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jeudi, 19 août 2010

COTE D'IVOIRE: FPI, TRAGEDIE D'UN PARTI QUI INCARNAIT L'ESPOIR

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On a parfois besoin de vivre les faits pour y croire. Ou encore, la vie quotidienne, comme qui dirait, se révèle souvent la meilleure des écoles, voire le meilleur apprentissage. Sans cette expérience, on croit bien souvent que ce que certains disent ou racontent autour de nous n'est que du pur idéalisme ou simple utopie ou encore des fantasmes. Descendons sur terre et disons les choses plus simplement pour nous faire mieux comprendre ; n'est‐ce pas là l'une de nos nombreuses missions à travers « Le Filament » ?

Ce qui se passe aujourd'hui en Côte d'Ivoire et tout précisément au sein du parti du Président Laurent Gbagbo, nous oblige à parler, sans tabou, du futur du FPI et de la Côte d'Ivoire après l'ère Gbagbo et surtout à revenir quelques années en arrière pour réviser les leçons de philosophie pure, de philosophie politique, de science politique et même de droit que nous buvions, avec volupté, et sans penser que, un jour, nous serions des témoins et acteurs de ce que nos différents maîtres ( que, au passage, nous saluons de nous avoir ouvert les yeux et les oreilles) tentaient, contre vents et marrées, de nous faire comprendre.

Il est très important de rappeler que le Front Populaire Ivoirien (FPI) est né d'une révolte contre les pratiques politiciennes du temps du parti unique ; des pratiques socialement et économiquement dégradantes et inhumaines de l'ancien régime, le PDCI (Parti Démocratique de Côte d'Ivoire) dirigé alors par le « bélier » de Yamoussoukro, M Félix Houphouët‐Boigny. Le FPI est né aussi de la volonté et dans le but de « gouverner autrement la Côte d'Ivoire » (Lire à ce sujet « Propositions pour gouverner la Côte d'Ivoire» de Laurent Gbagbo). Et donc « gouverner autrement la Côte d'Ivoire », tel est le slogan qui, comme le « Yes we can » de Barack Obama, a conduit le peuple ivoirien à prendre le risque de porter M. Laurent Gbagbo au pouvoir, en acceptant ou en faisant les sacrifices exigés, allant de la perte du gagne‐pain jusqu'à la perte de la vie (Kpéa Domain, par exemple). Tout le monde le sait, des foyers ont été disloqués ; des légions remplies d'espérance ont été brisées, des ressortissants de certaines régions du pays ont été frappés d'ostracisme, purement et durement, de la part des dirigeants du PDCI ; et ce, parce qu'ils avaient épousé les idéaux véhiculés ouvertement par le discours nouveau ou inédit de Laurent Gbagbo et ses camarades.

En effet, Monsieur Laurent Gbagbo promettait de changer, radicalement et positivement, la condition de vie des Ivoiriens et des Africains. A ce propos, il disait : « J'ai les hommes et les femmes pour gouverner la Côte d'Ivoire autrement » ou encore « Je mets les pieds là où je connais », autrement dit, je viens en homme d'expérience, j'ai un programme pour gouverner, contrairement à mes prédécesseurs, etc. Nous ne croyons pas qu'il ait une seule fois dit qu'il venait au pouvoir pour empirer la situation des Ivoiriens. C'est pourquoi au vu de la situation exécrable, déliquescente et nauséabonde qui prévaut aujourd'hui au sein du FPI, et partant en Côte d'Ivoire, nous ne pensons pas que M. Laurent Gbagbo devrait être, n'en déplaisent à certains, épargné de nos critiques. Il est le chef du village, il est donc entièrement responsable, comme l'étaient hier M. Houphouët‐Boigny et M. Konan Bédié, de l'ivresse et de la folie devenues quotidiennetés de la part de ces hommes et de ces femmes en qui il a placé sa confiance. N'est‐ce pas lui qui répétait que, pour guérir une plaie, il faut percer l'abcès ? Alors pourquoi s'émouvoir lorsque son nom apparaît dans une quelconque analyse ou une critique ? Simplement, arrêtons de donner raison à Senghor qui avait du mal à supporter la couleur de sa peau et qui, sans conscience, disait : « La raison est hellène et l'émotion est nègre ». Dépassons le culte de la personne, battons‐nous pour la dignité du Noir, et de l'Africain en particulier. Que les « Gbagboïstes » voient plus loin que le bout de leur nez et qu'ils placent la Côte d'Ivoire au centre ou au‐devant de leur vision politique.

Aujourd'hui, lorsque nous jetons un regard froid sur la situation qui prévaut au sein du FPI et sur celle de toute la nation ivoirienne, nous sommes obligés de conclure, sans ambages, que le train des rêves sur lequel des millions d'Ivoiriens ont embarqué, s'est transformé en un minuscule wagon de cauchemars, voire en un coma politique et socio‐économique. Au FPI, de l'idéalisme socialiste prometteur, l'on est tombé dans un « matérialisme » vagabondant, nauséabond , du moins dans une aristocratie éhontée qui écrase l'Ivoirien, qui conforte la pauvreté et la misère, au point de contraindre les autres Ivoiriens à vivoter ou à se prostituer dans les écoles, sur les lieux de travail, voire dans les toilettes des immeubles aux murs verdâtres et lézardés d'Abidjan et d'ailleurs.

C'est vrai que la France fasciste continue de livrer une guerre farouche d'intérêts à la Côte d'Ivoire, depuis que Laurent Gbagbo a décidé de « gouverner autrement ». Mais, nous disons : assez ! « La guerre de la France contre la Côte d'Ivoire », pour parler comme le Président de l'Assemblée nationale, le professeur Mamadou Koulibaly, ne doit pas cacher la gangrène dans laquelle la nation ivoirienne est plongée, purement et simplement par les agissements des hommes et des femmes du FPI. Leur attitude renvoie à l'idée, du moins porte à convaincre qu'ils sont venus au pouvoir pour voler, pour piller, pour détourner les deniers publics, pour se bâtir des châteaux, pour faire de leurs enfants les seuls méritants du pays et les seuls aptes à faire de bonnes études, et ce, dans les écoles et institutions les plus prestigieuses et non moins coûteuses dans les pays occidentaux.

Pour conclure cette première partie, nous disons que la Côte d'Ivoire est très riche et que sa modeste superficie ne constitue pas un obstacle pour son développement, ni pour le bien‐être des Ivoiriens. Le seul problème ou l'un des obstacles est la course effrénée et illégale vers l'enrichissement rapide qui fait fi de toute loi morale et de toute logique, qui nous éloigne des promesses d'hier, qui nous pousse au désespoir, plutôt qu'à l'espoir. (A suivre)


Sylvain de Bogou,

Directeur de la Rédaction, Le Filament.

sylvaindebogou@yahoo.com

Source: LE FILAMENT N°6 du 15 Juillet 2010


Prochainement :

Le FPI, un parti gangréné et aux lendemains incertains.


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15:01 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Société ivoirienne, Sortie de crise ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : côte d'ivoire, fpi, le filament, sylvain de bogou, léandre sahiri | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

A QUI PROFITE LA REBELLION AFRICAINE ?

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« Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'au bout pour que vous puissiez le dire ». (Voltaire).

A qui profite la rébellion africaine ?

Il y a quelques semaines, une des lectrices du Filament, Mme Emilie K., pour ne pas la nommer, m'a adressé une lettre, personnellement, pour me demander de donner un résumé et un commentaire du livre « Pourquoi je suis devenu un rebelle », écrit et publié, en 2004, par M. Guillaume Soro, Premier ministre ivoirien. Mme Emilie K. m'a aussi demandé de répondre aux questions suivantes : Qu'est‐ce qu'un rebelle ? Pourquoi et comment la rébellion est née en Afrique ? A qui profite la rébellion africaine? Qu'est‐ce que la rébellion apporte à l'Afrique ?...

Au‐delà de ma modeste personne, c'est, à ce que je pense, à nous tous et toutes, que Mme Emilie K. demande de réfléchir, très sérieusement, sur la rébellion et de tirer des leçons des rebellions africaines, comme hier on en a tiré des guérillas sud‐américaines. En attendant que des personnes bien outillées puissent apporter des réponses plus édifiantes aux questions que pose Mme Emilie K, je me vais m'atteler à dire, ici, ce que je pense, étant donné, n'est‐ce pas, que Mme Emilie K. m'a interpellé personnellement.

Du livre de Soro Guillaume

D'abord, en ce qui concerne le livre « Pourquoi je suis devenu un rebelle », je dois d'emblée avouer que, connaissant plus ou moins les raisons de la rébellion ivoirienne, à travers les diverses déclarations des rebelles eux‐mêmes, les reportages, et les dossiers de presse, je ne me suis sincèrement pas intéressé à le lire. Certes à tort, je le reconnais. A preuve, je ne puis actuellement pas en proposer un commentaire.

Mais, j'ai changé d'avis. Depuis quelques jours, j'ai passé la commande du livre et crois pouvoir le lire et être à même d'en parler dans l'une de nos prochaines parutions. Ceci dit, venons‐en à l'autre volet de la lettre de Mme Emilie K., notamment les questions.

Qu'estce qu'un rebelle ?

Une rébellion est un mouvement de contestation ou de remise en cause des autorités en place, ainsi que de refus, voire de négation de l'ordre institutionnel établi. Tel est le principe de base de toute rébellion.

Généralement, la rébellion a une base locale et une sphère de rayonnement régionale. En effet, elle naît toujours dans une région ou part communément d'une région donnée du territoire national et s'y cantonne. Pour justifier leur action ou leur mouvement, les rebelles mettent en avant la mauvaise répartition des richesses nationales, les disparités ou inégalités socio‐économique de l'espace national, tout cela brandi comme une injustice flagrante plus jamais insupportable, et comme des motifs de frustrations longtemps contenues, et dont il faut immédiatement se départir.

Voilà ce qui, en principe et au‐delà des motivations individuelles des leaders, sert de motifs fondateurs, d'alibi ou de justification sociale, politique, morale, psychologique ou intellectuelle à toute rébellion. Sur cette base, on s'attendrait a ce que les rebelles s'engagent dans des activités, des ouvrages ou des actions pratiques pour développer la région concernée. Mais non ! En lieu et place de tout cela, c'est‐à‐dire d'un mouvement « pacifique » de revendication régionale pour réparer les inégalités et les frustrations décriées, les rebelles défient les autorités et s'arment, sans doute pour conférer plus d'efficacité à leur action. Leur mouvement devient, alors, politique et surtout militaire, autrement dit, de violence. On en arrive alors, à une lutte armée. Ainsi, la stratégie, les méthodes et les buts changent, du tout au tout, et cela devient une autre histoire. En effet, ce qui, au départ, n'était qu'une soi‐disant expression de révolte locale et régionale, dégénère et devient un conflit national violent, comme on en a vu au Liberia, en Sierre Leone, en Côte d'Ivoire, etc.

Les rébellions ont la même logique

Les rébellions connaissent, toutes ou presque toutes, la même logique : mouvement régional uni, et enthousiaste au départ, une rébellion le demeure rarement jusqu'à sa fin ultime. Tout le monde sait qu'une rébellion prend fin, soit par la satisfaction entière et totale de ses revendications, soit par une victoire militaire nette, soit par la prise du pouvoir d'Etat, soit par une défaite militaire, soit par sa récupération par le pouvoir et l'ordre en place, soit par la dispersion de ses leaders et dirigeants dont la plupart sont contraints à l'exil ou réduits à la clandestinité intérieure...

On peut alors se demander : d'où vient‐il que la rébellion, qui, au départ, était un mouvement uni, en vient‐elle à se trouver divisée et fatalement affaiblie? La réponse est toute simple. C'est que, chemin faisant, des divergences et des divisions internes apparaissent entre les responsables du mouvement rebelle. Ces divergences qui, généralement, opposent les leaders et principaux dirigeants de la rébellion entre eux et les uns aux autres, sont basées sur des querelles de personnes ou sur des conflits d'intérêts égoïstes essentiellement matériels, financiers et sociaux, et ont un rapport direct avec le niveau d'instruction et de conscience des rebelles dont 95% sont des analphabètes ou demi‐lettrés. Ces divergences apparaissent dès lors que les objectifs premiers du mouvement (de contestation du départ) se trouvent altérés et rejetés en arrière‐plan, chacun agissant désormais, au sein de la rébellion, pour son propre compte et celui de son clan. La vision angélique et l'action unitaire du départ ayant fait place aux soupçons, à la suspicion et aux règlements de compte, eu égard aux spasmes ou fibres ethniques, aux positions sociales privilégiées acquises rapidement par certains chefs rebelles, positions qui les placent, de fait, aux postes d'honneur, souvent avec tapis rouge déplié sous leurs pieds, avec des voyages nombreux, officiels et officieux à l'étranger en première classe, des séjours dans les hôtels huppés avec suites, etc. Ces prérogatives ou privilèges finissent par convaincre les chefs rebelles que, si au sein du mouvement contestataire, on est toujours ensemble, en tout cas on n'est plus désormais les mêmes. Ainsi, même si les rebelles se parlent et se saluent encore, ce n'est désormais plus avec enthousiasme ou ferveur, etc. De ces faits, c'est à se demander à qui profite, en réalité, la rébellion ? Nous y reviendrons plus loin. Pour l'heure, intéressons‐nous aux cas singuliers de Jonas Savimbi et de Soro Guillaume.

Du cas exemplaire de Jonas Savimbi

Comme tout le monde le sait, c'est le 22 février 2002 que, à quelques six mois de son 68ème anniversaire, que M. Jonas Malheiro Savimbi, l'un des plus vieux rebelles d'Afrique, le chef de l'Union Nationale pour l'Indépendance Totale de l'Angola (UNITA, fondée le 13 mars 1966) est tombé au front, les armes à la main. En effet, c'est sur les bords de la rivière Luvuei, dans la province de Moxico, au sud‐est de l'Angola, non loin de la frontière zambienne, que le vieux chef rebelle a livré sa dernière bataille. Surpris par l'armée gouvernementale, il a été abattu, non sans s'être défendu.

Quinze balles logées dans son corps. Montré le lendemain à la télévision angolaise, son corps gisait sans vie, baignait dans son propre sang, son sang à lui Jonas Savimbi. Toutefois, il avait le visage serein et intact, les yeux mi‐clos. II a fini comme finissent tous les rebelles de son espèce, Samuel Doe, Fodé Sankoh, Ousmane Mané, Joseph Kabila..., qui, eux aussi, avaient défiguré leurs pays respectifs, par des guerres, par des violences, par des tueries sans nom...

L'Histoire retient que le leader de l'UNITA, M. Jonas Savimbi, avait résisté très longtemps, depuis 1962, au temps du FNLA (Front National de Libération de l'Angola, présidé par Holden Roberto). Pour lui, céder au MPLA aurait signifié l'humiliation suprême. Certes, Savimbi était à la fois un chef charismatique, un stratège, un nationaliste intransigeant. Avec un parcours exceptionnel, où le revers l'a, finalement, emporté sur le succès. Obstiné par une volonté farouche d'aller, tête baissée, jusqu'au bout de ses convictions, il reste, en définitive, un rebelle jusqu'au bout, du moins jusqu'à la mort. Tel est le sort de tout rebelle, c'est‐à‐dire de tout individu qui prétend rétablir ses concitoyens dans leurs droits, et qui ôte à ceux‐ci le premier des droits humains, à savoir, le droit à la vie. Telle est la leçon que devront retenir ceux qui, commandités ou commis pour tuer M. Laurent Gbagbo et prendre le pouvoir sans passer par la voie des urnes, ont hélas ! défiguré la Côte d'Ivoire et nous ont mis dans la ténébreuse et ignominieuse situation où nous nous trouvons depuis plus de 8 ans.

Ma « Lettre ouverte à Monsieur Guillaume Soro ».

En 2002, je me trouvais à Abidjan, en tant que professeur de Lettres à l'université de Cocody et intervenant à l'ENA, quand la guerre a éclaté en Côte d'Ivoire. En 2004, quand, j'ai appris que M. Soro Guillaume, chef des rebelles, fut de nos élèves au lycée de Korhogo, j'ai décidé, sans doute par déformation professionnelle, de lui adresser une Lettre ouverte pour lui dire ce que je pense et pour l'amener à bien situer sa responsabilité dans cette rébellion dont il se gargarisait, par des déclarations ronflantes et tonitruantes. Pour votre respect, je me permets de reproduire ici, ma « Lettre ouverte à Monsieur Guillaume Soro », qui semble être passée inaperçue, à l'époque, et dont Mme Emilie K. me donne l'opportunité de reparler. La voici, cette lettre ouverte :

« Monsieur Guillaume Soro,

Je vous envoie cette lettre en espérant qu'elle vous parviendra, que vous la lirez jusqu'au bout et que vous m'en donnerez réponse et avis.

Tout d'abord, je voudrais vous poser cette question : M. Soro Guillaume, d'où tirez‐vous votre légitimité pour prétendre nous imposer votre volonté et vos caprices de cow‐boys des films westerns d'antan, lesquels cow‐boys, hors‐la‐loi et sans civisme ni éducation, défient le Sheriff du district et imposent leur loi, par la force de leurs pistolets ? Sachez, M. Soro Guillaume, que cette époque est révolue. Les temps modernes nous commandent d'utiliser, de nos jours, même dans le Far West, la voie des urnes pour accéder au pouvoir, pour pouvoir marcher sur des tapis rouges et pour pouvoir prétendre diriger les hommes en vue, (tenez‐vous bien !), de contribuer à favoriser leur bien‐être et le progrès de l'humanité.

A votre avis, depuis que vous êtes rebelle, M. Soro Guillaume, qu'est‐ce que la Côte d'Ivoire a gagné ? Qu'est‐ce que les gens du Nord ont gagné ? Qu'est‐ce que vous avez ajouté à l'humanité ? Quelle image représentez‐vous pour le présent et le futur dans l'histoire ? Quelle leçon la jeunesse peut‐elle tirer de vos actes?...

Alors que les autres peuples sont dans des laboratoires et dans les usines pour fabriquer des ordinateurs, des médicaments, des avions, des machines, des appareils..., pour notre aisance et notre santé, vous et vos amis en armes (rebelles et ex‐rebelles), ainsi que vos alliés (connus et inconnus ou méconnus), n'avez aucune honte, aucun regret, ni remords, de tuer nos parents et nos amis.

Vous n'éprouvez aucune gêne, ni aucun dégoût à voir notre pays dans cet état lamentable, à vous faire payer sans travailler, à piller et à faire piller les ressources de notre pays ; vous êtes fiers de narguer nos autorités et nos élus, fiers de fouler aux pieds nos lois, nos institutions et notre Constitution, comme des gens sans éducation ni morale. Vous vous en enorgueillissez de nous imposer les chefs que vous, vous voulez sans même notre avis, sans notre accord, et sans élection, etc. Mais, on est où là ? Vous n'avez pas honte de publier des livres et de faire des déclarations et des tapages sur vos tueries et vos desseins diaboliques qui relèvent de la pure délinquance. Avez‐vous jamais compris que vous vous êtes ainsi déclaré à la face du monde, par vous‐même, délinquant de première catégorie et assassin en liberté ? Les preuves sont là, palpables, par vous‐même fournies, dans votre livre qui se résume en ceci : Je suis un rebelle et voici ce que j'ai fait et commis comme actes. Ce que les Ivoiriens ont subi, ce n'est ni un conte de fée, ni une rumeur... Oui ! M. Soro Guillaume, vous avez osé écrire cela ! C'est à se demander si l'on ne manque pas parfois de bon sens et d'« esprit des lois » (Montesquieu)?

M. Soro Guillaume, vous qui, à ce que je crois savoir, avez fait des études universitaires, devriez avoir honte d'agir comme vous faites. Arrêtez de vous comporter comme un cow‐boy ou un dozo (chasseur analphabète initié dans le maniement de fusil traditionnel). Arrêtez ça, ici et maintenant. Aucun rebelle n'a, il faut le savoir, longue vie. Et donc, vous êtes en train d'écourter, de miner votre espérance de vie, comme les Savimbi, John Garrang, Fodé Sankoh et autres rebelles qui croyaient que la nuit était si longue qu'il ne ferait pas jour. Et puis, vous savez, on connaît le sort des cow‐boys dans les westerns : le film finit quand finit la vie du cow‐boy, parce que toute chose a une fin.

M. Soro Guillaume, ceux qui vous financent, ceux qui vous poussent et vous encouragent à cet orgueil insensé, à ces fanfaronnades, à ces débilités, ne vous aiment pas du tout et sont vos ennemis premiers. Ceux qui vous suivent savent ce qu'ils y gagnent et se foutent éperdument de ce que vous y perdez. Ils ne vous ont pas conseillé la bonne voie, parce que vous êtes dans l'impasse. Et, je suis à me demander comment vous allez pouvoir vous en tirer, je veux dire, de ce sale drap. Zut ! Il vous faut revenir à la raison! Mais, cela exige, d'abord et avant tout, de mettre bas votre orgueil déraisonné et sans fondement ; cela vous impose d'arrêter de prendre des vessies pour des lanternes. Si, bien entendu, vous tenez encore à la vie qui vous tend les bras et qui vous a tant donné afin que vous soyez utile à l'humanité, et non pour détruire des vies humaines, non pour servir, sans vergogne ni envergure, des intérêts égoïstes, partisans, ethnocentriques, mesquins, utopiques, sataniques...

Il n'est jamais trop tard, dit‐on, et seul le repentir est votre unique voie de salut, quelque soit ce qu'il vous en coûtera. C'est ce que je pense. Du moins, tel est mon sentiment. Avec mes salutations distinguées et sans rancune ».

Je précise que je n'ai pas eu de réponse à cette lettre. Peu importe ! L'essentiel est que, aujourd'hui, M. Soro Guillaume est premier ministre, dans la république. Je pense qu'il m'a entendu. C'est un motif de satisfaction qui m'amène à répondre, pour terminer, à la question : à qui profite la rébellion ?

A qui profite la rébellion ?

On constate, en se référant à la rébellion ivoirienne, que trop de sang a coulé à Korhogo et Bouaké, à Abidjan, à Man, à Gagnoa..., partout, dans toute la Côte d'Ivoire, plus que jamais auparavant. Du sang des Ivoiriens comme des étrangers. Du sang des forces de l'ordre et des populations civiles comme des rebelles. « Nous avons eu plus de morts entre rebelles qu'entre nous et les Forces loyalistes », avait déclaré sur Rfi, M. Séhi Claude, chargé de communication d'IB à Paris. Ces pertes importantes de vies humaines ont endeuillé la Côte d'Ivoire et suscité partout animosité, rancoeur, indignation, colère et désirs de vengeance... Telles les réalités et les résultats de la rébellion ivoirienne.

