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mercredi, 11 septembre 2013

MALI: LE CREPUSCULE DES «VAMPIRES» DE LA DEMOCRATIE

Pr ISSA NDIAYE.jpg


 
«La valeur d’un État à la longue, c’est la valeur des individus qui le composent. Un État qui rapetisse les hommes pour en faire des instruments dociles entre ses mains, un tel État s’apercevra qu’avec des petits hommes rien de grand ne saurait s’accomplir»  - John Stuart Mill.
 
 
L’homme et l’héritage
 
L’héritage de IBK ressemble à un véritable champ de ruines. Il sera plus lourd à porter sans aucun doute, plus lourd que celui de l’UDPM en 1991. Deux décennies de ‘démocratie’ à la malienne ont fait faner bien de promesses et balayé bien d’espérances. Le plus difficile à reconstruire, ce ne sera pas les ruines matérielles mais plus sûrement la débâcle humaine. La longue dérive de l’homme malien depuis le coup d’État de 1968 a atteint sous l’ère "démocratique", le stade de la putréfaction.
 
Au début des années soixante, le Malien était pétri des valeurs du Soudanais, opprimé certes pendant la période coloniale, mais reconnu et respecté pour son sérieux, son intégrité morale, son goût du travail bien fait, son ardeur à la tâche, enfin et surtout pour son patriotisme.
 
Qu’est-il devenu?
Triste bilan, triste spectacle, triste comportement surtout au niveau des cadres et des élites politiques et sociales.
Comment a-t-il pu tomber si bas ?
Et que faire pour reconstruire ce Malien ?
Un véritable défi pour le Président nouvellement élu !
Par où commencer sur un terrain miné où tout peut exploser à tout moment ?
 
Il faudra du courage voire du culot mais aussi et surtout une lucidité extrême pour affronter une situation aussi complexe. On peut résumer sa tâche à deux défis majeurs et concomitants : changer à la fois le système et les hommes dont il a hérité. Il n’ya pas d’autre alternative.
Mais avant d’analyser les pistes de solutions éventuelles, examinons le contexte politique du moment.
 
Les caméléons d’un tour à l’autre de l’élection présidentielle
 
L’annonce des résultats partiels lors du premier tour des dernières présidentielles par le Ministère de l’Administration territoriale avait fait souffler un vent de panique au sein des forces politiques coalisées au sein du FDR. Leur défaite électorale avait l’air d’une véritable raclée au regard des moyens financiers colossaux mobilisés et des certitudes acquises (habitudes et méthodes utilisées pour gagner les élections par le passé). La réclamation tonitruante de la démission du Ministre et de la mise en place d’une commission internationale de dépouillement des bulletins de vote traduisaient l’inquiétude de ceux qui, deux décennies durant, avaient conduit le Mali au désastre. Criant à la fraude dont ils étaient les champions au cours des élections passées, ils avaient de la peine à comprendre que le glas avait sonné pour eux, inquiets d’avoir à rendre des comptes, après leur débâcle prévisible au second tour. L’impressionnant butin de guerre soustrait des biens publics n’y fit rien. D’où l’agressivité et la violence des propos tenus. Ce fut un coup de tonnerre dans leur ciel qu’il croyait serein depuis la mise sous tutelle du pays par la CEDEAO et l’intervention française. Sûrs du soutien des occidentaux, ils croyaient pouvoir l’emporter facilement.
 
La mobilisation populaire fut la première grande surprise des présentes élections, 51,5% au premier tour, selon les estimations officielles. Elle ne joua pas du tout en leur faveur, bien au contraire. Le raz de marée du second tour avec près de 78% de l’électorat en faveur de IBK les tétanisa. Incrédules, ils continuèrent à crier à la fraude, au bourrage des urnes, en accusant pêle-mêle l’appareil administratif, les militaires, les religieux et même les partenaires occidentaux dont ils se proclamaient pourtant être les disciples fort appréciés. Il a fallu de leur part de fortes pressions et de sévères mises en garde pour qu’ils se plient à la reconnaissance du bout de lèvres d’une défaite aussi cuisante. Mauvais perdants, ils continuèrent par voie de presse à parler de fraudes massives pour soulager leur amertume. Une telle attitude de leur part n’est pas surprenante.
 
Pour tout observateur averti de la scène politique malienne, un tel dénouement était prévisible, en raison du rejet généralisé de la classe politique discréditée en grande partie auprès des populations. Les faibles taux de participation ne dépassant guère les 30% aux élections organisées ces vingt dernières années en sont une indication.
 
Le FDR avait malheureusement réussi, à travers sa dénonciation tonitruante du coup d’Etat militaire du 22 mars 2012 et la diabolisation outrancière du Capitaine Sanogo, à masquer la situation tragique qui était celle de la démocratie malienne tant vantée à l’extérieur et partant sa responsabilité écrasante dans le désastre survenu. Aujourd’hui les élections passées mettent à nu le champ de ruines qu’ils ont laissé.
 
Se relèvera-t-il de la gifle électorale administrée par l’écrasante majorité des Maliennes et des Maliens ?
 
La farce et les dindons
 
La conséquence immédiate de la défaite du FDR fut son implosion dès le premier tour. Le signe distinctif fut l’appel à voter IBK du candidat de l’ADEMA. Comment ce parti créé dans des conditions historiques exceptionnellement favorables, a-t-il pu dilapider tout le capital d’espoir placé en lui en un laps de temps si court ?
 
Il faudra certainement remonter aux années Alpha Oumar Konaré pour comprendre une telle déchéance. L’entrée massive en politique d’opportunistes, le mélange détonnant entre affairisme et politique injecté à fortes doses par le clan dit CMDT, ont radicalement changé la donne politique.
Depuis cette période, on entre en politique comme en affaires.

L’argent a pollué les convictions politiques. De nouveaux responsables politiques sans passé militant surgirent du néant comme une génération spontanée. Leur succès fit école et façonna durablement le monde politique malien. Les coups bas et les trahisons devinrent la règle au sein de la nouvelle maffia politique. IBK lui-même en fut une des illustres victimes lors de son éjection de l’ADEMA. Bien des militants de la première heure, écœurés, désertèrent les rangs. Il faudra revenir, un jour, sur l’histoire politique de la démocratie malienne et ses conséquences sur bon nombre de militants poussés par désespoir à se réfugier dans l’alcool ou dans des drogues spirituelles encore plus néfastes. Le triomphe momentané du jihadisme armé n’est-il pas à rechercher là aussi ?
 
Trahi principalement par les siens, le candidat de l’ADEMA, préféra rompre le contrat de dupes qui le liait au FDR, refusant ainsi d’être fagocité dans un avenir proche par une URD qui avait réussi à avoir des alliés sûrs au niveau des cercles dirigeants de l’ADEMA par clan CMDT interposé, portant un coup rude au schéma de recomposition politique projeté.
 
Un autre dindon de la farce fut le FARE de Modibo Sidibé. Son inexpérience politique, sa filiation à ATT auquel il doit avant tout sa fulgurante ascension politique le desservit. Il ne fit aucun effort pour se démarquer de son mentor devenu largement impopulaire. Pouvait-il faire autrement ? Il commit l’erreur de s’affilier au FDR au lieu de chercher à construire son autonomie politique plus porteuse d’avenir. La défaite sévère qui doucha ses espoirs risque de sceller son destin politique. Sa formation politique n’a aucune assise populaire. Elle est surtout composée de cadres, souvent opportunistes qui l’abandonneront probablement pour aller s’abriter dans les cercles du pouvoir comme à l’accoutumée.
 
Quant à l’URD, sa défaite est principalement celle de son chef largement inexpérimenté en politique et sans passé militant. Son ascension politique fulgurante, il la doit avant tout à Alpha Oumar KONARE et aussi à son appartenance au fameux clan CMDT qui infiltra largement l’ADEMA. Sa position comme ministre des finances durant de longues années, la stratégie d’infiltration de l’appareil d’État et surtout des secteurs juteux de l’économie nationale lui donna des ambitions politiques qu’on était loin de soupçonner. Son manque de charisme, sa liaison intime avec les milieux d’affaires voire affairistes, son mépris du peuple qui n’est à ses yeux que du bétail électoral qu’on peut s’offrir en faisant claquer des billets de banque, l’absence de leadership conséquent au niveau de sa formation politique, les maladresses accumulées lors de sa campagne finirent par le faire paraître comme l’héritier principal du système responsable du désastre infligé au pays.
Le monde qui a été le sien, est loin du pays réel qu’il ne connaissait point. Il plane sur un nuage, celui d’un monde de parvenus devenu le sien. La chute fut brutale parce que jamais imaginée. D’où la hargne à faire porter le chapeau au ministre chargé des élections, aux fraudes imaginaires que son clan fabriqua sans aucun début de preuves, aux accusations diverses, ce qui aggrava son impopularité. Que lui réserve l’avenir ? Il lui sera difficile de porter le manteau de l’opposition, n’y étant pas préparé, habitué comme tant de gens entrés accidentellement en politique d’être du ‘bon côté’, celui du pouvoir. Sa renaissance politique parait bien compromise.
 
Quant à la COPAM, elle est restée une coalition hétéroclite et circonstancielle, sans visage idéologique précis et sans capacité à offrir une alternative politique crédible. Elle était pourtant porteuse au départ de tant d’espérances. Son activisme débordant, son manque criant de sens de l’organisation, les nombreuses fautes tactiques commises, son immaturité idéologique, la suprématie des ego sur l’action collective, le dogmatisme théorique de certains de ses dirigeants, sa direction politique confiée à un opportuniste notoire qui a traversé tous les régimes, finirent par dérouter l’enthousiasme populaire qui lui donnait quelque consistance au départ. Son soutien excessif et maladroit de la junte, sans aucun esprit critique, son refus de se centrer dans une dynamique réelle de construction d’un véritable pôle alternatif des forces de gauche, brisa son élan de départ et finit par éloigner ses nombreux sympathisants du départ. Le matraquage forcené de la presse nationale et étrangère, la diabolisation de certains de ses leaders firent le reste. Mais son échec relève avant tout de sa propre responsabilité et de son manque de clairvoyance politique.
 
Kéïta, certes! Le fédérateur saura-t-il être libérateur comme Soundiata?
 
En ce qui concerne l’émergence politique de IBK et sa victoire écrasante aux élections présidentielles, elles viennent essentiellement du fait que s’est cristallisé autour de lui le rejet du système ATT dont il a su intelligemment se démarquer lors du dernier mandat de ce dernier, tout en participant à son gouvernement. Il sut à certains moments marquer opportunément sa différence. A sa chute, il sut éviter de faire chorus avec le FDR. Nouant des relations tactiques occasionnelles avec la COPAM, il ne s’est pas enfermé dans un clan quelconque. Ses prises de position marquées sur la question du Nord, son affirmation de la souveraineté nationale, le firent apparaitre comme le point focal des espérances populaires. Les nombreux appels à voter pour lui au second tour et son score sans appel ont consacré le triomphe d’un discours politique structuré et d’une tactique intelligente qui le place à un carrefour historique.
 
Il doit opérer une rupture avec un système politique honni des Maliens et bâtir un nouveau leadership capable de leur redonner confiance.
 
Cependant sa marge reste étroite.
 
D’abord en raison de la lourde présence des forces étrangères et de leur tutelle pesante, à commencer par celle de la France.
 
Quel va être son espace d’autonomie face à tant de pesanteurs et surtout d’intérêts en jeu ?
 
La réponse à cette question parait essentielle. Elle commande son avenir politique voire son destin. Sa seule chance réside dans la construction et la consolidation d’un appui populaire consistant et constant.
Pour ce faire, la convocation dans les premières semaines de son mandat d’Assises nationales, populaires et souveraines s’avère être une nécessité incontournable. Ces assises doivent rompre avec le schéma classique des conférences nationales où les acteurs politiques et sociaux se cooptent entre eux au niveau de la capitale. Il faut instaurer de vrais débats sur toutes les questions d’intérêt national, y compris la question du Nord, depuis les villages et les hameaux, des débats locaux impliquant toutes les communautés à la base, les faire remonter au niveau des communes rurales et urbaines, au niveau des cercles et régions jusqu’au niveau national où se fera la synthèse. A l’occasion, de nouveaux leaderships remonteront de le la base au sommet et permettront de faire émerger de nouveaux acteurs politiques et sociaux plus représentatifs des populations.
 
Les défis qui attendent le pays seront abordés et traités et cela tracera ainsi la nouvelle feuille de route de son mandat avec l’approbation populaire. Les questions de la reconstruction de l’État, de la refonte des institutions, de la relecture de tous les textes fondamentaux (Constitution, Charte des partis, Code électoral, etc.) permettront de redéfinir un nouveau cadre et de nouvelles conditions à l’exercice démocratique conformément à la volonté populaire. Il ne sert à rien de se précipiter à organiser des élections législatives et communales sans tenir au préalable ces assises nationales. Elles seules renforceront la légitimité du nouveau président et lui donneront la caution nationale indispensable pour opérer les changements attendus et entamer la résolution des graves problèmes que le pays affronte aujourd’hui. Sans soutien populaire, ce sera un échec cuisant et on ne peut pas se le permettre. Le 26 mars 1991 et le 22 mars 2012 furent des occasions ratées. Un nouvel échec plongera le pays dans une spirale infernale.
 
Quelle part pour l’Homme, Dieu et le Diable?
 
Il ne faut pas se faire d’illusions. Il n’y aura pas de miracle. IBK n’est pas un nouveau messie, ni un magicien. Seul, il n’y arrivera jamais. L’accompagnement militant des patriotes lui est indispensable. C’est à lui de le solliciter et de le garder comme un précieux atout. Il ne s’agira point de tout régler en un seul mandat. Cela est impossible. Il lui faudra tracer avec détermination et sans faiblesse les sillons du Mali nouveau. Pour cela, premier signal fort, il lui faudra constituer une équipe de patriotes intègres, sérieux et compétents, reconnus comme tels par l’écrasante majorité des populations.
 
La solution des problèmes cruciaux du pays passe nécessairement par l’assainissement et la reconstruction de l’État et des différentes institutions et cela dès le départ. Pour vaincre un système aussi pourri, il faut l’attaquer aussitôt. Hésiter ou patienter lui donnera le temps de s’adapter et de devenir encore plus vicieux.
 
Il faut mettre un terme à la gabegie de la multiplication des institutions. Une démocratie incapable de s’autofinancer et obligée de recourir à des subventions étrangères pour financer ne serait-ce que les élections n’est pas une démocratie viable. La multiplicité des institutions n’est nullement signe de vitalité démocratique. Il ne sert à rien de singer l’Occident. Privilégions les modèles et solutions endogènes en interrogeant avec un esprit critique l’histoire de nos civilisations et le génie de nos peuples. Une bonne Cour Suprême pourrait valablement faire le travail de l’actuelle Cour Constitutionnelle et à moindre coût. Des assemblées régionales fortes élisant les Gouverneurs de régions pourraient englober les actuels Haut Conseil des Collectivités et Conseil Économique et Social avec un mandat plus large et effectif. Le renforcement du pouvoir législatif et l’élection du Président de la République par l’Assemblée Nationale aboliront bien de dérives. La réduction des services de contrôle à uniquement deux systèmes de vérification, l’un interne et l’autre externe et leur érection en institutions autonomes avec un pouvoir étendu permettraient une lutte plus efficace contre la corruption.
 
La réforme de l’administration d’État, le recrutement des directeurs de services centraux et nationaux par appels à candidature sur la base d’un mandat détaillé, des objectifs précis à atteindre et une obligation de résultats dans un chronogramme déterminé permettront de responsabiliser les cadres et de les évaluer correctement en mettant fin au clientélisme, à la complaisance et à l’impunité.
 
La question de la restructuration de l’ensemble des forces armées et de sécurité est aussi une question urgente. A cet effet, il faut ramener tous les porteurs d’uniformes de l’État dans leurs corps d’origine. Il faut les assainir, les redimensionner, les professionnaliser et encadrer strictement les conditions d’accès au champ des responsabilités civiles et politiques.
 
Quant à l’Éducation, son état de décomposition est si avancé qu’il est impossible de la gérer dans le cadre du système actuel. Il faut obligatoirement la réformer. Il faut créer un nouveau corps enseignant constitué par les meilleurs agents de l’État. L’enseignement doit se construire sur un corps d’élite à qui l’État doit accorder les meilleures conditions de vie et de travail. N’importe qui ne doit pas être enseignant. Il faut y attirer les cadres les plus compétents et les plus performants avec une exigence de résultats. A cet effet des habilitations à enseigner pour une durée déterminée leur seraient délivrées. Leur renouvellement serait soumis à des critères de performance. Ils doivent aussi souscrire à un code de déontologie obligatoire. Un code éthique sera aussi établi pour les apprenants, élèves et étudiants. Leur violation devra entrainer des sanctions exemplaires.
 
Les mains qui ont voté sont-elles si différentes de celles qui ont volé?  
 
Le redressement de l’appareil judiciaire passe par son assainissement et sa réorganisation. Le prétexte de l’indépendance de la justice a souvent donné lieu à bien de dérives. La seule façon effective de démocratiser la justice résidera certainement dans la multiplication du système des jurés en impliquant les citoyens dans la prise des décisions de justice. Là aussi, il serait tout à fait indiqué d’interroger nos systèmes traditionnels de justice.
La question foncière, celles des terres agricoles, des domaines de l’habitat, des concessions minières et autres ont fait l’objet de bien de spéculations, tant au niveau de l’Etat que de ses démembrements, qui ont largement spolié les populations. Elle a donné naissance à des scandales d’enrichissements illicites jusque dans les communes urbaines et rurales. Il faut y mettre vigoureusement un terme. Un audit est nécessaire pour remettre les populations spoliées dans leurs droits.
 
Repenser la politique économique du pays est une nécessité stratégique en raison de l’échec des politiques d’ajustement et de privatisation imposées par les bailleurs de fonds et des politiques d’aide au développement. Cela passe par la prise en main par l’État, désormais stratège de la politique économique du pays, des instruments de souveraineté nationale indispensables à cet effet. L’extension phénoménale de l’économie informelle, la transformation des rues de nos villes en marchés, des façades de domiciles privés en boutiques, la généralisation de l’import-export n’ont abouti à aucun développement significatif. Bien au contraire. Elles ont largement contribué au renchérissement du coût de la vie du fait de la multiplication des intermédiaires improductifs entre les producteurs et les consommateurs, favorisé la spéculation et la corruption au niveau de l’attribution des marchés publics à des opérateurs économiques fictifs.
 
Il faut réorienter l’économie nationale vers la transformation des ressources nationales par des politiques volontaristes favorisant l’émergence d’une nouvelle génération de capitaines d’industrie. À cet effet il faudrait revoir l’ensemble des codes d’investissement. Il faut également assainir le système administratif et financier de l’État et y faire observer le principe de la mobilité du personnel afin d’éviter la patrimonialisation par certains cadres des circuits de l’appareil d’État.
Pour donner le ton, un signal clair doit être donné à travers la dénonciation des marchés, concessions et autres actes abusifs de cession des biens de l’État par les autorités de la Transition. De même pour les nominations outrancières faites pour caser des proches.
Un audit de l’État est indispensable. Il doit remonter aussi loin que possible et exiger des comptes. À cet effet, il convient de revoir la question de l’immunité de nos dirigeants. Elle doit se limiter exclusivement à l’exercice strict du mandat détenu et du champ de compétence de l’élu. Tout acte posé en dehors de la loi doit donner lieu automatiquement à sa levée.
La généralisation du principe de la limitation de tous les mandats, y compris au niveau des partis politiques, des syndicats et des associations, contribuera à valoriser l’alternance indispensable en démocratie.
 
