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jeudi, 19 janvier 2012

MEDIAS IVOIRIENS: ELOI OULAÏ ET AWA EHOURA EN DANGER DE MORT!


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Awa Ehoura Tabitha sur le plateau du 20h


Le régime d'Alassane Dramane Ouattara veut-il laisser mourir Awa Ehoura et Eloi Oulaï. La journaliste Awa Ehoura Tabitha, présentatrice du 20h de la Rti est diabétique et fait des crises à répétition. Ses comptes bancaires sont gelés depuis le mois d'Avril 2011 et malgré toutes ses démarches entreprises au près du régime Ouattara pour obtenir dégel de ses avoirs ou au moins une prise en charge médicale, rien n'y fit.

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Awa Ehoura malade

A l'heure où nous écrivons ces lignes, elle est en train de plonger et ne sait plus à quel saint se vouer. Sans ressources, mise au chômage technique à la Rti, elle pourrait être la prochaine victime, après Paul-Antoine Bohoun Bouabré, de ce régime insensible aux causes humanitaires. Il en est de même pour le journaliste de renom Eloi Oulaï, ancien Directeur de Radio Côte d'Ivoire, un autre grand malade dont les comptes sont gelés depuis et qui est totalement ignoré par Ouattara.


La Rédaction

 

In le quotidien ivoirien "Le Temps" N° 2529 du mardi 17 janvier 2012.

GBAGBO, L'HISTORIEN

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Le Chef de l'Etat, Alassane Ouattara, lors du traditionnel message présidentiel à la nation le 31 décembre 2011 à 20 h sur la RTI 1, a tenu les propos suivants : « En 2012 la Côte d'ivoire étonnera le monde ». Etait-ce une prophétie ? Sans doute au regard d'un événement quasi-invraisemblable qui s'est produit.

En effet, depuis quelques jours une étonnante nouvelle est relayée par presque toute la presse ivoirienne et certains journaux français. La très tristement célèbre Cour Pénale Internationale s'est vu comme obligée de reconnaître que le Président Gbagbo, le plus médiatisé de tous les prisonniers de son existence, serait indigent. Du moins au stade actuel de ses investigations sur lesquelles on peut parier sa tête sans aucun risque que mêmes les services secrets et autres agences spécialisées de renseignements occidentaux ont collaboré dans la forte espérance de trouver ne serait-ce qu'un compte vide à l'étranger.

La Côte d'ivoire a vraiment étonné le monde. Comment un président accusé de tous les péchés d'Israël, accusé de crimes économiques par la justice de son pays peut-il être indigent ? Comment quelqu'un à qui son opposition prêtait des milliers de milliards, qui s'avèrent imaginaires, dans les banques suisses est-il incapable de financer sa propre défense ? Comment les occidentaux ont pu geler des avoirs qui n'existent pas ? C'est très étonnant ça ! Vous ne voyez pas ? A l'annonce de cette information historique, un ami ouattaraïste convaincu jusqu'à la moelle des os a cru bon de me persuader par un raisonnement digne d'un analphabète du moyen-âge. Pour lui : les Blancs ont déclaré Gbagbo indigent afin de mettre la main sur ses milliers de milliards dans l'objectif de les remettre à ADO pour développer la Côte d'Ivoire.

Fasciné par l'imagination stérile et sans bornes de mon ami, je me suis tout simplement abstenu, par prudence, de croiser le verbe avec ce dernier de peur de le voir appeler les FRCI quand il sera sans doute en difficulté dans le débat contradictoire. La Sagesse, c'est l'Art de vivre plus la prudence, disait les anciens Grecs.

Revenons à cette révélation historique de la part des juges de la CPI qu'on ne peut pas accuser de rouler pour Gbagbo. Tout le monde sait que Gbagbo est historien de formation. Il a enseigné en qualité de professeur d'histoire et géographie au lycée classique, lequel lycée qui l'avait déjà reçu en tant qu'élève. Il a par ailleurs soutenu une thèse de doctorat à l'université la Sorbonne-Paris VII, en 1979, sur les fondements de l'économie ivoirienne. On lui doit plusieurs publications dont deux que j'apprécie personnellement : Réflexions sur la Conférence de Brazzavile, édité par les éditions Clé, en 1978, à Yaoundé et Soundjata, Lion du Mandingue. C'est le premier texte écrit du Président Laurent  GBAGBO, cependant  ce n'est pas son premier livre publié. C'est une pièce de théâtre.

A l'époque il enseignait en tant que jeune professeur d'histoire et de géographie au Lycée classique d'Abidjan. Il est important de préciser qu'il avait 26 ans en ce temps. Cette pièce de théâtre a été écrite en prison, à la lumière d'une lampe électrique, entre 1971 et 1973 à Séguéla. A sa sortie de prison, quand il a présenté le manuscrit, aucun éditeur ne voulait le prendre en Côte d'Ivoire à moins, l'a-t-on conseillé, de le publier sous un faux nom, surtout que le titre initial était : Et le lion rugira. C'est après la publication de son deuxième manuscrit intitulé Réflexions sur la Conférence de Brazzaville, en 1978, aux Editions Clé à Yaoundé que les Editions CEDA ont accepté de publier le texte en 1979 avec son nom mais sous le nouveau titre Soundjata, Lion du Mandingue.

Aussi, c'est un secret de polichinelle que le Président Gbagbo a toujours affiché sa fierté d'être historien. Il disait à ses proches que c'était pour devenir président de la république qu'il avait changé de spécialité pour étudier l'histoire. Rappelons que la bourse d'étude qu'il avait reçu pour aller poursuivre ses études universitaires en France était pour les langues grecques et latines. Selon lui, quand il a commencé à militer vraiment il s'est rendu compte que la connaissance de l'histoire de l'Afrique lui manquait. Il avait l'habitude de dire qu'il n'avait jamais vu d'ignorant dans les luttes révolutionnaires. La mémoire bien exercée étant l'une des qualités premières d'un historien, Laurent Gbagbo, en « professeur de stratégie politique », selon l'expression de Blaise Pascal Talla, ressassait souvent : « Eux, ses adversaires, ils font de la communication, moi je fais de la politique et de l'histoire. ». De plus, lorsqu'il est élu président et investi ensuite le 26 octobre 2000, selon des témoignages concordants, il a réunit ses enfants et leur a tenu en substance ces propos : « Je vais gouverner ce pays sans voler 5 francs pour ne pas qu'après, on dise en vous voyant : voici les enfants de celui qui a volé les ressources de son pays. »

Par ailleurs, lors de la remise officielle du film-documentaire : « Un Homme, une Vision » réalisé par le cinéaste Abdérhamane N'Diaye, il racontait que lorsqu'il était élève au Classique, lui et plusieurs de ses amis voulaient devenir président de la république. Certains disaient comme il fallait beaucoup d'argent pour faire la politique et devenir président, ils allaient être d'abord homme d'affaires, gagner beaucoup d'argent et chercher à être président. Quant à lui, Gbagbo, sachant depuis longtemps où il allait, il disait qu'il ne ferait pas d'affaires car on ne pouvait pas faire des affaires sans avoir les mains sales. Ainsi, étant pauvre et ayant les mains propres, il allait être président. L'avenir lui a donné raison.

Sima Quian (145-86 av. J.-C.), le premier historien chinois, affirmait avec assurance : « Ceux qui n'oublient pas le passé sont maîtres de l'avenir. » Dans ce même discours, il précisait que le pouvoir a un seul usage : celui de servir le peuple. Pour lui, si quelqu'un fait de la politique et devient très riche, c'est que c'est un voleur. Il y a certains métiers où on ne vient pas pour être riche, disait-il. Il est donc légitime de savoir qu'elle aurait été l'ampleur médiatique de l'affaire si on avait découvert ne serait-ce qu'une brique ou un appartement privé dans un pays occidental ? On imagine les journalistes de France 24 en train de s'égosiller sur cette information. Car Gbagbo disait à chaque fois qu'il était peut-être le seul chef d'Etat africain qui n'avait pas de maison ni de compte à l'étranger. Assurément, Gbagbo ne fait pas seulement de la politique, il fait de l'Histoire. Car cela aurait été une grande humiliation et un déshonneur pour le Digne Peuple Ivoirien et pour les Panafricanistes si on avait découvert le contraire.

Laurent Gbagbo disait à l'occasion de l'ouverture du 2ème Sommet international du Congrès de la Jeunesse Panafricaine (COJEP), le samedi 18 décembre 2004, au Palais des Congrès de l'Hôtel Ivoire à Cocody : « La première chose qu'il faut comprendre, c'est que dans toutes négociations, même si elles sont techniques, c'est la dignité. Oui, nous sommes les combattants de la dignité. L'Afrique veut le respect. Je négocie avec toi un prêt. Si tu veux, tu me le donnes. Si tu ne veux pas, tu le dis. Tu peux me dire : "Je te fais un prêt, voici les conditions". Moi aussi, j'accepte tes conditions ou je ne les accepte pas. Mais l'irrespect ne peut pas être accepté par les générations à venir. L'indignité ne peut pas être acceptée par les générations à venirLa génération que je représente, c'est de donner la dignité, c'est de forcer le respect. ... Nous n'avons absolument rien contre le peuple français. Mais, quiconque, au nom d'intérêts idéologiques ou économiques, veut nous asservir nous trouvera débout ! La mort vaut mieux que le déshonneur. Je ne me laisserai pas déshonorer et je ne laisserai pas déshonorer le peuple qui m'a élu. Jamais ! » Il avait déjà écrit dans Soundjata, lion du Mandingue : « Ecoutez ma parole car elle est pure de tout mensonge./ Elle a la limpidité de l'eau de pluie /Et la violence de l'ouragan. / Le monde est malheureux Parce que les hommes ne se souviennent pas. / Or hier n'est pas encore loin. Et demain est profond, D'une profondeur pleine d'espoir. Ecoutez ma parole : elle ne sait qu'avancer ! / Ecoutez ma parole : l'Histoire est Vérité ! (1) »


(1) GBAGBO Laurent, Soundjata, Lion du Mandingue, Abidjan, CEDA, 2006, p.  102


Imhotep MAÂT

imhotep_ouhem.mesout@yahoo.fr

LES MORTS DE COTE D'IVOIRE ET DE LIBYE CREENT LE NOUVEL ORDRE MONDIAL


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Par Jean-Paul pougala (*)


En 1945 L'Organisation des Nations-Unies s'est créée après le choc de la deuxième Guerre Mondiale. Aujourd'hui, le nouvel ordre mondial est en train de se mettre en place après le lourd sacrifice de l'Afrique,  après le choc des milliers de morts de côte d'Ivoire dont les 1200 villageois de Duékoué et des dizaines de milliers de morts Libyens, même si l'Otan a décidé d'insulter notre intelligence en parlant de zero mort et ce, après 26.323 sorties, 9.658 raids de bombardement, 7.700 bombes et missiles tirés par l'OTAN sur la Libye, avec la complicité des Nation-Unies qui étaient censées les protéger. L'ONG britannique Stop the War Coalition a certifié l'utilisation par l'OTAN des armes de destruction massive en Libye à travers les bombes et missiles contenant le fameux DU (depleted uranium), c'est de l'uranium appauvri, pour tuer le plus de personnes possibles. Daniele Cardetta dans le journal italien Articolo3, avance le chiffre de 60.000 morts. C'est le journal italien Nibiru2012 qui conclut que 60.000 morts sur une population libyenne de 6 millions sont 1% de la population décimée par l'Otan en Libye et que cela équivaudrait en proportion à 3 millions d'américains que des puissances étrangères viendraient décimer avec des bombes non conventionnelles. Et au lieu de mener la moindre enquête, l'Onu a tourné la tête ailleurs, vers Abidjan pour le méchant désigné le Président Gbagbo. C'est contre tout cela que la Chine a décidé de prendre les devants et de mettre sur pied un nouvel ordre mondial. Voici comment :

1- LE YUAN CHINOIS REMPLACE LE DOLLAR

La Chine ne peut pas prétendre diriger un nouvel ordre mondial crédible sans être la première puissance du monde. Il y a des spécialistes qui disent qu'il y a longtemps que la Chine est devenue première puissance mondiale. C'est vrai, mais ce qu'ils ne savent pas c'est que le seul fait que les Etats-Unis d'Amérique peuvent imprimer leur monnaie le Dollar pour servir toute la planète qui n'attend que cela pour payer leurs échanges, offre de facto un avantage financier inouï aux USA sur tout potentiel concurrent à son trône. Et au delà de son vrai poids économique, le positionnement stratégique de sa monnaie place ce pays au trône inconditionnel de la première puissance mondiale. La perversité potentielle du levier financier était sous-estimée par beaucoup depuis des années.

Mais un élément est venu bouleverser la donne et ce sont les deux crises Ivoirienne et Libyenne alors quand les USA et leurs Alliés Européens ont joué sur le levier monétaire pour plier leurs ennemis du moment. En violant toutes les règles du droit international, ils ont unilatéralement gelé les avoirs bancaires de la Côte d'Ivoire d'abord et de la Libye ensuite que ces deux pays détenaient en Occident, allant jusqu'à fermer les succursales des banques privées européennes en Côte d'Ivoire, contre l'avis même du gouvernement en place. C'est cette technique de guerre inaugurée par les Occidentaux et testée deux fois en Afrique qui a alarmé la Chine qui a dès lors compris qu'elle ne pouvait plus attendre longtemps pour créer et guider le nouvel ordre mondial et que pour y parvenir, il fallait tout simplement signer la fin du Dollar américain comme monnaie de référence au niveau mondial. C'est en pleine guerre de l'Occident contre la Libye qu'elle réussit en Juin 2011 à convaincre la Russie de se passer du dollar et d'utiliser désormais la monnaie chinoise pour leurs échanges. Ce sera la même chose avec les pays africains où pour la plupart, après l'assassinat du Guide Libyen et le retardement de la monnaie commune africaine initialement prévue pour 2016, le Yuan chinois qui reste inconvertible, est en train de devenir la monnaie de change avec la Chine qui est depuis 2010, le premier partenaire économique du continent africain.

En Amérique Latine, l'initiative chinoise est accueillie avec euphorie pour des pays qui n'en pouvaient plus de l'arrogance de leur puissant voisin du nord. Au Venezuela, c'est le président Hugo Chavez qui ira plus loin en vidant tout simplement les coffres des pays occidentaux de la réserve d'or que son pays y détenaient depuis la gouvernance de ses prédécesseurs. Mais  le plus difficile restait à venir : convaincre un pays encore sous occupation militaire américaine depuis plus de 60 ans de rejoindre le nouvel ordre mondial que la Chine a décidé de créer. C'est finalement le jour de Noël, le 25/12/2011 durant la visite du Premier Ministre Japonais à Pékin qu'un accord est trouvé pour se passer du Dollar, c'est-à-dire que la deuxième et la troisième puissance économique du monde la Chine et le Japon vont désormais utiliser la monnaie chinoise pour leurs échanges. Le revirement de Tokyo s'explique par la faiblesse militaire de l'Occident mise à nu par la cacophonie et les difficultés surtout financières rencontrées lors de sa tentative pour faire plier Kadhafi pendant 7 longs mois. Ce qui a fait comprendre au Japon qu'en cas de conflit armé avec la Chine, les USA ne sont tout simplement pas en mesure de les aider, autant faire la paix tout de suite et se mettre sous l'ombrelle de Pékin. La Corée du Sud et l'Inde vont très bientôt rejoindre le Brésil pour faire partie de ce nouveau directoire. Après le vote de l'Afrique du Sud et du Nigeria en faveur d'une résolution des Nations Unies pour aller faire la guerre à un pays africain, ces deux pays sont-ils suffisamment crédibles pour faire partie de ce directoire mondial qui se forme sous le guide de la Chine ?

2- L'ALLIANCE STRATEGIQUE AVEC LA RUSSIE

On ne peut pas conduire le monde sans une alliance militaire forte. Il y a plusieurs années que les spécialistes parlaient d'une nouvelle gouvernance mondiale portée par les USA et la Chine dénommée G2. Pour l'Occident, c'était une solution de compromis qui aurait signifié qu'il n'avait pas perdu le train des bouleversements du 21ème siècle, puisque représenté dans ce G2 par l'un des leurs, les USA.