On constate également que la rébellion ivoirienne n'a pas atteint son objectif qui était de prendre le pouvoir d'Etat. Loin de là. Aujourd'hui, M. Soro Guillaume est siège dans le gouvernement de Laurent Gbagbo. M. Soro Guillaume est premier ministre. M. Soro Guillaume mange à la même table que M. Laurent Gbagbo que, poussé ses mandataires et mû par des forces sataniques, il prétendait assassiner, ou tout au moins chasser du pouvoir pour accéder (lui ou un de ses commanditaires) à la magistrature suprême de notre pays. M. Soro Guillaume a abandonné le sentier battu de la violence sauvage, ignoble et inutile. En a‐t‐il tiré des leçons, de sa rébellion ? S'est‐il assagi ? A‐t‐il compris que les rebellions africaines rabaissent les Africains au rang d'animaux sauvages et de barbares des temps anciens ? Sait‐il désormais que les rebellions africaines réduisent l'Afrique à l'état de jungle ou de champ de bataille permanent, comme du temps des Gaulois ou des vikings ? A‐t‐il compris que les rebellions africaines ont pour victimes les populations africaines, c'est‐à‐dire des femmes, des hommes, des enfants qui ne demandaient qu'à vivre et que, prétendant les rétablir dans la justice ou dans leurs droits, on éventre, on viole, on pille, on déshérite, on égorge, on assassine, on mutile, on chasse de leurs terroirs, on prive de leurs biens acquis durement et âprement ? A‐t‐il compris que ceux qui fabriquent les armes, nous les vendent ou nous arment ne sont pas responsables de l'utilisation que nous en faisons ? A‐t‐il compris que, par les rebellions, les Africains se révèlent les pires ennemis de l'Afrique ?... Par exemple, on sait que les conflits en RDC sont, en grande partie, liés à l'exploitation et au commerce du coltan. Le commerce du coltan aurait procuré aux rebelles et chefs militaires et à des civils rwandais et ougandais des ressources financières énormes et encourage la poursuite du conflit. Les alliés zimbabwéens, angolais et namibiens du gouvernement de Kinshasa sont aussi accusés d'avoir systématiquement pillé les ressources du Congo avec la collaboration de lobbies internationaux et de grandes compagnies aériennes qui arment les rebellions. Dans les circuits économiques, le commerce du coltan a été qualifié de «nerf de la rebellion», dans l'est du Congo. Des intrigues compliquées, qui stimulent l'action d'alerte des ONG. Il en va du coltan comme du diamant et de la RDC comme de la Côte d'Ivoire, ainsi que de tous les pays qui ont connu la rébellion. Tout cela, M. Soro Guillaume, M. Sidiki Konate et les autres membres des Forces Nouvelles (ex‐rebelles), je pense, l'ont compris. Et, c'est ça l'essentiel. Ils savent, et nous savons, à qui profite les rebellions africaines. Certes pas aux Africains. C'est ce que je pense.

Léandre Sahiri,

Directeur de Publication, Le Filament.

Source: LE FILAMENT N°6 du 15 Juillet 2010


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jeudi, 12 août 2010

DITES-NOUS, LES REFONDATEURS, OU EST LE CHANGEMENT?

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« Tous ces hommes qui nous font peur, qui écrasent l'émeraude jalouse de nos rêves, qui bousculent la fragile courbe de nos sourires, tous ces hommes en face de nous, qui ne nous posent point de questions, mais à qui nous en posons d'étranges. ... Qui sont-ils ».

Cette phrase est tirée du livre de Frantz Fanon, intitulé Pour la révolution africaine, écrits politiques-Paris : La Découverte, 2006.  Qui sont ceux qui écrasent donc nos rêves ? Il ne faut pas chercher loin et pendant longtemps, il s'agit des refondateurs ivoiriens.

Les ivoiriens connaissent bien ceux qu'on appelle depuis 2000, les Refondateurs. Mais pour les autres, ils n'ont pas d'inquiétude à se faire car dans notre exposé, des définitions seront données.

Notre contribution du jour est une question que nous posons à ceux qui nous gouvernent aujourd'hui en Côte d'Ivoire. Nous désirons avec leur permission, savoir ce qu'ils ont fait du changement promis. Cette question est donc la suivante : « dites-nous les Refondateurs, où est le changement ?».

Pour faciliter notre exposé, il nous semble intéressant de rappeler aux lecteurs certaines définitions, toujours obnubilé par le souci constamment affiné de rendre objectivement notre pensée.

Les Refondateurs sont les « acteurs » d'un « scenario » qu'on appelle : la Refondation. Cette dernière est une philosophie de la vie en société, un programme de gouvernement, une affirmation des valeurs éthiques et une vision de l'homme et de l'humanité. Elle a promis un changement radical de l'édifice national. Tout était à reconstruire pour le pays, sa structuration administrative, son organisation économique, politique, sociale, culturelle.

A ce stade de notre exposé, contentons-nous de cette définition que nous compléterons plus loin.

On peut définir le changement comme une action qui consiste à chambarder, innover, réformer, rénover, renverser, révolutionner. Une telle définition nous conduit à une autre question, celle de savoir ce qui était à changer.

Dans la suite de notre exposé, il nous faudra brièvement présenter la Côte d'Ivoire avant l'irruption des Refondateurs. Ce sera le premier point à développer.

Nous discuterons dans un deuxième point, des retombées de la Refondation. Pour être sincère avec nous-mêmes, la Refondation en tant que philosophie n'est pas blâmable, mais le comportement des « acteurs » de la Refondation.

Enfin, dans un troisième point, nous appellerons les ivoiriens à ne pas laisser le « volant » de la « voiture ivoire » à des aventuriers.

LA CÔTE D'IVOIRE SOUS LE PARTI UNIQUE : FORCES ET FAIBLESSES

Avant l'avènement du multipartisme, l'histoire politique et économique de la Côte d'Ivoire se confond avec celle de Félix Houphouët-Boigny, fondateur du PDCI (Parti Démocratique de Côte d'Ivoire).  Jusqu'en  1990, en tout cas, le PDCI-RDA régnait et son modèle économique était le fondement de l'effort de développement.

Sur le plan politique, il faut dire que le parti unique n'est pas attrayant pour le démocrate que je suis. Le parti unique est un suicide politique dont les effets pervers sont le plus souvent un boomerang social. Or comme les grecs l'enseignent, c'est de la polémique[1] que dérive la vérité, une république animée par un parti unique n'est pas démocratique.

En matière de diplomatie  et de politique internationale, dès l'accession à l'indépendance de son pays, le président Félix Houphouët-Boigny opte pour une coopération étroite avec la France. Rappelons qu'à cette époque, deux conceptions différentes de l'Afrique s'affrontent, d'une  part les « progressistes » du groupe de Casablanca, qui souhaitent à la fois une indépendance totale des pays africains ainsi qu'un fort panafricanisme, et d'autre part, les « modérés » du groupe de Monrovia dont faisait partie Félix Houphouët-Boigny, qui aspirent également à une indépendance de l'Afrique, mais sous la férule de la France.

Félix Houphouët-Boigny, n'était pas un véritable président mais le représentant de la France en Afrique francophone : il défendait les intérêts français.

Il n'a rien fait pour aider à la construction d'une monnaie sous-régionale décolonisée, c'est-à-dire gérée par les africains eux-mêmes, sans la tutelle française. Il a préféré tout donner à la France et se contenter des résidus.

Au niveau économique, le pays connait un semblant de développement. Les résultats affichés par la Côte d'Ivoire sont impressionnants : le taux de croissance annuel moyen du Produit Intérieur Brut est d'environ 7 % entre 1960 et 1980, indique la Banque Mondiale. Les dépenses dans le domaine de l'éducation et de la santé sont très importantes, 40% du budget de l'État est alloué au secteur de l'éducation et de nombreux hôpitaux et dispensaires de village sont mis à la disposition des populations.

Mais la croissance ivoirienne est une croissance appauvrissante, puisqu'elle est basée sur l'exportation de quelques matières premières. Il a suffit que les prix des matières premières chutent pour que le PIB par tête se détériore, enfonçant le pays dans une crise.

Sur le plan social, certes l'ivoirien vivait mieux que son homologue de certains pays voisins, mais la distribution de la richesse n'était pas égalitaire. Elle se faisait selon des normes clientélistes et claniques.

La paix sociale était tout de même préservée dans un pays où un quart de la population est étrangère. On pourra tout reprocher à Félix Houphouët-Boigny, mais il a réussi à asseoir une précaire cohésion sociale.

DU MULTIPARTISME A LA REFONDATION : L'ESPERANCE AVORTEE

Les partis politiques existaient en Côte d'Ivoire avant les indépendances mais l'histoire leur donne un point de départ en 1990.

Comme le souligne Jean-François Bayart, «  Une légende plaisante veut que la conférence de La Baule, en juin 1990, ait propulsé l'Afrique dans l'ère du multipartisme, parfois à son corps défendant. C'est oublier la chronologie des faits : la France a pris acte tardivement, et de manière bien ambiguë d'une revendication libérale ... qui était devenue irrépressible »[2].

En Côte d'Ivoire, le multipartisme est arraché à Félix Houphouët-Boigny en 1990. Le Front Populaire Ivoirien (FPI) de Laurent Gbagbo se trouve en première ligne dans le combat pour les libertés individuelles.

Ces démocrates là ont confondu démocratie et multipartisme. Nous le répétons encore une fois, la démocratie est fondamentalement le règne du droit.  Selon le Rapport préparé par International IDEA (l'Institut international pour la démocratie et l'assistance électorale) et dans le cadre de son programme mondial sur la recherche et le dialogue avec les partis politiques, publié en 2007, la Côte d'Ivoire disposerait de plus de 130 partis politiques. Or à en croire Freedom House[3], le pays ne serait  pas propice aux libertés civiques.

Il n'est peut-être pas inutile de rappeler que l'éclosion des partis politiques ne garantit pas nécessairement le multipartisme. Il est par conséquent nécessaire de faire la distinction entre l'existence d'un grand nombre de partis politiques et un système de partis. Dans la première situation, il y a beaucoup de partis mais il n'y a aucune compétition significative entre eux ; un seul parti domine. Dans le deuxième cas, il y a un système pluraliste compétitif et démocratique.

Bref, le Front Populaire Ivoirien (FPI), dans sa vocation légitime de conquérir et d'exercer le pouvoir d'Etat, a élaboré un projet de société. Ce projet ébauché de 1982 à 1992, finalisé entre 1993 et 1997, a été publié en 1998 sous la direction de Harris Mémel FOTË sous le titre « Fonder une Nation Africaine Démocratique et Socialiste en Côte d'Ivoire ». C'est donc ce projet qui constitue la matrice, la boussole, la référence idéologique concernant un choix politique, économique, social, culturel, etc[4].

Le programme du FPI baptisé « LA REFONDATION », se proposait de refonder les relations ambivalentes avec les puissances impérialistes, construire un Etat démocratique avec une justice juste, animée par des magistrats compétents et crédibles, donner à l'école son rôle d'ascenseur social, distribuer égalitairement les richesses du pays, lutter contre la corruption et ériger la méritocratie comme mode de promotion sociale.

Dans les faits, la Refondation n'a été qu'une curiosité intellectuelle, pas plus. En tout cas en termes de progrès social.

Sous la Refondation, la corruption est devenue le « toboggan » qui permet d'accéder à l'enrichissement illicite. Et pourtant un ivoirien sur deux est pauvre.

En Aout 2006, la société Trafigura, spécialisée dans le négoce de produits pétroliers déversait des déchets toxiques à Abidjan et ses environs faisant des morts et personnes hospitalisées avec des séquelles à vie.

En 2007, Global Witness publiait un rapport "Chocolat chaud", qui dénonçait notamment la tendance du secteur du cacao ivoirien à la mauvaise gestion des revenus, à l'opacité des comptes et à la corruption. Mieux la filière Café-Cacao est accusée de pillage systématique dans une rocambolesque affaire de 100 milliards de franc CFA. Il s'agit d'un détournement de 100 milliards de l'usine de Fulton aux Etats-Unis, par des responsables de la filière café-cacao. Notre pays est devenu le nid de la  corruption. Le classement de Transparency International du degré de corruption varie de 10 à 1, avec la matrice la plus élevée indiquant les moins corrompus du lot et la matrice la moins élevée les plus corrompus. En 2005, le Ghana, avec le niveau le plus bas de corruption en Afrique de l'Ouest, a un score de 3,5, et a été classé 65e sur 159 pays impliqués dans le classement. Le Nigeria et la Côte d'Ivoire étaient considérés comme les pays les plus corrompus de la sous-région, avec un score de 1,9, et classés 152e ex æquo sur 159 pays.

Aujourd'hui, en Côte d'Ivoire, il semblerait que tous les concours d'accès à des postes publics, fassent l'objet d'un chantage monétaire.   Ainsi, pour rentrer à la prestigieuse Ecole Nationale d'Administration (ENA), il faut payer. Il faut faire pareil pour l'Ecole Nationale de Police (ENP), l'Ecole Nationale de la Gendarmerie (ENG), l'Ecole Normale Supérieure (ENS). Du coup, la motivation a déserté les lycées et les collèges ainsi que nos universités.

Le secteur stratégique qu'est l'éducation est malade.  L'école  va encore plus mal sous la Refondation, avec à la fin de l'année scolaire 2008-2009,  des scores décevants : 80% d'échec au BEPC et 80% d'échec au BAC.  En 2010, le taux d'échec au Bac est de 75,5 % et  de 70%  au BEPC.  L'école est pour le pays ce que  l'enfant est pour une famille. Le taux de scolarisation qui se situait à 74% en 1998 est tombé à 66% en 2006/2007.

Les Refondateurs n'ont pas réussi à lutter contre la françafrique car dans ce combat,  la Côte d'Ivoire a tout perdu.

Le Président ivoirien a tout donné aux multinationales colonisatrices or il critiquait le parti unique de « vendre » le pays à la France.

En effet, depuis le 12 octobre 2005, le groupe BOUYGUES à travers sa filiale CIE, est encore et ce, pendant 15 ans le distributeur exclusif de l'électricité en Côte d'Ivoire. De sa production jusqu'à son exportation, en passant par la distribution et l'importation, l'Etat a accordé le secteur au groupe français. Même la construction du troisième pont est encore attribuée à BOUYGUES alors que les chinois pouvaient le faire à un prix raisonnable.

Il en est de même de Bolloré qui a tout obtenu après un non tonitruant. En 2004, le groupe Bolloré obtenait du Port autonome d'Abidjan (PAA) une concession de "gré à gré" à travers sa filiale SETV, pour un coût de 5,5 milliards de FCFA (8,4 M EUR) et une promesse d'investissement de 27 milliards de FCFA (plus de 41 M EUR) sur cinq ans.

Finalement, les ivoiriens ont été floués par les Refondateurs.

LES REFONDATEURS ONT ECHOUE LAMENTABLEMENT : LE PEUPLE DOIT AVISER

Disons-le avec empressement, en vérité, il faut rechercher dans la mauvaise foi des Refondateurs, la folie de leurs œuvres. Il serait curieux d'étudier l'influence qu'a pu exercer la guerre sur la vie des ivoiriens depuis 2002.  Pour autant, la guerre n'est pas un passeport pour arriver à des fortunes colossales. S'il  y'a un paradoxe rapidement rencontré dans la Refondation, c'est  ce que notre brave compatriote Lekadou Tagro Gérard nomme « la qualité et le choix des hommes ». Non content de l'échec au niveau de l'amélioration du niveau de vie des ivoiriens, les Refondateurs torturent moralement le peuple avec l'épandage de leur fortune.

Pendant qu'on nous ressassait que nous étions en  guerre parce que la Chiraquie s'est rendu compte que l'actuel chef d'Etat n'est pas prêt à brader les richesses de son pays, nos propres frères pillaient les caisses de l'Etat. A un certain moment, on avait pu croire à ces différentes diversions avant de retrouver toute notre lucidité.

Dieu seul sait combien sont les Refondateurs qui ont critiqué  les détournements des deniers publics, la mégalomanie, les achats de conscience, le tribalisme etc. ils ont critiqué le monarque Boigny qui ne se gênait pas d'emprisonner, de torturer, de mettre en exil.

Posez la question aux ivoiriens, ils vous diront qu'ils ne voient point de différence entre l'époque du Parti unique et celle des Refondateurs, en tout cas, sur le plan politique.  Ce ne sont pas les journalistes du « Nouveau Courrier » qui  diront le contraire.

Les ivoiriens sont devenus aujourd'hui nostalgiques des temps passés. Ils sont admiratifs de ce qu'ils ont répudié hier, car le changement a été un mirage.

Pour répondre à la question posée aux refondateurs (à savoir où est le changement ?), il est facile de trouver les mots justes.

Les Refondateurs n'ont plus de boussole, ils ont perdu les nobles valeurs qui faisaient rêver les ivoiriens.

Pour être honnête, ce n'est pas la « Refondation » en tant que philosophie qui est condamnable, bien au contraire, il faut reconstruire le pays sur des bases nouvelles.

Ce qui a été sans doute le problème de la  « Refondation », c'est le choix des hommes.  Un bon scenario a besoin de bons acteurs et un metteur en scène chevronné, pour que le rendu soit sans reproche.

Dire que la « Refondation » était porteuse d'espoir ne signifie pas qu'il faille renouveler notre confiance à ces acteurs insoucieux. Pareilles tentatives ignorent volontairement le caractère versatile de l'être humain.

Pour ma part, ce que je souhaite pour les Refondateurs, c'est une sanction populaire dans les urnes. Mais le dernier mot appartient au peuple ivoirien.

Les ivoiriens espèrent en des lendemains meilleurs mais pour l'heure, il faut que nous nous battions pour obtenir les élections même par césarienne.


Dieu aide la Côte d'Ivoire à se relever de sa chute.

Dieu bénisse l'Afrique !


Dr Séraphin PRAO

Président du Mouvement de Libération de l'Afrique Noire (MLAN)

www.mlan.fr

contact@mlan.fr

 


[1] Le terme polémique vient du grec polemos qui désigne le combat. Le registre polémique désigne un débat où l'échange d'arguments prend un tour agressif voire violent.


[2] Jean-François BAYART, La politique africaine de la France. Ni le Zambèze ni la Corrèze ", Le Monde, 5 mars 1992.


[3] Source : Freedom House, Freedom in the World Report, 2006 (Washington, DC: Freedom House,

2006).


[4] Tiré du Texte de la conférence « Ce que Refonder veut dire ; la Refondation à l'épreuve du pouvoir »,

prononcée le vendredi 30 Avril au Palais de la Culture à Abidjan. Texte disponible à l'adresse

suivante :http://liberte.fpi.ci/content/index.php?option=com_content&view=article&id=13%3Aconferences&catid=2%3Aevenement&showall=1

lundi, 09 août 2010

CELEBRATION DU CINQUANTENAIRE: MESSAGE DU PRESIDENT LAURENT GBAGBO A LA NATION

DISCOURS A LA NATION 2010.jpg

Ivoiriennes,
Ivoiriens,
Mes chers compatriotes,
Chers amis de la Côte d'Ivoire.


En ce jour de la commémoration du cinquantième anniversaire de notre indépendance, mon vœu le plus cher a été de vous offrir une Côte d'Ivoire unifiée, pacifiée et rassemblée autour de ses fils et de ses filles ; une Côte d'Ivoire prête, résolue à rebondir, tirant les leçons de cette expérience de cinquante années et assumant son héritage, avec le courage et la confiance des peuples valeureux.


Nos efforts inlassables pour ramener la paix, les sacrifices innombrables que vous avez consentis, pour pardonner et tourner la page de la fracture vécue en 2002, n'ont malheureusement pas suffi à nous y conduire, même si, résolument, nous avons ensemble avancé sur le chemin de la paix et réussi à tourner le dos à la guerre.


Enfant des élections, comme j'aime à le dire, mon vœu le plus cher est de permettre à mes concitoyens de pouvoir s'exprimer librement, à l'occasion de la tenue des élections présidentielles tant attendues, pour choisir en toute conscience, celui qui conduira les destinées d'après crise de notre pays. La première conséquence de notre accession à la souveraineté nationale est en effet de conférer aux citoyens la possibilité de choisir librement leurs dirigeants et de déterminer en toute souveraineté les voies de l'évolution de leur pays.


Depuis que je suis entré en politique, je prône les valeurs de liberté, de justice sociale et d'indépendance économique véritable et je ne m'y déroberai pas. Je reste profondément attaché à ce compartiment essentiel de la vie démocratique commune et je dis à tous : Cette année verra se tenir l'élection présidentielle en Côte d'Ivoire et notre pays amorcera sa reconstruction.


Mes chers compatriotes,


Nous l'avons souhaité sobre, cette commémoration de notre indépendance pour rester mobilisés sur nos objectifs prioritaires. C'est une commémoration orientée vers la meilleure compréhension de notre passé et axée sur la critique exhaustive et non partisane du parcours réalisé ensemble pour en tirer les leçons les plus significatives.


Un peuple qui méconnait son histoire, peut-il en effet construire avec succès son avenir ? L'avenir commun ainsi envisagé, avec confiance, sera le condensé des voies nouvelles de consolidation de notre indépendance afin de nous engager avec lucidité, audace et responsabilité, dans la voie du progrès.

La sobriété de ces instants n'entame en rien leur solennité parce qu'en ce jour, nous nous réjouissons de l'existence d'un Etat indépendant. Il y a cinquante ans, nos aînés, malgré leurs divergences, ont mené le combat noble de la libération du continent, pour engager la bataille de la construction de nos nations. Chemin difficile mais parcours exaltant, dont la finalité demeure de diriger des nations prospères et de voir y vivre des citoyens libres et heureux.

En ces instants précis, j'ai une reconnaissance profonde pour nos devanciers, vaillants combattants qui ont œuvré pour l'aboutissement de cette perspective mémorable. J'ai une pensée particulière pour le Président Félix Houphouët-Boigny, celui là-même qui, en ce jour du 7 août 1960, a proclamé l'indépendance de notre pays, en ces termes :


« En vertu du droit qu'a tout peuple à disposer de soi-même,

je proclame solennellement l'indépendance de la Côte d'Ivoire. » !


Enfin, j'ai une pensée pour tous ceux qui sont tombés dans la lutte pour l'indépendance, tous ceux qui sont morts pour leurs idées, tous ceux qui ont tracé avec courage et persévérance, les premiers sillons.


Chers compatriotes,


Notre cheminement a alterné périodes fastes et moments de difficultés, années de prospérité et conjonctures austères. Sur le chemin, des écueils ont existé, entraînant de profondes fractures, des blessures parfois encore vivaces ; mais mon devoir est de rappeler à tous l'exigence d'amour fraternel et de pardon mutuel pour préserver la Côte d'Ivoire et entrer dans le second cinquantenaire confiants. Nous y sommes déjà et nous devons poursuivre l'œuvre avec foi, espoir et détermination.