De nombreuses réformes sont possibles pour revitaliser la pratique démocratique dans notre pays. Il convient à cet effet de créer une capacité nationale autonome de réflexions stratégiques multidisciplinaires en dehors des paradigmes actuels. Valoriser les cadres nationaux les plus compétents, mettre à contribution la diaspora malienne à travers le monde, l’intelligentsia africaine voire celles d’autres pays du Sud voire du Nord, en capitalisant les expériences positives tentées ailleurs, contribuera à booster la recherche scientifique indispensable à l’éclosion d’alternatives créatrices. Tous les centres nationaux de recherche pourraient être restructurés et ramenés à un organisme unique qui conduira la politique nationale en matière de recherche. Cela qualifiera davantage notre système éducatif et partant l’économie nationale. Tous les centres de formation éparpillés dans les différents ministères doivent aussi être ramenés à un seul niveau pour un contrôle de qualité et d’efficience.
Le souffle purificateur du changement doit passer partout où cela est nécessaire voire indispensable. Cela est possible dès lors que la volonté politique existe. La mobilisation populaire en sera le soutien ferme dès lors que sera instauré fermement le principe de vérité, de justice et d’équité pour tous.
 
Cinq ans ! Et après ?
 
Il est illusoire de croire que cinq années y suffiront. Tout n’est pas possible en même temps. Il faut dire la vérité aux populations sans démagogie aucune. Il faut dégager des priorités et tracer les limites du possible à chaque étape. Il faut respecter les engagements pris en toute responsabilité. Le renforcement du contrôle populaire pourra y contribuer efficacement.
Tous les espoirs sont permis si nous nous réunissions autour de l’essentiel, du « Mali d’abord » comme le disait un des slogans principaux du candidat IBK. Certes la situation est extrêmement difficile mais l’espoir reste permis. Il nous faut un leadership ferme, intransigeant sur les questions d’intérêt national dans la solidarité et la transparence.
 
Pour relever les défis actuels, il nous faut faire preuve à la fois de lucidité et d’esprit créatif. Il n’existe pas de solutions toute faites. Pas de fatalité non plus. Il nous revient de forger notre propre destin. Pour cela, soyons responsables et exigeants face à nous-mêmes. Ceux qui présideront à nos destinées auront certainement des comptes à nous rendre. Mais ne restons pas les bras croisés. Rien ne se passera si IBK reste seul. Nous devons rester vigilants et par notre critique constructive l’aider à baliser l’avenir. Son échec sera grave de conséquences pour nous tous.
 
Sur les cendres encore fumantes du présent, faisons germer le Mali nouveau, celui de nos espérances !
 
Pour rebondir, il nous faudra enfin et surtout renouer avec les valeurs culturelles saines de notre histoire. Il nous faut interroger nos racines et y trouver les sources d’inspiration nécessaires au renouveau du Mali. Nous pouvons être une école pour l’Afrique et au-delà si nous osons déployer de manière critique le génie créateur de nos peuples. Nous devons pour ce faire mettre l’Éthique et l’Humain au cœur de notre vision stratégique.
 
Le sage africain Ki Zerbo aimait dire : « il ne faut pas dormir sur la natte des autres car c’est comme dormir par terre. »
 
 
Pr Issa N’DIAYE

Août 2013

Bamako, Mali.
 
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Les sous-titres sont du FNC !


Source: FNC DU MALI

jeudi, 05 septembre 2013

KONE KATINAN HAPPE PAR LES MEDIAS GHANEENS

KONE KATINAN.jpg


A peine sorti, d'une longue bataille judiciaire, engagée contre lui au Ghana par le régime Ouattara et qui a duré plus d'une année, le ministre  Justin Koné Katinan, Porte Parole du président Gbagbo, est très sollicité au pays de Kwame N'Kruma. Alors qu'il n'avait sur son agenda qu'une seule rencontre avec un organe de presse écrite, le ministre Katinan a été assailli par la presse Ghanéenne  ce mardi 3 septembre 2013.


C'est à 11 h 30 mn que la première équipe de presse est arrivée au lieu de rendez-vous. Quelques minutes plus tard, cette équipe du journal  Daily Graphic a été succédée par la Radio  Joyfm et les équipes de  la 3eme chaine de télévisionTV3 et  de la Télé ETV.

Les medias voulaient  tous  connaitre son état d’esprit après  avoir remporté son  procès. Bien sur Koné katinan  a exprimé sa joie qui ne  pourra selon lui être complète que si Laurent Gbagbo dont il porte la parole sera libéré .La CPI estime que les charges portées contre lui son insuffisantes .Koné Katinan ne comprend donc  pas pourquoi il est maintenu dans les liens de la détention. Les journalistes ont ensuite invité Katinan à commenter le discision de la cours suprême Ghanéenne confirmant l’élection du président John Mahama. Je vais vous surprendre a dit katinan.  « Avant même de féliciter Le president Mahama, je voudrais saluer la grande sagesse Ghanéenne et le comportement du candidat perdant Nana Akoufo Addo  qui a reconnu sa défaite Si les choses s’était  passées ainsi en cote d’ivoire, nous n’aurions  pas connu autant de désastre. Dans nos pays nous  devons  respecter la constitution, les institutions et les lois.

A la question de savoir si le Porte Parole du président Gbagbo a l'intention de retourner en Cote d'Ivoire dans un avenir proche après avoir gagné son procès, le ministre a été très clair: " Mes amis et moi sommes disposés à retourner en Cote d'Ivoire si les conditions de sécurité sont réunies par le pouvoir d'Abidjan". Il a continué pour préciser que "  M.Ouattara n'a pas gagné les élections présidentielles  de  2010  mais il est le chef d'Etat. C’est d’abord lui  qui a tout intérêt à ce qu'il y ait la paix, la sécurité et la stabilité en Cote d'Ivoire pour gouverner. Or, précise Mr Katinan, les mandats d'arrêts contre les pro-Gbagbo n'ont toujours pas été annulés, les arrestations continuent, les prisonniers pro-Gbagbo , plus de 700 ,sont à travers toute la Cote d'Ivoire .Ce qui fait que les exilés ne se sentent toujours pas en sécurité pour envisager un éventuel retour. Mais surtout conclu le ministre Katinan, "le président Gbagbo, la clé de la réconciliation est toujours à La Haye".

Le Porte Parole du President Gbagbo a profité de l'occasion pour remercier le Président John  Dramani Mahama, son gouvernement et tout le peuple Ghanéen pour l'hospitalité accordée aux ivoiriens contraints à l’exil et qui sont près de 22 000. Il a exprimé sa gratitude à l’ancien président Jerry John  Rawlings qui lui a fait le grand honneur de lui rendre visite en prison.  Il n'a pas manqué de lancer un appel au président Mahama pour qu'il œuvre inlassablement auprès du pouvoir d’Abidjan pour l’avènement de  la réconciliation en Cote d'Ivoire et de  l’intégration Ouest africaine.

 

Correspondance particulière de Anasthasie Ehoulan.

jeudi, 15 août 2013

L'EGYPTE AU-DELA DES PERILS

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AP. Photo/Khalil Hamra. Les violences ont fait 525 morts et 3717 blessés, mais ces chiffres risquent d'être revus à la hausse.

 
L’Egypte occupera encore le devant de la scène et pas seulement pour les défis politiques immédiats qu’affrontent les forces en présence. Elle l’occupe aussi pour mettre au défi les concepts utilisés soit pour habiller la réalité soit pour la traduire. La destitution de Morsi, son retour ou non dépendent beaucoup de facteurs externes à l’Egypte. De toutes les façons, ces facteurs externes pèsent directement sur ce pays depuis son détachement lointain et soft de la Sublime Porte. Soft, mais reposant sur un rapport de forces qui ne laissait aucune illusion au pouvoir central ottoman. Facteurs économiques, militaires, politiques ont contrarié depuis cette époque le libre choix des Egyptiens de leur destin. L’agression anglo-franco-israélienne de 1956 reste le souvenir le plus spectaculaire de cette suite d’ingérences.

Mais d’autres, invisibles pour le grand public, mais tout aussi maléfiques, ont contrecarré tous les projets d’indépendance économique ou simplement d’autonomie.  Bien sûr, des forces internes ont trouvé dans ces pressions extérieures le soutien le plus efficace pour imposer leur dictature de minorité économique et sociale, de secte politico-culturelle, à l’écrasante majorité du peuple égyptien, dans toutes ses composantes et à travers tous les courants qui le traversaient. Au demeurant, connaissez-vous aujourd’hui un seul pays qui ne subirait pas directement et lourdement la pression de facteurs externes qui déterminent sa vie politique, économique et sociale ? De Cuba, pourtant totalement indépendante, mais puissamment étouffée par le blocus US illégal et immoral, aux pays européens encadrés dans le moindre aspect de leurs réglementations financières, en passant par le Grèce ou le Zimbabwe, ou tous ces pays passés par les fourches caudines du FMI. Ajoutez à cela les menées des ONG dont les membres usurpent - de quel droit divin ? - la représentation des organisations sociales et politiques pour imposer à tout le monde les normes édictées par les puissances dominantes. L’action de ces facteurs externes s’est aggravée ces dernières années dans le monde arabe, mais l’Egypte reste, avec le Liban, le pays le plus affecté par ces facteurs externes démultipliés par Camp David. Finissons par rappeler que le mouvement des Frères musulmans naissait sous le signe d’une alliance avec les Anglais, puis avec les USA, et que depuis, leur agenda est supra national, du rêve du khalifat à l’intention d’envoyer des guerriers en Syrie.

En un mot comme en cent, le monde arabe ne s’appartient pas, et dans cet espace, l’Egypte encore moins. Dans ces conditions, il est difficile de parler de démocratie. Quand l’essentiel des décisions de souveraineté vous échappe, que vaut la souveraineté du peuple, postulat primordial de l’exercice de la démocratie qui traduirait en actes et en réalité cette souveraineté ? Parler d’un président démocratiquement élu, comme si les élections pouvaient résumer et fonder la démocratie, est une grande erreur ou un leurre. C’est bien en refusant que les élections soient le seul critère de l’exercice démocratique que les USA et l’Europe ont récusé le gouvernement du Hamas en Palestine occupée et que leurs gouvernements, largement appuyés par les médias dominants, ont traité de dictateur Chavez, l’homme le mieux élu du monde, avec référendum confirmatif, système électronique de vote doublé d’un témoignage par bulletin, en la présence de médias d’opposition à la fois plus nombreux et plus puissants et sous le contrôle international, en présence de l’organisation de Jimmy Carter. Bien sûr, ceux qui font appel à cette notion de démocratie, de vote et de légalité savent très bien que la démocratie est un système dont les élections périodiques ne sont que le calendrier de confirmation de l’ensemble des droits et des libertés de toutes les minorités et dans le respect de toutes les diversités.  

Toute l’action de Morsi a consisté à aggraver le rôle des facteurs externes et des pressions étrangères pour imposer les agendas des puissances étrangères, dont le djihad en Syrie. Négation des droits des minorités et de la diversité religieuse, concentration de pouvoirs pharaoniques, intelligence avec des puissances étrangères sur le sort du canal de Suez et du Sinaï, silence face au lynchage de chefs religieux chiites, incendies d’églises coptes, déclaration d’amitié et de fidélité à Shimon Pérès constituent quelques repères clés.  

Et quelques critères pour juger si le gouvernement des Frères a renforcé ou attaqué ces droits et ces libertés, ou si les élections ont été une méthode de prise du pouvoir pour imposer le règne de l’uniformité frériste.  En réalité, et pour une des rares fois où il le fait, le seul acteur non lié aux facteurs externes ni aux puissances étrangères, le peuple égyptien est entré en scène et a tracé la ligne rouge qu’aucune combinaison politique ne doit transgresser : celle de la démolition de l’Etat national et de l’identité nationale égyptienne, fut-ce au profit d’une nouvelle orthodoxie islamique bien en peine de lui ravir sa foi et son histoire.

Il ne reste face au défi théorique que de rejeter la croyance magique d’une révolution par génération spontanée et reprendre la méthode historique pour comprendre en quoi ce présent égyptien est une des formes développées de son passé et que c’est bien et seulement là que nous pouvons retrouver la logique de ce présent.


Mohamed Bouhamidi

Alger, le 15 août 2013.


Source: REPORTERS.DZ

19:43 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, Egypte, Monde, Monde arabe | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : égypte, monde, afrique, l’egypte au-delà des périls, mohamed bouhamidi | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

lundi, 12 août 2013

PRISM ET LES VERTUS RETROUVEES DU MACCARTHYSME

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L’amnésie généralisée et méthodiquement reproduite par les grandes puissances impériales leur permet d’annuler tout passage de témoin d’une génération à une autre, toute accumulation d’expériences des luttes et de leur direction. Une mémoire correctement communiquée et partagée aurait permis aux générations Internet et Twitter de comparer l’extraordinaire campagne de démolition de la République Démocratique Allemande (RDA) à partir des activités de la Stasi. La Stasi, service de renseignements généraux de la RDA, fichait les opposants au gouvernement est-allemand par tous les moyens disponibles à l’époque : mouchards, indics, volontaires de la délation, etc. Rien de plus remarquable que les activités des Renseignements généraux français, par exemple, ou de la Commission des activités antiaméricaines, connue sous le nom de maccarthysme. Tous ces services ou commission utilisaient les mêmes voies et les mêmes méthodes : surveillance, filatures, provocations, exploitations des besoins et des faiblesses des concernés ou de leurs proches, mais exploitaient avant tout, bien sûr, la vocation des mouchards, des militants de « l’ordre » et des délateurs. Le système était mondial et les services de la RDA, de ce point de vue, ne devaient pas réaliser des records. La plus longue expérience des services occidentaux et leur maîtrise des rouages de la vie politique leur permettaient de mieux circonscrire les cibles. Leur maîtrise des médias et de la communication leur permettait de mieux justifier leur fichage des militants par le but vertueux de protection de la société. Avez-vous connu plus vertueux que le maccarthysme ?

Que reprochaient alors, à la Stasi, les médias et les politiciens de la droite et de la social-démocratie ? De ficher les opposants ou les personnes « potentiellement » hostiles ou dangereuses, ce que font tous les services occidentaux au nom de cette supposée vertu qu’ils se prêtent.

L’écrasante majorité des dirigeants occidentaux actuels et l’écrasante majorité des chroniqueurs et responsables des médias vivaient à cette époque. Ils ont participé à la campagne de diabolisation du gouvernement de la RDA via la diabolisation de la Stasi. Ils proclamèrent haut et fort que le fichage menaçait la Liberté, avec un grand « L », et promirent aux Allemands de l’Est l’aventure excitante du Coca Cola et du MacDonald à la place de la monotone politique de plein emploi, du droit au logement, de crèches gratuites, de stades et de piscines gratis et de la Traban si ordinairement prolétaire.

Cette équation de la Liberté antinomique du fichage ne fut pas proposée qu’aux Allemands de l’Est ou aux autres peuples du Camp socialiste. Elle servit aussi - et surtout - à flatter les peuples occidentaux travaillés au corps pour leur faire sentir leur incommensurable privilège de vivre leur « Liberté sans surveillance » comme des ados autorisés à vivre leur première surprise-party et les préparer à leur future vocation du « devoir d’ingérence ». Elle servit aussi à captiver et à gagner à cette Liberté du Macdonald des élites du Tiers-Monde accablées du « complexe du colonisé », haineuses à l’endroit de leurs peuples rebelles aux standards et aux normes de la « civilisation démocratique » et suffisamment enrichies et intégrées au commerce des multinationales pour se porter candidates à la mondialisation américaine.

La plupart des dirigeants actuels du monde occidental vivaient à l’époque et ont pris part à la construction de cette équation, Et en tout cas vous pouvez affirmer sans aucune crainte d’erreur que Hollande et Fabius vivaient et ont salué avec leurs amis « nouveaux philosophes » la mort de la Stasi, du fichage et le règne enfin advenu de la Liberté sans contrôle secret de vos amours, de vos lettres, de vos messages, de vos soucis, de vos médicaments non remboursés, de vos découverts bancaires et surtout de vos protestations politiques.

Il faut rappeler que Hollande et Fabius pour leur vilénie à l’endroit de Moralès, Merkel, pour porter en soi les « stigmates » de la Stasi, mais tous les autres dirigeants européens ne pouvaient condamner le fichage artisanal de la Stasi hier pour soutenir honteusement, en le minimisant et en le banalisant, le fichage industriel de la NSA. Il y a une distance abyssale entre ficher les Allemands de l’Est « potentiellement dangereux » et ficher la planète entière, Hollande et Merkel compris. Il ne s’agit pas de leur donner mauvaise conscience. Ils sont dans la peau des serviteurs des USA, d’Israël et des banques et n’attendent de gratification que de ce côté-là, mais de rappeler aux nouvelles générations l’immensité de la mauvaise foi et de l’aplomb du système de propagande des pouvoirs occidentaux. Traquer Snowden, trouver des vertus au programme Prism, comme ils ont trouvé des vertus aux fiches des Renseignements généraux, prendre en otage un chef d’Etat, voilà leur réalité : le mensonge délibéré et permanent. De la Yougoslavie à la Serbie, de l’Irak à la Libye, de la Côte d’Ivoire au Mali, de la Syrie au Hezbollah.


Mohamed Bouhamidi

Alger, le Jeudi, 25 Juillet 2013
 
 
Source: REPORTERS.DZ

dimanche, 11 août 2013

LA RUE ARABE DE L'EMOTION A LA REVOLUTION

 

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Contenir l’entrée en scène des peuples  arabes, contenir cette fameuse « rue arabe »  que révélaient, déjà, les émeutes du pain du  Caire en 1977, celles de Casablanca en juin  1981, puis celles de Tunis fin décembre 1983/  début janvier 1984 : voilà ce qui fait courir  Europe et USA. Cette rue arabe sismique et  incendiaire, émotive et amnésique, en peine  de transformer ses émeutes en révoltes, à  défaut de les traduire en révolutions, à cause  des diff érenciations sociales inachevées en  leur sein et de leur attachement romantique  à l’extraordinaire utopie de fraternité qui leur  permit de s’unir dans la lutte anticoloniale.  Epouvantail commode et masse de  manoeuvre facile pour les provocations  dans le style des caricatures racistes et  islamophobes, elle a longtemps épuisé son  énergie dans ses impuissances historiques.  Il faut bien constater qu’en Tunisie et en  Egypte, depuis ces émeutes du pain, cette  rue s’est structurée et a su transformer  ses émeutes en révolution. Nous sommes  déjà au-delà de la révolte et les débats  politiques mobilisent non les seules élites,  mais les peuples égyptien et tunisien tout  entiers.

Du côté populaire, les masses, à  Tunis comme au Caire, démontrent par  leur impressionnante mobilisation qu’elles  ne veulent plus être gouvernées comme  avant. Du côté des gouvernants, UE et USA  font tout pour faire croire qu’ils peuvent  encore gouverner en multipliant les conseils  publics de « bonne conduite » dans cette  phase de crise, mais ni l’hyperpuissance  américaine ni sa vassale européenne  n’arrivent à encadrer les choix politiques  comme avant. Les émeutes égyptiennes  du pain de 1977 constituèrent la première  grande révolte populaire contre les mesures  de libéralisation qui suivirent Camp David et  connues sous le nom d’Infi tah ou ouverture.  Depuis lors, les régimes égyptiens de  Sadate comme de Moubarak devinrent  des interfaces -empruntons l’image à  l’électronique - entre le système impérialiste  et le peuple égyptien, dont il fallait maîtriser  les révoltes et les utopies nassériennes.  Les services de renseignements - et non  l’armée égyptienne - et la police étaient  en charge des révoltes, les Frères étaient  en charge des utopies.

