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vendredi, 23 décembre 2016

GEOPOLITIQUE: LES CONSEQUENCES DE LA CHUTE D'ALEP POUR L'EUROPE

 

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Quels liens et quelles conséquences stratégiques entre la reprise d'Alep et la vente au Qatar de près de 20 % du capital de Rosneft ?

Par le Général JEAN-BERNARD PINATEL.



La Bataille d’Alep marque un tournant décisif dans le conflit syrien. Le maintien au pouvoir de Bachar el-Assad n’est plus un préalable à la fin du conflit. Les Russes ont désormais toutes les cartes en main pour imposer leur solution. Cette victoire des forces syriennes appuyées par la Russie contre les islamistes radicaux va avoir des conséquences géopolitiques considérables pour le Moyen-Orient et pour l’Europe. Le premier effet concret s’est traduit ce 10 décembre 2016 par la vente de 19,5% des actions de Rosneft au Qatar.

La Turquie avait anticipé cette victoire. Erdogan, dès le 9 août, était allé à Canossa, pardon à Saint-Pétersbourg, après avoir exprimé ses « regrets » à Vladimir Poutine fin juin concernant le sukkoi 24 abattu par son aviation. Poutine lui a rendu la politesse le 10 octobre en se rendant à Istanbul où les deux chefs d’Etat ont réaffirmé leur engagement à mener à bien le projet de gazoduc russo-turc TurkStream, qui doit acheminer le gaz russe vers l’Europe en passant par la mer Noire, ainsi qu’à la construction par la Russie de la première centrale nucléaire turque.

De leur côté, confrontés à l’efficacité de l’intervention militaire russe de septembre 2015 qui contrastait avec les atermoiements d’Obama en Syrie et le peu d’efficacité de son action de soutien militaire à l’Irak, les dirigeants qataris comprenaient que leur stratégie de soutien aux Frères musulmans et aux wahhabites en Syrie allait les conduire à leur perte. Et que dorénavant, pour vendre leur gaz à l’Europe, il faudrait trouver un accord avec la Russie car c’est elle qui a les cartes en main pour autoriser ou interdire la construction d’un gazoduc terrestre pour acheminer son gaz vers les pays de l’Union Européenne (1).

Après une première visite de l’émir Tamim bin Hamad Al-Thani à Moscou en janvier 2016, ce rapprochement s’est traduit, le 6 septembre, par la signature d’un accord militaire entre les deux pays, au cours d’une visite du ministre qatari de la Défense, Khalid bin Mohammad Al-Attiyah, à l’occasion du Forum international militaire et technique « ARMÉE-2016 », à Moscou. « Nous avons signé un accord de coopération militaire avec la Russie, mais il ne comprend pas l’achat d’armes », a ainsi indiqué Saoud Bin Abdallah al-Mahmoud, l’ambassadeur du Qatar à Moscou. Toutefois, s’agissant d’éventuels contrats d’armement, rien n’est fermé du côté de Doha, le diplomate ayant assuré que son gouvernement examinerait cette « possibilité » (2).

Mais l’acte majeur de ce rapprochement à la portée géopolitique considérable s’est traduit samedi 10 décembre 2016 par la conclusion d’un accord de vente de 19,5% des actions de Rosneft à la Qatar Investment Authority (QIA). Cette vente s’est faite au prix de 11,37 milliards de dollars qui rentrent dans les caisses de l’Etat russe qui en avait bien besoin. Le Qatar est désormais le second actionnaire de Rosneft après l’Etat russe.

Pour comprendre la signification géopolitique exceptionnelle de cet accord, un rappel historique et économique s’impose.

Trois pays – la Russie, l’Iran et le Qatar – possèdent 50% des réserves mondiales de gaz naturel (3). Les trois sont désormais alliés économiquement et stratégiquement, ce qui marque l’échec de la stratégie de l’Union européenne de diversification de ses sources d’approvisionnement de gaz naturel inspirée et voulue par les Etats-Unis et l’Otan.

En effet, la Russie est déjà le premier fournisseur de l’Union européenne avec 40% des importations, qui représentent 20% de la consommation totale de gaz de l’Union européenne. Compte tenu de la hausse de la consommation dans l’Union européenne et de l’épuisement du gisement gazier en Mer du Nord, cette dépendance énergétique de l’UE vis-à-vis de la Russie devrait fortement s’accroître dans les prochaines années. La Commission européenne estimait en effet que, d’ici 2040, 70% des besoins énergétiques de l’UE devraient être assurés par les importations, contre 50% aujourd’hui.

Cette dépendance était inacceptable pour les stratèges américains pour lesquels la création d’une Eurasie annoncerait la fin de leur suprématie mondiale et l’arrivée d’un troisième grand acteur sur la scène mondiale qui perturberait leur tête-à-tête d’adversaire-partenaire avec la Chine.

Pour les stratèges américains et les atlantistes européens, le Qatar, avec 24300 milliards de m3 de réserves prouvées qui lui assurent 154 ans de production au rythme actuel, était la solution. A condition toutefois de construire un gazoduc, car la liquéfaction et le transport en bateau via le détroit d’Ormuz et le canal de Suez rendaient le gaz qatari non concurrentiel avec le gaz russe. Selon des informations du journal libanais Al-Akhbar publiées en 2012, les Qataris avaient établi un plan, approuvé par l’administration Obama et l’UE visant à construire un gazoduc vers l’Europe via la Syrie. Ce gazoduc terrestre aurait traversé l’Arabie Saoudite, puis la Jordanie, en évitant l’Irak pour arriver à Homs en Syrie, d’où il aurait bifurqué dans trois directions : Lattaquié sur la côte syrienne, Tripoli au nord du Liban, et une troisième branche via la Turquie vers l’Europe. Mais Bachar El-Assad refusait d’autoriser ce transit.

Désormais, les cartes sont redistribuées et rien ne s’oppose plus à ce que le gaz qatari rejoigne en Turquie le gazoduc TurkStream et vienne alimenter les besoins énergétiques de l’Union européenne. Dans un proche avenir, parions que les Européens vont lever leurs sanctions économiques contre la Russie.

Il aura fallu une guerre de cinq ans, des centaines de milliers de morts en Syrie et des attentats terroristes en Europe pour que s’impose par la force ce qui aurait dû se décider par la raison. Car tant dans la lutte contre l’islam radical que sur le plan économique, l’alliance russe est vitale pour que la voix de l’Europe existe à nouveau sur la scène internationale.



Jean-Bernard Pinatel | 12 décembre 2016


Général (2S) et dirigeant d’entreprise, Jean-Bernard Pinatel est un expert reconnu des questions géopolitiques et d’intelligence économique. Il est l’auteur de Carnet de Guerres et de crises, paru aux éditions Lavauzelle en 2014.

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(1) Pour certains auteurs, ce projet de gazoduc et le refus d’Assad de le laisser traverser la Syrie aurait été l’un des facteurs déterminants de la guerre en Syrie.

(2) En savoir plus ici.

(3) Russie : 22,8% soit 47 500 milliards de m3 ; Iran : 15,9% soit 33 800 milliards de m3 ; Qatar : 11,7% soit 24 300 milliards de m3.

 

Source: ATLANTICO.FR

vendredi, 11 décembre 2015

ATTENTATS DE PARIS: QUAND LA FRANCE ORGANISE LE MASSACRE DE SA PROPRE POPULATION

 

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Simulation d'attaques terroristes à Paris.

 

La subordination aveugle et servile de la France aux Etats-Unis ne peut que lui être préjudiciable. Dans une parfaite collaboration, les services secrets de ces deux pays ont froidement planifié le massacre d'honnêtes citoyens français, pour soutenir leur thèse galvaudée de terrorisme islamiste international. Une véritable bombe à retardement !

Je plains le peuple français, qui a parfaitement gobé la couleuvre et qui n'est pas capable de décrypter l'orchestration machiavélique beaucoup plus globale en cours contre lui, et qui va, comme le peuple américain, brader sa liberté, au nom d'une prétendue sécurité. Oui, PRÉTENDUE, parce que s'ils ont pu vous faire cela, c'est que vous n'êtes plus DU TOUT en sécurité. Wait and See !


 


  


 

 


 

C'est exactement comme les attentats des Tours Jumelles. Un mensonge odieux, tellement immense qu'on a de la peine à croire que des êtres humains puissent en être les commanditaires. Appréciez !


 


  


jeudi, 19 novembre 2015

ATTENTATS DE PARIS: ON SE FOUT DE NOTRE GUEULE !

 

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Visionnez simplement ces deux vidéos et vous comprendrez. Déprimant mais réel ! J'ai dit depuis le début, aux premières heures d’après, que les attentats de Paris sont un autogoal de la terreur mené par les gouvernants (Hollande et Valls en tête) pour amener le peuple français à brader sa liberté à des lois liberticides, au nom de la sécurité, et pour le compte du nouvel ordre mondial illuminati et antichrist. Wait and see ! Idem pour l’attentat de Charlie Hebdo, en début d’année 2015, et pour les Tours Jumelles, le 11 septembre 2001, aux Etats-Unis. En voici la preuve par quatre.

L’opération a été finement et rondement menée par l’exécutif français, avec l’appui de l’Assemblée nationale et du Sénat (le contraire est IMPENSABLE!), sous la férule et l’expertise des Etats-Unis dont la France n’est plus désormais que l’élève, la marionnette et le caniche de service, mais cela ne peut tromper les esprits avisés et anticonformistes!

Il ne faut, néanmoins, pas voir que ces attentats dans leur forme violente et circonscrite. Il s'agit d'un projet beaucoup plus étendu, un projet global, planétaire, dont l'objectif est de mettre en place le vieil objectif illuminati du "Contrôle total 666" (Apocalypse 13), visant à dominer les hommes et à les soumettre à des maîtres tyranniques, qui ne sont plus très loin d'être révélés au monde.

La réponse à ces attentats est toujours planétaire et internationale. Avez-vous remarqué ? Les hommes de la terre jouent gros sur leur liberté dans ce programme satanique, sous-tendu par cette devise démoniaque connue dans les milieux ésotériques: l'ordre par le chaos.

Je le dis sans détour: notre monde est gouverné par des hommes et des femmes sans morale. Notamment, la France et la totalité des pays de l’OTAN ! Que DIEU garde nos peuples ! Fernand Dindé.


Grave accusation sur Hollande au sujet des attentats. RT Deutsch (Russia Today).

 


Le jouet de l'Empire: Isis - Daesh - Daech - EI… Création, financement, armement...

 

Voir cette autre vidéo très significative:


 

Lire également cet article stupéfiant (cliquer sur):

Le Bataclan, vendu le 11 septembre 2015 et bien plus encore

vendredi, 04 avril 2014

NEGATIONNISME, L'OCCIDENT PEUT-IL VIVRE LA CONSCIENCE TRANQUILLE?

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Selon Wikipédia, «  le terme négationnisme désigne, dans sa signification première, la négation de la réalité du génocide pratiqué par l'Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale contre les Juifs, c'est-à-dire la négation de la Shoah. Le négationnisme consiste ainsi à prétendre, notamment par la négation de l'existence des chambres à gaz homicides ou de la volonté d'extermination des Juifs d'Europe par les nazis, que la réalité de ces crimes relèverait de mythes.

Par extension, le terme est régulièrement employé pour désigner la négation, la contestation ou la minimisation d'autres faits historiques, en particulier ceux qu'on pourrait qualifier de crimes contre l'humanité. C'est le cas pour le refus de reconnaître le génocide arménien perpétré par le gouvernement Jeunes-Turcs de l'Empire ottoman pendant la Première Guerre mondiale, le Holodomor ukrainien, le massacre de Nankin par l'armée impériale japonaise, le génocide au Rwanda, le Goulag et les massacres pratiqués par les Khmers rouges au Cambodge ou le Laogai de Chine. Bien que ces épisodes se soient déroulés dans des circonstances historiques variées et qu'ils aient été commis avec des moyens divers, on retrouve de nombreux traits communs dans leurs négations respectives1Boris Cyrulnik définit le négationnisme comme un message adressé aux survivants: « Crevez, votre souffrance nous importune »

Le terme « négationnisme » est parfois utilisé dans un sens élargi relatant d'autres faits historiques que les crimes: la négation d'une réalité historique quelconque, malgré la présence de faits flagrants. Cependant, « négationnisme » est normalement utilisé seulement pour les crimes historiques graves, tant en français qu'en anglais (« negationism »). À titre d'exemple, on a parlé de négationnisme à propos de la qualification officielle d'« opération de police » pour la guerre d'Algérie, mais les historiens préfèrent utiliser le terme de « déni historique». »

En quel sens Camille Loty Malebranche nous parle-t-il de Négationnisme ?

Michel Peyret

Occident, l'art macabre du Négationnisme

2 Avril 2014

Par Camille Loty Malebranche

Quand le passé et ses faits sont niés par la production d'une romance pseudo-historique pour justifier voire ovationner les criminels qui ont agressé et massacré des peuples et des civilisations entières afin de fonder ou d'enrichir leur propre empire, tout récit de ce passé prend des allures hagiographiques au prisme d'une affabulation moqueuse. L'Histoire conçue par les agresseurs de l'humanité du haut de leur empire, n'est jamais que négationnisme ironique, de l'historicisme sociocentriste, où ces agresseurs dédaignent le sort des broyés d'une Histoire qu'ils ont façonnée de part en part.

 Le négationnisme a cela de pernicieux dans son regard des faits de l'histoire, c'est qu'il les transpose sur le plan de la fiction, pour leur refuser leur évènementialité. Le négationnisme, quel qu'il soit, est de la manipulation mesquine qui va jusqu'à l'uchronie, jusqu'à l'hagiographie des monstres coupables pour refuser de réparer ce qui est réparable dans des passés, à degrés divers irréparables, comme les génocides et les traumatismes savamment orchestrés sur des générations humaines. D'où, aujourd'hui pour ne pas restituer l'argent volé à des peuples victimes de ses holocaustes, tout en reconnaissant l'esclavagisme comme crime contre l'humanité, l'occident justifie le colonialisme comme nécessité de l'histoire pour la construction de ses quelques États en puissance économique lesquels peuvent "aider" ceux qu'ils ont jadis freinés. Curieuse morale de distorsion et de paradoxe! Ceux qui ont été détruit dans leur chair, leur personnalité collective par le racisme, le pillage, l'esclavage, la haine exterminatrice, sont néanmoins responsables de leur piteux sort contemporain, et sont donc jugés condescendamment pauvres et faillis dans la perspective de cette affabulation de l'histoire.

 L'occident peut vivre la conscience tranquille, il n'a rien à se reprocher, il peut donc brailler et continuer ses leçons de démocratie au reste du monde, s'érigeant bienfaiteur qui aide les sud; le négationnisme, méthode de blanchiment de tous les diables, lui servira toujours à accuser ses victimes et à magnifier ses séculaires establishments criminels qui peuvent jouer de ses actuelles institutions pour poursuivre l'hécatombe économique des peuples... À cela, au sud même, les classes du pouvoir, complices et alliés de l'occident, soutenus par lui, larbins et aliénés, contribuent allègrement

 Lorsque, comme à Cuba, les puissants peuvent infliger la pauvreté par des embargos pour mieux baragouiner leur haine et leur satisfaction de l'impropriété des révolutions populaires; lorsque les impérialistes peuvent piéger des pays par la dette, l'humanitaire, les coups d'État et toutes formes de chaos artificiels agencés pour maintenir leur prépondérance en niant leur crime et assénant à leurs victimes toutes sortes d'injures et d'accusations, il est clair que le négationnisme est mode éhontée d'hégémonie, trique idéologique de l'écrasement des alterhumanités par l'occident.

 L'occident (qui est aussi en forte part, le nord économique), est donc maître de l'art thaumaturgique d'une sociodicée négationniste consistant à accuser ses agressés niant sa culpabilité objective, tout en maintenant de nouvelles politiques d'agression structurelle et économique plutôt que de se repentir et de changer. Négationnisme naturellement raciste face à ceux que nous appelons les alterhumanités, ces sociétés humaines ravagées, paupérisées par les prédations déprédatrices occidentales à cause de leur altérité,  considérée "infrahumaine" dans la logorrhée inhumaine, la vénalité des establishments occidentaux.

 En vérité, chaque fois que les ex métropoles, ex colonialistes et ex esclavagistes, toujours et encore impérialistes, se drapant dans leur superbe de puissances mondiales, refusent de changer radicalement leur rapport aux ex colonisés de l'actuel sud; tant que les ex colonisateurs refuseront de réparer tout le réparable en exorcisant leurs propres démons par la dénonciation de leurs propres crimes et la proclamation d'un nouvel étant des relations nord-sud, l'occident sera coupable de l'abomination négationniste.

 Dire que l'esclavage fut un crime contre l'humanité en entretenant l'esclavage moderne et la torture des deux tiers de la planète par l'extrême pauvreté et ses conséquences désastreuses, n'est que négationnisme voilé d'hypocrites, démagogies de néocolonialistes.

 Pour les coupables de l'histoire de fractures de toutes sortes, affectant et divisant le monde des peuples en de multiples mondes d'exclusions, Reconnaître leurs torts, doit être ipso facto entreprendre à Réparer le réparable en maudissant les horreurs irréparables de l'histoire qu'ils ont tissée, horreurs désormais refusées sous toutes leurs formes. Sinon, tout le discours démocratique, toutes les appétences des puissances occidentales pour une justice internationale à établir, restera du verbiage  idéologique, de la rouerie pathologique d'une horde de mythomanes indécents sans honneur et sans humanité...

 

Camille Loty Malebranche

mardi, 01 octobre 2013

LES ONG, NOUVELLE FORME D'ESPIONNAGE EN AFRIQUE


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Le lundi 24 janvier 2011, la Knesset, le parlement Israélien avait voté pour l’ouverture d’une enquête parlementaire sur l’origine des financements des associations et des organisations non gouvernementales opérant sur le territoire israélien.

Le ministre sioniste des Affaires étrangères Avigdor Lieberman (photo), dont le parti (Israël Beiteinou) était à l’origine de cette curieuse initiative, avait déclaré que d’après les informations en sa possession, la plupart des ONG qui parlent des droits de l’homme n’étaient en fait que de simples succursales de services secrets étrangers. Lorsqu’elles ne sont pas tout simplement "complices de la terreur" avait-il conclu.

L’originalité du vote du parlement israélien consistait à déterminer la véritable identité de chaque association et son vrai objectif à partir de la source de son financement. C’était la seule voie pour savoir exactement à qui on avait à faire.

Comment ne pas donner raison au ministre sioniste, lorsqu’on examine le profil des dirigeants de ces ONG avec rigueur ? Car on a souvent la sueur dans le dos de constater un certain mélange du genre déroutant. Un exemple des plus récents :

Lorsqu’en 1999, Richard Holbrooke est choisi par le Président Américain Bill Clinton pour succéder à Bill Richardson comme ambassadeur aux Nations unies, il emmène avec lui comme assistante, une dame du nom de Suzanne Nossel. Cette dernière est rappelée aux affaires lorsque Monsieur Obama devient Président, et devient l’Assistante de la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton. Le 23 Novembre 2011, cette brillante qui est le serviteur de l’Etat Américain a fait un déménagement des plus curieux et déconcertants : elle a quitté son bureau dans l’administration Obama, pour devenir la Présidente de la section américaine de l’ONG Amnesty International.

C’est-à -dire qu’on ne cache même plus le conflit d’intérêts entre certaines organisations et les gouvernements qui les financent, pour donner les bons points dans le monde. Et comme le dénonce le Réseau Voltaire, c’est cette dame qui a monté toute la propagande et les mensonges pour justifier le bombardement de la Libye avec ses 90.000 morts et l’assassinat de son président Kadhafi, qui a changé de costume pour revenir sur le lieu de son crime et donner des leçons des droits de l’homme.

A- Les ONG plus gouvernementales que non gouvernementales

Comment peut-on appeler "organisation non gouvernementale", une organisation qui reçoit l’essentiel de son financement de son gouvernement ? Comment une organisation créée par le Congrès Américain et financée à 100% par ce dernier peut-elle prétendre d’être en Afrique une ONG ? Comment expliquer que la quasi-totalité de l’arnaque dénommée "aide publique au développement" soit investie dans des organisations dites non-gouvernementales comme dans le cas du Canada ?

50 ans d’ONG en Afrique nous indiquent que le continent ne peut jamais se lever avec les ONG dont le système de gestion et de décision très opaque ne permet pas de mesurer avec précision les véritables motivations de ces Organisations. Il n’existe à ce jour, aucun rapport, aucune documentation sur ce que deviennent les énormes informations que ces organisations collectent au quotidien sur le sol africain. Mais on peut tout de même dire que leur but n’est nullement celui de renforcer la sécurité du continent, mais plutôt de l’affaiblir. Penser que des gouvernements qui sombrent dans les dettes abyssales vont s’endetter encore plus pour aider des africains relève de la naïveté collective des mêmes africains qui accordent une confiance démesurée aux associations dont ils ignorent ou presque, sinon rien au-delà de la propagande qui a été préparée sur mesure pour eux.

B- Et l’Afrique dans tout ça ?

Le système ultra libéral qui a spolié l’Afrique depuis 5 siècles, pour se pérenniser, a savamment mis sur pied une organisation méthodique avec une distribution de rôle bien rodée. Et c’est dans cette optique de rendre moins douloureuse la spoliation que des associations et organisations dites de développement, humanitaires ou des droits de l’homme ont été créées. Ces organisations se sont rebaptisées : "société civile africaine" en copiant les mêmes techniques d’usurpation faites par les racistes d’Afrique du Sud qui se sont fait appeler AFRIKANERS, c’est-à -dire DES AFRICAINS, en lieu et place des Africains qu’ils voulaient faire disparaitre grâce aux mauvais traitements de l’apartheid.

Toutes ces associations qu’il convient d’appeler "société civile organisée" et non "société civile" tout court prétendent travailler pour aider l’Afrique, travailler pour le bien du continent africain. En réalité elles visent d’autres objectifs comme par exemple :

1- Détourner l’attention des Africains des vrais problèmes en imposant des thèmes tout aussi nuisibles qu’inutiles et imposer leur point de vue grâce à la grande machine de guerre médiatique qui les accompagne et l’argent qui coule à flot de leurs gouvernements en Occident.

2- Devant le choc des deux civilisations : africaine et européenne, lorsque l’avantage est à l’Afrique, tout est mis en oeuvre pour empêcher les Africains de voir que dans bien de domaines, ils n’ont pas de leçon à recevoir de qui que ce soit, mais peut-être d’en donner. Il faut alors convaincre les Africains avec un certain succès, d’être fondamentalement vauriens avec des chefs d’Etats incapables et un continent maudit par la pauvreté, quand bien même ils savent que ce n’est pas vrai. Les Africains dans leur majorité qui se sont fait avoir, ont tout simplement oublié par exemple qu’ils étaient de loin plus heureux que ceux qui leur racontaient qu’ils étaient des nantis venus les aider. Parce que l’Africain est de loin plus riche et donc plus heureux que l’Européen. En géostratégie, la vraie différence entre un riche et un pauvre est que le pauvre est celui qui gagne un million de dollars par mois, mais pour le même mois il va en dépenser deux millions, en empruntant de gauche à droite, alors que le riche est celui qui gagne 2 dollars par jour, mais il va en dépenser seulement 1.

C’est ce qui explique que les Africains sont moins stressés que les Européens, ils sont plus souriants même s’ils n’ont pas de voiture, ils ne revendiquent pas l’univers, ils ne prétendent pas changer un chef d’état au Népal ou au Guatemala, et donc, ils se suicident aussi moins. A bien y regarder, la logique n’aurait pas tout simplement conseillé à ces ONG de copier cette leçon de bonheur africain pour l’insuffler aux Européens ?

3- Salir l’image de l’Afrique, tel semble être l’une des mission des ONG. Partout où on se trouve dans les plus grands aéroports de l’occident, dans les plus grandes gares de train ou de métro, on ne peut s’empêcher de voir la photo d’un enfant noir sale, dénutri, tapisser les murs de ces lieux publiques, de Düsseldorf à Montréal, en passant par Genève, Rome, Paris et New-York. D’une part, il s’agit d’un des fonds de commerce les plus rentables au monde pour leurs auteurs, pire, c’est la plus grande activité de propagande contre l’avènement d’une autre Afrique plus digne et plus prospère.

C’est un acte de racisme pur et dur et du manque du respect de la dignité d’un enfant fut-il en difficulté que de montrer sa photo avec une armada de mouches qui luttent pour trouver à manger sur ses lèvres. C’est un cynisme des plus dangereux pour le genre humain d’exploiter à ce point les difficultés de l’autre pour s’enrichir, tel un charognard qui rode autour d’un comateux pour son festin à venir.

