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lundi, 09 mars 2009

MES PROPOSITIONS POUR LA COTE D’IVOIRE TOUJOURS D'ACTUALITE !

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Chers tous, je soumets, à nouveau à votre lecture cet article de mon blog que j'avais posté en deux temps, il y a bientôt une année de cela (les 23 et 25 avril 2008) et qui avait été publié (à la Une) par le quotidien ivoirien, LE TEMPS, N° 1508 du Mercredi 7 Mai 2008, sous le titre "Diagnostic du mal ivoirien: 16 mesures à Gbagbo pour redresser la Côte d'Ivoire", et LE MATIN D'ABIDJAN N° 750, 751, 752 des Mercredi 7, Jeudi 8 et Vendredi 9 Mai 2008 (en 3 parutions), sous le titre "Crise sociale, décrépitude morale: Diagnostic et solution au mal ivoirien". Revisité, il reste d'une criante actualité!

Notre pays connaît depuis quelques années une décrépitude morale, éthique et institutionnelle grave due à la guerre qui s’est abattue sur lui dans la nuit du 18 au 19 Septembre 2002 et qui s’est commuée en une crise sociale des plus affligeantes, qui le rend méconnaissable, à plus d’un point de vue.

Les origines les plus récentes de cette crise ivoirienne sont à rechercher dans le contexte général de mutation socio-politique qui s’opère, en Côte d’ Ivoire, depuis le début des années 1990 et qui a atteint, aujourd’hui, sa forme la plus aiguë.

Le mal est véritablement profond et des indices de toutes sortes nous donnent presqu’à désespérer de cette belle nation en gestation, malheureusement en pleine décadence et qui, visiblement, semble bien mal partie, au point que son redressement nécessitera une thérapie de choc pour le prochain Président de la Côte d’Ivoire, qui sera élu, au soir du Dimanche 30 Novembre 2008 (si une autre crise plus grave ne vient pas la renvoyer aux calendes grecques).

Le diagnostic, quoiqu’éloquent, est à mettre en grande partie au compte de cette guerre absurde qui a été faite à notre pays par des hommes politiques aux ambitions démesurées et irréalistes, sous-tendues ou en accointance avec des intérêts politico-mafieux étrangers et qui a entraîné, par ricochet, l’affaiblissement profond de l’Etat de Côte d’Ivoire.

I- Le diagnostic du mal ivoirien

Les maux à relever sont une multitude et ont nom (je ne suis pas exhaustif):

· L’école démunie et abandonnée, caractérisée dans son quotidien par la violence poussée jusqu’au crime, les effectifs pléthoriques (jusqu’à 100 élèves dans une classe de Terminale), la faiblesse ou la démission de l’encadrement administratif, la formation au rabais faite par des enseignants démotivés par des contingences sociales non satisfaites par l’Etat ou handicapés par des lacunes académiques lamentables liées au mode de recrutement obscur désormais en vigueur dans une Fonction Publique ivoirienne en totale déliquescence ;
· La pauvreté lancinante et la cherté de la vie, liée à la flambée des prix des produits de grande consommation, échappant quasi totalement à l’Etat, par son propre fait;
· L’admission aux examens et concours « achetée » (c’est le lieu de le dire), du fait des critères obscurs de recrutement et de cooptation qui prospèrent à la Police, à la Gendarmerie, au Ministère de la Santé (INFAS), aux Impôts, à la Douane, au Trésor, au Ministère de l’Education Nationale (BEPC, BAC, CAFOP, ENS) et dans l’Enseignement Supérieur (BTS et autres diplômes universitaires) ;
· L’incivisme généralisée ;
· Les concours de l’ENA et de la Fonction Publique, objets de trafics de toutes sortes, et source du désespoir le plus profond pour les jeunes et leurs parents aux revenus faibles car basés sur l’argent, le pouvoir d’achat et les relations (clientélisme et népotisme) et non sur le mérite ;
· Les malversations et les surfacturations dans les Services Publics dont les budgets sont au service du prestige social exclusif du chef, qui s’offre un rythme et un niveau de vie que ne peut lui assurer son seul salaire, et cela au vu et au su de l’Etat, qui ne lève pas le petit doigt (au nom de quelle logique ?) ;
· La corruption dans toutes les Administrations et Sociétés d’Etat, avec les complicités tacites ou explicites des Directeurs des Affaires Administratives et Financières (DAAF), eux-mêmes adonnés au gain facile ;
· Le laxisme et la moralité douteuse des Contrôleurs Financiers (tous grades confondus), qui exigent des dessous de table ou des pourcentages avant le visa des factures à payer aux entrepreneurs et aux opérateurs économiques à qui l’Etat doit de l’argent ;
· Le trafic d’influence, le clientélisme et le népotisme comme nouvelles valeurs sociales ivoiriennes ;
· La célébration de l’incompétence et des faux symboles, au cœur de laquelle prospèrent et s’enrichissent impunément les corrompus, au grand dam des hommes intègres, des justes et des pauvres, laissés pour compte et ainsi incités à se corrompre à leur tour ;
· Le manque de contrôle et de mesures coercitives exemplaires, disciplinaires, correctionnelles, dans les Ministères et les Collectivités Territoriales, où des sommes énormes sont détournées au détriment des populations ;
· La politisation des embauches, plutôt anormalement sélectives, ethnocentristes, tribales, claniques et régionalistes ;
· L’impunité criante, institutionnalisée, qui nous laisse voir un Etat en totale démission, même là où le minimum peut être assuré, nous offrant le spectacle désolant de « l’Etat informel », comme disait l’autre ;
· Le manque d’une véritable solidarité nationale entre les Ivoiriens au sein desquels quelques-uns deviennent amoralement riches, du jour au lendemain, tandis que le reste du peuple gît dans une misère noire, donnant à constater que le pays souffre d’une mauvaise gestion et d’une mauvaise répartition des ressources nationales, le sommet de l’Etat menant grand train de vie, au détriment des populations laborieuses ;
· Le racket des Forces de l’Ordre, toléré par toute la hiérarchie militaire et qui prend, aujourd’hui, des allures systématiques et totalement désinvoltes ;
· L’enrichissement illicite par le pillage du denier public ;
· Le déclin du mérite et de la compétence, véritable danger pour l’avenir et le prestige (si elle en a encore) de la nation, qui perd ses repères et ses points d’encrage ;
· L’adjudication des marchés publics soumise au paiement systématique de pots-de-vin par les soumissionnaires, sous peine de forclusion ;
· Les paiements de factures dans les services du Trésor (notamment après l’exécution des marchés), soumis au règlement ou à l’acquittement d’un certain pourcentage du montant à percevoir, sous peine de ne jamais accéder à son dû ;
· Les transactions financières dans les prises de décisions de justice, faites au mépris de l’application de la Loi (Ex : Des prévenus qui payent pour être jugés, sous peine de moisir, ad vitam aeternam, dans les tréfonds des geôles ivoiriennes) ;
· Les malades démunis abandonnés à leur sort dans les hôpitaux, faute d’argent, sans tenir aucun compte de l’urgence d’instaurer dans le pays, aujourd’hui plus que jamais, une vraie solidarité nationale ;
· Le désespoir total des jeunes face à l’embauche ou à l’emploi où des modes de recrutement d’un autre âge sont en vigueur (droits de cuissage, dessous de table, etc.);
· Le terrible danger que représente la normalisation ou la normalité de la corruption dans la société ivoirienne pour l’avenir de notre pays ;
· La tricherie planifiée et organisée aux examens nationaux ;
· Le rançonnement des élèves aux épreuves orales du BAC et du BEPC ( 1000 F à 4000 F, selon la note voulue);
· La banalisation du sexe, affiché sur la place publique, en couverture de journaux, de films et de CD en vente dans nos rues, au vu et à la portée des enfants;
· L’immoralité sexuelle, l’excentrisme et le libertinage vestimentaire, l’impudicité et la crétinisation de la musique et des danses ivoiriennes ;
· La métamorphose des ivoiriens en fêtards forcenés, en quête perpétuelle d’exutoire, du fait du stress de la crise ;
· La nationalisation de la « Rue Princesse », haut-lieu de la dépravation morale, désormais présente dans toutes les villes du pays et sanctifiée par le Président GBAGBO himself, la prolifération des lieux de plaisirs mondains et des sanctuaires du sexe facile (Bar-dancings, night-clubs, super-maquis) et leurs corollaires que sont la prostitution, l’ivrognerie, le proxénétisme, les relations sexuelles contre-nature telles la pédérastie, le lesbianisme et la pédophilie. En un mot, la légèreté des mœurs et la déliquescence morale que je considère, personnellement, comme un des effets induits du délitement de l’Etat, sous-tendue par une démission nationale collective qui a conduit le pays à la déperdition totale de ses repères moraux et sociaux ;
· L’injustice sociale (pas forcément institutionnalisée) dont sont victimes les couches sociales les plus faibles et qui a fini par les pousser à abandonner leurs repères moraux pour faire face à des contingences immédiates toujours plus pressantes et plus oppressantes, réalisme vital oblige ;
· La survalorisation de l’argent au détriment de l’éthique, de la morale et des valeurs du travail, de l’effort, du mérite, de la droiture, de l’honnêteté, de l’équité et du civisme qui ne nourrissent plus ni ne payent, dans une Côte d’Ivoire naufragée.


II- Quelques pistes de solutions

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dimanche, 08 mars 2009

LES METTEURS ENCEINTE ET LES ENCEINTEES

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L'un des films phares de l'école ivoirienne: "Les metteurs enceinte et les enceintées".
Kouamé Sylvie a 17 ans quand elle a eu des rapports sexuels avec un homme qu'elle a rencontré en ligne, en Côte d'Ivoire. Elle avait besoin de quelques billets de banque pour ses frais d'école.


Elle n'a plus eu besoin de cet argent car à 5 mois de grossesse, elle s'est vue dans l'obligation de laisser tomber l'école quelques années avant de pouvoir atteindre la classe de 3ème. "Figurez-vous que j'étais couverte de dépenses alors que mes parents étaient sans emploi depuis 6 ans. C'est ainsi qu'il y a 2 ans je m'étais jointe à un club de filles de mon école qui se prostituaient avec des mecs via l'Internet'', avance Sylvie Kouamé."

Selon l'ONG Jeunes Sans Vices, le nombre d'élèves dans le Secondaire et à l'Université qui abandonnent les études pour cause de grossesses chaque année et principalement durant ces 2 dernières années, avoisine les 30.000."C'est dramatique", dit Martine Angoh, membre de ladite ONG. ‘‘C'est une urgence et il faut arrêter cette hémorragie'', ajoute-t-elle.

Beaucoup de ces filles, à l'image de Kouamé Sylvie ont des rapports sexuels non-protegés avec des personnes qui leur sont pratiquement étrangères à cause de l'argent ou avec leurs enseignants pour avoir la moyenne.

‘‘Il existe une sorte de prostitution non avouée, mais réelle dans les écoles. Les filles s'adonnent de plus en plus à cette activité lucrative'' ajoute Angoh. "Les filles les plus chanceuses qui sortent avec leurs enseignants gagnent doublement: En argent et en moyenne" affirme l'ancienne élève Sylvie Kouamé. Et d'ajouter: "Faites le tour des écoles d'Abidjan et même dans tout le pays. Vous verrez que sur 10 filles, il n'y a pas plus de 3 qui ne s'adonnent pas à cette pratique''

Un officiel du Ministère de l'Education Nationale qui a préféré garder l'anonymat affirme que les enseignants informent régulièrement les élèves sur les méthodes contraceptives et les maladies sexuellement transmissibles.

Aux affirmations de Sylvie Kouamé et Martine Angoh, s'ajoute celle de Dr. Mathurin Allah, en sa qualité de médecin. Ce dernier ajoute que dans certains cas, les parents qui sont dans l'incapacité de s'occuper de leurs enfants encouragent leurs filles à avoir des relations sexuelles pour de l'argent.

Pour le sociologue Anicet Assandé ce phénomène à ses racines dans la guerre qui secoue la Côte d'Ivoire depuis septembre 2002. En effet, selon lui, la cause de ces grossesses juvéniles est liée à la crise socioéconomique de la Côte d'Ivoire. « Nous sommes dans un temps où ce genre de vices est devenu monnaie courante dans le monde de l'éducation. Nous sommes dans un contexte socioéconomique qui favorise ce genre de dépravation. »

« La crise a engendré beaucoup de problèmes entre autres le chômage. En outre elle a favorisé la prostitution ouverte et ‘‘cachée''. Les élèves et étudiantes sont dans la seconde catégorie de prostitution. Innocentes et sans encadrement parental réel, elles s'abandonnent facilement au premier venu et le résultat c'est la grossesse et les MST ».

Quoique les filles ont des rapports sexuels protégés ou non. Quoique ce soit pour de l'argent, pour les moyennes de classe ou pour de simples compagnies, le nombre est sobre ; ajoute des travailleurs d'ONG.

« Cette situation est due à une activité sexuelle intensive parmi les jeunes et la tendance est particulièrement aux rapports non-protégés », ajoute Dr. Allah.


Laboratoire de grossesses

Selon les sources du Centre de Santé Urbains spécialisés dans la santé estudiantine et scolaire (CSUS-SSU), des centaines d'élèves des cours secondaires sont tombées en grossesse dans les quatre premiers mois de l'année scolaire 2008-2009. Cela se repartit comme suit: 47 dans la ville de Daoukro; 65 à Dimbokro; 15 à Agboville; 42 à Bouaflé et 15 à Dabou pour ne mentionner que ces localités.

« Pendant longtemps, nous avons appelé à l'éducation de nos filles, mais l'appel est tombé dans l'oreille de sourds », affirme Angeline Kadio de l'association SOS Abstinence. « L'école est faite pour qu'on y reçoive une éducation et pour réussir dans la vie. Maintenant on a l'impression que c'est devenu un laboratoire de grossesses ».

Sylvie Kouamé, espère pouvoir avoir un boulot dans le futur malgré l'interruption de ses études. « Après mon bébé, j'espère pouvoir faire un stage professionnel afin de faire du commerce et me faire une vie ».

Publié sur http://criticafric.ning.com/

Source: IRIN

18:28 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Société ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : film, irin, grossesse, prostitution, éducation, criticafric, metteurs enceinte, enceintées | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

vendredi, 27 février 2009

LES COUTS DE LA CORRUPTION

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Lu sur le blog SAOTI.OVER-BLOG.COM: Ce texte, écrit il y a 10 ans par le Pr Mamadou Koulibaly, se lit comme un face-à-face décalé dans le temps entre l’opposant d’alors et l’homme d’Etat d’aujourd’hui, tout en prouvant la constance de l’actuel numéro 2 ivoirien sur la thématique de la corruption. Une exclusivité Saoti.

La corruption, c’est le fait d’être corrompu, c’est-à-dire transformé en mal. Il s’agit donc d’une perversion, d’une altération d’un phénomène, d’un individu, d’une personne ou d’un acte. Au-delà d’être un fait, la corruption est aussi un acte. Celui de corrompre quelqu’un en s’assurant son concours à prix d’argent pour qu’il agisse contre son devoir. Il s’agit dans ce cas, d’un pourrissement de l’acte, de sa dépravation, donc d’une action de décadence. Dans cette acception, la corruption relève de la morale individuelle, même si elle peut conduire à des coûts macroéconomiques non intentionnels. Le devoir est l’obligation à quelque chose, qu’une personne peut avoir envers une autre par la loi, la morale ou les convenances. Donc soudoyer quelqu’un, le corrompre pour qu’il agisse contre son devoir, c’est violer et provoquer la violation de règles de conduite en usage dans une société.


Le corrupteur, comme le corrompu, refuse de se conformer aux règles en vigueur et qui sont considérées comme honnêtes et justes. La corruption est donc un vice individuel qui débouche sur une décadence collective. Donc, aussi bien à l’échelle micro-, méso- que macroéconomique, elle a des coûts directs et indirects.


La corruption en tant que vice individuel


La définition restrictive qui vient d’être adoptée permet, au lieu de la critiquer et de la condamner sans réussir à la vaincre, de la caractériser à travers quelques déterminants et d’analyser ses effets sur l’activité individuelle et collective. Les coûts de la corruption peuvent ainsi être appréciés à travers les coûts externes et les coûts d’opportunités qu’elle fait subir à la collectivité.

La corruption est une activité que des hommes mettent en place, organisent et adoptent. Elle demande qu’on lui consacre du temps et des ressources, même si a priori elle se présente comme une activité non vertueuse. La corruption est une activité qui est donc rentable, sinon personne ne s’y adonnerait. Les personnes qui s’y impliquent, soit offrent de la corruption, soit la demandent pour leurs besoins. Les corrupteurs et les corrompus sont des personnes qui s’entendent et organisent la corruption en vue d’atteindre leurs objectifs réciproques. Même s’il n’y a pas de contrat écrit qui donne un cadre juridique à cette activité commune, les gens impliqués ne passent pas moins un accord implicite ou explicite d’exploitation commune d’un filon mutuellement rentable. Ils sont des cocontractants pour atteindre un objectif commun. La corruption étant définie comme un changement en mal d’un fait, s’y adonner n’est rien d’autre qu’entreprendre de la destruction de valeur et de ressources.

Le corrupteur, comme le corrompu sont des prédateurs. La corruption relève du « free riding », or le free rider est un destructeur de valeur. La corruption paie son homme. Le crime économique paie, il rapporte. Malheureusement, le jeu de la corruption n’est pas à somme nulle.

La corruption implique, au-delà du corrupteur et du corrompu, ceux qui doivent faire les frais de « petit jeu ». Il y a nécessairement une tierce personne qui paye ce que les autres se partagent. Le coût de la corruption peut s’apprécier par la prise en compte de cette tierce personne, qui peut être soit une personne physique ou morale, soit une collectivité plus grande et plus complexe comme l’Etat, la Nation ou la communauté. Dans tous les cas, il n’est pas gratuit, le repas des corrupteurs et des corrompus.

Prenons un exemple simple et qui est pourtant fréquent en Afrique. En voyage dans la chambre d’un splendide hôtel de Ouagadougou, vous confiez votre costume au blanchisseur pour une somme homologuée et affichée de 3000 F CFA, que vous acceptez de payer au moment où vous appelez le service de la blanchisserie. A son arrivée, le blanchisseur vous propose un deal, un accord, un arrangement. Soit vous acceptez la proposition de l’hôtel à 3 000 F, soit vous lui confiez, à lui, en tant qu’employé, pour 1 500 F CFA, votre costume avec la garantie que la qualité du service que vous demandez sera la même dans un cas comme dans l’autre puisque c’est lui le blanchisseur et personne d’autre.

La fiche de blanchisserie du service comptable de l’hôtel fixe le prix du service à 3 000 F CFA et le blanchisseur de l’hôtel propose le même service, au même endroit avec les mêmes intrants à 1 500 F CFA. Pour vous, comme pour lui, s’entendre sur cette occasion signifie que le jeu en vaut la chandelle et qu’il vous rapporte autant à vous qu’au blanchisseur. Il vous propose de corrompre le système des prix de l’hôtel. Le gain attendu est une des principales motivations de la violation de la confiance que le propriétaire de l’hôtel met en vous à travers le contrat de travail et le contrat de logement qu’il a passés avec vous et avec son employé. Vous trahissez sa confiance. Vous violez une loi morale et cela ne se fait pas sans coût. Votre viol a nécessairement une victime et c’est le propriétaire de l’hôtel qui paye ce que votre corruption vous rapporte. Le propriétaire supporte le premier les coûts directs de la corruption. La proposition du blanchisseur, si elle est acceptée, vous fait gagner 1 500 FCFA, puisque vous ne payerez que les 1 500 F CFA demandés par lui. En termes de surplus, vous êtes gagnant.

De même, le blanchisseur, dans cette opération, gagne 1 500 F puisqu’il ne déclarera pas l’opération au service comptable de l’hôtel. A deux, vous vous partagez les 3 000 F CFA attendus dans les recettes de l’hôtel. Le chiffre d’affaires de cette journée sera amputé de 3 000 F. Mais ce n’est pas tout.

Le blanchisseur, pour fournir le service qu’il vous a garanti, sera bien obligé d’utiliser l’eau, l’électricité, les produits de lessive, la main-d’œuvre, le local et les machines achetées par l’hôtel. Les coûts d’exploitation de l’hôtel augmenteront donc nécessairement. Le propriétaire de l’hôtel, sans être présent, paye. Il perd sur le chiffre d’affaires et ses charges augmentent. En conséquence, son bénéfice réalisé sera plus faible que le bénéfice qu’il aurait pu atteindre. Or, il n’y a pas très longtemps que le propriétaire s’est endetté auprès d’amis et du système bancaire pour construire son hôtel. Il n’a même pas terminé les finitions par manque de moyens financiers. Il s’est résolu à ouvrir l’hôtel et à travailler aux finitions progressivement par autofinancement. La corruption d’un de ses employés lui fait perdre de l’argent. Ses clients futurs trouveront l’hôtel toujours pas complètement terminé. Les réparations se feront difficilement car, entre le remboursement du prêt bancaire, les salaires et les autres charges directes, il restera peu d’argent pour continuer les travaux de finition. Ses clients futurs seront moins accommodés et toujours mal logés. Le bien-être collectif intertemporel se dégrade donc ainsi. Au-delà des coûts directs supportés par le propriétaire, les usagers et clients de l’hôtel auront à supporter des coûts indirects et psychologiques.

Il apparaît alors que le retour sur investissements pour le propriétaire de l’hôtel sera faible par rapport à ce qu’il aurait s’il n’y avait pas eu corruption. La baisse du retour sur investissements conduit à la faiblesse du rendement de l’épargne qui a été investie. Les investisseurs potentiels décodent ce message et préfèrent ne pas investir. La consommation de biens durables augmente alors plus vite que la production et l’emploi. Indirectement, la corruption est un acte de prédation économique. Les propriétaires et les consommateurs en sont les victimes. Par le viol de la confiance, elle transforme un phénomène moral en un désastre économique.


La corruption, source de décadence collective


Imaginez ce gouvernement africain, membre du club très fermé des Pays Pauvres Très Endettés (PPTE) et vivant d’aide publique internationale. Imaginez que l’Union Européenne alloue à ce pays un appui budgétaire de 50 milliards de F CFA entre 1992 et 1997 pour aider à soulager les effets sociaux des plans d’ajustement structurel (PAS) que ce pays applique sans beaucoup de succès depuis une vingtaine d’années. Dans le budget de ce pays, environ 2 000 milliards de F CFA, voté par son Parlement, 600 milliards sont attendus de l’aide internationale. Et, au titre des dépenses, 700 milliards sont à payer pour le remboursement de la dette. Il s’agit donc d’une situation économique délicate qui devrait inciter à une bonne gestion des rares ressources prélevées sur le travail des paysans, des ouvriers, des hommes d’affaires et autres producteurs, consommateurs et contribuables nationaux et étrangers (dans les pays bailleurs de fonds).

L’utilisation de l’appui budgétaire est encadrée par un système de contrôle dit infaillible. Les fonds ne sont pas directement versés au Trésor Public, c’est la délégation locale de l’UE qui les conserve. Le gouvernement africain est autorisé à effectuer les dépenses de construction et d’équipement de services sociaux pour les populations. Il présente, par la suite, les factures à l’UE qui, après vérification des pièces, rembourse les dépenses effectuées par le Trésor Public. Des plans de passation de marchés sont paraphés. Tout le système semble ainsi verrouillé. Aucune tricherie ne devrait être possible.

Cependant, entre les ministères qui sont les maître d’œuvre, le Trésor Public qui exécute les dépenses et l’UE qui rembourse les factures, l’on s’aperçoit, à la grande surprise de plusieurs personnes dont l’Union Européenne elle-même, qu’une évaluation de programme d’appui réalisée en 1999 révèle des détournements de près de 25 milliards de F CFA sur les 50 milliards alloués. Malgré les verrous, 50 % environ des fonds ont fait l’objet de malversations, de vols, et de détournements grossiers.

Ainsi, pour contourner les procédures d’appels d’offre lors des passations de marchés publics, les dépenses ont été fractionnées par les mêmes entreprises avec plusieurs dénominations différentes et le même compte contribuable sans qu’aucun inspecteur des impôts ne s’en offusque. Les prix pratiqués dans les opérations financières par le programme d’appui sont surfacturés par rapport aux prix de marchés réglementés, sans qu’aucun inspecteur du Trésor Public ne s’en offusque. Les hauts fonctionnaires des ministères bénéficiaires certifient des prestations de services plusieurs mois après, selon n’importe quelle formule technique et sur n’importe quel support, sans que cela ne choque aussitôt les administrateurs des fonds. Des services sont facturés alors qu’ils n’ont aucunement été réalisés ou livrés.

Ainsi, 30 à 50 % des dépenses effectuées par le gouvernement de ce pays africain l’ont été de façon non conforme aux procédures comptables établies. Ce cas concerne des fonds d’aide au développement, mais les techniques adoptées pour mettre en place les jeux de corruption et de malversations proviennent d’un agenda bien chargé de faux et d’usages de faux pour abuser de biens sociaux avec de multiples comptabilités. Ces techniques s’appliquent aussi aisément aux organisations non étatiques ONG, associations, entreprises privées, établissements publics, etc.

Barry Mamadou, expert comptable, commissaire aux comptes et auditeur externe à Dakar, nous livre une pléiade de cas commentés avec leurs mécanismes, dans un ouvrage sur les «Détournements, fraudes et autres malversations».

Ces pratiques sont peut-être universelles, mais l’impunité dans les économies africaines est reconnue d’utilité publique. La corruption est condamnée par tous, mais l’impunité est admirée et célébrée par les individus impliqués dans la corruption et organisés en bande, en clan, en gang et en réseau avec différentes strates de responsabilité au sommet desquelles, très souvent, se trouvent des magistrats suprêmes de ces républiques. On peut ainsi parler du « clan Suharto », du « clan Mobutu » et autres. Plus l’impunité est forte, plus l’on est proche du sommet de la hiérarchie étatique. La corruption est donc acceptée, même si les hommes de l’Etat la condamnent. Comme le vice aime rendre hommage à la vertu !

La corruption est un acte volontaire de malversation et, en tant que telle, la société la reconnaît puisqu’elle la reconnaît puisqu’elle la connaît. Les cas célèbres de tous ces douaniers africains millionnaires et même parfois milliardaires, pour le haut de la hiérarchie, expliquent l’engouement des jeunes à s’orienter vers ce métier. L’entrée dans les cycles de formation de la douane, de la police, de l’administration fiscale ou de toute autre administration à « haut pouvoir corruptible » se fait sur des listes de candidatures corrompues. Pour entrer dans ces écoles, il faut corrompre la procédure d’entrée. Mais à capacité de corruption égale l’intervention d’une autorité politique est décisive.

Les Etat africains sont responsables de la corruption et les hommes de l’Etat convertissent, par le biais de la corruption, le patrimoine collectif en biens privés leur appartenant et dont ils deviennent les redistributeurs. Pourtant, par le biais de l’Etat, ces mêmes hommes de l’Etat savent que la corruption est moralement condamnable, économiquement répréhensible. C’est pour cela d’ailleurs que les Etats africains ont été dotés d’instruments pour assurer à tous, aussi bien la responsabilité politique, la responsabilité civile et la responsabilité pénale.

Des lois ont été conçues et adoptées pour se prémunir contre tous les crimes économiques et sociaux. Des gendarmes et des policiers sont formés et mis à la disposition de l’Etat par de grandes écoles pour protéger la propriété et le patrimoine des citoyens. Des magistrats et des juges sont formés dans les universités et les grandes écoles d’ici et d’ailleurs, par de brillants professeurs de droit, aux techniques juridiques et d’administration judiciaire. Des procureurs sont, au nom de la République, nommés par les gouvernements ; des prisons, certes en nombre insuffisant, ont été construites et nos huissiers connaissent leur métier autant que nos avocats et nos percepteurs. Pourtant, tout ce beau système avec son beau monde ne fonctionne pas parce que les personnes qui en ont la charge sont elles-mêmes aussi corrompues les unes que les autres, comme l’ensemble de la société. Alors la rentabilité du crime économique consubstantiel à la corruption devient encore plus forte.

Quand les dirigeants d’une économie sont corrompus, ils sanctifient l’impunité nécessaire à leur survie. La probabilité diminue qu’un corrompu soit appréhendé parce que les gendarmes, les policiers, les douaniers, les inspecteurs des impôts et des douanes et autres contrôleurs sont corrompus. Et même quand un criminel est arrêté, la probabilité qu’il soit jugé et condamné est faible parce que le parquet, les magistrats, les juges et autres procureurs, huissiers, notaires et avocats sont corrompus. Même quand il se trouve un juge pour condamner un tel criminel, la probabilité que la peine soit appliquée est très faible parce que les juges d’application des peines, les gardiens de prisons sont corrompus. Connaître un corrompu, avoir les preuves de sa corruption ne signifie donc pas que l’on a vaincu la corruption. Le blanchisseur qui demande à être corrompu viole la confiance que son employeur place en lui à travers son contrat de travail. Le ministère de la Santé publique et de la population qui participe au détournement de l’appui budgétaire de l’Union Européenne hypothèque la santé et l’avenir de l’enfance. Ce sont des centres de santé en moins dans nos villes et nos campagnes. Des moyens de bien vivre en bonne santé sont ainsi arrachés aux populations pour être confisqués par des corrompus, des prédateurs qui détruisent ainsi les valeurs futures des populations. Il se pose un problème d’équité intergénérationnelle, de justice interpersonnelle, c’est-à-dire d’éthique. La responsabilité morale de la République se transforme ici en responsabilité politique des dirigeants de l’Etat. Cette responsabilité ne pose pas seulement la question de l’enrichissement personnel par le vol. Elle rappelle aussi et surtout la rupture dans la chaîne de solidarité. La corruption renforce la fracture sociale intertemporelle. Les générations présentes de tricheurs et de corrompus hypothèquent le niveau de vie des générations futures. Le détournement des appuis budgétaires consacrés aux dépenses sociales signifie que dans le pays bénéficiaire de cette aide, il y aura moins d’écoles et moins de centres de santé correctement équipés et faciles d’accès.

Cette réduction de l’offre de services sociaux implique nécessairement de fortes pressions sur la répartition du peu que l’on aura à offrir. La demande excédentaire de santé et d’éducation sera rationnée. De nombreuses personnes ne pourront pas accéder à ces biens. Dans ce pays africain, cette année, 50 % des enfants en âge d’aller à l’école n’y ont pas été. Ces enfants non scolarisés d’aujourd’hui présentent, compte tenu de la relation positive entre capital humain (santé, éducation) et niveau de vie, les plus grands potentiels à devenir des adultes pauvres dans une génération. La corruption accroît ainsi la probabilité de la hausse de la pauvreté du prochain millénaire africain.

Le rationnement de la demande de services sociaux signifie aussi conflit d’arbitrage dans la répartition et donc discrimination face à l’école, à la maladie et à la mort. Ce sont des questions éthiques de redistribution qui ont des conséquences économiques et politiques énormes.

La corruption, en réduisant l’investissement social, comprime l’investissement public effectif. Les montants budgétisés de dépenses sociales ne sont pas, loin s’en faut, les montants réalisés. Et les montants réalisés sont dans de fortes proportions gaspillés, détournés, surfacturés. L’une des lois les plus violées impunément en Afrique se trouve être la loi des finances et personne, même pas les députés, n’osent s’élever contre cette violation parce qu’ils ne votent ces budgets qu’après avoir accepté des pots-de-vin de leur chef d’Etat. C’est le monde du donnant-donnant. L’altruisme en Afrique souffre des méfaits de la corruption. Ce type de corruption est un catalyseur de la pauvreté des économies. Les Etats se battront pour obtenir des Facilités d’Ajustement Structurel Renforcé. Ils gaspilleront ces Facilités. Ils ne seront pas capables de rembourser. Ils reporteront les charges de la dette sur les générations futures alors que celles-ci sont de moins en moins bien assurées face à la maladie et à l’éducation. Les coûts de la corruption conduisent aussi à la décadence, car il s’agit de prendre la même route. La décadence d’une économie est l’étape suprême de sa corruption.


Les réformes juridiques d’abord


De nombreux Africains, leurs partenaires internationaux et plusieurs hommes d’affaires travaillant avec l’Afrique se sont laissés persuader que sur ce continent, le piston politique remplace sans difficultés l’analyse commerciale et financière du risque et protège leurs investissements contre les réalités du marché africain.

La culture politique dominante en Afrique qui inspire les Etats, les gouvernements, les administrations, les entrepreneurs, ne traduit cependant que le programme particulier des partis uniques et de leur régime civil ou militaire au pouvoir. La corruption, contrairement à ce que croît le Président Bédié de la Côte d’Ivoire, ne vient pas du colon et des pays du Nord. Il ne s’agit que de l’expression d’un puissant conservatisme qui sous-tend les traditions et la culture du parti unique qu’il confond avec la culture de la pauvreté, alors que ce dernier dérive du premier. Dans son ouvrage intitulé «Sur les chemins de ma vie» et publié chez Plon à Paris en 1999, le chef de l’Etat ivoirien soutient que les membres du G7 se trompent lorsqu’ils estiment que les pays en développement sont en proie à une corruption généralisée. Pour lui, «c’est au Nord que la corruption existe et donne quelques miettes aux Africains, par le biais de certains agents. Ce sont généralement des investisseurs ou des marchands qui veulent obtenir des contrats facilement et distribuent des pots de vin. S’ils le font ici, c’est qu’ils le pratiquent également chez eux. Je pense même que ces « usages » décriés sont plus développés en Europe et dans les pays avancés (page 212)».

Dans le contexte politique africain, ne pas s’en remettre à ses relations politiques est un gage d’échec dans le monde des affaires. S’en remettre à ses relations politiques est un appel à la corruption institutionnelle et au népotisme généralisé. Pour éviter que ces coûts conduisent aux extrêmes de la pauvreté et du sous-développement, des reformes institutionnelles s’imposent.

Dans les économies africaines, de plus en plus de gens sont convaincus que la question de la corruption ne peut se traiter par des artifices et autres habillages de façades à travers «des campagnes de sensibilisation des masses» sur la bonne gouvernance, le civisme et la moralisation de la vie publique. Ce sont des changements fondamentaux qu’il faut admettre.

Il est presque impossible que les dirigeants actuels de l’Afrique guérissent leurs Etats de la corruption et donnent ainsi l’exemple que leurs économies suivront. Toute tentative donnant aux Etats des occasions de discours incantatoires ne fait que renforcer le développement dirigé par les politiciens des partis uniques et des démocraties apaisées, sources mêmes de la corruption. Jusqu’à présent, cela n’a pas marché et les politiciens africains n’acceptent presque jamais la responsabilité de leurs erreurs. La responsabilité politique n’a pas de sens en Afrique, alors que les politiciens africains aiment à se mêler des affaires des autres. Au lieu de voir ce qui ne va pas dans leurs propres actions, il est plus simple et politiquement moins risqué de s’en prendre au peuple, à une ethnie, à une profession, à une corporation, ou simplement aux étrangers et pourquoi pas aux bailleurs de fonds dont la complicité est de plus en plus soupçonnée.

Les reformes radicales, si elles ne sont pas faites à temps, peuvent conduire soit à la rébellion (les cas de Suharto et de Mobutu), soit à l’informalisation de l’économie, de la politique et de la vie tout court. Le statut quo conformiste, qui voit la pauvreté et la corruption coexister, choque de plus en plus de consciences qui réclament des réformes réelles et profondes. Ces reformes ne doivent, dans un premier temps, que contribuer au rétablissement de la responsabilité, de la liberté et des droits de la propriété, toute chose capable de limiter l’avancée de la corruption.

Le droit de la responsabilité est de faire supporter à chacun les conséquences de ses actes, de ses choix. La responsabilité civile protège la propriété et les personnages des dommages causés à autrui. Comme les individus ne sont pas neutres vis-à-vis du risque, ils ne seront pas indifférents aux règles de responsabilité, qu’elles soient civiles, pénales ou politiques. C’est donc le droit, la justice qu’il faut restructurer, c’est vers l’Etat de droit qu’il faut aller. L’Etat de droit signifie ici la situation dans laquelle le droit s’impose à tous sans exception. Les premières réformes doivent être judiciaires pour rétablir la responsabilité politique des hommes de l’Etat. Les réformes économiques suivront ensuite, avec l’appropriation privée des moyens de production pour obliger le prédateur soit à restreindre son champ d’action, soit à payer pour ses actes. Réhabiliter le contrat de sorte que les gens se sentent obligés d’exécuter les promesses lorsqu’elles sont à la base de l’échange volontaire. Ces réformes élargiront les rayons de l’échange marchand et réduiront la place de l’altruisme aux relations plutôt familiales et affectives.

En clair, il n’est pas possible de lutter contre la corruption si l’Etat de droit n’est pas instauré. Mais cela ne veut pas dire qu’avec l’Etat de droit, la corruption cesse.

La démocratie est une condition nécessaire pour éradiquer la corruption, même si les démocraties ont elles-mêmes leur dose de corruption. L’Afrique doit d’abord rompre avec l’idéologie du parti unique. Sans un succès dans ce sens, le challenge de l’éradication de la pauvreté ne sera qu’un vœu pieu. Car le coût principal de la corruption, c’est la pauvreté supplémentaire qu’elle impose aux pays.

Par Mamadou Koulibaly in Le Courrier ACP-UE ; N° 177 Octobre-Novembre 1999

12:51 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, Société ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : mamadou koulibaly, corruption, saoti | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

samedi, 14 février 2009

LE DROIT FACE A LA SORCELLERIE EN COTE D'IVOIRE

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Une erreur de publication de Frat-Mat m'avait fait poster sur ce blog, le 18 Septembre 2008, dans l'article "Sorcellerie et traditions africaines", ceci: "Le droit face à la sorcellerie en Côte d’Ivoire est le sujet de la thèse de doctorat en droit privé, brillamment soutenue, hier, à l’université d’Abidjan Cocody, par M. Legré Okou Henri". En réaction, le vrai impétrant, Monsieur GALE Gbagbé Jean-Pierre, a posté un rectificatif sur ledit article et m'a fait parvenir le résumé de sa thèse pour rétablir la vérité. Je vous propose donc de lire: « Le Droit face à la sorcellerie, en Côte d’Ivoire », sa Thèse de Doctorat (nouveau régime) en Droit privé, soutenue publiquement, le 25 juillet 2008, à l’Université de Cocody (Abidjan)- Résumé.


Comment le droit ivoirien appréhende t-il la sorcellerie ? Telle est la problématique de notre étude qui s’intitule « le droit face à la sorcellerie en Côte d’ Ivoire ».

De la confrontation « Droit et sorcellerie », il ressort que le droit se voulant gardien de l’ordre social ne tolère pas la sorcellerie qui constitue un fait susceptible de mettre en mal cette harmonie. Il a à son égard la réaction que commande tout fait anti-social : il la poursuit et la réprime. Eu égard à la spécificité de l’infraction, la poursuite et la répression se font non sans difficultés. Un regard rétrospectif dans l’histoire nous donne de constater que le législateur est allé de tâtonnements en balbutiements pour la mise en place d’un dispositif légal qui au demeurant est très lacunaire. Le législateur ordonne la poursuite de cette pratique sans donner à l’accusation les moyens d’ y parvenir. Il garde un mutisme quant aux actes à poursuivre. A l’image du législateur colonial et de ses homologues africains, le législateur ivoirien opte pour le silence. Ce mutisme est on ne peut plus préjudiciable aux justiciables. Le juge répressif invité ainsi à combler ce vide n’ y est pas parvenu. La sorcellerie doit être perçue comme une force immatérielle ayant pour objet de nuire à autrui. Doivent être considérés comme actes de sorcellerie, l’envoûtement, la métamorphose, en somme tout acte visant à nuire à autrui par le biais d’une force métaphysique.

Par ailleurs, force est de constater que la donnée psychologique de l’infraction qui nous occupe est présumée comme c’est le cas pour bien d’autres. De ce qui précède, il se dégage que la structuration de l’infraction qui nous occupe constitue un véritable casse tête. Aussi des obstacles se dressent-ils sur la voie de sa poursuite.

En effet, alors que dans la mentalité collective africaine presque tous les décès sont attribués à la sorcellerie, les poursuites sont relativement rares en la matière. Des facteurs d’ordre sociologue jalonnent le chemin de l’accusation. A cela, il faut ajouter des obstacles d’ordre judiciaire. C’est après avoir franchi toutes ces entraves qu’il faudra envisager la répression. La preuve qui en est la condition sine qua non constitue une épineuse question. Les moyens classiques de preuve ne sont pas d’une grande utilité. De l’examen des décisions de justice recueillies, il ressort que le juge ivoirien a tendance à dénier tout crédit probatoire aux épreuves de vérité. La procédure toute entière semble tourner vers la recherche de l’aveu. Le juge prononce la condamnation dès qu’il l’obtient. Il ne recourt à la preuve testimoniale que rarement. En absence de l’aveu, la question de la preuve constitue un nœud inextricable. Il en résulte une répression à une portée on ne peut plus limitée. Ni la peine d’emprisonnement, ni l’arsenal répressif qui est du reste caractérisé par une étonnante légèreté ne permet au Droit d’atteindre ses buts classiques.

Il y a donc lieu de perfectionner les outils usités par la science du Droit. Cela nécessite inéluctablement une réforme de fond en comble. Dans cette perspective, le législateur devra clairement définir la pratique de sorcellerie. En ce qui se réfère à la preuve, nous recommandons que les producteurs et les acteurs du droit fassent une jonction de la science et de notre tradition. Dans cette optique, les modes de preuve ordaliques peuvent être d’un secours inestimable. En outre, nous recommandons l’instauration des chambres coutumières dans chaque juridiction ou tout au moins que la pratique qui nous occupe relève de la compétence de la cour d’assises qui aura l’avantage de comprendre outre les magistrats professionnels, des jurés experts de la matière dont l’apport sera considérable pour l’éclatement de la vérité.


GALE Gbagbé Jean-Pierre

00:00 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, Livre, Société ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (18) | Tags : sorcellerie, thèse doctorat, dr galé jean-pierre | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

dimanche, 25 janvier 2009

ETUDIANTES LE JOUR, PROSTITUEES LA NUIT

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Elles sont jeunes, belles, régulièrement inscrites dans les universités et Grandes écoles d'Abidjan. Mais face aux difficultés de la vie, elles ont choisit la voie de la facilité : la prostitution. Et après les cours, ces filles s'adonnent au plus vieux métier du monde, malgré tous les risques. Nous avons rencontré trois d'entre elles. Récit.

Université de Cocody. On est vendredi, dans une salle de T.D (travaux dirigés) de l'UFR des sciences juridiques, administratives et politiques. Nina (c'est son nom d'emprunt), 27 ans, étudiante en Licence de droit privé s'attelle à récupérer tous les cours qu'elle a manqués ces derniers jours pour en faire des photocopies…D'ailleurs, c'est une habitude pour elle de prévoir chaque fois de l'argent pour photocopier les cours. Depuis la première année, Nina n'assiste pas à tous les cours, surtout à ceux de vendredi soir et de samedi matin, à cause de son boulot…

Ce même vendredi, à 23 heures, on retrouve Nina à Biétry. Reconvertie en serveuse, elle s'active dans un bar huppé. Bottillons, jupe ultracourte, perruque jaune sur la tête, ongles rutilants…un look identique à celui de toutes les serveuses du coin. Entre deux services, elle prend le temps de se confier à nous : « C'est une copine qui m'a trouvé ce job. Je travaille dans ce bar depuis deux ans…Mon père travaille à l'intérieur du pays, il est là-bas avec ma mère et certains de mes frères. En tout, nous sommes 20 frères et sœurs. Ici, je vis dans la maison familiale. Mais depuis quelque temps, papa ne s'occupe plus de moi, il ne me donne presque plus d'argent, parce qu'il trouve que je suis déjà grande… » Et dans ce bar, elle semble trouver ce qu'elle cherche. « Chaque jour de travail, j'ai 2500 f comme prime de transport. J'ai aussi 500 f sur chaque verre que je fais prendre aux clients, et puis il y a les pourboires qui peuvent aller jusqu'à 15000 f, les samedis… Pour les cours, je me suis arrangée avec mon patron : Pendant l'année scolaire, je bosse les vendredis et les samedis à partir de 20heures. Pendant les vacances, c'est tous les jours, à partir de 16 heures ».

« Quand je vais en « busy », c'est minimum 35 000 F »


Mais, en réalité, ce ne sont pas les pourboires et autres primes qui constituent l'essentiel des revenus de Nina. Il y a aussi et surtout le « busy », c'est ainsi que Nina et ses collègues serveuses appellent le fait d'aller passer une nuit avec un client du bar contre de l'argent. « Toutes les filles ici ont fait au moins une fois le « busy ». Au début, moi, je ne voulais pas du tout aller avec quelqu'un que je ne connais pas. Mais toutes les autres le faisaient et ça se passait assez bien pour elles, alors un jour, j'ai essayé. Mon premier « busy », c'était avec un Blanc. Il a tellement apprécié que c'est moi qu'il choisit chaque fois qu'il vient…Le client qui veut une fille glisse un mot dans la corbeille au moment de payer l'addition. Si la fille est libre elle le lui signifie par un sourire. Et le client attend jusqu'à la fermeture du bar pour partir avec la fille. Moi, quand je vais en « busy », c'est minimum 35 000f. On me paye avant même que je ne quitte le bar…Le client peut faire tout ce qu'il veut toute la nuit, mais à 7 heures, il doit me déposer chez moi…Je ne vais pas en « busy » à la veille des examens, parce que l'an passé j'ai échoué à ma première session à cause de ça » Autre lieu, Marcory Mille maquis. C'est le nouvel épicentre de la prostitution à Abidjan. Samedi soir, il est 23 heures. A quelques pas des fêtards qui « descendent » des casiers de bière dans les maquis géants, de nombreuses prostituées déambulent. A intervalles très rapprochés, elles s'engouffrent avec leurs clients dans un hangar situé juste en bordure de la route. Pour faire leurs affaires. L'odeur âcre de l'urine, les dizaines de préservatifs usagés qui jonchent le sol et même les passants ne gênent ni les clients (généralement saouls) ni leurs belles de nuit.

« La passe à 1000 F ou 1500 F, ça ne m'arrange pas »


Un peu à l'écart de tout ce « bazar », se tient Betty (c'est son nom d'emprunt), 23 ans, étudiante en année préparatoire de BTS communication. Nous l'avons rencontrée quelques jours plus tôt dans une Grande école au Plateau. Son pantalon jean (taille basse), sa chaîne à la hanche et surtout sa plastique de mannequin attirent des clients. Elle les envoie balader sans ménagement. « Je ne « gère » pas (Traduisez : je ne fais pas l'amour) avec ceux qui sortent des maquis. Ils sont saouls et en général, c'est pour fatiguer les gens », expliquera-t-elle. « Et puis moi, Je ne viens ici que les vendredis et les samedis. La passe à 1000 F ou 1500 F, ça ne m'arrange pas… » Un instant après, une voiture s'arrête à son niveau. Betty semble bien connaître le conducteur. Elle monte à bord et la voiture disparaît.

Environ deux heures plus tard, elle revient. Seule, sans l'homme qui l'avait emmenée.

« C'est un homme marié, il m'appelle et il passe me chercher ici quand il a besoin de moi. Il paye bien… », raconte-t-elle. « Je vis avec ma grande sœur qui ne travaille pas. Nos parents sont au village. Je ne peux pas mentir, chaque fois que je vais les voir, ils me donnent de l'argent pour mes études. Je n'ai pas eu le Bac alors je dois payer mes cours. L'argent de mes parents suffit à peine à payer la scolarité…Or, je dois m'habiller, je dois manger…C'est ma meilleure amie, aujourd'hui décédée, qui m'a montré comment faire. Je l'ai accompagnée un jour en Zone 4… », poursuit-elle. « Ma sœur ne sait pas que je fais ça. Si elle l'apprend, c'est sûr qu'elle va me chasser de la maison. Les jours où je ne rentre pas, je lui dis tout simplement que j'étais avec mon gars… »
Peu après, une autre voiture s'approche et klaxonne. Betty se dirige vers le conducteur. Après négociation, elle monte à bord. Mais cette fois, elle ne reviendra pas.

Le lendemain dimanche, dans l'après-midi, quelque part à Yopougon, Betty est sagement assise dans l'appartement où elle vit avec sa sœur. Revenue dans sa peau d'étudiante, elle révise ses leçons. Tranquillement. Presque aucune trace de la nuit dernière, sauf des yeux un peu rougis par l'alcool et la nuit quelque peu mouvementée. Dès qu'elle nous aperçoit, elle vient à notre rencontre. « Ma sœur est là, je ne peux pas vous recevoir à la maison, elle va me poser trop de questions », s'empresse-t-elle de dire. Alors nous nous retirons sous un hangar non loin. Là, nous parlons pendant de longues minutes. Et, sur notre demande, Betty nous résume la suite de sa nuit. « Hier, la deuxième voiture dans laquelle je suis montée, c'étaient des jeunes qui voulaient se défouler, nous nous sommes entendus sur 25 000 F, comme ils étaient deux… »

Elles donnent dans la cyberprostitution


Si Nina et Betty ont du mal à s'avouer à elles-mêmes et aux autres qu'elles se prostituent, ce n'est pas le cas de Solange K. (c'est son vrai nom). A 29 ans, Solange vient de s'inscrire dans un institut de beauté après plusieurs années sans aller à l'école. Une cigarette toujours au bec, elle n'a aucune gêne à avouer qu'il y a longtemps qu'elle gagne sa vie en vendant les charmes de son corps.

« Ça a commencé au lycée. J'étais encore à l'intérieur du pays. Et dans le foyer où je vivais, toutes les filles avaient plusieurs gars qui s'occupaient d'elles. Je suis tombée dedans… Mon père était très déçu de moi, il voulait me renier quand il a appris que je faisais ça…Mais maintenant, je pense qu'il m'a acceptée comme je suis. Je sais que dans le quartier où je vis, les gens me critiquent, ils chuchotent sur mon passage parce que je découche très souvent. Ce n'est jamais la même voiture qui vient me déposer. Ça me fait mal quand j'entends certains propos sur mon compte, mais c'est ce que je fais pour payer ma maison, me nourrir, payer mes études… » En plus d'écumer les grands hôtels où elle prétend avoir des contacts, Solange est aussi parmi celles qui donnent dans la cyberprostitution. Son champ d'action, c'est parfois internet, et les liens du chat. « Souvent, quand je n'ai pas de « mouvements » et que je dois régler un problème urgent, je vais sur le net pour me « dépanner ». Je propose mes services et celui qui est intéressé discute avec moi, on s'entend sur le prix avant de se croiser, parce que je n'ai pas de temps à perdre. Jamais en dessous de 30 000 F. Quand on se rencontre, il me donne mon argent avant tout… »

« Ma meilleure amie a été sauvagement assassinée dans un hôtel… on a tiré son sang »

Nina et Betty se disent en marge des réseaux de proxénètes. Elles « travaillent » en free lance, selon elles. Aussi, développent-elles individuellement un système de protection. « Moi, je ne passe jamais la nuit dans un hôtel avec un gars. S'il veut passer la nuit avec moi, c'est chez lui à la maison et pas ailleurs… J'ai peur, Il y a deux ans, ma meilleure amie a été sauvagement assassinée par un homme avec qui elle était partie passer la nuit dans un hôtel…on a tiré son sang, on a enlevé son sexe … » explique Betty.

Quant à Nina, c'est surtout contre le SIDA qu'elle se prémunit. « Je vais toujours en « busy » avec mes préservatifs. J'ai des caries dentaires, j'ai les gencives qui saignent tout le temps alors je n'embrasse jamais les clients, je ne fais pas la fellation, c'est trop risqué. Le Sida rode, il y a trop de filles que je connais qui en sont mortes. Je ne veux pas sacrifier mon avenir… »

Justement, parlant d'avenir, comment voient-elles le leur ? Plutôt lucide, Nina confie : « L'an dernier j'ai échoué à mon examen à cause du boulot… Je sais que je ne peux pas construire une vie dans les bars, c'est passager…Je veux avoir la Maîtrise, un bon boulot, une maison, un mari et des enfants… ». Betty ne dit pas autre chose : « En ce moment, au niveau des études, je fais ce que je peux. Souvent, je suis obligée de « tirer » les cours. Mais, je vais arrêter tout ça quand je serai en année de BTS, pour me concentrer sur l'examen. Quand j'aurai mon diplôme, je vais chercher du boulot, plus tard je compte faire un cycle ingénieur ». Solange est encore plus explicite : « J'ai un fils de 4 ans qui vit pour le moment avec son père. Ma belle- famille n'a pas voulu que mon ex vive avec moi à cause de mon passé… Quand mon fils sera grand, je ne veux pas qu'on lui dise que sa mère est une pute. Si je suis retournée à l'école, c'est pour apprendre un métier et abandonner ça. »

A entendre ces filles, vendre les charmes de leur corps n'est qu'une simple étape dans leur vie. Une étape dont elles espèrent sortir quand elles le décideront. Sauf que la prostitution est un engrenage dont on ne sort presque jamais sans séquelles.

© abidjan.us

Source: http://sergegrah.centerblog.net/

22:15 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Société ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (51) | Tags : étudiantes, prostituées, cyberprostitution | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

vendredi, 16 janvier 2009

SINGULARITES IVOIRIENNES

Dans cette semaine, en accordant un peu d’attention à l’actualité ivoirienne (plutôt morose, en ce moment), deux faits ont retenu mon attention, que je voudrais partager avec vous : L’invitation ou non de la Côte d’Ivoire à la cérémonie d’investiture de Barack Obama et le coût des prestations de la société de droit français SAGEM dans le processus électoral, en Côte d’Ivoire.

L’invitation à l’investiture du nouveau Président élu américain Barack Obama

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En début de semaine, nos hommes de presse se sont livrés à une querelle de chiffonniers, par journaux interposés, sur la question de l’invitation ou non du Président GBAGBO à l’investiture du nouveau Président élu américain, Barack OBAMA, le mardi 20 Janvier 2009, aux Etats-Unis d’Amérique.
Tout est parti de la presse patriotique ou « presse bleue » qui affichait, en début de semaine (Mardi 13 janvier 2009), des titres du genre : « Investiture de Barack OBAMA, le FPI invité », dans le quotidien Notre Voie, et « La Côte d’Ivoire, parmi les cinq pays africains invités », dans le quotidien Le Temps.
Réponse du berger à la bergère, le lendemain, la presse de l’opposition ou « presse verte » titre : « Obama n’a pas invité Gbagbo », dans Le Nouveau Réveil.

Franchement, cette palabre de chiffonniers n’honore pas notre pays et me fait honte. Diantre, qu’avons-nous à nous disputer pour une question d’invitation ou non de la Côte d’Ivoire par Barack OBAMA à son investiture ? Nous sommes un pays libre, indépendant et souverain ou non ? Barack OBAMA a beau être un symbole immense pour notre époque, cela ne nous autorise pas à patauger dans la vase et la fange et à nous empoigner comme des charbonniers. Nous sommes, certes pauvres, mais nous pouvons au moins faire l’effort de garder un peu de dignité ! Tout de même ! Comment voulons-nous, dans de telles conditions, inspirer le respect ?

Finalement, l’ambassadrice des USA en Côte d’Ivoire a tranché en martelant que cela relève de la seule compétence de la Maison Blanche. On attend donc de voir.

Que nous soyons invités ou pas, ce n’est pas cela le plus important. Ce qui prime sur tout, c’est l’urgence pour nous de remettre notre pays au travail. Car comme je le dis depuis assez longtemps, la Côte d’Ivoire ne travaille plus. Elle mime le travail mais elle ne travaille plus, véritablement. On s’efforce tout juste de maintenir l’appareil économique pour ne pas tomber en cessation de paiement mais le pays est en arrêt :
Il n’y a plus de développement en tant que processus global de transformation (positive) de la société ivoirienne : La morale a foutu le camp dans ce pays, l’éthique est devenue une valeur totalement approximative, l’éducation nationale ressemble plus à un leurre qu’à une réalité. On se contente tout juste de se donner bonne conscience et de sauver les apparences. Sans plus. Il n’y a, en fait, plus d’éducation.
La jeunesse ivoirienne est sinistrée, dans tous les sens du terme : Absence d’éducation, instruction approximative, chômage, vices, valeurs sociales en déperdition totale.

Le désordre en tout genre est devenu la caractéristique principale de notre pays. Il fait presque honte de se proclamer ivoirien.
L’absentéisme prononcé dans les services publics, livrés à eux-mêmes, sans contrôle ni inspection, nous nous en accommodons fort bien. Chacun y fait ce qu’il peut ou veut, depuis les chefs jusqu’aux subalternes.
Les ordures et les odeurs nauséabondes sont présentes dans la plupart de nos rues ; on urine, crache et jette des détritus et emballages de tout genre (papier, sachet), partout et n’importe comment.
L’indiscipline inexplicable et la conduite dangereuse des automobilistes qui ne respectent rien, pas même les règles élémentaires du code de la route, qui roulent sans papier, dans des tas de ferrailles appelés voitures, qui sont en réalité des tombeaux roulants, au-delà de la grave pollution que nous causent les fumées abondantes de leurs échappements.

Le racket signe son retour en force, sous les formes les plus diverses, le cadre de vie, l’habitat et l’urbanisation sont sinistrés, l’achat des diplômes et de l’admission aux concours de la Fonction Publique continuent leur bonhomme de chemin malgré une légère baisse, les difficultés d’accès à l’eau potable de nombreux quartiers, même parmi les plus chics, les coupures intempestives d’électricité malgré le fait que nous soyons un pays exportateur en la matière, la cherté de la vie, la misère et la paupérisation sont le lot quotidien de nos populations.

Les grèves intempestives repartent de plus bel (en début de semaine prochaine, les enseignants du secondaire entrent dans un arrêt de travail prolongé, pour non paiement d’arriérés de primes de correction), l’enrichissement illicite et scandaleux de quelques-uns au détriment du plus grand nombre (élus et administrateurs puisent abondamment dans les deniers publics, sans être le moins du monde inquiétés) se poursuit, allègrement, sous le regard complice de tous les chefs de l’administration et de la justice ivoiriennes.

Notre pays a arrêté de travailler. Plutôt que de nous livrer une querelle de bas niveau comme celle à laquelle nous assistons, en ce moment, sur une affaire d’invitation à la cérémonie d’investiture du président d’un pays étranger qui ne nous aimera pas pour nos beaux yeux, remettons notre pays au travail. C’est ce qui nous fera respecter et fera peut-être courir, un jour, vers nous les Etats-Unis d’Amérique.
Arriver à payer les salaires et à honorer le service de la dette extérieure n’est pas le développement. Il est tout juste question, ici, de sauver les meubles. Rien de plus.
Il nous faut donc aller aux élections, au plus tôt, pour espérer sortir notre pays de ce bourbier. Mais tous les acteurs ou partenaires de ce processus sont-ils sincères ? Cela nous amène à aborder notre deuxième point.

Le coût des prestations de la société Sagem dans le processus électoral
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Toujours en début de semaine, un reportage de la chaîne nationale de télévision, La Première, nous a permis d’écouter Monsieur KABRAN Appia, Conseiller Spécial du Président de la République, sur la question du coût que l’entreprise de droit français SAGEM nous a facturé, pour ses prestations dans le processus électoral ivoirien.

Ce coût (cramponnez-vous, pour ceux qui ne le savent pas encore), s’élève à la faramineuse somme de 100 milliards de francs CFA. Une aberration totale et absolue, pour la tâche à accomplir : L’identification des populations ivoiriennes.
Pour mieux vous permettre d’apprécier l’arnaque, sachez que l’INS (Institut National de la Statistique) aurait valablement (et certainement mieux) rempli cette mission pour seulement 7 milliards de francs CFA.
Comment comprendre un illogisme aussi criant, quand on recherche des fonds à travers le monde, pour financer les élections ivoiriennes ? Le bon sens ne commandait-il pas simplement d’opter pour le soumissionnaire le moins disant et d’utiliser la différence gagnée pour le financement d’autres aspects du processus électoral, sans qu’il soit besoin de courir le monde ? Y a-t-il de la logique en politique ?
Un processus où le bon sens est exclu a-t-il des chances d’aboutir ? Question objective et pertinente.

Monsieur KABRAN Appia est allé jusqu’à affirmer que toutes les élections des dernières échéances ivoiriennes (présidentielles, législatives, générales et municipales) n’ont coûté à l’Etat de Côte d’Ivoire que 13 milliards de francs CFA. D’où vient-il que les acteurs politiques ivoiriens (notamment ceux de l’opposition et les Forces Nouvelles) et les partenaires extérieurs du processus électoral ivoirien (notamment la France, à travers SAGEM) ont pu accepter une telle incongruité et une aberration aussi révoltante, si ce n’est qu’ils se sont tous inscris dans une logique de dépeçage de la Côte d’Ivoire et de partage éhonté des dépouilles de notre pays ? On imagine, très aisément, que le butin a été partagé entre ces différents acteurs.

Pour SAGEM encore, cela peut se comprendre, puisqu’avec l’appui des pouvoirs publics français, son but inavoué est d’engourdir le processus en nous fixant des coûts plus que surévalués, dépassant même la métaphysique, pour avoir plus tard, quand nous serons en cessation de paiement, l’occasion de nous accuser de mauvaise volonté et traiter ainsi le Président GBAGBO d’obstacle au processus électoral et d’ennemi de la paix, en Côte d’Ivoire, afin de pousser ses opposants à réclamer sa tête.

Mais ce qui est incompréhensible pour moi et qui m’amène à douter de la volonté réelle des Forces Nouvelles de conduire, aux côtés du Président GBAGBO, la Côte d’Ivoire aux élections, c’est leur acceptation de cet état de fait. Leurs tares congénitales en tant que Rébellion y sont-elles pour quelque chose ou ont-elles, comme le Président GBAGBO, cédé à la pression de la France et des « opposants » ivoiriens ? Je suis très intéressé de le savoir !

Comment peut-on voir les acteurs du processus électoral ivoirien s’inscrire dans une telle logique de dépeçage et de profit personnel et espérer qu’ils soient de bonne foi pour aller aux élections ? Difficile pour moi de le concevoir ! Ce n’est tout simplement pas possible.
Des individus qui disent être pressés d’aller aux élections et qui le crient sur tous les toits ne peuvent pas, objectivement, coopter une entreprise incompétente et qui nous facture la peau du dos (elle est incapable de faire un simple rapport rationnel des coûts, elle n’a pas pu déployer son matériel dans les délais, puisqu’il lui a fallu le coup de pouce des avions de l’ONUCI : Vraisemblablement, tout le monde mange dans l’affaire ! En plus de cela, la formation des opérateurs de terrain a été mal conçue, mal planifiée, mal organisée, voire approximative. Tous les affreux balbutiements du début des opérations en découlent, de source. Les délais ont été mal évalués, mettant tout le monde, et notamment le pays, en retard. Quels sont donc ces amateurs qui nous coûtent 100 milliards de francs, Seigneur Dieu, quand nous avons mieux et plus expérimentés, en Côte d’Ivoire ! L’INS ne fait-il pas école dans toute l’Afrique. Avions-nous, techniquement, vraiment besoin de SAGEM ? Non, trois fois non !).

Quand on a pu accepter cela, au nom de l’amour qu’on porte à son pays et au nom de la paix, on ne peut, raisonnablement, pas être accusé de ne pas vouloir aller à la paix ou aux élections.
Les opposants du Président GBAGBO (s’ils peuvent encore être considérés comme tels) ne sont plus fondés à le dire. Si le processus n’aboutit pas, ils devront s’en prendre à eux-mêmes pour leur choix mal éclairé ou intentionnel et à l’incompétence de leur dauphine d’entreprise française.
De toute évidence et de toutes les façons, ils devront assumer tous les échecs de ce processus puisque même la CEI (Commission Electorale Indépendante) est présidée par une personnalité de leur bord : Monsieur Robert Beugré MAMBE.

Pour en revenir aux Forces Nouvelles, leur bonne foi est, une fois de plus, en cause quand elles sont encore incapables de désarmer, à quelques mois des élections, et que nous semblons nous acheminer allègrement vers des échéances électorales « armées ». Rien de bon ne peut, objectivement, en sortir pour notre pays. Rien ! Notre besoin actuel de paix nous autorise t-il à accepter cette grave compromission ? Au cas échéant, il faudra s’apprêter à en assumer les conséquences.
Quand s’ajoute à cela les résistances qu’elles font (les Forces Nouvelles), en ce moment, au projet d’unification des caisses de l’Etat, qui devrait à brève échéance nous permettre de souffler économiquement et financièrement, nous sommes en droit de commencer à nous interroger sur leurs dispositions réelles.

Le parcours effectué avec elles, à ce jour, est déjà grandement appréciable, nous le leur concédons. Mais à quoi cela aura servi si on ne peut achever de façon civilisée, tout le processus ? Dans une épreuve de course, l’athlète est-il récompensé pour avoir participé à la course ou pour avoir franchi la ligne d’arrivée ? C’est à ce niveau que le peuple digne de Côte d’Ivoire attend les Forces Nouvelles.

Finalement, que de singularités dans ce pays ! Que DIEU nous garde et nous délivre de nous-mêmes d’abord (cupides et immoraux que nous sommes), et ensuite de tous nos ennemis, intérieurs et extérieurs.
Que l’année 2009 voit se lever sur la Côte d’Ivoire le soleil de la restauration et de la prospérité, ainsi qu’une nouvelle génération de femmes et d’hommes politiques, pétris de vertus et craignant DIEU, pour diriger la Côte d’Ivoire ! La génération actuelle est absolument et totalement disqualifiée ! Et cela arrivera, croyez moi, plus vite que nous ne pouvons l’imaginer. Ce n’est qu’une question de jours ou de mois. GOD WILL MAKE IT, à défaut de dire YES, WE CAN!


DINDE Fernand AGBO

11:33 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Société ivoirienne, Sortie de crise ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : investiture barack obama, sagem | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

mercredi, 12 novembre 2008

COTE D’IVOIRE: LA RUMEUR NE DOIT PAS OCCULTER LES ENLEVEMENTS D’ENFANTS

DANGER.jpg
IPS - Anne-Marie N`Guessan, 10 ans, élève dans une école primaire d`Abobo, au nord-est d`Abidjan, la capitale économique ivoirienne, a échappé de justesse à une tentative d`enlèvement, le 23 octobre dernier, grâce à ses cris qui ont dissuadé ses ravisseurs qui l`ont finalement abandonnée.

"J`allais à l`école ce jeudi matin (le 23 octobre), lorsque des individus à bord d`une voiture ont marqué un arrêt à mon niveau. L`un des ravisseurs a subitement ouvert la portière avant de me soulever de vitesse et me jeter à bord. Il faisait sombre à l`intérieur", a déclaré Anne-Marie plus tard.

"Ils ont tenté de me couvrir la tête avec un sac avant de donner un coup à la nuque. Mais cela n`a pas permis de me maîtriser. C`est à la suite de mes cris que j`ai été projetée de la voiture pendant que celle-ci marquait à peine un temps d`arrêt", a-t-elle ajouté.

Le côté gauche du corps de la fillette reste encore marqué par de larges plaies. Elle a été recueillie par des gens qui l`ont conduite à l`hôpital d`Abobo, où `Roxal`, une organisation non gouvernementale (ONG) alertée, est allée lui apporter assistance. L`ONG Roxal est basée à Abidjan.

Cet enlèvement manqué a constitué l`une des premières alertes aux rapts des enfants dans en Côte d`Ivoire depuis quelque temps.

Selon Roxal, deux à trois enlèvements sont enregistrés par jour par cette organisation. "Cela nous donne entre 60 et 90 enlèvements d`enfants par mois", affirme à IPS, son président, Evrard Maïga, indiquant que ce chiffre n`est pas officiel. "Si tous les parents avaient les moyens financiers pour se rendre à la télévision nationale lancer des avis de recherches où entrer en contact avec les ONG, nul doute que ce chiffre allait connaître une hausse, car les enlèvements sont quotidiens".

En effet, la télévision nationale diffuse des communiqués, chaque jour à la mi-journée, pour lancer un appel à retrouver des personnes disparues. Le plus souvent, ce sont des enfants de cinq et 13 ans.

Mariam Kéïta, 12 ans, a été enlevée en juin dernier au cours d`un mariage à Adjamé (centre d`Abidjan) auquel elle participait avec ses parents, et elle s`est retrouvée à Duékoué, dans l`ouest de ce pays d`Afrique de l`ouest.

"Nous étions quatre filles dans une voiture. Les ravisseurs nous ont conduites à une destination inconnue. Après, nous nous sommes retrouvées dans une pièce pour coucher avec un homme", relate Kéïta. "Sans la moindre assistance, j`ai été abandonnée par la suite, la nuit à Duékoué. Les autres ont été amenées vers une autre destination".

Jusqu`à présent, les ONG disent n`avoir aucune information sur les trois autres filles, mais restent dans l`espoir de les retrouver saines et sauves un jour afin qu`elles fassent un témoignage. Mariam, elle, a été conduite, à sa demande, à Abidjan où elle a regagné la famille, mais elle est toujours assistée par des ONG.

Mais, quelques mois plus tôt, le 17 avril, l`enlèvement d`un petit garçon lui a été fatal car il a été abandonné par ses ravisseurs, mais avec des yeux détruits qui l`on rendu aveugle malgré des soins et l`assistance de l`ONG de Maïga.

"Ce matin-là, je suis allé avec mes amis à la plage de Vridi (sud d`Abidjan) pour me promener. Sur le chemin du retour à la maison, un inconnu m`a proposé de le suivre, mais j`ai refusé; alors, j`ai été enlevé et amené à une destination inconnue", raconte à IPS, Roxal Kouakou, âgé de 11 ans.

"Quelque temps après, je ne savais plus ce qui se passait avec mes ravisseurs, car j`avais perdu connaissance. A mon réveil, tout était noir. Mes yeux avaient été arrachés, me laissant sans la vue. J`avais mal et j`étais seul", ajoute Kouakou qui déclare avoir été recueilli par un passant.

Avec des lunettes noires au visage pour cacher son handicap, Kouakou réside chez Maïga qui, ému par le drame de l`enfant, a décidé de donner son prénom `Roxal` à son ONG qui lutte contre les enlèvements d`enfants.

"Le fait est réel, mais banalisé", déplore Maïga. "Aujourd`hui, les enlèvements d`enfants sont à une échelle importante qui ne doit plus laisser quiconque indifférent", dit-il à IPS.

Pour Maïga, ce phénomène est lié à plusieurs facteurs. "Il y a d`abord un réseau de trafic d`organes humains, qui se met discrètement en place dans notre pays. Puis, le trafic des enfants pour le travail dans les plantations et pour une exploitation sexuelle, sans oublier ce qui semble être évident : les sacrifices humains".

"Il convient d`évaluer réellement la situation de ces enlèvements et leur contexte", suggère Mathurien Dagbé, un sociologue basé à Abidjan. "Je souhaite que ce phénomène ne soit pas pris à la légère. Le fait existe et le nier ou le mettre sur le compte de la simple rumeur constituerait une grave erreur", souligne-t-il à IPS.

La semaine dernière, la nouvelle de l`enlèvement manqué de Anne-Marie avait provoqué la panique au sein de la population. Elle avait été qualifiée de "rumeur" par la police, et deux personnes ont été lynchées à mort dans des manifestations populaires provoquées à Abidjan par cette information.

En visite à l`intérieur du pays, le chef de l`Etat ivoirien, Laurent Gbagbo, l`a également inscrite sous le signe de la rumeur. "On dit qu`on enlève des enfants et ensuite on va les tuer. Abidjan a été paralysée. Toutes les écoles ont été fermées. Evidemment, rien de tout ça n`était vrai. On n`a enlevé aucun enfant", a-t-il affirmé.

Pour Gnagbo, cette "rumeur" serait liée aux élections qui doivent se tenir dans le pays. "...Convenez avec moi que cette situation de panique n`est pas faite pour que la Côte d`Ivoire aille sereinement aux élections. Or nous devons aller aux élections et nous irons aux élections. Que les bandits passent à gauche, à droite où au centre, nous irons aux élections...", a-t-il déclaré à Bouna, dans le nord-est du pays.

"Nous sommes désormais face à une situation à double face", estime le sociologue Dagbé. "Ou les événements de la semaine dernière, même s`ils ne sont pas avérés, attirent l`attention de tous pour que des mesures soient prises afin de lutter contre les enlèvements d`enfants...", commente-t-il. "Ou alors, le phénomène est définitivement banalisé. A ce moment, tous les enfants courent de gros risques, car aucune disparition ne sera désormais prise au sérieux".

Pour Dagbé, le sort réservé aux enfants enlevés n`est pas obligatoirement l`amputation des organes génitaux. "Mais il faut savoir que les enfants sont aussi volés pour être soumis à la pédophilie, à la sodomie, aux travaux dans les plantations", explique-t-il. "La rumeur ne doit pas occulter le phénomène, le trafic d`enfants commence aussi par-là".

Hervé Gouamené, président de l`ONG Action pour la protection des droits de l`Homme, basée à Abidjan, se dit conscient de l`existence du phénomène. Mais, "il ne faudrait pas amplifier les choses avec des rumeurs", prévient-il. "C`est à la police de faire son travail et non aux populations de se faire justice en tuant".

Mais, à la police, on se refuse à tout commentaire.



Fulgence Zamblé
(FIN/2008)
Source : Abidjan.net > Actualité > Autre presse,
Vendredi 31 Octobre 2008.


13:43 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Société ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : enlèvements d'enfants, disparition | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

samedi, 25 octobre 2008

ENLEVEMENTS D’ENFANTS A ABIDJAN : UNE DECLARATION PEU RASSURANTE ET PEU CONVAINCANTE DES AUTORITES POLICIERES

EMEUTES ENLEVEMENTS D'ENFANTS.jpg
Hier, au journal de 20 heures de RTI La Première, nous avons écouté le Commissaire Principal DIAGOURY GNAHOUA, Porte-parole de la Police Nationale, faire une déclaration relative au vent de panique générale et de folie meurtrière qui a soufflé sur la ville d’Abidjan, ce vendredi 24 octobre 2008.

Que s’est-il passé ? Tout est parti d’une rumeur selon laquelle des ravisseurs d’enfants, en tenue militaire, seraient dans la ville et qu’ils auraient enlevé sept enfants, aux abords des écoles primaires, dans des véhicules de type 4X4, aux vitres teintées.

Il n’en a pas fallu plus pour jeter les parents dans la rue, les uns pour retirer leurs progénitures des écoles et les autres pour manifester bruyamment et violemment sur la place publique, avec en pic une véritable émeute, dans la commune d’Abobo.
Bilan de la folle journée d’hier : Deux civils innocents tués, quatre policiers tailladés à la machette, plusieurs blessés, des bus de la SOTRA et des véhicules particuliers saccagés.

Que les autorités policières aient décidé de faire une déclaration télévisée, après des évènements aussi graves, est une initiative louable. Mais nous attendions bien plus de nos limiers. Franchement !
Pour ma part, j’ai été honnêtement déçu de cette sortie approximative qui révèle les lacunes et le manque criant d’anticipation de notre police et ce, pour au moins deux raisons :

1- Le Porte-parole de la Police Nationale ne s’est prononcé que sur les évènements d’hier, comme si la question désormais nationale des enlèvements et des disparitions qui ont cours, en ce moment, dans le pays n’est apparue qu’hier ! Parce qu’il n’en a jamais parlé, avant. Or, tout Ivoirien qui vit actuellement sur le territoire national sait que ces faits sont récurrents, depuis au moins une année, en Côte d’Ivoire, et singulièrement à l’approche des élections.

2- Le Commissaire Principal DIAGOURY GNAHOUA a également donné l’impression, à la nation entière, que les rumeurs qui ont entraîné les faits d’hier, relèvent de la pure affabulation, s’appuyant sur le cas de la fille du sapeur pompier, le Sergent UZA Dodo Charles, qui n’aurait pas réussi à leur indiquer, avec précision, l’endroit où ses ravisseurs l’auraient retenue captive avec dix autres enfants (dont les parents, selon les dires du Commissaire Principal, n’ont pas porté plainte) et d’où elle aurait fui. Est-ce si étonnant de la part d’un enfant ? N’est-ce pas à notre police de tranquilliser les populations en les assurant de conduire à termes ses investigations, sans qu’il soit besoin de jeter le doute et un quasi discrédit sur le témoignage d’une fillette traumatisée ? Notre police démontre ainsi qu’elle est franchement dépassée par les évènements et qu’elle ne fait aucune investigation sérieuse. Toutes choses qui la décrédibilisent, grandement. Et même si les évènements d’hier avait relevé de la simple rumeur, qu’a fait notre police pour les autres dizaines de cas de disparition déclarés antérieurement, à la télévision ivoirienne, et jamais résolus ?


Chers ivoiriens, c’est tous les jours que la RTI, à l’émission magazine de la mi-journée, consacrée aux annonces d’évènements, montre à la nation des photographies d’enfants, d’adolescents et de personnes adultes portés disparus, dans le District d’Abidjan. Les cas les plus récents ont même eu lieu dans cette semaine. Je peux même personnellement en témoigner et relater le cas éloquent qui nous a été présenté par l’animatrice Christelle DIBY, il y a seulement quatre jours de cela : Une petite fille de la classe de CE2, à la recherche de ses parents et accompagnée, sur le plateau de la télévision ivoirienne, d’une dame, parente d’une autre à laquelle la petite s’est agrippée, dans la rue, après avoir échappé à ses ravisseurs.

L’écolière, racontant les faits en direct, révèle qu’un inconnu l’a abordée devant la cour familiale, pendant qu’elle jouait.
Et la suite de l’histoire se déroule comme suit : Il lui demande d’aller lui acheter des cigarettes et une boîte d’allumettes. Ce qu’elle fait. A son retour, l’inconnu lui ferme vigoureusement la bouche d’un mouchoir et l’endort.
Son ravisseur l’emporte mais n’en reste pas là. Dans un autre secteur de la commune de Yopougon où il opérait, aux abords de la cité SIB, il appelle d’autres enfants dont il devait faire ses prochaines victimes.
Sur ces faits, la fillette sort de l’effet des soporifiques et s’éjecte, à corps perdu, du véhicule 4X4 où elle était tenue prisonnière. La brusquerie de la sortie de l’écolière du véhicule jette l’effroi sur les autres enfants, en approche, qui prennent leurs jambes à leurs cous.
Notre fillette court immédiatement s’agripper à une dame qui venait tout juste de descendre du bus, celle dont la parente l’a accompagnée sur le plateau de la télévision ivoirienne.

Alors, comment passer sous silence ces faits gravissimes et traiter la question des enlèvements (même s’il y a eu des dérives dramatiques, hier) comme s’il ne s’agissait que de rumeurs et d’affabulation, voire de vues de l’esprit. Qu’on ne prenne pas les Ivoiriens pour des demeurés mentaux !

Je savais notre police limitée, en matière d’investigation (il n’y a qu’à voir le cas des enquêtes sur l’assassinat du Directeur d’INTERPOL Côte d’Ivoire, le Commissaire Bridji ZOGOUE - lui-même policier et pas n’importe lequel - qui s’est incroyablement achevé sur un non–lieu, là où la presse ivoirienne a relevé des preuves et indiqué des pistes extrêmement précises. Qui a donc intérêt que ce crime odieux ne soit jamais élucidé ?) mais je ne la croyais pas aussi incompétente et, à ce point, frappée de carence ! Je pensais, objectivement, que nous avions une police, dans ce pays. Mais ma déconvenue est immense.

Que Monsieur le Porte-parole de la Police Nationale sache qu’il n’est pas besoin de faire l’Université d’Harvard, aux Etats-Unis, pour comprendre que quand un peuple ne fait plus confiance à sa police et à son appareil judiciaire, il a tendance à se faire justice, lui-même. Et c’est ce à quoi nous assistons, actuellement, à Abidjan. Si vous parvenez à comprendre ce mécanisme social – et je vous en crois capable, cher monsieur – vous trouverez, tout seul, les mesures et les solutions, ainsi que les devoirs, qui s’imposent à votre corporation, vis-à-vis du peuple ivoirien.

Mais pourquoi faut-il toujours que nous frôlions la catastrophe, dans ce pays, avant que les dispositions que recommande - non pas même l’intelligence mais le simple bon sens - soient prises ? Pourquoi donc ?



Que DIEU bénisse le peuple de Côte d’Ivoire et le délivre de tous ses oppresseurs ! Qu’il le libère de toutes les âmes damnées qui perturbent sa paix et sa sérénité!



DINDE Fernand AGBO


17:20 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Société ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : enlèvements, ravisseurs, panique, rumeurs, véhicules 4x4, diagoury gnahoua, disparitions | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

mardi, 21 octobre 2008

ENLEVEMENTS ET DISPARITIONS A ABIDJAN

DANGER.jpg
Les enlèvements, tentatives d'enlèvements et disparitions, dans la ville d'Abidjan, ont de quoi nous glacer le sang. L'Etat doit prendre des mesures vigoureuses et les Renseignements Généraux de Côte d'Ivoire, mettre en oeuvre une opération d'envergure pour démasquer les fauteurs de troubles et démanteler cette filière criminelle! En attendant que nos autorités veuillent bien se remuer (nous avons la mauvaise habitude, dans ce pays, de ne réagir que quand on frôle la catastrophe), prudence, prudence, prudence! Je vous propose un article et des commentaires édifiants sur le blog de Richman Mvouama sur la question.

Avez-vous entendu parler des enlèvements d’individus, à Abidjan. On m’a rapporté des expériences vécues par des connaissances, au cours des 30 derniers jours. Une dame d’environ 45 ans que l’on faisait entrer de force dans un véhicule 4x4 vers 19h 30 dans le secteur de la Pisam. Elle a été sauvée par un blanc qui avait lâché son chien sur les malfaiteurs.

Une autre, dans un taxi compteur, à 20h venant de Cocody en direction d’Angré. Le taximan a changé de direction, il est allé garer dans la petite forêt vers le Lycée Technique, après avoir dit à un interlocuteur au téléphone qu’il avait quelqu’un. Refusant de répondre aux questions de la dame sur cet arrêt non prévu hors de l’itinéraire normal, cette dernière s’est jetée dans le ravin et s’est mise à courir comme une folle.

Commentaire de l'auteur de l'article: C’est peut être des sacrifices humains que les gens font, en vue des élections ! Il parait que c’est fréquent, en Afrique. Quoiqu’il en soit, évitez les coins trop calmes et réagissez promptement si une voiture bizarre vient brusquement garer devant vous, si vous êtes seul au bord d’une route, quelque soit l’heure. On ne sait jamais !


Commentaires des lecteurs:

M Richman, ce que vous dites est vrai. Il y'a un plus d'une semaine, on a vu une fille lutter avec 2 gars au carrefour Duncan. On a cru que c'était une histoire de couple. Elle luttait tellement violemment, qu'avec mes amis, on a décidé d'aller les séparer. Lorsqu'ils nous ont vu venir, ils sont montés dans la voiture et ils ont fui.
La fille nous a dit qu'elle ne les connait pas et ne les a jamais vu. Elle attendait un taxi et elle a vu les 2 gars garés devant elle et l'obliger à monter dans leur voiture. Elle n'a rien compris. En lisant vos histoires, je vois que le problème est très sérieux.
Ecrit par : Ignace | 21/10/2008


Moi aussi, j'ai entendu parler de ce type de phénomène, je relaie sur mon blog.
Ecrit par : Théo | 21/10/2008


cela ne peut pas etre l'oeuvre de l'ANSI (services secrets ivoirien), eux ils sont plus sofistiquer et ont de veritable moyens, ils agissent dans la plus grande discretion ! donc qui sont ces personnes
Ecrit par : Akwa Bahi | 21/10/2008


Les scènes que vous décrivez sont tout à fait effrayantes ! Cette pratique ne m'étonne guère. Elle est la preuve que notre conscience politique est encore très faible. Placer notre foi dans les choses que nous faisons, dans les projets que nous bâtissons, dans les institutions que nous donnons est encore au-dessus de notre propre entendement.
Je voudrais me tromper sur l'élément déclencheur d'un tel comportement. Mais le rapprochement que tu fais de ce phénomène avec les prochaines élections est à prendre très au sérieux.
Ecrit par : St-Ralph | 21/10/2008


19:33 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Société ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : enlèvements, sacrifices humains | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

vendredi, 26 septembre 2008

CONCOURS MISS: DE LA MISERE DE NOS COMPORTEMENTS

MISS 2007.jpgLu pour vous, du blogueur Serge GRAH: "Pour participer au débat sur ces "particularismes" ivoiriens où les concours de beauté tiennent une place de choix (on m'apprend que l'ingenuosité des Ivoiriens permet d'allonger la liste : Miss Internet, Miss Diaspora et Miss Tout Niveau), je vous donne pour lecture un texte que j'ai publié en décembre 2007 sous le pseudo de Dr Kobé Cécile. Un texte qui reste d'actualité. Bonne lecture ! Serge GRAH: http://sergegrah.centerblog.net".



De la misère de nos comportements


La Côte d’Ivoire est un pays étrange ! Vraiment ! Un pays que tout le monde s’accorde à trouver mal-en-point, un pays qui s’enlaidit… et que toute la Nation devrait aider à sortir du gouffre, mais qui ne bruit que de comportements encensant des sous-valeurs.

Loin de nous réclamer d’un certain puritanisme, autorisons-nous néanmoins à dénoncer avec force le vice et l’insouciance caractérisés qui sévissent dans notre pays et tendent à se perpétuer péremptoirement en cette période post-crise. Et ce, dans le seul objectif de tirer la sonnette d’alarme et de susciter une prise de conscience collective. Car, il faut se rendre à l’évidence, le mal est bien profond et se cache derrière de nombreuses facettes. Les Ivoiriens ont perdu tout repère. Même les dogmes sociaux élémentaires, les rudiments primordiaux au développement d’une Nation tels que la moralité, l’éducation et le respect des mœurs semblent nous échapper.

Que s’est-il passé pour qu'on en arrive-là ? Les Ivoiriens loin d'être parfaits tenaient quand même sur quelques principes. Comment sommes-nous donc arrivés à un tel deuil de l’espérance ? Pourquoi éprouvons-nous cette lassitude à la réflexion ?

Un examen sommaire de notre société amène à se rendre compte de l’appétence paroxystique des Ivoiriens pour les plaisirs. Des déviances que nous inspirent le culte de l’argent, de la perversité et du superficiel : beuverie, ripailles, luxure, orgies sexuelles, impunité, corruption, favoritisme. Des comportements vénaux qui ont pris un caractère normal et qui sont en train de passer insidieusement dans les habitudes. L’immoral a pris la place de la morale, l’anormal s’est substitué au normal. Il y a une commutation des valeurs, au fil d’une déliquescence quotidienne incontrôlée de l’éthique. Le vice a fini par se suppléer à la vertu dans une indifférence totale et dans la plus nauséeuse des désinvoltures. Visiblement, il n’y a plus dans ce pays de garde-fous, de barrières. Plus d’interdits !

Dans notre chère Éburnie, tout se passe comme si nous étions dans une sorte d’impasse culturelle faite d’une affligeante stérilité. Jamais on ne célèbre l’intelligence, celui qui a mieux réfléchi... Nos cerveaux sont si paralysés que nous n’avons rien d’autre à proposer à la jeunesse que les jeux débiles servis en quantité par « Notre Télévision poubelle »… Pour sanctionner les talents et récompenser des bassesses. Quel gâchis épouvantable !

On a même trouvé des formules pour entretenir à coup de millions des viviers… de jeunes filles : les concours de beauté. Ce phénomène occupe désormais chez nous une place légitime. « Miss Côte d’Ivoire, Miss Cedeao, Miss Campus, Miss District » par-ci, « Miss Cocody, Miss Bouaké, Miss Adjépessi », par-là. Les « reines » et les « miss » se démultiplient. Il y a une telle folie obsessionnelle à organiser ce genre de compétitions qu’on a fini par y mêler des gamines. Oui ! On n’a pas hésité à faire germer l’idée, ôh combien géniale, que dis-je répugnante, d’exhiber des bébés de 7 ans ! « Miss Noël » nous dit-on ! pour voler leur innocence à ces enfants.

Nos enfants naissent et grandissent désormais dans ce climat de médiocrité et de recherche de gain facile, qui fausse leur conscience. Convaincus que la réussite est moins dans l'effort et la recherche de l'excellence que dans la capacité à tirer profit de son physique.

Mais diantre ! Quelle répugnance pénalisante pour la Nation lorsque les futilités, la vénalité, l’ignorance tentent d’embastiller la Culture ? Franchement qu’on nous dise le type de valeurs que promeut ce genre de compétitions. La beauté ? Mais quel mérite a-t-on à être beau ? A quel emploi exige-t-on d’être beau ? Comment pouvons être aussi pauvres culturellement au point de jeter le voile pesant de notre inculture sur nos propres enfants ! Que peut-on espérer de l’avenir d’une Nation dont toute une génération est sacrifiée sur l’autel de vices suicidaires ? Dans quel psychodrame sommes-nous en train de jouer ? Comment s’étonner alors que les jeunes Ivoiriens trichent avec leur vie ! Et que le civisme, la conscience professionnelle et l'assiduité au travail soient observés avec mépris.

Baignant dans les paillettes, de tels concours mettent en jeu toute l’image qu’on se fait de la femme dans notre pays. Et ce qui se profile, c’est la sexualisation prématurée des enfants. C’est aussi la distribution des rôles futurs : « sois belle… et tout le reste te sera acquis ». Plus profondément, c’est la référence au superficiel, aux fausses valeurs, au nu avec ses profils effilés devenus le critère dominant. Le dessous comme vérité du dessus. La coquetterie et la beauté, les seules armes qu’on laisse aux enfants de ce pays… Merveilleux programme ! N’est-ce pas ?

Et qu’une Institution de la République, tel le Ministère de l’Éducation Nationale accompagne de telles actions, prend le visage de l’effroyable. Et de la révolte ! Le gouvernement ivoirien veut-il entretenir le modèle d’une jeunesse zombifiée ? Veut-on créer le stéréotype de la femme infantile ? Veut-on pour demain des femmes qui n’auront pour seule boussole que d’être « belle » ?

Aujourd’hui, la situation de notre pays est telle que les maux à combattre ne manquent pas. Au lieu de promouvoir des préjugés sexistes du genre « soit belle et tais-toi » à un moment où l’école est quasiment inexistante, un moment où le SIDA décime toute une jeunesse, le Ministère de l’Éducation Nationale devrait multiplier des actions qui exhortent plutôt les jeunes au travail, au civisme, aux valeurs éthiques et morales, etc.

Une enfant à qui on apprend à se réaliser à partir des atouts artificiels, trouvera-t-elle le moyen de croire en ses études ou au travail ? Quelle élite sommes-nous en train de former ? Ne faut-il pas construire pour cette jeunesse une société qui donne avantage au mérite par le travail et l’intelligence ? Et qu’ils comprennent ainsi qu’il n’est pas inutile d’aller à l’école et d’être surtout « beau » par l’intelligence.

Sinon, un jour, lorsqu’ils auront 20 ans, 30 ans. Et pleins d’espoir, affamés d’avenir, ils se rendront compte que nous leur avons laissé un pays usé et vidé de toute sa substance nourricière. Et ce jour-là, ils nous haïront de toute leur force. Et ils auront raison. Car c’est le pire qu’on puisse faire à ses propres enfants…



Serge GRAH

20:47 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Société ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : miss noël, miss choco, concours miss | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

mardi, 23 septembre 2008

SORCELLERIE ET SOUS-DEVELOPPEMENT

FETICHE VAUDOU.jpg
A l’aube du 21ème siècle où l’Afrique se bat pour rattraper son retard sur les autres continents, certains intellectuels n’ayant pas peur du ridicule, proposent la sorcellerie comme moyens de développement. Le degré d’approche du problème et les conclusions tirées pourraient témoigner de nos incapacités, et cela quels que soient nos niveaux d’études universitaires, à juger avec bon sens et esprit critique.
Il n’y a pas longtemps, une cassette vidéo, témoignage d’un homme, Béhanzin, qui serait converti au christianisme circulait à Abidjan mais surtout dans les cités universitaires. Selon son contenu, le prétendu prêtre vaudou faisait des révélations sur ses activités magiques : il disait avoir rehaussé de façon magique le niveau religieux, politique, économique et sportif de certains ivoiriens. Il serait à la base de la réussite fulgurante et plus ou moins douteuse de certaines personnes grâce à ses procédés magiques consistant à enterrer des fœtus, des parties du corps humains comme cheveux, ongles puis à invoquer à la fin des esprits.

Ce procédé de justification de la réussite sociale doit être l’occasion pour l’ensemble des intellectuels et particulièrement pour les philosophes d’ouvrir leur esprit critique, afin d’améliorer la capacité à comprendre du peuple ou du commun des mortels. Ce devrait être l’occasion d’inviter la masse à faire de meilleures analyses de tout ce qui l’entoure. Pourquoi toute réussite en Afrique devrait-elle devoir son mérite aux bons soins des esprits magiques ? Pourquoi l’Africain serait-il particulièrement « programmé » pour croire à la sorcellerie ? Y a-t-il des explications psychologiques, économiques et socioculturelles qui favorisent un tel attachement aux croyances mystiques chez les Africains ?
Après cinq années de guerre, le peuple ivoirien est exaspéré ; il est fatigué. Il assiste impuissant à d’interminables grèves visant à améliorer le niveau de vie des fonctionnaires du public et du privé. Beaucoup d’artistes, d’agriculteurs, de pratiquants du secteur informel mènent aujourd’hui des actions pour sauvegarder leurs intérêts économiques et sociaux. En somme, la pauvreté à certains égards s’installe de plus en plus fermement dans une société où la corruption et l’individualisme sont devenus monnaies courantes.

Quand un peuple ou un individu en arrive là, la capacité réflexive du citoyen se réduit à l’instinct animal. L’instinct de survie domine sa capacité d’analyse ; l’intelligence est étouffée par les mécanismes naturels de survie. Il est aux aguets, prêt à répondre à celui qui lui offre les moyens les plus rapides de résolutions de ses problèmes. On fuit la difficulté et on recherche en priorité la facilité. La magie répond à ce besoin de réponse facile et rapide. Par elle, les individus croient posséder des forces irrationnelles de réussite. Ils finissent par s’encombrer de superstitions, d’objets de protection et de pratiques douteuses. Ils croient trouver dans la sorcellerie le remède de leur souffrance. Comme contrepoids à la sorcellerie, d’autres s’abreuvent de prières et de protections diverses. En réalité, la misère, l’ignorance et la crainte sont les principales causes de la croyance à la sorcellerie. Par paresse de la pensée, ces individus implorent les esprits ou le divin.

La sorcellerie apparaît à leurs yeux comme technique de possession de prétendus pouvoirs surnaturels pouvant plier la nature à leur volonté. Ces pouvoirs permettraient de se déplacer quand ils veulent, sans moyens de transport conventionnels, d’un bout à l’autre du monde pour faire du mal à qui ils veulent. Ces pouvoirs leur donneraient des facultés secondaires de divination. A l’inverse, ces individus, sachant tout le mal qu’ils font, sont perpétuellement à la recherche de la protection d’un Dieu bon qui sauve contre un dieu mauvais qui donnerait ces pouvoirs de destruction à certaines personnes.

L’apologie d’un démon est donc fait. Cependant ce n’est point l’apologie du démon naturel de destruction contenu en tout homme comme chez T. Hobbes dans sa théorie de l’homme Léviathan. Mais c’est celle d’un démon extérieur au monde et qui pousserait à commettre des actions contraires à toutes règles humaines sur les autres pour acquérir une certaine puissance magique et s’assurer d’une réussite sans faille dans la société. On pourrait se croire dans un conte ou à la limite dans un mythe. Malheureusement, ces faits s’accordent encore aujourd’hui avec les réalités sociales et culturelles des Africains. Nos mentalités ont instauré dans nos coutumes et traditions des règles et des croyances répondant à de telles dérives intellectuelles.

De nos jours, personne ne veut remettre en cause ses manières de faire anciennes totalement en désaccord avec l’évolution scientifique du monde. Un pasteur pense que des esprits provoquent des accidents sur l’autoroute du nord, au Banco. Comme remède, il propose, sans avoir peur du ridicule, purement et simplement des prières au lieu d’inviter les automobilistes à la prudence et au respect des règles élémentaires d’entretien de leurs voitures. Ce magicien des temps nouveaux s’égosille dans l’exorcisme des « esprits d’accidents » alors qu’il devrait interpeller l’Etat à veiller à l’éclairage public et à l’entretien des routes. Au nom de la sorcellerie, des pauvres individus sont enterrés vivants, après des procès coutumiers expéditifs, au mépris des lois de la république. En somme, la croyance aux esprits et à la superstition contribue à rendre les individus et l’Etat moins responsables. Tout le monde se cache derrière des forces magiques pour ne pas faire son travail citoyen.
A l’heure de la mondialisation, il est important que les Africains sortent de leurs réserves dogmatiques, de leurs croyances absolues aux mystères pour affronter rationnellement un monde complexe. Ce monde est celui des débats scientifiques et du respect des droits de l’homme. C’est dans la confrontation des idées et non dans l’imposition des croyances liées aux délires de l’imagination que l’Afrique pourra asseoir, à certains niveaux, son leadership intellectuel et assurer son développement.

Prof. BOA Thiémélé Ramsès et Mlle GNEBO Zohon Rachelle (étudiante). Université de Cocody/ Département de Philosophie.

15:22 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Société ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : sorcellerie, béhanzin, sous-développement, boa thiémélé ramsès, gnébo zohon rachelle | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

MISS NOEL ET CONCOURS MISS, EN COTE D'IVOIRE, EN GENERAL: DISCUSSION A BATONS ROMPUS

MISS 2007.jpg
Miss Noël vraiment ?

Un biais pour une analyse rapide.
Quoi ? Préselections Choco Miss Noël 2008

Où ? Abengourou, Daloa, Yamoussoukro, San Pédro, Divo, Daoukro, Abidjan

Analyse de l'image d'appel En haut à droite : Gros logo du partenaire Chocodi. Au grand centre : Une enfant, dix ans à peine, habillée d'une robe de princesse, un sourire éclatant, une bouche super maquillée, des paupières maquillées, des faux cils (ça se voit), des rallonges de cheveux, une mimique séductrice...

But d'un tel évènement ? .... (j'attends des propositions)

Partenaires Entre autres, le Ministère de l'Education Nationale

Promotrice de l'évènement ? Patricia Kalou.

Rappels sur babiwatch

Vous en pensez quoi vous ?

Lu sur: http://babiwatch.ivoire-blog.com/archive/2008/09/10/miss-...

FLEURS.jpg


AUTRES LIENS SUR LE DEBAT

Le Blog de Yoro: http://leblogdeyoro.ivoire-blog.com/archive/2008/09/03/mi...

Le Blog de Théophile Kouamouo: http://kouamouo.ivoire-blog.com/archive/2008/09/04/choco-...

Réseau Ivoire: http://www.rezoivoire.net/news/enquete-article/2994/conco...


Mon commentaire sur l'article:

Ce que j'en pense, moi? Totalement débile! Franchement! Quelle mérite a t-on d'être la plus belle! Nous sommes beaux ou belles, un point c'est tout, c'est DIEU, le Créateur qui l'a voulu ainsi! Quel mérite pouvons-nous objectivement en tirer?

Ces concours Miss sont une véritable plaie morale, une abérration! Quelle est la valeur qu'on veut ainsi promouvoir? Exhiber ses charmes pour se faire de l'argent? Une prostitution savemment déguisée? Cela ne correspond pas aux modèles avec lesquels on batit une grande nation.
Les Ivoiriens doivent, comme je l'ai toujours dit, revisiter, reconsidérer leur échelle des valeurs.

Est-ce tellemnt leur faute quand des media d'Etat comme la RTI, à travers RTI MUSIC (dès 9h, le matin) et les films à l'eau de rose de 19h, désaxent moralement notre jeunesse et nos enfants par une musique crétine, des danses obscènes et le culte du nudisme et des embrassements érotiques? Au vu et au su des pouvoirs publics et surtout du CNCA qui censure des pubs de beurre et de savonnerie et qui laisse passer les choses les plus graves et les plus répréhensibles!
Que sert-il de couler la mouche et d'avaler le chameau? Honnêtement! (Cf. La Bible). Et vous, qu'en pensez-vous?

Fraternellement!

Dindé Fernand.


Réaction d'un internaute à ma diatribe:

Je suis tout à fait contre vos propos Monsieur DINDE; pourquoi toujours vouloir chercher à donner des leçons, pourquoi critiquer la façon de penser ou la façon de raisonner des autres, ca peut arriver d'avoir des points de vue differents, plus je lis les messages échangés essentiellement vos propos, plus je me rends compte d'une certaine intolérance d'une volonté permanente d'imposer ses idées, sa façon de voir les choses sa façon de penser. pourquoi traiter la façon de voir les choses des autres de je cite: "totalement débile", « de plaies morales », « d’aberration »; pourquoi dire que Dieu a voulu qu'on soit beau ou belle un point c'est tout. Si c’est ainsi pour la beauté ca devrait etre pareil pour l’intelligence, la sagesse la force le courage la richesse……Cependant dans la bible certaines personnes sont connues et meme reconnues pour avoir été les plus beaux, les plus forts les plus courageux les plus sages les plus riches de leur époque je vais vous citer de ce fait JOB (richesse), les enfants de JOB (beauté), Rebecca « la femme de Jacob » (beauté), le roi SALOMON (richesse et sagesse), SAMSON (force), DAVID(courage) et beaucoup d’autres encore.

Concernant Les concours de beauté, je suis désolé ils sont justes organisés dans le but de distraire d’occuper les gens, si on continue à raisonner dans ce sens la les jeux olympique par exemple ca ne sert à rien, les competitions de football ca ne sert à rien parce que quelle mérite avons-nous à courir plus vite ou a savoir taper dans un ballon mieux qu’un autre.

Je ne sais pas ce que vous appellez musique crétine mais je me sens choqué je dirai meme outré par ce manque de tolérance. Comprenez déjà que pour nous ivoiriens vivants pour l’instant à l’étranger, c’est un vrai bonheur d’entendre cette musique « crétine », peut etre que nous aussi sommes crétins pour autant l’apprecier.

Concernant les danses obscenes, je suis désolé de vous dire que les ivoiriens sont producteurs de films pornographiques, on a cependant pas pour autant condamné les films ivoiriens comme ABLAKON- LE 6e DOIGT- COULEUR CAFE et j’en passe. On ne va donc pas condamné la musique ivoirienne parce que certains veulent détourner le concept à leur avantage pour faire des conneries.



Jean-René A.


Ma réponse à la réaction de Jean-René


Cher bien-aimé Jr A.,

Ce que je condamne n'est nullement le loisir que ces concours offrent ou la compétition qui est organisée en tant que telle, mais le fait de récompenser une fille parce qu'elle est belle, et mise au dessus de toutes, honorée, choyée, acclamée, pour n'avoir fourni AUCUN effort, tandis qu'on ignore celles qui ont le BAC avec la mention, qui tiennent des entreprises avec brio, qui occupent admirablement des postes traditionnellemnt consacrés aux hommes, qui sont parties du bas de l'échelle pour accéder à la prospérité et à l'accomplissement de leurs personnes, celles qui ont des idées novatrices, celles qui par l'effort et le travail se sont distinguées, etc, etc, etc!

Voici ce qu'on doit promouvoir dans un pays sous-développé comme le nôtre, où plus personne ne veut travailler, où on préfère le loisir et le luxe rapidement acquis au travail patient et à l'effort soutenu et constant. Tout le monde veut être Miss pour être la femme d'un boss, tout le monde veut jouer au football pour devenir Drogba, tout le monde veut travailler dans les régies financières sans être admis régulièrement à un concours mais en corrompant des indélicats qui sapent les bases de la nation et de notre administration (où l'éthique n'existe plus) pour longtemps.

Après cela, comment fait-on pour construire un pays solide et bosseur qui puisse prétendre à des taux de croissance supérieurs ou égaux à ceux des Dragons d'Asie, qui avaient le même PIB que nous, en 1960?

Alors, comprends-moi, cher frère, mon coeur pleure de voir l'Afrique s'amuser et danser pendant que le monde avance et que l'histoire s'accélère!

Justement, j'appelle musiques crétines les musiques où on chante des grossièretés (Dedans, mets dedans!) et qui font danser tout le pays, où les paroles sont des bruits de bouches sans aucun sens et qui font se trémousser les trois-quart de la nation, où le tintamare remplace les belles harmonies musicales (je suis instrumentiste et chef du groupe musical de mon église), où les textes sont nuls et incohérents et où des concepts immoraux encouragent à la luxure, à la fornication, au gain facile et à la gabégie, qui sont des valeurs qu'un pays en voie de développement ne peut pas s'offrir le luxe de promouvoir!

Voici donc ce que je n'accepte pas pour mon pays où j'estime que le travail doit être la PREMIERE VALEUR. J'espère que tu me perçois maintenant un tout petit peu.

Fraternellement!

Dindé Fernand.



15:08 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Société ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : miss noël, concours miss | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

jeudi, 18 septembre 2008

SORCELLERIE ET TRADITIONS CRIMINELLES

FETICHE VAUDOU 2.jpgBOA Thiémélé Ramsès, Maître de conférences de philosophie, Université de Cocody Abidjan.

Le 11 juillet à 17h, dans le cimetière de Sahuyé, un village de Sikensi, un homme, ligoté a été enterré vivant sous le cercueil de sa présumée victime. Landry Kohon, le journaliste de Fraternité Matin qui relate ces événements a raison de dire que les mots inhumain, cruel, horrible, abominable ou odieux ne sont pas assez forts pour qualifier ce crime commis au vu et au su de tout le village.

Peut-on rester silencieux face à l’indicible ? Peut-on ne pas regarder avec dédain cette tradition criminelle fondée sur la sorcellerie ?

QUELLE TRADITION ?

On nous dit de ne pas regarder avec dédain nos cultures. Certes. Mais que vaut une tradition quand elle ne garantit pas la liberté de ses membres, quand elle ne protège pas les plus faibles ? Que vaut une tradition quand visiblement elle est en déphasage avec l’évolution scientifique et morale de l’humanité ?

Toute société évolue aussi bien dans ses manières de faire que dans ses manières d’être. Elle doit passer par le rejet des formes anciennes inaptes à rendre compte du présent. Elle doit nécessairement devenir moderne si elle veut innover. La modernité exige une critique sévère des formes périmées de savoir, de savoir-faire et de savoir-être. Elle nous oblige à regarder avec un certain dédain ces traditions singulières qui oppriment la personne humaine et encouragent la servitude de l’esprit. Aujourd’hui les élites africaines qui auraient dû être les défenseurs de la modernité étonnent par leurs agissements quelquefois semblables à ceux de l’ignorant analphabète. Elles retournent à un stade d’ignorance qu’elles avaient déjà franchi grâce à l’instruction.

Elles deviennent médiocres au sens où, pour le philosophe camerounais Njoh-Mouelle, la médiocrité, conformisme irréfléchi aux pensées élémentaires, a pour base l’absence de jugement personnel, la dépendance par rapport à l’opinion et au jugement anonyme de la majorité, les comportements stéréotypés et la renonciation à l’autonomie. La médiocrité se présente alors comme grégarité, fidélité inconditionnelle à des us et coutumes dégradants.

En somme, cette tendance générale de la tradition à voir la sorcellerie partout, aussi bien dans la réussite sociale que dans la mort, produit des esprits médiocres, véritables freins à la modernité. Toute société désireuse de modernité fait le deuil de l’ancienneté qui ne correspond plus à la nouveauté. Il ne s’agit pas de rejeter les certitudes anciennes parce qu’elles sont anciennes mais simplement parce qu’elles ne donnent plus de réponses pertinentes aux préoccupations du moment.

Maintenir artificiellement en vie une tradition culturelle anachronique est une faute morale ; l’amener au contraire vers la forme universelle qu’elle contenait est signe d’intelligence et de courage. Il s’agit en réalité d’épurer les traditions des aspects dépassés. C’est pourquoi dans toute modernité, la raison fait reculer l’ombre de l’irrationnel ; les émotions collectives se dissolvent dans des pensées personnelles assumées. Dans la pensée de la modernité, c’est la Loi de l’Etat qui règne au détriment de celle du terroir ; c’est le respect du droit de la personne que l’on garantit contre tous les abus. Dans la modernité, force est donnée à la Loi républicaine pour faire régner la justice universelle.

FETICHE VAUDOU.jpgLES RENONCIATIONS COLLECTIVES

Aucun des éléments qualifiant la modernité n’était présent dans les actes ignobles commis à Sahuyé ce 11 juillet 2008. C’est le jugement sommaire d’une foule excitée par la haine qui a eu raison de ce jeune homme enterré vivant. Que vaut une société quand, par paresse, ses élites refusent d’interpréter la culture à la lumière des nouveaux cadres de crédibilité ? Les élites ivoiriennes en donnant du crédit aux superstitions, renoncent à leur fonction de critiques et de producteurs des savoirs. Elles sombrent dans une paresse de pensée doublée de couardise.

La gendarmerie arrivée sur les lieux au moment où le jeune homme ligoté était conduit par ses bourreaux au cimetière n’a pas daigné arrêter le cortège. N’est-ce pas un acte flagrant de non assistance à personne en danger ? Quand les institutions républicaines commises à la protection des citoyens renoncent à leur devoir, tout citoyen est exposé à l’arbitraire.

Par ailleurs, la Commission Nationale des Droits de l’Homme de Côte d’Ivoire (CNDHCI) dirigée par une juriste émérite et des humanistes confirmés est restée silencieuse sur ces cas évidents de violation des droits de l’homme. A la lecture des comptes rendus de la récente conférence de presse de la CNDHCI, nous avons eu l’impression qu’une fois encore l’Etat ivoirien s’était donné bonne conscience en créant une institution sans moyens d’action. A-t-elle reçu des pouvoirs publics les moyens matériels et financiers pour réaliser pleinement sa noble mission ? A moins que ne sont prises en compte par elle que les droits politiques et les viols de femmes ! En se focalisant uniquement sur les droits politiques, la CNDHCI renonce à une de ses vocations : dénoncer toute violation des droits de l’homme. Elle laisse ainsi dans l’ombre un pan entier des droits civils dont la violation se traduit par la torture, les traitements cruels, inhumains et dégradants.

Accuser des individus de sorcellerie, les exposer à la vindicte populaire et au lynchage, c’est ne pas respecter la dignité inhérente à la personne humaine. En dehors de Sahuyé, d’autres cas non moins cruels de tortures ont été déjà signalés : cas de lynchage à Oghlwapo à Alépé faisant trois morts et de nombreux blessés (voir Fraternité Matin du 7 juillet, p. 16) ; cas de Ouleglepleu à Toulépleu où un prétendu exorciseur de sorciers installé avec la bénédiction républicaine du sous-préfet a dénoncé « L’équipe nationale des sorciers de Toulépleu » (voir Réveil Hebdo du 30 juillet 2008, p. 9). Citons aussi le cas relatif à l’enterrement de Kuyo Serges, ancien secrétaire général de la Fesci : le 15 septembre 2007, lors de l’inhumation de Kuyo Serges à Logobia, les étudiants, sous prétexte de venger leur camarade victime selon eux des sorciers de son village, ont mis le feu à une partie du marché du village, saccagé des habitations et des magasins, détruits les biens des pauvres paysans. Cette horde d’étudiants excités et en colère a battu à sang des présumés coupables, accusés d’avoir, par des pratiques de sorcellerie, provoqué la mort, par accident de voiture, de leur ancien camarade (voir Soir Info du lundi 17 septembre 2007).

Mais la CNDHCI renonce d’autant plus à ses charges que l’une des fonctions des commissions nationales des droits de l’homme, selon les textes de l’ONU, consiste à recevoir des plaintes d’individus ou à s’autosaisir des abus commis dans le domaine des droits de l’homme en violation de la législation nationale. Or dans les cas mentionnés plus haut, n’est-ce pas la coutume du terroir (ou pratique interne) qui est appliquée au détriment des lois de la République ? La CNDHCI ne peut fermer les yeux sur cette pratique archaïque de dénonciation de sorciers par le port des cercueils.

En plus de la violation de la législation nationale, il y a eu une violation massive des droits de l’Homme car une des finalités des procès traditionnels en sorcellerie, c’est le désir inavoué de débarrasser la société de ses membres devenus inutiles, souffrants et encombrants. Déjà en 1932, L. Tauxier (Administrateur colonial du Cercle du Sanwi puis de celui de l’Indénié de 1924 à 1926) remarquait avec justesse, « que par la terreur fétichiste, la société se débarrasse des vieilles femmes plus bonnes à rien, encombrantes et laides, des vieillards grognons, récalcitrants, pauvres, sans parenté puissante et sans défense ou bien mal vus dans leur famille et suspects à leurs proches. » La sorcellerie se transforme ainsi en un alibi que des individus sans scrupules utilisent pour dépouiller de leurs biens des groupes de gens ou des individus sans défense. Le plus souvent et selon les pratiques du milieu, les biens des prétendus sorciers tueurs sont récupérés par leurs dénonciateurs.

Quand la sorcellerie devient un principe d’explication de tout, elle apparaît comme un aveu d’impuissance devant la complexité du monde. La sorcellerie prospère parce que nos esprits désespèrent de comprendre. Dès lors est menacé de dénonciation tout esprit critique à la recherche du savoir. Il nous faut accroître la part de vérité contenue dans le monde et en nous-mêmes en soumettant à révision nos cadres anciens de perception du monde. Comment enrichir l’humanité de nos véritables savoirs si nous l’appauvrissons par nos ignorances et notre refus d’interpréter les traditions ?

Prof. BOA Thiémélé Ramsès Département de Philosophie. Université de Cocody Abidjan

Dernier ouvrage paru « Nietzsche et Cheikh Anta Diop », Paris, L’Harmattan 2007

Mail : boathie@yahoo.fr

 

L'ARTICLE DE FRAT-MAT EMOTIONS A SAHUYE: LE CORPS DE L'ENTERRE-VIVANT EXHUME

Dernière mise à jour : 26 Juillet 2008 - 00:30 GMT

Le corps en état de putréfaction d’un homme, apparemment jeune, au torse nu et en pantalon jeans de couleur noire, portant des baskets noires à rayures blanches ! Le cadavre au visage méconnaissable et étendu sur le dos, avec les bras et les pieds ligotés, se trouvait bien dans la tombe sous le cercueil contenant un autre corps. Image horrible que celle, qu’il nous a été donné de voir avant-hier jeudi, sous le coup de 16 h 10, au cimetière du village de Sahuyé, sous-préfecture de Gomon, département de Sikensi. Le corps exhumé est bien celui de Ando Gbofé Clément, 38 ans, enterré vivant depuis le 11 juillet sous le cercueil de Okpro N’Dri Emmanuel, 34 ans, dont il est accusé de la mort par ses bourreaux (voir Frat-Mat du 23 juillet, page 6). Une exhumation faite pour répondre aux procédures d’usage. Ont donc assisté et supervisé l’opération, le procureur de la République de la section du tribunal de Tiassalé, M. Tegé Désoto Michel et son adjoint, le substitut Zahé Edmond, ainsi que le sous-préfet de Gomon, Mme Ekponon N’Glomma Lydie. Le constat du corps a été le fait du médecin général de l’hôpital de Tiassalé, Dr. Angui Aristide.

Ce jeudi-là, Sahuyé était comme en état de siège. Deux cargos de gendarmes équipés et en tenues de combat, y sont arrivés et ont paradé toute la journée. Sous les ordres du capitaine Affo Eugène, commandant de la compagnie Abidjan campagne, les forces de l’ordre ont dressé un cordon sécuritaire autour du cimetière du village. Cela en valait la peine, vu le «volcan en veilleuse» que représente un groupe d’individus de ce village qui n’ont pas hésité à enterrer un homme vivant. Mais, que de péripéties avant l’exhumation proprement dite!

En l’absence du chef du village, la délégation est reçue par le chef de terre, le chef de la génération Sete avec à leurs côtés les parents de la victime et quelques notables ainsi que des jeunes gens du village. L’objet de la visite expliquée après les échanges de civilités, a suscité des discussions, parfois houleuses. Parce que pour exhumer un corps, il faut bien qu’il y ait des fossoyeurs pour creuser. Ce que les villageois présents se refusent à faire, arguant que, «ce sont ceux qui ont enterré, qui doivent déterrer», faisant ainsi allusion aux quatre individus appréhendés et en détention à la Brigade de gendarmerie de Sikensi. Mais sur la question, le chef de la Brigade, l’adjudant-chef Zadi Toupli Lazare, est catégorique : «Ce sont des prisonniers et ils ne peuvent pas sortir de leur cellule.» Un autre obstacle dressé par les villageois : ils font savoir qu’exhumer un corps fait appel à des pratiques rituelles dont seuls, les anciens sont détenteurs. Enervé, le capitaine Affo lance en direction des notables : «Il y a bien dans ce village, des gens qui creusent habituellement les tombes ! Désignez d’autorité ces personnes, car nous n’allons pas nous éterniser ici ! » Après cette sorte de menace voilée, les villageois par petits groupes vont encore aller de concertation en concertation avant de trancher enfin. Les parents de Clément qui ont déjà apprêté sa nouvelle tombe et un cercueil acceptent de creuser pour l’exhumation du corps.

C’est une odeur nauséabonde qui accueille la délégation au cimetière à 13 h. Une odeur pour laquelle des feuilles de tisanes sont distribuées à tout le monde. On se bouche les narines avec, ou on les mâche avant de cracher le jus. Mais, en dépit de cette potion des villageois, il a fallu utiliser des insecticides achetés par le chef de brigade de Sikensi pour atténuer l’odeur. Trois heures d’horloge aux fossoyeurs avant d’atteindre leur but. Le cercueil contenant le corps de Okpro N’Dri Emmanuel est découvert. Soulevé à l’aide de morceaux de bois, le cercueil fait découvrir en dessous, l’horreur dans toute sa dimension : le corps de Andoh Gbofé Clément dit Makina ou Hagler. La bouche ouverte fait penser à un dernier cri étouffé par le poids du cercueil lourdement déposé sur le corps et la terre qui a refermé la tombe.

Pour rappel, la victime soupçonnée d’être à la base de la mort de Okpro N’Dri Emmanuel, un autre natif du village, a été prise à partie par une foule de compatriotes … autochtones. Solidement ligoté des pieds et des mains, Clément, en présence de ses parents impuissants, et en dépit de ses supplications a été… comble d’horreur, enterré vivant sous le cercueil contenant le corps de celui qu’il est accusé d’avoir tué. Quatre des auteurs de ce crime hors de l’entendement, sont aux mains de la gendarmerie de Sikensi. Il s’agit de Kamenan Franck dit Appolos, repris de justice, condamné à 20 ans de prison pour braquage suivi de meurtre, et évadé de la prison de Dimbokro, son frère Kamenan Yao dit Kambiré, 32 ans, leur père Ayo Komenan, 59 ans et un jeune homme répondant au nom de N’Guessan N’Dri Landry dit Jimmy, 28 ans.

Landry Kohon

 

LE DROIT FACE A LA SORCELLERIE

Le droit face à la sorcellerie en Côte d’Ivoire est le sujet de la thèse de doctorat en droit privé, brillamment soutenue hier à l’université d’Abidjan Cocody par M. Jean-Pierre Galé. A travers son volumineux exposé, l’étudiant qui avait en face de lui, un jury composé d’éminents professeurs de droit et d’un haut magistrat en fonction, s’est évertué à démontrer que le droit qui ne s’appuie que sur des données scientifiques, bute dans son application sur l’irrationalité qui entoure la pratique de la sorcellerie. Il suggère par conséquent l’adaptation des textes en la matière.

En dehors de toutes les analyses de l’auteur tendant à faire admettre que la sorcellerie est une force vive de nuisance contre laquelle il convient d’agir radicalement, Jean-Pierre Galé dans son travail ne fait que rappeler pour l’heure, que la sorcellerie ou tout acte qui s’y assimile échappe à la rigueur de la loi pénale, du fait de l’absence de preuves irréfutables.

Eu égard au droit et donc, à la loi, les auteurs de la mort atroce de Ando Gbofé Clément à Sahuyé n’ont agi que sur des présomptions. Parce qu’il n’existe aucune preuve scientifique attestant que Okpro N’Dri Emmanuel est mort par empoisonnement. Et que cet empoisonnement est le fait de Clément.

Landry Kohon

21:01 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Société ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (19) | Tags : sorcellerie, tradition, boa thiemele ramses, sahuye, sikensi | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

samedi, 19 juillet 2008

DE L’ENGAGEMENT PATRIOTIQUE A LA CROISADE SOCIALE : TOUS MES ARTICLES PUBLIES DANS LA PRESSE IVOIRIENNE

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Chers bien-aimés frères et sœurs,


La crise ivoirienne qui s’est enclenchée dans la nuit du 18 au 19 Septembre 2002, a révélé en moi un talent caché de chroniqueur amateur qui, pendant trois bonnes années (2006 – 2008), a croqué l’actualité socio-politique ivoirienne, à pleines dents.

Mon engagement pour l’Etat, la République, la Nation et le Peuple ivoiriens n’a souffert d’aucune équivoque, depuis les premières heures de la crise jusqu’à ce jour.
Mais cet engagement très fort, qui a quelquefois fait craindre à des amis pour mon intégrité physique, a pris des postures différentes, en fonction de l’heure et des enjeux.
C’est ainsi que plus d’un ont pu voir Dindé Fernand, le patriote indéracinable (sans jamais cesser de l’être), muer en défenseur indécrottable des causes sociales ivoiriennes et des valeurs éthiques et morales, au risque d’apparaître comme un opposant politique.

A travers les 18 différentes parutions de 12 (sur plus d’une centaine) de mes articles dans la presse ivoirienne (dans 6 quotidiens, en tout), allant de la presse « bleue » (Camp présidentiel) à la presse « verte » (Opposition), que je vous énumère ici (et qui sont tous postés sur mon blog, à l’exception d’un seul), découvrez le cheminement singulier de mon engagement pour mon pays et pour mon peuple, celui d’un patriote viscéralement convaincu mais tout à la fois lucide et critique contre son propre camp (si on peut le dire ainsi), qui se refuse à la langue de bois, au laxisme intellectuel et moral et au fatalisme :


1- La résolution 1721, un texte franchement décousu

Notre Voie, N° 2529 des Samedi 4 et Dimanche 5 Novembre 2006, p.10, rubrique Contribution.

2- Ecriture et Engagement

(Publié sous le titre : Vents de recolonisation, écriture de combat).
Afrique Matin, N° 103 du Mardi 27 Mars 2007, p.2, rubrique Opinion.

3- Jusqu’à quand serez-vous en état de grâce, Monsieur le Président ?
Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République.


Le Nouveau Réveil, N° 1712 du Mardi 4 Septembre 2007, p.6 et 7, rubrique Politique.
Le Courrier d’Abidjan, N° 1103 du Mercredi 5 Septembre 2007, p.9 et 10, rubrique Votre Courrier.

4- Droit de réponse à Théophile Kouamouo
(Rédacteur en Chef du quotidien Le Courrier d’Abidjan)


Le Courrier d’Abidjan, N° 1111 du Vendredi 14 Septembre 2007, p.8, rubrique Votre Courrier.

5- Sortir de la logique de la récompense (les Patriotes)

Le Courrier d’Abidjan, N° 1138 du Jeudi 18 Octobre 2007, p.10, rubrique Votre Courrier.

6- Un discours rassurant (Gbagbo), mais un gros point d’ombre : la corruption

Le Courrier d’Abidjan, N° 1141 du Lundi 22 Octobre 2007, p.10, rubrique Votre Courrier.

7- L’illogisme suspect de l’ONU

Le Courrier d’Abidjan, N° 1149 des Mercredi 31 Octobre et Jeudi 1er Novembre 2007, p.10, rubrique Votre Courrier.

8- La France paiera un jour pour tous ses crimes

Le Courrier d’Abidjan, N° 1161 du Vendredi 16 Novembre 2007, p.10, rubrique Votre Courrier.

9- Mes propositions pour la Côte d’Ivoire

(Publié à la Une, sous le titre : Diagnostic du mal ivoirien. 16 mesures à Gbagbo pour redresser la Côte d’Ivoire)
Le Temps, N° 1508 du Mercredi 7 Mai 2008, p.1, 6 et 7, rubrique Temps Fort.
QUOTIDIEN LE TEMPS. 7 MAI 2008.jpg


(Publié sous le titre : Crise sociale, décrépitude morale…Diagnostic et solution au mal ivoirien)
Le Matin d’Abidjan, N° 750, 751 et 752 des Mercredi 7 (p.9), Jeudi 8 et Vendredi 9 Mai 2008, p.11, rubrique Tribune.

10- Les choses bougent enfin dans ce pays. Nous n’en demandons pas mieux

(Publié sous le titre : Racket, dérives éthiques et morales, corruption…Quand les choses bougent enfin)
Le Matin d’Abidjan, N° 762 et 763 des Jeudi 22 et Vendredi 23 Mai 2008, p.11, rubrique Tribune.

11- Lutte contre le racket en Côte d’Ivoire : Aller plus loin

Notre Voie, N° 3022 du Mardi 1er Juillet 2008, p.7, rubrique Contribution.

Notre Voie, N° 3033 du Lundi 14 Juillet 2008, p.11, rubrique Contribution (C'est ce dernier numéro qui sert d'illustration photo à cet article, en chapeau de texte).

12- Article paru, en 2007, sous un pseudonyme. Très caustique. Contre un
citoyen ivoirien affreusement corrompu.


Non disponible sur mon blog. Je ne peux vous en donner le titre, ni la dénomination du quotidien qui l’a publié, pour des raisons évidentes, mais je peux vous assurer que cela a fait mouche !


L’esprit en alerte, je me tiens quotidiennement à la brèche et en éveil, au nom de l’amour immense qui m’étreint pour mon pays, la Côte d’Ivoire et pour ma terre génitrice, l’Afrique.
Merci à tous ceux qui ont bien voulu m’accompagner dans cette belle aventure et partager ma passion pour mon peuple !


Que DIEU vous bénisse tous, richement !


DINDE Fernand AGBO

13:35 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Crise ivoirienne et Politique ivoirienne, Société ivoirienne, Sortie de crise ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (3) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

lundi, 30 juin 2008

OPERATION "MAINS PROPRES", EN COTE D'IVOIRE: RETOUR DE L'ETAT DE DROIT OU OPERATION COSMETIQUE

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Dans une analyse mi-figue mi-raisin, objective, l'ami Yao Prao Séraphin, Président du MLAN, se félicite de l'avènement du grand curage mis en branle, par le Président GBAGBO, pour nettoyer les écuries d'Augias, et s'interroge, par la même occasion, sur la bonne foi de cette Opération "Mains Propres", lancée dans la filière Café-Cacao, en Côte d'Ivoire, à quelques mois de l'élection présidentielle. Lu pour vous.


Décidément, la Côte d’ivoire reste l’un des pays africains aux actualités brûlantes. La dernière en date concerne l’opération mains propres initiée par le président Laurent Gbagbo. Cette opération qui se résume à de nombreuses arrestations des auteurs présumés des détournements de fonds de la filière café cacao. Pour le Mouvement de Libération de l’Afrique Noire (MLAN), le cas ivoirien intéresse la jeunesse populaire africaine au moins pour deux raisons. Premièrement, le pays est longtemps resté la vitrine de l’Afrique de l’Ouest et une chasse gardée française. Deuxièmement, depuis 2000, le pays a un président qui selon ses dires, partage nos valeurs, c’est-à-dire redonner aux africains la fierté d’être noirs et amorcer une véritable indépendance. Pourtant, ces dernières années, la Côte d’ivoire est devenue l’un des pays africains le plus corrompus. L’enrichissement illicite est devenu la règle et la saine gestion une exception. Le point d’orgue a même été atteint avec le déversement des déchets toxiques pour des billets de CFA. Vous imaginez chers lecteurs notre étonnement face à ce revirement encourageant certes mais soupçonneux. La présente réflexion essaie de comprendre si le retour de l’Etat de droit est effectif dans ce pays ou c’est juste une opération électorale.

Le fouet dans la cour ou l’opération mains propres

Après s’être débarrassé de son ex directeur de protocole, Son Excellence Allou Wanyou Eugène, ce sont les responsables de la filière café cacao qui font les frais du « moteur diesel » très remonté. Pour comprendre, rappelons qu’au lendemain des indépendances, les caisses de stabilisations ont été crées dans presque tous les pays africains. Mais à la faveur des ajustements structurels, ces caisses ont été liquidées ou remplacées par d’autres structures. C’est le cas de la Côte d’ivoire où la CAISTAB a été remplacée par de nombreuses structures dont la BCC (Bourse du café et cacao), Fonds de Développement pour la promotion des activités des producteurs café- cacao (FDPCC), A.R.C.C( Autorité de Régulation du Café Cacao) société d’Etat chargée de la régulation administrative, F.G.C.C. Fonds de Garantie des Coopératives Café/Cacao, F.R.C. Fonds de Régulation et de Contrôle. Ce sont donc les responsables de certaines structures qui sont aujourd’hui mis au banc des accusés. Il s’agit Pêle-mêle, de Tapé Do Lucien, Amouzou, Théophile Kouassi, Angeline Kili, Firmin Kouakou, Tano Kassi, Kouassi Tohouri Prospère Mmes Dago Sophie-Laure et Obogui, née Houssou Amenan Rosine, tous des barons de la filière de la filière café-cacao. Ils y ont été déférés par le juge d’instruction Gadji Gnakalé Joachim qui les a placés sous mandat de dépôt. Les chefs d`accusation qui sont retenus contre eux sont, entre autres, abus de biens sociaux, faux et usages de faux, utilisations illicites de ressources communes, etc. Ces arrestations de ces présumés délinquants économiques laissent croire à un retour de l’Etat de droit dans un pays où il suffit d’arpenter les couloirs des hauts lieux pour devenir riches. Lato sensu, l'Etat de Droit, avec des majuscules, quand à lui est au minimum un système institutionnel dans lequel les administrations publiques sont soumises au droit, et ou, la légitimité du droit a administrer pour le prince provient d'un contrat ou d'un ensemble de texte statutaire dûment validé par la population, a ce titre l'Etat de Droit est l'ensemble des administrations d'Etat légitime devant une population et ayant force droit sur un territoire dûment délimité. Et aujourd’hui ce que font les juges ivoiriens ou du moins la justice ivoirienne sonne comme le retour de cet Etat de droit car en pratique, le principe de l'État de droit suppose l'existence de juridictions indépendantes, compétentes pour trancher les conflits entre les différentes personnes juridiques en appliquant à la fois le principe de légalité, qui découle de l'existence de la hiérarchie des normes, et le principe d'égalité, qui s'oppose à tout traitement différencié des personnes juridiques. Le MLAN soutient de telles actions et souhaite que cela ne se limite pas seulement à cette filière mais à tous ceux qui ont en charges la gestion des deniers publics.


L’ombre d’une opération cosmétique

Habitué à l’incohérence temporelle des hommes politiques qui à l’approche des élections font ce qu’ils n’ont jamais fait auparavant, faut-il croire à la sincérité d’un médecin qui laisse se propager un virus pour vouloir le soigner après ? bien sur que non, c’est là nos inquiétudes. Comment comprendre que les auteurs des déchets toxiques qui ont fait plusieurs morts ont été mis en liberté et même réhabilités dans leur fonction. Dans une république ou du moins dans un Etat de droit, le droit est opposable et applicable à tous, pourquoi donc ce traitement différencié ? Quel est cette justice au comportement caméléonesque ? Pour que cette opération ait une crédibilité, il faudra laisser la justice dire le droit afin que ceux qui ont le privilège de servir leur peuple ne confondent pas la caisse et leurs poches. Il est difficile d’accorder plus de crédit qu’il en faut à cette opération au regard du mutisme des autorités ivoiriennes vis-à-vis des habitudes dont on a point connu sous les autres mandatures. Des dignitaires du pouvoir qui se sont enrichis au vu et au su de tous en si peu de temps. Le cri d’alarme du professeur Mamadou Koulibaly n’a même pas ébranlé les fondamentaux de ces demeurés de la république. A quelques coudées des élections, cette opération mains propres ressemble plus à une opération de charme. Mais les africains ne sont pas dupes et nous invitons les ivoiriens à exiger des sanctions et des coupables surtout les vrais car il ne suffira pas de trouver des boucs émissaires et laisser en liberté les vrais voleurs. Ce serait une injure aux pauvres paysans qui sous le soleil douloureux, à la cadence de la daba et de la machette, travaillent pour leur survie.
Dans sa parution du 27 juin 2008, le journal le patriote faisait état de la prudence de certains ivoiriens quant à l’issu de cette affaire. Le souhait du peuple ivoirien, c’est qu’elle aille plus loin et que rien n’entrave sa mise en œuvre. «Que ça ne soit pas de la poudre aux yeux du peuple»

La justice ivoirienne sur le perron de l’histoire


Dans le dossier sur le Café-Cacao, la justice ivoirienne a un coup à jouer. Celui de sa réhabilitation. Depuis la mise sous les verrous des barrons de la filière Café-Cacao, ils sont nombreux les ennemis de cette opération main propre qui doutent de la capacité de la justice ivoirienne à faire triompher le droit. La justice ivoirienne a une occasion de réenchanter le regard que l’on a d’elle depuis quelques années, une justice boiteuse, partisane et incapable de prendre des initiatives comme la mise en examen des personnes soupçonnées de fraude. Dans cette affaire infecte, le président du Conseil économique et social (CES), Laurent Dona Fologo, dont les propos sont repris vendredi 27 juin 2008, par le quotidien gouvernemental Fraternité Matin, disait "qu’il est important que cette opération aille jusqu’au bout. (...) L`heure de l`impunité est terminée". Le MLAN souhaite vivement que ceux qui, face à l’argent, manifestent le reflexe de Pavlov, avec une envie effrénée de piller ce qui ne leur appartient pas, soient traités à la mesure des sommes volées. Nul n’est au dessus de la loi, et la justice ivoirienne doit donner un signal fort à ceux qui sont habitués à la république des « protégés ». Dura lex sed lex (La loi est dure mais c'est la loi). Il est temps de frapper le bois vert pour donner une leçon au bois sec. Faisons en sorte chers frères ivoiriens que la vérité ne trébuche point à la place publique.

Que la justice de Dieu se manifeste !
Vive la Nouvelle Côte d’Ivoire !

Le président du MLAN
Prao Yao Séraphin
www.mlan.fr
contact@mlan.fr

19:20 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Société ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

mercredi, 25 juin 2008

Pr SERY BAILLY: L'ELECTION DU 30 NOVEMBRE 2008 EST PERILLEUSE

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Dans une interview que le Professeur SERY BAILLY a accordée à notre frère et ami Serge GRAH, il donne, sans détours, son opinion sur sa vision de l'élection présidentielle du 30 Novembre 2008, en Côte d'Ivoire. Une opinion poignante mais d'une analyse élevée et d'un réalisme déconcertant! Lu pour vous sur le blog de Serge GRAH: http://sergegrah.centerblog.net. Extrait.

Professeur, c’est dans exactement 5 mois qu’aura lieu l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire. Comment la voyez-vous ?

Cette prochaine élection présidentielle est très importante. Car elle va mettre fin à des mythes. Parce que cette élection va permettre à chacun des hommes politiques Ivoiriens de savoir ce qu’il pèse véritablement. Mais c’est une élection qui sera difficile. A l’image de tout accouchement, la femme est entre la vie et la mort. Cependant, il faut faire en sorte que l’accouchement se passe bien… Cette élection est donc périlleuse parce que la Côte d’Ivoire arrive en bout de chute. Certains hommes politiques vont prendre leur retraite, et en effet, ils voudraient y aller dans certaines conditions. Ils vont donc jouer leur va-tout. Gbagbo également qui a résisté durant toute la crise, voudra enfin pouvoir mettre son programme en œuvre. De mon point de vue, le pouvoir qui sortira de cette élection sera légitimé. Mais ça ne veut pas dire que la crise sera résolue pour autant. Parce que cette crise n’est pas seulement une affaire politique. Il y a aussi sa dimension sociale. Il faut qu’au sortir de cette élection, il y ait un pouvoir crédible qui relance la Côte d’Ivoire. La relancer autant dans la reconstruction physique que humaine.

Mais très peu d’Ivoiriens parient pourtant sur la tenue de ce scrutin, en tous cas à la date indiquée…

C’est pourquoi j’utilise l’image de l’accouchement. Vous connaissez une femme qui va accoucher et qui n’est pas inquiète qui n’a pas peur ? C’est d’abord douloureux, ensuite il y a le risque qu’elle subisse une césarienne, qu’elle décède même. Il est donc normal que nous soyons tous angoissés. Mais un homme politique, un intellectuel ne doit pas se limiter à l’angoisse. Il doit comprendre l’angoisse et chercher les moyens de la contourner… Cette élection ne sera pas facile. Il y aura des grincements de dents, peut-être des affrontements. Mais les Ivoiriens doivent y croire, car elle est très importante pour notre histoire. Parce qu’à partir de cette souffrance, nous déboucherons sur une nouvelle Côte d’Ivoire. Et quel que soit le résultat de ce scrutin, le président Gbagbo sera déjà rentré dans l’histoire, par sa résistance et par sa générosité. Et les autres qui ont compris qu’il faut mettre fin à la rébellion, seront eux aussi rentrés dans l’histoire.


Source: http://sergegrah.centerblog.net

16:10 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Société ivoirienne, Sortie de crise ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (1) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

lundi, 23 juin 2008

LUTTE CONTRE LE RACKET, EN COTE D’IVOIRE : ALLER PLUS LOIN

d30f4d76f9ed9d0a47465cda287ecb71.jpgChers Bien-aimés frères et sœurs ivoiriens,


Véritablement, un jour nouveau se lève sur la Côte d’Ivoire, un vent nouveau souffle sur la terre d’Eburnie. Un jour après lequel nous avons profondément soupiré et que nous avons obstinément réclamé à travers blogs et articles de journaux, au risque de transparaître comme un adversaire politique et d’être taxé de citoyen idéaliste et irréaliste.

De mémoire d’ivoiriens, jamais une telle opération de moralisation de la vie publique n’a été entreprise, dans notre pays. Elle n’est qu’à ses débuts et déjà que de victimes de taille !
Et selon les dires du Président de la République, d’autres secteurs feront l’objet d’un assainissement profond, dans les prochains jours et mois. De quoi ôter le sommeil aux indélicats de tout poil et de tout acabit qui prolifèrent, en ce moment, dans notre pays.

Aujourd’hui, le fléau du racket des FDS est en passe d’être jugulé. Si toutefois les choses continuent d’évoluer dans le sens que nous souhaitons tous, c’est-à-dire celui de la rigueur et de la répression sans faiblesse.
Ces derniers temps, c’est un véritable bonheur de prendre nos routes, d’Abidjan à l’intérieur du pays, tant la circulation est fluide et les contrôles, professionnels et courtois. On se croirait, à la limite, dans un autre pays. Tant le contraste avec ce qui se faisait, il y a seulement quelques temps, est grand. Tous les usagers de la route y trouvent leur compte et les commerçants en bénissent DIEU. C’est tant mieux pour notre économie.
Même si quelques résistants malencontreux y apporte un son discordant, le processus est engagé et franc. Pour une fois, dans notre pays.
Et la disparition, sur nos artères, de tous les véhicules sans-papiers - de véritables tombeaux roulants - qui foisonnaient dans notre capitale économique, Abidjan, n’en est pas le moindre des bénéfices.

Au niveau du concours d’entrée à l’Ecole Nationale de Police, quatre agents des forces de l’ordre dont un commissaire, ont été mis aux arrêts, pour avoir extorqué de l’argent à des candidats auxquels ils promettaient l’admission. Nous voulons voir de tels actes multipliés par mille, dans ce pays. Vivement merci, Monsieur le Ministre de l’Intérieur !
Nous attendons toujours de voir de telles opérations au Ministère de la Fonction Publique, après les colloques, les séminaires, les rencontres et les discours. Viendront-elles, ne viendront-elles pas, DIEU seul le sait. Et DIEU seul sait si ce ministère regorge de réseaux de toutes sortes à démanteler.

Toujours à l’actif du Ministre de l’Intérieur, Monsieur Désiré TAGRO, nous avons eu le bonheur d’assister à l’arrestation de certaines de nos sœurs, streap-teaseuses, qui écumaient les super-maquis et certains établissements de nuit, où elles faisaient régner en maître le sexe débridé.
Ces établissements ont été fermés et il serait juste de mettre également aux arrêts les propriétaires de tels trous à rats.

Et que dire de l’opération « mains propres » qui a cours en ce moment dans la filière Café-Cacao et qui a déjà vu l’arrestation de certains gestionnaires de la filière, dont des barons du régime au pouvoir ? Une véritable bénédiction de DIEU pour notre pays! Enfin, un signal fort à tous les Ivoiriens qui se croyaient tout permis et assurés d’impunité, à la faveur de la crise militaro-politique que traverse la Côte d’Ivoire.
J’étais de ceux qui trouvaient le Président GBAGBO trop sentimentaliste et prisonnier de calculs politiques. Je viens, avec émerveillement, de découvrir l’autre face de l’homme. Ce GBAGBO-là, nous l’aurions voulu pour au moins quatre mandats, en Côte d’Ivoire, si cela était possible.
Monsieur le Président, votre peuple est avec vous et vous soutient dans tout ce que vous entreprenez, en ce moment, pour moraliser la vie publique dans notre pays. Nous imaginons la difficulté et l’immensité de la tâche pour vous. Nous vous souhaitons beaucoup de courage et de fermeté, les deux seules dispositions d’esprit qui pourront sauver la Côte d’Ivoire.

Une autre affaire pendante attend d’être élucidée : L’assassinat du Commissaire BRIDJI Zogoé, ancien Directeur d’Interpol Côte d’Ivoire. Il n’est pas acceptable qu’une aussi haute autorité policière soit assassinée, qui plus est dans son pays, et que la police nationale soit incapable, en deux ans, d’en trouver la moindre piste. Qu’une telle affaire ait été classée sans suite, c’est une insulte à l’intelligence des ivoiriens.
A la faveur du procès intenté contre le quotidien LE MATIN D’ABIDJAN, dont les investigations pointues ont mis à mal et ébranlé des intérêts obscurs et mafieux, le dossier a été remis en selle, par la justice. Vivement que la lumière se fasse sur cette affaire scabreuse qui n’honore pas notre pays.

Chers ivoiriens, comment ne pas se réjouir devant de telles avancées et devant le branle-bas qui s’est emparé de la Côte d’Ivoire, après l’amorce de cette opération de moralisation de la vie publique ?
Le racket au sein des FDS est en voie d’être enrayé ou, pour ne pas paraître trop optimiste, réduit. Mais si nous voulons que le mal soit circonscrit pour longtemps, il faut l’attaquer à sa racine. J’arrive au fond de ma pensée.
En effet, après la publication par la presse ivoirienne (le quotidien LE MATIN D’ABIDJAN, N° 762 et 763 des Jeudi 22 et Vendredi 23 Mai 2008) de mon article « Racket, dérives éthiques et morales, corruption… : Quand les choses bougent enfin», de nombreux FDS d’Abidjan et de l’intérieur du pays m’ont appelé et, avec beaucoup de retenue et de courtoisie (parce que selon eux, ils avaient des raisons d’en avoir après moi), ils m’ont exposé les vraies sources du racket, en leur sein.

Premier fait relevé : Le racket est (ou était) commandité et pratiqué par la hiérarchie. Puisqu’il fallait, après chaque sortie, reverser obligatoirement aux chefs leurs parts, qui ne pouvaient souffrir aucun retard. La discipline militaire étant de rigueur, il était quasi impossible d’échapper à cette pression, où tout compte fait, chacun trouvait son compte.
Selon leurs dires, ils sont souvent envoyés en mission commandée sans moyens, même quand l’Etat ou le Président de la République, personnellement, fait l’effort de leur payer des frais de mission. Ils ne voient jamais la couleur de cet argent (comme on dit chez nous) ou très peu.
Dans d’autres cas, ce sont les primes de surveillance ou de garde dans les établissements ou sociétés d’Etat qui sont rondement payées mais dont ils ne bénéficient pas ou, au meilleur des cas, n’en reçoivent que la part congrue.

Deuxième fait relevé : Le dénuement quasi total et le sous-équipement des services de sécurité où il est rare de trouver des machines à dactylographier (même s’il est à signaler qu’elles sont totalement dépassées et désuètes) en nombre raisonnable, pour l’établissement des documents du service. L’informatique y fait presque figure de science-fiction.
Ils sont ainsi pratiquement obligés d’acheter leurs propres fournitures de bureau. Mais le faire avec quel budget, quand aucune dotation de l’état ne vient vous soulager et qu’on vous signifie que vous ne pouvez non plus vous offrir le luxe d’arrêter le service ? Une manière tacite de vous dire que vous devez vous « débrouiller ». Cela signifie quoi, en clair, « se débrouiller » ? La question reste posée.
« Dans certaines unités, nous avons, disent-ils, des effectifs de 37 à 43 éléments pour une ou trois machines à écrire. Pas d’ordinateur (un rêve). Nous sommes obligés de tout acheter. Même les convocations et les carnets de déclaration, documents typiquement militaires, nous sont vendus par des civils ». Inconcevable !

Troisième fait, des plus graves : Les FDS sont obligés d’acheter curieusement elles-mêmes, leurs tenues de services (vous avez bien lu) chez des privés, ainsi que leurs chaussures (brodequins) et bien d’autres accessoires militaires, alors qu’elles y ont parfaitement droit, de la part de l’Etat de Côte d’Ivoire. Impensable !
« Nous travaillons, disent-ils, dans des conditions calamiteuses. Les budgets des brigades sont gérés par les Commandants de Compagnies, pour les gendarmes. Pourquoi ? s’interrogent-ils. Qu’en font-ils ? Et depuis belle lurette, nous ne sommes plus habillés. Alors que nous ne sommes pas autorisés à nous présenter en tenues débraillées ou délavées devant les hautes autorités. Nous payons donc nous-mêmes des tenues que nous sommes sensés recevoir gratuitement de l’Etat. Mais avec quel argent ? »
« Nous n’avons pas été honorés à l’issue de la guerre que, dit-on, nous n’avons pas gagnée. Nous avons accusé le coup, dignement, sans broncher. Aujourd’hui, on nous fait une chasse serrée pour une affaire de racket dont nous ne sommes pas les principaux instigateurs. Que nous veut-on, enfin ? Nous sommes aussi des hommes, des êtres humains. Nous connaissons aussi ce que c’est que la honte, le déshonneur et la frustration. Nous sommes fatigués. Fatigués de servir de bouc émissaires pour couvrir les fautes de nos chefs. Nous n’en pouvons plus. Nos hautes autorités doivent en tenir compte, avant que l’irréparable se produise ».

Quatrième fait souligné, avec force et insistance, par les FDS : Le mode de recrutement à la Police et à la Gendarmerie et les conditions de la formation : 800 000 à 1 000 000 francs ou rien, pour être admis au concours.
Les élèves gendarmes sont pressurés dans les écoles où ils sont en formation. Sur une bourse de 98 000 francs, on leur donne 2 000 francs. Oui, vous avez bien lu, 2 000 francs.

A Toroguhé, les élèves gendarmes payent 2 000 francs par jour de popote, à l’établissement. A leur sortie, disent les FDS, les élèves gendarmes sont désespérément pauvres, dépourvus de toute économie. Sans compter le fait qu’ils ont dû payer leur admission au concours à prix d’or et, souvent, en s’endettant gravement. Quelle réaction plus naturelle et logique que celle de chercher à amortir son investissement, à la sortie de l’école ?

Les examens professionnels sont étiquetés, en termes numéraires. Du BAP (Brevet d’Aptitude Professionnelle), BA (Brevet d’Arme), BTGM (Brevet de Technicien de la Gendarmerie Mobile), OPJ (Officier de Police Judiciaire) au BTGD (Brevet de Technicien de la Gendarmerie Départementale), il faut payer de 150 à 300 000 francs, pour espérer être admis.

Pour être inscrit au tableau d’avancement, il faut payer 150 000 francs pour le grade de Maréchal des Logis Chef (MDL/C) et 200 000 francs pour le grade d’Adjudant.
Les FDS m’ont interpellé en m’amenant à convenir avec eux que les agents pauvres et les intègres ne pouvaient pas évoluer, professionnellement, dans un tel environnement.

Ils sont formels : « Le racket des chefs s’exerce sur nous tous les jours, depuis le recrutement jusqu’à la retraite, en passant par la formation dans les écoles de Gendarmerie et de Police, les examens professionnels, les mutations, les avancements et les inspections des unités. On nous parle de probité alors qu’à chaque pas, on dresse des obstacles sur notre chemin qui nous conduisent dans le sens diamétralement opposé et nous empêchent d’avancer et d’être justement des modèles et des poches de moralité ».
« Combien de duperies, de violences, de corruptions, de mensonges, d’hypocrisies, d’oppressions contre les faibles et de brimades injustes se cachent sous les dehors civilisés, vernis et pommadés de la grande muette ? »
« Ce que nous réclamons, disent-ils avec force, ce sont de meilleures conditions de travail. Qu’on nous donne d’abord les moyens avant d’exiger de nous des résultats. Nous voulons la revalorisation de nos salaires de misère qui, la retraite venue, s’amenuisent comme peau de chagrin, débarrassés qu’ils sont des charges militaires, de la sujétion et de l’allocation familiale. Notre sacerdoce, nous l’avons toujours accompli, en maintenant la République debout, sans moyens. Il ne faut pas, à défaut de nous rendre honneur après la guerre, nous honnir, nous humilier, nous livrer à la vindicte populaire, pour nous demander, le moment venu, de bomber nos poitrines contre les balles ennemies ».

Chers frères et sœurs ivoiriens, après avoir longuement écouté et lu les policiers et gendarmes qui se sont - en groupe et individuellement - adressés à moi, en me demandant d’être leur porte-voix, j’ai nettement ressenti dans leurs propos une frustration profonde et de la révolte, devant le matraquage dont ils disent être injustement victimes.
Ayant participé à la dénonciation sans relâche de ce fléau qu’est le racket des FDS, j’ai trouvé juste de leur accorder un droit de parole et - par souci d’équité et de justice - de faire connaître leur version des faits.
Les propos tenus et les informations données dans cet article sont les leurs et n’engagent qu’eux. Mais il était, tout de même, important qu’un peu d’attention y soit accordée.

Au moins sur un point, je suis entièrement d’accord avec eux : On ne peut pas prétendre lutter contre le racket des forces de défense et de sécurité, en Côte d’Ivoire, et continuer à entretenir des systèmes honteux de spoliation dans leurs écoles de formation et tout au long de leur carrière. C’est immoral !

Lutter contre le racket, nous y adhérons tous, sans ambages. Mais il faut aller plus loin. Il faut attaquer le mal à la racine plutôt que de se contenter de l’élaguer, d’en couper les branches. La haute hiérarchie militaire saura traduire en faits constructifs ses récriminations, pour donner plus de dignité à notre armée, qui a déjà donné les preuves de sa loyauté et qui ne doit pas être bradée aussi facilement, au regard des faits graves que ses éléments nous ont relatés.



Que DIEU bénisse la Côte d’Ivoire !

03:25 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Société ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

jeudi, 19 juin 2008

GUY-PATRICK GOMEZ: QUELQUES PISTES DE REFLEXION POUR LUTTER CONTRE LA CORRUPTION, EN COTE D'IVOIRE

ba57973c7981547984f385b0ac5a6819.jpgA la faveur de nos échanges pour rechercher des solutions à la corruption et au racket dans notre pays, le frère et ami Guy-Patrick GOMEZ, a proposé sur mon post "Lutte contre la corruption en Côte d'Ivoire: Le MLAN propose", cette remarquable contribution qui mérite d'être partagée avec vous, en première page, sur ce blog. Bonne lecture!

Le petit Robert, définit la corruption comme le moyen que l’on emploie pour faire agir quelqu’un contre son devoir, sa conscience, le fait de se laisser corrompre.
Cette définition met en jeu, le corrupteur et le corrompu, la subornation et l’achat de conscience.
Nous avons tenté, à notre humble niveau, de comprendre comment naît la corruption, et comment nous pourrions la juguler. Il ne s’agit pas d’une étude ou d’une démarche scientifique, c’est plutôt un condensé de réflexions et de pistes que nous aimerions explorer et faire partager.
La corruption gangrène toute la Côte d’Ivoire, elle embaume l’air que nous respirons, elle retarde notre développement, elle est à l’origine de notre immobilisme et de notre laxisme, elle tue l’État de droit, chaque jour elle nous enfonce un peu plus dans l’abîme du sous-développement que nous vivons comme une fatalité, parce que les bras nous en tombent, nous sommes blasés, et en même temps ‘‘heureux de descendre dans les chemins bourbeux’’ de la facilité, de l’argent facile, du ‘‘m’as-tu vu’’.

Nous avons constaté que la corruption se forme toutes les fois que la demande est exagérément plus élevée que l’offre de bien ou de service (public ou même privé...) et que la fourniture de cette offre résulte du parcours du combattant, de la lourde bureaucratie.
La corruption naît également toutes les fois que l’on est pris à défaut devant le respect des lois, et qu’on ne veut pas en subir la rigueur. Le racket découle de la corruption, c’est une extorsion de fonds très souvent sans contrepartie.

Cela peut paraître théorique, mais nous pensons que combattre la corruption exige des reformes administratives, mais également des reformes de notre appareil judiciaire.

Pour ce qui est des reformes administratives

Les processus d’obtention ou de délivrance de documents ou services doivent être simplifiés au maximum, démocratisés (vulgarisés) et accessibles. L’automatisation des tâches, par l’utilisation de systèmes d’information et de NTIC appropriés, devrait en faciliter l’accès.
Plus concrètement, si l’intervention humaine nécessaire pour l’obtention d’un passeport est réduite au strict minimum et rendue impersonnelle par l’usage de l’Internet (E-Gouvernance…) la corruption en serait d’autant plus réduite.
Plutôt que de créer des sites web pour la Présidence ou la Primature, nous devons investir dans un système d’information (informatisation de l’administration ivoirienne) en réseau pratique fiable, sécurisé , rapide et accessible à tous les administrés, y compris dans nos sous-préfectures et nos hameaux.
Les gains économiques sont énormes. Cela est à notre portée, des structures existent déjà pour réfléchir à l’informatisation de notre administration.

Ces solutions ont toutes pour objectifs de réduire le déséquilibre entre l’offre et la demande, à l’origine de la corruption.
Par ailleurs, nos administrations manquent de moyens de contrôle; cela aussi conduit au laxisme et à la corruption. Comme pour les stratégies d’entreprises, le contrôle est un outil indispensable de rétroaction, d’actions correctrices et de mesure de performance. Un accent et des ressources doivent y être mis.
Le champ des reformes administratives est vaste, nous laissons aux spécialistes le soin d’enrichir le débat.

Abordons maintenant celui des reformes de notre appareil judiciaires


La lutte contre la corruption passe par de vigoureuses reformes dans notre appareil judiciaire.
Sans être juriste, nous avons constaté que là où la justice est libre, crédible, rapide et juste, les hommes réfléchissent par deux fois avant de s’adonner à la corruption. La corruption résulte très souvent d’un arbitrage personnel entre coûts (ou risques encourus) et bénéfices (gains). Si le corrupteur s’aperçoit que les risques encourus sont facilement gérables, la corruption s’impose comme le meilleur choix pour lui.
C’est à ce niveau que la justice, combinée au contrôle et à la transparence, prend toute sa valeur. C’est elle qui va dissuader les malfrats en puissance. C’est elle qui va punir les coupables, quelles que puissent être leurs catégories socioprofessionnelles.
Les objectifs à assigner aux reformes de la justices sont :
- Transparence,
- Célérité,
- Autonomie,
- Crédibilité
- Accessibilité
- Utilisation de la technologie et du système d’information (NTIC) appropriés.

Nous laissons le soin aux hommes de droit de définir les conditions pour que ces objectifs soient atteints.
Mais nous demeurons convaincus que si notre justice joue pleinement son rôle, les ivoiriens pourront l’utiliser comme arme pour toutes les déviances observées, quelles que soient leurs origines.
Les américains, en situation de conflit, aiment souvent rappeler qu’ils connaissent leurs droits, car ils savent qu’ils peuvent faire confiance en leur justice toutes les fois que leurs droits sont bafoués. Et nul n’est au-dessus de la loi, dans ce pays ; qui ne se souvient du Watergate, de l’Irangate ou plus récemment de l’affaire Monika Levinsky, aux Etats-Unis.

C’est de la justice que viendra la solution à la lutte contre la corruption. Elle doit être combinée aux reformes administratives.
Telles sont mes quelques pistes de réflexion.

23 octobre 2007 15:48 Pu

http://agentdechangement.blogspot.com/2007/10/quelles-contribition-pour-lutter-contre.html

Guy-Patrick GOMEZ

21:10 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Société ivoirienne, Sortie de crise ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (1) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

mardi, 17 juin 2008

LUTTE CONTRE LA CORRUPTION EN COTE D'IVOIRE: LE MLAN PROPOSE

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« Il faut créer dans la société une tension de l’esprit afin que les individus, dégagés de l’entrave des mythes et des semi-vérités, parviennent enfin au libre royaume de l’analyse créatrice et de l’appréciation objective » disait Socrate. Tel est le sentiment qui anime le Mouvement de Libération de l’Afrique Noire (MLAN) car la libération d’un peuple passe par celle des individus. Pour La Bruyère, « l’on doit se taire sur les puissants : il y a presque toujours de la flatterie à en dire du bien ; il y a du péril à en dire du mal pendant qu’ils vivent, et de la lâcheté quand ils sont morts » mais pour celui qui souffre, les larmes n’ont point besoin de permission pour couler. C’est comme Aimé Césaire, « ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche ; ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir (...) car un homme qui écrit n’est pas un ours qui danse». Oui, nous voulons parler de l’injustice sociale en Côte d’Ivoire au moment où, de façon frénétique, les gouvernants trouvent maintenant le temps d’écouter. Le MLAN donnait à travers la plume de son président, monsieur Prao Yao Séraphin, la position de notre organisation dans un article intitulé « Radiographie de la fracture sociale en Côte d’Ivoire » . Nous dénoncions la corruption qui gangrénait toutes les structures de la Côte d’Ivoire, de l’école jusqu’au concours en passant par l’hôpital, les ennemis de la justice sociale ne démordaient pas. Nous disions tout haut ce que le commun des mortels disait tout bas. La corruption s'est institutionnalisée de sorte qu'aucun concours n'est accessible sans une contrepartie financière versée. Ainsi, la prestigieuse Ecole Nationale d'Administration(ENA), l'Ecole Nationale de Police (ENP), l'Ecole Nationale de la Gendarmerie (ENG), l'Ecole Normale Supérieure (ENS) sont devenues le lieu où se fait la promotion des nuls. Nous rappelions de même l’enrichissement illicite d’une certaine élite ivoirienne au nez et à la barbe du peuple : le fossé séparant la tranche socialement intégrée de la population (les riches) des autres (les pauvres, les exclus) s'agrandissant. Aujourd’hui, nous lisons çà et là que les autorités ivoiriennes s’activent pour arrêter cette honte sociale. Il nous revient donc d’éclairer les ivoiriens et l’Afrique sur la sincérité de ces actions

Les mesurettes des gouvernants


On dit souvent qu’il y a un temps pour tout : un temps pour pleurer, un temps pour rire ; un temps de l’esclavage, un pour le jubilé ; un temps pour observer, un temps pour sévir. Les ivoiriens ont aujourd’hui le sentiment que l’orage est passé et qu’il y’aura le beau temps. Nous allons énumérer quelques actions dans ce sens. Au palais présidentiel, ceux qui croyaient être plus grand que le peuple sont allés comme ils étaient venus : après le Lt-colonel Logbo, c’était le tour du directeur du protocole, l’ambassadeur Allou Bitty Wanyou Eugène. Ce dernier ou "l`homme à la Porche" avait un goût démesuré pour la grandeur alors même que les ivoiriens peinaient à satisfaire leurs besoins les plus primaires, c’est-à-dire se nourrir. Laurent Gbagbo lui aurait ordonné, sur un ton un peu expéditif, qu`il avait un mois pour prendre toutes les dispositions afin de rejoindre l`ambassade du Cameroun où il exercera désormais en tant qu`ambassadeur. "Les gens détournent par-ci, détournent par-là, ils font des rackets par-ci, des rackets par-là. Les policiers ont " gâté " leur nom parce que tout le monde les voit. Mais ils ne sont pas les seuls à racketter. Quand tu vas dans un bureau et qu'on te prend l'argent pour faire un papier auquel tu as droit, c'est du racket. On voit tout et on entend.... On entend ici, un tel vole dans la direction qu'on lui a confiée, un tel vole sur la route, mais quand nous volons, c'est nous-mêmes que nous volons..."(dixit le président lui-même). Pour répondre à l’injustice au sujet des concours d’entrée à l’ENA, à la l’ENP, à la gendarmerie, à l’ENS et autres, le ministre Oulaye anime des conférences et colloques pour endiguer un fléau qu’il a entretenu. A l’initiative du ministère de la Fonction publique et de l’emploi, un atelier de réflexion sur la lutte contre la fraude aux concours de la fonction publique et d’entrée à l’Ecole nationale d’administration (ENA) a eu lieu. Il a, en outre, été recommandé la réduction du délai de proclamation des résultats. Car la longue attente des résultats par les candidats est souvent interprétée par l’opinion publique comme une attitude ouverte aux manipulations ou de marchandage. Personne ne peut donc dire que les concours étaient donc « propres ».

Quant aux agissements oh combien honteux de nos forces de défense et de sécurité, monsieur Ange KESSY fait montre d’une volonté débordante par la création d’une Cellule de Répression contre le Racket (CRR). La liste des bonnes intentions est longue mais une question reste sans réponse : pourquoi attendre quelques mois avant les élections pour sévir ?

L’incohérence temporelle des hommes politiques

« On peut une partie du temps tromper tous les hommes ; on peut tout le temps tromper une partie des hommes ; mais on ne peut pas tout le temps tromper tous les hommes » proclamait Abraham Lincoln. Il est inacceptable que subitement, le gouvernement retrouve des forces pour atténuer un mal dont il avait eu temps de guérir. N’est ce pas pour se positionner comme la voix des faibles ? Cette comédie n’a pas un bon goût à nos yeux. Cette technique que les politologues appellent « entrée et fermeture » n’est que fourberie. On accepte que nos amis s’enrichissent et après avoir eu le nombre suffisant de personnes pouvant composer la nouvelle oligarchie, on ferme la porte aux autres : voilà la véritable vérité. Les ministres voleurs vont-ils rendre les deniers publics qu’ils ont détournés ? Après avoir fait rentrer dans notre administration nos frères, amis et protégés, on fait campagne pour soulager notre conscience. Qui croire de ces médiums ? La nouvelle jeunesse africaine ne saurait accepter un seul instant qu’on joue avec son avenir car nous savons faire la différence entre la véritable révolution et la révolution pacotille. Qu’on ne nous dise pas que c’est la guerre qui est responsable de l’irresponsabilité de cette « vilaine élite », voleuse et pilleuse. Il est reconnu que rien de bon ne venait de Galilée et pourtant.....Rien de bon ne sortait de Nazareth et pourtant....A vrai dire, chassez le naturel, il reviendra au galop.

Ce que nous proposons

Il n’y a pas de droit pour celui qui ne respecte pas le droit. A force de faire de la géopolitique, on fini par tolérer l’intolérable. Aujourd’hui, le président Gbagbo appelle le ministre de la Fonction publique et de l’Emploi, M. Hubert Oulaye à combattre la corruption. Pour lui, le ministre Oulaye doit «frapper fort tous ceux qui vendent des places à l’ENA et l’Ecole de police. Car l’armée et l’administration sont les deux bras sur lesquels s’appuie un Chef de l’Etat pour diriger. L’administration est la colonne vertébrale de l’Etat. Si l’administration est pourrie et que chacun veut s’enrichir sur le dos des usagers, il n’y aura pas d’administration. Par conséquent, l’Etat n’existera pas.». Dans un pays démocratique, qui se respecte, le ministre de la fonction publique rend sa démission avant même qu’elle lui soit demandée. Or, on veut faire une nouvelle pâte avec du vieux levain, Ah l’Afrique. Il est bon de rappeler à notre président qui est croyant ceci, qu’il trouvera dans Jean 2 : 13-17 « or la pâque des juifs était proche, et jésus monta à Jérusalem. Et il trouva dans le temple ceux qui vendaient des bovins et des brebis et des colombes et les courtiers sur leurs sièges. Et se faisant un fouet de cordes, il les chassa tous hors du temple, ainsi que les brebis et les bovins, et il répandit les pièces de monnaie des changeurs et renversa leurs tables. Et il dit à ceux qui vendaient des colombes : ôtez ces choses d’ici ! Cessez de faire de la maison de mon père une maison de trafic ! Ses disciples se rappelèrent qu’il est écrit : le zèle pour ta maison me dévorera. ». À vous monsieur le président, si le zèle pour la Côte d’Ivoire que vous aviez jadis n’est pas entamé, au nom de toute la jeuneuse populaire de l’Afrique, le MLAN-CI vous demande de chasser du « temple », les marchands. Ces derniers ne sont ni plus ni moins ceux qui croyaient qu’on venait à la politique pour s’enrichir alors que c’est le terrain de tous ceux qui veulent servir leurs pays et l’humanité. En outre, le MLAN-CI propose pour le futur gouvernement un Haut Commissariat pour la Lutte contre la Corruption (HCLC). Ce sera une sorte de ministère qui aura pour seule tâche de démanteler sociologiquement et activement les réseaux de corruption dans le pays. Ce ministère fera de la prévention, de l’information mais sanctionnera de même. En ce qui concerne la vie publique, nous réitérons notre ancienne idée de la création d’un Comité National de Moralisation de la Vie Publique (CNMVP) qui serait sous la coupole du conseil économique et social. Ce comité aura la tâche de veiller au bon fonctionnement de la lutte que mène le HCLC. Au surplus, le CNMVP veillera à ce que les hommes politiques, leaders d’opinion etc, aient une vie exemplaire, c’est-à-dire établir l’équilibre politico-social entre le peuple et la sphère politique. Ainsi la Côte d’Ivoire donnera un signal fort quant à l’espérance qu’attendent les ivoiriens et tous ceux qui y vivent.


Dieu bénisse la Côte d’Ivoire unie et réconciliée !

Vive l’Afrique libre !

Le délégué MLAN-CI
Konan Yao Alexis
1er vice-délégué
Koffi Jean Martial
2e vice-délégué
Loukou Kouamé Théodore
Le secrétaire général du MLAN-CI
Obou Serge Eric

www.mlan.fr
contact@mlan.fr
mlan5@yahoo.fr

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mercredi, 11 juin 2008

SUR LES CAUSES PROFONDES DES CONFLITS ETHNIQUES POST-ELECTORAUX EN AFRIQUE

0253c3ce5b640b797926a892d108ec52.jpgLA MÈCHE DE L’« ÉTINCELLE ETHNIQUE »

L’éditorial du vendredi 4 janvier 2007 de M. Ferro M. Bally, Rédacteur en chef central du quotidien ivoirien « Fraternité Matin », qui aborde sous le titre « L’ étincelle ethnique », l’épineuse question des méfaits du tribalisme en Afrique, a eu pour effet de nous amener à formaliser, pour les partager avec d’autres, quelques réflexions que nous avons menées depuis longtemps déjà, mais que nous avions jusque-là gardées pour nous-même.
M. Ferro M. Bally fait un diagnostic d’une rare justesse de ce fléau, qui ravage le continent africain davantage que tout autre, avec pour conséquences désastreuses le grand retard accusé par nos peuples par rapport aux autres.
Un des constats édifiants de l‘analyse de l’éditorialiste consiste dans ces propos : « Les contestations des résultats et les émeutes qui s’ensuivent, sont à l’origine d’atroces scènes de violences, d’actes de vandalisme et de pillages qui provoquent l’exode de milliers de personnes au pays de Jomo Kenyatta. » (Fraternité-Matin du vendredi 4-1-2007, p. 5, 1ère col.)
« La soif du pouvoir ne suffit pas à expliquer les violences aveugles qui émaillent généralement les élections en Afrique. Parce qu’il y a un paramètre incontournable : l’étincelle ethnique. La démocratie est d’abord et avant tout à base… ethnique. Ce qui se passe actuellement au Kenya où les Kikuyu (ethnie du Président Mwai Kibaki) et les Luo (ethnie de l’opposant Raila Odinga) ont déterré la hache de guerre pour se livrer une lutte sans merci, le prouve. » (Ibid., 3ème col.)

LA METAPHORE DE L’ETINCELLE

Ce qui, dans le texte de M. Ferro M. Bally, nous a tout particulièrement interpellé, c’est la métaphore de « l’étincelle ethnique. »
Par ailleurs, l’auteur nous semble particulièrement fondé à dire que « La soif du pouvoir » ne saurait suffire à expliquer les violences aveugles constatées suites aux élections en Afrique.
De fait, ces violences semblent se greffer sur d’autres supports, jusqu’ici négligés, mais dont le rôle est déterminant dans la maturation des instincts à l’origine des violences en question.
Pour nous en rendre compte, il n’y a pas meilleur exercice à notre sens que d’exploiter la métaphore de « l’étincelle ethnique » forgée par l’éditorialiste de « Fraternité-Matin. »
Le premier constat d’évidence à faire, c’est qu’une étincelle n‘apparaît jamais au hasard. Elle est avant tout le produit du frottement ou de l‘entrée en collision de deux objets durs, soit de nature métallique, soit de la nature de roches comme le silex ou la latérite.
Mais l’étincelle peut aussi être provoquée par un court-circuit ou un impact laissé par la foudre.
Après la production d’un tel phénomène, un élément intermédiaire, une mèche, de la paille ou quelque substance hautement inflammable, est nécessaire pour relayer l’étincelle qui en résulte ; c’est alors seulement que celle-ci se transforme en une flamme incandescente à même d’embraser tout le paysage à l’entour, ou qu’elle occasionne des catastrophes naturelles gigantesques comme il arrive souvent d’en constater dans des pays tempérés comme les USA.

DU GRAND ROLE DE " LA MECHE DE RELAIS" ETHNIQUE

Notre préoccupation dans cet article, c’est de mettre en lumière, les éléments qui jouent, en Côte d'Ivoire, et plus généralement en Afrique, le rôle de « mèches » ou de « conducteurs » susceptibles d’occasionner la lente maturation qui aboutit à des catastrophes sociopolitiques irréparables.
D’aucuns n’hésitent pas à imputer ces dérives aux intellectuels africains, les accusant de n’avoir pas su éduquer leurs peuples respectifs aux normes admises sous d’autres cieux. Ceux-là, pensons-nous cependant, commettent une grande méprise, surtout si l’on prend en compte le peu de cas que l’on a toujours fait du discours de l‘intellectuel sous nos cieux.
Ceux qui ont voix au chapitre, c’est plutôt une autre catégorie de producteurs d’idées ou d’idéologies très efficaces et aux effets quelquefois dévastateurs.
En Côte d'Ivoire, qui ne se souvient de ces paroles tirées du titre « Guerre civile » de l’album Yitzhak Rabin d’Alpha Blondy ? Portées par une mélodie savoureuse, ces paroles opèrent sur le mode d’un véritable dogme :

« Dans un pays avec plusieurs ethnies,
Quand une ethnie monopolise le pouvoir
Pendant plusieurs décennies
Et impose sa suprématie
Tôt ou tard ce sera la guerre civile (…) »


Les textes d’un autre grand reggae man ivoirien, Tiken Jah Fakoly, sont, à certains égards, encore plus tranchants.
Tiken Jah Fakoly, qui n’hésite du reste pas à proclamer qu’il est un « leader d’opinion », dans certains textes de ses chansons, se fait le porte-voix d’un groupe ethnique dont il crie la frustration, dans un langage propre à exacerber les tensions entre différentes communautés, plutôt que d’intervenir dans le sens d’un idéal intégrationniste.
Ces « leaders d’opinion », qui ont toujours voix au chapitre, ont de tout temps bénéficié de la préférence de certains hommes de médias, qui relaient et amplifient leurs textes et propos, de sorte qu’ils apparaissent comme de véritables prophètes des temps modernes, régnant aussi bien sur les ondes, les petits écrans que dans la presse écrite, où ils distillent leurs messages au cours de nombreuses interviewes qu’ils accordent, là où les intellectuels sont ignorés.

L’ABSENCE DE DEBATS INTELLECTUELS

En ce qui concerne la Côte d'Ivoire, jamais à notre connaissance, un plateau n’a réuni des intellectuels pour analyser l’impact ou simplement la pertinence des discours de ces néo « leaders d’opinion », souvent portés à semer la désunion.
Pourtant nous pensons qu’il n’est pas insensé de voir dans certains de ces textes, des sources de cette situation de tensions constantes au sein des communautés ethniques africaines.
Si donc, à notre sens, c’est à juste raison que M. Ferro M. Bally décrie ces situations de troubles, son point de vue nous paraît cependant discutable dès lors qu’il les impute uniquement aux hommes politiques.
Dans sa dénonciation des « campagnes venimeuses et des propos aux relents tribalistes tenus par nombre de leaders politiques pour exercer la pression et exacerber les passions.. », il en vient à établir en effet que « Le RDR a scientifiquement instrumentalisé les frustrations en se servant du charnier de Yopougon et des tracasseries policières pour dresser les populations du nord en général contre le FPI. La mayonnaise a pris à tel point que la quasi totalité des contingents de l’ex-rébellion se recrute dans la partie septentrionale de la Côte d'Ivoire. A l’ouest, l’assassinat du général Guéï est devenu un fonds de commerce politique pour l’UDPCI. Le centre-ouest se bunkérise pour accorder son suffrage à Laurent Gbagbo. Au centre, le PDCI-RDA s’active à boucler et aseptiser sa zone. Il anime des meetings dits de « rectification » pour « désintoxiquer la population » ; et certains de ses responsables ne craignent pas de jeter de l’huile sur le feu. Parce que comme le déclarait publiquement un certain Kouamé Lambert, conseiller de l’ex-Premier ministre Charles Konan Banny, à Yamoussoukro, « Le fauteuil d’Houphouët est un trône en or qui revient aux Baoulé. »

DE LA NECESSITE D’UNE BONNE POLITIQUE DE FORMATION DES MASSES

A la vérité, ces situations sont favorisées par le fait que les débats d’idées, véritables écoles d’éveil des consciences des masses populaires, sont quasiment bannis au profit de joutes politiques qui, dans les médias, ne font qu’exacerber les passions.
De plus, il faut noter le manque d’enthousiasme de nombreux vrais intellectuels dans l’animation des quelques rares débats consacrés à des questions autres que strictement politiciennes. Il n’est pas rare en effet d’entendre certains animateurs fustiger, sur les médias d’Etat, l’attitude adoptée par certains invités, qui déclinent systématiquement ces invitations.
Ces intellectuels ont cependant de bonnes raisons de refuser de prendre part à ces débats. De fait, le plus souvent, leurs prestations qui nécessitent de longs investissements en temps de travail, sont comptées pour rien et ne font l’objet d’aucune rémunération.
Même les frais de déplacements d’un invité à un tel débat ne font l’objet d’aucun remboursement. C’est ce qui sans doute a fait dire un jour au président Gbagbo que « La pensée n’est pas considérée chez nous. » (Cf. quotidien ivoirien « Soir Info » du 7-9-2001, p. 9.)
Nous aurions tellement aimé qu’à la suite d’une telle déclaration publique, ses conseillers techniques en matière d’Affaires culturelles prissent la résolution d’organiser un atelier au terme duquel des propositions pour remédier à cette situation seraient faites, à l’instar de l’atelier tenu immédiatement après sa proposition de créer un Service civique national. Hélas !
Si, comme le souligne avec justesse M. Ferro M. Bally, « La démocratie est d’abord et avant tout à base … ethnique (comme le prouve) ce qui se passe actuellement au Kenya où les Kikuyu (ethnie du Président Mwai Kibaki) et les Luo (ethnie de l’opposant Raila Odinga) ont déterré la hache de guerre pour se livrer une lutte sans merci », c’est en grande partie, pensons-nous, à cause de l’obscurantisme qui a prévalu, là où les peuples ont été sevrés de la sève vivifiante d’une bonne éducation des masses, auxquelles elles avaient cependant droit, et qui constitue la raison d’être des départements ministériels chargés précisément de ces questions.

ALTERNANCE POLITIQUE OU ALTERNANCE ETHNIQUE ?

L’interrogation que l’on peut formuler légitimement est de savoir si les populations qui constituent nos Etats anciennement colonisés, sont instruites sur la raison d’être élémentaire d’une communauté étatique, ses buts, sa vocation, etc.
Si une connaissance minimale en ces domaines était acquise à nos différents peuples, on n’aurait pas entendu, au plus fort de la crise post-électorale survenue au Kenya, des réactions comme celle rapportée par une Chaîne de radio internationale, où des citoyens kényans de l’ethnie Luo se plaignaient de ce que, depuis l’indépendance de leur pays, celui-ci n’ait connu que des chefs d’Etat issus de l’ethnie Kikuyu, ce qui n’est pas sans nous rappeler le texte d’Alpha Blondy :

« Quand une ethnie monopolise le pouvoir
Pendant plusieurs décennies
Et impose sa suprématie
Tôt ou tard ce sera la guerre civile. »


C’est le lieu de s’étonner d’une telle réaction et de pointer clairement à la face de tous ceux qui pensent de la sorte, l’erreur grossière qu’ils commettent, ce faisant. C’est, en effet, commettre une grossière erreur que d’aller à un vote, avec le souci de voir s’instaurer une alternance ethnique, en perdant de vue les performances des tenants du pouvoir du moment.
De fait, à ce que rapporte la presse internationale, le bilan dont le régime du président sortant Mwai Kibaki est crédité n’étant pas du tout négatif, avec un taux de croissance de 6 % au moins, que pouvait-on lui reprocher si fondamentalement pour qu’on le rejette au nom de son appartenance ethnique ?

LE CRIME DE LA TRICHERIE

Certes, il est criminel pour un pouvoir en place de ne pas vouloir céder la place quand il a été battu, car l’opposition ne doit pas se voir privée de son droit et de sa prétention à mieux faire que le régime sortant. Mais condamner un régime du simple fait que son détenteur relève d’un groupe ethnique qui le "monopoliserait" depuis une quarantaine d’années, c’est faire preuve de la plus grande cécité intellectuelle et politique.
Qui nous dit en effet que la venue au pouvoir d’un chef d’Etat issu de l’ethnie Luo entraînerait, ipso facto, un taux de croissance plus élevé, des conditions de vie meilleures, que sous celui de Mwai Kibaki etc. ? Est-il établi qu’il y a une gouvernance typiquement luo dont l’application serait absolument et infailliblement salutaire pour le peuple kényan ?
Tous ces questionnements que nous formulons à propos du cas kényan, on pourrait les adresser aux membres de n’importe quel groupe ethnique de n’importe quel pays africain.

« JOUISSANCE PAR PROCURATION »

Que représente quarante ans dans la vie d’une nation ?
Et si, de l’indépendance à ce jour, le Kenya n’a connu que le règne de dirigeants issus de l’ethnie Kikuyu, les membres de l’ethnie Luo d’aujourd’hui peuvent-ils présager de ce qu’il en sera dans cent ans, dans mille ans, quand peut-être des chefs d’Etat Luo présideront aux destinées de leur pays pendant une période plus longue ?
Il semblerait que l’on puisse imputer les dérives de ce genre, qui affectent les populations de nombreux Etats africains, à leur brutale immersion dans les nouveaux schémas de gestion des affaires politiques, fort éloignés de leurs propres modèles traditionnels, qui entraînaient des conflits d’un autre type.
Il semblerait ainsi que les Africains, comme le constat en a été également fait dans le domaine religieux, vivent sous l’empire d’un syncrétisme politico idéologique dont le résultat passager  il est du moins à l’espérer  est cette sorte de « tératologie psychologique » ou cet état de « monstruosité sociologique » qui risque bien de donner raison à un certain Bernard Debré, lequel, le 31 mai 2003, énonçait sur les ondes de RFI que « L’Afrique est au bord de l’apocalypse, ce sont les faits qui le démontrent. » (A propos de La mauvaise conscience en général et de l’Afrique en particulier, J. Vergès-J. Claude Lattès.)
La menace de l’Apocalypse planera en effet sur nos têtes, tant que nous ne nous rangerons pas à des opinions pleines de bon sens, telles que celle émise par l’homme de lettres ivoirien Bédi Holly, qui énonçait, le 20 juillet 2001, en page 7 du numéro 946 du quotidien « Notre Voie » :

« La Côte d'Ivoire, nous ne l’inscrivons pas dans un temps. Mais nous l’inscrivons dans une éternité. C’est peut-être prétentieux, mais ça, c’est notre façon de voir. De telle sorte que, quand nous commençons quelque chose pour la Côte d'Ivoire, le temps pour nous n’est pas important. »

En percevant les choses sous cet angle, on peut en effet se poser la question de savoir ce qui peut être à l’origine de ce mal qui affecte la plupart des Africains actuels et qui les amène à ne se concevoir de destin que sur le terrain de la politique, ou, à défaut, que chacun d’eux veuille voir, de son vivant, c’est-à-dire en l’espace d’une génération, un chef d’Etat issu de chacune des multiples communautés ethniques de leurs différents pays, comme s’ils avaient quelque prémonition d’une disparition imminente de notre Terre !
Et même si tel était le cas, de quel secours leur serait la vie sous le règne d’un « hiérarque » issu de leur groupe ethnique ?
Au cours d’un récent colloque tenu à l'Institut Goethe d'Abidjan, portant témoignage d’un phénomène curieux qu’il a qualifié de « jouissance par procuration », un participant nous rapportait qu’une interlocutrice lui avait dit un jour : « Je ne suis rien, certes, mais mon groupe ethnique a donné un président au pays. »

UNE NOTE D’ESPOIR

L’éditorialiste de « Fraternité-Matin » note : « La Côte d'Ivoire n’est pas sortie de l’auberge. Après cinq ans de crise armée, le pays n’a pas toujours tiré les leçons de la grave fracture politico-sociale. Le renouvellement tant attendu, de la pensée ne s’est pas effectué. Et les vieux démons de la division ont de beaux jours devant eux. Alors on continue, comme par le passé de jouer avec le feu… » (Ibid. 3ème col.)
Il est heureux qu’à côté des mauvais exemples constitués par la Côte d'Ivoire et le Kenya, l‘Afrique offre tout de même quelques cas positifs de pays ayant accompli des bonds en avant si considérables sur le terrain politique, que le spectre de la dérive ethnique semble s’en être définitivement éloigné.
C’est le lieu de se féliciter de l’atmosphère qui a prévalu lors des joutes électorales, dans des pays comme le Bénin, le Mali, le Niger et, malgré les soubresauts qui y ont été constatés lors des dernières joutes électorales… le Sénégal.
En effet, même si l’éclat autrefois particulièrement scintillant de la démocratie, dans un pays comme le Sénégal, s’est passablement terni par une couche de galène ou de vert-de-gris qui s’y est déposée, on peut néanmoins se féliciter de ce qu’à aucun moment, que ce soit au Niger, au Mali ou au Sénégal, la tension observée n’ait eu lieu sur fond de conflit ethnique.
Cette observation est encore plus remarquable quand on se souvient de l’épique lutte pour le pouvoir entre les ex-candidats Soglo et Kérékou, au Bénin.
Au vu de ces exemples, on peut dire qu’avec un engagement à fond dans la formation des masses, avec l’appui des intellectuels, le champ libre n’étant plus laissé aux « leaders » d’une certaine opinion, qui exacerbent les passions plutôt que de jeter les bases de nations unies et fortes en Afrique, ce continent devrait pouvoir éviter les tensions post-électorales aux conséquences désastreuses.
A ces conditions, l’Afrique s’en sortira plus tôt qu’on ne le croit.
Il est bon par ailleurs de souligner, à l’attention de ceux qui partageraient le point de vue d’Alpha Blondy selon lequel « Elu une fois, élu deux fois, élu trois fois, élu quatre fois, ça devient la dictature… », que les USA, à un moment donné de leur l’histoire, ont pu porter quatre fois F. D. Roosevelt à la présidence, sans dérive dictatoriale. Le tout est, semble-t-il, dans la sincérité des élections, avec un peuple non manipulé.
Avec des masses populaires bien averties, parce que bien formées, les constitutions, même si elles ne portent pas, comme c’est encore le cas pour un pays comme la France , une clause limitative des mandats à la présidence, il serait difficile à une personne de "monopoliser" le pouvoir à sa guise.



ADOU KOFFI, professeur de philosophie
Essayiste, Auteur, Ecrivain
BP 46 Cidex 2 Abidjan 08
E-mail : dagekof@yahoo.fr / Blog : http//dagekofadou.over-blog.fr

ADOU KOFFI, professeur de philosophie

16:15 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, Société ivoirienne, Sortie de crise ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |