjan, 2008.

Hegel, Principes de la philosophie du droit, ou Droit naturel et science de l'État en abrégé, Vrin, Paris, 1982, p. p. 263 - 341.

Montesquieu, De l'Esprit des lois, t. 1, Garnier Frères, Paris, 1973, p. 27.

Seydou Keïta, Un espace de liberté et d'organisation sociale : le Grin, 21 avril 2007. C'est nous qui soulignons.

Abdoulaye Niangaly, Malversations, mal gouvernance, Affaire SICG Mali - ACI, les magouilles d'ATT, Bamako, La Dépêche, n° 7, 03 septembre 2012 ; Scandale autour d'un financement occulte : ils ont escroqué 600 millions FCFA pour arriver au pouvoir, La Dépêche, n° 2, 23 juillet 2012 ; Affaire de 600 millions FCFA escroqués par Yacouba Diallo : l'escroc sommé de payer, La Dépêche, n° 4, 06 août 2012 ; Maître Madina Dème : Rebondissement dans un scandale ''enterré'', 6 août 2012.

Les deux mandats d'Alpha Konaré (1992 - 2002) font partie du Régime ATT (1991 - 2012).

Gabriel Bonnot de Mably, Des droits et des devoirs du citoyen (1758), édit. Marcel Didier, Paris, 1972, p. 104.

Le Lieutenant-colonel Oumar Diallo alias Birus, aide de camp du président Moussa Traoré, Anatole Sangaré, Kafougouna Koné, Bakary Coulibaly et Chiaka Koné furent les principaux acteurs du coup d'état qui renversa le régime. C'est au cours de cette action qu'Amadou Toumani Touré s'emparera du pouvoir, en évinçant les autres.

Anatole Sangaré, Code de conduite des Forces Armées et de Sécurité du Mali, Ministère des Forces Armées et des Anciens Combattants, Sofidi, Bamako.

Mots Croisés, émission d'Yves Calvi, France 2, 21 janvier 2013.

Sara Baras, La Pepa, ballet flamenco, Théâtre des Champs-Elysées, Paris, 21 décembre - 8 janvier 2013.

P. F. Tavares, Pourquoi tous ces coups d'état en Afrique ?, Le monde diplomatique, janvier 2005.

Bossuet, Politique tirée des propres paroles de l'Écriture sainte, Livre cinquième, Droz, Genève, 1967, p. 136.

Malika Groga-Bada et Christophe Boisbouvier, Mali : heure par heure, le récit de la fuite d'ATT, Jeune-Afrique, 7 avril 2012. Il eût été pertinent que les auteurs indiquassent les conditions dans lesquelles AAT, qui n'était pas le principal instigateur du coup d'état qui le porta au pouvoir, prit le pouvoir.

Bossuet, XIe Proposition, Le prince doit savoir connaître les occasions et les temps, Op. Cit., p. p. 129 - 131.

Le groupe sidérurgique (acier et mines) ArcelorMittal, dont l'usine de Florange (Moselle) fait l'objet d'un vaste plan social et d'arrêt des hauts fourneaux.

La Française accusée d'association de malfaiteurs et de complicité d'enlèvement par la Justice mexicaine.

Bruno Pinchard, Les formes substantielles chez Malebranche et Leibniz, Cours 2011 - 2012.

Thomas Baïetto, Au Mali, 50 ans de conflits touaregs et une proclamation d'indépendance, Francetvinfo.fr, 6 avril 2012.

L'exodos, troisième et dernière partie du théâtre tragique grec, est marquée par la sortie du chœur qui tire la morale des événements.

Jean-Pierre Ndiaye, Monde noir et Destin politique, Présence Africaine, Paris, 1976.

Edmond Bernus, Être Touareg au Mali, Orstom, p. 1.

Les quatre principales dates des soulèvements touaregs: mai 1963 - avril 1964 (première insurrection et défaite) ; mars - juin 1990 (attaque de la caserne de Ménaka) ; mai 2006 (prise de Kidal et Ménaka) ; janvier 2013, soulèvement armée et proclamation de la souveraineté de l'Azawad.

Dictionnaire Perrin des guerres et des batailles de l'histoire de France, sous la direction de Jacques Garnier, Paris, 2004.

Sun Tzu, L'art de la guerre, Flammarion, champs classiques, Paris, 1972, édition revue en 2008.

Montesquieu, Op. Cit., p. 130.

Montesquieu : « La vertu, dans une république, est une chose très simple : c'est l'amour de la république ; c'est un sentiment, et non une suite de connaissances ; le dernier homme de l'État peut avoir ce sentiment, comme le premier », Op. Cit., p. 48.

Montesquieu : « L'amour de l'égalité et celui de la frugalité sont extrêmement excités par l'égalité et la frugalité même [...] pour que l'on aime l'égalité et la frugalité dans une république, il faut que les lois les y aient établies », Op. Cit., p. 50.

Hegel, Principes de la philosophie du droit, p. 57.

 

mercredi, 06 février 2013

MALI: «NOUS AURIONS DU HAUSSER LA VOIX DES LE JOUR OU DES CHARS DE COMBAT FRANÇAIS ONT FORCE LES GRILLES DU PALAIS DE GBAGBO»



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Boubacar Boris Diop sur le Mali, la France et l'Afrique : "Nous aurions dû hausser la voix dès le jour où des chars de combat français ont forcé les grilles du palais de Gbagbo (...) Les Maliens ont perdu leur Etat et leur honneur"


Dans une interview accordée au journal sénégalais Le Pays au Quotidien, reprise par son collègue djiboutien Abdourrahmane Waberi sur son blog hébergé par Slate Afrique, l'écrivain Boubacar Boris Diop analyse les différentes implications de la guerre au Mali... et refuse d'applaudir à tout rompre la France officielle... qu'il qualifie de "pompier pyromane".

 

"Le danger, à mon humble avis, c’est d’analyser cette guerre comme un fait isolé. Tout le monde la relie à l’agression contre la Libye, mais pas avec autant d’insistance qu’il faudrait. Il ne suffit pas de dire que l’agression contre la Libye est en train de déstabiliser la bande sahélienne et toute l’Afrique de l’Ouest. Il faut la placer, de même que le « printemps arabe », au cœur de la réflexion sur le Nord-Mali. Nous devons peut-être même aller plus loin et nous demander si nous n’aurions pas dû hausser la voix dès le jour où des chars de combat français ont forcé les grilles du palais de Gbagbo. Il était possible, sans forcément soutenir Laurent Gbagbo, de bien faire savoir à Paris qu’une ligne rouge venait d’être franchie. Mais nous avons trop bien appris notre leçon sur la démocratie, on a inventé exprès pour nous des termes comme « bonne gouvernance » – qui donc a jamais entendu parler de la « bonne gouvernance » en Belgique ? – et nous en sommes venus à perdre tout sens des nuances et surtout la capacité d’inscrire des évènements politiques particuliers dans une logique globale.

(...) Il suffit de remonter le fil des évènements. Après avoir assassiné Kadhafi dans les conditions scandaleuses que l’on sait, L’Etat français a cru le moment venu de confier la sous-traitance de la guerre contre Aqmi et le Mujao à la rébellion touarègue. Comme vient de le rappeler Ibrahima Sène dans une réponse à Samir Amin, Paris et Washington décident alors d’aider les Touareg présents en Libye à rentrer lourdement armés au Mali mais, détail important, pas au Niger où on ne veut prendre aucun risque à cause d’Areva. Les Touareg sont ravis de pouvoir concrétiser enfin leur vieux rêve d’indépendance à travers un nouvel Etat de l’Azawad, allié de l’Occident.

Certains médias français se sont alors chargés de « vendre » le projet de ces « hommes bleus du désert » qui se préparent pourtant tout simplement à entrer en guerre contre le Mali. Il suffit de faire un tour dans les archives de France 24 et de RFI pour voir que le MNLA en particulier a été créé de toutes pièces par les services de Sarkozy. Ces stratèges savaient très bien que cela allait se traduire par l’effondrement de l’Etat malien et la partition de son territoire. Ça ne les a pourtant pas fait hésiter une seconde. Juppé s’est ainsi permis de minimiser l’égorgement collectif par les Touareg d’une centaine de soldats et officiers maliens le 24 janvier 2012 à Aguelhok et suggéré la possibilité d’un Azawad souverain au nord. Mais au bout du compte, le MNLA qui n’a pas été à la hauteur des attentes de ses commanditaires face aux jihadistes, s’est pratiquement sabordé, ce qui est d’ailleurs sans doute une première dans l’histoire des mouvements de libération. Dans cette affaire, la France est clairement dans le rôle du pompier pyromane. Tout laisse croire qu’elle va défaire les jihadistes, mais sa victoire coûtera aux Maliens leur Etat et leur honneur.

Je veux juste dire que c’en est fini pour longtemps de l’indépendance du Mali et de sa relative homogénéité territoriale. Il faudrait être bien naïf pour s’imaginer qu’après s’être donné tant de mal pour libérer le Nord, la France va remettre les clefs du pays à Dioncounda Traoré et Maliens et se contenter de grandes effusions d’adieu. Non, le monde ne marche pas ainsi. La France s’est mise en bonne position dans la course aux prodigieuses richesses naturelles du Sahara et on la voit mal laisser tomber la rébellion touarègue qui reste entre ses mains une carte précieuse. Un épisode de cette guerre est passé inaperçu, qui mérite pourtant réflexion : la prise de Kidal. On en a d’abord concédé la « prise » à un MNLA qui n’a plus aucune existence militaire et quelques jours plus tard, le 29 janvier, les soldats français sont entrés seuls dans la ville, n’autorisant pas les forces maliennes à les y accompagner. Iyad Ag Ghali, patron d’Ansar Dine, discrédité par ses accointances avec AQMI et le MUJAO, est presque déjà hors jeu et son rival « modéré » Alghabasse Ag Intalla, chef du MIA, est dans les meilleures dispositions pour trouver un terrain d’entente avec Paris. En somme, les indépendantistes Touareg vont avoir après leur débâcle militaire un contrôle politique sur le nord qu’ils n’ont jamais eu. C’est un formidable paradoxe, mais l’intérêt de l’Occident, c’est un Etat central malien sans prise sur la partie septentrionale du pays. Les pressions ont commencé pour obliger Dioncounda Traoré à négocier avec des Touareg modérés sortis de la manche de Paris et on ne voit pas un président aussi affaibli que Dioncounda Traoré résister à Hollande. Que cela nous plaise ou non, le « printemps arabe » est en train de détacher définitivement l’Afrique du Nord du reste du continent et la « nouvelle frontière » c’est en quelque sorte le Nord-Mali. Cela correspond à un projet stratégique très clair, très cohérent, de l’Occident et il est en train de le mettre en œuvre."

 

Source: Le blog de Théophile Kouamouo

samedi, 02 février 2013

MICHEL COLLON: «L'ALGERIE EST CLAIREMENT LA SUIVANTE SUR LA LISTE»

 

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Entretien accordé au quotidien algérien La Nouvelle République à propos de la guerre au Mali, du conflit syrien et des «printemps arabes».

 

Michel Collon est écrivain et journaliste indépendant. Il écrit des livres, collabore à des documentaires et a fondé le Collectif Investig’Action. Celui-ci anime le site Internet michelcollon.info avec une newsletter hebdomadaire diffusée à 100 000 abonnés en trois langues : français, espagnol et anglais. Il est spécialisé dans l’analyse des stratégies de guerre, des relations Nord-Sud et des médiamensonges.

Il a organisé des déploiements d'observateurs civils en Yougoslavie et en Irak, et s'est rendu en Libye en juin et juillet 2011. Il est co-auteur du film documentaire Les Damnés du Kosovo sur la guerre menée par l’Otan en Yougoslavie. Il a produit le documentaire de Vanessa Stojilkovic Bruxelles–Caracas sur l’expérience du Venezuela. Il est membre du Conseil consultatif de la télévision latino-américaine TeleSur. Michel Collon s'est fait connaître du grand public francophone lors de ses passages à l'émission « Ce soir ou jamais » de Frédéric Taddéï (France 3). Ses idées et son argumentation ont suscité l’intérêt des téléspectateurs.

Son livre Bush le cyclone (2006), prenant pour point de départ la catastrophe de La Nouvelle-Orléans et la guerre en Irak, étudie les liens entre l’économie et la guerre, ainsi que le rôle des médias. Son livre Les 7 péchés d’Hugo Chavez, publié en 2009, analyse les raisons de la pauvreté de l’Amérique latine, la politique générale et l’histoire des multinationales pétrolières. Il décrit l’entreprise menée par Hugo Chavez pour libérer son pays de la pauvreté et de la dépendance envers les USA. Son livre Israël, parlons-en ! comporte vingt entretiens avec des spécialistes juifs et arabes, européens et nord-américains : Noam Chomsky, Sand, Alain Gresh, Tariq Ramadan, Mohamed Hassan… Il en a rédigé la synthèse sous le titre Comment parler d’Israël.

Au cœur de tout son travail et du site michelcollon.info, on trouve en effet l’idée que, face à la désinformation, le rôle des citoyens est essentiel pour garantir le droit à, l’info. Son livre Libye, Otan et médiamensonges (septembre 2001), tout en ne cachant pas les fautes de Kadhafi, a exposé les véritables objectifs des Etats-Unis, de la France et de l’Otan par rapport au pétrole, au contrôle du Moyen-Orient et au maintien de l’Afrique en dépendance des multinationales.

Son dernier livre, corédigé avec Grégoire Lalieu et publié en décembre 2011, La Stratégie du Chaos (Impérialisme et islam – Entretiens avec Mohamed Hassan) analyse la nouvelle stratégie mondiale des USA pour le contrôle des richesses et des régions stratégiques du monde musulman (Méditerranée, Moyen-Orient, Corne de l’Afrique, Asie du Sud) en liaison avec la crise économique mondiale.

La Nouvelle République : Vous avez travaillé sur l'intervention militaire en Libye et ses répercussions stratégiques sur la région du Sahel, quelle est votre approche sur la situation au Nord-Mali et son impact régional et international ?

Michel Collon : Je pense que l’intervention de la France contre le Mali, c’est la continuation de la guerre contre la Libye et contre la Syrie. C’est une nouvelle phase dans ce que j’appellerais la recolonisation ou le fait de stabiliser la colonisation de l’Afrique en général, l’Afrique du Nord et l’Afrique de l’Ouest. Je pense que la chose qui n’est jamais traitée dans les médias européens et des Etats-Unis, c’est que le Mali et toute la région est pour la France, je veux dire la France officielle, la France des 1%, une zone de richesses naturelles que les multinationales françaises considèrent leur appartenir et pas aux populations locales.

L’exploitation des mines d’or par des groupes français comme Bouygues, dans des conditions scandaleuses avec de nombreux mineurs qui meurent à cause de l’utilisation du cyanure et de l’arsenic sans prévention et sans soins corrects, est la preuve que ces multinationales sont prêtes à écraser des êtres humains pour maintenir ou augmenter leur profit. Au Mali, on trouve également des gisements d’uranium ; c’est une richesse stratégique pour la multinationale française Areva, numéro un dans l’exportation du nucléaire au niveau mondial et la France a toujours fait en sorte de s’assurer le contrôle des gisements d’uranium et pour cela, elle a commis les pires crimes.

Et, donc, quand on veut voir comment la France considère les richesses naturelles, il suffit de voir l’exemple du Niger, c’est le pays n°174 sur la liste du développement humain, c'est-à-dire le dernier pays, le plus pauvre, les Nigériens ont une espérance de vie de 49 ans et moins de trois enfants sur dix vont à l’école. Et lorsqu’on a demandé à la multinationale Areva de faire un geste pour ces enfants, elle a répondu que ce n’était pas son problème, donc les Nigériens peuvent crever de faim, littéralement, et les Maliens aussi, pendant que des firmes comme Areva et celles qui travaillent avec elle, c'est-à-dire Suez, Bouygues, Alstom, construisent des profits fabuleux et que leurs actionnaires et leurs principaux dirigeants se construisent des châteaux un peu partout dans le monde.

Donc on a l’or, l’uranium, on a bien entendu le gaz et le pétrole, avec des richesses très importantes en Algérie et aussi dans d’autres pays de la région, et on constate qu’il y a une guerre pour les matières premières qui se mène, avec comme acteurs principaux, la France, les Etats-Unis, mais aussi le Qatar qui jour un rôle trouble en coulisses et qui veut devenir le n°1 mondial du gaz en alliance avec les Etats-Unis et contre la Russie, et donc je pense que cette guerre au Mali, c’est une guerre contre les patriotes maliens qui ont essayé de mettre fin à la corruption et de faire en sorte que les richesses naturelles du Mali profitent aux Maliens et permettent de mettre fin à la pauvreté. C’est une guerre contre le Niger, dont l’uranium est absolument stratégique.

C’est une guerre contre l’Algérie, parce que ce pays a lui aussi des ressources naturelles très importantes comme chacun sait. Il n’entend pas les offrir aux multinationales françaises et autres, donc c’est un pays qui conserve un secteur public important. C’est un pays qui résiste à Israël, qui a refusé de s’intégrer dans l’Otan et dans Africom, l’organisation militaire des Etats-Unis pour le contrôle des richesses de l’Afrique. Ses dirigeants militaires ont très clairement expliqué que le but d’Africom, donc le but des interventions militaires que les Etats-Unis préparent dans toute l’Afrique, c’est d’empêcher que l’Afrique ne soit indépendante et n’aie des partenaires comme la Chine, le Brésil, la Russie et d’autres pays.

Leur vision, c’est que l’Afrique doit rester la chasse gardée des puissances coloniales européennes et j’emploie à dessein le terme colonial parce que, selon moi, le colonialisme n’est pas fini, il a seulement changé de forme. Et la question de la Chine et de sa présence en Afrique comme partenaire alternatif est très importante et le meilleur exemple c’est que le jour où au Niger, il y a un président qui a commencé à vouloir rencontrer les Chinois pour discuter des alternatives commerciales, il a été très rapidement destitué par un coup d’Etat organisé par la France.

Que pensez-vous de l'évolution de la situation en Syrie et du rapport de force entre les groupuscules et milices qui composent l'« ASL » et l'armée nationale syrienne, et quel avenir voyez-vous pour une Syrie en proie à une guerre totale ?

La Syrie est l’objet d’une guerre qui est en réalité menée par une coalition : les Etats-Unis, la France, Israël discrètement dans les coulisses, la Turquie, l’Arabie Saoudite et le Qatar. On sait, le New York Times l’a confirmé, que les Etats-Unis fournissent des armes aux rebelles syriens via l’Arabie Saoudite et le Qatar. C’est donc assez ironique, ce serait drôle, si ce n’était tragique, de voir que l’Occident nous dit qu’il va apporter la démocratie en Syrie grâce à l’Arabie Saoudite et le Qatar qui sont deux régimes théocratiques, ce qu’il existe de plus réactionnaire sur le plan politique et social et de plus fanatique sur le plan religieux, et que ce sont des régimes traitant les femmes comme des animaux et traitant les travailleurs comme des esclaves, littéralement l’esclavage règne au Qatar, en Arabie Saoudite, et c’est avec ces gens-là qu’on prétend apporter la démocratie.