4- Activité d’espionnage : En Afrique, l’avidité croissante et l’ignorance sont les maîtres-mots qui ont permis le développement sans contrôle de l’espionnage étranger dans toutes les couches de la population et sous des formes des plus impensables. On observe ainsi des initiatives et organisations qui n’ont pour but que d’affaiblir l’état en se substituant à lui avec des pseudo solutions qui n’ont fait leur preuve nulle part, notamment dans la santé, l’instruction, la miro-finance etc... Pourquoi les gouvernements européens et américains ont-ils besoin de passer par des ONG pour recueillir des informations sur l’Afrique, si ces dernières sont inoffensives et donc, ne mettent pas en danger la prospérité et la sécurité du continent africain ? Quel sont ces intérêts occidentaux, incompatibles avec l’urgence en Afrique de la construction d’un Etat fort qui soit capable ensuite de s’occuper dignement et convenablement de ses citoyens ?

C- Que font les espions Africains ?

L’Afrique a cru comprendre dans l’activité de l’espionnage un simple problème d’ordre publique pour l’élimination des prétendus opposants, vrais ou imaginaires. Et pas d’activité d’espionnage ou de contre-espionnage sur le plan économique et géostratégique. Et comme c’est là où tout se joue désormais, même entre les meilleurs amis du monde, on se méfie des activités d’espionnages des agents respectifs.

Le cas de l’entité sioniste et les Etats-Unis d’Amérique est là pour nous le prouver. Ben-Ami Kadish a été déféré, mardi 22/04/2008, 15 jours avant la visite du président américain George Bush en Israël, devant le tribunal fédéral de Manhattan, pour avoir transmis à Israël des informations relatives à des armements nucléaires, des avions de combat F-15 et des systèmes de missiles antimissile Patriot. Est-il envisageable de voir un jour des Africains aimer à ce point l’Afrique jusqu’à être accusé d’avoir espionné une entreprise de pointe en Occident pour le compte de leur pays africain ? Comment expliquer la naïveté des pays africains qui installent à la tête des principales entreprises stratégiques publiques, des managers occidentaux, sans se préoccuper des informations sensibles que ces derniers fournissent à leurs pays ? Existe-il un système efficace de contre-espionnage capable de les surveiller convenablement ?

D- Conclusion

L’Afrique doit arrêter de penser qu’il existe des cadeaux gratuits d’où qu’ils viennent, qu’il existe des dons sans contrepartie, puisque souvent cette contrepartie peut aller jusqu’à un million de fois la valeur du don même. Avant d’accepter tout partenariat, il faut au préalable poser d’abord la question sur ce que l’autre y gagnera.

Lorsque ce n’est pas clair, et qu’il est impossible d’identifier l’intérêt de l’autre partie, c’est qu’il y a une arnaque ou tout simplement, tromperie. L’Afrique doit aller au delà de l’initiative d’Israël, c’est-à -dire, ne pas seulement se limiter à identifier les sources de financement de chaque ONG qui opère sur son territoire. Il faut prendre des décisions radicales pour interdire toute association, toute organisation qui recevrait le moindre centime de son financement hors d’Afrique. Une association même à 100% africaine ne peut pas recevoir son financement de l’étranger sans en contrepartie, ne pas se mettre dans une condition psychologique de remercier ses bienfaiteurs, surtout en fournissant toutes les informations dont ils ont besoin et une certaine allégeance dans la défense des intérêts, des idées et opinions des donneurs d’ordre étrangers (même lorsqu’ils sont ouvertement contre les intérêts de la nation africaine en question).

Sur un autre plan, c’est en renforçant la fédération africaine que l’Afrique aura la force pour imposer une grande transparence dans ses relations avec tous les pays du monde. L’Afrique a besoin d’un coopération d’Etat à Etat et non d’Etat à ONG, c’est-à -dire qu’elle doit développer ses relations exactement comme c’est déjà le cas avec la Chine où il n’existe aucune ONG chinoise, aucune association chinoise qui prendrait l’argent du gouvernement chinois pour s’installer dans les villages africains pour faire remonter les informations vers la Chine ou tout simplement pour résoudre des problèmes de chômage en Chine.

L’espionnage au 21ème siècle doit innover pour ne pas rester pathétique dans une logique dépassée de guerre froide, car après 50 ans de milliards de dollars engloutis tout aussi naïvement dans l’espionnage occidental en Afrique, oui même si certaines informations sensibles ont permis à l’Occident de tenir pauvre l’Afrique, en revanche, on peut dire que le même Occident n’en a pas tiré tous les profits escomptés, si on en arrive à la crise économique et financière que nous connaissons. Puisse l’Occident avoir le courage de se regarder en face et faire l’autocritique sur la médiocrité de ses dirigeants qui, empêtrés dans des problèmes d’emplois fictifs, de détournement de fonds publiques, d’harcèlements sexuels, de pédophilie etc... n’ont pas eu le temps, encore moins l’intelligence de comprendre que pour tenir debout, l’Europe n’avait pas besoin d’une Afrique couchée.

 

Jean Paul Pougala
http://www.pougala.org

 

Source: LE GRAND SOIR

vendredi, 27 septembre 2013

LA COUR PENALE INTERNATIONALE N'A PLUS LA COTE EN AFRIQUE


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Le Parlement Kenyan vient de voter le retrait du pays, du protocole de Rome, à l’origine de la Cour Pénale internationale (CPI). Bien que ne prenant effet que dans 12 mois, ce retrait est une mauvaise publicité pour la CPI. Les raisons de son fiasco résident dans l’impression qu’elle donne de n’être qu’une émanation des puissances occidentales dominatrices, quand elle s’en prend la plupart du temps, qu’aux vaincus de ses grandes. En effet, elle est incapable de lancer la moindre enquête sur les centaines de morts survenues en Égypte, en Lybie ou en Côte d’Ivoire. Certains criminels de guerre ou contre l’humanité avérés, sont ressortis blancs comme neige, malgré les preuves accablantes des dossiers d’instructions. Quand ces derniers n’ont pas disparus tout bonnement. Ce précédent historique pourrait servir d’exemple, pour de nombreux autres États africains. Les récentes déclarations du président somalien de l’O.U.A, lors du dernier congrès à Alger, illustraient le malaise de ces pays africains, qui après plus d’un demi-siècle d’indépendance, ont le sentiment de s’être faits dépossédés, par les puissances colonisatrices de naguère, de leurs libertés ou de l’organisation des conditions de justice de leurs propres concitoyens.
 
Avec l’invasion et l’occupation de l’Irak et de l’Afghanistan par les Etats-Unis des Bush père et fils, qui se sont soldées respectivement par près de 2 millions et un million de morts, à quoi avons-nous eu droit de la part de la CPI ? A aucune poursuite, car Washington qui encourage la CPI à traquer les criminels de guerre à travers le monde, quitte à les lui livrer, protège ses propres ressortissants. Comment l’expliquer ? Très simplement. La Cour Pénale Internationale est une juridiction permanente, chargée de juger les personnes accusées de génocide, de crime contre l’humanité, de crime d’agression et de crime de guerre. En 1998, 121 États sur les 193 États membres de l’ONU, ont ratifié le Statut de Rome et accepté l’autorité de la CPI. Trente-deux États supplémentaires, dont la Russie et les États-Unis d’Amérique, Israël, l’Irak, la Libye, le Qatar et le Yémen, ont signé le Statut de Rome mais ne l’ont pas ratifié.
 
Prenons le cas des USA qui ont signé également avec 180 pays, l’ABI : l’Accord Bilatéral d’Immunité. Grâce à ces accords bilatéraux, les États-Unis obtenaient l’exclusion de la compétence de la CPI, à l’égard des ressortissants et des militaires nord américains, interdisant ainsi leur transfert devant le tribunal de la Haye. Les pays signataires de cet accord bénéficient en contrepartie, d’une aide financière et militaire des Etats Unis. C’est la raison pour laquelle la CPI ne peux intervenir en Israël, en Irak, en Libye, au Qatar ou au Yémen pour ne citer que ceux-la. Et l’article 98(2) du statut de Rome le dit clairement.

Ce qui veut dire, que si un citoyen américain est arrêté, dans l’un des pays signataire de l’accord ABI, pour que ce citoyen, auteur de crime contre l’humanité, soit remis a la CPI, il faut que l’Etat concerné  consente dans un premier temps a transférer le criminel et dans un deuxième temps, que cela soit compatible avec les accords bilatéraux internationaux.

En conséquence, on ne peut poursuivre les dirigeants Américains ou les alliés des Etats-Unis pour crime de guerre. Qu’importe le nombre de morts, les voilà absous par avance.
 
Cette puissance impériale se permet de porter le fer et le feu sur la planète en toute impunité. Voilà pourquoi les responsables des massacres ethniques, consécutifs à la destitution du président ivoirien Laurent Gbagbo, ne seront jamais jugés. Comme ceux de Sago en 2011 lorsque les hommes de la FRCI d’Alassane Ouattara, accusèrent les populations civiles d’avoir contribué à la fuite des dernières troupes loyalistes vers le Libéria mais aussi de cacher des armes en vue de venger le président Laurent Gbagbo. Fuyant dans la forêt, les moins heureux ont été rattrapés, fusillés et/ou égorgés et parfois brulés vifs. Les soldats d’Alassane Ouattara, avec l’aide de populations civiles étrangères au pays, massacrèrent ainsi, tout ceux de l’ethnie Godié qu’ils croisèrent sur leur chemin et cela pendant plusieurs jours. Des journalistes occidentaux, alertés par des cyber-activistes, viendront constater les massacres, mais minimiseront la portée de ceux-ci. Cela ne collant certainement pas avec la version officielle, commandée par leurs rédactions. Il est en effet difficile d’accepter la vérité, lorsque les mensonges sont exactement ce que l’on veut entendre. Comme en Bosnie, au Kossovo, en Lybie ou en Syrie de nos jours, en quelque sorte.
 
Ni le gouvernement Ouattara, ni la cour pénale internationale n’ont jusqu’à ce jour ouvert d’enquêtes, afin de déterminer qui furent les responsables de ces atrocités. Et les victimes attendent encore que justice leur soit rendue, comme pour tant d’autres crimes, commis sous couvert de la toute puissance occidentale, qui se sert du droit et de la morale pour effacer ses propres assassinats. Mais si la vérité est plus lente que le mensonge, elle finit toujours par arriver.


Source: PRORUSSIA.TV

lundi, 16 septembre 2013

SYRIE: LA GUERRE BALISTIQUE US/RUSSIE A BIEN EU LIEU!

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Un diplomate bien informé vient de faire d'importantes révélations au sujet de la crise syrienne, informations propres à prouver la maîtrise dont fait preuve la Russie dans le dossier syrien. "C'est cette maîtrise politique et militaire dont font preuve les russes qui a poussé les Etats-Unis à mettre de l'eau dans leur vin. Les Etats-Unis se sentent désemparés face à une Russie plus que jamais attachée au respect des principes éthiques, une Russie au calme et au sang froid sibérien dont les dirigeants voient juste et maîtrisent les règles du jeu"; selon AsSafir, "la guerre américaine contre la Syrie a commencé dès le tir de deux missiles balistiques en Méditerranée et elle s'est achevée au même moment. Les deux missiles qu'Israël a fini par revendiquer et que les radars russes ont bien détectés".  

"Israël a prétendu avoir tiré ces deux missiles dans le cadre d'un exercice militaire commun avec les Etats-Unis, indépendamment de ce qui se passait en Syrie. Or la réalité est toute autre chose: ces deux missiles ont été tirés par les Etats-Unis depuis une base de l'Otan en Espagne. Les radars russes les ont détectés immédiatement et ce sont les systèmes de défense anti-missile russes qui ont intercepté et détruit l'un d'entre eux en plein air et ont dévié l'autre de sa trajectoire, de façon à ce qu'il s'abîme en mer". Et AsSafir d'ajouter: "Dans le communiqué qu'il a publié, le ministère russe de la Défense a omis de mentionner deux choses: la base à partir de laquelle les missiles avaient été tirés et l'interception et la destruction de ces deux missiles. Mais pourquoi? En effet, aussitôt après le tir de ces missiles, les services du renseignement russe ont contacté leurs homologues US pour leur dire que "toute attaque contre Damas est comme si Moscou était pris pour cible". Le renseignement russe a également indiqué aux américains sa décision de supprimer dans son communiqué la partie qui précise "la destruction des missiles US" pour éviter que les tensions s’accroissent. "Nous vous demandons de revoir vos politiques et votre ligne de conduite à l'égard de la Syrie et, soyez-en sûrs, vous ne pouvez pas empêcher notre présence en Méditerranée".

"Ce face à face non déclaré Moscou/Washington a ajouté à la confusion de l'administration Obama qui s'est aperçue du sérieux de Poutine dans le dossier syrien et de sa volonté d'aller jusqu'au bout. Obama a compris qu'il n'existe pas de voie de sortie autre que la proposition russe". "L'entrée en scène d'Israël s'est effectuée en second lieu. Aussitôt après l'attaque, Israël a dit ne pas savoir qui en est l'origine, ce qui était vrai mais les américains ont demandé à Tel-Aviv de revendiquer le double tir de missile Anchor, ce qu'Israël a fait pour éviter à Washington une perte irréparable de crédit. Bref, Obama voulait se rendre au G20 en chef de guerre, il s'y est rendu en président désœuvré et en quête d'une échappatoire!". Et AsSafir de poursuivre: "Après ce face à face, Moscou a envoyé un nombre plus important de ses experts militaires en Syrie ainsi qu'une armada de navires. Le plan russe a été élaboré en concertation avec le vice-ministre iranien des Affaires Etrangères, Amie Abdollahoyan, le ministre syrien des Affaires Etrangères, Walid Moallem, et les russes ont remis à l'après-G20 la signature d'un accord destiné à éviter à Damas toute action armée en échange du contrôle de son arsenal chimique. La première et dernière guerre missilière US/Russie a eu pour effet le vote négatif du parlement britannique à la guerre, vote qui a fait des émules puisque la chancelière allemande a elle aussi refusé le principe d'une guerre".


Source: IRIB RADIO FRANCOPHONE

dimanche, 15 septembre 2013

SYRIE: LA LETTRE D'UN ANCIEN AMBASSADEUR DE FRANCE A FRANÇOIS HOLLANDE

 

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Diplomate de carrière de 1972 à 2009, Pierre Charasse fut ambassadeur, notamment au Pakistan, en Uruguay et au Pérou, et a représenté la France dans de nombreuses instances internationales. Depuis le Mexique où, retraité, il réside, il vient d'adresser une lettre aussi ironique que cinglante à François Hollande sur la crise syrienne.
 
 
 
Mexico, le 2 septembre 2013

Monsieur le Président de la République,


Dans l’épreuve que subit actuellement l’humanité du fait de la présence d’armes chimiques en Syrie, vous avez pris la tête d’un grand mouvement mondial au nom de « l’obligation de protéger » les populations civiles menacées. Vous avez très bien expliqué dans votre discours du 27 août devant vos Ambassadeurs que c’était là la vocation de la France, comme elle l’a fait en Libye récemment, et qu’elle ne manquerait pas à son devoir. Votre détermination exemplaire devrait rapidement convaincre vos partenaires européens flageolants et les opinions publiques pleutres, en France, en Grande Bretagne, aux Etats-Unis et partout dans le monde, du bien-fondé d’une  intervention militaire chirurgicale en Syrie.

Naturellement, comme vous l’avez rappelé le 27 août, « l’obligation de protéger » s’inscrit dans une démarche très réglementée par les Nations Unies et incombe en premier lieu aux Etats concernés : protéger leur propre population. En cas de défaillance de leur part, c’est au Conseil de Sécurité qu’il appartient de décider des modalités de mise en œuvre de ce principe. Sous votre conduite, la France s’honorera si elle fait respecter à la lettre cette avancée importante du droit international. Je suis sûr que le Président Poutine sera sensible à vos arguments tout comme le Président Xi Jiping et qu’ils ne feront pas obstacle à vos projets en opposant un veto au Conseil de Sécurité. Peu importe que l’objectif final soit encore un peu flou, ce qui compte c’est la défense énergique de principes clairs.

De même, je suis sûr que d’autres pays suivront la France dans son intention de livrer des armes aux rebelles syriens, malgré les risques que cela comporte. M. Laurent Fabius, Ministre des Affaires Etrangères, a annoncé qu’il exigerait des destinataires des armes françaises qu'ils signent un « certificat d’utilisateur final ». Avec une telle fermeté nous aurons l’assurance que nos armes ne tomberont pas entre les mains des combattants Jihadistes du Front Al Nusra-Al Qaeda, qui font partie de la Coalition rebelle (encore très hétéroclite mais que avez le mérite de vouloir unifier, bon courage !) et ne se retourneront pas contre les pays occidentaux qui les ont aidé ou leurs rivaux au sein de la Coalition, voire des populations civiles.

Nous voilà rassurés. Al Qaeda devrait comprendre le message fort que vous lui envoyez. Il est important de bien expliquer que notre ennemi reste le Terrorisme International, même si de temps en temps il faut se montrer pragmatique, comme disent nos amis anglo-saxons, et tendre la main à ceux qui veulent notre perte. Ceux-ci  ne devraient pas être insensibles à nos gestes amicaux. Vos services devraient pouvoir sans peine démentir l’information diffusée par l’agence Associated Press selon laquelle des armes chimiques livrées par notre allié l’Arabie Saoudite (le Prince Bandar Bin Sultan, chef des services saoudiens de renseignement) au Front Al Nusra-Al Qaeda auraient été manipulées maladroitement par ces apprentis-sorciers.

Une fois ce point éclairci vous aurez les mains libres pour agir sur la base des informations fournies par les Etats-Unis et Israël qui ont toute votre confiance. Toutefois il ne serait pas inutile d’éviter que se reproduise le scénario de 2003 aux Nations Unies lorsque Colin Powell a exhibé des photos truquées et un flacon de poudre de perlimpinpin comme preuves irréfutables de la présence d’armes de destruction massive en Irak ! Principe de précaution élémentaire. On vous fait confiance, c’est la crédibilité de la France qui est en jeu.

Quand aux objectifs militaires de cette opération, il paraît évident qu’ils doivent être en priorité de détruire par des moyens aériens les dépôts d’armes chimiques sans les faire exploser au nez de la population civile, ce qui serait un véritable désastre,  et de neutraliser tous les engins qui permettent leur utilisation (missiles, chars, lance-roquettes etc.), sans mettre en péril la vie de nos soldats sur un terrain incertain. Si les Américains ont du mal à identifier les cibles, les services français de renseignement se feront un plaisir de leur fournir toutes les informations dont ils disposent, de telle sorte que l’opération soit courte et cinglante et que grâce à vous les armes chimiques soient définitivement éradiquées de la planète.

Les populations que nous allons protéger auront un prix à payer pour le service rendu et doivent accepter d’avance les quelques centaines ou milliers de morts que peuvent provoquer les effets collatéraux de cette opération et leurs conséquences en cascade. Mais c’est pour leur bien. Si vous prenez la tête de la manœuvre à la place de vos collègues Obama et Cameron, qui semblent rétropédaler avant même que le coup d’envoi ait été donné, Bashar Al Assad comprendra très vite à qui il a affaire. L’Occident ne doit pas de mollir, ce serait un mauvais signal au reste du monde, on compte sur vous pour tenir la barre fermement.

Lorsque cette mission humanitaire sera terminée et que Bashar Al Assad aura fait amende honorable après la tripotée qu’on va lui mettre tout en le laissant au pouvoir, vous aurez la satisfaction d’avoir contribué à appliquer en Syrie la théorie du « chaos constructif » élaborée par des « think tanks » américains à l’époque de George Bush, en espérant que les grandes entreprises américaines, principales bénéficiaires du chaos, auront  la bonté de laisser  aux entreprises françaises la possibilité de tirer quelques avantages du désordre institutionnalisé qui a désormais vocation à se substituer à des Etats forts comme c’est le cas en Irak ou en Libye. Quelques contrats pétroliers feraient bien l’affaire de nos grands groupes.

Après cette victoire  pratiquement acquise d’avance, il vous appartiendra de porter ailleurs le message humanitaire universel de la France. Les crises sont nombreuses dans le monde, la liste des dictateurs sanguinaires est longue, et des millions d’hommes, de femmes et d’enfants attendent avec joie que la France puisse les protéger comme elle s’en est donnée la mission. On pense toujours à l’Afrique qui arrive au premier rang de nos préoccupations. Mais il y a le feu dans de nombreuses régions du monde. Une intervention humanitaire en Palestine serait la bienvenue, vous y songez certainement.

Au Mexique, on estime à 70.000 les morts provoqués par  la violence des groupes criminels et des forces de sécurité et 26.000 disparus durant de sexennat du Président Calderón (2006-2012). Après la première année  du mandat du Président Peña Nieto, on dénombre déjà 13.000 morts. En toute logique avec de tels chiffres la population civile mexicaine devrait être éligible aux bénéfices du programme  « obligation de protéger » concocté par la « communauté internationale », même si celle-ci se réduit aujourd’hui à la France seule. Au point où nous en sommes, il faut bien qu’un pays  se dévoue pour être l’avant-garde agissante d’une communauté internationale amorphe et irresponsable, « ensemble gazeux et incertain » comme a dit Hubert Védrine à propos de l’Union Européenne. Mieux vaut être seul que mal accompagné. S’agissant du Mexique, on pourra tirer les leçons de l’intervention militaire française de 1862 et ne pas répéter l’erreur qui a conduit à la déconfiture les armées de Napoléon III : déclencher des opérations militaires injustifiées et lointaines qui dépassent nos forces.

Pour cela il faudra, mais vous l’avez évidement prévu, programmer davantage de  moyens budgétaires, par exemple pour la construction de nouveaux porte-avions nucléaires, les avions et missiles qui vont avec. Le « Charles de Gaulle » rend de brillants services lorsqu’il n’est pas immobilisé dans nos arsenaux pour de trop longues périodes de révision, mais il aura du mal à répondre seul à toutes les demandes d’intervention surtout lorsqu’il devra croiser dans des mers lointaines, exotiques et dangereuses.  Je suis sûr que vous saurez persuader nos compatriotes que dans les circonstances actuelles, le monde occidental, pour poursuivre sa mission civilisatrice, pilier de la globalisation, devra s’en donner les moyens budgétaires.

On se souvient des contraintes qui ont empêché les forces françaises de frapper encore plus massivement la Libye. Leurs stocks de missiles se sont rapidement épuisés et le budget de la Défense n’avait pas prévu que l’abominable Khadafi, pourtant ami intime de votre prédécesseur,  serait aussi peu sensible à nos problèmes budgétaires en opposant une résistance aussi farouche qu’inutile. La population, si elle est  bien informée, acceptera certainement de bon gré l’augmentation des impôts et les coupes dans les dépenses publiques, notamment sociales, comme les bourses scolaires pour les français de l’étranger, ainsi que la réduction  des moyens  du réseau diplomatique, consulaire, éducatif et culturel français dans le monde si c’est le prix à payer pour que la France garde son statut de grande puissance mondiale. Tout est question de pédagogie.

Monsieur le Président, vous n’êtes pas sans savoir que nos amis et alliés américains n’ont pas toujours une très bonne image dans le monde. La France, avec les Présidents De Gaulle, Mitterrand et Chirac, a joui d’un grand prestige international, justement parce ce qu’elle parlait d’une voix différente de celle de ses alliés occidentaux. Le Président Sarkozy a mis fin à cette tradition diplomatique, pensant que la France avait tout intérêt, dans le contexte de la mondialisation et face à la montée en puissance de nouveaux acteurs, à se fondre dans « la famille occidentale » et à réintégrer l’appareil militaire de l’OTAN, c’est à dire à mettre ses forces conventionnelles sous le commandement américain.

« O tempora ! O mores ! » comme a dit Ciceron en son temps. Mais vos Ambassadeurs ont déjà du vous signaler  que dans de nombreux pays la France est désormais perçue comme un relais servile de la politique américaine. Des épisodes récents, comme l’affaire Snowden avec l’interception du Président Evo Morales lors de son survol de l’Europe, ont pu donner cette impression fâcheuse, mais je suis convaincu que vous n’aurez  aucun mal à persuader vos interlocuteurs du monde entier que cette perception est erronée, car c’est en toute indépendance que vous avez confirmé l’ancrage de la France dans sa « famille occidentale ».

Enfin, je pense que vous avez réfléchi à la meilleure manière de protéger les populations mondiales des catastrophes humanitaires provoquées  par le capitalisme mafieux et prédateur à l’origine des dernières crises économiques et financières. Il est probablement dans vos intentions de proposer à vos collègues du G7 et du G20 que vous allez rencontrer au Sommet de Saint Pétersbourg de changer de cap pour  mettre fin à l’économie-casino et à l’empire de la finance sans contrôle. L’opinion publique mondiale, les chômeurs en Grèce, au Portugal, en Espagne, en France et ailleurs, apprécieraient vraisemblablement des frappes chirurgicales sur le FMI, la Banque Centrale européenne, la City de Londres, quelques paradis fiscaux « non-coopératifs » ou d’improbables agences de notation qui font plier les gouvernements.

