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mercredi, 22 février 2012

CRISE AU NORD MALI: LA RANÇON DE LA CRISE LIBYENNE


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L'Afrique et ses dirigeants ont vécu la crise libyenne comme un spectacle et dont les conséquences sont loin de se limiter de nos jours, à ce que nous vivons au Mali. Les dirigeants africains et leur organisation, l'Union africaine ont assisté passivement à la liquidation du régime du colonel Mouammar Kadhafi. Pour le colonel Mouammar Kadhafi, la page s'est définitivement refermée le 20 octobre dernier.

Tué ce jour-là, il en finissait définitivement avec les contradictions et les soucis de son existence de révolutionnaire ; mais pour bien d'autres États africains dont le Mali et les autres pays de l'espace Uémoa, les difficultés n'ont commencé que ce jour-là.

Il en est ainsi de la rébellion touarègue à laquelle nous assistons. Des experts en tout genre cherchent à trouver les raisons qui ravivent ce conflit que l'on croyait éteint suite à la signature du Pacte national. Mais le combat que les Touaregs mènent actuellement contre notre armée n'a rien d'identitaire. Il est existentiel. Il s'agit d'hommes et de femmes qui, estimant ne pas pouvoir trouver de quoi vivre chez eux-mêmes, avaient décidé d'aller voir ailleurs.

Le hasard les conduit alors en Libye où ils trouvent de quoi mener une existence à l'abri de l'indigence. Mais un beau jour, leur quotidien devait subitement être bouleversé. Plus parce que sa tête ne plaisait plus à certains que parce qu'il gérait mal son pays, le colonel voyait se lever contre lui une armée mondiale. L'issue fut tragique. Et pour les touaregs accusés à tort ou à raison de s'être rangés du côté du perdant, c'est la chasse aux sorcières, c'est le vandalisme, c'est le pillage des biens et c'est le retour forcé.

Retour d'émigrés démunis, pleins d'amertume mais puissamment armés. L'Etat ayant, à travers les autorités militaires ayant failli à leur devoir de désarmer les revenants, la crise était inévitable. Aujourd'hui, c'est la nation malienne qui est menacée dans son unité et son intégrité territoriale et le processus électoral jadis prometteur, est plus que compromis. On n'entend aucune des puissances impérialistes qui étaient intervenues en Libye, reconnaître leur part de responsabilité dans la crise actuelle que traverse le Mali et par ricochet, les pays comme le Niger, le Burkina Faso puisque ces pays accueillent de nombreux Maliens réfugiés.

L'Onu qui avait donné quitus à l'intervention, à travers sa fameuse résolution 1973 est muette de nos jours. Au Mali et à tous les autres pays sur lesquels se déversent actuellement les conséquences de cette crise libyenne de les gérer. Les autres avaient pour mission de tuer Kadhafi. Celle-ci accomplie, ils se sont retirés et tant pis pour le reste. Pauvre Afrique !

Et c'est là que se manifeste la responsabilité des dirigeants africains. Eux qui avaient laissé faire, ils avaient naïvement pensé que cela se limiterait à Kadhafi seulement. Eh bien, ils se sont dangereusement trompés. Parce qu'en réalité, la crise malienne ne sera certainement pas la seule conséquence fâcheuse que l'Afrique aura à déplorer, suite à son incapacité à se faire respecter par le monde entier.

Déjà, le fiasco enregistré lors de l'élection du président de la commission de l'Union africaine, est également à mettre au compte de ces conséquences malheureuses et regrettables. Car la gestion calamiteuse de l'interventionnisme occidental dans les crises ivoirienne et libyenne par Jean Ping est l'élément fondamental de l'inimitié absolue que l'Afrique du sud éprouve à son encontre.

Le 40e sommet des chefs d'Etat de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) qui s'ouvre aujourd'hui dans la capitale nigériane Abuja saura -t-il tirer une belle leçon de ce vécu ? Les sommets étant souvent de grandes rencontres au cours desquels des discours mielleux sont prononcés sans que des actes concrets ne s'en suivent.


Denis Koné, in IRIB WORLD SERVICE


Source: TSIMOKI GASIKARA

mardi, 21 février 2012

DECLARATION D'INTELLECTUELS, HOMMES ET FEMMES DE CULTURE SUR LA REBELLION AU NORD DU MALI



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ETAT DES LIEUX

Comment comprendre la rébellion armée qui, aujourd'hui, endeuille le Mali et condamne des dizaines de milliers d'innocentes et d'innocents à l'insécurité et au déplacement forcé, lorsqu'on ne veut pas s'en tenir au schéma réducteur du conflit ethnique? La rébellion qui a débuté le 17 janvier 2012 crée dans notre pays une situation de guerre civile.

L'heure est grave : l'intégrité du territoire national et la cohésion sociale sont aujourd'hui menacées.

L'honnêteté intellectuelle et la rigueur qu'exige la gravité de la situation actuelle du Mali imposent de lire cette rébellion à la lumière du système mondial et de ses crises.

Les réformes structurelles mises en œuvre à partir de la décennie 80 en vue de corriger les dysfonctionnements du modèle néolibéral, n'ont pas atteint les objectifs visés en terme d'amélioration des conditions de vie des populations, notamment l'accès à l'alimentation, l'eau, l'éducation, la santé et l'énergie domestique. Ce constat, qui est valable pour l'ensemble du pays, revêt des conséquences particulières au Nord.

ENJEUX

Le Nord Mali se caractérise par l'extrême complexité des enjeux géopolitiques, économiques et stratégiques, sans la compréhension desquels aucune paix durable n'y est envisageable.

Le septentrion malien a souvent été le théâtre de soulèvements d'une partie de la population qui revendique son autonomie par la voie des armes. Tous les régimes, coloniaux et postcoloniaux ont été confrontés à cette situation. De l'indépendance à ce jour, les réponses de l'Etat, qui ont été à la fois militaires, politiques et socio-économiques, n'ont pas pu y instaurer la paix sur une base durable.

La mauvaise gestion, le clientélisme et la corruption que l'on relève  dans la gestion des affaires publiques, exacerbent les frustrations et le sentiment d'exclusion à l'échelle du pays sans pour autant justifier la violence armée dans les autres régions.