Donc, il est certain qu’en Syrie, il y a beaucoup de choses qui devraient changer, et je pense que tous les patriotes syriens, y compris ceux de l’opposition, devraient entamer un dialogue pour voir ce qu’il faut changer et comment le changer, et établir un programme. Mais l’objectif des agents des Etats-Unis, de la France, de l’Arabie Saoudite et du Qatar n’est pas d’amener la démocratie en Syrie, parce que si on amène la démocratie dans le monde arabe d’une manière générale, que vont dire les Arabes : que l’agression et le colonialisme israélien, c’est intolérable, qu’il faut y mettre fin, qu’il faut donner leurs droits aux Palestiniens, que sur le plan économique et social, le vol des ressources naturelles, le pétrole essentiellement, et d’autres par les multinationales avec comme effet de maintenir la pauvreté dramatique dans des pays comme l’Egypte et ailleurs. Je veux dire que le pétrole est une ressource qui devrait servir globalement à la nation arabe, quel que soit l’endroit où il se situe et donc s’il y avait la démocratie, les Arabes diraient que le pétrole doit leur profiter pour mettre fin à la pauvreté, à la dépendance et au colonialisme et qu’il faut cesser de considérer qu’il appartient à Exxon, British Petroleum et Total. Donc, je pense que ce qui se passe en Syrie est très important et j’espère que le peuple syrien va trouver les forces pour s’unir et pour résister à une agression très très grave.

On constate la situation instable et anarchique des pays qui ont connu « le printemps arabe » ; êtes-vous optimiste à l'idée d'une éventuelle sortie de crise ? 

Je pense que les Etats-Unis, la France et leurs alliés craignent énormément les peuples arabes, craignent qu’ils soient unis et qu’ils prennent leur sort en main. Je pense donc que les Etats-Unis et compagnie craignent énormément la démocratie dans le monde arabe, la preuve, c’est que leurs meilleurs amis sont les régimes les plus dictatoriaux, Arabie Saoudite, Koweït, Qatar, Emirats, Jordanie, et qu’ils ont essayé de protéger jusqu’à la dernière minute les régimes en Egypte et en Tunisie. Par rapport à ça, il est très important que les peuples arabes s’unissent entre eux pour échapper à ces manœuvres qui sont coloniales et la seule façon de le faire, à mon avis, est de proposer à la nation arabe un programme indépendant des multinationales et des puissances coloniales, un programme dans la lignée de ce que le Mouvement des non-alignés a voulu mettre en place dans les années 60, un programme qui, comme Chavez et Evo Morales en Amérique latine, met au centre la récupération de la souveraineté du pays, l’utilisation des richesses au profit de ce que je vais appeler les 99%, au profit de la grande majorité, au profit de la population, et pas au profit du 1%, et que, aussi, c’est la nation arabe dans ce sens-là qui doit s’unir avec les autres forces de libération qui existent en Afrique noire, en Amérique latine et ailleurs.

Cela me semble très important et je crois que si l’on veut mettre fin à ces agressions, c’est la piste de l’unité d’un programme de souveraineté qui est la clé.

Dans une de vos nombreuses interviews, vous avez déclaré que l'Algérie est la future cible si elle ne plie pas devant les multinationales, pouvez-vous nous éclairer sur cette thèse ? 

Je pense que l’Algérie est un pays qui a une longue histoire de résistance au colonialisme. Sa lutte de libération a été une des plus courageuses et exemplaires de toute l’Afrique. Elle a été en pointe avec quelques autres pays dont la Yougoslavie elle aussi attaquée par le colonialisme moderne, un pays détruit d’ailleurs, elle a été en pointe pour établir une solidarité du Tiers-Monde dans la résistance au colonialisme, et je pense qu’elle est la « bête noire » pour cette raison depuis très longtemps.

Je ne vais pas dire que tout va bien en Algérie et qu’il n’y a pas des problèmes importants et des maux à régler, mais je pense qu’elle est la bête noire parce qu’elle représente une force de résistance à Israël, aux Etats-Unis, au colonialisme en général des multinationales, et on sait que tout comme la Libye, l’Algérie s’est distinguée en finançant des projets de développement économiques et sociaux alternatifs, développement indépendant de pays d’Afrique noire. Et je crois que là, elle heurte les intérêts de la Banque mondiale et du FMI qui sont justement les employés des multinationales dont on a parlé, et la Banque mondiale et le FMI sont les gendarmes financiers des multinationales, ce sont aussi des assassins financiers quand on voit comment ils se comportent en Afrique noire, surtout où vraiment ils détruisent les programmes d’éducation, de santé, d’aide aux petites entreprises, d’aide aux paysans pour transformer les pays en véritables boulevards ouverts aux multinationales. Donc, je crois que c’est pour cette raison qu’on a éliminé Kadhafi et je crois que c’est pour cette raison que l’Algérie est clairement la suivante sur la liste.

Concernant la prise d’otages à In Amenas, dans ce genre d’évènement, évidemment, on doit être prudent dans la mesure où beaucoup de choses se déroulent dans les coulisses dont nous ne sommes pas forcément informés. Les prises d’otages civils sont une méthode de lutte que je réprouve totalement et je pense que cette prise d’otages-là, dont l’Algérie a été victime, avec un nombre important et fort regrettable de victimes civiles, soulève plusieurs questions. Essentiellement, il y a deux choses qui me semblent bizarres dans cet évènement : la France attaque des forces qu’on appelle islamistes au Mali et les forces islamistes ripostent en attaquant l’Algérie, quasiment LE pays qui avait dit qu’il ne fallait pas faire la guerre et qu’il fallait négocier entre les différentes parties, donc ce n’est pas très logique. Et deuxièmement, ils en veulent à la France, et ils attaquent British Petroleum, un concurrent de Total. Ça n’a aucune logique. Sachant que ces forces ont été armées en Libye – c’est archi connu – sachant que la France et les Etats-Unis, et l’Otan en général, ont passé une alliance pour renverser Kadhafi avec le groupe islamique de combat libyen qui est donc la section libyenne d’Al-Qaïda et qu’aussi on a retourné certaines forces qui étaient en Libye en leur faisant des promesses – ça se trouve dans toute une série de revues plus ou moins spécialisées et ce n’est pas du tout un secret – je crois que cette prise d’otages pose beaucoup de questions.

La victoire politique de certains leaders progressistes en Amérique latine aidera-t-elle à l'émergence d'un pôle de résistance à l'impérialisme US et ses alliés et serviteurs à travers le monde ? 

Absolument. J’ai mentionné Chavez, Evo Morales, vous avez aussi Correa et d’autres dirigeants, c’est frappant que les latino-américains ont repris espoir depuis 1999 et la victoire de Chavez qui a réussi à mettre en œuvre une politique économique et sociale de récupération des richesses, d’utilisation des richesses au service de la population, tout ça avec un grand développement de la démocratie, des comités de quartier, des débats politiques, des médias libres, et en général, pour moi qui suis allé plusieurs fois au Venezuela, il est très frappant de voir la politisation dans le bon sens du terme et la fertilité du débat politique au Venezuela, y compris parmi les révolutionnaires, donc c’est vraiment l’espoir qui est rendu à l’Amérique latine, et Chavez a toujours inscrit son action dans le sens de construire une unité des forces progressistes et indépendantes d’Amérique latine, d’Afrique, auxquelles il accorde une importance énorme, du monde arabe, de l’Asie également, et je souscris totalement à cette perspective de Chavez.

Nous avons besoin d’un front contre les manœuvres impérialistes et des puissances néocoloniales, nous avons besoin d’un front pour permettre à l’humanité d’échapper à la dictature des multinationales, à la dictature du 1%.

Comment voyez-vous l'avenir de cette planète ? Etes-vous optimiste ? 

Je pense que oui. Je viens d’expliquer que nous sommes les 99% contre le 1% et donc le 1% se maintient au pouvoir par la force, bien sûr, par la violence, mais aussi et beaucoup par le mensonge, par la tromperie de l’opinion publique en cachant que toutes ces guerres sont économiques, en cachant les véritables politiques qui affaiblissent le tiers-monde, la majorité de l’humanité, et je pense que si nous arrivons à développer une bataille pour l’information, une bataille contre les médiamensonges, une bataille pour rallier les cœurs et les esprits à l’idée d’une autre conception de l’humanité, c'est-à-dire non pas la guerre d’une minorité contre tous mais la coopération, la solidarité, je pense que oui, l’humanité va pouvoir résoudre les problèmes de la faim, de la pauvreté et de la destruction de la nature également. Donc, à terme, oui, je suis optimiste, à condition que chacun, chaque citoyen, prenne ses responsabilités là où il est et entame le travail pour une information véritable et pour le débat politique sur les vrais enjeux.

 

Entretien réalisé à Bruxelles (Belgique), Mohsen Abdelmoumen

 

SourceLA NOUVELLE REPUBLIQUE

vendredi, 01 février 2013

LA RECONQUETE DE L'AFRIQUE - L'ART DE LA GUERRE

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Au moment même où le président démocrate Obama réaffirmait dans son discours inaugural que les Etats-Unis, « source d’espoir pour les pauvres, soutiennent la démocratie en Afrique », de gigantesques avions étasuniens C-17 transportaient des troupes françaises au Mali, où Washington a installé au pouvoir l’an dernier le capitaine Sanogo, entraîné aux USA par le Pentagone et par la Cia, en aiguisant les conflits internes. La rapidité avec laquelle a été lancée l’opération, officiellement pour protéger le Mali de l’avancée des rebelles islamistes, démontre que celle-ci avait été planifiée depuis longtemps par le socialiste Hollande.

La collaboration immédiate des Etats-Unis et de l’Union européenne, qui a décidé d’envoyer au Mali des spécialistes de la guerre avec des fonctions d’entraînement et de commandement, démontre que l’opération avait été planifiée conjointement à Washington, Paris, Londres et dans d’autres capitales. Les puissances occidentales, dont les groupes multinationaux rivalisent entre eux pour s’accaparer les marchés et les sources de matières premières, se compactent quand leurs intérêts communs sont en jeu. Comme ceux qui en Afrique sont mis en péril par les soulèvements populaires et par la concurrence chinoise. Le Mali, un des pays les plus pauvres du monde (avec un revenu moyen par habitant 60 fois inférieur à celui des Italiens, et plus de la moitié de sa population sous le seuil de pauvreté), est très riche en matières premières : il exporte de l’or et du coltan, dont les gains finissent cependant dans les poches des multinationales et de l’élite locale. Pareil au Niger voisin, encore plus pauvre (avec un revenu par habitant 100 fois inférieur à l’italien) bien qu’il soit un des pays les plus riches en uranium, dont l’extraction et l’exportation est aux mains de la multinationale française Areva.

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Multinationales en Afrique


Ce n’est pas un hasard si Paris, en même temps que l’opération au Mali, a envoyé des forces spéciales au Niger. Situation analogue au Tchad, dont les riches gisements pétrolifères sont exploités par l’étasunienne Exxon Mobil et d’autres multinationales (mais des compagnies chinoises sont aussi en train d’arriver) : ce qui reste des profits va dans la poche des élites locales. Pour avoir critiqué ce mécanisme, l’évêque combonien (ordre religieux missionnaire italien, NdT) Michele Russo avait été expulsé du Tchad en octobre dernier. Niger et Tchad fournissent aussi des milliers de soldats, qui, sous commandement français, sont envoyés au Mali pour ouvrir un deuxième front. Ce qui a été lancé au Mali, avec la force française comme fer de lance, est donc une opération de vaste envergure, qui du Sahel s’étend à l’Afrique occidentale et orientale. Elle se soude à celle qui a commencé en Afrique du Nord avec la destruction de l’Etat libyen et les manœuvres pour étouffer, en Egypte et ailleurs, les rebellions populaires.

Une opération à long terme, qui fait partie du plan stratégique visant à mettre la totalité du continent sous le contrôle militaire des « grandes démocraties », qui reviennent en Afrique avec un casque colonial peint aux couleurs de la paix.


Manlio Dinucci

 

Edition de mardi 29 janvier 2013 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20130129/manip2pg/14/manip2pz/335194/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 

Manlio Dinucci est géographe et journaliste.


Source: MONDIALISATION.CA

mercredi, 30 janvier 2013

LA GUERRE DES CLANS: MONETARISTES CONTRE FISCALISTES

 

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Monétaristes contre fiscalistes 

Moult aristocrates ouvriers, quelques bureaucrates syndicaux, et plusieurs «bobos» ayant thésaurisé tout l’été demandent aujourd’hui à être conseillés afin de planquer leurs deniers durement gagnés en ces temps d’austérité économique aggravée.

J’ai donc visité Internet à la recherche d’économistes avisés. Je suis tombé sur une vidéo très instructive où un gang de spécialistes pédants, probablement des Républicains américains, se pourfend et s’épand en conjectures contradictoires (1). J’ai pensé utile de traduire, pour la compréhension d’un béotien, leur bavardage discordant. Je cite au hasard trois phrases remarquables prononcées par ces parangons du capital : « Nous sommes tous esclaves du gouvernement mondial dirigé par les banques centrales », et « Le marché libre (sic) finira par réagir et se mettre au diapason de la réalité économique », et enfin « Nous savons tous qu’il y aura un prochain QE3 » !?...

Dans le milieu de l’oligarchie financière mondiale, la bisbille fait rage au sein de la famille capitaliste monopoliste entre, d'une part, ceux que j’appellerai – faute de mieux – le clan des « monétaristes », et, d'autre part, le clan des « fiscalistes ». Les capitalistes monopolistes partagent actuellement le pouvoir politique avec les « monétaristes » en opposition aux « fiscalistes ». La vidéo précitée vous présente les récriminations des « fiscalistes ». Voilà pour le portrait de famille, analysons maintenant les propos de ces radicaux (!)

Les « monétaristes » – ministres des finances, boursicoteurs, investisseurs, Présidents de banques centrales – utilisent pour faire face à la présente dépression la seule arme qui demeure à leur disposition, la planche à billet – une métaphore pour désigner l’action des banques centrales et l’injection du carburant « crédit-argent » dans l’appareil de reproduction – Ceux-là impriment et jettent du papier monnaie dans la chaudière du Titanic financier-boursier mondial en train de sombrer, ce misérable rafiot économique plombé.

La triste mondialisation-globalisation-néolibérale inévitable 

Conservez, je vous prie, cette idée à l’esprit : mondialisation, globalisation, intégration économique néolibérale ne sont pas de vains mots; la façon que la présente crise s’approfondit le démontre à l’envi. Il ne vous est plus offert une variété d’économies nationales indépendantes : l’étatsunienne, la japonaise, la française, l’allemande ou la canadienne… Ces temps sont révolus et l’on ne peut revenir en arrière malgré les cris futiles et désespérés des conseillers économiques réclamant de « démondialiser sans néolibéraliser » (2). Il n’y a dorénavant, de gré ou de force, qu’une seule et unique économie-politique mondiale, l’économie politique impérialiste où tous les joueurs s’affrontent, banquiers, financiers, firmes multinationales, trust transnationaux, cartels plurinationaux, gouvernements impérialistes grands et petits et néo colonies, tous imbriqués les uns dans les autres, tous interdépendants les uns vis-à-vis des autres, mais n’ayant pas tous, tant s’en faut, la même puissance de gouvernance.

C’est la raison pour laquelle tous ces acteurs déchirent leur chemise sur la place boursière publique présentement : A) Qui, pour réclamer un troisième QE ou Quantitative Easing – assouplissement quantitatif – ou plus communément appelée une émission de monnaie inflationniste et dévaluationniste de la part de la Reserve Fédérale américaine (3) ; B) Qui, pour exiger des politiques fiscales restrictives abolissant des services publics, ou réduisant les salaires, et le pouvoir d’achat des travailleurs, des chômeurs et des étudiants afin de rediriger cet argent directement dans les goussets des banquiers, des manufacturiers – ce que ces gens appellent pudiquement et hypocritement des sources d’« investissements ». Pourquoi de nouvelles sources de capital d’investissement peut-on demander ? Le capital-argent, qui croitrait de 14% par an ne manque pourtant pas sur le marché boursier international [Challenges, 6.03.2008].

Le deuxième clan, que nous appellerons pour les besoins de la cause les « fiscalistes », arguent qu’ils sont pris en otage par les politiciens et les Présidents des banques centrales – en fait par les « monétaristes » – qui refusent de se plier à leurs remontrances.

De la contradiction dans le camp des profiteurs

Quelles sont les exigences de cette engeance de « fiscalistes » ? Les voici : Que les États souverains surendettés et les banques centrales discréditées cessent de frapper monnaie et qu’ils frappent les travailleurs et les petits employeurs de nouvelles taxes et de nouveaux impôts et qu’ils osent rediriger ce capital-argent extorqué directement dans les goussets du moins de un demi de un pourcent d’aristocrates financiers mondiaux multi milliardaires qui les feront fructifier, du moins l'espèrent-ils (4). Reagan, Madame Thatcher et Bush avaient déjà raconté ce bobard auparavant !

Mais pourquoi les politiciens de tous poils, les Présidents de banques centrales et les « monétaristes » en tout genre ne se plient-ils pas à ces exigences ? Subodorent-ils une manigance ? Pourquoi Barak Obama et les chefs d’État européens, japonais, australiens, canadiens ne se rendent-ils pas aux raisons des « fiscalistes » ? Tout simplement parce qu’ils ne le peuvent pas, du moins, pas aussi vite que le souhaiteraient la clique des « fiscalistes ».

Ce sont les pions politiciens et les larrons « monétaristes » qui sont au front, ce sont eux qui tiennent les rênes du pouvoir et qui font face à la résistance ouvrière et populaire, aux chômeurs et aux désœuvrés saqués, aux pauvres affamés, aux petits bourgeois paupérisés, aux autochtones enragés et aux étudiants masqués et casqués (5). Ceux-là savent que s’ils forcent la note ils auront une insurrection sur les bottes. D’autant qu’ils ont déjà, ces ministres et députés, ces banquiers, ces policiers militarisés, perdu le contrôle de leurs mercenaires essaimés à travers le désert incendié.

Les corsaires du désert 

La bride sur le cou, après avoir rompu leur licou, les corsaires du désert mènent leurs affaires pour leur propre compte et font monter les enchères que la France tente de faire taire, hier en Côte d’Ivoire, aujourd’hui au Mali, demain qui sait au Niger ! Mais ces flibustiers débridés, que la CIA et la DGSE-DST ont armés, sont à l’œuvre aussi en Mauritanie, au Niger, en Algérie, en Syrie, en Somalie, en Tunisie, en Égypte, au Yémen, en Irak, en Afghanistan, au Soudan, au Congo, en République Centre Afrique, autant de foyers de résistance où les prétendants au titre de « gendarme international » ne parviennent pas à maintenir le couvercle sur l’autoclave social mondial. Alors de grâce gémit le sous-fifre, que nul n’ordonne aux politiciens et aux « monétaristes » d’envenimer la situation en Grèce, en Italie, en Espagne, en France, au Canada et au Portugal par des mesures anti sociales radicales.

