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jeudi, 13 août 2015

DUEKOUE: NON AUX EXHUMATIONS SANS ENQUETES

 

duékoué,massacres de nahibly,duékoué: non aux exhumations sans enquêtes,les victimes de duékoué demandent des enquêtes avant toute exhum,pour le collectif des victimes de duékoué (carrefour & nahibly),emmanuel caleb le 02082015

Casques bleus du contingent marocain de l'ONU ramassant les corps après le massacre de Duékoué

 

Les victimes de Duékoué demandent des enquêtes avant toute exhumation.

 

Les 27, 28, 29 et 30 Mars 2011, c’est un véritable déluge de feu de guerre qui s’est abattu sur les populations autochtones de la ville de Duékoué en général, au quartier dénommé Carrefour en particulier. Des douilles de balles de kalachnikov et même de la redoutable arme dite 12-7 trainaient sur le sol partout, comme du gravier. La folie meurtrière qui était passée par-là avait fait plusieurs centaines de morts dans le seul quartier de Carrefour. A cette triste occasion, monsieur Guillaume SORO a dit, sur les antennes d'une sinistre radio internationale, que les milliers de morts à Duékoué sont à mettre au compte de Laurent GBAGBO qui aurait fait perpétrer ces massacres contre son bastion politique qui l'aurait trahi lors du vote de Novembre 2010 au bénéfice de OUATTARA. Le temps a passé mais les victimes n'ont pas oublié cette affirmation. Les premiers chiffres avancés par la Croix-Rouge, la seule ou rare O.N.G. restée sur place en ce temps-là, parlaient d’au moins huit cents (800) morts, c’est-à-dire ceux des cadavres qu’elle a pu retrouver et mettre en terre. Sans parler de tous ceux qui ont été massacrés par les F.r.c.i. et dozos, dans les brousses et villages environnant Duékoué, et donc forcément abandonnés à la consommation par les cochons et les bêtes sauvages. Les forces de l’O.N.U. résidant à Duékoué avaient et ont toujours leur camp à cinq cents mètres du quartier Carrefour mais n’ont pas levé le petit doigt lors de ces massacres.  Bien au contraire, les forces onusiennes ont  prêté main forte aux tueurs en bombardant par hélicoptère, quelques jours auparavant, les forces loyalistes qui ont fini par décrocher sur consigne du président GBAGBO. L’O.N.U. qui pourtant avait signé une résolution (la 1975) en vue de sauver les populations civiles ivoiriennes d’un massacre…

Cinq ans après cet ethnocide révoltant, des croque-morts, sous le couvert de l’Etat, veulent exhumer  les restes de nos parents pour, disent-ils, raison de sécurité sanitaire, ce à quoi nos vaillantes populations se sont vivement opposées la semaine du 23 au 30 Juillet 2015, à leur troisième tentative d’exhumation de ces corps, après 2013 et 2014.

A quoi obéit véritablement cette volonté d’exhumation des corps massacrés par pure haine dans le répugnant espoir de les exproprier de leurs terres et autres biens, quand l'argument perfide et fallacieux de conflit foncier évoqué à cette époque et ayant présidé à ces tueries  massives ne résiste point devant la vérité que tous ces nombreux enfants et femmes lâchement abattus, selon nos coutumes en Wê, ne sauraient être des propriétaires terriens ?

Dans  des pays comme le Rwanda, le Cambodge, la Bosnie ou plus récemment le Yémen, c'est avec soin que les restes des personnes massacrées sont déterrées et conservés parfois dans des musées pour l'Histoire, afin que ces peuples-là, leur postérité et l'Histoire se souviennent des basses horreurs dont l'Humanité est capable, afin aussi de pouvoir nous guérir des affres de l'instinct bestiaire enfoui en nous et toujours prêt à ressurgir dans la grande des brutalités pour frapper notre prochain, tel un ouragan dévastateur.

C'est donc bien pour celà que nous voulons ici saluer la détermination des populations de Duékoué et de tous ces démocrates qui, de par le monde entier, ont fait échec à cette suspecte volonté d'exhumation de ces fosses communes. De nombreux charniers qui, aussi curieux que celà puisse être, n'ont véritablement pas encore suscité l'intérêt mal zélé en bien d'autres cas de la Cour Pénale Internationale, surtout quand on sait que les experts scientifiques de la dite  Cour sont déjà venus visiter ces charniers à Duékoué il y a trois ans, avec drones, scanners et autres instruments de détection et d'évaluation. Or, sur la base d'un grossier mensonge, depuis cinq ans, un peuple tout entier et son leader Laurent GBAGBO sont privés de liberté, à l'instigation d'une plus que jamais introuvable communauté internationale qui s'était invitée dans le déni de souveraineté de la Côte d'Ivoire. Un grave et honteux déni préparé et cautionné par la France depuis 2002 en Côte d'Ivoire, par un exercice qui a consisté à ensevelir la primauté de la vérité et du droit sur le mensonge et la violence gratuite. Un déni dans lequel l'O.N.U. même, en toute inhumanité, s'est laissée embarquer, telle une fille de joie assoiffée d'inceste. Que s'est-il véritablement passé en Côte d'Ivoire depuis quinze ans, pour que, sans vergogne, l'on se plaise à communiquer au monde le chiffre mensonger de trois mille (3 000) morts, un certain 11 Avril 2011, après une pseudo crise postélectorale qui, dans la réalité, n'est que le sombre et abject couronnement de la guerre que la France de monsieur CHIRAC puis monsieur SARKOZY, par rébellion interposée, ont menée contre la Côte d'Ivoire et Laurent GBAGBO ? Oui, en vérité, que s'est-il vraiment passé en ce pays-prison à ciel ouvert, pour que des assassins jouissent de la liberté et que les victimes soient réduites à l'étroitesse du silence et de l'amertume, quand,  comme de lugubres sirènes, les esclaves des finances internationales ou du dieu argent, chantent à tout va que la santé financière de la Côte d'Ivoire est très bonne alors que nous sommes des milliers de victimes expropriées dont les vrais domiciles sont nos vêtements ou guenilles et nos chaussures usées, forcées que nous sommes à une errance qui devrait avoir pris si madame Fatou BENSOUDA, dans son zèle de fausse mulâtre des champs de canne à sucre, se décidait enfin de recompter les voix issues de l'élection présidentielle de 2010 convertie en crise par ses maîtres ?

La présente contribution se veut tributaire d'un seul constat : l'intelligence humaine et la civilisation prônées par les occidentaux sont véritablement en panne. C'est pourquoi, au-delà même de  ce constat, nous voudrions ici, comme le grand VOLTAIRE, lancer un appel capital au monde entier afin que ''les aveugles voient, les sourds entendent et que les muets parlent" ! On ne peut prétendre donner des leçons à autrui si l'on souffre soi-même d'hémiplégie mentale. Les occasions pour savoir la vérité sur les massacres perpétrés en Côte d'Ivoire sont multiples et diverses mais la justice internationale, au lieu de s'attaquer aux causes réelles et vrais auteurs de la guerre de dix ans contre la Côte d'Ivoire, s'acharne sur ses effets bénins et les innocentes victimes que nous sommes, dont Laurent GBAGBO. Au lieu d'intégrer cette vérité, des esprits funestes veulent faire disparaître les preuves matérielles qui ne peuvent que faire éclater la vérité, toute la vérité qui va faire libérer les victimes en prison et permettre l'incarcération de vandales promus à  des fonctions d'Etat, du jamais vu en Occident mais cautionné chez nous par ce même Occident. C'est ça même qui est la vérité ! Simone EHIVET-GBAGBO, n'a pas eu et n'aura jamais tort d'avoir crié, il y a cinq ans : "oh, honte à la communauté internationale" !

Enfin, les victimes de Duékoué disent ceci : nous ne sommes pas des Juifs mais tous, nous savons ce que ce peuple a subi et ce qu'il a entrepris de par le monde pour que justice lui soit rendue. Pour cela, nous en appelons ici et maintenant à toutes les bonnes volontés qui nous ont de tout temps soutenus, de communiquer largement, encore et toujours, sur les atrocités que notre peuple continue de vivre dans l'indifférence du silence de nos agresseurs et leurs parrains que nous connaissons bien et contre lesquels nous porterons bien plainte le moment venu, c'est-à-dire quand le minimum pour nous aura été acquis. Ce minimum, Wê de tous pays du monde, en parlant d'une seule et même voix, doit être la réalisation de monuments là où nos parents ont été jetés ou enfouis comme des bêtes sauvages, la rédaction d'un mémoire collectif pour la postérité et pourquoi pas, la création d'un musée pour la mémoire de nos disparus afin que le monde entier sache et se souvienne.  Autrement dit, le collectif des victimes de Duékoué dit non, non et non à toute exhumation ! Il est temps, grand temps pour des enquêtes, que ce soit à Duékoué, à Akéïkoi, à Adébem, à Yopougon, Dabou et autres contrées du nord de notre pays, afin que la vérité soit sue et que le mensonge de nos agresseurs, étalé une fois pour toutes, les conduise tout droit en prison. Cette dernière exigence nôtre, nous la croyons fermement inscrite dans la destinée prophétique de notre cher et beau pays, avis ici et maintenant à tous les sceptiques, incrédules et bernés ou floués de tous bords ! A tous ces abonnés aux regrettes suicidaires de Juda, les victimes de Duékoué disent : "Allons aux enquêtes sans tergiverser, si nous voulons savoir la vérité" !

Quant à tous ceux qui s'excitent pour des exhumations en évoquant la sécurité sanitaire des riverains des fosses communes, nous les prions d'aider l'Etat ivoirien à sauver la vie de tous ces nombreux Ivoiriens qui consomment chaque jour viande ou beignets dans du papier ciment (vous avez dit amiante?) ou se restaurent par-dessus des caniveaux ou décharges publiques aux odeurs exécrables à rendre malade plus d'un. Encore une fois, non à toute exhumation sans enquête préalable !

 

Pour le collectif des victimes de Duékoué (Carrefour & Nahibly): Emmanuel Caleb, le 02/08/2015.

lundi, 10 août 2015

COTE D’IVOIRE – ALASSANE OUATTARA: ARRET SUR IMAGE, ENTRE LE 121ème ET 122ème AVION

 

FETE NATIONALE 2015.jpg

 

A peine la mascarade du 7 août passée, notre président émergent s'envole pour la France... Petites vacances certainement avec un bilan médical à la clé, mais rien ne nous dit que le candidat Ouattara publiera son bulletin de santé, comme l'exigent les textes; d'ailleurs sa déclarations de patrimoine liée à la précédente "élection" attend toujours d'être publiée... Nous savons seulement que son patrimoine a très indécemment grossi depuis sa prise de pouvoir. Mais c'est normal, il travaille tellement; et que dire de son épouse, qui selon ses fans rivaliserait en actes et en miracles avec la sainte Vierge. Il est donc normal que la pluie de milliards tant attendue tombe dans leur escarcelle au lieu de tomber en dehors. 

L'exposition universelle fêtée à Milan cette année, notre élu se doit d'y présider la journée nationale de la Côte d'Ivoire, le mardi 11 août. D'ailleurs l’ambassadeur d’Italie en Côte d’Ivoire, SEM. Alfonso Di Riso a expliqué que cette "journée" sera une opportunité pour les investisseurs italiens de découvrir les potentialités économiques de la Côte d’Ivoire. Une Énième opportunité donc, Ouattara n'ayant pas arrêté de sillonner la planète pour tenter de débusquer enfin ces investisseurs, devenus tellement rares... Et pourtant à l'entendre parler, cette Côte d'Ivoire exceptionnelle louée le 7 août dernier, est un pays de rêve : les hôpitaux, écoles, industries, routes, infrastructures poussent comme des champignons. Plus besoin même d'évoquer le taux de croissance, il a littéralement explosé. Sa réélection est acquise, on se demande même pourquoi des élections sont programmées en pareilles circonstances, avec un "Grand Favori" comme lui à la tête du pays, comme l’annonce l'AFP, version ivoirienne dans son crédo quotidien. 

Et pourtant Pascal Affi N'guessan, lui aussi, croit que son jour de gloire est arrivée. Plus de 4000 personnes ont assisté à son investiture hier. Mamadou Koulibaly, Charles Banny, soutenu par Abou Cissé, -le parent de la mère d'Ado, née à Dabou, aux dernières nouvelles-, Essy Amara, encouragé par Mamadou Ben Soumahourou, KKB et d'autres y croient aussi...

Ainsi va la vie en Côte d'Ivoire. Pour l'instant le gouvernement rapidement expédie les affaires courantes. Tous les grands projets sont reportés après les élections, le métro aérien devrait être lancé pour 37 kilomètres de rails. A Jérusalem nous avons "subi" les travaux du tram pendant plus de 12 ans, sur une ligne de 13,7 kilomètres seulement. Mais chut, dans cette Côte d'Ivoire qui ne peut manquer son Émergence en 2020, il est évident que les travaux seront menés tambour battant, et terminés à cette date ! Il va sans dire que toutes les écoles promises ouvriront en septembre, que les professeurs seront trouvés et rémunérés, que les parents qui ne pourront envoyer leurs enfants à l'école faute de moyens financiers, trouveront une petite obole leur permettant de ne pas passer par la case prison, depuis que notre génie en Chef a lancé le décret de l'école obligatoire, reprenant les dispositions données en leur temps par Laurent Gbagbo qui  avait déjà rendu l'école obligatoire, mais gratuite. Ouattara ne garde que l'obligatoire, oubliant la gratuité. Gratuité des soins aux plus pauvres, un oubli aussi de sa part. 

Octobre sera bientôt à nos portes. La commission CDVR, remplacée par une autre commission, n'a pas accouché de grand-chose; nous n'avons lu aucun chiffre, aucune statistique fournie par Charles Konan Banny. Une cérémonie commémorative des victimes a rassemblé quelques 50 "cas" sur les 3500 recensées. Lors de cette cérémonie, le couple Ouattara a joué les pleureuses, puis les consolateurs, et enfin les artisans de paix. Quelques 1500 Euros ont été distribués aux familles présentes; bien sûr les autres devront attendre un peu, probablement après les élections... Pas un mot sur les morts au sein de l'armée, sur les jeunes qui ont été fait prisonniers, mis dans des containers, ceux qui ont disparu dans la forêt du Banco; pas un mot sur les exilés qui attendent toujours encore que ceux qui squattent leurs maisons et domaines partent pour pouvoir rentrer au pays dans la dignité. Pas un mot pour ces militaires qui pourrissent en prison, sans procès; pas un mot pour ceux qui sont morts de sévices et dérapages en tous genres de la part de cette gent militaire si zélée, appelée FRCI.

Les fournisseurs de l’État nous promettent une manifestation le 15 parce que l’État n'a toujours pas honoré les factures, en attente pour certaines depuis plus de 10 ans. Et pourtant l'état est une continuité, et le gouvernement en place a bien promis de faire le nécessaire. Quand 87% de la Côte d'Ivoire est électrifiée, selon les dires du mari, pourquoi certains beaux "cadeaux" de dame Ouattara à ses sœurs, payés sur les deniers publics, sont-ils encore des machines à coudre à pédalier? Pourquoi y a t-il toujours encore autant d'enfants esclaves, pardon d'enfants déscolarisés qui travaillent au lieu d'aller à l'école ? Madame Ouattara n'a -telle pas eu le temps de se pencher sur la question, elle qui préside une commission sur le travail des enfants?

Comment voteront tous les déguerpis? Il n'y a pas une semaine où les bulldozeurs se reposent : partout il faut présenter un "cadre de vie" exemplaire. La Côte d'Ivoire au travail, en bonne santé ne peut connaitre de quartiers misérables, les bidonvilles ne peuvent figurer sur les clichés de l’Émergence où tout le monde sourit et dit "Merci Ado, on rempile avec toi!"

En attendant, Ouattara va passer quelques jours de repos en France, avant de traquer les investisseurs du monde entier qui pourraient se trouver à Milan et visiter l'exposition universelle lors de leurs vacances. Ce sera son 121ème voyage, puis son 122ème. Avant de rentrer en France, suggérons-lui de faire un petit détour via Turin pour visiter son ami le président Faure Gnassingbé, spécialiste des bidouillages électoraux, qui a même manqué sa troisième investiture prévue pour le 27 juin dernier, un AVC massif l'ayant retenu dans un hôpital italien. Mais peut-être que le dicton "pas de nouvelles, bonnes nouvelles" n'est pas si exact le concernant... Si, bonne nouvelle : le Togo se gouverne tout seul, les petites mains invisibles françaises veillent au grain. Et leur vigilance au Togo confirme celle qui n'a jamais fait défaut en Côte d'Ivoire. Alors, vive la Dépendance présente et à venir !

 

Shlomit Abel, 9 août 2015.

 

Source: RESISTANCE COTE D'IVOIRE ISRAEL

mercredi, 29 juillet 2015

NAHIBLY, CET AUTRE LOURD ET ENCOMBRANT HERITAGE DE LA NEO-COLONISATION FRANÇAISE

 

DUEKOUE - CAMP DE NAHIBLY 3.jpg

 

On ne le dira jamais assez : le mensonge, l’hypocrisie et la méchanceté gratuite sont les fondamentaux qui ont présidé à la guerre que la France, de CHIRAC à SARKOZY,  menée contre  la Côte d’Ivoire. Sinon, comment comprendre que trois longues années  après, les massacres de Nahibly, ce camp de réfugiés pour autochtones Wê à Duékoué, n’aient point connu la moindre arrestation, alors que les tueurs de nos parents et frères sont bel et bien là, au cœur même du pouvoir en place ou bien en train de nous narguer chaque jour, clamant haut et fort que les crimes qu’ils ont commis l’ont été pour asseoir et solidifier un pouvoir qui a choisi la violence comme mode d’expression en politique ?

Le 20 Juillet 2012, des femmes, des enfants et des vieillards ont été assassinés sur les terres de leurs ancêtres, au camp de Nahibly, sous les regards de la France et de l’O.N.U. Devrions-nous être étonnés, nous Ivoiriens ou Africains, que ces horribles massacres n’aient point encore connu aucune poursuite judiciaire, tout comme ceux perpétrés en direct par les soldats de l’armée française sur les ponts d’Abidjan et à l’Hôtel Ivoire, bien après les abominables horreurs que ces soldats français ont couvertes à Bouaké, Korhogo, Sémien et Monoko-Zohi en Septembre 2002, avec  les tueries de Guitrozon et Petit-Duékoué la nuit du 31 Mai 2005 ?

Pour ce 20 Juillet 2015, trois ans après ces massacres, l’O.N.U., ne serait-ce que par décence feinte, n’a point daigné entendre le moindre de ses soldats sur les circonstances des atrocités commises dans ce camp de réfugiés gardé par un contingent marocain. Or, en Mars 2014, un rapport d’enquête a publié des chiffres,  des révélations à couper le souffle et des images de l'horreur ont circulé sur la toile internet. Les victimes de Duékoué, au-delà d’un devoir de mémoire envers les leurs, voudraient encore une fois ici dénoncer :

- 1° : le rôle de nuisance et d’embrigadement criminel de la France contre le digne peuple de Côte d’Ivoire depuis 2002. Les peuples et gouvernants français cruels crient au terrorisme chez eux? Ils devraient savoir que les présidents CHIRAC et SARKOZY ont instrumentalisé par leurs rebelles la terreur en Côte d’Ivoire mais notre peuple, debout comme un seul homme, a fait front et résisté malgré des têtes de bébés coupées ici à l’ouest ivoirien, des familles entières enfermées et brûlées vives dans leurs maisons, des femmes enceintes éventrées quand on sait l’ampleur de l’émoi et de l’indignation soulevées en France il y a peu, suite à une décapitation (œuvre d’un terroriste) dans l’Isère. Les preuves sont là, innombrables et incontestables que la France, par son armée, a commis trop de crimes en Côte d’Ivoire, en usant de la terreur pour nous obliger à renoncer à notre dignité et notre sens de la patrie. Surprise que sa barbarie n’a fait que renforcer notre esprit de résistance, la France s’est adonnée à des crimes sans nom par ses bras armés de la rébellion ivoirienne, bombardant elle-même les jeunes patriotes ivoiriens quand notre volonté de souveraineté prenait de l'ascendant sur ses coups bas. On ne peut pas être coupable et juge à la fois !

-2° : les victimes de Duékoué dénoncent aussi le rôle perfide et destructeur de vies humaines qui est celui de l’O.N.U. Prétextant sauver la Côte d’Ivoire d’une catastrophe humanitaire en Mars 2011, l’O.N.U. s’est empressée de pondre une résolution, précisément la 1975. Mais alors combien sont morts par ici depuis, sous les regards complices de l’O.N.U., à Carrefour-Duékoué et Nahibly, bien après Guitrozon et Petit-Duékoué ? Combien des nôtres ont été enlevés, déportés pour être assassinés en silence dans les forêts ou les montagnes de chez nous, à commencer par les brousses et campements aux alentours de Nahibly ? Le camp de concentration du chef rebelle Daouda KONE dit Konda pour les jeunes gens d’ethnie Wê, à l’Hôtel Monhésséa de Duékoué, l’O.N.U.C.I.n’était pas au courant ? La vérité sur le terrorisme qui s'est abattu sur la Côte d'Ivoire ne sera sue que quand le désarmement et la mise aux arrêts des chefs rebelles auront lieu. Sinon, tout autre discours ou diversion est un non-sens.

En définitive, les victimes de Duékoué sourient, face aux vaines gesticulations et ennuyeuses élucubrations contre le terrorisme des actuels gouvernants français, eux qui n’ont jamais crié au scandale quand Nahibly  été mis à feu et à sang, le 20 Juillet 2012 mais qui, dans le même temps, recevaient monsieur OUATTARA chez eux. Quant à messieurs CHIRAC et SARKOZY, se sont-ils une seule fois étonnés ou indignés du fait qu’un pays sahélien (le Burkina Faso) leur vende du cacao, fruit des  razzias de la rébellion dans l’ouest ivoirien ? Ont-ils, pour cela, suscité la moindre résolution à l’O.N.U. en son temps contre leur ami Blaise COMPAORE ? Non, non et non, crient les victimes de Duékoué, le terrorisme, même tropicalisé et trempé à la sauce française, n’est rien d’autre que du terrorisme, vu et su que la terreur et la douleur n’ont point de couleur, encore moins de race. C’est pourquoi, depuis qu’ils ont enfermé Laurent GBAGBO à La Haye, nous, victimes de Duékoué, nous chantons et nous dansons d’allégresse : il n’est plus loin, ce jour où la France du crime éhonté et de la basse sottise va être mise à nu, pour que guérissent enfin ces millions de cœurs meurtris d’Africains que nous sommes. "Toujours pour le voleur, un jour pour le propriétaire", aimons-nous répéter en Afrique. Or Dieu seul sait combien la France nous a volés par des massacres tout aussi odieux que grossiers et honteux. Oh, honte à la France des droits de l’homme ! D'ailleurs, à quand ton examen de conscience, de Toussaint LOUVERTURE à Laurent GBAGBO avec tous ces millions de morts en Afrique et dans les départements et territoires d'outremer (*)?

Massacrer autrui pour survivre, sur cette terre des hommes ? En attendant que madame BENSOUDA et sa C.P.I. ouvrent un jour leurs yeux et la primauté du droit sur Nahibly et Carrefour, les victimes de Duékoué s’inclinent devant la mémoire de leurs nombreux disparus. Paix sur Nahibly, paix en Côte d'Ivoire. 

                                                                                                  

 (*) : cf. Le pont de Fengolo, chronique d'un génocide perpétré et tu par la France, manuscrit.

 

Pour le collectif des victimes de Duékoué (Carrefour & Nahibly) : Emmanuel Caleb, porte-parole.

lundi, 13 juillet 2015

PRESIDENTIELLE 2010 - MEDIAPART FAIT DE GRAVES REVELATIONS SUR LE "DEAL" ENTRE LA CEI ET CHOI

 

CHOI ET BAKAYOKO.jpg

 

Notre collaboratrice Fanny Pigeaud sort un livre qui retrace les relations récentes entre Paris et Abidjan. Dans l’extrait que nous publions, elle revient sur l’élection contestée de 2010 qui a vu Alassane Ouattara arriver au pouvoir et Laurent Gbagbo finir dans une geôle à La Haye.

 

Cinquante ans après les indépendances de la plupart des anciennes colonies françaises d’Afrique, Paris continue d’être présent sur le continent africain : économiquement bien sûr, militairement, comme le démontrent la cinquantaine d’interventions tricolores qui ont eu lieu dans l’ancien «pré carré», et bien trop souvent politiquement. Contrairement aux promesses de Nicolas Sarkozy, réitérées par François Hollande, de non-intervention dans les affaires intérieures africaines, l’Élysée continue en effet d’y mettre son nez. L’argument est toujours le même, celui de la «stabilité», qui prend différentes formes. Aujourd’hui, c’est la lutte antiterroriste ou la volonté d’éviter les États faillis. Mais il y a bien souvent des raisons moins avouables publiquement : préservation de certains intérêts économiques, maintien de bases militaires, favoritisme à l’égard de tel ou tel politicien «ami», soutien diplomatique quand la France a besoin de rassembler des votes à l’Onu… En fait, il s’agit ni plus ni moins, pour la France, de continuer à gouverner indirectement ses anciennes colonies, plutôt que de laisser les Africains s’en charger eux-mêmes, avec leurs erreurs et leurs tâtonnements. La Côte d’Ivoire est depuis un demi-siècle le lieu de telles manœuvres. Notre collaboratrice Fanny Pigeaud a fait paraître fin juin un livre qui retrace l’histoire récente des relations entre Paris et Abidjan, France Côte d’Ivoire – Une histoire tronquée (Vents d’ailleurs, 453 pages). Son livre est centré sur l’élection présidentielle de 2010 qui a vu le président sortant Laurent Gbagbo être dé- fait, puis s’accrocher au pouvoir avant d’en être délogé par des bombardements français et onusien, afin que son concurrent, Alassane Ouattara, puisse s’installer au pouvoir. Mais cette histoire officielle tient-elle compte de ce qui s’est réellement passé ? Certainement pas, répond Fanny Pigeaud, comme le montre cet extrait de son ouvrage qui jette une lumière différente sur la régularité de cette fameuse élection de 2010.

UN PROCESSUS OBSCUR

Aucun acteur du processus électoral n’a joué son rôle. La «communauté internationale», suivie par les médias occidentaux, affirme donc que Ouattara est le vainqueur de l’élection présidentielle. Pourtant, tout montre que le processus électoral n’a pas respecté les règles et que chacun de ses principaux acteurs n’a pas joué son rôle : la commission électorale indépendante, le Conseil constitutionnel et le certificateur de l’Onu Young-jin Choi ont failli à leur mission.

LA COMMISSION ÉLECTORALE INDÉPENDANTE

La commission électorale indépendante (Cei) est le premier organe qui n’a pas fait son travail correctement. Nous avons vu qu’il y a eu, avant même le scrutin du second tour, de nombreux dysfonctionnements. D’autres anomalies importantes sont facilement détectables. Le taux de participation donné par la Cei, par exemple, pose beaucoup de questions. Tous les observateurs et acteurs ont annoncé à la sortie des urnes qu’il était inférieur d’environ dix points par rapport à celui du premier tour. Le chef de la délégation des observateurs de la francophonie, Gérard Latortue, a ainsi déclaré le 29 novembre qu’il «pourrait avoisiner les 70 %». Le vice-président de la Cei, Amadou Soumahoro, du RDR, a lui-même expliqué aux médias ce même lundi 29 novembre : «Le taux de participation au second tour de la présidentielle dimanche se situe autour de 70 %, en baisse par rapport au premier tour le 31 octobre, où elle avait atteint 83 %.» Le porte-parole de la Cei, Bamba Yacouba, représentant des Forces nouvelles, a dit le même jour : «Le taux de participation qui est d’environ 70 % est en baisse par rapport à celui du premier tour qui s’élevait à plus de 80 %.» Sur la Rti, Amadou Soumahoro a indiqué, toujours le même jour, à propos du chiffre de 70 % : «Nous sommes surpris que le taux soit aussi élevé, contrairement à ce que nous pensions hier (dimanche). Nous craignions que nous n’atteignions même pas les 60 % de taux de participation.» Or, lorsque le président de la Cei, Youssouf Bakayoko, a proclamé ses résultats provisoires, le 2 décembre, il a donné un taux de 81,1 %, soit 11 points de plus que les 70 % initialement annoncés. Pourquoi cet écart, qui correspondait à un peu plus de 600 000 voix ? Aucune réponse ne sera apportée à cette question. Cette différence a pourtant une incidence importante sur les résultats finaux. Comme d’autres observateurs, l’ex-président sud-africain Thabo Mbeki soulignera les incohérences dans les chiffres donnés par les uns et les autres : «L’envoyé de l’Onu, le secrétaire général Ban Ki-moon, et son collègue sud-coréen, le Rssg Young-jin Choi, ont […] déterminé que Ouattara avait gagné, mais sur la base de moins de voix que celles annoncées par la Cei, après avoir déterminé que certaines des plaintes déposées par Gbagbo étaient légitimes. En termes de suffrages exprimés pour les deux candidats, la Cei, le Cc et le représentant spécial de l’Onu ont fait trois mesures différentes.» Un autre problème concerne les procès-verbaux (PV) du scrutin et la manière dont le comptage des voix a été effectué. L’Onuci avait des équipes dans 721 des 20 000 bureaux répartis dans tout le pays. Elle pouvait par conséquent certifier la validité des PV issus des bureaux où ses éléments étaient déployés et avaient assisté au dépouillement des voix.

Mais elle n’était pas capable de savoir s’il y avait eu, par exemple, tricherie et entente des acteurs dans les autres bureaux de vote, pour produire des PV ne correspondant pas au choix exprimé par les électeurs. Or, sur beaucoup de PV issus de la zone Cno notamment, des incohérences sont visibles : tout comme l’a relevé Bédié lors du premier tour, de nombreux bulletins de vote comportent plus de votants que d’inscrits. La société chargée de faire le comptage électronique des voix, Sils Technology, a ainsi signalé par écrit à la Cei, le 1er décembre 2010, que son logiciel avait «rejeté un nombre de procès-verbaux pour non-conformité d’acceptation au critère de validation électronique (un nombre de votants anormalement supérieur au nombre d’inscrits) estimé à 2 000». En outre, les PV issus de beaucoup de bureaux du Nord indiquent que Gbagbo n’a obtenu aucune voix, ce qui veut dire que ses propres assesseurs n’ont pas voté pour lui. Autre curiosité : selon beaucoup de ces PV, 100 % (voire plus, si l’on compte les votants non inscrits) des électeurs ont voté (souvent à 100 % pour Ouattara), ce qui est extrêmement rare, pour ne pas dire totalement improbable. De plus, on ne sait pas sur quelles bases les résultats donnés par Bakayoko ont été établis : s’appuient-ils sur la compilation des résultats tels que la Cei les a reçus ? Ou bien seulement sur ceux validés par l’ensemble des membres de la Cei ? La proclamation de Bakayoko est elle-même sujette à caution : quelle est sa valeur légale, alors qu’elle a été faite en l’absence des autres membres de la Cei et que ces derniers n’ont en plus pas validé son contenu ? Quelle est sa valeur, alors que le Conseil constitutionnel a retiré à Bakayoko le droit de la faire ? Quelle valeur a-t-elle, alors qu’elle a été formulée non seulement hors délai, mais aussi au Qg de campagne de l’un des candidats, en l’occurrence Ouattara ? Aucune explication valable ne sera donnée à cette dernière incongruité. Youssouf Bakayoko dira juste depuis Paris, le 1er janvier 2011, dans un entretien à Rfi qui lui demandera pourquoi il a fait son annonce dans le «quartier général d’un des candidats, Alassane Ouattara»: «Écoutez, moi, je l’ai su par la suite, je ne savais pas qu’il habitait là.» Alors que RFI insistera, disant: «Mais tout le monde le savait. Pourquoi vous, vous ne le saviez pas ?», Bakayoko répondra : «Je n’ai pas à savoir ce que tout le monde sait parfois.» Notons que, après sa déclaration au Golf Hôtel, Bakayoko y restera pendant une semaine. Il demandera à l’Onuci de le faire partir hors du pays, mais celle-ci refusera. C’est finalement la France qui se chargera de l’exfiltrer discrètement vers Paris. Toutes ces questions concernant les résultats du second tour ne seront pas soulevées par les médias occidentaux. Aucun n’émettra l’hypothèse que les chiffres donnés par Bakayoko aient pu être trafiqués, tout comme l’ensemble du processus. Aucun ne dira ce qui est une évidence pour beaucoup : il y a eu d’importants bourrages d’urnes dans toute la zone Cno – qui représente 30 % des électeurs. «Les Fafnont tout fait pour faire passer leur candidat dans leur zone. Ainsi Yacouba Bamba, membre de la Cei nationale, a été très actif à Bouaké, où il contrôlait la Cei locale», témoignera un fonctionnaire international.

