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lundi, 16 septembre 2013

KONE KATINAN APRES SA LIBERATION: «LE RETOUR A LA NORMALITE POLITIQUE EN COTE D’IVOIRE, C’EST LA LIBERATION DU PRESIDENT GBAGBO»

 

 

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Vous venez d’être acquitté par le tribunal d’Osu à Accra après un procès qui a duré un an. Quels sont vos sentiments sur cet acquittement?

- Je suis traversé par un sentiment ambivalent. Je suis animé d’un sentiment de grande joie, qui se juxtapose malheureusement à une profonde peine. Cette peine qui se justifie par le fait que le président Laurent Gbagbo, celui-là qui a tout donné à la Côte d’Ivoire, pour reprendre l’expression du camarade Abou Drahamane Sangaré, vice-président du Fpi, et celui à qui le peuple ivoirien continue de s’identifier, est maintenu de façon absolument illégale en prison. Ils sont nombreux nos compatriotes et nos frères d’Afrique et d’ailleurs qui ont le sommeil perturbé à cause de la détention inadmissible de cet homme. De ce fait, aucune joie ne peut être totale, surtout pas la mienne. Cependant dans la nuit la plus noire, chaque rayon de lumière est une source d’espérance. Dans ces circonstances, Il faut savoir exprimer sa gratitude.

C’est pourquoi, je voudrais avant tout propos rendre gloire au Dieu Unique qui est toujours juste. Je suis l’expression achevée de sa présence aux côtés des faibles et des persécutés. Ma foi chrétienne a été la source unique de mon espérance devant cette épreuve où se jouait ma vie. C’est le philosophe et écrivain français, Jean Paul Sartre qui disait qu’à chaque fois que quelqu’un fait quelque chose de positif, il rappelle à l’humanité que cela est possible et faisable. La Justice ghanéenne vient de rappeler que la quête de l’indépendance de la justice est avant tout l’œuvre du Juge lui-même. Exerçant une fonction divine, (Dieu est le Juge Suprême), il n’a de censeur que Dieu. En disant le droit dans un contexte de fortes pressions politico-diplomatiques, le Juge Aboagye Tandoh a élargi le domaine du possible dans un espace africain qui focalise sur lui, toutes sortes de récriminations, qui partent de la corruption de l’appareil judiciaire, à sa soumission au pouvoir politique. Je voudrais sincèrement exprimer ma reconnaissance et mon admiration à la justice ghanéenne à travers le Juge Aboagye Tandoh. Mais il a fallu que le gouvernement ghanéen, qui a subi toutes les formes de pressions de la part de son homologue ivoirien et de ses soutiens, accepte de se soumettre aux lois du Ghana. J’exprime au président John Mahama, à son prédécesseur John Evans Atta Mills, de regretté mémoire, au gouvernement et à la classe politique dans son ensemble, au nom du président Laurent Gbagbo et en mon nom propre, ma profonde gratitude. J’associe à ses remerciements tout le peuple ghanéen, qui accueille dans un esprit de grande fraternité tous les exilés ivoiriens et ceux venant d’ailleurs. Je relève avec la fierté d’être africain, la grande sagesse de ce peuple, qui donne une leçon de démocratie qui contraste avec les clichés que les afro-pessimistes véhiculent sur ce continent.

Je voudrais saluer avec déférence, le président John Jerry Rawlings, qui s’est déplacé en personne pour me rendre visite dans ma prison. Il porte partout le combat du président Laurent Gbagbo. Pour les personnes de notre génération, il fait partie avec Thomas Sankara, des icônes qui ont éveillé nos consciences de jeunes africains et entretenu nos rêves pour une Afrique qui peut gagner. J’associe à ces remerciements avec autant de déférence, le président Thabo Mbeki qui a suivi cette affaire avec une très grande attention et qui ne ménage aucun effort pour dénoncer l’injustice dont est victime le président Laurent Gbagbo. Je remercie également l’Ambassadeur des Etats Unis au Ghana, qui a toujours dépêché une délégation à chaque jour de mon procès. Je finis ces remerciements par là où j’aurais dû commencer. J’adresse mes vifs remerciements et mes chaleureuses félicitations à mon équipe d’avocats composée de Maitre Lucie Bourthoumieux et de maître Patrice Sogbodjor. Leur talent a été déterminant dans cette affaire. Je crois fermement que si Madame Bourthoumieux n’était pas avec moi, les jours de mes arrestations, j’aurais eu très peu de chance de passer devant un juge. Elle m’a sauvé d’une mort certaine. Je lui suis indéfiniment reconnaissant. Je marque toute mon amitié à la cellule juridique de la coordination du FPI en exil composée des éminents hommes et femmes de droits de notre pays. Son président, le professeur Tano Félix, le professeur Hubert Oulaye , madame le ministre Jeannine Badjo, tous agrégés de droit, et surtout à maître Dakoury Roger, pour sa présence continue à mes côtés au tribunal. J’y associe la cellule de communication dirigée par les Ministres Lia bi et Koffi Koffi Lazare et à l’ensemble de leur formidable équipe avec un regard particulier sur les internautes notamment ceux qui animent mes différents espaces de communication, et les blogueurs qui ont donné la preuve de l’immensité de leur talent. Que Dieu rétribue chacun d’eux au-delà de ses espérances.

Comment avez-vous vécu une année durant l’absence ou la restriction de votre liberté de mouvement?

- Cela été le moins qu’on puisse dire très pénible pour moi. Mais jamais je n’ai douté de la victoire finale. La très grande chaine de solidarité surtout spirituelle autour de moi m’a convaincu de la justesse du combat que nous menons. Parce qu’il ne faut pas se méprendre, je n’ai aucun mérite particulier que celui d’avoir bénéficié de la confiance du président Laurent Gbagbo. Je n’ai reçu que l’expression de la grande affection que tous combattants de la liberté ont pour le président Laurent Gbagbo. Autrement dit ce n’est pas la personne de Koné Katinan Justin qui a bénéficié de cet élan de solidarité, mais Koné Katinan en tant qu’acteur pour le compte exclusif d’un grand homme : Laurent Gbagbo. Ayant vécu ces moments terribles en association avec tous les maillons de cette chaine de solidarité, c’est évident que je les associe pleinement au bonheur de la victoire. A ce titre :

Je voudrais remercier mon épouse et mes enfants, toute ma famille au sens africain du terme qui part des plus proches et se prolonge aussi loin que possible par l’effet d’un lien de sang qui se détend à l’infini, sans pour autant jamais se rompre. Je remercie également les camarades de la Direction du parti, tous les membres du comité central, les militants et l’ensemble des Ivoiriennes et des Ivoiriens. A ce niveau, j’adresse une motion spéciale au Docteur Assoa Adou, notre doyen, président de la Coordination du FPI en exil qu’il dirige avec une grande dextérité. Évidemment en le citant, c’est l’ensemble du bureau de cette coordination que je vise. Je ne peux occulter tous les autres exilés qui ont fui leur pays pour avoir supporté le président Laurent Gbagbo. Ce seul fait est devenu le crime le plus puni en Côte d’Ivoire. Enfin je reste infiniment redevable à tous ceux qui ont donné de leur argent pour m’aider dans la situation très difficile que ma famille et moi avons traversé. Que Dieu le leur rembourse avec un taux d’intérêt exponentiel. Pour répondre à votre question, j’ai été formaté au Fpi dont je suis militant depuis septembre 1989. J’ai retenu de la formation de mes maîtres, que rien n’est figé. Une intelligence figée est en soi déjà le signe d’une profonde maladie morale. J’ai compris très tôt que l’objectif de mes persécuteurs était de m’immobiliser.

Nous nous sommes réorganisés autrement au niveau du « Porte-parolat », pour continuer la mission. Ici encore, que tous ceux qui sont avec moi dans cette mission confiée par le président Laurent Gbagbo en soient remerciés. Ils m’ont encadré et nous avons continué notre mission. Aujourd’hui, avec l’avancement des moyens de communication, vouloir immobiliser une personne est une épreuve à la limite vaine. On peut être à Accra et être en même temps ailleurs. C’est ce que nous avons su faire.

Au plan politique, en quoi cela a pu véritablement être un obstacle à vos activités en tant que Porte-parole de Laurent Gbagbo?

- Lorsque le président Laurent Gbagbo m’a fait l’insigne honneur de me choisir comme son porte-parole le 26 mai 2011, il m’a donné une feuille de route. Conformément à cette feuille de route, je devrais accomplir certaines missions. C’est ce que j’ai fait du 6 juin 2011 au 24 août 2012, le jour de mon arrestation. Donc de ce point de vue cette immobilisation d’un an a un tant soit peu perturbé notre travail, mais comme je l’ai dit, nous nous sommes réorganisés autrement pour contourner cet obstacle là où c’était possible.

Au fait de quoi, vous accusait-on au juste, tant les chefs d’accusations semblaient varier au gré des humeurs de vos accusateurs?

- Je rappelle que les mandats émis par les autorités judiciaires ivoiriennes contre les ministres et les hauts fonctionnaires proches du président Laurent Gbagbo, contiennent tous les mêmes motifs. Crimes économiques. Il m’est reproché d’avoir, en tant que ministre du budget, commis des vols à main armée dans plusieurs banques et institutions financières du pays, y compris à la Bceao. En d’autres termes, on me reproche d’avoir braqué ces banques et sociétés de février à mars 2011. Je suis également poursuivi en tant que complice dans la commission des mêmes infractions. Le montant est évalué à 380 milliards de F CFA. Dans l’acte d’accusation qui a été lu devant le juge, il est mentionné que j’ai commis ces infractions pour soutenir le président Laurent Gbagbo qui faisait face à un embargo. Pour la seconde affaire, j’ai été accusé d’avoir tué moi-même, après avoir conspiré avec le ministre de l’économie et des finances, deux personnes dont j’ai entendu les noms la première fois le lundi 1er octobre 2012 devant le EMS Court. Il s’agit d’un certain Kamagaté, soudeur de son état et âgé de 83 ans que j’aurais tué le 29 mars 2011 à Port-Bouët, et un autre répondant au nom de Diabaté Drissa, négociant âgé, quant à lui, de 38 ans également domicilié à Port-Bouët. J’aurais tué ce dernier le 19 mars. Même là aussi on fait du rattrapage.

L’accusation en définitive vous semblait-elle grotesque, dénuée de sens?

- Ces deux accusations ont été toutes portées devant deux juges différents. Le mandat d’arrêt international de la deuxième affaire relative au double meurtre a été émis le mardi 25 septembre 2012, le jour même où le Juge m’accordait une liberté provisoire pour la première affaire, relative au braquage des banques. Après un mois de détention, le second juge, las d’attendre les preuves qui étayent le double meurtre, et ayant compris qu’il s’agissait d’une fausse accusation qui cachait mal un mobile politique, m’en a finalement déchargé le mercredi 24 octobre 2012. Finalement il ne restait plus que l’affaire relative au vol à mains armées des banques, pour laquelle le juge a refusé mon extradition pour les raisons qu’il a bien développées dans sa décision. En définitive que ce soit le vol à mains armées ou le double meurtre, toutes ces accusations sont absolument grotesques et dénuées de tout sens.

Un ministre du gouvernement actuel vous a publiquement accusé d’avoir fui le pays, emportant avec vous des sacs d’argent de la Bceao. Est-ce techniquement possible?

- Je crois avoir suffisamment expliqué l’impossibilité aussi bien technique que pratique d’une telle opération. 380 milliards c’est une somme énorme dont le transport nécessite une logistique qui ne peut passer inaperçue. Pour un calcul simple, à supposer que la somme volée soit composée de billets de 10 000 f Cfa, la coupure de CfA la plus importante, un milliards c’est 100 milles coupures de 10 000. Soit 100 paquets de 10 millions. Tous ceux qui ont eu à transporte 10 millions, savent que cela pèse au moins 2 kg. Un milliard pèse donc au moins 200 kg. Rapporté au 380 milliards cela représente un poids de 76000kg soit 76 tonnes. Les valises les plus grandes ne peuvent contenir un poids de 100 kg. A supposer que par extraordinaire, j’ai pu trouver des valises de 100 kg, il m’en aurait fallu au moins 760. Je ne suis pas Hercules. C’est tout cela qui enlève tout sérieux à cette accusation. Je rappelle que 380 milliards c’est 38 millions de billets de 10 000. C’est-à-dire que je distribue 10 000 à chaque ivoirien, la population ivoirienne étant estimée à 25 millions il m’en restera encore 13 millions de billets de 10 000.

J’avoue que j’ai été très peiné de voir comment mon pays s’est donné en spectacle dans un autre pays pour soutenir l’insoutenable.

Avant le verdict du Juge ghanéen, votre procès était tantôt perçu comme politique, tantôt comme de droit commun. Quel était pour vous l’interprétation la plus plausible ?

- Le gouvernement ivoirien le voulait de droit commun, moi j’étais convaincu qu’il s’agissait d’une affaire politique. Le juge est arrivé à la même conclusion que moi. Il ne faut jamais perdre de vue que le gouvernement ivoirien et ses parrains internationaux se sont évertués à soutenir qu’il n’y avait pas de prisonniers politiques en Côte d’Ivoire. Le Secrétaire général de l’Onu en personne a affirmé qu’il n’y avait pas de prisonniers politiques en Côte d’Ivoire. Du président Laurent Gbagbo jusqu’au moindre soldat, tout le monde était considéré comme des prisonniers de droit commun. Ayant célébré la démocratie à la bombe, ils ont écrit en Côte d’Ivoire d’autres critères pour définir les prisonniers politiques. C’est pourquoi, la décision du Juge Aboagye Tandoh est un véritable coup de tonnerre, dans le ciel ivoirien artificiellement dépeint d’un bleu reposant.

Quels sont les arguments que le juge a développés pour débouter vos accusateurs?

- Le juge avait à répondre de façon cumulative à 5 questions :

• Les infractions pour lesquelles je suis poursuivi dans mon pays sont-elles considérées comme telles au Ghana?

• Ces infractions sont-elles réellement constituées?

• N’ont-elles pas un caractère politique?

• Y-a-t-il une convention d’extradition qui lie les deux pays ( le Ghana et la Côte d’Ivoire)?

• Si je suis extradé, est ce que je pourrai bénéficier d’un jugement impartial et si ma vie ne sera pas en danger dans mon pays?

Le Juge Aboagye Tandoh a répondu de la façon suivante :

• En ce qui concerne le premier point, le juge a reconnu que le vol à mains armées constitue une infraction punie aussi bien en Côte d’Ivoire qu’au Ghana. Il a rappelé les différents articles des codes pénaux des deux pays.

• Sur le second point, le juge a passé en revue toutes les preuves apportées par l’accusation et le témoignage du témoin à charges. Il a relevé trois éléments qui ont forgé sa conviction.

• Le témoin à charge a reconnu que dans les preuves apportées par le gouvernement ivoirien au soutien de son accusation, lesquelles preuves sont constituées exclusivement des Procès-verbaux d’auditions des directeurs généraux des banques ou des sociétés qui auraient subi mon vol à mains armées ou de leurs représentants, mon nom figure dans quatre des dix dépositions. Mais il reconnait que nulle part dans ces dépositions il est fait mention de vols à mains armées.

• Sur les autres dépositions dans lesquelles mon nom ne figure pas, une seule de ces dépositions fait état de vol à mains armées.

• Mais le déposant a affirmé clairement dans sa déposition que les vols ont été commis dans son établissement entre le 19 et 21 avril 2011. Or A cette date a dit le Juge, j’étais déjà au Ghana et mon attestation de réfugié émis par le Ghana Refugies Board ( l’organisme qui gère les réfugiés au Ghana), établit nettement que je suis rentré dans ce pays le 13 avril 2011. Il est donc évident qu’en toute logique, je ne pouvais être l’auteur de ce vol. Mieux, le déposant affirme sans ambigüité que le vol a été commis par les FRCI.

• Le juge a relevé le fait que les banquiers eux-mêmes qui ont fait les dépositions ne mentionnent pas de vol à mains armées, d’où vient-il que l’Etat se substitue à eux pour m’accuser de cette infraction. Je rappelle que la BCEAO qui est censée avoir subi le plus grand préjudice n’a jamais porté de plainte.

• Il est revenu sur le fait que j’ai suffisamment démontré à la barre l’impossibilité matérielle de commettre ce crime et que l’accusation n’est pas arrivée à me confondre à la barre.

• Il a rappelé en outre que les banques ont été ouvertes suivant une procédure légale avec l’autorisation expresse du président du Tribunal d’Abidjan, l’ordonnance délivrée à cet effet par ce Juge faisant foi. De tels faits ne peuvent constituer des infractions.

Il en a conclu qu’il y avait trop d’ombres qui sont autant de doutes sur le fait que j’ai commis ces crimes.
• Sur le point relatif au caractère politique ou non des poursuites engagées contre moi, le juge a fait le raisonnement suivant :

• J’étais ministre du budget et c’est dans ce cadre que j’ai agi.

• Je suis haut cadre du Fpi, le parti du président Laurent Gbagbo et qu’il est notoirement établi que beaucoup de cadres de ce parti ou qui lui sont proches sont en prison

• J’ai été arrêté une deuxième fois pour une affaire de meurtre qui a été abandonnée faute de preuves.

Il en déduit qu’il est difficile de soutenir que la demande d’extradition est dénuée de mobiles politiques. Or il est constant que la constitution ghanéenne interdit l’extradition pour des motifs politiques.

• Sur le quatrième point relatif à l’existence ou non d’une convention d’extradition entre la Côte d’Ivoire et le Ghana, le juge a fait les observations suivantes :

• Il n’existe pas de convention bilatérale d’extradition entre les deux pays. Le gouvernement ivoirien a fondé sa demande sur la convention de la Cedeao.

• Or sans remettre en cause le document de ratification de cette convention par la Côte d’Ivoire, le Juge a dit que sur la base des informations en sa possessions et étayées par un document produit par le procureur ghanéen qui agit par commission rogatoire pour le compte de l’Etat ivoirien, seulement cinq pays ont ratifié la convention d’extradition signée entre les Etats membres de la Cedeao. Le Juge a énuméré ces Etats qui sont le Burkina Faso, le Benin, le Cap vert, le Ghana et… la Côte d’Ivoire n’y figure.

En tout état de cause, à supposer que la Côte d’Ivoire ait ratifié cette convention, le document de ratification apporté par le gouvernement ivoirien établit que cette ratification est intervenue en Août 2012, c’est-à-dire, un an après l’émission des mandats d’arrêts. Au Ghana, une loi ne peut rétroagir. Le Juge en conclut qu’au moment de l’émission des mandats d’arrêts, la Côte d’Ivoire n’avait pas de fondement légal pour les rendre exécutoires. Le gouvernement ne peut revendiquer le bénéfice d’une convention qu’il n’avait pas ratifiée.
• Sur le dernier point relatif à ma sécurité dans mon pays, le juge a soutenu que dès lors que le gouvernement ivoirien m’a reconnu la qualité de réfugié, il a reconnu de facto que ma vie était en danger en Côte d’Ivoire. Il n’était donc pas possible pour le même gouvernement de m’extrader dans le pays dans lequel, lui-même a reconnu que ma vie était en danger.
Sur tous les points de droit, l’accusation a perdu. L’on se rend compte en définitive que le procès en extradition est un procès complet dans lequel le Juge se prononce sur le fond de l’affaire.

Pendant une année, vous avez été au centre de tractations politiques (tête-à-tête Mahama- Ouattara), et judiciaire relativement à votre extradition en Côte d’Ivoire, pensez-vous dans votre cas que le droit a prévalu sur les arrangements politiques?

- Je reconnais que le Ghana a été soumis à une pression énorme de la part du gouvernement ivoirien et de ses soutiens, allant jusqu’à la fermeture unilatérale de la frontière ivoiro-ghanéenne par le gouvernement ivoirien. Il y a des aspects de cette pression diplomatique que j’évoque dans mon prochain livre dont le titre est le « procès », un livre à la fois écrit en français et en anglais. Souffrez donc que je ne puisse m’étaler sur cette question. Mais ce qui est essentiel et je crois que c’est la leçon qui doit être retenue, le Juge ne s’est pas laissé influencer par cette pression.

N’y avait-il pas similitude entre votre cas et celui du ministre Lida, extradé manu militari du Togo où il résidait vers la Côte d’Ivoire sans décision judiciaire ?

- Jusqu’à ce jour je ne connais pas les chefs d’inculpation du ministre d’Etat Lida Kouassi. Je ne sais pas si lui-même en sait plus. Je sais qu’il a été extradé du Togo de façon extrajudiciaire, enfermé dans une prison à Bouna puis libéré provisoirement nous dit-on, sans jamais avoir été entendu par un Juge. Je dirais que j’ai eu plus de chance que lui.

En tant que leader politique, quelle lecture faites-vous (forcée ou volontaire) dans le cas de Lida, Blé Goudé, Dibopieu?

- Moi je ne juge du caractère volontaire ou non de leur départ de leur lieu d’exil. Je retiens seulement que j’ai eu plus de chance qu’eux de passer devant un juge comme l’exigent les textes de la CEDEAO. Étant en prison, ils ne peuvent se défendre, donc je crois qu’il n’est pas juste de juger quelqu’un qui ne peut répondre. Nul ne peut décrire exactement les conditions de leur départ vers la Côte d’Ivoire.. Ne précipitons pas nos jugements. Dans la situation qui est la leur aujourd’hui, ces personnes ont plus besoin de notre soutien que d’autre chose. Prions pour eux.

Dans ce qui est convenu d’appeler l’affaire Katinan, les autorités ivoiriennes ont annoncé vous avoir arrêté tantôt au Cameroun, tantôt en Afrique du Sud, tantôt à l’aéroport d’Accra au Ghana, quelle est la vérité des faits?

- Je n’ai jamais été arrêté ni au Cameroun, ni en Afrique du Sud. J’ai été arrêté au Ghana précisément à Accra. Je préfère ne pas m’étendre sur cette affaire rocambolesque. Mon prochain livre en parle. Dans cette affaire j’ai volontairement adopté un profil bas pour ne pas confondre davantage les autorités de mon pays. Je suis énarque et pour moi, le respect des institutions de l’Etat est sacré. L’Etat et la République exigent un grand respect même, si j’ai beaucoup de raisons à la fois objectives et subjectives de ne pas aimer ceux qui les incarnent aujourd’hui.

Désormais libre de tout mouvement, pour quel agenda politique?

Je n’ai qu’une et une seule mission : œuvrer aux côtés du Fpi et de tous les combattants pour la justice du monde entier, qui se mobilisent pour obtenir la libération et le retour du président Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire. Le peuple l’attend. La Côte d’Ivoire et l’Afrique le réclament.

Depuis la libération de son président du Fpi, Affi Nguessan, le FPI amorce une reconquête du terrain politique et diplomatique. Selon certaines personnes « les lignes sont en train de bouger en Côte d’Ivoire ». Qu’en pensez-vous?

- C’est certain que depuis la sortie de prison du président Affi, du doyen gardien du temple du Fpi, Abou Drahamane Sangaré et des autres cadres du parti, le terrain politique est saisi d’une sorte de frémissement favorable à notre parti mais il faut reconnaitre qu’il y a longtemps que les lignes bougent en Côte d’Ivoire. Le président Miaka et son équipe ont fait un travail titanesque dans un contexte absolument hostile. Je me joins à toutes les autres voix pour leur dire merci. Il y a aussi cette formidable mobilisation autour du président Laurent Gbagbo et de la Côte d’Ivoire qui a fait bouger les lignes. Il faut saluer tous les acteurs de cette mobilisation. Mais il reste évident que le président Affi et les autres cadres du parti qui sont libérés viennent apporter leur pierre à l’édifice qui a été maintenue contre vents et marées. Très peu de partis au monde auraient pu résister à la bourrasque animée par une coalition mondiale qui a secoué notre parti. Mais « nous sommes infrangibles » comme l’a dit récemment le Camarade Laurent Akoun. C’est l’âme que les pères fondateurs de notre parti lui ont insufflée.

Un tandem Affi et Katinan pour des actions politiques d’envergure sur le terrain est-il envisageable?

- Il n’y a pas de tandem Affi-Katinan. Il y a un chef de parti et un cadre de parti qui travaillent tous deux dans le cadre du parti. Ma mission du porte-parole ne peut s’exercer en dehors du parti. Je suis membre du Secrétariat général du Fpi et conseiller du président Affi Nguessan. J’ai une mission ponctuelle qui m’a été confiée par le président Laurent Gbagbo. Je l’exerce sous l’impulsion du parti. Il n’y a donc pas de tandem mais une unité d’action dans un objectif commun : obtenir la libération sans condition du président Laurent Gbagbo.

Quels sont selon vous les conditions d’un retour à la normalité politique en Côte d’Ivoire au moment où on parle de réconciliation, et au moment où, le régime a libéré certains de ses prisonniers politiques?

- La première c’est la libération du Président Laurent Gbagbo et son retour dans son pays; la deuxième est la libération du Président Laurent Gbagbo et son retour dans son pays; la troisième est la libération du président Laurent Gbagbo et son retour dans son pays; l’avant dernière condition est la libération du président Laurent Gbagbo et son retour dans son pays; la dernière condition est la libération du président Laurent Gbagbo et son retour dans son pays.

Son peuple l’attend.

L’actualité politique est aussi le vote au parlement des lois controversées sur la nationalité et le foncier rural. En quoi ces lois votées sont-elles confligènes?

- Le Chef de l’Etat ivoirien a dit que ces questions étaient tellement importantes qu’elles ont justifié à elles seules la rébellion et toute la désolation qu’elle a semée dans le pays. De telles questions ne peuvent se régler sans un large consensus. Or l’on agit dans ce domaine comme si l’on voulait narguer les Ivoiriens. Je me suis largement prononcé sur ces question dans mon livre « Côte d’Ivoire, l’audace de la rupture » qui est dans les rayons des librairies depuis plus un mois. Il y a des matières explosives qu’il faut savoir manipuler. Depuis 1960 et même bien avant, les Ivoiriens sont restés constants sur la question de la nationalité. On ne peut venir les contraindre à la baïonnette et leur faire accepter l’inacceptable. Ces questions méritent un débat national. Le gouvernement ivoirien donne l’impression d’avoir un agenda caché aux Ivoiriens. La précipitation avec laquelle il opère sur ces matières est très suspecte. Il expose le pays à des risques graves pour des questions électorales. Je suis prêt à m’associer un front de refus de ces lois. Si nous restons inactifs devant cette opération de prédation de notre pays, nous seront autant comptables de ce qui pourrait advenir dans notre pays. Le gouvernement doit absolument ouvrir le débat. Je remarque que l’Onu s’est félicitée de l’adoption de ces lois. Vous comprenez donc l’issue de la crise postélectorale. La Côte d’Ivoire est devenue le champ d’implémentation des formules magiques sorties des laboratoires d’une gouvernance mondiale pilotée par l’Onu pour le bonheur du capitalisme sans morale. La loi sur la nationalité telle que votée va envenimer les conflits fonciers parce que la loi 98-750 du 23 décembre 1998 relative au foncier rural établit un lien solide entre la nationalité et le foncier. La nouvelle loi sur la nationalité prépare des lendemains sombres pour le pays. Il est indispensable que le peuple soit associé directement à la réflexion sur ces matières.