Chaque chose en son temps, répliquent les « monétaristes » prévaricateurs aux « fiscalistes » intempestifs. Les malins politiciens savent que le prochain QE3 (émissions de capital-argent inflationniste) approfondira davantage la crise économique et que toutes les banques centrales du monde – sauf peut-être la banque centrale de Chine – dévalueront leur monnaie (dont souffriront énormément les 15 pays sous le joug du Franc CFA. D’autres soulèvements et d’autres guerres «humanitaires» en perspective) (6).

Par cet audace monétaire tous ces voraces chacals obtiendront le bénéfice recherché – la dévaluation de la marchandise « monnaie » et par ricochet la dévaluation de la marchandise la plus convoitée qui soit, la « force de travail », d’où une revalorisation relative des autres marchandises – une revalorisation de la valeur du surtravail et de la plus-value et aussi, par la bande croient-ils, une réévaluation du Yuan chinois – quasi seule monnaie nationale présentement sous-évaluée.

Par la même occasion, les gouvernements nationaux dégraisseront leurs dettes souveraines et spolieront les petits et les grands épargnants – [les fonds de pension spéculatifs notamment] – et tous ceux qui n’auront pas planqué leur «blé» dans les paradis fiscaux comme ces messieurs Depardieu et Arnault (7).

Pour conclure 

Morale de cette guerre des clans entre « monétaristes » et « fiscalistes », messieurs et mesdames convertissez votre capital-argent en Yuan chinois, en Franc suisse ou en Or-métal si vous le pouvez. Mais je sais très bien pauvres gens qu’il y a longtemps que vous ne contrôlez plus votre argent dont le banquier s’est emparé. S’il est un investisseur argenté qui lit ce papier, convertissez votre capital-argent en denrée de première nécessité, dont les prix seront bientôt majorés. La famine pousse à manger quel que soit les prix sur les marchés, mais cela, déjà vous le savez.

Pour les ouvriers, les employés, les travailleuses, les étudiants, les autochtones et les petits rentiers paupérisés, laissez-moi vous conseiller de vous braquer, de résister; manifestez; refusez de payer; gardez-vous que l’on vous désarme, que l’on vous taxe, que l’on vous impose toujours davantage, que l’on vous saque. Ouvriers et travailleuses «investissez» dans la solidarité et résistez, voilà la recommandation de votre «conseiller financier».


Robert Bibeau, robertbibeau@hotmail.com, le 30 janvier 2013.

 

Source: LES 7 DU QUEBEC

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(1) http://www.youtube.com/watch?v=ZxIwwqfRMGk

(2) Richard Le Hir. Démondialiser, et vite ça urge!  9.01.2013.

http://www.vigile.net/Demondialiser-et-vite-Ca-urge    

(3) http://fr.wikipedia.org/wiki/Assouplissement_quantitatif

(4) http://www.centpapiers.com/quand-la-science-decouvre-les-1-qui-dirigent-leconomie/

(5) Robert Bibeau. Gratuité ou marchandisation de l’éducation. Quelle solution? 23.01. 2013.

http://www.centpapiers.com/gratuite-ou-marchandisation-de-l%e2%80%99education-la-resistance-etudiante/

(6) http://fr.wikipedia.org/wiki/Franc_CFA

(7) Robert Bibeau. La crise économique dans tous ses méfaits. 26.09.2012.

http://www.alterinfo.net/LA-CRISE-ECONOMIQUE-DANS-TOUS-SES-MEFAITS_a81805.html

jeudi, 17 janvier 2013

FRANCE - L’ETAT GUERRIER

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Une intervention militaire française en chasse une autre: Côte d'ivoire, puis Libye, puis Mali, sans parler de la volonté appuyée d'intervenir en Syrie. Les troupes françaises ont à peine commencé à quitter l'Afghanistan qu'elles interviennent de nouveau au Mali.


La France apparaît ainsi, actuellement,  comme le pays  le plus agressif de la planète. Même les USA paraissent, en comparaison, plus réservés, dans le rôle de gendarme. Et  s'il y a une distribution des tâches dans ce rôle, on peut dire  que la France fait preuve dans le sien  d'un zèle particulier.

C'est inquiétant. Car cet Etat  par deux fois, en Libye et maintenant au Mali, est venu, avec ses armées, aux  frontières de l'Algérie et des pays du Maghreb. Chaque Algérien, chaque Nord-Africain, ressent cette inquiétude, celle d'avoir en face, de l'autre côté de la méditerranée, un Etat guerrier.

François Hollande est célébré en France comme "un chef de guerre". Sur tous les médias français, journaux, radios, télés, on proclame qu'il "est vraiment devenu président de la république maintenant qu'il a déclenché une guerre".  Comme le président Bush après la guerre contre l'Irak, et comme le président Obama, sacré "chef de guerre" après avoir fait tuer Ben Laden, ou comme le président Sarkozy après l'attaque contre la Libye. Non pas Président de la république respecté parce qu'il a réglé des problèmes économiques, des problèmes sociaux, parce qu'il est un homme de paix, mais parce qu'il a déclenché une guerre.

On reste songeur devant une telle vision, devant cette culture belliqueuse, devant "cette civilisation" qui nous ramène aux temps où les Consuls et Césars ne  devenaient légitimes et populaires, à Rome,   qu'au retour d'une expédition victorieuse, à l'époque où les rois ne le devenaient  réellement qu'après avoir conquis de nouveaux territoires, et où ils demandaient à leurs vassaux d'envoyer des contingents pour la guerre, comme l'injonction en est faite aujourd'hui par la France au Tchad, au Niger, au Sénégal, au Togo, au Bénin, à la Côte d'Ivoire, et à d'autres pays africains.

C'est l'union sacrée autour du nouveau "chef de guerre", François Hollande. C'est, de la gauche jusqu' à l'extrême droite française, l'unanimité de la classe politique française pour l'intervention militaire. Un tel unanimisme,  une démocratie aussi verrouillée, a des allures de  totalitarisme. Les socialistes français retrouvent leurs premiers amours, et les parfums  enivrants du chauvinisme de gauche et des expéditions vers des lieux aux noms exotiques: Tombouctou, Gao, le Sahara. Beaucoup d'intellectuels français les suivent. Comme cela avait été le cas pour la Libye, ils sont pris d'excitation guerrière, d'émotion et de fierté patriotiques devant le spectacle des avions "Rafale" qui décollent et celui du déploiement martial de leurs forces armées. De joie, l'un d'eux s'écrie: " Pour tous ceux qui parlaient de décadence française,  c'est la preuve que nous sommes toujours un grand pays car nous sommes capables d'intervenir."(Nicolas Domenach, Chaîne ITélé, émission "ça se dispute", 12 janvier2013). La communauté malienne en France se voit soudain entourée de sollicitude. Elle en est  étonnée et même gênée. Pourvu que ça dure. Les médias français découvrent avec tendresse que la ville française de Montreuil est, après Bamako, la seconde ville malienne par sa population originaire de ce pays.  Le parti français, le "Front National", juge cette intervention légitime, d'autant plus « qu'elle concerne, dit-il,  un pays francophone ». Les émigrés maliens ne sont plus donc, pour le moment, des " émigrés qui envahissent la France et viennent manger le pain des français". On pressent déjà des tentatives pour opposer Arabes et Africains dans l'immigration française, Afrique du Nord et Afrique noire, mais ce sera difficile tant la solidarité maghrebo-africaine est grande.

Bref, peu de voix se font entendre, en France,  pour  dénoncer l'intervention militaire, ou alors elles sont difficilement audibles. Aujourd'hui, pour l'instant, le principal reproche  fait au Président  François Hollande par le leader du Front de gauche, J.F. Mélenchon, ainsi que par les représentants du parti communiste français et de la gauche écologique c'est de…ne pas avoir convoqué le parlement avant d'avoir décidé de la guerre. A quoi le gouvernement français répond superbement qu'il n'en avait pas le temps et qu'il "fallait agir vite".

Cet argument, "qu'il fallait agir vite"  est trop souvent répété, assené, sur tous les médias français pour ne pas en devenir suspect. Il rappelle, le même, utilisé pour la Libye, lorsqu'on criait qu'il fallait vite intervenir à Benghazi, pour éviter un massacre. On sait comment cette justification s'est avérée mensongère et d'où est finalement venu  le massacre. Il semble, en réalité, que l'armée malienne avaient lancé des opérations sur la route menant à la ville de Mobti et en direction de la ville de Douentza, dés la journée de Lundi 7 Janvier (cf. le Quotidien d'Oran, 9 janvier 2013, p 6). Ces opérations, organisées en coordination avec le commandement français, avaient pour but, selon des experts occidentaux, de faire sortir les colonnes de pick-up des groupes rebelles de leurs bases et des villes afin de les bombarder en rase campagne et de permettre ainsi à l'aviation française d'intervenir. La version officielle française vise donc à justifier la précipitation de l'intervention française et à en  cacher les véritables raisons. Affaire donc à suivre, tant la gestion de ces interventions militaires par le mensonge est devenue coutumière.

La légitimation

Il est remarquable de voir comment chaque intervention militaire s'entoure d'un discours de légitimation. Chaque fois qu'elle a eu lieu, l'intervention militaire a été proclamée légitime, qu'il s'agisse de défendre un pouvoir contre des groupes armés rebelles comme c'est le cas au Mali, ou, au contraire,  de soutenir des groupes armés rebelles contre un pouvoir comme cela a été le cas en Libye ou c'est le cas en Syrie. Le droit d'ingérence n'est en fait que le droit du plus fort. Il ne s'embarrasse pas de cohérence. Mais  en aucun cas, les puissances occidentales qui  s'en réclament et interviennent, ne mettront leur influence, pourtant grande, au service d'une solution politique, pacifique. L'intervention est toujours violente et elle laisse toujours le pays dévasté, exsangue, meurtri  physiquement et moralement, fragile pour longtemps.

Dans le registre de la légitimation, il y a aussi l'argumentaire de la "menace terroriste islamiste".  Depuis que le Président Bush a trouvé et désigné  ainsi le nouvel ennemi global de l'Occident,  l'argument sert " à toutes les sauces", y compris d'ailleurs à des alliances avec ceux désignés auparavant comme "terroristes" lorsque la "realpolitik"  l'exige. La référence à la "menace terroriste" offre l'avantage à la fois de n'avoir rien à justifier et de donner une justification à n'importe quoi. Le président de la République française, François Hollande, et son ministre des affaires étrangères n'ont cessé de répéter, de marteler, qu'il s'agissait, au Mali, de lutter contre " des groupes terroristes criminels". On aura remarqué le pléonasme. Il a pour fonction d'accroître la tension. C'est ainsi qu'un amalgame est fait entre les différents groupes armés "rebelles", et que se trouvent obscurcies les véritables raisons de la crise malienne, et du même coup celles véritables de l'intervention française. Elles sont, ici comme ailleurs, à  chercher, banalement hélas, dans le pillage des richesses de la région et dans le maintien de l'influence nécessaire à cet effet.

L’Histoire se répète sur le continent africain..Entre l’an 397 et 398, Gildon,  prince Amazigh, se révolta contre la domination romaine et s'allia avec  les rebelles donatistes et circoncellions. Il arrêta les exportations de blé d'Afrique du Nord  vers Rome. Celle-ci utilisa contre lui, le fameux poète romain Claudien (un media de l'époque) qui mobilisa, à travers notamment un long poème propagandiste, l'opinion romaine, et déclencha la peur dans l'Empire en  faisant croire à la population qu'elle allait connaître la famine. Les méthodes sont les mêmes. Seule la technologie a changé.

La "menace terroriste islamiste" est brandie, comme à la plus belle époque du Président Bush junior. Le thème est repris en boucle par tous les hommes politiques et les médias français ce qui permet, collatéralement, de différer, au nom de "l'union sacrée", les échéances de la grave crise économique, sociale et morale actuelle de la société française ou d'y faire diversion.

Mais le thème comporte néanmoins un inconvénient, puisque, depuis, il y a eu le Président Obama et sa nouvelle stratégie envers le monde arabe et musulman, qui consiste à ne plus se contenter de brandir l'épouvantail de l'islamisme. Là se trouve une contradiction et une gêne, qu'on perçoit chez bien des  commentateurs français  lorsqu'il s'agit de passer du discours sur "le printemps arabe" et de la prise en compte de l'Islam politique à celui de la "menace islamiste".

Dans le registre de la légitimation de l'intervention au Mali, il faut parler, enfin, de la référence à la décision du Conseil de sécurité de l'ONU à ce sujet. Les responsables français s'enveloppent dans celle-ci  comme si la France ne faisait que se mettre,  par altruisme,  au service du droit international. Mais c'est précisément la France qui a  fait le siège du Conseil de sécurité pour obtenir une résolution autorisant l'intervention au Mali. Encore que cette intervention prévoyait d'abord de s'efforcer de trouver une solution politique aussi bien aux revendications légitimes des Touaregs du Nord Mali, qu'à la question de la légitimité du pouvoir politique malien,  mise à mal par le coup d'Etat récent. Et à ce propos, d'ailleurs, quelle  légitimité peut bien avoir un pouvoir qui ne peut se maintenir que par une intervention armée étrangère, laquelle, par ricochet, révèle d'ailleurs, par là même, sa propre illégitimité. Là est la faiblesse originelle de cette intervention militaire française. On peut s’attendre à la voir se révéler de plus en plus au fur et à mesure du développement de la situation.

 

Djamel LABIDI

 

Source:  Le Quotidien d'Oran du Jeudi 17 Janvier 2013

mardi, 15 janvier 2013

UNE GUERRE AU MALI, DE L'URANIUM AU NIGER (ET AU MALI*): DES ISLAMISTES TRES UTILES AU POUVOIR FRANÇAIS

 

 

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Qui peut vraiment croire qu'il s'agit d'une opération "pour la démocratie au Mali"? Cela fait des décennies qu'elle est bafouée dans ce pays par des régimes corrompus. largement soutenus par la France. Alors, pourquoi cette subite urgence "démocratique"?

Ce prétexte a déjà beaucoup servi, en particulier lorsque les USA ont voulu mettre la main sur des réserves pétrolières, et le voilà encore de mise parce que la France veut assurer l'approvisionnement en uranium de ses réacteurs nucléaires.

Notons d'ailleurs que, à 27.000 € l'heure de vol d'un Rafale, le tarif réel du courant d'origine nucléaire est encore plus lourd que ce que l'on ne pouvait craindre...

Qui croira qu'il s'agit de "sécuriser la région"? En réalité, il s'agit de sécuriser l'approvisionnement des centrales nucléaires françaises en uranium.

http://blogs.mediapart.fr/edition/nucleaire-lenjeu-en-vaut-il-la-chandelle-pour-lhumanite/article/140113/une-guerre-au-ma

* «Areva sera le futur exploitant de la mine d’uranium à Faléa (Mali)»

http://www.wikistrike.com/article-l-intervention-militaire-fran-aise-au-mali-vise-t-elle-a-assurer-les-interets-d-areva-114328629.html

LIRE AUSSI: Communiqués de l'Observatoire du nucléaire concernant Areva et le Niger:

http://observ.nucleaire.free.fr/otages-niger.htm

"Sécuriser la région"? Pour qui, pour quoi?

 

Source: La page Facebook de Gaston Asper

Une guerre au Mali et de l'uranium au Niger: des islamistes très utiles au pouvoir français

 

Le 11 janvier 2013, l'armée française est intervenue au Mali à la suite de mouvements, vers Bamako, de groupes armés islamistes. Depuis des mois, ces derniers tiennent tout le nord du Mali et se seraient enhardis au point, nous dit-on, de vouloir occuper l'ensemble du pays.
 
Personne ne niera que ces groupes soient composés d'horribles individus qui, sous prétexte de convictions "religieuses", battent toute personne dont le comportement ne leur plait pas, coupent les mains des voleurs (réels ou supposés), exécutent - en particulier des femmes - pour des broutilles ou même pour rien.
 
Pour autant, de la même façon qu'au moment de l'intervention militaire contre Kadhafi en Libye, il est insupportable de se retrouver sommé de soutenir une intervention militaire déployée. par ceux qui sont largement responsables de la gravité de la situation.
 
Qui plus est, qui peut vraiment croire qu'il s'agit d'une opération "pour la démocratie au Mali" ? Cela fait des décennies qu'elle est bafouée dans ce pays par des régimes corrompus. largement soutenus par la France. Alors, pourquoi cette subite urgence "démocratique" ?
 
De même, qui croira qu'il s'agit de "sécuriser la région" ? En réalité, il s'agit de sécuriser. l'approvisionnement des centrales nucléaires françaises en uranium : ce dernier est en effet extrait dans les mines du nord du Niger, zone désertique seulement séparée du Mali. par une ligne sur les cartes géographiques.
 
A ce propos, on soulignera l'extrême perversité des ex-puissances coloniales qui ont jadis tracé des frontières absurdes, faisant fi de l'implantation des populations, et créant des pays aux contours bien curieux : le Niger et le Mali sont tous les deux en forme de sablier, une partie sud-ouest contenant la capitale, totalement excentrée et éloignée d'une immense partie nord-est, principalement désertique.
 
C'est ainsi que, pendant 40 ans, Areva (auparavant la Cogéma) a pu s'accaparer en toute tranquillité l'uranium nigérien dans ces mines situées à 500 kilomètres de la capitale et du fragile "pouvoir" politique nigérien.
 
Ces dernières années, des groupes armés se sont organisés dans cette région : des Touaregs, dépités d'être méprisés, déplacés, spoliés. Et des groupes plus ou moins islamistes, certains issus des anciens GIA qui ont semé la terreur en Algérie, d'autres contrôlés par Kadhafi, et autonomisés suite à la disparition de ce dernier.
 
Des salariés d'Areva, cadres dans les sociétés d'extraction de l'uranium, ont été enlevés en septembre 2010 au Niger, transférés au Mali et retenus depuis. Puis, le 7 janvier 2011, deux jeunes français ont à leur tour été enlevés au Niger.
 
L'Observatoire du nucléaire a été une des rares voix à dénoncer (*) l'opération militaire immédiatement lancée par les autorités françaises. Ces dernières avaient en effet, de toute évidence, décidé de châtier coûte que coûte les preneurs d'otages, quitte à ce que cela se termine dramatiquement pour les deux jeunes otages. qui ont effectivement été tués dans l'opération.
 
Ces deux jeunes ne travaillaient pas pour l'extraction de l'uranium mais, c'est évident, l'idée était de décourager d'éventuelles prochaines actions contre des salariés d'Areva.
 
Depuis, les mouvements Touaregs laïques et progressistes ont été marginalisés, en particulier par la montée en force du groupe salafiste Ansar Dine. Puissant et lourdement armé, ce dernier s'est allié à AQMI (Al Qaeda au Maghreb Islamique), faisant courir un risque de plus en plus évident pour les activités françaises d'extraction de l'uranium au nord du Niger.
 