Pendant ces cinquante ans, et malgré les obstacles persistants, des avancées remarquables ont été réalisées qu'il nous importe de garder à l'esprit. Ces avancées qui forgent les nations prospères, il nous faut les défendre et les préserver parce qu'elles sont la marque de notre progrès.


En tout premier lieu, notre dignité de nation libre, la dignité de pouvoir s'affirmer et participer au progrès du monde en tant qu'Etat reconnu, respecté et œuvrant en toute fraternité avec les autres nations du monde pour le progrès de l'humanité. Cette dignité, il faut s'en prévaloir, mais en user sans agressivité ni ostentation, parce que c'est elle qui induit les choix autonomes, souverains et responsables que nous faisons pour l'accomplissement du destin que nous voulons collectivement. Cette dignité-là, ces dernières années, a été particulièrement mise à mal mais ensemble, nous l'avons préservée ; nous sommes heureux aujourd'hui de dire : la résistance a payé !

En second lieu, nous avons hérité de cette indépendance la responsabilité collective de notre devenir commun. Les grandes nations se sont forgées à travers l'histoire en connaissant des moments de prospérité, de gloire et de succès, mais aussi des moments de crise ; elles sont restées résolues devant les crises et les dissensions qui leur ont été préjudiciables. Elles ont ainsi atteint des niveaux appréciables de progrès économique et de justice sociale, s'étant accordées sur la nécessité de surmonter ces obstacles. Ces nations ont supporté des moments particulièrement pénibles mais la raison et le profond désir de cohésion a fini par prévaloir sur les intérêts conjoncturels et les calculs personnels, pour faire triompher la renaissance et la prospérité collective.

En ces instants-là, ce qui a primé, c'est la volonté commune de préserver les générations futures. Cette primauté de l'intérêt général sur les intérêts personnels ou partisans, a été le véritable ferment de leur prospérité retrouvée. La leçon principale que nous pouvons en tirer demeure, en conséquence, le dépassement de soi dans le respect mutuel des divergences.


Au-delà des divergences politiques qui heureusement consolident les Etats démocratiques, au-delà des divergences d'opinion qui enrichissent les perspectives d'alternative qu'elles offrent, cette responsabilité collective, nous devons l'assumer et à chaque instant, la traduire dans tous nos actes.


Ma responsabilité de Chef de l'Etat me l'impose en tout premier lieu et je ne m'y déroberai en aucune façon. Depuis huit années en effet, nous l'assumons, affrontant des vicissitudes multiples et de féroces adversités, internes et externes. Notre souci, conformément à notre serment, demeure de préserver la vie de nos concitoyens et garder intact le territoire de la Côte d'Ivoire, de 322 462 km2 que nous ont légués nos prédécesseurs. C'est dans cette perspective que nous avons inscrit l'accord politique inter-ivoirien de Ouagadougou et les récentes évolutions du dialogue politique interne. Ce dialogue interne devra se raffermir et se consolider, pour nous engager résolument sur la voie du salut collectif.


La troisième avancée significative, que je vous invite à garder en mémoire en ce jour, est notre pratique progressive de la démocratie. Sur ce point, les chantiers réalisés par notre pays sont appréciables. Souvenons-nous en effet de la période d'avant 1990 où la liberté d'expression et le pluralisme politique étaient encore inexistants. La Côte d'Ivoire peut s'enorgueillir d'avoir aujourd'hui les instruments réglementaires et les institutions adéquates pour entretenir la démocratie et veiller au respect par tous des droits et devoirs opposables.


La construction d'un Etat démocratique, protecteur des libertés individuelles et collectives et respectueux des droits de l'homme, n'est certes pas chose aisée ; mais nous y sommes engagés. Nous pouvons en effet nous réjouir de l'existence et du maintien de nos institutions clés : Présidence de la République, Assemblée nationale, Conseil constitutionnel, Conseil économique et social. A ces institutions, nous en avons ajouté d'autres, nouvelles et autonomes de promotion du pluralisme politique, de la démocratie et des droits de l'homme : Conseil National de la Communication audiovisuelle, Conseil national de la presse, Commission nationale des droits de l'homme.


Nous devons également nous réjouir de l'existence de textes de lois novateurs concernant la presse écrite et audiovisuelle afin d'aider à construire une presse responsable, garant d'une véritable conscience citoyenne. C'est ainsi en effet que se réalise l'avènement des nations prospères et démocratiques.


Dignité d'hommes libres, responsabilité collective de notre devenir et enracinement dans la démocratie, telles sont les leçons de cette accession à l'indépendance que nous nous devons de préserver.

Mes chers compatriotes,

Les circonstances actuelles et les contraintes de la période d'après 2002 ont certes limité notre capacité d'agir mais elles n'ont, en aucune façon, entamé l'idéal de justice sociale et de prospérité qui a fondé mon entrée en politique. C'est pourquoi je vous invite à demeurer confiants parce que nous avons fait le choix du courage, de la persévérance et de l'espérance. Nous nous devons de continuer à faire progresser le niveau de vie de nos concitoyens.

La crise que nous vivons a laissé de profondes blessures qu'il nous appartient de guérir. Blessures d'ordre moral avec la perte d'êtres chers mais aussi dysfonctionnements profonds dans nos pratiques, dislocation de nos valeurs essentielles. Deux chiffres résument, à eux seuls, l'ampleur des méfaits de cette crise : celui de la pauvreté de nos compatriotes qui s'est aggravée ces dernières années pour atteindre un chiffre de 49 % environ du fait principalement de la guerre ; l'accroissement du taux de chômage, avec un niveau record de 16 % !

Ces indicateurs nous invitent à repenser d'urgence et profondément notre mode de production et d'allocation des ressources, dans le sens d'une croissance économique plus forte et beaucoup plus diversifiée et d'opportunités nouvelles, de création de nombreux emplois.


La remise en état sera fonction de l'ampleur de notre engagement à conduire les indispensables changements éthiques et de notre ingéniosité pour agir sans délai. Cette situation exige en effet un sursaut national et un engagement sans faille pour la prospérité, le plein emploi et la justice sociale.


Nous avons progressé mais nous avons également régressé alors même que nos potentialités nous permettent d'avancer. Eh bien, avançons !

Dans cette perspective, nous avons passé déjà avec succès, une étape importante dans la procédure d'élimination du fardeau de la dette qui constitue une hypothèque sur nos objectifs de croissance et de développement. L'admission de la Côte d'Ivoire au point de décision de l'initiative PPTE, en ramenant notre endettement extérieur de 160 % de la richesse nationale en 1990 à environ 50 % à la fin de cette année 2010, est un réel motif d'espoir. Bien évidemment, cette réduction de dette n'est pas en soi une finalité de développement mais constitue un instrument essentiel de gestion publique qui, préservé, assurera aux générations futures un avenir dans des conditions de plus grande sécurité.

Le temps est donc venu d'une gouvernance publique profondément remaniée, honnête et efficace, faite d'engagements audacieux. Le temps est arrivé des politiques publiques résolument saines et endogènes garantissant des effets positifs de long terme. Il s'impose à nous désormais, après cette fracture sociale et cette crise politique, la nécessité d'avoir des institutions plus solides et une justice efficace, plus accessible et indépendante, afin d'asseoir les conditions d'une paix durable.


Nous devons entreprendre le saut de qualité, réaliser notre indépendance économique et aboutir à une démocratie véritable. Engageons nous donc à amorcer la nouvelle donne en assumant en même temps l'héritage particulier de la multi-culturalité de notre pays.


Je dis aux Ivoiriens et aux Ivoiriennes d'ici et d'ailleurs, ingénieux et ayant un sens élevé de l'intérêt général, ceux de l'administration publique, des entreprises, des professions libérales, des zones rurales, des usines et des ateliers, des multinationales et des organisations internationales, dès cet instant : Les cinquante prochaines années vous appartiennent. Prenez donc votre place !


La Côte d'Ivoire n'a pas sombré hier, malgré les bourrasques.

La Côte d'Ivoire résiste aujourd'hui.
Mais, plus encore, la Côte d'Ivoire de demain, par l'engagement de tous ses fils et de ses filles et dans un sursaut d'orgueil, sera conquérante.

En ce jour, c'est donc un message d'espérance et une invitation à la confiance et à la solidarité que je vous envoie.

Bonne fête de l'indépendance à tous et à toutes.

Que Dieu bénisse la Côte d'Ivoire !



Laurent Gbagbo

NB: Lire également l'adresse du 7 Août 2010, à la Présidence de la République.

 

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mardi, 27 juillet 2010

LE REVE BRISE DES IVOIRIENS

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Les ivoiriens rêvent leur vie pendant que certains vivent leur rêve

« L'honnêteté universelle proteste contre ces lois protectrices du mal (...) Quoi que fassent ceux qui règnent chez eux par la violence et hors de chez eux par la menace, quoi que fassent ceux qui se croient les maîtres des peuples et qui ne sont que les tyrans des consciences, l'homme qui lutte pour la justice et la vérité trouvera toujours le moyen d'accomplir son devoir tout entier ». Cette longue citation est de Victor Hugo. Et elle devrait effrayer les tyrans et encourager les défenseurs du peuple.

Nous n'avons pas trouvé mieux qu'une telle citation pour illustrer notre présente contribution qui encore une fois s'intéresse à un pays africain : la Côte d'Ivoire.

Quelle drôle d'idée que de parler ici d'honnêteté, de justice et de vérité en ce qui concerne ce pays ? Qu'on ne s'y trompe pas, il s'agira ici de présenter le bilan dégrisant d'un pays où les uns souffrent et les autres s'empiffrent comme des gloutons. Comme chef de la fronde populaire, la classe laborieuse, nous ne voulons pas trahir notre conscience en nous taisant sur les escroqueries morales d'une élite ivre de pouvoir et de richesse.

« Les ivoiriens rêvent leur vie pendant que certains vivent leur rêve » : voici le titre que nous donnons à notre texte du jour. Pour que nous soyons en phase avec nos lecteurs, définissons ensemble les mots clés : le rêve et la vie.

Le rêve est un assemblage subconscient d'images et d'idées, souvent incohérentes, parfois nettes et suivies, qui se présentent à l'esprit pendant le sommeil; Chose plaisante par opposition au cauchemar (pendant le sommeil ou non).   Freud est sans doute celui qui les a le plus étudiés. Mais la psychologie expérimentale s'intéresse aussi à cet aspect fuyant et insaisissable de la vie mentale. Au sens figuré, c'est un projet sans fondement, chimère, utopie; Désir, espérance. Rêver, c'est vivre autrement. Rêver c'est vivre dans une autre réalité. N'en déplaise à certains, rêver n'est pas un acte anodin, puéril ou inefficace, rêver ce n'est pas perdre son temps, ce n'est pas non plus passer à côté de la vie, rêver c'est un acte de la vie à part entière, rêver c'est vivre aussi. On dit qu'un individu vit ses rêves lorsqu'il jouit d'un bonheur fort court ou qui n'a eu qu'une espérance trompeuse et de peu de durée. Il se dit aussi d'un individu à qui survient un succès, un bonheur que rien ne lui faisait espérer.

Quant à la vie, il est possible de la définir comme la capacité que peut avoir un organisme à se reproduire, respirer et se nourrir. Cette définition est trop restrictive.  Elle exclut déjà toutes les cellules qui fermentent au lieu de respirer, comme par exemple les bactéries anaérobies. La meilleure définition de la vie est thermodynamique, parce qu'elle ne fait aucun préjugé sur la structure et les comportements que doit avoir cette vie. En se basant sur les lois de la thermodynamique, on peut dire que la vie est la capacité à maintenir et à reproduire une structure complexe en dépit de conditions thermodynamiques défavorables.

Après ces définitions, nous pouvons donc exposer comment les ivoiriens appréhendent leur capacité à se maintenir et à se reproduire comme un projet sans fondement.

Dans cette grisaille, une poignée d'individu expérimente ce qu'elle n'a jamais espéré. C'est donc « deux Côte d'Ivoire » que nous présentons dans cette contribution.

Les ivoiriens, dans leur grande majorité, rêvent leur vie

Aujourd'hui, en Côte d'Ivoire, la grande majorité des ivoiriens souffre de ne pas pouvoir se loger et se nourrir dignement. Les choses qui étaient hier élémentaires sont devenues inaccessibles au regard de l'extrême pauvreté qui frappe les populations. Et pourtant, les ivoiriens ont été abreuvés d'espoir. En effet, ceux qui nous gouvernent disent qu'ils sont des socialistes, c'est-à-dire des gens qui luttent pour l'intérêt collectif, la justice sociale et l'égalité pour tous. Or on peut se demander en quoi  quelqu'un  qui n'a aucun sens de l'Etat et de la chose publique, qui n'a aucune compassion, serait-il un socialiste ? On aurait aimé voir chez les « refondateurs » ivoiriens, un comportement de responsables qui accordent une attention spéciale au peuple, singulièrement ce qu'ils appellent le petit peuple.

On ne le redira jamais assez, et les futures générations africaines devraient être encore plus vigilantes, il faut se méfier des vendeurs d'illusions.

Les ivoiriens ont pourtant donné tout ce qu'ils avaient de plus couteux, leur vie, pour sauver le pays et son chef, en espérant le changement. Lorsque les militaires du général Guéi pourchassaient les jeunes et les femmes, alors que ces derniers  luttaient pour rétablir Laurent Gbagbo dans ses droits, ils étaient tout de même loin  d'imaginer, la torture morale dont ils feraient l'objet, une fois « l'opposant charismatique » au pouvoir.

Face à la France, les jeunes ivoiriens sont sortis pour repousser très loin les limites de la colonisation.  Le président Laurent Gbagbo  lui-même le dit en ces termes : « Il y a cinq ans, les 6, 7, 8 et 9 novembre 2004 se produisaient des événements parmi les plus douloureux et les plus traumatisants de l'histoire de la Côte d'Ivoire. Des Ivoiriens aux mains nues ont été les victimes de la force française Licorne sur différents sites : corridors de Daloa et de Guessabo, aéroport de Port-Bouët, pont Général De Gaulle, pont Félix Houphouët-Boigny, et esplanade de l'hôtel Ivoire. Au total, 90 morts et 2537 blessés dont une centaine d'handicapés à vie ».

Les ivoiriens ont lutté pour améliorer leur niveau de vie. Or la corruption, le népotisme, le favoritisme, l'impunité, la tricherie, l'enrichissement rapide et illicite, sont devenus la règle en Côte d'Ivoire.  Si vous êtes d'une famille pauvre alors vous reproduirez la pauvreté car l'ascenseur social c'est-à-dire l'école, est en panne. D'ailleurs, rien n'est fait pour corriger les injustices sociales dans le pays si ce n'est les approfondir.

Comme on peut l'observer à travers ces phrases, en réalité, rien n'indique le désir des refondateurs de se situer réellement sur le terrain de la lutte contre les inégalités sociales. Cependant, que n'a-t'on pas servi aux ivoiriens en matière de progrès social ? L'école gratuite, la santé gratuite, le repositionnement de l'école dans les stratégies de développement, la répartition des richesses, le pouvoir aux peuples, plus de liberté. Les faits sont ce qu'ils sont : la réalité est tout autre.

Avec les refondateurs au pouvoir, les ivoiriens ont cru à une administration au travail et surtout juste. L'administration étant la colonne vertébrale de l'Etat, si l'administration est pourrie et que chacun souhaite s'enrichir sur le dos des usagers, alors il n'y aura pas d'administration et l'Etat n'existera pas.

Phil Hine avait raison d'écrire que  "Les dictateurs à toutes les époques ont appris rapidement que si vous voulez affaiblir la volonté d'un peuple, alors vous devez détruire leurs rêves, rendre leurs mythes incompréhensibles et les remplacer par d'autres."

La grande majorité des ivoiriens vit les difficultés et galères que connait le pays tandis qu'une minorité expérimente ce qu'elle n'a jamais espéré.

Une minorité d'ivoiriens vit ses rêves

Notre pays, après neuf années d'exercice de pouvoir par le FPI, montre un visage hideux et se caractérise par un affaiblissement de l'autorité de l'Etat, la mauvaise gouvernance, un cadre de vie de plus en plus précaire, une administration inefficace et corrompue, un secteur éducation formation en réelle difficulté, une économie défaillante et un secteur agricole en crise. C'est le bilan rapide qu'il est possible de dresser à propos de la Refondation en Côte d'Ivoire.

A Abidjan, la capitale économique, les ordures ont envahi les rues de sorte que les voitures et même les personnes n'arrivent pas à circuler. Et quand cela est possible, les odeurs finissent par vous rendre malade.  Demandez aux maires de ramasser ces ordures, ils vous diront que cela concerne le district. En Côte d'ivoire, les maires sont devenus des vendeurs de terrains, même les espaces destinés à nos enfants pour les jeux sont vendus.

L'administration marche mal. Les voitures « D », de l'Etat, roulent les jours fériés et les week-ends, sans se faire arrêter par les policiers. Les directeurs centraux sont passés maîtres dans l'art de la surfacturation et des pots de vin. Les ministres eux, peuvent pratiquer le favoritisme et le népotisme sans que la justice ne les inquiète. Ils sont au-dessus de la loi.

La corruption a tellement gangrené le pays que les professeurs de collèges et lycées demanderaient aux épreuves orales du BAC et du BEPC des billets de banque, pour arranger les notes.

Sous la Refondation, les ivoiriens travaillent de moins en moins puisque la méritocratie s'est absentée pour longtemps. Les fonctionnaires qui arrivent au bureau à 10 heures pour repartir à 16 heures. Les bureaux qui se vident les jeudis après-midi pour le week-end.

Sous la primature du Dr Alassane Ouattara, la notion de corruption n'existait pas dans les proportions que nous connaissons aujourd'hui. L'administration ivoirienne était au travail. Les fonctionnaires et agents de l'Etat étaient à leur poste dès 7h30. Il a fallu que les refondateurs viennent au pouvoir pour que la gangrène s'installe dans tous les secteurs de l'administration ivoirienne. De sorte que l'honnêteté est devenue un délit en Côte d'Ivoire. Il semblerait que monsieur Bouhoun Bouabré, ex-ministre des finances du FPI, était prêt à signer un chèque de 2,5 milliards de francs, pour acquérir la résidence de feu Angoua Koffi, ex-dg de la douane- qui abrite actuellement les locaux de la CEI, route du zoo-, si l'un des héritiers n'y avait pas fait opposition. On peut donc se demander d' où vient cet argent ? Monsieur Angoua Koffi étant issu du parti unique, on peut imaginer les sources de sa fortune mais qu'en est-il du ministre refondateur ?

En somme la corruption s'est simplement  installée. Le constater n'est évidemment pas l'approuver bien au contraire. Nous écrivons régulièrement pour éviter la révolte car l'histoire nous l'a maintenant largement et durement enseigné : il existe un rythme de la révolte. Parler, comme on l'a fait souvent, du FPI comme le nid de la corruption, c'est attribuer indistinctement à l'ensemble d'une catégorie extrêmement diversifiée et dispersée un « mal », lui-même mal identifié et mal défini. Il est clair en effet qu'il existe encore au FPI, des militants en phase avec la philosophie première du parti.

Aujourd'hui au FPI,  heureusement qu'il existe des honnêtes militants comme le professeur Mamadou Koulibaly, qui disons-le, avait claqué la porte à Marcoussis en janvier 2003. Pendant que les uns pensaient à se maintenir à leur poste, le professeur Koulibaly défendait son pays, la Côte d'Ivoire. C'est là, la différence entre un homme de gouvernement et un homme d'Etat. D'ailleurs, les refondateurs qui voudront gagner les législatives et les municipales devront se ranger derrière le professeur Koulibaly pour échapper à la vindicte populaire.

Il est impossible de vouloir le changement lorsqu'on n'est pas soi-même le changement. En Côte d'Ivoire, une minorité d'ivoiriens vit simplement son rêve.

Pour résumer l'état de santé de notre pays, nous pouvons affirmer que tout se multiplie et se divise  par un seul mot : corruption. Tout s'achète et se vend dans ce pays : extraits de naissance, attestations d'identité, certificats de nationalité, passeports etc. etc.

La bonne gouvernance comme préalable au redécollage de la Côte d'Ivoire

La théorie traditionnelle de croissance associe essentiellement la productivité globale des facteurs (PGF) au progrès technique. Or la PGF désigne, de manière plus générale, tout ce qui concourt à élever l'efficacité des combinaisons de travail et de capital. Une dimension importante est l'organisation juridique et réglementaire des activités productives, que l'on regroupe sous le terme générique d'institutions.

Douglass North[1], prix Nobel en 1993 avec Robert Fogel, a défini les institutions comme « les règles du jeu dans la société ou, plus formellement, les contraintes créées par les hommes qui régissent les interactions entre les hommes ». Les coûts de transaction (la corruption par exemple) induisent  un environnement institutionnel de faible qualité d'où la nécessité de sécuriser les contrats.

Le FMI (2003)[2] a évalué les institutions par trois types d'indicateurs : qualité de la gouvernance (degré de démocratie, stabilité politique, efficacité des services publics, degré d'intervention de l'Etat dans l'économie, sécurité juridique et absence de corruption) ; protection de la propriété privée, et limites à l'arbitraire du pouvoir exécutif.  Le FMI a mis en évidence un lien positif entre la qualité des institutions et le niveau de PIB par tête. Les institutions peuvent agir de plusieurs façons.

Premièrement, elles réduisent les asymétries de l'information en transmettant des renseignements sur les conditions, les produits et les acteurs du marché;

Deuxièmement, elles réduisent le risque en définissant et faisant respecter les droits et contrats de propriété qui précisent quels sont les bénéficiaires, les biens et les dates de transaction;

Troisièmement, elles limitent l'action des responsables politiques et des groupes d'intérêt en leur faisant rendre des comptes aux citoyens.

Ce troisième point nous intéresse en ce sens qu'il cadre parfaitement avec la situation que nous vivons en Côte d'Ivoire depuis l'affaire « Tagro ».  Notre assemblée nationale est composée en partie de mauvais députés, qui ne veulent pas rendre compte à leurs populations. Les députés du Fpi confrontés à ceux du Pdci, de l'Udpci et de Solidarité ont opposé un refus catégorique à la mise en place d'une commission parlementaire. Blocage parfait précédé quelques jours plutôt d'une séance toute aussi électrique. Le mardi 20 juillet 2010, nos députés ont remis ça, offrant à la face du pays un spectacle ridicule devant les médias, un spectacle fait d'injures, de bousculades et de violences. Y a-t-il un danger à mettre en place une commission d'enquête ? Si certains députés du FPI refusent cette enquête c'est certainement parce qu'ils cachent des choses aux ivoiriens et persistent à demeurer dans leur « saleté ». Il faudra à notre pays des institutions fortes et la bonne gouvernance pour qu'il redevienne ce qu'il était avant la crise militaro-politique.

