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mardi, 31 août 2010

NOMINATION DU GENERAL BETH COMME AMBASSADEUR AU BURKINA : FAIRE TRES GAFFE A LA FRANCE !

 

GENERAL BETH.jpg

Sous des dehors de préoccupations sécuritaires dans la région sahélienne, la France installe dans la sous-région ouest-africaine un commandement d'opérations spéciales (obscures) contre la Côte d'Ivoire, en nommant le Général Beth, un acteur de la crise ivoirienne, ambassadeur au Burkina Faso. Ivoiriens, il faut savoir lire entre les lignes; vous êtes avertis! A bon entendeur...! Fernand Dindé.

 

A deux mois de la présidentielle en Côte d'Ivoire : Paris installe le général Beth à Ouagadougou


Le général de corps d'armée Emmanuel Beth, est officiellement, depuis le mercredi 4 août 2010, le nouvel ambassadeur de France au Burkina Faso. Il remplace, à ce poste, le civil François Goldblatt.


Pour ceux qui ne s'en souviennent pas, le général Beth fut le premier commandant de l'opération Licorne en Côte d'Ivoire, en 2002, après la tentative de coup d'Etat muée en rébellion armée. Il dirigea la Licorne du 1er octobre 2002 au 30 mai 2003. C'est sous lui que s'est déroulée la récupération des ressortissants français vivant à Bouaké qui fut "un prétexte", selon des sources informées, pour "permettre aux rebelles acculés par l'armée ivoirienne de bénéficier d'appui de mercenaires et d'armement". La signature du cessez-le-feu entre les Fds et la rébellion sous les auspices du Sénégal, alors président en exercice de la Cedeao et l'accord de Linas-Marcoussis se sont effectués pendant qu'il était à la Licorne.


Le général Beth est surtout celui qui a consacré la partition de la Côte d'Ivoire. Puisqu'il est le concepteur de la zone de confiance. Pourquoi Sarkozy nomme-t-il Beth à Ouaga en cette période-ci ? La revue française "La Dépêche diplomatique", datée d'août 2010, livre en des termes voilés, les raisons de ce pré- positionnement d'un ambassadeur militaire français au Burkina Faso : "Les confins sahélo-sahariens seraient devenus une zone à risques, la situation n'est pas stabilisée au Niger ; au Mali, le général d'armée, Amadou Toumani Touré, président de la République, va probablement laisser la place à un "civil" lors de la prochaine élection 2012. A Abidjan, la présidentielle d'octobre 2005 sera organisée (au mieux) en octobre 2010 ; et si cela ne se produisait pas, on peut penser que l'axe Abidjan-Ouagadougou en subirait les effets collatéraux (pour ne pas dire plus). A Ouagadougou, Blaise Compaoré va rempiler (sans surprise) pour cinq ans à la suite de la présidentielle du 21 novembre 2010 (dans tout juste trois mois). C'est dire que Ouaga est le centre de gravité du triangle Abidjan/Bamako/Niamey. Voilà pour le contexte. Pour le reste, ce sera le job de Beth", écrit le magazine.


En des termes plus clairs, la France, qui visiblement prévoit une déflagration du contexte sociopolitique en Côte d'Ivoire si l'élection présidentielle ne se tient pas comme prévue le 31 octobre prochain, a préféré nommer, à Ouagadougou, un général, ancien commandant de l'opération Licorne, pour organiser les interventions en terre ivoirienne.


Paris qui ne croit ni en l'Accord de Ouagadougou ni en l'excellence des relations bilatérales entre la Côte d'Ivoire et le Burkina Faso, présage déjà des tensions entre les deux pays au-delà du 31 octobre.


Comme on peut le constater, cette nomination du général Beth cache bien des secrets qui ne sont pas faits pour ramener la stabilité en Côte d'Ivoire et en l'Afrique de l'ouest. Une sous-région confrontée, pourtant, à des réalités ignominieuses telles que les coups d'Etat, les rébellions armées, le terrorisme, le trafic de drogue, le fondamentalisme religieux et le rapt de civils occidentaux innocents.


Didier Depry (ddepry@hotmail.com)

Source: Notre Voie N° 3669 du Lundi 30 Août 2010

jeudi, 19 août 2010

A QUI PROFITE LA REBELLION AFRICAINE ?

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« Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'au bout pour que vous puissiez le dire ». (Voltaire).

A qui profite la rébellion africaine ?

Il y a quelques semaines, une des lectrices du Filament, Mme Emilie K., pour ne pas la nommer, m'a adressé une lettre, personnellement, pour me demander de donner un résumé et un commentaire du livre « Pourquoi je suis devenu un rebelle », écrit et publié, en 2004, par M. Guillaume Soro, Premier ministre ivoirien. Mme Emilie K. m'a aussi demandé de répondre aux questions suivantes : Qu'est‐ce qu'un rebelle ? Pourquoi et comment la rébellion est née en Afrique ? A qui profite la rébellion africaine? Qu'est‐ce que la rébellion apporte à l'Afrique ?...

Au‐delà de ma modeste personne, c'est, à ce que je pense, à nous tous et toutes, que Mme Emilie K. demande de réfléchir, très sérieusement, sur la rébellion et de tirer des leçons des rebellions africaines, comme hier on en a tiré des guérillas sud‐américaines. En attendant que des personnes bien outillées puissent apporter des réponses plus édifiantes aux questions que pose Mme Emilie K, je me vais m'atteler à dire, ici, ce que je pense, étant donné, n'est‐ce pas, que Mme Emilie K. m'a interpellé personnellement.

Du livre de Soro Guillaume

D'abord, en ce qui concerne le livre « Pourquoi je suis devenu un rebelle », je dois d'emblée avouer que, connaissant plus ou moins les raisons de la rébellion ivoirienne, à travers les diverses déclarations des rebelles eux‐mêmes, les reportages, et les dossiers de presse, je ne me suis sincèrement pas intéressé à le lire. Certes à tort, je le reconnais. A preuve, je ne puis actuellement pas en proposer un commentaire.

Mais, j'ai changé d'avis. Depuis quelques jours, j'ai passé la commande du livre et crois pouvoir le lire et être à même d'en parler dans l'une de nos prochaines parutions. Ceci dit, venons‐en à l'autre volet de la lettre de Mme Emilie K., notamment les questions.

Qu'estce qu'un rebelle ?

Une rébellion est un mouvement de contestation ou de remise en cause des autorités en place, ainsi que de refus, voire de négation de l'ordre institutionnel établi. Tel est le principe de base de toute rébellion.

Généralement, la rébellion a une base locale et une sphère de rayonnement régionale. En effet, elle naît toujours dans une région ou part communément d'une région donnée du territoire national et s'y cantonne. Pour justifier leur action ou leur mouvement, les rebelles mettent en avant la mauvaise répartition des richesses nationales, les disparités ou inégalités socio‐économique de l'espace national, tout cela brandi comme une injustice flagrante plus jamais insupportable, et comme des motifs de frustrations longtemps contenues, et dont il faut immédiatement se départir.

Voilà ce qui, en principe et au‐delà des motivations individuelles des leaders, sert de motifs fondateurs, d'alibi ou de justification sociale, politique, morale, psychologique ou intellectuelle à toute rébellion. Sur cette base, on s'attendrait a ce que les rebelles s'engagent dans des activités, des ouvrages ou des actions pratiques pour développer la région concernée. Mais non ! En lieu et place de tout cela, c'est‐à‐dire d'un mouvement « pacifique » de revendication régionale pour réparer les inégalités et les frustrations décriées, les rebelles défient les autorités et s'arment, sans doute pour conférer plus d'efficacité à leur action. Leur mouvement devient, alors, politique et surtout militaire, autrement dit, de violence. On en arrive alors, à une lutte armée. Ainsi, la stratégie, les méthodes et les buts changent, du tout au tout, et cela devient une autre histoire. En effet, ce qui, au départ, n'était qu'une soi‐disant expression de révolte locale et régionale, dégénère et devient un conflit national violent, comme on en a vu au Liberia, en Sierre Leone, en Côte d'Ivoire, etc.

Les rébellions ont la même logique

Les rébellions connaissent, toutes ou presque toutes, la même logique : mouvement régional uni, et enthousiaste au départ, une rébellion le demeure rarement jusqu'à sa fin ultime. Tout le monde sait qu'une rébellion prend fin, soit par la satisfaction entière et totale de ses revendications, soit par une victoire militaire nette, soit par la prise du pouvoir d'Etat, soit par une défaite militaire, soit par sa récupération par le pouvoir et l'ordre en place, soit par la dispersion de ses leaders et dirigeants dont la plupart sont contraints à l'exil ou réduits à la clandestinité intérieure...

On peut alors se demander : d'où vient‐il que la rébellion, qui, au départ, était un mouvement uni, en vient‐elle à se trouver divisée et fatalement affaiblie? La réponse est toute simple. C'est que, chemin faisant, des divergences et des divisions internes apparaissent entre les responsables du mouvement rebelle. Ces divergences qui, généralement, opposent les leaders et principaux dirigeants de la rébellion entre eux et les uns aux autres, sont basées sur des querelles de personnes ou sur des conflits d'intérêts égoïstes essentiellement matériels, financiers et sociaux, et ont un rapport direct avec le niveau d'instruction et de conscience des rebelles dont 95% sont des analphabètes ou demi‐lettrés. Ces divergences apparaissent dès lors que les objectifs premiers du mouvement (de contestation du départ) se trouvent altérés et rejetés en arrière‐plan, chacun agissant désormais, au sein de la rébellion, pour son propre compte et celui de son clan. La vision angélique et l'action unitaire du départ ayant fait place aux soupçons, à la suspicion et aux règlements de compte, eu égard aux spasmes ou fibres ethniques, aux positions sociales privilégiées acquises rapidement par certains chefs rebelles, positions qui les placent, de fait, aux postes d'honneur, souvent avec tapis rouge déplié sous leurs pieds, avec des voyages nombreux, officiels et officieux à l'étranger en première classe, des séjours dans les hôtels huppés avec suites, etc. Ces prérogatives ou privilèges finissent par convaincre les chefs rebelles que, si au sein du mouvement contestataire, on est toujours ensemble, en tout cas on n'est plus désormais les mêmes. Ainsi, même si les rebelles se parlent et se saluent encore, ce n'est désormais plus avec enthousiasme ou ferveur, etc. De ces faits, c'est à se demander à qui profite, en réalité, la rébellion ? Nous y reviendrons plus loin. Pour l'heure, intéressons‐nous aux cas singuliers de Jonas Savimbi et de Soro Guillaume.

Du cas exemplaire de Jonas Savimbi

Comme tout le monde le sait, c'est le 22 février 2002 que, à quelques six mois de son 68ème anniversaire, que M. Jonas Malheiro Savimbi, l'un des plus vieux rebelles d'Afrique, le chef de l'Union Nationale pour l'Indépendance Totale de l'Angola (UNITA, fondée le 13 mars 1966) est tombé au front, les armes à la main. En effet, c'est sur les bords de la rivière Luvuei, dans la province de Moxico, au sud‐est de l'Angola, non loin de la frontière zambienne, que le vieux chef rebelle a livré sa dernière bataille. Surpris par l'armée gouvernementale, il a été abattu, non sans s'être défendu.

Quinze balles logées dans son corps. Montré le lendemain à la télévision angolaise, son corps gisait sans vie, baignait dans son propre sang, son sang à lui Jonas Savimbi. Toutefois, il avait le visage serein et intact, les yeux mi‐clos. II a fini comme finissent tous les rebelles de son espèce, Samuel Doe, Fodé Sankoh, Ousmane Mané, Joseph Kabila..., qui, eux aussi, avaient défiguré leurs pays respectifs, par des guerres, par des violences, par des tueries sans nom...

L'Histoire retient que le leader de l'UNITA, M. Jonas Savimbi, avait résisté très longtemps, depuis 1962, au temps du FNLA (Front National de Libération de l'Angola, présidé par Holden Roberto). Pour lui, céder au MPLA aurait signifié l'humiliation suprême. Certes, Savimbi était à la fois un chef charismatique, un stratège, un nationaliste intransigeant. Avec un parcours exceptionnel, où le revers l'a, finalement, emporté sur le succès. Obstiné par une volonté farouche d'aller, tête baissée, jusqu'au bout de ses convictions, il reste, en définitive, un rebelle jusqu'au bout, du moins jusqu'à la mort. Tel est le sort de tout rebelle, c'est‐à‐dire de tout individu qui prétend rétablir ses concitoyens dans leurs droits, et qui ôte à ceux‐ci le premier des droits humains, à savoir, le droit à la vie. Telle est la leçon que devront retenir ceux qui, commandités ou commis pour tuer M. Laurent Gbagbo et prendre le pouvoir sans passer par la voie des urnes, ont hélas ! défiguré la Côte d'Ivoire et nous ont mis dans la ténébreuse et ignominieuse situation où nous nous trouvons depuis plus de 8 ans.

Ma « Lettre ouverte à Monsieur Guillaume Soro ».

En 2002, je me trouvais à Abidjan, en tant que professeur de Lettres à l'université de Cocody et intervenant à l'ENA, quand la guerre a éclaté en Côte d'Ivoire. En 2004, quand, j'ai appris que M. Soro Guillaume, chef des rebelles, fut de nos élèves au lycée de Korhogo, j'ai décidé, sans doute par déformation professionnelle, de lui adresser une Lettre ouverte pour lui dire ce que je pense et pour l'amener à bien situer sa responsabilité dans cette rébellion dont il se gargarisait, par des déclarations ronflantes et tonitruantes. Pour votre respect, je me permets de reproduire ici, ma « Lettre ouverte à Monsieur Guillaume Soro », qui semble être passée inaperçue, à l'époque, et dont Mme Emilie K. me donne l'opportunité de reparler. La voici, cette lettre ouverte :

« Monsieur Guillaume Soro,

Je vous envoie cette lettre en espérant qu'elle vous parviendra, que vous la lirez jusqu'au bout et que vous m'en donnerez réponse et avis.

Tout d'abord, je voudrais vous poser cette question : M. Soro Guillaume, d'où tirez‐vous votre légitimité pour prétendre nous imposer votre volonté et vos caprices de cow‐boys des films westerns d'antan, lesquels cow‐boys, hors‐la‐loi et sans civisme ni éducation, défient le Sheriff du district et imposent leur loi, par la force de leurs pistolets ? Sachez, M. Soro Guillaume, que cette époque est révolue. Les temps modernes nous commandent d'utiliser, de nos jours, même dans le Far West, la voie des urnes pour accéder au pouvoir, pour pouvoir marcher sur des tapis rouges et pour pouvoir prétendre diriger les hommes en vue, (tenez‐vous bien !), de contribuer à favoriser leur bien‐être et le progrès de l'humanité.

A votre avis, depuis que vous êtes rebelle, M. Soro Guillaume, qu'est‐ce que la Côte d'Ivoire a gagné ? Qu'est‐ce que les gens du Nord ont gagné ? Qu'est‐ce que vous avez ajouté à l'humanité ? Quelle image représentez‐vous pour le présent et le futur dans l'histoire ? Quelle leçon la jeunesse peut‐elle tirer de vos actes?...

Alors que les autres peuples sont dans des laboratoires et dans les usines pour fabriquer des ordinateurs, des médicaments, des avions, des machines, des appareils..., pour notre aisance et notre santé, vous et vos amis en armes (rebelles et ex‐rebelles), ainsi que vos alliés (connus et inconnus ou méconnus), n'avez aucune honte, aucun regret, ni remords, de tuer nos parents et nos amis.

Vous n'éprouvez aucune gêne, ni aucun dégoût à voir notre pays dans cet état lamentable, à vous faire payer sans travailler, à piller et à faire piller les ressources de notre pays ; vous êtes fiers de narguer nos autorités et nos élus, fiers de fouler aux pieds nos lois, nos institutions et notre Constitution, comme des gens sans éducation ni morale. Vous vous en enorgueillissez de nous imposer les chefs que vous, vous voulez sans même notre avis, sans notre accord, et sans élection, etc. Mais, on est où là ? Vous n'avez pas honte de publier des livres et de faire des déclarations et des tapages sur vos tueries et vos desseins diaboliques qui relèvent de la pure délinquance. Avez‐vous jamais compris que vous vous êtes ainsi déclaré à la face du monde, par vous‐même, délinquant de première catégorie et assassin en liberté ? Les preuves sont là, palpables, par vous‐même fournies, dans votre livre qui se résume en ceci : Je suis un rebelle et voici ce que j'ai fait et commis comme actes. Ce que les Ivoiriens ont subi, ce n'est ni un conte de fée, ni une rumeur... Oui ! M. Soro Guillaume, vous avez osé écrire cela ! C'est à se demander si l'on ne manque pas parfois de bon sens et d'« esprit des lois » (Montesquieu)?

M. Soro Guillaume, vous qui, à ce que je crois savoir, avez fait des études universitaires, devriez avoir honte d'agir comme vous faites. Arrêtez de vous comporter comme un cow‐boy ou un dozo (chasseur analphabète initié dans le maniement de fusil traditionnel). Arrêtez ça, ici et maintenant. Aucun rebelle n'a, il faut le savoir, longue vie. Et donc, vous êtes en train d'écourter, de miner votre espérance de vie, comme les Savimbi, John Garrang, Fodé Sankoh et autres rebelles qui croyaient que la nuit était si longue qu'il ne ferait pas jour. Et puis, vous savez, on connaît le sort des cow‐boys dans les westerns : le film finit quand finit la vie du cow‐boy, parce que toute chose a une fin.

M. Soro Guillaume, ceux qui vous financent, ceux qui vous poussent et vous encouragent à cet orgueil insensé, à ces fanfaronnades, à ces débilités, ne vous aiment pas du tout et sont vos ennemis premiers. Ceux qui vous suivent savent ce qu'ils y gagnent et se foutent éperdument de ce que vous y perdez. Ils ne vous ont pas conseillé la bonne voie, parce que vous êtes dans l'impasse. Et, je suis à me demander comment vous allez pouvoir vous en tirer, je veux dire, de ce sale drap. Zut ! Il vous faut revenir à la raison! Mais, cela exige, d'abord et avant tout, de mettre bas votre orgueil déraisonné et sans fondement ; cela vous impose d'arrêter de prendre des vessies pour des lanternes. Si, bien entendu, vous tenez encore à la vie qui vous tend les bras et qui vous a tant donné afin que vous soyez utile à l'humanité, et non pour détruire des vies humaines, non pour servir, sans vergogne ni envergure, des intérêts égoïstes, partisans, ethnocentriques, mesquins, utopiques, sataniques...

Il n'est jamais trop tard, dit‐on, et seul le repentir est votre unique voie de salut, quelque soit ce qu'il vous en coûtera. C'est ce que je pense. Du moins, tel est mon sentiment. Avec mes salutations distinguées et sans rancune ».

Je précise que je n'ai pas eu de réponse à cette lettre. Peu importe ! L'essentiel est que, aujourd'hui, M. Soro Guillaume est premier ministre, dans la république. Je pense qu'il m'a entendu. C'est un motif de satisfaction qui m'amène à répondre, pour terminer, à la question : à qui profite la rébellion ?

A qui profite la rébellion ?

On constate, en se référant à la rébellion ivoirienne, que trop de sang a coulé à Korhogo et Bouaké, à Abidjan, à Man, à Gagnoa..., partout, dans toute la Côte d'Ivoire, plus que jamais auparavant. Du sang des Ivoiriens comme des étrangers. Du sang des forces de l'ordre et des populations civiles comme des rebelles. « Nous avons eu plus de morts entre rebelles qu'entre nous et les Forces loyalistes », avait déclaré sur Rfi, M. Séhi Claude, chargé de communication d'IB à Paris. Ces pertes importantes de vies humaines ont endeuillé la Côte d'Ivoire et suscité partout animosité, rancoeur, indignation, colère et désirs de vengeance... Telles les réalités et les résultats de la rébellion ivoirienne.