Une telle cohérence dans l’application de « l’obligation de protéger » honorera la France et son Président. En continuant sans relâche sur cette voie et en défendant comme vous le faites le droit international et les normes fixées par les Nations Unies, il ne fait aucun doute qu’avant la fin de votre mandat vous rejoindrez votre collègue et ami Barack Obama dans le club très sélect des Prix Nobel de la Paix. Vous l’aurez bien mérité.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’assurance de ma très haute et respectueuse considération.


Pierre Charasse, Français de l'étranger, contribuable et électeur.


lundi, 09 septembre 2013

MEMORANDUM D'ANCIENS DU RENSEIGNEMENT A OBAMA: «LA SYRIE EST-ELLE UN PIEGE?»

BARACK OBAMA. SYRIE.jpg

 
Veteran Intelligence Professionals for Sanity

Traduction exclusive : Memorandum d'anciens du renseignement à Obama : "Nous avons le regret de vous informer que certains de nos anciens collègues nous disent, catégoriquement, que [...] l'intelligence la plus fiable montre que Bachar al-Assad n'était pas responsable..."

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Malgré le "haut degré de confiance" de l’Administration américaine sur la responsabilité du régime syrien dans l’attaque chimique du 21 août, une douzaine d’anciens militaires et responsables du renseignement livrent des éléments qui les amènent à conclure à une toute autre histoire que l’histoire officielle.

"MEMORANDUM FOR : The President
FROM : Veteran Intelligence Professionals for Sanity (VIPS)
SUBJECT : La Syrie est-elle un piège? (Is Syria a Trap?)
Priorité : IMMÉDIATE

Nous avons le regret de vous informer que certains de nos anciens collègues nous disent, catégoriquement, que contrairement aux affirmations de votre administration, l’intelligence la plus fiable montre que Bachar al-Assad n’était pas responsable de l’incident chimique qui a tué et blessé des civils syriens le 21 août, et que les services de renseignement britannique savent aussi cela. En écrivant ce bref rapport, nous choisissons de croire que vous n’avez pas été pleinement informé parce que vos conseillers ont décidé de vous donner l’opportunité pour ce qui est communément connu comme le "déni plausible" [NDT : la légère incertitude, le flou décisionnaire, qui fait que l’on ne peut prouver formellement l’implication directe et réfléchie du sommet de l’Etat et par conséquent que l’on pourra nier de manière plausible (cela vient du langage informatique et du déni de chiffrement)].

Nous avons déjà emprunté cette voie avant - avec le président George W. Bush, à qui nous avions adressé nos premiers VIPS memorandum immédiatement après le discours de Colin Powell le 5 février 2003 à l’ONU, dans lequel il a colporté une "intelligence" frauduleuse pour soutenir l’attaque de l’Irak. Puis, également, nous avons choisi de donner au président Bush le bénéfice du doute, pensant qu’il avait été induit en erreur - ou, à tout le moins, très mal conseillé.

La nature frauduleuse du discours de Powell était une évidence. Et donc, cet après-midi là nous avions vivement exhorté votre prédécesseur d’élargir le débat au-delà du cercle de ces conseillers clairement arc-boutés sur ​​une guerre pour laquelle nous ne voyions aucune raison impérieuse et dont nous pensions que les conséquences imprévues seraient susceptibles d’être catastrophique". Nous vous offrons le même avis aujourd’hui.

Nos sources confirment qu’un incident chimique d’une quelconque sorte a causé des morts et des blessés le 21 Août dans la banlieue de Damas. Ils insistent, cependant, sur le fait que l’incident n’était pas le résultat d’une attaque menée par l’armée syrienne employant des armes chimiques de type militaire de son arsenal. C’est le fait le plus saillant, selon les agents de la CIA travaillant sur la question syrienne. Ils nous disent que le directeur de la CIA John Brennan est en train de commettre une fraude (escroquerie), du type de celle ayant précédé la guerre en Irak, sur les membres du Congrès, les médias, le public - et peut-être même vous.

Nous avons observé John Brennan attentivement au cours des dernières années et, malheureusement, nous constatons que ce que nous disent maintenant nos anciens collègues est facile à croire. Plus triste encore, cela tombe à pic (this goes in spades) pour ceux d’entre nous qui ont travaillé avec lui personnellement, nous lui donnons zéro crédibilité. Et cela vaut, aussi, pour son patron titulaire (titular boss), le directeur du renseignement national James Clapper, qui a admis qu’il a témoigné sous serment de manière "manifestement erronée" au Congrès concernant les écoutes de la NSA sur les Américains.

Résumé du renseignement ou stratagème politique?

Que le secrétaire d’État John Kerry fasse valoir le nom de Clapper cette semaine devant le Congrès, dans une tentative apparente pour renforcer la crédibilité de l"Évaluation du Gouvernement » de 4 pages nous paraît étrange. D’autant plus, parce que, pour une raison inexpliquée, ce n’est pas Clapper mais la Maison Blanche qui a publié l’« Évaluation » (Assessment).

Ce n’est pas un bon point. Nous savons comment ces choses sont faites. Bien que l’« évaluation du gouvernement » est vendu aux médias comme un « résumé de l’intelligence », c’est un document politique, et pas d’intelligence. Les rédacteurs, communicants (NDT : massagers dans le texte (lié à mon sens à l’ouvrage de philosophie des médias Message et Massage)), et intermédiaires ont évité de présenter le détail essentiel. En outre, ils ont concédé d’emblée que, bien qu’ils affichent une "grande confiance" sur l’évaluation, ils sont encore "loin d’une confirmation."

Déjà Fraud (Déjà vu ?) : Cela nécessite un flashback sur les célèbres Minutes de Downing Street du 23 Juillet 2002 [NDA : cf Downing Street Memo], sur l’Irak, le procès-verbal a enregistré les déclarations de Richard Dearlove, alors chef du renseignement britannique, rapportant au Premier ministre Tony Blair et d’autres hauts fonctionnaires que le président Bush avait décidé d’éliminer Saddam Hussein par une action militaire qui serait "justifiée par la conjonction du terrorisme et des armes de destruction massive." Dearlove avait eu l’information par le directeur de la CIA, George Tenet, qu’il avait rencontré au siège de la CIA le 20 Juillet.

La discussion qui a suivi a porté sur la nature éphémère de la preuve, ce qui pousse Dearlove à expliquer: « Mais le renseignement et les faits étaient préétablis autour de la politique." [NDT : "But the intelligence and facts were being fixed around the policy" // On peut donner le sens, sont établis en fonction de la politique, ont été construit autour des déclarations politiques] Nous craignons que ce soit précisément ce qui s’est passé avec "l’intelligence" sur la Syrie.

L’Intelligence

Il y a un nombre croissant de preuves provenant de nombreuses sources dans le Moyen-Orient - principalement affiliés à l’opposition syrienne et ses partisans - offrant une forte preuve circonstancielle que l’incident chimique du 21 août était une provocation planifiée à l’avance par l’opposition syrienne et ses soutiens turcs et saoudiens. Le but aurait été de créer le genre d’incident qui amènerait les Etats-Unis dans la guerre.

Selon certains rapports, des boîtes contenant des agents chimiques ont été introduites dans une banlieue de Damas, où elles ont été ouvertes. Certaines personnes dans le voisinage immédiat sont mortes, d’autres ont été blessées.

Nous ne sommes au courant d’aucune preuve fiable qu’une fusée militaire syrienne capable de transporter un agent chimique ait été tirée dans la région. En fait, nous ne connaissons aucune preuve matérielle fiable pour appuyer l’allégation qu’il s’agissait des suites d’une frappe par une unité militaire syrienne disposant d’une expertise en matière d’armes chimiques.

En outre, nous avons appris que les forces de l’opposition occidentale parrainées par la Turquie ont commencé le 13 et 14 août 2013 à se préparer à l’avance pour un majeur, et anormal renforcement de leurs effectifs militaires [NDT : "a major, irregular military surge" Cela peut être également une poussée militaire majeure et anormale ou irrégulière]. Les premières rencontres entre les hauts commandants militaires de l’opposition et les responsables du renseignement qataris, turcs et américains ont eu lieu à la garnison militaire turc aménagée d’Antakya, dans la province d’Hatay, actuellement utilisée comme centre de commandement et siège de l’Armée syrienne libre (ASL) et de leurs sponsors étrangers. [NDT : ces informations proviennent (du moins ont été relayées par Yossef Bodansky notamment)].

Les commandants supérieurs de l’opposition qui sont venus d’Istanbul ont pré-informés les commandants régionaux d’une escalade imminente dans les combats grâce à « un développement qui changerait la guerre » ("a war-changing development"), ce qui, à son tour, conduirait à un bombardement mené par les américains en Syrie.

À la réunion de coordination des opérations à Antakya, fréquentée par les hauts responsables turcs, qataris et des responsables du renseignement américain ainsi que les commandants supérieurs de l’opposition syrienne, les syriens ont affirmé que le bombardement commencerait dans quelques jours. Les leaders de l’opposition ont été condamnés à préparer leurs forces rapidement pour exploiter les bombardements américains, marcher sur Damas, et renverser le gouvernement de Bachar al-Assad.

Les responsables du renseignement du Qatar et de la Turquie ont assuré aux commandants régionaux syriens qu’ils seraient très bien fournis en armes pour la prochaine offensive. Et ils le furent. Une opération de distribution d’armes d’une ampleur sans précédent a commencé dans tous les camps de l’opposition entre le 21 et le 23 août. Les armes ont été distribuées à partir des entrepôts contrôlés par les renseignements du Qatar et de la Turquie sous la supervision étroite d’agents du renseignement américain.

Cui bono?

[Dans quel intérêt ? Dans l’intérêt de qui ?]
Que les divers groupes qui tentent de renverser le président syrien Bachar al-Assad ont amplement intérêt à obtenir que les États-Unis soient plus profondément impliqués dans le soutien de cet effort est clair. Jusqu’à présent, il n’a pas été aussi clair que le gouvernement Netanyahu en Israël ait également un intérêt puissant pour obtenir que Washington soit plus profondément engagé dans une nouvelle guerre dans la région. Mais au vu des exhortations véhémentes à l’intervention en provenance d’Israël et ces américains qui font du lobbying pour les intérêts israéliens, la priorité de cet objectif israélien devient limpide.

Le reporter Judi Rudoren, écrivant depuis Jérusalem, dans un article important paru dans le New York Times de vendredi aborde la motivation israélienne d’une manière inhabituellement candide. Son article, intitulé « Israël soutient une frappe limitée contre la Syrie", note que les Israéliens ont fait valoir, tranquillement, que la meilleure solution pour les 2 années et demi de guerre civile en Syrie est, au moins pour le moment, qu’il n’y ait pas de solution. Rudoren poursuit:

"Pour Jérusalem, le statu quo, aussi horrible que cela puisse être d’un point de vue humanitaire, semble préférable soit à une victoire du gouvernement de M. Assad et ses partisans iraniens soit à un renforcement des groupes rebelles, de plus en plus dominé par les sunnites djihadistes."

« C’est une situation éliminatoire (a playoff situation) dans laquelle vous avez besoin que les deux équipes perdent, mais qu’au moins vous ne voulez pas que l’une d’elle gagne - nous nous contenterons d’un match nul », a déclaré Alon Pinkas, ancien consul général d’Israël à New York. « Laissez-les saigner tous les deux, faire des hémorragies jusqu’à la mort : c’est la réflexion stratégique ici. Tant que cela persiste, il n’y a pas de menace réelle de la Syrie ».

Nous pensons que c’est la façon dont les dirigeants actuels d’Israël regardent la situation en Syrie, et qu’une implication américaine plus profonde - quoiqu’au départ, par des frappes militaires "limités" - est susceptible d’assurer qu’il n’y ait pas de résolution rapide du conflit en Syrie. Plus les sunnites et les chiites se déchirent les uns les autres en Syrie et dans la région, plus Israël fait le calcul que ce sera sûr [NDT : Le sens est mieux retranscrit en anglais : "The longer Sunni and Shia are at each other’s throats in Syria and in the wider region, the safer Israel calculates that it is."]

Que le principal allié de la Syrie soit l’Iran, avec lequel il a signé un traité de défense mutuelle, joue également un rôle dans les calculs israéliens. Il est peu probable que les dirigeants iraniens soient en mesure d’avoir un impact militaire plus important en Syrie, et Israël peut faire ressortir cela comme un embarras [honte, gêne] pour Téhéran.

Le rôle de l’Iran

L’Iran peut facilement être blâmé par association et accusé de toutes sortes de provocations, réelles et imaginaires. Certains ont vu la main d’Israël à l’origine des accusations les plus dommageables contre Assad en matière d’armes chimiques et notre expérience nous donne à penser que cela est extrêmement possible.

Possible est aussi une attaque sous faux drapeau d’une partie intéressée entraînant le naufrage ou l’endommagement, par exemple, de l’un des cinq destroyers américains maintenant en patrouille à l’ouest de la Syrie. Nos médias grand public pourraient tirer de cela le maximum [Our mainstream media could be counted on to milk that for all it’s worth], et vous vous retrouveriez encore plus sous pression pour élargir l’engagement militaire américain en Syrie - et peut-être au-delà, contre l’Iran.

L’Iran a rejoint ceux qui accusent les rebelles syriens pour l’incident chimique du 21 Août, et n’a pas tardé à mettre en garde les Etats-Unis contre le fait de s’impliquer davantage. Selon la chaîne anglophone iranienne Press TV, le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif a affirmé : « La crise en Syrie est un piège tendu par les groupes de pression sionistes aux [Etats-Unis]."

En fait, il n’est peut-être pas loin de la vérité. Mais nous pensons que vos conseillers peuvent être circonspects dans la réception de cette idée. Ainsi, nous voyons comme notre responsabilité de continuer à essayer de partager des informations avec vous afin d’assurer que vous et d’autres décideurs disposez d’une vision complète.

Représailles inévitables

Nous espérons que vos conseillers vous ont averti que les représailles pour les attaques contre les syriens ne sont pas une question de si, mais de où et de quand. Les représailles sont inévitables. Par exemple, des attaques terroristes contre les ambassades des États-Unis et d’autres installations sont susceptibles de faire ressembler ce qui est arrivé aux Etats-Unis à la "Mission" à Benghazi le 11 septembre 2012 à un accrochage mineur en comparaison. L’un de nous a abordé directement cette considération clé il y a une semaine dans un article intitulé "Conséquences possibles d’une attaque militaire américaine contre la Syrie - se souvenir de la destruction des casernes des marines américains à Beyrouth en 1983." [Référence]


For the Steering Group, Veteran Intelligence Professionals for Sanity

Thomas Drake, Senior Executive, NSA (former)
Philip Giraldi, CIA, Operations Officer (ret.)
Matthew Hoh, former Capt., USMC, Iraq & Foreign Service Officer, Afghanistan
Larry Johnson, CIA & State Department (ret.)
W. Patrick Lang, Senior Executive and Defense Intelligence Officer, DIA (ret.)
David MacMichael, National Intelligence Council (ret.)
Ray McGovern, former US Army infantry/intelligence officer & CIA analyst (ret.)
Elizabeth Murray, Deputy National Intelligence Officer for Middle East (ret.)
Todd Pierce, US Army Judge Advocate General (ret.)
Sam Provance, former Sgt., US Army, Iraq
Coleen Rowley, Division Council & Special Agent, FBI (ret.)
Ann Wright, Col., US Army (ret) ; Foreign Service Officer (ret.)


Paru initialement en anglais sur Consortiumnews.com


 
 

mardi, 03 septembre 2013

EXCLUSIF - INTERVIEW INTEGRALE DU PRESIDENT ASSAD

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Damas, 2 Septembre 2013 - Le président, Bachar al-Assad, a accordé une interview au journal français Le Figaro, au cours de laquelle il a affirmé que la stabilité dans la région dépendait de la situation en Syrie.


 
Voici l'interview intégrale (Version diffusée par nos amis de SANA)… 

Les américains et les français vous ont accusé d’avoir déclenché une attaque à l’arme chimique le 21 août dans la région de Ghouta ce qui a fait des centaines de morts. Pouvez-vous nous fournir une preuve que votre armée n’a pas commis cette attaque?

Premièrement, quiconque accuse doit donner la preuve. Nous les avons défiés d’avancer une seule preuve ; ils en ont été incapables. Nous les avons défiés de donner une seule preuve à leurs peuples. Puisque les politiques extérieures se décident au nom des peuples et de leurs intérêts. Mais, ils n’ont pas pu le faire. 

Deuxièmement, parlons de la logique de cette accusation, si elle est raisonnable ou pas. A présent, je vous pose la question suivante : nous combattons depuis deux ans, et je peux dire que notre situation sur le terrain est aujourd’hui bien meilleure qu’elle ne l’était l’année dernière par exemple. Comment une armée, dans n’importe quel Etat, peut-elle utiliser des armes de destruction massives, au moment même où elle réalise un progrès moyennant des armes conventionnelles? Soyons très précis : Je ne dis nullement que l’armée syrienne possède ou non de telles armes. C’est une question qu’on ne discute pas. Mais supposons que cette armée souhaite utiliser des armes de destruction massive, si elle en possède; est-il possible qu’elle le fasse dans une zone où elle se trouve elle-même?!! Où en est la logique? 

En plus, est-il possible d’utiliser des armes de destruction massive dans la banlieue de la capitale sans tuer des dizaines de milliers de personnes, car ces matières se transportent par le vent? 

- Des éléments de l’armée syrienne ont-ils été atteints par de telles armes? 

Oui, dans la région d’Al Baharieh dans la banlieue de Damas. Le comité d’enquête a rencontré les soldats hospitalisés. 

- Certains disent que l’armée a sans doute réalisé certains progrès. Mais vous vouliez aussi, en fin de compte, en finir définitivement avec cette opposition, qui progresse dans d’autres endroits. 

Encore une fois, les zones dont on parle sont des zones peuplées. Y utiliser des armes de destruction massive signifie des dizaines de milliers de morts. Toutes les accusations se fondent sur les allégations des terroristes et sur des images vidéo arbitraires diffusées sur internet. 

- Les américains disent avoir capté un entretien téléphonique entre un de vos responsables et un élément de l’armée, lui donnant l’ordre d’utiliser ces armes… 

Bachar al-Assad : si les américains, les français ou les britanniques disposaient d’une seule preuve, ils l’auraient annoncée dès le premier jour. Nous ne discutons pas des rumeurs, ni des allégations. Nous ne discutons que les faits. Si ce qu’ils disent est vrai, qu’ils en donnent la preuve. 

- Serait-il possible que certains responsables, ou certains éléments de l’armée syrienne, aient pris cette décision sans votre aval. 

Bachar al-Assad : Encore une fois… j’affirme que nous n’avons jamais dit posséder de telles armes. Votre question insinue des choses que je n’ai pas dites, et que nous n’avons ni confirmées ni niées en tant qu’Etat… mais normalement, dans les pays qui possèdent une telle arme, la décision est centrale. 

De toute manière, vous évoquez une question que nous ne discutons avec personne en tant qu’Etat, car c’est une question purement militaire. 

- Mais Jihad Makdissi l’a bien dit? 

Non… à l’époque, Jihad a dit: «Si nous possédons une telle arme, nous ne l’utiliserons pas». Le faite de la posséder ou non est une affaire purement syrienne et ne concerne que nous. 

- Le président Obama a reporté les frappes militaires sur votre pays. Comment expliquez-vous cette décision? 

Certains estiment que le président Obama a fait preuve de faiblesse en temporisant l’agression, ou en la reportant pour quelques jours ou quelques semaines… Certains ont vu en lui le chef fort d’une grande puissance, parce ce qu’il a menacé de déclencher la guerre contre la Syrie. Quant à nous, nous estimons que l’homme fort est celui qui empêche la guerre, et non celui qui l’enflamme… 

L’homme puissant est celui qui reconnait ses erreurs. Si Obama était fort, il aurait dit publiquement: «Nous ne disposons pas de preuves sur l’usage de l’arme chimique par l’Etat syrien ». Il aurait dit publiquement: «La seule voie est celle des enquêtes onusiennes. Par conséquent, revenons tous au conseil de sécurité». Mais à mon avis, il était faible parce qu’il a subi les pressions intérieures et a menacé de déclencher la guerre. C’est notre opinion. Je vous ai dit que par la force des choses le fort est celui qui empêche la guerre et non celui qui la déclenche et l’attise. 

- Que diriez-vous aux membres du congrès américain qui doivent voter pour ou contre cette frappe? 

Quiconque souhaite prendre cette décision doit, avant de voter, se poser la question évidente suivante: les guerres qu’ont-elles apportées aux Etats-Unis ou même à l’Europe? Le monde qu’a-t-il gagné de la guerre contre la Libye? Qu’a-t-il gagné du support apporté au terrorisme en Libye? Qu’a-t-il gagné de la guerre en Irak et ailleurs? Que gagnera-t-il du renforcement du terrorisme en Syrie? 

La tache de tout membre du congrès consiste à servir l’intérêt de son pays. Avant de voter, il doit agir en fonction de l’intérêt de son pays… Quel serait l’intérêt des États-Unis dans la croissance de la perturbation et de l’extrémisme au Moyen Orient? Quel serait leur intérêt à poursuivre ce que Georges Bush avait commencé, à savoir répandre les guerres dans le monde… 

S’ils raisonnent logiquement et en fonction de l’intérêt de leur propre pays, ils ne verront aucun intérêt dans de telles guerres. Mais vous savez que, dans beaucoup de cas, leurs positions politiques n’émanent pas toujours du bon sens. 

- Comment entendez-vous riposter à cette attaque, au cas où elle aura lieu? 

Aujourd’hui, vous parlez d’un tonneau de poudre qui est le Moyen-Orient. 

Le feu s’approche énormément de ce tonneau. Il ne s’agit pas seulement de la riposte syrienne, mais bien de ce qui pourrait se produire après la première frappe… 

Celui qui élabore aujourd’hui le plan de la guerre peut vous répondre en ce qui concerne le premier pas seulement, c'est-à-dire sur ce qu’il va faire lui-même. Mais après… Personne ne peut savoir ce qui se passera. Tout le monde perdra le contrôle lorsque le baril de poudre explosera… Personne ne dispose d’une réponse sur ce qui se passera en fin de compte. Ce qui est certain c’est qu’il y aura partout le chaos, la guerre, l’extrémisme et ses répercussions. 

- Le danger d’une guerre régionale se pose t-il? 

Bien sûr. Ce risque vient même au premier plan. La question ne relève pas seulement de la Syrie, mais de toute une région intégrée, étroitement liée sur le plan social, politique et militaire. Il est dons normal que les défis soient régionaux et non seulement syriens. 

- Par exemple, Israël serait-il un de vos objectifs?

Vous ne vous attendez quand même pas que je révèle quelle sera notre riposte ?!! Il n’est pas logique d’annoncer notre plan, mais comme je viens de le dire, puisque les acteurs sont nombreux, parler d’un seul acteur minimise l’importance de ce qui se produira. 

- Que diriez-vous à la Jordanie où des hommes armes se sont entrainés. Au cas où les extrémistes réalisent une avancée, quel sera, à votre avis, le danger qui menace la Jordanie? 

Notre politique consiste à ne pas exporter nos problèmes aux pays voisins. Nous traitions donc avec des milliers de terroristes déjà venus de la Jordanie, et nous les frappions à l’intérieur même de la Syrie … La Jordanie, par ailleurs, a déjà annoncé qu’elle ne servira de base à aucune opération militaire contre la Syrie. 

Mais si nous ne parvenons pas à frapper le terrorisme en Syrie, il passera tout naturellement dans d’autres pays. L’extrémisme et le chaos se répandront davantage. 

- Vous mettez donc en garde la Jordanie et la Turquie? 

Bachar al-Assad : Nous l’avons dit à plusieurs reprises, et nous leur avons envoyé des messages directs et indirects. Je pense que la Jordanie en est consciente, malgré les pressions qui s’y exercent pour qu’elle devienne un lieu de passage pour le terrorisme. Quant à Erdogan, je ne pense pas du tout qu’il est conscient de ce qu’il fait... 

L’important aujourd’hui pour la Syrie est de frapper le terrorisme sur son territoire. 

- Quelle sera la réaction de vos alliés… Hezbollah et l’Iran, au cas où une attaque est perpétrée contre la Syrie? comptez-vous le cas échéant sur leur soutien? 

Je ne veux pas parler à leur place. Cependant, leurs déclarations étaient claires. Puisque nous avons dit que la question était régionale, personne ne saurait dissocier les intérêts de la Syrie de ceux de l’Iran ; ni les intérêts de la Syrie, de l’Iran et du Hezbollah de ceux d’autres pays qui nous soutiennent. 

Aujourd’hui la stabilité de la région dépend de la situation en Syrie. La Russie en est consciente, aussi ne défend-elle pas le président ni l’Etat syrien mais bien la stabilité dans la région… car cela aura aussi des effets sur la Russie. Voir les choses sou l’angle d’une coalition entre la Syrie et l’Iran serait superficiel et limité.La question en est beaucoup plus grande. 

