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mercredi, 15 juin 2011

DSK: LE SCENARIO DU COMPLOT!

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Depuis longtemps déjà, le Président Français redoutait une candidature de Dominique Strauss-Kahn aux présidentielles de 2012.

Il avait peur de ne pas « faire le poids » par rapport au Directeur Général du FMI comme cela a été le cas lors d'une ancienne confrontation :



Les choses se sont accélérées dès le début avril 2011 avec la possible candidature de DSK aux présidentielles 2012.

Un grand péril, au vu des sondages, mais également au vu des sommes colossales que DSK pourrait investir en propagande, grâce à la fortune d'Anne Sinclair.

Comment mettre son rival KO ?

Très simplement en l'attaquant par sa grande faiblesse (pour ne pas dire sa tare) :

sa passion irraisonnée pour les femmes et le sexe !

Il fallait marquer un grand coup, non pas sur le territoire Français, trop complaisant en ces affaires de moeurs, mais bien sur le territoire Américain beaucoup plus répressif en la matière, surtout s'il y a dans l'acte, une quelconque violence...


En grand secret, le Président convoqua la DCRG (Direction Centrale des Renseignements Généraux), afin de mettre sur pied une opération, certes risquée, mais qui mettrait définitivement DSK hors course si elle venait à réussir.

D'emblée, la scène coulait de source : l'hôtel Sofitel de New York où Strauss Kahn avait ses habitudes.

Parmi ses habitudes, et lorsqu'il venait seul, il y a avait parfois appel discret à une call girl, bien que cela ne rencontrait pas les plus secrets de ses fantasmes.

Il fallait trouver autre chose.

Contact secret fut pris avec la direction de l'hôtel.

Il se trouve qu'y travaillait de temps en temps et en tant que femme de chambre, une certaine Ophelia Famotidina, 32 ans, guinéenne, à la plastique parfaite.

Elle n'avait jamais été affectée aux suites VIP du 28ème étage, et donc n'était pas drillée aux règles du jeu en vigueur.

Une fille sans histoires, polie, mais certainement pas corruptible.

Il n'y avait plus qu'à tendre la souricière et attendre le bon moment.

Coup de théatre : le 11 mai 2011, DSK téléphone au Sofitel pour réserver une suite au 28ème étage : la suite 2806 lui fut réservée, pour une seule nuit.

Il précisa qu'il viendrait seul et devrait partir le lendemain vers 12h30...

Dominique Strauss Kahn arriva en taxi en fin de soirée.

Comme d'habitude, on lui demanda s'il voulait « un petit extra ».

Il répondit : Pourquoi pas, mais demain fin de matinée, ce soir, je suis trop fatigué.

Le lendemain matin, la direction l'appela en lui annonçant qu'une nouvelle et jeune femme de chambre, pas du tout farouche... le rejoindrait en fin de matinée, ajoutant : « à vous de faire le reste... »

La pauvre Ophelia Famotidina n'était pas du tout informée de ce qui l'attendait.

11h45 : l'employé du « room service » est envoyé en éclaireur, pour débarrasser  le petit déjeuner, ayant soin de laisser la porte de la suite entr'ouverte.

DSK était sous la douche, sa valise pas encore bouclée, des vêtements traînant sur le sofa...

11h47 : Ophelia Famotidina arrive avec son chariot, voit la porte ouverte :

Le « room service » lui dit : entre, il n'est pas là !

11h52 : DSK sort de sa douche, nu comme un vers, et croyant Ophelia bonne à prendre, lui saute dessus sans méfiance...

Celle-ci repousse ses avances, ce qui a le don d'exciter DSK, croyant naïvement que cela « fait partie du jeu »...

12h15 : La Femme de chambre, ayant subi, à juste titre, des sévices sexuels graves, quitte la suite et, affolée, va se plaindre à son supérieur hiérarchique.

12h25 : Dominique Strauss Kahn, qui n'a pas encore retrouvé tous ses esprits, mais pressé de retrouver sa fille dans un restaurant proche, boucle sa valise (en oubliant des vêtements et un de ses portables) règle sa note et part, sans précipitation.

13h25 : La direction du Sofitel appelle la police, qui arrive dans les 10 minutes.

14h15 : DSK, qui s'est rendu compte du manque de l'un de ses portables, appelle le Sofitel, depuis le taxi qui l'emmène à l'aéroport.

On lui répond que des vérifications allaient être faites, en lui demandant de rappeler un peu plus tard...

14h35 : DSK rappelle le Sofitel: on a retrouvé le portable.

Il demande qu'il lui soit apporté à l'aéroport.

14h40 : La Police New-yorkaise appelle l'aéroport, fait bloquer l'avion d'Air France à destination de Paris... et vient cueillir « le coupable » sur place...

Et la descente en enfer est enclenchée, inexorablement !!!


ATTENTION: ceci n'est qu'un scénario purement imaginaire !!!


Dans un tel cas, Ophelia n'aurait été qu'une sorte de chèvre de Mr Seguin, offerte aux appétits sexuels insatiables de Mr Strauss-Kahn...

C'est bien malheureux pour cet homme pourtant doué, à cette exception près, d'une intelligence exceptionnelle !


A voir (cliquer ICI) : un mail adressé par un certain Mel Cooper au Directeur du Sofitel New York



Source: VEILLE CITOYENNE LIBRE

LA NUIT AFRICAINE A PARIS: UN ECHEC RETENTISSANT LIE AU BOYCOTT DES ORGANISATIONS PANAFRICAINES

 

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Il n'y a pas si longtemps, l'annonce d'un concert de Kofi OLOMIDE ou de tout autre star de la chanson africaine et nous voilà nous ruant pour acheter les billets et faire salle comble. Samedi, la France fêtait la Nuit Africaine au Stade de France. Plus des 3/4 du stade étaient vides. Que s'est-il donc passé pour ce peuple africain français - ce peuple noir dont la légende prétend qu'il aime tant danser, secouer de l'arrière-train, cet amuseur public numéro un, celui-là même qui, lorsqu'il ne distrait pas en tapant dans un ballon ou en sprintant avec vigueur, rit, rit et danse pour le plus grand bonheur du reste de l'univers, - n'aie pas répondu à ce magnifique rendez-vous du bonheur savamment concocté pour lui par des organisateurs scrupuleux ?

Oui, c'était une première ! Pourtant, tous les ingrédients étaient réunis pour que la fête réussisse ! Oui, les ingrédients étaient réunis à coups de publicité dans les grands médias français, des affiches géantes aux couleurs de la joie, des voix à la radio vantant la qualité de ses magnifiques chanteurs. Oh, que oui ! Grâce à la Nuit Africaine, on aurait tout oublié ! Les bombardements sur la Côte d'Ivoire ? C'est pas si grave que çà, mon frère. La vie continue, n'est-ce pas ? Le bombardement sur la Libye et ses milliers, milliers de morts... ? Oh, que veux-tu que j'y fasse ? C'est la vie ! La vie continue, n'est-ce pas ?

Voilà que pour la première fois, les organisations africaines françaises ont décidé de réagir. Marre de ces artistes tout en ego et en paillettes qui jamais ne disent un mot plus haut que l'autre pour ne point froisser la susceptibilité du sponsor. Ces artistes toujours d'accord sur tout. Vous tuez ? Tuez donc, je ne suis qu'un artiste, moi ! Vous exploitez ? Exploitez donc, je ne suis qu'un artiste, moi ! Ces artistes qui comme des canards ne se mouillent jamais même lorsqu'ils marchent sous une pluie torrentielle ! Alors, alors, les organisations africaines françaises ont lancé un mouvement de boycott de cette Nuit Africaine, car ont-elles estimé, l'Afrique est en deuil, donc son peuple ne saurait chanter ou danser.

Samedi soir, l'immense Stade de France prévu initialement pour accueillir entre 70 et 80 000 personnes était vide, oui, vide à en pleurer. L'événement lancé à grande pompe n'a réussi à réunir qu'entre 5 et 10 000 personnes, tout au plus. Une première expérience, un avertissement pour dire à ceux qui nous manipulent que les données ont changé, que l'homme noir devient chaque jour plus conscient des enjeux, pour dire aux artistes Africains, que le fait d'être artiste ne les dispense pas des combats de survie des peuples... En deux mots comme en mille, un monde où il fait bon vivre, vivre ensemble.


Calixthe Beyala

Ecrivain, scénariste
Candidate malheureuse au poste de Secrétaire générale de la Francophonie


Source: IVOIREBUSINESS.NET

mercredi, 25 mai 2011

MAMADOU KOULIBALY: «IL FAUT RENONCER A LA VENGEANCE JUSTICIERE»

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Président par intérim d'un FPI aux abois et président de l'Assemblée nationale ivoirienne, Mamadou Koulibaly revient, dans un entretien exclusif accordé à RFI, sur cinq mois de crise en Côte d'Ivoire vu de l'intérieur du camp Gbagbo. Présent lors de l'investiture d'Alassane Ouattara, il reconnaît la pleine autorité de ce dernier. Et lui promet un candidat du FPI « à sa taille » dans cinq ans, s'il parvient à reconstituer une opposition républicaine.


Mamadou Koulibaly répond aux questions de Jean-Karim Fall et Christophe Boisbouvier de RFI.


RFI : Pourquoi êtes-vous allé à la cérémonie d'investiture d'Alassane Ouattara samedi dernier ?

Mamadou Koulibaly : Par devoir républicain. La Côte d'Ivoire s'est donnée un président de la République et en tant que président de l'Assemblée nationale, je devais y être.

RFI : Est-ce que ça veut dire que vous, personnellement, reconnaissez Alassane Ouattara comme le président de Côte d'Ivoire ?

M. K. : Oui et ça ne date pas d'aujourd'hui. J'ai déjà signé pour le compte du Front populaire ivoirien une déclaration qui le disait.

RFI : A quel moment avez-vous compris que Laurent Gbagbo avait perdu l'élection ?

M. K. : Après la décision du panel. Le panel ayant conclu que le vainqueur était Ouattara, il fallait que tous les partisans de Gbagbo se rendent compte de l'évidence, que Ouattara était président.

RFI : C'est le sommet du 10 mars à Addis-Abeba. A ce moment-là, vous vous êtes dit, c'est fini ?

M. K. : Je n'ai pas les dates exactes, mais c'est cela.

RFI : Au premier tour, Laurent Gbagbo est arrivé premier avec six points d'avance sur Alassane Ouattara. A ce moment-là, est-ce qu'il pouvait encore gagner ?

M. K. : Oui, il était encore possible de gagner. Si nous avions eu un discours plus rassembleur, si nous ne nous étions pas focalisés sur les discours qui divisent, qui affaiblissent, c'était un moment clé.

RFI : Et le FPI (le Front populaire ivoirien) n'a pas su obtenir le ralliement du PDCI (l'ancien parti unique) de Henri Konan Bédié ?

M. K. : Pas du PDCI, mais de l'électorat du PDCI. Mauvaise stratégie.

RFI : On a souvent dit que Laurent Gbagbo était un boulanger, qu'il roulait ses adversaires dans la farine, mais ne s'est-il pas laissé rouler lui-même dans la farine par Guillaume Soro ?

M. K. : Nous sommes obligés de le constater. Je me suis battu pour que Laurent Gbagbo gagne. Nous avons perdu et on ne va pas pleurer éternellement.

RFI : L'échec du FPI, est-ce que ce n'est pas aussi l'échec d'une expérience socialiste en Afrique de l'Ouest ?

M. K. : Est-ce qu'elle était vraiment socialiste ? Est-ce que nous avons vraiment appliqué notre programme de gouvernement ou est-ce que nous avons fait autre chose ? Je me pose des questions.

RFI : Et est-ce que, au cours de ces dix dernières années, votre parti n'a pas fonctionné en double-commande, c'est-à-dire une direction officielle et disons un cabinet plus secret ?

M. K. : Oui, disons que nous sommes tombés dans le piège des partis qui accèdent au pouvoir et qui se laissent entraîner par l'ivresse du pouvoir. C'est vrai. La personnalité de Laurent Gbagbo était telle que bien qu'ayant cédé le fauteuil de président du FPI à Pascal Affi N'guessan et même s'il ne décidait pas directement des choses, chaque fois que nous avions des décisions importantes à prendre pour le parti, nous lui posions la question d'abord de savoir si cette décision ne gênait pas sa politique générale.

RFI : Le rôle de l'armée française dans la chute de Laurent Gbagbo, ça vous choque ?

M. K. : Non, c'était dans la logique des choses. A partir du moment où nous avions signé l'accord politique de Ouagadougou, il était évident que les choses allaient se terminer de cette façon-là.

RFI : Donc, vous ne dites pas comme certains partisans de Laurent Gbagbo qu'on assiste à une recolonisation de la Côte d'Ivoire ?

M. K. : Non, on assiste à une remise en ordre de la Côte d'Ivoire là où nous, FPI, avons été incapables. On aurait eu notre gouvernement à nous, on aurait peut-être mieux géré la situation, il n'y aurait pas eu de rébellion et on n'en serait pas là aujourd'hui. Mais dans le gouvernement mélangé, on a pensé que tout baignait dans l'huile. Or, l'adversaire nous attendait au tournant. Et on a été victime de notre grande naïveté.

RFI : Le maintien d'une base militaire française à Port-Boué à Abidjan, comme l'a annoncé Nicolas Sarkozy, le président français, et comme l'a confirmé Alassane Ouattara, qu'est-ce que vous en pensez ?

M. K. : De mon point de vu, il n'est pas admissible qu'aujourd'hui encore, les choses se passent entre Paris et Abidjan comme elles se sont passées en 45-46 ou en 1960. L'assistance permanente de la France en matière monétaire, financière, politique, est de nature à infantiliser ces Etats. Mais pour moi, ce n'est qu'une période passagère. Le moment viendra où les mêmes Etats responsables s'assiéront autour d'une table pour renégocier et signer d'autres accords.

RFI : Quelle est la dernière fois où vous avez parlé avec Laurent Gbagbo ?

M. K. : Le lendemain du jour où Pascal Affi N'guessan est rentré d'Addis-Abeba avec les conclusions du panel. Nous nous sommes rencontrés et on a parlé de ces conclusions-là.

RFI : Et là, vous avez peut-être dit à Laurent Gbagbo, « c'est fichu », non ?

M. K. : Il le pensait lui aussi. Et puis, nous nous sommes dits qu'il fallait réfléchir pour savoir quelle attitude adopter. Et depuis, je n'ai plus eu de nouvelles.

RFI : Mais lui avez-vous conseillé, à ce moment-là, de renoncer et de reconnaître la victoire de son adversaire ?

M. K. : Je garde ça pour moi.

RFI : Et depuis, plus aucun contact ?

M. K. : Par la suite, je suis allé à Accra (Ghana) jusqu'au 11 avril.

RFI : Quand vous lui avez dit cela, il n'a pas dû apprécier ?

M. K. : Quand je lui ai dit quoi ? (rires). Quand j'ai eu des démarches auprès des principaux responsables politiques, je me faisais taper dessus de part et d'autre. J'ai préféré m'installer à Accra et attendre la fin pour revenir lorsque l'accalmie serait arrivée ou lorsqu'ils auraient conclu leur jeu.

RFI : Est-ce que vous avez été menacé par les durs du régime de Laurent Gbagbo ?

M. K. : De part et d'autre. Les dieux des deux camps. Ce n'est pas facile de se tenir au milieu avec des tirs croisés de part et d'autre.

RFI : Avez-vous tenté une médiation dans le courant du mois de mars ?

M. K. : Même avant le mois de mars, tout début décembre. Nous n'étions encore qu'à dix ou quinze morts. Justement après l'investiture du président Gbagbo, j'ai suggéré cette idée aux deux camps, comme ça se passe en Afrique en général : lorsqu'il y a une crise post-électorale et que l'on est à cinq cents, six cents morts, on utilise ces morts comme moyen de pression pour rapprocher les camps et aller vers un gouvernement d'union. Des amis à moi ont contacté les cadres autour de Ouattara et Ouattara nous a reçus à l'hôtel du Golf. Nous y sommes allés nuitamment...

RFI : Secrètement ?

M. K. : Secrètement et je lui ai demandé si ce ne serait pas bien que Gbagbo et lui se rencontrent secrètement, se parlent pour éviter à la Côte d'Ivoire le chaos. On était dans un jeu de bras de fer. Personne ne m'a vraiment écouté.

RFI : Que pensez-vous des camarades FPI qui sont exilés aujourd'hui, notamment au Ghana, et qui rêvent de revanche ?

M. K. : J'en ai rencontré très peu qui rêvent de revanche. Je les ai vus arriver presque tous. Nous n'avons pas beaucoup de contacts physiques mais nous nous parlons au téléphone. Tous ne rêvent que d'une chose, revenir rapidement en Côte d'Ivoire. Et ils ont une peur, la peur de se faire arrêter ou de se faire tuer. Ils sont désargentés avec leur famille, des enfants qui ne vont pas à l'école, mais ils n'ont pas l'intention de revanche ou d'un coup d'Etat.

RFI : Avez-vous des nouvelles de Charles Blé Goudé ?

M. K. : Non, aucune nouvelle.

RFI : Demain, si Alassane Ouattara vous demande d'entrer dans un gouvernement d'union nationale. Qu'est-ce que vous répondrez ?

M. K. : Si j'arrive à organiser, avec l'appui du secrétaire général du FPI, une réunion du comité central du FPI et si ce comité central décide que nous devons répondre positivement à l'invitation du président de la République à entrer au gouvernement, j'aviserai. Mais ma propre position, c'est que l'Afrique n'a pas besoin de gouvernement d'union. Et lorsque l'on va aux élections et qu'il y en a un qui gagne, ma philosophie c'est qu'il prenne l'entièreté du pouvoir, qu'il l'assume complètement pendant la durée de son mandat.

RFI : Est-ce que exceptionnellement, vu la crise, la guerre qui s'est produite, il ne faut pas faire un geste de réconciliation et faire entrer dans un gouvernement les principaux partis du pays ?

M. K. : C'est le raisonnement que nous avons tenu en 2000 quand Laurent Gbagbo a gagné les élections. Ca s'est terminé par une guerre. Aujourd'hui, si l'on veut aller à la réconciliation, le gouvernement d'union n'est pas forcément la solution. Il faut déjà renoncer à la vengeance justicière et permettre que l'opposition s'organise et que l'opposition ait le droit d'exister. En étant dans l'opposition, nous pouvons contribuer à la réconciliation.

RFI : Il faut renoncer à la vengeance justicière ? Est-ce que vous voulez dire qu'il faut libérer Laurent Gbagbo ?

M. K. : Je pense qu'on peut lui reprocher tout ce qu'on veut, mais il faut reconnaître qu'il n'est pas le seul à avoir commis toutes les fautes. Je ne dis pas au président de la République Ouattara de ne pas faire la justice, mais je dis qu'un bon geste de réconciliation serait aussi de montrer qu'il est capable de pardonner à Gbagbo et à tous les militants de son parti qui sont en ce moment incarcérés à la Pergola, à Odienné, à Korhogo. Se venger n'est pas forcément bon signe.

RFI : Est-ce que la libération de Laurent Gbagbo et tous vos anciens camarades qui sont en résidence surveillée est votre priorité ?

M. K. : Non, le FPI n'est pas en mesure aujourd'hui de poser des préalables. Ce n'est pas la priorité. Mais si vous ne pouvez pas juger tous les criminels, alors pourquoi ne pas renoncer à cette vengeance et établir un processus qui libérera tout le monde, mais en donnant quand même des leçons à tout le monde. Ou bien vous prenez tout le monde, ou bien vous ne faites rien. Et si vous faites les choses à moitié, ce serait créer des injustices et cela peut être source de nouvelles haines et de nouvelles frustrations qui sont des moteurs très puissants d'instabilité politique, surtout en Afrique.

RFI : Est-ce que vous ne dites pas ça aussi parce qu'actuellement le FPI est décapité et que vous n'êtes peut-être pas en mesure de réunir un comité central parce qu'il y a trop de monde en prison ?