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LE CONSEIL CONSTITUTIONNEL

Le Conseil constitutionnel et son président ont été sous le feu des critiques des alliés de Ouattara. L’Union européenne a, par la voix de sa mission d’observateurs, résumé les griefs à son égard, en blâmant sa décision d’annuler des votes. Elle l’a accusé de ne pas avoir fait de «vérification préalable des faits allégués» par les requêtes déposées par Gbagbo, disant : «Le Conseil constitutionnel a saisi le pré- texte d’incidents isolés, eux-mêmes insuffisants pour affecter les résultats d’ensemble, aux seules fins de modifier les résultats proclamés par la Cei.» L’UE a aussi assuré que le Conseil n’avait pas respecté l’article 31 de la Constitution, selon lequel «la souveraineté appartient au peuple. Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice». Mais en affirmant cela, l’UE s’est contredite : elle a elle-même refusé de reconnaître la disposition constitutionnelle faisant du Conseil constitutionnel la dernière voix qui compte. Selon l’article 98, «les décisions du Conseil constitutionnel ne sont susceptibles d’aucun recours. Elles s’imposent aux pouvoirs publics, à toute autorité administrative, juridictionnelle, militaire et à toute personne physique ou morale». (…)

Cela étant, il est évident que la manière dont le Conseil constitutionnel a travaillé a posé problème. Pourquoi n’a-t-il pas pris plus de temps avant de rendre son verdict, alors qu’il disposait de sept jours pour examiner les irrégularités soulevées par Gbagbo ? Pourquoi, au lieu d’annuler le vote de sept départements, n’a-t-il pas plutôt annulé l’élection dans son ensemble, comme le code électoral lui en donnait la possibilité ? L’article 64 du code stipule en effet : «Dans le cas où le Conseil constitutionnel constate des irrégularités graves de nature à entacher la sincérité du scrutin et à en affecter le ré- sultat d’ensemble, il prononce l’annulation de l’élection. La date du nouveau scrutin est fixée par décret en Conseil des ministres sur proposition de la commission chargée des élections. Le scrutin a lieu au plus tard quarante-cinq jours à compter de la date de la décision du Conseil constitutionnel.» Toutefois, on peut imaginer que la situation serait restée la même si le Conseil avait annulé l’élection : sa décision n’aurait été acceptée ni par les grandes puissances occidentales, ni par Ouattara, ni par les Fafn. Une autre question, plus morale ou philosophique, peut être posée lorsque l’on connaît la suite de l’histoire : Yao N’Dré aurait-il dû accepter les résultats de la commission, même s’il les savait truqués, pour éviter une guerre déclenchée par les Fafn ? Doit-on accepter ce qu’on considère comme une injustice pour avoir la paix ? Plusieurs années après, en 2015, KKB, président de la jeunesse du Pdci, déclarera d’ailleurs à propos du soutien de son parti à Ouattara : «Avions-nous le choix en 2010 si nous voulions la paix ? Croyez-vous que le pays aurait été débarrassé […] des armes si Gbagbo avait été déclaré vainqueur des élections en 2010 ? Si Gbagbo avait été déclaré vainqueur de ces élections, nous serions encore dans une Côte d’Ivoire coupée en deux, arme au poing. Des personnes tenaient des armes et disaient que tant que Ouattara n’est pas président de la République, ils ne baisseraient pas les armes.»

LE CERTIFICATEUR DE L’ONU, YOUNG-JIN CHOI

Young-jin Choi a quant à lui outrepassé son mandat. Il affirmera : «La seule question qui demeure est de savoir si l’Onuci est tenue de se plier au verdict du Conseil constitutionnel quelles que soient les circonstances. La réponse à cette question devrait tenir compte du fait que le gouvernement ivoirien a accepté le rôle de certification du représentant spécial du secrétaire général des Nations unies pour la Côte d’Ivoire.» Mais le mandat de Choi ne prévoyait pas qu’il prenne en compte une proclamation de résultats provisoires douteuse (il n’a d’ailleurs rien dit sur l’illégalité de la proclamation de Bakayoko), puis qu’il fasse ses propres calculs, pour finalement donner le nom de celui qui avait, selon lui, remporté le scrutin. D’après la résolution 1765 du Conseil de sécurité de l’ONU, il devait simplement vérifier (et certifier ou non) que «tous les stades du processus électoral [fournissent] toutes les garanties nécessaires pour la tenue d’élections présidentielle et législative ouvertes, libres, justes et transparentes, conformément aux normes internationales». À propos des résultats, il devait dire, suivant le critère que l’Onuci avait elle-même fixé, s’ils avaient «été déterminés à l’issue d’un processus transparent et accepté par tous ou contesté de manière pacifique par les voies appropriées». En donnant le nom de celui qui, selon lui, avait gagné, Choi, et avec lui les Nations unies, s’est substitué aux institutions ivoiriennes, pourtant existantes et opérantes, ce qui ne s’était encore jamais vu nulle part ailleurs. Il s’est ainsi érigé en Conseil constitutionnel «bis» pour désigner Ouattara comme vainqueur et annuler la décision d’un organe constitutionnel, dont les décisions ne sont pourtant susceptibles d’aucun recours en vertu de l’article 98 de la Constitution. La résolution 1933 prise le 30 juin 2010 par le Conseil de sécurité n’a en outre pas été appliquée : ce texte précisait que le Conseil devait fonder son évaluation Ouattara. [...] Le rôle que l’Onu a joué dans la validation et la reconnaissance de la «victoire» de Ouattara conduira l’organisation dans une quasi-impasse : en se prononçant en faveur d’un candidat, elle a perdu sa légitimité pour jouer un rôle de médiateur dans la crise et aider à sa résolution, si tel était réellement son objectif. Même si l’entourage de Gbagbo restera toujours en relation avec l’Onuci, via Alcide Djédjé, son ministre des Affaires étrangères, lui-même ne voudra plus avoir de contacts directs avec Choi. En abandonnant sa neutralité, l’ONU s’est condamnée, pour ne pas se dédire, à «travailler activement pour l’installation de Ouattara en tant que président du pays et l’élimination de Gbagbo», soulignera Thabo Mbeki.

Cette dérive de l’organisation ne fera l’objet d’aucun débat public. Fin 2010, il est pourtant évident que l’Onu est en train d’être instrumentalisée par les grandes puissances qui la contrôlent. Qu’aurait pu faire l’Onuci pour éviter que la situation ne s’aggrave ? L’ancien secrétaire général d’Amnesty International et ancien sous-directeur général de l’Unesco Pierre Sané fera une suggestion : «Pourquoi le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies n’at-il pas travaillé sur les résultats proclamés par le Conseil constitutionnel et décidé ou non de les certifier, comme cela a été le cas lors du premier tour. En cas de désaccord persistant, pourquoi n’aurait-il pas procédé à la vérification détaillée des critères d’annulation mis en avant par le Conseil constitutionnel et évalué leur force de justification et même demandé, compte tenu des circonstances exceptionnelles, qu’Alassane Ouattara puisse soumettre des “contestations démocratiques” et ensuite transmettre un rapport au Conseil de sécurité ?» Preuve que le système de certification utilisé en Côte d’Ivoire a été un fiasco, même si cela ne sera pas reconnu officiellement : le Conseil de sécurité des Nations unies ne voudra plus en entendre parler. L’expérience d’un mandat confié à un seul individu ne sera donc vraisemblablement pas renouvelée ailleurs. Début décembre 2010, la situation en Côte d’Ivoire peut se résumer ainsi : le scrutin qui vient de se tenir a une crédibilité faible, voire nulle, bien que l’Onu dise le contraire ; plusieurs résultats ont été donnés : le premier par Youssouf Bakayoko, le deuxième par le Conseil constitutionnel, le troisième par Young-jin Choi ; un candidat, Gbagbo, s’est insuffisamment préparé pour contester le déroulement du scrutin ; l’autre, Ouattara, bénéficie de l’aide de grandes puissances, et plus particulièrement de la France et des États-Unis ; des personnalités clés du processus, Young-jin Choi et Youssouf Bakayoko, ont subi de fortes pressions de la part des diplomates occidentaux et du président français Sarkozy ; la certification onusienne de Choi n’a pas respecté le mandat donné.


In Médiapart

Source: LE CRI D'ABIDJAN

lundi, 22 juin 2015

LE LIVRE DE LAURENT GBAGBO S'ARRACHE COMME DE PETITS PAINS A ABIDJAN

 

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Détenu à la Haye - Grosse révélation sur le livre de Gbagbo à Abidjan: Ce qui s’est passé dans les librairies

 

C’est un grand coup politico-culturel sans précédent dans l’histoire de la librairie de France à Abidjan. Laurent Gbagbo et François Mattei peuvent se frotter les mains. L’ouvrage qu’ils ont co-écrit, «Pour la vérité et la justice » (voir ici), tient le haut du pavé, c’est-à-dire qu’il occupe le premier rang des ventes en librairie en Côte d’Ivoire. Ce livre a en effet, pulvérisé tous les records de vente. Selon la «Lettre du continent (L.C.)» qui rapporte l’information dans son édition du 17 juin 2015, le livre du détenu de Scheveningen (Cpi) s’est vendu comme de petits pains, atteignant la barre des 15.000 exemplaires vendus. «Pour la vérité et la justice », paru en juillet 2014 aux Editions du moment, représente la meilleure vente en Côte d’Ivoire, tous genres confondus», apprend la «Lettre du continent».

Selon LC, ce livre devrait recevoir prochainement le Prix de la Librairie de France, qui couronne chaque année à Abidjan, la meilleure performance commerciale dans le domaine de l’édition. Cette performance devrait rapporter à Laurent Gbagbo et François Mattei, le journaliste français, au bas mot, la bagatelle de 217 millions 500.000 Fcfa. Il faut dire que ce livre se voulait le fruit d’une très longue conversation de deux hommes qui se connaissent depuis plus d’une décennie.

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L’ouvrage en question, de 320 pages, raconte, «en adoptant le point de vue de Laurent Gbagbo», ses années de pouvoir, l’élection de 2010 et la crise postélectorale, sa capture et son transfert à La Haye. Dans ce livre, l’ancien chef de l’Etat ivoirien, sans gant, a directement accusé la France officielle incarnée par Nicolas Sarkozy et l’actuel chef de l’Etat Alassane Ouattara. Laurent Gbagbo explique, à travers cet ouvrage, comment il a été capturé dans son bunker de la résidence présidentielle le 11 avril 2011.

Le «Woody de Mama» affirme, par ailleurs, que « cinquante blindés français ont pris la direction de sa résidence et l’ont encerclée». Il a soutenu, en outre, que des hélicoptères français ont mis le feu au bâtiment à l’aide de munitions incendiaires. «Des militaires français sont venus devant le portail, un de leurs chars l’a défoncé à coups de canon. Il y a eu ensuite coups de feu, des rafales, et dans la fumée, j’ai entendu : "On veut Gbagbo ! On veut Gbagbo !" (…) Je me suis levé : "C’est moi Gbagbo." Ils m’ont saisi.». Pathétique !

«Pour la vérité et la justice» sera prochainement traduit en anglais. La maison américaine Next Africa Inc. devrait le publier sous le titre "Truth and Justice".

 

Armand B. DEPEYLA

In Soir-Info N° 6212 du vendredi 19 juin 2015.

Lu sur AfriquEssor

 

Source: RESISTANCE COTE D'IVOIRE ISRAEL

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Depuis la Haye, les bonnes feuilles du livre de Laurent Gbagbo et François Mattéi

 

Il sera en vente le 26 juin. Récit des visites que rendit François Mattéi à Laurent Gbagbo dans lequel on peut le lire lui, et lire les informations de première mains recueillies par son interlocuteur auprès des acteurs de la crise ivoirienne, c’est un livre à ne pas manquer. Différents extraits sont déjà en ligne, permettant de se faire une idée, notamment sur le site Politicomag.

En avant-goût, cet extrait de Laurent Gbagbo :

J’ai prêté serment le samedi 4 décembre 2010, au Palais, après que le Conseil constitutionnel eut statué sur les recours que nous avions déposés à la suite des fraudes massives constatées dans le Nord du pays et après qu’il eut pris acte de l’incapacité dans laquelle se trouvait la Commission électorale indépendante de se prononcer dans le délai qui lui était imparti. La veille, le vendredi 3, j’ai compris que tout pouvait se terminer très mal. Le Conseil constitutionnel venait de proclamer les résultats, et me désigner comme vainqueur de l’élection. J’ai reçu le jour même un coup de fil de Sarko. Il était furieux : « Il ne fallait pas que le Conseil constitutionnel fasse ça, non, non, il ne fallait pas ! » C’est la démarche d’un fou, pas celle d’un chef d’État. Comment peut-on se permettre aujourd’hui, au XXIe siècle, d’appeler un autre chef d’État pour lui dire une chose pareille ? C’est à ce moment précis, quand j’ai raccroché, que j’ai eu le sentiment que tout pouvait déraper. Je sais que les institutions des pays africains, ils s’en fichent ! Il ne s’agit après tout que de mettre leur homme sur le trône… mais s’asseoir sur le Conseil constitutionnel d’un pays souverain, dont la Constitution est calquée sur celle de la France, avec autant de culot, comme ça, par téléphone, c’est une mauvaise blague. Ce n’est pas un chef d’État que j’ai eu au téléphone…

...

Le samedi, juste avant mon départ pour le Palais, où doit se dérouler la prestation de serment devant le Conseil constitutionnel, mon chef du protocole vient me dire qu’un message nous est parvenu indiquant que Nicolas Sarkozy a demandé que l’on s’oppose physiquement à cette investiture. J’ai décidé d’y aller quand même. Il agit comme voyou, me suis-je dit, je n’ai pas à en tenir compte. C’était du bluff, ou un avertissement…

Le lundi 6 décembre, nous avons formé le gouvernement, un gouvernement de technocrates, et nous avons commencé à travailler.

La France nous avait coupé les robinets de la BCEAO, en espérant que nous ne pourrions pas payer les salaires des fonctionnaires et honorer les factures de l’État, ce qui aurait eu pour effet de dresser la population contre nous. Sarkozy m’a intimé l’ordre de partir dans un discours fait à Bruxelles, sur un ton plus proche de casse-toi de là, pauvre c., que dans le langage maîtrisé d’un chef d’État.

Mais à la fin du mois, à partir du 22 décembre, nous avons payé tous les salaires, idem en janvier. Ils ont compris qu’ils ne nous auraient pas comme ça…

Et on me le reproche aujourd’hui… ! parce que j’ai continué à faire mon travail, et à payer les fonctionnaires. Même motif, même punition pour les mesures que j’ai prises dans le souci du maintien de l’ordre. J’ai utilisé un décret qui existe depuis 1961, et qui permet d’ouvrir la possibilité, ce n’est pas une fatalité, de mettre en état d’alerte les forces de maintien de l’ordre si la situation est telle que des incidents sont à craindre. Bref, je faisais mon métier pour assurer la sécurité de l’État et des populations, je gouvernais. C’est cela, qu’on veut faire passer pour un plan criminel… Les rebelles avaient introduit des commandos armés au cœur d’Abidjan, toute une armée. Ils devaient faire leur jonction avec les centaines de soldats rebelles, des mercenaires burkinabés pour la plupart qui étaient cantonnés à l’Hôtel du Golf, un vaste complexe situé au bord de la lagune, où se trouvaient depuis septembre, les Ouattara et les chefs rebelles.

Dès le début du mois de décembre 2010, les attaques contre la population et les forces de l’ordre ont commencé à Abidjan jusqu’à ce que la stratégie de prise de pouvoir violente par Alassane Ouattara et ses soutiens soit révélée lors de l’attaque générale et concertée, lancée dans tout Abidjan le 16 décembre 2010.

Les hommes politiques de mon parti, de mon gouvernement, mon fils même, et beaucoup d’autres, sont poursuivis en justice, et ont été emprisonnés, pour« atteinte à la Défense nationale, attentat ou complot contre l’autorité de l’État, constitution de bandes armées, direction ou participation à une bande armée, participation à un mouvement insurrectionnel, atteinte à l’ordre public, coalition de fonctionnaires, rébellion, usurpation de fonction, tribalisme et xénophobie ». Rien que ça… Ce serait seulement grotesque si cela n’entraînait pas autant de souffrances, de privations de libertés, tant d’injustices. Nous, on nous pourchasse, on nous fait passer pour des criminels. C’est le monde à l’envers.

Il y en a eu des morts, beaucoup de morts, il y a eu tant de morts. N’est-ce pas indigne de vouloir me les attribuer alors que je n’ai cessé de prôner la réconciliation ? Je craignais tellement que le pays soit définitivement coupé en deux, j’étais tellement préoccupé par le fait que la situation pouvait conduire à des tensions profondes et définitives entre Ivoiriens, que j’ai tout fait pour parvenir à une solution pacifique. J’ai accepté tous les compromis. Je l’ai souvent dit, je n’ai jamais eu d’arme, je n’aime pas les armes, je n’aime pas la guerre, je n’ai jamais fait de coup d’État… J’ai écrit des livres, Pour une alternative démocratique, Agir pour les libertés, et quelques autres. J’ai proposé aux juges de La Haye de les leur faire porter, car c’est dans ces livres que l’on peut me connaître, savoir qui je suis, quel est le sens de ma vie… J’ai toujours entendu sur mon compte des commentaires contradictoires : certains de mes amis m’ont reproché de ne pas être assez dur, et de composer, même avec les adversaires. Mais parler à tout le monde, c’est cela la politique ! Par ailleurs, mes adversaires, eux, prétendent que je serais un dictateur. Toute ma vie j’ai lutté pour la démocratie. J’ai passé des mois en prison et des années en exil du fait de ma lutte pour la démocratie. J’ai refusé le système du parti unique parce que je pensais que l’avenir de l’Afrique ne pouvait s’organiser que dans un cadre démocratique. Lorsque j’étais en exil en France, j’ai refusé les propositions d’Houphouët-Boigny qui cherchait à me récupérer. J’ai toujours joué le jeu des élections, j’ai toujours cru en la volonté populaire. Et finalement, c’est cela que l’on me reproche : être le porte-parole du peuple. Donner voix au peuple de Côte d’Ivoire. Combien sont-ils les dirigeants africains qui représentent le peuple ? Ils se comptent sur les doigts d’une main. Qui a permis à chaque sensibilité de s’exprimer ? Qui a permis aux partis rebelles d’exister sur la scène politique ivoirienne ? Qui a intégré les rebelles au gouvernement et à l’armée ? Qui a organisé les élections ? Qui a permis que Ouattara et Bédié s’y présentent, alors même qu’ils ne remplissaient pas les critères constitutionnels ? Qui a fait en sorte que tous les candidats disposent des mêmes temps de parole et des mêmes moyens ? Il me semble que j’ai toujours agi comme un véritable homme politique, soucieux du bien-être de ses concitoyens, soucieux de laisser le débat démocratique s’installer, à l’écoute des autres. Loin, très loin de ces technocrates sans âme et sans structure morale qui constituent désormais le personnel politique de votre Ve République. Pour revenir aux grandes manoeuvres d’étouffement économique, en 2011, j’ai décidé de couper les ponts avec le siège de la BCEAO, à Dakar. La technique du boa constrictor pour nous étouffer était mise en oeuvre par le patron du Trésor à Paris. [Rémy Rioux, sous-directeur aux Affaires internationales, et représentant de la France au sein de la BCEAO.]

Politicomag continue de feuilleter pour vous le livre "Pour la vérité et la justice" co-écrit par l’ex-président Laurent Gbagbo et le journaliste français François Mattei. En accord avec l’éditeur, PoliticoMag.com propose ce jeudi plusieurs extraits des chapitres-clés du livre "Pour la vérité et la justice - Côte d’Ivoire : Révélations sur un scandale français", de Laurent Gbagbo et François Mattei. Et comme le rappelle en ouverture de l’ouvrage, le texte en gras est celui de Laurent Gbagbo.

Extrait du chapitre n°15 : « Les Ouattara, ce n’est pas un couple, c’est une entreprise »

(...) Les médias n’écrivent pas l’histoire, ils n’en ont ni les moyens, ni le temps, ni la vocation. En France, peu de médias audiovisuels auront déserté l’autoroute de la pensée unique, sécrétée en haut lieu par l’Élysée de Nicolas Sarkozy. L’implication du président français a été plus marquante que celle de Jacques Chirac dans ses démêlés avec Gbagbo, entre 2000 et 2007. Question de style. Son engagement a été aussi plus personnel : l’amitié qui lie Alassane Ouattara et Nicolas Sarkozy date de plus de vingt ans.

(...) Le 24 août 1991, Alassane Ouattara épouse Dominique, veuve Folloroux, à la mairie du 16e arrondissement de Paris. « Martin Bouygues était au premier rang, se souvient Glaser, qui a assisté à la cérémonie. » Mais ce n’est pas Nicolas Sarkozy qui a uni les époux Ouattara. « C’est du grand n’importe quoi cette rumeur ! » dit Antoine Glaser. Contrairement aux rumeurs persistantes qui circulent notamment sur le Web, c’est un adjoint au maire de l’arrondissement qui les a mariés. » « C’est à partir de ce mariage, raconte Le Post, que Nicolas Sarkozy et Alassane Ouattara vont cultiver leur relation sur fond de business et de politique. Via Martin Bouygues, Nicolas et Cécilia Sarkozy deviennent proches du couple Ouattara. »

L’épouse de Ouattara, Française née en Algérie, continue Le Post, devient une amie commune de Martin Bouygues et du couple Sarkozy. Elle se révèle être une femme d’affaires très influente. Elle a bâti sa fortune en gérant le patrimoine immobilier, substantiel, de Félix Houphouët-Boigny. Il est vrai que le premier président de la Côte d’Ivoire, dont la fortune s’élevait à la fin de sa vie entre 7 et 11 milliards de dollars, l’aimait beaucoup. De notoriété publique, ils étaient intimes. Un ancien collaborateur très proche de Houphouët se souvient des parties de flipper qui occupaient cer- tains de ses après-midi au café du coin quand il attendait le vieux président, en visite chez Dominique dans l’appartement qu’elle possédait avenue Victor-Hugo. Ouattara étant devenu Premier ministre, grâce à elle, le jeune couple a fondé son succès financier sur la fortune de l’ancien Président. Lui côté cuisine, elle côté jardin. Jusqu’à la mort du « Vieux », en décembre 1993. Houphouët disparut sans que l’on puisse trouver de testament écrit.

Arrivée en 1975 en Côte d’Ivoire, Dominique Folloroux occupa d’abord des emplois modestes, au bar l’Ascott, puis comme secrétaire à l’ambassade du Canada. Sa farouche détermination à s’en sortir, son charme, ses cheveux d’un blond éclatant, lui attirent très vite l’attention des hommes de pouvoir. Elle crée et développe sa société immobilière AICI (Agence immobilière de la Côte d’Ivoire) dès 1979, grâce à l’appui d’Abdoulaye Fadiga, gou- verneur de la BCEAO, qui devient, lui aussi, un ami intime. Elle récupère les biens immobiliers dont Houphouët-Boigny lui avait confié la charge, à une époque où il n’y avait aucune différence entre la caisse de l’État et la poche du chef de l’État. Elle gère ensuite le portefeuille d’Omar Bongo. Le défunt président gabonais lui confie la gestion de ses « biens mal acquis ». (...)

Le patrimoine d’Alassane Ouattara, et l’énigme de l’origine de l’immense fortune de Dominique restent donc un sujet tabou, qui ne passionne pas les foules. La grande presse ne s’en préoccupe pas. Citant un « ancien conseiller Afrique de l’Élysée » dans le livre Reines d’Afrique : le roman vrai des Premières dames : « [...] il se peut que Dominique ait mis la main sur une partie du grisbi d’Houphouët. C’est du moins ce qu’affirment certains héritiers qui se disent spoliés. » Il est vrai que, en 1993, à la mort de Houphouët, on ne parlait pas encore de biens mal acquis. Seule une biogra- phie complète de Dominique et Alassane Ouattara pourrait démêler les fils dorés tissant leur histoire commune, et dire l’origine de leur fortune et de leur success-story. Les éléments qui existent permettent cependant d’en dessiner quelques contours.

Sur les liaisons prêtées à Dominique Nouvion-Folloroux après le décès de son mari, on a tout dit. Elle a tout nié. Que la jeune veuve blonde se soit retrouvée propulsée à la tête d’une affaire immobilière dotée du patrimoine du chef de l’État n’étonnait pas les proches du président ivoirien. Selon Michel de Bonnecorse, conseiller Afrique de l’Élysée, Houphouët fut très affecté quand Dominique jeta son dévolu sur Alassane Ouattara, puis l’épousa : « Jacques Chirac l’a vu pleurer. [...] De là vient sans doute la méfiance que lui inspira toujours Ouattara, tenu pour celui qui a piqué la femme d’Houphouët. » Dominique Ouattara jure que ces ragots « l’ont tuée », et qu’elle « aimait beaucoup Houphouët », qui la considérait comme « sa fille ».

Avec habileté, les Ouattara sauront se faire des amis utiles : de Michel Camdessus, directeur général du FMI pendant quinze ans, à Martin Bouygues, ou George Soros, célèbre milliardaire et spéculateur : Dominique Ouattara m’a dit elle-même que c’était un de leurs amis proches. Le statut de haut fonctionnaire du Fonds monétaire international d’Alassane Ouattara lui permet de dis- poser d’un cercle d’amis puissants, optimisé par le travail intense de relations publiques de Madame. Cette alchimie donne au couple tous les atouts. Dominique Ouattara communique beaucoup à travers sa fondation Children of Africa, dont la marraine, la princesse Ira von Fürstenberg, et les invités, tous bénévoles, prétend la fondation, comme par exemple Alain Delon, Adriana Karembeu ou MC Solaar, se sont déplacés jusqu’à Abidjan, pour un dîner de charité, le 24 février 2012 à l’Hôtel Ivoire. Le 14 mars 2014, on s’éclate encore à Abidjan. « Maman Dominique », comme l’appelle un article du Figaro daté du vendredi 21 mars 2014, a fait venir un nouveau charter de célébrités, pour un gala de bienfaisance. Il s’agit cette fois de financer la construction d’un hôpital pour enfants de cent quinze lits, à Bingerville, à dix-huit kilomètres d’Abidjan. (...)

Tous les connaisseurs s’accordent à reconnaître à Dominique Ouattara un rôle central dans l’ascension de son mari, et dans son accession au pouvoir, obtenant la nomination de ce dernier à la direction de BCEAO, puis à la Primature. Elle contribue à lui construire un glamour propre à lui attirer toutes les sympathies, qu’elle véhicule dans les médias français. Son continuel travail de relations publiques donne au début de règne de son époux en Côte d’Ivoire un ton très international, bien qu’un peu clinquant. Par ailleurs, classée parmi les vingt-cinq business women les plus influentes du continent par le magazine Jeune Afrique en 2013, l’actuelle Première dame a fondé un groupe très puissant de salons de coiffure, et produits aux États-Unis, géré sous licence de la marque Dessange. Sa sœur, sa fille, son fils sont dans les affaires familiales. Rappelons que Loïc Folloroux fut aussi direc- teur Afrique du groupe anglo-saxon Armajaro, spécialisé dans le commerce du cacao, jusqu’à fin 2013. À ce titre, il eût son mot à dire lors de la nouvelle répartition des bénéfices du cacao à la chute du président Gbagbo. Quant à Ibrahima, véritable sosie de son frère Alassane (d’où son surnom de « Photocopie »), il s’apparente à une sorte de président bis, affecté à la gestion des budgets, et à leur répartition. Les Ouattara, ce n’est pas un couple, c’est une entreprise, commente Gbagbo avec un sourire.

Dominique Ouattara, comme son mari, manie assez bien un langage très policé aux accents de vérité. Un discours qui dit à peu près le contraire des réalités qu’il véhicule. Elle affirme, par exemple, avoir consenti à un grand sacrifice en abandonnant ses affaires dès qu’elle est devenue Première dame. La confusion des genres, très peu pour elle ! Il faut naturellement relativiser son « sacrifice », en précisant qu’à travers quelques inconditionnels et historiques collaborateurs, et surtout les membres de sa famille, elle reste au centre d’un dispositif tentaculaire, qu’elle peut sur- veiller de son cabinet de Première dame, où elle dispose d’une quarantaine de collaborateurs.

Avec Elisabeth Gandon, fidèle entre les fidèles cumulant désormais la direction de Malesherbes Gestion – un bureau de syndic d’immeubles de 250 portefeuilles à ce jour –, celle de l’agence immobilière AICI (avec Nathalie Folloroux-Bejani, fille aînée de la patronne) et figure au conseil d’administration de Children Of Africa, on voit que Dominique n’est jamais loin. Les vases communicants entre les diverses composantes de la galaxie sont assurés. Son fils Loïc ayant quitté le business du cacao, il s’occupe maintenant de diriger le réseau de Radio Nostalgie en Afrique, autre propriété de sa mère. Sa sœur Nathalie, en plus de ses fonctions dans l’immobilier, le seconde.

Quant au gendre de Ouattara, Benedict Senger époux de Fanta Catherine Ouattara-Senger (fille d’Ado), il s’est vu attribuer par gré à gré en 2013 une série de contrats de contrôle des douanes, ports et aéroports, avec sa société Webb Fontaine. Une société enregistrée à Dubaï, avec siège social à Genève. En mars 2014, une mission du FMI en Côte d’Ivoire a pointé du doigt la gestion de cette société et les impor- tantes pertes de recettes qu’elle aurait engendrées pour l’État : 46,36 milliards de francs CFA (70 millions d’euros) manqueraient à l’appel dans les prévisions comptables de la douane ivoirienne.

« Dans la famille Nouvian, les frères [...] Patrick est médecin généraliste à Hyères [Var]. Marc, cinquante-trois ans, a fondé en 2012 [un an après l’élection de son beau-frère Ado à la présidence !] la Sonecei, société de négoce international spécialisé dans le commerce de fèves de cacao (dont la Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial) avec sa sœur Noëlle. Quant à Philippe, quin- quagénaire lui aussi, il a certes quitté la direction de la filiale gabonaise d’AICI, mais préside aux destinées du cabinet Gecmo, rompu aux secrets de ma maîtrise d’ouvrage, de la gestion immobi- lière. C’est à lui qu’échurent notamment le pilotage de l’appel d’offres de l’hôpital de Bingerville, si cher à son aînée, ainsi que le suivi des travaux de rénovation de la présidence. » De la charité au business familial, la boucle est bouclée. Honni soit qui mal y pense... (...)

François Loncle, ancien ministre socialiste, député de l’Eure, s’est exprimé sur les « manœuvres » qui ont contribué à semer le trouble au sein du Parti socialiste sur le dossier de la Côte d’Ivoire, et l’ont fait basculer contre Laurent Gbagbo. Un autre aspect de l’action des Ouattara avant son arrivée au pouvoir. Selon lui, le lobbying intense de Dominique Ouattara, « parvenue à ses fins grâce à sa fortune colossale », dit-il dans une série d’entretiens enregistrée et diffusée sur Internet par la documentariste Nico- letta Fagiolo, aura fait la différence.

François Loncle mentionne le nom de socialistes pro-Ouattara notoires. Par exemple, l’actuel ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, ou Dominique Strauss-Kahn. Ces réseaux amicaux qu’on su tisser les Ouattara expliquent peut-être les refus réitérés, opposés aux tentatives de constitution d’une commission d’enquête sur les agissements de la France en Côte d’Ivoire proposée par le communiste Alain Bocquet. Ou bien encore Jean- Marc Ayrault. Il s’agissait alors d’éclaircir le rôle de la France et de son armée dans le coup d’État lancé contre Gbagbo en sep- tembre 2002. Ne rêvons pas : la transparence dans les relations entre la France et l’Afrique est encore une vue de l’esprit.

« Sarkozy a surtout connu Ouattara en 1993 au moment de la dévaluation du franc CFA », raconte Antoine Glaser. Le chef du gouvernement ivoirien a en effet aidé le Premier ministre français dans cette opération. Ouattara a alors dû traiter avec le ministre du Budget de l’époque, Nicolas Sarkozy.

« En 1997, Nicolas Sarkozy effectue son premier voyage en Côte d’Ivoire. Il y accompagne Martin Bouygues en tant qu’avocat d’affaires pour rencontrer à Abidjan Henri Konan Bédié [président ivoirien de 1993 à 1999] et défendre les contrats noués par son ami dans le pays, témoigne Gilles Labarthe. Ouattara est alors un ami personnel de Sarkozy. Il a intégré ses cercles familiaux et il est possible qu’ils se soient vus lors de cette visite plus économique que politique. »

Ensuite, entre Ouattara et Sarkozy, les liens deviendront de plus en plus étroits. « Quand Sarkozy était ministre de l’Intérieur, avec Cécilia, ils ont reçu le couple Ouattara à plusieurs reprises, précise Antoine Glaser. Et depuis qu’il est devenu président en 2007, Ouattara est passé prendre l’apéro à l’Élysée au moins quatre ou cinq fois », affirme encore le journaliste.

En août 2011, le président Sarkozy se repose dans la villa appartenant à la famille de sa nouvelle épouse, Carla Bruni, au Cap Nègre sur la Côte d’Azur. Il fait une exception à leur isole- ment estival pour le couple Ouattara, qui est reçu à dîner. Le 25 janvier 2012, le président Ouattara est invité en visite d’État en France. Toute la pompe républicaine lui est réservé : la garde républicaine à cheval accompagne le couple de son arrivée aux Invalides, après un transport par hélicoptère depuis l’aéroport, jusqu’à son hôtel. Pour le Nouvel An 2013, c’est au tour de Nicolas et Carla Sarkozy d’être reçus, en privé, par les Ouattara dans leur splendide propriété de bord de mer, à Assinie, un petit paradis situé quelques dizaines de kilomètres à l’Est d’Abidjan. Cette intimité ne s’est jamais démentie, même dans les mauvais moments. Sous le choc de sa défaite électorale du 6 mai 2012, Sarkozy voit un seul chef d’État accourir à l’Élysée pour le réconforter : Alassane Ouattara. D’après Alpha Condé, le président de Guinée-Conakry, Ado n’a tout de même pas fait le voyage pour rien... Condé s’indigne de n’avoir toujours pas reçu les 5 millions d’euros que la France lui a promis. Alors que, affirme-t-il dans le magazine Challenge, Alassane Ouattara « qui a rendu une visite privée à Sarkozy au lendemain de sa défaite, serait reparti avec 150 millions ». Le président guinéen ne sera démenti par personne.