Nous prions les ivoiriens de ne pas oublier cette épisode de l'histoire de notre pays : ceux qui ont promis la pluie et le beau temps nous ont livré la misère, la corruption, le népotisme, le favoritisme, la tricherie. Les ivoiriens doivent donc les sanctionner dans les urnes dans quelques mois.

Pour notre part, nous nous battrons avec beaucoup d'héroïsme pour transformer en profondeur notre pays en éveillant les consciences. Nous ne voulons pas faillir à ce noble devoir.

Terminons cette contribution par cette citation de MC Jean Gabin : " Dans la vie, il y a ceux  qui attendent que les choses se fassent, et ceux qui font que les choses se font ". Faisons partie  de la deuxième catégorie, c'est à dire les gens qui font que les choses se font.

Dieu bénisse l'Afrique!

Dieu guide les ivoiriens!


Dr Séraphin PRAO

Président du Mouvement de Libération de l'Afrique Noire (MLAN)

www.mlan.fr

contact@mlan.fr


[1] North D. (1990), Institutions, Institutional Change and Economic Performance, Cambridge University Press.

[2] Fonds monétaire international (2003), Perspectives économiques mondiales, Fonds monétaire international (disponible en anglais sur www.imf.org).

LE TRIOMPHE DE LA VERITE ET DU DROIT

RELAXE DE KOUAMOUO, OULA ET GUEDE.jpg

Le droit devait être dit et il a été dit, bien dit! Ce lundi 26 juillet 2010, au Tribunal de Première Instance d'Abidjan. Echec et mat aux thuriféraires d'une justice d'une autre époque qui font honte à la Côte d'Ivoire! Courage, les amis, Théo, Oula et Guédé, et bonne reprise! Vive le journalisme d'investigation!

Fernand Dindé

THEO ET LES AMIS LIBERES.jpg

 

lundi, 19 juillet 2010

ARRESTATION DE 3 JOURNALISTES DU NOUVEAU COURRIER: DECLARATION DU MOUVEMENT DE LIBÉRATION DE L'AFRIQUE NOIRE




THEOPHILE KOUAMOUO.jpg

Notre justice nous tire vers le bas. C'est incroyable que Théophile Kouamouo et ses collaborateurs, nos frères et amis, aient été arrêtés pour avoir accompli leur devoir d'information au nom de la liberté de la presse. Que ce soit le Procureur de la République qui l'ait ordonné, dans un état dont le chef a promis ne jamais mettre un journaliste dans l'exercice de sa profession en prison, est un fait gravissime. On peut vraiment tout se permettre dans cette Afrique obscurantiste! Que le droit soit dit et que la Justice triomphe, n'en déplaise aux adeptes de pratiques judiciaires d'une époque à jamais révolue!  Lire, ci-dessous, la déclaration de soutien du MLAN à nos amis incarcérés. Dindé Fernand.

 

DECLARATION DU MOUVEMENT DE LIBÉRATION DE L'AFRIQUE NOIRE SUITE À L'ARRESTATION DES TROIS JOURNALISTES DU JOURNAL

« LE NOUVEAU COURRIER »

Les journalistes du quotidien Le Nouveau Courrier, Théophile Kouamouo  (directeur des rédactions du journal), ainsi que  Stéphane Guédé et Saint Claver Oula, gardés à vue depuis le mardi 13 juillet à la police criminelle ont été placés sous mandat de dépôt à la Maison d'arrêt et de correction d'Abidjan (Maca) le vendredi 16 Juin 2010. Il leur est reproché d'avoir publié une partie des conclusions du juge d'instruction et des réquisitions du parquet sur l'affaire de la filière café-cacao. L'information a été donnée à l'AFP par leur avocat, Me Désiré Gueu.

Pour  le MLAN, la liberté de la presse est un socle indéboulonnable dans une démocratie car le droit à l'information est fondamental pour le développement d'un pays. En sus, les journalistes ont le droit de  s'opposer à la saisie de documents permettant l'identification de leurs informateurs. Réuni en comité des droits de l'homme, il a décidé de ce qui suit :

-         condamne sans réserve l'arrestation des trois journalistes et la barbarie avec laquelle ils ont été traités ;

-         s'émeut du silence des autorités face à cette situation d'extrême gravité ;

-         demande la cessation des intimidations incessantes tendant à faire prospérer le déficit d'information et la libération sans délai de ces trois journalistes.

Pour le MLAN, le droit à l'information est constamment et arbitrairement  mutilé lorsque le droit d'informer est monopolisé par des pouvoirs publics qui exercent un droit de censure illimité, ou des pouvoirs sociaux qui s'entourent de secrets destinés à garantir leur puissance, par des pouvoirs médiatiques qui se soumettent alternativement ou conjointement aux pouvoirs politiques et économiques.

Rappelant qu'aucun peuple ne peut aspirer aux délices de la liberté et de l'indépendance sans un minimum d'état de droit.

Soulignant la nécessité d'une lutte pour la liberté véritable de la presse en Côte d'Ivoire, le MLAN salue à juste titre le soutien sans faille des  organisations ivoiriennes de la presse (Gepci, Synappci, Cnp, Unjci) aux journalistes arrêtés.

Le MLAN invite le procureur de la république, Raymond Tchimou, à traiter ce sujet avec sollicitude et le respect du droit. La Côte d'Ivoire est malade de la corruption et le procureur gagnerait à enquêter sur l'origine de la fortune des nouveaux riches dans un pays où un ivoirien sur deux vit dans la pauvreté.

Le MLAN s'étonne de l'empressement avec lequel le procureur de la république  conduit des journalistes en prison lorsque des enquêtes sont en cours pour élucider un certain nombre d'affaires d'Etat.

Considérant que la justice doit être équitable et accessible à tous, et s'exercer dans des délais raisonnables - retarder la justice signifie nier la justice. Or le Procureur garde en détention préventive depuis plus de deux ans, la quasi-totalité des responsables de la juteuse filière Café-Cacao.

Le MLAN exhorte le chef de l'Etat à œuvrer pour le rétablissement de la paix sociale et de la justice sociale. La crédibilité de la démocratie ivoirienne s'en trouve éprouvée.

A la jeunesse ivoirienne, l'heure de la révolte démocratique a sonné, il faut renoncer à la peur car la coupe est pleine ; opposez avec éclat une résistance historique  en utilisant les moyens les plus démocratiques à toutes les œuvres tendant à tirer le pays vers le bas. Nous vous invitons avec empressement, partout où vous êtes à vous affranchir de l'impureté.

Fait à Paris le 18 Juillet 2010
Pour le MLAN
Le Président

Dr Séraphin PRAO

vendredi, 09 juillet 2010

FAUT-IL DESESPERER DU FPI?

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Nous attendions de pied ferme le FPI, à ce carrefour. Il a échoué, lamentablement. A on ne peut plus plates coutures. Quand on ne peut plus gouverner la Côte d’Ivoire en donnant le bon exemple, après avoir clamé sur tous les toits vouloir la REFONDER, la sagesse recommande qu'on démissionne. Pour un message électoral…, bonsoir !

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Groupe parlementaire FPI: Une attitude non... honorable!

 

 

ASSEMBLEE NATIONALE COTE D'IVOIRE.jpg

In le Nouveau Courrier N°039 du 08 Juillet 2010

Par Franck Toti


Les députés, membres de la Commission des Affaires sociales et culturelles, ont rejeté hier par 15 voix contre 13, la proposition de résolution portant création d’une commission d’enquête parlementaire sur les concours d’entrée à l’Ecole de police, de gendarmerie et d’accès aux emplois publics.

 

Les députés FPI gèrent mal la crise née de la «sortie» de l’un d’entre eux, Mamadou Koulibaly, le 2 juin dernier. Une «sortie» au cours de laquelle il accusait le ministre de l’Intérieur Désiré Tagro de favoritisme tribal dans le cadre du concours d’entrée à l’Ecole de police, et il demandait une Commission d’enquête parlementaire. Au départ, les élus du parti dont est issu le chef de l’Etat ont pris une certaine réserve, laissant le groupe Loyauté monter au créneau pour éreinter le projet de création d’une Commission d’enquête sur l’affaire Tagro. Par la suite, ils ont, face à l’élargissement de cette enquête aux procédures d’accès à la Fonction publique, demandé d’autres commissions d’enquêtes sur les forfaitures du camp d’en face. Pour finalement voter contre la Commission sur les concours, en arguant notamment du fait que le temps ne suffirait pas. Leur attitude manque de cohérence. Ils auraient dû, s’ils étaient opposés au principe des Commissions d’enquête en cette période pré-électorale, le dire clairement au lieu d’adopter l’attitude profondément politicienne qui est la leur. Que feront-ils aujourd’hui ? Saborderont-ils «leur» Commission d’enquête à eux, dès lors que certains arguments de leur «non» d’hier valent aussi aujourd’hui ? Ont-ils bien mesuré l’effet sur le peuple de leur attitude, qui les fait apparaître comme des adversaires obstinés de la transparence, eux dont le parti avait promis de «gouverner autrement» ? Leur attitude d’aujourd’hui ne traduit-elle pas leur trahison des idéaux de Laurent Gbagbo, et une faible adhésion à son combat pour la moralisation de la vie publique ? Alors qu’ils avaient su parler dans l’intérêt à long terme du pays, et qu’ils avaient mérité leur titre de «députés de la Nation» lors du vote des «lois Marcoussis», ils ont montré hier le visage de défenseurs acharnés de leur clan, et non de leurs mandants. C’est dommage. Il y a quelque chose de pourri au sein du groupe parlementaire FPI.


Déhé Gnahou et ses deux procurations

Fraude ou simple erreur ? C’est la question que l’on est tenté de se poser à l’analyse de l’incident qui s’est produit hier à l’Hémicycle de l’Assemblée nationale. Au moment de passer au vote de la proposition de résolution portant création d’une commission d’enquête parlementaire, un fait a attiré l’attention des députés. En effet, Gilbert Déhé Gnahou, député de Duekoué sous-préfecture, absent hier, a donné procuration pour le vote. Seulement, selon l’honorable Kouassi Adjoumani, le député Déhé Gnahou a donné deux procurations à deux députés différents. Pour le président de la commission des affaires sociales et culturelles, c’est une «fraude intentionnelle» de la part du député de Duékoué sous-préfecture. Aux dires du ministre Adjoumani, les procurations comportaient deux signatures différentes. Pour lui, «c’est tout simplement du vol», un cas de flagrant délit de fraude «que nous avons pu détecter grâce à notre vigilance». Aussi a-t-il annulé purement et simplement le vote par procuration de l’honorable Déhé Gnahou. Williams Attéby a tenté en vain d’expliquer la double procuration qui serait, selon ses explications, une malencontreuse erreur. Et a souhaité qu’une procuration soit annulée au profit de l’autre, pour que Déhé Gnahou, par procuration exprime son droit de vote. Niet, a rétorqué Kouassi Adjoumani. Qui a jugé nécessaire de sanctionner cette double procuration d’un seul député, en annulant son droit de vote. Décision saluée par les députés de l’opposition. Cette voix nulle n’a pas changé le résultat des votes qui a permis le rejet de la proposition de création de la commission d’enquête parlementaire.

 

Source: LE NOUVEAU COURRIER Ivoire-Blog.Com

JEAN-BAPTISTE AKROU, L'ARCHETYPE DE L'INTELLECTUEL AFRICAIN DEMISSIONNAIRE

 

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« Le tort de Koulibaly » : voici le titre de l'éditorial  de Jean Baptiste AKrou du 5 juillet 2010. L'éditorialiste a voulu certainement prendre position dans l'affaire « Tagro » mais le titre de l'éditorial est provocateur. Dans le dictionnaire HACHETTE ENCYCLOPEDIQUE, année 2000, un tort se définit comme une action, un comportement, une pensée contraire à la justice ou à la raison. Avoir tort, c'est n'avoir pas pour soi le droit, la vérité. Donner tort à quelqu'un, c'est condamner ses idées, sa conduite.  Dès lors, nous pouvons affirmer que Jean Baptiste AKrou fustige la conduite, les idées du professeur Mamadou Koulibaly. Et pourquoi ? Parce que la conduite et les idées du n°2 de l'Etat seraient contraires à la justice et à la raison.

Dans ce genre d'affaire, il nous semble qu'une analyse lucide et profonde nécessite de répertorier les idées du professeur Mamadou Koulibaly et de les confronter à la justice et à la raison. Nous allons nous contenter de citer en tout cas, les idées et la conduite qui sont décriées dans l'éditorial en question.

Fondamentalement, Jean Baptiste AKrou reproche au professeur Mamadou Koulibaly de faire perdre des voix au FPI parce qu'il critique les inconduites des refondateurs, vit comme un homme de gauche (sobrement), défend l'idée d'une monnaie propre aux africains. Voici ce qui retient mon attention à la lecture du fameux éditorial de Jean Baptiste Akrou.

Nous allons donc montrer dans un premier temps que Mamadou Koulibaly est un homme d'Etat donc au-dessus des partis politiques. Dans ce cas, il peut critiquer ses amis du FPI si ces derniers n'agissent pas  dans l'intérêt du peuple. Dans un deuxième temps, nous relèverons la constance de Mamadou Koulibaly dans ses idéaux : il est de gauche et il ne vit pas dans l'opulence injurieuse. Dans un troisième temps, nous démontrerons que le combat contre le franc CFA est d'abord celui de notre indépendance : Mamadou Koulibaly n'a donc pas tort.

DEFENDRE LE PEUPLE OU LES CORROMPUS DU FPI

Dans l'affaire « Tagro », ceux qui condamne le professeur Mamadou Koulibaly réagissent ainsi : le FPI est en campagne, même si certains pillent le pays, trichent dans les concours, créent de l'injustice sociale, ce n'est pas grave.

Dieu merci qu'il existe dans notre pays, une autre espèce d'Hommes qui pensent que Rien n'est plus grand que défendre l'intérêt du peuple. Le professeur Mamadou Koulibaly se situe dans cette catégorie d'hommes politiques, ayant compris ce que c'est que la responsabilité politique. Il est vrai qu'aux temps du Parti  unique, on pouvait dénombrer de nombreux détournements et malversations pour autant cela ne justifie point le silence dans lequel l'on veut installer Mamadou Koulibaly.

Le FPI qui se dit un parti proche du peuple voudrait laisser de côté les préoccupations de ce peuple pour ne penser qu'à la réélection de Laurent Gbagbo.

Voici ce que Jean Baptiste Akrou écrit : « Même s'il avait raison, Mamadou Koulibaly a commis une faute politique sur l'opportunité de sa campagne pour la moralisation de la vie publique. Il est des vérités qu'un responsable politique garde enfouies en lui. Il en évoque dans ses mémoires et non quand il est en activité ».

Mais diantre, on demande à Mamadou Koulibaly d'évoquer la souffrance, le mal être des ivoiriens dans ses mémoires lorsqu'il sera à la retraite. Je doute fort que Jean Baptiste Akrou soit de gauche car de telles déclarations ne sont en réalité que le propre des égoïstes, ennemis du peuple.

Le parti politique étant une tribune d'expression d'une partie du peuple, le n°2 de l'Etat a trouvé bon de défendre tout le peuple et non les intérêts d'un groupuscule assoiffé de pouvoir.

Lorsque le peuple a été désabusé par le général Robert Guei, il est descendu dans les rues contre les chars pour remettre le pouvoir à Laurent Gbagbo. Le même peuple s'est érigé en « un corridor humain » pour protéger et la vie et le pouvoir du président Gbagbo lorsqu'il voulait résister  aux français.  Pourquoi donc faire souffrir ce peuple qui ne veut que le changement ?

Un jour, le président Laurent Gbagbo lui-même, peut-être dépassé par les événements se lâchait en ces termes : "Les gens détournent par-ci, détournent par-là, ils font des rackets par-ci, des rackets par-là. Les policiers ont " gâté " leur nom parce que tout le monde les voit. Mais ils ne sont pas les seuls à racketter. Quand tu vas dans un bureau et qu'on te prend l'argent pour faire un papier auquel tu as droit, c'est du racket. On voit tout et on entend.... On entend ici, un tel vole dans la direction qu'on lui a confiée, un tel vole sur la route, mais quand nous volons, c'est nous-mêmes que nous volons...". Ainsi, la prestigieuse Ecole Nationale d'Administration(ENA), l'Ecole Nationale de Police (ENP), l'Ecole Nationale de la Gendarmerie (ENG), l'Ecole Normale Supérieure (ENS) sont devenues le lieu où se fait la promotion des nuls.

Face à ces dérives, selon Jean Baptiste Akrou, Mamadou Koulibaly doit se taire car  cela affecterait négativement le FPI.

Décidemment, la fin de la souffrance du peuple ivoirien n'est pas  pour aujourd'hui. Le peuple voulait avoir le cœur net sur cette affaire « Tagro » mais  une fois encore, il est floué. La Commission des affaires sociales et culturelles du parlement a siégé le 7 juillet 2010,  toute la journée, à l'Assemblée nationale pour statuer sur la proposition de résolution portant création d'une enquête parlementaire sur les concours d'accès aux emplois publics. En fait,  une commission d'enquête parlementaire chargée de mener des investigations sur l'organisation et la proclamation des résultats de tous les concours d'accès aux emplois publics qui se sont déroulés entre 2005 et 2010 a été crée. Malheureusement pour le peuple ivoirien, quinze députés ont voté contre ce projet, quand treize ont voté pour.

Cela signifie simplement que certains députés du FPI ne veulent pas sortir de la saleté dans laquelle ils sont établis et ne sont pas pour la justice sociale. Et pourtant ils sont de gauche.

ÊTRE DE   GAUCHE, C'EST VIVRE SOBREMENT ET DIGNEMENT

Si l'on peut regrouper sous un même sceau philosophique et leur trouver un fondement conceptuel unique, on dira que la Refondation défend les idées de gauche puisque l'histoire contemporaine l'identifie à quelques principes : la nécessité d'une régulation collective, une action politique tournée autour de l'idée de justice, une priorité économique accordée à l'idée d'égalité, un scepticisme vis-à-vis de toute forme de déterminisme politique. Si Mamadou Koulibaly est un homme de gauche alors qu'a-t-il fait pour avoir tort ? Voici ce que l'on lui reproche : « Koulibaly n'aime pas se conformer aux règles de bonnes convenance. Dans la vie quotidienne, faisant entorse aux précautions élémentaires, il est régulièrement au volant de son véhicule, roulant sur de longues distances en Côte d'Ivoire et parfois jusqu'au Ghana. Sans chauffeur, ni garde du corps. Il fait fi du protocole et de la sécurité. Il entend transposer cette perception de la liberté dans l'arène politique... ».

Le professeur  Mamadou Koulibaly est avant tout un député, élu du peuple, en tant que tel, il doit vivre les préoccupations de ces administrés, c'est d'ailleurs cela un homme politique.

Pendant que les ivoiriens peinent à boucler les fins de mois, pendant que  l'injustice sociale a atteint son paroxysme, on demande au défenseur de la liberté du peuple de fermer sa bouche alors que le peuple a beaucoup à dire.  Les ivoiriens n'arrivent plus à se vêtir, à manger, à se soigner pendant qu'une poignée vit dans une richesse la plus insolente et injurieuse.

En France, le président SARKOZY a viré du gouvernement français, Alain Johandet et Christian Blanc depuis le 04 juillet dernier. Tous deux secrétaires d'Etat l'un à la Coopération et l'autre à l'aménagement du Grand Paris. Le premier s'est permis de louer un avion privé à 116.000 Euro, soit plus de 58 millions de FCFA en vue de se rendre en Martinique, pour participer à une réunion sur Haïti. Le second avait l'habitude d'importer des cigares de Cuba pour un montant total de 12.000 Euros, soit plus de 6.000.000 de FCFA avec l'argent du contribuable.

Et pourtant, Nicolas SARKOZY n'est pas de gauche : quelle leçon de démocratie à la gauche ivoirienne !

En vérité,  Jean-Baptiste Akrou s'est vraiment ridiculisé en préconisant le silence là où des délits sont constitués. La gabegie que nous constatons depuis quelques années dans notre pays, n'est pas ce que le candidat Gbagbo nous avait promis lorsqu'il était dans l'opposition. Il avait promis des sanctions lourdes contre  ses amis s'ils se méconduisaient.

Aujourd'hui, parce que sans doute fautifs, certains députés FPI  réclament l'extension de la période d'enquête de sorte à toucher le temps "des grilleurs d'arachides" d'Houphouet-Boigny, les affaires de surfacturation des complexes sucriers, des dépenses non ordonnancées et autres affaires relatives aux 18 milliards FCFA de l'Union européenne.

En fait, le message que ces derniers délivrent au peuple est clair : sous le parti unique, ils ont volé, qu'on nous laisse tranquillement voler également.

C'est  triste de penser ainsi car c'est parce que les ivoiriens ne supportaient plus cette manière de gérer le pays qu'ils ont voté le candidat Laurent Gbagbo en 2000.  Pourquoi donc ressasser cette vieille musique périmée depuis pour en faire un plat de fête ?

MAMADOU KOULIBALY N'EST PAS UN RÊVEUR LORSQU'IL PRÔNE LA DECOLONISATION DU FRANC CFA

On peut concéder à Jean Baptiste Akrou sa méconnaissance des questions monétaires, cependant son manque de réserve face à un sujet aussi technique et politique qu'est le débat sur le franc CFA est dérangeant.  Descartes met en œuvre ce doute méthodique dans les Méditations métaphysiques. Son but déclaré est de distinguer, parmi se opinions, lesquelles sont vraies. Il veut identifier les connaissances que l'on peut tenir pour vraies sans aucun risque d'erreur. Il est vrai que douter, c'est reconnaître que l'on ne sait pas et que l'on ne parvient pas à atteindre la vérité mais le doute dont nous parlons est un doute provisoire. Bref, laissons de côté le débat philosophique pour essayer d'expliquer le bien fondé de notre combat contre le franc CFA.

Définissons la monnaie comme une créance à vue sur le système bancaire. Dès lors, la monnaie ne peut-être dissociée du système de paiement. Or ce dernier est propre à une communauté donnée. Du coup, chaque communauté de destin doit pouvoir avoir sa monnaie. C'est une première démonstration simple qui nous indique que les pays africains de la zone franc doivent avoir leur monnaie.

