topblog Ivoire blogs

mercredi, 19 octobre 2011

COTE D'IVOIRE: LE GRAND RETOUR DES FAUX COMPLOTS


GENDARMES IVOIRIENS.jpg

La Côte d'Ivoire avance vraisemblablement à reculons. Après le retour des nombreux coopérants occidentaux, notamment dans les domaines de l'économie et de la défense, c'est bien l'époque des «faux complots» qui réapparaît. Avec la vraie fausse attaque du camp Agban le week-end dernier. Décryptage des zones d'ombres qui attestent la thèse du  complot fabriqué de toutes pièces.


Dans la nuit du vendredi à samedi dernier, des tirs nourris à l'intérieur du camp de gendarmerie d'Agban sont entendus durant plus d'une demi-heure de temps. Au petit matin, les supputations vont bon train. Le ministre délégué à la défense, Paul Koffi Koffi, fait convoquer une conférence de presse pour ce même samedi à 11h. «Importante rencontre à 11h ce jour samedi 15 octobre à la Défense, pour faire le point et communiquer sur les évènements de la nuit à Agban », c'est en substance le contenu du SMS reçu à 8h 58 mn des services de communication du ministre. Une conférence de presse qui finalement n'aura pas lieu. Les journalistes ont attendu en vain avant de se faire prier de regagner leurs domiciles. Première incohérence, pourquoi convoquer aussi prestement la presse pour disent-ils «communiquer sur les évènements de la nuit à Agban» et reculer par la suite.

Ce qui est intrigant jusqu'à ce jour, ce sont les multiples zones d'ombre qui continuent d'entourer l'affaire dite de «tentative de déstabilisation !!!». Alors que la presse pro-Ouattara affirme la main sur le cœur que leur champion aurait échappé à une tentative de coup d'Etat (drôle de coup de force d'ailleurs) dans la nuit du vendredi à samedi dernier à travers des coups de feu entendus au camp Agban, situé à plus d'une vingtaine de kms de la résidence du chef de l'Etat. Il est utile de revenir sur ces faits.

Chasse aux gendarmes, arrestations tous azimuts

Pendant les détonations, selon les témoignages recueillis, les gendarmes sont restés terrés chez eux, parce que n'ayant pas pour la plupart d'armes. De plus, pour une attaque attribuée au Cdt Abéhi et à plusieurs de ses hommes restés sur place, selon la presse pro-Ouattara, il n'y a ni cibles ni champ de bataille. Encore moins de blessés ou de morts, pour une attaque à l'arme lourde et automatique ayant duré près d'une heure pour certains. Et comme par enchantement, ce fameux commando a été «mis en déroute» par les hommes du Général Gervais Kouassi, Cdt supérieur de la gendarmerie qui auraient bénéficié dit-on du renfort des forces spéciales encore inexistantes.

Comme il fallait s'y attendre, la «chasse aux gendarmes» s'est déclenchée, avec des arrestations tous azimuts. Et le clou de ce scénario bien orchestré étant l'expulsion de plusieurs familles de gendarmes réputés proches du Commandant Abéhi. Puisqu'un message radio a été attribué à un certain Tizon qu'on aurait identifié comme étant le Cdt Abéhi et qui appelait ses frères d'armes à la libération de la Côte d'Ivoire. Une orchestration vraiment digne d'un film hollywoodien version «James Bond». Jusqu'à hier soir, les riverains du camp d'Agban cherchaient toujours le «théâtre des affrontements» entre le commando et les gendarmes «loyalistes» ou encore les impacts des fortes détonations entendues.

Une «connexion» ratée avec le meeting de la JFPI

En tout cas, les responsables du Fpi ont été bien inspirés en reportant sine die le meeting de sa jeunesse prévu pour le samedi 15 octobre dernier. Sinon vraisemblablement, un vrai-faux complot se préparait contre eux. Dans le seul but de décapiter totalement ce parti, dont le réveil n'avait nullement été prévu dans tous les schémas de calculs des tenants actuels du pouvoir. Pour eux, le Fpi était bien mort après la valse des arrestations et les nombreux cadres en exil. Ainsi, en maintenant son meeting, les responsables du parti du président Gbagbo allaient se fait cueillir. Avec cette vraie fausse attaque du camp Agban, attribué aux hommes du Cdt Abehi et qui s'est perpétrée, selon toute coïncidence, le jour même de la tenue de la manifestation publique du Fpi. On aurait vite fait une connexion entre le meeting dit de «libération» et l'attaque du plus grand camp militaire du pays. Comme pour faire croire que l'opposition fomentait un coup d'état qui se cachait derrière une manifestation publique. Seulement, les ateliers de fabrique de «faux complots» du pouvoir avait omis un seul détail : que le meeting pouvait être reporté le jour même de l'évènement.

Comme en 1963 avec la valse des «faux complots» d'Houphouët, ses héritiers ne sont pas prêts de laisser ces vieilles méthodes qui permettent de régner d'une main de fer. L'opposition est donc avertie.


Gérard Koné


Source : NOUVEAU COURRIER.INFO

MENSONGE ANESTHESIANT POUR GOGO

OUATTARA ET SORO.jpg

Un ami m'a parlé d'une histoire. Je vous la raconte telle qu'il me l'a lui-même racontée. S'étant rendu à Adjamé pour des achats, mon ami s'est retrouvé avec un vieux commerçant qui devait lui vendre quelques colifichets comme on en trouve de milliers à Adjamé. Pour ne pas se faire avoir, il marchande et dans ces conditions, il évoque avec lui des thèmes généraux, l'actualité, l'économie... bref, les difficultés économiques. C'est là que mon ami va s'entendre dire qu'il y a beaucoup d'argent stocké quelque part dans le pays. Après les élections législatives, cet argent va être mis en circulation et tout le monde sera heureux. Il y croyait tellement le vieux que mon ami dit n'avoir trouvé aucune ressource pour essayer de lui expliquer que ce n'est qu'un vil mensonge.

C'est donc la trouvaille des gouvernants. Maintenant que chacun sait qu'il n'y a pas d'argent au pays, que les banques, comme si elles s'étaient passé le mot, affichent « guichet en panne », il ne reste plus que le mensonge, la seule chose dans laquelle le régime excelle.

Leur laboratoire tourne à plein régime et les prochains mensonges sont peut-être déjà prêts. Telle est la nouvelle gouvernance qui nous était promise : mentir, communiquer, servir de la démagogie même à ceux qui ont sérieusement cru à toutes ces sornettes de milliards à distribuer dans un élan de générosité inédit. Hier, le Premier ministre est allé inaugurer le pont de la 8ème tranche. Avant de s'y rendre, il avait déjà dit que ce que M. Dramane fait depuis cinq mois dépasse ce que Gbagbo a fait en dix ans. C'est à croire que le chef de l'Etat a préparé tous les dossiers qui sont nécessaires à de tels investissements, si ce n'est une autre facette de la triste démagogie à laquelle nous sommes livrée depuis qu'ils sont là.


Séverine Blé, in le quotidien ivoirien N° 76 du mardi 18 octobre 2011.

mardi, 18 octobre 2011

TUERIES DES FEMMES D'ABOBO - ALAIN DOGOU MINISTRE DE LA DEFENSE ET DU SERVICE CIVIQUE DU GOUVERNEMENT AKE N'GBO: «LAURENT GBAGBO N'EST PAS CONCERNE»

 

 

ALAIN DOGOU ET PHILIPPE MANGOU.jpg

La chambre d'enquêtes préliminaire n°3 de la Cour Pénale Internationale a demandé au procureur, l'ouverture d'une enquête sur les événements post-électoraux survenus en Côte-d'Ivoire. En attendant l'aboutissement de ces procédures judiciaires, je voudrais en ma qualité de Ministre de la Défense d'alors, présenter d'abord mes condoléances aux familles de toutes les victimes de cette crise, ensuite apporter mon témoignage sur l'affaire des femmes d'Abobo, et enfin partager des interrogations sur cette affaire douloureuse vécue à l'époque par le gouvernement du professeur Aké N'GBO. 

LES FAITS

Le jeudi 3 mars 2011, autour de 14 heures, au sortir du Conseil hebdomadaire de Ministres, le premier coup de fil que je reçois lorsque je reprends mon Global Système Mobile (GSM), est celui d'un journaliste de Radio France Internationale (RFI) qui voulait avoir mon opinion sur l'assassinat de sept (7) femmes tuées à l'arme lourde à Abobo. Je lui réponds que c'est lui qui m'informait et lui ai demandé de me situer le lieu exact des faits qu'il me rapportait ainsi.

Il me rétorqua qu'il ignorait lui-même le lieu exact mais, on lui a dit que c'était à Abobo à un carrefour. Je lui ai demandé lequel des carrefours de la grande commune d'Abobo? Il m'a répondu qu'il ne connaissait pas bien la commune d'Abobo et qu'il n'était pas sur les lieux des faits qui lui ont été rapportés par une source qui n'en savait pas plus non plus. J'ai encore demandé s'il avait échangé au préalable avec ses confrères qui ont certainement plus d'informations que lui, ce qui me permettrait de diligenter rapidement, relativement au contexte, une enquête des Services d'intelligences dans l'attente des rapports des Services opérationnels.

Il me répondit qu'eux non plus, n'en savaient pas plus que lui. Je lui ai alors conseillé de se rapprocher des Services du ministère de l'intérieur qui sont compétents à un premier niveau pour l'encadrement des manifestations publiques.

A peine ai-je raccroché avec le journaliste de RFI que mon collègue, Ministre de l'Intérieur m'appelle pour me dire qu'il venait de raccrocher avec un journaliste de l'Agence France Presse (AFP) qui l'a interrogé sur une prétendue répression par les FDS d'une marche de femmes RHDP à Abobo qui aurait occasionné six (6) morts. Je lui rapporte le contenu de mon entretien téléphonique avec le journaliste de RFI et mon collègue me dit que ce sont à peu près, les mêmes questions qu'il a posées au journaliste de l'AFP qui n'avait pas plus d'informations que celui de RFI. Dix (10) minutes plus tard, c'est le Ministre Porte-parole du Gouvernement Aké N'GBO, qui m'appelle au téléphone parce qu'assailli dit-il, par des journalistes de la presse étrangère qui réclamaient une déclaration du Gouvernement sur la répression sanglante par les Forces de Défense et de Sécurité (FDS) d'une marche de femmes à Abobo.

J'entre alors en contact avec le Commandant Supérieur de la Gendarmerie puis le Chef d'Etat Major pour en savoir un peu plus sur cette prétendue affaire. Ils me répondirent l'un après l'autre qu'ils n'en savent rien. Je leur demande néanmoins d'interroger leurs différents collaborateurs sur le terrain pour être situés sur ces allégations contre les FDS et de me faire parvenir un rapport circonstancié.

Dans le même temps, les chaînes de télévisions françaises : I-Télé et France 24 diffusaient en boucle, des images d'une prétendue marche de femmes à Abidjan réprimée violemment par les FDS ayant occasionné (six) 6 morts. A l'évidence, les images qui sont diffusées pour illustrer les commentaires étaient des images d'archives d'une manifestation qui s'était déroulée quelques mois plutôt dans une autre commune d'Abidjan. Mais, pour « tromper » les téléspectateurs, la mention « images d'archives » ne figurait ni en haut ni au bas de l'écran comme l'exige la déontologie en la matière. Les commentaires tendaient à montrer au contraire, que c'étaient des images de la marche qui avait commencé dans une ambiance de gaieté, le jeudi 3 mars 2011 et qui par la suite, auraient été dispersée à l'arme lourde par des FDS.

Après les investigations de la Police et de la Gendarmerie, l'Etat Major des FDS a produit et rendu public le 4 mars 2011 un communiqué dans lequel il ne se reconnaissait pas dans une prétendue tuerie de femmes à Abobo à l'arme lourde consécutivement à une marche.

Plus tard, au cours de la journée du vendredi 4 mars 2011, des images étaient diffusées sur des sites Internet où l'on voyait en gros plan, des hommes, des enfants et des femmes dans un fond de grand bruit puis soudain, une femme à terre avec du sang ou de l'éosine sur la tête, la camera fait un gros plan sur elle, et l'on voit qu'elle tente de se relever et quelqu'un lui souffle de se recoucher et on revoit la jeune dame entrain de se recoucher effectivement. Le cameraman certainement amateur va plus loin, fait un « balayage » rapide et présente en gros plan une femme dont la tête a explosé. Puis, dans un « zoom arrière », la camera montre le passage d'un blindé, d'un véhicule de Police et d'une ambulance. 

L'ANALYSE

A l'analyse des seules images publiées sur Internet, il est difficile d'affirmer que les faits se déroulent sur le même théâtre ou qu'il s'agit d'un montage digne d'un film de James Bond. Ce sont les seules images véritables de cette supposée marche.

Le même jeudi 3 mars 2011 au même moment où se tenait le Conseil des Ministres, l'ONUCI organisait à son siège de l'hôtel Sebroko, une conférence de presse sur les justifications de sa réception de deux (2) hélicoptères de combat MI-24 dans une crise civile de contestation de résultats d'une élection. Ce faisant, les journalistes étaient certainement tous occupés par le Conseil des Ministres et la conférence de presse de l'onuci. Il n'y avait donc aucun journaliste de la presse nationale, ni de l'Onuci, encore moins de la presse étrangère pour couvrir la troisième plus importante activité de la journée du 3 mars 2011 à savoir la marche des femmes du RHDP qui se déroulait à Abobo, à la même heure et qui aurait été violemment réprimée à l'arme lourde par des FDS de Côte d'Ivoire.

Il est tout de même curieux de constater que les seules images disponibles de cette affaire sont celles d'un caméraman amateur. Elles sont à dessein non seulement utilisées pour émouvoir la communauté nationale et surtout internationale mais également présenter le Président Laurent GBAGBO comme un tueur de manifestantes pacifiques, un tyran qu'il fallait déloger part tous les moyens de son palais, rebaptisé « bunker » par la presse internationale en comparaison de celui du boucher Adolph Hitler en 1939-1945.

Ce n'est que le sept (7) mars, soit quatre jours après, que le quotidien proche du Rassemblement des Républicains(RDR) « le Patriote » qui avait volontairement cessé de paraitre depuis une semaine est revenu pour tenter de justifier les « tueries massives » des femmes à Abobo par des FDS. A la Une de ce journal, il était écrit en surtitre : « NOUS SOMMES DE RETOUR » accompagné de trois commentaires en forme de titres : « ils ont osé tirer sur des femmes » ; « ces gens sans cœurs, sans raisons » ; « le capitaine Allah livre les noms des commanditaires ».

Trois photographies isolées illustraient ces commentaires : la première présente en gros plan des femmes avec des pancartes, la seconde montre une seule femme à terre et, la troisième est une photo d'un char dans une rue. Ces trois photos, on peut en trouver de la même nature dans les photothèques de tous les journaux ivoiriens qu'ils aient couverts ou pas, une manifestation publique de cette envergure le 3 mars 2011.

Interrogée sur les mouvements de véhicules de Gendarmerie et de Police effectués dans la commune d'Abobo le jour des prétendus faits, la hiérarchie militaire a répondu que le jeudi 3 mars 2011, il y a eu sans incident, le ravitaillement des troupes de maintien d'ordre stationnées au camp de Gendarmerie d'Abobo.

L'affaire du massacre à l'arme lourde de femmes manifestantes a été surmédiatisée sans que personne ne situe ni les lieux ni l'heure de survenue, en dehors des images de la camera amateur. Les illustrations du journal « le Patriote » relevaient plus d'une imagination malsaine savamment préméditée. Malgré cela, L'ONUCI a repris à son compte les dépêches d'Agences de presse et le Conseil de Sécurité a été saisi d'un rapport sur une prétendue utilisation d'armes lourdes sur des femmes par les FDS.

C'était l'indignation et la consternation internationale malgré les démentis formels faits par le Gouvernement Aké N'GBO par son porte-parole le 4 mars 2011 et la conférence de presse des Ministres de l'Intérieur et de la Défense le 5 mars 2011, le Président Laurent GBAGBO est accusé par la presse étrangère et la Communauté Internationale d'avoir assassiné des femmes opposantes à son régime.

Quelle menace particulière pouvait représenter une manifestation publique de surcroit pacifique de femmes du RHDP à Abobo le 3 mars 2011 contre le régime du Président Laurent GBAGBO pour qu'il décide de la réprimer à l'arme lourde?

Que voulait donc prouver le président Laurent GBAGBO à la communauté internationale en ordonnant le « massacre » des femmes aux mains nues ?

De la version des faits selon le reportage du journal « le patriote » du 7 mars 2011, surgissent des interrogations non encore élucidées. Le char présenté à la Une de ce journal hautement partisan est-il celui qui a effectivement tiré ou est-ce une photo d'archives ? Combien de fois le char a-t-il tiré ? Comment la cible a-t-elle réagi ? Logiquement, si un blindé tire sur une foule aux mains nues, il survient une débandade généralisée occasionnant des morts, des blessés et autres dégâts collatéraux. Dans l'affaire d'Abobo, l'on ne parle que de femmes mortes et point de blessées comme si l'objectif poursuivi était exclusivement un décompte macabre. 

A QUI PROFITE LE CRIME ?

La question fondamentale que l'on est en droit de se poser est celle de savoir à qui profite le crime ? Cela parce que dès le dimanche 06 mars 2011, des femmes RHDP d'Abobo ont rendu une visite de compassion aux familles des défuntes et à celle d'un garçon de quinze (15) ans présenté par la presse proche du RDR comme la septième victime.

Au moment où le monde entier s'apprêtait à commémorer la journée internationale de la Femme célébrée tous les 8 mars de chaque année, qui avait intérêt à susciter l'émoi par l'assassinat de femmes quelques jours plus tôt ?

Des femmes mortes le 3 mars 2011, il y en a certainement eues, ce jour là, à Abobo. Mais sûrement pas dans les conditions décrites par la presse tendancieuse nationale et étrangère.

Sept (7) mois après, nombreux sont ceux qui comme moi demeurent encore dans l'expectative relativement aux conditions dans lesquelles elles furent tuées, surtout que jusqu'au mois de juillet 2011, certaines familles des victimes réclamaient au directoire du RHDP, les corps de leurs parentes pour les enterrer selon leurs rites culturels et religieux. D'autres familles de victimes ont fait leur deuil parce que le directoire du RHDP leur a répondu que leur parente a été enterrée le même jour et à leur insu !!!

Comment comprendre qu'une dépouille mortelle soit enterrée par la famille politique sans l'autorisation de la famille biologique étant entendu qu'elle n'appartient pas à la première mais à la seconde ? Et comment expliquer que des femmes supposées tuées par des FDS soient enterrées dans la précipitation, sans le moindre respect d'une procédure médico-légale ? Y avait-il des informations ou des données secrètes qu'il fallait absolument protéger ? En dehors du message de compassion apporté le dimanche 6 mars par une délégation des femmes du RHDP, quelles étaient les informations sur les dépouilles mortelles données aux familles de femmes « martyres » ?

Pourquoi le RHDP a tenu à organiser un rassemblement spécifique pour rendre des hommages particuliers à ces femmes sans attendre la cérémonie officielle dédiée à leurs victimes de la commune d'Abobo ? Y a t-il au RHDP une gradation des martyrs de la crise post-électorale ? Ou alors, est ce parce que les morgues d'Anyama et d'Abobo n'avaient pas les commodités pour recevoir des dépouilles issues d'attaques à l'armes lourdes que les femmes « martyres » du 3 mars ont été enterrées précipitamment?

La cérémonie de décoration à titre posthume, de ces femmes d'Abobo reconnues martyres par la Grande Chancellerie le 2 août 2011, n'élucide en rien le mystère de cette macabre histoire. Une telle cérémonie ne clôt pas non plus le débat sur les circonstances de leur mort provoquée.

Le constat est que les dépouilles mortelles des autres victimes d'Abobo ont été officiellement remises aux familles respectives au cours d'une cérémonie officielle le 13 octobre 2011, alors que les femmes martyres ont été enterrées dans la précipitation à l'insu de leurs familles.

Pourquoi ces traitements différentiels des victimes d'un même conflit ?

Pour mémoire, il faut rappeler que plusieurs montages grossiers ont été réalisés dans la crise ivoirienne si bien que l'on ne serait pas surpris que l'affaire des tueries des femmes d'Abobo et le charnier de Yopougon aient le même réalisateur et le même producteur parce que la mise en scène obéit à la même logique et l'objectif poursuivi est le même, diaboliser le président Laurent GBAGBO.

Dans le charnier de Yopougon, les médecins légistes avaient trouvé de l'eau dans les poumons des personnes décédées par suite de noyade au plateau et présentées comme ayant été froidement exécutées à N'dotré. Puis, l'on a vu au mois de janvier 2011 sur les écrans de télévisions françaises une personne, présentée comme un manifestant du RDR supposée morte à la suite d'une répression sanglante des FDS devant le siège de l'Onuci au Plateau, se relever tranquillement après avoir fini de jouer sa partition, ignorant qu'une autre camera continuait de tourner. Enfin, on avait aussi annoncé dès décembre 2010, l'existence d'un nouveau charnier à N'dotré. L'ONUCI après des investigations infructueuses a été obligée d'infirmer l'existence.

Dans l'affaire des tueries des femmes d'Abobo, la scène montrait une dame couverte d'un liquide de couleur rouge similaire au sang. Elle tentait de se relever quand l'ordre lui a été intimé dans une langue nationale de se recoucher car la prise de vue n'était pas encore finie...

Il est aussi intéressant d'indiquer que depuis janvier 2011, un commando dit invisible, aux méthodes médiévales sévissait dans la commune d'Abobo : six policiers tenant un poste d'observation au carrefour de la mairie ont explosé après une attaque à l'arme lourde dans la nuit du 12 au 13 janvier ; le secrétaire de la fédération FPI de Madinani venu s'abriter chez son oncle a été égorgé comme un mouton le 17 janvier sous le prétexte d'être un partisan du Président Laurent GBAGBO; un capitaine de Gendarmerie et deux de ses éléments en mission de reconnaissance ont été portés disparus au carrefour de N'Dotré le 18 janvier ; une expédition punitive nocturne a été organisée du 6 au 7 mars 2011 contre le village d'Anonkoua-kouté réputé favorable au président Laurent Gbagbo.