- Les russes vous ont-ils rassuré qu’ils maintiennent des contacts avec les américains pour atténuer la frappe? 

Je ne pense pas qu’on fasse confiance aux américains. Aucun Etat au monde ne peut garantir à quiconque que les américains engageront ou non une action contre tel ou tel pays. Aussi nous ne cherchons pas de telles assurances…Les américains disent une chose le matin, et le contredisent complètement le soir … Tant que les Etats-Unis ne suivent pas et n’écoutent pas les Nations Unies, nous ne devons pas être rassurés. 

- Comment peut-on arrêter la guerre et la crise qui durent depuis deux ans et demi en Syrie? Vous avez proposé un gouvernement d’union nationale, la communauté internationale a proposé Genève 2… comment peut-on arrêter le bain de sang? 

Bachar al-Assad: Lorsque la crise est à ces débuts et que vous parlez de solution, c’est totalement différent que lorsque vous parlez de solution à l’heure actuelle... J’ai dit dès le début que la solution devait avoir lieu par le dialogue… Le dialogue entraine des solutions et engendre des idées qui s’appliqueront à travers des mesures politiques. 

Aujourd’hui la situation est différente. Nous combattons des terroristes. 80 – 90 % de ceux que nous combattons appartiennent à Al Qaeda. Ceux là ne s’intéressent pas à la réforme, ni à la politique, ni aux lois. Ceux là, le seul moyen de leur faire face est de les liquider. C’est alors que nous pourrions parler de mesures politiques. Pour répondre donc à votre question, la solution aujourd’hui consiste à arrêter de faire venir les terroristes en Syrie, de leur fournir des armes, et de leur apporter un soutien financier et autre….. 

- Qui leur apporte ce soutien? 

L’Arabie Saoudite en premier lieu, la Turquie, la Jordanie (à travers l’infiltration des personnes armées), la France, le Royaume Uni et les Etats-Unis. 

- Avez-vous des preuves que la France a livré des armes aux terroristes? 

Les positions politiques de la France, sa provocation qui met en exécution les politiques d’autres pays comme le Qatar et autres, en est la preuve pour nous. 

- Êtes-vous prêt, M. le président, à inviter les responsables de l’opposition à venir en Syrie, à se réunir avec eux, à leur présenter des garanties sécuritaires, et à leur dire asseyons-nous ensemble pour trouver une solution? 

En janvier dernier, nous avons lancé une initiative qui comprenait tout ce que vous venez de dire, et même plus. Cependant, l’opposition dont vous parlez a été fabriquée à l’étranger. Elle est made in France, Qatar… mais certainement pas "Made in Syria". Elle suit donc forcement les ordres de ceux qui l’ont fabriquée. Il n’était pas permis aux membres de cette opposition de répondre favorablement à cet appel, ni donc aux solutions politiques. Par ailleurs, ils ne disposent d’aucune base populaire. Malgré tout, nous les avons invités mais ils n’ont pas répondu à cette invitation. 

- Mais certains n’ont pas répondu parce qu’ils craignaient pour leurs vies. Ils craignent qu’ils ne soient emprisonnés comme ce fut le cas avec Abdelaziz al Khayer. Pouvez-vous leur donner des garanties? 

Nous leur avons donné ses garanties, et moi-même j’ai évoqué ces points politiques y compris des garanties sécuritaires à toute personne qui vient en Syrie pour le dialogue. Mais ils ne sont pas venus, ou on ne leur a pas permis de venir. Dire qu’ils craignent être tués ou arrêtés, nous n’avons ni tué ni arrêté personne de l’opposition. Ils se trouvent en Syrie, les amis et les collègues d Abdelaziz Al Khayer … Vous pouvez les rencontrer ici même, en Syrie. Pourquoi agresser ou arrêter quelqu’un et laisser les autres ?! Où en est la logique ? Cela est insensé. 

- Comment expliquez-vous la position de la France aujourd’hui a votre égard? Vous êtes venu plusieurs fois en France… 

Bachar al-Assad: Ce n’était pas une relation d’amitié… C’était une tentative de la part de la France de changer l’orientation de la politique syrienne, et ce à la demande des Etats-Unis. C’était une chose tout à fait claire pour nous. Même le virement positif vis à vis de la Syrie en 2008, s’est fait sous l’influence du Qatar… pour être clair, la politique de la France vis-à-vis de la Syrie dépendait totalement du Qatar et des Etats-Unis. 

- Les parlementaires français se réuniront mercredi. Aujourd’hui, il y a un grand débat en France. Certains pensent que hollande est allé trop loin dans cette affaire. Quel discours adressez-vous aujourd’hui aux parlementaires français avant qu’ils se réunissent et votent? 

Il y a quelques jours, le Ministre français des affaires étrangères aurait déclaré : la participation de la France attend le congrès américain. Il n’a pas dit qu’il attendait la décision du parlement français. Je vous demande donc de qui dépend le Gouvernement français dans ses prises de décisions, du parlement français ou du congrès?!! 

Depuis 2003, suite à l’invasion de l’Irak, la France a décidé de renoncer à son indépendance et est devenue la subalterne de la politique américaine. C’était vrai pour Chirac après la guerre, mais aussi pour Sarkozy, et aujourd’hui pour Hollande. 

La question est de savoir si la réunion du parlement français signifiera que les français retrouveront l’indépendance de la décision de la France. Nous souhaitons que la réponse soit positive. Je dirais à ce moment-là aux parlementaires français : que chacun décide en fonction de l’intérêt de la France. Les représentants du peuple français soutiendront-ils l’extrémisme et le terrorisme ? Se mettront-ils du côté de ceux qui ont perpétré les attaques du 11 septembre à New York, ou l’attentat du métro en Espagne? Les députés du peuple français se mettront-ils du côté de ceux qui ont tué les innocents en France??? Comment pourront-ils s’opposer à des gens comme Mohammad Marah en France, et les soutenir en Syrie!!! Comment la France peut-elle combattre le terrorisme au Mali et le renforcer en Syrie? La France deviendra-t-elle un exemple de la politique des deux poids deux mesures promues par les Etats-Unis?!! 

Comment les parlementaires français pourront-ils convaincre leurs concitoyens que la France est un état laïc, et en même temps appuyer ailleurs l’extrémisme et le confessionnalisme ; un Etat qui appelle à la démocratie mais dont l’allier principal c’est des Etats qui appartiennent au moyen âge comme l’Arabie Saoudite. Je dis aux parlementaires français: revenez aux principes de la révolution française dont le monde entier s’en est enorgueilli : liberté, égalité, fraternité. 

- Si la France intervient militairement, les intérêts nationaux de la France seront-ils affectés en Syrie ou dans la région? 

Cela dépend des répercussions de la guerre. Mais la France perdra certainement ses intérêts. Il y a une sorte de mépris vis-à-vis la politique de la France, cela est devenu clair et se reflète directement sur les intérêts. Il aura des répercussions, négatives bien entendu, sur les intérêts de la France. Surtout que des pays importants dans la région commencent à s’orienter vers l’Est, et non plus vers l’Europe comme auparavant. Les alternatives sont disponibles, ainsi que le respect mutuel entre nous et ces pays. 

- Donc vous appelez à la raison et à la sagesse. 

A la raison et à la morale. 

- Entendez-vous présenter votre candidature l’année prochaine aux élections présidentielles. 

Ça dépend, à ce moment-là de la volonté du peuple syrien. Si je sens que le peuple le souhaite, je n’hésiterai pas à le faire, bien au contraire. A présent, nous n’avons pas de statistiques à ce sujet, mais nous avons des indices. L’indice principal c’est que lorsque vous combattez des terroristes qui viennent de plus de 80 pays et qui sont appuyés par l’Occident et par certains Etats Arabes, et que le peuple ne veut pas de vous, vous ne pouvez pas continuer. Puisque la Syrie a résisté pendant 2 ans et demi, c’est là un indice important quant à l’existence d’un soutien populaire. 

- Dans cette crise, M. le président, jusqu’où vous êtes prêt à combattre? 

Bachar al-Assad: Ce n’est pas nous qui a choisi de combattre. Nous avons deux choix: nous battre et défendre notre pays contre le terrorisme, ou capituler. L’histoire de notre région ne nous indique pas que nous ayons capitulé auparavant. Cette région a toujours vécu des guerres. Elle n’a jamais capitulé, et ne capitulera jamais. 

- Donc vous allez vous battre jusqu’à sacrifier votre vie pour la Syrie? 

Lorsqu’il s’agit d’une question patriotique tout le monde se bat, et tout le monde se sacrifie pour sa patrie…. Aucune différence entre président et citoyen… Ce n’est pas une affaire personnelle. En quoi c’est utile si vous vous restez en vie alors que votre patrie est mourante? 

- Est-ce que vous assumez, M. le président ; toutes les erreurs commises et tout ce qu’a fait votre armée et les forces de sécurité? Pensez-vous qu’il y a eu des erreurs commises? 

Tout être humain risque de se tromper. Si vous ne vous trompez pas c’est que soit vous n’êtes pas humain, soit vous ne travaillez pas. Moi, je suis humain et je travaille… Mais lorsque vous voulez évaluez une erreur quelconque, vous devez prendre du recul. L’évaluation doit se faire après et non pendant la production de l’événement. Il faut bien attendre les conséquences de l’action. A présent, nous sommes au cœur de la bataille. Lorsqu’elle prendra fin, nous seront en mesure d’évaluer les résultats et nous dirons qu’on avait raison ici, ou qu’on s’est trompé là. 

- Êtes-vous sur que vous allez gagner la bataille? 

L’histoire de notre région nous dit que lorsque les peuples se défendent, ils vaincront. Cette guerre n’est pas celle du président, ni celle de l’Etat. C’est la guerre de toute la patrie, et nous remporterons la victoire. 

- Malgré tout, votre armée a perdu certaines régions au nord, à l’est, au sud… pensez-vous que vous allez récupérer ces zones militaires? 

Notre problème n’est pas d’avoir la terre sous notre contrôle ou sous celui des groupes armés. Il n’y a pas un endroit où l’armée a voulu entrer sans pouvoir y pénétrer. Le vrai problème réside dans la poursuite du pompage des terroristes à travers les frontières. Il réside aussi dans le changement que les terroristes ont pu introduire sur le plan social dans les zones où ils ont pénétré. 

- Votre ancien ami Moratinos m’a dit il y a quelques jours: qu’est ce qui se passe dans la tête de Bachar El-Assad ? Comment peut-il commettre de tels actes de violence dans son propre pays? 

Il faut plutôt se poser la question de savoir comment la France a permis de tuer des terroristes qui ont terrorisé les citoyens français chez eux? Comment a-t-on fait face au désordre au Royaume Uni l’année dernière? Pourquoi l’armée américaine est-elle descendue à Los Angeles dans les années 90? Pourquoi est-il permis aux autres pays de lutter contre le terrorisme, alors que cela n’est permis en Syrie? Pourquoi n’est-il pas permis que Mohamad Marah se trouve en France pour tuer, alors qu’il est permis aux terroristes de se trouver en Syrie pour tuer? 

- Depuis le début de la crise, quels changements y-a-t-il eu sur votre quotidien en tant que dirigeant de l’Etat? Après 2 ans et demi de la crise, certains disent que Bachar El-Assad dirige seul le pays. 

C’est bien ce que je vous ai répondu tout à l’heure. Si l’Occident était contre moi, mon peuple aussi, et que j’étais seul, comment pourrai-je alors être en mesure de diriger le pays? C’est illogique. Je continue grâce à l’appui du peuple et à la puissance de l’Etat. Malheureusement, lorsqu’on nous regarde de l’occident, on ne voit pas les choses d’une manière réaliste. 

- Plusieurs journalistes français sont retenus en Syrie. Avez-vous de leurs nouvelles? Est-ce le pouvoir qui les détient? 

Détenus chez nous? 

- Ils ont été pris en otages au Nord. 

S’ils sont des otages chez les terroristes, c’est aux terroristes qu’il faut demander de leurs nouvelles. Si par contre l’Etat arrête quiconque pour être entré dans le pays de manière irrégulière, il sera traduit en justice. Il ne sera pas gardé en prison. Il sera jugé selon les lois syriennes, et tout le monde le saura. 

- Souhaitez-vous élaborer une collaboration sécuritaire avec la France, ce qui se produisait d’ailleurs dans le passe. 

Toute sorte de coopération, qu’elle soit sécuritaire, militaire ou même économique a besoin d’un accord politique. Nous ne pouvons pas avoir une collaboration sécuritaire avec n’importe quel Etat quand les intérêts politiques sont en contradiction. 

- Lorsque votre père est décédé et que vous étés allé en France, le président Chirac vous a reçu… votre image a complètement changé... 

La question est de savoir plutôt si la réalité de la personne a changé. L’image est modifiée par les médias à leur manière. Ma réalité n’a pas changé. Je suis quelqu’un qui appartient au peuple syrien. Je défends ses intérêts. Je suis indépendant, non soumis aux pressions extérieures. Je coopère avec les autres de manière à sauvegarder les intérêts de mon pays. 

Ils ont mal compris ces choses là. Ils ont pensé qu’un jeune président c’est quelqu’un à qui on peut dicter ce qu’il doit faire et ce qu’il ne doit pas faire. Ils ont pensé que si j’avais fait mes études en Occident, ça veut dire que j’ai perdu ma culture authentique… C’est une manière naïve et superficielle de voir les choses. Je n’ai pas changé. Mais dès le début ils m’ont vu autrement. Ils doivent accepter l’image du syrien attaché à l’indépendance de son pays. 

- La France est-elle devenue un pays ennemi de la Syrie? 

Quiconque contribue au renforcement financier et militaire des terroristes est l’ennemi du peuple syrien. Quiconque contribue à tuer un soldat arabe syrien est l’ennemi de la Syrie. Quiconque œuvre contre les intérêts de la Syrie et de ses citoyens est un ennemi. 

Je ne parle pas du peuple, car je vois que le gouvernement français va à l’encontre de l’intérêt et de la volonté de son peuple. Il faut faire la distinction entre peuple ennemi et Etat ennemi. Le peuple français n’est pas un ennemi, mais la politique de son Etat est hostile au peuple syrien. 

- Donc l’état français est-il aujourd’hui un ennemi de la Syrie? 

Dans la mesure où la politique de l’Etat français est hostile au peuple syrien, cet Etat sera son ennemi. Cette hostilité prendra fin lorsque l’Etat français changera de politique. 


Syria Committe – Comité Syrie
Avec SANA - Le Figaro – PCN-SPO/2013 09 02

vendredi, 30 août 2013

GUERRE EN SYRIE: ENTRETIEN AVEC AMMAR BAGDASH, SECRETAIRE DU PARTI COMMUNISTE SYRIEN

 

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Lors d’une rencontre publique à Rome avec le secrétaire du Parti communiste syrien, Ammar Bagdash et une interview collective pour connaître les causes, le déroulement et les conséquences de la guerre civile en Syrie. Ou autrement dit de la tentative de déstabilisation d’un pays qui ne fait pas partie des plans pour le contrôle impérialiste du Moyen-Orient.

 

Pourquoi cette attaque contre la Syrie?

La Syrie constitue une digue contre l’expansionnisme nord-américain au Moyen-orient, surtout après l’occupation de l’Irak. Mais le véritable protagoniste de ce projet se trouve être en réalité le président israélien Peres, qui poursuit cet objectif depuis les années 1980. Les communistes syriens ont donné un nom à ce projet : la grande Sion. La Syrie a refusé tous les diktats des Etats-unis et d’Israël au Moyen-orient, a soutenu la résistance irakienne, celle libanaise et le droit national du peuple palestinien.

Mais comment est née la révolte, la crise et la guerre civile en Syrie?

Dans l’analyse des communistes syriens, les conditions ont été posées également par les mesures libérales adoptées en 2005. Cette politique a eu trois effets négatifs : une augmentation des inégalités sociales ; l’exclusion sociale de plus en plus diffuse dans les banlieues de Damas ; la dégradation des conditions de vie de la population. Cela a favorisé les forces réactionnaires, comme les Frères musulmans, qui se sont appuyées sur le sous-prolétariat, surtout rural. Quand nous avons dénoncé tout cela jusqu’au Parlement, on nous a accusé d’adopter une posture idéologique et d’être des idiots.

En Syrie, ils veulent refaire ce qui s’est passé en Égypte et en Tunisie. Mais là il s’agissait de deux pays philo-impérialistes. Dans le cas de la Syrie, c’était différent. Ils ont commencé par des manifestations populaires dans les régions rurales de Daraa et d’Idleb. Mais dans les villes, il y eut immédiatement de grandes manifestations populaires de soutien à Assad. Par ailleurs, au début, la police ne tirait pas, ce sont certains éléments parmi les manifestants qui ont commencé les actions violentes. Dans les sept premiers mois, il y eut plus de morts du côté de la police et de l’armée que dans l’autre camp. Quand la méthode des manifestations ne marchait plus, ils sont passés au terrorisme avec des assassinats ciblés de personnes en vue (dirigeants, hauts fonctionnaires, journalistes), attentats et sabotages d’infrastructures civiles. Le gouvernement a réagi en adoptant certaines réformes comme celle sur le multi-partisme et sur la liberté de la presse, réformes que nous avons soutenu. Mais les forces réactionnaires ont rejeté ces réformes. Communistes, nous avons réalisé cette équation : les discours et les actes doivent être confrontés aux discours et aux actes. Mais le terrorisme doit être confronté par la souveraineté de la loi, en rétablissant l’ordre.

Ensuite, on est passé à la troisième phase. La véritable révolte armée. Attentats et assassinats ciblés étaient le signal pour commencer l’attaque contre Damas. Puis les attaques se sont concentrées contre Alep, qui par sa position géographique rend plus facile le trafic et le ravitaillement depuis l’étranger. Le gouvernement a réagi en imposant l’hégémonie de la loi. Il convient de dire que l’intervention de l’armée et les bombardements aériens se sont produits dans une zone où l’essentiel des civils avaient déjà fui. A la contre-offensive de l’armée syrienne, les rebelles ont réagi de façon barbare, y compris dans les zones où il n’y avait pas de combattants. Et puis ils ont assiégé Alep.

Pourquoi la Syrie résiste, que cela signifie-t-il?

Ces dix dernières années au Moyen-orient, l’Irak a été occupé, la Libye a dû capituler, la Syrie au contraire non. Par sa plus grande cohésion interne, ses forces armées plus puissantes, des alliances internationales plus solides ou parce qu’il n’y a pas encore eu d’intervention militaire directe des puissances impérialistes ?

En Syrie, à la différence de l’Irak et de la Libye, il y a toujours eu une forte alliance nationale. Les communistes travaillent avec le gouvernement depuis 1966, sans interruption. La Syrie n’aurait pas pu résister en comptant seulement sur l’armée. Elle a résisté parce qu’elle a pu compter sur une base populaire. En outre, elle a pu compter sur l’alliance avec l’Iran, la Chine, la Russie. Et si la Syrie reste debout, des trônes vont tomber parce qu’il deviendra clair qu’il existe d’autres voies. Notre lutte est internationaliste. Un expert russe m’a dit : « Le rôle de la Syrie ressemble à celui de l’Espagne contre le fascisme ».

Quels effets peuvent avoir les événements en Égypte sur la situation actuelle en Syrie?

Il y a un rapport dialectique entre ce qui s’est passé en Égypte et ce qui se passe en Syrie. La base commune, c’est le mécontentement populaire, mais la résistance syrienne a accéléré la chute du régime des Frères musulmans en Égypte et cela aidera beaucoup la Syrie car cela montre que les Frères musulmans ont été rejetés par le peuple.

Dans un entretien récent, la président syrien Assad a affirmé : « En Syrie, nous avons mis en échec l’offensive de l’islamisme politique ». Qu’en pensez-vous?

Nous, communistes syriens, n’utilisons pas la catégorie d’Islam politique. L’Islam connaît une certaine diversité en son sein. Il y a des réactionnaires pro-impérialistes comme les Frères musulmans et des progressistes comme le Hezbollah et même l’Iran. Je ne suis pas un admirateur du modèle iranien mais ce sont nos alliés dans la lutte contre l’impérialisme. Depuis notre V ème Congrès, nous avons jugé l’Iran sur la base de sa position sur l’impérialisme. Notre mot d’ordre est : pour un Front international contre l’impérialisme.

En Italie, une grande partie de la gauche pense que les rebelles combattent un régime fasciste, celui d’Assad. Que pouvez-vous répondre à cette position?

Si nous partons de la définition du fascisme – un mouvement réactionnaire qui use de moyens violents dans les intérêts du capitalisme monopoliste – en Syrie, ce n’est pas le capitalisme monopoliste qui domine. Ce sont plutôt les rebelles qui représentent les intérêts du grand capital. Les révoltes, comme nous l’enseigne l’histoire, ne sont pas toujours des révolutions. Pensons aux Contra au Nicaragua, aux franquistes en Espagne et il y en a d’autres.

Mais l’opposition à Assad est-elle toute réactionnaire ? Ou, comme le démontrent les affrontements internes entre Armée libre syrienne et militants djihadistes, ou ces derniers jours entre kurdes et djihadistes, existent-ils des éléments progressistes avec qui on peut entamer un dialogue?

Parmi les opposants, certains ont passé plusieurs années dans les prisons syriennes et nous avons réclamé et nous sommes battus pour leur libération. Ces opposants à Assad sont toutefois contre toute ingérence, intervention étrangère. Certains vivent à Damas et nous travaillons ensemble pour le dialogue national. Même Haytham Menaa de la Coordination démocratique condamne l’usage de la violence de la part de l’opposition armée ainsi que les ingérences extérieures. D’autres comme Michel Kilo viennent de la gauche, mais ont trahi ces idées mais ils ne peuvent de toute façon pas changer la nature réactionnaire de la rébellion.

Comment expliquez-vous l’intensification des divergences entre Arabie saoudite et Qatar, et qui se répercute également dans les divisions au sein des milices rebelles?

C’est vrai, l’influence et le rôle du Qatar diminuent, ceux de l’Arabie saoudite augmentent. L’affaire des affrontements avec les kurdes, c’est une autre histoire. Il y a eu des affrontements entre kurdes de l’Union démocratique kurde et les militants djihadistes d’Al Nusra, mais il y a eu également des affrontements entre divers groupes kurdes.

Que se passe-t-il pour les Palestiniens qui vivent dans les camps de réfugiés en Syrie?

J’ai rencontre récemment le responsable de l’OLP et il m’a dit : « Si la Syrie tombe, adieu la Palestine ». Le Hamas a agi parfois dans la précipitation, il a fait beaucoup d’erreurs et a causé des problèmes. Nous pouvons dire que l’organisation, qui appartient au monde des Frères musulmans, est revenue à ses origines et elle est désormais sous l’aile du Qatar. Mais c’est dangereux également pour eux. Maintenant, après ce qui s’est passé en Egypte, que se passera-t-il à Gaza ? La majorité des militants qui sont entrés dans les camps de réfugiés palestiniens en Syrie n’étaient pas palestiniens. La majorité des Palestiniens est totalement contre toute ingérence dans les affaires syriennes.

A Yarmouk, 70% des habitants sont syriens car les camps de réfugiés en Syrie ne sont pas des ghettos comme dans les autres pays. Il y a encore des combats à Yarmouk mais la population syrienne est partie. Le Comité exécutif de l’OLP s’est rendu deux fois en Syrie pour poser la question de la protection des camps de réfugiés. Yarmouk a été assiégé par Al Nusra avec l’aide du Hamas qui a cherché à provoquer l’armée, laquelle a reçu l’ordre de ne pas réagir.

On en parle peu, mais quel rôle joue la Jordanie dans la crise et la guerre civile en Syrie?

La monarchie jordanienne a toujours collaboré avec l’impérialisme et il y a une intense activité des Frères musulmans. La Jordanie a accepté la présence de militaires états-uniens sur son territoire et la quatrième attaque contre Damas est partie justement du territoire jordanien.

Et quel jeu joue Israël en Syrie?

Israël soutient les rebelles armés, mais quand ils n’arrivent pas à toucher leurs objectifs, ce sont les avions de combat israéliens qui prennent le relais. Cela s’est passé à Damas mais aussi il y a quelques jours à Latakia.

Comment sortir de la tragédie?

On ne peut réaliser aucun progrès social, ou la démocratie, si on est soumis à des forces extérieures. Le mot d’ordre est de défendre la souveraineté nationale et les conditions de vie de notre peuple. Comme je l’ai déclaré à l’ANSA, le principal moyen de sortir du massacre syrien passe d’abord par un arrêt des aides à l’opposition armée de la part des pays réactionnaires et impérialistes. Une fois que les aides extérieures seront arrêtées, on pourra mettre un terme à toutes les opérations militaires, y compris de la part du gouvernement syrien. Et relancer un processus démocratique avec des élections législatives et des réformes politiques, ce qui n’est évidemment pas possible dans cette phase de la lutte armée. L’avenir politique de la Syrie se décidera par les élections, notamment celles présidentielles de 2014.