Par ailleurs, la manière de gérer la libération des otages occidentaux a conforté AQMI dans la création au Mali d'un sanctuaire en liaison avec le terrorisme international.

Nous sommes dans un processus programmé de désintégration de l'Etat et de cristallisation des identités ethniques et régionales. De ce point de vue, nous questionnons même la genèse de l'appellation  « régions du Nord ».

N'y a-t-il pas une volonté d'affaiblir des Etats de la CEDEAO et l'Organisation elle-même ?

N'allons-nous pas vers une résurgence du vieux projet de l'Organisation des Etats Riverains du Sahara (OERS) ?

Après le découpage du Soudan, nous sommes en droit de nous interroger sur l'intention des pays de l'OTAN de procéder à une nouvelle balkanisation de l'Afrique. Ne sommes-nous pas de fait en présence d'un processus de dépossession des ressources  agricoles et  minières africaines, qui constituent aujourd'hui une partie importante des réserves mondiales pour la relance de la croissance économique globale ?

De l'approche globale que nous privilégions, il ressort que l'issue à cette guerre fratricide récurrente n'est ni militaire ni financière mais politique, économique, sociale, culturelle et diplomatique.

Face à cette situation :

Nous, intellectuels, hommes et femmes de culture du Mali, signataires de ce document déclarons que :

- L'intégrité du territoire, l'unité nationale et la cohésion sociale du Mali sont des acquis sacrés.

- Le septentrion n'est pas une planète à part, mais bel et bien une région du Mali, particulièrement vulnérable, qui n'en a pas moins subi les politiques néolibérales qui ont aggravé les inégalités, les injustices, la corruption et l'impunité. De Kayes à Kidal, les Maliens paient cher pour le dépérissement de l'Etat que nous voulons plus responsable, comptable et souverain ;

- La Paix véritable et durable dans le Nord de notre pays et sur l'ensemble du territoire, est au prix d'une nouvelle compréhension de la situation du Mali et de la bande Sahélienne qui intègre les enjeux sous-régionaux et mondiaux;

- Nous réfutons le discours réducteur de la guerre ethnique ;

- Nous déplorons le déficit de communication et de dialogue sur  les causes internes et externes des questions majeures qui engagent le destin de la nation ;

- Nous condamnons le recours à la violence armée comme mode de revendication dans un contexte démocratique et déplorons les pertes en vies humaines ;

- Nous condamnons avec énergie les agressions physiques, la destruction des biens et la stigmatisation de nos compatriotes Kel-Tamasheq et de peau blanche, nos frères et sœurs, alliés et voisins de quartier, de ville qui aiment et se reconnaissent dans le Mali, leur patrie, notre patrie commune à tous ;

- Nous soutenons résolument nos forces armées et de sécurité dans leur mission sacrée de défense du territoire national ;

- Nous sommes Un Seul et Même Peuple, uni par une longue histoire multiséculaire de rencontres, de brassages et de résistances à l'adversité ;

- La paix s'impose d'autant plus que les femmes et les enfants sont pris dans l'étau dans un conflit qui n'est pas le leur ;

- Les élections de 2012 sont donc une occasion historique de renouveler la réflexion sur un projet de société adapté à nos réalités, davantage fondé sur la culture de l'être et des relations humaines à même de garantir la prospérité, la paix, la stabilité et la sécurité pour tous.

- Nous signataires de la présente Déclaration, présentons nos condoléances les plus attristées aux familles des victimes et à toute la nation malienne. Nous exprimons notre solidarité à toutes les familles déplacées victimes de violences.

Bamako, le 07 février 2012.


Signataires


-    Aminata Dramane TRAORE, Essayiste
-    Abdoulaye NIANG, Socio-Economiste
-    Adama SAMASSEKOU, Linguiste
-    Filifing SAKO, Anthropologue
-    Hamidou MAGASSA, Socio-Economiste
-    Ismaïl DIABATE, Artiste-Peintre
-    Jean-Bosco KONARE, Historien
-    Mohamédoun DICKO, Historien
-    Mariam KANAKOMO,  Communicatrice
-    Ousmane TRAORE, Administrateur civil, Juriste
-    Doulbi FAKOLY, Ecrivain
-    Kaourou DOUCOURE, Universitaire
-    Abderhaman SOTBAR, Professeur
-    Cheick PLEAH, Professeur
-    Mohamed COULIBALY, Ingénieur
-    Abdoul MADJIDOU HASSAN, Gestionnaire
-    Mahamadou H. DIALLO, Imam
-    Boubacar COULIBALY, Gestionnaire
-    Mme SiSSOKO Safi SY, CAHBA
-    Mme TOURE Alzouharata, Gestionnaire
-    Mme Awa MEITE VAN TIL, Designer
-    Dr Daba COULIBALY, Enseignant-Chercheur

mardi, 14 février 2012

CRISE AU NORD-MALI: A QUOI JOUE LA FRANCE?

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La question mérite d'être posée au regard du comportement déjà suspect des médias français les plus prisés au Mali et qui vient d'être corroboré par les déclarations incendiaires à friser la démesure, de la part d'un chef de diplomatie.

En abordant la question du septentrion malien sur RFI, avant-hier, Alain Juppé, sans la moindre retenue due à sa tunique  diplomatique, n'a trouvé mieux que de blesser les Maliens dans leur orgueil par des propos qui frôlent la jubilation. «La rébellion a engrangé des succès», a-t-il laissé entendre, allusion faite visiblement aux assauts sporadiques d'éléments armés sur certaines contrées du Nord-Mali. Ménaka, Tessalit, Aguelhoc, Anderamboukane, etc, ont été soit définitivement soit temporairement abandonnés aux positions rebelles parfois par mesure stratégique.

Quoi qu'il en soit, le succès auquel le Ministre français des Affaires Étrangers fait allusion est entaché d'exactions graves et même passibles de comparutions  devant la Cour Pénale Internationale. Il s'agit des abus commis sur les soldats maliens après qu'ils se soient rendus, abus dont les images ont fini de faire le tour du monde et d'horrifier les internautes de la planète entière.

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Au lieu d'attirer les attentions sur ces horreurs dignes de la barbarie d'un autre âge, Alain Juppé semble visiblement mettre les intérêts de la France sur celle de l'humanité.