Tous les commissariats de Police et brigades de Gendarmerie d'Abobo ont été les cibles du commando invisible durant le mois de février 2011, ce qui a contraint l'Etat Major des FDS sous embargo depuis sept ans, à concentrer tous les Services de sécurité au camp de la Gendarmerie de ladite commune, pour continuer d'assurer la sécurité des populations résiduelles dans le contexte nouveau de guérilla urbaine imposé par le commando invisible.

Toutes les missions de ravitaillement des Forces de Sécurité rassemblées au camp de la Gendarmerie ont été attaquées par des snipers faisant presque régulièrement des dégâts du côté des FDS. A cette occasion, ont été tués un Officier et des Sous-officiers de police. Deux gendarmes ont été blessés et un char incendié à la grenade. Dans la nuit du 5 au 6 mars 2011, le centre émetteur de la télévision ivoirienne a été détruit et trois agents de sécurité qui étaient en service à l'intérieur des locaux ont été brûlés vifs après avoir été ligotés comme des cabris.

C'est dans cet environnement de troubles sérieux et graves à l'ordre public qu'on a pu observer pendant la période allant de janvier à mars 2011, des marches qualifiées de pacifiques du RHDP. Les images de ces manifestations de rue montraient parmi les marcheurs des individus munis d'armes légères et parfois lourdes ainsi que des chasseurs traditionnels « dozo » portant des fusils dont ils ne se séparent jamais. La supposée marche des femmes annoncée ou organisée le 3 mars dans cette commune aurait-elle échappé à ce dispositif ?

Dans cette affaire de tueries de femmes d'Abobo, aucune enquête spécifique n'a été réclamée ni exigée par les nouvelles autorités en place car pour le RHDP, le président Laurent GBAGBO est le seul responsable et les FDS les seuls coupables. A quoi servirait donc une enquête ? De toutes les façons, les supposés faits se seraient passés dans une commune favorable à Monsieur OUATTARA.

Pour notre part, nous sommes convaincus qu'une enquête transparente et sérieuse révélera bien de surprises. Sinon, comment expliquer la coïncidence remarquable entre la célébration nationale de la journée internationale de la femme annoncée depuis deux (2) semaines par la Télévision Nationale dans la commune de Yopougon supposée acquise au président Laurent GBAGBO et le « massacre » de femmes du RHDP à Abobo prétendu fief de Monsieur OUATTARA. A qui profite le crime ?

Une enquête minutieuse doit être menée pour déterminer les circonstances de la survenue de la tuerie de ces femmes, car ce n'est pas le Président Laurent GBAGBO qui a ordonné leurs assassinats. Ce n'est pas non plus le Premier Ministre Aké N'GBO.

Ce n'est ni le Ministre de la Défense ni celui de l'Intérieur. Rappelons que Le Chef d'Etat Major, le Commandant Supérieur de la Gendarmerie et le Directeur Général de la Police interrogés ont affirmé ne rien savoir de cette douloureuse affaire.

Mais une idée germait déjà dans l'opinion internationale, celle de faire interdire l'usage d'armes lourdes dans le District d'Abidjan dans le but d'affaiblir considérablement le système de défense des Forces Armées Nationales de Côte d'Ivoire (FANCI) dans la perceptive de la bataille d'Abidjan. Parce que ceux qu'on appelle à tort les soldats du président Laurent Gbagbo sont, en réalité les Forces de Défense et de Sécurité nationales en charge conformément aux dispositions pertinentes constitutionnelles (article 24) d'assurer la protection des personnes et des biens sur toute l'étendue du territoire national. Ce qui n'était plus le cas depuis le déclenchement de la crise en 2002 ayant consacré la partition de fait du pays. Le président Laurent GBAGBO ne pouvait donc s'en servir contre les populations civiles contrairement aux allégations diffusées.

Tout ceci n'était-il pas le prétexte pour justifier l'intervention de la Communauté internationale à travers le Conseil de Sécurité de l'ONU? 
Les enquêtes nous situeront certainement mais le constat est que, la mise en scène du commanditaire de l'assassinat des femmes s'est déroulée de manière linéaire. A partir de cette affaire, le Conseil de Sécurité de l'ONU a décidé d'interdire l'usage d'armes lourdes dans le seul district d'Abidjan, puis, prenant un autre faux prétexte de la violation de cette résolution le 17 mars par les FDS, il a donné mandat à l'ONUCI et à la force française LICORNE de détruire les sites stratégiques des FANCI et des Institutions de la République de Côte d'Ivoire. La suite est connue. 

EN CONCLUSION

Les procédures spécifiques engagées devant les juridictions compétentes par les avocats du Président Laurent GBAGBO et l'enquête de la Cour Pénale Internationale permettront certainement de découvrir la vérité sur les conditions de survenue de la mort de ces femmes. Leurs morts ont affecté les ivoiriens de tous les bords politiques tout simplement parce qu'on ne tire pas sur des femmes aux mains nues. C'est pourquoi, il faut, en toute objectivité et indépendance laisser la justice mener impartialement les investigations nécessaires à l'éclatement de la vérité en s'assurant que ces femmes ont été effectivement tuées et dans quelles conditions et circonstances l'ont-elles été, pour que soient situées les responsabilités afin de traduire devant les juridictions compétentes les coupables conformément aux lois en vigueur.

Contrairement à une idée répandue, les personnes qu'on qualifie de proches du Président Laurent GBAGBO ne sont pas contre la justice. Ce qu'elles réfutent c'est la justice des vainqueurs qui a cours depuis le 28 novembre 2010 avec d'un côté, les bons (les sauveurs dixit le procureur KOFFI) qui auraient mené le bon combat et de l'autre, les mauvais qui auraient agi en toute illégalité, comme si l'arrêt du Conseil Constitutionnel ivoirien qui proclame le président Laurent GBAGBO vainqueur du deuxième tour de l'élection présidentielle ne devrait produire aucun effet juridique.

Les proches du Président Laurent GBAGBO veulent savoir si oui ou non six femmes ont été tuées à Abobo et qui les a tuées. Mais au delà, élucider toutes les tueries d'Abobo comme celles des six policiers au rond point de la mairie de la même commune et les villageois d'Anonkoua-kouté. Mais avant, ils voudraient aussi savoir comment sont morts les anciens Ministres de l'Intérieur BOGA Doudou Emile et TAGRO Désiré ; les officiers des FANCI, DALI Oblé, DAGROU Loula et tous les gendarmes de Bouaké; les artistes CAMARA Yeréfè dit « H » et Marcellin Yacé; les chefs rebelles qu'étaient Oumar Diarrassouba dit « zaga-zaga », BAMBA Kassoum dit « kass », COULIBALY Adama dit « Adams » ainsi que tous les morts devant l'Hôtel Ivoire (2004) et du moyen Cavally (2011). On ne peut pas les occulter en cherchant simplement à faire inculper le président Laurent GBAGBO et le traduire devant la Cour Pénale Internationale.

Les ivoiriens veulent savoir la vérité sur tous les crimes commis depuis septembre 2002 et après cela, ils iront certainement à la réconciliation.

Laurent GBAGBO voulait simplement le recomptage des voies pour mettre définitivement fin à la crise politique née des proclamations divergentes du résultat de l'élection présidentielle faite par la Commission Electorale Indépendante et le Conseil Constitutionnel. Ceux qui ont refusé sa proposition et préféré le règlement du conflit politique par une solution militaire lui imputent la responsabilité exclusive des dégâts.

Les différentes enquêtes nous situerons sur les responsabilités des uns et des autres et permettront surtout d'identifier les véritables coupables.

 

Mardi 18 Octobre 2011


Alain DOGOU


Ministre de la Défense et du Service Civique du Gouvernement du Professeur Aké N'GBO Gilbert-Marie

 

Source: LA DEPECHE D'ABIDJAN

dimanche, 16 octobre 2011

AVANT MEME D'AVOIR COMMENCE, CHARLES KONAN BANNY ET LA CDVR ONT DEJA ECHOUE (Réédition)

 


CHARLES KONAN BANNY.gif

Le meeting pacifique de la JFPI à la place CP1 combattu, diabolisé et finalement reporté sous la pression des nouvelles autorités ivoiriennes, de jeunes patriotes partis au meeting (en dépit de l'annulation de fait) tabassés par les FRCI, un d'entre eux blessé par balle et transporté dans un hôpital de la place, pendant que le RHDP tenait tranquillement un meeting à la place Ficgayo (à seulement 1 Km de là), bien encadré par les FRCI qu'on disait ne pas pouvoir encadrer le leur; le commandant Séka Yapo Anselme, militaire ivoirien en exil à Accra, mis aux arrêts lors d'une escale technique de son vol en provenance du Ghana et en partance pour la Guinée. Continuité de la chasse à l'homme. Que d'impairs du gouvernement Ouattara! Je l'avais dit, la semaine dernière: Banny et la CDVR ont échoué, avant même d'avoir commencé. Nous en avons la preuve, chaque jour. Requiem pour la démocratie en Côte d'Ivoire et pour la réconciliation nationale. Bonne (re)lecture!


Le mercredi 28 septembre 2011, le chef de l'Etat Alassane Dramane Ouattara a officiellement donné le coup d'envoi des activités de la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation (CDVR) présidée par le Premier ministre Charles Konan Banny, proche du président ivoirien, à la Fondation Félix Houphouët-Boigny de Yamoussoukro. Censé revêtir et symboliser tous les espoirs du peuple ivoirien de parvenir à un nouveau pacte national et à la paix, et malgré la détermination affichée par le prêtre de la réconciliation version Ouattara de mener ses ouailles ivoiriennes jusqu'au paradis annoncé, l'échec de la CDVR est inévitable. Elle n'aura pas la grâce et l'honneur d'entrer dans l'Histoire. Pas plus que son président, du reste, l'un des acteurs de premier plan de la crise ivoirienne, que nous espérons, d'ailleurs, pouvoir entendre sur sa version des faits et sa participation active au pourrissement général de l'atmosphère politique de notre pays.

En clair, un acteur clef de la crise ivoirienne, partisan inconditionnel du RHDP, à la barre d'une commission censée être pilotée par des hommes neutres et recueillir l'adhésion de tous. Ne serait-ce que de ce point de vue, cette commission est dépourvue de toute crédibilité, et même de toute légitimité, dans la mesure où elle consacre la victoire d'un camp sur l'autre, suscite des suspicions légitimes de la part de ceux qui sont pressentis pour y participer et nous projette, en filigrane, le spectre de la réconciliation des vainqueurs.

D'un autre point de vue, les bases sur lesquelles part cette réconciliation, que nous n'hésitons pas à qualifier de bancale, faussent totalement le jeu. Des acteurs parmi les plus significatifs, si ce ne sont les plus significatifs, manquent à l'appel et leur absence voue inexorablement la grand'messe de Charles Konan Banny à un échec retentissant.

En Mathématique, notamment en géométrie, pour aboutir à des conclusions exactes, il faut partir de bonnes hypothèses, lesquelles permettent ensuite de mener une démonstration rigoureuse et d'aboutir auxdites conclusions. Un tel résultat porte l'empreinte de la rigueur scientifique et de la vérité, pour ainsi dire.

Il se trouve justement qu'en Côte d'Ivoire, nous allons aux assises de la vérité et de la réconciliation avec des hypothèses déjà fausses à la base :

La première : Gbagbo est coupable. Avant même d'avoir été entendu. La preuve, il sera absent pour dire sa part indispensable de vérité parce qu'assigné (injustement) à résidence et doit prochainement comparaître devant la CPI (aucun innocent n'y est allé ou n'y a jamais été reconnu). Selon le bon vouloir d'Alassane Ouattara et de son sbire de service, le ministre des Droits de l'Homme ( ?), Coulibaly Gnénéma, qui clame à qui veut l'entendre que si Gbagbo était traduit devant la CPI, « si l'ex-président n'était plus sous notre responsabilité, sur le territoire de la République, cela faciliterait le processus de réconciliation et contribuerait à dépassionner la suite du débat ». Henri Konan Bédié, récemment à la remise du prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix, a marqué sur les antennes françaises son désir de voir le Président Gbagbo comparaître devant les instances de la justice internationale. Le samedi 1er octobre dernier, le Premier ministre Guillaume Soro, en visite à Bouaké pour l'installation des nouveaux chefs militaires des FRCI, embouchait la même trompette et réaffirmait la volonté du pouvoir Ouattara de ne pas faire de la libération de Laurent Gbagbo une condition de la réconciliation. Au demeurant, l'affirmation du ministre Coulibaly Gnénéma (cadre des ex-Forces Nouvelles) est d'une candeur absolument déroutante. Comment l'exfiltration ou le transfèrement à la CPI de Laurent Gbagbo dont le parti est le premier de Côte d'Ivoire avec ses 38% de voix au premier tour de l'élection présidentielle de 2010, peut « dépassionner le débat » en Côte d'Ivoire, là où tous les analystes objectifs envisagent le contraire. Voici la preuve que le camp des vainqueurs n'est aucunement dans une dynamique de réconciliation et de cohésion sociale. Pour dire vrai, nous nous interrogeons sur le sens même de la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation si les nouvelles autorités ivoiriennes ont déjà leur schéma de réconciliation. Pourquoi ne pas se contenter d'assouvir purement et simplement leur vengeance, montrant ainsi leur véritable visage au monde, et nous épargner une comédie de mauvais goût qui a pour nom CDVR et qui risque d'aggraver la fracture entre les Ivoiriens ou au meilleur des cas, les obliger, par la force intimidante des vainqueurs, à accepter une réconciliation de façade, faite de sourires niais et obséquieux, dangereux par leur fausseté ? Puisque refoulant rancœurs, colère et désir de vengeance aux jours les plus favorables de revanche. A ce propos, Charles Konan Banny, à la cérémonie d'investiture de sa commission, le mercredi 28 septembre 2011, à la fondation Félix Houphouët-Boigny de Yamoussoukro, a tenu des propos aux allures de prophétie : « Aucune victoire par la force ne peut être tenue pour définitive car le vaincu d'aujourd'hui fourbira ses armes dans l'espoir de devenir le vainqueur de demain ». Nos vainqueurs actuels devraient y réfléchir plus d'une fois avant d'engager la Côte d'Ivoire entière sur ce chemin de perdition collective qu'ils ont décidé d'emprunter pour notre malheur à tous.

La deuxième hypothèse fausse : Alassane Ouattara est blanc comme neige (aucunement inquiété par la Cour pénale internationale, encore moins par les tribunaux ivoiriens). Et pourtant, il n'est pas étranger à la crise ivoirienne, loin s'en faut. C'est même pour lui que les ex-rebelles ont dit avoir pris les armes en 2002, par la voix de Koné Zacharia qui l'a nommément désigné comme leur mentor en 2005 à Séguéla, et que la coalition anti-Gbagbo, Licorne-Onuci-Frci, sous le fallacieux prétexte d'appliquer la résolution 1975 de l'ONU autorisant la destruction des armes lourdes qui seraient tournées contre les civils (rengaine internationale ! Suivez mon regard), a bombardé pendant 10 jours la Résidence présidentielle de Côte d'Ivoire et kidnappé le président Laurent Gbagbo, par la suite déporté dans le Nord du pays. Les conclusions de la commission de Charles Konan Banny peuvent-elles incriminer clairement et sans détours celui qui l'a nommé et à qui il est redevable ? Voici la suspicion qui aurait pu nous être évitée par la nomination d'une personnalité neutre à la tête de cette importante structure, ou au pire des cas, d'une autorité qui ne soit pas proche de Ouattara, comme cela a été le cas en 2001, avec Monsieur Seydou Elimane Diarra, nommé par le Président Gbagbo, pour conduire les travaux du Forum de la Réconciliation Nationale.

La troisième hypothèse fausse : Les ex-FDS sont coupables (ils sont pourchassés et jetés en prison, ils n'ont plus droit aux armes dans l'armée ivoirienne) et les ex-FAFN sont les « sauveurs » de la Côte d'Ivoire. Aucune action judiciaire n'est intentée contre eux. Pas même pour les massacres de Duékoué dans lesquelles plus de 2500 ivoiriens ont perdu la vie en moins de 3 jours. Ce qui s'apparente à un génocide si nous nous en tenons aux critères internationalement retenus pour qualifier cette barbarie. Le fait est connu de tous et publié par les ONG de défense des Droits humains, par l'ONUCI et par l'habituellement très discret CICR. Les FRCI, véritables « vainqueurs » par procuration de la Bataille d'Abidjan, sont triomphalistes, insolents, suffisants, vindicatifs et continuent d'exercer une justice expéditive contre quiconque leur fait ombrage ou leur résiste, sur toute la surface du territoire national. Dans la plus grande impunité. Les évènements de Ziriglo dans la Sous-préfecture de Taï, de Blokhauss dans la commune de Cocody et de Gnagbodougnoa dans le département de Gagnoa, en sont la preuve irréfutable. Plus que toutes ces campagnes médiatiques faites pour se donner bonne conscience et se tailler une étoffe de réconciliateurs, les actes de nos nouveaux gouvernants prouvent que la réconciliation en Côte d'Ivoire n'est qu'une vue de l'esprit et une mauvaise farce. Si ce n'est une arnaque ou une escroquerie morale.

La quatrième hypothèse fausse : La France n'est pas un protagoniste de la crise ivoirienne. Elle n'a tué aucun ivoirien et n'est pas à l'origine de la crise ni n'y a pris aucune part. Elle n'est donc pas conviée aux assises. Or, l'histoire récente de la Côte d'Ivoire est encore vivace dans notre esprit. Les ex-rebelles ont bénéficié de l'assistance technique de l'armée française, depuis 2002. Sur ordre de Jacques Chirac, elle a détruit la quasi-totalité des aéronefs ivoiriens en Novembre 2004, tué plus de 60 patriotes ivoiriens et fait plus de 1000 blessés dont des dizaines d'handicapés à vie auxquels elle n'a versé aucun dommage et intérêt. Elle a tenté, en outre, d'assassiner le Président Laurent Gbagbo, en Avril 2011, en bombardant les pièces de la résidence présidentielle où il était censé se trouver aux moments de l'attaque des hélicoptères Puma français et Mi24 onusiens. Pis, elle rechigne à reconnaître tous ces faits, pourtant criants. Ne pas donc inviter la France à se prononcer sur sa responsabilité dans la crise ivoirienne est une esquive grave et inacceptable.

La cinquième hypothèse fausse : Le Burkina Faso n'a jamais hébergé les ex-rebelles ivoiriens et n'a jamais envoyé de soldats combattre en Côte d'Ivoire contre le régime de Laurent Gbagbo jusqu'à sa chute. Ses soldats ne font pas partie de la garde rapprochée du nouveau président ivoirien. Ce pays ne peut donc être concerné par les assises du dialogue et de la vérité. Or, il est de notoriété que ce pays a servi, sans discontinuer, de base-arrière à la rébellion ivoirienne. Le tenir à l'écart de cet important rendez-vous de l'Histoire ivoirienne - si ce n'est sous-régionale - est une insulte à la mémoire des ivoiriens qui ont péri dans cette crise et un mépris pour notre peuple.

Où court donc Charles Konan Banny avec autant de précipitation ? Les principaux protagonistes ne sont pas conviés à la grand'messe de la vérité ou sont tout simplement ignorés. Qu'est-ce qui presse tant alors ? La nécessité de faire un simulacre de réconciliation pour amadouer l'opinion internationale ou les bailleurs de fonds ? Les blessures sont encore vives, les bourreaux n'ont pas encore donné le moindre signe de regret, ne serait-ce qu'en mettant un terme à leurs exactions. Les exilés, partie prenante dans la crise, ne sont pas encore rentrés. D'ailleurs, aucune garantie ne leur est donnée dans ce sens. La justice des vainqueurs brille encore de tous ses feux. L'opinion des elders (aînés) venus nous épauler dans notre quête de paix définitive ? Pas importante. Surtout, celle du prélat Desmond Tutu, Prix Nobel de la paix et président de la Commission Vérité et Réconciliation sud-africaine. Les Ivoiriens n'ont pas besoin de l'expérience sud-africaine. Ils donnent la preuve de leur suffisance. Que sert-il alors de copier le pays de Nelson Mandela si ce n'est pour faire au moins comme lui, à défaut de faire mieux ? Quelle est cette obstination à s'inscrire en pire ? Le Prix Nobel de la paix a été très clair dès le départ : « Il faut éviter la justice des vainqueurs. Au sortir d'une crise aussi grave, le souci ne doit pas être de trouver des coupables mais de restaurer la cohésion sociale ». Il avait donc recommandé la libération du Président Laurent Gbagbo pour y contribuer de la plus belle des façons. Ouattara est resté sourd à cet appel fraternel. Ce qui a dû le vexer et justifier l'absence extrêmement remarquée de l'évêque anglican à l'investiture de la CDVR.

Le Premier ministre de Ouattara, Soro Guillaume, a même enfoncé le clou : « La guerre qui a eu lieu en Côte d'Ivoire est finie. Ceux qui doivent répondre devant la justice répondront devant la justice. Je lis des choses dans les journaux : il faut libérer Gbagbo pour qu'il y ait la réconciliation. Mais arrêtons ! ». En désignant le camp Gbagbo comme seul coupable, il lui assène : « Faites la repentance et dites aux Ivoiriens ce que vous avez fait contre eux », avant de terminer, triomphant : « Si c'est nous qui avions perdu, on ne serait même pas là pour parler de réconciliation. Nos têtes seraient brandies devant le palais  comme des trophées de guerre ». Ahurissant de la part d'un Premier ministre ! Cette arrogance nous laisse interdit. Vous parlez d'une dynamique et d'une disposition à la réconciliation ! Quand on ajoute à tout ceci le fait que les adversaires de Ouattara sont tous détenus avec de faux chefs d'accusations, la justice des vainqueurs n'est pas prête de s'estomper en Côte d'ivoire pour céder la place à une véritable volonté de paix.

Ainsi donc, comme on peut le voir, le camp Ouattara veut imposer à la Côte d'Ivoire une réconciliation qui n'en est pas une, et pire, qui est même à mille lieues d'en être une, avec la certitude qu'elle constituera le terreau de mensonges éhontés, et partant, de graves frustrations qui pourraient faire le lit d'une déflagration plus grande que celle que nous venons malheureusement de traverser.

