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mercredi, 09 novembre 2011

L’AVOCATE PARISIENNE DE GBAGBO ROMPT LE SILENCE - ME LUCIE BOURTHOUMIEUX: «LA CPI N’A AUCUNE COMPETENCE POUR JUGER GBAGBO»

 


Me LUCIE BOURTHOUMIEUX, JACQUES VERGES ET ROLAND DUMAS.jpg

Lucie Bourthoumieux est avocate à la Cour près le Barreau de Paris. Cette Franco-Camerounaise, résidant en France, fait partie, avec Maitres Jacques Vergès, Roland Dumas et Marcel Ceccaldi, du collectif des avocats internationaux chargés de défendre l’ancien chef de l’État ivoirien, Laurent Gbagbo et son épouse Simone. Dans cette interview exclusive qu’elle a bien voulu nous accorder depuis Paris par téléphone (le samedi 05 novembre), la juriste fait un tour d’horizon de l’actualité nationale et internationale avec en point de mire, les procédures judiciaires ouvertes contre ses clients.

L’actualité en Côte d’Ivoire, ce sont les préparatifs des élections législatives pour lesquelles des partis membres du CNRD, groupement politique proche de Laurent Gbagbo, ont déposé leurs dossiers de candidature à la Commission Électorale Indépendante (CEI), contre la consigne du FPI de boycotter ces élections. Quel est votre commentaire?

En tant que simple observateur, je dois dire que le CNRD fait là preuve d’un très grand optimisme pour la paix. Le CNRD fait le pari de la paix en pensant que le président Ouattara va effectivement, comme le demande le FPI, libérer le président Gbagbo de façon à ce qu’avant le 11 décembre, des négociations inclusives de toutes les parties et des trois grands responsables politiques de la vie nationale ivoirienne, à savoir Ouattara lui-même, Bédié et Gbagbo, s’asseyent autour de la table et fassent ce que le président Gbagbo a toujours dit, y compris sous les bombes françaises: «Asseyons-nous et discutons». Donc je ne pense pas un seul instant que le CNRD prendra sur lui la responsabilité d’aller aux élections, même si le président Gbagbo n’est pas libéré. Je pense plutôt que le CNRD fait le raisonnement suivant: en connaissant ou en supposant l’amour que le président Ouattara doit avoir pour le peuple ivoirien, nous pensons que ce n’est pas possible qu’il n’entende pas l’appel du FPI et de la majorité de la population ivoirienne, en libérant le président Gbagbo. De façon à ce que le président Gbagbo prenne part au débat sur la nécessaire réconciliation ivoirienne. Voilà comment j’interprète le geste du CNRD.

Certaines personnes perçoivent cet acte du CNRD comme un abandon progressif de Laurent Gbagbo par sa famille politique. Est-ce votre cas?

Non, absolument pas! Je connais très bien nos amis du CNRD, et je ne pense pas un seul instant qu’ils voudront porter la lourde responsabilité de trahir le président Gbagbo. Vous savez, ce qui porte le CNRD, c’est le FPI. Et je pense que nos amis du CNRD qui sont des gens assez intelligents, sont bien conscients que le CNRD sans le FPI ne vaut rien; c’est une coquille vide. Ça, je le dis en tant qu’observateur et peut-être que les hommes politiques me démentiront. Sinon en tant que simple observateur et de façon objective, c’est ce qui est la réalité. Maintenant, je ne pense pas que politiquement, les responsables du CNRD peuvent prendre la responsabilité d’aller aux élections, alors que le FPI et la majorité des Ivoiriens demandent que la paix revienne en Côte d’Ivoire. Et pour que la paix revienne en Côte d’Ivoire, comme le dit si bien le FPI, la condition sine qua non, c’est que le président Gbagbo et tous les autres détenus politiques soient libérés. Et que toutes les parties au conflit en Côte d’Ivoire s’asseyent et discutent.

Que dites-vous de la position du ministre des Droits de l'Homme, Coulibaly Gnénéma, qui pense qu'envoyer Gbagbo à la CPI est la solution à la paix en Côte d’Ivoire?

Vous savez, quand on est autour d’une table de discussion, chacun vient avec son point de vue, ses idées qui sont parfois même au-delà de la raison. Écoutons ce que le ministre des Droits de l’Homme dit, et écoutons aussi ce que la raison et la réalité commandent. Si on veut une paix véritable pour la Côte d’Ivoire et dans la sous-région, il faut libérer le président Gbagbo. C’est à ce prix-là que les Ivoiriens pourront se parler et se réconcilier.

Est-il possible aujourd’hui d’envoyer Laurent Gbagbo à la CPI?

Je ne voudrais pas m’étendre sur ce dossier, parce que nous sommes en train de travailler activement là-dessus. Pour moi, il n’y a aucune raison, ni politique, ni juridique, ni objective pour que le président Gbagbo se retrouve à la CPI (Cour Pénale Internationale). D’abord sur le plan juridique, vous savez autant que moi que la Côte d’Ivoire n’a pas ratifié le traité de Rome instituant la Cour Pénale Internationale. Qu’est-ce que cela veut dire? A supposer que par extraordinaire, la communauté internationale, qui soutient le président Ouattara, prenne le risque grave de transférer le président Gbagbo à la CPI. Elle ne sera pas en mesure de juger le président Gbagbo. Parce que la CPI n’a aucune compétence de jugement. La seule compétence que la CPI a aujourd’hui en l’état actuel des choses, c’est de mener des enquêtes sur tel ou tel événement ou fait qui s’est passé en Côte d’Ivoire; et ensuite faire un rapport. C’est vrai que le droit commande à la CPI que pendant cette phase d’investigations, si elle considère que la présence de telle ou telle personne sur le territoire ivoirien est nuisible à la paix, alors la CPI peut l’éloigner de la Côte d’Ivoire. Mais je vous rappelle que sur cette condition, le rapport de la Commission des Droits de l’Homme de l’Onu, dans sa dernière livraison, est très clair. Il soutient que la présence du président Gbagbo en Côte d’Ivoire, n’est nullement un obstacle à la paix, ni pour le pays, ni pour la sous-région. Au contraire, sa présence rassure et est même un élément stabilisateur. Donc une éventuelle décision de transfèrement du président Gbagbo à la CPI serait juridiquement hasardeuse et politiquement très grave.

A quand remonte votre dernière visite à l’ex-couple présidentiel ivoirien, et dans quel état physique et psychologique les avez-vous trouvés?

J’ai eu l’honneur de rencontrer le président Laurent Gbagbo pour la dernière fois le 17 septembre. Je l’ai rencontré deux fois. La première fois, c’était le 5 septembre, et la dernière fois, c’était le 17 septembre en compagnie de mes confrères, Maîtres Vergès et Dumas. La première Dame, je l’ai vue le 7 septembre. Ils ont le moral haut. Le président Gbagbo est un homme moralement très fort. Mais ce qui m’a marqué, moi personnellement chez lui, c’est son absence de haine. J’étais étonnée de voir que quelqu’un qui a été si violemment trahi, si violemment insulté injustement par la prétendue communauté internationale et par nous, les Africains et les Ivoiriens surtout, n’ait conservé aucune trace de haine ni de vengeance dans ses propos. Je dis bien aucune. Et ça, vous savez, depuis le 26 mai 2011 que j’ai eu l’honneur de le rencontrer pour la première fois dans sa résidence surveillée de Korhogo, cela m’a frappée. Tout cela me laisse penser que le président Gbagbo prend sa force morale et mentale dans l’amour profond qu’il a pour la Côte d’Ivoire et pour le peuple ivoirien, qui fait qu’il met l’intérêt de la Nation ivoirienne au-dessus de sa propre personne et de son propre sort. Donc sur ce plan-là, le président Gbagbo va très bien. Il est debout, comme il le dit lui-même : «Je suis débout parce que la cause en vaut la peine; parce que la question n’est pas de savoir qui me déteste moi Gbagbo ou qui m’aime. Mais la question est de savoir, est-ce qu’aujourd’hui au 21ème siècle, nous allons accepter que la Côte d’Ivoire en particulier et l’Afrique en général, redeviennent le vassal de l’Occident?». Voilà la question fondamentale qui fait que le président Gbagbo est debout.

Quelle est, selon vous, la part de responsabilité de Laurent Gbagbo dans la crise ivoirienne?

Votre question est intéressante, parce qu’en tant qu’acteur majeur de la vie nationale pendant au moins trente (30) ans, il serait même insultant de dire que le président Gbagbo n’a aucune responsabilité dans cette crise que connaît la Côte d’Ivoire depuis 1993. Je dis bien 1993. Aurait-il fallu qu’en 1993, au lieu de dire non à Ouattara qui voulait marcher sur la Constitution ivoirienne et arracher le pouvoir à Bédié, le président Gbagbo lui dise:« oui, piétinons la Constitution, monsieur le Premier ministre, prenez le pouvoir et donnez-moi un strapontin ?». Je ne sais pas. Quand en 2002, les rebelles viennent attaquer les institutions de la République et qu’en 2003 on se retrouve à Marcoussis et qu’on demande encore au président Gbagbo, ensemble marchons sur la Constitution, est-ce qu’il aurait fallu dire oui ? Est-ce qu’en 2004, quand la France, en dehors de toute légalité et de toute légitimité, a tiré sur la population ivoirienne, qui s'est levée pour défendre ses institutions, et en a tué 100, Gbagbo aurait dû applaudir et féliciter comme les autres, l’armée française? Quand en 2010 le Conseil constitutionnel, s’appuyant sur la Constitution adoptée par référendum non sous Gbagbo mais sous un autre président, le général Guéi Robert, dit que c’est vous qui êtes élu au regard des procès-verbaux des bureaux de vote et des observations factuelles des observateurs internationaux, y compris ceux de l’Union européenne, est-ce que le président Gbagbo, déclaré vainqueur de la présidentielle par le Conseil constitutionnel, aurait dû dire ''non, comme la communauté internationale dit que ce n’est pas moi, donc je ne respecte pas ma Constitution, je m’en vais?''. Je ne le pense pas. Quand le 26 mars, le président Gbagbo dit qu'il accepte finalement, pour la paix dans son pays, la feuille de route de l’Union africaine et la nomination du Haut Représentant de l’UA, qu’il vienne; et que le lendemain Ouattara, soutenu par les forces françaises et dans une moindre mesure par les forces de l’Onuci, attaque la Côte d’Ivoire, est-ce que le président Gbagbo aurait dû, devant cette attaque, ne pas défendre les institutions comme la Constitution de son pays l’exige? Est-ce qu’il aurait dû s’enfuir? Je me pose toutes ces questions, et je pense que les réponses objectives à toutes ces interrogations détermineront la responsabilité du président Gbagbo devant l’Histoire.

Le dernier rapport de Human Rights Watch le cite nommément comme le principal responsable des tueries de la crise post-électorale, qui a fait officiellement 3.000 morts en Côte d’Ivoire. Qu'en dites-vous?

Je vous arrête tout de suite, monsieur. Vous savez, j’ai regardé et lu ce rapport. C’est un rapport pitoyable, je le dis en connaissance de cause et je pèse mes mots. Figurez-vous que ce rapport dans ses grands titres, souligne que c’est Gbagbo qui est responsable. Mais quand vous lisez son contenu, il n’y a aucun fait ni preuve qui vient soutenir ou étayer cette affirmation grave. D’ailleurs, il y a certains de mes confrères qui vont porter plainte contre Human Rights Watch pour diffamation. Que veut l’Occident? Nous sommes dans un monde où les rebelles sont légitimés et légalisés par la soi-disant communauté internationale. On demande aux gens qui sont au pouvoir dans un pays, qui sont là pour défendre les institutions et le pouvoir d’État, qui sont institutionnellement installés, de laisser les rebelles les attaquer, attaquer les institutions de leur pays, tuer leurs populations sans riposter. On leur dit de fuir et d'aller en exil doré qu’on propose. Mais ce n’est pas cela la vie des Nations. La vie des Nations est régie par la Charte des Nations unies, qui pose comme principe fondamental le respect des institutions des États, le respect de la souveraineté nationale et le devoir de non-ingérence dans les affaires intérieures des États. Sur quoi ou sur quel texte Human Rights Watch et la prétendue communauté internationale s’appuient pour intervenir ou donner leur point de vue dans les pays africains? On peut difficilement prendre au sérieux une telle affirmation venant de cette ONG. Gbagbo, président de la République, chef suprême des armées, n’est pas un chef de guerre. Ouattara, qui vient avec les rebelles et qui ne s’en cache pas, c’est un chef de guerre. C’est tout de même curieux que Human Rights Watch n’en dit pas mot. Aujourd’hui, ce que nous soutenons devant le Conseil de sécurité de l’Onu et devant la CPI à qui nous avons écrit, c'est qu'ils jouent leur crédibilité dans cette affaire. Il est impensable aux yeux des Ivoiriens, des Africains et de toutes les personnes éprises de justice, qu’on parle de responsabilité de Gbagbo pour faits de guerre dans un rapport, en laissant Ouattara. Ce n’est même pas possible, c’est inconcevable et indécent.

Vos actions sont concentrées au niveau international, donnant l'impression que Gbagbo est le prisonnier de la communauté internationale. Avez-vous d'autres actions au niveau national pour la libération de votre client?

Nous sommes un pool d’avocats. Et j’ai mon excellent confrère ivoirien, Me Baroan, qui fait un travail formidable sur le terrain, et avec qui nous travaillons en concertation sur toutes les procédures juridiques qui doivent être faites sur le plan du droit national ivoirien. Nous avons le point de vue suivant, qui ne nous empêche pas de parler avec les autorités ivoiriennes. La prétendue communauté internationale, et plus précisément la France, est intervenue en Côte d’Ivoire en se prévalant de ce qu’on a appelé la résolution 1975 du Conseil de sécurité de l’ONU. Cette résolution est très claire: elle prône le principe de neutralité, d’impartialité et donne à la force des Nations unies en Côte d’Ivoire, l’ONUCI, une mission de protection des civils et de destruction des armes lourdes du moment où celles-ci sont dirigées contre les populations civiles. Donc en tenant compte de cette base juridique, nous continuons à penser que la situation dans laquelle se trouvent le président Gbagbo, tous ses collaborateurs et les membres de sa famille aujourd’hui, découle du non-respect de cette résolution 1975 par la France et les Nations unies. C’est la raison pour laquelle nous n’avons de cesse de rappeler à ces deux entités de la communauté internationale que la situation des détenus aujourd’hui au nord de la Côte d’Ivoire, en tout cas pour tous ceux qui se trouvaient à la résidence du président Gbagbo le 11 avril 2011 et qui ont été appréhendés avec le soutien des forces françaises, ceux-là sont les prisonniers du fait du non-respect par la France, pays en principe des Droits de l’Homme, de la résolution 1975. Et cette question du non-respect d’une résolution des Nations unies, nous n’allons pas la lâcher. C’est pourquoi notre action est toute tournée en grande partie sur le plan international.

Vous avez saisi l’ONU pour demander une enquête internationale sur les tueries des femmes d'Abobo début mars 2011. A quoi répond cette demande?

Je voudrais rappeler que le président Gbagbo, soutenu d’ailleurs par un rapport de son ministre de la Défense, Alain Dogou, souhaite que la vérité soit faite sur les tueries d’Abobo, notamment celle des 7 femmes. D’abord pour déterminer s’il y a eu tueries, et si oui, identifier les véritables auteurs. Cela est d’autant plus important que l’identification de l’auteur ou des auteurs va permettre au peuple ivoirien, à l’Afrique et à la communauté internationale de savoir véritablement ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire. Et s’il y a des ONG, comme Human Rights Watch, qui s’amusent à accuser le président Gbagbo, c’est le moment de soutenir la mise en place d’une Commission d’enquête internationale sur les tueries des 7 femmes d’Abobo, de sorte que la vérité se manifeste. A cet effet, le porte-parole du président Gbagbo, le ministre Koné Katinan, a écrit au Secrétaire général des Nations unies pour demander la mise en place d’une Commission d’enquête internationale afin de faire toute la lumière sur ces faits. Nous ne doutons pas un seul instant que Ban Ki-Moon donnera une suite favorable à notre requête, si tant est que la communauté internationale veut savoir la vérité en Côte d’Ivoire. Car ce sont les présumées tueries des 7 femmes d’Abobo qui ont déclenché les bombardements de l’armée française et de l’Onuci sur la résidence du président Gbagbo et les massacres des populations civiles.

Mme Bourthoumieux, vous êtes aussi l’avocate des victimes des événements de novembre 2004. A quel niveau se trouve ce dossier aujourd'hui?

Tout d’abord, je voudrais m’incliner respectueusement sur la mémoire de la centaine de civils ivoiriens froidement tués par l’armée française, parce que nous sommes dans la période de commémoration de ces tristes et douloureux événements. Je donne également tous mes encouragements aux 2500 blessés dont 300 handicapés à vie, qui continuent encore à penser qu’ils se sont battus pour la défense des institutions de la République et que si c’était à refaire, ils le referaient. Pour que soient respectées la liberté et la libre détermination du peuple ivoirien ainsi que la souveraineté de l’État de Côte d’Ivoire, qui passe par le respect de ses institutions. Où en est le dossier? Vous savez que le président Gbagbo avait, pour des raisons politiques mais aussi et surtout pratiques, choisi un règlement à l’amiable. Sur le plan pratique, le président Gbagbo avait fait le raisonnement suivant: si nous optons, comme le droit nous le permet, de traduire les autorités françaises devant un tribunal pénal, notamment le Tribunal Pénal aux Armées de Paris, parce que c’est cela la procédure, nous allons rentrer dans une procédure très longue qui ne serait pas profitable aux victimes elles-mêmes. Parce qu’elle peut durer plus de 20 à 30 ans. Et nombreuses sont les victimes qui ne verraient pas l’aboutissement de cette procédure et n’auraient pas le bénéfice de la décision ultime, puisqu’elle ne les trouverait certainement pas en vie. Donc le président Gbagbo a préféré à une procédure très longue, un règlement amiable dont l’intérêt est d’accélérer l’indemnisation des victimes.

Sept (7) ans après, les victimes continuent toujours d'attendre, alors que les victimes françaises ont été en partie dédommagées par la Côte d’Ivoire...

C’est vrai, mais ce n’est pas faute d’avoir engagé la procédure de règlement amiable auprès des autorités françaises. Nous avons écrit au président Sarkozy en janvier 2010 pour lui faire cette proposition de règlement amiable au nom des victimes, en lui montrant bien que nous ne voulions pas d’une procédure conflictuelle qui risquait de mettre à mal les relations entre les deux pays. Et dans un premier temps je n’ai pas été déçue, puisque la semaine qui a suivi l’envoi de notre courrier, nous avons eu une réponse de l’Élysée nous informant qu’ils avaient pris connaissance avec intérêt de notre courrier, et qu’ils entendaient y donner suite. Et qu’ils transmettaient le courrier à la ministre française de la Justice d’alors, Mme Michèle Alliot-Marie...

La ministre de la Défense française au moment des événements de novembre 2004…

Exact. Nous nous sommes approché de Mme Alliot-Marie qui, au téléphone, nous a laissé un peu dans le vague. Nous avons compris qu’elle était quelque peu embêtée, parce que comme le disait le président Gbagbo, nous entendions vider le contentieux de novembre 2004. Donc elle a fait traîner les choses en prétextant un emploi du temps chargé, jusqu’à ce qu’on arrive aux élections présidentielles et ce que nous savons tous.

Peut-on dire, à ce jour, que la cause des victimes ivoiriennes est définitivement perdue auprès des autorités françaises?

Ah non! Il n’est plus question de règlement amiable. Mais nous sommes en train de travailler à faire avancer rapidement ce dossier, et permettez que je n’en dise pas plus là-dessus.

Le régime a changé en Côte d’Ivoire, et les victimes de novembre 2004 sont inquiètes pour leur sort. En avez-vous déjà saisi les nouvelles autorités?

Nous sommes en train de travailler en étroite collaboration, les représentants des victimes et nous, sur cette 7ème commémoration. Nous sommes en plein préparatifs. Au départ, on voulait organiser une marche symbolique allant de la RTI à l’hôtel Ivoire, à Cocody. Mais cette idée a été écartée par les victimes elles-mêmes, parce que m’ont-elles dit, les questions de sécurité ne sont pas réglées depuis. Et elles n’ont pas pu obtenir les autorisations nécessaires. Ensuite, après cette marche symbolique, les victimes avaient manifesté le désir d’aller saluer leurs camarades qui sont doublement victimes puisqu’ils se retrouvent dans des camps de déplacés à Bingerville et à l’intérieur du pays. Mais pour des raisons évidentes de sécurité, ces deux activités semblent hasardeuses. Donc du coup, nous sommes en train de réfléchir sur la possibilité de préparer un document que nous adresserons aussi bien à la communauté internationale qu'aux nouvelles autorités ivoiriennes.

Madame Bourthoumieux, quelle est votre plus grande préoccupation aujourd’hui?

Ma plus grande préoccupation aujourd’hui, c’est la paix, la véritable paix en Côte d’Ivoire. Parce que la paix en Côte d’Ivoire, et ça je le dis en tant qu’observateur, va conditionner la paix en Afrique. Et je sais que cette paix en Côte d’Ivoire, elle passe par la vérité et la réalité des faits. Elle passe nécessairement par un débat inclusif qui comprendrait, par ordre protocolaire, le président Bédié, le président Gbagbo et le président Ouattara. C’est la condition sine qua non pour la paix en Côte d’Ivoire et en Afrique. L’Afrique et le monde entier regardent la Côte d’Ivoire. Parce que de la solution en Côte d’Ivoire dépendront les 50 prochaines années de nos États et de nos peuples d’Afrique. La question est de savoir si nous, Africains, nous allons être capables de prendre notre destin en main, un jour. Ou bien nous allons continuer encore pour ces 50 prochaines années à tendre la main à l’Occident, quémander vers l’extérieur, alors que nous avons tout chez nous pour vivre dans la paix et développer nos nations. Voilà ma préoccupation, qui rejoint le sens du combat mené par le président Gbagbo.

Interview réalisée par Hamadou Ziao et Anassé Anassé

 

Source: L'INTER

LE GOUVERNEMENT JOUE LA DETENTE EN LAISSANT PROFILER LA LIBERATION DE PLUSIEURS PRISONNIERS PRO-GBAGBO


LES PRISONNIERS DE OUATTARA.jpg

Un communiqué du procureur général dont plusieurs publications locales ont eu connaissance indique  que « la chambre d'accusation de la cour d'appel d'Abidjan examinera (ce matin) les demandes de mises en liberté provisoire » formulées par plusieurs proches du Président Gbagbo.


La décision appartient désormais à la cour d'appel d'Abidjan même s'il ne suffit pas de le dire pour que la politique s'éloigne d'un tel dossier. Elle examine, ce matin, à son audience du jour « diverses demandes de mise en liberté provisoire » qui auraient été « présentées par les personnes inculpées dans le cadre de la crise postélectorale ». La plupart des proches de l'ancien président ont été en effet déportés dans plusieurs villes au nord du pays, ainsi que le Président Gbagbo lui-même, assigné à résidence surveillée à Korhogo depuis son arrestation le 11 avril dernier. La rumeur de la libération d'une partie des cadres de la majorité présidentielle avait fuité il y a deux semaines dans plusieurs tabloïds locaux. Le communiqué du procureur de la cour d'appel d'Abidjan  lui donne ainsi un surplus de crédibilité d'autant plus que Ouattara négocie toujours la participation du Front populaire ivoirien aux prochaines législatives. Selon l'ancien ministre de la défense de Laurent Gbagbo Amani N'guessan, entré au secrétariat général du parti après l'emprisonnement d'Affi N'guessan puis la démission de Mamadou Koulibaly, Ouattara le leur avait promis même s'il préfère attendre et refuse manifestement d'en faire des gorges chaudes.

Si on se doute bien que le régime de Ouattara ne forcera pas sa nature jusqu'à libérer le Président Laurent Gbagbo, en revanche on n'en sait rien des personnes concernées par ce possible élargissement. A priori, c'est le bataillon de Boundiali piégé par la fausse protection de l'ancien représentant spécial du Secrétaire général de l'ONU Young Ji Choï qui arrache le point des pronostics.

Les villes du nord où sont détenus les prisonniers sont : Bouna avec le président du FPI Pascal Affi N'guessan, Michel Gbagbo fils aîné du président Gbagbo, Diabaté Bêh membre du conseil économique et social, le caméraman de la télévision ivoirienne Serges Boguhet ou encore le secrétaire général de l'Université de Cocody Kobi ; Katiola avec le premier vice-président du FPI Abou Dramane Sangaré, le protocole du président Gbagbo Koné Boubacar, Jean-Jacques Béchio et la présidente des femmes patriotes Genéviève Bro Grébé ; à Boundiali avec près de la moitié du dernier gouvernement Gbagbo, notamment le premier ministre Aké N'gbo, Alcide Djédjé conseiller diplomatique du Président Gbagbo, Philippe Dacoury-Tabley, ancien gouverneur de la BCEAO, les ministres Danielle Boni Claverie et Christine Adjobi, nos confrères Gnahoua Zibrabi et Armand Bohui, l'ancien secrétraire d'Etat à la sécurité sociale Armand Ouégnin... Quant à la plupart des militaires arrêtés, qu'ils soient de la garde rapprochée du président Gbagbo ou parmi les officiers, ils sont détenus au CTK de Korhogo qui est un camp militaire. Laurent Gbagbo est, lui, détenu officiellement à la résidence présidentielle de Korhogo tandis que son épouse est déportée à Odienné.

Le gouvernement joue la détente en laissant profiler à l'horizon la libération de certains d'entre eux. Le site Afrik 53 prêtait avant-hier à l'arrivée de Claude Guéant la possibilité d'un élargissement de nombreux prisonniers proches de Gbagbo. Le ministre de l'Intérieur français n'a pas effleuré la question en conférence de presse et a officiellement parlé de sécurité et de la nécessité d'arriver à de bonnes législatives en Côte d'Ivoire. Cependant selon frat-mat.info, la Commission électorale indépendante a prorogé hier, pour la énième fois, les délais de dépôt des candidatures. Le gouvernement ne démord pas de faire participer le FPI aux élections et multiplie les appels du pied. Mais selon des sources indépendantes, tout dépendra de l'ampleur de l'élargissement : « Si le gouvernement se limite à quelques personnalités de moindre influence, alors il faut s'attendre à voir la situation se crisper à nouveau. Par contre, si Affi N'guessan fait partie des personnes libérées aujourd'hui, alors on pourrait s'attendre à ce qu'il négocie dans les prochaines semaines les conditions politiques de la libération du Président Gbagbo ». Et là, on pourrait à nouveau parler de réconciliation nationale.


Joseph Titi, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui » N° 93 du mercredi 9 novembre 2011.

OCCUPATION DES COMMISSARIATS PAR LES FRCI: HAMBAK ENCORE?!


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C'est à croire qu'avec lui, il faut avoir véritablement la patience de Pénélope. Et ne point s'enfermer dans le fétichisme des dates. Pour ne pas finir fou à lier. C'est le risque encouru pour tous ceux qui comme moi avaient cru naïvement que la parole d'un ministre de la République était d'or.

Seulement, nous avions oublié que nous sommes en Côte d'Ivoire où tout marche pratiquement sur la tête. Jugez en vous-même ; lundi (7 novembre) dernier, lors du point de presse animé de façon conjointe par Hamed Bakayoko, puisque c'est de lui qu'il s'agit, et son hôte français, Claude Guéant, répondant à un journaliste qui s'inquiétait de la présence continue des FRCI dans les commissariats de police, ''Hambak'' a indiqué que dans un délai maximum d'un mois, la police rentrera intégralement dans tout son patrimoine. Encore ! Serait-on tenté de dire, car ce n'est pas la première fois que l'homme fait pareille annonce.

C'est le même qui, il y a peu, avait juré la main sur le cœur qu'il dégagerait les supplétifs FRCI des stations de police qu'ils occupent en toute irrégularité. Pour nous convaincre de sa détermination, le ministre de l'intérieur n'avait pas manqué de visiter au pas de course, et devant la caméra,  certains commissariats où de pauvres diables mal chaussés étaient exhibés comme de vils et dangereux squatteurs.

Plus de trois mois après, c'est toujours le statut-quo ante. Mais bien avant, au lendemain du 11 avril 2011, c'est encore le même Hamed Bakayoko qui a demandé aux Ivoiriens un délai de trois mois pour ramener la sécurité à Abidjan. Six mois après, l'insécurité y est toujours aussi élevée comme dans les rues de Bagdag. Dans ces conditions, faut-il prendre au sérieux la promesse ministérielle du lundi dernier ? Simple question.


Joseph Titi, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui » N° 93 du mercredi 9 novembre 2011.

COOPERATION: LE TRICOLORE FRANÇAIS REMPLACE LE DRAPEAU IVOIRIEN


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Claude Guéant, le ministre français de  l'intérieur y est allé, à son tour, de son voyage exotique, en Côte d'Ivoire, la nouvelle destination préférée des officiels en provenance de Paris.  C'était le week-end écoulé. Et pour montrer qu'une personnalité de son rang, ça ne se ballade pas les mains vides, même si c'est dans son jardin fétiche, l'illustre visiteur a emporté avec lui, dans sa gibecière, du matériel roulant et bien d'autres outils de sécurité pour la police nationale. Pendant que les autorités ivoiriennes s'extasient encore devant cette offrande, la polémique ne cesse d'enfler et sur la qualité et sur l'efficacité du matériel reçu.

En effet, pour les rabat-joie, il n'y a nullement de quoi applaudir, jusqu'à se rompre les phalanges, car les voiturettes offertes servent seulement, en France, à poursuivre les automobilistes imprudents. Et rien d'autre car n'étant pas outillées pour faire de  l'intervention musclée ? Puis de pousser la critique sur l'inadéquation des engins en ces termes : « balancés sur les chemins rocailleux et chaotiques de Côte d'Ivoire, de quelle utilité seront réellement, ces véhicules par ces temps de taux de criminalité explosif ? ».

Mais il y a même plus grave, avec notamment ce qui passe aux yeux des souverainistes ivoiriens, pour un véritable scandale. Il s'agit de la couleur des 34 véhicules réceptionnés par le ministre Hamed Bakayoko. Tous ont gardé le bleu-blanc-rouge français comme si, enragent les grognons, la Côte d'Ivoire n'avait plus de souveraineté, n'avait plus de couleurs à elle. Pour les tenants de cette thèse, par respect pour les autorités ivoiriennes et le peuple souverain de Côte d'Ivoire, Paris aurait pu prendre le soin de remplacer le tricolore français par le drapeau ivoirien. Ne serait-ce que cela. Ou à défaut, les badigeonner d'une couleur neutre.

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Surfant sur cette vague nationaliste, Ignace Gobli Zasso, un jeune cadre de la place qui se tient généralement loin des débats politiques, a manqué hier de s'étrangler de colère, vociférant que cela commençait à bien faire, cette volonté de nos gouvernants de remplacer tous les symboles nationaux par ceux de « nos ancêtres les Gaulois ». Un visuel du reste bien entretenu par le régime actuel.

En somme, un retour en première ligne de la préséance française à Abidjan qui rappelle à la génération de l'école télévisuelle, en Côte d'Ivoire, tous ces vieux écrans de télévision offerts à l'école publique ivoirienne et qui avaient occasionné une formation au rabais des jeunes écoliers. Ces derniers ont traîné les insuffisances sur plusieurs années avant que le pouvoir d'alors, devant la critique, ne se résolve à tourner définitivement la page.

Mais aujourd'hui, pendant que nombre d'Ivoiriens font grise mine, les autorités parisiennes sont loin de s'émouvoir. Au contraire, elles trinquent tranquillement, tous les jours que Dieu fait, pour fêter leur retour en force, à la maison, en Côte d'Ivoire. Après une cure d'amaigrissement de 10 ans.


Joseph Titi, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui » N° 93 du mercredi 9 novembre 2011.

MOBILISATION POUR LA LIBERATION DU PRESIDENT GBAGBO


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Les Ivoiriens de la diaspora assiègent l'Assemblée nationale française, ce matin (mardi 8 novembre 2011) à Paris. Une grande mobilisation de leurs ressortissants ainsi que des panafricanistes est prévue ce matin devant l'Assemblée nationale française pour réclamer la libération du Président Gbagbo.

 

Grosse ambiance en perspective ce matin à la place de la concorde à Paris où les ivoiriens en priorité mais également tous les panafricanistes sont invités à une manifestation devant l'Assemblée nationale française pour la libération du Président Gbagbo, détenu dans l'un des goulags nordistes d'Alassane Ouattara depuis le 11 avril dernier. Ses organisateurs entendent interpeller le parlement français qui a « manqué de solidarité envers le peuple Ivoirien » depuis le début de la crise postélectorale en Côte d'Ivoire. Au-delà des mots, cette visite bruyante à l'Assemblée nationale française n'est pas purement symbolique. Les autorités françaises ont été en première ligne lors de la fameuse crise postélectorale qui a secoué tout le pays pendant de nombreux mois  et pendant lesquels ceux qui y sont au pouvoir se sont permis de larguer près de 800 tonnes de bombes sur la résidence officielle de Laurent Gbagbo pour le faire partir. Depuis, Paris dément toute implication dans l'arrestation de l'ex président ivoirien et le Conseil national de la presse menace de suspendre toute publication affirmant que l'ancien régime a été renversé par l'armée française.

Non content par ailleurs d'assister à ces suspensions intempestives de la presse de l'opposition, le gouvernement a fait planer depuis quelques jours une menace d'emprisonnement sur les journalistes qui seraient responsables de diffamation envers des membres du gouvernement. Selon le porte-parole Bruno Koné, le gouvernement portera désormais plainte personnellement  contre ces journaux. A la différence de l'ancien régime qui s'était engagé à ne jamais mettre un journaliste en prison, la présidence de Ouattara a déjà à son actif l'emprisonnement d'Hermann Aboa détenu sans jugement depuis plusieurs mois à la maison d'arrêt et de correction d'Abidjan. Un autre journaliste Sylvain Gagnétau, rédacteur en chef de la radio de Yopougon a, lui, été tué sans sommation. Hermann Aboa est accusé de collusion avec des milices armées et Gagnétau soupçonné d'en être membre. Plus de six mois après l'arrestation de Laurent Gbagbo et de la quasi-totalité de son dernier gouvernement, Abidjan vit toujours sous la terreur. La liberté de la presse est plus que jamais en danger avec des suspensions ciblées et une insécurité qui menace tout le monde. Au moins une quarantaine de lieux de cultes ont été braqués ces deux derniers mois alors que le désarmement promis depuis six mois par le gouvernement n'a toujours pas débuté. Hier, le ministre français de l'Intérieur Claude Guéant est venu remettre une trentaine de véhicules d'occasion à la police nationale. Signe que la Côte d'Ivoire n'a même plus de drapeau, ces véhicules sont arrivés dans les couleurs de la France où ils ne sont certainement plus en usage.