Et patatras. A cause d'une guerre des plus maladroites contre la Libye tout cela est terminé. Cette guerre a permis la création du G2 oui, mais un nouveau G2 que personne n'avait prévu, un G2 militaire en construction entre la Chine et la Russie. Ces deux pays ont en effet, à cause de ce qu'ils appellent une agression injustifiée contre la Libye, décidé de renforcer leur collaboration dans toute une série de secteurs dits stratégiques avec l'objectif affiché de stopper l'Occident belliqueux ;

La célébration des 10 ans d'amitié nouvelle entre les deux pays à Moscou du 16 au 18 juin 2011 dernier s'est transformée en Conseil de guerre pour le lancement du nouveau G2. L'Occident qui espérait s'emparer des ressources énergétiques africaines à commencer par celles libyennes pour tenter un diktat sur la politique économique chinoise devra revoir ses plans, puisque le nouveau G2 y a déjà trouvé une parade. Ainsi la Russie deviendra le premier fournisseur des produits énergétiques à la Chine, ceci permettant à cette dernière de relativiser le risque et le poids de l'Afrique dans ses approvisionnements et pour la Russie de pouvoir se passer de son plus gros client, l'Europe sans laquelle elle était incapable de disposer de ressources financières suffisantes pour son développement. Ainsi, la guerre contre la Libye est devenue pour l'Europe un vrai boomerang reçu à la figure : elle pensait utiliser des manœuvres souterraines inavouées pour contrôler à terme le pétrole et le gaz africain, elle se trouve au contraire sous le coup d'un chantage russe pour ses approvisionnements avec un robinet qui risque d'être fermé à tout début d'hiver par Moscou si elle n'est pas suffisamment docile. Les nouveaux accords avec la Chine permettent à Moscou de tenir ce robinet fermé pendant des mois sans que sa caisse en pâtisse outre mesure. Comme les autorités le répètent à volonté à Moscou, « avec les Chinois nous aurons le nécessaire pour nous émanciper de l'Europe » Par ailleurs après le nouvel accord signé par le président Chinois lors de cette visite, le premier consommateur des produits énergétiques des prochains 20-30 ans devient un concurrent incommode pour l'Europe qui désormais ne pourra plus négocier ses prix avec la Russe comme auparavant, elle doit donc se préparer à payer plus cher son gaz. Et après les accords récemment stipulés entre la Russie et l'Algérie, pour former un cartel du gaz, on peut s'attendre à un doublement des prix du gaz russe pompé vers l'Europe occidentale. On était parti pour voler le pétrole Libyen, on se retrouve à perdre le gaz russe, 100 fois plus important que la mise libyenne. Ils sont de vrais génies ces dirigeants européens ! Si nos éclaireurs européens ont fourni le même type de conseils aux dirigeants africains, on peut dès lors se demander pourquoi s'étonner qu'après 50 ans d'indépendance nourris de tels conseils, on ait fait du surplace en Afrique ou qu'on soit allé à reculons.

L'histoire démarre le 18 Novembre 2009 lorsque l'agence de Presse russe Novotni écrit triomphalement ces quelques mots de titre : NIET, NIET, NIET ! pour décrire le « Non » chinois à la proposition Américaine formulée par monsieur Obama lors de sa première visite dans l'empire du Milieu de former avec la Chine ce fameux G2 pour répondre ensemble aux défis de la gouvernance des problèmes du 21ème siècle. Déjà alors, la Chine avait fait remarquer que sa vision du monde était diamétralement opposée à celle des Etats-Unis d'Amérique et qu'elle ne voyait aucune convergence de vue entre ces 2 pays sur plusieurs dossiers brûlants, de la crise avec l'Iran au problème avec la Corée du Nord. Pour les Américains, les bombes étaient les meilleurs remèdes aux problèmes de la planète alors que pour les Chinois, les bombes étaient la démonstration de la faillite de l'intelligence humaine à résoudre ses problèmes aussi compliqués qu'ils soient. La guerre en Libye nous a ainsi donné l'épilogue de cette réorganisation du monde pour le nouvel ordre mondial qui tarde à venir. La Chine et la Russie ont ainsi décidé de se concerter régulièrement et avoir une position commune sur tous les sujets importants de l'actualité mondiale privilégiant toujours et toujours le dialogue, encore le dialogue et toujours le dialogue. La guerre de l'Occident contre la Libye a définitivement tourné la page du 20ème siècle, le siècle des guerres cycliques de l'occident, le siècle des guerres coloniales en Afrique et en Asie et impérialistes en Amérique du Sud. Le double veto de la Chine et de la Russie aux Nations-Unies sur la crise Syrienne témoigne du sérieux de ce nouveau G2 à devenir un vrai contrepoids aux ambitions souvent suicidaires de l'Occident. Et le monde ne peut que s'en féliciter.

3- LA GUERRE EN LIBYE A POUSSE AU REARMEMENT DE LA RUSSIE

4 jours seulement après le déclenchement des bombardements contre la Libye, c'est par la voix du premier Ministre Russe Vladimir Poutine, que l'Occident a été informé le 23 Mars 2011 de la fin des accords du désarmement stratégiques à peine conclus entre les Etats-Unis et la Russie. Ce dernier s'indignait de ce qu'il avait décrit comme une « agression de type médiévale » en concluant que cela était en train de devenir une tendance de la politique extérieure de Washington : les bombes tirées par centaines en une seule nuit sur l'ennemi désigné du moment. Le pire vient toujours de la bouche du premier Ministre russe qui nous informe que les Américains ont utilisé des avions d'attaque nucléaire (même si avec des armes non-nucléaires) comme les bombardiers furtifs Stealth B-2 Spirit qui ont frappé des objectifs civils en Libye, un pays ami qui avait pourtant signé tous les accords internationaux voulus par Washington pour abandonner tout programme nucléaire, civil ou militaire ; une véritable lâcheté : on s'assure que tu sois sans défense avant de venir t'assommer ; et M. Poutine de conclure : « Cela confirme que la Russie fait bien de renforcer ses capacités de défense ». Le lendemain, c'est le Ministre de la défense russe qui nous annonçait lui aussi la mort des accords de désarmement à peine signés un an auparavant avec Washington.

Ainsi, pour la période 2011-2020 la Russie dope son armement d'un budget de 665 milliards de dollars pour construire : 5 véhicules spatiaux, 21 systèmes de défense missilistiques, 35 bombardiers, 109 hélicoptères de combat, 3 sous-marins nucléaires pouvant lancer des missiles nucléaires à 10.000 km de distance. Ainsi, dès 2012, l'armée russe sera équipée de nouveaux missiles intercontinentaux et bénéficiera d'un investissement de 2,6 milliards de dollars pour en développer de nouveaux types plus sophistiqués d'ici 2013. Et comme nous confirme le journaliste Italien Manlio Dinucci, avec la première bombe lancée sur Tripoli l'après midi du 19 mars 2011, l'Occident a mis le stop à la nouvelle ère de l'entente cordiale entre la Russie et les Etats Unis d'Amérique symbolisée le 8 Avril 2010 à Prague par la signature de ce fameux accord du désarment d'armes stratégiques et offensives dites START. Pourquoi ceci est une vraie mauvaise nouvelle pour l'Occident , parce qu'elle n'a plus d'argent. Le moindre dollar dépensé par Washington pour s'armer lui coûte en vérité le double puisqu'il doit l'emprunter sur les marchés et comme rien n'est prévu pour rembourser le capital, les seuls intérêts au bout de quelques années feront que ce 1 dollar coûtera en vérité 4 ou 5 alors que les 665 milliards de dollars de la Russie sont de l'argent frais de sa vente du gaz ou du pétrole.

4- UNE EUROPE ENCORE PLUS HORS JEU

La décision la plus déraisonnée des leaders politiques de l'Union Européenne de ces 5 dernières années a été celle de tourner le dos à la Russie et de pousser cette dernière dans la nouvelle alliance avec la Chine. La Russie a clairement exprimé son opposition à la guerre contre la Libye, elle a dénoncé le projet d'assassinat du Guide Libyen, mais l'Europe l'a ignorée et a mis en sourdine ses préoccupations et les solutions qu'elle proposait pour la résolution de la crise libyenne, préférant l'alliance de fortune avec son ancien allier d'hier, mais son vrai ennemi aujourd'hui notamment sur les questions financières et monétaires. A partir du moment où pour apporter la paix en Europe, la Russie avait dissout le Pacte de Varsovie et n'avait opposé aucun véto pour l'entrée dans l'Union Européens de certains de ses anciens pays satellites, la sagesse aurait dû guider les actions des dirigeants Européens en les amenant à exiger et obtenir des Américains la dissolution de l'OTAN, pour passer à la mise sur pied d'une vraie armée européenne inclusive de la Russie. Au lieu de cela, ils se sont contentés d'humilier la Russie et la contraindre à chercher plus à l'est de nouveaux partenariats où elle y a trouvé la Chine. La nouvelle alliance de ces deux géants fragilise encore un peu plus l'Europe qui est déjà un nain politique. La maladresse de la guerre en Libye a fait le reste. Ce ne sera pas la maigre consolation fêtée sur tous les médias européennes d'une poignée de manifestants à Moscou qui changera le cours de l'histoire qui est en train de s'écrire sans l'Europe. L'autre consolation de séquestrer un président africain en exercice, Laurent Gbagbo de Côte d'Ivoire et l'exposer à l'humiliation populaire dans un cirque européen dénommé Cour Pénale Internationale, n'offrira en rien à l'Europe le sérieux nécessaire pour faire partie du directoire du nouveau monde parce qu'elle est fortement restée prisonnière d'une conception vétuste et dépassée d'un monde qui a déjà son barycentre déplacé vers l'Asie. Ce n'est pas pour rien que la Russie est en train de mettre une importance stratégique renouvelée à sa ville plus à l'est : Vladivostok.

CONCLUSION

L'Afrique doit-elle se réjouir de cette réorganisation du monde ? Lorsqu'on est couché par terre, on ne peut plus avoir peur de tomber. Dans le système résultant de l'organisation du monde de la fin de la seconde guerre mondiale, l'Afrique alors sous occupation européenne n'a cessé de l'être malgré les opérations de maquillage ici et là portant le nom tout aussi provocateur et mensonger : indépendance. L'Afrique n'a rien à perdre dans cette nouvelle configuration du monde. Il faut espérer que le plus grand financeur des différents projets de l'Union Africaine, l'Algérie rejoigne très bientôt ce nouveau cercle afin que l'un de nous puisse véritablement porter la voie de plus d'1 milliard d'africains pour exiger et faire finalement respecter la souveraineté de notre continent.  Selon les croyances ancestrales africaines, les morts ne sont pas morts. Ils deviennent tous des divinités. Nos morts de Abidjan, de Bouake, de Duékoué, de Sirtes, de Tripoli de Bani Walid, de Zliten etc. sont des dieux qui veillent sur nous. Leur sacrifice est en train d'offrir au monde entier un nouveau visage, une nouvelle gouvernance. La route est encore longue, mais le pas est déjà emboitée. Tant de douleur et de pleurs ont suivi et accompagné nos morts en 2011 vers leur place actuelle de divinité. Ce qui nous a donné la lucidité pour nous poser les bonnes questions sur nos partenariats et en déduire qui sont nos vrais amis qui sont fort heureusement ceux qui réorganisent le monde. Saurons-nous être suffisamment unis pour compter dans ce nouveau départ ?  La jeunesse africaine est-elle suffisamment formée et avertie pour s'insérer demain la tête haute dans cette nouvelle donne qui se renforce toujours plus? 2011 qui se termine a été une année tragique pour l'Afrique, mais les événements, aussi détestables soient-ils ont eu le mérite de réveiller beaucoup d'Africains qui ronflaient encore de leur long sommeil dogmatique, tellement les mensonges de l'Occident étaient gros comme un éléphant.


29 décembre 2011


(*) Jean-Paul Pougala est un Camerounais, Directeur de l'Institut d'Etudes Géostratégiques de Genève en Suisse.


www.pougala.org, pougala@gmail.com

mercredi, 18 janvier 2012

ETATS-UNIS - COTE D'IVOIRE: LES VERITES D'HILLARY CLINTON A ALASSANE OUATTARA


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Le tête à tête à Abidjan entre la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton et le président ivoirien Alassane Ouattara commence à livrer quelques secrets. Révélations exclusives.

Au cours de la conférence de presse suivant la rencontre Hillary Clinton - Alassane Ouattara, mardi 17 janvier à Abidjan, la langue de bois diplomatique a été bien respectée, l’envoyée de Barack Obama se disant satisfaite des derniers progrès enregistrés en Côte d'Ivoire, avec notamment l’organisation des élections législatives pacifiques du 11 décembre dernier. Mais en privé, la chef de la diplomatie américaine n’a pas hésité à employer son franc-parler habituel avec son interlocuteur.

De sources diplomatiques américaines, il a été fortement recommandé au chef de l’État ivoirien de former un gouvernement de réconciliation nationale avec, à la clé, le départ de l’actuel Premier ministre. « Les États-Unis souhaitent que Guillaume Soro et tous les proches du pouvoir qui auraient pu commettre des crimes et exactions comparaissent devant la Cour pénale internationale (CPI), même en qualité de simples témoins. Ce message très clair a été passé au président ivoirien », confie une source américaine consultée par Jeune Afrique.

L’instauration d’un État de droit, avec moins d’immixtions d’hommes politiques et de militaires dans les affaires de la justice semble être une priorité pour les Américains. Lesquels conditionnent l’octroi de leurs aides dans plusieurs domaines, notamment dans la santé, l’éducation, la sécurité, l’économie et l’agriculture, à des progrès dans la bonne gouvernance. Une position qui rejoint celle de la France, qui doit également envoyer des émissaires de haut rang cette semaine.

 

Baudelaire Mieu, à Abidjan.


mardi, 17 janvier 2012

DECES BOHOUN BOUABRE: EN COLERE, MAMADOU KOULIBALY S’EN PREND AU GOUVERNEMENT, IL DEMANDE LA LIBERTE PROVISOIRE POUR GBAGBO




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Dire de Mamadou Koulibaly qu’il est apparu affecté par la nouvelle de la disparition de Paul Antoine Bohoun Bouabré relèverait d’un doux euphémisme : les deux personnalités avaient tellement de choses en partage. « J’ai appris avec tristesse (son) décès. Il a été mon collègue à la faculté, mon directeur de cabinet aux ministères du Budget puis de l’Economie et des Finances. Nous avons été camarades de parti pendant deux décennies. C’est avec peine que j’ai pris note des accusations portées contre lui ces dernières années. Je présente mes sincères condoléances à son épouse, ses enfants et toute sa famille et leur souhaite de trouver la force de surmonter l’épreuve douloureuse qu’est la perte d’un être cher », nous a signifié Mamadou Koulibaly, dans un message écrit.

L’ancien président de l’Assemblée nationale et ami du défunt apprécie modérément l’attitude des autorités ivoiriennes : « Au-delà (de ce décès), je pense à tous les Ivoiriens qui sont morts ou en train de mourir en exil ou dans des camps de réfugiés, en silence et dans l’indifférence la plus totale, sans que le gouvernement de Côte d’Ivoire ne se sente concerné ou ne s’en préoccupe ».

Koulibaly pense intimement que quelque chose aurait pu être fait pour sauver un Bohoun Bouabré qu’on savait très malade et dont les avoirs étaient gelés. Au gouvernement et à la Communauté internationale, Mamadou Koulibaly a lancé un appel pressant « pour que toutes les conditions soient mises en œuvre afin que les exilés puissent rentrer rapidement et en toute quiétude en Côte d’Ivoire ». Koulibaly plaide enfin pour que l’ancien chef d’Etat incarcéré à La Haye bénéficie de la liberté provisoire. L’ancien n°2 du régime de la Refondation croit cette mesure possible.

Il dit : « Je plaide ainsi en faveur d’une libération provisoire du Président Gbagbo et je souhaite que le gouvernement se fasse l’avocat de cette requête auprès de la Cour pénale internationale. Cela contribuerait grandement à la détente et à l’accalmie nécessaires à la réconciliation des Ivoiriens ». Mamadou Koulibaly presse les autorités de son pays pour qu’elles mettent tout en œuvre afin d’éviter que le fossé ne se creuse davantage entre Ivoiriens.



Kisselminan Coulibaly


Source: SOIR INFO

lundi, 16 janvier 2012

CHARLES BLE GOUDE : «VOICI CE QU’IL FAUT POUR SAUVER LA COTE D’IVOIRE» (INTERVIEW INTEGRALE)

 

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En ce début d'année 2002, vous avez lancé un appel au dialogue en direction de l'actuel pouvoir. Est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur ce concept et sur l'esprit qui vous anime ?

Je voudrais souhaiter bonne et heureuse année 2012 aux Ivoiriennes et aux Ivoiriens, et m'incliner devant la mémoire des nombreuses victimes tombées durant cette crise post-électorale. Pour répondre à votre question, je dirai que la Côte d'Ivoire est à la recherche de ses marques, à la suite d'une crise qui perdure. Je pense, en tant qu'acteur politique, qu'après les législatives qualifiées de «désert électoral», le message des Ivoiriens est clair. Ils sont déçus.   Les exactions des FRCI, qui échappent au contrôle du pouvoir au point que l'on est obligé d'aller dans la rue pour les désarmer, posent la question préoccupante de la sécurité en Côte d'Ivoire. Des dizaines de milliers d'Ivoiriens croupissent dans des camps de réfugiés à l'extérieur du pays dans des conditions difficiles sans que cela émeuve le pouvoir qui les considère comme des citoyens dont la Côte d'Ivoire peut se passer. Je pense que c'est une erreur que d'agir ainsi. De nombreux cadres de la Nation sont en dehors de la Côte d'Ivoire. De nombreux militaires et civils sont en prison. Cerise sur le gâteau, le président Gbagbo est détenu à la CPI. Contrairement à ce que l'on veut nous faire croire, aucun pays ne peut se développer dans de telles conditions ou l'incertitude le dispute avec l'insécurité généralisée. Le président Gbagbo, père du « asseyons nous et discutons », père du « dialogue direct » nous a enseignés que le dialogue est l'arme des forts. C'est pourquoi j'ai proposé que le pouvoir engage des consultations avec d'une part l'opposition politique, et d'autre part les militaires FDS et anciens FAFN. Pour que cela puisse aboutir à ce que j'ai appelé un nouveau consensus national. Pour que la Côte d'Ivoire puisse enfin repartir sur de bonnes bases.