M. K. : Oui, c'est possible. Décapité et surtout apeuré. Les cadres et les militants qui sont à l'étranger ne sont pas chauds pour revenir maintenant, ils ont peur. Ceux qui sont à Abidjan n'osent pas sortir. Et puis, les cadres ne comprennent pas toujours pourquoi certaines personnes sont harcelées et d'autres pas. Quels sont les critères qui permettent d'arrêter un tel plutôt que tel autre. Et lorsque des réunions sont prévues, de très nombreux cadres militants promettent de venir. Mais aux heures de réunion, on ne les voit pas. Ils me disent tous, est-ce que Mamadou, tu nous garantis la sécurité ? Je leur dis que je suis incapable puisque le ministre de l'Intérieur lui-même me dit que pour le moment, il doit avouer qu'il ne maîtrise pas complètement tous ceux qui sont en ville.

RFI : Est-ce que le FPI est mort ou est-ce qu'il pourra revenir au pouvoir un jour ?

M. K. : Le FPI n'est pas mort. Le FPI est très affaibli.

RFI : Vous vous donnez combien de temps dans l'opposition. Cinq ans ? Dix ans ? Peut-être plus ?

M. K. : A court terme, cinq ans. C'est quasiment sûr que les législatives à venir vont être catastrophiques pour nous, mais je pense que dans cinq ans, le président Ouattara trouvera en face de lui un candidat FPI de taille.

RFI : Vous êtes président par intérim. Etes-vous prêt à devenir le président du nouveau FPI ?

M. K. : Le président du FPI est pour le moment incarcéré. Je me bats pour qu'il puisse retrouver la liberté et c'est le congrès qui décidera. Ça ne fait pas partie de mes plans à moyen et long terme pour le moment.

RFI : Si le prochain congrès du FPI vous demande de prendre la présidence du parti, est-ce que vous irez ?

M. K. : Oui, j'irai si le congrès le demande et si je suis candidat, mais ce n'est pas encore dans mes priorités. La priorité, c'est d'abord de reconstituer cette opposition républicaine face à Ouattara. Il n'est pas question que l'on retombe dans un régime de parti unique. Si dans cette dynamique, je réussissais, alors Ouattara pourrait avoir en face de lui une bonne opposition et ce serait ma contribution à la réconciliation. Mais si j'échouais sur ce terrain, que le FPI disparaissait, alors monsieur Ouattara aurait en face des factions dispersées sur l'ensemble du territoire et organisées n'importe comment, qui lui rendraient la vie très difficile. Et cela n'est pas souhaitable.

RFI : Il y a des velléités au sein du RHDP (Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix) de pérenniser la structure RHDP, donc concrètement que le RDR rejoigne « la maison mère », le PDCI. Est-ce que vous ne craignez pas que votre pays, la Côte d'Ivoire, se retrouve en fait avec un RHDP qui règne en maître ?

M. K. : Le risque existe. On se retrouverait dans les partis uniques et les partis uniques vivent dans la peur permanente d'un coup d'Etat, d'un assassinat, d'une instabilité. Et je ne pense pas qu'ils en aient besoin. Par contre, s'ils arrivent à s'organiser pour reconstituer l'ancienne famille PDCI d'Houphouët et, sans nous embastiller, sans bloquer nos comptes, sans nous tuer, s'ils nous permettraient d'organiser nous aussi le CNRD en face un grand mouvement d'opposition, on irait vers un bipartisme en Côte d'Ivoire. Un grand parti au pouvoir et un grand parti d'opposition. C'est possible, c'est jouable. Et c'est dans ce sens-là que j'aimerais bien, avec quelques amis, le secrétaire général, pouvoir travailler. Créer en face du RHDP, un grand mouvement politique d'opposition.


Source: RFI.FR

mardi, 17 mai 2011

PARALLELE AFFAIRE DSK-KIDNAPPING DU PRESIDENT LAURENT GBAGBO

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Parallèles, parallèles


Si l'affaire DSK pouvait ouvrir les yeux des français et de l'indigne parti socialiste .... !
Alors que les ivoiriens dénoncent depuis 2002 l'ingérence dont ils sont victimes et qu'ils ont hurlé au complot international lors du kidnapping de Laurent Gbagbo, la presse française les a discrédités à longueur de colonnes.

Cette même presse, curieusement relaie le doute sur l'affaire DSK....

comment-un-tweet-seme-le-doute-sur-l-arrestation-de-dsk_1...


Curieux comme dans l' « affaire DSK » tout comme dans l'affaire des élections en Côte d'ivoire, un jeune proche de l'UMP a lancé un tweet suspect. (Voir séquence « Aurore Bergé
» dans cette vidéo à la septième minute).

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La France s'indigne des images de l'homme fort du PS menotté.

strauss-kahn-menotte-photo-choque-europe-2011-05-16

Et comme le dit si bien Bruno Ben Moubamba:

http://moubamba.com/choc-des-images-de-gbagbo-a-strauss-k...

« Les images dégradantes du Président ivoirien, le 11 avril 2011 ! Elles n'ont pas choqué la classe politique française et le FMI !


Ça fait mal ? »


Bizarre, bizarre, vous avez dit bizarre mon cher cousin ? Comme c'est bizarre... !


Allez, encore un effort, un peu d'optimisme et les Français vont finir par comprendre ce qui s'est réellement passé en République de Côte d'Ivoire, en leur nom.

Et comme le dit un de mes amis (Fernand Dindé), « Ils finiront bien par comprendre avec l'affaire STRAUSS-KHAN. Ils comprendront que ce sont des intérêts mafieux qui dirigent désormais le monde et non plus les États. Le centre du pouvoir a changé (il s'est déplacé). Nous sommes en plein dans la mise en place du Nouvel Ordre Mondial. SARKOZY nous l'avait promis au lendemain de la crise financière de 2009.

L'angoisse et la stupéfaction parmi les hommes qui ont encore toute leur raison ne fait que commencer! ».

 

Voir la vidéo "Sarkozy veut imposer le Nouvel Ordre Mondial", cliquer:

 

ICI


Source: INDIGNEZ-VOUS HAUT ET FORT

dimanche, 15 mai 2011

PRESIDENTIELLE FRANÇAISE 2012: L'AGENT DE LA CIA, NICOLAS SARKOZY, S'OFFRE LA TETE DE DOMINIQUE STRAUSS-KHAN



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L'on a encore en mémoire les méthodes peu catholiques utilisées par Nicolas Sarkozy, selon les révélations de Wikileaks qui a publié une biographie peu enviable de l'agent de la CIA qu'est le Président français, pour éjecter de la course à la présidentielle 2007 ses rivaux les plus sérieux, dont notamment Dominique de Villepin avec l'affaire Clearstream, montée de toutes pièces par les agents secrets américains pour porter leur poulain à la tête de l'Etat français, comme cela a été le cas en Côte d'Ivoire avec Alassane Ouattara. L'axe du mal Washington-Paris est en ce moment en état de grâce et en plein printemps avec les révolutions arabes en Tunisie, en Egypte, en Libye, en Syrie, au Barhein et au Yémen, les crises interminables d'Afghanistan et d'Irak, la crise ivoirienne, l'affaire Strauss-Khan et les dossiers d'Al Qaeda dans le monde et au Maghreb islamique. Que DIEU garde l'humanité contre le Nouvel Ordre Mondial!


PLUTOT EN RIRE QU'EN PLEURER!


Affaire Strauss-Kahn : « La bombe a été actionnée à distance », selon le Lieutenant Colombo.


Le Président du FMI a été arrêté par la police à New-York au moment où son avion s'apprêtait à décoller vers la  France. Strauss-Kahn est accusé d'agression sexuelle sur la personne de « Miss Monde», pardon, une femme de ménage. Vraiment, c'est n'importe quoi !

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Lieutenant Colombo : «La bombe » de la chambre de l'Hôtel Sofitel situé sur la 44ème Rue Ouest de Manhattan a été actionnée à distance».


Le scénario dont le Président du FMI a fait l'objet est digne d'un film érotique. La scène : Strauss-Kahn qui était sous la douche, aurait aperçu une splendide jeune femme en train de ranger son lit. M. Strauss-Kahn quitta brusquement la douche nu avant de plonger directement sur la «bombe». Au diable le Sida, il n'a même pas eu le temps de mettre un préservatif. La femme résista sur le lit chose qui a fait enrager M. Strauss-Kahn. Elle est traînée de force dans la salle de bain et agressée une deuxième fois. Le directeur du FMI aurait même forcé la femme à lui faire une fellation, tout en tentant de la déshabiller. La jolie et courageuse jeune femme a réussie à s'enfuir après avoir été blessée par le «méchant» Strauss-Kahn. Quelle horreur ?

L'alerte est donnée, la police New-yorkaise a fait appel au Lieutenant Colombo, pour élucider cette affaire. Peter-Falk a réussi non seulement à identifier le coupable mais à le localiser, en un laps de temps. «C'est lui, j'étais sûr. M. Strauss-Kahn est un récidiviste, il a déjà fait ça, avec une fonctionnaire du FMI», a déclaré M. Colombo à la presse internationale. Les aiguilleurs du ciel ont été alertés avec instruction de suspendre l'ensemble des vols vers la France. Strauss-Kahn s'est rendu à la police sans résistance et fut débarqué de son avion. Accusé de tentative de viol, agression, séquestration et de tentative de fuite, M. Strauss-Kahn ne sera certainement libre qu'après 2012. Tenant un cigare, Colombo a expliqué à sa femme que «La bombe » de la chambre de l'Hôtel Sofitel situé sur la 44ème Rue Ouest de Manhattan a été «actionnée à distance».


Source: LE NOUVEL OBSERVATEUR

mercredi, 11 mai 2011

DEBUT DE PANIQUE A L'ELYSEE - SARKOZY EXIGE QUE OUATTARA NOMME UN PREMIER MINISTRE LMP PRO-GBAGBO EN LIEU ET PLACE DE GUILLAUME SORO




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Plus d'un mois après avoir été porté par la France à la tête de la Côte d'Ivoire, Alassane Ouattara peine véritablement à décoller. L'hebdomadaire français « Le nouvel observateur » dans sa parution du 04 mai lève un coin de voile sur la panique qui commence à s'emparer de l'Elysée où on commence à devenir nerveux devant les contre-performances du Gouverneur Ouattara.


"Le nouvel observateur" fait en effet un clin d'œil à la grosse impasse politique ivoirienne actuelle, et confirme la thèse selon laquelle les arrestations arbitraires et les assassinats continuent toujours en Côte d'Ivoire malgré le fait que le Président "Gbagbo" et son épouse soient en résidence surveillée respectivement à Korhogo et à Odienné dans le nord du pays.

De sources concordantes, deux militaires des forces de défense et de sécurité (Fds) venus faire allégeance à "Ouattara" au Golf hôtel, y auraient été exécutés sans autre forme de procès. Mais, "Alassane Ouattara" a d'autres problèmes à gérer. Entre autres dossiers brûlants, le Premier ministre "Guillaume Soro" dont le remplacement exigé par la France pourrait créer des problèmes au Président "Ouattara"...

"Alassane Ouattara" a peut-être commis l'erreur de promettre la primature à tour de bras. Alors que le Pdci-Rda "d'Henri Konan Bédié" attendait tout sagement ce qui lui revient au terme de la campagne présidentielle,"M. Ouattara" a maintenu "Soro" qui ne serait plus prêt à perdre son poste de Premier ministre. De sources diplomatiques, la France ferait une impressionnante pression suivie de menaces à peine voilées sur "Alassane Ouattara" afin que celui-ci nomme un cadre de la majorité présidentielle(Lmp) " proche du Président "Gbagbo» au poste de Premier ministre.

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Il est difficile à "Alassane Ouattara" de faire partir "Guillaume Soro" contre son gré du poste de Premier ministre. Ce dernier a fait irruption en politique avec des hommes chargés de fusils d'assaut, lui-même arborant un ensemble vert treillis et chaussé en brodequins. Le premier de ses atouts reste et demeure son armée. Les forces nouvelles toujours prêtes à lui obéir à l'image des "Issiaka Ouattara" alias "Watao", "Touré Hervé" alias "Vétcho", "Morou Ouattara", "Fofié Kouakou" et bien d'autres chefs de guerre qui ont jusqu'ici constitué l'épine dorsale des stratégies de pression de "Guillaume Soro" dans toutes les négociations et accords politiques."Guillaume Soro" se serait retranché avec son cabinet politique à "Bouaké", son fief du nord où il peaufine sa stratégie, laissant en base arrière à Abidjan quelques fidèles en arme dont "Wattao", sous chef d'état major des "Fafn". C'est un signal fort que le secrétaire général des forces nouvelles entend ainsi envoyer à quiconque voudrait le priver de son butin de guerre. En attendant que le couple "Sarkozy-Ouattara" trouve la solution à l'énigme "Soro", des nouvelles boites de pandores se sont ouvertes béantes les unes après les autres. Parmi elles, l'insécurité ambiante dans le district "d'Abidjan" et toutes les villes de Côte d'Ivoire.

Tout le monde s'en inquiète même les guerriers venus du nord. Bien que "Laurent Gbagbo" ne soit plus à la tête de l'Etat ivoirien tel que l'a voulu la communauté internationale pilotée par "Nicolas Sarlozy", "Barack Obama","Ban Kimoon", "YJ Choi", l'Union africaine, la Cedeao et les militants du "RHDP", l'ombre de "Laurent Gbagbo" continue de planer sur la Côte d'Ivoire. Un coup d'Etat ne semble pas suffire pour effacer "Laurent Gbagbo" de l'esprit des ivoiriens... "Ainsi la France politique sarkoziste semble être rattrapée par le piège de ses contradictions idéologiques néocoloniales. Plus que jamais sa volonté manifeste de planifier une Côte d'Ivoire sans "Gbagbo" semble malheureusement voler en éclats... wait and see!!! (Attendons pour voir, disent les anglo-saxons)!


Yves T. Bouazo


Source: IVOIREBUSINESS.NET

jeudi, 14 avril 2011

COMMENT LA FRANCE ET OUATTARA VEULENT DEPORTER GBAGBO A KORHOGO

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L'information provient d'une source interne à l'ONUCI. Hier, le 12 avril 2011, la coalition franco-ouattariste a pris l'initiative de déporter le président Laurent Gbagbo à Korhogo, dans le nord de la Côte d'Ivoire tenu par la rébellion des Forces nouvelles, en plein territoire hostile et à plus de 600 kilomètres d'Abidjan. Face au refus net de l'intéressé, et sans doute à des pressions diplomatiques discrètes, le projet a été suspendu in extremis, ce qui ne signifie pas - loin de là - qu'il a été abandonné.

Pourquoi déporter Gbagbo à Korhogo ? Premièrement, parce qu'Alassane Ouattara et ses alliés internationaux redoutent plus que jamais la normalisation politique à Abidjan et le retour de la sécurité, qui entraîneraient fatalement des manifestations de soutien massives qui feraient désordre. Ils ont peur d'un retournement de situation, parce qu'ils sont conscients qu'ils ne contrôlent rien, et que le crédit du pouvoir de fait actuel n'a fait que diminuer dans la capitale économique, avec les pillages systématiques dont se rendent coupables ses nervis armés.

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Deuxièmement, parce qu'ils ont bien l'intention de "lumumbiser" Laurent Gbagbo. Le parallèle est en tout cas frappant. Après une bataille de plusieurs mois sur fond de dyarchie au sein de l'Etat, les Occidentaux et leurs alliés locaux en République démocratique du Congo ont réussi à arrêter Patrice Lumumba, qu'ils ont déporté dans le lointain Katanga sécessionniste, dans le fief de son adversaire (et marionnette occidentale) Moïse Tschombé. C'est là-bas qu'il a finalement été tué dans la savane, alors qu'il était censé jouir de la protection des Casques bleus de l'ONU, qui n'ont jamais eu de compte à rendre à personne, puisque sa mort était planifiée par les Etats-Unis, la France et la Belgique.

 

Source: Le Blog de Théophile Kouamouo

vendredi, 08 avril 2011

LA FRANCE PAIERA UN JOUR POUR TOUS SES CRIMES (2ème Réédition)

 

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 Ce texte que j'avais écrit le 15 février 2007, à quelques mois de la fin du mandat de Jacques Chirac, et posté pour la toute première fois, après mise à jour, sur mon blog, le 24 mars 2008 au début du mandat de Nicolas Sarkozy, se révèle encore d'une criante actualité. Il me plaît, ce faisant, chers internautes, de vous le (re)proposer. Bonne lecture !


La France est une singularité, une bien grande curiosité, dans ce monde actuel de globalisation et de mondialisation. Et c'est avec beaucoup d'étonnement et d'interrogation que j'observe ce pays, adoubée à tort ou à raison, Pays des Droits de l'Homme, et dans le plus grand silence de son intelligentsia, faire la pluie et le beau temps, en Afrique, au vu et au su de l'ONU et des nations dites puissantes ou civilisées (qui auraient donc dû réagir au nom de la civilisation), sans personne pour l'interpeller, sans personne pour nous venir en aide, et sans que personne ne s'en émeuve, outre mesure. C'est une affaire de gros intérêts stratégiques et de pré-carré.

Quand il arrive, au forceps, que quelqu'un parmi ces grands et ces civilisés le fasse, c'est tout juste pour se donner bonne conscience.
J'en veux pour preuve le génocide rwandais : Des preuves de l'implication de la France et de sa participation active (qui ont servi de toile de fond à la rupture des relations entre les deux pays, par le Président KAGAME) existent à profusion, à propos de ce dossier, mais le monde entier reste sourd et aphone devant la quête de justice du peuple rwandais, qui se bat seul, et du peuple africain, meurtri dans sa dignité.
Les enquêtes sur les crimes perpétrés par la France, les 06, 07, 08, et 09 Novembre 2004, en Côte d'Ivoire, ne sont pas logées à meilleure enseigne.
Autrement dit, il n'y a pas de justice pour les faibles.
Dans le cas rwandais, on n'a eu droit qu'à quelques excuses de Kofi ANNAN, alors Secrétaire Général de l'ONU, des Américains et des Belges. Sans plus.

C'est vrai que « DIEU sauvera la Côte d'Ivoire » (et je le crois très personnellement), comme l'a écrit Bernard B. DADIE, celui que l'on considère comme l'un des pères de la Littérature Négro-africaine.

En attendant que DIEU nous sauve, les morts de la Côte d'Ivoire et de l'Afrique crient justice. Dans un désert généralisé des cœurs. Au milieu de républiquettes sous perfusion française, prenant leurs ordres à Paris.
Et nous qui sommes encore en vie, voudrions rappeler aux décideurs de ce monde, comme le disait un patriote ivoirien, que « nous sommes aussi l'Humanité ! Nous aussi, nous avons droit à la paix, à la justice et à la joie de vivre ».

Chers frères ivoiriens, la France, en octroyant, dans les années 60, « l'indépendance » aux nouvelles Républiques africaines, a donné le change au monde entier.
En réalité, aucun de ces nouveaux Etats n'est sorti ou n'a été autorisé à sortir du giron maternel gaulois. Et pire, aucun de ces Etats n'a pu accéder à un niveau de développement acceptable.
La plupart des pays francophones, en dehors de la France et du Canada, et particulièrement ceux d'Afrique, connaissent (fatalement) des crises à répétition, sur le plan politique et militaire, avec des conséquences économiques fâcheuses, faisant d'eux des pays toujours à la traîne, obligés de demander l'aumône aux institutions financières internationales, où leurs pairs du Commonwealth sont devenus des Dragons d'Asie, de par leur dynamique de croissance et leur essor économique.

Depuis la guerre d'Algérie, débutée en 1954, en passant par l'atroce guerre de libération avortée du Cameroun, en 1962, réprimée dans un fleuve de sang par la France , et ensuite par le régime qu'elle y a soutenu, jusqu'à nos jours, la politique africaine de la France n'a pas changé d'un iota : Elle est demeurée génocidaire et colonialiste.
J'irais même plus loin : Apparemment, la France n'a pas bougé du 18ème siècle, avec sa féodalité, ses courtisans (les Chefs d'Etats africains), ses guerres coloniales (Côte d'Ivoire) et son aristocratie régnante (12 familles fortunées, ultralibérales, régentent la presse, l'affichage et les médias audiovisuels, en France, tenant en captivité la liberté d'expression et dérobant aux yeux et à la connaissance des Français, la réalité de la politique africaine de la France ).

Celle qui a été hissée au rang des vainqueurs de la Seconde Guerre Mondiale par les bons soins des Alliés s'est durablement installée dans une anachronique et rétrograde politique de néocolonialisme primaire, faisant et défaisant les régimes en Afrique, sous les regards complices de la « Communauté Internationale », écrasant, au besoin, les résistants et les opposants, concoctant des résolutions farfelues contre ceux qui refusent son diktat et associant son armée officielle à la pègre la plus funeste et la plus sordide d'Afrique, pour parvenir à ses fins. En tuant, en volant et en pillant. Impunément. Là où en Grande Bretagne et aux Etats-Unis, on passe des soldats en Cour martiale pour avoir simplement tourné en dérision des combattants ennemis désarmés.
Dans ce genre de séries noires, la France est unique au monde !
Comme le disait un analyste politique ivoirien, « la France tire l'Humanité vers le bas ! Elle est la honte de l'Humanité ! ». Et j'adhère, sans réserve aucune, à cette assertion.

Merci, malgré tout, à la France et à son désormais ex-Président, Jacques CHIRAC, « l'Africain » qui ont - comme l'a dit avec beaucoup d'à propos, le Professeur GNAOULE OUPOH de l'Université de Cocody - donné, sans le vouloir, un violent coup d'accélérateur au mûrissement et à la cristallisation d'une conscience nationale et patriotique, en Côte d'Ivoire, qui fait école en Afrique, et singulièrement, au sein de la jeunesse. Une véritable bombe à retardement.
Merci encore à la France dont la politique approximative, hasardeuse et rétrograde libèrera l'Afrique de ses chaînes coloniales.

Que DIEU bénisse la Côte d'Ivoire, et lui fasse justice pour le sang innocent de ses fils répandu sur sa terre hospitalière !



DINDE Fernand AGBO

LA FRANCE S'APPRETE A NOUS SERVIR PIRE QUE CHIRAC (2ème Réédition)

 

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 A lire, cet autre texte écrit le 28 avril 2007 et posté pour la première fois sur Regards croisés, le 24 mars 2008, et au sujet duquel les récents développements de l'actualité politique ivoirienne nous donnent raison. Appréciez, tout simplement.



Je vous envoie pour lecture l'intégralité du discours tenu par le Professeur Mamadou KOULIBALY, Président de l'Assemblée Nationale, sur la tribune de la Caravane de la Paix, qui a connu son apothéose le Samedi 21 Avril 2007, au complexe sportif de Yopougon Selmer, à Abidjan.

A la vérité, quand j'ai achevé la lecture de ce brillant speech, j'ai été gagné par le sentiment diffus et confus que la crise ivoirienne est loin d'être finie et qu'elle risque de rebondir de la pire des façons.
Qu'est-ce qui me fonde à le dire? Les termes du Pacte colonial scellé par la France avec les Chefs d'Etat africains, dont le Président Mamadou KOULIBALY a élucidé, en des termes accessibles à tous, deux dispositions totalement amorales:

1- « La première disposition dit que le pouvoir que le Chef de l'Etat français donne à un Président africain, c'est juste un pouvoir de délégation, pour représenter sur le territoire africain, la volonté de celui qui gère l'Elysée, à Paris ». En un mot, la France ne nous considère pas comme des hommes indépendants. C'est écrit et signé.

2- « La deuxième disposition de ces accords qui sont encore valables aujourd'hui, dit que dans ce pays (la Côte d'Ivoire), toutes les richesses que l'on peut trouver, que ce soit de l'or, du diamant, de l'uranium, quelle que soit la matière, c'est D'ABORD la propriété de l'armée française, donc du gouvernement français ».

Et bien d'autres choses encore que je vous laisse le soin de découvrir. Avec effarement.
Toutes choses qui me font dire que si Sarkozy est élu au deuxième tour de l'élection présidentielle française, nous ne seront pas sortis de l'auberge. Pourquoi?

Premièrement, SARKOZY tient un discours (ultra)nationaliste (immigration choisie, identité nationale) sans s'affranchir, pour autant, du Pacte colonial et de la Françafrique, au contraire de Jean-Marie LE PEN. Dont le mauvais score, du reste, réjouit moins les Africains que le bon score de SARKOZY ne les abat. Quel paradoxe!
Les Ivoiriens pourraient donc avoir droit aux coups redoublés d'un eugéniste (partisan de la catégorisation et de l'épuration raciale) et d'un colon sorti tout droit de la féodalité la plus achevée du 18ème siècle, dans ses pires archaïsmes. Je pèse bien mes mots. Je me méfie grandement de cet homme devant qui les français tombent en extase! Ce qui est loin d'être une consigne de vote en faveur de Ségolène ROYAL, même si elle passe pour être le moindre mal, dans cet authentique film d'horreur.

Deuxièmement, SARKOZY est issue du noyau le plus dur des milieux maçonniques français. A ce titre, il va concentrer entre ses mains des pouvoirs financiers, médiatiques, politiques et ...spirituels effrayants qui feront, immanquablement, de lui un dictateur des temps modernes, digne rejeton de la pire oligarchie ultralibérale de France et de la mafia françafricaine la plus hystérique, la plus rance et la plus nauséeuse. J'en ai même des sueurs froides pour la France elle-même. Si elle investit cet homme à la mi-Mai, son déclin sera désormais imparable.

Troisièmement, SARKOZY est issue d'une famille d'émigrés. Ce qui a fait dire à LE PEN qu'il n'a pas une goutte de sang français dans les veines. De la hauteur vertigineuse du piédestal où il est parvenu à se hisser par la force de ses poignées et par son intelligence ( je dirais plutôt sa ruse, son opportunisme) politique, je sens planer, de façon confuse et insidieuse, l'ombre menaçante d'un royaliste surfait (il se veut plus français que les français) qui va mener une vie infernale aux autres émigrés et immigrés, en France, sans pour autant coller la paix à l'Afrique dont les ressources doivent l'aider à relever une France en déclin.
Ne voudra t-il pas au nom de l'amour qu'il porte à "cette France qui lui a tout donné et à laquelle il veut tout donner, à son tour", lui rendre la Côte d'Ivoire? Mains et pieds liés si nécessaire?
Vu sous cet angle, SARKOZY risque de voler la vedette à Super Menteur, au grand CHIRAC himself, grand colon devant l'Eternel.
Rien qu'à y penser, j'en ai des crispations.

Dans la même veine, la présence de WATTAO, en France, actuellement (officiellement pour raison de santé) et l'apathie à peine voilée des deux leaders que sont ADO (dont SARKOZY est le parrain de mariage. Mauvais présage) et BEDIE pour les magnifiques résultats du Dialogue direct, ne m'inspire rien qui vaille.

Au total, Ivoiriens, célébrons certes la paix "retrouvée" entre nous, mais gardons un œil grand ouvert sur la Chiraquie , pardon la Sarkozie. Les jours à venir ne s'annoncent pas chantants.

Que DIEU vous bénisse, tous, et que DIEU garde et bénisse la Côte d'Ivoire.


DINDE Fernand AGBO

 

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Quotidien Le Temps N° 1201 du 23 avril 2007


Réunification, identification, élections / Mamadou Koulibaly à Guillaume Soro : "Adoptez la cadence du Président de la République".


 Le professeur Mamadou Koulibaly, Président de l'Assemblée nationale a trouvé tribune, le samedi dernier, à l'apothéose de la caravane de la paix, pour exprimer le vœu des Ivoiriens, susceptibles d'aider le Premier ministre Guillaume Soro à réussir sa mission. C'était au complexe sportif de Yopougon.


« Je rends gloire à Dieu le Tout-puissant qui nous a donné cette occasion aujourd'hui, de nous retrouver, ce 21 avril 2007, pour nous parler. Je rends gloire à Dieu, parce que ce jour, est mon jour anniversaire. Je me tape mes 50 ans et je pense que c'est avec beaucoup d'émotion que je franchis cette étape. On ne dira plus maintenant qu'il est jeune. Je suis entré dans la catégorie des vieux. Je suis donc un doyen, puisqu'il y a Charles Blé Goudé et vous tous pour la relève. Merci Seigneur, merci à chacun d'entre vous.

Madame la Première Dame, quand Charles Blé Goudé m'a fait part de son projet d'organiser une caravane de la paix, j'ai donné mon accord, j'ai soutenu, j'ai appuyé. Parce que c'était une bonne initiative, de mon point de vue, pour amplifier ce que le Président de la République, lui-même, avait commencé à Abidjan, depuis trois ans maintenant. Il a lancé une campagne de paix. Il a dessiné lui-même les T-shirts de la paix, il a fait rédiger une charte de la paix, il a fait produire des casquettes, des pins et différents types de documents pour sa campagne de paix. Elle a été menée dans le District d'Abidjan. Et je voudrais sincèrement féliciter Charles, parce qu'il a assisté à deux meetings à Anyama et à Abobo. Après ça, il m'a dit : " président, moi je vais foncer sur les autres villes. Est-ce que c'est une bonne idée ? " Je lui ai dit : " si ça ne tient qu'à toi, c'est une très très bonne idée. Il faut aller parler aux gens. On verra ". Tu l'as fait, c'est très bien. Le résultat est là. Bravo à Charles Blé Goudé, bravo à tous les jeunes patriotes, bravo au COJEP, bravo à l'Alliance, bravo aux parlement et Agoras, bravo à tous les vieux, toutes les vieilles, tous les jeunes qui ont fait le déplacement, pour répondre à cet appel.

Les échos sont très favorables, partout où vous êtes passés avec la caravane. Les Ivoiriens se sont sentis soulagés, ils se sont sentis heureux, ils se sont sentis réconciliés, ils se sont sentis plus proches, les uns des autres. Et puis, en réalité, ils ont découvert qu'ils ont tous été trompés. Merci pour l'accueil que vous avez réservé à la caravane, partout où elle est passée.
A partir de ce soir, la caravane ne s'arrête pas. Elle va continuer au-delà d'Abidjan, au-delà des zones gouvernementales ; il faut anticiper le mouvement, il faut accompagner le mouvement, il faut parler à vos parents et amis qui sont de l'autre côté, pour qu'ils comprennent bien de quoi il s'agit.

Madame la Première Dame, en acceptant de venir, je me suis dis que Seydou Diarra avait un handicap sérieux. Il n'a pas voulu compter sur nous, il n'a pas voulu compter avec nous, il n'a pas voulu compter avec la Côte d'Ivoire. Il a été nommé à Paris. Il a accepté sa nomination, il est venu, il a voulu travailler. Mais au lieu de travailler pour nous, il a voulu travailler contre nous et vous vous souvenez ce qui est arrivé. Nous avons dit non et chacun sait ce qui est arrivé. Charles Konan Banny est arrivé de la même façon. Sa première réaction a été de dire : " Je dissous la représentation nationale ". Vous avez dit non. Et Dieu seul sait ce qui a suivi. Il y a eu mort d'hommes, destruction de biens, perte de confiance et de valeurs. Moi j'ai accepté, parce que le Président de la République nous a demandés à tous, d'aider Guillaume Soro à réussir sa mission. Konaté Siriki vient de dire qu'il faut que nous aidions le Premier ministre à réussir sa mission. J'aimerais dire à Konaté Siriki que la manière dont a été nommé Soro Guillaume exige que nous l'aidions nécessairement. Contrairement aux autres Premiers ministres, qui venaient s'opposer au Président de la République, cherchant un pouvoir alors qu'ils l'avaient, cherchant un poste alors qu'ils étaient installés dans le fauteuil, le Président Gbagbo a demandé que l'on puisse aider Guillaume Soro. J'aurais été mal à l'aise de le faire, si vous-mêmes ici, vous ne l'aviez pas renouvelé. Merci d'être venu à ce meeting. Je ne sais pas si le public a remarqué que Siriki Konaté est arrivé sans garde du corps ONUCI. Il a fait confiance aux patriotes ivoiriens. Je lui ai demandé s'il n'avait pas de crainte. Il m'a dit rien du tout, il se sent assuré et je lui ai dit : " Là où nous allons, vous serrez rassuré. Ne vous en faites pas". Siriki, vous êtes là, les jeunes vous applaudissent et je pense que c'est une bonne chose.

Vous savez, notre pays, la Côte d'Ivoire est un tout petit pays en Afrique avec 322 000 km2. Lorsque nous avons pris l'indépendance, l'ancienne puissance coloniale n'a pas jugé utile de nous considérer comme des hommes indépendants. Elle a considéré que nous étions des esclaves sur un territoire qu'elle a conquis en Afrique. Au moment de l'indépendance, de Gaulle nous a fait signer des papiers. Je vous invite à lire ces papiers. Dans ces papiers, il y a deux dispositions qu'il faut que vous rapportiez à vos amis à Bouaké. La première disposition dit que le pouvoir que le chef de l'Etat français donne à Président africain, c'est juste un pouvoir de délégation, pour représenter sur le territoire africain, la volonté de celui qui gère l'Elysée à Paris. Nous avons appelé cela indépendance, parce que nous n'avions pas le choix. Il fallait quelque chose pour sortir du joug colonial. Nous avons pris la première solution qui s'est présentée. Mais en réalité, comment admettre qu'ici, pour construire la route Tingréla-Odienné, le Président soit obligé d'appeler d'abord, de Gaulle, Pompidou, Mitterrand, Chirac, pour demander son avis. Si le Président français dit non, ça ne se fait pas. S'il dit oui, ça se fera avec son nom que cette route portera, comme nous avons ici, le boulevard Giscard d'Estaing, le boulevard Mitterrand, le pont Général de Gaulle et je ne sais plus quelle autre avenue dans notre capitale.

La deuxième disposition de ces accords qui sont encore valables aujourd'hui, dit que dans ce pays, toutes les richesses que l'on peut trouver, que ce soit de l'or, du diamant, de l'uranium, quelle que soit la matière, c'est d'abord la propriété de l'armée française, donc du gouvernement français. Nous avons signé cela. Quand le Président Gbagbo était dans l'opposition, nous nous sommes engagés à rompre avec ce type de relation que nous avions avec la France. Quand il est arrivé au pouvoir, il a mis ce schéma en application.

Malheureusement, nous n'avons pas eu d'oreilles attentives à Paris. Nous avons tout fait, nous avons expliqué que nous ne cherchions pas à chasser les Français de la Côte d'ivoire. Mais nous cherchions simplement à être nous-mêmes, à nous gérer nous-mêmes, à élire notre Président nous-mêmes, à être propriétaires de nos matières, nous-mêmes et puis à acquérir notre dignité. Personne n'a voulu nous écouter. Quand la rébellion a éclaté, vous ne le saviez pas, ils sont venus nous voir une première fois. Ils nous ont dit : " Si vous nous faites un petit cadeau, on vous débarrasse des rebelles tout de suite". On leur a cédé le terminal à conteneurs, ils n'ont rien fait. Je ne sais ce qu'ils vous ont dit de l'autre côté, mais ils sont venus nous dire : " Monsieur le Président, si vous nous renouvelez le contrat sur l'électricité, on vous appuie à l'ONU et vous verrez. Les résolutions qui vont sortir vous seront favorables. Nous avons suivi. Ils n'ont rien fait. D'ailleurs, quand ça été signé, le nouveau discours qu'ils ont cultivé à l'Onu, c'est une transition sans Gbagbo. Mais pendant que nous faisions cela, les bonshommes nous faisaient payer notre facture d'eau et d'électricité. L'argent (plusieurs milliards de francs) du budget de l'Etat que nous avons utilisé pour gérer cette crise, auraient pu nous permettre d'investir pour construire un nouveau barrage électrique, on ne l'a pas fait. Ça aurait pu nous permettre de construire de nouvelles turbines électriques, on ne l'a pas fait. Ça aurait pu nous permettre d'investir pour accéder à de nouvelles nappes phréatiques pour tirer de l'eau pour Abidjan et les villes. On ne l'a pas fait. Aujourd'hui, nous sommes dans le délestage, l'eau courant manque dans les quartiers d'Abidjan. La guerre ne nous arrange pas du tout ! Qu'on soit à Aboisso ou à Tingréla, à Touba ou à Bouna, elle ne nous arrange pas, elle ne nous a pas arrangés du tout. Mais pendant ce temps, eux on fait leur argent.

M. Konaté, nous avons un accord monétaire avec la France. Est-ce que vous savez que nos devises en dollar, en yen, en deutschemark, sont déposées au trésor public français. C'est cet argent qu'ils font fructifier, ils dépensent comme ils veulent et quand on a des problèmes, ils nous envoient quelques milliards que nous partageons entre pays francophones de cette zone monétaire. Ils présentent cela comme de l'aide, alors qu'en réalité, c'est notre sueur, déposée dans leur trésor, qu'ils détournent et nous font croire qu'ils nous aident. Pendant que vous, à Bouaké, et nous à Abidjan, nous sommes en train de nous chamailler, les bonshommes nous pompent notre fric, nous pompent notre dignité, richesse et en définitive, nous pompent notre vie entière. Nous restons tous appauvris, les jeunes ne vont pas à l'école, les enfants sont malades, les maternités manquent, les routes se dégradent, les hôpitaux sont dans de mauvais états, au Nord comme au Sud.

Monsieur le porte-parole, il faut transmettre aux populations de Bouaké et d'ailleurs, que notre problème à nous, n'était pas avec les populations de là-bas. Si vous avez écouté tous les discours de Blé Goudé, de Mme Gbagbo et tous les discours des jeunes patriotes, en aucun moment, ils n'ont insulté les populations de l'Ouest, de l'Est, du Centre. Bien au contraire, tous, nous avons montré l'agresseur de la main : Jacques Chirac, la France et le reste. Il faut donc être à l'aise ici. Ça dépendrait de moi, vous pourriez vous promener à Abidjan, sans garde ONUCI. Ce qui compte pour nous, c'est la prise de conscience collective que nous avons, qu'il est temps maintenant que nous arrêtions le gâchis. Il est temps que nous prenions notre pays, que nous le soignions et que nous le fassions avancer.

C'est dans ce contexte que je me permettrai de donner quelques pistes au Premier ministre Guillaume Soro. Parce que d'une part, vous avez souhaité que nous l'aidions, d'autre part le Président de la République a souhaité qu'on puisse l'aider. Et lui-même s'est dit engager dans le processus. Et puis, quand on m'a dit que j'étais invité et que vous serriez-là, j'ai pris le soin de parler aux Ivoiriens, de parler aux patriotes, pour essayer de savoir qu'est-ce que Mamadou Koulibaly peut faire pour aider le Premier ministre de Laurent Gbagbo. Ils ne sont pas tous là. Blé Goudé et l'Alliance sont là, pendant qu'Eugène Djué est en meeting à Tiébissou. D'autres sont ailleurs. Ils m'ont dit plusieurs choses en vrac. Ils ont dit : " Faisons en sorte que ce Premier ministre ne termine pas son mandat comme ces prédécesseurs". Et pour cela, ils m'ont dit : "Monsieur le Président, si vous pouvez dire à Guillaume Soro ou à ses représentants qui seront là, de faire encore un tout petit effort". Ils disent que dans le discours du Premier ministre, il a demandé pardon aux Ivoiriens. C'est vrai, c'est bien. Il a demandé pardon en tant que Premier ministre de tous les Ivoiriens, au nom de tous les Ivoiriens. C'est bien, c'est bon.