Selon des rumeurs, Bédié proposerait à Ouattara, son allié un poste de vice-présidence à la tête de l’Etat ce, en violation de la Constitution. Doit-on regarder les bras croisés l’application des textes conflictuels de Marcoussis ?

- Il y a eu tellement de violations de la Constitution en Côte d’Ivoire que finalement, elles tendent à s’ériger en principe. Linas-Marcoussis est pour moi, le cimetière de l’Etat ivoirien et de la démocratie. J’ai même entendu le président Bédié revendiquer l’application des accords de Linas-Marcoussis au Pdci, Il appartient au peuple suffisamment instruit d’exiger la résurrection de l’Etat ivoirien des enfers de Linas-Marcoussis.

En tant que Porte-parole du président Laurent Gbagbo détenu à la Haye, quels sont ses dernières nouvelles depuis qu’il a appris la décision de justice?

- Le président Laurent Gbagbo est resté égal à lui-même. Altruiste accompli, il se soucie du sort des autres même quand le sien est plus grave. La libération de chaque prisonnier politique lui apporte un soulagement. Il me charge d’ailleurs de transmettre toutes ses félicitations à tous les prisonniers qui ont recouvré la liberté. Il continue de prier pour les autres en espérant qu’ils recouvreront eux-aussi, leur liberté très prochainement.

A quel niveau se situe le combat pour sa libération des geôles de la CPI?

- Ce combat est celui de chacun de nous. L’on veut écarter le président Laurent Gbagbo de la vie politique en Côte d’Ivoire. Mais à la pratique, les promoteurs de cette idée se rendent compte qu’elle ne peut prospérer, parce que le peuple le veut ainsi. Depuis le début le schéma est resté identique. L’instrumentalisation de la politique pour éliminer un adversaire politique. Sinon comment expliquer que celui à qui l’on attribue l’entièreté des morts dans une guerre soit celui-là même qui l’a perdue. On dit Gbagbo a perdu la guerre, mais c’est lui qui a tué tous ceux qui sont morts. Le vainqueur de la guerre n’a tué personne. Nous devons continuer de nous battre pour le retour glorieux du président Laurent Gbagbo. C’est un combat qui ne peut connaître de répit. Il n’y a pas de repos pour celui qui combat l’injustice.

Y a-t-il espoir de le revoir parmi les siens en Côte d’Ivoire?

- Il ne s’agit pas d’un espoir, mais d’une certitude. Le retour du président Laurent Gbagbo est une exigence à la foi morale, spirituelle et politique. C’est toute la Côte d’Ivoire qui est maintenue en prison à la Haye. Et comme nul ne peut emprisonner définitivement tout un pays, le retour du président Laurent Gbagbo s’impose de lui-même, parce qu’il y a des formes d’injustice qui ne se rattrapent jamais et qui tuent définitivement tout le corps social. C’est La libération du président Laurent Gbagbo et son implication dans le débat politique qui marqueront le début de la réconciliation en Côte d’Ivoire. Pour reprendre les paroles du sage du Fpi, le président Sangaré, Gbagbo n’est pas une partie du problème de la Côte d’Ivoire. C’est tout le problème de la Côte d’Ivoire. C’est donc avec lui et non en dehors de lui que l’on résoudra le problème de la Côte d’Ivoire. La fuite en avant a atteint le terminus.

 

Par Francesca Adeva, in le quotidien ivoirien "Le Temps", le 11 septembre 2013.

COMMUNIQUE DU COMITE POUR LA LIBERATION DES PRISONNIERS POLITIQUES IVOIRIENS


côte d'ivoire,communiqué du comité pour la libération,des prisonniers politiques ivoiriens

 

Continuons le combat pour la libération de tous les prisonniers politiques, et du premier d'entre eux, détenu à La Haye, Laurent Gbagbo.

 

Sans la libération totale de tous les prisonniers, sans le retour de tous les exilés, sans la cessation totale des ethnocides de l'Ouest, sans le jugement du génocide de Duékoué, sans l'abrogation de la politique liberticide de rattrapage ethnique, sans l'annulation de la loi sur la naturalisation et l'apatridie, passée en force au détriment des ivoiriens et de leurs terres, sans la restitution des biens et le déblocage des comptes, sans le retour de la liberté d'expression et du débat démocratique, la réconciliation, condition de la reconstruction du tissu social, ne pourra se faire

La clé de la réconciliation se trouve à La Haye.

Abidjan, Paris  et la «communauté internationale» le savent

 

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A la date du 6 août 2013, le total cumulé des prisonniers politiques s’élevait à 708 personnes. Or, il y a quelques jours, 4 pro-Gbagbo, ou supposés tels, ont été jetés en prison. Ainsi, le régime de Ouattara continue-t-il sa fuite en avant en poursuivant allègrement sa logique de persécution et de violation généralisée des droits de l'homme.

Un mois et demi à peine après leur mise en liberté provisoire, le régime d'Abidjan menace déjà de reconduire en prison le Président du FPI, Pascal Affi N’Guessan, et ses camarades : souffrant d'un déficit de légitimité, le régime d'Abidjan opte une fois de plus pour la réduction de toute contradiction idéologique par une instrumentalisation politique de la violence et de la justice.

D'ailleurs Alassane Ouattara et son ministre de la Justice et des droits de l’homme viennent de promettre la construction de 10 nouvelles prisons, affichant de la sorte publiquement leur volonté de durcir un des moyens de répression de la dictature qu'ils ont mise en place, depuis le 11 avril 2011, avec l'aide de la France et de l'ONU.

On sait que les camps illégaux de détention et de torture dont Amnesty international a dénoncé l'existence, continuent à fonctionner. Et que dans les locaux de la sinistre DST, des personnes soupçonnées d'être pro-Gbagbo sont gardées des jours entiers à l'intérieur de containers, dans des conditions que l'on ne souhaiterait à aucun animal.

Aujourd'hui, des prisonniers politiques, provisoirement libérés, souffrent de graves séquelles physiques dues à leurs conditions de détention. S'il est encore impossible d'évaluer précisément l'étendue et l'impact des conséquences des traumas moraux et physiques infligés par leurs tortionnaires, on sait par contre que les conséquences sont importantes et pour certains, terribles. Ainsi, Basile Mahan Gahé, secrétaire général de la centrale syndicale Dignité, qui n'a dû sa libération, après 18 mois de détention arbitraire et illégale, qu'au soutien sans faille de la Confédération syndicale internationale (CSI) et de la CGT-France, se trouve-t-il aujourd'hui dans un état critique qui a nécessité son évacuation d’urgence à la Pisam (Polyclinique Internationale Sainte Anne-Marie), à Abidjan.

Si la plupart des leaders politiques ont été libérés le 6 Août, il faut rappeler que Simone Gbagbo, Charles Blé Goudé et Jean-Yves Dibopieu, pour ne citer qu'eux, croupissent encore dans leurs cachots, en violation totale de toutes les conventions internationales.

La quasi-totalité des prisonniers anonymes, quant à elle, se trouve à la MACA (Maison d’Arrêt et de Correction d’Abidjan), dans des conditions carcérales de surpeuplement innommables.

Nous venons d'apprendre que les FRCI (soldats de l'armée ethnique Ouattariste) ont lancé une offensive sur les détenus de cette prison, hier, samedi 14 Septembre. On note plusieurs blessés dont deux cas graves (Source: Le blog d’Alain Doh Bi:

http://lafriquepuissancemondiale2050.ivoire-blog.com).

Cette attaque fait suite à celle du 23 au 24 Juillet 2013, pour laquelle le "Collectif des femmes des détenus de la crise postélectorale" a dénoncé le massacre de 57 personnes dont 16 femmes.

Le Nord du pays, considéré symboliquement par le pouvoir comme le lieu le plus sûr, parce qu'étant la région natale des «vainqueurs» qui font régner leur «justice» à travers une terreur généralisée dans tout le pays, est la zone territoriale où ont été embastillées les personnalités proches de l'ancien président Laurent Gbagbo.

Aujourd'hui encore, 28 mois après la prise de pouvoir de Ouattara par la force, les arrestations et les persécutions  continuent en toute illégalité, sur la base de présupposés ethniques (en particulier contre des personnes originaires du sud du pays), de sympathies politiques et/ou de motifs infondés. Mais parmi les victimes du régime totalitaire d'Abidjan, se trouvent bien entendu des ressortissants du Nord persécutés pour leurs opinions, ce qui confirme le fait que Laurent Gbagbo est bel et bien le leader le plus transethnique d’entre les candidats à la présidentielle du 28 novembre 2010.

Enfin, le nombre total des réfugiés est estimé à 80 000 personnes, dont 52 839 assistées par le HCR.

Certains de ces exilés (en particulier des membres de l'élite intellectuelle et/ou  politique complètement décimée depuis le 11 avril 2011) sont même pourchassés jusque sur le sol de leurs pays d'accueil (Ghana, Libéria, Togo, Bénin) par les services secrets ivoiriens et les milices tribales à la solde de Ouattara.

A la veille du 11ème anniversaire du coup d'état le plus long de l'histoire (19 septembre 2002-11 Avril 2011), il est plus que temps que cessent le martyre du peuple ivoirien et l'ethnocide des populations de l'Ouest.

L'allégresse générale suscitée par la libération des prisonniers politiques, et l'accueil phénoménal réservé à Pascal Affi N'Guessan lors de sa tournée actuelle dans le pays, témoignent de l'existence d'un véritable soutien populaire à  Laurent Gbagbo et à la politique mise en place par le gouvernement courageux, intègre et socialiste du Professeur Gilbert-Marie Aké N'gbo, ainsi qu'à la cause qu'ils ont défendue jusqu'au bout, celle du droit du peuple ivoirien à son autodétermination, dans la légalité.

C'est pourquoi il est à noter, à deux ans d'hypothétiques élections présidentielles, que sans la libération imminente de Laurent Gbagbo, dont la nature politique du procès n'est plus à démontrer, et dont la relaxe est la condition sine qua non d'une véritable réconciliation nationale, la Côte d'Ivoire ne pourra que continuer son escalade vers la violence. Sans cela, si le pire n'est jamais certain, il pourrait bien rester à venir.

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Continuons à faire pression pour la libération totale des prisonniers politiques de Côte d’Ivoire, et du premier d'entre eux, Laurent Gbagbo, pour leur réhabilitation et pour le retour de tous les exilés!

Justice et vérité sont les conditions non négociables du retour à la paix.

 

Comité pour la libération des prisonniers politiques ivoiriens.

 

Paris, le 15 Septembre 2013.

 

Contact du Comité pour la libération des prisonniers politiques ivoiriens: 

prisonnierspolitiques.rci@gmail.com

samedi, 14 septembre 2013

AFFI NGUESSAN ANNONCE LA LIBERATION DE GBAGBO ET DE SIMONE DEPUIS MOOSSOU


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Affi Nguessan, le 07 septembre 2013, au siège du FPI à Cocody Attoban
 

Lundi 09 septembre 2013, Pascal Affi N'guessan, président du Front populaire ivoirien, était sur les terres de la première Dame Simone Ehivet Gbagbo, à Moossou (Grand Bassam) où il a été accueilli en triomphe par la population.
 
A cette population massivement sortie, Affi N'guessan a apporté la bonne nouvelle: Celle de la libération prochaine de leur fille Simone Ehivet Gbagbo, incarcérée injustement et dans des conditions inhumaines au Nord de la Côte d'Ivoire, dans les geôles de la dictature Ouattara.
 
Et celle aussi de la libération prochaine du Président Laurent Gbagbo, injustement incarcéré à la Cour pénale internationale (CPI) pour avoir respecté la constitution de son pays, et contre qui la procureure Fatou Bensouda n'a aucune preuve.
 
Pour Affi N'guessan, Gbagbo et Simone seront bientôt libérés, car ils sont indispensables à la réconciliation nationale et à la paix.
 
De même que tous les prisonniers politiques qui croupissent dans toutes les prisons du pays, parfois dans des conteneurs, devront être libérés. Leurs comptes et leurs biens devront leur être rétrocédés car la politique actuelle du régime Ouattara, c'est d'affamer le peuple ivoirien pour le réduire à la mendicité, afin qu'il n'ait pas la force ni le courage de revendiquer ses droits. Sans oublier les milliers d'exilés politiques qui ont fui la dictature actuelle, qui doivent aussi revenir au pays. C'est le minimum pour que le pays s'inscrive sur la voie de la réconciliation nationale et la paix.
 
Message reçu cinq sur cinq par les populations de Moossou.
 

Eric Lassale
 
 

vendredi, 13 septembre 2013

LIBERATION DES DOMICILES OCCUPES, PROVOCATIONS DE WATTAO - PAUL KOFFI KOFFI AVOUE SON IMPUISSANCE FACE AUX FRCI


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Alors qu’il est directement connecté à Alassane Ouattara, le ministre délégué à la Défense semble n’avoir aucune force face aux dérives des ex-rebelles.


Invité de la RTI, hier mardi 10 septembre 2013, le ministre délégué à la Défense, Paul Koffi Koffi s’est prononcé sur un certain nombre de questions militaires, notamment la réforme de l’armée. En tout cas, sur ce sujet le «sécurocrate» de Ouattara a relevé les dysfonctionnements dans l’armée, notamment les cas d’indiscipline, où des «lieutenants donnent des ordres à des généraux», ou encore les cas où des sous-officiers et officiers se donnent à un jeu d’interviews interposés, créant ainsi la «zizanie» dans la hiérarchie militaire. Bien entendu, il pointait, sans le dire, l’incroyable entretien accordé au quotidien Nord-Sud par le commandant Issiaka Ouattara dit « Wattao », dans lequel il défiait quasiment ouvertement l’autorité du commissaire Youssouf Kouyaté, son supérieur au sein du CCDO. Selon Koffi Koffi, il est temps de mettre de l’ordre dans l’armée et de faire cesser les cas d’indiscipline pour avoir désormais une armée républicaine, respectueuse de la hiérarchie militaire.

C’est sur la question de la libération des résidences et sites privés ou publics occupés par les Frci, depuis la fin de la crise postélectorale,  que le ministre de Ouattara a eu ses propos les plus scandaleux. Alors qu’il avait annoncé le mois de juillet pour la libération des résidences et autres, Paul Koffi Koffi a été on ne peut plus flou dans ses explications. Il a fait savoir qu’il faut employer la diplomatie et le dialogue pour aboutir à la libération de ces maisons par les Frci. Plus grave, il a invité les propriétaires de résidences occupées à engager des procédures judiciaires contre les «occupants illégaux» de leurs maisons, et à saisir des huissiers de justice pour entrer en possession de leurs biens. C’est bien un aveu d’impuissance et d’incapacité dont fait montre celui là même qui avait promis quelques mois en arrière, une période de sensibilisation suivie de la période de répression. Eh bien, il faudra encore attendre la providence divine pour espérer entrer à nouveau en possession de ses biens mobiliers ! Selon lui, avec les Frci qui occupent encore des résidences privées et autres, la procédure est encore plus délicate, pour éviter qu’on en arrive à des «coups de feu». A l’entendre l’on est en droit de se demander s’il existe bien une autorité ? A moins que les autorités ivoiriennes ne veuillent voir perdurer cette situation…


Frank Toti


Source: LE NOUVEAU COURRIER

jeudi, 12 septembre 2013

LETTRE AUX FRERES ET SOEURS SYRIENS - OBJET: «I HAVE A DRONE»

                                                              

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Chers frères et sœurs syriens, j’ai décidé de vous écrire car comme hier mon pays, la Côte d’Ivoire, a été attaquée par la France Sarkozienne avec la complicité des Etats Unis d’Obama après avoir épuisé 8 ans durant une liste impressionnante de faux prétextes et aujourd’hui, si le congrès américain l’autorise, ses deux pays  s’apprêtent à livrer bataille contre vous quel que soit le temps que cela prendra pour trouver le bon prétexte. Il est vrai que je continue, quand je n’ai pas le choix, de consommer français ou américain et donc je contribue au financement des armes qui s’apprêtent à vous « protéger » en vous tuant et vous poussant à l’exil pour occuper votre pays avec des  apatrides armés qui seront demain plus syriens que vous. Ayant vécu en direct la crise ivoirienne, je constate que les arguments utilisés par les initiateurs de la guerre (courte guerre, frappes ciblées, pas de troupe au sol) pour tromper les opinions publiques  pour arracher leur soutien, reviennent en force. Finalement, ils ont fait tout le contraire de ce qu’ils avaient promis et sont allés au-delà de ce que la résolution onusienne autorisait en Côte d’Ivoire.

En Côte d’Ivoire après les bombardements illégaux et injustifiés de Sarkozy qui ont ciblé les armes d’origine russe et laissé intact les armes d’origine française, le nombre de massacres et d’exécutions sommaires, d’emprisonnements arbitraires se sont multipliés sous le gouvernement de l’obligé de Sarkozy qui utilise des armes exclusivement françaises sans que la même émotion contre Laurent GBAGBO ne visite les champions de l’impunité et les protecteurs du peuple ivoirien. Hollande a-t-il tiré les bonnes leçons de la crise ivoirienne malgré le geste en faveur de la libération de quelques prisonniers politiques célèbres dont le Président du principal parti d’opposition ou applique-t-il la règle du pompier pyromane ? On se pose la question au regard de son attitude sur la question syrienne.

Ainsi, je m’en voudrais terriblement de ne pas vous faire partager l’expérience ivoirienne. J’ai donc décidé de vous écrire cette lettre…

Comme hier en Côte d’Ivoire,  il était question de frappes ciblées, de courte durée, contre les armes lourdes que le Président légitime, légal de la République de Côte d’Ivoire était supposé utiliser contre son peuple c’est-à-dire ses propres électeurs.

Comme hier en Côte d’Ivoire, le Président Laurent GBAGBO aurait tué sept (7) femmes avec « ses armes lourdes » ; il est apparu que c’était un film tourné avec de vrais acteurs de cinéma pour émouvoir l’opinion publique et arracher une résolution de l’ONU.

 Je suis convaincu que la fameuse ligne rouge franchie par votre Président avec des armes chimiques qu’il aurait utilisées contre son peuple est encore un film sorti des studios d’Hollywood et que même s’il y a eu utilisation d’armes chimiques, l’auteur direct n’est pas obligatoirement un pro-Bachar.

 Je vous informe qu’en Côte d’Ivoire pendant la guerre de huit (8) ans de la France contre la Côte d’Ivoire, la France de Chirac n’a eu aucun scrupule à bombarder ses propres soldats à Bouaké, au centre de la Côte d’Ivoire, pour faire porter la responsabilité au Président GBAGBO et détruire toute la flotte aérienne d’origine russe de l’Etat ivoirien.

Je vous informe aussi que le Président GBAGBO a été arrêté, déporté à la Cour Pénale Internationale depuis  2011. Mais, jusqu’aujourd’hui, les accusateurs que sont la France, les USA, l’Union Européenne avec la contribution de tous les services secrets qui ont brandi aux yeux du monde entier les preuves du massacre des sept (7) femmes par Laurent GBAGBO, n’ont pas pu apporter, après trois ans d’enquête, le moindre élément factuel solide pour convaincre les Juges de la CPI attestant la culpabilité de Laurent GBAGBO d'avoir tué ces femmes et encore moins à l'arme lourde.

Comme hier en Côte d’Ivoire, ils ont tous criés que le crime contre ces femmes ne peut rester impuni mais par contre leur agent installé au pouvoir a massacré 800 personnes de même ethnie avec des armes d’origine française, un véritable génocide qui reste aujourd’hui impuni.

Comme hier en Côte d’Ivoire, Laurent GBAGBO  a été désigné comme co-auteur indirect du massacre de son peuple, mais jusqu’aujourd’hui les auteurs directs n’ont toujours pas été identifiés pour qu’ils désignent leur donneur d’ordre. De même, Bachar Al Hassad est désigné comme responsable d’utilisation d’armes chimiques sans qu’aucun coupable ne soit formellement identifié pour qu’il indique Bachar Al Hassad comme le donneur d’ordre. L’occident, parti pris au conflit, s’est érigé en juge du droit international contre le principe sacro-saint de la présomption d’innocence  et décide de frapper la Syrie en ne faisant même pas l’hypothèse de la réaction des alliés de Bachar en cas de propagation des dégâts collatéraux comme au Mali ou pire, comme Pearl Harbour qui a précipité les USA dans la seconde guerre mondiale malgré leur neutralité initiale.

Ainsi les Etats occidentaux jouent avec le feu et  hiérarchisent en grands frères et petits frères les Etats où les premiers jugent et frappent les seconds mettant de côté les institutions et règles qu’ils se sont librement données pour gérer les relations internationales entre Etats souverains. Nous constatons que ces pays, les USA, la France et la Grande Bretagne qui se sont érigés "Shérifs planétaires" font partie du Top 10 des plus gros exportateurs d'armes au monde.  Avouons-le tout net, l’ONU comme hier la société des nations, est aujourd’hui incapable de régler pacifiquement les relations entre nations souveraines face à la poussée des industries d’armement qui alimentent le nazisme économique : occupation militaire, domination monétaire et économique, consommation forcée, soumission, exécution ou contrainte à l’exil des populations.

Comme hier en Côte d’Ivoire, la première cible frappée par la France n’était plus uniquement les armes lourdes d’origine russe mais la télévision ivoirienne, l’Université d’Abidjan et le palais présidentiel qui a reçu à lui seul 50 bombes dont une qui a frappé le mur de la chambre du Président, heureusement il n’était pas dans sa chambre.

Je suis convaincu que ça sera les mêmes cibles chez vous avec le même objectif : Eliminer  les seules armes lourdes qu’ils recherchent : Bachar Al Assad et l’Etat Syrien ; détruire tout l’arsenal militaire d’origine non occidentale. L’arrestation du Président GBAGBO ayant permis de mettre à nu le complot et les mensonges d’Etat servis à la communauté internationale, je suis convaincu d’une chose : Bachar Al Assad et l’Etat Syrien subiront le même sort que KADHAFI ou SADDAM HUSSEIN et leurs états respectifs si le monde entier continue de rester sourd et aveugle au nazisme économique de l’occident en crise.

Comme hier en Côte d’Ivoire, le terme « courte période » n’étant pas normalisé par l’ONU seul le temps pour arrêter ou tuer Bachar et décimé l’Etat Syrien, sera le temps que prendront les bombardements. En une seule journée, plusieurs cibles peuvent être atteintes par les missiles Tomahawk. En Libye, pour la seule journée du 19 mars 2011, l’OTAN a tiré 124 missiles Tomahawk et touché une vingtaine de cibles. En Côte d’Ivoire, ces bombardements par la France ont commencé le 28 Mars 2011 pour se terminer le 11 Avril 2011, date de l’arrestation du Président Laurent GBAGBO mais la guerre des rebelles armés par la France de Chirac et de Sarkozy a démarré le 19 septembre 2002 pour prendre fin le 11 avril 2011.

Comme hier en Côte d’Ivoire, le 11 avril 2011, contrairement aux déclarations initiales qui ne prévoyaient pas de troupes au sol, ce sont les troupes françaises qui sont descendues sur le terrain à bord d’une cinquantaine de chars pour prendre possession du palais présidentiel ayant résisté à la pluie de bombes pour arrêter le Président Laurent GBAGBO.

Comme hier en Côte d’Ivoire, sachez, chers frères et sœurs que pendant cette « courte période », tout l’appareil d’Etat sera détruit, le peuple syrien sera enfermé chacun chez lui sans eau, sans électricité, sans gaz avec tous les hôpitaux, pharmacies et commerces fermés. Les malades mourront dans les hôpitaux, les femmes enceintes  accoucheront à domicile et celles qui auront besoin d’une césarienne mourront, les bébés seront privés de lait. La faim, la soif, la maladie seront vos amis. Les toilettes  de vos maisons seront remplies et vous dormirez avec vos urines et vos déchets. Les missiles Tomahawk, équipées souvent d’ogives nucléaires ne feront pas la différence entre pro et anti-Bachar. Les cadavres seront ramassés, incinérés et les cendres jetées à la mer pour effacer les traces et faire croire que les frappes étaient des frappes chirurgicales sans effet collatéral. Tout cela se passera hors caméra.

Paradoxe des paradoxes, punir un « présumé coupable » reviendra à punir des innocents. Autre paradoxe : punir un chef d’état supposé avoir violé le droit international passera par la violation de ce même droit édicté par la charte des Nations Unies qui recommande l’accord du conseil de sécurité pour l’usage de la force dans les relations entre états souverains sauf en cas de légitime défense. Sommes-nous dans un cas de légitime défense ? Certainement pas. Quel est l’avenir de l’ONU en cas de « frappes punitives » sans son aval ? Un machin qui risque de disparaitre comme son géniteur : la SDN. Quel est l’avenir de de la Syrie en cas de frappes ? Une poudrière djihadiste.

Chers frères et sœurs, sachez que quand l’industrie militaire a soif de profit, la vie, la morale et le droit ont  peu d’utilité et les commerçants de la mort n’ont pas  de limites.

Comme hier en Côte d’Ivoire, la destruction de l’appareil d’Etat exposera le pays à un pillage sans précédent des commerces et des domiciles.

Comme hier et aujourd’hui en Côte d’Ivoire la destruction de l’appareil d’Etat ouvrira tout le pays à une foule de rebelles sans foi ni loi, qui se proclameront Syriens à la place des Syriens, exécutant sur dénonciation tous ceux qui seront de loin ou de près désigné pro-Bachar. Une foule de Syrien sera contrainte à l’exil, sans protection contre la faim ou d’un simple abri de la part de ceux qui sont soi-disant, venus  vous protéger, abandonnant ainsi champs, commerces, usines, domiciles entre les mains de rebelles sans identité fixe qui s’en approprieront à souhait.

Comme hier en Côte d’Ivoire, même les bénéficiaires du complot qui seront à la tête du pays n’auront pas la main mise sur cette foule de rebelles et le pays sera exposé à une insécurité permanente. La punition frappera donc tous les innocents qui vivront au rythme des exécutions sommaires, des arrestations arbitraires, des tortures et des emprisonnements. Tout ceci se passera hors camera.

Comme hier en Côte d’Ivoire, tous ceux qui étaient venus avec le prétexte de vous protéger, ne parleront plus de vous dans leurs medias. Ils fermeront les yeux sur les massacres quotidiens des nouveaux seigneurs de guerre et leurs parrains installeront les principes du nazisme économique pour vous vendre de nouvelles armes sous prétexte de reconstruction de l’armée et  pomper en silence sans taxe ni autorisation toutes les richesses du sol et du sous-sol au nom de la démocratie et des droit de l’homme.