On constate également que la rébellion ivoirienne n'a pas atteint son objectif qui était de prendre le pouvoir d'Etat. Loin de là. Aujourd'hui, M. Soro Guillaume est siège dans le gouvernement de Laurent Gbagbo. M. Soro Guillaume est premier ministre. M. Soro Guillaume mange à la même table que M. Laurent Gbagbo que, poussé ses mandataires et mû par des forces sataniques, il prétendait assassiner, ou tout au moins chasser du pouvoir pour accéder (lui ou un de ses commanditaires) à la magistrature suprême de notre pays. M. Soro Guillaume a abandonné le sentier battu de la violence sauvage, ignoble et inutile. En a‐t‐il tiré des leçons, de sa rébellion ? S'est‐il assagi ? A‐t‐il compris que les rebellions africaines rabaissent les Africains au rang d'animaux sauvages et de barbares des temps anciens ? Sait‐il désormais que les rebellions africaines réduisent l'Afrique à l'état de jungle ou de champ de bataille permanent, comme du temps des Gaulois ou des vikings ? A‐t‐il compris que les rebellions africaines ont pour victimes les populations africaines, c'est‐à‐dire des femmes, des hommes, des enfants qui ne demandaient qu'à vivre et que, prétendant les rétablir dans la justice ou dans leurs droits, on éventre, on viole, on pille, on déshérite, on égorge, on assassine, on mutile, on chasse de leurs terroirs, on prive de leurs biens acquis durement et âprement ? A‐t‐il compris que ceux qui fabriquent les armes, nous les vendent ou nous arment ne sont pas responsables de l'utilisation que nous en faisons ? A‐t‐il compris que, par les rebellions, les Africains se révèlent les pires ennemis de l'Afrique ?... Par exemple, on sait que les conflits en RDC sont, en grande partie, liés à l'exploitation et au commerce du coltan. Le commerce du coltan aurait procuré aux rebelles et chefs militaires et à des civils rwandais et ougandais des ressources financières énormes et encourage la poursuite du conflit. Les alliés zimbabwéens, angolais et namibiens du gouvernement de Kinshasa sont aussi accusés d'avoir systématiquement pillé les ressources du Congo avec la collaboration de lobbies internationaux et de grandes compagnies aériennes qui arment les rebellions. Dans les circuits économiques, le commerce du coltan a été qualifié de «nerf de la rebellion», dans l'est du Congo. Des intrigues compliquées, qui stimulent l'action d'alerte des ONG. Il en va du coltan comme du diamant et de la RDC comme de la Côte d'Ivoire, ainsi que de tous les pays qui ont connu la rébellion. Tout cela, M. Soro Guillaume, M. Sidiki Konate et les autres membres des Forces Nouvelles (ex‐rebelles), je pense, l'ont compris. Et, c'est ça l'essentiel. Ils savent, et nous savons, à qui profite les rebellions africaines. Certes pas aux Africains. C'est ce que je pense.

Léandre Sahiri,

Directeur de Publication, Le Filament.

Source: LE FILAMENT N°6 du 15 Juillet 2010


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mardi, 01 juin 2010

GBAGBO SE DECIDE ENFIN A INCRIMINER OUVERTEMENT LA FRANCE DANS LA CRISE IVOIRIENNE

  

LE PRESIDENT LAURENT GBAGBO.jpg

  

 

Sommet France-Afrique, Gbagbo: "Pas question d'aller à Paris!"

 

Le sommet France Afrique débute ce matin (hier, lundi 31 mai 2010), à Nice sans le chef de l’Etat ivoirien. Laurent Gbagbo n’ira donc pas à Nice. Le chef de l’Etat ivoirien qui ne souhaite pas associé son image à cette cérémonie s’est fait représenter par le président du conseil économique et social Laurent Dona Fologo. Selon le chef de l’Etat ivoirien il n’était « pas question d’aller à Paris » sans avoir discuté avec la France des différends avec la Côte d’ivoire. « Il n’y a pas de raison que j’aille en France tant qu’on n’a pas discuté du différend qui oppose et qui continue d’opposer l’Etat français et l’Etat de Côte d’Ivoire », a-t-il martelé.


Laurent Gbagbo accuse la France d’avoir tenté de le renverser en novembre 2004 après le bombardement du camp militaire français par l’aviation ivoirien. En réaction, l’aviation française avait détruit la flottille ivoirienne. Pour Laurent Gbagbo, la France avait tenté ce jour là de le renverser et cela reste inacceptable. « La tentative pour un pays qui est de renverser un Chef d’Etat, légalement élu, légitimé par une élection démocratique et populaire, tant qu’on envisage les relations comme ça, je ne suis pas d’accord. Je ne suis pas d’accord avec cette manière de voir les relations entre deux Etats », a-t-il indiqué

Même s’il blanchit le président Nicolas Sarkozy et accuse depuis cette époque clairement et ouvertement l’ancien président français Jacques Chirac et son premier ministre Dominique De Villepin d’être à l’origine du refroidissement des relations avec la France, Laurent Gbagbo n’a pas l’intention de passer l’éponge pour autant. « Je n’ai jamais fait mystère de l’implication de l’Etat français à travers les personnes de Jacques Chirac et de Dominique de Villepin. Je n’ai jamais fais mystère de leur implication dans la tentative de renversement de mon régime. Ce n’est pas aujourd’hui que je vais dire le contraire. Mais, nous ne nous sommes jamais assis avec l’Etat français pour discuter de ces questions-là. Ce n’est pas Sarkozy. C’est Chirac et De Villepin. Mais, pour moi, c’est l’Etat français. Alors, nous n’avons pas encore discuté du fond », a-t-il expliqué

Laurent Gbagbo veut d’abord discuter avec Paris avant d’envisager un quelconque voyage, peu importe la façon dont les choses se feront. Et Nice n’est pas la bonne opportunité. « Je ne trouve pas que ce soit une bonne solution que d’aller au sommet de Nice pour discuter d’un différend que j’estime fondamental. Il faut qu’on en discute d’abord et, après, je pourrai faire un déplacement. Que nous discutions. Peu importe. Ou bien, s’ils veulent que moi, j’envoie un émissaire, je peux le faire, mais qu’on discute. Quand j’ai discuté avec Compaoré, je ne suis pas allé à Ouagadougou. Le sommet de Nice lui s’ouvre ce matin avec 38 chefs d’Etats Africains.

 

Marc Antoine Colombus

 

Source: KOACI.COM

dimanche, 28 mars 2010

LA GRANDE ESCROQUERIE QUI EST LA VRAIE CAUSE DE LA GUERRE EN COTE D'IVOIRE

 

 

LE GENERAL DE GAULLE.jpg

 

C'est écrit dans les accords de coopération franco-ivoiriens! L'ivoirien Laurent Gbagbo a eu le culot de le remettre en cause et de s'engager dans un multilatéralisme tous azimuts.

 

 

 

I- TRANSFERT DE COMPETENCES SANS INDEPENDANCE

 

L'Accord particulier portant transfert des compétences de la Communauté à la République de Côte d'Ivoire.

Le gouvernement de la République de Côte d'Ivoire d'une part,
Le gouvernement de la République française d'autre part, ont convenu de ce qui suit :

Article premier - La République de Côte d'Ivoire accède, en plein accord et amitié avec la République française, à la souveraineté internationale et à l'indépendance par le transfert des compétences de la communauté.

Art .2 - Toutes les compétences instituées par l'article 78 de la Constitution du 4 Octobre 1958 sont, pour ce qui la concerne, transférées à la République de Côte d'Ivoire, dès l'accomplissement par les parties contractantes de la procédure prévue à l'article 87 de ladite constitution.

 

Fait à Paris, le 11 Juillet 1960

Félix Houphouët-Boigny

Michel DEBRE

 

DE GAULLE-HOUPHOUET BOIGNY. 1958.jpg

 

 

II -TOUTES LES RICHESSES RESERVEES A LA FRANCE

 

ANNEXE A l'accord de Défense entre la République de Côte d'Ivoire, la République du Dahomey, la République Française et la République du Niger concernant la coopération dans le domaine des matières premières et produits stratégiques.

Afin de garantir leurs intérêts mutuels en matière de Défense, les parties contractantes décident de coopérer dans le domaine des matériaux de Défense dans les conditions définies ci-après:

Article premier : Les matières premières et produits classés stratégiques comprennent :
- Première catégorie : les hydrocarbures liquides ou gazeux ;
- Deuxième catégorie : l'uranium, le thorium, le lithium, le béryllium, leurs minerais et composés.
Cette liste pourra être modifiée d'un commun accord, compte tenu des circonstances.

Article 2 : La République Française informe régulièrement la République de Côte d'Ivoire, la République du Dahomey et la République du Niger de la politique qu'elle est appelée à suivre en ce qui concerne les matières premières et produits stratégiques, compte tenu des besoins généraux de la Défense, de l'évolution des ressources et la situation du marché mondial.

Article 3 : La République de Côte d'Ivoire, la République du Dahomey et la République du Niger informent la République Française de la politique qu'elles sont appelées à suivre en ce qui concerne les matières premières et produits stratégiques et des mesures qu'elles se proposent de prendre pour l'exécution de cette politique.

Article 4 : La République de Côte d'Ivoire, la République du Dahomey et la République du Niger facilitent au profit des forces armées françaises le stockage des matières premières et produits stratégiques. Lorsque les intérêts de la Défense l'exigent, elles limitent ou interdisent leur exportation à destination d'autres pays.

Article 5 : La République Française est tenue informée des programmes et projets concernant l'exportation hors du territoire de la République de Côte d'Ivoire, de la République du Dahomey et de la République du Niger des matières premières et des produits stratégiques de deuxième catégorie énumérés à l'article premier.

En ce qui concerne ces mêmes matières et produits, la République de Côte d'Ivoire, la République du Dahomey et la République du Niger, pour les besoins de la Défense, réservent par priorité leur vente à la République Française après satisfaction des besoins de leur consommation intérieure, et s'approvisionnent par priorité auprès d'elle.

Article 6 : Les Gouvernements procèdent, sur les problèmes qui font l'objet de la présente annexe, à toutes consultations nécessaires.

FELIX HOUPHOUET-BOIGNY.jpg

Fait à Paris, le 24 avril 1961

 

Félix HOUPHOUET-BOIGNY

Hubert MAGA

Michel DEBRE

Hamani DIORI

 

Source: Patrick Eric Mampouya.com,

Tiré de l'article: Lu, vu et entendu pour vous...

Illustration photo et texte du chapeau: Fernand Dindé.

mercredi, 24 mars 2010

FN-CAMP PRESIDENTIEL: BIENTOT LE CLASH?

 

LAURENT GBAGBO ET SORO GUILLAUME.jpg

 

 

"Pas d'élections sans le désarmement et la réunification du pays!", clame le Camp présidentiel, sur la base de l'Accord Politique de Ouagadougou. "Les deux forces ex-belligérantes co-existent jusqu’à la fin du processus. Les Com’zones n’iront nulle part!", répliquent les Forces Nouvelles. Sur la base de l'Accord Politique de Ouagadougou, également. Les deux postures sont-elles conciliables? A quoi jouent les protagonistes de la crise ivoirienne? A mettre nos nerfs à fleur de peau? En tout cas, pour nous, la réponse à ces questions  angoissantes pour les Ivoiriens épris de paix et fatigués de la crise déterminera l'avenir de la Côte d'Ivoire. A ne surtout pas prendre à la légère! Il y a péril en la demeure! Lisez-moi ce point-presse des FN (article ci-dessous). Au-delà de la réthorique et des circonlocutions politiques apesantes que nous servent les signataires de l'APO, les mots, ici, sont sans équivoque. Tout comme le sont, d'ailleurs, ceux des Patriotes. Qui cèdera, au nom de la Côte d'Ivoire? Quelqu'un même cèdera-t-il? Quelle autre montée d'adrénaline nous réserve-t-on? L'avenir nous le dira.