La France a soutenu avec la plus grande constance les gouvernements corrompus qui se sont succédé au Mali, aboutissant à un délitement total de l'État. C'est probablement cet effondrement qui a amené les groupes islamistes à s'enhardir et à avancer vers Bamako.
 
De même, la France a maintenu depuis 40 ans le pouvoir du Niger dans un état de faiblesse et de dépendance par rapport à l'ancienne puissance coloniale et son entreprise d'extraction de l'uranium, la Cogéma devenue Areva. Alors que les dirigeants nigériens essaient tant bien que mal de contrôler ce que fait Areva, la France reprend totalement la main avec son intervention militaire.
 
Les récents mouvements des groupes islamistes n'ont effectivement fait que précipiter l'intervention militaire française qui était en préparation. Il s'agit indéniablement un coup de force néocolonial, même si les formes ont été mises avec un opportun appel à l'aide du Président par intérim du Mali, dont la légitimité est nulle puisqu'il est en place suite à un coup d'État qui a eu lieu 22 mars 2012.
 
Précisons à nouveau que nous n'accordons pas le moindre crédit aux dangereux fondamentalistes qui sont aussi des trafiquants de drogue et d'armes et n'hésitent pas à blesser et tuer.
 
Par contre, nous refusons la fable de l'intervention militaire "pour la démocratie". Ce prétexte a déjà beaucoup servi, en particulier lorsque les USA ont voulu mettre la main sur des réserves pétrolières, et le voilà encore de mise parce que la France veut assurer l'approvisionnement en uranium de ses réacteurs nucléaires. Notons d'ailleurs que, à 27 000 euros l'heure de vol d'un Rafale, le tarif réel du courant d'origine nucléaire est encore plus lourd que ce que l'on pouvait craindre...
 
En conclusion, il est une nouvelle fois démontré que l'atome, et la raison d'Etat qui l'entoure, ne nuit pas seulement à l'environnement et aux êtres vivants mais aussi à la démocratie.
 


Stéphane Lhomme


Directeur de l'Observatoire du nucléaire


Source: MEDIAPART

lundi, 14 janvier 2013

MALI: LES MENSONGES DE LA PROPAGANDE DE GUERRE FRANÇAISE

 

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Cocorico ! La France aura bien eu sa «tempête de désert».

Hollande a pris la «courageuse» décision d’envoyer les hélicoptères Gazelle des forces spéciales de l’armée de terre, des Mirage 2000D et des Rafale contre les colonnes des djihadistes qui menacent la sécurité de l’Europe.


Dans cette guerre, la France n’a pas besoin de justification supplémentaire, il suffit qu’elle ressasse la propagande rôdée désormais au fil des dernières guerres de l’Empire, elle intervient pour sauver le peuple malien et pour les droits de l’Homme. Les intérêts de la France, au premier rang desquels le contrôle des mines d’uranium du Niger voisin, ne viendraient qu’en second lieu. Comme d’habitude, les médias de l’hexagone ont rivalisé dans le rôle qui leur est dévolu : la fabrication de mensonges éhontés en vue de justifier une guerre de rapine et de domination néo-coloniale. Retour sur les mensonges les plus grotesques.

Premier mensonge. Les apparences diplomatiques sont sauves. Le président français a justifié sa décision d’intervenir au Mali en prétextant l’appel à l’aide du gouvernement malien. En effet, le président intérimaire malien, Dioncounda traoré, a lancé un appel au secours à la France pour stopper l’avancée des rebelles d’Ansar Dine qui avaient pris le contrôle de la ville stratégique de Konna. Mais ce que le gouvernement et les médias français ont oublié de rappeler c’est que ce président malien ne dispose d’aucune légitimité pour appeler à l’intervention militaire d’une puissance étrangère sur le sol malien.

Il s’agit d’un président intérimaire désigné en concertation avec l’Union africaine et les Etats de l’Afrique de l’ouest pour retourner au plus vite à l’ordre constitutionnel après le coup d’Etat du capitaine Amadou Sanogo et en vue de préparer des élections. Aussi bien le commandement de l’armée malienne que de larges secteurs de la société civile et politique malienne, même s’ils sont attachés au recouvrement par leur pays de son intégrité territoriale et à son unité nationale, s’opposent légitimement à l’intervention étrangère dans des conditions qui n’assurent pas au Mali le contrôle des opérations et de la suite des évènements.

Second mensonge. Le gouvernement français justifie son opération Serval par le souci de contrer les rebelles d’Ansar Dine qui ont lancé la semaine dernière une offensive contre des localités situées au centre du pays en direction du sud. Ce faisant, le gouvernement français tente de donner à cette opération un caractère défensif. Rien n’est plus faux. Depuis que le Nord du mali a échappé au contrôle du gouvernement central de Bamako pour tomber entre les mains du mouvement Ansar Dine et des autres mouvements djihadistes, on le sait, la France n’a pas cessé d’appeler à la guerre en poussant en avant les Etats de la CEDEAO pour donner un semblant de légitimité africaine à cette guerre néocoloniale.

Après avoir réussi à torpiller les efforts de médiation du gouvernement algérien en vue de trouver une solution politique à la crise et à arracher une résolution du conseil de sécurité de l’Onu autorisant le déploiement d’une force africaine mais dans le cadre d’un plan de résolution politique globale de la crise, la France a continué en coulisses à pousser le gouvernement malien et les autres gouvernements de l’Afrique de l’Ouest à vider cette résolution onusienne de son contenu et à se préparer à la guerre.

De son côté, l’Algérie a réussi récemment à amener les deux principaux protagonistes du mouvement national touareg Ansar Dine et le MNLA à trouver un accord en vue de négocier une solution politique avec le gouvernement de Bamako. Des délégations de ce mouvement ont rencontré le ministre des affaires étrangères du Burkina Faso à Ouagadougou. Mais sous la pression française, le gouvernement malien a ignoré ces bons offices et a continué en secret à préparer l’offensive armée qui était planifiée entre l’été et l’automne 2013 comme en témoigne le recrutement tous azimuts et l’entraînement de mercenaires de tous les coins d’Afrique, étant entendu que les 3.000 hommes de la CEDEAO n’allaient pas suffire à déloger les mouvements touareg de leurs positions. Le mouvement Ansar Dine n’avait plus d’autre choix que d’attendre que l’adversaire se prépare à son aise et qu’il se fasse écraser ou alors d’anticiper sur l’action de ses adversaires et lancer une offensive militaire pour rappeler à Bamako son existence et le forcer à négocier sérieusement.

La France a compris l’enjeu et a dû changer son plan initial. Au lieu d’attendre encore quelques mois le temps de préparer ses supplétifs africains pour la sale besogne, elle a dû intervenir directement. En apparence, Ansar Dine et ses alliés d’Aqmi et du Mujao ont mal calculé leur coup en provoquant cette intervention française prématurée qui pourrait leur coûter cher. Mais d’un autre côté, les masques sont tombés. La France est intervenue directement dans un conflit dont il n’est pas sûr qu’elle s’en sorte sans perdre beaucoup de plumes.

Troisième mensonge. Le gouvernement français prétend qu’il mène cette guerre contre les djihadistes qui contrôlent le nord du Mali et menacent désormais le territoire de la France et de l’Europe. En reprenant cet argument officiel, les médias français usent d’un mensonge grossier. D’abord, ils sont bien culottés de servir pareil argument à leurs téléspectateurs La France qui n’a pas hésité à armer et soutenir les djihadistes en Libye et qui n’hésite pas aujourd’hui à soutenir les djihadistes en Syrie se découvre subitement une âme laïque et démocratique au Mali ! La laïcité ici n’est qu’un cache-sexe servant à cacher de sordides desseins stratégiques et économiques.

Le mouvement Ansar Dine est avant tout un mouvement de libération touarègue. Ses membres fondateurs et ses cadres, à commencer par leur leader Iyad Agh Ghali, proviennent tous du mouvement de libération touareg qui a lutté les armes à la main durant les années 80 contre le gouvernement central de Bamako et qui ont déposé les armes dans le cadre des Accords d’Alger, en 1991.

Que ce mouvement ait connu par la suite une évolution idéologique fondamentaliste est une chose que seul une islamophobie aveugle pourrait confondre avec le djihadisme terroriste dans lequel excellent des groupes comme Aqmi et le Mujao. Justifier une guerre au Mali au nom de la lutte contre le fondamentalisme d’Ansar Dine c’est comme si l’Etat italien justifiait dans les années 70 et 80 une mise hors-la loi du parti communiste italien sous prétexte que les groupes terroristes des Brigades rouges et de Prima Linea usaient de la même rhétorique marxiste-léniniste !

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Quatrième mensonge. La propagande française met l’accent sur le fait qu’il n’y a pas de différence fondamentale entre Ansar Dine et les autres groupes djihadistes. La preuve c’est que Ansar Dine a gardé des contacts avec ces mouvements. Ansar Dine se défend en disant qu’il n’a rien à voir avec ces mouvements mais comme ils sont sur le même terrain, il est normal qu’il ait des contacts avec eux.

D’ailleurs, les services français entretiennent des contacts officiels sous la couverture du Quai d’Orsay avec ces groupes comme vient de le dévoiler un des chefs d’Aqmi, au Mali, Abdelhamid Abou Zeid et ce, dans le but de libérer les otages français contre des rançons qui se sont avérées ces dernières années un mode bien commode de financer ces groupes terroristes dans leurs actions contre l’adversaire inavoué de la France dans la région : l’Algérie. Pire, rien n’interdit de penser que les services français regardent avec une certaine complaisance le jeu que certains protagonistes régionaux jouent avec les narco-terroristes du Mujao pour affaiblir l’encombrant voisin algérien…

Parmi les arguments servis pour justifier la soi-disant collusion d’Ansar Dine avec les groupes terroristes, la propagande française relayée malheureusement par certains médias algériens, il y a le fait qu’Ansar Dine refuse de combattre Aqmi et le Mujao en avançant que ce n’est pas son rôle à lui de les combattre, en tout cas pas avant la résolution du conflit avec Bamako et le retour de la paix et de la stabilité dans la région. Et dans ce cas, les djihadistes étrangers seront bien obligés de quitter le territoire malien de gré ou de force. Comme le rappelle à juste tire un porte-parole d’Ansar Dine, pourquoi les gouvernements occidentaux qui mettent aujourd’hui la pression son mouvement pour combattre Aqmi n’ont pas usé des mêmes pressions sur le régime du président malien déchu Amadou Toumani Touré dont la collusion avec les groupes narco-terroristes était avérée?

Que le programme et l’interprétation rigoriste de la Charia islamique d’Ansar Dine posent problème, sans doute. Mais ce sera une affaire interne à la société touarègue et malienne et ce n’est en tout cas pas l’affaire de la France et des gouvernements africains à sa botte. Si l’application de la Charia devait constituer un objet de casus belli, la France devrait entrer sans tarder en guerre contre les pétromonarchies du Golfe et bientôt contre les pays arabes dont la nouvelle constitution devrait s’inspirer explicitement de la Charia : Egypte, Tunisie, Libye et bientôt Syrie!

Non content de semer la confusion au sein de l’opinion publique et d’essayer de diaboliser coûte que coûte Ansar Dine parce qu’il ne s’inscrit pas dans leur stratégie néo-coloniale, les services français cherchent à faire diversion via les sites franco-israéliens amis qui font passer Ansar Dine pour une création tantôt saoudienne tantôt qatarie, en laissant aux sites makhzéniens le loisir de vendre la thèse éculée qui voit dans le DRS algérien le nouveau démiurge de la géopolitique sahélo-saharienne.

Cinquième mensonge. Le gouvernement français a monté toute sa campagne diplomatique en direction de l’union africaine, l’union européenne et l’Onu en vue de justifier une guerre au Mali au nom de la défense de l’intégrité et de l’unité territoriale du Mali menacée par la déclaration d’indépendance unilatérale de l’Azawad proclamée par le MNLA. C’est peut-être le plus gros mensonge de cette guerre tant il est archi-connu que la France a toujours tenté de manipuler les mouvements séparatistes touarègues au Mali et au Niger pour faire chanter les gouvernements de Bamako et Niamey en vue de les amener à accepter ses conditions de « coopération » néocoloniales.

Il ne faut pas oublier que le mouvement séparatiste appelé MNLA a été créé dans la précipitation par Mohamed Ag Najem qui commandait un millier de mercenaires touarègues maliens au service du régime de Kadhafi et qui a été retourné par les services français quelques semaines avant la chute de Tripoli. Ag Najem aurait-il accepté de trahir Kadhafi et de retourner au Mali s’il n’avait pas eu les assurances de Paris pour pouvoir rentrer chez lui avec armes et bagages remplis d’or et de dollars pour jouer le nouveau rôle qui lui a été dévolu?

C’est quand le MNLA a été chassé de ses positions conquises au nord par les combattants d’Ansar Dine et des autres groupes djihadistes que le gouvernement français a changé de fusil d’épaule et s’est mis à défendre hypocritement la thèse de l’intégrité territoriale du Mali. En fait, la diplomatie française est en train de réchauffer un vieux plan colonialiste visant à diviser l’Afrique et les Africains pour mieux régner.

Elle agite notamment l’épouvantail de l’islamisme pour faire passer la manipulation sordide des élites et des populations bambara au sud contre les tribus berbères et maures du nord qu’elle juge moins dociles et plus enclines à s’allier avec les nouveaux régimes qui sont en train d’émerger en Afrique du nord à la faveur des mouvements de contestation que les officines impérialistes cherchent à instrumentaliser et à dévoyer mais en vain. L’opposition entre populations musulmanes et populations chrétiennes et/ou animistes est en train de devenir un nouveau cheval de bataille idéologique impérial en Afrique comme l’illustre à merveille le laboratoire soudanais appelé à servir de modèle pour toute la région.

Sixième mensonge. Les médias français ont abreuvé les téléspectateurs d’images et de reportages bidon montrant des citoyens maliens dans la capitale qui applaudissent l’intervention française. Bien-sûr, il se trouvera toujours des Maliens qui se rappellent l’esclavage d’avant-hier des esclavagistes touarègues et maures et oublient l’esclavage moderne d’hier et d’aujourd’hui des colons et des capitalistes français mais la majorité des Maliens ne sont pas dupes du jeu de la France. Les médias français montrent ce qu’ils veulent montrer et s’imposent le silence sur les manifestations des patriotes maliens, réunis au sein de la COPAM (coordination des organisations patriotiques du Mali) qui ont appelé au lendemain de l’intervention française au départ du président malien qui n’a aucune légitimité démocratique.

Septième mensonge. Au lendemain de l’intervention française, les médias reprennent les communiqués triomphalistes du ministère français de la défense. Une centaine de djihadistes auraient été éliminés et leur avance vers le sud aurait été stoppée. Les pertes françaises sont minimisées. La perte d’un hélicoptère Gazelle a été attribuée au début à un crash. Mais voilà que les nouvelles moins rassurantes commencent à tomber. Ce n’est pas un hélicoptère mais deux qui ont été abattus dès le premier jour de l’opération. Le pilote d’un hélicoptère Gazelle, le lieutenant a été mortellement touché.

Mais le fait qui témoigne de la grossièreté des mensonges de guerre français est qu’on apprend au troisième jour de l’opération Serval que l’offensive des combattants d’Ansar Dine n’est pas totalement stoppée alors qu’on nous a assuré la veille qu’elle a été stoppée. Pire, le gouvernement français vient de renforcer son dispositif d’intervention militaire de manière spectaculaire et inquiétante comme s’il s’agissait d’une guerre contre une armée conventionnelle. A en croire le site spécialisé dans les questions militaires « Mer et marine » les forces françaises engagées actuellement au Mali proviennent du dispositif Epervier basé au Tchad et qui ne comprend pas moins que six Mirage 2000D, deux Mirage F1 CR, trois C135, un C130 Hercule et un C160 Transall. Et aux dernières nouvelles, on apprend l’engagement des Rafale ! La facture risque d’être très salée pour un Hollande qui cherchait à faire des économies mais surtout pour le peuple fra,çais appelé à se serrer encore plus la ceinture pour contribuer à cette guerre coloniale!

Mais comme un malheur n’arrive jamais seul. On apprend en même temps que l’opération d’un commando de la DGSE en vue de libérer un des leurs détenu par les miliciens du groupe Chabab en Somalie s’est soldée par un fiasco. L’otage aurait été tué et deux membres du commando de la DGSE éliminés. La propagande française voudrait faire croire que le commando de la DGSE a éliminé 17 djihadistes mais n’arrive pas à expliquer comment ils n’ont même pas pu récupérer les corps de leurs camarades tués. Les djihadistes somaliens ont même déclaré qu’ils détiennent un membre du commando français blessé mais vivant ! Ces déboires risquent d’annoncer d’autres conséquences beaucoup plus dramatiques pour les populations civiles du Nord Mali et pour la vie des otages français eux-mêmes. Au lieu d’assurer sa sécurité et celle de ses ressortissants, la France est bien partie pour vivre quelques aventures que ne lui envieraient pas ses alliés de l’Otan qui lui ont promis jusqu’ici bien timidement leur soutien logistique. Tout cela pour l’uranium du Niger et les milliards de bénéfices d’AREVA et de SUEZ et leurs banquiers!

 

Mohamed Tahar Bensaada


Source: IRAN FRENCH RADIO

mardi, 18 décembre 2012

POURQUOI LES ETATS-UNIS RENFORCENT LEUR PRESENCE MILITAIRE EN AFRIQUE?

 

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Le service de presse d’Army Times vient de rapporter que les Etats-Unis s’apprêtent à envoyer plus de 3 000 soldats un peu partout, en Afrique, pour 2013. Pour le Major Général, David R. Hogg, « En ce qui concerne notre mission, c’est un territoire vierge ». Depuis quelques années, de plus en plus de soldats américains stationnent sur le continent africain et même, si le Général Hogg ne le dit pas, le but de la mission américaine est claire : verrouiller au plus vite le continent africain.

Pour les Américains, il y a urgence face à l’avancée commerciale de la Chine sur tout le continent. En fait, l’armée américaine effectue annuellement à peu près une douzaine d’opérations importantes en Afrique et pour ces opérations, des troupes et du matériel, y compris sophistiqué, sont réellement engagées. Pour les Etats-Unis, avoir un pied, militairement, dans tous les coins du continent, limiterait le risque que leurs intérêts ne soient pas protégés dans des régions où de réelles menaces existent en ce qui concerne l’accaparement de terres agricoles ou l’exploitation de minerais rares.

Le Mali dont on parle beaucoup, a été le site, récemment, d’un exercice militaire US du nom de « Atlas Accord 12 » qui a fourni aux militaires maliens une formation dans le domaine aérien. Quelques hauts-gradés maliens ont été formés ou ont suivis des stages à West Point.

Opérations US en Afrique en 2012

Pour illustrer cette ingérence américaine en Afrique, quoi de mieux que de dresser la liste des opérations américaines qui se sont déroulées, au cours de l’année 2012, en différents points du continent africain :

- « Cutlass Express », un exercice naval visant ce qu’on appelle la «piraterie» dans la région du Bassin de Somalie.