En effet, une telle perception de l'évolution de la situation dans le Nord-Mali, pour peu qu'on est attentif, ne peut s'expliquer que par la détention d'une poignée de citoyens Français par l'AQMI dans la zone. Il se trouve, selon des sources dignes de foi, que la collusion d'intérêts entre la France et la rébellion est de plus en plus manifeste. Leur collaboration, de même source, a même atteint une certaine proportion depuis que l'AQMI, principal ennemi de Paris, a essuyé une lourde perte à la suite d'un récent accrochage avec les positions rebelles du Mali.

Se servir des rebelles maliens pour combattre les islamistes et autres preneurs d'otages. Telle est, en définitive, la logique qui vaut au Mali l'indifférence de l'ancienne métropole face aux horreurs que subissent ses vaillants combattants sur le front septentrional. Il ne lui a donc pas suffi que son ancienne colonie ait fait violence sur elle en compromettant ses rapports de bon voisinage avec des pays limitrophes (Algérie et Mauritanie) par la libération de leurs terroristes contre celle du Français Pierre Camate.


A.Keïta


Source: TELEDIASPORA.NET

00:25 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, France, Mali | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : afrique, mali, crise au nord-mali, rfi, alain juppé, aqmi, pierre camate, ménaka, tessalit, aguelhoc, anderamboukane, cpi | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

SITUATION SECURITAIRE AU NORD-MALI: LES BANDITS ARMES DU MNLA REJETTENT L'OFFRE DE DIALOGUE DE BAMAKO



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Comme des patients atteints d'une cécité qui ne dit pas son nom, plusieurs ténors de la classe politique malienne s'ingénient autour d'ATT à faire des propositions en vue d'aller au dialogue avec les bandits armés qui ont pris les armes contre la patrie nourricière du Mali. A quoi servira un forum de discussions que les groupuscules du prétendu Mouvement national de Libération de l'Azawad (MNLA) rejettent catégoriquement ? Malgré la bonne volonté affichée par le Chef de l'Etat, accompagné par la classe politique, les bandits armés semblent décidés à aller à l'affrontement. Le Mali va devoir se lancer dans une guerre qu'on lui aura imposée. Cette fois, pour une paix définitive !

Celui qui apparaît désormais comme le porte-parole de la classe politique malienne, le président de l'Assemblée nationale, président de l'Adéma-PASJ et candidat investi par ce parti à la présidentielle du 29 avril 2012 (dont le report se susurre malgré les assurances données par le Chef de l'Etat), Pr Dioncounda Traoré devrait rencontrer hier ou aujourd'hui le président Touré pour lui soumettre « le plan d'actions du Forum national pour la paix et la stabilité au Mali ». Un plan de dialogue et de réconciliation d'office rejeté par les bandits armés qui ont attaqué notre pays. « Les discussions menées à Alger entre le gouvernement et ces rebelles touareg du Mali ne nous engagent en rien », a affirmé mardi un des chefs du MNLA, qui a lancé depuis le 17 janvier des attaques dans le nord du pays.

Echec des négociations d'Alger

«Les négociateurs présents à Alger ne nous représentent pas, les conclusions auxquelles ils aboutiraient ne nous engagent en rien», a déclaré le président d'un prétendu conseil révolutionnaire du MNLA, Abdel Kerim Ag Matafa, dans un entretien publié par l'agence indépendante mauritanienne en ligne Al-Akhbar. «Toute négociation avec Bamako doit, vocifère l'un de ces bandits, se baser sur le principe de l'autodétermination de notre peuple et se dérouler en terrain neutre, au Burkina Faso, en Mauritanie ou en Suisse, par exemple, avec la participation directe des Nations Unies».

Le ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale, Soumeylou Boubèye Maïga a eu, du 2 au 4 février, des discussions avec des délégués de l'Alliance du 23 mai, dont des membres combattent aux côtés du MNLA contre l'armée nationale dans le nord du pays. A l'issue des pourparlers, les deux parties ont lancé, le 4 février, de sources proches du dossier citées par l'Agence officielle algérienne APS, un appel pressant à l'arrêt des hostilités, pour privilégier le dialogue et la concertation.

Par ailleurs, dans un entretien diffusé lundi par le quotidien arabophone algérien El Khabar, le secrétaire général du MNLA avait affirmé que cet appel au cessez-le-feu ne concernait pas son mouvement. Il faut rappeler que des bandits armés se réclamant du MNLA, appuyés par des éléments armés rentrés de Libye, ont lancé, depuis le 17 janvier, une vaste offensive dans le nord du Mali, la plus importante depuis 2009.

La fermeté...

Plusieurs villes du septentrion ont été attaquées, provoquant l'exode de paisibles populations, qui ont trouvé refuge dans des campements au Mali, mais aussi dans des pays voisins, selon les constats du Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR). Se croyant en position de force pour avoir semé la désolation à Ménaka, Aguelhoc, Anderouraboukane et Tinzawaten, les criminels du désert semblent montrer à présent leurs biceps, non seulement aux autorités maliennes mais à toute la nation.

Nos forces armées républicaines doivent désormais se lancer dans la bataille que l'ennemi est décidé à nous imposer. Ces bandits ont affirmé avoir pris mercredi le contrôle de la localité de Tinzawaten, dans le nord-est et frontalière avec l'Algérie. Ce qu'a démenti une source militaire digne de foi. «Je démens catégoriquement. Nous tenons toujours nos positions. Nous sommes sur le terrain pour défendre la patrie», a affirmé de son côté un officier de l'armée nationale en poste à Gao.

La localité de Tinzawaten est située dans le désert à la frontière avec l'Algérie. Elle abrite notamment un camp de candidats à l'émigration clandestine en Europe refoulés d'Algérie ou en attente de départ. Des témoins joints depuis Bamako ont affirmé avoir vu mardi des hélicoptères de l'armée malienne survoler la zone comprise entre Tinzawaten et la ville de Kidal, plus au sud.

Faut-ils rappeler que la crise actuelle a suscité le mécontentement de familles de soldats engagés dans les combats, qui ont dénoncé la gestion du dossier par le pouvoir et ont manifesté pour avoir des nouvelles des leurs au front et plus de moyens pour ceux-ci. Elle a également été à l'origine « d'amalgames  » de manifestations hostiles à des habitants à peau claire, incluant des Touareg, dont des biens ont été saccagés, notamment à Kati.