Du côté de l'actuel régime, l'on dit que de toute façon vous êtes un sujet judiciaire. Et que vous ne devriez pas demander des négociations mais vous rendre purement et simplement. En dehors des faucons qu'on entend, avez-vous des contacts avec des personnalités sensibles à votre appel ?

J'ai lancé ce concept de discussions qui aboutirait à un nouveau consensus national face au monde entier et à l'opinion nationale pour que la Côte d'Ivoire puisse sortir de l'impasse. Mais c'est la responsabilité du pouvoir de vouloir ou de ne pas vouloir. J'ai fait ma proposition, le pouvoir n'est pas obligé de répondre positivement. Mais je l'encourage à faire en sorte que les Ivoiriens discutent de tout ce qui ne va pas aux niveaux politique, économique et sécuritaire. Parce qu'on ne gère pas un pays qu'avec son camp mais aussi avec ceux qui sont en face. Je crois que ce qui fait d'un homme un chef, c'est sa capacité à maitriser les extrémistes de son camp et à s'ouvrir aux autres. J'ai lancé le concept, je souhaite qu'il se transforme en réalité parce que les Ivoiriens et la Côte d'Ivoire en ont besoin. Je pense que c'est aussi et surtout la responsabilité du pouvoir d'ouvrir ces négociations. Quand on poursuit les FRCI dans la rue pour leur arracher des armes, cela signifie qu'il y a un problème de leadership, d'influence et d'adhésion à un discours. Je propose donc des négociations avec tous les hommes en armes, y compris les militaires, gendarmes et policiers qui sont en dehors de la Côte d'Ivoire. On ne peut pas parler de développement économique et d'investissements dans un environnement sécuritaire qui laisse à désirer. Je ne fais pas cette proposition pour moi, mais pour notre pays qui a besoin de se repositionner. Ces discussions peuvent se faire sans moi. Je ne suis pas à ma première proposition. Sous Laurent Gbagbo, j'ai proposé et organisé la caravane de la paix. En juin 2006, J'ai rencontré les jeunes de l'opposition quand les audiences foraines étaient émaillées de violences extrêmes. J'ai toujours été un homme de compromis. Certains ont toujours préféré me voir non pas en observant mes actes mais en me collant des étiquettes à tort. Je pense qu'il est encore temps pour les uns et les autres de mettre leurs intérêts personnels de côté pour que des négociations responsables soient engagées. En Côte d'Ivoire, il faut redonner à la politique ses lettres de noblesse. On ne parle plus en termes d'adversités mais d'inimitiés. Nous sommes déjà allés trop loin...

Au sein de votre propre camp, certains peuvent considérer que votre démarche est suspecte, et dire que vous avez abandonné le président Gbagbo. Dans la mesure où le FPI n'a pas été associé au départ à votre proposition...

C'est quoi une démarche suspecte ? Une idée germe toujours dans l'esprit d'un individu. J'invite les uns et les autres à ne pas faire une lecture parcellaire et partielle de ma démarche. Evitons de voir les suspects partout et acceptons de faire la politique. C'est pourquoi, Je voudrais  féliciter le Front populaire ivoirien, qui a aussi demandé dans son message de fin d'année à dialoguer avec le pouvoir. C'est ce que nous avons appris de notre maitre, Laurent Gbagbo. Beaucoup d'ivoiriens se sont inquiétés parce qu'ils doutent de la bonne foi du pouvoir. Et ils ont raison. Les Ivoiriens sont déçus et craignent que le pouvoir piège leurs leaders. Ils ont besoin d'être rassurés.   Ils ne refusent pas l'idée du nouveau consensus que nous proposons. Ils estiment avoir beaucoup donné et n'ont obtenu que la guerre et les pillages en retour. Il est de la responsabilité du régime de poser des actes qui rassurent et créent les conditions d'un dialogue franc et sincère, pas avec l'individu Blé Goudé mais avec les deux entités que j'ai indiquées. Mon retour au pays n'est pas à l'ordre du jour. Il faut éviter de réduire la vie de la nation à notre personne car cela conduit souvent à la perdition.

Un dialogue national sans l'implication du président Gbagbo, incapable de participer à la discussion parce qu'en prison à La Haye, est-il possible ?

Gbagbo Laurent est victime d'un complot international que  beaucoup de ses disciples comme moi continuent de dénoncer. Ces adversaires l'ont diabolisé et transféré à La Haye  pour l'exclure du débat politique en Côte d'Ivoire. Moi, je tiens au retour de Laurent en Côte dIvoire tout comme je tiens à son retour dans le débat politique. La question est de savoir comment on s'y prend ? Car pour participer au débat politique il faut que le Président Gbagbo recouvre sa liberté. En politique, il y a la scène politique et les couloirs de la politique. La réponse à votre question se trouve dans la   conjugaison de ces deux voies politiques. On peut aller à une discussion et ne pas tomber d'accord avec l'adversaire mais cela a au moins l'avantage de poser les problèmes qui nous tiennent à cœur. Pour cela je propose de larges consultations avec d'une part les forces politiques et d'autre part, les forces militaires. On ne fait pas la politique avec les émotions et l'orgueil. La politique s'accompagne de stratégie.

Etes-vous en contact avec Charles Konan Banny, président de la Commission dialogue, vérité et réconciliation, à ce sujet ?

Non, je n'ai pas de contact avec Charles Konan Banny. Je ne connais pas le cahier de charges de la commission qu'il dirige  Cela fait plus de huit mois que cette Commission a été installée et je continue de me poser des questions sur sa mission. Doit-il réconcilier le RHDP et le RHDP ?  Je voudrais dire que quand on réconcilie, on réconcilie deux camps entre lesquels la confiance a été rompue par une crise. Il faut donc approcher les différents protagonistes qui, ensemble, peuvent apporter un plus au rétablissement de la confiance. Je constate que les choses vont au ralenti. J'ai fait une proposition. Il appartient au pouvoir de prendre les devants. Quand Laurent Gbagbo est arrivé au pouvoir, il a approché Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara et les a faits revenir d'exil. Il a posé des actes pour montrer qu'il voulait la paix, même si en retour on lui a offert une guerre...

Le président Laurent Gbagbo commence 2012 en prison à La Haye. Le défi de l'unité parmi tous ceux qui se réclament de lui ne se pose-t-il pas ?

Cela me paraît primordial de parler d'unité autour de notre idéal commun.  Nos adversaires nous ont administré une leçon. Qui a pensé que le président Henri Konan Bédié et le président Alassane Ouattara pouvaient se retrouver dans une alliance pour se hisser au pouvoir aujourd'hui ? Je ne crois pas que les petits problèmes de leadership à l'intérieur de notre camp sont aussi profonds que ce qui a opposé Bédié et Ouattara. Nous pouvons les transcender. Alors que notre leader est incarcéré à La Haye, nous devons éviter de régler systématiquement nos problèmes dans la presse. Cela me gêne énormément. Cela ne fait pas honneur à notre camp et à notre cause. Cela dessert notre combat. Il n'est pas trop tard pour se ressaisir. Nous appelons tout le monde au rassemblement.


Propos recueillis par Théophile Kouamouo


Source: LE NOUVEAU COURRIER

PRETENDU SQUELETTE DE KIEFFER «DECOUVERT» A YAOKRO: C’ETAIT UN MONTAGE MEDIATIQUE!

 

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C’est la fin d’un mauvais polar que certains internautes ivoiriens, qui n’en loupent pas une, avaient déjà baptisé « Les Experts Issia ». Le squelette déterré très discrètement dans la bourgade de Yaokro, dans le département d’Issia (centre-ouest de la Côte d’Ivoire), puis médiatisé de manière assez spectaculaire, n’est pas celui de Guy-André Kieffer, journaliste franco-canadien disparu le 16 avril 2004 à Abidjan. Les analyses ADN ont parlé. Et le juge Patrick Ramaël, ainsi que les médias français majoritaires qui avaient crié à la grande découverte et assuré que l’affaire avançait désormais parce qu’Alassane Ouattara est au pouvoir, doivent être dans leurs petits souliers. Une fois de plus, le magistrat français s’est fourvoyé sur une fausse piste, avec la complicité d’une presse hexagonale adepte du « Gbagbo-bashing » systématique. Pourtant, il était évident que cette affaire du « squelette de Yaokro » était pour le moins douteuse, et que la plus grande circonspection devait prévaloir.

Il n’y avait rien de nouveau à Yaokro

Dès le départ, les propos de Bernard Kieffer, le frère du disparu, paraissaient étranges. Il affirmait que le juge Patrick Ramaël disposait depuis « quelque temps », alors que le président Gbagbo était encore au pouvoir, d’un témoignage crédible selon lequel un « Blanc », identifié par quelqu’un qui passait par là, avait été inhumé secrètement à Yaokro. Une question venait automatiquement à l’esprit. Pourquoi Ramaël, qui s’est rendu à plusieurs reprises en Côte d’Ivoire depuis le renversement du fondateur du FPI, a attendu plus de huit mois pour faire les vérifications et les fouilles nécessaires ? Par la suite, une dépêche de l’AFP et des reportages d’une presse tenue à l’écart par des éléments FRCI armés jusqu’aux dents faisaient état de ce que la personne qui avait découvert le corps et d’autres villageois affirmaient qu’il s’agissait d’un Noir. Ces articles établissaient qu’il n’y avait jamais eu d’inhumation clandestine mais bel et bien une inhumation officielle, en présence des autorités administratives, traditionnelles et des populations baoulé, bété, béninoises et burkinabé, après un appel à témoignages organisé par le sous-préfet pour permettre une reconnaissance du corps et une remise à ses parents. La dépouille concernée n’avait pas été enterrée en catimini puis découverte, mais découverte dans la rivière Gorée, visiblement noyée, et enterrée le plus officiellement du monde. Qui a donc pu croire que le corps de Kieffer a été exposé pour besoins d’enquête devant des centaines de personnes d’origines diverses, qui ont observé la plus stricte omerta, ne laissant même pas filer un début de rumeur ? Balivernes. Le scénario de Yaokro n’a jamais été rien d’autre que du storytelling maladroit. « Ils ont profané une tombe en connaissance de cause ! », s’indignait hier un médecin sénégalais. Il a sans doute raison.

Un grossier contre-feu aux révélations de « Gorge profonde »

Qui a fabriqué cette histoire incroyable et dans quel intérêt ? Au Nouveau Courrier, nous sommes persuadés d’une chose. Il fallait susciter, dans l’urgence, un contre-feu devant les révélations faites par « Gorge profonde », qui s’est confié à notre quotidien en se présentant comme coauteur présumé – et repentant – d’un crime commandité par des membres du clan Ouattara dans le but d’accuser le pouvoir Gbagbo. Donnant de nombreux détails troublants, il nous révélait être en contact avec Jean-Yves Garnault, agent de renseignement français, et le juge Patrick Ramaël. Fin décembre 2011, il nous annonçait avant les médias l’arrivée de Ramaël venant à Abidjan pour le rencontrer. Il nous montrait des courriers électroniques échangés avec Garnault et destinés à Ramaël, et une décharge donnée par Garnault qui a récupéré des objets présentés comme ayant été arrachés à Kieffer.
Pour des raisons mystérieuses, Ramaël ne voulait pas communiquer sur « Gorge profonde » et son témoignage, pourt ant assez pris au sérieux pour justifier un déplacement à Abidjan. Il fallait donc détourner l’attention de l’opinion ivoirienne et française sur les investigations de notre journal, qu’il serait par la suite facile de tourner en dérision comme les inventions d’un titre « pro-Gbagbo ». Une question se pose désormais. Maintenant que l’hypothèse Yaokro s’est révélée bidon, Ramaël explorera-t-il officiellement celle de l’homme avec qui il est en contact secret depuis des semaines ? «Depuis sept ans, le juge d'instruction Patrick Ramaël fait un travail remarquable qui consiste à explorer toutes les pistes, toutes les hypothèses pour pouvoir fermer des portes», a dit hier Alexis Gublin, l’avocat de la famille du disparu. Une telle logique devrait amener à explorer la piste « Gorge profonde » en toute transparence. Y compris pour la fermer définitivement.

Les méthodes douteuses de Ramaël, l’honneur perdu de la presse française

Le dénouement de « l’affaire du squelette » remet sur le tapis la question des méthodes étranges du juge Ramaël. Ce n’est pas la première fois qu’il met médiatiquement en orbite un témoin-clé aux confidences farfelues. Avant « le vilageois de Yaokro », il y a eu Berté Seydou, chauffeur supposé de Jean-Tony Oulaï, qui a tout de même réussi à avoir un visa pour aller en Europe ; Germain Bahagbé, collaborateur de Oulaï qui s’est vite rétracté ; Paul Nobila Zinsonni alias « Major Gossé », qui a, lui, témoigné avec une fausse carte d’identité ivoirienne. Tous ces témoignages, contradictoires les uns avec les autres, dont le seul point commun est qu’ils accablaient des proches de Gbagbo, ont été présentés comme des avancées dans l’affaire. Avant d’être abandonnés. Jusqu’à quand le juge Ramaël, qui a accusé, en 2008, le conseiller justice de Nicolas Sarkozy d’alors, d’empêcher un témoin de s’exprimer sans la moindre suite, et qui a été visé par une enquête interne, qui n’est lancée qu’en cas de soupçons de manquements graves à la déontologie, sera-t-il sanctifié par la presse française ? L’AFP écrit ainsi, avec beaucoup de culot : «Des doutes étaient cependant apparus quand certains villageois interrogés par l'AFP avaient affirmé que, dans leur souvenir, ce corps qui avait été enterré près d'un cours d'eau noirâtre enjambé par un pont, était celui d'un noir.» Mais quels doutes ont été franchement exprimés par l’AFP et par les autres médias parisiens, en dehors du témoignage elliptique de certains villageois ? Dans ses dépêches en anglais évoquant la mort de Bohoun Bouabré, l’agence française a même dit qu’il était «relié» à la disparition du journaliste franco-canadien, brandissant le squelette non identifié en guise de preuve ultime.

 

Philippe Brou


Source: LE NOUVEAU COURRIER

samedi, 14 janvier 2012

APRES L’AFFAIRE DU SQUELETTE, «GORGE PROFONDE» ACCUSE: «LE JUGE RAMAËL NE JOUE PAS FRANC-JEU»

 


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Bien avant les résultats du test d'ADN, «Gorge profonde» nous avait joints pour nous avertir que Ramaël n'aurait aucun résultat probant. Et hier, la nouvelle confirmant qu'il ne s'agissait nullement des restes de Kieffer est tombée, comme un coup de massue pour le juge Ramaël, Bernard Kieffer, et toute la confrérie proche du régime Ouattara. «Si quelqu'un vous avoue que les restes de Kieffer se trouveraient ailleurs d'autre que le lieu où je sais qu'ils se trouvent, c'est faux. Quant à moi, j'estime avoir fait ma part dans cette affaire. C'est le juge Ramaël qui ne veut pas jouer franc jeu», nous a déclaré au téléphone, celui qui est à la base du rebondissement de l'affaire Kieffer, après plusieurs années de léthargie. Il affirme avoir remis plusieurs objets (sac, clé usb, documents) appartenant à Guy André Kieffer à Jean Yves Garnault, l'ami du franco-canadien, ainsi qu'au juge Patrick Ramaël lui-même. A ce dernier, il dit avoir remis une pièce d'identité de la victime et des effets vestimentaires lui appartenant. Des choses qu'il avait soigneusement gardées pour se retourner contre le commanditaire de l'assassinat du journaliste franco-canadien au cas où ce dernier ne remplirait pas sa part de contrat.  A bien y réfléchir aujourd'hui, ne sont-ce pas ces effets de la victime remises au juge Ramaël qui ont permis à ses services de faire croire, avec un soupçon d'éléments, et admettre aux medias français que le squelette sorti du profond de la Côte d'Ivoire, était celui de Kieffer ? Avant même que des tests ADN aient été faits sur les échantillons de ses restes prélevés.

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En tout cas, pour «Gorge Profonde», le juge Ramaël a décidé de tourner en rond. «Je ne comprends pas pourquoi le juge tourne en rond. Le jour même où le juge Ramaël est arrivé, nous nous sommes rencontrés. Et il m'avait donné des garanties, quand à mon extradition vers la France, où je devais purger ma peine après jugement. Avec des assurances pour ma famille. Malheureusement, deux jours après j'apprends qu'ils veulent me remettre à la justice ivoirienne. J'ai été donc obligé de me mettre à l'abri. Parce que ce n'est pas ce que le juge Ramaël m'avait dit tout au long de nos différentes conversations», a fait savoir «Gorge profonde». Aujourd'hui, celui qui se présente comme le sachant dans l'affaire Kieffer se dit  prêt à livrer la vérité devant une justice équitable et s'il bénéficie d'un bon conseil d'avocats. «Le juge Ramaël veut-il réellement la manifestation de la vérité ou d'une vérité ?», continue-t-il de s'interroger.