Mais eux auraient voulu quand-même que Guillaume Soro demande pardon, non pas en tant que Premier ministre, parce qu'à ce titre il n'a encore rien fait aux Ivoiriens. Mais qu'en tant que Secrétaire général du MPCI, il demande pardon aux Ivoiriens. Ils sont d'accord pour ça et le souhaite vivement, ils le veulent, ils le désirent. Ils m'ont dit d'ajouter que dans son discours, il a dit que depuis quelques années, nous nous sommes mesurés, nous nous sommes injuriés, nous nous sommes battus, nous nous sommes tués pour une situation sans résultat. Les patriotes ivoiriens disent d'expliquer qu'en réalité, il y a deux résultats au moins. Le premier, c'est que pendant qu'on se battait, le chômage augmentait. Pendant qu'on se battait, le pays était détruit. Vous qui êtes là-bas dans le nord, vous savez très bien de quoi je parle. La situation est catastrophique. Nous sommes ici, au sud, nous savons très bien de quoi nous parlons. La situation est catastrophique. Il n'y a pas eu de guerre à Vridi, mais les usines ont fermé. Il n'y a pas eu de guerre à Yopougon, mais les usines dans la zone industrielle ont fermé. C'est un résultat, même s'il est négatif. On l'accepte et on dit ça suffit. On ne le fait plus. Mais il y a un autre résultat qu'ils m'ont demandé de vous signaler pour porter cela au Premier ministre. Il y a le fait que vous soyez ici. C'est parce que nous nous sommes battus, injuriés, entre-tués que nous avons fini par prendre conscience qu'au-delà de nos préoccupations tribales, mesquines, régionales, il y a quelque chose au-dessus qui s'appelle la nation ivoirienne, qui s'appelle la Côte d'Ivoire et qui nous commande tous. Et c'est au nom de la Côte d'Ivoire que, vous et Blé Goudé, vous vous tenez la main ici, que vous faites des accolades à Mme Simone Gbagbo, que vous serrez la main de Mamadou Koulibaly. C'est une prise de conscience de la nation qui est aujourd'hui, le capital, le plus grand, qui nous reste après cette crise. Le mauvais résultat, on le prend, on va le corriger, mais il y a un bon résultat. C'est que nous avons pris conscience que ce pays nous appartient et que nous n'avons pas le droit de le détruire, parce que les générations suivantes arrivent, les générations futures arrivent. Et elles ne devienent pas grandes d'un coup. Ce sont des enfants qui naissent, qui grandissent et puis dans le fil de leur cycle de vie, s'il n'y a que malheur, il n'y a que difficultés, nous finissons par fabriquer des citoyens de mauvais niveau, dégradés qui ne peuvent pas construire un pays. Ils m'ont dit de signaler cela. Il y a résultat : un bon et un mauvais. Ils m'ont demandé de vous suggérer de dire au Premier ministre que dans son discours, il a présenté des objectifs qui sont bons. Il a dit premièrement : l'identification des populations avec ce que cela contient, enrôlement sur les listes électorales. Il a dit deuxièmement : la réunification de la Côte d'Ivoire. Les patriotes ici, disent que c'est bon et que c'est bien.

Troisième objectif : il a dit les élections. Vous venez d'en parler. C'est bon, c'est bien. Mais ceux que j'ai consultés m'ont dit de vous suggérer que cette trame ressemble à ce que Seydou Diarra et Banny voulaient faire : identifier, réunifier, aller aux élections. Même si ces objectifs sont bons, il faut cependant remodifier l'ordre de présentation. L'objectif n°1, c'est la réunification de la Côte d'Ivoire, avec son cortège de disparition de la zone de confiance, le désarmement, le redéploiement de l'administration etc. objectif n°2 : pas de problème, identification des populations avec les listes électorales qui suivent. Objectif n°3 : on va aux élections. Les gens que j'ai consultés m'ont dit de vous suggérer que si le Premier ministre, conformément aux actes qui ont été posés dernièrement à Tiébissou et dans la zone de confiance, remettait ces objectifs à l'endroit en commençant par la réunification, il aurait plus de chance de réussir, qu'en restant dans le schéma que Seydou et Banny avaient suivi. C'est un schéma qui conduit souvent à des blocages. Or, personne ne souhaite aujourd'hui que le processus soit bloqué. Vous avez entendu tout le monde crier : " On veut la paix ! On veut la paix ! ". Ils m'ont suggéré de porter la réflexion ici, sur l'idée que le Premier ministre dit dans son discours qu'il faut que nous sortions du fétichisme des dates. Vous avez écouté, beaucoup de gens ont interprété cela comme si le Premier ministre disait : " Vous savez, 10 mois ne vont pas suffire, on va aller plus loin ". Alors que ce n'est pas ce qu'il voulait dire.

Le temps nous est compté. Nous avons 46 ans d'indépendance, nous sommes encore pauvres. Nous avons 13 ans de succession d'Houphouët-Boigny, nous ne sommes pas encore arrivés à régler les problèmes. Nous avons 8 ans après le coup de Robert Guéi, nous sommes encore dans les séquelles. Nous avons 7 ans de pouvoir de Laurent Gbagbo avec toutes les difficultés que nous avons et nous avons 5 ans de crise quand-même aigüe avec un pays balafré. Les gens que j'ai consultés m'ont dit que si le Premier ministre dit de sortir du fétichisme des dates, il faudrait qu'il explique aux Ivoiriens que ça ne signifie pas qu'on va s'attarder, qu'on va piétiner, qu'on va traîner le pas, qu'on ne va pas avancer. Parce que les gens vont interpréter cela comme des astuces politiciennes, comme un jeu pour dribbler, pour feinter, comme du blocage. Or, ce n'est pas du tout cela que nous souhaitons. Si derrière le fétichisme des dates, il veut dire qu'il ne faut pas le bousculer pour avancer, peut-être, mais le Président de la République avance. Vous avez vu comment il avance. C'est la première fois, depuis qu'il est au pouvoir, qu'il permet à un de ses Premiers ministres de présider un Conseil des ministres. Il ne l'a pas fait pour Affi N'Guessan, il ne l'a pas fait pour Seydou, il ne l'a pas fait pour Banny. Il l'a fait pour Soro, sans que Soro ne le demande. C'est un signe que le Président de la République est pressé. Même s'il dit « allons doucement », il donne le rythme, il donne la cadence. La zone de confiance est détruite. Le Premier ministre n'a qu'à serrer ses baskets et suivre le rythme. Qu'il laisse de côté le fétichisme des dates. " Le temps est un autre nom de Dieu ", dit le Président de la République. Il faut déifier ce temps, il faut y croire. On n'en a pas suffisamment. Il faut aller vite. Parce que beaucoup de gens ici se demandent si Soro ne va pas changer encore, si les élections françaises finissent. Il faut leur donner tort. Il faut adopter la cadence et la rythmique du Président de la République et vous verrez que toutes ces forces que vous voyez ici, vont se coaliser pour vous soutenir et avancer. Voilà les messages qui m'ont été donnés pour vous, en tant que porte-parole, pour que vous puissiez les transmettre à vos camarades.

Au-delà de ses messages, je suis venu avec quelques cadeaux pour vous. Il faut que vous les acceptiez et les emportiez. C'est du fond du cœur. Il y a là-dedans, tous les objets que le Président de la République a confectionnés pour sa campagne de la paix, dont la séance d'aujourd'hui fait partie. Il faut aller à la paix maintenant, c'est Gbagbo qui le dit...".


Propos recueillis par Frimo D. Koukou

 

koukoudf@yahoo.fr

lundi, 28 mars 2011

LIBYE: UNE AGRESSION IMPERIALISTE !

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Par Demba Moussa Dembélé, Economiste, Dakar, jeudi 24 mars 2011


Depuis samedi 19 mars 2011, la Libye est soumise à un bombardement intensif de la part des Etats-Unis, de la France et de leurs alliés de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN). Si l'on en croit les dirigeants de cette organisation, véritable bras armé de l'impérialisme occidental, ces attaques visent à imposer une zone d'exclusion aérienne pour « protéger » les populations libyennes contre les armées de Kadhafi ! En vérité, la prétendue protection des civils n'est qu'un prétexte pour envahir la Libye.

 

Le rôle des membres africains du Conseil de Sécurité

Et pour légitimer cette invasion, les Etats-Unis et leurs alliés subalternes ont cherché l'aval du Conseil de Sécurité des Nations-Unies. La Résolution 1973 votée le jeudi 17 mars 2011 donnait ainsi les mains libres aux pays occidentaux pour mettre en application leur plan qui n'a rien à voir avec le mandat conféré par cette Résolution. Les critiques de la Chine, de la Russie et même de certains membres de la Ligue Arabe, comme son Secrétaire Général, l'Egyptien Amr Moussa, montrent bien que les Etats-Unis et leurs alliés ne cherchaient qu'une couverture légale à leur plan préparé de longue date.

En légitimant une telle expédition impérialiste, les Nations-Unies ont montré une fois de plus qu'elles ne sont qu'un jouet entre les mains des grandes puissances. Elles ne peuvent être d'aucun secours pour les peuples, comme le prouvent leurs échecs partout, en Afghanistan, Côte d'Ivoire, Haïti et République démocratique du Congo.

Ce qui est encore plus choquant et même honteux dans cette Résolution c'est le soutien apporté aux pays occidentaux par trois pays africains, l'Afrique du Sud, le Gabon et le Nigeria, contre la Libye ! Ceci est d'autant plus choquant que même l'Allemagne s'est abstenue et que ce sont les pays africains qui ont donné les voix nécessaires qui valident la Résolution ! Si deux d'entre eux seulement s'abstenaient, la Résolution ne passerait pas ! Même si l'extravagant Colonel libyen suscite peu de sympathie de la part de nombre de ses pairs du continent, il est tout de même inadmissible et révoltant de voir des pays africains soutenir les plans de destruction d'un autre pays africain par les pays occidentaux. Si les deux pays africains les plus susceptibles d'avoir des positions plus indépendantes vis-à-vis des puissances occidentales peuvent capituler aussi facilement sur une question aussi cruciale, c'est vraiment à désespérer du leadership africain !

Il est vrai que depuis son arrivée au pouvoir, le président actuel du Nigeria, Goodluck Jonathan, a cherché à être dans les bonnes grâces de Washington. Mais l'attitude de l'Afrique du Sud est d'autant plus étonnante et incompréhensible qu'elle a raté l'occasion de montrer aux pays BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine), qui se sont tous abstenus, qu'elle est digne de faire partie de leur groupe. En effet, elle a été invitée par la Chine à devenir membre à part entière de ce groupe lors de la réunion prévue à Beijing le mois prochain.

En tout cas, ce vote augure mal du rôle que pourrait jouer l'Afrique du Sud ou le Nigeria si l'une ou l'autre arrivait à disposer d'un siège permanent au Conseil de Sécurité. Ce vote de deux pays africains-clés constitue une gifle à l'égard de l'Union africaine et fragilise davantage celle-ci. En effet, il est affligeant de voir deux de ses membres, et non des moindres, ignorer l'appel lancé par l'UA pour la résolution pacifique de la crise libyenne pour aller soutenir les pays occidentaux contre un autre pays africain ! Pauvre Afrique ! Mais au moins, l'Union africaine a maintenu son honneur sauf en condamnant les attaques occidentales, en appelant à un cessez-le-feu immédiat et en refusant d'assister à la réunion convoquée par la France le samedi 19 mars. Cette attitude sonne à la fois comme un désaveu de la position des pays africains au Conseil de Sécurité, surtout de l'Afrique du Sud et du Nigeria, et comme un appel pressant à l'union sacrée autour de la question libyenne.

Les vraies raisons de l'intervention : le contrôle des ressources libyennes

Les déclarations d'Obama, Sarkozy et autres ne sont qu'un tissu de mensonges destinés à masquer les vrais desseins de cette croisade impérialiste, dont le véritable et unique objectif est de faire tomber le régime de Kadhafi et de mettre la main sur les immenses ressources de ce pays, notamment sur son pétrole.

En effet, depuis quand Sarkozy et ses semblables se soucient-ils du sort des peuples africains, surtout ceux d'origine arabe ? Depuis quand le président des Etats-Unis se soucie-t-il du sort des peuples ? Mais alors, si ces Messieurs ont une seule petite fibre « humanitaire », que faisaient-ils quand le peuple palestinien était écrasé par les bombes à fragmentations de l'Etat sioniste ? Qu'ont-ils fait face au blocus illégal et inhumain imposé par Israël contre Gaza ? Face à ces crimes contre l'Humanité perpétrés par l'Etat sioniste, que font Obama, Sarkozy et les autres qui prétendent aujourd'hui voler au secours du peuple libyen ?

En vérité, ce sont des dirigeants cyniques et dont la seule préoccupation est de maintenir l'hégémonie de leur système économique et politique : l'impérialisme. C'est un système qui est l'ennemi juré de la liberté, de l'indépendance et de la souveraineté des peuples et nations, partout dans le monde. Il est le principal obstacle à l'émancipation des peuples. C'est un système despotique, tyrannique, totalitaire et sanguinaire, qui a des millions de victimes sur la conscience. Comment les tenants d'un tel système peuvent-ils prétendre « protéger » les populations libyennes ? Les seuls droits qui importent au système impérialiste sont les droits de propriété d'une minorité d'exploiteurs et de criminels sans foi ni loi. La rhétorique sur les droits humains n'est qu'un vernis destiné à masquer les desseins d'une entreprise de conquête, de rapine et de pillage contre les peuples.

La vérité est que cette guerre, tout comme celle de l'Irak, est une guerre pour le contrôle des ressources de la Libye. Les pays occidentaux, les Etats-Unis en particulier, étranglés par une crise sans précédent qui confine à une crise de civilisation, voient leur hégémonie sur les affaires du monde s'effriter face à la montée de pays du Sud, comme la Chine, le Brésil et l'Inde. Et tous les moyens sont bons pour arrêter, ou du moins, ralentir le processus de leur déclin inéluctable et la redistribution des cartes en cours à l'échelle mondiale. D'où le projet de militarisation de la planète, au nom de « l'ingérence humanitaire » ou de « la lutte contre le terrorisme » pour occuper des pays riches en ressources naturelles, notamment en pétrole.

C'est cela qui explique cette guerre impérialiste contre la Libye dont les immense ressources pétrolières ont fini de faire perdre toute décence et retenue aux dirigeants occidentaux. Et la prétendue « protection » de son peuple n'est que le prétexte servant de couverture à une expédition purement impérialiste et destructrice. Leur objectif est de faire tomber le régime de Kadhafi pour le remplacer par un régime plus accommodant pour les intérêts occidentaux.

La manière dont leur campagne se déroule le montre clairement : destructions de toutes les infrastructures du pays (ponts ; routes ; usines ; etc.), bombardement de la résidence de Kadhafi, destruction de tout ce qui peut s'apparenter à une « cible militaire ». Et cette entreprise de destruction sauvage sera inévitablement accompagnée de massacres de populations civiles -bavures collatérales, dira-t-on- celles-là même qu'Obama, Sarkozy et toute la meute de chiens impérialistes étaient censés « protéger » !

Soutien à une authentique révolution populaire en Libye

La dénonciation de l'expédition impérialiste doit aller de pair avec le soutien à une authentique révolution populaire contre le régime de Kadhafi. Les aspirations du peuple libyen à la liberté et à la démocratie et son désir de mettre fin à plus de 40 ans de règne sont légitimes et dignes d'être soutenus. C'est pourquoi quand la révolte en Libye a commencé, nous l'avions considérée comme la suite logique de ce qui s'était passé dans la Tunisie voisine. C'est-à-dire une révolution populaire visant à mettre fin au régime de Kadhafi - un dirigeant mégalomane, extravagant et imprévisible- et à ses plans de dévolution monarchique du pouvoir pour instaurer à sa place un régime démocratique. C'est pourquoi nous avions souhaité de tout cœur la réussite de cette révolte.

Mais notre enthousiasme fut refroidi quand nous avons vu des rebelles brandir des drapeaux de la monarchie qui avait été balayée par le coup d'état de Kadhafi. Cela montrait bien que des forces réactionnaires avaient essayé d'utiliser les revendications légitimes du peuple libyen à d'autres fins. Cela a été renforcé quand ceux qui se présentent comme les dirigeants de cette révolte ont demandé aux pays occidentaux d'intervenir !

Un message que les dirigeants des monarchies arabes et des pays occidentaux ont vite décrypté. En effet, Sarkozy a vite fait de reconnaître « le Conseil National » créé par les opposants au régime de Kadhafi et de demander une intervention militaire contre lui. Et la Ligue Arabe, sous la houlette de l'Arabie Saoudite et d'autres monarchies du Golfe, se pressa de convoquer une session extraordinaire pour appuyer une telle demande.

Cela montre bien que la révolte populaire en Libye est en train d'être instrumentalisée par des forces et des pays dont les objectifs sont très éloignés des aspirations fondamentales du peuple libyen. En effet, qui peut réellement croire un seul instant que les monarchies moyenâgeuses d'Arabie Saoudite et des pays du Golfe vont soutenir une révolte réellement populaire et l'instauration de la démocratie en Libye ? Le régime saoudien n'a-t-il pas accueilli le dictateur sanguinaire Ben Ali ? N'a-t-il pas envoyé des troupes au Bahreïn pour protéger une monarchie en butte à une révolte populaire ?

Ces faits montrent bien que les pays occidentaux et leurs alliés arabes ne sont pas entrés en Libye pour soutenir les aspirations véritables du peuple libyen à la liberté et à la démocratie. Au contraire, ils cherchent à canaliser ces aspirations à leur seul et unique profit.

Tout en soutenant le combat légitime des véritables forces démocratiques en Libye, l'Afrique doit dénoncer avec la dernière énergie la furie sauvage des hordes impérialistes lancées contre ce pays dont le seul et unique but est de contrôler ses ressources au détriment du peuple que l'on prétend « protéger ».

samedi, 26 mars 2011

AFRIQUE - FRANCE: CALIXTHE BEYALA ECRIT A JEAN PING, PRESIDENT DE LA COMMISSION DE L'UNION AFRICAINE


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A Monsieur Jean Ping, Président de la Commission de l'union Africaine: rupture des relations diplomatiques des pays membres de l'U.A avec la France


A Monsieur Jean Ping

Président de la Commission de l'union Africaine


Objet : Demande d'une rupture des relations diplomatiques des pays membres de l'U.A avec la France

Pantin, le 20 mars 2011


Monsieur le Président,

Nous venons par ces mots vous demander qu'il soit mis immédiatement fin aux relations diplomatiques qu'entretiennent les pays membres de l'Union Africaine que vous présidez avec la France.

En effet, depuis deux jours les Africains sont victimes des massacres des populations civiles perpétrés en Libye par la France, pour des raisons fallacieuses et ce, malgré la désapprobation de l'Organisation que vous présidez.

Il est inadmissible, impensable qu'un pays comme la France bombarde, tue les populations Libyennes alors même que le mandat soit disant donné par l'ONU ne comportait pas cette clause.

Il s'agit là pour le peuple Africain, d'une humiliation sans nom, d'une blessure profonde qui n'est pas sans rappeler les agissements de ce pays lorsqu'il s'agissait pour lui de mettre l'Afrique sous sa domination.

L'Afrique est aujourd'hui un continent indépendant. La souveraineté des Etats doit être respectée ; l'on ne saurait rester impassible face à une telle sauvagerie.

D'ores et déjà des soulèvements populaires sont prévus dans toute l'Afrique si jamais l'Union se refusait de prendre ses responsabilités face à cette horrible agression. Une grève de la faim de nos élites est également à prévoir.

Nous comptons sur l'Organisation que vous présidez afin que soit mis fin, dans les plus brefs délais, à ces assassinats de femmes et d'enfants innocents, à ce génocide moderne où les pays dits civilisés s'octroient le droit de tuer en toute impunité sous la couverture d'une ingérence humanitaire.

Dans l'espoir que vous mettrez tout en œuvre pour que cessent ces horribles événements, je vous prie d'agréer, Monsieur le Président, l'expression de mes sentiments respectueux.


Calixthe Beyala, Ecrivain

© Le Républicain (ml) : Calixthe Beyala


Source: CAMER.BE

ADAME BA KONARE: «NOUS SOMMES DANS UNE LOGIQUE DE RECOLONISATION DU CONTINENT»


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L'historienne et ex-Première dame du Mali, Adame Ba Konaré, a qualifié de « carnaval macabre » l'opération militaire menée en Libye par la coalition internationale. Elle appelle les Africains à se mobiliser pour défendre leur « continent meurtri et bafoué ». Elle répond aux questions de RFI.


RFI : Dans une lettre ouverte, intitulée « Cris aux Africains », vous faites part de votre inquiétude. Vous dénoncez le « carnaval macabre des Occidentaux » en Libye. Qu'est-ce qui vous choque le plus, dans cette opération militaire ?

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Adame Ba Konare : C'est le principe même de l'intervention des puissances étrangères sur le sol africain. On a l'impression que nous avons en face de nous des pays et des chefs d'Etat vertueux, alors que ne sont-ils intervenus en Tunisie, en Egypte, où le peuple était effectivement dans la rue, sans armes ? Et pourquoi n'interviennent-ils pas en Palestine, où le peuple est dans la rue ? Sans oublier que toutes ces puissances coalisées ont un lourd passif colonial.

Vous savez, c'est avec de tels discours que l'aventure coloniale a commencé. Ne l'oublions pas. Les « vertueuses et généreuses nations » avaient pour mission de voler au secours des pauvres Africains, pour les débarrasser de leurs méchants dirigeants. Tout ça, ça sent un peu l'invasion coloniale.

RFI : Ce que disent les Occidentaux, mais aussi un certain nombre d'hommes politiques africains, c'est que sans les frappes aériennes de samedi dernier, la ville de Benghazi aurait été reconquise par l'armée libyenne et il y aurait eu un bain de sang.