- « Africa Endeavor 2012 », basée au Cameroun, centrée sur la formation et la coordination en communications militaires. Tous les « renseignements » passant maintenant par le réseau américain Echelon. Nous avions d’ailleurs, déjà dit ici, qu’au Sahel, la France est obligée de passer par les services américains pour savoir ce qui s’y passe dans le « détail » !

- « Obangame Express 2012 », exercice naval pour assurer une présence dans le golfe de Guinée, région au cœur d’opérations pétrolières en Afrique occidentale.

- « Southern Accord 12 », basée au Botswana dont le but était d’établir des relations de travail entre les forces militaires d’Afrique australe et les Etats-Unis.

- « Western Accord 2012 », exercice militaire au Sénégal, impliquant tous les types d’opération, des exercices de tirs à la collecte d’informations et au combat de tireurs d’élite.

D’autres exercices de même nature aux noms tels que « African Lion », «Flintlock » et « Phoenix Express » ont aussi eu lieu. De plus, des unités de Gardes Nationaux US ont effectué des rotations dans des pays qui incluent entre autres, l’Afrique du sud, le Maroc, la Tunisie, le Nigéria, le Libéria et le Ghana. Des entreprises de sécurité privées américains se sont installées en Mauritanie et dans tout le Sahel.

Les communiqués de presse du US Africa Command (AFRICOM) suggèrent que ces opérations sont bénéfiques tant pour les Etats-Unis que pour l’Afrique. Leur message central est que les militaires US et Africains sont des partenaires dans la guerre contre le terrorisme et d’autres formes de soulèvement. Mais ce n’est pas en réalité du partenariat, c’est de la défense classique d’intérêts économiques et stratégiques.

25% des besoins américains en pétrole vers 2015 seront africains

Un rapport du Bureau de Recherche du Congrès sur les plans d’exploitation US a été publié par WikiLeaks. On y lit « en dépit des conflits dans le delta du Niger et d’autres régions productrices de pétrole, le potentiel pour des forages en profondeur dans le golfe de Guinée est élevé et les analystes estiment que l’Afrique pourra fournir près de 25% des besoins américains en pétrole vers 2015. »

Le document cite un officiel US du Département de la défense : « …la mission principale des forces US (en Afrique) est d’assurer que les champs pétrolifères du Nigéria …soient sûrs ». Au moins, le propos est-il clair. C’est pourquoi, les Etats-Unis seraient satisfaits que des actions militaires menées par des Africains visent les militants et les groupes mafieux qui sabotent les oléoducs et les opérations des compagnies pétrolières occidentales en Afrique occidentale. Parallèlement, en raison de l’accroissement de leurs importations de pétrole, les Américains s’opposent vigoureusement à toute velléité africaine d’exclure par la force les dites compagnies du Delta du Niger même si leurs pipelines qui fuient ont ruiné d’innombrables hectares de terres agricoles et d’eaux poissonneuses et ont provoqué un véritable désastre écologique de toute la région.

Les intérêts de l’Afrique sont, on le voit bien, en perpétuel conflit avec ceux des Etats-Unis comme avec ceux de la Chine. Les dirigeants africains continuent de leurrer leur peuple en s’attaquant souvent dans la presse africaine à la France ou aux Européens alors qu’ils se couchent honteusement, à tour de rôle, devant les Chinois ou les Américains.

Curieusement, il n’y a pas eu de réaction africaine sérieuse à cette annonce du renforcement de la présence de soldats US sur leur sol.

 

In Afriquedemocratie.net

 

Source: NEGRONEWS

dimanche, 14 octobre 2012

FRANCOPHONIE A KINSHASA: LA FRANCE DANS SA BASSE-COUR!

 

 

Alors que des problèmes sérieux se posent à l’Afrique, les dirigeants des pays (anciennes) colonies françaises de ce contient n’en finissent pas de s’acoquiner avec les autorités de Paris, à la recherche d’un nouveau souffle pour l’asservissement à une France incapable de renoncer aux pratiques les plus avilissantes du colonialisme. Et ce n’est pas parce que le président français joue sur les mots en disant qu’à Kinshasa, lors du sommet de la Francophonie « il y aura la France et l’Afrique, et qu’il ne sera pas question d’associer la France et l’Afrique » qu’il faudrait croire que la Francafrique, ce système de relations de dupes entre la France et ses (anciennes) colonies aura vécu. Pour faire bien, on tente parfois de donner à la francophonie les allures du Commonwealth. Et pourtant, l’histoire a montré depuis toujours que les conceptions des relations avec les colonies n’ont jamais été les mêmes selon qu’il s’agisse de la France ou de l’Angleterre. Même si dans les deux cas on recherche le profit, les Français ont toujours eu un comportement qui tend à nier aux Africains toute personnalité, toute dignité ! Aujourd’hui, malgré les indépendances, le regard des Français sur l’Afrique n’a pas varié d’un pouce.

L’Afrique francophone : la basse-cour de la France !

L’image de la basse-cour, c’est ce qui convient le mieux, lorsqu’on veut parler des relations de la France avec les pays francophones d’Afrique. Aujourd’hui encore, les pratiques dégradantes de la francafrique font de ceux qui sont à la tête des Etats africains des responsables régionaux, de sortes de préfets de seconde zone, et leurs peuples subissent le dédain raciste, pendant qu’on parle de partenariat. Tout le monde sait que, non contente d’être un marché captif à maints égards pour la France, l’Afrique francophone va jusqu’à loger ses devises dans le Trésor de la France ; cela fait que l’Etat français a un contrôle exclusif absolu sur les économies des Etats de cet espace africain. Le Franc cfa, cette monnaie coloniale, est aujourd’hui la plus grossière arnaque qui puisse exister en matière de relations internationales. Le plus dramatique, c’est qu’on s’échine à faire croire que les Etats africains trouvent leur compte dans cette grotesque duperie. C’est un paternalisme avilissant que subit l’Afrique par la cupidité de dirigeants sans envergure, qui ne doivent souvent leur place qu’aux coups bas de la France des réseaux qui est en Afrique cette Francafrique ! Et ce n’est pas parce qu’un certain Abdou Diouf, après avoir dirigé le Sénégal, n’a pas pu se faire à l’idée d’une retraite méritée, et s’est retrouvé avec ce strapontin peu flatteur de Secrétaire Général de ce machin néocolonial, qu’il faudrait y voir une institution de coopération entre Etats. La francophonie est aujourd’hui le pilier visible le plus actif de l’action colonialiste de la France en Afrique. Pour la petite histoire, Monsieur Bernard B. Dadié, homme de lettres ivoirien bien connu, s’est vu refuser le visa par la France, en 2010, alors qu’il devait prendre part, en tant que membre à part entière, à une réunion important de la francophonie à Paris. La raison : ses prises de positions dans le complot électoral franco onusien en Côte d’Ivoire déplaisaient aux autorités de la France. D’ailleurs on a vu après, sans surprise, Abdou Diouf, le Secrétaire Général de cette institution, voler au secours de la France, dans sa guerre en Côte d’Ivoire, par des prises de positions indignes de l’ex chef d’Etat qu’il est !...

A quand donc « l’âge d’or » pour l’Afrique?

Nous entendons par « âge d’or », le temps où les Africains auront acquis le respect des autres. Le temps où sera abandonnée cette vision réductrice qui présente les Africains comme les dindons d’une farce grotesque. Le fait est que pendant que dans les Etat africains non francophones, on peut sentir comme un vent de dignité, dans la partie francophone, c’est l’aplatissement total, avec des comportements à faire honte même à l’idiot du village.

Il y peu, Tabo Mbeki, l’ex chef d’Etat sud africain, donc d’un pays anglophone, fustigeait la caducité des textes de l’ONU, et tançait durement l’Ua et les Africains pour leur tiédeur (le mot est faible) quand il s’agit de prendre position pour défendre un Etat africain. Cette semaine, c’est Paul Kagamé, un ex francophone qui a tourné vers la langue de Shakespeare, qui déclare que « l’Afrique n’a de leçon à recevoir de personne ! » A côté de cela on a vu, il n’y a pas longtemps, les chefs d’Etats francophones d’Afrique, Laurent Gbagbo (alors chef d’Etat) excepté, s’aligner pour aller faire la fête nationale en France. Et il y a quelques jours, ce sont les ministres des finances de  ces mêmes Etats francophones qui sont allés à Paris, avec au premier rang, Alassane Ouattara, le « préfet de seconde zone » que la France a placé au pouvoir en Côte d’Ivoire, après avoir chassé Laurent Gbagbo avec des bombes. Ils sont allés fêter l’esclavage financier que subissent leurs pays, avec le franc cfa.

Ces exemples pour dire que pendant que dans les pays anglophones, des voix s’élèvent pour parler de dignité de l’Afrique, dans les pays francophones, c’est toujours le statu quo colonial. On continue de s’aplatir devant la France, et on n’a pas honte de se ridiculiser avec des attitudes et parfois des propos aussi niais que lâches. Comme cette réponse de l’Ivoirien Charles Konan Banny, ancien gouverneur de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) : à l’occasion de la fête des 40 ans du cfa, fête de l’esclavage financier, dernièrement à Paris, un journaliste s’est hasardé à demander à l’ancien gouverneur de la BCEAO si et quand les Etats africains envisageaient de créer leur propre monnaie. Monsieur Banny, à la manière de « Toto » qui voudrait faire de l’esprit, a demandé au journaliste de quoi il parlait. Puis il a poursuivi, à peu près en ces termes : «  nous avons une monnaie à nous,  qui est le franc cfa ! Et si c’est une affaire de mot, on peut, pour vous faire plaisir, remplacer cfa pour autre chose ; mais nous, nous n’avons pas du tout le sentiment de ne pas avoir une monnaie à nous… » Voilà, sans commentaire, le propos d’un ex haut fonctionnaire de l’esclavage financier que la France exerce sur l’Afrique francophone. Avec çà, on a de quoi être sceptique devant les campagnes pour la francophonie, et se demander avec insistance : à quand « l’âge d’or » ?

Que Dieu nous protège !


Nda Adjoua Suzanne, Enseignante

mercredi, 10 octobre 2012

LA DEVALUATION DU FRANC CFA ET SES MAGOUILLES OBSCURES - AUX ORIGINES DU «PACTE» OUATTARA-SARKOZY


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Alors qu’Alassane Ouattara tient conférence à Paris, dans le cadre de la commémoration des 40 années de la zone franc, et que Pierre Moscovici, ministre français de l’Economie et des Finances, le présente comme un homme qui «incarne notre volonté de faire le lien entre le passé, le présent et l’avenir» (cf. Jeune Afrique n° 2699 du 30 septembre au 6 octobre 2012), Le Nouveau Courrier revient sur les secrets d’un épisode à la fois important et socialement douloureux de la zone franc en question.

C’est un document secret, d’une valeur exceptionnelle et d’une importance considérable à plus d'un titre que Le Nouveau Courrier s’est procuré. Il est daté du 27 janvier 1993 et a été rédigé par le secrétariat général du gouvernement français de l’époque. Il évoque la «situation économique et financière d’Afrique francophone». Mais il faut le contextualiser, l'analyser, en tirer ce qu'il dit, mais aussi ce qu'il ne dit pas. Cela tombe bien. Nous avons pu non seulement en prendre connaissance, mais également nous en faire donner les clés de compréhension par un proche du dossier, que nous nommerons «Gorge profonde».

Mitterrand et les socialistes ne voulaient pas de la dévaluation de 1994 

Le mercredi 27 janvier 1993, se tient une réunion secrète, un «conseil restreint» au Secrétariat général du gouvernement, présidée par François Mitterrand lui-même. Y assistent : le Premier ministre, Pierre Bérégovoy, le Ministre d'État, ministre des Affaires étrangères, Roland Dumas (qui connaît donc certains des protagonistes actuels de la crise ivoirienne depuis bien longtemps), le ministre de la Défense, Pierre Joxe (lui-même fils d'un homme politique de premier plan), celui de l'Économie et des Finances, Michel Sapin (membre actuel du gouvernement français), et, bien sûr, le ministre en charge alors de la Coopération et du développement, Marcel Debarge, "éléphant"du PS, comme on disait alors. Signalons, présents au titre de la Présidence de la république française, le Conseiller M. Delaye, le Chef d'État-major, M. le général Quesnot et, plus étonnant, le Secrétaire général adjoint, Mme Anne Lauvergeon. M. Jurgensen, Directeur général de la Caisse centrale de coopération économique, et M. Denoix de Saint Marc, Secrétaire général du gouvernement, complètent la distribution.

En ce 27 janvier 1993, la France est encore à gauche pour quelques semaines. La droite remportera en mars les législatives, accèdera au pouvoir, qu'elle devra néanmoins partager, selon les délices constitutionnels français, avec le président de la République en place, François Mitterrand. Depuis 1981 et la victoire historique de celui-ci, la droite n'a pas gouverné, si l'on excepte la précédente cohabitation, entre 1986 et 1988, qui vit Jacques Chirac accéder à Matignon. Autant dire que les réseaux françafricains dits de droite, en opposition supposée à ceux de gauche, s'activent et préparent leur retour aux affaires.

Onze ans ou presque qu'ils attendent de réinvestir l'Afrique francophone et sa zone franc. Cela explique sûrement l'extrême rapidité avec laquelle, à peine réinstallée aux commandes, la droite de Balladur va mettre en place une dévaluation du franc CFA foudroyante. Contre les volontés des présidents africains et de la gauche française bientôt défaite. C’est ce que prouve très clairement le document secret que Le Nouveau Courrier s’est procuré. Ainsi lit-on sur la deuxième page de notre document que «le 31 juillet 1992, les présidents Bongo, Compaoré, Diouf et Houphouët-Boigny ont réaffirmé solennellement leur souhait de maintenir la parité actuelle des francs français et CFA.» Mieux : «Pour ce faire, ils ont manifesté leur ferme engagement de poursuivre dans la voie de l'ajustement réel.» Très clairement, la «mitterrandie» souhaite une cure d’austérité, mais ne veut pas de dévaluation.

«En diminuant récemment les salaires de la fonction publique de 20%, le président Biya a montré que l'ajustement réel n'était pas hors de portée», se félicite le document. Admirable rhétorique. Aussi pour le pouvoir français, «il convient de soutenir cette démarche courageuse, premier pas vers un programme de redressement économique qui permette de rétablir les conditions d'une croissance durable sans ajustement monétaire et d'inciter la Côte d'Ivoire ainsi que les autres États de la Zone Franc à faire de même.»

Le duo Camdessus-Ouattara : ceux qui ont poussé à la dévaluation à marche forcée

Ce n'est peut-être pas encore écrit dans les manuels d'Histoire français, mais il est (presque déjà) notoire que, depuis les indépendances, Libreville, Dakar et Abidjan sont les places fortes de la France en Afrique. Pour ne pas dire de la Françafrique. En 1993, les présidents que la France consulte et écoute se nomment Omar Bongo, Abdou Diouf, Félix Houphouët-Boigny (même si très diminué, dans les faits, c'est Alassane Ouattara, son Premier ministre, qui gouverne), mais aussi, et là encore ça surprendra sûrement quelques observateurs attentifs, Paul Biya, président (déjà) du Cameroun et Blaise Compaoré, président (déjà lui aussi) du Burkina Faso.

Les leaders africains le savent pertinemment : l'hypothèse d'une dévaluation du Franc CFA est, en 1993, depuis plus d'un an et demi dans les tubes des plus libéraux du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque Mondiale, institutions économiques toutes puissantes issues des Accords de Bretton Woods. Au FMI, et en particulier à sa direction, M. Camdessus en est un partisan inconditionnel. Et derrière lui celui qu'un storytelling bienveillant et accommodant présente comme un "ancien directeur du FMI" ou un "ancien directeur adjoint du FMI", mais qui ne fut dans les faits que membre du cabinet Camdessus : Alassane Ouattara. (Pour preuve, celui qui succèdera à Camdessus, embarrassé par quelques affaires pénibles, sera son "vrai" numéro 2, M. Fischer).

La dévaluation du franc CFA: une fabrique de misère pour les masses africaines, une gigantesque opération spéculative pour les «sachants»

Finalement, le camp «anti-dévaluation», incarné par François Mitterrand et ses hommes, perdra le contrôle de la situation. Le Parti socialiste défait aux législatives, Mitterrand doit cohabiter. Chirac préfère envoyer Balladur. Le Banquier par excellence. Un physique de héros de Molière et de roi de France en même temps. Le moins soupçonnable de tous. Formé à la banque Rotschild et auprès de Georges Pompidou.

Donc pas tout à fait innocent des affaires et réseaux de la Françafrique. Autour de lui, un gouvernement. Le retour en grâce de réseaux qui, s'ils ont rouillé, n'en continuent pas moins d'occuper une bonne partie du terrain. La dévaluation se met en place. Elle n’empêchera pas une division par deux des salaires dans de nombreux pays où elle s’additionnera à l’austérité préconisée par la gauche.

Tout va aller vite. Vraiment très vite. En quelques semaines, on passe de la note secrète de Conseil restreint recommandant en somme de repousser la dévaluation au profit de l'ajustement à la mise en place effective de celle-ci. La dévaluation sera une opération financière et monétaire, mais aussi une opération juteuse et assimilable à un gigantesque délit d'initiés pour certains – qui savaient ce qui allait se passer pour des raisons évidentes, et qui en ont bien profité.

Les dommages (et bénéfices) seront tels que pour stopper l'hémorragie, le 31 juillet 1993, il sera décidé de suspendre la convertibilité du CFA. Le New York Times parlera, en octobre 1993, «de trains de camions» remplis de billets françafricains transitant par Londres pour Genève. On disait alors que «des Nigérians» tenaient ce business excessivement lucratif. Il était urgent pour les veinards qui en possédaient d'aller changer en francs français ou en devises «bankables» des CFA dont la valeur allait être multipliée par deux après la fameuse dévaluation.

Sarkozy était déjà à la manœuvre Qui contrôlait donc ce bateau ivre de la dévaluation ?

En premier lieu, en second chef et à tout saigneur tout honneur : dans le désordre économique protocolaire, l'exécuteur des hautes œuvres et des basses besognes, celui qui officiait alors à Paris au Budget, Nicolas Sarkozy.

S'il n'a pas, effectivement, marié Alassane et Dominique Ouattara, on peut sans s'avancer conjecturer sur, au minimum, une rencontre «fructueuse» entre les deux hommes dans cette période. En second lieu, tout au moins dans les souvenirs précis de notre informateur de l’ombre : Anne Le Lorier, Conseillère économique à Matignon. Peut-être sinon le plus important, en tout cas le plus «conséquent»: l'alter ego de Nicolas Sarkozy à la Coopération, le «gendarme» Michel Roussin. Qui sera plus tard le troisième bras de Vincent Bolloré, après avoir, parmi d'autres, payé pour un "système Chirac" qui les dépassait probablement, lui et Chirac. Comme on se retrouve ! Qui est donc Directeur de cabinet de Michel Roussin à l'époque, et donc forcément au courant de l'ensemble des problèmes et questions liés à la dévaluation ? Dov Zerah himself ! Celui qui sera nommé à la direction de… l'Agence Française de développement par… Nicolas Sarkozy en 2011. (Même si, pour la petite histoire, Zerah sera assez vite remplacé par M. Pouilleute.) 