L'éditorialiste Jean Baptiste Akrou doit savoir que la  souveraineté  est le principe d'autorité suprême. Or, la monnaie renvoie au prince et généralement à l'organisation politique de la société. La monnaie de ce fait est inséparable d'un ordre ou d'un pouvoir.  A tout système monétaire est assignée une limite, qui est celle de l'acceptation des moyens de paiement. Ainsi l'aire d'extension du système de paiement se confond avec celle de la souveraineté de l'institution émettrice de la monnaie légale. Robert Joseph Pothier, un des inspirateurs du code civil français écrivait, à propos de la monnaie métallique «  ces pièces n'appartenant aux particuliers que comme signe de la valeur que le prince a voulu qu'elle représentassent, dès lors qu'il plaît  au prince que ce ne soient plus ces pièces mais d'autres qui soient les signes représentatifs de la valeur des choses, les particuliers n'ont plus le droit de retenir ces pièces ». En fait, la monnaie a un lien avec l'Etat, elle n'est pas tout l'Etat et l'Etat n'est pas toute la monnaie.

Voyons maintenant comment est née cette monnaie (franc CFA).  La formation d'une zone économique impériale, protégé de la concurrence extérieure et fondée sur la complémentarité des productions coloniales et métropolitaines, passait par la création d'un espace monétaire commun. Le franc CFA est officiellement né le 26 décembre 1945, jour où la France ratifie les accords de Bretton Woods et procède à sa première déclaration de parité au Fonds monétaire international (FMI). Il signifie alors « franc des colonies françaises d'Afrique ». Le décret[1] lui, prit effet le 26 décembre 1945. Ce décret fixe une nouvelle parité entre le Franc et le Franc des Colonies Françaises d'Afrique, ainsi que les francs des Colonies Française du Pacifique. Des unités monétaires d'inégales valeurs furent instituées pour chacune des régions. C'est aussi l'occasion d'affirmer l'unité car le communiqué du ministre des Finances parle de « Constitution de la zone franc » et ce sera la première fois que le terme est utilisé officiellement. Certains pays ont choisi, lors de l'indépendance ou après, de quitter la zone franc coloniale : Algérie (1963), Maroc (1959), Tunisie (1958), Mauritanie(1973), Madagascar(1973), Guinée (1958), l'ex- Indochine (Cambodge, Laos, Viêtnam) en 1954. Le Mali l'a quittée en 1962 pour la réintégrer en 1967.  Les pays comme le Maroc, la Tunisie sont en voie d'être des pays émergents, non avec le franc CFA mais leurs monnaies propres.

Avec la zone franc, le France voulait conserver son aire d'influence, mais aussi, consolider des liens un temps menacés par les aspirations à la souveraineté. La construction de cette zone est due à des facteurs commerciaux (une partie importante des échanges se faisant avec la France), financiers (faciliter le paiement des flux financiers) et politique. Cette tutelle monétaire assure le contrôle des économies de la zone et garantit les bénéfices des capitaux français en assurant la convertibilité illimitée, la parité fixe avec l'euro et surtout la liberté des transferts.

Jean Baptiste Akrou doit savoir que si la Côte d'Ivoire veut son indépendance politique et économique, elle doit d'abord acquérir sa souveraineté monétaire car le professeur Pierre KIPPRE disait lors de la cérémonie d'ouverture du cinquantenaire de la Côte d'Ivoire qu'« on ne détruit pas un système en abattant seulement les murs ».  Ce n'est pas lors d'un meeting qu'on prend son indépendance vis-à-vis de la France mais en commençant par travailler dur pour asseoir une économie locale très forte, une monnaie gérée par nous-mêmes.

Le franc CFA, en tout cas,  dans sa gestion, dépouille les africains de tous les leviers qui permettent un développement autocentré. On oblige les africains à compromettre leur développement par le respect scrupuleux de certaines règles orthodoxes. Le mythe de la convertibilité illimitée n'est que mensonge et arnaque. Encore plus le fameux « compte d'opérations », terme inconnu des milieux académiques mais bréviaire des milieux financiers de la zone franc. Comment peut-on remettre le pouvoir monétaire, un des attributs du pouvoir à son ennemi ?

Si Jean Baptiste Akrou ne connaît rien de la monnaie, ce n'est pas grave mais qu'il n'accuse pas Mamadou Koulibaly de rêveur qui veut une autre monnaie que le franc CFA. Nous plaidons pour une monnaie décolonisée, c'est-à-dire qui ne sera pas sous la tutelle de la France mais bien des africains. Est-ce moralement et économiquement acceptable de déposer 50% (BCEAO) de nos réserves de change dans un Trésor français ?  Si des intellectuels acceptent cette servitude, nous disons tout simplement non et non. Jean Baptiste Akrou semble faire partie de cette catégorie d'intellectuels africains, qui pour défendre leurs intérêts propres, ignorent expressément ce qui fait le bonheur de leurs peuples.

Dieu nous aide à comprendre  ce qui est bon pour nous africains.


Dr Séraphin PRAO

Enseignant-chercheur à la faculté des sciences économiques et de développement à l'Université de Bouaké (Côte d'Ivoire)

Président du Mouvement de Libération de l'Afrique Noire (MLAN)

www.mlan.fr

Tél : (225) 01 11 87 60


[1] Le décret est signé par trois français : Charles de Gaule, président du gouvernement provisoire ; René Pleven, ministre des finances ; Jacques Soustelle, ministre des colonies.

mardi, 06 juillet 2010

MES PROPOSITIONS POUR LA COTE D'IVOIRE (Réédition)

 

LE TEMPS N°1508 DU 07 MAI 2008.jpg

Les dernières Une sur la moralisation de la vie publique, dans la presse ivoirienne, m'ont fait revisiter mes 16 propositions pour la Côte d'Ivoire. Elles sont restées d'une actualité criante! Découvrez ou redécouvrez-les!


Chers bien-aimés frères et sœurs ivoiriens,

Notre pays connaît depuis quelques années une décrépitude morale, éthique et institutionnelle grave due à la guerre qui s'est abattue sur lui dans la nuit du 18 au 19 Septembre 2002 et qui s'est commuée en une crise sociale des plus affligeantes, qui le rend méconnaissable, à plus d'un point de vue.

Les origines les plus récentes de cette crise ivoirienne sont à rechercher dans le contexte général de mutation socio-politique qui s'opère, en Côte d' Ivoire, depuis le début des années 1990 et qui a atteint, aujourd'hui, sa forme la plus aiguë.

Le mal est véritablement profond et des indices de toutes sortes nous donnent presqu'à désespérer de cette belle nation en gestation, malheureusement en pleine décadence et qui, visiblement, semble bien mal partie, au point que son redressement nécessitera une thérapie de choc pour le prochain Président de la Côte d'Ivoire, qui sera élu, au soir du Dimanche 30 Novembre 2008 (si une autre crise plus grave ne vient pas la renvoyer aux calendes grecques).

Le diagnostic, quoiqu'éloquent, est à mettre en grande partie au compte de cette guerre absurde qui a été faite à notre pays par des hommes politiques aux ambitions démesurées et irréalistes, sous-tendues ou en accointance avec des intérêts politico-mafieux étrangers et qui a entraîné, par ricochet, l'affaiblissement profond de l'Etat de Côte d'Ivoire.

I- Le diagnostic du mal ivoirien

Les maux à relever sont une multitude et ont nom (je ne suis pas exhaustif):

· L'école démunie et abandonnée, caractérisée dans son quotidien par la violence poussée jusqu'au crime, les effectifs pléthoriques (jusqu'à 100 élèves dans une classe de Terminale), la faiblesse ou la démission de l'encadrement administratif, la formation au rabais faite par des enseignants démotivés par des contingences sociales non satisfaites par l'Etat ou handicapés par des lacunes académiques lamentables liées au mode de recrutement obscur désormais en vigueur dans une Fonction Publique ivoirienne en totale déliquescence ;

· La pauvreté lancinante et la cherté de la vie, liée à la flambée des prix des produits de grande consommation, échappant quasi totalement à l'Etat, par son propre fait;
· L'admission aux examens et concours « achetée » (c'est le lieu de le dire), du fait des critères obscurs de recrutement et de cooptation qui prospèrent à la Police, à la Gendarmerie, au Ministère de la Santé (INFAS), aux Impôts, à la Douane, au Trésor, au Ministère de l'Education Nationale (BEPC, BAC, CAFOP, ENS) et dans l'Enseignement Supérieur (BTS et autres diplômes universitaires) ;
· L'incivisme généralisée ;
· Les concours de l'ENA et de la Fonction Publique, objets de trafics de toutes sortes, et source du désespoir le plus profond pour les jeunes et leurs parents aux revenus faibles car basés sur l'argent, le pouvoir d'achat et les relations (clientélisme et népotisme) et non sur le mérite ;
· Les malversations et les surfacturations dans les Services Publics dont les budgets sont au service du prestige social exclusif du chef, qui s'offre un rythme et un niveau de vie que ne peut lui assurer son seul salaire, et cela au vu et au su de l'Etat, qui ne lève pas le petit doigt (au nom de quelle logique ?) ;
· La corruption dans toutes les Administrations et Sociétés d'Etat, avec les complicités tacites ou explicites des Directeurs des Affaires Administratives et Financières (DAAF), eux-mêmes adonnés au gain facile ;
· Le laxisme et la moralité douteuse des Contrôleurs Financiers (tous grades confondus), qui exigent des dessous de table ou des pourcentages avant le visa des factures à payer aux entrepreneurs et aux opérateurs économiques à qui l'Etat doit de l'argent ;
· Le trafic d'influence, le clientélisme et le népotisme comme nouvelles valeurs sociales ivoiriennes ;
· La célébration de l'incompétence et des faux symboles, au cœur de laquelle prospèrent et s'enrichissent impunément les corrompus, au grand dam des hommes intègres, des justes et des pauvres, laissés pour compte et ainsi incités à se corrompre à leur tour ;
· Le manque de contrôle et de mesures coercitives exemplaires, disciplinaires, correctionnelles, dans les Ministères et les Collectivités Territoriales, où des sommes énormes sont détournées au détriment des populations ;
· La politisation des embauches, plutôt anormalement sélectives, ethnocentristes, tribales, claniques et régionalistes ;
· L'impunité criante, institutionnalisée, qui nous laisse voir un Etat en totale démission, même là où le minimum peut être assuré, nous offrant le spectacle désolant de « l'Etat informel », comme disait l'autre ;
· Le manque d'une véritable solidarité nationale entre les Ivoiriens au sein desquels quelques-uns deviennent amoralement riches, du jour au lendemain, tandis que le reste du peuple gît dans une misère noire, donnant à constater que le pays souffre d'une mauvaise gestion et d'une mauvaise répartition des ressources nationales, le sommet de l'Etat menant grand train de vie, au détriment des populations laborieuses ;
· Le racket des Forces de l'Ordre, toléré par toute la hiérarchie militaire et qui prend, aujourd'hui, des allures systématiques et totalement désinvoltes ;
· L'enrichissement illicite par le pillage du denier public ;
· Le déclin du mérite et de la compétence, véritable danger pour l'avenir et le prestige (si elle en a encore) de la nation, qui perd ses repères et ses points d'encrage ;
· L'adjudication des marchés publics soumise au paiement systématique de pots-de-vin par les soumissionnaires, sous peine de forclusion ;
· Les paiements de factures dans les services du Trésor (notamment après l'exécution des marchés), soumis au règlement ou à l'acquittement d'un certain pourcentage du montant à percevoir, sous peine de ne jamais accéder à son dû ;
· Les transactions financières dans les prises de décisions de justice, faites au mépris de l'application de la Loi (Ex : Des prévenus qui payent pour être jugés, sous peine de moisir, ad vitam aeternam, dans les tréfonds des geôles ivoiriennes) ;
· Les malades démunis abandonnés à leur sort dans les hôpitaux, faute d'argent, sans tenir aucun compte de l'urgence d'instaurer dans le pays, aujourd'hui plus que jamais, une vraie solidarité nationale ;
· Le désespoir total des jeunes face à l'embauche ou à l'emploi où des modes de recrutement d'un autre âge sont en vigueur (droits de cuissage, dessous de table, etc.);
· Le terrible danger que représente la normalisation ou la normalité de la corruption dans la société ivoirienne pour l'avenir de notre pays ;
· La tricherie planifiée et organisée aux examens nationaux ;
· Le rançonnement des élèves aux épreuves orales du BAC et du BEPC ( 1000 F à 4000 F, selon la note voulue);
· La banalisation du sexe, affiché sur la place publique, en couverture de journaux, de films et de CD en vente dans nos rues, au vu et à la portée des enfants;
· L'immoralité sexuelle, l'excentrisme et le libertinage vestimentaire, l'impudicité et la crétinisation de la musique et des danses ivoiriennes ;
· La métamorphose des ivoiriens en fêtards forcenés, en quête perpétuelle d'exutoire, du fait du stress de la crise ;
· La nationalisation de la « Rue Princesse », haut-lieu de la dépravation morale, désormais présente dans toutes les villes du pays et sanctifiée par le Président GBAGBO himself, la prolifération des lieux de plaisirs mondains et des sanctuaires du sexe facile (Bar-dancings, night-clubs, super-maquis) et leurs corollaires que sont la prostitution, l'ivrognerie, le proxénétisme, les relations sexuelles contre-nature telles la pédérastie, le lesbianisme et la pédophilie. En un mot, la légèreté des mœurs et la déliquescence morale que je considère, personnellement, comme un des effets induits du délitement de l'Etat, sous-tendue par une démission nationale collective qui a conduit le pays à la déperdition totale de ses repères moraux et sociaux ;
· L'injustice sociale (pas forcément institutionnalisée) dont sont victimes les couches sociales les plus faibles et qui a fini par les pousser à abandonner leurs repères moraux pour faire face à des contingences immédiates toujours plus pressantes et plus oppressantes, réalisme vital oblige ;
· La survalorisation de l'argent au détriment de l'éthique, de la morale et des valeurs du travail, de l'effort, du mérite, de la droiture, de l'honnêteté, de l'équité et du civisme qui ne nourrissent plus ni ne payent, dans une Côte d'Ivoire naufragée.


II- Quelques pistes de solutions

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dimanche, 04 juillet 2010

UNE ONG A DECOUVRIR ET A ENCOURAGER: L'ASSOCIATION IVOIRIENNE DES VOLONTAIRES DU DEVELOPPEMENT (AIVD)

 

A la faveur de la visio-conférence organisée, le lundi 28 juin 2010 dernier, par l'ambassade des Etats-Unis en Côte d'Ivoire sur le journalisme en ligne, j'ai eu le plaisir de faire la connaissance d'un sympathique ivoirien du nom d'ESSOH Frédéric, qui m'a parlé d'une ONG dont il est le président et qui mérite d'être connue, au regard de sa philosophie et de ses projets hautement louables. Veuillez bien, chers lecteurs, lui accorder quelques minutes de votre  précieux temps. Bonne lecture!

I- PRESENTATION

1- Contexte

La Côte d'Ivoire connaît depuis 1999, une période d'instabilité politique et de récession économique.

Selon l'enquête sur le niveau de vie (ENV 2008) menée par l'INS (Institut Nationale de la Statistique), la crise économique et politique a accentué l'état de pauvreté des populations, faisant passer le taux de pauvreté de 10% en 1985 à 32,3% en 1993, puis 33,6% en 1998, 38,4% en 2004 pour atteindre 48,9% en 2008.

L'exacerbation de la pauvreté et du chômage fait que la situation est extrêmement préoccupante dans certains secteurs tels que la santé, l'éducation, la nutrition, le VIH-SIDA et l'emploi des jeunes.

Plusieurs initiatives antérieures en matière d'appui à la lutte contre la pauvreté ont été menées par des organisations de la société civile (ONG, Associations, Coopératives, etc....) avec l'assistance des partenaires au développement.

Ces expériences diverses et variées ont donné des résultats certes appréciables, mais avec les conséquences socio-économiques de la crise que traverse la Côte d'Ivoire depuis septembre 2002, on assiste à une tendance à la hausse de la pauvreté.

2- Historique

L'Association Ivoirienne des Volontaires du Développement (AIVD) est une initiative non gouvernementale créée le 06 Novembre 2009 par un groupe de jeunes ivoiriens sensibilisés à l'importance du développement participatif.

Sa vocation est d'être un incubateur de compétences pluridisciplinaires essentiellement volontaires, sans distinction tenant au genre ou à la croyance philosophique, mobilisables pour la conduite et la réalisation de projets de développement sur toute l'étendue du territoire nationale ivoirien et même en dehors.

AIVD est membre du réseau AIODM Côte d'Ivoire (Alliance Internationale pour les Objectifs du Millénaire).

Son siège est localisé à la Maison des OMD, 57 rue Guhon Riviéra 3 Selmer, Abidjan République de Côte d'Ivoire.

3- Justification

Dans le contexte de sortie de crise actuelle, les initiatives visant à amplifier l'impact des interventions des partenaires au développement et à soutenir la réalisation des OMD sont, de notre point de vue, le moyen idéal pour apporter une réponse efficiente aux préoccupations existentielles des populations.

De ce qui précède, l'avènement de AIVD se justifie d'autant plus que ses actions intègrent les objectifs soutenus par les programmes et projets portés par les organisations et autres partenaires au développement.

4- Objectifs

L'objectif principal recherché en créant AIVD, est de donner aux populations elle-même, un outil d'appropriation de leur propre développement, en les impliquant dans des actions spécifiques axées sur le volontariat.

L'ambition de AIVD est de proposer et de conduire des projets permettant de réaliser les Objectifs du Millénaire pour le Développement en Côte d'Ivoire.

5- Organes

AIVD est doté des organes suivants :

-         L'Assemblée générale

-         Le Bureau Exécutif, composé :

® Un président, un vice président

®Un Secrétaire général, un adjoint

®Un Trésorier général, un adjoint

®Des commissions techniques

-         Le Commissariat aux comptes

6- Dirigeants

AIVD est Présidé par Monsieur ESSOH AKPA Fréderic, Master en Droit des Affaires et Fiscalité des Entreprises. Cadre juriste de haut niveau, Conseiller juridique et Fiscal, il a plusieurs années d'expériences en gestion de projets et en management des Organisations.

Il est assisté dans sa tâche par Monsieur GBAOU Aristide, Enseignant.

Monsieur GBEULY Gora Elysée, Attaché du Commerce, en est le Secrétaire général.

Mme YAO Amoin Agathe épouse Houphouet en est la Trésorière générale.

AIVD compte à ce jour plus de 500 membres sur toute l'étendue du territoire nationale.

II- ACTIVITES

1- Promotion du Volontariat

AIVD se propose se sensibiliser les populations à l'importance du volontariat en suscitant leur engagement pour la communauté.

A terme, l'adoption d'une forte politique publique en faveur du développement des volontariats permettra, avec de meilleurs résultats encore, de redonner vie et sens à la citoyenneté.

2- Promotion des OMD

L'adoption de la déclaration de millénaire en 2000 par la communauté internationale permet de nourrir l'espoir d'un monde meilleur pour tous à l'horizon 2015.

La Côte d'Ivoire, à l'instar des autres pays du monde, s'est engagé à mettre en œuvre des politiques de développement basées sur la réalisation des OMD à travers le Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté (DSRP).

Malheureusement, l'appropriation par les populations des OMD reste limitée.

Pour y remédier, AIVD se propose d'engager, en dehors des projets de développement, une vaste campagne nationale de promotion des OMD dont la cible privilégiée sera les jeunes et les femmes.

3- Projets en cours

OMD 1 et OMD 3 :

-         Projet d'insertion des femmes en milieu péri-urbain « Ceinture Maraîchère autour d'Abidjan »

-         Projet incubateur « 1000 entreprises jeunes »

-         Projet d'alphabétisation de masse des femmes en milieu rural

OMD 6 :

-         Projet de proximité d'éradication des vecteurs du Paludisme « STOP PALU »

OMD 7 :

-         Projet de valorisation des déchets plastiques

-         Projet de planting d'arbres et de promotion des combustibles alternatifs à usage ménager.

 

Contact: ESSOH AKPA Frédéric, E-mail: essohfrederic@yahoo.fr

mercredi, 30 juin 2010

LE PROBLEME DES AFRICAINS, C'EST L'ELITE CORROMPUE AU POUVOIR

CARTE DE L'AFRIQUE.jpg

Pour mieux comprendre de quoi il s'agit dans ce document, il nous faut avoir le cœur net sur ce que signifie « le problème des africains » et l' « élite corrompue ».

Un problème est une question à résoudre, d'après un ensemble de données, dans une science. Le problème peut également signifier une difficulté, une situation compliquée. C'est donc cette dernière définition qui colle à notre sujet : la situation difficile  dans laquelle se trouve le continent africain. Quelle est donc cette situation ?  Pour être précis, il s'agit de la difficulté qu'ont les africains de transformer l'énormité de leurs ressources naturelles en bien-être social. En Afrique, le sous-sol est extrêmement riche pourtant les populations sont très pauvres : c'est ce que nous nommons le «  problème des africains ».

Reste encore un terme à élucider : l'élite corrompue.  Une élite est un ensemble formé par les meilleurs éléments d'une communauté. Les meilleurs en quoi ?  Là réside la véritable question. Il faut donc un détour pour y voir clair.

Élite est un substantif de genre féminin, dérivé de l'ancien français eslite (du latin eligere qui donnera élu). Étymologiquement, le terme se rattache donc à l'idée d'élection,  non au sens du suffrage mais à celui de l'approbation par autrui de la place détenue par quelqu'un dans la société. À l'origine, le statut d'élite n'est pas accordé par la détention du pouvoir,  mais par l'autorité morale, c'est d'ailleurs pourquoi le terme est employé au singulier. Aujourd'hui il est plus courant d'évoquer les élites. Le pluriel donne une connotation négative : ce n'est plus la qualité de l'être qui est concernée, mais la domination d'une catégorie sociale sur les autres. L'élite peut vouloir signifier dans ce cas, les membres des catégories jouissant d'une position particulièrement élevée.

Dans les pays en développement, ces catégories de privilégiés sont constituées d'hommes politiques, ceux qui gravitent autour du pouvoir, de brillants intellectuels etc.

Nous abordons ici trois points : le problème des africains, la responsabilité des élites, et le cas pratique de la Côte d'Ivoire.