Mais tout le reste  des décisions vitales appartenait, depuis  Camp David, au système impérialiste à  travers le FMI et les autres institutions. Le  plan d’ajustement structurel, en 1991, en  orientant, entre autres, la production agricole  vers l’exportation, a réduit la production de  blé, ruiné la sécurité alimentaire et livré le  pain des Egyptiens aux exportateurs de blé  américains. Réellement, le peuple égyptien  fait face à une gouvernance mondialisée  euro-israélo-US de son économie, de son  territoire, notamment le Sinaï, de sa sécurité.  Les véritables gouvernants de l’Egypte - les  puissances extérieures - ne peuvent donc  plus gérer comme avant. La solution US  résidait dans des arrangements entre les Frères et les Moukhabarates représentées  par le Général Omar Souleimane, mort  opportunément.  Nous sommes alors dans une crise de type  révolutionnaire qui aboutira ou échouera  selon l’intelligence de ses acteurs, la  réunion des conditions nécessaires et  la mobilisation des forces populaires. La puissante mobilisation du peuple égyptien  avait à l’époque fait capoter la combinaison  Frères-Moukhabarates, dont Tantaoui  semblait être une couverture. L’intrusion de  l’armée, en tant qu’armée, avec les premières  manifestations de ralliement d’offi ciers et  de soldats à la révolte n’était souhaitée par  aucune puissance étrangère. L’urgence américaine était de bloquer le développement inattendu et indésirable  de la révolte des couches moyennes  mondialisée et face-bookées vers les  couches proprement populaires et vers  le mouvement ouvrier égyptien aguerri  par près de quarante ans de luttes contre  l’eff royable misère sociale engendrée par la  soumission de l’Egypte aux compradores et  ses interfaces avec le système impérialiste  mondial.

L’alliance du peuple et de « son  armée », celle qui porte dans la tête de ses  milliers et milliers d’offi ciers et dizaines de milliers de sous-officiers et soldats l’héritage contrarié de ses luttes antisionistes et antiimpérialistes,  est évidemment l’alternative  insupportable à la vieille combinaison des  Frères et des Moukhabarates.  L’impératif pour les puissances impérialistes  est de calmer la rue en acceptant des  solutions d’attente et de sauver les Frères  musulmans du naufrage, puis de les recadrer  avant de les remettre à la besogne.  C’est la tâche de C. Ashton, de Hagel, de  Kerry, de Hague et de l’inénarrable Fabius.  L’urgence est de discréditer l’esquisse  de cette alliance « peuple-armée dans sa  composante populaire » et de la bloquer, en  coupant la séquence historique actuelle de  sa chaîne de déterminations et de causalités,  et en traitant la déposition de Morsi de coup  d’Etat. La « rue arabe » sortie du mythe pour  fabriquer l’histoire réelle saura-t-elle dégager  sa route de ces traquenards impérialistes?

 

Mohamed Bouhamidi

 

Source: REPORTERS.DZ

samedi, 10 août 2013

LIBERATION DE 14 PRISONNIERS IVOIRIENS SUR UN AIR DE «JE FAIS LA PLUIE ET LE BEAU TEMPS»

 

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Le 5 août 2013, par la voix du procureur de la République, le gouvernement de Ouattara a annoncé la libération de 14 personnes proches du président Laurent Gbagbo, parmi lesquelles son fils. Concernant ce dernier, sa mère avait haussé le ton ces dernières semaines en activant toutes les connaissances sur lesquelles elle pouvait compter.

Par principe, un prisonnier politique est privé de liberté selon les considérations propres au parti au pouvoir. Son arrestation échappe à toute preuve relative au manquement des obligations prescrites par la loi. Ainsi, ni Michel Gbagbo ni les ministres du dernier gouvernement de Laurent Gbagbo - qui n'ont pas eu le temps d'exercer leur fonction - n'avaient enfreint de loi en cours en Côte d'Ivoire. Par contre, celui qui, par exemple, tente d'assassiner un chef d'état ne peut être considéré comme un prisonnier politique. Son délit tombe sous le coup de la loi de la République et devient une affaire judiciaire. Sans être juriste, le commun du peuple comprend cela et le sait.

L'annonce faite le 5 août dernier, confirmée le lendemain par le porte-parole du gouvernement et la sortie effective des détenus du « Guantanamo » ivoirien (le nord du pays), n'est rien d'autre qu'une libération politique se voulant judiciaire avec la mention « provisoire » prononcée par le procureur de la République. Ces hommes sont-ils provisoirement libres en attendant leur jugement ? Sont-ils provisoirement libres en attendant un nouveau coup de sang d'Alassane Ouattara ? Ce sont deux choses tout à fait différentes. En réalité, Alassane Ouattara veut dire aux Ivoiriens qu'à tout moment il peut remettre en prison ses adversaires politiques, parce qu'ils ne sont qu'en liberté provisoire. Le préfet français veut clairement affirmer qu'il a le droit d'infliger la prison ou accorder la liberté à ses adversaires, et qu'il a le pouvoir de faire la pluie et le beau temps dans le cœur de leurs familles et sur l'ensemble des Ivoiriens.

Il serait normal que tous les prisonniers bénéficient d'une libération politique, c'est-à-dire sans la mention judiciaire « provisoire ». On est un prisonnier politique ou on ne l'est pas. Aucun homme politique n'a le droit de prononcer la libération provisoire d'un prisonnier politique à moins d'être un monarque de droit divin ayant droit de vie ou de mort sur ceux qu'il gouverne.

Par conséquent, nous attendons fermement que ces libérations soient prononcées définitives par le régime. D'autre part, nous estimons que la libération des 14 prisonniers sur les 715 détenus politiques ne constitue pas un signe suffisant d'apaisement, après plus de deux ans d'exacerbation du ressentiment des Ivoiriens. Ce que nous attendons clairement, c'est qu'à la place de la justice des vainqueurs soit enfin annoncée une amnistie générale, pour créer les conditions nécessaires à un nouveau départ de la vie politique ordinaire en Côte d'Ivoire.

Nous nous réjouissons de retrouver nos camarades de combat, nos amis, mais nous ne pavoisons pas parce que leur liberté n'est que provisoire. Et quand le porte-parole principal du RDR dit dans son communiqué que cette libération est « un geste fort de réconciliation posé par le chef de l'état », nous lui répondons de façon claire et sans aucune hésitation que le compte n'y est pas pour que commence la réconciliation nationale. Dans le même communiqué, le porte-parole principal du RDR a par ailleurs l'audace de reconnaître que Ouattara a procédé à ces libérations non pas de gaieté de cœur mais sous la contrainte: « Il ne peut en être autrement, dit-il, car c'est le vœu profond de tous, [...] opérateurs économiques, leaders de la société civile, partenaires extérieurs ». Si tel est le cas, si Ouattara a entendu les voix de ses amis extérieurs, qu'il daigne enfin écouter celles des Ivoiriens qu'il prétend vouloir gouverner. Ceux-ci lui crient : « Ouvre les portes de ton Guantanamo ! »

Nous mettons les Ivoiriens en garde contre les propos de Monsieur Konan Banny qui, intentionnellement, énumère les précédentes libérations pour pouvoir insinuer qu'enfin cette « troisième décision participe à la création et à l'instauration d'un climat encore plus propice à la réconciliation ». Qu'il entende bien ! A lui aussi, les Ivoiriens disent que le compte n'y est pas pour une réconciliation vraie, pour un climat favorable à une vie démocratique en Côte d'Ivoire. Nous avons échoué en voulant absolument organiser des élections présidentielles sans remplir les conditions nécessaires. Nous ne voulons pas courir le risque d'une fausse réconciliation en faisant fi de la permanence des problèmes qui nous empêchent de vivre ensemble.

Nous refusons de faire la fête, nous refusons les embrassades avec nos ennemis d'hier autour de ces libérations provisoires, nous refusons d'applaudir la réconciliation générale et la démocratie retrouvée auxquelles ils voudraient nous convier. D'une part parce que nous ne voulons pas étouffer par nos bruyantes manifestations de joie les lamentations des exilés dont les terres sont occupées par les Burkinabés et les Maliens, et d'autre part parce que nous ne voulons pas ignorer les cris de souffrance de ceux qui croupissent loin de nous dans les prisons du régime de Ouattara.


Pour le CRI-Panafricain
Le secrétaire Général

 

Raphaël Adjobi

Les prisonniers politiques de Ouattara libérés le 6 août 2013

 

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Affi Nguessan

 

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Michel Gbagbo

 

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Aboudramane Sangaré

 

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Alcide Djédjé

 

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Justin Koua

 

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Kuyo Téa Narcisse

 

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Lida Kouassi

 

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Martin Sokouri Bohui

 

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Philippe-Henri Dakoury-Tabley

 

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Le Premier Ministre Gilbert Aké Ngbo, antérieurement libéré (Décembre 2012), à l'accueil de ses camarades de lutte.

vendredi, 09 août 2013

UN AVOCAT A LA CPI: «LE PRESIDENT GBAGBO VA ETRE LIBERE»

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«Nous allons ridiculiser la CPI...»



La procédure concernant Laurent Gbagbo à la CPI devrait connaître dans quelques semaines une autre allure. Maître Norbert Tricaud, avocat à la CPI, croit fermement que le collectif des avocats de Gbagbo devrait pouvoir avec les éléments en leur possession, obtenir sa libération...

«Lorsqu’on constate l’insuffisance des preuves contre un prévenu, la loi veut qu’on le libère. On doit donc libérer le président Gbagbo…», a fait savoir Me Norbet Tricaud.

Spécialiste des arcanes de la cour pénale internationale, où il défend le sénateur congolais Jean Pierre Bemba et suit de très près la procédure concernant l’ex-président ivoirien, Maître Norbert Tricaud a fait cette déclaration dimanche 4 août 2013 à la place de la République à Paris. Et ce, à l’invitation du Cri-panafricain de Willy Bla qui continue de tenir le flambeau de la mobilisation des patriotes ivoiriens et panafricanistes contre la forfaiture qui se joue à la CPI.

Venus de tous les arrondissements de l’île de France, et des grandes villes françaises, les panafricanistes ont occupé la place de la République pour écouter les leaders des différentes associations patriotiques. Willy Bla, Zap Krasso, Topo Léontine, Franck Lutté, Keï Vaho Martine, Ephrem Biaka Boda, pour ne citer que ces quelques infatigables combattants de l’instauration de la démocratie en Côte d’Ivoire, ont profité de l’opportunité pour donner d’importantes contributions. On notera pour l’essentiel qu’ils ont tous fait chorus pour dénoncer le parti-pris flagrant de la CPI contre Laurent Gbagbo.

Que va chercher Soro à Gagnoa?

Ils n’ont pas par ailleurs manqué d’indexer la communauté internationale totalement impuissante face à la dictature du régime Ouattara qui continue d’opprimer et d’affamer impunément les Ivoiriens. Actualité oblige, ils se sont aussi prononcés contre l’indécence de la volonté de M. Guillaume Soro d’aller en visite sur les «terres» de Laurent Gbagbo à Gagnoa. Alors qu’il l’a trahi en contribuant à la chute de son régime, bien que ce dernier lui ait tout donné et ouvert son coeur. «Les esprits des fils et filles de Gagnoa qui sont tombés sous les balles assassines de la rébellion et du régime de Ouattara attendent Soro à Gagnoa pour lui souhaiter bon vent…», a martelé à ce sujet Zap Krasso du Cojep France.

Des témoins vont déposer en faveur de Gbagbo

Maitre Norbert Tricaud, l’invité spécial de la manifestation conclura pour sa part cet important rassemblement par ces mots : «la CPI insiste. Mais je peux vous dire ici ce soir (anvant-hier dimanche, ndlr) que le président Laurent Gbagbo va être libéré. Je vous informe que des journalistes européens qui ont compris la cause du président Gbagbo sont allés récemment lui rendre visite il y a quelques jours. Ils lui ont passé le message que d’autres témoins sont en train de se lever pour totalement balayer les accusations de la CPI. Nous collectifs d’avocats allons faire venir d’autres témoignages. Soyez tranquilles, nous allons bientôt ridiculiser la cour pénale internationale…»

 

Augustin Djédjé, in le quotidien ivoirien "Le Nouveau Courrier"

 

Source: CAMEROONVOICE

lundi, 29 juillet 2013

LES BONS NOIRS DE LA REPUBLIQUE FRANÇAISE

Le président du Tchad, Idriss deby.


Il est dans l’ordre des choses que, pour éviter que la Métropole perde la maîtrise des colonies, il soit placé à la tête de celles-ci des Enfants de «La République». En voici quelques-uns des plus grands et fidèles. Source: «Alter Info».

 
Toi, Gnassingbè II, tu es mis au pouvoir dans le territoire du Togo après 39 ans de règne de ton père, fidèle des fidèles enfants de la République. Grâce à ton père et à toi-même, la République conserve sa mainmise sur ce territoire et ses richesses après les « foucades indépendantistes » de Sylvanus Olympio et ses amis. Grâce à toi, le Port Autonome de Lomé, le seul port en eau profonde de l’Afrique Occidentale Française vivifie Bolloré et alimente l’économie de la République. Grand Enfant de la République, peu importe le nombre de morts et de perclus à vie que tu fais pour contrer les Africains du Togo. Tant que c’est pour la bonne cause: la survie de tutelle française, ça passe et passera. Les portes de la République te sont ouvertes le jour comme la nuit, comme ce fut le cas pour ton feu père Etienne Gnassingbè.


Photo du président du Togo, Faure Gnassingbè.

Enfant de la République Ali Bongo, le chemin de la longévité au pouvoir est par ici. François Hollande te l’indique, comme le montre la photo ci-dessous. Toi qui, comme ton feu père, finance la vie politique française de la Gauche à la Droite, tu seras toujours le bienvenu dans la maison de ton père ou de ta mère, la République. La fidélité dans la servitude est une vertu rare. Pour cela, et qu’il pleuve ou qu’il neige au Gabon, reçois les hommages appuyés de la République.


Photo du président du Gabon, Ali Bongo.

Allons ! Enfant de la République, Mamadou Issoufou, les jours d’Aréva au Niger se comptent en milliards d’euros. Merci de continuer à faire d’Aréva et de la France, grâce à l’uranium nigérien, 1er producteur mondial de l’énergie nucléaire! Au nom d’Aréva, François le socialiste vous salue et la France vous bénit. Quelle fidélité ! Quelle régularité ! Toi, enfant de la République, tu es reçu déjà 3 fois par Hollande, le président de la République, depuis son élection. Longue vie à toi, Issoufou, enfant chéri de la République!


Photo du président du niger, Mamadou Issoufou.

Grand enfant de la République, Idriss Déby, plus tu es obéissant, plus ton règne durera dans le territoire du Tchad. La République te dit merci pour ton indéfectible fidélité. Tu as parfaitement compris que plus on s’abaisse devant le maître, plus on monte dans la chaîne des serviteurs ! Attention tout de même au mal de dos, M. Déby.


Photo du président du Tchad, Idriss Deby.

Enfant Officier de la Légion d’honneur de la République, Macky Sall, tu seras toujours parmi les meilleurs élèves. Ta Légion d’honneur, tu l’avais bien mérité car tu maintiens l’un des tout premiers territoires colonisés en Afrique par la France dans le juron de la République. Bravo!
 

Photo du président du Sénégal, Macky Sall.

Ô, fier enfant de la République, Blaise Compaoré, grâce à toi la République a pu se débarrasser de Thomas Sankara qui eut la folie de tenter de construire un État indépendant au Burkina Faso. Ton apport à la République est énorme de ce point de vue. Compaoré, l’incomparable ! Ce n’est donc pour rien que la République a fait de toi le Sage, le Grand Médiateur en Afrique de l’Ouest où tu pilotes guerres et coups d’État en faveur de la République et de ses alliés. Reconnaissance et Fidélité de la République !


Photo du président du Burkina Faso, Blaise Campaoré.

Maître Franc-maçon, Grand Enfant, Grand guerrier de la République, Denis Sassou Nguesso, toi qui a ensanglanté le Congo durant des années pour revenir au pouvoir perdu contre Lissouba, la République te remercie vivement. Le pétrole, le bois et toutes les autres richesses du Congo livrées gracieusement à la République font de toi un de ses serviteurs qui trouvent toujours les portes de l’Élysée ouvertes: en été comme en hiver ! La République te salue et te garantit son soutien indéfectible. Franc-maçonniquement !


Photo du président du Congo-Brazzaville, Denis Sassou N'Guesso.

Grand Enfant de la République, Dioncounda Traoré, giflé et humilié à Bamako, soigné et cajolé à Paris. Homme silencieux du sérail, ton heure a sonné. À force de servir dans l’obscurité, on finit par apparaître au grand jour: histoire de fidélité. La République te caresse et t’embrasse chaleureusement, car grâce à toi, elle se redéploie joyeusement en force au Mali en disant que c’est toi qui le lui a demandé. Sans toi, Grand et fidèle enfant de la République, les islamistes auraient coupé tous les pieds et les bras aux africains du Mali. Grâce à toi, la République a acquis un galon supplémentaire dans son oeuvre de « colonisation humanitaire ». Accessoirement, tu as offert un chameau à François Hollande en guise de remerciement. La République te chérit et te seras éternellement reconnaissante.


Photo du président du Mali, Dioncounda Traoré.

Enfant de la République, Alpha Condé, grâce à toi, l’ère Lassana Conté est toujours en cours. La République te laisse faire ce que tu veux en Guinée, en tout cas pour le moment. Tu seras toujours aux rendez-vous du Palais tant que tu ne bousculeras pas les intérêts de la République dans ce territoire que Sékou Touré a appelé «un scandale géologique», car insolemment doté de richesses fabuleuses. La République te gratifie d’un sourire à couper la faim et la soif du peuple africain de Guinée.


Photo du président de la Guinée, Alpha Condé. 

Paul Mvondo Biya
, Grand enfant de « La République » placé au pouvoir depuis 31 ans maintenant, tu as fait et continues de faire le bonheur de Total, de Perenco, de Bolloré, d’Air France, de Vilgrain, d’Orange, de Bouygues… Grâce à toi, le Cameroun est maintenu dans le juron de la République qui, de président en président, manifeste à ton égard une fidélité à toute épreuve. À l’été 2011, pour un séjour d’environ 3 semaines à La Baule où tu t’étais bien reposé avec une forte délégation, Paul Biya, tu as dépensé environ 1 million d’euros. Tu fais aussi partie des meilleurs financiers de la vie politique de la République. Qui est fidèle récolte fidélité ! C’est pourquoi, Grand enfant de la République, tu seras toujours le bienvenu sur les terres de celle-ci.
 

Photo du président du Cameroun, Paul Mvondo Biya.

Alassane Ouattara, fils de la République, grâce à toi, la République a pu se débarrasser du président Laurent Gbagbo. Tu pilotes en parfaite harmonie avec des bandits de grands chemins le Nouvel Ordre français dans le territoire de Côte d’Ivoire qui a tenté de tenir tête à la République. Grâce à toi, la République est en printemps continu dans ce territoire où le pillage à grande échelle s’opère joyeusement. Chacun prend sa part : 150.000 tonnes de cacao par-ci, 200.000 tonnes de noix de cajoux par là en récompense aux criminels de guerre qui ont accompagné l’armée française dans sa reconquête du pays. La République, te trouvant tellement obséquieux, a dit par la voix de Gérard Longuet, ministre de la défense sous Sarkozy, que si tu étais arrivé au pouvoir un peu plus tôt, elle aurait délocalisé sa base militaire au Gabon en Côte d’Ivoire. Grâce à toi, toutes les institutions de la République ont de l’avenir dans la région, à commencer par le Franc CFA. Tu seras toujours le bienvenu à l’Élysée, digne fils de la République.


Photo du président de la Côte d'Ivoire, Alassane Ouattara.


Auteur: KPOGLI Komla



Cordialement,

La Direction du RESEAU NERRATI-PRESS.

FRANÇAFRIQUE: LES RUSES DE LA RAISON POSTCOLONIALE

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Dans le contexte de l’intervention impérialiste de l’Etat français au Mali, nous republions un texte du militant internationaliste Jean Nanga, initialement paru dans Contretemps (première série) en 2006.

 

Le débat sur le passé colonial de la République française et ses « aspects positifs », gravés dans la loi depuis l’adoption de la loi du 23 février 2005, exprime la persistance de l’idéologie de « la mission civilisatrice ». Mais, il entre aussi en résonance avec le grand succès de librairie qu’a été l’ouvrage de Stephen Smith, Négrologie. Pourquoi l’Afrique meurt, dans lequel on peut lire : « Pour le dire brutalement : depuis l’indépendance, l’Afrique travaille à sa recolonisation. Du moins, si c’était le but, elle ne s’y prendrait pas autrement. Seulement même en cela le continent échoue. Plus personne n’est preneur [de ces pays africains qui survivent grâce à] la pension alimentaire qu’ils tirent de la coulpe de l’Occident »1. La force de l’opinion de S. Smith a été démontrée pendant la crise militaire de novembre 2004 entre l’État français et l’État ivoirien : de l’extrême droite à la gauche, des plumes se sont mobilisées en solidarité avec l’armée républicaine française, agressée de façon meurtrière en Côte d’Ivoire. Un acte criminel exprimant l’ingratitude de l’État ivoirien à l’égard de la République française censée avoir volé au secours du peuple ivoirien menacé de génocide par une élite politique immature et rétive à la démocratie. Mais, ce quasi-consensus semble confirmer l’enracinement de l’idéologie coloniale dans une grande partie de l’élite française voire de la société. Dans les lignes qui suivent, nous allons rappeler la continuité qui existe entre les rapports de l’ère vétéro-coloniale et ceux de l’ère néocoloniale.

Du colonialisme émancipateur

La compréhension du présent des « ex-colonies » africaines-subsahariennes de la France nous semble impossible dans l’ignorance du passé. Une évidence que négligent subtilement S. Smith et bien d’autres qui, parfois en se reniant, conçoivent la décolonisation comme fin de la colonisation et de la domination métropolitaine. Certains ne s’empêchent pas de présenter la décolonisation comme l’aboutissement logique d’un plan de la République émancipatrice. Alors que dans les faits, l’État français était farouchement opposé à l’indépendance des colonies. Albert Sarraut en parlait en des termes qui n’ont cessés d’être repris : « “ce trousseau de servitudes que l’on nomme ’indépendance” selon la formule de Georges Duhamel. C’est bien ce que sentent d’instinct ou que comprennent clairement tous ceux de nos protégés dont la sagesse est faite des leçons du passé et de l’observation attentive du présent. L’idée de l’indépendance, loin de les séduire, les effraie »2. Ne pouvait ainsi être envisagée que la réforme du régime colonial.

Celle qui fut initiée en 1944 ne peut se comprendre en dehors des transformations de la conjoncture internationale. L’après-guerre s’était caractérisée par la montée en force des deux absents du partage colonial, les États-Unis – puissance impérialiste et néocolonialiste en Amérique centrale et du Sud – et l’Union soviétique, lesquels pèsent sur la naissance de l’ONU dont les chapitres 11-13 de la Charte (1945) concernent l’auto-administration par leurs populations des « territoires non-autonomes » – le terme « colonies » est soigneusement évité – et « sous tutelle ». Un principe dont les prémices avaient été perçues par les partisans de la « France Libre » parmi lesquels le général de Gaulle. Par ailleurs, l’anticolonialisme – opportuniste car impérialiste – des États-Unis exerçait une influence sur le colonialisme britannique en Afrique. Bon nombre de colonisé-e-s africain-e-s, sujets britanniques à l’instar de Francis Kwamé Nkrumah, étudiaient aux États-Unis et étaient en contact avec des colonisé-e-s asiatiques mieux organisé-e-s dans la lutte contre le colonialisme britannique. C’est l’évolution de cette conjoncture qui explique la « décolonisation » française que des falsificateurs de l’histoire attribuent à un humanisme imaginaire du général de Gaulle, en dépit du fait que ce dernier avait bien exprimé son opposition à la décolonisation lors de la conférence des gouverneurs généraux à Brazzaville en 1944. Une des recommandations de cette conférence, connue sous le nom de conférence de Brazzaville, avait clairement affirmé le refus de toute émancipation hors de l’empire français : « Les fins de l’œuvre de civilisation accomplie par la France dans les Colonies ÉCARTENT TOUTE IDÉE D’AUTONOMIE, TOUTE POSSIBILITÉ D’ÉVOLUTION HORS DU BLOC FRANÇAIS DE L’EMPIRE ; LA CONSTITUTION ÉVENTUELLE, MÊME LOINTAINE DE SELF-GOVERNMENTS DANS LES COLONIES EST À ÉCARTER »3. Comme pour marquer ce refus de l’égalité humaine, l’année qui commence par la conférence de Brazzaville s’achève par le massacre à Thiaroye de « tirailleurs sénégalais » de retour de la Seconde Guerre mondiale et qui revendiquaient le versement de leurs primes.

Cette opposition à l’indépendance persiste dans la Constitution de 1946 qui institutionnalise l’Union française – sémantiquement, l’Empire colonial n’existe plus – comme cadre d’émancipation des colonisé-e-s, lesquel-le-s pouvaient désormais être representé-e-s et élu-e-s au Parlement français. C’est ainsi par la Constitution de la Ive République que les colonies se sont mises à relever de la loi. Jusqu’alors, elles relevaient plutôt du président, du ministre des Colonies, du gouverneur, du commandant et des grandes compagnies coloniales. L’hostilité à l’indépendance est partagée au-delà de la droite coloniale. Ainsi, au lendemain de la répression sanglante de la rébellion malgache, en 1947, François Mitterrand, plusieurs fois ministre de la République coloniale, a pu affirmer : « L’avenir de Madagascar est dans le cadre de la République française. L’évolution des Malgaches doit se faire au sein de la République… les fauteurs de la rébellion de 1947 sont beaucoup plus coupables envers leurs concitoyens qu’envers le pouvoir central »4. C’est sous la pression de la guerre de libération algérienne qu’un deuxième pas est effectué avec la loi-cadre du 23 juin 1956 qui institue des gouvernements autonomes en Afrique équatoriale française (AEF) et en Afrique occidentale française (AOF). Cette réforme est censée «…associer plus étroitement les populations d’outre-mer à la gestion de leurs intérêts propres [sous forme] de décentralisation et de déconcentration administratives » (art. 1er). Mais, le principe demeure impérial comme l’énonce une fois de plus F. Mitterrand : « Un pouvoir central fortement structuré à Paris, des États et territoires autonomes fédérés au sein d’une communauté égalitaire et fraternelle dont les frontières iront des plaines des Flandres aux forêts de l’équateur, telle est la perspective qu’il nous appartient de préciser et de proposer, car sans l’Afrique il n’y aura pas d’histoire de la France au XXIe siècle. (…) Comment en effet la France butant sur ce Rhin où boivent tour à tour les chevaux de l’Europe irait-elle vers le Nord ? ou vers l’Est ? ou vers l’Ouest qui vient plutôt chez elle qu’il ne l’appelle à lui ? Seule la route du Sud est disponible, large, bordée d’innombrables peuples, en même temps que d’espaces inoccupées… Déjà la France sait combien l’Afrique lui est nécessaire »5.

C’est bien cette idée de la France, « communauté égalitaire et fraternelle dont les frontières iront des plaines des Flandres aux forêts de l’équateur », qui est adoptée par voie référendaire en 1958. Le Titre XIII de la Constitution gaullienne établit ainsi la Communauté pour contrecarrer les velléités d’indépendance qui se propagent dans les colonies. Le processus d’autonomie progresse en effet au Ghana anglophone qui accède à l’indépendance en 1957, favorisant l’acquisition par le Togo voisin, territoire sous tutelle française, d’un statut plus autonome que celui des autres pays de l’AOF et incitant le peuple guinéen à rejeter le principe de la Communauté. Dans tous les autres territoires d’AEF et d’AOF, celle-ci est cependant approuvée majoritairement, y compris, dans certains cas, grâce à la fraude, à la corruption et à l’intimidation, supervisées par les autorités coloniales. La période qui s’étend de 1946 à 1960 est une période de transition au néocolonialisme. L’indépendance n’est plus considérée comme incompatible avec l’existence de la Communauté, chère à de Gaulle, Mitterrand et Houphouët-Boigny. « Un État membre de la Communauté, admet désormais l’article 86 de la Constitution révisée, peut également par voie d’accord devenir indépendant sans cesser de ce fait d’appartenir à la Communauté »6. Indépendants mais toujours membres de la Communauté dominée par la France, tel est le statut véritable des nouveaux États7. Le postcolonialisme est ainsi un néocolonialisme. En dépit des nombreuses révisions (8, plus précisément) de la Constitution de la Ve République, le législateur français n’a abrogé la Communauté qu’en 19958 ! Autrement dit, pendant les trente-cinq premières années dites postcoloniales, dont les deux septennats de Mitterrand, la majorité des États africains des ex-AEF et AOF ne disposaient pas d’une pleine souveraineté. La nouveauté se situant dans l’existence d’une certaine marge d’autonomie des gouvernants autochtones et des institutions locales s’articulant avec des mécanismes structurels et des pratiques hérités du vétérocolonialisme. La « décolonisation » est ainsi le fait de la pression de l’environnement international et des luttes au sein de l’empire colonial bien plutôt que l’expression des vertus immanentes à la République, qui auraient fini par surmonter des déviations étrangères à son principe.

Par ruse de la « grammaire coloniale », la Communauté a survécu sous le terme de « Coopération » avec un ministère spécifique qui aurait aussi pu être baptisé ministère de la Communauté postcoloniale, domaine réservé du président de la République française, du général de Gaulle, créateur de la « cellule africaine de l’Élysée », à Jacques Chirac, en passant par François Mitterrand. À travers maints accords (économiques, culturels, militaires, politiques) conclus avec les élites locales, cogestionnaires de la transition au néocolonialisme (1956-1960), et de multiples institutions, la métropole a pu maintenir les liens de dépendance des « ex-colonies ». C’est alors une nécessité pour la puissance moyenne qu’est la France, comparativement aux États-Unis et à l’URSS pendant la guerre froide. Les États-Unis laissent la France jouer le rôle de gendarme du « monde libre » anticommuniste dans ses « ex-colonies ». À en croire J. Foccart9, elle aurait même bénéficié de l’indifférence de l’URSS de Krouchtchev. Par l’existence de cette Communauté, devenue secrétariat aux Affaires africaines et plus tard ministère de la Coopération, la France conserve un poids impérial dans l’arène internationale, par exemple sous forme de voix naturellement acquises aux Nations unies. Dans sa politique coloniale, de l’Algérie à la Nouvelle-Calédonie, elle a ainsi bénéficié du soutien des États membres de ladite Communauté. Il en a été de même pour les essais nucléaires français.

La Francophonie

La colonisation étant justifiée par la « générosité » civilisatrice, la défense de la langue, véhicule de la civilisation, devait occuper une position centrale dans le dispositif de la coopération. Pourtant, le général de Gaulle a plutôt résisté qu’encouragé le projet initié en 1962 par L. S. Senghor instituant la francophonie. Pour lui, il s’agissait d’un fardeau inutile : « Alors, chacun amènerait quelques éléments et c’est nous qui paieront le tout. Il n’en est pas question »10 aurait-il affirmé, selon J. Foccart. La grandeur de la France ne passait pas pour de Gaulle par cette coopération culturelle. Ce n’est qu’en 1969 que se tint la 1ère conférence des États francophones. En 1970 avec la convention de Niamey, va naître l’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT), devenue Agence de la francophonie. Malgré son extension au-delà du binôme ex-métropole-anciennes colonies d’Afrique, la francophonie reste une pièce importante du dispositif néocolonial en Afrique11. L’annonce concernant les visas faite par Chirac lors du sommet France-Afrique de décembre 2005, à Bamako, l’illustre bien : « Je souhaite que ce partenariat s’incarne également dans l’ouverture d’un espace privilégié d’échange entre la France et les pays africains, notamment francophones. Entrepreneurs, cadres, chercheurs, professeurs, artistes : leurs activités sont, par nature, liées à l’échange. J’ai donc décidé, sur une suggestion du président du Mali, de faciliter pour eux la délivrance de visas de longue durée et à entrées multiples, car c’est indispensable à leurs activités. La France continuera de plus, bien sûr, à accueillir sur son sol de nombreux étudiants africains. » Cette directive en faveur d’une immigration plus sélective révèle que la France est consciente du déclin de son prestige au sein de l’élite africaine francophone de plus en plus sensible à l’offensive anglophone et plus particulièrement étatsunienne.

La francophonie, est-il affirmé à la Xè conférence des chefs d’État et de gouvernement des pays ayant en partage le français, tenue en novembre 2004, n’est pas seulement un instrument culturel mais une institution globale dont l’un des objectifs est de contribuer à « réguler et humaniser la mondialisation », « renforcer la capacité des États et la mise en place de cadres réglementaires, une gouvernance au développement d’activités économiques et incitatives au développement du secteur privé et de l’investissement »12. Le lien entre la langue et l’économie a également été souligné par le rapporteur d’un débat à l’Assemblée nationale française concernant l’article 2 de la Constitution portant sur le français comme langue de la République : « Le problème de la défense du français se pose aujourd’hui en termes nouveaux. La semaine dernière, l’assemblée des parlementaires francophones a reçu le président Diouf, président de l’Assemblée internationale des parlementaires de langue française, et il a souligné combien le français était menacé. Gardons à l’esprit le risque d’un monopole de l’anglais, l’impérialisme linguistique reflétant l’impérialisme de la puissance économique dominante » (26 janvier 2005). C’est dans ce but que la francophonie parraine l’institution de l’Organisation pour l’harmonisation du droit des affaires en Afrique (OHADA) et a créé l’Institut de la francophonie, pour l’entreprenariat (IFE). C’est cette francophonie économique que défend Dominique Wolton du CNRS : les « entreprises classiques (Air France, Renault, Total, etc.) doivent prendre conscience qu’elles sont porteuses d’une identité culturelle et la mettre plus souvent en avant qu’elles ne le font actuellement »13.

L’engagement de l’armée française aux côtés de l’armée rwandaise contre l’armée du FPR, de 1990 au génocide de 1994, a été justifié par l’anglophonie du FPR. On a même parlé à ce propos d’éviter un nouveau Fachoda !

L’assistance militaire

Le colonialisme a été un contrôle militaire des peuples colonisés. La décolonisation ne devait pas le remettre en question. Ainsi, parmi les accords de coopération signés entre la métropole et ses « ex-colonies » au moment des indépendances figurent en bonne place les accords militaires. L’idéal pour la métropole, ce sont les accords de défense qui permettent une présence militaire française sur le territoire de « l’ex-colonie »14 ou le droit d’intervenir en cas de menace de déstabilisation du pouvoir – y compris par les peuples – sur le territoire d’hébergement ou dans un pays du « pré carré ». Ce qui s’est produit une vingtaine de fois depuis 1960. Mais, pour des raisons politiques – internes aux États africains, tels les soubresauts nationalistes des années 1960-1970 –, économiques – coût pour le budget métropolitain – ; pour des raisons liées à la nouvelle configuration internationale – fin de la guerre froide – le nombre des signataires s’est finalement réduit à quelques États (Cameroun, Comores, Côte d’Ivoire, Djibouti, Gabon, Sénégal, Togo). Avec le Tchad, il s’agit clairement d’une « Convention pour le maintien de l’ordre » qui a souvent été appliquée par la République française.

Dans son allocution, à l’ouverture de la 12ème conférence des chefs d’États de France et d’Afrique, F. Mitterrand fait l’éloge de la « coopération » francotchadienne. Il en profite pour déplorer, certes élégamment, la non-signature d’accords du même type par d’autres États : « La France a des accords de coopération et de sécurité, de défense avec un certain nombre d’entre vos pays. À l’égard de ces pays, elle est tenue de respecter ses engagements, et elle les respectera s’il le faut… Que ceux qui ont fait confiance à la France par ces accords continuent d’avoir pleine confiance. Que ceux qui n’ont pas jugé bon d’agir de cette façon – mais c’est leur propre autorité, et bien entendu, ils sont aussi respectables – sachent que la France est leur amie »15. Autrement dit, ces accords rendent certains États plus amis de la France que d’autres. Ceux qui n’ont signé que des accords d’assistance militaire et technique le sont moins que les autres.

Toutefois, ces accords d’assistance militaire et techniques ne sont pas négligeables. Car ils accordent à la France le monopole de l’encadrement des armées de ces États. Avec le Gabon, par exemple, qui constitue un des cas extrêmes de cette assistance technique néocoloniale : « La République française s’engage à apporter son concours à la République gabonaise pour la formation des cadres de son armée. La République gabonaise s’engage en retour à ne faire appel qu’à la République française pour la formation de ses cadres »16. Cette situation explique le long règne de certains autocrates pendant des décennies, les putschs militaires ayant chassé du pouvoir – dans certains cas, de façon tragique – des directions politiques tant soit peu nationalistes et progressistes, les conspirations pour l’ordre établi que sont les mutineries de l’ère dite démocratique consistant à remplacer un autocrate abusant de son autonomie par un officier supérieur, paré pour la circonstance du statut de démocrate. Parmi les derniers en date, le général centrafricain François Bozizé, auprès duquel des généraux français ont été dépêchés comme conseillers au lendemain de son putsch de mars 2003.

La France s’arroge également le monopole de l’approvisionnement. C’est le cas, notamment, des accords signés en 1961 avec le Burkina Faso (ex-HauteVolta) : « La République de Haute-Volta, en vue d’assurer la standardisation des armements, s’adressera en priorité à la République française pour l’entretien et le renouvellement des matériels et équipements de ses forces armées… Pour les fournitures qui, après examen en commun, ne pourraient être faites par la République française, la Haute-Volta se réserve le droit d’accepter l’aide d’autres pays »17. Certes, ces États ne sont pas les plus gros clients en la matière, mais, même pour le troisième marchand mondial d’armes de guerre, il n’y a pas de petits profits !

En effet, si la coopération militaire a servi à l’expérimentation de la doctrine militaire française, du Cameroun (années 1950-1960) au Rwanda (1990-1994), elle a aussi, voire surtout, servi à l’économie française. Car, les accords de défense sont aussi des accords d’approvisionnement préférentiel de la métropole en matières premières stratégiques. Le sceau du secret encore posé sur certains d’entre eux n’est pas sans rapport avec cet aspect. Ainsi, dans l’Annexe II de l’accord de défense signé en avril 1961, entre la France, d’un côte et de l’autre la Côte d’Ivoire, le Dahomey (actuel Bénin) et le Niger, l’intérêt pour les « matières premières et produits stratégiques » est explicite. Les Républiques africaines signataires « informent la République Française de la politique qu’elles sont appelées à suivre en ce qui concerne les matières premières et produits stratégiques et des mesures qu’elles proposent de prendre pour l’exécution de cette politique… En ce qui concerne ces mêmes produits, [elles] réservent par priorité leur vente à la République française après satisfaction des besoins de leur consommation intérieure, et s’approvisionnent par priorité auprès d’elle » (art. 3, 5). Le Bénin et le Niger ont par la suite abrogé cet accord, sans pour autant que la France ne renonce à contrôler l’uranium nigérien, suscitant en 1974 un putsch militaire pour renverser Hamani Diori coupable d’avoir non seulement demandé le retrait des troupes françaises mais envisagé également une diversification des clients et une hausse du prix de son uranium.

En Côte d’Ivoire, en septembre 2002, lors de sa tentative de putsch, Gbagbo invoque l’accord de défense avec la France pour revendiquer le soutien français en défense de son régime. Quant à l’armée française si elle a opté pour une position de « neutralité » face la fraction de Gbagbo, c’est au nom du non respect des parties annexes de ce même accord et de ses clauses non écrites relatives à l’économique. Il y a plus qu’une corrélation entre les oscillations des rapports entre les deux États – y compris l’apparition de la rébellion armée – et les marchandages économiques liés à la néolibéralisation de la Côte d’Ivoire. L’une des questions en jeu est en effet le quasi-monopole économique de la France en Côte d’Ivoire, pièce maîtresse du dispositif « postcolonial » français en ex-AOF18. Car, en dépit de la guerre, l’économie ivoirienne est encore à 30 % française. Cette crise franco-ivoirienne révèle la ruse néocoloniale consistant à intervenir militairement sous la casquette des Nations unies, avec le soutien des institutions régionales africaines acquises à l’ordre françafricain. Cette quête de légitimité internationale à l’entreprise néocoloniale s’explique aussi par l’intérêt de plus en plus manifeste des Etats-Unis pour la région. Des négociations menées avec la France concernant le départ en exil du Françafricain Charles Taylor à l’opération « Flintock » de l’été 2005 dans le Sahel, en passant par l’ouverture récente d’une base militaire à… Djibouti, la présence des patrouilleurs de l’US Navy dans le golfe de Guinée et l’éventualité d’une base au Sénégal, les États-Unis, peu habitués au second rôle, semblent menacer la quasi-solitude militaire française dans ces régions. D’où l’investissement français dans des initiatives d’encadrement militaire régionales du type RECAMP (Renforcement des capacités africaines de maintien de la paix), justifiant le développement des ENVR (École nationale à vocation régionale), afin de ne pas perdre pied dans le « pré carré ». Ce qui n’a pas manqué de susciter la création par les États-Unis de l’ACRI (African Crisis Response Initiative), laquelle s’est finalement greffée au Recamp. Une « collaboration » pour le marché de la paix et de la guerre en Afrique qui pourrait devenir plus importante avec le projet de constitution d’une force armée de l’Union africaine.

« Aide » et souveraineté monétaire partagée

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mercredi, 24 juillet 2013

MALI: CHRONIQUE D'UNE ELECTION PIPEE

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De l’illusion d’une libération par Serval à l’aboutissement d’un service pour le chaos total!

 

A Bamako courent de folles rumeurs sur les millions de cartes de vote éditées en surplus (? !), dans la plus grande opacité, par le pouvoir intérimaire, au moment où des électeurs potentiels du même nombre sont privés de leurs droits constitutionnels par défaut de NINA (la carte d’électeur)

Pis, à seulement sept (7) jours du 1er tour de l'élection présidentielle, des militaires aux ordres du Capitaine Sanogo auraient pillé des stocks de cartes de vote aux fins d’utilisation frauduleuse en faveur du "candidat des militaires."

Les jeux semblent faits !

Les élus sont connus d’avance et les élections présidentielles du Mali du 28 juillet 2013, censées restaurer l’ordre républicain et constitutionnel, passeront dans les annales comme la plus grande mascarade de l’histoire politique de la France-Afrique, pourtant riche en événements de ce genre.

Que le Peuple du Mali se le tienne pour dit : Serval lui sera fatal !

Que le Peuple français le sache : l’opération menée à grands frais au Mali, en son nom et pour son idéal, n’est décidément qu’un énorme leurre qui finira par modifier durablement les sentiments et attitudes des Maliens à l’endroit de la France et des Français !

afrique,mali,france, Mali: Chronique d’une élection pipée, De l’illusion d’une libération par Serval, à l’aboutissement d’un service pour le chaos total,FRONT NOUVEAU CITOYEN DU MALI


Les jeux sont faits. Les élus sont connus d’avance et les élections présidentielles du Mali du 28 juillet 2013, censées restaurer l’ordre républicain et constitutionnel, passeront dans les annales comme la plus grande mascarade de l’histoire politique de la France-Afrique, pourtant riche en événements de ce genre.


Que le Peuple du Mali se le tienne pour dit : Serval lui sera fatal !

Que le Peuple français le sache : l’opération menée à grands frais au Mali, en son nom et pour son idéal, n’est décidément qu’un énorme leurre qui finira par modifier durablement les sentiments et attitudes des Maliens à l’endroit de la France et des Français ! 

A – Le tiercé gagnant

Sauf rebondissement, le tiercé gagnant dans l’ordre est le suivant: Ibrahim Boubacar Keita  (IBK), Président, Soumeïlou Boubeye  Maïga, premier ministre, et le capitaine Amadou Aya Sanogo, chef d’état-major occulte de l’armée en dépit de son grade de capitaine.

Le choix peut surprendre mais répond à une logique de prédation :

- IBK n’est pas JFK. Vieux cacique de la vie politique malienne, Ibrahim Boubacar Keita a été pendant six ans premier ministre du président Alpha Omar Konaré, puis président, pendant 5 ans, de l’assemblée nationale sous le dernier président Amadou Toumani Touré (ATT). Autant le dire tout de suite, ce n'est pas un perdreau de l’année. Plus que tout, toutefois, au-delà de son expérience et sa capacité manœuvrière de survie dans le marigot, sa qualité transcendantale qui s’impose à tous et l’impose d’emblée comme le meilleur futur président, sa martingale en somme, est son statut de vice-président de l’internationale socialiste, le parti de François Hollande, le vainqueur de la bataille du Mali.

- Soumeïlou Maïga, ancien ministre des affaires étrangères du planqué de Dakar et ancien directeur général des services secrets du Mali, lui, sera premier ministre, en raison de sa sensibilité pro-algérienne. Un retour d’ascenseur en somme pour un pays qui a autorisé le survol de son territoire par l’aviation française durant l’opération Serval (janvier 2013), aidé les services français à localiser la sépulture de l’otage français Philippe Verdon tué par ses ravisseurs dans le désert, enfin, dernier et non le moindre des éléments, garant, à la demande du MNLA, des futurs accords entre le gouvernement malien et ses contestataires.

- Amadou Aya Sanogo: le responsable majeur de ce désastre national, sera maintenu à son poste, moyennant une vague repentance balbutiée hâtivement à ses compatriotes au début de la campagne électorale, tel un rescapé de la mort. Maintenu à son poste au même grade de capitaine, investi néanmoins de la fonction de chef d’Etat-major occulte de l’armée malienne en reconstruction.

B - IBK versus  Soumaïla Cissé, un remake des compétitions électorales françaises

Le scenario prévoit même un deuxième tour électoral mettant en compétition IBK et Soumaïla Cissé, en un remake des compétitions électorales françaises en ce qu’il opposera IBK, le poulain socialiste, à un ancien cadre supérieur des entreprises françaises, notamment Air Liquide et Pechiney, Soumaïla Cissé, qui passe pour bénéficier des sympathies de la droite française.

Un arrangement scellant la réconciliation entre les anciens frères ennemis de l’ADEMA  (Alliance pour la Démocratie au Mali), l’ossature politique des deux précédentes mandatures présidentielles (Alpha Oumar Konaré et ATT), aurait été conclu sous l’égide du président intérimaire Diougounda Traoré. Il prévoirait d’exclure de la phase finale du processus électoral, Modibo Sidibé, le dernier premier ministre d’ATT, ainsi que Cheikh Modibo Diarra, le spécialiste malien de la Nasa, dont le retour aux affaires signerait la mort politique du putschiste Sanogo. Modibo Sidibé a, en effet, été interpellé à deux reprises par la junte militaire et le scientifique, beau fils de l’ancien dictateur Moussa Traoré, a été évincé sans ménagement de ses fonctions de premier ministre durant la phase intérimaire. 

C - 27 candidats dont une femme, Mme  Haïdara née Cissé Aïchata dite Chato, au titre de la parité.

Vingt-sept (27) candidats postulent à la magistrature suprême malienne, dont une femme, diversité oblige, non pas Aminata Dramane Traoré, l’ancienne ministre de la culture du Mali, interdite de séjour en France pour cause d’hostilité à Serval, mais une candidate inattendue, Mme Haïdara née Cissé Aïchata dite Chato, députée de Bourem originaire du Nord du Mali, ancienne camarade de travail au sein de la compagnie Air Afrique d’Edith Bongo, fille de Sassou Nguessou et épouse de l’ancien président gabonais Omar Bongo, mais surtout ancienne confidente de deux présidents africains, ATT du Mali et Sassou Nguesso du Congo Brazza, qui disposerait d’une force de dissuasion par les secrets d’alcôve qu’elle détiendrait.

Autre curiosité de la campagne, Oumar Mariko, candidat communiste, seul candidat à jouir d’une audience certaine dans le Nord du Mali, a été interdit de faire campagne dans cette zone sous contrôle militaire français, de crainte que ses harangues ne mettent en route un mouvement de protestation contre la présence militaire française au Mali. 

Sous cape, il se murmure que la chancellerie française à Bamako s’active pour dissuader les opposants de contester les résultats de ce simulacre électoral, contre arguments sonnants et trébuchants: le remboursement des frais électoraux, particulièrement la caution de dix millions de Frs CFA bonifiés d’une prime au silence.

Au Parti socialiste, les divergences sur la question  malienne sont tues. Le secteur international du PS est entravé, notamment sur les questions africaines, au bénéfice du cabinet de Harlem Désir qui semble avoir confié cette tâche de façon officieuse a Corinne Bord, laquelle  travaille en étroite collaboration avec Thomas Melonio.

Cette situation est loin de faire l'unanimité au sein du parti où l’on pointe les conséquences de ces élections bâclées sous la pression de la communauté internationale avec ces possibles conséquences sur le Niger, la réhabilitation d’Idriss Deby que Serval a provoqué, de même résultant du rôle ambigüe du président du Burkina Faso,  Blaise Compaoré, ainsi que la gestion du contentieux de  Kidal et du MNLA, qui a demandé à l’Algérie de garantir les futurs accords conclus avec le pouvoir central à Bamako. Autant de signes qui marquent le retour en grâce de la Francafrique et la non prise en compte de l'avis de la diaspora sur les questions politiques.

D - Le RAVEC et Les failles du système électoral.

La prochaine élection présidentielle malienne ignorera des millions de Maliennes et Maliens pourtant désireux d’y prendre part à travers leur vote.

La totalité des habitants de plus de 400 localités où il n’y a pas eu de RAVEC (recensement administratif à vocation d’état civil) constitue le premier lot de ces millions de laissés-pour-compte. Ne voteront pas également les centaines de milliers de jeunes majeurs (18 et 19 ans) non-inscrits pour manque de leurs données biométriques, les réfugiés dans les camps et exilés, et aussi les centaines de milliers de personnes recensées mais omises sur la liste des électeurs pour des raisons encore inconnues et inexpliquées.

Cependant, à Bamako courent de folles rumeurs sur les millions de cartes de vote éditées en surplus (? !), dans la plus grande opacité, par le pouvoir intérimaire, au moment où des électeurs potentiels du même nombre sont privées de leurs droits constitutionnels par défaut de NINA (la carte d’électeur)

Pis, à seulement sept (7) jours du 1er tour de l'élection présidentielle, des militaires aux ordres du Capitaine Sanogo auraient pillé des stocks de cartes de vote aux fins d’utilisation frauduleuse en faveur du "candidat des militaires."  

Le mécontentement populaire est réel et justifié en ce que les luttes pour les Droits et les Libertés en Afrique sont indissociables des combats pour la paix et la justice dans le monde, contre le racisme et toutes formes de discriminations. Elles sont parties intégrantes des grands mouvements universels d’émancipation et d’égalité des peuples. La justice, la paix et la liberté devront, sans condition, s’installer en Afrique et s’y pérenniser. Il y va de la crédibilité des institutions internationales.

Don de l’Union européenne au Mali, à hauteur de 48 milliards de francs CFA à sa réalisation, le RAVEC devrait permettre de fiabiliser l’Etat civil au Mali. Mais sa mise en œuvre  (La prise des empreintes digitales des dix doigts de la main notamment), a suscité des interrogations quant à sa finalité, notamment sur le fait s’il ne s’agissait pas d’une opération détournée de contrôle de l’émigration clandestine à destination de l’Europe.

E – Cheikh Chérif Haidara, le Nasrallah du Mali

Au-delà des suspicions, sur fond de compétition électorale, est engagée une sourde lutte d’influence entre les deux grandes branches de l’islam - conséquence de la talibanisation du Sahel. 

- L’Imam Mahmoud Dicko, Président du Haut Conseil Islamique du Mali,  une organisation sunnite chargée de la gestion des Imams, qui passe pour bénéficier du soutien financier des pétromonarchies du Golfe, prônerait le vote utile en faveur d’IBK, le candidat de la France, par solidarité sectaire d’abord, au nom de la stabilité du pays ensuite. Son mot d’ordre est relayé à travers l’association  SABATI 2012 (sabati signifie stabilité).

- Cheikh Chérif Haïdara, le contrepoint chiite de l’Imam Dicko, prône la stricte séparation de la religion de l’Etat. L’imam chiite préside la formation «Ansar Eddine» (les partisans de la religion), une association existant au Mali depuis un quart de siècle, mais dont le nom a été usurpé par les djihadistes pro Qatar, lors de leur intrusion armée dans le septentrion malien.  Le chiisme est ultra minoritaire au Mali, mais son chef spirituel souvent désigné comme le «Hassan Nasrallah du Mali», par allusion au chef du Hezbollah, jouit d’un prestige certain en ce qu’il est la seule personnalité malienne capable de remplir un stade de 80.000 places.  

F - Le Malien responsable au premier chef de ses maux

La fin du Mali, en tant qu’Etat moderne né en 1960, est intervenue en janvier 2013, 53 ans après l’indépendance formelle, lors de la défaite de Konna face aux djihadistes, donnant un formidable prétexte à la France de revenir en sauveur par la grande porte pour faire du Mali, la plus grande plateforme opérationnelle militaire de l’Afrique occidentale.

Les maux du Mali sont à rechercher dans le Mali lui-même.

« La force du Mali résidait dans sa capacité à transiger. Jusqu’à la caricature. Pouvoir s’asseoir et parler. A chercher à partager, même quand il n’y a rien à partager. Même quand il n’y a plus rien à partager.… Peuple de légende mais aussi de trahison, pratiquant l’esclavage, le Mandingue a ouvert la voie de la colonisation à l’homme blanc, en trahissant Samori Touré, l’adversaire pendant 17 ans des Français…. Le Mandingue a été construit par la guerre, et c’est la guerre qui le détruira » ; ainsi parle Youssouf Tata Cissé, l’universitaire octogénaire malien, auteur d’une œuvre en 16 tomes "Les grands gestes du Mali" (Éditions Karthala).

C’est dire combien l’entente et la cordialité sont vitales pour le Mali et indispensables pour son unité nationale !

La jeunesse malienne, en connaissance de cause, s’impliquera ou pas, mais le FNC aura prévenu et depuis fort longtemps !

Aujourd’hui, seul un électorat conscient et authentiquement patriotique pourra déjouer les plans diaboliques ourdis à l’encontre du Peuple Malien. Mais de cela, l’histoire nous édifiera !


Source: FNC DU MALI

mardi, 16 juillet 2013

CALIXTE BEYALA: LE MALI MIS SOUS TUTELLE

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ÇA SE MURMURE... ÇA NE SE DIT PAS À HAUTE VOIX.... Le Mali serait sous tutelle. Trop drôle car ça nous le savions déjà. Nous savions que l'intervention au Mali n'était qu’un prétexte à une ré-colonisation ; mais les Maliens semblaient si heureux en ce jour pas si lointain de janvier 2013 ! Ils disaient qu'ils nommeraient leurs mômes " Hollande-France " ou encore " François Mali Traoré Hollande." Il me souvient alors de les avoir rappelé à la plus grande des prudences concernant cette intervention. Il me souvient aussi que tout Africain qui appelait les Maliens à la plus grande prudence face à cette ré-invasion après cinquante ans des soi disant indépendances était mis à l'indexe, insulté et charrié par ces Maliens qui poussaient le ridicule jusqu'à porter des boubous bleu-blanc-rouge ! Ils n'avaient qu'une seule idée en tête : qu'on chasse les Touaregs, leurs propres frères !

Et bien, nous y voilà ! Le Mali est définitivement sous tutelle française pour X années, voire pour toujours ; je parie que les Touaregs auront une large autonomie pour ensuite avoir leur indépendance ! Tout çà, pour çà ? Quand les noirs comprendront qu'il conviendrait d'avoir un mauvais arrangement avec son compatriote que de faire appel à une force étrangère, alors ça sera déjà un grand pas vers la liberté, la dignité et l'épanouissement du continent.

En attendant, Hollande oblige les Maliens à faire un simulacre d'élection présidentielle, de manière à avoir un bon pantin - qui aura un semblant de légitimité - et qui pourra brader le peu de ressources du Mali sans qu'une voix ne proteste.

C'est le 14 juillet. Vive la France !


Calixte BEYALA

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mercredi, 10 juillet 2013

REVOLUTION EGYPTIENNE, SUITE OU FIN?

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Pour qu’il y ait contre-révolution, il faudrait qu’il y ait eu une révolution.
 
Le processus vers le changement qui a abouti au renversement de Moubarak il y a deux ans et à la chute de Morsi ces derniers jours a commencé depuis longtemps. Il a laissé des traces pour qui veut bien les relever sur les pages de l’histoire de la dernière décennie.
 
Le nombre de grèves et de protestations n’a cessé de s’amplifier depuis 2005. Il a culminé en 2008 lorsque le prix des denrées alimentaires, sous l’effet des opérations spéculatives d’un capital financier qui a fui les produits dérivés adossés aux crédits hypothécaires pour les matières premières et l’agro-alimentaire, ont flambé alors que les salaires minima étaient bloqués depuis 1984 à 25 $ mensuels. En avril 2008, les grèves dans le textile à Mahalla al Koubra avaient créé un précédent inouï, la rue demandait déjà la chute du régime. À cette occasion, les travailleurs s’étaient affranchis de la tutelle des syndicats officiels liés au parti de Moubarak.
 
En résonance avec cet événement qui a servi de matrice au soulèvement de janvier 2011, 23 000 ouvriers se sont mis en grève dans ce même secteur du textile en juillet 2012. Ils exigeaient l’amélioration de leurs conditions de travail, la revalorisation de leurs salaires et le licenciement des cadres corrompus.
 
Du point de vue social, qu’a donc fait le gouvernement Morsi et surtout quel espoir a-t-il donné à une jeunesse affectée par un taux de chômage estimé à largement plus de 25%?
 
La consultation référendaire de décembre 2012 pour l’adoption de la nouvelle Constitution a été précédée par de nombreuses manifestations qui ont donné lieu à des heurts avec la police. Peu d’électeurs se sont déplacées, environ 30% de participation, et moyennant quelques manipulations semble-t-il dans les urnes, elle a été adoptée avec 60% des voix exprimées.
 
Trente ans d’absolutisme, d’humiliations, d’un État fondé sur une police pléthorique avec 1,5 millions de policiers très qualifiés en corruption et en torture, un an d’insurrections, d’émeutes, de rassemblements, de grèves, des milliers de blessés et de morts pour “ça”.
 
Le texte précise que la source principale de la législation serait la loi coranique sans que ne soit explicitée la liberté de culte pour les minorités religieuses.
 
Mais surtout il ne garantit pas la liberté d’expression, il confie à la police sans restrictions explicites la tâche de veiller à la moralité publique.
 
Il prévoit que sera fixé un salaire maximum, lequel pourra souffrir des exceptions que prévoira la loi (article 14), mais en aucun cas la Constitution n’établit le principe d’un salaire minimum. L’article 15 proclame le principe de la justice pour les travailleurs agricoles mais ne se prononce pas sur le plafonnement de l’étendue de la propriété agraire latifundiaire.
 
L’article 26 relatif à l’impôt est très évasif, il n’établit pas de connexion entre le niveau de revenus et les contributions fiscales.
 
Les libertés syndicales sont très restreintes, un seul syndicat par catégorie professionnelle est autorisé (article 53).
 
Nulle part n’apparaît la responsabilité du gouvernement devant la Chambre des Représentants.
 
Dans nombre d’articles, la Constitution laisse la part belle aux militaires. En particulier, le 197 réserve au Conseil de Défense Nationale la discussion du budget militaire. Il est constitué de sept civils et de huit militaires.
 
Ce type de dispositif annonce clairement qu’il ne prend pas la peine pas de faire des promesses qui ne seront pas tenues, comme c’est le cas des démocraties représentatives à l’occidentale. Les prêches dans les mosquées assimilaient l’acquiescement au texte constituant à un devoir religieux. Pourtant le texte élaboré en trois mois par un conseil dominé numériquement par les Frères et d’où se sont rapidement retirées les personnalités de gauche et les laïcs n’a été validé que par 20% des électeurs. Ce piètre score annonçait la poursuite des protestations.
 
Morsi, son gouvernement et sa Constitution n’ont de musulman que le nom et rien de démocrate. L’un des principes économiques et donc politiques les plus cités dans les versets coraniques concerne l’interdiction absolue du prêt avec intérêts. L’autre concerne les jeux de hasard et spéculatifs.
 
La Bourse du Caire n’a pas été menacée dans les activités spéculatives.
 
Quémander des rallonges de prêt au Qatar, au FMI, à l’UE et aux Usa ne peut que conduire à des réformes qui privatisent des pans résiduels dans le service public pour obéir aux injonctions des prêteurs.
 
Le gouvernement précédent oeuvrait de même : Élargir et approfondir une dette impossible à rembourser vis-à-vis de puissances qui imposent leur politique économique (et dictent les alliances internationales), anémier jusqu’à leur disparition toutes les structures qui organisent une solidarité nationale.
 
Il avait fallu des semaines de protestation après la chute de Moubarak pour que soient tenues les élections législatives. Jusqu’au bout, le Conseil Suprême des Forces Armées menaçait implicitement de ne pas valider l’élection présidentielle.
 
On a cru un instant que le premier Président élu de l’Égypte s’était affranchi de la tutelle de l’armée quand il avait remercié le Maréchal Tantaoui, ministre de la Défense pendant 20 ans et chef du CSFA en août 2012. Mais les plaintes déposées auprès de la justice militaire contre l’armée pour sa répression dans la très lourde répression des manifestations n’aboutissent pas. La Constitution lui assure un pouvoir législatif et une grande autonomie financière et politique.
 
On a également espéré une ouverture permanente du terminal de Rafah qui permettrait aux emprisonnés de Gaza de se sentir des humains comme les autres. Le passage par le poste frontière a été aléatoire et le gouvernement craignant des actes ‘terroristes’ a noyé de nombreux tunnels qui demeurent la seule voie à peu près assurée pour les marchandises et les humains.
 
Il était attendu que le traité de paix avec Israël soit dénoncé.
 
Il n’en a rien été. Dès le 1,3 milliard de dollars accordés par les Usa à l’armée, véritable arbitre du pouvoir et détentrice d’une part considérable de l’économie nationale, on apprenait que le gouvernement Morsi rompait les relations diplomatiques de l’Égypte avec la Syrie.
 
6 millions d’Égyptiens, selon une estimation basse, sont sortis dans la rue le dimanche 30 juin, jour travaillé.
 
Après deux années de lutte, ils n’ont obtenu ni dignité, ni liberté, ni pain.
 
Les raisons de la colère se sont même amplifiées car la révolution tant espérée n’a pas abouti.
Le travail d’accouchement de l’histoire se poursuit.
 
Il est urgent de ne pas y voir la main invisible ou apparente d’un Deus ex machina qui manipulerait 22 millions de Tamarridoune (1) pleins de fureur et bouillonnant d’impatience pour une vie plus digne.
 
D’abord et avant tout, la solution à venir devra éviter de réemprunter le chemin du capitalisme libéral qui ne profite qu’à ceux qui captent pour leur compte la dette contractée à l’extérieur. Pour l’extrême majorité, elle signifie absence de services publics, pauvreté et chômage.
 
L’Égypte devrait développer une économie productive intégrée régionalement et renoncer à vivre exclusivement de la rente pétrolière indirecte. Les revenus du canal de Suez par lequel transitent 40% du pétrole aux mains des Séoud et 20% de l’or noir iranien restent très inférieurs aux flux financiers générés par les travailleurs égyptiens émigrés dans les pays arabes gros producteurs.
 
Quand ce qui est à parcourir est si difficile, un chef charismatique explique le projet qu’il formule pour son peuple, il le soulève d’enthousiasme et obtient son adhésion.
 
Les Frères n’ont pas élaboré une vision d’avenir pour l’Égypte, et Morsi n’a pas la compétence ni le talent d’un rassembleur.
 
Désormais, les peuples ne se contentent pas de ce TINA (2) qui leur a été servi ces dernières décennies, au Brésil comme en Turquie comme en Grèce et au Portugal.
 
La fin de ce Système englobant la moindre activité humaine et l’incorporant dans le circuit marchand mondial, est sifflée.
 
 
Badia Benjelloun

 

Notes:

(1) Le substantif Tamarroud veut dire rébellion, Tamarridoune, les rebelles.
(2) There Is No Alternative de Margaret Thatcher

lundi, 08 juillet 2013

EGYPTE: MOHAMED EL BARADEI, UN PION DE LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE, EN APPROCHE

 

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Egypte: El Baradei, Premier ministre pressenti


Mohamed El Baradeï, l'homme de la "communauté internationale" en Egypte, tout doucement en approche pour la fonction présidentielle. Autre chose serait grandement étonnant. Qui vivra, verra! Fernand Dindé.

 

Le porte-parole de l'opposition égyptienne, Mohamed El Baradei, pressenti pour être Premier ministre de l'Egypte. Présenté samedi 6 juillet par plusieurs sources comme le nouveau chef du gouvernement, l'homme de 71 ans ne semblait pas officiellement nommé ce dimanche.

Le "choix le plus logique"

"Le président intérimaire Adli Mansour a rencontré aujourd'hui M. El Baradei mais il n'y a pas eu jusqu'ici de nomination officielle", a déclaré à la presse Ahmad al-Mouslimani, conseiller d'Adli Mansour. Il a néanmoins ajouté qu'il était le "choix le plus logique" pour former un gouvernement.

Mohamed El Baradei, un libéral ayant peu vécu en Egypte, fut directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) de 1997 à 2009, poste qui lui valut en 2005 d'être co-lauréat du prix Nobel de la paix avec son institution.

Son nom circulait avec insistance au Caire depuis que l'armée a renversé le président islamiste Mohamed Morsi.

Le nouveau Premier ministre aura comme priorités de relever une économie en lambeaux et de rétablir la paix civile et la sécurité.

Dans le même temps, les islamistes égyptiens, soutiens du président déchu Mohamed Morsi, ont appelé à de nouvelles manifestations. La veille, les heurts entre partisans et opposants à l'ancien chef d'Etat ont fait au moins 25 morts, dont 19 en marge des rassemblements dans les villes du Caire et d'Alexandrie. Les Frères musulmans avaient demandé à leurs militants de manifester massivement vendredi pour protester contre le "coup d'Etat militaire" et pour la défense de la "légitimité démocratique".

Cinq policiers et un soldat tués

Dans la péninsule du Sinaï, cinq policiers et un soldat ont été tués dans des attaques de militants islamistes qui n'ont pas été revendiquées. Quelque 70 personnes ont été blessées aux abords de la place Tahrir. A Alexandrie, l'agence officielle Mena a indiqué que 12 personnes avaient trouvé la mort et 460 autres avaient été blessées dans des affrontements. A Assiout, plus au sud du pays, une personne a été tuée et 19 ont été blessées lors d'affrontements entre pro-Morsi et forces de l'ordre.

Plus tôt dans la soirée, des centaines de partisans du président destitué Mohamed Morsi se sont rassemblés devant le siège de la télévision publique, sur les rives du Nil, dans le centre du Caire. Des soldats et des véhicules blindés ont été déployés à proximité.

Dissolution de la Chambre Haute

Le président égyptien par intérim, Adli Mansour, a signé vendredi 5 juillet le décret de dissolution du Conseil de la Choura, la Chambre haute du Parlement, rapporte la télévision publique. Des deux Chambres du Parlement, seul le Conseil de la Choura était encore en activité.

La Chambre basse, l'Assemblée du peuple, avait été dissoute peu avant l'arrivée à la présidence de l'islamiste Mohamed Morsi, il y a un an.

La télévision rapporte également la nomination de Mohamed Ahmed Farid à la tête des services de renseignement en remplacement de Mohamed Raafat Chehata, qui avait été choisi par Morsi.

Les islamistes ne désarment pas

Des partisans de Mohamed Morsi ont affronté vendredi 5 juillet l'armée égyptienne à Suez, Ismaïlia et El Arich, au surlendemain de l'éviction du président islamiste par les militaires. Les manifestants ont tenté de pénétrer dans des bâtiments administratifs dans ces trois villes. Certains ont lancé des pierres. Au moins trois partisans islamistes de Mohamed Morsi auraient été tués vendredi 5 juillet au Caire par des tirs des forces de sécurité. Ces manifestants essayaient d'approcher de l'endroit où est détenu le président égyptien déchu.

L'armée égyptienne n'aurait pas ouvert le feu sur ces manifestants, selon le porte-parole militaire. Seules des balles à blanc et des grenades lacrymogènes auraient été tirés.

Mohamed Badie arrêté

Le guide des Frères musulmans, Mohamed Badie a été arrêté dans le nord de l'Egypte, jeudi 4 juillet, au lendemain de l'éviction de Mohamed Morsi.

Par ailleurs, les Frères musulmans ont assuré qu'ils ne prendront pas les armes en Egypte après le renversement par l'armée du président Mohamed Morsi, issu de leurs rangs. "C'est un coup d'Etat militaire. Nous resterons actifs et le (le coup d'Etat) priverons de légitimité jusqu'à ce que ce soit rectifié", a dit Mohamed el Beltagui, l'un de leurs principaux dirigeants des Frères musulmans. (...)


Source: MSN NEWS

jeudi, 04 juillet 2013

EGYPTE: ADLY MANSOUR A PRETE SERMENT, IL ASSURE L'INTERIM


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Le juge Adly Mansour désigné par l'armée pour diriger le pays le temps de la transition, a prêté serment, ce jeudi 4 juillet, à la mi-journée. "Je m'engage à préserver le système de la République, à respecter la Constitution et la loi et à protéger les intérêts du peuple" a-t-il déclaré.

La veille, mercredi 3 juillet, l'armée égyptienne a destitué le président Mohamed Morsi et suspendu à titre provisoire la Constitution afin de trouver une solution à la crise que traverse le pays, reprenant la place qu'elle a longtemps occupée au centre du jeu politique en Egypte.

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Mohamed Morsi, premier président démocratiquement élu, investi il y a un an à peine, a été arrêté et conduit dans la nuit au ministère de la Défense. D'autres cadres dirigeants de la confrérie des Frères musulmans ont également été arrêtés.

Les Etats-Unis, les Nations unies et d'autres pays n'ont pas qualifié le renversement de Mohamed Morsi de "coup d'Etat militaire" mais ont exprimé leur inquiétude et appelé l'armée égyptienne à restituer aussi vite que possible le pouvoir à un gouvernement civil.

A l'annonce de la destitution de Mohamed Morsi, après l'expiration de son ultimatum, la foule en liesse a salué cette décision.

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De nouvelles élections

Le chef d'état-major a appelé de ses voeux l'organisation d'une élection présidentielle et d'élections parlementaires ainsi qu'à la création d'un comité de réconciliation nationale incluant les mouvements de la jeunesse.

Il a également prévenu que l'armée et la police répondraient à toutes les violences. Ses déclarations ont été accueillies par des cris de joie et des scènes de liesse sur la place Tahrir où sont rassemblés les opposants à Mohamed Morsi.

Aucun incident majeur n'a été déploré dans la nuit dans la capitale égyptienne. De violents affrontement ont fait en revanche 14 morts et des centaines de blessés à Alexandrie, la deuxième ville du pays, Marsa Matrouh, également sur la côte méditerranéenne, et à Minya, à 250 km environ au sud du Caire. (...).

 

Source: MSN NEWS

14:27 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, Egypte, Etats-Unis d'Amérique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : afrique, égypte, égypte adly mansour a prêté serment, il assure l'intérim | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

EGYPTE: COUP D'ETAT CONTRE MOHAMED MORSI

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Les autorités religieuses de la mosquée Al Azhar et le chef de la communauté copte ont annoncé mercredi soir qu'elles soutenaient la feuille de route dévoilée par l'état-major de l'armée.

Nouvelles élections à venir

La Constitution égyptienne a été provisoirement suspendue et le président Mohamed Morsi va être remplacé à la tête de l'État par le président de la Cour constitutionnelle, a annoncé mercredi 3 juillet, le chef de l'état-major de l'armée égyptienne.

Dans une déclaration à la télévision, il a annoncé que l'Égypte allait être dirigée par un gouvernement d'experts et qu'une commission serait chargée de réviser la Constitution.

Le chef d'état-major a appelé de ses voeux l'organisation d'une élection présidentielle et d'élections parlementaires ainsi qu'à la création d'un comité de réconciliation nationale incluant les mouvements de la jeunesse.

Il a également prévenu que l'armée et la police répondraient à toutes les violences. Ses déclarations ont été accueillies par des cris de joie et des scènes de liesse sur la place Tahrir où sont rassemblés les opposants à Mohamed Morsi.

L'armée quadrille la zone

L'armée égyptienne a déroulé des fils de fer barbelés autour de la caserne où se trouve le président Mohamed Morsi.

Des blindés et des véhicules de transport de troupes ont par ailleurs été déployés autour du site où se tient le principal rassemblement des partisans du chef de l'Etat pour les empêcher de marcher vers le palais présidentiel.

Dans un communiqué, l'armée nie vouloir s'en prendre à eux et assure qu'elle ne fait que sécuriser la zone.

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Interdiction de quitter le territoire

Le président égyptien Mohamed Morsi et d'autres responsables des Frères musulmans se sont vus interdire, mercredi 3 juillet en fin de journée, tout déplacement hors d'Egypte.

Une liste de 40 noms qui a été remise aux services de sécurité des aéroports comprend ceux de Khaïrat al Chater et d'Essam el Erian, membres de la direction de la confrérie.

Plusieurs centaines de militaires égyptiens ont par ailleurs défilé près du palais présidentiel. Un conseiller de Mohamed Morsi avait auparavant annoncé qu'un coup d'État militaire était en cours.

Morsi ne cède pas à la pression des militaires

Un peu plus tôt à 17h, heure d'expiration de l'ultimatum posé par l'armée, Mohamed Morsi a fait savoir que la création d'un gouvernement de consensus devrait faire partie d'un plan général de sortie de crise en Egypte.

L'armée avait demandé au président Mohamed Morsi, de répondre aux revendications des manifestants.

Plus tôt dans la journée du mercredi 3 juillet, l'opposant Mohamed El Baradeï a rencontré le chef d'état-major des forces armées, le général Abdel Fatah al Sisi, ce mercredi 3 juillet.

Dans la nuit de mardi à mercredi 3 juillet, les affrontements ont fait une vingtaine de victimes.

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Morsi s'accroche à sa légitimité

"Le président Mohamed Morsi affirme qu'il détient la légitimité constitutionnelle et rejette toute tentative de s'en éloigner, il appelle les forces armées à retirer leur mise en garde et refuse de se faire dicter sa conduite, que ce soit dans le pays ou à l'étranger", affirme un tweet de la présidence égyptienne.

L'opposition condamne les propos du président. "Cela conduit à la confrontation de n'offrir aucun compromis et de ne pas écouter le peuple dans la rue. Nous sommes très inquiets devant les risques d'escalade de la violence", a déclaré Khaled Dawoud, porte-parole du Front de salut national (FSN), principale coalition de l'opposition.

Morsi rejette l'ultimatum de l'armée

Mohamed Morsi a adressé un fin de non-recevoir à l'ultimatum de l'armée, qui donnait 48 heures au président égyptien pour "satisfaire les demandes du peuple" et parvenir à un accord.

La présidence se dit déterminée "à poursuivre dans la voie qu'elle a choisi pour mener une réconciliation nationale globale".

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L'armée veut jouer un rôle crucial

Les militaires se posent ainsi en arbitre et proposent de jouer un rôle de premier plan, comme ce fut déjà le cas il y a deux ans et demi, lors de la chute d'Hosni Moubarak. Si le gouvernement ne parvenait pas à un accord avec les manifestants, l'armée proposerait sa "propre feuille de route".

Lundi 1er juillet, le chef de l'armée égyptienne a lancé un ultimatum à Mohamed Morsi, lui laissant 48 heures pour trouver une sortie de crise. "Le peuple a exprimé sa volonté" "sans précédent" a précisé Abdel Fattah Al-Sissi, le chef de l'armée.

Plusieurs morts et des centaines de blessés

Alors que le ministère de la Santé a fait état de 16 personnes tuées, et 781 blessés depuis dimanche 30 juin dans les heurts entre opposants et partisans de Mohamed Morsi, 4 ministres ont démissionné ce lundi 1er juillet.

Huit personnes sont décédées durant les affrontements entre partisans et adversaires du président Mohamed Morsi au Caire. Un autre manifestant est mort asphyxié devant le palais présidentiel, au Caire, et un autre à Alexandre, à la suite de ses blessures. Six autres ont été tués dans les provinces de Beni Suef, Assiout, Kafr al-Cheikh et Fayoum.

Le siège des Frères musulmans attaqué

Des manifestants ont pillé et occupé le siège des Frères musulmans, lundi 1er juillet, au Caire. Le bâtiment avait déjà été attaqué et en partie incendié dans la nuit, après des heurts violents entre partisans et opposants à Mohamed Morsi, le président égyptien.

Les manifestants du mouvement Tamarrod, à l'origine de la contestation, ont eux donné au pouvoir jusqu'à mardi 17h pour quitter le pouvoir.

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Une manifestation énorme

L'armée égyptienne assure qu'il s'agit des plus grandes manifestations de l'histoire de l'Egypte. Les milliers de manifestants regroupés notamment sur la célèbre place Tahrir sont encore plus nombreux qu'au moment du printemps arabe.

La présidence de la République a affirmé de son côté que le dialogue était la seule issue possible.

Place Tahrir, épicentre de la contestation

Comme au plus fort du soulèvement contre Hosni Moubarak en 2011, la place Tahrir s'est transformée en mer de drapeaux rouge-blanc-noir, et les slogans n'ont pas changé: "Le peuple veut la chute du régime", ont scandé les manifestants, un an jour pour jour après la prise de fonction de Mohamed Morsi.

Une dérive autoritaire

Les opposants, notamment libéraux, dénoncent une dérive autoritaire du chef de l'Etat et accusent les Frères musulmans de vouloir accaparer tous les pouvoirs et d'avoir trahi les objectifs de la révolution, dont la justice sociale et le respect des libertés individuelles.

D'autres manifestants entendent plus prosaïquement protester contre la dégradation de leurs conditions de vie alors que la situation économique et sécuritaire s'est détériorée depuis la"révolution du Nil".

Vers une deuxième révolution ?

Sur la place Tahrir au centre du Caire, où les opposants prônent une "deuxième révolution" contre un président accusé de vouloir monopoliser le pouvoir et restaurer un régime autoritaire au profit des islamistes, des dizaines de tentes ont été dressées et des centaines de personnes sont rassemblées depuis samedi 29 juin.

8 personnes, dont un Américain, sont mortes depuis le mercredi 26 juin dans les troubles ayant agité le pays à l'approche de ces manifestations, qui coïncident avec le premier anniversaire de l'investiture de Mohamed Morsi.

Par ailleurs, en quelques semaines, une pétition qui réclame une élection présidentielle anticipée en Egypte a récolté plus de 22 millions de signatures, selon le collectif à l'origine de l'initiative.


Source: MSN NEWS

00:05 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, Egypte, Monde arabe | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : afrique, égypte, égypte coup d'état contre mohamed morsi | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

mercredi, 03 juillet 2013

EGYPTE: LA FIN DE L'HEGEMONIE ATLANTISTE?

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La Place Tahrir se lève contre le président Morsi



Le pouvoir étatsunien ne doit pas en mener large. Avec la Turquie c'était déjà assez coton, mais là! C'est l'Egypte, le cœur du dispositif péniblement mis en place depuis Anouar Essadate, qui est sérieusement menacé. Car il semble bien que cela soit la fin et du "printemps" des Arabes et assimilés et des Frères et du wahabisme et de l'hégémonie atlantiste dans la région. Le retour de manivelle est impressionnant. Jamais le peuple égyptien n'a été aussi mobilisé, même comparativement à l'ère du nationalisme nassérien.
 
Des marées humaines font la démonstration du refus de l'agenda dévastateur porté par Mohamed Morsi et sa Confrérie. La grande presse a beau faire croire à un clivage "laïcs" versus "islamistes", elle ne parvient pas à cacher la réalité que, bien au delà d'un courant politique, c'est le peuple  profond qui s'ébranle dans un extraordinaire mouvement contre la dictature de la "démocratie de marché", contre l'allégeance des Frères aux Etats-Unis, contre la mise à l'encan de la souveraineté du pays et contre l'engagement aux côtés de l'OTAN vis-à-vis de la Syrie. Uniques signes de ralliement, l'emblème national et, pour ceux qui ont pu en dénicher un exemplaire, le portrait de Gamal Abdenasser. Tout un symbole. La conscience égyptienne, que des dizaines d'années de bradage dans l'infitah, de compressions sociales, et de compromissions/trahisons dans la reconfiguration du Moyen-Orient, semblaient avoir anesthésié à jamais, a démasqué les Frères.
 
Dans une lamentable lecture, pleine de mépris des faits (ou plutôt de dépit) qui se veut analyse, le quotidien français Le Monde y voit "un vaste mouvement d'opposition, qui regroupe l'essentiel du camp laïc - plus quelques revanchards de l'ancien régime - et qui peut capitaliser sur le désespoir d'une bonne partie des Egyptiens". "Idéalement, les deux camps attachés au rejet de ce qu'a été l'ancien régime, devraient dialoguer", est la chute de l'article, l'expression du désarroi, devant l'effondrement des plans concoctés.
 
Reste le fol espoir d'un bain de sang qui n'aura certainement pas lieu, malgré quelques dérapages. Dans le réel, le monde entier suit en direct, la formidable communion de millions de femmes, d'hommes et d'enfants, animés de la certitude que rien ne doit plus et ne pourra plus se faire sans eux. En attendant le dénouement de cette épopée, nous ne pouvons ne pas nous remémorer la longue marche des Frères, à l'assaut du pouvoir, contre le communisme et le nationalisme. C'était du temps où une partie du monde dit arabe résistait vaille que vaille à l'offensive des puissances occidentales, où l'Arabie des Saoud ne trônait pas encore sur la scène internationale, où le Qatar ne figurait même pas dans les entrefilets de presse et où la "démocratie" rimait plutôt avec "édification nationale". Elle a duré cette marche, jusqu'à ce "printemps" qui devait être béni, mais qui s'est transformé en cauchemar. Il faut dire que ne pas tenir une année le pouvoir convoité, est une exception en la matière, surtout quand on se proposait de produire la société idéale et que l'on se trouve confronté, en quelques mois, à inspirer un dégoût et un rejet rarement observés dans l'Histoire.   
 
 
Par Ahmed Halfaoui


vendredi, 28 juin 2013

AMINATA DRAMANE TRAORE: «LE COLONISATEUR N’EST PLUS LA, MAIS SES INTERETS Y SONT TOUJOURS»

 

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Aminata Dramane Traoré, militante altermondialiste et ancienne ministre malienne de la Culture et de Tourisme : « Le colonisateur n’est plus là, mais ses intérêts y sont toujours »

 

Militante altermondialiste de la première heure, l’ancienne ministre malienne était présente à la conférence de la société civile des pays du Sahel en solidarité avec le peuple malien, qui s’est achevée hier à Alger. Durant cette rencontre, elle a réitéré son opposition à l’intervention militaire française dans son pays, une intervention motivée par des enjeux économiques, selon elle. Son engagement contre le système économique mondial, dont l’échec est traduit par la crise malienne, d’après la militante, lui a valu une privation de visa Schengen sur instruction de la France en 2012.



Reporters : Quel premier bilan faites-vous des travaux de cette première réunion de la société civile malienne, très peu consultée depuis le début de la crise ?

Aminata Dramane Traoré : Je salue d’abord cette initiative qui nous donne pour la première fois l’occasion de nous retrouver entre membres de la société civile du Mali et celle des pays du champ. Il y a eu dès le départ une exclusion délibérée de toutes les voix discordantes. Cette guerre s’est imposée à nous. J’ai eu le tord de publier un manifeste « Femmes du Mali, disons non à la guerre par procuration ». Dès le départ, j’appréhendais cette situation engendrée par l’intervention française. Toute guerre est une catastrophe, un désastre. Il n’y a pas de guerre juste. Si on peut passer par la solution politique, si à l’échelle interne, on se donne le temps et les moyens de comprendre pourquoi nous nous retrouvons dans cette situation, on peut resserrer l’étau. Mais on a voulu cette guerre pour nous. Et toute occasion de se concerter est bonne. J’ai pu écouter des confrères que je n’ai pas eu l’occasion de rencontrer au Mali.

Vous avez critiqué la société civile présente aujourd’hui. Que lui reprochez-vous ? N’a-telle pas suffi samment milité contre une intervention étrangère ?

Je ne peux pas parler pour tout le monde. Je parle de ce que j’ai fait personnellement. Je l’ai fait parce que j’ai eu l’avantage de militer au niveau international et dans le cadre du Forum social mondial, dont je suis une des principales animatrices en Afrique subsaharienne. J’ai eu le temps de comprendre que les guerres ont des enjeux cachés, des enjeux géostratégiques, miniers et pétroliers. J’ai compris également que les bouleversements qui ont lieu aujourd’hui dans le monde ont tendance à faire de la guerre une solution à l’échec du modèle de développement. Le capitalisme mondialisé et fi nanciarisé a cruellement besoin d’uranium, de pétrole et d’autres ressources qu’il vient puiser dans notre continent riche. Je reproche à la société civile de s’inscrire dans cette logique libérale et de faire partie de la communauté libérale.

Les groupes armés ontils servi de prétexte à la guerre pour les ressources ? Ont-ils été instrumentalisés, notamment ceux de la région du Nord, très riche en uranium ?

C’est un peu plus compliqué que cela. Quand on regarde les profi ls des combattants, on comprend qu’il y a plusieurs enjeux. Pour ce qui est de la question identitaire, nous sommes des nations composées d’ethnies différentes. Depuis 1958, existe un projet occidental de création d’un Etat tampon pour rassembler les Touareg de toute la région. Si on accepte aujourd’hui la partition de l’Azawad, il faut s’attendre à ce que les Touareg des autres pays demandent un jour leur Etat. Si on remet en cause le nondéveloppement du Nord, je dirai que le sud du Mali non plus n’est pas développé. Nous devons vivre ensemble avec nos différences. Pour ce qui est de l’enjeu idéologique, les islamistes radicaux qui se disent djihadistes sont en combat contre l’Occident. Aqmi ne l’a pas caché. Ils visent les intérêts français. Ils sont au Mali depuis longtemps, ont épousé des femmes maliennes et ont eu de bons rapports avec la population. Ils n’ont coupé de mains à personne et n’ont violé personne jusqu’à ce que le MNLA, encouragé par Nicolas Sarkozy, qui vers la fi n de la guerre en Libye, a estimé que les Touareg maliens en Libye pouvaient l’aider, décide de lutter contre Aqmi qui est une menace pour les intérêts français et pour récupérer leurs otages. C’est dans ce sens que je dis qu’on a instrumentalisé la rébellion. Je refuse, cependant, le discours haineux envers les Touareg, notamment celui les traitant d’« enfants gâtés ». On ne donne pas la chance au peuple malien de comprendre. Ce que je suis en train de dire, c’est que les puissants de ce monde identifi ent les tensions existant dans chaque pays, les attisent, les aggravent et les instrumentalisent à leurs fi ns. Je me dis qu’il y avait certainement un mécontentement à Benghazi en Libye, mais l’embrasement que connaît le pays a eu lieuquand N. Sarkozy a voulu profi ter du « printemps arabe » pour déstabiliser le régime Kadhafi . Le nord du Mali rencontre depuis toujours des problèmes que nous n’avons pas réglés, surtout du fait de sa position géographique et de diffi cultés réelles. La communauté touarègue a souvent cru qu’il fallait prendre les armes pour revendiquer des droits et a fait des alliances avec Aqmi, Ansar Dine et le Mujao. On les a utilisés pour résoudre les problèmes de la France !

Ces données vous donnent-elles raison sur l’échec d’une intervention militaire étrangère ?

Regardons la situation actuelle : en plus d’Aqmi, Ansar Dine, Mujao, nous avons également des soldats français ! Finalement, l’opération Serval n’a servi qu’à disperser ces groupes et c’est ce que je craignais. J’ai toujours dit qu’on ne pouvait pas venir à bout d’un ennemi qui n’a pas de visage. Qui sont-ils ? Où sont-ils ? Que veut-on au juste, tirer dans le tas ? Tuer tout le monde ? Qui va tuer qui ? Des Maliens vont tuer des Maliens. On a déployé des milliers de soldats pour aller chercher une aiguille dans une botte de foin. Même l’armée la plus puissante au monde, celle de l’OTAN, a reculé en Afghanistan. L’idée pour moi était de trouver des solutions politiques africaines, sous-régionales et régionales plutôt que de déployer cette armada pour qu’à la fi n on arrive à la situation actuelle : la France constate qu’elle n’a pas les moyens de rester plus longtemps et elle ouvre la porte aux Casques bleus !

Dans leurs interventions aujourd’hui (hier, ndlr), les membres de la société civile des pays du Sahel se sont unanimement opposés au déploiement des Casques bleus...

Ce sera une répétition de ce qui s’est passé au Congo et au Kosovo. On devra subir la présence de soldats venus d’ailleurs, qui ne sont certainement pas plus performants que les militaires maliens, mais qui sont, certes, mieux rémunérés et seuls, sans leurs femmes, ce qui laisse le champ libre à la prostitution, la traite sexuelle et l’abandon d’enfants. Plutôt que de déployer 15 000 Casques bleus, remplaçons-les par 15 000 ingénieurs qui viendront en aide au Mali. La défense du Mali et sa sécurité doivent reposer sur l’armée malienne qui connaît bien le terrain. A l’origine, nos soldats ne sont pas des putschistes, mais des mutins, parce qu’ils ne sont pas contents de leur situation. Il faut donc faire en sorte qu’au-delà de l’armement, ils aient droit à un meilleur traitement et une meilleure rémunération. On ne va pas recruter n’importe où, n’importe qui, pour venir défendre notre pays.

Outre le rôle de l’armée, quel rôle peut avoir la société civile pour recoudre le tissu social ébranlé par la crise ?

Nous devons nous battre pour avoir l’espace de débats nécessaire. Chez nous, il n’y a pas de concertation, nous ne nous parlons pas. La décolonisation suppose une bonne connaissance des enjeux et des acteurs, et une bonne organisation locale. Par le passé, on savait qu’on avait affaire au Colon, il fallait s’en débarrasser. Aujourd’hui, le colonisateur n’est plus là, mais ces intérêts y sont toujours. Seulement, certains ne veulent pas qu’on en parle, qu’on s’organise. Ils préfèrent mordre à pleines dents dans la mondialisation, car c’est de cela qu’il s’agit. Les Africains vivent dans l’illusion de pouvoir émerger, comme la Chine, en prenant pour exemple les Occidentaux, qui eux, débattent entre eux. Si leur modèle était si bon, si performant, pourquoi leurs peuples sont-ils dans la rue aujourd’hui en train de revendiquer leurs droits ? Les crises en France, en Espagne, en Grèce et ailleurs nous renseignent sur l’échec du système économique libéral. La plaie de tous les pays est aujourd’hui le chômage, en particulier celui des jeunes. Tant qu’on ne trouve pas de modèle économique capable de générer de l’emploi pour le plus grand nombre de jeunes, ils se retrouvant narcotrafi quants, djihadistes ou intègreront l’armée à défaut. Quand je regarde les protagonistes de cette guerre, la plus part d’entre eux sont des victimes d’un modèle de développement qui a échoué. Un échec reconnu par les Nation unies. A partir de ce moment, le mali devient un pays d’avant-garde.

C’est-à-dire un rôle d’avant-garde?

Je revendique ce rôle. Les Maliens doivent parler et témoigner de leur expérience. Notre pays est aujourd’hui le théâtre de l’échec du système économique mondial. Nous devons dire au Monde ça suffi t ! arrêtez de nous punir, de nous humilier pour un système économique défaillant. C’est vous, Communauté internationale, qui avez dit que nous étions le meilleur élève de l’Afrique de l’Ouest. C’est vous qui avez soutenu trois décennies de politique de privatisation et de libéralisme. Vous nous aviez promis d’émerger économiquement, mais nous avons la guerre en guise d’émergence. Si aujourd’hui tout s’effondre comme un château de cartes, vous devez vous poser les bonnes questions. Vous ne nous aviez pas dit que vous alliez nous envoyer des armes et des soldats. Ce n’est pas avec eux que vous allez soigner la misère et le chômage. Vous devez faire en sorte que les gens mangent à leur faim, qu’ils vivent dignement. C’est tout ce qu’on demande. Les Maliens ont la mission de dire sans complexe que cette guerre n’est pas à part, mais s’inscrit sur la longue liste des guerres pour les matières premières.

Faut-il comprendre que dans le système libéral actuel, l’Afrique, terre très riche, est résignée à faire face aux invasions étrangères pour des motifs économiques ?

Il faut lutter pour la décolonisation et contre la recolonisation, mais on ne peut pas parler de ces concepts tant que nous vivons dans un monde capitaliste et que les puissants de ce monde ont besoin de nos richesses. Mais ce qu’il fait comprendre, c’est que l’Europe a beaucoup plus besoin de nous que nous n’avons besoin d’elle.

Des discussions ont lieu actuellement à Ouagadougou entre le pouvoir malien et les groupes touareg armés de Kidal pour le retour de l’armée dansla région, en vue des élections du 28 juillet. On se dirigerait vers ledéploiement d’un seul contingent...

Vous pouvez faire tout ce que vous voulez d’un peuple désinformé. Vous pouvez même l’amener à agiter des drapeaux tricolores parce qu’il n’a pas compris. Mais le peuple vient de comprendre à la lumière de la situation de Kidal qu’on l’a mené en bateau, qu’on lui cache des choses. C’est pour cela que tous les Maliens ont aujourd’hui l’oreille tendue vers Ouagadougou pour savoir ce qui se passe. Si cette solution bancale est privilégiée, cela voudrait dire qu’on veut seulement aider François Hollande à relever son pari politique d’organiser les élections à cette date. Ce n’est pas une solution qui va nous garantir la paix et la réconciliation. Maisattendons d’abord que ce soit signé. Le gouvernement peut accepter cette concession sous pression, elle est, à mon sens, essentiellement fi nancière. 80 % des ressources du Mali viennent des aides extérieures. Les sanctions économiques auxquelles nous avons fait face pendant onze mois ont anéanti le pays. Si cela continue, le Sud va imploser. La capacité de nuisance de la France est telle qu’elle fera pression sur la Communauté internationale pour faire croire que les dirigeants actuels n’ont pas voulu de la démocratie. Or, si le gouvernement de transition est si peu légitime et si infréquentable, pourquoi la France a motivé les résolutions du Conseil de sécurité en sa faveur ? On nous a délibérément exclus. On nous a volé notre pays. Et c’est pour cela qu’on va se battre pour le libérer. C’est une seconde libération. C’est pour cela que nous sommes ici aujourd’hui.

Qu’est-ce que l’Algérie peut apporter ?

L’Algérie a mené deux guerres. La guerre de Libération a été l’une des plus féroces en Afrique. On l’a vu puisqu’une partie s’est déroulée au nord du Mali. Nous ne sommes pas seulement des pays frontaliers, nous avons milité ensemble. Le pétrole était l’un des enjeux de la libération de l’Algérie. Aujourd’hui, l’uranium est l’un des enjeux de cette guerre. Donc, si nous devons lutter, nous devons puiser dans notre mémoire de pays anciennement colonisés et voir ce qui a fait la force de l’Algérie résistante. L’Afrique doit résister et cesser de dormir. Le système est en crise et il devient violent parce que justement les puissances capitalistes ne peuvent plus réaliser de taux de croissance et lutter contre le chômage sans puiser dans les ressources de notre continent. L’expérience de la libéralisation de l’Algérie est intéressante de ce point de vue. Concernant la deuxième guerre, l’Algérie est le premier et le seul pays à avoir enterré 200 000 personnes pendant la lutte contre le terrorisme. Quand elle dit que le Mali ne doit pas aller dans telle direction, elle sait que ça coûte cher. Nous n’avons pas de pétrole, nous n’avons pas grand-chose, nous sommes un pays enclavé, et on a l’indécence de venir nous dire que c’est par les armes que nous allons nous en sortir, et nous pousser à acheter des armes que nous n’avons pas.