 

Le Patriote - 23/3/2010

 

 

Lundi 22 mars 2010. Abidjan, Cocody, Hôtel du Golf. La porte-parole des Forces nouvelles, Me Affoussy Bamba, entourée de ses principaux collaborateurs, Sékongo Félicien et le commissaire Ouattara Seydou (photo), a levé toute équivoque sur la volonté des ex-rebelles à conduire à bon port les accords politiques de Ouagadougou.

Le jeu des questions-réponses a permis à Me Affoussy Bamba (photo), Ouattara Seydou et Sékongo Félicien de cracher leurs vérités sur des questions qui fâchent.

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Selon vous qui est responsable de l’évolution tendancieuse du processus de sortie de crise que vous venez de dénoncer ?

Concernant l’évolution tendancieuse de la situation, comme moi, vous avez remarqué les propos périlleux et les sorties contre productives du camp présidentiel. Nous avons tu le nom de ces personnes parce que ce n’est pas important de les citer. Dans tous les cas, ces propos ne sont pas rassurants dans la situation actuelle. Nous sommes à quelques échéances de l’organisation de l’élection présidentielle. N’eût été la dissolution du gouvernement, je pense qu’on aurait avancé d’un bon pas. Aujourd’hui, il faut savoir que nous avons un cadre d’échanges dans le cadre de l’Accord de Ouagadougou. Lorsqu’il y a des questions à discuter, il y a le Cadre permanent de concertation qui regroupe les plus responsables ainsi que le Secrétaire général des Forces Nouvelles. Nous avons également le Cadre d’évaluation et d’accompagnement dont je suis membre. Ce sont des cadres de concertation au sein desquels on peut aborder des sujets qui peuvent fâcher plutôt que d’aller se répandre dans la presse pour exposer la position qu’on souhaite par rapport aux questions abordées. Aujourd’hui ces questions sont abordées d’une façon telle qu’elles sont sujettes à interprétation. Alors que l’Accord de Ouagadougou est très clair sur ces questions.

Quelle est la date qui vous sied par rapport aux élections générales ?

J’aimerais dire que nous les Forces Nouvelles, aimerions aller aux élections dans un délai raisonnable. Nous avons signé cet accord parce que nous estimons que dans la perspective d’une sortie heureuse de sortie de crise dans laquelle la Côte d’Ivoire se trouve, nous voulons œuvrer pour la paix, la confiance et la sérénité entre les Ivoiriens. Au départ, l’Accord avait été signé pour dix mois, aujourd’hui, nous sommes à trente six mois. Les Forces Nouvelles ne peuvent pas s’en réjouir. Tous, nous constatons les difficultés techniques qui ont fait que nous en sommes là. Nous ne voulons pas que des difficultés prennent le pas sur la volonté politique. Notre position, c’est que nous avons signé un accord, nous sommes engagés à le respecter. Nous demandons à l’autre partie aussi de respecter son engagement.

Est-ce que vous vous sentez dans le viseur du camp présidentiel ?

Est-ce que nous sommes dans le viseur du camp présidentiel ? Pour l’instant nous avons constaté des propos débordants du camp présidentiel, des propos qui ne sont pas faits pour rassurer. Nous voulons attirer l’attention de l’opinion internationale. Nous estimons que, puisque la guerre est finie, on ne doit pas nous ramener en arrière. Dans l’affaire des 429.000, on nous a indiqué que si on établissait la CEI et le Gouvernement, on irait directement à l’établissement de la liste électorale définitive, alors qu’on y aille. Nous constatons qu’il y a des propos qui sont tenus, il faut que ces propos s’arrêtent. Parce que ces propos ne sont pas faits pour amener la paix et la sérénité qui doivent habiter chacun de nous pour aller aux élections générales.

Les Com’Zones doivent-ils partir ou rester en place ?

Ouattara Seydou (Commissaire divisionnaire) : Nous sommes en harmonie avec nos frères d’armes du Sud. Nous avons fait une déclaration conjointe de fin de guerre. Aujourd’hui, nous sommes dans un accord de partenariat appelé Accord de Ouagadougou. Les questions militaires sont traitées de concert. Nous sommes d’accord sur le désarmement parce que nous avons signé le plan conjoint des opérations à Yamoussoukro, le 9 juillet 2005. C’est donc clair, les déclarations des politiques ne nous troublent pas. Nous savons quelles sont les tâches que nous avons à accomplir. Il n’ y a pas de désaccord entre les deux forces ex-belligérantes. Je ne sais pas pourquoi le thème Com’zones gêne tant. Les Com’zones sont des chefs qui dirigent les unités militaires. Aujourd’hui dans l’Accord de Ouagadougou, il est question d’aller au regroupement des ex-combattants. Pour les FN, les sites sont déterminés. Ce sont Korhogo, Man, Séguéla et Bouaké. Ce sont des chefs qui vont être redéployés. Il appartient aux chefs des Forces armées des Forces nouvelles de faire des nominations. Vous vous interrogez s’ils doivent partir. Partir où ?
Les deux forces ex-belligérantes co-existent jusqu’à la fin du processus. Les Com’zones n’iront nulle part.

Blé Goudé estime que vous êtes tout sauf l’arbitre du processus électoral.


Sekongo Félicien (Porte parole) : Nous considérons que ces personnes qui tiennent ces discours le font en fonction de leur désir et leur approche des choses qui sont d’ailleurs erronées. Il ne faut pas prêter attention à ces élucubrations. Pour nous, il s’agit d’aller aux élections dans la paix et de voir l’intérêt supérieur de la nation ivoirienne. Le secrétaire général des Forces nouvelles a toujours invité les Forces nouvelles à œuvrer dans ce sens. Ce qui importe c’est le bien-être des Ivoiriens. (…) J’inviterais Charles Blé Goudé à faire sa mue et devenir quelqu’un de responsable en qui la jeunesse pourrait se reconnaître. Il est donc bon que toutes les personnes à quelque niveau où elles se situent se départissent des positions qui sont liées à leurs désirs et à leurs desideratas.

Propos recueillis par IBK

mardi, 02 mars 2010

SERGE GRAH: LE RHDP, TOUTE HONTE BUE...

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Du remarquable blogueur, Serge Grah. Pour comprendre la vacuité d'un attelage disparate (le RHDP), qui tire la Côte d'Ivoire vers le bas!

 

 

 

 

« Les grands esprits ont toujours rencontré

une opposition farouche des esprits médiocres » (Albert Einstein)

 

C’est fini « l’affaire Mambé ». Bien terminée. Comme elle est venue. L’important pour l’heure étant de comptabiliser ses gains. En portefeuilles ministériels. En sièges à la nouvelle Commission Electorale Indépendant. Et pourtant, que n’a-t-on pas entendu lors de cette triste affaire qui a donné lieu, pendant plusieurs semaines, au déchaînement des leaders de l’opposition réunis au sein du RHDP ? Des leaders politiques qui ont recherchés désespérément à vendre au monde entier la « démission » du Président Gbagbo. Avec une agressivité sans égal et dans une prose endiablée, une logorrhée infernale, un cynisme vénéneux dont ils ont seuls le secret, ces messiers tentent de se déculpabiliser dans le répugnant scandale des 429 000 pétitionnaires. Comment ne pas donc sourire, avec un brin de pitié, lorsqu’on se rappelle les propos puérils de Djédjé Mady et de ses mandants : « Le RHDP ne reconnait plus Monsieur Gbagbo comme Chef de l’Etat… Le RHDP exige la démission de Gbagbo… Le RHDP ne participera pas au nouveau gouvernement si Mambé n’est pas rétablit dans sa fonction… » Et patati et patata ! C'est devenu un rituel… Dès que le RHDP se retrouve face à son incompétence et à sa volonté de rester scotché à son butin de guerre, son directoire se livre à cette phraséologie nauséabonde…

 

Ça peut, peut-être, marcher avec certains. Mais jamais avec Laurent Gbagbo ! Woody ne s’est donc pas laissé conter. Au final, Mambé a été bel et bien viré, au grand soulagement des Ivoiriens. Et la terre a continué de tourner sur elle-même, comme d’habitude. Mieux, Laurent Gbagbo est toujours Président de la République de Côte d’Ivoire. Et le RHDP, toute honte bue, siège dans la nouvelle CEI et négocie, à l’abri des regards de ses militants, son entrée dans le nouveau gouvernement… Le ridicule ne tue pas. Et parfois, c’est bien dommage.

 

C’est donc peu que de le dire. Le RHDP est au bout du rouleau ténébreux de ses brouillards paranoïaques. Pour toute personne bien assise sur des convictions intellectuelles et morales les plus communément admises, peu d’hommes sont aussi piteux que les leaders du RHDP. C’est vraiment triste que l’éthique politique dans notre pays prenne cette allure effrayante d’une catastrophe humanitaire. Avec eux, la misère morale ne fait plus scandale. Parce que ce n’est pas possible que la reconquête du pouvoir puisse pousser à de telles hérésies.

 

De l’affaire Mambé…

Ainsi, contrairement à ce qu’aurait pu croire l’opinion publique internationale, l’affaire Mambé n’a pas divisé les Ivoiriens. Loin s’en faut. Et ce malgré toutes ces scènes regrettables de banditisme et de vandalisme qui ont eut lieu. Il y a des Ivoiriens, la majorité, qui,  disposant de tout leur équilibre mental et de leur sens du discernement, sont consternés devant ce spectacle lamentable que leur infligent Bédié et consorts. Et puis, il y en a quelques autres. Désabusés par le renvoie de Mambé, ils en sont arrivés à se torturer et à incendier leurs propres maisons. C’est grâce à cette seconde catégorie d’Ivoiriens que Djédjé Mady peut se surprendre à crier à tue-tête à la démission de Laurent Gbagbo. C’est aussi à cause d’eux, en passant, que la démocratie en Côte d’Ivoire n’a pas encore triomphé des pourris, des fraudeurs impénitents et de tous ces jouisseurs de guerre. Car c’est bien à cause d’eux que le processus de sortie de crise traîne et prolonge les souffrances des populations, au nombre desquels on retrouve ces mêmes  Ivoiriens. Ce sont des gens qui ont tué en eux tout esprit critique et sont maintenus dans cet état par l’inconscience, l’inculture et le fanatisme. Ce qui traduit leurs comportements suicidaires de ces derniers jours. Et pourtant, c’est très facile de comprendre cette affaire Mambé… où la CEI devait être utilisée pour un compte personnel et pour les intérêts électoraux du RHDP, aveuglé par sa haine viscérale pour Gbagbo.