Le problème de l'Afrique : un continent potentiellement riche mais dont les populations végètent

Le continent africain est riche au regard de son potentiel. L'Afrique détient 30% des réserves minérales de la planète. 80 % des ressources de la planète en coltan, qui sert à la fabrication des portables, 90% du platine, 50% du diamant, 40% de l'or. C'est la raison pour laquelle, certains observateurs traitent à propos de notre continent de « scandale géologique ». Entre 1990 et 2004, la production du continent africain a augmenté de 40%, passant de 7 à 10 millions de barils/jours et elle doit atteindre cette année 50%. Le continent assure 11% de la production pétrolière mondiale. Avec la Guinée, qui représente 30% des réserves mondiales de bauxite, tout juste derrière l'Australie, le continent ne manque pas d'aluminium. Après l'Amazonie, la forêt africaine est la seconde plus grande forêt tropicale du monde. Précisément, 20% de la surface de forêt tropicale encore intacts se situent dans le "Bassin du Congo" (au sud-est du Cameroun). Une biodiversité unique au monde. Plus de 200 espèces ligneuses poussent sur 1000 mètres carrés, soit une fois et demi plus d'espèces que sur l'ensemble du territoire français.  Ces chiffres parlent d'eux-mêmes, et traduisent la richesse du continent africain. Quel est au monde le continent qui n'aimerait pas avoir de telles ressources pour son développement ?

Pourtant, le continent africain peine à donner le bien-être à ses populations. Il est courant d'avoir recours à  une batterie d'indicateurs donnés pour illustrer un fait économique mais dans le cas du continent africain, les signes sont évidents.

Il n'est pas difficile de tenter de dresser un bilan politique et économique du continent depuis les indépendances. Les faits sont sacrés et parlants : le développement de l'Afrique est embryonnaire en dépit de ses ressources.

En 1960, l'écart entre les revenus des plus riches et des plus pauvres, pour 20 pour cent de la population mondiale, était de 30 contre 1. En 1999, il est passé à 74 contre 1.

Sur les 50 pays les plus pauvres du monde, classés selon l'indicateur de développement humain (IDH) du PNUD, 33 sont situés en Afrique subsaharienne. Malnutrition, pauvreté, illettrisme, situation sanitaire désastreuse... le continent est la première victime du creusement des inégalités dans le monde.  L'Afrique Subsaharienne semble être le siège choisit par la pauvreté pour régner et s'inventer une religion. 80% de la population pauvre du globe y réside, en exclusion la Chine.

Jusqu'à un certain point, cette situation me parait étrange mais à y regarder sérieusement, on finit par comprendre les causes de notre retard.

La France qui, durant la colonisation, avait abondamment pillé les ressources continue encore aujourd'hui mais de façon diffuse dans des réseaux mafieux, comme la « françafrique », le « cfafrique » etc.  Mais doit-on accuser l'adversaire qui donne des coups de poing si nous ne faisons rien pour nous défendre. L'élite africaine est responsable de tous les malheurs des populations africaines.

L'élite africaine est responsable de la  souffrance des populations africaines

Pour savoir pourquoi l'Afrique Subsaharienne abrite les pauvres du globe, diverses réponses sont données : les séquelles de l'esclavage et de la colonisation, les guerres à répétition, la spécialisation des économies africaines, le refus de se développer, l'incapacité congénitale des africains etc.

Il est vrai et tel est notre sentiment que les africains ne sont pas congénitalement des incapables. Pour autant, il est vain de rendre l'esclavage et la colonisation, responsables de notre retard, signe de notre incapacité à nous projeter dans l'avenir. Qui peut nier les conséquences psychologiques et économiques de la colonisation sur la trajectoire des pays africains. De temps en temps, il faut que les africains tournent le regard vers leurs vrais bourreaux : cette élite corrompue qui retarde le développement du continent.

Si certains auteurs ont pu dire que l'Afrique refuse le développement, c'est parce que les pays africains ont tout pour se développer mais n'y arrivent pas. Les africains ne sont pas des masochistes mais plutôt l'élite africaine est fondamentalement sadique. Elle pille les richesses de l'Afrique avec la complicité des multinationales occidentales.  Elle détourne les fonds publics, fait de la surfacturation. Elle crée également des rebellions dans le but de posséder une partie du pouvoir car en Afrique, être au pouvoir signifie  s'enrichir illicitement.

Le problème de l'Afrique, ce n'est pas le déficit de ressources, mais le manque de sérieux de ceux qui sont censés organiser et transformer les ressources naturelles pour développer le continent. L'élite africaine est corrompue, elle est la véritable cause du retard de l'Afrique, en matière de développement et de lutte contre la pauvreté.

L'organisation non-gouvernementale « Gblobal Financial Integrity », dont le siège est aux Etats-Unis, estime entre 37 et 53 milliards de dollars, l'ensemble des « transferts d'argent » d'origine douteuse, de l'Afrique vers les autres continents, et cela, rien que pour l'année 2008. Toujours, selon cette ONG, depuis 1970, ces sommes sont trois fois plus importantes que l'ensemble des dons et aides que le continent a reçu des pays développés dans la même période. Pour cette ONG, ces milliers de milliards de dollars, proviennent des détournements de fonds, de la fraude fiscale ou encore du blanchiment d'argent.

Tous les spécialistes sont unanimes pour dire que la croissance doit être forte pour réduire la pauvreté en Afrique, mais la relation entre la croissance et la réduction de la pauvreté n'est pas automatique. Il faut redistribuer équitablement les dividendes de la croissance pour combattre efficacement la pauvreté. D'ailleurs, la corruption, le népotisme, les détournements de fonds, les fraudes fiscales amenuisent les chances d'une croissance forte.

L'Afrique Subsaharienne croule sous le poids de la dette extérieure, dont les intérêts exorbitants obligent les Etats à emprunter davantage pour faire face à leurs obligations à des Taux très élevés entre 25 et 30 %, alors que ces mêmes Banques financières pour les mêmes raisons n'exigent que 3 à 7% aux investisseurs dans les pays riches. C'est la mauvaise gouvernance et la corruption qui conduisent les Etats à s'endetter indéfiniment. Une fois que ces gouvernants endettent leurs pays, ils espèrent faire partie de la honteuse liste des pays pauvres très endettés.

Si on s'accorde à reconnaitre conformément au  jargon marxiste,  que « chaque relation avec le capitalisme constitue en soi un lien néo-colonialiste », il est clair que l'élite africaine corrompue est néo-colonialiste. C'est l'égoïsme de l'élite ivoirienne qui met à mal le développement de ce pays.

Un cas d'école : celui de la Côte d'Ivoire

Depuis la mort du premier président Félix Houphouët Boigny, la Côte d'Ivoire n'a pas encore tourné la page du « bélier de Yamoussoukro ». La guerre de succession  a fini par plonger cette vitrine de l'Afrique de l'ouest, dans une crise dont seul Dieu sait la fin.  Pour leur gloire personnelle, la classe politique a tourné le dos aux préoccupations des populations, optant pour  le partage du pouvoir et des richesses du pays puisque les deux vont de paire sous les tropiques.  Du coup, le secteur privé et le secteur public sont dans une sorte de collusion.

En tout cas, sous le règne de Félix Houphouët Boigny, le secteur privé et les affaires ont été encouragés dans la seule ombre et sous la férule de l'Etat et de ses dirigeants, dans le cadre d'un clientélisme politique et sur la base d'une allocation néopatrimoniale des ressources publiques.

Avec le changement de régime, rien de substantiel n'a changé : la Refondation a fait l'objet d'une curiosité intellectuelle mais rien de plus. La crise militaro-politique qui dure depuis septembre 2002 a accentué le goût de l'enrichissement illicite mais surtout révélé une certaine animosité de l'élite ivoirienne (affaire des déchets toxiques) et confirmé l'appétit démesuré de cette élite (détournement des 100 milliards de franc CFA). Cette logique de partage du pouvoir et de richesses reste la règle de distribution de richesses en Côte d'Ivoire. Les élections qui devraient ouvrir la voie pour un processus de pacification du pays tardent.  Quand donc aura lieu l'élection présidentielle en Côte d'Ivoire ? En tout cas, personne n'est en mesure aujourd'hui de donner la date exacte de ce scrutin qui aurait dû se tenir depuis 2005, à la fin du mandat de Laurent Gbagbo, l'actuel président. Ce qui est certain, c'est que les populations souffrent pendant que la classe politique se partage quelques postes ministériels, les deux ex-belligérants, eux les richesses du pays.

Les ex-rebelles sont devenus riches, très riches même. Les  dix commandants de zone se sont enrichis en tirant profit de l'exploitation et du trafic des ressources naturelles (cacao, coton, bois, noix de cajou, or et diamants), et en  percevant  des taxes sur le trafic routier et sur les services publics comme l'électricité. Le tableau suivant indique bien le pillage systématique des ressources du pays.

Zone

lieu

Commandant de zone

alias

Unité militaire

activité

1

Bouna

Morou Ouattara

Atchengué

Atchengué

agrobusiness

2

Katiola

Hervé Pelikan Touré

Vetcho

Bataillon mystique

Coton, distribution

3

Bouaké

Cherif Ousmane

Guépard

Les guépards

Négoce (matières premières)

4

Mankono

Zoumana Ouattara

Zoua

diverses

Agriculture, distribution

5

Séguéla

Issiaka Ouattara

Wattao

Anaconda

Café, diamant, cacao, vente de voitures,

6

Man

Losseni Fofana

Loss

Cobra

Bois, café, cacao

7

Touba

Dramane Traoré

Dramane Touba

diverses

Café, distribution

8

Odienné

Ousmane Coulibaly

Ben Laden

diverses

agriculture

9

Boundiali

Gaoussou Koné

Jah Gao

diverses

Coton, or

10

Korhogo

Kouakou Fofié

Fofié

Fansara 110

Or, coton, anacarde

Source : Rapport final du groupe d'experts de l'ONU sur la Côte d'Ivoire, Octobre 2009 et Jeune Afrique

 

Ils ont également investi dans l'immobilier et se sont approprié ou ont donné en gérance à des proches de nombreux hôtels, boîtes de nuit, commerces, stations-service... Selon le ministère de l'Économie et des Finances, ce business pourrait leur rapporter quelque 60 milliards de F CFA par an (environ 90 millions d'euros).

Du côté gouvernemental, la corruption est devenue une religion. Elle gangrène toutes les structures de l'Etat.  Même la société SAGEM Security chargé de mettre à jour la liste électorale datant de l'élection présidentielle de 2000, enregistrer les nouveaux électeurs, confectionner de nouvelles cartes d'électeur et de nouvelles cartes d'identité, à partir de la liste révisée, est accusée de corruption.  En effet, le premier ministre SORO Guillaume est suspecté, de recevoir de la société SAGEM Security, la bagatelle de dix milliards de nos francs en termes de commission. Rappelons que le contrat de l'entreprise française Sagem-Sécurité, signé le 19 mars 2008 s'élève à 66,7 milliards de Fcfa (101 millions d'euros).

Le 2 Juin 2010, le professeur Mamadou Koulibaly, accusait le ministre Désiré Tagro d'avoir favorisé sa "tribu" pour l'entrée à l'école de police et marchandé les places au concours. Suite à cette dénonciation, le chef de l'Etat a demandé une enquête administrative relativement aux accusations de népotisme portées sur le ministre de l'Intérieur par le président de l'Assemblée nationale.

Selon le quotidien « Notre voie » du 29 Juin 2010, l'équipe du procureur de la République était la veille à l'Ecole nationale de police pour entendre les responsables de cet établissement et procéder au décompte des élèves-policiers. Selon les informations de ce quotidien, les élèves concernés par l'enquête sont au nombre de 1717. Et les enquêteurs ont découvert que, sur ce chiffre, 66 sont issus des sous-préfectures de Nahio et Saïoua (département d'Issia) village et tribu du ministre Tagro pour le compte des recrutements des années 2007, 2008 et 2009.

Les ivoiriens attendent que cette affaire aboutisse afin que la Côte d'Ivoire dont rêve Mamadou Koulibaly, c'est-à-dire, une Côte d'Ivoire où règne l'égalité des chances, puisse accompagner le bien-être des populations. Il faut donc que la société civile soutienne et apporte toutes sortes d'informations capables d'aider à la manifestation de la vérité. Tous les ivoiriens sont appelés à apporter des preuves au procureur de la république pour l'aider dans  cette tâche historique que lui a confié le président Laurent Gbagbo. Il s'agit de construire ensemble un Etat de droit, une nation.

"Chaque génération a le choix entre trahir ou accomplir sa mission"
Celui qui lutte peut tout gagner ! Celui qui ne lutte pas a déjà tout perdu !

 

Dr Séraphin PRAO

Enseignant-chercheur à la faculté des sciences économiques et de développement à l'Université de Bouaké (Côte d'Ivoire).

Président du Mouvement de Libération de l'Afrique Noire (MLAN)

www.mlan.fr

contact@mlan.fr

Tel : (225) 01 11 87 60

LE PRESIDENT DU MLAN APPORTE SON SOUTIEN A L'OPERATION MAINS PROPRES

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La loi du plus fort ne régit pas les rapports humains. Pour ne plus y être soumis, les hommes élaborent des lois juridiques et morales non naturelles, mais issues de la raison. En effet, c'est d'abord la raison qui fait savoir à l'homme que les rapports de force ne l'avantagent pas et nuisent à sa sécurité et à sa liberté, et qui le pousse à créer des lois. Le droit est, comme le souligne Kant, un redresseur de faits, un tuteur qui vise à corriger « l'insociable sociabilité de l'homme ». Et c'est bien ici que les récentes décisions du chef de l'Etat Laurent Gbagbo trouvent toute sa force et son sens. Le président de la république a commencé véritablement par prendre ses responsabilités vis-à-vis du peuple en limogeant ceux qui pensent être au-dessus des lois dans ce pays. Il a raison car la construction d'une nation impose cela : la recherche du bonheur pour chacun doit être garantie par l'Etat, dont la figure visuelle est le président.

En reconnaissant, à la suite d'Aristote, que l'homme est « par nature un animal politique », c'est-à-dire que l'homme est par essence un être qui vit dans une société politiquement organisé, l'Etat est bien ce grâce à quoi l'homme peut trouver le bonheur. Ce dernier, suppose alors la mise en place de lois qui assureront que chacun, en participant à la vie de la cité, réalise en même temps son humanité et accède au bonheur.

Le président Laurent Gbagbo, l'ayant certainement compris, a pris position et des têtes sont tombées. A l'ENA, le toilettage a concerné  notamment le Directeur général, le Secrétaire général, le Directeur de l'école de gestion économique et financière, le Directeur de la formation continue. A l'école de police, le directeur général  de la police nationale et la sous-directrice de l'école de police, sont cités dans « l'opération mains propres ».

Le président Gbagbo  a également demandé que la lumière soit faite sur le « cas Tagro », qui alimente les colonnes des journaux  ces derniers temps. Laurent Gbagbo donne ainsi des coups de  serpillière dans l'administration publique. C'est d'ailleurs ce que nous demandions depuis belle lurette à ceux qui voulaient refonder la société ivoirienne et les relations confuses avec les pays impérialistes. Si de telles actions continuent alors la paix sociale, préalable à tout développement, pourrait se consolider durablement car parfois l'injustice  est source de désordre.

La Côte d'Ivoire ne doit pas être le terreau de l'injustice sociale et le nid de la corruption. Les ivoiriens sont tous égaux devant les lois du pays, ils doivent avoir les mêmes chances pour jouir des fruits du travail collectif.

Il faudra sans doute éduquer l'élite africaine à voir l'accession à des hautes responsabilités comme un immense honneur mais surtout un redoutable devoir de consolider la cohésion nationale. « L'homme ne peut devenir homme que par l'éducation. Il n'est que  ce qu'elle fait. » Par cette phrase, Kant, signifie qu'éduquer, ce n'est pas supprimer le naturel, mais éveiller les dispositions naturelles de l'homme, l'humaniser.

Nous devons faire vite, très vite même afin d'éviter que la corruption devienne une religion en Côte d'Ivoire, car elle retarde le développement des pays africains. Il faut se mobiliser pour faire échec à la fraude ainsi qu'à la corruption, toutes choses qui dénaturent les rapports entre les individus et l'Etat et entre les nationaux d'un même Etat, qui n'ont plus les mêmes droits devant l'administration de cet Etat.  La justice sociale est nécessaire à la recherche du dialogue. Or on sait que par le dialogue, les hommes doivent se rendre capables d'un accord qui manifestera la paix au sens positif du terme : non pas seulement l'absence de conflit, mais la concorde véritable.

Dieu bénisse l'Afrique et ses enfants !


Dr Séraphin PRAO

Président du Mouvement de Libération de l'Afrique Noire (MLAN)

www.mlan.fr

contact@mlan.fr

(225) 01 11 87 60

15:27 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Société ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : côte d'ivoire, séraphin yao prao, mamadou koulibaly, opération mains propres | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

dimanche, 27 juin 2010

PLUIES DILUVIENNES A ABIDJAN: IMMOBILISME COUPABLE ET ABSENCE DE PROSPECTIVE!

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Je l'écrivais, le 17 juin 2009, sur ce blog :

« Que de sinistres dans notre capitale économique, Abidjan, après les premières pluies diluviennes de ce mois de juin, qui en promet bien d'autres! Et chaque année, même scénario, même élan de compassion des autorités, mêmes visites des lieux, mêmes dons de soutien, et toujours même désordre dans l'habitat urbain, même tolérance du ministère de tutelle, même complaisance généralisée, mêmes installations et constructions anarchiques, même immobilisme de l'Etat face à la précarité de l'habitat, à Abidjan et en Côte d'Ivoire (crise oblige? Trop facile!), même résultats logiques, chaque année, et même ballet hypocrite, mêmes actions de sauvetage, mêmes plans de raccommodage (ORSEC)!

Pauvre de ma Côte d'Ivoire! A quand une politique véritable de l'habitat et de l'assainissement, dans mon pays, et à quand une véritable action de déguerpissement et de RECASEMENT assisté par la nation toute entière, diligemment piloté par l'Etat? DIEU seul le sait. Pour l'heure, on est dédouané par la polarisation tous azimuts sur la sortie de crise. Pour l'heure, silence, on compte nos morts! Macabre décompte! »

Cette année 2010 n'a aucunement fait exception ! Loin s'en faut. Elle a été même bien pire que les précédentes. Elle a néanmoins en commun avec elles le même ballet hypocrite et les mêmes mesures impopulaires et inopérantes. Ainsi va ma Côte d'Ivoire !


DINDE Fernand AGBO

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23:49 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Société ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : côte d'ivoire, abidjan, inondations, pluies diluviennes, déguerpissement | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

samedi, 19 juin 2010

IL FAUT SAUVER LE SOLDAT COTE D'IVOIRE!

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Peut-on construire la paix sans la justice sociale ? La question est posée mais la réponse n'est pas simple à donner. Ce qui est certain c'est que sans la justice sociale, la paix est compromise.  Si l'on s'accorde donc à dire que la paix est indispensable au développement économique d'un pays alors, la justice sociale devient une condition importante.

Fort est de constater aujourd'hui en Côte d'Ivoire que l'injustice est devenue la règle d'Or de gouvernance et pourtant, le pays est à la recherche de la paix. Sur la route de la paix, on trouve encore des spectateurs médisants dont l'injustice sociale en est le leader. Il nous semble important qu'on en parle, pendant qu'on peut encore avertir, afin de mettre fin à certaines pratiques compromettantes pour la paix.

LA CÔTE D'IVOIRE EST DEVENUE LE NID DE L'INJUSTICE SOCIALE

Les ivoiriens souffrent : les élections  sont régulièrement reportées et leur niveau de vie régresse de façon géométrique. L'école qui est l'ascenseur social est en panne. Toutes les portes sont fermées sauf pour quelques privilégiés.

Autrefois, sous l'ancien régime, nous les accusions de gouvernement affairiste mais aujourd'hui, on est passé à une élite qui s'est disqualifiée en s'appropriant le patrimoine génétique de la corruption. La guerre a le dos large puisqu'elle justifie pour certain, le pillage systématique des richesses de notre pays par des gloutons inconscients. L'on s'est installé dans l'hypocrisie, le mensonge et la duplicité et dans tout ce ballet, le peuple est pris en otage, victime et souffrant.

Un jour, le président Laurent Gbagbo lui-même, peut-être dépassé par les événements se lâchait en ces termes : "Les gens détournent par-ci, détournent par-là, ils font des rackets par-ci, des rackets par-là. Les policiers ont " gâté " leur nom parce que tout le monde les voit. Mais ils ne sont pas les seuls à racketter. Quand tu vas dans un bureau et qu'on te prend l'argent pour faire un papier auquel tu as droit, c'est du racket. On voit tout et on entend.... On entend ici, un tel vole dans la direction qu'on lui a confiée, un tel vole sur la route, mais quand nous volons, c'est nous-mêmes que nous volons...". Cette présentation sommaire des maux qui minent la Côte d'Ivoire suffit de comprendre la profondeur de la question de l'injustice dans le pays. La corruption a gangréné  toutes les structures de la Côte d'Ivoire, de l'école jusqu'au concours en passant par l'hôpital, les ennemis de la justice sociale ne démordent pas. La corruption s'est institutionnalisée de sorte qu'aucun concours n'est accessible sans une contrepartie financière versée. Ainsi, la prestigieuse Ecole Nationale d'Administration(ENA), l'Ecole Nationale de Police (ENP), l'Ecole Nationale de la Gendarmerie (ENG), l'Ecole Normale Supérieure (ENS) sont devenues le lieu où se fait la promotion des nuls. Nous constatons sous nos yeux l'enrichissement illicite d'une certaine élite ivoirienne au nez et à la barbe du peuple. Du coup, le fossé séparant la tranche socialement intégrée de la population (les riches) des autres (les pauvres, les exclus) s'agrandit.

A tous ces maux, il faudra ajouter le tribalisme, le régionalisme, le népotisme, le sectarisme, ces facteurs qui mettent à mal la construction de la nation ivoirienne. La démocratie est donc en danger.

SANS LE DROIT, LA DEMOCRATIE EST IMPOSSIBLE

Commençons par définir ce qui fonde la justice : les lois. Elles sont des règles établies conventionnellement en vue de réguler la coexistence des individus. Elles ont pour fin le bien de la communauté. Les lois existent parce que, de fait, les hommes ne peuvent spontanément s'entendre. Telle est définie, par Kant, « l'insociable sociabilité de l'homme ». On sait également que le droit n'est rien d'autre que l'ensemble  des lois conventionnellement établies. Le positivisme juridique nous renseigne aussi qu'il serait vain de rechercher ailleurs que dans la légalité l'idée de justice. Ce qui est juste c'est d'accepter l'arbitrage de la loi, non pas l'arbitrage juste, mais l'arbitrage. Si les lois sont appliquées à tous sans exception et de la même manière, nous sommes alors prémunis contre les injustices possibles. Or en Côte d'Ivoire, aujourd'hui, l'injustice sociale a atteint son paroxysme. Les ivoiriens n'arrivent plus à se vêtir, à manger, à se soigner pendant qu'une poignée vit dans une richesse la plus insolente et injurieuse.