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A.B.K : Oui, mais il ne faut être suffisamment naïf pour faire croire qu'une intervention des armées étrangères ne fera pas de dégâts non plus parmi la population civile. Et puis, moi je crois qu'il n'y a pas de transparence dans cette affaire-là. Qui dirige la mission ? Qui ordonne ? Qui contrôle ? Il y a un dépassement des mandats. Il va falloir que quelqu'un réponde de ces actes.

Et puis je dis qu'à ce rythme-là, partout il y aura des contestations, partout où il y aura des mouvements, on verra « toutes ces nations généreuses » voler au secours des populations africaines. Il ne faut pas confondre le peuple avec des mouvements de contestation. Et à ce rythme-là, moi je dis : nous assisterons au dépècement progressif de l'Afrique, à sa balkanisation, donc à sa fragilisation. Nous sommes dans une dynamique de recolonisation du continent, à mon avis.

RFI : Dans plusieurs discours, la semaine dernière Mouammar Kadhafi a lancé des menaces très claires aux insurgés de Benghazi : « Nous irons vous chercher dans chaque maison, dans chaque pièce, dans chaque placard ! ». Concrètement, Adame Ba Konare, qu'est-ce qu'il fallait faire pour épargner aux habitants de Benghazi le glaive vengeur de Mouammar Kadhafi ?

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A.B.K : Honnêtement, je ne partage pas du tout, évidemment, ces propos tenus qui sont effectivement insupportables, il faut le reconnaître. Mais moi je dis qu'il faut recentrer le débat. Je ne suis pas du tout sûr que l'intervention menée par cette puissance occidentale soit beaucoup moins mortelle que les bombardements de Kadhafi. Je pense qu'il y a beaucoup de fanfaronnades dans les déclarations de Mouammar Kadhafi. Je ne suis pas sur le terrain, mais ces forces coalisées, comment voulez-vous qu'elles puissent bombarder avec discernement ? Ce sont des histoires !

RFI : Alors vous parlez des « fanfaronnades » du colonel Kadhafi, mais n'y a-t-il pas eu les attentats de Lockerbie et du DC10, et puis la répression d'une mutinerie en 1996, qui a fait plus de 1 200 morts ?

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A.B.K : Oui... Je ne dédouane pas du tout le colonel Kadhafi pour ses actes dans le passé, et puis même pour une certaine violence qu'on a notée récemment. Mais je dis que cette intervention, elle se fait uniquement dans le but de servir les intérêts, à la fois économiques, et de politique intérieure, de ces chefs de guerre. Je pense qu'il y a évidemment le pétrole et le gaz libyen, qui sont forts, mais il y a aussi des besoins de politique intérieure.

Tous ces chefs de file sont en situation pré-électorale. N'oublions pas le président français, qui est en baisse dans les sondages. Donc, ce n'est pas aux Africains qu'on va faire croire qu'on est là pour libérer des peuples. On n'a qu'à aller libérer d'autres. On a qu'à aller libérer les Palestiniens par exemple.

RFI : Si l'opération avait été lancée par des Africains, est-ce que vous l'approuveriez ?

A.B.K : Vous savez, ce que je reproche à l'Afrique et aux chefs, notamment aux chefs africains, c'est leur pusillanimité. L'Afrique est timorée. On est encore engoncé dans ces peurs coloniales et nous n'arrivons pas à les dépasser. C'est sûr qu'il y a une faillite des nos élites politiques, notamment au niveau du leadership, et même une incapacité de l'Union africaine à anticiper. Le silence des continents a été lourdement préjudiciable dans cette affaire.

Je crois que s'ils s'étaient exprimés très tôt, ces chefs-là, ils auraient pu anticiper sur le cours des événements. Et puis désamorcer même la bombe des Nations unies. Les Africains doivent exiger l'arrêt immédiat des bombardements, exiger tout de suite qu'on ouvre les négociations.

RFI : Cheikh Tidiane Gadio, l'ancien ministre sénégalais, a dit cette phrase : « Il n'est pas normal que la responsabilité de protéger les populations civiles soit l'apanage des pays occidentaux ».

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A.B.K : Oui, mais c'est clair ! On ne voit pas du tout ce que les pays occidentaux viennent faire dans cette affaire. Il y a une institution continentale. Pourquoi on ne leur demanderait pas d'intervenir dans ce conflit ? Il faut une mobilisation continentale pour dire « ça suffit ! ». Moi, j'ai donné, sans prétention, le tempo, et j'aimerais vraiment que tout le continent se mette debout pour s'occuper des problèmes qui le concernent.

RFI : Vous souhaitez une solution politique en Libye, mais les insurgés de Benghazi ne croient pas une seconde dans la bonne foi du colonel Kadhafi. Qu'est-ce qu'il faut faire ?

A.B.K : Moi, je respecte la légitimité des opposants de Benghazi. Je reconnais la légitimité de leurs droits, plus de liberté d'expression... Mais avec cette intervention « des Croisés », je me demande même s'ils ont la victoire, quel va être le goût de cette victoire pour eux. Est-ce que ce sera honorable pour les opposants libyens, de voir le drapeau français flotter sur le fronton de leurs édifices, et d'entendre le nom de Sarkozy scandé dans les rues de Benghazi ? Donc il y a là, des interrogations.


In Le Républicain


Source: TELEDIASPORA.NET

LA GUINEE FAIT SON ENTREE OFFICIELLE DANS LA FRANÇAFRIQUE


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Guinée, Bolloré, Sarkozy: l'embarrassante affaire du port de Conakry

Par Sylvain Courage


Officiellement, le sujet sensible n'est pas à l'ordre du jour du premier rendez-vous entre Alpha Condé et Nicolas Sarkozy ce mardi. Mais la prise de contrôle par le groupe Bolloré de la principale infrastructure de ce pays très riche en minerais soulève bien des questions et nous replonge dans les arcanes de la "Françafrique".


Port de Conakry, extérieur nuit. Le 8 mars, aux alentours de 21 heures, une escouade de policiers et de militaires guinéens, kalachnikovs en bandoulière, investissent les docks où sommeillent grues et conteneurs. Le commando saute sur les bureaux de Getma International, la société française qui exploite la zone portuaire depuis 2008. Les salariés sont expulsés manu militari. Les locaux, bouclés à double tour. "Réquisition?" L'ordre est tombé du palais présidentiel: un décret signé Alpha Condé, le chef de l'Etat guinéen. L'un des innombrables autocrates du continent? Non, Alpha Condé est le premier président de la République de Guinée démocratiquement élu le 3 décembre 2010. Après avoir passé quarante ans dans l'opposition aux despotes corrompus qui ont ruiné son pays, il se définit lui-même comme le "Mandela guinéen". Un nationaliste, un progressiste, naguère professeur de droit public à la Sorbonne.

Ce 8 mars, le professeur Alpha a-t-il décidé une nationalisation musclée de la principale infrastructure de ce pays riche en minerais, mais qui figure parmi les plus pauvres du monde? Pas vraiment. Dès le 10 mars, deux jours après l'expulsion, Alpha Condé accorde une nouvelle concession de vingt-cinq ans... au groupe Bolloré. Cette multinationale tricolore s'est taillé un colossal empire en Afrique: ports, transports, plantations. Presque tout ce qui circule sur le continent passe entre ses mains. Son patron, Vincent Bolloré, aussi puissant qu'énigmatique, est à tu et à toi avec tous les potentats d'Afrique de l'Ouest. Il est aussi le grand ami de Nicolas Sarkozy - c'est sur son yacht que le président français fraîchement élu était allé se reposer après la victoire de 2007.

Pas de hasard

Coïncidence? Nicolas Sarkozy accueille le 22 mars Alpha Condé pour sa première visite officielle à Paris. Quelques jours après la reprise en main du port au profit de Bolloré. Pour les habitués du vol Conakry-Paris, il n'y a pas de hasard : cette réception en grande pompe avec tapis rouge et garde républicaine serait la contrepartie de la faveur accordée à Bolloré l'Africain...

L'affaire en tout cas est emblématique: même la "transition démocratique" n'empêche pas les vieilles habitudes, les jeux des influences, les conflits d'intérêts. Autour de ce dossier sensible s'activent en effet beaucoup de "sorciers blancs": hommes de réseau, de communication ou conseillers de l'ombre. Parmi eux, l'ancien ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner. "C'est mon frère jumeau", dit de lui Alpha Condé: les deux hommes se sont connus au lycée Turgot dans les années 1960 et ne se sont jamais perdus de vue. Quand il dirigeait le ministère des Affaires étrangères, Kouchner n'a pas ménagé ses efforts pour l'organisation d'un scrutin libre en Guinée. Depuis qu'il n'est plus au gouvernement, il multiplie les visites à Conakry et dispense ses "conseils" à "Alpha". Il y était encore la semaine dernière. "La Guinée peut devenir le phare de l'Afrique", s'enthousiasme l'ex-ministre. L'ex-French doctor, qu'on dit proche de Bolloré, a-t-il aussi fourni ses "conseils" pour la gestion du port? Et joué les entremetteurs pour faciliter la visite de Condé à Paris? Le petit milieu de la Françafrique, qui se souvient de son rôle de consultant auprès de feu Omar Bongo, est en ébullition. Il est vrai que l'"opération nettoyage" sur le port de Conakry a de quoi stupéfier même les plus cyniques et les plus endurcis des businessmen.

Une plainte pour corruption internationale

A peine Getma a-t-il été éjecté du port que les cadres de Bolloré, escortés par les forces de l'ordre, se sont en effet installés dans ses locaux, récupérant les ordinateurs, les archives, les grues... "Nous avions déjà investi 30 millions d'euros pour moderniser les installations, acheter des engins de manutention. Le comportement des autorités guinéennes qui nous ont expulsés manu militari et celui de Bolloré qui utilise nos actifs sont injustifiables", s'étrangle Richard Talbot, le fondateur de Necotrans, la maison mère de Getma, un groupe de 3.000 salariés qui prospère dans l'import-export en Afrique.

Talbot s'estime lésé et lance une procédure qui rompt avec tous les "codes" en vigueur dans le monde opaque du négoce africain, où les concurrents lavent généralement leur linge sale en famille. Il porte plainte auprès du procureur de la République de Paris, Jean-Claude Marin, pour "corruption internationale". Son avocat, Pierre-Olivier Sur, n'y va pas de main morte: "Nous souhaitons que la justice enquête sur le fait que Bolloré a soutenu la campagne électorale d'Alpha Condé par le biais de l'agence de communication Euro RSCG, qu'il contrôle, et a obtenu la concession du port de Conakry".

Chez Bolloré, on rejette toutes ces accusations en bloc?: "Les autorités guinéennes ont retiré la concession à Necotrans car cet opérateur ne tenait pas ses promesses d'investissement. Bolloré, qui était arrivé en deuxième position de l'appel d'offres de 2008, est apparu comme un partenaire plus professionnel, réellement en mesure de développer une infrastructure vitale pour le pays". Et Me Olivier Baratelli s'indigne: "Nous engagerons des plaintes contre tous les propos inqualifiables et scandaleux de Necotrans, qui organise une campagne pour salir une entreprise du CAC 40 et obtenir de l'argent. Il est inadmissible de faire croire qu'un groupe comme Bolloré ait pu corrompre un chef d'Etat étranger".

Le parcours sinueux de Bolloré

Aujourd'hui, en tout cas, Vincent Bolloré tient sa revanche. En 2008, il a très mal vécu d'avoir été écarté de la gestion du port de Conakry par plus petit que lui. A l'époque, son groupe tente d'abord de négocier de "gré à gré" avec l'autocrate Lansana Conté, encore au pouvoir à l'époque. "Bolloré proposait un 'ticket d'entrée' dérisoire de 1 million d'euros", assure l'avocat de Necotrans. Les protestations des concurrents obligent les autorités à lancer un appel d'offres.

A ce jeu, le groupe Necotrans, implanté en Guinée depuis vingt-cinq ans, est le mieux-­disant. Son "ticket d'entrée" atteint 15 millions d'euros. Il propose aussi un loyer de 10 euros annuels par mètre carré et une redevance de 10 euros par conteneur. "Cela devait rapporter 22 millions d'euros par an à l'Etat guinéen contre 9,7 millions pour l'offre de Bolloré", affirme Necotrans. Noté 86,77 sur 100, la proposition du groupe de Richard Talbot décroche la timbale devant Bolloré (76,72) et le géant danois du fret maritime Maersk (72,98).

Mais, en septembre 2008, juste après la signature de la concession, la donne politique change. Lansana Conté, diminué depuis des années, meurt. Une junte militaire dominée par l'inquiétant capitaine Dadis Camara prend le pouvoir et conteste la gestion du port: "Le gouvernement sortant s'est entêté à brader notre port. Pour servir quels intérêts?" Camara joue les vertueux... ou réclame sa part. Chez Necotrans, on fait observer que ce retournement "intervient après une visite, remarquée en ville, d'une équipe de Bolloré..." Paranoïa de ceux qui voient la main de Bolloré partout? Toujours est-il qu'en 2009 la concession de Necotrans est suspendue pendant quatre mois. Puis le groupe français se "rabiboche" avec le pouvoir militaire. Pour peu de temps. Car la bataille féroce pour le contrôle du port est soumise aux convulsions d'une guerre civile qui ne dit pas son nom.

Le despote Dadis Camara tombe après un an de pouvoir émaillé de violences et de crimes, notamment l'assassinat de 157 opposants lors d'une manifestation au stade de Conakry, une tuerie condamnée par l'ONU. Les diplomaties occidentales finissent par s'émouvoir. Camara, qui échappe de peu à un attentat, est "exfiltré"vers le Burkina Faso. Le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner et le Département d'Etat américain s'activent en coulisses - comme l'ont récemment confirmé les télégrammes publiés par le site WikiLeaks - pour lui trouver un successeur: le vieux général Sékouba Konaté, qui accepte de ressusciter un pouvoir civil issu d'élections libres. Les cartes politiques - et donc commerciales - sont rebattues. Le groupe Bolloré, qui n'a pas renoncé, voit revenir au premier plan un homme sur lequel il peut fonder quelques espérances: Alpha Condé.

Un plan com' bien conçu

L'éternel opposant a de solides appuis en France. En 2001, le président Jacques Chirac s'est ému de sa condamnation pour "haute trahison" et de son emprisonnement. Détenu pendant vingt-huit mois à la prison de Conakry, il finira par être libéré grâce à l'action d'un efficace comité de soutien présidé par Albert Bourgi - frère de Robert, lui-même héritier des réseaux gaullistes en Afrique. Déjà candidat à deux reprises à la présidence lors des élections bidonnées de 1993 et 1998, l'ancien militant tiers-mondiste de la Fédération des Etudiants d'Afrique noire en France (FEANF) et membre de l'Internationale socialiste peut évidemment compter sur Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères. Mais aussi sur Pierre-André Wiltzer, camarade de fac et ministre de la Coopération du gouvernement Raffarin, de 2002 à 2004. Enfin, et peut-être surtout, il jouit du soutien de Vincent Bolloré.

Aux dires des connaisseurs, le rapprochement entre l'entrepreneur breton et le panafricaniste remonte aux années 1990. Pierre Aïm, businessman condamné pour une fraude douanière au Sénégal et poisson-pilote de Bolloré auprès de Sassou Nguesso (Congo-Brazzaville) et d'Idriss Déby (Tchad), en aurait été l'artisan. A la tête de son parti d'opposition le Rassemblement du Peuple de Guinée, Alpha Condé voit sa campagne électorale prise en charge par Euro RSCG Worldwide, l'agence de communication contrôlée par la holding familiale de Vincent Bolloré et présidée par Stéphane Fouks. Africaine en diable, l'agence "animera" aussi la campagne du président sortant Laurent Gbagbo, en Côte d'Ivoire, où le port est passé sous pavillon Bolloré depuis belle lurette...

En juin 2010, "Un Africain engagé", livre d'entretiens conçu pour mettre en valeur le profil d'homme d'Etat d'Alpha Condé, paraît aux Editions Jean Picollec. Il est signé Jean Bothorel, ancien éditorialiste du "Figaro"... qui fut, en 2007, chez le même Jean Picollec, le biographe de Vincent Bolloré. Le plan com est bien conçu: "Je me souviens d'avoir enregistré une interview chez Euro RSCG pour promouvoir le livre et le parcours d'Alpha Condé", dit Bothorel.

Au premier tour de l'élection, Alpha Condé ne recueille que 18% des voix mais croit en son étoile. "C'est le score qu'a fait Wade quand il a battu Diouf au Sénégal", répète-t-il à ses visiteurs. A Paris, en revanche, Sarkozy doute des chances de ce "professeur" de 73 ans qui prétend restaurer la démocratie et mettre fin au pillage des ressources et à la corruption. L'arithmétique des désistements et des reports des voix devait profiter à son adversaire Cellou Dalein Diallo, ancien Premier ministre de Lansana Conté. Issu de l'ethnie dominante des Peuls, il passe pour favori face au Malinké Alpha Condé. Sarkozy en fait son champion...

En conseil des ministres, il lance à Kouchner: "Vous auriez besoin d'une calculette, Bernard..." Pourtant Condé l'emporte avec 52% des suffrages. Election validée par la commission électorale malgré une contestation des partisans de Diallo violemment réprimée à Conakry. Le 21 décembre, sa cérémonie d'investiture est l'occasion de grandes retrouvailles: Bernard Kouchner et Pierre-André Wiltzer sont de la partie... "Nous étions déjà au courant de son intention d'annuler la concession et d'exaucer Bolloré. J'ai essayé de le prendre à part et d'argumenter, mais il m'a renvoyé vers un fonctionnaire du ministère guinéen des Transports qui m'a reçu le lendemain et ne m'a plus jamais reparlé", raconte Wiltzer, recruté tout exprès par Necotrans pour assurer son "lobbying".

Le film s'accélère le 3 février 2011. Ce jour-là, Vincent Bolloré lui-même fait le voyage de Conakry. Il est hébergé à la résidence personnelle d'Alpha Condé et visite avec lui les installations portuaires, escorté par les motards de la garde présidentielle. La rumeur d'une remise en question de la concession court dans toute la ville. Mais Necotrans, dont les nerfs sont mis à rude épreuve, ne fait officiellement l'objet d'aucun grief avant d'être expulsé du port par un commando d'hommes en armes. "Nous n'avons jamais reçu de réclamations, ni de mise en demeure. Alpha Condé a préféré utiliser la force, car la voie légale lui interdisait de nous expulser comme il l'a fait et de confier le port à Bolloré sans même procéder à un nouvel appel d'offres", souligne l'avocat Cédric Fischer.

Evidemment, les partisans de Condé font une autre lecture de cette expulsion: le président guinéen voudrait nettoyer le passé, mettre au pas les sociétés étrangères qui ont "exploité" la Guinée sans vergogne, faire appel à de nouveaux investisseurs qui ne se sont pas compromis avec ses sanglants prédécesseurs. N'a-t-il pas, par exemple, confié la construction du chemin de fer Conakry-Kankan à l'opérateur brésilien Vale, introduit par son ami l'ex-président brésilien Lula?

Bernard Kouchner, lui, relativise les mésaventures de Necotrans: "Cette petite entreprise n'était sans doute pas à la hauteur. Alpha a pris une sage décision. Et ce qui devrait faire du bruit, c'est que pour la première fois, un pays d'Afrique accède à la démocratie..." Problème, l'ancien ministre de la Santé, qui œuvre à la construction d'une "maison de la mère et de l'enfant?», financée par "de grandes entreprises françaises"- ceci afin que "les Guinéennes n'accouchent plus par terre" - est logé dans les locaux de la filiale locale du groupe Bolloré...

Des requins dans les ports

Quelle sera l'issue de la guérilla juridique qui s'engage? "C'est le pot de fer contre le pot de terre", reconnaît-on chez Necotrans, dont l'existence est menacée, à terme, par la perte de la concession de Conakry. Une chose est sûre: reçus par André Parant, le Monsieur Afrique de l'Elysée, les avocats du groupe ont été écoutés d'une oreille polie, mais distraite. Du côté du ministre de la Coopération, Henri de Raincourt, on veut croire à une forme de compromis entre deux spécialistes de la manutention portuaire qui collaborent déjà à Abidjan, à Cotonou et à Pointe-Noire...