Le président Amadou Toumani Touré a invité les populations à ne pas faire « l'amalgame » entre civils et rebelles touareg. Et les appels à l'apaisement, au cessez-le-feu et au dialogue se sont multipliés ces derniers jours au Mali et à l'étranger. Mais, il faut se rendre à l'évidence que la fermeté prônée par ATT, Dioncounda Traoré et d'autres, doit avoir à présent droit de cité.


Bruno D. SEGBEDJI


Source: TELEDIASPORA.NET

dimanche, 12 février 2012

MALI: LES COMBATS SE POURSUIVENT, LES APPELS AU CESSEZ-LE-FEU SE MULTIPLIENT


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Les appels au cessez-le-feu et au dialogue se multiplient au Mali et à l'étranger. Pour l'heure les combats continuent entre l'armée malienne et les rebelles du MNLA, dans le nord-est du pays, pour empêcher ces derniers d'évoluer vers Kidal. L'impasse actuelle inquiète d'autant plus que le nord du Mali est aussi le théâtre d'opérations d'al-Qaïda au Maghreb islamique qui y détient treize otages occidentaux. C'est dans ce contexte que le ministre français de la Coopération Henri de Raincourt est arrivé le 9 février à Bamako, avant de se rendre au Niger et en Mauritanie.

La France ne peut pas rester à l'écart de la grave crise qui secoue le Nord-Mali d'autant que six de ses ressortissants ont été pris en otages dans cette région du Sahel. Henri de Raincourt a eu un entretien avec le président malien Amadou Toumani Touré. Le déplacement du ministre français de la Coopération devrait permettre à l'ancienne puissance coloniale d'écouter mais aussi de s'assurer de la volonté de Bamako d'ouvrir un dialogue avec la rébellion du MNLA, Mouvement national de libération de l'Azawad. Même si les Français ne souhaitent pas apparaître en première ligne, ils peuvent peser et aider les deux parties en conflit à négocier.

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Henri de Raincourt
Ministre français de la Coopération

La France est aux côtés du Mali pour trouver des solutions à la crise (...) Le Mali a vocation à vivre dans la paix et la sécurité et que c'est un acteur très important pour la stabilité du continent tout entier.

Le ministre français de la Coopération devrait également évoquer la menace qui pèse sur l'élection présidentielle prévue le 29 avril. Dans l'impossibilité de la tenir, quelles seront les options ?

Après cette étape malienne, le ministre français est aujourd'hui à Niamey. Le risque d'un débordement de la crise malienne chez le voisin nigérien suscite sans doute de l'inquiétude. Les Touaregs nigériens vivent dans une zone frontalière avec la Libye. Ce serait grave, explique un diplomate si le MNLA faisait tache d'huile, le Nord-Niger pourrait servir de base arrière et réveiller des alliances entre forces touarègues et forces pro-kadhafi.

A Nouakchott dernière étape de sa tournée régionale, Henri de Raincourt pourrait demander au président Mohamed Ould Abdel Aziz de nuancer ses critiques à l'égard du régime de Bamako et de profiter de ses éventuels contacts avec le MNLA pour faciliter l'ouverture d'un dialogue entre les adversaires maliens.
Exode des populations

Les violences qui font rage depuis la mi-janvier provoquent l'exode de milliers de personnes qui cherchent refuge dans les pays voisins et dans des campements de fortune. La ville de Ménaka, touchée par les premiers combats entre le MNLA et l'armée malienne, continue de se dépeupler. Les départs se sont multipliées quand l'armée malienne a quitté la ville : 26 000 personnes ont fui dans la région, et plus de 15 000 ont passé la frontière nigérienne selon le CICR, Comité international de la Croix-Rouge. Ibrahim est parti avec toute sa famille, quinze personnes au total, pour trouver refuge en début de semaine chez des proches à Gao à quelques heures de route de là. Il raconte son désarroi.


Un habitant de Ménaka
Réfugié à Gao

Les gens fuient parce qu'ils ont peur, ils ne sont pas habitués aux armes, aux pillages. L'Etat a abandonné Ménaka.

Le CICR est présent sur le terrain du conflit. L'organisation est appelée à prêter secours aux nombreux déplacés, les populations qui ont quitté leur maison pour fuir les combats. Germain Mwehu responsable de la communication pour le CICR Niger Mali témoigne.

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Germain Mwehu
Responsable de la communication pour le CICR Niger Mali

Une équipe du CICR a rendu visite à treize militaires de l'armée malienne qui sont aux mains d'un groupe armé aux environs de Ménaka et entamer un dialogue avec eux. Le CICR a également porté secours aux combattants blessés.

En Mauritanie, les autorités et le Haut commissariat aux réfugiés sont en train de mettre en place un immense camp de réfugiés à deux jours de route de la capitale Nouakchott. Elise Villechalane, porte- parole du HCR en Mauritanie s'en explique.


Elise Villechalane
Porte parole du HCR en Mauritanie

Le HCR a assuré dans un premier temps le transport de biens essentiels, couvertures, sanitaires, moustiquaires et doit livrer 1 200 tentes familiales dans les jours qui viennent.

A Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, les autorités, appuyées par les Nations unies, font tout leur possible pour gérer ces arrivées. Une cellule de coordination est en place pour gérer la situation.


Réfugiés maliens au Burkina Faso

Les autorités burkinabè s'inquiètent également des désertions au sein de l'armée malienne. Pour Vincent Zakané, le ministre délégué à la coopération regionale, le Burkina Faso ne doit pas être une base arrière pour déstabiliser le pays.


Source: RFI

vendredi, 10 février 2012

MALI: UN COLONEL TOUAREG NOUS A DIT...

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LE REMAKE IVOIRIEN AU MALI?


Le 17 janvier 2012, des hommes solidement armés ont attaqué des cantonnements militaires à Manaka, Adaramboukaré et Tessalit, trois localités sahariennes du Nord-Mali. Depuis, les combats se font âpres. Même s'il est difficile de dresser aujourd'hui un bilan fiable, ce, d'autant plus que chacun des belligérants donne plus ou moins des chiffres en deçà de la réalité du terrain, le doute n'est plus de mise : les morts se comptent par centaines et les réfugiés par milliers dans les pays voisins.