Gérard Koné


Source: LE NOUVEAU COURRIER

PAUL-ANTOINE BOHOUN BOUABRE: VIE ET MORT D'UN PATRIOTE IVOIRIEN


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Mort prématurément, Paul-Antoine Bohoun Bouabré restera dans la mémoire collective ivoirienne comme le ministre de l’Economie et des Finances qui a maintenu la barque et réglé les engagements de l’Etat au cœur d’une tourmente politico-militaire inédite. Mais aussi comme un homme politique qui a fait la promotion de ses compatriotes qu’il estimait remplis de potentiel.

Un pur produit de la première génération des enfants de l’indépendance et de la deuxième génération des militants du Front populaire ivoirien (FPI). Né le 9 février 1957 à Saioua, dans le département d’Issia, il est venu à la conscience alors que la Côte d’Ivoire venait d’accéder à la souveraineté sous la houlette de Félix Houphouët-Boigny, le «père de la Nation». C’était le soleil des indépendances et le temps de tous les espoirs. L’époque où, pour renforcer l’intégration nationale, le gouvernement envoyait les lycéens dans des internats loin de leur terroir d’origine pour les «détribaliser». Celui qu’on appelle dans sa jeunesse «Petit Paul» a toute sa vie durant gardé un souvenir attendri de ces années d’éveil, où lui, l’enfant du Centre-Ouest, faisait son cycle secondaire à Bouaké, dans le centre du pays. Avant de rejoindre l’Université nationale de Côte d’Ivoire, où il obtient une maîtrise en Sciences économiques. Puis l’université de Clermont-Ferrand, en France, où il décroche son Diplôme d’études approfondies (DEA) en 1982 puis son doctorat en Economie du développement en 1985.

Comme beaucoup de jeunes Ivoiriens de sa génération, celle d’avant les ajustements structurels et des blocages prolongés des salaires, c’est tout naturellement qu’il rentre au pays et devient assistant, maître-assistant et chargé de cours dans les universités de Cocody et de Bouaké et à l’Ecole nationale d’administration. Chercheur passionné, il est consultant auprès du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et de la Banque africaine de développement, il cofonde le Groupe de Recherche en Industrie et Développement d’Abidjan (GERIDA).

Le père du «budget sécurisé» puis du «budget de sauvegarde»

Mais l’appel de la politique est le plus fort, dans un milieu universitaire qui remet en cause le pouvoir absolu du «Vieux» dès le début des années 1980 et qui bouillonne littéralement depuis le retour au multipartisme en 1990. Il se fait connaître dans le sillage de son ami – et «jumeau» – Mamadou Koulibaly, dont il est le directeur de cabinet quand il devient, sous la transition militaire, ministre du Budget puis de l’Economie et des Finances. Au sein du premier gouvernement constitué par Pascal Affi N’Guessan après l’élection du président Laurent Gbagbo, Bohoun est nommé ministre du Commerce et de l’Industrie. Puis, le fils de Saouïa devient grand argentier quand celui d’Azaguié se hisse sur le perchoir.

Pendant son séjour au ministère de l’Economie et des Finances, Paul-Antoine Bohoun Bouabré va de défi en défi. Comment réussir à remplir toutes les obligations de l’Etat après une transition militaire chaotique et sans l’aide des bailleurs de fonds, qui traînent des pieds pour revenir ? Bouabré crée le concept de «budget sécurisé», s’appuyant uniquement sur des ressources internes qui augmentent grâce aux réformes des régies financières de l’Etat, dont les patrons sont recrutés par appel d’offres. Après le déclenchement de la rébellion armée, qui déstructure l’économie et prive le pays de plus de la moitié de son territoire, Bohoun crée le «budget de sauvegarde». Il parvient à payer les salaires et les charges de l’Etat alors que la rébellion et ses alliés étrangers ne donnent pas trois mois au régime Gbagbo pour arriver à la case «banqueroute». Paul-Antoine Bohoun Bouabré quitte le ministère de l’Economie et des Finances en décembre 2005. Charles Konan Banny, le nouveau Premier ministre, fait pression pour. Un grand nombre de dignitaires politiques de la sous-région s’opposent à sa désignation par le président Laurent Gbagbo comme gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), en raison de leur proximité qui les irrite manifestement.

Quand il atterrit au ministère d’Etat, ministère du Plan et du Développement, Bohoun Bouabré ne chôme pas. Il s’investit dans la rédaction du Document de stratégie pour la réduction de la pauvreté (DSRP), et investit sa fonction de Gouverneur de la Banque africaine de développement (BAD) pour le compte de la Côte d’Ivoire. En 2009-2010, il est même le président du Conseil des gouverneurs de la BAD. Il organise de main de maître les 45èmes Assemblées de la BAD à Abidjan, et plaide sans relâche pour le retour de l’institution à Abidjan.

Révéler à la Nation des jeunes talents

Au-delà d’un parcours, Paul-Antoine Bohoun Bouabré, c’était aussi un style. Peu porté sur les effets de manche et les propos à l’emporte-pièce, il se voyait en rassembleur et en détecteur de talents. Il s’est ainsi fait fort de ramener «à la maison FPI» des personnes en rupture de ban comme le journaliste Léonard Guédé Pépé dit «James Cenach», marginalisé pour avoir viré au RDR. «Charles Diby Koffi et Gnamien Konan lui doivent beaucoup», révèle un cadre du monde de la finance. Qui note également que Bohoun a promu de nombreux jeunes au ministère du Plan et du Développement, et recevait avec un intérêt passionné, quand il était à l’étranger, ses jeunes compatriotes qui se distinguaient par leur talent. Bohoun est allé plus loin en créant et en présidant la Fondation des Amis de l’Excellence (AMEX). Qui a, pendant de nombreuses années, regroupé les meilleurs élèves en mathématiques et en littérature des collèges publics (classe de troisième) pour les faire se connaître, améliorer leur niveau, participer aux Olympiades africaines et mondiales de mathématiques et de français, et obtenir des inscriptions dans les meilleures classes préparatoires françaises, en vue d’entrer dans les meilleures écoles d’ingénieurs du monde. S’il a réussi son pari avec les premières générations, déjà sur la voie d’une insertion professionnelle par la «voie royale», il n’aura pas eu le temps de consolider ce qu’il considérait comme un des engagements fondamentaux de sa vie.

Catholique pratiquant, aimant recevoir à sa table aussi bien les grands patrons ivoiriens et les gens de peu, Bohoun Bouabré a également eu son lot de souffrances et de désillusions. Il n’a ainsi jamais cessé de pleurer sa première épouse Catherine, décédée dans un tragique accident de la circulation, avant que son destin s’accélère. Même s’il a trouvé réconfort et joie de vivre avec Léa, épousée en secondes noces, ses cinq enfants et sa petite-fille. Bohoun Bouabré a également été marqué par les amitiés brisées et les trahisons qui ont jalonné son ascension professionnelle. Président élu du Conseil général d’Issia, il a mal vécu les divisions qui ont éclaté entre les cadres du département et qui se sont cristallisées autour de sa personne et de celle de Désiré Tagro. Cité par des articles de presse sans la moindre preuve dans l’affaire de la disparition du journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer, accusé de manière fantaisiste de crimes imaginaires dans le cadre de la guerre post-électorale alors qu’il n’était ni membre du gouvernement, ni en première ligne dans l’appareil de Résistance, il a souffert en silence. Mu par une grande admiration pour le président Laurent Gbagbo, il a sans doute beaucoup souffert du 11 avril 2011 et de son cortège d’humiliations. L’épreuve morale s’est ainsi greffée au calvaire médical. Un calvaire qui est désormais derrière lui. Un patriote ivoirien a expiré en exil, éloigné de la terre qui l’a vu naître par une sadique «justice des vainqueurs». Mais sa vie n’a pas été vaine.

Sa dépouille a quitté Jérusalem pour Tel-Aviv hier et arrive à Abidjan demain vendredi 13 janvier à 18 heures.

 

Théophile Kouamouo


Source: LE NOUVEAU COURRIER

vendredi, 13 janvier 2012

LE SQUELETTE RETROUVE EN COTE D'IVOIRE N'EST PAS CELUI DE GUY-ANDRE KIEFFER


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Les expertises d'ADN ont montré que le squelette exhumé le 6 janvier en Côte d'Ivoire n'est pas celui de Guy-André Kieffer, a indiqué, jeudi 12 janvier, Me Alexis Gublin, avocat du frère du journaliste franco-canadien enlevé en 2004.

"L'expertise ADN est négative. Le corps retrouvé n'est pas celui de Guy-André Kieffer", a déclaré l'avocat de Bernard Kieffer. Le squelette avait été découvert dans la région d'Issia, en présence du juge Patrick Ramaël, chargé du dossier.

"RENFORCER D'AUTRES HYPOTHÈSES"

De nombreux éléments avaient laissé penser à l'entourage de Guy-André Kieffer que ces ossements découverts à 360 km à l'ouest d'Abidjan étaient bien ceux du journaliste, qui avait disparu le 16 avril 2004 sur un parking de la capitale économique ivoirienne. Des échantillons de ce squelette avaient immédiatement été envoyés en France pour analyse.

"C'est une déception pour la famille, parce que ça ne permettra pas de commencerle deuil, mais ça ne remet en rien en cause l'enquête en cours, a estimé Me Gublin.Depuis sept ans, le juge d'instruction Patrick Ramaël fait un travail remarquable qui consiste à explorer toutes les pistes, toutes les hypothèses pour pouvoir fermerdes portes, a rappelé l'avocat. Le porte qui se ferme aujourd'hui va permettre de poursuivre les investigations et de renforcer d'autres hypothèses."

Journaliste indépendant, Guy-André Kieffer avait disparu le 16 avril 2004 sur un parking d'Abidjan alors qu'il enquêtait sur des malversations, notamment dans la filière du cacao, dont le pays est le premier producteur mondial. L'enquête menée en France s'est orientée vers des cercles proches de l'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo, actuellement poursuivi devant la CPI pour des crimes contre l'humanité.


Source: LE MONDE.FR

LES PRECIEUX POINTS DE LAURENT GBAGBO

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Dans la course au triomphe de la vérité sur la crise ivoirienne, l'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo engrange des points précieux, depuis quelques temps, et est en passe de donner l'insomnie à ses détracteurs qui, depuis, redoublent de tours de prestidigitation pour donner un contenu aux mensonges éhontés habillement distillés dans le monde et dans notre pays contre ce digne fils de l'Afrique.

L'affaire pendante du squelette du journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer prétendument découvert à Issia, le statut « d'indigent » reconnu à Laurent Gbagbo pour le financement de sa défense par la CPI, les élucubrations du président sénégalais Abdoulaye Wade sur le financement de la rébellion casamançaise par l'ancien président ivoirien et les résultats des législatives du 11 décembre 2011 sont autant de bons points pour « le réprouvé de Scheveningen ». Cela vous étonne-t-il ? Faisons un peu de lumière sur le sujet.

D'abord, le statut « d'indigent » accordé au célèbre prisonnier de La Haye après 5 semaines d'investigations infructueuses pour retrouver la fortune que Laurent Gbagbo aurait dissimulée quelque part sur la planète, peut-être dans un paradis fiscal, afin de le contraindre à financer sa propre défense et, par ricochet, pouvoir certainement le confondre et le convaincre de crimes économiques, chefs d'accusation que lui colle au dos le nouveau pouvoir d'Abidjan.

Le greffier Esteban Peralta Losilla de la CPI a rendu, le 28 décembre 2011, une décision qui ne souffre pas d'équivoque : «Monsieur Gbagbo ne dispose pas de ressources suffisantes pour prendre en charge tout ou partie des coûts de sa représentation légale devant la cour». Notamment, «la rémunération d'un avocat, d'un assistant juridique et d'un gestionnaire de dossier ainsi que le remboursement des frais engagés par la défense de Laurent Gbagbo à hauteur de 76.000 euros (environ 50 millions de francs CFA)». Cette décision donne incontestablement la preuve que Laurent Gbagbo a géré la Côte d'Ivoire avec intégrité, probité, et qu'il est un honnête homme et non le chef de guerre, le pilleur, le prédateur national et le dictateur qui confond caisses de l'Etat et comptes personnels pour lequel on a voulu le faire passer. Impensable qu'un chef d'Etat africain n'ait ni patrimoine immobilier haut de gamme ni compte bancaire dans un paradis fiscal. La CPI ne peut se faire à cette idée. Tant et si bien qu'elle a décidé de poursuivre les recherches - malgré l'évidence de la virginité du « reclus de La Haye » - dans l'espoir, vaille que vaille, de prouver que Laurent Gbagbo figure bel et bien sur la triste liste des présidents africains devenus milliardaires par des biens mal acquis. Comment la CPI arrivera-t-elle à prouver qu'un tel homme sur qui l'argent n'a pas de prise (cas rarissime) est un criminel de guerre sans morale ni vergogne. L'entreprise ne manque pas d'audace.

L'idée même de l'honnêteté de Gbagbo dans la gestion des biens publics ivoiriens, durant sa gouvernance, répugne à la presse proche de Ouattara. Autant que son « indigence » présumée qu'elle qualifie de canular « pour se soustraire à l'obligation d'honorer les frais de sa défense ». Pour cette presse, Laurent Gbagbo a géré « des fortunes colossales » qui ne peuvent « s'être évanouies dans la nature ». Il aurait au moins 1,4 milliard en compte, pour avoir touché un salaire mensuel de 9,6 millions de francs CFA pendant dix ans, en tant que Président de la République de Côte d'Ivoire. Il aurait géré un budget de souveraineté de 75 milliards par an, soit 750 milliards sur la même période. Les journalistes pro-Ouattara ne peuvent donc comprendre qu'il n'ait pas mis un peu de cet argent en lieu sûr, pour ses vieux jours. En bon africain. Pour eux, Laurent Gbagbo ne peut pas être autre chose que multimilliardaire. On lui trouve même des rétro-commissions d'achats d'armes - pour se mettre au goût du jour français - qui auraient atterris dans ces comptes personnels, des commissions dans l'achat de l'usine de transformation du cacao, à Fulton, aux Etats-Unis et dans l'affaire des déchets toxiques du Probo Koala, pétrolier immatriculé au Panama, appartenant à une compagnie grecque et affrété par la société hollandaise et suisse Trafigura. La presse RHDP accuse Laurent Gbagbo d'être également « mouillé » dans la gestion des indemnisations versées par l'affréteur du navire néerlandais.

Ces ruées dans les brancards d'une presse pro-Ouattara interloquée par la signification profonde de « l'indigence » de Laurent Gbagbo sont la preuve que Laurent Gbagbo est un dirigeant politique totalement atypique, peu soucieux du gain et de l'intérêt personnel, aucunement enclin à l'enrichissement et qui avait fait de son budget de souveraineté « la plus grosse caisse sociale d'Afrique de l'Ouest ». Ce qu'on ne peut guère prêter aux nouveaux dirigeants de la Côte d'ivoire, authentiques parrains et chefs de guerre qui ont pillé avec indécence la partie septentrionale de notre pays, durant 10 bonnes années, avec à la clé le casse des agences de la BCEAO du Centre, du Nord et de l'Ouest et la création d'une régie parallèle, « La Centrale », qui a « fait les poches » à la nation, permanemment et sans aucun scrupule, jusqu'à tout récemment.

Cette presse ne comprend pas que nous puissions saluer la décision du greffier de la CPI, Esteban Peralta Losilla, de faire financer la défense du président Laurent Gbagbo pour « indigence ». C'est pourtant facile à décrypter : l'ancien président ivoirien n'est pas un voleur, encore moins un pilleur. Tout ce qui a été débité sur sa personne comme mensonge n'est, en réalité, à mettre qu'au compte d'une diabolisation hémiplégique sans fondement. Ils anticipent en réalité l'entreprise de Sisyphe que va constituer pour le camp Ouattara la production de preuves relatives aux charges de crimes économiques portées contre son pire ennemi politique. 

Le deuxième bon point pour Gbagbo est le bataclan qui s'est mis en branle après les révélations de « Gorge profonde », dans Le Nouveau Courrier, incriminant le camp Ouattara sur les circonstances et les conditions de la mort du journaliste franco-canadien, Guy-André Kieffer. Comment comprendre que la France ait toujours agité cette affaire comme un chiffon rouge permanent contre Laurent Gbagbo et qu'une fois celui-ci bombardé par l'armée française et déporté à Korhogo, au Nord de la Côte d'Ivoire, puis à La Haye, on nous ait fait attendre 8 mois pour, au final, tenter de nous faire avaler la couleuvre de cette information indigeste qu'est la découverte des restes du franco-canadien dans le village de Yaokro, près d'Issia, la ville natale du ministre Bohoun Bouabré (paix à son âme!), un proche de Gbagbo dont le nom a toujours été associé à cette scabreuse affaire par les pourfendeurs de l'ancien régime ivoirien. Et cela, curieusement juste après que Le Nouveau Courrier ait rouvert la boîte de Pandore.