Charles Konan Banny veut aboutir à des conclusions rigoureuses et vraies, à même d'aider à ressouder le tissu social ivoirien en lambeaux, en partant d'hypothèses fausses. - Qui lui sont certainement imposées. A sa décharge -. Impossible d'y parvenir. Véritable mythe de Sisyphe. Deux alternatives s'imposent désormais à lui : réunir les conditions d'une réconciliation nationale vraie ou déposer sa démission au chef de l'Etat, si celui-ci ne manifeste pas davantage de volonté d'aller à la paix. Nous ne sommes pas certains de vouloir l'accompagner dans sa mascarade. A moins qu'il ne se ressaisisse à temps et ne s'impose à tous. Même à ceux qui l'ont nommé. Autrement, il faudrait désespérer de la réconciliation ivoirienne.

 

Que DIEU bénisse la Côte d'Ivoire !

 

DINDE Fernand AGBO

 

Une version revue in le quotidien ivoirien "Le Nouveau Courrier" N° 335 du jeudi 6 octobre 2011 (1ère partie) et N° 336 du vendredi 7 octobre 2011 (2ème partie)

ABSENCE PROLONGEE DE WATTAO: C'EST INQUIETANT!


WATTAO 2.jpg

L`arrestation en août 2011 de trois ressortissants français à Abidjan par des éléments du commandant Issiaka Ouattara dit Wattao, a fait grand bruit, aussi bien à Abidjan qu`à Paris. Ces Français qui disent avoir été séquestrés et dépouillés d`une importante somme d`argent ont porté plainte. Nos sources sont formelles: Paris, qui n`a pas apprécié le traitement que l`on a fait subir à ses ressortissants, l`a fait savoir au président ivoirien, Alassane Ouattara. Des langues indiscrètes murmurent même que la tête de Wattao, dont on soupçonne l`implication dans cette affaire, a été réclamée à Ouattara par l’Élysée.

Les malheurs de Wattao auraient-ils commencé à partir de cet instant ? S`il est difficile de l`affirmer, il est cependant clair que l`affaire était encore pendante lorsque le commandant en second de la Garde république a plié bagage pour les États unis d`Amérique. A-t-il fui le pays ? Un quotidien de la place, qui annonçait que l`officier supérieur avait quitté le pays, a répondu par l`affirmative. Sur cette base, peut-on affirmer, avec sérieux, que le commandant Issiaka Ouattara dit Wattao a été contraint à l`exil ? Serait-il désormais indésirable auprès des nouvelles autorités ivoiriennes ? En tous cas l`absence prolongée de Wattao du pays inquiète, suscite de nombreuses interrogations et la rumeur sur ce séjour aux États unis enfle.

Selon nos investigations, le commandant en second de la Garde républicaine est sorti de la Côte d`Ivoire, après qu`il s`est soumis aux formalités d`usage, ainsi que nous l`avions écrit, il y a quelques semaines. Il a obtenu une autorisation d`absence auprès du ministère de la Défense et s`est rendu aux États unis d`Amérique pour y passer ses vacances. Naturellement, un séjour mis à profit pour s`occuper de sa famille qui vit au pays de l`Oncle Sam depuis la crise post-électorale. Tel que présenté, il n`y a rien d`anormal, encore moins de suspicieux sur ce voyage. Et, comme pour rassurer tous ceux qui ont des doutes au sujet du long séjour de l`ex-chef d`état-major adjoint des Forces nouvelles (ex-rébellion armée), un de ses proches avait laissé entendre dans les colonnes d`un confrère, que l`adjoint du patron de la Garde républicaine devrait être de retour la semaine dernière.

Mais plusieurs jours se sont écoulés et le commandant Wattao n`est toujours pas revenu, et n`a évidemment pas repris fonction. De sorte que cette absence qui se prolonge, apporte du grains à moudre à tous ceux qui pensent que le chef de la compagnie "Anaconda" est désormais contraint à l`exil. Qu`est-ce qui se passe donc réellement ? Cette question n`avait pas encore trouvé de réponse quand le ministre d`Etat, ministre de l`Intérieur, Hamed Bakayoko, invité à une émission de Radio France Internationale (Rfi), a fait cette déclaration, on ne peut plus révélatrice: "Nous l`avons interpellé, le président de la République l`a interpellé, le premier ministre l`a interpellé. Il sait qu`il ne peut pas faire ce qu`il veut". Ces propos du ministre montrent à quel point le pouvoir ivoirien n`était pas content de Wattao. L`est-il toujours ? Dans tous les cas, le ministre de l`Intérieur, à travers sa déclaration, apporte généreusement de l`eau au moulin de ceux qui ne cessent de chuchoter que ce séjour prolongé du militaire est lié aux reproches qui lui ont été faits par les principales personnalités du pays.

Selon certaines confidences,en effet, Wattao a décidé de prendre des vacances, loin du pays, et ce pour un bon bout de temps, dans le but de se faire un peu oublier et "réapparaître" à Abidjan dans une bonne disposition d`esprit, afin de mieux se mettre au service de son pays. D`autres sources rapportent que le n°2 de la Garde républicaine n`aurait plus l`intention de revenir de sitôt en Côte d`Ivoire, compte tenu de ses rapports devenus difficiles avec les autorités ivoiriennes. "Non ce n`est pas vrai!Il sera bientôt là. Pourquoi fuirait-il le pays ? C`est un homme comme tout le monde. On peut l`interpeller sur certaines situations. C`est normal. Mais de là à dire que ça ne va pas entre lui et les autorités ivoiriennes, c`est exagéré", a répliqué un soldat qui se dit proche de l`officier supérieur, avec qui nous avons conversé récemment.

A. Bouabré

 

Source: SOIR INFO

samedi, 15 octobre 2011

REACTION A L’ARTICLE «UN VENT D’OPTIMISME SUR LA COTE D’IVOIRE» DU JOURNAL FRANÇAIS «LA CROIX»

 

JOURNAL LA CROIX.jpg

Réaction à l'article « Un vent d'optimisme sur la Côte d'ivoire » du journal français « La Croix ». Quand la presse française vient au secours du régime Ouattara.


Monsieur,

Pour répondre à l'article de votre journal dont voici le lien:

http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/Monde/Un-ven...,

je peux vous dire que les contacts que j'ai sur place à Abidjan n'ont pas du tout le même sentiment que votre correspondant.

Tous les jours, on tue en Côte d'Ivoire. Ce sont les chasseurs traditionnels illettrés originaires du Nord de la Côte d'Ivoire, du Mali, du Burkina Faso (les dozos) qui font régner la terreur à Abidjan et dans tout le pays. Ils ont pris la place des policiers et gendarmes (désarmés par l'ONU et la France). Pour ne parler que des alentours d'Abidjan, hier 2 personnes ont été tuées à Bingerville, d'autres à Yopougon et des médecins ont mêmes été tabassés au CHU de Treichville. Un meeting de l'opposition a été violemment attaqué le week-end dernier.

Il y a un manque de sécurité total dans le pays (d'ailleurs le journal britannique the Guardian annonce hier:''La Côte-d'Ivoire 2ème pays au monde où il y a le plus de meurtres'') et c'est peut-être pour cette raison que les abidjanais commencent leur journée à 7h30 au lieu de 8h parce que dès 17h la population rentre chez elle pour sa sécurité!

Votre correspondant sur place à Abidjan est très mal informé en diffusant partout que les ivoiriens sont heureux depuis que Monsieur Ouattara dirige la Cote d'Ivoire.


Sylvie Bocquet


59790 Ronchin - France


Source: COTE D'IVOIRE LA VRAIE

vendredi, 14 octobre 2011

LE REGARD DE LAURENT GBAGBO SUR LA COTE D'IVOIRE ET OUATTARA, DEPUIS KORHOGO, 5 MOIS APRES AVOIR ETE RENVERSE PAR LA FRANCE

 


LAURENT GBAGBO 6.jpg

Une interview du Président Laurent Gbagbo que nous avons reçue dans notre boîte e-mail et dont nous ne pouvons garantir l'authenticité. Néanmoins, son extrême proximité avec la ligne de pensée de son auteur présumé sur certains points, nous a finalement décidé à la publier sur votre blog préféré. Réalité ou manipulation? A chacun son appréciation. Bonne lecture!


Laurent Gbagbo dans tous ses états... Fernand Malgeer a interviewé le président ivoirien déchu le mois dernier, en septembre 2011. L'homme reste convaincu que la partie n'est pas encore perdue pour la démocratie. L'adversaire l'a certes neutralisé, mais l'animal politique, spécialiste du pocker menteur, qu'on appelle aussi le boulanger est étrangement animé d'un espoir voilé comme s'il détenait le joker secret de la crise ivoirienne.

 

FM : Comment vous portez-vous après cinq mois à Korhogo loin du pouvoir?

LG : Bien. Je vous le souhaite à vous et tous mes compatriotes exilés internes et externes qui souffrent encore de cette situation dramatique. 

FM: L'hebdomadaire Jeune Afrique L'intelligent nous apprend que vous êtes un peu perturbé.

LG : N'ayez pas peur des mots. Dites plutôt que je deviens fou. Je confonds mon lieu de détention au palais présidentiel, je donne des ordres, convoque des conseils des ministres... (rires). Il se dit beaucoup sur mon compte. Ne vous y trompez pas, cela fait partie du processus: on vous diabolise, on vous renverse, et on vous fait passer pour débile. Ai-je le parlé de quelqu'un qui perd la tête? 

FM: Vivez-vous en permanence dans la résidence présidentielle à Korhogo? Qu'en est-il exactement de vos conditions de détention? Vous avez été formellement inculpé, que dites-vous des chefs d'accusation qui justifient votre inculpation?

LG : Souffrez que je n'en dise pas un mot.

FM : Pourtant l'opinion nationale et internationale souhaiterait en savoir du concerné que vous êtes.

LG : Cela révèle du domaine judiciaire. Seuls mes avocats peuvent vous entretenir là-dessus. Le prévenu qu'on dit que je suis, ne souhaite donc pas se prononcer sur ces sujets. Pour le reste, excepté la politique intérieur des autres pays, je suis ouvert à vous, monsieur.

FM : Savez-vous que monsieur Koulibaly Mamadou l'ex-N° 2 de votre régime a crée son parti politique, le LIDER?

LG : J'en suis heureux pour lui. (rires).

FM : Mais il n'est pas tendre avec vous.

LG : Personne n'a jamais été tendre avec moi depuis mon entrée en politique.

FM: Vous semblez être sa cible préférée à chacune de ses sorties. Cela ne vous interpelle pas?

LG : Pourquoi cela devrait m'interpeller? (rires).  À chaque nouveau parti sa stratégie de positionnement ! Si ma modeste personne peut l'y aider, pourquoi voulez-vous qu'il s'en prive? Laissez Mamadou tranquille, c'est comme ça qu'il est, et comme ça que nous l'aimons. (rires).

FM : Que répondez-vous, lorsqu'il accuse le FPI d'être un parti tribal qui l'aurait accepté pour se donner une caution nordique?

LG : Rien qui puisse engager la polémique, si c'est que vous attendez de moi. Je suis simplement peiné, parce que nous le savons capable de mieux. S'il y a un mot ou sujet que j'évite en politique, où tout ce que vous dites, vous suit à vie, c'est bien celui-là. Nous savons où cette façon de faire la politique nous a conduit. Il faut se méfier de ceux qui jouent avec les ethnies.

FM : Est-ce à dire que le FPI (Front Populaire Ivoirien), votre formation politique, n'est pas tribal?

LG : Je vous renvoie à la carte électorale de la présidentielle. Nous comptons au moins soixante ethnies dans ce pays où, en plus de cinquante années de vie commune, le lien du mariage nous a entremêlés. Vous ne pouvez pas pointer du doigt l'autre sans que votre doigt ne soit dans votre direction. Il en est de même pour les 35% d'étrangers qui nous font l'honneur de vivre avec nous. Vous ne pouvez pas toucher à un seul d'entre eux sans toucher à un ivoirien, parce qu'il n'y a pas d'ivoirien, je dis bien un seul, qui puisse se targuer de ne pas avoir d'étranger au sein de sa famille....

C'est pourquoi malgré la prise de position de certains d'entre eux, qui continuent encore à tort de croire que la guerre faite à la Cote d'Ivoire l'est pour eux, aucune conduite à la frontière n'a été envisagée en violation de certaines lois de la sous-région, comme ce fut le cas pour des burkinabé vivant dans le sud-ouest, sous Bédié.

FM : Pourtant, il se dit que votre passage aux affaires a été des plus meurtriers pour beaucoup d'entre eux, tout comme il l'a été pour les ressortissants du nord acquis à la cause d'Alassane Ouattara.

LG : A vous entendre, on aurait dit qu'il n'y a pas de ressortissants du nord avec moi, mais pire je faisais la chasse à une certaine population. Non, c'est un mauvais procès qu'on me fait, il n'en est rien de tout ce qui se dit. Entre un président qui dirige un Etat de droit dont un des rôles régaliens est d'assurer la sécurité et un opposant qui excelle dans l'art du communautarisme à la limite du fanatisme religieux, à qui la faute s'il y a mort d'hommes? Qui réunit ces hommes et femmes très souvent armés, sur la base de la région et de la religion, pour aller défier les forces de l'ordre qui, elles-mêmes, sont représentatrices d'une Côte d'Ivoire diverse? Il n'y a qu'un seul que les ivoiriens désigneront facilement, si vous leur posez la question. C'est la deuxième fois que le même me met en prison sans que j'en appelle à la révolte de ma communauté religieuse, de ma région voire de ma tribu. Dommage que les autres veuillent forcement se voir en moi.

FM : Robert Bourgui a récemment révélé que vous avez financé la campagne de Jacques Chirac. Qu'en est-il? Je suppose que, comme les autres mis en cause, vous me direz que ce n'est pas vrai.

LG : Comment voulez-vous que je réponde à des accusations de quelqu'un qui dit ne pas avoir de preuve de ce qu'il avance? Où bien on attend de moi que je dise que je ne l'ai pas fait, mais je manque aussi de preuve pour clamer mon innocence? 

FM : Monsieur Koulibaly Mamadou le confirme...

LG : Espérons qu'il lui procure des preuves, dans la mesure où, lui, était du même camp que moi, lors de la remise de cet argent... Croyez-vous vraiment que si je faisais partie de ces magouilles, on m'aurait largué toutes ces bombes sur la tête? Le bon sens n'a jamais été une tare...

FM : Pourquoi monsieur Konan Bédié Henri, l'ex-président ivoirien et président du PDCI, vous voue-t-il cette haine viscérale?

LG : Vous l'a-t-il dit?

FM : Non... Mais il en donne l'air. Après avoir aidé monsieur Ouattara à vous ravir le poste de chef de l'Etat, il ne ferait pas d'effort pour vous sortir de là où vous êtes.

LG : Écoutez, c'est à monsieur Bédié qu'il faut poser la question, puisque personne ne m'accuse de lui avoir fait du mal, bien au contraire. Quant à me sortir d'ici, ne vous inquiétez pas, je suis assez responsable.

FM : Reconnaissez-vous maintenant monsieur Alassane Ouattara comme président de la République de la Côte d'Ivoire, après plusieurs mois de détention?

LG : Je suis allé à une élection où mon adversaire et moi soutenons tous les deux avoir remporté le scrutin. J'attends qu'on me dise qui de lui et moi est le vrai vainqueur.

FM : Mais le conseil constitutionnel l'a déclaré vainqueur !

LG : Après m'avoir déclaré en premier... Est-ce à dire que nous le sommes tous les deux? Ce serait impensable. Un pays comme le nôtre, riche de sa diversité, ne devrait pas s'éloigner de la démocratie et du respect des lois dont il s'est librement doté. Cela y va de sa stabilité. Ce serait hasardeux de croire qu'on pourra éternellement bâillonner cette énorme partie du peuple qui croit en cette voie.

FM : Etes-vous déçu de votre ami Yao Paul N'dré, l'ex-président du conseil constitutionnel?

LG : Je n'ai rien à dire.

FM : Souhaitez-vous toujours le recomptage des voix? N'avez-vous pas peur d'être perçu comme celui qui veut ressusciter la crise électorale?

LG : Ah bon ! Parce qu'elle était terminée? C'est vous qui me l'apprenez... Je sais que la France m'a renversé militairement à la demande de mon adversaire pour y être installé. Mais le fond du problème demeure. Qui de Ouattara et moi a remporté l'élection? Le candidat que je suis a le droit et le devoir de le savoir. Ceux qui ont voté pour Gbagbo ont le droit de savoir. Tout démocrate devrait le réclamer.

FM : Certains des vôtres soutiennent que vous avez perdu la présidentielle.

LG : Et d'autres, s'ils ne se posent pas des questions, affirment que je l'ai remporté.

FM : Ceux qui le soutiennent sont-ils des traîtres ou des cadres qui veulent vous régler leur compte?

LG : J'en sais rien, moi ! Mais ceux que vous appelez traîtres et que je crois manquer de conviction sont inhérents à la vie politique. La conviction est celle qui à mon sens détermine l'homme politique. Si elle vous manque, vous êtes un mâle en jupette. Dieu merci, les hommes et femmes déterminés, il y en a encore assez au FPI et dans La majorité présidentielle (LMP) qui m'a accompagné à la présidentielle, tout comme au sein du peuple de Côte d'Ivoire qu'on sous-estime gravement, à tort.

FM : Savez-vous qu'Abidjan a fière allure et qu'on y respire mieux?

LG : Dommage que je n'y sois pas pour profiter de cet air !  (rires).

FM : La population ou du moins les partisans de Ouattara célèbrent leur champion qui aurait réussi en quelques mois, ce que vous n'avez pas pu faire en dix ans. Il est au travail pour le bonheur du pays, disent-ils.

LG : Mais si c'était pour embellir Abidjan, il n'avait pas à me faire la guerre pendant des années ! Il m'aurait demandé le poste de gouverneur du district d'Abidjan, qu'il l'aurait obtenu. Ne riez pas... Honnêtement... Soyons sérieux, cher ami... Qui n'aurait pas nettoyé la ville d'Abidjan après ces violents combats qui ont fait des milliers de morts avec des ordures ménagères qui exposaient la population à des maladies? Moi, Gbagbo?

FM : Mais la situation n'était pas reluisante avant la bataille d'Abidjan.

LG : Soit, mais nettement acceptable en comparaison à celle d'après les combats. C'est vrai que le respect des lois n'est pas leur fort, mais s'ils sont honnêtes, ils vous diront que le cadre légal qui leur permet de dégager les domaines publics, malheureusement, sans dédommagement et recasement, a été défini sous mon autorité. Mais nous avons du ajourner son application pour des questions évidentes d'humanisme. Depuis 2002, tous ceux qui ont fui les combats de la rébellion se sont réfugiés à Abidjan et ne sont plus repartis jusqu'à ce jour, pour la plupart. Abidjan a vu sa population doubler. Ceux qui les ont accueillis ont du se lancer dans le système D que nous, gouvernants, avons décidés de laisser faire jusqu'à l'unification réelle du pays afin que chacun regagne sa base et que cette loi soit appliquée sans trop de désagréments. Gouverner, c'est aussi être humain. À quoi ça sert de s'en prendre aux plus démunis quand on a rien à leur donner en retour? Seraient-ils dans une logique de rendre Abidjan agréable pour le plaisir de leurs maîtres venus les encadrer et assurer leur sécurité? Ou bien le font-ils pour les ivoiriens? Si oui, où mettent-ils toutes ces ordures collectées? La Côte d'Ivoire n'a pas encore d'usine d'incinération ou de transformation des déchets que nous prévoyions. Certains seraient-ils plus aptes à vivre avec des ordures ménagères de près de 5 millions d'habitants que d'autres? Non, Ouattara ne travaille pas. Il fait du tape à l'oeil. Ses partisans feraient mieux de l'attendre sur l'Etat de droit, la sécurité des personnes et des biens, la pauvreté qui a gagné toutes les populations, la réouverture de toutes ces entreprises sinistrées par la faute de son appel à la guerre... 

FM: Vous ne pouvez pas lui en vouloir de manquer d'effort. Il est à la recherche de 13.000 milliards qu'il serait en passe d'obtenir pour exécuter son programme et démarrer ses grands chantiers. Tout ce que vous citez-là ne sera que mauvais souvenirs pour les ivoiriens, d'ici peu.

LG : Ne me faites pas rire, monsieur... Qui va-t-il les lui donner, ces milliards? Les ivoiriens sont ouverts au reste du monde et voient que des mesures d'austérités se mettent  en place partout en Europe et en Amérique. Depuis qu'ils l'ont installé, a-t-il un traitement particulier de la part de la Banque Mondiale et du FMI? Non. La Côte d'Ivoire suit les mêmes procédures et a droit aux mêmes montants de prêts qui avait occasionné son endettement par le passé, et dont nous avons tenté de rembourser une bonne partie. Demandez donc à Ouattara d'avoir un peu de respect pour ceux qui ont eu à voter pour lui. Car, nous autres savons qu'il a la frime facile et le mensonge aisé. Ce n'est pas parce que vous vous croyez ami des milliardaires qu'ils vous rendront milliardaire ! Si tel étaient le cas, avouions que leurs épouses feraient partie de la liste Forbes des fortunés. Parce qu'elles, au moins, ont l'avantage d'être plus proche de leurs époux milliardaires que le prétendu ami. Non, Ouattara n'apportera rien à la Côte d'Ivoire. Juste quelques temps et vous le découvrirez dans toute son incapacité.

FM : Que faites-vous de ses nombreuses années dans la haute finance et son carnet d'adresses qu'il met souvent en avant !

LG : Combien de fois vais-je vous le dire, cher monsieur. Ce type-là n'apportera rien à ce pays. C'est de là-bas qu'il venait, lorsqu'il fut premier ministre d'Houphouët. Il s'en est allé d'ici avec un blâme du FMI pour le plan qu'il était censé appliquer et une Cote d'Ivoire en cessation de paiement ! Le temps serait long pour vous énumérer ses méfaits de 90 à 93. Montrez-moi les pays qu'il a développé comme il le prétend de la BCEAO au FMI. Aucun ! Il excelle dans la mystification comme un gourou de secte.

FM : Aimerez-vous qu'il échoue?