La France continue donc de verrouiller le jeu politique en Côte d'Ivoire et c'est pourquoi les Ivoiriens y prennent constamment la rue pour réclamer la libération de tous les prisonniers des goulags nordistes, à commencer par le Président Laurent Gbagbo inculpé officiellement pour crimes économiques et contre qui aucun début de procédure judiciaire n'a été inauguré. A l'instar de Paris et de toutes les capitales européennes, le pays se mobilise également à Abidjan où le FPI vient de tenir un meeting politique à Marcory. Quelques semaines plus tôt, un autre s'était tenu à Koumassi même si celui de Yopougon a été réprimé et que des membres de la direction du FPI ont été agressés dans un bastion RHDP de koumassi pour empêcher qu'une deuxième réunion politique s'y tienne.

La mobilisation des Ivoiriens et de la diaspora a commencé le 12 décembre à Paris devant le Conseil constitutionnel. Depuis, il ne se passe plus de semaine sans que les ivoiriens ne marchent dans les principales capitales européennes mais aussi aux Etats-Unis où une marche de patriotes a déjà eu lieu à Washingtone D.C.


Joseph Titi, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui » N° 92 du mardi 9 novembre 2011.

mardi, 08 novembre 2011

SECURITE NATIONALE: LA FRANCE OFFRE 34 VEHICULES D'OCCASION


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34 véhicules d’occasion, des pièces détachées de voiture, 45 ordinateurs et des uniformes. C’est le don fait par le ministre français de l’Intérieur, Claude Guéant, à la police ivoirienne, hier, au cours d’une cérémonie, à l’école nationale de police. Le matériel roulant est composé de 5 camions de transport de troupes Renault et de voitures de marque Peugeot et Citroën. Nul besoin de s’en approcher pour se rendre compte qu’il s’agit de véhicules qui ont déjà été utilisés par la police française. Les voitures sont d’ailleurs peintes aux couleurs bleu-blanc-rouge de la république française. « Ces voitures sont peut-être adaptées aux routes françaises, mais certainement pas à nos routes, et puis, certains des camions de transport de troupes qu’on nous a offerts ne démarrent pas, il faut d’abord les pousser », grognait un policier. Celui-ci affirme qu’il s’attendait à ce que la France offre des véhicules tout terrain avec lesquels la police ivoirienne pourrait faire des patrouilles.

Selon Claude Guéant, ce don est le témoignage, par un geste concret, de la solidarité de son pays aux forces de sécurité de Côte d’Ivoire. Il entend ainsi aider les autorités ivoiriennes à assurer leurs missions régaliennes de protection des citoyens après la crise postélectorale qui a plongé la Côte d’Ivoire dans une situation d’urgence. «Le rétablissement de l’ordre et de la sécurité publique sont les conditions de la stabilité des institutions et de la reprise économique», a-t-il rappelé pour motiver le soutien en matériel roulant que la France apporte à la Côte d’Ivoire.

Le ministre ivoirien de l’Intérieur, Hamed Bakayoko, a exprimé sa profonde gratitude à son « ami » Claude Guéant pour ce matériel qui doit accroître les moyens d’action de police. «Le système de sécurité s’est affaissé depuis la crise, laissant les populations dans le doute et la peur. Devant les cris de détresse des Ivoiriens, nous observons l’inaction de la police simplement parce qu’elle n’a pas de moyens de déplacement. Ce don est pour nous d’une utilité inestimable», a-t-il relevé.


Bruno Kouadio, in le quotidien ivoirien "Notre Voie" du mardi 8 novembre 2011.

 

Source: IVOIRIAN.NET

lundi, 07 novembre 2011

LES FRANÇAIS SOUHAITENT LE DEPART DE LA FORCE LICORNE


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Si la guerre électorale qui se profile à l’horizon entre Nicolas Sarkozy le président sortant et son challenger socialiste François Hollande devait intéresser les Ivoiriens, se serait bien sur le chapitre de la présence militaire française. Un léger frémissement est perceptible sur le sujet, en raison de l’hostilité de l’opinion française qui est encore révulsée par la présence de ses militaires loin du territoire français pour se retrouver dans d’autres contrées et singulièrement en Afrique. Pour arriver à cette position, il a fallu que des soldats français tombent un peu partout sur le théâtre des opérations en Afghanistan ou en Afrique, mais aussi  qu’elle sache la réalité de leurs interventions.

En France, une cristallisation se fait autour de la présence militaire française en Afrique et plus singulièrement en Côte d’Ivoire. Si Nicolas Sarkozy en fait le trognon de sa politique de recolonisation de l’Afrique, ce n’est pas le cas de l’opinion publique qui voudrait que les soldats français quittent les pays africains.

François Hollande qui a souvent eu des positions incompréhensibles à l’égard de Gbagbo, son camarade de l’international socialiste, partage au moins cette ligne avec les patriotes ivoiriens qui lui ont fait connaître la réalité de la crise postélectorale en Côte d’Ivoire. Il sait ainsi les résultats de la présidentielle ivoirienne, le niveau d’intervention des autorités françaises et particulièrement les graves déprédations dont se sont rendus coupables les militaires français. Cela dit, le candidat socialiste ne peut pas avoir une position pro-Gbagbo. Une telle posture serait suicidaire en l’état actuel des choses parce que vu de Paris, c’est Ouattara le démocrate. « Nous avons accusé un long retard sur le plan de la communication », concède Brigitte Kuyo, représentante du FPI en France qui conduit le bataillon de lobbyistes patriotes qui maintiennent la pression pour la libération du Président Gbagbo.

Les positions du candidat socialiste ne datent pas d’aujourd’hui. Le 8 août dernier, lors d’une interview accordée à Jeune Afrique, François Hollande avait affirmé que « La France doit maintenant retirer ses troupes de Côte d’Ivoire », estimant qu’après avoir contribué à arracher le pouvoir à Laurent Gbagbo « sa présence n’était plus nécessaire ». Moralité : entre le mal et le pire, les patriotes ivoiriens qui vivent en France et la diaspora africaine, qui luttent pour la libération de l’ancien président ivoirien préfèrent de loin François Hollande. « Lui au moins ne nous a pas envoyé la guerre » se défend Brigitte Kuyo.

Au Palais d’Abidjan, on suit avec attention le duel en préparation entre les deux rivaux français. Le chef de l’Etat ivoirien, on peut l’imaginer, aurait du mal à faire son deuil du départ de Sarkozy de l’Elysée puisque lui seul  peut lui garantir une présence des forces Licorne pour le maintien desquelles il a tout sacrifié, à commencer par la souveraineté nationale.

Le président français va croiser le fer au cours de cette élection avec tous les Africains ayant la nationalité française. La mort de Kadhafi risque d’être vengée dans les urnes françaises contre le président français qui en est l’un des principaux instigateurs. La situation en Côte d’Ivoire fait aussi partie du lourd contentieux qui existe entre les Français d’origine africaine et le président sortant ; ce qui aliène à priori le vote noir à François Hollande.

Celui-ci devra, s’il est élu se prononcer sur le nouvel accord de défense que négocient en ce moment la Côte d’Ivoire et la France. Le chef de l’Etat ivoirien y joue en partie l’essentiel de sa présidence qu’il souhaite encadrer par les militaires français. Le gouvernement a convoqué une séance extraordinaire du conseil des ministres autour du sujet sans que son porte-parole Bruno Koné ait révélé son contenu. Selon lui, tout est enfin prêt pour que les deux parties y apposent leurs signatures. Bref, entre les partisans du départ et ceux qui veulent le statu quo, le compte à rebours  a déjà commencé.


Joseph Titi


Source: ABIDJAN DIRECT

dimanche, 06 novembre 2011

COTE D'IVOIRE: PRESIDENT CHERCHE LEGITIMITE


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« C'est la démocratie. Si tous les trois grands  partis y participent tout comme les autres, ce serait une bonne chose. » Ces propos, le chef de  l'Etat les a tenus, lundi dernier, au terme de l'entretien qu'il a eu ce jour-là avec Aimé Henri Konan Bédié, le grand manitou du Pdci-rda et par ailleurs, président de la conférence du RHDP. Cet appel du pied, fait en direction des partisans du président Laurent Gbagbo, à l'effet de convaincre ses derniers pour tenir effectivement leurs places à la course aux législatives, n'est pas le premier du genre.

D'ailleurs aucune tribune n'est de trop pour le chef de l'Etat pour aborder le sujet. La semaine dernière alors qu'il séjournait à Paris, l'homme est revenu sur la question. Il est même allé plus loin en proposant d'offrir un poste de vice-président, à la commission centrale de  la CEI, au FPI.

Dimanche dernier, depuis l'aéroport FHB de Port-Bouët, le  champion du Rhdp au second tour de la présidentielle a encore fait part de la grande tristesse ( ?) qui l'étreint rien qu'à l'idée de penser à une non participation des camarades du président Laurent Gbagbo aux législatives de la mi-décembre 2011. Et lundi dernier, pendant que Ouattara s'ouvrait à son aîné Bédié, le ministre Hamed Bakayoko, l'un des securocrates du régime, reprenait langue avec une délégation de l'ex majorité présidentielle (FPI et CNRD), dans le cadre du « dialogue républicain. » En sept mois de gouvernance, bientôt, c'est la première fois que le locataire du palais présidentiel se montre aussi soucieux de la vie et même de la marche des socialistes ivoiriens, allant jusqu'à leur conseiller de ne pas commettre la même erreur que le Rdr en 2000.

En somme, un intérêt de dernière  minute qui suscite bien d'interrogations. Dans  les allées de la maison Fpi, cette subite sympathie est vue comme un piège tendu par le pouvoir pour l'accompagner et donner ainsi du crédit à la prochaine course à l'hémicycle. Cet avis est partagé par nombre d'observateurs de la scène politique nationale, qui y voient une recherche de légitimité pour Ouattara. Même son de cloche chez ''le pays'', le quotidien pro gouvernemental burkinabé, qui note que ce serait un mauvais coup de canif porté à la légitimité du chef de l'Etat ivoirien, que d'aller à ces élections sans le Fpi. Un parti, qui à la lumière des résultats controversés de Youssouf Bakayoko, pèse au moins 46% des suffrages exprimés.

Pour mémoire, le front populaire ivoirien réclame avant toute participation à une quelconque élection, la libération de ses cadres emprisonnés, à commencer par le président Laurent Gbagbo, le rééquilibrage de la CEI, une correction du nouveau découpage électoral, la garantie de la sécurité à ses militants et le retrait des FRCI des villages, pour ne citer que les principales revendications. Sur le sujet, des sources gouvernementales indiquent  que le régime se prépare à faire un geste allant dans le sens de la décrispation politique, à savoir, l'élargissement de certains prisonniers en dehors du couple Gbagbo, annoncé pour cette fin de semaine. Une mesurette aux yeux des partisans de l'ex chef de l'Etat.


Yves De Séry, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui » N° 90 du vendredi 4 octobre 2011.

samedi, 05 novembre 2011

BERNARD HOUDIN - LE PRESIDENT GBAGBO A DIT: «JE NE FUIRAI PAS. ET C'EST COMME ÇA QUE NOUS ALLONS GAGNER»



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Lors d'une conférence prononcée au Danemark, Bernard Houdin, Conseiller du président Gbagbo a évoqué les raisons pour lesquelles le président Gbagbo a tenu à ne pas fuir sa résidence présidentielle malgré les bombardements meurtriers de l'armée française; malgré aussi la traîtrise des généraux. Il parle aussi de Bédié et de ses puériles accusations.

Pourquoi Gbagbo n'a pas fui avant le 11 Avril

Je vous parlais de la légitimité politique et juridique du Président Gbagbo. Quand nous voyons tous le Président Gbagbo á Korhogo, c'est vrai qu'on a tous un petit pincement au cœur. Le président a toujours dit qu'il n'était pas un kamikaze et qu'il ne voulait pas se suicider. C'était d'ailleurs, lors d'une interview à LCI, dans les derniers jours. Mais il a aussi dit une chose à ses conseillers qui étaient avec lui, moi je n'étais pas là pendant la dernière semaine, mais je connais des gens qui étaient dans la pièce jusqu'au 11 avril. Particulièrement, ceux qui sont sortis avec lui le 11 Avril et qui ont réussi à être libérés et avec qui j'ai pu parler. Ceux-là m'ont raconté les 72 dernières heures dans la résidence. Le président leur a dit, parce que les gens commençaient à demander au président de partir, de fuir : ''Non je ne pars pas. Ce qui doit arriver est déjà écrit. Nous avons du travail à faire. Notre combat, c'est celui de la vérité et cette vérité gagnera un jour. Et c'est en faisant comme ça qu'on va gagner. Pour le reste, ne vous inquiétez pas, ce qui est écrit devra arriver, ce n'est pas ça le problème. Telles sont les phrases du président 72 ou 48 heures avant le 11 Avril.

Les généraux qui ont été achetés

La plupart des généraux ont été achetés. Je le dis d'autant plus tranquillement que je l'ai dit moi-même au président, mi-février. J'avais des ''antennes'' et j'ai dit, un soir, au président que l'Ambassadeur de France se vantait que les généraux allaient le trahir. Et je me souviens très bien qu'il il m'a dit: « Mais Bernard quels généraux et où ? ». Il était devant son canapé et j'ai fait: "Ici". Et le général qui était derrière a fait 1 mètre en marche-arrière. C'était le commandant militaire du palais : le général Touvoly. Et j'ai d'autres noms. Ils ont tous trahi, les uns après les autres. Ceux qui sont restés fidèles, ce sont les officiers Boniface Konan, Abéhi etc. Mais les autres ''prroouh''. Y'en a pas un.

Ce qui va aider les Ivoiriens

Vous savez, j'ai dit un jour lors du colloque du cinquantenaire que j'ai présidé à Gagnoa. Et à la fin de la séance plénière, j'ai dit au président en tête-en-tête: "Monsieur le président, quand on aura fini avec cette crise, on pourra dire qui est qui, qui a fait quoi ?"

Sarkozy ou François Hollande. Pourquoi Hollande par rapport à Sarkozy?

D'abord, il faut que Sarkozy parte. Et là, c'est le côté français qui réapparait. Au delà du problème ivoirien, même si la Côte d'Ivoire n'existait pas, pour les français, il faut que Sarkozy s'en aille. Comme la nature a horreur du vide, il y aura un président de la république en France. Ce sera plus certainement François Hollande. Maintenant de là à dire que Hollande va arranger la Côte d'Ivoire, c'est un autre problème. François Hollande sera le président de la France. Et quand vous êtes dans l'opposition, vous avez un discours et quand vous vous asseyez dans le fauteuil du chef  de l'Etat, vous avez un discours qui vous est imposé déjà par les réalités du pays que vous êtes appelé à diriger, par les forces économiques et politiques qui font que vous n'avez plus votre liberté de choix.  Monsieur Hollande n'a jamais été ministre. Il a été élu dans une zone difficile puisque c'est la région d'origine de Chirac, il a battu les chiraquiens sur leur terre et il n'a jamais perdu une élection.

Des élections avec Gbagbo en prison ?

Le problème avec ces élections, c'est qu'on est dans un cas de figure très particulier. On nous a dit que l'élection présidentielle de 2010 se ferait dans la transparence, la justice et l'égalité. L'ONUCI était là pour préserver   tout le monde. On connait les résultats aujourd'hui.
Même si le président est enfermé á Korhogo, si on a des élections justes, libres et transparentes, si on a la garantie que les élections vont être claires, les gens peuvent voter ceux qu'ils veulent voter, les candidats peuvent faire campagne où ils veulent, d'Odienné á Adiaké, de Bouna à Touba, à Tabou. Parce qu'en ce moment-là, çà va être un ras-de marée pour Gbagbo. Mais ça n'arrivera pas parce qu'ils veulent se servir du FPI comme faire-valoir, lui donner 3 ou 4 députés sur les 250 pour que les médias internationaux disent : "Voilà, Ouattara a pacifié la Côte d'Ivoire, tout le peuple est derrière lui, il a 250 députés''. Voilà les résultats qu'on aura. Les gens nous reprochaient de na pas vouloir aller aux élections avec des gens qui n'étaient pas désarmés au nord, et maintenant on nous dit d'aller aux élections avec le président en prison, et ils veulent qu'on refasse ça, je dis jamais !
La pire des choses, à priori, c'est la chaise vide. Mais quand on vous fait monter sur la chaise pour vous pendre, on vous l'enlève après. Je ne veux pas de cette chaise-là.

Je resterai fidèle au président Gbagbo parce que c'est un homme qui peut sauver l'Afrique

Concernant le problème vis-à-vis de la France, moi je n'ai aucun problème avec, strictement aucun problème. Depuis le 28 Novembre, je me suis mis d'un côté et quelles que soient les circonstances, je n'ai pas bougé. Je le dois au président Gbagbo, de lui être fidèle, c'est un homme qui peut sauver l'Afrique. Il veut que les Africains se mettent ensemble. Gbagbo voulait créer un fonds de solidarité africain pour que chaque État africain producteur de matières premières puissent y verser une certaine réserve, un peu comme vos voisins norvégiens avec leur pétrole afin que les africains aient un fond de garantie qui leur permette d'avoir de l'argent pour le futur, sans avoir á crier tous les matins, pardon au FMI pour gagner un peu d'argent.

Gbagbo-Ouattara et les salaires des fonctionnaires

Gbagbo est à Korhogo. Le gars qui est au Palais qu'est ce qu'il fait ? Gbagbo n'a jamais demandé 5 francs pour payer les salariés. Et moi j'étais fonctionnaire. Je recevais mon salaire tous les mois. Gbagbo n'a jamais pris de l'argent de l'extérieur de 2000 à 2010. Le budget est passé de 1400 milliards á 2800 milliards. Ouattara est là depuis 6 mois et il court ici Paris pour se vanter devant les caméras de la télévision française : ''Merci à la France de m'avoir donné 400 millions, merci à la France de m'avoir donné ceci et cela''. Mais la Côte d'Ivoire a les capacités si elle est bien gérée.

Ouattara et les surfacturations-mallettes

Aujourd'hui on a retrouvé des gens qui ont repris leur système ancien. Je vais vous donner un exemple : Le 3ème pont d'Abidjan. L'histoire du 3éme pont  me tient à cœur parce que mon père a construit les deux premiers. Et le 3ème, je le connais par cœur, de 99 à 2010, toutes les vicissitudes pour le construire, avec qui et comment. Le prix n'a jamais varié d'une fourchette 75-85 milliards, en fonction du type de matériel. Le président Gbagbo a signé en Octobre 2009 en conseil des ministres le renouvellement de la concession de Bouygues pour reconstruire le pont. C'est pas Ouattara qui lui a donné. C'est Gbagbo qui a signé dans le sens où il parlait de la continuité de l'État. Parce qu'il dit : « Quand vous êtes président d'un pays, on ne change pas tout du matin au soir ». Il a trouvé le dossier dans les mains de Bouygues, Gbagbo lui a demandé s'il pouvait construire le 3è pont au même coût  que lors de sa concession du temps de Bédié. Bouygues a dit oui. Gbagbo a dit je signe parce que je respecte la signature de l'État de Côte d'Ivoire.

Aujourd'hui le pont va se construire, il y a eu de grands bruits de lancement. Le prix du pont est á 140 milliards. Ouattara a signé un nouveau contrat avec un nouveau prix. Á l'époque ou monsieur Bourgi parle de mallettes etc, moi je suis allé à la télévision françaiseet je leur ai dit que l'argent qui est dans les mallettes, peut venir des pays africains, mais peut aussi des pays occidentaux qui envoient des trucs sous la forme de grands travaux avec des surfacturations, tout le monde se sert au passage et on envoie une partie en Europe, c'est tout. Ce n'est pas plus difficile que ça.

Quand Bédié accuse Gbagbo de crimes économiques.

Moi j'étais à la Caisse Autonome d'Amortissement en 1975 lorsque Bédié était ministre des finances. C'est l'année où il y a eu les fameuses usines de Borotou. Il n'y a jamais eu un carreau de sucre sorti de l'usine. Bédié a fêté son 15ème milliard de fcfa et monsieur Bédié dit maintenant que'' les crimes économiques c'est Gbagbo''.

 

Retranscription par Max Anoman. Ivorian.Net

 

In le quotidien ivoirien « Aujourd'hui » N° 91 du samedi 5 au lundi 7 octobre 2011.

vendredi, 04 novembre 2011

ELECTIONS LEGISLATIVES DU 11 DECEMBRE: ALASSANE OUATTARA ET LA CEI N'ONT PAS JOUE FRANC JEU



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Nous avions espéré que la « République des vainqueurs » tiennent enfin compte des récriminations amplement justifiées du CNRD (Congrès national de la Résistance et pour la Démocratie) pour - à défaut d'y accéder entièrement - leur donner une suite acceptable, de sorte à permettre à tout le microcosme politique ivoirien de se retrouver au complet sur la scène des législatives pour un pugilat loyal et fraternel. Notre attente aura été plus que déçue. Dans la mesure où ni Alassane Ouattara ni la CEI n'a joué franc jeu, pour nous permettre d'y parvenir. Réduisant, finalement, la participation au forceps du parti du président Mamadou Koulibaly, LIDER, à un rôle de faire-valoir pathétique qui n'aurait jamais dû être. De quoi s'agit-il ?

Le mercredi 26 octobre dernier, date butoir initial de dépôt des dossiers de candidatures pour les législatives, la CEI, par la voix de son porte-parole Bamba Yacouba, sur une prétendue requête du gouvernement, de candidats et de partis politiques - tous, du reste, entièrement RHDP - a concédé une prorogation de cinq jours supplémentaires pour permettre aux futurs parlementaires 2011 de déposer leurs candidatures. A la vérité, c'était « une passe » au RDR et au PDCI dont aucun des candidats n'avaient, il faut le souligner, déposé de candidatures à la date indiquée.

On peut donc donner suite aux revendications d'un parti ou d'une alliance sans que le ciel ne nous tombe dessus ? Pourquoi donc a-t-on fait la sourde oreille quant à celles du FPI-CNRD ? L'on se souvient encore que la direction du Front populaire ivoirien (FPI) avait affiché sa ferme volonté de prendre part à l'élection législative de décembre mais avait insisté sur le fait que ce ne serait pas à n'importe quel prix ni à n'importe quelles conditions.

Ainsi, son comité central, réuni en session extraordinaire, le 3 septembre 2011 avait décliné un certain nombre de préoccupations majeures du parti à négocier avec les nouvelles autorités ivoiriennes, en vue d'une participation effective du FPI-CNRD aux législatives. Elles se présentaient comme suit : La libération du Président Laurent Gbagbo et de tous les autres détenus civils et militaires ; le retour de tous les exilés et les déplacés ; l'arrêt de toutes les procédures judiciaires ; le dégel des avoirs des personnalités du FPI-CNRD ; la sécurité des personnes et des biens et, surtout, la sécurité du processus électoral ; la composition de la CEI ; la révision de la liste électorale ; le découpage des circonscriptions électorales et la détermination des sièges...

Dans ce cadre, un mémorandum contenant toutes ces revendications avait été remis à Alassane Ouattara, le 29 septembre 2011, au cours d'une audience accordée au FPI-CNRD.

Le gouvernement s'était alors engagé à y donner suite. Rassurée de l'amorce des discussions, la direction du FPI avait, le 21 octobre dernier, dans un communiqué de son secrétaire général et porte-parole Laurent Akoun, demandé à ses élus, à ses cadres et aux candidats potentiels du parti de « demeurer sereins en se gardant de poser des actes de nature à perturber les militants et les électeurs ».

A la date de clôture du dépôt des candidatures pour les législatives, le pouvoir RHDP était encore à tergiverser. Aucune avancée n'avait été enregistrée ni n'était en vue. Jouant certainement sur les leçons tirées par le FPI du boycott actif du Front républicain, en 2000, et de la défection du RDR, en 2005, d'où les deux partis étaient sortis largement perdants, le pouvoir Ouattara se livrait à un chassé-croisé et à une véritable course sous haute pression chrono (date butoir du 31 octobre oblige), à l'issue desquels le FPI devait capituler et aller s'afficher en « Reine Elisabeth » à des élections déséquilibrées d'avance, organisées dans des conditions sécuritaires exécrables, identiques à celle de la Présidentielle de 2010, si ce n'est pire. L'heure butoir de dépôt était même passée, sous la férule de la Commission centrale de la CEI, de 17 heures à minuit, pour parachever le travail d'écartèlement d'une opposition difficile à manœuvrer dont la participation était attendue des observateurs internationaux de la vie politique ivoirienne, des bailleurs de fonds et des investisseurs, et sur laquelle Alassane Ouattara jouait sa propre crédibilité.

Car il ne faut pas se voiler la face, le pouvoir Ouattara avait plus besoin de ce précieux sésame qu'est la participation du FPI-CNRD aux législatives que cette alliance politique elle-même, pour apparaître comme démocrate aux yeux du monde, surtout après la remontée de bretelles des Etats-Unis sur une véritable représentativité du nouveau parlement ivoirien et après les consignes fermes de l'Elysée à son poulain lors de sa dernière visite (avec les voyages devenus quasi mensuels du chef de l'Etat ivoirien) dans l'Hexagone, chez Sarkozy, qui ne veut pas se faire accuser d'avoir instauré une dictature en Côte d'Ivoire et contribué au retour, après 20 années de démocratie, du parti unique sur la terre ivoirienne. Une telle image, doublée de celle du « génocide humanitaire et démocratique » en Libye, serait désastreuse pour la période de campagne présidentielle qui s'annonce, bientôt, en France.

Dans le même temps, Ouattara était soucieux de ne pas faire piètre figure devant le parti de Laurent Gbagbo, en se « défroquant » sous ses exigences et en dévoilant sa dépendance vis-à-vis de lui, ne serait-ce que pour son image internationale. Il ne fallait donc pas trop lâcher de leste ni trop verrouiller l'issue du dialogue, en se montrant inaccessible.

La participation de LIDER, le parti du président Mamadou Koulibaly, n'est en réalité qu'un trompe-l'œil. Même si elle vaut son pesant d'or démocratique pour le camp Ouattara et pour ce nouveau parti d'opposition - qui est tout à fait dans son droit -, au regard de la composition de la CEI et des conditions de sécurité sur toute l'étendue du territoire national, elle ne pourra que servir de nantissement à l'émergence d'un dialogue politique à sens unique, en Côte d'Ivoire. LIDER ne pourra s'en tirer qu'avec la part congrue des postes électifs. Peut-être est-ce là sa seule ambition, pour l'heure. Suffisant, en tout cas, pour Ouattara pour s'autoproclamer démocrate. Ce qui est loin de la réalité.

C'est dans cette quête de légitimité et de crédibilité qu'Alassane Ouattara et le président du PDCI-RDA, Henri Konan Bédié, se sont inscrits quand ils encourageaient, le lundi 31 octobre (le jour de la clôture du dépôt des dossiers de candidatures), à Abidjan, le FPI à participer aux élections législatives du 11 décembre 2011 : « Nous sommes convenus qu'il serait bon que le FPI participe à cette compétition, car c'est la démocratie, et un parlement où les grands partis seraient représentés serait une bonne chose », ont-ils déclaré à l'issue d'un entretien qui avait pour objet la situation politique du pays et, notamment, les prochaines élections des députés à l'Assemblée nationale. « Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié ont demandé à l'opposition politique réunie au sein du CNRD de participer au scrutin législatif fixé au 11 décembre prochain », selon l'AIP (Agence ivoirienne de presse), le 1er novembre dernier.

« Alassane Ouattara a dit ses regrets, ce dimanche (30 octobre 2011, ndlr), de la non participation plus que probable du Front populaire ivoirien, le parti de l'ancien chef de l'Etat (Laurent Gbagbo), aux élections législatives du 11 décembre prochain, mais assure ''ne pas désespérer de voir cette formation revoir sa position en dernière minute''. ''Je ne peux que le regretter. Nous avons fait tous les efforts, essayé de répondre à certaines des préoccupations du FPI. Je pense que le délai (de dépôt des candidatures), c'est demain (lundi) soir. Je ne désespère pas. Peut-être que nous aurons de bonnes surprises'', a déclaré Monsieur Ouattara, lors d'une conférence de presse, à l'aéroport d'Abidjan, peu après son retour de Paris », nous rapportait déjà l'AIP, le 31 octobre.

De tout ceci, nous faisons une seule lecture : Que le pouvoir RHDP n'ait pas honte de le reconnaître : il a besoin de son opposition significative pour être crédible. Que les législatives soient donc purement et simplement reportées pour permettre à toute la Côte d'Ivoire de se retrouver véritablement - au lieu de ruser, car en réalité, aucune des préoccupations du FPI n'a été prise en compte - ou alors que Ouattara assume sa dictature et le retour en force du parti unique, en Côte d'Ivoire. Sans faux-fuyant. Le gouvernement est déjà à coloration unique. Qu'il ne s'embarrasse donc pas de scrupules pour mettre sur le gâteau la cerise : un parlement à coloration unique. Il aura, au moins, le mérite d'être logique envers lui-même.

Le parti de Laurent Gbagbo, en ce qui le concerne, l'est déjà quand il martèle qu'il ne participera pas à des élections législatives sans son fondateur et dans les conditions actuelles, dénoncées dans le mémorandum remis au chef de l'Etat, le 29 septembre 2011. 5 années de cure d'humilité, de recentrage idéologique, de remise en cause et de repositionnement, ce n'est pas fait pour nuire à la force politique du FPI, qui en sortira plus grandi et mieux outillé pour les joutes futures. Que personne donc ne s'abatte de l'absence (temporaire) de La Majorité Présidentielle (LMP) à l'hémicycle. Il y a des moments de la vie où il faut savoir s'arrêter pour faire son bilan, retrouver du poil de la bête et repartir résolument. Chacun devra faire abstraction de ses ambitions politiques personnelles et s'inscrire dans la vision d'ensemble du groupe. C'est à ce prix que tous deviendront plus forts pour une véritable révolution politique.


Que DIEU bénisse la Côte d'Ivoire !


DINDE Fernand AGBO


In le quotidien ivoirien "Le Nouveau Courrier" N° 358 du jeudi 3 novembre 2011.

jeudi, 03 novembre 2011

HAMED BAKAYOKO AVOUE QUE LE SORT DE GBAGBO DEPEND PLUS DE L'INTERNATIONAL QUE D'EUX-MEMES



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Le ministre de l'Intérieur Hamed Bakayoko qui recevait, lundi dernier, une délégation de la majorité présidentielle à son cabinet, a avoué que le gouvernement ne peut pas décider du cas Gbagbo et encore moins autoriser sa libération.

Plusieurs journaux proches du Rassemblement des houphouëtistes pour la recherche de la paix (RHDP) ont répandu depuis quelques jours le vent de la libération des prisonniers des goulags nordiques d'Alassane Ouattara. Se voulant plus précis, Soir Info a proposé hier à ses lecteurs une liste des personnalités devant être libérées cette semaine. Le chef de l'Etat lui-même avait donné le ton en affirmant, lors d'une allocution publique, qu'il y a avait quelques surprises en l'air, sans dire dans quel sens elles iraient.

Selon nos sources, l'ensemble des prisonniers des goulags sont concernés par un tel « élargissement » sauf une bonne dizaine dont le Président Laurent Gbagbo. Son cas fait l'objet d'une cristallisation de part et d'autre des négociateurs. D'ores et déjà, le FPI avec qui le régime continue de négocier une participation aux législatives, le 11 décembre prochain, a affirmé qu'il boycotterait purement et simplement ces élections tant que le Président Gbagbo serait retenu en prison à Korhogo. Lundi dernier, le ministre de l'Intérieur Hamed Bakayoko a regimbé en avouant qu'il ne pouvait rien faire sur le cas Gbagbo parce que l'ex-président ivoirien « est un prisonnier international ». Selon lui, il y a trop d'intervenants sur le cas Gbagbo qui font que ni lui, ni Alassane Ouattara lui-même ne peuvent pas autoriser la libération de l'ancien président.

Très au fait des enjeux qu'embrasse cette assignation à résidence à Korhogo, Jacques Vergès l'un des avocats internationaux du président Gbagbo avait affirmé très tôt que l'ex-N°1 ivoirien est un prisonnier de Nicolas Sarkozy, démontrant au passage que tout ce qui lui était reproché, dont une scabreuse inculpation pour crimes économiques, n'était qu'une mise en scène destinée à masquer la réalité d'une vengeance personnelle du président français qui n'a pas encore digéré qu'un président africain puisse mettre à mal son autorité.

« C'est quel international qui gère le cas Gbagbo ? La France ? Si c'est oui, c'est choquant et je suis frustré et humilié que notre pays en soit là ! Que les dirigeants qui sont aujourd'hui au pouvoir dans notre pays soient à ce point incapables de prendre leurs responsabilités est déshonorant. Car un Etat souverain prend ses responsabilités, en toute souveraineté », a commenté hier l'ancien ministre Michel Amani N'guessan, ancien ministre de la Défense.

Comble de paradoxe, le Président Gbagbo a pourtant été inculpé par le Procureur ivoirien qui a guerroyé au mot pour démontrer qu'il avait la compétence de poursuivre et inculper un ancien chef d'Etat en dépit d'un statut en la matière très protecteur. Une fois passée cette mise en scène, toute la machine judiciaire s'est arrêtée, puisque toute la procédure est au poids mort. Le pouvoir n'a aucune preuve de détournement de deniers publics, encore moins de preuves de crimes économiques et, dans le désarroi, a fini par jeter son dévolu sur la Cour pénale internationale pour faire coïncider l'intérêt national avec les vœux d'un Nicolas Sarkozy qui ne décolère toujours pas. « Même le choix de la CPI ne les met pas à l'abri d'un procès en responsabilité. Car la saisine de la CPI est de la responsabilité de l'Etat », s'est encore inquiété Michel Amani qui dénonce des gouvernants par procuration. « Pendant que nous, par respect pour notre pays, considérons que nous discutons avec un gouvernement responsable, eux-mêmes affirment le contraire. Dans ces conditions, il est bien inutile de légitimer un tel pouvoir en allant à de telles élections » sans la libération de Gbagbo. Seulement voilà, dans la majorité présidentielle, le CNRD n'a pas encore un avis aussi clair que celui du Front populaire ivoirien.

 

Joseph titi, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui » N° 89 du jeudi 3 novembre 2011.


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QUAND BEDIE DIT NON, C'EST QUE C'EST OUI

 

La morgue habituelle d'Henri Konan Bédié va-t-il suffire ? Cette fois-ci, c'est son autorité qui s'en trouve particulièrement sapée. Car une chose est de dire dans les médias, de manière un tantinet péremptoire, que le PDCI a un accord avec le RDR pour montrer que le premier cité doit hériter du poste de Premier ministre à l'issue des prochaines législatives, une autre est de prouver aux militants que le sphinx de Daoukro co-gère effectivement la présidence de Ouattara comme celui-ci l'avait laissé croire par stratégie. Car sur le chapitre des législatives, le parti démocratique de Côte d'Ivoire accuse une fois de plus le coup. Henri Konan Bédié a été en effet incapable de maintenir le cap des candidatures autonomes. Avant de se rendre en France, Bédié n'avait pourtant pas manqué d'afficher une certaine fermeté à l'égard de Ouattara qui n'arrive toujours pas à se décomplexer de son attitude de leader dominant. On croyait alors que le jeu politique  s'animerait, d'autant plus que le PDCI avait une revanche à prendre sur sa défaite inattendue au premier tour de la présidentielle de 2011. Le candidat du PDCI d'abord puis, dans la foulée, la machine du parti avaient accusé Laurent Gbagbo et son régime d'avoir fraudé sur ses suffrages étouffant par là même un début de polémique sur des fraudes imputées au candidat du RDR dans certaines contrées qui lui sont réputées favorables. Enfin depuis avant-hier, le PDCI a renoncé au combat, acceptant d'être à la remorque du parti du chef de l'Etat qui, lui,  ne se prive pas de lui infliger quelques humiliations comme celles contenues dans le critère de désignation des candidats du RHDP. Selon « Le Nouveau réveil » qui ne décolère pas contre ledit critère, les scores du deuxième tour de la présidentielle font foi lorsque le consensus n'est pas possible entre alliés. Le parti démocratique de Côte d'Ivoire n'ayant pas été au second tour ne pouvait, à priori, qu'espérer le consensus ; mais à ce jeu et vu les appétits, Bédié n'a pu ramener sur terre les cadres RDR dont les yeux sont désormais rivés sur leurs nouvelles carrières politiques à protéger et sur la nécessité d'incarner un nouveau leadership national. Le boycott du FPI qui vient quelque peu rendre dérisoire la machine de la triche est de ce point de vue une aubaine.

Le RDR veut gagner pour éviter que le PDCI ne le tienne en laisse et surtout, qui sait, pour ne pas céder le poste de Premier ministre comme le réclame toujours le parti démocratique de Côte d'Ivoire. Alassane Ouattara semble même avoir trouvé la muselière qu'il faut pour maintenir le leader de 77 ans loin de ses emprises habituelles.

Le sphinx paraît d'autant plus usé qu'il n'a pas les moyens de conserver ses propres acquis. Il devait aussi être naïf de croire qu'il partagerait réellement le pouvoir avec Ouattara en tirant les marrons du feu. Il a rêvé, y compris ses militants dont les plus meurtris selon le confrère appellent publiquement les autres à maintenir leurs candidatures comme celles de cadres indépendants. Leur entêtement à ne plus faire confiance à Bédié est certainement la seule leçon à retenir de ce marché de dupes où Bédié semblent avoir vendu toutes les illusions du PDCI qui n'a plus qu'à se fondre dans le RDR. Mais à cela, le sphinx dira non, avant de dire oui.

 

Séverine Blé, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui » N° 89 du jeudi 3 novembre 2011.

LEGISLATIVES 2011: RHDP, LA LUNE DE MIEL TOURNE AU FIEL


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Trahison, frustration, abus de confiance.., les militants et avec eux, la presse proche du Pdci-Rda n'avaient pas assez de mots pour exprimer hier, leur déception, leur révolte devant la gestion ''scandaleuse'' du dossier de candidature des cadres RHDP aux élections législatives à venir. Ils estiment avoir été lésés dans la répartition des cartes. Tenez, à Abidjan, par exemple, sur 27 postes de députés que la coalition des houphouétistes s'engage à briguer, seulement 8 cadres du parti sexagénaire sont en piste contre 19 pour le Rdr. Une arithmétique squelettique qui rappelle celle toute aussi dérisoire du partage des portefeuilles ministériels de la fin avril dernier et qui avait déjà suscité la même réaction dans les rangs des ''pédécéistes''.  Sur les 36 postes à pourvoir, le PDCI s'était contenté de 8 strapontins contre une vingtaine pour le principal allié, le Rdr.

A l'époque, le président Aimé Henri Konan Bédié, avait dû se reprendre à plusieurs fois, déployant au passage, un trésor de diplomatie et des promesses de rachat pour calmer la grogne des siens. C'est donc à juste titre que les cadors du vieux parti, attendaient le  temps des  législatives pour couronner leurs ambitions personnelles contenues ou refoulées depuis plus d'une décennie pour la plupart, pour exister de nouveau, politiquement s'entend. C'est pourquoi,  ils fondaient beaucoup d'espoirs en la foi de leur patron, le ''sphinx'' de Daoukro, consacré entre temps, inspirateur théorique de la présidence de M. Alassane Dramane Ouattara. Un titre que Bédié lui-même étrenne fièrement et ne manque aucune occasion de le faire savoir à tous ceux qu'il a l'amabilité de recevoir chez lui, entre deux petits verres.

Ils pensaient logiquement donc, que passé le coup tordu de la formation du gouvernement, les choses rentreraient dans l'ordre avec notamment un Rdr moins arrogant et moins boulimique. Mais à l'arrivée, rien de tout cela. La part congrue du gâteau a été une fois de plus réservée aux ''vert et blanc'' pendant que la vague orange des ''ouattaristes'' se déploie et tourne même à l'humiliation pour l'allié Pdci. Et rien n'indique que la tendance pourrait s'améliorer dans les jours à venir ou à l'occasion des futures joutes électorales,  pour  cette dernière formation politique. On se demande bien comment ''N'zuéba'', s'y prendra cette fois, pour refroidir la rage des mécontents.

Hier une rencontre houleuse sur le sujet a eu lieu à la maison du Pdci, à Cocody. De bonnes sources, les proches collaborateurs de Bédié qui dirigeaient les débats, ont eu du mal à contenir les éclats de voix qui fusaient de partout. Ce n'est pas tout, puisque l'autre question à résoudre par les pontes du Rhdp est celle des candidats indépendants qui se recrutent parmi les recalés des listes communes présentées par la coalition au pouvoir. Un dossier, qui, s'il n'est pas géré avec beaucoup de tact pourrait contrarier bien des calculs. Au vu de ce qui précède, c'est peu d'affirmer que le bel unanimisme affiché depuis le second tour de la dernière présidentielle ivoirienne par les houphouétistes est en train de voler en éclats, si ce n'est déjà fait. Car il ne se passe pratiquement plus de jour sans qu'un des farouches défenseurs d'hier, de cet accord, ne porte de violents coups de canif à celui-ci. La dernière sortie en date est celle de Jean Blé Guirao de l'Udpci qui, en des mots bien choisis, a exprimé son blues face aux nombreuses promesses non tenues par M. Dramane Ouattara  à l'endroit des formations politiques alliées du Rdr.

Pour mémoire, cet ancien Secrétaire général de la puissante fédération estudiantine de Côte d'Ivoire (Fesci) avait déjà pesté contre le régime actuel, dans un passé récent, pour le  poste de directeur général (DG) de l'Agefop qui à l'en croire, lui tendait les bras et qui, en définitive a été attribué à un proche du chef de l'Etat. Au total, c'est à une belle ambiance de déchirement, une météo exécrable que l'on assiste actuellement au Rhdp, où visiblement, la lune de miel a pris un sacré goût de fiel.


Yves De Séry, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui » N° 89 du jeudi 3 novembre 2011.

mardi, 01 novembre 2011

OU TROUVER L'ARGENT POUR RECONSTRUIRE LA COTE D'IVOIRE?


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Peur sur l'Europe ! Jeudi et vendredi prochains, le G20 se réunira à Cannes, ville balnéaire française, située sur la Côte d'Azur. On peut d'ores et déjà être sûrs d'une chose : l'atmosphère sera très éloignée du glamour du festival de cinéma qui s'y déroule chaque année. Et pour cause. Cannes sera, d'une certaine manière, le lieu de l'humiliation de l'Union européenne et du triomphe de la Chine, à laquelle il sera demandé de voler au secours des anciennes notabilités de l'économie mondiale, menacées par un effondrement qui, ironie de l'Histoire, semble partir d'une des places fortes de la civilisation occidentale historique : la Grèce.

Les Chinois ne boudent pas leur plaisir. Par la bouche de leur vice-ministre des Finances, ils indiquent n'avoir pas encore "décidé" d'investir dans le Fonds européen de stabilité financière (FESF). Ils seront, disent-ils, attentifs aux "détails techniques pour y voir clair". Impériaux, ils demandent aux Européens "de prendre leurs responsabilités et de mettre de l'ordre chez eux". Vu d'Afrique, tout cela rappelle la fermeté à la limite de la dureté des responsables politiques européens face à la situation économique exsangue du continent qui a ouvert la voie aux très douloureux programmes d'ajustement structurels (PAS) il y a environ un quart de siècle. La roue tourne, assurément. Et l'Afrique doit tirer toutes les leçons de cette "révolution".

En Côte d'Ivoire aussi, l'on ne saurait éluder la réflexion sur cette nouvelle donne. Même si cette réflexion dérangera forcément les dirigeants d'un pays qui apparaît très clairement comme un "dominion" français et occidental, reconquis à coups de bombes par Nicolas Sarkozy, qui tient visiblement à se poser en nouveau Napoléon. Alors qu'Alassane Ouattara s'en va quasi-mensuellement en France et aime à s'afficher avec tout ce qui représente la droite et le patronat de l'Hexagone, l'on ne peut s'empêcher de poser une question : les besoins financiers nécessaires à la reconstruction du pays des Eléphants sont-ils encore à la mesure de l'ex-colonisateur et de ses alliés occidentaux ? Alors que nos anciens (et nouveaux?) maîtres s'en vont chercher eux-mêmes leur secours auprès d'une Chine dont ils nous déconseillaient fortement les capitaux avant-hier, pouvons-nous encore raisonnablement penser qu'ils détiennent les clés de notre avenir économique ?

Mensonges politiciens et réalité du terrain

Poser sérieusement ces questions, c'est admettre de renoncer à la mythologie grotesque du "argent-diamant-or". Cette propagande vieille de près de deux décennies qui tentait de convaincre la Côte d'Ivoire de ce que, parce qu'il sortait "de la cuisse du FMI" et était l'ami – ou plus honnêtement l'obligé – d'un certain nombre de décideurs politiques et économiques occidentaux, Alassane Ouattara ferait tomber sur le pays une soudaine pluie de milliards et permettrait de déverser sur la Côte d'Ivoire des trésors jusqu'ici interdits parce que le "prédestiné"(selon l'expression du philosophe Yacouba Konaté) n'avait pas encore pris la place qui lui revenait à la tête du pays. "Je suis un banquier, je sais où trouver l'argent", affirmait ainsi pendant la campagne électorale, l'ancien Premier ministre d'Houphouët-Boigny.

Il est aujourd'hui au pouvoir. Et l'argent n'est pas là. Si l'Université de Cocody, pillée méthodiquement par ses partisans en avril 2011 – et jusqu'à bien après, selon des témoignages concordants – demeure fermée, si les étudiants ivoiriens sont bien partis pour connaître deux années blanches de suite, c'est parce qu'il n'y a pas d'argent. Si des manœuvres toujours plus imaginatives sont mises en place pour étaler sur  plusieurs semaines la rémunération de certaines catégories de fonctionnaires, c'est parce qu'il n'y a pas d'argent. On pourrait énumérer pendant longtemps toutes les preuves manifestes de la préoccupante pénurie de liquidités qui fait souffrir la Côte d'Ivoire, loin de la langue de bois emplie de fausse satisfaction qui dégouline des communiqués officiels.

Que faire pour trouver l'argent ? Il faut déjà se convaincre que le régime Ouattara ne peut raisonnablement pas courir plusieurs lièvres à la fois. Il ne peut se laisser aller à sa folie vengeresse, tenter de monopoliser artificiellement l'espace politique… et arriver à une croissance économique durable. Les investisseurs, locaux comme étrangers, sont rationnels. En l'absence d'un consensus national sur les questions politiques fondamentales, ils prendront des risques mesurés. D'autant plus que l'âge du capitaine ne permet pas d'imaginer un règne infini, que les rapports de force véritables pourront s'exprimer à n'importe quel moment, et que le positionnement partisan de la "communauté internationale" fait de la France, par exemple, un acteur de la politique nationale, et expose naturellement ses entreprises à de possibles retours de bâton. Les ruses et les campagnes de communication partisanes orchestrées par des lobbies internationaux amis de l'actuel régime ne sont, dans le contexte actuel, que des malheureuses cautères sur des jambes de bois. Petite question anticipatrice. Comment Ouattara imposera-t-il donc au pays la cure d'austérité réclamée par ses amis bailleurs de fonds alors qu'il apparaît comme le persécuteur d'au moins la moitié des Ivoiriens ?

Les choix de survie

Au-delà d'une indispensable détente politique interne reposant sur des bases solides, la Côte d'Ivoire sera bien obligée, à un moment donné, de revoir fondamentalement son modèle économique et ses options diplomatiques. Ouattara n'est pas le mieux placé pour négocier ce virage, mais il faudra se résoudre à regarder autant vers l'Est et les pays émergents, que vers un Ouest fatigué aujourd'hui, plus disposé à recevoir qu'à donner. Par ailleurs, alors que les bailleurs de fonds traditionnels sont obsédés par l'abandon par l'Etat ivoirien de l'ensemble des leviers et des moyens de production, voire de mobilisation conséquente de fonds à travers une fiscalité forte, il faut bien se demander si ce n'est pas un Etat investisseur, ayant renoncé aux dogmes menteurs de l'économie libérale orthodoxe qui pourra être le pilier d'un vrai miracle économique qui passera forcément par une industrialisation dont l'agenda sera contrôlé de l'intérieur. Abidjan doit bien observer ce qui s'est passé à Kinshasa, où les Occidentaux ont imposé leurs desiderata politiques et se sont avérés incapables d'appuyer sérieusement la reconstruction économique. En un mot comme en cent, la Côte d'Ivoire ne peut sortir de l'impasse sans se retrouver elle-même, et déplaire, d'une manière ou d'une autre, aux sponsors de son actuel exécutif.


Théophile Kouamouo



JACQUES VERGES: «S'ILS NE LE TUENT PAS, GBAGBO REVIENDRA»


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Un des avocats du président Laurent Gbagbo, Jacques Vergès, a donné récemment une interview à la radio parisienne France Inter dans laquelle il s'est remémoré les conditions du kidnapping de son client, et a révélé le contenu de certains de leurs entretiens à Korhogo, avant d'évoquer des perspectives d'avenir.«La Côte d'Ivoire, ça commence par un contentieux électoral. Monsieur le président de la République française s'en mêle. A quel titre ? On ne sait pas. De son avion, Number One, puisqu'on imite les Américains, il téléphone à Gbagbo pour dire «vous avez 48 heures pour foutre le camp». Nous sommes en plein délire ! Et Gbagbo ne fout pas le camp. Alors on envoie l'armée. Et à la fin on le capture ! Ce sont les Français ! Ils ont laissé les autres le prendre, mais ce sont eux qui avaient forcé la porte», rappelle Jacques Vergès au micro de France Inter.

Rappelant qu'il connaît Gbagbo depuis qu'il lui a été présenté par Ouattara, un «paradoxe», selon lui. Jacques Vergès pense que le combat politique est loin d'être perdu pour son client, malgré la situation actuelle qui, selon lui, est loin d'être stable. «Moi j'imagine la Côte d'Ivoire plongée dans l'anarchie. Et je pense qu'à moins qu'ils ne le tuent, Gbagbo va revenir», a-t-il conclu l'entretien. Mais avant, il a confié à la journaliste qu'il l'interviewait le contenu d'une de ses conversations avec le fondateur du FPI. Avant le 11 avril. «Je disais à Gbagbo : «Comment voulez-vous que cette équipe à Paris vous reconnaisse ? Jusqu'à présent, ils avaient affaire à des Nègres blancs. Monsieur Gbagbo, vous avez fait vos études à Abidjan. Vous êtes professeur d'histoire. Vous avez été foutu en taule par le gouvernement de M. Houphouët dont le Premier ministre s'appelait Ouattara. Vous parlez un langage qui n'est pas le langage qu'ils ont. «Oui, Monsieur. Non, Monsieur. Parfait, Monsieur». Donc vous êtes suspect. Ils veulent un Nègre blanc et vous n'êtes pas Blanc, c'est terrible !», a relaté avec ironie Jacques Vergès. qui a également levé un coin du voile sur ses entretiens avec Laurent Gbagbo à Korhogo. «J'ai rendu visite à Gbagbo. On dit qu'il est dans une résidence. C'est un pur mensonge. Certes, il est dans une villa, un pavillon semblable à un pavillon de banlieue. Il m'a dit qu'il se considérait comme normalement élu, qu'il ne cèderait pas, qu'il ne reconnaîtrait pas un pouvoir illégal, et qu'il était confiant dans l'avenir».

Né d'un père réunionnais et d'une mère vietnamienne, Jacques Vergès, vieux militant anticolonialiste, a fait un parallèle intéressant au cours de son intervention sur France Inter. «La population de Côte d'Ivoire a vécu la chute de Gbagbo par l'armée française comme une attaque néocoloniale. Et elle considère le nouveau pouvoir comme un pouvoir installé par le gouvernement français. Ils sont perçus par la population comme Bao Daï était perçu par les Vietnamiens.»

 

Benjamin Silué

 

Source: NOUVEAU COURRIER.INFO

lundi, 31 octobre 2011

LE BILAN EN 100 JOURS D'ALASSANE OUATTARA, PARLONS-EN


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Les 3 parutions de cette fin de semaine en un seul post. Génial, non? Bonne lecture!

 

Aussi illogique et excessif que cela puisse paraître comme propos venant d'un homme qui gère un Etat en lambeaux et qui devrait faire profil bas, le Premier ministre Soro Guillaume, triomphaliste, ne s'est pas embarrassé de scrupules pour s'en fendre : « Alassane Ouattara a fait en 100 jours ce que Laurent Gbagbo n'a pas fait en 10 ans ». Quand même ils bouclent 6 mois d'exercice du pouvoir. Sans pour autant nous dire, concrètement et précisément, dans un rapport ou document scientifique, les avancées effectuées et les réalisations de Ouattara, depuis qu'il occupe le palais du Plateau, et qui suscitent tant d'enthousiasme et de lyrisme.

Les libertés individuelles et collectives? La démocratie? La sécurité? L'économie? La santé publique? Les infrastructures? L'école et notamment l'université? L'affirmation de la souveraineté et la concrétisation de notre indépendance? Le respect de la Constitution? L'emploi jeunes? La croissance économique? Le recouvrement des recettes douanières? La justice? La santé des entreprises? L'initiative PPTE? La réconciliation nationale et la cohésion sociale? L'agriculture? L'autosuffisance et la sécurité alimentaires? Le prix d'achat du cacao et du café aux planteurs? Franchement, dans quel domaine, exactement ?

Effet d'annonce médiatique pour gogo et occidentaux néocolonialistes, disons-nous, pour quiconque vit en Côte d'Ivoire, touche les réalités du pouvoir Ouattara et porte un regard objectif et critique sur sa gestion, depuis avril 2011.

Nous n'allons pas donner l'occasion à toutes les mauvaises langues qui pullulent dans la « nouvelle Côte d'Ivoire » de nous accuser de délation. Nous exposerons des faits objectifs, palpables, pour permettre à tous d'apprécier, en toute lucidité, de sorte que jamais plus cette contre-vérité ne soit entendue ou dite, en Côte d'Ivoire.

D'abord les indicateurs économiques et sociaux, ceux qui comptent le plus pour le peuple : selon l'UGTCI (Union Générale des Travailleurs de Côte d'ivoire), la plus ancienne et plus grande centrale syndicale ivoirienne, proche du pouvoir actuel, la prise de pouvoir de Ouattara a occasionné la destruction de 80.000 emplois ; le Président de la Chambre de commerce et d'industrie de Côte d'Ivoire, Monsieur Jean-Louis Billon, lui, parle de 120.000 emplois détruits.

En réalité, avec les licenciements abusifs (exemple de la Présidence, plus de 1300 déflatés, des personnels des institutions de l'Etat et, bientôt, de la RTI qui projette la libération de 600 agents), les déguerpissements de commerces informels et d'habitat précaire (dans le cadre de l'« Opération pays propre » qui, curieusement, ne touche pas les communes RDR), la dissolution des Conseils généraux et l'annulation de 120 concours de la Fonction publique, il faudrait plutôt parler de 150 à 200.000 destructions d'emplois en 5 mois. Exactement, ce qu'il avait promis créer comme emplois, chaque année. Avec autant de sans abri enregistrés. Sans compter les arriérés de salaires de plusieurs mois au BNETD, dans les institutions et établissements d'Etat et au niveau des agents des forces de l'ordre.

Le Patronat ivoirien, avec à sa tête Monsieur Jean Kacou Diagou, lui, a annoncé, dans la période de gouvernance dont se targue le Premier ministre, une perte sèche - pour toutes les entreprises de droit ivoirien - qui s'évalue à la somme astronomique d'environ 1000 milliards de francs CFA. Plus de 400 PME et PMI ont été déclarées en faillite par Monsieur Diagou. Ont-elles été ressuscitées en 100 jours de gestion de Ouattara, quand sous Gbagbo elles existaient bel et bien ? Sûrement pas. D'ailleurs, seules les entreprises françaises ont eu droit à un début de dédommagement (et aux nouveaux marchés, de gré à gré) de la part du Chef de l'Etat. En rapport avec ses accointances élyséennes. Les ivoiriennes, elles, rongent encore leurs freins. Ouattara ne leur prête pas le moindre regard de compassion. En plus de leur devoir énormément d'argent : la dette de l'Etat vis-à-vis de ses fournisseurs est de 900 milliards de francs CFA. Il n'y a pas encore eu un début franc de décaissement.

Le taux de croissance, lui, est passé au niveau record et historique de -7,8% (abyssal), au lendemain du renversement du Président Gbagbo par les Forces spéciales françaises. Les institutions de Bretton Woods, récemment en mission en Côte d'Ivoire, n'envisagent qu'un relèvement de -5,8% fin 2011, pour la prévision la plus optimiste. Déjà deux fois pire que le taux de croissance enregistré par le Président Laurent Gbagbo en 2002-2003, en pleine crise militaro-politique. Rien que ça. La prévision la plus pessimiste pour la Côte d'Ivoire, fin 2011, étant de -7%. Y a-t-il comparaison possible ?

Ouattara annonce, en outre, un taux de 8% pour 2012 quand les plus brillants spécialistes de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international réunis prévoient, au meilleur des cas (et nous y insistons), 6% de croissance pour... 2014-2015 ! L'effet d'annonce, Ouattara adore ! Et berce ses suiveurs d'illusion. Il n'est pas possible qu'il ait fait mieux en 100 jours que Gbagbo en 10 ans. C'est mathématiquement impossible ! Et rien ne nous garantit, d'ailleurs, qu'il fera mieux en 5 ans de mandat ou même la moitié, en 10 ans.

Quand s'y ajoute l'exacerbation du racket, sur tout le territoire national, des commerçants, des transporteurs et des planteurs sur nos routes, dans nos ports et à nos frontières, on comprend aisément que bien d'opérateurs économiques étrangers se soient détournés de la destination Côte d'Ivoire et que l'économie peine à reprendre. La « Centrale » - le Trésor de l'ex-rébellion - est officiellement démantelée mais continue d'exister dans les faits et à détourner nos recettes douanières. Il faut bien que les ex-FAFN vivent. Ouattara ne leur a pas encore versé leur pécule de guerre (5 millions de francs CFA promis par combattant).

D'un autre côté, des centaines d'Ivoiriens sont toujours en exil ou déplacés de guerre. Pas moins de 270.000 d'entre eux sont hors de la Côte d'Ivoire, selon les chiffres des Nations Unies, dont 29.000 dans les camps du HCR, au comble du malheur et de la pauvreté. 450.000 sont déplacés, sur toute la surface du territoire ivoirien et dans les missions catholiques, selon les ONG Care, Oxfam et le Conseil danois pour les réfugiés. Soit environ - en tout et pour tout - un peu moins d'un million d'Ivoiriens ! Qu'a fait Ouattara pour leur retour et leur réintégration ? Rien ! A part la remise de quelques vivres, aussi rares, insuffisants que ponctuels. Si nous nous trompons, qu'on nous démente. Il fait même déguerpir les camps des déplacés de Duékoué pour sa prochaine visite dans l'Ouest. Ouattara ne veut pas voir la misère dans laquelle il a plongé les Ivoiriens.

De sorte qu'actuellement, dans l'indifférence la plus absolue, l'Ouest du pays est dans la détresse et l'insécurité alimentaires les plus totales et ne doit sa survie qu'à la présence d'ONG comme « Action contre la faim » et celles citées plus haut.

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Le quotidien des Ivoiriens est un désastre continu : les prix sur les marchés ont flambé à cause du racket des FRCI sur les transporteurs et les commerçants du vivrier. Entre juin 2010 et juin 2011, les prix du riz, du sucre et du bœuf ont augmenté de 11%, 44% et 20% respectivement, selon l'Institut national des statistiques (INS). Dans un contexte global de stress professionnel, d'insécurité de l'emploi et de chômage prononcé. Les Ivoiriens mangent par accident, « mort subite » assurée pour tous (un repas unique par jour), comme disent les chanteurs de Zouglou. Avec Ouattara, la pauvreté des Ivoiriens s'est plus que jamais accentuée.

La santé gratuite et les médicaments gratuits annoncés à grand renfort médiatique et de proclamations politiques ont fait long feu. Rien de tout cela sur le terrain. Nos hôpitaux sont devenus des mouroirs. Ils manquent de tout. Pire, les médecins et personnels médicaux sont régulièrement les victimes des exactions et des bastonnades des FRCI, à Abidjan et à l'intérieur du pays. La récente grève générale illimitée du personnel du CHU de Treichville - circonscrite quelques jours plus tard par la tutelle - en dit long sur les rapports des « sauveurs » avec les personnels de santé, en Côte d'Ivoire. Jamais pareille dérive militaire n'avait été observée sous la gouvernance du Président Laurent Gbagbo contre les services de santé.

Au niveau du prix du cacao, le gouvernement (qui signe son retour en force, quand il devait être en retrait de la filière, selon les exigences des institutions financières internationales) a annoncé le prix de 1000 francs CFA. Les pisteurs et les acheteurs grossistes le prennent aux producteurs à 600 francs à peine. Il est capital de relever que le prix du cacao payé effectivement aux planteurs était de 250 à 350 francs CFA, au lendemain de la prise de pouvoir de Ouattara, là où il leur était payé entre 1000 francs et 1300 francs CFA, sous la gouvernance de Laurent Gbagbo. Aucune comparaison possible ! Ouattara a appauvri nos agriculteurs et n'inverse toujours pas la tendance.

Du point de vue des infrastructures, le pouvoir RHDP continue d'inaugurer les travaux et de se prévaloir des projets du président Gbagbo plutôt que de les inscrire dans la continuité de l'Etat : la réfection des voies, le pont de Jacqueville, le pont de la 7ème Tranche d'Angré, l'autoroute de Grand-Bassam, l'autoroute du Nord et le pont Riviera-Marcory baptisé par Alassane Ouattara « Pont Henri Konan Bédié », bouclé à 85 milliards de francs CFA, sans péage, par Laurent Gbagbo et surfacturé à 125 milliards de francs CFA par Ouattara, avec péage (700 francs CFA par véhicule et par passage, soient 2.800 francs CFA par jour pour un travailleur ivoirien qui ferait deux aller-retour par jour pour se rendre au travail et à la maison, pendant 30 ans, au profit de l'entreprise française Bouygues !). Qui s'est le plus mis en peine du portefeuille de l'Ivoirien ? La réponse est sans appel.

En ce qui concerne les libertés individuelles et collectives, les droits du citoyen et la justice, la côte d'Ivoire a fortement régressé avec le RHDP : interdiction de rassemblements et de réunions observée contre le FPI, violences politiques (coups, blessures et casses aux meetings de Koumassi et de Yopougon Place CP1 organisés par le FPI), arrestations arbitraires à connotation politique (de Laurent Gbagbo et plus de 40 de ses parents, collaborateurs et proches), emprisonnements de journalistes et hommes de médias (Hermann Aboa, Franck Anderson Kouassi, Serge Boguhet, malgré l'interdiction formelle de la loi ivoirienne), entorses aux procédures judiciaires (incarcération avant inculpation et sans prise en compte de statut politique et administratif : chef d'Etat, premiers ministres, ministres, députés), mandats d'arrêt internationaux contre des autorités ivoiriennes en exil, chasse à l'homme (voyage de Ouattara au Ghana, arrestation du Commandant Séka Yapo Anselme), justice des « vainqueurs » (aucun proche, collaborateur ou partisan de Ouattara inquiété par la justice malgré tous les crimes commis depuis 2002 et les massacres de Duékoué), prisons, commissariats de police et palais de justice incendiés, saccagés ou pillés dans bien des villes du Sud et non encore réhabilités, plongeant ces localités dans l'insécurité totale ; gel des avoirs bancaires et occupation illégale de domiciles et de résidences (de la plupart des responsables du FPI en exil et de pro-Gbagbo), confiscation de biens privés (immeubles, sociétés, voitures des pro-Gbagbo et des cadres du FPI). Malgré les interpellations de Madame Lohourignon Odette, Présidente l'Organisation des femmes du FPI et de plusieurs autres responsables de ce parti, Alassane Ouattara reste sourd et de marbre. Toutes ces choses étaient impensables sous la gouvernance de Gbagbo. En quoi donc Ouattara a-t-il fait mieux que lui si ce n'est d'avoir fait bien pire ?

Relativement à l'administration territoriale et communale, l'Etat est en faillite : les préfets de région, préfets  de départements et sous-préfets ne représentent plus rien. Ils ne sont revêtus d'aucune autorité et ne sont désormais que l'ombre d'eux-mêmes. Ce sont les FRCI et les ex-Com-Zones qui décident et qui gouvernent nos circonscriptions. Leurs décisions s'imposent à nos autorités locales et nul ne s'aviserait de leur faire ombrage. Sur l'ensemble du territoire national. Des maires sont démis de leurs postes électifs, par coup de force du ministre de l'Intérieur Hamed Bakayoko, en personne : Yopougon, Guiglo, Issia, Méagui, Marcory, Daloa, Gagnoa, Mankono, etc. Leur crime : être proches de Laurent Gbagbo ou de son obédience (LMP).

Du côté institutionnel, c'est la morgue : l'Assemblée nationale est illégalement suspendue si ce n'est dissoute de fait. Les députés restent des mois entiers sans salaires ni prérogatives ; le Conseil constitutionnel a été renouvelé anticonstitutionnellement, avant le terme de son mandat  ; Monsieur Zadi Kessy, actuel président du Conseil économique et social a été nommé au poste, contre les textes en vigueur, sans même être un conseiller économique et social (jamais pareille dérive n'a vu le jour en Côte d'ivoire) et nommé conseiller économique et social, après coup seulement ; le chef de l'Etat continue à être le président du RDR, son parti, contre toutes les dispositions de la Constitution ivoirienne (Article 54) et n'a toujours pas encore déclaré ses biens devant la Cour des comptes, comme l'exige notre Loi fondamentale (Article 55). De ce point de vue, il est en antinomie totale avec Laurent Gbagbo.

Pour ce qui est du volet capital de la cohésion sociale et de la réconciliation nationale, en son temps, le Président Gbagbo avait fortement travaillé au retour des illustres exilés ivoiriens qu'étaient le Président Henri Konan Bédié et le Premier ministre Alassane Ouattara, réfugiés en France, et le reclus volontaire qu'était devenu le Général Guéi Robert, à Kabakouma, son village natal, dans la région de Man. Un Forum de la réconciliation nationale avec un président qui n'est pas un proche de Gbagbo, à l'opposé de Ouattara aujourd'hui, a été organisé et a ressoudé quelque peu le tissu social ivoirien en compote. Mais la malhonnêteté humaine, les ambitions démesurées pour le fauteuil présidentiel ivoirien de ceux qui se proclament, en ce moment, « héritiers d'Houphouët-Boigny » et la perfidie de la France de Chirac ont replongé notre beau pays dans la violence et le crime, un certain 19 septembre 2002. Gbagbo a fait revenir les exilés ivoiriens, Ouattara, lui, les pourchasse jusque dans leurs derniers retranchements, au Ghana, avec des mandats d'arrêt internationaux et des décisions de gel d'avoirs bancaires. Peut-il y avoir comparaison ? Certainement pas.

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Les nominations à base ethnique et tribale observées dans le gouvernement, dans toute l'administration ivoirienne et à la tête des services centraux de l'Etat, des entreprises et sociétés d'Etat ne contribuent pas davantage au retour de la cohésion sociale et à la réconciliation. Pas plus que l'affectation sanction massive des ex-FDS en zone CNO. De ce point de vue, Laurent Gbagbo est reconnu pour être tout l'opposé de Ouattara.

Quant à la sécurité, il suffit de se renseigner auprès des chancelleries occidentales qui se sont récemment rendues chez Ouattara pour « exiger » le retour de la sécurité pour s'en faire une idée. La situation sécuritaire du pays est préoccupante, au plus haut point. Ainsi, le mardi 18 octobre 2011, Alassane Ouattara a reçu en audience, au Palais présidentiel au Plateau, le Représentant spécial adjoint du Secrétaire général des Nations unies pour la Côte d'Ivoire (ONUCI), Arnauld Akodjénou et quatre diplomates accrédités en Côte d'Ivoire : les ambassadeurs de France, Jean-Marc Simon et des Etats-Unis, Philip Carter III, du Chargé d'Affaires du Royaume-Uni et du Représentant de l'Union européenne. Le communiqué de presse de l'ONUCI, à la fin de cette rencontre, fait état de l'examen de questions de sécurité en Côte d'Ivoire. Cela, c'est la version diplomatique.

En réalité - et il faut clairement le dire -, il n'y a plus de sécurité en Côte d'Ivoire. Des milliers de prisonniers de droit commun libérés de nos geôles pour servir de supplétifs, dans toute la partie Sud du territoire national, par les combattants pro-Ouattara pendant leur offensive finale, écument nos villes et localités. Des micro-finances, des agences de transfert d'argent, des supermarchés, des entreprises, des églises, des domiciles privés, des prêtres, d'honnêtes citoyens dans tout le pays, sont constamment victimes d'attaques à mains armées, d'enlèvements, de braquages et de cambriolages d'hommes en treillis. Des véhicules diplomatiques continuent d'être braqués. De simples civils, des étudiants, des élèves, des agents de l'ordre abattus par les FRCI ou des hommes en tenue militaire font régulièrement la Une des tabloïds ivoiriens. Ceci est un secret de Polichinelle.

Nous avons, en outre, encore souvenance du rapt du Substitut du Procureur de la République, Djè Noël, porte-parole du Parquet près le Tribunal de première instance d'Abidjan Plateau (fait oh combien impensable des « sauveurs » contre un des leurs), enlevé alors qu'il rentrait du service, « séquestré durant trois heures » (selon son propre témoignage dans la presse ivoirienne) et soulagé de la somme de 150 mille francs CFA ainsi que de portables et de montre de luxe. Nous n'oublierons pas la scabreuse affaire du kidnapping d'ex-officiers français délestés de la grassouillette somme de 25 millions de francs CFA par les hommes du Commandant Issiaka Ouattara alias « Wattao », non encore résolue malgré la plainte déposée.

L'éducation est le plus grand crève-cœur que nous aura servi, depuis son installation, le pouvoir Ouattara. Sous le fallacieux prétexte de problèmes de trésorerie (35 milliards recherchés), les universités publiques ivoiriennes sont fermées et les étudiants à la rue, depuis 6 mois. Des travaux de réhabilitation (aussi urgents et indispensables soient-ils) peuvent-ils justifier qu'on sacrifie trois promotions de bacheliers (2008-2009-2010 voire très certainement 2011), tous les cycles de recherches ainsi que tous les niveaux intermédiaires, et qu'on remette la rentrée universitaire d'après-crise aux calendes grecques ? De mémoire de terrien et de citoyen du monde, c'est la première fois que nous entendons une énormité pareille. On peut tout reprocher à Laurent Gbagbo mais on ne l'accusera jamais d'avoir intentionnellement fermé l'école, sacrifié les étudiants et universitaires tous cycles confondus et renvoyé l'ouverture des classes à des dates improbables. Ici encore, la comparaison ne tient pas la route.

En ce qui concerne l'affirmation de notre souveraineté et la concrétisation de notre indépendance, le pouvoir RHDP nostalgique de la Côte d'Ivoire postcoloniale ( ?) des années 60, nous a ramené à l'ère des coopérants français, des conseillers élyséens au Palais d'Abidjan et de « l'indépendance sous haute surveillance » - avec un vice-président près Monsieur Ouattara qui ne dit pas son nom : Monsieur Philippe Serey-Eiffel, homme de main de Nicolas Sarkozy, et le retour en force du 43ème BIMA français - page que le Président Gbagbo avait tournée pour nous rendre toute notre honorabilité et notre dignité d'Africains libres. Avoir lutté 50 ans pour en arriver là, il aura fallu Ouattara pour réussir ce tour de force ! Durant plusieurs mois, la France a même payé les salaires des fonctionnaires ivoiriens. Inconcevable sous Gbagbo ! Une politique économique judicieuse avait permis à la Côte d'Ivoire, sous son règne, de vivre de ses propres ressources. Ouattara, lui, nous a embarqués dans un surendettement record et une gouvernance sur fonds extérieurs. Rabaissant notre pays à la mendicité internationale. Il a, en outre, durablement compromis l'aboutissement de l'initiative PPTE quasiment bouclé par Laurent Gbagbo en 2010, pour mars 2011.

Pour la démocratie, pas davantage d'espoir. La Commission électorale indépendante (CEI) est à coloration unique. Celle du RHDP. Y compris tous ses démembrements régionaux, départementaux et locaux. Le pouvoir Ouattara l'a verrouillé pour concrétiser sa dictature et le retour triomphant du parti unique. Sur 31 postes représentatifs, il ne veut bien consentir qu'à peine cinq à ce qui lui tient lieu, actuellement, d'opposition. La règle d'équilibre et de représentativité jadis de rigueur dans l'institution sous Gbagbo (qui avait même concédé plus de postes à son opposition, au nom des clauses des différents accords pour la paix et d'une transparence absolue) a volé en éclat avec Ouattara, le « nouveau démocrate ». Les appels du FPI à la discussion et au consensus politique restent lettres mortes. Les législatives de décembre approchent donc dans une ambiance de suspicion totale. Les FRCI et leurs supplétifs « Dozo » sont encore en armes dans tous nos campements, villages et villes, semant angoisse et terreur. Le remake de l'élection présidentielle est en marche. Inexorablement.

Nous voulons donc bien croire, avec Monsieur le Premier ministre, qu'en 100 jours Alassane Ouattara ait fait mieux que Laurent Gbagbo en 10 ans mais les faits sont là, têtus, qui prouvent tout le contraire. Mieux, pour rester honnête, il faut même dire que Ouattara a réussi l'exploit de détruire, en seulement 100 jours, ce que Gbagbo a construit en 10 ans. Parce que construire un pays, une nation, ce ne sont pas seulement les infrastructures ou les opérations de salubrité - du reste problématiques. C'est aussi forger une âme, une dignité, une fierté nationales, respecter sa Constitution, faire régner le droit, accorder au peuple ses libertés individuelles et collectives, assister les plus pauvres, secourir les sinistrés, permettre à tous de se nourrir décemment et à chacun de vivre sans peur. Cela, Ouattara ne l'a pas réussi. Du moins, pas encore. Qu'on ne vienne donc pas nous proclamer le contraire. Nous lui souhaitons, toutefois, bon vent à la tête de notre pays.


Que DIEU bénisse la Côte d'Ivoire !


DINDE Fernand AGBO


In le quotidien ivoirien "Le Nouveau Courrier" N° 353, 354 et 355 des jeudi 27, vendredi 28 et samedi 29 octobre 2011.

A PROPOS DES ELECTIONS LEGISLATIVES, LE FPI REPOND A ALASSANE OUATTARA


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C’est apparemment un dialogue de sourds entre la Front populaire ivoirien et le pouvoir à propos des élections législatives prévues pour le 11 décembre. Interrogé par les journalistes en France, le chef de l’Etat Alassane Dramane Ouattara a déclaré qui a pris « un décret pour accroître le nombre de vice-présidents de la commission électorale indépendante (CEI) afin que le Fpi puisse y siéger ». Selon lui, cet acte devrait rassurer le parti de Laurent Gbagbo qu’il invite à mettre à profit la prorogation de la date de dépôt des candidatures pour s’engager dans le processus électoral.

Mais pour le Fpi, Alassane Ouattara est totalement à côté de la plaque. « Nous ne négocions pas notre droit », réagit M. Tapé Kipré qui soutient que dans le fonctionnement de la CEI, le pouvoir et l’opposition ont droit chacun à deux vice-présidences. Pour lui donc, il ne s’agit nullement pour le Fpi se satisfaire d’une vice-présidence à laquelle il a droit. M. Tapé indique que l’idée de base qui a présidé à la mise en place de la CEI, « c’est l’équilibre qui crée la confiance». Il rappelle que la première fois que cet équilibre a été rompu, c’est quand l’UDCY, la parti de Mel Théodore a rejoint le camp de Laurent Gbagbo. A cette époque l’opposition d’alors représentée par le RDR, le PDCI et leurs allés, avait crié fort et avait obtenu un rééquilibrage de la représentation des parties. « La CEI est un acquis démocratique de la Côte d’Ivoire, elle ne fait pas partie des victoires militaires », rappelle Tapé Kipré qui appelle le pouvoir et l’opposition à s’asseoir pour déterminer comment rétablir l’équilibre qui toujours prévalu. Il s’étonne d’ailleurs que M. Ouattara ne retienne qu’une affaire de vice-présidence de la foule de revendications déposées par le Fpi et ses alliés.

Augustin Kouyo


Source: NOTRE VOIE

dimanche, 30 octobre 2011

L'AFRIQUE, LE CONTINENT HUMILIE

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Lundi 11 avril 2011, sorti groggy de la résidence présidentielle, pilonnée plusieurs jours durant par l'armée française; livré à la furie de ses adversaires, Laurent Gbagbo est déporté sans ménagement et emprisonné au Nord de la Côte d'Ivoire.

Jeudi 20 octobre 2011, sorti hagard de son convoi détruit par un bombardement de l'Otan, Mouammar Kadhafi effectue son chemin de croix, le visage ensanglanté, lynché par des adversaires déchaînés. Ils finiront par l'exécuter d'une balle dans la tête à Syrte, sa ville natale.

Deux images unanimement saluées par la démocratie occidentale. Deux images choquantes pour l'Afrique. Images d'humiliation de deux chefs d'Etat. Images d'humiliation d'un continent.

Elle est belle la démocratie mondiale, empêtrée dans ses mensonges et ses propres turpitudes. A user de remèdes plus pernicieux que le mal décrit. A parler de démocratie en larguant plus de 30000 bombes sur un pays. A prétendre protéger les civils quand la guerre "humanitaire" fait plus de 60000 morts. A jouer les pompiers ici pour faire oublier ailleurs le rôle de pyromane. A saluer l'élection de Barack Obama quand son rêve américain prend des airs de cauchemar africain. A reconnaître des rebellions militaires sanglantes tout en menaçant de son veto la reconnaissance d'un Etat Palestinien. A nommer des prix Nobel de la paix qui n'ont réalisé aucune action pacifique. A créer une Cour Pénale Internationale pour juger uniquement les crimes des autres. A évoquer l'indépendance quand il s'agit de la recolonisation d'un continent.

Georges Bush Jr n'est plus président mais son esprit plane encore au-dessus du nouvel ordre mondial. Il est réincarné dans l'hexagone en président hyperactif et va-t-en guerre. Un président qui n'hésite pas à régler en Côte d'Ivoire un contentieux électoral à coups de milliers de bombes et d'obus. Hier Bagdad, aujourd'hui Tripoli. Mêmes causes, mêmes effets. Des pays livrés aux chiens de guerre et au chaos. A qui le tour demain?
Mépris des Africains à Paris. Mépris de l'histoire africaine à Dakar. Dans l'esprit des Africains-Français, les mouroirs de Syrte et d'Abidjan s'inviteront jusqu'aux isoloirs de Neuilly sur Seine et de Tulle en 2012.

Et le silence de l'Union Africaine? Et la lâcheté des chefs d'Etat africains? Certains se terrent, terrorisés. Les tyrans, les putschistes, les oppresseurs, les corrompus, les marionnettes et les collabos. Ils se font tout petits. Et les autres? Ils manquent de courage. Ils se taisent. Ils acceptent sans broncher leur propre humiliation, l'humiliation du continent. Planquez-vous braves présidents! Croisez les bras. Croisez les doigts. Fermez les yeux. Espérez que la furie occidentale vous oublie. Priez pour qu'elle s'abatte sur le voisin d'à côté. Union Africaine. Union disparate de petits Etats pauvres et divisés. Adieu, Lumumba. Adieu Nkrumah. Adieu Sankara. Adieu l'unité africaine. Adieu enfin les Etats-Unis d'Afrique.

Et les intellectuels africains? Que disent-ils? Rien du tout? Vaillants leaders éclairés! La triste réalité du continent africain n'est de toute évidence pas une source d'inspiration. Parcourez les rédactions et les médias occidentaux pour vendre vos si belles fictions. Silence, on massacre vos semblables. Dormez-bien. Rêvez-bien. Bernard Henry Levy est lui bien réveillé. Lui qui se bat pour que les indignés africains expriment dorénavant avec "force" leur soif de démocratie. Peu importe si les armes, qui leur sont distribuées, entraînent un bain de sang entre concitoyens. Merci B.H.L! Encore un coup de panache, et la charia devrait être érigée en règle constitutionnelle sur l'ensemble du continent.

Elle est belle la démocratie internationale. Et les centaines de milliers de bombes larguées sur le continent noir n'ont pas encore tiré le milliard d'Africains de sa profonde léthargie. Alors, massacrons-nous encore à Kigali et à Benghazi pour la conquête du pouvoir. Dansons à Syrte et à Misrata autour de nos cadavres. Célébrons à Abidjan et à Libreville, l'humiliation de notre continent. Oui laissons, abandonnons, cédons aux Américains, aux Européens et aux Asiatiques le soin d'exploiter nos immenses richesses naturelles. Philanthropes, ils développeront peut-être un jour l'Afrique mieux que les Africains eux-mêmes.


Anicet Djehoury, Essayiste ivoirien, in PENSEES NOIRES

 

Source: SENE REVOLUTION.COM

LE BILAN EN 100 JOURS D'ALASSANE OUATTARA, PARLONS-EN (3)


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Les nominations à base ethnique et tribale observées dans le gouvernement, dans toute l'administration ivoirienne et à la tête des services centraux de l'Etat, des entreprises et sociétés d'Etat ne contribuent pas davantage au retour de la cohésion sociale et à la réconciliation. Pas plus que l'affectation sanction massive des ex-FDS en zone CNO. De ce point de vue, Laurent Gbagbo est reconnu pour être tout l'opposé de Ouattara.

Quant à la sécurité , il suffit de se renseigner auprès des chancelleries occidentales qui se sont récemment rendues chez Ouattara pour « exiger » le retour de la sécurité pour s'en faire une idée. La situation sécuritaire du pays est préoccupante, au plus haut point. Ainsi, le mardi 18 octobre 2011, Alassane Ouattara a reçu en audience, au Palais présidentiel au Plateau, le Représentant spécial adjoint du Secrétaire général des Nations unies pour la Côte d'Ivoire (ONUCI), Arnauld Akodjénou et quatre diplomates accrédités en Côte d'Ivoire : les ambassadeurs de France, Jean-Marc Simon et des Etats-Unis, Philip Carter III, du Chargé d'Affaires du Royaume-Uni et du Représentant de l'Union européenne. Le communiqué de presse de l'ONUCI, à la fin de cette rencontre, fait état de l'examen de questions de sécurité en Côte d'Ivoire. Cela, c'est la version diplomatique.

En réalité - et il faut clairement le dire -, il n'y a plus de sécurité en Côte d'Ivoire. Des milliers de prisonniers de droit commun libérés de nos geôles pour servir de supplétifs, dans toute la partie Sud du territoire national, par les combattants pro-Ouattara pendant leur offensive finale, écument nos villes et localités. Des micro-finances, des agences de transfert d'argent, des supermarchés, des entreprises, des églises, des domiciles privés, des prêtres, d'honnêtes citoyens dans tout le pays, sont constamment victimes d'attaques à mains armées, d'enlèvements, de braquages et de cambriolages d'hommes en treillis. Des véhicules diplomatiques continuent d'être braqués. De simples civils, des étudiants, des élèves, des agents de l'ordre abattus par les FRCI ou des hommes en tenue militaire font régulièrement la Une des tabloïds ivoiriens. Ceci est un secret de Polichinelle.

Nous avons, en outre, encore souvenance du rapt du Substitut du Procureur de la République, Djè Noël, porte-parole du Parquet près le Tribunal de première instance d'Abidjan Plateau (fait oh combien impensable des « sauveurs » contre un des leurs), enlevé alors qu'il rentrait du service, « séquestré durant trois heures » (selon son propre témoignage dans la presse ivoirienne) et soulagé de la somme de 150 mille francs CFA ainsi que de portables et de montre de luxe. Nous n'oublierons pas la scabreuse affaire du kidnapping d'ex-officiers français délestés de la grassouillette somme de 25 millions de francs CFA par les hommes du Commandant Issiaka Ouattara alias « Wattao », non encore résolue malgré la plainte déposée.

L'éducation est le plus grand crève-cœur que nous aura servi, depuis son installation, le pouvoir Ouattara. Sous le fallacieux prétexte de problèmes de trésorerie (35 milliards recherchés), les universités publiques ivoiriennes sont fermées et les étudiants à la rue, depuis 6 mois. Des travaux de réhabilitation (aussi urgents et indispensables soient-ils) peuvent-ils justifier qu'on sacrifie trois promotions de bacheliers (2008-2009-2010 voire très certainement 2011), tous les cycles de recherches ainsi que tous les niveaux intermédiaires, et qu'on remette la rentrée universitaire d'après-crise aux calendes grecques ? De mémoire de terrien et de citoyen du monde, c'est la première fois que nous entendons une énormité pareille. On peut tout reprocher à Laurent Gbagbo mais on ne l'accusera jamais d'avoir intentionnellement fermé l'école, sacrifié les étudiants et universitaires tous cycles confondus et renvoyé l'ouverture des classes à des dates improbables. Ici encore, la comparaison ne tient pas la route.

En ce qui concerne l'affirmation de notre souveraineté et la concrétisation de notre indépendance , le pouvoir RHDP nostalgique de la Côte d'Ivoire postcoloniale ( ?) des années 60, nous a ramené à l'ère des coopérants français, des conseillers élyséens au Palais d'Abidjan et de « l'indépendance sous haute surveillance » - avec un vice-président près Monsieur Ouattara qui ne dit pas son nom : Monsieur Philippe Serey-Eiffel, homme de main de Nicolas Sarkozy, et le retour en force du 43ème BIMA français - page que le Président Gbagbo avait tournée pour nous rendre toute notre honorabilité et notre dignité d'Africains libres. Avoir lutté 50 ans pour en arriver là, il aura fallu Ouattara pour réussir ce tour de force !

Durant plusieurs mois, la France a même payé les salaires des fonctionnaires ivoiriens. Inconcevable sous Gbagbo ! Une politique économique judicieuse avait permis à la Côte d'Ivoire, sous son règne, de vivre de ses propres ressources. Ouattara, lui, nous a embarqués dans un surendettement record et une gouvernance sur fonds extérieurs. Rabaissant notre pays à la mendicité internationale. Il a, en outre, durablement compromis l'aboutissement de l'initiative PPTE quasiment bouclé par Laurent Gbagbo en 2010, pour mars 2011.

Pour la démocratie , pas davantage d'espoir. La Commission électorale indépendante (CEI) est à coloration unique. Celle du RHDP. Y compris tous ses démembrements régionaux, départementaux et locaux. Le pouvoir Ouattara l'a verrouillé pour concrétiser sa dictature et le retour triomphant du parti unique. Sur 31 postes représentatifs, il ne veut bien consentir qu'à peine cinq à ce qui lui tient lieu, actuellement, d'opposition. La règle d'équilibre et de représentativité jadis de rigueur dans l'institution sous Gbagbo (qui avait même concédé plus de postes à son opposition, au nom des clauses des différents accords pour la paix et d'une transparence absolue) a volé en éclat avec Ouattara, le « nouveau démocrate ». Les appels du FPI à la discussion et au consensus politique restent lettres mortes. Les législatives de décembre approchent donc dans une ambiance de suspicion totale. Les FRCI et leurs supplétifs « Dozo » sont encore en armes dans tous nos campements, villages et villes, semant angoisse et terreur. Le remake de l'élection présidentielle est en marche. Inexorablement.

Nous voulons donc bien croire, avec Monsieur le Premier ministre, qu'en 100 jours Alassane Ouattara ait fait mieux que Laurent Gbagbo en 10 ans mais les faits sont là, têtus, qui prouvent tout le contraire. Mieux, pour rester honnête, il faut même dire que Ouattara a réussi l'exploit de détruire, en seulement 100 jours, ce que Gbagbo a construit en 10 ans. Parce que construire un pays, une nation, ce ne sont pas seulement les infrastructures ou les opérations de salubrité. C'est aussi forger une âme, une dignité, une fierté nationales, respecter sa Constitution, faire régner le droit, accorder au peuple ses libertés individuelles et collectives, assister les plus pauvres, secourir les sinistrés, permettre à tous de se nourrir décemment et à chacun de vivre sans peur. Cela, Ouattara ne l'a pas réussi. Du moins, pas encore. Qu'on ne vienne donc pas nous proclamer le contraire. Nous lui souhaitons, toutefois, bon vent à la tête de notre pays.



Que DIEU bénisse la Côte d'Ivoire !


DINDE Fernand AGBO


In le quotidien ivoirien "Le Nouveau Courrier" N° 355 du samedi 29 octobre 2011.

samedi, 29 octobre 2011

VOICI LE RAPPORT DE L'ONU QUI ACCABLE LE REGIME OUATTARA


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Le Haut commissariat des Nations unies aux droits de l'homme a produit un rapport alarmant sur la situation des droits de l'Homme en Côte d'Ivoire. Un document de dix-sept pages qui donne une nette idée de l'ampleur des violations des droits de l'homme commises par les Forces républicaines de Côte d'Ivoire (Frci) d'Alassane Ouattara.

Le dernier rapport de la Haut commissaire aux droits de l'homme, Madame Navanethem Pillay, sur la Côte d'Ivoire, en date du 21 septembre 2011,    fait état de «violations graves des droits de l'homme par les Frci», de «vagues d'atteintes systématiques (...) à l'intégrité physique, à la liberté et la sécurité des personnes» et «d'un haut degré d'impunité dont jouissent les Frci». Lors de l'examen du rapport diffusé exclusivement en version anglaise, le 28 septembre 2011 dernier, en marge de l'assemblée générale annuelle des Nations unies, Mme Kyung-Wha Kang, Haut commissaire adjoint aux droits de l'homme, a indiqué que «les forces républicaines de Côte d'Ivoire (Frci) se rendent coupables d'exécutions extrajudiciaires et sommaires, de torture, de traitements inhumains et dégradants, de violences sexuelles ou d'arrestations arbitraires».

Les rapporteurs accusent principalement les responsables des Frci, en l'occurrence des com'zone qui ont le contrôle de l'ensemble du territoire national, d'usurper des prérogatives législatives et judiciaires qui doivent être assumées par les autorités civiles. Les atteintes aux droits de l'homme répertoriées, décrites avec précision, sont classifiées en plusieurs rubriques.  Notamment les exécutions sommaires et extrajudiciaires, les cas de torture et de traitements dégradants et inhumains ; les violences sexuelles basées sur le genre ; les arrestations et détention arbitraires,  et les actes d'extorsion de fonds ; les violences intercommunautaires et les attaques perpétrées par des groupes armés, arrestation, etc.

Torture, traitements inhumains et extorsion de fonds

Dans la rubrique traitant des cas de torture et traitements inhumains, l'Onuci a pu constater que des «personnes accusées d'avoir commis des crimes ont été arrêtés par des soldats FRCI et agressés physiquement par les FRCI qui les ont contraint à admettre leur implication dans des crimes». Dans la plupart des cas, mentionne le rapport, des citoyens innocents sont arrêtés par des Frci  qui les soumettent à des sévices et exigent de fortes sommes d'argent à leurs parents pour leur épargner la vie et les libérer. «Le 16 juin, les éléments de la FRCI auraient fait irruption dans les villages et les Goulikaho Doukouya (respectivement 135 km et 120 km au sud de Yamoussoukro) et agressé physiquement des partisans du FPI. Au moins 27 personnes, dont 15 femmes perçus comme militants du FPI ont été sévèrement battus, arrêtés et détenus. A la suite de l'incident, deux des femmes, qui étaient enceintes, ont fait des fausses couches», relate le département des droits de l'homme de l'Onuci. Le document cite également des cas de torture. C'est ainsi que le rapport  fait cas d'un événement qui s'est produit le 5 Juillet à Bouaké, où des éléments des FRCI ont tailladé à la lame de rasoir un agriculteur, dans le but de lui arracher des aveux sur sa  prétendue implication dans un vol de vache.

La situation à l'Ouest

Dans d'autres circonstances, notamment le 22 août à Sibably (35 km au nord-est de Duékoué), c'est de l'eau chaude que des Frci ont versé sur les corps de deux jeunes gens. «Les deux suspects ont été pris au poste de police des FRCI, ils ont été sévèrement battus et abandonnés sans aucune assistance médicale. Des éléments Frci se sont rendus à leur domiciles où ils ont menacé de mort leurs familles, emportant une moto et une somme de 200 000 FCFA». La situation dans l'ouest du pays ne manque pas d'inquiéter le haut commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Mme Kyung-Wha Kang.  Dans cette région, elle déplore «la présence continue de mercenaires et les tensions communautaires qui  continuent d'être un problème du point de vue de sécurité des biens et des personnes». «La situation des déplacés de l'intérieur est aussi un sujet de préoccupation et mérite une attention urgente, car de nombreux camps de réfugiés restent vulnérables et sont victimes d'attaques de mercenaires et des forces républicaines, toujours dans l'ouest du pays», interpelle le Haut commissariat des Nations unies aux droits de l'homme.

Une situation qui devrait, hélas, empirer, vu la décision des nouvelles autorités de démanteler manu militari les camps de déplacés abandonnés à eux-mêmes et sans espoir.


Emmanuel Akani


Source: NOUVEAU COURRIER.INFO

LE BILAN EN 100 JOURS D'ALASSANE OUATTARA, PARLONS-EN (2)

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Le quotidien des Ivoiriens est un désastre continu : les prix sur les marchés ont flambé à cause du racket des FRCI sur les transporteurs et les commerçants du vivrier. Entre juin 2010 et juin 2011, les prix du riz, du sucre et du bœuf ont augmenté de 11%, 44% et 20% respectivement, selon l'Institut national des statistiques (INS). Dans un contexte global de stress professionnel, d'insécurité de l'emploi et de chômage prononcé. Les Ivoiriens mangent par accident, « mort subite » assurée pour tous (un repas unique par jour), comme disent les chanteurs de Zouglou. Avec Ouattara, la pauvreté des Ivoiriens s'est plus que jamais accentuée.

La santé gratuite et les médicaments gratuits annoncés à grand renfort médiatique et de proclamations politiques ont fait long feu. Rien de tout cela sur le terrain. Nos hôpitaux sont devenus des mouroirs. Ils manquent de tout. Pire, les médecins et personnels médicaux sont régulièrement les victimes des exactions et des bastonnades des FRCI, à Abidjan et à l'intérieur du pays. La récente grève générale illimitée du personnel du CHU de Treichville - circonscrite quelques jours plus tard par la tutelle - en dit long sur les rapports des « sauveurs » avec les personnels de santé, en Côte d'Ivoire. Jamais pareille dérive militaire n'avait été observée sous la gouvernance du Président Laurent Gbagbo contre les services de santé.

Au niveau du prix du cacao , le gouvernement (qui signe son retour en force, quand il devait être en retrait de la filière, selon les exigences des institutions financières internationales) a annoncé le prix de 1000 francs CFA. Les pisteurs et les acheteurs grossistes le prennent aux producteurs à 600 francs à peine. Il est capital de relever que le prix du cacao payé effectivement aux planteurs était de 250 à 350 francs CFA, au lendemain de la prise de pouvoir de Ouattara, là où il leur était payé entre 1000 francs et 1300 francs CFA, sous la gouvernance de Laurent Gbagbo. Aucune comparaison possible ! Ouattara a appauvri nos agriculteurs et n'inverse toujours pas la tendance.

Du point de vue des infrastructures , le pouvoir RHDP continue d'inaugurer les travaux et de se prévaloir des projets du président Gbagbo plutôt que de les inscrire dans la continuité de l'Etat : la réfection des voies, le pont de Jacqueville, le pont de la 7ème Tranche d'Angré, l'autoroute de Grand-Bassam, l'autoroute du Nord et le pont Riviera-Marcory baptisé par Alassane Ouattara « Pont Henri Konan Bédié », bouclé à 85 milliards de francs CFA, sans péage, par Laurent Gbagbo et surfacturé à 125 milliards de francs CFA par Ouattara, avec péage (700 francs CFA par véhicule et par passage, soient 2.800 francs CFA par jour pour un travailleur ivoirien qui ferait deux aller-retour par jour pour se rendre au travail et à la maison, pendant 30 ans, au profit de l'entreprise française Bouygues !). Qui s'est le plus mis en peine du portefeuille de l'Ivoirien ? La réponse est sans appel.

En ce qui concerne les libertés individuelles et collectives, les droits du citoyen et la justice , la côte d'Ivoire a fortement régressé avec le RHDP : interdiction de rassemblements et de réunions observée contre le FPI, violences politiques (coups, blessures et casses aux meetings de Koumassi et de Yopougon Place CP1 organisés par le FPI), arrestations arbitraires à connotation politique (de Laurent Gbagbo et plus de 40 de ses parents, collaborateurs et proches), emprisonnements de journalistes et hommes de médias (Hermann Aboa, Franck Anderson Kouassi, Serge Boguhet, malgré l'interdiction formelle de la loi ivoirienne), entorses aux procédures judiciaires (incarcération avant inculpation et sans prise en compte de statut politique et administratif : chef d'Etat, premiers ministres, ministres, députés), mandats d'arrêt internationaux contre des autorités ivoiriennes en exil, chasse à l'homme (voyage de Ouattara au Ghana, arrestation du Commandant Séka Yapo Anselme), justice des « vainqueurs » (aucun proche, collaborateur ou partisan de Ouattara inquiété par la justice malgré tous les crimes commis depuis 2002 et les massacres de Duékoué), prisons, commissariats de police et palais de justice incendiés, saccagés ou pillés dans bien des villes du Sud et non encore réhabilités, plongeant ces localités dans l'insécurité totale ; gel des avoirs bancaires et occupation illégale de domiciles et de résidences (de la plupart des responsables du FPI en exil et de pro-Gbagbo), confiscation de biens privés (immeubles, sociétés, voitures des pro-Gbagbo et des cadres du FPI). Malgré les interpellations de Madame Lohourignon Odette, Présidente l'Organisation des femmes du FPI et de plusieurs autres responsables de ce parti, Alassane Ouattara reste sourd et de marbre. Toutes ces choses étaient impensables sous la gouvernance de Gbagbo. En quoi donc Ouattara a-t-il fait mieux que lui si ce n'est d'avoir fait bien pire ?

Relativement à l'administration territoriale et communale , l'Etat est en faillite : les préfets de région, préfets  de départements et sous-préfets ne représentent plus rien. Ils ne sont revêtus d'aucune autorité et ne sont désormais que l'ombre d'eux-mêmes. Ce sont les FRCI et les ex-Com-Zones qui décident et qui gouvernent nos circonscriptions. Leurs décisions s'imposent à nos autorités locales et nul ne s'aviserait de leur faire ombrage. Sur l'ensemble du territoire national. Des maires sont démis de leurs postes électifs, par coup de force du ministre de l'Intérieur Hamed Bakayoko, en personne : Yopougon, Guiglo, Issia, Méagui, Marcory, Daloa, Gagnoa, Mankono, etc. Leur crime : être proches de Laurent Gbagbo ou de son obédience (LMP).

Du côté institutionnel , c'est la morgue : l'Assemblée nationale est illégalement suspendue si ce n'est dissoute de fait. Les députés restent des mois entiers sans salaires ni prérogatives ; le Conseil constitutionnel a été renouvelé anticonstitutionnellement, avant le terme de son mandat  ; Monsieur Zadi Kessy, actuel président du Conseil économique et social a été nommé au poste, contre les textes en vigueur, sans même être un conseiller économique et social (jamais pareille dérive n'a vu le jour en Côte d'ivoire) et nommé conseiller économique et social, après coup seulement ; le chef de l'Etat continue à être le président du RDR, son parti, contre toutes les dispositions de la Constitution ivoirienne (Article 54) et n'a toujours pas encore déclaré ses biens devant la Cour des comptes, comme l'exige notre Loi fondamentale (Article 55). De ce point de vue, il est en antinomie totale avec Laurent Gbagbo.

Pour ce qui est du volet capital de la cohésion sociale et de la réconciliation nationale , en son temps, le Président Gbagbo avait fortement travaillé au retour des illustres exilés ivoiriens qu'étaient le Président Henri Konan Bédié et le Premier ministre Alassane Ouattara, réfugiés en France, et le reclus volontaire qu'était devenu le Général Guéi Robert, à Kabakouma, son village natal, dans la région de Man. Un Forum de la réconciliation nationale avec un président qui n'est pas un proche de Gbagbo, à l'opposé de Ouattara aujourd'hui, a été organisé et a ressoudé quelque peu le tissu social ivoirien en compote. Mais la malhonnêteté humaine, les ambitions démesurées pour le fauteuil présidentiel ivoirien de ceux qui se proclament, en ce moment, « héritiers d'Houphouët-Boigny » et la perfidie de la France de Chirac ont replongé notre beau pays dans la violence et le crime, un certain 19 septembre 2002. Gbagbo a fait revenir les exilés ivoiriens, Ouattara, lui, les pourchasse jusque dans leurs derniers retranchements, au Ghana, avec des mandats d'arrêt internationaux et des décisions de gel d'avoirs bancaires. Peut-il y avoir comparaison ? Certainement pas. (A suivre).


DINDE Fernand AGBO

In le quotidien ivoirien "Le Nouveau Courrier" N° 354 du vendredi 27 octobre 2011.