 

Ce qui a écœuré et choqué au plus haut point dans cette affaire pitoyable, c’est l’attitude de Mambé lui-même… Pour tester la lucidité du jugement qu’il porte sur lui-même, il suffit de chercher quelle définition ce héros ( ?) de notre histoire moderne donne à « dysfonctionnement ». Au bout du compte, on a découvert un homme lige complètement dysfonctionné, accroché à une prébende, incapable de se rendre compte de l’énormité de sa situation, dédaigneux et hautain, méprisant la vérité qui pourtant s’imposait à lui. Le reconnaître n’est pas un parjure. Mambé s’est vraiment contrefoutu des Ivoiriens. C’est ce qui explique pourquoi il se débattait, tel un diable dans un bénitier, pour continuer imperturbablement, à infliger ses manigances au peuple de Côte d’Ivoire. Au mépris des intérêts les plus essentiels, ceux de la Cote d’Ivoire qu’il prétendait servir, ce « militant » aura bien réussi à inspirer un dégout absolu et à faire le vide autour de lui. Oui, en effet, c’est bien pire que d’être humilié par soi-même.

 

Peur des élections et conspiration opportuniste à l’extrême

Les leaders du RHDP eux-mêmes, par leur soutien à Mambé, apparaissent ainsi, au grand jour, tels qu’ils l’ont toujours été : des comploteurs, intriguant à l’extrême, des manipulateurs… des couards. Des démons dont le seul projet politique est de faire tuer de pauvres Ivoiriens. Ils doivent bien se retourner dans leurs tombes, ces morts du RHDP. Comprenant, trop tard, qu’aucune sueur ne mérite d’être versée pour Bédié et consorts. A plus forte raison, une vie précieuse.

 

Et s’il demeurait encore quelques doutes dans l’esprit de certains de nos concitoyens sur le sens à donner à leur vote à la prochaine présidentielle ; et s’il est vrai aussi qu’il existait quelques minces chances que ces concitoyens envisageaient d'évaluer lors de l’élection présidentielle à l’endroit de Bédié et consorts, l’affaire Mambé, leur aura permis de faire une saine évaluation. Aujourd'hui, le RHDP vient de perdre le peu de crédit que ces Ivoiriens auraient pu lui accorder. Ses leaders vivent ainsi leurs derniers moments. Leur manque de lucidité les a ensevelis sous les décombres de leur sinueuse carrière politique. Ils sont morts. Spirituellement et physiquement.

 

Il suffit, pour s’en convaincre, de regarder de très près ceux qui font la une des « canards boiteux » ces derniers temps et qui dénigrent la Côte d’Ivoire et les institutions qui l’incarnent dans les couloirs boueux des médias occidentaux : Des excités, des anarchistes, des politiciens déchus. Toute chose qui laisse transparaître tout le sens qu’ils donnent à la démocratie. Parce que, pour des gens qui réclament, à cors et à cris, une élection « juste et transparente », on s’étonne de ne pas les voir militer pour que les membres de la CEI ne soient plus inféodés aux partis politiques, mais plutôt dirigée par des personnes qui bénéficient d’un minimum de présomption de neutralité et d’impartialité. Que non ! Pour le RHDP, c’est très transparent d’être arbitre et, en même temps, joueur.

 

Au demeurant, le RHDP surestime, bien à tort, son poids politique dans le pays… Ses leaders, pour ne pas avouer leur inaptitude à faire mieux que Gbagbo, préfèrent jouer le temps et les effets de manche pour donner le change, et faire porter le chapeau des blocages récurrents observés ça et là dans la conduite du processus de sortie de crise au seul Laurent Gbagbo. C’est pourquoi, derrière leur attitude irrévérencieuse, il faut voir une vérité que cache leur hétérogénéité : la peur des élections… qui mettra fin à tout leur petit boucan. Au lieu de réclamer tout et rien et n’importe quoi, pourquoi ne disent-ils pas aux Ivoiriens ce qu’ils proposent concrètement pour permettre à notre pays de sortir de la crise.

 

Mais on s’en rendra bien vite compte. Les leaders du RHDP sont pauvres. Intellectuellement. Moralement. Politiquement. Si bien qu’il est légitime de s'interroger si cette opposition peut faire autre chose que se donner au quotidien tristement en spectacle. N’est-ce pas, finalement, sa nature que de s’opposer systématiquement et de prendre les Ivoiriens en otage ? Quelle est l’utilité de Bédié et consorts dans notre jeune démocratie ?

 

De l’utilité du RHDP

Parce que c’est connu. Une opposition doit constituer un contre-pouvoir. Elle doit représenter aussi la possibilité d’une alternance politique : participer à l’existence du pluralisme politique, qui est une des bases de la démocratie. Enfin, une opposition crédible doit travailler au renouvellement du personnel politique. Comme on le voit, le rôle d’une opposition est essentiel en démocratie. Une opposition forte, imaginative, constructive est un gage de dynamisme et de développement dans un pays. Parce que faire de la politique, vouloir gouverner, ce n’est pas seulement s’admirer parler dans les médias étrangers. C’est d’abord avoir un projet de société à proposer au peuple. C’est la seule adhésion du peuple à ce projet qui conduit au pouvoir.

 

Malheureusement, pendant près de 40 ans de règne sans partage, cette classe politique rouillée, construite sur la couardise, la haine, le clientélisme et la compromission, a été  frappée par une inimagination sans pareille. Mis à part la même rancœur à l'encontre de Laurent Gbagbo et de ceux qui défendent des idées novatrices de la démocratie et du partage équitable de la prospérité nationale. Et c'est bien pour cela que le mépris des Ivoiriens à l’égard de ces individus fait place à de la pitié, car ces individus apparaissent avant tout comme pathétiques. Parce qu'ils sont emblématiques d'un travers de plus en plus répandus dans notre pays, alliant la mauvaise foi à une nostalgie béate d’un pouvoir perdu. Ce sont ces gens-là qui créent aujourd’hui une croisade insurrectionnelle anti-constitution. Des gens qui tiennent toute leur carrière politique de situations d’exception et au respect scrupuleux que les Ivoiriens vouent à leur Constitution…

 

Aujourd’hui, c'est la faute à Gbagbo, aux refondateurs. Bref, « au régime illégitime du FPI », selon la terminologie houphouétiste bon marché en Côte d’Ivoire. Comment comprendre ces bons messieurs du RHDP qui veulent brûler le pays juste pour demeurer ministre et pour contrôler la CEI et, qui, en toute irresponsabilité ne veulent point être comptables de la gestion du pouvoir d’Etat dans lequel ils ont les deux mains plongées.  Ah qu’il a raison Anaky – même s’il l’a dit sans vraiment y croire – quand il dit que : « C’est parce que l’opposition est au gouvernement que les choses n’avancent pas. C’est cette compromission qui bloque les élections et qui va encore retarder le processus électoral… Ceux qui sont au pouvoir gouvernent et ceux qui sont dans l’opposition s’opposent. » Cette incongruité que dénonce Anaky résume à elle seule, toute l’incohérence et l’inconséquence des leaders du RHDP. Qui veulent  le beurre, l’argent du beurre, mais aussi, et peut-être surtout, les fesses de la crémière. Et c’est le témoignage à la fois d'une inculture politique en vogue chez nous et d'un amalgame préoccupant.

 

Le RHDP et l’héritage d’Houphouët-Boigny

 

On remarquera que cet attelage de prétendus houphouétistes, ne savent pas grand chose du Président Houphouët-Boigny… Houphouët était avant tout un esprit pragmatique. Cohérent et honnête. Toute chose qui lui aurait permis, bien au contraire, d’apprécier sainement la réalité politique de notre pays. Si Houphouët voyait aujourd'hui la Côte d’Ivoire déchirée par les turpitudes de ses soi-disant  « héritiers », il pourrait en surprendre plus d'un en se déclarant un fervent pro-Gbagbo, c’est-à-dire, capable de se sacrifier, de s’humilier pour la Côte d’Ivoire.

 

Le mal de la Côte d’Ivoire ce n’est donc pas Gbagbo. Il est surtout une grande partie de la solution. Sans lui notre pays en pâtirait, et les difficultés quotidiennes seraient infernales. Le mal de la Côte d’Ivoire c’est bien cette nouvelle classe d’opposants. Qui au mépris des principes démocratiques ont voulu écourter le mandat du Président Gbagbo. Résultat, ils l’ont rallongé eux-mêmes de 10 ans. Non sans avoir installé le pays dans le chaos. C’est donc être amnésique, myope, sourd ou simplement d’une mauvaise foi révoltante que de dire que c’est Gbagbo qui refuse d’aller aux élections. Car il leur suffisait seulement de respecter le plus élémentaire des principes démocratiques : le choix du peuple. Combien faudra-t-il de morts dans notre pays pour que le RHDP le comprenne et cesse de « rendre ce pays ingouvernable » ?... Que Bédié et consorts prennent, enfin, conscience qu’aucun coup de force ne placera personne à la tête de la Côte d’Ivoire. A bon entendeur…

 

Serge Grah

Journaliste,

Ambassadeur Universel pour la Paix

serge_grah@yahoo.fr

 

DE THEOPHILE KOUAMOUO: L'IVOIRITE, FANTOME INSAISISSABLE

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Le chef du village Ivoire-Blog, Théophile Kouamouo, nous a posté, il y a quelques jours, ce remarquable papier. A lire, absolument, pour tous ceux à qui il reste encore un tout petit peu de souci d'objectiver sur la fameuse question (muée en chiffon rouge permanent) de l'ivoirité, en Côte d'Ivoire!

Les derniers développements de la crise ivoirienne ont remis au goût du jour un mot : ivoirité. L'ivoirité serait de retour. Les ivoiritaires voudraient purger la liste électorale de tous les ressortissants du nord, et selon Philippe Hugon, grand universitaire français (sic !), ils auraient déjà réussi leur funeste tâche.

Mais au juste, qu'est-ce que l'ivoirité, et quelles sont ses manifestations pratiques ? Je ne suis pas naïf : je sais que depuis 1999 et l'expulsion emblématique des Burkinabè de Tabou (sous Henri Konan Bédié), des tensions récurrentes opposent, surtout en zone rurale, autochtones et étrangers, voire autochtones et Ivoiriens originaires d'autres régions... et que ces tensions sont souvent exacerbées par des "cadres" du coin, liés hier au PDCI, aujourd'hui au FPI, et qui ont souvent les moyens de créer des plantations industrielles là où des "espaces" se seraient créés. Est-ce cela l'ivoirité ? Peut-être. Mais dans les pays où le taux d'immigration est plus bas, ce même type de concurrence foncière oppose des compatriotes d'ethnies différentes, voire de la même ethnie. Ce phénomène global, au-delà des passions idéologiques et des instrumentalisations auxquelles il donne droit, est au fond très contemporain. Il est lié à la raréfaction des ressources et à la compétition qui demain, nous explique-t-on, entraîneront des guerres de la terre et de l'eau. Le fait que la Côte d'Ivoire soit entourée de pays sahéliens comme le Burkina Faso et le Niger, les pays les plus pauvres d'entre les pauvres (plus pour longtemps pour le Niger), dont les taux de natalité sont les plus élevés au monde, peut expliquer un certain nombre de batailles. Poser ainsi le problème est plus objectif que diaboliser une partie des acteurs et victimiser les autres, et appelle des solutions  - qui existent, j'en suis persuadé, et relèvent de l'aménagement du territoire - au lieu d'aggraver les problèmes en prenant partie.