De la même façon, les deux hommes laissent libre cours aux déclarations incendiaires d’El Hadj Abou Cissé, régulièrement reproduites par la presse ivoirienne. Dans son pays, cet homme intenable a la réputation de tout savoir de l’intimité de Ouattara. Comme il l’a souvent raconté, tel le griot de la saga Ado, il est son oncle, non par le sang, mais « à l’africaine ». Sa sœur, Nabintou Cissé, mariée à un Burkinabé – l’oncle biologique de Ouattara – vivait à Dimbokro, en Côte d’Ivoire, et elle se serait vue confier le petit Alassane Dramane lorsqu’il était devenu orphelin de mère. D’après lui, Il serait venu au monde, dans le village de Sindou, au Burkina, en décembre 1941 – et non à Dimbokro, ou à Kong, en Côte d’Ivoire, comme il est porté sur un second acte de naissance, falsifié pour les besoins de l’élection de 1995 – où il a été élevé jusqu’à ce que son père vienne le récupérer, à l’âge de six ans. Ce qui expliquerait qu’il n’y ait pas trace de la jeunesse de Ouattara en Côte d’Ivoire, puisqu’il a suivi sa scolarité et ses études à Ouagadougou, au Burkina, puis, grâce à une bourse, aux États-Unis, ainsi que ses débuts professionnels, sous nationalité burkinabé, loin de la Côte d’Ivoire. « Tout Ivoirien fait en permanence référence à son village, y retourne souvent, et y construit sa maison », disent les adversaires de Ouattara. « Lui ne le fait pas, parce qu’il ne le peut pas. »

(...) Déchaîné depuis le transfert de Gbagbo à La Haye, qu’il trouve honteux, il ne cesse d’attaquer publiquement celui qu’il appelle « le mendiant d’Abidjan ». Laurent Gbagbo connaît depuis long- temps Abou Cissé, sans l’avoir jamais fréquenté.

[Laurent Gbagbo] Je ne crois pas qu’un autre aurait agi avec autant de brutalité. Sarkozy, c’est quelqu’un qui n’a pas de recul sur les événements. Je me souviens d’une interview que j’ai donnée au journal Le Figaro, le 27 janvier 2011 en pleine crise post-électorale. Il m’a téléphoné le lendemain, très énervé, comme si je m’étais adressé directement à lui, pour me répondre... Si j’avais voulu lui parler, je l’aurais fait. Ce n’était pas mon intention, mais il ramène tout à lui. J’avais le sentiment qu’il traitait tout ce qui concernait la Côte d’Ivoire comme une affaire personnelle, privée...

Il était l’ami de Ouattara, et il ne m’aimait pas, je l’ai toujours su. Je lui avais fait l’affront de ne pas accepter son invitation au sommet France-Afrique de juin 2010 à Nice, et aux festivités du 14 Juillet « pour fêter le cinquantenaire des indépendances » (quelles indépendances ?) africaines, avec défilé des troupes africaines sur les Champs-Élysées. Je suis le seul président africain qui manquait à l’appel. Il s’est vexé. C’est qu’il ne prend pas le temps de réfléchir. J’avais mes raisons : comment se fait-il que soient invitées des troupes ivoiriennes et un président qui sont accusés par les Autorités françaises d’avoir à Bouaké, en novembre 2004, provoqué la mort de neuf soldats français dans un bombardement. Qu’on m’explique ! L’armée française, elle, a massacré des dizaines de manifestants civils dans les heures qui ont suivi dans les rues d’Abidjan. Nous avions donc à avoir quelques discussions, et à faire quelques mises au point, avant d’aller parader à Paris. L’incohérence de Sarkozy m’a étonné. C’était une raison supplémentaire d’avoir ma peau.

 

Laurent Gbagbo et François Mattéi, Pour la vérité et la justice, p. 232 et suite.

 

Source: AEUD.INFO

mercredi, 03 juin 2015

GBAGBO A EU SES 70 ANS: LE VIBRANT HOMMAGE DE CHARLES BLE GOUDE

 

LAURENT GBAGBO ET CHARLES BLE GOUDE.jpg

 

Gbagbo a eu ses 70 ans, dimanche 31 Mai 2015 à La Haye.

Le vibrant hommage de Blé Goudé à Gbagbo.

(…en politique, il n’existe pas de victoire ou d’échec définitif : tout est mouvement !)

 

Les partisans du président Laurent Gbagbo, à la faveur de ses 70 ans qu’il vient d’avoir depuis la prison de La Haye, ce 31 mai, lui ont rendu un hommage mérité pour ses actions en faveur de la démocratie en Côte d’Ivoire et en Afrique. Son voisin de cellule Charles Blé Goudé, qui partage son quotidien, n’est pas resté en marge de cette dynamique. Dans une adresse dont Le Nouveau Courrier a reçu copie, il a magnifié une icône dont la jeunesse africaine s’inspire du combat.

 

Excellence Monsieur le président,

Aujourd’hui dimanche 31 mai 2015,vous célébrez la soixante-dixième année de votre passage sur la terre des Hommes. Voici encore un autre 31 mai que vous célébrez entre quatre murs pour la quatrième fois consécutive depuis le 11 avril 2011, loin des personnes qui vous sont chères et pour qui vous comptez. Un passage sur terre plein de peines, de douleurs et de privations. Mais un passage surtout plein de valeurs, d’expériences et d’enseignements. Aux coups durs de la vie, vous avez survécu au point que le nom Gbagbo Laurent se confond désormais avec l’histoire de la Côte d’Ivoire et celle de l’Afrique. N’en déplaise aux myopes politiques qui se contentent de regarder sans jamais voir ! Plus des trois quarts des 70 années que vous fêtez aujourd’hui ont été consacrées au combat pour les libertés et la justice sociale. Pour sauver la vie de vos concitoyens, vous avez sacrifié votre vie. Même certaines formations politiques qui vous jettent aujourd’hui l’anathème vous doivent leur naissance et leur survie face à la répression et autres persécutions auxquelles les soumettaient leurs nouveaux alliés d’aujourd’hui. Ainsi va la vie ! Ce n’est donc pas faux quand un soir vous m’aviez dit :

«Saches jeune homme qu’un leader ne peut pleinement être heureux en sachant que tant d’hommes sont dans le malheur sans qu’il puisse se soucier de ne rien faire pour les aider. Le leader doit se réveiller à des heures qui ne lui conviennent pas, parler à des gens qui ne lui apportent rien, consentir des sacrifices sans rien attendre en retour.»

Mais le conseil qui m’a le plus fait réfléchir toute une nuit reste à jamais cette phrase que vous m’avez lancée à la fin d’une journée où vous m’aviez fait l’honneur de me raconter les pires humiliations que vous ont fait subir vos geôliers pendant votre détention à Korhogo. Face à mes larmes que je n’ai pas pu retenir ce jour, juste avant que les gardes nous enferment chacun dans sa cellule, me tapotant sur l’épaule en guise de consolation, vous m’avez dit :

«Le plus jeune, tu veux cuire du pain ? Alors n’oublie jamais que dans un four ouvert, le pain ne cuit jamais

prison de la haye,gbagbo a eu ses 70 ans: le vibrant hommage de blé goudé,gbagbo a eu ses 70 ans,dimanche 31 mai 2015 à la haye,le vibrant hommage de blé goudé à gbagbo

Toute la nuit durant, je me suis posé toutes les questions existentielles que beaucoup de personnes dans ma situation ont dû se poser avant moi depuis la nuit des temps ou doivent certainement continuer à se poser. Au regard des largesses et de la générosité dont vous avez fait montre en faveur de vos opposants d’hier devenus vos bourreaux d’aujourd’hui, dois-je continuer de croire que l’on récolte ce que l’on a semé ? Président, avez-vous vraiment semé toute cette méchanceté dont vous êtes aujourd’hui victime ? Tout comme les plans les mieux conçus ne sont jamais a l’abri d’une faille que peut commettre un simple mortel contre les caprices de la nature, trop d’eau, un peu d’eau ou pas assez et vous passez du malheur au bonheur ou vice versa. Le rôle de l’homme dans la  semence a-t-il vraiment un impact sur la qualité de la moisson ? Même s’il est vrai que la nature n’est pas encore parvenue à transformer les grains de gombo que vous avez semés en tige de tomate, est on bien certain de récolter un jour du gombo parce que l’on a semé du gombo ? Président, perdu dans ces réflexions drôlement philosophiques qui n’ont pour but en fin de compte que d’apporter plus de mélancolie dans cette triste existence carcérale, j’étais impatient qu’il fessât jour pour vous retrouver afin de m’abreuver à cette source intarissable de connaissances dont vous êtes le détenteur exclusif.

Le matin venu, comme réponse aux questionnements qui ont occupé la place de mon sommeil toute la nuit, vous m’avez, sourire aux lèvres, dit de considérer qu’il nous arrive des moments où la vie ressemble souvent à un arbre qui se vide sa sève. Pendant ces moments où la réalité et nos convictions se livrent un véritable combat, les difficultés nous plongent dans la tentation d’emprunter des raccourcis pour échapper aux responsabilités de l’histoire. Mais la conscience que nous avons de nos devoirs nous oblige à puiser en nous-mêmes pour venir à bout de ces obstacles afin de faire aboutir nos objectifs de départ.

Pour finir, vous m’avez dit que le monde s’apprête à faire le deuil d’une époque. Ainsi, les derniers coups de griffes d’une panthère agonisante faisant très mal, nous devons tenir. Alors que la justice burkinabé vient d’ouvrir le dossier sur l’assassinat de Thomas Sankara, l’ex président Blaise Compaoré se trouve en exil en Côte d’Ivoire. En Egypte, alors que l’ex Président Moubarak et sa famille sortent de prison, Mohamed Morsi vient d’être condamné à vie. Eh bien, Président, vous n’avez pas du tout tort ! Un simple regard sur les récents évènements sur notre continent suffit à conclure qu’en politique, il n’existe pas de victoire ou d’échec définitif : tout est mouvement !

Merci président !

Merci pour nous !

Merci pour les peuples de Côte d’Ivoire et d’Afrique !

 Merci pour toute cette jeunesse africaine qui partout sur le continent est aujourd’hui en lutte, s’inspirant de votre combat !

 Vous êtes certes entre quatre murs, mais monsieur le président, vos idées planent sur toute l’Afrique et se sont enracinées en chaque jeune Africain. De vous, nous sommes et nous resterons toujours fiers. Cet autre icône et combattant de la liberté, fierté à vie de l’Afrique, Nelson Rolihlahla Mandela a eu raison de dire que « les chaînes du corps sont les ailes de l’esprit ».

Joyeux anniversaire, président !

Joyeux anniversaire papa !

 

Fait à La Haye,le 31 Mai 2015

 

Votre voisin de cellule

Charles Blé Goudé

Président fondateur du COJEP

(In Le Nouveau Courrier N° 1284 du 1er juin 2015)

vendredi, 27 mars 2015

CRISE IVOIRIENNE - GILDAS LE LIDEC: UN TEMOIGNAGE ACCABLANT POUR LA FRANCE ET L'OCCIDENT

 

GILDAS LE LIDEC.jpg

 

Interview de Gildas LE LIDEC ambassadeur de CI 2002-2005 par Nicoletta Fagiolo mise en ligne le 27 février 2015 sur le lien suivant : https://www.youtube.com/watch?v=LJLI01pOETI

Avant même de vous inviter à écouter ce témoignage accablant pour les dirigeants français et occidentaux ou à la lire (elle est en grande partie retranscrite ci-dessous), nous exigeons que Gildas LE LIDEC soit cité comme témoin à décharge dans le procès pendant de Laurent GBAGBO et Charles Blé GOUDE ainsi que dans les procès politiques de toutes les personnalités jugées pour leurs responsabilités prétendues dans la crise post-électorale tandis que les vrais bourreaux du peuple ivoirien eux continuent de sévir aux responsabilités en toute impunité . Et qu'on ne vienne pas nous parler d'immunité diplomatique ou autres paravents des crimes d'Etat car c'est bien de crimes contre l'Humanité dont il est question. Vous savez ces crimes que la Cour Politique Internationale avait vocation à connaître afin que les coupables soient punis par une justice internationale équitable et universellement reconnue... Mais c'était avant que cette institution porteuse d'espoir sur le papier ne devienne le bras judiciaire de l'Ordre des Nantis Unis qui nous dirigent et spolient les peuples de leur droit à disposer d'eux-mêmes.

Dans cette incroyable vidéo d'un ambassadeur décomplexé de la Françafrique qui a néamnmoins le courage de reconnaître tout haut ce que toutes les instances décisionnaires complices de l'installation par les armes de OUATTARA passent leur temps à occulter quitte à se débarrasser par tous les moyens des témoins gênants :

- On redécouvre que SORO est connu comme un violent, sanguin qui dès 2003 proposait de se débarrasser physiquement de GBAGBO via un coup d'état militaire qu'il proposait de faire avec la FRANCE qui devait lui livrer les armes pour se "débarrasser" de GBAGBO. On reconnaît tout le mépris à peine voilé des dirigeants occidentaux fussent-ils des amis prétendus de l'Afrique : « Mais oui, ils disent tous n’importe quoi, tout le monde peut dire tout et son contraire, c’est l’Afrique, c’est la politique, non, non… Je n’attache pas plus d’importance… Ce n’était pas réellement…un plan… C’était une phrase comme ça… Mais combien de phrases ai-je entendu comme ça en Afrique qui ne portent pas conséquence plus de deux heures après…» ;

- Gildas LE LIDEC, ambassadeur français en CI de 2002 à 2005 reconnaît également les massacres de novembre 2004 qu'il justifie d'une phrase incroyablement anachronique et impérialiste : « C’était Dien Bien Phu qui recommençait en 2004 à ABIDJAN ». Il admet que la FRANCE a fait tuer ses propres soldats à BOUAKE pour justifier l'anéantissement de la flotte aérienne du régime légal de Laurent GBAGBO.
« Et puis on n’a jamais vu des militaires français tuer d’autres militaires français … Ca c’est quand même osé !" ;

-Gildas LE LIDEC réitère très clairement que la FRANCE et la Communauté Internationale ont tout fait pour installer OUATTARA par la force au pouvoir ;

- Il considère que si GBAGBO est en prison à LA HAYE, alors tous les dirigeants africains devraient y être ainsi que SARKOZY !

C'est vous dire la portée des aveux d'un ancien ambassadeur de Côte d'Ivoire qui croit tellement à l'impunité de la FRANCE en particulier et de l'OCCIDENT en général dans le pillage de l'hémisphère sud et la négation du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes qu'il peut se permettre de tout dire y compris qu'en 2004 la FRANCE a tiré sur une foule au mains nues après avoir assassiné des soldats français ! Quand on a contribué à un tel niveau à renverser un régime certes imparfait mais démocratique pour installer un régime illégitime et démocratique, on n'a pas seulement le devoir de parler, on a celui de réparer le préjudice que l'on a causé à autrui et si ce n'est d'y parvenir, au moins d'essayer !


 

RETRANSCRIPTION QUASI INTEGRALE :


"La Force Licorne est arrivée en CI sans que l’ambassadeur en soit informé. Protection de OUATTARA pour sa sécurité… A quel titre ?"

« Mettez une camionnette et des munitions. Vous me dites juste l’endroit et on se charge du reste » Guillaume SORO ;

« Mais oui, ils disent tous n’importe quoi, tout le monde peut dire tout et son contraire, c’est l’Afrique, c’est la politique, non, non… Je n’attache pas plus d’importance… Ce n’était pas réellement…un plan… C’était une phrase comme ça… Mais combien de phrases ai-je entendu comme ça en Afrique qui ne portent pas conséquence plus de deux heures après…»

Parlant de Pierre MAZEAUD, « il était tombé amoureux de SORO ; il était très proche de SORO »

Sur les rebelles et la crainte qu’ils inspiraient. « Moi j’ai accompagné, j’ai été très ambassadeur de terrain et grâce d’ailleurs aux Généraux, grâce aussi bien à Emmanuel Beth, à Joana qu’à Poncet j’ai pu me rendre avec les généraux français dans les territoire sous rébellion. Je dois vous avouer que j’ai vu des gens, des COMFOR comme ils appellent ça qui étaient totalement hirsutes avec des grigris dans le nez,… Et j’étais très très très content d’être protégé par les forces spéciales françaises, parce que j’ai eu peur. Alors dire que ces gens là appartiennent maintenant à la force républicaine de CI, il aurait fallu qu’ils se transforment considérablement et qu’ils aillent à l’Université pour apprendre ne serait-ce qu’à lire »

Pour justifier le bombardement de la foule et la fusillade de l’Hôtel Ivoire de novembre 2004 : « C’était Dien Bien Phu qui recommençait en 2004 à ABIDJAN »

« Et puis on n’a jamais vu des militaires français tuer d’autres militaires français »… Ca c’est quand même osé !

Gildas LE LIDEC parle de chars en position de guerre, c’est-à-dire l’opercule ouverte au niveau du canon devant la résidence présidentielle, vingtaine ou trentaine de chars (commandés par DESTREMEAU) dont il ne comprend pas la présence à cet endroit rue du bélier tout prêt de la Résidence présidentielle.

« Le lendemain, ils montaient le piège, c’est-à-dire recommencer Tian’anmen. »

« Je suis d’accord un petit peu avec ce que les gens disent. La presse a certainement joué un rôle pro-OUATTARA. Mais déjà dans l’esprit des dirigeants français, on était pro-OUATTARA. Parce que OUATTARA présentait mieux que GBAGBO. D’abord il avait été fonctionnaire international. Il parlait bien anglais. Il connaissait bien SARKOZY. OUATTARA était un peu programmé. Pas pour CHIRAC. Il n’aimait pas OUATTARA. Pour CHIRAC la CI s’était arrêtée à FHB. CHIRAC n’est pas dans le complot pro-OUATTARA parce qu’il se méfiait tout autant de OUATTARA que de GBAGBO. Mais SARKOZY, ça ne fait aucun doute.

SARKOZY était totalement, totalement pro-OUATTARA. […] Certainement les journalistes ont nourri la haine contre GBAGBO et puis ce sentiment pro-OUATTARA, c’est sûr. GBAGBO a fait peur. Et c’est pour cela que je ne comprends pas très franchement : si quelqu’un comme Laurent GBAGBO est à cause de ce qu’il a fait devant la CPI de LA HAYE, à mon avis tous les chefs d’Etat africains doivent y être. Et beaucoup de chefs d’Etat européens. Pourquoi pas mettre SARKOZY compte tenu de beaucoup de choses qui se sont passées ou BERLUSCONI ou… Pourquoi c’est réservé aux Noirs et pas aux Blancs ? GBAGBO fait peur et il n’a pas raison de faire peur. Y a pas de raison qu’il soit à LA HAYE. Pour moi il n’y a pas de raison qu’il soit à LA HAYE. TAYLOR oui. Il est socialiste me dit CHIRAC. Mais monsieur le Président, il est socialiste comme moi je suis Archevêque de CANTURBURRY, un socialiste en Afrique, bon, il est membre de la chaîne des rôtisseurs, du club Air France 2000, ça ne veut rien dire d’être socialiste. Il fait partie de l’Internationale socialiste… L’Internationale socialiste, ça ne veut rien dire. Y a une mésentente… Y’a un énorme quiproquo sur l’image de GBAGBO.

Parce que GBAGBO est un homme extrêmement courtois, extrêmement drôle, extrêmement éduqué qui peut vous faire du charme. Il peut vous faire du charme, vous embarquer… Alors est-ce que c’est la méfiance des gens ? Non le Parti Socialiste français a été très mauvais dans cette affaire-là. Ils se sont totalement trompés. Ils ont eu peur. Le lobby OUATTARA a dû jouer oui. Non il a toujours été occupé à se défendre de la politique intérieure. J’ai rarement discuté avec GBAGBO de problèmes de fond. […] Je n’ai jamais eu en face de moi un chef d’Etat en train de régner. C’était un chef d’Etat en Défense perpétuelle ou en attaque perpétuelle ! En Défense parce qu’il était attaqué, ça c’est sûr.

« Dans cette évolution de la Côte d’Ivoire, vous avez des grands points d’interrogation, des zones d’ombre totale :

- Qu’est-ce qui s’est passé fin septembre 2002 qui fait que Renaud VIGNAL retourne complètement sa veste alors qu’il est le meilleur défenseur de GBAGBO pour être son principal accusateur ? Et à ce moment-là, il vit jour et nuit avec le couple OUATTARA à 60m de GBAGBO… C’est quand même une situation absolument étonnante ;

- Qu’est-ce qui s’est passé réellement avec l’Opération Dignité ? Est-ce que ça a été un échec cuisant pour GBAGBO ? Est-ce que ça a été une victoire avortée ? GBAGBO dit dans son livre qu’il a pris un hélicoptère qu’il est allé demander aux militaires de se calmer. Je n’en crois pas un mot. Je n’ai jamais vu GBAGBO dans un hélicoptère. Il avait peur de l’avion. Il est terrorisé par les avions. […] Et qui a tiré sur les Français ? […] Lors de son dernier repas avec GBAGBO, Gildas LE LIDEC me dit « mais, c’est pas moi. Quel intérêt j’aurais eu de faire ça ? »

Nicoletta interroge Gildas LE LIDEC sur le rôle des Israëliens. Relisez le dernier livre de Pierre Péan conseille Gildas LE LIDEC. D’après lui ça a beaucoup aidé les rebelles. […] « Quand vous voyez Wattao, etc. ces types hirsutes etc., qui aujourd’hui devraient être à LA HAYE. Tous ces gens-là devraient être à LA HAYE. Si on met GBAGBO, il faut mettre tous ces KOMMANFOR, tous ces KOMFOR à qui OUATTARA a donné une totale impunité. Aujourd’hui ils ne sont pas inquiétés. C’est ça qui rend la farce de LA HAYE totalement inutile et totalement scandaleuse, totalement euhhh déséquilibrée. Mais de fait, le nom de OUATTARA avec ce qu’il représente de sérieux, fonctionnaire FMI, bien sur sa personne, etc. a donné un petit peu ses lettres de noblesse aux rebelles. C’est-à-dire se référant à OUATTARA, effectivement, les rebelles ont peut-être été plus facilement acceptés. » « Quand est-ce qu’ils ont fait ce lien ? » demande Nicoletta – « Très vite » répond Gildas LE LIDEC, « à MARCOUSSIS il était presque fait ce lien…Oui oui, il était fait à MARCOUSSIS.

C’est sorti très vite. SORO est sorti comme un fantôme. On ne savait pas d’où il sortait. Il venait de la FESCI SORO. En fait c’est un élève dont GBAGBO a été le Professeur qui est passé ensuite du côté des rebelles, qui est repassé du côté de GBAGBO qui est repassé maintenant du côté de OUATTARA. C’est pour cela que je déteste ce type. C’est un traître. Mais c’est ça. […] Rien n’a changé… Aujourd’hui rien n’a changé. Il y a eu… la CI a perdu 4 ans/5 ans pour rien. La situation est à peu près identique. Il n’y a plus de ligne de confiance mais enfin, il y a une ligne de pauvreté qui est évidente. » Nicoletta rappelle qu’il y a encore au moins 700 prisonniers politiques, le génocide dans l’Ouest. Gildas LE LIDEC répond que c’est pour cela qu’il aime bien les communiqués de victoire de l’Armée française ou du Ministre français de la Défense qui disent « ça y est, nous avons gagné au MALI et nous sommes en train de gagner en République centrafricaine. C’est à hurler de rire. On ne gagne jamais en Afrique… Non, non, on ne gagne jamais et je crois qu’il faut être très modeste et puis laisser les Africains être les vrais acteurs. Quand vous décortiquez effectivement la stratégie française, premièrement nos Diplomates travaillent à l’ONU pour obtenir une résolution qui nous couvre sur le plan international ; deuxièmement, on intervient en disant notre intervention sera de courte durée ; et troisièmement, nous disons que la relève va être prise par les troupes de l’ONU qui vont se mettre en place. Tout le monde sait que les troupes de l’ONU sont incapables et ne peuvent rien faire. Que ces gens qui sont envoyés ne viennent que pour gagner de l’argent. C’est d’ailleurs des gens toujours les mêmes hein du PAKISTAN, du BANGLADESH qui ne sont pas de vrais soldats ; qui se mettent derrière des barbelés et qui ne font rien ; qui ne parlent pas la langue du pays, qui ne s’intéressent pas au pays. Et puis quatrième principe, nous allons former la Nouvelle Armée de CI ou du MALI qui pourra nous remplacer. Donc c’est un espèce de schéma que l’on reproduit. Ca fait 10 ans ou 15 ans . C’est une espèce de schéma que reproduit aussi bien la gauche française que la droite.

 

Retranscription, Christine Tibala.

mardi, 10 mars 2015

SIMONE GBAGBO - PLAIDOIRIE DE Me DADJE: C’EST LE PROCES DE LA POLITIQUE ETRANGERE FRANÇAISE

 

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Pardonnez-moi pour cette émotion car je suis aujourd’hui incapable de plaider sans cette émotion. Cette émotion tient sa source dans le fait que c’est un enfant de la Côte d’Ivoire, né après les indépendances, qui vient défendre celle qui fut la Première Dame de Côte d’Ivoire.
C’est un honneur redoutable qu’une pareille tâche me soit confiée. C’est l’amour de mon pays, et une foi inébranlable en la Justice et en la grandeur de la cause que je viens défendre, qui m’aident à en supporter le poids.

Mesdames et Messieurs les jurés, voyez en moi, un fils du pays et écoutez ce que j’ai à dire. Mes paroles viennent du cœur.

L’Avocat qui se présente à vous, a fait son stage à la DST et à la MACA. J’ai été inculpé sous les mêmes chefs d’inculpations que ceux qui sont aujourd’hui reprochés à ma Cliente.

Mais en réalité, mon crime a été d’être l’Avocat de la Première Dame Simone GBAGBO. Mon crime a été, par devoir et conscience professionnelle, de rentrer de mon lieu d’exil, au risque de ma vie, pour accomplir ma profession d’Avocat.

J’ai, par chance, et grâce à la mobilisation du Barreau et de la famille judiciaire, bénéficié d’un non-lieu car je n’ai effectivement rien fait de ce pour quoi j’étais accusé.

Mais j’aurais pu être le 84ème accusé, et être assis aux côtés de ma cliente, mais cette fois comme co-accusé. Je vous explique cela car ma famille, comme bon nombre de familles ivoiriennes, a connu l’exil.

Je vous explique cela car vous ne pouvez-vous imaginer le prix que mes Confrères ici présent et moi-même avons payé pour simplement assurer la défense des accusés.

Nous avons perdu bon nombre de clients qui avaient peur de représailles rien que du fait d’avoir le même Avocat que Madame Simone GBAGBO ou ses co-accusés.

Certains ont même vu leur Cabinet attaqué. Nous avons dû défendre les accusés, depuis 2011, sans percevoir de quelconques honoraires de leur part, dans la mesure où ils avaient eux- mêmes leurs comptes gelés.

Nous avons dû engager des frais pour aller les voir à Odienné, à Bouna, à Katiola, à Boundiali, à Korhogo, à Man, à Séguéla, dans des conditions de sécurité précaires.

Beaucoup de personnes nous trouvaient fous d’entreprendre ces voyages dangereux. Il nous est arrivé plus d’une fois parcourir en voiture toute la Côte d’Ivoire, souvent à plus de 800 kilomètres, pour finalement nous voir empêcher de rencontrer nos clients. Juste parce que le Com zone de la ville n’était pas de bonne humeur…et que sa décision était supérieure à celle de la Justice, à la loi, hélas. Cela, nous l’avons fait par conscience professionnelle, mais aussi par amour de notre pays.

Ce procès, Mesdames, Messieurs les Jurés ne peut et ne doit donc être assimilé à aucun de ceux que peuvent habituellement connaître nos Tribunaux et Cours.

Il ne s’agit pas ici d’un procès de droit commun. Il ne s’agit même pas du procès de ces accusés regroupés ici. Il s’agit ici d’un procès politique. C’est le procès de la politique étrangère française, telle qu’elle a été menée par certains de ses dirigeants. Il s’agit ici du procès du néocolonialisme français qui pratique l’ingérence dans la politique nationale de ses anciennes colonies ;

Qui impose à la tête de nos Etats qui ils veulent, en fonction de leurs intérêts économiques, financiers, politiques.

Ce procès est, si l’on peut dire, pratiquement souhaitable. Car il nous permet de poser devant l’opinion publique nationale et internationale, le problème si douloureux de la relation de l’Etat français avec ses anciennes colonies.

En élargissant les limites de ce débat, sans les déborder toutefois, je vous demande de considérer qu’elles n’ont pas pour seul but la recherche de la culpabilité de ces accusés ;
Non, Mesdames et Messieurs les Jurés, ce procès a une portée plus grande. Il porte en réalité sur le respect de la souveraineté des pays africains ; sur le respect des institutions dont les Etats africains se sont dotés. Les accusés disparaissent ainsi derrière cette grande fresque, ce procès les dépasse.

De quoi s’agit-il à la base ?

D’un contentieux électoral qui aboutira à la mort de milliers d’ivoiriens et au piétinement de notre Constitution. Comme si les vies brisées depuis 2002 n’étaient pas suffisantes.

Aujourd’hui, dans cette salle, il n’y a ni avocats, ni magistrats, ni jurés. Aujourd’hui, nous sommes entre nous, entre compatriotes astreints à un devoir de vérité pour nous même, pour nos enfants et pour les générations à venir. Le Monde nous regarde. Le Monde entier nous regarde. Mais surtout, nos enfants nous regardent, nos petits-enfants nous regardent, nos héritiers nous regardent et ils nous jugeront.

Il s’agit d’un procès historique dans lequel nous sommes tous acteurs. Si malgré les efforts que je veux faire sur moi-même, mes observations vous paraissent empreintes de consternation, je vous prie d’ores et déjà de m’en excuser.

C’est que la question de la souveraineté de la Côte d’Ivoire me tient véritablement à cœur et me semble primordiale. C’est que Madame la Première Dame Simone GBAGBO n’est pas un personnage anodin. Son parcours devrait être un exemple pour toutes les ivoiriennes, et pour tous les ivoiriens.

Laissez-moi vous parler de cette grande Dame dont la place n’est certainement pas ici.

PRESENTATION DE SIMONE GBAGBO ET DE SON COMBAT

Issue d’une famille de 18 enfants, Simone EHIVET GBAGBO est née en 1949 sous l’empire colonial français. Deuxième de sa fratrie, elle sera comme une mère pour ses 16 petits frères et sœurs.

Née d’un père gendarme, elle a vécu à Dakar, puis a parcouru la Côte d’Ivoire au gré des affectations de son père dans les villes de Bouaké, Béoumi, Sinfra avant de revenir sur Abidjan.
Titulaire d’un CAPES de lettres modernes, elle a soutenu une thèse de 3ème cycle en littérature orale ivoirienne. Elle a enseigné au Lycée classique d’Abidjan, puis à l’Université de Cocody, pour ensuite se consacrer à la recherche sur les traditions orales ivoiriennes et les langues ivoiriennes ; Ce qui lui permettra à nouveau de parcourir la Côte d’Ivoire et de la connaître de l’intérieur.

Son engagement politique tient sa source :

De sa formation de chrétienne dans sa famille, puis dans la Jeunesse Etudiante Catholique (JEC). Elle y a acquis les valeurs de Justice, d’équité, d’intégrité, et de compassion ;
De son militantisme dans les organisations de jeunesse, puis syndicales et politiques. Elle y a appris à connaître l’importance de la démocratie, de la souveraineté nationale, du multipartisme, des droits des femmes, des enfants, du citoyen, la primauté de la nation ;

De ses études et recherches sur la Tradition Orale et la linguistique qui l’ont aidé à connaître l’âme des divers peuples constituant la Côte d’Ivoire, à les aimer, à connaître leurs problèmes de développement, de vie quotidienne ;

De son rejet pratiquement viscéral des injustices dont elle a été témoin ;

Son engagement, elle le tient aussi de son amour sans commune mesure de ce pays qu’elle veut voir devenir réellement maître de son destin.

De toutes ses connaissances et expériences sont nées sa volonté profonde de voir une Côte d’Ivoire libre, indépendante qui n’ait rien à envier aux puissances occidentales.

C’est encore son engagement politique qui l’amènera à rencontrer un certain Laurent GBAGBO.

Tous deux, jeunes, beaux et idéalistes, partagent le même rêve, celui de voir la Côte d’Ivoire devenir véritablement indépendante, moderne et développée.

Car comme elle le dit, en 1960, la Côte d’Ivoire a eu une « indépendance aux oreilles percées ».

Nous avions quitté le système colonial pour entrer dans le système néo-colonial de la françafrique. Or, il n’y a aucune indépendance monétaire avec cette monnaie des Colonies Françaises d’Afrique, communément appelées « Franc CFA » ; Pas d’indépendance militaire avec ces accords de défense qui permettent à la France de gérer militairement ses anciennes colonies ; Aucune indépendance institutionnelle, aucune indépendance diplomatique ; la crise postélectorale nous le démontrera.

Mais voilà, quand on parle de souveraineté en Afrique, quand on parle de fierté africaine, on est immédiatement stigmatisé ! On fait peur.