Deux autres hommes se détachent incontestablement : Jean-Claude Faure et Jean-Michel Sévérino. Faure est à la direction du Développement et reviendra en grâce en 1997. Paradoxalement, il mettra à profit la victoire de la gauche lors des calamiteuses législatives, nées de l'encore plus calamiteuse dissolution due au fantasque Dominique de Villepin, pour réapparaître auprès de M. Josselin. Son épouse était Conseillère de Lionel Jospin.

Ceci expliquerait-il cela? Sévérino, issu du Cabinet de Jacques Pelletier, était le chef du Service de Coordination géographique. Notre ami Gorge profonde voit en lui «la cheville ouvrière de la dévaluation». Plus tard, son forfait accompli, si l'on peut dire, il sera soutenu par Jacques Chirac à la direction de la Banque mondiale. Il en sera vice-président. Libéral assumé, il n'en sera pas moins encarté au PS. Ami et de l'influent Camdessus et de l'influencé Ouattara. Il dirigera plus tard l’Agence française de développement.

Décidément «machin» à recycler les hauts fonctionnaires et les plus méritants des réseaux. Actuellement, un homme comme M. Séverino, en complément d'autres activités, officie, par exemple, en qualité d'administrateur dans des firmes comme Danone ou Orange. On ne l'y paye pas en salaires, mais en jetons de présence (à hauteur de 50 000 euros chacune chaque année pour quelques heures de… présence). 

La question qu’on ne peut pas ne pas se poser

Aujourd’hui avec le recul, l’on sait que la dévaluation de 1994 n’a pas enrichi l’Afrique. Après un rebond artificiel de certaines économies, qui se limitait aux beaux tableaux des institutions de Bretton Woods, la baisse généralisée du pouvoir d’achat qu’elle a entraîné a exacerbé la corruption chez les fonctionnaires, voire précipité des troubles politiques considérables, comme en Côte d’Ivoire.

La dévaluation n’a pas vraiment fait bouger la règle de la «monoculture» agricole et l’industrialisation n’a pas fait des progrès fulgurants. On retiendra surtout qu’elle a enrichi ceux qui savaient ce qui allait se poser et comment cela allait se passer et ceux qui pouvaient orchestrer le «déplacement» de l’Afrique à l’Europe de sommes considérables d’argent.

Ancien gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) où il disposait encore de solides réseaux, Ouattara a-t-il, d’une manière ou d’une autre, joint «l’utile» à «l’agréable» en ce temps-là? Aujourd’hui, les différentes «affaires» qui secouent la République française, notamment l’affaire Karachi, montrent que les années dont il est question ont été des années où les deux clans rivaux de la droite – les clans Balladur/Sarkozy et Chirac – étaient à la recherche effrénée d’argent pour financer leurs ambitions politiques. L’Histoire retiendra sans doute que c’est dans cette période bien particulière que la grande amitié, pour ne pas dire «le pacte», entre Nicolas Sarkozy et Alassane Ouattara s’est forgée.


Grégory Protche


NB: Les documents se trouvent dans la rubrique ''documents'' en bas de votre site ou suivez cet lien:

 http://abidjandirect.net/document/devaluation_doc_1.jpg

 

Source: ABIDJAN DIRECT.NET

LE CFA POUR «GARANTIR LA GARANTIE» DE LA FRANCE AU MECANISME EUROPEEN DE STABILITE

 FRANC CFA - CARTE ZONE FRANC.jpg

 

L’Europe vient de se munir de son propre fonds monétaire, le Mécanisme européen de stabilité, présenté par les économistes européens comme l’équivalent du Fonds monétaire international ; un mécanisme financier censé gérer les crises financières au sein de la zone euro. Pourquoi donc, l’Europe, qui depuis la création du FMI en assume la présidence, éprouve-t-elle soudain le besoin de se doter de son propre fonds monétaire ? Tout simplement parce que le Fonds monétaire international, géré de mains de père sévère par l’Europe, n’est qu’un mécanisme de contrôle des économies du Tiers Monde, et plus précisément des économies africaines.

Le tout nouveau Mécanisme européen de stabilité sera financé à 700 milliards, dont 190 milliards venant de l’Allemagne et 143 milliards de la France. En réalité, de sa contribution de 143 milliards, la France, éprouvée par la crise financière,  ne versera que 16 petits milliards, le gros de la somme, c’est-à-dire les 127 milliards restants, seront en garanties.

De quelle garantie est-il donc question ? C’est ici que le dernier voyage d’Alassane Dramane Ouattara à Paris trouve son explication. Seul chef d’état sommé par la France d’être à Paris à l’occasion de l’énigmatique célébration des 40 ans de la zone CFA, Ouattara est allé se faire expliquer la décision de Paris, qui entend utiliser les recettes des pays de la zone CFA déposées au Trésor français pour garantir sa contribution au Mécanisme européen de stabilité.

En effet, en vertu de « l’accord » entre la France et les pays de la zone CFA, 85% des recettes de ces pays sont permanemment déposées dans des comptes d’opérations contrôlés par le Trésor français, qui en dispose comme il l’entend, sans qu’aucun rapport comptable ne soit fourni aux pays de la BEAC et la BCEAO concernant l’utilisation qui en est faite ni les intérêts qui en sont générés De leurs recettes déposées au Trésor français, les pays de la BEAC et de la BCEAO ne peuvent théoriquement retirer que 20% ; théoriquement puisque toute demande de retrait est soumise à l’approbation d’un club restreint de hauts fonctionnaires du Trésor français qui, historiquement, ont rarement accepté de prêter aux pays africains plus de 15% de leur propre argent.

Afin de garantir la garantie de la France au tout nouveau Mécanisme européen de stabilité, les pays membres de la BEAC et de la BCEAO devraient gérer leurs besoins de sorte à ne pas soumettre de demande de retrait au-dessus de 10% de leurs recettes déposées au Trésor français. Ils devraient se serrer la ceinture afin que la France desserre la sienne et mange à sa faim. Alassane Dramane Ouattara est à Paris pour recevoir cette consigne, qu’il s’attellera ensuite à relayer à ses pairs.

 

Source: Le blog de Martial Frindéthié

lundi, 08 octobre 2012

LA FRANCE, ARTIFICIELLEMENT RICHE PAR L'ESCLAVAGE MONETAIRE DE L'AFRIQUE

 

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Le Franc CFA a été créé le 25 décembre 1945 par la France selon l'article 3 du décret n° 45-0136 et publié au Journal Officiel français du 26 décembre 1945. Un bien curieux cadeau de Noël aux Africains.

Jean Boissonnat, membre du Conseil de la politique monétaire de la Banque de France (1994-1997) disait ceci en parlant du Franc CFA:

«Pratiquement toutes les décisions étaient prises à Paris. La zone franc a permis à la France de se fournir en certaines matières premières (plomb, zinc, manganèse, nickel, bois, phosphate, oléagineux, uranium...) sans débourser des devises. On a calculé qu'elle représentait (pour la France) 250 millions de dollars par an d'économies de devises. La métropole a acheté, en 1954, pour 365 milliards de marchandises (principalement des produits). On a estimé que 500.000 Français de la métropole tiraient leur moyens d'existence de l'ensemble économique de la zone franc». "La Zone Franc: Survivance du Passé ou Promesse d'Avenir" dans La Croix, 17 février 1960.

Quelques décennies plus tard, strictement rien n'a changé et les Africains continuent d'approvisionner l'économie française gratuitement comme les Français, sous occupation, le faisaient jadis en direction de l'Allemagne nazie.

«L’institution et le fonctionnement du soi-disant accord de compensation valurent à l’Allemagne des avantages considérables. Grâce à lui, elle put acheter gratuitement et sans limitation toutes les ressources françaises nécessaires à la poursuite de la guerre et à la subsistance de sa population». Pierre Arnoult (Inspecteur général des Finances), "Les finances de la France et l’occupation allemande (1940-1944)", p.192 (1951).

C'est en 1963 que les Accords de Yaoundé I marque le début de la coopération entre l'Europe et 18 États africains dont ceux de la zone CFA. Au fil du temps, ces accords vont connaitre nombreuses mutations, mises à jour, et une adhésion progressive d'autres États au concept:
 
-Accords de Yaoundé II en 1969;
-Accords de Lomé I en 1975;
-Accords de Lomé II en 1979;
-Accords de Lomé III en 1984;
-Accords de Lomé IV en 1989;
-Accords de Cotonou en 2000;
-Et aujourd'hui les fameux APE (accords de partenariats économiques).

Le mot "coopération" fait partie de la quincaillerie des mots mielleux qui caractérisent le discours philanthropique de l'Occident pour placer un écran de fumée sur la logique de prédation dans laquelle cet Occident entraine toute l'Afrique. 

Jean Foyer, ministre de la coopération française (1961-1962) et ancien garde des Sceaux du général de Gaulle et connu pour être l'un des artisans de la Constitution française de 1958, déclara: «On a passé avec eux (les pays africains de la zone CFA) des accords (dits de coopération) sur les matières premières stratégiques. Ces accords sur les matières premières stratégiques les obligeaient tout simplement à nous proposer à nous en premier lieu de nous accorder des concessions mais en ne les obligeant d'ailleurs pas à le faire». "Cameroun: Autopsie d'une indépendance", film réalisé par Gaëlle Le Roy et Valérie Osouf (2009).

Le dénominateur commun de ses accords est, pour le cas de la France étudié ici, l'exportation des matières premières vers la France sans tarifs douaniers et l'importation en Afrique, sans barrière douanière, des produits finis qui ont été manufacturés en France. 

L'achat, si on peut l'appeler ainsi, par la France de ses matières premières se fait en créditant les comptes d'opérations des pays africains de la zone CFA (ces comptes sont en France) sans pour autant les payer concrètement. En clair, cette approvisionnement en matière première est gratuite pour la France. C'est ainsi que les pays africains de la zone CFA sont pris en otage par la France dans la mesure où leur argent est supposé être dans ses nébuleux comptes d'opérations dont seul la France connaît le secret.

«En 1966... le gain total de 1.220,3 millions de franc français résulte d'un apport de 221 millions de la France, d'un apport de 1.218,6 millions des États africains et malgache et d'un apport de 193,3 millions des autres pays de la zone franc (Mali excepté), soit 1 632,3 millions de francs». Journal officiel de France du 15 avril 1970 page 209.

Donc, l'apport concret des pays africains est 6 fois plus élevé que celui de la France.

Qui développe qui? Qui aide qui?

La France utilise les capitaux des pays africains de la zone Franc CFA pour couvrir ses déficits budgétaires et rembourser ses dettes publiques.

«L’avantage que représente pour le Trésor français l’existence de soldes créditeurs aux comptes d’opérations est réel, car ils sont l’une des ressources qu’utilise le Trésor français pour financer la charge qui résulte pour lui des découverts d’exécution des lois de finances et de l'amortissement de la dette publique». Xavier de La Fournière, "La zone Franc", Presses Universitaires de France. Collection «Que sais-je?» n° 868, 1971.

«Nous sommes dans la zone franc. Nos comptes d’opérations sont gérés par la Banque de France, à Paris. Qui bénéficie des intérêts que rapporte notre argent? la France». Omar Bongo dans Libération, 18 septembre 1996, p.6.

Jacques Chirac d'avouer ce qui suit: «On oublie une chose... C’est qu’une grande partie de l’argent qui est dans notre porte-monnaie vient précisément de l’exploitation depuis des siècles de l’Afrique. Pas uniquement, mais beaucoup vient de l’exploitation de l’Afrique! Alors il faut avoir un petit peu de bon sens. Je ne dis pas de générosité, mais de bon sens, de justice pour rendre aux Africains, … Je dirai... ce qu’on leur a pris. D’autant que c’est nécessaire si l’on veut éviter les pires convulsions ou les difficultés avec les conséquences politiques que ça comporte dans le proche avenir». Dans le documentaire "10 mai Africaphonie", 2008.

C'est ainsi que le professeur Nicolas Agbohou dit avec raison que: «LE FRANC CFA EST L'ÉPINE DORSALE DE LA FRANÇAFRIQUE».

Bref, tous ceux qui parlent de mettre fin à la Françafrique, aux relations sulfureuses avec la France, sans tuer le Franc CFA, sont simplement des mystificateurs, des marchands d'illusions.
 
 
 
Source: La page Facebook de Uhem Mesut

samedi, 06 octobre 2012

40ème ANNIVERSAIRE DES ACCORDS DE COOPERATION MONETAIRE DE LA ZONE FRANC: ALASSANE DRAMANE OUATTARA, SEUL CHEF D'ETAT PRESENT




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Alassane Dramane Ouattara et Pierre Moscovici, hier à la tribune de l'ouverture 40ème anniversaire des accords de coopération monétaire de la zone franc.



Aussi bizarre que cela puisse paraître, Alassane Dramane Ouattara, chef de l’Etat ivoirien, était le seul chef d’Etat présent à la célébration du 40ème anniversaire des accords de coopération monétaire de la zone franc. Il partageait la tribune officielle avec Pierre Moscovici, ministre français de l’Economie et Finances, et hôte du colloque.
 
Etaient également présents, les gouverneurs des banques centrales africaines BCEAO et BEAC et même d’anciens gouverneurs.
 
On notait ainsi la présence de Casimir Oyé Mba, gouverneur de la BEAC (1978-1990), de Charles Konan Banny gouverneur de la BCEAO (1990, comme intérimaire d’abord, à 2005) et ancien premier ministre de Côte d’Ivoire, d’Abdoulaye Bio Tchané ancien ministre de l’Economie et des Finances de Mathieu Kérékou, ex-président de la BOAD (2008-2011), du Camerounais Jean Nkuete, secrétaire exécutif de la CEMAC (1999-2006) économètre particulièrement brillant et proche de Paul Biya qui en a fait un ministre d’Etat, de Michel Camdessus gouverneur de la Banque de France (1984-1987) directeur général du FMI (1987-2000) et ami de Ouattara, de Sylviane Guillaumont-Jeanneney professeure émérite de l’Université d’Auvergne et spécialiste de la zone franc, de Jean-Claude Trichet gouverneur de la Banque de France (1993-2003), président de la Banque centrale européenne (2003-2011), de Christian Noyer gouverneur de la Banque de France, de Saïd Mohamed Mshangama, directeur général de l’Institut des Comores (1977-1981), pour ne citer que ceux-là.
 
L’absence des treize autres chefs d’Etat africains ayant en partage le Franc CFA comme monnaie hier à ce colloque de Bercy, dont le thème est « Regards croisés sur 40 ans de zone franc », est la preuve selon plusieurs analystes, du peu d’intérêt accordé par les africains à ce colloque, et d’une célébration au rabais des 40 ans du F CFA.
 
Par ailleurs, de plus en plus de voix s’élèvent en Afrique sur ce arrimage du FCFA à l’Euro, arrimage aujourd’hui totalement dépassé, car condamnant l’Afrique à la stagnation sans croissance sur l’autel de la lutte contre l'inflation menée par la banque de France, alors que des pays comme le Ghana, le Nigeria, qui ont leur propre monnaie, attirent beaucoup plus de capitaux que les pays membres de la zone franc.
 
Deux tables rondes seront néanmoins organisées à ce colloque : une première consacrée à « la zone franc et le tournant des accords de coopération monétaire des années 1970 », et une seconde intitulée « De l’intégration monétaire à l’intégration économique ».
 
Hier lors de la cérémonie d’ouverture, Alassane Dramane Ouattara a fait une déclaration fleuve dont nous vous livrons la teneur. ICI.
 
 
Christian Vabé


LE CFA, HISTOIRE D'UNE MONNAIE FRANÇAISE

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A Dakar au Sénégal, une femme présente des billets de 10.000 francs CFA, environ 15 euros. Crédits photo : ISSOUF SANOGO/AFP
 
 

Le franc CFA a fêté ses quarante ans vendredi. Retour sur une invention qui a évolué avec la fin de la colonisation mais reste arrimée à l'euro.

 

C'était bien avant l'euro, avant même que l'Europe n'ose y penser. L'Afrique de l'Ouest se dotait d'une monnaie unique: le franc CFA. C'était en 1939. Plus de soixante-dix ans plus tard, ces billets existent toujours, passant entre des millions de mains chaque jour. Le CFA, après quelques changements, reste la monnaie de 14 États, offrant à ses utilisateurs quelques avantages et un réservoir de polémiques intarissable.

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La réalité de la création du CFA remonte à 1945, dans la foulée des accords de Bretton Woods. Elle est aussi le fruit d'une histoire plus française. Paris est alors convaincu de son utilité après que l'Afrique a été la seule véritable zone franc lors de l'occupation de la métropole par les armées allemandes. Depuis lors, malgré les indépendances des années 1960, peu de choses ont changé.

Dernier accord en 1972

Certes, la Guinée du nationaliste Sékou Touré a choisi de quitter la communauté pour créer son propre franc. La Mauritanie et Madagascar suivront le même chemin en 1973. Mais les autres nouvelles nations, autour de la Côte d'Ivoire de Houphouët-Boigny et du Sénégal de Senghor, soucieux de ne pas secouer un système financier fragile et la Françafrique triomphante, conserveront ce franc sans plus de débats. On inaugure juste deux banques centrales, l'une pour l'Afrique de l'Ouest et l'autre pour l'Afrique centrale. Les monnaies sœurs gagneront même de nouveaux membres: le Togo en 1963, puis plus tard la Guinée-Bissau et la Guinée Équatoriale, ex-colonies portugaise et espagnole.

Vendredi, à Paris, s'est déroulé un grand forum pour célébrer cette réussite, l'anniversaire du CFA pour ses… 40 ans. Pourquoi fêter les 40 années d'un quasi septuagénaire? Il s'agit en fait, explique-t-on à Bercy, de mettre l'accent sur l'accord de 1972, le dernier en date, sur lequel se fondent toujours les relations entre la zone CFA et la France. Le système, extrêmement complexe, repose sur deux piliers. Le CFA dispose de la garantie de la Banque de France et d'une parité fixe avec le franc français (aujourd'hui l'euro). En échange, la France a un droit de regard et même de veto au sein des deux banques centrales. «Choisir de fêter un quarantième anniversaire est une tentative de gommer le passé colonial des billets», affirme l'historien Alain Foka. Le glissement sémantique de l'acronyme CFA est le symbole de cette volonté. Au départ bêtement franc des Colonies Françaises d'Afrique, il est devenu, en 1960, celui de la Communauté française d'Afrique, puis de la Commission financière d'Afrique.