Juste avant Linas-Marcoussis, de nombreux éditorialistes ont affirmé que la nationalité de nombreux Ivoiriens était niée, juste parce qu'ils étaient Nordistes. Les accords qui étaient censés régler tous les problèmes n'ont pas évoqué ce déni de nationalité. Comme c'est curieux. Qu'ont-ils dit ?

"La Table Ronde estime que la loi 61-415 du 14 décembre 1961 portant code de la nationalité ivoirienne modifiée par la loi 72-852 du 21 décembre 1972, fondée sur une complémentarité entre le droit du sang et le droit du sol, et qui comporte des dispositions ouvertes en matière de naturalisation par un acte des pouvoirs publics, constitue un texte libéral et bien rédigé.

La Table Ronde considère en revanche que l’application de la loi soulève de nombreuses difficultés, soit du fait de l’ignorance des populations, soit du fait de pratiques administratives et des forces de l’ordre et de sécurité contraires au droit et au respect des personnes (...)

En conséquence, le gouvernement de réconciliation nationale :

  • A) relancera immédiatement les procédures de naturalisation existantes en recourant à une meilleure information et le cas échéant à des projets de coopération mis en oeuvre avec le soutien des partenaires de développement internationaux ;
  • B) déposera, à titre exceptionnel, dans le délai de six mois un projet de loi de naturalisation visant à régler de façon simple et accessible des situations aujourd’hui bloquées et renvoyées au droit commun (notamment cas des anciens bénéficiaires des articles 17 à 23 de la loi 61-415 abrogés par la loi 72-852, et des personnes résidant en Côte d’Ivoire avant le 7 août 1960 et n’ayant pas exercé leur droit d’option dans les délais prescrits), et à compléter le texte existant par l’intégration à l’article 12 nouveau des hommes étrangers mariés à des Ivoiriennes."

Linas-Marcoussis n'évoque pas des Ivoiriens privés indûment de leur nationalité, mais des étrangers "longue durée" qu'il serait juste - et je le pense aussi - de naturaliser. Une loi spéciale de naturalisation destinée à ces derniers, obligeant l'Etat à répondre aux demandes trois mois après, a été votée par l'Assemblée nationale. Etrangement, très peu de personnes se sont saisies de cette loi. Les adversaires proclamés de l'ivoirité, locaux ou internationaux, n'ont rien fait pour qu'elle soit appliquée. Il n'y a pas eu de campagne d'explication à ce sujet, alors que l'Union européenne a dépensé des sommes importantes pour faire connaître et appliquer le code foncier rural, aussi évoqué à Linas-Marcoussis. Les millions d'étrangers longue durée ont disparu totalement des écrans radar. Inintéressants politiquement de toute façon, puisque la loi prévoyait qu'ils ne pourraient voter que cinq ans après leur naturalisation... donc après la fameuse présidentielle qui vient.

Très rapidement, la ligue officiellement hostile à l'ivoirité a évoqué un autre thème. Il y aurait trois millions d'Ivoiriens qui seraient privés de papiers d'identité parce qu'ils n'auraient pas été déclarés lors de leurs naissances. Il fallait urgemment leur en fournir, à travers des audiences foraines. Estimant ce chiffre énorme, le camp présidentiel s'est rebiffé, accusant le parti d'Alassane Ouattara de vouloir profiter de cette opération, alors menée par des responsables issus de l'opposition, sans aucune concertation, pour inscrire des étrangers originaires de la CEDEAO sur les listes électorales. Des sanglantes batailles de rue ont eu lieu. Les acteurs se sont assis à la table de négociations, et ont accouché d'un "mode opératoire consensuel", garantissant les droits des personnes sans papiers d'identité et maintenant des procédures de vérification. Au final, cette population de sans-papiers s'est élevée à 600 000 individus environ... cinq fois moins que ce que les "alassanistes" affirmaient. Beaucoup, dans le camp présidentiel, ne peuvent s'empêcher de penser que le "mode opératoire" a empêché de nombreuses fraudes.

La crise de la "double dissolution" relève du même paradigme que celle des "audiences foraines". Un camp craint que des étrangers soient inscrits sur les listes électorales, l'autre a peur que des Ivoiriens en soient exclus. Contrairement à la première expérience, un "mode opératoire consensuel" impliquant de nombreux acteurs a été déterminé. Malheureusement, le président de la Commission électorale indépendante (CEI) a violé ce mode opératoire en procédant à des croisements (ce qui n'était pas du ressort de son institution) et en procédant à des manipulations sur des ordinateurs dans les Commissions électorales locales. On pourrait comparer cette situation à celle d'un directeur général qui viole les procédures internes de l'entreprise qui l'emploie en engageant des actions alors que seuls les membres du Conseil d'administration ont le droit de les engager. D'où le conflit entre le camp de ceux qui estiment que ces manipulations de toute façon illégales relevaient de la fraude et ceux qui n'y voient qu'une maladresse instrumentalisée par le pouvoir. Malgré tout, à cette occasion encore, on parle d'ivoirité.

L'explication "ivoiritaire" de tous ces soubresauts finit par isoler la Côte d'Ivoire de tous les pays du même type. Pourtant, la technique de fraude qui consisterait à faire voter des étrangers est régulièrement dénoncée par de nombreuses oppositions africaines, au Togo, ce qui a entraîné des violences "xénophobes", au Sénégal, et au Gabon. Aujourd'hui, du strict point de vue électoral, Gbagbo est dans l'opposition, puisque la Commission électorale est dirigée par ses adversaires. Il a les mêmes craintes que ses "collègues" opposants. On ne peut pas arriver à une paix juste sans en tenir compte.

Mon propos ici n'est pas de nier les tentations de repli sur soi qui existent en Côte d'Ivoire. Mais il serait bon qu'on OBJECTIVE les problèmes. C'est ainsi qu'on commence à les résoudre. Refuser de prendre la peine de comprendre la subtilité des affrontements et se presser de juger, d'une manière qu'on estime vertueuse, renforce le sentiment de victimisation chez les uns, et le réflexe de "tribu assiégée" chez les autres.

Chaque fois qu'un Philippe Hugon débite des contre-vérités absolues pour nourrir la thèse de l'ivoirité, facteur explicatif total de la crise ivoirienne, les tensions s'exacerbent et la paix s'éloigne. L'enfer est pavé de bonnes intentions.

jeudi, 25 février 2010

LE DRAME DE LA COMMUNICATION DE LA MAJORITE PRESIDENTIELLE

Lu sur un nouveau blog qui a fait son apparition sur IVOIRE BLOG, ce jour même: CONSULTANT INDEPENDANT. Digne d'intérêt. Bonne lecture!

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LA CRISE IVOIRIENNE ET LE DRAME DE LA COMMUNICATION DE LA MAJORITE PRESIDENTIELLE

Depuis de nombreuses années, la Côte d'Ivoire est en crise. Si celle-ci a débuté en 1993, avec la disparition du président Félix Houphouët-Boigny, elle a été exacerbée à partir de l’an 2000 avec l’élection du président Laurent Gbagbo à la tête de l’Etat de Côte d'Ivoire. Depuis le 19 septembre 2002, la tentative de coup d’Etat muée ensuite en rébellion armée a permis d’avoir une lecture plus nette du jeu des acteurs, mais surtout de noter le positionnement particulier des médias français et étrangers qui sont, à l’analyse, une composante essentielle de cette crise ouverte et entretenue depuis plus d’une décennie.


RFI et les médias étrangers, ferments essentiels de la crise ivoirienne

De fait, depuis le début de la crise en Côte d'Ivoire, plus que l’acuité du discours politicien haineux ou même la nocivité des rebelles en armes, c'est plutôt le lynchage médiatique permanent des médias français et la passivité légendaire des gouvernants devant cet état de fait qui est le vrai ferment de cette crise et l’élément structurant qui permet de mieux comprendre la nature ainsi que l’étendue du drame que vit le peuple de Côte d'Ivoire depuis plus d’une dizaine d’années.
Beaucoup plus « discrète » au départ, tant que le jeu politique laissait entrevoir un espoir démesuré pour leurs protégés au poste suprême, il semble que l’avènement d’un pouvoir socialiste en 2000 a radicalisé la position des médias étrangers et ceux qu’ils soutiennent. Crime de lèse-majesté, l’élection du président Laurent Gbagbo a effectivement et subitement donné le coup d’envoi d’un acharnement médiatique sans précédent contre la Côte d'Ivoire. La fin justifiant les moyens, ce combat médiatique se fait au mépris de toutes les règles déontologiques connues. N’est-ce pas RFI ou BBC qui diffusent les communiqués de marches même interdites ? N’est-ce pas ce média public français qui est censé avoir « découvert » le fameux charnier de yopougon dont certains des pauvres suppliciés entassés seraient en fait morts par noyade ? Ne donne t-elle pas la parole pour tout propos indécent envers les gouvernants sans recueillir le point de vue de la partie accusée ou attaquée? Ces médias ne servent-ils pas finalement de support de communication pour tous les groupes factieux, pourvu qu’ils soient contre le pouvoir ivoirien? De plus, ce déchainement de haine médiatique avec comme chef de file, Radio France Internationale ne s’exacerbe t-il pas, à chaque période charnière qui voit le pays sortir de la crise ? N’est-ce pas pareil chaque fois que l’évolution politique dévoile que la situation politique leur semble moins assurée pour leurs « protégés »?