Bernard Kieffer a fait un bien curieux témoignage sur l'emplacement du squelette de son frère, porté à la connaissance du juge Ramaël, qui conforte les partisans de la thèse du complot dans leur position : « Le juge n'avait pu aller vérifier le témoignage car c'était en pleine zone contrôlée par le camp Gbagbo ». Un témoignage faux et scandaleux sur toute la ligne, dans la mesure où la collaboration entre le juge français et les anciennes autorités ivoiriennes ne souffrait d'aucune ombre. C'est sur la base de ce témoignage que le juge Ramaël aurait menées les fouilles qui ont abouti à l'exhumation « des restes (?) » de Guy-André Kieffer, « sur la foi d'informations qu'il a obtenues voilà quelque temps ». Alors, question : « Pourquoi avoir attendu huit longs mois pour aller vérifier des informations disponibles depuis bien longtemps ? », s'interrogeait avec à-propos Le Nouveau Courrier, en début de semaine. Le juge Ramaël a eu l'occasion de se rendre en Côte d'Ivoire à trois reprises, depuis la prise de pouvoir de Ouattara. Il n'a jamais fait cas de ce témoignage ni de ses suites. Son dernier voyage en terre ivoirienne remonte à novembre 2011, il y a seulement deux mois. « Pourquoi donc n'a-t-il pas effectué de fouilles dans le village de Yaokro, dans la sous-préfecture de Saïoua, département d'Issia, à cette occasion, puisqu'il avait déjà les informations ? ».

Après la diabolisation médiatique constante menée contre Laurent Gbagbo et son régime, l'avènement du régime Ouattara était une aubaine pour boucler enfin ce dossier épineux. Que non ! Patrick Ramaël aura attendu 8 mois pour se rendre sur le site qu'il connaissait déjà depuis près d'une année. Le mystère sur la mort de Kieffer reste entier et laisse de plus en plus croire qu'il résulte d'un grossier montage de la France et de l'entourage d'Alassane Ouattara. Blanchissant entièrement Laurent Gbagbo et son régime, malgré les insinuations perfides du juge français, et confirmant une fois de plus que l'ancien président ivoirien n'est ni un assassin ni un dictateur. Un autre point en sa faveur pour sa défense à la CPI.

Quant aux résultats des élections législatives avec leur mémorable et historique « désert électoral », et la pléthore de plaintes (plus de 110 sur 254 sièges) déposées sur la table du Conseil constitutionnel par les alliers du RDR qui décrient ses pratiques électorales peu orthodoxes, ils apportent une autre preuve que le président Laurent Gbagbo avait raison lorsqu'il criait à la fraude massive à la présidentielle de novembre 2011 et appelait au recomptage des voix en vue de solder le contentieux postélectoral, et ce, pour montrer son attachement à la démocratie. Un tel homme ne peut pas être accusé d'avoir provoqué la guerre dans son pays et tué les Ivoiriens. Sa défense saura aisément le prouver.

Les adversaires nationaux et internationaux de Laurent Gbagbo sont tellement désemparés par la vérité des faits qui tendent de plus en plus à le faire découvrir au monde comme un honnête homme et un dirigeant politique amoureux de son peuple que le président sénégalais, Abdoulaye Wade est appelé à la rescousse pour nous sortir un incroyable lapin du chapeau françafricain : Laurent Gbagbo a financé la rébellion casamançaise. Dans les accusations les plus ubuesques contre l'ancien chef de l'Etat ivoirien, nous n'aurions jamais cru pouvoir entendre une énormité plus renversant et plus incongrue ! Laurent Gbagbo n'a pas sorti le moindre coutelas contre le président Félix Houphouët-Boigny durant 30 années de lutte politique et d'opposition. Pourquoi l'aurait-il fait au moment où il avait accédé à la magistrature suprême de son pays et, de surcroît, dans un pays frère ? Mystère !

On le voit bien, les ennemis du « réprouvé de Scheveningen » sont à court d'idées, rattrapés qu'ils sont par le tonnage impressionnant de mensonges véhiculés durant toutes ces années, en Afrique et dans le monde, pour justifier son éloignement du pouvoir et de la vie politique ivoirienne. Mais la vérité finissant toujours par l'emporter sur le mensonge, fut-il le plus enraciné, Laurent Gbagbo finira bien, un jour, par sortir des geôles de la CPI, blanchi et plus que jamais grandi.

 

Que DIEU bénisse la Côte d'Ivoire ! 



In le quotidien ivoirien "Le Nouveau Courrier" N° 414 du jeudi 12 janvier 2012.

jeudi, 12 janvier 2012

GUY-ANDRE KIEFFER: LES DOCUMENTS EXPLOSIFS DE «GORGE PROFONDE»


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L'affaire Guy-André Kieffer a rebondi avec la diffusion dans Le Nouveau Courier du témoignage de «Gorge profonde», ex-rebelle qui affirmait avoir participé à l’enlèvement et à l’assassinat du journaliste franco-canadien et savoir ou se trouvait la dépouille.

Comme par enchantement, le juge Ramaël a conduit l'opinion vers un squelette à problèmes à Issia, à plus de 300 kilomètres d’Abidjan. Et la litanie accusatrice contre Gbagbo et ses proches a été relancée. Gorge profonde est-il une invention du Nouveau Courrier  ou un faux témoin ? En tout cas, nous avons la preuve qu’il a constitué un dossier à l'attention de Ramaël avec l’aide de Jean-Yves Garnault, agent de renseignement français. Nous avons pu en effet nous procurer des courriers électroniques qu'ils ont échangés. Notamment une partie de la confession de Gorge profonde à Ramaël rédigée avec l’aide de Garnault et d’un avocat, envoyée au juge Ramaël. Nous la publions ici, avec quelques retouches, pour protéger notre source.

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Et nous vous faisons partager la décharge que Garnault a donnée à «Gorge profonde» après avoir pris ce que ce dernier présente comme des effets personnels arrachés à Kieffer. Cerise sur le gâteau, Gorge profonde affirme avoir rencontré Ramaël dans la nuit du 2 au 3 janvier, soit quelques heures après l’arrivée du juge à Abidjan, dans un bar bien connu de la place, situé à Marcory. Au lendemain de la publication du témoignage de «Gorge profonde» dans les colonnes du Nouveau Courrier, nous sommes rentrés en contact avec le juge français, qui a prétexté d’une réunion pour botter en touche. Il avait promis de rappeler, ce qu’il n'a pas fait. De quoi crédibiliser Gorge profonde  et donner des sueurs froides au régime Ouattara. Le poker menteur continue.

"Monsieur le juge,

Je me nomme xxxxxxx xxxxxxx, je suis né le xxxxx xxxxx xxxx à Korhogo – j’ai été un élément actif et connu de ce qu’on a appelé « la rébellion » – J’ai occupé divers postes de responsabilités dont celui de chef du GIS (Groupe des Interventions Spéciales) qui est     directement lié à l’affaire Guy André Kieffer.

J’ai été un militaire sincère, croyant dans la finalité de la lutte armée contre notre ennemi de l’époque qui était le « clan Gbagbo » – Nous obéissions scrupuleusement aux ordres donnés soit par notre hiérarchie soit par les autorités politiques.

J’ai décidé de vous livrer toutes les informations relatives à l’affaire Kieffer et sur d’autres opérations du même type, car, comme beaucoup d’entre nous, je me suis senti trahi par nos hiérarchies, aussi bien politique que militaire. Notre chef, M. Soro  Guillaume, s’est rapproché de M. Gbagbo avec tous les avantages que lui conférait son poste de Premier Ministre … tandis qu’un autre s’est hissé à un très haut niveau de la Présidence !

J’ai décidé, après avoir été exploité, souvent humilié, qu’il me fallait prendre la décision de sortir de cet engrenage – J’ai quitté la rébellion et ai réussi à vivre aussi modestement que discrètement avant de me réfugier dans un pays voisin avec ma famille – Actuellement je ne vis que de l’aide du Haut Commissariat aux Réfugiés.

Le moment est venu de faire rendre des comptes aux différents responsables qui ont trahi notre cause.

C’est la raison pour laquelle, prenant conscience d’avoir été un instrument manipulé alors que j’étais sincèrement convaincu d’agir pour la bonne cause, j’éprouve aujourd’hui une réelle soif de Justice et je tiens absolument à ce que toute la Vérité soit dite pour que tous les niveaux de responsabilités répondent de leurs actes respectifs.

Je m’engage solennellement à pleinement collaborer pour que toute la lumière soit faite sur ces malheureuses affaires que je regrette aujourd’hui.

Permettez-moi de solliciter de votre bienveillance une attention particulière concernant mon épouse et ma fille pour qu’elles puissent vivre normalement durant mon absence et, dans la mesure du possible, faire en sorte que ma vie soit préservée en m’envoyant (de mon plein gré) en France pour que la Justice puisse rendre sa décision à mon encontre. Je souhaiterais, dans toute la mesure du possible, que mon nom soit préservé dans les procédures pour des raisons évidentes de sécurité.

Je tenais à vous remettre cette lettre au premier moment de notre rencontre pour démontrer dans quel état d’esprit je souhaite collaborer avec la Justice française.

Vous renouvelant mes regrets de cette conduite inexcusable qui est la résultante du contexte de guerre avec son cortège d’horreurs, je vous prie néanmoins de bien vouloir intercéder auprès de la famille pour leur présenter mes très sincères regrets.


Xxxxxx   xxxxxxxx

Courrier  rédigé par un tiers à ma demande".


Source: LE NOUVEAU COURRIER

mercredi, 11 janvier 2012

APRES LA MORT DE BOHOUN BOUABRE, LE MINISTRE LIA BI DOUAYOUA ACCUSE: «SI SES COMPTES N’AVAIENT PAS ETE GELES…»



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Le Ministre d’Etat Paul-Antoine Bohoun Bouabré, du fait de la Proximité de Saïoua avec Sinfra, m’appelait toujours affectueusement « Frère ». Mais nous avons vécu réellement une fraternité au plein sens du terme. De janvier 2001 à Mars 2003, pendant mon temps de présence au gouvernement, c’est moi qu’il avait chaque fois choisi pour assurer l’intérim du Ministère de l’économie et des finances pendant ses nombreux  déplacements pour les discussions avec les institutions de Brettons Woods.

Ingénieur de formation, je ne suis ni économiste ni financier mais il déclarait  toujours que c’est à moi qu’il faisait le plus confiance. Je me sentais donc honoré de cette marque de confiance et nous avons été ensemble sur de nombreux fronts. Il avait par exemple  particulièrement tenu à être à mes côtés à l’Assemblée nationale lorsque je défendais le Projet de loi sur la paiement par les opérateurs mobiles de la contrepartie financière de 40 milliards à l’Etat pour l’attribution de licence d’exploitation de réseau cellulaire.  J’ai appris ce matin son décès comme un choc. C’était un homme droit, rigoureux et loyal qui avait de grandes ambitions à la fois pour sa région et pour son pays.

Je pense que si ses comptes bancaires, par injustice et méchanceté gratuite, n’avaient pas été gelés, il aurait pu disposer de ressources financières nécessaires pour se  faire soigner convenablement. Je prie profondément depuis ce matin pour lui, pour Léa sa femme, pour ses enfants, pour sa famille et  pour ses amis.


Le Ministre Lia Bi Douayoua
Président du Conseil Général de Sinfra


Source: LE NOUVEAU COURRIER

COTE D'IVOIRE: DECES A JERUSALEM DE PAUL-ANTOINE BOHOUN BOUABRE


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Un haut cadre de la Côte d'Ivoire, une personnalité de grande valeur, un homme discret, travailleur et d'une efficacité redoutable a tiré sa révérence, à 54 ans. Paul-Antoine Bohoun Bouabré n'est plus. La Côte d'Ivoire digne est en deuil. Jeune Afrique se croit dans l'obligation de pondre un article pour balancer le scoop (voir texte ci-dessous), sauf qu'il le fait au détriment du professionnalisme, de la vérité et du devoir sacré de respecter la douleur des proches du disparu. Ce que n'a pas manqué de relever Théophile Kouamouo, du Nouveau Courrier, sur sa page Facebook: « L'article de Jeune Afrique sur la mort de Bohoun n'honore pas son auteur. Premièrement, parce que tout le monde sait qu'il n'était pas dans le gouvernement Aké N'Gbo et pas au premier plan pendant la crise postélectorale. Et que c'est la logique folle qui a conduit à l'inculpation de gens comme le fils ou le médecin de Gbagbo qui est à l'oeuvre. Deuxièmement, parce qu'il ne prend même pas le soin de dire "graves crimes supposés". Troisièmement, parce qu'il veut couvrir le fait qu'il est mort sans avoir eu les moyens de se soigner parce que ses biens n'ont même pas été partiellement gelés, mis sous tutelle, pour lui donner les moyens de se soigner. C'est honteux, tout ça ». La prochaine étape sera certainement pour Bohoun Bouabré de servir de bouc émissaire post mortem pour tous les sorciers et diables de la scabreuse « affaire Kieffer ». Condoléances attristées à tous les patriotes ivoiriens !

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L'ancien grand argentier de Laurent Gbagbo est décédé mercredi matin dans un hôpital de Jérusalem à la suite d'une grave insuffisance rénale. Il était recherché par la justice ivoirienne pour des crimes commis pendant la crise postélectorale.

L'ancien ministre ivoirien de l'Économie et des Finances (entre octobre 2000 et décembre 2005) Paul-Antoine Bohoun Bouabré est décédé tôt ce mercredi matin à Jérusalem, en Israël, où il était en attente d'une greffe de reins, a annoncé le site de L'Intelligent d'Abidjan. Une information confirmée à Jeune Afrique par une proche du défunt. Selon elle, celui-ci souffrait d'une insuffisance rénale et avait vu sa santé se dégrader l'été dernier.

Visé par un mandat d'arrêt international émis par la justice ivoirienne pour les graves crimes commis dans le cadre de la crise postélectorale, ce cacique de l'ancien régime de Laurent Gbagbo avait trouvé refuge en Israël. Ancien professeur d'économie à l'Unité de formation et recherches des sciences économiques et de gestion de l'université d'Abidjan, il avait également été ministre d'État chargé du Plan et du Développement.

Émissaires

Après la chute de Laurent Gbagbo, il avait dépêché des émissaires auprès du nouveau pouvoir d'Alassane Ouattara pour négocier le dégel de ses avoirs ou, à défaut, obtenir une prise en charge de l'État. Mais, cette demande lui avait été refusée. Son nom était régulièrement cité dans l'affaire de la disparition à Abidjan en 2004 du journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer.


Baudelaire Mieu, à Abidjan.


mardi, 10 janvier 2012

L'INVESTIGATION ET NOUS, PAR THEOPHILE KOUAMOUO


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La semaine qui vient de s’achever a été une semaine d’émotions assez fortes pour la rédaction de votre quotidien Le Nouveau Courrier. Et pour cause : nous avons été pris, à notre corps défendant, dans le tourbillon de la «résurrection» de l’affaire Kieffer, avec tous les risques que cela comporte. C’est en effet après la publication dans notre quotidien du témoignage d’un homme que nous avons surnommé «Gorge profonde», et qui affirmait être en mesure d’indiquer l’endroit où a été inhumé Guy-André Kieffer il y a plus de sept ans pour avoir été un des éléments du commando rebelle l’ayant assassiné pour le compte des ennemis du pouvoir d’alors, soucieux de l’accabler, que le juge Patrick Ramaël, flanqué d’éléments des Forces républicaines de Côte d’Ivoire, dominées par les ex-rebelles, a «découvert» un squelette. Qui pourrait être, dit-on, celui du journaliste franco-canadien. «Petit» problème : le squelette en question ne se trouve pas sur la route entre Abidjan et Sikensi, mais dans le village de Zega, près d’Issia, à plus de 300 kilomètres d’Abidjan. Que penser de cet incroyable imbroglio ?

- Premièrement, nous ne sommes ni les «amis» ni les «garants» de «Gorge profonde». Si nous avons choisi de publier son témoignage pour le moins troublant, c’est parce que nous avons eu la preuve de ce qu’il était en relation suivie avec à la fois un homme politique ivoirien de premier plan, Jean-Yves Garnault, spécialiste français du renseignement au profil trouble vivant à Abidjan et les services du juge Patrick Ramaël. Il savait depuis le mois de décembre  au moins que Ramaël arriverait le 2 janvier à Abidjan, avait son contact et devait le rencontrer quand il a reçu, finalement, des coups de fil menaçants de «sécurocrates» du régime Ouattara. Au final, nous avons perdu sa trace. Que lui est-il arrivé ? Nous n’en savons rien. Mais tous les éléments qu’il nous a fournis nous ont convaincu de l’utilité de publier son témoignage.