Comme hier en Côte d’Ivoire, cette guerre intervient au moment où les USA sont proches de la cessation de payement. La France, quant à elle, recherche désespérément une croissance économique et vient de recevoir, comme par enchantement, une commande de un (1) milliard d’Euros de l’Arabie Saoudite, principal financier et allié de la rébellion Syrienne et des USA dans la crise syrienne. Est-ce pour acheter la participation de la France et son  soutien indéfectible à la guerre ? Car l’histoire n'avait-elle pas donné raison à la France quant à sa position de "non participant" à la 2ème guerre américaine contre l’Irak ? Secret d’État. Cette hésitation dans le camp européen montre à quel point cette guerre pour punir Bashar, est difficilement  justifiable.

La défection européenne est venue de là où personne ne l’attendait : Londres.

Comme hier en Côte d’Ivoire, sachez, chers frères et sœurs, que cette guerre n’est pas pour vous protéger mais pour protéger l’industrie d’armement de ces pays « shérifs de la terre » qui maquille leur commerce de la mort par une action humanitaire. Sinon, ils allaient commencer par protéger les millions d’exilés sans toit et ils n’auraient pas craint la présence des experts de l’ONU qu’on pressait de quitter les lieux pour cause de bombardement imminent. C’est pour protéger l’industrie d’armement en prenant possession de votre économie par la force après  avoir accompagné certains d’entre vous au cimetière ou en exil.

Comme hier pour le cacao ivoirien, le financement de cette guerre sera fait par l’étranglement du marché du pétrole pour faire flamber les prix au profit des pétrodollars qui soutiennent et financent la rébellion. Tout le monde entier sera puni en payant cette guerre pour le malheur des syriens et pour le bonheur éphémère de l’industrie militaire américaine qui sera momentanément sauvée de la faillite, le temps d’une autre cible et d’une autre crise de surproduction d’armes.

Chers frères et sœurs syriens, sachez que la Côte d’Ivoire a souffert et souffre encore, comme plusieurs autres pays, de ce nazisme économique et que vous pouvez l’éviter si vous opter franchement et sincèrement pour un compromis politique quel que soit le temps que prendront les négociations afin de préserver le  bien le plus précieux d’un pays : l’Etat.

Je sais que certains de vous n’aiment pas Bachar,  mais je vous en prie, aimez votre pays et évitez de mettre sous la guillotine la tête de Bachar, en même temps que votre pays !

 Vous le regretterez comme c’est le cas aujourd’hui pour beaucoup d’Ivoiriens, entre autres, qui ont soutenus la rébellion et ses alliés. Car demain, ce seront leurs experts (militaires, économistes, santé, etc.) qui viendront vous dicter la gestion de votre pays, alors vous découvrirez que la Syrie est sous tutelle.

Si le besoin de punir peut faire avancer la résolution du conflit, il ne revient pas à l’exécutif d’un autre pays de faire justice, le mode d’identification des coupables et leur punition peut faire partie de la solution politique.

Chers frères et sœurs, Obama s’était battu contre la guerre de Bush en Irak parce qu’il avait jugé les preuves insuffisantes et l’intervention sans l’ONU illégale. Il se présente comme l’héritier du plus pacifique des américains : Martin Luther KING qui avait lancé la fameuse formule « I have a dream ». Obama peut être fier de l’héritage en lançant  « I have a drone ». De même Hollande s’est opposée à la guerre de Bush contre l’Irak pour les mêmes raisons et s’est retiré de l’Afghanistan pour faire des économies. Ils étaient tous deux convaincus que la crise économique et la réduction du chômage pouvaient être résolues sans faire la guerre comme Bush. Face à la concurrence des pays émergents, l’économie de marché ne marche plus pour l’occident. Le secteur de l’industrie des armes est le seul sauveur. La guerre suivie de l’occupation militaire et économique en accompagnant des citoyens du pays occupé au cimetière et en exil, restent l’unique alternative pour réduire le chômage, le déficit de la balance commerciale, le déficit budgétaire et  financer la croissance. Même cette solution est devenue éphémère et ne profite qu’aux paradis fiscaux et quelques intérêts privés. Ironie du sort, Obama, prix Nobel de la paix, héritier de Martin Luther King, fait la guerre avec Hollande dans les mêmes conditions que Bush pour tenter de redresser leur économie. Ils font leur devoir de Président élu pour donner de l’emploi à leurs concitoyens et protéger leurs industries stratégiques.

Chers frères et sœurs, faites le vôtre en disant non à la guerre et oui à une solution politique pour protéger vos domiciles, vos activités économiques et vos emplois. Je vous préviens, vous regretterai tout autre choix.

Chers frères et sœurs Syriens,

Je sais que vous n’aurez pas cette lettre car aucune presse internationale n’osera la publier. Je la considère comme une  bouteille à la mer.


Par le  Dr Cheick DIABATE

Enseignant chercheur, Université du Colorado

(USA)

mercredi, 11 septembre 2013

LA CRISE MORALE DES SOCIALISTES FRANÇAIS ET LE CAMARADE LAURENT GBAGBO

 

GBAGBO, HOLLANDE ET AYRAULT.jpg


Nombreux étaient les Africains francophones qui, en 2012, lors des élections présidentielles françaises, avaient adressé des prières au ciel pour qu'il les débarrassât de Nicolas Sarkozy. Une fois leurs vœux exaucés, ils s'étaient mis à espérer une politique plus ferme de François Hollande à l'égard de la dictature qui commençait à se mettre en place en Côte d'Ivoire. Ils ont attendu. Ils n'ont rien vu venir. Certains se demandent s'il faut encore espérer.

Au regard de l'esprit actuel des socialistes, on est tenté de leur dire que l'espoir n'est pas permis sans un petit miracle. Car, au-delà de l'impasse économique dans laquelle se trouve la France et qui demande une autre voie d’étude - excellemment analysée par Fernand A. Dindé dans son article « La France doit se réinventer ou périr » - le mal français trouve aussi son explication dans l'éloignement des valeurs morales. Et ceux qui ont perdu quelque chose dans ce domaine, ce sont les socialistes. Quand Jean-Marc Ayrault clamait le 25 août 2013 à la clôture de l'université d'été des socialistes à La Rochelle qu'il leur faut « se réinventer », c'est qu'il était conscient que son parti s'est éloigné de ses valeurs premières. En effet, depuis quelques décennies, il paraît tout à fait évident – aussi bien sur le plan national que sur le plan international – que les socialistes ne portent plus aucun espoir, n’indiquent plus aucune voie à suivre. L'affaire du camarade Laurent Gbagbo et l'état actuel de la Côte d'Ivoire sont là pour nous montrer qu’ils ont perdu tous leurs repères. Peut-être qu'avant de penser à se réinventer économiquement – comme le leur conseille Fernand Dindé - il faudra d’abord qu'ils songent à retrouver leurs valeurs morales.

Car, si dans l'opinion commune le libéralisme a une connotation individualiste, le socialisme revêt indubitablement une idée de société plus égalitaire, distillant des valeurs humanistes. Le socialisme renvoie aux combats pour l'égalité et la fraternité humaines. Des idées apparemment utopiques, mais qui ont dans la pratique quelques consistances charmantes et galvanisantes qui font de l'homme un être cherchant à donner le meilleur de lui-même pour construire une humanité plus juste. Le socialisme évoque le combat des abolitionnistes du XIXe siècle, le combat de tous ceux qui, çà et là, sous tous les cieux, ont soutenu ou participé aux luttes des faibles contre les puissants, des pauvres contre les riches.

En mai 1981, avec l'arrivée de François Mitterrand à l'Elysée, nous nous sommes tous mis à rêver : Français blancs, Français noirs et anciens colonisés d'Afrique et d'ailleurs. Oui, les Noirs de France et d'Afrique francophone ont vu se lever un jour nouveau sur leur rêve d'une plus grande fraternité humaine en mai 1981. Par ailleurs, la personnalité même de François Mitterrand, homme cultivé pétri de connaissances humanistes, laissait augurer de belles choses pour les minorités françaises et anciens colonisés vivant dans une indépendance tronquée au sein d'un système de soumission et de prédation adroitement préparé par Charles de gaulle.

La grande désillusion

Malheureusement, François Mitterrand et les socialistes n’ont jamais adressé de signe fort aux minorités nationales pour entretenir leurs rêves. Certes, les discours plaidant pour une vie commune apaisée n'ont pas manqué. Certes, le racisme n'a jamais été aussi vivement dénoncé par les autorités politiques. Mais à aucun moment le pouvoir n'a accompli de geste significatif permettant une plus grande acceptation des minorités par la majorité blanche. Rivés au principe selon lequel il n'y a pas de communauté ethnique en France, les socialistes n'ont pas tenté d'analyser les souffrances des minorités pour y trouver des solutions particulières comme on le fait pour les femmes, les handicapés, les victimes de guerre, les homosexuels... Ils n'ont pas jugé que des gens sortant assez récemment tout de même de l'esclavage et de la colonisation - états dans lesquels ils n'ont connu que brimades et tâches avilissantes - avaient besoin d'être présentés différemment pour être mieux acceptés par leurs nouveaux concitoyens blancs. Aucun héros noir ne sera élevé à la gloire nationale. La discrimination positive tant rêvée ne sera jamais tentée parce que constamment soumise à des débats stériles. L'on se contentera par conséquent d'un seul Noir issu de l'immigration (comme on le disait déjà) au sein du gouvernement durant les quatorze années de pouvoir mitterrandiste-socialiste.

Il a donc fallu attendre que la droite revienne au pouvoir avec Nicolas Sarkozy, le moins amoureux des lettres et donc des humanités parmi les présidents de la cinquième république, pour voir un geste allant dans le sens d'une meilleure visibilité des minorités en terre de France. La maigre poignée de ministres noirs et d'origine maghrébine a créé l'événement durant son quinquennat. En 2012, la nomination d'un plus grand nombre de ministres issus des minorités par François Hollande est presque passée inaperçue. Et pour cause : en cinq ans, les Français se sont déjà quelque peu habitués à voir des personnes basanées dans les plus hautes fonctions politiques de l'Etat ! Chacun venait de comprendre que ce n’est pas le talent qui permet d’accéder aux hautes fonctions politiques et à la direction des grandes sociétés d’Etat mais l’arbitraire de la nomination et de la promotion.

Retenons donc que c'est la nouveauté qui effraie mais qu’en même temps « on ne peut rétablir confiance et espérance que si l’on indique une autre voie » (Edgar Morin, sociologue et philosophe). Il fallait donc oser la nouveauté pour que l’habitude, ou plutôt la confiance s’installe ! Retenons aussi que quand on manque d’audace, quand on a peur de la nouveauté, à force de mollesse, on finit par marcher dans les pas de ses adversaires. Les valeurs qui sont votre marque distinctive finissent par vous sembler encombrantes et vous finissez par les taire ou les cacher. Les socialistes se renient constamment et se contentent de faire comme les autres parce que, aujourd'hui, défendre les valeurs morales et humanistes est vu comme une faiblesse. Par contre, prôner la violence pour la violence, le châtiment pour la moindre offense, lever des armées pour combattre sous tous les cieux pour y apporter désolation et misère est vu comme une vertu. Qu'elle est déjà lointaine cette époque où les intellectuels socialistes descendaient dans les rues pour défendre les peuples opprimés par nos propres armées !

Quand les socialistes livraient Laurent Gbagbo à la droite

S’ils ont du mal à reconnaître et à défendre des valeurs humanistes en France, ce n’est pas en terre africaine qu’ils vont jouer les défenseurs de la veuve et de l’orphelin. Sur ce continent, ce sont les armes qu’il faut faire parler. On est sûr d’être applaudi par les médias qui se parfument à la dynamite, la guerre sous tous les cieux étant leur fond de commerce. N'est-ce pas à leurs exploits militaires en Afrique que le peuple français juge de la valeur de chacun de ses présidents ? Après le Mali qui lui a permis de grimper durant quelque temps dans les sondages, François Hollande ne s’est-il pas découvert une âme de guerrier ? L’Afrique comme terrain de jeu ne lui suffisant plus, il veut aller s’amuser en Syrie. Il faut croire que les socialistes ont perdu toutes leurs valeurs au point de ne plus savoir ce qu’ils disent et ce qu’ils font. Edgar Morin a bien raison de dire que « le parti [socialiste] a perdu sa pensée » parce que « nos hommes politiques ne se cultivent plus, ils n’ont plus le temps, leur connaissance du monde est fournie par des spécialistes et des experts dont la vue est évidemment bornée à un domaine clos et il n’y a personne pour faire la synthèse »*. N’étant plus éclairés par les humanités ils ne peuvent que tourner le dos aux valeurs qui nous unissaient au-delà de nos frontières respectives. On comprend mieux le crime des socialistes français à l’égard du camarade Laurent Gbagbo.

Car là où François Hollande et les socialistes ont fait preuve de la plus grande lâcheté et d’une mollesse inqualifiable et continuent à le démontrer, c’est avec l’affaire du camarade Laurent Gbagbo. Oui, l’ancien président ivoirien est un socialiste dont le parti était une des composantes de l’Internationale socialiste. Nous disons « était » et allons vous expliquer pourquoi nous nous exprimons au passé. L’Internationale socialiste exige une certaine cohésion entre ses membres sur certaines valeurs. Cela va de soit, dans toute organisation.

Toutefois, tenez-vous bien ! Alors qu’à la fin des années 90 Dominique Ouattara organisait des galas au nom d'une association ivoirienne d'aide à l'enfance dont on devine que les bénéfices ont servi à acheter des armes, au moment où elle faisait le tour des personnalités socialistes pour plaider la cause de son cher et tendre époux (propos de François Loncle, député socialiste de l’Eure*), aucun d’eux n’a jugé utile d’entendre un autre son de cloche pour essayer de comprendre la réalité du terrain ivoirien parce qu'ils ne voulaient pas avoir à soutenir le socialiste Laurent Gbagbo contre un projet français. Ils iront même plus loin.

Non contents de se murer dans le silence quand les valeurs humaines sont bafouées dans les anciennes colonies par l'armée française et les réseaux officiels de l’Elysée (la Françafrique n'est plus un réseau occulte*), les socialistes français vont aller jusqu’à se désolidariser officiellement, et donc publiquement, du démocrate Laurent Gbagbo au nom des intérêts de la France. Par un acte officiel intitulé « Appel : Gbagbo doit partir » daté du 22 décembre 2004 publié par le journal Le Nouvel Observateur, ils avaient lancé les premières signatures demandant l’exclusion de Laurent Gbagbo et du FPI de l’Internationale socialiste !

Cet appel est intervenu à la suite des événements de 2004 où, encerclé par les patriotes ivoiriens venus protéger la résidence de leur président contre tout éventuel coup d’état, l’armée française tira sur la foule. Cet événement, exceptionnel en Afrique noire – qu’Antoine Glaser et Stephen Smith comparèrent à la prise de la Bastille* - fut l’occasion pour les socialistes de se rapprocher davantage du gouvernement de Chirac et lui témoigner leur solidarité. Effectivement, pour eux, « les pouvoirs passent, les intérêts de la France demeurent », selon les termes de Laurent Fabius.

Quand de jeunes patriotes défient à mains nues une armée étrangère qui vient faire la loi sur leur sol, universellement, on y voit un acte héroïque. Malheureusement pour les socialistes français, un jeune Ivoirien qui meurt pour son pays est un affront à la France ; et cela mérite des représailles. Quelle perte énorme du sens des choses ! Qu’ils prennent le temps de méditer ces paroles pleines de vérité de Bernard Houdin, le Conseiller Spécial du président Laurent Gbagbo : « En France on perpétue la mémoire de [Guy Moquet], tombé sous les balles nazies […]. Mais a-t-on le même souci pour tous les "Guy Moquet" des luttes pour la souveraineté des peuples et qui sont, parfois, tombés sous les coups de ceux qui honorent, chez eux, "leurs Guy Moquet" ? Combien de Guy Moquet palestiniens, ivoiriens, congolais, vietnamiens, boliviens et autres ? »*

Et au moment où Nicolas Sarkozy avait besoin d'être officiellement approuvé pour mener la charge finale contre le palais présidentiel ivoirien et parachever l'œuvre commencée par Chirac, qui se chargea de déclarer le camarade Laurent Gbagbo « infréquentable » ? Le camarade François Hollande ! On n’est jamais mieux trahi que par les siens.

Aujourd’hui, plus personne ne cherche les valeurs humaines chères aux socialistes français d'antan. Depuis leur retour au pouvoir en 2012, François Hollande a purement et simplement chaussé les bottes impérialistes laissées sur le paillasson de l'Elysée par son prédécesseur pour aller défendre les intérêts français en Afrique sans une once d'attention à la dictature qui sévit en Côte d'Ivoire. Plus de 700 prisonniers politiques et plus de 200 militaires de l'ancien régime (Nouveau Courrier du 23/08) croupissent dans les geôles de Ouattara ; la plupart dans le nord du pays transformé en véritable Guantano impénétrable. Et Hollande se tait. Ceux qui sont laissés libres ont leur compte bancaire bloqué par Ouattara. Et Hollande se tait. Les exilés qui ont un peu de notoriété sont pourchassés avec la complicité des pays voisins et jetés en prison. Et Hollande ne dit mot. Les populations de l'ouest qui ont pris le chemin de l'exil après les massacres de Douékoué, Guitrozon et Nahibly sont remplacées par des populations venues du Burkina et du Mali. Pas un socialiste pour crier au scandale. Hollande se tait. Et quand officiellement Ouattara déclare que par la politique de rattrapage le sud de la Côte d'Ivoire est exclu de la gestion des affaires du pays, le président français se tait parce qu'il juge que cela ne porte nullement atteinte aux intérêts français.

Plus rien ne distingue une politique étrangère de la gauche d’une politique étrangère de la droite. Il est clair que pour le gouvernement socialiste, critiquer les agissements du pouvoir ivoirien installé avec force par la France réunifiée et solidaire équivaut à une remise en question de la politique africaine de la France. Après avoir chanté les louanges du burkinabé Ouattara et l'avoir imposé aux Ivoiriens comme leur sauveur, ce n'est sûrement pas un président français qui commettra le crime d'aller défaire ce que son prédécesseur a fait. Pourquoi aller parler de droits de l’homme et de démocratie à un dictateur installé par la France ? De toutes les façons, il n’est pas certain que les nègres aient assez de jugement pour distinguer démocratie et dictature.

De leur côté, sûrs de l'impossibilité pour la France de se renier, Alassane Ouattara et ses milices font la pluie et le beau temps depuis deux ans. Ils assurent haut et fort qu'ils sont en train de réussir la réconciliation nationale, de « rendre la démocratie irréversible en Côte d’Ivoire » (Le Monde du 4 février 2012), et leurs propos sont pris pour parole d'évangile en France. Ils assurent que tous ceux qui ont commis des crimes durant les périodes troubles du pays seront jugés et punis. Et François Hollande les croit, même si de toute évidence c’est un mensonge puisqu’il n'y a que Laurent Gbagbo et ses partisans qui subissent la loi du régime en place. Ni l'ONU, ni les Américains, ni la France ne juge tout cela inadmissible. Alors Ouattara passe son temps à voyager en Europe pour serrer des mains blanches qui sont autant de bénédictions qui l’innocentent des crimes de ses miliciens chargés de terroriser les populations pour éviter toute manifestation politique en Côte d'Ivoire. La peur est décidément devenue un gage de stabilité aux yeux de tous les observateurs étrangers.

Ou les socialistes se réveillent ou ils disparaissent

François Hollande le socialiste peut-il avoir une autre lecture de la relation entre la France et la Côte d'Ivoire ? Nicolas Sarkozy était l'ami d’Alassane Ouattara et il a mis l'armée française au service de son ami pour installer le pouvoir que nous connaissons aujourd'hui. François Hollande est-il capable de dire à Alassane Ouattara « moi aussi j'ai des amis et des valeurs à défendre avec eux » ? Non ! Il n'en est pas capable. Et c'est là que l'on reconnaît la gauche molle dans toute sa splendeur ! Elle n'est pas capable d'exiger le respect des valeurs chères à tous les socialistes du monde entier : un retour rapide à une vie politique normale afin de permettre des élections démocratiques honnêtes qui ne nécessitent pas l'intervention de l'armée française, de l'Onu et des Etats-Unis. Voilà le minimun que l’on attendrait d’un gouvernant socialiste. Si nous avons festoyé ensemble à la Bastille en agitant les drapeaux de divers pays de la terre lors de l'élection de François Hollande, c’était tout simplement pour lui demander qu’il nous permette de nous retrouver autour des valeurs simples comme la démocratie et le non-emprisonnement pour des opinions politiques.

A vrai dire, François Hollande et les socialistes français nous ont trahis. Ils vivent dans la peur d'incarner des valeurs pour lesquelles le monde entier lutte pour un mieux-vivre et un mieux-être. Ils ont peur d'agir parce qu’ils ont peur de la nouveauté. Alors, ils se contentent de gérer plutôt que de prendre des initiatives. Si François Hollande ne force pas immédiatement la main à Ouattara pour l’amener à une gestion plus humaine, plus démocratique et plus juste de la Côte d’Ivoire, alors ce dernier a de beaux jours devant lui. Grâce à ses dozos et à ses rebelles nordistes qui ont remplacé les forces régulières ivoiriennes plurirégionales – rattrapage ethnique oblige – et la naturalisation massive de ses anciens compatriotes burkinabés, il est certain d’avoir préparé le cocktail idéal pour remporter les élections de 2015 dans un carnaval de fraudes. Et quand la gauche aura perdu les prochaines élections présidentielles en France, l’homme fort d’Abidjan sera assuré de continuer à mépriser les appels à la démocratie, à l’instauration d’un état de droit, à une justice équitable pour tous et au non repeuplement de la Côte d’Ivoire.

C'est en Côte d'Ivoire, terrain d'injustice et de violations des droits de l'homme où la responsabilité entière de la France est engagée que les socialistes doivent "se réinventer" et non en Syrie. C'est là qu'ils doivent commencer - sur le plan international - le grand chantier moral qu'ils viennent de découvrir enfin. C'est au pied du mur ivoirien, où nous les attendions depuis si longtemps, qu'ils ne doivent pas mollir au risque de disparaître à jamais de la mémoire de leurs camarades de l'Internationale socialiste.
 
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*le film de Patrick Benquet : Françafrique, 50 années sous le sceau du secret.
* Antoine Glaser et Stephen smith : Pourquoi la France a perdu l'Afrique. Calmann-Lévy, 2005.
* François Loncle, député socialiste de l’Eure, ancien président de la Commission des affaires étrangères de l’Assemblée Nationale entre avril 2000 et juin 2002. http://www.youtube.com/watch?v=Yj7OJH_zH0c
* Bernard Houdin : hommage à Vergès, « Salut Jacques ! »


Raphaël ADJOBI

LOGEMENTS SOCIAUX: LA GROSSE ARNAQUE DU REGIME OUATTARA ENFIN DEVOILEE

 

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Ouattara avait annoncé lui-même à cor et à cri de bâtir des logements sociaux en Côte d’Ivoire. Quel nom le régime Ouattara n’avait-il pas inventé pour ce projet : "Logements pour Tous" ou "60.000 Logements Sociaux". Bien évidemment, les premiers souscripteurs ont été les mordus du régime Ouattara.

Seulement voilà quelques mois après les "Logements sociaux" de Ouattara, les souscripteurs se rendent compte de la laideur de l’arnaque gouvernementale.

Ce fut d’abord le quotidien pro-Ouattara "L’intelligent d’Abidjan" qui a donné le ton dans sa livraison du 24 août 2013 en tirant "60.000 Logements Sociaux, tout est mélangé, 600 milliards introuvables". 

Mais aujourd’hui, les langues se délient dans le rang des souscripteurs. Nous vous livrons ici le témoignage pathétique d’un souscripteur à l’opération qui a découvert les rouages de l’arnaque. Le dénommé Vass Diarrassouba relate dans un forum social ce qui suit :

«Logements "sociaux": allant voir l'agence immobilière à laquelle j'ai été affilié, on me dit que je dois payer 10% de la valeur de la maison comme apport initial +3,5% de caution mutuelle (je ne sais à quoi) + 135.000FCFA soit 1.500.000FCFA à payer de préférence avant la fin du mois pour être vite pris en compte . Je leur demande avec quoi ils veulent que je paye. Ils me disent d'aller voir ma banque. 

La banque me dit qu'elle n'a AUCUN partenariat avec les logements sociaux et si que je souhaite payer leur apport initial je prends un prêt classique avec le taux d'intérêt appliqué pour tout type de prêts. Au cas où je souhaite un prêt pour payer la maison, le prêt me sera accordé en fonction de mon revenu et je ne pourrai pas avoir la totalité de l'argent qu'il faut pour la maison car mon niveau de salaire ne me permet que d’avoir 7 millions de FCFA remboursable sur 15 ans à un taux de 9%.

Conclusion: Après, ne dites pas qu’on ne vous a pas dit et que vous n'avez pas su ce que les gens font sur le terrain. Gardez mes 30.000FCFA, c'est bon, quand j'aurai l'argent je vais construire ma maison» a-t-il publié.

Ainsi donc, s’étant rendu lui-même compte de la complexité des procédures des logements dit sociaux, M. Diarrassouba a décidé de renoncer à ses 30.000FCFA de frais de souscription pour chercher à bâtir sa maison par ses propres efforts.

Le régime Ouattara est conscient que les souscripteurs, pour la majorité, ne pourront jamais réunir l'apport initial requis comme ce fut le cas de M. Diarrassouba. 

Etant donné que des milliers de souscripteurs se sont engagés dans cette opération de "logements sociaux" sans savoir qu’il s’agit d’un gouffre d’arnaque sans fonds qu’ils ne pourront remonter, les déceptions comme celles de M. Diarrassouba se compteront en milliers les jours qui viennent, si ce n’est déjà le cas. Les logements sociaux sont donc une arnaque qui ne dit pas son nom.


Source: Le blog d'Alain Doh Bi

samedi, 07 septembre 2013

«LA PAIX N'EST PAS UN MOUROIR»

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J’ai aimé donner ce titre à cet aphorisme. Je le tiens d’un sage avec qui j’ai un commerce intellectuel assez nourrissant sur toutes les questions d’actualité. Il refuse d’ailleurs que je lui dise qu’il est un sage. Mais j’ai aussi compris qu’il n’y a pas plusieurs manières de ne pas m’en dissuader. C’est l’heureux signe de la modestie qui hante constamment les élus de la muse philosophique. Socrate disait constamment que tout ce qu’il sait c’est qu’il ne sait rien. Il n’a pas moins été le père de la civilisation occidentale.

Je devisais tranquillement avec lui, sur des sujets brulants de l’actualité du pays quand, dans une sorte de dépit assez mesuré, reprouvant l’attitude morbide de ceux qui nous dirigent actuellement et qui ne font rien pour soulager le peuple du misérabilisme croissant, le sage me sort cette idée concise et incisive : « la paix n’est pas un mouroir ! Autant on s’est donné les moyens de financer la guerre autant il faut se donner les moyens de financer la paix. Aujourd’hui toutes les régions, sans exception, réclame au pouvoir la réalisation de ses promesses de pluies de milliards. Elles ne peuvent plus attendre… » Nous venions de parler de la tournée de Soro Guillaume à Gagnoa. De son arrogance devant la misère du peuple. Selon les chiffres de la mansuétude de l’envoyé de Ouattara à Gagnoa, il a non seulement déçu par ses propos, mais il a surtout tué tout espoir d’espérer que lui et son gourou tiennent leur promesse d’assurer le bien-être des ivoiriens. Le bilan du déplacement de l’ex-rebelle ivoirien à Gagnoa nous a confirmé qu’il a pris la décision expresse d’aller narguer les Gôgnoa. Devant la litanie des souffrances de la population de Ouragahio, il aurait même dit ceci au maire de la localité : « Et ton frère qui était là au pouvoir qu’a-t-il fait pour vous sortir de la misère ? » De la part d’un homme qui ambitionne diriger un Etat moderne… il faut se dire que ce n’est pas demain la veille de notre sortie du sous-développement mentale.