Le Camp présidentiel: une passivité coupable

Mais, plus que la haine médiatique quotidienne qui ne semble pas prête de s’estomper, ce qui frappe l’observateur, c’est plutôt la passivité générale, l’absence réactivité véritable et les scrupules incompréhensibles de la part du camp présidentiel, abonné semble t-il, à ne compter que les coups. Certes, il est loisible pour certains, d’estimer que tous comptes faits, « le chien aboie toujours, mais la caravane passe quand même». N’est-ce pas une ignorance coupable d’un des codes majeurs de fonctionnement du monde moderne que d’ignorer à ce point la communication gouvernementale? A-t-on le droit de laisser détruire l’image d’un pays patiemment construit depuis des décennies ? Aujourd’hui, l’Ivoirité n’est-elle pas complaisamment attribuée à Laurent Gbagbo ? Ne parle t-on pas des FDS comme d’une armée « ethnique » bété? De Laurent Gbagbo comme Minoritaire dans le pays ? A-t-on correctement capitalisé les « nettoyages » effectués dans le secteur café-cacao, présenté comme alibi pour chasser l’opposition d’un secteur « juteux » ? Pourquoi persiste t-il encore dans les têtes à l’extérieur du pays que c’est Laurent Gbagbo qui ne veut pas aller aux élections ? A-t-on suffisamment communiqué sur l’article 48 qui a pourtant permis de débloquer bien des situations ? Etc. etc.
Et pourtant, au lancement de sa campagne, le président Laurent Gbagbo avait dit à peu près ceci: désormais, répondez à tous les menteurs ; certes, n’insultez personne, mais, ne laissez aucun répit à nos adversaires ; faites triompher la vérité, etc. A la pratique, que voyons-nous ? En lieu et place d’un rouleau compresseur, n’est-ce pas encore le calme plat ? En fait, un manque criant d’envergure s’agissant de la communication présidentielle. Mais, plus que la qualité des communicateurs ou même le contenu ou encore la pertinence des messages, c'est plutôt d’une part, la carence des supports de communication (RTI et presse écrite loyaliste) et d’autre part, la cible biaisée de nos ripostes éventuelles qui sont en jeu. Car, en fait, de quoi s’agit-il ?
Depuis que les rebelles sont revenus dans la république et qu’ils participent à la sortie de crise, pourquoi RFI, France 24, et autres s’acharnent-ils encore à répandre la haine gratuite entre Ivoiriens, sans recevoir la réponse adéquate par les canaux appropriés ? En son temps, quand ceux-ci (les français), dans leur jeu favori, s’étaient frottés à feu Robert Guéï, sous la transition militaire, ne se souvient-on pas des ripostes cinglantes du Capitaine Henri César SAMA pour le compte de l’ex-CNSP ? Car, nous le savons : ces messieurs qui ne comprennent que le langage des ordures et l’équilibre de la terreur, n’ont que faire de nos bonnes manières qui sont assimilées à de la peur ou à l’allégeance perpétuelle du Nègre… Alors pourquoi tant de réticence ou de retenue assimilable à de l’auto-flagellation devant l’inacceptable ?

Un désavantage au départ

Dans le conflit actuel, le camp présidentiel part gravement désavantagé : un pays divisé, des médias pirates au nord, une RTI seulement dans la partie Sud avec des programmes fades, sans aucune teneur ayant trait à la résistance, comme si la crise était finie, une presse écrite haineuse contre le pouvoir( 17 à 18 quotidiens dont seulement «3 en faveur du régime, des radios étrangères (RFI, BBC, Africa n°1, et même ONUCI. FM) qui privilégient essentiellement le point de vue de l’opposition. Je ne parle même pas ici des rebelles qui, sont aujourd'hui au second plan. C'est le RHDP qui tient le haut du pavé en exigeant tout ou presque, au point de faire oublier qui réellement a pris les armes…. Alors des questions se posent :
Est-on sorti de la crise ou non ; si non comment un pays encore en crise peut-il avoir des scrupules à utiliser les seuls moyens de résistance dont il dispose ?

La fébrilité des organes de régulation et d’autorégulation CNCA, CNP, OLPED

Devant le flot d’injures et d’entorses à la déontologie journalistique tous les matins, on se demande où est passée l’OLPED ? Les autres organes certes ce qu’ils peuvent, mais là aussi des questions se posent :
• Pourquoi le CNP et le CNCA dans leurs analyses ne tiennent jamais compte des médias étrangers qui violent ainsi impunément les règles élémentaires de la déontologie journalistique ? Ces médias sont-ils un Etat dans l’Etat en Côte d'Ivoire ?
• Comment peut-on exiger à un Etat en guerre (territoire divisé) de partager ses audiences radio et télé qui lui restent avec les belligérants encore en armes ?
• Pourquoi n’exige t-on pas alors cette partition équitable entre Soro et Gbagbo les deux vrais belligérants selon le discours du RHDP ?
• Pourquoi quand le camp du RHDP est en tête du temps d’antenne, il n’ya rien de grave apparemment et que c'est le contraire qui déclenche des hurlements dans toute la république, amplifiée par le CNCA ?
• Même dans l’absurde, le partage du temps d’antenne est-il concevable en dehors de la période électorale ?
• Ceux qui parlent de pré-campagne pour justifier le principe du partage du temps d’antenne peuvent-ils nous dire aujourd'hui quelle est la date des futures élections ?
Comme on le voit, on est dans une période d’abus de toutes sortes contre le régime du président Laurent Gbagbo, encouragés par une caricature du conflit, la passivité légendaire du camp présidentiel et par une mauvaise lecture des enjeux politiques actuels. Il est temps de rectifier le tir. Le plus tôt serait le mieux.

mardi, 23 février 2010

AFFAIRE BEUGRE MAMBE ET SUITE: UNE EXCELLENTE ANALYSE DE GUY LABERTIT

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Lu sur le blog de Théophile Kouamouo:

 

Alors que l’élection présidentielle était programmée pour le mois de mars 2010, la liste électorale définitive devant être publiée en janvier, la Côte d’Ivoire a connu une nouvelle et grave crise politique qu’elle est en passe de surmonter. Cette crise est née de la mise à jour de manipulations frauduleuses des listes électorales à l’initiative de Robert Mambé Beugré, président de la Commission électorale indépendante contrôlée en Côte d’Ivoire, par l’opposition, en application des accords de Marcoussis et de Pretoria. A cet égard, les fréquentes dérives des commissions électorales mettent en cause leur crédibilité dans nombre de pays du continent africain.

L’annonce, dans son adresse à la Nation du vendredi 12 février, de la dissolution du Gouvernement et de la Commission électorale indépendante (CEI) par le chef de l’Etat ivoirien Laurent Gbagbo, qui s’est appuyé sur l’article 48 de la Constitution, a suscité nombre de commentaires sur les conséquences de ces mesures. Assez curieusement, la raison même de cette décision n’a pas vraiment été explicitée par la plupart des observateurs et analystes de la situation qui prévaut en Côte d’Ivoire.

Alors que l’élection présidentielle était attendue pour le mois de mars 2010, le fonctionnement de la CEI était bloqué depuis le mois de janvier. Son président, Robert Mambé Beugré, membre du PDCI (opposition), avec l’accord du vice président Jean-Baptiste Gomis, membre du RDR (opposition), avait conçu avec la complicité de collaborateurs et du comité d’experts (informaticiens), un système de fraude politique avérée, éventé par un communiqué du porte-parole de la Présidence de la République en date du 9 janvier.

Rappel des faits avant l’ouverture de la période de contentieux

Au terme des opérations d’identification et d’enrôlement engagées le 15 septembre 2008 et achevées le 30 juin 2009, après croisement avec nombre de fichiers administratifs exitants, effectué avec l’accord de toutes les parties par l’opérateur extérieur SAGEM et l’Institut national de la statistique (INS), deux listes de noms accompagnés de photos, soumises à une forme de croisement populaire, ont fini d’être affichées dans tous les centres de vote du pays le 23 novembre. L’une comptait un peu plus de 5 300 000 noms figurant sur la liste électorale de 2000, ou ayant été croisés dans les fichiers retenus de façon consensuelle, l’autre recensait 1 033 000 noms de personnes qui devaient se présenter au contentieux administratif et, si nécessaire, judiciaire.

Il faut préciser que les premiers croisements en direct et par ascendance, achevés le 30 septembre 2009, avaient laissé 2 752 181 dossiers en contentieux, que deux extensions sur le croisement par ascendance, respectivement achevées le 14 octobre et le 3 novembre, avaient ramené à 1 991 230 le nombre de dossiers en contentieux. Le 1 er novembre, avait été décidées trois extensions complémentaires qui ont permis d’aboutir à ce nombre de 1 033 000 dossiers soumis à un contentieux administratif et éventuellement judiciaire. Conformément à la loi, c’est la SAGEM, en collaboration avec l ’INS, et non la CEI qui n’en avait pas le droit, qui procédaient à ces croisements

C’est sur cette base qu’a été ouverte, le 24 novembre, la période de contentieux administratif auprès des commissions électorales locales, initialement fixée à un mois, au terme de laquelle les tribunaux avaient huit jours pour statuer sur les cas non réglés au niveau de ces commissions.

L’organisation de la manipulation informatique

La période du contentieux à peine ouverte, le président de la CEI, Robert Mambé Beugré, après avoir sollicité en vain l’autorisation du Bureau de cette structure, a fait procéder par les informaticiens de la CEI à un croisement interne à la liste des 1 033 000 pétitionnaires en contentieux. Les résultats de ce croisement, auquel n’avaient pas été associés l’INS et la SAGEM, ce qui était parfaitement contraire au mode opératoire légal, ont été présentés le 14 décembre à la Commission centrale de la CEI, selon le rappel des faits du communiqué officiel de la CEI du 20 janvier dernier. Le chef de l’Etat, à qui s’était adressé, le 25 décembre, le président de la CEI, lui a signifié qu’un tel croisement ne ressortait pas du mode opératoire consensuel défini par l’ensemble des parties ivoiriennes.

Pourtant, le 28 décembre, le directeur de cabinet de Robert Mambé Beugré, Antoine Adou, a réuni le comité des experts de la CEI, à savoir les 70 informaticiens, et leur a fait part de la volonté du président de la CEI de mettre à la disposition des commissions électorales locales, également contrôlées par l’opposition, la liste des 429 030 pétitionnaires issus du croisement interne effectué sur la liste des 1 033 000 qui devaient se présenter au contentieux. Cette transmission a été faite par les informaticiens qui ont traité avec les seuls présidents des commissions électorales indépendantes départementales.

Cette liste était intitulée « liste des pétitionnaires retrouvés par la CEI sur le résiduel de la SAGEM ». La manœuvre devait permettre de reverser les 429 030 pétitionnaires recensés dans la liste définitive par simple manipulation informatique sans que les pétitionnaires aient à se présenter devant les commissions locales départementales pour régler le contentieux administratif.

C’est au cours de la réunion du 7 janvier, à la Primature, en présence des représentants du secrétaire général des Nations Unies, Young Jin Choi, et du facilitateur, Boureima Badini, que le Premier ministre Guillaume Soro a fait état des faits relatifs à ce croisement interne dont les résultats ont été transmis aux commissions électorales locales. Ces faits ont alors été reconnus par le président de la CEI, ce qui explique la publication, le 9 janvier, du communiqué du porte-parole de la Présidence de la République à propos des manipulations frauduleuses des listes électorales par la CEI. Le représentant des Nations Unies, Young Jin Choi, qui doit certifier la liste électorale définitive, a implicitement reconnu que ces faits étaient établis et ne pouvaient ressortir d’une commission internationale d’enquête.