 

Source: PCF

lundi, 12 août 2013

PRISM ET LES VERTUS RETROUVEES DU MACCARTHYSME

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L’amnésie généralisée et méthodiquement reproduite par les grandes puissances impériales leur permet d’annuler tout passage de témoin d’une génération à une autre, toute accumulation d’expériences des luttes et de leur direction. Une mémoire correctement communiquée et partagée aurait permis aux générations Internet et Twitter de comparer l’extraordinaire campagne de démolition de la République Démocratique Allemande (RDA) à partir des activités de la Stasi. La Stasi, service de renseignements généraux de la RDA, fichait les opposants au gouvernement est-allemand par tous les moyens disponibles à l’époque : mouchards, indics, volontaires de la délation, etc. Rien de plus remarquable que les activités des Renseignements généraux français, par exemple, ou de la Commission des activités antiaméricaines, connue sous le nom de maccarthysme. Tous ces services ou commission utilisaient les mêmes voies et les mêmes méthodes : surveillance, filatures, provocations, exploitations des besoins et des faiblesses des concernés ou de leurs proches, mais exploitaient avant tout, bien sûr, la vocation des mouchards, des militants de « l’ordre » et des délateurs. Le système était mondial et les services de la RDA, de ce point de vue, ne devaient pas réaliser des records. La plus longue expérience des services occidentaux et leur maîtrise des rouages de la vie politique leur permettaient de mieux circonscrire les cibles. Leur maîtrise des médias et de la communication leur permettait de mieux justifier leur fichage des militants par le but vertueux de protection de la société. Avez-vous connu plus vertueux que le maccarthysme ?

Que reprochaient alors, à la Stasi, les médias et les politiciens de la droite et de la social-démocratie ? De ficher les opposants ou les personnes « potentiellement » hostiles ou dangereuses, ce que font tous les services occidentaux au nom de cette supposée vertu qu’ils se prêtent.

L’écrasante majorité des dirigeants occidentaux actuels et l’écrasante majorité des chroniqueurs et responsables des médias vivaient à cette époque. Ils ont participé à la campagne de diabolisation du gouvernement de la RDA via la diabolisation de la Stasi. Ils proclamèrent haut et fort que le fichage menaçait la Liberté, avec un grand « L », et promirent aux Allemands de l’Est l’aventure excitante du Coca Cola et du MacDonald à la place de la monotone politique de plein emploi, du droit au logement, de crèches gratuites, de stades et de piscines gratis et de la Traban si ordinairement prolétaire.

Cette équation de la Liberté antinomique du fichage ne fut pas proposée qu’aux Allemands de l’Est ou aux autres peuples du Camp socialiste. Elle servit aussi - et surtout - à flatter les peuples occidentaux travaillés au corps pour leur faire sentir leur incommensurable privilège de vivre leur « Liberté sans surveillance » comme des ados autorisés à vivre leur première surprise-party et les préparer à leur future vocation du « devoir d’ingérence ». Elle servit aussi à captiver et à gagner à cette Liberté du Macdonald des élites du Tiers-Monde accablées du « complexe du colonisé », haineuses à l’endroit de leurs peuples rebelles aux standards et aux normes de la « civilisation démocratique » et suffisamment enrichies et intégrées au commerce des multinationales pour se porter candidates à la mondialisation américaine.

La plupart des dirigeants actuels du monde occidental vivaient à l’époque et ont pris part à la construction de cette équation, Et en tout cas vous pouvez affirmer sans aucune crainte d’erreur que Hollande et Fabius vivaient et ont salué avec leurs amis « nouveaux philosophes » la mort de la Stasi, du fichage et le règne enfin advenu de la Liberté sans contrôle secret de vos amours, de vos lettres, de vos messages, de vos soucis, de vos médicaments non remboursés, de vos découverts bancaires et surtout de vos protestations politiques.

Il faut rappeler que Hollande et Fabius pour leur vilénie à l’endroit de Moralès, Merkel, pour porter en soi les « stigmates » de la Stasi, mais tous les autres dirigeants européens ne pouvaient condamner le fichage artisanal de la Stasi hier pour soutenir honteusement, en le minimisant et en le banalisant, le fichage industriel de la NSA. Il y a une distance abyssale entre ficher les Allemands de l’Est « potentiellement dangereux » et ficher la planète entière, Hollande et Merkel compris. Il ne s’agit pas de leur donner mauvaise conscience. Ils sont dans la peau des serviteurs des USA, d’Israël et des banques et n’attendent de gratification que de ce côté-là, mais de rappeler aux nouvelles générations l’immensité de la mauvaise foi et de l’aplomb du système de propagande des pouvoirs occidentaux. Traquer Snowden, trouver des vertus au programme Prism, comme ils ont trouvé des vertus aux fiches des Renseignements généraux, prendre en otage un chef d’Etat, voilà leur réalité : le mensonge délibéré et permanent. De la Yougoslavie à la Serbie, de l’Irak à la Libye, de la Côte d’Ivoire au Mali, de la Syrie au Hezbollah.


Mohamed Bouhamidi

Alger, le Jeudi, 25 Juillet 2013
 
 
Source: REPORTERS.DZ

lundi, 15 juillet 2013

LE DESESPOIR DU COMPORTEMENT OCCIDENTAL ET L'EXEMPLE SUD-AMERICAIN POUR L'AFRIQUE


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Les dernières semaines ont été riches en événements : nouvelle révolution en Egypte, affaire d’Edward Snowden qui demande officiellement l’asile politique en Russie et comportement scandaleux de la part des pays européens à l’encontre d’un chef d’Etat, en l’occurrence d’Evo Morales, président de la République de Bolivie.


Il aurait été intéressant d’aborder deux choses dans cet article. La première est que l’Europe (au sens de l’Union européenne) a prouvé une fois de plus qu’il ne s’agit nullement d’un ensemble indépendant. Crier au scandale suite aux révélations faites par Edward Snowden face à « l’allié » étasunien et juste après fermer son espace aérien à un chef d’Etat qui transporterait soi-disant le fameux jeune homme, c’est tout simplement de l’hypocrisie par excellence… Pire encore, contraindre à une escale forcée un avion présidentiel, le retenir durant près de 13 heures et fouiller l’avion du président Morales est la pire violation qui puisse être lorsqu’on connait ne serait-ce qu’un peu l’immunité diplomatique, d’autant plus lorsqu’il s’agit d’un chef d’Etat et lorsqu’on maitrise un peu le droit international.

Dès son retour au pays, Evo Morales a été acclamé par ses concitoyens. Les manifestants boliviens ont également jeté des pierres sur l’ambassade de France qui avait fermé son espace aérien à l’avion de leur président. Par ailleurs, plusieurs drapeaux français, étasuniens et ceux de l’Union européenne ont été brûlés lors des manifestations en Bolivie. Il faut avouer que depuis pas mal de temps, on est habitué à voir brûler des drapeaux des USA et d’Israël au quatre coins du monde, mais depuis quelques années, ceux de la France, pays des droits de l’Homme et de la démocratie, commencent à rattraper activement le retard, surtout après les interventions néocoloniales en Côte d’Ivoire ainsi qu’en Libye, et maintenant après l’alignement, une fois de plus, sur le pays de l’Oncle Sam dans l’affaire Snowden, en insultant ouvertement un chef d’Etat. Après tout, en suivant la logique du gouvernement français, si les USA écoutent les conversations téléphoniques et lisent les messages électroniques des citoyens français, c’est pour leur bien, non ? Une surveillance « utile » devrait-on penser.

Quoiqu’il en soit, la réaction sud-américaine ne s’est pas fait attendre. L’Union des nations sud-américaines (UNASUR) a vivement condamné le comportement des pays européens et a exigé des excuses publiques de la part des pays concernés. Dans une déclaration commune, les pays de l’UNASUR réclament des explications à la France, au Portugal, à l’Espagne et à l’Italie et dénoncent des « actes inamicaux et injustifiables ». La présidente de l’Argentine, Cristina Fernandez de Kirchner, a quant à elle déclaré que le comportement européen montre « un vestige du colonialisme » et une « humiliation pour toute l’Amérique du Sud ». Le chef d’Etat équatorien Rafael Correa a affirmé pour sa part que si c’était un chef d’Etat occidental qui avait subi la même situation, « les tambours de la guerre auraient probablement déjà sonné ». Nicolas Maduro, le président du Venezuela, a ajouté de son côté qu’un ministre d’un gouvernement européen ayant souhaité garder l’anonymat lui a affirmé que c’est la CIA qui était derrière ledit incident. Ce qui est certain, c’est que la réaction de l’UNASUR est une réponse digne à un comportement colonial, surtout lorsqu'on sait que l’Amérique du Sud est un continent qui a bien connu ce triste phénomène, y compris au XXe siècle.

Néanmoins, le fait que l’Europe dans sa forme qu'est l'UE ait prouvé une fois de plus sa vassalité à l’Empire étasunien et d’une manière aussi ridicule, au final n’est pas si surprenant. Surtout lorsqu'on connait les liens étroits entre les « élites » occidentales. Le problème, c’est que les ces vassaux imposent à leur tour le système vassalique à d’autres pays, en premier lieu africains. L’Afrique est effectivement le continent qui au 21e siècle subit encore la loi coloniale, en premier lieu de ses ex-métropoles. Que faire face à cela ?

Eh bien, l’Afrique doit probablement s’inspirer considérablement du continent sud-américain. Il n’y a pas si longtemps encore, l’Amérique du Sud et l’Amérique latine en général étaient considérées comme des territoires conquis par l’Empire étasunien. Pourtant aujourd’hui, grâce à des leaders responsables et patriotes, la situation est toute autre et une vraie union solidaire a été mise en place par les leaders sud-américains. Il s’agit véritablement d’une union capable de répondre aux défis qui lui sont lancés, et ce non seulement au niveau régional mais également global. C’est l’occasion donc pour l’Afrique de s’inspirer de l’UNASUR pour relever les nombreux défis du continent africain, subissant encore aujourd’hui la loi du plus fort et ne profitant nullement dans sa majorité des énormes ressources qui lui appartiennent. D’autant plus que les Etats occidentaux et leurs « élites » à court d’idées prouvent de par leur comportement, pour le moins ridicule, un aveu presque non voilé d’impuissance. Le monde change à vitesse grand V, aidons-le dans cette voie. Ceux qui traditionnellement dictent et imposent aux autres leurs volontés finiront bien par se conformer à la nouvelle réalité, dans un monde nouveau et plus juste. Hasta la vista !


 

mercredi, 10 juillet 2013

REVOLUTION EGYPTIENNE, SUITE OU FIN?

COUP D'ETAT EN EGYPTE 3.jpg


Pour qu’il y ait contre-révolution, il faudrait qu’il y ait eu une révolution.
 
Le processus vers le changement qui a abouti au renversement de Moubarak il y a deux ans et à la chute de Morsi ces derniers jours a commencé depuis longtemps. Il a laissé des traces pour qui veut bien les relever sur les pages de l’histoire de la dernière décennie.
 
Le nombre de grèves et de protestations n’a cessé de s’amplifier depuis 2005. Il a culminé en 2008 lorsque le prix des denrées alimentaires, sous l’effet des opérations spéculatives d’un capital financier qui a fui les produits dérivés adossés aux crédits hypothécaires pour les matières premières et l’agro-alimentaire, ont flambé alors que les salaires minima étaient bloqués depuis 1984 à 25 $ mensuels. En avril 2008, les grèves dans le textile à Mahalla al Koubra avaient créé un précédent inouï, la rue demandait déjà la chute du régime. À cette occasion, les travailleurs s’étaient affranchis de la tutelle des syndicats officiels liés au parti de Moubarak.
 
En résonance avec cet événement qui a servi de matrice au soulèvement de janvier 2011, 23 000 ouvriers se sont mis en grève dans ce même secteur du textile en juillet 2012. Ils exigeaient l’amélioration de leurs conditions de travail, la revalorisation de leurs salaires et le licenciement des cadres corrompus.
 
Du point de vue social, qu’a donc fait le gouvernement Morsi et surtout quel espoir a-t-il donné à une jeunesse affectée par un taux de chômage estimé à largement plus de 25%?
 
La consultation référendaire de décembre 2012 pour l’adoption de la nouvelle Constitution a été précédée par de nombreuses manifestations qui ont donné lieu à des heurts avec la police. Peu d’électeurs se sont déplacées, environ 30% de participation, et moyennant quelques manipulations semble-t-il dans les urnes, elle a été adoptée avec 60% des voix exprimées.
 
Trente ans d’absolutisme, d’humiliations, d’un État fondé sur une police pléthorique avec 1,5 millions de policiers très qualifiés en corruption et en torture, un an d’insurrections, d’émeutes, de rassemblements, de grèves, des milliers de blessés et de morts pour “ça”.
 
Le texte précise que la source principale de la législation serait la loi coranique sans que ne soit explicitée la liberté de culte pour les minorités religieuses.
 
Mais surtout il ne garantit pas la liberté d’expression, il confie à la police sans restrictions explicites la tâche de veiller à la moralité publique.
 
Il prévoit que sera fixé un salaire maximum, lequel pourra souffrir des exceptions que prévoira la loi (article 14), mais en aucun cas la Constitution n’établit le principe d’un salaire minimum. L’article 15 proclame le principe de la justice pour les travailleurs agricoles mais ne se prononce pas sur le plafonnement de l’étendue de la propriété agraire latifundiaire.
 
L’article 26 relatif à l’impôt est très évasif, il n’établit pas de connexion entre le niveau de revenus et les contributions fiscales.
 
Les libertés syndicales sont très restreintes, un seul syndicat par catégorie professionnelle est autorisé (article 53).
 
Nulle part n’apparaît la responsabilité du gouvernement devant la Chambre des Représentants.
 
Dans nombre d’articles, la Constitution laisse la part belle aux militaires. En particulier, le 197 réserve au Conseil de Défense Nationale la discussion du budget militaire. Il est constitué de sept civils et de huit militaires.
 
Ce type de dispositif annonce clairement qu’il ne prend pas la peine pas de faire des promesses qui ne seront pas tenues, comme c’est le cas des démocraties représentatives à l’occidentale. Les prêches dans les mosquées assimilaient l’acquiescement au texte constituant à un devoir religieux. Pourtant le texte élaboré en trois mois par un conseil dominé numériquement par les Frères et d’où se sont rapidement retirées les personnalités de gauche et les laïcs n’a été validé que par 20% des électeurs. Ce piètre score annonçait la poursuite des protestations.
 
Morsi, son gouvernement et sa Constitution n’ont de musulman que le nom et rien de démocrate. L’un des principes économiques et donc politiques les plus cités dans les versets coraniques concerne l’interdiction absolue du prêt avec intérêts. L’autre concerne les jeux de hasard et spéculatifs.
 
La Bourse du Caire n’a pas été menacée dans les activités spéculatives.
 
Quémander des rallonges de prêt au Qatar, au FMI, à l’UE et aux Usa ne peut que conduire à des réformes qui privatisent des pans résiduels dans le service public pour obéir aux injonctions des prêteurs.
 
Le gouvernement précédent oeuvrait de même : Élargir et approfondir une dette impossible à rembourser vis-à-vis de puissances qui imposent leur politique économique (et dictent les alliances internationales), anémier jusqu’à leur disparition toutes les structures qui organisent une solidarité nationale.
 
Il avait fallu des semaines de protestation après la chute de Moubarak pour que soient tenues les élections législatives. Jusqu’au bout, le Conseil Suprême des Forces Armées menaçait implicitement de ne pas valider l’élection présidentielle.
 
On a cru un instant que le premier Président élu de l’Égypte s’était affranchi de la tutelle de l’armée quand il avait remercié le Maréchal Tantaoui, ministre de la Défense pendant 20 ans et chef du CSFA en août 2012. Mais les plaintes déposées auprès de la justice militaire contre l’armée pour sa répression dans la très lourde répression des manifestations n’aboutissent pas. La Constitution lui assure un pouvoir législatif et une grande autonomie financière et politique.
 
On a également espéré une ouverture permanente du terminal de Rafah qui permettrait aux emprisonnés de Gaza de se sentir des humains comme les autres. Le passage par le poste frontière a été aléatoire et le gouvernement craignant des actes ‘terroristes’ a noyé de nombreux tunnels qui demeurent la seule voie à peu près assurée pour les marchandises et les humains.
 
Il était attendu que le traité de paix avec Israël soit dénoncé.
 
Il n’en a rien été. Dès le 1,3 milliard de dollars accordés par les Usa à l’armée, véritable arbitre du pouvoir et détentrice d’une part considérable de l’économie nationale, on apprenait que le gouvernement Morsi rompait les relations diplomatiques de l’Égypte avec la Syrie.
 
6 millions d’Égyptiens, selon une estimation basse, sont sortis dans la rue le dimanche 30 juin, jour travaillé.
 
Après deux années de lutte, ils n’ont obtenu ni dignité, ni liberté, ni pain.
 
Les raisons de la colère se sont même amplifiées car la révolution tant espérée n’a pas abouti.
Le travail d’accouchement de l’histoire se poursuit.
 
Il est urgent de ne pas y voir la main invisible ou apparente d’un Deus ex machina qui manipulerait 22 millions de Tamarridoune (1) pleins de fureur et bouillonnant d’impatience pour une vie plus digne.
 
D’abord et avant tout, la solution à venir devra éviter de réemprunter le chemin du capitalisme libéral qui ne profite qu’à ceux qui captent pour leur compte la dette contractée à l’extérieur. Pour l’extrême majorité, elle signifie absence de services publics, pauvreté et chômage.
 
L’Égypte devrait développer une économie productive intégrée régionalement et renoncer à vivre exclusivement de la rente pétrolière indirecte. Les revenus du canal de Suez par lequel transitent 40% du pétrole aux mains des Séoud et 20% de l’or noir iranien restent très inférieurs aux flux financiers générés par les travailleurs égyptiens émigrés dans les pays arabes gros producteurs.
 
Quand ce qui est à parcourir est si difficile, un chef charismatique explique le projet qu’il formule pour son peuple, il le soulève d’enthousiasme et obtient son adhésion.
 
Les Frères n’ont pas élaboré une vision d’avenir pour l’Égypte, et Morsi n’a pas la compétence ni le talent d’un rassembleur.
 
Désormais, les peuples ne se contentent pas de ce TINA (2) qui leur a été servi ces dernières décennies, au Brésil comme en Turquie comme en Grèce et au Portugal.
 
La fin de ce Système englobant la moindre activité humaine et l’incorporant dans le circuit marchand mondial, est sifflée.
 
 
Badia Benjelloun

 

Notes:

(1) Le substantif Tamarroud veut dire rébellion, Tamarridoune, les rebelles.
(2) There Is No Alternative de Margaret Thatcher

mercredi, 03 juillet 2013

QATAR: LA BANANE, L'EMIR, LES CANCRELATS ET LE BIG BROTHER

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L’émir déchu du Qatar, Cheikh Hamad ben Khalifa al-Thani (à gauche) et son fils, le nouvel émir, Cheikh Tamim bin Hamad al-Thani (à droite).

 

Le changement opéré ces derniers jours au Qatar, et qui s’est déroulé dans la plus pure tradition du théâtre shakespearien, n’est ni une passation paisible du pouvoir ni un renoncement de la part de l’émir.

Ce n’est ni plus ni moins qu’une destitution comme ce fut le cas pour l’émir paternel de celui qui cède sa place aujourd’hui. Au Qatar, le coup d’Etat est congénital. Malgré tout, la lecture que nous offrent certains lobbies de mèche avec cette dynastie de chameliers illettrés voudrait que dans ce micro-Etat, on renonce facilement au pouvoir. «Les hommes doivent souffrir leur départ comme leur venue ici-bas ; le tout est d'être prêt», disait Shakespeare. Est-ce que l’émir déchu Cheikh Hamad ben Khalifa al-Thani était prêt à disparaître de l’échiquier politique ? Que semblent nous dire ceux qui sont derrière le coup d’Etat au palais qatari ? Plusieurs réponses s’offrent à nous. Tout d’abord, le big brother américain semble opter pour l’effacement d’empreintes par rapport à tout ce qui est lié aux conséquences du simulacre de «printemps arabe» qui n’a rien ramené de démocratique.

Bien au contraire, il a enfoncé le monde arabe dans les abîmes des ténèbres des Frères musulmans et des islamistes. Donc, les USA essaieraient de rectifier le tir en direction de leurs partenaires islamistes en procédant au ravalement de la façade qatarie, axe central de la métamorphose des régimes opérée lors des coups d’Etat que je nommerais «populaires» de 2011. Voyant que le conflit s’enlise en Syrie, que l’Egypte s’enfonce dans une crise sans précédent, que des milices se font la guerre et que des attentats ont lieu régulièrement en Libye, que la Tunisie est dans la tourmente avec un régime islamiste qui tarde à organiser des élections équitables et à mettre sur pied une nouvelle constitution, il est clair que les régimes issus du grand complot du «printemps arabe» sont tous en panne.

D’où l’idée d’opérer une transformation, non pas dans les pays précités mais dans la tête qui a produit et financé ce raz-de-marée islamiste. A la manière de Ponce Pilate, les USA se lavent les mains de ce qui se passe dans le monde arabe actuellement, avec les menaces potentielles sur les minorités religieuses, idéologiques, ou tout simplement sur les opposants des régimes fascistes des Frères musulmans, et cherchent à se reconstruire une vertu recourant à la nécessité de sacrifier le veau d’or personnifié par l’émir du Qatar. Bien entendu, la chute de celui-ci n’aurait jamais été possible sans l’apport judicieux d’une peau de banane déposée par sa chère Moza sur le dallage marbré du palais. L’intronisation du fils, portrait craché de son père, et choisi parmi les 24 «pistoleros» susceptibles d’accéder au trône, marque sans aucun doute l’avènement d’un émir du redéploiement sous la botte de sa mère, devenue l’interlocutrice privilégiée des USA et des Occidentaux.

C’est donc la cheikha Moza qui a pris le pouvoir au Qatar. Cela se traduira certainement par un lynchage des alliés du Qatar, et surtout des Frères musulmans qui commencent à agacer sérieusement en pervertissant l’image que les USA leur avait donnée au départ, en créant des tensions supplémentaires entre les puissances mondiales qui se battent actuellement dans leur guerre de procuration en Syrie.

D’ailleurs, la grande lessive a déjà commencé avec la prochaine expulsion du cheikh du dollar Al-Qaradawi qui, d’après les médias qataris, est en passe d’être déchu de sa nationalité, et on se demande où il va bien pouvoir aller prêcher son djihad niqah désormais. Peut-être dans le lit d’hôpital voisin de celui de son acolyte Al-Arifi à Londonistan, en Angleterre ? Quoi qu’il en soit, la dimension surfaite du Qatar a pris une trop grande importance et porté préjudice à l’allié traditionnel des Américains qui est l’Arabie Saoudite, en agaçant plus d’un, au point où il s’est avéré inévitable d’écarter le Premier ministre et ministre des Affaires étrangères très actif dans le dossier syrien et qui est une véritable boîte noire pour tous les événements qui ont secoué le monde arabe, notamment par les relations directes ou indirectes qu’il entretenait avec différents groupes djihadistes.

La fin des haricots pour l’émir n’est pas seulement un changement conjoncturel mais une réorientation stratégique américaine de la politique qatarie via Moza dans le monde arabe, surtout avec les islamistes, et qui a pris une tournure effective après la défaite des légions de mercenaires financés par le Qatar en Syrie tout en préparant le terrain à Genève II. Ensuite, ce changement de cap traduit une nouvelle politique américaine au Moyen-Orient en prenant en considération les doléances et les velléités des Israéliens et des Saoudiens voyant que le jeu du Qatar ressemble à un coup de poker dont l’issue est trop incertaine. On peut se demander si nous allons bientôt assister à l’effet boule de neige qui va emporter ces régimes islamistes issus de ce qu’on appelle à tort «printemps arabe». Car la véritable Bérézina qui se déroule sous nos yeux à travers la détérioration des Etats qui se sont mis sous la coupe islamiste sur injonction US avec la bénédiction du Qatar et de ses muftis du djihad niqah commence à nous dévoiler l’échec du projet américain pour le monde arabe. La fin de cette parodie sans queue ni tête qu’on a nommée «printemps arabe» a débuté avec la destitution de l’émir du Qatar père qui, d’après nos informations, a même été emprisonné pendant plusieurs jours afin de le persuader de céder le trône.