Vous comptez également sur l’aide des pays voisins. Or, jusqu’ici, les pays de la Cédéao ont été les premiers, avec le président malien, à appeler à l’intervention française. Comment expliquer une telle position cinquante ans après les indépendances ?

C’est le manque de lucidité et de solidarité qui pose problème dans la gestion des affaires de notre continent. Les chefs d’Etat font partie du système mondial et les mécanismes des sanctions économiques sont là. S’ils ne disent pas oui ici, on les attendra au tournant là-bas. Ils devraient s’organiser pour sauver le Mali qui se trouve dans la gueule du loup, mais il est vrai qu’il y a des décisions qu’ils ne peuvent pas prendre. La Cédéao est devenue l’instrument de la Françafrique. Au sein de l’organisation, des membres sont persuadés que la voie tracée par la France est la bonne voie comme si nous avions contracté une dette envers la France et qu’au nom de cette dette, nous devons accepter ses « solutions ». Ce qu’il nous faut c’est une prise de conscience sociale et politique des vrais enjeux et des mutations qui sont en cours. L’Afrique doit intégrer les expériences de l’Irak et de l’Afghanistan. Nos ressources sont convoitées et les manipulations sont à peu près les mêmes partout. Et à tous les coups, ce sont les peuples qui payent.

Les intellectuels ont-ils une plus grande marge de manoeuvre que les politiques ?

J’appelle à une insurrection intellectuelle au Mali et en Afrique. On m’a privé de visas Schengen sur instruction de la France, qui dit maintenant qu’elle n’a pas d’opposition politique à ce que j’aie un visa. Mais ce n’était jamais arrivé avant. J’avais un visa de quatre ans et j’ai beaucoup d’alliés en France. Le même discours que je tiens ici est tenu par des altermondialistes en France à propos de la France. Pourquoi ça devient un crime de lèsemajesté en France. Parce qu’on est Africain ?

 

Source: ALTERINFO.NET

mercredi, 26 juin 2013

«DEVANT L'HOPITAL, PAS UN BLANC POUR RENDRE HOMMAGE A MANDELA, UNE HONTE!»

 

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L'Afrique du Sud s'attend au décès de Mandela. Des Sud-Africains portent des pancartes de soutien à Nelson Mandela, le 25 juin 2013 à Pretoria [Alexander Joe/AFP].


«Je vous donne en partage, cet article que j'ai eu à lire (comme vous certainement...) sur la page de France 24, ce matin du 26 juin 2013. La journaliste rend-t-elle compte de la ''réalité'' sud africaine? La ''réalité'' étant que ''Les Blancs ont peur''. Peur? De quoi, de qui? Je revois encore Nelson Mandela, le 11 février 1990 à sa libération, après 29 ans de prison, déclarer: "Nous allons être libres ensemble". Une semence dont les fruits, aujourd'hui, devant la ''Mediclinic Heart Hospital'' et devant nous, sont  maigres, maigres, maigres...». Justes propos d'un aîné.

 
Ce n'est pas vraiment la foule de journalistes rassemblés devant la Mediclinic Heart Hospital où Nelson Mandela est actuellement soigné qui dérange les Sud-Africains. C'est plutôt le "raz-de-marée de couleur noir" qui les met mal à l'aise. Voire les agace fortement.
 
Il est vrai que devant l'hôpital de Pretoria, difficile de repérer un visage blanc hormis celui des journalistes occidentaux. "Pourquoi pas un Blanc n'est venu se recueillir ou déposer un mot de gentillesse pour Madiba?", s'étonne ainsi Comfort, un jeune homme âgé de 29 ans. "Madiba n'est pas seulement une figure pour les Noirs mais pour tout un peuple !", ajoute-t-il, voix baissée. Visiblement, évoquer ouvertement la question raciale, plus de 20 ans après la fin de l'apartheid, est encore taboue. Des personnes qui ont entendu Comfort n'hésitent d'ailleurs pas à tourner le dos à l'évocation de cette absence de Blancs devant la clinique, où de nombreux chants de soutien à Nelson Mandela se mêlent aux directs des journalistes.

afrique,afrique du sud, REPORTAGE Devant l'hôpital, pas un Blanc pour rendre hommage à Mandela une honte,Publié par Charlotte Boitaux pour France 24

Une femme essuie une larme (g.) lors d'une veillée organisée devant la clinique où est hospitalisé Nelson Mandela, le 25 juin 2013 à Pretoria. [Odd Andersen / AFP].

"Les Blancs ont peur"
 
A la nuit tombée, les langues finissent pourtant par se délier, mais toujours à voix basse. "C'est honteux, après tout ce qu'il a fait pour le pays, pas un Blanc ne vient le soutenir, lui rendre hommage", s'emporte soudainement Moses, un jeune ami de Comfort, âgé lui aussi de 29 ans. Pour lui comme pour d'autres, l'explication ne fait aucun doute : les Blancs "ont peur". "Ils ne viennent pas parce qu'ils savent que la mort de Mandela va changer les choses", confie Masabata, gardienne de sécurité à Pretoria. "Une fois Mandela décédé, ils craignent que les Noirs prennent leurs maisons, leurs emplois", renchérit Ben, un pharmacien de 29 ans. "Ils se disent que tant que Madiba respire, personne ne déclenchera les hostilités. Que cela ferait trop de peine à l'ancien président [qui a lutté pour la réconciliation nationale depuis 1990, NDLR]. Mais après [sa mort], tout va changer, vous verrez", affirme-t-il.
 
Si certains Sud-Africains, comme Rejoice, une mère de famille venue avec son fils déposer un bouquet de fleurs devant l'entrée de l'hôpital, considère ces propos comme "délirants", d'autres comme Miken, le seul Blanc repéré dans la foule, une casquette rouge vissée sur la tête, ne leur donnent pas tout à fait tort… "Vous évoquez des questions difficiles que personne ne pose. Mais, ok, vous voulez la vérité", lâche ce businessman la main devant la bouche comme s'il redoutait que quelqu'un puisse lire sur ses lèvres.
 
"Certains Blancs n'aiment pas les Noirs. Certains de mes amis blancs ne veulent pas les fréquenter. C'est pourquoi ils vivent dans leurs quartiers, entre eux, ils se considèrent supérieurs. Ils accusent Nelson Mandela de leur avoir fait perdre le pays. Ils ne le respectent pas", assène-t-il, mais toujours à voix basse. "Moi, je ne dis rien mais je ne suis pas d'accord, je pense que Mandela est un très grand homme", précise-t-il, tout en désignant le bouquet de roses qu'il vient de déposer. "Alors non, je ne suis pas surpris d'être le seul Blanc ici, on ne se mélange pas vraiment à Pretoria, conclut-il. Ici, vous verrez, l'apartheid n'a jamais vraiment fini".
 
 
Publié par Charlotte Boitaux pour France 24.

dimanche, 16 juin 2013

LE JUBILE DE DIEU POUR L'AFRIQUE - «PUBLIEZ UNE ANNEE DE GRACE» POUR LA COTE D'IVOIRE ET L'AFRIQUE

 

 

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Le samedi 25 mai 2013, l’Union Africaine a célébré l'année du cinquantenaire (Jubilé) de sa naissance, créé le 25 Mai 1963 invitant chaque pays du continent à faire de même. Je me suis souvenue alors de la vision et de  la parole  reçues, lors de mes 50 ans en 2005; le Seigneur m’avait annoncé un Jubilé tel que décrit en Lévitique 25 pour ma vie et pour l’Afrique.

Je voyais "une foule immense d’Africains dans une nuit noire, les bras levés vers Dieu". Puis le Seigneur me dit "Maintenant je me lève et j’apporte le salut à ceux contre qui l’on souffle". Ps 12/6 et « Voici ton peuple ». C'est à ce moment là que j'ai compris une autre parole qu'il m'avait donné en 1992 : "Ecoute ma fille, vois et prête l'oreille; oublie ton peuple et la maison de ton père.."
 
C’est la première fois que le Seigneur liait autant ma vie et aussi fort à ce continent, à ma grande surprise.

Au vu de ce qui précède,  je ne peux m’empêcher de penser que l’Année de Jubilé proclamée par l’Afrique serait reliée au JUBILE de DIEU promis :  «Une année de grâce de l'Éternel, et un jour de vengeance de notre Dieu»  et que par conséquent nous pouvons nous attendre à une puissante manifestation de Dieu sur ce continent,  dont la Côte d’Ivoire est la «porte». 
 
L'esprit du Seigneur, l'Éternel, est sur moi, car l'Éternel m'a oint pour porter de bonnes nouvelles aux malheureux ; Il m'a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé, pour proclamer aux captifs la liberté, et aux prisonniers la délivrance ; Pour proclamer l'année de la bienveillance de l'Éternel et le jour de la vengeance de notre Dieu ; pour consoler tous ceux qui sont dans le deuil … Es. 63/1-3.
 
Au moment où j’allais publier ceci,  Lydie et Gilbert, un couple d’intercesseurs qui portent littéralement la Côte d’Ivoire «dans leurs entrailles» (Jér. 31/20)  ont reçu dans le cœur en priant sur cet évènement,  cette  prière prophétique basée sur 1 Samuel 1/15 à 18  et qui va dans le même sens : 
 
"Afrique, en cette année de ton  JUBILE, que par la puissance du St Esprit, le visage de ce continent ne soit plus  jamais le même!"


Déborah

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Côte d’Ivoire, Afrique
Que ton visage ne soit plus jamais le même
 
1 Sam. 1 : 15/18. Anne répondit: Non, mon seigneur, je suis une femme qui souffre en son cœur... mais je répandais mon âme devant l’Eternel... car c'est l'excès de ma douleur et de mon chagrin qui m'a fait parler jusqu'à présent. Eli reprit la parole, et dit: Va en paix, et que le Dieu d'Israël exauce la prière que tu lui as adressée! Elle dit: Que ta servante trouve grâce à tes yeux! Et cette femme s'en alla. Elle mangea, et son visage ne fut plus le même
 
Qu'en cette année du JUBILE, à l'image d’Anne, que désormais le visage de ce continent ne soit plus le même!
 
Côte d'Ivoire, Afrique, désormais que ton visage ne soit plus le même
Que l’Eternel des Armées te couvre du manteau de la délivrance,
Qu'il t'accorde maintenant et aujourd'hui UNE ANNEE DE GRÂCE,
Que ton JUBILE ne soit célébré ni par ta puissance, ni par ta force, ni par tes œuvres,
Que ton JUBILE le soit par la seule puissance du Saint Esprit,
Que s'ouvrent enfin sur toi les écluses des cieux et que se répande sur toi Sa GRÂCE
Afin que désormais ton visage ne soit plus jamais le même.
 
Côte d'Ivoire, Afrique, désormais que ton visage ne soit plus le même
Que ta tristesse se transforme en joie et en allégresse,
Qu’on entende à nouveau le chant de la fiancée et du fiancé,
Que ceux qui semaient en pleurant moissonnent en chantant,
Que les enfants puissent librement jouer dans tes rues, se rendre à l’école,
Que les ouvriers reçoivent leur salaire,
Que les portes d’airain et les verrous de fer soient brisés,
Que les portes des prisons s’ouvrent et les captifs soient libérés,
 
Côte d'Ivoire, Afrique, désormais que ton visage ne soit plus le même
Que les enfants retrouvent leur père et les pères leurs enfants,
Que les orphelins trouvent en l’Eternel un Père et que les veuves soient consolées,
Que la bannière de l’Eternel des Armées soit élevée et demeure sur toi,
Que les danses, instruments et chants retentissent à nouveau,
Que le vêtement de deuil soit transformé en vêtement de louange,
Que la justice, la droiture, l’équité, soient ta devise,
Que les yeux des aveugles voient clairement leur chemin,
Que les oreilles des sourds entendent ta voix leur parler,
 
Côte d'Ivoire, Afrique, désormais que ton visage ne soit plus le même
Que te soit rendu ce que les sauterelles t’ont volé,
Que les terres soient restituées afin d’être cultivées par leur propriétaire légal,
Que celui qui cultive la terre ou qui travaille puisse nourrir sa famille,
Que tu reçoives comme Elisée, une double portion 
afin de bénir en tant que pays choisi
 
 
Côte d'Ivoire, Afrique, en cette année de ton Jubilé 
Que par la puissance du Saint-Esprit 
Ton visage ne soit plus le même


Lydie et Gilbert L.

 

vendredi, 14 juin 2013

MANDELA, LE SYMBOLE D'UN «OECUMENISME» AMBIGU, PAR THEOPHILE KOUAMOUO

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« Il est temps de le laisser partir ». La « Une » de l’hebdomadaire sud-africain Sunday Times traduit très clairement l’état d’esprit des compatriotes de Nelson Mandela alors qu’il semble cheminer lentement vers sa destination éternelle. Dans une atmosphère d’effervescence médiatique assez glauque, les télévisions du monde entier multiplient les directs devant l’hôpital dans lequel il est interné. Le décès à venir de Nelson Mandela – comme hier celui du pape Jean-Paul II ou du leader palestinien Yasser Arafat – est un événement programmé depuis de nombreuses années par les plus grands médias de la planète, qui ont déjà préparé des centaines de minutes de biographies et de papiers d’angle pour les uns, et des hors-série quasiment prêts à être mis sur le marché pour les autres.

Normal, d’un certain point de vue. Nelson Rolihlala Mandela est une icône globale. De son vivant, il a été érigé au rang d’icône laïque universelle. Il le mérite amplement. Cela dit, l’œcuménisme politique qui l’entoure a quelque chose de profondément ambigu. Certes, un seul homme peut jouir du respect et de l’admiration de personnes qui ont des points de vue opposés sur quasiment tous les sujets. Mais en grattant un peu, l’on s’aperçoit vite, en général, que ce ne sont pas les mêmes raisons qui motivent les différentes cohortes de «fans».

- L’Afrique révère Nelson Mandela, le héros intransigeant du combat contre l’apartheid, acceptant de rester en prison durant 27 longues années et refusant d’abandonner la lutte armée tant que l’inique système de ségrégation raciale qui règne sur son pays n’aura pas été démantelé. Que pensait le leadership occidental du Mandela de ces années-là ? Les Etats-Unis se hâtaient d’inscrire le nom de son parti sur la liste des organisations terroristes – l’ANC n’en sera ôtée qu’en 2008. Un député britannique conservateur Teddy Taylor affirmait sans sourciller que Mandela devait « être abattu ». Jacques Chirac, maire de Paris, traitant l’ANC de parti tribal xhosa, quelques mois après l’assassinat aujourd’hui classé sans suites de Dulcie September, sa représentante à Paris. Au moins jusqu’à la fin des années 1980, le premier président de l’Afrique du Sud non raciale était loin d’être un symbole consensuel en Occident. Certes, des progressistes courageux comme l’ancien président Jimmy Carter combattaient, en cohérence avec leurs valeurs, l’odieuse politique ayant cours en Afrique du Sud. Mais les conservateurs de tout poil soutenaient, expliquaient, toléraient ou « comprenaient » l’inacceptable.

- L’Afrique admire le Nelson Mandela qui, en 1997, brave l’embargo aérien qui frappe la Libye de Muammar Kadhafi. Et qui répond aux critiques de Washington par une phrase catégorique et emplie de dignité : « Aucun Etat ne peut s’arroger le rôle de gendarme du monde, et aucun Etat ne peut dicter aux autres ce qu’ils doivent faire. » Que pensent donc de ce Mandela ceux qui, aujourd’hui, estiment qu’ils sont dans leur bon droit quand ils « interviennent » en Libye, en Côte d’Ivoire, en Syrie, semant au passage un chaos qu’ils font semblant de ne pas voir ? Il est évident qu’ils sont plus « confortables » avec le symbole muet auprès duquel ils ont tous accouru ces dernières années pour une photo-souvenir. Dans l’espoir d’attirer à eux un peu de lumière.

- L’Afrique respecte Nelson Mandela parce qu’il a su partir, contrairement à ses «tyrans éternels» accrochés au pouvoir après plusieurs décennies, et alors qu’ils sont tellement sclérosés qu’ils ne peuvent plus rien apporter à leurs peuples. Mandela a su passer la main et a, par voie de conséquence, renforcé son parti et fait avancer les notions d’alternance et de modernité politique dans son pays. En principe, l’Occident n’a rien contre cet « art de savoir partir ». Mais il se trouve que les alliés sûrs de la diplomatie française en Afrique – pour prendre un exemple –  sont souvent des hommes qui ont détricoté la Constitution de leurs pays pour pouvoir s’imposer au-delà des termes légaux. En Afrique de l’Ouest, le médiateur attitré est le Burkinabé Blaise Compaoré, arrivé au pouvoir en 1987 suite à un coup d’Etat doublé d’un assassinat politique. L’homme fort de l’Afrique centrale est le Tchadien Idriss Déby Itno, qui a conquis le pouvoir à la suite d’une rébellion victorieuse en 1990. Et les Africains se demandent pourquoi la permanence du Zimbabwéen Robert Mugabe à la tête du Zimbabwe irrite plus, au-delà de la mer Méditerranée, que celle du Camerounais Paul Biya.

- La question de la gestion de la réconciliation en Afrique du Sud concentre à elle seule un grand nombre de « malentendus » au sujet de la perception de Mandela. Les Africains ont plébiscité la formule « vérité-pardon-réconciliation » parce qu’elle leur semblait à même de triompher du cycle de la violence, des représailles et des affrontements à caractère plus ou moins ethnique. En restituant aux peuples, dans la sérénité, la complexité de leur Histoire. Les Occidentaux ont, eux aussi, glorifié la formule de « sortie de crise » sud-africaine. Et pourtant, ils considèrent qu’ailleurs en Afrique, la « justice transitionnelle » telle que pratiquée par Mandela, reviendrait à consacrer « l’impunité ». Inspirés par l’Occident et ses ONG, les tribunaux pénaux internationaux spécialisés sur le Rwanda et la Yougoslavie puis la Cour pénale internationale sont-ils autre chose (et en dehors de toute référence morale) que des « petits Nuremberg » viciés dès le départ, chargés de professer un « plus jamais ça » sélectif et de graver dans le marbre des « récits nationaux » faussés toujours favorables à ceux auprès de qui la « communauté internationale » s’est battue ? Si Mandela avait, à l’image d’un Alassane Ouattara, arrêté son prédécesseur, laissé scalper sa blanche épouse dans sa Résidence, jeté tous les ministres du gouvernement précédent dans des prisons sommaires loin des leurs, pillé les biens de ses opposants, fait occuper leurs résidences, traqué leurs soutiens financiers… aurait-il été adoubé comme l’actuel chef de l’Etat ivoirien l’a été et continue de l’être ? En réalité, Mandela est devenu un héros consensuel en Occident tout simplement parce qu’il a épargné les Blancs et a préservé leurs intérêts économiques. C’est pourtant cette modération qui a préservé la paix et le « vivre ensemble » que certains Africains réprouvent et voudraient voir « corrigée ».

« Pourquoi aimez-vous Nelson Mandela et que lui reprochez-vous éventuellement ? » : posée à un maximum d’hommes politiques, de capitaines d’industrie et de citoyens ordinaires du monde entier, cette question mettrait en lumière le grand malentendu qui flottera sur le concert de louanges excessif donc insignifiant qui commencera dès que Dieu rappellera à Lui « Madiba ».


Théophile Kouamouo


Source: LE NOUVEAU COURRIER