Or, est juste ce qui se conforme à l'exigence éthique d'une double égalité : égalité commutative, d'abord, qui repose sur la réciprocité, et selon laquelle la justice recommande de donner autant de droits et de devoirs à chacun. C'est la première exigence du contrat social dont dépeint Rousseau : pour que la justice soit instaurée, nul ne doit être au-dessus des lois et celles-ci doivent garantir la liberté et l'intégrité de chaque citoyen.

Sur le plan social, la justice concerne le problème de la distribution des richesses, et fait alors appel à la seconde égalité qui doit être respectée, l'égalité distributive : on doit donner à chacun selon son mérite. C'est ainsi qu'on arrivera à sauver notre pays et construire une nation.

IL FAUT SAUVER LA CÔTE D'IVOIRE

Pour sauver la Côte d'ivoire, la solution n'est pas miraculeuse : il faut d'abord aller aux élections très vite, ensuite engager des reformes profondes pour stabiliser notre économie et enfin, accélérer la construction de la nation ivoirienne.

Dieu aime la Côte d'Ivoire puisqu'il y a des intellectuels honnêtes qui travaillent pour la paix et le développement de ce pays. Nous pouvons citer le président de l'Assemblée Nationale, le professeur Mamadou Koulibaly, qui a des prises de position sans équivoque : il défend toujours le peuple.

Le 2 juin dernier, à la rotonde de l'hémicycle, il a pris position pour son peuple :  « Après trois ans d'Apo et une multitude de deniers publics gaspillés dans les voyages entre Abidjan-Ouaga, Abidjan-Paris, Abidjan-New York, la pauvreté s'est accrue, la fuite des capitaux s'est accélérée, le chômage a augmenté, les infrastructures n'ont pas été entretenues et la fracture sociale s'est creusée. L'Apo s'est embourbé dans ses contradictions congénitales.... Le racket, la tricherie aux examens et concours, les pots-de-vin, les trafics d'influence, l'enrichissement rapide injustifié, se déchaînent et se réinstallent comme au temps du parti unique ».

Ce monsieur aime son pays et son continent, il sait qu'on ne vient pas à la politique pour s'enrichir mais pour servir et changer positivement la vie de son peuple. La Côte d'Ivoire a besoin d'une rédemption. Aujourd'hui le Ghana brille non pas parce que la providence l'a élu parmi tous les pays de la région, mais en raison de la bonne gouvernance et le courage de ses enfants au travail.

Puisque la corruption des devenue « le sida de l'économie », il faudra créer  un Haut Commissariat pour la Lutte contre la Corruption (HCLC). C'est ce que nous proposons au Mouvement de Libération de l'Afrique Noire (MLAN). Ce sera une sorte de ministère qui aura pour seule tâche de démanteler sociologiquement et activement les réseaux de corruption dans le pays. Ce ministère fera de la prévention, de l'information mais sanctionnera également en partenariat avec les instances judiciaires du pays. En ce qui concerne la vie publique, nous réitérons notre ancienne idée de la création d'un Comité National de Moralisation de la Vie Publique (CNMVP) qui serait sous la coupole du conseil économique et social. Ce comité aura la tâche de veiller au bon fonctionnement de la lutte que mène le HCLC. Au surplus, le CNMVP veillera à ce que les hommes politiques, leaders d'opinion etc, aient une vie exemplaire, c'est-à-dire établir l'équilibre politico-social entre le peuple et la sphère politique. C'est ainsi que   la Côte d'Ivoire donnera un signal fort quant à l'espérance qu'attendent les ivoiriens et tous ceux qui y vivent car notre devoir sera d'être un modèle, l'espérance promise à l'humanité.

Tout comme  Aimé Césaire, « ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche ; ma voix, la liberté de celles qui s'affaissent au cachot du désespoir (...) car un homme qui écrit n'est pas un ours qui danse».

Dieu bénisse et garde la Côte d'Ivoire.


Dr Séraphin Prao

Economiste et président du MLAN

www.mlan.fr

contact@mlan.fr

(225) 01 11 87 60

mardi, 15 juin 2010

LES ELEPHANTS MUSELENT RONALDO ET ARRACHENT UN NUL PRECIEUX (0-0)

DIDIER DROGBA CONTRE CRISTIANO RONALDO.jpg

Contrairement à l'absence ou plutôt au déni de jeu des lions indomptables, les Eléphants rentraient dans la compétition avec un jeu ouvert  orchestré autour de Gervinho devant les buts portugais. En l'absence du capitaine Drogba tout juste de retour de blessure, le lillois avait la charge de donner du rythme au jeu des africains. Il se signalait dignement dès l'entame de la partie.

Mais, la première alerte venait du côté de la Selecçao avec une fusée de Cristiano Ronaldo qui échouait sur le montant droit de Copa Bary à la 10ème minute. Face à la vivacité de Ronaldo, la défense ivoirienne répondait par l'impact physique de ses grands formats.

Eboué et Demel tenaillaient Ronaldo à tous les coups. Le duo Demel et Ronaldo écopait d'un avertissement à la 20ème minute après un accrochage fautif de l'ivoirien suit Ronaldo suivi d'une provocation du portugais envers son vis-à-vis.

Didier Drogba multipliait les gestes religieux depuis son banc de réservistes pendant que sur le terrain, les 11  ivoiriens renforçaient leur jeu sans complexe devant le Portugal 3ème nation au classement FIFA.

Les ivoiriens contrôlaient et maitrisaient le jeu isolant même Ronaldo. De leur impressionnante organisation collective transparaissaient la discipline tactique et l'aisance technique. Les poulains de Erickson pêchaient cependant dans l'exécution des derniers gestes dans la surface adverse. 0-0 score à la pause.

Les ivoiriens, même sans Drogba, se montraient créatifs dès la reprise. Mis en confiance par une 1ère mi-temps bien négocié, Gervinho enchaînait une série de dribles à la 46ème minute. Sa frappe était détourné en corner par le portier Eduardo.

Servi par Yaya Touré, Kalou plaçait une frappe molle dans les gants d'Eduardo du plat du pied à la 53ème. Sur un centre de Deco, Liedson plaçait une tête dans les mains de Copa à la minute d'après.

Acclamé par le public, Didier Drobga remplaçait Kalou à la 65ème minute sous une pluie battante. L'âme des Eléphants sort d'une opération au bras il y a 10 jours seulement. Il s'alignait en pointe pendant que Gervinho décalait à l'aile droite, son poste de prédilection.

Carbonisé par ses efforts physiques, Gervinho cédait sa place à Kader Keita à 10 minutes du terme. Le capitaine ivoirien du jour Kollo Touré se tordait de douleur à la 85ème minute mais poursuivait la partie après les soins reçus du staff médical ivoirien.

Drogba passait tout près d'offrir le but de la victoire à la Côte d'ivoire dans les arrêts de jeu. Le corner de la 93ème minute ne sera exécuté qu'à ''moitié'' puisque l'arbitre ordonnait la fin de la partie : score final 0-0. Un excellent début pour les ivoiriens qui méritait mieux que le point du partage.

Hermann Oswald G'nowa

Source: Camer-sport.be

jeudi, 10 juin 2010

DU BERGER A LA BERGERE: REPONSE DE MAMADOU KOULIBALY A AFFI NGUESSAN

MAMADOU KOULIBALY.gif

Non président Affi ! Tu n'as pas lu le texte de ma conférence. Ou bien, si tu l'as lu, tu ne l'as pas compris. Je suis vice-président du FPI en charge des questions gouvernementales et je suis comme tu le dis, président de l'Assemblée nationale donc député, donc chargé entre autre, du contrôle de l'activité de l'Exécutif. J'ai le sentiment d'avoir fait mon devoir de veilleur. Non Affi ! Tu ne peux pas dire ce que tu as dit sur le fond et sur la forme de mon discours, compte tenu des valeurs que prône le FPI, du projet de société du FPI et du programme de gouvernement qui ont fait que les Ivoiriens nous ont portés au pouvoir. J'espère que nous n'avons pas oublié. Je remercie le parti pour toutes ces nominations à des postes de responsabilité dont j'ai bénéficié malgré mon arrivée tardive au FPI comme le dit ton ami Tagro ; mais ne vous mettez pas en idée de me demander de ne pas les assumer. Par ailleurs, tu dis que j'aime les ONE MAN SHOW ? Suis-je le seul dans ce cas au FPI ? Regarde un peu autour de toi. Si le parti était un peu mieux géré il n'y aurait pas eu de si nombreux cas dans toutes nos fédérations. Le plus curieux c'est que tu ne sois pas descendu dans l'arène pour te défendre toi-même, lorsqu'à Dabou, ton autorité a été bafouée par Serges Agnero. Tu n'es pas non plus descendu dans l'arène lorsqu'à Soubré l'autorité du Secrétaire général du FPI a été défiée par Gogui Théophile. Tu n'es pas descendu dans l'arène lorsque l'autorité du Ministre d'Etat Bohou Bouabré a été contestée par le ministre Tagro à Issia / Saïoua. Et là, te voilà dans l'arène pour défendre Tagro contre Koulibaly. Est-ce cela être un homme d'Etat, et premier responsable d'un grand parti comme le FPI ? Je me demande bien quelle est la logique de cette réaction de soutien au ministre Désiré Tagro, Secrétaire national qui aurait un comportement d'homme d'Etat face à moi le mauvais vice-président de ton parti.

Quel dommage !

Je t'invite autant que toute la direction et tous les militants du FPI à lire ou à relire le texte de ma conférence. J'invite tout le parti à redevenir ce que nous n'aurions jamais dû cesser d'être : un parti politique responsable qui aspire à gouverner autrement la Côte d'Ivoire. Il ne s'agit pas de savoir où j'étais le 19 septembre 2002 au moment où Désiré Tagro défendait la République ou si depuis mon adhésion au FPI j'ai contribué à quoi que ce soit de bien pour ce parti. Car à cette allure, bientôt Désiré Tagro et ses amis se demanderont si je suis Ivoirien pour me permettre d'intervenir dans le débat national. Non ! N'allons pas dans les poubelles de la falsification de l'histoire et du révisionnisme. Et si on oubliait Mamadou Koulibaly pour revenir aux questions que les Ivoiriens et les Africains se posent ? A quand la fin de la crise pour qu'enfin nous attaquions les vrais problèmes des populations ? Ne personnalisons pas le débat. Je parle de la Côte d'Ivoire et toi tu me reproches de parler aux Ivoiriens et de leurs problèmes ? N'est-ce pas eux les souverains qui nous ont donné le pouvoir ? Peut-on oublier Mamadou Koulibaly et penser la Côte d'Ivoire ? Parlons de responsabilité morale. Parlons de responsabilité politique. Et sur ce terrain nous sommes attendus par nos concitoyens. Je ne retire rien à mes propos et je ne regrette pas de les avoir tenus. Si c'était à redire, je le redirais avec encore plus de véhémence. Les Ivoiriens ne nous ont pas élus en 2000 pour les commander mais pour les servir. Notre engagement n'était pas de gérer leur vie quotidienne mais de gouverner l'Etat. Notre loyauté ne doit pas se mesurer à l'aune de notre attachement à un chef, mais aux principes et aux valeurs qui fondent notre projet de société. Ne comptez ni sur une démission ni sur une concession de ma part.

Source: Quotidien Le Patriote du 10 Juin 2010


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Sortie de crise / Mamadou Koulibaly charge : « L'accord de Ouaga a échoué », « Tagro doit démissionner »

 

Le Pr Mamadou Koulibaly intervenait au cours d'un colloque national sur la démocratie en Côte d'Ivoire. Il a fait observer que l'accord de Ouaga qui devait mettre fin à la crise en 10 mois est aujourd'hui dans l'impasse, trois ans après sa signature.

« Inscrit initialement dans un chronogramme de 10 mois et présenté comme la clé du dénouement de la crise ivoirienne, l'APO, après 3 années de tractation, est hélas une succession d'impasses habitées par l'amertume, le doute et l'inertie », a-t-il déclaré. Tout en dénonçant l'échec de l'accord de Ouaga, le président de l'Assemblée nationale a estimé que le ministre Désiré Tagro qu'il présente comme l'artisan principal de la conception et de la finalisation de cet accord, doit démissionner. « L'APO s'est embourbé dans ses contradictions congénitales. La responsabilité du ministre Désiré Tagro est engagée, car c'est lui qui a négocié, discuté, approuvé et conseillé l'APO. L'échec patent de cet accord devrait amener le ministre Tagro à en tirer les conséquences et à démissionner. Un homme politique responsable démissionnerait. Le Président de la République devrait désigner une nouvelle équipe pour engager un véritable processus de sortie de crise », a souligné le Pr Mamadou Koulibaly dans son intervention sur le thème « Responsabilité de la classe politique devant l'opinion publique ». Faut-il le préciser, le colloque qui s'achève demain est organisé par la Convention de la société civile ivoirienne, en partenariat avec le National Democratic Institute (NDI) et FRIEDRICH EBERT STIFTUNG (FES), et a pour thème « Bilan, enjeux et perspectives de la démocratie en Côte d'Ivoire après vingt ans de multipartisme ». Selon le président du comité scientifique, le Pr Assalé, il s'agit de faire coïncider les 50 ans d'indépendance de la Côte d'Ivoire avec le véritable départ de la démocratie. Le représentant de FRIEDRICH EBERT, M. Hermann, a souhaité que ces travaux permettent une analyse approfondie et objective en vue de rendre plus performant l'exercice du multipartisme en Côte d'Ivoire. Quant au coordonnateur national de la Convention de la société civile ivoirienne, le Dr Patrick N'Gouan, il a dénoncé une « démocratie unijambiste, déséquilibrée, inefficace » ponctuée par une « mauvaise gouvernance ». D'où la forte implication de la société civile qui œuvre à renforcer « l'autre jambe » pour une « démocratie équilibrée et participative » en Côte d'Ivoire.

H. Oulaï

Source: Quotidien L'Inter du 03 Juin 2010

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23:23 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Société ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : côte d'ivoire, quotidien le patriote, mamadou koulibaly, affi nguessan, fpi | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

jeudi, 13 mai 2010

LES ACTEURS IVOIRIENS DU WEB CREENT UN SYNDICAT

LOGO SIPCOL.jpg

 

Le secteur du web en Côte d’Ivoire s’organise de plus en plus. Au point d’en arriver aujourd’hui à la création, le 8 mai dernier, d’un « Syndicat Ivoirien des Producteurs de Contenus en Ligne » (SIPCOL).

Selon la blogueuse ivoirienne Edith Brou, présidente de ce syndicat, il y a tant de revendications légitimes à faire dans le domaine du web en Côte d’Ivoire. Au-delà, c’est aussi donner une couleur plus « glamour et saine » à l’activité du « Syndicalisme ».

Pour Edith Brou, le SIPCOL va permettre à la Côte d'ivoire de connaître « un accroissement des vocations dans les métiers du web et en conséquence, une éclosion de son économie numérique». Interview - 

 

 

Israël Yoroba A quels besoins répond la création de ce syndicat ?

EDITH BROU.jpgEdith Y. Brou - Ce syndicat a été crée pour combler un très grand vide dans les secteurs d'activité et les métiers en Côte d'Ivoire. Aujourd'hui, il est indéniable que l'Internet a gagné du terrain dans les usages d'une partie des personnes résidant en Côte d'Ivoire. Et avec ce bouleversement, de nouvelles activités, de nouveaux services et métiers en rapport avec le web se sont crées. C'est ce qu'on appelle aussi l'économie numérique. Malheureusement, les travailleurs du web sont encore ignorés, du fait d'une insuffisance d'information des populations et surtout des pouvoirs locaux. De plus, les travailleurs de ce secteur par manque d'une législation, d'un organe de régulation, ne bénéficient pas réellement des retombées de leur travail. Le SIPCOL vient remédier à cet état de fait. Le SIPCOL est l'expression d'une nouvelle corporation basée sur l’économie numérique.

 

IY - Quels sont les objectifs que vous visez ?

 

EB- Le premier objectif est de permettre à tous les fournisseurs de contenu web (site, blog, sites jeux videos, sites e-commerce, regies web, web-journalistes, info-graphistes) basés en Côte d'Ivoire, d'avoir un organe officiel qui soit reconnu par l'Etat de Côte d'ivoire, en vue de défendre leurs intérêts et accroître les mécanismes de leur rentabilité.

Ensuite, il faut obtenir une reconnaissance de notre secteur professionnel: le web. Cela suppose de défendre un cadre juridique et réglementaire qui va permette un réel développement économique des métiers du web, et assurer leur pérennité.

Nous avons également pour but de participer activement au renforcement d'un secteur professionnel en pleine évolution, en définissant des principes de fonctionnement communs, ainsi qu'en partageant des expériences et des pratiques très diverses.

Dans notre démarche nous pensons au futur. C’est pourquoi il nous faut développer de nouvelles vocations auprès de la jeunesse. On travaillera enfin à promouvoir un contenu web ivoirien de  qualité et en quantité.

 

IY - Lorsqu'on entend "syndicat" ça résonne "revendication"... pourquoi pas une association, une fédération ou une ONG comme a coutume de le voir à Abidjan ?

 

EB - Je confirme, à ce stade, nous revendiquons. Et je crois que cela est légitime. En effet, lors de la création, nous avons entendu la même remarque. Mais nous sommes demeurés ferme dans ce choix parce que le terme Syndicat est plus corporatif.

Une association n'a pas autant de poids qu'un syndicat. Une fédération est un ensemble de syndicat et le choix d'une ONG ne correspond pas au but que nous visons. Nous voulons donner une meilleure image au mot ''syndicat'' de par notre regroupement et surtout être reconnus comme un corps de métier. Une simple association ne bénéficiera pas de ce statut. Il faut dépasser les préjugés. Le SIPCOL va sûrement rendre le terme de Syndicat plus sain et plus glamour.

 

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IY - Qu'est ce que cela va apporter ou changer en Côte d'Ivoire ?

 

EB - Sous l'impulsion du SIPCOL, la Côte d'ivoire va connaître un accroissement des vocations dans les métiers du web et en conséquence, une éclosion de son économie numérique. En plus de l'économie classique (brick-and-mortar), on parlera comme dans les grandes nations, d'économie numérique (click-and-mortar). Enfin, la Côte d'Ivoire aura une meilleure réputation numérique car elle sera appréciée et sollicitée pour la quantité et la qualité de ses contenus web.

 

IY - Quelles seront les actions à court, moyen et long terme de ce syndicat ?

 

EB – Il y a un certains nombre de démarches à faire dans l’immédiat. D’abord organiser la sortie officielle du SIPCOL avec une conférence de presse, rencontrer le CSP (Conseil supérieur de la publicité) pour le volet publicité en ligne et régies web, se rapprocher du syndicat des travailleurs de Côte d'Ivoire. Ensuite nous allons organiser des formations et recenser les travailleurs de ce secteur et les associations internet et les institutions... ..et pourquoi pas à long terme, créer une école des Métiers du Web.

 

IY - Et qui peut adhérer à ce syndicat et que faut-il ?

 

EB - les éditeurs de sites web, les éditeurs de sites de e-commerce, des éditeurs de Blogs, les développeurs d'applications monétisables, les info-graphistes, les communities manager, les rédacteurs-web, tous ceux et toutes celles qui exercent dans les métiers du web en Côte d'Ivoire. Pour adhérer à ce syndicat, il suffit juste d'envoyer un mail à edithbrou@gmail.com en précisant dans l'objet: Adhésion SIPCOL.

 

Source: Les blogs de FRANCE 24

MADELEINE TCHIKAYA: J'AI ETE VICTIME D'INUTILES FRUSTRATIONS

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Mme Madeleine Tchikaya est la première femme énarque de Côte d'Ivoire, major de la première promotion du cycle supérieur de l’Ena en 1965, option diplomatie et ex-PDG de JAG (Jean Abil Gal). Cette femme dynamique, humble, discrète, intelligente et vraie, a fêté ses 80 ans le 28 avril 2010. A cette occasion, la « dame de fer » comme on l’appelle affectueusement a bien voulu s’ouvrir à notre journal. Avec le franc-parler qu’on lui connaît, Madeleine Tchikaya est revenue sur les amères frustrations qu’elle a vécues dans sa carrière politique et administrative.


Mme Madeleine Tchikaya vous êtes la première femme énarque de Côte d'Ivoire. Dites-nous comment ce parcours a-t-il pu être possible ?

Je dois rendre grâce à mon père. S’il ne m’avait pas mise à l’école, je ne serais pas arrivée-là. Il m’a mise à l’école à une époque – dans les années 30 – où on le traitait de fou. A Sinfra, il y avait même une chanson qui le tournait en dérision : « Pourquoi mettre une femme à l’école ? Tu vas en tirer quoi ? Elle a 15 ans tu la maries à un de tes riches amis et on en parle plus. » Mon père a dit non. « Je vais la mettre à l’école. C’est la seule fille que j’ai, je voudrais pour elle tout ce qu’il y a de meilleur. » Ayant eu cette enfance, j’ai gardé le goût des études. Et pour moi, c’était tellement naturel que dès qu’on a dit qu’une école d’administration allait être ouverte, j’ai tout de suite exprimé la volonté d’y entrer. Et c’est pendant que j’étais en stage à New-York (USA) que le cycle supérieur a été ouvert. J’ai fait des pieds et des mains pour que les autorités ivoiriennes me permettent de présenter le concours. Ainsi, pour moi et moi seule, on a ouvert un centre d’examen pour le cycle supérieur à New-York. Ça s’est passé à l’ambassade de Côte d’Ivoire, du temps de Usher Assouan.

Comment les hommes vous regardaient-ils à cette époque-là ?

Les hommes avaient fini par m’adopter. Il faut souligner qu’au cycle moyen supérieur, nous étions deux femmes, mais au cycle supérieur, j’étais la seule. J’avais déjà un caractère de garçon… Un garçon manqué en quelque sorte. Je ne voulais surtout pas qu’ils voient en moi la femme en jupon.

Après donc l’Ena, quel a été votre premier poste ?