Simone GBAGBO sera dès lors présentée comme la Dame de Fer, la Dame intransigeante, la «Dame de sang du régime ivoirien» par certains médias occidentaux dont notamment le journal Paris Match qui sera condamné pour les propos diffamatoires évoqués à l’encontre de Simone GBAGBO.

Mandela dira lors de son procès de Rivonia : « Le non-respect de la dignité humaine dont les Africains sont victimes est le résultat direct de la suprématie des Blancs. La suprématie des Blancs implique l’infériorité des Noirs ».

50 ans après ces propos qui dénonçaient une certaine réalité, qui peut taxer MANDELA d’être anti-blanc ou raciste ?

Mais quand Madame Simone GBAGBO parle de souveraineté, de liberté des peuples africains, on la qualifie immédiatement de «Dame de Fer» ou de «Dame Sanguinaire» de «patronne des escadrons de la mort».

En réalité, et cela est bien regrettable, l’homme ou la femme noire intellectuellement libre fait peur. Mandela n’a-t-il pas été pendant longtemps considéré comme un terroriste ?! Malcolm X ne faisait-il pas peur au pouvoir américain ?! LUMUMBA n’était-il pas craint au point que l’on l’élimina ?! Pourtant toutes ces figures n’étaient animées que d’un profond amour pour leur continent et d’un puissant rêve de liberté.

ARRIVEE AU POUVOIR DU PRESIDENT GBAGBO

Avec l’arrivée au pouvoir en 2000, du Président GBAGBO, c’est le combat de toute une vie qui se concrétise.

Eux, qui ont vu la Côte d’Ivoire passer du statut de colonie à celui d’Etat qui n’avait d’indépendant que le nom, rêvent de pouvoir faire de leur pays un Etat véritablement indépendant.

Ils rêvent d’organiser le multipartisme en Côte d’Ivoire. Ils rêvent de réaliser le développement équilibré de tout le pays avec la décentralisation ;

Ils rêvent de réaliser l’équipement moderne du pays avec l’électrification généralisée, l’eau courante, l’école gratuite, l’Assurance Maladie Universelle, l’industrialisation.

Ils pensent pouvoir le faire : Simone EHIVET GBAGBO en participant en qualité de Député à l’élaboration des lois du pays ; et le Président Laurent GBAGBO par le biais du pouvoir exécutif.
Mais voilà, quelqu’un qui se reconnaîtra certainement, a décidé de rendre ce pays ingouvernable … Bref…

Avançons comme dirait Madame Simone GBAGBO.

TENTATIVE DE COUP D’ETAT DU 19 SEPTEMBRE 2002

Comme vous le savez, la Côte d’Ivoire connaîtra une tentative de coup d’état en 2002, et voilà le Président Laurent GBAGBO arrivé démocratiquement au pouvoir, 18 mois plus tôt, contraint par les autorités françaises à partager le pouvoir avec les putschistes.

Pendant 8 ans, les rebelles partageront le pouvoir avec le Président démocratiquement élu Laurent GBAGBO. Pendant 8 ans, le Président Laurent GBAGBO sera contraint de céder de plus en plus de terrain aux doléances des rebelles.

Lui ne demandait qu’une seule chose: le désarmement pour la réunification du pays. Il ne l’obtiendra jamais. C’est dans ces conditions qu’auront lieu les élections présidentielles de 2010 sous la pression de la Communauté Internationale.

LES ELECTIONS PRESIDENTIELLES

En ce qui concerne les résultats provisoires, Madame Simone EHIVET GBAGBO, l’a dit lors de son intervention. Ils n’existent pas ! Ne refaisons pas l’histoire ! Tous les protagonistes de cette affaire savent bien qu’après le 1er décembre 2010 à minuit, la CEI était forclose.

Tout le monde sait que la Commission Electorale Indépendante ne s’est jamais réunie pour proclamer des résultats. Tout le monde sait que la déclaration de Monsieur Youssouf BAKAYOKO tout seul à l’hôtel du Golf, faite au siège de campagne du candidat Alassane OUATTARA, est scandaleuse à plus d’un titre :

Il n’y a jamais eu de procès-verbal de délibérations émargé par les membres de la CEI ;
Il n’est ni moral ni légal d’aller proclamer de manière solitaire, de prétendus résultats au QG d’un candidat ; En France, en 2012, un tel acte posé par le Secrétaire Général de l’UMP a failli casser le parti en deux.

Seul le Conseil Constitutionnel proclame vainqueur un candidat à l’élection présidentielle, et sa décision s’impose à tous à l’intérieur comme à l’extérieur de la Côte d’Ivoire, même à l’ONU.

Ne nous méprenons pas ! La crise est née uniquement du non-respect de la décision du Conseil Constitutionnel. L’acte de rébellion du candidat perdant et de ses alliés nationaux et internationaux entraineront un déferlement des troupes rebelles rebaptisées FRCI, des milices dozo, et divers mercenaires sur les territoires restés sous contrôle du Gouvernement, semant la mort, la violence, les pillages sur leurs passages.

Au bout du compte, l’Etat français achèvera ce plan d’agression par le bombardement de la résidence présidentielle, du Palais Présidentiel et des quartiers d’Abidjan pendant 11 jours.

LES CONDITIONS DE SON ARRESTATION ET LES HUMILIATIONS

C’est dans ces conditions que Madame la Première Dame Simone GBAGBO a été arrêtée, battue, humiliée !

Sa pudeur, et sa volonté de voir la Côte d’Ivoire se réconcilier et aller de l’avant l’ont amenée à, à peine évoquer les sévices graves dont elle a été victime.

Nous avons tous été témoins de la barbarie de ses geôliers !

Au-delà de sa personne, c’est la République ivoirienne, une et indivisible, qui a été malmenée !
Croyez-vous un seul instant que, pour un contentieux électoral, on aurait pu malmener la

Première Dame des Etats-Unis ?

Croyez-vous que l’on aurait pu montrer dans les médias du monde entier la Première Dame de n’importe quel pays occidental dans une position aussi humiliante que celle infligée à la Première Dame Simone EHIVET GBAGBO ?

Nous avons tous vu ces images écœurantes qui créent un malaise… aujourd’hui encore.
Oui, car lorsque l’on aime son pays, et quelque soit les divergences politiques que l’on peut avoir avec Madame la Première Dame Simone GBAGBO, on ne peut qu’être choqué face aux images humiliantes diffusées à profusion sur les médias français et sur internet.

Il est d’ailleurs surprenant de voir que les médias occidentaux qui prennent tant de soin à respecter la dignité de tous leurs ressortissants se trouvant en situation de difficulté notamment en tant qu’otage ou victime d’exaction, en refusant de diffuser les images ou en les grimant, et n’ont pas hésité un seul instant à diffuser des vidéos humiliantes de celle qui fut la Première Dame de la République de Côte d’Ivoire.

Je me souviens de toute la polémique qu’il y a eu en France lors de la diffusion de l’arrestation de Dominique STRAUSS KAHN alors Président du Fonds Monétaire International.

Certains médias français et politiques s’étaient émus du fait qu’il ait été présenté devant le monde entier menotté. Dommage que cette émotion soit à géométrie variable en fonction de ce que l’on parle d’occidentaux ou d’africains !

En tout état de cause, les humiliations et les sévices subis par la Première Dame furent nombreux… Mais tournons la page et avançons, comme elle a tenu à le dire… La violation de ses droits : détention arbitraire ; Violation de son immunité

Au-delà de ces sévices, Madame Simone GBAGBO a vu tous ses droits bafoués :
Enlèvement et séquestration ;
Immunité parlementaire piétinée !
En effet, à tour de rôle, Procureur, Juge d’Instruction, et Chambre d’Accusation, refuseront de prendre en compte sa qualité de parlementaire, prétextant du fait que son mandat aurait pris fin en 2005.

Et pourtant tout en contestant sa qualité de parlementaire, des Décrets d’application sont pris se fondant sur des lois votées postérieurement à 2005 par la Députée Simone GBAGBO !

Cela est notamment le cas de la Loi du 27 Décembre 2007 portant statut du corps diplomatique, votée par Madame Simone GBAGBO, et dont le Décret d’application sera pris le 21 décembre 2011 par Monsieur Alassane OUATTARA. Nous ne sommes malheureusement pas à la première contradiction dans ce dossier, ni à la première aberration ! Les infractions qui lui sont reprochées en témoignent.

LES INFRACTIONS : ABSENCE DE FAIT

Pendant 4 ans, il a été expliqué au peuple ivoirien et à l’opinion publique internationale que la Première Dame Simone GBAGBO est une sanguinaire !

On a même affirmé de façon péremptoire, au Peuple ivoirien que le couple présidentiel avait occasionné près de 3000 morts pendant la crise postélectorale !

On a tenté de faire croire que le Président Laurent GABGBO, son Gouvernement et la Première Dame massacraient les populations civiles.

On a tenté de faire croire, que la Première Dame avait les mains pleines de sang, qu’elle avait mis à mal l’Etat.

On a tenté de faire croire que son époux et elles, avaient ordonné le viol de femmes, de jeunes filles pendant cette période violente et douloureuse.

On a tenté de faire croire qu’elle avait recruté et armé de jeunes nationaux et étrangers pour tuer des ivoiriens ;

Pendant 4 ans, la Justice ivoirienne a été endormie par ces allégations dont on attend encore les preuves !

Quel est donc ce procès sans aucun fait précis ?!

Quel est donc ce procès sans aucun élément matériel constitutif d’une infraction ?

Quel est donc ce procès pénal où la partie civile est l’Etat de Côte d’Ivoire ?

Un Etat de Côte d’Ivoire représenté ici doublement par le Ministère Public et par des Avocats !

Comment peut-on appeler autrement ce procès que par ce qu’il est, à savoir un procès politique ! Ce procès, aboutissement d’une instruction qui a duré des années, met en évidence une chose :

C’est que pendant toute l’instruction, et au travers de toutes les discussions devant la Chambre d’accusation, ce n’est pas le droit qui semble avoir primé sur toute autre considération.

Ce dossier a été construit à l’envers ! On a arrêté des personnalités parce qu’on les trouvait gênants, et on a tenté de justifier leur détention par une inculpation intervenue tardivement et collectivement mais qui ne repose sur aucun fait précis et personnel !

Qu’est-il reproché à la Première Dame ? D’avoir respecté la Constitution et les Institutions ivoiriennes ?

Mais ce n’est pas 83 personnes qui devraient alors être sur le banc des accusés, mais 22 millions de personnes !

Tous les ivoiriens devraient donc être sur le banc des accusés ! Tous les fonctionnaires de ce pays devraient se trouver sur le banc des accusés !

Car il faut être sérieux ! Si l’on estime que le Président Laurent GBAGBO et son Gouvernement étaient illégitimes, si tous les actes posés par eux étaient illégaux ! Les fonctionnaires ne se sont-ils pas rendus complices de cette prétendue forfaiture ? Ne se sont-ils pas rendus coupables de recel en encaissant les salaires qui leur étaient réglés par le Gouvernement GBAGBO de Décembre 2010 à Mars 2011 ! Soyons sérieux !!!

Il n’y a, à l’encontre de la Première Dame Simone GBAGBO, aucune infraction pénale ! Aucun fait précis qui serait constitutif d’une infraction !

Par ailleurs, même dans l’hypothèse absurde où il y aurait existé des faits, l’intention criminelle indispensable à la constitution de l’infraction aurait forcément fait défaut. Oui car la Première Dame Simone Gbagbo n’a fait que respecter la décision du Conseil Constitutionnel déclarant son époux vainqueur et recevant son serment en audience solennelle comme l’exige la Constitution. Elle a donc agit de bonne foi convaincu que la vérité et la loi sont avec elle.

Alors que reproche-t-on à la Première Dame Simone EHIVET GBAGBO ?

CONSTITUTION DE BANDES ARMEES – MASSACRE DE CIVILS : DES TEMOINS PEU CREDIBLES ET SUSCITES

L’audition devant la Cour d’Assises de Mme Gbagbo a également démontré qu’elle n’était coupable de rien et qu’elle doit être déclarée non coupable de tous les chefs d’accusation, oui tous les chefs d’accusation.

Nous en voulons pour preuve les questions du Parquet Général qui étaient vagues, et ne faisaient allusion à aucun fait à elle allégué, sinon plutôt des questions sur ce qu’elle pense de la CEI, du Conseil Constitutionnel et autres, mais jamais de faits à elle personnellement reprochés. Question alors: Comment le Parquet a-t-il eu connaissance des témoins? Car tous les témoins disent qu’ils ont été appelés par le Parquet pour venir témoigner.

Pourquoi le Parquet qui avait connaissance desdits témoins n’a posé aucune question à Mme Gbagbo sur les faits que devaient raconter les témoins, afin de mieux la confondre. Le Parquet représente t-il le peuple ou le régime au pouvoir pro RDR?

Je pensais que le parquet représentait le peuple et par conséquent se devait de rester juste et équitable. On pourrait penser que tous les témoins ont été suscité par le RDR pour tenter de salir Mme Gbagbo, oui car tous les témoins sont du RDR ou sympathisants.

Des Témoins qui n’ont jamais été une seule fois entendus au cours de cette longue instruction.

Témoins qui n’ont jamais été confrontés à Mme Gbagbo pendant cette longue instruction.

Ces témoins viendront déclarer faussement sous serment ici à la barre hélas.

Faute de faits constitutifs d’infraction, il a été annoncé par l’Accusation un rattrapage, grâce à 16 témoins à charge, pour finalement n’en présenter que 5.

En écoutant les discours des témoins, on en conclut que le Parquet Général, tentait visiblement d’apporter enfin des faits incriminant l’accusée, et démontrant sa culpabilité au moins dans ces deux domaines.

Contre Madame GBAGBO, l’accusation produira tout d’abord le témoignage de Monsieur Issa BOCOUM.

Ce Monsieur expliquera avoir vu 8 véhicules DAKOTA, ayant de nouvelles plaques d’immatriculation « ww », rentrer dans une église à ABOBO, pour décharger des armes se trouvant dans des caisses.

Il prétendra y avoir vu Madame GBAGBO, en lunettes fumées de marque « Ray Ban », donnant des instructions à cette fin mais sans jamais parler, se contentant, selon lui, de faire des gestes.
Ce témoignage est évidemment peu sérieux dans la mesure où il n’est corroboré par aucun élément de preuves ! Monsieur Issa BOCOUM se limitant à présenter deux photos, prises il y a juste 3 mois, d’une montrant l’église méthodiste en question, et l’autre une mosquée qui se situerait selon lui, en face de ladite église.

Or, aucune des photos nous permet de savoir que les 2 bâtiments dont il parle, se trouvent face à face, vu que l’une montre uniquement une église et l’autre uniquement une mosquée. On ne voit nulle part Mme Simone GBAGBO présente et en action, sur ces photos.

Qui peut sérieusement croire que Madame Simone GBAGBO, qui n’a au demeurant aucune formation militaire, se serait rendue en plein jour dans la cour d’une église méthodiste, pour aller y déposer des armes, habillée comme une héroïne de films policiers de série B ?

Par ailleurs, ce témoin jure mordicus que sa maison a été bombardée par un obus tiré depuis le camp commando d’Abobo et qui l’aurait même personnellement blessé.

Il poursuit en déclarant que le bombardement de sa maison par le camp Commando a été fait sur ordre de la Première Dame Simone GBAGBO, mais il en rapporte toujours aucune preuve :
Aucune preuve sur le fait que sa maison a été effectivement bombardée par un obus et qu’il en aurait été blessé ;

Aucune preuve sur le fait qu’il y a eu un bombardement et que cela provenait du Camp Commando ;

Aucune preuve sur le fait que le prétendu bombardement, à supposer qu’il soit avéré, aurait été effectué sur ordre de Madame Simone GBAGBO.

Il est bon de rappeler que la Première Dame n’avait pas de véhicules de marque DAKOTA dans son cortège et cela aurait pu être vérifié par un simple transport sur les lieux, à la résidence Présidentielle.

Il est bon d’indiquer que Mme Gbagbo n’a jamais porté de lunettes fumées Ray Ban. Elle porte juste des verres pharmaceutiques et uniquement lorsqu’elle a besoin de lire. Ce témoignage, qui n’est corroboré par aucun élément sérieux, ne pourra être qu’écarté.

Que dire du second témoin, Monsieur DIALLO Souleymane, dont les dires étaient incompréhensibles et qui étaient venu expliquer qu’il n’avait vu que 2 fois la Première Dame : Une première fois en 2008, et la seconde fois, le jour même de l’audition de Madame Simone GBAGBO devant la Cour d’Assises, le 23 février 2015 ! Ce témoignage n’avait aucun intérêt !

L’accusation présentera encore le témoignage de Monsieur KONE Amara. Ce témoignage prêterait à sourire si ce dossier n’était pas aussi grave ! Voilà un Monsieur qui reconnaît n’avoir jamais vu Madame la Première Dame Simone GBAGBO, ne l’avoir jamais rencontré, tout en étant persuadé qu’elle aurait remis des armes au fils de son ami dénommé Lamté !

Il aurait même affirmé que le Sieur Lamté était le Chef de la Sécurité de Mme Gbagbo à Abobo. Mme Gbagbo n’a jamais eu de sécurité privée et tout le monde le sait. La seule sécurité dont elle disposait était celle de Groupement et sécurité présidentiel et de la Garde Républicaine. Le témoin qui ment sans cohérence en était sûr mais n’avait rien vu de tout cela !

Quant au témoignage de Monsieur TRAORE Ibrahim, il ne peut qu’être relevé des contradictions flagrantes. En effet, le 26 janvier 2015, ce Monsieur va déclarer qu’alors qu’il était superviseur dans un bureau de vote, Madame Simone GBAGBO a échangé avec lui, et qu’après son départ, son aide de camp, le Commandant SEKA, lui aurait remis une enveloppe d’argent pour « boire de l’eau », ce qu’il aurait refusé par soucis de neutralité.

Puis, dans son témoignage du 23 Février 2015, voilà qu’il déclare subitement que Madame GBAGBO, lui aurait envoyé 2 personnes prénommées Alain et Maxime, et non plus le Commandant SEKA, lui remettre une enveloppe d’argent pour bourrer les urnes et en modifier les contenus, le soir après 23 h, au moment de transporter les urnes au CMA.

Or, les urnes ne sont enlevées qu’après le dépouillement, et la proclamation des résultats des votes sur place, et un procès-verbal de délibération ait remis à chaque représentant des Candidats. Ce n’est qu’après cela que lesdites urnes sont transportées pour le centre de collecte de la circonscription.

En 90 et 95, Madame Simone GBAGBO et le FPI avaient même mené des négociations avec le pouvoir pour que dans chaque bureau de votes, les procès-verbaux de délibération soient remis à chaque représentant de candidat pour éviter ce type de fraudes, notamment le tripatouillage des urnes pendant leur transfert au centre de collectes.

A quoi donc aurait servi le bourrage d’urnes postérieurement au dépouillement ? Ces contradictions dans ces 2 déclarations, étayées par aucune preuve, discréditent totalement ce témoin qui a manifestement fait une fausse déclaration sous serment.

Il est bon de rappeler que c’est ce témoin qui, le 26 Janvier 2015, s’était lui- même identifié comme un rebelle formé à BOUAKE depuis 2002, et convoqué au Golf pour s’y faire remettre une arme par SORO Guillaume et aller combattre dans la ville d’Abidjan contre les Forces de Défense et de Sécurité.

Au vu de tout ce qu’il a déclaré lui-même, tout porte à croire que ce témoignage a été suscité dans le seul but de servir la cause à laquelle il a toujours adhéré depuis 2002 : celle de la rébellion armée contre Laurent GBAGBO, celle de discréditer Mme Simone Gbagbo à dessein.

Que dire encore de Monsieur CISSE Drissa, gardien au siège du RDR, qui dit qu’on lui aurait rapporté la présence du cortège de la Première Dame chez BAH BIENTO et qui en déduit qu’elle serait à l’origine des barrages et des coups de feux qu’il aurait entendu par la suite !

En effet, Monsieur CISSE Drissa dit que le 16 décembre 2011, il a vu passer un cortège de voitures. On lui aurait dit qu’il s’agissait du cortège de la Première Dame. Il reconnaît n’avoir jamais vu, de ses yeux, Madame Simone GBAGBO, ce jour-là, et encore moins l’avoir vue déposer des armes.

Bien que ne l’ayant jamais vue, il maintiendra que les agressions ont commencé ce jour-là, parce qu’elle aurait déposé des armes dans la maison de Monsieur BAH BIENTO, dans la mesure où c’est après cette prétendue visite que les agressions armées ont commencé.

La seule chose dont se témoin soit sûr sans qu’il ne lui ait été rapporté, c’est que ces évènements se sont déroulés le 16 Décembre 2011…

4 ou 5 fois, le Juges et les avocats de la partie civile, et les Avocats Généraux l’ont interrogé sur la date du 16 Décembre 2011.

A chaque fois, il a confirmé cette date.

Il lui a même été fait remarquer que Madame Simone GBAGBO a été arrêtée le 11 avril 2011, et qu’elle se trouvait à ODIENNE depuis le 22 avril 2011.

Mais ce témoin a persisté dans cette déclaration, jusqu’à ce que les multiples suggestions des Avocats de la Partie Civile l’amènent à revenir sur ce point pour enfin se limiter à affirmer que ces évènements ont eu lieu le « 16 décembre » !

Plus de date précise donc, plus de date !

A partir du moment où il n’a pas vu Mme Gbagbo, de surcroit déposer des armes chez Mr Bah Biento, de quoi est-il témoin pour que le Parquet le fasse comparaître en qualité de témoin. Il est évident que tous ces témoignages sont des mensonges, des témoignages inventés de toute pièce. Et cela tombe sous le sens.

Il est bon de noter que depuis l’embargo sur les armes en Côte d’Ivoire, les forces armées ne disposaient de plus d’effectif qu’il n’y avait d’armes disponibles. Même la Garde Républicaine manquait d’armes. Toutes les frontières de la Côte d’Ivoire étaient surveillées par l’ONU pour veiller à ne pas laisser violer l’embargo sur les armes. Où et comment Mme Gbagbo même si elle le voulait, aurait pu se procurer des armes pour les distribuer. C’est absurde et simplement diffamatoire.

Il n’y a aucune preuve, et il ne peut pas y en avoir, parce qu’à aucun moment, Madame Simone GBAGBO n’a constitué de bandes armées, n’a armé personne, n’a incité au massacre de personnes civiles ou militaires, n’a engagé d’actions contre une communauté quelconque.

Ce ne sont simplement que des faux témoignages, des inventions de toutes pièces.

CONCLUSION

Mesdames et Messieurs les Jurés, je vous l’ai dit au début de mon intervention, ce procès nous dépasse ! Vous avez un dossier sans faits ! Car en réalité, les infractions n’existent pas et ne sont qu’un prétexte à ce procès.

Il ne s’agit donc pas, dans ces douloureux débats, d’apprécier véritablement la culpabilité ou l’innocence des accusés. Il ne s’agit même pas de savoir de qui de GBAGBO ou de OUATTARA est le véritable Président de la République de Côte d’Ivoire. Il a effectivement déjà été répondu à cette question : La Côte d’Ivoire a eu un Président élu et proclamé vainqueur par le Conseil Constitutionnel ; et un Président reconnu par la Communauté internationale et proclamé Président de la République après une violente crise, une agression armée de la Côte d’Ivoire.

Il s’agit de dire, par votre verdict, si oui ou non les peuples africains ont le droit de faire respecter leurs institutions. Vous avez la lourde mais noble mission de proclamer, une fois pour toutes, le droit de l’Homme africain au respect de sa personnalité, de sa dignité, et de sa souveraineté.

Madame Simone GBAGBO l’a très justement dit. La Constitution, le Conseil Constitutionnel, organes suprêmes de notre République sont nos totems. Si nous ne les respectons pas, qui le fera à notre place ?

Mesdames et Messieurs les Jurés, je vous rappelle que conformément à l’article 90 de notre Constitution, le Président du Conseil Constitutionnel prête serment en ces termes : Je m’engage à bien et fidèlement remplir ma fonction, à l’exercer en toute indépendance et en toute impartialité dans le respect de la Constitution, à garder le secret des délibérations et des votes, même après la cessation de mes fonctions, à ne prendre aucune position publique dans les domaines politique, économique ou social, à ne donner aucune consultation à titre privé sur les questions relevant de la compétence du Conseil constitutionnel ».

Les Membres du Conseil Constitutionnel prêtent eux, conformément à l’article 91 de la Constitution, le serment suivant : « Je jure de bien et fidèlement remplir mes fonctions, de les exercer en toute impartialité dans le respect de la Constitution et de garder le secret des délibérations et des votes, même après la cessation de mes fonctions.

La décision du Conseil Constitutionnel du 4 décembre 2010 a été rendue conformément à ces textes.

L’absence de poursuites diligentées par le Ministère Public à l’encontre des Membres et du Président du Conseil Constitutionnel n’est-il pas l’aveu même de ce que cette décision ne saurait sérieusement être remise en question ? Le Parquet une fois de plus a montré qu’il ne représentait pas le peuple mais plutôt le parti au pouvoir et je m’explique. Le Parquet sur la base de ces faux témoignages demande que Mme Gbagbo soit condamné à 10 ans de prison et soit privé de ces droits civiques Curieusement, parmi les 80 accusés, Mme Gbagbo est la seule pour qui il soit demandé la privation de ses droits civiques.

Mais alors pourquoi pourrait se poser le citoyen lambda. Alors je vous répondrai, c’est uniquement pour empêcher Mme GBAGBO de reprendre sa place au FPI et leur tenir la dragée haute sur les tous les problèmes qui minent la Côte d’Ivoire qui semble-t-il émerge. Mais faire de la politique n’est pas un crime. Pourquoi donc manipuler le Parquet à cette fin. Voilà, la raison. Je pensais que le Parquet représentait le peuple, mais que je me suis trompé.

Le présent Parquet représente le pouvoir ivoirien et ne travaille qu’uniquement dans leur intérêt, même quand il est en contradiction avec le mandat que le peuple leur a confié. Dès lors entrer en voie de condamnation contre Mme GBAGBO, serait approuver le comportement de tous ceux qui méprisent nos institutions. Condamner, ce serait dire que l’on veut perdurer dans un système néo-colonisant où notre Constitution ne serait en réalité qu’un bout de papier, sans valeur.

Condamner ce serait dire que l’on est incapable de se respecter et que l’on aura toujours besoin de l’intervention prétendument civilisatrice de nos anciens colons pour distribuer les bons et les mauvais points. Condamner, ce serait accepter que nos Chefs d’Etat ne soient choisis par le peuple souverain mais par d’autres. Acquitter, au contraire c’est affirmer notre volonté d’indépendance. Acquitter c’est dire notre attachement à notre Constitution. Acquitter, c’est aussi faire œuvre d’apaisement; C’est détruire les ferments d’amertume et de rancœur dans le cœur de nos compatriotes qui sont bien conscients du caractère politique de ce procès. Acquitter, c’est réitérer sa volonté de voir une Justice indépendante du pouvoir politique. Acquitter enfin, c’est montrer le vrai visage de la Côte d’Ivoire éprise d’idéal, de Justice et de Paix ; et surtout de réconciliation entre tous ses enfants.

Monsieur le Président, Messieurs de la Cour, Mesdames et Messieurs les Jurés, ne vous faites pas complices des politiciens car ils ne sont pas bons. Ne contribuez pas construire une Côte d’Ivoire de haine et de vengeance perpétuelle, ce ne serait bon pour personne. Réconciliez les ivoiriens en rendant des décisions justes fondées sur les principes élémentaires du droit pénal.

Pas de faits précis, pas de preuves concrètes : pas de condamnations et j’ai plaidé.

Je vous en remercie.


Maître Ange Rodrigue DADJE / Maître Habiba TOURE

Plaidoirie publiée par le Gri Gri International.

jeudi, 19 février 2015

6,2 MILLIONS D'EUROS POUR LE SILENCE DES ANCIENS PRESIDENTS SUR LE FRANC CFA: LES FRANÇAIS DECOUVRENT UN ASPECT DE LA MONNAIE NAZIE

 

 

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Nicolas Sarkozy est en colère, une fureur incommensurable, disent les journaux. Une fureur justifiée car le contrat sur le prix du silence qui lie les anciens présidents français et le gouvernement français vient d’être rompu d’une manière unilatérale par les journalistes bien instruits. Il est surtout furieux parce que des hauts dirigeants ont informé la presse de sa présence aux émirats, et surtout cette presse prétend que la république lui accorde déjà près de 2,4 millions d’euros par ans au titre d’ancien président. Voilà ce qui rend Nicolas Sarkozy en colère car il y a une confusion entre deux dotations : Une légale, qui attribue à chaque anciens président 6000 euros par mois depuis 1955 Cette dotation est toujours en vigueur aujourd’hui et s’applique à Giscard d’Estaing, J Chirac et N. Sarkozy.

La seconde dotation est, elle bien obscure, et concerne les 6,2 millions d’euros dont parle les journalistes et dont bénéficient les anciens présidents de la République. Il s’agit en fait d’une prime impériale pour leur silence par rapport au franc CFA, dont toute personne, vivant en France, ne prend la vraie dimension hautement criminelle que lorsqu’elle accède à la fonction de président de la France. Nicolas Sarkozy sait lui-même que c’est vraiment un coup tordu, car, malgré toute cette fureur, notre ex et pro-futur président de France ne peut dénoncer officiellement la violation de ce contrat de silence. Il est tenu au secret et s’enrage mais pour combien de temps ?

Les origines de cette confusion et fureur viendraient d’une information qui lève le voile petit à petit,  des deux côtés de la méditerranée, sur le franc CFA et les effets de cette monnaie nazi. En effet, après près de 30 années de bataille acharnée de quelques députés et citoyens récalcitrants, l’un de ces derniers, en l’occurrence M. Dosiere vient d’obtenir une petite victoire car le gouvernement Français vient de lui adresser le coût total des anciens présidents de la république pour l’année 2014 : 6,2 millions d’euros. Notons tout de suite que ce chiffre n’est qu’une déduction approximative, issue de tous les éléments dont disposait ce monsieur et qu’il n y a pas une ligne budgétaire officiel attribuée à cette allocation. Cette allocation n’a d’ailleurs pas une existence légale et reste totalement opaque.

Ce brave homme rapporte que les fondements de cette allocation et son financement reste totalement mystérieux, et comme Nicolas Sarkozy, sa consternation ou sa fureur s’arrête à ce niveau, laissant les Français et les autres citoyens du monde complètement médusés. Comme c’est devenu la mode au royaume de France, tout ce qui touche de près ou de loin le franc CFA, la France Afrique ou le pillage de l’Afrique est enveloppé d’une opacité dont les Français se sont à présent bien familiarisés. La réalité est que cet argent, qui sert à payer les anciens présidents, ne vient pas directement des contribuables Français, mais plutôt des revenus de la gestion du franc CFA. Ce qui ne veut pas dire que les Français ne payent pas de cette pratique digne d’une république bananière. La France est le seul pays dans le monde qui met en œuvre cette pratique, et au service des ex-présidents qui travaillent totalement à leur compte et parfois contre l’intérêt de l’état Français. Pour bien comprendre cette confusion qui entraine aussi bien la fureur de Monsieur Sarkozy que du sieur Dosiere et des Français, il faut remonter à l’origine de cette deuxième dotation opaque.

L’origine de cette dotation opaque aux anciens présidents

Les vraies raisons de cette deuxième dotation sont exactement celles qui font des présidents Africains francophones les propriétaires exclusifs du trésor public de leur pays : le Franc CFA. Tout réside dans la genèse même de cette dotation et il faut se replonger dans les années 70. A cette époque, il n’y avait dans le monde que 3 empereurs, donc deux générés par le franc CFA: Le Vraie (du Japon), le Virtuel (de la Centrafrique) et le réel (de la France). De ces trois empereurs, celui qui jouissait effectivement des pouvoirs d’un Empereur était le président Français, Valérie Giscard D’Estaing. Arrivé au pouvoir très jeune, cet homme intelligent s’est laissé aveugler par le pouvoir que lui conférait le Franc CFA.

Sachant que la France était de droite comme lui et le nombre de mandats n’étant pas limité à cette époque, il se voyait en parfait monarque qui devait régner sur la France pendant des décennies, contrairement à ses prédécesseurs qui était arrivés au pouvoir à un âge avancé.  Ses pouvoirs étaient tellement colossaux que les Africains ne remercieraient jamais assez cet homme pour leur avoir donné l’unique et le seul empereur d’Afrique de la période contemporaine.  Même Louis 14 aurait été jaloux de Bokassa 1er car la cérémonie fut grandiose. Bokassa, en bon empereur et griot Africain est d’ailleurs celui qui a décrit le mieux les faits et gestes impériaux du monarque Français. C’est de ce piédestal de la vision grandiose d’une France impériale du CFA qu’est tombé Valérie Giscard d’Estaing quand la droite a perdu le pouvoir au profit de François Mitterrand en 1981.

Le jeune président déchu a alors eu du mal à se remettre de ce retournement de situation complètement inattendu pour un empereur mais correctement possible pour un démocrate. Alors, lui qui était à l’époque le seul ancien président vivant et qui connaissait très bien les avantages du Franc CFA a alors décidé de revendiquer, comme un empereur déchu, des compensations, avec une menace sérieuse de dénoncer le Franc CFA. C’est ainsi qu’en 1985, les nouveaux arrivants, socialistes, qui avaient mis 4 ans pour prendre la mesure des richesses que procuraient le CFA à l’empire et à l’empereur français, ont alors décidé de lui garantir certaines prérogatives pour acheter son silence définitif sur le Franc CFA. Ainsi, VGE serait soutenu dans plusieurs de ses activités, allant de ses multiples élections jusqu’à la construction de Vulcania, une sorte de parc impérial pour les volcans. Le deal a bien fonctionné car Giscard d’Estaing ne s’est plus jamais exprimé sur le franc CFA et malgré l’alternance en France, le maintien de la monnaie criminogène fait l’unanimité.