"Nos concurrents internationaux rigolent bien de ce genre de pugilat", dit un initié de la Françafrique. Pris d'assaut par les businessmen du monde entier, le Novotel de Conakry ne désemplit pas. Et les vols d'Air France sont complets. "Trop de gens veulent profiter de l'ouverture après des années de junte militaire pour mettre la main sur les mines de bauxite, de fer, de diamants ou réaliser l'électrification de la ville", raconte le journaliste Amara Moro Camara, de l'hebdomadaire "le Démocrate". Les Guinéens ont compris que les requins des affaires n'ont pas fini d'écumer les eaux du port...


Sylvain Courage

© Copyright Le Nouvel Observateur


Source: TELEDIASPORA.NET

19:31 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, France, Guinée | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : afrique, guinée, france, bolloré en guinée, l'embarrassante affaire du port de conakry | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

LIBYE: SELON LA PRESSE ITALIENNE, LA «REVOLUTION» A ETE TELEGUIDEE PAR LES SERVICES SECRETS FRANÇAIS



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De Franco Bechis, Directeur adjoint du quotidien italien "Libero"


Traduction de l'article du quotidien de Berlusconi "Libero" du 23 mars 2011.

Première étape du voyage, 20 octobre 2010, Tunis. C'est là qu'est descendu avec toute sa famille d'un avion de Libyan Airlines, Nouri Mesmari, chef du protocole de la cour du colonel Muhamar Kadhafi. C'est un des grands perroquets du régime libyen, depuis toujours aux côtés du colonel.

Le seul -comprenons-nous- qui avec le ministre des Affaires étrangères Moussa Koussa avait un accès direct à la résidence du raïs sans avoir à frapper (avant d'entrer, NdT).

Le seul à pouvoir franchir le seuil de la suite 204 du vieux cercle officiel de Benghazi où le colonel libyen a accueilli avec tous les honneurs le Premier ministre italien Silvio Berlusconi pendant la visite officielle en Libye. Cette visite de Mesmari à Tunis ne dure que quelques heures. On ne sait pas qui il rencontre dans la capitale où la révolte contre Ben Ali couve sous la cendre. Mais il est désormais certain que dans ces heures-là et dans celles qui ont immédiatement suivi, Mesmari jette les ponts de ce qui, à la mi-février, allait devenir la rébellion de la Cyrénaïque. Et prépare l'estocade contre Kadhafi en cherchant et obtenant l'alliance sur deux fronts : le premier est celui de la dissidence tunisienne. Le second est celui de la France de Nicolas Sarkozy. Et les deux alliances lui réussissent.

C'est ce dont témoignent des documents de la DGSE, le service secret français, et une série de nouvelles fracassantes qui ont circulé dans les milieux diplomatiques français à partir de la lettre confidentielle, Maghreb Confidential (dont il existe une version synthétique et accessible payante).

Mesmari arrive à Paris le lendemain, 21 octobre. Et il n'en bougera plus. En Libye il n'a pas caché son voyage en France, puisqu'il a emmené avec lui toute sa famille. La version est qu'à Paris il doit subir un traitement médical et probablement une opération. Mais il ne verra pas l'ombre d'un médecin. Ce qu'il verra seront par contre, tous les jours, des fonctionnaires des services secrets français.

La réunion

On a vu de façon certaine au début du mois de novembre, entrer à l'Hôtel Concorde Lafayette de Paris, où Mesmari réside, d'étroits collaborateurs du président français. Le 16 novembre, une file de voitures bleues est devant l'hôtel. Dense et longue réunion dans la suite de Mesmari. Deux jours plus tard une dense et étrange délégation française part pour Benghazi. Avec des fonctionnaires du ministère de l'Agriculture, des dirigeants de France Export Céréales et de France Agrimer, des managers de Soufflet, de Louis Dreyfus, de Glencore, de Cani Céréales, Cargill et Conagra.

Expédition commerciale, sur le papier, pour essayer d'obtenir à Benghazi justement de riches commandes libyennes. Mais se trouvent aussi dans le groupe des militaires français, déguisés en hommes d'affaire.

À Bengazi ils vont rencontrer un colonel de l'aéronautique libyenne indiqué par Mesmari : Abdallah Gehani. Il est au-dessus de tout soupçon, mais l'ex-chef du protocole de Kadhafi a révélé qu'il était prêt à déserter et qu'il a aussi de bons contacts avec la dissidence tunisienne.

L'opération est menée en grand secret, mais quelque chose filtre jusqu'aux hommes les plus proches de Kadhafi. Le colonel se doute de quelque chose. Le 28 novembre, il signe un mandat d'arrêt international à l'encontre de Mesmari. L'ordre arrive aussi en France à travers les canaux protocolaires. Les Français s'alarment et décident de suivre l'arrêt de façon formelle.

Quatre jours plus tard, le 2 décembre, la nouvelle filtre justement depuis Paris. On ne donne pas de nom mais on révèle que la police française a arrêté un des principaux collaborateurs de Kadhafi. La Libye, au premier abord, retrouve son calme. Puis apprend que Mesmari est en réalité aux arrêts domiciliaires dans la suite du Concorde Lafayette. Et le raïs commence à s'agiter.

La colère du raïs

Quand arrive la nouvelle que Mesmari a demandé officiellement l'asile politique à la France, la colère de Kadhafi éclate, il fait retirer son passeport même au ministre des Affaires étrangères, Moussa Koussa, accusé de responsabilité dans la défection de Mesmari. Il essaie ensuite d'envoyer ses hommes à Paris avec des messages pour le traître : « Reviens, tu seras pardonné ». Le 16 décembre, c'est Abdallah Mansour, chef de la télévision libyenne, qui essaie. Les Français l'arrêtent à l'entrée de l'hôtel. Le 23 décembre d'autres Libyens arrivent à Paris. Ce sont Farj Charrant, Fathi Boukhris et All Ounes Mansouri.

Nous les connaîtrons davantage après le 17 février : parce que ce sont justement eux, avec Al Hadji, qui vont mener la révolte de Benghazi contre les miliciens du colonel.

Les trois sont autorisés par les Français à sortir dîner avec Mesmari dans un élégant restaurant des Champs-Élysée. Il y a aussi là des fonctionnaires de l'Élysée et quelques dirigeants des services secrets français. Entre Noël et le Jour de l'an paraît dans Maghreb Confidential, la nouvelle que Benghazi est en ébullition (à ce moment-là personne ne le sait encore), et aussi quelques indiscrétions sur certaines aides logistiques et militaires qui seraient arrivées dans la seconde ville libyenne, en provenance justement de la France. Il est désormais clair que Mesmari est devenu un levier aux mains de Sarkozy pour faire sauter Kadhafi en Libye. La lettre confidentielle sur le Maghreb commence à faire filtrer les contenus de cette collaboration.

Mesmari est nommé « Libyan Wikileak », parce qu'il révèle un après l'autre les secrets de la défense militaire du colonel et raconte tous les détails des alliances diplomatiques et financières du régime, en décrivant même la carte du désaccord et les forces qui sont sur le terrain. À la mi-janvier, la France a dans les mains toutes les clés pour tenter de renverser le colonel. Mais il y a une fuite. Le 22 janvier, le chef des services secrets de Cyrénaïque, un fidèle du colonel, le général Aoudh Saaiti, arrête le colonel d'aviation Gehani, référant secret des Français depuis le 18 novembre.

Le 24 janvier, il est transféré dans une prison de Tripoli, accusé d'avoir créé un réseau social en Cyrénaïque, qui faisait les louanges de la contestation tunisienne contre Ben Ali. Mais c'est trop tard : Gehani a déjà préparé la révolte de Benghazi, avec les Français.


Traduction Marie-Ange Patrizio


http://affaritaliani.libero.it/politica/sarko_rivolta_lib...

http://bellaciao.org/it/spip.php?article28705

http://it.peacereporter.net/articolo/27597/Libia%2C+rivol...

http://www.pane-rose.it/files/index.php?c3%3Ao26038%3Ae1

http://www.italiah24.it/dal-mondo/africa/6575-guerra-libi...

http://www.blitzquotidiano.it/politica-mondiale/libia-fra...

LETTRE OUVERTE AUX PARLEMENTAIRES FRANÇAIS: NON A LA RECOLONISATION DE MADAGASCAR

 

LOGO GTT INTERNATIONAL GENEVE.png

Peuple Malagasy Gagnant. Madagasikara Libre

 

Vous n'êtes pas sans savoir que Madagascar s'enlise dans une crise politique sans précédent depuis plus de deux ans.

La communauté internationale a mandaté un groupe de médiation, le GIC (Groupe International de Contact) pour conduire le processus de sortie de crise. Il se trouve que le travail de ce groupe a été à plusieurs reprises saboté par la France qui veut à tout prix garder le putschiste Rajoelina au pouvoir.

Nous tenons à dénoncer un cas flagrant de mépris de la démocratie dont le peuple Malagasy est victime depuis deux ans. Dernièrement, le jeune putschiste Rajoelina tente avec l'aide de pays complaisants, notamment la France,  de faire le forcing pour la signature d'une  « feuille de route »  dont le contenu est scandaleux au plus haut point.


En effet, deux dispositions sont inacceptables pour nous légalistes: d'une part, la consécration du putschiste et criminel Rajoelina, désigné à l'ONU comme "sans qualité", en tant que chef d'Etat et Président de la Transition et ce, avec les pleins pouvoirs.


Et d'autre part, le flou concernant le retour du Président élu démocratiquement Ravalomanana nous laisse croire à une volonté de l'empêcher d'exercer ses droits civiques et de l'éliminer politiquement.


De plus, la libération des prisonniers politiques ainsi que les atteintes à la liberté d'expression de la population sont  totalement ignorées.


Or, nous considérons que les points cités ci-dessus constituent un préalable à toute négociation. Ils sont également le gage d'apaisement tant recherché par le peuple Malagasy.


En outre, nous dénonçons les manœuvres de la HAT avec la complicité des émissaires du GIC et de certains pays de minimiser les trois grands partis de Madagascar au profit de minuscules partis politiques créés pour l'occasion par la HAT. L'objectif est de vouloir tromper la Communauté Internationale avec un semblant de "majorité présidentielle".


Nous nous élevons aussi contre l'attitude de la France qui consiste, de manière détournée, à imposer sa feuille de route qui, rappelons-le a déjà été rejetée à maintes reprises par les grandes mouvances politiques en 2010.


Nous demandons que:

  • la souveraineté de Madagascar soit respectée,
  • cette feuille de route scandaleusement imposée aux Malagasy soit retirée,
  • la France cesse de se comporter en colonialiste, bafouant ainsi toutes les règles démocratiques,
  • les autorités françaises reconnaissent la légitimité incontestable du Président élu Marc Ravalomanana,
  • des solutions durables de sortie de crise soient étudiées avec toutes les mouvances politiques.



GTT INTERNATIONAL Genève - Collectif de la Diaspora

15, rue des Savoises

Genève - SUISSE


Président: Gilbert Darsot Rasolofoniaina
Vice-Président - Chargé des Relations avec Madagascar: Raharimbahoaka Andriahobijaona

http://gtt-international.blogspot.com/

http://gasytiatanindrazana.com/

mardi, 22 mars 2011

LES RACINES DE LA REVOLTE ARABE ET LES CELEBRATIONS PREMATUREES

REVOLUTION TUNISIENNE.jpg

Un texte de James Petras, professeur (à la retraite) de sociologie à l'université de Binghamton dans SUNY Etat de New York, aux  USA, et assistant professeur à l'Université  Sainte Marie à Halifax, Nouvelle Ecosse  au Canada. Il écrit beaucoup sur les problèmes politiques de l'Amérique latine et du Moyen Orient .


Les racines de la révolte arabe et les célébrations prématurées

La plupart des informations  sur les  révoltes  arabes  d'Egypte, Tunisie, Libye, Maroc, Yémen, Jordanie, Bahreïn, Irak et d'ailleurs se sont focalisées sur les causes les plus  immédiates : dictature politique, chômage, répression, blessure  et meurtre de manifestants. La plupart  se sont consacrées à la « classe moyenne »  aux jeunes   militants éduqués,  à  leurs communications sur internet et, dans le cas d'Israël et de ses théoriciens  sionistes du complot  à la  « main cachée » des  extrémistes islamistes.

Est ici absent  tout effort visant à fournir un cadre pour la révolte, qui fournirait une explication de l'étendue de   la  structure socio-économique à moyen et long  terme ainsi que du détonateur immédiat de  l'action politique. L'étendue  et la profondeur des soulèvements populaires et la diversité des forces politiques et sociales, qui sont entrés  dans le  conflit, excluent toute explication, qui ne  voit qu'une seule dimension des  combats.

L'essence des économies arabes

À l'exception de  la Jordanie, la  plupart  des   économies arabes, où  se déroulent les révoltes,   sont  fondées    sur les  « rentes » du pétrole, du  gaz, des ressources minérales  et du  tourisme, d'où proviennent  la plupart des recettes d' exportations et des revenus  de l'Etat.

Ces branches  sont en réalité  des enclaves  exportatrices,  employant une infime partie de la population active et délimitant une  économie hautement spécialisée.  Ces branches n'ont pas aussi d'articulation  avec   une  économie productive  domestique   diversifiée : le  pétrole est exporté et tous les produits finis , ainsi que les services financiers  et les services  de  technologie de pointe, sont importés et  contrôlés  par les entreprises multinationales étrangères  et  par les  expatriés liés à  la classe dirigeante Le  tourisme renforce le « loyer » en quelque sorte de branches   qui fournit  des devises étrangères et des recettes fiscales  au  clan familial de classe  de l'État. Pour les revenus fiscaux, l'Etat compte  sur  l'investissement  des capitaux étrangers subventionnés  par l'Etat et des investisseurs locaux  politiquement connectés,  dans l'immobilier et  sur  les travailleurs de la construction importés de l'étranger. Les  revenus  basés sur les concessions  peuvent  créer  une  grande richesse d' autant que les prix de l'énergie s'envolent, mais ces fonds  vont à la classe des « rentiers », qui ne sont pas en mesure d'approfondir et d'élargir le processus de développement économique et l'innovation ou bien  n'y inclinent pas. Les  rentiers se spécialisent dans la spéculation financière, l' investissement outre mer  à travers les  sociétés détenues par des capitaux privés,   la  consommation de gaspillage et la consommation de produits de luxe et les milliards de dollars et d'euros  placés sur  les comptes privés secrets dans les banques d' outre-mer. L' économie rentière n'offre,  en matière d'activité  productive moderne,   que  peu d'emplois ;  son extrémité supérieure  est  contrôlée  et élargie par les membres des clans familiaux et par  les sociétés financières étrangères  à travers des experts   dans  émigration ; les travaux techniques et le travail  qui  comble  l'emploi  de l'extrémité inférieure  de l'axe social  imaginaire  sont  pris par la main-d'œuvre contractuelle  étrangère, avec des niveaux de  salaires  et des conditions de travail pires, que ceux que  les travailleurs qualifiés locaux  sont  prêts à accepter. L'économie rentière fermée   débouche sur une  classe dirigeante fondée  sur des clans, qui introduit la confusion   des biens publics et privés ; en fait en haut, il y a  les  monarques absolus,  leurs  familles    et leurs clients,  les chefs de  tribus, l'entourage  politique  et  les technocrates au milieu. Ce sont des classes régnantes fermées. L'entrée est limitée à certains membres du clan ou  à  des dynasties familiales  et un petit nombre d'individus-entrepreneurs, qui peuvent accumuler les   richesses en servant la classe régnante. Ce cercle étroit  vit   des   rentes  des locations, s'offre un revenu du partenariat dans la   possession des terres, où une expertise n'est pas requise, mais  seulement une autorisation officielle, de la  cession de terres, des   licences d'exportation et  de l'exonération fiscale.

En plus du pillage des caisses de l'Etat,  la classe dirigeante pratique la liberté du commerce -, c'est-à-dire. l'importation de produits finis  bon marché c'est-à-dire la destruction de toute mise en exploitation d'origine domestique dans la transformation productive, le secteur agricole et technique..Le résultat est qu'il n'existe pas de capitaliste national-entrepreneur ou  de  classe moyenne. Sont, la plupart du temps,  considérés classe  moyenne les employés du secteur public (enseignants, professions   médicales, fonctionnaires, pompiers, policiers, officiers de l'armée), qui  dépendent  de leurs salaires,  lesquels  à  leur  tour dépendent  de la subordination de ces salariés au  pouvoir absolu. Ils n'ont pas la moindre  chance d'accéder aux  couches supérieures,  ni de voir  leurs enfants instruits  s'ouvrir des perspectives  économiques.

La concentration du pouvoir économique, social et politique dans un  clan de classe  fermé, qui contrôle le système, conduit à une énorme concentration de la richesse. Résultat de  la différence sociale entre  dirigeants et dirigés cette   richesse    fruit  des prix élevés des produits de base produit une image fortement déformée de la « richesse »par habitant ;En comptant    les milliardaires et les  millionnaires au sommet dune  masse de jeunes  à faible revenu et mal employée, on  donne un revenu moyen  élevé trompeur.

Le gouvernement des rentiers: par les  armes et les aumônes

Pour contrebalancer  ces grandes inégalités dans la société et  protéger sa  position de classe dirigeante rentière parasitaire  celle-ci choisit des alliances  avec des  entreprises d'armement  à coups  de  milliards de dollars et la  protection  militaire  de la   puissance  impériale dominante (USA). Les dirigeants s'engagent à  offrir la  « néocolonisation  sur  invitation » les sites  pour les bases militaires  ainsi que  les aéroports et les  ports maritimes  pour les  opérations militaires,  des accords secrets  pour le financement  de mercenaires  contre  ceux qui s'opposent à  l'impérialisme et la  soumission à  la domination sioniste dans la région (hormis   la  petite  critique  occasionnelle vide de sens.).

Sur  le  moyen terme  le  gouvernement par la force est complété par l'allocation autoritariste paternaliste dispensée  à la pauvreté rurale et  aux  groupes tribaux ; les livraisons de vivres à la pauvreté urbaine ; la voie sans issue des travaux d'urgence pour les chômeurs instruits. L'achat d'armements couteux  et les  allocations paternalistes  autoritaires  reflètent  l'incapacité de lancer   tout investissement productif. Plutôt que de donner  les  milliards à la relance de l'économie on les donne à   la course aux armements .Des centaines de millions sont donnés aux allocations autoritaires exceptionnelles et paternalistes plutôt que  dans des investissements à long terme créateurs d'emplois productifs. La « colle » qui maintient le système ensemble, est une combinaison  de  pillage moderne  des richesses publiques et des sources d'énergie naturelles et d'utilisation de mercenaires et de  recrues néocoloniales  pour contrôler et opprimer la population. Des systèmes d'armes américains modernes sont au service de  monarchies et de  dictatures anachroniques et absolutistes, fondées sur les principes du règne dynastique du  18ème siècle L'émergence et la propagation des  systèmes de communication les plus récents et  de  centres commerciaux à l'architecture ultramoderne pour la satisfaction des consommateurs de l'élite,  et qui forment un contraste aigu vis-à- vis de l'écrasante majorité des jeunes instruits au chômage, en haut  exclus et en bas repoussés par   les travailleurs  contractuels d' outre-mer  sous- rémunérés.

La déstabilisation  néolibérale

Les clans  de classe rentiers sont poussés par  les institutions financières internationales et les banquiers locaux  à « réformer »  leurs économies: à  « l'ouverture » du marché intérieur et des entreprises publiques pour les investisseurs étrangers  à  réduire les déficits, résultant de la crise mondiale et  à mettre en œuvre  des réformes néolibérales. Le résultat des « réformes économiques »  a été  de réduire ou de cesser la fourniture d'aliments pour les pauvres et la réduction de l'emploi dans le secteur d'Etat, ce  qui a bloqué une des rares possibilités d'emploi  pour les jeunes instruits. On augmente les  impôts  pour les   consommateurs  et  les travailleurs salariés et   les titulaires de   revenus fixes  tandis que les commerçants de l'immobilier,  les spéculateurs financiers immobilier  et  les importateurs sont  exonérés d'impôts . La déréglementation a renouvelé  la  corruption massive, non seulement  au sein de  la classe rentière  dirigeante, mais aussi dans son  environnement commercial  immédiat. Le  « cordon » paternaliste autoritaire qui  liait  la   classe moyenne à la classe régnante, a été  perturbé par les réformes néo libérales  suscitées  par les   pays étrangers Des réformes  qui combinent l'exploitation étrangère moderne avec les formes traditionnelles déjà existantes de l'exploitation   privée domestique. Les régimes claniques de classe ne peuvent plus compter sur des mouvements syndicaux, estudiantins, de petits entrepreneurs et d'un secteur d'Etat sous-payé, isolés les uns des autres pour tenir   les  fidèles des  clans, des  tribus, cléricaux et clientélistes.