Peut-on dire comme on l’a supposé dans nos articles précédents que le tournant historique est amorcé aujourd’hui avec le retournement des peuples contre les régimes islamistes, d’où le sacrifice de cet émir du Qatar, tel le mouton de l’Aïd, de la part de l’administration américaine à laquelle il s’était soumis avec dévotion ? Les Américains, tels les «experts Miami», ont nettoyé méticuleusement la scène du crime en relevant de ses fonctions leur larbin et en effaçant toutes les traces qui les lient à ses crimes, tout en donnant un gage aux forces qui lui sont opposées pour pouvoir redémarrer un Genève II sur la base de la disqualification certaine et inéluctable des islamistes, qu’ils soient «soft» ou «hard». C’est l’unique voie pour pouvoir avancer sur des dossiers suspendus comme celui, crucial, de la Syrie. Les dindons de la farce, en fin de compte, n’ont pas été seulement Moubarak, Kadhafi, Salah ou Ben Ali, mais le club a été rejoint par le gros lard du Qatar qui va maintenant apprendre le goût amer de la disgrâce, qui n’a rien à voir avec la banane ou la fraise. «Tous les hommes sont sales d'une manière ou d'une autre. Seulement, il y a ceux qu'un simple verre d'eau suffit à laver et ceux que tous les océans de la terre ne sauraient purifier!»

Après nous avoir assommés avec l’AKP, agneau-khebab-pita, force est de constater que ce parti souffre actuellement d’une indigestion et, avouons-le, ne parvient pas à nous persuader qu’il est un modèle à instiller aux populations «sous-développées et arriérées» que nous sommes. Les peuples, avec ce qui se passe en Turquie et en Egypte, ont-ils enfin compris qu’ils ont été floués en participant bon gré mal gré à de véritables coups d’Etat décidés à Washington par les spins doctors de la Maison Blanche ? La roue de l’Histoire est-elle en train de tourner ? Nous ne sommes qu’au début du décryptage des événements qui se bousculent et s’accélèrent au moment où, en Iran, on a vu une élection se dérouler dans la tranquillité la plus absolue à tel point que l’Occident est gêné de l’évoquer, lui qui nous serine inlassablement que la République islamique iranienne est une menace potentielle. Par contre, il n’est pas question d’évoquer un coup d’Etat ou une destitution de l’émir du Qatar, car il faut absolument nous persuader que cet événement est une alternance démocratique à admirer. Tels sont les paradoxes actuels de la grille de lecture boiteuse proposée par Washington et ses alliés, alors même que les USA sont secoués par un scandale d’espionnage sans précédent dont nos sources nous chuchotent qu’un Obamagate se prépare, enterrant définitivement l’illusion démocratique américaine démasquée par ce jeune analyste de la CIA Edward Snowden qui, après Bradley Maning, nous révèle la vulnérabilité de l’empire américain devenu aujourd’hui la risée du monde alors qu’hier il dictait sa loi.

Les dégâts causés par l’Amérique dans les Etats-nations se sont traduits par le démembrement de ceux-ci et la venue d’une nouvelle formule de gouvernance qui en ont fait des no man’s lands peuplés de milices s’entre-déchirant entre elles, renvoyant le monde arabe à une époque où Lawrence d’Arabie complotait en se baladant à gauche et à droite comme bon lui semblait. Le monde arabe actuel dirigé par des incapables qui se moquent de toute notion d’Etat-nation et ne sont rien d’autre que des sous-traitants de la CIA, tels Morsi et consorts, incapables de gérer leurs propres foyers, nous offre une image pitoyable. L’impérialisme nous démontre qu’il peut dévorer ses valets les plus serviles sans aucun état d’âme lorsqu’il le juge nécessaire. Il n’a ni amis ni alliés dès lors que son seul but vise à s’accaparer les richesses des nations, les vidant de leur substance vitale et les jetant aussitôt après comme des citrons pressés en les vouant aux gémonies.

C’est une leçon pour ceux qui ont un doute sur l’impérialisme occidental en général et américain en particulier qui s’accommoderait s’il le faut avec le diable pour régner, tant que cela peut garantir ses intérêts vitaux. Quant aux crétins qui placent leur foi dans les banquiers et les marchands de canon, colonne vertébrale de l’impérialisme, ils ne récolteront que la semence de la trahison et finiront dans les égouts de l’Histoire comme l’émir du Qatar qui est en train de boire le fiel de la trahison jusqu’à la lie. On ne peut pas construire des Etats par procuration comme on ne peut pas offrir des démocraties en kit, alors que l’on espionne toute la planète. Avant de donner des leçons de démocratie aux autres nations, les Etats occidentaux doivent se démocratiser eux-mêmes avec notamment la levée des procédures d’écoute et le gel du fascisme qui régit leur vie politique et économique, et les exemples quotidiens à travers les médias et la scène politique secouée régulièrement par des scandales aux plus hauts niveaux nous indiquent que la ligne rouge est franchie depuis longtemps.

Sans la construction d’un citoyen occidental informé des véritables enjeux de la société dans laquelle il vit – et je n’en vois pas le premier signe – alors qu’il paie des taxes et des impôts pour larguer des bombes sur des pays qu’il ne connaît pas, nous restons sceptiques quant à même réformer certains pays tant le degré de fascisme a gangrené la sphère de décision politique avec tout ce que cela comporte comme effets secondaires sur la vie sociale, économique et culturelle. Le citoyen occidental, inconscient du danger qu’il court, a délaissé le champ de la lutte, ignorant le fascisme rampant qui se faufile dans la société et les institutions. Quant aux pays du monde arabe qui ont cru bon d’écouter et de suivre les think tanks et ONG qui font du commerce avec des concepts comme la démocratie, les droits de l’Homme, etc., ils sont arrivés à la concrétisation d’un autre type d’échec qui constitue à se livrer aux ténèbres du fascisme islamiste. Le socle de l’Etat-nation dans le monde arabe est à refonder et à retravailler avec des matériaux locaux.

Arrêtons l’importation des idées farfelues qui nous viennent d’ailleurs et qui ne sèment que le chaos. Ceux qui doutent, s’ils en ont le courage, devraient faire un pèlerinage dans la vallée de Sebaha en Libye, ou à Louxor, en Egypte, où le sieur Morsi n’a pas trouvé mieux que de vouloir nommer gouverneur un terroriste qui a assassiné 62 personnes au cours d’un attentat en 1997. Voilà la bonne gouvernance que les Etats-Unis et les Occidentaux nous proposent à travers ces sinistres personnages, dont Morsi restera dans les mémoires comme le plus mauvais des présidents égyptiens. Le sectarisme qui le caractérise ainsi que son compère Erdogan et leur émir bienfaiteur du Qatar ne semble pas se tarir et les dégâts qu’ils occasionnent dans ces pays totalement divisés sur fond de véritable guerre confessionnelle antichiite commencent à s’étendre au Liban, en Egypte, et bien évidemment en Syrie. Est-ce là le projet américain pour le monde arabe issu du discours du Caire de Monsieur Obama ? Est-ce là la vision du Moyen-Orient offrant la paix éternelle à Israël en enfonçant les peuples et les nations arabes dans des guerres interminables ? Nous dirigeons-nous vers le démantèlement définitif de tous les Etats-nations du monde arabe pour satisfaire l’entité sioniste ?

Dans le cauchemar arabe actuel, notre patrie l’Algérie est un havre de paix avec une stabilité quasi totale, même si le Président est malade et absent du territoire national, et cela prouve, comme l’ont dit certains, la solidité des institutions militaires et sécuritaires de notre pays alors que nous faisons face à des actes quotidiens de félonie et de trahison de toutes sortes. Le cas du trublion minable d’Aboud en est un nouvel exemple, lorsqu’il rate une nouvelle fois l’occasion de se taire au moment où l’Algérie souhaite de ses enfants dignes et honorables qu’ils ne versent pas de l’huile sur le feu. Chacun a le devoir d’apporter un soutien au pays dans l’humilité et le respect de notre peuple, de notre nation, de notre histoire et de nos martyrs, au lieu de propager en amont et en aval une maladie chronique telle le mildiou, qui contamine le monde de la presse, le monde politique, et tous les éléments non représentatifs de la nation algérienne. Heureusement que nous avons un peuple très exigeant et mature politiquement car sans cela l’anarchie se répandrait sur le pays. Des forces à l’intérieur comme à l’extérieur ne rêvent que de nous voir plonger dans la fitna. Ces groupes vont de l’OAS aux harkis, en passant par les expatriés qui ont fui le pays pendant la décennie rouge-sang, ceux qui ont vendu leur honneur pour un asile politique, les mafieux corrompus nichés dans les administrations, les cercles sionistes, bref tout un conglomérat antialgérien visqueux avec ses variantes qui n’a jamais accepté l’indépendance de l’Algérie.

Et ce Hicham Aboud sorti par la porte nous revient par la fenêtre avec des propos nauséabonds, vulgaires, qui symbolisent tout ce qui est bas chez l’homme. La question qu’on lui pose : avez-vous vraiment un honneur, vous et vos semblables, les Samraoui, Sifaoui, Souadia, Dhina, Zitout, Abassi, Mezrag, et toute cette clique de parias qui braient continuellement contre l’Algérie ? Ou encore cette plume hargneuse qui trempe dans l’encre amère de la vengeance personnelle pour justifier son existence insignifiante de frustré dépaysé parisien, offrant une aubaine par sa bêtise aux ennemis de l’Algérie d’hier et d’aujourd’hui. Qu’ils méditent donc cette citation algérienne : «Si vivre se limitait à exister pour soi, qu'aurais-je de plus que les arbres qui se dénudent en hiver et se couvrent au printemps tandis que je fais l'inverse ?» Un autre exemple tout frais de la perfidie nous a été montré par France 2 qui, au cours d’un reportage dans son JT du jeudi 27 juin, prêchait la chose et son contraire.

Cette couverture à la veille de notre fête nationale n’est pas innocente. Un envoyé spécial y dépeignait Alger comme un eldorado réservé aux riches en s’appuyant sur le témoignage d’un ex-comptable devenu milliardaire par la sainte grâce du dieu dollar, qui n’a pas hésité à cracher lui aussi dans la soupe à la télévision française. Le patron de Cevital qui a bénéficié des exonérations d’impôt et de différents privilèges accordés aux entrepreneurs algériens, a déclaré avoir été victime de la mauvaise gouvernance.

Donc, voilà un entrepreneur économique qui se transforme en chef de parti politique. On aurait aimé savoir à quoi se résume la bonne gouvernance chez ces énergumènes qui ont saigné le pays, corrompus jusqu’à la moelle, et qui dénigrent notre pays sur les chaînes françaises. Comment se fait-il que Monsieur Rebrab investisse dans les fenêtres PVC en France alors que c’est l’Algérie qui lui a octroyé des crédits? En nous parlant de la lourdeur de la bureaucratie, lui qui détient tout le port de Béjaïa et qui possède des usines un peu partout, je me demande ce que veut ce monsieur. Désire-t-il engloutir toute l’Algérie? De quelle mauvaise gouvernance parle cet individu, de celle qui a placé un simple comptable à la tête d’une des plus grandes fortunes d’Algérie et du monde ? Nous lui rétorquons par la phrase suivante: «D’où tiens-tu ça ?» («min ayna laka hada») que nous adressons aussi à Djaballah, Mokri, Mezrag, etc. autres adeptes de l’économie de bazar et de l’import-import. A-t-il gagné au loto ou à l’euromillions? Nous demandons des explications, car c’est facile d’aller critiquer à Paris ce que l’on bouffe à Alger.

Comme dit le proverbe arabe, «si tu n’as pas honte, fais ce que tu veux». Ce reportage au JT nous a offert l’occasion d’évoquer son dossier qui sera tôt ou tard mis sur la table, car cet enrichissement subit ne peut que mettre la puce à l’oreille du peuple algérien. Cet individu a beau nous baratiner avec ses histoires d’investissement, personne n’est dupe. S’il veut parler de mauvaise gouvernance, commençons donc par son cas, nous sommes curieux, nous qui avons hérité de la sève de nos ancêtres, d’entendre ses explications. On ne verra jamais aucun investisseur français critiquer son Etat sur les plateaux de télévision des autres pays. Or, manger avec le loup et pleurer avec le berger semble devenir une spécialité algérienne. Qu’avez-vous fait pour l’Algérie, Monsieur Rebrab and co ? Je me rappelle que votre fils, PDG de Hyundai, n’a pas hésité à frapper la présidente d’une section syndicale, dont j’ai eu le plaisir de plaider la cause auprès des plus hautes instances du pays auprès desquelles elle a obtenu gain de cause. Son seul tort était de vous avoir dit non, à vous les nouveaux maîtres de l’Algérie, et d’avoir défendu les travailleurs. Vous, les «begarra», les maîtres de la chakra, êtes la mauvaise graine du pays et devriez être nettoyés comme à la belle époque d’Ali la Pointe. «Si vous tenez le ciel, reposez-vous, même s’il tombe sur nos têtes.» L’Algérie vous a tout donné et vous ne lui rendez que de l’ingratitude.

Comment avons-nous donc pu produire des monstres pareils qui s’acharnent à porter des attaques perfides contre notre pays au moment où celui-ci est menacé de toutes parts par des conspirations multiples ? La presse, quant à elle, après sa naissance précoce lors de l’instauration du multipartisme, est restée figée à un stade embryonnaire régi soit par la calomnie soit par les critiques stériles, voire partisanes, ce qui lui a porté préjudice. Elle n’a jamais su développer sa mission de contrepouvoir en se cantonnant à être la caisse de résonnance et le relais des partis ou des lobbies de l’argent qui l’utilisent pour régler leurs comptes. Sa combattivité d’éthique et de déontologie reste encore à construire. Autre exemple de bassesse crapuleuse : le ministre marocain de l’Intérieur s’est fendu d’une déclaration pour le moins arrogante : «Ouvrez les frontières et nous arrêterons de vous envoyer des tonnes de drogue»!

Ainsi notre voisin de l’Ouest avoue contrôler le trafic de drogue qui inonde notre pays et, pire, se livre à un chantage mesquin envers nous. Bien évidemment, la réponse est claire à ce Maroc qui a toujours été une source de problèmes : pas question d’ouverture des frontières jusqu’à ce que les poules aient des dents ! Des partis politiques marocains se targuent de réclamer une partie de l’Algérie et de ce fait agressent notre souveraineté nationale. Parmi ces partis, celui de Chabat qui, au lieu de réclamer à l’Espagne Ceuta et Melilla, nous fait des fanfaronnades de coq, alors que le pauvre et paisible peuple sahraoui désarmé est opprimé et subit la torture quotidienne, et que plusieurs ONG, y compris celles des maîtres occidentaux du Maroc, produisent des rapports accablants pour dénoncer les dérives du régime marocain. Et ils osent s’attaquer à l’Algérie ? Qu’ils arrêtent leur cirque et donnent du travail et des logements à leur peuple au lieu de jouer avec le feu. Les Marocains ont été les premiers à réclamer la fermeture des frontières quand notre pays était livré à sa tragédie nationale et ils nous ont fermé la porte au nez pendant que des groupes terroristes allaient se reposer chez eux pour ensuite revenir massacrer notre peuple. Le moment est venu pour la nation algérienne et ses dirigeants de démystifier ce langage de bois et du charbon qui consiste à dire que les peuples arabes sont des « peuples frères ».

Non, Messieurs, ce concept est biaisé à partir du moment où la traîtrise et la perfidie pointent leur nez, c’est désormais chacun pour soi. Débrouillez-vous avec votre économie moribonde et fichez-nous la paix.

Il n’est pas encore né, celui qui peut se permettre de faire de la surenchère au sujet de l’Algérie, et certainement pas un pays dont le roi malade se soigne en France dans un lieu tenu secret et qui n’a plus donné signe de vie depuis plus d’un mois, et dont le gouvernement se fissure en attendant de couler comme le Titanic. Notre pays doit se redéployer sur lui-même et travailler avec des nations sérieuses, comme celles du BRIC qui ne produisent pas du vent, contrairement à ces pays arabes qui ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes. Le fait d’avoir un passé et une histoire communs ne donne à personne le droit d’exiger l’exclusivité de notre coopération ou de notre affection. Personne n’a le monopole de la fraternité et nous nous porterons mieux en nous construisant nous-mêmes. Nos autorités doivent travailler sur de nouvelles bases avec tous les pays, sur le principe gagnant-gagnant. Si certains demandent l’aumône, nous leur répondons : que Dieu vous aide, «Allah yanoub». L’Algérie, elle, s’est construite par le sacrifice de son peuple et n’a besoin de personne.

La politique algérienne a prouvé sa pertinence et son objectivité notamment dans les dossiers concernant la Syrie ou lors de l’intervention de l’Otan en Libye avec le désastre du «Sahelistan» qui a ramené la déstabilisation de tous les pays africains traversés de part en part par une multitude de groupes terroristes qui, d’après les derniers rapports et expertises de renseignement, constituent un danger imminent partout dans le monde et surtout en Europe. L’arsenal de guerre libyen aux mains des terroristes takfiristes constitue un véritable cauchemar pour tous les services de renseignement du monde confrontés à un problème majeur avec la traçabilité de ces armes libyennes. L’Algérie en optant dès le départ pour la non-intervention en Libye ou en Syrie a fait le bon choix, même si elle a été isolée sur une scène arabe décomposée et moribonde, mais elle a tenu bon et prouvé la justesse de ses choix.

A ceux qui n’arrêtent pas d’attaquer l’Algérie pour ses options stratégiques en politique interne ou extérieure, nous disons que s’ils veulent répandre le chaos libyen ou syrien, qu’ils le fassent chez eux avant de vouloir nous l’imposer. Le peuple algérien n’est pas preneur et refuse d’être le laboratoire d’expérimentation de l’Occident. Nous y avons déjà goûté grâce aux bons soins des puissances mondiales qui ont misé sur la destruction de l’Algérie en y incrustant le corps étranger de la mouvance islamiste avec ses variantes qui changent seulement de vitrine mais dont la matrice est la même, et ils ne peuvent pas nous leurrer car nous les connaissons mieux que quiconque au monde. S’ils veulent diffuser l’islamisme «modéré», formule contestable et contestée distillée lors de ces coups d’Etat populaires surnommés à tort le «printemps» ou «l’hiver» islamistes, qu’ils sachent que le fascisme ne connaît pas les saisons. Lors de la cérémonie de sortie des promotions 2012/2013 à l’Académie militaire interarmes de Cherchell du général de corps d’armée Ahmed Gaid Salah, transmettant le message du président Bouteflika absent, a appelé à «redoubler d’efforts pour continuer d’assumer les responsabilités nationale et constitutionnelle et de défendre la souveraineté et l’indépendance de l’Algérie en toutes circonstances». «Nous vivons dans un monde marqué par des événements rapides induisant des changements multiples tous caractérisés par les variations et l'instabilité ce qui nous amène, en tant que militaires, à continuer d'assumer nos responsabilités nationales et constitutionnelles et de défendre la souveraineté, l'indépendance et la stabilité de l'Algérie en toutes circonstances.»

La situation, ajoute le chef d'état-major de l'ANP, «implique la poursuite résolue et sans relâche de la lutte contre le terrorisme et le démantèlement de toutes ses ramifications criminelles». «Nul besoin de dire, ici et là, que l'Armée nationale populaire, héritière de l'Armée de libération nationale (ALN), est le pilier, voire le fondement de cette force. Et c'est pour cette raison que le Président a insisté sur la nécessité pour nos forces armées de poursuivre plus que jamais le développement de leurs potentialités afin de se maintenir au niveau de la noble mission qui leur incombe constitutionnellement. Cela pour que notre armée soit à la hauteur des défis majeurs auxquels fait face notre région, notamment les événements peu rassurants au Sahel et qui exigent de nous une vigilance extrême et permanente afin de riposter à leurs impacts, retombées et menaces.» Discours magistral et diagnostic perçant de la part de nos dirigeants civils et militaires qui prouvent une fois de plus que l’ANP restera la forteresse imprenable sur laquelle se briseront tous les rêves de conquête impérialistes.

L’Algérie a montré au monde entier que son destin n’est pas lié à des personnes, même s’il s’agit de son président, mais à des institutions telles que notre armée et nos services de renseignement qui sont là comme des remparts contre les faux prophètes de tous bords qui veulent jouer avec la stabilité du pays. Ils trouveront toujours le peuple algérien uni avec son armée et ses services de renseignement. Les tentatives de déstabilisation et les manœuvres aléatoires de téléguidage des apprentis sorciers qui visent notre pays ont échoué de façon magistrale: notre pays fonctionne, le citoyen vaque à ses occupations, le climat de tension attisé par des agitateurs professionnels suite à la maladie du président s’est évanoui avec le rêve de voir l’Algérie sombrer dans le chaos.

Mais néanmoins, les patriotes, les hommes intègres, les forces vives de notre nation, qui ont toujours existé, doivent s’unir pour contribuer à l’essor de notre patrie, loin des marécages des affaires et du monde de l’argent sale qui a gangrené tout le pays via des pratiques mesquines souvent menées par des politiciens pourris qui ont oublié l’intérêt de la nation. Dans un climat géostratégique périlleux et menaçant, des cadres honnêtes et compétents issus de toutes les institutions sont aujourd’hui appelés à un rendez-vous avec l’Histoire qu’il ne faut pas rater, dans la continuité de la reconstruction de l’Etat-nation. A l’occasion de la fête nationale du 5 juillet, je souhaite à mes compatriotes dignes et fiers de leur patrie, bonheur, prospérité et espoir. Bonne fête à tous.

Tahia Djazaïr ! Gloire à nos valeureux martyrs !

Pour reprendre le dessus, il suffit juste de se faire une raison ! (citation algérienne)

 

Mohsen Abdelmoumen


mercredi, 26 juin 2013

GENEVE II: EST-CE POUR PREPARER LA PAIX?

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© Robert King/ Polaris/ Starface. Syrie, le 13 mai 2012. À Al Qusayr, des membres de l'armée syrienne libre (FSA) combattent l'armée syrienne. Avant la déculotée.


Chaque jour qui passe sur le terrain des combats, en Syrie, révèle que la guerre contre ce pays n’est pas ce que l’on rabâche depuis plus de 2 années, à savoir «un soulèvement populaire spontané» contre ses dirigeants pour recouvrer sa dignité et sa liberté, mais bien d’un complot pour déstabiliser cet Etat, considéré comme gênant les objectifs et les visées impérialistes dans la région.

 
 
Pour ce faire, les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France, le Qatar, la Turquie, l'Arabie Saoudites et Israël ont engagé tous les moyens pour permettre aux groupes armés affublés «thouar» (révolutionnaires) - la plupart mercenaires islamistes - pour mener une guerre, sans merci, contre l’État syrien et renverser son gouvernement, dans le but d’affaiblir l’axe de résistance, en admettant pour cela les pires atrocités.
 
Par l’origine diverse des groupes armés islamistes, hier «terroristes», métamorphosés, aujourd’hui, momentanément «révolutionnaires» rétribués sous la fausse bannière «djihadistes» ; par la provenance de l’armement en leur possession ; par les objectifs visés ; par les agissements et les réactions des pays manipulateurs engagés, il est indéniable que cela obéit à un plan réfléchi, destiné à instaurer le chaos sur une géographie déterminée, pour ensuite recomposer selon les désidératas et objectifs prévus. Ce projet américain est consacré dans ce qui est appelé le «Grand Moyen-Orient» auquel est intégré le projet israélien dit «Yinon» destiné à assurer la supériorité d’Israël.
 
Deux années de guerre, de destructions de toutes natures, de sanctions et de pressions - contre un État souverain où tous les moyens illégaux, même les plus immoraux et abjects, ont été utilisés - n’ont pas permis de venir à bout d’un peuple résistant, d’une armée forte et unie. Deux années sans voir l’effondrement prévu malgré les sommes colossales engagées par les bailleurs arabes vassaux ainsi que la formidable guerre médiatique soutenues par d’éminents hommes de cultes, corrompus, chargés de l’endoctrinement des masses musulmanes par la religion. L’échec de l’aventure semble bien consommé et les cartes jouées.
 
Depuis les derniers développements avec la récupération d’Al Quseir et de sa banlieue - localité hautement stratégique pour les planificateurs américano-sionistes qui devait aboutir à la prise de Damas - par l’armée syrienne des mains des «insurgés», tous les calculs ont été bouleversés et les objectifs compromis. Avec cette récupération surprise, suite à une offensive ‘éclair’ et décisive, de cette petite ville où se sont solidement concentrées les forces ''wahabo-takfiristes'', on annonce déjà des échecs sur d’autres fronts. Cette bataille d’Al Quseir a été particulièrement déterminante par l’appui, à la frontière libanaise, des éléments du Hezbollah qui n’ont laissé, aux groupes armés, aucune possibilité d’infiltration, d’exfiltration ou d’approvisionnement. Une assistance inattendue qui a été condamnée par la… Ligue arabe. L’autre élément est que l’armée syrienne a su se convertir, en la circonstance, en une redoutable force contre-guérilla.

Les résultats d’Al Quseir sur le plan militaire et tactique, avec ses effets ravageurs sur les autres groupes, ont créé un climat de défaite, une situation d’impasse mettant les groupes armés dans un état de déroute et les commanditaires dans une profonde confusion. C’est donc bien les résultats sur le terrain des combats qui dictent ou imposent la nature des changements.
 
Il ne restait que l’annonce par les deux «Grands», les USA et la Russie, d’une conférence «internationale» sur la Syrie, prévue à Genève, qui se veut l’ultime round pour sceller cet encombrant et dangereux dossier par la voie politique, malgré l’agitation et les élucubrations des autres protagonistes qui soutiennent une solution militaire.

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Tant que l’on pouvait encore financer et remplacer les groupes anéantis, tant que l’on disposait encore de ‘cartes’ de pressions politiques et économiques, tant que les étapes du Plan tracé avançaient, il n’était pas envisageable de négocier quoi que ce soit. Avec la bataille d’Al Quseir, qui avait bouleversé, les données les commanditaires étaient contraints, dans la précipitation, d’adopter une série de manœuvres aussi insensées que dangereuses. Dès que les principaux groupes armés, que domine Al Nosra, ont été laminés ou réduits, il ne restait aux stratèges américano-sionistes et leurs suppôts arabo-monarchiques que de présenter du «réchauffé» en rabâchant les mensonges éculés, sans preuve voire sans conviction, ou tenter d’autres diversions et agissements dans l’espoir de disposer d’arguments et de moyens de pression consistants lors de cette Conférence dite de «Genève II». Mais le reste du monde connait ces manœuvres, s’en méfie, les réprouve.
 
Voyant leurs plans foirer, on réitère la fallacieuse histoire de l’utilisation, par l’armée syrienne, des armes chimiques que réfute Carla del Ponté en affirmant que ce sont les groupes armés qui les ont utilisés contre l’armée syrienne et les civils. Même la demande syrienne d’une enquête, in-situ, de l’ONU a été capotée par les EU qui voulaient l’étendre à tous les endroits de stockage éventuels de ce genre d’armes. En dépit de toutes les preuves filmées montrant des scènes de préparation de ces armes par les groupes armés, rien n’y fait, les EU accusent l’armée syrienne en concoctant un autre plan de communication sur les armes chimiques depuis la Jordanie en le faisant coïncider avec les exercices militaires en préparation dans ce pays. La France a été chargée par le biais du journal «Le Monde» de lancer la propagande, d’en fournir les éléments de preuves, même inconsistantes, pour en faire un motif d’intervention militaire extérieure. La Russie rejette ces accusations d’utilisation d’armes chimiques par les troupes gouvernementales syriennes, mais annonce par Poutine, en conférence de presse, lors du sommet du G8 à Lough Erne (Irlande du Nord), que son pays était prêt à participer à la vérification des cas d’utilisation de ces armes en Syrie et à soumettre les résultats au Conseil de Sécurité.
 
On tente aussi de relancer le projet illégal et dangereux d’une zone d’exclusion aérienne depuis la frontière jordanienne cette fois, qui serait de 40 km, pour permettre, en fait, de recomposer les groupes anéantis, faciliter l’acheminement des armes et des ravitaillements. Ce ‘no-fly zone’, qui coûterait 50 millions de dollars/jour, sera non seulement une violation d’un pays souverain, s’il ne passe pas par le Conseil de sécurité, mais est de nature à enflammer la région, car la Syrie sera en droit de riposter à toute violation de son territoire et son espace aérien sera très risqué aux pilotes qui s’y aventureront surtout si elle dispose des redoutables missiles S300, en plus de son arsenal offensif. 
 
On relance, tambour battant, le désir d’armer les groupes avec des armes modernes comme si les armes utilisées, jusque-là, venaient du néant ! La question qui les effraye est le risque de voir ces armes se retournent contre eux une fois le problème de la Syrie réglé dans les deux cas de figure. De ce fait, classer ‘Al Nosra’ organisation terroriste était le seul moyen de faire éliminer cet encombrant groupe. L’autre crainte est de voir aussi ces armes récupérées par l’armée syrienne comme toutes celles laissées par les groupes éliminés.
 
Au même moment, au vu des difficultés à recruter, on fait organiser, en Égypte, une conférence des oulémas musulmans à leur tête Al Qaradhaoui pour, essentiellement, lancer un appel demandant aux musulmans du monde de venir faire le Djihad en Syrie contre le «régime de Bachar» ; chose qui n’a jamais été faite contre le régime sioniste d’Israël qui ne cesse depuis plus de 60 ans de spolier et d’assassiner les palestiniens. Ce projet d’armer est condamné par la Russie qui y voit une volonté de poursuivre les tueries et donc contraire au but de la Conférence qui veut instaurer la paix. La Russie réfute le pendant fait avec sa livraison d’armes défensives qui obéissent, selon elle, à des contrats légaux avec un gouvernement légitime, telles les batteries antimissiles russes S-300 qui ne peuvent pas servir à réprimer l’opposition armée.
 
Toutes ces agitations et gesticulations ne seraient pas apparues s’il n’y avait pas domination par l’armée syrienne du terrain des combats. Lorsque les groupes armés occupaient des pans entiers de territoire, imposant leurs lois en martyrisant les populations, détruisant les infrastructures économiques, sociales et culturelles, foulaient des pieds les lois internationales et la morale, l’Occident encourageait en espérant la généralisation du chaos sur toute la Syrie pour le projeter à tous les États de l’axe de la résistance avec en ligne de mire l’Iran, mais lorsque la situation s’est renversée par la reprise en main des choses par l’armée syrienne avec risque d’anéantissement de toute la stratégie tracée pour ce Moyen-Orient, le voilà exhiber les «lois internationales» pour faire condamner la Syrie de crimes de guerre non avérés ou commis par leurs hommes pour en accuser l’adversaire.
 
La Conférence dite de "Genève II" a pour but de trouver une solution politique à la crise syrienne que soutiennent de nombreux pays. S’y présenter sans éléments de pression serait absurde. D’où l’activisme de l’Occident à vouloir s'y présenter forts d'arguments leurs permettant de soutirer un maximum de dividendes. Ce qui explique qu'en même temps les Américains s’activent, parallèlement, à vouloir armer plus et mieux les «rebelles» et à instaurer une zone d'exclusion aérienne. Ce contraste ne peut que viser à éloigner l’échéance de la Conférence dans l’espoir, sans aucun doute, de gagner du temps afin de glaner des cartes de pression politique plus avantageuses, via leurs troupes. Un certain Driss Salim, du commandement de l’ASL, aurait promis de défaire les forces armées syriennes en… six mois si l’Occident lui fournit les armes nécessaires. Les Américains n’étant pas dupes, il est fort probable que leur Plan prévoit une option plus handicapante visant à éterniser la présence des terroristes à l'intérieur et autour de la Syrie en créant un foyer permanent prêt à en faire usage à tout moment et ce, à défaut de la victoire immédiate souhaitée.

côte d'ivoire,djerrad amar,genève ii: est-ce pour préparer la paix?,guerre en syrie,le grand moyen-orient

Nous avons donc, après plus de deux ans:
 
-  Une Syrie engagée dans une guerre sanglante contre une «rébellion» hétéroclite composée de milliers d’éléments étrangers soutenus militairement et financièrement par une coalition de pays impérialistes pro-sionistes, la Turquie, le Qatar et l’Arabie Saoudite appuyés par des ONG affidées et des milieux religieux musulmans sectaires.

-  Une domination de l’armée syrienne sur le terrain des combats et des groupes armés, composés de plusieurs nationalités, en débandade.

- Un camp agresseur dans une grande confusion et indécis qui veut armer, pour «équilibrer les forces» dit-il, des groupes dont il craint qu'ils se retournent contre lui tout en spéculant sur une intervention militaire directe hasardeuse.

- Une Turquie d’Erdogan qui se retrouve dans la situation de «l’arroseur-arrosé» qui n’arrive plus à finir sa mission de déstabilisation de la Syrie.  

- Une Égypte de Morsi - empêtrée dans des problèmes économiques, sociaux et institutionnels - qui se permet de suggérer sa disposition à assumer le rôle de la Turquie par des signaux en coupant toute relation avec la Syrie et en affichant son intention d’impliquer son armée. Chose que les hautes instances militaires jugent irréalisables contre tout pays «frère».

- Deux puissants ‘blocs’ qui s’affrontent pour un partage d’influence et d’intérêts. L’un croyant à la force militaire pour pouvoir étendre son hégémonie et l’autre qui veut montrer que le monde n'est plus unilatéraliste et qu’il est vain d'en nier l’évidence au risque d’un conflit généralisé.
 
Il faut être aveugle pour ne pas voir, à travers la guerre imposée à la Syrie de l’extérieur, une volonté de tailler à la hache toutes les  nations de la région pour les affaiblir, les piller, les assujettir pour des siècles de « transition démocratique ».
 

Djerrad Amar

vendredi, 21 juin 2013

BAHAR KIMYONGUR ARRETE: LA VERITE DERANGE, MILQUET SE VENGE

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Bahar Kimyongür, militant politique belge issu d'une famille originaire de Turquie, auteur de l'article:

Une ministre belge confirme: Al Qaïda est notre allié indirect en syrie

 

On vient d'arrêter (mardi 18 juin 2013, Ndlr) à Madrid notre ami et collègue Bahar Kimyongür, auteur du livre "Syriana" et de nombreux articles démontrant l'hypocrisie des gouvernements européens sur la Syrie. Ces dernières semaines, il s'était activement mobilisé pour aider les parents désemparés de ces jeunes qui partent en Syrie. Il est attendu au débat que nous coorganisons sur ce thème à Bruxelles mardi 25 juin.

 
Bahar est menacé d'extradition vers la très démocratique Turquie. Nous sommes très inquiets et convaincus que le gouvernement belge est complice : Bahar dérange, la vérité dérange.
 
D'ailleurs, la chronologie est très claire :
 
22 mai, communiqué de la ministre de l'Intérieur : "Joëlle Milquet a longuement rencontré ce matin, lors d’un déjeuner, le directeur de l’Organisation du renseignement national turc, Hakan Fidan. Lors de cet échange très constructif, plusieurs modalités de collaboration et d’échanges d’informations dans les différents dossiers évoqués ont été précisées et renforcées, en ce qui concerne notamment la présence de ressortissants belges en Syrie mais aussi le suivi et le contrôle des différents groupements terroristes".
 
28 mai : la Turquie délivre en secret un nouveau mandat d'arrêt international contre Bahar (qui avait été acquitté il y a dix ans par la Justice belge pour ces accusations arbitraires).
 
13 juin : A la RTBF radio, la ministre Milquet soutient le "démocrate" turc Erdogan : "Je pense que les services secrets turcs sont sincères" (sic). (Et aussi ses tortionnaires et ceux qui emprisonnent des journalistes en masse ?) Elle diabolise Bahar comme "soutien d'Assad" alors que celui-ci a, dans son livre, dénoncé ses aspects dictatoriaux.
 
17 juin : Bahar est arrêté par des civils alors qu'il visitait avec son épouse Deniz et ses deux petits enfants la cathédrale de Cordoue (Espagne). En présence de ses enfants pour bien marquer le coup !
 
Ce jeudi 20 juin, il passe devant le juge à Madrid.
 
Nous appelons chacun à dénoncer cette violation du droit d'expression, cette basse vengeance des politiciens qui s'alignent sur les Etats-Unis, Israël et la Turquie !
 
Faites circuler ce message sur le Net, facebook et partout, interpellez vos mandataires politiques et les médias.
 
Demandez des comptes à la ministre Milquet. Elle ne bouge pas pour aider les parents désemparés, mais se rend complice d'Erdogan pour arrêter Bahar :

Cabinet du ministère de l'Intérieur, 2 rue de la Loi, 1000 Bruxelles
Tél : 02 504 85 40 
 

Liberté pour Bahar ! Liberté d'expression contre la guerre !



lundi, 17 juin 2013

ROLAND DUMAS CONFIRME LA PREPARATION DE LA GUERRE DE SYRIE DEPUIS 2010

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Intervenant dans l’émission « Ça vous regarde » (LCP), l’ancien ministre français des affaires étrangères, Roland Dumas, a indiqué avoir été démarché par les Britanniques en 2010 —c’est-à-dire avant le « printemps arabe »— pour soutenir une guerre contre la Syrie, dans l’intérêt d’Israël.
 
Les révélations de M. Dumas semblent confirmer notre hypothèse que l’attaque de la Syrie était prévue par les clauses secrètes du Traité de Lancaster House du 2 novembre 2010. Ce document, censé organiser la coopération militaire franco-britannique, comportait des clauses secrètes sur l’attaque de la Libye. Or, nous avons toujours souligné que les guerres de Libye et de Syrie avaient été planifiées simultanément.
 

 

DEROUTE DE L'ASL ET D'EL NOSRA A AL QSEIR, CONFUSION DES CONSPIRATEURS EN SYRIE


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Il est bon de faire quelques points d’ordre après ce qui s’était déroulé à Al Qseir suite au fiasco des groupes armés chargés, par les occidentalo-arabo-sionistes, de déstabiliser la Syrie.

Des politiciens et stratèges soutiennent, sur ce qui se passe en Syrie, ce genre d’analyse et de raisonnement:


- Que la guerre, par procuration, à la Syrie entrait dans le cadre du projet de domination du Moyen-Orient et des pays arabo-musulmans de l’axe de la résistance à la politique impérialo-sioniste qui consistait à réduire leurs armées pour ensuite recomposer ces États en entités géographiques sans puissance et maniables à merci. Ils semblent parvenir en Irak, en Libye, en Tunisie, en Égypte et au Yémen, mais en revanche, ils paraissent échouer en Syrie considérée nœud gordien difficile à trancher.

- Que l'armée syrienne n'avait aucunement considéré Al Qseir aussi « stratégique » que ne le déclarent les agresseurs de la Syrie. Selon eux, Al Qseir était « stratégique » dans ‘leur’ vision et dans ‘leurs’ plans d’agression, car les conspirateurs avaient misé et concentré leurs efforts sur cette ville pour sa proximité avec Homs, les frontières libanaises et jordaniennes ; conditions géographiques favorables en vue d’envahir Damas. Sa chute a bien changé la nature de l’équation en la rendant complexe pour les agresseurs.

- Que l'armée syrienne était parfaitement informée des plans, objectifs et mouvements de l'ennemi dans Al Qseir et ses environs.

- Qu'il y avait des priorités et que la reprise de cette ville - objet d'observations continues et minutieuses des services de renseignements de l'armée syrienne – exigeait des tactiques, de la patience et de la pertinence pour réussir les objectifs militaires et politiques, fondamentaux.

- Qu’il fallait laisser faire croire à une importante victoire des groupes armés et n’intervenir que lorsque l'environnement politique serait favorable afin de faire admettre une défaite, franche et indiscutable, sur l’ennemi tout en réduisant le moral de ses troupes d’une part, mais aussi de briser les projets des commanditaires en anéantissant leur volonté et leurs atouts de pression politique d’autre part.

- Qu’après cette offensive ‘éclair’ sur les groupes armés engagés dans cette ville, leur défaite était tellement décisive et humiliante que même les Occidentaux impliqués l'ont reconnu telle ; alors qu’au même moment les groupes armés et leurs dirigeants, composés de wahabo-takfiriste tétanisés par la déroute, ne trouvaient plus quoi dire ou faire que de proférer des mensonges et balancer des propos contradictoires; qu’il s’agissait d’une ‘fausse’ reprise, que l'armée n'avait tué que des civils, qu’ils avaient affronté le Hezbollah en lieu et place de l'armée syrienne «défaite» selon eux, qu’ils avaient procédé à un retrait ’tactique’ et ce tout en appelant aux renforts.

- Que si ces groupes combattaient, comme ils l’attestent, le Hezbollah cela voudrait donc dire, conséquemment, qu’une poignée d’éléments du Hezbollah avaient pu défaire tous les groupes armés d’Al Qseir pourtant bien équipés par l’occident. Que leurs ‘maîtres-penseurs’ et commanditaires pourraient alors douter de leurs capacités à conquérir toute la Syrie face à toute l’armée syrienne expérimentée et bien armée qui n’a engagé, à ce stade, qu’une infime partie de ses forces.

- Que la déclaration de Nasrallah sur "l'implication" du Hezbollah était plus une tactique pour accabler et dérouter l’ennemi, car dans leur calcul l'on avait fait l’hypothèse que cette formation ne s'y compromettrait pas.

- Que le Hezbollah n'avait pas donné plus de précisions sur cette la nature de cette « implication » sûrement pour susciter les doutes et distraire d’autant qu’aucune preuve sur l’engagement des éléments du Hezbollah sur le territoire syrien n'avait été, à ce jour, prouvé (les 5 ou 6 personnes présentées aux médias, comme du Hezbollah fait prisonniers, sont des citoyens libanais vivants à Damas, des sunnites, qui avaient été kidnappés quelques jours plus tôt).

- Que l'armée syrienne n'avait aucunement besoin d'une aide, en l’occurrence celle du Hezbollah, et que la seule « aide » était de bloquer la frontière pour empêcher et éventuellement éliminer, toute fuite vers le Liban. Ce qui a été fatal puisque les groupes armés étaient pris en étau sans possibilité de se dégager ou d’être appuyé. Il ne leur restait que la mort ou la reddition. Les centaines d’éléments qui avaient ‘réussi’ à rejoindre quelques villages proches n’étaient, en fait, qu’une tactique de l’armée syrienne ayant pour but de diviser les groupes pour mieux les anéantir avec le moins de résistance et de frais.

- Que tous leurs mensonges et diversions avaient pour but de pousser à une intervention occidentale (surtout israélienne) qui reste hypothétique au vu des conditions de tous les groupes armés et l’emprise des forces syriennes sur le théâtre des combats d’une part, mais également au regard du climat politique qui se dirige, inexorablement, vers un règlement du conflit selon les modalités du camp victorieux qui semble, en plus, disposer de redoutables armes de riposte d’autre part.

- Que toute intervention d’«Israël» ne pourra que mettre dans une drôle de confusion aussi bien les pays gouvernés par des islamistes et l’opposition syrienne de la ‘coalition’ que leurs soutiens occidentaux. En effet, s’ils acclament une offensive Israélienne, ils commettront une grave faute devant l’opinion arabe; s’ils observent le silence, ils seront frappés de suspicion ; s’ils condamnent, ils renieraient leur position, maintes fois rabâchée, contre le «régime» syrien. Un dilemme infernal que les EU, bons tacticiens et calculateurs, n’oserons pas introduire au risque d’embraser la région, voire au-delà et d’anéantir toute marge de manœuvre ou espoir de solution.  La Russie, par la force de la Syrie, son obstination et sa résistance, a réussi à faire changer les règles du jeu de l’adversaire tout en maintenant les siennes intactes.

- Que la révolte qui se déroule actuellement en Turquie n’est que l’expression d’un peuple qui refuse le suivisme et l’alignement de son pays à la politique américano-sioniste à l’endroit d’un peuple voisin auquel il est lié par l’histoire et l’économie. Il aurait été difficile aux Occidentaux de faire ce qu’ils font à la Syrie si Erdogan ne s’était pas lié à leurs projets de domination.

  - Que le projet hégémonique sur les pays entourant la méditerranée, que pilotait la France de Sarkozy dans le cadre de l’UMP avec l’appui des EU, que refusait alors l’Allemagne, est en passe de se transformer – grâce à la résistance farouche de la Syrie à l’agression et l’entrée en lice de la Russie et de l’axe antagoniste à l’occident – en projet d’équilibre stratégique.

- Que le «pragmatisme», cette philosophique américaine, qui n’admet de « vrai » que ce qui fonctionne réellement en s’adaptant à la réalité et en préférant la pratique apparait justement par la réalité et la pratique de son initiateur - dans ses relations, ses attitudes et ses objectifs avec le reste du monde - une doctrine insensée quand elle est expurgée de morale et de principes.

- Que le Capitalisme tel que conçu par l’impérialisme occidental, que dirige la grande industrie de concert avec les cartels financiers, mène droit aux crises économiques mondiales et aux guerres comme issue et corollaire.

À cette étape du conflit, la Syrie se trouve dans une position militaire et politique qui lui est favorable où toute recrudescence des menaces ne lui sera que bénéfique d’autant que le Hezbollah déclare solennellement que toute agression extérieure de la Syrie sera considérée aussi agression du Liban. L’Iran voit que son implication deviendra nécessaire pour des raisons de sécurité nationale. La Russie considère que la déstabilisation de cette partie importante du monde nuirait à ses intérêts suprêmes, mais aussi aux grands équilibres du monde!

Les conséquences prévisibles dans le cas d’un conflit généralisé, à partir de cette région, seraient donc inimaginables si le discernement ne tient pas lieu et place de la cupidité.


Djerrad Amar


Selon une source officielle américaine, Washington aurait demandé aux chefs de l'ASL (Armée syrienne libre) de quitter au plus vite le sol syrien. Game over!

vendredi, 14 juin 2013

USA-RUSSIE: DROGUE, PETROLE ET GUERRE

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Les USA ont émergé comme la grande puissance mondiale suite à la chute de l’Union soviétique. Imposer leur suprématie sur l'ex-URSS est devenu une de leurs priorités. Coups d'état, pressions, guerres : ils n'ont renoncé à rien pour y parvenir. Lors d'une conférence à Moscou, Peter Dale Scott a analysé cette stratégie de domination et son financement par les drogues et le pétrole. (IGA)

 

J’ai prononcé le discours suivant à une conférence anti-OTAN, qui fut organisée à Moscou l’année dernière. J’étais le seul intervenant états-unien lors de cet événement. On m’y avait convié suite à la parution en russe de mon livre Drugs, Oil, and War – un ouvrage jamais traduit en français, contrairement à La Route vers le nouveau désordre mondial et à mon dernier livre, La Machine de guerre américaine –. [1] En tant qu’ancien diplomate préoccupé par la paix, j’étais heureux d’y participer. En effet, il me semble que le dialogue entre les intellectuels états-uniens et russes soit moins sérieux aujourd’hui qu’il ne l’était au paroxysme de la guerre froide. Pourtant, les dangers d’une guerre impliquant les deux principales puissances nucléaires n’ont visiblement pas disparu.

En réponse au problème des crises interconnectées que sont la production de drogue afghane et le jihadisme salafiste narco-financé, mon discours exhortait les Russes à coopérer dans un cadre multilatéral avec les États-uniens partageant cette volonté —malgré les activités agressives de la CIA, de l’OTAN et du SOCOM (pour US Special Operations Command) en Asie centrale—. Cette position divergeait de celles des autres intervenants.

Depuis cette conférence, j’ai continué de réfléchir en profondeur sur l’état dégradé des relations entre la Russie et les États-Unis, et sur mes espoirs légèrement utopiques de les restaurer. Malgré les différents points de vue des conférenciers, ils avaient tendance à partager une grande inquiétude sur les intentions états-uniennes envers la Russie et les anciens États de l’URSS. Cette anxiété commune se fondait sur ce qu’ils savaient des actions antérieures des États-Unis, et de leurs engagements non tenus. En effet, contrairement à la plupart des citoyens de ce pays, ils étaient bien informés sur ces questions.

L’assurance que l’OTAN ne profiterait pas de la détente pour s’étendre en Europe de l’Est est un important exemple de promesse non tenue. Évidemment, la Pologne et d’autres anciens membres du Pacte de Varsovie sont aujourd’hui intégrés au sein de l’Alliance atlantique, tout comme les anciennes Républiques socialistes soviétiques de la Baltique. Par ailleurs, des propositions visant à faire entrer l’Ukraine dans l’OTAN sont toujours d’actualité, ce pays étant le véritable cœur de l’ancienne Union soviétique. Ce mouvement d’extension vers l’Est fut accompagné d’activités et d’opérations conjointes alliant les troupes US aux forces armées et sécuritaires de l’Ouzbékistan —dont certaines furent organisées par l’OTAN—. (Ces deux initiatives commencèrent en 1997, sous l’administration Clinton.)

Nous pouvons citer d’autres ruptures d’engagements, comme la conversion non autorisée d’une force des Nations Unies en Afghanistan (approuvée en 2001 par la Russie) en une coalition militaire dirigée par l’OTAN. Deux intervenants critiquèrent la détermination des États-Unis à installer en Europe de l’Est un bouclier antimissile contre l’Iran, refusant les suggestions russes de le déployer en Asie. Selon eux, cette intransigeance constituait « une menace pour la paix mondiale ».

Les conférenciers percevaient ces mesures comme des extensions agressives du mouvement qui, depuis Washington, visait à détruire l’URSS sous Reagan. Certains des orateurs avec qui j’ai pu échanger considéraient que, pendant les deux décennies suivant la Seconde Guerre mondiale, la Russie avait été menacée par des plans opérationnels des États-Unis et de l’OTAN pour une première frappe nucléaire contre l’URSS. Ils auraient pu être exécutés avant que la parité nucléaire ne soit atteinte, mais ils ne furent évidemment jamais mis en œuvre. Malgré tout, mes interlocuteurs étaient persuadés que les faucons ayant voulu ces plans n’avaient jamais abandonné leur désir d’humilier la Russie, et de la réduire au rang de tierce puissance. Je ne peux réfuter cette inquiétude. En effet, mon dernier livre, intitulé La Machine de guerre américaine , décrit également des pressions continuelles visant à établir et à maintenir la suprématie des États-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale.