Cette sortie du sage m’a rappelé une autre conversation que j’avais eu avec un militant d’en face qui m’a interpellé un jour sur la relative accalmie du pays depuis que Ouattara est au pouvoir. C’était pour lui le signe que le "bravetchè" est l’homme de la situation.  Il n’y a qu’avec son mentor que nous pouvons vivre autant en paix.  J’ai eu la réplique adéquate mais j’étais loin de penser que la paix signifiait autre chose que l’absence de guerre. Je lui ai simplement dit que la guerre dans un pays est toujours le fait d’une opposition barbare. Et son bravetchè avait la chance d’avoir en face lui une opposition civilisée, des démocrates. Je ne me rendais pas compte que je faisais une réplique partielle, que je disais une demi-vérité. « La paix n’est pas un mouroir » m’a, l’instant de quelques secondes, ouvert les yeux sur l’autre dimension de la guerre dans laquelle nous sommes tous plongés. Ils ont compté près de 3000  morts qu’ils ont passés aux armes pendant la phase armée de la guerre qu’ils faisaient à la Côte d’Ivoire, mais sait-on combien meurent de faim, de maladie, d’insécurité…tous les jours dans ce pays ? Cela n’est pas spécifique à la Cote d’Ivoire. Mais Où avez- vous vu les rebelles d’hier se retrousser les manches pour prendre à bras le corps la lutte contre cette misère qui gangrène notre pays.  Avons-nous vraiment l’impression que Ouattara voyage beaucoup pour sortir ce pays du sous développement?

 

Joseph Marat


Source: Le blog de Joseph Marat

mercredi, 04 septembre 2013

L'ADRESSE D'ABOUDRAMANE SANGARE, 1er VICE-PRESIDENT DU FPI, AUX MILITANTS, AUX DEMOCRATES DE TOUS LES CONTINENTS ET AU POUVOIR OUATTARA

 

 

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Le FPI célèbre les prisonniers politiques


Camarade Affi N’Guessan, Président du Parti,

Camarade Miaka Ouretto, Président assurant l’intérim,

 Camarades membres de la Haute direction  et des autres instances du Parti,

Distingués camarades militantes et militants, Honorables invités,


Merci Affi N’Guessan, Président du Front Populaire Ivoirien (FPI), de m’avoir désigné d’entre tous comme Porte-parole des détenus en liberté provisoire. Merci aux camarades fraichement sortis de prison, c’est-à-dire des sous-sols de l’humanité pour emprunter la formule de notre éminent regretté le Professeur Harris-Foté Memel, qui ont accepté cette distinction que je ressens avec honneur et fierté.

Camarades, Monsieur le ministre Dano Djédjé, 1er Secrétaire Général adjoint du FPI, président du Comité d’organisation, a donné tout son sens à la cérémonie de ce jour, dans un entretien accordé à Notre Voie n°4505 du vendredi 30 août 2013, en page 2 et je cite : « Nous plaçons cet évènement sous le signe de la démocratie et de la tolérance. Le sens de la solidarité partagée, le sens du réconfort, le sens du renforcement de notre amitié et de notre fraternité au-delà des idéaux que nous partageons… ». Pour notre part, j’ajouterai modestement que c’est aussi un moment de recueillement et d’intense émotion. En effet, comment  ne pas avoir une pensée pour tous ces morts au service de la Démocratie, de la Justice et de la Vérité ? Comment ne pas avoir une pensée pour tous ces blessés, parfois handicapés à vie ? Comment ne pas avoir une pensée pour toutes ces familles, ces camarades, amis, proches et connaissances qui, dans le dénuement total et après avoir traversé maintes péripéties, se sont vu imposer la route de l’exil ? Comment faire l’impasse sur ces biens saccagés et pillés, sur ces domiciles squattés ? Des femmes et des hommes ont été physiquement et symbolique - ment mis à nu, la Côte d’Ivoire avec eux. Le temps fera son œuvre d’historien et saura dévoiler tous les ressorts invisibles de cette cruelle tragédie. Il situera les responsabilités, toutes les responsabilités des différents protagonistes de ce que l’on a appelé la crise post-électorale, occultant ainsi volontairement la crise pré-électorale qui annonce et prépare la dite crise. Le Temps, cet autre nom de Dieu - pour paraphraser Laurent Gbagbo - dira qui a fait quoi et pourquoi ? Alors, seulement alors, nos morts pourront reposer en paix dans leur sépulture. Le FPI, fidèle à son histoire, continuera d’œuvrer à l’avènement de la démocratie en Côte d’Ivoire, sans un sentiment de haine, sans esprit de vengeance et de revanche. En prenant la parole, au nom de tous les détenus en liberté provisoire, après ce moment de recueillement et d’intense émotion, mes premières pensées vont tout naturellement vers le plus illustre d’entre nous, le Président LAURENT GBAGBO, ce démocrate-né qui est à la fois l’alpha et l’oméga de la lutte pour le retour du multipartisme en Côte d’Ivoire, ce soubassement de la démocratie, aujourd’hui trainé devant la Cour

pénale internationale (CPI) comme un grand criminel de guerre et poursuivi pour déni de démocratie ! Ainsi va la Côte d’Ivoire. Ainsi va l’Afrique. Ainsi va le monde des fossoyeurs de la démocratie. Mais leur Vérité d’aujourd’hui sera le Mensonge de demain.

Camarades, Rentré d’exil le 14 septembre 1988, Laurent Gbagbo avait fait le serment de ne plus retourner en exil de façon volontaire, mais aussi et surtout de créer un environnement démocratique afin que plus jamais un Ivoirien ne soit contraint à l’exil. Et le Titre 1 Chapitre 1 de la Constitution intitulé « Des libertés et des Droits » porte à l’article 12 la marque de cet engagement : « Aucun Ivoirien ne peut être contraint à l’exil ». Et pourtant, en violation même des dispositions constitutionnelles, il se voit de nouveau contraint à l’exil pour le bonheur et la satis - faction des « bien-pensants » de ce monde.

Mais, camarades militantes et militants du FPI, Femmes et Hommes épris de Liberté et de Justice, Nous vous demandons de sécher vos larmes car tout comme il est parti en exil en avril 1982 pour en revenir en septembre 1988, tenir le congrès constitutif de son parti et se présenter à l’élection présidentielle d’octobre 1990, se posant ainsi en leader incontesté et incontestable de l’opposition ivoirienne, le Président Laurent Gbagbo reviendra très bientôt parmi nous et la tâche incombera au FPI, son parti et aux Démocrates épris de paix, de liberté, de justice et de démocratie de lui conférer le statut qui sied à sa nouvelle dimension.

Mesdames et Messieurs les gouvernants actuels de la Côte d’Ivoire, Souffrez que nous vous disions que le FPI continuera, à toutes les rencontres devant décider de l’avenir de la Côte d’Ivoire, d’exiger la libération immédiate et sans condition du Président Laurent Gbagbo. Ce n’est ni de l’arrogance ni des préalables posés sur le chemin de la réconciliation. C’est tout simplement parce que Laurent GBAGBO est à la fois le cœur, le corps et la chair de tout débat, de tout débat politique sur l’avenir de la Côte d’Ivoire. Il n’est pas une partie du débat. Il est à lui tout seul le débat. Aussi doit-il être présent et entendu. Il ne peut être mis aux abonnés absents. Il ne peut y avoir d’omerta sur son nom. Si le nom du Président Laurent Gbagbo est un nom qui fâche, c’est que la Côte d’Ivoire est fâchée avec elle-même et avec ses gouvernants du moment. Alors, pour ne pas fâcher la Côte d’Ivoire, nous ne devons pas faire du cas du Président Laurent Gbagbo un cas qui fâche, mais un cas qui rassemble. L’histoire récente de notre pays enseigne que, à tous les grands moments où le destin de la Côte d’Ivoire devait se jouer, tous les partis politiques sont venus aux différentes discussions avec, à la tête de leurs délégations, leurs leader incontestés et incontestables. Par amour pour la Côte d’Ivoire, le Président Laurent Gbagbo a accepté de s’humilier pour qu’il en soit ainsi sous son mandat. Pourquoi, aujourd’hui, tant de méchanceté ? Pourquoi tant de haine pour celui-là même qui ne connait ni la haine, ni la vengeance, ni la revanche et qui, comme l’a si bien dit Me Altit, son brillant avocat, n’a jamais tenu de propos médisants sur qui que ce soit, et qui a fait étalage de sa générosité et de son humanisme durant tout son parcours au service des libertés démocratiques et de la Côte d’Ivoire ? Pourquoi refuser de lui renvoyer l’ascenseur alors qu’il a enseigné aux Ivoiriens que «  gouverner, c’est rendre le pouvoir au peuple ; que gouverner, c’est rassembler ».

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Camarades militantes et militants, Démocrates de tous les continents épris de paix et de liberté,

Tout comme Marcius Porcius-Cato dit Caton l’Ancien (234- 149 avant Jésus Christ), ce vieux romain aux mœurs irréprochables, symbole de la vertu romaine, alliance du courage et de l’abnégation, de la fierté patriotique et de l’austérité morale, qui a servi la Rome républicaine et est mort lorsque Rome se laissait gagner par l’orgueil et l’attrait des richesses ; Ce soldat courageux, de robuste constitution et tout entier dévoué à Rome qui, revenu à la vie civile, entre en politique comme on entre en religion et qui demandait avec insistance à Rome de reprendre les hostilités contre Carthage dont il a pu constater, après une enquête sur place, l’état florissant et les dangereuses ambitions : c’est alors qu’il achève tous ses discours par la célèbre formule : « Delenda est Carthago » c’est-à-dire « Il faut détruire Carthage ». Nous ne dirons pas qu’il faut détruire les ennemis et adversaires du Président Laurent Gbagbo comme certains qui envoient leurs adversaires au cimetière. Nous sommes trop démocrates pour tenir de tels propos. Nous dirons tout simplement dans nos prières, dans nos actes et comportements quotidiens, dans nos prises de position, au lever et au coucher ; Oui nous dirons, seuls ou à l’unissons : il faut libérer le Président Laurent Gbagbo et qu’il revienne en Côte d’Ivoire pour retrouver ce lien ombilical qu’il a su nouer avec son pays, ses populations et son peuple. Le Président Laurent Gbagbo a besoin de la Côte d’Ivoire et la Côte d’Ivoire a besoin du Président Laurent Gbagbo comme le corps a besoin d’oxygène. Le peuple de Côte d’Ivoire sent Laurent Gbagbo tout comme Laurent Gbagbo sent le peuple de Côte d’Ivoire et nul ne peut dés - unir ce que Dieu a uni. Le FPI, son parti, ne saurait tolérer aucun deal sur sa libération. Au nom du devoir de gratitude pour sa lutte au service des libertés démocratiques et de la Côte d’Ivoire, au nom du devoir de cohérence avec nos valeurs républicaines, au nom du devoir de partage et de solidarité, ces vertus qui portent la marque du socialisme ; Oui, camarades, chers amis démocrates, le droit sera dit et le Président Laurent Gbagbo rentrera en Côte d’Ivoire et sera accueilli dans la ferveur par son peuple.

Honneur à Simone Gbagbo, toi si humaine, juste et téméraire

Nos pensées vont ensuite vers la Première Dame, la Vice-présidente du FPI, Simone Ehivet Gbagbo, cette grande dame au grand cœur et de grande témérité. Humaine, juste et sensible, elle a toujours choisi de dire NON quand elle n’est pas d’accord. Aujourd’hui, vilipendée et diabolisée à souhait, il appartient au FPI et aux populations de Côte d’Ivoire d’œuvrer à sa libération. Au nom de nos valeurs et vertus prônées plus haut, nous devons ici et maintenant en prendre l’engagement. Nos pensées vont également vers toutes celles et tous ceux qui sont aujourd’hui en détention, parfois même privés de tout contact avec l’extérieur, leurs familles et leurs amis. Nous ne pensons pas seulement aux politiques et aux membres de la société civile mais aussi aux personnels des Forces de Défense et de Sécurité qui ont défendu avec fidélité et loyauté la République, ses institutions et les autorités qui les incarnent avec, au premier rang, le plus il - lustre d’entre tous, le Président Laurent Gbagbo. En les quittant, nous leur avons fait la pro - messe d’œuvrer immédiatement à leur libération et une promesse faite doit être tenue. Ils ont fait allégeance à la suite des résultats de l’élection présidentielle proclamés, en premier et dernier ressort par le Conseil Constitutionnel. Ces résultats donnaient le candidat de La Majorité Présidentielle (LMP) Laurent Gbagbo vainqueur !

Soutien aux exilés, hommage à la Diaspora

Nos pensées vont également vers ces Ivoiriens qui ont pris le chemin périlleux de l’exil. Ils essaient de se refaire péniblement une vie, de recomposer une famille disloquée, loin de leur terre d’attache. Ce n’est pas chose facile et ils méritent notre estime, notre solidarité et notre considération. C’est le lieu d’exprimer solennellement toute notre gratitude aux pays d’accueil qui ont bien voulu accepter de leur donner asile sur leur sol, conformément aux conventions internationales. Le FPI, qui sait être reconnaissant, ira, dès que faire se peut, leur rendre un hommage déférent. Pour l’heure, le FPI a le devoir d’œuvrer au retour des réfugiés politiques dans les délais les plus immédiats en Côte d’Ivoire. Nos pensées vont aussi vers la Diaspora qui, tous pays confondus, toutes ethnies et races confondues, toutes idéologies mêlées, a choisi, au nom de son idéal de démocratie, de souveraineté et d’indépendance des Nations, de battre bénévolement le pavé pour faire triompher ces valeurs et vertus tant prisées par les Nations dites avancées et qui, parfois, concernant l’Afrique, tournent le dos aux dites valeurs et vertus. Comment, Laurent Gbagbo, ce prétendu criminel de guerre qui a exterminé les populations, peut-il vivre dans l’estime de ses victimes et drainer autant de monde à La Haye et dans certaines grandes villes européennes et américaines? Assurément, c’est l’une des plus grandes énigmes de la question ivoirienne. Au nom de la Côte d’Ivoire, du FPI et de son Président Pascal Affi N’Guessan, nous rendons un hommage mérité à ces combattants intrépides de la liberté. Nous nous retrouverons ensemble, très bientôt, pour fêter la liberté retrouvée du Président Laurent Gbagbo en grande pompe. Nos sincères remerciements aux organisations de défense des Droits de l’Homme, à toutes celles et tous ceux qui, de façon affichée ou discrète, ont œuvré à notre libération. Ils ont œuvré utilement et nous le démontrerons par notre sens des responsabilités, qui n’est pas incompatible avec la fermeté dans la défense des principes et des valeurs qui nous fondent, et par notre attachement à la Côte d’Ivoire. Ils doivent cependant aller encore plus loin pour faire de notre libération provisoire une libération définitive.

JV11, vous avez fait de Gbagbo un absent présent!

Que dire des JV11, ces journaux victimes du 11 avril 2011? Leurs premiers responsables ont reçu les félicitations du Président du FPI, qui les a reçus, à sa demande, le lundi 26 août 2013, à l’occasion d’une rencontre à son domicile provisoire, son domicile principal étant occupé par des squatters en armes. Saluant leur résistance exemplaire, le Président Affi a tenu ces propos : « Le nouveau pouvoir est arrivé avec un plan clair : neutraliser les partis politiques, l’armée, l’administration et l’appareil judiciaire. Cette dictature ne pouvait pas souffrir d’une presse libre. Face à ce plan de démantèlement des acquis du multipartisme mis sur pied, votre détermination a sauvé les bases de la démocratie. C’est à partir de ce capital [… ] que nous allons relancer la lutte… » (In Notre Voie N°4502 du mardi 27 août 2013 p.4). Par leurs écrits et prises de positions dans un contexte totalitaire, les JV11 ont fait de Laurent Gbagbo un absent présent en Côte d’Ivoire, en Afrique et dans le monde. Par leurs écrits et prises de position, avec la collaboration des patriotes de tous bords et de la Diaspora, les JV11 ont œuvré de sorte que le Président Laurent Gbagbo, aujourd’hui, n’appartient plus à la seule Côte d’Ivoire mais à l’Afrique tout entière et, puisque l’Afrique participe du monde, il appartient au monde, à l’humanité. Plus qu’un homme d’Etat, le Président Gbagbo revêt la stature d’un homme pour l’Eternité.

Hommage à Miaka, à son équipe et aux structures du Parti

Honneur à vous camarades Président Miaka et membres de la Haute Direction en sursis du Parti. Vous avez fait et bien fait votre travail, votre devoir au service du FPI et de la Côte d’Ivoire. Le Président Miaka a bien compris le sens de l’Histoire et a refusé que ce soit sous sa direction que le FPI disparaisse de l’échiquier politique national. Avec les camarades de la Direction dont il a su s’entourer il a permis au FPI de rester debout. Le FPI a tangué. Le FPI a trébuché. Quoi de plus normal devant les perversités de l’ennemi, avec tous ces morts et disparitions, ces arrestations et privations de domicile, ces départs massifs en exil de ses dirigeants et militants. Mais, le FPI n’est pas tombé. Les structures résistent toujours sur le territoire national et les détenus en liberté aujourd’hui ont largement bénéficié de l’assistance et de la solidarité des structures du Parti.  Elles ont agrémenté notre séjour carcéral et allégé nos souffrances par une solidarité agissante. Et pour les passionnés de football, ce chant de ralliement du club de Liverpool intitulé « Tu ne marcheras pas seul » nous vient immédiate - ment à l’esprit. Oui, avec les structures du FPI qui forment un solide maillage sur tout le territoire national, vos camarades ex-détenus ne se sont jamais sentis seuls. Grâce à vous, camarade Président Miaka et membres de la Haute Direction du FPI, grâce à vous membres des instances fédérales, grâce à vous qu’on appelle avec affection et admiration militantes et militants de base, sachez que vous êtes les fondations qui tiennent solidement l’édifice et qui lui permettent de rester debout. Dans les grands moments de l’histoire du FPI et de l’histoire de la Côte d’Ivoire, le FPI a toujours été fière et riche de la résistance, de la détermination, de la persévérance de ses militantes et militants. Encore une fois, vous n’avez pas fait insulte à notre histoire en démissionnant du combat pour les libertés démocratiques. C’est tout à votre honneur. Au vu de ces observations, qui sont autant de satisfaction pour le Président du Parti, il n’est donc pas juste de dire que notre sortie de prison va donner une dynamique nouvelle à la lutte, que notre sortie de prison sera « le levain qui va permettre de booster la lutte pour la démocratie dans notre pays, imprimer un nouvel élan à la lutte… », pour reprendre les propos du président du Comité d’organisation, le ministre Dano Djédjé, 1er Secrétaire général Adjoint du FPI. Nous reconnaissons et saluons-là, la grande humilité de l’Homme. Mais la vérité, qui est la chose la mieux partagée au FPI, nous oblige à dire que c’est vous, sursitaires de la liberté, qui avez créé la dynamique, imprimé le nouvel élan et nous ne ferons que nous impliquer dans cette dynamique, dans cet élan. C’est vrai, il ne faut pas le nier, le Président Laurent Gbagbo et le FPI nous ont donné des noms floqués sur des maillots que nous portons, et nous devons faire honneur au maillot en le mouillant, au mieux avec notre sueur et nos larmes, au pire avec notre sang si, à notre corps défendant, nous devions en arriver au sacrifice suprême. Si, par extraordinaire, l’un de nous avait l’outrecuidance de transgresser ces valeurs qui nous rassemblent, les militants du FPI, comme un seul homme, se détourneraient de lui.

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Non à la politique de la chaise déjà occupée!

Me tournant maintenant vers vous, camarades en liberté provisoire, je ne fais que reprendre la déclaration du FPI qui porte la signature du Dr Kodjo Richard, alors Secrétaire Général par intérim et Porte-parole du FPI : « le FPI félicite le président Pascal Affi Nguessan et ses codétenus pour l’exemplarité de leur endurance et de leur foi dans l’idéal de justice et de paix », déclaration faite à Abidjan, le 19 août 2013, dans Notre Voie no 4496 du mardi 20 août 2013, p 2. Vous êtes restés dignes et responsables. Vous n’avez imploré aucune clémence. Non par suffisance et manque d’humilité mais parce que vous restiez convaincus que vous êtes dans le droit chemin de la Justice et de la Vérité. Gloire à vous, hommes de conviction ! C’est le lieu de saluer ici le retour du Secrétaire Général par intérim, Laurent Akoun. Le FPI et la Côte d’Ivoire ont besoin de sa constance et de sa détermination dans la lutte. En bon républicain, il a accepté et assumé la décision de justice qui le privait de ses droits civiques. Il a bien fait de respecter la décision du pouvoir judiciaire pour montrer son attachement aux institutions de la République.

Camarade Président Pascal Affi N’guessan, Honorables membres et militants du FPI, Honorables personnalités éprises de Liberté, de Démocratie et de Paix,

Un dicton bien connu en Côte d’Ivoire dit qu’après la fête, il y a la défaite. Oui, il y aura bien une défaite. Mais pas celle du FPI. Ce sera celle de tous ceux qui croient que la solution pour une sortie de crise réussie en Côte d’Ivoire réside dans la dissolution du FPI. Le FPI est partie intégrante à la Côte d’Ivoire. Et, puisqu’on ne peut dissoudre la Côte d’Ivoire, l’on ne peut pas dissoudre le FPI. Le Parti ne peut connaitre que la victoire parce que l’on peut emprisonner la chair mais l’on ne peut emprisonner l’esprit. Une fois les lourdes portes de la prison fermées, l’esprit du FPI sort par la fenêtre pour irradier tout le corps social. Au départ du FPI, il y a un homme, LAURENT GBAGBO. Au départ du FPI, il y a une grande dame : SIMONE EHIVET GBAGBO. A eux deux, ils ont donné des convictions et une vision au FPI. Ce qui permet au FPI, en tout temps et en tout lieu, de savoir marcher car il sait d’où il vient et il sait où il va. Et, parce qu’il vient de loin, il ira loin. C’est connu, il n’y a de vent favorable que pour celui qui sait où il va. Et le FPI sera toujours porté par le vent de la démocratie qui annonce et prépare le développement. Car les nations industrialisées sont pour la plupart des nations démocratiques. Le FPI roule pour l’Afrique, la Côte d’Ivoire et pour lui-même. Il ne peut donc servir de marchepied, de paillasson, de faire-valoir, de faiseur d’alibis à une quelconque autorité. C’est sur la base de son histoire, de ses convictions les plus profondes, de sa vision et de son amour pour la Côte d’Ivoire que le FPI a refusé d’aller aux élections locales. La Direction en sursis a fait un choix juste, le choix responsable. Elle n’a nullement opté pour la politique de la chaise vide. Elle a tout simplement refusé la politique de la chaise déjà occupée avant même les élections locales. Les dés étaient pipés. Le ver était dans le fruit. Le FPI refuse d’être un accompagnateur, une partie prise dans la politique ivoirienne. Il se veut une partie prenante. Et tous ceux qui, écoutant leurs intérêts égoïstes, ont osé pourfendre la cohésion et la discipline du Parti, n’ont pas fait le bon choix. Ils ont tout le temps pour comprendre leurs erreurs d’analyse et faire acte de repentance. Tout redeviendra alors possible. Car le FPI est ce parti qui n’a jamais chassé un militant. Certains sont partis et sont revenus reprendre leur place dans le difficile mais exaltant combat pour les libertés démocratiques. Ils n’ont subi la moindre animosité de la part des militantes et militants, qui savent comprendre les défis et enjeux du moment pour aller à l’essentiel.

Affi, dis le mot qui libérera Gbagbo et la Côte d’Ivoire!

Camarade Président Affi N’Guessan, La Côte d’Ivoire, ses populations, son peuple sont dans l’attente. Et cette attente est à l’image de l’effervescence suscitée par notre libération, même si celle-ci se veut provisoire, et que tu constates dans tes différentes visites. Le Président Laurent Gbagbo, qui nous suit depuis La Haye, qui nous regarde, qui nous entend et qui nous écoute ; qui entend et écoute les pleurs et gémissements de son peuple, qui connait le FPI, c’est- à-dire ce parti qu’il a modelé comme un artiste le fait avec la terre glaise ; Le Président Gbagbo qui te connait bien et sait qu’il peut te faire confiance. Directeur de Cabinet du Président du Parti Laurent Gbagbo jusqu’en 2000 ; Premier ministre et porte-parole du candidat de La Majorité Présidentielle Laurent Gbagbo en 2010. Au - tant de liens qui créent une solide amitié et une franche collaboration.

Oui, Président Affi, Le Président Laurent Gbagbo sait qu’il peut te faire confiance pour trouver les recettes qui redonnent espoir au peuple de Côte d’Ivoire, le rassurent surtout face à la perte de repères, des modèles et des valeurs qui constituent le socle des sociétés démocratiques, donc industrialisées. Nous demeurons persuadés que dans le discours magistral que tu vas prononcer à la cérémonie de passation des charges du 7 septembre 2013, tu sauras donner ta vision pour la Côte d’Ivoire tout en trouvant réponse aux interrogations suivantes: comment avancer avec l’existant? Comment créer le rapport de forces pour que les voix du FPI et celles des démocrates soient parfaitement audibles et qu’elles puissent porter? Avec qui créer ce rapport de forces? Sous quelle forme et quel type d’alliance si celle-ci s’avère indispensable? Comment faire face aux défis et enjeux actuels? Comment faire pour que la réconciliation tant prônée ne soit pas qu’un vain mot mais un comportement? Comment faire pour amener les Ivoiriens à se réapproprier leur pays?

Oui, camarade Président, nous demeurons persuadés que tu sauras dire un mot pour libérer Laurent GBAGBO, la Côte d’Ivoire et les Ivoiriens. Tes militantes et militants te contemplent et savent que, très bientôt, tu les mettras en ordre de bataille pacifique et démocratique pour qu’un jour nouveau se lève sur la Côte d’Ivoire. La Refondation est obstinément en marche. Sans complexe, elle poursuit son chemin pour la libération de la Côte d’Ivoire et la restauration de son indépendance et de sa souveraineté perdues.

Camarade Président, Telles sont les nouvelles que tu m’as permis de donner, au nom de tous les détenus en liberté provisoire. Encore une fois merci pour la confiance que tu as placée en ma modeste personne.


Abidjan, le 31 août 2013

 

Sangaré Aboudramane


1er Vice-président du FPI,

Porte-parole des détenus en liberté provisoire

dimanche, 01 septembre 2013

INTERVIEW DE LEANDRE SAHIRI: «C’EST UNE ABOMINATION QUE D’IGNORER LE CODE NOIR»

 

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Léandre Sahiri est professeur de Littérature, critique littéraire, et écrivain intéressé spécifiquement par la promotion des valeurs humaines. Titulaire d’un Doctorat ès Lettres de l’Université de la Sorbonne (Paris), il a enseigné la littérature française, les techniques d’expression écrite et orale, la littérature francophone…, dans plusieurs établissements et institutions en France, en Côte d’Ivoire et au Canada. Précédemment, il a été Chercheur à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), au Canada, et Enseignant à l’Université de Cocody et à l’ENA d’Abidjan, en Côte d’Ivoire... Il a collaboré à de nombreux journaux, magazines et revues. Actuellement, il est Directeur de publication du journal libre et indépendant « Le Filament » et l’auteur de divers articles, préfaces et livres, dont « Le Code noir de Louis XIV » publié aux Editions Menaibuc à Paris. Léandre Sahiri est interviewé par le journaliste Serge Grah.

«Le code Noir de Louis XIV» est le titre du livre que vous venez de publier aux Editions Menaibuc en France. Et, vous dites dans l’avant-propos: «Je rêvais d’écrire ce livre». Quel est l’enjeu qui sous-tend la publication de cet ouvrage ?

Léandre Sahiri : L’enjeu qui sous-tend la publication de mon livre « Le Code Noir de Louis XIV » comporte un triple aspect. Le premier aspect, c’est que beaucoup d’Africains se demandent souvent pourquoi, malgré ses richesses incommensurables l’Afrique va mal et demeure sous-développée ? On entend souvent les gens se demander pourquoi les Noirs sont généralement les plus défavorisés dans la vie ? Et puis, beaucoup d’entre nous s’adonnent à l’autodestruction, allant jusqu’à conforter les autres dans leurs préjugés de mépris sur les Noirs. Par ailleurs, quelles que soient leurs zones de vie et leurs valeurs intrinsèques, quels que soient leurs degrés de réussite, les Noirs sont vilipendés, brimés, dénigrés, discriminés… pourquoi ? Les Noirs n’ont pas la force de construire ensemble dans leurs riches diversités, ni d’entreprendre ensemble dans la complémentarité, ni de vivre ensemble dans le respect des uns et des autres ; de même, nos organisations ne sont ni manifestes, ni fiables, pourquoi ? Sommes-nous maudits, à jamais condamnés ? Comment faire et que faire pour nous en sortir, pour ne pas laisser perdurer ces états de servitude ? Etc. Moi, en tant que chercheur, j’ai mis tous mes efforts à trouver des réponses à ces interrogations. Et c’est après avoir lu le Code Noir que j’ai trouvé quelques éléments de réponse à nombre de ces questions brûlantes... Le deuxième aspect, c’est que, en Occident circule une thèse selon laquelle, seuls les Africains sont responsables de la « traite négrière ».

Que disent  les tenants de cette thèse?

Léandre Sahiri : Pour les tenants de cette thèse, ce sont les Africains qui ont vendu leurs frères et, que les Européens n’ont eu, au bout du compte, qu’un rôle exclusivement passif. On va même quelques fois jusqu’à mettre sur le même plan, l’esclavage que pratiquèrent jadis les Africains, les trafics négriers que développèrent les Arabes, et le commerce triangulaire (réglementé par le « Code Noir ») qu’instituèrent les Européens, en englobant les trois, sous le même vocable : la traite. Et qui, dit-on, avec chiffres à l’appui, a généré plus d’esclaves et a été plus horrible que la traite européenne. Il s’agit là, comme dit Serge Bilé, d’un « révisionnisme dangereux » qui n’a pas manqué de susciter ma curiosité et qui m’a fait penser qu’on n’a pas encore tout dit sur l’esclavage, du moins qu’il restait encore des zones d’ombre à éclairer... Le troisième aspect concerne l’abolition de l’esclavage et sa commémoration. Le bicentenaire de l’abolition de l’esclavage, le 10 mai dernier, a donné lieu, ici et ailleurs, à de multiples commémorations et célébrations. Vous savez aussi que l’abolition de l’esclavage en 1886, était censé marquer l’avènement de la réintégration des « hommes et femmes de couleur » dans la famille humaine d’où ceux-ci avaient été éjectés, plusieurs siècles durant, par l’esclavage, qui fut institutionnalisé, réglementé par le Code Noir promulgué en 1685 par Louis XIV, Roi de France. Cependant, force est de reconnaître que, malgré cette abolition, l’esclavage, demeure encore de nos jours une réalité. En effet, des millions d’enfants, d’hommes et de femmes en sont encore victimes à travers le monde, sous des formes diverses.

C’est donc là ce qui vous a poussé à écrire «Le Code Noir de Louis XIV»?

L S : En effet, l’intérêt de mon livre c’est de faire connaître le contenu du Code Noir, pour comprendre notre humaine condition, pour appréhender les subtilités des relations Nord/Sud... En fait, il s’agit de montrer comment et pourquoi le Code Noir a été conçu. Il s’agit également et surtout d’en dévoiler la face cachée et de mettre en lumière ses incidences et ses influences dans nos vies quotidiennes aujourd’hui.

Alors, qu'est-ce donc que le Code Noir, dans ses principes et dans son fonctionnement?

L S : Le Code Noir est un recueil de lois. En un mot, une réglementation. Et cette réglementation concerne spécifiquement l’esclavage des Africains noirs. Elle comporte, à sa base, un principe clair et précis : « les gens de couleur et plus précisément les gens à la peau noire doivent être, pour toujours et partout, vus et traités comme des biens meubles transmissibles et négociables » (Article 44). Autrement dit, dès lors qu’on est un homme de couleur, comme ils disent, on n’est ni plus ni moins qu’un objet dont les Occidentaux peuvent et doivent disposer, à loisir, pour leurs commodités et leurs besoins. C’est ce principe-là du Code Noir qui a sous-tendu la traite négrière, la colonisation, et qui aujourd’hui sous-tend la Françafrique.

Quel intérêt y avait-il à codifier l’esclavage des Noirs?

L S : C’est que le Code Noir constitue le socle pour faire des Noirs, en toute bonne conscience, les outils de travail, les instruments de production, les produits marchands des Français. Il a été promulgué, pour qu’il existe désormais, à l’image de la Bible ou du Coran, un document de référence incontournable, qui institutionnalise l’esclavage des Noirs. Le Code Noir a donc été conçu comme un document juridique qui rend légitime et normal le commerce des Noirs, étant donné que le Noir est défini, dans le Code Noir, d’abord comme une chose domestique et ensuite comme une marchandise. Et donc, comme tout objet de commerce, le Noir pouvait être soumis aux lois du marché. Codifier l’esclavage légiférait que, dès lors, il n’y a ni crime, ni délit au négoce des Noirs.

Dans quel contexte historique et politico-économique « le Code Noir » a-t-il été rédigé?

L S : Les raisons sont d’abord d’ordre économique. On sait qu’après avoir bâti de toutes pièces et de toute beauté le Château de Versailles et l’Hôtel des Invalides, après les multiples guerres pour étendre la suprématie de Louis XIV sur le monde, la situation économique de la France était bien critique et, partout en France, il y avait la misère et des révoltes. Et, c’est justement cela qui a conduit les Français, non seulement à promouvoir, à une très grande échelle, le commerce triangulaire des esclaves noirs, mais aussi et surtout à l’organiser et à le codifier. Car, après étude, l’on a trouvé que c’est là que résidait véritablement le salut de la France. Jean Baptiste Colbert disait, à juste titre : « Il n’y a aucun commerce dans le monde qui produisît tant d’avantages que celui des Nègres. Il n’est rien qui contribuerait davantage à l’augmentation de l’économie que le laborieux travail des nègres »...

Est-ce seulement pour des raisons économiques qu’on a eu besoin de réglementer le commerce des Noirs?

L S : Bien sûr que non ! A ces raisons commerciales évidentes, s’ajoutent d’autres raisons d’ordre démographique : il s’agissait à cette époque de limiter la puissance des Noirs, laquelle puissance résultait de leurs ressources incommensurables, de leurs activités débordantes et de leurs grandes forces de travail. En effet, à cette époque, les Africains étaient trois fois plus nombreux que les Occidentaux. Il y avait donc une puissance latente présageant la suprématie des Noirs sur les Blancs durant plusieurs siècles. On avait donc perçu cela comme une menace, voire un péril. Le professeur Elikia M'Bokolo a démontré clairement qu’au début du commerce triangulaire, l'Afrique n'était pas un continent inférieur à l'Europe. M'Bokolo a aussi démontré que l'ordre mondial de cette époque n'était pas une donnée naturelle, mais historique et culturelle. De ce fait, il est impossible de nier que la déstructuration provoquée par l'esclavage a été très grave et très profonde, et d’ailleurs, les conséquences sont encore visibles aujourd'hui... Et puis, aux considérations commerciales et aux préoccupations d’ordre démographique dont je viens de parler, s’ajoute également les préoccupations d’ordre politique : le souci capital de renforcer le pouvoir central, d’étendre le pouvoir de Louis XIV sur le monde entier. Il y a aussi des raisons d’Etat, à savoir : garantir la sécurité publique par la suppression des révoltes, des attentats et insurrections fomentés par les « Nègres marron » et quelques Noirs instruits dans la langue et la culture françaises. Et puis, il y a enfin les raisons religieuses : le préambule et les dix premiers articles du Code Noir tendent à proclamer et à imposer la primauté, voire la prééminence de l’église catholique, apostolique et romaine en France et dans le monde.

Que pensez-vous des arguments bibliques auxquels certains évêques et prêtres se sont référés pour légitimer l’esclavage?

L S : Ces arguments n’ont aucun fondement, quoique s’appuyant sur la Bible. Il faut préciser que les évêques de l’époque étaient non seulement nommés par le Roi, mais aussi et surtout, ils étaient à la charge du Roi et donc acquis, par redevance, à sa cause. De plus, leur niveau d’instruction était tel qu’ils n’avaient pas assez d’éléments pour s’élever au-dessus de certaines contingences intellectuelles ; par exemple, ils se trouvaient incapables d’expliquer ce que signifie « être fait à l’image de Dieu ».

Vous parlez du «Code Noir» comme d’un document important à connaître absolument pour la libération mentale du Noir. Et, vous dites même que c’est une abomination que de l’ignorer…

L S : C’est vrai que c’est une abomination que d’ignorer le Code Noir. Parce que l’ignorance du Code Noir favorise la continuité, voire la pérennité de l’esclavage, ne serait-ce qu’au plan mental. C’est pourquoi, de mon point de vue, nous devrions, tous et toutes, absolument connaître le Code Noir, afin d’enrayer de notre mental le complexe d’infériorité pour les uns et le complexe de supériorité pour les autres. Il faut absolument connaître le Code Noir afin de tuer en nous les germes du racisme, du larbinisme, de la dépréciation et des discriminations de tous genres. En effet, c’est notre ignorance du Code Noir qui nous maintient dans des situations de défavorisés, de sous-hommes. C’est notre ignorance du Code Noir qui justifie, pour nombre de Noirs, le mépris d’eux-mêmes, au point d’en arriver à se détester et à s’autodétruire. Autant j’ai compris que ce n’est pas confortable d’ignorer ce que d’autres savent, autant je déplore qu’il ne soit pas du tout fait cas du Code Noir dans la plupart de nos programmes et manuels scolaires...

Pensez-vous que le destin de l’Afrique aurait été différent si les Africains avaient eu depuis longtemps connaissance du Code Noir?

L S : Bien sûr que oui ! Le destin de l’Afrique aurait été totalement différent si les Africains avaient, depuis longtemps, eu connaissance du Code Noir. Parce que tout simplement les rapports entre Nord et Sud auraient été différents, on aurait instauré un autre type de relation entre la France et l’Afrique que le commerce triangulaire ou la colonisation, etc.

Qu’est-ce qui explique le lourd silence des descendants d’esclaves et des Africains au sujet du Code Noir?

L S : Simplement parce que le Code Noir est un document qui a été longtemps tenu secret. Car, comme le dit le professeur Louis Sala-Molins, « c’est le texte le plus monstrueux que l’histoire ait jamais produit ». De ce fait, il a généralement circulé sous manteau ; on parle à ciel ouvert du Code Napoléonien, du Code de la nationalité, mais pas autant du Code Noir, eu égard à sa nocivité. On a même bien souvent tenté de noyer le poisson dans l’eau, par exemple en créant un parfum de luxe dénommé « Code Noir »... Par ailleurs, il faudrait savoir la part très importante prise dans l’esclavage des Noirs par l’Eglise qui devait « inculquer aux Noirs la soumission et la subordination sous prétexte de recevoir en échange le paradis céleste ». Il ne faut pas non plus perdre de vue les missions de pacification ou de civilisation pour soi-disant sortir les Noirs de la sauvagerie et de la barbarie, étaient, en réalité, destinées à perpétuer l’esclavage et éviter toute velléité de prise de conscience et toute initiative de révolte des Africains contre le système de l’esclavage des Noirs.

Pourquoi avoir choisi le genre dramatique pour poser ce problème?

L S : La plupart des textes sur le Code Noir sont des essais ou des discours. Or, comme je l’ai dit dans l’Avant-propos, je rêvais de faire quelque chose de différent. C’est non seulement l’une des originalités de mon œuvre, mais c’est d’abord et avant tout un choix idéologique et esthétique. En effet, j’ai choisi le genre dramatique, parce que, pour moi, le théâtre est primordial. Le théâtre, dans toute sa splendeur, a un pouvoir majestueux, comme le cinéma, de nous renvoyer des images fortes pour nous faire percevoir la réalité des choses, des êtres et des faits. Le théâtre a la magie des images qu’on a peine à rendre dans un roman ou dans un essai. Et puis, le théâtre, c’est le point de rencontre entre le réel et l’imaginaire, c’est un art total, en tant que prolongation et synthèse de tous les arts, notamment la peinture, la décoration, la chorégraphie, la danse, la musique, la mimique, la gestuelle, etc.

A quoi correspond le fait de faire tenir les rôles des personnages noirs par des personnages blancs et vice-versa?

L S : Pour moi, une œuvre littéraire n’est jamais vraiment achevée. Je veux laisser la liberté au metteur en scène d’approfondir le texte et d’y apporter les innovations comme celles-ci qui sont parfois osées certes, mais nécessaires pour produire un spectacle original, grandiose, prodigieux, à la seule condition de ne pas trahir les idées de l’auteur. Et puis, au-delà de cet aspect purement chorégraphique, faire tenir les rôles des personnages noirs par des personnages blancs et vice-versa vise à donner une dimension cathartique à mon œuvre, c'est-à-dire la fonction de nous libérer des tensions psychiques, des complexes, des frustrations, des choix inconscients, etc. En d’autres termes, il s’agit, comme dit un des personnages de la pièce, en l’occurrence le propriétaire d’esclaves Willie Lynch, de savoir ce que les uns « éprouveraient eux-mêmes dans une situation d’esclavage ». Et puis, je me réfère à cette citation de Marivaux dans L’Île des esclaves : « Eh bien ! Iphicrate, on va te faire esclave à ton tour ; on te dira aussi que cela est juste ; et nous verrons ce que tu penseras de cette justice… Quand tu auras souffert, tu sauras mieux ce qu’il est permis de faire souffrir aux autres… ».

Au-delà de tout ça, quel message voulez-vous adresser aux lecteurs?

 L S : Je voudrais préciser que mon intention n’est nullement de dresser les Noirs contre les Blancs ! Il ne s’agit pas non plus de blanchir ni d’innocenter les Africains, en ce qui concerne l’esclavage et la situation de misère que vit aujourd’hui l’Afrique ; car, nul ne saurait nier que les Africains ont effectivement pratiqué l’esclavage ou le servage, comme tant d’autres peuples de la terre… En outre, nul ne saurait nier la part de responsabilité des Africains dans la mauvaise gouvernance, les détournements des deniers publics, la corruption des régimes au pouvoir, les retournements de veste, les fraudes électorales, les rebellions, les génocides et autres guerres tribales qui, soit dit en passant, sont loin de nous honorer... J’ai écrit ce livre pour inviter à parler de ce document plus ou moins tabou, Le Code Noir, à en débattre pour combattre le mensonge, l’ignorance, la discrimination, les complexes, et surtout afin de situer les responsabilités des uns et des autres… Mon objectif, c’est aussi de faire saisir la racine profonde du mépris terrible que certaines personnes portent sur les autres, ou que d’autres personnes se portent sur elles-mêmes, au point de se sous-estimer, de se détester, de se haïr, de s’abandonner au fatalisme, de vouloir changer de peau. Mon souhait, c’est, par-dessus tout, de contribuer, à mon humble niveau, à réveiller les consciences, ainsi que de participer à l’édification d’une humanité nouvelle, débarrassée de toutes les affres des idéologies négatives, néfastes.

 

Interview réalisée par Serge Grah, Journaliste - Correspondant DirectAbidjan (Côte d'Ivoire)

serge.grah@directabidjan.com.

Article rédigé le 31/03/2008.

 

Contact: lefilament@hotmail.com

www.lefilament.info

www.menaibuc.com

Avant-propos


Je rêvais…

 

Je rêvais d’écrire un livre

Un livre sur l’esclavage,

Mais un livre

Qui ne soit pas un ouvrage

De plus ou de trop sur l’esclavage.

 

Je rêvais d’écrire un livre

Mais un livre blanc

Qu’on ne puisse pas lire

Sans broyer du noir.

 

Je rêvais d’écrire un livre

Mais un livre noir

A faire passer des nuits blanches.

 

Je rêvais d’écrire un livre

Mais un livre à la puissance d’un jet d’eau

Une eau bien froide reçue en plein sommeil

Sur le visage.

 

Je rêvais d’écrire un livre

Mais un livre différent

Qui nous force  à accepter nos différences.

 

Je rêvais d’écrire un livre

Mais un livre de vie

Qui incite à célébrer le deuil

Le deuil de nos complexes.

 

Je rêvais d’écrire un livre

Mais un livre sur la bonne conscience

Pour lever le voile de nos inconsciences.

 

Je rêvais d’écrire un livre

Un livre-miroir

Qui soit le reflet

Mais le reflet fidèle de notre histoire

Notre histoire commune.

 

Je rêvais d’écrire un livre

Mais un livre-lumière

Plus étincelant que le soleil et la lune

Pour éclairer la lanterne

Des peuples calés

Dans le cachot des ténèbres.

 

Ce livre,

Le voici :

« Le Code Noir de Louis XIV »

Une pièce de théâtre en quatre actes.

 

A vous, maintenant, de la lire jusqu’au bout et d’en juger…

 

Léandre Sahiri

 

Titre : Le Code Noir de Louis XIV

Auteur : Léandre Sahiri

Editeur : Menaibuc

ISBN : 978-2-35349-038-7

vendredi, 30 août 2013

LA JUSTICE GHANEENNE REJETTE DEFINITIVEMENT LA DEMANDE D'EXTRADITION EN COTE D'IVOIRE DE KONE KATINAN, PORTE-PAROLE DE GBAGBO




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La Haute Cour du Ghana a rejeté vendredi la demande des autorités d’Abidjan d’extrader en Côte d’Ivoire le porte-parole de l'ex-chef de l’Etat ivoirien Laurent Gbagbo, Justin Koné Katinan, arrêté à Accra en août 2012, a-t-on appris sans autres précisions.
 
M. Koné Katinan avait été arrêté au Ghana le 24 août 2012 pour des “crimes économiques’’ qu'il est accusé d’avoir commis en tant que ministre du Budget de M. Gbagbo pendant la sanglante crise post-électorale (décembre 2010-avril 2011). Libéré sous caution le 25 septembre 2012, il a été arrêté de nouveau trois jours plus tard à la suite d`un nouveau mandat des autorités ivoiriennes l`accusant du meurtre de deux hommes.

Le 24 octobre 2012,  la justice ghanéenne a estimé ne pas être habilitée à statuer sur les accusations de meurtres qui pèsent sur M. Katinan. Le verdict de l’examen de la demande d’extradition pour “crimes économiques’’, intervient après de nombreux reports successifs. Le 11 juin, il avait affirmé lors d’une audience que les accusations de crimes économiques portées contre lui par son pays avaient des motivations politiques et étaient orchestrées par l’actuel chef de l’Etat Alassane Ouattara. Il avait déclaré qu’il craignait d’être torturé s’il était extradé vers la Côte d’Ivoire.

 Justin Koné Katinan fait partie des milliers d`Ivoiriens, partisans de M. Gbagbo, qui ont fui au Ghana après sa chute en avril 2011.


Source: LE NOUVEAU COURRIER

«NOUS SOMMES INFRANGIBLES»

PRISONNIERS POLITIQUES DE OUATTARA LIBERES.png


Notre histoire ne marche pas avec une canne, elle n’a aucun poil blanc, elle est encore fraîche. Elle respire la jeunesse. Cependant, elle est l’habitacle de mille années de maltraitance et de persécution. Nous n’avons que 23 ans. 23 ans ai-je dis. Notre malheur est d’avoir été précoce car du fond de notre mère, nous fûmes interpellés par l’ardent désir de notre peuple à respirer un vent nouveau. Nous avions le choix entre voir ce peuple vivre dans la servitude et lui offrir un brin de liberté. La bonne décision fut prise : libérer notre peuple. Mais la liberté a un prix surtout dans un régime dictatorial. Vous savez, le dictateur est avant tout attaché à ses privilèges et au sentiment qu’il est Dieu sur terre. L’affronter n’est rien d’autre que faire l’apologie de Golgotha. Et notre histoire fut ensanglantée un jour de Février 1992. Nous n’avions que 2 ans. 2 ans ai-je dit. Le Primus inter pares, vit dans nos innocentes et généreuses mains, des haches, des gourdins, des pointes etc. Dans ces mains qui ne voulaient qu’apporter justice, liberté, démocratie à un peuple longtemps embrigadé dans les fers du « père de la nation, père fondateur », ce Primus surprit des actes délictuels. Et ce qui devait arriver, arriva. Notre histoire prit le chemin des geôles. Il était simplement question de nous « briser » et partant, « briser » le beau rêve du peuple. Fort heureusement que ce qui ne nous tue pas, nous rend fort. Depuis les geôles, nos forces prirent l’ascenseur et un matin, nous recouvrîmes la liberté. Ce fut la joie dans nos rangs, les larmes dans les couloirs des dictateurs. Les plus méchants découvrirent qu’ils n’avaient pas immolé assez de bœufs pour nous voir mourir. Mais ils oublièrent que nous, fils du peuple, nous sommes infrangibles.

Les dictateurs se remirent à l’œuvre. Il n’était point question de nous voir exercer la parcelle de pouvoir à nous offerte par le peuple. Au prix de mille sacrifices. Non, pas question. Il fallait qu’ils se retrouvent au sommet. Ils prirent le pouvoir, ils le déposèrent « dans la rue ». Ils coururent dans tous les sens pour le récupérer. Après de vaines tentatives, ils brandirent l’intelligente idée d’amonceler des humains derrière une prison. Mais que Dieu est merveilleux. Certains de ces « martyrs » avaient de l’eau dans les poumons. Vraisemblablement, ils s’étaient noyés dans un désert dépourvu d’eau. Mais tout ce songe était fait pour nous « briser ». Ils nous en voulaient parce qu’ils pensent être nés pour être au sommet. Le jour vint où, las de vivre de rêves, les dictateurs prirent des armes pour nous « briser ». Au jeu démocratique, ils n’ont aucune chance comme ils le savent bien. Ils manièrent les armes dans tous les sens. Des femmes, des enfants, des vieillards qui n’avaient aucun rapport avec le pouvoir firent exécutés. Des éléments des forces de l’ordre furent égorgés comme des moutons de sacrifice. Le sang gicla dans la bouche de certains tueurs. Des maisons, des plantations furent consumées. D’autres furent illicitement occupées. Il fallait nous « briser » par tous les moyens. Nous n’étions que des mineurs. Nous n’avions que 12 ans. Malgré ce frêle âge, ils refusèrent les débats d’idées, ils s’invitèrent sur le terrain de la manipulation de la violence physique. Tout cela, se fit en complicité avec la séduisante complicité des pays dits «défenseurs des droits humains ». Lorsqu’un jour d’Avril 2011, ils réussirent leur rébellion armée, ils pétèrent le champagne depuis leur principauté. On les voyait s’embrasser, s’entremêler, s’entrelacer. Le doyen d’âge dont on chante les penchants démocratiques et qui refuse de céder son fauteuil malgré son vieil âge, souleva en trophée, les bras de ses amis. De leur citadelle on les entendait bruire comme des ustensiles usagés : « Nous sommes forts. Ils sont finis. Nous les avons cassés…» Les pauvres ! Ils ne savent pas que nous sommes infrangibles. Leur mode d’accession au pouvoir aurait pu les aider à le comprendre.

Ils se saisirent de notre leader, le mirent dans un cachot, lui infligèrent des maltraitances inimaginables. Ils voulaient le « briser» avant, certainement, de le tuer. Mais il est un roseau. Ils se résolurent avec leurs alliés les gaulois, de l’éloigner de ses terres. Ils le déposèrent dans les geôles occidentales faites pour les nègres qui résistent aux impérialistes. Ils prirent également certains d’entre nous, les déportèrent dans leur ghetto tribal pour aussi les « briser ». Ils obligèrent un autre groupe à prendre le chemin de l’exil. Là-bas, sans doute, livrés à la disette, ils s’éteindront tranquillement. Ceux d’entre nous qui ne connurent ni les geôles, ni l’exil, connurent la terreur des bandes armées. Un fois ce programme savamment exécuté, ils pouvaient régner comme tout bon autocrate. Se hisser sur la tête du peuple, étendre ses ailes, se bomber le torse, balader ses regards dans tous les sens et s’abattre brutalement sur la fine voix qui osera rouspéter. C’est ainsi que règne le dictateur dont le seul rêve est de « briser » les voix dissonantes. Quel âge avions-nous ? Nous n’avions que 21 ans. Nouvellement majeur. Notre vie de forçat nous permit de faire une introspection, de puiser au tréfonds de nos intelligences, la substance qui devait nous permettre de tenir de coup. Nous nous sommes inventés et réinventés. Comme en 1992, ce qui pénétra en nous, ne nous tua pas. Il nous rendit forts. Et lentement, nos énergies se sont soudées et nous revoilà debout. Ah oui, nous sommes infrangibles. Plus forts qu’hier, nous voilà aujourd’hui en face de nos geôliers. Ils nous regardent avec des yeux hésitants drapés de honte. Ils regrettent de n’avoir pas réussi à nous expédier de l’autre côté. Mais le peuple, lui, se rejoint de revoir son bouclier. Un bouclier certes amputé de certains éléments, mais qui protège comme s’il n’avait jamais perdu des constituants. Voici notre jeune histoire passionnante et exaltante, soumise aux sarcasmes des dictateurs qui tardent à se rendre compte que nous sommes infrangibles.

A tantôt!

 

Les pamphlets d’Alain Bouikalo.


Source: Le blog de Steve Beko

LE REGIME OUATTARA AUX ABOIS: 2 FRANÇAIS TORTURES A LA DST ET 3 NOUVEAUX PRISONNIERS ESTAMPILLES PRO-GBAGBO TRANSFERES A LA MACA

 

 

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La ministre Géneviève Bro Grébé, après 27 mois passés dans les geôles de la dictature Ouattara.


Deux Français torturés à la DST et trois nouveaux prisonniers estampillés pro-Gbagbo ont été expédiés, avant-hier, mardi 27 août, à la Maison d’Arrêt et de Correction d’Abidjan (MACA).


Il s’agit de Narcisse Gnohou Louayi (Mandat de dépôt 2708013) ; Ezéchiel Monhou (MD 2708013), tous deux originaires de Facobly. Le troisième prisonnier s’appelle Privat Koulaté, originaire de Toulépleu (frontière avec le Libéria, Ouest de la Côte d’Ivoire). Ces trois ressortissants de l’Ouest sont des civils. Leurs dossiers sont instruits au 8ème cabinet du juge Coulibaly Ousmane. Ils sont accusés du même délit générique dont le pouvoir Ouattara est friand: «Atteinte à l’autorité de l’Etat».

Ils portent désormais à 706 (civils et militaires confondus) le nombre de prisonniers politiques d’Alassane Dramane Ouattara dans les prisons ivoiriennes et à 425 le nombre de prisonniers politiques à la MACA (civils et militaires confondus).
 
Depuis mardi, ces prisonniers sont enfermés au Bâtiment C, réservé aux grands criminels ou supposés tels. Ces trois prisonniers sont arrivés à la MACA après avoir été torturés pendant trois mois à la DST.
 
Selon les informations dignes de foi plus de cinquante autres détenus dont deux français accusés de vouloir tuer Alassane Dramane Ouattara continuent d’être torturés à la Dst.
 
Des Français dont les identités nous sont encore inconnues.
 
Beaucoup d’Ivoiriens et les soutiens étrangers du régime ont cru en la volonté du chef de l’Etat ivoirien de décrisper l’atmosphère dans le pays. Ils doivent déchanter. La libération de Pascal Affi N’Guessan et onze autres cadres du FPI, prisonniers pendant 27 mois, n’a été qu’un coup de publicité à la veille de la fête de l’indépendance du pays.
 
Ouattara et son régime sont dans la peur-panique et continuent de réprimer, même des ressortissants français.
 
 
Source: Le quotidien ivorien "Notre Voie" N° 4504 du jeudi 29 août 2013.

ILS VOULAIENT TUER GBAGBO! - LE GOUVERNEUR DACOURY-TABLEY DENONCE LES MENSONGES DE SORO SUR LE 11 AVRIL 2011


 

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Gbagbo et les siens sous le feu de missiles des heures durant.


Dans un contexte où la réalité historique est régulièrement falsifiée pour travestir l’histoire contemporaine de la Côte d’Ivoire, le très discret et ex-gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest (Bceao) Henri Philippe Dacoury-Tabley,  sorti de prison le 6 août dernier, a décidé de montrer patte blanche afin de mettre un terme à cette avalanche de contre-vérités.


Profitant de la visite que les populations de Mama lui ont rendue, le vendredi dernier dans son village Kpapékou, Dacoury-Tabley a encore fait des révélations publiées dans le quotidien «Notre Voie», hier lundi. «Je vous apporte la nouvelle de ma libération provisoire des prisons du pouvoir d’Alassane Ouattara. C’est donc une bonne nouvelle», a-t-il informé. Avant de réclamer la libération de tous les détenus. « Mais il faut le dire, notre joie n’est pas complète parce que bon nombre de vos enfants dont le plus illustre, Laurent Gbagbo, et son épouse Simone sont encore dans les liens de la détention. Et nous continuons de réclamer leur libération pour une Côte d’Ivoire apaisée, réconciliée, fraternelle et solidaire», a déclaré Henry Dacoury-Tabley aux parents de Gbagbo. «En ce qui me concerne, j’ai considéré mon incarcération comme un vol, un braquage de ma liberté, d’un bien. Aujourd’hui que ce bien m’est rendu, je le prends naturellement et je continue de crier haut et fort afin que le braqueur restitue leur liberté à toutes les autres victimes», a-t-il asséné.

Soro dit avoir sauvé la vie à Gbagbo, des mensonges selon Dacoury-Tabley

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Le gouverneur Dacoury-Tabley refuse de se taire.

Parlant du fondateur du Front populaire ivoirien, l’ex-gouverneur de la Bceao a tenu à rétablir la vérité sur les propos tenus par Guillaume Soro qui soutenait qu’il avait sauvé la vie à Gbagbo lors de son arrestation le 11 avril 2011. «Je voudrais commencer en vous parlant brièvement des circonstances de notre arrestation. Nous étions avec le président Gbagbo à la résidence du Chef de l’Etat. J’ai vécu en compagnie du président la semaine de bombardement intense de sa résidence. Je ne parlerai pas de Bunker parce que ce terme ne peut s’appliquer à cette résidence ordinaire qui a juste un sous-sol tout aussi ordinaire… Les obus, les bombes incendiaires et autres projectiles déversés sur la résidence n’étaient pas des munitions de pacotilles et encore moins des balles à blanc. C’étaient de vraies munitions lancées pour détruire la résidence et tuer aveuglement le président Gbagbo, sa famille, ses enfants, ses petits-enfants, ses amis, ses collaborateurs et tout le petit personnel de la résidence. Et quand j’entends quelqu’un [Soro, ndlr] dire que c’est lui qui a donné des instructions pour que Gbagbo ne soit pas tué le 11 avril 2011, je voudrais demander s’il avait aussi donné ces mêmes instructions aux obus et aux bombes incendiaires et aux gaz tirés sur cette résidence ? En effet, aucun être humain ne peut se prévaloir d’avoir évité la mort au président. Seul Dieu a sauvé Gbagbo Laurent et certains de ceux qui étaient avec lui dans cette résidence. Tout a été mis en œuvre pour que personne n’en sorte vivant», a rectifié Dacoury-Tabley.

Au Golf Hôtel, Gbagbo était enfermé avec 10 autres personnes dans la chambre d’un militaire

Il a également fait remarquer qu’une fois au Golf Hôtel, Gbagbo n’était pas logé dans la chambre de Soro comme le président de l’Assemblée nationale a tenté de le faire croire à Gagnoa. «A l’Hôtel du Golf, le président a été enfermé avec 10 autres de ses compagnons d’infortune dans une chambre précédemment occupée par un militaire et non un civil. Ce militaire par la suite est revenu récupérer certains de ses effets personnels, uniforme et chaussures rangers», a-t-il rappelé. Aussi, l’ex-gouverneur de la Banque centrale a dénoncé l’instrumentalisation de l’assassinat de son frère le Dr. Benoît Dacoury-Tabley au début de la rébellion du 19 septembre 2002 à des fins politiques puisque Guillaume Soro a demandé pourquoi le peuple de Gagnoa ne demandait pas pardon à la famille Dacoury-Tabley qui n’avait pourtant rien à avoir avec cette disparition. «Chers parents, dans le registre de la déformation de l’histoire récente de notre pays, je voudrais revenir sur quelque chose de douloureux pour moi et dont je ne parle pas souvent même en privé et encore en public (…) L’Histoire vient de bégayer et comme en octobre 2002, on veut encore se saisir du lâche assassinat du Docteur Dacoury-Tabley Benoît à des fins de politique politicienne», s’est-il insurgé.


Anderson Diédri


Source: LE NOUVEAU COURRIER

12ème CONGRES DU PDCI-RDA: APRES DJEDJE MADY ET KKB, GEORGES OUEGNIN «DEMONTE» BEDIE

 

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L'ambassadeur Georges Ouégnin: Ce qu’il n’a jamais dit sur le président du Pdci. Comment il a brisé son droit de réserve, pour la première fois, pour mettre sur la place publique, des secrets d’Etat…


L'Ambassadeur Georges Ouégnin, ex-directeur du protocole d'Etat (1960-2001) est descendu dans les tréfonds de son cœur pour y puiser des souvenirs qu'Henri Konan Bédié n'aurait jamais souhaité entendre. Dans le courrier ci-dessous, il fait des révélations sur celui qui a présidé aux destinées des Ivoiriens, pendant 6 ans.



Oui, j'ai demandé pardon au Président Bédié !

Quand et pourquoi.

Le mercredi 21 août 2013, à l'invitation du secrétaire général du Pdci-Rdr, j'ai assisté, en même temps que plusieurs autres cadres du parti fondé par le Président Félix Houphouët-Boigny, à une rencontre à la « Maison » du Parti. Rencontre au cours de laquelle, le secrétaire général a déclaré sa candidature à la présidence du Parti Démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI-RDA).

En tant que militant du Pdci-Rda, c'était mon devoir de répondre à son invitation. Jusqu'à preuve du contraire, M. Djédjé Mady demeure le secrétaire général du Pdci-Rda. C'était donc mon devoir d'aller l'écouter. Faire cela, ce n'est trahir personne. Je suis militant du Pdci-Rda et je resterai militant du Pdci-Rda. Mais depuis cette rencontre, comme si j'avais commis un crime, il ne se passe pas un seul jour, sans que des journaux ne s'en prennent à ma personne.

Tantôt, on écrit que je suis un homme fini (has been), tantôt, on écrit que j'ai trahi le Président Bédié, voire le Président Alassane Ouattara. Comme s'il y avait un quelconque lien entre les affaires internes du Pdci-Rda et le Président de la République Alassane Ouattara. Je n'aurais jamais réagi devant ces écrits qui n'honorent même pas leurs auteurs qui parlent de démocratie en combattant curieusement la liberté d'expression et la pluralité de pensées, si l'un de ces journaux, dont les responsables ont absolument le droit de prendre fait et cause pour qui ils veulent, ne s'était pas attaqué, non pas à moi seul, mais aussi à ma famille. Ma famille qui est pour moi, quelque chose de sacré. Ce journal que je ne veux même pas nommer en raison de ses propres contradictions (chanter la démocratie et la tolérance en vouant aux gémonies tous ceux qui pensent autrement), a écrit, ce samedi 24 août en publiant à sa « Une », une photo de moi et de ma famille, que je serais rentré « en rébellion contre les présidents Bédié et Ouattara ». Et cela, du seul fait d'avoir assisté à la rencontre convoquée par le secrétaire général du Pdci-Rda. Je ne rentrerai pas dans le contenu de l'article qui est à lui seul la preuve que la Côte d'Ivoire va très mal, je m'attarderai simplement sur l'exposition de ma famille à la « Une » de ce journal avec une légende insultante : « Le jour où Ouegnin demandait « pardon » à Bédié pour que sa fille Yasmina soit candidate Pdci à Cocody aux législatives du 11 décembre 2012 ».

D'abord il ne s'agit pas des législatives du 11 décembre 2012, mais celles du 11 décembre 2011. Ensuite, je n'ai jamais été au domicile du Président Bédié avec toute ma famille pour le supplier d'accepter que ma fille Yasmina soit la candidate du Pdci. Ces photos ont été prises, le jour où, après l'investiture de Yasmina en qualité de candidate du Pdci, j'ai été, avec toute ma famille, rendre visite au Président Bédié, lequel avait été invité à prendre part à cette cérémonie mais n'a pu effectuer le déplacement pour des raisons d'agenda. Son directeur de cabinet, le Dr Lenissongui est témoin des propos que j'ai tenus ce jour-là.

D'où vient-il alors, que près de deux ans plus tard, on sorte une photo prise à l'occasion de cette rencontre, pour me présenter comme un ingrat, en écrivant que je suis allé demander pardon au Président Bédié pour qu'il accepte de faire de ma fille, la candidate du Pdci? Quelles sont les motivations réelles d'une telle action? Que veut-on démontrer?

Je vais faire un aveu et désormais, ce sera ainsi, chaque fois qu'on s'en prendra indirectement ou directement à ma famille. Oui, c'est vrai, je l'avoue. Oui, je le reconnais. J'ai demandé pardon au président Bédié. C'était la seule fois de ma vie que je le faisais. Mais ce n'était pas pour qu'il accepte de faire de ma fille la candidate du Pdci-Rda aux législatives de 2011 à Cocody. La seule fois de ma vie où j'ai demandé pardon au Président Bédié, c'était le mardi 21 décembre 1999. Ce jour-là, il était encore le Président de la République de Côte d'Ivoire et je l'ai trouvé dans sa chambre. Il préparait le message qu'il devait adresser le lendemain à la Nation, à l'Assemblée nationale de Côte d'Ivoire. Je me suis mis à genoux, je dis bien, à genoux devant le Président Bédié, il ne peut démentir ce que je dis aujourd'hui. Je lui ai tenu les pieds, le suppliant presque, pour lui dire : M. le Président, libérez les dirigeants du RDR, Henriette Diabaté, Hamed Bakayoko et tous les autres que vous avez fait emprisonner en novembre 1999, à la suite d'une manifestation organisée pour réclamer des réformes démocratiques en vue des élections de 2000. Je lui ai dit : faites comme le Président Houphouët-Boigny, profitez de votre passage devant l'Assemblée nationale à l'occasion de votre message à la nation, pour libérer, devant le peuple de Côte d'Ivoire, tous ces dirigeants du Rdr. Vous leur diriez, bientôt c'est la fête de noël, bientôt c'est la Tabaski (cette année-là, ces fêtes coïncidaient presque), bientôt, c'est l'an 2000, le nouveau millénaire. Profitez de cela M. le Président et dites-leur, rentrez chez vous, allez retrouver vos familles, on va travailler tous ensemble pour la Côte d'Ivoire, notre patrie commune.

Le Président Bédié m'a dit textuellement : « Non, non, tu vas voir ce que je vais faire… » Et je lui ai dit, toujours à genoux devant lui : non, M. le Président, votre image est à terre, et en Côte d'Ivoire et à travers le monde ; vous devez vous ressaisir. Franchement, si vous faites ce geste, vous rentrerez dans l'histoire. C'est ce que le Président Houphouët-Boigny a fait quand il a libéré les prisonniers de Yamoussoukro. Il les a amenés à l'Assemblée et il a dit : « nous avons commencé à construire la Côte d'Ivoire, allez, rentrez chez vous et mettez votre pierre dans cette construction… »Le Président Bédié m'a, de nouveau, répondu : « Oui, oui, tu vas voir mon discours… »La suite, on la connaît…et je n'en dirai pas plus ! Je reconnais donc que là, je lui ai demandé pardon, Dieu m'en est témoin. Et il est témoin que, en novembre 2011, lorsque je lui ai rendu visite avec toute ma famille, ce n'était pas pour le supplier de faire de ma fille la candidate du Pdci.

Si mes supplications avaient de l'effet sur M. Henri Konan Bédié, il n'y aurait jamais eu le 24 décembre 1999 et la Côte d'Ivoire aurait fait l'économie de toutes les meurtrissures, toutes les haines, toutes les fractures, tout le sang du peuple ivoirien versé inutilement depuis la disparition du père fondateur, Félix Houphouët-Boigny. Je n'en dirai pas plus... Maintenant, si ceux qui se sont érigés en propriétaires de la Côte d'Ivoire, veulent que je parle d'autres choses, s'ils veulent que je mette fin au devoir de réserve que je me suis imposé sans discontinuité depuis la mort du Président Houphouët-Boigny, alors, je les invite à continuer à s'attaquer à ma famille… Si on veut s'en prendre à moi seul, Georges Ouégnin, me livrer à la vindicte populaire au simple motif que j'ai participé à une rencontre sur invitation du secrétaire général du Pdci-Rda, cela ne me pose aucun problème.Mais si on s'en prend aussi à ma famille en publiant des photos sur lesquelles je suis avec mon épouse et mes enfants, et légendées de façon insultante, alors les commanditaires en assumeront toutes les conséquences… J'ai servi avec affection, loyauté et dévouement, pendant plus de 40 ans, la Côte d'Ivoire.

D'abord avec le Président Houphouët-Boigny, jusqu'à sa disparition, puis avec le président Henri Konan Bédié, jusqu'à son départ du pouvoir, puis avec le général Guéi et enfin, avec le président Gbagbo… Je n'accepterai pas que, sous la dictée, un journaliste qui vient à peine de naître et qui ne sait pas le millième de ce que je sais sur l'histoire de la Côte d'Ivoire et celle de ceux qui y font maintenant la pluie et le beau temps, écrive que j'ai trahi. Cela est inacceptable. Je n'ai jamais trahi, ni la Côte d'Ivoire, ni aucun Ivoirien et jamais je ne le ferai. Personne ne peut mettre en doute ma loyauté vis-à-vis de ce pays et mon dévouement vis-à-vis de ses chefs d'Etat que j'ai servis, successivement. Jusqu'à nouvel ordre, le Pdci signifie Parti « Démocratique » de Côte d'Ivoire. D'où vient-il alors que dans un parti démocratique, on veuille instaurer la pensée unique en crucifiant tous ceux qui expriment des idées contraires?


Georges Ouégnin, Ambassadeur.


In le quotidien ivoirien "Soir Info".


Source: EDUCARRIERE.CI

jeudi, 29 août 2013

YASMINA OUEGNIN ACCUSE FRAT-MAT DE MANIPULATIONS DANGEUREUSES (NATIONALITE, FONCIER)

 

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« Je sais que dans notre pays la Presse est partisane mais c’est désolant de voir qu’elle est surtout dangereuse. Quand on sait que la plupart de nos concitoyens ne sont que des titrologues, il faut éviter de participer de manière si flagrante à l’abrutissement des masses. Pour chacun des textes votés, hier en plénière, il y a eu de nombreux votes défavorables et abstention. Donc il ne s’agit pas d’adoption à l’UNANIMITE mais à la MAJORITÉ !!! »

Yasmina Ouégnin (Posté sur Facebook)

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Adoption des projets de loi sur la nationalité: la députée Pdci Yasmina Ouégnin dénonce la «Une» de Frat-Mat.


L’adoption des projets de loi sur la nationalité ivoirienne n’a pas été faite à « l’unanimité » comme l’a affiché samedi à sa Une, Fraternité Matin, le journal d’Etat, a déploré Yasmina Ouégnin, une député ivoirienne, mentionnant qu’il y a eu des voix contre et des abstentions lors du vote en plénière, sur sa page Facebook.

« Je sais que dans notre pays la presse est partisane mais, c’est désolant de voir qu’elle est surtout dangereuse », a martelé Mme Yasmina Ouégnin, membre du groupe parlementaire du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (Pdci, allié au pouvoir).

Elle a affirmé que « pour chacun des textes votés, hier (vendredi) en plénière, il y a eu de nombreux votes défavorables et abstentions », soulignant qu’ »il ne s’agit pas d’adoption à l’unanimité mais à la majorité ! ». « Quand on sait que la plupart de nos concitoyens ne sont que des titrologues (des personnes qui ne lisent seulement que les titres), il faut éviter de participer de manière si flagrante à l’abrutissement des masses », s’est-elle insurgée.

Les députés ivoiriens se sont prononcés vendredi sur deux projets de loi sur l’apatridie et sur des textes modifiant le code de la nationalité, au cours d’une session extraordinaire.

Concernant le projet de loi sur l’acquisition de la nationalité par déclaration, 24 députés ont voté contre tandis que sept autres s’en sont abstenus sur un total de 233 députés présents, y compris le président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro.

Egalement neuf députés se sont également opposés à l’adoption du projet de loi autorisant le président de la République à ratifier la convention internationale sur le statut de l’apatride, signé en 1954 à New-York.

Le projet de loi qui a enregistré une adoption à l’unanimité, au niveau des projets de loi sur la nationalité, était le texte autorisant le chef de l’Etat à ratifier la convention sur la réduction de l’apatride, signée en 1961 à New-York.


Alerte Info


Source: CONNECTION IVOIRIENNE

LOI SUR LA NATIONALITE: LES CINQ MENSONGES DU REGIME OUATTARA, PAR THEOPHILE KOUAMOUO

 

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Finalement, Alassane Ouattara a réussi à faire voter, par une Assemblée nationale largement aux ordres, « ses » lois sur la nationalité et l’apatridie qui, espère-t-il, lui permettront de se créer un électorat sur mesure et une majorité « mécanique » lors des élections présidentielles de 2015. Son camp a ainsi parachevé la mise en place du « nouvel ordre politique » que la rébellion armée et les accords de Linas-Marcoussis étaient censés imposer en Côte d’Ivoire. Il a, dans le même temps, un peu plus renforcé la discorde nationale et cristallisé un dangereux clivage entre « autochtones » et « allogènes », là où on pouvait espérer que la résolution constructive d’un certain nombre de contradictions soit un puissant ferment de cohésion nationale. « Nous espérions la paix, et il n’arrive rien d’heureux; Un temps de guérison, et voici la terreur! », se lamentait le prophète Jérémie de l’Ancien Testament. Beaucoup d’Ivoiriens, choqués par la fermentation des amertumes qui alimenteront les conflits de demain, peuvent légitimement pousser le même cri.

Il faut d’emblée clarifier un certain nombre de choses. Alors que l’Afrique tente de bâtir son unité politique, intégrer les étrangers de longue durée dans le corpus national d’un pays qui est une terre d’accueil par excellence n’est pas une mauvaise chose en soi. Ce sont les intentions, les méthodes et les arguments de ceux qui ont mené un projet profondément réactionnaire derrière un paravent progressiste qui posent problème. C’est leur utilisation forcenée du mensonge et de la violence qui les discrédite. Examinons quelques-unes de ces insultes à l’histoire récente, au droit et à la simple logique républicaine.

Mensonge numéro un : le vote des récentes lois sur la nationalité est la réparation d’une injustice

Si l’on en croit le récit propagé par le RDR, l’Etat ivoirien a sciemment refusé, quarante ans durant, la nationalité ivoirienne à des personnes qui y avaient droit, en ne les informant pas de ce qu’elles y avaient droit. Il n’y a rien de plus faux. Et on ne peut faire prospérer ce mensonge qu’en isolant la Côte d’Ivoire des autres nations impliquées dans le processus de décolonisation qui a fait éclater l’Etat colonial français en un certain nombre de nations autonomes. Au moment des indépendances, les pays nouvellement constitués ont offert un droit d’option aux ressortissants des anciennes colonies françaises se trouvant sur leur sol. Au Sénégal, ce droit d’option a été ouvert pendant trois mois ; en Côte d’Ivoire, il l’a été pendant un an. Dans l’un et l’autre des pays, ces dispositions ont été fort peu saisies par des migrants fiers de leurs toutes nouvelles « nationalités » dans un contexte où les hiérarchies économiques n’étaient pas celles d’aujourd’hui et les droits liés à la citoyenneté ne paraissaient pas « décisifs ».

Plus généreuse que d’autres, la Côte d’Ivoire a par ailleurs offert, entre 1961 et 1972, aux enfants nés sur son territoire de parents étrangers, la possibilité d’acquérir sa citoyenneté par déclaration – ce qui est absolument différent du droit du sol, en dépit des mensonges distillés par le RDR. Cette possibilité a été faiblement exploitée par ceux qui en étaient les bénéficiaires. En réalité, ce n’est qu’après le « miracle ivoirien », qui a permis à une ancienne colonie plutôt « banale » de devenir un pays-phare en Afrique de l’Ouest et la restriction progressive d’un certain nombre de droits aux seuls nationaux que des « regrets » ont pu naître dans l’esprit de beaucoup. Mais cela, ce n’est de la faute de personne ! Ce n’est pas une injustice !

Le RDR dit que ceux qui avaient pu, hier, bénéficier d’un certain nombre de dispositions sans le faire, n’étaient pas au courant. Il conteste ainsi un principe sans lequel tout ordre juridique s’écroulait et qui stipule clairement que nul n’est censé ignorer la loi.  Penchant anarchiste ?

Mensonge numéro deux : il a fallu la rébellion pour que cette « injustice » soit réparée

Les actuels maîtres de la Côte d’Ivoire répandent l’infâme argument selon lequel c’est grâce à la rébellion dont le chef visible était Guillaume Soro que certains droits à la nationalité ont été ouverts en Côte d’Ivoire. Le raisonnement est tout à fait fumeux. En effet, avant le 19 septembre 2002, la question des personnes vivant en Côte d’Ivoire au moment de l’indépendance et des descendants de migrants n’avait jamais été mise à l’agenda, ni par le RDR ni par aucun autre parti politique. Il a fallu attendre Linas-Marcoussis pour que ce « problème » surgisse ex nihilo, pour des raisons d’épicerie politicienne, en deçà de toute réflexion citoyenne sérieuse. Et pourtant, la seule raison qui peut légitimer a minima le recours à la force armée pour défendre une cause est bien l’impossibilité de la faire prospérer sur le terrain politique « civilisé ».

Mensonge numéro trois : la nouvelle loi sur la nationalité est une application de l’accord de Linas-Marcoussis

Il n’y a rien de plus faux que l’affirmation qui précède. L’accord de Linas-Marcoussis prévoyait l’adoption d’un « projet de loi de naturalisation ». C’est dans cet esprit que la décision numéro 2005-04/PR du 15 juillet 2005, portant dispositions spéciales en matière de naturalisation, a été prise par le président Laurent Gbagbo en son temps. S’éloignant ostensiblement de l’esprit de Linas-Marcoussis, la loi « Ouattara » a préféré opter pour une formule d’acquisition de la nationalité par « déclaration », plus légère, moins contrôlable, plus susceptible d’être instrumentalisée à des fins électoralistes immédiates. Le problème est que cette loi vient en contradiction avec le Code de la nationalité qui a aboli depuis 1972 la possibilité d’acquérir la citoyenneté ivoirienne par déclaration. N’y a-t-il pas là une incohérence juridique fondamentale ? Les spécialistes nous édifieront.

Mensonge numéro quatre : « il s’agit d’une régularisation »

Alassane Ouattara et ses hommes veulent que les « nouveaux Ivoiriens » puissent être en situation de voter en 2015. Mais pour défendre leurs calculs, ils s’embourbent dans des concepts juridiquement inopérants, munis d’une mauvaise foi finalement assez admirable. Toujours moyennement subtil, le député extrémiste Alphonse Soro a mis les pieds dans le plat. « Lorsque la nationalité est acquise par déclaration, cela sous-entend que l’individu avait déjà droit à cette nationalité et donc les droits conférés par la nationalité sont considérés comme des droits que l’individu aurait dû avoir depuis lors. C’est ce qui le différencie par le principe de la naturalisation où on commence à considérer la date à laquelle la naturalisation est faite et la personne a 5 ans pour être électeur et 10 ans pour être éligible. (…) Mais à partir du moment où c’est par déclaration, c’est comme si ces personnes jouissaient de cette nationalité et que c’est justice qui est donnée à ces personnes-là », a-t-il dit, expliquant le fumeux de concept de « régularisation » qui est brandi par le gouvernement. Incroyable cafouillis conceptuel ! Qui rappellera à cet élu le sacro-saint axiome juridique selon lequel « la loi n’a pas d’effet rétroactif » ? Une loi de 2013 ne peut pas faire de vous un Ivoirien depuis 1972 !

Mensonge numéro cinq : l’apatridie selon Ouattara et ses hommes

Le raisonnement par lequel le régime Ouattara veut créer des « apatrides » en Côte d’Ivoire est proprement renversant.  Alors que les codes de la nationalité des principaux pays dont proviennent les étrangers vivant en Côte d’Ivoire sont fondés sur le droit du sang, le ministre Mamadou Gnénéma Coulibaly persiste et signe : ceux des enfants de migrants qui sont nés en Côte d’Ivoire « n’ont pas la nationalité ivoirienne et n’ont aucune autre nationalité ». La preuve du caractère vicié de son raisonnement est pourtant évidente. En effet, si les enfants des Burkinabés ou des Maliens nés en Côte d’Ivoire ne sont ni Burkinabés ni Maliens, cela signifie par voie de conséquence que les enfants des Ivoiriens nés au Ghana ou en France ne sont pas Ivoiriens. Pourquoi le gouvernement de Côte d’Ivoire s’obstine-t-il donc à fournir à ces enfants des passeports et des transcriptions d’actes de naissance ?

On ne peut pas construire une Nation en prenant les citoyens pour des idiots.


Théophile Kouamouo


Source: LE NOUVEAU COURRIER

mercredi, 28 août 2013

ADOPTION DES LOIS OUATTARA SUR LA NATIONALITE, L’APATRIDIE ET LE FONCIER RURAL: LE MINISTRE HUBERT OULAYE S’INDIGNE: C’EST UNE FAUTE POLITIQUE JURIDIQUE ET MORALE

 

 

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1-Le parlement ivoirien, version Alassane Ouattara, a voté le vendredi 23 août, 7 projets de lois, dont ceux sur la nationalité, le foncier rural et l’apatridie. Quels sont les sentiments qui animent le juriste que vous êtes ?

A la fois,  étonnement, incompréhension et surtout tristesse, face à des personnes sensées constituer la représentation nationale !

Le 23 août 2013, 223 personnalités, élues dans les conditions que l’on sait, ont adopté, à la majorité et presque sans débat, au mépris des appels à la consultation nationale  lancés par les ivoiriens, sur un sujet aussi sensible, des textes dont la mise en application, selon Adama Sankara, président de l’association des ivoiriens d’origine burkinabé, va faire passer le nombre d’étrangers en Côte d’Ivoire,  à moins de 5%. Selon ce dernier 4 000 000 de burkinabés attendent d’être déclarés ivoiriens (journal le Patriote du 29 mai 2013). A ces personnes, il faudra ajouter les autres étrangers ressortissants de la sous-région, présents en Côte d’ivoire avant 1960 et leurs descendants. Le rapport de présentation du texte sur la nationalité, le gouvernement  s’est gardé de donner des chiffres pour ne pas choquer les ivoiriens, et les députés non plus ne s’en sont nullement inquiétés. La population ivoirienne était estimée en 2012 à environ 23 000 000 d’habitants selon wikipédia. Le nombre d’étrangers est généralement estimé à 26% de la population totale. Si l’on s’en tient aux déclarations d’Adama Sankara, c’est au moins 21% d’étrangers qui vont bénéficier des lois Ouattara.  Autrement dit, le gouvernement et les députés RHDP ont décidé de transformer, pas moins de 6 000 000 d’étrangers présents en Côte d’Ivoire, en ivoiriens, par voie de simple déclaration, c’est-à-dire sans enquête préalable, ou comme des apatrides, sans considérer qu’une consultation nationale des ivoiriens s’imposait, eu égard au contexte post-crise et aux enjeux nationaux en cause.

Je ne doute pas un seul instant que ces députés ont mesuré la portée de leur acte, qui vise à constituer légalement le vivier électoral d’Alassane Ouattara. Sur ce plan ils ont réussi leur pari. Ce dont je suis moins sûr, c’est le point de savoir s’ils avaient conscience du sens exact du vote qu’ils ont exprimé ce jour-là. En décidant d’accorder la nationalité par voie de déclaration, ils ont décidé que les étrangers visés, sont des ivoiriens, qui n’ont pas besoin de demander l’acquisition d’une nationalité qui leur est reconnue de plein droit, mais seulement à réclamer au gouvernement, une attestation de leur nationalité ivoirienne. Un certificat de nationalité leur sera automatiquement délivré par une autorité administrative ou judiciaire désignée, sans enquête préalable, donc sans contrôle, dans les mêmes conditions de délivrance du certificat de nationalité aux nationaux ivoiriens. Il ne leur sera même pas demandé le sort réservé à leur nationalité d’origine, tout comme il ne sera pas tenu compte par exemple du fait que certains déclarants ont déjà  effectué le service militaire dans leur pays national. On pourrait ainsi rallonger la liste des incongruités passées en pertes et profits par nos valeureux députés. Les mêmes remarques pourraient être faites à propos des deux Conventions sur l’apatridie, dont la ratification a été autorisée, sans aucune réserve, alors qu’elles imposent à la Côte d’Ivoire des exigences qu’ailleurs les autres Etats contractants n’ont pas accepté.

Les personnes résidant en Côte d’Ivoire avant 1960 et leurs descendants, les enfants mineurs nés de parents étrangers, sur le territoire avant 1961, les personnes nées sur le territoire, de parents étrangers, entre  1960 et 1973, les immigrés de la colonisation assimilés à des apatrides, sont virtuellement considérées comme des ivoiriens, il leur suffira d’en faire la déclaration, là où nos textes exigeaient une demande de naturalisation sanctionnée par une décision accordant ou refusant la nationalité après enquête. Désormais, la décision de faire d’eux des ivoiriens n’appartient plus aux autorités ivoiriennes mais au seul bon vouloir de ces personnes elles-mêmes. Or, la loi de 1961 n’a pas retenu la déclaration pour les personnes résidant sur le territoire avant 1960, la loi de 1972  l’a supprimée pour les enfants étrangers nés en Côte d’Ivoire, l’Accord de Linas-Marcoussis ne l’a pas prescrit et les textes d’application de cet accord  (loi de 2004 et Décisions présidentielles de 2005), ne l’ont pas réintroduit !  Si cela n’est pas un bradage de la nationalité ivoirienne, qu’est-ce que c’est alors !

2- Comment jugez- vous l’attitude des députés ?

L’acte ainsi posé, qui n’est pas innocent loin s’en faut (création d’un bétail électoral), est lourd de conséquences (création spontanée d’au moins 6 000 000 d’ivoiriens). Pour moi, ces députés ont commis une faute grave. A un triple point de vue : juridique, moral et politique.

Une faute juridique. Cela a été dit et écrit  maintes fois, les personnes originaires des autres territoires de l’AOF, résidant en côte d’Ivoire avant 1960, ne sont pas des ivoiriens. D’une part, elles ont la nationalité de leurs pays d’origines conformément à leur législation, d’autre part elles n’ont pas la nationalité ivoirienne conformément aux dispositions du code de nationalité du 14 décembre 1961. Elles n’ont ni l’état ni la qualité d’ivoiriens. Par conséquent il ne leur est pas possible de « déclarer » un état « d’ivoirien » qu’elles n’ont jamais possédé ni en droit ni en fait. Elles ne peuvent prétendre qu’à la naturalisation. Or la loi votée, leur confère de plein droit la nationalité ivoirienne, alors même qu’elles ne sont pas nées sur le territoire, et continuent d’avoir la nationalité de leurs Etats d’origines, et ce,  en totale contradiction avec le code de nationalité et ses modifications successives, et avec les législations de leurs Etats nationaux.

Le ministre de la justice a soutenu pour éviter tout débat national sur les réformes controversées, qu’il n’y a pas eu de référendum en 1961, en 1972, et en 2004-2005, lors de l’adoption du code de nationalité et de ses réformes successives ! L’argument n’est pas convaincant et relève de la fuite en avant. En 1961, le législateur n’était pas appelé à voter dans une Côte d’Ivoire divisée, où se posait avec acuité la question de la nationalité. Tout particulièrement, le législateur n’était pas appelé à accorder à 6 000 000 d’étrangers, soit le quart de la population totale, la nationalité par voie de déclaration !  En 1972 il s’est agi de mettre fin à une option et à une procédure sans remettre en cause le principe de la naturalisation des étrangers. En 2004 et en 2005, il s’est agi de mettre en application un accord de paix, qui ne demandait pas de revenir sur la suppression du droit du sol et sur la procédure de la déclaration. Ce qui est différent des réformes Ouattara, qui considèrent que 6 000 000 d’étrangers ont de plein droit la nationalité ivoirienne, et les appellent à faire constater ce droit par simple déclaration.

 Cette position du ministre de la justice est d’ailleurs en contradiction avec la promesse électorale de monsieur Alassane Dramane Ouattara qui dans le préambule de son programme de gouvernement affirme : « Nous voulons associer toutes les Ivoiriennes et tous les Ivoiriens au renouveau de la Côte d’Ivoire, à la définition des principes qui la guideront dans ses grands choix. Car la démocratie exige l’intervention permanente du peuple dans le processus de prise de décision. En d’autres termes, nous ne croyons pas que le rôle du citoyen se limite au choix d’un bulletin de vote glissé dans l’urne, abandonnant de ce fait et jusqu’à la prochaine élection tous ses pouvoirs à un candidat. Il n’y a pas de délégation absolue de la souveraineté et aucun élu ne doit s’arroger le droit de confisquer la parole au peuple ».

En deux ans d’exercice du pouvoir ces belles promesses sont tombées dans les oubliettes. On voit ici le fossé qui sépare la parole et les actes du candidat.               

3- Vous avez dit aussi que c’était une faute morale et politique des députés…

Oui je pense qu’il n’est pas moralement sain de considérer, pour des raisons strictement électoralistes, que les législateurs ivoiriens ( gouvernement et parlement) ont commis une erreur en proposant aux étrangers la naturalisation en lieu et place de la nationalité ivoirienne d’origine, et d’applaudir les législateurs des autres pays africains qui ont adopté la même position dans leurs codes de nationalité.

Je pense aussi que c’est une grave faute politique, que de banaliser une question aussi sensible qui requiert incontestablement un minimum de consensus national, et de la traiter sous le seul angle d’une majorité parlementaire mécanique, dont la légitimité au demeurant est sujette à caution ( boycott et faible taux de participation électorale).

Choisir de passer en force, de ne pas tenir compte des avis des ivoiriens et même des recommandations de l’ONU, et penser que le simple vote majoritaire est  à même d’assurer à une loi le respect qui lui est dû en tant qu’expression de la volonté nationale souveraine, c’est prendre un pari incertain sur l’avenir de celle-ci et des situations qu’elle aura permis de créer. Ce qui est en cause c’est l’harmonie et la cohésion de la société ivoirienne et des individus qui la composent, tant pour aujourd’hui que pour demain. La démocratie n’est pas la dictature de la majorité sur la minorité, encore que dans le cas de la Côte d’Ivoire, la question, après la crise électorale et les différents boycotts électoraux, reste de savoir si c’est la majorité ou la minorité qui gouverne.

4- Vous affirmiez dans nos colonnes qu’il n’y a pas d’apatride en Côte d’Ivoire, du reste pas dans la proportion que tente de faire croire le pouvoir Ouattara. Pouvez-vous repréciser votre argumentaire ?

Oui, et je le répète. Les immigrés de la période coloniale résidant aujourd’hui encore dans notre pays et qui n’ont pas demandé leur naturalisation ont la qualité de nationaux de leurs pays d’origine (Mali, Guinée, Burkina Faso, Benin, Niger…). Ils ne sont donc pas des apatrides, conformément à la définition qui en est donnée par l’article premier de la Convention sur le statut des apatrides de 1954, selon laquelle, « le terme d’apatride désigne une personne qu’aucun Etat ne considère comme son ressortissant en application de sa législation ». En effet, bien que s’étant trouvés hors de leurs pays d’origines au moment des indépendances, elles ont été prises en compte par les lois de leurs pays qui à travers les codes de nationalité leur ont attribué la nationalité d’origine. Ces pays ne leur ont jamais retiré cette nationalité, qui pour ces personnes est de droit. Elles ne sont donc pas des apatrides.

5-Malgré tout, le projet de loi a été voté. Percevez-vous cela comme un désaveu ?

Pas du tout.L’autorisation votée de ratifier les deux conventions sur l’apatridie, n’est  nullement un désaveu mais plutôt, comme  je l’ai dit, une triple faute du gouvernement et du Parlement RHDP, pour les raisons ci-dessus développées.

6-Qu’est-ce qu’une éventuelle loi sur l’apatridie changerait pour les Ivoiriens ?

Pour répondre à cette question, il faut considérer trois catégories de dispositions clés desdites conventions.

 La première catégorie de dispositions qui énumèrent les différents cas possibles d’apatridie : l’enfant né apatride sur le territoire du fait de parents eux-mêmes apatrides (art. 1,1) ; l’enfant trouvé sur le territoire de parents inconnus (art. 2) ; l’individu non né sur le territoire mais apatride (art.4).

La seconde catégorie qui prescrit aux Etats contractants d’accorder aux apatrides vivant sur leurs territoires divers droits pour leur permettre d’avoir une vie normale (protection de la loi, santé éducation, emploi, libertés associatives et d’expression…).

La troisième catégorie est résumée par l’article 32 de la Convention de 1954, qui prescrit aux Etats contractants, « de faciliter et d’accélérer la procédure de naturalisation des apatrides ».

S’il est recommandable de trouver une solution à la situation des apatrides, le problème reste celui de l’application conforme desdites Conventions, qui, par des interprétations biaisées, peuvent être détournées à des fins politiciennes. Or, lorsqu’on entend le ministre de la justice déclarer, que «  les Burkinabés, immigrés de la période coloniale, qui ont la nationalité burkinabé, sont des apatrides », les ivoiriens doivent s’attendre à vivre de profonds bouleversements  dans les temps prochains.

7-  Les apatrides, une fois leur cas réglé, ont-ils tous les droits que les Ivoiriens d’origine ?

Ils auront des droits substantiels leur permettant de vivre une vie normale à l’instar de tous les non nationaux en Côte d’Ivoire. Et s’ils sont naturalisés, ils deviendront des citoyens ivoiriens à part entière, avec le droit de vote.

8- A combien évaluez-vous les apatrides en Côte d’Ivoire ?

Pour le gouvernement et le HCR, il y aurait environ 1 000 000 d’apatrides d’origine burkinabé. Nous avons démontré dans notre précédente intervention que cela était faux. Si l’on s’en tient à la définition stricte de « l’apatride », il ne doit pas y avoir beaucoup d’apatrides dans notre pays. Je pense que le phénomène devrait être marginal.

9- Le foncier rural était aussi au centre du vote. La loi de 1998 a été amendée. Qu’est ce qui change ?

Alors qu’il avait annoncé de grands bouleversements en matière de foncier rural, c’est finalement à la prolongation du délai légal de 10 ans (article 6,2 de la loi de 1998), donné aux propriétaires fonciers pour immatriculer et mettre en valeurs leurs terres, que le pouvoir a dû se résoudre. Cependant tout le monde sait que l’intention véritable du gouvernement est, d’exproprier les propriétaires coutumiers qui n’ont pas les moyens ou l’intention de mettre en valeur leurs terres, en vue de les céder d’une part aux multinationales à l’affut de grands espaces en Afrique et d’autre part, de conférer aux  étrangers, nombreux et actifs dans le domaine agricole, des droits de propriétés sur les terres coutumières sous prétexte de mise en valeur.

Ces étrangers sont  constitués de deux groupes. Le premier groupe est  composé essentiellement de travailleurs et exploitants agricoles, parfois installés en Côte d’Ivoire depuis de nombreuses années, dont le nombre est estimé à environ 5 000 000 de personnes. Le second groupe est principalement  composé des combattants et chefs de guerre, qui ont combattu et tué des milliers d’ivoiriens pour l’accession au pouvoir d’Alassane Ouattara ( Duékoué, 29 mars 2011). Toutes ces personnes occupent de gré ou par la force des armes, presque tous les espaces forestiers du pays, en ayant pris soin d’en chasser préalablement les propriétaires coutumiers, notamment dans l’ouest. Les uns comme les autres en tant qu’étrangers ne peuvent devenir propriétaires des terres coutumières qu’ils exploitent ou occupent, car, la loi de 1998 réserve ce droit aux seuls nationaux ivoiriens.

En vérité, la réforme en profondeur de la loi sur le foncier annoncée par Alassane Ouattara, soi-disant,  pour respecter l’accord de Linas-Marcoussis  qui n’a rien prescrit en ce sens, a pour objectif premier, de faire sauter le verrou de la nationalité. Il a choisi de concentrer toutes ses forces sur la réforme  du code de nationalité. Tactiquement, Alassane Ouattara n’a pas voulu se mettre à dos le PDCI, qui reste attaché à la loi de 1998, au moment de faire passer la réforme la plus importante de son mandat, à savoir la loi sur la nationalité. Il a choisi de concentrer toutes ses forces sur la réforme  du code de nationalité. Par le vote de la  réforme du code de nationalité qui reconnait la qualité d’ivoirien de plein droit, à ces millions de personnes d’origine étrangère, Ouattara les rend éligibles à la propriété foncière en Côte d’Ivoire. Il contourne ainsi l’obstacle de la nationalité liée au foncier. Donc apparemment rien ne change pour l’instant, mais tout est à venir. 

10- Règle-t-on à travers ces amendements les sempiternels conflits fonciers ou allons-nous vers des crises plus aigües ?

En principe rien n’est réglé. Avec le temps deux problèmes sont apparus au niveau de l’application. Il y a d’une part que la procédure d’immatriculation prescrite pour établir la propriété coutumière (article 4, loi de 1998), qui  pose de sérieux problèmes pratiques liés à l’exigence de mise en valeur comme condition pour être propriétaire. Les paysans n’ont pas les moyens financiers requis. D’autre part, aux termes de la loi et du décret d’application, l’Etat a la primo-responsabilité de la délimitation des terroirs villageois condition préalable pour délimiter les parcelles et déterminer officiellement les propriétaires coutumiers (article 7, loi de 1998). Rien n’a été fait par l’Etat à ce jour, de sorte que la l’immobilisme au niveau de l’application ne peut être imputé aux propriétaires coutumiers. Force est de constater, qu’ici comme dans beaucoup d’autres domaines, Alassane Ouattara n’a pas tenu ses promesses électorales.

Voici ce que disait le candidat Alassane Dramane Ouattara dans son programme de gouvernement:

côte d'ivoire,adoption des lois ouattara sur la nationalite,l’apatridie  et le foncier rural,le ministre hubert oulaye s’indigne,c’est une faute politique juridique et morale

«  FONCIER RURAL

Pendant les 5 ans du mandat, nous allons procéder à la délimitation des terroirs de tous les villages de Côte d’Ivoire (ils sont environ 11 000). L’État prendra intégralement à sa charge les coûts correspondants. Ensuite, nous délimiterons les parcelles, nous délivrerons les certificats fonciers et organiserons la mise en place des contrats et des baux agricoles sur la moitié du territoire rural (environ 12,5 millions d’hectares) représentant près des 3/4 des propriétaires.

Les coûts de ces opérations seront considérablement réduits du fait de la massification, sauf pour les propriétaires de petites parcelles qui bénéficieront de la gratuité intégrale.

Nous consacrerons 1 100 milliards de FCFA à la modernisation de notre agriculture ».

Ce que les ivoiriens attendent, à deux ans de la prochaine échéance électorale, c’est la réalisation de cette promesse et non autre chose.

11- On a donné 10 ans aux propriétaires terriens d’immatriculer leurs terres. Qu’est-ce que cela signifie ?

Cela signifie qu’ils ont à nouveau un délai de 10 ans pour faire reconnaitre leurs droits de propriétaires coutumiers sur leurs terres. La procédure comme je l’ai dit, exige la délimitation des parcelles, objet de propriété, avec le concours de l’Etat et leur mise en valeur préalable.

12-Si éventuellement pour une raison ou une autre, une terre n’est pas immatriculée, que va-t-il se passer ?

Selon la loi de 1998, les terres du domaine foncier qui, au terme du délai légal de 10 ans, n’auront pas été immatriculées, seront considérées comme des terres sans maîtres et deviendront propriété de l’Etat de Côte d’Ivoire (articles 6,1 et 21 de la loi de 1998). A l’évidence, une telle perspective  sera analysée comme une expropriation indue des propriétaires coutumiers.

13-Professeur, à qui appartient la terre ? Aux ancêtres ? A l’Etat ? Ou à Dieu ?

Le soleil, la terre, l’air, l’eau, l’homme, l’univers…, sont des créations de Dieu. La terre appartient aux ancêtres qui s’y sont établis depuis des temps immémoriaux, y ont vécu avant la naissance de l’Etat, et l’ont cédé à leurs descendants. L’Etat, est le gardien de ce patrimoine dans sa consistance territoriale.

14-La nationalité pour les conjoints étrangers a également été modifiée. Ne pensez-vous pas que cette modification ouvre la porte aux mariages intéressés ?

Je ne vois rien de nouveau dans la loi Ouattara, car le principe est acquis depuis les décisions présidentielles de 2005. Il n’est pas exclu que cette ouverture soit une porte d’entrée pour des fraudes éventuelles sur la nationalité.

15- Avec l’adoption de tous ces projets de loi, faut-il craindre des conséquences sur la cohésion sociale ?

Ces lois vont  injecter de manière inattendue, non pas des milliers, mais des millions d’étrangers dans le corps national ivoirien, avec les mêmes droits civils et politiques que les nationaux ivoiriens d’origine.

 Il faut craindre l’aggravation des fissures dans la cohésion nationale, surtout au regard de la démarche non consensuelle de leur adoption et du contexte de division dans lequel vivent aujourd’hui les ivoiriens. Les débats informels dans la presse, avant le vote du 23 août, montrent  bien leur désaccord  ainsi que leur refus, de ce qui n’est en réalité qu’un « bradage de la nationalité ivoirienne. 

16- Y a-t-il un recours pour l’Ivoirien qui n’est pas d’accord avec ces projets de loi ?

La voie d’un recours constitutionnel à partir de l’Assemblée nationale me semble improbable dans la mesure où ceux qui ont qualité pour saisir  cette institution ( le Président de l’Assemblée nationale ; les groupes parlementaires ; 1/10ème des députés) sont aussi les initiateurs desdites lois.

 Le PIT je crois, mais aussi la Convention de la Société Civile de Côte d’Ivoire (CSCI), auraient envisagé de saisir le Conseil Constitutionnel. Cette initiative est à encourager. La Constitution ne donne pas aux individus et aux associations une faculté de saisine du Conseil contre les engagements internationaux, cependant en son article 77 alinéa 2, elle permet aux associations de défense des droits de l’Homme, de déférer au Conseil constitutionnel les lois relatives aux libertés publiques. Il faut espérer que le Conseil,  dans ce débat dont l’enjeu est national, adopte une solution constructive, en considérant que libertés publiques et droits des citoyens sont des concepts imbriqués, et que le Conseil constitutionnel ne peut être le gardien de libertés publiques,  qu’une interprétation stricte des textes, expurgerait  des droits qui leurs sont consubstantiels, même si le constituant de 2000, ne les a pas formellement mentionnés. Or, à travers le débat actuel sur la nationalité,  sont aussi en cause, les droits du citoyen ivoirien.  

Mais je crois que face à des lois non consensuelles, qui mettent gravement en cause la consistance humaine et sociologique de la Nation, dans un but purement électoraliste,  le recours véritable doit être que l’action politique, qui seule permet d’exprimer le mécontentement de la société face aux dérives du pouvoir. Cette action politique pour faire reculer le pouvoir, doit être forte et portée, aussi bien par les organisations politiques que par la société civile, et exiger le retrait desdits textes.

17-Pensez-vous qu’Alassane Ouattara y tirera des dividendes personnelles ?

Bien sûr. Les bénéficiaires potentiels et ils sont nombreux, lui seront reconnaissants de ce passage en force.


Source: Le blog de Steve Beko

AFFI NGUESSAN A CŒUR OUVERT APRES SA SORTIE DE PRISON


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«Notre arrestation était politique, notre libération est politique»

 

Le président du Front populaire ivoirien a accordé hier dimanche un entretien à la station de radio camerounaise basée au Canada Cameroon Voice dans le cadre de son émission «Sans détour». Il parle du combat du FPI pour la libération des autres prisonniers politiques, du sens des dernières libérations provisoires, et des questions politiques de l’heure. Première partie.


Comment goûtez-vous les premiers délices de cette liberté retrouvée?

J’aimerais d’abord vous remercier pour l’occasion que vous me donnez de parler à vos auditeurs et dire qu’évidemment la liberté est un bien d’une importance capitale pour l’être humain. Et en être privé pendant plus de deux ans, est un calvaire, un drame. C’est donc dire que nous sommes particulièrement heureux de pouvoir retrouver la liberté.

Vous avez été libéré le 7 août, y a-t-il eu des négociations auparavant avec le FPI? Etiez-vous informé de votre libération ou alors vous l’avez su comme tout le monde?

Nous en avons été informés le lundi 5 août aux environs de 13 heures par le canal du journal télévisé. Le régisseur de la prison nous avait informés de ce qu’il avait reçu un message lui demandant de suivre la télévision notamment le journal de 13 heures. Lui également ne savait pas de quoi il s’agissait mais il est venu nous informer. Mais je crois que nous avons été informés en même temps que lui. Nous avons attendu le lendemain que les formalités de sortie soient exécutées et ensuite les autorités gouvernementales ont envoyé un avion qui a été chercher ceux qui étaient à Boundiali au nord-ouest du pays. Le même avion est revenu à Bouna où nous étions. C’est donc ensemble que nous avons regagné Abidjan.

Quel sens donnez-vous personnellement à cet acte du chef de l’Etat? Est-ce un acte décisif vers la réconciliation nationale dans le pays?

Oui je pense que c’est un signal de décrispation, un signal de repositionnement. C’est un signal qui de notre point de vue signifie que la stratégie qui a été suivie depuis le 11 avril 2011 a atteint ses limites et n’a pas produit les effets escomptés puisque le pays est dans une situation difficile. On peut dire que c’est dans l’impasse parce que la réconciliation nationale est bloquée, la fracture sociale s’élargit chaque jour, l’économie est en train de s’effondrer, les finances publiques sont au rouge. Cela signifie que la stratégie doit être révisée et nous considérons que notre libération est un signal pour dire que les autorités s’engagent dans une nouvelle voie qui doit prendre en compte l’opposition, qui doit permettre de résoudre tous les contentieux qui nous opposent, créer la confiance mutuelle et permettre à la Côte d’Ivoire de repartir sur de nouvelles bases.

Concrètement, que change cette vague de libération dans la position de principe du FPI qui avait choisi de déserter le champ politique tant que tous les militants ne seraient pas libérés?

Dans le principe, rien ne change puisque notre objectif stratégique reste le même. Mais dans la pratique, il est évident que tout peut changer puisque nous avons toujours revendiqué la négociation, le dialogue avec le pouvoir, la décrispation, la modération dans l’action du régime, du respect des libertés et des droits de l’homme, des principes démocratiques. Nous n’avions pas été entendus et ce que nous constatons, c’est que le pouvoir fait un rapprochement. Il y a une inflexion dans la ligne adoptée par le pouvoir de manière à ce que nous puissions nous retrouver sur une même plateforme, une même vision de la démarche à emprunter pour résoudre les problèmes du pays. Cela signifie qu’il y a donc une convergence qui est en train de s’amorcer et va favoriser des négociations franches et sincères pour résoudre tous les problèmes qui handicapent le pays actuellement.

Vous parlez d’inflexion du gouvernement mais toujours est-il que Charles Blé Goudé est toujours tenu au secret, Simone Gbagbo est toujours détenue, Laurent Gbagbo est toujours à La Haye et la CPI peine à démontrer que son procès n’est pas un procès politique. Vous parlez d’inflexion mais est-ce que Ouattara n’aurait pas pu pas aller au-delà de cette décision parcimonieuse?

C’est pour cela que nous parlons d’inflexion, il n’y a pas de rupture. L’inflexion veut dire qu’on voit les lignes bouger. Maintenant, il appartient au pouvoir de marquer de façon plus franche en poursuivant dans la même logique de manière à ce que tout ceux qui sont encore en prison puissent trouver la liberté y compris Simone Gbagbo. Que le président Laurent Gbagbo puisse rejoindre son pays. Et que tous les exilés rentrent. Pour nous, ce sont des données de la crise. Donc résoudre la crise, c’est résoudre tous ces problèmes. Sur ces questions là, nous avons les mêmes positions, nous allons mener le même combat. Nous allons encourager le pouvoir à aller plus loin que la libération des 12 ou 14 prisonniers qui sont sortis le 5. Il faut poursuivre, c’est un processus et nous sommes rentrés dans un nouveau processus et pour ce processus les premiers signes, c’est notre libération. Ce qui n’est pas suffisant pour dire que le processus est achevé. Il faut poursuivre et les autres signes qui vont permettre à l’opposition d’être convaincue que notre libération n’est pas un épiphénomène et un coup médiatique mais que cela rentre dans une logique, dans une politique, ce serait la libération de Simone, Laurent Gbagbo, tous les autres détenus et le retour des exilés. Plus des négociations sur toutes les autres questions qui concernent la situation économique, politique et sociale du pays. Je veux parler par exemple du désarmement des ex-combattants, de la liberté de la presse, des médias d’état, de la sécurité, de la réforme de la commission électorale. Au total toutes les réformes politiques et institutionnelles qui doivent permettre à la Côte d’Ivoire de rompre véritablement avec la période de trouble, d’agitations et d’affrontements que nous avons connue.

Vous bénéficiez d’une liberté provisoire et la procédure judiciaire poursuit son cours. Avez-vous franchement confiance en la justice de votre pays qui rendra un jugement impartial. Avez-vous encore foi en ce que la justice vous acquittera si vous le méritez ou vous condamnera si vous le méritez. Quel est votre état d’esprit aujourd’hui?

Mon appréciation, ma conception et ma vision, c’est que nous sommes dans un processus politique. Notre arrestation est éminemment politique, notre libération est politique. La justice, dans le contexte que nous connaissons en Côte d’Ivoire n’est là que pour maquiller les choses pour essayer de donner un vernis juridique et judiciaire à des actes politiques. Et c’est pourquoi on nous appelle prisonniers politiques. C’est donc le politique qui déterminera l’issue de tout cela et à la fin du processus, la justice trouvera les formules pour pouvoir entériner les décisions politiques des accords politiques qui auront été conclus entre les différentes parties. C’est pourquoi en ce qui me concerne, je ne me préoccupe pas de la dimension judiciaire parce que je sais que ce sont des prétextes, des instruments pour accompagner un pouvoir qui a décidé à un moment donné de museler son opposition, de couper toutes les têtes , d’arrêter tous les dirigeants pour neutraliser l’opposition qui était perçue à cette époque comme un empêcheur de tourner en rond, comme une menace à l’installation du pouvoir qui venait d’arriver. Maintenant qu’avec notre libération, de notre point de vue, il y a une nouvelle orientation qui est donnée, nous pensons que le processus des négociations des discussions et de l’apaisement et de décrispation qui vont résulter, c’est ce qui est fondamental. La dimension judiciaire, de notre point de vue, est secondaire.

Guillaume Soro a achevé une visite à Gagnoa dans le pays bété, à Gnaliépa, à Mama le village de Laurent Gbagbo, à Kpogrobré le village de Blé Goudé. Quel sens donnez-vous à cette visite. Est-ce que c’était selon vous une manière d’assujettir les Bété ou d’humilier davantage Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé?

Je suis très mal placé pour vous répondre avec précision et concision puisque c’est monsieur Soro Guillaume qui peut dire quel est l’objectif qu’il visait en effectuant cette tournée. En ce qui me concerne, je ne peux que me poser des questions sur l’objectif politique. Est-ce qu’il s’agit d’un objectif national ou de poser des actes pour soutenir un processus d’apaisement, de réconciliation ? Est-ce que c’est une tournée qui vise un calendrier personnel ? Je ne peux vous répondre. Mais ce que j’observe, c’est que c’est une visite qui a été controversée, il y a eu beaucoup d’opposition et qu’en définitive, elle s’est effectue dans un contexte de division. Je ne pense pas que ce soit une visite qui ait contribué à rapprocher les parties et à soutenir un processus de réconciliation.

«Je suis plutôt venu vous dire que la réconciliation doit se faire. C’est en nous mettant ensemble que nous pourrons trouver une solution pour Laurent Gbagbo, Blé Goudé et tous les autres», disait Guillaume Soro. Ne pensez-vous pas que c’est le début d’un dialogue sincère que vous réclamez depuis toujours?

Je ne sais pas si c’est de cette façon qu’on peut dialoguer, mais ce que je peux dire, c’est qu’il ne suffit pas d’avoir de bonnes intentions et de bonnes idées. Il faut aussi avoir une bonne démarche. Sinon, les bonnes intentions peuvent être contre-productives et produire l’effet inverse. C’est une loi qu’il faut prendre en compte quand on est un leader politique, un homme d’état. A savoir qu’il ne suffit pas d’être bien intentionné, il faut avoir une démarche appropriée. Sinon on risque d’échouer et peut être même d’aggraver la situation.

Sur cette question des exilés, nous savons qu’il y avait comme cette épée de Damoclès qui pendait sur la tête du porte-parole Justin Koné Katinan. Est-ce qu’il y a eu une décision de justice comme prévu le 9 août dernier ou alors avez-vous eu de ses nouvelles?

Je n’ai pas de nouvelle du dossier judiciaire. Je n’ai pas été informé de ce qu’il y a eu une décision judiciaire.

Comment se porte le FPI que vous retrouvez et que vous avez laissé sous le leadership de Miaka Oureto et les autres?

Mon sentiment, c’est que le FPI a grandi, il s’est renforcé dans la conscience des ivoiriens. Parce qu’aujourd’hui, manifestement le FPI reste le seul instrument, la seule bouée de sauvetage pour les ivoiriens face au régime actuel. Face à tout ce que nous avons observé, les exactions des forces républicaines, les violations des droits de l’homme, le non respect des libertés, face à la crainte permanente dans laquelle vivent les populations, la peur qui les habite tous les jours puisqu’aujourd’hui, jusque là on pouvait venir vous arracher votre véhicule, votre terrain, vous n’avez aucun moyen de vous défendre, les gens peuvent habiter vos maisons impunément. Face à tout cela qui constitue des préoccupations des populations, les gens ne pensent plus qu’au FPI comme la seule alternance possible, comme la seule possibilité pour eux, ne serait-ce que pour vivre tranquillement dans leur pays en sécurité. D’être le seul bouclier qui, s’il est suffisamment fort, peut leur garantir au moins la liberté d’exister, l’égalité vis-à-vis des autres citoyens. C’est pour cela que nous avons la lourde responsabilité dans la restauration de la paix, de la stabilité et de la cohésion dans le pays.

Dans votre discours de sortie de prison, vous disiez: «Le pouvoir en place doit savoir que le FPI, parti d’opposition est un partenaire dans la reconstruction de la Côte d’Ivoire. Il faut qu’il nous comprenne comme tel et qu’il ne cherche pas à détruire l’opposition parce que ce ne sera pas possible. La situation actuelle le prouve te ce ne sera pas dans l’intérêt du pays». Y-a-t-il eu des tentatives de destruction du FPI, des exemples, qui vous permettent de parler avec autant d’autorité d’un complot qui viserait spécifiquement le FPI?

Mon arrestation en tant que président du FPI est le signe de cette volonté d’anéantir le FPI. Avec l’arrestation de tous les dirigeants, l’objectif visé était à défaut d’anéantir le FPI, de l’affaiblir au maximum de manière à se fabriquer une opposition factice. Une soi-disant opposition qui n’en serait pas véritablement une. C’était le projet initial. Il fallait détruire le parti, à défaut l’affaiblir au maximum de manière à ce qu’il ne soit que l’ombre de lui-même. Et de manière à ce que le pouvoir qui venait de s’installer puisse régner en maître absolu sans une opposition véritable en face.

Je pense que les dysfonctionnements de la gouvernance en Côte d’Ivoire résultent de ce que ce projet là avait commencé à prospérer. Par exemple jusqu’à maintenant, il n’y a pas d’opposition sur le terrain. Tous les meetings du FPI ont été démantelés, réprimés. Les médias sont quotidiennement pourchassés, suspendus et tout cela s’est traduit par un sentiment d’impunité, de règne en maitre absolu au niveau des autorités, sentiments et situations qui ont engendré beaucoup d’actes de mauvaise gouvernance, qui ont encouragé certaines forces paraétatiques à se livrer à des persécutions, des violations des droits de l’homme. Tous les dysfonctionnements que l’on a constatés pendant ces deux dernières années résultent de ce qu’on a voulu museler l’opposition sinon même la détruire. Malheureusement [pour le pouvoir, ndlr], les Ivoiriens ont résisté au niveau individuel et collectif. Quand on les a appelés à voter, ils ont refusé de répondre à l’appel au vote pour ce qui concerne les législatives comme les municipales. Quand on les appelle à des manifestations de réjouissance, ils restent chez eux. Dans les bureaux, on voit une atmosphère morose qui existe dans les administrations. La vie a cessé d’exister en Côte d’Ivoire. Dès 18 heures, chacun rentre chez lui. Il n’y a plus ces moments d’effervescence qu’on observait dans les rues par le passé. Tout le pays est figé parce qu’il y a une situation de persécution à l’encontre d’une partie de la population, c’est donc tout cela qui a contribué à amener les autorités avec les pressions extérieures à envisager une autre façon de gérer la crise. Donc il y avait une volonté d’anéantissement mais celle-ci n’a pas pu prospérer et elle a échoué parce que le peuple ivoirien n’a pas accepté de jouer le jeu.

 

Retranscrits par Hermann Djea, in le quotidien ivoirien «Le Nouveau Courrier».

 

Source: LE NOUVEAU COURRIER.net

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lundi, 26 août 2013

GUILLAUME SORO A GAGNOA: LES CONTRADICTIONS D'UNE TRAVERSEE DU DESERT

 

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 Soro est allé à Gagnoa, région d’origine de Laurent Gbagbo. Il a organisé dans ce contexte une polémique médiatiquement factice. Il faut plutôt retenir que devant ce qui est en réalité une fuite en avant, c’est la lutte pacifique et démocratique des résistants ivoiriens qui commence à payer. Nous nous sommes battus. Et nous devons continuer farouchement la lutte. Car seule la lutte paie. Rien ne nous sera concédé "pour nos beaux yeux". J'ai vu des images du séjour de Soro à Gagnoa. J'ai éprouvé de la pitié pour mon pays. J'ai eu encore très mal quand cela m'a rappelé que les Occidentaux veulent continuer de nous rabaisser, de nous humilier, de nous apprivoiser (en un mot de nous anéantir) en nous imposant une telle classe d'hommes  et de femmes politiques – sans tenue, ni scrupule –, à la tête de nos Etats.

D’une part, pourquoi nous imposer des gens d’aucune moralité ? Pourquoi nous imposer des barbares ? Chez les Occidentaux, cela se voit rarement - on pourrait dire, cela ne s'est jamais vu - que le premier "emploi" d'un citoyen soit le poste de ministre. Ce n’est pas seulement cet aspect des choses qui est en cause ; c’est aussi le niveau d’études ou de formation de nombre de ceux qui dirigent le pays – dans la haute administration, dans des institutions, … – ; même si dans certains cas, le niveau d’études ne peut pas être un critère limitant (à condition dans cette mesure d’accepter d’apprendre). Chez nous, les Occidentaux trouvent tout normal. Guillaume Soro, par les armes a eu une ascension exceptionnelle, jusqu'à être premier ministre et aujourd'hui président de notre Assemblée Nationale. Ce n'est pas normal. Car nos jeunes doivent comprendre et intégrer que l'ascension sociale s'obtient par des efforts et par le mérite.

D’autre part, parce qu'il manque de jugeote, Soro a cultivé la défiance - à l'endroit de ceux qui ont encore du bon sens en Côte d'Ivoire et dans le monde ; et ils sont les plus nombreux par rapport aux obligés de Soro - sur son voyage à Gagnoa. C'est plutôt pathétique. Il demande "pardon", nous dit-il ? L'homme peut changer. Il est donc peut-être de bonne foi. Mais le pardon ne serait-il pas plus à propos, quand ils ont raté leur tentative de coup d'Etat du 19 septembre 2002 ? Ou du moins, n'auraient-ils pas trouvé une formule pour organiser les demandes de pardon après l'arrestation du président Gbagbo. On pourrait être tenté de répondre que dans ce cas là, les plaies étaient encore très béantes. Mais l'appel à l'apaisement – en prévoyant un dispositif d’accompagnement – n'est-il pas un art à pratiquer par celui qui a pris le dessus même par la voie que nous connaissons ?

Aujourd’hui, le rapport de force arrache "pardon" de la bouche de Soro. Il prononce le mot plusieurs fois. Est-ce pour dire qu'il y croit ou c'est simplement de la communication. A regarder le parcours de ce garçon : sa propension aigüe et son inclination indescriptible à la roublardise, l’économie de questions même des plus osées ne s’imposerait pas. Ces gens-là pensent qu'il fallait d'abord tuer, violer, découper des victimes à la machette … pour montrer qu'ils avaient vraiment le dessus - avec l'aide de la Communauté internationale -. La cruauté, la barbarie, la chasse à l'homme "pro-Gbagbo", les arrestations arbitraires et actes de tortures - qu'ils filmaient eux-mêmes - montrent combien ils étaient convaincus de leur impunité. Que le monde est ingrat ! Que le monde est faux ! L'on a voulu nier la tentative de coup d'Etat du 19 septembre 2002, comme origine plus aigüe - après le 24 décembre 1999 - de la crise ivoirienne pour dater celle-ci à partir des élections de novembre 2010. Cette falsification de l'histoire et cette imposture même soutenues par les médias des plus puissants au monde, en termes de propagande n'ont pas eu raison des Ivoiriens et des démocrates d'horizons divers qui se battent à leurs côtés.

Pour la reconstruction de notre pays et le besoin d’abréger les souffrances des populations, la revanche est inutile. Cela est tellement vrai que dans la culture que nous entretenons dans le sillage de Laurent Gbagbo, nous avons toujours mis le rassemblement en avant, comme boussole. « La transition pacifique à la démocratie » a inspiré le slogan « asseyons-nous pour discuter ». C’est la raison pour laquelle, même convaincu de sa victoire, Laurent Gbagbo a demandé le recomptage des voix. Mais devant l’autisme d’une « race » de politiques arrogants, « le temps » qui « est l’autre nom de Dieu » a fini par opérer un reclassement dans le paysage socio-politique de la Côte d’Ivoire.

Guillaume Soro et Hamed Bakayoko sont tellement satisfaits d’eux-mêmes qu’ils s’activent à une compétition à la succession de Ouattara. On nous sort du chapeau une loi sur « l’apatridie ». Le Rdr et certains de ses alliés du RHDP sont tellement convaincus qu’ils peuvent faire dans ce pays ce qu’ils veulent, qu’ils perdent la conscience – si tant est qu’ils en ont déjà eu une  – que toutes les questions de cette nature nécessite un consensus national. En fait, dans l’élan tactique et calculateur de faire du bétail électoral, la raison n’a pas été au rendez-vous sur cette question fondamentale pour la cohésion de la Côte d’Ivoire.

Dans cette adresse, ce qu’il faut retenir de ce qui précède, est que la sérénité n’est pas dans le camp des artisans de la conservation de l’ordre ancien. Mais la lutte que nous sommes maintenant invités à organiser de façon plus méthodique, continuera à renforcer les éclaircies qui pointent grâce à notre combat. Nous devons davantage nous mobiliser pour densifier nos revendications du jeu démocratique. Tous les partisans de la démocratie ne doivent donc pas se laisser abuser par tout ce qui relèvera de la diversion. Soro, en tant que président de l’Assemblée Nationale doit inspirer ses amis à intégrer que la Côte d’Ivoire appartient à tous les Ivoiriens ; et donc changer absolument de comportement. Par ailleurs, si on veut suivre le fond de la rhétorique de Soro sur l’exclusion, on doit lui demander si « l’exclusion ne doit pas exclure l’exclusion ? ». Tout en restant ouvert à tout ce qui pourra apparaître comme actes viables pour la reconstruction de notre pays, la vigilance des progressistes devra l’emporter sur des tentations évidentes dans cette ère de vulnérabilité où tous les piliers pouvant soutenir le socle d’un bien-être des populations, ont été mis à terre. Il faut rester déterminer pour travailler à ramener nos frères du RHDP sur terre. Ouattara n’a plus le choix aujourd’hui. Qu’il libère tous les prisonniers ! Que L’illustre geôlier de Scheveningen recouvre la liberté. La Côte d’Ivoire n’en pourra que reprendre son souffle. Et les investisseurs ne pourront que mieux s’en porter. C’est dans tous les cas la Côte d’Ivoire qui aura pris le dessus.

 

Dr Claude KOUDOU, Analyste politique, Enseignant-Ecrivain ; Directeur de la Collection « Afrique Liberté » chez les Editions L’Harmattan ; Président de CPDA « Convergences pour la Paix et le Développement de l’Afrique ».

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Meeting de Soro Guillaume à Gagnoa: la foire aux injures

 

La tournée que Guillaume Soro a effectuée dans le département de Gagnoa a connu un épilogue humiliant pour le peuple de Gagnoa, en général, et, en particulier, les chefs coutumiers, ses hôtes. Le chef rebelle de 2002, désormais président de l’Assemblée nationale, a prouvé qu’il n’était pas à «la hauteur de l’expérience que les chefs ont placée en lui» en livrant un discours de haine et d’injures.


«On cherchait des hôtesses et je me suis inscrite. Donc j’étais au meeting. Mais je n’ai pu le terminer parce que je ne supportais pas les insultes». Comme Michelle K.Z., beaucoup d’autres personnes n’ont pu supporter le discours de haine que Soro Guillaume a servi aux populations de Gagnoa. Au terme d’une tournée qui a duré les 15, 16 et 17 août derniers, et qui l’a conduit à Gnagbodougnoa, Ouragahio, à Mama, à Gnaliépa et à Kpogrobré, le chef rebelle de 2002, devenu président du parlement de Côte d’Ivoire, a animé, le samedi 17 août, un meeting dans une attitude d’«arrogance», de «manque de respect» non seulement à l’égard de ses hôtes, mais aussi des chefs traditionnels, et de toute la région du Goh. Avant d’inaugurer et poser la première pierre du siège des chefs.

Dans un décor constitué essentiellement d’une foule d’allogènes transportés d’Abidjan et des confins du département de Gagnoa, d’une énorme colonie de chasseurs dozos de plusieurs unités d’anciens rebelles avec à leur tête les principaux chefs de guerre (Wattao, Djah Gao, Morou…), le chef de la rébellion de 2002 n’a pas donné dans la dentelle pour fustiger les soi-disant cadres et autres «courtisans». Concernant le «soi-disant cadre» Sébastien Dano Djédjé, professeur en toxicologie, Soro s’est introduit en ces termes : «Je demande pardon au chef Gbizié pour que je dise un mot. Parce que si je ne dis rien, je vais mal dormir aujourd’hui. Parce que je ne garde pas pour moi dans ma poche, je dis»

Faisant allusion au communiqué que le Pr. Dano Djédjé a signé au nom des cadres de Gagnoa, il a crié haut et fort que «Dano Djédjé dit que si je vais à Gnaliépa et à Mama, il va me tuer. Lui qui a été ministre de la Réconciliation, je comprends pourquoi on ne s’est pas réconcilié depuis». Avant d’indiquer qu’«il n’y a pas de principauté en Côte d’Ivoire et que Gagnoa ne peut pas être le bastion captif d’un parti politique. »

Outre Sébastien Dano Djédjé, le chef rebelle de 2002 s’est aussi attaqué à certains journaux par anticipation. Pour lui, ces organes vont titrer que Soro «a envoyé des wagons de train au Sénégal, au Mali, au Burkina… pour remplir Gagnoa». Pendant qu’il étalait «ses turpitudes» de chef de la rébellion, il a offert séance tenante 500 chaises à Gnaliépa. Une façon de dire qu’il n’est «pas de ces politiciens qui regardent sans rien faire les populations qui souffrent». Invectives à l’encontre des cadres, mais aussi des chefs traditionnels et de tout le peuple de Gagnoa.

En effet, dans leurs discours pendant le meeting et partout où ils ont suivi l’ex-chef rebelle, Gbizié Lambert et les autres ont parlé des prisonniers et de Laurent Gbagbo. Soro leur a donné une réponse politique, humiliante pour les chefs traditionnels qui disent se garder des chapelles politiques. Il s’est dit «choqué» que partout où ils sont passés, personne n’ait mentionné le nom du Dr. Benoit Dakoury-Tabley, tué pendant les premières heures de la rébellion. Dans un élan d’affront, il leur a même demandé d’aller demander pardon à la famille Dakoury-Tabley. «Tu es comment et tu ne demandes pas pardon. Tu es un saint ? C’est à Gagnoa que j’ai appris qu’il y a des saints sur terre», a lancé Soro du haut de la tribune, encadré par des Frci. «Regardez-moi ça !», s’est-il exclamé pour exprimer son dédain pour ce peuple qui refuse de demander pardon. Oubliant du coup qu’il y a peu il saluait les mêmes chefs pour avoir demandé pardon.

A ce propos, il a recommandé de prendre l’exemple des Yacouba qui ont pardonné après la mort de Guéi. Précisant que c’est grâce à ses «petits grains de sel» que Laurent Gbagbo a pu être admis par les Yacouba à se rendre à Kabacouma, aux obsèques de feu Guéi. Il a aussi demandé à Gagnoa de pardonner comme lui, dont le beau-père aurait été tué parce qu’il aurait dit la vérité en son nom. Il a enfin recommandé de faire comme Louis-André Dakoury-Tabley dont le frère a été tué.

Dans ses réponses aux chefs traditionnels, Soro a parlé de Laurent Gbagbo. Il estime qu’il ne faut pas se faire d’illusion. Qu’il a été nommé Premier ministre pour organiser la présidentielle. Et «la personne qui a gagné les élections s’appelle Alassane Ouattara». Il a prétendu qu’il a été loyal jusqu’au bout à Laurent Gbagbo, déclarant qu’il l’a rencontré le 30 novembre après la présidentielle. Pour lui dire qu’il avait perdu les élections et qu’il fallait qu’il parte. «Il avait passé 10 années au pouvoir. Qu’est-ce que ça lui coûtait de partir ? On ne devient pas grand simplement parce qu’on est président de la République», a indiqué le chef de la rébellion qui a tenté un coup d’Etat contre le régime de Laurent Gbagbo en 2002 et qui est désormais au pouvoir. Il se demande pourquoi ne pas laisser le pouvoir quand on a gouverné pendant 10 ans et qu’on n’a construit aucune route, aucune école…

En ce qui concerne donc la présidentielle, Soro soutient avoir refusé de suivre ceux qui lui demandent de mentir. Car, il n’est «pas dans l’amitié où quand un camarade ment, par solidarité, tu dois mentir avec lui».
A l’endroit de Gagnoa et de tous ceux qui parlent parce que Laurent Gbagbo est en prison, le secrétaire général de Mpci, affirme être allé en prison «à cause et pour Gbagbo». «Quand je partais en prison dans les années 90, est-ce que j’étais Bété ?», interroge l’ex- Sg de la Fédération Estudiantine et Scolaire (Fesci).

Parlant des prisonniers récemment libérés, il constate qu’ils parlent et que personne ne leur demande de se taire. Pour lui, puisqu’ils posent des préalables pour aller à la réconciliation, «ils auraient pu attendre que Gbagbo soit libéré pour sortir». Puis il s’est dit agacé de ce que «les gens croient que c’est nous qui avons mis Gbagbo en prison». Il a donc tenu à préciser que «la Côte d’Ivoire n’a rien à voir là-dedans concernant la Cour pénale internationale.»

Pendant plus de 40 mn, l’ex-chef rebelle a servi un discours de haine, aussi bien aux populations qu’il a fait venir que ses hôtes. Soufflant le chaud et le froid, Soro a rendu hommage à certains cadres fils de la région, dont Dr. Capri Djédjé, 1er président de l’Assemblée constituante, puis au sénateur Biaka Boda, au député Depri Domoraud, à Yacouba Sylla…, à des artistes comme Zakri Noël, Séri Simplice, Bailly Spinto, Didier Drogba. Il a surtout salué le combat des fils de la région comme Louis-André Dakoury-Tabley et Djohoré qui l’ont rejoint dans la rébellion aux heures difficiles de la guerre que sa rébellion a déclarée à la Côte d’Ivoire. Avant lui, le porte-parole des populations, Sériba Coulibaly, et celui des jeunes ont adressé des doléances. Le chef rebelle de 2002 n’a pas daigné répondre.

 

Armand Bohui, in le quotidien ivoirien "Notre Voie"

Envoyé spécial à Gagnoa.

Non ! M. Soro, il n’y a pas de bon traître


Un traître se définit comme celui qui trahit. Il livre son pays, sa patrie à l’ennemi. Un traître, c’est quelqu’un qui manque de loyauté, qui manque à sa foi ou à la confiance qu’on a placé en lui. Pendant que vous lui portez toute votre confiance, il vous livre à vos ennemis. En leur livrant tous vos secrets. Il vous plante le poignard dans le dos au moment où il vous donne le sentiment d’être avec vous. L’affaire Edward Snowden montre à suffisance combien une république exemplaire peut détester la traitrise.

Alors peut-il y a voir un bon traître ? Non ! M. Soro, il n’y a jamais de bon traître. Et ce n’est pas à vous que je l’apprendrais. Sinon on pourrait vous demander pourquoi les Kass, Mobio, Adams et dans une moindre mesure IB, ont été passés par les armes.

 

A.K., in "Notre Voie".


Source: EBURNIENEWS