La rue contre le palais

Les causes immédiates de la révolte arabe sont concentrées dans les contradictions  démographiques de  classe d'une  économie rentière sous direction clanique de classe. L'oligarchie au pouvoir règne sur la masse des chômeurs et  des  jeunes travailleurs peu employés  qui constituent dans la tranche des  moins de 25 ans, 50 à 60 % de la population.  L'économie rentière  « moderne » dynamique   n'accepte pas  d'employer  des jeunes fraîchement formés. Elle les chasse vers   l'économie de la rue, du jour le  jour,   non protégée et sous payée comme marchands  ambulants,  contractuels dans  les transports et  dans les services aux  personnes.

Les  secteurs ultramodernes  tels que le pétrole, l'immobilier,  le  tourisme et les centres commerciaux dépendent de l'appui politique et militaire  des chefs traditionnels retardataires  cléricaux, des tribus et des  clans qui  sont  entretenus  mais jamais  intégrés  dans la  sphère de la production moderne. La  classe ouvrière industrielle urbaine moderne avec des  petits syndicats  indépendants  est interdite  Les  associations  citoyennes  de la classe moyenne sont soit sous le contrôle de l' État,  soit  se limitent  juste  à se plaindre  à l' État absolutiste.

Le développement insuffisant des organisations sociales  liées  aux classes sociales impliquées  dans des activités de production modernes, signifie que l'axe de l'action sociale et politique est  la  rue .Les jeunes chômeurs  e les jeunes  partiellement occupés dans le secteur du jour le jour, se rencontrent sur  les places, dans les kiosques, les cafés  dans des cercles   aux  coins des rues et sur les marchés, ils  tournent autour et à l'écart  des  centres du  pouvoir administratif absolutiste. Les  masses urbaines n'occupent pas  de positions stratégiques dans  le système économique. mais ils sont  à portée de mains pour  des mouvements de foule, capables  de paralyser les rues et les places, par lesquelles sont acheminés les biens et services  et réalisés les bénéfices. De même qu'est important le fait  que les mouvements de masses mis en action par la jeunesse au chômage  fournissent l' occasion pour les syndicalistes et pour  les travailleurs opprimés dans le secteur public, pour les petits entrepreneurs  et  les travailleurs indépendants, de participer à des actions de  protestations  sans  être  victimes de représailles dans  leur  lieu de travail- détournant ainsi le  « facteur de peur » de la perte d'emploi.

La confrontation politique et sociale  tourne  autour des pôles opposés : l'oligarchie clientéliste  et les masses  exclues  (la rue arabe). Les premiers dépendent directement de l'Etat  (l'appareil militaire et policier) et les seconds  d'organisations non structurées, locales, informelles, ouvertes, improvistes. L'exception est la minorité étudiante  universitaire, qui  agit par le biais  d'Internet. Les syndicats industriels organisés  sont entrés dans   la mêlée récemment et  mettent  surtout  l'accent sur les revendications économiques de branche, avec quelques exceptions-en particulier dans les entreprises publiques, contrôlées  par les copains- oligarques, où les travailleurs  exigent  des changements dans la direction.  La résultante  des caractéristiques sociales des États rentiers , c'est que les  soulèvements  ne prennent  pas les formes de lutte des classes entre la force de travail salariée  et les capitalistes-industriels .En  émergent comme des révoltes politiques de masse   contre l'État oligarchique .Les  mouvements  sociaux basés sur la rue  démontrent  leur capacité de déclarer l' autorité étatique illégale, de paralyser l'économie et peuvent   conduire  à l'expulsion   des gouvernants  autocrates .

Mais la spécificité  naturelle  de ces  mouvements  de masse de  rue c'est de remplir  relativement facilement les places, mais aussi de  se disperser lorsque  sont évincés  les symboles de l'oppression Les mouvements basés sur la rue  manquent d'organisation et d'un   leadership  qui  proposerait et  encore moins  instaurerait  un nouvel ordre politique ou social. Leur force réside dans leur  capacité à développer des pressions sur les élites  et les institutions existantes, pas à  remplacer l'État et l'économie. D'où,  la surprenante légèreté   avec laquelle l'armée égyptienne a pu avec l'aide des États-Unis, d Israël et de  l'Union européenne  s'emparer du pouvoir et  protéger l'ensemble de l'Etat  rentier  et la structure économique et en même temps  maintenir  les liens avec  son  conseiller impérial.

Les conditions rapprochées  et l'«effet de démonstration»

La propagation des révoltes arabes  à travers l'Afrique du Nord, le Moyen-Orient et les États du Golfe est en premier lieu le   produit de conditions historiques et sociales similaires : Les Etats rentiers   dirigés  par les clans familiaux des oligarques, dépendant  des  « rentes » tirées de l'exportation forte du  pétrole  et de l'énergie, ce  qui réduit la grande majorité des jeunes aux  activités économiques courantes  basées sur la rue.« La force  de l'exemple » et «l'effet de démonstration » ne  peuvent être qu'en reconnaissant les mêmes conditions socio-économiques-politiques dans chaque pays. La force de la rue - les  mouvements urbains de  rue - supposent  la rue comme  scène économique des principaux acteurs et  prendre la place comme le lieu  de  l'exercice du pouvoir politique et  de la présentation  des  revendications s sociales.

Sans aucun doute les  succès partiels  en Egypte et en Tunisie ont conduit à l'explosion du mouvement ailleurs. Mais ils n'ont pu le faire  que dans   les pays ayant le même  héritage historique, les  mêmes  polarités sociales  entre le clan des  dirigeants-rentiers  et la force de travail marginale de la rue  et surtout, là  où  les gouvernants  ont été fortement  impliqués  et subordonnés aux groupes d'intérêts impériaux économiques et  militaires. . .


Conclusion

Les dirigeants-rentiers régentent à travers  leurs  liens avec les institutions militaires et financières des États-Unis et de l'Union européenne.Ils  modernisent leurs enclaves aisées et marginalisent   la jeunesse  qui  vient de  terminer sa formation la  confinant   dans les  emplois faiblement rémunérés, principalement dans le  secteur informel, concentrés dans les rues des grandes villes. La privatisation néolibérale, la réduction des prestations publiques (prestations de chômage, nourriture, huile comestible,  gaz,  transports,  la santé et  l' éducation), ont détruit  les liens paternalistes  grâce auxquels les gouvernants   contenaient  le mécontentement de la jeunesse et la  pauvreté ainsi que celui des élites cléricales et des chefs tribaux. L'agrégat de  classes et de  masses, modernes et traditionnelles, était un résultat direct du processus de neolibéralisation  par le haut et d'exclusion par le bas.

La promesse des «  réformateurs »  néo-libéraux  que le marché allait apporter des emplois biens payés  à la place  des subventions paternalistes, était un faux. La politique néolibérale  a  raffermi  la concentration de la richesse, mais a affaibli le contrôle de l'État sur les masses.

La crise économique capitaliste mondiale a entraîné les Etats-Unis à l'Europe à durcir  les  contrôles de l'immigration et ont éliminé l'une des soupapes de sureté des régimes-les départs massifs  de jeunes chômeurs  instruits, demandeurs d'emploi à l'étranger. L'émigration n'est plus une alternative à choisir. Le choix s'est rétréci à  lutte ou souffre. Des  études  montrent que ceux qui ont émigré,  ont tendance à être plus ambitieux,  mieux  instruits (dans le cadre  de leur  catégorie) et qui prennent le plus de risques. Maintenant,  attirés vers leur   leur mère patrie, avec   de  petites  illusions seulement  sur les possibilités outre-mer, ils sont contraints de se battre pour la mobilité individuelle chez eux par l'action collective politique et sociale.

De même qu'est important  le fait qu'au sein de la   jeunesse politique, les USA garants en quelque sorte des régimes rentiers sont vus comme une puissance impériale  déclinante  : sur le plan économique, ils  sont menacés par la Chine sur les marchés mondiaux Ils font face à  une défaite, comme  gouvernants coloniaux en Irak et en Afghanistan ; ils sont méprisés comme  le servant flagorneur et menteur d'un Israël de plus en plus discrédité Israël  malgré ses agents sionistes dans le régime d'Obama et dans  le Congrès. Tous ces éléments de déclin et de la honte de l'empire   ajoutent du courage  aux  mouvements  pour la démocratie, pour aller de l'avant contre les satellites américains et atténue sa crainte que la puissance de l'armée américaine  va  frapper et dresser  un  troisième front militaire.

Les mouvements de masse considèrent   leurs  oligarques comme des régimes de « troisième  ordre »: des Etats  rentiers  sous la domination des États-Unis, lesquels,   par contre,  sont sous le contrôle israélien-sioniste. 131 pays dans l'Assemblée générale des NATIONS Unies et l'ensemble du Conseil de sécurité, sauf les États-Unis condamnent l'expansionnisme colonial israélien ; avec le Liban, l'Egypte, Tunisie et  la montée   prochaine  de nouveaux régimes au Yémen et  à Bahreïn,  promettant   une  politique étrangère démocratique, les mouvements de masse découvrent que tous les  680 000 soldats  Israéliens avec leur  armement  moderne  ne lui  sont d'aucune utilité  en raison de son isolement diplomatique total, de la  perte de ses  clients rentiers  locaux  et  du  discrédit  total de  ses dirigeants militaristes boursouflés et de leurs agents sionistes dans le corps diplomatique des Etats-Unis.

Les structures socio-économiques et les conditions politiques elles mêmes  qui  ont  déclenché les mouvements de masse pro-démocratiques, les jeunes sans emploi et sous-employés, organisés dans la rue, représentent à présent  le plus gros problème :  Cette masse non structurée et non organisée peut elle devenir une force politique et sociale organisée qui s'empare du pouvoir d'Etat, démocratise le régime et en même temps crée une économie nouvelle, productive qui offre des emplois stables bien rémunérés  , l' économie qui manque jusqu'à présent dans l'économie rentière ? La conclusion politique actuelle n'est pas claire : les démocrates et les socialistes  rivalisent  avec  les forces néolibérales, cléricales et monarchistes   financées par les États-Unis.

Il est un peu trop tôt pour célébrer la révolution démocratique du peuple.


James Petras

James Petras est  professeur (à la retraite) de sociologie à l'université de Binghamton dans SUNY Etat de New York, aux USA, et assistant  professeur à l' Université Sainte Marie à Halifax, Nouvelle Ecosse au Canada. Il écrit beaucoup sur les problèmes politiques de l'Amérique latine et du Moyen Orient.

PAYS ARABES: SAVOIR VERS QUOI «CHANGER»

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Ça bouge drôlement ces jours-ci, en Algérie, dans pas mal d'endroits. Je ne parle pas des marcheurs  qui animent la matinée du samedi, mais de ceux qui ne sont pas contents du changement qu'a subi le pays depuis 1988 et qui ne marchent pas. On ne les trouve pas sur Facebook, ils ne parlent pas de «démocratie» et ignorent tout de ce qui agite les partis politiques et les associations qui les accompagnent. Ils sont les étudiants qui n'aiment pas du tout les «réformes» qui ont affecté les performances de l'université, dont personne ne reconnaît le bien- fondé, sauf leurs concepteurs. Ils sont les chômeurs qui ne comprennent pas pourquoi il n'y a pas d'investissements, donc de création d'emplois, alors que le pays a de l'argent. Ils sont ceux que l'Etat a abandonnés, depuis qu'il a accepté que ce soit au marché de s'occuper du développement national. Ils sont ceux que le marché a laissés-pour-compte pour ne s'occuper que de ceux qui savent tirer leur épingle du jeu. Sans parler de changement, ils le proposent concrètement. Certains ne doivent pas les aimer en disant d'eux qu'ils sont des «tubes digestifs», mais des «opérateurs» du marché ont bien saisi le message et commencé à réfléchir aux réponses économiques qu'il faut donner.

Le seul problème est que le paysage politique n'exprime pas clairement «qui est pour quoi». On n'a droit qu'à des appels au «changement» sans que l'on nous précise ou que l'on sache vers où on déménage. Ce serait le minimum de voir vers où on veut nous emmener, car toutes les destinations ne sont pas verdoyantes pour tout le monde. Car le «changement» est bizarrement scandé par les puissants de ce monde. On le constate, en Libye, où les acteurs du «changement» ont trouvé grâce auprès des pires ennemis des peuples et ont opéré une jonction militaire avec eux. Ce n'est certainement pas pour les recettes du pétrole et du gaz de ce pays qui sont utilisées pour le bien-être du peuple dans son ensemble. Le peuple, lui, peut le savoir, mais personne ne lui a demandé son avis.

Comme il a toujours suivi les promesses, il s'est divisé entre fidèles de Kadhafi et pro-insurgés, alliés de l'Otan et parrainés par Sarkozy. Les deux pans sont à des lieux de distinguer le bout du chemin, tracé en dehors d'eux, sur lequel ils se sont engagés. Probablement celui de la destruction de l'Etat national symbole de résistance, au seul profit de la mondialisation libérale, sous les coups des F16 et des Rafale. En Tunisie et en Egypte, les peuples perçoivent déjà le sens du «changement Facebooké», ils n'en veulent pas et le disent tous les jours. Alors que ceux qui ont eu le «changement» escompté sont revenus à leurs affaires et s'indignent que le peuple continue de ne pas voir que le «changement» est réalisé.

En Tunisie, Hillary Clinton a dû sentir le vent de la contestation à son encontre. Les manifestants contre sa visite avaient envie de lui dire en face, ce qu'elle va lire dans la presse : «Nous avons fait la révolution tous seuls, sans que personne ne nous aide. Les Américains ont pendant longtemps soutenu le dictateur (Ben Ali) et ils veulent maintenant récolter les fruits de notre révolution». Un parler vrai sur ce qu'elle est venue faire. Un jour enverra-t-elle, peut-être, ses bombardiers à la place de sa souriante frimousse. Elle peut compter sur la «Ligue arabe», qui a tenu à réitérer  «son soutien à une zone d'exclusion aérienne en Libye», comme si la décision de l'ONU en avait encore besoin.


Par Badis Guettaf


Source : LE JOURNAL D'ALGERIE

samedi, 19 mars 2011

LIBYE, UNILATERALISME ET NATIONS UNIES

 

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Par Alain Gresh, le dimanche 13 mars 2011

Alors que les rebelles perdent du terrain en Libye, une réunion des ministres des affaires étrangères de la Ligue arabe au Caire le 12 mars a décidé de demander aux Nations unies d'imposer une zone d'exclusion aérienne au-dessus de ce pays (« Arab states seek Libya no-fly zone », Al Jazeera English, 12 mars). L'Algérie et la Syrie ont exprimé leurs réserves. La Ligue arabe a aussi confirmé que le gouvernement de M. Mouammar Kadhafi avait perdu sa légitimité et qu'elle ouvrait un dialogue avec l'opposition. Cette position est sans précédent dans l'histoire de la Ligue arabe : suspendre la participation d'un gouvernement à la suite de sa politique « intérieure » et entamer des contacts avec l'opposition. Par ailleurs, la Ligue s'est opposée aussi à toute intervention militaire en Libye, alors que de nombreuses inquiétudes s'expriment dans le Sud face à toute décision unilatérale occidentale.

Un sommet de l'IBAS (Inde, Brésil, Afrique du Sud) s'est tenu le 8 mars à New Delhi. Cette organisation, dont les activités sont peu couvertes par les médias occidentaux, symbolise pourtant la naissance de nouveaux acteurs sur la scène internationale (dans le cadre de sa série sur « les alliances insolites », Le Monde diplomatique de mars y consacre une double page). Déjà, on s'en souvient, le Brésil et la Turquie avaient tenté, sans succès, de contribuer à résoudre le dossier du nucléaire iranien (lire « Iran, vers une "communauté internationale" post-occidentale ? »).

Cette fois-ci, les trois puissances émergentes se sont penchées sur le Proche-Orient et la crise libyenne. Elles ont affirmé que toute mesure supplémentaire par rapport à la résolution 1970 du Conseil de sécurité (qui avait décidé de sanctions contre le régime de Kadhafi) ne pouvait être décidée que dans le cadre de la charte des Nations unies (lire Ranjit Devraj, « IBSA Together in Resisting No-fly Zone », IPS, 9 mars).

Le ministre brésilien des affaires étrangères a expliqué que la déclaration reflétait ce que pensait le monde non occidental : « Il est problématique d'intervenir militairement dans des troubles internes. Toute décision d'intervention militaire doit être considérée dans le cadre des Nations unies et en coopération étroite avec l'Union africaine et la Ligue arabe. » Une zone d'exclusion aérienne risque, a-t-il ajouté, de nourrir des sentiments anti-américains et anti-occidentaux qui ne sont pas présents pour l'instant (lire M K Bhadrakumar, « Arab revolt reworks the world order », Asia Times, 10 mars).

D'autre part, les trois pays ont souligné que la question palestinienne était au cœur des problèmes du Proche-Orient et qu'il fallait aller vers la création d'un Etat palestinien « souverain, indépendant, uni et viable, coexistant pacifiquement avec Israël, avec des frontières sûres sur les lignes de juin 1967 et avec Jérusalem-Est comme capitale ».Enfin, les trois pays ont confirmé leur volonté de coopération. L'Inde et le Brésil ont décidé de porter leur commerce de 7,8 milliards de dollars à 10 milliards et identifié des secteurs de complémentarité : l'énergie, le pétrole, le tourisme, l'industrie pharmaceutiques, les mines et l'agro-alimentaire. Les deux pays ont aussi signé un accord pour lever les restrictions sur leur compagnie aérienne respective.


Source: BLOG MONDE DIPLOMATIQUE.NET

LES INSUCCES S'ACCUMULENT EN ATTENDANT LES ECHECS PATENTS: LA PERTE AMERICAINE DE L'INITIATIVE HISTORIQUE



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Par Mohamed Bouhamidi, le 17 mars 2011.

Les révoltes populaires arabes nous auront laissé sur de grandes interrogations sur nous-mêmes et sur le(s) nouveau(x) sens du mot « révolution ». Interrogation plus pesante après la belle contradiction qui pousse la Ligue arabe à  lier les mains de Kadhafi pour alléger le travail de l'insurrection armée en Libye et autorise les pays du Golfe à intervenir contre les manifestants à Bahreïn.

Des plans et des réalités

Le poids de l'interrogation pèse encore plus quand on se souvient que l'Arabie saoudite, qui aide les insurgés en Libye et le pouvoir à Bahreïn, avait ouvertement et fermement manifesté son soutien à Ben Ali et surtout à Moubarak pour lequel elle a pris le risque de se fâcher avec les Etats-Unis.  Cette même ligue, muette pendant les semaines décisives de l'agression israélienne contre le Liban et Ghaza, fait l'événement en offrant à la France et à l'Angleterre la caution arabe à leur impérialisme humanitaire. Sarkozy pouvait désormais envoyer ses avions bombarder les bases et aérodromes militaires libyens en nous disant : «J'agis à la demande des Arabes.» Il faut avouer que c'est le must pour le néo-colonisateur : il revient à la demande du peuple concerné ! Ce n'est plus la seule demande du Conseil national de transition (CNT) qui appelle à l'aide mais celle de tous les Arabes - moins la Syrie et l'Algérie traitées d'avocats du diable par sa presse interventionniste  -. Ça fleure bon le paternalisme et le patriarcat.  Si des gens doutent de la représentativité du CNT, la Ligue arabe vient de lui donner la caution ethnique. La zone d'exclusion verra-t-elle le jour ? Sera-t-elle utile pour les insurgés dans  l'actuel rapport de forces ? Ou un développement ultérieur - très grave pour sa proximité avec nos frontières - précipiterait la Libye dans un scénario à la yougoslave ou à la serbe ? Chacun peut rechercher sur Internet des informations sur les scandaleuses richesses minières qui dorment dans le sous-sol des pays du Sahel. Chacun peut rechercher les stratégies à long terme appliquées par les Etats-Unis pour s'assurer la maîtrise de ces richesses et dont la clé est la remise en cause des frontières laissées par les colonisateurs et la création d'ethno-Etats et d'Etats confessionnels pour se débarrasser définitivement de l'idée, si intimement liée aux indépendances et à la  lutte anticoloniale, de souveraineté sur les richesses et ressources locales. La lutte pour l'indépendance, partout dans le monde, s'est fondée essentiellement sur le mot d'ordre de réappropriation de ses richesses.