LG : Honnêtement non, si tel est que c'est lui le vrai vainqueur de la présidentielle comme il le prétend. Parce qu'il est celui dont les agissements ont mis ce pays dans ce gouffre. Quoi de plus normal qu'on attende de lui réparation. Mais je suis sceptique quant à sa capacité à unir les ivoiriens d'abord et à trouver les  moyens pour réussir cette remise sur pied du pays. Observez-le, vous retiendriez qu'il est friand du superflu, du cérémonial, du beau décor, du coté martial du pouvoir...que du travail lui-même. On fait jurer les membres du gouvernement, chose qui n'existe nulle part dans notre constitution ; on dit aux chefs militaires qu'ils sont les seuls responsables des erreurs de la troupe, comme si on voulait être chef d'Etat sans être le chef suprême de son armée des temps anciens... Les plus enchantés de son camp commenceront bientôt à se poser des questions sur ses prétendues relations qui feraient pleuvoir des milliards sur le pays. Et puis, cela m'étonnerait qu'on l'ait installé pour le bonheur du peuple ivoirien après 18 ans de déstabilisation. Depuis 1993, lui et ses soutiens extérieurs empêchent les ivoiriens de vivre décemment.

FM : Pourtant, je me souviens que vous avez confié à Jeune Afrique qu'il était plutôt travailleur. Ou bien, je me trompe?

LG : Non, j'ai dit : de Bédié et lui, il est travailleur pendant que Bédié, lui, sait se faire entourer. Toute la nuance est là.

FM : Il n'a que quelques mois de pouvoir. Attendons de voir, pourrait-on être tenté de vous dire...

LG : Le début est très souvent un bon indicateur de la fin. Et ceux qui l'ont installé au mépris des règles démocratiques et de celui d'un peuple souverain qu'ils sous-estiment totalement, y compris lui-même, savent bien ce qu'ils font. Ils veulent un semblant de chef qui soit malléable parce qu'entre deux pressions : la leur et celle d'un peuple qui ne tardera pas à se faire entendre. Voyez l'état global du pays... Les problèmes qu'ils croyaient me créer lui retombent aujourd'hui dessus : l'insécurité est totale ; les bandes armées contrôlent encore le pays ; l'ouest montagneux est meurtri par un génocide ; les forêts classées sont occupées par des populations venues d'ailleurs ; le chômage a atteint son point crucial ; les concours et examens de la Fonction publique annulés ; les salaires des fonctionnaires ont du mal à être payés chaque mois ; le cacao fuit vers les pays limitrophes ; les universités sont encore fermées pendant que le primaire, le secondaire convergent vers elles. C'est très facile de créer un désordre. Mais il n'est pas donné à tous de ramener l'ordre, surtout quand vous êtes l'instigateur de ce désordre.

FM : On est un peu étonné de la virulence de vos propos alors que vous n'êtes pas libre de vos mouvements.

 

LG : Ce n'est pas parce qu'on fait des critiques qui ne plaisent pas qu'on est virulent. Je suis encore très loin de menacer de frapper un quelconque pouvoir moribond, le moment venu. Et puis, qu'est-ce qu'on me montrerait encore après tout ce que j'ai vu? La mort, me direz-vous. Celui qui me la donne, aura en héritage mes péchés.

FM : Y a-t-il des erreurs à mettre à votre compte en 10 ans de règne?

LG : Bien sûr que oui. Tous ceux qui travaillent ont droit à l'erreur.

FM : Lesquelles par exemple?

LG : La première qui peut nous être souvent fatale à tous : faire confiance.

FM : Quoi d'autre?

LG : Le reste n'est pas important...

FM : Vous ne vous sentez pas responsable de cette crise?

LG : Je ne sais pas ce que vous entendez par responsable, mais pas de la manière que l'entendent mes adversaires. Est-ce moi qui ai envoyé l'ivoirité qui leur a servi de base de revendication? Non. Est-ce moi qui ai demandé à mes militants d'aller prendre le pouvoir dans la rue après le départ du général Guéi, lors de la présidentielle qui nous a opposés? Non. Est-ce encore moi qui ai attaqué mon propre pouvoir, le 18 septembre 2002? Non. Alors, d'où vient-il que les gens soient devenus subitement amnésiques?

FM : Pourquoi 50 ans après, l'Afrique est encore à la traîne avec des guerres un peu partout où des populations d'un même pays se tirent dessus?

LG : Le refus du respect des lois. Tout bêtement. Les plus simplistes vous diront à cause des impérialistes. Mais si vous respectez la loi qui vous interdit de mettre le feu à votre pays, l'impérialiste ne peut pas vous contraindre à prendre ses armes pour le faire. Eux, sont dans leur logique de déstabilisation d'un continent qui regorge encore assez de ressources pour le piller. Mais que faisons-nous pour bâtir une unité qui les en dissuaderait? Pas grande chose ! L'occident sait qu'il est l'auteur de la balkanisation de l'Afrique, il peut donc quand bon lui semble opposer qui il veut, dans un pays qui lui doit ses frontières. Demandez à une ethnie ou région A de se mettre ensemble pour revendiquer, et vous verrez que de façon contagieuse le rival d'en face B fera de même. Une fois que les deux camps sont créés, il n'y plus qu'à aller à l'affrontement pour en sortir avec une grosse fracture sociale sur laquelle il pourra jouer à l'infini au gré de ses intérêts

FM : Vous ne faites pas cas de l'iniquité de certaines lois dans votre raisonnement.

LG : Si les lois sont iniques, faisons comprendre à celui ou ceux qui les ont mis en place, qu'elles le sont par des protestations démocratiques que sont les marches, grèves et autres. Mais jamais par les armes. Faute de quoi, les mêmes armes viendront vous arracher, tôt ou tard, ce que vous avez acquis. Dans son jeu, l'impérialisme n'a pas d'amis. Il n'a que des intérêts. Il n'aura aucune gêne à se mettre avec celui qu'il a fait chasser par vous pour vous évincer un jour.

FM : L'Afrique a donc intérêt à promouvoir le droit dans un vrai état de droit, si je vous suis?

LG : Absolument. À condition que ceux qui l'enseignent et le pratique au plus haut niveau ne donnent pas le mauvais exemple en cautionnant le faux.

FM : Qu'en est-il des milliards que vous aurez détournés pendant la décennie de pouvoir?

LG : C'est la aussi un stéréotype du président africain. On ne peut pas imaginer l'exercice du pouvoir sans détournement de deniers publics. Eh bien, j'en suis l'exception. On ne m'a pas encore montré un seul compte m'appartenant, au solde de milliards. Et quand c'est un ancien de la haute finance, comme vous le dites, qui dit n'avoir rien trouvé, (rires) vous pouvez croire que Gbagbo n'est pas venu se servir, mais servir le peuple de Côte d'Ivoire.

FM : Mais monsieur Ouattara a dit récemment, depuis New York, que vous irez en prison.

LG : Parce que je n'y suis pas encore? Laissez Ouattara à son cirque. Ce n'est pas avec cela qu'on fait  peur à un mortel de mon âge. Mieux il veut montrer qu'il est à la tête de ce pays en lambeaux, plus il nous étale sa dictature. Quand la moins attractive des marionnettes se mue en juge, cela donne aux démocrates l'idée du combat qui les attend. Ce monsieur ne fera pas reculer ce  pays sur le chemin de la démocratie.

FM : Et son envie de vous envoyez à la CPI, par exemple...

LG : Qui vous dit que je le mérite mieux que d'autres? Et en quoi cela résoudra quelque chose? On pourra m'enfermer dans une cellule en Europe, parce que je serais celui qui veut que la démocratie s'exerce dans ce pays. Mais est-ce qu'on l'aura fait pour chacun de tous ces ivoiriens qui se sentent concernés, abusés, révoltés par ce que traverse leur pays? L'histoire nous démontre que face au peuple, il n'y pas d'armée aussi puissante. En choisissant de faire la politique, j'ai aussi choisi d'accepter ce qu'elle m'offrirait comme fin. Mais qu'en est-il pour ceux d'en face? Accepteraient-ils la leur? En partant pour la CPI, je me permettrais de leur souhaiter une paix durable et une stabilité à tout épreuve.

FM : Est-ce une menace? Il ne se passe pas de jour sans rumeur de coup d'Etat. Vos partisans réfugiés au Ghana sont fortement soupçonnés de vouloir tenter un coup de force.

LG : Non, je n'ai pas l'habitude des menaces. Le FPI n'est pas non plus abonné aux putschs, son parcours le démontre. Ce n'est pas avec nous que cette pratique a gagné ce pays jadis stable.

FM : Etes-vous pour une participation du FPI aux législatives?

LG : Je n'ai aucune responsabilité au sein du FPI, le président Affi et d'autres hauts responsables du parti sont en prison comme moi. Mais, si c'est ma position que vous voulez savoir, elle a déjà été exprimée par mon porte-parole, le ministre Katinan.

FM : La réconciliation, mais justice d'abord, attend-on dire du côté du palais présidentiel, à Abidjan.

LG : On ne peut pas être démocrate et ne pas aimer la justice qui nous ramène au respect des lois. Je suis donc à l'aise dans ce schéma de réconciliation avec la justice. Cela nous amènera à comprendre beaucoup de choses. Par exemple, qui sont les agresseurs et qui sont les agressés. Comment la rébellion est née et est partie d'ici au Nord, en 2002, pour prendre le pouvoir en 2011, au Sud. Et non dans le sens inverse où on aurait vu les forces régulières partir du Sud, où elles sont le plus basées, pour reconquérir le Nord. Rien qu'avec ce tableau, l'on peut savoir qui voulait la guerre et qui était pour la paix. Bien sûr, il y a aussi les crimes de sang et économiques à élucider.

FM : Avec le recul n'avez-vous pas l'impression d'avoir été piégé en organisant la présidentielle sans le désarmement?

LG : Piégé, moi? S'il y a eu piège, il se refermera sur celui qui me l'a tendu. En politique, rien n'est jamais gagné ou perdu d'avance. On peut faire le dos rond au début et se convaincre après de la nécessité de ce qu'on vous avait proposé au début. Que les ivoiriens restent sereins et très mobilisés, la vérité éclatera. Jamais le faux n'a eu raison du vrai.

FM : Justement, à propos d'ivoiriens, ceux qui sont pour vous vous reprochent d'être trop clément avec vos adversaires.

LG : Ils ont peut-être raison. Mais, moi, je fais de la politique et non la guerre.

FM : Même quand l'adversaire vous malmène comme c'est le cas présentement?

LG : Vous savez, n'est pas cruel qui veut. C'est d'abord et avant tout une question de nature. Et puis, je crois... Si on part d'une logique, pour pouvoir assassiner son adversaire politique (c'est peut-être ce que certains me reprochent, ici), il faut être sûr qu'il est seul dans sa famille et qu'il n'a pas de militants, pour espérer ne pas subir la vengeance des siens. Or cela est impossible. Dans les pays où d'autres ont pris ce raccourci, la paix n'est plus jamais revenue. Voilà pourquoi face à un adversaire qui vous brandit la force des armes, brandissez-lui, celle du droit et soyez déterminé jusqu'à ce qu'il cède. Si vous voulez, je préfère la légitime défense, qui a un fondement juridique.

FM : Est-ce vrai qu'on vous promet la libération contre la reconnaissance d'Alassane Ouattara comme président? On se rappelle qu'au plus fort de la crise, monsieur Alain Jupé, ministre des affaires étrangères français, avait parlé d'un document à signer par vous, votre reddition.

LG : Je ne crois pas être le mieux placé pour vous répondre.

FM : Comment va votre mère qui serait réfugiée au Ghana, après que sa maison ait été pillée comme la vôtre au village?

LG : D'après mes avocats, elle va bien, merci. Si ma mère a eu le tort de m'avoir mis au monde, les ivoiriens eux ne méritent pas d'être pris en otage sur leurs propres terres par des bandes armées. Ce n'est pas bon, ce n'est pas humain. Que ceux qui ont pensé, ordonné et exécuté cette dérive y mette immédiatement fin. Evitons le chaos total au pays.

FM : Que diriez-vous d'un tête-à-tête avec Alassane Ouattara?

LG : Tout ce qui peut sortir le pays de cette impasse est le bienvenu. Mais, qu'on libère ces hommes et femmes qui sont détenus parce qu'ils ont été, pour certains, soit nommés par moi, soit mes partisans, soit des parents à  moi. Je le répète à qui veut l'entendre, le régime présidentiel qui est le nôtre fait de moi le seul responsable de ce qu'on pourrait leur reprocher.

FM : Jamais de jour sans que vous ne soyez en couverture des quotidiens ivoiriens. Est-ce à dire que vous hanter encore la scène politique ivoirienne et le pouvoir actuel?

LG : C'est peut-être là une des facettes de la gestion du pouvoir qui nous oppose. La méthode dictatoriale rend plus service à l'opposition qu'aux tenants d'un quelconque pouvoir. Peut-être aussi la crise qu'on dit être terminée ne l'est pas du tout, en réalité.

FM : Avez-vous noté que je me suis gardé d'user du titre de président pour désigner Monsieur Alassane Ouattara?

LG : Non, pas du tout. Pourquoi me le demandez-vous?

FM : Cela vous aurait peut-être fâché.

LG : Pour si peu? Non, je ne suis pas un malade du pouvoir. Ce n'est pas moi non plus qui désigne le président ivoirien. (rires).

FM : Au revoir, monsieur le président !

LG : Au revoir monsieur et que DIEU bénisse la Côte d'Ivoire !

ALASSANE OUATTARA EST-IL UN RECONCILIATEUR?


ALASSANE OUATTARA 14.jpg

La crise postélectorale a jeté sur les pistes et les routes africaines des centaines de milliers d'Ivoiriens, au comble du malheur et du désastre ou hantés par l'angoisse des lendemains improbables. Certains pour fuir une mort inéluctable, d'autres pour se mettre à l'abri d'éventuelles exactions ou maltraitances des « vainqueurs » désormais au pouvoir, en Côte d'Ivoire. D'autres encore, en quête de sérénité parce que ne supportant plus le bruit des armes. Pour cela, ils ont dû franchir la frontière de leur pays pour demander l'hospitalité et l'asile, loin de chez eux et, quelquefois, abandonner famille, biens et projets d'avenir. Des milliers d'entre eux en ont, pour ainsi dire, été réduits à leur plus simple expression. Des années de durs labeurs et de sacrifice parties en fumée. Un seul véritable bien leur restant, désormais : la vie sauve !

Voici la condition désastreuse de bon nombre de nos concitoyens partis en exil et vivant, pour le plus grand nombre, dans une précarité à fendre le cœur. Mais ils ont au moins le bénéfice d'une certaine quiétude et d'un répit salutaire pour leur âme en détresse. Cela, semble-t-il, n'est pas du goût du pouvoir Ouattara. Il faut absolument faire rentrer ces Ivoiriens, et surtout tous ces pro-Gbagbo en exil, qui ternissent l'image policée de l'homme du slogan médiatique de « la Côte d'ivoire rassemblée » qui peine à les convaincre d'amorcer le mouvement de retour au pays. Plusieurs délégations mandatées par le nouveau pouvoir ivoirien se sont heurtées à un mur de réticence des exilés ivoiriens.

Toutes les démarches de ses émissaires ayant fait long feu, Ouattara se charge lui-même de faire le « ménage ». Le chef de l'Etat ivoirien semble visiblement manquer de sérénité. La réconciliation faite maison tarde à venir, pour la consolidation de son pouvoir certifié par la « communauté internationale ». Il va falloir lui donner un coup de fouet pour la booster dans le sens souhaité. Surtout qu'il entendrait des bruits de bottes venir du Ghana voisin contre son régime, aux dires de la presse locale, au point de jeter quelque ombre sur les relations légendaires entre le pays de Kwamé Nkruma et le sien. Au-delà des sourires protocolaires et des discours diplomatiques. Et pour se faire, il met à contribution le président Ghanéen, John Evans Atta Mills himself, qui en bon africain nourri aux mamelles de la fraternité et de l'hospitalité, va lui ouvrir grands les bras, pour lever tout malentendu entre les deux pays.

ALASSANE OUATTARA ET ATTA MILLS.jpg

Reçu avec tout le faste et les honneurs dus à son rang, Alassane Ouattara ne sera malheureusement pas à la hauteur de toute la confiance investie en lui par le Président ghanéen pour rencontrer les autorités ivoiriennes et les responsables du FPI en exil, dans une entrevue qui devait servir de cadre à un échange fructueux, à un dialogue constructif, pour le retour de nos frères. Son agenda secret - le rapatriement des personnalités proches de Laurent Gbagbo poursuivies ou non - gâche la belle initiative. Le tête-à-tête annoncé et arrangé par Atta Mills se mue en une vulgaire instrumentalisation politique : la délégation des cadres LMP aura le désagrément de se rendre compte que la conférence de presse initialement prévue à House Parlement par le gouvernement ghanéen a été, soudainement et sans explication, transférée à la Conference Center du stade de Oussou. Apparemment, sous l'insistance de Ouattara. Selon des sources diplomatiques. Nos cadres en exil se retrouvent donc installés au premier rang d'une salle chauffée à blanc par des Ivoiriens, censés être des exilés en T-shirts à l'effigie de Ouattara, visiblement heureux de retrouver leur président. Jamais vu des « victimes » aussi heureuses de retrouver leur « bourreau ». Il n'en était, en fait, rien. Il s'agissait simplement du comité d'accueil RHDP transporté de Côte d'Ivoire et également suscité sur place au Ghana, pour célébrer son mentor. Ouattara, soigneux de son image internationale, n'avait qu'une obsession : montrer au monde, à travers cette machination indigne, que les exilés proches de l'ancien président sont heureux de le voir, qu'ils sont prêts à rentrer - pour preuve, les personnalités pro-Gbagbo étaient toutes présentes à son « meeting » - et que la page Gbagbo était tournée. De tête-à-tête arrangé, point question. Subodorant le coup, les personnalités ivoiriennes en exil prennent le soin de se retirer de l'auditorium avant l'arrivée de Ouattara.

Mais qu'à cela ne tienne. Le voyage officiel du chef de l'Etat ivoirien en terre ghanéenne aurait pu s'avérer, malgré tout, fructueux s'il n'en avait lui-même torpillé l'issue. Car comment comprendre qu'on puisse s'afficher comme un réconciliateur parti rencontrer ses compatriotes pour les convaincre de rentrer et demander, dans le même temps, leurs têtes à leur hôte sur un plateau d'argent ? Oui, Ouattara a bel et bien demandé au président Atta Mills d'exécuter les mandats d'arrêt qu'il a lancés contre ses propres concitoyens. Ceux mêmes qu'il était censé rencontrer en aparté, dans un dialogue franc et fraternel, loin de son « meeting ». Il s'est même félicité, sur la base des discussions qu'il a eues avec les autorités ghanéennes, de leur prochaine arrestation, à son retour à Abidjan. Quel est donc ce réconciliateur ? Des Ivoiriens ont fui leur pays pour vivre à l'étranger, afin d'avoir la paix et retrouver un peu de quiétude. Il faut encore qu'Alassane Ouattara aille les y tourmenter avec des mandats d'arrêt et des ordres de gel de comptes bancaires ! Quelle est donc cette étrange disposition de cœur ? Quel sens Ouattara a-t-il de l'hospitalité et de la fraternité africaines pour demander au Ghana de lui livrer ses protégés, contre sa propre Constitution qui lui interdit le rapatriement de force et sans raisons objectives de réfugiés ?

Au demeurant, les propos tenus par Alassane Ouattara au Ghana laissent pantois : « Venez apporter votre contribution au développement de notre pays car c'est ce développement qui va accélérer la réconciliation et le pardon ». Ah bon ?! J'aurais parié pour  le contraire. Monsieur le président, j'ai justement l'honneur de vous contredire ! C'est plutôt la réconciliation et le pardon qui vont accélérer le développement de notre pays. Certainement pas l'inverse ou autre chose.

ALASSANE OUATTARA ET ATTA MILLS 2.jpg

Alassane Ouattara dit, en outre : « Ceux qui ont commis des crimes de quelque nature que ce soit, la justice ne sera pas abusive ». Honnêtement, quel criminel ou individu soupçonné de l'être viendrait-il allègrement s'offrir aux mailles de la justice qui doit l'écrouer ? Et surtout quand il s'agit de celle des « vainqueurs » que la Côte d'Ivoire s'est désormais offerte ? Cela ne correspond à aucune logique ni à aucun bon sens. Monsieur le président, la solution du retour de ces plus de 200.000 Ivoiriens en exil se trouve ailleurs, et d'ailleurs entre vos mains, et vous la connaissez très précisément : il s'agit de la libération du président Laurent Gbagbo et de tous vos prisonniers politiques et militaires. Arrêtez de chercher ailleurs et de nous conduire tous dans l'impasse d'une réconciliation des « vainqueurs ».

Pour clore le tout, Alassane Ouattara lance aux exilés ivoiriens : «  N'ayez pas peur (...) la Côte d'Ivoire est maintenant un Etat de droit. (...) Rentrez, le pays est désormais en paix ». Entre nous soit dit, de quelle paix et de quel Etat de droit s'agit-il ? Une paix et un Etat de droit faits d'exactions, d'insécurité rampante, d'emprisonnements abusifs, de licenciements fantaisistes et vindicatifs, de nominations à caractère tribal et régionaliste, de démolitions et de déguerpissements sans sommation ni mesures d'accompagnement social, d'arrestations arbitraires, de procès politiques, d'entorses graves à la Constitution, de gouvernement par ordonnances ? « Non, merci ! », semblent répondre les réfugiés ivoiriens qui sont encore et toujours massivement présents au Ghana, au Bénin et au Togo (pour ne citer que ces trois pays) et ne semblent aucunement pressés de regagner la Côte d'Ivoire, terres de leurs pères.

Un seul signal pourra convaincre nos compatriotes de rentrer : la liberté de Laurent Gbagbo. Il ne faut pas avoir fait Havard pour le comprendre. La semaine où Gbagbo sera libéré, les exilés envahiront la Côte d'Ivoire, sans aucun mot d'ordre, et la réconciliation s'amorcera d'elle-même, sans discours. C'est aussi simple que cela !

Comme nous pouvons donc l'apprécier, même en prison, c'est encore Laurent Gbagbo qui a les cartes en main. La réconciliation incombe à titre principal à Alassane Ouattara. Mais que nous donne-t-il à voir ? La continuité de la chasse à l'homme. Et pourtant, il faut bien peu pour réconcilier les Ivoiriens, quand on a une grande âme. Par la façon dont il règlera la question Gbagbo, Ouattara scellera son avenir politique. Soit comme le « réconciliateur tant attendu », soit comme le « pyromane national ». Avec les conséquences y afférentes. C'est à lui de voir. L'Histoire l'observe.

 

Que DIEU bénisse la Côte d'Ivoire !


DINDE Fernand AGBO

 

In le quotidien ivoirien « Le Nouveau Courrier » N° 341 du jeudi 13 octobre 2011.

DECLARATION DU FPI, SUITE A LA BARBARIE DES PARTISANS DE OUATTARA A KOUMASSI


LAURENT AKOUN.jpg

Déclaration de la Direction du FPI

 

Le samedi 08 Octobre 2011, à l'initiative de l'honorable YAO Yao Jules, député à l'Assemblée Nationale, élu de la commune de Koumassi et membre du Comité Central du Front Populaire Ivoirien (F.P.I), un meeting était organisé dans le quartier "Grand Campement" (Commune de Koumassi). Cette réunion publique avait rassemblé une foule immense de militants, de démocrates et de la population de Koumassi. Y participaient également plusieurs élus (députés, élus municipaux et départementaux) ainsi qu'une forte délégation de la direction du parti conduite par le Secrétaire Général et Porte-parole, le député Laurent AKOUN.

Ce rassemblement, convient-il de le rappeler, est la seconde sortie publique du FPI dans cette commune depuis l'avènement de M. OUATTARA à la tête de ce pays, le 11 avril 2011. Ce Samedi 8 Octobre, alors que le meeting battait son plein avec des messages délivrés par les responsables politiques, alors que la population fortement mobilisée écoutait attentivement les intervenants du jour, des personnes vêtues à l'effigie d'"ADO" et des FRCI et munies d'armes blanches, d'objets contondants et de projectiles, appuyés par des hommes en armes, font irruption sur le lieu du rassemblement. Elles saccagent le matériel de sonorisation et tous les biens (chaises, bâches...) ; s'attaquent aux personnalités présentes sans épargner la foule qui ne demandait qu'à vivre la contradiction démocratique. Le bilan provisoire fait état de plusieurs blessés graves, de la destruction de plusieurs véhicules dont celui du Secrétaire Général et Porte-Parole du parti et de toute la logistique mobilisée dans le cadre de ce meeting politique. Un cadre du FPI, le camarade N'GUESSAN Lavry, Secrétaire Général de la Fédération de Jacqueville, a été séquestré dans un domicile privé appartenant au "doyen" des militants RDR de Koumassi, M. Ladji. Il n'a été libéré que plusieurs heures plus tard après de vives recherches et d'intenses négociations. Dans le respect des règles républicaines, le Député YAO Yao Jules dépêché dans les commissariats pour demander secours et porter plainte n'a pu trouver d'agents en place et s'est résigné à attendre 48 heures pour pouvoir porter plainte contre X.

A l'analyse, pour la Direction du FPI, cette attaque d'une réunion publique pour laquelle toutes les formalités administratives, légales et réglementaires avaient été remplies est une tentative des «ennemis de la démocratie » de faire taire les opinions contraires à celles du pouvoir en place. Cet acte barbare et d'un autre âge tend à ramener la Côte d'Ivoire à la triste époque du parti unique. Il n'est que la mise à exécution de la menace de "mater tout meeting arrogant" proférée par M. Amadou Soumahoro, Secrétaire Général du RDR et Ministre-Conseiller de M. Alassane OUATTARA au lendemain de la première sortie publique du FPI dans la Commune de Koumassi. M. Soumahoro vient de châtier ! Cette « correction » n'est que de la volonté du pouvoir en place d'intimider, de museler et d'éteindre à jamais l'opposition démocratique incarnée par le FPI / CNRD. Le sabotage du meeting de ce samedi 08 octobre 2011 est un acte savamment conçu, préparé et mis en œuvre par le pouvoir avec à sa tête le Chef de l'Etat dont le Ministre-Conseiller (de surcroît chargé des dossiers politiques) avait annoncé les couleurs sans être publiquement interpellé.

LOGO DU FPI.png

Face à cet acte d'intolérance caractérisée, la Direction du FPI :

- dénonce la dérive totalitaire développée en Côte d'Ivoire depuis l'avènement de M. Alassane Dramane OUATTARA à la tête de notre pays ;

- s'insurge contre l'usage inconsidéré de la violence contre ses élus, ses cadres, ses militants et sympathisants, les démocrates et la population ivoirienne nourris depuis 10 ans à la sève de la démocratie par le président Laurent GBAGBO ;

- tient personnellement pour responsable M. Alassane OUATTARA, président du RDR de la fracture définitive que font peser sur la cohésion nationale ses (nervis) hommes de mains dont les actes délibérés ne font l'objet d'aucune retenue ;

- interpelle le Chef de l'Etat sur la nécessité de veiller à la cohésion nationale conformément à la Constitution Ivoirienne ;

- prend à témoin les communautés Nationale et Internationale sur le risque irréversible de dislocation sociale que fait planer sur la Côte d'Ivoire le président OUATTARA par son obsession à gérer l'Etat par la terreur.

En cette circonstance douloureuse, la Direction du FPI exprime sa compassion aux blessés et aux victimes de cette énième "croisade" des pro-OUATTARA contre les militants du FPI, les démocrates et le peuple ivoirien. Elle assure ces derniers de sa sympathie, de son soutien et les encourage à persévérer dans la dignité et la lutte pour la Liberté.

Enfin la Direction du FPI demande aux militants, aux démocrates et au peuple ivoirien de ne point se laisser distraire par toutes ces provocations et de continuer à réclamer par tout moyen démocratique la libération du président Laurent GBAGBO, de sa famille et de ses collaborateurs pour assurer à notre peuple la réconciliation attendue.

C'est pourquoi, la Direction du FPI les exhorte à se rendre massivement au meeting de la JFPI, le samedi 15 octobre 2011 à 09 heures à la place CP1 à Yopougon.


Pour la Direction du FPI


Le Secrétaire Général et Porte-parole

Laurent AKOUN


Source : RESISTANCE COTE D'IVOIRE ISRAEL

jeudi, 13 octobre 2011

ECOLE IVOIRIENNE: A QUAND LA REOUVERTURE DES UNIVERSITES PUBLIQUES?


UNIVERSITE D'ABIDJAN COCODY.jpg

Les travaux de réhabilitation au sein des universités publiques de Côte d'Ivoire servent de cache-sexe au pouvoir Ouattara pour justifier que 3 promotions de bacheliers soient laissées sur le carreau et pratiquement sacrifiées. La pluie de milliards annoncée, qui a fait défaut, est en réalité le véritable problème de Ouattara. Nous pouvons, à travers les trois articles éloquents du quoditien L'INTER (ci-dessous), voir à quel point l'école et l'éducation tiennent à coeur à nos nouvelles autorités. Liquider l'école pour des questions de trésorerie, j'ai rarement vu pareille incongruité. Ainsi va, malheureusement, la "nouvelle" Côte d'Ivoire. Et pourtant, le Premier ministre Guillaume Soro ne s'est pas privé de se fendre en propos irréels à Korhogo, en prétendant qu'Alassane Ouattara a fait en 100 jours ce que Gbagbo n'a pas fait en 10 ans! Laurent Gbagbo n'a jamais fait fermer l'école pendant 6 mois, ni remis sa réouverture aux calendes grecques. Ne serait-ce que ça. Ridicule, quand tu nous tiens!


A quand la reprise des cours à l'université de Cocody et à l'université d'Abobo-Adjamé? Bien malin qui pourra répondre à cette question. ''Nous ne voulons pas faire du bricolage. Le plus important, c'est de repartir de bon pied'', s'est contenté de lancer le Premier ministre Soro Kigbafori Guillaume lors d'une visite jeudi dernier 06 octobre à l'université de Cocody pour s'enquérir de l'état d'avancement des travaux de réhabilitation de ladite université. Soro emboîte ainsi le pas à son ministre de l'Enseignement supérieur qui comme lui, n'a pas voulu se lancer dans le fétichisme des dates. Personne ne veut situer et apporter des réponses précises aux nombreuses questions que se posent actuellement les étudiants.

Aucune autorité ne veut clairement dire si oui ou non, cette année académique 2010-2011 sera déclarée blanche.

UNIVERSITE D'ABIDJAN COCODY 2.jpg

Pourtant, tous les ingrédients à cet effet sont réunis. Pendant ce temps, l'inquiétude et même le désespoir gagnent de plus en plus, les rangs des étudiants qui n'ont aucune information officielle quant à la réouverture prochaine de l'université. On parle d'une probable rentrée au mois de janvier 2012. La question est de savoir qui rentre en janvier prochain. 3 promotions de bacheliers attendent toujours de vivre l'ambiance des amphithéâtres de l'université et de recevoir leurs premiers enseignements universitaires.

Mais cela ne semble pas vraiment préoccuper les autorités de ce pays pour qui seule compte la réhabilitation de l'université.


Franck Souboné, in le quotidien ivoirien « L'Inter » N° 4009 du mardi 11 octobre 2011.


----------------------------------------------


GOUVERNEMENT OUATTARA.jpg

ENSEIGNEMENT SUPERIEUR: LE GOUVERNEMENT COINCE


Ce serait un exercice périlleux que de s'aventurer à fixer la date probable de la réouverture des universités de Cocody et d'Abobo-Adjamé. Tant les déclarations tenues par le gouvernement ivoirien n'invitent pas à la sérénité des étudiants qui depuis plus de six mois, rongent leurs freins à la maison.

Côté officiel, les étudiants ne retrouveront le chemin des amphis que lorsque les conditions adéquates seront réunies pour permettre une bonne reprise des enseignements. Pour le chef du gouvernement, l'important, « c'est l'assainissement du milieu universitaire pour que les étudiants aient des enseignements de qualité et des diplômes crédibles et certifiés ».

Côté officieux, il faut purifier les espaces universitaires dont la conquête était devenue un enjeu stratégique pour nos gouvernants.

Et la bête à éliminer, c'est la fédération estudiantine et scolaire de Côte d'Ivoire (FESCI).

D'ailleurs, le premier ministre Guillaume Soro a dû se rappeler des moments à la fois exaltants et douloureux lors de sa visite sur le site de l'université de Cocody le 06 octobre dernier, lui qui a été l'un des dirigeants de cette organisation syndicale. Mais comme le disent si bien les militants, la FESCI est un esprit.

Enfermer donc ce qu'on ne voit pas s'apparente à un jeu de dupes. Au-delà de cette réalité, se dresse en face l'épineuse question du financement de l'enseignement supérieur. Mobiliser 35 milliards de francs CFA en ces temps de vache maigre est compliqué pour le gouvernement.

Le ministère en charge de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique peine à boucler le financement.

Le pays a de nombreuses priorités, et il faut y faire face. Les secteurs de la santé, de l'Education pour tous semblent pour l'instant être la préoccupationdes bailleurs de fonds et des organismes bilatéraux. Financer ces travaux sur ressources propres nécessite de faire un grand sacrifice au moment où le gouvernement s'attelle à maîtriser les dépenses publiques et à ne pas tomber dans les déficits budgétaires. C'est certainement l'une des explications de la lenteur dans l'exécution des travaux de réhabilitation des universités publiques.


Bertrand Gueu, in le quotidien ivoirien « L'Inter » N° 4009 du mardi 11 octobre 2011.


------------------------------------------


CISSE BACONGO 2.JPG

PROMOTION 2008-2009-2010: UN FARDEAU POUR BACONGO


Les autorités compétentes n'ont pas chaussé de gant pour dévoiler leurs ambitions pour les universités publiques d'Abidjan. A la lumière de leurs différentes déclarations publiques, éviter une année blanche en Côte d'Ivoire est le dernier de leurs soucis. Que ce soit le ministre de l'Enseignement supérieur, Ibrahim Cissé Bacongo ou le Premier ministre, Guillaume Kigbafori Soro, les convictions restent les mêmes. A commencer par le premier cité (Cissé Bacongo) qui, lors d'une visite des travaux de réhabilitation de l'université d'Abidjan Cocody, en juillet dernier, est resté catégorique.

''Pourquoi s'inquiéter d'une année blanche alors que plusieurs années ont été cumulées? Nous ne voulons plus d'année en dents de scie. Nous allons régler la situation au cas par cas pour que l'université d'Abidjan redevienne une référence dans le monde. Mais ne me demandez pas quand est-ce que l'université sera rouverte, je ne saurais vous répondre'', a coupé court le ministre de l'Enseignement supérieur. Se prononçant sur la même question, jeudi 06 octobre dernier, au cours d'une visite des lieux, le Premier ministre Guillaume Soro a indiqué clairement que le gouvernement qu'il dirige n'entend pas ''faire du bricolage''. Une façon de dire que le pouvoir d'Abidjan mettra le temps nécessaire qu'il faut à la réouverture des amphithéâtres.

CISSE BACONGO 1.JPG

Ces positions du reste fermes des deux personnalités gouvernementales, renvoient à une préoccupation majeure.

Que vont devenir les milliers d'étudiants qui, depuis 2008, n'arrivent pas à intégrer le Temple du savoir. En effet, les trois générations de bacheliers que sont les promotions 2008-2009, 2009-2010 et 2010-2011 qui se retrouveront certainement en première année si l'université rouvre, sont loin de retenir l'attention des gouvernements successifs. À ce gros ''contingent'', vont certainement s'ajouter les nombreux bacheliers de la rentrée académique 2011-2012. Selon des indiscrétions, les universités d'Abidjan (Cocody et Abobo-Adjamé) sont gangrenées par la politique.

Aussi les nouvelles autorités ivoiriennes ont-elles, manifestement, à coeur de faire payer ces étudiants qui ont apporté leur soutien au régime déchu de Laurent Gbagbo. Si tel est le cas, l'actuel gouvernement doit revenir au plus vite à la raison ; car le droit à l'éducation est garanti et inviolable par toutes les conventions nationales et internationales qui régissent le fonctionnement des sociétés.


G. De Gnamien, in le quotidien ivoirien « L'Inter » N° 4009 du mardi 11 octobre 2011.

DEPUIS QUE LE CAMP OUATTARA EST AU POUVOIR, LES IVOIRIENS SOUFFRENT, SOUFFRENT, SOUFFRENT. LES FAITS

 


PAUVRETE COTE D'IVOIRE.jpg

Pendant que Ouattara, Soro et leur gouvernement se congratulent, les indicateurs économiques et sociaux du pays sont au rouge. Au-delà des effets de manche cosmétiques, les fondamentaux d'une reprise ne sont pas là. Explications.


«La solution est plus grave que le problème!» Avec leur légendaire sens de la formule, les Ivoiriens ordinaires ont résumé leur perception de la situation qui règne dans leur pays, six mois après le kidnapping du président Gbagbo. Loin du triomphalisme indécent des vainqueurs du moment, qui célèbrent leurs cent ( ?) jours d'exercice du pouvoir, la situation économique et sociale du pays est mauvaise, et un certain nombre de facteurs incitent au pessimisme.

Revue de chiffres et de faits qui doivent instruire les Ivoiriens, loin de la propagande de mauvais goût.

Des centaines de milliers d'Ivoiriens toujours déplacés ou réfugiés

A priori, un gouvernement vraiment soucieux de l'unité nationale et d'un retour durable à la paix aurait dû s'attaquer de manière volontariste à la question des réfugiés et des déplacés, profondément traumatisés, en grande partie par les prouesses armées des «sauveurs» de la Nation. Pas grand-chose n'a été fait sur ce terrain-là. Les chiffres des ONG internationales sont préoccupants. «Les Nations Unies recensent 29.000 déplacés dans des camps, mais estiment à 270.000 le nombre de personnes encore déplacées dans des familles d'accueil, et 170.000 sont à ce jour réfugiées au Liberia voisin», explique ainsi Vincent Taillandier, responsable géographique en charge de la Côte d'Ivoire à Action contre la faim.

Dans un rapport conjoint, les ONG Care, Oxfam et le Conseil danois pour les réfugiés évaluent le nombre d'Ivoiriens encore déplacés à 450 000 personnes. Près de 10% du corps électoral national ! Et le gouvernement ne fait pas grand-chose pour encourager les retours. «Les consultations avec les personnes déplacées et retournées conduites pendant les mois de juillet et août révèlent que les conditions pour des solutions durables aux déplacements ne sont pas remplies. De trop nombreux retournés continuent de faire l'objet d'attaques, de harcèlement et d'intimidations dans leur zone d'origine, et beaucoup ont un accès limité voir pas d'accès aux services de base et aux mécanismes de protection. Une large proportion a perdu ses documents officiels et n'a pas accès à des mécanismes de restitution de la propriété ou de compensation pour les pertes encourues, tandis que beaucoup n'ont pas encore été en mesure de réunifier tous les membres de leur famille. Un nombre significatif de personnes déplacées n'est toujours pas prêt à retourner en raison de la peur d'attaques, du manque d'accès à leur terre ou du manque de moyens de subsistance», écrivent les ONG. Qui publient un témoignage d'une déplacée du site de Nahibly (Duékoué) dont la clarté éblouit : «Je ne me sentirais pas en sécurité tant que le désarmement ne sera pas effectif. Les Dozos, ils me font peur. A qui rendent-ils des comptes ? Je me le demande. Et les FRCI, il n'y a pas le moindre ordre dans cette armée. Je ne peux pas leur faire confiance. Si vous êtes Guéré, ils vous tuent.» Tout cela ne semble pas émouvoir le régime actuel qui a affirmé sa pensée profonde par la bouche de Paul Koffi Koffi, ministre délégué à la Défense. «Les Frci vont s'installer ici dans la zone pour longtemps, longtemps. Que vous le voulez ou que vous ne le voulez pas, vous êtes obligés de les accepter, c'est l'armée de Côte d'Ivoire. Celui qui ne veut pas des FRCI, il n'a qu'à changer de pays et aller vivre ailleurs», a-t-il ainsi lancé aux populations de Taï, qui se plaignaient des abus des hommes en armes...

Une forte insécurité alimentaire dans l'Ouest

Les décideurs qui ont dépensé, il y a quelque temps, des milliards de FCFA pour faire la fête à Paris à l'occasion de la remise du prix Félix Houphouët-Boigny le savent-ils ? «En raison des combats, des destructions et des déplacements de population, les récoltes de cette année ont été perturbées. Dans l'Ouest, beaucoup de cultivateurs ont manqué la saison de culture du riz pluvial. Le pays est actuellement en période de soudure, particulièrement critique cette année.

Dans la zone de Zouan Hounien/Bin-Houyé/Toulépleu (ouest du pays), selon une évaluation menée (...) au mois d'août, 60% de ménages n'arrivent pas à couvrir leurs besoins alimentaires alors qu'en période de soudure normale, cette proportion est de 30%», écrit l'ONG Action contre la faim. Qui met en lumière un doublement de l'insécurité alimentaire. Selon une enquête récente, 15 000 enfants seraient malnutris.

Les prix sur les marchés ont explosé

Tout le monde s'en plaint à Abidjan : les prix des denrées alimentaires n'ont cessé d'augmenter, ce qui accroît la pauvreté des Ivoiriens. «Entre juin 2010 et juin 2011, les prix du riz, du sucre et du boeuf ont augmenté de 11%, 44% et 20% respectivement, selon l'Institut national des statistiques», écrit ainsi l'agence de presse IRIN, qui dépend des Nations unies. Bien entendu, ces prix ont quelque chose à voir avec l'atmosphère de tension entretenue dans les zones rurales par les FRCI, qui poussent les agriculteurs à fuir vers les villes, et avec le racket des mêmes FRCI qui a littéralement décuplé. «Les abus présumés des soldats partisans de M. Ouattara (qui sont maintenant l'armée nationale) et la lenteur à restaurer l'ordre public et de véritables services de police et de gendarmerie ont également un impact négatif sur l'économie», écrit ainsi sobrement l'agence IRIN.

Dans ce contexte d'exacerbation de la pauvreté, les destructions des quartiers précaires, qui augmentent naturellement le prix moyen des loyers puisque, couplées à la fermeture des cités universitaires, elles réduisent mécaniquement l'offre, traduisent l'absence de conscience sociale et de compassion de ce gouvernement.

En dehors de l'activisme limité des bailleurs de fonds, l'économie n'a pas redémarré

L'incapacité de l'Etat à payer ses créanciers déstabilise profondément les entreprises qui vivent dans une forte proportion des marchés publics. La dette de l'Etat vis-à-vis de ses fournisseurs est de 900 milliards de FCFA, et la figure des balayeuses d'Abidjan, qui n'ont quasiment jamais été payées depuis qu'elles ont été recrutées dans l'informel par le gouvernement est assez illustratrice de la situation.

Faustin Gré, président d'une fédération de PME, explique ainsi à IRIN que beaucoup d'entreprises mettent leurs employés au chômage technique deux jours pendant la semaine pour survivre. Si le dernier emprunt obligataire de l'Etat de Côte d'Ivoire a bien fonctionné - comme du reste la quasi-totalité de ces emprunts sous l'ère Gbagbo, y compris à des moments de forte crise -, la BRVM se distingue par son attentisme. Et la remontée du mercure sur le thermomètre politique, avec le forcing du régime, qui tient à organiser des législatives en l'absence de tout consensus et qui est bien décidé à mater l'opposition, comme l'ont montré les événements de samedi dernier à Koumassi, font frémir les investisseurs. Le pays n'est pas sorti de l'auberge.

Seul un grand effort national, soutenu par tous, y compris par une opposition enfin écoutée avec respect, peut aider la Nation à relever les grands défis qui se présentent à elle.


In le quotidien ivoirien « Le Nouveau Courrier ».

 

Source : COTE D'IVOIRE LA VRAIE

ALPHONSE DOUATI: «EN CINQ MOIS, CE POUVOIR A SEME MISERE ET DESOLATION DANS LES FOYERS»


ALPHONSE DOUATI.jpg

Docteur Alphonse Douati (Sga du Fpi chargé du suivi de l'action gouvernementale)

 

Cela fait un peu plus de 5 mois qu'Alassane Dramane Ouattara est au pouvoir. Cela coïncide avec la fixation du prix du kg de cacao à 1000 Fcfa. Quel commentaire ?


La filière café cacao est une filière majeure parce que la Côte d'Ivoire pèse pour 40% de l'offre mondiale. Cette filière intervient dans l'ordre de 25 à 30% du Pib. Ce qui voudrait dire que les producteurs de cette richesse sont à la base du développement de ce pays. A travers le Comité de gestion de la filière café cacao (Cgfcc), le gouvernement vient d'annoncer le prix du kilogramme du cacao aux producteurs à 1000 Fcfa. Cela nous amène à faire une série d'observations. La première est que depuis que la Côte d'Ivoire existe, le premier octobre a été toujours la date de l'ouverture de la campagne cacaoyère et caféière. Ensuite, contrairement à ce que nous avons constaté depuis dix ans, c'est une personnalité administrative nommée par l'exécutif qui est venue annoncer ce prix en lieu et place des producteurs. Cela est un recul par rapport à ce que nous avons convenu depuis dix ans avec les bailleurs de fonds qui est que l'Etat doit se mettre de plus en plus en retrait. Pour permettre aux professionnels de la filière de se prendre en charge. Il n'était plus de mise qu'une personne administrative nommée par l'exécutif, vienne annoncer le prix aux producteurs.

C'est vrai que le gouvernement a le devoir d'organiser le cadre règlementaire de la gestion de la filière. Mais ce qui se passe, est un retour de l'Etat dans la filière qui s'apparente à une remise en cause des accords avec les institutions de Breton Woods et des partenaires au développement. La troisième remarque porte sur le prix aux producteurs fixé à mille francs, le prix bord champs... ramenons nous à la situation des cinq mois passés. D'avril à septembre dernier, le life, c'est-à-dire la bourse de Londres concernant le café et le cacao, n'a cessé de donner des prix assez rémunérateurs avec une moyenne de 1600 Fcfa à 1700 le kg pour le cacao et 1000 Fcfa pour le café. Alors que le gouvernement actuel affirme qu'il donnera au moins 50% du prix du marché mondial aux producteurs, nous avons observé que le prix bord champs a oscillé entre 300 et 350 Fcfa le kg pour le cacao, c'est cela la réalité du terrain. Soit une perte de 500F/kg .Les producteurs ont donc reçu à peine 20% du prix du marché international contre 70% sous la présidence Gbagbo. C'est un appauvrissement des planteurs.

Aujourd'hui, le prix aux producteurs a été annoncé à 1000Fcfa le kg au bord champs sans nous dire sur quoi cela repose et si ce prix vient en compensation des 50% auxquels les paysans n'ont pas pu avoir accès durant les cinq mois écoulés ou s'il efface le manque à gagner durant la période écoulée. Encore moins la politique structurelle des prix qui va nous permettre d'atteindre les 1000 Fcfa demeure un mystère. Le gouvernement y a d'ailleurs été interpelé par la mission Fmi/Bm/Bad.

Au titre des infrastructures, on nous annonce qu'Abidjan est en chantier ou que la Côte d'Ivoire sera en chantier. Vous connaissez certainement ces projets en cours d'exécution. C'est nouveau ou il s'agit de vieux projets qui ont été gelés ?

Comme tous les Ivoiriens et en tant qu'ancien membre du gouvernement, je dis qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil. De quoi s'agit-il ? Le troisième pont par exemple n'est même pas du Président Gbagbo mais du Président Bédié. Le Président Gbagbo Laurent avait commencé à mettre de coté une ristourne sur les produits pétroliers, pour permettre à l'Etat d'apporter son soutien à ce projet du troisième pont. Aujourd'hui sur le projet du troisième pont, la taxe de paiement du passage est fixée à 700 Fcfa par passage. Dans une économie libérale, le principe de paiement, pour l'entretien des infrastructures ne peut être remis en cause. Mais ce que nous dénonçons, c'est le fait que ce prix soit exorbitant. Ce qui en limitera l'accès à une grande partie de la population. Ce qui fait que le but recherché ne pourra pas être atteint. A titre d'exemple, l'ivoirien qui a son véhicule et qui doit traverser ce pont quatre fois par jour, va débourser 2800 Fcfa par jour. C'est exorbitant et cela donne l'impression qu'on voudrait faire cadeau à un ami. Notamment à Bouygues. Au Front Populaire Ivoirien, nous estimons qu'un bien public ne doit pas être exclusif et réservé aux seules personnes nanties.

La concession d'exploitation porte sur 30 ans. Là aussi, les ivoiriens n'ont pas été suffisamment informés. Quand on voit d'ailleurs les débats qui ont eu cours entre M. Serey Eiffel, (que nous connaissons bien en Côte d'Ivoire) le Conseiller Spécial du Président Ouattara, et des membres du gouvernement, nous disons qu'il y a quelque chose qui ne va pas. (...) Concernant le pont de Jacqueville, les travaux avaient été lancés sous le Président Gbagbo d'une part, et en ce qui concerne le prolongement de l'Autoroute jusqu'à Yamoussoukro, il avait déjà presque atteint notre capitale politique d'autre part. Dans un pays, il y a ce qu'on appelle la continuité de l'Etat. Donc que si les nouveaux dirigeants continuent les projets du régime précédent, nous ne pouvons que comprendre. Mais ce qui n'est pas sain, c'est de faire croire que ces projets viennent de germer par enchantement alors qu'ils étaient déjà dans le "pipe" sous le Président Gbagbo ; qui avait commencé à les mettre en œuvre. Nous sommes d' autant plus à l'aise pour en parler que les ministres actuels de l'Economie et des Finances et des Infrastructures économiques ont été ministres dans différents gouvernements du Président Gbagbo. En ce qui concerne celui des Infrastructures Economiques, c'est en 2000 que nous sommes entrés au gouvernement ensemble. Ni l'un ni l'autre ne peuvent me contredire. Ce sont des projets qui font partie de la continuité de l'Etat, y compris d'ailleurs l'autoroute de Grand-Bassam dont le financement était recherché auprès de la Chine. C'est pourquoi la tentative de déconstruction des actes de Laurent Gbagbo est inutile et à la limite malséant.

L'on assiste depuis quelques mois à un ré-endettement massif de la Côte d'Ivoire. Est-ce votre avis ?

Nous nous inquiétons du rythme d'endettement que les nouvelles autorités infligent à la Côte d'Ivoire. En l'espace de 5 mois, on peut dire que nous sommes à un niveau de près 1000 milliards de Fcfa de dette : 250 milliards de Fcfa de la France, 450 milliards de Fcfa que les institutions de Bretton Woods veulent nous donner et les emprunts obligataires qui sont aussi des dettes sans oublier la panoplie de prestations préfinancées par des entreprises notamment les Pme. Quand on fait une addition, nous ne sommes pas loin des 1000 milliards de Fcfa. On nous dit que ce sont des pluies de milliards de Fcfa. L'endettement n'est pas le problème mais c'est bien l'utilisation qu'on en fait. Nous savons tous que l'endettement actuel n'est pas destiné à un investissement productif mais à la consommation. Mais quand on s'endette pour payer les salaires on soutient la consommation. Dans un contexte inflationniste, l'endettement est en train de prendre des proportions inquiétantes et cela va indéniablement plomber l'économie. S'endetter pour payer les salaires, le Président Gbagbo ne l'a jamais fait.

Mais cette manière de gérer ne s'invente pas. Elle est consubstantielle à la philosophie et à la doctrine politique du dirigeant. Le président Laurent Gbagbo le faisait parce que sa vision politique rimait avec la souveraineté nationale. S'agissant du succès connu par le dernier emprunt obligataire et tant vanté, nous disons que ce n'est pas une prouesse. Consécutivement à des mesures que Ouattara et ses amis de la communauté internationale avaient prises contre la Côte d'Ivoire, notre pays n'était plus sur le marché financier, lequel d'ailleurs avait ralenti dans la sous-région. Compte tenu donc du poids de la Côte d'Ivoire sur le marché de l'espace Uemoa, sa réapparition sur ce marché a suscité un vif intérêt chez les opérateurs économiques. Ce qui explique ce succès. Cela n'est donc pas lié à la prouesse d'un quelconque gouvernement mais au poids de notre pays dans l'Union. Même cet emprunt à un taux de 6,5% dans un contexte où l'inflation est de 5,3% ne fait qu'aggraver la dette. Il faut d'ailleurs dire qu'au moins 65 milliards des 160 milliards récoltés serviront à rembourser les emprunts antérieurs, le reste servant aux dépenses courantes de l'Etat excluant tout investissement productif. Les ivoiriens ne voient donc pas du tout que cet endettement leur apporte quelque chose. Cet endettement massif est un acte anti économique et cela crée davantage de misère et remet encore un lourd fardeau sur la tête des générations futures. Il faut toujours garder en mémoire que l'atteinte du point de décision de l'Initiative PPTE en 2009 et la prévision du point d'achèvement pour 2011 relèvent de la bonne performance de la gestion du Président Gbagbo.

Cela se passe dans un contexte international marqué par la crise de la dette aux Usa et en Europe. Doit-on continuer à compter véritablement sur l'extérieur pour que la Côte d'Ivoire s'en sorte ?

C'est justement à ce point que nous voulons en venir. Nous devons d'abord compter sur nous mêmes. Lorsque le Président Laurent Gbagbo a mis en place le contexte du budget sécurisé au sortir de la transition militaire en 2000, c'était pour dire que nous avons des ressources et qu'il fallait mettre notre intelligence en marche pour que ces ressources puissent être mobilisées de façon efficiente. Il a eu recours certes à des emprunts mais à des taux concessionnels et destinés à des projets productifs comme la construction de l'autoroute du nord par exemple.

Vous me dites que les Usa et les Etats européens sont confrontés à une crise de la dette. Ce qui est réel. Ces pays sont confrontés à ce que les spécialistes appellent une forte augmentation de la dette souveraine qui fait d'ailleurs suite à la grave crise de 2008 liée elle aux subprimes". Dans ces conditions nous pensons que le gouvernement devrait être mieux inspiré en montrant aux ivoiriens, vu nos capacités internes, les mécanismes que le gouvernement met en place pour mieux mobiliser les ressources internes. La France sur laquelle les autorités comptent, a ses problèmes internes et a une dette souveraine qui va au-delà de 85% de son Pib et les Usa encore plus. Dans ces conditions, l'effort de mobilisation des ressources internes s'impose. Mais la situation chaotique créée par le chef de l'Etat lui-même ne permet pas cet effort car avec la présence des Frci, les rackets et l'économie parallèle en zone Cno, rien n'est possible.

Pour revenir au budget 2011 qui est de 3050 milliards de Fcfa, la ligne budgétaire allouée au financement des partis politiques sur fonds publics existe belle et bien, mais les ressources sont affectées à d'autres charges. Votre commentaire sur ce budget et la mise en veilleuse de la loi sur le financement des partis politiques ?

D'abord sur l'ossature de ce budget, l'on peut affirmer sans se tromper qu'il s'agit d'un budget virtuel et médiatique qui n'est pas réel parce qu'irréaliste et donc irréalisable. D'abord sa structure fait la part belle, aux ressources extérieures (984,2 milliards sur 3050,4) avec une grande incertitude baptisée "ressources à rechercher" (360,5 milliards). Ceci est aléatoire.

Nous avons ensuite le fait que la visibilité n'est pas nette sur la mobilisation des ressources internes au regard de l'environnement des affaires. Ce qui est un deuxième handicap. Aussi, nous constatons que ce budget qui s'équilibre en ressources et en dépenses à 3050 milliards de Fcfa est à son troisième niveau de révision. Ce que les ivoiriens ne savent pas trop car cela n'est pas rendu public. Un gouvernement peut cacher des dossiers. Mais, il ne peut le faire tout le temps dans un monde ouvert avec les Tic et avec les sites spécialisés. Pis, il y a la quatrième révision attendue par les administrateurs de crédits ; c'est que contrairement aux années passées où la clôture budgétaire se faisait en fin d'année, cette année la clôture est prévue pour fin octobre 2011. Cela signifie que l'exécution du budget n'a d'existence réelle que sur cinq mois. Pour un budget se chiffrant à 3050 milliards de Fcfa, on grignote à chaque fois, quel sera le niveau réel des dépenses ? Ce point a préoccupé d'ailleurs fortement la mission conjointe Fmi/Bm/Bad. Par ailleurs, on assiste à une nouvelle astuce de rédaction budgétaire par un transfert des chapitres ; le dernier en date ayant été opéré le 15 septembre 2011 par le basculement du chapitre 654 «indemnités et frais de missions» au chapitre 620 «transport et frets». Il s'agit d'une technique de réduction budgétaire car le crédit transféré ne sera pas autorisé à dépenses. C'est d'ailleurs, cette astuce qui prévaut pour le financement des partis. Nous observons donc que ce budget ne prend plus en compte le financement des partis.

Quand le Fpi parle de financement des partis politiques, nous ne quémandons pas. C'est sur une base légale et tous les partis politiques ont bénéficié de ce mécanisme lorsque le Président Gbagbo était au pouvoir. Là où la loi est, il ne faut pas effacer les données du revers de la main. On nous dit qu'il faut attendre les législatifs pour faire la répartition nouvelle. Ce n'est pas juste. Le budget 2011 est le budget 2011. En 2000, le Rdr n'est pas allé aux législatives.

Mais pour l'apaisement national, le Président Laurent Gbagbo a permis à tous les partis politiques de bénéficier de cette disposition. D'où vient-il que pour 2011, on ne veuille pas l'appliquer ? Parlant de croissance, avec ce que nous avons vu depuis 5 mois, nous sommes très sceptiques. Au départ, on nous a parlé d'un taux de croissance de moins 7% en fin 2011 et à la fin de la dernière évaluation de mission conjointe Fmi, Banque mondiale et la Bad, ce taux a été revu à moins 5,8% et le gouvernement dans une sorte d'euphorie nous annonce un taux de croissance de 8% en 2012 alors que la filière café et cacao est confrontée à des difficultés réelles, le racket, la fuite des produits et autres richesses ,l'or notamment, du pays vers les pays voisins n'est pas maîtrisée, le traitement des plantations n'a pas été fait. Dans ces conditions, il ne faut pas dire aux Ivoiriens ce qui n'est pas faisable. Le Fpi ne croit pas que par un coup de baguette magique la Côte d'Ivoire va passer d'un taux de croissance de moins 5,8% à 8% soit un bond de 14%. Il s'agit là d'effet d'annonce. Il faudrait rappeler que la Banque mondiale et le Fmi prévoient dans le meilleur des cas un taux de croissance de Plus 6% à fin 2014. La croissance étant l'indicateur de la création de la richesse, qui peut vraiment croire que notre pays créera la richesse à un tel rythme en moins de 12 mois, vu la situation qui prévaut actuellement.

Que diriez-vous au niveau du secteur de l'emploi ?

Au Fpi nous avons constaté qu'en 5 mois, le chômage a pris des proportions inquiétantes. Pis, la situation s'est considérablement accentuée. Si en 2010, nous en étions à 15% de taux de chômage, à ce jour, on peut dire sans se tromper que nous oscillons entre 25 et 30%. L'Ugtci qui ne peut être taxée d'un syndicat pro-Fpi dit que l'emploi régulier structuré a été décapité de 80 mille emplois. Ce chiffre n'a pas été remis en cause par le gouvernement. Ce qui suppose que ce syndicat est dans le vrai. En dehors de ça, nous avons constaté l'arrêt de tous les concours et tests d'entrée à la Fonction publique. C'était un espoir d'emploi pour beaucoup de postulants qui vient d'être brisé. Même ceux qui devraient avoir des promotions de par les concours professionnels ont été recalés. C'est une forme de mise en chômage. Parce que leur blocage entraine le blocage de nouvelles recrues dans des emplois à la Fonction publique. Il faut ajouter à cela, tous les systèmes de licenciement aussi bien à la présidence de la République que dans les sociétés d'Etat (les ports, la poste) et dans bien d'autres sociétés d'Etat. Sans oublier l'effet sur l'emploi des mesures précipitées des casses des petits commerces et des maquis entrepris par Madame la ministre de la Salubrité urbaine, nous pouvons dire que le gouvernement actuel a fait détruire au moins 150 mille emplois en 5 mois. Alors qu'il nous promettait 200 mille emplois par an. Sur l'effet des casses, les données précises sont disponibles en se référant au système du sticker du Burida.

Au niveau de l'école et de la communication, la situation n'est pas également reluisante...

Notre constat sur l'école depuis l'avènement de l'actuel régime est très amer. D'abord commençons par l'Université qui n'est pas une institution ordinaire. Ce n'est pas par hasard que l'Université est appelée le temple du savoir. Depuis que l'université est fermée, on assiste à l'assassinat du savoir et de la réflexion. Quand on prend le domaine des sciences exactes à l'Université de Cocody du fait que chaque laboratoire encadre au moins trois thèses de recherche et vu qu'il y en a au moins une dizaine, cela fait une trentaine de thèses de recherche qui sont bloquées. Ajouter à cela les facultés liées aux sciences humaines, aux sciences économiques et aux sciences juridiques, nous pouvons affirmer sans nous tromper qu'en moins de 5 mois, nous avons au moins une centaine de thèses qui sont bloquées. Sans oublier les doctorats professionnels (médecine, pharmacie et odontostomatologie).

Que dire des futurs candidats à l'agrégation ? La Côte d'Ivoire est asphyxiée intellectuellement au niveau de l'Ecole même si à l'Université de Bouaké délocalisée à Abidjan du fait de la crise militaro politique de septembre 2002, les examens ont eu lieu, l'Université de Cocody et celle d'Abobo Adjamé sont fermées. Les résidences universitaires le sont aussi. Ce qui se passe dans les Universités est plus un ressentiment vis-à-vis des étudiants pour leur prétendu choix politique qu'autre chose. La preuve en est que sur le même site de l'Université de Cocody, l'Ens, l'Ensea et le Campc sont opérationnels. La formation nous le disons a été sacrifiée pour les besoins de prise du pouvoir. Dans un pays civilisé, la formation est une chaine. On a organisé les examens du Baccalauréat, du Bepc et du concours d'entrée en sixième. On ne peut pas bloquer le maillon supérieur dans une chaine et espérer que le maillon inférieur va s'épanouir. Mais pis, Mme le ministre de l'Education nationale a pris sur elle d'organiser les examens bien après l'arrêt des cours dans certaines zones.

Notamment dans la partie sud du pays. Nous attendons les résultats pour nous prononcer.

Dans le domaine de la culture, nous avons assisté à la destruction des monuments qui, dans un pays sont des symboles de la Société. Les monuments font partie de la Culture d'un pays.

L'on nous dit qu'il s'agissait de retrouver des corps. Nous connaissons les méthodes communicationnelles de ce gouvernement. Si des corps avaient été déterrés sous un seul monument, cela ne passerait pas sous silence. Ils ont détruit les monuments en croyant effacer les traces du Président Gbagbo. De la même façon qu'ils viennent de casser les conseils généraux, c'est comme cela qu'ils ont cassé les monuments. Les cinq mois ont fait détruire une partie de l'identité culturelle de notre pays. Ceci est de la mauvaise gouvernance. Cela devrait interpeller le ministre de la Culture plutôt que de s'empêtrer dans des palabres à n'en point finir au Burida. Dans le domaine de la communication, nous disons qu'il y a problème en termes d'accès aux médias d'Etat. C'est le retour à l'autocratie et il n'y a qu'à voir le logo de la Rti qui n'a rien avoir avec celui d'une Télévision nationale. Ce logo là c'est bien l'emblème du Rdr. Dans le secteur de la presse privée, nous avons noté une série de suspensions abusives et inexplicables des organes proches du Fpi/Cnrd. Nous profitons de votre organe pour interpeller le Cnp qui depuis 5 mois s'érige en oppresseur de la liberté.

 

Interview réalisée par : Bamba Mafoumgbé (bamaf2000@yahoo.fr)

 

In le quotidien ivoirien « Le Temps » N° 2464 du mardi 11 octobre 2011.

mercredi, 12 octobre 2011

SIX MOIS DEJA: SOUVENIR, LA GUERRE D'ABIDJAN N'AURA PAS LIEU!


PORTE-HELICOPTERE TONNERRE.jpg

Le porte-hélicoptères "Tonnerre" venu au large d'Abidjan en mars-avril 2011 avec des commandos français

 

Le rappel douloureux d'un jeune patriote qui a vu sa nation basculer.

 

C'était des points noirs dans le ciel, et d'où nous étions, on pouvait apercevoir les tracés luminescents que faisaient les missiles dans l'horizon. Les gens s'exclamaient, ahuris de voir ces hélicoptères de  la Force Licorne pilonner, en plein jour, la résidence présidentielle.

BOMBARDEMENT HELICOPTERE LICORNE.jpg

C'était le lundi 11 avril et il était environ 10 heures. Moi, je savais au fond que la partie était pliée et que le Léviathan avait décidé de passer à la vitesse supérieure. A mon alentour,  j'entendais des murmures, de vagues prières adressées à la providence divine. L'attente du miracle se lisait sur tous les visages anxieux. Quelques minutes plus tard, mon téléphone sonna, un ami m'informait qu'une colonne de chars français se dirigeait vers Cocody. Mes yeux s'embuèrent de larmes. La guerre d'Abidjan n'aura pas lieu...

CHAR FRANçAIS A ABIDJAN.jpg

Char français de la force Licorne à Abidjan

Et pourtant, le deuxième tour des élections s'était déroulé relativement bien dans mon centre de vote. Ce dimanche 30 novembre 2010,  les citoyens avaient voté dans la discipline. L'engouement n'était pas pareil mais il y avait un bon petit monde. Cependant  personne n'aurait pu se douter qu'on s'apprêtait, bientôt, à rentrer dans une phase triste de notre histoire. C'est lors des décomptes de voix qu'on se rendit vite à l'évidence qu'un coup fumant se préparait.

En effet l'hésitation des journalistes, les atermoiements des membres de la CEI nous indiquèrent que les choses ne tournaient pas rond. Et ce fut l'intervention de Damana Pickas qui vint confirmer nos craintes. Pour sûr, une machination se déroulait au sein de l'organe électoral.