Les discours prononcés à cette conférence ne se limitaient en aucun cas à critiquer les politiques menées par les États-Unis et l’Alliance atlantique. En effet, les intervenants s’opposaient avec une certaine amertume au soutien de Vladimir Poutine pour la campagne militaire de l’OTAN en Afghanistan, qu’il avait exprimé le 11 avril 2012. Ils étaient particulièrement révoltés par le fait que Poutine ait approuvé l’installation d’une base de l’Alliance atlantique à Oulianovsk, située à 900 kilomètres à l’est de Moscou. Bien que cette base ait été « vendue » à l’opinion publique russe comme un moyen de faciliter le retrait états-unien d’Afghanistan, l’un des conférenciers nous assura que l’avant-poste d’Oulianovsk était présenté dans les documents de l’OTAN comme une base militaire. Enfin, les intervenants se montraient hostiles aux sanctions onusiennes contre l’Iran, qui étaient inspirées par les États-Unis. Au contraire, ils considéraient ce pays comme un allié naturel contre les tentatives états-uniennes de concrétiser le projet de domination globale de Washington.

Mis à part le discours suivant, je suis resté silencieux durant la majeure partie de cette conférence. Cependant mon esprit, voire ma conscience, sont perturbés lorsque je songe aux récentes révélations sur Donald Rumsfeld et Dick Cheney. En effet, immédiatement après le 11-Septembre, ces derniers ont mis en œuvre un projet visant à faire tomber de nombreux gouvernements amis de la Russie —dont l’Irak, la Libye, la Syrie et l’Iran—. [2] (Dix ans plus tôt, au Pentagone, le néoconservateur Paul Wolfowitz avait déclaré au général Wesley Clark que les États-Unis disposaient d’une fenêtre d’opportunité pour se débarrasser de ces clients de la Russie, dans la période de restructuration de ce pays suite à l’effondrement de l’URSS. [3]) Ce projet n’a toujours pas été finalisé en Syrie et en Iran.

Ce que nous avons pu observer sous Obama ressemble beaucoup à la mise en œuvre progressive de ce plan. Toutefois, il faut admettre qu’en Libye, et à présent en Syrie, Obama a montré de plus grandes réticences que son prédécesseur à envoyer des soldats sur le terrain. (Il a tout de même été rapporté que, sous sa présidence, un nombre restreint de forces spéciales US ont opéré dans ces deux pays, afin d’attiser la résistance contre Kadhafi puis contre Assad.)

Plus particulièrement, l’absence de réaction des citoyens des États-Unis face au militarisme agressif et hégémoniste de leur pays me préoccupe. Ce bellicisme permanent, que j’appellerais le « dominationisme », est prévu sur le long terme dans les plans du Pentagone et de la CIA. [4] Sans aucun doute, de nombreux États-uniens pourraient penser qu’une Pax Americana globale assurerait une ère de paix, à l’image de la Pax Romana deux millénaires auparavant. Je suis persuadé du contraire. En effet, à l’instar de la Pax Britannica du XIXe siècle, ce dominationisme conduira inévitablement à un conflit majeur, potentiellement à une guerre nucléaire. En vérité, la clé de la Pax Romana résidait dans le fait que Rome, sous le règne d’Hadrien, s’était retirée de la Mésopotamie. De plus, elle avait accepté de strictes limitations de son pouvoir dans les régions sur lesquelles elle exerçait son hégémonie. La Grande-Bretagne fit preuve d’une sagesse comparable, mais trop tard. Jusqu’à présent, les États-Unis ne se sont jamais montrés aussi raisonnables.

Par ailleurs, dans ce pays, très peu de monde semble s’intéresser au projet de domination globale de Washington, du moins depuis l’échec des manifestations de masse visant à empêcher la guerre d’Irak. Nous avons pu constater une abondance d’études critiques sur les raisons de l’engagement militaire des États-Unis au Vietnam, et même sur l’implication états-unienne dans des atrocités telles que le massacre indonésien de 1965. Des auteurs comme Noam Chomsky et William Blum [5] ont analysé les actes criminels des États-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale. Cependant, ils ont peu étudié la récente accélération de l’expansionnisme militaire états-unien. Seule une minorité d’auteurs, comme Chalmers Johnson et Andrew Bacevich, ont analysé le renforcement progressif de la Machine de guerre américaine qui domine aujourd’hui les processus politiques des États-Unis.

De plus, il est frappant de constater que le jeune mouvement Occupy se soit si peu exprimé sur les guerres d’agression que mène ce pays. Je doute qu’il ait même dénoncé la militarisation de la surveillance et du maintien de l’ordre, ainsi que les camps de détention. Or, ces mesures sont au cœur du dispositif de répression intérieure qui menace sa propre survie. [6] Je fais ici référence à ce que l’on appelle le programme de « continuité du gouvernement » (COG pour « Continuity of Government »), à travers lequel les planificateurs militaires US ont développé des moyens de neutraliser définitivement tout mouvement antiguerre efficace aux États-Unis. [7]

En tant qu’ancien diplomate canadien, si je devais retourner en Russie, j’en appellerais de nouveau à une collaboration entre les États-Unis et ce pays afin d’affronter les problèmes mondiaux les plus urgents. Notre défi est de dépasser ce compromis rudimentaire qu’est la détente, cette soi-disant « coexistence pacifique » entre les superpuissances. En réalité, cette entente vieille d’un demi-siècle a permis —et même encouragé— les atrocités violentes de dictateurs clients, comme Suharto en Indonésie ou Mahamed Siyaad Barre en Somalie. Il est probable que l’alternative à la détente, qui serait une rupture complète de celle-ci, mène à des confrontations de plus en plus dangereuses en Asie —très certainement en Iran—.

Néanmoins, cette rupture peut-elle être évitée ? Voilà que je me demande si je n’ai pas minimisé l’intransigeance hégémoniste des États-Unis. [8] À Londres, j’ai récemment discuté avec un vieil ami, que j’avais rencontré durant ma carrière diplomatique. Il s’agit d’un diplomate britannique de haut rang, qui est un expert de la Russie. J’espérais qu’il aurait modéré mon évaluation négative des intentions des États-Unis et de l’OTAN contre ce pays. Or, il n’a fait que la renforcer.

Ainsi, j’ai décidé de publier mon discours agrémenté de cette préface, qui est destinée aussi bien aux citoyens US qu’au public international. Je pense qu’aujourd’hui, le plus urgent pour préserver la paix mondiale est de restreindre le mouvement des États-Unis vers l’hégémonie incontestée. Au nom de la coexistence dans un monde pacifié et multilatéral, il faut donc raviver l’interdiction par l’ONU des guerres préemptives et unilatérales.

Dans cet objectif, j’espère que les citoyens des États-Unis se mobiliseront contre le dominationisme de leur pays, et qu’ils en appelleront à une déclaration politique de l’administration ou du Congrès. Cette déclaration :

1) renoncerait explicitement aux appels antérieurs du Pentagone faisant de la « suprématie totale » (« full spectrum dominance ») un objectif militaire central dans la politique étrangère des États-Unis ; [9]

2) rejetterait comme étant inacceptable la pratique des guerres préventives, aujourd’hui profondément enracinée ;

3) renoncerait catégoriquement à tout projet états-unien d’utilisation permanente de bases militaires en Irak, en Afghanistan ou au Kirghizstan ;

4) réengagerait les États-Unis à mener leurs futures opérations militaires en accord avec les procédures établies par la Charte des Nations Unies.

J’encourage mes concitoyens à me rejoindre afin d’exhorter le Congrès à introduire une résolution dans ce but. Initialement, une telle démarche pourrait ne pas aboutir. Cependant, il est possible qu’elle contribue à recentrer le débat politique US vers un sujet qui est selon moi urgent et peu débattu : l’expansionnisme des États-Unis, et la menace contre la paix globale qui en découle aujourd’hui.

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Discours à la conférence d’Invissin sur l’OTAN
(Moscou, 15 mai 2012)

 

Avant tout, je remercie les organisateurs de cette conférence de me permettre de parler du grave problème qu’est le narcotrafic d’Afghanistan. Aujourd’hui, il constitue une menace aussi bien pour la Russie que pour les relations entre ce pays et les États-Unis. Je vais donc discuter de politique profonde selon les perspectives de mon livre Drugs, Oil, and War, mais aussi de mon dernier ouvrage (La Machine de guerre américaine ) et du précédent (La Route vers le nouveau désordre mondial ). Ces livres analysent notamment les facteurs sous-tendant le trafic de drogue international ainsi que les interventions US, deux phénomènes préjudiciables à la fois au peuple russe et au peuple états-unien. Je parlerai également du rôle de l’OTAN dans la facilitation des stratégies visant à établir la suprématie des États-Unis sur le continent asiatique. Mais d’abord, je voudrais analyser le trafic de drogue à l’aune d’un important facteur, qui s’avère déterminant dans mes livres. Il s’agit du rôle du pétrole dans les politiques asiatiques des États-Unis, et également de l’influence d’importantes compagnies pétrolières alignées sur les intérêts de ce pays, dont British Petroleum (BP).

Derrière chaque offensive récente des États-Unis et de l’OTAN, l’industrie pétrolière fut une force profonde déterminante. Pour l’illustrer, songeons simplement aux interventions en Afghanistan (2001), en Irak (2003) et en Libye (2011). [10]

J’ai donc étudié le rôle des compagnies pétrolières et de leurs représentants à Washington —dont les lobbies—, dans chacune des grandes interventions des États-Unis depuis le Vietnam dans les années 1960. [11] Le pouvoir des compagnies pétrolières US nécessiterait quelques explications à un public venant de Russie, où l’État contrôle l’industrie des hydrocarbures. Aux États-Unis, c’est pratiquement l’inverse. En effet, les compagnies pétrolières tendent à dominer aussi bien la politique étrangère de ce pays que le Congrès. [12] Ceci explique pourquoi les présidents successifs, de Kennedy à Obama en passant par Reagan, ont été incapables de limiter les avantages fiscaux des compagnies pétrolières garantis par la « oil depletion allowance » —y compris dans le contexte actuel, où la plupart des États-uniens sombrent dans la pauvreté—. [13]

Les activités US en Asie centrale, dans des zones d’influence traditionnelles de la Russie telles que le Kazakhstan, ont un fondement commun. En effet, depuis une trentaine d’années (voire plus), les compagnies pétrolières et leurs représentants à Washington ont montré un grand intérêt dans le développement, et surtout dans le contrôle des ressources gazières et pétrolières sous-exploitées du bassin Caspien. [14] Dans cet objectif, Washington a développé des politiques ayant eu comme résultat la mise en place de bases avancées au Kirghizstan et, pendant quatre ans, en Ouzbékistan (2001-2005). [15] Le but affiché de ces bases était de soutenir les opérations militaires des États-Unis en Afghanistan. Néanmoins, la présence états-unienne encourage aussi les gouvernements des nations avoisinantes à agir plus indépendamment de la volonté russe. Nous pouvons citer comme exemple le Kazakhstan et le Turkménistan, ces deux pays étant des zones d’investissements gaziers et pétroliers pour les compagnies US.

Washington sert les intérêts des compagnies pétrolières occidentales, pas seulement du fait leur influence corruptrice sur l’administration, mais parce que la survie de l’actuelle pétro-économie US dépend de la domination occidentale du commerce mondial du pétrole. Dans l’un de mes livres, j’analyse cette politique, en expliquant comment elle a contribué aux récentes interventions des États-Unis, mais aussi à l’appauvrissement du Tiers-Monde depuis 1980. En substance, les États-Unis ont géré le quadruplement des prix du pétrole dans les années 1970 en organisant le recyclage des pétrodollars dans l’économie états-unienne, au moyen d’accords secrets avec les Saoudiens. Le premier de ces accords assurait une participation spéciale et continuelle de l’Arabie saoudite dans la santé du dollar US ; le second sécurisait le soutien permanent de ce pays dans la tarification intégrale du pétrole de l’OPEP en dollars. [16] Ces deux accords garantissaient que l’économie des États-Unis ne serait pas affaiblie par les hausses de prix du pétrole de l’OPEP. Le plus lourd fardeau pèserait au contraire sur les économies des pays les moins développés. [17]

Le dollar US, bien qu’étant en cours d’affaiblissement, dépend encore en grande partie de la politique de l’OPEP imposant cette monnaie pour régler le pétrole de cette organisation. Nous pouvons mesurer avec quelle force les États-Unis sont capables d’imposer cette politique en observant le destin des pays ayant décidé de la remettre en cause. « En 2000, Saddam Hussein insista pour que le pétrole irakien soit vendu en euros. Ce fut une manœuvre politique, mais qui augmenta les revenus récents de l’Irak grâce la hausse de la valeur de l’euro par rapport au dollar. » [18] Trois ans plus tard, en mars 2003, les États-Unis envahirent ce pays. Deux mois après, le 22 mai 2003, Bush décréta par un ordre exécutif que les ventes de pétrole irakien devaient s’effectuer de nouveau en dollars, et non en euros. [19]

Selon un article russe, peu avant l’intervention de l’OTAN en Libye début 2011, Mouammar Kadhafi avait manœuvré pour refuser le dollar comme monnaie de règlement du pétrole libyen, à l’instar de Saddam Hussein. [20] En février 2009, l’Iran annonça avoir « complètement cessé de conduire les transactions pétrolières en dollars US. » [21] Les véritables conséquences de cette audacieuse décision iranienne n’ont pas encore été observées. [22]

J’insiste sur le point suivant : chaque intervention récente des États-Unis et de l’OTAN a permis de soutenir la suprématie déclinante des compagnies pétrolières occidentales sur le système pétrolier global, donc celui des pétrodollars. Néanmoins, je pense que les compagnies pétrolières elles-mêmes sont capables d’initier, ou au moins de contribuer à des interventions politiques. Comme je l’ai mentionné dans mon livre Drugs, Oil, and Wars (p.8) :

« De façon récurrente, les compagnies pétrolières US sont accusées de se lancer dans des opérations clandestines, soit directement, soit par le biais d’intermédiaires. En Colombie (comme nous le verrons), une entreprise de sécurité états-unienne travaillant pour Occidental Petroleum participa à une opération militaire de l’armée colombienne, ‘qui tua 18 civils par erreur.’ »

Pour citer un exemple plus proche de la Russie, j’évoquerais une opération clandestine de 1991 en Azerbaïdjan, qui est un exemple classique de politique profonde. Dans ce pays, d’anciens collaborateurs de la CIA, qui étaient employés par une entreprise pétrolière douteuse (MEGA Oil), « se lancèrent dans des entraînements militaires, distribuèrent des ‘sacs remplis d’argent liquide’ à des membres du gouvernement, et mirent en place une compagnie aérienne […] qui permit bientôt à des centaines de mercenaires moudjahidines d’être acheminés dans ce pays depuis l’Afghanistan. » [23] À l’origine ces mercenaires, finalement estimés à environ 2 000, furent employés pour combattre les forces arméniennes soutenues par la Russie dans la région disputée du Haut-Karabagh. Mais ils appuyèrent aussi les combattants islamistes en Tchétchénie et au Daguestan. Ils contribuèrent également à faire de Bakou un point de transbordement de l’héroïne afghane à la fois vers le marché urbain de Russie et vers la mafia tchétchène. [24]

En 1993, ils participèrent au renversement d’Abulfaz Elchibey, le premier président élu de l’Azerbaïdjan, et à son remplacement par Heydar Aliyev. Ce dernier signa ensuite un important contrat pétrolier avec BP, incluant ce qui devint finalement l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan reliant ce pays à la Turquie. Il faut souligner que les origines états-uniennes des agents de MEGA Oil sont indiscutables. En revanche, nous ne savons pas exactement qui a financé cette entreprise. Il aurait pu s’agir des majors pétrolières, la plupart d’entre elles disposant (ou ayant disposé) de leurs propres services clandestins. [25] Certaines entreprises pétrolières importantes, incluant Exxon, Mobil et BP, ont été accusées d’être « derrière le coup d’État » ayant conduit au remplacement d’Elchibey par Aliyev. [26]

De toute évidence, Washington et les majors pétrolières pensent que leur survie dépend du maintien de leur actuelle suprématie sur les marchés pétroliers internationaux. Dans les années 1990, alors que l’on localisait généralement les plus grandes réserves non prouvées d’hydrocarbures dans le bassin Caspien, cette région devint centrale à la fois pour les investissements pétroliers des entreprises US et pour l’expansion sécuritaire des États-Unis. [27]

S’exprimant en tant que secrétaire d’État adjoint, Strobe Talbott, un proche ami de Bill Clinton, tenta de mettre en avant une stratégie raisonnable pour assurer cette expansion. Dans un important discours prononcé le 21 juillet 1997,

« Talbott exposa les quatre aspects d’un [potentiel] soutien des États-Unis pour les pays du Caucase et de l’Asie centrale : 1) la promotion de la démocratie ; 2) la création d’économies de marché ; 3) le parrainage de la paix et de la coopération, au sein et parmi les pays de la région et 4) leur intégration dans la plus vaste communauté internationale. […] Critiquant avec virulence ce qu’il considère être une conception dépassée de la compétition dans le Caucase et en Asie centrale, M. Talbott mit en garde quiconque envisagerait le ‘Grand Jeu’ comme grille de lecture de la région. Au contraire, il proposa une entente dans laquelle chacun sortirait gagnant de la coopération. » [28]

Mais cette approche multilatérale fut immédiatement attaquée par des membres des deux partis. Seulement trois jours plus tard, Heritage Foundation, le cercle de réflexion droitisant du Parti républicain, répondit que « [l]’administration Clinton, désireuse d’apaiser Moscou, rechignait à exploiter l’opportunité stratégique de sécuriser les intérêts des États-Unis dans le Caucase.  » [29] En octobre 1997, cette critique trouva son écho dans Le Grand Échiquier, un important ouvrage écrit par l’ancien conseiller à la Sécurité nationale Zbigniew Brzezinski. Ce dernier est certainement le principal opposant à la Russie au sein du Parti démocrate. Admettant que « la politique étrangère [états-unienne devrait] […] favoriser les liens nécessaires à une vraie coopération mondiale », il défendait toutefois dans son livre la notion de « Grand Jeu  » rejetée par Talbott. Selon Brzezinski, il était impératif d’empêcher « [l]’apparition d’un concurrent en Eurasie, capable de dominer ce continent et de défier [les États-Unis] ». [30]

En arrière-plan de ce débat, la CIA et le Pentagone développaient à travers l’Alliance atlantique une « stratégie de projection » contraire aux propositions de Talbott. En 1997, dans le cadre du programme « Partenariat pour la Paix » de l’OTAN, le Pentagone démarra des exercices militaires avec l’Ouzbékistan, le Kazakhstan et le Kirghizstan. Ce programme constituait « l’embryon d’une force militaire dirigée par l’OTAN dans cette région ». [31] Baptisés CENTRAZBAT, ces exercices envisageaient de potentiels déploiements de forces combattantes états-uniennes. Catherine Kelleher, une assistante du secrétaire adjoint à la Défense, cita « la présence d’énormes ressources énergétiques » comme justification de l’engagement militaire des États-Unis dans cette région. [32] L’Ouzbékistan, que Brzezinski distingua pour son importance géopolitique, devint un pivot pour les exercices militaires états-uniens, bien que ce pays ait l’un des pires bilans en matière de respect des droits de l’Homme dans cette région. [33]

De toute évidence, la « révolution des tulipes » de mars 2005 au Kirghizstan constitua une autre étape de la doctrine de projection stratégique du Pentagone et de la CIA. Elle s’est déroulée à une époque où George W. Bush parlait fréquemment de « stratégie de projection de la liberté ». Plus tard, alors qu’il visitait la Géorgie, ce dernier approuva ce changement de régime en le présentant comme un exemple de « démocratie et de liberté en pleine expansion ». [34] (En réalité, il ressemblait plus à un coup d’État sanglant qu’à une « révolution ».) Cependant, le régime de Bakiyev « dirigea le pays comme un syndicat du crime », pour reprendre les termes d’Alexander Cooley, un professeur à l’Université de Columbia. En particulier, de nombreux observateurs accusèrent Bakiyev d’avoir pris le contrôle du trafic de drogue local et de le gérer comme une entreprise familiale. [35]

Dans une certaine mesure, l’administration Obama s’est éloignée de cette rhétorique hégémoniste que le Pentagone appelle la « suprématie totale  » (« full-spectrum dominance »). [36] Toutefois, il n’est pas surprenant de constater que sous sa présidence, les pressions visant à réduire l’influence de la Russie se soient maintenues, comme par exemple en Syrie. En réalité, pendant un demi-siècle, Washington a été divisée en deux camps. D’un côté, une minorité évoluant principalement au Département d’État (comme Strobe Talbott), qui avait envisagé un avenir de coopération avec l’Union soviétique. De l’autre, les faucons hégémonistes, travaillant principalement à la CIA et au Pentagone (comme William Casey, Dick Cheney et Donald Rumsfeld). Ces derniers ont continuellement fait pression pour instaurer aux États-Unis une stratégie unipolaire de domination globale. [37] Dans la poursuite de cet objectif inatteignable, ils n’ont pas hésité à s’allier avec des trafiquants de drogue, notamment en Indochine, en Colombie et à présent en Afghanistan. [38]

Par ailleurs, ces faucons ont massivement employé les stratégies d’éradication narcotique de la DEA (Drug Enforcement Administration). [39] Comme je l’ai écrit dans La Machine de guerre américaine (p.43),

«  Le véritable objectif de la plupart de ces campagnes […] n’a jamais été l’idéal sans espoir de l’éradication de la drogue. Il a plutôt consisté à modifier la répartition du marché, c’est-à-dire à cibler des ennemis spécifiques pour s’assurer que le trafic de drogue reste sous le contrôle des trafiquants alliés à l’appareil de la sécurité d’État en Colombie et/ou à la CIA. » [40]

De manière flagrante, cette tendance s’est vérifiée en Afghanistan, où les États-Unis recrutèrent d’anciens trafiquants de drogue pour qu’ils soutiennent leur invasion de 2001. [41] Plus tard, Washington annonça une stratégie de lutte contre la drogue qui se limitait explicitement à attaquer les trafiquants de drogue qui appuyaient les insurgés. [42]

Ainsi, ceux qui comme moi se préoccupent de la réduction des flux de drogue venant d’Afghanistan se retrouvent face à un dilemme. En effet, pour être efficaces, les stratégies de lutte contre le trafic de drogue international doivent être multilatérales. En Asie centrale, elles nécessiteront une plus grande coopération entre les États-Unis et la Russie. Mais au contraire, les efforts des principales forces pro-US présentes dans cette région —notamment la CIA, l’US Army, l’OTAN et la DEA—, ont été jusqu’à présent concentrés non pas sur la coopération mais sur l’hégémonie états-unienne.

Selon moi, la réponse à ce problème résidera dans l’utilisation conjointe de l’expertise et des ressources des deux pays, dans le cadre d’agences bilatérales ou multilatérales qu’aucune partie ne dominera. Une stratégie anti-drogue réussie devra être pluridimensionnelle, comme la campagne qui a été menée avec succès en Thaïlande. De plus, elle nécessitera probablement que les deux pays envisagent la mise en œuvre de stratégies favorables à la population, ce que ni l’un ni l’autre n’a encore concrétisé. [43]

La Russie et les États-Unis ont beaucoup de caractéristiques communes, et ils partagent de nombreux problèmes. Tous deux sont des super-États, bien que leur prééminence s’affaiblisse face à la Chine émergente. En tant que superpuissances, ces nations cédèrent toutes deux à la tentation de l’aventure afghane, que de nombreux esprits mieux avisés regrettent aujourd’hui. Dans le même temps, ce pays ravagé qu’est devenu l’Afghanistan doit faire face à des problèmes urgents, qui le sont aussi pour ces trois superpuissances. Il s’agit de la menace que constitue la drogue, et du danger correspondant qu’est le terrorisme.

Il est dans l’intérêt du monde entier de voir la Russie et les États-Unis affronter ces périls de façon constructive et désintéressée. Et espérons que chaque progrès dans la réduction de ces menaces communes sera une nouvelle étape dans le difficile processus de renforcement de la paix.

Le siècle dernier fut le théâtre d’une guerre froide entre les États-Unis et la Russie, deux superpuissances qui se sont lourdement armées au nom de la défense de leurs peuples respectifs. L’Union soviétique a perdu, ce qui aboutit à une Pax Americana instable, à l’image de la Pax Britannica du XIXe siècle : un dangereux mélange de globalisation commerciale, d’accroissement des disparités de revenus et de richesses, et d’un militarisme brutalement excessif et expansif. Celui-ci provoque de plus en plus de conflits armés (Somalie, Irak, Yémen, Libye), tout en accentuant la menace d’une possible guerre mondiale (Iran).

Aujourd’hui, afin de préserver leur dangereuse suprématie, les États-Unis sont en train de s’armer contre leur propre population, et plus seulement pour la défendre. [44] Tous les peuples du monde, y compris aux États-Unis, ont comme intérêt l’affaiblissement de cette suprématie en faveur d’un monde plus multipolaire et moins militariste.

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