- Deuxièmement, il faut absolument qu’une presse critique «surveille» le travail du juge Ramaël sur ce dossier Guy-André Kieffer. Pour des raisons citoyennes évidentes. Depuis sept ans, ce magistrat a en effet suivi de nombreuses pistes, donc de fausses pistes, en utilisant abondamment les médias, rendant publiques des séries de noms de suspects sans relation les unes avec les autres. Il a, et c’est évident, bafoué les règles de son métier qui lui demandent d’enquêter à charge et à décharge, pour se mettre au service de l’obsession anti-Gbagbo des exécutifs Chirac et Sarkozy. Même en France, les méthodes de Ramaël ne font pas l’unanimité. C’est pour cette raison qu’il a été visé, fin juin, par une enquête administrative sur ses activités. Une procédure «assez rare», indiquait Le Monde en octobre 2010, rappelant que «l’inspection [générale des services judiciaires] est saisie dans les cas les plus graves, insuffisance professionnelle, manquement à la délicatesse, à la probité, à la loyauté, ou plaintes répétées des justiciables». Les nombreuses zones d’ombre qui entourent le dernier épisode de l’affaire Kieffer devraient renforcer les interrogations sur les méthodes et les objectifs de Ramaël. Le squelette supposé du journaliste aurait été localisé par un témoin qui a assisté à son inhumation et vu précisément son visage, au point de le reconnaître sur des photos de presse, sans être membre du commando qui l’a tué et enterré en catimini, donc dans la plus grande discrétion. Curieux. Le témoignage était disponible depuis le temps où Laurent Gbagbo était au pouvoir, et la vérification n’a pas pu se faire, nous dit-on, en raison des entraves de son régime. Pourquoi avoir donc attendu neuf longs mois pour confirmer cette piste ? Pourquoi Ramaël ne s’est-il pas rendu sur les lieux, alors que l’AFP nous indique qu’il est venu «au moins trois fois» en Côte d’Ivoire depuis la prise de pouvoir d’Alassane Ouattara ? Encore plus curieux.

- Troisièmement, si nous ne sommes pas étonnés du peu de cas que fait la presse «internationale» de notre travail, nous sommes surpris de la réaction de certains Ivoiriens qui nous encourageaient au moment où nous étions emprisonnés pour notre travail d’investigation dans le cadre des détournements dans la filière café-cacao, et qui aujourd’hui veulent nous ensevelir sous un torrent d’injures. Nous voudrions leur dire que le journalisme d’investigation, si dangereux en Afrique – il a coûté la vie au Burkinabé Norbert Zongo qui s’était rapproché de trop près, dans ses enquêtes, de la famille de Blaise Compaoré – est dans notre ADN. Depuis que notre équipe, qui s’est déplacée du quotidien Le Temps ancienne formule au Courrier d’Abidjan puis au Nouveau Courrier, existe, nous nous sommes efforcés de bâtir notre crédibilité sur notre capacité à enquêter. Nous avons été les premiers à dévoiler, en 2003, le divorce définitif entre Guillaume Soro et son rival décédé Ibrahim Coulibaly, lié à l’histoire vraie de l’arrestation en France de ce dernier, rendue possible grâce à un «coup de main» de l’actuel Premier ministre, alors en alliance objective – et exclusivement tactique –  avec  le président Gbagbo. L’ONG Global Witness et plusieurs journalistes et analystes se sont fondées sur nos révélations exclusives sur les réseaux de contrebande du cacao ivoirien à travers le Burkina Faso et le Togo, dans lesquels on retrouvait la société française Soeximex et l’actuel ministre Adama Bictogo, pour mener leurs propres enquêtes. En novembre 2004, nous avons été les premiers à solliciter le témoignage du colonel Guiai Bi Poin sur ce qui s’est vraiment passé devant l’Hôtel Ivoire : c’est à la suite de notre interview que Canal + l’a contacté – ce qui a fait sauter Michèle Alliot-Marie au plafond. Par la suite, nous avons été les premiers à relever les incohérences et les mensonges de la version française officielle sur le bombardement de Bouaké. Aujourd’hui, Mediapart et Le Canard Enchaîné, vitrines françaises du journalisme d’investigation, défendent la thèse d’un «complot d’Etat» ourdi à Paris contre Gbagbo, d’une manipulation qui aurait mal tourné. Nous avons été le seul journal à publier le rapport d’expertise sud-africain qui prouve de manière claire que ce sont les soldats français qui ont tué les jeunes Ivoiriens devant l’hôtel Ivoire. Nous avons publié en juin 2010, avant de nombreux journaux français, l’essentiel du mémorandum explosif de Jean Balan, avocat des familles des soldats français tués à Bouaké. Nous avons secoué le cocotier de la filière café-cacao, ce qui nous a valu des persécutions et un emprisonnement. Nous avons publié, le 17 août 2010, une enquête complète sur la mutinerie meurtrière – et étouffée – de la MACA en décembre 2008. Nous avons publié, en exclusivité, le témoignage du général Dogbo Blé sur les tortures qu’il a subies et les derniers mots du président Gbagbo avant son arrachement à la terre ivoirienne. Nous avons donc fait nos preuves par le passé. Nous n’avons pas attendu l’affaire Kieffer. Cela ne coûte rien à personne de nous le reconnaître.


Théophile Kouamouo


Source: LE NOUVEAU COURRIER

EXCLUSIF: L'ARTICLE QUI AURAIT COUTE LA VIE A GUY-ANDRE KIEFFER

Cet article paru le 25 novembre 2002 sur Abidjan.net et repris à l’époque par Fraternité-Matin a été celui qui, pour la première fois, évoquait la spéculation meurtrière d’Armajaro, dont le fils de Dominique Ouattara est aujourd’hui le responsable Afrique.

 

Qui avait intérêt à éliminer Guy-André Kieffer?


Une information transmise le jeudi 24 octobre 2002 en soirée, fait état qu'une société britannique de négoce, récemmentimplantée au Ghana et en Côte d'Ivoire : Armajaro, a remis, ces dernières semaines, une somme importante à un groupe de personnesdans le but d'entreprendre une déstabilisation de la Côte d'Ivoire.

La somme serait au minimum de cinquante millions de dollars américains, soit environ une trentaine de milliards de francs CFA. Cette information, qui a été validée auprès de traders de cacao, desbanquiers internationaux, des financiers et des sources politiques proches des milieux d'affaires américains radicaux, donne uneexplication plausible, très vraisemblable et hautement probable, sur l'origine de la principale source de financement de la rébellionarmée du nord débutée en Septembre 2002.

Cette information met en évidence les objectifs réels poursuivis par les auteurs de ce financement des rebelles dirigé par SoroGuillaume et très proche d’Alassane Ouattara ; elle permet d'expliquer en partie, de comprendre et de relier toute une série d'évènementsqui ont marqué depuis plusieurs mois la vie économique de la Côte d'Ivoire et notamment dans le secteur clé du cacao.

Armajaro et AIG Fund: les financiers de la déstabilisation

Armajaro : cette société de négoce, dont les bureaux sont à Londres, mais dont le siège social est basé dans un paradis fiscal – lesîles Vierges britanniques– est dirigée par Anthony Ward. L'an passé, ce négociant britannique a été l'un des principaux fournisseursde cacao du groupe agroalimentaire américain ADM, une société présente en Côte d'Ivoire dont les intérêts sont très étroitementliés à ceux de Sifca, Sifca Coop et d'Anaproci Sa.

Armajaro dispose d'un agrément d'exportation de cacao en Côte d'Ivoire depuis peu de temps

Anthony Ward
La filiale ivoirienne d'Armajaro est associée avec Daniel Usher qui est un proche de Georges Ouegnin, lui-même ayant été l'interface entre Anthony Ward et Houphouët-Boigny lors de la guerre du cacao en 1988-1991. Daniel Usher est également très proche d'Ali Anjani, un trader de sucre, proche de Victor Nembelissini qui assurait, à l'époque où il travaillait à Equator Bank ses financements. Daniel Usher et Victor Nembelissini sont très proches d'Alassane Ouattara et d'Yves Lamblin, même si les relations entre les deux hommes sont marquées par un violent antagonisme. Au Ghana, Armajaro est dirigé par Steven White, un financier britannique expert de la gestion des fonds d'investissement spécialistes des matières premières sur les marchés à terme ainsi que des montages financiers mettant en jeu des sociétés financières off-shore.

L'essentiel des financements destinés aux rebelles auraient transité par la branche ghanéenne d'Armajaro. Plusieurs transferts defonds en provenance de Londres, de l'ordre de 1,250 million de dollars (820 millions de francs CFA) à chaque fois, ont été identifiéspar les Services spécialisés, ces dernières semaines. Certains de ces transferts en liquide ont été opérés et convoyés entreLondres et Accra par Monsieur Maignan, un homme d'affaires français qui, dans un passé récent, était l'homme de confiance pour lesopérations financières de plusieurs dirigeants du PDCI.

Armajaro a été fondée par les anciens de Phibro (Philip Brothers), il y a cinqans. Armajaro, durant ces quatre dernières années, a été impliquée à plusieurs reprises dans des « étranglements de marché » sur le marché à terme de Londres en association avec plusieurs fonds de pensions (AIG Fund,Tiger Fund du financier américain GeorgesSoros un proche de Victor Nembelissini et d'Alassane Ouattara, African Managment Fund, un fond d'investissement diversifiéopéré en partie par la banque sud-africaine Absa, dirigé par Paul Martin, un ami de Frank Kennedy d'Equator Bank et de VictorNembelissini). Anthony Ward est le conseiller cacao de Mama Ndyaye d'AIG Fund.

Les fondateurs d'Armajaro ne sont pas des inconnus en Côte d'Ivoire

Ils ont été des acteurs majeurs de la guerre du cacao en 1990. A cette époque, pour limiter la sortie de cacao de Côte d'Ivoire,Anthony Ward et Derek Chambers n'avaient pas hésité à financer des troubles en pays Krou. Anthony Ward ainsi que Derek Chambers disposent d'un réseau importantde relations dans le monde politique ivoirien, notamment au PDCI, ainsi que des attaches avec plusieurs responsables du RDR.

Ces liens étroits se sont noués lors de la guerre du cacao et se sont renforcés avec le règlement du dossier cacao qui opposait la Côte d'Ivoire à Phibro au début des années quatrevingt-dix. Les deux hommes entretiennent d'étroites relations avec Georges Ouegnin,qui a été leur go-between avec les autorités politiques ivoiriennes de l'époque, et avec Daniel Usher, qu'ils ont financés (SICC) etavec lequel Anthony Ward s'est associé en début d'année pour installer Amajaro en Côte d'Ivoire.

Quelques années auparavant, ces mêmes traders, dans la même structure (Phibro) avaient activement participé au montage du volet financier du coup d'état contre Salvador Allende au Chili. Cette participation, couplée aux positions de Phibro sur les marchés à terme du cuivre de Londres(LME) et de New York (Comex), avait permis à ces traders d'engranger une plus-value estimée à 14 milliards de dollars américains.Avant d'être trader chez Phibro, Anthony Ward a appartenu au MI 5, le service secret britannique.

Mobutu Sese Seko
Mobutu Sese Seko ex président du Zaïre
Certains des ex-traders métaux de Phibro ont été, à une époque récente, lourdement impliqués dans des opérations de déstabilisation dans l'ex-Zaïre, notamment pour le contrôle de la production de coltran, un alliage métallique stratégique. Cette participation a été mise en évidence dans un rapport des Nations-Unies sur le pillage des richesses minières du Congo démocratique. (Voir aussi "Du Zaïre De Mobutu Au Congo De Kabila"). Une partie des financements pour ces opérations a transité par les banques sud-africaines Absa et Equator. Plusrécemment des membres de cette équipe de traders, dont certains ont rejoint le broker américain Refco, en association avec AIGFund, ont participé à deux tentatives de déstabilisation du Président Hugo Chavez du Venezuela. Le motif étant, cette fois, le
pétrole.

AIG Fund: Ce fonds d'investissement de droit américain basé à New York, spécialiste des placements sur les marchés à terme dematières premières, est une filiale du premier assureur américain, AIG. Sa branche « fonds d'investissement » sur les marchés dematières premières est dirigée par le sénégalais Mama Ndyaye. Cet homme est très lié aux familles Diouf, (actionnaire indirect dugroupe de négoce américain ADM, premier utilisateur mondial de cacao) et Wade, ainsi qu'à plusieurs personnalités ivoiriennes dont l'actuel directeur de la CAA, Victor Nembelissini, un proche d'Alassane Ouattara.

C'est également un proche d'Yves Lamblin, le président du groupe Sifca, un groupe agroalimentaire ivoirien très endetté (130 milliardsde francs CFA, après intégration de la totalité des dettes des filiales), proche de la cessation de paiement. Mama Ndyaye est également un proche dubanquier français Jean-Luc Lecorre, directeur d'African Merchant Bank, principal créancier de Sifca, et membre actif du Club Jean Jaurès.

Ces trois dernières années, AIG Fund a participé en association avec Armajaro, à plusieurs opérations de déstabilisation surles marchés à terme du cacao de New York et de Londres. A la veille des attentats du Word Trade Center en septembre 2001, AIG Fund contrôlait plus de 150.000 tonnes de cacao en filière sur les marchés à terme. Ce cacao a été transféré à Armajaro entre novembre et décembre 2001. L'attentat du World Trade Center ainsi que la chute du marché des actions depuis près d'un an ont entraîné detrès lourdes pertes pour AIG Fund qui cherche depuis à rattraper ces moins-values par une participation intense sur les marchés à termedu cacao.

Le mécanisme de financement des rebelles

Selon une source américaine, confirmée par des informations concordantes en provenance des mondes du négoce, de la financeet de sources internes aux milieux radicaux américains, Armajaro a fait parvenir aux différents acteurs de la rébellion une somme del'ordre de 50 millions de dollars américains, soit 35 milliards de francs CFA.

Ce montant est corroboré par des informations qui sontremontées au Renseignement militaire ivoirien, ainsi qu'aux services maliens. Armajaro et ses associés dans l'opération disposentdes moyens financiers et des motifs suffisants pour lancer une opération de déstabilisation majeure dont la principale victime estl'Etat de Côte d'Ivoire. Le mécanisme s'est peu à peu mis en place, et ce, à partir de la fin novembre 2001.

Une mécanique infernale

Armajaro
A l'origine de l'opération, il s'agit essentiellement d'une opération financière à très haute rentabilité, dont l'objectif final n'était pasune déstabilisation de la Côte d'Ivoire, mais l'obtention d'un gain considérable sur les marchés à terme du cacao et sur la reventedes stocks de cacao physique entreposés dans les ports européens. La nécessité d'une déstabilisation de la Côte d'Ivoire s'est imposée,à partir de juillet, lorsqu'il est apparu évident aux initiateurs de l'opération cacao, Armajaro et AIG Fund, que la gestion de leurspositions sur les marchés à terme du cacao, à partir de la fin juin, nécessitait un passage à une dimension supérieure pour sauvegarde run gain potentiel s'inscrivant dans une fourchette de 500 à 800 millions de dollars américains, soit 280 à 450 milliards de francs
CFA.

La nécessité d'une déstabilisation s'est avérée indispensable après que l'enterrement de la réforme cacao en Côte d'Ivoire soitdevenu un fait acquis alors que la botanique et les prévisions de récolte sur la campagne principale 2002/2003 ont déjoué en partie les résultats escomptés par l'échec de la réforme de la filière cacao en Côte d'Ivoire. En juillet les anticipations laissaient présager une bonne récolte principale 2002/2003 (980.000 à 1 million tonnes). Cette prévision s'appuyait sur un usage en forte hausse des engrais et des produits phytosanitaires dans les plantations de cacao par les planteurs lié à une amélioration sensible du revenu paysan.

La chronologie

L'opération Amajaro débute en novembre dernier avec le transfert à Armajaro de la quasitotalité de la position cacao d'AIG Fund. Le reliquat est transféré à ADM Etats-Unis. A partir de ce moment, Armajaro achète sur le marché à terme près de 650.000 tonnes de cacao-papier et constitue un stock de 210.000 tonnes, soit 5% de l'offre mondiale de cacao. Acheté entre 750 et 900 livres la tonne, cette position cacao est valorisée à plus de 1.400 livres la tonne, soit un gain de … 85% à la fin juin 2002. L'envol des cours sur le marché à terme a poussé les utilisateurs de cacao, les broyeurs, à réduire  considérablement leur taux de couverture (stock).

Ils abordent la pleine saison (octobre-décembre 2002) avec des stocks à minima. Pour obtenir une valorisation maximum des stocks, qui ont été bloqués par Armajaro jusqu'à la fin novembre afin de réduire les coûts de stockage, il faut que le cacao ivoirien de la nouvelle récolte arrive le plus tard possible sur le marché international. Ce retard doit permettre à Amajaro de réaliser une plus-value de 500 à 800 millions de dollars américains.

Les obstacles à lever

Patrick Achi
Patrick Achi, ex delegué général du Cacao
Pour parvenir à cette fin, Armajaro et AIG Fund ont opéré en plusieurs étapes. Dès novembre dernier, puis en décembre, Anthony Ward estime que la réforme cacao en Côte d'Ivoire est un obstacle majeur à son opération sur le marché à terme. Il s'agit de faire capoter la réforme. Pour arriver à cette fin, trois axes d'intervention seront retenus : Un axe institutionnel via un intense lobbying auprès de la Banque Mondiale et surtout auprès du FMI, qui en théorie n'a pas de compétence en matière agricole et d'organisation de filière.

Un axe « politique » avec des interventions soutenues par divers relais auprès du ministre des Finances ivoirien Bohoun Bouabré et ses collaborateurs, via Victor Nembelissini. Deux axes secondaires  d'intervention sont également retenus pour « casser la réforme» avec pour relais Patrick Achi, ex-délégué général au cacao sous le régime Guei et Emile Boga Doudou dont la fonction implicite est de convaincre l'épouse du Président, Simone Gbagbo, que la réforme de la filière cacao telle qu'elle est organisée va à l'encontredes intérêts des notables FPI dans sa zone d'influence (partie du pays Akan) . Un relais secondaire passe également par l'ex-Premier ministre du général Guei, Seydou Diarra. Ce dernier va intervenir via ses « petits », Patrick Achi et Edouard Messou.

Un axe local par le biais de relais locaux dans la filière ivoirienne du cacao tel que l'Anaproci d'Henri Amouzou, Sifca d'Yves Lamblin, l'UNOC de Jacques Mangoua et des banquiers du cacao, tel que Jean-Luc Lecorre d' AMB-BIAO. Cette action s'appuie également sur des personnes disposant d'un accès direct au couple présidentiel tel que Guy-Alain Gauze, ex-ministre PDCI des Matières premières, ou Illa Donwahi, P-D-G de Delbau,franc-tireur de la filière cacao.

Une réunion est organisée à Paris entre des représentants de Refco Etats-Unis (Chicago, New York), d'Amajaro et de André Souhma d'ACE. A ces deux réunions participent pour le ministère ivoirien de l'Economie et des Finances, Oussou Kouassi, tandis que Bohoun Bouabré, reçoit la visite de l'équipe de Refco à son hôtel, le Marriott de Neuilly. Le principe de l'arrêt de la réforme de la filière cacao, donc des ventes à terme, est arrêté dès ce moment. Cette décision est prise unilatéralement par le ministre des Finances sans en référer ni au Président, ni au Premier ministre. Cette décision est habillée pour la partie ivoirienne par la transformation de la CAA en une banque de développement destinée à financer les coopératives de producteurs et à fournir à ces derniers une assurance garantie prix bord champs.

L'éviction, en février, du ministre de l'Agriculture de l'époque, Alphonse Douati, puis son remplacement par un proche de l'Anaproci, rend possible l'avancement du plan initié par Armajaro et AIG Fund : une désorganisation de la filière cacao.

Systématiquement, les propositions en provenance de la Primature sont combattues. La mise en place des institutions nécessaires à la mise en place de la réforme sont différées et lorsqu'elles parviennent à être installées, leur contenu est dénaturés à l'exemple du FRC. Parallèlement, Victor Nembelissini, qui, jusqu'en septembre 2001, alors qu'il se trouvait aux Etats-Unis, était l'un des plus virulent critique de la politique économique ivoirienne totalement en phase avec les attaques d'Alassane Ouattara où il vilipendait la gestion FPI, arrive à la tête de la CAA. Il découvre tout l'intérêt que sa structure, la CAA, peut tirer de la mise à mal de la réforme de la filière cacao et d'une participation active à l'opération lancée par Armajaro. Il prend langue dès lors avec Paul Martin d'Absa et propose des financements, de fait à fonds perdus, à Sifca Coop et à ses satellites.

En proposant un système de garantie de prix articulé sur le marché des options cacao et en prenant des positions identiques à celles prises par Anthony Ward via Refco Etats-Unis, la CAA est en mesure de se renflouer en partie en s'appuyant sur le réseau Sifca Coop d'Henri Amouzou et sur le couple Sifca-ADM d'Yves Lamblin ainsi que Mimran/Diouf, actionnaires d'ADM.

Henri Amouzou
Pour réaliser cet objectif, il est nécessaire que le prix du cacao en Côte d'ivoire soit libre et qu'une réforme reposant sur des ventes à terme qui garantissent la transparence des prix soit abandonnée. Pour obtenir un appui des planteurs pour cette option, Victor Nembelissini n'hésite pas à leur faire miroiter un quasi-monopole dans la commercialisation intérieure du cacao.

L'Anaproci, le FDPCC, Henri Amouzou et San Kouao mordent à l'hameçon, sans forcement en deviner les enjeux réels. Des éléments concordants laissent à penser que la CAA, via des fonds off-shore contrôlés par la banque sud-africaine Absa, a pris des positions sur le marché des options cacao. Ces achats d'options sur des niveaux définis par Refco et AIG Fund donnaient la certitude à la CAA de n'avoir rien à rembourser aux planteurs en raison d'un prix garanti bord champs relativement bas (650 francs cfa du kilo).

En revanche, la CAA était assurée de conserver à son profit la totalité des gains occasionnés par ses positions sur le marché des options cacao. Cette construction donne lieu à de multiples rencontres à New York entre Bouhoun Bouabre, Zohore, Victor Nembelissini, Refco Chicago, ACE d'André Souhma. Cette construction est renforcée par le choix « d'experts » complaisants de la Banque mondiale, violement opposés au principe d'une commercialisation intérieure et extérieure ordonnée du cacao par la Côte d'Ivoire. Parallèlement, Anthony Ward et une partie du staff dirigeant d'Amajaro multiplient les rencontres avec Henri Amouzou du FDPCC, Anaproci et Sifca Coop pour finaliser un circuit privilégié d'approvisionnement et les convaincre que la réforme de la filière cacao doit s'arrêter.

Le passage à la déstabilisation de l'Etat Logiquement, l'opération financière Amarajo aurait du s'arrêter à ce niveau. Mais la botanique est venue déjouer en partie ce plan. Dès la fin juin 2002, il est apparu évident que la récolte principale ivoirienne serait au moins égale à la précédente, si ce n'est supérieur en raison d'une forte augmentation de l'usage des engrais entraîné par la hausse des cours du cacao.

Dans ce contexte, le portage par Armajaro et AIG Fund sur les marchés à terme d'une position de 650.000 tonnes devenait aléatoire et les espoirs d'un gain mirifique (500 à 800 millions de dollars) s'éloignaient si le cacao ivoirien sortait en temps et heure à partir d'octobre. Dès la mi juillet, Armajaro, en interne, évoquait la possibilité de dégager une somme de l'ordre de 50 à 80 millions de dollars pour « tenir le marché ». Dès cette époque, plusieurs traders, et encore récemment Sucden, estimaient plus que probable qu'Armajaro pour « sauver » 500 millions de dollars « n'hésiterait pas à entreprendre un coup ».

La révolte des «mutins»

Les réseaux d'Anthony Ward et de Mama Ndyaye ont été mis en action afin d'identifier un terreau fertile à une forte perturbation des sorties de cacao de Côte d'Ivoire (comme déjà expérimenté avec le peuple Krou dans les années 90). L'existence de déserteurs de l'armée ivoirienne au Burkina Faso, au Ghana et au Mali, doublée d'un mécontentement latent des populations du nord de la Côte d'Ivoire à l'encontre du pouvoir central, a servi de cadre à l'opération. Dès lors, un habillage politique (RDR) et revendicatif (MPCI) a pu être utilisé pour masquer les buts purement financiers poursuivis par Armajaro, AIG Fund et la CAA.

Il est d'ailleurs à noter que dès la première semaine, les mutins ont abandonné de fait l'objectif d'une descente vers Abidjan pour se redéployer vers les zones de la boucle cacao et entraîner les perturbations que l'on sait dans la collecte du cacao dans la boucle principale. Ce redéploiement
a eu pour effet de pratiquement assécher les sorties de fèves sur San Pedro (15.000 tonnes semaine, soit trois fois moins que la normale en pareille période). Par voie de conséquence, les cours du cacao se maintiennent au-delà des 1.400 livres la tonne.

Surtout, les stocks de fèves aux mains d'Armajaro sont valorisés à leur maximum par les achats de broyeurs en mal de fèves pour la préparation des fêtes de Noël et de fin d'année. C'est ainsi qu'un investissement de 50 millions de dollars génère une plus value de l'ordre de 500 à 800 millions de dollars américains.

En conclusion Si le gain est considérable – de 500 à 800 millions de dollars -, l'investissement consentit par Armajaro et AIG Fund est à la hauteur des gains à réaliser. Entre les coûts d'entrée sur le marché, le stockage, les appels de marges sur les marchés à terme et les financements divers, la mise initiale est de l'ordre de 2 à 2,5 milliards de dollars, soit 1.300 milliards de francs cfa. L'ampleur de la mise impose à ces promoteurs, une obligation de résultats.

Peu importe qu'un Etat soit durablement déstabilisé, - il faut se souvenir que le Chili a mis cinq ans pour se remettre d'une crise d'une année -.L'opération initiée par Armajaro et AIG Fund est trop avancée pour être arrêtée. On comprend mieux les très violentes attaques lancées contre la réforme de la filière cacao et contre les personnalités qui la défendent. On comprend également les menaces répétées dont ont fait l'objet les rares personnes capables de décrypter l'opération en cours. Ce genre de manipulation, contrairement à ce que l'on pourrait penser, ne nécessite qu'un nombre très réduit de personnes partageant le secret.

Bohoun Bouabré
Au plus une dizaine de personnes chez Armajaro, AIG Fund, Refco, disposent des éléments complets du puzzle. Il est évident également qu'au niveau ivoirien, Victor Nembelissini a disposé de la quasi totalité des cartes et des enjeux. D'ailleurs, il avait prévu un départ définitif pour les Etats-Unis à la fin décembre de cette année. Pour le reste, des bribes d'informations sur l'enjeu réel ont dû être diffusées à un certain nombre d'acteurs ivoiriens, qui ont été « rémunérés » en miettes mais qui ne disposaient pas de la finalité réelle de l'opération.

Ainsi, il est probable, sans toutefois en avoir la certitude, que le ministre des Finances, Bohoun Bouabré a été impliqué dans l'opération sur la base de son âpreté au gain, mais la technicité de l'opération exclut qu'il ait été mis dans la totalité du secret. De même, son directeur de cabinet est impliqué à la marge.

Il est évident qu'Henri Amouzou a plus été utilisé dans cette opération, il en est de même pour l'Anaproci qui a eu un rôle d'élément déstabilisateur, mais qui n'ont pas perçu la totalité des enjeux en cause. En revanche, il est a peu près certain qu'ADM, du moins les actionnaires reliés à la famille Diouf et Mimran, ainsi qu'Yves Lamblin et son banquier African Merchant Bank ( Jean-Luc Lecorre) ont été « initiés » à des degrés qui restent à définir. Les acteurs « politiques » proches du PDCI ou du RDR ne paraissent pas être des acteurs directs de cette déstabilisation de la Côte d'Ivoire.

Ils ont agit plus par opportunisme en fonction des circonstances que comme des maîtres d'oeuvre de l'opération. Les mutins, du moins pour les hommes impliqués dans les opérations sur le terrain en Côte d'Ivoire, paraissent ne pas avoir disposé de la totalité des cartes et semblent plus avoir été manipulés qu'être des acteurs concepteurs. Ils ont profité d'une opportunité importante de financement sans trop s'inquiéter ou s'interroger sur l'origine réelle des fonds dont ils disposaient. Néanmoins, les initiateurs de l'opération ont joué indirectement sur un terreau favorable et ont tout a été fait pour les mettre en avant de telle manière que l'arbre masque la forêt.

La subtilité de l'opération montée par Armajaro et AIG Fund est telle que les acteurs et les appuis indirects ont disposé dès le début de l'opération en décembre d'une marge d'autonomie considérable. Elle a été d'autant plus grande que leurs actions sur le terrain ivoirien entraient parfaitement en phase avec les objectifs financiers poursuivis par Armajaro et AIG Fund.

Il est aussi évident que des gouvernements étrangers et notamment une frange de l'Administration américaine a été mise au courant d'une partie de l'opération. Il suffit de savoir que lors des opérations précédentes de déstabilisation d'un Etat, AIG Fund a demandé un blanc-seing et a présenté, une partie de ses objectifs, à l'Administration américaine. Selon la même source, l'Ambassadeur de France en Côte d'Ivoire a été partiellement informé du volet financier de cette opération en début de semaine passée.



Guy André Kieffer


Source: CAMEROON VOICE


LA CPI VERS UN CONSTAT: GBAGBO N'EST PAS UN CHEF DE GUERRE

 

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Laurent Gbagbo n’est pas un chef de guerre qui se serait enrichi de façon immense et illégale ; c’est ce qu’on peut retenir de la décision de la Cpi de le déclarer «indigent» et de payer ses avocats. Paradoxe des paradoxes. Qui traduit la vérité des vérités. Alors que le pouvoir Ouattara, pour se débarrasser d’un adversaire de poigne, Laurent Gbagbo, l’accuse de crimes économiques et ses partisans du Rhdp, d’avoir pillé son pays pendant dix ans, la Cour pénale internationale (Cpi) vient d’apporter une sorte de démenti planétaire. En reconnaissant, après cinq semaines d’enquête à travers le monde, l’ancien Président ivoirien, renversé le 11 avril 2011, comme «indigent», au point de s`engager à prendre à sa charge ses frais judiciaires, la Cpi inflige un désaveu au couple Sarkozy-Ouattara.

La décision rendue par le greffier Esteban Peralta Losilla le 28 décembre 2011 est claire : Gbagbo ne «dispose pas de ressources suffisantes pour prendre en charge tout ou partie des coûts de sa représentation légale devant la cour». Il s’agit de «la rémunération d`un avocat, d`un assistant juridique et d`un gestionnaire de dossier ainsi que le remboursement des frais engagés par la défense de Laurent Gbagbo à hauteur de 76.000 euros». Laurent Gbagbo, intègre, rigoureux avec lui-même, a toujours clamé qu’il n’a ni comptes bancaires dans les paradis fiscaux ou ailleurs, ni biens immobiliers à l’étranger. La Cpi en qui Ouattara et son clan ont placé leur entière confiance pour corriger cet adversaire, vient de confirmer qu’elle n’a effectivement rien découvert qui appartienne à Gbagbo.

Et cette réalité devrait faire dire ou écrire ses détracteurs et leurs porte-voix «Or, Gbagbo n’avait donc rien volé !» au lieu de se demander «où il a caché ses milliards». Gbagbo n’est pas un chef de guerre. Qui se serait enrichi illégalement comme Guillaume Soro qui, pendant dix ans, exploite au moyen son ex-rébellion, les ressources de la moitié Nord de la Côte d’Ivoire sans avoir à rendre compte. Gbagbo n’a pas d’argent. C’est la Cpi qui le dit. Il n’en a pas au point de se trouver incapable de payer les frais de ses avocats. C’est la Cpi qui fait le constat. En prenant le pouvoir en 2000, le Président Laurent Gbagbo a voulu établir une République moderne, avec les réflexions de la bonne gouvernance. C’est ce que ne veulent pas les acteurs et les parrains de l’ex-rébellion des Forces nouvelles (pêcheurs en eau trouble) qui, en 2002, après seulement deux ans de gouvernance de la Refondation, a rendu le pays ingouvernable.

De janvier 2003 au 28 novembre 2011, les gouvernements sous lui étaient dominés par ses adversaires, les membres de l’ex-rébellion et ses alliés du G7(coalition d’ex-rebelles opposée à la République depuis la table ronde de Linas-Marcoucis) et plus tard, Rhdp. Qui pillaient avec frénésie leurs départements, parce que bénéficiant d’un parapluie atomique : l’Accord de Linas-Marcourcis. Cet Accord imposé par la France chiraquienne, était un permis de pillage systématique de l’économie ivoirienne par ces ministres, sans être inquiétés. Le Président de la République n’avait pas la latitude de démettre définitivement un membre du gouvernement coupable de fait répréhensible.

Mais malgré ce laisser-aller autorisé par la communauté internationale, Laurent Gbagbo est demeuré dans sa ligne d’intégrité. Il n’a pas multiplié comptes bancaires et réalisations dans les pays de la sous-région ou en Occident. La preuve supplémentaire de cette orthodoxie vient d’être apportée par la Cour pénale internationale. Contrairement à ses adversaires, chefs de guerre, Laurent Gbagbo n’a pas accumulé de richesses illégales. Il est même «indigent». Un bon début de démontage méthodique des chefs d’accusation bidon qui le frappent. Car un homme qui propose un recomptage des voix là où d’autres exigent et obtiennent la guerre, les bombardements pour régler un conflit postélectoral, ne peut être un chef de guerre.