Ensuite vint l'annonce de la victoire d'Alassane Ouattara par le biais d'un Youssouf Bakayoko tout timoré à l'Hôtel du Golf. Les médias internationaux en firent leurs choux gras. De là, malheureusement allait naître tous nos soucis. Quelques heures plus tard, la cour constitutionnelle trancha et donna Laurent Gbagbo vainqueur. L'ONUCI de Yong-Jin Choï prit position. L'huile fut jetée sur le feu ! Et voilà, une Côte d'Ivoire,  deux présidents... Puis deux gouvernements... Dans notre quartier déjà les affrontements avaient commencé, les jeunes du RDR, nuitamment lançaient des attaques contre nos domiciles. Ils venaient pour la plupart de quartiers précaires et nous en voulaient pour notre soutien à Gbagbo.  Alors  nous aussi, nous prîmes nos dispositions pour l'affrontement. Les rumeurs d'attaque se faisaient de plus en plus entendre et nous nous attelions à ériger des clôtures pour protéger nos cités. La méfiance était au paroxysme entre famille pro-Gbagbo et pro-Ouattara. La division était lisible entre les différentes confessions  religieuses mais passée sous cape. Avec l'intervention de la communauté internationale, les évènements allaient de mal en pis. Ayant pris fait et cause pour Alassane, la France se voulait intransigeante envers mon président Gbagbo qui ne demandait que le recomptage des voix.

Fin Janvier, les sanctions pleuvaient de partout, mais la ville tournait encore, les rues se désertaient plus vite et un mystérieux commando invisible se  mit à opérer dans la commune d'Abobo semant la mort dans le rang des FDS (Forces de défense et de sécurité). Jusqu'à cet instant, j'espérais un retour à la normal, mais la fermeture de la BCEAO et  des banques amenuisa mes espoirs. Dans le monde entier, la mobilisation se faisait, de toute part, les intellectuels africains, comprenant la portée de la crise se mobilisaient pour Gbagbo. Moi, je partais à tous les meetings de Blé Goudé. Je savais que la bataille finale allait se mener bientôt à Abidjan. Les comités d'autodéfense  se créèrent, on était prêt à se battre pour notre nation, prêt à défendre  nos institutions. Le chef d'Etat-major, Philipe Mangou jurait de sa fidélité à la nation. « La mort est un gain, Christ est ma vie », disait-il, lors d'un fameux rassemblement.

Vers la fin de février, la situation était encore plus tendue et c'est avec soulagement qu'on apprenait par KONE Katinan, alors ministre du budget que les virements seraient faits dans les banques désormais nationalisées. Chaque soir, avec des amis, je papotais dans le bistrot du coin. On appréciait les ballets diplomatiques, interprétait la venue de tel ou tel émissaire, on évoquait la fin de la crise avec en main notre délivrance totale du joug colonial. On parlait de la nouvelle monnaie que le PR allait sûrement mettre en place pour contourner les sanctions économiques. « Il fallait qu'on cloue une fois pour de bon le bec à ces rebelles qui depuis 10 ans nous pourrissent la vie », se disait-on. Et on  vantait les mérites de notre armée citoyenne avec à sa tête ses valeureux soldats. « Non ! Jamais IL ne sera président car la bataille d'Abidjan aura bien lieu », pensai-je.

BOMBARDEMENT CAMP AGBAN.jpg

Bombardement du Camp Agban par l'armée française

Puis vint la fin mars, au petit matin du 30, j'appris sur RFI qu'une offensive généralisée  avait été lancée par les FRCI, pro-Ouattara. Je me mis à sourire, malgré la faim qui tenaillait mon ventre, j'étais béat ; la prophétie d'un certain pasteur semblait s'accomplir. Puis vint les désertions, les fuites, les défections de soldats. « Sûrement une stratégie orchestré de main de maître par nos généraux », justifiai-je. Le 3 avril, l'assaut final fut lancé sur un Abidjan efflanqué. C'est alors qu'on allait comprendre que la Force Licorne était notre cheval de Troie en Côte d'ivoire... mais hélas, il était déjà trop tard !


Argentus Côte d'Ivoire, blogueur ivoirien, sur sa page Facebook.

 

Visitez le blog d'Argentus: LES CHRONIQUES D'ARGENTUS

OH HAPPY DAY!

MANIFESTATION PRO-GBAGBO.jpg

Le regard sévère, caustique même, d'un patriote sur une certaine Côte d'Ivoire « nouvelle ». Mais aussi, un chant d'allégresse que nous espérons tous pouvoir, un jour, chanter sur les bords de la lagune Ebrié. Nous le souhaitons de tous nos vœux, ce jour. Mais, il faut compter avec DIEU. Lui seul décide de toutes choses. Nous portons vers lui nos regards et nos cœurs suppliants, pour que soient rétablies la vérité et la justice pour notre nation.


La semaine dernière, j'ai exprimé  ma profonde affliction face  à la tournure que prenaient les évènements en Côte d'Ivoire. Il fallait que le nœud noué dans mon ventre se délie, que j'évacue le trop plein de stress et d'amertume qui emplissait mon âme. J'ai pleuré en toute innocence, versé les larmes comme un bagnard condamné à tort et cela m'a fait du bien.

Maintenant, j'ai les idées claires et le cœur, somme toute, soulagé. Ma mélancolie s'est muée en une détermination ferme et mes veines bouillonnent d'une énergie nouvelle. Je suis ragaillardi, prêt à continuer le combat pour mon pays puisqu'il est juste, louable et impérieux...

Mes chers frères, on peut, en tout état de cause,  marquer une pause dans cette longue lutte qui nous a été imposée par l'ennemi mais ne jamais baisser les bras, ni renoncer à nos idéaux car nous sommes confronté à un défi de taille : LA RECONQUETE DE NOTRE NATION. Et ce challenge demande de nous, ABNEGATION, COMBATIVITE, FOI, COURAGE, PERSEVERANCE. Mais surtout CONVICTION ! Conviction d'avoir fait le bon choix.  En effet cette conviction doit être la base de notre engagement. Elle doit être l'élément moteur et fédérateur qui anime nos volontés.  Elle doit être sincère, pure et inébranlable. Jamais le doute ne devra  nous habiter, que ce soit dans  notre conscience comme dans notre inconscient. Et les termes de cette certitude sont les suivants: Gbagbo est le président des vrais ivoiriens et ADO (...), est celui qui depuis des années endeuille la Côte d'Ivoire. Ce doit être pour nous un postulat : Gbagbo est le véritable vainqueur des élections de novembre 2010!

Pour moi, cette affirmation ne souffre d'aucune équivoque, elle n'est pas une phrase proférée en l'air mais le résultat d'une observation évidente. Ladite observation prenant forme dans l'analyse d'une question. A savoir, qu'est ce que la démocratie ?  Vous me direz comme l'avait déjà défini Abraham Lincoln que la démocratie est «  le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ». Alors dans le cas de la Côte d'Ivoire, quel est ce peuple sachant que divers groupes socioculturels subsistent ? Sans risque de polémiquer, on peut dire que le peuple ivoirien, c'est cet ensemble composé de différentes ethnies (plus d'une soixantaine) originaires des divers régions du pays. Dans ce cas de figure, la démocratie  est la prise en compte de toutes ces ethnies constitutives du peuple. Cette démocratie ne peut donc être ni partielle ni mono ethnique mais consensuelle. C'est à dire qu'elle ne doit pas être l'apanage d'un groupe, elle ne doit pas se limiter qu'à un décompte arithmétique des électeurs mais plutôt à une prise en compte globale de la volonté  des différentes ethnies du pays. A bien y regarder, Alassane peut se prévaloir, par un tour de passe-passe mathématique, de la victoire hypothétique des élections considérant le bétail ethnique (dioula et baoulé) qu'il a pu ameuter (cela reste encore à vérifier), toutefois le véritable gagnant du scrutin présidentiel est fondamentalement Gbagbo car de manière objective, nationale, pluriethnique,  il a été le plus plébiscité.

Par ailleurs, ma conviction en Gbagbo est d'autant plus ferme qu'au regard d'une étude comparative faite des actes posés par ces deux hommes pour notre pays, Gbagbo s'avère être le démocrate par excellence.  En effet, je constate que quand Gbagbo a proposé la démocratie, Ado a proposé la rébellion. Quand il a préconisé les marches pacifiques, Ado a créé les manifestations armées. Quand Gbagbo a prôné l'indépendance du pays, lui a préféré la soumission. Lorsque Gbagbo a proposé la liberté économique, lui a opté pour l'esclavage financier. Lorsque Gbagbo a proposé la réforme de la terre, lui l'a bradée aux étrangers. Là où Gbagbo a bâti une armée souveraine, loyale et fière, lui a érigé une meute affamée de mercenaires et de déserteurs. Ado a introduit la haine dans ce pays, la division ethnique, religieuse. Hypnotiseur aguerri, il a embarqué le peuple baoulé dans un chemin sinueux, loin de tout idéal patriotique.

Au vu de tous ces antagonismes, j'estime que mon choix  pour Gbagbo est le plus judicieux car là où il a tendu la main, Alassane, lui, a tendu le poing. C'est en cela que  l'historien est le meilleur des choix. Certes, il est loin d'être un saint, loin d'être un innocent mais il est humain et mille fois préférable à l'économiste au cœur d'acier. Sans nul doute, je sais être du côté de la raison et ma foi ne cesse de croître quant à la fin prochaine de cette galéjade politique.

Bientôt, la vérité éclatera au grand jour, elle se fera si incandescente qu'elle consumera les yeux de tous ces illuminati, ces francs-maçons qui se croient maîtres du monde. Les princes qui ont été dépossédés de leur hongre remonteront en selle et ces analphabètes qui se sont arrogé le droit de vie et de mort iront croupir en enfer. Bientôt ces fieffés voleurs rencontreront la justice divine, celle qui ne se compromet pas, qui ne se négocie pas, qui ne se circonscrit pas dans une période donnée et ils auront des comptes à rendre. Ces meurtriers qui oublient le sang versé, les femmes violées, les innocents estropiés, les maisons parties en fumée. Le glaive les frappera durement et ils partiront comme ils sont venus, dans le chaos et la désolation totale. Tout cet argent, cet or, ce diamant, ce cacao, ce coton volés et entrés dans leurs poches ressortiront (...). Ce jour viendra, bientôt !

PLACE DE LA REPUBLIQUE.jpg

Et nous qui sommes restés fermes dans notre conviction, ce sera notre happy day! Ces impénitents  seront balayés par un coup de mistral violent et sur tous les toits, on annoncera l'arrivée de notre P.R à l'aéroport F.H.B. Toutes les communes seront en ébullition. Yopougon, Treichville, Cocody, Marcory... seront en transe. Déjà dès l'aube, les oiseaux chanteront dans le ciel l'hymne de la liberté, la rosée bénira le sol d'une eau cristalline. Le soleil, à l'horizon, irradiera de ses rayons la douce lagune Ebrié. Et de minute en minute, les abidjanais sortiront de leurs maisons, formeront des groupes hissant les oriflammes de la nation. La ville, vêtue d'orange, blanc et vert, célèbrera la dignité retrouvée. Comme un seul homme, la foule convergera vers Port-Bouët accueillir  le héros national. Même ces détracteurs se dissimuleront dans les cortèges pour aller l'admirer, honteux qu'ils seront de s'être fourvoyés. Et on attendra, sur le tarmac luisant de l'aéroport F.H.B, l'ivoirien qui a bravé la France, défié l'ONU et confondu tous les suppôts du Diable pour l'honneur de son pays. On chantera en cœur son nom et on glorifiera le Seigneur pour sa magnificence. Ils reviendront tous, ce jour-là, ces déportés du grand nord, victimes malheureuses de la vengeance inique. De l'orient à l'occident, les frontières s'ouvriront et tous nos exilés rentreront au pays dans de longues colonnes de cars grisés de joie.

Ce jour-là est pour bientôt, mes amis, et on fera alors notre Sainte cène. Dans l'exultation et la ferveur absolue, on organisera un merveilleux banquet dans un jardin irrigué de fleurs multicolores. Sous un immense flamboyant ocre, on se retrouvera tous, autour d'une grande table garnie de mets exotiques. On festoiera entre amis de lutte, amis de conviction. Et enfin je pourrai  coller un visage et un nom sur chacun d'entre vous. Vous, patriotes anonymes que je n'ai jamais vu et qui pourtant me semblez si proches et si familiers. Je verrai Jean-Christ Decimus, Prisca Joëlle Stani, Altesse Kafe, Justine Kiss, Loving Koudou Gbagbo, Fernand Agbo Dindé, Mathieu D. Jouan, Kouamé Célestin M'brah, Marie Paule Kodia,  Suzanne Dahouet, Stelro Gomlan, Marie Danielle, Serge Pacôme Diai, Pat Berluti et tous ceux que je ne peux citer (la liste est si longue). Je rencontrerai, enfin, tous ces amis virtuels qui sont devenus, par la force des choses, mes frères et sœurs à vie, et ensemble, on entonnera ce gospel qui a, au fil du temps, traversé les générations, réchauffé les foyers :

ECLATS DE JOIE.jpg

« Oh happy day!

Oh happy day!

When Jesus washed!

Oh when he washed!

Washed my sins away!

Oh Happy day...»


Argentus Côte d'Ivoire, blogueur ivoirien, sur sa page Facebook.

 

Visitez le blog d'Argentus: LES CHRONIQUES D'ARGENTUS

LE FPI, UN OS DANS LA GORGE DE MONSIEUR OUATTARA


MEETING FPI.gif

Après les événements qui ont émaillé le dernier rassemblement du Front populaire ivoirien à Koumassi-campement, nous nous interrogeons. Alassane Dramane Ouattara a-t-il aujourd'hui, les ressources nécessaires pour réprimer son opposition ? Il peut en avoir la volonté parce que, pour ceux qui connaissent l'homme, c'est ce qu'il sait faire le mieux.  Le 18 février 1992, il était l'homme de main de Félix Houphouët-Boigny. C'est lui qui avait, sans vergogne, dit avoir vu Laurent Gbagbo  casser. La suite nous la connaissons. Laurent Gbagbo, toute sa famille et toute l'opposition significative de l'époque se sont retrouvés derrière les barreaux pour six mois. Il y a maintenant 7 mois, l'homme en tant que chef d'Etat cette fois-ci, a réédité l'exploit. Laurent Gbagbo, son épouse, son fils, le chef de son parti, et l'ensemble des dignitaires de son régime sont enfermés dans des goulags au nord du pays. On le voit bien, malgré les années, la volonté de réprimer l'opposition ne s'est point émoussée chez Mr Dramane. Au contraire, elle s'est aiguisée avec un goût macabre. Seulement les contextes changent et souventes fois, l'histoire, dans une sorte de mystique du temps, nous rappelle qu'elle a un sens et qu'on ne saurait indéfiniment ramer contre son courant.

Ce qui s'est passé à Koumassi-campement est le signe que le champion du Rhdp ne dort plus tranquillement du sommeil du juste contrairement à ce qu'il veut nous faire croire. A l'analyse, cela relève plus d'une intimidation que d'une véritable répression. Aujourd'hui l'ex homme fort de l'hôtel du Golf peut bouillir de colère contre ses opposants, mais les circonstances ne lui sont plus favorables. On se souvient qu'il y a plus de quatre mois que le FPI avait déposé une demande d'audience pour rencontrer ce dernier. Les frontistes ont longtemps rongé leurs freins avant d'être finalement reçus, fin septembre dernier au palais présidentiel. Ils y sont encore attendus les jours prochains. On le voit bien, le chef de l'Etat n'a pas envie de passer pour un dictateur aux yeux de ses soutiens occidentaux.

Autre chose et non des moindres, l'épée de Damoclès de la CPI qui plane actuellement dans le ciel politique ivoirien saurait difficilement s'accommoder d'une répression sauvage de l'opposition. Cela ne manquera certainement pas de faire beaucoup de bruits au sein de la communauté internationale qui pourrait être ainsi contrainte au lâchage du Prince d'Abidjan.

A coté de toutes ces observations qui fonctionnent comme des menottes au poignet d'un criminel, il y a la démobilisation que l'on note de plus en plus au sein des soldats FRCI désabusés par des promesses restées sans suite. En somme, le FPI apparaît aujourd'hui comme un os dans la gorge de Mr Dramane.

 

Joseph Marat, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui » N° 73 du mardi 11 octobre 2011.

 

------------------------------------------------

 

LAURENT GBAGBO 10.jpg

L'ESPOIR EST EN PRISON

 

Comme cela peut-être encore possible dans ce pays heureusement, je me suis retrouvé, un matin, dans une enceinte fermée à double tour, avec un ami, pour assouvir notre passion : débattre de politique. Les rues grouillent d'espions et les agoras de joutes politiques relèvent désormais de notre histoire récente.  Au fil de la causerie, mon ami m'avoue que, comme la plupart des Ivoiriens, il porte le deuil de l'arrestation du président Gbagbo. Seulement, il avait espéré que le pays ne perdrait pas au change. Alassane Ouattara est tout de même un nom connu dans les hautes sphères des finances du monde. Son carnet d'adresses devrait être insubmersible pour un petit pays comme la Côte d'Ivoire. S'il réalise, ne serait-ce que le 10ème de tout ce qu'il a promis, on ne devrait pas regretter trop longtemps le Woody de Mama. Mais, finit-il par dire, plus les jours passent, plus la désillusion fait place à ce qui aurait pu être une consolation.

J'ai dit à mon ami que c'est indéniable qu'il y ait eu dans ce pays plusieurs millions de personnes qui, de bonne foi, ont placé l'espoir en Alassane Ouattara. Mais ils ont eu tort ! Et le sentiment de désillusion n'est que le moindre mal. Quand un homme politique doit laisser des traces de progrès dans la mémoire d'un peuple donné cela se remarque dans ses prises de position. Ce n'est pas en distribuant des promesses de milliards qu'on impulse l'évolution à une société. Ce sont des prises de position idéologique, capable de façonner la mentalité des peuples, qui pistonnent le progrès. En France, nous avons De Gaule pour son appel à la résistance, en Inde, Gandhi pour son idéologie de non-violence contre l' impérialisme anglais violent, Luther King aux Etats Unis pour son rêve d'un Etat sans ségrégation, Nelson Mandela pour sa lutte contre l'apartheid, Laurent Gbagbo pour son combat pour la liberté et la démocratie. Quel acte peut militer en faveur de Ouattara dans cette constellation de géants. Les Programmes d'Ajustement Structurel? Le soutien à une rébellion sauvage? La culture de l'emprisonnement des opposants? Les privatisations abusives? Ouattara a-t-il une seule fois montré qu'il est capable de défendre un idéal progressiste? J'ai fini par dire à mon ami que l'espoir du peuple ivoirien est en prison à Korhogo. Prions pour que la descente dans les profondeurs de la déchéance ne soit pas longue.

 

Joseph Marat, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui » N° 73 du mardi 11 octobre 2011.

mardi, 11 octobre 2011

COMMENT VA LA COTE D'IVOIRE, 6 MOIS APRES LE 11 AVRIL?


RESIDENCE PRESIDENTIELLE DE CI LE 11 AVRIL 2011.JPG

Le match du storytelling pro-Ouattara contre la réalité du terrain bat son plein.

- Dans la famille du storytelling, je vous présente un pays où souffle "un vent d'optimisme", où même ceux qui ont voté pour Gbagbo se réjouissent que "les choses commencent bien" sous le règne de Ouattara où l'opération pays propre bat son plein et où les pelleteuses et les grues virevoltent. C'est le pays du bonheur, et aucun jugement foncièrement négatif n'a droit de cité, malgré la violence politique et sociale qui règne. Cette fable-là est racontée par le correspondant local du quotidien La Croix. Lire en cliquant ICI.

- Dans la famille de la réalité, je vous présente cette vidéo d'Action contre la faim (destinée certes à collecter des fonds...), qui décrit un pays où l'exode d'une bonne partie de la population dans certaines zones durant la période des semailles a créé les conditions d'une insécurité alimentaire inédite qui s'étalera sur l'année prochaine, où un grand nombre de personnes ont vu leurs maisons détruites par les "sauveurs" du pays et ont besoin d'une aide au retour - ce qui rend encore plus irresponsable la destruction dans ce contexte des quartiers précaires -, où l'insécurité effraie les entreprises et où il est moins question de création que de destruction d'emplois. Regardez.


 

Source: Le blog de Théophile Kouamouo

lundi, 10 octobre 2011

COMMENT OUATTARA A SABOTE ATTA MILLS

ATTA MILLS ET ALASSANE OUATTARA.JPG

Alors que le président ghanéen souhaitait encourager un dialogue fructueux entre les exilés pro-Gbagbo et le régime Ouattara, ce dernier s'est livré à une drôle de mise en scène destinée à faire la porte à des discussions sérieuses. Précisions.

 

La visite d'Alassane Ouattara à Accra va-telle renforcer la compréhension mutuelle entre la Côte d'Ivoire et le Ghana ou contribuer à donner de la consistance à l'atmosphère de méfiance que le régime ivoirien essaie de créer, notamment à travers des accusations médiatiques au vitriol? En tout cas, l'histoire secrète du séjour de Ouattara au Ghana illustre le double langage déroutant de son régime, qui prétend vouloir la paix par la conciliation des différences et se signale, dans la pratique, par une irascibilité périlleuse pour la stabilité nationale.

A l'origine de la rencontre avortée entre Ouattara et les réfugiés LMP, deux audiences de ces derniers avec le président Atta Mills. En bon père de famille et en dirigeant responsable, Atta Mills souhaite créer un dialogue constructif qui permettra le retour au bercail des exilés, dans une atmosphère apaisée. Lors de la première audience qu'il accorde aux proches de son ancien homologue ivoirien, Mills leur explique, selon des sources dignes de foi, qu'il va inviter Ouattara et en profiter pour plaider auprès de lui pour qu'il fasse tout pour apaiser le climat en Côte d'Ivoire.

Lors de la seconde audience, il annonce à ses invités que l'invitation qu'il avait promis de transmettre l'a bien été. Et il leur demande ce qu'ils aimeraient qu'il dise, de leur part, à «leur» président. Il va plus loin en les exhortant à accepter de le rencontrer lors de son séjour au Ghana, histoire d'engager un vrai dialogue, préalable à un retour massif et non contraint de tous les réfugiés - dans la mesure où ceux qui sont dans les camps appartiennent à la même obédience que les cadres avec lesquels Mills a entamé des discussions.

Un grand nombre de cadres exilés est hostile à une rencontre avec Ouattara. Mais la proposition ne peut être rejetée. On ne peut pas traiter par le mépris l'offre de bons services d'un hôte aussi bienveillant, qui propose même d'être présent pour en quelque sorte, rassurer les différentes parties et fluidifier les échanges. Une délégation de personnalités représentatives de LMP est désignée.