Les Algériens ont même prolongé leur guerre de seize  mois pour ne pas perdre un centimètre du Sahara. La scission du Sud-Soudan va bientôt produire son plein effet psychologique et rendre «normale» l'hypothèse que les crises africaines du Sahel trouveraient peut-être leurs solutions dans de nouvelles frontières plus proches des réalités ethniques, culturelles, voire historiques, puisque l'occupation coloniale est venue partout contrarier et annuler des dynamiques de création de royaumes et d'empires africains.  Le tout est que ces nouvelles frontières abritent des Etats qui ne reposent plus sur l'idée de nation et  acceptent plutôt l'idée d'appartenance à une zone. Il suffit pour les lecteurs algériens que l'essentiel des efforts américains et de leurs promesses d'aide au commerce et aux échanges avance toujours la nécessité pour l'Algérie d'adhérer à la zone MENA et de promouvoir la Maghreb comme zone de réflexion et de projection économiques. L'approche est d'autant plus séduisante qu'elle reflète aussi une nécessité pratique pour les pays en voie de développement : celle de favoriser leurs échanges, d'aller vers des commerces Sud-Sud qui n'auront jamais lieu car ces zones ne changeront rien à la réalité des structures économiques si des gouvernements n'engagent pas des politiques économiques  nationales autonomes. Rien ne dit que ces projets de reconfiguration du Sahel aboutiront. Ni les forces politiques nationales de la région  ni les peuples n'ont dit leur dernier mot. Le cas libyen est symptomatique des difficultés que rencontrent les Etats-Unis et les pays d'Europe à mettre leurs visées en pratique. La crise économique a réduit leur marge de manœuvre. Les Etats-Unis en sont réduit à faire d'intolérables pressions sur les autres pays pour leur transférer le poids de leur endettement interne et à l'international.

Les contrariétés impérialistes

Les Etats-Unis, comme les pays européens, sont grandement conscients qu'ils auront à affronter des révoltes et des mécontentements populaires sur leur propre sol. Par ironie du sort, au lieu de mener les changements du Grand Moyen Orient devant leur assurer maîtrise politique et géostratégique pour le contrôle de l'accès aux hydrocarbures, les peuples arabes leur imposent une autre configuration politique qui annihile leurs tentatives de contenir les peuples  dans les limites souhaitées par les grandes puissances. Les défilés ministériels au Caire ne visent pas autre chose que de s'assurer d'un positionnement pro-occidental des autorités et de leur capacité à reproduire le système mis en place en donnant l'impression des grands bouleversements. Et le défilé des ministres à Tunis n'a pas, non plus, d'autres buts. Ce qui frappe, c'est le côté dérisoire des aides proposées, quelques millions d'euros, un chiffre infinitésimal face aux besoins réels et comparé aux superprofits que ces grandes puissances ont retiré de l'alignement des tyrans arabes sur les orientations et les modèles de l'Occident.

Pourquoi la génération des jeunes Arabes qui n'ont pas connu les indépendances et encore moins les luttes de libération se soulève-t-elle contre les dirigeants actuels ? Les raisons sont nombreuses et les analyses sérieuses ne manqueront pas d'émerger du plombage idéologique binaire que les médias dominants se renvoient comme des échos s'épaulant l'un l'autre pour donner à une propagande - savante et sophistiquée certes mais une propagande quand même - les apparences d'une vérité universelle. Mais surtout la redoutable efficacité d'un dogme religieux qui renvoie dans la géhenne du soutien aux dictatures tous ceux qui discutent les intentions réelles des puissances en mal d'ingérence. Bref, qui discutent cet «impérialisme humanitaire» comme l'a si bien nommé Jean Bricmont. Jamais nous n'avions connu un tel poids du «taisez-vous». Nous devrions nous rendre aux logiques «démocratiques» sans les interroger. Le premier facteur de cet impérialisme, c'est la terreur morale que nous devons absolument rejeter, la stigmatisation, la fermeture vers une seule alternative : c'est «soit l'Occident, soit la dictature». Et une fois de plus, pour se tirer des griffes des dictatures, il faut tomber dans celles qui les ont fabriquées ? Pour nous Algériens, la question reste cruciale. Comme les autres pays arabes, la génération des jeunes ne se souvient pas de la guerre de libération, ni de la misère des gourbis, ni de la misère des jours sans pain. Et personne au pouvoir ne leur donne à lire les souffrances indicibles que nous retrouvons dans les romans de Dib, de Feraoun, de Mammeri, de Kateb Yacine. Pas même la vérité romanesque d'Omar ramassant les poussières de charbon pour les ramener à Aïni ou de Fouroulou passant l'hiver glacial des montagnes kabyles. Ce n'est évidemment pas un accident. Comment appeler la condition coloniale, comment rappeler quelques raisons profondes de notre guerre de libération et nous faire les louanges de l'économie de marché et du libéralisme dont la condition coloniale n'est qu'un segment ? Notre jeunesse ne veut plus entendre parler d'un patriotisme devenu discours paternaliste et culpabilisant à l'endroit de jeunes supposés moins méritants que leurs aînés.

Le diable et son avocat

C'est en direction de la jeunesse, ce «carburant» du changement, que se fait le maximum de l'autre  l'effort de culpabilisation.  Nous nous retrouvons non plus dans l'analyse politique, dans la réalité  mais dans d'invraisemblables abstractions. D'un côté, des tyrans surexposés dans les médias avec profusion de leurs portraits grâce à toutes les techniques possibles. Voilà le diable. Et de l'autre côté, des manifestants  dont on ne sait pas grand-chose à part quelques figures qui doivent devenir des symboles, c'est à dire encore des abstractions. Des individus transformés en destin. Des images de l'histoire sorties d'un néant de l'histoire. En parallèle de la dictature morale chemine l'ensevelissement de l'histoire. Kadhafi a fait réellement  autant de morts que Saddam Hussein et, pourtant, aujourd'hui dans le bilan des morts, des tortures, des prisons, des atteintes aux droits de l'Homme, de la destruction de toutes les infrastructures de l'Irak et dans le bilan de la corruption que pèsent les crimes de Saddam Hussein devant ceux de Bush prolongés par Barak Obama ?  Car le prix Nobel de la paix est un authentique tueur et il le prouvera de plus en plus clairement que les Etats-Unis s'enfonceront dans la crise. Ils iront plus vite dans cette direction avec le séisme du Japon qui obligera ce pays à ne plus acheter la dette américaine pour essayer de s'en sortir. Le monde civilisé et les nations démocratiques ont affaibli à petit feu l'Irak avant de lui donner l'estocade. A l'époque, un grand débat a fait illusion dans les milieux de la gauche européenne comme dans les cercles des anti-impérialistes  repentis et convertis à la modernité ; ce courant était contre le dictateur Saddam Hussein et ne pouvait le soutenir contre une agression de la coalition internationale.

Le débat s'est joué à peu de choses près. Premièrement, ne pas soutenir un dictateur est revenu à se taire devant une agression impérialiste qui devait enlever un dictateur selon les buts claironnés mais qui a, en réalité, détruit un pays, un Etat et les forces productives lentement et difficilement accumulées. Le silence à une agression dirigée contre un pays et pas contre un homme.  C'est la même chose aujourd'hui pour la zone d'exclusion aérienne de Sarkozy et Cameron. Deuxièmement, cela s'est joué à la dénomination des choses. En refusant de nommer l'agresseur par son nom : l'impérialisme, c'est-à-dire tout le système de domination du monde qui règle tous les détails de la gestion de la planète, les «juste-milieu» ont dérouté complètement la volonté des peuples de résister car ils ne savaient plus où frapper. Ces peuples pouvaient s'indigner de l'agression américaine en Irak,  ce sont  les «valeurs démocratiques» de l'agression qui gagnaient du terrain.

Troisièmement, cela s'est joué à l'«irréalité». On demande aux peuples de devenir conformes au bon modèle occidental de la démocratie représentative comme si chacun de ces peuples ne vivaient pas dans des conditions économiques, sociales, culturelles extrêmement différentes et lourdement marquées par le choc colonial. À la suite du rouleau compresseur du FMI qui nous met tous à la même médication économique passe le rouleau compresseur de l'idéologie impérialiste qui nous impose à tous la même potion démocratique. Les Etats-Unis n'interviendront pas en Libye. Comme Bouteflika, ils ne veulent pas d'une zone d'exclusion aérienne. La presse algérienne va-t-elle les traiter d'avocats du diable ou de soutien aux dictatures comme elle l'a fait pour Bouteflika ? Les Etats-Unis sont contre l'exclusion car ils n'en ont pas les moyens. Ils ont suffisamment à faire aujourd'hui avec les dangers internes. Si une protestation comme celle du Wisconsin se reproduit, ils n'auront pas assez de leur Garde nationale. Et pour ceux qui l'ont oublié, les Etats-Unis ont souvent tiré sur leur peuple notamment pendant les protestations contre la guerre du Vietnam.  Ils s'en priveront d'autant moins s'il s'agit  de défendre Wall Street. Que pèsent les appels à l'intervention humanitaire devant les froides réalités financières et militaires ? Sarkozy se moque des Libyens. Il a soutenu le CNT dans l'intérêt d'Israël pas de la démocratie. Vous connaissez  un Arabe qui soit remarquable pour Bernard Henri Lévy sans que ce dernier manifeste son allégeance pleine et entière à Israël ? Il manquait à la France cette avanie : Sarkozy le lui a infligé en compagnie de Cameron dont Israël est le premier pays. Sarkozy, dans sa frénésie, a voulu aussi devancer l'histoire. Il n'avait pas compris que pour l'Allemagne et pour les Etats-Unis, même les intérêts d'Israël peuvent ne pas être prioritaires même s'ils sont rentables pour sa réélection en 2012.La grande leçon est que les Etats-Unis et l'Allemagne ont des intérêts nationaux à défendre en refusant l'aventure française.

L'Algérie a-t-elle des intérêts nationaux et les Algériens ont-ils intérêt à avoir les troupes et les armes de l'Otan à leurs frontières ?


Source : LA TRIBUNE ONLINE

HUIT ANS D'INGERENCE NEOCOLONIALE FRANÇAISE...ET DE RESISTANCE HEROÏQUE DU PEUPLE IVOIRIEN


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Par Luis Basurto (*), le 12 mars 2011

La crise en Côte d'Ivoire n'est pas née en décembre 2010, le 2 de ce mois, jour de l'annonce solitaire, surprenante et hors délai des résultats électoraux provisoires du scrutin présidentiel du 28 novembre 2010 faite par le président de la Commission électoral ivoirienne flanqué des ambassadeurs de la France et des USA dans le quartier général électoral du candidat Alassane Dramane Ouattara, l'orthodoxe économiste du FMI. La crise ivoirienne n'est pas née seulement du refus arrogant de la France, ayant obtenu le soutien des USA et de l'Onu, de reconnaître les résultats électoraux définitifs proclamés par le Conseil Constitutionnel ivoirien, l'instance suprême, la seule, qui avait le pouvoir légal de le faire.   La crise ivoirienne est née le 18 septembre 2002 au soir. La tentative de putsch, ratée, de ce jour là contre Laurent Gbagbo fut repêchée rapidement par un plan B de la France avec l'intervention efficace de l'armée française, le 43ème Bima, basée à Abidjan. Jacques Chirac ordonna rapidement la partition du pays sécurisant les rebelles dans le nord du pays en essayant parallèlement de déposséder Gbagbo de tous ses pouvoirs réels, ses pouvoirs constitutionnels, par les "accords" dits de Kléber, à Paris : il choisit  et désigna depuis janvier 2003 presque directement deux premiers ministres ivoiriens, Seydou Diarra en 2003 et Charles Konan Banny en 2005, qui bien entendu obéissaient aux instructions et aux injonctions de Paris. L'ingérence française, militaire, diplomatique et politique, fut constante depuis septembre 2002, elle vient donc de loin. La crise ivoirienne est un état quasi permanent depuis plus de huit ans du à cette ingérence permanente et intense.

La victoire de la force contre l'état de droit c'est justement ce qui s'est passé depuis 2002. Les putschistes pro-Ouattara furent requalifiés 'forces nouvelles » par l'interventionnisme chiraquien, par l'ingérence grossière. Laurent Gbagbo, historien, enseignant universitaire, social-démocrate modéré -fondateur du Front Populaire Ivoirien-FPI affilié à l'Internationale socialiste- fut élu le 22 octobre 2000 ayant long temps lutté pour les libertés politiques et contre le régime autocratique de Félix Houphouët-Boigny, l'allié inconditionnel de la France néocolonialiste. Mais, depuis le jour même de son investiture ses rivaux de l'ex parti unique houphouëtiste, le PDCI -Parti Démocratique de Côte d'Ivoire- l'ancien président Henry  Konan Bédié et l'ancien premier ministre d'Houphouët, A.D.Ouattara,  firent tout pour tenter de le déstabiliser et de l'éjecter de la présidence. Les putschistes du 18 septembre 2002 n'étaient pas à leur première tentative. Et la rébellion soutenue par J. Chirac commit dès le premier jour des crimes inavouables, des exactions les plus extrêmes, crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Leurs responsables n'ont jamais été ni jugés ni condamnés. L'impunité -ainsi que la déloyauté et le cynisme- est ainsi devenue la règle dans la vie politique ivoirienne depuis septembre 2002.

La guerre civile, ouverte ou larvée, en Côte d'Ivoire est un état quasi permanent depuis septembre 2002. Et le coup d'Etat permanent, contre les institutions ivoiriennes et les élus, s'est érigé en système pérenne. En novembre 2004 les soldats français commirent contre des civils ivoiriens désarmés des tueries jamais poursuivies ni punies. Le 9 novembre 2004 face à l'hôtel Ivoire à Abidjan 57 civils ivoiriens furent sauvagement tués par l'armée française. Un reportage diffusé plus tard par Canal Plus en France montra les images horrifiantes, insupportables, de ce massacre. On l'a oublié ? Fin 2005 la France et son faux-nez onusien, l'Onuci, essayèrent de dissoudre rien de moins que l'Assemblée nationale ivoirienne, c'est ainsi que le 15 janvier 2006 le GTI, « groupe de travail international », annonça par communiqué banal qu'il « prenait acte » de la fin du mandat des députés ivoiriens. Cette ingérence inadmissible  provoqua le refus ferme des civils ivoiriens qui défilèrent par milliers ; les manifestations de colère patriotique furent stigmatisées par la France et diabolisées par ses médias français et ceux de la « communauté internationale ». Mais l'immixtion, l'ingérence grossière, ne put passer.

Chirac introduit l'ONU dans son dispositif géopolitique pour masquer le rôle néocolonial central de la France et « légitimer » l'ingérence ouverte en se drapant des « décisions » onusiennes. C'est ainsi que fut créée l'Onuci, la « mission de l'ONU pour la Côte d'Ivoire », avec un corps expéditionnaire de soldats, policiers et fonctionnaires civils chargés officiellement de s'interposer entre belligérants et de protéger la population civil mais dans les faits ayant plutôt couvert, consolidé, le pouvoir de la rébellion « nordiste » pro-Ouattara et ouvertement essayé d'éroder la souveraineté de l'Etat ivoirien. A l'ONU, touts les textes émanant du Conseil de sécurité furent, et le sont toujours, rédigés rien de moins que par les seuls diplomates français qui se livraient ensuite à un intense travail de lobbying pour les faire entériner par les membres permanents et non-permanents de cette instance.

A présent Nicolas Sarkozy ne fait rien d'autre que continuer cette aventure chiraquienne et il le fait avec beaucoup de conviction car A.D.Ouattara est son ami personnel. Ils partagent l'amitié avec certains potentats français comme Martin Bouygues et ce fut l'ancien maire de Neuilly-sur-Seine et actuel président qui  officia son mariage avec Dominique Folloroux, une femme d'affaires française liée aux milieux oligarchiques français. L'agitation, l'activisme et les gesticulations théâtrales sont la marque personnelle de Sarkozy, comportements pas moins hasardeux et dangereux pour autant, alors qu'il est dans la stricte continuité de Chirac et d'autres de Gaulle essayant à tout prix de sauvegarder le pré carré néocolonial français en Afrique.

En 2004, Jacques Chirac et Georges W. Bush commirent en Haïti un coup d'Etat « en douce » contre Jean Bertrand  Aristide, embarqué par la force dans un avion et envoyé à l'exil forcé en Afrique. Oublié tout cela ? Ils utilisèrent le même schéma qu'en Côte d'Ivoire, à quelques détails près, à savoir d'abord un coup d'Etat contre le président Aristide « justifié »  par une rébellion soutenue en sous main dès l'extérieur par les USA et le prétexte « d'éviter aux haïtiens une guerre civile », ensuite arriva le piétinement des institutions haïtiennes et finalement la totale mise sous tutelle du pays sous la bannière de l'ONU, la Minustah -Mission des Nations Unies pour la stabilisation d'Haïti- pilotée et contrôlée par le couple USA-France. Le bilan de cette ingérence et de l'écrasement de la souveraineté haïtienne est là, un bilan pitoyable, un bilan honteux. Les exactions des soldats onusiens en Haïti restent impunies. L'échec de l'interventionnisme de l'Onu, de sa Minustah, qui est celui du couple néocolonial USA-France est aisément démontrable par le bilan à tirer de six ans d'ingérence : embourbés dans les affrontements sociaux et politiques, ils -les USA, la France et l'ONU- ont été incapables même d'organiser et de garantir des élections crédibles, sans trop s'attarder sur l'incompétence manifeste, tragique pour les haïtiens, à faire face à l'urgence humanitaire créée par le séisme terriblement meurtrier de janvier 2010.

La crise ivoirienne n'est pas qu'une simple crise postélectorale comme nous essayons de le démontrer en rappelant les faits. Elle débuta le soir du 18 septembre 2002, donc à présent plus de huit ans se sont écoulés. L'état de guerre civile ne date pas non plus des élections du 28 novembre 2010 mais de l'institutionnalisation des putschistes pro-Ouattara du 18 septembre 2002 et de la banalisation de leurs méthodes antidémocratiques et sanguinaires : la longue et tenace tentative de prise du pouvoir directe d'A.D.Ouattara commença plus huit ans en arrière avec l'acte « fondateur » d'un putsch manqué. Ce putschistes furent promus, par l'ingérence militaire et politique française, et l'agitation médiatique -la propagande- qui l'accompagnait, par une ingérence néocoloniale, en acteurs politiques « crédibles » alors qu'ayant commis des crimes de guerre et crimes contre l'humanité et occupant en toute illégalité la moitié nord du pays, devenue zone de non-droit où toutes les exactions et trafics ont été et sont toujours possibles. La primauté de la force sur le droit c'est justement ce que les putschistes ratés pro-Ouattara, repêchés et requalifiés par J.Chirac, ont démontré et ouvertement revendiqué depuis 2002. L'impunité est érigée en système de par les exactions scandaleuses, non poursuivies et sanctionnées devant aucune juridiction ivoirienne ou internationale, des rebelles pro-Ouattara, mais aussi de l'armée française - le 43ème Bima puis la « Force Licorne » - et de son supplétif onusien, l'Onuci.

La résistance des civils ivoiriens et de l'Etat de Côte d'Ivoire est légitime et légale. La résistance contre l'ingérence néocoloniale française est un droit imprescriptible mais aussi  le devoir patriotique des ivoiriens. La défense ferme de la souveraineté et de l'intégrité de l'Etat et du territoire ivoiriens contre l'ingérence grossière et les desseins néocoloniaux de la France, épaulée à présent ouvertement par les USA -par l'axe impérialiste USA-Union Européenne qui fait tomber ses masques- est la seule conduite possible des ivoiriens s'ils veulent sauvegarder leur liberté, leur indépendance et leur dignité, celles du peuple ivoirien et celles de leur pays, pilier de l'ouest africain. L'avenir de l'Afrique et de l'ensemble des pays et des peuples du monde voulant préserver leur indépendance nationale et leur liberté passe par le combat héroïque et la victoire souhaitable des patriotes ivoiriens.


(*) Luis Basurto : Enseignant, syndicaliste.


Source : MONDIALISATION.CA