Les montants réels de ce prix du silence depuis 1985 ne sont pas connus de nos jours, car les sommes sont directement déduites des intérêts du Franc CFA, un compteur sans chiffres. La somme de 6,2 millions, annoncée par René Mézière n’est qu’une indication, et seulement pour l’année 2014,  car, cette allocation qui n’a aucune base juridique, n’est pas facilement traçable. Le député de l’Aisne rappelle que cette dotation avait été réglé “sur la seule base d’une lettre personnelle” en 1985 de Laurent Fabius, alors Premier ministre, à Valéry Giscard d’Estaing. Elle n’a donc aucune existence ou base juridique.

De nos jours, il n’est pas nécessaire d’avoir une formation sur la vie des empereurs pour comprendre que le comportement des présidents Français, « Katika (Maître) » du Franc CFA, est impérial. Les journalistes Français eux-mêmes, je veux dire les quelques peu qui ont pu résister à ce tsunami de magouille du Franc CFA, qualifient d’ailleurs régulièrement leur président de monarque, a l’exemple de Médiapart ou de Marianne : Le feu président Mitterrand, de son vivant, avait déjà montré la puissance de cet empereur Français en échange de son silence sur le CFA : Les plus grands journalistes de France et Internationaux ne découvriront alors sa polygamie qu’après sa mort.

Le président Chirac est certainement celui dont la criminalité du Franc CFA, ou la monarchie aura le plus affectée. Sa déclaration, sur la nécessité que la France rembourse l’argent des Africains aux Africains, le clouera définitivement sur un fauteuil de mort politique, car dès le lendemain de sa déclaration, il a été frappé d’une maladie qui lui fait tout oublier. Son éloignement de Paris est d’ailleurs considéré comme un exil pour respecter le silence en vigueur. Le spectacle que donnent les deux derniers présidents Français avec leur vie privée ou publique, illustre bien que ces empereurs n’ont pas perdu de leur superbe. Bref, on peut utiliser tous les moyens de l’état pour gagner de l’argent dans des structures privées, tout en mettant à la disposition de ses clients, moyennant quelques pécules, les secrets de l’état.

On peut héberger une femme à l’Elysée sous aucun titre tout en organisant des courses poursuites en scooter avec les paparasis dans les rue de Paris. Ce n’est pas tout, certain candidat dans la lignée de ces monarques, candidat à la présidentielle, rêvent de remplir la fonction présidentielle en France tout en organisant des parties fines ou libertines dans les Hôtels de France et du monde. Bien entendu, ceci à l’insu des grands journalistes d’investigations qui découvrent tout a la télévision comme de simples spectateurs. C’est dire que le pouvoir que confère le franc CFA au président Français est sans limite. Et cette confusion sur les dotations aux anciens présidents, qui déclenche la fureur d’un ancien président, les frustrations d’un député ou des citoyens Français, ne lève qu’un petit coin de voile sur les méfaits de cette monnaie nazi.

La vraie morale de cette histoire c’est que toute chose, bâtit sur un socle de mensonge, de la duperie et du cynisme, finit par voler en éclat comme une maison construite sur une fondation foireuse. Ainsi des trois empereurs des années 70, centrafricain, Français et japonais des années 70, il ne demeure que le vrai empereur, celui du Japon. Au nom de cette morale, on peut parier que les deux empires générés par le Franc CFA disparaîtront également. L’empire de Centrafrique n’a pas attendu la fin du Franc CFA pour disparaitre.

Ngando

 

Source: cameroonvoice

vendredi, 13 février 2015

MARIE-THERESE A LA POURSUITE DES MILLIONS DISPARUS D'HOUPHOUET-BOIGNY

 

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Son élégance a ébloui les plus puissants. Lorsqu’elle était aux côtés de feu son mari, Félix Houphouët-Boigny, premier président de la Côte d’Ivoire de 1960 à 1993, cette « princesse baoulée » sortait du lot. « Partout où j’allais, je transcendais », dit aujourd’hui sans modestie excessive Marie-Thérèse Houphouët-Boigny, 84 ans. « Et c’est d’ailleurs aussi pour ma beauté qu’il m’a choisie. »

 

Mais qu’il lui semble loin ce temps des fastes et des palais présidentiels, des dîners avec le couple impérial d’Iran, les Kennedy, les De Gaulle, les Chirac ou Senghor…« J’étais aussi la chouchou du pape Jean-Paul II », dit-elle en souriant. Loin, très loin de cette propriété perchée sur la route vicinale de Bossey (Haute-Savoie), village français à la frontière suisse, où elle vit retranchée depuis des années. Entre la télévision et la broderie, elle s’ennuie. Même la très belle vue sur Genève ne la console pas. C’est là, dans les coffres des banques, que s’est évaporée la fortune dont elle pensait hériter.

Celle qui fut surnommée la « Jackie Kennedy noire » a vu son charme immortalisé par Andy Warhol. Au bras du « Vieux », comme était appelé son mari, médecin et planteur devenu député et ministre d’Etat français avant de mener son propre pays à l’indépendance, elle fut l’icône chic et glamour du « miracle ivoirien » des années 1960 et 1970. Elle avait à peine 30 ans. Lui, le double.

 

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Marie-Thérèse Houhouët-Boigny photographiée par Andy Warhol. Crédits : Collection privée

 

Un domestique en livrée apporte le champagne. Marie-Thérèse, pétulante et à peine ridée malgré son âge, admet avoir abusé des fêtes et des tapis verts. Le président vieillissant avait d’ailleurs sollicité le sulfureux Paul Barril, ancien officier de la gendarmerie française, pour enquêter sur un Napolitain issu de la mafia qui courtisait la première dame afin de décrocher le permis d’ouvrir un casino à Abidjan. C’était au printemps 1993. Quelques mois plus tard, le 7 décembre, le « Vieux » s’éteignait. La nation ivoirienne perdait son père et Marie-Thérése Houphouët-Boigny ses millions. « Au lieu de passer votre temps à des funérailles invraisemblables, vous auriez dû vous précipiter ici comme les autres, lui lâche, en mars 1994, un banquier suisse d’UBS. Votre belle-fille a déjà tout pris. »

« Au lieu de passer votre temps à des funérailles invraisemblables, vous auriez dû vous précipiter ici comme les autres, lui lâche, en mars 1994, un banquier suisse d’UBS. Votre belle-fille a déjà tout pris. »

Dès la mort d’Houphouët-Boigny, avocats et notaires parisiens, suisses et ivoiriens ont tenté de recenser cet héritage, difficile à estimer − en tout cas l’une des plus grosses fortunes de la planète. Tout en prenant leur part, ils l’ont partagé à leurs mandants : Marie, Guillaume, François et Augustin, les quatre enfants de Khadija Racine Sow, la première femme, dont Houphouët-Boigny divorcera pour épouser vingt-deux ans plus tard, en 1952, Marie-Thérèse.

Ces héritiers, Parisiens très discrets qui vivent toujours sur la fortune de leur père, ont tout fait pour écarter la belle-mère qu’ils abhorrent. Contactés par Le Monde, ils n’ont pas souhaité répondre à nos questions. Un, voire plusieurs testaments pourraient avoir été rédigés, mais aucun n’est encore apparu. Les enfants, en accord avec Henri Konan Bedié, le successeur du « Vieux », ont fait valoir l’existence d’un legs verbal. Président stratège et ô combien rusé, Houphouët-Boigny proscrivait à ses plus proches collaborateurs les notes écrites, privilégiant l’oral.

Il a en revanche rédigé en juillet 1970, à Genève, des legs particuliers concernant certains de ses biens, en faveur de Marie-Thérèse et des quatre enfants du premier mariage. « Le président m’avait remis une enveloppe avec ces trois legs à ne pas ouvrir avant sa mort, murmure la veuve dont le visage s’est refermé. Il y avait deux comptes à Genève et à Zurich, et le contenu d’un coffre chez UBS à Genève. Mais les autres ont tout pris. »

Parmi les artisans du « partage », on retrouve deux notaires parisiens : Me Paul Chardon, radié en 2003 de l’ordre de la légion d’honneur alors qu’il en portait le grade de commandeur, décédé depuis, et Me Jean-Michel Normand, qui sera plus tard interrogé sous le « régime de la garde à vue » dans l’affaire Bettencourt. Aujourd’hui à la retraite, ce dernier a également refusé de répondre à nos questions. Selon des comptes de l’étude Chardon, que Le Monde a pu consulter, plus de 2,5 millions de francs français (380 000 euros environ) d’honoraires ont été débités de la succession Houphouët-Boigny entre 1994 et 2004, ainsi qu’un million pour les frais divers, dont de nombreux voyages en Suisse.

 

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La première dame, Marie-Thérèse Houphouët-Boigny en Suisse. Crédits : collection privée

 

« Le président m’avait confié qu’il avait réglé toutes les questions de succession avec le notaire français Jean-Michel Normand, poursuit l’ex-première dame. Quand je me suis présentée à son étude parisienne, il s’est excusé de me dire que j’avais perdu la tête ! »

A Bossey, les visiteurs se font rares. Parfois, Catherine Bokassa, veuve de feu l’empereur centrafricain autoproclamé, vient y bavarder entre deux rendez-vous médicaux à Genève. Le reste du temps, Marie-Thérèse s’occupe, comme elle dit. « J’ai tricoté des bonnets pour les enfants des domestiques. Il fait froid, ici, pour les Ivoiriens ».

Sentiment d’injustice

Dans le salon trône une belle commode Louis XV en marqueterie et écailles rouges, unique meuble qu’elle a pu récupérer de l’hôtel de Masseran, propriété parisienne de3 000 m2 rachetée en 1978 par Houphouët-Boigny en qualité de « planteur » – donc à titre privé – au baron Elie de Rothschild pour 60 millions de francs, réglés en espèces. La présidence ivoirienne mène actuellement des travaux dans cet hôtel particulier qu’Henri Konan Bedié était parvenu à extraire de la succession pour l’intégrer dans le patrimoine de l’Etat, sans dédommager la veuve.

Il la contraint aussi à cesser les activités de sa fondation N’Daya, pour ne pas faire de l’ombre à celle de son épouse et nouvelle première dame, Henriette Konan Bedié. « Il n’y a pas de place pour deux première dames », aurait lâché celui qui préside aujourd’hui le plus vieux parti de Côte d’Ivoire, le PDCI. Marie-Thérèse Houphouët-Boigny s’éclipse. « On ne peut pas être et avoir été », dit-elle, philosophe. La nuit est tombée sur Bossey. Au loin, les feux éclairent le jet d’eau de Genève.

 

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Le successeur à la présidence ivoirienne, Henri Konan-Bedié (second en partant de la droite) aux côtés du "Vieux" et de la "Kennedy noire". Crédits : Collection privée

 

En 1994, celle-ci s’isole d’abord quelques mois dans sa villa de Cocody, une commune huppée d’Abidjan, puis s’envole pour trois ans à Nassau, capitale des Bahamas. Le jour, elle gère une boutique d’artisanat africain et s’initie à la pêche. La nuit, elle noie sa mélancolie dans les casinos des Caraïbes. Pendant ce temps, entre Paris, Genève et Abidjan, l’héritage de son mari continue de se vider comme un sablier. Elle revient s’installer à Bossey à la fin des années 1990. Mais c’est de l’autre côté de la frontière suisse, dans la villa que possédait son mari à Cologny, la colline des milliardaires de Genève, qu’elle rêverait de poser ses valises. Une demeure occupée à l’époque par Marie Houphouët-Boigny, la cadette du premier mariage.

« Il m’ont volé vingt ans de vie. Avec de l’argent, j’aurais pu rendre des Ivoiriens heureux. Et vivre mieux. Tout est à régler. C’est comme si le président venait de mourir »

Près de quinze ans s’écoulent avant qu’elle se décide à agir, sur les conseils de son avocat, Me Jean-Paul Baduel et de ses derniers fidèles. Un sentiment d’injustice pousse aussi cette femme qui dit vivre principalement d’une pension de 1 700 euros versée par l’Assemblée nationale (les domestiques de Bossey, eux, sont payés par Abidjan). « Il m’ont volé vingt ans de vie, s’exclame-t-elle. Avec de l’argent, j’aurais pu rendre des Ivoiriens heureux. Et vivre mieux. J’en ai assez de dépendre du bon vouloir de la présidence ivoirienne pour acheter mes billets d’avion. »

Si bien qu’en septembre 2013, elle porte plainte contre X au Tribunal de grande instance de Paris pour faux et usages de faux, recel d’escroquerie et recel successoral. Dans le viseur, une escouade d’avocats et de notaires français et ivoiriens, ainsi que l’ancien directeur du protocole de son mari. Le dossier est confié à la brigade financière. L’ancienne première dame dépose aussi plainte contre UBS à Genève.

Si l’enquête en France stagne, elle devrait être entendue en février par le parquet de la République de Genève. Ces deux actions sont notamment fondées sur les legs particuliers de 1970, dont elle a une copie. Mais elle continue de croire qu’un testament plus complet existe quelque part. Peut-être au Vatican, comme le bruit en a couru en raison des liens étroits entre « Le Vieux » et le Saint-Siège. Dans une missive adressée au pape François en novembre 2014, Marie-Thérèse implore le Vatican de lui en remettre une copie, « pour qu’enfin les volontés de [son] mari soient respectées et qu’il soit mis un terme au pillage des avoirs familiaux ».

L’ex-première dame se retrouve embarquée dans une véritable guérilla judiciaire.« Tout est à régler, c’est comme si le président venait de mourir », soupire-t-elle. Elle a remporté quelques manches, notamment en prouvant que le document de séparation de biens entre elle et le « Vieux » était un faux, fabriqué à Abidjan.

Sept héritiers

Dans les documents consultés par Le Monde, un nom revient souvent, celui de Philippe Rideau, tantôt exécuteur d’un testament dont l’existence n’est pas avérée, tantôt mandataire des quatre enfants du premier mariage. C’est lui que la veuve accuse aujourd’hui d’avoir, au profit des quatre héritiers, vidé les comptes UBS et Citibank de Félix Houphouët-Boigny en Suisse et d’avoir vendu chez Sotheby’s les meubles et les tableaux qui ornaient l’Hôtel Masseran, dont trois œuvres de Bernard Buffet et une d’Auguste Renoir. Un patrimoine estimé à l’époque à7,5 millions d’euros par un commissaire-priseur.

« Vous savez nouer une cravate ? » C’est le critère étonnant que Philippe Rideau, méfiant, retient pour convenir d’un lieu de rendez-vous à Paris. A quelques enjambées de l’Elysée, ce sera le Cercle interallié, où la cravate est obligatoire. « Je n’ai aucunement touché d’argent dans cette succession que j’ai réalisée à titre gracieux », affirme d’emblée cet ancien vice-président de la banque américaine JP Morgan, désormais à la retraite. Il a néanmoins eu à répondre à l’été 2014 aux questions de la brigade financière. De 1997 à 2000, il a agi sur mandat des quatre enfants pour recenser les avoirs d’Houphouët-Boigny à l’étranger et nie avoir cherché à écarter la veuve. « Il n’y avait plus que 1,2 million de francs sur les deux comptes suisses, à répartir entre sept héritiers » , balaie-t-il. Sept pour quatre enfants, une veuve et deux enfants du second mariage adoptés et reconnus par le « Vieux ».

Pourtant, en 1999, des transferts ne sont effectués des comptes suisses que vers ceux des quatre enfants du premier mariage. Et la veuve ? Philippe Rideau rappelle le fameux legs verbal qu’il dit avoir été accepté par tous, s’agace de l’offensive de Marie-Thérèse et se prévaut d’une « mission chrétienne » pour respecter la volonté de l’ancien président : « Les quatre enfants ne souhaitaient pas profiter de cet héritage mais tout destiner à la fondation Notre-Dame de la Paix », assure-t-il.

 

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La basilique Notre-Dame de la Paix, à Yamoussoukro, le grand-œuvre de Félix Houphouët-Boigny payé avec sa fortune personnelle. Crédits : Reuters

 

Ces fonds étaient censés permettre la création d’un hôpital moderne près de la basilique Notre-Dame de la Paix à Yamoussoukro, le grand-œuvre de Félix Houphouët-Boigny payé avec sa fortune personnelle. Telle était la volonté du « Vieux » mais aussi de Jean-Paul II. Un projet que devait largement couvrir la recette des ventes des meubles et tableaux chez Sotheby’s à Londres et à New York pour près de 21 millions d’euros et celle des appartements, immeubles et villas dans toute la France, comme à Marnes-La-Coquette où le « Vieux » aimait à convier ses interlocuteurs français pour les discussions sensibles.

Elle ressasse ces paroles que lui aurait glissées son mari au crépuscule de sa vie : « Tu verras, à ma mort, tu seras la femme la plus riche d’Afrique. »

Il aura fallu vingt-deux ans pour que l’hôpital Saint-Joseph Moscati voie le jour dans la capitale ivoirienne. Le 14 janvier, le président Alassane Ouattara a inauguré en grande pompe cet établissement qui a coûté 22,8 millions d’euros, financés par le Vatican et le gouvernement ivoirien. Restent à trouver 4 millions d’euros pour l’équiper. Quid des fonds du « Vieux » destinés à cette réalisation ? L’avocat de la veuve, Me Jean-Paul Baduel, y voit la preuve que les fonds « ont été détournés ».

 

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Georges Ouegnin, le directeur du protocole de Félix Houphouët-Boigny, à droite de Marie-Thérèse. Crédits : collection privée

 

Tous les présidents de Côte d’Ivoire depuis 1993 ont dû composer avec les mystères de l’héritage du « Vieux ». Georges Ouegnin en sait quelque chose. Directeur du protocole de Félix Houphouët-Boigny et de tous ses successeurs, mémoire vivante de l’histoire de la Côte d’Ivoire, il est lui aussi accusé par Marie-Thérèse d’avoir accaparé des biens immobiliers à Abidjan au travers de sociétés ayant appartenu au « Vieux » et par conséquent faisant partie de la succession contestée. L’enquête de la brigade financière de Paris s'intéresse à l’immeuble « Aniaman » sis en plein cœur d'Abidjan que Georges Ouegnin a loué pour une période à la Banque africaine de développement. Joint par téléphone, il s’en défend. « J’ai été au service du président Félix Houphouet-Boigny comme commis de l’Etat durant 33 ans. Je n’ai rien à voir avec cette succession et lorsque je me regarde dans le miroir, je n’ai pas honte, je suis serein ».

Depuis qu’elle a décidé de réclamer ce qu’elle estime être son dû, Marie-Thérèse Houphouët-Boigny ne se sent plus vraiment la bienvenue dans son pays. Elle s'y rend pourtant de temps à autre pour des mariages ou des enterrements, « la peur au ventre », confie son entourage. Ce soir, dans sa villa de Bossey, elle ressasse ces paroles que lui aurait glissées son mari au crépuscule de sa vie : « Tu verras, à ma mort, tu seras la femme la plus riche d’Afrique. » Son regard s’accroche à une photographie du couple, lui en smoking, elle en fourrure. « La petite Africaine modeste que j’étais a eu la chance d’avoir une vie de rêve parmi les premières dames du monde. C’était un bonus dans mon existence. J’ai aujourd’hui une vie de religieuse. Dieu en a décidé ainsi...» C’est pourtant la justice des hommes qui décidera si elle terminera sa vie à broder ou à mener grand train.

 

A suivre, sur Le Monde Afrique : l’héritage politique d’Houphouët-Boigny pèse sur la Côte d’Ivoire à six mois des élections

 

Source: LE MONDE.FR

dimanche, 07 décembre 2014

14 PAYS AFRICAINS CONTRAINTS PAR LA FRANCE A PAYER L’IMPOT COLONIAL

 

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Foccart & Houphouet-Boigny, les pères fondateurs de la françafrique

 

Le saviez-vous? 14 pays africains contraints par la France à payer l’impôt colonial pour les “avantages” de l’esclavage et de la colonisation

 

Le saviez-vous ? Aujourd’hui encore, beaucoup de pays africains continuent de payer un impôt colonial en France, et ce malgré l’indépendance !

Lorsque Sékou Touré de Guinée décida en 1958 de sortir de l’empire colonial français, et opta alors pour l’indépendance du pays, l’élite coloniale française à Paris était s’est indignée, et dans un acte de fureur historique, demanda à son administration alors en place en Guinée de détruire, dans tout le pays, ce qui représentait, à leur yeux, les avantages de la colonisation française.

Trois mille Français quittèrent le pays, en prenant tous leurs biens et détruisant tout ce qui ne pouvait être déplacé : les écoles, les crèches, les bâtiments de l’administration publique furent détruits, les voitures, les livres, les médicaments, les instruments de l’institut de recherche, les tracteurs ont été écrasés et sabotés ; les chevaux, les vaches dans les fermes ont été tués, et les nourritures entreposées furent brûlées ou empoisonnées.

Le but de cet acte scandaleux était bien évidemment, d’envoyer un message clair à tous les autres colonies sur les conséquences du rejet de la France.

Le fait est que peu à peu, la peur s’empara des Élites Africaines, et après ces événements aucun autre pays ne trouva jamais le courage de suivre l’exemple de Sékou Touré, dont le slogan était :

Nous préférons la liberté dans la pauvreté à l’opulence dans l’esclavage”.

Pour les pays nouvellement indépendants il fallut trouver des compromis avec la France. Sylvanus Olympio, le premier président de la République du Togo, un petit pays d’ Afrique de l’Ouest, trouva une solution susceptible de calmer les Français :

Ne voulant pas continuer à subir une domination française, il refusa de signer le pacte colonisation proposé par De Gaule, mais accepta en contrepartie de payer une dette annuelle à la France pour les soi-disant avantages obtenus lors de la colonisation française.

Ce furent les seules conditions de la France pour ne pas détruire le pays avant de partir. Toutefois, le montant estimé par la France était si grand que le remboursement de la soi-disant « dette coloniale » était proche de 40% du budget du pays en 1963.

Dès lors, la situation financière du Togo tout juste indépendant fut très instable, et afin de se sortir de cette situation, Olympio décida de sortir du système monétaire mis en place par la France coloniale le FCFA ( franc des colonies françaises d’Afrique ), et créa la monnaie du pays.

Le 13 Janvier 1963, trois jours après , qu’il ai commencé à imprimer les nouveaux billets, une escouade de soldats (soutenus par la France) s’empara et tua le premier président élu de l’Afrique indépendante : Olympio fut exécuté par un ex Légionnaire français, le sergent de l’armée Etienne Gnassingbé qui, au passage, reçu à ce moment une prime de 612 dollars de l’ambassade française locale pour le succès de sa mission.

Le rêve de Olympio était de construire un pays indépendant et autonome. Mais l’idée ne correspondait pas aux volontés françaises.

Le 30 Juin 1962, Modibo Keita, le premier président de la République du Mali, décida également de se retirer du système monétaire FCFA (imposé à 12 pays africains nouvellement indépendants).

En effet, pour le président malien, qui se penchait plus vers une économie socialiste, il était clair que la colonisation qui perdurait avec ce pacte avec la France, devenait un piège, un fardeau pour le développement du pays.

Le 19 Novembre 1968, comme, Olympio, Keita sera victime d’un coup d’état mené par un autre ex légionnaire français des Affaires étrangères, le lieutenant Moussa Traoré.

De fait, durant cette période turbulente où l’Afrique combattait à se libérer du joug de la colonisation européenne, la France usera à nombreuse reprises de mercenaire anciennement affiliés à la légion étrangère pour réaliser des opérations coup de poings contre les présidents nouvellement élus :

- Au 1er Janvier 1966, Jean- Bedel Bokassa, ex légionnaire français, portait un coup d’état contre David Dacko, le premier président de la République centrafricaine.

- Le 3 Janvier 1966, Maurice Yaméogo, le premier président de la République de Haute-Volta, aujourd’hui appelé Burkina Faso, a été victime d’un coup porté par Aboubacar Sangoulé Lamizana, un ex légionnaire français qui a combattu avec les troupes françaises en Indonésie et en Algérie contre ces pays l’indépendance

- Le 26 Octobre 1972 Mathieu Kérékou qui était un garde de sécurité au président Hubert Maga, le premier président de la République du Bénin, a porté un coup d’état contre le président, après avoir fréquenté les écoles militaires françaises de 1968 à 1970.

En fait, au cours des 50 dernières années, un total de 67 coups état qui se sont passés dans 26 pays en Afrique, 16 de ces pays sont des ex-colonies françaises, ce qui signifie que 61% des coups d’états en Afrique ont été initiés dans d’anciennes colonies françaises.

Nombre de Coups en Afrique par pays :

Comme ces chiffres le démontrent, la France est tout à fait désespérée, mais active à conserver une forte emprise sur ses colonies peu importe comment, peu importe le prix.

En Mars 2008, l’ancien président français Jacques Chirac a déclaré :

« Sans l’Afrique, la France va glisser vers le bas dans le rang de troisième puissance [ du monde ]  »

Le prédécesseur de Jacques Chirac François Mitterrand déjà prophétisé en 1957 que :

« Sans l’Afrique, la France n’aura pas d’ histoire au 21e siècle »

En ce moment même où j’écris cet article , 14 pays africains sont obligés par la France , à travers le pacte colonial , de mettre 85% de leurs réserves à la banque centrale de France sous le contrôle du ministère des finances français. Jusqu’à maintenant , en 2014, le Togo et environ 13 autres pays africains doivent encore payer la dette coloniale en France. Les dirigeants africains qui refusent sont tués ou victimes de coup d’état . Ceux qui obéissent sont soutenus et récompensés par la France grâce à style de vie somptueux, tandis que leurs populations endurent la misère et le désespoir.

Un tel système maléfique, est dénoncé par l’Union européenne, mais la France n’est pas prête à se passer de ce système colonial qui lui offre une trésorerie d’environ 500 milliards de dollars en provenance de l’Afrique, et ce par année.

Nous accusons souvent les dirigeants africains de corruption et de servir les intérêts des nations occidentales, mais il y a une explication claire de ce comportement . Ils se comportent ainsi parce qu’ils ont peur d’être tués ou d’être la victime d’un coup d’état. Ils veulent s’allier à une nation puissante pour se sauvegarder en cas d’agression ou de difficultés. Mais, contrairement à une protection amicale, la protection de l’Ouest est souvent offert en échange du renoncement à servir leur propre peuple ou les intérêts des nations.

Les dirigeants africains travailleraient dans l’intérêt de leur peuple s’ils n’étaient pas constamment harcelés et intimidés par les pays coloniaux.

En 1958 , effrayé des conséquences de son choix d’indépendance face à la France , Léopold Sédar Senghor a déclaré : « Le choix du peuple sénégalais, c’est l’indépendance, ils veulent qu’elle ait lieu seulement dans l’amitié avec la France , pas en litige. »

Dès lors la France a accepté qu’une « indépendance sur le papier » pour ses colonies , mais a signé en parallèle des ” accords de coopération “, précisant la nature de leurs relations avec la France, en particulier les attaches envers la monnaie ( le Franc ), le système éducatif français, les ententes militaires et les préférences commerciales.

Voici les 11 principales composantes de la poursuite du pacte de colonisation depuis les années 1950 :

 

1 . La dette coloniale pour les avantages de la France colonisation

Les pays nouvellement « indépendants » doivent payer pour l’infrastructure construite par la France dans le pays pendant la colonisation.

Je dois encore trouver les détails sur les montants, l’évaluation des avantages coloniaux et les conditions de paiement imposées aux pays africains, mais nous y travaillons ( nous aider avec des informations ).

 

2 . Confiscation automatique des réserves nationales

Les pays africains doivent déposer leurs réserves monétaires nationales en France à la banque centrale.

La France a tenu des réserves nationales de quatorze pays africains depuis 1961 : Bénin, Burkina Faso, Guinée- Bissau, Côte-d’Ivoire, Mali, Niger, Sénégal, Togo, Cameroun, République centrafricaine, Tchad, Congo -Brazzaville, la Guinée équatoriale et le Gabon.

La politique monétaire régissant un tel regroupement diversifié de pays est simple car il est, géré par le Trésor français , sans en référer aux autorités fiscales centrales comme l’UEMOA ou de la CEMAC. Selon les termes de l’accord qui a été mis en place par la banque centrale du CFA, chaque Banque centrale de chaque pays africain est obligée de garder au moins 65% de ses réserves de change dans un « compte d’opérations » tenu au Trésor français, ainsi qu’un autre 20 % pour couvrir les passifs financiers.

Les banques centrales CFA imposent aussi un plafond sur le crédit accordé à chaque pays membre à l’équivalent de 20 % des recettes publiques de ce pays sur l’année précédente. Même si la BEAC et la BCEAO ont une facilité de découvert auprès du Trésor français, les traites sur les facilités de découvert sont sous réserve du consentement du Trésor français. Le dernier mot est celui de la Trésorerie française qui a investi les réserves étrangères des pays africains en son propre nom à la Bourse de Paris.

En bref , plus de 80% des réserves de change de ces pays africains sont déposées dans les « comptes d’opérations » contrôlés par le Trésor français. Les deux banques CFA sont africaines de nom, mais n’ont pas de politiques monétaires propres. Les pays eux-mêmes ne savent pas, ne sont pas informés, à hauteur de combien la réserve de change détenues par le Trésor français leur appartient en tant que groupe ou individuellement.

Les gains de l’investissement de ces fonds du Trésor français sont censés être ajouté à la réserve de change, mais il n’y a pas de comptabilité transmise aux banques ou aux pays, ni les détails de ces modifications.

« Seul un groupe restreint de hauts fonctionnaires du Trésor français connaissent les montants figurant dans les « comptes d’opérations » où ces fonds sont investis ; si il y a un bénéfice sur ces investissements ; ils ont interdiction de divulguer ces informations aux banques CFA ou aux banques centrales des états africains. »

écrit le Dr Gary K. Busch

Il est estimé que la France gère près de 500 milliards d’argent africain dans sa trésorerie, et ne fait rien pour mettre un peu de lumière sur ce côté sombre de l’ancien empire.

La finalité reste : Les pays africains n’ont pas accès à cet argent.

La France leur permet d’accéder à seulement 15% de leur argent par an. S’ils ont besoin de plus, les pays africains doivent emprunter, à des taux commerciaux, sur les 65% de leur argents détenu au Trésor français.

Pour rendre les choses plus tragiques, la France impose un plafond sur le montant de l’argent que les pays peuvent emprunter à la réserve. Le plafond est fixé à 20 % de leurs recettes publiques de l’année précédente. Si les pays ont besoin d’emprunter plus de 20% de leur propre argent, la France a un droit de veto.

L’ancien président français Jacques Chirac a récemment parlé de l’argent des pays africains dans les banques en France. Voici une vidéo qui parle du système d’exploitation français. Voici une courte transcription de l’extrait : “Nous devons être honnêtes et reconnaître qu’une grande partie de l’argent dans nos banques viennent précisément de l’exploitation du continent africain”.


 

3 . Droit de priorité sur toute ressource brute ou naturel découvert dans le pays

La France a la priorité en matière d’achats de toutes les ressources naturelles de la terre de ses ex-colonies. C’est seulement un refus de celle-ci que les pays africains sont autorisés à chercher d’autres partenaires.

 

4 . Priorité aux intérêts et aux entreprises françaises dans les marchés publics et constructions publiques

Dans l’attribution des marchés publics , les entreprises françaises doivent être considérées en premier lieu, et seulement après les marché étrangers sont considérés. Le fait que les pays africains pourraient obtenir une meilleure offres financière ailleurs n’est pas prit en compte.

En conséquence, dans la plupart des ex-colonies françaises, toutes les plus grosses compagnies et acteurs économiques sont dans la main des expatriés français. En Côte d’Ivoire, par exemple, les entreprises françaises possèdent et contrôlent tous les grands services publics – eau, électricité, téléphone, transports, ports et les grandes banques. Idem dans le commerce, la construction et l’agriculture.

En fin de compte, comme je l’ai écrit dans un précédent article, les Africains vivent maintenant sur un continent possédé par les Européens !

 

5 . Droit exclusif de fournir des équipements militaires et de former les officiers militaires des pays

Grâce à un système sophistiqué de bourses, de subventions, et les « accords de défense » attachés au pacte colonial, les africains doivent envoyer leurs officiers supérieurs de formation en France ou dans des infrastructures militaires françaises.

La situation sur le continent est telle que la France a formé et nourri des centaines, voire des milliers de traîtres. Ils sont en sommeil tant qu’ils ne sont pas nécessaires, et activés en cas de besoin pour un coup d’état ou à d’autres fins !

 

6 . Droit pour la France de pré-déployer des troupes et intervenir militairement dans le pays pour défendre ses intérêts

Sous la dénomination « Accords de défense » attachés au pacte colonial. La France a le droit d’intervenir militairement dans les pays africains, et aussi de stationner des troupes en permanence dans des bases et installations militaires, entièrement géré par les Français.

Les bases militaires françaises en Afrique

Lorsque le président Laurent Gbagbo de Côte d’Ivoire a tenté de mettre fin à l’exploitation française du pays, la France a organisé un coup d’état. Durant le long processus pour chasser Gbagbo du pouvoir, les tanks français, les hélicoptères de combat et les forces spéciales sont intervenues directement dans le conflit, ont tiré sur des civils et tué beaucoup d’entre eux.