La rencontre est prévue pour jeudi à 15 heures. A 14 heures, les cadres de LMP sont installés dans une annexe. Puis, ils sont conviés à entrer dans la salle de conférences où la réunion doit avoir lieu.

Mais ils sont frappés par plusieurs choses:

Premièrement, on leur demande de venir s'installer dans une salle bondée de partisans de Ouattara qu'il est question de présenter comme des réfugiés, mais qui portent des tee-shirts à son effigie et débordent d'amour pour lui - alors qu'ils sont censés avoir fui les représailles de ses nervis.

Deuxièmement, Atta Mills, qui avait promis d'être présent, n'est pas là. Ce qui signifie, selon leur analyse, que le format de discussion qu'il a préconisé a été saboté par Ouattara. Et qu'il a, selon toute évidence, pris acte de ce sabotage.

En effet, comment peut-on sérieusement commencer un dialogue fructueux en parquant ses partisans surexcités dans une salle, et en demandant à ses adversaires de prendre les premières places dans cette salle-là. Pour créer un effet totalement artificiel de percée politique, là où il n'y a qu'incompréhension mutuelle. Ou pire, pour faire huer ses adversaires par de pseudo-réfugiés et s'empresser de faire raconter à travers les médias qu'une prétendue «division» existe entre cadres et, si l'on peut dire, réfugiés de base.

«Pour résumer, il faut bien que l'on admette que Ouattara n'est pas un interlocuteur crédible», constate un cadre LMP exilé. La Côte d'Ivoire a du souci à se faire...

 

Philippe Brou, in le quotidien ivoirien « Le Nouveau Courrier » N° 337 du samedi 8 octobre 2011. 

LE MENSONGE AU POUVOIR EN COTE D'IVOIRE

UNE N°72 AUJOURD'HUI.jpg

Le gouvernement  célèbre ses 100 jours à la tête du pays en détournant à son profit les chantiers préparés sous la présidence Gbagbo. Il vient aussi d'annoncer que le prix du kilogramme de cacao coûtera 1000 F alors que la réalité est au désespoir, dans les champs comme dans les villes.


 Le rond-point de la riviera 2 a été émondé de ses revendeurs de téléphone portable habituels. Le ministère de la salubrité urbaine avait d'abord décoiffé les activités  de ces jeunes commerçants débrouillards en s'en prenant à leurs parasols défraîchis. Depuis sa mise en place, le gouvernement traque le petit commerce dans les rues abidjanaises sans avoir prévu le minimum pour son recasement. Alors qu'il reprochait d'ailleurs à Laurent Gbagbo de ne pas lutter contre le chômage des jeunes diplômés, réduits pour la plupart à se débrouiller dans les rues pour survivre, M. Dramane  a finalement jeté aux orties ses promesses électorales. Selon l'union générale des travailleurs de Côte d'Ivoire (UGTCI), proche du pouvoir, 80.000 emplois ont été détruits dès les premiers mois de l'arrivée du chef de l'Etat et rien n'est venu améliorer la situation. Le ministre de la salubrité publique, Anne Oulotto, s'est lancé à corps perdu depuis plusieurs mois dans une violente opération de déguerpissement du domaine public qui ruine les espoirs de survie d'une population qui paie un lourd tribut à la guerre et aux pillages systématiques ayant accompagné l'accession de M. Dramane au pouvoir au début du mois d'août.

La situation sociale est plus que stationnaire avec des guichets automatiques qui affichent « En panne » ou « Hors service ». Le gouvernement arrive encore à payer les salaires des fonctionnaires mais au prix de mille et un sacrifices, pendant que la pluie de milliards annoncés par M. Dramane se fait toujours attendre. Les fonctionnaires des cabinets ministériels, sous contrat, totalisent parfois jusqu'à huit mois d'arriérés de salaires et la plupart des travailleurs des principales institutions de l'Etat tirent le diable par la queue. Les services de recouvrement, pour leur part, se sont lancés dans une campagne de communication démagogique destinée à noyer une réalité catastrophique. Car la Centrale, le service de collecte des impôts de la zone CNO aux mains des Forces Nouvelles proches de Guillaume Soro, officiellement dissoute, tourne à plein régime. L'Etat même a du mal à recouvrer les taxes et les impôts à Abidjan, scindée en territoires rivaux par des chefs de guerre soucieux de se faire une petite fortune.

Le gouvernement fait mine d'avoir le sourire en faisant croire qu'il a initié de nombreux chantiers dans la ville d'Abidjan. Or   le troisième pont, par exemple, a une histoire qui part de la présidence d'Henri Konan Bédié et se termine sous la présidence de Laurent Gbagbo, dont l'activisme a permis la mise en place d'un fonds de près de 50 milliards de Fcfa, obtenus grâce à des appels à souscription internationaux notamment. Les voies de dégagement qui sont actuellement en chantier au rond-point de la riviera 2 avaient été programmées après les élections présidentielles avant d'être ajournées en raison des tensions politiques et les menaces ouvertes de bombardement proférées par M. Dramane.

L'université nationale dont les alentours ont été déblayés ressemble à un tombeau blanchi. Pillée dans le sillage des nouveaux gouvernants, elle manque désormais de tout : ordinateurs, climatiseurs, téléphone, photocopieurs, livres, papier... Pareil pour les résidences universitaires qui ont été la cible des forces républicaines de Côte d'Ivoire bourrées de préjugés sur le militantisme pro-Gbagbo des étudiants ivoiriens. Celles qui sont opérationnelles sont d'ailleurs occupées par ces bandes armées que l'Etat n'arrive toujours pas à faire partir des commissariats en dépit des promesses récurrentes de leur encasernement.

L'insécurité est toujours aussi problématique à Abidjan où les policiers officiellement de retour depuis deux mois sur les routes, ne sont plus armés. Les clans rivaux de FRCI se tirent régulièrement dessus sur le prétexte habituel que certains parmi eux se sont reconvertis en braqueurs.

Le gouvernement fait du surplace et multiplie les séminaires gouvernementaux dont l'utilité reste à démontrer, car les prix des denrées alimentaires de première nécessité ne cessent de flamber. Le ministre du commerce, acculé par les critiques des médias, a finalement concédé une diminution de 10 F du riz de grande consommation dont le kilogramme se négocie désormais à 500 F. Le régime a du mal à faire face aux problèmes qui s'accumulent si ce n'est qu'à les regarder sous le prisme de la communication. Alors que le cacao est vendu à 200 F bord-champ, le gouvernement vient de se lancer dans un autre pari médiatique en fixant des prix indicatifs de 1000F pour l'achat du kilogramme du cacao aux planteurs. Ce qui représente une belle gageure au moment où toutes les coopératives ont été liquidées par la nouvelle administration qui y voit des niches de détournement. Cette politique livre le planteur à la puissance des multinationales du cacao qui pourront toujours imposer le prix qu'elles veulent. On est loin des 3000 F le kilogramme de cacao annoncé lors de la campagne électorale, du million d'emplois à créer chaque année et des milliards à distribuer à chaque patelin du pays.

 

Joseph Titi, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui » N° 72 du lundi 10 octobre 2011.

dimanche, 09 octobre 2011

VISITE DE OUATTARA AU GHANA: CE QU'ON VOUS A CACHE


ALASSANE OUATTARA 13.jpg

Devant ces initiatives très peu prometteuses, des proches de Ouattara ont conseillé à leur champion, de réduire son séjour à Accra pour ne pas s'y faire ridiculiser.

Comme vous le savez, le chef de l'Etat de Côte d'Ivoire, Dramane Ouattara, a passé une journée au Ghana le jeudi 6 octobre dernier. Dans ce papier, nous ne reviendrons pas sur les objectifs et les acquis de ce voyage éclair au pays d'Atta Mills. Parce que tout le monde sait que Dramane y était pour se faire remettre les exilés politiques ou tout au moins obtenir l'exécution des nombreux mandats d'arrêt émis contre des pro-Gbagbo séjournant actuellement au Ghana. On sait aussi ce que les autorités ghanéennes lui ont donné comme réponse à sa requête. A savoir par exemple, que la Constitution ghanéenne n'autorise jamais les expulsions de ressortissants d'un pays tiers sur la base d'arguments infondés. Nous n'insisterons donc pas sur l'échec de cette visite. Nous nous permettrons cependant de vous livrer des informations non divulguées et qui ont pourtant leur importance.

Initialement prévu pour trois jours, le séjour de Ouattara a été réduit à une seule journée. Et cela, parce que M. Ehui Bernard, représentant de Dramane Ouattara au Ghana, a pris soin d'informer son chef sur l'ambiance prévalant au Ghana dans l'attente de l'arrivée du '' Brave Tchê''. En effet, ni les politiques de la coordination LMP, ni les réfugiés dans leur ensemble, ne tenaient à rencontrer Dramane Ouattara encore moins échanger avec lui sur un quelconque sujet. Quant aux autorités ghanéennes, elles avaient depuis toujours fait savoir aux dirigeants actuels de la Côte d'Ivoire qu'elles n'étaient pas prêtes à transiger sur leurs principes en ce qui concerne les rapatriements politiques non fondés.

Selon des sources diplomatiques, sachant tout cela, Dramane Ouattara a failli annuler son voyage. Mais il en a été dissuadé par son ambassadeur ( Ehui) qui lui aurait quand même donné des assurances sur le fait qu'il serait traité comme un chef d'Etat à son arrivée dans la capitale ghanéenne. En plus des assurances de M. Ehui, les habituels serviteurs du vrai patron du RHDP se sont mis dans la danse à travers des initiatives ubuesques, en vue de faire passer Dramane Ouattara pour un visiteur de marque très attendu dans la communauté ivoirienne du Ghana. On notera entre autres, les actions suivantes:

Premièrement, M. N'Zi, président de la communauté RHDP au Ghana, n'ayant pu convaincre les réfugiés et exilés ivoiriens à aller accueillir Dramane Ouattara et le rencontrer par la suite, s'est résolu à sensibiliser et à rassembler les Maliens, Guinéens, Sierra Léonais et Sénégalais d'Accra pour accompagner les militants RHDP du Ghana au contact de Ouattara.

Evidemment, cela se paye et cela s'est payé en cedis (la monnaie ghanéenne). Ce sont ces gens-là que vous avez du voir sur les images.

Deuxièmement, M. Adama Bictogo, homme de main de Ouattara, n'étant pas très sûr du succès de l'initiative de N'Zi, a pris sur lui de convoyer de nombreux militants RDR d'Abidjan à Accra dans une vingtaine de cars (de 60 places chacun) de transport inter-Etats. Les réfugiés des camps d'Elibou et surtout de Buduburam se sont amusés toute la journée du mardi 4 octobre à compter les cars. Quelques jours avant, le même Bictogo voulait marquer un grand coup en Côte d'Ivoire. En effet, à l'occasion d'une visite flash au Ghana, il a réussi à prendre contact avec de nombreux réfugiés grâce à l'intermédiation de Yaké Evariste, ex-patriote aujourd'hui pro-Ouattara.

Bictogo voulait faire rentrer en Côte d'Ivoire, de nombreux réfugiés avant même que Alassane Ouattara ne vienne au Ghana. Question de démontrer que les pro-Gbagbo ont enfin compris que Ouattara a un grand sens du pardon. Des réfugiés se sont prêtés à ce jeu contre 225 cedis (75 000Fcfa) par ''volontaire rentrant''. Mais l'affaire s'est soldée par un échec ridicule, car seul un car a pu arriver à Elibou et avec seulement trois commerçantes d'Adjamé venues à Accra pour autre chose et qui ont profité d'un voyage retour ''cadeau''.

Troisièmement, Hamed Bakayoko, lui, s'est contenté de distribuer des récompenses en espèces aux militants RDR de la sous-région, mobilisés par N'ZI pour l'accueil avec des mots d'ordre venus d'Abidjan. Devant ces initiatives très peu prometteuses, des proches de Ouattara ont conseillé à leur champion, de réduire son séjour à Accra pour ne pas s'y faire ridiculiser.

Le chef de l'Etat ivoirien a écouté ce conseil avisé et a modifié la configuration de ce voyage. Ainsi, est-il arrivé à Accra aux environs de 7 h00 du matin soit plusieurs heures avant l'heure retenue avec le protocole d'Etat du Président ghanéen. Mais ce n'est pas tout. Ouattara n'a pas passé plus de 15 minutes à l'aéroport. Il a modifié le trajet proposé par le protocole ghanéen. La conférence de presse initialement prévue à House Parlement a été soudainement transférée à Conference Center du stade de Oussou sous l'insistance, selon des sources diplomatiques de Ouattara. C'est après cette conférence qu'il a rencontré le groupe RHDP de N'ZI et un autre groupe de réparateurs de portables et des tenanciers de kiosques du camp de Buduburam, tous originaires du Mali, du Niger, du Burkina, de Guinée, présentés comme réfugiés ivoiriens.

Comme il l'a fait pour son arrivée à Accra, le nouvel homme fort de la Côte d'Ivoire est reparti du Ghana plus tôt que prévu contrairement au programme conçu par les directions du protocole d'Etat de Côte d'Ivoire et du Ghana. 14h au lieu de 16h.

 

In Notre Voie

 

Source: AFRICAN LIBERTY

LE MAL-ETRE SPIRITUEL DES NOIRS DE TIBURCE KOFFI: UN APPEL A LA RENAISSANCE SPIRITUELLE DE L'AFRIQUE NOIRE

 

TIBURCE KOFFI.jpg

Cette analyse critique de l'ami Etty Macaire relative à la toute nouvelle oeuvre de l'écrivain Tiburce Koffi (photo), dont je partage assez rarement les thèses, est excellente. Elle m'a tout simplement séduit. Je ne pouvais pas manquer de vous la faire partager. Bonne lecture!


Tiburce Koffi vient de publier chez NEI-CEDA, un essai : Le mal-être spirituel des Noirs. Un livre qui va faire date et fouler la rate. Le thème est d'une extrême délicatesse : la spiritualité des noirs. Le projet philosophique de l'écrivain ivoirien  est vaste. Il interpelle nos consciences d'Africains de cette Afrique éclopée, qui tâtonne encore pour  se comprendre. L'essayiste, sur un ton satirique, commence par stigmatiser les errements de la société africaine moderne. Il fustige sa tendance à l'oisiveté, son goût maladif pour l'argent facile, sa paresse impénitente, son accoutumance à l'insalubrité, sa servilité atavique, son incroyable naïveté. La plume du penseur se veut inquisitorial, impitoyable, féroce même. Logique : il fallait au préalable faire « l'état des lieux ».

De quelle « mal » souffre l'Afrique noire? Telle est la problématique qui sous-tend le discours de l'auteur. Elle n'est pas nouvelle et ce ne sont pas les diagnostics qui ont manqué. Le constat est que le mal persiste et s'exacerbe. « C'est que le mal ne se trouve peut-être pas où l'on croyait l'avoir localisé ; c'est qu'aussi, la nature de ce mal a sans doute échappé à l'intelligence des soigneurs faussant ainsi le diagnostic » (P18) lance Tiburce. Son diagnostic à lui est tout autre : si l'Afrique a du mal à décoller, si l'Afrique (surtout noire) patauge encore dans les périphéries du monde évolué, c'est parce qu'elle est sevrée d'une spiritualité sienne. L'islam et le christianisme dont elle se nourrit (vainement d'ailleurs) ne sont que de malheureuses béquilles spirituelles. Selon sa vision, l'Afrique se porterait mieux si elle n'avait pas, de gré ou de force,  sacrifié sa tradition spirituelle, l'animisme (le bossonisme, dira JM Adiaffi)  au profit de ces deux religions, cause, pourtant, des plus grandes tragédies de l'histoire : « Religions de conquête, l'islam et le christianisme ont dépouillé les Noirs de leur spiritualité » (P.93).   De ce fait, l'Afrique noire a perdu son âme et ne saurait en conséquence connaitre le progrès. Car« c'est connu : un peuple privé de sa spiritualité devient fragile et manque de confiance en soi ; il devient un peuple dont l'imaginaire est étouffé, un peuple stérile donc... » (P.93). Il est venu le temps, semble dire l'auteur, d'envisager une thérapie spirituelle : « c'est une véritable opération d'ajustement spirituel que devront s'atteler les Africains, s'ils veulent sortir de leur état de dépendance choquante» (P.145). Par ailleurs, notre essayiste, accuse : « ...la traite négrière n'aurait jamais été possible, ou du moins, elle n'aurait pas connu l'ampleur que les témoignages oraux et les livres ont décrite, sans la complicité des Africains à l'expansion de cette odieuse pratique. Oui, les Africains ont vendu les leurs aux Blancs » (P.99). Pour notre philosophe, tant que ce terrible péché historique n'est pas avoué, reconnu et exorcisé, l'Afrique ne connaitra ni paix, ni progrès. Telle est la substance du propos de Tiburce Koffi.

Polémique, le livre l'est en effet. Et à dessein ! Certaines  des thèses de Tiburce Koffi frisent la provocation et parfois l'outrance. L'Afrique serait-elle devenue meilleure si elle était restée fidèle à sa religion sienne qui est l'animisme ?  Interrogation utile et pour cause. Il y a des tribus en Afrique qui ont su conserver leur pureté spirituelle ; elles sont paradoxalement encore arriérées. Les bamiléké au Cameroun, les adeptes du vodou au Bénin, les pygmées en Afrique centrale, les Massaïs de Burundi, les Fang de la forêt équatoriale de l'Afrique centrale, les indigènes des Caraïbes, peuples jaloux de leurs pratiques spirituelles séculaires sont, économiquement et technologiquement, des peuples très peu évolués. Une autre interrogation : l'animisme est elle une religion spécifiquement africaine ? Nous croyons intuitivement que tous les peuples sont intrinsèquement animistes. Les grandes religions actuelles me semblent une sublimation, une transcendance de l'animisme. La question mérite d'être approfondie.

Tiburce Koffi soutient à la page 142 également que le christianisme est une religion des Occidentaux (« A la question du salut des âmes, l'Asie répond par les solutions pensées par Bouddha, les peuples du monde arabe et du Moyen Orient par les enseignements de Mahomet ; l'Occident par ceux de Jésus Christ »). Cette affirmation est discutable, car le christianisme est né au Moyen Orient, plus prés de l'Egypte et de l'Afrique du nord et bien loin de l'Europe. Il a fallu attendre 15 ans après la mort de Jésus-Christ pour voir l'évangile être prêchée en Europe. Ainsi, le christianisme est une religion d'emprunt autant pour les Occidentaux que pour les Africains.

Je reproche à cet ouvrage son trop plein d'émotivité empressée. Des citations de certains noms (des compatriotes, des « frères » africains p 38, la personne qui me tient ce discours p 40, un ami qui vit aux Etats-Unis p 57, l'un de mes oncles p 69, mon amie Caumaueth p84) et les propos qui leurs sont prêtés relèvent de la complaisance. Je me garderai d'évoquer tous les sempiternels cris de fureur de l'auteur, dans le style qu'on lui connait, contre Laurent Gbagbo et son régime comme si nous étions dans un belliqueux pamphlet. Une véritable métaphore obsédante ! En outre, je m'étonne que Tiburce Koffi après avoir dit : la Négritude « a vécu, et nous devons en faire le deuil définitif...il n'existe aucun groupe humain à n'avoir pas connu d'âge d'or » puisse comme un Senghor exalté chanter de sa plume enchantée cette Afrique d'hier que nous aurions « trahi » (P. 65), cette Afrique où  le travail est déifié, où l'écologie est sacralisée, où le silence et la justice sont cultivés. Le paradis quoi ! Oubliant ainsi que c'est cette même Afrique d'hier, cette Afrique qu'il a crucifiée, qui, selon ses dires, a vendu ses enfants (P.99- 102) aux Blancs qu'il est entrain de célébrer. L'Afrique d'hier, il ne faut pas en rougir, c'est aussi les sacrifices humains, l'assassinat du dixième enfant, les rapts de femmes, les funérailles interminables, la mauvaise gestion du temps, la superstition, la phallocratie, l'excision, etc.

Au-delà de ces quelques « réserves », Le Mal-être spirituel des Noirs est une superbe invite à la repentance et au réveil. Loin des sentiers battus, l'essayiste avec une audace arrogante brise des tabous, trouble des sommeils sacrés, s'engage sur des voies interdites. Le rôle de l'intellectuel, n'est-ce pas de fendre la brousse pour tracer un nouveau chemin au peuple et faciliter sa marche vers l'avenir ? C'est à cet exercice périlleux que l'écrivain s'essaie dans cet essai.

Celui qui a l'habitude de lire Tiburce Koffi, comprendra aisément que cet essai est un approfondissement  de la plupart de ses réflexions éparpillées dans ses contributions et autres ouvrages. L'impasse spirituelle de l'Afrique, à coup sûr,  hante l'esprit du créateur depuis des décennies. Il lui a fallu qu'il la crache comme dans une séance d'exorcisme pour se dépêtrer de ses angoisses en vue d'être en paix avec lui-même. Le grand mérite de Le mal-être spirituel des Noirs de Tiburce Koffi est qu'il ouvre des pistes fécondes de réflexions  dans la quête effrénée des racines du mal qui ronge l'Afrique noire. L'écrivain ne prétend pas proposer des solutions miracle pour sortir l'Afrique noire de la fange du sous-développement. Son but est de soulever des questions, susciter des réflexions, faire douter, choquer même. L'on ne manquera pas de pointer du doigt sa propension à accabler l'Afrique de tous les péchés. Doit-on parler d'auto-flagellation et d'auto-culpabilité ? Que non ! Ce qu'il veut est que l'Afrique se regarde en face ; car, la puanteur vient de nos dents cariées. Que l'Afrique quête ses chemins nulle part ailleurs qu'en elle-même. Une exhortation à l'introspection en somme.

Malgré la faiblesse de la documentation (voir « les livres cités » à la page 179) par rapport à l'ampleur de la question spirituelle africaine, cet essai de Tiburce Koffi est « un coup de semonce assourdissant et majestueux qui (va)  mettre en branle toutes les énergies productives de la race ». Autant l'ouvrage est riche en questionnements autant il ébranlera des convictions établies. Une chose est sûre : il fait partie des livres qui, après lecture, vous habitent, vous hantent, vous obligeant ainsi à philosopher.


ETTY Macaire

Critique littéraire

ethimacaire@yahoo.fr