Hier, en fin de matinée, nous avons rencontré dans notre capitale un des ténors de cette rébellion : il s'appelle Hassane Ag Mehdy, il est officier de l'armée malienne et porte fièrement son grade de colonel. Pour lui, contrairement aux idées reçues, le nord du Mali n'est pas occupé seulement par des Touaregs, mais aussi par des Peulhs, des Sonraï et des Arabes, qui se sentent marginalisés, délaissés, abandonnés à leur propre sort par l'Etat central : dans le septentrion malien, à en croire notre interlocuteur du jour, il n'y a ni infrastructures socio-éducatives, ni routes, ni eau, rien !

Bref, les habitants de cette zone ne se sentent plus Maliens. « Et la solution passe par l'indépendance du nord du Mali qui occupe les 2/3 du territoire ».

Entretien exclusif.

Peut-on connaître qui est le colonel Jimmy ?

Je m'appelle Hassane Ag Mehdy, dit Jimmy, le Rebelle pour les intimes. Je suis colonel de l'armée malienne. Je vivais au Burkina, mais après les Accords de Ouagadougou de 1990, j'ai regagné mon pays, le Mali. Mais comme vous le savez, depuis quelques jours dans le nord du Mali, je suis devenu une cible. C'est pourquoi je suis revenu au Burkina.

Quelles fonctions avez-vous occupées dans l'armée malienne ?

Dans l'armée malienne, j'ai assumé tous les commandements, de commandant du premier escadron jusqu'à commandant de région. C'est le plafond. J'ai servi aussi comme officier au Liberia durant la guerre que ce pays a connue.

Dans quel cadre séjournez-vous au Burkina ?

Je suis ici au Burkina pour des raisons évidentes. Comme je vous le disais tantôt, les derniers développements au Mali (Nldr ; la rébellion touarègue) ont fait que j'étais devenu une cible. Alors, j'ai décidé de trouver refuge quelque part. Mon choix a porté bien naturellement sur le Burkina Faso où je vivais, je vous le disais, bien avant les Accords de Ouagadougou dont je suis un des signataires. Je fais partie des derniers à avoir quitté le Mali.

Vous dites que vous étiez devenu une cible. Qu'est-ce qu'on reproche au colonel que vous êtes ?

Ce n'est pas à moi seulement qu'on en veut, mais à toute la communauté touarègue et arabe. C'est devenu une guerre de couleurs. On a brûlé et cassé des pharmacies, des domiciles de conseillers du président, de ministres, etc.

On sait que vous avez été un élément actif de la rébellion touarègue au Mali dans les années 90. Qu'en est-il aujourd'hui ?

J'ai participé activement à la rébellion de 1990. J'étais même chef de guerre et contrôlais toute une zone. Je n'ai pas participé aux accords de Tamarasset ni à ceux du pacte national. Après 1990, j'ai rejoint les rangs de l'armée régulière, mais aujourd'hui, je suis de nouveau dans la rébellion.

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Depuis une cinquantaine d'années, il y a toujours eu des remous dans cette partie du pays. Peut-on savoir ce que les Touaregs réclament exactement ?

Vous savez, le problème touareg n'a pas commencé hier. Il date de 1963, mais jusqu'aujourd'hui, il n'a toujours pas trouvé sa solution. Les autorités maliennes n'ont jamais pris à bras-le-corps ce problème. Pire, on a même l'impression qu'on recule. Comment pouvez-vous comprendre que le Nord-Mali, qui représente les 2/3 du territoire avec un million de km2 et environ deux millions d'habitants, soit laissé à lui-même ? Pas d'eau, pas d'infrastructures socio-éducatives, pas de routes... Rien ! Quand vous arrivez dans cette partie du Mali, vous avez l'impression d'être dans deux pays différents. C'est inadmissible. Vous savez, le Touareg est un homme à la fois simple et compliqué. Les seules choses qui comptent à ses yeux, ce sont sa dignité et sa culture, en un mot, la considération. Si vous touchez à l'un de ces éléments-là, vous allez le croiser sur votre chemin. Aujourd'hui, les populations de cette région, qui regroupe les Touareg, les Arabes, les Sonraï et les Peuls, en ont marre et veulent résoudre leurs problèmes par et pour eux-mêmes.

Mais le président ATT a quand même essayé de résoudre le problème en déliant les cordons de la bourse pour financer par centaines de milliards de Francs CFA des projets dans cette partie du pays !

Vous parlez de quels projets ? Nous, en tout cas, nous n'avons rien vu. Le Nord reste comme il a toujours été, malgré les projets dont vous parlez. Nous ne savons pas où va cet argent. Vous savez, on peut fabriquer des chiffres sur papier et parler de financement de projets de développement. Il n'y a rien sur le terrain. Rien.

Avec cette crise à épisodes, on a l'impression qu'il y a comme un acharnement sur les autorités maliennes. Les rebelles auraient-ils des velléités séparatistes ?

Je l'ai toujours dit à qui veut l'entendre. Le Nord-Mali veut son indépendance. Les quatre peuples cités plus haut vivent mal, très mal à cause de la négligence et du dédain des autres. Ils connaissent mieux leurs problèmes et sont bien placés pour les résoudre eux-mêmes. Pour nous, la résolution de ces problèmes passe par l'indépendance du Nord-Mali. Ni plus, ni moins. Nous sommes fatigués du diktat de Bamako.

La solution pour vous passe donc par la séparation ?

Absolument. Ils nous y ont obligés en créant une sorte de "nous et vous". Nous ne voulons plus vivre dans un même Etat. Nous voulons notre liberté, notre indépendance.

Difficile alors d'envisager une médiation ?

Nous ne refusons pas de médiation. Le problème, c'est qu'il y a eu trop de négociations et aucune n'a permis de résoudre le problème du Nord-Mali parce qu'en face il y a réellement un manque de volonté. Nous n'y croyons plus tellement.

Pensez-vous que cette partie du pays dispose d'assez de ressources pour se développer elle-même ?

Le développement, c'est avant tout dans la tête. Il faut le courage et la détermination. Après, on peut voir avec qui composer pour se développer.


Entretien réalisé par Boureima Diallo & Nankoita Dofini.


L'Observateur Paalga


Source: LE FASO.NET

EDITO: ÇA SUFFIT, M. JUPPE!

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Tous ceux qui aiment ce pays, qui le savent fragile dans son projet de nation, qui ne veulent pas du fossé Nord-Sud ou des dérives ethniques à la base de bien des hécatombes en Afrique ne peuvent vouloir que d'une chose : la paix au Nord Mali, la paix tout de suite et la paix via le dialogue.

C'est d'ailleurs un des acquis majeurs des échanges qui mobilisent actuellement la classe politique malienne. C'était plus facile pour elle par démagogie, de préconiser la solution militaire mais elle s'en est gardée. Car pour beaucoup d'entre nous, l'autorité réside dans l'usage de la force et rarement dans le compromis qui rend celle-ci inutile. Beaucoup d'entre nous voteraient aujourd'hui l'indépendance de l'Azawad juste pour souhaiter bon débarras à ce que nous appelons l'irrédentisme touareg. Beaucoup d'entre nous pousseront à la guerre sans chercher à explorer davantage les issues pour le dialogue, et totalement ignorants des réalités et des pièges du terrain. Non, le salut n'est pas dans la guerre.

Il est dans la négociation et négocier avec son peuple n'est pas de la faiblesse. Nous sommes de ce camp quant à nous et nous y resterons. Mais rien n'est au-dessus de notre pays et sous ce regard-là, nous trouvons déplorable, voire méprisant le cheminement par lequel Alain Juppé exige le cessez-le feu. Un ministre respectueux de l'orgueil des peuples n'a pas à constater les exploits d'une rébellion.

Or il l'a fait. Et du coup, on est bien en situation de penser que ce qu'il demande, dès lors, peut être perçu comme la capitulation d'un Etat dont les citoyens se croient stigmatisés par la France.  Par sa déclaration qu'il doit rectifier, Juppé n'accélère pas la paix que nous appelons de nos vœux. Au contraire, il l'éloigne. Or M. Juppé a trop de classe pour se reconnaître dans la France du discours de Dakar ou celle bien plus récente de la supériorité de certaines cultures sur d'autres.

Adam Thiam


Source: MALI WEB.NET

mercredi, 04 mai 2011

AMINATA TRAORE: «L’ART DE VAINCRE SANS AVOIR RAISON EST LE PROPRE DE L’OCCIDENT»

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Aminata Dramane Traoré est une femme politique et écrivaine malienne


L'intervention militaire conjointe de l'Onuci et de la force française Licorne relève de l'ingérence, affirme l'essayiste et militante altermondialiste. L'ancienne ministre de la Culture du Mali plaide pour une démocratie africaine par et pour les peuples, propre à émanciper le continent du pillage néocolonial.

 

Vous avez longtemps vécu et travaillé en Côte d'Ivoire. Que ressentez-vous à la vue du chaos dans lequel est aujourd'hui plongé ce pays ?



Aminata Dramane Traoré.
Je suis horrifiée. Nous devons cette nouvelle humiliation à notre immaturité politique qui consiste à réduire la démocratie aux élections en perdant de vue le jeu des intérêts dominants et l'asymétrie des rapports de forces.

L'attaque de la résidence du président Laurent Gbagbo et son arrestation ne sont ni plus ni moins qu'une illustration de ce que cheikh Hamidou Khan appelle l'art de vaincre sans avoir raison, qui est le propre de l'Occident.


Je suggère dans ma Lettre au président des français à propos de la Côte d'Ivoire et de l'Afrique en général une inversion des priorités de manière à privilégier le projet de société, à faire de l'élection le choix de gouvernants capables de réaliser ce projet dans le respect des aspirations des peuples. Riches de leurs expériences individuelles, les principaux protagonistes de la crise ivoirienne (Laurent Gbagbo, Alassane Dramane Ouattara et Konan Bédié) auraient pu, dans une telle perspective, diagnostiquer les politiques économiques mises en œuvre et proposer des alternatives au système capitaliste qui a fait de la Côte d'Ivoire un réservoir de matières premières avec les conséquences sociales, politiques et écologiques que l'on sait.


L'absence de débats de fond sur les conséquences catastrophiques du système néolibéral sur l'emploi, l'agriculture et les sociétés paysannes, le revenu, l'éducation, 
la santé, la cohésion sociale, la relation au pouvoir et à l'argent nuit considérablement à la construction d'une démocratie conforme à la demande des Africains.


Je ne vois pas comment ni pourquoi la démocratie qui est en crise en Occident pourrait faire des miracles en Afrique au point de justifier une expédition punitive. Mais, à propos des dominés, les dominants ne se posent pas ce genre de questions.


Comment jugez-vous la participation des militaires français de la force Licorne à l'offensive militaire qui a délogé Laurent Gbagbo de la résidence présidentielle, le 11 avril dernier ?


Aminata Dramane Traoré.
À ce sujet, on en entend des vertes et des pas mûres de la part des officiels français et des prétendus spécialistes de l'Afrique. Leur thèse peut être ainsi résumée : l'Afrique se mondialise et décide librement de faire du commerce avec les partenaires de son choix, la Chine étant l'un des plus importants. La France et les autres puissances occidentales ne voient pas, semble-t-il, de mal à cette situation. Elles seraient tout simplement soucieuses de nous mettre sur le droit chemin de l'État de droit, qui passe par des élections régulières, transparentes et propres.

Les Ivoiriens n'y seraient pas parvenus tout seuls par la faute de Laurent Gbagbo qui, après avoir été battu, semble-t-il, au deuxième tour de l'élection présidentielle du 28 novembre 2010 par Alassane Ouattara, se serait accroché au pouvoir.


Les tenants de ce discours le classent aussitôt parmi les dictateurs à qui la France se doit de donner un « avertissement », comme l'a exprimé le premier ministre français, François Fillon, à l'Assemblée nationale. On est stupéfaits par une telle arrogance quand on se réfère à l'opinion que les Français se font de leur démocratie et à la cote de popularité du président Sarkozy, qui est au plus bas.