Malheureusement, je dis bien malheureusement, car après toutes ces études, major de ma promotion, j’ai été affectée au ministère des Affaires Etrangères. L’administration est ce qu’elle est, vous ne pouvez pas donner le meilleur de vous-mêmes… Je me disais que je ne m’étais pas donnée tant de mal à étudier pour venir transmettre des bordereaux. Le président Houphouët-Boigny lui-même avait dit que malgré mes brillants résultats, je lui posais quand même problème. Parce qu’on l’aurait pris pour un fou s’il m’avait nommée ambassadrice dans ces années 60. Bref ! J’ai donc commencé ma carrière professionnelle au Ministère des Affaires Etrangères où j’ai d’abord été sous-directeur des affaires politiques et puis après, sous-directeur de la coopération internationale. A ce dernier poste, que j’ai vraiment aimé, j’avais des contacts avec des ambassades. Celles-ci nous offraient des bourses d’études pour les étudiants ivoiriens. J’ai statué sur les dossiers de plusieurs centaines de jeunes Ivoiriens. Parmi ceux-ci, il y avait le ministre Yaya Ouattara qui, un jour m’a interpellé en ces termes : « Mme Tchikaya, c’est grâce à vous que j’ai pu continuer mes études à l’étranger. » Et puis, en 1970, on crée le ministère du tourisme avec comme ministre, monsieur Loua Diomandé. Pour ce ministère, il cherchait des cadres. Et sur proposition de certains de ses amis, le ministre Loua a demandé mon détachement dans son département. J’y suis restée de 1970 à 1975 comme directeur des opérations de la promotion du tourisme. Pour mener à bien ma mission, j’ai dû prendre des cours de tourisme par correspondance dans une école internationale de tourisme qui se trouvait à Genève. J’étais encore dans ce ministère quand une délégation de compatriotes arrive du village pour me demander d’être leur représentant à l’Assemblée Nationale (Ndrl : à cette époque, on désignait les députés). Après moult tractations, je finis par accepter d’être député et je me retrouve à l’Assemblée Nationale où, j’avoue, que je me suis ennuyée à mourir. Après les cinq années de législature, le président Houphouët-Boigny décide de reconduire la douzaine de femmes que nous étions. Moi, j’ai dit au président que je ne voulais plus retourner à cette Assemblée Nationale. Ça ne m’intéressait plus. Mais le président Houphouët, pour nous permettre d’aller battre campagne pour les primaires, a donné à chacune de nous une enveloppe de 10 millions de francs. Moi, je savais que je n’avais plus envie d’y retourner. Je décide donc de lui retourner son argent. Mais qu’est-ce que je n’ai pas entendu ? Le président Houphouët-Boigny pour la première fois donnait de l’argent à quelqu’un et on osait le lui retourner. Après cet incident, une question se posait à moi. Ou bien je retourne au ministère du Tourisme ou au ministère des Affaires Etrangères. En fait, mon opinion était déjà faite sur l’administration : on s’y ennuie. En fonction de ça, j’ai dit « prenez votre diplomatie et votre administration, moi je pars. » Je me suis retrouvée ainsi à faire des demandes d’emploi à plusieurs entreprises de la place. Toutes m’ont répondu favorablement. Mais, les propositions de JAG (Jean Abile Gal) étaient les plus intéressantes. Je suis donc rentrée dans cette entreprise où j’ai terminé ma carrière professionnelle.

En tant que pionnière, vous avez été à l’avant-poste de la lutte pour l’émancipation de la femme. Avez-vous le sentiment aujourd’hui que ce combat a porté les fruits que vous espériez ?

Dans un sens oui. Parce que mon exemple a donné le goût des études aux jeunes filles. Des générations de jeunes filles après moi ont travaillé dans des secteurs d’activités qui jusque-là étaient réservés aux hommes. Je vois aussi aujourd’hui beaucoup de jeunes femmes qui ont fait des études pour être à la tête de sociétés d’Etat, elles ne sont donc pas à ces postes-là par complaisance… Mais comme dans tout pays en développement, en Côte d’Ivoire, on s’est laissé griser par le superficiel. Au point qu’il y ait des jeunes gens, des jeunes filles en particulier, qui se satisfont uniquement de leur beauté. Elles n’hésitent plus à se livrer ouvertement à la prostitution. On me dira que ça existe partout et que se sont les tares congénitales de la modernité et du développement. Mais pour notre jeune Nation, le sida est une autre grande bataille à gagner. C’est pourquoi, je voudrais que nos autorités s’appesantissent un peu sur la question des mœurs et des modèles à promouvoir dans notre société.

Le 24 décembre 1949, des femmes marchent sur la prison de Grand-Bassam pour libérer les hommes politiques emprisonnés par le pouvoir colonial de l’époque. Après cet épisode, on s’attendait à voir les femmes jouer un plus grand rôle dans la gestion de l’indépendance. D’après vous, qu’est-ce qui a freiné cet élan des femmes en Côte d’Ivoire ?

C’est dommage ! Parce qu’on aurait dû en tenir compte... Il n’y a pas que cette marche d’ailleurs. Dans la lutte anticoloniale, certaines femmes étaient même aux avant-postes. Mais comme vous le dites, une fois l’indépendance acquise, on les a oubliées. On pourrait me rétorquer que c’est parce qu’elles étaient analphabètes. Mais analphabètes ou pas, ça ne les a pas empêchées de jouer le rôle qui a été le leur pendant cette lutte. Moi j’ai vu à l’Assemblée Nationale des députés hommes complètement analphabètes, mais qui étaient là par récompense. On pouvait donc en faire de même pour les femmes. En tout cas, les femmes se sont repliées sur elles-mêmes. Car aucun homme ne les a encouragées. Même aujourd’hui, dans les instances politiques, on retrouve par-ci, par-là une secrétaire générale consacrée aux femmes. Mais diantre, pourquoi ne seraient-elles pas secrétaire générale du parti tout court ?

Quel pourrait être, selon vous, l’indice de participation des femmes dans la l’environnement sociopolitique ivoirien ?

Je n’ai pas les chiffres. Je me base uniquement sur mon expérience personnelle. A l’époque, elles étaient confinées dans de petites tâches, on les ameutait pour applaudir tel ou tel homme politique ; on les rassemblait pour venir faire à manger aux hommes. Mais aujourd’hui, je dois reconnaître qu’il y a un peu plus de femmes à des postes importants. C’est vrai qu’elles ne sont pas toutes à des postes de décision, mais le regard que les hommes posent sur elles aujourd’hui est différent.

Membre de l’AFI (Association des femmes ivoiriennes), vous étiez candidate à la présidence de cette association. Mais, contre toute attente, vous décidez de retirer votre candidature le jour même des élections. Que s’est-il passé au juste ?

Avec le tempérament que j’ai, il fallait s’y attendre. En effet, j’étais membre de l’AFI, comme toute femme en Côte d’Ivoire à cette époque-là. Un jour, des femmes me proposent d’être candidate à la présidence de l’AFI, parce que disent-elles, « on voudrait changer un peu à la tête de l’AFI. » J’adresse donc ma demande de candidature au comité exécutif du parti (PDCI). Ainsi ma candidature fut-elle entérinée. Mais que de remue-ménages en dessous ! Le jour de l’élection, nous nous retrouvons à la maison du congrès du PDCI à Treichville. Il y avait deux candidates en lice : Mme AKA Anghui et moi. Et puis, le ministre Jean Konan Banny arrive et me fait appeler. Il me dit : « On vient de recevoir un coup de fil de Yamoussoukro, le président veut que tu retires ta candidature. » Je lui rétorque qu’il faudrait que le président de la république m’en donne d’abord les raisons. Peu après, le même Banny revient me dire que le président dit que si je veux connaître les raisons, il faut que je le trouve à Yamoussoukro. Je dis à Banny de demander au président par quel moyen voudrait-il que je me rende à Yamoussoukro ? Banny revient encore une fois me dire que le président envoie son Gruman me chercher. J’explique donc la situation aux femmes... Avant d’aller à l’aéroport, je fais un détour chez moi afin d’informer ma famille. A ma grande surprise, arrivée à l’aéroport, des dizaines de femmes acquises à ma candidature étaient couchées sur le tarmac. Elles disaient que l’avion ne décollera qu’à la seule condition qu’elles soient du voyage. Après négociations, le pilote, M. Abdoulaye Coulibaly accepte de faire embarquer quelques-unes d’entre elles, au nombre desquelles il y avait Danielle Bony Claverie, Achi Brou Marthe et Assana Sangaré. Arrivées à Yamoussoukro, le président nous reçoit aussitôt… Mais vous savez, on a beau être un Chef d’Etat, commettre une injustice n’est pas chose facile. Le président Houphouët-Boigny qui, en son âme et conscience, savait qu’il était en train de commettre un grave tort, a eu du mal à me dire en face de retirer ma candidature. Au bout d’un moment, il me dit : « Ma fille, je sais que je suis en train de commettre une injustice, mais pour des raisons politiques, je te demande de retirer ta candidature. » En effet, pour cette élection-là, des gens sont allés raconter au président que j’étais soutenue par Kadhafi… J’ai répondu au président que si j’ai des pétro dollars de Kadhafi, ce ne serait pas pour briguer la présidence de l’AFI. Mais pour construire des dispensaires, des écoles, etc. dans mon village. J’ai même ajouté que s’il croit vraiment que Kadhafi me soutient, il lui était très facile de le vérifier. Il m’a répondu : « C’est déjà fait ». C’est pour vous dire, jusqu’où ça peut aller ces histoires de politiques… Après avoir promis au président que je retirerais ma candidature, nous sommes retournées à Abidjan. Quelle ne fut ma surprise quand nous sommes arrivées chez moi. Toute la « Rue des jardins » était noire de femmes en pleurs. Jusqu’aujourd’hui, je ne peux pas en parler sans écraser une larme… Et puis, réapparait Jean Konan Banny. Il me demandait de faire une déclaration à la presse où je devais dire que je me suis retirée par amour pour ma patrie. Je lui ai dit qu’il n’en était pas question. Et que si je devais faire une déclaration, ce serait pour dire exactement ce qui s’est passé. On en était là quand je reçois un coup de fil de Yamoussoukro. C’était le président Houphouët-Boigny qui me dit : « Si tu ne veux pas faire de déclaration, ne fait rien du tout… » Ainsi se termina le triste épisode de l’AFI.

Mme Madeleine Tchikaya est-ce que ce n’est pas votre tempérament et votre façon de dire la vérité nue qui vous ont finalement été préjudiciables dans votre carrière politique ?

Je crois que oui… Je sais que tout cela ne m’a pas servi dans ma carrière tant politique que professionnelle. En tout cas, j’ai été victime d’inutiles frustrations. Mais le peu que j’ai eu à la sueur de mon front, j’en suis tellement fière que je suis prête à recommencer. Chez nous, pour réussir en politique, il faut ramper. Or moi, je ne rampe pas, parce que j’ai mal au dos. Si on estime que j’ai les qualités pour occuper un poste quelconque, on me met là, c’est tout. Mais si on attend que je fasse la cour, que je rampe, que je dénigre des gens et que je ne caresse quelqu’un que dans le sens des poils, je crois qu’ils vont attendre longtemps.

Quelle est votre conception du rôle de l’intellectuel dans la société ?

Nous avons tous fait des études, mais ça ne fait pas de nous forcément des intellectuels. Parce que si vous n’avez pas de conviction ni de personnalité et que vous tournez telle une girouette au gré du vent pour vous remplir la panse, vous serez tout, sauf un intellectuel.

La Côte d’Ivoire, comme d’autres pays africains, se prépare à commémorer le cinquantenaire de son accession à l’indépendance. Qu’est-ce que cela vous inspire-t-il ?

Quand la Côte d’Ivoire accédait à son indépendance, j’avais 30 ans. J’étais donc déjà une adulte. J’ai vu un peu ce qui s’est passé avant et après l’indépendance. Les gens de ma génération et même après ont fait ce qu’ils ont pu. Nous n’avons pas, c’est vrai, tous été des héros, mais chacun dans sa sphère, selon son expertise a joué le rôle qui était le sien. C’est à la génération montante de continuer le travail, de rectifier ce qu’il y a à rectifier et de mener la barque ivoire à bon port.

A quoi rêviez-vous au moment de l’indépendance que vous n’avez pas encore vu se réaliser ?

J’ai vu ce qu’était la Côte d’Ivoire avant et après l’indépendance. Je ne peux donc pas dire que je suis déçue, car la Côte d’Ivoire a fait une avancée remarquable. Et puis à l’époque, il n’y avait pas tous ces universitaires. Il y avait quelques pionniers qui ont donné le meilleur d’eux-mêmes pour que notre pays soit là où il est aujourd’hui. La Côte d’Ivoire a, certes, connu des maladies de jeunesse, mais elle a toujours joué un rôle essentiel dans la sous-région.

Au début des indépendances africaines, le géographe français René Dumont déclarait que « l’Afrique noire est mal partie ». Au vu du bilan de ces 50 années, est-ce que vous avez aujourd’hui la pleine mesure d’un tel propos ?

Juste après les indépendances, on a assisté à l’avènement des républiques d’opérette, avec une succession de coups d’Etat. En tout cas, des présidents qui faisaient honte à l’Afrique. Dans ce sens là, René Dumont avait eu raison de dire cela, car l’Afrique noire était effectivement mal partie. Mais ce n’étaient que des erreurs de croissance. Aujourd’hui, la plupart des dirigeants africains travaillent au développement de leur pays.

Le développement n’est-il qu’un problème de pays colonisés, pauvres, etc. ?

Je pense qu’au début de notre indépendance, on a donné trop d’importance au clinquant au lieu du travail proprement dit. Nous avons eu des empereurs, des maréchaux, des présidents à vie, etc. Et pourtant, nous avons, en termes de richesses naturelles, tout ce qu’il faut pour nous développer… On a même dit que la RDC était « un scandale géologique ». Tout cela, pour dire que ce n’est pas forcément un problème de richesses ni de pauvreté. Il s’agit de la volonté d’aller effectivement au développement. Un pays peut bien être sans richesses naturelles, mais s’il a des dirigeants sérieux, honnêtes, rigoureux, organisés, patriotes et une population disciplinée et travailleuse, il n’y a pas de raison que ce pays-là ne se développe pas.

Vous êtes certainement une observatrice attentive de la scène sociopolitique ivoirienne, quelle est votre appréciation du processus de sortie de crise en cours ?

Je préfère ne pas aborder ce sujet, simplement parce que je suis sous serment. En effet, de 2002 (avant l’éclatement de la crise) jusqu’en février 2010, j’étais membre de la CEI. Je ne peux donc pas répondre à cette question parce qu’en parler va m’amener à prendre partie.

50 ans après son indépendance, la Côte d’Ivoire enregistre sa première femme candidate à une élection présidentielle. Quel sentiment vous anime-t-il à ce sujet ?

C’est une très bonne chose… 50 ans après, est-ce à dire que nous avons trop attendu ? Je ne le pense pas. Il faut noter qu’aujourd’hui encore, il y a des gens qui pensent que mettre une fille à l’école est une perte de temps. Je crois donc qu’on se serait précipité si plutôt on avait eu une candidate à la présidentielle. Ceci étant, je connais Mme Jacqueline Oble, et je crois que c’est une femme qui a toutes les qualités pour diriger la Côte d’Ivoire.

Réalisée par Serge Grah
serge_grah@yahoo.fr

Source : Le Blog de Serges Grah

12:47 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Société ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : côte d'ivoire, serges grah, madeleine tchikaya, première énarque ivoirienne | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

mardi, 27 avril 2010

PROFESSION? BROUTEUR A ABIDJAN!

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On les rencontre dans les cybercafés de la ville d’Abidjan, où ils passent tout leur temps. Toute la journée, ils sont assis devant des ordinateurs connectés à Internet. Dans le milieu de la police judiciaire, on les appelle les "brouteurs".

Ils forment souvent un groupe et agissent en meute. Cette nouvelle forme de criminalité via Internet fait fureur à Abidjan et fait beaucoup de victimes. Au commencement, cette activité était le fait de jeunes nigérians ; aujourd’hui, le broutage est devenu l'affaire des jeunes ivoiriens. Mais qui sont ces escrocs de Côte d'Ivoire, appelés "les brouteurs" ? Immersion dans ce réseau où tout est permis sur la toile.

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En général, ce sont de jeunes garçons. Ils ont, pour la plupart, entre 14 et 25 ans. Si certains préfèrent évoluer seuls, d’autres par contre ont, pour les besoins de la stratégie, intégré des jeunes filles à leurs groupes. Vous comprendrez pourquoi. Ils ont fait de l’arnaque sur la toile leur principale source de revenus et ça marche. L’astuce pour appâter les « pigeons » ou les « poissons » (c’est selon) est subtile. Ils envahissent les forums de tchatches sur le Net et se font passer pour des jeunes filles ou des homosexuels. Après avoir fait connaissance avec le maximum de personnes, ils passent à une autre étape. Ils invitent chacun de leurs correspondants sur Messenger, histoire, selon eux, d’avoir et de partager plus d’intimité avec leur nouvelle relation.

Les "Gaïs", le nom de code des ‘’brouteurs’’, sont le plus souvent friands d’Européens. Ils sont faciles à plumer, ils constituent des proies faciles. Une fois les adresses Messenger échangées, il reste à rassurer le « pigeon ». Il est impératif de lui faire croire qu’il a affaire à une fille. Les brouteurs se rendent alors sur certains sites pour y prendre des photos de jeunes filles devant leur servir à illustrer leur interface. D’autres malins se procurent des photos de jeunes filles, leurs complices. Le contact s’établit. Très souvent, il s’agit de personne se disant prêtes à tout pour satisfaire les fantasmes du correspondant. Tout est donc fait pour allumer ses sens et l’amener à céder lorsque leurs demandes seront formulées. On lui fait croire qu’on veut acheter une webcam ou un ordinateur pour qu’il puisse satisfaire sa libido, en toute discrétion à la maison, via la cam. Pour faire bien, on donne même un numéro de téléphone. C’est là qu’interviennent les jeunes filles. Ce sont elles qui répondent, avec toute la sensualité, quand le « pigeon » qui veut se rassurer appelle.


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Les brouteurs sont souvent prêts à aller plus loin pour « couper » leurs correspondants. Cela passe par la satisfaction de certaines exigences de la victime. Une photo d’une partie intime. Après cela, ils s’arrangent pour passer à la caisse. Mais dans ce jeu, il faut faire en sorte de ne pas être repéré. Ils utilisent, pour se faire, de faux noms, de fausses attestations d’identité et de fausses cartes d’identité vertes. Cela ne constitue pas un handicap pour eux quand le « pigeon » a mordu à l’hameçon et qu’il faut se rendre dans une agence de transfert d’argent pour récupérer son magot. Selon certaines confidences, mieux vaut être abonné à une seule agence de transfert d’argent, pour établir des complicités. L’arnaqueur peut prendre son argent sans aucune pièce d’identité, en remettant une commission à la caissière.

Chez les brouteurs, la solidarité est de mise. Celui qui reçoit la « tune » de son « pigeon » le partage avec le groupe. Dans tous les cas, tout le groupe profite des gains acquis malhonnêtement. L’argent, le plus clair du temps, est utilisé juste pour la frime, pour aller en boîte, s’acheter de belles chaussures, de belles voitures et des habits haut de gamme, pour être dans la tendance. Le drame du « pigeon » arnaqué réside dans sa naïveté. Une fois que celui-ci se rend compte qu’il a été « truandé », les brouteurs passent à un autre blanc. Ainsi va le monde des brouteurs !

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Source : Koaci et IVOIRENEWS

 

Illustration photo: Fernand Dindé

 

Voici la liste des brouteurs de Côte d’Ivoire. Certains noms vous paraîtrons familiers. En effet, on les entend dans les morceaux de coupé-décalé de DJ Arafat, DJ Mix ou DJ Carter. La liste est loin d’être exhaustive.

 

ANONYMAT LE PHENOMENE, LOÏC OTOKORE, JP JEAN PAUL GAUTIER, IB LE MONARQUE, AMBROISE BIGO, SON EXCELLENCE ZIDANE, HABDUL 2 BAMBA, PRESIDENT MORISSON, MASSAHOUDOU 3100 A L’HEURE, PRESIDENT BILL GATES, PR DJE KARRA, FRANCKY REPLAY, MAIGA NUMBER ONE, EMPEREUR BOUNCO 10, LA FAMILLE LINGOT D'OR, DJEGUELE 2 SUISSE, FAMILLE KABAKROU, DEBARRA LACOSTE, ..................., OBEGNOUS LA MERVEILLE, SOCO SOCO 2 GENEVE, GLE SAIDI LE TERRORISTE, ZERBINHO, GENERAL CFA,TSUNAMI, SOLO CLINTON, OUSMANE LE BANQUIER, KABISCO, DOUCOURE LA SERIE 7, DAMO L'INTOUCHABLE, DEL PIERRO FANTOME, BLOKYS LA MAGIE, ABLO SALAZAR, GUIBOU CFA, LIONEL HAMILTON, GABIN LE SILENCIEUX, CHAMBERLIN D'ACTUALITE, AZIZ YNOUSS, PRESIDENT PAPYS, ABOU BOUCAN, MANBY LE SORCIER, ELKABIRE LE TUEUR DE LION, BENITO BCEAO, FRANÇAIS GABBANA, NUAGE NOIR, KUKUTAL2GENEVE, JOËL LE BOURGEOIS, BALDE LE LASS, YANNICK SAHOUET, GNANHI COTE D'IVOIRE, OVERSACE, WARICO 2 GENEVE, DT ALADIN, ZARBOZA ONU, PRESIDENT KOBY, MARUANE LE PETROLIER, FOUSCO GABBANA, EMPEREUR MOUSSA BALLA, SENATEUR VAO, KHALIL LE BOURGEOIS, GENERAL DE GAULLE, ABDOUL LE DUC, SOUCOUSOU TRAPATONI, OVIE JACKPOT, PETIT SHIPPER, KADER LE RICHE ALBANAIS, ISMAEL OUFOUET, TIMITE NUMBER ONE, FRANÇOIS 1ER GARÇON SOUPALALA, AHMED FANNY, WARREN BUFFET, DIBAYOU, DUCET CHENET, SENDEROS LE METRONOME, ADAMO COTE D'IVOIRE, DANI WESTON, PRESIDENT CP1, SAID TIMITE, SCARFACE NUMBER ONE, 100 MONNAIE, MADOU BEINGUISTE, ROMANOKOV LA PUISSANCE RUSSE, PRESIDENT GABBANA, TITANIC PETIT EURO, SULTAN MOLARE, MADOBINHO LA MERVEILLE, DOCTEUR BLAICO, SNIPER DOUGLAS, VICHENZO 1ER, WAPIA, SENATEUR KOFFI, MALCOM X, AGNON L'ARGENT, LORENTIER BB CHOCO, FREDERIC GORE, EAU DE MER 2 MONACO, ALCAPONE MONDESIR, RAMS 2 VERSAILLES, SAGA LA LACHETE, PETIT MILLIONNAIRE, YVON AROBASE, SCOFIELD, LE BAOBAB 1ER, PRINCE BINO, ROMAN ABRAHAMOVICH, VOLFACE DE CHINE, KITOKO LA CHACALA, DIAMANT NOIR.

 

Source: IVOIRENEWS

18:37 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Société ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (398) | Tags : côte d'ivoire, cybercriminalité, broutage, brouteur, mougou, wess, brou, ata, bara, formate | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |