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mercredi, 05 octobre 2011

URGENT: COMMUNIQUE DU PORTE-PAROLE DU PRESIDENT GBAGBO

 

KONE KATINAN JUSTIN.png

Ce lundi 3 octobre 2011, la Cour Pénale Internationale a rendu public un communiqué selon lequel, la Chambre Préliminaire III a autorisé le Procureur de la République Près de cette Cour, à ouvrir une enquête sur les crimes présumés relevant de la compétence de la CPI qui auraient été commis en Cote d'Ivoire depuis le 28 novembre 2010.

Les juges ont, par ailleurs, demandé au « Procureur de leur fournir toutes les informations supplémentaires qui sont à sa disposition sur les crimes qui pourraient relever de la compétence de la Cour et qui auraient été commis entre 2002 et 2010 ». Suite à ce communiqué de la CPI, le Président Laurent GBAGBO fait les observations suivantes:

A/ La période couverte par l'enquête

L'autorisation de l'ouverture de l'enquête donnée par la Chambre préliminaire ne concerne que la période qui court à partir du 28 novembre 2010. Le Président GBAGBO fait remarquer que cette période est celle demandée par monsieur Ouattara, partie prenante au conflit.

Le Président Laurent GBAGBO s'interroge sur la raison pour laquelle l'autorisation de l'ouverture de l'enquête ne concerne que la période demandée par son adversaire, Monsieur Ouattara, alors que la chambre s'intéresse également aux crimes commis depuis 2002, qui est l'année de départ de la rébellion armée qui se réclame de Monsieur Ouattara. Pourquoi n'a-t-elle pas attendu d'avoir suffisamment d'informations sur le reste de la période de la crise pour laquelle elle sollicite des informations supplémentaires ?

La jonction des faits entre les deux périodes étant une évidence, il aurait été juste que la Chambre reçoive toutes les informations sur les deux périodes qui en fait, ne font qu'une seule, puisque la situation post électorale n'a été qu'une pique comme il y en a eu d'autres depuis la rébellion armée de 2002, dont tout le monde sait maintenant qu'elle agissait pour le compte du Président OUATTARA. L'alignement de la Cour sur la volonté d'une seule partie au conflit jette une suspicion sur sa décision. Cette suspicion se renforce lorsque l'on prend en compte les circonstances troublantes de l'ouverture de cette enquête.

B/ Les circonstances de l'ouverture de l'enquête

Le Président Laurent GBAGBO tient à informer l'opinion publique nationale et internationale que l'autorisation d'enquête est intervenue le lendemain de la visite qu'a effectuée monsieur Michel MERCIER, le Garde des sceaux et Ministre de la Justice et des libertés du Gouvernement Français, le jeudi 29 septembre 2011. Au cours de cette visite, il a rencontré respectivement le Président de la Cour, Monsieur SANG HYAN SONG et Madame le Greffier en Chef, Madame Silvana ARBIA.

Cette visite est intervenue immédiatement après celle effectuée par l'émissaire du Gouvernement Ivoirien, le ministre des droits de l'homme, qui s'est également rendu à la HAYE au siège de la CPI pour y rencontrer les responsables de cette Cour après avoir été reçu préalablement par les autorités françaises. L'on se rappelle des déclarations qu'il a faites à la presse selon lesquelles, le transfert du Président Laurent GBAGBO à la CPI constituait la condition de la réconciliation en Cote d'Ivoire et permettrait de dépassionner le débat sur les élections législatives.

Enfin, cette ouverture d'enquête intervient quelques jours seulement après la première rencontre que le Président Ouattara a enfin daigné accorder aux partis et groupements politiques qui sont proches du Président L. GBAGBO en vue de relancer le débat politique, condition sine qua non d'une vraie réconciliation.

Les visites de l'émissaire du Gouvernement ivoirien et de l'émissaire du Président SARKOZY, quelques jours seulement avant l'autorisation de l'ouverture de l'enquête ne peuvent nourrir que des suspicions sur la crédibilité de cette décision. Ces visites confirment le rôle politique que l'on veut faire jouer à la Cour. Le Président GBAGBO voit en la présence de l'émissaire du Président français à la HAYE, la manifestation visible de la pression politique que Monsieur SARKOZY exerce sur la Cour. Ce dernier continue d'utiliser le pouvoir d'État que le Peuple français lui a confié pour s'acharner contre lui et le peuple ivoirien.

Par ailleurs, il faut bien s'inquiéter de l'impact que pourrait avoir l'ouverture d'une enquête judicaire suffisamment politisée sur le débat politique qui semble s'amorcer en Cote d'Ivoire. Le Président GBAGBO émet des doutes sérieux sur la volonté de ses adversaires à aller à la réconciliation nationale qu'ils disent pourtant rechercher.

En définitive, le Président GBAGBO, reste attaché à la justice qui s'établit sur la vérité des faits. Le Président GBAGBO tient à ce que le monde entier sache ce qui s'est passé dans son pays. Il attend que l'on lui explique pourquoi, alors qu'il a été élu démocratiquement en 2000, une rébellion armée dont l'on connaît maintenant tous les parrains, a attaqué son pays dans l'indifférence de la Communauté Internationale. Il voudrait savoir également pourquoi l'armée française a tué les ivoiriens en 2004 et en 2011 dans le silence du monde entier.

Le Président GBAGBO attend que la lumière soit faite sur tous ces crimes et tous les autres que l'on tente de cacher. Il attend que le droit soit dit et que justice soit rendue non pas seulement pour faire plaisir aux vainqueurs de la guerre illégale qui lui a été livrée, mais pour qu'enfin, la vérité soit définitivement connue sur la crise ivoirienne depuis 2002. C'est à cette fin, qu'il a écrit au Secrétaire Général de l'ONU, Monsieur BAN KI MOON, pour demander la mise sur pied d'une commission d'enquête internationale à l'effet d'établir la réalité des tueries présumées des femmes d'ABOBO et d'en déterminer le cas échéant, les auteurs et les commanditaires. C'est pourquoi, il dénonce l'activisme de ses adversaires déclarés qui vise à instrumentaliser la Justice pour l'écarter du débat politique, qu'il n'a eu de cesse de réclamer même sous les bombes.

Étant engagé sans réserve dans le combat pour la souveraineté des peuples africains, le Président GBAGBO s'insurge contre le fait que les juridictions ivoiriennes, expression de cette souveraineté soit dessaisies du simple fait de la volonté du Président SARKOZY, d'un dossier aussi important qui intéresse en premier chef le Peuple Ivoirien.

Il est bon que l'opinion sache que le département des droits de l'homme de l'ONUCI émet aussi des réserves sur l'éventualité d'un transfert du Président Laurent GBAGBO à la CPI, puisqu'il ne constitue pas une menace pour la paix sociale en Côte d'Ivoire.

Enfin, le Président Laurent GBAGBO considère comme relevant de la diffamation, les propos relayés par certaines presses, notamment l'Agence France Presse (AFP), selon lesquels la crise postélectorale est née suite à son refus de reconnaitre la victoire de M. OUATTARA. Ces propos le rendent responsable sans jugement et entame son honneur. Il tient à rappeler qu'il ne s'est pas autoproclamé vainqueur de l'élection présidentielle. Il en a été reconnu vainqueur par une décision souveraine du Conseil Constitutionnel de son pays qui l'a investi également Président de la République. Il a instruit ses avocats d'analyser la possibilité de poursuites judiciaires contres les auteurs de telles affirmations.

 

Le Ministre KONE Katinan Justin,

Représentant et Porte-parole du Président GBAGBO

 

Source : RESISTANCE COTE D'IVOIRE ISRAEL

mardi, 04 octobre 2011

ALASSANE OUATTARA, LE NOUVEAU BEN ALI DE LA FRANCE?


ALASSANE OUATTARA SUR TF1.png

C’était le 13 septembre dernier. Laurence Ferrari recevait, sur le plateau de TF1, Alassane Ouattara, le nouveau chef de l’Etat ivoirien. Durant cet entretien, la présentatrice de la chaîne parvenait à faire l’impasse sur les sujets les plus dérangeants pour son interlocuteur. Pas un mot sur la grande insécurité qui règne dans le pays, entretenue par les éléments les plus criminalisés de la nouvelle armée, dominée par les ex-rebelles qui ont combattu Laurent Gbagbo durant neuf ans. Aucune question sur les promotions dont ont bénéficié les chefs de guerre accusés, dans des rapports de  l’ONU et des organisations de défense de droits de l’Homme, d’exécutions sommaires ou de recrutement d’enfants-soldats.

Quelques mois plus tôt, une présentatrice de CNN, interviewant Alassane Ouattara, insistait sur le sort d’Hermann Aboa, journaliste de la RTI arrêté pour des faits relevant de l’exercice normal de sa profession, et dont Reporters sans frontières, le Comité pour la protection des journalistes, et même certains quotidiens pro-Ouattara, ont demandé la libération. Cette question n’était visiblement pas prioritaire pour la journaliste française, qui a préféré donner l’occasion à Ouattara de parler du phénoménal taux de croissance que la Côte d’Ivoire devrait avoir en 2012, et des grands travaux d’infrastructure engagés par son exécutif. Les mauvaises langues diront que ce tropisme n’est pas étonnant, dans la mesure où Martin Bouygues, actionnaire principal de TF1 et  ami proche d’Alassane Ouattara depuis une vingtaine d’années, à qui la construction du troisième pont d’Abidjan a d’ores et déjà été confiée, est un professionnel du béton…

Aucune enquête sur la fortune de Dominique Ouattara et ses liens avec les «biens mal acquis»

Au-delà de l’anecdote, de nombreux observateurs africains sont frappés par l’incroyable protection dont bénéficie Alassane Ouattara en France, où tout est mis en œuvre dans les cercles politiques et médiatiques les plus influents, pour sculpter sa légende. Opposant, il passait pour la victime immaculée de l’ivoirité, un concept tellement flou qu’il a servi à diaboliser successivement Henri Konan Bédié, Robert Guei et Laurent Gbagbo. Ses propos incendiaires attisant, dès 1999, le «dolorisme» nordique et la fameuse «charte du Nord» rédigée dès le début des années 1990 par ses partisans n’ont quant à eux presque jamais été relevés dans les médias français. Ses relations troubles avec la rébellion qui a éclaté le 19 septembre 2002 alors que son parti avait des représentants au sein du gouvernement de réconciliation mis en place par Laurent Gbagbo n’ont jamais été véritablement interrogés, y compris après que des enquêtes d’ONG comme Global Witness aient mis en lumière la forte implication de cadres de premier plan de sa formation politique dans l’économie de contrebande en zone «occupée» et le trafic du «cacao de la guerre». La fortune de son épouse, dont l’agence immobilière a géré le patrimoine de chefs d’Etat comme Omar Bongo Ondimba, symbole de toute la lutte contre les «biens mal acquis» des  présidents africains en Occident, n’a jamais fait l’objet d’enquêtes sérieuses dans la presse parisienne.

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Durant l’épreuve de force qui a suivi l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire, toute la classe politique française s’est alignée derrière Ouattara, au nom de la validation onusienne de son élection, sur laquelle de nombreuses zones d’ombre persisteront toujours. En effet, pour la première fois dans l’histoire mondiale, un organisme chargé de proclamer les résultats d’un scrutin donnait un taux de participation officiel (70%), puis se ravisait plusieurs jours plus tard, et augmentait de 11% ce taux, en validant des centaines de procès-verbaux où le nombre d’électeurs dépassait largement le nombre d’inscrits… Ce détail plutôt comique n’est que l’une des nombreuses données troublantes qui, mises à la disposition de l’opinion, auraient soutenu la demande du camp Gbagbo, qui sollicitait alors un recomptage des voix, comme cela a été fait dans le même type de circonstances à Haïti. Mais, une fois de plus, l’omerta pro-Ouattara a prévalu.

Un establishment politico-médiatique parisien déterminé à soutenir Ouattara

Aujourd’hui, Alassane Ouattara est au pouvoir. Amnesty International a accusé ses troupes d’avoir perpétré le plus grave massacre de l’histoire contemporaine de la Côte d’Ivoire dans le quartier Carrefour à Duékoué. Un massacre aux motivations purement ethniques, comme le prouvent les cartes d’identité collectées et jetées à proximité des charniers. Amadé Ouérémi, le chef de milice burkinabé accusé d’avoir dirigé ce massacre, n’a été ni inculpé ni même désarmé. Il continue de semer la terreur dans la région. Imaginons un seul instant qu’il s’agissait d’un mercenaire à la solde de Laurent Gbagbo durant sa présidence. Qu’aurait écrit la presse hexagonale ?

La détermination de l’establishment politico-médiatique parisien à soutenir Alassane Ouattara est telle que même la mort de Philippe Rémond, un professeur d’Université français, tué selon ses amis par les forces soutenant Alassane Ouattara lors de leur entrée à Yamoussoukro en mars dernier, a été fort peu médiatisée. L’enquête n’a pas avancé d’un pas, aucune inculpation n’a été enregistrée, l’enterrement s’est déroulé dans la plus grande indifférence… Ressortissant français, le fils aîné de Laurent Gbagbo, qui n’a jamais été un activiste de premier plan, est incarcéré depuis plus de cinq mois à Bouna, petite ville du nord du pays. Motif officiel : «il était avec son père», nous apprend le ministre de la Justice de Ouattara.

Sur le terrain du dialogue politique, les choses ne s’améliorent pas en Côte d’Ivoire. Le FPI, parti de Laurent Gbagbo, a suspendu sa participation aux travaux de la Commission électorale indépendante (CEI), pour une raison qui mérite que l’on s’y attarde. La CEI est contrôlée à 95% par des membres de la coalition au pouvoir. En clair, ce sont les partisans de Ouattara qui doivent organiser de bout en bout un scrutin au cours duquel ils seront arbitre et partie. Quand l’on sait qu’en 2003, à la faveur des accords de Linas-Marcoussis, la France faisait pression pour que cette Commission soit plus «équilibrée», alors qu’elle était nettement moins favorable au pouvoir de l’époque, l’on mesure le degré d’amertume qui peut être celui de l’opposition d’aujourd’hui en Côte d’Ivoire.

Les Français, qui aiment à croire que leur exécutif est l’héroïque accompagnateur des révolutions arabes, avec les promesses de démocratisation qu’elles charrient, doivent se souvenir d’une chose. C’est le soutien œcuménique de la classe politique française, gauche et droite confondues, et l’aveuglement de la presse de leur pays face aux dérives progressives de Zine-el-Abidine Ben Ali, qui ont contribué à forger et à renforcer sa dictature «développementaliste». Petit signe qui vaut son pesant de signification. Ouattara et Ben Ali ont un point commun. Ils ont l’un et l’autre signé des contrats globaux de communication avec Anne Méaux, la patronne d’Image 7, une société chargée de dompter les médias hexagonaux à leur profit.


Théophile Kouamouo


Source: LE NOUVEAU COURRIER.INFO

CRIME DE SANG EN COTE D'IVOIRE: LA CPI LIVRE LES RESULTATS DE SES ENQUETES - OUATTARA ET SORO INDEXES



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Les récentes sorties médiatiques de deux membres du gouvernement Ouattara posent à nouveau la question de la comparution du chef d'Etat ivoirien M. Laurent Gbagbo devant la cour pénale internationale. Selon le ministre des Droits de l'homme et des Libertés publiques du gouvernement Ouattara «un transfèrement du Président, Laurent Gbagbo à la Haye serait à l'étude». Ce transfèrement, selon lui «faciliterait le processus de réconciliation».

Dans le même registre, Guillaume Soro déclarait "La guerre qui a eu lieu en Côte d'Ivoire est finie. Ceux qui doivent répondre devant la justice répondront devant la justice. Je lis dans les journaux .Il faut libérer Gbagbo pour qu'il y ait la réconciliation. « Mais arrêtons! », a-t-il déclaré lors d'une cérémonie à Bouaké : «Faites la repentance et dites aux Ivoiriens ce que vous avez fait contre eux », a-t-il poursuivi à l'adresse des partisans du président Gbagbo.

Visiblement cette course de vitesse engagée par le camp Ouattara aurait pour but de dépassionner le débat à la veille des élections législatives prévues le 11 décembre 2011 et alors même que les bruits d'un possible coup de force ne se dégonflent toujours pas du coté d'Abidjan. Des arrière-pensées de politique intérieure seraient donc à la base de cette subite accélération du gouvernement Ouattara. La Cpi ne devrait cependant pas se laisser embarquer dans cette course à l'échalote si elle ne veut pas voir sa crédibilité sérieusement entamée. Les opposants d'Alassane Ouattara ont cru déceler dans cette agitation gouvernementale une tentative d'instrumentalisation de la Cpi par son gouvernement.

A propos de la crise ivoirienne, le procureur de la Cpi, M Luis Moreno-Ocampo avait demandé en juin dernier, l'autorisation des juges pour diligenter une enquête impartiale sur les crimes contre l'humanité et les crimes de guerre commis en Côte d'Ivoire depuis la dernière élection présidentielle, le 28 novembre 2010.

Effectivement et pour faire suite à la requête du camp Ouattara, la Cpi a enquêté en Côte d'Ivoire et remis un rapport intitulé «situation in the Republic of Côte d'Ivoire». La version publique de ce document est consultable en ligne à l'adresse suivante : http://www.icc-cpi.int/iccdocs/ doc/doc1223025.pdf

Les dépositions des victimes y ont été classées en deux groupes. Celles relatives à des faits ayant eu lieu avant le 28 novembre 2010 et celles qui sont liées à des faits postérieures à cette date. Les juges de la Cpi ont sélectionné des faits classés comme des atteintes graves aux droits humains. Sur un ensemble de 655 victimes interrogées, 567 ont déclaré faire partie du lot concerné par les violences de l'après 28 Novembre. Lorsque les juges se sont penchés sur les auteurs de ces crimes, il est apparu très clairement que les hommes de Ouattara ont été les responsables des violences sur 3/4 de cette population et les hommes de M. Gbagbo sur 1/4.

Les juges se sont aussi penchés sur le cas des victimes de la période antérieure au 28 novembre 2011. La responsabilité des hommes de Ouattara et Soro est presque totale dans ce dernier cas de figure. 68% attribuée aux hommes de M. ouattara, 28% aux hommes de Guillaume Soro et 4% aux hommes de Gbagbo.

Au regard de ce document, les trois principaux responsables des crimes contre l'humanité perpétrées en Côte d'ivoire ces dernières années, sont clairement identifiés. Messieurs Alassane Ouattara, Guillaume Soro et le président Laurent Gbagbo.

S'il s'agit de punir ceux qui ont été sur le terrain alors ce sont les chefs militaires qui ont fait exécuter les ordres de barbarie qui devront être recherchés et poursuivis. Mais si à l'inverse ce sont les hauts responsables politiques qui devront répondre, alors les trois cités nommément par le rapport de la Cpi devraient être tous convoqués par la Cpi.

Ouattara et Soro Guillaume peuvent s'appuyer sur leur logique de «justice des vainqueurs» en Côte d'ivoire, mais on ne voit pas vraiment pourquoi la Cpi prendrait le risque de se décrédibiliser en les suivant dans cette logique et surtout après avoir rendu publique ce document.


Source : COTE D'IVOIRE LA VRAIE

MICHEL GALY: POURQUOI OUATTARA ET SORO RISQUENT LA CPI


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Après l'intervention militaire d'Abidjan en avril dernier, l'Onuci, et au-delà le système des Nations unies, ont renoué avec leur pire histoire : ainsi l'Histoire rappelle que l'action du contingent international au Congo a été, en 1960, extrêmement ambigu, notamment en se faisant le relais des intérêts américanos belges, et contribuant à créer la situation qui a livré Patrice Lumumba à ses bourreaux.

Poussant à des élections mal préparées et sans désarmement des rebelles (l'ONUCI a tenu sous le boisseau un rapport interne qui dès fin 2010 dénonçait cette situation) le représentant du secrétaire général de l'Onu en Côte d'Ivoire, M. Choi, a fait plus : proclamant dans une séquence bien réglée par les ambassadeurs de France et des Etats-Unis M. Ouattara élu (au lieu de certifier l'élection comme le prévoyaient les accords de Ouagadougou) depuis son quartier général du Golf, il a monté une sanglante opération militaire pour renverser le régime de Laurent Gbagbo sous les bombes. La « responsabilité de protéger »est bien morte début avril : détournant la résolution 1975 lui permettant de détruire les armes lourdes menaçant les civils, l'ONU est intervenu par des hélicoptères d'assaut en tuant, à l'inverse de son mandat et à l'encontre du droit international, des civils désarmés -quelques centaines ou quelques milliers ? En même temps que la résidence et la présidence, les hélicoptères de M. Choi ont en effet délibérément bombardé des camps habités par des familles de militaires (Agban et Akouédo), un supermarché, une université et un hôpital- puis ont tiré sur des civils proches du président Laurent Gbagbo, qui essayaient de faire autour de lui un bouclier humain, pour protéger leur régime et leur Constitution.

Transformant en cibles vivantes les personnels occidentaux et même africains des agences des Nations unies, cette forfaiture risque d'avoir de très graves conséquences pour l'institution et l'idéal de concorde entre nations égales, qu'elle a autrefois représenté : déjà au Nigeria, le mouvement fondamentaliste Boko Haram s'en est pris violemment aux membres des Nations unies (18 morts à Abuja, fin août dernier), et il est à craindre que ces actes se multiplient.

Crimes de guerres que partagent les militaires français de Licorne, forces spéciales faisant prisonnier un président nommé par son Conseil Constitutionnel en déployant chars et hélicoptères pour participer au même massacre : quand les donneurs d'ordre rendront-ils des comptes ?

Mais ce sont surtout Alassane Ouattara et son chef de guerre, Guillaume Soro, qui pourraient dans l'immédiat relever de la Cour pénale internationale, pour le « massacre d'Abidjan » commis pendant les mois d'avril et mai dans la capitale, l'épuration ethnique en brousse contre les peuples Guéré, Bété et Attié, faisant suite au massacre de Duékoué -plus de mille victimes hommes, femmes et enfants- à tel point que le CICR est sorti de sa neutralité pour condamner implicitement le camp Ouattara pour cet acte qui pourrait être qualifié de génocidaire.

Quelle retenue des chancelleries, des médias et des « organisations des droits de l'homme » devant ces crimes de guerre - et pour certains, de génocide ! Il apparaît que les FRCI pro Ouattara ont exterminé en deux mois plus de 3000 ivoiriens au bas mot, le massacre étant « protégé » par les patrouilles de la force Licorne et de l'ONUCI qui, au lieu de sauvegarder les civils, ont laissé faire - et pourraient logiquement être poursuivis pour cette passivité ou même pour leur complicité.

Les ONG et le CICR n'en sortent pas indemnes : ils ont les chiffres et des morts civils de la « bataille d'Abidjan » (la Croix rouge ivoirienne ayant, par exemple, ramassé les cadavres) et des milliers de morts de la conquête de la capitale ou des colonnes infernales en brousse- et se refusent à les communiquer, renforçant par leur silence la gouvernance Ouattara.

Qu'ils aient ordonné ou échoué à empêcher ces massacres - l'instruction le dirait -, Guillaume Soro et Alassane Ouattara en portent la responsabilité politique- ni plus ni moins que Jean Pierre Bemba ou Charles Taylor dans leurs procès respectifs. Si leur menace perpétuelle est actuellement de déférer Laurent Gbagbo à la CPI, leurs actes les rendent eux aussi passibles du même tribunal : nul doute que cette institution internationale, suspectée et même accusée d'être un relais des intérêts occidentaux et de pratiquer le « deux poids deux mesures »  en Afrique voudra pour une fois équilibrer les inculpations.

Bien plus, depuis 2002, ces deux leaders du RDR et de la rébellion (dont 2011 a démontré la complicité active depuis leur coup d'Etat, en 2002) sont judiciairement comptables du « système de violence continue » qui a livré Bouaké, Korhogo et la partie septentrionale du pays à l'arbitraire total d'une guérilla sans foi ni loi, si ce n'est aux exactions bien pires des Dozos. Combien de milliers de morts (sans doute plus de 8000 cadavres au passif des rebelles !), viols, ou exactions criminelles sont impunis et parfois méconnus ? Leur défèrement éventuel à la CPI sera l'occasion de faire la lumière sur ces violences et de les punir enfin, tout en révélant les bailleurs de fonds, instructeurs et complices occidentaux (et sans doute français !) de la déstabilisation, depuis une décennie, de la Cote d'Ivoire.

Il est cependant une autre voie : devant cet équilibre de la terreur judiciaire, un pas vers la libération des prisonniers et des déportés politiques, une annulation de toute procédure judiciaire permettant leur réintégration dans le jeu politique en vue des législatives de décembre.

Bien sûr, cela suppose aussi que des conditions équitables soient remplies : les partisans de Laurent Gbagbo ont actuellement 3 délégués sur 31 (à la Commission Electorale Indépendante, Ndlr), les mouvements fantômes rebelles en possédant autant ! Présidée par Youssouf Bakayoko par qui le coup d'Etat franco-onusien a été légitimé, cette institution très contestée prévoit de réintégrer des dizaines et peut-être des centaines de milliers d' « électeurs » pro Ouattara sur les listes électorales (sans compter les milliers de sahéliens s'installant dans la « nouvelle Cote d'ivoire », selon eux, le « pays de tous ») : qui peut aller aux élections avec une commission électorale partisane et des listes d'électeurs truquées ?

Et que se passerait-il si l'Elysée cessait d'être un protagoniste et arrêtait de souffler sur les cendres du conflit ? Les élections françaises de 2012 pourraient être l'occasion pour une majorité de gauche de rompre avec le camp du néolibéralisme et de la Françafrique la plus sanglante, ce qu'incarne Alassanne Ouattara. Si l'Occident retirait ses deux contingents militaires, Licorne et Onuci, la régulation du conflit se ferait spontanément- et sans nul doute, pour Abidjan et le Sud, au profit des partisans de Laurent Gbagbo.

Une solution négociée n'est elle pas meilleure que ces perspectives ? Une judiciarisation du conflit, au lieu de conduire à la réconciliation, serait à coup sur le signal du retour à la violence, si ce n'est à la guerre civile.

 

Par Michel Galy


Source : LE GRI-GRI INTERNATIONAL

dimanche, 02 octobre 2011

VOICI LE DOCUMENT EXPLOSIF REMIS PAR LE FPI ET LE CNRD A ALASSANE OUATTARA



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INTRODUCTION

Le Front Populaire ivoirien (Fpi) et ses alliés du congrès national pour la résistance démocratique (Cnrd) accueillent avec beaucoup d'espoir ce début de dialogue républicain à travers l'audience que lui accorde le Président Alassane Ouattara ce jeudi 30 septembre 2011 au Palais de la Présidence. Faisant suite à trois (03) demandes d'audience dont deux (2) émanant du Cnrd dans son ensemble et une (1) du Fpi seul, cette rencontre ouvre, nous en sommes persuadés, la voie à la réalisation de la démocratie pleine et entière dans la côte d'ivoire post crise électorale.

Aussi convient-il d'accorder la plus haute priorité à l'ouverture du dialogue politique pour la restauration de la démocratie dans notre pays.

Dès lors, saisissant cette opportunité historique le Fpi/Cnrd qui entend pleinement assumer sa position de parti dans l'opposition en toute responsabilité entend exposer sans ambiguïtés le constat qu'il fait de l'environnement politique actuel. Mais pour éviter un exposé trop «large et éparpillé», il se concentrera sur les préoccupations urgentes liées à la sécurité, à l'Etat de droit et au fonctionnement des institutions de l'Etat, à la réconciliation nationale et au jeu démocratique.

Ce faisant, les élections à venir, revêtent pour le Fpi/Cnrd, des enjeux de taille non seulement parce qu'elles représentent un repère majeur pour la paix dans notre pays mais aussi et surtout, elles réconcilieront les ivoiriens avec les institutions de la république qu'ils se sont librement données à travers la constitution. Car en vérité, la représentativité d'un parti politique fusse-t-il dans l'opposition se mesure à sa représentation nationale quand la crédibilité des dirigeants d'un Etat se jauge par l'organisation d'élections transparentes, crédibles, ouvertes et acceptées de tous. C'est donc le lieu pour nous de réaffirmer notre doctrine d'accession au pouvoir d'Etat par les urnes et notre disponibilité à assumer notre part dans les prochaines élections.

Celles-ci intervenant après une crise post électorale sanglante ne sauraient être une opération toute «banale». C'est pourquoi pour assurer à ces élections et singulièrement à l'élection législative, tout son sens il conviendrait de se concentrer avec sérieux sur trois (3) éléments importants qui en influenceront l'issue. Il s'agit d'abord de l'environnement sécuritaire, ensuite du cadre organisationnel et enfin de l'environnement judiciaire. Ces trois facteurs imbriqués représentent le gage d'une élection réussie dont émaneront des institutions crédibles, acceptées et respectées des citoyens ivoiriens, à des habitants et des amis de la côte d'ivoire.

Pour les besoins d'ordre rédactionnel nous présentons les attentes du Fpi/Cnrd sur chacune des préoccupations.

I- De l'environnement sécuritaire

C'est un truisme d'affirmer que la situation sécuritaire est des plus délétère. Des hommes armés se réclamant des Forces républicaines de côte d'ivoire(Frci) ou des chasseurs traditionnels dont l'aire culturelle d'activité était bien circonscrite dans le nord (dozo), paradent dans les centres urbains et ruraux. Il n'existe aucun site habité de notre pays (villages, villes, quartiers, campements) qui ne dispose de son contingent de Frci ou de dozos. Ceux-ci continuent d'occuper des brigades de gendarmeries, des commissariats de police, des cantonnements forestiers et des postes douaniers. Ils font la loi selon leur bon vouloir, s'érigent en «officiers de police judiciaire, procureurs et juges». Dans ces conditions le citoyen est livré à lui-même car le corps préfectoral demeure impuissant devant ces personnes armées et qui se croient investis de tous les pouvoirs y compris celui d'ôter la vie aux populations.

Il ne se passe pas de jours sans que les exactions diverses, les tueries et les humiliations ne soient exercées sur les populations. La liberté de circuler est gravement entravée aussi bien pour les personnes que pour les biens. Si cette situation prévalait déjà en zones dites cno avant l'élection présidentielle, elle s'est généralisée depuis la crise post électorale à l'ensemble du territoire nationale.

Par ailleurs, les biens, maisons, les plantations des personnes privées sont confisqués par les Frci et les dozos. Pour le Fpi/Cnrd, la période électorale est un moment très sensible où par la force d'arguments, les candidats se donnent les moyens d'acquérir l'adhésion du maximum d'électeurs à leur cause. La période électorale est un moment de grande mobilité où les horaires de circulation ne se mesurent qu'à la stratégie de conquête de l'électorat. Les candidats se déplacent à toute heure et selon la disponibilité des électeurs. La nuit n'est pas un obstacle à cette activité et la liberté d'aller et de venir avec les moyens (biens) de déplacement qui sied au candidat et à son équipe est de mise. La trop grande insécurité qui prévaut actuellement dans le pays est à tout point de vue incompatible avec une vie nationale paisible.

C'est pourquoi le Fpi/Cnrd est fortement préoccupé par la situation délétère qui prévaut depuis avril 2011 et qui perdure aussi s'agissant de la sécurité des personnes et des biens nous faisons deux (2) groupes de propositions.

 

Il s'agit dans l'immédiat :

- de procéder au retrait total et au désarmement des Frci et des dozo ;

- d'encaserner les militaires; de rétablir la police et la gendarmerie dans leur mission de sécurité intérieure.

 

Le Fpi/Cnrd voudrait avoir la garantie que pendant la période électorale, par exemple, que ces personnes désarmées ne sortiront pas de leur lit pour empêcher la libre circulation des personnes et des biens, influencer le libre exercice du devoir électoral et pour commettre des voies de fait susceptibles d'entacher la sincérité du vote.


Dans le court terme:

- il faudrait réactiver les fondamentaux de l'accord politique de Ouagadougou (Apo) en particulier l'accord complémentaire IV relatif à la nouvelle armée.


Cet accord, seul consensus national autour des forces armées, donnent les éléments pour régler de manière efficace et définitive l'environnement sécuritaire national. Les autorités actuelles n'ayant pas dénoncé l'Apo (et en ont-elles d'ailleurs le droit ?), il convient de prendre des dispositions y inscrites et applicables à tous les corps armés (militaires, gendarmes, policiers, agents des eaux et forêts et agents de la douane, etc.) pour rapprocher des hommes qui se sont combattues et de leur réapprendre à vivre ensemble. C'est une telle approche qui évitera la création d'une armée sur des bases partiales qui peut, certes, satisfaire un camp mais sans jamais assurer la réconciliation des factions de l'armée entre elles, ni la réconciliation de l'armée avec le peuple.

Pour nous, toutes les décisions prises depuis l'élection présidentielle et qui se poursuivent actuellement donnent le net sentiment de la construction d'une «armée des vainqueurs» d'une guerre postélectorale. Créer un environnement sécuritaire immédiat et bâtir une armée nouvelle sur la base de l'Apo, voilà les ingrédients d'un environnement sécuritaire favorable non seulement à la tenue d'élections crédibles, transparentes et ouvertes à tous mais aussi d'un meilleur «vivre ensemble» qui contribuera durablement à la vie démocratique et apaisée dans notre pays.

II- De l'Etat de droit et le fonctionnement des institutions de l'Etat

Le peuple de côte d'ivoire s'est librement dotée d'une constitution en août 2000. C'est sur cette constitution que vous avez prêté serment en mai 2011 en jurant de la protéger et de la respecter. Le respect de cette constitution était de mise dans notre pays depuis sa promulgation jusqu'au 19 septembre 2002. L'insécurité, l'absence des administrations régnaient dans les zones Centre-Nord-Ouest (Cno). Néanmoins, dans la partie du pays dénommée zone gouvernementale, la constitution ivoirienne était scrupuleusement respectée et protégée et les institutions de la république fonctionnaient.

À l'inverse, depuis le 11 avril 2011, il est courant de constater de graves violations de la loi fondamentale ivoirienne. Retenons à titre d'exemples :


- le nouveau chef d'état n'a pas déclaré ses biens et continue d'être président du Rdr.

- la nomination à la présidence du conseil économique et social d'une personnalité qui n'en est pas membre ;

- le replacement du président et des membres du conseil constitutionnel dont le mandat était en cours ;

- la dissolution de fait de l'assemblée nationale.

 

En outre, dans le fonctionnement de l'appareil administratif de notre pays, les nominations civiles et militaires se font sur des bases claniques, soit partisanes, soit tribales, excluant toute notion de compétence. Dans la plupart des cas, surtout concernant les conseils d'administration, on n'attend pas les délais règlementaires pour procéder à des remplacements de personnes soupçonnées d'être non membres du clan.

Face à ces dérives, le Fpi/Cnrd préconise un dialogue politique pour renforcer la gouvernance démocratique dans notre pays et ainsi normaliser la vie publique. Par ailleurs, l'environnement judiciaire se caractérise par ce que les organisations des droits de l'homme qualifient à juste titre de «justice déséquilibrée». Le Fpi/Cnrd adhère à ce constat car depuis l'avènement du nouveau pouvoir le 11 avril 2011 suite à la guerre post électorale, la justice ivoirienne s'est acharnée sur les cadres et militants du Fpi/Cnrd. De plus, la liberté de presse est mise à mal par le président du conseil national de la presse (Cnp).

Pendant ce temps, les tueries massives, les exactions, les confiscations de biens, de domiciles et de plantations perpétrées par les hommes en armes (Frci et dozos) proches du pouvoir ne font l'objet d'aucune mesure judiciaire ne serait ce que les enquêtes préliminaires. Même dans l'ouest, notamment à Duékoué, où les populations Wê sont confrontées à des tueries massives ciblées telles que rapportées par les organisations internationales des droits de l'homme et l'Onuci, il n'y a aucune suite judiciaire. C'est le lieu de donner quelques indications majeures sur des faits marquants qui seront fortement gravés dans l'histoire de nos pays et dans la mémoire collective des ivoiriens et des africains :


-la déportation au nord du président Laurent Gbagbo à Korhogo, de son épouse Simone (Odienné) et de son fils Michel (Bouna) ;

-déportation du président du Fpi Affi N'guessan, des cadres du Cnrd/Lmp et militants du Fpi au nord-est (Bouna) ;

-la déportation du vice-président du Fpi Sangaré Abou Drahamane et de plusieurs cadres du parti et du Cnrd à Katiola au centre nord ;

-la déportation du premier ministre Aké N'gbo, économiste émérite de renommée internationale et des membres de son gouvernement à Boundiali au nord ;

-le lancement de plusieurs mandats d'arrêts internationaux contre les cadres, ministres et militants du Fpi/Cnrd contraints à l'exil dans la sous région ouest africaine où on dénombre près d'un million d'exilés auquel il convient d'ajouter au moins deux millions de déplacés internes ayant fuit les exactions et exécutions sommaires.

-le gel des avoirs des cadres et militants Lmp/Cnrd non seulement au plan national et aussi à l'extérieur de la côte d'ivoire ;

- l'incarcération des hauts gradés de l'armée ivoirienne à Korhogo et Abidjan.

 

Ce survol succinct de l'environnement judiciaire pré élections législatives et autre permet de parler d'une véritable insécurité judiciaire dans le pays pour les membres du Fpi/Cnrd. Pour se justifier les autorités évoquent la lutte contre l'impunité. Mais l'on est en droit de savoir si dans une communauté humaine il est vrai de considérer qu'il n'y a qu'un camp des fautifs face à un autre des «saints» ? Telle n'est pas notre conviction et plus cela ne correspond à rien de la situation actuelle de notre pays.

Au demeurant, l'on constate qu'il a fallu attendre quatre mois (4) après l'arrestation de Laurent Gbagbo et de son épouse pour lui «coller» le chef d'accusation de crime économique. Son fils, Michel Gbagbo, à qui le ministre de la justice avait trouvé un délit de patronyme sur le plateau de Tci (télévision ivoirienne du camp Ouattara) écope désormais d'un chef d'accusation d'atteinte à la sûreté de l'état. Chef d'accusation d'ailleurs devenu très générique pour tous les déportés, trois à quatre mois après leur arrestation et leur détention. C'est donc dans un environnement judiciaire crispé et véritablement délétère que les élections législatives sont annoncées. Objectivement que peut on attendre d'un parti politique dont les référents moraux, les inspirateurs, les principaux cadres dirigeants sont emprisonné ou exilés ? Que peut-il valoir si les ressources humaines et financières sur lesquelles ce parti peut compter pour une compétition équitable sont bloquées?

La situation à laquelle le Fpi/Cnrd est invité s'apparente à un jeu de perte «si tu ne t'y engages pas tu perds et si tu y renonces tu perds !» dans ces conditions comme le disent les ivoiriens renoncer n'est il pas mieux ?

Mais nous ne voulons pas pour autant désespérer de la côte d'ivoire de ses filles et fils, et de ses politiques. C'est pourquoi aussi difficile que soit la situation nous gardons l'espoir dans le discernement et la clairvoyance du Président Alassane Ouattara de mettre un frein à cette machine judiciaire. Ce qui est attendu et qui fonde notre espérance, c'est plus une décision politique. Ainsi, nous suggérons pour un apaisement général, la création des conditions pour :

 

-la libération du Président Gbagbo Laurent, de son épouse et de son fils ;

-la libération du Président, du Fpi, Pascal Affi N'guessan, du vice-président Sangaré Abou Drahamane, des cadres et militants du Fpi/Cnrd-Lmp

-la libération de tous les détenus militaires de la crise post électorale;

-le retour de tous les exilés et les déplacés -l'arrêt de toutes les procédures judiciaires.

 

Pour la mise en oeuvre de cette noble mission à la fois politique et humanitaire, nous suggérons la prise d'une loi d'amnistie générale et la mise en oeuvre de la loi portant financement des partis politiques.

III. De la Réconciliation nationale

La réconciliation nationale représente un vaste programme transversal dont la mise en oeuvre nécessite l'engagement effectif et non supposé de tous les acteurs de notre société. Puisqu'il s'agira de réconcilier les différences et de recréer la confiance, la réconciliation doit être comme un espace de dialogue et de vérité pour aboutir à une cohésion sociale nationale renforcée. Le Fpi en fait une préoccupation majeure basée sur une analyse en profondeur dont un aperçu succinct est, ici, présentée.

 

Ainsi trois points essentiels méritent l'attention :

- Les origines de la fracture sociale

- Les justifications de la réconciliation

- La mise en oeuvre du processus de réconciliation en parcourant l'histoire de la côte d'ivoire, l'on note que différentes situations assimilables aux fractures ont jalonné la vie sociale du pays.

 

Toutefois il convient de noter que le pays a connu une paix relative jusqu'en 1999 date du coup d'état même si les épisodes douloureux du temps colonial, les arrestations de 1963, de la crise du Sanwi, de la guerre en pays Guébié, du retour tumultueux au multipartisme, de l'arrestation des leaders de l'opposition et responsables syndicaux en 1992, du boycott actif des élections de 1995, de la gestion difficile de la succession du Président feu Félix Houphouët-Boigny ne peuvent être ignorés.

Ainsi donc le coup d'état du 24 décembre 1999 apparaît véritablement comme le point de départ de la grande fracture sociale en ce sens qu'il mettait fin pour la première fois en côte d'ivoire aux activités d'un gouvernement légalement établi et des institutions de la république. Le régime militaire issu du coup d'état à travers sa mauvaise gestion des résultats de l'élection présidentielle contribuera à la détérioration du climat politique.

Arrivé au pouvoir en octobre 2000 dans «les conditions calamiteuses» le Président Laurent Gbagbo va prendre de grandes initiatives pour rétablir la cohésion nationale. En témoignent les gouvernements d'ouverture successifs (27 octobre 2000 : Fpi, Pdci, Pit), janvier 2001 (Fpi, Pdci, Pit, Udpci) et août 2002 (Fpi, Pdci, Pit, Udpci, Rdr).

Par ailleurs, il organise un forum national pour la réconciliation nationale auquel participent tous les leaders dont les présidents Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara rentrés de France où ils étaient en exil, de même que le général Guéi robert retranché avant dans son village natal dans les montagnes de l'ouest après son échec électoral d'octobre 2000. Ce forum a formulé des recommandations pertinentes à même de «ressouder» la société ivoirienne.

Malheureusement l'attaque armée intervenue la nuit du 18 au 19 septembre 2002 viendra briser l'espoir suscité par cette amorce de stabilisation de la situation sociopolitique.

Ainsi au lendemain de l'attaque du 19 septembre 2002 la côte d'ivoire va être défigurée et divisée en deux zones : La zone centre -nord- ouest contrôlée par les rebelles et la zone gouvernementale. Cette guerre, représentera un traumatisme encore plus grand que le coup d'état de 1999 au regard des violences, des exactions, des meurtres et du nombre de victimes.

Les ivoiriens ont perdu confiance les uns dans les autres et se regardent alors désormais en chiens de faïence. Les accords successifs conclus à l'extérieur n'ont pas réussi à rétablir la paix. C'est alors que le président Laurent Gbagbo initie le dialogue direct avec le secrétaire général des forces nouvelles aboutissant à l'accord politique de Ouagadougou (Apo) le 04 mars 2007. Cet accord a défini une série d'étapes civilo-militaires comme gage d'une élection présidentielle apaisée.

A la vérité les aspects essentiels de cet accord n'ont pu être mis en oeuvre précipitant la côte d'ivoire dans des élections dont la gestion maladroite et contradictoire par les institutions nationales et internationales a conduit à l'affrontement militaire d'avril 2011. Cet affrontement s'est soldé par la victoire militaire de Alassane Ouattara aidé par les forces coalisées (France -Onuci-Frci) et l'arrestation du président Laurent Gbagbo, sa famille et ses collaborateurs.

Devenu président de la côte d'ivoire dans les conditions ci-dessus décrites, Alassane Ouattara prône la réconciliation et la lutte contre l'impunité. C'est alors que nous assistons depuis avril 2011 à la persécution des pro-Gbagbo (tueries et exécutions sommaires, vols, viols, confiscation de biens et patrimoine... action judiciaire unilatérale) on compte par centaine de milliers les exilés et déplacés intérieur. Pendant ce temps, le processus de réconciliation piétine et aucune visibilité n'est perceptible tant au niveau de la méthode que de l'action. Toutefois, le Fpi est convaincu que la réconciliation se justifie amplement. Il l'a démontré en 2001 en inspirant et en soutenant l'initiative du président Gbagbo pour organiser le forum national pour la réconciliation. Il ne cesse de déclarer par tout moyen (diplomatique, politique et communicationnel) sa disponibilité à prendre part à la réconciliation nationale prônée par les nouvelles autorités.

Le rétablissement de la paix, les conséquences graves et multiples de la crise sur la société ivoirienne, la détresse et les souffrances multidimensionnelles des populations, l'idéal d'un développement socio-économique et la cassure de la côte d'ivoire sont au moins des éléments suffisants non exhaustifs qui justifient la réconciliation nationale. Ce processus comportera des étapes et niveaux d'intervention, des méthodes et des approches impliquant toute la communauté nationale. Il s'agira en réalité de retrouvailles autour de l'arbre à palabre à l'africaine au cours desquelles chaque «famille» sera conduite par son «père ou chef spirituel ou inspirateur». Tous devraient être présents à commencer par le Président Laurent Gbagbo et tous les exilés. Il faut alors créer les conditions de ce rassemblement dont l'initiative appartient aux autorités. Des choix clairs et des priorités doivent être établis en toute sincérité : réconciliation et lutte contre l'impunité en concomitance, pardon et justice en concomitance et pour quelle priorité et quel résultat ?

Le Fpi ne croit pas à une réconciliation à la Nuremberg, ni à un oubli forcé. Il est adepte d'une approche méthodique basée sur une première sécurisation du processus de concertation à travers la manifestation d'une volonté des autorités publiques de rassembler tous les acteurs. À partir de ce gage de sécurité dont une amnistie générale n'est pas le moindre aspect, l'on est rassuré d'un processus non piégé et donc ouvert et crédible. Au demeurant, le Fpi prône une approche inclusive à travers une démarche emprunte d'humilité, de tolérance, d'acceptation et de considération mutuelles. La côte d'ivoire doit faire face à elle-même en interrogeant sa propre histoire sociopolitique pour trouver les racines de la crise contemporaine. Dès lors, aucun sujet ne doit être tabou et tout doit être abordé. À titre illustratif, il faudra passer en revue les éléments actuels et lointains qui ont pu s'accumuler pour créer les conditions d'une crise aussi grave que celle-ci.

 

À présent une chronologie succincte:

- Les évènements d'avant les années 50 et l'instrumentalisation de la diversité ethnique et des communautés par le pouvoir coloniale (ex : l'association des ressortissants de côte d'ivoire et les évènements de 1938) ;

- Les années 50 et la lutte pour l'émancipation avec la manipulation ethnique contre le Pdci, le nationalisme anti gouvernement fédéral, l'utilisation des leaders politiques non ivoiriens, la lutte pour le leadership dont les points culminant sont repris dans le rapport damas auxquels, il convient d'ajouter la mort de Biaka Boda ; frustrations et regroupement forcé des partis politiques.

- Les années 1960 avec les faux complots de Houphouët-Boigny dont certaines personnalités de la vie actuelle garde un amer souvenir. À cela s'ajoute la crise du Sanwi, la gestion approximative des problèmes de cohésion restés en suspens avant les indépendances et non élucidés par la suite.

- La décennie 1970, avec l'affaire Kragbé Gnangbé à Gagnoa. Arrêté par l'armée ivoirienne, il n'est jamais réapparu ; la répression des leaders syndicaux estudiantins et enseignants ; l'arrestation de jeunes officiers de l'armée ;

- La décennie 1980 caractérisée par la crise économique et l'avènement des premières mesures d'ajustements structurels que les ivoiriens ont dénommés "la conjoncture". La répression des mouvements sociaux, et exil de citoyens ivoiriens dont Laurent Gbagbo en France. Premières révoltes publiques de Félix Houphouët-Boigny contre le système de prévarication capitaliste avec "la crise du cacao".

- La décennie 1990 : la réinstauration du multipartisme dans des conditions tumultueuses et non acceptées de tous les acteurs ; la "loubardisation" du milieu estudiantin; l'accentuation de la crise économique et la surchauffe de la vie politique et syndicale dont les points forts sont l'arrestation de leaders politiques, syndicaux et de la société civile (février 1992), la mauvaise gestion de la succession de Félix Houphouët Boigny (décembre 1993), notamment le refus du premier ministre d'alors de l'application de la constitution ; le boycott actif des élections présidentielles par la coalition de l'opposition Fpi-Rdr suivi de plusieurs arrestations et condamnations et l'humiliation du chef d'état major (1995), le mandat d'arrêt international contre Alassane Ouattara avec l'emprisonnement de plusieurs cadres du Rdr (1998) et la déclaration à caractère ethnique, régionaliste et religieux du leader du Rdr à Paris (1999), le summum des évènements des années 1990 étant le coup d'état du Général Guéi (24 décembre 1999).

- La décennie 2000 se caractérise par l'éclatement au grand jour de la crise qui puise sa source dans un passé lointain et proche dont le cumul aboutit à la situation actuelle :


 2000 :

  • nouvelle constitution, nouveau code électoral ; profond désaccord sur les critères d'éligibilité à la présidence de la république;
  • élection et accession de Laurent Gbagbo à la présidence de la république malgré la tentative de confiscation du pouvoir par le général Guéi. Formation d'un premier gouvernement d'ouverture (Fpi, Pdci, Pit) ;
  • refus du Rdr de participer aux élections législatives et troubles de 2 jours à Abidjan (décembre 2000) ;


 2001 :

  • deuxième gouvernement d'ouverture (Fpi, Pdci, Udpci)
  • coup d'état manqué (8-9 janvier 2001)
  • organisation du forum pour la réconciliation nationale
  • élections municipales : le Rdr obtient la majorité des communes


 2002 :

  • élections (départementales) des conseils généraux le Fpi et le Pdci arrivent coude à coude tandis que le Rdr cantonnée en région nord n'obtient à peine que 15% des départements.
  • Gouvernement de très large ouverture avec la participation du Rdr (5 août 2002) ;
  • septembre 2002, tentative de coup d'état muée en rébellion et consacrant la partition du pays;


 2003 :

  • accord de Linas Marcoussis et formation d'un gouvernement de réconciliation national avec la présence des partis politiques et des mouvements rebelles signataires dudit accord suite à la désignation d'un premier ministre dit consensuel (Seydou Diarra) ;
  • déclaration officielle de fin de belligérance entre les Fds et les forces de la rébellion ;
  • installation de la "centrale", régie financière de la rébellion dans les zones Cno ;


 2004 :

  • tentative de marche à Abidjan de l'opposition alliée aux forces de la rébellion (G7) interdite et réprimée par le gouvernement (mars 2004) ;
  • tentative de libération des zones occupées par la rébellion (opération dignité novembre) ;
  • intervention de l'armée française (Force Licorne) qui attaque l'armée ivoirienne et massacre des jeunes patriotes aux mains nues ;


 2005 :

  • report de l'élection présidentielle avec prolongation du mandat du Président Gbagbo par le conseil constitutionnel conformément à la constitution ; la communauté internationale suit ;
  • Prolongation subséquente du mandat des députés ;
  • nomination du nouveau premier ministre (Charles Konan Banny) et d'un nouveau gouvernement de réconciliation.


 2006 :

  • tentative de dissolution de l'assemblée nationale par la communauté internationale (Gti) qui se heurte au soulèvement des ivoiriens ;
  • Lancement des audiences foraines et tentatives de révision unilatérale de la liste électorale occasionnant des affrontements meurtriers dans plusieurs localités;
  • crise des déchets toxiques : le Premier ministre présente sa démission et celui du gouvernement au Président de la république Laurent Gbagbo qui, séance tenante le reconduit. Après deux (02) semaines, le Premier ministre présente la liste de nouveaux ministres sans photo de famille avec le président de la république (une grande première dans l'histoire de notre nation !) ;
  • consultation générale des populations du pays par le président de la république concluant à la nécessité d'un dialogue direct avec la rébellion ;


 2007 :

  • Lancement du dialogue direct aboutissant à l'accord Politique de Ouagadougou (Apo) ;
  • mise en place d'un nouveau cadre institutionnel (Premier ministre et gouvernement) ;
  • organisation de la flamme de la paix à Bouaké ;


 2008-2009 :

  • Le pays retrouve un calme relatif permettant la mise en oeuvre d'une partie de l'Apo, la circulation des personnes sans beaucoup d'entrave, la réalisation de l'identification, du recensement et du contentieux électoral avec la distribution des rôles (Cei, conseil constitutionnel, Onuci, communauté internationale en particulier la France, les Usa et l'Ue) avec toutefois des entraves graves sur le volet militaire,
  • Visites des régions par le président de la république.


 2010 :

  • découverte de fraude organisée par le président de la Cei sur la liste électorale aboutissant à la dissolution de la Cei et du gouvernement ;
  • mise en place d'une Cei et d'un gouvernement remaniés ;
  • Pression de la communauté internationale pour l'organisation des élections alors que le désarmement (point majeur de l'accord politique de Ouagadougou) n'est pas réalisé ;
  • organisation de l'élection présidentielle débouchant sur des résultats contradictoires, le conseil constitutionnel (juge des élections) proclamant finalement la victoire de Laurent Gbagbo ;


 2011 :

  • L'union africaine préconise une médiation en nommant un haut représentant suite à la mission du panel des chefs d'état du conseil de paix et de sécurité qui reconnaissait la victoire de M. Ouattara ;
  • M. Ouattara déclenche l'affrontement militaire avec l'appui de la France et de l'Onuci ;
  • arrestation de Laurent Gbagbo et prise de pouvoir par m. Alassane Ouattara ;
  • Vastes mouvements de répression contre les personnes soupçonnées d'être "partisans de Gbagbo" (militaires, cadres, intellectuels, populations, etc.).


Ce survol chronologique rappelle que la crise actuelle est la résultante de plusieurs frustrations, et même des méprises sur l'évolution de la société ivoirienne. Des concepts ont été introduits dans le langage politique sans que l'on en mesure toujours les conséquences. Aussi à l'occasion des travaux de la commission dialogue vérité et réconciliation, il faudra s'appesantir sur des thèmes dont la compréhension purgerait les malentendus et favoriserait de ce fait la réconciliation. Ainsi au moins sept (07) groupes thématiques mériteraient d'être abordés en profondeur en se référant à l'histoire de leur avènement et aux compréhensions antagoniques qu'ils ont engendrées.

 

1- La nationalité ivoirienne avec pour corollaire la xénophobie, l'exclusion, l'ivoirité ;

2- La cohésion nationale comprenant l'intégration nationale, le régionalisme, le tribalisme, la religion et la cohabitation, le népotisme, etc.

3- La constitution, les lois et règlements et le respect des institutions de la république ;

4- L'état de droit, les droits humains, l'appareil judiciaire, la démocratie, le multipartisme et le mode de scrutin ;

5- La défense et la sécurité nationale : l'armée et la police ;

6- L'intégration sous-régionale et le droit d'établissement ;

7- Le problème foncier : foncier rural, urbain, droit de la femme et des jeunes sur la terre, le droit des étrangers et des allochtones sur les terres, etc.

 

Les thématiques (non exhaustives) évoquées ci-dessus devront être abordées sans langue de bois et faire l'objet d'une analyse rigoureuse dans une démarche toute méthodique du processus de mise en oeuvre de la réconciliation. S'il est de notoriété que la crise est d'ordre essentiellement politique liée à la prise et à la gestion du pouvoir d'état, retenons que plusieurs mécanismes plus ou moins lointains ont été actionnés pour assouvir ces ambitions politiques. C'est pourquoi le FPI préconise une grande attention dans les éléments relatifs à la période et aux acteurs à considérer, à la faisabilité, à la durée et au choix du type de réconciliation. Mais auparavant nous ne répéterons jamais assez, il y a lieu de créer les conditions idoines à la réussite de ce "grand rassemblement sous l'arbre à palabre à l'africaine".

Ainsi il conviendra de couvrir au moins la période de 1990 à 2011 pour mieux apprécier les fondements de la crise dont la phase post électorale 2010-2011 n'est que le point culminant d'un iceberg social et politique profond et lointain. Les acteurs sont à rassembler et à identifier dans la classe politique consensuelle certes, mais aussi dans toute la société nationale au titre duquel on ne saurait ignorer la société civile, les forces belligérantes (militaires, rébellion, etc.), les leaders religieux, les groupes sociaux, les ressortissants des pays frères et amis et les membres de la communauté internationale avec en tête la France. Pour une bonne conduite du processus de réconciliation, il faudra adopter des termes de références (Tdr) consensuels et transcrits par au moins un acte (décret) pour lui conférer une valeur dépassant le simple symbole et soustraire sa mise en oeuvre de tout folklore et amalgame entre cérémonie de réjouissance ou de retrouvailles et la réconciliation. Un tel acte réglementaire devra indiquer la durée assortie d'un chronogramme et d'indicateurs de performance acceptables et vérifiables pour tous.

En outre le processus en lui-même doit clairement établir la typologie des manquements à pardonner ou à absoudre par des mécanismes idoines à convenir. De là, des résolutions à caractères obligatoires seront formulées en vue d'un nouveau départ de la cohésion nationale et préparant les esprits à une bonne intégration sous-régionale. Afin de donner à la réconciliation les chances de réussite attendue, les autorités sont invitées à créer les conditions minimales de confiance en prenant une loi d'amnistie générale pour arrêter les poursuites judiciaires, libérer les biens confisqués, restaurer la libre circulation des personnes et des biens et garantir la sécurité par l'encasernement des forces militaires, favoriser le retour des exilés.

Au total, le Fpi s'inscrit pleinement dans la réconciliation préalable à la reconstruction et au développement. Ce référant à l'histoire de l'humanité, trois (03) modèles de réconciliation s'offrent à la côte d'ivoire :


  • le modèle de justice grecque du IVème siècle avant J-C, préconisant l'oubli pour ne pas ressusciter les maux et les blessures du passé ;
  • le tribunal de Nuremberg institué par les vainqueurs de la deuxième guerre mondiale qui retient une sanction imprescriptible pour les crimes contre l'humanité ;
  • la commission vérité et réconciliation inspirée par l'Afrique du sud qui construit une voie entre l'oubli et la vengeance.


Le Fpi privilégie la voie sud africaine car il est faux de croire que dans ce pays il y a un camp des victimes en face d'un autre, celui des bourreaux.

IV- Du jeu démocratique

S'il est indéniable que le Fpi est le fils des élections au regard de sa doctrine d'accession au pouvoir par les urnes, il n'en demeure pas moins très attaché aux conditions d'organisation du processus électoral. C'est d'ailleurs parce que le Fpi ne voit d'autre possibilité de prise de pouvoir qu'il fait du cadre organisationnel des élections sa grande priorité. Au demeurant, le Fpi est d'avis constant que la non participation à une élection laisse des traces mais il pense fortement à prendre part à un scrutin aux contours biaisés est le pire des risques démocratique à ne jamais tenter.

Au surplus, nous disons que c'est une grave erreur de gouvernance en ne créant pas les conditions de la pleine participation de tous les acteurs politiques au processus électoral. Cette participation de tous passe nécessairement, nous dirons même obligatoirement par l'assainissement du cadre organisationnel des élections. Car si le penseur affirme «qu'à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire» que vaudrait une élection gagnée d'avance par un groupement de partis politiques qui, par le refus obstiné d'un jeu transparent s'adjugeait une majorité aux ordres.

La nature a horreur du vide a-t-on coutume de dire. Dans un hémicycle composé uniquement de parts alliés, il n'est pas évident que l'harmonie projetée soit de mise. Bien au contraire les rivalités internes peuvent s'exacerber et fragiliser dangereusement la cohésion sociale de la nation. Une alliance politique quelle qu'elle soit n'est jamais définitive, elle est toujours conjoncturelle en fonction de l'opportunité du moment. L'histoire récente de notre pays nous en donne plusieurs exemples. Le pouvoir corrompt le détenteur et le pouvoir absolu corrompt absolument. Voilà ce qui fonde la nécessité de disposer d'une contradiction démocratique pour l'équilibre de la république. Dans le cas contraire c'est l'absolu avec pour corollaire l'abus et in fine, le chaos. Pour avoir subi les affres du parti unique mais surtout pour en avoir analysé les contradictions, le Fpi sait de quoi il parle. Évitons le recul démocratique de la côte d'ivoire en mettant en place un cadre organisationnel des élections acceptables pour tous.

Les prochaines élections devront être l'occasion de panser ou d'atténuer le traumatisme né de l'organisation chaotique de l'élection présidentielle d'octobre 2010. Elles devraient être, et nous le répétons parce que nous en sommes convaincus, la base durable d'une réconciliation nationale autour des institutions de la république et renforcer l'unité et la cohésion nationale. C'est un virage historique et exaltant à ne pas rater.

Aussi, le Fpi/Cnrd ne peut faire l'économie d'un certain nombre de préoccupation majeure assortie de suggestion forte à même d'assurer des élections acceptables pour tous et un environnement post électoral apaisé.

À cet effet, le Fpi/Cnrd se préoccupe du déséquilibre encombrant de la composition de la commission électorale indépendante (Cei) dont sur 31 membres 27 proviennent des partis du Rhdp. La tendance de dire qu'on ne change pas les règles de jeu en cours de partie s'apparente dangereusement à l'expression «le débat est clos» lancé par le Pdci en 1995 aux yeux de la coalition de l'opposition du front républicain (Fpi-Rdr). Dans la république le débat sur les conditions d'élection qui déterminent l'avenir de la communauté ne saurait jamais être «clos». Tout au contraire, seul le dialogue républicain permanent assure le bien individuel et collectif. La république n'est jamais un champ d'application des règles sportives encore qu'à chaque étape d'un tournoi sportif l'on procède à des ajustements du corps arbitral et chaque match est toujours précédé d'une réunion technique pour harmoniser les points de vue. Non ! La composition actuelle de la Cei est trop suspecte aux yeux du Fpi/Cnrd car à la vérité quelle est l'existence réelle «des Mpci, Mpigo, Mjp» fondus dans les forces nouvelles (Fn) et qui ont publiquement adhéré au Rhdp ?

La responsabilité des dirigeants et du chef de l'état en personne est de rassurer l'opposition, non à travers les déclarations d'intention mais en posant des actes qui convainquent. La composition de la Cei est un challenge qu'ensemble nous devons lever. Non moins important est le challenge portant sur le président de la Cei M. Youssouf Bakayoko dont la partialité, le parjure et la responsabilité sont patents et ne sauraient être occultés pendant l'élection présidentielle. Le président du conseil constitutionnel a bien été remplacé. Pour rassurer l'opposition de la crédibilité de la Cei, il faudra remplacer l'actuel président par une personnalité consensuelle, crédible et non partisane. La côte d'ivoire en dispose autant qu'on voudra car l'essentiel est de présenter les gages d'équité qu'à chaque acteur pour sa pleine participation aux élections. Que dire des notions de certification et de validation ?

Pour le Fpi/Cnrd il y a un besoin de clarification de ces notions, les responsabilités institutionnelles y afférentes et surtout du positionnement protocolaire des organismes chargés de chaque aspect. Cette préoccupation prend tous son sens dans les élections à venir au regard de la confusion enregistrée après l'élection présidentielle d'octobre 2010. La liste électorale recelait des points de désaccord qui n'ont pas été purgés avant l'élection présidentielle. Ce sont des points politiques et non techniques que la Cei n'a pas le droit de traiter en dehors de tout arrangement entre partis. Le faisant, la Cei et son président outrepassent leur mission et compromettent sciemment la sincérité des futures élections.

L'accès au media d'état est une donnée fondamentale de la démocratie en période électorale. C'est un sujet d'ordre stratégique qui a besoin d'être inscrit au chapitre des préoccupations tout comme les hypothèques qui pèsent aujourd'hui sur les journaux proches de l'opposition. Des préoccupations sus-évoqué découle les propositions du Fpi/Cnrd relatives au cadre organisationnel des élections :


-1) Révision de la composition de la Cei

Cette préoccupation tient son fondement de ce qu'après l'élection présidentielle, des leçons doivent être tirées de la nécessité d'un organe arbitral équilibré dans lequel chaque acteur a confiance. Le Fpi/Cnrd pense qu'il faut revisiter les données en retenant pour l'essentiel : l'équilibre et la confiance. Pour se faire, dans la mesure où l'échiquier politique national se gère entre deux blocs que sont le Rhdp et le Cnrd, la Cei doit être composée de quinze (15) membres pour chaque partie, le trente et unième membre devant être proposé par le président de la république.

-2) Changement du président de la Cei

Nous ne le répéterons jamais assez que l'enjeu est d'organiser des élections crédibles basées sur la confiance des acteurs au système arbitral. Le Fpi/Cnrd a fini de faire confiance à M.Youssouf Bakayoko. Il n'est plus à nos yeux un arbitre et même un juge crédible. Nous demandons des pourparlers pour désigner une personne acceptable par les deux parties. Car dans une compétition dès lors qu'un camp ne fait pas confiance à l'arbitre, il ne peut l'accepter. D'ailleurs même le processus judiciaire prévoit la récusation du juge de siège.

-3) Nécessité de clarification des notions de certification et de validation

Ces deux notions si elles ne sont pas bien comprises par les acteurs et surtout par les institutions dédiées sont susceptibles d'engendrer des équivoques regrettables. C'est pourquoi le Fpi/Cnrd demande une clarification par des définitions précises de ces notions à formuler dans un document de valeur règlementaire suite à un accord entre parti ; il est également suggérer de désigner les institutions chargées de ces aspects tout en établissant l'ordre protocolaire.

-4) La liste électorale

Comme indiqué plus haut, plusieurs points de discordes demeureraient sur la liste électorale notamment les personnes n'ont prises en compte en 2010 et les nouveaux majeurs. Pour ces points politiques le Fpi/Cnrd demande une réunion politique pour une décision consensuelle à laquelle la Cei doit se soumettre.

-5) Les découpages électoraux et les circonscriptions électorales

Le dernier découpage électoral date de 2000, au moment de la rédaction du nouveau code électorale adopté par référendum. Deux éléments avaient été pris en compte : la population et la superficie. Cette dernière étant fixe, il apparaît indiquer d'adapter le nombre de députés et la répartition de leur nombre dans les circonscriptions à l'évolution de la population sur la base de documents techniques fiables.

-6) L'accès aux médias d'Etat

Le Fpi/Cnrd suggère que cette préoccupation fasse l'objet de décisions consensuelles pour que les partis engagés dans la compétition aient un accès équilibré à ces organes publics.

-7) La date des élections législatives

Le Fpi/Cnrd face à l'importance des problèmes à réglés suggère que la date des élections soit repoussée d'au moins... par les autorités ivoiriennes. Toutes ces propositions sont pour nous fondamentales car gage de transparence et de crédibilité des futures élections. Il s'agit de redonner confiance à tous les acteurs et en particulier à l'opposition démocratique que représente le Fpi/Cnrd.

 

V- Chronogramme de mise en oeuvre

Une revue d'ensemble permet de classer les mesures demandées comme suit :


- Au titre de la sécurité

 

  • désarmement des Frci et encasernement des militaires
  • désarmement des dozos et regroupement dans leur ère culturelle
  • réhabilitation des policiers, gendarmes dans leur mission
  • réactivation de l'Apo
  • création de la nouvelle armée conformément à l'Apo
  • libération des domiciles des biens confisqués et dédommagement


- Au titre du cadre organisationnel des élections


  • révision de la composition de la Cei
  • changement du président de la Cei
  • clarification des notions de certification et de validation
  • redressement de la liste électorale
  • découpage électoral et circonscriptions électorales
  • conditions d'accès aux médias d'état
  • élections législatives


- Au titre de l'Etat de droit


  • Loi d'amnistie
  • Libération des détenus
  • retour des exilés
  • retour des déplacés
  • Financement des partis politiques sur les ressources publiques


Le chronogramme ci-après (voir en annexe) est suggéré à titre indicatif étant entendu que le délai de 15 décembre 2011 arrêté pour les législatives peut être prorogé de 30 à 45 jours.

 

CONCLUSION GENERALE

Après une décennie de crise militaro-politique pleine et entière la côte d'ivoire est face à son destin. De la lucidité dans les choix et dans l'établissement des priorités dépendra l'avenir de ce pays. La sagesse voudrait que l'on privilégie tout ce qui rassemble. Les élections à venir devrait constituer le premier grand test du «vivre ensemble» parce que la participation de tous découlera du degré de consensus autour de cette opération. Cela constituera un pas de géant.

Pour se faire la mise en confiance de tous les acteurs est une nécessité. Ceci suppose un environnement sécuritaire maîtrisé, un cadre organisationnel des élections consensuel et enfin le retour au calme avec le règne de l'état de droit.

Le Fpi/Cnrd estime que la responsabilité de cet apaisement général appartient en priorité au chef de l'état car c'est à l'aune des grandes décisions que l'on s'inscrit dans l'histoire immortelle. Il doit ouvrir le dialogue politique ici et maintenant. Nous sommes prêts à jouer notre partition car il faut à tout prix nous éloigner de la «République des vainqueurs, avec une armée des vainqueurs, un parlement des vainqueurs et in fine, une réconciliation des vainqueurs».


Fait à Abidjan, le 29 septembre 2011


FPI/CNRD

 

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DOCUMENT DU FPI-CNRD REMIS A OUATTARA

DE LA PRETENDUE SUSPENSION DE L'ASSEMBLEE NATIONALE DE COTE D'IVOIRE PAR ALASSANE OUATTARA



ASSEMBLEE NATIONALE IVOIRIENNE.gif

« Le mandat de l'actuelle législature a pris fin avec la chute de Laurent Gbagbo ». Alassane Ouattara répondait ainsi à l'Honorable Gaston Ouassénan Koné, Député, ancien Président du Groupe parlementaire PDCI, venu il y a quelques mois s'enquérir auprès de lui des indemnités des députés en souffrance depuis Mars 2011. Cette position d'Alassane Ouattara était officiellement confirmée quelques jours plus tard par le Porte-parole du gouvernement, le ministre Bruno Koné qui lançait à la presse que l'Assemblée Nationale était provisoirement suspendue. Trois faits au moins semblent confirmer cette position d'Alassane Ouattara : son refus en avril dernier de se rendre à l'Assemblée Nationale à l'invitation du président Mamadou Koulibaly pour s'adresser aux Députés de la 9ème législature à l'occasion de la séance solennelle d'ouverture de la première session ordinaire de l'année 2011; le non-paiement à ce jour des indemnités parlementaires d'avril à août 2011 ; la non- tenue de la première session ordinaire de l'année 2011, conformément à l'article 62 de la Constitution qui dispose : « Chaque année, l'Assemblée Nationale se réunit de plein droit en deux sessions ordinaires. La première session s'ouvre le dernier mercredi d'avril ; sa durée ne peut excéder trois mois. La deuxième session commence le premier mercredi d'octobre et prend fin le troisième vendredi de décembre ».

Mais tous ces faits et déclarations n'avaient pas un caractère véritablement officiel et l'on avait pensé qu'une normalisation interviendrait tôt ou tard avant les élections législatives, le temps pour Alassane Ouattara de prendre conscience de l'importance de l'Assemblée Nationale dans la vie de la Nation et des conséquences que l'absence de celle-ci pourrait entrainer. C'est peine perdue. En effet, le 25 septembre 2011, de retour de voyage aux Nations-Unies, Alassane Ouattara parlant du nouveau Parlement qu'il voulait mettre en place, a déclaré ceci : « il est essentiel que nous puissions mettre en place cette grande Institution qu'est le Parlement dont le mandat est venu à expiration depuis décembre 2005 ». C'est donc officiel, pour Alassane Ouattara, il n'y a plus d'Assemblée Nationale en Cote d'Ivoire.


En vérité, Alassane Ouattara et ses conseillers juridiques, encore une fois, abusent des ivoiriens. Ils sont dans le faux. C'est Ouassénan Koné qui a raison, le mandat de l'actuelle législature (la 9ème) court jusqu'à l'installation de la prochaine législature c'est à dire après les élections projetées. Il ne prend pas fin avant celles-ci (I). C'est à tort que Alassane Ouattara, qui n'a ni titre, ni qualité, ni pouvoir pour bloquer le fonctionnement de l'Assemblée nationale ait pourtant agi dans ce sens (II). L'absence de réaction vigoureuse des Députés et particulièrement du Président de cette Institution depuis le mois d'Avril à ce jour, s'apparente à une démission de fait des députés face à une grave violation de la Constitution, d'autant plus inacceptable qu'elle porte sérieusement atteinte à la séparation des pouvoirs et à la Représentation Nationale (III). Il faut se réjouir de voir le Président Mamadou Koulibaly, réagir ces derniers temps pour, enfin, s'inquiéter de la fin lamentable qu'Alassane Ouattara réserve à l'Institution parlementaire qui lui a été confiée.


I - LE MANDAT DE LA 9ème LEGISLATURE COURT JUSQU'A L'INSTALLATION DE LA PROCHAINE LEGISLATURE


La poursuite du mandat parlementaire en cours trouve son fondement d'abord dans l'article 59 de la Constitution, ensuite dans l'Avis no 2005-01CCSG du 15 décembre 2005 du Conseil Constitutionnel, le tout conforté par une pratique continue et acceptée par l'ensemble de la classe politique.

La pratique parlementaire et gouvernementale confirme et consolide la poursuite du mandat de la 9ème législature.


En effet, l'article 59 alinéa 1 de la Constitution fixe à 5 ans la durée normale du mandat parlementaire. Il précise même à l'alinéa 3 que le mandat se termine à la fin de la 2ème session ordinaire de la dernière année de son mandat. Il en ressort que c'est en décembre 2005 qu'aurait du prendre fin la 9ème législature. Or tout le monde aura constaté que l'Assemblée Nationale, passée cette échéance, a continué de fonctionner jusqu'en 2010, sans qu'aucun parti ni groupement ou responsable politique n'ait trouvé à redire. Les partis politiques et mouvements membres du RHDP qui avaient fort bruyamment contesté la poursuite du mandat du Président de la République au-delà d'octobre 2005 n'ont émis aucune protestation au cours de cette période contre la poursuite du mandat de la 9ème législature. Les Députés du RHDP ont continué de siéger aux cotés de ceux du FPI, de l'UDPCI, du PIT, du groupe Solidarité ainsi que du groupe Loyauté. Courant 2010 on s'en souvient, le Groupe parlementaire RHDP avait demandé la mise en place d'une commission d'enquête parlementaire à propos de l'affaire Désiré Tagro. De même, le gouvernement de son côté a continué durant toute cette période de travailler avec l'Assemblée Nationale comme prévu et organisé par la Constitution. Le fruit de cette collaboration institutionnelle est matérialisé par une quarantaine de lois votées par l'Assemblée Nationale au cours de la période 2005-2010 ( Voir Adresse à la Haute attention du peuple de Côte d'Ivoire du Président Mamadou Koulibaly, l'Inter du 29 septembre 2011).

Il ressort des faits qu'au-delà de la durée formelle du mandat parlementaire (5ans), l'Institution a fonctionné avec le sentiment, tant de ses membres que des autres institutions politiques, que cette pratique n'était pas contra legem , qu'elle était conforme à la Constitution. Mais cette intime conviction source d'une pratique politique notoire, continue, uniforme et incontestée repose sur un double fondement juridique : l'article 59 alinéa 4 de la Constitution et l'Avis no 2005-013 /CC/SG du 15 décembre 2005.

L'article 59 de la Constitution prescrit la continuité parlementaire 

Après avoir établi la durée du mandat parlementaire à 5 ans en son premier alinéa, l'article 59 en son alinéa 4 dispose que les « élections ont lieu 20 jours au moins et 50 jours au plus avant l'expiration des pouvoirs de l'Assemblée Nationale. ».


Deux observations s'imposent ici :

D'une part, le Constituant distingue la durée formelle du mandat (5 ans), de la durée matérielle, effective, qui elle n'intervient qu'avec l'expiration des pouvoirs de l'Assemblée Nationale, laquelle elle-même, dépend de l'organisation préalable d'élections destinées à renouveler le Parlement. Cette formule de fin de mandat n'est pas propre à la seule Assemblée Nationale, on la retrouve également à propos de la durée du mandat présidentiel fixée à 5 ans mais dont l'article 39 alinéa 1 de la constitution dispose que « les pouvoirs du Président de la République en exercice expirent à la date de la prise de fonction du Président élu, laquelle a lieu dès la prestation de serment ». Ce qui veut dire ici aussi, qu'il faut d'abord organiser des élections avant que n'intervienne la fin effective du mandat présidentiel en cours. 

D'autre part, le Constituant prévoit des élections de renouvellement du corps législatif, enfermées dans une double conditionnalité temporelle. Concernant le moment, elles doivent intervenir avant la fin des pouvoirs. Concernant le délai, elles doivent être organisées entre 20 et 50 jours.


Il faut voir que c'est l'organisation des élections qui donne leur sens à la notion de souveraineté nationale et à la durée du mandat prescrite par la Constitution. L'élection, c'est l'acte périodique par lequel le peuple souverain désigne ceux qui auront qualité pour le représenter et exprimer sa volonté.


Il apparait ainsi que la fin du mandat parlementaire, ne va pas sans la condition de l'organisation des élections en vue du renouvellement du corps législatif.


L'usage du mot « avant » indique clairement que ces élections sont une nécessité pour sanctionner la fin du mandat en cours mais aussi et surtout un préalable à celle-ci, préalable dont le sens et la portée ne s'éclairent que par le souci du constituant d'éviter à la fois un vide parlementaire ( la non représentation du peuple souverain conformément à l'article 32 alinéa 1 « le peuple exerce sa souveraineté par la voie du referendum et par ses représentants élus »), et un vide juridique( l'absence de l'Assemblée nationale ,organe institutionnel chargé de faire les lois de la République). Peut-on imaginer un seul instant que le pouvoir judiciaire soit suspendu par l'exécutif ? Que l'ensemble du système judiciaire soit interdit d'exister ou empêché de fonctionner pour rendre la justice ?


Enfin, il s'agit pour le constituant d'éviter un vide parlementaire ou juridique qui porterait immanquablement atteinte au principe de l'existence, de la séparation et de l'équilibre des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, tel que prévu et organisé par la Constitution du 1er Août 2000 dans son Préambule et aux Titres II, III , IV, V, VI, VII, VIII, IX, XIV. La continuité parlementaire et par conséquent la continuité de l'actuelle législature se déclinent aussi du principe de la séparation et de l'équilibre des pouvoirs, un principe inscrit dans le préambule de la Constitution et donc de valeur constitutionnelle. C'est d'ailleurs dans ce sens que s'est prononcé le Conseil Constitutionnel formellement saisi à propos de la prolongation du mandat de la 9ème législature.


L'avis n° 2005-013/CC/SG du 15 décembre 2005 autorise la prolongation du mandat de l'actuelle législature


A suffisance, la mauvaise foi politique et juridique a caractérisé le (faux) débat lancé fin 2005 par le RHDP, exigeant la fin obligatoire en octobre 2005 du mandat du Président Laurent GBAGBO, malgré la crise militaro-politique qui a fait obstacle à l'organisation à cette époque de l'élection présidentielle. En vue de clore ce débat qui touchait également les Députés, le Président de la République a tenu à s'assurer, en sa qualité de garant du respect de la Constitution, de la conformité de la poursuite de la 9ème législature à celle-ci. C'est dans ce contexte et dans ce cadre qu'il a saisi le Conseil Constitutionnel d'une demande d'Avis à l'effet de savoir « si le défaut d'élection dû à la situation de crise que connaît la Côte d'Ivoire, entrainait la dissolution et la fin des pouvoirs de l'Assemblée Nationale ? ».


Dans son Avis précité du 15 décembre 2005, le Conseil Constitutionnel a apporté une réponse claire et négative qu'il importe de rappeler.


Le Conseil constate d'abord, « que l'atteinte portée à l'intégrité du territoire depuis le 19 septembre 2002 n'a pas permis la tenue d'élection dans les délais constitutionnels ». Puis il poursuit aussitôt par un considérant mémorable : « ...considérant cependant, qu'à défaut d'élections dans les délais constitutionnels, les pouvoirs de l'Assemblée Nationale ne peuvent prendre fin sans porter atteinte à des principes et des règles de valeur constitutionnelle à savoir :

- la séparation et l'équilibre des pouvoirs exécutif et législatif, la cessation des fonctions de l'Assemblée Nationale pouvant rompre l'équilibre ;
- la continuité de la vie de la Nation, qui implique le maintien du Parlement.
- La mise en œuvre de l'article 48 de la constitution au terme duquel l'Assemblée nationale se réunit de plein droit et ce aux fins de contrôle des mesures exceptionnelles pouvant être prises par le Président de la République.

De ce qui précède, le Conseil Constitutionnel tire la conclusion que « l'Assemblée Nationale demeure en fonction et conserve ses pouvoirs ».


Faut-t-il rappeler qu'aux termes de l'article 88 de la Constitution, c'est au Conseil constitutionnel et à lui seul que revient la compétence de régulation du fonctionnement des pouvoirs publics. Si l'article 34 de la Constitution donne au Président de la République mission de « veiller au respect de la Constitution », en revanche en ce qui touche le fonctionnement des Institutions de la République, ses attributions au titre de l'article 48 de la Constitution qui du reste sont exceptionnelles, ne concernent nullement leur régulation mais plutôt la prise de mesures exceptionnelles en vue d'assurer leur fonctionnement régulier dans l'hypothèse ou celui-ci serait « gravement menacé ou interrompu » . Par ailleurs il aurait été paradoxal, vue la nature présidentielle du régime ivoirien, qui postule une stricte séparation des pouvoirs politiques, exécutif et législatif, de confier à l'un, la compétence de réguler le fonctionnement de l'autre, sans affecter ce principe et sans détruire l'équilibre constitutionnel et politique institué à dessein. Sous cet angle, les mesures prises par Alassane Ouattara et qui ont pour effet ou pour conséquence d'empecher le fonctionnement de l'Assemblée nationale sont manifestement anticonstitutionnelles.


Mais elle l'est encore plus, d'autant qu'elle méconnait l'Avis du 15 décembre 2005, rendu par l'Autorité habilitée à réguler le fonctionnement des pouvoirs publics. Or, l'Avis du 15 décembre 2005 disposant que « l'Assemblée Nationale n'est pas dissoute, elle demeure en fonction », s'impose sans discussion à Alassane Ouattara. Il s'impose parce que aucune autre Autorité n'est habilitée à donner un autre Avis sur la question.


Ainsi Alassane Ouattara n'a pas compétence pour mettre fin au fonctionnement de l'Assemblée nationale ni pour la suspendre ; mieux il est même tenu, au regard, tant de l'article 98 que de l'article 48 de la Constitution, d'assurer par tous les moyens, y compris par des mesures de caractère exceptionnel, le fonctionnement régulier de l'institution parlementaire. Il ne saurait dans ces conditions constituer un obstacle au fonctionnement de l'institution parlementaire sans se rendre coupable de violation manifeste et délibérée de la Constitution.


II - SUSPENSION OU EMPECHEMENT DE l'ASSEMBLEE NATIONALE DE FONCTIONNER ?


Alassane Ouattara en vérité n'a pris aucun acte formel de dissolution, ni de suspension de l'Assemblée nationale, cependant le résultat à l'arrivée est le même : celle-ci ne fonctionne pas depuis le 11 avril 2011, aucune réunion officielle ni même officieuse, n'a été tenue! La première session ordinaire 2011 qui devrait s'ouvrir le dernier mercredi du mois d'avril n'a jamais eu lieu.


Dans les faits il y a blocage, il y a empêchement de l'Assemblée nationale de fonctionner du fait de certains actes posés par Alassane Ouattara :

- Il y a d'abord les déclarations affirmant la fin du mandat des Députés de la 9ème législature. Lancées officiellement dans le contexte socio-politico-militaire actuel, caractérisé par une insécurité généralisée, de tels messages sont de nature à tempérer fortement les ardeurs des représentants du Peuple. 
- La non allocation d'un budget de fonctionnement à l'Assemblée nationale. Sans moyens financiers comment l'institution pourrait-elle faire face aux dépenses courantes que sont le salaire du personnel, les indemnités parlementaires, le fonctionnement de l'administration... ?
- Le refus du versement de leurs arriérés d'indemnités aux députés de la 9ème législature, malgré l'insistance de ceux-ci auprès de AO . Le silence par lui adopté sur cette question ne peut être interprété autrement que dans ce sens ; 
- L'arrestation et la détention de nombreux Députés en dépit de leurs immunités qui traduit de la part d'Alassane Ouattara un mépris manifeste de l'institution parlementaire, de son « essence souveraine », de ses principes et règles fondamentaux. Cette violation flagrante de la Constitution a pour conséquence directe d'empêcher des députés de siéger et pour conséquence indirecte, de dissuader les députés non arrêtés mais craignant pour leur liberté, tant de parole que d'aller et de venir, de participer aux sessions parlementaires, dans la mesure ou « la couverture immunitaire statutaire » que leur garantissait les articles 67 et 68 de la Constitution a été rendue inopérante par Alassane Ouattara.

Et pourtant la Constitution fait obligation à Alassane Ouattara, sauf si elle est suspendue en droit ou en fait, de ne pas bloquer mais d'assurer le fonctionnement régulier des institutions y compris l'Assemblée Nationale qui vote le budget de l'Etat (article 48 précité).


En effet, notre régime constitutionnel est de type présidentiel et se présente donc comme un régime de séparation rigide et équilibré des pouvoirs. Dans un tel régime le Président de la République ne peut ni dissoudre ni suspendre l'Assemblée nationale et à fortiori bloquer son fonctionnement. A l'inverse, la responsabilité politique du Président de la République et de son Gouvernement ne peut être engagée devant l'Assemblée Nationale.


A la vérité, affirmer que l'Assemblée Nationale est suspendue relève à notre sens d'une grave méconnaissance du rôle et des missions de cette institution dans le fonctionnement de l'Etat. En effet, la Constitution confie à l'Assemblée Nationale des missions propres qu'elle exécute seule, et des missions qu'elle exécute en liaison obligatoire avec le Président de la République, mais toutes ces missions s'inscrivent dans le principe de la continuité de l'Etat.


MISSIONS PROPRES DEVOLUES A L'ASSEMBLEE NATIONALE


Au titre des fonctions propres, Les fonctions législatives et le vote du budget sont certainement les mieux connues. Ce sont des attributions propres et permanentes que nul ne peut confisquer ni exercer en ses lieux et place, pas même le Président de la République, du fait du principe de la séparation des pouvoirs. L'adoption du budget par voie d'ordonnance suite à une habilitation formelle de l'Assemblée Nationale est une exception qui ne saurait être érigée en une règle de gouvernement sauf bien sur s'il s'agit d'un régime d'exception.


Outre ces deux fonctions, d'autres sont prévues dont l'importance n'est pas des moindres.

Aux termes de l'article 32 de la Constitution, les députés sont des représentants du Peuple souverain, élus comme tels, avec pour mission d'exprimer sa volonté dans le temps de leur mandat. Seul le Peuple qui l'a mandaté peut mettre fin au mandat du Député, à l'exclusion du Président de la République qui n'est rien d'autre qu'un autre élu mandaté aussi par le même Peuple. En déclarant la fin de l'Assemblée Nationale, Alassane Ouattara se rend-t-il compte qu'il s'arroge le droit de mettre fin au mandat des Députés qu'il na pas désignés, en lieu et place de leur mandant qui est le Peuple de Côte d'Ivoire ? Pense-t-il être égal ou supérieur au Peuple de Côte d'Ivoire au point d'ignorer la souveraineté et la volonté de celui-ci ?
L'Assemblée nationale est par ailleurs chargée d'une mission de contrôle de l'action gouvernementale, même si la responsabilité politique de l'exécutif ne peut être mise en cause. C'est le sens des moyens d'information prévus par l'article 82 de la Constitution que sont les questions orales et écrites et les commissions d'enquête parlementaires. Qui assurera un tel contrôle sur le Gouvernement en l'absence de l'Assemblée nationale ? 
L'Assemblée Nationale est également chargée de surveiller le Président de la République agissant es qualité dans le cadre de l'article 48 de la Constitution qui confère à celui-ci des pouvoirs exceptionnels. De même, l'Assemblée Nationale joue un rôle déterminant en cas de crime de haute trahison du Président de la République, la responsabilité pénale de ce dernier pouvant être engagée. Aucune autre Institution en dehors de l'Assemblée Nationale ne peut assumer de telles fonctions.

L'Assemblée Nationale est chargée de la protection des Députés, en s'assurant du respect des immunités parlementaires tant pendant les sessions qu'en dehors des sessions. Comment une telle obligation pourra-t-elle etre assurée en son absence ?


Le Président de l'Assemblée Nationale assure l'intérim de la Présidence de la République en cas de vacance du pouvoir (article 40 de la Constitution). En l'absence du Parlement comment réglerait-on la question du vide juridique qu'entrainerait une éventuelle vacance du pouvoir ?

L'Assemblée Nationale est enfin chargée, tout comme le Président de la République, de protéger la Constitution par le déferrement au Conseil constitutionnel, des engagements internationaux visés à l'article 84 avant leur ratification, ainsi que des lois avant leur promulgation. Comment désormais assurer efficacement cette fonction protectrice de la loi fondamentale en l'absence de l'Assemblée nationale ?

ATTRIBUTIONS DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE IMPLIQUANT OBLIGATOIREMENT L'ASSEMBLEE NATIONALE.


Il en va ainsi en matière de référendum ou le Président de la République est tenu de consulter le Bureau de l'Assemblée nationale (article 43 alinéa 1). Toute déclaration de guerre, doit être autorisée par l'Assemblée nationale (article 73) de même que la prorogation de l'état de siège au-delà de 15 jours requiert également son autorisation (article 74 alinéa 2). Il y a enfin la procédure budgétaire telle qu'organisée par l'article 80 de la Constitution. Si l'éventualité d'un référendum, d'une déclaration de guerre ou d'un état de siège n'est qu'hypothétique, en revanche s'agissant du budget nous sommes dans l'actualité récente. Le budget actuel a été adopté par voie d'ordonnance sans aucune habilitation parlementaire préalable ainsi que l'exige l'article 75 alinéas 1,2 et 3. Nous sommes ici dans un cas de violation flagrante de la Constitution.


Ce qui précède montre bien la complexité de la fonction parlementaire qui ne saurait être réduite à la seule fonction de voter la loi. Suspendre l'Assemblée Nationale reviendrait par conséquent à paralyser le Gouvernement et l'Etat dans la gestion du pays, sauf bien sûr si le Président décide de gouverner par voie d'ordonnances. Mais, alors nous serions dans l'hypothèse d'un coup d'Etat qui ne dirait pas son nom.


A l'évidence, le régime instauré par Alassane Ouattara est un régime d'exception dans lequel les violations quotidiennes délibérées de la Constitution loin d'être le fruit de l'ignorance participent d'une politique délibérée pour atteindre des objectifs politiques majeurs. S'agissant du cas particulier de l'Assemblée nationale, les motivations et les objectifs n'échappent à personne.


POURQUOI Alassane Ouattara A-T-IL BLOQUE LE FONCTIONNEMENT DE L'ASSEMBLEE NATIONALE ?


Les blocages contre le fonctionnement de l'Assemblée ne sont pas fortuits mais bien pensés et pour cause. En empêchant le parlement de fonctionner, Alassane Ouattara escompte les gains suivants :

-Tout d'abord Alassane Ouattara manœuvre dans le but d'être la seule institution politique active dans le jeu politique. Gouvernant alors par ordonnances du fait de l'absence du Parlement du champ politique, il peut agir en « dictateur constitutionnel » tant dans le domaine du règlement que dans celui de la loi. Actuellement, le train de mesures prises par voie d'ordonnances, c'est-à-dire dans le domaine de la loi qui relève normalement de l'Assemblée Nationale, en sont la preuve : l'ordonnance portant découpage des circonscriptions électorales ; l'ordonnance sur les collectivités territoriales... 
- En l'absence du Parlement, il est débarrassé du contrepoids politique qu'il constitue et se trouve dégagé de tout contrôle parlementaire sur l'action gouvernementale tel qu'institué par l'article 82 précité. Ainsi son Gouvernement n'aura-t-il pas à se justifier pour les hauts faits d'armes des FRCI qui émaillent hélas le triste quotidien des ivoiriens. Tout comme il n'aura pas à s'expliquer sur son engagement précipité dans des accords de défense avec la France.
- En l'absence du parlement il peut continuer de garder en détention le Président Laurent Gbagbo, les membres de son Gouvernement ainsi que des députés, notamment Simone Gbagbo, Présidente du Groupe parlementaire FPI, malgré les immunités fonctionnelles qui les couvrent, sans être interpelé par l'Assemblée nationale ou son Bureau, sur cette grave et manifeste violation de la Constitution.

I
II - SAUVER L'ASSEMBLEE NATIONALE, DE LA FIN PREMATUREE PROGRAMMEE PAR Alassane Ouattara : UN DEFI MAJEUR A RELEVER POUR LA SURVIE DE LA REPUBLIQUE, DE LA DEMOCRATIE ET DE LA LEGALITE CONSTITUTIONNELLE

Au regard de la Constitution, Alassane Ouattara ne peut pas suspendre l'Assemblée Nationale, cela ne souffre d'aucune discussion. Il n'a pas compétence pour le faire et l'on serait bien curieux d'être instruit de la disposition constitutionnelle qui lui confère un tel pouvoir exorbitant mais surtout de l'acte pris pour décider d'une telle suspension.


L'argument tiré des élections législatives projetées pour « décembre 2011 », pour justifier la suspension de la 9ème Législature ne peut nullement prospérer, il est même dangereux pour notre système politique qui s'en trouverait profondément modifié et affecté dans sa nature de régime présidentiel. Cela reviendrait à établir une prééminence du pouvoir exécutif sur le pouvoir législatif dans la mesure où le premier peut mettre fin à l'existence du second sans possibilité pour le second d'abréger le mandat du premier. Cela est contraire à la lettre et à l'esprit de notre Constitution qui institue une séparation équilibrée des deux pouvoirs. Ensuite accepter un tel argument c'est accepter l'instabilité parlementaire subséquente à de tels aménagements dictés par des considérations essentiellement circonstancielles. Enfin, on ne voit pas pourquoi la simple annonce d'une élection dont la date est susceptible de modification, devrait mettre fin au mandat de l'Assemblée Nationale, nonobstant les dispositions pertinentes de la Constitution et l'Avis du Conseil Constitutionnel du 15 décembre 2005. En Côte d'Ivoire, les élections présidentielles prévues pour 2005 ont finalement eu lieu en 2010 et le contexte reste le même, il n'a pas fondamentalement changé, bien au contraire.


Bien entendu les déclarations multiples d'Alassane Ouattara et de ses collaborateurs pour marteler que le mandat parlementaire a pris fin depuis 2005, de même que diverses mesures prises pour empêcher le fonctionnement de l'Assemblée nationale telles que la confiscation du budget du Parlement et le non- paiement des députés et des fonctionnaires de l'institution, ne sont pas en soi des actes formels de suspension. Ils sont tout simplement des obstacles destinés à décourager la reprise des activités parlementaires ou à donner prétexte à ceux qui ne souhaitent pas voir le Parlement revivre, d'en sonner le glas.


Mais ces déclarations et ces obstacles n'empêchent pas la convocation de la deuxième session ordinaire du Parlement dans les formes prévues par la Constitution en son article 62 alinéa 3. Il n'est pas inutile à ce stade de reprendre une disposition de la Constitution de la IIème République française (Constitution du 4 novembre 1848, article 68) dont la pertinence pour notre propos est notable : « ...Toute mesure par laquelle le Président de la République dissout l'Assemblée Nationale, la proroge ou met obstacle à l'exercice de son mandat est un crime de haute trahison. ».

Oui, si AO s'oppose au fonctionnement de l'Assemblée nationale et s'il pose des actes matériels pour concrétiser un tel projet au lieu d'agir pour en faciliter le fonctionnement, devoir républicain auquel l'invitent les articles 34 et 48 de la Constitution, alors il aura trahi le serment qu'il a prêté conformément à l'article 39 : « ...je jure solennellement et sur l'honneur de respecter et de défendre fidèlement la Constitution.... Que le Peuple me retire sa confiance et que je subisse la rigueur des lois, si je trahis mon serment ».

C'est le lieu de rappeler au professeur Mamadou Koulibaly , que ce n'est pas à Alassane Ouattara qu'il revient légalement de convoquer l'Assemblée nationale en sessions ordinaires ou de donner son accord , mais plutôt au Président de l'Assemblée Nationale qu'il continue de demeurer en vertu de l'article 59 alinéa 3 et de l'Avis du Conseil Constitutionnel du 15 décembre 2005 , car les sessions sont de plein droit (article 52), elles ont un caractère statutaire et ne requièrent en aucun cas l'autorisation de Alassane Ouattara.


Le Président de l'Assemblée Nationale, le Bureau, Les responsables des Groupes parlementaires et l'ensemble des députés doivent agir dans l'urgence afin que se tienne la deuxième session ordinaire qui normalement doit s'ouvrir le 5 octobre 2011.


La convocation de cette session qui rentre dans l'ordre normal des choses, aurait pour effet positif de repositionner l'Assemblée nationale dans la vie de l'Etat en cette étape cruciale de l'histoire de notre pays, de lui permettre de jouer le rôle qui est normalement le sien dans un Etat de démocratie soucieux des droits et libertés des citoyens et du respect des lois. Elle permettra aussi et surtout d'éviter à la Côte d'Ivoire le dangereux précédent de voir dans notre régime politique de type présidentiel, régime de séparation stricte et équilibré des pouvoirs, l'Assemblée Nationale suspendue par les simples déclarations du Chef de l'exécutif.


KOUDJA KOUASSI JEAN-NOEL, Docteur en Droit, Politologue.


Source : LA COTE D'IVOIRE DEBOUT

samedi, 01 octobre 2011

CHARLES KONAN BANNY EST-IL PROPHETE?

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« Aucune victoire par la force ne peut être tenue pour définitive car le vaincu d’aujourd’hui fourbira ses armes dans l’espoir de devenir le vainqueur de demain ».

 

Dixit Charles Konan Banny, à l'investiture de la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation, le mercredi 28 septembre 2011, à Yamoussoukro.

 

Est-ce une prophétie ? Wait and see !

 

Comme dit si bien mon ami Alexis G. : « C’est un terrible aveu. Il faut comprendre par cette phrase que Banny considère que Ouattara est arrivé au pouvoir par la force et qu’il jouit d’une victoire précaire ».

 

L'Histoire nous situera!

vendredi, 30 septembre 2011

MALGRE LES PERSECUTIONS: LE FPI RESTE INCONTOURNABLE

 

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Malgré sa volonté affichée de diriger la Côte d'Ivoire d'une main de fer en brisant l'opposition, le pouvoir Ouattara n'a pas d'autre choix que d'entamer des discussions avec Le Front populaire ivoirien (Fpi). La preuve que ce parti reste la première force politique du pays.


Vous n'avez pas rêvé. Miaka Oureto et ses camarades étaient bel et bien au palais présidentiel hier, pour des échanges-vérités avec l'actuel occupant des lieux. 5 mois, après l'arrestation puis la détention arbitraire de Laurent Gbagbo, le pouvoir se résout à entamer des discussions avec le fer de lance de l'opposition ivoirienne.

Un scénario sur lequel personne n'aurait parié, le 11 avril 2011. Et pourtant, l'homme du moment a dû se plier à cette implacable «exigence démocratique». Dialoguer avec l'adversaire. La rencontre historique d'hier constitue sans équivoque la preuve qu'en dépit de sa volonté affichée de diriger la Côte d'Ivoire d'une main de fer en brisant l'opposition, le pouvoir Ouattara n'a pas d'autre choix que d'entamer des pourparlers avec le parti fondé par Laurent Gbagbo. Mais, en fait, le Fpi s'impose au nouveau régime comme une force politique incontournable et majoritaire. La première du pays, avec La majorité présidentielle (Lmp), qui a permis à Laurent Gbagbo de gagner l'élection présidentiel de novembre 2010, avant d'être spolié de sa victoire suite au complot international. De bonnes sources, il est établi que Ouattara n'avait pas en projet de dialoguer avec le parti de celui qu'il considère, non pas comme un adversaire politique, mais comme un ennemi qu'il faut humilier et éliminer par tous les moyens. Le mentor du Rdr et la rébellion ont d'abord compté sur la menace, l'intimidation, la violence, les exactions et la persécution. Le locataire du palais, nous dit-on, entendait venir à bout du Fpi et de l'opposition par la terreur.

Mais l'homme, après avoir manœuvré en vain, a bien été obligé de descendre de son piédestal pour rencontrer la direction de ce parti. Voici que le pouvoir est acculé sur le terrain de la démocratie, le terrain de prédilection de Laurent Gbagbo. Qu'importe qu'il tende à ses interlocuteurs une oreille agacée. Ouattara est contraint d'écouter ses adversaires parler, de vive voix, des sujets qu'il ne veut pas entendre évoquer. Ce sont les vérités du Fpi au pouvoir "dictatorial" de Ouattara qui ne mise que sur la force. Il s'agit de la libération de Laurent Gbagbo et des siens, de l'arrêt des poursuites engagées contre eux et de la traque des cadres et militants Lmp, de la levée des sanctions injustes qui les frappent, de l'ouverture du jeu démocratique, entre autres points. Des conditions indispensables à une réconciliation vraie et à des élections législatives crédibles, telles que voulues par les bailleurs de fonds. 

Ouattara acculé

En fait, Ouattara qui fait le dur apprentissage de la démocratie, n'a pas d'alternative. Ici, la force n'étant pas à l'ordre du jour, il est acculé sur plusieurs points. La Banque mondiale et le Fmi ont exigé qu'il organise des législatives démocratiques et crédibles, c'est-à-dire libres, transparentes, ouvertes à tous..., s'il veut recevoir quelques «gouttes» de milliard. Or, des législatives sans la principale force politique du pays, celle qui a permis à Laurent Gbagbo de gagner la présidentielle 2010 avec 52% des voix, n'aurait vraiment aucun sens.

Hélas, nous convenons que les réalités du moment ne sont pas propices à un scrutin législatif ouvert à l'opposition. Du coup, Ouattara se trouve dans l'obligation de discuter, bien malgré lui, des conditions posées par le Fpi. Par ailleurs, les capitales européennes viennent d'infliger Ouattara un revers cinglant sur le plan diplomatique. Il n'est plus le chouchou de la communauté internationale. Son mandat d'arrêt international contre les proches du Président Laurent Gbagbo a été rejeté du revers de la main par ses alliés qui ont jeté le document à la poubelle. Ce qui signifie que son projet d'envoyer Laurent Gbagbo devant la Cour pénale internationale (Cpi) a très peu de chance d'aboutir. D'autant plus qu'à travers le monde entier, des voix de grande dimension comme Desmond Tutu, l'archevêque anglican Sud-Africain, qui a dirigé la commission vérité et réconciliation en Afrique du Sud, s'élèvent pour demander la libération du président Gbagbo. Ce qui met Ouattara dans une position inconfortable.

Car on ne comprend pas qu'il s'acharne à poursuivre, à emprisonner, à torturer, à humilier et à persécuter ceux avec qui il prétend vouloir faire la paix. Se conduire ainsi, c'est donner la preuve qu'on est un ennemi de la paix qui ne tient pas vraiment à la réconciliation. Une telle image gêne terriblement le nouvel occupant du palais, au moment où les choses sont mal engagées pour son parrain, le président Nicolas Sarkozy en difficulté devant la gauche socialiste, à quelques mois de la présidentielle en France. De plus, l'homme qu'il a choisi pour diriger la Commission dialogue, vérité et réconciliation (Cdvr), Charles Konan Banny, son «collègue» ex-gouverneur de la Bceao et ex-Premier ministre, vient d'être investi à Yamoussoukro, en qualité de président de ladite commission. Ouattara est donc tenu de donner un «signal fort» dans le sens de la réconciliation. Même si cela doit le conduire à faire des choses qu'il ne voulait pas au départ. 

Ne dit-on pas que la faim chasse le loup hors du bois ? Il faut seulement espérer que le mentor du Rdr retrouve le bon sens pour comprendre qu'il ne peut pas diriger seul la Côte d'Ivoire par l'instauration un autoritarisme kaki, en écartant les partisans de Laurent Gbagbo. Il ne fera que continuer à enfoncer ce pays. Jusqu'à ce que, à la fin de son règne, son nom soit inscrit dans les annales comme la page la plus noire de l'histoire de la Côte d'Ivoire.


K. Kouassi Maurice

 

Source : LE TEMPS

J'AI FAIT LE REVE D'UNE GRANDE COTE D'IVOIRE ET D'UN GRAND PRESIDENT



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Les turpitudes de la vie politique ivoirienne de cette dernière décennie auront réussi le tour de force de nous plonger, nous, Ivoiriens bons vivants pleins d'humour, dans une mélancolie, une torpeur et une léthargie d'après-guerre qui nous consument lentement mais sûrement. Au point de nous donner la nostalgie de ses beaux jours du temps passé où il faisait bon vivre en Côte d'Ivoire (même en temps de crise) et où notre pays faisait l'objet de toutes les envies.

Sortie tout droit d'un cauchemar, la réalité actuelle sur cette belle terre éburnéenne n'incline guère plus à la joie, à la sérénité et à l'espoir d'une cohésion sociale sans hypocrisie. Les sourires et les regards ne sont plus francs, les belles amitiés d'il y a quelques temps se retrouvent empruntées dans leurs nouveaux épanchements ; même les liens familiaux en sont arrivés à se distendre, la jovialité s'est figée dans du plâtre et n'est plus que sa propre ombre et les cœurs, plus que jamais amers. La prise de parole libre et publique devient un exercice d'un péril certain. Chaque mot doit être pesé, chaque pas, mesuré. Pour chaque « dérapage », vous pouvez en répondre de votre vie ou, au meilleur des cas, de votre journal. CNP oblige !

La sécurité ? S'en remettre à la grâce de DIEU. Car ceux dont elle constitue la principale attribution en sont devenus la principale menace. On ne sait par quelle prestidigitation abracadabrantesque. En Côte d'Ivoire, désormais, l'insécurité est, à titre principal, le fait des FRCI, nos bien-aimés « sauveurs ». Peut-on envisager pire tableau ? L'actualité nous renseigne largement sur cette réalité désormais toute ivoirienne. Les tueries de Ziriglo, dans la Sous-préfecture de Taï, menées par les FRCI, en expédition punitive contre une population sans défense et excédée, qui a protesté contre le fait d'être régulièrement l'objet du racket, des injustices, des exactions et de l'insécurité entretenus par les nouveaux occupants de leur village, en est un exemple patent. A titre de parole de consolation et de commisération, le ministre délégué à la défense Paul Koffi Koffi, n'a rien trouvé d'autre à leur dire que ces propos totalement irréels : « Nous enverrons plus de FRCI pour assurer votre sécurité. Ils vont s'installer ici pour longtemps. Que vous le vouliez ou pas, vous êtes obligés de les accepter. Celui qui ne veut pas des FRCI, qu'il change de pays et aille vivre ailleurs ». Paroles d'un ministre de la République ! Rien qui soit plus désolant.

Lourd tribut que le prix que nous payons à la politique, dans ce pays ! Pour aboutir, au final, à une réconciliation à la baïonnette, en marche et cadence militaires.

Mais nous ne nous résignons pas à cette sombre peinture de notre patrie et souhaitons, pour l'heure (seulement pour l'heure), ne pas nous afficher de façon définitive comme ivoiro-dépressif pratiquant. Nous avons, à l'instar du combattant des droits civiques, l'afro-américain Martin Luther King Jr - auteur du célèbre discours « I have a dream » délivré sur les marches du Lincoln Memorial, à Washington D.C, le 28 octobre 1963, dans lequel il manifeste sa volonté et son espoir de connaître une Amérique fraternelle - fait le rêve d'une grande Côte d'Ivoire et - malgré tout - d'un grand président.

Une grande Côte d'Ivoire où l'amour sincère reprenait le dessus sur la haine et la méfiance morbide, où le pardon faisait place à la rancœur et au sentiment de vengeance ; où le militant RHDP et le militant LMP marchaient bras dessus-dessous en s'esclaffant d'un rire bon enfant, se serraient les coudes pour désherber, repeindre, restaurer ensemble toutes les infrastructures et services pillés et incendiés du pays ; où tous les fils et filles du pays, dans un seul et même élan fraternel, balayaient les rues de nos villes au sein d'associations de quartier, sans attendre d'être rémunérés ou de bénéficier d'une quelconque reconnaissance ou distinction sociale ; où les femmes, les hommes et les jeunes réalisaient des ouvrages d'intérêt public, conduisaient des actions de développement communautaire, menaient des opérations de propreté dans nos hôpitaux et maternités, avec à leur tête les hommes de DIEU, les chefs de partis locaux et nos hommes en armes.

J'ai fait un rêve où les Ivoiriens s'étaient vraiment et totalement pardonnés, non pas sur ordre, par communiqué officiel, décret présidentiel ou annonce de presse ; où ils bénissaient et priaient pour ceux qui avaient été leurs ennemis, donnaient à boire et à manger à ceux qui s'étaient révélés être leurs bourreaux, portaient leurs enfants sur leurs épaules et les chérissaient, compatissaient sincèrement à leurs douleurs et détresses. Ne se reconnaissant désormais qu'en un seul et unique peuple. Indivisible et bienheureux. J'ai rêvé d'un peuple qui a fait sa catharsis et qui a été conquis par l'amour.

Oui, j'ai fait un rêve où l'ethnie n'était plus une référence politique ou religieuse mais simplement une information indicative pour les statistiques de l'administration. J'ai fait un rêve où les journaux ivoiriens faisaient vraiment de l'information et avaient cessé d'être les caisses de résonnance des obédiences politiques et les courroies de transmission de la haine ambiante, dans une guerre de chiffonniers dépenaillés.

J'ai fait un rêve où tous les Ivoiriens et les hautes autorités de l'Etat en exil étaient rentrés en chantant, la tige de fleur au coin de la bouche, accueillis et célébrés chez eux par les militants LMP et RHDP de leur quartier, en totale symbiose, même si de ligne politique différente ; où les ex-FDS de retour au pays ont été reçus par un comité d'accueil présidé par les ex-FAFN, à une cérémonie au cours de laquelle ils ont fait la promesse sincère de ne jamais plus offrir aux Ivoiriens ce spectacle désolant d'affrontements et de guerre fratricides.

J'ai fait le rêve de la naissance d'une vraie nation ivoirienne plus que jamais fraternelle, prospère et unie, avec une économie amorçant une émergence fulgurante, le travail pour devise réaffirmé, la droiture et la justice pour socle, la vérité et la crainte de DIEU pour fondement moral et spirituel.

Mais j'ai aussi fait le rêve que cette nouvelle Côte d'Ivoire est née sous l'impulsion d'un grand président, unificateur, rassembleur, magnanime, repentant, modeste, initiateur d'une réconciliation vraie, pas celle des vainqueurs en cours en ce moment, mais celle fondée sur l'amour, le pardon, la compassion et la vérité. Un grand président qui a libéré Laurent Gbagbo, son épouse Simone, son fils Michel et tous ses partisans et collaborateurs croupissant dans les geôles ivoiriennes. Un grand homme d'Etat qui a remis à tous leurs fautes et crimes, y compris ceux humblement reconnues de ses propres affidés, dans une amnistie générale à la sud-africaine. Ce geste majeur de miséricorde l'a grandi encore plus, l'a fait aimer même par ses pires détracteurs et a ramené la consolation, la joie de vivre et le bonheur dans le cœur meurtri de chaque ivoirien.

Ce grand homme a pansé les plaies du peuple, a mis du baume au cœur des affligés, a consolé les veuves et les orphelins de la crise ivoirienne issue de tous les bords et de toutes les conditions par des paroles appropriées et des actes de grande munificence, a rassuré tous ceux que ses actes antérieurs avaient terrifié ou apeuré, qui se sont terrés, qui n'osaient plus se montrer, et a secouru le malheureux et le pauvre, en leur accordant la priorité de toutes ses actions.

Oui, j'ai fait le rêve qu'Alassane Ouattara a su rassembler à nouveau tous les Ivoiriens, leur a redonné la joie de servir leur pays et d'en être ressortissant, a formé un nouveau gouvernement en prenant conseil auprès des présidents Gbagbo et Bédié, dans une union sacrée de salut national pour la Côte d'Ivoire qu'ils jurent tous d'aimer et de chérir. Après avoir, chacun en ce qui le concerne, fait amende honorable auprès du peuple ivoirien déchiré pour le mal qu'il lui a personnellement fait, en reconnaissant sa part objective dans la déflagration nationale. Parce que tout pardon et toute absolution part de la repentance.

Ensuite, dans un brassage ethnique, politique, religieux et régionaliste achevé, ils ont procédé ensemble, sous la signature du chef de l'Etat, à la nomination dans les institutions et services du pays de valeurs sûres dont cette nation regorge en termes de compétence, de qualification et d'excellence. En prenant l'engagement formel et formalisé de veiller à une alternance systématique et tournante à la tête de l'Etat, tous les quinquennats, entres les formations politiques les plus significatives du pays. Toutes choses qui auront eu le mérite incommensurable de solder définitivement 10 années de crise ivoirienne et de taire, ad vitam aeternam, toutes les rancœurs qu'a cristallisées la crise postélectorale.

Merveilleux, ce rêve, non ? Mais malheureusement, ce n'est qu'un rêve. Certainement, totalement fou. Pourra-t-il malgré tout, un de ces prochains matins, devenir réalité et faire émerger cette nouvelle nation que nous appelons de tous nos vœux ? Fasse le Créateur que cette prière soit entendue en haut ! Comme disent les anglophones : « Dream can come true » ! A moins qu'à défaut d'accéder à la grandeur, nous ne nous satisfassions tous de notre triste petitesse et de nos médiocrités individuelles.

 

Que DIEU bénisse la Côte d'Ivoire !

 

DINDE Fernand AGBO

 

In le quotidien ivoirien « Le Nouveau Courrier » N° 329 du jeudi 29 septembre 2011.

COMPOSITION DE LA CEI: LA PART DE VERITE DU FPI


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Tapé Kipré, l'un des représentants du Front populaire ivoirien (Fpi) à la Commission électorale indépendante (Cei), a donné hier mercredi 28 septembre 2011, les raisons qui ont motivé la suspension de la participation du parti aux travaux de l'institution chargée de l'organisation des élections en Côte d'Ivoire. Au siège du Congrès national pour la renaissance de la démocratie (Cnrd), sis à Cocody.


Le mercredi 21 septembre 2011, le FPI a rendu public sa décision de suspendre sa participation aux travaux de la commission centrale, ainsi que de toutes les structures locales de la Commission Electorale Indépendante (C.E.I).

Mon propos liminaire, sera structuré en 3 parties :

1- la photographie actuelle de la C.E.I

2- un bref rappel historique

3- une analyse et quelques commentaires

I - De la photographie actuelle de la CEI

La C.E.I aujourd'hui, comment se présente-t-elle?

La C.E.I : ce sont une commission centrale et des commissions locales. Nous rappelons que la C.E.I est chargée de conduire et de gérer l'ensemble du processus électoral. A ce titre, elle valide la liste électorale, organise le scrutin et proclame les résultats provisoires.

La CEI est donc l'arbitre de la compétition électorale dans notre pays. Elle est composée de représentants d'acteurs en compétition et un certain nombre d'autres acteurs de l'administration intéressés par la compétition.

Depuis la prise du pouvoir par le Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP), acteur majeur de la compétition électorale en Côte d'Ivoire, voici la nouvelle configuration de la C.E.I.

Au niveau du bureau

Le bureau est composé de 12 membres dont un président et 4 vice-présidents. Désormais,en côte d'Ivoire, le président de la CEI et les 4vice-présidents sont tous du R.H.D.P., c'est-à-dire 100% des postes occupés par un seul protagoniste.

Au niveau de la commission centrale

Sur les 31 membres que compte la commission centrale de la CEI, le R.H.D.P se taille la part du lion avec 26 membres. L'opposition toutes tendances confondues, doit se contenter seulement de 5 représentants, soit 84%pour un protagoniste et 16% pour l'autre.

Comme nous le constatons tous, la Cote d'Ivoire s'apprête à organiser des élections législatives avec une C.E.I monocolore, tant au niveau du bureau que de la commission centrale.

Alors question ! Sur quelle base, et à partir de quels accords a-t-on mis sur pied une telle

C.E.I. ?Sur quelle règle arithmétique et sur quelle éthique a-t-on osé mettre en place un tel arbitre de la compétition électorale dans notre pays ?

C'est pourquoi, Mesdames et Messieurs les journalistes, je voudrais vous faire un bref historique de la C.E.I qui a été conçue dans l'esprit et la lettre pour être l'arbitre impartial et juste des compétitions électorales en Côte d'Ivoire.

II - Du bref historique de la C.E.I

L'idée de la création d'une commission électorale en charge des élections remonte à la lutte du FPI dans les années 1990, dès la réinstauration du multipartisme en Cote d'Ivoire.

Ceci, parce que, dans le parti unique et jusqu'en 1999, le Gouvernement par l'intermédiaire du Ministère de l'Intérieur, organisait les élections, sans le regard l'opposition.

C'est à la faveur de l'élaboration de la Constitution de la 2ème République en 2000,que cette idée a été admise. Elle est donc inscrite à l'article 32 aliéna 4 de la Constitution. Cependant, c'est la loi numéro 2001-634 du 9 octobre 2001 qui lui a finalement donné corps.

A. composition de la CEI avant les accords de paix (Marcoussis et Pretoria).

A sa création, la CEI est composée de 25membres repartis de la façon suivante :

- deux représentants de chaque parti politique ayant au moins un élu (soit 7 partis: FPI, PDCI, RDR, MFA, UDCY, UDPCI, PIT).

-Un représentant du Président de la République

-Un représentant du Président de l'Assemblée Nationale

-Un représentant du Conseil Economique et Social

- Deux représentants du Conseil Supérieur de la Magistrature

- Deux représentants du Barreau des Avocats

-Un représentant di ministère de l'Economie et des Finances

-Un représentant du Ministre de la défense

-Un représentant du Ministre de la sécurité

-Un représentant du Ministre de l'Administration du Territoire.

Les membres ainsi désignés délibèrent, votent et prennent une part active aux discussions.

B. La CEI et les accords de paix

Au lendemain de la rébellion armée de septembre2002, la CEI, dans sa composition initiale, tout comme dans son fonctionnement, va subir une profonde modification proposée par les Accords de Marcoussis, mais surtout ceux de Pretoria.

1. Modification structurelle

De vingt cinq membres (25) au départ, l'on est passé à trente et un (31).Les mouvements rebelles MPCI, MPIGO, et MJP obtiennent le droit de siéger à la commission centrale, à raison de deux (2) membres par mouvement(2x3 = 6 +25 =31).

2. Introduction de notions de voix délibératives et voix consultatives

L'accord de Pretoria introduit une classification entre les membres de la commission.

-les neuf (9) membres issus des Ministères Techniques et des Institutions (Conseil Economique et Social ; Conseil Supérieur de la Magistrature), n'ont plus que des voix consultatives.

-Les vingt deux (22) autres membres relevant des partis politiques et mouvements rebelles ont des voix délibératives.

Cette distinction instaure, non seulement la primauté des partis politiques et des mouvements de la rébellion armée, mais aussi, biaise la Commission Electorale dite Indépendante, car le RHDP, un des protagonistes et ses alliées rebelles ont désormais une majorité mécanique :

(4 RHDP x2 =8) + (3 Forces Nouvelles x2 = 6 +2 PIT) = 16/22 soit 73%, (2 FPI+2 UDCY+1 Représentant Président de la République +1 Représentant Assemblée Nationale) = 6/22 soit 27%, alors que ce protagoniste était au pouvoir.

Mesdames et Messieurs les journalistes, ce déséquilibre structurel s'est répercuté sur la composition des commissions locales de la CEI.

III- Notre analyse et nos commentaires

Comme on le voit, la C.E.I constitue un enjeu majeur en ce qu'elle peut et doit garantir la paix sociale si nous sommes tous d'avis que la crise postélectorale tire sa source dans les résultats controversés de l'élection présidentielle organisée par cette CEI. Il serait donc plus responsable d'accorder, sans a priori et préjugés, une attention particulière à cette structure.

Garantir la transparence et l'équité pour les élections législatives à venir devrait être la préoccupation de tout responsable politique.

La CEI doit inspirer confiance à tous les protagonistes, c'est pourquoi nous devrions rester dans l'esprit des accords signés, qui demandent une CEI équilibrée.

La CEI doit demeurer l'arbitre impartial de la compétition électorale. Ce qu'elle n'est pas dans l'état actuel des choses. Le FPI, qui est fils des élections, ne peut qu'adopter la posture qu'il a en ce moment,c'est à dire suspendre sa participation aux travaux de la CEI sur toute l'étendue du territoire national, posture qui relève de la simple question d'éthique démocratique et de bon sens.

Le contraire serait suicidaire et irresponsable pour le FPI, le Parti que nous représentons à la CEI, et dont le candidat a enregistré 38%au 1er de l'élection présidentielle, chiffre accepté par tous (ONUCI, Facilitateur, tous les protagonistes) ; ce qui fait du FPI le 1erparti politique de Côte d'Ivoire.


*Représentant du FPI à la CEI


In le quotidien ivoirien « Le Nouveau Courrier » du jeudi 29 septembre 2011.

DIALOGUE AVEC ALASSANE OUATTARA - KONE KATINAN: «VOICI LES INSTRUCTIONS DE GBAGBO»



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Le porte-parole du fondateur du FPI évoque, dans cet entretien, l'initiative tardive de dialogue d'Alassane Ouattara, la centralité du rôle de Gbagbo dans la réconciliation, ainsi que l'offensive judiciaire tous azimuts déployée en ce moment.


L'actualité de ces derniers jours est marquée par la manifestation de la volonté d'Alassane Ouattara d'engager des discussions avec le FPI autour des élections législatives. Que pensez-vous de ce revirement ?

Je pense que les personnes les mieux indiquées pour répondre à cette question, ce sont les membres de la direction du FPI. Mais entant que cadre, j'observe que ce revirement s'est fait à la suite d'un voyage que M.Ouattara a entrepris en Occident. Et comme la Côte d'Ivoire est dirigée depuis la France et l'Europe, on peut en conclure que ce sont des instructions qu'il a reçues. Je constate que cela fait plus de trois ou quatre mois que la direction du FPI a déposée - sans suite - une requête auprès de M. Ouattara. Je suppose que tout simplement ceux qui dirigent vraiment la Côte d'Ivoire lui demandent de le faire. Et qu'il s'est exécuté.

Dans le fond, comment le FPI doit-il aborder cette question du dialogue avec Ouattara ?Quel est le regard du porte-parole et représentant du président Gbagbo ?

Comme je l'ai expliqué, ce sont des souhaits, des directives que je peux donner. Le FPI est un parti politique qui a des organes compétents qui décident. Les instructions du président Gbagbo sont en tout cas claires sur la question. Il y a un premier contentieux électoral- il concerne le scrutin présidentiel -qui n'a jamais été vidé. (...) Ce contentieux est pendant. (...) Il faut que cette question-là soit posée et réellement discutée. On n'a pas fini ce contentieux électoral et on nous invite à aller à de nouvelles élections. Et dans les mêmes conditions ! Hier, l'armée (...) qui occupait le Nord du pays n'avait pas désarmé. Aujourd'hui, elle occupe tout le pays. J'ai du mal à voir comment dans ce contexte on peut aller à des élections sans que les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Selon vous, la clé d'une discussion sérieuse, c'est un dialogue entre Gbagbo et Ouattara...

M. Ouattara (...) a besoin de la légitimité du FPI pour gouverner. Et il veut que le FPI lui donne cette légitimité en faisant fi du candidat qu'il a présenté (...) Et qui se trouve être en prison. On se bat pour l'écarter par tous les moyens du débat politique en instrumentalisant le parti qu'il a créé contre lui-même. Evidemment, c'est peine perdue. Entre Gbagbo et le FPI, il y a une telle synergie qu'on ne voit pas comment Ouattara pourrait bien procéder. Pour nous, la question préalable à toute négociation, c'est la libération du président Gbagbo et l'ouverture d'un débat politique franc autour de la question : qui a gagné les élections en Côte d'Ivoire ? On ne peut pas faire l'économie de ce débat entre Ouattara et le président Gbagbo.

Le président Gbagbo a justement lancé un certain nombre d'offensives judiciaires et politiques. Plainte contre l'armée française pour «tentative d'assassinat», demande d'une Commission d'enquête onusienne, plainte contre la candidate à la candidature socialiste Martine Aubry. Quelle est la logique qui en découle ?

Les choses sont simples. Les armes n'ont jamais conféré la légitimité, la clameur publique de la communauté internationale non plus. Quand les clameurs se sont tues, la vérité est têtue, il faut bien qu'elle sorte. L'armée française, manipulée par Nicolas Sarkozy, s'est invitée dans un conflit qui n'était pas le sien. Pendant dix jours, elle alargué des bombes et des missiles sur la Résidence officielle du chef de l'Etat où se trouvait sa famille y compris un enfant de deux ans. En français, cela s'appelle au moins une tentative d'assassinat. Par ailleurs, il y a eu des assassinats. Dans les alentours de la Résidence, il y a eu des personnes qui sont mortes suite au lancer de bombes et de missiles par l'armée française. Nous présenterons les preuves au tribunal. Puisque nous avons l'intention de déposer une autre plainte contre Nicolas Sarkozy pour crimes de guerre. En ce qui concerne Abobo, les gens sont partis d'un fait. Des femmes auraient été tuées à Abobo, dans un endroit contrôlé au moment des faits par deux factions rivales de la rébellion, celles d'IB et de Soro. L'armée ivoirienne était dans une position de retrait. L'armée ivoirienne ne pouvait se trouver sur le théâtre d'opérations. L'ONU a établi qu'il y a eu tueries mais n'a pas pu déterminer qui a tué. Sur la base de la clameur qui accusait le président Gbagbo, l'ONU a donné mandat à l'ONUCI et à la Force Licorne de détruire les armes lourdes dirigées contre les civils. C'est pour cela qu'il est important de savoir qui a tué ces femmes d'Abobo. Il faut situer les responsabilités! Parce que c'est cette tuerie qui a ouvert la voie à la résolution 1975. Parce que c'est au nom de cette résolution, faussement interprétée d'ailleurs, que l'armée française est intervenue. Et a tué de nouveau des Ivoiriens en 2011, après en avoir tué en 2004.Cela ne peut rester sans suites ! Pour ce qui est de Martine Aubry, il nous semble que certaines personnes éprouvent du plaisir à parler du président Gbagbo en termes désobligeants et calomnieux. Les avocats du président Gbagbo considèrent que ces propos ne peuvent pas passer inaperçus. Et ont porté plainte contre elle. Tout cela exprime quelque chose : nous exigeons le respect pour le président Gbagbo. Même s'il est prison.


Par Théophile Kouamouo, in le quotidien ivoirien « Le Nouveau Courrier » du jeudi 29 septembre 2011.

mercredi, 28 septembre 2011

RETOUR DU 3EME BATAILLON A BOUAKE LES FRCI MENACENT: «NOS 5 MILLIONS, SINON ÇA VA SAIGNER!»

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Les éléments des Frci se sont opposés avant hier dimanche 25 septembre, à l'arrivée des militaires à Bouaké. Raison évoquée : ils ont été floués par leurs chefs. ça sent la poudre dans la capitale du centre.


« Donnez nos 5 millions ou ça va saigner », telle est la menace que les éléments des ex-Forces Nouvelles de Côte d'Ivoire ont lancé avant hier à l'adresse du général Soumaila Bakayoko, ex-chef d'état major des Fafn, devenu chefd'état major des Frci, depuis le mois de juillet dernier. De fait, les militaires du 3e bataillon des Fanci de Bouaké et de la compagnie territoriale de Korogho, devaient regagner leur ancien site. Ainsi, plus de dix(10) cars Utb affrétés pour le transport de ces soldats sont repartis dimanche après-midi sans un seul soldat à son bord. La passation de service qui devait intervenir hier lundi, entre le lieutenant colonel SoualifouKoulibaly, chef de corps sortant et le lieutenant colonel Léon N'goranKouamé, nouveau chef de corps, n'a pas eu lieu. L'ancien chef de corps du 3ème Bataillon qui a reçu des menaces, aurait tenté de négocier. Il a essayé de raisonner les éléments Frci. Il a dit en substance, que tous les problèmes trouvent toujours leurs solutions dans le dialogue et non dans la violence.

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Mais, les hommes en armes campaient sur leur position. «On nous a promis 5 millions de f Cfa par soldat pour aller au front, chasser Laurent Gbagbo du pouvoir et le donner à Alassane Ouattara. Nous avons accompli avec succès notre mission. Nos chefs ont eu des promotions. Nous sommes sortis ''gbanzan'', bredouilles. Et on nous demande de céder la place aux gendarmes, militaires et policiers. Certains de nos camarades, seront dans la nouvelle armée, mais et les autres ils vont devenir quoi ? Pour nous, c'est de la foutaise tout cela. Quand on nous demandait de prendre les armes, ils n'ont pas demandé notre âge, ni notre profession. On veut notre argent. C'est tout. Sinon ça va saigner », a déclaré en substance celui qui passait pour leur meneur.Le collaborateur du général Bakayoko aurait plaidé auprès de ces manifestants en arguant que le retour du 3e bataillon à Bouaké et de la compagnie territoriale de Korhogo , s'inscrit dans le processus de réunification de l'armée et du processus de normalisation du pays. Aussi, les militaires n'ont-ils rien à voir avec la supposée prime de guerre.

Mais, les laissés pour compte (sic) ont mis en garde le chef de corps en ces termes : « Si vous vous entêtez à faire venir vos éléments, nous allons les prendre en otage au meilleur des cas ; sinon ils seront fusillés. ». De guerre lasse, il a dû appeler son successeur resté au camp Galliéni avec ses éléments pour leur déconseiller de partir pour Bouaké. Le nouveau commandant du 3e bataillon de Bouaké a trouvé finalement sage de suspendre la décision de retour dans l'ex-fief des ex-rebelles. Il faut noter que le 3e bataillon de Bouaké a été délocalisée à Anyama du fait de la guerre depuis 2002. Ce n'est pas de sitôt que le lieutenant colonel Léon N'Goran Kouamé et ses éléments vont retrouver leur base.


Laurent Okoué et Youssouf Sylla à Bouaké. In le quotidien ivoirien « Le Quotidien d'Abidjan » du mercredi 28 septembre 2011.


elie_laurent@yahoo.fr


Source : TELEDIASPORA.NET

TUERIES D'ABOBO - GBAGBO SAISIT BAN KI-MOON: CE QUE L'ANCIEN CHEF DE L'ÉTAT RECLAME



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Rebondissement dans l'affaire des tueries de 7 femmes à Abobo. Le week-end dernier, l'ancien chef de l'État, Laurent Gbagbo en résidence surveillée à Korhogo, a reçu la visite de ses principaux avocats au niveau international. A savoir maîtres Lucie Bourthoumieux, Roland Dumas, Jacques Vergès et Marcel Ceccaldi. A cette occasion, Laurent Gbagbo a instruit ses conseils juridiques d'entreprendre toutes les actions nécessaires en vue de faire toute la lumière sur les événements qui se sont déroulés le jeudi 3 mars 2011 à Abobo. Et qui ont causé la mort de sept manifestantes du Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP).

La volonté de l'ancien chef de l'État vient d'être traduite en acte. Hier mardi, nous avons reçu un mail via les services du cabinet d'avocats de Me Bourthoumieux, nous informant que le ministre Justin Katinan Koné, porte-parole de Laurent Gbagbo, venait d'adresser ce jour même un courrier au Secrétaire général des Nations unies, le Sud-Coréen Ban Ki-moon. La lettre dont nous avons reçu copie (voir en fac-similé l'intégralité du courrier) indique dans son objet, que l'ex-numéro un ivoirien demande la mise en place par l'Organisation des Nations unies, d'une commission d'enquête internationale sur les tueries d'Abobo et les actes consécutifs de crimes contre l'humanité en Côte d'Ivoire depuis 2002. « Dans un double souci d'établir la vérité sur ces événements et sur tous ceux qui se sont déroulés dans son pays depuis septembre 2002 et de renforcer la crédibilité de l'ONU dont l'image s'est dégradée dans la conscience d'une bonne partie de la population ivoirienne, le Président Laurent GBAGBO vous demande de constituer une commission d'enquête internationale à l'effet d'établir la réalité des faits et d'en rechercher les auteurs et leurs complices », écrit Koné Katinan.

Me Lucie Bourthoumieux que nous avons jointe dans la soirée au téléphone depuis Paris, nous a situé sur les motivations et les objectifs de la sollicitation de l'ancien chef de l'État. « Le Président Laurent Gbagbo veut que toute la vérité éclate pour déterminer qui sont les véritables auteurs de ces présumées tueries. Parce qu'il n'est pas convaincu que c'est l'armée ivoirienne (dont il était le chef suprême au moment des faits) qui est l'auteur de ces présumées tueries à Abobo », a expliqué l'avocate.


Anassé Anassé, in le quotidien ivoirien « L'INTER » du mercredi 28 septembre 2011.


Source : TELEDIASPORA.NET

UNE QUESTION DE LEGITIMITE MORALE

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Un sujet d'actualité a captivé l'opinion publique mondiale durant la semaine qui vient de s'écouler : celui de la démarche de la Palestine visant à demander à l'ONU de l'admettre comme Etat-membre au même titre qu'Israël, la Bosnie, le Sud-Soudan... On a eu l'occasion d'observer une fascinante chorégraphie diplomatique. Bien que conscient de ce que, de toute façon, les Etats-Unis, membre permanent du Conseil de sécurité, poseraient leur veto, le numéro un palestinien Mahmoud Abbas a tout de même «déposé son dossier». Il a ainsi montré qu'il était prêt à accroître la pression exercée sur la communauté internationale pour faire avancer une cause qui marque le pas. Surtout, sa manœuvre vise à délégitimer les Américains, considérés comme les «propriétaires» du dossier Proche-Orient. En effet, ils apparaissent désormais comme des alliés inconditionnels d'une des deux parties qu'ils sont censés réconcilier. Et du coup, ils perdent leur légitimité morale, du moins dans le rôle d'arbitre qu'ils veulent se donner. Et ce n'est pas un hasard si, à la tribune de l'ONU, Nicolas Sarkozy a insisté sur le nécessaire élargissement du cercle des négociateurs...

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Sans légitimité morale, impossible de faire accepter durablement et efficacement son autorité, en dehors de la contrainte, qui n'est qu'un des visages de la lâcheté. Nous devons tous méditer cette maxime dont la pertinence se vérifie régulièrement. Ces derniers jours, la France a continué d'être secouée par des révélations mettant à jour l'incroyable culture du gangstérisme international de ses élites politiques, qui mettent la diplomatie et l'image de leur pays au service d'intérêts personnels et inavouables. Au grand déballage sur les mallettes d'argent se promenant entre les palais africains et les palais français, et expliquant de nombreuses connivences, a succédé le feuilleton judiciaire sur les rétro-commissions récupérées à l'occasion des grands contrats d'armement, planquées dans des comptes en Suisse et progressivement ramenées en espèces en France par des intermédiaires au-dessus de tout soupçon. Les éditorialistes français ont commenté ces scandales et ces révélations sous tous les angles, sauf un, en forme de questionnement. Un pays dont les chefs ont un rapport profondément affairiste avec les grands enjeux diplomatiques, qui propose des avions de guerre et vend des technologies d'espionnage à une «dictature» à travers des hommes sulfureux un jour pour le renverser au nom de la «démocratie» le lendemain peut-il être considéré comme sérieux ? Comment les citoyens français peuvent-ils être sûrs que derrière le bruit et la fureur répandus sur Benghazi et sur Syrte, ne se cachent pas des gratifications que telle ou telle compagnie pétrolière donnera à tel chef d'Etat qui a peu de chances d'être élu, et qui n'a cessé de dire depuis longtemps qu'il sera «riche», selon ses propres termes, quand il quittera le pouvoir ? La France d'aujourd'hui, qui «importe» de l'argent sale par le biais de ses hommes politiques, a-t-elle la légitimité morale pour exporter la démocratie, les droits de l'homme et autres bons concepts qui cachent souvent de bien mesquins intérêts ? Cette question-là, il faudrait qu'on se la pose dans les médias parisiens, où l'on admet avec enthousiasme la fable selon laquelle la France défend, l'arme à la main, le beau et le bien en Libye et en Côte d'Ivoire...

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Devinette... Quelle est la personnalité ivoirienne la plus controversée de la semaine ? Bien entendu, la réponse va de soi ! Eugène Dié Kacou ! Le patron du Conseil national de la presse (CNP) s'est illustré par un zèle répressif inédit dans l'histoire des médias ivoiriens. En un seul jour, il a interdit trois publications : Notre Voie, Aujourd'hui et Prestige. Toutes les trois appartenant à des groupes de presse «bleus». Son dernier coup de théâtre est dans la droite ligne de son action depuis sa réinstallation par le régime Ouattara : déstabiliser économiquement la presse d'opposition par des interdictions qui leur font perdre, à chaque coup, beaucoup d'argent.

Eugène Dié Kacou parviendra-t-il à convaincre l'opinion ivoirienne de sa volonté d'assainir une presse «culturellement» agressive et de bannir la «haine» ? Non, très clairement. Parce qu'il n'a pas, lui non plus, la légitimité morale nécessaire pour mener à bien ce chantier. En un mot comme en cent, il n'est pas crédible. Il n'est pas crédible parce qu'hier, à ce même poste sous un autre pouvoir, il n'a pas manifesté la «rigueur» dont il se veut le chantre aujourd'hui. Il est d'autant plus illégitime que son interprétation de la «haine» à laquelle inciterait la presse est très politiquement orientée. Qui peut vraiment croire que la presse d'opposition est plus virulente, plus «haineuse», que la presse proche du pouvoir ? Le travail de monitoring de l'association Reporters sans frontières lors de la dernière présidentielle a démontré que les pratiques de la presse ivoirienne se «répondent» de manière symétrique.

Eugène Dié Kacou est d'autant plus contestable que cela fait longtemps qu'il n'est plus un authentique défenseur de la liberté de la presse, de la loi sur la presse et du Code de déontologie du journaliste ivoirien. Hier , alors que nous étions embastillés à la Police Criminelle par un procureur qui nous faisait un chantage éhonté pour que nous dévoilions nos sources, Eugène Dié Kacou, président du CNP, à rebours de toutes les organisations professionnelles qui demandaient notre libération inconditionnelle, se transformait - à notre grande surprise - en auxiliaire de justice, en nous demandant de violer le Code de déontologie et de «livrer» nos sources. Depuis deux mois, notre confrère Hermann Aboa est incarcéré pour un prétendu délit qu'il aurait commis dans le cadre de son travail de journaliste. Reporters sans frontières (RSF), le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), le Comité ivoirien pour la protection des journalistes (CIPJ), se sont mobilisés pour le respect de la loi ivoirienne et la libération d'Hermann. Où se trouve notre «doyen» Eugène ? Disparu. Ceux qui ont toujours dit qu'il était fort avec les faibles et faible avec les forts s'en trouvent confortés. Dans ces conditions, l'issue de l'action de celui qui, à son âge, se soucie sans doute de la trace qu'il laisse dans l'Histoire, est malheureusement connue d'avance. Il échouera, et l'on s'en souviendra comme d'un juge partisan. Comme tant d'autres...

 

Théophile Kouamouo, in le quotidien ivoirien «Le Nouveau Courrier» du 26 septembre 2011.


Source : Le blog de Théophile Kouamouo

mardi, 27 septembre 2011

«LES MILLE COLLINES» DE DIE KACOU

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Le lundi (19 septembre 2011) dernier, le quotidien « Le Jour Plus » a accordé une interview à Eugène Dié Kacou pour faire le point sur la liberté de la presse en Côte d'Ivoire post-crise. Nous nous attendions  à ce qu'il ne noircisse pas le tableau pour faire plaisir à celui qui l'a ramené de l'abîme. Nous étions seulement loin de penser que ce devrait être au prix du mensonge, du manque de responsabilité et de la laideur d'une mentalité discriminante.

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Eugène Dié a pu dire que sous le régime de Gbagbo on lui reprochait de sanctionner les journaux  proches du régime. Oui c'est un argument et pourquoi ne faisait-il que cela. Seulement c'est un mensonge. C'est regrettable qu'à son âge la mémoire de la reconnaissance et celle des événements soit si mince. C'est Laurent Gbagbo qui a ramené le retraité Dié Kacou en fonction au CNP pour lui éviter de broyer du noir pendant  une retraite de misère. Et la vérité, c'est qu'il a été  obligé de démissionner parce qu'il refusait de faire le travail pour lequel il était grassement  payé. Comme  il l'avoue lui-même il ne voulait sanctionner que les journaux qui défendent son bienfaiteur. A l'évidence son mensonge est doublé de la laideur de l'ingratitude.

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Dans la même interview Dié Kacou dit que la situation de la liberté de la presse s'est améliorée  grâce à ses sanctions. Passe les manquements à la déontologie qu'il  sanctionne arbitrairement, Eugène Dié Kacou peut il nous dire, pour parler d'amélioration, combien de journalistes en prison a-t-il comptés sous le régime de Laurent Gbagbo. Qu'il veuille être irresponsable face à la détention des Hermann Aboua, Armand Bohui, Gnahoua Zibrabi, Germain Deguezé, Serge Bogué, Franck Anderson Kouassi... passe encore, mais c'est malsain de ne pas faire semblant d'être conscient de la violation des lois ivoiriennes par le pouvoir public actuel. Pour justifier cette irresponsabilité, Dié Kacou va jusqu'à justifier l'assassinat de Sylvain Gagneto. Il pense qu'il était  journaliste à 20%. Alors suffit-il  d'être militant à 80% pour mériter d'être assassiné sous les yeux d'Eugène Dié Kacou? On n'est pas surpris de la mentalité de ceux qui nous dirigent. Il faut seulement s'armer contre cet esprit des radios mille collines.


Joseph MARAT, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui » N° 69 du mercredi 21 septembre 2011.

lundi, 26 septembre 2011

LE COMMANDANT WATTAO S'EST ENFUI DU PAYS

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Une information que nous tenons d'un journal de la place : « Le Quotidien ». Sans pour autant être en mesure de vous la confirmer, nous vous la livrons dans son intégralité, telle que rapportée dans ce journal.


« Au cours de la semaine écoulée, l'écheveau autour du commandant Wattao a commencé à se démêler. Aux dernières nouvelles, il a fuit le pays pour se réfugier dans un pays voisin.

Secret de polichinelle. Le commandant Wattao et les nouveaux tenants du pouvoir n'étaient plus en symbiose depuis la chute du Président Gbagbo le 11 Avril. Pour cause, il lui est reproché d'être le principal acteur de la fuite du pays de Charles Blé Goudé, après la capture de Gbagbo, et de protéger les biens et domiciles des têtes dures de l'ancien régime. Notamment, Konaté Navigué et certains responsables de la galaxie patriotique. Dont les biens sont essentiellement à Marcory, où habitait aussi Blé Goudé. Il aurait été dénoncé auprès de la hiérarchie militaire des Frci par le commandant « le fou » de Treichville, qui espérait une nomination dans l'armée.

Il faut noter que depuis un bon moment déjà, la zone de Marcory était formellement interdite à ce commandant de Treichville. Wattao n'était pas d'accord avec Anne Ouloto qui a démoli son parking dont lui et Blé Goudé sont copropriétaires. En effet, le commandant Wattao avait demandé à la ministre d'épargner son business sur le VGE. Mais la supplication de Wattao n'avait pas été entendue par « Maman Bulldozer ».

L'ex-chef d'Etat major adjoint des Forces nouvelles était interdit d'approcher Alassane Ouattara. Seul Chérif Ousmane avait le droit d'avoir directement accès au Président. Cela procéderait d'un antécédent très fâcheux entre le « Bravetchê » et son poulain d'hier. Ensuite, il est reproché à Issiaka Ouattara (dit Wattao) de détenir des documents compromettants sur Mangly qu'il refuserait de remettre au nouveau pouvoir qui pourrait les utiliser contre l'ancien DG des douanes, sous Gbagbo. Ce sont là, quelques faits qui, selon le pouvoir en place, relégueraient le Commandant Issiaka Ouattara au banc des traîtres.

Il est devenu un homme à abattre. Une affaire de soldats français arrêtés n'était étrangère au pourrissement des rapports entre le commandant et ses chefs, dont le président Alassane Ouattara. Ainsi la semaine dernière, l'homme s'est enfui du pays. Après une escale au Burkina Faso, il serait dans un autre pays d'où il se préparerait encore à partir plus loin.

C'est une situation qui trouble sérieusement le sommeil des tenants du pouvoir actuel qui s'attendent forcément à un retour du bâton, quand on sait qui est Wattao. Un chef de Guerre très craint dans le sérail du pouvoir actuel. Qui a des éléments à sa solde qui lui sont dévoués et qui sont très bien formés et armés. En plus, la quasi-totalité des Chefs de guerre de l'ouest sont des hommes forts de Wattao. Il s'agit entre autres du capitaine Eddy Medi, com-secteur de Danané et du Commandant Zulu, chef de guerre à Blolequin. Le pouvoir en place prend en ce moment même toutes les dispositions pour parer à toutes les éventualités qui découleront de cette situation inattendue ».


Olive Amezady, in le quotidien ivoirien "Le Quotidien" du 26 septembre 2011.


Source: COTE D'IVOIRE LA VRAIE

COTE D'IVOIRE - TAÏ: LES AUTOCHTONES FUIENT EN MASSE LEURS VILLAGES

 

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Selon des informations recueillies sur place, le ministre délégué à la Défense Paul Koffi Koffi se rend aujourd'hui (mercredi 21 septembre 2011) à Ziriglo où un commando de six personnes encagoulées a exécuté des villageois parmi la population allogène et autochtone. Les dernières informations pointent d'ailleurs du doigt la réunion tenue le 14 septembre par les FRCI. Leur vengeance aurait été en effet décidée ce jour-là.


Après avoir accusé des mercenaires libériens pro-Gbagbo d'être à l'origine de l'attaque meurtrière du jeudi 15 septembre dernier dans la petite localité de Ziriglo, le gouvernement se rend aujourd'hui sur les lieux du massacre. Le ministre de la Défense Paul Koffi Koffi devrait être accompagné du chef d'Etat-major des Forces républicaines de Côte d'Ivoire Soumaïla Bakayoko après avoir annoncé la présence des gendarmes jusqu'à hier invisibles dans ladite localité.

Menacées par les FRCI locales, les populations autochtones de Ziriglo mais aussi de Ningré et Covin affluent désormais vers Taï où leur exode bat son plein. « Ne revenez plus ici », auraient menacé plusieurs soldats des FRCI. De fait, c'est à cette force que les infortunées populations ont affaire depuis le déclenchement de ce massacre attribué pour des raisons évidentes de communication aux miliciens libériens pro-Gbagbo. Pourtant les dernières informations en notre possession montrent que ce sont six personnes encagoulées qui sont à l'origine du massacre. Les populations, après avoir soupçonné un temps le riche planteur burkinabé à qui profitait à priori ce crime ont désormais de nombreux faisceaux d'indice contre les FRCI de la localité qui n'auraient  pas supporté le début de rébellion contre leur autorité dans ce patelin d'environ mille âmes. Selon des informations que nous avons recoupées avec des sources à Abidjan, deux semaines avant les événements, les jeunes du village de Ziriglo ont tenu une réunion à la Mairie de Taï . A cette occasion, deux d'entre eux, en l'occurrence Coulibaly Abou et Jean Toclin ont montré toute leur hostilité à l'ordre instauré par les soldats des FRCI. Cet ordre tient essentiellement au racket sur les populations qui va du droit de péage pour ceux qui quittent le village pour aller au champ aux 25.000 F nécessaires pour répondre à une convocation d'un commandant. Or, tout est sujet à convocation : une simple dispute anodine, des bisbilles entre amoureux... Les camions qui sortent vide du village payent pour leur part 15.000 F,  ceux qui sont chargés 320.000 F et les libérations de « prisonniers » 300.000 F. Les populations de toutes obédiences (autochtones comme allogènes) n'en peuvent plus et au cours de cette réunion, elles applaudissent Coulibaly Abou et Jean Toclan qui dénoncent ouvertement le racket des FRCI. Les deux conférenciers appellent aussi à la levée des barrages. C'est cet  affront que les FRCI auraient lavé dans le sang.

De fait, selon des sources sur place, le 14 septembre, les FRCI tiennent une réunion à Sakré dans un petit village de Taï pour arrêter le principe de l'attaque. Le lendemain, six personnes encagoulées déferlent sur le village endormi. Les récalcitrants sont les premiers visés. Coulibaly Abou est découpé à la machette et son condisciple a la chance de ne pas être dans sa maison ce soir-là. Il réussit à prendre ses deux jambes à son cou. Il serait d'ailleurs à Abidjan après avoir réussi à gagner Taï. Car le lendemain, les FRCI qui vont se donner le prétexte d'avoir été attaquées par des miliciens libériens lourdement armés lesquels seraient venus à pied, les auraient attaquées et se seraient enfuis par la même piste, vont se livrer à une vengeance surfaite mais terrible. Le chef de village Benoit Diaï est arrêté avec ses cinq garçons. Il est accusé de détention illégale d'armes et est amené par le lieutenant Roger Yah qui n'est autre que le chef de la sécurité de Ningré et Ziriglo. A la sortie du village, quatre des cinq garçons sont exécutés, le dernier blessé par balles réussit à s'enfuir. Quant au père dont on ignorait le sort jusqu'à hier, il serait détenu à la prison de Paré.

La terreur depuis s'est emparée des populations autochtones directement visées par les menaces des forces républicaines de Côte d'Ivoire. Les Ouibis, une ethnie minoritaire Guéré qui vit au milieu des populations allogènes a préféré aller se réfugier à Taï pour fuir les exactions qui continuent. Le gouvernement avait annoncé à grand renfort médiatique des gendarmes pour protéger les populations civiles. Mais jusqu'à hier, seul le commandant Doumbia de la légion de Daloa a été vu à Ziriglo. Pour le reste, ce sont les FRCI qui quadrillent et contrôlent le village. Les gendarmes en poste à Taï qui s'étaient rendus sur place pour procéder, comme il est de coutume en pareilles circonstances, aux enquêtes préliminaires ont été menacés et congédiés. Les maîtres du village plus que jamais demeurent les dozos, les burkinabé et un certain Ouremi Amadi, tous des hommes du commandant Loss, le vrai dieu de ce bout de terre ivoirien où l'insécurité est chronique.

 

Joseph Titi, in le quotidien ivoirien "Aujourd'hui" N° 69 du mercredi 21 septembre 2011.

dimanche, 25 septembre 2011

OU ETAIENT LE CNP ET EUGENE KACOU QUAND LES JOURNAUX DU RHDP ONT PONDU CES BRULOTS?



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Voici quelques Unes des journaux de la coalition anti-Gbagbo. Ils se permettaient d'écrire toutes les vacheries possibles et imaginables. Au nom de la liberté de la presse, le président Laurent Gbagbo n'a jamais porté plainte contre eux. Le CNP (Conseil National de la Presse), qui est l'organe de régulation de la presse écrite, était étrangement silencieux devant ces dérives. Aujourd'hui, son président Eugène Kacou retrouve subitement la voix, menace et suspend à tour de bras les journaux libres (Notre Voie et Aujourd'hui) qui disent qu'Alassane Ouattara est un putschiste et qu'il a été installé au pouvoir suite à un coup d'Etat sanglant de la France contre le Président ivoirien Laurent Gbagbo. Ces faits sont ceux de notre histoire récente. Peut-on les falsifier sans être accusé de manipulation et de révisionnisme? Le relever, en outre, est-il un crime de lèse-majesté dans la nouvelle République de Côte d'Ivoire?

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Ce faisant, le constat est évident pour nous, et d'ailleurs, pour tous les Ivoiriens lucides et objectifs: il y a manifestement deux poids et deux mesures. Le CNP est-il désormais aux ordres de Ouattara pour réduire au silence la presse indépendante et celle de l'opposition, instaurer l'ère de l'encensement béat du pouvoir, de la pensée unique et de l'unilatéralisme journalistique? La question reste posée. "Reconnaître Ouattara ou disparaître", telle semble être la nouvelle dévise du CNP. Visiblement, les dictateurs en Côte d'Ivoire ne sont pas forcément du côté où on veut nous obliger à les voir!

Source photos et première partie du premier paragraphe :

FACEBOOK

FRCI, LE DILEMME CORNELIEN D'ALASSANE OUATTARA


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Toutes les épithètes leur avaient été gracieusement décernées. Sans confession. Y compris celle - surréaliste et hallucinante - de « sauveurs » intouchables, par le Procureur de la République, Kouadio Koffi Simplice, en personne. Un moment célébrés par les partisans pro-Ouattara pour avoir mené la bataille d'Abidjan aux côtés des forces spéciales françaises qui a conduit au renversement du Président ivoirien Laurent Gbagbo, l'idylle est aujourd'hui en passe de virer au désaveu complet. Les « sauveurs » du mois d'Avril se sont mués, au fil du temps, en mercenaires fauchés et sans salaire, remontés contre leurs employeurs, ainsi qu'en vulgaires braqueurs de supermarchés et d'agence de transfert d'argent. Ils se sont même payé le luxe d'accrocher à leur tableau de chasse, le vendredi 9 septembre 2011, un trophée impensable et inimaginable : la tête du Substitut du Procureur de la République, Djè Noël, porte-parole du Parquet près le Tribunal de première instance d'Abidjan Plateau, enlevé alors qu'il rentrait chez lui, « séquestré pendant trois heures, de 17h à 20h » (selon ses propres termes) et délesté de la somme de 150 mille francs CFA ainsi que de ses deux portables et de sa montre de valeur. Comment est-ce possible ? De mémoire d'Ivoiriens, jamais pareille scène ne s'est produite contre un magistrat de ce rang, de toute la jeune histoire de la Côte d'Ivoire !

Ouattara a la pression des bailleurs de fonds : il lui faut absolument assainir la situation sécuritaire en Abidjan, ainsi que dans toutes les autres régions du pays. Et particulièrement dans celle de l'Ouest. Ce faisant, il était sensé les avoir remis en caserne et disciplinés. Que non ! Nos chers FRCI continuent de déambuler dans la capitale économique et dans nos villes avec des kalachnikovs en bandoulière, dans des tenues bigarrées. Avec en prime, la gâchette terriblement facile. Au quart de tour, pourrait-on dire ! Les évènements de Blockhaus, dans la commune de Cocody, survenus dans la nuit du mardi 20 au mercredi 21 septembre 2011, entre les jeunes du quartier et quatre éléments FRCI, qui se sont soldés par un blessé par balles de kalachnikov et plusieurs autres à l'arme blanche (couteaux et machettes), victimes des FRCI, en disent long. Entre deux patrouilles, ils se payent une virée dans des résidences privées, des commerces et structures bancaires pour faire le plein de billets de banques, dans l'impunité la plus totale.

Les « Zorro » à l'ivoirienne ne rendent aucun compte. Personne qui puisse les inquiéter. Pas même leur hiérarchie sensé observer la rigueur martiale. Ce sont nos « sauveurs ». Et notre salut a un coût. Du reste, élevé. Pour avoir la vie sauve, nous devons nous laisser plumer sans pousser un pépiement. Parce qu'il faut bien que les précieux « sauveurs » mangent. Or, il se trouve qu'ils ont été les grands oubliés des lignes budgétaires de la République version RHDP, ne pouvant y être tous intégrés.

Ouattara a besoin des FRCI. Il leur doit son fauteuil présidentiel. Même s'il le doit plus encore à la France de Sarkozy. C'est également grâce à eux qu'il peut maintenir cette terreur rampante entretenue dans tout le pays, indispensable à sa victoire aux prochaines élections législatives. Vous avez dit remake de l'élection présidentielle ? Comment donc s'en défaire, sans grabuge, et donner suite aux exigences récentes des institutions de Bretton Woods (Banque Mondiale et Fonds Monétaire International) pour lesquelles il n'est pas question de les greffer aussi massivement à une masse salariale que Ouattara avait lui-même déjà jugé explosive, en son temps, pour récriminer contre Laurent Gbagbo ? Accuser Gbagbo du mal et faire le pire ? Certainement pas ! Comment donc leur payer les milliards nécessaires à leur intéressement et les libérer sans mettre à mal les finances désespérément sinistrées de l'Etat, pendant que les lieutenants de Soro se la coulent douce au Nord avec une « Centrale » officiellement démantelée mais qui continue bel et bien ses activités de rançonnement des populations, des commerçants et des transporteurs ? Les derniers nommés, très amers et excédés, s'en sont d'ailleurs récemment plaints au Ministre des Transports Gaoussou Touré, le mercredi 14 septembre 2011, à l'auditorium de la Caisse de Stabilisation, lors du lancement officiel des activités de l'observatoire de la fluidité des transports, dirigé par l'ancien ministre Adama Coulibaly alias « Adama Champion ». Comment les démobiliser sans les avoir pour longtemps à dos voire contre soi ? Faut-il s'en remettre, pour la protection du régime, à l'armée régulière des ex-FDS réputée fidèle à Gbagbo (pour preuve, elle n'a droit à aucune arme, depuis cinq mois, à part les ex-FAFN) sachant qu'il ne serait pas recevable de les éconduire et de les faire, purement et simplement, remplacer par les ex-rebelles, résolvant ainsi l'épineux problème de leur intégration budgétaire ? Voici la position inconfortable du nouveau locataire du palais présidentiel du Plateau. Un casse-tête chinois. Un vrai dilemme cornélien.

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Il faudra pourtant plancher une fois pour de bon sur ce cas de conscience que constituent les éléments incontrôlés des FRCI pour le pouvoir Ouattara. Et DIEU seul sait s'ils sont nombreux, illettrés et sans formation. Les exactions n'en finissent plus de faire la Une des journaux. Ils ne se passent pas de journées que leurs dérives ne soient mises au grand jour. Plutôt que de faire la fine bouche sur une incursion de prétendus « mercenaires de Gbagbo » à Ziriglo (Sous-préfecture de Taï), dans le Sud-ouest ivoirien, qui n'était rien d'autre, en fait, qu'une expédition punitive d'un ressortissant burkinabé mécontent du nom d'Abdoulaye Kabré, véritable parrain de cartel mafieux dans ladite zone forestière, furieux d'avoir vu sa seigneurie érodée dans ce bled par l'arrivée des FRCI qui y contrôlent désormais tous les trafics, les nouvelles autorités ivoiriennes gagneraient à désarmer leurs propres éléments et à les discipliner. Faute de quoi, il faudra se résoudre à les traduire devant les tribunaux militaires. Tout « sauveurs » qu'ils sont. Parce que nous ne saurions les supporter indéfiniment.

Le samedi 10 septembre 2011, deux d'entre eux se sont faits refroidir par un commando marin FUMACO (l'ex-compagnie d'élite du Colonel-major Konan Boniface). Il a été retrouvé sur eux des cartes professionnelles FRCI. Ces deux quidams venaient de braquer un supermarché de Yopougon Niangon Nord, carrefour Lubafrique, et espéraient s'emparer de la berline de marque Mercédès du soldat pour couvrir leur fuite. Manque de pot pour eux, ils avaient affaire à un professionnel du combat de contact. Prestement désarmés, ils furent abattus avant même de réaliser ce qui leur arrivait.

Voici donc la nouvelle armée de la Côte d'Ivoire. Celle qui est désormais en charge de la sécurité des Ivoiriens. Les « sauveurs » d'un mois se sont transmués en bourreaux impitoyables et en vulgaires délinquants. Faut-il leur en vouloir ? Pas totalement. Leurs employeurs, ceux pour qui ils ont quitté plantations, forêts sacrées et forges, ne les rémunèrent pas. Ils constituent, pour ainsi dire, le cadet de leurs soucis. Leur priorité étant de plaire à Nicolas Sarkozy, servir la France, indemniser les entreprises françaises et leur accorder les meilleurs marchés du moment. Que faire alors ? La chose la plus naturelle du monde, bien entendu : se payer soi-même. Au mépris de la réputation de la corporation et de l'éthique militaire. Voilà où en est la Côte d'Ivoire.

Ouattara, de notre avis, est écartelé entre la nécessité - pour lui - de garder en l'état son armée d'ex-mercenaires pour parer à toute éventualité, avec la peur qu'ils se sont faite, la semaine dernière (le vendredi 16 septembre 2011), de l'incursion des troupes du burkinabé détrôné de Taï, Abdoulaye Kabré (malgré la présence des soldats onusiens malawites), honteusement imputé, encore une fois, à un Laurent Gbagbo injustement assigné à résidence et impuissant à faire quoi que ce soit, et l'urgence de reprofiler, civiliser et professionnaliser les FRCI pour répondre aux exigences de la Banque Mondiale, du Fonds Monétaire International, des investisseurs internationaux et aussi (que croit-il ?) des Ivoiriens, toutes obédiences confondues, au bord de la crise de nerfs.

Il est tout autant tenaillé par le désir de les éloigner de lui (la preuve, sa garde rapprochée est entièrement étrangère), parce que ne répondant visiblement et véritablement que du Premier ministre Guillaume Soro dont il ne peut se targuer de cerner toutes les ambitions politiques (avouées et inavouées) et celui de ne pas s'attirer leurs foudres en les sacrifiant sur l'autel des visées françaises de reconfiguration de l'armée ivoirienne qui ne leur accordent pas forcément des postes privilégiés (tous les conseillers de Ouattara, de ce point de vue, sont français ; pas de place pour les nationaux). Ouattara redoute, pour ainsi dire, son propre monstre. Il est laminé, à son égard, par un étrange sentiment ambivalent, contrasté, alambiqué, contradictoire que dépeindrait exactement l'expression « Je t'aime moi non plus ».

Jusqu'à quand durera ce chassé-croisé idyllique de haine-amour entre Ouattara et son armée, pour le plus grand malheur des ivoiriens ? A trop vouloir nuire, le chef de l'Etat ivoirien est aujourd'hui pris à son propre jeu et devra bien, un jour, en sortir pour permettre aux Ivoiriens de retrouver la sérénité et le plaisir de vivre dans un pays sécurisé et paisible.

 

Que DIEU bénisse la Côte d'Ivoire !

 

DINDE Fernand AGBO

 

In le quotidien ivoirien «Le Nouveau Courrier» N° 325 des samedi 24 et dimanche 25 septembre 2011.

POURQUOI GBAGBO FAIT SI PEUR

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Les  récurrents appels des adversaires de l'ancien président de la République de Côte d'Ivoire Laurent Gbagbo à le laisser juger par la Cour pénale internationale  a ceci de pathétique qu'ils montrent à quel point Gbagbo inspire de la peur à Alassane Dramane Ouattara et à son parrain blanc Nicolas Sarkozy.


Finalement, il ne se passe pas un seul jour sans qu'on ne parle de Laurent Gbagbo à Abidjan. Que cela soit dans les  médias ivoiriens, à part bien évidement la télévision nationale tenue par les séides du régime en place et particulièrement dans la presse écrite toutes tendances confondues, ou dans les états-majors des partis politiques. D'ailleurs, toutes les visites à l'étranger d'Alassane Dramane Ouattara sont dominées par les sujets se rapportant à l'actualité de Laurent Gbagbo et le chef de l'Etat l'a encore appris à ses dépens lors de son dernier séjour en France. Même Henri Konan Bédié ne trouve grâce aux yeux des médias européens que pour évoquer le devenir de Laurent Gbagbo que le président du parti démocratique de Côte d'Ivoire et son alter ego du rassemblement des républicains alliés dans le rassemblement des houphouëtistes pour la recherche de la paix (RHDP) voudraient voir écrouer à la Cour pénale internationale.

Car même s'il est officiellement inculpé depuis plusieurs mois par le procureur de la République Simplice Koffi, la justice ivoirienne est embarrassée par le cas Gbagbo. D'abord parce qu'en l'état actuel des choses, elle ne peut juger l'ancien président de la République qui bénéficie du statut d'ancien chef d'Etat. Pressée par les politiques qui n'ont pas prévu de plan B à la non reddition de Gbagbo, la justice ivoirienne a violé toutes les procédures en la matière, à commencer par le décret de mise en résidence surveillée précédé par l'acte lui-même. C'est le contraire qui est normal. Les avocats de Gbagbo ont aussi du mal à rencontrer leur client à Korhogo en violation de toutes les règles du permis de communiquer. Mais il reste le fond du problème. Inculpé pour crimes économiques, la justice ivoirienne perd son latin et sa difficulté est celle des politiques. Malgré toutes les possibilités qu'ils ont aujourd'hui pour démontrer toutes les allégations de détournement présentées comme vérifiées à l'époque, le Procureur de la République n'a pas la moindre preuve de crimes économiques provenant d'avantages personnels que le président Gbagbo aurait tirés de son mandat. Les crimes économiques dont il parle seraient la conséquence d'une usurpation de titre. Or, sur cette question il faut un miracle pour que l'accusation démontre qu'Alassane Dramane Ouattara qui s'est fait investir par des personnalités non assermentées dans son QG de l'hôtel du Golfe était président de la République avant l'arrestation du président Gbagbo par les français.

C'est pour quoi aussi bien Dramane que Bédié ne jurent plus que par la Cour pénale internationale censée établir des preuves de la culpabilité de Gbagbo sur des cas de violences politiques dans le pays. Dramane et Bédié espèrent surtout que le président Gbagbo sera lourdement condamné pour qu'il soit à jamais éloigné du paysage politique ivoirien.

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Parce que la survie des deux hommes politiques en dépend. Henri Konan Bédié est un vieil homme de 77 ans. Cet âge le rend inéligible à un autre mandat présidentiel en Côte d'Ivoire et l'expose à la furie des jeunes à l'intérieur. Ces derniers avaient déjà  tenté de le pousser à la retraite sous la présidence Gbagbo qui, de toutes les trois grosses personnalités du pays est le plus jeune et le seul à ne pas hésiter à confier des responsabilités aux jeunes. L'effet Kigbafori (du nom de l'actuel Premier ministre) a en effet rendu la plupart des jeunes militants des partis  ambitieux. La jeunesse du PDCI dont les leaders ont été royalement ignorés lors de la formation du cabinet Dramane ont déjà montré de la déception en critiquant cette mise à l'écart. La présence de Gbagbo à la tête de l'Etat aurait donné plus de force à ce type de revendications à l'intérieur du PDCI. Henri Konan Bédié semble même cacher d'autres projets, notamment la possibilité d'être candidat en 2015 où il pourrait surfer sur la vague nationaliste insufflée au pays par Gbagbo contre Alassane Ouattara dont les conditions d'accession au pouvoir continuent de rebuter l'opinion pro-Gbagbo.

Dramane est donc la solution du moins pire que Bédié joue à fond en espérant renaître de ses cendres, lui que ses partisans appellent aussi le sphinx de Daoukro. Quant à Dramane, il sait qu'un procès de Gbagbo qui s'ouvrirait   à Abidjan serait une tribune populaire contre lui. Il n'a pas envie de voir relancer le débat sur sa légitimité. Son principal écueil demeure cependant le temps. Pour être entendu par la Cour pénale internationale, il faut entre deux ou trois ans de procédure. L'environnement international risque entre-temps d'évoluer pendant ce temps puisque le président français Nicolas Sarkozy et son homologue américain Barack Obama qui sont ses principaux soutiens doivent faire face à des élections cruciales  dans leur pays dans le but d'assurer leur propre survie politique.  La défaite de l'un ou l'autre risque de changer les rapports au pays où les partisans de Laurent Gbagbo auront vaincu la peur. La jeunesse du front populaire ivoirien se prépare déjà à enclencher une série de meetings dits de libération et la direction du parti vient de quitter officiellement la commission électorale indépendante et semble dessiner les contours d'un boycott qui va mettre en doute la crédibilité du scrutin et faire l'impasse sur la reconnaissance nationale que Dramane voulait payer en prenant en otage l'ensemble des procédures électorales.

La France vient d'ailleurs de s'inventer une nouvelle polémique sur l'assassinat manqué de Gbagbo dont la résidence a été la cible de 800 tonnes de la part des avions français et onusiens. Le chef de sa diplomatie Alain Juppé a préféré nier en bloc les assauts des hélicoptères français contre la résidence présidentielle de Laurent Gbagbo pourtant filmés en mondovision. Sarkozy devra répondre devant la justice de son pays mais aussi devant la conscience de tous ceux qui continuent de se mobiliser dans le monde pour la libération du Président Gbagbo qui n'a jamais été aussi populaire que maintenant.

 

Joseph Titi, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui » N° 71 du vendredi 23 septembre 2011.

 

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LES NOUVEAUX INQUISITEURS

 

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La Ouattarandie a de beaux jours devant elle. En cinq mois, elle s'est offert de nouveaux sicaires qui, de toute évidence, n'ont aucun état d'âme. Les frères Cissé qu'on a fini par appeler les Forces républicaines de Côte d'Ivoire, en partie pour absoudre tous leurs crimes, sont partout dans nos rues avec leurs armes. Elles nous rappellent que nous sommes face à un tyran qui peut décider d'avoir notre tête quand bon lui semble. Avec elles, il faut désormais compter le Conseil national de la presse devenu un instrument d'inquisition contre la liberté de penser. En fait, penser autrement ou critiquer est plus que jamais la pire hérésie que les dramanistes ont décidé d'expurger du corps social. Alors le CNP joue sa partition, menace, suspend. Sa dernière trouvaille fut de menacer quiconque ne reconnait pas que Dramane Ouattara a été élu selon les règles de notre République. Parce que selon sa belle théorie, ceux qui écrivent cela sont des imposteurs et corrompent en plus l'opinion en la persuadant de ne pas reconnaître la réalité.

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Nous sommes donc l'ivraie, qui fait pourrir l'ensemble des bons fruits qui sont au service de la ouattarandie. Et pour qui sait comment ils assainissent, il ne serait pas étonnant qu'ils nous coupent nos bras pour ne plus qu'on écrive les lignes qu'ils détestent tant. Ce ne serait qu'un bon spectacle pour Eugène Kakou qui n'a pas manqué d'applaudir  l'assassinat de notre confrère Sylvain Gagnétaud. Selon ses bonnes dispositions, Gagnétaud n'était que journaliste à 20%. Il avait donc 80% de chance de mourir. C'était écrit, et le président du CNP n'a pas intérêt à remettre en cause les lois de la nature.

Seulement voilà, les faits sont têtus. Le 11 avril, Laurent Gbagbo n'est pas allé se rendre à Dramane Ouattara qui a refusé le recomptage des voix qui lui était proposé comme ultime moyen pacifique de sortie de la crise postélectorale. Nous ne sommes pas les auteurs prolixes et imaginatifs de cette histoire. Ceux que le président du CNP présente comme des gogos ou de parfaits amnésiques pour se rappeler au moins les souvenirs de ces nuits de bombardement, étaient chez eux quand les bruits assourdissants des 800 tonnes de bombes allaient à l'assaut de la résidence de Laurent Gbagbo. Un homme qui était chez lui avec sa femme et ses enfants. Cet homme a été arrêté par l'armée française qui l'a remis à ceux qui se font passer pour des forces républicaines et dont on ne raconte pas assez les tueries.

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Ce n'est pas parce que les ivoiriens ne le crient pas sur tous les toits qu'ils ne savent pas ce qui s'est passé ; et ce n'est pas parce que le CNP se sent fort dans son nouveau rôle de tortionnaire attitré, l'anti-liberté de service de la ouattarandie que ce qu'il veut imposer deviendra une vérité.

Le zèle, c'est connu, peut vous valoir plus des subsides ; il peut même vous donner l'illusion que vous comptez. Mais le zèle au service du mensonge ne rend que plus vil et plus méprisable. Certes, nous avons  besoin, en dépit des contingences conjoncturelles, de nous réunir autour d'un minimum de consensus, d'un certain nombre de valeurs qui nous réunissent. Mais ces valeurs-là se négocient. On ne les impose pas pour montrer qu'on est passé inquisiteur de la République après avoir encouragé à ce même poste la chienlit des uns et l'appel au meurtre des autres.

 

Joseph Titi, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui » N° 71 du vendredi 23 septembre 2011.