À mon avis, la France de Nicolas Sarkozy est intervenue militairement, avec les Nations unies en cheval de Troie, pour ce que je considère comme une action de dressage démocratique de l'homme africain. Une bonne partie des populations civiles à défendre ont non seulement présent à l'esprit le discours de Dakar, mais sont parfaitement conscientes des humiliations de l'immigration « choisie » dont le président français est le père. Son nouveau ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, en remet une couche en s'attaquant à l'immigration légale. Si nous comprenons bien, le soutien aux « révolutions » et à la « démocratisation » a des limites. La France nous aime libres et en démocratie. Mais entre nous et chez nous.


Peut-on résumer la crise ivoirienne à une crise postélectorale, à un contentieux entre un « président reconnu par la communauté internationale » et un perdant accroché au pouvoir ?


Aminata Dramane Traoré.
Le contentieux électoral est le prétexte qui, lorsque les enjeux économiques et géostratégiques l'exigent, peut servir de justification à toute sorte d'agression. Mis à part cette instrumentalisation, je ne vois aucune raison de mettre un pays souverain à feu et à sang. Point n'est besoin de rappeler que ce type de contentieux se règle souvent sans qu'aucune goutte de sang ne coule. Nous connaissons bon nombre de cas où les redresseurs de torts ont fermé les yeux sur les fraudes et sont même allés parfois jusqu'à inverser les résultats électoraux.

En somme, loin d´être un problème ivoiro-ivoirien, cette crise est l'une des expressions tragiques de la marche chaotique et macabre du monde depuis la chute du mur de Berlin.


Laurent Gbagbo ne porte-t-il pas une lourde responsabilité dans cette longue crise ?


Aminata Dramane Traoré.
Pas plus que la France et les Nations unies qui, depuis la mort de Félix Houphouët-Boigny, ont joué sans en avoir l'air la carte du « tout sauf Laurent Gbagbo ». Il suffit de se référer à l'édifiant documentaire de Patrick Benquet, la Françafrique, pour comprendre l'ingérence permanente dans nos affaires.

Le passé et le profil de Laurent Gbagbo ne répondent pas aux critères des maîtres du monde dans leur casting des dirigeants des pays dominés. Il fallait qu'il parte. Tous les leviers possibles et imaginables ont été actionnés pour atteindre cet objectif. La mauvaise volonté dans le désarmement de la rébellion, l'asphyxie, ces derniers mois, de l'économie ivoirienne, sans crainte aucune de la souffrance humaine induite par les privations et les pénuries, ainsi que le lynchage médiatique sont autant d'armes au service de l'ingérence et de la déstabilisation.


Je rends personnellement hommage à un homme de courage et de dignité qui a été le premier à défier l'un des hommes politiques les plus puissants du continent africain et à avoir fait de la prison avec sa femme au nom du multipartisme et de la démocratie.


Qu'y a-t-il de commun entre les interventions en Côte d'Ivoire
et en Libye ? La « protection des civils » est invoquée dans un cas comme dans l'autre. Que pensez-vous de cette invocation, qui est un autre nom du droit d'ingérence humanitaire ?

Aminata Dramane Traoré.
Il y a lieu d'étudier de manière approfondie les similitudes et les différences entre ces deux situations. L'une de ces similitudes est l'instrumentalisation des populations civiles qui, dans le cas de la Côte d'Ivoire, sont d'abord victimes de la dérégulation et de la déprotection dans le cadre du libéralisme économique. Contentieux électoral ou pas, les Ivoiriens étaient déjà confrontés aux difficultés croissantes d'accès à l'emploi, à l'alimentation, aux soins de santé.

Ce sort qu'ils partagent avec l'immense majorité des Africains soumis aux diktats du FMI et de la Banque mondiale n'est pas de nature à perturber les dirigeants occidentaux qui, subitement, prétendent voler au secours de la veuve et de l'orphelin à coups de missiles « humanitaires ».


L'argument invoqué est le même dans le cas des deux pays en vue de susciter le maximum d'indignation à l'égard des dirigeants que l'Occident a décidé d'évincer.


La différence de taille entre la Libye et la Côte d'Ivoire, c'est que le lâchage de Muammar Kadhafi, qui était devenu un partenaire privilégié, se situe dans la droite ligne de celui de Zine El Abidine Ben Ali en Tunisie et de Hosni Moubarak en Égypte.


Comment jugez-vous le rôle joué
par les Nations unies tout au long du processus électoral, puis lors de l'offensive contre Laurent Gbagbo ?

Aminata Dramane Traoré.
Le rôle joué par l'ONU en Afrique est le même depuis la fin des années cinquante. Conçue par les grandes puissances, cette organisation sert leurs intérêts. L'ONU n'a jamais été un instrument de paix en Afrique. En 1960, à propos de la mort de Patrice Lumumba, Franz Fanon écrivait : « Il ne fallait pas faire appel à l'ONU. L'ONU n'a jamais été capable de régler valablement un seul des problèmes posés à la conscience de l'homme par le colonialisme, et chaque fois qu'elle est intervenue, c'était pour venir concrètement au secours de la puissance colonialiste du pays oppresseur. » (1) C'est dire jusqu'à quel point il est urgent de repenser le cadre normatif des relations entre les nations.

Comment le continent africain peut-il, dans un tel contexte, reprendre en main son avenir ?


Aminata Dramane Traoré.
L'intervention militaire conjointe de l'Onuci et de la force française Licorne en Côte d'Ivoire constitue, de mon point de vue, l'un de ces grands moments de dévoilement de la nature injuste et cynique du monde actuel. L'assujettissement des classes dirigeantes africaines fait partie de l'agenda de l'Occident. Il leur faut aller à l'assaut de l'Afrique pour s'assurer le contrôle des matières premières, des ressources naturelles indispensables à leurs politiques de croissance et de compétitivité face à la Chine.

Nous sommes rattrapés, en Afrique, par des questions de fond qui n'ont pas été examinées avec rigueur. Nous nous devons de les mettre à plat. La première question qui me semble essentielle est : quelle Afrique voulons-nous à la lumière de l'état du monde globalisé, fragmenté et de plus en plus violent ?


Si nous parvenons à nous saisir de cette question au niveau de chaque pays, des différentes sous-régions et du continent en outillant les populations de telle sorte qu'elles puissent s'impliquer à fond dans l'analyse de l'état des lieux, la formulation, la mise en œuvre et le suivi des solutions pourront jeter les bases d'une démocratie africaine par et pour les peuples.