Pour ajouter l’injure à l’insulte, la France estime que la communauté d’affaires française a perdu alors plusieurs millions de dollars lors de la ruée pour quitter Abidjan en 2006 (où l’armée française a massacré 65 civils non armés et blessé 1200 autres.)

Après la réussite du coup d’état par la France, et le transfère de pouvoir à Alassane Ouattara, la France a demandé au gouvernement Ouattara de verser une indemnité à la communauté d’affaires française pour les pertes pendant la guerre civile.

Du fait, le gouvernement Ouattara leur a payé le double de ce qu’ils ont dit qu’ils avaient perdu en quittant.

 

7 . Obligation de faire du français la langue officielle du pays et de la langue pour l’éducation

Oui, monsieur. Vous Devez parler français, la langue de Molière ! La langue française et une organisation de la diffusion de la culture a été créé. Appelé « Francophonie » qui regroupe avec plusieurs branches et organisations affiliées toutes contrôlées par le ministre français des Affaires étrangères.

Comme démontré dans cet article, si le français est la seule langue que vous parlez, vous auriez accès à moins de 4% de la connaissance de l’humanité et des idées. C’est très limitant.

 

8 . Obligation d’utiliser la l’argent de la France coloniale le F CFA

C’est la véritable vache à lait pour la France, un tel système maléfique, est dénoncé par l’Union européenne, mais la France n’est pas prête à se passer de ce système colonial qui lui offre une trésorerie d’environ 500 milliards de dollars en provenance de l’Afrique, et ce par année.

Lors de l’introduction de la monnaie euro en Europe, d’autres pays européens ont découvert le système d’exploitation français . Beaucoup, en particulier les pays nordiques, ont été consternés et ont suggéré à la France se débarrasser du système, mais sans succès.

 

9 . Obligation d’envoyer le rapport annuel France du solde et de réserve

Sans le rapport, pas d’argent. Quoi qu’il en soit le secrétaire des banques centrales des ex- colonies, et le secrétaire de la réunion bi-annuelle des ministres des Finances des ex- colonies est effectué par la France banque centrale / du Trésor.

 

10 . Renonciation à entrer en alliance militaire avec tout autre pays , sauf autorisation par la France

Les Pays africains en général sont ceux avec le moins d’alliance militaires inter-etat. La plupart des pays ne disposent que d’alliances militaires avec leurs ex-colonisateurs ! (drôle, mais vous ne pouvez pas faire mieux !).

Dans les cas où ils souhaiteraient une autre alliance, la France les gardent bien de le faire.

 

11 . Obligation de s’allier avec la France en situation de guerre ou de crise mondiale

Plus d’un million de soldats africains se sont battus pour la défaite du nazisme et du fascisme pendant la seconde guerre mondiale.

Leur contribution est souvent ignorée ou minimisée, mais quand vous pensez que cela a pris seulement 6 semaines pour l’Allemagne pour vaincre la France en 1940, la France sait que les Africains pourraient être utiles pour conserver la « Grandeur de la France » à l’avenir.

Il y a quelque chose de quasiment psychopathe dans la relation de la France avec l’Afrique.

Tout d’abord, la France est gravement accro au pillage et à l’exploitation de l’Afrique depuis l’époque de l’esclavage. Ensuite, il y a ce manque complet de la créativité et de l’imagination de l’élite française à penser au-delà du passé et de la tradition.

Enfin, la France dispose de 2 institutions qui sont complètement gelées dans le passé , habitées par des paranoïaques et psychopathes ” les hauts fonctionnaires” qui répandent la crainte l’apocalypse si la France devait être amenée à changer, et dont la référence idéologique vient toujours du romantisme du 19ème siècle. Ils sont : le ministre de la Finances et du Budget de la France et le ministre des affaires étrangères de la France.

Ces deux institutions ne sont pas seulement une menace pour l’Afrique, mais pour les Français eux-mêmes.

C’est à nous que revient de libérer l’Afrique, sans demander la permission, parce que je ne peux toujours pas comprendre par exemple comment 450 soldats français en Côte d’Ivoire pourraient contrôler une population de 20 millions de personnes ?

La première réaction des personnes lorsqu’ils apprennent l’existence de l’impôt colonial français est souvent une question : « Jusqu’à quand ? »

A titre de comparaison historique, la France a fait payer à Haïti l’équivalent moderne de 21 milliards de dollars de 1804 à 1947 (près d’un siècle et demi) pour les pertes causées aux marchands d’esclaves français suite à l’ abolition de l’esclavage et à la libération des esclaves haïtiens.

Les Pays africains paient la taxe coloniale depuis les 50 dernières années, donc je pense un siècle de paiement pourrait être de trop.

 

Mawuna Remarque Koutonin

05.02.14

siliconafrica.com

Article original : http://www.siliconafrica.com/france...

Traduit par l’équipe communication du Collectif Map

http://www.alger-republicain.com/article1779.html

lundi, 10 novembre 2014

BURKINA FASO: «UN PEUPLE EN ETAT DE REVOLUTION EST INVINCIBLE!»

 

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Célébration populaire suite au départ de l’ancien président (Burkina Faso, 31/10/14, AFP / Issouf Sanog)

 

Le mot, si juste et de grande vérité, est de Maximin Isnard, député girondin et régicide, génie violent, orageux, incompressible (Charles Nodier) et l’un des plus grands tribuns, sous la Révolution française.

 J’étais à Dakar, le 23 juin 2011, témoin oculaire, lorsque, dans une immense clameur de protestation, refusant le projet de modification de la Constitution, le peuple sénégalais s’emparait de la rue et incendiait les bâtiments publics. J’étais avec mon ami Jean-Pierre Pierre-Bloch, grand soutien du mouvement « Y’en a marre », m’avoua-t-il. Le président de la République, Abdoulaye Wade, avocat de métier mais oublieux du droit fondamental, fut ainsi contraint d’abolir son projet d’éternité au pouvoir. Moins d’un an plus tard, le 25 mars 2012, il perdait les élections présidentielles. Comme Jean-Pierre Pierre-Bloch me l’avait prédit.

Les gouvernements, dit Hegel, ne tirent jamais les leçons de l’histoire. En effet, à quelques nuances près, c’est le schéma sénégalais du 23 juin 2011 qui vient d’avoir lieu au Burkina Faso, avec la fuite précipitée de Blaise Compaoré, inébranlable disait-on, au pouvoir depuis 27 ans et quasi déterminé à s’éterniser en modifiant l’article 37 de la Constitution.

Le temps, selon Saint Augustin, est une distorsion de l’âme au sens où le passé est déterminé par la mémoire, le présent par l’attention et le futur par l’attente. Certes. Mais la volonté d’étirer le temps contre toute raison, c’est-à-dire indéfiniment, est une forte maladie de l’âme, une fièvre brûlante de l’esprit. À cet égard, il est insupportable et tout à fait incompréhensible qu’un nombre significatif de présidents africains n’envisagent le pouvoir que comme éternité. Étrange conception du temps et ridicule « conatus » ! Bien évidemment, il ne s’agit que de fausse éternité. Car tout Présidence absolue est une « vanité », qui finit toujours comme un « fétu de paille » emporté par les vents.

Nous ne cessons de le dire, les crises africaines tiennent, en grande partie, au système présidentiel hérité de la colonisation. Le remède à ce mal, c’est le régime parlementaire. C’est ce qui prévaut au Cap Vert, où les prérogatives essentielles sont entre les mains du Premier ministre qui tire sa légitimité du Parlement et sa force du suffrage législatif. En Afrique, le régime parlementaire est un des facteurs déterminants de la bonne gouvernance et source du développement. L’Afrique ne s’en sortira que si y prédomine le système parlementaire.

En attendant cela, demandons-nous comment finissent les pouvoirs « éternels ». Toujours subitement, l’espace d’un ouragan urbain et/ou d’un éclair rural. Un hurlement de colère populaire longtemps contenu, et tout leur pouvoir s’effondre. La fuite est alors le salut. Celle de Zine el Abidine Ben Ali, ex-président de la Tunisie, le 14 janvier 2011, est un modèle du genre dans tout ce qu’une fuite a de burlesque : une échappée aérienne tournant au périple. Celle d’Amadou Toumani Touré, ex-président du Mali, le 22 mars 2012, est hilarante : une fuite à dos d’homme. Qui ne se souvient de la fuite de Mobutu Sese Seko, quittant Kinshasa avec un long convoi de véhicules roulant à vive allure, le 16 mai 1997, pour se rendre à Gbadolite et, de là, au Togo puis au Maroc où il décèdera. Cette fuite contraste singulièrement avec sa prise de pouvoir le 24 novembre 1965.

Patrice Lumumba a su mourir, fier et digne. Amilcar Cabral n’a pas tremblé, à l’instant de son assassinat. Thomas Sankara préméditait sa mort et taquinait son épouse en l’appelant « ma veuve ». Les héros ne fuient pas l’ultime échéance. Pour eux, comme l’enseigne les Stoïciens, la mort est un croquemitaine. Savoir mourir, c’est que ne savent pas les despotes. La crainte qu’ils inspirent a pour corollaire la fuite, dès lors que les vents tournent. Mais pour « tomber » telle une « douille vide », il faut que le dictat du président-éternel ait déjà perdu toute sa substance, à savoir la crainte qu’il suscite (la crainte est, selon Montesquieu, le principe du despotisme) et qu’il se soit vidé de son sens, c’est-à-dire la croissance (économique) et l’unité (nationale), motifs pour lesquels leur despotisme était toléré.

Dans son 18 Brumaire, Marx a admirablement décrit la dialectique des événements qui, en France, a conduit au fameux coup d’état de Louis Napoléon. L’ouvrage, de facture hégélienne, saisit sur le vif l’enchevêtrement des faits de l’actualité et est un modèle d’analyse. S’agissant du Burkina Faso, la chute de Blaise Compaoré apparaît comme le résultat d’une dialectique entre six facteurs principaux qui se classent en deux types de causes, externes et internes. Dans le registre des causes internes, il y a trois facteurs. Le premier est le péché originel du régime Compaoré : le coup d’état du 15 octobre 1987 qui verra l’assassinat du charismatique Thomas Sankara, assassinat aggravé par une suite d’atroces guerres civiles (Sierra Léone, Libéria, etc.), de coups d’État, de déstabilisations et de meurtres, dont celui du journaliste d’investigation Norbert Zongo (13 décembre 1998) à propos duquel François Compaoré, le frère du Président, est soupçonné être le commanditaire. Ces grands assassinats, qui scandent la vie politique du Burkina Faso (post-sankariste), ont hanté les consciences au-delà même du Burkina Faso. Je me souviens encore du récit détaillé que me fit João-Bernardino Vieira, ancien président de la République de Guinée-Bissau, de l’accueil fort hostile que les Présidents africains réservèrent à Blaise Compaoré lors de sa première participation à une rencontre de chefs d’États. C’est João-Bernardino Vieira qui, pour décrisper l’atmosphère pesante, prit Blaise Compaoré par la main, et calmant ses pairs, l’amena leur dire bonjour. Et, profitant de la bonne volonté de João-Bernardino Vieira, Blaise Compaoré formula sa demande d’effectuer sa première visite officielle en Guinée-Bissau, et ce pour amorcer la reconnaissance de son régime. João-Bernardino Vieira estima qu’il ne fut pas payé de gratitude, lorsqu’il découvrit, me dit-il, que Blaise Compaoré était impliqué dans le coup d’État qui le renversera en 1998.

En tous les cas, nul ne comprend le vieux ressentiment à l’encontre de Blaise Compaoré, un sentiment encore très vif aujourd’hui, sans le rappel de tels faits et situations. Ce péché originel (assassinat de Th. Sankara) et son implication (supposée ou réelle) dans certains drames en Afrique de l’ouest, le suivront jusqu’à son renversement. Le deuxième facteur, classique celui-là, relève de l’usure normale du pouvoir, par le double effet de la longue durée au pouvoir et la concentration de l’autorité publique entre les mains de Blaise Compaoré. C’est ce qu’exprime la tranche d’âge des 15 – 30 ans, cœur de la jeunesse burkinabé, lorsqu’elle clame n’avoir connu d’autre Président que lui, exprimant, en creux, l’exigence démocratique d’alternance. Le troisième facteur concerne la gestion de la chose publique, telle que profondément détériorée par le népotisme, la corruption, la mauvaise gouvernance, la gabegie, la non-redistribution des richesses du PIB dont la croissance annuelle à 7% ne profitait qu’à quelques familles. Cette croissance-là n’a aucun sens.

Au fil des ans, ces trois facteurs (assassinats politiques et déstabilisations des voisins, usure du pouvoir et mauvaise gouvernance) sont devenus d’autant moins acceptables que Blaise Compaoré avait perdu de son aura à l’étranger (retrait de Jacques Chirac de la vie politique) et son influence géopolitique avait quasiment disparue. En effet, avec l’entrée en guerre directe de la France au Mali contre la menace djihadiste (Opération Serval, 11 janvier 2013), avec la fin du régime du Guide libyen, avec la reprise en main par Alger des pourparlers entre l’État malien et les autonomistes du nord Mali, avec l’arrivée d’Alassane Ouattara au pouvoir en Côte d’Ivoire, Blaise Compaoré, affaibli en matière de politique étrangère, n’offrait plus d’utilité historique. Car, le réchauffement des liens entre la France et l’Algérie, après la victoire de François Hollande aux présidentielles de mai 2012, les deux pays se sont répartis les grands rôles en Afrique de l’ouest : pour la France, les épreuves de guerre, pour l’Algérie, les tâches diplomatiques, notamment dans la grave crise malienne. Ainsi les « Accords de Ouagadougou », devenues obsolètes et caduques, ont-ils été relégués et supplantés, de facto, par les « pourparlers d’Alger ». Dans cette division du travail militaro-diplomatique, il ne faut pas oublier que les initiatives économiques ont été dévolues au Maroc. C’est parce qu’il n’a pas saisi cette division du travail que Blaise Compaoré n’a pas compris la subtilité de l’avertissement épistolaire que lui avait adressée François Hollande le 7 octobre dernier . La « porte de sortie » que le Président français lui proposait, en relation à la crise malienne, cela signifie qu’il devait impérativement quitter le pouvoir au terme de son dernier mandat, sinon…

Bref, c’est la conjugaison de ces trois causes internes et de ces trois causes externes mentionnées, et dont le peule et l’opposition burkinabés avaient une claire conscience, qui a fait « tomber » si facilement, trop rapidement Blaise Compaoré. L’Histoire, ne l’oublions pas, est un tribunal implacable. Le destin, dit Hegel, c’est la conscience de soi comme étant son propre adversaire. En n’écoutant que lui-même, Blaise Compaoré s’est fait l’auteur de son propre destin : la fuite.

Mais ce destin était prévisible. Il n’était point besoin d’être grand clerc pour l’apercevoir. Ainsi, le 30 septembre dernier, échangeant quelques considérations politiques sur la situation de son pays avec un jeune Burkinabé, dont les termes sont en partie rapportés ci-dessous :
-    L. : « Il [Blaise] reprend ainsi l’initiative et inhibe un soulèvement.
-    PFT : Oui. Mais je ne crois pas que l’opposition se fasse enfarinée.
-    L. : La révision des constitutions est à l’ordre du jour.
-    PFT : Oui, je suis un peu cela. Mais à mon avis les choses vont se compliquer pour les révisions. C’est la rue qui décidera, en dernier ressort. »

Les pays africains, dussions-nous le répéter, s’ils veulent se développer et créer de véritables nations n’ont d’autre choix que le système parlementaire. L’Armée n’est pas une issue, y compris au Burkina Faso. Telle est la grande leçon que nous devons tirer de la chute de Blaise Compaoré, si tant est qu’on puisse tirer des leçons de l’histoire. Tout le pouvoir au Parlement.

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Maximin Isnard (D.R)

Car un vieux souvenir français habite le Burkina Faso : « un peuple en état de révolution est invincible  ».

 

Par , le Lundi 10 novembre 2014

 
Source: PFTAVARES.FR

jeudi, 16 octobre 2014

DECES DE LA MERE DU PRESIDENT GBAGBO, CE MERCREDI 15 OCTOBRE 2014

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Le dernier voyage de Maman Gado Marguérite

 

Voir Blouzon et mourir, tel semblait être le vœu le plus cher de la mère du président Laurent Gbagbo. Elle ne le réalisera pas.

 

Gado Marguerite, la mère du président Laurent Gbagbo s’est éteinte hier Mercredi 15 octobre 2014 en début de soirée, quatre jours seulement après son retour d’exil. Selon les informations confirmées de sources proches de la famille, la vieille nonagénaire était en partance pour son village Blouzon, dans la sous-préfecture de Bayota quand elle a rendu l’âme. Elle qui vivait depuis plus de trois ans en exil à Accra au Ghana, avait été évacuée d’urgence sur Abidjan dans un état critique. Selon son neveu Henri Gossé qui l’avait accueillie chez lui, elle refusait de s’alimenter depuis plusieurs jours au motif qu’elle voulait absolument regagner son village natal Blouzon.

Sa fille Jeannette koudou qui vit également en exil avait dû, en désespoir de cause, la faire évacuer sur Abidjan en espérant qu’elle se remettrait quand elle serait arrivée au village. Mais selon toute vraisemblance, le voyage par la route a été tellement éprouvant que la santé de la vieille Gado Marguerite s’était visiblement dégradée au moment où elle arrivait à Abidjan. Le lendemain, cependant, elle avait commencé à s’alimenter et pouvait à nouveau reconnaitre ses parents et parler avec eux. Ce qui a laissé croire à la famille que les choses iraient de mieux en mieux. On s’était résolu à admettre qu’elle souffrait effectivement du mal du pays. De fait, sa situation ne nécessitait plus d’hospitalisation comme le préconisaient certains.

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En réalité, personne n’était dupe. la famille avait bien compris que la vieille Gado voulait absolument mourir dans son village. Dans certaines cultures africaines, y compris chez les bété dont elle est, ce genre d’envie n’annonce pas forcément de bonnes nouvelles. La famille a donc décidé de

l’amener au village le plus  tôt possible, histoire de respecter son ultime vœu. Hélas ! la mère du président Gbagbo ne pourra pas voir la dernière fois son Blouzon natal. selon des informations, son corps se trouvait hier à la morgue de l’hôpital de Yamoussoukro

 

Augustin KUYO, in le quotidien ivoirien "Notre Voie" du 16 Octobre 2014.

jeudi, 09 octobre 2014

BLE GOUDE A LA CPI: LA JURISPRUDENCE DE L'IGNOMINIE, PAR THEOPHILE KOUAMOUO

 

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Les charges contre le ministre de la Jeunesse du gouvernement Aké N'Gbo seront-elles confirmées ? Si l'on s'en tenait à la logique juridique normale, la réponse à cette question serait évidemment négative. Mais voilà : la CPI n'est pas un tribunal normal. Procès après procès, forfaiture après forfaiture, il est en train de mettre en place une jurisprudence de l'ignominie, digne des « procès de Moscou » et des pires Républiques bananières.

Durant les quatre journées qui viennent de s'écouler, l'Accusation n'a cessé de plaider pour des «standards de preuve» les plus bas possibles. Elle n'est pas venue dire à la Cour qu'elle avait un dossier solide, mais a affirmé sans honte qu'en dépit de la légèreté de sa démonstration, il fallait aller au procès parce que le statut de Rome et la jurisprudence de la CPI le permettent. Les observateurs ont parfois eu la désagréable impression que l'objectif suprême du bureau du procureur n'est pas de gagner son procès, mais d'aller à un procès pour « coffrer » Blé Goudé, figure politique de la génération qui vient, le plus longtemps possible. Lamentable.

Dénaturation des référents juridiques

Hier encore, l'Accusation a continué à dérouler son interprétation extra large de la culpabilité selon le statut de Rome. Face à l'incongruité de la position consistant à accuser le fondateur du COJEP de faits attribués (de manière fallacieuse, sommes-nous persuadés) à des éléments des FDS en patrouille ou en caserne, comme l'affaire des « sept mortes d'Abobo » ou du « bombardement du marché d'Abobo », elle a sorti de son chapeau la théorie de « l'attribution mutuelle » et du « contrôle commun », qui s'éloigne singulièrement de la notion de responsabilité individuelle telle que le droit contemporain la définit. Puisque Gbagbo et Blé Goudé étaient d'accord pour mettre en œuvre le « plan commun », eh bien tout ce qui a pu se passer par la suite, même si l'un d'entre eux n'était pas au courant ou ne pouvait absolument pas influencer les choses, doit et peut leur être imputé. Dans cette entreprise de torsion voire de dénaturation de nos référents juridiques, le procureur sait pouvoir compter sur les précédents créés par ces affaires où, alors qu'il n'avait pas fait son travail, les Chambres préliminaires ont ouvert la voie à des procès singulièrement mal engagés.

On remarquera au passage que la théorie de « l'attribution mutuelle » n'empêche pas l'Accusation de « sélectionner » parmi les personnes impliquées dans le plan commun « imaginaire » trois individus : Laurent Gbagbo, Simone Gbagbo et Charles Blé Goudé. Et les autres ? Durant les jours qui viennent de se dérouler, Fatou Bensouda et ses comparses nous ont laissé entendre que lors des fameuses réunions où s'organisait le fameux « plan commun », Blé Goudé côtoyait des dignitaires de l'armée comme P9 et P10, que beaucoup d'Ivoiriens ont reconnu. Pourquoi ne sont-ils pas eux aussi mis en accusation au nom du fameux principe de « l'attribution mutuelle » ? Pourquoi sont-ils recyclés en témoins à charge là où ils devraient eux-mêmes répondre de leur participation à ce plan commun ? Mystère et boule de gomme.

Prend-on les dirigeants africains pour des demeurés ?

Dans leur verve, les collaborateurs d'une Fatou Bensouda tout aussi absente durant l'audience de Blé Goudé qu'elle l'était lors de celle de Gbagbo ont expliqué qu'il n'était guère besoin que Blé Goudé ait connu ou ait commandité des crimes spécifiques pour qu'il soit tenu pour responsable. Il fallait juste qu'il soit conscient que « le plan commun » entraînerait des crimes dans le « cours normal des événements ». Un « plan commun » qui consisterait à mettre tout en œuvre, y compris des crimes relevant de la CPI, pour « se maintenir au pouvoir ». Sauf à prendre les dirigeants africains pour des demeurés, peut-on vraiment soutenir la thèse selon laquelle, alors qu'il a été prévenu, alors qu'il a des forces internationales présentes sur son sol, alors qu'il sait que ce sont les crimes contre l'humanité qui mettent en mouvement la fameuse « responsabilité de protéger » et l'article 7 de la Charte des Nations unies autorisant le recours à la force, Gbagbo a justement fait ce qu'il ne fallait pas faire, c'est-à-dire engager un projet génocidaire ? Oublier ses adversaires et s'en prendre à des civils alors que ce sont bien des rebelles armés qui menacent son pouvoir, ce n'est pas une manière de « conserver le pouvoir », mais le meilleur moyen de le perdre. Gbagbo et Blé Goudé, qui ne sont pas des psychopathes, le savaient. Comme Alassane Ouattara et la France savaient aussi que « vendre » un « récit », aussi mensonger qu'il soit, sur le « spectre du Rwanda » étaient le moyen le plus sûr d'engager des forces internationales contre celui qu'ils voulaient renverser. Voilà un « plan commun » bien plus plausible !

Si on suit cette logique...

L'Accusation s'est accrochée comme à un rocher à des propos de Blé Goudé admettant que dans un conflit, il y a des dégâts collatéraux. Parce qu'il en avait conscience, parce qu'il savait que des crimes interviendraient « dans le cours normal des choses » et qu'il n'a pas abdiqué face à la volonté de pouvoir de Ouattara, il est responsable de crimes contre l'Humanité ! Si l'on suit cette logique, tous les présidents de tous les pays ayant une fois ou une autre été engagés dans une guerre, devraient se trouver à La Haye. La guerre, ça tue ! Tout le monde le sait. De là à criminaliser le principe même de résistance nationale, il n'y a qu'un pas...

La CPI semble désormais vouloir institutionnaliser un principe : on abaisse au maximum le standard de preuves visant à conduire à un procès, on traîne en longueur et on accuse tout le monde et personne de saboter nos enquêtes dès lors qu'on a obtenu la confirmation des charges donc un séjour très long « au gnouf » pour les adversaires de la « communauté internationale ». Et puis, après, on verra...

A ce stade de travestissement des règles du droit, il semble évident que jamais un dirigeant occidental ne sera jugé par la CPI. Fatou Bensouda et son staff sont conscients que le jour où leur « imposture judiciarisée » touchera quelqu'un qui est assez influent pour pousser les observateurs les plus en vue à faire preuve de sens critique vis-à-vis de leurs procédés, leur édifice conçu et pensé pour les plus faibles des vaincus s'écroulera comme un château de cartes.

Les charges contre Blé Goudé seront-elles confirmées ? L'unanimité qui s'est emparée du collège des juges, du bureau du procureur et de « l'avocate des victimes » quand il s'est agi de tenter d'éviter que la Défense dépose des écritures, qui devraient pourtant permettre une lecture approfondie du « cas » par la Cour, n'est en tout cas pas le meilleur des signes.

 

Théophile Kouamouo [Paru dans Le Nouveau Courrier du 3 octobre 2014]

 

Source: Le Blog de Théophile Kouamouo

Transcription de la prise de parole de Charles Blé Goudé devant la Cour pénale internationale (CPI), le 2 Octobre 2014.

 


"Madame la présidente, Mesdames les juges,

-Pour le respect de la mémoire des victimes décédées ; 

-Pour panser les meurtrissures physiques et morales des victimes blessées, mais aussi, pour apaiser la douleur de leurs familles, il aurait été salutaire que soit située la responsabilité de tous les principaux acteurs de la scène politique ivoirienne, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition. Hélas !"

"Après avoir écouté la procureure, elle qui estime que j’ai utilisé mon art oratoire pour imputer la responsabilité des crimes au camp Ouattara, je ne me fais plus d’illusion : elle ne les poursuivra pas puisqu’elle les considère comme des victimes."

"Tout le temps que je suis resté assis ici pendant des jours, à écouter le réquisitoire de la procureure, qui s’est résumé à un assemblage de bouts de vidéos, des fragments de discours hors contexte savamment sélectionnés et de commentaires tendancieux, dans une vaine tentative d’accréditer une accusation aussi boiteuse que ridicule ; je suis hélas, resté sur ma faim !"

"S’il y a une seule chose que la procureure a réussie, c’est d’avoir achevé de me convaincre que mon arrivée à la CPI, résulte d’une loterie judiciaire ; manque de chance, la procureure a parié sur le mauvais cheval, sinon ceux qui devraient être ici, dans le box des suspects sont encore en liberté en CI. Et cela est injuste. C’est pourquoi, je voudrais m’interroger avec vous, madame la présidente: QUEL MONDE VOULONS-NOUS BÂTIR ?"

Un monde sans valeurs morales, un monde sans repère où il nous faut seulement apprendre à gagner sans avoir raison, comme le disait Check Amidou Kane, dans son célèbre roman ‘’l’aventure ambiguë ’’? Sommes-nous dans un monde ambigu ? Or, ce qui fait la grandeur d’un peuple, c’est de défendre les valeurs qui le fondent. J’y ai cru hier et ma foi en ces valeurs n’a pas encore faibli. "

"La procureure devrait porter haut ces valeurs et œuvrer à ce que les justiciables ne désespèrent pas de la justice, surtout pas de la justice internationale, en ce qu’elle porte la lourde responsabilité de défendre les plus faibles, de protéger ceux qui sont sans défense, afin que ceux-ci ne soient impunément la proie des plus forts."

"Si j’ai bien entendu, la procureure a dit dans son discours d’ouverture « à travers cette audience nous voulons envoyer un message fort à tous ceux qui veulent parvenir et se maintenir au pouvoir par la force. » vu sous cet angle, c’est donc à tort que la procureure me poursuit puisque pendant plus de dix ans, je n’ai cessé de dire à ceux qui sont aujourd’hui au pouvoir qu’on n’entre pas en politique avec les armes mais avec des idées et un projet de société."

"Madame la présidente, Mesdames les juges

Je ne suis ni le criminel, ni le génocidaire que l’on tente vainement de vous dépeindre par des simulacres de déclarations peu crédibles, appelées témoignages, qui pourtant ont été recueillis auprès de mes adversaires politiques dont la hantise est de se débarrasser d’un futur adversaire avec qui ils craignent de faire une compétition politique. 

Avoir des ambitions est certes légitime, mais vouloir les réaliser sur les cendres de la vie des autres est malsain."

"Madame la présidente, Mesdames les juges, 

Par ma voix, des millions d’Africains comptent sur vous pour que la CPI ne serve pas d’instrument pour la réalisation d’ambitions qui pourraient entacher l’image de cette prestigieuse institution. Des militants de partis politiques adversaires triés sur le volet, m’accusent d’avoir recruté des mercenaires. Comme ce prétendu témoin qui déclare : « j’ai vu Blé Goudé brandissant une kalachnikov à la télé, mais il était de dos donc je ne l’ai pas bien reconnu… » "

"Au stade Jessy Jackson de Yopougon, à Abidjan, au sein de notre club de football (SOMACY), entre copains, nous utilisions un slogan sportif, ‘’ya rien en face, c’est maïs’’, pour taquiner l’équipe adverse quand on marquait un but (comme la vidéo l’illustre). J’ai utilisé ce même slogan pour agrémenter l’ambiance de la campagne électorale, comme pour dire que l’élection aussi est un jeu."

"La procureure et le pouvoir d’Abidjan instrumentalisent des soit disant témoins pour travestir ce slogan en l’interprétant comme une volonté pour moi de dire qu’excepté mon candidat Gbagbo, il n’existerait pas d’autres candidats ; Ce qui, pour eux signifierait que nous avions prémédité de ne jamais reconnaître une défaite et que ‘’maïs’’ signifierait que nous allions tuer et manger les partisans de Ouattara. Cette interprétation erronée et étriquée, fruit d’une gymnastique judiciaire me semble partielle, parcellaire, donc partiale."

"A y voir de près, la seule difficulté dans cette affaire, est que la procureure cherche à fabriquer des miliciens ; Disons plutôt qu’elle cherche forcement à faire de moi ce qu’elle aurait souhaité que je sois. Mais pour quoi ? Pourquoi veut-elle forcement faire de moi ce que je ne suis pas ? Pourquoi ? Pourquoi refuse-telle de réclamer les dents de la panthère à celui qui a consommé la tête ?"

"Les marches, les meetings, les sit-in, la grève de la faim, le matelas et les conférences ne sont pas des moyens par lesquels s’exprime un milicien ? Ces moyens pacifiques, symboles de la non-violence, inspirés de Ghandi et de Martin Luther King, (ces personnalités qui ont marqué notre siècle), sont les seuls et uniques moyens par lesquels je me suis toujours exprimé. Alors, je demande encore : Pourquoi cherche-t-on, par des voies peu orthodoxes, à me tailler une sculpture et à m’attribuer une casquette qui est aux antipodes de la philosophie qui a fondé mon entrée en politique ?"

"Du 02 Octobre 2002 au 26 septembre 2011, peut-on me citer une seule de nos manifestations au cours de laquelle il y aurait eu un seul mort ? Peut-on me confondre avec une vidéo, un seul support sonore où je demande à une catégorie de la population d’exterminer une autre ?"

"Madame la présidente, Mesdames les juges,

L’histoire de mon pays est trop récente. Tenter de la falsifier en lui tordant le coup serait se livrer à un exercice au succès peu probable. Comme je refuse d’être jeté dans la poubelle de l’histoire, Il m’apparaît comme un devoir citoyen d’apporter un peu de fraîcheur à la mémoire collective que tentent d’effacer les contrebandiers des faits qui ont fait régresser mon pays au plan de la démocratie et des droits de l’homme, pourtant acquis de haute lutte. Face à leurs contrevérités, ma bouche restera toujours sans tremblement. Et je voudrais que l’on m’écoute avec toute l’attention qu’il sied."

"Madame la présidente, Mesdames les juges,

La crise ivoirienne, a opposé deux philosophies diamétralement opposées, incarnées par deux camps :

1- le camp de ceux qui ont pris les armes pour déstabiliser les institutions de la République pour des raisons que vous expliqueront certainement « ces intouchables », le jour où il plaira à la procureure de les convoquer devant cette cour;

2- et le camp des forces armées nationales loyales à la République et à ses institutions.

Indépendamment de ces deux parties belligérantes, La population civile, à travers la résistance aux mains nues, a fait le choix de s’opposer à l’utilisation des armes comme moyen de revendication et d’accession au pouvoir : c’est de cette troisième voie que je me réclame."

"Ce choix de la non violence, je l’ai librement fait, non par stratégie, ni par faiblesse, mais par principe et par culture politique; Parce que je reste convaincu que la guerre et les armes sont les ennemies de la démocratie et de la paix dans le monde. Je considère la rébellion armée comme la pire des expressions. C’est pourquoi, fidèle à ma philosophie politique pacifiste connue des ivoiriens, je n’ai jamais possédé d’armes, ni à titre individuel, ni à titre collectif. Par quelle alchimie, pourrais-je alors réussir à distribuer ce que je ne possède pas ?"

"Madame la présidente, Mesdames les juges, 

Jamais je n’ai armé des citoyens contre d’autres citoyens: jamais je ne le ferai.