Germain Séhoué


Source: LE TEMPS

lundi, 09 janvier 2012

DECOUVERTE PRESUMEE DES OSSEMENTS DE KIEFFER: LE GROSSIER MONTAGE DU REGIME OUATTARA ET DE LA FRANCE

 

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Où va-t-on dans l’affaire Kieffer ? Depuis 7 ans, le juge français Patrick Ramaël court et se laisse mener en bateau. Le dernier rebondissement dans cette affaire politico-mafieuse, c’est l’annonce de la découverte «spectaculaire» des restes du journaliste franco-canadien, Guy André Kieffer, à Issia, à 400 km d’Abidjan, au centre-ouest de la Côte d’Ivoire. Après avoir, depuis 2004, bêché les terres de la forêt et les sites aux alentours d’Abidjan, un mystérieux témoin, sorti une fois encore d’on ne sait où, a filé la piste d’un campement baoulé de Yaokro, dans la sous-préfecture de Saïoua, dans le département d’Issia. C’est là, dans la broussaille, que, selon le juge Patrick Ramaël, le squelette de Kieffer a été découvert.

Sauf que, dans cette affaire, l’opération s’est faite selon une procédure aux antipodes des règles administratives traditionnelles en vigueur. En effet, l’opération d’exhumation des restes de Kieffer a été menée en catimini. Selon nos informations, le juge français a été accompagné à Yaokro par un détachement de soldats de l’Onuci et des Frci. L’exhumation a été faite par les jeunes du village avec qui les soldats de l’Onuci ont, auparavant, pris part à un match de football. De bonnes sources, ni le maire de Saïoua, ni le sous-préfet de Saïoua, dont dépend Yaokro, ni le préfet du département d’Issia, ni le préfet de l’ex-région du Haut Sassandra installé à Daloa, ni le procureur du tribunal de Daloa, qui a autorité sur Issia, ni la gendarmerie n’ont été associés à cette opération d’exhumation. Ce qui montre son caractère mafieux. Pourquoi les représentants légaux de l’Etat de Côte d’Ivoire, dans cette partie de la Côte d’Ivoire, n’ont pas été associés à l’opération ? L’exhumation devait, à tout le moins, se faire en leur présence, vu l’intérêt médiatique et politique que Paris et Ouattara donnent à cette affaire. Pour n’avoir pas observé cette démarche administrative, l’on est en droit de douter de la véracité de cette découverte.

Les restes de Kieffer ont-ils été déportés ?

Oui, on peut le dire sans risque de se tromper qu’il y a un gros doute sur cette découverte. Pourquoi ? Notre confrère Le Nouveau Courrier, dans sa parution de samedi, a rendu publics les propos de Bernard Kieffer, le frère de Guy-André. Celui-ci a affirmé que c’est «sur la foi d’informations qu’il a obtenues voilà quelque temps» que le juge français s’est rendu à Saïoua. Toujours selon Bernard Kieffer, «le juge n’avait pu aller vérifier le témoignage sur l’emplacement du squelette, car c’était en pleine zone contrôlée par le camp Gbagbo».

La première information qu’on peut tirer de cette affirmation du frère de Kieffer pour justifier - maladroitement du reste - la découverte d’Issia, est que le juge Ramaël disposait de cette information depuis longtemps, du temps de la présidence du président Laurent Gbagbo.

La deuxième information est que le juge français aurait refusé de s’y rendre parce que la zone d’Issia se trouve dans une zone contrôlée par le camp Gbagbo. L’analyse à faire, à ce niveau, c’est que le juge Ramaël a de tout temps collaboré avec les autorités de la Côte d’Ivoire de l’époque. Le procureur de la République d’alors, Tchimou Raymond, a été toujours à sa disposition. L’homme de loi avait même, à sa demande, pu interroger le ministre d’Etat, ministre du Plan et du Développement du gouvernement Gbagbo, Paul Antoine Bohoun Bouabré, Simone Gbagbo, l’épouse du chef de l’Etat, des militaires et gendarmes cités dans l’affaire, des proches conseillers de Laurent Gbagbo dont Bertin Kadet, mais aussi Michel Légré, ami et confident de Guy-André. Le juge Ramaël et son équipe ont eu à effectuer ici à Abidjan, des fouilles dans la forêt du Banco, sur l’autoroute du Nord et dans bien d’autres endroits du Sud, fief de Laurent Gbagbo. Ils n’ont jamais été inquiétés. Pourquoi Ramaël n’a pas demandé aux autorités la permission de se rendre à Issia ? Si un refus lui était opposé, l’armée française est bien présente sur le territoire ivoirien. L’Onuci aussi. Tout ce monde aurait pu l’accompagner là où il voulait pour la manifestation de la vérité. Mais, il a préféré se taire alors qu’il possédait cette information capitale. C’est tout simplement suspect. Et cela sent la manipulation politique.

Cela va faire bientôt 9 mois que Ouattara est parvenu au pouvoir. Le juge Ramaël était pourtant à Abidjan en novembre dernier. C'est-à-dire 8 mois après l’arrivée d’un régime favorable à Paris. Pour autant, il ne s’est pas rendu à Issia alors qu’il disposait déjà de cette information, selon le frère de la victime. Il a fallu son dernier voyage à Abidjan où il a été accueilli par un témoignage rapporté par un confrère et accablant un proche de Ouattara, pour sortir subitement, avec fracas, la piste «gagnante» d’Issia. Tout ça renforce le doute et le sentiment de manipulation politique.

Campagne médiatique contre test génétique

Ce sentiment de manipulation est d’autant plus probant que la campagne médiatique qui a été orchestrée autour de cette découverte de squelette présenté comme celui de Guy-André Kieffer est spectaculaire. En effet, dès l’annonce de cette découverte par les services de Patrick Ramaël, la presse française fait défiler d’abord des bandes déroulantes pour donner l’information. Ensuite, des plateaux sont vite organisés pour confirmer l’information.

Selon des informations, une équipe de la presse internationale a même été convoyée, vendredi en début de soirée, pour accueillir, au niveau du corridor de Gesco, la délégation du juge Ramaël avec le supposé squelette de Kieffer. Au même moment, le même juge fait circuler l’information selon laquelle un test génétique sera fait dans la célérité pour dire si c’est vraiment Kieffer ou pas. Alors question : pourquoi faire tant de bruit si on n’est pas sûr que c’est le squelette de Kieffer ? Selon un observateur, s’ils font tant de bruit, c’est parce qu’ils sont convaincus que c’est le squelette de Kieffer. Dans ce cas, toujours selon notre observateur, ils ont transporté le squelette d’Abidjan à Issia pour accuser le ministre Bohoun Bouabré et attester que c’est le camp Gbagbo qui a tué le journaliste. Autre question : le ministre Bohoun est-il devenu subitement «bête, écervelé» pour oser tuer quelqu’un à Abidjan, transporter son corps dans sa région d’origine et le faire enterrer à quelques encablures de son village? Tout cela sent un grossier montage de Paris et du pouvoir d’Abidjan.



Coulibaly Zié Oumar


Source: NOTRE VOIE

SQUELETTE SUPPOSE DE KIEFFER: LES ZONES D'OMBRE D'UNE ETRANGE «DECOUVERTE»


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En début d’après midi d’hier, les médias occidentaux principalement reprenaient en boucle une information selon laquelle le squelette du journaliste Guy-André Kieffer aurait été retrouvé. Là où les choses semblent intriguer, c’est le lieu où ces restes ont pu être découverts. Un autre scénario «parisien» de l’affaire Guy-André Kieffer ! Hier, les chaines françaises d’informations passaient en boucle l’information au sujet d’un squelette découvert à Issia et qui se trouverait être celui du journaliste franco-canadien. Si l’annonce de la probable découverte (puisque non encore confirmée par des analyses ADN) du squelette du franco-canadien demeure une avancée spectaculaire dans le dossier, cette découverte présente néanmoins des zones d’ombre qui suscitent plusieurs interrogations. Jusqu’à présent, rien, absolument rien, ne semblait guider le juge Ramaël vers une piste liée à Issia, une ville située à près de 400 kilomètres d’Abidjan. C’est dans cette localité que curieusement les restes de Kieffer auraient été découverts comme par enchantement. Et coïncidence pour coïncidence, Issia est la localité d’origine du ministre Paul-Antoine Bohoun Bouabré dont le nom a longtemps été cité par les médias français dans la short-list des «coupables idéaux» dans l’enlèvement du journaliste franco-canadien.

Il reste que l’affaire Guy-André Kieffer rebondit spectaculairement après l’entrée en scène d’un ex-rebelle qui s’est présenté comme l’un des coauteurs du crime, perpétré selon ses dires «sur commande» d’un homme du clan Ouattara, en première ligne dans la filière cacao. Un des objectifs est d’incriminer le camp Gbagbo. Dans un témoignage diffusé par Le Nouveau Courrier, cet informateur que nous avons surnommé «Gorge profonde» donnait des détails trop troublants pour être rejetés du revers de la main. Notre rédaction n’a pas été sa première confidente. Avant de nous parler, «Gorge profonde» s’est d’abord confié à un homme politique ivoirien de premier plan dont nous taisons pour l’instant l’identité. Ce dernier l’a, selon ses dires, alors dirigé vers un professionnel français du renseignement : Jean-Yves Garnault. Cet homme au profil trouble, manifestement lié aux services secrets français, exécutant des missions de l’ombre de la Mitterrandie à la fin des années 1990 en France, a travaillé pour le président Gbagbo, notamment dans le domaine délicat des écoutes téléphoniques. Très vite soupçonné de déloyauté, il a été progressivement écarté après le début de la guerre le 19 septembre 2002, mais a réussi à garder son bureau à l’immeuble MUPOSTEL, où il jouait les électrons libres – alimentant notamment Guy-André Kieffer et un certain nombre de journalistes de la presse internationale en «informations» hostiles à son patron officiel. Rallié officiellement à Ouattara durant la guerre post-électorale, il est dans le sillage du nouveau pouvoir, et plus que jamais au service de la France officielle.

Tout sur le rôle de l’étrange Jean-Yves Garnault, figure française du renseignement à Abidjan

C’est Jean-Yves Garnault qui recueille le témoignage de «Gorge profonde», le met en relation avec les services du juge Patrick Ramaël et recueille ce que l’ex-rebelle présente comme des affaires arrachées à Guy-André Kieffer avant sa mort, 72 heures avant l’arrivée à Abidjan de Patrick Ramaël, et qui pourraient servir à confirmer le sérieux de ses propos. Contacté par Le Nouveau Courrier à travers le numéro de téléphone fourni par… «Gorge profonde», Jean-Yves Garnault affirme d’emblée ne rien savoir de l’affaire. Par la suite, il nous rappelle pour savoir jusqu’à quel point nous sommes informés. Le lendemain de la parution de notre premier article, il nous appelle pour confirmer qu’il a été en contact avec «Gorge profonde», qu’il a effectivement recueilli son témoignage et des effets présentés comme ceux de Kieffer. Mais il affirme avoir été «peut-être manipulé», allant jusqu’à nous accuser d’être à l’origine de cette manipulation, vu notre «bord». Puis il nous suggère d’écrire que lui et nous avons été manipulés, et nous dit que «là haut», on pourrait beaucoup nous en vouloir, et que notre démarche est dangereuse. Si ce n’est qu’une intox de bas étage dont il s’agit, qui pourrait donc nous en vouloir ?

Le fait est que «Gorge profonde» nous a informés, avant que les médias n’en parlent, de la venue «prochaine» de Patrick Ramaël à Abidjan, de ses différents rendez-vous. Il nous a aussi donné le numéro de téléphone ivoirien du juge français, grâce auquel nous l’avons contacté. Très vite, le Ramaël nous a demandé de le rappeler… ce que nous avons essayé de faire sans succès par la suite. Le fait est aussi que «Gorge profonde» était en train de négocier des «garanties» avec le magistrat français, quand il a reçu, selon son témoignage, des menaces très claires d’une des figures centrales de l’ex-rébellion, informé de ses contacts avec Jean-Yves Garnault et les services du magistrat français. Depuis, il est injoignable. Et un tout autre épisode de l’affaire Kieffer est en train de se jouer. Comme par hasard, la dépouille du journaliste franco-canadien, qu’il disait être capable de localiser, aurait été retrouvée, mais à plusieurs centaines de kilomètres de la zone qu’il a indiquée. Comme s’il fallait absolument brouiller les pistes…

Le témoignage ambigu du frère de Guy-André Kieffer

Quel est l’élément qui a précipité l’arrivée du juge Ramaël à Abidjan ? Pourquoi «Gorge profonde» en savait-il autant ? Que sont devenus les effets attribués à Kieffer qu’il a donnés à Jean-Yves Garnault ? Des questions sans réponses. Le témoignage de Bernard Kieffer, frère du journaliste, en rajoute à la confusion. Le juge Ramaël aurait entrepris ses fouilles «sur la foi d’informations qu’il a obtenues voilà quelque temps». Alors que le président Gbagbo était au pouvoir. A l’époque, "le juge n'avait pu aller vérifier le témoignage (sur l'emplacement du squelette) car c'était en pleine zone contrôlée par le camp Gbagbo", a affirmé Bernard Kieffer. Pourquoi avoir attendu huit longs mois pour aller vérifier des informations disponibles depuis bien longtemps ? Pourquoi, lors de son séjour ivoirien de novembre dernier, Kieffer n’a pas effectué de fouilles à Issia puisqu’il avait déjà les informations qu’il a au final utilisées ? «Il semblerait que la personne qui a informé le juge a vu le corps au moment où il a été enterré à cet endroit-là. C'était un Blanc, il ne savait pas qui c'était. Mais il l'a reconnu quelques jours après, quand il a vu les photos de mon frère dans la presse», ajoute Bernard Kieffer. Qui, en dehors d’une des personnes impliquées, peut donc voir précisément le corps d’une personne enterrée en catimini dans une zone rurale, bien loin – en principe – du tout-venant ? Le fameux informateur du juge a-t-il été mis en examen ? Mystère. Il faut croire qu’en dehors d’une dépouille dont l’identité n’a pas été confirmée par un test ADN, on n’en saura pas plus sur cette sombre affaire où de nombreuses fausses pistes toujours très médiatiques ont déjà été agitées… par le juge Ramaël.


Gérard Koné


Source: LE NOUVEAU COURRIER

dimanche, 08 janvier 2012

APRES 5 SEMAINES D'ENQUETES A TRAVERS LE MONDE: GBAGBO GAGNE SA PREMIERE BATAILLE DEVANT LA CPI

 

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Le conseil du président Gbagbo pourra enfin disposer de l'aide judiciaire à laquelle ont droit les pensionnaires de la Cour pénale internationale (CPI) jugés indigents pour préparer sa défense. Cinq semaines d'enquête ont suffi pour confondre Ocampo.

 

Le président Laurent Gbagbo a finalement obtenu d'un greffier de la Cour pénale internationale l'aide judiciaire que réclame depuis trois semaines un de ses avocats, Maître Emmanuel Altit. Il est présumé «indigent», selon Le Figaro. Qui affirme : «Malgré les investigations engagées dès son transfèrement hors de Côte d'Ivoire, l'enquêteur financier mandaté par la CPI n'a en effet trouvé aucune trace d'avoirs attribuables à l'ex-homme fort d'Abidjan».

«Un examen préliminaire (...) laisse penser, a priori, que le demandeur ne dispose pas de ressources suffisantes pour prendre en charge tout ou partie des coûts de sa représentation légale devant la cour», indique la décision rendue par le greffier Esteban Peralta Losilla. Qui s'empresse de dire que l'aide judiciaire octroyée ne l'est qu'à titre provisoire, la CPI n'ayant pas renoncé à trouver des biens à Gbagbo, «auquel des rumeurs jamais confirmées ont notamment prêté des avoirs aux Etats-Unis et en Afrique du Sud», affirme Le Figaro.

Le fait qu'après plus de cinq semaines d'enquêtes, auxquelles ont évidemment collaboré avec zèle les dirigeants de pays occidentaux - particulièrement de la France, qui «piste» le fondateur du FPI depuis toujours, et qui a accentué son effort lors de l'opération de gel des avoirs des personnalités de son régime -, aucune fortune cachée ni aucun bien immobilier n'aient été découverts, est une victoire pour Laurent Gbagbo, quand on sait que les «biens mal acquis» des présidents africains pourtant amis de la France sont longuement documentés. Et que ses rivaux Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara revendiquent leur riche patrimoine immobilier dans l'Hexagone. Le chef d'Etat le plus détesté par la «communauté internationale» en Afrique serait-il donc un honnête homme?

Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, la CPI s'est engagée à prendre à sa charge, selon Le Figaro, « la rémunération d'un avocat, d'un assistant juridique et d'un gestionnaire de dossier ainsi que le remboursement des frais engagés par la défense de Laurent Gbagbo à hauteur de 76 000 euros. «C'est un pas dans la bonne direction et nous sommes ravis que le greffe se soit finalement rangé à nos arguments», s'est réjoui Maître Altit. Qui a tout de suite déploré le caractère «manifestement insuffisant» de cette aide, «complètement inadaptée à la mise en place d'une défense effective et réelle dans une affaire de cette importance».


In le quotidien ivoirien "Le Nouveau Courrier" N° 410 du samedi 7 et du dimanche 8 janvier 2012.