Changements cosmétiques et polémiques

Mais ces changements cosmétiques, à l'heure où le mot «Françafrique» est quasiment devenu tabou et où les Pères des nations ont tous été enterrés avec les honneurs, ne peuvent faire taire les polémiques. Pas plus que des avantages réels: le CFA apporte une stabilité, une maîtrise de l'inflation unique sur le continent et limite le prix des importations, notamment de pétrole.

Reste que les nationalistes le chargent d'un «anachronisme insupportable», parfois sans grande mesure, comme l'économiste ivoirien Nicolas Agbohou, qui parle de «nazisme monétaire». Les critiques sont aussi plus précises. Des financiers reprochent au CFA de juguler l'inflation au détriment de la croissance et de l'emploi dont l'Afrique a besoin. Ils pointent aussi l'impact sur les coûts de la main-d'œuvre et des exportations. «Les décisions autour du CFA sont prises aujourd'hui à Francfort sans aucune véritable considération pour les besoins réels des économies africaines. Et la crise de l'euro n'améliore pas les choses», résume un diplomate français.


Tanguy Berthemet


Source: LE FIGARO

vendredi, 21 septembre 2012

GUERRE A L’AFRIQUE: LA FRANCE EN RETARD D’UNE DECOLONISATION

 

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A force de critiques et d’enterrements annoncés, on pourrait croire finie la « Françafrique », ce système d’exploitation et de violence qui a régi les relations internationales entre le continent et l’ancien colonisateur. Des changements de langage et d’hommes ne suffisent pas, comme le démontre déjà la gestion de la crise malienne par le président Hollande - et l’intervention militaire annoncée risque d’être son premier acte marquant en politique extérieure. Comme ses prédécesseurs, depuis un demi-siècle…

L’arrivée au pouvoir d’un nouveau président à Paris marque aussi le début d’une série de rituels et de signaux destinés à l’Afrique francophone: qui reçoit-on le premier, et qui ne reçoit-on pas? Quel voyage fondateur effectuera en Afrique le nouvel élu, quel discours et quelles promesses affichera t-il? A cette aune, que les africanistes détaillent avec gourmandise comme autrefois les kremlinologues savouraient les détails de la Nomenklatura, que de changements symboliques! Le démocrate Macky Sall du Sénégal reçu le premier, fraîchement élu contre Abdoulaye Wade à Dakar par un scrutin incontestable. Début juin, le tapis rouge déroulé à M. Yayi Boni du Bénin, président en exercice de l’Union Africaine, consulté es qualité pour la résolution de la guerre au Nord Mali. Encore plus significatifs ceux que l’Elysée se refuse à inviter, malgré leurs demandes réitérées: ni Bongo du Gabon, non plus qu’Eyadema du Togo, tous deux héritiers de dynasties autoritaires; non plus que Blaise Compaoré du Burkina, autoproclamé sage et doyen de l’Afrique de l’Ouest, non plus que l’ivoirien Ouattara, orphelin du sarkosysme et pourtant actuel président de la Cedeao.

Mais qu’importent les symboles et les discours, si les actions restent les mêmes, notamment l’envoi de l’armée française à chaque crise? Quel Etat en effet maintient des bases militaires permanentes en Afrique (Sénégal, Djibouti, Gabon)? Quel pays est capable de lancer en quelques heures des « opérations extérieures » (Epervier au Tchad, Licorne en Côte d’Ivoire)? Qui contrôle la masse monétaire de ses anciennes colonies par le jeu d’une monnaie issue de la colonisation, le franc CFA[i]? Baptisé laudativement « Françafrique » par le président ivoirien Félix Houphouët Boigny, dénoncé dès les années 1990 par le fondateur de « Survie », François Xavier Vershave, ce système occulte de domination, violent et pervers, a survécu à ses fondateurs.

En 1960 le premier ministre Michel Debré a vendu la mèche en déclarant à Léon M’Ba, président du Gabon: la France « donne l’indépendance à condition que l’État une fois indépendant s’engage à respecter les accords de coopération signés antérieurement. Il y a deux systèmes qui entrent en vigueur simultanément: l’indépendance et les accords de coopération. L’un ne va pas sans l’autre [ii]. » Et de fait, cette sujétion étatique, à la fois militaire et économique, est déclinée par des « accords de défense » aussi secrets que sommaires, entre les gouvernements français et africains – accords en fait à géométrie variable et parfois non appliqués selon l’opportunité décidée à Paris. Ainsi, les troupes françaises sont intervenues pour conforter des régimes souvent douteux comme au Tchad, Togo, Zaïre, Gabon tandis qu’elle se refusait à des interventions conformes aux accords, comme au Congo en 1963, au Niger en 1974, au Tchad en 1975, ou au début de la rébellion ivoirienne contre le régime du président Laurent Gbagbo, téléguidée depuis le Burkina Faso en septembre 2002… Et cette série d’interventions devient une sorte de conflit permanent, en continuité avec les guerres coloniales : selon l’historien italien Chalci Novati1, un décentrage nécessaire par rapport à un débat trop français montre une longue « guerre à l’Afrique » continue, dont les relations franco-africaines – et ses scandales récents ne sont qu’une partie.

Après le « containment » du communisme dans les années cinquante 2 (ou « endiguement », cette doctrine officielle des administrations américaines successives), n’assiste t on pas à la même politique de l’Europe devant les migrations du continent noir d’une part, et contre ses velléités d’autonomie de l’autre? Il faudrait replacer alors exploitation des matières premières, coups d’Etats et soutien des « dictatures à la française »du pré carré – l’ancien espace colonial, dans un système d’actions comprenant aussi la répression des flux humains vers l’Europe, la répression de la piraterie maritime à l’Est, le combat interminable contre les mouvements fondementalistes anti- occidentaux. Tout cela dans une désinformation continue et des « rideaux de fumée » médiatiques: « défense des ressortissants », si ce n’est des «intérêts français». Les médias français, privés ou publics, ne participent-ils pas plus souvent qu’à leur tour de cette Françafrique aussi discrète que puissante? L’ordinaire du « journaliste spécialiste de – l’Afrique » n’est-il pas trop souvent de voyager dans l’avion ministériel ou présidentiel français, de recueillir confidences et parfois subsides du dictateur local – le maréchal président zaïrois Joseph Mobutu s’en vantait, lui qui avait d’abord été journaliste – quand ils ne sont pas invités dans les palais des despotes africains? Sans compter la corruption ordinaire de tel hebdomadaire panafricain bien connu des dirigeants du Sud – qui ont investi volontiers dans la radio Africa N°1 ou plus récemment la télévision Africa 24[iii] Car la « conquête des coeurs et des esprits » passe par des médias sous contrôle, rebaptisant « fasciste » un régime populiste, et « démocrates » les dictateurs.

Ainsi, en juillet 2011, une campagne sourde a commencé à Paris [iv] au moment où le nouveau président guinéen, le politologue Alpha Condé, a failli être abattu à coups de roquettes dans le palais présidentiel de Conakry. Les éditoriaux vertueux de la presse parisienne condamnent-ils l’attaque qui a failli tuer le premier président élu de Guinée? Bien au contraire, ils sont axés sur le refus du nouveau pouvoir d’autoriser la presse guinéenne d’envenimer la situation (l’interdiction a été très vite levée). A croire qu’il y un rapport avec la volonté de M. Condé de renégocier les contrats léonins avec les sociétés étrangères et de se tourner, à son tour, vers la Chine…

Au moment où la crise électorale ivoirienne focalisait l’attention de la « communauté internatinale », M. Blaise Compaoré se succédait à lui-même au Burkina Faso, avec un score de 80 % en novembre 2010, tandis que M. Paul Biya du Cameroun, qui gouverne depuis la Suisse la moitié de l’année, vient d’être « réélu » à Yaoundé après 29 ans de règne (octobre 2011), sans que l’Elysée, l’Union africaine ou la presse occidentale y trouve à redire… Il est vrai que les pseudo-élections des dictateurs à vie sont souvent cautionnées par des juristes ou des hommes politiques complaisants venus de Paris. Ainsi la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) a-t-elle vertement tancé, en 2009, le député Jacques Toubon et… le président de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) et vice-président de la commission des droits de l’homme au Parlement européen, M. Patrick Gaubert, dépêchés sur place pour cautionner le régime du président congolais Denis Sassou N’Guesso ! [v]

Bien sûr tous les « chevaliers blancs » ne sont pas exempts de partialité, y compris les organisations internationales comme Reporter sans frontières (RSF) pour la presse et « Transparency international » pour la corruption. Leurs liens financiers ou politiques avec le département d’Etat américain sont bien connus des spécialistes [vi]. La crise en Cote d’Ivoire a fait toucher du doigt « l’honneur perdu d’ « Human Right Watch », ouvertement financée pour ce pays par la « Fondation Soros » – et menant de manière éhontée campagne sur campagne en faveur de M. Ouattara, identifié comme le défenseur de l’«open society» contre le contestataire Laurent Gbagbo, dès lors voué aux gémonies. Pour ne pas parler des silences d’Amnesty International sur les milliers de morts sudistes du régime Ouattara depuis avril 2011(Plus de 3000 « victimes oubliées »), ou la présence à la FIDH du négationniste Florent Geel qui refusant de dénoncer le millier de morts guérés de Duékoué, ville de l’Ouest ivoirien martyrisée à deux reprises par les milices ethniques pro Ouattara – est dénoncé de manière récurrente par les associations de victimes! L’Histoire jugera-t-elle ceux qui gardent les yeux fermés devant les massacres, qui savent et ne protestent pas? Trafic d’influence et corruption ne sont-ils pas que la conséquence de la doctrine du « pré carré » et du monopole de ses richesses? Ce qui est au fond l’équivalent de la « doctrine Monroe » pour les Etats-Unis sur le continent américain serait au fond soutenable si sa pratique était équitable pour les deux parties et si elle n’était violemment imposée par des interventions armées à répétition: quarante-trois depuis 1960!

Entre violence militaire et mise en condition médiatique le système françafricain subsiste aussi par une perversion continue des institutions démocratiques. Bien évidemment, la corruption ordinaire va bien plus loin que les mallettes de billets qui circulent dans les deux sens [vii] : le financement des campagnes électorales françaises n’est que la contrepartie des pourcentages sur les contrats ou les versements dans les paradis fiscaux sur les ventes de matières premières, en faveur des dirigeants africains.

L’association Sherpa, qui s’est fait une spécialité de la dénonciation des « biens mal acquis » des autocrates africains, a par exemple détaillé, selon une instruction en cours, le patrimoine de la famille Bongo du Gabon: «Au total, sont répertoriés 33 biens (appartements, hôtel particulier et maisons) appartenant au Gabonais Omar Bongo ou à sa famille, et 18 autres dont le président congolais et ses proches sont propriétaires. Le patrimoine de loin le plus imposant concerne M. Bongo lui-même. Son nom est associé à pas moins de 17 propriétés immobilières, dont deux appartements avenue Foch (88 m2 et 210 m2) et un de 219 m2 lui aussi situé dans le 16e arrondissement. A Nice, une propriété est constituée de deux appartements (170 m2 et 100 m2), trois maisons (67,215 m2 et 176 m2) et d’une piscine [viii]»…

Mais les richesses du couple Ouattara sont curieusement des « taches blanches pour Sherpa, cornaquée par Maître William Bourdon, comme si certaines indignations étaient très selectives… Les néoconservateurs français (chiraquisme et sarkosysme ne sont sur ce point que des bushistes néocoloniaux…) ont contribué à adapter un « modèle interventionniste », qui fait se succéder attaques médiatiques puis « humanitaires », enfin diplomatiques: les corps expéditionnaires – où l’ONU est désormais impliquée: l’ONUCI, combien de mort civils en 2011 à Abidjan? – sont bien l’ultima ratio de la Françafrique jettant son masque dans la terreur et sous les bombes! Le continent attend-il trop d’une révolution sur le modèle arabe, qui briserait d’abord le lien ambigu avec l’ancien colonisateur? Sur cette contagion démocratique éventuelle, mettant fin à la Françafrique, la Toile africaine fourmille de théories et de rumeurs: « descente » depuis l’Afrique du Nord de mouvements de libération, aide de démocrates occidentaux via les nouvelles technologies, et plus probablement insurrections de jeunesses urbaines au chômage, alliés à des paysans sans terre et des cadres nationalistes trouvant insupportable le train de vie des nouveaux maîtres. Le risque serait grand alors pour la France – et les ressortissants français, de « perdre l’Afrique » –, et les matières premières convoitées.

C’est sans doute cette inquiétude de se couper de ressources essentielles tout autant que d’alliés historiques qui pousse le gouvernement de M. Hollande à s’ingérer certes avec précaution, dans la crise malienne. L’embrasement du Nord Mali est tout d’abord l’héritage prévisible du reflux des guerriers touaregs de Libye, tandis que l’armement bradé aux factions combattantes permettait aussi aux groupes islamistes de s’étendre. Et certes l’héritage est lourd: à la fin du régime précédent, les stratèges du café de Flore ont été relayés par des machiavels manqués, au Quai d’Orsay ou à la défense qui ont voulu jouer les touaregs pour «liquider Aqmi».

Mais l’intervention militaire prônée par les relais de la Françafrique habituels, rhabillée par le président français aux couleurs de l’Union africaine et de l’ONU aurait , même appuyée par des supplétifs ouest africains le plus grand mal à lutter sur deux fronts: réduire les putschistes de Bamako-qui ont trouvé une certaine base populaire indignée par la corruption de la classe politique, et mettre fin à l’alliance MNLA/Ansar el Dine/Acqmi qui contrôle l’Azawad, ce foyer national touareg qui est aussi le no-man’s-land de djihadistes attirés de loin par ce nouvel « Afghanistan nomade ». Pourtant des responsables politiques civils, comme Ibrahim Boubacar Kéita – leader de l’opposition civile, ou Aminata Traoré – sociologue de renom et ancienne ministre de la culture, mettent en garde contre une intervention qui mettrait à bas la légitimité de l’Etat, comme déjà en Libye ou en Cote d’Ivoire. Déjà affaiblis par une corruption généralisées et des élections de façade, ces Etats déjà fragilisés et appauvris par des décennies d’ajustement n’ont vraiment pas besoin d’une recolonisation armée ! D’autant que poussé par des présidents africains mal élus ou arrivés au pouvoir par des rebellions sanglantes, le gouvernement français semble ne pas se rendre compte d’une extension probable du domaine des luttes sahariennes.

Le Niger et la Mauritanie seraient sans doute les premiers concernés, comme le Nord du Nigéria, le Sud de la Libye et même l’Algérie: après les armes libyennes, veut-on vraiment disséminer indépendantistes touaregs et combattants islamistes ? Se rend on vraiment compte à Paris que devant ces interventions anachroniques – de pareilles interventions militaires britanniques dans leurs anciennes colonies sont impensables!, le système de violence la Francafrique développe une détestation, voire une haine croissante envers la France et ses ressortissants, dont tous pâtissent, jusqu’aux missions humanitaires? L’élection de François Hollande, si elle suscite bien des espérances sur le continent, amènera-t-elle bien rupture et changement, ou une « Françafrique repeinte en rose »?

François Mitterand, et même Nicolas Sarkozy avaient déjà annoncé en leur temps la fin de ce système maffieux: un an après 1981, les chefs d’Etats africains les plus corrompus avaient obtenu la tête de Jean Pierre Cot, tandis qu’en 2008 le président Bongo avait provoqué la chute de Jean Marie Bockel, deux ministres chargés de la Coopération qui se targuaient -autant pour la droite que pour la gauche, de mettre fin à la « Françafrique »! Sans souhaiter à Pascal Canfin, le tout nouveau « ministre du développement », le sort de ses prédécesseurs, si rapidement biodégradables, on peut s’inquiéter des amitiés africaines des hiérarques du P.S. (illustrées par la visite au Gabon, en janvier dernier, de Laurent Fabius…)

Le temps où une réelle rupture est possible risque d’être bref et demande des décisions courageuses – comme le retrait des forces militaires françaises, ou la répudiation publique des dictatures. Le nouveau régime va-t-il, selon son slogan, décider le changement maintenant… ou jamais? Révolutions africaines à venir ou non, les vraies ruptures et les changements efficaces viendront certainement du continent lui-même: il n’y aurait qu’un mot à dire à Paris pour les encourager et provoquer des évolutions majeures.


Michel Galy

Politologue, Paris.


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[i] François Kéou Tiani, Le Franc Cfa, La Zone Franc Et L’Euro, l’Harmattan, Paris, 2002.

[ii] Lettre du 15 juillet 1960 de M. Debré, citée par Albert Bourgi : « La crise globale et l’Afrique : quels changements ? », colloque de la fondation Gabriel Péri à Dakar les 18 et 19 mai 2010.

[iii] Respectivement avec des capitaux étatiques du Gabon et de Guinée équatoriale.
[iv] Cf. par exemple : « Guinée: sévère rappel à l’ordre de la France au président Alpha Condé » , L’Express, 28 juillet 2011.

[v] « Congo-Brazzaville, que cherche Patrick Gaubert ?», communiqué de la FIDH du 3 mars 2005.

[vi] Voir pour Transparency International : Une ONG contestée, par Pierre Abramovici, Monde diplomatique, novembre 2000 ; pour RSF : Financements sans frontières, Monde diplomatique, Hernando Calvo Ospina, juillet 2007.

[vii] Lire Pierre Péan, La République des mallettes, Fayard, Paris, 2011.

[viii] Sherpa, « Restitution des avoirs détournés : Chronique 2009-2010 d’un engagement qui patine », novembre 2010.

1- «Aujourd’hui, c’est l’intervention néo-impériale qui est l’instrument utilisé pour «contenir» les pays qui peuvent fuir le contrôle du système capitaliste mondial» Gian Paolo Chalchi Novati, L’héritage de la colonisation, in « les défis de l’Etat en Afrique », Michel Galy et Elena Sanella eds., l’Harmattan, 2007.

2 - Dont on peut trouver une curieuse analyse, idéaliste, in : Raymond Aron, « En quête d’une philosophie de la politique étrangère », Revue française de science politique, 1953, Volume 3, Numéro 1.


Michel Galy, Politologue, Paris

 

In le quotidien ivoirien «Notre Voie» du 19 septembre 2012.

 

Source: IVORIAN.NET

mercredi, 19 septembre 2012

BLAISE COMPAORE REÇU A L'ELYSEE: LE BAL DES DESPOTES


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La visite ce mardi (hier, 18 septembre 2012, Ndlr) à l’Élysée du président burkinabé indigne les associations de défense des droits humains et la veuve de Thomas Sankara. La raison d’État et l’urgence de la crise malienne l’ont emporté.


Blaise Compaoré, président du Burkina Faso depuis 1991, sera reçu mardi 18 septembre en fin d’après-midi en « visite d’amitié » à l’Élysée. Deux mois après la réception d’Ali Bongo, le Président gabonais, les opposants à la « Françafrique » ne cessent de dénoncer la bienveillance de François Hollande avec les dirigeants africains les plus critiqués.

Impliqué dans le meurtre de son prédécesseur Thomas Sankara, lors du coup d’État qu’il fomente contre lui en octobre 1987, Blaise Compaoré a été réélu à la tête du Burkina Faso en 1998, 2005 et en novembre 2010 avec 80 % des voix, mais seulement 1,5 millions de votant (10% de la population). Il est accusé de mener une gouvernance corrompue [1] et d’exercer sur l’Afrique de l’Ouest une influence néfaste et déstabilisatrice. Blaise Compaoré « est sans conteste le pilier de la Françafrique dans la sous-région, qu’il a souvent contribué à déstabiliser », tranchait lundi 17 septembre, l’association Survie sur son site.

Enjeux cruciaux au Mali

Mais cette visite à Paris doit permettre aux deux parties d’évoquer la crise malienne. Une intervention militaire des pays d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) dans le nord du pays est en discussion et Blaise Compaoré,désigné comme médiateur par la Cedeao, tient un rôle diplomatique de premier plan dans cette crise. De son côté, la France tente d’obtenir la libération de 6 otages détenus par Aqmi depuis deux ans au Sahel. Elle surveille surtout avec grande attention l’évolution de cette crise, qui contribue à l’enracinement des mouvements djihadistes au Sahel, qui ont notamment récupéré des armes de Libye.

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 Les opposants à la venue de Blaise Compaoré manifestent, lundi 17 septembre à Paris.

Mais en France, des voix discordantes viennent contester le bien-fondé des interventions diplomatiques du Président burkinabé dans la sous-région. « Compaoré est complice des narcotrafiquants et des criminels de la MNLA (rébellion touarègue au nord du Mali). Fin juin, il a reçu, soigné et hébergé le leader du MNLA qui est en train de commettre des atrocités au nord du Mali, il doit être dessaisi de sa médiation », s’emporte Bakary Traoré, du Collectif des Maliens de France pour la paix (CMFPaix).

Pour les opposants à la « Françafrique », la bienveillance de François Hollande est une triste démonstration de la raison d’État qui continue de présider l’attitude française en Afrique. En jeu, notamment, les ressources naturelles ouest-africaines et l’accès à l’uranium du Niger voisin, dont l’industrie nucléaire française est très gourmande.

«On est obligatoirement dans la realpolitik, analyse pour sa part Philippe Hugon, directeur de recherche à l’IRIS en charge de l’Afrique. Blaise Compaoré est incontournable dans la crise au Mali, c’est un homme qu’aucun pouvoir dans le monde ne peut ignorer. La France ne peut pas se désintéresser de cette zone, pour le sort de ses otages et parce qu’elle y a des intérêts. Il faut aussi savoir que le jeu politique malien est infiniment complexe et qu’il concerne directement plusieurs pays voisins. Il est urgent de reconstruire un pouvoir véritablement légitime et une armée capable de contrôler l’ensemble du territoire.»

Pour ces associations, la visite de Blaise Compaoré reste néanmoins un très mauvais signal et une occasion pour le président burkinabé d’asseoir sa légitimité grâce à François Hollande. « Il est arrivé au pouvoir dans le sang et règne dans le sang [2], résume Mathieu Lopes de l’association Survie, fermement opposé à cette visite à l’Élysée. Nous demandons la fin des coopérations militaires avec des régimes qui répriment leur peuple ».

Justice pour Thomas Sankara

Vingt-cinq ans après l’assassinat de Thomas Sankara, qui a été à la tête de l’État de 1983 à 1987, et est devenu un symbole du panafricanisme et de l’anti-impérialisme, ses proches et les militants pour la justice se font aussi entendre. Le Comité des droits de l’homme des Nations unies dénonçait en avril 2006 le gouvernement burkinabé pour entrave à l’enquête et déni de justice après la mort du président Sankara (lire la décision), mais les associations demandent toujours la réouverture de l’enquête et la création en France d’une commission parlementaire.


Jeudi 13 septembre, la veuve du leader défunt a pris la plume « au nom des orphelins, des veuves et des familles éplorées », pour tenter de dissuader François Hollande de recevoir le Président burkinabé : «Le pouvoir criminel de Blaise Compaoré a été marqué par les atrocités de toutes sortes. De nombreuses personnes ont été brûlées vives, d’autres ont été exécutées et enterrées sans doute dans des fosses communes», dénonce Mariam Sankara, installée en France après la mort de son mari. Aujourd’hui, ajoute-t-elle, Blaise Compaoré a payé les familles de victimes pour qu’elles renoncent à déposer plainte.

«Compaoré n’a jamais été convoqué par la Cour pénale internationale, alors qu’il a été plusieurs fois cité (en particulier lors du procès de Charles Taylor, pour son implication dans le conflit Sierra Leoné et au Libéria). Il bénéficie du soutien des puissances occidentales », estime Bruno Jaffrey, de l’association Survie et « Justice pour Thomas Sankara ».

Débat à suivre
 

Ni Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères en déplacement au Caire, ni Pascal Canfin, en charge du Développement retenu à Nantes pour les journées parlementaires d’Europe Écologie - Les Verts, ne recevront le président burkinabé. Ils s’évitent ainsi les éclaboussures... Pour le moment. Car le débat sur les relations avec les chefs d’État africains devrait resurgir avec l’hypothèse de la venue à Paris d’Idriss Déby, président tchadien et le déplacement prévu du chef de l’État français à Kinshasa pour le sommet de la francophonie , mi-octobre, deux régimes  parmi les plus vivement critiqués. 

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Manifestation à Ouagadougou sur le coût de la vie et contre le regime de Compaoré, Ouagadougou, le 30 avril 2011.

 

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[1] Transparency international le classait 100ème sur 182 pays, pour l’indice de perception de la corruption en 2001.

[2] Des manifestations antigouvernementales se sont levées après le décès, en février 2011, de Justin Zongo, d’un étudiant décédé sous les coups des forces de l’ordre. Comme lors d’incidents déjà constatés en 2010, la police a ouvert le feu sur les manifestants, entraînant la mort de 5 personnes, dont un policier.

 

Source: POLITIS.FR

jeudi, 05 avril 2012

SANCTIONS DE LA CEDEAO: QUAND LE CLUB DES CHEFS D'ETAT MAL ELUS DECIDE DU SORT DU MALI



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La presse malienne charge Ouattara et les chefs d'Etat de la CEDEAO. Sans concession aucune.

 

Réunis à Abidjan le 27 avril en sommet extraordinaire de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest sur la situation du Mali, les chefs d'Etat ouest africains, installés dans le sang et ou dans la fraude massive au pouvoir, ont pris des mesures non pas pour contraindre la junte militaire à rétablir l'ordre constitutionnel, rompu le 22 mars par un coup d'Etat, mais pour se prémunir d'un scénario dont ils ne sont jamais à l'abri.

Avant de monter sur l'arbre de la transparence, la sagesse recommandait à ces présidents mal élus de jeter un coup d'œil critique sur le fond de leur pantalon, maculé du sang des innocents sur lesquels ils ont marché pour accéder au Palais.

Non seulement, ils ne l'ont pas fait, mais ils se sont précipités pour prendre des sanctions contre les putschistes de Bamako avec lesquels ils ont un dénominateur commun : le pouvoir usurpé.

A la seule différence que les militaires du Comité national pour le redressement de la démocratie et de la restauration de l'Etat (CNRDRE) sont arrivés au pouvoir par la voie des armes, mais pour donner vie à un Etat qui était par terre.

Depuis l'instauration de la démocratie sur le continent, les pseudo- démocrates, désignés par les Occidentaux et non choisis par les électeurs africains, pour présider aux destinées de nos pays, ont mis l'Afrique sens dessus dessous, assassinant l'espoir de tout un continent qui ne rêvait qu'à des lendemains meilleurs après les années de dictature.

Une fois leur désignation légitimée par la voie des urnes avec la caution des observateurs internationaux, les programmes de campagne électorale à partir desquels ils promettaient un véritable changement à leurs compatriotes sont mis au placard. Et place à l'exécution des mots d'ordre de l'épreuve de dictée préparée qu'ils ont subie dans l'Hexagone. A savoir le renforcement et la préservation des intérêts de leurs parrains et de leur propre enrichissement et celui de leur clan. Souvent au prix du sang de leurs frères.

La mise en route d'une telle sale besogne contre les peuples africains ne pourrait se réaliser sans des relais en Afrique et la redéfinition des objectifs assignés par les pères de l'indépendance aux organisations continentales et sous-régionales. Ainsi l'Organisation de l'unité africaine (OUA), créée en 1963, devient l'Union africaine (UA) en 1999, à l'image de l'Union européenne (UE) menacée d'implosion par des crises économiques, la Communauté économique ouest africaine (CEAO) est dissoute et remplacée, dans un premier temps, par l'Union monétaire ouest africaine (UMOA) et avant qu'on ajoute, dans un second temps, un E pour prendre l'appellation de l'Union économique monétaire ouest africaine (UEMOA).

Toutes ces modifications ne visent qu'un seul objectif: l'instrumentalisation des décisions de ces organisations au gré des intérêts des impérialistes et le maintien contre vents et marées de leurs protégés, honnis par les gouvernants.

Si les présidents Blaise Compaoré du Burkina, Alassane Dramane Ouattara de la Côte d'Ivoire, Yayi Boni du Bénin, Mamadou Issoufou du Niger, Mme Ellen Searlf Johnson du Libéria sortent leur gant pour assener des coups au Mali chancelant, il faut les comprendre. Ils veulent faire croire à leur mentor qu'ils jouent parfaitement leur rôle dans la Françafrique.

Mais de là à outrepasser les relations de bon voisinage entretenues par les peuples des siècles durant, il va falloir interroger la conscience de ces présidents qui ne jurent que par une France qui elle-même a beaucoup à se reprocher.

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Blaise Compaoré, Président du Burkina Faso

Le président du Burkina Faso, médiateur attitré des crises dont il est le pyromane. Arrivé au pouvoir le 15 octobre 1987 dans le sang avec l'assassinat d'un certain Thomas Sankara, alors président du Faso, Blaise Compaoré instaure un régime de terreur dans son pays. Il commence d'abord à éliminer tous ses frères d'armes qui l'ont aidé à abattre le jeune capitaine, l'incarnation de l'espoir de la jeunesse africaine.

Avec la démocratisation voilée de son pays, où son pouvoir est de tout temps contester par la population, il multiplie les assassinats contre les opposants politiques. Dans cette folie meurtrière de se maintenir au pouvoir, la presse n'est pas épargnée. Le journaliste d'investigation, Norbert Zongo, qui enquêtait sur les malversations de sa famille et d'un assassinat lié à la mafia de son frère, est tué en décembre 1998.

Après avoir mis son pays en coupe réglée, cape sur l'Afrique de l'Ouest où il devient le pyromane et le bras déstabilisateur de la France dans la sous-région.

Du Libéria à la Sierra-Leone en passant par la Côte d'Ivoire, il est le parrain de la rébellion dans ces pays. Le Burkina, au grand désespoir de ses compatriotes, devient la base arrière des mouvements rebelles. Ils sont entraînés par l'armée du pays des "Hommes intègres" et équipés par la France.

Au moment où le pays est à feu et à sang, le sanguinaire Blaise Compaoré sécurise les zones minières et agricoles par son armée, afin que les sociétés des puissances impérialistes exploitent les richesses de ces pays, faisant de son pays, au moment de la guerre, la plaque tournante du trafic de l'or, du diamant et du cacao.

Les cruautés, les atrocités commises durant ces guerres sur les pauvres populations sont sorties de son laboratoire criminel. Qui ne se souvient pas des enfants soldats et des manches courtes et longues avec son cortège de viol, de réfugiés.
Ce criminel, qui n'a sa place que dans une juridiction internationale, veut mettre le Mali sous sa dépendance comme la Côte d'Ivoire.
En un mot, cet homme n'incarne que Satan en personne.

Alassane Dramane Ouattara, Président de la Côte d'Ivoire, et président en exercice de la CEDEAO

Son cas est des plus pathétiques. Incapable d'arriver au pouvoir par la voie des urnes, il suscite une rébellion dont les ficelles sont tirées par ses parents burkinabé. Il déstabilise son pays. N'eut été le poids économique de la Côte d'Ivoire et la ténacité des hommes qui la dirigeaient à l'époque, le géant de l'Afrique de l'Ouest allait droit au mur.

La rébellion et Blaise Compaoré, ayant échoué à l'installer au pouvoir et les pressions économiques de l'UEMOA ayant montré leurs limites, la France intervient dans le sang avec un mandat des Nations unies à la suite d'une élection déjà pipée à l'avance pour imposer aux Ivoiriens cet homme obsédé par le pouvoir.

Un tel dirigeant est loin d'être un modèle pour donner des leçons à d'autres. La voie empruntée par le CNRDRE pour accéder au pouvoir est loin d'être un coup d'Etat. Comme le disait le président Ahmed Sékou Touré, toute irruption de l'armée sur la scène politique est abusivement appelée coup d'Etat alors que certains, comme le nôtre, sont salutaires car mettant fin à des régimes corrompus. Ce qui est réconfortant, c'est que les militaires maliens n'ont pas pris l'avis de la France pour chasser ATT du Palais de Koulouba.

Yayi Thomas Boni, Président du Bénin et président en exercice de l'Union africaine

Par la fraude électorale, il est réélu avec un score nord coréen face à des adversaires coriaces. Qui ne se souvient pas du passage du président Yayi Boni en larmes à la télé béninoise présentant ses excuses au peuple béninois après l'omission sur le fichier électoral d'un million d'électeurs dans le camp de l'opposition. Indépendant, président mal élu comme ATT dans une fraude éhontée, le président béninois est loin d'être cet homme qui pourra donner des leçons de démocratie. Avec lui, le Bénin a perdu le charme de son modèle démocratique.

Mamadou Issoufou, Président du Niger

Mamadou Issoufou est la marionnette de la junte militaire qui a renversé le président Tandja. Nul doute que le coup d'Etat du commandant Saliou Djibo a été une opportunité qui a ouvert les portes du Palais pour lui. On voit bien qu'un coup d'Etat est inversement apprécié selon qu'il porte au pouvoir un protégé de la France ou qu'il chasse du pouvoir un protégé de la France. M. Issoufou, n'est-ce pas? Le silence serait d'or pour vous.

Mme Ellen Sirleaf Johnson du Libéria

La présidente du Libéria, portée au pouvoir par l'ancienne puissance entre les deux tours d'une élection qu'elle perdait face à un George Weah très populaire dans son pays, avait déclaré pour calmer les Libériens très remontés, qu'elle fera un seul mandat de cinq ans. La suite est connue, elle marchera sur ses engagements.

Quand les anciennes provinces du Grand Mali, s'étendant de l'Atlantique à l'Aïr, viennent à son secours de façon arrogante, il y a de quoi pleurer pour ne pas rire. Mais la faute n'incombe qu'à nous-mêmes, du moment où nous avons élu des présidents comme Alpha Oumar Konaré et ATT qui ont contribué à la déchéance de notre pays.


Yoro Sow, in l'«Inter de Bamako» du 3 avril 2012.

mercredi, 04 avril 2012

LIBYE-MALI: LA GRANDE ARNAQUE ET L'HYPOCRISIE ABYSSALE DE LA FRANCE


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Génétiquement, l'homme est un prédateur, surtout les politiques. C'est maintenant que certains reconnaîtront que nous avions raison, lorsque nous parlions des dangers de la guerre en Libye. Le Mali s'est embrasé. La France crie au scandale et dit craindre l'islamisme dans le nord malien. Or, c'est la France qui est à l'origine de la force des Touareg aujourd'hui, et d'Aqmi d'ailleurs. Dans un article publié le 8 septembre 2011 (in extenso en dessous), je prévenais que Sarkozy était en train de transformer le sahel en poudrière. Nous y sommes. Alors, quand Juppé lance des cris d'orfraie, j'ai envie de lui dire : "Tais-toi, Juppé !". La France est le parangon de l'impérialisme en Afrique. Elle a liquidé la Libye, le Mali aussi. Demain, à qui le tour ?


Quand un cancre arrive à convaincre des personnes, quel adjectif peut les qualifier ? J'avoue que je n'ai aucune idée. Des fous ? La crise libyenne qui se résume à la haine que voue Sarkozy à Mouammar Kadhafi, à l'Afrique et à satisfaire ses amis pétroliers a fait du Sahel une poudrière. C'est un fait indéniable. L'arrivée massive d'armes, notamment le parachutage abscons par la France, et en violation de la résolution 1973, d'armes lourdes dans le Djebel Nafoussa, le retour de près d'un million de travailleurs migrants, auront transformé ce conflit menée par des gens sans vision, en un massacre qui se poursuivra.

La région du sahel, déjà infestée de mercenaires, de terroristes et de contrebandiers, va se transformer en véritable point d'insécurité inextricable. Souvenez-vous, quatre Français restent donc entre les griffes d'Aqmi : Daniel Larribe, Thierry Dol, Pierre Legrand et Marc Ferret. L'Aqmi qui s'est apparemment lié avec la France pour renverser Mouammar Kadhafi. Seront-ils libérés en contrepartie ? Aqmi réclame à la France, 90 millions d'euros.

Cette zone désertique c'est 8 millions de kilomètres carrés répartis notamment entre l'Algérie, le Mali, le Niger et la Mauritanie. Le Tchad est à proximité, et a une frontière commune avec le Cameroun. Effet boule de neige ? Probablement. Le désert, c'est comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Pour le ministre nigérien des Affaires étrangères, Mohamed Bazoum, avec la crise libyenne "la région a été transformée en poudrière". Il a bien raison.

Une pauvreté endémique va se développer, d'autant plus que le chômage se pose avec acuité, chez les migrants venant de Libye, qui ne peuvent plus nourrir leurs familles. Pire, cette région regorge aussi de trafiquants de drogue, d'armes et d'être humains. L'immigration clandestine en direction de l'Europe va augmenter d'une manière exponentielle, et le terrorisme aussi, au coeur de l'Europe.

Au niveau des armes, on peut noter des explosifs, des missiles sol-air et sol-sol, des petites bombes, des kalachnikovs... etc. Il y a aussi des millions d'euros offert au CNT par l'Occident et les pétro-dollars du Qatar. Le CNT redistribuait à ces terroristes-islamiques cet argent. Ce trésor de guerre engrangé par l'Aqmi, qui compte près de 1000 membres, permettra un recrutement conséquent lié à la pauvreté. On ne compte plus les Toyota 4X4 volés qui écument cette immense région difficile, que dis-je, impossible  à sécuriser. L'Algérie paye déjà un lourd tribut de ce conflit. Actuellement, une recrudescence des attentats terroristes dont le plus meurtrier de l'année a fait le 26 août 18 morts à l'académie miliaire de Cherchell proche d'Alger. Inévitablement, les autres pays suivront.

A qui la faute ? Surtout pas à Mouammar Kadhafi. Il faut chercher ailleurs. Michel Onfray dans la vidéo, vous donne une idée. La navigation à vue de cet homme montre bien, comme décrit ci-dessous, qu'il fait courir au monde entier un réel danger. N'est-ce pas le même qui veut attaquer l'Iran?


Source: Le blog d'Allain Jules