À ceux qui souventefois m’ont traité de faiblard qui a peur de la guerre, j’ai toujours rétorqué que je n’aime pas la guerre et que je n’ai pas honte de dire que je ne sais pas faire la guerre, que je préfère être faible parmi des êtres vivants que d’être fort parmi des corps sans vie. Convaincre et non vaincre: tel est mon credo. Chrétien ou musulman, qu’on l’appelle Allah, Dieu, Jehova, Gnamien Kpli, Klôtchôlô ou Lagô, Pour moi, nous prions tous le même Dieu."

"Ouvert et tolérant de par ma culture, j’ai toujours tenu à saluer au même titre, les imams et les prêtres des localités visitées, Au cours de toutes mes tournées politiques. J’ai même souvent aidé à réhabiliter certaines mosquées tout comme j’y ai fait plusieurs dons. (Je verse la vidéo au dossier). Je trouve donc choquant voire outrageant et peu sérieux que l’on m’accuse d’être celui qui aurait appelé à tuer des musulmans et à incendier leurs lieux de culte."

"Madame la présidente, Mesdames les juges, 

Pour la paix dans mon pays, j’ai pris beaucoup de coups. Chaque fois que le processus de paix a pris du plomb dans l’aile, j’ai fait ce que j’ai pu, j’ai toujours fais le pas vers l’adversaire afin qu’ensemble nous puissions sauver ce que j’ai cru que nous avions en commun : La Côte-d’Ivoire. J’ai sacrifié ma jeunesse et ma vie de famille.

"Contrairement aux gamins de leur âge, mes enfants n’ont pas pleinement bénéficié de la chaleur que leur père aurait souhaitée leur donner. Mais je sais qu’ils me comprendront un jour, (je veux leur léguer des valeurs). C’est pour eux et tous les autres enfants de leur âge que je me bats afin qu’ils puissent vivre demain dans un monde meilleur, un monde où l’on ne cherche pas à noyer la vérité dans l’obscurité du silence."

"Mes proches, les personnes que j’aime et pour qui je compte continuent de souffrir des conséquences de mon engagement et de mon absence prolongée. peut- on mener une lutte d’une telle envergure et prétendre à une vie calme comme une eau douce ? La réponse est non!’’

"Madame la présidente, Mesdames les juges,

Pendant que je parcourais hameaux, villages et villes, sur les chemins rocailleux pour convaincre les ivoiriens à se pardonner les uns les autres et à donner dos à la confrontation, je ne m’étais pas attendu à l’inattendu. En effet, ceux avec qui je croyais parler de paix et qui sont aujourd’hui au pouvoir préparaient la guerre et avaient érigé l’usage de la violence en programme politique."

"Madame la présidente, 

Je n’ai jamais souscrit à un seul des actes criminels allégués dans l’acte d’accusation. La procureure doit correctement orienter ses poursuites. Pendant que les ivoiriens souffraient, ceux qu’on peut aujourd’hui appeler, les nouvelles autorités ivoiriennes, étaient plutôt préoccupés à se partager la Côte-d’Ivoire comme un butin de guerre comme ils continuent d’ailleurs de le faire !

"Prisonniers de leur passion pour le pouvoir, les nouvelles autorités ivoiriennes étaient restés sourds à mes cris et à mes appels en faveur de la paix : ils ne mesuraient pas à cette époque l’importance de la paix. Heureusement qu’à la pratique de l’exercice du pouvoir, ils semblent se rendre compte que, dans un pays, la paix et la stabilité, ne dépendent pas seulement du régime au pouvoir mais qu’elles dépendent aussi de la culture démocratique, de la culture de tolérance et de la générosité politique de l’opposition.

".....Et pourtant, ces opposants d’hier, accusaient de traîtres ceux des leurs qui parlaient de paix et de réconciliation avec moi. Pendant la crise post-électorale, à la proposition de recomptage des bulletins comme solution au contentieux électoral, nos adversaires avaient préféré la comptabilité nécrologique et la force."

"Ironie du sort, c’est moi, concepteur de ‘’la victoire par la résistance aux mains nues’’, qui me retrouve ici, devant vous pour répondre de crimes contre l’humanité pendant que ceux qui ne voulaient pas entendre parler de paix parce qu’ils voulaient le pouvoir à tout prix, se trouvent en liberté et continuent de narguer leur victimes dans une indifférence coupable qui s’apparente à une complicité. Autant dire que c’est l’hôpital qui se moque de la charité."

"C’est pourquoi je demande encore : pourquoi veut-on forcement faire de moi ce que je ne suis pas ? Transformer le tort en raison, est-ce cela que nous voulons léguer aux générations futures ? Ne serait-il pas préférable de soigner la fièvre au lieu de chercher à casser le thermomètre ?"

"Je ne cherche pas seulement à être libre tout comme je ne cherche pas à avoir raison. Il y a une et unique chose que je cherche : LA MANIFESTATION DE LA VÉRITÉ. Seule la vérité aidera la cour à situer définitivement ma responsabilité ; et j’y tiens !"

"Seule la vérité pourra m’ouvrir les portes de sortie de la prison. Ce n’est ainsi que je me sentirai véritablement libre, que je pourrai regarder, la tête haute, les victimes et leurs familles qui ont été trompées par leurs vrais bourreaux qui se font malicieusement passer pour leurs bienfaiteurs, alors qu’ils sont pris en flagrant délit de falsification de l’histoire, dans la seule optique de diaboliser et se débarrasser d’adversaires politiques avec qui ils craignent de faire une compétition politique sérieuse."

"Ils me jettent La pierre ; elle me servira certainement pour ériger mon piédestal en faisant éclater la vérité à travers ce procès."

"Oui, des crimes atroces ont été commis en CI contre des populations innocentes qui étaient sans défense; les auteurs de ces crimes sont bel et bien connus. Hélas ! Ceux-ci semblent jouir d’une immunité internationale ; les violations graves des droits de l’homme dont ils se sont rendus coupables au vu et au su des organisations chargées de les dénoncer ou de les punir, ont été noyées dans l’obscurité du silence."

"Ne pouvant les (ceux-ci semblent jouir d’une immunité internationale) poursuivre, la procureure cherche vainement, par une alchimie judiciaire, à fabriquer d’autres criminels à la place des vrais auteurs ; Ce qui lui rend la tache herculéenne. Or, je le répète une fois encore : « on ne peut réclamer les dents de la panthère qu’à celui qui a consommé la tête. »

"Svp, madame la présidente, mesdames les juges,

Les victimes du commando invisible et des FRCI, à Anokoa Kouté et à Duékoué tout comme les victimes de Yopougon, de Bouaké, de petit Guitrozon, réclament toujours justice.

Leurs larmes continueront-elles de couler sur le parapluie de l’indifférence de la procureure et de la représentante des victimes ?"

".....Ensuite le plan commun :

Mesdames les juges,

Je dois avouer que c’est ici à la Haye que j’ai appris ce nouveau vocabulaire. S’il a existé un plan commun au cours de la crise en Côte-d’Ivoire, je n’en connais ni les concepteurs, ni les exécutants, tout comme j’en ignore les objectifs, contrairement aux allégations de la procureure." "Je suis plutôt allé à la rencontre des victimes de la guerre ; j’ai écouté et entendu leurs souffrances. J’ai dû braver le sarcasme et les critiques les plus acerbes pour faire le pas vers l’adversaire afin de rapprocher et réconcilier les voisins d’hier, que le conflit avait divisés."

"Existe-t-il des victimes qui n’ont pas droit à la justice ? Je parle de ces populations sans défense qui avaient fui la mort, mais que hélas, la mort a rattrapées dans des églises et des camps où ces populations avaient espéré trouver refuge ; en fait, toutes les victimes sans distinction ; car, je reste convaincu, que la vie humaine est sacrée et qu’un mort n’a ni appartenance politique, ethnique ou religieuse."

"J’ai mis en place le 98121, numéro de la paix sur lequel les ivoiriens se sont envoyés des messages en faveur de la paix. Je les ai encouragés à accepter que « la valeur du pardon réside dans la gravité de la faute pardonnée. »"

"Madame la présidente, Mesdames les juges,

Voici exposé mon plan pour la paix que j’avais en commun avec les ivoiriens épris de paix et dont j’ai connaissance. Évidemment, la procureure ne pouvait pas évoquer ce plan pour la paix puisqu’il lui fallait absolument dépeindre le Blé Goudé assassin, génocidaire."

"Mais moi, j’attends ici à la cour, la confrontation avec les témoins de la procureure pour que je parle avec eux, de la Côte-d’Ivoire et du conflit qui l’a inutilement retardée. Je ne parle pas de la Côte d’ivoire vernie à coup de propagande sur internet, mais de la Côte d’ivoire telle que la vivent mes concitoyens."

"Mesdames les juges, 

Au terme de mes précisions, vous comprendrez aisément que les charges alléguées contre moi, résistent peu à la rigueur du droit. Par conséquent, je trouve injuste que l’on veuille faire supporter à mes frêles épaules, la lourde responsabilité de la crise qui a endeuillé mon pays. Car dans mon combat légitime de non-violence, je garde les mains pures et aucune goutte de sang ne crie et ne plaide contre moi."

"Mon crime, s’il devrait en exister un, serait d’avoir crié pendant dix ans qu’il est immoral de vouloir accéder au pouvoir par la voie des armes. C’est pourquoi, il vous plaira, madame la présidente, de demander à l’accusation d’orienter ses enquêtes ailleurs et d’inscrire mon nom sur la liste des victimes de la crise. Oui, je suis une victime, quoi qu’en puissent dire mes détracteurs !"

"Je suis un homme convaincu de la force motrice de la mobilisation des masses populaires et des vertus de la non-violence. Pour moi, celui qui accorde le pardon se libère du poids encombrant de la haine. Cette philosophie est le fondement de ma vision et de mon action politique. Et quelles qu’aient été les humiliations et les tortures que mes adversaires m’aient fait subir, quelles que soient les injustices et les épreuves que me réserve le futur, Je ne compte pas y déroger."

"Toutes mes actions ont toujours été guidées par un principe : que mon nom ne s’écrive jamais du mauvais coté de l’histoire afin que je ne puisse pas léguer en héritage, à ma progéniture un patronyme ensanglanté du sang innocent de mes concitoyens. En d’autres termes, CE QUI DOIT GÂTER MON NOM DOIT AVOIR UN NOM."

"Madame la présidente, Mesdames les juges,

Au nom de cette balance, symbole de justice, qui pend là, au-dessus de vous, je vous serai reconnaissant de me laisser rentrer chez moi, auprès des ivoiriens, pour construire et bâtir ensemble avec eux la paix et la réconciliation comme je l’avais déjà commencé et que je puisse continuer de dire à ceux qui ne l’ont pas encore compris qu’on n’entre pas en politique avec les armes mais avec des idées et un projet de société."

"La prison, c’est certes dur, ça peut même durer mais, ça ne saurait durer éternellement." "Abraham Lincoln n’a donc pas eu tort d’affirmer que pour une cause noble, on ne perd jamais son temps en prenant tout son temps. Il enseigne ainsi aux partisans de la vitesse que la vie ne se résume pas aux aiguilles d’une montre mais à la qualité de nos actes pendant notre bref séjour passager sur terre. Pour dire que mes adversaires ont la montre, moi j’ai le temps."

"Et, comme Je refuse d’être la honte de ma génération et que je ne veux pas être jeté dans la poubelle de l’histoire, Je porterai ma croix avec dignité et honneur. Si je dois souffrir, je souffrirai débout, car, le poltron meurt mille fois avant de mourir."

"Même s’il m’arrivait par extraordinaire, d’être condamné aujourd’hui, je ne doute pas qu’un jour l’histoire m’acquittera."

"Mon défunt père Blé Gnépo Marcel que je n’ai pas eu la chance d’accompagner à sa dernière demeure à Kpogrobré dans la sous-préfecture de Guibéroua, me disait : « Mon fils, un fruit bien mûr ne pourrit jamais en l’air ; il finit toujours par tomber. »"

"Non, je ne suis pas anti français!

Non, je ne suis pas un chef de milices! 

Non, je ne suis pas le présumé assassin des ressortissants du nord et des musulmans de mon pays!

Non, je n’ai jamais distribué d’armes!

Non, je ne suis pas un partisan de la violence!

Non, je ne suis pas un génocidaire!"

"Que le droit nous départage ! 

Que Dieu bénisse l’Afrique, et apporte la paix en Côte-d’Ivoire et partout dans le monde ! je fais confiance à la justice internationale

Un jour il fera jour et je rentrerai chez moi !"

 

(Retranscription Michel Galy)

 

Source: Résistance Côte d'Ivoire Israël

vendredi, 03 octobre 2014

FRANC CFA: LE DEBAT INTERDIT

FRANC CFA - EURO.jpg

Pendant qu’en Europe, l’avenir de l’euro est discuté à tous les niveaux de la société, les dirigeants africains de la zone franc continuent de considérer tout débat autour de la pertinence ou non du franc cfa comme tabou, alors que ce dernier est arrimé à la monnaie européenne.

 

Le vendredi 28 mars 2014, M. Alassane Dramane Ouattara, alors président sortant de la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a soutenu, à Yamoussoukro que cette organisation avait amorcé «une marche irréversible vers la monnaie unique» à l’horizon 2020, qu’il fixe aussi pour l’émergence de son pays au rang de la Corée du Sud, de la Russie, de l’Inde, de la Chine et dans une moindre mesure, du Brésil ou de l’Afrique du Sud. Cette perspective serait d’autant plus justifiée, selon lui, que ces dernières années, sous ses deux mandats à la tête de la Cedeao, les travaux préparatifs de la monnaie auraient fortement avancés. Pour rappel : M. Ouattara est ancien gouverneur de la Bceao et c’est pendant son mandat qu’après moult tergiversations, le franc cfa a été dévalué en 1994. Ouattara aurait-il fini d’adorer le franc CFA ? Il est permis d’en douter.

Lorsqu’un ministre ivoirien fait remarquer qu’au sein de la Cedeao, les entreprises exportatrices des pays qui ont en commun le franc cfa souffrent d’un manque de compétitivité lié à cette monnaie, les autorités monétaires de la zone cfa et celles de la Côte d’Ivoire semblent vouloir le désavouer, au motif que tout va bien dans le meilleur des mondes pour le franc cfa.

De deux choses l’une. Soit le franc cfa qui va très bien sera étendu au reste de la Cedeao et même de l’Union africaine à l’horizon 2020, conformément au contenu du rapport Védrine-Hollande, ou bien le franc cfa n’est pas si bénéfique que cela et alors il doit laisser la place à une nouvelle monnaie ouest-africaine, ce que les autorités de la zone cfa semble contester. Une chose semble claire. Le contenu du rapport Védrine est connu, mais le projet de la monnaie unique de la Cedeao n’est connu, semble-t-il, que de quelques initiés, alors que nous sommes à six ans de l’échéance annoncée pour 2020. Aucun débat n’a donc lieu au sujet de ce serpent de mer, pour savoir s’il y aura un référendum dans les pays concernés pour son adoption ou bien si les experts d’Abuja et les chefs d’Etat vont l’imposer aux populations sans consultations populaires.

Les gouvernants des pays membres du franc cfa font une entière confiance à leur monnaie, en parité fixe avec l’euro, qu’ils prennent pour une monnaie de référence. Ils n’ont peut-être pas tort, sauf que la connexion fcfa-euro passe par le Trésor public français, qui ne laisse même pas au cfa le soin d’avoir le statut de monnaie au sens propre du terme. Le franc cfa est une affaire interne aux finances publiques françaises et ne relève pas de la finance internationale. Telle était la position de la France au moment de la conception du traité de Maastricht au début des années 1990. C’est donc la solution des «comptes d’opérations» ouverts auprès du Trésor public français que les autres pays de la Cedeao devraient accepter et se laisser imposer, selon le rapport Védrine. Jacques Delors pour le traité sur l’Union européenne et Hubert Védrine pour le traité de la Cedeao avec les référendums en moins ?

Ce que le ministre J.-L. Billon dit pour les entreprises ivoiriennes est vrai pour toutes les entreprises de la zone cfa, de l’ouest comme du centre, qui sont exportatrices de produits manufacturés ou de produits agricoles améliorés. Elles ne peuvent être compétitives du fait de la valeur de l’euro –monnaie forte, disent les Africains–, des politiques économiques adoptées par le Trésor public de France et surtout à cause des politiques hasardeuses de la Banque centrale européenne (Bce) qui mettent en difficulté les négociations à Bruxelles entre les pays européens déficitaires et l’Allemagne, qui a ses propres problèmes à gérer.

Les inquiétudes de M. Billon sont d’autant plus justifiées que, depuis 2008 au moins, la situation de l’euro est compliquée, les problèmes ne sont pas traités convenablement et la situation reste préoccupante aussi bien pour les Etats et que pour les entreprises.

La Bce, qui gère l’euro, est accusée par des économistes et financiers européens ainsi que par certains observateurs qui suivent de près les manœuvres des autorités monétaires européennes, d’être en train de devenir une «mauvaise banque centrale» qui rachèterait toutes les créances douteuses figurant au bilan des banques européennes.

En Allemagne même, des événements sont en cours en ce moment qui méritent quelque attention de la part des Africains, notamment des dirigeants. Il y a d’une part la Cour constitutionnelle allemande à Karlsruhe (Bundesgerichtshof) qui doit juger dans quelques semaines la question de la conformité du plan de rachat des dettes européennes par la Bce avec la Constitution allemande. La décision des juges constitutionnels allemands pour qui, même en temps de crise, la Constitution reste valable, alors que pour les Africains, même en temps de paix, les Constitutions sont inappliquées, est attendue, car elle pourrait interdire à la banque centrale allemande, la Bundesbank, de participer aux opérations de rachat de dettes publiques que la BCce devrait initier. Qu’adviendra-t-il de l’euro dans ces conditions, alors que cette monnaie doit par ailleurs affronter d’autres épreuves face au dollar américain, au yen japonais et au yuan chinois?

En outre, un parti politique pour les eurosceptiques créé en février 2013 par Bernd Lucke, (51 ans, anciennement militant de la CDU et professeur d’économie à l’université de Hambourg), dont l’axe central du programme est de refuser toute collectivisation de la dette publique européenne et tout transfert de richesses de l’Allemagne vers les autres pays, est en train de monter en puissance. «Alternative fur Deutschland» ou AfD, parti ne disposant d’aucun élu lorsqu’il a été créé par le proche collaborateur du Pr. Hans-Olaf Henkel (ex patron de la confédération des industriels allemands), est aujourd’hui représenté avec 12% des voix au Parlement de Brandebourg et 10 % à celui de Thuringe, après être entré au parlement de Saxe (10% des voix) en août dernier, et avoir placé sept élus au Parlement de Strasbourg à la suite des Européennes de mai, prouvant ainsi que les petits partis peuvent grandir vite quand ils sont porteurs de programmes alternatifs et que les élections se déroulent dans des conditions transparentes et démocratiques.

Dans le même temps, les agences des statistiques économiques publient des chiffres décevants de l’activité manufacturière en Europe et surtout en Allemagne, première économie de la zone euro. Les taux d’intérêt à moyen terme sur les obligations allemandes sont négatifs, comme si les anticipations des investisseurs s’attendaient à la réapparition du deutsche Mark (Dm) et à sa réévaluation au moment où l’euro rencontre des difficultés. Alors que les Européens doutent, les Africains restent vautrés dans leurs certitudes rassurantes et complaisantes.

Dans les autres pays de la zone euro, soit les gouvernements n’arrivent pas à concevoir des programmes de réformes, comme cela est le cas pour la France par exemple, où le mot réforme tétanise la classe politique et révulse les syndicats, soit, lorsque ces programmes sont conçus, ils ne peuvent être appliqués, comme c’est le cas de l’Italie du Premier ministre Matteo Renzi. En Espagne, la crise politique que l’on observe à travers la volonté séparatiste de la Catalogne est en réalité le résultat de déséquilibres économiques créés par les effets pervers de l’euro sur les politiques budgétaires et fiscales espagnoles.

La finance internationale elle-même semble douter de la force de l’euro, dont le cours de change ne cesse de baisser par rapport au dollar américain et au yen japonais. Les cambistes et des investisseurs attendent les nouvelles mesures de politique monétaire de la Bce que devrait annoncer son président Mario Draghi. Les marchés financiers de la zone euro, dans laquelle les financiers vendent des positions, présentent de moins bonnes performances que les autres marchés mondiaux sur lesquels les financiers achètent plutôt des positions. Mais comment évaluer l’importance de ces évolutions dans la zone cfa où il n’y a pas de marché financier, donc ni positions de vendeurs, ni positions d’acheteurs d’actifs financiers?

En Europe, les économistes qui font ces analyses craignent que l’euro ne conduise les pays membres au chaos. Pendant ce temps, les pays africains alliés de l’euro par le biais des francs cfa gérés par le Trésor public français préfèrent attendre bras ballants ce désastre, à condition que les réseaux de l’aide publique au développement, et des eurobonds restent accessibles et continuent de financer les déficits budgétaires. En Afrique du cfa, réformer relève du tabou économique. Tout va bien.

Le débat sur la pertinence de l’euro, sur son avenir, sur ses effets sont du domaine public en Europe et dans le monde. Les banquiers centraux européens en parlent en permanence, les chefs d’Etat comme Angela Merkel, François  Hollande et autres en parlent plusieurs fois par mois. Les premiers ministres et chefs de gouvernement européens en discutent avec les journalistes au quotidien. Les partis politiques au pouvoir ou dans l’opposition l’inscrivent dans leurs préoccupations et dans leurs programmes de gouvernement. Les intellectuels économistes, philosophes, sociologues, artistes, financiers, juristes, démographes et étudiants en font des sujets de controverses entre eux. La question n’a rien de tabou ou de magique.

En Afrique, la question du franc cfa relève de la magie, du tabou, de l’interdit. La pensée doit s’arrêter à la porte du franc cfa, surtout quand on est au gouvernement. En parler fait frissonner les hommes politiques, vibrer les gouvernements, trembler les chefs d’Etat, s’énerver les partis au pouvoir. Les banquiers centraux considèrent qu’il n’y a rien à dire là-dessus. Les opposants se demandent pourquoi en parler puisque la question peut leur fermer la route de l’accession au pouvoir d’Etat, qui se trouve être la seule raison de leur existence. Et quand bien même tout ce monde décide d’en parler, la discussion tourne à l’injure, à la médiocrité, à l’incompétence, à l’anathème et au hors sujet.

Mais un jour ou l’autre, tous ces murs, comme celui de Berlin que l’on croyait avoir bâti pour l’éternité, tomberont et les peuples africains retrouveront, comme ceux d’ailleurs, leurs libertés en dehors de franc cfa et de tous les autres instruments de la servitude. D’ici là, il serait bien que l’on nous dise quelle est la nature de la monnaie unique de la Cedeao que certains attendent pour l’horizon 2020 ?

 

Source: LIDER-CI.ORG

mercredi, 10 septembre 2014

SECURITE: LE QUESTIONNEMENT DU Pr MAMADOU KOULIBALY

 

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Que ce soit en tant que conférencier invité par l’Onuci et la Friedrich Ebert Stiftung pour disserter sur le rôle des partis politique dans le contrôle du secteur de la sécurité en Côte d’Ivoire ou lors de ses multiples rencontres avec les populations et la société civile, le président de LIDER, le Pr. Mamadou Koulibaly a pris l’habitude de poser une question à son auditoire : Que faire de la garde prétorienne de Ouattara à l’issue de l’élection présidentielle de 2015?

 

En effet, l’actuel président de la République, dans le sillage de la crise post-électorale, a mis en place une garde prétorienne de 5000 personnes environ. Cette garde issue des forces armées des forces nouvelles (Fafn) lui est rattachée par des liens privilégiés et fidélisés qu’elle a construits avec son arrivée au pouvoir. Ces forces sont donc politiquement liées à Ouattara plus qu’à son régime, au régime plus qu’à l’Etat et à l’Etat plus qu’à la République. Elles font office de forces de dissuasion du régime et semblent bien réussir, pour le moment, tant que le père fondateur est en place.

La garde prétorienne composée des forces spéciales et autres factions gérées par les ex-com’zones au cœur de la République et au service du sommet de l’Etat n’encourage pas les réformes de l’armée. Elle se comporte comme une compilation de milices privées au sein de l’armée et ressemble plus à des conquérants qu’à des soldats d’un état de droit. Mais le droit de l’Etat impose ces forces de sécurité, qui sont loin d’être républicaines, même si on les affublées de ce patronyme. Arrivées au pouvoir dans la dynamique de la crise ivoirienne, elles sont en effet liées non pas à la République, mais plutôt au président de la République qui est toujours président de son parti politique, en violation de la loi fondamentale, sans que cela ne gêne ni le Conseil constitutionnel, ni le Parlement.

On peut présumer que le système est sous contrôle du président-fondateur jusqu’en 2015. Mais que se passerait-il au cas où Ouattara perdait les élections? Que se passerait-il pour cette garde prétorienne et les autres forces pro-Ouattara au cœur de la machine sécuritaire de l’Etat si un membre actuel de l’opposition arrivait au pouvoir en octobre 2015? Comment une République dirigée par Mamadou Koulibaly s’accommoderait-elle des soldats qui ont juré fidélité et qui sont des militants avérés des différentes branches armées du Rdr, qu’on les appelle Fn ou Fafn ou Frci ? Comment s’accommoderait cette garde prétorienne avec un opposant devenu président de la République en 2015 ?

Mais, on peut admettre aussi que la présence même de ces forces pro Ouattara au moment des élections assure une dissuasion telle qu’aucun opposant ne puisse gagner ces élections de 2015. Cette hypothèse n’est pas moins probable que la précédente. Dans ce cas de figure, projetons-nous dans l’après 2015. Supposons que Ouattara gagne les élections et qu’il est dans son second mandat 2015-2020. Admettons qu’il n’envisage pas se représenter aux élections présidentielles de 2020. Cette hypothèse ouvre la perspective d’un renouvellement d’équipe gouvernementale. Il y aura donc un changement de président après 2020. Entre 2016 et 2020, nous entrerons ainsi dans une guerre de succession au cœur du système Ouattara. Le chef auquel les troupes constituées depuis 20 ans sont attachées, au point d’avoir conduit pour lui une rébellion de dix ans, doit laisser la place à un autre chef qui aura moins de légitimité et dans un parti politique en ébullition ou en reconstitution autour de ce nouveau messie charismatique et historique. Une guerre des héritiers de Ouattara est donc à envisager après 2016 et avant 2020. Quels en seraient les protagonistes dans le camp Ouattara? Avec quelles forces vont-ils mener leurs combats? Lequel de ces protagonistes contrôlera la garde prétorienne ? Comment les différentes factions qui composent cette garde prétorienne vont-elles se comporter dans ce «Game of Thrones» saison 2020 made in Côte d’Ivoire? Nous sommes au cœur de la question sécuritaire qu’aucune réforme actuelle du secteur de la sécurité ne peut éviter.

Le Rdr, aujourd’hui unifié autour de Ouattara, va-t-il résister aux guerres intestines que sa succession va déclencher ? Quelles conséquences ces guerres vont-elles avoir à partir de 2015 sur les Frci ? Sur les com’zones ? Sur l’armée ? Sur la police ? Sur la gendarmerie? La guerre des clans qui suivra va-t-elle ou non avoir un impact sur l’Etat ? Sur la République ? Sur les populations civiles ? La réforme du secteur de la sécurité (Rss) entamée peut-elle dès maintenant anticiper cette crise au sein des Frci ?

Dans tous les deux cas de figure, que Ouattara gagne ou perde les élections présidentielles à venir, la question se pose déjà de savoir ce que deviendra la garde prétorienne qu’il a constitué autour de lui et qui protège son régime comme une milice avec ses chefs de guerre directement attachés au président de la République lui-même.

Que deviendront les chefs de guerre dans une Côte d’Ivoire en émergence ? Peut-il y avoir compatibilité entre les chefs de guerre au service d’un président de la République et une prétendue émergence économique ? Faut-il dissoudre ces forces spéciales avant les élections et considérer qu’avec le second mandat de Ouattara ou bien avec le départ de Ouattara battu en 2015, leur mission serait terminée ? Et qui va les dissoudre, ces chefs de guerre qui depuis 2000 n’ont rien fait d’autre que la guerre, le trafic hors-la loi et l’affairisme ? Faut-il les mettre à la retraite et leur verser une rente viagère ? Ils seront de vieux soldats. Ils seront de riches rentiers. Mais ils resteront des militaires incompétents, claniques, violents et si on applique les résolutions 2151 et 2162, ils n’auront certainement plus leurs places dans l’armée nationale. Faut-il leur organiser des départs volontaires et à quel prix ? A quel coût ? Que va-t-on faire de ces autorités militaires devenus des militants politiques ou de ces militants politiques devenus entre temps autorités militaires ? Au-delà des chefs de guerre, des com’zones, que vont devenir leurs troupes ? Peut-on envisager renouveler leur encadrement et leur mise sous l’autorité du chef d’état-major des armées ? Faut-il envisager leur reprofilage et leur mise à disposition des futurs présidents de la République ? Peut-on construire une nouvelle armée, une nouvelle police et une nouvelle gendarmerie avec la logique des forces qui prétendent avoir gagné une guerre et avoir droit à un butin ?

Ces interrogations du Pr. Mamadou Koulibaly s’avèrent être un véritable casse-tête pour ses interlocuteurs. L’auditoire de la conférence du 5 août 2014 à l’Onuci, composé de députés de l’assemblée nationale, de membres du corps diplomatique, des forces armées nationales et internationales, de la société civile et des partis politiques, comme les populations avec qui il échange dans les communes d’Abidjan et à l’intérieur du pays se montrent souvent désemparés face à ce questionnement. Faut-il pour autant perdre espoir et accepter la situation actuelle comme une fatalité? LIDER, qui travaille depuis longtemps sur la question et pour qui il est urgent de construire une doctrine de défense et de sécurité qui soutiendrait un concept cohérent d’emploi des forces et une loi de programmation militaire, pense que non. Il va falloir aborder courageusement ce sujet et surtout mettre en œuvre les actions qui pourront ramener la sérénité et l’apaisement dans le quotidien des Ivoiriens.

La sécurité est l’affaire de tous et il est urgent que M. Ouattara et son gouvernement, qui jusqu’ici n’ont montré aucune motivation à apporter les correctifs nécessaires au dispositif sécuritaire et ont totalement failli à leur engagement d’organiser de grands débats nationaux sur les grandes questions de société, en particulier sur le rôle des institutions – l’armée en étant une –, commencent à faire preuve de volonté politique, de sérieux et de célérité dans le traitement de cette question. 

 

SourceLIDER-CI.ORG

MAMADOU KOULIBALY: CELA M'ATTRISTE TERRIBLEMENT...

 

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Interrogé par le quotidien L’Inter, le président de LIDER, le Pr. Mamadou Koulibaly, avec son franc-parler habituel, fait part de sa profonde déception au vu de l’attitude de certains représentants de l’opposition et évoque les conditions pour battre Ouattara dans les urnes, en dépit du déséquilibre des moyens, des forces et de la commission électorale inféodée.

 

Comment appréciez-vous la réélection de Youssouf Bakayoko comme président de la Commission électorale indépendante ?

Même si cet état des choses est décevant de la part d’un technocrate qui sort du consensus de Washington mais se comporte comme un potentat de village africain, il est dans la logique de l’action du candidat Ouattara qui consiste à verrouiller le processus et le système électoraux pour préparer, forcer et imposer sa victoire. Il faut quand même retenir que les choses ont commencé avec le Conseil constitutionnel anticonstitutionnellement installé, qui ferme depuis lors les yeux sur les violations flagrantes et récurrentes de la loi fondamentale par le président de la République, qui reste à la fois chef de l’Etat et président du Rdr. Il ne faut pas oublier que par la suite, entre autres actes illégaux, le président a installé une Commission électorale totalement à ses  ordres, en violation de la Constitution. Que Bakayoko soit de nouveau installé comme président de la Commission électorale inféodée (Cei) est dans l’ordre normal de la fraude électorale dont il représente les préliminaires. Et cela est dommageable pour nous qui voulons le renforcement de la démocratie et qui rêvons  de société ouverte, apaisée et tranquille. Dommage pour les gens de leur génération dont on se demande bien quelle leçon de morale ils donnent à leurs descendances, lorsque la triche devient officiellement leur mode de fonctionnement ? Après, comment s’étonner qu’aux examens, les enfants considèrent que la fraude soit moralement défendable ?

Vendredi dernier, lors des débats, cinq membres n’ont pas attendu l’élection du bureau de la CEI et ont claqué la porte. Que vous inspire cette situation ?