C'est un chantier gigantesque, mais exaltant, qui n'a rien d'impossible si les élites acceptent enfin de se réconcilier avec le continent.

 

Jeudi, 21 Avril 2011

 

Bibliographie

Mille Tisserands en quête de futur. Bamako : Edim, 1999, 
l'Étau, Actes Sud, 1999.

Le Viol de l'imaginaire, 
Fayard, 2002.

Lettre au président des Français à propos de la Côte d'Ivoire et de l'Afrique en général, 
Fayard, 2005.

L'Afrique humiliée, 
Fayard, 2008.

(1) « La mort de Lumumba : pouvions-nous faire autrement ? », Afrique Action, n° 19, 20 février 1960. Repris dans Pour la Révolution africaine. Écrits politiques, 
François Maspero, 1964, réédité 
en 2001 par La Découverte.


Entretien réalisé par 
Rosa Moussaoui

 


Source: HUMANITE.FR

mercredi, 09 mars 2011

SILENCE, ON TUE ET ON EGORGE A ABOBO!

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Violences dans la commune d'Abobo : Alassane Ouattara fait égorger des Ivoiriens dans l'indifférence et dans l'impunité. Les mercenaires de la Cedeao venus principalement du Burkina Faso, du Mali, du Sénégal mais aussi de la Guinée, aidés dans leur sale besogne par les mercenaires d'Alassane Ouattara et les militants du Rhdp, sévissent gravement à Abobo et environs.


Les nouvelles qui nous parviennent de la commune d'Anyama et plus précisément celle d'Abobo, peuplée d'environ 1,900 million d'âmes, ne sont pas rassurantes. Ces communes peuplées en majorité des ressortissants de la sous-région ouest-africaine, s'apprêtent à opérer la tragédie humaine jamais réalisée dans l'histoire de la Côte d'Ivoire et qui pourrait, si rien n'est fait, envoisiner la tragédie rwandaise, sans extrapolation.

On sait depuis deux semaines que plusieurs milliers de populations ont fui les tueries perpétrées par «le commando invisible» composé de mercenaires convoyés par centaines par l'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire (Onuci). Connaissant la forte densité de cette commune, on en déduit aisément que, les déplacés représentent un nombre infime de l'ensemble des populations.
Par conséquent, ceux qui - les plus nombreux-, n'ont pas eu cette chance de fuir les massacres qui s'y perpètrent de jour comme de nuit deviennent des proies faciles. En attendant que le nombre exact soit livré par les organismes étatiques et connu par le grand public, tirer dès maintenant la sonnette d'alarme n'est pas illusoire.

Plusieurs faits en notre possession montrent que des domiciles sont pillés, incendiés et leurs habitants éliminés sans autre forme de procès. Beaucoup d'Ivoiriens sont restés coincés et ne peuvent plus sortir de cette commune de peur d'être identifiés et livrés à la vindicte des tueurs.
Certains encore se barricadent entre quatre murs, parce que refusant de «céder» les habitations qu'ils ont bâties depuis des années au prix de mille efforts, sont à la merci des mercenaires et autres populations de la Cedeao hostiles et ayant pris faits et causes pour Alassane Dramane Ouattara.
D'autres parmi lesquels on dénombre de nombreux vieillards et surtout des malades, se sont tout simplement résignés et attendent leurs bourreaux pour les achever. Dans le village d'Anokoua Kouté, plus d'une dizaine de jeunes ont été égorgés dans la nuit de dimanche 6 à lundi 7 mars, dont une femme qui se prénomme Lucie brûlée vive.

Notre informateur coincé dans le village et qui cherche désespérément à fuir, évoque de nombreux cadavres qui jonchent les ruelles du village d'Anonkoua Kouté. A des barrages de fortunes que ces mercenaires et ressortissants de la Cedeao érigent dans les ruelles des sous quartiers, tout Ivoirien qui vient à passer là est automatiquement identifié et tué à coups de machette.
De nombreuses scènes affligeantes se sont déroulées, le week-end écoulé, dans divers sous quartiers allant de Clouétcha, Kennedy, en passant par Samaké, Agbékoua, Akéikoa, Derrière-Rail etc. Des Ivoiriens dans leur propre pays sont repérés, stigmatisés, arrêtés et sauvagement égorgés sous les cris de joie des ressortissants de la Cedeao. Ces derniers estiment avoir trouvé l'occasion unique de faire fortune.

Mais surtout de « se venger de ces prétentieux Ivoiriens qui pensent que la Côte d'Ivoire leur appartient à eux-seuls». Sont-ce là quelques quolibets entendus par des partisans d'Alassane Dramane Ouattara qui s'en donnent à cœur joie aux tueries des Ivoiriens dont les noms ne sont pas à consonance nordique.

Et quand bien même que des Ivoiriens de souches porteurs des noms du Nord sont arrêtés à des barrages érigés dans ces sous quartiers, ce n'est pas toujours évident qu'ils aient la vie sauve.
Ces derniers devant s'exercer à échanger avec les tenants desdits barrages en langue Malinké ou Dioula tout en déclinant le nom de leur village ou région de naissance, pour espérer s'extirper d'Abobo. Nous sommes en plein dans le délit de faciès et il ne fait pas bon de se sentir Ivoirien sur sa propre terre.

Les mercenaires de la Cedeao venus principalement du Burkina Faso, du Mali, du Sénégal mais aussi de la Guinée aidés dans leurs basses besognes par les mercenaires d'Alassane Dramane Ouattara, sévissent dans cette commune située en plein cœur d'Abidjan. Combien sont-ils ces Ivoiriens qui ont été égorgés ? Personne n'en a le nombre avec exactitude.
Toujours est-il que le massacre continuait jusqu'à hier (lundi 7 mars 2011) et ce, depuis un mois que les terroristes y sévissent de jour comme de nuit. A cette allure, nous allons tout droit vers une épuration ethnique, et le mot n'est pas fort quand on sait la méthode utilisée et la haine qu'ont ces mercenaires de la Cedeao des Ivoiriens. Il faut secourir les Ivoiriens d'Abobo et sauver ce qui peut l'être. A tous les prix !


Source: FACEBOOK