Du 5 au 14 janvier, les 70 informaticiens, munis des 70 CD, ont eu pour mission, dont les ordres étaient signés par le secrétaire général de la CEI, Monsieur Yapi Jacques, de transmettre aux commissions électorales locales les fichiers comportant les 429 030 pétitionnaires, en marge de leur mission officielle de formation des commissaires départementaux. La commission centrale de la CEI avait autorisé ces missions lors de sa réunion du 31décembre.

Alors que la période de contentieux administratif initiée le 24 novembre pour un mois avait été prolongée jusqu’au 9 janvier, malgré les fortes réticences du président de la CEI, le Premier ministre Guillaume Soro a présidé, le 12 janvier, une réunion demandant le retrait du fichier des 429 030 pétitionnaires établi par la CEI. Il a fixé, en accord avec l’ensemble des partenaires et des structures techniques, un nouveau mode opératoire avec l’installation de 70 comités de suivi dans les centres de coordination. Ces comités de suivi devaient être les seuls habilités à transmettre à la SAGEM et à l’INS la liste des pétitionnaires devant être intégrés à la liste définitive.

La mise à jour de ce fichier irrecevable pour établir la liste définitive a précipité des commentaires particulièrement éloquents de la part des dirigeants de l’opposition : « le RHDP félicite le président Robert Mambé Beugré, président de la CEI, pour l’excellent travail abattu et apporte son soutien total à l’ensemble de l’institution qu’il dirige » (11 janvier) ; « une accusation sans preuve » selon Alassane Dramane Ouattara (11 janvier).

Face à la presse, le 15 janvier, le président de la CEI a fourni des explications confuses reconnaissant toutefois que « par inadvertance » une partie des données avait été transmise aux commissions électorales locales.

Pourtant la Commission centrale de la CEI a ainsi conclu son communiqué officiel du 20 janvier : « Tirant les conséquences de ce dysfonctionnement, la Commission centrale de la CEI présente tous ses regrets pour les désagréments causés à la Nation ; s’engage à prendre, dans les meilleurs délais, toutes les mesures correctives conséquentes ; appelle la population au calme et à la sérénité ».

Dans le cadre de l’enquête diligentée par le Parquet d’Abidjan à la demande, le 15 janvier, du ministre de l’Intérieur, il a été avéré que les fichiers intitulés « liste des pétitionnaires retrouvés par la CEI sur le résiduel de la SAGEM » avaient été installés dans les ordinateurs des commissions départementales. Lors de la réunion du 12 janvier présidée par Guillaume Soro, onze superviseurs de commissions départementales avaient reconnu ces faits. Ils ont effectivement été constatés par les deux équipes d’enquêteurs envoyées, du 30 janvier au 2 février, à Abengourou, Dimbokro, Duékoué et Toulepleu,.

Les résultats de cette enquête judiciaire ont été rendus publics le vendredi 5 février par le porte-parole du Procureur de la République Mamadou Diakité. Ils confirment la volonté de procéder à des manipulations frauduleuses sur la liste électorale et mettent directement en cause le président de la CEI, Robert Mambé Beugré, et un de ses vice-présidents, Jean-Baptiste Gomis.

Une manipulation de nature politique.

La volonté d’intégrer 429 030 pétitionnaires dans la liste électorale définitive sans qu’ils passent par le contentieux administratif est une manipulation d’ampleur puisque ce fichier représente environ 8 % de l’électorat total.

Dans la composition de ce fichier, on peut relever que dans les régio,ns plutôt favorables à la majorité présidentielle, plus de 250 000 devaient être automatiquement intégrés, soit un pourcentage de 43 % des pétitionnaires en contentieux. Dans les régions difficiles pour la majorité présidentielle, les pétitionnaires concernés sont environ 175 000 (régions moins peuplées du pays),.le pourcentage moyen de réintégrés atteignant 54 %, avec 51 % à Bouaké (capitale de la rébellion), 57 % à Korogho, 60 % à Daoukro (fief de Henri Konan Bédié). 68 % à Dimbokro, 73 % à Didiévi. Les plus forts pourcentages (plus de 60 %) se retrouvent dans les régions du Nord-Est (le Bafing avec Touba, le Worodougou avec Séguéla, le Denguélé avec Odienné) et du Centre (région des Lacs avec Yamoussoukro).

Il est troublant de constater que 90 % des patronymes de pétitionnaires à réintégrer à Soubré, par exemple, ne sont pas bétés alors que l’on se trouve au cœur du pays bété. Par contre, dans les régions du Nord et du Centre du pays, les patronymes des pétitionnaires sélectionnés par le croisement interne reflètent les régions d’origine.

Au vue de ces données, la nature politique de la manipulation apparaît clairement. Les deux responsables de la CEI mis en cause, le président Mambé Beugré et le vice-président Jean-Baptiste Gomis, ont eu le souci de recenser pour les repêcher automatiquement, sans passer par le contentieux, l’électorat de leur parti respectif, le PDCI et le RDR, La manipulation portant sur 8 % de l’électorat total aurait mis en difficulté le candidat Laurent Gbagbo, Président sortant, qu’une vague de sondages (de mai à octobre 2009) de l’institut TNS Sofres plaçait largement en tête.

Malgré l’évidence des faits, le président Mambé Beugré, invité à démissionner, s’est accroché à son poste, soutenu par une opposition majoritaire au sein de la CEI. Comme il avait été élu président par ses pairs de la Commission et que sa crédibilité était, pour le moins, mise en cause, la seule façon de l’écarter était de dissoudre la CEI.

C’est ce que le chef de l’Etat a décidé de faire, le 12 février, après que le facilitateur, le président burkinabé Blaise Compaoré, a reçu les parties ivoiriennes, RHDP et majorité présidentielle, à Ouagadougou, le 11 février, sans parvenir à faire bouger les lignes.

La stratégie de la tension de l’opposition

Le croisement populaire, engagé après la publication des deux listes à la fin du mois de novembre, concernait tant la liste des 1 033 000 pétitionnaires, objet des manipulations informatiques décrites, que la liste des 5 300 000 dont certains éléments pouvaient être radiés si des fraudes à l’état-civil étaient avérées. Les tribunaux devaient se prononcer sur la base de réclamations dûment enregistrées par les commissions électorales locales.

C’est dans le cadre de cette dernière opération que des controverses se sont multipliées sur le terrain et ont abouti à des affrontements politiques parfois violents. D’une part, les commissions électorales locales, contrôlées par l’opposition, ont souvent refusé d’enregistrer les réclamations ; d’autre part, certains magistrats ont déclaré recevables des demandes de radiation qui n’avaient pas été enregistrées par les commissions électorales.

C’est ainsi que des Palais de justice où des magistrats devaient statuer sur quelques centaines de cas de radiation ont été attaqués et partiellement détruits par des militants d’opposition, notamment à Divo dans le Sud-Ouest, le 3 février, à Man dans l’Ouest, le 5 février, ou à Katiola au Nord La sous-préfecture de Vavoua a été incendiée. le 9 février.

Après la décision du Président de dissoudre la CEI et de demander au Premier ministre Guillaume Soro, signataire de l’Accord de Ouagadougou, de former un nouveau gouvernement, l’opposition, regroupée au sein du RHDP, par la voix du président de son directoire Alphonse Djédjé Mady, a déclaré ne plus reconnaître le chef de l’Etat, la nouvelle CEI, ni le nouveau gouvernement en formation. Dans sa déclaration officielle du 13 février, le RHDP demandait à ses militants et à ses sympathisants de se conformer à ces décisions.

Suite à cette déclaration, les manifestations non encadrés, suscitées par le RHDP, se sont multipliées à l’intérieur du pays, visant les biens publics, les symboles de l’Etat, commissariats, sous-préfectures et préfectures, les sièges locaux du Front populaire ivoirien (FPI), les domiciles respectifs de Issa Malick Coulibaly, du directeur de campagne de Laurent Gbagbo, et de Gervais Coulibaly, porte-parole du chef de l’Etat, étant incendiés à Korogho et Katiola dans le Nord du pays. Ces manifestations, bien contenues à Abidjan, ont connu des fins tragiques à Gagnoa (5 morts, le 19 février) et Daloa (2 morts, le 22 février).

C’est dans ce contexte de forte tension que le facilitateur, Blaise Compaoré, s’est rendu à Abidjan, le 22 février, après avoir reçu, la veille, à Ouagadougou, les deux principaux dirigeants de l’opposition, Henri Konan Bédié et Alassane Dramane Ouattara. Une journée d’audiences, avec les principaux acteurs de la scène politique ivoirienne, a permis de dégager un premier consensus sur la recomposition de la CEI dont le Président Mambé Beugré et les quatre vice-présidents ont été écartés, la formation d’un nouveau gouvernement étant annoncée pour le 23 février.

Paris, 23 février 2010

Guy LABERTIT

Conseiller Afrique du Président de la Fondation Jean-Jaurès

 

Source: Le Blog de Théophile Kouamouo

lundi, 22 février 2010

COTE D'IVOIRE: LA DIFFUSION DE FRANCE 24 SUSPENDUE

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AFP-Lundi 22 février 2010

ABIDJAN - La diffusion de la chaîne de télévision France 24 a été "suspendue" lundi, en Côte d'Ivoire, pour "traitement non professionnel de l'information" concernant "l'actualité politique" récente dans le pays, a annoncé l'organe ivoirien de régulation des médias.

Le Conseil national de la communication audiovisuelle (CNCA) a pris "une mesure conservatoire" visant la diffusion de la chaîne, "en attendant la délibération du Conseil", a déclaré à l'AFP son président Franck Anderson Kouassi.

"La décision prise vendredi est entrée en vigueur ce lundi", a-t-il ajouté, expliquant cette mesure par le traitement par France 24 de "l'actualité politique" récente, sans plus de précision.

A Paris, la direction de France 24 a dit regretter "la décision des autorités ivoiriennes" et "espère que le CNCA qui se réunit mercredi reviendra sur cette décision qui lui paraît injustifiée".

La situation politique ivoirienne connaît un fort regain de tension depuis la dissolution du gouvernement et de la Commission électorale indépendante (CEI) par le président Laurent Gbagbo le 12 février, après plus d`un mois de crise à la CEI, accusée de "fraude" sur la liste des votants.

Répondant à l'appel de leurs leaders à contrer "par tout moyen" le pouvoir en place, des opposants ont organisé à travers le pays des manifestations, parfois émaillées de violences.

Cinq personnes sont mortes vendredi, à Gagnoa (centre-ouest), dans le fief de M. Gbagbo, à la suite de la répression d'une manifestation par les forces de l'ordre.

Source: ABIDJAN.NET

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