C’est à croire qu’en Côte d’Ivoire, les gens qui pensent que la norme de vie en société est la tricherie, la fraude, la violence et la lâcheté sont majoritaires. Il est décevant d’observer que le fait que la loi soit mauvaise ne gêne pas tant que cela, qu’on l’accepte parce qu’elle nous permet d’obtenir une rente, même si elle est anticonstitutionnelle. Désappointant tout ça. Il aurait fallu dénoncer la loi comme non conforme à la Constitution. Descendre dans les rues et exiger le respect de la Constitution. LIDER était seul à défendre de façon cohérente et rigoureuse le Droit et la Constitution avec ses amis de La 3ème Voie et des voix de la Convention de la société civile, de certaines associations de défense des droits de l’homme, ajoutées à celles de quelques députés courageux et de l’Udcy. Il faut croire que les défenseurs du droit sont très minoritaires dans notre pays, ce qui explique le règne des fraudeurs, de l’impunité et de la permissivité qui sont à la base de l’injustice. Ceux qui y sont allés et qui prétendent en claquer la porte sans vraiment en sortir maintenant vont préférer dénoncer les maigres parts qui leur ont été proposées pour leur participation à cette Commission, plutôt que le principe même de celle-ci: illégale dans sa conception, inique dans son organisation, déséquilibrée dans sa composition et évanescente dans ses attributions actuelles. Cela m’attriste terriblement. Ils croyaient probablement bien faire, mais ils doivent maintenant se rendre à l’évidence que Ouattara ne changera pas, ne changera plus dans sa logique de confiscation du pouvoir. Ils ont appelé leur attitude «la realpolitik». Ils se disaient opposés à la politique de la chaise vide, mais ne vont pas au bout de leur politique. Aucune conviction donc. Rien que de l’ambition ! Démoralisant tout ça! Et cela déprime l’homme que je suis et me blesse profondément dans mes amours pour la démocratie et pour la Côte d’Ivoire. Je n’ai même pas la force de commenter leurs attitudes ; celle de Ouattara est plus logique et a du sens. Je voudrais simplement réitérer mon souhait et mon appel à l’endroit de toutes ces personnes et leurs mouvements : Laissez vos illusions de côté, il est temps que nous nous engagions ensemble dans la mise en place d’une coalition pour le changement démocratique dans notre pays. Il n’y a que cette voie qui nous donnerait quelque chance de battre Ouattara aux prochaines élections, malgré ses calculs et ses moyens. Construisons ensemble la coalition de la victoire. Nous pouvons le faire si nous nous donnons un programme commun de gouvernement, un discours unique et simple, une équipe managériale cohérente et un candidat unique pour ce but commun. Faisons-le le plus tôt. Nous sommes à 13 mois des élections et il y a du travail à faire. Nous avons faim certes, mais oublions nos ventres pour le moment, serrons les ceintures, mettons-nous au travail et arrêtons de tergiverser dans des querelles de clochers. Il y a-t- il encore des hommes et des femmes de bonne volonté pour entendre cet appel et agir en conséquence? Oui, il y en a. Je continue de le croire.

Voyez-vous dans le couac observé, vendredi, un mauvais présage pour les futures élections ?

Oui. Un très mauvais présage. Nous ne sommes même pas encore à la phase de la liste électorale et voilà déjà les signes annonciateurs de la fraude et de la violence. Dois-je rappeler que c’est la commission électorale qui aura la charge d’établir cette liste? Dois-je rappeler que, de par les faiblesses du code électoral, c’est le président de la République qui est le vrai administrateur des élections chez nous? Les choses se présentent mal. Nous avons dénoncé et continuons de dénoncer une commission électorale qui ne peut avoir la forme de celle mise en place et éviter les conflits, car elle est une association de gens en conflits permanents. Elle devrait être indépendante des partis politiques et du gouvernement. Ce que nous voyons, ce sont des conflits avant même l’enjeu électoral. Que se passera-t-il quand nous serons dans la phase de la confection de la liste électorale ? Dans celle de la campagne électorale ? Le jour des élections ? Lors de la transmission des résultats ? Lors de leur proclamation ? Je pense que c’est clair. Non ?

LIDER a décidé de ne pas être dans la Cei alors que son président a annoncé qu’il se porterait candidat contre Alassane Ouattara. Quelle est cette logique ?

C’est la logique d’un parti qui, malgré tout, garde foi dans le fait que d’ici la date des élections, et avec les travaux engagés au sein de la coalition de La 3ème Voie, l’on arrivera à réveiller tous les démocrates de ce pays, à les remobiliser, à les mettre en ordre pour aller insuffler au pays profond que nous pouvons battre Alassane Dramane Ouattara, malgré les moyens infinis de l’État et les Frci dont il dispose. Mais pour cela, il faut que nous soyons logiques avec nous-mêmes. Si le matin nous sommes des opposants à Ouattara, il faut le rester jusqu’au soir. Si lundi, nous sommes des opposants à Ouattara, il faut le rester jusqu’à dimanche. Si en janvier, nous sommes des opposants à Ouattara, il faut le rester jusqu’en décembre. C’est seulement ainsi qu’ensemble, nous réussirons.

 

SourceLIDER-CI.ORG

COTE D’IVOIRE: EMERGENCE ILLUSOIRE OU EMERGENCE D’UNE PAUVRETE CROISSANTE?

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Emergence 2020, excellence pour l’émergence de la Côte d’Ivoire, émergence par-ci émergence par-là, on n’entend que cela de la part des autorités ivoiriennes. Et pour s’en convaincre on brandit les taux de croissance  flatteurs de ces 3 dernières années, 8% en moyenne, et on monte en épingle quelques travaux en trompe l’œil en cours ou projetés à Abidjan et l’achèvement de chantiers emblématiques (le prolongement de l’autoroute du nord, les travaux urbains d’Abidjan et le pont de Jacqueville) entamés sous l’administration Gbagbo.

Mais, aujourd’hui, 3 ans et demi après l’arrivée au pouvoir par la force de Ouattara on est en droit de se demander si la Côte d’Ivoire marche vraiment vers l’émergence. Ce pays peut-il devenir émergent en moins de 10 ans comme le promet le pouvoir ivoirien ? La situation actuelle et son évolution projetée se font-elles dans l’intérêt des ivoiriens et des populations vivant en Côte d’Ivoire ? Garantissent-elles un recul de la pauvreté et l’amélioration des conditions de vie des populations ? A qui profite le crime du nouveau cycle d’endettement et « d’aides » générés par la croissance actuelle ?

Sans refuser l’émergence, ces questions méritent d’être examinées sérieusement. C’est ce que tente de faire ce papier.

La Côte d’Ivoire enregistre une croissance forte depuis 2012, estimée à 9.8 % en 2012, 8.7 % en 2013 et prévue entre 8 et 9% en 2014. La croissance économique de la Côte d’Ivoire depuis 2012 s’explique par 3 phénomènes :

1) le rattrapage économique, consistant à remettre le compteur de la croissance à 0% dans un pays qui avait une croissance économique de 2.4% en 2010 et qui a chuté à -4.7% en 2011. Pour se faire il fallait réaliser au moins 7.1% de croissance, presque mécanique dès que les activités ont repris. Tout se passe comme si pendant un mois l’on bloque votre salaire qu’on vous reverse les mois suivants sur votre salaire, vous aurai l’impression d’avoir un salaire plus élevé mais en réalité il n’en est rien. Le taux de croissance de 9.8% de 2012 permet tout juste de constater une croissance réelle supplémentaire de seulement 2.7% par rapport à 2010, et ceci malgré toutes les ressources injectées dans l’économie (qui était littéralement sous perfusion) et le soutien inconditionnel de la communauté internationale ;

2) l’impact du PPTE, notamment son volet d’annulation effective (une partie des annulations ayant été déjà consumée par l’effort d’apurement des arriérés supporté par la Banque Mondiale et la BAD et d’autres opérations antérieures, telles que les travaux urbains d’Abidjan (PUIUR) de la Banque Mondiale, pour un total de 1.5 milliards dollars US sur les 5 milliards d’allègement total attendus, dont plus de 60% dans le cadre du programme très contraignant de C2D) et la reprise des investissements directs étrangers (IDE). Le gouvernement en a profité pour se lancer dans un ré-endettement accéléré tout azimut, l’achèvement des chantiers lancés à Abidjan avec le concours de la Banque Mondiale depuis 2008, le prolongement de l’autoroute du nord, le pont de Jacqueville et un vaste programme de dépenses présidentielles non maîtrisées. C’est ce qui explique que le bond le plus important des investissements depuis 2012 est observé au niveau des investissements publics;

3) la surconsommation des élites et des ex-rebelles pilleurs, consommant leur butin de guerre tandis que la majorité de la population tire le diable par la queue, s’accompagnant d’un accroissement des importations. Les importations qui se montaient à 3062.3 milliards en 2011 passent à 4740.2 milliards en 2012 (+54.8%), et à 5013 milliards en 2013 (+5.75%). Elles sont prévues à 5434.7 milliards en 2014 (+8.4%) et à 5887.7 milliards en 2015 (+8.3%), pratiquement au même rythme que la croissance réelle projetée. Les exportations quant à elles stagnent sur la période. Les exportations qui se montaient à 5806.9 milliards en 2011 passent à 6006 milliards en 2012 (+3.9%), et à 6084 milliards en 2013 (+1.3%). Elles sont prévues à 6599.3 milliards en 2014 (+8.5%) et à 6986.9 milliards en 2015 (+5.9%).

On comprend la forte dégradation du compte courant de la balance des paiements. Le solde courant en pourcentage du PIB se monte à 12.9% en 2011, -1.9% en 2012 et -4.2%. Il est prévu à -4.1% en 2014 et -4.9% en 2015. Une telle dégradation rapide et durable des comptes courants extérieurs traduit la perte de compétitivité de l’économie.

Ces tendances de la croissance de l’économie ivoirienne ne peuvent être soutenables que si elles s’accompagnent d’un endettement extérieur continu. Or la bulle de l’endettement est en train de se dégonfler, personne ne veut voir la Côte d’Ivoire redevenir surendettée. Même le succès relatif de l’émission récente d’eurobonds (avec un taux d’intérêt de 5.65%, qui est presque le double des taux LIBOR plus 2 à 3%, soit 2.5 à 3.5%, offerts par les marchés au moment de l’opération) n’est que l’hirondelle qui est loin d’annoncer un nouveau printemps du surendettement irresponsable des années Bédié. D’ailleurs, le fait que l’Etat n’est retenu dans cette opération que 750 millions de dollars US sur un carnet d’offre de 4550 millions de dollars US, soit seulement 15.75%, et l’échec du dernier emprunt obligataire sur le marché de l’UEMOA sont des signes des limites imposées à un ré-endettement trop rapide du pays.  

Par ailleurs, la nature profonde de cette croissance explique sa fragilité et son faible impact positif sur la vie des populations.

Tout d’abord les ressorts de la croissance sont temporaires (le rattrapage économique mécanique et les effets de la réduction du stock de la dette extérieur) agissent comme un choc mou favorable. Le rattrapage économique s’est accompagné d’une explosion de l’inflation (jusqu’à 14% de taux d’inflation, près de 5 fois la norme communautaire). Si le pays était bien organisé en cette année l’évolution aurait entraîné un accroissement des recettes publiques. Mais, les pillages et la désorganisation des régies financières n’ont pu permettre de capter ces recettes. L’Etat, qui était porté à bout de bras par la communauté internationale, s’est au contraire lancé dans une course effrénée au ré-endettement. Une partie de ces fonds a alimenté la croissance des investissements publics (doublement entre 2011 et 2012), exécutés essentiellement par les firmes étrangères, notamment françaises. Le pillage des domiciles et des entreprises ont permis aux ex-rebelles de constituer une sorte d’accumulation primitive qui servira, à côté de tous les trafics et les détournements de fonds constatés dans presque tous les secteurs, à alimenter la consommation de biens importés par une petite frange de la population au détriment du plus grand nombre, maintenu dans la misère. Tout se passe comme si le pays a vécu au cours de ces 3 dernières années sur les importations de biens d’équipements et mobiliers pour les grands travaux et les biens de consommation financées par l’endettement public et les fruits des rapines.

Comme indiqué ci-dessus ces éléments ne peuvent être durables. La capacité de ré-endettement de l’Etat à une limite, apparemment déjà atteinte et on ne peut piller indéfiniment des biens et patrimoines (publics et privés) qui ont été constitués pendant des décennies, qui ne peuvent se renouveler du jour au lendemain. C’est le propre des systèmes qui repose sur la prédation et qui dépérissent à l’épuisement des ressources pillées.

La stratégie de relance adoptée par le pouvoir, tirée essentiellement par la demande publique aurait du être relayée  par une simulation des ressorts d’une croissance tirée par l’offre avec un appareil de production revigoré. Ce n’est pas le cas, il n’y a donc pas de création significative de richesses pouvant permettre de faire face à un endettement continu. Le règne de l’insécurité provoqué par des désœuvrés en arme faisant office de force de sécurité, ne milite pas en faveur d’investissements durables et créateurs de richesses. On constate l’absence d’une politique de stimulation de l’offre et de la compétitivité (forte hausse des importations et stagnation des exportations).

Ensuite, la croissance de ces dernières années en Côte d’Ivoire n’est pas inclusive, elle est même exclusive. La majorité des ivoiriens ne voient pas les taux de croissance extrêmement élevés impacter positivement leurs conditions de vie. Les emplois sont toujours aussi rares malgré le « vuvuzela » du gouvernement sur la création d’emplois, la vie est toujours aussi chère, les services publics délabrés (peu de nouvelles écoles primaires, de nouveaux lycées, et ceux existant sont peu entretenus, pas de nouveaux hôpitaux et centres de santé, ceux existant sont à l’abandon, dépourvus de médicaments, même les CHU ne sont pas mieux lotis, on parle de plan d’urgence de remise en état des services des urgences, tandis qu’on est obligé de fermer certains CHU). Toutes les routes nationales et départementales sont délabrées, de nombreuses voies secondaires et pistes rurales sont presque fermées, envahies par la broussaille. La voirie urbaine dans les principales villes est moins bien tenue que pendant les 10 ans de guerre imposés à l’administration Gbagbo.

En fait, la croissance économique qu’on observe en Côte d’Ivoire depuis 2012 traduit le retour à une économie totalement extravertie, désarticulée, et qui ne profite point au plus grand nombre d’ivoiriens. Les ivoiriens assistent, impuissants, à la gloutonnerie des pillards et leurs alliés abusivement baptisée croissance économique. En effet, avec une production agricole stagnante, l’extraction pétrolière en baisse et une industrie manufacturière en berne, la croissance ivoirienne actuelle est tirée par quelques grands travaux financés sur emprunt public et exécutés par des entreprises étrangères, notamment françaises, accompagnées par leurs auxiliaires que constituent les capitalistes arriérés complices de la rébellion en provenance des pays de la sous-région (surtout du Burkina Faso) sur le modèle de richissimes analphabètes comme les Kagnassi et Kanazoé. Ceux-là ne peuvent concurrencer les grands groupes français et se contentent toujours des domaines cédés en sous-traitance que ces derniers n’affectionnent pas sur les projets qu’ils gèrent (construction de barrages hydro-électriques, BTP, construction et immobilier, secteur minier, etc.). La croissance est également tirée par la surconsommation des produits importés de l’élite actuelle et des chefs rebelles, également analphabètes pour la plupart, ayant mis sous coupe réglée tous le pays. Tout ce beau monde est abonné à un retour déconcertant au mimétisme des années 1970 et 1980, jusque dans les habitudes vestimentaires (on abandonne les chemises et les tenues locales) et au recours à des produits artistiques importés (abandon des artistes locaux), mettant à mal la balance des paiements et la parité du F.cfa.

Dans le même temps le pouvoir s’emploie à étouffer les petits commerces, les services de proximité (le transport informel, les cabines téléphoniques, les petits mécaniciens et réparateurs divers, etc.) au prétexte d’une politique d’assainissement des grandes villes, notamment d’Abidjan. Cette tendance à étouffer le secteur privé local se retrouve dans le refus d’apurer les arriérés intérieurs et même de continuer à les accumuler.

Ainsi les arriérés sur la dette fournisseurs se sont accrus de 95.4 milliards en 2012 après une réduction de 25 milliards en 2011 et au lieu d’une réduction de 25 milliards prévue comme en 2011 (soit un gap de 120.4 milliards par rapport au programme). La programmation de la réduction de la dette fournisseur était de 50 milliards en 2013 et 2014 et de 40 milliards en 2015. Mais la programmation n’a pas été respectée en 2013 et rien ne nous dit que ce sera le cas en 2014 et 2015. La dette intérieure s’est transformée en un feu d’où viennent s’immoler les « desesperados » du régime qui s’attendaient à une pluie de milliards qui inonderait tous les foyers. Effectivement la pluie est tombée d’une manière jamais observée en  Côte d’Ivoire m’est c’était pour noyer les ivoiriens.   Il faut ajouter à ces arriérés sur la dette fournisseurs les arriérés sur le service de la dette intérieure : 348.9 milliards en décembre 2012, 327 milliards en décembre  2013 et 307.4 milliards dès mars 2014. Ainsi pour la seule année 2012 pour laquelle nous disposons de toutes les données les arriérés intérieurs (dette fournisseurs et service de la dette intérieure) se seraient monté à 444.3 milliards, pas loin d’1 milliard de dollars US (906 millions exactement). Ainsi, le pays se ré-endette rapidement tout en accumulant les arriérés intérieurs. Quel pays dont l’économie à la dimension  de la Côte d’Ivoire peut « immoler » son secteur privé domestique à ce point et espérer voir une relance de l’offre domestique. Il est totalement illusoire de croire que l’investissement privé peut décoller dans ces conditions. A ce rythme, la solution Mandiara Ouattara risque d’être la solution de l’émergence.

L’autre boulet de l’évolution économique actuelle de la Côte d’Ivoire c’est la cherté de la vie, qui mesure en fait le degré d’appauvrissement des populations. Le gouvernement dit que le taux d’inflation est faible depuis 2012 (autour de 2% l’an). Mais, paradoxalement les populations continuent de vivre les affres de la vie chère. La réalité réside dans l’explosion des prix de 2011 (plus de 14% d’inflation en une seule année, soit un taux d’inflation de près de 5 fois la norme communautaire et du taux d’inflation habituelle autour de 3%). On a expliqué que cette explosion était due à la guerre et à la crise post-électorale, ayant perturbé temporairement l’offre (notamment le dérèglement des travaux champêtres et une montée en flèche du racket) et occasionné un gonflement anormal des marges des distributeurs et des commerçants.

Il faut ajouter aux facteurs à l’origine de la cherté de la vie les impacts de certaines mesures prises par le gouvernement lui-même : augmentation à répétition des prix de l’électricité, augmentation des prix du carburant, une conséquence du rétablissement sans gardes de fou du mécanisme de fixation automatique des prix des produits pétroliers, le harcèlement des petits métiers et commerce de proximité qui proposent grâce à la divisibilité des ventes des packages quantité-prix de certains produits essentiels supportables par les plus démunis, la récente fixation du péage sur l’autoroute du nord à un niveau exorbitant, etc.. Toutes ces mesures ont contribué à maintenir le niveau des prix très haut.

Une fois le niveau des prix atteint cette crête, la seule façon de ramener les prix à des niveaux supportables c’est une baisse en niveau des prix grâce à une normalisation progressive de l’offre et à un retour à des marges de distribution raisonnables. Le fait d’avoir des taux d’inflation plus faible sur des prix qui ont déjà atteint le plafond ne résout donc pas le problème de la cherté de la vie. Le pouvoir ivoirien est incapable de résoudre ce problème ; ou bien il ne le comprend pas, ou bien il n’ose pas s’attaquer aux vrais causes du phénomène puis qu’elles impliquent ses soutiens (les distributeurs et commerçants et les forces de « l’ordre », notamment les FRCI). Et c’est la population qui paie cette incurie des gouvernants.

On pourrait multiplier les domaines dans lesquelles l’évolution récente ne rapproche pas la Côte d’Ivoire d’une quelconque émergence mais au contraire la précipite dans le gouffre des incertitudes économiques et de l’appauvrissement accéléré des populations.

Méfions-nous des taux de croissance flatteurs de la Côte d’Ivoire depuis 2012. Ils ne doivent pas nous faire perdre de vue la fragilité des sources de la croissance, son caractère exclusif et la pauvreté croissante qu’elle engendre. Ceci ne doit pas occulter le ré-endettement irresponsable et l’accumulation des arriérés intérieurs. Ceci ne doit pas occulter l’affaissement de la compétitivité du pays avec un déficit de la balance des paiements courants qui explose littéralement.

 

Par Jean Charles TIEMELE, Expert Economiste Financier.

jeudi, 12 juin 2014

POUR LA LIBERATION IMMEDIATE DU PRESIDENT LAURENT GBAGBO!

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Depuis son élection en 2000, le président Laurent Gbagbo a été la victime d’attaques répétées - médiatiques, politiques, puis militaires -, qui ont culminé après sa réélection confirmée par le Conseil constitutionnel de Côte d’Ivoire, avec son arrestation le 11 avril 2011 par les forces spéciales françaises aidées par leurs supplétifs africains.

Après 10 jours de bombardements de la capitale économique ivoirienne, Abidjan, et particulièrement de la résidence présidentielle, suivis d'une répression impitoyable par les forces coalisées, provoquant des milliers de victimes parmi les partisans civils du président Gbagbo, ce dernier a été incarcéré hors de toute légalité dans le Nord du pays, dans des conditions de détention scandaleuses, ainsi que sa famille et l’ensemble de son gouvernement.

La justice des vainqueurs a ensuite organisé, en complicité avec le procureur de la Cour pénale internationale, les puissances néocoloniales et le nouveau régime qui leur est inféodé, son transfèrement à la Haye dans des conditions juridiquement plus que contestables.

Pour que la force des armes ne devienne pas un droit, nous, responsables politiques et intellectuels d’Afrique et du monde :

- Exigeons lalibération immédiate du président Laurent Gbagbo ;

- Demandons sa réhabilitation judiciaire pleine et entière.

Seules cette libération et cette réhabilitation créeront les conditions du rétablissement d'une confiance mutuelle entre les populations de Côte d'Ivoire et d'une véritable réconciliation nationale.

 

SIGNATAIRES

 

Association des Amis de Laurent GBAGBO

Albert BOURGI / Robert CHARVIN / Bernard Binlin DADIE / Amath DANSOKHO

Mireille FANON MENDES FRANCE / Patrice FINEL / Michel GALY

Joseph Kokou KOFFIGOH / Guy LABERTIT / Malick NDIAYE

Jean-François PROBST / Denis PRYEN / Paul Bert RAHASIMANANA / Aminata TRAORE

Jean ZIEGLER / Kofi YAMGNANE / Boubacar Boris DIOP

Massa KONE (militant pour la défense des droits des démunis au Mali)

Félix TANO (ancien membre du Conseil Constitutionnel de Côte d'Ivoire)

Les anciens Ministres de Côte d'Ivoire Adou ASSOA, Ahoua DON MELLO, Bertin KADET,

Lazare KOFFI KOFFI, Douayoua LIA BI, Clotilde OHOUOCHI, Hubert OULAYE /

Bernard HOUDIN / Hanny TCHELLEY / Calixthe BEYALA / Jean-Paul VANHOOVE

Alain CAPPEAU / René EMEH ELONG (U. P. C. en France – Cameroun)

Jean Paul TCHAKOTE (S. D. F. en France - Cameroun) / Djamal BENMERAD (Belgique)

Gadji CELI (Président en exil de l'Union nationale des artistes de Côte d'Ivoire, et du Bureau ivoirien du Droit d'auteur)

Didier ORSOT (Londres) / Prince SERRY dit JAH PRINCE

 

Contact Presse :

Raphaël DAGBO, président de l'Association des Amis de Laurent GBAGBO

Tél : 06 15 52 35 06

E-Mail : asso.amisdelaurentgbagbo@gmail.com

mardi, 10 juin 2014

LES VICTIMES DE DUEKOUE ECRIVENT AU PRESIDENT GBAGBO, PILIER INCONTOURNABLE DU PARDON ET DE LA VRAIE RECONCILIATION EN COTE D’IVOIRE

 

 

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Bien cher Président,

Ce sont déjà trois longues années qui sont passées depuis ce triste et honteux 11 Avril 2011, quand les forces de l’impérialisme et du mal, prises dans un flagrant délit de crimes de masses au sein et tout autour de votre résidence, ont décidé, à défaut de vous assassiner, de vous embastiller, loin de votre peuple. Malheureusement pour nos bourreaux et nos tortionnaires, "l’esprit GBAGBO", a été et reste, plus que jamais omniprésent dans notre quotidien à tous, victimes et bourreaux confondus !

Dans leur méchante volonté de vous jeter dans les souterrains de l’oubli, ils ont ainsi ameuté le monde entier à s’intéresser de plus près à vous, à notre sort d’Ivoiriens pris en otage dans notre propre pays mais surtout à faire l’inventaire encore inachevé de leurs crimes en association avec les bandes de rebelles qu’ils ont formés au Burkina Faso pour attaquer la Côte d’Ivoire en Septembre 2002.

A la veille de l’audience du 13 Juin 2014 à La Haye et à l’aube de ce "jour nouveau" qui, nous le croyons, s’est déjà levé sur la Côte d’Ivoire, à vous, notre bien-aimé Président, nous, victimes des crimes les plus odieux et encore impunis car minimisés par vos geôliers de la C.P.I., nous voulons, du fond du cœur, vous dire merci. Oui, Président GBAGBO, merci ! C’est vrai, tous ceux des nôtres qui sont morts par leurs bombes ne reviendront plus à la vie. Mais que se serait-il donc passé, à ce jour, si vous en qui nous avons eu confiance et qui incarne l’espoir de notre peuple, vous aviez fui dès que votre résidence a été attaquée ? En toute sincérité, très cher Président, votre courage, votre détermination et votre foi  ont sauvé la mise à tous les patriotes restés en vie et au pays même. Et voici qu’après de longues et interminables nuits de mensonge, la vérité vient, de façon irrésistible, grâce à votre ténacité à La Haye, éclairer notre "terre d’Espérance", l’Afrique et le monde de la lumière d’un jour nouveau, (en souvenir d’une vos paroles fortes de la campagne présidentielle en 2010). Nos adversaires auront-ils l’audace ou le courage de vouloir aller avec nous, comme nous le souhaitons, jusqu‘au bout de cette affaire ?

Seulement, chose curieuse ou bizarre, Président GBAGBO, où sont-ils tous passés, tous ceux-là qui vous ont empêché, dès votre élection en 2000, de réaliser le programme pour lequel nous vous avions élu ? Où sont-ils, tous vos détracteurs tels CHIRAC, DE VILLEPIN, Michèle ALLIOT-MARIE, SARKOZY et KOUCHNER, par exemple, pour ne citer qu’eux ? Nous les savons vivants mais pourquoi se tiennent-ils en retrait, loin de La Haye, au lieu de s’y rendre pour confirmer tout simplement les charges retenues contre vous ? Pourquoi se sont-ils emmurés désormais, dans un silence des plus bruyants car trop suspect, tant ils ont vociféré ici contre un président légalement élu en Côte d’Ivoire, fait la part belle à des rebelles  qui ont éventré des femmes enceintes ou décapité des bébés ? Où sont-ils, pour enfin en finir avec  vous, l’innocente victime de leur méchanceté qui a fait assassiner sans suite aucune même certains de leurs propres compatriotes tels Philippe REMOND, LAMBELIN et autres, parce que ces derniers avaient pris fait et cause pour le peuple de Côte d’Ivoire? Quel complexe ou handicap majeur les tient aussi loin de La Haye, surtout qu’en 2004, ces dirigeants français vous ont accusé, Président GBAGBO, d’avoir fait tuer neuf de leurs soldats, quand notre armée nationale chassait les rebelles de Bouaké ? Des soldats français dont les parents n’ont pas pu voir ou fait autopsier les corps car précipitamment enterrés aux Invalides à Paris.             

Président GBAGBO, ils ont longtemps menti au monde pour nous assujettir. Ils ont rugi contre vous et ils ont fini par rougir devant votre refus de vous soumettre à leurs ordres iniques. Ils ont donc tremblé de tout leur corps et tel Lucius –le diablotin-, ils ont porté le fer et le feu contre vous et votre peuple. En vous emprisonnant après avoir massacré votre peuple dont le seul crime est sa dignité non négociable, ils avaient cru leur tour bien joué. Malheureusement pour nos bourreaux, depuis le 11 Avril 2011, le devoir d’humanité, de par le monde entier, par souci de vérité et de justice, a pris son envol, s’est amplifié chaque jour, contrairement au temps qui semblait s’être arrêté ce jour-là. Qui, bien sensé, peut aujourd’hui nier la victoire du sens de devoir d’humanité conduit par des millions de démocrates aux quatre coins du monde, sur la perfidie rétrograde d’impérialistes et leurs obligés aux abois ?

Président GBAGBO, en raison des quelques propos qui précèdent mais aussi de nombreux autres faits à notre avantage à tous, nous,  victimes de Duékoué, nous vous disons tout simplement merci !!! Merci de n’avoir pas enjambé le mur de la clôture de votre résidence pour abandonner votre peuple aux mains de génocidaires désormais pris au piège du flagrant délit, de la confusion et d’une grande amertume. Merci pour ce courage, pour cette détermination, cette foi  et cette sérénité qui nous ont donné des raisons sérieuses d’espérer quand, en réfugiés sur nos propres terres,  nous vivions entassés tels des  objets, à la Mission Catholique de Duékoué, ce jour noir du 11 Avril 2011 !

Dans quelques jours, Président GBAGBO, nous serons le 13 Juin 2014. Pour nous, victimes de Duékoué, ce jour est déjà passé ! Une façon pour nous de dire que la Cour Pénale Internationale sait très bien depuis toujours que vous avez tort, vous et tous nos compatriotes dans les prisons françaises en Côte d’Ivoire, vous avez tort simplement parce que vous avez toujours eu raison depuis le début de cette scabreuse affaire montée par la France du gain cupide et assassin. Grand bien lui fasse, à cette France, de comprendre que seule votre libération libèrera le chemin obstrué de sa tranquillité, tellement cette France s’est fourvoyée  en bombardant lâchement notre peuple, après des siècles de pillage de nos ressources. Or, ce n’est point parce que la C.P.I. se refuse d’analyser ou d’enquêter sur une gratitude aussi basse de la part de la France que nous, victimes de tous ces dérapages néocolonialistes, nous allons abandonner notre Président, le Timonier de la renaissance africaine aux mains de geôliers aux ordres des forces impérialistes.

La C.P.I. qui joue son propre destin dans ce procès contre vous, Président GBAGBO, saura trouver les mots justes pour masquer le cuisant échec et la honte de ceux qui, comme des pirates, se sont crus pendant longtemps les maîtres de nos vies. Président GBAGBO, votre peuple vous attend, sans colère et sans haine, pour aider à effacer la grande honte subie par tous ceux qui vous ont lâchement attaqué et vilipendé mais qui peinent aujourd’hui à nous réconcilier,  à votre insu. C’est dans le calme et la sérénité que nous vous attendons Président GBAGBO, votre fils BLE Goudé Charles aussi, surtout qu’il n’y a vraiment rien en face, du Quai D’Orsay à La Haye via l’Elysée, si ce n’est du maïs !

Notre honneur et notre dignité n’étant pas négociables, nous vous disons : "à bientôt Président !!!" et paix sur nos - plus que trois mille - morts.

 

Pour le collectif des victimes de Duékoué (Carrefour & Nahibly): Emmanuel Caleb, le 6 Juin 2014.

TENTATIVE DE BÂILLONNEMENT DE LA PRESSE PANAFRICAINE, RSF INTERPELLE AFFOUSSY BAMBA

 

 

Reporters sans frontières

 


LETTRE OUVERTE DE RSF À LA MINISTRE DE LA COMMUNICATION DE COTE D’IVOIRE


PUBLIÉ LE MARDI 3 JUIN 2014.



Madame Affoussiata Bamba Lamine, Ministre de la Communication de la République de Côte d’Ivoire, BP. V 138 ABIDJAN 01 CÔTE D’IVOIRE

Objet : Atteinte au pluralisme des médias

AFFOUSSIATA BAMBA.jpg

Madame la Ministre de la Communication,

 

Reporters sans frontières, organisation internationale de défense de la liberté de l’information, souhaite vous faire part de son étonnement à la lecture de votre lettre adressée à votre homologue béninois en date du 14 mai 2014 dans laquelle vous lui demandez de « mettre un terme » aux émissions « Devoir de vérité » et « Devoir de vérité Actu ».

Les émissions ont par la suite été suspendues en date du 30 mai 2014 sur décision de la Haute Autorité de la communication béninoise.

Nous avons pleinement conscience du caractère partisan et de la présentation partiale des faits par ces deux émissions, néanmoins cela ne nous semble pas justifier une telle ingérence dans l’audiovisuel privé d’un pays voisin.

Le 12 mai 2014, lors de notre rencontre à Abidjan, le président Alassane Ouattara avait certes estimé que le climat politique n’était pas encore « propice » à la libéralisation des médias audiovisuels, mais s’était néanmoins déclaré en faveur de l’esprit d’une telle évolution. Comment justifier alors cette plainte qui va clairement à l’encontre du pluralisme et de l’ouverture voulus par le président ?

Quand l’audiovisuel ivoirien sera libéralisé, après les élections de 2015, engagement du président Ouattara, le gouvernement ivoirien aura sûrement à faire face à des opinions très critiques. La solution du ministère de la Communication sera-t-elle alors de faire taire ces voix dissidentes, hors de tout recours légal ?

Nous vous demandons de réaffirmer au plus vite votre attachement au pluralisme des médias audiovisuels et de mettre un terme à ces mesures interventionnistes.

Je vous remercie par avance pour l’attention que vous porterez à notre demande et vous prie d’agréer, Madame la ministre, l’expression de ma haute considération.

 

Christophe Deloire
Secrétaire général de Reporters sans frontières

 

CC/
Monsieur Komi Koutché, Ministre de la Communication de la République du Bénin

Monsieur Amadou Coulibaly, Conseiller en communication pour l’audiovisuel et les TIC, Présidence de la République de Côte d’Ivoire

Monsieur Charles Providence Gomis, Ambassadeur de la République de Côte d’Ivoire en France

Monsieur Théophile Nata, Président de la Haute Autorité de l’audiovisuel et de la communication de la République du Bénin